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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1942-09, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION HATIOHALE L'Action nationale Que sert à l'homme de gagner l'univers.?.3 Lionel Groulx, ptre Pour une politique nationale.\t6 | J.-R.Bonnier A la recherche du temps perdu 27 P.Vasboncoeur\tQue la «passion» peut-être un guide.36 Une enquête Richard Arès, SJ.Notre question nationale.\t43 \u2022 Chroniques Dans la cité Jean Nicolet\tM.Duplessis est-il sincère ?.61 Arthur Lanrendeau\tCentenaire de Chicoutimi.69 * * *\tEn deux mots.72 Edmond Lemieux\tTémoignage Anglo-Canadienne sur la crise indienne.74 André L.\tCongrès de la Coopération.77 E.L.\tDernièae heure: un parti nouveau.\t81 VOL.XX No 1\t\u2022 SEPTEMBRE 1942\t\u2022 MONTREAL L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE \u2022 Directeur: André LAURENDEAU L'Action National*, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.DIRECTION *t ADMINISTRATION : C.P.133 Outremont, P.Q.* On communique avec le directeur de la revue à son domicile privé : 4I5, ave Stuart, Outremont, .Q.Téléphone: CRescent 2221.L'abonnement est de $2.00 par anné* Pour l\u2019étranger : $2.50 par année Abonnement de soutien : $5.00 par année Toue droite réeerrée, Ottawa.1*33 UNE SÉCURITÉ ABSOLUE UNE PROTECTION COMPLÈTE contre l'incendie voilà ce que vous offre une police de LA COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE LA PROTECTION NATIONALE \u2022\tHIER encore, des capitaux énormes étaient expor- tés au détriment de nos institutions nationales, mais.\u2022\tAUJOURD\u2019HUI, le sens coopératif a évolué chez nos compatriotes qui réalisent que, dans le domaine économique, c\u2019est leur intérêt propre qui commande l\u2019encouragement des nôtres.LA COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE LA PROTECTION apprécie la collaboration de tous les agents de la province et elle invite tous les intéressés à écrire au siège social, à 93 rue St-Charles, St-Jean, Qué.Les demandes d\u2019informations recevront une attention courtoise et immédiate.1 0966 Pour votre santé ~~ Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Fraîche Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.COÜVRETTE-SAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS \u2022 50, rue de Bresolles HArbour 8151 Président et gérant général Bernard Couvrette h Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT LA COMPAGNIE r.-Y.DECLeT Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités! : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GBNRBS soudures électriques et autogènes, etc, 206, RUE DU PONT.QUÉBEC COMPAGNIE DE BISCUIT STUART Ltée BISCUITS, GATEAUX et TARTES Marcel ALLARD\tAlfred ALLARD chef à la production\tprésident et gérant gén.III \u2014Tousignant & Frères Ltée\u2014 Marchands de beurre et de provisions Bureau-chef î 6306-12, St-Hubert CRescent 2135 11 1127, Mont-Royal est 2309, Ontario est 3475, Ontario est 5195, St-Laurent 4835, Wellington, Verdun magasins 6920, St-Hubert 2034, Mont-Royal est 1 374, Ontario est 1584, Ste-Catherine est 2929, Masson DUpont 6556 JOS.ROBIN BOULA NICER Spécialité : Le Pain Naturel \u201cSt-Michel\u201d, recommandé par les médecins.8300, BOULEVARD ST-MICHEL\tMONTREAL Tél.: HA.0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Plaça D\u2019Arme*,\t-\tMontreal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Ré*.: 64 ave Nelson, Outremont, Tél.: DO.6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390 boul.Pie IX, Tél : CL.3580 Lorqu\u2019il s\u2019agit de* produits do l\u2019érable \u2014 Est***.Joan la meilleure qualité \u2014 La marque Citadelle est la meilleure.1 0 0 % PURE Sirop d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d# Sucre d\u2019érable granulé \u201cCitadelle\u201d # Sucre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d # Beurre d\u2019érable \u2019\u2019Citadelle\u201d Oes produits sont en vente chez tous lee bons épicier*.Les Producteurs de Sucre d\u2019Erable du Québec Bureau obet : 5.ave Bégin, Lévis: Magasin \u201cCitadeUe*\u2019 A Montréal : 79S0.rue St-Hubert, Tél.: DOllard UU.IV wsm Cherchez cette étiquette, elle IDENTIFIE LES CHESTERFIELDS GARANTIS ClMON Enfin, voici la marque de garantie d'un fabricant canadien-français de chesterfields que vous trouverez chez tous les n\\archands cana-diens-français les plus renommés de la province de Québec.Pour un ameublement de vivoir élégant et confortable exigez un Cimon.CIMON LIMITÉE \u2022 UNE FIRME LOCALE \u2022 v Avec les hommages de VOLCANO LIMITEE (Chalifoux & Fils Limitée) manufacturiers de Foyers Mécaniques, bouilloires, fournaises et réchauds.\u2022 Usine ST-HYACINTHE, P.Q.Administration et -ente :\u20141106 Côte Beaver Hall, MONTREAL, P.Q.WÜfrid Cirouard, vice-président et gérant général.Vous trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu\u2019il faut pour meubler votre résidence.Maison établie depuis 40 ans.\u2022 Fltzroy 4681\t\u2022 LAMARRE FRERES 3723 Notre-Dame ouest,\tMontréal VI a/s-aîcA/fjez^ rftiirasif INECTAR MOUSSEUX CHRISTIN \u2022 ALLEZ CHOISIR CHEZ LES TAILLEURS les nouveaux tissus et les modèles nouveaux 269 est, rue Ste-Catherine, BEIair 3126\tMontréal COMPAGNIE MUTUELLE D\u2019IMMEUBLES LIMITÉE La Caisse d\u2019Epargne pour Prêts Mutuels \u201cPayé à ses membres $7,500,000.00\u201c SIEGE SOCIAL : 1306 est, rue Ste-Catherine Montréal VII U P U I s Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 {Pi*wus«fpères MONTREAL Magasin à rayons : 865 est.rua Bte-Oathsrln».Comptoir Postal : 780.rue Brewster.Succursale ™*ft**t™ pour hommes : Hôtel Windsor.VIII L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Volume XX Directeur: André Laurendeau Ligue d\u2019Action Nationale 415, avenue Stuart OUTREMONT P.Q.Dixième année deuxième semestre 1942 Que sert à l\u2019homme de gagner l\u2019univers .Le discours que prononçait M.Mackenzie King en août, sur le service sélectif, pose une grave question de conscience à tous ceux qui participent de la philosophie sociale catholique autrement que du bout des levres.Et cette question, c est: A-t-on le droit d exiger de nous et avons-nous le droit d accepter qu on sabote, au nom de la Guerre totale, ce qui reste encore d une institution aussi fondamentale que la famille ?Car, il ny a pas à se le cacher: c'est bien ce que mettra en jeu, si on en applique les principes tels qu énoncés, la politique que préconisé un homme qui fait bien mine dans son discours de s inquiéter du problème de la famille, mais qui n a jamais vraiment connu ce que c'est que la famille, qui ne semble guère avoir compris ce que cela signifie pour une nation chrétienne, qui a l air d ignorer combien difficile il sera de refaire l esprit necessaire à son existence et à sa prospérité dans une nation où, pendant des années, on en aura systématiquement détruit les facteurs de cohésion mêmes.Il est plus que temps de nous poser et de poser à nos gouvernants la question évangélique toujours actuelle: Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il perd son âme ?Déjà tout s'organise pour perdre l'âme familiale de nos mères canadiennes.On rencontre des Canadiennes françaises pour déclarer, sous l'égide de Radio-Canada et aux fins d'une propagande irréfléchie, que la place de la femme n'est plus à son foyer, 4 l'action nationale quelle doit maintenant monter (si on peut appeler ça monter) au rang d'égale de l'homme, ce qui, dans la bouche de ces gens, veut dire sa rivale dans les travaux les moins féminins qui se puissent concevoir.Tout cela pour préparer quoi ?Pour sacrifier, aux exigences de la production matérielle, l esprit et la vie familiale, pour préparer des femmes qui rejetteront le fardeau de la famille afin de travailler à l'usine et gagner de gros salaires, pour façonner des mères qui accepteront de se séparer de leurs enfants de tous âges et d'en confier le soin à des étrangères plus ou moins sympathiques, chargées de les élever comme des numéros quelconques dans un ensemble de têtes forcément soumises au régime étouffant de l education en série.Sans doute, on obtiendra peut-être de là le rendement industriel qu'on attend d'un tel écartèlement des fonctions familiales.Et après ?Quand la guerre sera finie, qu aurons-nous gagné ?Plus tragique encore que tous les massacres et toutes les destructions matérielles, plus désastreux que toutes les défaites elles-mêmes, ne risquons-nous pas de trouver, dans une victoire ainsi acquise, la famille démantibulée, l'esprit familial gâté pour des générations à venir, avec tout ce que cela représente de misères, de ruines morales et sociales ?Cette conception matérialiste et quantitative des problèmes que nous avons à affronter ressemble trop aux réalisations de nos bons amis (sic) les communistes de Russie pour que la conscience de tous les véritables chrétiens n'en soit pas fort troublée.Rappelons-nous qu'à l'époque la plus critique de son histoire, celle des catacombes, l'Église n'a jamais eu peur que QUE SERT A L'HOMME DE GAGNER L'UNIVERS.\t5 la misère et la mort physiques ne conduisent à la destruction des immortels principes qu elle représente.Elle n'a jamais admis qu'il pût être permis à de vrais chrétiens d'aller jusqu'à l'apostasie, même simulée, sous prétexte de sauver son existence terrestre.Et le catholicisme n'est pas que masse, confession et communion; il est aussi, et essentiellement, une philosophie de la vie pour les individus et les sociétés, une philosophie dont il importe, avant tout, de conserver le feu intérieur.L'Action nationale Notes de géronce\t, On remarquera qu'à l'occasion des renouvellements, quelques places sont disponibles dans la page des « Amis de la Revue ».Les amis de I'Action nationale qui voudraient aider notre œuvre tout en faisant connaître leur profession ou leur négoce, pourraient se mettre en communication avec nous à ce sujet.Six dollars donnent droit à dix insertions au cours de l'année.On voudra bien noter la date d'échéance de son abonnement sur la bande d'adresse.Si vous avez vu, à côté de votre nom, la mention « Septembre 41 » (ou à plus forte raison, janvier ou février 42), vous êtes en dette avec la revue à partir du mois indiqué.Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous adresser tout de suite le prix de votre abonnement.Ceci s'applique particulièrement aux collégiens, à qui nous consentons un tarif spécial.A ceux qui n'auront pas renouvelé leur abonnement il nous sera impossible d'adresser le numéro d'octobre. A propos de \"Notre milieu\" Pour une politique nationale Il y a des livres qui prennent malgré eux la valeur d\u2019un mètre.Ils permettent de mesurer soit un écrivain, soit une institution, soit une époque.Je ne sais si Notre milieu 1 n\u2019est pas un peu de ces livres-là.L'ouvrage appelle des réserves et des critiques.Le chevauchement d\u2019exposés d\u2019un chapitre à l\u2019autre, mal peut-être inévitable en ces sortes de collaborations, revient plus souvent qu\u2019il ne faut.Les tableaux de statistiques abondent plus que les cartes qui, maintes fois, seraient d'une aide si précieuse.On voudrait, en ce volume, des études moins inégales, toujours originales, oeuvres personnelles de spécialistes, citant ou utilisant les maîtres, mais en émules plus qu\u2019en disciples.Enfin les conclusions sont plutôt discrètes, comme il convient à une entreprise d'école d'État.L\u2019ouvrage marque quand même le chemin parcouru depuis le temps où, pour dénombrer nos économistes, nous citions, et encore en les mettant bout à bout, et si loin l'un de l'autrè, un Étienne Parent, un Gérin-Lajoie, un Errol Bouchette, un Édouard Montpetit.Une équipe, une école existe, en plein travail.Elle nous apporte sur notre terre québécoise, notre situation économique et sociale, notre milieu humain, une étude comme nous n\u2019en possédions guère.1 Notre milieu.Aperçu général sur la province de Québec.