L'action nationale, 1 mai 1933, Mai
[" La Saint-Jean-Baptiste Le 24 juin approche.Il n\u2019est pas trop tôt pour se demander si les Canadiens français célébreront convenablement leur fête nationale.L\u2019an dernier, il y a eu progrès: plusieurs de nos paroisses ont organisé une manifestation nationale du 24 juin pour la première fois; en général, la célébration fut un peu plus éducative que dans le passé.Mais la vraie brise patriotique n\u2019a pas encore soufflé, avouons-le, sur tout le Canada français.Notre apathie ne peut manquer d\u2019amuser ou de scandaliser les autres peuples, pour qui la fête nationale est une tradition sacrée, un examen de conscience, un coup d\u2019oeil sur l\u2019avenir, une semence d\u2019idéal, un élan vers les réalisations nécessaires.Pourquoi la St-Jean-Baptiste ne serait-elle pas célébrée, cette année, dans chacune des paroisses même les plus modestes du Canada français?On peut organiser une véritable fête nationale sans dépenser beaucoup d\u2019argent.Il faut y mettre un peu de dévouement, c\u2019est vrai; mais en sommes-nous rendus à ce point que, dans nos paroisses, il ne se trouve deux ou trois personnes capables d\u2019un dévouement élémentaire comme celui-là?Est-il donc vrai qu\u2019il faille désespérer de notre peuple?* * * C\u2019esf donc entendu, nous allons célébrer la St-Jean-Baptiste.Mais il ne suffit pas de célébrer: il faut le faire de manière à édifier, à éclairer et à stimuler notre peuple. 258 l\u2019action nationale Il faut commencer la fête nationale par une prière à \u201cCelui qui règne dans les deux et de qui relèvent tousles empires\u2019\u2019.Que l\u2019on s\u2019amuse ensuite, ce jour-là, comme s\u2019amusent les gens distingués, c\u2019est très bien, encore qu\u2019il soit convenable de rester en famille et de réserver pour un autre jour les excursions plus sportives que patriotiques.Faudra-t-il des discours?Oui, oui.Comment fera-t-on l\u2019éducation patriotique de notre peuple sans recourir au langage persuasif de Véloquence?Mais il y a discours et discours.Certaines élucubrations sont, à la vérité, indéfendables, parce que trop inconsistantes, trop dépourvues de sincérité, pas assez stimulantes ou pas assez judicieuses.Mais cela ne justifie nullement la condamnation en bloc que font des discours de St-Jean-Baptiste certains esprits impitoyables plus enclins à démolir qu\u2019à construire.Au lieu de supprimer ces discours, mettons-y donc l\u2019étoffe qui les rendra utiles et intéressants, car ils sont nécessaires ici comme chez tous les peuples civilisés.* * * Notre peuple est appelé à résoudre bientôt des problèmes sociaux qui dépasseraient sa capacité, si un patriotisme chrétien plus intense ne venait décupler les puissances de son coeur et de son cerveau.Or, ce patriotisme, nous le développerons par une célébration sérieuse de la St-Jean-Baptiste dans toutes les paroisses du Canada français.sans exception.L\u2019ACTION NATIONALE Problèmes de l\u2019heure Retour à la terre Pour n\u2019avoir pas accepté la vie rurale par les raisons supérieures de tradition à continuer, de moralité à sauvegarder, de vie nationale à fortifier, nous devrons nous y mettre pour les motifs les plus terre à terre, les plus matérialistes qui soient: pour manger! Nous devrons pratiquer le BÛCHE OU MEURS, SÈME OU CHÔME! Il n\u2019y a, et il n\u2019y aura de plus en plus que la campagne qui fournira du travail et le fruit du travail.Les villes ne suffisent pas même à établir leurs enfants: que voulez-vous qu\u2019elles fassent des survenants ?Il est devenu brutal, mathématique, le problème de l\u2019établissement de notre jeunesse; c\u2019est une question qui ne se règle pas en laissant faire, qui empire avec le temps, puisque chaque année de retard résulte en 80,000 garçons et filles de plus qui sortent des écoles, qui veulent travailler, qui veulent s\u2019établir, qui veulent se marier.Ce devrait être une force de conquête, dans un pays neuf à peupler, comme notre Québec, qu\u2019une semblable recrue; mais non, il semble plutôt que ce soit un problème, et qu\u2019on ne veuille pas s\u2019y appliquer.Les conséquences de l\u2019inertie deviennent lamentables: qu\u2019il suffise de remarquer les chiffres tou- 260 l\u2019action nationale jours accrus de la criminalité des jeunes, et la baisse effarante du nombre des mariages.Raisonnons l\u2019affaire sans pruderie: la vocation ordinaire des jeunes gens est le mariage.C\u2019est Dieu qui a mis dans le cœur l\u2019attirance d\u2019un sexe vers l\u2019autre, en vue de la multiplication du genre humain.Si l\u2019amour ne trouve pas son aboutissant naturel dans la création d\u2019un foyer, il a bien des chances de tourner à l\u2019immoralité sous toutes ses formes, tant chez la jeune fille que chez le garçon; et ainsi, ce qui aurait dû être, selon les desseins de Dieu, une force et une beauté, devient par la négligence des hommes une déchéance, une laideur et un déshonneur.Or, il y a des vieilles paroisses rurales de Québec sans aucun mariage l\u2019an dernier; partout l\u2019on a remarqué un fléchissement considérable dans la nuptialité, dans la natalité, \u2014 et dans la moralité.Toute cette faillite, parce que les établissements sont impossibles: à la campagne on se marie quand on a une terre; sans doute, beaucoup de fermes en banqueroute sont à vendre, mais pour acheter, il faut de l\u2019argent, ou du crédit, et le courage d\u2019accepter le risque du précédent failli.En ville, on crée un foyer quand on est assuré d\u2019un revenu à peu près stable; pour cela, il faudrait empêcher les fils de cultivateurs de venir prendre les rares positions qui peuvent un jour devenir possibles.Us sont nombreux, les jeunes gens, actuellement.La classification officielle du recensement de 1931 RETOUR A LA TERRE 261 d\u2019après l\u2019âge et le sexe nous fournit ample matière à réflexion et à prévoyance.Groupes d\u2019âge\tHommes\t\t\tFemmes\tTotal De 0 -\t4 ans\t177 556\t175 339\t352 895 5 -\t9\t178 150\t175 693\t353 843 10 -\t14\t158 152\t157 660\t315 812 15 -\t19\t147 536\t152 319\t299 855 20 -\t24\t130 733\t136 383\t267 116 25 -\t29\t113 135\t113 287\t226 422 30 -\t34\t98 202\t95 976\t194 178 35 -\t39\t89 145\t84 923\t174 068 40 -\t44\t78 682\t74 005\t152 687 45 -\t49\t68 680\t62 960\t131 640 Etc., etc.A qui étudie le problème de l\u2019établissement de la jeunesse, les chiffres les plus impressionnants tombent entre 15 et 30 ans.Québec possède plus du quart de sa population dans ces âges décisifs de la vie: notre province en fera-t-elle un succès ou un gâchis ?l\u2019armée du chômage ou l\u2019armée de la conquête ?des constructeurs ou des démolisseurs ?La réponse est urgente; on la trouvera dans le souci ou dans l\u2019insouciance des dirigeants.Nous comptons donc 793,393 jeunes gens de 15 à 30 ans.Les quelques milliers d\u2019entre eux qui sont établis compensent pour ceux de plus de 30 ans qui ne le sont pas; en sorte que l\u2019on peut fixer sans exagération à 780,000 le nombre de nos célibataires sortis des écoles, parvenus à l\u2019âge de gagner leur vie et de se préparer un foyer.C\u2019est cela, le problème social, économique et national, non pas dans 262 l\u2019action nationale les livres, mais dans la matière tangible: dans l\u2019homme.D\u2019ici dix ans, il devrait se célébrer chez nous 300,000 mariages, ce qui laisserait encore une marge de 180,000 pour le célibat volontaire ou non.Sait-on bien que 300,000 mariages, cela veut dire l\u2019équivalent de 1000 paroisses de 300 familles?et que c\u2019est mieux qu\u2019une armée de Napoléon, pour les conquêtes sans armes de la civilisation sur la forêt, pour la résistance française devant les coalitions de races qui ne nous aiment pas, et pour le maintien du nombre et de la qualité, pour l\u2019agrandissement du territoire.Notre race sera agricole, ou elle ne grandira plus, elle disparaîtra.Jamais nos guides n\u2019ont trouvé heure plus favorable pour lui redonner le caractère que les étourdissements de la prospérité mal comprise étaient en train de lui faire perdre; jamais peut-être ne se répétera une si belle occasion.Le commerce du bois ne va plus: rattrapons les concessions forestières colonisables, dans tous les secteurs de la province, ainsi que le réclame, avec tous les hommes de bon sens, M.l\u2019abbé Bergeron, missionnaire-colonisateur: \"La prise de possession d\u2019une partie des limites de l\u2019Est, où l\u2019on pourrait placer des jeunes gens non émancipés, et les faire aider par leurs parents, n\u2019empêcherait pas l\u2019ouverture de certains cantons dans l\u2019ouest de la province.Abitibi, Témiscamingue, et d\u2019y former des espèces de camps de concentration où les jeunes gens de RETOUR A LA TËRRË 263 bonne volonté pourraient travailler aux défrichements et à la confection des routes (au lieu de les enfermer aux camps de la citadelle ou de Bishop\u2019s Crossing).\u201cOù est-elle cette terre sur laquelle tant de gens cherchent le seul refuge assuré contre la faim et les autres misères que la faim engendre ?La région du Saguenay est remplie.Les terres des comtés du Sud, depuis Compton jusqu\u2019à Gaspé, sous licence de coupe ou de pêche.Une tranche considérable de l\u2019Abitibi-Témiscamingue appartient au Pacifique.Que nous reste-t-il pour établir les 5000 jeunes gens de la campagne qui demandent des lots, et les quelque 4,000 familles, toujours de la campagne, et quelques milliers des villes, qui demandent à s\u2019établir ?N\u2019oublions pas que nous avons, au bas mot, 30,000 couples à établir tous les ans.Prenons la Beauce, par exemple, Il y a là plusieurs centaines de célibataires qui pourraient, sans qu\u2019il en coûtât beaucoup à l\u2019Etat, s\u2019établir dans les limites des Breakey, si ces limites redevenaient propriété de la nation, par échange, ou même par expropriation.Quand on a cru qu\u2019il était de l\u2019intérêt du pays, pour développer la force motrice, d\u2019exproprier les cultivateurs, on l\u2019a fait.Si aujourd\u2019hui l\u2019intérêt du même pays exige qu\u2019on exproprie les propriétaires (ou locataires) de grands domaines forestiers, qu\u2019on y aille sans peur.