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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Août - Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1943-09, Collections de BAnQ.

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[" 971.405 Al88n v.22 8507 MAISON Ï3ELLAEMBN MAI 5 1944 BIBLIOTHÈQUE jmmj.m «Ma., mmtkm.8507 VAC 'ION NATIONALE \"- L Action nationale La conscription des femmes ou la démence impérialiste.\t3 Roger Duhamel L'amendement à la constitution canadienne.:.\t5 François Hertel J.-P.Robillard F.-A.Angers Émile Maupas Lettre ouverte aux hommes d'ordre.jg Le plan Beveridge.26 Notes d'un rédacteur.39 Plaidoyer pour les charnels.\t46 Chroniques Jean Nicolet E.L.* * * Marie Langlois Dans la cité La vie politique.La vérité qui délivre.Comment on comprend le bilinguisme a Quebec.Le salut de la femme.52 60 62 63 Vie de l\u2019esprit Alfred DesRochers\tStrophes et catastrophes Jean Heroux\tLa Pharisienne.VOL.XXII - No 1 \u2022 AOUT-SEPTEMBRE 1943 \u2022 MONTREAL L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Comité de direction :\tO F.-A.ANGERS, Arthur LAURENDEAU, et Roger DUHAMEL.L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.DIRECTION et ADMINISTRATION : C.P.1524 PLACE D\u2019ARMES MONTRÉAL \u2022 On communique avec l\u2019administrateur de la revue, Jean Drapeau, à son bureau : ch.603, 4 est, rue Notre-Dame, Montréal.Téléphone : MArquette 2837.L'abonnement est de $2.00 par annee Pour l\u2019étranger : $2.50 par année Abonnement de «outien : $5.00 par année Tous droits réservée, Ottawa, 1933 important A la demande d'un grand nombre de ses lecteurs, L'Action Nationale vient de publier NOTRE QUESTION NATIONALE un volume de 240 pages, par le R.P.Richard Arès, S.J., avec préface de M.le chanoine LIONEL GROULX \u2022\tLe problème des races \u2022\tLe problème politique \u2022\tLe problème économique \u2022\tLe problème social \u2022\tLe problème culturel Ce volume contient l'enquête dont L'Action Nationale a publié de très larges extraits.rîri A 80 cents l\u2019unité, par la poste 85 cents.En vente à L\u2019Action Nationale, 4 est, rue Notre-Dame, Montréal.\tMA.2837 I Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche Vous trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu\u2019il faut pour meubler votre résidence.\u2022 Maison établie depuis 40 ans.\u2022 \u2022 Fltzroy 4681\t\u2022 LAMARRE FRERES 3723 Notre-Dame ouest\tMontréal u Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Les cafés et confitures de J.-A.Désy LIMITER SONT LES MEILLEURS\tEXIGEZ-LES LA COMPAGNIE f.-X.DCCLET Ingénieun \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ELECTRIQUES ET AUTOGENES, ETC.206, RUE DU PONT .\t QUEBEC COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée BISCUITS GATEAUX TARTES Marcel ALLARD, Alfred ALLARD, chel A la production président et gérant gén.235 Laurier ouest .Montréal III \u2014Touslgnant & Frères Ltée- Marchands da beurra et de provisions Bureau-chef : 6306-12, St-Hubert CRescent 2135 11 magasina 1127, Mont-Royal\test\t6920,\tSt-Hubert 2309, Ontario est\t2034,\tMont-Royal\test 3475, Ontario est\t1374,\tOntario est 5195, St-Laurent\t1584,\tSte-Catherine\test 4835, Wellington,\tVerdun 2929,\tMasson LA fHOTOGRAVURÉ NATIONALE LIMITÉE 282 ouest, rue Ontario, près lleury - Montréal Tél.HA.0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Place d\u2019Armes,\t-\tMontréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64 ave Nelson, Outremont, Tél.DO.6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390 boul.Pie IX, Tél.CL.3580 Lorsau\u2019ll g\u2019aalt des produits de l\u2019érable \u2014 l2ïïï lï mrilleure qualité - l a marque \u201cCitadelle\u201d est la meilleure.10 0 % PURE Sirop d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d \u2022 Sucre d\u2019érable granulé \u201cCitadelle\u201d \u2022 Sucre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d \u2022 Beurre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d Oas produit» sont en vente chez tous le» bons épiciers.Les Producteurs de Sucre d\u2019Erable du Québec BUREAU CHEF: 5, Avenue Bégin, Lévis, Québec IV Cherchez cette étiquette, elle IDENTIFIE LES CHESTERFIELDS GARANTIS ClMON Enfin, voici la marque de garantie d'un fabricant canadien-français de chesterfields que vous trouverez chez tous les marchands cana-diens-français les plus renommés de la province de Quebec.Pour un ameublement de vivoir élégant et confortable exigez un Cimon.CIMON LIMITÉE \u2022 UNE FIRME LOCALE \u2022 v Avec le* hommage» de VOLCANO LIMITEE (Chalifoux & Fils Limitée) manufacturiers de Foyers Mécaniques, bouilloires, fournaises et réchauds.\u2022 Usine : ST-HYACINTHE, P.Q.\u2022 Administration et vente : \u2014 1106 Côte Beaver Hall, MONTREAL, PJJ.\u2022 Wilfrid Girouard, vice-président et gérant général.COUVRETTE-SAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS e 50, rue de B resol les HArbour 8151 e Président et gérant général Bernard Couvrette VI La Sauvegarde de la Famille L économie est I art d\u2019ordonner ses dé'penses.Sans la pratique de cette vertu sociale, la famille ne connaît aucune sécurité, elle est vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l\u2019avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez dès aujourd\u2019hui l\u2019habitude de l\u2019épargne.Banque Canadienne Natto&aie Actif, environ $180,000,000 529 bureaux au Canada n.-c V1AU Marchand de meubles Confection pour hommes et femmes 4741, ave Verdun \u2022\t4270, St-Jacques O.VII DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 MONTREAL 4 rayon» : 865 «et.ru» 8te-Catherin#.Comptoir Postal : 780.ru» Brewster.Succursale magasin pour hommes ï Hôtel Windsor.VIII L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Volume XXII Comité de Direction : F.-A.ANGERS, ROGER DUHAMEL, ARTHUR LAURENDEAU Ligue d\u2019Action Nationale 415, avenue Stuart OUTRBMONT P.Q.Onzième année deuxième semestre 1943 La conscription des femmes ou la démence impérialiste Pour prendre la mesure du dégoût unanime de la nation, on n a qu à faire le compte des dernières élections.Un mépris intégral et cinglant fouette ces fronts marqués du signe de la trahison.M.King et ses comparses sont démasqués.Le manteau d Arlequin de la chrétienté et de la civilisation est déchiré en pieces et ne recouvre plus qu'un perfide et vaste plan d impérialisation.Ces pourvoyeurs d\u2019abus, ces faiseurs d iniquité sont acculés au mur.Devant ce beau ciel d août, la mare aux grenouilles retentit des croassements des politiciens en déroute.La blessure au flanc du Canada, c'est l'impérialisme des vieux partis et dont l'artisan actuel est M.King; écrasant la liberté, violant la personne humaine, la réduisant en esclavage selon le mot de M.Henri Bourassa.Nous sommes devenus un peuple mineur et irresponsable, aux mains de la clique tory-libérale, dominatrice et hautaine.Mais l'agonie des vieux partis ne doit pas nous faire illusion.Ils renferment des hommes qui ont décidé la ruine du Canada au nom du plus violent des orgueils impérialistes.Nous savons de source sûre que le ministère fédéral préparait il y a quelques semaines la conscription des femmes.Pour compléter le cycle des interventions suicidaires, il manquait encore cette mesure.Pour faire face à cette démence, et devant ces grotesques, /'Action nationale prend froidement 4 LA CONSCRIPTION DES FEMMES OU LA.position dans une opposition organique et essentielle.Mesure profondément immorale, la conscription des femmes jette les enfants et le mari dans la rue.Ce saut dans l'abîme, nous ne le ferons pas.Respectueux des lois de notre pays, nous refusons de commettre ce péché contre la loi de Dieu.En presence de ces fous qui trahissent les prescriptions primordiales de la vie, mangent toute la substance morale de la société, et aliènent notre âme catholique, nous gardons notre tête.Assez de ruines; nous n acceptons plus d'être le jouet de ces pantins.L'Action nationale, quant à la conscription des femmes, est objecteuse de conscience.L\u2019ACTION NATIONALE L'amendement à la constitution canadienne Il s'est passé au cours de l\u2019été un événement considérable et d une portée très lointaine: pour la première fois depuis la Confédération, le recensement décennal prévu par la Loi de l'Amérique du Nord britannique n\u2019aura pas lieu.D'aucuns peuvent voir dans cette rupture d'avec la tradition un fait minime, qu'il sera facile de réparer un jour ou l'autre.Cette vue nous paraît sous-estimer la valeur de l'entente intervenue en 1867 entre les deux principaux groupes ethniques du Canada.Si l'on commence à faire bon marché des diverses clauses de ce texte législatif, il est difficile de savoir où 1 on s\u2019arrêtera.Cette loi n\u2019est peut-être pas une constitution idéale et il est fort possible qu'il y ait lieu de l\u2019amender en quelqu'une de ses parties; ce serait l\u2019œuvre d\u2019une véritable constituante convoquée à cette fin.Mais qu'une simple majorité parlementaire écarte par un vote une des stipulations fondamentales de notre charte, cela nous semble un précédent dangereux et qui peut mener loin.Si l'on veut que le peuple ait le respect de ses institutions, il serait bon que ceux qui ont pour mission particulière de veiller sur elles donnassent eux-mêmes l\u2019exemple.Qui nous assure qu\u2019un jour prochain une autre majorité parlementaire ne s emploiera pas à saboter d'aussi cavalière façon les principes qui ont permis l'édification de la patrie canadienne ?On avouera qu'il y a là un sujet d\u2019in- 6 l'action nationale quiétude pour tous ceux qui, malgré ses défauts et ses lacunes, estiment que l\u2019acte fédératif peut assurer la cohabitation heureuse des deux grandes nationalités du pays, à condition que chacune soit prête à traiter l\u2019autre avec équité et respect, et ne cherche pas à abuser des pouvoirs que peut lui conférer la supériorité numérique.Pour une meilleure intelligence des faits, il n\u2019est pas inutile d\u2019en dresser le calendrier et de voir un peu comment les événements se sont passés.Car il y a eu des déclarations et des interventions qu\u2019il faut enregistrer dans le dossier.Nous aurons plus tard avantage à nous y reporter pour situer le problème dans sa juste perspective et dans un éclairage adéquat.I Dans la déclaration d'ouverture (discours du trône) de la dernière session fédérale, le gouvernement annonçait, parmi les mesures qui seraient soumises aux législateurs, un remaniement des sièges électoraux conforme au recensement de 1941.dont les résultats officiels sont connus depuis quelques mois seulement.Il n\u2019y avait rien là qui dût soulever des protestations ; il ne s agissait que d\u2019une tâche surtout administrative qui s\u2019accomplit périodiquement.Toutefois, la session avançait et il n'était plus question d\u2019une redistribution.Or, le 14 juin, le premier-ministre, M.Mackenzie King, annonçait son intention de passer outre aux prescriptions de la loi.Pour quels motifs ?M.King estimait l'amendement à la constitution canadienne 7 qu\u2019il désirait éviter des discussions et des controverses en temps de guerre.Il voulait empêcher tout ce qui était de nature à diviser le pays, d'autant plus que les migrations d'une province à l'autre et l'absence outre-mer de nombreux Canadiens fausseraient tout remaniement.Dans ces conditions, le gouvernement trouvait opportun de demander au Parlement de Westminster un amendement à la Loi de l\u2019Amérique du Nord britannique, pour lui permettre de surseoir à la redistribution jusqu\u2019à la fin des hostilités.Quelques jours plus tard, soit le 22 juin, l\u2019Assemblée législative de la province de Québec adoptait à l\u2019unanimité, sur proposition de M.Maurice Duplessis, chef de l\u2019opposition, une motion pour prier le gouvernement fédéral de modifier sa décision et de ne pas poser un précédent constitutionnel aussi