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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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Références

L'action nationale, 1933-03, Collections de BAnQ.

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[" A chacun son dû Il n\u2019est pas difficile tout de même, dans notre pays, de faire reconnaître autrement qu\u2019en paroles le principe si simple et si équitable qu\u2019à chacun revient son dû.Depuis combien d\u2019années, par exemple, nous battons-nous pour obtenir notre juste part de représentation dans le haut fonctionnarisme fédéral?Les régimes changent à Ottawa, portés alternativement au pouvoir grâce à notre complaisance.Mais il est une chose qui ne change pas: Vinjustice dont nous souffrons dans ce domaine.Ainsi, depuis des années, nos compatriotes, qui forment le dixième de la population de l\u2019Ontario, demandent la nomination de l\u2019un des leurs à la Cour Suprême de leur province \u2014 tribunal correspondant à notre Cour Supérieure.Dans la province de Québec, il va sans dire, les juges de langue anglaise foisonnent a la Cour Supérieure \u2014 nous sommes un peuple si bon, si généreux! La Cour Suprême de 1 Ontario, elle, sur une quarantaine de juges, n\u2019en compte pas un de langue française quand elle devrait en compter au moins quatre.Depuis août dernier il y a eu deux 130 l\u2019action nationale vacances à ce tribunal.Les deux fois, les Franco-Ontariens ont présenté des candidats de leur langue, et les deux fois, pour toute sorte de prétextes, leurs candidats ont été écartés.Le Ministère de la Justice n\u2019a même jamais fait preuve de tant de diligence qu\u2019en ces occasions pour remplir un poste vacant.Craignait-il que la campagne des Franco-Ontariens ne gagnât, à la longue des adhésions trop nombreuses?Une autre vacance vient de se créer par la nomination du juge Sedgwick à la Commission du Tarif.De nouveau les Franco-Ontariens montent à la charge.Seront-ils cette fois entendus?Si nous étions un peuple plus soucieux de son prestige et de ses droits, nous appuierions en bloc leur juste demande, nos journaux mèneraient une campagne de tous les diables, et il y aurait chance qu\u2019une frousse salutaire aiguisât un peu, chez certains chefs politiques, le sens de la justice.Mais, que voulez-vous, nous sommes un peuple bon, patient, généreux! Magnifiques vertus morales qui font les hommes saints; vertus civiques qui font parfois les peuples esclaves.L\u2019ACTION NATIONALE Problèmes de l\u2019heure La coopération agricole Le problème agricole peut se décomposer en deux parties d\u2019égale importance dans notre économie d\u2019échange: la production et la vente.Chez nous, on a développé trop exclusivement la partie production.On a fondé à grands frais des laboratoires de recherches, des fermes expérimentales, des écoles d\u2019agriculture qui ont cherché et vulgarisé les meilleures formules de production agricole; on a envoyé des agronomes enseigner sur place aux cultivateurs les méthodes de culture et d\u2019élevage les plus efficaces; on a multiplié les cours abrégés, les cours d\u2019hiver et même les cours à domicile qui vont porter la science agricole au foyer même de l\u2019agriculteur.Dans les chaires d\u2019agriculture, sur les tribunes, dans les journaux et les revues, on a recommandé aux producteurs d\u2019augmenter leurs rendements.Excellente propagande, puisque l\u2019instruction professionnelle est le principal facteur de succès pour le cultivateur moderne.Mais dans cette diffusion des connaissances agricoles, on a oublié la partie commerciale de l\u2019exploitation, aussi importante que la production. 132 l\u2019action nationale Le cultivateur doit produire principalement en vue de la vente.D\u2019après les statistiques, environ 75% du rendement total de l\u2019agriculture est livré au marché.Par suite de l\u2019évolution agricole, les cultivateurs sont devenus des consommateurs importants: ils achètent pour des sommes considérables des engrais, des concentrés, des semences, des machines, des instruments.Avec le développement des moyens de transport, l\u2019agriculteur perdit de plus en plus le contact personnel avec ses clients et ses fournisseurs.Entre le producteur et le consommateur, un nouveau groupe professionnel a surgi: le commerce intermédiaire représenté par des commerçants, le plus souvent par de grandes firmes et d\u2019immenses trusts.Or, ces intermédiaires, tout en absorbant la faible marge de profit qui doit normalement rester au producteur, ne peuvent organiser rationnellement le commerce des produits agricoles selon les exigences des marchés modernes.Les consommateurs veulent un produit classifié qu\u2019ils paieront selon sa valeur.Pour rendre possible cette classification selon la qualité, il faut rassembler une quantité suffisante du même produit.Il faut que cette quantité suffisante soit fournie au marché d\u2019une façon constante et régulière.Notre agriculture se compose de petites et moyen- LA COOPÉRATION AGRICOLE 133 nés exploitations qui mettent sur le marché d\u2019infimes quantités non classifiées de chaque produit.Il est clair que, pour intéresser les grands marchés, ces entreprises familiales doivent recourir à la coopération.L\u2019organisation coopérative assure une classification, une répartition, une distribution plus économiques des produits agricoles ; elle fait réaliser des économies grâce à des méthodes de vente plus rationnelles.De plus, l\u2019expérience a démontré que l\u2019amélioration dans la qualité des produits a toujours coïncidé, dans tous les pays, avec le développement de la coopération.Pourquoi?La classification force le cultivateur à produire exactement ce que veut le consommateur ; le bon producteur est sûr d\u2019être payé d\u2019après la valeur de son produit, de recevoir une prime pour la qualité.La classification favorise donc directement et efficacement l\u2019uniformité et la qualité de la production, la spécialisation des cultures et une meilleure organisation des fermes.Aussi, l\u2019enseignement coopératif doit-il accompagner la diffusion des meilleures méthodes de production.C\u2019est à ce double enseignement simultané que les écoles d\u2019hiver danoises ont dû leur efficacité.Chez nous, l\u2019éducation des cultivateurs a partiellement manqué son but parce qu\u2019elle n\u2019a pas été orientée vers l\u2019aboutissement normal d\u2019une grande 134 l\u2019action nationale partie de la production: la vente sur les marchés.Les consommateurs ne trouvant pas dans notre province les produits qu\u2019ils désiraient se sont approvisionnés ailleurs.Il est arrivé ce fait que l\u2019hon.J.-L.Perron, dans un document public, a qualifié d\u2019intolérable: \u201cDans notre province agricole, nous sommes nourris par l\u2019étranger\u201d.\u201cNous importons pour $12,000,000 d\u2019œufs, $5,000,000 de porc, $2,000,000 de bœuf, environ $25,000,000 de fruits et légumes\u201d.Les provinces voisines nous fournissent annuellement environ 4,000 chars de patates, \u201calors que les nôtres pourrissent dans les caves\u201d.Nous consommons chaque année des centaines de chars de pommes importées, alors que notre sol et notre climat pourraient produire les meilleures pommes du monde.Faute d\u2019organisation, nos producteurs de lait sont en train de perdre le marché de Montréal.Si nous avions vulgarisé l\u2019idée coopérative autant que les connaissances techniques de l\u2019agriculture, la coopération aurait depuis longtemps transformé la production.\t* * * Plusieurs de nos organisations agricoles ont porté l\u2019étiquette coopérative.Avons-nous connu la coopération véritable ?Depuis 25 ans, nous avons assisté à une dizaine de fondations ou réorganisations coopératives.Rappelons, comme preuve, quelques dates. LA COOPÉRATION AGRICOLE 135 C\u2019est en 1908, il y a exactement 25 ans, que M.G.-A.Gibault faisait sanctionner par la Législature notre première loi coopérative.En 1909, le Parlement provincial vote la loi des Syndicats coopératifs.En 1910, le R.F.Liguori organise l\u2019Union Expérimentale des Agriculteurs de Québec; La même année naît la Société des Fromagers de Québec qui devint, peu après, la Coopérative Centrale des Agriculteurs de Québec; En 1913, le R.P.Bellemare, S.J., fonde le Comptoir coopératif; En 1917, M.l\u2019Abbé J.-B.-A.Allaire met sur pied la Confédération des coopératives locales de la province de Québec; En 1922-23, le Ministre de l\u2019Agriculture fusionne par une loi les trois organisations coopératives alors survivantes: la Coopérative Centrale des Agriculteurs de Québec, le Comptoir coopératif et la Société coopérative des Producteurs de Semences.Ce fut l\u2019acte de naissance de la Coopérative Fédérée.Enfin, en 1930, la réforme de l\u2019hon.J.-L.Perron.L\u2019histoire de notre coopération s\u2019apparente donc à une chronique nécrologique.Ce taux de mortalité effarant ne peut s\u2019expliquer que par la méconnaissance des vrais principes coopératifs.* * * Ces principes furent formulés par de modestes ouvriers anglais.En recherchant entre eux les 136 l\u2019action nationale moyens d\u2019accroître la valeur réelle de leurs salaires insuffisants, les tisserands de Rochdale se rendirent compte de la force que leur conférerait la mise en commun de leur pouvoir d\u2019achat.En étudiant la manière dont ils pourraient utiliser cette puissance au mieux de leurs intérêts, ils découvrirent les lois de la coopération.L\u2019ensemble de ces lois est un chef-d\u2019œuvre de raison.Toute l\u2019histoire du mouvement coopératif depuis lors n\u2019a cessé de prouver que ces principes s\u2019adaptent parfaitement à la nature humaine et aux nécessités du monde économique.Où ils ne sont pas appliqués, il ne peut y avoir que contrefaçon maladroite de la coopération et finalement insuccès.Nombre d\u2019organisations coopératives, sans sortir de notre province, l\u2019ont appris à leurs dépens.Pour défendre leurs intérêts comme consommateurs, les tisserands de Rochdale se sont groupés librement, par conviction, après une longue préparation par l\u2019étude en commun.Nous avons fait précisément le contraire: nous avons essayé de mettre sur pied des organismes coopératifs avant de préparer une mentalité coopérative chez les cultivateurs.Nos bâtisseurs de coopératives ont ignoré que le cultivateur est le principal personnage de la coopération agricole.C\u2019est lui qui doit avoir foi dans les méthodes et l\u2019efficacité de la coopération.Seule, LA COOPÉRATION AGRICOLE 137 cette conviction inébranlable en fera un véritable coopérateur.L\u2019initiative de la coopération doit donc venir des premiers intéressés.Les cultivateurs doivent d\u2019abord être convaincus que la coopération est le seul moyen vraiment pratique de faire leurs achats et leurs ventes.Des cultivateurs qui s\u2019unissent pour acheter ensemble tout ce qui est nécessaire à l\u2019exploitation de leur ferme et pour vendre ensemble leurs produits: telle doit être la coopération.Elle doit donc logiquement s\u2019organiser par en bas, par des organismes locaux groupant les producteurs d\u2019une paroisse.Pour donner plus de puissance à leur mouvement, pour augmenter leur pouvoir d\u2019achat et leur capacité de vente, ces coopératives locales s\u2019uniront pour former une centrale.C\u2019est l\u2019histoire du développement coopératif danois, belge et français.Au Danemark, l\u2019évêque Grundtvig est considéré comme l\u2019instigateur du mouvement coopératif le plus parfait de l\u2019univers.Quelle institution coopérative a-t-il