Ça s\u2019est vu dans d\u2019autres pays, et ça se verra encore\u201d. 264 l\u2019action nationale La terre est pour l\u2019homme et non pour la spéculation; c\u2019est le Pape lui-même qui rappelle cette vérité du droit naturel, quand il revendique ces \u201ccatégories de biens dont on peut soutenir avec raison qu\u2019ils doivent être réservés à la collectivité\u201d.Une fois les territoires de colonisation préparés dans toutes les parties de la province, qu\u2019on y guide les gens à établir, et qu\u2019on les aide, sans les forcer tous à monter dans l\u2019Abitibi, alors que des forêts fertiles sont là, pour eux, à quelques milles de la vieille maison.L\u2019argent du chômage servirait magnifiquement à développer le pays et à fournir du travail, un gîte, le bois de chauffage et le pain, indéfiniment.A condition qu\u2019on en mette copieusement, de l\u2019argent public, dans ce sanatorium de la misère.Une réponse officielle de l\u2019hon.M.Godbout à M.Rioux, président de l\u2019U.C.C., nous donne un bon rayon d\u2019espoir, si elle peut se traduire en pratique: \u201c.Vous avez exprimé le désir que les particuliers puissent se substituer aux municipalités pour bénéficier des avantages du projet Gordon concernant le retour à la terre, je dois vous dire que les $200 peuvent être versés à la municipalité qui, elle, prend la responsabilité du paiement envers le gouvernement provincial.Je n\u2019irai pas jusqu\u2019à affirmer qu\u2019Ottawa nous permettrait d\u2019autoriser le paiement de cette somme de $200 en nature plutôt qu\u2019en argent\u201d. RETOUR A LA TERRE 265 Cette lettre veut dire que des sociétés comme la St-Vincent-de-Paul, ou des particuliers comme le père de nombreux fils réduits au chômage, à la maison ou ailleurs, pourraient fournir $200 au conseil municipal, et que $200 d\u2019Ottawa et $200 de Québec compléteraient les $600 alloués au Retour à la terre.De plus, si Ottawa le permet, comme on semble en train de l\u2019obtenir, et si Québec suit, le particulier pourra fournir des outils, chevaux, ameublements, etc., au lieu des $200 plus difficiles à recueillir.Si l\u2019on s\u2019emploie généreusement à lancer ce système, ce sera véritablement notre salut, et les chefs civils qui en auront fait profiter, non pas des centaines, mais des milliers et des dizaines de milliers de défricheurs, mériteront bien de la patrie, de l\u2019ordre social et de l\u2019économie politique.Les Français ont traduit le mot HOMESTEAD par la locution pleine de sens BIEN DE FAMILLE.Souhaitons, réclamons que nos dirigeants distribuent à foison des patrimoines, des biens de famille, et nous aurons plus de facilité de conserver chez nous LA FAMILLE, notre meilleure force, et notre esprit de famille, notre meilleure qualité.Bossuet, qui mérita de former à la politique le fils de Louis XIV, lui enseigna de préparer l\u2019avenir: \u201cCe n\u2019est pas assez au prince de VOIR, il lui faut PRÉVOIR\u201d C\u2019est essentiellement la haute fonction de l\u2019homme d\u2019État sérieux, ce successeur des rois, surtout ces années-ci. 266 L ACTION NATIONALE A la vue de la grande floraison de naissances offerte par la conscience et la générosité catholiques, le chef digne de ce nom se doit de prévoir que nous ne devons pas ici copier notre politique et nos directives nationales sur celles des pays à basse natalité, à fils unique, et à territoire surpeuplé, mais inventer une politique familiale: sauvons la famille et la famille nous sauvera.Quand un fermier voit doubler sa récolte ou son troupeau, il agrandit d\u2019AVANCE ses granges, ses caves et ses étables.Ne fera-t-on pas de même pour le doublement des hommes ?D\u2019ici 1955, notre population, en suivant sa natalité normale, devra se multiplier par deux et devenir 5,600,000, avec 2,000 paroisses rurales: où prépare-t-on de l\u2019espace pour ce merveilleux débordement de vie ?Pour faire l\u2019éloge du ministre Choiseul, Talleyrand dit qu\u2019il était de ces gouvernants qui ont LE PLUS D\u2019AVENIR DANS L\u2019ESPRIT.Tel est bien le genre de chefs qui nous sauveront des secours directs, des soulèvements, de la banqueroute et du malheur généralisé.Que le salut du peuple soit bien la loi suprême, comme en temps de guerre.Si les trésors publics obérés trouvent lourdes les charges du Retour à la terre, ils n\u2019ont qu\u2019à se souvenir de 1914-1918, alors que nous ne refusions ni or ni hommes pour sauver la civilisation.Sauvons-la chez nous cette année, en ne tuant que le chômage, et en organisant le bonheur.Alexandre DUGRÉ, S.J. Chez les jeunes J e u n e-C a n a d a On a coutume de dire que les grands mouvements \u2014 ceux qui introduisent un réel changement dans la façon de vivre d\u2019un peuple \u2014 sont le résultat des circonstances, leur aboutissant nécessaire.Ainsi, excuse-t-on de leur inertie les hommes, profonds réalistes, qui pourraient mettre leur énergie au service d\u2019un idéalisme constructeur, mais qui attendent la poussée de l\u2019heure.Les Jeune-Canada ne prétendent pas être personnellement de \u201cprofonds réalistes\u201d.Ils ne prétendent pas avoir vu toujours par eux-mêmes les plaies dont souffre notre organisme national.Mais ils croient avoir puisé aux bonnes sources leurs informations; avoir écouté attentivement et fidèlement ceux qui, chez nous, sont les dépositaires de la véritable tradition \u2014 les intelligences dirigeantes parmi nos aînés.Et ils cherchent avant tout, en propageant la conscience de notre grande détresse, à faire naître les circonstances qui stimuleraient nos hommes supérieurs, leur arracheraient l\u2019effort libérateur.% * * Nous n\u2019avons jamais voulu révolutionner; nous voulons transformer.Nous n\u2019avons jamais voulu détruire; nous voulons continuer à consolider l\u2019œuvre autrefois commencée et apparemment inter- 268 l\u2019action nationale rompue depuis quelque temps, malgré le véritable renouveau national provoqué naguère par des groupements comme Y Action Française, (Montréal).Le mouvement des Jeune-Canada procède avant tout d\u2019une volonté de réaction.Nous nous sommes trouvés un groupe de jeunes gens, profondément dégoûtés par nos observations personnelles sur l\u2019état de choses actuel, dans l\u2019ordre national; et nous avons décidé d\u2019arrêter, pour notre faible part, la marche du peuple canadien-français vers l\u2019abîme.Nous avons surtout observé dans nos propres rangs, parmi ceux de notre âge, l\u2019étendue et la profondeur de la défaite.A quoi songent ceux qui, à l\u2019heure actuelle, cherchent à \u201cse placer les pieds\u201d, dans une position stable pour l\u2019avenir ?Quelle est leur mentalité ?Hélas, disons qu\u2019ils vivent au jour le jour, ne voient pas plus loin que le lendemain.Leur vie est un vaste désordre où peuvent entrer à chaque instant des éléments nouveaux dont ils ne se préoccupent même pas de savoir s\u2019ils leur conviennent.On leur a dit qu\u2019avec tel moyen, \u201con arrive\u201d.A quoi ?Ils seraient bien en peine de le dire.Esprits indisciplinés, peu objectifs, ils n\u2019ont jamais appris à vouloir quelque chose de précis; ils n\u2019ont jamais sérieusement cherché leur voie; ils ont pris tout naturellement celle qui était ouverte devant eux.Ils sont pleins d\u2019ambition, probablement prêts à tous les sacrifices, inutiles d\u2019avance.Les efforts de l\u2019un sont dirigés contre l\u2019autre.Toutes JEUNE-CANADA 269 ces forces s\u2019annulent, se détruisent.Peut-être, direz-vous, est-il illusoire de demander à tous d\u2019oublier leurs intérêts personnels pour ceux de la nation ?Ne pourrait-on leur faire comprendre au moins que ces intérêts sont liés?Car dans l\u2019état de quasi-servitude où nous sommes réduits, au point de vue économique, est-il probable qu\u2019un jeune Canadien français isolé \u2014 surtout s\u2019il n\u2019appartient pas à une famille influente ou s\u2019il est dépourvu de bonnes attaches politiques \u2014 puisse réussir dans la vie d\u2019une façon brillante ?Il existe un sentiment national chez la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui.Sentiment assez négatif il est vrai, qui consiste à se démolir entre soi et à défendre violemment \u201cla race\u201d quand c\u2019est un non-Canadien français qui l\u2019attaque.Etrange patriotisme ! Quand donc aurons-nous une école de critique constructive qui ne détruira plus rien que pour le plaisir de détruire, mais qui reconstruira à côté de ce qu\u2019elle démolit ?Sur ce point-là, au moins, peut-être, nous faudra-t-il attendre de nos aînés, un exemple plus réconfortant.Nous admirons ceux d\u2019entre eux qui ne veulent pas tolérer la médiocrité; nous admirons moins ceux qui la voient partout pour s\u2019accorder le loisir de la poursuivre sans relâche.L\u2019action positive ne vaudrait-elle pas mieux qui stimulerait, exhorterait à produire des oeuvres, lesquelles, par leur beauté et leur grandeur mêmes, étoufferaient la fourmillante médiocrité ? 270 l\u2019action nationale C\u2019est pour travailler en ce sens que les Jeune-Canada sont entrés en scène, en décembre dernier.Ils se sont persuadés que le mal est chez nous avant tout.Nous ne sommes pas une race de persécutés.Tout au plus de victimes volontaires.Quand nous l\u2019avons voulu, nous avons toujours obtenu tout ce à quoi nous avions droit.Il y eut des heures où nous fûmes puissants, parce qu\u2019alors les partis s\u2019effaçaient pour nous restituer la figure d\u2019un peuple.Depuis cinquante ans nous sommes divisés et affaiblis parce que nous avons cessé d\u2019être un peuple pour cultiver jalousement l\u2019esprit de parti.Or, la jeunesse ne veut plus de ce régime.Elle abandonne résolument le culte des idoles.Elle ne se laisse plus toucher par les éloges que ces messieurs des clubs se prodiguent entre eux, même si par routine elle se donne l\u2019air d\u2019y applaudir.Mais la jeunesse \u2014 est-elle une vraie jeunesse ?\u2014 se sent impuissante.Tous les jours elle se rend compte qu\u2019elle ne cesse de perdre de sa fierté et de sa confiance.Elle rêve de redressement, d\u2019avenir meilleur.Et pourtant elle se défie de tout rêve, tant le solide ne lui apparaît que dans l\u2019action.Nous disons avec fatuité que nous n\u2019avons plus d\u2019illusions.Et nous ne songeons pas que les grands hommes ont été dans leur jeunesse remplis de ce que les leurs appelaient sans doute des illusions.J\u2019entendais quelques étudiants parler d\u2019un article de Jean-Claude Martin dans le Quartier Latin, JEUNE-CANADA 271 sur la \u201cValeur du Rêve\u201d.L\u2019idée les heurtait.L\u2019idéalisme, le rêve, comme inspiration d\u2019énergie, comme règle de conduite, ne leur disait absolument rien.Cloison étanche entre l\u2019idée et le fait, le rêveur et le réaliste.Et pourtant n\u2019est-ce pas celui qui s\u2019élève jusqu\u2019à l\u2019essence même des choses, qui en connaît la valeur?N\u2019est-ce pas l\u2019idéaliste qui souvent est le plus adapté à la vie ?Ne sont-ce pas les remèdes qu\u2019il propose qui ont la meilleure chance d\u2019être les vrais et les bons?* * * Pour trancher ce débat, \u201cSoyons nous-mêmes\u201d! ont dit un jour quelques jeunes gens.En novembre dernier, ils commencèrent à écrire des articles.Les premiers ont paru dans le Quartier Latin, sous la signature de Pierre Asselin, Roger Larose, Pierre Dagenais, Dollard Dansereau, Paul Dumas, Pierre Dansereau, Gérard Filion.Puis est venu le \u201cManifeste de la Jeune Génération\u201d, rédigé par André Laurendeau et approuvé par tous les Jeunes-Canada.Déjà nous existions.Nous étions peut-être douze ou quinze, de tendances très diverses, pour la plupart étudiants, appartenant à différentes facultés de l\u2019Université de Montréal.De doctrine précise, sauf les principes généraux élaborés dans notre manifeste \u2014 nous n\u2019en avions guère.Nous n\u2019avons pas voulu élargir notre champ outre mesure ni nous imposer de trop étroites frontières.Nous attendions une occasion d\u2019entrer activement 272 l\u2019action nationale dans la vie.Nous considérions qu\u2019à l\u2019épreuve nos principes prouveraient leur valeur, s\u2019achemineraient vers la précision.Qu\u2019on n\u2019aille pas conclure cependant que nous partions avec des idées vagues.Sur la sottise de la partisannerie politique, du patriotisme verbal, sur la nécessité de la collaboration nationale, tous étaient d\u2019accord.Mais, plus peut-être que l\u2019homogénéité parfaite de l\u2019association, nous avons cherché la vitalité, vitalité que lui donnerait, espérions-nous, la variété et la richesse de tempérament de ses premiers affiliés.Disons pourtant que nos articles aux journaux et nos causeries radiophoniques sont l\u2019œuvre en quelque sorte d\u2019une collaboration.Tous assument la responsabilité de ces ébauches de notre doctrine livrées au public.