périlleux.M.Duplessis soulignait alors que «nous voulons que la lettre et l\u2019esprit du pacte fédératif soient respectés.» De son côté, M.God-bout, premier ministre québécois, abondait dans le sens du chef de l\u2019opposition et ajoutait que la protestation de la province de Québec était prête et qu\u2019elle serait aussitôt envoyée à Ottawa.A son tour, le 30 juin, le Bloc populaire canadien, par la voix de son secrétaire général, M.André Laurendeau, exprimait sa désapprobation de ce qu\u2019il appelait un « coup de force constitutionnel » et dont il redoutait les graves conséquences.C\u2019est le 5 juillet qu\u2019eut lieu à la Chambre des Communes le grand débat sur l\u2019ajournement du remaniement.Le ministre de la Justice, M.Louis Saint-Laurent, présentait le projet de loi au nom 8 l'action nationale du gouvernement.Après une discussion assez âpre, il était finalement adopté par 115 voix contre 9.Dans sa très grande majorité, la Chambre basse, indépendamment des partis, acceptait que le gouvernement demandât à Londres la mise au rancart provisoire d\u2019un article fondamental de notre constitution, l\u2019article 51.Dans un long discours, M.Saint-Laurent expliqua le fonctionnement de notre système de representation et allégua, pour inviter ses auditeurs à se ranger à son opinion, que le recensement de 1941 s\u2019était fait pendant la guerre et que l\u2019enrôlement dans les forces armées et le travail de production dans les usines de guerre avaient temporairement éloigné de leur foyer plusieurs centaines de mille de citoyens canadiens.En conséquence, il ne semble pas opportun au gouvernement de procéder immédiatement à une répartition nouvelle de la représentation parlementaire.Le ministre lui-même a admis qu\u2019il y avait injustice pour la province de Québec, mais d\u2019autre part il a soumis qu\u2019il était préférable d\u2019attendre pour la corriger, afin de ne pas soulever pendant la guerre des discussions acerbes.M.P.-J .-A.Cardin, ministre démissionnaire des Travaux publics, l\u2019un de ceux qui se sont opposés au projet de loi du gouvernement, a fait remarquer au cours du débat que c était toujours au détriment de notre province que se maintenait une union nationale factice.Pourquoi ne pas remettre de l\u2019ordre sans retard, avant que ne se perpétuent des rancunes ?A la Chambre haute, le sénateur Thomas Cha-pais a prononcé un plaidoyer solide, dépourvu de L AMENDEMENT À LA CONSTITUTION CANADIENNE 9 toute passion partisane, pour indiquer au gouvernement la voie dangereuse dans laquelle il s'engageait.Apres un rappel historique où il a expliqué les circonstances qui ont présidé à la naissance du pacte fédératif, il a montré que le délai n'était nullement un remède.«Si dans deux ans, a-t-il declare, la guerre est finie, et si on trouve qu'il est temps de faire le remaniement des sièges, sur quoi se basera-t-on?Sur le recensement de 1941 .Alors, où en serons-nous ?.Il y aura des provinces qui perdront des députés.Je le regrette, mais c est déjà arrivé à l'Ontario, qui a subi cette diminution sans qu'on changeât la constitution .Je crois que la mesure est inutile et nuisible.» En fait, pourquoi reporter a une échéance ultérieure un problème qu\u2019il faudra régler un jour ou l'autre ?Le 9 juillet, M.Duplessis revenait à la charge et faisait parvenir à M.King un télégramme, le priant de le transmettre par la voie diplomatique à M.Churchill.Ce message citait à l'appui de la protestation l\u2019article trois de la Charte de 1 Atlantique a laquelle se sont ralliées toutes les Nations-Unies et où il est stipulé: «Ils respectent le droit de tous les peuples de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils veulent vivre; et ils souhaitent voir restaurer leurs droits souverains et leur autonomie gouvernementale aux peuples qui en ont été dépouillés par la force.» M.Duplessis rappelait que le pacte fédératif est un traité entre les deux principales nationalités canadiennes et qu il ne pouvait par conséquent être modifié sans 1 assentiment des deux parties contractantes.Il concluait en exprimant le vœu que «le Parlement 10 l'action nationale de Westminster refusera de sanctionner cet attentat aux droits des provinces.» Quelques jours plus tard, soit le 15, M.King rendait publique sa réponse à la lettre de M.Duplessis et fournissait trois arguments pour lesquels il refusait de se rendre à son désir: a) le sujet concerne les droits du Dominion: b) la théorie que la Loi de l\u2019Amérique du Nord britannique ne peut être amendée sans le consentement des provinces «ne paraît s\u2019appuyer ni sur l\u2019histoire ni sur le droit,» et c) toute intervention du gouvernement ou du parlement de Grande-Bretagne dans les affaires intérieures du Dominion «serait la negation de l\u2019égalité de statut du Canada avec le Royaume-Uni» ; ce serait «un retour au statut colonial qui ne serait pas acceptable au peuple du Canada».Dès la réception de cette lettre du premier ministre, M.Duplessis lui écrivait de nouveau pour contester les arguments invoqués.Il affirmait une fois de plus que la Confédération est un pacte et qu\u2019elle doit être traitée comme tel.Contre M.King qui soutient qu'elle est une loi, il apportait les témoignages de juristes aussi distingues que lord Carnavon, le vicomte Haldane, lord Sankey, et au Canada, MM.P.-B.Mignault, J.-T.Loran-ger et Émery Beaulieu.Environ le même temps, M.Maxime Raymond, chef du Bloc populaire canadien, communiquait à la presse une déclaration où il affirmait que le Parlement de Westminster n'avait pas le droit d enregistrer la décision du Parlement d Ottawa, devant l\u2019opposition de 1 Assemblée legislative québécoise.Il suggérait qu\u2019un organisme extra- L AMENDEMENT À LA CONSTITUTION CANADIENNE 11 politique prît «la tête d'une protestation collective, et qu ayant recueilli les suffrages de tous les chefs politiques, civiques, professionnels et nationaux, il envoyât un émissaire à Londres chargé d\u2019y déposer solennellement le protêt de la province de Québec.Cet émissaire ne demandera pas au Parlement impérial de régler nos problèmes domestiques.Au contraire, il lui fera remarquer qu'à cause de l'opposition du Quebec, il n a pas le droit d enregistrer par son vote la decision d Ottawa.Nous ne le ferons pas juge de nos affaires, nous lui dirons au contraire qu'il n'a pas capacité de juger.» De son cote, Me Frédéric Dorion, député indépendant aux Communes pour Charlevoix-Sague-nay, prononçait a la radio un vigoureux plaidoyer contre la decision de M.King et faisait un judicieux exposé de toute la question en jeu.11 exprimait ses regrets de constater ce formidable accroc à la Charte de l'Atlantique.Entretemps, les journaux publiaient la correspondance échangée à ce sujet entre MM.Godbout et King.Le premier ministre québécois reconnaissait qu «il est vrai que nous traversons des temps critiques, mais je suis d'avis que c\u2019est là une raison de plus pour nous en tenir scrupuleusement a la constitution.L\u2019union canadienne ne peut manquer d en souffrir si l\u2019on n'accorde pas à cette province une représentation proportionnelle à la Chambre des Communes à un moment où, malheureusement, la majorité de sa population partage, sur des problèmes d'ordre national, des opinions qui ne sont pas celles de la majorité en d'autres provinces.» A quoi M.King répondait que 12 l'action nationale «la raison fondamentale de désirer 1 ajournement de la redistribution prévue par la lettre de la constitution était la difficulté pratiquement insurmontable, en des conditions de guerre, de rajuster la représentation d une maniéré correspondant a l\u2019esprit de la constitution et aux principes de justice.» Mais le sort en était jeté.Nous apprenions le 20 juillet que la Chambre des lords avait procédé à la première lecture de l'amendement à la Loi de l'Amérique du Nord britannique.Au nom du gouvernement britannique, lord Cranborne déclarait que le gouvernement canadien avait beaucoup insisté pour que le Parlement adoptât cette modification avant le 24 juillet, soit le jour fixé pour l'ajournement des Chambres canadiennes.^ Le lendemain, M.Anthony Eden, secrétaire d'Etat aux Affaires extérieures, soumettait le même texte aux Communes britanniques et soulignait a son tour l'urgence d'adopter le projet de loi.Quelques heures plus tard, le roi y apposait sa sanction.Pendant ce temps, M.Cardin faisait parvenir un message à M.Churchill, de même que diverses sociétés nationales.Une assemblée de protestation était convoquée au Monument national.Il ne s'agissait plus que de constater le fait accompli et de le déplorer.Apprenant la décision du Parlement impérial, M.Duplessis n hésitait pas à y v oir, «depuis les tragiques luttes scolaires du passe, le plus dur coup reçu par les Canadiens français, car c'est la première fois que ce contrat est amende sur un point fondamental sans le consentement de l\u2019une des parties contractantes.» Elargissant L AMENDEMENT À LA CONSTITUTION CANADIENNE 13 le débat, M.Cardin disait en commentaire que «le precedent interesse egalement la minorité anglaise de la province de Québec, les provinces les moins populeuses du pays, en réalité chaque province du Dominion considérée individuellement par rapport à 1 ensemble du pays ou dans ses relations avec l'autorité fédérale.» Le 24 juillet, M.King écrivait une nouvelle lettre a M.Duplessis où il invoquait son devoir de maintenir intactes les prérogatives du Parlement et sa volonté de s'opposer à toute ingérence des autorités provinciales «dans le domaine exclusivement réservé à la juridiction fédérale.» Il estime que seuls les deputes fédéraux de la province représentent officiellement les intérêts de cette province et que les membres des Assemblées législatives n ont pas à intervenir.Dans une longue réponse en date du 28 juillet, M.Duplessis réitérait a M.King les arguments à 1 appui de sa position.Il démontrait la nature contractuelle du pacte fédératif, «pacte d honneur entre les provinces, entre les deux grandes races», et il terminait ainsi: «Encore une fois, je veux bien avoir toute 1 amabilité possible pour ne pas douter de votre sincérité, mais avec la meilleure volonté au monde il est impossible de croire à la logique de votre attitude.» Finalement, le 29 juillet, dans une causerie à la radio, M.Maxime Raymond reprochait à M.King d'avoir passé outre à toutes les interventions des chefs politiques et nationaux du Québec, «lui qui, lors de la conférence interprovinciale de janvier 1941 à Ottawa, avait retiré un projet 14 l'action nationale d'amendement constitutionnel devant l'opposition de l'Ontario et de la Colombie canadienne.» Ainsi se terminait temporairement un débat engagé sur l\u2019une des questions vitales de la vie canadienne.II Inutile de rappeler ici le fonctionnement de notre représentation parlementaire.On sait que le chiffre invariable des 65 députés de la province de Québec sert à régulariser périodiquement la répartition des représentants au Parlement fédéral.On a ajouté à l\u2019article 51 un correctif qui en fausse le libre jeu et qui bénéficie outrancièrement à la province d'Ontario, où les mouvements démographiques ne sont pas assez rapides pour affecter l'indice de sa représentation.Malgré tout, le remaniement fondé sur le recensement décennal permet jusqu\u2019à un certain point à la province de Québec de profiter de l\u2019augmentation de sa population.Or, nous voilà privés de cet avantage pour la durée de la guerre.Les provinces du Manitoba et de la Saskatchewan, qui devaient perdre des députés à la suite du recensement de 1941, ont protesté auprès des autorités fédérales et cette opposition a suffi à paralyser le mécanisme normal de nos institutions.11 y a là de quoi s etonner, il y a surtout de quoi s\u2019effrayer pour l\u2019avenir.Jusqu'où ne peut-on pas aller dans la voie de 1 arbitraire, une fois que le premier geste est posé ?Le plus grave, c\u2019est que la discussion a permis de constater les profondes divergences d\u2019opinions l'amendement A la constitution canadienne 15 qui se font jour au Canada sur la nature du pacte fédératif.Les Canadiens français soutiennent qu\u2019il s'agit bien d'un contrat et ils ont pour eux une foule d'autorités juridiques qui étaient solidement leurs positions.Par contre, M.King et sans doute de nombreux Anglo-Canadiens n y voient qu'une simple loi et qui, comme telle, peut être modifiée a volonté, selon la discretion d une majorité parlementaire.Arthur B.Keith, dont les ouvrages en droit constitutionnel font autorité, a écrit dans son livre, Responsible Government and the Dominions, qu «il a ete expressément reconnu en 1907 par le gouvernement impérial que la Confédération fédérale, c\u2019est un pacte qui ne saurait être modifié, sauf avec le consentement du gouvernement fédéral et des provinces.» Lors d un débat aux Communes, sir Robert Borden, ancien chef conservateur, notait il y a déjà plusieurs années qu'«il n\u2019y a pas lieu de changer en aucune façon les termes de notre constitution et je suis porte a croire qu il est nécessaire de consulter les provinces.» Me Émery Beaulieu, qui représentait le gouvernement de la province de Québec devant la Commission d\u2019enquête Rowell-Sirois, disait explicitement ceci: «Dans 1 opinion du gouvernement de Québec, l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord est la ratification d un pacte d une nature contractuelle.