L'action nationale, 1 octobre 1943, Octobre
[" L\tMAISON B ELLA.52MB N ^À0T I O Is bibuotoiote\" ¦ NATIONALE L'Action nationale\tL'(.(unité)) de M.King.\t81 Arthur Laurendeau\tNotre-Dame des malheureux \t\t82 Testis\tQuébec, centre du monde\t88 François-Albert Angers\tAvons-nous compris nos ouvriers?\t\t96 Pierre Vadboncoeur\tNotre mission inattendue\t\t106 XXX\tLa dictature des dicta-\t \ttures\t\t112 Jean-Paul Robillard\tApologie du crêditisme\t125 Chroniques\tB\t Dans la cltf\t\t Jean Nicolet\tLa vie politique\t\t140 \t\u2022\t Via de l\u2019esprit\t\t Marcel Raymond\tUn monde était leur empire\t\t150 Jean Genest\tA propos de tNotre question nationale»\t\t156 B.L.\tUne troisième année à l'école maternelle Vallerand\t\t161 VOL XXII \u2014 Mo 2\t\u2022 OCTOBRE 1943\t\u2022 MONTREAL L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE #\tComité de direction :\t9 F.-A.ANCERS, Arthur LAURENDEAU, et Roger DUHAMEL.L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.DIRECTION et ADMINISTRATION : C.P.1524 PLACE D\u2019ARMES MONTRÉAL On communique avec l\u2019administrateur de la revue, Jean Drapeau, à son bureau : ch.603, 4 est, rue Notre-Dame, Montréal.Téléphone : MArquette 2837.L'abonnement est de $2.00 par année Pour l\u2019étranger : $2.50 par année Abonnement de soutien : $5.00 par année Tous droits réservés, Ottawa, 1933 COUVRETTESAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS 50, rue de Bresolles HArbour 8151 Président et gérant général Bernard Couvre»® i Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, C et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de ia maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche Voua trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu\u2019il faut pour meubler votre résidence.Maison 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bureaux au Canada n.-c VI/UJ Marchand de meubles Confection pour hommes et femmes 4741, ave Verdun \u2022\t4270, St-Jacques O.IV LIBERTE RELIGIEUSE LIBERTÉ POLITIQUE ECONOMIQUE En 1941, sur 115,836,609 de primes d\u2019assurance contre l\u2019incendie, $11,581,770 ont été versés à des sociétés qui ne sont pas canadiennes.L\u2019achat pourtant, comme la charité, doit être bfen ordonné, c\u2019est-à-dire commencer chez sof.C\u2019est la liberté économique qui assure les trois autres.^SOCIÉTÉ# NATIONALE D\u2019ASSURANCES «.0.S.-Jacques, Montréal, HA.3291 DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 MONTRIAL Magasin h rayons : 865 est, nie Ste-Catherine.Comptoir Postal : 780, rue Brewster.Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VI L\u2019« unité » de M.Ki ns Les Canadiens français redoutent peu les menaces, même quand elles émanent des chefs politiques.Ils savent les mesurer à l'aune des ambitions partisanes, ils connaissent aussi le prix de V ingratitude.M.Mackenzie King a joué un rôle prolongé dans la vie politique canadienne, grâce à l'appui qu'il a reçu de nos compatriotes dès le début de sa carrière.Parmi les politiciens canadiens de langue anglaise, il s'affirmait comme le plus autonomiste, le plus imbu d'un idéal nord-américain, le plus sincèrement démocrate, l\u2019héritier de son grand-père Mackenzie.Mais où sont les neiges d'antan ?.Dans son dernier discours prononcé devant ses thuriféraires et ses complices, M.King a reproché à un mouvement politique canadien-français de mettre en danger l'unité du Canada.Que de serviles folliculaires répandent cette légende intéressée, c'est normal.Que le chef du parti au pouvoir, que le premier-ministre du pays lance un pareil bobard, c'est triste et c'est inquiétant .pour cette unité.Depuis quand les Canadiens français n'auraient-ils pas le droit de songer à leurs propres intérêts ?Existe-il un seul peuple au monde qui n'agisse pas ainsi ?Sans peur, sans reproche, sans haine, malgré M.King, les Canadiens français continueront de vivre et de grandir.L'ACTION NATIONALE Notre-Dame des Malh eureux Tout le monde est malheureux.Il n'y a plus d'exception.Le mal sévit d'un pôle à l'autre.Notre Dame des