* * * Sera-ce prétention que d\u2019exposer ici les premières entreprises des Jeune-Canada ?Que l\u2019on y voie les progrès accomplis par une idée beaucoup plus que l\u2019énergie déployée par un groupe de jeunes hommes.Il fallait une opinion publique déjà disposée à entendre ce que nous avions à dire pour que treize cents personnes pussent être réunies à quelques jours d\u2019avis.On a commenté de diverses façons notre première assemblée à la salle du Gesù de Montréal.Des esprits chatouilleux y ont surtout vu des attaques contre certains personnages.Sans doute, en notre beau pays, il serait par trop extraor- JEUNE-CANADA 273 dinaire qu\u2019un groupe de jeunes gens convoquât une grande assemblée populaire sans avoir pour but de parler contre quelqu\u2019un ou quelque chose.Que ces messieurs se détrompent pourtant.Notre préoccupation première a été d\u2019exprimer des idées que nous croyons constructives.Nous confesserons en outre que notre foi en ces mêmes idées est telle que nous n\u2019admettons point aux idées contraires une égale valeur.Partant, nous combattrons ceux que nos principes d\u2019action effarouchent dans leur apathie et leur indifférence.Et nous continuerons de nous opposer à leurs idées sans attaquer leur personne, autre dérogation au procédé traditionnel.Notre seconde assemblée a consacré de façon brillante l\u2019adhésion de nos aînés à notre mouvement.\u2014 Les Jeune-Canada n\u2019oublieront pas de sitôt les paroles prononcées par monsieur Montpetit ce soir-là, ni surtout l\u2019éloquente et pratique collaboration que nous apporta M.Esdras Minville.Entre temps, des centaines de signatures s\u2019ajoutaient chaque jour au bas de notre manifeste.Nous étions nous-mêmes, je puis bien l\u2019avouer, étonnés de nos succès.Nous nous étions jetés dans l\u2019action avec le modeste espoir de faire un peu de bien, de réveiller quelques esprits sommeillants.Nous étions prêts à rencontrer la dérision ou les décourageants \u201cA quoi bon\u201d ?Or, voilà que les Jeune-Canada doivent entretenir des relations avec des jeunes hommes de leur génération, du Pacifique à l\u2019Atlan- 274 l\u2019action nationale tique.De toutes parts on se rallie à leur mouvement.Preuve qu\u2019on les attendait, qu\u2019ils sont venus à leur heure.* * * S\u2019il en est ainsi et si on leur fait l\u2019honneur d\u2019attendre beaucoup de leur mouvement, ils sont prêts à donner beaucoup, car ils croient avoir quelque chose à donner.Ils n\u2019entendent pas que ce soit en vain que leurs aînés, leurs pères, leurs éducateurs aient souhaité voir poindre une génération qui laisserait le Canada français plu» grand qu\u2019eux-mêmes ne le laissèrent.Nous acceptons les responsabilités que cet espoir comporte.L\u2019on attend de nous que nous définissions d\u2019abord notre doctrine nationale; que, pour les prochains domaines de notre activité, nous nous tracions des lignes de conduite à nous-mêmes et à ceux qui veulent nous suivre.C\u2019est chose déjà commencée au point de vue économique par monsieur Esdras Minville dans ses deux conférences au Gesù, surtout dans celle du 6 mars.Nous continuerons.Puisse l\u2019appui de nos aînés ne jamais nous faire défaut dans l\u2019avenir.Nous n\u2019ignorons pas ce que nous devons et ce que nous demanderons encore à leurs sages conseils et à leur expérience.Mais eux-mêmes nous prêchent d\u2019avoir confiance avant tout en nous-mêmes; ils nous assurent que nous sommes sur la bonne voie.Nous sommes déterminés à y rester.Les obstacles surgiront.Tant mieux, s\u2019ils doivent fortifier notre foi.Pierre DANSEREAU Après cinquante ans Mgr Louis-Adolphe Paquet Peu d\u2019hommes auront exercé chez nous une aussi grande influence que Mgr Pâquet.Par la parole et par la plume, il a propagé toutes les idées et défendu toutes les causes qui nous sont chères.Il n\u2019est donc pas étonnant que son jubilé d\u2019or soulève partout l\u2019enthousiasme.Il a son écho dans toute la presse du pays.Il a été spécialement béni par le Souverain Pontife lui-même.On l\u2019a dit avec raison: son action religieuse, sociale et nationale a fait du jubilaire le premier prêtre du Canada, comme Mgr d\u2019Hulst fut le premier prêtre de France.Depuis un demi-siècle, l\u2019action religieuse de l\u2019Université Laval s\u2019est surtout incarnée dans Mgr Pâquet.Il a été, par excellence, l\u2019homme de doctrine, et n\u2019est-ce pas la doctrine qui doit diriger tous les mouvements ?La première condition de l\u2019efficacité de l\u2019action, c\u2019est la sûreté des principes.Pendant ses années d\u2019études romaines, Mgr Pâquet en avait fait ample provision dans tous les domaines de la science religieuse.On le vit bien quand, revenu au Canada, il commença son travail tho- 276 l\u2019action nationale miste.Ses six volumes de théologie dogmatique resteront la gloire de Laval dont ils ont contribué à faire rayonner l\u2019influence jusqu\u2019en Europe.Ses nombreux volumes de Droit public de l\u2019Eglise sont, en outre, favorablement appréciés, et très souvent cités par les meilleurs auteurs des différents pays.Il n\u2019est pas jusqu\u2019à l\u2019ascétisme et à l\u2019apologétique qu\u2019il n\u2019ait étudiés avec autorité dans différentes publications.Heureux ceux qui, au Grand Séminaire de Québec, ont été les élèves de Mgr Pâquet.Ils lui restent fidèles, comme il le fut d\u2019ailleurs lui-même à Sa-tolli.Ils ne perdront pas de sitôt le souvenir de ces heures de classe où ils écoutaient, ravis, une langue à la Cicéron, et une doctrine qu\u2019on aurait dite tombée des lèvres mêmes de S.Augustin, de S.Thomas ou de S.François de Sales.Tel cours, par exemple, dans de Deo, sur la Béatitude, nous faisait presque songer aux méditations d\u2019Augustin sur le rivage d\u2019Ostie.L\u2019Université n\u2019entend plus Mgr Pâquet dans sa chaire de théologie, mais il ne cesse pas pour autant d\u2019animer de sa flamme apostolique cette grande institution.Il la veut toujours rayonnante et belle.Il y a fondé un Institut Supérieur de philosophie thomiste et un Institut de Droit Canonique.Quels magnifiques résultats n\u2019a-t-on pas droit d\u2019en attendre ?Mais la fondation qui lui fait le plus honneur est MGR LOUIS-ADOLPHE pAQUET 277 celle de l\u2019Académie St-Thomas d\u2019Aquin, destinée à promouvoir la pensée philosophique et théologique par tout le pays.Il a voulu aussi, par là, honorer la mémoire de Léon XIII qui fonda la première de ce genre, à Rome, en 1880.Léon XIII est resté le Pape de Mgr Paquet.Le grand pontife ne l\u2019avait-il pas encouragé d\u2019une manière toute particulière pendant son séjour dans la Ville Eternelle ?N\u2019est-ce pas devant lui que, tout jeune séminariste il avait soutenu une thèse destinée à montrer (des cardinaux, des généraux d\u2019ordre, des professeurs et des étudiants des différents collèges étaient présents) l\u2019efficacité de la scolastique dans l\u2019exposition d\u2019une doctrine et la réfutation des objections ?Léon XIII fut toujours pour Mgr Paquet: Lumen in coelo.Aussi connaît-il par cœur, et souvent textuellement, ses principales encycliques.* * * L\u2019action sociale ne se sépare pas de l\u2019action religieuse.Et de plus en plus celle-ci trouve un soutien puissant dans celle-là.Du fond de sa retraite de professeur, Mgr Pâquet a suivi les événements extérieurs et, au mouvement social de chez nous il a contribué, plus que tout autre, à imprimer une direction sûre.Quoi qu\u2019on en dise, les hommes de théorie sont souvent les plus pratiques.Monsieur Montpetit le faisait remarquer l\u2019autre jour, dans sa conférence à Québec.Monsieur Tanquerey, de Saint-Sulpice, l\u2019avait dit avant lui, 278 L ACTION NATIONALE en parlant des théologiens qui avisaient autrefois les gouvernants.Nul Canadien n\u2019a écrit plus judicieusement que Mgr Pâquet sur les \u201cthèmes sociaux\u201d.Il nous a donné trois volumes compacts et instructifs, sans compter les autres articles publiés dans différentes revues.Que de questions y sont traitées de main de maître, depuis les plus abstraites, comme l\u2019autorité et la démocratie, jusqu\u2019aux plus immédiatement pratiques comme l\u2019association professionnelle et le journalisme; depuis les plus générales, comme le socialisme et le bolchevisme, jusqu\u2019aux plus particulières, comme la participation ouvrière et l\u2019assistance publique.Il n\u2019a pas cherché à devancer son temps.Il s\u2019est toujours efforcé de donner une doctrine bien acquise, considérée à Rome comme sûre.Il n\u2019a pas eu l\u2019ambition de paraître avancé.Il a marché, mais avec le Pape, sans jamais vouloir le précéder.Il n\u2019a pas retardé pour autant.La preuve en est dans l\u2019Ecole des Sciences sociales qu\u2019il vient de fonder à l\u2019Université Laval, et dans laquelle il occupera la chaire de Politique chrétienne.A cette école, il a voulu donner un programme intégralement romain et catholique.Elle est peut-être la seule qui déjà, à l\u2019heure actuelle, possède nommément une chaire d\u2019\u201cAction Catholique\u201d.Pouvait-on mieux rencontrer les vues de S.S.Pie XI, le clairvoyant continuateur de Léon XIII ? MGR LOUIS-ADOLPHE PAQUET 279 Ce programme de la nouvelle Ecole n\u2019a pas seulement pour but de communiquer des connaissances.\u201cIl tend aussi, dit Mgr Pâquet, à éveiller le sens altruiste, à susciter des vocations sociales, à allumer dans les âmes généreuses le feu sacré de l\u2019apostolat.Il ouvre devant notre jeunesse avide de dévouement les avenues d\u2019un zèle particulièrement soucieux de prêter son concours à la hiérarchie, de plaider les causes qu\u2019elle patronne, de soutenir les œuvres qu\u2019elle favorise et d\u2019aider partout à faire triompher l\u2019idée de la pacification des classes et la coordination judicieuse des éléments divers dont se compose la société\u201d.Voilà un véritable programme d\u2019Action sociale catholique.\t* * * L\u2019action nationale doit toujours se tenir au diapason de l\u2019action religieuse et sociale.Aussi le catholicisme de Mgr Pâquet n\u2019a-t-il jamais exclu le patriotisme.Pietas ad patriam sese extendit.Dans toutes nos questions nationales, il a été le docteur écouté.Notre entité ethnique, il a plus d\u2019une fois démontré que nous avions le droit et même le devoir de la conserver.Aux grandes fêtes canadiennes-françaises, son éloquence, toujours guidée par une doctrine puissante et sûre, éclairait la route à suivre, indiquait les écueils et enseignait les conditions qui nous garderont ce que nous sommes.Il nous a donné le bréviaire du patriotisme. 280 l\u2019action nationale Il n\u2019a pas craint de flageller nos travers: \u201cl\u2019esprit de parti\u201d, \u201cdéfauts et déformations\u201d, voilà parmi les écrits les plus vigoureux de ses Thèmes Sociaux.Il a prêché l\u2019union française entre ceux qui, sur la terre d\u2019Amérique, ont même origine, même langue et même sang.C\u2019est qu\u2019ils y ont une mission: \u201cNotre vie historique, dit-il, notre survivance franco-canadienne seraient un mystère, si elles ne s\u2019expliquaient par des vues profondes et toutes spéciales de la Providence sur nous, par la part très grande de concours moral et de collaboration religieuse qui nous est assignée dans l\u2019œuvre civilisatrice de l\u2019Amérique septentrionale\u201d.Il a aussi prêché l\u2019union nationale des deux grandes races qui, en notre pays, forment la nation canadienne.