«Ce n\u2019est pas du gouvernement central que découlent les pouvoirs et attributions des provinces; c est, au contraire, de l\u2019accord de volontés des provinces, qu est né le gouvernement central. 16 l\u2019action nationale «Ce caractère conventionnel du pacte fédératif a été trop souvent proclamé, tant par les hommes d'État que par les juristes, pour qu'il soit nécessaire d\u2019y insister.Cette doctrine, le gouvernement de cette province déclare la faire sienne.«De là, découle une conséquence primordiale.Participant de la nature des conventions, le pacte fédératif ne peut être ni amendé, ni modifie, sans l\u2019assentiment de toutes les parties; c est-à-dire de toutes les provinces.Il n\u2019appartient ni à une majorité des provinces, ni encore moins au gouvernement fédéral d'y apporter des changements.» Dans toute cette discussion d\u2019ordre juridique, il y a certains faits à ne pas perdre de vue.En 1864, les représentants des provinces de ce qui devait former le Canada se sont réunis et se sont entendus sur un certain nombre de propositions.Ils ont ainsi conclu un pacte, une entente, un accord.Puis, ils ont demandé au Parlement impérial de lui accorder sa sanction légale.La Loi de 1 Amérique du Nord britannique est donc une loi, mais une loi qui tire son origine d\u2019un pacte préalable.Pour modifier cette loi, il est donc logique que ce soient les parties contractantes qui aient le droit de conclure une nouvelle entente.Il en va de meme par exemple dans le domaine du droit industriel où le gouvernement accorde une sanction ou «extension» juridique à des contrats collectifs négociés librement.Dans ces conditions, le pouvoir ne fait que fonction d\u2019arbitre, il entérine des decisions prises par les parties intéressées.Il se produit ceci aujourd\u2019hui que le pouvoir central, qui est né des provinces et qui tire d elles l'amendement à la constitution canadienne 17 son existence, s'arroge le provilège de négliger ses auteurs et de leur signifier qu'il existe par lui-même, que c\u2019est à lui de régler comme il l'entend ce qui ressortit au premier chef à la juridiction des provinces.Il se met dans la situation du gérant qui déciderait de passer outre aux volontés du propriétaire de l'entreprise.Il y a là, de toute évidence, un problème très grave, qu'une circonstance récente a suffi à monter en épingle.De l'orientation qu'il prendra peut dépendre l'avenir de notre pays.Nous avons le droit de nous demander si le mépris hautain des considérations juridiques et historiques ne conduit pas à des chocs en retour dangereux pour l'unité et la prospérité du Canada.Roger Duhamel Lettre ouverte aux hommes d\u2019ordre (.Extraits du testament d'Anatole Laplante) Messieurs du juste milieu, Ayant connu dans la personne de mon ami Lepic un homme qui n'avait rien de ces qualités dont vous êtes si fiers et qui caractérisent l\u2019homme complet, ayant aussi, comme par hasard, quelque peu lu, vu et réfléchi, j\u2019ai le sombre devoir, au moment où je me sens au bord d\u2019une tombe plus noire que celle où l\u2019on repose après sa mort, j\u2019ai le devoir de parler.De grâce, arrêtez-vous, pendant qu'il en est temps encore Cessez au plus tôt d\u2019être sages.Sachez que chaque fois que vous escamotez une solution par un compromis vous creusez un peu plus l'abîme où bientôt vous roulerez parmi d\u2019autres détritus qui sont déjà vos frères et qui vous appellent comme la guenille appelle la crasse.Halte! Qu\u2019on réfléchisse! Réfléchir, c\u2019est conquérir.Se conformer c\u2019est s\u2019éteindre.Vous êtes en train d'éteindre en vous tout élan et de vous priver à jamais de l'auréole même du martyre.Le jour où l'on coupera vos têtes, il se trouvera trop de voix amères pour dire: ce n\u2019est que justice.Si vous aviez lu l'histoire du monde, vous l\u2019écririez tout autrement.Pensez-vous que ceux que vous endormez par vos discours ne se réveilleront jamais ?Croyez-vous à ce point en la vertu LETTRE OUVERTE AUX HOMMES D ORDRE 19 soporifique de l'éloquence ?Trouvez-vous vraiment le peuple si méprisable qu'il n'aura jamais un sursaut ?Est-ce là tout le respect que vous portez à votre sang ?\u2014 Méprisez-vous vous-mêmes, si vous voulez, plongez-vous dans des maelstroms d'humilité, avilissez-vous jusqu'à la racine des cheveux, mais de grâce, ayez pitié de vos femmes et de vos enfants.Pourquoi exposer au viol et au pal des êtres que vos entrailles, malgré vous, affectionnent ?Hommes d'ordre, êtres à la vue courte, toujours prêts à ployer l'échine et à courber le dos en arc, songez donc aux malheurs qui s\u2019acharnèrent sur vous, qui avez rendu fatales toutes les révolutions, en entretenant le malentendu de la sainteté de la fortune et du rang.Posons, si vous le voulez, quelques principes et quelques points d'interrogation.L'ordre que vous acceptez frileusement ne serait-il pas souvent le désordre organisé ?Qu'est-ce que l'ordre ?11 y a de l\u2019ordre lorsque chaque chose est à sa place.Vous sentez-vous vraiment à votre place quand vous êtes en tête ?Celui qui est à la tête ne doit-il pas marcher de l'avant, précéder et non pas suivre ?Vous êtes des suiveurs, même lorsque vous avez été portés par d'autres hommes d'ordre au tout premier rang.Vous suivez ce qu\u2019on appelle confortablement des traditions; mais ce ne sont que des malentendus cristallisés.Vous êtes prisonniers du pouvoir et vous n osez rien faire de peur de déroger aux désirs de ceux qui vous on placés là et qui, en hommes 20 L ACTION NATIONALE d'ordre qu'ils étaient, s\u2019attendaient bien à ce que vous n'innoviez point.Ne pas innover, voilà l'essentiel de l'ordre bourgeois.Toute innovation semble témérité, et elle l est en effet pour qui n\u2019ayant point réfléchi ne saurait s\u2019adapter et dont toute l'expérience consiste à récapituler.Traditions, expérience, deux des mots les plus prostitués, deux symboles de mort aux époques de révision des valeurs.Ce qu\u2019il est tragique le sort de celui qui n'a que de l'expérience et le culte de la tradition formelle.Il ne se rend compte de sa déchéance que lorsqu'il est tombé et alors ilaccuse ceux qui ont souffert, et vaincu avec aigreur, de n\u2019être que des méchants.Certes que tous les sabordeurs ne sont pas bons; mais combien auraient pu être bons si l\u2019ordre n\u2019était venu si souvent se mettre en travers de la vertu! Combien mourront d\u2019avoir trop dit: «Puisque cela est inaccessible, gardons au moins ceci.» «Sauvons à tout prix les écuries puisqu\u2019il nous faut donner la maison.» On oublie trop que l\u2019homme est un animal raisonnable.Concéder, n'est-ce pas réserver l\u2019avenir, sauver l'essentiel ?Nos concessions ne portent que sur l accessoire ?Lorsque tout ce qu on nomme accessoire a été concédé, il ne reste plus rien du tout.Lorsque dans un pays ou dans un groupe on ne garde plus que le droit au cadre, n est-ce pas que le tableau manque d'intérêt ? LETTRE OUVERTE AUX HOMMES D ORDRE 21 Quand la franchise a été remplacée par l'hypocrisie-devoir et qu'on doit mentir pour sauvegarder la survivance de l'ordre n\u2019est-ce pas que l'ordre chancelle ?Mieux vaudrait qu\u2019il s\u2019écroule tout de suite, pendant qu\u2019il en est temps encore et que ceux qui souffrent n\u2019ont pas appris la haine.Place à l'Apologue.Albert était un bon ouvrier.Il n\u2019aimait que Dieu, sa femme et ses enfants.Or, ses enfants sont partis.L'ordre les a appelés.Ils s\u2019en sont allés apprendre la prostitution, l\u2019ivrognerie, le vol.Sa femme lui restait, mais elle avait été belle et il en demeurait quelque chose.Le patron d\u2019Albert \u2014 homme d\u2019ordre et de juste milieu \u2014 fit la découverte de cette femme d\u2019ouvrier qui, vers la cinquantaine, gardait des allures de jeune fille.Albert dut plier sous le coup du sort inexorable.Il dut se taire parce qu'il avait tout de même une femme à faire vivre et quelques enfants en bas âge.Puis, on lui représenta que tout valait mieux qu'un esclandre et qu\u2019il fallait accepter l\u2019inévitable.Albert se résigna, mais comme il aimait sa femme, il devint ivrogne pour noyer son chagrin, et comme le patron était marguillier en charge il devint anticlérical.Pauvre Albert! Ce qu\u2019on le recevra vertement et ce qu\u2019on lui donnera tort dans les milieux bien pensants, maintenant qu\u2019il a cessé de bien penser.Le pauvre homme ne songera pas à plaider les circonstances atténuantes et, bourrelé de remords, il sombrera avec son chagrin dans l'implacable vie de désordre. 22 L ACTION NATIONALE Mais pourquoi Albert n'a-t-il pas su faire les distinctions nécessaires et n'est-il pas allé aux vraies sources deconsolation ?C'est qu'Al-bert a été enseigné par des hommes d'ordre et qu'on a négligé de l\u2019introduire dans bien des subtilités qui auraient risqué de lui tourner la tête.Albert se doute confusément que le pauvre n\u2019est pas véritablement un homme d'ordre, bien qu\u2019on lui ait appris qu\u2019il est dans l\u2019ordre qu\u2019il y ait des pauvres.A quoi bon écrire ces propos ?Depuis que le monde est monde l\u2019humanité se meurt de vieillesse.Presque tous les hommes ont un moment de jeunesse, entre quinze et vingt ans.Puis, ils se conforment et passent le peste de leur vie à renier les quelques gestes désintéressés que l\u2019âge, ou une atmosphère propice leur a arrachés.