Malheureux, vous êtes devenue la mère de tous les hommes.Ils ont tout essayé.Ils ont triché tant qu\u2019ils ont pu.Ils ont voulu arracher à la terre toutes les formules du plaisir.Les maîtres ont volé jusqu'au sou du pauvre.Ils ont ravi aux humbles jusqu'aux joies les plus timides, la douceur des vies cachées.Alors, la terre a connu un vide effrayant.De noirs corbeaux, messagers apocalyptiques, font une ombre épaisse sur l'univers, et leurs croassements préludent à la curée.L\u2019homme alors est saisi d'effroi.Un écœurement l'assaille dans le vide de lui-même.Une vague lourde s'appesantit sur son cœur.La passion ne vient plus à l\u2019aide.Le désir ne monte plus.Il retombe comme un oiseau blessé.Sa poussée aidait à franchir les heures.Dans la sécheresse des vents, dans le désert de la terre, on a la bouche pleine de cendre.Alors, on a tout tenté pour boucher les trous par où s'écoulait le bonheur.Mieux protégé, il se détruit par le dedans.Il s'évanouit comme les images de la nuit qu'invente notre imagination et qui s'éclipsent à la lumière.Quand l'homme a tout essayé et que tout cède et tombe, alors, il vient à vous, «pleine de grâces».Il vous invoque d'abord pour sauver toutes ces choses périssables qui viennent de le quitter, la richesse et les voluptés.Il commence par demander la conservation des engrangements matériels, des forts intérêts II dit: accordez-moi d'être riche, NOTRE-DAME DES MALHEUREUX 83 parce qu'alors je soulagerai les pauvres.Encore plein de sa misère et de sa bassesse, il se leurre.Sans hardiesse, sans audace, il demande toujours à Dieu de l'argent.Mais le jour où il devient un vrai malheureux, vous le savez bien, ô Mère de douleur, qu'il peut réclamer de Vous toutes les réussites et les demander impérieusement parce qu'il parle alors au nom de votre Fils.Mais pour être ce cavalier qui part un matin d'avril d\u2019un pas vif et fier, il faut aimer autre chose que l'argent et ce qu'il donne (le luxe, le confort, la sécurité).Pour prendre la route, dans l'aube matinale, d'un pied sonnant et fringant, il faut aimer l'invisible.Les imbéciles le regardent partir avec pitié.Et les imbéciles ont raison.Car au bout du ruban visible, il y a la forêt et les bêtes féroces.Il y a aussi autre chose, mais ça ne se voit pas avec les yeux du corps.Entreprendre sans être sûr qu\u2019on fera toute l'étape ?Arriver sain et sauf, est-ce là ce qui importe ?Une seule certitude compte pour notre cavalier: faire quelque chose.Mais calculer, discuter, évaluer sans répit: n'explorer que juste ce qu'on voit de son fauteuil dans son jardin.Il y aura toujours des excités qui tenteront d'autres aventures.Mais les imbéciles ont raison.Vous le savez bien, ô Mère des voyageurs.Ça crève les yeux.Ils disent qu'il faut partir avec de grosses malles pleines de provisions, les reins ceints d'une bande pleine d'or.Vous connaissez l'histoire du petit navire, ô Mère des navigations .Il était un petit navire qui longtemps avait voyagé .Vous savez ce qu\u2019il advint quand les provisions vinrent à manquer.Ou mourir ôu mettre le cap sur la haute 84 l'action nationale mer.Mais la haute mer, cela mène quelquefois au paradis.C\u2019est là que commence la stupéfaction des imbéciles: car il y a le beau risque.Le petit marin, c\u2019est celui qui navigue dans les étangs.Le grand marin, c'est celui qui prend la haute mer.Le petit marin, c\u2019est celui qui reçoit un parchemin de pêcheur à la ligne; le grand marin, c\u2019est celui qui s\u2019inscrit dans l\u2019éternel.Notre Dame des Malheureux, donnez-nous l\u2019espérance, donnez-nous la pureté, donnez-nous l\u2019amour.La souffrance des hommes, faites-en ce que vous voudrez.On ne vous demande plus rien: rien en retour, pas de pourcentage, pas de position, pas de miracle, pas d\u2019argent.On ne s\u2019occupe plus de ça.