\u201cLe Canada, dit-il, est notre patrie à tous.Unissons-nous pour le mieux servir, pour le grandir davantage et pour l\u2019enrichir plus abondamment de tout ce qui fait la gloire des nations paisibles et prospères.L\u2019union des cœurs canadiens, tout la demande et tout l\u2019exige.L\u2019histoire l\u2019a préparée; des textes solennels l\u2019ont consacrée; le patriotisme, l\u2019équité, le respect des droits doivent la maintenir\u201d.Cela ne l\u2019a pas empêché d\u2019ailleurs de prêcher l\u2019union internationale avec les peuples des autres pays.Dans ses Nouveaux mélanges canadiens, il rappelle comment, par leur unité de nature, leur communauté d\u2019origine et de destinée, tous les MGR LOUIS-ADOLPHE PAQUET 281 hommes sont frères, et comment \u201cc\u2019est dans le dogme de la fraternité humaine que nous devons chercher la raison première, les inviolables fondements du droit public et des divers organismes internationaux\u201d.Aussi n\u2019a-t-il pas craint, pendant la récente guerre mondiale, de rendre hommage à la clairvoyance de S.S.Benoît XV jetant dans le monde affolé les premières notes de paix.Il a été un des premiers à soutenir chez nous la politique pacificatrice du Pape.Honneur à son courage! * * * Le jubilé d\u2019or de Mgr Paquet nous présente donc une magnifique occasion de le féliciter et de le remercier pour son action religieuse, sociale et nationale au milieu du peuple canadien.Des fêtes splendides ont eu lieu.Anciens élèves, admirateurs et amis furent heureux de lui offrir ce témoignage de gratitude, en même temps que l\u2019expression de leurs meilleurs vœux.Puisse le jubilaire nous continuer longtemps encore son action directrice et faire ainsi rayonner au loin la gloire de son université et du pays tout entier! Et puis viendra le jubilé de diamant.Wilfrid LEBON, ptre Les poèmes Poème de mai Parce que c'est le mois où la plaine est fleurie, Je voudrais de beaux vers pour la Vierge Marie.Des vers que les élus répéteraient en choeur, Où j'aurais mis, un soir, le meilleur de mon coeur.Des vers où chaque rime aurait une louange Pour la mère de l'Homme et la reine de l'ange.Des vers subtils comme au matin l'azur du ciel, Sentant bon le lilas, la résine et le miel.Des vers où se jouerait la lumière des cierges, Pour la plus humble et la plus parfaite des vierges; Pour elle, la servante affaissée à genoux, A qui l'Ange annonça: Le Verbe est avec vous; Pour elle, rayonnant de grâces infinies, Dont la magnificence est dite aux litanies, Pour elle, notre joie et l'étoile des mers, Et l'asile au retour des servages amers, Pour elle patience, et douceur qui relève, Et dont le coeur reçut sept blessures du glaive, Pour elle, je voudrais des vers comme jamais N'en firent les brillants poètes que j\u2019aimais, Des vers fluides et vivants comme une eau pure, Des vers plus ouvragés qu'une ancienne guipure, Des vers nouveaux, des vers fleuris, des vers légers, Frais comme la blancheur des matins enneigés, Des vers où chaque mot serait un mot qui prie Parce que c'est le mois de la Vierge Marie. POÈMES 283 Le printemps qui dormait Le printemps qui dormait depuis un an déjà, S'allonge, se réveille et bâille ainsi qu'un chat.Il ne veut pas encor quitter la quiétude Dont il a pris depuis tant de mois l'habitude; Il hésite et pourtant se garde d'oublier Que l'hiver meurt et qu'il est temps de travailler.Il s'en ira demain à travers la campagne.Tout heureux du soleil joyeux qui l'accompagne, Et d'un vent matinal, à la fois rude et doux, Avec lequel je sais qu'il a pris rendez-vous.Et tous trois referont la physionomie Eblouissante de la prairie endormie.Ils s en iront, les trois amis, sur le chemin, L'un à l'autre attentifs et se donnant la main, Ils ne seront pas plus bruyants que l'autre année, Mais ils feront si chaude et claire la journée, Que de nouveau la terre offrira ses talents Pour nourrir et porter la moisson dans ses flancs.La neige qui survit fondra par taches blanches, Et la sève nouvelle assiégera les branches, Dont l'ombre grandissante, à partir de midi, Rayera de traits bleus le coteau reverdi.Harry Bernard La peinture Le peintre Rodolphe Duguay Rodolphe Duguay a dû apprécier avec un peu de malice la partie \u201cdoctrinale\u201d de l\u2019étude assez dure consacrée par Henri Girard au \u201cCinquantième Salon du printemps\u201d.J\u2019ai trouvé là, pour ma part, l\u2019essentiel des préoccupations de l\u2019artiste probe et sévère qu\u2019est Duguay et une réponse à une bonne partie de nos discussions amicales.Bien qu\u2019absolument ignare en matière artistique, je me permets de fréquentes passes d\u2019arguments avec Duguay, lorsque je le relance dans son atelier-ermitage de Nicolet.C\u2019est d\u2019ordinaire ce que j\u2019appelle le \u201cpessimisme\u201d de mon ami qui nous met aux prises.Il suffit que je trouve une de ses peintures de mon goût et que j\u2019essaie de le lui dire, pour qu\u2019il se mette aussitôt en défense.D\u2019instinct, l\u2019enthousiasme des profanes l\u2019inquiète! Il s\u2019imagine alors qu\u2019il a trop cédé au goût public, qu\u2019il a sacrifié la Beauté au Joli! Il faut voir sa moue et son haussement d\u2019épaules impatienté lorsque, devant mon insistance, il concède: \u201cOui, c\u2019est joli peut-être, mais ce n\u2019est pas cela que je cherche.N\u2019importe qui peut peindre de jolies choses!\u201d Il est donc naturel que le passage suivant de LE PEINTRE RODOLPHE DUGUAY 285 l\u2019article de Girard ait amené un sourire approbateur sur les lèvres de Duguay: \u201cPour s\u2019esjouir du joli, on n\u2019a qu\u2019à laisser libre cours à ce ferment de sentimentalité et de lâcheté \u2014 plus ou moins important selon les personnes \u2014 que tout homme porte en quelque coin de son cœur.Pour produire de jolies choses, il n\u2019est que d\u2019avoir une quelconque dextérité et un petit bout de métier.Joli égale donc médiocre, puisque le médiocre est ce qui s\u2019obtient sans effort\u201d.\u201cPour que la Beauté règne chez nous, la vraie Beauté qui s\u2019adresse à l\u2019âme et non simplement aux sens\u201d, Henri Girard lance un appel aux artistes.Il veut qu\u2019ils \u201capprennent, pour les bien exprimer, de grandes choses, des choses qui parlent virilement à l\u2019esprit, l\u2019élèvent, accroissent ses possibilités\u201d.En tête des artistes auxquels le critique confie ses espoirs, figure Rodolphe Duguay! Rodolphe Duguay au service de la Beauté! Je me permets d\u2019émettre l\u2019opinion que bien peu d\u2019artistes lui vouent un culte plus absolu, plus dégagé de toute considération étrangère, plus désintéressé! Je n\u2019ai pas qualité pour apprécier le travail de Duguay, pour parler de sa technique, pour analyser ses procédés d\u2019expression.Ce que l\u2019artiste lui-même pense des œuvres qu\u2019il a réalisées autoriserait des considérations rigoristes.J\u2019aime mieux m\u2019en remettre aux \u201cexperts\u201d.Duguay doit exposer bientôt un groupe d\u2019œuvres variées au 286 l\u2019action nationale Caveau des \u201cConfrères-Artistes\u201d d\u2019Ottawa.Attendons ce que la Critique dira! Il est par exemple un témoignage que je puis porter, sans risque d\u2019être contredit, sur l\u2019exceptionnelle élévation d\u2019âme de Duguay, sur la qualité du rêve de Beauté qu\u2019il porte en lui depuis l\u2019enfance, et sur le courage patient, entêté, qu\u2019il met au service de son idée! Sur ce point, personne ne pourra amoindrir mon témoignage! Ce n\u2019est pas l\u2019amitié qui me dicte cet hommage.Mon amitié pour Duguay, mon admiration pour lui, sont nées justement de la découverte de sa richesse et de sa grandeur d\u2019âme, dissimulées sous une enveloppe un peu froide, systématiquement fermée aux profanes! Je connais Duguay depuis plusieurs années.J\u2019ai eu l\u2019avantage de le rencontrer à Paris, durant le séjour de 7 ans qu\u2019il fit en France, et d\u2019aller assez souvent causer avec lui dans le grenier de la rue des Ciseaux où il tenait atelier.C\u2019était l\u2019époque héroïque.L\u2019artiste s\u2019entêtait, s\u2019accrochait à son rêve, malgré de très dures difficultés.Il conservait sa sérénité en pensant à son art, oubliait ses tracas à force de travail, trouvait dans une piété que rien ne diminuait ou altérait la force de tout affronter sans dévier de sa voie montante.Mon amitié et mon admiration datent de là! Plus tard, les conditions matérielles s\u2019améliorèrent grâce à une bourse d\u2019études du Gouvernement. LE PEINTRE RODOLPHE DUGUAY 287 Après quatre années de gêne, c\u2019était presque la richesse ! Duguay ne changea pas grand chose à son train de vie.Il en profita pour rendre plus intense encore son travail, élargir le cadre de ses recherches, connaître de nouveaux horizons et étudier sur place les aspects divers du visage de la France.La Bretagne, avec ses paysages rudes, sa lumière atténuée, ses mœurs rustiques, plaisait particulièrement à l\u2019esprit un peu mélancolique de Duguay.Il y fit des séjours prolongés.Après une absence ininterrompue de sept années, Rodolphe Duguay revint au Canada en 1928.Il s\u2019établit à Nicolet, avec les siens; sans effort, sans heurt, il reprit contact avec la terre natale.Au fait, s\u2019en était-il jamais séparé ?Sur un coteau qui domine la rivière Nicolet, il érigea sous les arbres, à proximité de la maison paternelle, un atelier où il s\u2019emploie, dans un labeur fiévreux, à fixer quelques parcelles de la beauté que son âme a arrachée aux choses.Les toiles et les dessins qui couvrent les murs portent tous la marque de son tempérament.Il s\u2019en dégage une impression d\u2019ordre, de discipline, d\u2019équilibre.Rien de violent ni de tourmenté, rien de mièvre non plus.Des paysages sobres, presque nus, baignés par une lumière colorée, discrète.Chaque pièce a son atmosphère propre, sa tonalité.Il n\u2019y en a pas deux qui se ressemblent.On sent dans chacune un effort en avant, une recherche 288 l\u2019action nationale nouvelle.Une note se retrouve partout: la simplicité, le dépouillement voulu, l\u2019absence de toute surcharge.La peinture de Duguay ne s\u2019adresse pas aux sens; elle est presque immatérielle! Le peintre de Nicolet est avant tout un méditatif.La flamme mobile de son œil ne s\u2019arrête pas aux formes extérieures.Elle fouille plus avant, cherche à découvrir de mystérieuses harmonies, à saisir le secret des émotions que soulèvent en nous les choses parfois les plus banales en apparence.Le cadre apaisant où Duguay observe le déroulement harmonieux des heures et des saisons favorise son penchant à la méditation.Le paysage nicolétain respire la sérénité.Il y a quelque chose d\u2019intime dans cette succession de collines aux lignes adoucies, dont les courbes molles se déploient en un rythme berceur.L\u2019horizon rétréci invite au recueillement.La lumière y joue, s\u2019accroche aux bouquets d\u2019arbres, sommeille, mêlée d\u2019ombre violacée, dans le creux des coteaux.Elle y revêt des nuances subtiles, se fait enveloppante, met en mouvement la vie intérieure.On a fait reproche à Duguay d\u2019être resté dans un petit coin de pays.Son talent, disait-on, a besoin d\u2019un champ plus vaste pour s\u2019épanouir, produire de fortes œuvres, atteindre à la grande célébrité.Ces considérations n\u2019ont eu aucun effet et c\u2019est heureux.Notre ami est un sage; il lui faut le calme, l\u2019isolement nécessaire à l\u2019éclosion lente LE PEINTRE RODOLPHE DUGUAY 289 des grandes œuvres.Il ne poursuit pas la gloire tapageuse, le succès éclatant, souvent acheté au prix de concessions, de compromis.Une seule chose compte pour lui: exprimer sans la trahir, sans la diminuer trop, la Beauté qui chante, palpite en lui! Son seul regret, c\u2019est \u2014 à ses yeux \u2014 d\u2019y parvenir si lentement, si difficilement! Abbé Albert TESSIER UN BON JOURNAL DISPARAIT Déplorons la disparition de l\u2019excellent hebdomadaire, le Progrès du Saguenay, de Chicoutimi.Ce confrère est mort, non pas de vieillesse ni de faiblesse, mais tué par la crise économique.Chicoutimi fut, de toutes les villes de notre province, l\u2019une des plus éprouvées par la dureté des temps.Elle comptait pour vivre sur deux industries: la pulpe et le papier.Les deux venant à manquer en même temps, la population de Chicoutimi connut toutes les affres de la ruine éco-mique.Il n\u2019était guère possible au Progrès, dans de pareilles conditions, de se maintenir.Il est même étonnant qu\u2019il soit parvenu à subsister jusqu\u2019ici.Nous le