«Maintenant que j\u2019ai de l\u2019expérience,)) disent-ils.Il faudrait bannir le mot «expérience» vocabulaire français.C\u2019est pour le coup que la France reprendrait dans le monde sa vraie place: la première.Ceci est un plaidoyer pour l\u2019inquiétude.Pourquoi commence-t-on à se croire infaillible \u2014 oh! très modestement \u2014 le jour où on a cessé de réfléchir ?On croit posséder des principes construits sur le sang froid et la réflexion et on agit par sentimentalisme refoulé.On appelle sens de la mesure l\u2019habitude des retraites stratégiques et des capitulations avec conditions.Tout comme si les traités de paix étaient respectés par les vainqueurs. LETTRE OUVERTE AUX HOMMES ü'oRDRE 23 On est fixé.On a ses idées faites.On croit se les être faites.Sans qu'on s\u2019en rende compte, ce sont des idées apprises.Et, on veut que le monde obéisse à sa propre logique interne.Mais, c\u2019est la négation même de la vie.La vie est souple, elle évolue sans cesse.Les hommes fixés sont des morts qu\u2019on a oublié d\u2019ensevelir.Quand on cause avec vous, gens mûrs, et qu\u2019on n\u2019est pas encore mûr soi-même, tout en tremblant de le devenir, on est porté à croire d'abord que vous comprenez tout.En effet, vous avez l\u2019air intelligent.Vous faites «oui» de la tête à tous les débuts de phrases.Puis, vous vous ressaisissez peu à peu et, d\u2019une voix lente et sûre, vous indiquez le vice de l'argumentation.Vous ne manquez pas de dire que, vous aussi, vous avez été jeunes et que ces idées vous sont venues en tête.Vous avez tellement l'habitude de cette phrase que, pour peu qu\u2019on cause avec vous souvent, on a l\u2019impression que vous avez passé de longues années uniquement à ruminer les idées saugrenues qui pourraient survenir à tous les genres de têtes malades.Cette lenteur à riposter et ces «oui» «oui» du début font penser au bégaiement du père Grandet.Ils embrouillent et désarçonnent l\u2019adversaire non-averti.Vous êtes forts et malins sans vous en douter.La peur de voir, de comprendre et de penser s\u2019est tellement emparée de vous que les statistiques elles-mêmes ne vous ébranlent pas.Elles le devraient pourtant.Ne sont-elles pas par essence la fixation du fait ? 24 l'action nationale Dieu le Père en personne vous apparaîtrait pour vous affirmer que telle forme de gouvernement est archi-corrompue, que tel commandeur est gangrené jusqu'à l'hypophyse que vous vous signeriez de frayeur, croyant avoir affaire à Béelzébuth.Le mal est que vous vous êtes emparés avidement de tous les proverbes qui dispensent de penser et que vous avez appris par cœur toutes les généralisations commodes.A tel point que vous êtes incapables de vous libérer un instant de la tunique de Nessus de vos projugés.Vous avez adopté toute une dogmatique de l\u2019évidence confortable, si intransigeante et si vaste qu'elle a réponse à tout.Cette réponse est un refus de penser, une fin de non-recevoir.Au fond, vous êtes des timorés, des scrupuleux.Votre conscience malade et votre subconscient,\u2014 combien ravagé le pauvre ! \u2014 conspirent sans cesse en vous contre le moindre rayon de lumière.Il y a aussi de la paresse dans votre attitude.Vous ne voulez pas reviser.Cela pourrait causer un trop vaste remue-ménage dans les casiers de votre cerveau à compartiments étanches.Que vous soyez catholiques ou abrutis \u2014 c\u2019est-à-dire athées \u2014- vous vous rejoignez par le dogmatisme.On peut dire bien des choses de vous, mais pas que vous êtes libre penseurs.La liberté, voilà l'annemi.Et pourtant il vous arrive de défendre la démocratie.Vous êtes même ses plus ardents défenseurs.Ici, l'analyste s'affaisse, accablé; mais il se redresse aussitôt; il a LETTRE OUVERTE AUX HOMMES d'oRDRE 25 compris.Ce n\u2019est pas la démocratie que vous défendez: c\u2019est le «statu quo».Quand l\u2019Hitlérie sera conformée à son tour \u2014 quinze ans de régime auffisent à conformer un ordre \u2014 vos pareils vous reconnaîtront de l'autre côté de la barricade et vous serez surpris de découvrir, en les connaissant mieux, qu\u2019ils vous ressemblent comme des frères.Rien ne résiste en ce monde à la mauvaise qualité de l'humanité.Vous n\u2019êtes, mes amis, que des victimes, plus lamentables que les autres, du péché originel.Ce qui vous sauvera, c\u2019est la mort.Au Paradis.où vous irez avec les âmes de Francis Jammes, pouvu que vos refoulements soient bel et bien subconscients, Dieu vous rendra la liberté en vous donnant la jeunesse.Pour vous prouver que je ne vous en veux pas, voilà que je vous souhaite et vous accorde d\u2019avance une beauté posthume.Votre ténacité dans l'obstination invincible à sa grandeur.Et peut-être que vous n\u2019êtes au fond que de formidables sacrifiés.Dieu \u2014 qui est meilleur que vous e que nous -\u2014 ne punit que la méchanceté consciente et rit dans sa barbe fleurdelysée à la pensée des effusions et des étreintes grâce auxquelles 11 nous réconcilie d\u2019avance sur son sein éternel.Ainsi-soit-il ! François Hertel Tribune libre Le Plan Beveridge Le capitalisme libéral est décidément à la baisse.Mortellement blessé dans ses racines philosophiques et ses réalisations politiques dès 1919, la guerre actuelle semble s'être donné, comme mission fondamentale, le but de l'égorger proprement dans ses derniers retranchements économiques.Les grands prêtres du Moloch tricentenaire, devenus inutiles, doivent se préparer à évacuer les temples dont il ne restera plus «pierre sur pierre» et à brûler les autels dont les vents de l'Ordre Nouveau vont éparpiller les cendres aux quatre coins des collines.Les historiens futurs commenceront sans doute le chapitre de la naissance de notre Ère par cette phrase: «Puis vinrent Beveridge et son plan.» Et avec un semblant de raison.Rares, en effet, sont les mortels qui peuvent se vanter d une telle notoriété.Beveridge et son machin sont en train de faire le tour du clan allié et du monde.Encore hier, l'on nous annonçait l'adoption par Roosevelt d'une charte de sécurité sociale telle que suggérée par le «National Resources Planning Board» pendant que l\u2019on a commencé de légiférer dans le même sens à Ottawa.Et ces plans sont calqués, qu'on l'avoue ou non, sur celui de Beveridge.N'est-il pas temps pour nous Canadiens français, catholiques et sociaux d'apporter un commencement de solution au problème posé par le Plan Beveridge.N'est-ce pas le moment d'entreprendre le déblaiement du terrain, de faire surgir LE PLAN BEVERIDGE 27 les distinctions nécessaires et de partager le bon et le moins bon de ce Rapport à la lumière de nos principes philosophiques, économiques et nationaux ?Première chose à faire.Le peuple canadien, et la nationalité canadienne-française en particulier, par ses hommes d'état (!) et par son élite, se doit de battre une incessante et officielle coulpe sur sa coupable poitrine.Il se doit de s'excuser auprès des Pauvres, des Miséreux, des Parias de les avoir, par manque de vision et d'audace, fait inutilement crever au milieu de l'abondance.Il se doit de renier devant les étoiles tout ce nausieux passé d'insécurité sociale illogique.Il se doit de cracher sur la dureté d'une époque où les «guénilles faisaient des piastres; les piastres, des richards; des richards, des banquiers; les banquiers, des trustards; les trustards, des pauvres et les pauvres de la guénille.» Cette cérémonie purgative accomplie, et après seulement, il y aurait lieu de montrer les traquenards, les dangers du Plan Beveridge et de s'empresser de proposer un autre système plus adopté à notre philosophie \u2014 devrais-je dire à la Philosophie et nos dirigeants ont-ils, en vain, étudié la philosophie thomiste pendant deux ans ?\u2014 à nos traditions historiques et culturelles.Car, il ne sert à rien de nous opposer et de rechigner si nous n'avons rien à présenter, comme ça été trop souvent notre cas.Et franchement, pour notre part, si I on n'a pas d'autre issue à nous indiquer, après l\u2019holocauste actuel, que celle qui nous conduira 28 l'action nationale aux périodes d'avant-guerre, nous optons cent fois pour le Plan Beveridge.Mais est-il si nécessaire de tomber de Charybde en Scylla ?Si, comme tout le monde, l'anarchie sanglante du capitalisme libéral nous dégoûte, devons-nous, pour cela, répondre aux bras tendus et aux voix trompeuses des socialismes larvaires ou de leurs sous-produits ?N'y aurait-il pas une autre sortie ?Je crois que oui, avec des milliers d\u2019autres et je voudrais essayer de dire pourquoi.La liberté, contenue dans de saines limites, est un bien absolument nécessaire à la personne humaine.D'autre part, le «minimum vital», le minimum de sécurité économique est essentiel à l\u2019individu, au corps.C'est autour de ces deux pôles, et dans un sain équilibre que doivent s\u2019organiser les chartes de sécurité sociale de demain.C\u2019est avec ces deux ailes, d'égale longueur et d\u2019égale force, que l\u2019humanité pourra s\u2019enlever vers le Soleil de ce bonheur relatif vers lequel doivent tendre nos efforts même si nous sommes assurés de n\u2019y parvenir jamais.Négliger le «minimum vital» c\u2019est revenir vers ces époques d\u2019idéalisme nuageux où, de bonne foi, l\u2019on considérait l'âme humaine dans son corps comme une lettre dans son enveloppe; où l\u2019on refusait de «prendre l'homme en son centre de misère, là où passe l'axe de son destin»; où ceux qui avaient le ventre plein se permettaient impunément d'oublier «qu\u2019un minimum de bien-être est nécessaire pour pratiquer la vertu.» LE PLAN BEVERIDGE 29 D'un autre côté, rogner l\u2019aile de la liberté, c'est choir plus ou moins vite dans le totalitarisme brun, noir ou rouge.N\u2019est-ce pas de ce côté que nous commencerions de glisser si nous adoptions, même retouché, le Plan Beveridge ?Qui ne s\u2019est pas aperçu que les murs de ce palais de tôle bronzée sont tout suintants de collectivisme ?Qui n\u2019a pas ressenti passer dans les structures de cette imposante machine les courants de la philosophie socialiste la plus authentique ?Qui oserait prétendre que c'est, d\u2019une façon systématique, en décuplant les bureaux, en multipliant par mille les fonctionnaires, en compliquant les paperasses que le Canadien retrouvera un peu de cette liberté vers laquelle, par instinct, il aspire ?Surtout quand les richesses naturelles de son pays lui permettent de trouver autre chose.La guerre actuelle, avec sa bureaucratie hypertrophiée, lourde et souvent incompétente, devrait nous avoir donné une profitable leçon.Que l'on nationalise quelques services publics, que l\u2019on contrôle certains trusts (les banques à charte par exemple) point d'objection.Qui pourrait en avoir quand Pie XI, lui-même admet la nécessité de cet expédient en certains cas.Mais cet expédient ne demeure qu'un expédient et ne doit pas s'intégrer dans un plan d\u2019ensemble étatisateur dont le Plan Beveridge semble devoir être le prélude.Les socialistes d'ailleurs ne s\u2019y trompent pas.De là leur empressement à accepter ce qu\u2019ils sont unanimes à appeler une «étape»; l'étatisation des assurances entraînant celle de la Banque et, avec elle, la nationalisation des industries lourdes, des indus- 30 l'action nationale tries-clefs du pays.Les petites entreprises n'auront plus qu'à disparaître.Heureux serons-nous s'il reste, entre le consommateur et l'Etat capitaliste, un mince rempart de coopératives qui, d'ailleurs, seront devenus des succursales de l'Etat commerçant.Pour jouir du Plan Beveridge-King, chaque Canadien devra donc troquer un peu de sa liberté personnelle.Autre chose encore et très importante, chaque Canadien français devra engager un peu de son autonomie culturelle, beaucoup de ses libertés provinciales et de ses franchises communales.