Ça vous regarde.Arrangez ça comme vous voudrez.Les hommes ne veulent même plus s\u2019occuper si leur souffrance est valable et recevable.Ils n\u2019en savent plus rien: ils ne veulent plus rien calculer.Ils reconnaissent qu\u2019ils sont de bons pêcheurs, pleins de péchés.Ce qui les console, c\u2019est que la grâce entre mieux ainsi, plutôt qu\u2019au travers de l\u2019assurance des «vertueux)).Mais ce qu\u2019ils ne peuvent endurer, c\u2019est qu\u2019on usurpe le nom du Père.Les Malheureux ne peuvent pas tolérer qu\u2019on fasse propagande de chrétienté.La haine peut avoir sa grandeur pourvu qu\u2019elle signe ses œuvres.Le cynisme peut avoir sa grandeur pourvu qu'il ne parle pas au nom du Père.L'empire peut avoir sa gandeur même s\u2019il s'est fondé par le brigandage, à condition de n\u2019en pas faire une théologie.Et puisque vous êtes au service d\u2019une cause temporelle, laissez le divin tranquille.Acceptez vos risques.Lâchez les amarres.Prenez NOTRE-DAME DES MALHEUREUX 85 le large.C'est bien plus courageux que d\u2019emplir le monde avec des clichés simoniaques et des slogans blasphématoires.Dites-le donc que vous défendez des intérêts; vous serez dans la vérité et vous pourrez encore vous estimer.Quand vous parlez de ressentiment inexpiable, quand vous criez: à mort, les Malheureux désirent qu'à ces passions humaines ne soit pas lié le nom de Dieu.Ah! les salauds qui disent: chrétienté, et reçoivent un cachet.On a grand respect de la pensée: c\u2019est ce qu'il y a de plus grand dans la vie.En face d'une pensée droite, même égarée, on éprouve un sentiment grave et amical, tout en la combattant.Mais une pensée qui se vend.Ce que nous ne pouvons plus souffrir, c'est ce mélange odieux des passions et de Dieu.La propagande ne nous fera jamais dire que Dieu est exclusivement de notre bord, que la haine est chrétienne.Quand nous nous battons, nous ne faisons pas signer nos paroles par le Père.Nous cherchons son inspiration et son esprit.Mais dans notre effort à appliquer la vérité, son nom n'est pas dangereusement hypothéqué.Nous nous battons pour la vérité, mais si nous nous trompons, la vérité n'est pas engagée.Nous ne voulons pas exposer le divin aux aléas d'un combat qui pourrait être médiocre.Mais eux, les salauds, qu\u2019ils laissent le Père tranquille, qu\u2019ils ne le touchent pas de leurs mains souillées.Parlant pour nous, pour nos idées, sans enchaîner le Père à nos indignations, nous les fessons les salauds, nous les déshabillons, nous les démasquons, nous les cherchons du pied, nous dénouons 86 l\u2019action nationale leurs nœuds de vipère.Nous nous battons à nos corps défendants: si nous sommes battus, seuls seront battus nos idées, nos corps.Tandis qu\u2019eux, s'ils sont battus, ce sera comme si Dieu était battu.De leur thèse de chrétienté, ils font Dieu complice de leurs hontes.Nous sommes respectueux de la pensée, non des appétits.Quand l\u2019impérialisme tond le mouton, et jette son corps aux bêtes, les Malheureux ne veulent plus être ce mouton.Notre Dame des petits peuples, jetez vos yeux sur les bords du Saint-Laurent.Vous aurez pitié de ce petit peuple malheureux dont le plus grand tort fut d\u2019avoir de mauvais chefs.L\u2019intérêt des grands peuples c\u2019est de faire des empires: l\u2019intérêt des petits c\u2019est de faire de la civilisation chrétienne.Chacun apporte sa pierre.Ce petit peuple lauren-tien tient jusqu'en ses indignités, dans son anonymat historique, des sources de haute vie qu'il faut qu\u2019il re-pense et re-sente.Sa roture fut de grande fierté et de grand héroisme autrefois.Un don exceptionnel de gratuité semble une caractéristique de son type humain quand il retourne à ses ancêtres et qu\u2019il sort de sa routine.La'fécondité de ces premiers ouvriers de la terre s'est affadie.Les descendants ne domptent plus la fatigue ou le tour de rein ou la raideur des jambes avec la même endurance.Ils sont frileux et peureux.Mais ils veulent retrouver cette intrépidité perdue.Ils veulent redevenir cette communauté couronnée du solide chrétien.Ils vont tenter de faire face à tout, même à l'impossible.Nous, fils dévoyés et déracinés, nous désirons rentrer dans la maison du Père.Les Malheureux vont tâcher de NOTRE-DAME DES MALHEUREUX 87 redevenir maîtres de leur destin.Mais pour les conduire par la main jusqu'au temple de la divinité réelle où trône et brille le Fils, il n\u2019y a que la Mère C\u2019est sur Elle qu'ils comptent pour recouvrer l\u2019espérance et la pureté.Arthur Laurendeau Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Les cofés et confitures de J.