regretterons parce qu\u2019il était un journal honnête, catholique comme on doit l\u2019être dans un pays comme le nôtre, libre dans sa direction et son orientation, n\u2019ayant que faire des ordres, des caprices ou des tyrannies des politiciens.H.B. Questions de langue Bilinguisme intégrai Le bilinguisme intégral est une utopie.Nulle part, en aucun pays du monde, on n\u2019en trouve l\u2019application véritable.Ni en Suisse, ni en Belgique, ni au Canada, il n\u2019est permis d\u2019escompter une formation véritablement bilingue.La question relève de l\u2019étude psychologique de l\u2019homme.Il y a des lois de l\u2019esprit qu\u2019on ne transgresse pas impunément.Dans un pays où il y a diversité linguistique, conséquence d\u2019événements historiques inévitables, il faut se résigner à trouver une formule d\u2019unité nationale large et compréhensive.On ne peut rien sacrifier de cette diversité sans s\u2019appauvrir et se diminuer.Ceux qui savent ce qui se passe en Belgique, pourraient raconter les luttes violentes qui se livrent entre Flamands et Wallons, et dont l\u2019union nationale ne sort qu\u2019affaiblie.Les flamingants ont d\u2019autant plus de mérite à vouloir garder leur autonomie linguistique qu\u2019elle les isole davantage du grand courant d\u2019idées que charrie toujours la langue française.Et leur point de vue est très juste en ce qu\u2019ils considèrent que l\u2019abandon du flamand en faveur du français serait préjudiciable à leurs intérêts intellectuels, si l\u2019homme, pour penser, comme pour agir, n\u2019a pas la liberté de s\u2019isoler BILINGUISME INTÉGRAL 291 de son passé, et si nos ascendants nous rendent pour ainsi dire prisonniers d\u2019une forme d\u2019expression dont la racine ne peut évoluer au gré d\u2019une pédagogie étourdie ou pédante, oublieuse du fondement même de la vie de l\u2019esprit.La table rase est le dada des sous-vétérinaires de la pédagogie, qui ne voient dans l\u2019enfant aucun prolongement historique et jettent, pêle-mêle, dans cette fragile et délicate machine, tous les grains de sable du bilinguisme intégral.Tournez-vous en arrière.Vingt ou trente ou quarante générations se sont succédé, où les cerveaux, toujours baignés dans l\u2019ambiance des mêmes mots, ont puisé à cette genèse, la source constante et féconde de leur activité, où l\u2019image des choses, leur représentation, s\u2019est toujours identifiée avec les mêmes syllabes, où ces syllabes ont suscité à leur tour la couleur et la forme des choses qui nous entourent.Qu\u2019un pareil entraînement qui s\u2019effectue pendant des siècles ne laisse pas dans l\u2019organe de la pensée des traces indélébiles; quel est le primaire, en mal d\u2019utilitarisme ou de snobisme, qui oserait, après réflexion, en nier les effets ?Aussi les peuples qui changent de langue, dans un court espace de temps, sont-ils voués à une véritable stérilité intellectuelle, et toutes les considérations pratiques ne changeraient rien à l\u2019affaire.Du jour où les Canadiens français cesseraient de s\u2019entêter sur ce point, un déficit considérable se ferait sentir 292 l\u2019action nationale dans tous les domaines de leur activité.Notre médiocrité actuelle ne prouve rien là contre.Elle indique seulement que trop des nôtres, n\u2019ayant pas encore opté, ou n\u2019ayant opté que timidement, ont affaibli d\u2019autant le rayonnement d\u2019une pensée intégralement française.Choisir carrément, vigoureusement, sans hésitation, sans retour, est premier jalon à poser dans l\u2019œuvre de restauration française.Dire non à tout ce qui apporte le doute; dire oui à tout ce qui raffermit \u2014 C\u2019est par une victoire dans l\u2019intime de notre être, de la croyance en l\u2019efficace de la culture française, que nous devons débuter dans l\u2019organisation de Vintelligence chez les nôtres.J\u2019en connais, et de fort brillants, chez qui la sénilité est une conséquence du doute linguistique.J\u2019en ai vu d\u2019autres renaître à la vie de l\u2019esprit par un choix délibéré et enthousiaste, de conviction française.La grande majorité des Canadiens français instruits n\u2019a pas encore véritablement opté et, comme l\u2019âne de Buridan, se meurt d\u2019inanition, à côté du trésor qu\u2019elle ne sait plus exploiter.Quand de Valera, dont la clairvoyance sur ce point ne peut être mise en doute, s\u2019engage dans une lutte acharnée en faveur de la résurrection du gaélique, croyez bien qu\u2019il n\u2019y a là en aucune façon l\u2019expression d\u2019une hostilité raciale ou d\u2019une revanche historique.Il y a là, au contraire, la vision très claire qu\u2019en reliant le présent au loin- BILINGUISME INTÉGRAL 293 tain passé de l\u2019Irlande, par la littérature, il va donner à son peuple un incomparable outil de perfectionnement intellectuel.Mistral, le plus haut sommet de la poésie au XIXe siècle, d\u2019un mouvement réfléchi, choisit la langue d\u2019oc parce qu\u2019elle favorise la libération des cellules secrètes de son esprit.Il va plus loin: il écrit le Trésor du Félibrige, où il repense les mots provençaux un à un, remonte jusqu\u2019à leur racine, les analyse, en fixe le sens définitif et leur rend la vie avec la lumière.Et nous, serions-nous assez peu audacieux, assez lâches pour refuser de prendre certains risques pour la défense d\u2019un héritage aussi sacré que celui de la langue française ?Surtout quand cette langue nous fait communiquer au répertoire le plus étendu de l\u2019expérience de l\u2019homme et remonter au plus lointain des humanismes et au plus sage, le grec.L\u2019histoire est un perpétuel recommencement.Le rôle de la littérature, c\u2019est précisément de maintenir devant nos yeux trop oublieux, et de façon concrète, que l\u2019homme rencontre toujours les mêmes difficultés, sous tous les deux et à toutes les époques, que ces difficultés relèvent toutes des mêmes besoins et des mêmes nécessités, sous des noms différents; que l\u2019ordre se conquiert de haute lutte, qu\u2019il n\u2019y a pas de victoire définitive, et que tout est toujours à recommencer.De pareilles leçons tiennent en perpétuelle vigilance, commandent le 294 L ACTION NATIONALE réveil des forces obscures et glorieuses que tout homme porte en lui.Aucune littérature n\u2019agit, autant que la française, dans les profondeurs de l\u2019être où s\u2019élaborent les destinées sublimes d\u2019une Jeanne d\u2019Arc ou d\u2019un Dollard des Ormeaux.On va répétant que le Canadien français doit apprendre l\u2019anglais.Dans une certaine mesure, évidemment.Mais à une condition essentielle: c\u2019est qu\u2019un enseignement national très virulent prémunisse d\u2019avance le Canadien français contre la tentation de trahir.Seules, les élites intellectuelles peuvent être vraiment bilingues.Les échanges entre les deux races de ce pays doivent se faire par la tête et non par les pieds; autrement dit, par les politiciens.Seuls, ceux qui ont une culture large et forte peuvent être de véritables bilingues.En deuxième zone, tous ceux qui sont dans le commerce doivent connaître l\u2019anglais; mais un anglais qui n\u2019aille pas plus loin que le bilinguisme requis par le métier.Une certaine limitation s\u2019impose de ce côté.Le peuple des villes a-t-il besoin d\u2019anglais ?Il n\u2019en aurait pas besoin à mon sens, si, tous, nous nous mettions à exiger du français partout et en toute occasion, créant ainsi une atmosphère qui, transformée, donnerait à l\u2019ouvrier canadien-français l\u2019avantage qu\u2019a actuellement l\u2019ouvrier de langue anglaise.Enfin le Canadien français de la campagne n\u2019a aucun besoin de connaître l\u2019anglais. BILINGUISME INTÉGRAL 295 En résumé: enseignement national, vigoureusement distribué à tous et à doses massives.La quantité d\u2019anglais diffusé, proportionnellement à la culture générale de celui qui le reçoit.Plus un homme a de développement intellectuel, plus il est susceptible d\u2019assimiler sans danger une deuxième langue.Mais le plus grand mal qu\u2019on puisse faire à l\u2019intelligence des nôtres, c\u2019est de recommander le système du bilinguisme intégral chez l\u2019enfant.Le résultat ne se fait pas attendre: une hésitation perpétuelle entre les mots de chacune des deux langues, entre le sens différent de ces mots, un obscurcissement des idées, un affaiblissement de la volonté.J\u2019ai entendu raconter par un témoin véridique l\u2019histoire d\u2019un esprit désaxé par une semblable méthode.C\u2019était un jeune Alsacien d\u2019avant la guerre, à qui ses parents faisaient pratiquer le bilinguisme intégral dès le berceau.Après avoir poussé ses études à fond, mais toujours parallèlement en français et en allemand, il arriva à un âge où il ne lui fut plus permis de douter de la faillite d\u2019un pareil système.Il se rendait compte que son talent était fort compromis, sinon ruiné.A un palier inférieur, j\u2019ai connu personnellement de ces bilingues parfaits dont le ba-fouillement et le bégaiement révèlent le désordre intime de l\u2019esprit.Ne l\u2019oublions pas; ceux-là seuls qui ont des idées claires et nettes portent en eux le secret du mouvement, de l\u2019initiative et de la création.Le défaut 296 L ACTION NATIONALE du bilinguisme intégral, c\u2019est d\u2019obscurcir l\u2019esprit.Mais en tout ceci, il n\u2019est pas tenu compte des nécessités économiques.Demandons à M.Mont-petit de nous répondre.Dans le discours qu\u2019il a prononcé l\u2019autre soir, à l\u2019assemblée des Jeune-Canada, il n\u2019a pas craint d\u2019affirmer: \u201cLa question économique chez les Canadiens français sera réglée du jour où il y aura restauration française complète chez eux\u201d.Cela s\u2019explique.La restauration française en refaisant l\u2019unité des esprits et des coeurs, sera le prélude de l\u2019unité économique.Quand tous les membres de notre petite communauté penseront nationalement; pour être plus précis: quand, dans chacun de nos actes quotidiens, nous mettrons trois quarts de volonté de réussite individuelle et un quart de volonté de réussite nationale, l\u2019esprit de solidarité, devenu envahisseur et exigeant, nous fera dénouer toutes les difficultés économiques.Nous irons acheter chez notre compatriote et quand nous serons forcés d\u2019aller ailleurs, nous y imposerons, par l\u2019usage de notre langue, l\u2019employé canadien-français.Au fond du bilinguisme, il y a donc une question de foi.Si nous avions foi en nous-mêmes, en nos destinées, nous marcherions de victoire en victoire, économique, littéraire, artistique.Le mol oreiller du doute est une morphine pour esclaves horizontaux qui attendent l\u2019heure du cadavre.Toutes sortes d\u2019initiatives sortent d\u2019un peuple BILINGUISME INTÉGRAL 297 qui ne veut pas mourir.Par la pratique quotidienne du sens national, réveillons en nous les énergies que la routine et l\u2019automatisme ont engourdies.Nos plus beaux projets resteront inopérants tant qu\u2019il n\u2019y aura pas de Canadiens français assez volontaires, assez préoccupés des intérêts collectifs pour se dépasser eux-mêmes.Pour participer à un mouvement d\u2019ensemble où se perde la pauvreté du moi, il faut posséder le sens national où l\u2019individu se retrouve, mais agrandi, réchauffé par les êtres multiples qu\u2019il se donne mission de défendre.Les plus belles vies, les plus riches en jouissances intimes et loyales sont celles qui communiquent le plus abondamment avec le passé, le présent et l\u2019avenir d\u2019une race.Arthur LAURENDEAU VOTE JUIF Dans certains comtés de Montréal, lors des dernières élections provinciales, les \u201csous-officiers rapporteurs\u201d auraient reçu l\u2019ordre de ne pas assermenter les Juifs.Est-ce vrai ?Ainsi s\u2019expliquerait