fondée ?Aucune.Il s\u2019est contenté d\u2019organiser l\u2019enseignement coopératif dans ses écoles.L\u2019initiative de la coopération est venue des élèves qu\u2019il avait formés.Chez nous, de véritables apôtres sociaux plus férus de dévouement que de sens coopératif pratique, ont cru pouvoir se passer de l\u2019éducation préalable 138 l\u2019action nationale des futurs coopérateurs; ils se sont dit que la coopération agissait par sa vertu propre et qu\u2019il suffisait d\u2019organiser des institutions à étiquette coopérative pour former des coopérateurs.On a voulu aller trop vite : c\u2019est si facile de fonder une coopérative en la proposant comme une panacée, une sorte de remède de l\u2019abbé Warré pour tous les maux agricoles.On a promis aux cultivateurs des résultats magiques et immédiats.Au premier insuccès, au premier piège tendu par les adversaires du mouvement, les cultivateurs se sont découragés.adieu la coopération! Au lieu d\u2019enseigner aux cultivateurs à être de vrais coopérateurs on a essayé de les \u201ccoopérer\u201d.On a commencé, la plupart du temps, à bâtir la coopération par en haut.La classe agricole et le gouvernement ont dépensé des sommes fabuleuses pour soutenir artificiellement le toit de ces constructions alors qu\u2019il aurait fallu établir solidement les fondations.L\u2019État, dont le rôle est de seconder l\u2019initiative privée, a aidé à l\u2019envers lui aussi.Il a voulu faire de la coopération à coups de décrets.Notre Parlement provincial est même le seul que nous connaissions dans le monde qui ait légiféré sur la coopération avant d\u2019avoir des coopérateurs.En Allemagne, en Belgique, en France, en Angleterre, en Italie, en Suisse, en Tchécoslovaquie, la législation est venue confirmer plusieurs années et LA COOPÉRATION AGRICOLE 139 même plusieurs décades de pratique coopérative.Sait-on que le Danemark, le pays par excellence des coopérateurs, ne possède pas encore de loi sur la coopération ?Quand il fut évident que notre coopération était vouée à une faillite financière et surtout morale, l\u2019État crut bon d\u2019en prendre pratiquement le contrôle.Par la loi qui créait la Coopérative Fédérée, le Ministre de l\u2019Agriculture devenait l\u2019autorité suprême de cette organisation.Il s\u2019arrogeait le droit de séquestre sur les biens de la Coopérative, le contrôle sur le gérant général, le pouvoir de veto sur les décisions du bureau de direction.Il pouvait dire: la coopération, c\u2019est moi! Pour mieux enlever aux cultivateurs la conduite de leur affaire, on vendit dans le public des actions qui donnaient au premier venu droit de vote aux assemblées annuelles de la Coopérative.On permit le vote par procuration qui rendit facile le contrôle des élections des officiers de la Fédérée.Bref, on réussit à faire de cette organisation nommée coopérative un magasin général dépendant du Ministère de l\u2019Agriculture.Pendant près de dix ans, la politique a dominé la coopération devenue institution gouvernementale.De là, esprit de parti, malentendus, divisions, malaise au lieu du \u201ctous pour chacun et chacun pour tous\u201d coopératif.Les cultivateurs n\u2019ayant pas la 140 l\u2019action nationale direction de la Fédérée s\u2019en désintéressèrent et perdirent confiance en toute coopération.En devenant Ministre de l\u2019Agriculture, M.Perron déclara que la Coopérative Fédérée devait être \u201crajeunie et remodelée\u201d, que la coopération devait être remise entre les mains des cultivateurs.Il nomma, au sein du Conseil d\u2019Agriculture, un comité composé d\u2019hommes versés dans le commerce, la finance, l\u2019agriculture et chargés de préparer un projet de coopération.Cette commission, après une enquête sérieuse, rédigea un rapport qui passa presque intégralement dans la législation du 4 avril 1930.Depuis lors, nous avons une loi basée sur les principes coopératifs.* * * Que reste-t-il donc à faire ?Recommencer par le commencement.La coopération est une oeuvre collective de longue haleine.Avant d\u2019aller trop vite, il faut façonner patiemment la mentalité de la classe agricole; il faut former, dans chaque centre rural, une élite connaissant parfaitement le mécanisme coopératif.Pour que la coopération remplisse tout son programme, il faut que tous les coopérateurs aient pénétré et compris à fond le jeu des divers organes qui tirent de leur libre et intelligente discipline leur force et leur fécondité.Dans l\u2019entreprise capitaliste, les actionnaires jouent un rôle passif.Ils confient à un bureau de di- LA COOPÉRATION AGRICOLE 141 rection le soin de faire rapporter des dividendes à leurs capitaux, de faire le plus de profits possible sur les clients et fournisseurs de la société.Dans l\u2019organisation coopérative, les sociétaires sont en même temps les clients et les fournisseurs.Tous, quelle que soit leur place, ont une mission active à remplir.De la manière dont chacun s\u2019en acquitte dépend le succès de la coopération.Que l\u2019un des éléments faillisse à ses obligations, c\u2019est le fiasco de l\u2019entreprise.Il faut que chaque membre respecte loyalement la discipline coopérative; que tous puissent suivre avec compétence l\u2019administration technique et commerciale de leur société; l\u2019ensemble des coopérateurs doit former une assemblée générale assez éclairée pour choisir ses administrateurs et juger leur gestion d\u2019après les doctrines coopératives.A-t-on jamais songé, chez nous, à cette éducation indispensable des coopérateurs ?La formation des techniciens, des administrateurs de la coopération n\u2019est pas moins importante.Ils doivent posséder les qualités professionnelles et morales qui font les chefs; le dévouement, l\u2019amour de leur tâche, l\u2019intelligence, l\u2019habileté à conduire les hommes, la connaissance parfaite de la technique coopérative et commerciale.Ils doivent se sentir responsables, administrer l\u2019entreprise commune en pleine lumière, au vu et au su de tous les coopérateurs.Le gérant et le personnel d\u2019une coo- 142 l\u2019action nationale pérative doivent donc se conduire autrement que dans une entreprise capitaliste.C\u2019est dire que, pour tous les coopérateurs, du haut en bas de l\u2019échelle, se pose un problème d\u2019éducation.La coopération ne fera aucun progrès sensible chez nous aussi longtemps que ce problème d\u2019éducation ne sera pas résolu.L\u2019Association professionnelle agricole peut contribuer considérablement à préparer la mentalité coopérative indispensable.Elle a mis l\u2019étude à la base de ses activités.Ses cercles locaux sont des comités où les cultivateurs d une paroisse se réunissent périodiquement pour étudier leurs intérêts.Ce sont des coopératives d\u2019idées où l\u2019enseignement mutuel, l\u2019étude en commun mettent la compétence de chacun au service de tous.Ce sont des coopératives de conviction où les échanges de vues, les discussions, l\u2019expérience acquise préparent les réalisateurs de demain.Ce sont des coopératives de bonnes volontés prêtes à 1 action quand la conviction est faite dans les esprits.Ces coopératives d\u2019étude ne peuvent que préparer le terrain à la mutualité sous toutes ses formes, à la coopération de production, de vente, d\u2019achat et de crédit.Mais cette propagande est insuffisante.La direction, de plus en plus complexe, des institutions coopératives, ne peut plus être laissée à des amateurs bien intentionnés.Il importe donc d\u2019organiser LA COOPÉRATION AGRICOLE 143 méthodiquement, comme dans les autres pays, l\u2019enseignement de la coopération.* * * En Allemagne, l\u2019Union Nationale des Sociétés Coopératives Agricoles a organisé tout un système de cours abrégés sur la coopération.En 1929, 266 de ces cours furent donnés, auxquels 5514 coopératives ont envoyé 15,122 élèves.De plus, l\u2019Union a fondé en 1904 une Ecole de coopération agricole qui donne chaque année au personnel des coopératives un cours d\u2019hiver de six mois.L\u2019État allemand de son côté a institué une chaire de coopération à Halle, il a mis la coopération au programme de neuf universités; il fait enseigner la coopération dans les écoles élémentaires et d\u2019une manière beaucoup plus complète dans ses écoles d\u2019agriculture.Enfin, il a organisé des cours spéciaux de Coopération pour les professeurs d\u2019agriculture et d\u2019économie rurale.La Tchécoslovaquie a une Ecole de Coopération fondée en 1919, dont le cours dure un an.Des cours de coopération de 14 jours sont donnés dans tous les centres ruraux; l\u2019enseignement coopératif est aussi diffusé par correspondance, par la radio, par le cinéma, par une quinzaine de publications.En France, l\u2019Institut National Agronomique de Paris a fondé une chaire de coopération.Les Sociétés coopératives ont aussi organisé un enseignement scolaire et éducatif très efficace. 144 l\u2019action nationale Il est intéressant de savoir qu\u2019en Autriche on donne des cours de coopération dans les grands séminaires, dans les Ecoles normales et dans les écoles du soir.En Roumanie, 3,000 élèves ont passé dans des écoles de coopération.Un système de cours de 8 à 15 jours vulgarise aussi l\u2019enseignement coopératif.En Pologne, 76 cours de coopération d\u2019une durée de 8 jours, furent donnés à 1714 élèves, en 1929, sans compter les cours spéciaux offerts par les sociétés coopératives.En Finlande, 11 cours d\u2019un mois sur la coopération furent suivis en 1929 par 660 élèves.Le Boerenbond belge possède un magnifique système d\u2019enseignement coopératif: conférences (1,436 en 1929), cours abrégés, cours par correspondance, cinéma, publications, manuels, expositions.L\u2019Italie, la Bulgarie, la Grèce, l\u2019Esthonie, la Yougoslavie, les Etats-Unis, l\u2019Angleterre ont institué des écoles de coopération qui fonctionnent toute l\u2019année, ainsi qu\u2019un réseau de cours coopératifs très élaborés.La Suisse, la Norvège, la Suède, le Danemark, la Hollande, l\u2019Italie, la Bulgarie, l\u2019Autriche, la Nouvelle-Zélande, l\u2019Australie et beaucoup d\u2019autres pays des cinq continents ont organisé un système de cours abrégés, de durée variable, sur la coopération.