«Études sur notre milieu», collection dirigée par Esdras Mlnville, directeur de l'École des Hautes Études Commerciales de Montréal, Éditions Fides, Montréal, 1941, 443 p. POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 7 N'y cherchons ni une formule ni un programme de politique économique.Encore qu'ils se risquent parfois à l\u2019ébauche de quelques réformes, les auteurs du livre se bornent le plus ordinairement à des exposés objectifs, apparemment désintéressés.Des politiques qui auraient le souci de ne pas gouverner au hasard trouveraient néanmoins, dans l'ouvrage, des données suffisantes pour un départ qui serait autre chose qu'une aventure.Fin véritable, au reste, de ces essais, telle qu'on nous la précise au premier chapitre : « connaître notre milieu, tous nos milieux, relever la nature et supputer l'abondance de nos richesses, afin de les conserver et de les exploiter rationnellement et d'établir sur ce fondement une vie nationale qui, dépassant la théorie et les mots d'ordre, s'épanouira dans le sens de notre innéité et selon les exigences de notre terre et de notre histoire ».Le bilan de nos forces et de nos faiblesses, tel qu\u2019établi par Notre milieu, révèle crûment, sans y prétendre, quelques anomalies profondes de notre vie, nous pourrions dire, de notre misère ou de notre désordre intérieur.Au premier abord, notre valeur de fond, ce que l'on appelle notre « capital humain », n\u2019apparaît pas en trop mauvaise posture.Figurant pour 79 pour cent dans la population totale de la province, au recensement de 1931 \u2014 pour davantage, sans doute, au recensement de 1941 \u2014les Canadiens français restent la première des nationalités pour la puissance de renouvelle- 8 l\u2019action nationale ment, la première au Canada pour le nombre d'enfants de o à g ans, la première également en notre pays et l\u2019une des premières du monde pour l'équilibre des sexes.Une statistique comparative du taux de fécondité des femmes mariées qui fixe celui des femmes d'origine française à zoo par mille, et celui des femmes d\u2019origine britannique, à ioo par mille, laisse percevoir les extraordinaires ressources de ce potentiel de vie.Ces données encourageantes ont malheureusement leurs envers.Le Canada français a ses ennemis de l\u2019intérieur.La mortalité infantile, des maladies mortelles, cancer, tuberculose, affections cardiaques, qui prennent le caractère d\u2019épidémies, et surtout la pire des épidémies, la guerre \u2014 deux guerres en vingt ans \u2014 viennent saccager la moisson humaine.A ces maux une révolution économique ajoute ses ravages.Déclenchée sourdement voilà plus de cent ans, avec une régularité impitoyable elle jette dans le prolétariat et dans la vie urbaine un peuple de ruraux et de patrons agricoles.Chez nous comme ailleurs, le salariat produit ses effets désastreux.Nullement proportionné aux besoins de la famille nombreuse, il n'offre aux charges familiales que de trop lointaines compensations.Encore que d\u2019un mouvement lent, la dénatalité s\u2019accroît de recensement en recensement.La famille nombreuse devient, à la ville et même à la campagne, sur la terre industrialisée, plus un luxe qu'un appoint.L\u2019opinion, reflet des mœurs, n\u2019accorde plus au foyer fécond la même ferveur admirative. POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 9 Ces ressources humaines, restées malgré tout de sève énergique, ont-elles à leur disposition un milieu économique favorable ?En premier lieu, pour maintenir un fond solide à notre population, nous faut-il renoncer à l'espoir d'une puissante paysannerie ?Possédons-nous la terre requise pour l\u2019établir ?Après la Colombie britannique, notre province serait la plus mal en point en ressources agricoles.On nous la donne pour l'une des provinces du Canada, la troisième après la Colombie et l'Ontario, où l\u2019agriculture fait vivre le moins de monde.De ses 335 millions d'acres, le Québec n'en compterait guère que 33 à 43 millions de qualité arable.Si l'on retient qu'une vingtaine de millions sont déjà occupés, 13 à 23 millions au plus resteraient donc disponibles, soit 100 à 200 mille lots de cent acres.En ces calculs fait-on leur part aux sols agricoles des Laurentides ?L'un des spécialistes de Notre milieu ne croit pas cette région si revêche à toute culture paysanne, opinion qui nous rappelle l\u2019intéressant programme de culture et d\u2019élevage esquissé, pour la Suisse québécoise, dans l'Action française, il y a une vingtaine d\u2019années, par Émile Miller.Outre la colonisation des terres neuves, d'autres espoirs demeurent au surplus, et, par exemple, un meilleur aménagement des vieilles terres.Par le drainage, l\u2019épierre-ment, par des cultures nouvelles et plus intensives, par la mise en oeuvre d'une formule d\u2019exploitation mi-agricole, mi-forestière, la province pourrait se promettre, nous assure-t-on, un domaine agricole doublé en étendue.L\u2019histoire de l\u2019expansion paysanne sur la terre québécoise depuis cent ans 10 l'action nationalé démontre, en tout cas, l'extraordinaire attrait du fils de l\u2019habitant pour la vie rurale.La conquête du sol s\u2019est plus que triplée dans l'espace.Et l\u2019expansion ne s'est pas faite uniquement de proche en proche, à la façon de la tache d'huile ou de l'endosmose.Sous l'impulsion de la double force toujours active en notre histoire: force de stabilité et force d'expansion ou de déplacement, elle a aussi procédé par larges migrations intérieures, migrations en éventail qui portaient les chercheurs de lots, tantôt vers le sud, dans ce qu'on a appelé les Cantons de l\u2019est, tantôt vers l\u2019est, vers le Témis-couata, la Matapédia, tantôt vers l\u2019ouest, vers le haut-Outaouais, surtout vers le nord, vers le Saguenay, vers le lac Saint-Jean, vers l\u2019Abitibi-Témis-camingue.Passion de la terre qui prend tout son prix dans un pays de sol dur à conquérir, travaillé par tous les prestiges de l'industrie, passion que des gouvernants plus psychologues eussent pu utiliser pour une prise plus rapide des terres arables, pour le ralentissement du déséquilibre entre les populations urbaines et rurales, voire pour la correction des routines agricoles.Sans doute une autre ombre surgit ici au tableau: l'impuissance de trop de régions agricoles à nourrir et à retenir leur population: d'où s'ensuivent d\u2019autres déplacements ou migrations qui se soldent, cette fois, par la désertion de l\u2019agriculture.Une lourde menace plane aussi sur la paysannerie québécoise: la concurrence apparemment irrésistible du cultivateur de l\u2019ouest, converti à la culture mixte par la mévente du blé et par les fructueux marchés de la guerre.D\u2019autre part, c\u2019est un fait POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 11 mon moins manifeste que l'esprit progressiste de nos travailleurs du sol.Sans élite qui vaille jusqu'à tout près de trente ans, mais aidée par ses agronomes et surtout par son association professionnelle, le plus souvent en dépit d\u2019ineptes gouvernants, prompts à prendre ombrage de toute association libre ou indépendante, la classe agricole apprend a se charger, de plus en plus, du soin de ses intérêts.Dans leur effort économico-social, les agriculteurs 1 emportent, chez nous, sur tout autre groupement professionnel, dépassant même de haut les syndicats ouvriers.On nous prédit qu'à l'allure où elle va, « la classe agricole du Québec sera, dans dix ans au plus, maîtresse de son propre destin )).Plus que le sol arable, la forêt conditionne 1 avenir de notre capital humain Le Québec possède la plus vaste forêt du Canada: sylve somptueuse qui représente les deux cinquièmes du domaine forestier productif du pays, et qui se mesure, pour sa partie accessible, par environ 87,000,000,-000 de pieds cubes, ou, si l\u2019on veut, par une superficie de 249,162 milles carres L une des principales sources de travail et de revenus dans la province, la forêt québécoise se subordonne l'exploitation et même l'existence de quelques-unes de nos autres ressources naturelles, en particulier la faune et la houille blanche.Répartie à peu près sur toute l'étendue du territoire, sauf quelques régions par trop déboisées, la forêt pourrait être, un peu partout, un facteur de coordination de l'économie et, 12 l'action nationale en maints endroits, une ressource complémentaire de l'agriculture.D\u2019une richesse aussi vaste et opulente, on ne sera pas surpris plus qu'il ne faut d'apprendre que l'inventaire, en marche depuis quelque temps, s'arrête encore à des données approximatives.Statistiques fédérales et statistiques provinciales sont loin de s'accorder.Une loi de la province prévoit la fondation d\u2019un Institut de recherche forestière.Les crédits nécessaires à l'Institut ont-ils jamais été votés ?Personne n'en est bien sûr.Les renseignements sont donc loin de foisonner pour une administration rationnelle du principal peut-être des biens de la province.La forêt a d'ailleurs d\u2019autres ennemis que le politicien à retardement.Ils s'appellent: le feu, l'insecte, le grand concessionnaire.Nous connaissons assez exactement les ravages causés par les deux premi\u2019ers fléaux; nous connaissons moins, on s\u2019en doute un peu, le gaspillage de la forêt québécoise par les coupes désordonnées des grandes exploitations.Nous savons toutefois que ce gaspillage est considérable.Non seulement, certaines années de plus fort achalandage, le grand concessionnaire a dépassé, dans ses coupes, le taux de reproduction normale de la forêt; des régions entières ont été rasées à blanc, telle la région de la Matapédia et telle encore la région des Laurentides où le bois restait l'avoir solide et qui voit s'effriter, d'année en année, ce fondement de son avenir.Ce sont là de cyniques défis aux lois et qui ne s'expliquent, hélas ! que par la démission trop fréquente de la démocratie parlementaire devant le capitalisme arrogant.Mais ce POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 13 sont aussi de véritables crimes nationaux.En désarticulant pour longtemps la vie économique de régions entières, on y déchaîne le désarroi social.Ces dilapidations d\u2019une superbe richesse naturelle s'aggravent malheureusement du caractère antisocial de l'exploitation: exploitation trop souvent menée sans égard au bien-être moral et même physique de la population, par un capitalisme qui ne connaît que ces deux soucis: le rendement mécanique maximum et le revenu le plus élevé possible.En trop de lieux, l'industrie forestière s'est érigée en concurrente de l'agriculture, arrachant, l\u2019été, l\u2019agriculteur à sa terre pour faire de lui un bûcheron.En quelques régions où c'est la principale source de revenus et de travail, la forêt, sous prétexte de réserves à constituer, sera indéfiniment immobilisée, ce qui équivaut à plonger toute une population dans le marasme ou la pauvreté chronique.Partout sévit ce régime du chantier, dont le moindre mal aura été de développer, dans le campagnard devenu bûcheron, le pire « esprit ouvrier » : goût du salariat, habitude du travail sans la part de l'initiative ou de la responsabilité personnelle.Le chantier a fait un homme diminué, un prolétaire de la campagne.Disons, à l\u2019honneur des collaborateurs de Notre milieu, qu\u2019ils n'admettent point d\u2019économie contre l\u2019homme, pour les seules fins d\u2019argent.Et voilà ce qui nous vaut, à propos de la forêt; d\u2019excellentes formules de réformes: tenir compte, dans l\u2019exploitation, non de la forêt comme un tout, mais de la forêt dans ses liaisons économiques avec chaque région où elle se trouve et dont elle constitue l\u2019un 14 l'action nationale des moyens de vie; au bûcheron, substituer le forestier, c'est-à-dire, une modalité d'exploitation qui restituerait à rabatteur de bois, avec le souci de la responsabilité et de l\u2019habileté technique, un certain sens de la propriété, l'induisant à traiter les bois de sa région, à la fois comme un avoir individuel et comme un bien national.