«Pardon», nous répondra-t-on, «nous garderons notre autonomie provinciale grâce à des ententes avec les pouvoirs fédéraux.» Théoriquement, je le concède.Nos gouvernants provinciaux se rendront sans doute à Ottawa, mais, s'ils sont gagnés d'avance a l'idée beveridgienne, après s'être levés pour la forme et avoir protesté pour des vétilles, ils se rassoieront avec, de la part d Ottawa, une promesse solennelle que nous serons respectes.Le tour sera joué.Pratiquement, nous serons liés et déjà embarqués sur l'unitariste et socialiste galère en partance vers les Paradis terrestres moscovites.Et nous nous serions battus pour aboutir à ça ?Nos sacristains n'auraient pas, pour autre chose, mis en branle les cloches pour nous inviter à souscrire aux emprunts de la Victoire ?Nous aurions expédié des milliers de nos enfants, au secours des minorités européennes, pour qu une minorité, la nôtre, finisse dans l'absorption douce et lente ?Les soldats de la Charte de l'Atlantique ne reviendraient-ils que pour se rendre compte, LE PLAN BEVERIDGE 31 de visu, comment on viole des contrats ?Les ennemis de l\u2019impérialisme raciste allemand deviendraient-ils les soutiens de l'impérialisme constitutionnel de certains Canadiens ?Notre conception «catholique» du monde, nos traditions et nos tendances personnalistes nous commandent de nous lever en masse contre ces théories contradictoires.Avec Denis de Rougemont, nous soutenons «que le gigantisme moderne prive les hommes de la possibilité d\u2019être et de se sentir responsables dans la société et dans la politique, donc d\u2019être libres; qu'il n\u2019y a d'ordre solide, que dans les petites communautés, dans les cités qui gardent la mesure humaine.Là, le voisin peut parler au voisin et 1 individu se faire entendre.Les consequences des actions sont visibles, l amour et la haine sont tangibles et les pouvoirs peuvent être contrôlés et soutenus par le citoyen en connaissance de cause et de personnes; que le fédéralisme est la seule forme politique qui permette aux mots de liberté, d\u2019ordre, d\u2019humanité et de démocratie de signifier quelque chose qui m\u2019émeuve.» (La part du diable), pages 176-177.Certains Canadiens français, dégoûtés des vieilles balançoires bleues ou rouges ou attirés par les sirènes des vérités partielles du programme cécé-effiste et par la sincérité de certains des chefs du mouvement, s\u2019imbibent peu à peu, et souvent inconsciemment, de leurs doctrines.D\u2019aucun vont jusqu'à prononcer les mots de «socialisme chrétien.» Autant de signes qui démontrent jusqu\u2019à quel point les notions et les principes se sont obscurcis! Comme nous avons perdu le sens des mots! Et, 32 l'action nationale encore une fois, avec Denis de Rougemont, faudra-t-il réclamer un Ministère de la Sémantique ?Quant à nous, aux socialismes et aux demi-socialismes, matérialistes et centralisateurs, nous opposons un créditisme, chrétien, personnaliste et fede-ralisateur.Si l'on me demande de troquer ma liberté pour posséder du pain, je suis embarassé pour effectuer la transaction.Si l'on exige que j'échange mon pain pour la liberté, je suis encore plus gêné.Mais si l'on m'offre et la liberté et le pain, plus d'hésitations possibles, j\u2019accepte avec joie.Avec le Plan Beveridge, les contrôles gouvernementaux m\u2019enlèvent une partie de ma liberté sans me garantir le pain.Beveridge avoue lui-même que son plan ne fonctionne que si l'état a d'abord réglé le problème du chômage.L\u2019on sait, en effet, que les caisses d'assurances seront alimentées partie par les travailleurs, partie par les patrons, partie par l\u2019État.Autrement dit, le système repose sur le volume du revenu national.S'il y a chômage, les caisses restent vides.Rien ne va plus.Du simple point de vue économique, il ne faut donc pas s\u2019emballer pour cette découverte sociale que d'aucuns sont bien prêts de qualifier de «copemicienne.» Le Plan Beveridge n\u2019augmente le pouvoir d\u2019achat du travailleur que lorsque ce dernier travaille.Il n'attaque donc pas de front le problème du chômage qui d ailleurs, n est pas le problème essentiel dans les pays d\u2019abondance.Au triple point de vue de la philosophie personnaliste, d'un sain nationalisme et d\u2019une économie fédéraliste et réaliste, le Plan Beveridge n\u2019est LE PLAN BEVERIDGE 33 plus ce monument aux lignes impeccables que certains architectes voudraient faire adopter comme signe de ralliement à tous ces peuples désaxés où bouillonnent les désirs de féconds recommencements.Alors que faire ?que dire ?que proposer ?Nous l'avons dit et nous le répétons.Nous n'admettons pas qu'il faille sacrifier notre pain pour posséder la liberté, ni immoler la moindre parcelle de liberté sur l'autel du Pain.Dans notre Canada, le «minimum vital» et l'indépendance personnelle et minoritaire, sont possibles en même temps.Que suggérer ?Une révolution morale ?Pas d'objection mais quelques explications.S\u2019il faut entendre par là que chacun dans ce pays, à partir du premier ministre jusqu'au dernier trappeur de la Baie d'Hudson, doit avoir fait sa révolution morale avant d'entreprendre la révolution matérielle, je ne marche pas.C est du pharisaïsme.Mais qu\u2019un groupe se reconnaisse, se purifie et organise les cadres d\u2019une cité meilleure pour la masse, très bien, c\u2019est une autre histoire.A l'heure qu'il est nous avons ces cadres et le temps est venu de commencer à bâtir.Travestir, en ce moment, l'Évangile pour retarder l'heure de la délivrance, est un crime.Réforme morale donc, telle que définie.Ensuite ?Réformes économiques, sociales, éducationnelles et politiques.Réformes économiques, crédi-tisme (création de l'argent); coopératisme (usage et répartition de l'argent); réformes sociales (corporatisme) ; réformes éducationnelles (organisation scolaire, personnel enseignant, méthodes), etc. 34 l'action nationale Ccst à dessein que j'ai d'abord parlé de réformes économiques et de renovation monétaire.C'est qu\u2019elles sont les plus urgentes dans le domaine temporel.A ceux qui seraient tentés de nous accuser de fausser la hiérarchie des valeurs et de donner à l'Argent, un trône qu'il ne mérite pas, nous répondons que c'est justement parce que nous méprisons l'argent que nous nous attaquons à lui, que nous voulons le remettre à sa place: celle de serviteur de l'homme.«C'est en vue,)) écrirons-nous avec Emmanuel Mounier, «de résorber cette monstrueuse inflation de 1 économique du monétaire \u2014 dans l'ordre humain que nous devons d'urgence lui restituer un ordre propre afin d'en débarrasser tous les problèmes qu'il fausse encore.» Le plan Beveridge ne s'attaque pas du tout au problème du volume monétaire à mettre en circulation.Le plan Beveridge est encore entache de cette fausseté sociologique que la production est une fin en soi.Le plan Beveridge s'inspire encore quoique d'une façon moins brutale que 1 a prôné notre époque, du principe tardigrade de «rien pour rien.» La doctrine créditiste, et cela d accord avec une saine philosophie de la personne, soutient que dans un pays riche comme le Canada, 1 on doit avoir le plus de choses possibles pour RIEN; que la production n'est pensable qu'en fonction de la consommation; que notre manie de lier le droit aux produits, au travail rémunéré, va nous conduire au suicide à moins de passer le marteau dans les machines et de bloquer tout progrès.C est là l'idée d'un homme qui est loin d être un imbécile. LE PLAN BEVERIDGE 35 le professeur Loddy, célèbre physicien-chimiste, prix Nobel 1921.«L'économie personnaliste» dit encore Mounier, «réglera sa production sur une estimation des besoins réels des personnes consommatrices.Elle ne s attachera donc plus à leur expression dans la demande commerciale (actuelle), faussée par la RARETÉ DES SIGNES MONÉTAIRES ou par la diminution du pouvoir d'achat, mais sur les besoins VITAUX statistiquement calculés et sur les besoins personnels exprimés directement par les consommateurs.» (Manifeste du personnalisme p.165).Exposer le mécanisme que propose pour arriver à cette fin le crédit social, réclamerait un autre article et nous entraînerait trop loin de notre sujet.Qu il me suffise de souligner, qu'au Canada, le problème de la production et des transports est réglé depuis longtemps.Que seul le canal monétaire de la distribution fait défaut.Que les Canadiens pour manger, après la guerre, n'auraient même pas besoin d'un projet de «finance déficitaire», autrement dit qu\u2019il n'est pas nécessaire que 80% de la population continue d\u2019être en dettes avec les 20% qui restent.Que si nous cessons de produire du blé dans l'Ouest pour pratiquer 1 élevage ou la culture mixte, nous aurons à faire face, d'ici dix ans, à une pléthore de foin, de légumes, de produits laitiers et carnés dans l'Est.Que, comme il est impossible d'y faire pousser des oranges, si nous industrialisons artificiellement les Prairies, nous serons obligés de fermer les manufactures de l'Est.Nous souffrons d'abondance 36 l'action nationale et non disette.Qu'attendent nos sociologues pour s'en apercevoir ! Alors pourquoi importer ici des systèmes socialisants, des systèmes de «rationneux», de distributeurs de raretés; systèmes créés pour des pays arriérés et sans système industriel comme la Russie ou pour des contrées pauvres et surpeuplées comme l\u2019Angleterre et l'Allemagne.Que l\u2019on augmente scientifiquement le pouvoir d\u2019achat de Jack Canuck et de Baptiste par le dividende personnel (véritable allocation familiale) par l\u2019escompte sur les prix, par le temboursement de la dette nationale, par des allocations substantielles données aux différents services par des travaux de chômage UTILES, et Jack et Pierre Baptiste pourront s'assurer, pourront manger, pourront 5g marier, avoir des enfants et se faire enterrer sans avoir besoin d attendre que le bureaucrate Tartempion ait mis deux mois à remplir les formules 3-204 et 26-349 et être dans l'obligation de faire payer une partie des frais par 1 État paternel mais toujours avare.Que l\u2019on ne craigne point l'inflation, puisque la fameuse VÉLOCITÉ monétaire est liée au VOLUME de l'argent en circulation et que le VOLUME de l'argent ne dépassera jamais les produits à consommer ou les capacités de production du pays.Que l\u2019on ne s'effraye point d\u2019une hausse srtificielle des prix, puisque personne ne défendra à un gouvernement créditiste de passer contre les trusts des lois radicales et qu'un fort secteur coopératif libre pourrait etre ici de belle venue pour mettre à la raison les commerçants LE PLAN BEVERIDGE 37 trop rapaces.Les corporations auraient leurs cartes à jouer dans les domaines de l'apprentissage des métiers, de l\u2019admission aux professions, des problèmes de sécurité ouvrière, des caisses de retraite, etc.Rien de tout cela, ne nous empêchera aussi de discuter d'éducation et d'évoluer politiquement comme Canadien et comme Canadien français.Ce serait facile si nous avions la bonne idée de nous allier les créditâtes anglo-canadiens, amis dévoués, fidèles à nos côtés dans nos revendications autonomistes de demain.Ça toujours été un sujet d'étonnement, pour nous, de voir certains Canadiens français, patriotes et sociaux, loucher avec tant de sympathie vers les centralisateurs socialistes de la C.C.F.tandis qu'ils ne daignaient seulement jeter un regard ni sur la doctrine ni sur les adeptes de ces «galeux» autonomistes, de ces «utopistes» personnalistes, de ces «ridicules» créditistes, pourtant aussi ardents défenseurs des parias que n'importe quel des suivants de Coldwell.Ceux qui nous répondent en nous soulignant les supposées «obscurités» du créditisme sont le plus souvent précisément ces mêmes personnes que les nébuleuses générosités et que les rêves nuageux et antipersonnalistes de tous ces néo-marxismes n'inquiètent pas du tout.D\u2019ailleurs qui les empêche d'aller aux sources de renseignements que seul le parti pris leur fait ignorer.N'en doutons pas.D'ici dix ans, le vent sera au Plan Beveridge avec toutes les conséquences qu il appelle.Les Canadiens français devront carguer les voiles et ne pas se laisser entraîner. 