* * * Au Congrès général de 1930, l\u2019U.C.C.demandait à l\u2019hon.Ministre de l\u2019Agriculture d\u2019organiser des LA COOPÉRATION AGRICOLE 145 cours abrégés pour former les dirigeants de nos organismes coopératifs locaux.Dès le mois de février 1931, le Ministère donnait suite à cette résolution en organisant des cours de coopération de trois jours à Oka et à Sainte-Anne de la Pocatière.Pourquoi ces cours ne furent-ils pas continués?Non seulement ils doivent être repris mais ne serait-il pas temps de fonder chez nous une Ecole de coopération ?L\u2019État est dans son rôle en organisant l\u2019enseignement coopératif tandis qu\u2019il gâte la sauce en essayant de contrôler les organismes coopératifs.La coopération ne serait-elle pas plus avancée chez nous si les sommes fabuleuses jetées dans notre chaos coopératif avaient été employées à promouvoir l\u2019éducation coopérative ?Albert RIOUX DEUX DES NÔTRES À L\u2019HONNEUR Deux des nôtres étaient à l\u2019honneur, le 9 mars, à la séance de couronnement du concours d'Action intellectuelle de l\u2019A.C.J.C., à la Palestre Nationale.MM.Esdras Minville, professeur à l\u2019Ecole des Hautes Études, président de la Ligue d\u2019Action nationale; et Harry Bernard, directeur du Courrier de Saint-Hyacinthe et de notre revue, se voyaient décerner chacun un prix d\u2019Action intellectuelle^ Le premier obtenait le prix d\u2019économie politique pour son étude si au point: La politique qu\u2019il nous faut; le second, le prix de littérature pour son dernier roman, Dolorès, ouvrage dont l\u2019action se déroule dans nos Laurentides québécoises.La soirée était sous la présidence d\u2019honneur du R.P.Louis Lalande, S.J., L\u2019hon.Maurice Dupré, solliciteur général du Canada, donna une causerie sur Nos problèmes. Portrait Samuel Genest Taillé en force, vigoureux, d\u2019apparence martiale, l\u2019oeil vif et franc, le front large, le nez légèrement busqué, un large sourire qui illumine tout le visage, la barbe et la moustache à la Napoléon III, des cheveux ondulés que l\u2019âge a saupoudrés de neige, le teint rosé, tel apparaît Samuel Genest.Au moral, c\u2019est un mur de pierre sur lequel s'assommèrent tous ceux qui vinrent y donner de la tête.Tous, sans exception: hommes d\u2019Etat ou d\u2019Eglise, avocats, compatriotes, concitoyens ou coreligionnaires, qui ont voulu se servir du prestige que leur donnaient le pouvoir ou la religion pour attaquer les droits scolaires de la minorité franco-ontarienne, tous y ont laissé de leur peau.Du moment, qu\u2019ils touchaient à Genest, ils sonnaient le fêlé, et plus ils avaient pris d\u2019élan, plus était large la fêlure.Chaque fois le bruit s\u2019en entendait dans toute la province et chaque fois l\u2019on se disait: \u201cEncore un autre qui a son passeport\u2019\u2019.\u201cQue voulez-vous faire avec un homme SAMUEL GENEST 147 comme cela?\u201d s\u2019écriait, découragé, un juge qui voulait faire avouer à M.Genest qu\u2019il avait payé les instituteurs des écoles bilingues d\u2019Ottawa, et cela malgré une injonction formelle: \u2018\u2018Dites donc oui ou non si vous les avez payés.\u201d Et M.Genest de répondre: \u2018\u2018Oui ou fy non.C\u2019était inutile.On ne prenait pas Samuel Genest au dépourvu.Jamais, même dans les circonstances les plus tragiques, même au moment où il avait le coeur le plus gonflé d\u2019émotion, jamais cet homme ne perdait sa présence d\u2019esprit, l\u2019usage de son jugement solide et son gros bon sens.Ses reparties étaient merveilleuses d'à-propos.Elles manquaient rarement leur cible.Cet homme impossible a merveilleusement servi les Franco-Ontariens.Indifférent au début aux questions de langue, porté par nature à prendre la vie par son bon côté, il mit quelque temps à se révéler.Un jour\u2014c\u2019était en 1912\u2014un Frère du Sacré-Coeur lui téléphone que l\u2019on était en train de hisser sur son école une inscription exclusivement anglaise, et il le charge de s\u2019occuper de cette affaire à la commission scolaire.Acquiescement de M.Genest.A l\u2019assemblée subséquente de la commission, M.Genest proteste énergiquement.\u2018\u2018Pourquoi faire tant 148 l\u2019action nationale de tapage pour si peu de chose?\u201d lui répond un commissaire du nom de G.-H.Sims.\u201cFaites-en votre deuil.D'ici deux ans, il ne s\u2019enseignera plus de français dans les écoles de la capitale.\u201d \u2014\u2018\u2018Nous verrons, répondit Genest.En tout cas, pour ce qui est de l\u2019inscription, la commission scolaire peut en penser ce qu\u2019elle veut, mais ce sont les citoyens qui vont la descendre.\u201d Genest était lancé et le règlement XVII pouvait venir.Le gouvernement aurait à qui parler.Le fameux règlement vint donc la même année, Genest l\u2019ignora; Vinjonction Mackell fut prise, Genest la contourna; tous les instituteurs furent disqualifiés, Genest les garda à son service; il reçut l\u2019ordre de ne pas les payer, il les paya quand même; les inspecteurs officiels s\u2019aventuraient-ils dans les écoles bilingues, les enfants en sortaient aussitôt; enfin, le jour où la police s\u2019empara de l\u2019école Guigues, ce furent les mères de familles elles-mêmes qui montèrent à l\u2019assaut et firent décamper les agents.Avec un chef comme Genest, qui pouvait reculer?Genest n\u2019aimait pas prendre les chemins de détour ni les petits sentiers bien ombragés.Il avait peur de s\u2019y égarer et de perdre avec lui ceux qu\u2019il avait mission de guider.Ceux qui SAMUEL GENEST 149 lui reprochent d\u2019avoir suivi la voie droite, celle qui mène le plus vite au but, ont pris des voies d\u2019évitement et, les pauvres, ils sont tellement perdus qu\u2019on désespère de jamais les retrouver.Le 28 février 1933, M.Genest a été fêté par ses compatriotes.Ce fut une apothéose.La veille, il avait passé en revue les enfants des écoles bilingues de la capitale.Ce fut empoignant.Après avoir été dix-huit ans président de la commission des écoles séparées d\u2019Ottawa, M.Genest s\u2019est retiré de la vie publique.Après avoir bataillé pendant tant d\u2019années pour les droits de la famille, de l\u2019école et de la langue, il a bien droit à quelque repos.De son vivant même, son nom est inscrit au tableau d'honneur de la race canadienne-française.* * * LA MONNAIE BILINGUE Nous n'aurons pas cette année la monnaie bilingue.Faisons en notre deuil.Cette question, pourtant, paraissait en voie de règlement.Il eût suffi d\u2019un petit coup d\u2019épaule, et le tout passait comme un filet d\u2019eau sous un pont.M.Bennett, en tant que l\u2019on sache, n\u2019eût rien fait pour paralyser la mesure.Le temps était bien choisi, s\u2019il le fut jamais, la députation canadienne-française comptant nombre de ses membres avec le gouvernement.Il a fallu que des préoccupations stupides de politique pour la politique fissent rater le coup. Science sociale Regard d'ensemble sur deux encycliques On ne saurait lire sans une émotion profonde, ni sans un vif sentiment d\u2019admiration dont plusieurs non-catholiques, tel le nouveau président des Etats-Unis, M.Roosevelt, n\u2019ont pu se défendre, on ne saurait lire sans une admiration très vive, l\u2019encyclique récente par laquelle Pie XI évoque, interprète et développe les enseignements d\u2019une autre encyclique mémorable, celle de Léon XIII sur \u201cla Condition des Ouvriers\u201d.Ecrits à quarante ans d\u2019intervalle, au milieu d\u2019événements et de tourmentes qui ont atteint et entamé jusque dans leurs bases les sociétés humaines, et à travers la cohue des écoles rivales et des systèmes les plus contradictoires, ces deux textes nous offrent un exemple merveilleux de la continuité de la pensée papale, en même temps que de sa marche éclairée, dans une matière qui intéresse au plus haut point le sort des peuples.Le génie puissant et illuminateur de Léon XIII avait formulé, avec une intelligence singulière des temps actuels, et une limpidité de concepts et de REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 151 langage incomparable, les grands principes sociaux de la philosophie chrétienne et de l\u2019Eglise, d\u2019où relève la solution d\u2019innombrables problèmes, de plus en plus graves, de l\u2019ère moderne.Sous la poussée de faits nouveaux, et en face d\u2019opinions spécieuses et de nécessités troublantes, Pie XI prend la plume à son tour, non pas certes pour trahir ou amoindrir les enseignements si fortement conçus et si nettement énoncés de son prédécesseur, mais plutôt pour les rappeler, pour les réaffirmer, et pour montrer comment, dans leurs conclusions logiques, ils s'appliquent et ils s\u2019adaptent très opportunément aux plus pressants besoins du jour.Etudiant, dans un parallèle trop bref et bien imparfait sans doute, les deux encycliques Rerum novarum et Quadragesimo anno, nous voudrions tenter de faire voir en quoi elles se ressemblent sans se confondre, en quoi elles se distinguent sans se contredire, et avec quelle autorité irréfragable de doctrine, d\u2019information et d\u2019actualité, toutes deux s\u2019offrent à l\u2019attention universelle du monde.I Un premier trait de parité entre ces deux lettres si remarquables, c\u2019est la sollicitude très vive, très avertie, dont elles font preuve, de la part des Chefs de l\u2019Eglise catholique, pour le bien social véritable et pour le pacifique progrès des peuples. 152 l\u2019action nationale Parlant de son précédesseur Léon XIII, Pie XI fait cette remarque (encyclique Quadragesimo): \u201cLongtemps, dans sa grande prudence, le Pontife (avant de donner une direction) médita devant Dieu; il fit venir pour les consulter les personnes les plus compétentes, il considéra le problème attentivement sous toutes ses faces, et enfin, obéissant à la conscience de sa charge apostolique, craignant, s\u2019il gardait le silence, de paraître avoir négligé son devoir, il décida d\u2019exercer le divin magistère qui lui était confié en adressant la parole à l\u2019Eglise du Christ et au genre humain tout entier.Alors, le 15 mai 1891, retentit la voix si longtemps attendue, voix que ni les difficultés n\u2019avaient effrayée, ni l\u2019âge affaiblie, mais qui, avec une vigoureuse hardiesse, orientait, sur le terrain social, l\u2019humanité dans des voies nouvelles\u201d.Pie XI ajoute, en décrivant les fruits de la pensée et de l\u2019intervention léoniennes: \u201cAinsi est apparue, sous les auspices et dans la lumière de l\u2019Encyclique de Léon XIII, une science sociale catholique, qui grandit et s\u2019enrichit chaque jour, grâce à l\u2019incessant labeur des hommes d\u2019élite que nous avons appelés des auxiliaires de l\u2019Eglise.Et cette science ne s\u2019enferme pas dans d\u2019obscurs travaux d\u2019école; elle se produit au grand jour et elle affronte la lutte, comme le prouve très bien l\u2019enseignement si utile et si apprécié, institué dans les Universités catholiques, les Académies et les Séminaires, comme le démontrent les REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 153 Congrès ou Semaines Sociales tenus tant de fois avec de si beaux résultats, les cercles d\u2019études, les excellentes publications de tout genre si opportunément répandues\u201d.Cette forme particulière de connaissances par laquelle s\u2019est développée et ajustée la philosophie sociale déjà existante, Pie XI, tout le long de sa lettre Quadragesimo anno, s\u2019applique avec non moins de zèle que Léon XIII, et en s\u2019appuyant sur les mêmes principes, à l\u2019illustrer et à la systématiser.* * Un second trait de parité entre les deux encycliques que nous comparons, c\u2019est la façon vigoureuse dont elles réclament, l\u2019une et l\u2019autre, le droit d\u2019intervention, absolu et imprescriptible, de l\u2019Eglise dans les questions sociales.Elles revendiquent ce droit, et en paroles, et en fait.Léon XIII avait dit que non seulement l\u2019Église, en intervenant dans les conflits sociaux, use \u201cde la plénitude de son pouvoir\u201d, mais que seule, elle leur apporte, par les principes évangéliques qu\u2019elle enseigne, par la loi de justice et de charité qu\u2019elle prêche, par les œuvres bienfaisantes qu\u2019elle fait surgir, une solution efficace.Pie XI reprend cette thèse avec une souveraine énergie.Il la soutient et la justifie par des considérations tirées des rapports qui régnent entre l\u2019ordre 154 l\u2019action nationale moral et l\u2019ordre économique, rapports nécessaires, et nécessairement gouvernés par la fin suprême à laquelle toutes les activités humaines doivent être assujetties.On sait quelle fière attitude ce Pape clairvoyant et jaloux des prérogatives de la puissance ecclésiastique n\u2019a pas hésité à prendre, en présence des prétentions exorbitantes d\u2019un nouveau César K II l\u2019a fait pour sauvegarder la juridiction essentielle de l\u2019Eglise et son autorité sur l\u2019Action catholique, et cette action, dans le langage du Pape, n\u2019est qu\u2019une forme spéciale de l\u2019immense travail religieux par lequel l\u2019Eglise, et tous ceux, ecclésiastiques et laïques, qui se dévouent sous ses ordres, s\u2019efforcent d\u2019atteindre les diverses classes et les divers éléments du corps social.