\u2022 Dans l\u2019ample forêt qui la contient et la protège, une autre richesse naturelle, presque aussi considérable, déploie sa force jeune: l\u2019eau, puissance hydraulique, génératrice d'électricité.Richesse doublement appréciable dans un pays qui, bois de chauffage et tourbe exceptés, ne dispose guère d\u2019autre force motrice.Le Québec s\u2019établit au premier rang au Canada, pour l\u2019importance de cette richesse; il en détient 39 pour cent contre l\u2019Ontario 20.6 pour cent.Avec ses 4.1 millions de chevaux captés, la province prend le cinquième rang dans le monde, le premier même, si l\u2019on calcule la force harnachée relativement à la population.Cette ressource a-t-elle été, plus que la forêt, utilisée pour le bien commun, au service de la masse de la population ?Voici qui d\u2019abord laisse rêveur: l'industrie manufacturière, qui consomme plus que deux tiers de l'électricité, verse aux compagnies moins de la moitié de leurs revenus; les ventes au détail qui n\u2019absorbent qu\u2019un vingtième du volume développé, constituent les deux cinquièmes des mêmes revenus.Nous aboutissons à ce paradoxe que la province canadienne où les sources de l'électricité sont le plus abondantes et le POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 15 plus développées, est aussi la province où l'électricité se vend le plus cher au commun des usagers.Sans doute, des ingénieurs qui jonglent avec les statistiques en habiles sorciers, nous démontrent le contraire.Toute la prestidigitation des chiffres vient malaisément à bout du scepticisme des pauvres gens en présence de leurs factures d'électricité.Si nous en croyons, du reste, Notre milieu, le prix de 1 électricité n'aurait pas été indifférent, soit au développement industriel de certaines régions, soit au recul ou au marasme de quelques autres.L'on nous cite, par exemple, le développement d'un centre comme Sherbrooke, développement attribuable, pour une grande part, à la présence d\u2019usines hydro-électriques privées ou propriétés de la ville et en état de distribuer la force motrice à des conditions avantageuses.Montréal, en revanche, devrait, pour une part, son avance au ralenti aux prix trop élevés de la même force motrice et à sa maladroite politique d\u2019électricité.Notons en passant que, dans l'exploitation des forces hydrauliques, se vérifient peut-être plus qu\u2019ailleurs, les deux phénomènes dont l'on fait les principales caractéristiques de notre évolution industrielle, commerciale, financière: le grossissement des organismes et la concentration économique.Accordons quelques lignes à deux valeurs de la forêt et de l\u2019eau québécoises: les valeurs de chasse et de pêche.Les deux ne laissent pas d'être impressionnantes si l\u2019on songe que 300,000,000 d'acres 16 l'action nationale de terre sont encore à l\u2019état sauvage.Nos pêcheries maritimes prennent place, pour leur étendue, parmi les plus importantes du monde.La chasse commerciale reste la seule ressource appréciable au-dessus du 52° degré.Les rendements ne répondent guère toutefois à ces données merveilleuses.La pêche et la chasse sportives rapportent peut-être dix millions à la province; en revanche, la chasse commerciale, si importante jadis dans l'économie québécoise, au temps où le castor était roi, n'est plus qu'une valeur déchue, sans grand espoir d'un retour à la hausse.Même déception quant à nos pêcheries commerciales.Pour riches et étendues qu\u2019elles soient, leurs revenus ont rarement dépassé, depuis 1879, la somme de trois millions de dollars.Nos pêcheries intérieures ne représentent que trente pour cent de la production totale: ce qui ne laisse, au Québec, dans la production du poisson, que le cinquième rang parmi les provinces du Canada.Le plus grave, c\u2019est que notre faune serait, depuis 1900, diminuée des deux tiers.Abaissement extraordinaire qu'il faut imputer à toutes sortes d\u2019abus dans les captures, à l\u2019exploitation plus intense de la forêt, au développement de l\u2019industrie et de la colonisation, au perfectionnement des engins de pêche et de chasse.On note aussi, parmi les causes de destruction, mais il eût fallu y insister davantage: l\u2019inobservance des lois.Vingt ans de séjour d'été dans les Laurentides nous ont appris jusqu\u2019à quel point la violation des plus simples règlements par les compagnies de bois, par les grands et les petits \"jobbers\u201d de chantier, en particulier le dynamitage des petites rivières et POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 17 des lacs, pour hâter la drave, comment cette violation, disons-nous, patiemment soufferte par les gouvernants, peut vider à elle seule les endroits les plus poissonneux.Nos pêcheries maritimes laissent meilleur espoir.Spécialisée à l'extrême, saisonnière et toujours incertaine, éloignée des voies de transport, soumise encore à des méthodes routinières dans la prise et la préparation du poisson, cette pêche a toutefois l\u2019avantage de ne pas opérer dans un domaine à demi dévasté.Le fond reste abondant.On s'outille mieux, on s'applique à la conquête des marchés.Le sous-sol du Québec n\u2019a pas révélé jusqu\u2019ici de richesses comparables aux richesses de ses surfaces.Dans l'exploitation minière, la province se place à un rang plutôt modeste.Elle ne possède ni charbon, ni pétrole, ni fer.On doute qu\u2019elle devienne jamais une grande puissance métallurgique.Pour l\u2019extraction des métaux, elle n'en est d\u2019ailleurs qu\u2019à la période des débuts.Et il s\u2019en faut que l'inventaire géologique ait dit son dernier mot Sa production n\u2019en est pas moins passée de $1,673,000 en 1900, à 80 millions et plus en 1940.En cette production, l'or vient en tête de la liste quant à la valeur, et représente 20 pour cent de la production canadienne; vient ensuite le cuivre qui nous place au second rang parmi les provinces du pays; vient enfin l\u2019amiante qui donne 65 pour cent de la production mondiale.L'exploitation minière a toutefois comme ailleurs ses avantages secondaires: elle 18 l'action nationale ouvre des régions au peuplement agricole, abrège les distances, organise les moyens de communications ; elle arrache à la sauvagerie de larges tranches du territoire.Après cette revue rapide des ressources naturelles du Québec, cherchons-nous l'usage qu'en fait l'activité transformatrice ?Nous apprenons que, dans le mouvement industriel du Canada, la province occupe le second rang.Elle le doit à ses richesses brutes, à sa main-d'œuvre, à la conformation physique du Saint-Laurent et de ses tributaires.Les trois principales industries se répartissent comme suit, selon leur degré d'importance: i) industries de l\u2019alimentation; 2) les textiles; 3) les pâtes et papiers.Pendant que l'agriculture vient encore en première ligne, parmi les industries primaires, les industries manufacturières tiennent le haut de la colonne à l'article des industries secondaires.La structure industrielle du Québec est de caractère plutôt hybride.Loin de transformer nos propres matières premières, nous n'arrivons pas à transformer, pour le marché extérieur, les matières premières importées.Nous exportons à l'état brut la plus grande partie de nos matières premières; nos importations sont faites, en grande partie, d'achats de produits manufacturés.Le Québec n'est donc pas un pays industriel au sens moderne du mot, mais un « pays en voie d'industrialisation )). POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 19 Dirons-nous que l'inventaire des ressources du Quebec invite, en définitive, à un solide optimisme ?La Providence a ménagé à d'autres peuples des pays plus riches, d une économie mieux équilibrée.La province n'en possède pas moins quelques-unes des plus grandes richesses du monde; et, pour être relatif, son équilibre économique reste fort satisfaisant.Elle a assez de trop pour se procurer ce qu'elle n'a pas.Point de déficiences très graves non plus, ni surtout irréparables, du côté du facteur humain.Rien de ces dégénérescences ou de ces déperditions de force effroyables, comme on en constate, en des pays tels que le Brésil, par exemple, ou 50 pour cent de la population ont perdu toute valeur productive ou économique.Plusieurs causes de mortalité sont en régression.Notre milieu a peut-être expédié trop sommairement l'inventaire des valeurs culturelles de ce type humain.Son merveilleux passe, le triomphe de sa survivance attestent l\u2019intensité psychique du petit peuple.Ses cadres sociaux et politiques (famille, école, paroisse, État) lui restent de valables tuteurs.Toute minée qu elle est, au dedans d\u2019elle-même, par l\u2019abdication des parents, et à l'extérieur, par la révolution économique et par une legislation d esprit maigrement social, la famille garde encore de sa puissance cohésive, de son vieil esprit de famille-souche.Elle demeure un centre de gravité.Respectueux du droit des familles et de nos traditions culturelles et catholiques, assez libre en face de l\u2019État, l'enseignement reste ouvert à tous progrès.En fait, 1 analphabétisme est en régression marquée.La fréquentation scolaire n est guère inférieure à celle 20 l'action nationale des autres provinces.1 La paroisse, autre cadre social, garde assez bien, à la campagne, sa solidité traditionnelle.Par la prédominance de l\u2019autorité spirituelle, par le haut caractère des gestes collectifs que l'Église inspire ou commande, une société subsiste dont les liens se nouent dans l'âme même des hommes.En ville le cadre paroissial perd de sa fermeté et de sa bienfaisance; il se détend et s'alanguit.Aux raisons qu\u2019en donne Notre milieu, ne faudrait-il pas ajouter la suppression, dans la paroisse urbaine, de la plupart des organismes, municipalité civile, municipalité scolaire, qui font à la paroisse rurale sa cohésion interne, lui constituent les éléments d'une forte unité administrative ?2 Il faudrait aussi faire entrer en ligne de compte la trop grande étendue de la paroisse urbaine qui ne peut que diminuer le rôle et l'influence du facteur spirituel.Bien incapable de connaître toutes ses brebis, débordé par la multiplicité des œuvres et par l'importance excessive de l'administration financière, quel péril, pour le prêtre, de se faire plus comptable que pasteur.Le cadre politique, pris abstraitement, laisse moins à désirer que les autres.Ce cadre, les Canadiens français, brouillés dans leurs idées politiques par tant de faux maîtres, l\u2019apprécient-ils comme il convient ?L'avantage est pourtant de quelque conséquence, pour une petite nationalité de trois millions d\u2019âmes, de posséder la personnalité politique et de vivre sous le signe d'un État souverain.Que telles soient bien les prérogatives du Québec, Notre milieu nous le réapprend de façon décisive.1 et2 Les notes sont reportées à la fin du texte, en annexes- POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 21 État souverain que celui qui possède la souveraineté interne.L'autorité politique, dans le Québec, n'est, en aucune façon, comme tant d'ignares le croient, une émanation du gouvernement canadien ou du gouvernement anglais.Au jugement du Conseil privé d'Angleterre, les législatures des provinces ne tiennent pas leur autorité du gouvernement du Canada; elles ne lui sont pas subordonnées; « leurs pouvoirs )) quant à la compétence que leur concède l'article 92 de la constitution de 1867, « sont exclusifs et suprêmes ».Loin de rien changer à la souveraineté des provinces, le Statut de Westminster a plutôt accru cette prérogative.Notre milieu apprendra encore aux Canadiens français que l'action des provinces reste très large sur le plan social, judiciaire, voire économique, et qu'en réalité la législature québécoise peut exercer « une influence décisive sur la structure de notre milieu humain ».Vérités réconfortantes et vigoureuses qui justifient notre attachement irréductible à notre provincialisme.Elles indiquent à notre collectivité la providence terrestre qui a pour fonction de lui assurer la plus grande somme de bien commun.Du même coup, elles nous révèlent les vrais pôles de notre patriotisme, la primauté d'affection que nous devons à la petite patrie.En dépit de ces données consolantes et de tant de valeurs potentielles, d\u2019où vient donc l'espèce de désenchantement avec lequel l'on achève la lecture de Notre milieu ?Tout le long de ces 443 pages, l'on n\u2019a pu se défendre d\u2019une constatation 22 l\u2019action nationale pénible: celle d\u2019un écart trop réel entre ce pays, en somme riche, prometteur, et l'état général de la population; entre ce petit peuple, de valeur