38 l'action nationale Ils devraient exiger que la barque provinciale, sous le pilotage d'un comité d'études économiques et sociales, contre la bourrasque et en louvoyant s'il le faut, soit dirigée vers d\u2019autres rivages, où d'ailleurs, nous l'avons déjà dit, des amis nous attendent.Si nous savons manœuvrer, si nous nous réveillons aux réalités, les Canadiens français ne seront pas seuls à s'opposer au néo-marxisme et la centralisation outaouaise après la guerre.De concert avec nos alliés créditâtes, nous saurons faire pièce et présenter au pays un programme de sécurité sociale personnaliste, décentralisateur et plus chrétien que celui que veulent nous faire bober les idéologues roses des mou-vements «Union now)).Jean-Paul Robillard Notes d\u2019un rédacteur Je ne suis pas loin de penser entièrement, quitte à révision de détail quand j'aurai pu étudier à fond les plans Marsh et Beveridge comme je me propose de le faire un de ces jours prochains pour les lecteurs de cette revue, je ne suis pas loin, dis-je, de penser entièrement comme le signataire du précédent article sur le peu de convenance de ces plans avec « nos principes philosophiques, économiques et nationaux )> et sur la nécessité « pour nous, Canadiens français, catholiques et sociaux » d'apporter nos solutions aux problèmes qui se posent à nous comme à presque toute l'humanité.Ai-je besoin de lui dire qu'il ne pourra trouver ailleurs que chez moi d'adversaire plus résolu de ceux qui, par le socialisme ou l'étatisme, se montrent consciemment ou inconsciemment \u2014 prêts à sacrifier la liberté pour la sécurité ou le minimum vital, au lieu de chercher la solution qui assurera l'équilibre en laissant au monde a ses deux ailes, selon l'image si juste et si frappante qu'il a esquissée.J'irai même Pi™ l°ln 1ue lui à ce sujet en lui disant qu'il est bien généreux de concéder la socialisation de quelques services publics et de certains trusts, et cela sous le louvert d un texte de Pie XI dont l'interprétation en ce sens est fort discutable, je me propose de le montrer prochainement.Généreux au point que si on le prenait au mot, le socialisme qu'il abhorre s'établirait chez nous en un tour de main: il y a des digues qu'on ne laisse pas s'ébrécher sans que la force du courant emporte ensuite tout le reste.Pourquoi faut-il qu après tant de solides prises 1 e position, après l'affirmation que nous devons 40 l'action nationale bâtir notre monde à partir de la conception catholique, notre collaborateur tombe dans le panneau d'une théorie monétaire, le créditisme, qui n'a en soi rien de spécifiquement catholique \u2014 c est une pure technique -, qui n'a d'ailleurs pas été conçue par des catholiques et à partir des principes catholiques \u2014 même, si depuis, quelques politiciens habiles ont essayé de faire passer la technique à la faveur d'exposés philosophico-théologiques brumeux n ayant rien à voir avec la théorie elle-même \u2014, qui au surplus est une technique fausse dans sa partie critique et absurde dans sa partie positive.\t.Je n'entends pas reprendre ici l expose de la fausseté et de l'absurdité de la technique crêdiUste.Je n'en f inirais plus.Je l'ai déjà fait d'ailleurs pour les lecteurs de lAction nationale et je les prie, si la chose les intéresse, de se reporter à ce sujet aux livraisons de septembre 1938, janvier 1939 el fu™ 1030, prolongées d'une courte polémique avec M.Louis Even dans l Action catholique des 21 septembre et 7 ou 8 octobre 1939.Si l\u2019on veut avoir d autres opinions que la mienne on pourra lire avec interet, entre bien d'autres études d'ailleurs, un article de M Rosario Cousineau dans VActualité économique de décembre .936 et un autre dans la même revue, livraison de décembre 1939.P\u201cr M- Bertrand Nogaro; un petit livre récent aussi par W.R Hiskett et J.A.Franklin intitulé Searchlight on Social Cre 1 (disponible à la bibliothèque de l École des Hautes Études commerciales).Il n'est pas un seul économiste de quelque valeur, même chez les théoriciens monétaires les plus avancés et les plus partisans des manœuvres monétaires en vue de diriger la vie NOTES D'UN RÉDACTEUR 41 économique, qui ne considèrent le crédit social comme une théorie fausse.Je voudrais seulement insister ici sur un aspect du crédit social qui rend l'adhésion dont l'honore notre collaborateur plutôt inexplicable et qui me fait penser que dans son ardeur pour le renouveau de notre vie économique, sociale et nationale, il est victime d une illusion.Dans le deuxième article que j'ai publié dans /'Action nationale, sur le sujet, j ai montré clairement \u2014 et je ne suis pas seul de cet avis (Hiskett dont le livre a été écrit ultérieurement et qui ne m'a certainement pas lu fait une démonstration du même genre) \u2014 que l'application du Crédit Social comporte fatalement, selon les termes de M.Robillard, la suppression de « l'aile de la liberté )) et la chute dans une forme de totalitarisme.Peut-être pas le rouge, parce qu'en principe le crédi-tisme ne s'attaque pas à la propriété, mais l'équivalent en ce que même si le principe existe il finira par ne plus comporter aucun droit.Le créditisme, dans ses conséquences logiques, conduit inévitablement à l'une de ces formes de socialisme larvé qui s appelle léconomie dirigée ou le planisme.Et il est d'autant plus dangereux à cet égard qu en principe il ne préconise rien de pareil, que ses adeptes et ses théoriciens mêmes \u2014 du moins un certain nombre d'entre eux, car je ne jurerais pas de la candeur de tous \u2014 sont sincères en affirmant qu il ne le fait pas parce qu'ils n'ont pas la formation économique suffisante (sans cela ils ne seraient pas créditistes) pour se rendre compte de l'endroit où ils nous mèneraient fatalement.Une fois au pouvoir, ils nous y conduiraient aussi sûrement que n im- 42 l\u2019action nationale porte quel parti C C.F.mais insensiblement, sans d'abord d'eux-mêmes s'en apercevoir, puis conscients du fait mais incapable de reculer par amour propre et peut être à cause des difficultés mêmes qu\u2019ils auront créées.Goutte à goutte, de fait accompli en fait accompli, ils nous feraient tout avaler cela comme on nous a fait avaler la conscription et la politique de guerre.Je suis d'ailleurs généreux en ne parlant pas de la faillite inévitable qui surviendrait fatalement et vite si on tentait d'appliquer vraiment le créditisme; mais je le fais à dessein parce que j'imagine que ces politiciens nés que sont les chefs créditistes sauraient vite, au pouvoir et à iexpérience, se rendre compte de leurs erreurs \u2014 quand erreurs il y a \u2014 et nous conduire vers quelque chose d'autre.C'est surtout ce quelque chose d'autre qui m'inquiète fort.D'ailleurs est-il conception moins catholique et de moins sociale que cette affirmation créditiste, reprise à son compte par notre collaborateur, que « dans un pays riche comme le Canada, l'on doit avoir le plus de choses possibles pour RIEN; (.) que notre manie de lier le droit aux produits au travail rémunéré, va nous conduire au suicide )).Je ne sais rien de plus fondamental, en effet, en doctrine chrétienne que la loi du travail.Et au point de vue économique et social, il est facile de comprendre ce me semble que l'homme ne peut avoir rien pour rien, parce que la nature elle-même ne donne rien pour rien (il faut au moins avoir le cœur de se lever et d'aller cueillir le fruit qui nous est offert par la nature à l'état sauvage).Que, par suite, celui qui ne travaille pas par ses bras, par son cerveau ou NOTES D UN RÉDACTEUR 43 par ses épargnes n'a droit à rien parce qu'il ne contribue rien au bien-être des autres, qu'il est un parasite vivant aux dépens des autres, exploitant les sueurs et les sacrifices des autres.Que le professeur Loddy ait dit le contraire, qu'il ne soit pas un imbécile, mais un célèbre physicien-chimiste, prix Nobel, ne change rien à l'affaire; je serais d'ailleurs curieux de savoir s'il est au moins catholique pour que M.Robillard nous présente ses idées comme étant celles qui devraient présider à une « conception catholique de notre économie)).Il n y a rien qui se rapproche plus du socialisme, du plus mauvais socialisme, que cette conception où l'on admet directement ou indirectement qu'un homme, par le seul fait qu'il existe, a droit de recevoir une part du travail des autres gratuitement, sans donner en retour une part raisonnable des fruits de son propre travail.Les États socialistes en reviennent vite d ailleurs quand ils s'établissent (voir la Russie), car s ils donnent tout pour rien en apparence, ils décrètent par contre le travail forcé pour tous.Que l on donne toute la monnaie que l'on voudra à «Jack Canuck et à Baptiste)) on ne changera rien à cela, si cette monnaie ne leur vient pas comme fruit de leur travail, donc comme un encouragement au travail.Car il existe parmi les sept péchés capitaux un péché qui s'appelle la paresse, qui est déjà très répandu et dans lequel bien des gens tomberaient encore davantage et fort volontiers s'il ne fallait pas gagner cette « sacrée vie ».Et le résultat final d'une société ainsi conçue sera que « Jack Canuck et Baptiste )) auront beaucoup d'argent dans leur poche \u2014 le gouvernement leur en distribuant généreusement 44 l'action nationale des quantités \u2014 mais pas beaucoup de produits à acheter avec.Enfin, où notre collaborateur montre vraiment de la naïveté, c'est quand il s\u2019en prend à ceux de nos hommes publics qui penchent vers une alliance avec le parti C.C.F.(en quoi je l'approuve entièrement) pour leur proposer non pas d'être enfin eux-mêmes, mais de s'allier avec le groupe créditiste anglo-canadien.J'ai suivi tous les ans, dans les Débats de la Chambre, les évolutions de nos députés créditistes depuis que nous en avons, et je suis loin d'être aussi sûr que lui que le jour où ils n'auront plus le pouvoir seulement dans une province, mais à Ottawa ils continueront d'être les « amis dévoués, fidèles à nos côtés dans nos revendications autonomistes de demain)), dont il parle.J'ai bien peur qu'il ne renouvelle encore une fois le geste que les Canadiens français ont déjà posé tant de fois dans leur histoire, du mouton qui s\u2019offre docilement à la tonte pour quelques belles paroles, à moins que ce ne soit \u2014 c'est souvent le cas hélasl) \u2014 tout simplement celui du corbeau complimenté par le renard.Si M.Robillard veut avoir une première preuve qu'il y a des raisons d'être un peu méfiants, qu'il regarde seulement ce qu'a été l'attitude de ces « amis dévoués à nos côtés )) dans le présent conflit: le plus participationniste de tous les partis.Et participa-tionniste à fond pourquoi ?Parce qu'il est le plus impérialiste aussi de tous les partis.On n'a qu'à relire, aux Débats, la tempête dans un verre d'eau qu'ils ont soulevée à l'occasion d'un propos, qu'ils estiment « séditieux )), de M.Sandwell du Saturday Night suggérant une abdication partielle de la souve- NOTES DUN RÉDACTEUR 45 raineté impériale en faveur d'une souveraineté internationale; et de souligner en particulier la déclaration de principe qu'ils ont jugé opportun de proclamer en la circonstance (MM.Jaques et Hansell, Débats, 7 avril 1943, pp.2018-20): « Une des choses pour lesquelles les troupes canadiennes livrent la lutte, ce sont les principes traditionnels que le commonwealth des nations britanniques a toujours défendus.Une des choses pour lesquelles nous combattons, c'est la préservation de la souveraineté de la couronne britannique.Nous tenons à déclarer ici \u2014 le parti conservateur pourra en faire autant s'il le désire \u2014qu'il est une chose que les membres du parti du Crédit Social défendent (.) et c'est la souveraineté de la Couronne d'Angleterre.