* * * L\u2019un des pires dangers créés par les ennemis de l\u2019ordre, et qui menacent à l\u2019heure actuelle, de la façon la plus grave, les individus et les nations, c\u2019est l\u2019entreprise socialiste et les assauts de toute sorte qu\u2019elle livre à la propriété.Léon XIII et Pie XI se sont rendu compte de toute l\u2019étendue, de toute la profondeur du mal.Et dans leurs encycliques, tous deux jugent nécessaire d\u2019asseoir solidement sur ses bases ce droit de posséder que toutes les civilisations ont considéré 1 Voir sa lettre adressée à l\u2019Archevêque de Milan (26 avril 1931) en défense de l\u2019Action Catholique. REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 155 comme fondamental, que tous les codes civils distinguent du simple usufruit, et qui est issu de la loi naturelle elle-même.De même que la cause première, loin de supprimer les causes secondes, les suscite et leur confère une efficience véritable,2 ainsi le propriétaire souverain et universel qui est Dieu n\u2019anéantit pas, mais conserve, soutient, garantit, dans les créatures raisonnables, un droit de propriété très authentique, quoique soumis, dans son régime, aux prescriptions de l\u2019Autorité suprême et aux exigences supérieures de la société.Ce droit, Léon XIII l\u2019envisage d\u2019abord au point de vue de l\u2019individu, et il démontre, avec son habituelle précision et sa puissance de vue, que \u201cla propriété privée et personnelle est, pour l\u2019homme, de droit naturel\u201d.L\u2019homme doué de raison, sous le haut gouvernement divin, se fait en quelque sorte lui-même \u201csa providence et sa loi\u201d.Il imprime, en travaillant, sur la part des ressources qu\u2019il exploite, l\u2019empreinte propre de sa personne, le sceau de son individualité.Et ce travail, manuel ou intellectuel, d\u2019où résulte ainsi, selon le Pape, un droit \u201cstable, perpétuel, inviolable\u201d de posséder, constitue une condition d\u2019existence d\u2019autant plus louable et d\u2019autant plus féconde que, par une conséquence naturelle, immédiate ou médiate, les 2 Le sentiment contraire est l\u2019erreur grave qu\u2019on appelle en philosophie \u201coccasionalisme\u201d. 156 l\u2019action nationale intérêts de l\u2019individu-propriétaire se rattachent à l\u2019utilité sociale, domestique et civile.Le Souverain Pontife Pie XI ne raisonne pas autrement.Pour lui, comme pour Léon XIII, et comme pour saint Thomas d\u2019Aquin dont la doctrine préconisée par l\u2019Église fait loi,1 des raisons d\u2019ordre privé et individuel suffisent très sûrement pour légitimer, dans sa racine, le droit de posséder; mais ce pouvoir dont jouissent les individus ne doit pas, en réalité et dans son usage, se dissocier des avantages sans nombre qu\u2019il procure à la Communauté.Deux écueils, d\u2019après le Pape, sont à éviter.\u201cDe même que nier ou atténuer à l\u2019excès l\u2019aspect social et public du droit de propriété, c\u2019est verser dans l\u2019individualisme ou le côtoyer; de même à contester ou à voiler son aspect individuel, on tomberait infailliblement dans le collectivisme, ou tout au moins on risquerait d\u2019en partager l\u2019erreur.\u201d 2 * * * En sauvegardant le droit primordial de propriété qu\u2019elle sait d\u2019ailleurs contenir en de justes bornes, l\u2019Eglise ne vise pas, comme certains l\u2019en accusent, à favoriser une classe d\u2019hommes privilégiés.Son souci constant, dominant, est d\u2019assurer le bien 1\tSom.théol.II-II, Q.LXVI, art.2.2\tPie XI, encycl.Quadragesimo anno. REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 157 commun.Elle se préoccupe même, tout particulièrement, du sort des ouvriers et des prolétaires.Léon XIII n\u2019avait-il pas exprimé très nettement le désir que \u201cpar des lois sages, l\u2019on éveille et développe dans les masses populaires l\u2019esprit de propriété\u201d ?\u201cque l\u2019on stimule l\u2019industrieuse activité du peuple par la perspective d\u2019une participation à la possession du sol\u201d ?Pie XI revient sur cette pensée.Il reconnaît que, depuis la date où écrivait l\u2019auteur de l\u2019encyclique Rerum Novarum, \u201cla condition des ouvriers s\u2019est sensiblement améliorée\u201d.Toutefois, aux yeux de Sa Sainteté, un fait indéniable, et gros de conséquences, demeure: c\u2019est que, aujourd\u2019hui encore, l\u2019on constate et l\u2019on déplore, dans la distribution des biens de la terre, un manque manifeste de proportion; \u201cque les richesses créées, à notre époque d\u2019industrialisme, en si grande abondance, sont mal réparties\u201d; et qu\u2019il importe donc de venir en aide aux salariés, en leur facilitant, par des réformes opportunes et par la pratique de l\u2019épargne, l\u2019acquisition ou l\u2019accroissement d\u2019un patrimoine.Par où l\u2019on peut voir avec quel sens aigu des réalités et quel sympathique intérêt les Chefs de l\u2019Eglise, quel que soit leur nom, savent prendre en mains la cause des petits et des humbles, de ceux qui souffrent et de ceux qui peinent, et avec quelle ardeur généreuse ils travaillent, non à supprimer l\u2019inégalité des rangs et des conditions, mais 158 l\u2019action nationale à déterminer une coopération plus large, plus harmonieuse, des différentes catégories sociales, et à procurer une répartition plus équitable des ressources nécessaires à la subsistance et au bien-être de l\u2019humanité.Léon XIII et Pie XI se sont accordés pour verser dans leurs lettres tous les bienfaits d\u2019une même vision de foi et d\u2019une même doctrine de vérité, tout le baume des mêmes directions apaisantes et des mêmes vertus consolatrices.L.-A.PÂQUET, ptre (à suivre) TOUJOURS LE MÊME Le Droit d\u2019Ottawa raconte, en marge de la manifestation Genest, l\u2019incident suivant: \u201cSur la carte qu\u2019on lui avait remise, comme à tous les convives, M.Genest écrivit ce qui suit en réponse aux trois questions: Nom: Samuel-M.Genest Adresse: 252, rue Wilbrod, Ottawa.Représentant : La famille et la race.Tout l\u2019homme est là.M.Genest a vieilli, il n\u2019est plus mêlé à la lutte active, mais il reste quand même et toujours, dans son coeur, le défenseur des siens.\u201d Jeunesse et Formation nationale A la demande expresse d\u2019un éducateur éminent, nous reproduisons ici ce passage du discours prononcé par l\u2019abbé Groulx au vingt-cinquième anniversaire de Y Action Catholique de Québec, sur le sujet suivant: \u201cVingt-cinq ans d\u2019éducation politique et nationale\u201d: \u201cLes Canadiens français, même ceux de la classe instru'te, savent-ils exactement ce qu\u2019ils doivent, dans l\u2019ordre national, à la patrie canadienne et ce qu\u2019ils doivent à leur nationalité ?Connaissent-ils d\u2019une connaissance claire le statut juridique et politique de leur nationalité en ce pays, le fondement précis de son droit de vivre et de vivre en toute liberté et plénitude ?Pour ma part, vous avouerai-je mon invariable étonnement quand, en face d\u2019étudiants animés parfois d\u2019une belle ardeur patriotique et que, me risquant à leur poser cette simple question: \u2014\u201cVous revendiquez dans ce pays l\u2019égalité des races, égalité de droits avec les Anglo-Canadiens devant la constitution?Sur quoi fondez-vous votre prétention?\u201d \u2014 vous avouerai-je, ai-je dit, combien m\u2019étonne la faiblesse des réponses qui me reviennent, quand cette réponse n\u2019est pas un simple ahurissement!.\u201c.Le jeune Canadien français ne devrait pas ignorer qu\u2019un devoir national existe pour lui, non pas un devoir plus ou moins vague, plus ou moins intermittent, mais un devoir réel, positif, un devoir de tous les jours, l\u2019un des plus nobles que nous ayons à remplir ici-bas.\u201d \u201cIl ne devrait pas ignorer que ce devoir envers la nationalité, pour ne pas le lier par des liens juridiques comme ceux qui le lient envers l\u2019État, mais plutôt par les liens de la vertu de cha- 160 l\u2019action nationale rité ou de piété, n\u2019en est pas moins un devoir contraignant, contraignant pour tous, et non seulement pour une catégorie de bons originaux qu\u2019on appelle dédaigneusement des patriotes.\u201d \u201cIl ne devrait pas ignorer non plus, que si le milieu social lie envers soi dans la mesure de sa contribution au perfectionnement humain, et que, s\u2019il existe chez nous une hiérarchie de devoirs nationaux, le jeune Canadien français ne saurait négliger ses devoirs envers sa nationalité, sous prétexte de réserver le meilleur de soi-même à l\u2019Etat canadien ou à la patrie canadienne.\u201d \u201cIl ne devrait pas ignorer, enfin, ses raisons décisives et profondes de rester de sa culture et de sa nationalité.Et cela veut dire qu\u2019il ne devrait pas ignorer ce qu\u2019il doit à son milieu culturel canadien-français, les valeurs de civilisation mises à son service par l\u2019apport de ce même milieu: apport historique, social, intellectuel, moral, religieux.Et lorsque, par exemple, comparant son milieu culturel au milieu anglo-canadien, le jeune Canadien français pèserait les ressources de l\u2019un et de l'autre pour le perfectionnement de la personnalité humaine, pour l\u2019essor d\u2019une société civilisée, la conclusion de son enquête devrait être de nature à le protéger efficacement contre tout péril, toute tentation de reniement national.\u201d Quoi de plus légitime, ce nous semble, et de plus urgent, que ce très simple programme d\u2019éducation nationale! Sans vouloir jeter des pierres à gauche et à droite \u2014 vain jeu qui n\u2019avance à rien \u2014- n\u2019est-il pas inouï que si peu de nos jeunes gens des grandes écoles connaissent l\u2019existence d\u2019un devoir national positif, strict, soient en état d\u2019en définir le fondement moral; pis que cela: soient impuissants à justifier, par d\u2019autres raisons que de vagues raisons JEUNESSE ET FORMATION NATIONALE 161 sentimentales, leur adhésion consciente ou leur allégeance à la culture de leur race, à leur nationalité française ?Et ce déficit de notre éducation nationale n\u2019expliquerait-il point l\u2019alarmant état d\u2019âme de la nationalité dans les heures que nous vivons ?Depuis cent ans ou presque, depuis la crise de fléchissement qui suivit l\u2019Union des Canadas, avait-on jamais vu les défaitistes relever la tête aussi insolemment, s\u2019afficher avec autant d\u2019impudence à des tribunes ou en des journaux où l\u2019on s\u2019étonne d\u2019apercevoir leur visage ?Lequel de nos éducateurs va mettre au programme des prochains congrès d\u2019enseignement ce sujet qui prime de haut toutes les questions de pédagogie, \u2014 sans excepter l\u2019enseignement de l\u2019anglais! \u2014 la formation nationale de la jeunesse3 Étienne ROBIN LA LIVRAISON DE JANVIER Ceux de nos amis qui désireraient avoir au complet la collection de VAction nationale et qui n\u2019ont pas envoyé encore le prix de leur abonnement, sont priés de le faire sans délai.Il ne reste déjà plus qu\u2019un nombre limité de la livraison de janvier et les premiers arrivés seront nécessairement les premiers servis.Nous prions fortement ceux qui désirent recevoir la revue, et ont toujours remis à plus tard, de ne plus différer. Chez les Franco-Américains.Que sera l\u2019avenir?Le problème franco-américain est une réalité.Il intéresse aujourd\u2019hui, dans les Etats de la Nouvelle