économique normale, d\u2019une forte armature sociale et politique, et le sort peu enviable qui est le sien.On dirait un peuple arrêté tout à coup dans son développement matériel, marchant même à reculons, attardé, à tout le moins, au stade colonial.En son pays qui en enrichit tant d\u2019autres et qui a coûté si cher à ses ancêtres, le plus vieil habitant, le fils du découvreur et le défricheur d'il y a trois cents ans ne joue encore qu\u2019un rôle mineur.Colon perpétuel, il ignore la richesse de sa terre; il n\u2019en récolte, comme autrefois, qu'une infime partie.D\u2019énormes portions du bien ancestral lui ont d\u2019ailleurs échappé.Des colonies de sociétés anonymes, presque entièrement aux mains de nouveaux venus, exploitent le pays, trop souvent en le gaspillant, quand elles ne gaspillent pas jusqu'à sa main-d'œuvre.En retour, en effet, de sa terre sacrifiée, ce peuple prolétarisé reçoit de ses employeurs l'un des plus bas salaires du pays, le plus bas proportionnellement pour un peuple de familles nombreuses.Bref, en ce pays jeune, en plein éveil et qui devrait être pour lui un appel à la vie, à l\u2019audace, ce peuple n'entend qu\u2019un appel à la servitude.Et le moins triste n'est point que sa condition ait fini par lui paraître chose naturelle et que sa maigre part de bonheur il ne la trouve qu\u2019en son traditionnel esprit de résignation.De pareilles déviations de fortune, quand elles ne sont pas imputables aux déficiences de la race, et qu'elles se produisent dans un État doué de souveraineté intérieure, peuvent-elles s\u2019expliquer POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 23 sans manquements graves de la part du facteur politique, investi par devoir de la garde du bien commun ?Pays peu ou mal gouverné, livré à l'aventure depuis soixante-quinze ans, tel en maintes pages de Notre milieu, et par le simple exposé des faits, nous apparaît le Québec.Ce malheur est manifeste, en particulier, dans le comportement de l'autorité à l\u2019égard du patrimoine public.Nous savons tous avec quelle extrême réserve les pays jeunes et riches, entre autres, les pays de l\u2019Amérique latine, et, parmi ceux-là, des États puissants comme le Brésil, le Mexique, l'Argentine, ont procédé à la concession de leurs ressources naturelles.Tous ont redouté la mainmise de l\u2019étranger sur des entreprises vitales pour l\u2019avenir de leur peuple.Les gouvernants du Québec n'ont pas connu ces scrupules.Ils ont partagé, livré le domaine national aux premiers venus, avec une naïveté qu il faudrait dire enfantine, s\u2019il ne s'agissait, hélas! de bien autre chose.La même incurie se fait notoire dans la faiblesse des pouvoirs en face des dilapidations du domaine public par le capitaliste omnipotent.Incurie qu\u2019on pourrait tout aussi bien retracer dans l\u2019attitude des mêmes pouvoirs a 1 égard de toute idée de reprise du domaine national, idée récente venue surtout des milieux de jeunesse et qui rencontre ses pires oppositions parmi les politiciens opportunistes.Le mal apparaît surtout dans ce que nous appellerions la diminution de l\u2019esprit politique, diminution qui se traduit par 1 absence de tout système de prévoyance générale et par le triomphe de la routine administrative.Nous avons eu, de temps à autre, une politique 24 l'action nationale de l'agriculture, une politique de la colonisation, une politique des routes.Quand avons-nous eu une politique d'ensemble, une politique de coordination de tous les facteurs de la vie nationale ?Certes, nul ne se cache les difficultés de la fonction gouvernementale.Aborder de haut, dans une vue synthétique, la vie d\u2019un peuple ou d\u2019un État, vie aux aspects multiples et divers; maintenir, dans la complexité des intérêts et des problèmes, un principe de hiérarchie et d\u2019unité; tenir, d\u2019une main ferme, et sans les mêler, les fils innombrables dont se tisse l\u2019existence d\u2019un État moderne, voilà qui exige plus que l\u2019habileté des conducteurs du quadrige antique.Moins que toute autre province du pays cependant, le Québec est en état de se passer de cette suprême direction.Nulle portion du Canada, en effet, et l\u2019on peut même dire nul petit État de notre hémisphère occidental, n'a subi autant d\u2019accidents historiques, d\u2019un retentissement plus profond dans leur vie.Les autres colonies des Amériques ont connu leur grande épreuve dans leurs guerres d\u2019indépendance.Seule ou à peu près, la Nouvelle-France eut à se courber sous le malheur incomparable de la conquête par un pouvoir étranger.A cause de cela même, nul pays américain n\u2019a porté, autant que le Québec, le joug d\u2019oligarchies politiques ou financières qui l\u2019ont gouvernée dans le plus profond oubli de la notion de bien commun.Pour parler net, un organe de gouvernement, voilà, en somme, le bienfait dont notre province aurait le plus pressant besoin.Un livre comme Notre milieu nous apprend qu\u2019au service de cet organe et pour lui permettre de POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 25 s\u2019acquitter de sa tâche avec vigueur et plénitude, les hommes ne manquent plus qui pourraient tenir la fonction d\u2019un conseil économique, ou, plus exactement, d\u2019un conseil politique.Lionel Groulx, ptre Notes: 1 Notre milieu aurait pu former le vœu que notre enseignement secondaire achève, au plus tôt, la formation de son personnel, de tout son personnel et qu'il ne soit plus possible d'enseigner ni de faire la discipline ou de diriger les jeunes gens dans un collège, sans être porteur d'un diplôme d\u2019école normale d'enseignement secondaire.Là comme ailleurs il faut arriver à former le professeur de carrière et l'éducateur compétent.L'on eût pu souhaiter, pour nos universités, l'avènement d'un État et de hautes classes d'un esprit moins chiche à l'égard de l'enseignement supérieur.Il siérait en particulier que les facultés de culture désintéressée, telle que les Lettres et la Philosophie, fussent moins regardées comme des facultés de luxe, qu'on en fît même les plus brillantes et les mieux pourvues, s'il est dans l'ordre que les vrais foyers de culture française, pour le Canada et pour les Amériques, résident dans le seul État français de l'hémisphère.Pour ce qui est de l'ensemble de notre enseignement, tout irait mieux, à notre avis, si chaque forme ou degré se bornait à sa fin : le primaire à la sienne, le secondaire à la sienne.Le rôle essentiel de chaque type d'école n'est pas de s'adapter, ni même de préparer à une autre, mais d'atteindre sa fin propre, d'exceller en soi-même.On ne saurait concevoir une coordination ou subordination des divers degrés de l'enseignement comme un cycle organique destiné à être parcouru par chaque citoyen.En fait le plus grand nombre des enfants ne dépassent pas le primaire.Ce qui ne veut pas dire que chaque degré se doive comporter comme un tout isolé, bardé d'une cloison étanche.Il faut concevoir des passerelles, mais des passerelles qui resteront des passerelles.L'expérience ancienne démontrait que le primaire pouvait s'ordonner au secondaire, sans s\u2019éloigner de sa fin, et qu'il s'y ordonnait assez bien.Pourquoi n'en est-il plus ainsi ?De même, oserions-nous dire, la fin du secondaire n'est pas de spécialiser à outrance ni prématurément l'adolescent ou le jeune homme.C'est de lui donner, en même temps qu\u2019une solide éducation d\u2019homme, de citoyen et de chrétien, une formation d'esprit qui le rende apte à n'importe quelle discipline de l'enseignement supérieur.Nous irions jusqu'à soutenir que ce n'est pas l'affaire des 26 L ACTION NATIONALE collèges de préparer spécialement à Polytechnique, aux Hautes Études Commerciales, aux Sciences, au Droit, à la Médecine.C'est de façonner une tête bien faite; et c\u2019est l'affaire de ces facultés ou écoles d'ordonner leurs programmes d'études pour spécialiser ce jeune homme de tête bien faite.A tout prendre, un système d'enseignement ne serait pas éloigné de la perfection idéale qui, saris viser à tant de fausses modernités, s'inspirerait de ces vieux principes, non encore démentis par l'expérience: donner le pas à l'éducation sur l\u2019enseignement; former l'esprit selon la hiérarchie de ses facultés; éviter le gavage ; ne pas cultiver la mémoire au détriment du Jugement ; ne pas emplir l'intelligence au delà de sa capacité d'assimilation; ne pas cultiver l'automatisme moral aux dépens de la formation vivante de la personnalité; à quelque âge que ce soit, ne jamais sacrifier la culture générale à la spécialisation.Tout ce qui sort de là peut paraître très moderniste, mais conduit à la faillite, parce que tout cela est anti pédagogique et anti humain.2 Un collaborateur de Notre milieu paraît incliner vers une centralisation des commissions scolaires: remplacement des commissions scolaires de village et de paroisse par des commissions de comté ou de district.Réforme qui pourrait être pis que le mal actuel.Tout ce qui tend à éloigner l'école de la famille et de la paroisse ; tout ce qui enlève aux pères de famille et aux citoyens une part d'initiative dans la direction de leurs affaires immédiates, doit être tenu pour peu enviable, sinon pour suspect.Dépourvue de l'un de ses organismes, la paroisse n'y gagnerait guère.L'École y gagnerait-elle davantage ?Les municipalités scolaires de ville, centralisées à fond, font-elles beaucoup mieux que les municipalités scolaires rurales ?Choisissent-elles mieux leur personnel ?Le plus sûr de leur gain, c'est d'être devenues un champ d\u2019opération favori pour le patronage politicien.Les municipalités civiles urbaines autorisent les mêmes réflexions.Pour ce qu elles savent s'administrer ont-elles bien le droit de se proposer en exemple à celles de la campagne ?Sous presse : « Vers l\u2019indépendance politique )) \"UN CENTENAIRE DE LIBERTE\" La retentissante conférence de l\u2019abbé Lionel CROULX Adressez-nous votre commande Les loisirs A la recherche du temps perdu Plus on étudie nos ruraux, plus ils nous apparaissent dignes d\u2019intérêt.Toutefois, ils rappellent assez un conte qui ne manque ni de philosophie ni d'actualité.Il y avait une fois un roi très puissant, qui avait perdu le goût de la vie: sans doute parce qu\u2019il était rassasié, ayant tout en abondance.II dépérissait d\u2019ennui.Un courtisan lui suggéra \u2014 peut-être pour se payer sa tête \u2014 que son mal cesserait le jour où il endosserait la chemise d\u2019un homme heureux.Le lendemain, on affichait le désir royal par tout le pays.Or, chose curieuse, personne ne se présenta de peur d'encourir le courroux du monarque.Longtemps après, on apprenait qu'un pauvre bûcheron paraissait répondre au portrait de l\u2019homme recherché.Il habitait une misérable cabane, dans la forêt, fort loin de la capitale.Le souverain l'interrogea: \u2014 Pourquoi n'es-tu pas venu chercher la récompense promise ?