l\u2019\u201centhousiasme\u201d qui a fait voter les électeurs de certaines circonscriptions juives dans une proportion de 110% à 125%. Profil L'abbé Lionel Groulx La Société Historique de Montréal a fêté, le 20 avril, son soixante-quinzième anniversaire de fondation.Il y eut banquet au Cercle Universitaire.Après avoir rappelé l\u2019histoire de la Société, M.Aégidius Faut eux, conservateur de la Bibliothèque de Montréal, a rendu un hommage particulier à Vhistorien qu\u2019est l\u2019abbé Lionel Groulx.Nous détachons de son allocution ce qui suit: A cette déjà brillante couronne dont elle se pare avec orgueil, la Société Historique a ce soir la satisfaction profonde d\u2019ajouter un fleuron d\u2019un éclat tout particulier dans la personne de M.l\u2019abbé Lionel Groulx, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal.Quelques-uns peut-être trouveront un peu tardif cet hommage qui depuis longtemps s\u2019imposait.Us voudront bien ne s\u2019en prendre qu\u2019à la rigueur bien intentionnée de nos propres règlements.Nous ne devons décerner notre médaille qu\u2019à l\u2019occasion d\u2019un ouvrage historique publié pendant les derniers douze mois écoulés.Or, M.Groulx nous a joué ce tour de publier la plupart des maîtres ouvrages qui l\u2019abbé LIONEL GROULX 299 ont consacré sa réputation de grand historien, avant même que notre médaille fût née.Depuis ce temps, sans rien perdre de sa haute autorité, il est vrai, ni de sa très grande influence, il s\u2019est surtout dépensé par la parole et il a un peu délaissé ses lecteurs.Ce n\u2019est que cette année qu\u2019il nous a permis de l\u2019atteindre par la publication tant applaudie de son bel ouvrage sur VEnseignement français au Canada.Et je ne devrais pas avoir besoin de vous assurer que nous avons saisi l\u2019occasion avec le plus vif empressement.La Société a ce soir la sensation un peu singulière de réparer une injustice dont elle n\u2019est pourtant pas coupable.Mais que dire de l\u2019éclatant mérite de notre lauréat que vous ne savez pas déjà vous-mêmes, Mesdames et Messieurs ?Professeur, nous avons presque tous eu l\u2019occasion d\u2019admirer sa dialectique à la fois ardente et serrée; écrivain, nous avons tous savouré les pages délicieuses où il a déversé son talent si vivant; orateur, nous avons tous, en vingt circonstances, été profondément émus par sa parole chaleureuse et vibrante.Mais qu\u2019il soit professeur, qu\u2019il soit écrivain, qu\u2019il soit orateur, M.l\u2019abbé Groulx est toujours historien.C\u2019est dans l\u2019histoire qu\u2019il s\u2019est établi et c\u2019est dans l\u2019histoire qu\u2019il entend demeurer.Et pourquoi ?Parce qu\u2019il a au cœur une passion qui l\u2019occupe pour ainsi dire dout entier: la passion de son pays.Il n\u2019étudie nos annales que pour mieux 300 L ACTION NATIONALE aimer sa patrie, il ne fouille les archives qu\u2019afin d\u2019y trouver des armes pour mieux défendre sa patrie, il n\u2019enseigne enfin l\u2019histoire que pour faire mieux aimer sa patrie.L\u2019histoire n\u2019est pas uniquement pour lui comme pour certains autres une matière à occupation intellectuelle, elle est par-dessus tout une forme de l\u2019action.On l\u2019a dit un historien passionné.Et quelques-uns lui en ont fait un grief, prétendant qu\u2019emporté par la fougue de ses indignations et même de ses haines, il risquait souvent d\u2019être injuste.Je ne crois pas que le reproche soit fondé.M.Groulx n\u2019a jamais dissimulé qu\u2019il était et voulait être un homme de combat, n\u2019en déplaise à ceux qui craignent toujours de voir leur tranquillité troublée; il aime la lutte et même il s\u2019y délecte.Descendant direct du colon Jean Grou qui périt les armes à la main en 1670, sous les traits des sauvages, on le dirait encore teint de ce sang guerrier glorieusement versé pour le sol canadien, et pas plus que son premier ancêtre il ne consentira à reculer d\u2019une semelle devant l\u2019ennemi.Mais il n\u2019a cette ardeur que parce qu\u2019il est profondément sincère.On a pu et on pourra encore différer d\u2019opinion avec lui sur quelques-unes de ses conclusions, selon l\u2019angle sous lequel on se place, mais personne n\u2019a jamais pu contester l\u2019honnêteté même de ses prémisses.Personne, je puis le dire, ne pousse plus loin le scrupule de l\u2019exactitude, ne se donne l\u2019abbé LIONEL GROULX 301 plus de peine pour arriver à la plus complète vérité.Lorsqu\u2019il croit qu\u2019il y a quelque injure à venger, quelque tort à redresser ou quelque vilenie, il combat sans merci, mais avec des armes loyales.En un mot, il n\u2019admet pas que l\u2019histoire soit une divinité sans entrailles; il croit au contraire qu\u2019elle a, selon les cas, le devoir d\u2019aimer ou de haïr.Et c\u2019est précisément pour ces raisons qu\u2019il a pu acquérir un si fort empire sur son temps et que pour une partie notable de notre jeunesse son nom a un temps valu un drapeau.Chacun de ses livres, depuis Nos lu t tes cons titu tionnelles, jusqu\u2019à Vers l'émancipation, en passant par la Naissance d\u2019une race et Lendemains de conquête, ont été dévorés avec une avidité passionnée par toute une génération qui a pu y puiser parfois quelques préjugés, en dépit même de l\u2019auteur, mais qui y a puisé surtout d\u2019admirables leçons de fierté nationale.Je ne saurais mieux me résumer qu\u2019en empruntant à un écrivain qui n\u2019a généralement pas la réputation d\u2019un louangeur à outrance, M.Olivar Asselin, cet éloge auquel personne ici ne refusera de souscrire: \u201cJe salue en M.l\u2019abbé Groulx un maître de la recherche historique, un maître du style, un maître de la vie spirituelle, un maître de réflexions et d\u2019énergie patriotiques.\u201d La vie rurale Une enquête sur l\u2019habitat rural L\u2019occasion s\u2019offre de faire une application pratique de géographie humaine.Il s\u2019agit d\u2019étudier notre habitat rural.N\u2019est-ce pas le moment de nous intéresser davantage, et d\u2019une façon pratique, au mode de vie agricole ?Beaucoup d\u2019esprits sérieux voient dans l\u2019exploitation plus rationnelle de notre sol une solution aux maux économiques actuels.Apprenons donc à mieux connaître le milieu rural.L\u2019étude de l\u2019habitat à la campagne devrait, à notre avis, nous ouvrir de nouveaux horizons sur les problèmes agricoles.Ce n\u2019est pas au hasard, croyons-le bien, que le cultivateur choisit l\u2019emplacement de sa maison et de ses dépendances; ce n\u2019est pas davantage le hasard qui le fait vivre à l\u2019état de dispersion ou d\u2019agglomération.Nous ne connaîtrons les influences qui s\u2019exercent sur l\u2019origine de l\u2019habitat rural et sur sa répartition actuelle qu\u2019en faisant une étude détaillée sur le terrain.Il faut procéder par enquêtes, visiter la campagne, interroger les cultivateurs ou ceux qui les connaissent, savoir observer, même dresser des cartes s\u2019il est utile, enfin répondre à un questionnaire. UNE ENQUÊTE SUR L\u2019HABITAT RURAL 303 Il\tappartenait aux géographes, dont la tâche ne se borne pas à l\u2019enseignement, d\u2019instituer une telle enquête.Réunie en conférence à Londres en 1926, l\u2019Union géographique internationale proposait une enquête mondiale, dont l\u2019objet serait de \u201crechercher l\u2019origine et les causes de l\u2019agglomération ou de la dispersion des habitations rurales: influences des conditions naturelles, influences des traditions ethniques, influences des régimes de propriété et de culture\u201d.Le représentant de la France, M.Albert Demangeon, a préparé un questionnaire détaillé, trop long pour être cité dans le cadre de cet article, mais nous l\u2019avons reproduit et commenté dans La Terre de Chez Nous, livraison du 26 avril.Ce questionnaire se subdivise en quatre parties dont nous indiquons les traits essentiels.I \u2014 Qu\u2019est-ce que l\u2019habitat rural ?II \u2014 Quelle est l\u2019origine des types d\u2019habitats?III\t\u2014 Quelle est la répartition géographique de ces types ?IV\t\u2014 Quels sont les rapports de l\u2019habitat rural avec les autres faits de géographie humaine ?On cherche d\u2019abord à définir l\u2019habitat rural.Sont-ce seulement les établissements qui abritent une exploitation agricole, faut-il au contraire 304 l\u2019action nationale étendre cette expression à tous les établissements humains hors des villes?Qu\u2019appelle-t-on dispersion ou agglomération rurale ?La deuxième partie, qui a trait à l\u2019origine, est la plus détaillée.Ici, en effet, plusieurs influences s\u2019exercent séparément ou ensemble, les unes sur les conditions naturelles, les autres sur les conditions sociales et l\u2019économie rurale.L\u2019habitat ne sera pas le même en plaine et en montagne, dans les terrains secs ou marécageux, découverts ou forestiers.Les conditions diffèrent avec les ressources en eau.Tel mode s\u2019imposait-il plutôt que tel autre à l\u2019origine du peuplement; peut-on parler d\u2019influences de races?les besoins de sécurité créent-ils un mode spécial d\u2019habitat ?enfin le régime agraire a-t-il une influence sur l\u2019habitat ?La troisième partie, qui s\u2019occupe de la répartition géographique, recherche s\u2019il y a évolution à travers l\u2019histoire des types d\u2019habitats.La quatrième partie pose diverses questions : le rapport entre les types d\u2019habitats et les types de maisons, l\u2019influence possible de l\u2019habitat sur l\u2019économie rurale, l\u2019influence de l\u2019habitat sur l\u2019organisation sociale.Ce résumé suffit à nous montrer l\u2019ampleur du sujet et à nous indiquer le travail à faire.Les vacances approchent.Ceux d\u2019entre nous qui ont des loisirs et que le sujet intéresse peuvent se mettre à l\u2019œuvre.Il est, en effet, impossible de répondre en chambre à cette enquête.Il faut procéder par études UNE ENQUÊTE SUR L\u2019HABITAT RURAL 305 régionales, faire des monographies.Nous faisons appel spécialement aux professeurs qui passent l\u2019été à la campagne et aux diplômés de nos écoles d\u2019agriculture qui ont des loisirs.Voici en quelques mots comment procéder: se renseigner sur l\u2019enquête en lisant notre article de La Terre de Chez Nous, en consultant la bibliographie que nous y indiquons; choisir une région à étudier, pas trop vaste, se procurer des cartes à grande échelle de cette région (écrire à Ottawa ou à Québec); la bien visiter; questionner les gens, de préférence les notables de la paroisse; enfin consigner le résultat de ses observations et de ses réflexions dans une monographie.Benoît BROUILLETTE, CES CONCESSIONS FORESTIERES Par arrêtés ministériels (6 et 12 mai, 8 septembre 1932), le gouvernement provincial constituait, en faveur de trois compagnies, des réserves forestières pour 50 années à venir, à même les terres de la Couronne, dans les comtés de Belle-chasse, Montmagny, L\u2019Islet, Dorchester, Frontenac, Wolfe, Compton, Mégantic et Beauce.Deux hommes parfaitement renseignés nous disent que le territoire ainsi concédé aurait donné place à une trentaine de nouvelles paroisses.Ces forêts conservées providentiellement pour recevoir les surplus de population de ces vieux comtés, seront fermées à toute colonisation jusqu\u2019en 1982.Farce tragique du retour à la terre! Programme de restauration sociale De plus en plus, la saine opinion s\u2019inquiète dans notre pays.La crise présente a plongé ur\\ érand nombre de travailleurs dans une extrême detresse.Seule l\u2019aide des pouvoirs publics et des associations charitables écarte de leurs foyers la misère noire.Situation propice aux semeurs d\u2019idées subversives.Ils ne manquent pas d\u2019en profiter.Une active propagande s\u2019efforce