-A.Désy LIMITEE SONT LES MEILLEURS\tEXIGEZ-LES Québec, centre du monde Impossible de ne pas nous l'avouer dans le secret de notre être: nous ne pouvons dissimuler la joie qui gonfle nos cœurs et l'orgueil qui emplit nos esprits à la pensée que les hommes d'Etat et les chefs militaires des Nations-Unies ont tenu une conférence sensationnelle dans la ville de Québec.Voilà qui rachète tout et nous fait apprécier les avantages de notre participation totale à la guerre.Ah! nous sommes bien récompensés et seuls les grincheux et les aveugles volontaires tireront de l\u2019arrière pour célébrer les louanges d\u2019un gouvernement qui a su voir assez loin pour nous préparer une telle apothéose.Maintenant, s\u2019il nous faut mourir en Guyane anglaise ou aux Aléoutes, il nous restera, en fermant les yeux, l'image éblouissante d\u2019une consécration officielle dont nous n étions peut-être pas dignes.Il n'importe: dans sa munificence, la Providence a voulu nous combler.Qu'elle en soit profondément et humblement remerciée! Je voudrais avoir l\u2019imagination colorée et la lyre aux accents déchirants du saint roi David pour chanter les fastes de ces grands jours qui s\u2019inscrivent en lettres d'or et de feu aux pages de notre histoire.Que les gloires du passé nous paraissent fades! Ne nous reprochons pas toutefois d\u2019avoir honoré jadis Champlain, Laval, Talon, Frontenac, Montcalm, Papineau, LaFontaine: nous ne connaissions pas mieux.Nos enfants auront une joie qui nous fut refusée.Ils apprendront avec QUÉBEC, CENTRE DU MONDE 89 émotion que l'histoire du monde s'est faite dans la ville de Québec.Au lieu de peiner sur les profils pâlis de ces figures à la vérité modestes et sans relief, il leur sera donné de vivre dans l'intimité scolaire de M.Harry Hopkins et de la subalterne Mary Churchill; le cigare de Churchill et le fume-cigarettes de Roosevelt remplaceront avantageusement dans l'imagerie populaire le mousquet de Dollard et les canons de Frontenac.Autre temps, autres mœurs: nous sommes évolués et nous atteignons à un ordre véritable de grandeur.Nos enfants souriront de la chevauchée hivernale des 300 Canadiens vers Boston en songeant aux expéditions de pêche de MM.Roosevelt et Churchill.Et s'il leur arrive d'oublier que Lévis brûla ses drapeaux à Sainte-Hélène, qui leur en tiendra rigueur, pourvu qu'ils se rappellent toujours que M.Anthony Eden se baignait tous les matins dans les eaux du lac Beauport ?Ce furent donc des jours graves et touchants; nous n\u2019avons pas fini d\u2019en épuiser le potentiel d émotion.Au reste, les principaux personnages de ce drame qui rejette dans l\u2019ombre Euripide et Sophocle ont eu l\u2019intuition qu'ils risquaient de troubler à jamais l'âme pure et simple des Canadiens en se montrant d\u2019un seul mouvement à leurs hôtes.Ils ont cru plus sage de procéder par étapes.D abord, M.Winston Churchill est arrivé.C'était déjà un coup pour nos nerfs.Il a conféré pendant quelque temps avec M.Mackenzie King; ce dernier est sûrement un grand homme, mais enfin, nul n'est prophète dans son pays.Disons en passant que nous ne sommes pas médiocrement 90 l'action nationale flattés qu'un homme comme M.Churchill, dont l'expérience est vaste et le savoir étendu, ait eu besoin des lumières de M.King et qu'il ait traversé l'Atlantique pour le consulter et lui demander conseil.C\u2019est la preuve évidente que nous n'avons peut-être pas toujours su apprécier à leur juste mérite les qualités éminentes de M.King.Rougissez donc, électeurs de Stanstead, de Selkirk, de Humboldt, de Cartier! Puis, M Churchill est parti pour les États.Auparavant, il va sans dire, il s'était rendu au Parlement provincial soumettre aux membres du