Angleterre, plus d\u2019un million d\u2019âmes.Quel est donc l\u2019avenir de ce rameau de la grande famille française?Quelle place doit-il occuper au milieu des autres groupes de même origine?Quelles sont ses chances de développement et de conservation et quels résultats sommes-nous en droit d\u2019attendre de lui?Autant de considérations qui préoccupent les apôtres de notre survivance religieuse et sociale sur ce vaste continent.I Disons-le sans réserve et avec la plus entière confiance, la race française n\u2019est pas à la veille de disparaître de ce continent.Les positions qu\u2019elle a conquises partout, ses états de services envers l\u2019Eglise et la civilisation du Nouveau-Monde, lui ont assuré la survie.Chaque génération cependant apporte ses problèmes particuliers.De leur solution et adaptation pratique dépendent le recul ou l\u2019avancement de notre culture, mais non point sa disparition.Chose aussi insensée qu\u2019impossible. QUE SERA L\u2019AVENIR?163 Les Franco-Américains ont atteint \u201cun tournant de leur histoire\u201d.La première étape, celle de l\u2019organisation, étant terminée, ils sont à vivre celle de leur orientation dans les différents domaines de la vie américaine.L\u2019émigration du Québec est à peu près arrêtée.Les Francos doivent se suffire à eux-mêmes quant au facteur nombre.Ceux qui sont nés au Canada français constituent peut-être encore la majorité, mais la présente génération marque à peu près la fin de cette provenance.Forcément, sous la poussée des événements, les liens qui attachaient nos pères au sol du Québec iront s\u2019atténuant, à mesure que les générations nouvelles surgiront.Pour les petits-fils des émigrés du Québec, l\u2019ancienne mère-patrie n\u2019aura plus le même attrait.Une seule patrie existe pour eux, les États-Unis.Rien dans les domaines économique, industriel et politique ne leur est commun avec leurs frères du Québec.Partie intégrante d\u2019une nouvelle nation, ils ont à cœur de n\u2019être inférieurs à aucun de leurs concitoyens de culture différente.De tous les groupes ethniques qui entrent dans la composition de la nation américaine, les Franco-Américains sont peut-être, avec les Polonais, ceux qui ont conservé le plus jalousement leurs attaches ancestrales.C\u2019est ce qui constitue leur force.Cependant, une tendance très accentuée veut faire disparaître ces particularités.On parle d\u2019Améri- 164 l\u2019action nationale cains tout court.Dans leurs relations officielles, naturellement, les nôtres font abstraction de leur origine et ils rencontrent leurs concitoyens sur un terrain commun.Quoique respectant les aspirations de tous ses nationaux, la République américaine, de par sa constitution, n\u2019est pas un pays bilingue.De culture anglo-saxonne, elle travaille à la formation de son génie et d\u2019une civilisation qu\u2019elle appellera américaine, laquelle sera une synthèse pratique de tout ce que lui auront donné les races qui la constituent.Tout ce qui est franco-américain existe donc en marge de la vie américaine.C\u2019est un édifice superposé, quelque chose de plus et qui, tout en ayant droit de vie, n\u2019entre pas dans le souci de la culture américaine.Il faut bien comprendre ce status pour apprécier les efforts qui rendent possible, malgré tout, l\u2019expansion franco-américaine au sein de la patrie américaine.* * * Un rapide coup d\u2019œil nous fait voir ce que les Franco-Américains ont accompli en Nouvelle-Angleterre depuis 1860.Les florissantes paroisses avec leurs écoles militantes, les institutions de charité et de bienfaisance, les maisons d\u2019enseignement supérieur, classique et commercial, les entreprises bancaires et fiduciaires, les sociétés mutuelles, les entreprises civiques, sociales, philanthro- QUE SERA L\u2019AVENIR ?165 piques, littéraires, politiques, musicales et artistiques à étiquette franco-américaine, sont là pour attester le travail incessant, l\u2019effort soutenu et le succès couronné.Si ces oeuvres demandent à se multiplier, ne devons-nous pas y voir la preuve d\u2019une vitalité indiscutable ?C\u2019est toujours une révélation pour nos frères du Québec, lorsqu\u2019ils leur est donné de visiter nos groupes, de prendre contact avec ces centres d\u2019action franco-américaine.Le fait est là.Nous avons aux États-Unis construit des forteresses enviables et, à ce titre, nous n\u2019avons pas démérité de notre ancienne mère-patrie, le Québec.Notre devise dans le passé était Tene quod habes.Aujourd\u2019hui, elle s\u2019est enrichie d\u2019une nouvelle impulsion: Duc in altum.Soumis à la loi primordiale de conservation, il nous semble que toute action suppose le progrès; et c\u2019est à la recherche de nouvelles conquêtes que sont orientés les esprits de l\u2019élite franco-américaine.Cette dernière étape de construction a été surtout l\u2019œuvre de nos prêtres, courageux pionniers, et de leurs apostoliques continuateurs.Sans la présence du prêtre et de la religieuse héroïque, venus du Québec, nos œuvres n\u2019auraient jamais vu le jour.Ici, comme au Canada, nous savons faire la large part qui revient à l\u2019action évangélisatrice de l\u2019Eglise.L\u2019influence de notre clergé doit se maintenir et s\u2019accentuer même.C\u2019est notre espé- 166 l\u2019action nationale rance que la Providence, qui a permis notre épanouissement, veillera toujours à l\u2019expansion et à l\u2019augmentation de notre clergé franco-américain.Ce fut le vœu préconisé justement par Mgr Louis de Goesbriand, premier évêque de Burlington, dès 1853; les Canadiens ont besoin des missionnaires de leur nation.Ce même besoin existe toujours.Le pape Benoît XV reconnaissait le bien-fondé de cette exigence, lorsqu\u2019il écrivait dans son encyclique Maximum illud: \u201cL\u2019Eglise de Dieu est catholique; elle n\u2019est étrangère chez aucune nation: et c\u2019est pourquoi il est naturel que de chaque peuple sortent des ministres sacrés, en qui leurs compatriotes reconnaissent des maîtres pour leur enseigner la loi divine, des guides pour les conduire dans la voie du salut\u201d.Car \u2018\u2018le prêtre indigène par sa naissance, sa mentalité, ses sentiments, son idéal, ne fait qu\u2019un avec ses compatriotes\u201d.Avec des évêques de la trempe de Mgr Peterson, le nouveau chef spirituel du diocèse de Manchester, les nôtres ont raison d\u2019entretenir les plus solides espérances pour le développement de leurs œuvres.Tout récemment, le nouvel évêque, pour souligner l\u2019importance de la conservation du caractère et des mœurs propres à une nationalité, comparait la Foi à un liquide précieux déposé dans un vase dont l\u2019enveloppe ou les parois sont précisément ce caractère et ces mœurs.Que l\u2019on brise l\u2019enveloppe, QUE SERA L'AVENIR?167 et l\u2019on risque de perdre le précieux contenu qu\u2019est la Foi.* * Il se produit actuellement un réveil magnifique chez tous les groupes d'origine française.L\u2019apparition de la militante revue l\u2019Action nationale n\u2019en est-elle pas une manifestation éclatante?Il existe chez les nôtres une détermination arrêtée de conserver les facteurs de culture que la Providence nous a donnés pour accomplir notre mission religieuse et sociale.Le clergé a, sans doute, une lourde tâche à accomplir en face des problèmes sociaux que fait surgir notre civilisation moderne.Par suite des revirements économiques que nous subissons, un nouvel esprit va s\u2019emparer des peuples.Les grands problèmes de la morale, de la vie familiale, de la natalité devront être adaptés sans compromission aux nouvelles conditions.Nos traditions séculaires vont subir le choc de la vague de matérialisme qui cherche à étouffer les aspirations les plus sacrées.Déjà ne faut-il pas noter une baisse sensible dans la natalité et une certaine émancipation chez les jeunes ?Les conditions de la vie familiale, par la vulgarisation de la radio, de l\u2019instruction si répandue, de la relâche dans les mœurs, vont subir quelque transformation, voir un certain fléchissement.Il importe de voir venir cette adaption ou transformation. 168 l\u2019action nationale Jusqu\u2019ici le clergé suffisait ou presque à guider et à protéger nos destinées.Aujourd\u2019hui, seul, il lui est impossible de suffire à la tâche.Les infiltrations sont trop nombreuses et échappent trop à nos prises.Il faut que le laïc franco-américain lui-même descende dans l\u2019arène où se disputent ses intérêts, et là, à l\u2019aide de son action sociale catholique, il doit prendre sa part de responsabilité, contribuer à l\u2019œuvre commune d\u2019orientation religieuse et sociale, pour lui-même, sa famille et ses compatriotes.Plusieurs problèmes d\u2019économie sociale, de langue, de mœurs et de vie chrétienne sont plus ou moins soustraits à l\u2019action de nos prêtres.Leur solution dépend, pour une large part, de l\u2019initiative laïque, laquelle doit agir toujours avec mesure, prudence et modération.Cette situation n\u2019a rien d\u2019étrange.Parce que c\u2019est son existence à lui qu\u2019il vit, le Franco-Américain est libre de veiller sur ce qui fait son bonheur ou de le négliger.Cet apostolat laïque n\u2019a d\u2019autre but, dans la pensée de Pie XI, que de contribuer à l\u2019apostolat de l\u2019Eglise: \u201cRien n\u2019est plus traditionnel que de voir les pasteurs de l\u2019Eglise, absorbés par de si grandes occupations et sollicitudes du ministère épiscopal, aidés avec empressement par des laïques, qui, grâce à leur condition même, peuvent accomplir parfois ce que les ministres sacrés, même s\u2019ils le voulaient, ne pourraient pas faire\u2019\u2019. QUE SERA L\u2019AVENIR?169 Mgr Paquet résume ainsi cet apostolat: \u201cLa coopération laïque à l\u2019action de l\u2019Eglise peut prendre une triple forme et remplir un triple apostolat : V apostolat de la science et des lettres, l\u2019apostolat de la chartiê et de la vertu, l\u2019apos tola t de la parole et de V action publiq ue.