d\u2019exploiter le mécontentement général.Et déjà des rumeurs sinistres, des grondements inquiétants se font entendre au sein des masses.Les autorités alertées se disposent à des mesures rigoureuses.Une sévère répression tâchera de maintenir l\u2019ordre menacé.Que valent cependant ces précautions si les causes du mal restent intangibles?Pie XI, dans l\u2019encyclique Quadragesimo anno, blâme énergiquement ceux \u201cqui négligent de supprimer ou de changer des états de choses qui exaspèrent les esprits des masses et préparent ainsi la voie au bouleversement et à la ruine de la société\u2019\u2019.Rien d étonnant que des groupes nouveaux se fondent, que des programmes hardis soient lancés pour réformer la situation actuelle.Mais combien il est facile sur ce terrain de dépasser le but, de tomber, par exemple, dans l\u2019erreur socialiste formellement condamnée par l\u2019Eglise.Aussi est-ce l\u2019impérieux devoir des catholiques de chaque pays d\u2019offrir à leurs conci- UN PROGRAMME DE RESTAURATION 307 toyens un plan de reconstruction, inspiré des sages directives pontificales.Cette initiative, l\u2019Ecole Sociale Populaire de Montréal vient de Ventreprendre.Elle a réuni un groupe d\u2019hommes versés dans la doctrine sociale catholique et de leurs délibérations est sorti, après une lente maturation, un programme de restauration approprié à nos besoins.Basé sur les principes d\u2019une saine philosophie, attaché aux disciplines spirituelles qui s\u2019imposent de plus en plus dans le désarroi actuel, ce programme préconise cependant, avec une courageuse hardiesse, d\u2019importantes réformes sociales.Il réclame des mesures qui feront échec à la dictature économique dont souffre notre pays et assureront, par une meilleure répartition des richesses, le relèvement des classes populaires.L\u2019Action nationale a déjà exprimé ses idées sur ce sujet.On sait avec quelle énergie nous réprouvons les abus d\u2019un capitalisme jouisseur et cupide.Aussi nous réjouissons-nous vivement de Vapparition de ce programme.Nous invitons les associations à le propager, à le commenter, à lui gagner des adhérents.Il peut être un point de ralliement pour tous les esprits droits et progressifs, pour ceux qui veulent mieux équilibrer la situation des deux classes, mais dans la justice et la charité.Présentons-le comme la charte de nos justes revendications.Il sera du même coup une digue contre la marée montante des théories anarchiques.L\u2019ACTION NATIONALE U actualité Pour qu\u2019on vive Pour un catholicisme moins étriqué Sois apôtrel par l\u2019abbé Adrien Garnier, ancien supérieur de Collège, professeur à l\u2019Université Laval, Québec.Voici un petit livre qui mériterait mieux qu\u2019une simple note bibliographique.Qu\u2019on ne se laisse point arrêter par le titre.En ces 260 pages, on ne trouvera rien de la littérature flasque, un peu collégienne, qui est le lot par trop commun de ces sortes d\u2019ouvrages.Dans le livre de l\u2019abbé Garnier, tout est direct, simple et pourtant prenant, substantiel, condensé en de courts chapitres, sans vaine tension.Sur les \u201craisons de l\u2019apostolat\u201d, les \u201cconditions de l\u2019apostolat\u201d, les \u201cdispositions de l\u2019apôtre\u201d maîtres et élèves, jeunes gens et jeunes filles trouveront l\u2019essentiel de la doctrine évangélique.Us l\u2019y trouveront avec un accent de modernité qui provient du style, de l\u2019art de présenter les choses, et aussi du choix des citations et des témoignages empruntés le plus souvent à l\u2019histoire ou à la pensée contemporaine.Dans l\u2019ensemble, ce petit livre dégage une vertu contagieuse, un appel fort et profond aux plus nobles formes de la vie.Il en faudrait dire autant de VApostolat laïque, brochure du Père Papin Archambault, S.J., parue en 1930 dans la série de l\u2019Ecole sociale populaire POUR qu\u2019on vive.309 et à laquelle manqua, dans le temps, l\u2019écho qu\u2019elle eût mérité.L\u2019un des premiers, sinon le premier chez nous, l\u2019ardent jésuite a montré aux catholiques de notre temps les nobles horizons qu\u2019ils pouvaient assigner à leur foi, la carrière d\u2019activité magnifique que vient de leur ouvrir Pie XI dans l\u2019apostolat de l\u2019Eglise.Le Père Archambault n\u2019en était pas, du reste, à son premier essai.Presque tous ses ouvrages ou brochures sont un appel à ses compatriotes à vivre plus ardemment, plus pleinement, leur foi.Et c\u2019est vers cette œuvre qu\u2019il faudra revenir si demain, nous voyons enfin naître chez nous, avec ses cadres et son organisation disciplinée, Y Action catholique, telle que voulue par le Pape.Car les idées ont fait du chemin depuis ces quelque trente ans où ceux qui osaient, à cette époque, proposer l\u2019idéal de l\u2019apostolat à des jeunes gens, les convier à l\u2019Action catholique\u2014le mot y était\u2014passaient, aux yeux de très considérables personnages, pour des esprits chimériques et dangereux.L\u2019idéal de l\u2019apostolat, voici que le Chef même de l\u2019Eglise le propose aujourd\u2019hui et ordonne qu\u2019on le propose à tous les catholiques.Finies donc les sottes discussions.Tous les maîtres catholiques ont le devoir, le strict devoir de préparer des apôtres.Les prêtres éducateurs, les instituteurs religieux en particulier ne sauraient se désintéresser de ce haut labeur sans trahir leur mission. 310 l\u2019action nationale Il est clair que l\u2019obéissance au Pape ne saurait être ici éludée et qu\u2019il n\u2019y aura d\u2019action catholique demain, au Canada, que si, dans les écoles, les couvents, les collèges, les universités, l\u2019on y prépare la jeunesse.Applaudissons-nous de cette orientation.Si la foi de nos compatriotes et en particulier de nos \u201cprofessionnels\u201d paraît si souvent indécise et légère, ne serait-ce point qu\u2019on a trop généralement enseigné à la jeunesse une petite religion individualiste et bourgeoise, un formulaire, un conformisme routinier qui ne touchait les âmes que superficiellement et commandait les actes de l\u2019extérieur plus que de l\u2019intérieur ?Combien d\u2019adolescents et d\u2019adolescentes se croient de bonne foi au sommet accessible de la perfection morale quand ils ont libéré leur conscience et leur vie de fautes ou d\u2019habitudes que l\u2019on sait?Combien soupçonnent le rôle possible de la grâce dans leur âme, les sublimités surnaturelles auxquelles ils se pourraient relier ?Combien enfin savent voir, dans le catholicisme, une discipline de vie qui, loin d\u2019entraver leur idéal juvénile, le développement de leur personnalité, les appelle, au contraire, à une grandeur surhumaine?Combien?.Un certain nombre, sans doute, mais trop peu.Et, par exemple, connaissons-nous beaucoup d\u2019étudiants de nos universités qui voudraient dire, comme récemment des étudiants polonais à un voyageur français: POUR qu'on vive.311 \u201cC\u2019est avec une entière sincérité que nous cherchons notre salut, notre perfectionnement intérieur.L\u2019idée de sainteté nous préoccupe\u201d ?(Revue des Deux-Mondes, 1er février 1933).Il est temps que les éducateurs élèvent la jeunesse au-dessus de ce négativisme surnaturel: niveau de médiocrité où le coup d\u2019aile vers la grandeur morale reste comme interdit.Nous proposons ailleurs des congrès de nos divers enseignements pour la formation nationale de la jeunesse.Des congrès pour la formation religieuse ne s\u2019imposeraient-ils pas avec une égale urgence ?Que ceux qui observent par le temps qui court l\u2019effroyable et rapide glissements des mœurs, les petites \u201cfrondes\u2019 qui éclatent un peu partout dans les discours et les journaux, ne s\u2019arrêtent point, pour l\u2019amour du ciel, au simple gémissement, à la ridicule saute d\u2019humeur de monsieur le chevalier \u201cles bras en l\u2019air\u201d.Le temps presse, pour notre enseignement catholique et français, d\u2019aller aux questions essentielles.Nous ne voulons rien exagérer.Mais puisque /\u2019Action nationale a été fondée pour dire des choses serviables plutôt qu\u2019agréables, nous prions nos édu-cateurs de tout ordre de se demander consciencieusement si, au train où vont les choses, ils n\u2019auraient point par hasard à choisir entre former pour demain, et coûte que coûte, une génération de catholiques apôtres, ou voir grandir une génération d\u2019incrédules et d\u2019anticléricaux?Jacques BRASSIER La Vie courante AdïCSSCS de Un Canadien français de Calgary attirait lettres\tdernièrement l\u2019attention des nôtres, dans la Survivance d\u2019Edmonton, sur les inscriptions des lettres.Combien, faisait-il remarquer, écrivent leurs lettres en français mais les adressent en anglais.Ils sont plus assurés, prétendent-ils, qu\u2019elles se rendront ainsi à destination.Faux prétexte.Il se peut que certains employés des postes montrent parfois de la mauvaise volonté.Cela est arrivé à Calgary même, un jour où l\u2019auteur de l\u2019article de la Survivance avait adressé en français bon nombre de circulaires.Il ne s\u2019en est pas trop ému, car sauf quelques manifestations de mauvaise humeur, que peuvent faire ces employés fanatiques si l\u2019adresse est bien rédigée ?Abandon Là encore la situation est entre nos mains.volontaire L\u2019est l\u2019abandon volontaire de nos droits qui rend leur maintien difficile.Si un employé de poste s\u2019esclaffe ou proteste devant une lettre adressée en français, c\u2019est que ce fait est rare, presque phénoménal.D\u2019usage courant, il n\u2019attirerait pas son attention.Or cet usage dépend de nous.Et nous avons le devoir de le maintenir par tout le Canada, dans les provinces de l\u2019Ouest comme dans celles de l\u2019Est.Et ici, Québécois, battons notre coulpe.Car ils sont nombreux ceux de notre province qui, écrivant à des Canadiens français de Toronto, de Winnipeg ou de Vancouver, se croient tenus d\u2019adresser leurs lettres en anglais. LA VIE COURANTE 313 DêtüHs Détails encore, dira-t-on peut-être.Soit, mais ce sont ces détails qui sauvegardent nos traditions; c\u2019est par eux que se révèle notre caractère ethnique; c\u2019est même d\u2019eux que dépend souvent la subsistance de plusieurs des nôtres dont les positions sont liées à cet emploi de la langue française.Il en est ainsi d\u2019ailleurs dans la défense de tout trésor matériel ou spirituel.Ce ne sont pas d\u2019ordinaire les coups d\u2019éclat, mais la vigilance constante et ferme, la fidélité aux petites choses qui constituent leur meilleure sauvegarde.Aussi faut-il féliciter le député de Québec-Est du plaidoyer qu\u2019il a prononcé récemment à l\u2019Assemblée législative en faveur de notre langue.Il a insisté sur ces détails avec humour et courage.Il s\u2019est gaussé de ces expressions anglaises dont nos députés farcissent leur langage: Drop, carried, stand, chair, hear.Il a dénoncé la rédaction de nos lois, vrai charabia qui n\u2019appartient à aucune langue.Il a fustigé l\u2019abaissement de ceux qui, en chemin de fer, proclament implicitement l\u2019infériorité du français en n\u2019employant que l\u2019anglais.Les députés de Laviolette et de la Beauce, ainsi que le ministre de la Voirie, appuyèrent ces remarques opportunes.CaWlpügnCS du De tels actes valent qu\u2019on les souligne-Ils justifient et affermissent les campagnes qui se poursuivent actuellement.J\u2019ai déjà parlé du mouvement de refrancisation, lancé par la Société des Arts, Sciences et Lettres de Québec.Je voudrais signaler aujourd\u2019hui ces journées, semaines ou mois du \u201cbon langage\u201d, entrepris dans plusieurs de nos maisons d\u2019enseignement secondaire, à Québec, à Sherbrooke, à Montréal, à Saint-Hyacinthe, aux Trois-Rivières, etc.Supérieur, professeurs, élèves