(.) Si nous gagnons la guerre, comme nous la gagnerons, mais perdons dans la paix qui suivra, l'autorité dévolue à la couronne, nous aurons fait la guerre en vain.)) François-Albert Angers Les lorsirs Plaidoyer pour les charnels Outre les travaux de ses poètes et de ses philosophes, qui attestent un haut degré de civilisation, la Grèce antique nous a laissé en statuaire des œuvres d\u2019une parfaite harmonie, bien qu il fût interdit alors de disséquer le corps humain.Pour de telles créations, les sculpteurs devaient avoir des modèles d'une plastique remarquable.Par la suite, les artistes hélas! n\u2019eurent pas toujours les mêmes avantages.Vers 1900, rares étaient les modèles des académies parisiennes susceptibles de présenter aux artistes une forme convenable.Les gens de sport, généralement spécialistes, portaient des traces d\u2019hypertrophie (bras ou jambes, suivant la spécialité); quant aux autres parties du corps, elles étaient à peine développées.On tenait volontiers la nature responsable de toutes ces déviations : épaules trop remontées, résultat de flexions trop fréquentes aux barres parallèles, dissemblance des bras dûe à l'insuffisance d\u2019exercices du plus faible, etc.Jamais on n\u2019aurait songé qu'il pouvait y avoir dans ces anomalies une relation de cause à effet.Aux yeux du profane, les formes parfaites des statues antiques n\u2019avaient existé que dans l'imagination du sculpteur qui les avait modelées.La nature encaissait tous les méfaits produits par des appareils parfois dispendieux, lancés sur le marché à grand renfort de réclame. PLAIDOYER POUR LES CHARNELS 47 Se disant le plus parfait et le plus classique athlète de tous les temps, un monsieur se présente un jour à l'École des Beaux-Arts de Paris.Il s'exhibait partout sur les scènes.Tandis qu\u2019il se montrait aux élèves, juste au-dessus de la table à modèle où il se tenait debout, se trouvaient à son insu des moulages de l'Achille et du Discobole, auprès desquels il faisait piètre mine.Comme beaucoup d\u2019athlètes, il ignorait que des masses de muscles hypertrophiés ne représentent pas le critère d'un beau développement physique.Rien de trop, ni en plus ni en moins.Formule idéale qui correspond mieux aux canons de la statuaire antique, qu'à ceux des détenteurs de records.On doit donc s\u2019inspirer de cette formule séculaire, non pour couler les humains dans un même moule, mais pour leur faire acquérir la santé.Car, n\u2019en déplaise aux indifférents, tout être raisonnable a le droit, le devoir même, de se soucier de sa santé.Ces idées judicieuses inspirent le culturiste, qui ne s\u2019astreint jamais à une déformation musculaire dans le but d'abaisser un triste record.Le culturiste comprend la nécessité de varier à l\u2019infini l\u2019effort physique, de toucher à tous les sports, voire aux travaux manuels à l\u2019occasion, sans jamais se soucier d\u2019exceller dans une spécialité.Il faut dédaigner les records (à moins d\u2019y être contraint par le gagne-pain ou par la science des limites de la force humaine, en supposant que cela soit digne d'intérêt).Le culturiste ne se contente pas de manifester ses impressions aux exhibitions sportives par quelques cris plus ou moins énergiques; 48 l'action nationale il sait que l'être humain reste perfectible physiquement et moralement et il prend grand soin de lui-même.Les gens de l\u2019an mille, s'attendant à la fin du monde, se prirent d'un mépris profond pour l'effort physique qu\u2019ils considérèrent comme une parfaite inutilité.De cette navrante erreur, il s'ensuivit une terrible dégénérescence physique (comme en témoignent les œuvres d'art de cette époque).L'Europe ne se releva, au point de vue artistique, qu'à la Renaissance italienne qui rendit aux humains le goût de vivre et dont les abus ne doivent pas faire oublier ce que cette réaction avait de sain.On oublie trop que la culture des arts (surtout plastiques) a une influence considérable sur les individus ou sur les nations.L'abjection de certaines œuvres sculptées, peintes ou écrites, a souvent causé les malheurs qui se sont abattus sur 1 humanité.Morale mal comprise que d'enseigner le mépris du corps humain, de le traiter de miserable guenille.Si le corps est à ce point misérable, à quoi bon la propreté physique, pourquoi s'éloigner des contaminations et des vices dégradants ?Quiconque a le souci de sa santé, partant de sa propreté, sait l'influence de ces facteurs sur le bonheur individuel et sur le maintien en bon état de l'espèce humaine.Aussi, se permet-il rarement de compromettre par imprudence des biens aussi précieux! PLAIDOYER POUR LES CHARNELS 49 Quant aux distractions et aux jeux, il importe de savoir les choisir.Que de folies commises dans le seul but de chasser l'ennui, alors qu'il serait si facile de recourir à des récréations profitables, toutes aussi amusantes et infiniment plus variées.A cet égard, rien n'est comparable à la culture physique où la répétition des mêmes gestes n\u2019est aucunement monotone: opinion que corroboreront les culturistes expérimentés.Ainsi, lorsqu'on est déprimé et hors d état de résoudre un problème ou de s'intéresser à quoi que ce soit, il suffit de remuer, de marcher, de faire circuler le sang pour se retrouver en état normal, sans avoir recours à aucun jeu.Un directeur d'école primaire constatait que les élèves étaient volontiers plus studieux, plus attentifs, après une séance de gymnastique rationnelle.A la fin d'une année scolaire, au cours de laquelle les élèves avaient tous fait de la gymnastique (à raison de trois cours par semaine), il constata un record de présence avec un minimum de maladie.Ici, relatons un fait amusant.A la première leçon de culture physique, un élève se présente avec un petit papier et demande d'être exempté.Le professeur lui indique un siège sur l'estrade, en lui recommandant d'observer en quoi consistait le genre d'exercices enseigné, afin d'en faire un rapport à ses parents.Le rapport ne dut guère être favorable, car à la deuxième leçon, l'élève revint avec un autre petit papier (peut-être le même).Espérant s'amuser ferme aux dépens des camarades, quelques loustics l'imitèrent et s\u2019ins- 50 l'action nationale tallèrent confortablement sur l'estrade.Par malheur, il leur fallut aller se placer face au mur, immobiles, les mains derrière le dos, à dix pas d'intervalle l'un de l'autre.Les rieurs n'étant plus du même côté, la chose cessa à la leçon suivante.Tout le monde était en ligne pour l'exercice.On ne vit plus jamais de petits papiers.A la distribution annuelle des prix et récompenses, on eut la grande surprise de voir les élèves classés premiers dans toutes les matières obtenir par surcroît les premiers prix de gymnastique, réservés d'habitude aux pires crétins, comme certificat d'imbécillité.Il est vrai qu'on se borna, cette année-là, à astreindre les élèves à la seule gymnastique éducative: libre d\u2019acrobaties ou de sauts périlleux au tremplin.Or, malgré l'absence de tape-à-l'œil, le spectacle fut intéressant et vigoureusement applaudi.Preuve que les parents savent apprécier ce qui convient réellement à leurs enfants, même si ceux-ci ne singent pas les acrobates.Si elle alternait avec les autres matières enseignées à l\u2019école, la culture physique rationnelle contribuerait à augmenter la résistance et à calmer la nervosité des élèves, comme à faciliter le travail des instituteurs.Quand l\u2019école dispose d\u2019un local trop étroit, on pourrait indiquer aux élèves (durant les minutes d'aération) quelques mouvements très simples comme les articulations du système respiratoire, sans trop s'inquiéter de l'unisson.Chaque participant doit plutôt s'efforcer d'accomplir consciencieusement les exercices. PLAIDOYER POUR LES CHARNELS 51 Tout instituteur devrait posséder quelques notions d anatomie, afin de donner les indications necessaires.Ailleurs, une semblable initiative a donné des résultats si probants qu'il en faut souhaiter chez nous la vulgarisation.Et cela, pour le plus grand bien des jeunes.Pour établir un équilibre vital entre la dépense (physique et intellectuelle) et la récupération (nourriture et sommeil), tous les jours de la vie, il faut être convaincu dès le bas âge de la constante et impérieuse nécessité de se mouvoir.Quand on parvient à en faire sa règle de conduite, on possède le secret du bonheur et l'on arrive à un équilibre parfait.Équilibre qui constitue le meilleur facteur d amélioration et de conservation de 1 homme, et dont la compréhension généralisée amènerait rapidement de plus cordiales relations entre les peuples.Émile Maupas CHECNICIJES Dans la cité La vie politique Lo dégringolade ontarienne Le temps béni où les libéraux n avaient qu à se présenter devant l'électorat pour se faire applaudir et élire n'est plus.La longue journée des dupes est terminée.La population commence à comprendre que dans tous les domaines, les libéraux se sont montrés inférieurs à leur tâche, qu'ils ont terriblement déçu l'attente des citoyens canadiens.La désaffection retentissante qui s'est produite en Ontario paraît bien être le signe avant-coureur d'une déconfiture générale et prochaine: le parti libéral ira sans doute rejoindre son jumeau, le parti conservateur, au pays des vieilles lunes Pour lui, la sonnette d alarme du 4 août résonne comme un tocsin.Depuis 1937, M.Hepburn avait présidé aux destinées de la province voisine Libéral, il s était montré en ces dernières années remarquablement acerbe à l\u2019égard de M.King et du gouvernement fédéral.Des mauvaises langues veulent que cette rancune remonte au temps où le bouillant Mitch, humble député à Ottawa, ne trouvait pas ses dons assez rapidement remarqués par M.King.Quoi qu\u2019il en soit de l'origine de cette haine, il reste qu'elle a manifesté beaucoup d'esprit de suite, ce qui n'est pas fréquent chez M Hepburn.Il a sans cesse harcelé les autorités fédérales de ses CHRONIQUES 53 critiques violentes et souvent injustes.Il s'est montré dans ce rôle de critique à son compte plus efficace et plus déterminé que M.Hanson ou M.Graydon.Le parti libéral n'est pas tendre pour les renégats.La patience légendaire de M.King a des bornes.L'automne dernier, il réussit à faire déposer M.Hepburn qui fut remplacé par M.Gordon Conant, personnage assez falot et apparemment sans grande envergure politique.Huit mois plus tard, il se voyait préférer M.Harry Nixon à un congrès libéral.Sitôt au pouvoir, M.Nixon n'eut rien de plus pressé que de dissoudre le Parlement et de recourir au peuple.Il y avait en effet près de six ans que la province d'Ontario n avait connu une consultation populaire, et beaucoup de gens manifestaient avec raison leur hostilité à ce mépris des prérogatives élémentaires de la démocratie.Le résultat de ces élections a surpris tout le monde.Il n'était pas difficile de deviner que M.Nixon perdrait un certain nombre de députés et que la C.C.F.ferait élire quelques-uns de ses représentants.Mais personne ne songeait sérieusement que les libéraux seraient écrasés et que la C.C.F.aurait 34 représentants (sur 90) en Chambre, alors qu'elle n'en comptait aucun dans la législature précédente.Un aussi brusque retournement est un indice sûr de la nervosité générale et de la volonté du public de se débarrasser des vieilles formations politiques qui n'ont pour elles que des traditions, aujourd'hui vides de toute signification. 