\u201d Voilà donc la situation qui se pose pour les Franco-Américains à l\u2019heure présente.Ils possèdent des œuvres et des institutions, dont ils ne veulent ni diminuer, ni exagérer la valeur; mais ils ont aussi conscience des devoirs qu\u2019ils doivent remplir pour protéger et perfectionner ces fondations.Solidement affermis dans leurs convictions, ils ont à cœur de bien remplir leur mission religieuse et civique.Mais ils ne peuvent oublier l\u2019importance pour eux de conserver leurs particularités culturelles, qui se résument dans le maintien de leur langue maternelle.Ils sont citoyens de la grande république qui les protège; mais ils ne renoncent pas à l\u2019essence même de leur âme qui doit demeurer française.En harmonie avec leurs chefs spirituels, ils veulent intensifier tous les aspects de leur culture à l\u2019aide d\u2019une variété d\u2019entreprises que viennent seconder l\u2019usage de la radio, l\u2019influence de la presse et l\u2019action sociale.Il n\u2019est pas possible d\u2019énumérer même la liste de ces louables entreprises qui se poursuivent dans nos divers centres.Il suffit d\u2019en 170 l\u2019action nationale noter l\u2019existence pour conclure que les Franco-Américains, malgré les obstacles qui peuvent limiter leur expansion, accusent une vitalité robuste.Nous sommes chez nous aux États-Unis.Comme le rappelait jadis l\u2019abbé Groulx, il n\u2019est pas un de vos fleuves peut-être qui ne vous rende une rumeur française; et la voix de l\u2019histoire fait retentir jusque sous le Capitole de Washington la statue d\u2019un héros de votre race.Nous y avons donc deux fois droit de cité.C\u2019est parce que notre histoire nous enseigne de si fortes leçons de fierté que notre traditionalisme, qui est avant tout apostolique, nous permet de continuer avec tant de sincérité les geste de nos devanciers.Nos œuvres existent.Nous en prenons soin.Cependant, nous n\u2019avons pas la témérité de prétendre qu\u2019elles sont complètes et suffisantes.Si le problème de notre enseignement primaire est à peu près satisfaisant; si nos quelques maisons d\u2019enseignement secondaire contribuent vaillamment à la formation de notre élite, l\u2019objectif n\u2019est pas encore atteint.Notre élite intellectuelle augmente constamment.Chaque année, dans le domaine de la vie publique, nous voyons les nôtres gravir quelques degrés capitolins.Nos juges, magistrats, fonctionnaires, artistes, professionnels, nous font honneur.Partout où notre nombre s\u2019accuse, on ne peut plus QUE SERA L\u2019AVENIR?171 ignorer notre participation à la vie du pays.Ne notons-nous pas encore un niveau d\u2019intellectua-lité plus élevé même chez notre classe moyenne ?Le nombre de nos lecteurs sérieux augmente.Notre culte pour les choses de la pensée s\u2019accentue.Ne sont-ce pas là des symptômes encourageants?Un certain snobisme, nous le savons, ne laisse pas de s\u2019afficher.Quel peuple ne connaît pas ses défaites ?La chose est inévitable.Mais la presque totalité des compatriotes, où qu\u2019ils soient, se souviennent qu\u2019ils doivent leur valeur à leur double culture.Et, par exemple, depuis quelques années, l\u2019on sent une forte tendance à décourager toutes les formes d\u2019unions mixtes, si préjudiciables aux intérêts de la grande famille franco-américaine.Ce n\u2019est donc pas trop de dire qu\u2019en général les Franco-Américains se portent bien.Leur vie, loin de fléchir, est favorisée par une variété d\u2019initiatives qui facilitent le progrès.Dans les hautes sphères de l\u2019enseignement universitaire, il nous faut puiser dans les instituts de langue anglaise.Mais la formation première est telle que nos étudiants conservent loyalement les sentiments qui les rendent utiles à leurs frères.Est-il bien éloigné le jour où nous posséderons, au moins, notre université franco-américaine ?Nous avons dit que les Franco-Américains doivent se suffire à eux-mêmes.Oui, pour ce qui concerne leur nombre.Dans le domaine intellectuel, 172 l\u2019action nationale ils n\u2019ont aucunement la prétention de répudier le secours de leurs frères du Québec.Etant donnée la jeunesse de nos institutions, il serait ridicule de prétendre que nous constituons un groupement adulte.La plupart de nos chefs actuels ont été formés sur le sol même de la vieille province.Dans le domaine de la pensée française, il nous faut donc nous alimenter à la source même de notre culture.C\u2019est ainsi que s\u2019accuse le besoin de liens vigoureux avec nos frères du Québec.De même que la France est la source du génie où doit s\u2019abreuver toute âme française, de même parce que nous sommes de descendance canadienne-française, est-ce du Québec que nous viennent les plus fortes impulsions nécessaires à l\u2019œuvre de notre survivance.C\u2019est là que nous sentons vibrer dans toute sa plénitude notre âme canadienne-française, que se fortifient nos traditions et nos mœurs.Ces précieux échanges de service produisent de magnifiques résultats et nous comptons les maintenir jalousement.Mgr Camille Roy écrivait récemment dans son ouvrage \u201cRegards sur les lettres\u201d: Nous sommes de race française.Et nous n\u2019y pouvons rien.Et notre âme, en son fond, porte des traditions spirituelles, des manières de concevoir et de s\u2019exprimer, des exigences séculaires d'éducation ou de formation qu\u2019on ne peut pas radicalement changer.C\u2019est donc dans cet QUE SERA L'AVENIR?173 esprit de solidarité et de conservation que les Franco-Américains croient indispensables ces contacts avec leurs frères du Québec.Après tout, une simple ligne géométrique ne peut effacer les aspirations communes d\u2019une même collectivité.L\u2019isolement et l\u2019exclusivisme sont toujours nuisibles.Il faut au contraire multiplier les contacts, les rapprochements qui nous aident à nous mieux connaître les uns les autres.On a déjà constaté d\u2019une façon très consolante les résultats de la radio qui nous apporte dans nos foyers la voix de nos frères et nous fait participer à leurs joies comme à leurs douleurs.Que cette voix nous arrive du pays d\u2019Evangéline où travaillent si vaillamment nos frères d\u2019Acadie, qu\u2019elle traverse les immensités des provinces minoritaires où luttent avec tant de courage nos frères de là-bas, qu\u2019elle soit la voix toujours écoutée et encourageante du Québec, c\u2019est toujours la parole d\u2019un frère s\u2019adressant à des frères, tous épris du même sublime idéal.Canadiens, Acadiens ou Américains, tous religieusement attachés à notre patrie, le Canada ou les États-Unis, nous avons intérêt à nous mieux connaître pour nous mieux aimer dans la pleine lumière d\u2019une charité fraternelle.De ces précieuses relations dépend notre zèle à défendre le double héritage de nos pères: notre Foi et notre langue.Augustin MARTIN L'action catholique Après vinst-cinq années de journalisme catholique (Deuxième partie) Au surplus, cette indépendance du journaliste est-elle ce qu\u2019elle devrait être en face des puissances d\u2019argent et de l\u2019opinion publique ?Vous connaissez ce passage du Père Sertillanges: \u201cLes journalistes les plus indépendants sont, à de très rares exceptions près, les esclaves du bureau de rédaction, qui est l\u2019esclave du directeur, qui est l\u2019esclave du patron ou de l\u2019actionnaire.\u201cJe crois à la liberté du bailleur de fonds; je crois à la liberté du brasseur d\u2019affaires ou du marchand de papier qui a fondé le journal; je crois à la liberté relative du ministre ou du syndicat qui mène tout; mais toi, pauvre rédacteur quotidien, brise ta plume, si tu as l\u2019esprit fier et le cœur libre! Ce qu\u2019on veut de toi, ce n\u2019est pas ta pensée ni ton cœur: c\u2019est l\u2019acier de ta plume et le venin de ton encrier.Il te faudra blâmer ce que tu aimes et approuver ce que tu condamnes; pratiquer l\u2019éloge tarifé ou le silence qui est d\u2019or; fabriquer des mensonges pour qui paye, au lieu de la vérité qui ne VINGT-CINQ ANNÉES DE JOURNALISME 175 rapporte rien; louer les gouvernants pour leurs vices et les flétrir pour leurs vertus; faire de l\u2019opposition quand même, si tu es d\u2019un journal opposant; faire de l\u2019apologie quand même, si tu es d\u2019un journal officieux.On lira ton travail par-dessus ton épaule, et l\u2019on te dira: ceci est trop fort, ceci est trop faible; ceci plairait à qui de droit, mais ce passage-là peut nous nuire.\u2014 Mais c\u2019est la vérité \u2014Que t\u2019importe! Marche, esclave! Le programme est tracé: à toi de suivre!\u201d Le journaliste catholique a besoin de son indépendance pour prendre toujours la défense de la vérité, de la vertu, de la religion.\u201cChaque pays, disait Léon XIII, devrait avoir ses propres journaux voués à la défense de l\u2019autel et du foyer, selon le jugement de l\u2019autorité religieuse et en accord avec toutes ses volontés\u201d.Mais pour accomplir cette noble tâche, les rédacteurs de journaux ne peuvent admettre le paradoxe forgé par quelques-uns d\u2019entre eux: \u201cUn journal est fait non par ses rédacteurs, mais par ses abonnés\u201d.On jette la sonde dans les grandes eaux; peu importe que la boue du chemin éclabousse.Il ne faut pas déplaire à la clientèle.Souvent \u201cil y a un homme qui tient la plume mais cent mille font la dictée faite de ce qu\u2019il y a de pire dans les coeurs, dans les imaginations, dans les intelligences\u201d.Les vingt-cinq années de Y Action Catholique! M.Orner Héroux disait l\u2019autre jour dans Le Devoir 176 l\u2019action nationale (27 janvier 1933): \u201cOn est étonné quand on y réfléchit, quand les circonstances surtout obligent à feuilleter la collection d\u2019un journal, de ce qui se passe dans une feuille quotidienne, de ce qu\u2019elle jette de graines qui vont germer à droite et à gauche\u201d.C\u2019est ce que nous venons de constater en recherchant comment Y Action Catholique s\u2019est acquittée du mandat qu\u2019on lui avait confié.L\u2019œil dirigé sur le phare du Vatican, elle a fait écho à tous les enseignements du Pape, qu\u2019il s\u2019appelât Léon XIII ou Benoît XV, Pie X ou Pie XI.L\u2019article fondamental du programme de la presse catholique, c\u2019est \u201creplacer Jésus-Christ dans la famille, dans l\u2019école, dans la société\u201d.Pie XI veut que l\u2019on appelle les titres authentiques qoi établissent la royauté du Christ; et il le faut pour réagir contre les ravages du laïcisme qu\u2019il appelle \u201cla peste de notre temps\u201d.Mais que d\u2019articles ont été publiés pour accroître chez notre peuple l\u2019activité intellectuelle, la vie morale et sociale! Du bref déjà cité de Pie X à l\u2019Archevêque de Québec, rappelons ce passage: \u201cPour les catholiques de votre diocèse, désireux de développer l\u2019action sociale catholique, ce journal-là seul pourra être utile, qui, selon le programme très sage que vous avez tracé, défendra la foi catholique et la soutiendra dans ses manifestations\u201d.On a su faire écho à la parole du Pape, soutenir ses directions, justifier ses attitudes.Ce n\u2019est pas VINGT-CINQ ANNÉES DE JOURNALISME 177 de VAction Catholique qu\u2019on pourrait dire ce que Pie X écrivait à l\u2019abbé Ciceri: \u201cComment peut-on approuver certains journaux qui se cachent sous l\u2019étiquette de catholiques, parce que, quelquefois, ils relatent les audiences pontificales et reproduisent les notes vaticanes, alors que non seulement ils ne disent jamais un mot de la liberté et de l\u2019indépendance de l\u2019Eglise, mais feignent ce ne pas s\u2019apercevoir de la guerre qui lui est faite; des journaux qui non seulement ne combattent pas les erreurs fatales à la société mais apportent leur contribution au désordre des idées et des maximes contraires à l\u2019orthodoxie, qui prodiguent l\u2019encens aux idoles du jour, louent des livres, des hommes et des entreprises fatales à la religion\u201d.Combien de tâches morales accomplies pendant ce quart de siècle! La loi de l\u2019Evangile fléchit.Les évêques ont jeté le cri d\u2019alarme en écrivant leur lettre pastorale sur le fléchissement de la moralité et le naturalisme de la vie.La sanctification du dimanche est en butte à un double assaut: celui du plaisir déréglé qui éloigne des offices paroissiaux un nombre croissant de fidèles, et l\u2019appât du gain effréné, qui tendait avant la crise à séculariser le jour consacré à Dieu.Dans le domaine national, VAction Catholique a rendu des services signalés, en rappelant tout simplement la doctrine du Christ.