\u2014 Hélas ! soupira l'homme, je ne le pouvais pas.Sire, de toute ma vie, jamais je n\u2019ai porté de chemise.A cet égard, que de ruraux ressemblent à ce prince désabusé.Comparés aux paysans du vieux monde, ne jouissent-ils pas de nombreux privilèges: libertés civiles et religieuses, indépendance, organisation professionnelle, maison confortable, ali- 28 l\u2019action nationale merits sains et substantiels, etc.?Or, souvent, ils détestent leur métier et reluquent vers la ville où ils espèrent travailler moins pour une rémunération supérieure.A leurs yeux, personne ne mène une vie plus misérable, plus terne que la leur.Et cependant, la presse publie occasionnellement le récit de gueux que la misère prolongée a poussés au désespoir.Si les ruraux, aigris contre leur sort, pouvaient entrer dans les milliers de taudis de Montréal où des êtres, humains comme eux, vivent comme des rats: sans lumière et sans soleil, tassés comme des sardines dans des logis repoussants d'humidité ou de vermine, se nourrissant bien souvent de denrées rares et avariées, bref se morfondent dans un désœuvrement total.Dans la métropole, en temps normal, des milliers de familles dont plusieurs venues de la campagne vivent ainsi au jour le jour, toujours en quête de leur pitance.Si les villes aspirent la population des campagnes, la raison économique n'est pas la seule en cause.Même avec l'électricité, le téléphone, la voirie moderne, les instruments aratoires, l'auto, etc., le campagnard s'embête.Surtout quand il est jeune, vigoureux, remuant.Quand la campagne reflétera vraiment notre époque de progrès et de confort, le rural sera l'individu le plus heureux parce qu\u2019il réalisera pleinement l'idéal des anciens, formulé par le Grec Zénon: Vivre selon la nature.La vie rurale, dit un auteur moderne, est écrasée de torpeur; elle a besoin d\u2019être dotée des facteurs de sociabilité qui font l'attrait des villes.Cela rejoint la remarque du grand architecte et urbaniste français, Le Corbusier, qui dit: « Les villes A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU 29 sont engorgées d'une population parasite.Mais on ne pourra renvoyer aux champs ces populations déclassées que si la campagne est aménagée.Il importe donc d'équiper les campagnes )).Joignez une meilleure hygiène à une organisation complète des loisirs, et le jeune campagnard se mettra à aimer son patelin.Les escapades de fin-de-semaine vers la ville diminueront grandement, elles qui contribuent tant à déraciner la jeunesse rurale en même temps qu'elles l'amoindrissent physiquement et moralement.Devant l\u2019exode rural, qui a tant fait couler d'encre, nos sociologues en chambre commettent la grave erreur de tenir les faits et les réalités pour négligeables.S'ils interrogeaient les déracinés de la ville, ils trouveraient vite réponse à leurs nombreux points d'interrogation Cette expérience leur démontrerait la vérité de l'aphorisme formulé par La Rochefoucault: Il est plus nécessaire d'étudier les hommes que les livres.Dans cet ordre nouveau, qui surgira de l'holocauste actuel, le Canada français devra régler le problème urgent et capital des loisirs.Problème vital pour sa survie que compliquera un machinisme de plus en plus envahisseur.Admettre tout cela est bien mais ne suffit pas.La logique et le patriotisme nous commandent de rechercher la solution idéale.Les pouvoirs publics doivent en premier lieu inventorier notre équipement et recenser les compétences. 30 l'action nationale L'équipement est un aspect important qui demandera éventuellement de forts déboursés.Aussi, faudrait-il procéder avec lenteur, prudence; plutôt miser sur des terrains, du matériel modeste mais essentiel.L'improvisation est à redouter parce que susceptible de compromettre le succès futur.Avant de passer de la théorie aux actes, de nous lancer à fond dans une politique des loisirs, un inventaire matériel s'impose: parcs, terrains de jeux ou de sports, piscines ouvertes ou fermées, plages, salles de tous genres (municipales, paroissiales, privées ou maisons d'enseignement), gymnases, stades, arénas, pistes de ski, palestres, auberges de jeunesse, associations diverses de jeunesse, cercles sportifs ou athlétiques, etc.Inventaire précieux, qui révélerait notre actif même si nous manquons lamentablement de directives, surtout de moniteurs expérimentés.De plus, apparaîtrait avec crudité notre pitoyable infériorité \u2014 vis-à-vis de la minorité anglo-québécoise\u2014 dans les œuvres de jeunesse.Ce travail parachevé, allons au plus pressé: la formation de moniteurs et monitrices.Cela suppose la création d'une école normale d\u2019éducation physique, sous la direction de maîtres réputés.Selon une déclaration publique du ministre de France au Canada, M.Ristelhuber, on a inauguré à Antibes un collège d'athlètes que fréquentent déjà 120 moniteurs et 80 monitrices.Si la France, prostrée et cruellement vaincue, a réussi ce tour de force de se donner une institution qu\u2019elle estime essentielle, le Québec peut certainement en faire autant. A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU 31 Comment procéder avec bon sens, sans s'engager trop avant financièrement ?La solution la plus pratique serait peut-être l'érection ou la location d'un immeuble, sis à proximité du grand centre sportif de Montréal, face au Jardin botanique, et dont les travaux ont été interrompus au début de la guerre.Logés convenablement, moniteurs et monitrices pourraient alors s'entraîner sur place, dans les conditions requises, avec tout l'équipement exigé par l'expérience.On oublie trop chez nous que l'éducation physique\u2014 ossature des loisirs et de l'éducation tout court \u2014 s'apprend à la fois dans les livres et sur le terrain.C'est un enseignement où théorie et pratique doivent se marier, se confondre intimement, si l'on tient à ce que le sujet soit harmonieusement, parfaitement équilibré.Un moniteur \u2014 aurait-il toutes les connaissances du monde \u2014 qui présenterait un gabarit disgracieux, n'arriverait jamais à des résultats probants: surtout à former des sujets d élite.Pour s\u2019imposer, ici, il faut être un exemple vivant.Mais, direz-vous, où se dirigeront vos moniteurs au terme de leurs études ?Qui les paiera ?La population saura-t-elle ou voudra-t-elle collaborer avec eux ?Au début, il faudra diriger moniteurs et monitrices vers les centres urbains: terrain d'expérimentation plus propice et où abondent les maisons d enseignement.Les jeunes devraient en profiter les premiers.Eux seuls méritent de recevoir les leçons initiales, les directives, l'enseignement physique idéal: gage de bonne santé. 32 l'action nationale Quand les parents verront de leurs yeux les avantages de l'exercice codifié chez leurs enfants, ils réclameront la même chose pour les plus vieux \u2014 comme ils s\u2019en prévaudront peut-être eux-mêmes \u2014 afin que toute la famille ait en commun la vigueur corporelle et ces belles vertus viriles, qui découlent de loisirs bien remplis.Dans notre vaste province, les loisirs centralisés ne rallieraient que mollement l\u2019opinion publique dont l\u2019appui est essentiel.Mieux vaut susciter des organismes régionaux, au sein d\u2019une fédération provinciale, dotés d\u2019un centre sportif modèle et complet, administré par les citoyens de la région.Ce centre comprenant d\u2019abord un immeuble qui abriterait: gymnase, piscine, grande salle de spectacles (cinéma, concerts, théâtre, etc.), petites salles pour sports intérieurs (individuels ou d\u2019équipe), bibliothèque qui \u2014 au lieu d\u2019attendre le lecteur \u2014 irait vers lui au moyen d\u2019un camion, qui alimenterait les bibliothèques de la région.Enfin, à l\u2019extérieur, groupés scientifiquement sur un vaste terrain: stade complet avec gradins, courts de tennis, boulingrin, piscine ouverte pour natation et plongeon et une autre (peu profonde) pour enfants, petits terrains de sports et de jeux, l'hiver une patinoire, une glissoire, etc.Tout cela ne coûterait guère, si on pouvait se modeler sur l\u2019exemple des sokols tchèques où tous y allaient de leur contribution, si modeste fût-elle: en argent, en nature, en travail.Aussi, la Bohême et la Slovaquie comptaient-elles des maisons de sokols avec terrain dans presque tous les villages ou communes. A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU 33 Dans l'organisation des loisirs, le rôle de l'État devrait se borner à recruter et à payer les traitements des moniteurs et monitrices: chargés de prêcher le culte de la santé, par la pratique suivie de la culture physique rationnelle et de son complément, les sports.Qui sait ?le jeune Canadien français se tiendrait alors plus droit, réclamerait sans criailleries ses droits mais sans chercher à fuit les devoirs qui en sont le prix.Plus actif, plus sûr de lui, maître enfin de ses nerfs et de ses réflexes, il ne craindrait plus le combat quand il se présente.Nos maux ne sont-ils pas dûs souvent à notre apathie, à notre manque de civisme, à notre penchant à nous en remettre à l'État, aux clercs, aux autres enfin: tout comme si nous étions d'éternels mineurs ?Les loisirs étatisés ne sont possibles qu'en pays totalitaires, caporalisés.Ici, ils seraient générateurs de faiblesse.Visons plutôt à ((respecter et à aider l'initiative privée, la formule idéale étant la liberté subsidiêe avec un certain contrôle.)) Au lieu de connaissances indigestes, que ne donne-t-on à la jeunesse le goût du risque réfléchi et le sens des réalités: caractéristiques des peuples et des individus d élite.On nous apprend à vivre quand la vie est passée, dit Montaigne.Pourquoi ne pas envisager la création d'un ordre de moniteurs, disséminés par toute la province, avec consigne de seconder et de guider l'initiative privée ?Et cela, afin que nos gens cessent de perdre leur temps en niaiseries, en sottises. 34 l'action nationale On se plaint volontiers d être un peuple pauvre.Or, notre jeunesse dépense sans compter des sommes folles en futilités.Une partie seulement de cet argent suffirait pour monter et maintenir dans chaque municipalité \u2014 grande ou petite \u2014 une organisation des loisirs.Le moindre village a des salles de pool, de billard, de quilles ou des débits (appelés improprement petits restaurants), où nos jeunes fainéantisent à qui mieux mieux.Le soir et les jours fériés, ils s\u2019entassent pour s'amuser ou se distraire, à toutes sortes de jeux de hasard (cartes, slot machines ou gobe-sous).On vide ses goussets allègrement, sans sourciller, comme par nécessité et sans aucun profit physique ou moral; ou bien, on se défonce l'estomac à dévorer force friandises ou à ingurgiter d'infectes décoctions gazeuses.Quand ce n\u2019est pas l'estaminet qui alcoolise, qui abrutit! Devant ce tableau lamentable, n\u2019allons pas blâmer la jeunesse! Les vrais coupables sont les parents qui refusent à la jeunesse les jeux et les distractions de leur âge.Durant ce temps-là, que de terrains d\u2019exposition, par exemple, ne sont utilisés que trois ou quatre jours par an! Capital mal employé, qui dort par notre faute.Pourquoi ne pas les aménager, afin que la population entière puisse s\u2019amuser honnêtement, profitablement ?La jeunesse, en particulier, trouverait là le dérivatif par excellence, salutaire, pour son trop-plein d\u2019énergie, d'exébu-rance.Devant le sort pathétique du jeune rural, devant sa faim légitime d\u2019exercices sains et de A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU 35 plaisirs moraux, n'allons pas surtout lui répondre, en levant les bras au ciel: Impossible! Argument de faible, d'incapable, de serre-la-poigne.Des loisirs savamment dosés, prolongeant la formation complète d\u2019une éducation à la page, nous donneraient de vrais chefs capables, selon le mot de Montherlant, de faire des choses dangereuses avec le maximum de prudence: mariage de la sagesse et de la folie.Jean-Robert Bonnier Ce texte est-il séditieux ?