prennent part à l\u2019ardente croisade.Le mot d\u2019ordre est parti du chef, les lieutenants le répètent et le commentent, les soldats l\u2019exécutent.Et c\u2019est, durant plusieurs jours, un généreux effort, \u2014- qui deviendra bientôt bon parler importants 314 l\u2019action nationale une habitude \u2014, appuyé sur de multiples industries, stimulé par une vigilante attention, pour mieux maîtriser cet incomparable mais difficile instrument qu\u2019est la langue française.Il faut l\u2019épurer de tout barbarisme, l\u2019articuler sans faiblesse, la manier avec élégance et délicatesse.Cette méthode intelligente et tenace ne peut donner que d\u2019excellents résultats.Qui sonnera le tocsin ?se demande dans le Devoir du 18 mars un correspondant qu\u2019offusquent à bon droit tous ces termes anglais dont nous accable le sport.Voici l\u2019été.C\u2019est la saison de la balle au camp.Ce qu\u2019il va en fleurir de strike, de foui et de fair ball, de base et de run, etc., etc.Il faudrait entreprendre la campagne du \u201cjeu en français\u201d.Qui s\u2019y mettra ?qui sonnera le tocsin ?Mais la récente initiative des collèges nous fournit la réponse.Ce sont nos maisons d\u2019éducation qui entreprendront cette campagne.Elles ont déjà commencé.Depuis longtemps les mots français sont en usage dans leurs jeux.Il s\u2019agit d\u2019augmenter l\u2019effort, de profiter de l\u2019atmosphère créée par le réveil actuel pour faire disparaître toute trace d\u2019expression anglaise.La langue du sport La part de II s\u2019agit aussi d\u2019enrôler dans le même mouve-nOS écoles men^ nos multiples écoles.A tous ces enfants qui, au sortir des classes, vont courir à leur jeu favori, il faut répéter, avant leur départ, les mots français qu\u2019ils devront employer.Tâche ardue, patiente, de longue haleine.je le veux bien, mais tâche possible et nécessaire.L\u2019Enseignement primaire, qui rend tant de services aux instituteurs et sert si bien ces nobles causes, ne pourrait-il pas dresser un plan de campagne, en indiquer la marche, en stimuler l'exécution ?D\u2019autres organismes viendraient l\u2019appuyer.Et nous nous débarras- LA VIE COURANTE 315 serions peu à peu de ce chancre hideux qui ronge notre belle jeunesse.Mais la saison avance.Il n\u2019y a pas une minute à perdre.Pierre HOMIER P.S.\u2014Un ami me communique un \u201claissez-passer\u201d émis par le chef de la sûreté provinciale pour la division de Québec, absolument bilingue.Nous souhaitons qu\u2019il en soit ainsi pour la division de Montréal.P.H.L\u2019ENQUÊTE SUR LE LAIT Les \u201cbarons\u201d du lait sont familiers avec les méthodes des écumeurs qui exploitent le public dans d\u2019autres domaines: électricité, charbon, etc.Us pratiquent la surcapitalisation et la division des actions, ils accumulent des réserves, ils s\u2019attribuent des salaires et des dividendes plantureux.Ils paient le lait sur deux bases: un prix pour le lait vendu en nature, un autre pour le surplus transformé en beurre ou en fromage.Us inscrivent des montants fabuleux aux chapitres de la dépréciation, de la casse des bouteilles, des mauvaises créances et de l\u2019administration.Bref, ils ont recours aux trucs de comptabilité les plus perfectionnés.Les distributeurs sont organisés pour fixer les prix qu\u2019ils paient à leurs fournisseurs et qu\u2019ils exigent de leurs clients.Si ces prix sont au-dessous du coût de revient des producteurs et au dessus du pouvoir d\u2019achat des consommateurs, tant pis! Décidément, il faut un changement au système.De l\u2019Ouest nous vient l\u2019exemple.Une coopérative groupant 3,029 producteurs de lait approvisionne la ville d\u2019Edmonton.A Winnipeg, la distribution du lait est sous le contrôle de la Commission des Services publics.Coopération ou contrôle ?La première solution est préférable si producteurs et consommateurs veulent s\u2019entendre.Sinon, il faudra recourir à la seconde.A.R. Vie de l\u2019Action nationale Toujours sur la brèche Dans une note au bas d\u2019une page, le mois dernier, nous rappelions les initiatives que ne craignent pas de prendre nos directeurs, en marge du travail absorbant de la revue.A deux reprises, M.l'abbé Lionel Groulx vient encore de payer de sa personne.Il était un des orateurs à la grande assemblée de la Société Saint-Jean-Baptiste, au Monument National, le 10 avril.Rappelons pour mémoire que se trouvaient à ses côtés, l\u2019honorable Ernest Lapointe, ancien ministre; l\u2019hon.Alfred Duranleau, ministre de la Marine; M.Armand Lavergne, vice-président des Communes.M.1 abbé Groulx a aussi présidé le lendemain, 11 avril, à la Palestre Nationale, une grande so:rée de refrancisation organisée par l\u2019A.C.J.C.Le principal orateur était l\u2019hon.J.-E.Perrault,ministrede la Voirie,Québec.Ceux qui écrivent' Nos directeurs sont partout, c\u2019est le cas de le dire.Ils ne négligent pas plus la plume que la parole pour défendre ou propager leurs idées.Pendant que M.Groulx rehausse de sa présence de grandes assemblées, MM.Hermas Bastien et Léopold Richer, ce dernier d\u2019Ottawa, publient des livres: le premier un ouvrage de critique et de littérature générale, Témoignages; le second, une étude qu\u2019il intitule Marché de dupes, en marge de la conférence économique d\u2019Ottawa.De son côté, le R.P.J.-Papin Archambault, S.J., vient de préparer, de concert avec les principaux sociologues de la province, un programme de Restauration sociale qui est à faire VIE DE L\u2019ACTION NATIONALE 317 son tour de presse; M.Olivier Maurault, P.S.S., donne au Devoir un article documentaire sur la Société Historique de Montréal; de M.Albert Rioux, également dans le Devoir, diverses études sur le problème agricole; de M.l\u2019abbé Albert Tessier, des Trois-Rivières, un article fouillé au Canada /ranpafs, Québec, sur les Vieilles enseignes en usage chez nos ancêtres, au temps de la domination française.Radio et langue française Dans un autre domaine, M.Esdras Minville, président de la Ligue d\u2019Action nationale, s\u2019est ému, et non sans raison, de l\u2019attitude de la Commission canadienne de la Radio, à l\u2019endroit de la langue française.C\u2019est pourquoi, avec 1 approbation de tous ses collègues de la Ligue, il a adressé à M.Hector Charlesworth la lettre suivante: Le 27 mars 1933 Monsieur Hector Charlesworth Président de la Commission canadienne de la Radio Ottawa, Ont.Monsieur, Vous avez déjà reçu de la part des journaux et d un certain nombre de groupements sociaux et patriotiques des observations au sujet des émissions radiophoniques transcanadiennes données en anglais seulement sous les auspices de votre Commission.La Ligue à\u2019Action nationale s\u2019associe à ces protestations.Les explications fournies récemment par M.Maher, votre vice-président, ne nous satisfont pas.La Commisson de la Radiophonie est un service fédéral et, comme tel, bilingue.Il n\u2019y a pas lieu pour elle de se demander si les programmes 318 l\u2019action nationale bilingues, annonces dans les deux langues, ennuieront ou n\u2019ennuieront pas certains usagers de la radio.Elle doit d\u2019abord respecter son caractère de service bilingue.Si nous insistons sur ce point, c\u2019est que nous ne voulons pas recommencer au sujet de la radiophonie les batailles que nous avons dû livrer au sujet du timbre et de la monnaie bilingues.Il serait si simple, pour tout organisme relevant du fédéral, de prendre tout de suite le parti d\u2019assurer au public un service bilingue et de s\u2019éviter ainsi des récriminations et des interventions ennuyeuses peut-être, mais nécessaires.Veuillez agréer, Monsieur le Président, l\u2019expression de nos sentiments les plus distingués.Le président, Esdras MINVILLE Si les protestations de ce genre se multipliaient, dans tous les milieux où la langue française n\u2019est pas traitée avec les égards qui lui sont dus, on aurait tôt fait de constater une crainte salutaire et des améliorations notables.Le comté de Russefl Peu de temps après, toujours au nom de la Ligue, M.Min-ville a écrit une seconde lettre, cette fois aux députés canadiens-français aux Communes.Il s\u2019agit des modifications projetées à la carte électorale et du sort que l\u2019on veut faire au comté canadien-français de Russell, dans l\u2019Ontario.Suit la lettre de M.Minville: MM.les députés, Vous serez appelés bientôt à vous prononcer sur le projet de redistribution des arrondissements électoraux du Canada.La rumeur veut que le bill de redistribution prévoie, entre VIE DE l\u2019action NATIONALE 319 autres modifications à la carte électorale, la suppression du comté de Russell, Ont.L\u2019Action nationale n\u2019accorde à la stratégie électorale qu\u2019une attention fort mitigée, tant que celle-ci ne va pas jusqu\u2019à violer la justice et à compromettre les intérêts supérieurs de notre groupement ethnique.La minorité canadienne-française de l\u2019Ontario élit à la Chambre des Communes six députés.Etant donné le nombre de ses votants, elle devrait en élire neuf.Or le comté de Russell, un des plus anciens du pays, est le comté ontarien qui compte la plus forte proportion d\u2019électeurs canadiens-français.Depuis une dizaine d\u2019années, il a envoyé aux Communes un représentant de notre groupe.La suppression de ce comté constituerait à sa face même une injustice à l'endroit des Franco-Ontariens et donc de l\u2019électorat canadien-français tout entier.L\u2019Action nationale proteste contre ce projet.Elle vous invite à vous y opposer de toutes vos forces.Quelle que soit votre bannière politique, vous êtes avant tout, à Ottawa, les protecteurs et les défenseurs de notre peuple.Votre adhésion facile ou expresse à la suppression du comté de Russell constituerait une violation pure et simple de votre mandat, et comme telle, vous placerait en singulière posture vis-à-vis de l\u2019électorat de vos comtés respectifs.Veuillez agréer, MM.les députés, l\u2019expression de mes sentiments les plus distingués.Le président, Esdras MINVILLE Refrancisation M.Paul Gouin, fils de l\u2019ancien premier ministre de la province, donnait dans notre livraison d\u2019avril un article fort au point, sur la Refrancisation de la province.Cette question 320 l\u2019action nationale de la refrancisation, si importante, occupe de plus en plus les esprits.On n\u2019ignore sans doute pas qu\u2019elle a inspiré toute une campagne dans la région de Québec, sous l\u2019impulsion de La Société des Arts, Sciences et Lettres, dont Me J.-Horace Philippon, avocat, est le président.Un mouvement du même genre se dessine à Montréal.Il est encore à l\u2019état embryonnaire, mais on a l\u2019espoir de le voir se développer.Inutile de dire que nos sympathies sont acquises à ceux qui poussent l\u2019idée.La Ligue d\u2019Action nationale se propose bien de les seconder dans la mesure de ses forces, et d\u2019avance elle met à leurs service les ressources dont elle dispose.La revue Pour ce qui concerne la revue nous n\u2019avons guère à ajouter à nos remarques du mois d\u2019avril.Il y a cependant fléchissement, et pour cause, dans la rentrée des abonnements.Aussi demandons-nous à tous nos amis de redoubler de zèle.La revue est assurée de vivre.Cela ne fait aucun doute.Est-ce suffisant ?Nous ne le croyons pas.Car la revue a une influence à exercer, et ce n\u2019est qu\u2019à la condition d\u2019être lue qu\u2019elle atteindra son but.Aussi faut-il l\u2019introduire dans tous les milieux, et le plus rapidement possible.C\u2019est pourquoi nous rappelons à nos propagandistes, à nos collaborateurs, à nos amis de toutes catégories, de ne pas abandonner le travail mené à bien jusqu\u2019ici.Harry BERNARD "]
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