\u201cLe Fils de Dieu fait homme\u201d, dit Bossuet, \u201ca non seulement ac- 178 l\u2019action nationale compli tous les devoirs qu\u2019exige d\u2019un homme la société humaine, charitable envers tous et sauveur de tous; et ceux d\u2019un bon fils envers ses parents à qui il était soumis; mais ceux d\u2019un bon citoyen\u201d.L\u2019Action Catholique a contribué à développer chez nous l\u2019amour intelligent et actif de la petite comme de la grande patrie canadienne.Elle était convaincue avec Pie X que \u201cc\u2019est la religion qui garantit l\u2019ordre et la prospérité de la société civile et que les intérêts de l\u2019une et de l\u2019autre sont inséparables\u201d, et que cette patrie seule peut nous inspirer des sentiments de vénération et d\u2019amour qui, unie en sainte alliance avec l\u2019Eglise et dans son action, poursuit le vrai bien de l\u2019humanité\u201d.Elle a défendu la langue française.C\u2019est une des deux langues officielles dans tout le Canada.C\u2019est la langue que parlent nos parents, nos amis, nos concitoyens de l\u2019Acadie martyre, comme du Manitoba blessé, de l\u2019Ontario qui lutte comme de l\u2019Ouest aux vastes horizons qui espère toujours.Quelle activité n\u2019a-t-elle pas déployée pour la défense de cette langue qui a des droits acquis dans toute la confédération ?A bon droit, elle voulait et veut la conserver.C\u2019est le véhicule pour répandre les idées catholiques qui sont l\u2019expression et le prolongement glorieux de notre personnalité.Redresser des griefs ne crée pas nécessairement d\u2019inimitié entre les citoyens.Savez-vous pourquoi VINGT-CINQ ANNÉES DE JOURNALISME 179 nous avons des griefs dans cette terre de liberté?Parce que nous avons des catholiques faibles qui ne regardent pas assez à hauteur d\u2019hommes, qui ont peur d\u2019appeler leurs âmes, leurs propres âmes.Dans notre vaste pays, allez de l\u2019Atlantique au Pacifique, des régions glacées du Nord au 45e degré, en règle générale, quelle sorte d\u2019homme allez-vous rencontrer ?Généralement, vous rencontrerez un homme à l\u2019esprit large, au cœur généreux, un ami de la justice et du droit, vraiment ennemi de l\u2019injustice partout où elle se trouve.Parlez-lui d\u2019injustice avec dignité et fermeté.Que vous répondra-t-il ?Vos pères ont versé leurs sueurs et même leur sang pour fonder ce pays.Si vous avez des griefs, c\u2019est de votre faute.Vous n\u2019avez pas le courage de faire connaître vos griefs et de les faire redresser.De quel côté se trouve la raison ?En fondant Y Action Sociale Catholique, que voulait Mgr l\u2019Archevêque de Québec, celui qui fut le collaborateur intime du Cardinal Bégin, celui qui devait être un jour son coadjuteur et son successeur, Mgr Paul-Eugène Roy, nous l\u2019a souvent répété: \u201cArracher au socialisme qui les entame nos associations de toutes natures et les mettre à l\u2019abri sous l\u2019influence salutaire des principes chrétiens.Nous voulons donner à cette grosse question sociale la seule solution qui soit bonne.Car il est incontestable, dit Léon XIII (Graves de communi) que la question sociale est avant tout une question 180 l\u2019action nationale morale et religieuse et qu\u2019elle doit être tranchée surtout d\u2019après les règles de la morale et le jugement de la religion\u201d.La question ouvrière, à l\u2019heure présente, se pose encore devant nous comme une menace, comme un péril permanent.Il faut la résoudre.Qui plus que nos journaux catholiques prêche les encycliques \u201cRerum Novarum\u201d et \u2018\u2018Quadragesimo anno\u201d ?Laisserons-nous ces enfants (car le peuple est un enfant sublime ou égoïste), laisserons-nous ces ouvriers, flattés dans leurs passions ou leur orgueil, consommer la ruine de la patrie et du monde, ou bien, puisant des forces invincibles au cœur de Jésus Ouvrier, ferons-nous un effort pour sauver le peuple et hâter le règne de Dieu dans l\u2019atelier qui s\u2019ouvrira régénéré?Telle est la question, il faut agir! On le comprenait ainsi à VAction Catholique.Aux doctrines subversives, on oppose les leçons de l\u2019Evangile; au matérialisme, les notions du sacrifice; à l\u2019esprit cosmopolite, l\u2019idée de patrie; à la négation athée, l\u2019affirmation catholique.L\u2019Action Catholique a été une force intellectuelle crainte par les uns, célébrée par les autres.Je n\u2019en veux d\u2019autre preuve que la parole du vieux parlementaire cité par M.Orner Héroux: \u2018\u2018Vous ne savez jamais ce que vous avez empêché, combien de choses n\u2019ont pas été faites ou dites, parce que vous étiez là, parce qu\u2019on redoutait vos protestations\u201d. VINGT-CINQ ANNÉES DE JOURNALISME 181 Elle a été une puissance sociale qui a grandement contribué à la culture des âmes: on a mieux compris que l\u2019homme n\u2019est pas fait pour vivre seul.Sa vie intellectuelle et morale ne peut s\u2019arrêter à l\u2019individu.La loi de son développement le porte à associer sa vie à celle de ses semblables.C\u2019est d\u2019abord au sein de la famille que se manifestent ses instincts sociaux, puis ils s\u2019épanouissent dans les groupements institués autour d\u2019elle, surtout dans la société nationale; ils aspirent enfin à former la vie universelle par l\u2019union et la fraternité des peuples.Nous ne voulons pas tout de même soutenir que Y Action Catholique a joui du privilège de l\u2019infaillibilité.Elle fut entre les mains de l\u2019Action Sociale Catholique un instrument de propagande des idées et des œuvres; elle a excité bien des énergies sociales.Son influence a grandi dans la mesure où elle s\u2019est appliquée à se rapprocher des directions de l\u2019Eglise, à épouser toute sa pensée, à favoriser toutes ses œuvres.C\u2019est de bon cœur que nous félicitons tous ceux qui ont développé ce journal catholique.Les directeurs ont su par leur clairvoyance et leur tact exposer généralement la vérité sans l\u2019outrer; ils ont connu la justesse dans la conception du vrai et du bien, du vrai dogmatique, du bien individuel, social et national.Me sera-t-il permis de rendre un hommage particulier, mais bien sincère, au docteur Jules Dorion 182 l\u2019action nationale qui dirige avec tant de sagesse Y Action Catholique depuis vingt-cinq ans ?Qu\u2019il me permette de souligner ici son dévouement tout particulier envers le Pape, les constants services rendus dans un quart de siècle par sa très vaillante plume, et toujours courtoise dans la défense des intérêts sacrés de la religion et du patriotisme.Pour mettre Dieu partout où il doit régner, il a, de concert avec ses collaborateurs, suivant les directives de Pie X, combattu \u201cpar tous les moyens justes et légaux la civilisation antichrétienne, réparé par tous les moyens les désordres qui en dérivent\u201d.Que de luttes soutenues contre la presse jaune, le mauvais théâtre, le cinéma corrupteur, l\u2019intempérance, les danses, les modes indécentes, la violation du dimanche! Ce fut souvent tâche ingrate que de rappeler à ses frères et même aux pouvoirs publics certaines vérités mises en oubli et certaines règles de morale sociale; mais cette fonction remplie sans parti pris, sans animosité et sans violence n\u2019en est pas moins nécessaire et très méritante.C\u2019est le désir, très légitime, de l\u2019autorité ecclésiastique, en même temps que l\u2019avantage manifeste de la société que les journaux religieux ont voués principalement à la défense de la religion, soient aidés, moralement et financièrement, par tous les fidèles.Léon XIII le demande expressément.\u201cQue tous ceux, dit-il, qui ont vraiment à cœur les progrès de la foi et la prospérité sociale soutiennent de leurs VINGT-CINQ ANNÉES DE JOURNALISME 183 libéralités, chacun selon ses moyens, les écrivains dont le talent et la plume s\u2019emploient à promouvoir cette double cause.Les soldats de la presse ne peuvent se passer de ces secours sans lesquels leurs travaux n\u2019auraient pas de fruits, ou n\u2019obtiendraient que d\u2019incertains et médiocres résultats\u201d.Mais il ne suffirait pas de sustenter la bonne presse de ses deniers; il faut, en plus, contribuer, par la parole et par l\u2019action, à ses développements.Il faut l\u2019aider à pénétrer là où son influence peut être utile.D\u2019après Pie X, il ne suffit pas de publier des journaux catholiques et de les mettre entre les mains des gens de bien, il faut encore s\u2019efforcer de les répandre aussi loin que possible, de les faire lire à tous et principalement à ceux que la charité chrétienne demande d\u2019arracher aux sources empoisonnées des mauvaises feuilles.Les Pères de notre premier Concile national n\u2019ont pas manqué d\u2019adresser en faveur de la presse catholique la même exhortation.Prescrivant pour elle une collecte spéciale, ils engagent \u201cles catholiques de tout rang, non seulement à lire les journaux que l\u2019Eglise patronne, mais à les soutenir de leurs ressources, et à favoriser par tout moyen honnête leur diffusion au sein des classes populaires\u201d.Me sera-t-il permis en terminant de rappeler le geste de Pie XI proposant saint François de Sales 184 L ACTION NATIONALE comme patron des journalistes et autres écrivains catholiques, à l\u2019occasion du troisième centenaire de sa mort ?Or le patron céleste des oeuvres ou des institutions joue un double rôle: le rôle d\u2019intercesseur et celui de modèle.Que Y Action Catholique jouisse des faveurs obtenues par l\u2019intercession de saint François de Sales.Dieu ne peut manquer par l\u2019entremise d\u2019un pareil protecteur d\u2019accorder longue vie à la presse catholique de notre pays, des secours appropriés et des grâces de choix.Mais quant au profit principal de ce centenaire, dit Pie XI, \u201cNous souhaitons qu\u2019il soit recueilli par tous les catholiques, dont c\u2019est la mission d\u2019expliquer, de propager et de défendre, par la publication de journaux ou d\u2019autres écrits, la doctrine chrétienne.A l\u2019exemple de saint François de Sales, ils doivent s\u2019efforcer de garder en toute circonstance, dans la discussion, la fermeté des principes jointe à l\u2019esprit de mesure et à la charité\u201d.Notre premier Concile Plénier canadien s\u2019était occupé des écrivains catholiques.\u201cLes écrivains et les publicistes, pleinement confiants dans la sagesse de leur Evêque, s\u2019empresseront de lui obéir et ne feront rien qui aille à l\u2019encontre de son autorité et de sa volonté.Qu\u2019ils sachent garder, en écrivant, une juste mesure; qu\u2019ils observent la prudence dans leurs assertions, la bienveillance à l\u2019égard des adversaires, surtout si ces derniers sont catholiques. VINGT-CINQ ANNÉES DE JOURNALISME 185 ainsi que le respect dû aux dignitaires ecclésiastiques\u201d.Critiquer en termes convenables une mesure ou une proposition de loi patronnée par des hommes politiques et que l\u2019on juge dommageable aux intérêts religieux et sociaux n\u2019est nullement manquer de respect au régime démocratique, surtout vis-à-vis de l\u2019autorité civile, puisque c\u2019est là précisément, aux yeux de l\u2019autorité ecclésiastique, l\u2019une des raisons d\u2019être de la presse catholique.Plénitude du savoir, force d\u2019âme, pondération, esprit de mesure, telles sont les qualités demandées par le Pape aux publicistes chrétiens.A l\u2019œuvre donc encore \u201cad multos et faustissimos annos\u201d.Au dire de l\u2019Osservatore romano: \u201cAucun hommage d\u2019adhésion et de gratitude ne sera plus cher au Saint Père que celui qui dans les travaux, les luttes quotidiennes et la rude corvée du journal toujours sur la brèche, inspirera aux plumes dévouées à la cause de la vérité et à la défense des droits de Dieu, de l\u2019Eglise et du Pape, la doctrine qui persuade, la fermeté qui résiste, la douceur qui n\u2019humilie point, mais conquiert, qui ne rabaisse point, mais relève, qui ne foule point aux pieds ceux que l\u2019on a réduits, mais qui les rend participants des triomphes salutaires du Christ\u201d.Abbé Philippe PERRIER La Vie courante Les tramivays de Lévis D'après le dernier recensement, Lévis compte 11,724 habitants dont une centaine de langue anglaise.Or dans ses rues \u2014 j\u2019allais dire dans ses côtes.