« C\u2019est l\u2019usurpation qui a inventé cette prétendue sanction du peuple, ces adresses d\u2019adhésion, tribut monotone, qu'à toutes les époques, les mêmes hommes prodiguent aux mesures les plus opposées.La peur y vient singer tous les dehors du courage, pour se féliciter de la honte et pour remercier du malheur.Singulier genre d'artifice, dont nul n\u2019est la dupe! Comédie convenue, qui n'en impose à personne, et qui depuis longtemps aurait dû succomber sous les traits du ridicule! Mais le ridicule attaque tout, et ne détruit rien.Chacun pense avoir reconquis, par la moquerie, l\u2019honneur de l\u2019indépendance, et, content d\u2019avoir désavoué ses actions par ses paroles, se trouve à l\u2019aise pour démentir ses paroles par ses actions.Qui ne sent, que plus un gouvernement est oppressif, plus les citoyens épouvantés s\u2019empresseront de lui faire hommage de leur enthousiasme de commande! Ne voyez-vous pas, à côté des registres que chacun signe d\u2019une main tremblante, ces délateurs et ces soldats ?Ne lisez-vous pas ces proclamations déclarant factieux ou rebelles ceux dont le suffrage serait négatif ?Qu\u2019est-ce qu\u2019interroger un peuple, au milieu des cachots et sous l'empire de l'arbitraire, sinon demander aux adversaires de la puissance une liste pour la reconnaître, et pour les frapper à loisir ?» Quelque nationaliste « séditieux » aurait-il écrit ces lignes ?Non, lecteur, rassurez-vous.Elles datent de 1814 et sont de Benjamin Constant.11 y a des sentiments éternels . Que la «passion» peut être un suide.I\u2014Ebouche d'une vieille doctrine Un moment survient dans l'histoire, qui résume l'état des choses.Le plébiscite accuse nettement le vice de la Constitution et définit un principe qui commandera dorénavant je l'espère une raison plus rigoureuse dans l'esprit des affaires publiques.L'homme ne possède pas de sens pour éprouver ses malheurs politiques, mais il en souffre plus qu'il ne croit.Les politiciens estiment qu'on peut fort bien ignorer les grandes difficultés mais qu\u2019on ne saurait négliger les petites; et je pense qu'ils ont raison.Nous souffrons et nous n'avons pas fini, surtout avec la guerre.Mais nous prenons pour naturels des maux qui ne sont que politiques.Le plébiscite n'a pas en réalité porté sur la question puisque le peuple s'est divisé d'après les races.Je sais qu'on nous a blâmés dans les provinces ; mais il ne saurait être question de censurer la volonté d'un peuple qui songe avec une telle évidence à son propre gouvernement.Cet événement m'a fait une impression forte, et j 'ai cru voir alors que la colère était peut-être un conseil très sûr pour le gouvernement d'un peuple.J'en ai tiré quelques idées pour montrer surtout avec quelle facilité l'on pourrait justifier ses sentiments par des idées, et que la passion par conséquent, si suspecte à tant d'esprits, est au fond le seul vrai QUE LA PASSION PEUT-ETRE UN GUIDE\t37 guide et que son triomphe est assuré une fois qu'on a compris cela.C'est le but surtout de mon deuxième essai.La grandeur des réussites politiques est en raison directe de l\u2019utopie proposée.Nos gens ne suspectent rien tant que le rêve, et par là les meilleures réalités sont avortées à tout instant.La profondeur d'une oeuvre est au départ, selon l\u2019inclinaison que l'ouvrier donne à l\u2019outil.J\u2019ai remarqué partout, et surtout en art, (ou l'écrivain, confiant dans le hasard, se lance au devant de la circonstance) que l'imprudence est la mère d'une sagesse plus haute, et j\u2019ai bien peur qu'il en soit ainsi pour tout ce qui est création.Notre histoire contemporaine, et je parle de la meilleure, est triste à lire de ce point de vue.Je vois qu\u2019on y évite tout ce qui fuit la prévision certaine, ou, en d\u2019autres mots, tout problème dont la solution ne pourrait s'énoncer avec les termes du problème même.Cet esprit a gouverné les luttes de Bourrassa contre l'impérialisme.C\u2019était d'ailleurs une question plutôt diplomatique que politique.M.Bourrassa jouissait d\u2019une immense autorité qui a beaucoup nui.Nous avons bien perdu quarante ans avec lui:1 tant d\u2019inspiration et si peu de résultats faute d\u2019avoir su diriger l\u2019action vers une 1 N.D.L.R.\u2014\u2022 Perdu ?Le mot est bref, et même au sens paradoxal où l'entend notre collaborateur.La pensée, la doctrine de Bourassa, outre leur valeur propre (car Bourassa a \u20ac pensé », et fort avant nous, et à une époque où il était plus méritoire de penser), ont causé des remous, ont diffusé des ondes qui continuent de nous agiter.Ce fut une œuvre politique, et par plusieurs côtés prophétique, dont nous sommes et continuerons d'être largement tributaires.Ne renions point notre source . 38 l'action nationale issue normale.Il n\u2019avait pas suffisamment la perception de ces états très simples par quoi commencent les mouvements politiques d'envergure et toutes les religions; ou bien il n\u2019en profitait pas.D'autres à côté de lui pensaient, mais leur doctrine n eut pas d'influence, précisément parce qu\u2019elle était susceptible d en avoir beaucoup.La circonstance qui n\u2019est qu'une conséquence, ne les inter-ressait point, mais ils tenaient les yeux fixés sur autre chose, qui ne retient la plupart des esprits que lorsqu elle se traduit par des violences: cette intention profonde, ces aspirations populaires, auxquelles M.Bourrassa n'a jamais accordé de sens pratique véritable.Les Canadiens français expriment par l'attitude une direction qu\u2019ils attendent depuis un siècle qu'on leur imprime.Le problème est complexe; mais certaines pensées le simplifient.Il y en a une que je placerais au principe de toute réussite politique.Hitler m'en parait l'illustration frappante.Les circonstances, ai-je dit, ne sont que conséquences.On peut leur accorder une importance quelconque, mais 1 erreur est de les prendre pour guides, car elles ne précèdent pas.Le futur se joue des conjectures avec une facilité surprenante.Une doctrine doit donc non pas tant reposer sur ce qu'on croit des possibilités présentes que, sur ce qu'on sait des passions populaires, qui sont rarement gratuites.L histoire que nous venons de vivre renferme un sens violent.Une question vitale soudain nous fait unanimes, expression sans doute du nom du droit des peuples; mais tout se passe comme si nous n existions pas; unis ou désunis, nous jouis- QUE LA PASSION PEUT-ETRE UN GUIDE\t30 sons d'une influence égale: toujours nulle.M.Bourassa conseille au fond le compromis, c'est ce qu\u2019il a toujours fait.Or, c'est la Constitution qui cause notre faiblesse.La masse du peuple possède une puissance sans rapport avec la part dérisoire que nous avons au gouvernement.C\u2019est pourquoi notre erreur fut toujours le compromis, sur le sujet duquel on devrait bien comprendre une fois pour toutes que ce n\u2019est pas le parti qu\u2019une minorité doit prendre.C'est une politique fondée seulement sur notre puissance apparente, c\u2019est-à-dire sur ce que nous en permet une Constitution vicieuse qui nous affaiblit au lieu de mettre nos moyens en valeur, et qui, loin de corriger les inconvénients du petit nombre, nous rend la liberté toujours accidentelle, indépendante de notre volonté et garantie par les divisions des autres.Qu\u2019on accepte enfin la vérité réconfortante: nous sommes dans la situation du plus faible qui n\u2019est pourtant pas si faible qu\u2019il ne puisse à son gré résister au plus fort.On use beaucoup de ce lieu commun que la minorité doit obéir; mais cela ne vaut qu\u2019entre gens qui ont les mêmes intérêts et les mêmes passions.Il est remarquable que ce fut sans doute l'intention de la Confédération de n'accorder au pouvoir central que les domaines où ces États n\u2019eussent pas de volonté particulière, car c\u2019est l'esprit de toute fédération d\u2019États.Mais l\u2019expérience enseigne qu\u2019on est ici trompé sur bien des points.Il y avait pourtant une solution: c\u2019est que chaque parti eût le pouvoir d\u2019arrêter les entreprises de l\u2019autre.Mais qui l\u2019admettrait ?Hors là, je ne vois pourtant que la servitude. 40 l'action nationale Il faut deux choses: un tout autre esprit, une tout autre politique.Une attitude intransigeante, passionnée, mais en même temps la direction convenable.\tvjv f » - / - Les Canadiens français ont plus le sentiment du sang que celui du sol, et c'est compréhensible.Le Canada n\u2019est pas une valeur.Certains esprits sont assez naïfs pour y placer leur idéal.Mais qu'on médite un peu là-dessus: qu'est-ce qu'un patriotisme qu'on se propose de ressentir ?Or quand apprendrons-nous qu\u2019en le patriotisme qui nous est propre se trouve le conseil de notre politique ?Nos énergies politiques sont en pure perte dans ce pays: inutiles à nous-mêmes, parce qu'elles ne trouvent pas de cadre où s'exercer; et puis aux autres, avec qui nous sommes toujours en opposition plus ou moins violente.Seul l\u2019élan vers les réalités douteuses suscite notions et nations nouvelles.L'expérience fait quelquefois voir qu\u2019il y a autant de certitude dans l'inquiétude obscure par quoi les pensées s'annoncent que dans ces pensées mêmes : les pensées seulement sont mieux justifiées.Je ne dis pas que la question qui nous occupe soit uniquement sentie et pas du tout pensée; mais toutes choses contiennent une part d'incertitude qui ne doit pas nous retenir.Toutefois pas d\u2019événements sans événements: ne cherchons pas dans les réfonnes à faire la cause principale des événements.Le spectacle d\u2019un vaste soulèvement inspire une foi qui est tout.Car les questions politiques ne rencontrent pas de solutions dans les seules constructions de l'esprit; QUE LA PASSION PEUT-ÊTRE UN GUIDE 41 mais c'est le problème même qui résout le problème à une certaine pression.C'est ce qui fait qu un peuple languit longtemps faute de confiance.Cette pensée surtout m'obsède.Je voudrais l\u2019infuser dans toutes les âmes.J\u2019espère que l\u2019on puisse dire un jour de nos compatriotes: il fut une époque où ils contemplèrent l\u2019histoire, puis une autre où ils la firent.Il\u2014Appendice sur l'oction Je me figure notre œuvre politique comme parvenue à ce point d\u2019incertitude où désormais toutes choses doivent être confiées à la volonté pure.La pensée est décevante: pour en sortir plus riche de vérités, on n\u2019en est pas moins riche de doutes.Les idées les plus simples sont douteuses et indécises.L\u2019esprit peut découvrir l\u2019idée, mais non la circonscrire.Je distingue bien celles qu\u2019une vérité détruit, mais non pas celles qui l\u2019attaquent.A plus forte raison pour une doctrine.La pensée pourra servir, mais pourvu qu\u2019elle-même à un certain moment nous débarrasse de la pensée.La discussion avait pour but d\u2019ébranler quelques volontés; et une doctrine, qui est tout autre chose qu'un programme, ne pense pas tant à garantir l\u2019avenir qu\u2019à garantir l\u2019action.Ce qui retient l\u2019action, c'est l'intelligence dont la doctrine délivre.Cet effet une fois produit, les hommes délivrés enfin des adversaires c\u2019est-à-dire d'eux-mêmes, comme cela seul avait de l\u2019importance, n\u2019allez pas faire la sottise en remettant tout en question de revenir sur des idées qui, si on comprend bien 42 l'action nationale leur rôle, n'ont jamais formé l'objet d'un débat proprement dit.La grande histoire n\u2019a tort souvent qu'aux yeux des historiens.Un homme comme Hitler ne se trompe pas, c\u2019est l\u2019événement qui le trompe.Les historiens diront, s\u2019il perd la guerre, qu\u2019il aura mal jugé des choses.En réalité, il n'aura jugé ni bien ni mal : ces choses énormes ne se pensent point (si ce n\u2019est après coup, comme c\u2019est le métier des historiens) mais s'exécutent, en quoi je ne sache pas que cet homme extraordinaire ait fait beaucoup d\u2019erreurs.Hannibal passant les Alpes, beaucoup le croient très clairvoyant, mais peut-être s'inter-dit-il de voir trop clair.L\u2019erreur commune est de compter sur le jugement.Le démon de la difficulté nous travaille tous.La plupart des hommes ont plus de fécondité que de résolution.Un parti à prendre suggère une attitude définitive qui est l\u2019attente, ou la discussion.Cherchez plutôt le parti pris.En politique une opinion n\u2019est là que pour aider les hommes à soutenir une prétention.Pierre Vadboncoeur Au cours d\u2019octobre Conférence de René CHALOULT AU MONUMENT NATIONAL 0 Suivez les journaux # Une enquête sur Notre question nationale Depuis V enquête sur « une culture canadienne-française », terminée en janvier dernier, VAction nationale a dû se consacrer à la plus angoissante des actualités.Elle revient aujourd'hui à ces études qui exigent un dessein plus suivi et une atmosphère moins furieuse.Un seul enquêteur, cette fois, se charge de la besogne, qui ne manque pas d'ampleur, puisque c'est toute notre question nationale qu'il va explorer.Il se défend de rien inventer: « Notre intention, écrit-il, n est donc pas tant de dire du neuf que d'ordonner, que de synthétiser des matériaux déjà existants ».Mais c'est précisément dans la synthèse, dans la vue d'ensemble, qu'est la nouveauté.L'auteur va nous aider à mettre nos idées en ordre; il reprendra des faits connus, des pensées parfois familières, pour leur donner, avec leur rang, leur signification réelle.Sans doute on ne partagera point toujours la totalité de ses opinions; mais pour avoir repris froidement et analysé sévèrement des notions si souvent vagues ou floues en nos esprits, il aura donné plus d'étoffe à nos convictions, plus de cohésion à nos pensées, plus de raisons à nos espoirs.L\u2019Action nationale 44 l\u2019action nationale INTRODUCTION GENERALE Ce^travail que, pour plus de commodité, nous présentons aujourd'hui sous forme d'une série de leçons, est le fruit d\u2019une expérience personnelle tentée à propos de l'enseignement de notre histoire et constitue un essai d\u2019exposition méthodique et raisonnée de la question nationale telle qu'elle se pose au Canada français.De nos jours où tout est remis en discussion, il importe souverainement, croyons-nous, que les jeunes qui demain auront à opérer ou à consentir es réformes nécessaires prennent dès maintenant une vue nette et juste des principaux problèmes qui les concernent à titre de Canadiens français.Aussi avons-nous cru utile d'ajouter au cours ordinaire d'histoire du Canada un exposé qui nous paraissait apte à engendrer chez la plupart d'entre eux autre chose qu\u2019un vague sentimentalisme, mais des opinions fermes parce que fondées en réalité, et des convictions éclairées capables de se traduire un jour en des actes libérateurs.A ce but précis tout a été subordonné, tout concourt dans cet exposé: forme, méthode et plan.Visant avant tout à la logique et à la clarté de l\u2019exposition, il nous a paru préférable d'adopter une présentation à forme synthétique, d'enrichir notre texte de faits et d'idées plutôt que de développements oratoires ou émotifs, bref, d'user surtout des moyens susceptibles de procurer au tout cohérence, intelligibilité et force démonstrative.De la méthode et du plan adoptés dans ce travail, il sera question plus loin; pour le moment NOTRE ENQUÊTE 45 il importe de répondre à cette interrogation qui se pose tout naturellement au début d'une enquête: de quoi s'agit-il ?I.