54 l\u2019action nationale Les progressistes-conservateurs, sous la direction énergique du lieutenant-colonel George Drew, arrivent en tête de liste, avec 38 députés, soit environ 8 de moins qu'il leur faut pour se maintenir seuls au pouvoir.Le gouvernement Drew devra donc compter sur l\u2019appui des autres groupes.11 ne peut songer au parti C.C F.dont le jeune chef, M.Jolliffe, sitôt les résultats connus, déclara qu\u2019il ne s'allierait jamais avec aucun des vieux partis.Cette décision est conforme à la politique générale de la C.C.F.; sa brève participation a un cabinet de coalition au Manitoba l\u2019a dégoûtée de collaborer avec des gens dont elle rejette à la fois les principes et les méthodes.Restent les libéraux, sûrement beaucoup plus accommodants; le fait s explique sans peine.Rien ne les sépare des progressistes-conservateurs; ils s'entendent sur toutes les questions politiques.On comprendrait donc très bien qu ils décident d\u2019entrer dans un ministère Drew et de partager les responsabilités du pouvoir.Qui sait si M.Mitchell Hepburn, ancien premier-ministre libéral et bien vu des conservateurs depuis qu\u2019il a fait la lutte en faveur de M.Meighen, ne sera pas le catalyseur entre les deux groupes! Son role actuel d'indépendant et de vétéran de la politique ontarienne lui donne figure de guide.Que les libéraux décident de s'allier carrément aux progressistes-conservateurs pour former un cabinet d union ou qu ils preferent conserver leur autonomie parlementaire tout en accordant leur appui au gouvernement Drew, il ne semble pas faire doute que les deux partis sont appelés à CHRONIQUES 55 travailler de conserve.Dans ce cas, la C.C F.formera 1 opposition officielle, une opposition nombreuse, capable de mener la vie dure au gouvernement.Si un tel accord était impossible, il n'y aurait qu une solution: faire de nouvelles élections.Mais cette hypothèse ne sourit guère aux conservateurs.Ils n ignorent pas qu\u2019un appel au peuple, après la vigueur qu'a manifestée la C.C.F., serait très probablement leur perte irrémédiable.La C.C.F.aurait alors toutes les chances du monde d\u2019être portée au pouvoir, ce que ne peuvent souhaiter ni M.Drew, ni M.Nixon, ni même M.Hepburn.La crainte du pire sera pour eux le commencement de la sagesse et de l'entente.D autre part, il est permis de penser que la C.C.F.pense comme eux sur ce point, mais pour de tout autres motifs.L accession immédiate au pouvoir pourrait être pour elle un désastre.D abord, aucun de ses membres ne possède d\u2019expérience parlementaire, à l'exception de Mlle Mac-phail.Quelques années dans F opposition leur permettront de s'aguerrir et d\u2019acquérir une formation et une préparation pour la gestion des affaires publiques.En second lieu, en temps de guerre, la C.C F.n aurait pas été en mesure de mettre son programme à exécution et aurait perdu de ce fait une partie de son capital moral auprès de la population.Une fois le conflit terminé, elle aura amplement 1 occasion de reparer le gâchis du passé.Les élections ontariennes ont ce mérite de tuer à jamais le mythe de l'invincibilité libérale; la théorie du parti unique, chère aux libéraux comme 66 l\u2019action nationale à certains de nos ennemis, a vécu définitivement.C'est à l'avantage des libertés démocratiques pour lesquelles nos pères ont si ardemment lutté et dont le jeu a été malheureusement faussé en ces dernières années.L'Est et l'Ouest contre King Tout le pays attendait avec un grand intérêt le résultat des quatre élections complementaires du 9 août.C'était un coup de sonde jeté dans des régions différentes du Canada.L\u2019épreuve a été concluante; elle a révélé 1 impopularité grandissante de la politique de M.Mackenzie King qui, après une carrière heureuse et comblée, connaît aujourd hui la défaite pour avoir abandonne la ligne de conduite qui avait assuré son prestige auprès de ses compatriotes.Destin tragique d un homme qui renie son passe et d autonomiste canadien qu'il s'était montré termine ses années de pouvoir, perdu dans une idéologie fumeuse et une docilité attristante à des influences de l'extérieur.Le Bloc populaire canadien entrait pour la première fois dans la mêlée.La réussite a répondu à ses espérances.Dans Stanstead, M.Armand Choquette a été élu à une forte majorité de plus de 1,300 voix, contre M.Davidson, que les libéraux avaient osé choisir comme candidat, après que la Cour suprême l'eût déqualifié pour les manœuvres corruptrices de ses agents électoraux.Dans le comté cosmopolite de Cartier, M.Paul Massé a livré une lutte magnifique et n'a été CHRONIQUES 57 battu que par environ 200 voix par le communiste Fred Rose.La vérité oblige à dire qu il n a été que provisoirement défait, car l'élection est contestée, à la suite du tripotage éhonté des listes électorales, tel que dénoncé aux Communes, quelques semaines avant la tenue de l\u2019élection, par M.Coldwell, chef de la C.'C.F.Dans ces deux comtes québécois comme dans ceux du Manitoba et de la Saskatchewan, les candidats libéraux ont mordu la poussière.C\u2019est le commencement de la fin.Dieu sait si, pourtant, ils n ont rien négligé pour obtenir la décision en leur faveur, afin d'interpréter ce résultat comme une approbation de la politique de guerre de M.King.Tous les ministres fédéraux canadiens-français ont participé activement à la lutte et ont recouru à tous les trucs de la persuasion électorale.Dans Cartier, ils ont laissé croire qu\u2019il s'agissait d une chasse gardée pour la minorité juive et qu il y allait des « droits et privilèges » des Canadiens français dans le reste du pays.Dans Stan-stead, un ministre a même promis des vacantes payées aux ouvriers des moulins à textiles, vacances payées d abord d\u2019une semaine, réduites ensuite a deux jours et demi et sujettes à l'approbation du Conseil national du Travail.La ruse était cousue de fil blanc et la population ne s'est pas laissée berner^ comme l'invitaient à le faire ceux qui sont censés la représenter dans les conseils de la nation.L élection de M.Choquette dans Stanstead marque la conquête de ce comté par les Canadiens français.En effet, depuis la Confédération, il avait 58 l'action NATIONALE toujours été représenté à Ottawa par un député de langue anglaise ; et pourtant, les deux tiers de sa population sont aujourd'hui des francophones.Le bloc solide anglo-saxon des Cantons de 1 Est s'effrite peu à peu ; il y a des chances pour qu à la prochaine consultation populaire, il n en reste que des miettes.Ce sera justice et la reconnaissance des droits démocratiques, puisqu il est naturel qu'un député représente la majorité des électeurs de son comté.Autre fait curieux à signaler et qui aide a comprendre la difficulté que nous avons à creer chez nous un véritable esprit canadien.Des quatre nouveaux députés élus le 9 août, un seul, M.Choquette, est canadien de naissance; les trois autres sont venus dans notre pays en ces dernières années.Ainsi le communiste Rose nous est arrive de Pologne, tandis que le C.C.F Bryce est ne a Kansas aux États-Unis et le C.C.F.Burton, a Lanark, en Écosse.Étonnons-nous ensuite qu il paraisse ambitieux de préconiser une politique canadienne au sein d'un parlement qui compte autant d'étrangers fraîchement débarques sur nos rives et qui ne possèdent par consequent aucune tradition canadienne ni le plus souvent aucun attachement profond à leur patrie d occa- sion.\t/ Des députés, dont nous avons souvent soulign les mérites, tels que MM.Jean-François Pouliot, Sasseville Roy et Frédéric Dorion, avaient decide de présenter un candidat indépendant dans Stanstead.Cette initiative malheureuse n aurait eu pour résultat que de diviser les votes natio- CHRONIQUES 59 nalistes et eventuellement de favoriser 1 élection de M.Davidson.Dieu merci, cette manœuvre n'a guère résisté aux pressions de la population et les parrains entreprenants ont dû retirer leur poulain.Il est à craindre cependant que leur prestige personnel ne se ressente de cette aventure et que les services qu\u2019ils sont en mesure de rendre a la cause nationale n en soient diminués.Une fois le résultat de l\u2019élection connu, M.Maxime Raymond, chef du Bloc populaire canadien, a remis à la presse une déclaration où il dégage nettement le sens du scrutin: « La victoire du Bloc populaire canadien dans Stanstead consacre le réveil du plébiscite.Le ralliement des forces nationales s est opéré .Québec a confirmé ma riposte.Québec a vengé son honneur.Québec a répudie la politique de guerre de M.King de façon telle que le gouvernement actuel n\u2019a plus le droit de parler en son nom .Le Bloc continuera de lutter jusqu à ce que la perfidie ait été proscrite de la vie publique pour qu'enfin l\u2019honneur, l\u2019ordre et la justice régnent dans la politique canadienne.» Langage de chef, langage de chef canadien, au sens entier du terme.C\u2019est de Québec que viendra le message d\u2019un canadianisme aéré et sain, de ce canadianisme que prêche depuis plus de quarante ans le vénérable penseur et homme d\u2019Etat Henri Bourassa, qui avait tenu à descendre dans l\u2019arène pour assurer la victoire des principes qui sont l'honneur et la fierté de sa vie.Jean Nicolet 60 l\u2019action nationale La vérité qui délivre M.Victor Barbeau, président de la Société des Écrivains canadiens, était invité à la séance dinauguration du congrès annuel de la Canadian Authors\u2019 Association; il a rappelé que les écrivains canadiens de langue française se sont sépares de la Canadian Authors pour fonder une association formée exclusivement de membres de langue française.Était-ce là manifester une sorte de provincialisme dans l'ordre intellectuel?Non, a répondu M.Barbeau: Nous n'avons pas et nous ne pouvons pas avoir les mêmes idées.Nous ne réagissons pas de la même manière.Nous ne voyons pas la vie sous les memes asp .n\u2019y pouvons rien, car la nature nous a ainsi felts.Far conséquent s\u2019il est convenable, et personne n en doute, que nous discutions nos propres intérêts, Je ^ que nous obtiendrons davantage en accordant la prêté rence à nos affinités ethniques sur nos liens professionnels.Sans doute, la coopération est nécessaire dans un pays comme le nôtre.Mais a continué M.Barbeau: « Même si tous les préjugés ethniques devaient dispara -tre dans notre pays du jour au lendemain, cela ne sigm fierahpas que les Canadiens des deux origines devien-draientPaussitôt interchangeables.Ceux qui caressent un Dareil espoir sont des rêveurs, pour ne pas dire davantage.E) autre part l\u2019avenir du Canada ne peut se fonder sur un tel mélange.La psychologie, l'histoire, 1 économie sont des éléments autrement puissants que les apôtres de la bonn entTnte Les nations he sont pas, comme vous le savez des pièces d\u2019un casse-tête qui doivent nécessairement s ajuster Carc?que quelqu\u2019un a décidé de les assemb er.Les réunir Sntreleur^ésir n\u2019apporte pas d\u2019autre résultat que de les enraciner plus profondément dans leur sol, comme le fait s est produit en Irlande, aux Indes et au Canada.» M.Barbeau a usé d'un langage plus direct encore: « Vos philosophes, vos hommes d'état, vos écrivains, a-t-il déclaré à cet auditoire anglo-saxon, CHRONIQUES 61 ont combattu toute mesure, toute loi attentatoire à la liberté humaine.Cet idéal n'a-t-il pas franchi les mers ?Nous attendons encore le jour où nous pourrons en bénéficier.» Là-dessus, le conférencier a eu des formules très vraies et très heureuses que je ne m'excuse pas de citer en entier: * Anglo-Saxons tiennent plus que jamais à leurs particularités ethniques; pourquoi serions-nous encore les perdants ?Je vous disais il y a un instant qu'en tant que minorité il y a pour nous un grave danger d'être absorbés ou simplement oublies dans ces associations qui prétendent exprimer un point de vue national, alors quelles ne se font le plus souvent que les interprètes de l'opinion de loronto ou de la rue Saint-Jacques.C'est là le sort des minorités.bt puisque nous faisons cette guerre pour elles pour assurer leur permanence, ne croyez-vous pas que ceux qui ont evengelise ce pays, qui ont payé de leurs larmes de leurs efforts et de leur sang leur attachement à leur langue, et à leur foi méritent un peu de la sollicitude que vous prodiguez si généreusement aux minorités des pays « En fait, nous ne vous demandons pas de compassion si tristes que soient certains côtés de notre vie Nous serions satisfaits du minimum de justice que nous garantit e pacte fédératif.C est la condition sine qua non de l'union nationale, de la comprehension et du respect dans quelaue domaine que ce soit: la politique, les lettres, le commerce 1 industrie.Nous, Canadiens français, nous n'avons aucune animosité a 1 egard des Canadiens de langue anglaise Nous n avons non plus aucun motif particulier pour les chérir.Vous m excuserez de ne pas m'étendre davantage sur ce sujet.Le passe est trop connu et il faut garder le silence sur le present jusqu après la guerre.Malgré tous nos griefs je répété que dans 1 ensemble nous n'éprouvons aucune inimitié envers nos concitoyens.Nous reconnaissons et admirons leurs qualités.Nous en citons quelques-unes en exemple à nos enfants.En dépit de cette largeur de vues s il subsiste quelque friction entre les deux nationalités ié JntUendemandie qUi £St *bmmer- J
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