gouvernement Godbout les projets qu'il a arrêtés pour la création d'un second front.Nos ministres provinciaux ont étudié soigneusement les plans qui leur étaient soumis et il ne paraît pas qu\u2019ils y aient fait des modifications importantes.M.Godbout a fait l'un de ses petits discours dont il a le secret, un discours en anglais, tandis que M.Churchill a remercié en français le cabinet d\u2019avoir bien voulu lui accorder quelques minutes de son temps précieux, exclusivement consacré au bien-être de la province.Aux États-Unis, M.Churchill a passé quelques jours à discuter avec M.Roosevelt, puis il est revenu à la citadelle.Peu de temps après, le président des États-Unis venait lui rendre la politesse à Québec.Le chien Falla faisait partie de la délégation américaine, ce qui laisse prévoir qu'il s'agit d'une dogged fight dans le Pacifique.Souriant et affairé, Falla n'a toutefois donné aucune entrevue aux journalistes, par crainte sans doute de trahir des secrets militaires. QUÉBEC, CENTRE DU MONDE 91 La plus grande discrétion a entouré toutes les délibérations, ce qui ne nous oblige à souligner que des faits évidents aux yeux de tous.On s'interroge souvent sur la nature des liens qui existent entre les Nations-Unies.11 est bien difficile de répondre avec précision à cette question, car l\u2019on ne nous invite pas aux diverses conférences.Il est peut-être permis de rechercher des symboles et des allégories.Ainsi, lors d\u2019une expédition de pêche à une cinquantaine de milles de Québec, M.Roosevelt a pris trente truites, tandis que M.et Mme Churchill, à eux deux, n\u2019en ont capturé que vingt-huit.Nous savons le danger de dégager des faits des conclusions trop arbitraires.Serait-il toutefois permis de croire qu\u2019il y a là une indication précieuse sur la vigueur éventuelle de l\u2019impérialisme américain ?Dans un domaine aussi difficile, il ne faut rien affirmer de trop catégorique.Nous laissons à l\u2019histoire le soin de confirmer ou d\u2019infirmer nos prévisions.Si nous sommes bien éloignés de savoir tout ce qui s\u2019est passé à Québec, capitale du monde pro tempore, nous sommes très au courant de ce qui n\u2019a pas eu lieu.Ainsi nous savons pertinemment que le Souverain Pontife n\u2019est pas venu au Château Frontenac transmettre une offre de paix du maréchal Badoglio aux Nations-Unies.Il est faux de soutenir qu\u2019un barbier de la rue Saint-Jean ait rasé Joseph Staline, de géorgique mémoire.Ni Greta Garbo, ni Tchiang Kai-shek, ni Eleonore Roosevelt ni sir Harry Lauder n\u2019ont participé à la conférence.Les Alliés n'ont pas institué à Québec un procès politique contre Mussolini.Il 92 L ACTION NATIONALE est également faux de propager la rumeur que Churchill ait manqué de cigares; à cet égard, nous pouvons invoquer de multiples documents photographiques.Les journalistes, c'est bien connu, ont l'imagination fertile.Ils ont le souci louable de faire parvenir à leurs journaux des informations abondantes.Or, à Québec, ils n'étaient pas, mais pas du tout, dans les secrets des dieux.Force leur fut donc de créer, dans le sens de faire quelque chose de rien.Ainsi, un jour de lassitude, ils inventèrent que M.Churchill avait confié à certains de ses interlocuteurs que la guerre serait terminée d'ici six mois.De prime abord, la nouvelle était assez étonnante.Non pas qu'il faille croire impossible une victoire prochaine en Europe; tous les signes s'accordent pour indiquer la fin des hostilités en Europe d'ici une quinzaine de mois.Mais il n\u2019est guère dans les habitudes de M.Churchill de lancer de par le monde des déclarations optimistes; bon psychologue, il croit préférable de n\u2019affirmer pour certain que ce dont il est inébranlablement sûr, car il sait qu'une déception entraîne la plus terrible dépense d'énergie et qu\u2019elle compromet le moral des peuples.Comme il fallait s\u2019y attendre, le premier ministre anglais s'est empressé de démentir ce propos qu\u2019on lui prêtait à tort.Il s'est exprimé formellement, refusant de se livrer à aucun