\u2014DEFINITION Il est clair que nous ne pouvons aborder l'étude des faits sans nous déterminer au préalable un but précis servant non seulement à limiter, mais à diriger nos recherches ainsi qu'à coordonner et à concentrer nos découvertes.Préciser ce que nous entendons par « Notré question nationale )), ce sera du même coup indiquer ce but Risquons donc la définition suivante: c'est l'ensemble des problèmes que posent la survivance et l'épanouissement de l\u2019élément français au Canada en général et dans le Québec en particulier.Reprenons pour les commenter et les expliquer brièvement chacun des membres de cette définition.L\u2019ensemble des problèmes Nous pouvons le soupçonner dès le début, et d\u2019ailleurs la suite de ce travail le démontrera longuement: il s'agit non pas d'un unique problème, mais d\u2019un ensemble, d'un enchaînement de problèmes se posant à la fois dans les faits et dans les idées, unis intimement entre eux par des liens de dépendance et de réaction réciproques, au point que l'on ne peut tenter l'étude ou la solution d'un seul sans immédiatement s'embarrasser dans les replis des autres. 46 l'action nationale Notre question nationale n'est donc pas une chose simple.Loin de là! A cet égard elle participe de la réalité canadienne, elle-même « infiniment complexe », comme l'avouait Siegfried.Impossible par conséquence d'en arriver à une idée adéquate et juste en cette matière, si un seul des problèmes qui la composent est omis ou négligé.Impossible aussi de tenter de la résoudre par des distinctions formalistes ou à coups d affirmations péremptoires.Il y faut une grande connaissance de la réalité et beaucoup de prudence.¦ ?que posent la survivance et l\u2019épanouissement de rélémenfr français Ces mots précisent l\u2019objet formel de notre enquête, ou si l'on veut, l'angle sous lequel seront considérés les divers problèmes en cause.Nous ne les traiterons donc pas dans ?toute leur ampleur, mais seulement au point de vue de « la survivance et de l'épanouissement de l'élément français ».Par cette double expression, nous entendons marquer le double aspect de notre question nationale.Elle est sans doute d'abord un problème de survivance, mais elle n\u2019est pas que cela.Survivre pour une nationalité comme la nôtre ne saurait etre 1 unique idéal, tout 1 idéal, car la survivance est possible même avec une participation des plus insignifiantes à la vie de notre propre pays.Envisagée d\u2019une façon compréhensive, la question nationale, chez nous, tout particulièrement dans le Québec, ne peut se borner à ce seul aspect; c'est, en NOTRE ENQUÊTE 47 outre, d'un problème d'épanouissement qu'il s\u2019agit, d\u2019un épanouissement rendu possible d\u2019abord et surtout grâce à un ordre politique fondé sur la justice et assurant, non seulement de droit mais de fait, l'égalité de conditions et le libre développement et rayonnement des particularités ethniques de l\u2019élément français.Ainsi qu\u2019on a pu déjà s\u2019en rendre compte, nous identifions dans ce travail « national )) à « cana-dien-français » et non à « canadien tout court )> ; de cela nous rendrons raison et longuement en traitant plus tard du problème du nationalisme.au Canada en général et dans le Québec en particulier Par ces mots nous reconnaissons deux faits: la solidarité de tous les groupes français au Canada et l'importance particulière du Québec.Il serait injuste, croyons-nous, d\u2019exclure a priori d\u2019une étude intitulée « notre question nationale » les problèmes propres aux minorités françaises des autres provinces.Nous n\u2019en sommes pas encore à croire que le Québec constitue à lui seul tout le Canada français ou que l'on puisse parler et écrire comme si, de fait, il y avait exacte équivalence entre Franco-Québécois et Canadiens français.D\u2019un autre côté, traitant des problèmes généraux qui intéressent toute notre nationalité, nous ne pouvons pas ne pas mettre au premier rang de nos préoccupations la province où se concentrent 48 l'action nationale les quatre cinquièmes des forces canadiennes-françaises et sur qui pèse en majeure partie la responsabilité de la survivance et de l\u2019épanouissement de notre élément au Canada.Si la province de Québec n'est pas tout le Canada français, elle en a été et elle en demeure la cellule-mère, le rôle dynamique et le centre vital.On l'a dit déjà, et nous aurons l\u2019occasion d\u2019y revenir par la suite: le Québec a charge d\u2019âmes et Québec n\u2019est pas une simple capitale de province, c\u2019est la capitale du Canada français, c\u2019est la capitale de l\u2019Amérique française.Voilà pourquoi tout ce qui l\u2019affecte prend aussitôt mesure de problème national.II.\u2014METHODE ET PLAN De quoi s\u2019agit-il ?De tout ce qui intéresse le Canada français en tant que tel.La matière est vaste: comment l\u2019ordonner?Notre méthode, empruntée à la philosophie et à l\u2019expérience, pourrait s\u2019exprimer en cette brève formule: par le réel former la pensée et par la pensée diriger l\u2019action.Sur le terrain national, comme partout où l\u2019esprit humain est à la recherche de la vérité pratique, l\u2019on n\u2019arrivera à savoir vraiment que faire que lorsqu\u2019on aura établi clairement que penser, et \u2014 mis à part le cas où s\u2019impose l\u2019argument d\u2019autorité,\u2014 l\u2019on n\u2019établira clairement que penser qu\u2019au moyen d\u2019un contact intime avec la réalité elle-même, parce qu\u2019il est dans l\u2019ordre d\u2019une saine psychologie humaine que nos actes naissent de nos idées et nos idées, de l\u2019observation des faits. NOTRE ENQUÊTE 49 De cette méthode découle tout naturellement le plan adopté et que trois mots résument: les faits, les idées et les actes.Les faits qui ont fondé et fondent encore l'existence de notre question nationale, les idées qui sont nées de ces faits et qui s\u2019agitent aujourd\u2019hui autour d\u2019elle, les actes enfin qu'il faut poser pour tenter d\u2019y apporter une solution satisfaisante.Détaillons quelque peu ce plan fort sommaire.Les faits La réalité constitue notre point de départ.Même s'il y a grand risque de s'égarer dans ce qui semble d\u2019abord un inextricable réseau de faits divers, l'aventure, non seulement vaut la peine d'être tentée, mais s'impose comme la première condition d'une pensée juste et d'une action éclairée sur le terrain national.C'est aussi la meilleure façon de démontrer que cette présente question n'est pas le résultat d'une idée fixe ou d'une marotte, ni le produit de quelques imaginations en mal de pessimisme.Il ne s'agit pas toutefois de présenter une étude détaillée et complète de chacun de nos problèmes actuels, mais seulement de montrer comment et pourquoi ils se posent, comment et poùrquoi ils ont donné naissance aux problèmes d'idées que nous verrons bientôt.Dans quel ordre allons-nous mener notre enquête sur le terrain des faits ?Il faut, semble-t-il, partir de cette réalité fondamentale qui est la coexistence des races au Canada.Une fois ce pre- 50 l'action nationale mier problème posé et expliqué, les autres viendront s'ordonner d'eux-mêmes selon le cours naturel des faits nés du conflit entre les deux races dans les principaux domaines de la vie canadienne, en particulier dans les domaines politique, économique, social et culturel.En tout, ce serait donc cinq problèmes différents que nous aurons à traiter dans une première partie.Les idées Des faits, nous nous élèverons ensuite aux problèmes d'idées qui en dérivent et que nous grouperons autour de ce sujet capital qu\u2019est le problème du nationalisme.A la fois, point de convergence de toutes les conclusions des problèmes précédemment énoncés et source centrale de rayonnement énergétique dans le domaine de l\u2019action, l\u2019idée nationaliste mérite au Canada une considération toute particulière.Aussi essaierons-nous d\u2019en donner une vue large et aussi juste que possible en l\u2019étudiant, non seulement sous son aspect statique, en tant qu elle inclut une partie doctrinale prêtant à controverse et repose, en fait, sur un fondement constitutionnel propre à notre pays, mais en plus sous son aspect dynamique, en tant qu\u2019elle aspire à se réaliser dans un État national.Donc, dans cette seconde partie, trois grands problèmes à considérer: le problème du nationalisme, soit en général, soit canadien-français en particulier, le problème constitutionnel et le problème de l\u2019État français. NOTRE ENQUÊTE 51 Les actes\t- Instruit par un long contact avec les faits, éclairé sur le fondement et la nature des idées en cause, nous pourrons enfin aborder avec une sécurité plus grande le domaine de l'action.Parvenu à ce point de notre enquête, il ne nous restera qu\u2019à montrer non seulement ce qu'il est permis, mais aussi ce qu'il est nécessaire de faire pour tenter de résoudre d'une façon adéquate notre question nationale.Pourquoi agir ?Où nous inspirer ?Que faire ?Telles sont les trois grandes questions auxquelles nous tenterons alors de répondre.En conséquence, il nous faudra reprendre un à un les problèmes de faits exposés dans notre première partie pour chercher à leur appliquer à chacun une solution aussi appropriée que possible.L\u2019entreprise, nous ne l\u2019ignorons pas, est fort hasardeuse; mais, en ce dernier point comme tout au long de ce travail, si nous n'avions pour nous guider que nos lumières personnelles, nous ne nous serions jamais risqué dans une telle aventure.Sur tous ces problèmes, heureusement, il existe un ensemble d\u2019opinions, d\u2019avis et de jugements constituant en quelque sorte une tradition authentiquement canadienne-française.C\u2019est de cette tradition que nous avons voulu nous inspirer, c\u2019est d'elle que nous espérons être l\u2019écho dans ces pages.Notre intention n\u2019est donc pas tant de dire du neuf que d\u2019ordonner, que de synthétiser des matériaux déjà existants.Ainsi présenté cet essai apparaîtra sans doute moins téméraire et plus digne de confiance. 