\u2014 circulent des tramways qu\u2019exploite, comme à Montréal et à Québec, une agence de publicité, la Canadian Street Car Advertising Company.Cette compagnie a le monopole des annonces qui s\u2019étalent en larges pancartes, à droite et à gauche, au-dessus des têtes des voyageurs.La première règle de l\u2019annonceur, n\u2019est-ce pas de s\u2019exprimer de façon à être compris et, par conséquent, de parler la langue de son client ?Ce principe, la Canadian Street Car Advertising l\u2019ignore.Sur vingt-quatre annonces qu\u2019elle offre aux Lévisiens, vingt ont été rédigées en anglais et quatre seulement en français.Ces quatre viennent de maisons anglaises: Lite Savers, Buckley\u2019s Mixture, Kraft, Heinz.Rendement Qui est responsable de ce choix: les mai- deS annonces sons commerce ou l\u2019agence de publicité ?Les premières, semble-t-il, puisque quatre d\u2019entre elles se servent du français.Ne pourrait-on alors faire comprendre aux vingt autres \u2014 et à toutes celles qui agissent de même à travers le pays \u2014 combien leur argent serait mieux placé si elles s\u2019adressaient à leurs clients canadiens-français dans leur langue ?Bon nombre de ces maisons emploient de nos compatriotes comme voyageurs, agents, gérants, etc.A eux revient la tâche de présenter ces observations.Qu'ils parlent en hommes d'affaires, statistiques en mains.Qu\u2019ils proposent le cas de maisons québécoises annonçant en français, à Toronto, à Winnipeg ou à Vancouver.Serait-ce habile, efficace?S\u2019ils y mettent le LA VIE COURANTE 187 sérieux et la conviction nécessaires, ils gagneront leur cause neuf fois sur dix.Agences de Mais les agences de publicité ont aussi leur Publicité part de resPonsab'lit^- Plusieurs maisons **\ts\u2019en remettent entièrement à elles.Tout leur est confié: rédaction du texte, choix de la langue, etc.Qu\u2019arrive-t-il alors souvent ?La même annonce doit paraître, disons: dans les tramways\u2014puisque c\u2019est le cas qui nous occupe, \u2014 non seulement de la province de Québec, mais de l\u2019Ontario, des provinces maritimes, de l\u2019Ouest.On ne fait qu une rédaction, en anglais.Et elle sert partout, aussi bien dans les tram ways de Lévis et des Trois-Rivières que dans ceux de Hamilton et de Calgary.Aïgent\tC\u2019est plus simple, plus rapide, plus économique.ùerdu\tMais est'ce bien efficace?Et le Procédé est_il *\tjuste pour les maisons qui annoncent?On leur fait payer un haut prix des insertions dont elles ne tireront presque rien, alors qu\u2019il aurait suffi d\u2019en changer la langue pour en obtenir un bon rendement.Que les agences ne se rendent pas très bien compte elles-mêmes de cette situation, j\u2019ai pu le constater.Ainsi dans ce tramway de Lévis, qui me conduisit du quai jusqu\u2019aux cimes de la ville, il y avait huit pancartes portant le nom de la Canadian Street Car Advertising et proclamant les avantages de sa publicité.Or toutes les huit étaient rédigées exclusivement en anglais.Quelle influence une telle annonce peut-elle exercer sur les industriels de Lévis ou de Saint-Romuald ?N\u2019est-ce pas de l\u2019argent jeté à l\u2019eau ?On me fera peut-être une objection.Les Canadiens français savent de plus en plus l\u2019anglais.Ils comprennent aussi bien une annonce rédigée dans cette langue qu\u2019en français.En outre l\u2019anglais a une certaine supériorité commerciale.Il donne du Une objecté 188 l\u2019action nationale ton, de l\u2019importance à ce qu\u2019il touche.Se présenter sous ses couleurs n\u2019est-ce pas une garantie de valeur, de sérieux, etc.Qu\u2019il en soit ainsi, malheureusement, pour quelques-uns de nos compatriotes, nous ne le nierons pas.Mais, appliqué à la masse, le jugement serait faux.Dans ce tramway de Lévis, par exemple, se trouvait l\u2019autre jour tout un groupe de Beaucerons.Ils avaient les yeux bien ouverts.Pensez-vous que ces annonces anglaises leur ont dit quelque chose?Aucun, je crois, n\u2019aurait pu les déchiffrer jusqu\u2019au bout.AnnOtlCCS Mais ce qu\u2019ils regardaient bien, ce qu\u2019ils ont jTOnÇOîSCS *u\u2019 car i\u2019a* entendu leurs réflexions, ce sont quelques annonces locales suspendues au milieu du tramway et toutes rédigées en français: les Dates lévisiennes de Pierre-Georges Roy, une représentation théâtrale, etc.Le fait est à noter.Les Lévisiens qui connaissent leur milieu, qui savent à qui ils s\u2019adressent, qui veulent en avoir pour leur argent, n\u2019emploient pas la langue de la Canadian Street Car Advertising, mais celle de leurs concitoyens, la langue française.Peut-on apporter à cette agence une meilleure preuve de son erreur ?En\tHélas, il faut bien encore le constater et le hClîit ECU\tdéplorer: le mauvais exemple vient de haut.Le chef de la police provinciale \u2014 un Canadien français, représentant d\u2019un gouvernement canadien-français\u2014 donne aux journalistes des laissez-passer.Cette carte ne contient que quelques mots.Ils devraient être français, ou du moins bilingues.Ils sont tous anglais.On m\u2019assure que plusieurs protestations ont été faites.Peine inutile.Un texte uniquement anglais continue de s\u2019étaler sur les coupe-file que le \u201cChief of Quebec Provincial Police\u201d\u2014c\u2019est ainsi qu\u2019il se présente\u2014veut bien remettre à nos journalistes. LA VIE COURANTE 189 Mais rien ne vaut les documents.Reproduisons celui-ci: PLEASE ALLOW TO GO BY Mr .1932-1933 Good from May 1st 19.to May 1st 19 No.QUEBEC PROVINCIAL POLICE Et fas est et ab hoste doceri.\u2014La Ligue de Défense du Travail canadien faisait distribuer aux portes, il y a quelques jours, dans un quartier mixte de Montréal, rue Sainte-Famille, des circulaires annonçant deux assemblées populaires où A.-E.Smith et Beckie Buhey, retour de Moscou, parleraient de la Russie soviétique.D\u2019un côté, texte anglais, de l\u2019autre, en mêmes caractères et en autant de lignes, texte français.On ne recula ni devant la dépense supplémentaire, ni devant les critiques que ce bilinguisme pouvait occasionner.Il s\u2019agissait de propagande.On prenait les moyens pour ne pas manquer son coup.La parole du Maître sera-t-elle donc toujours vraie: \u201cLes enfants de ce siècle sont plus habiles entre eux que les enfants de la lumière\u201d ?CHIEF OF Leçon de l\u2019ennemi P erre HOMIER Vic de l'Action nationale Les droits minoritaires Les arguments des défenseurs des minorités se trouvent confirmés par les derniers développements du droit international.A la Ille Semaine catholique internationale de Genève, le R.P.Delos, des Facultés catholiques de Lille, donna une conférence sur: La protection internationale des libertés culturelles et le problème des minorités nationales.Dans un récent numéro des Amitiés françaises catholiques, Mgr E.Beaupin faisait les remarques suivantes en analysant Les Français au Canada, l\u2019ouvrage où l\u2019abbé Groulx a condensé la matière de son beau livre L'Enseignement français au Canada.\u201cDes rapprochements de faits et d\u2019idées ne peuvent que s\u2019imposer, à la lecture de l\u2019abbé Groulx et du P.Delos.Si les lumineuses analyses sociologiques du P.Delos, sur les notions d\u2019Etat, de patrie culturelle, devenaient, dans la pratique politique, sources inspiratrices de mesures scolaires, en tout pays où des problèmes de minorité se posent, ces problèmes, sur ce point, tout au moins, seraient résolus.Ils commencent de l\u2019être, en partie, tout au moins, grâce aux traités de minorités mis en vigueur, depuis 1919, et placés sous la sauvegarde de la Société des Nations.Certes, nous ne sommes pas au bout de nos peines, pour assurer partout aux minorités de race, de langue et de religion le traitement auquel elles ont droit, et, \u2014 il faut le dire aussi, \u2014 pour obtenir d\u2019elles l\u2019accomplissement de tous leurs devoirs de loyalisme envers l\u2019Etat dont elles relèvent.Mais, de 1760 à nos jours, quels progrès déjà accomplis I LA VIE DE L\u2019ACTION NATIONALE 191 A qui voudra les mesurer, \u2014 et pour la Grande-Bretagne elle-même, \u2014 nous conseillerons de mettre en parallèle certaines pages de l\u2019abbé Groulx et, par exemple, cette déclaration qui vient d\u2019être demandée au royaume de l\u2019Irak, comme condition de son entrée dans la Société des Nations, touchant la protection qui doit être effectivement accordée aux minorités non musulmanes de ce pays.Le traité de Paris Il est certain que, si le traité de Paris de 1763 avait contenu des stipulations analogues, les Canadiens n\u2019auraient pas eu à vaincre les obstacles qu\u2019ils ont rencontrés.Il ne l\u2019est pas moins que, si ces mêmes principes étaient rigoureusement appliqués dans les provinces canadiennes où sont fixées des minorités françaises, la situation s\u2019en trouverait changée.De la fin du XVIIIe siècle à nos jours, et notamment depuis la grande guerre, un grand progrès a été réalisé dans le traitement des minorités de langue, de race et de religion, mais nous devons constater que ces minorités n\u2019ont pas encore obtenu gain de cause en tout et partout, dans la limite convenable à l\u2019exercice de leurs droits culturels.En somme, les traités existants, en faveur de certaines minorités, ne constituent encore que des mesures d\u2019exception, adoptées en raison de situations politiques particulièrement délicates et difficiles.Il conviendrait d\u2019aller plus loin et de souhaiter que fussent adoptées les idées préconisées, au cours de sa session de 1929, qui eut lieu à New-York, par l\u2019Institut de Droit international, sur la proclamation nécessaire d\u2019un certain nombre de droits universels et humains qui seraient désormais reconnus comme la charte suprême de tous les Etats civilisés.Parmi ces droits, figureraient les libertés de religion, de langue et d\u2019enseignement, dans les limites de la morale publique et de l\u2019ordre public, mais sans aucune distinction entre majorité et minorité. 192 l\u2019action nationale \u201cIl est du devoir de tout Etat, dit la Déclaration de l\u2019Institut, de reconnaître à tout individu le droit égal à la vie, à la liberté, à la propriété et d\u2019accorder à tous, sur son territoire, pleine et entière protection de ce droit, sans distinction de nationalité, de sexe, de race, de langue ou de religion.\u201d De cette formule découle inévitablement la liberté d\u2019enseignement.Le Père Delos Au terme de son étude, le R.P.Delos écrit qu\u2019\u201caprès avoir paré aux nécessités immédiates et pressantes des cas particuliers, il reste à faire face avec sérénité à un devoir plus général: la protection internationale des droits humains\u201d.Et il ajoute que le jour où celle-ci sera assurée \u201csera clos, autour de la personne humaine, ce cercle de protection sociale qui a toujours été le but idéal que la pensée chrétienne assignait au progrès social\u201d.Analysant, dans son grand livre: La Communauté des Puissances, ces heureuses tendances du droit moderne, le R.P.de La Brière conclut, à son tour: \u201cOn tendrait donc à spiritualiser, (lui aussi), le problème des nationalités et des minorités.On tendrait pareillement à rendre plus souple la condition institutionnelle de l\u2019Etat afin que, continuant d\u2019exercer les actes de gestion politique qui correspondent à sa compétence distinctive, il acceptât, aujourd\u2019hui et demain, de respecter et de consacrer, là où les conditions historiques le réclament, les autonomies nationales, religieuses, linguistiques, morales et culturelles des différents groupes minoritaires.\u201d Etienne ROBIN "]
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