52 l'action nationale LE PROBLEME DES RACES (1ère le$on) Il y a longtemps que l'on s'est rendu compte que le problème fondamental au Canada était celui des races, mais personne n'a exprimé cette vérité avec plus de force que lord Durham en 1839.S'attendant à trouver un conflit politique entre le gouvernement et le peuple, le noble lord est tout surpris de découvrir, comme il le dit, « deux nations combattant dans le sein d'un seul État, une lutte, non de principes, mais de races ».Ce qui le frappe surtout, c'est l'évidence de ce conflit: « Le conflit des races, écrit-il, s'impose aux sens mêmes, d\u2019une façon irrésistible et palpable, comme l\u2019origine et l'essence de toute discorde qui divise la province; toute querelle est entre Anglais et Français, au début, ou le devient avant d'être terminée ».C\u2019est aussi sa profondeur: « Il est à peine possible de concevoir, ajoute-t-il, des descendants de nation européenne plus différents les uns des autres par le caractère et le tempérament, plus totalement séparés les uns des autres par la langue, les lois, les mœurs, ou placés dans des circonstances mieux calculées pour produire la mésentente mutuelle, la jalousie et la haine.» Cent ans après Durham, ces observations auraient à peine besoin d'être retouchées pour exprimer la situation actuelle.Le problème primordial, celui auquel on se heurte au début de toute enquête sur les réalités canadiennes et qui NOTRE ENQUÊTE 53 se trouve en quelque sorte à l\u2019origine de tous les autres, c\u2019est encore le problème des races, ou plus explicitement, le problème de la cohabitation nécessaire des races britanniques et française sur un territoire commun, ainsi que de la conciliation de leurs intérêts réciproques.De la solution de ce problème dépendent en grande partie la paix intérieure et l'avenir de la patrie canadienne.Pour faire comprendre comment il se pose en réalité, il nous suffira d\u2019en donner une brève esquisse, d'abord historique, puis psychologique.I.\u2014ESQUISSE HISTORIQUE L\u2019histoire du problème des races au Canada est liée intimement à celle de l'évolution politique intérieure de notre pays, au point que l\u2019on ne peut guère étudier l'une sans l'autre.Il est possible toutefois de considérer surtout l\u2019aspect racial dans cette évolution.C\u2019est ce que nous ferons en décrivant les origines et les diverses phases du présent problème.A) Set origines Deux faits historiques sont aux origines de ce problème des races, deux faits, lointains sans doute, mais dont les conséquences et les contre-coups forment la trame même de l\u2019histoire canadienne depuis près de deux siècles et n\u2019ont pas fini de se faire sentir: la conquête de 1760 et la volonté de survivre de nos ancêtres. 54 L ACTION NATIONALE 1) La conquête de 1760 La conquête anglaise de 1760 effectua un bouleversement sans précédent dans la vie intérieure du pays canadien.C\u2019est elle qui permit et légitima l'établissement d\u2019une autre race sur le sol découvert et humanisé par les Français.Sans 1760, il n\u2019y aurait pas eu de question nationale ou du moins elle ne se serait pas posée avec une telle acuité.Nous serions demeurés une seule nation parlant une même langue et pratiquant une même foi ; nous aurions, en somme, continué à n\u2019être que des Canadiens tout court, comme nous l\u2019avions été pendant les 150 années précédentes du régime français.Ce fait de la conquête, en opérant le partage forcé de la patrie, vint briser à jamais l'homogénéité ethnique, linguistique et religieuse du Canada, compliquer la notion si claire jusque-là du patriotisme, et déposer les germes des multiples problèmes auxquels nous devons actuellement faire face.2) La volonté de survivre de nos ancêtres Il y aurait eu un moyen radical, un seul, de tuer dans l\u2019œuf tous ces germes : l\u2019abdication volontaire des vaincus.Si elle s\u2019était produite, tout le cours de l\u2019histoire canadienne en aurait été changé, notre question nationale ne se poserait pas aujourd'hui et le rêve de tant de nos compatriotes se serait depuis longtemps réalisé: le Canada \u2014 en supposant toutefois qu\u2019il existât encore un Canada NOTRE ENQUÊTE 55 distinct et non plus seulement des États-Unis d'Amérique\u2014, le Canada ne contiendrait plus que des Canadiens tout court, c\u2019est-à-dire, en fait, des Canadiens de langue et de culture anglaises.Mais,\u2014 et ce fait, à notre avis, égale en importance celui de la conquête britannique \u2014 nos ancêtres ont refusé d'abdiquer, de trahir, introduisant ainsi dans l\u2019histoire notre question nationale; et c\u2019est parce qu\u2019ils l\u2019ont voulu délibérément qu\u2019elle se pose encore depuis près de deux siècles et que nous sommes là pour l\u2019étudier et tenter de la résoudre aujourd\u2019hui.Tels sont les deux faits primordiaux sur lesquels repose la constitution raciale de notre pays et dont nous allons résumer à l'instant l\u2019évolution historique.B) Ses diverses phases Toute l\u2019histoire canadienne désormais va être dominée par le problème de ces deux races à la recherche d\u2019un modus vivendi en commun, lequel ne peut comporter pratiquement que deux modalités: l'assimilation d\u2019une race par l\u2019autre ou l\u2019asso-ci'ation des deux sur une base d\u2019égalité.Assimilation ou association, telle est l\u2019alternative fatidique à inscrire au fronton de notre problème de races depuis 1760, tels sont les deux pôles entre lesquels va osciller constamment la politique du vainqueur et se jouer le sort du vaincu.Rappelons brièvement les grandes phases de ce problème. 60 l'action nationale 1) Essai d\u2019une politique d\u2019assimilation Par la proclamation et les instructions royales de 1763, le conquérant se prononce ouvertement en faveur d'une politique d'assimilation.L\u2019attaque porte à la fois sur le terrain religieux et sur le terrain judiciaire.Murray reçoit l\u2019ordre de « n\u2019admettre aucune juridiction étrangère dans la province » et de donner « tout l\u2019encouragement possible à la construction d\u2019écoles protestantes, afin de parvenir à établir l\u2019Église d'Angleterre tant en principe qu\u2019en pratique, et que les dits habitants puissent être graduellement induits à embrasser la religion protestante et à élever leurs enfants dans les principes de cette religion ».En outre sur le terrain judiciaire, il est exigé que tous les jugements soient rendus « autant que possible conformément aux lois anglaises ».C\u2019est donc par ricochet l\u2019existence même de la langue française qui est en cause.De cette proclamation royale, œuvre personnelle de George III d'Angleterre, le juriste Thurlow devait dire un jour: « Si elle devait être considérée comme créant une constitution anglaise .je déclarerais qu\u2019elle fut un des actes de la plus excessive, de la plus absurde et de la plus cruelle tyrannie qu\u2019une nation conquérante ait jamais commise envers une nation conquise .» Menacés dans ce qu\u2019ils ont de plus cher, dans ce qu\u2019ils considèrent comme l\u2019essence même de leur nationalité, les vaincus organisent aussitôt la résis- NOTRE ENQUÊTE 57 tance.Dix ans plus tard, leur point de vue triomphe et la politique du vainqueur prend une nouvelle orientation.2) Vers une politique d\u2019association (1774) Cette marche vers l'association se fera en deux étapes.Par l'Acte de Québec, l'Angleterre désavoue sa politique précédente comme « contraire à l\u2019état et aux circonstances où se trouvait la colonie )) et revient à des idées plus libérales.En reconnaissant et garantissant officiellement aux Canadiens leurs libertés civiles et religieuses, elle leur accorde en quelque sorte un certificat de laissez-vivre, un billet d'admission en tant que nationalité distincte dans l'Empire britannique, en un mot, leur Grande Charte.C'était le premier pas.L\u2019Acte constitutionnel de 1791 en sera le second.Non seulement il octroie la liberté politique, mais il crée un Canada français dont la garde est confiée en principe aux représentants du peuple.C'est la renonciation solennelle de l\u2019Angleterre à toute politique d'assimilation.Malheureusement, au Canada, la minorité anglaise n\u2019y renonce pas: elle ne peut se résoudre à la perte de ses privilèges et au refrènement de ses tendances assimilatrices.Les Canadiens français, bien que formant les dix-neuf vingtièmes de la nouvelle province, se voient systématiquement fermer l\u2019entrée des hautes fonctions administratives, surtout des deux conseils chargés d\u2019assister le gouverneur; de cette liberté que la métropole leur a octroyée, ils ne peuvent se servir qu\u2019avec la 58 l'action nationale permission d\u2019une minorité hostile, qui prétend garder à tout prix sa prépondérance politique.Cette fois, le conflit entre les deux races dégénère en violences, en rébellion ouverte: c'est 1837, Durham, l'Union.3)\tRetour à la politique d\u2019assimilation (1840) L\u2019Acte d'Union de 1840 marque le retour officiel à une politique aggressive d'assimilation.Les volontés assimilatrices, mises en branle par la proclamation de 1763 et refrénées quelque peu ensuite mais jamais complètement rétractées en fait, éclatent dans un sursaut qui prétend tout emporter: désormais au pays canadien il n\u2019y aura plus qu\u2019un seul Etat, qu\u2019une seule langue officielle, qu'une seule nationalité.La race française n\u2019aura plus droit de vie.L'on sait le résultat de cette politique irrationnelle, de cet (( acte d\u2019injustice et de despotisme », selon le mot même de Lafontaine.Un an après, le gouverneur se voit forcé de recourir à la collaboration de l\u2019élément français \u201cas a people and as a race\u201d.Quelques années encore, et le discours du trône sera lu dans les deux langues à l'avenir également officielles de l\u2019Etat canadien.C'était, surtout à partir de 1848, le retour de fait à la seule politique possible.4)\tConsécration juridique de la politique d\u2019association (1867) Après cent ans de heurts et de tâtonnements, les deux races parviennent enfin à adopter un modus NOTRE ENQUÊTE 59 videndi acceptable en principe à l'une et à l'autre: la fédération sur une base d'égalité.Le Canada français ressuscite et la langue française s\u2019inscrit dans la nouvelle constitution comme l une des deux langues officiellement reconnues par l'État fédéral.John A.MacDonald prononce ces paroles historiques qui semblent bien clore le conflit centenaire: « Les délégués de toutes les provinces ont consenti à ce que l'usage de la langue française formât l'un des principes sur lesquels serait fondée la Confédération ».Commentant un peu plus tard la nouvelle constitution, ce même homme d\u2019État ajoutera: « Il n\u2019y a ici ni vainqueurs ni vaincus .Nous avons maintenant une constitution sous l\u2019égide de laquelle tous les sujets britanniques sont, à l'heure actuelle, dans une condition d\u2019absolue égalité, jouissant de droits égaux en tout domaine: langue, religion, propriété, droits personnels )).Pouvait-on souhaiter à la politique d'association un triomphe juridique plus complet ?Il semblait bien que non, alors.Mais aujourd'hui, il y a doute: l'on sent que le malaise persiste, qu\u2019il va falloir recommencer l\u2019œuvre de 1867 et l\u2019on ne se gêne pas pour écrire que « l\u2019unité artificielle de la Confédération n\u2019a pas réglé le problème des races » (Siegfried).Pour être vraiment efficace, pour produire les résultats qu\u2019on était en droit d'en attendre, la politique d\u2019association ne devait pas se borner à une belle déclaration de principes, elle devait surtout être pratiquée.Or elle n'a triomphé que dans les textes constitutionnels et non dans les 60 l\u2019action nationale faits eux-mêmes, comme nous le verrons à propos de notre problème politique.Les provinces anglo-protestantes n'ont pas tardé à l'abandonner pratiquement, pour revenir à une politique ouverte ou sournoise d\u2019assimilation, et cela avec la tolérance, pour ne pas dire la complicité, du pouvoir fédéral, constitué pourtant le gardien des minorités de par l'Acte de 1867.Comment expliquer un tel revirement, une telle impuissance à faire triompher le principe fédératif ?La réponse exige une analyse plus intime de la situation psychologique actuelle des deux races.Richard Arès S.J.(à suivre) M, René Chaloult n'est pas un isolé ! A la suite du procès retentissant qu'on lui a fait subir, et du banquet que lui offrait la Ligue pour la Défense du Canada après son acquittement, les enquêteurs Gallup ont interrogé les Canadiens français du Québec à propos de M.René Chaloult.Voici les résultats de l'enquête, tels que reproduits dans l'Action catholique du 22 août dernier:
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