pronostic.Mais il n'importe: pendant quelques heures, les journalistes avaient eu une nouvelle intéressante.Nous avons donc, pendant une vingtaine de jours, hébergé les cerveaux des Nations-Unies, QUÉBEC, CENTRE DU MONDE 93 au coût quotidien de $8,ooo.Pourquoi l'avoir annoncé au moment même où nous avions l'incomparable honneur d'abriter dans nos murs de si distingués personnages ?C\u2019est un manque de tact absolu et qui n'est pas à notre avantage.Qui a donc voulu ainsi nous faire perdre notre belle réputation d\u2019hospitalité ?Au reste, ces huit mille dollars quotidiens ne sont qu\u2019une goutte d\u2019eau pour un pays riche comme le Canada.Nous n'en sommes pas à compter les milliers de dollars, nous calculons par milliards, preuve que nous sommes devenus une nation adulte qui a abandonné le calcul mental pour exceller dans les opérations plus compliquées du calcul des probabilités et des équations à plusieurs inconnues.Ces notes rapides sur un événement historique sans précédent seraient par trop incomplètes si nous ne soulignions pas d'un trait le rôle éminent joué par M.Mackenzie King.Il s\u2019est montré partout à la hauteur de sa tâche; il s\u2019est révélé un parfait amphitryon.Poli, déférent, modeste, sachant s'effacer au besoin, doux et humble de cœur, toujours empressé à servir, il a compris la nature de son emploi.On n\u2019en saurait dire autant de tous les acteurs.Un observateur sagace remarquait que M.King avait déclassé tous les pages par la délicatesse de ses manières.A quelqu'un qui demandait à un des chefs de la délégation américaine si M.King participait à tous les entretiens Roosevelt-Churchill, il lui fut répondu: «Nous n avons qu'à le faire demander quand nous en avons besoin».C\u2019était un hommage subtil à la presence d\u2019esprit de notre premier ministre qui a 94 l'action nationale reçu une trop belle éducation pour s'imposer et qui sait se faire désirer.C'est le secret de la puissance.Le monde entier a eu les yeux fixés sur Québec Ce que le troisième centenaire de la ville, le congrès de la langue française et le congrès eucharistique ne nous avaient pas donné, la conference des Nations-Unies nous l\u2019a obtenu d emblée.Nous n\u2019avons pas tardé au reste à récolter les bienfaits de cette situation privilégiée.Ainsi le Times de Londres ne s\u2019y est pas trompé: « Dans n\u2019importe quelle opération militaire qui puisse être projetée sur le continent européen, on peut être sûr d y voir participer les forces canadiennes considérables qui sont actuellement dans l\u2019attente en Grande-Bretagne et il est de première convenance que le gouvernement canadien et les autorités militaires canadiennes soient consultés lors de la discussion du plan de l\u2019opération éventuelle .Le Canada a, depuis le début, dépassé tout ce que l'on pensait possible et il a tout jeté ce qu il avait, avec une rare générosité, dans l\u2019enjeu commun.» Il y a donc des gens capables de nous comprendre et de constater que nous pratiquons le détachement évangélique, que nous sommes pauvres en esprit.De son cote, le Daily Express a intitulé un article: Canadians may be spearhead (les Canadiens seront peut-être la pointe de lance de l\u2019invasion américaine).Ce titre se passe de commentaires et souligne d opportune façon les résultats de la conférence de Québec.L invasion du territoire continental de l\u2019Italie en apporte une heureuse et éclatante confirmation.Les QUÉBEC, CENTRE DU MONDE 95 Dominions ne sont plus tenus à l\u2019écart.Le monde est maintenant notre aventure! Les historiens de l\u2019avenir épilogueront longtemps et longuement sur les innombrables aspects de la conférence de Québec.11 ne s\u2019agissait ici que de marquer d'une pierre blanche cet événement grandiose qui nous a à jamais inscrits sur la mappemonde.L\u2019écolier du Thibet ou de la Patagonie à qui l\u2019instituteur demandera: \u2014Que savez-vous de Québec ?, répondra sans une minute d\u2019hésitation: Le cigare de M.Churchill, le sourire à répétition de M.King, Mme Churchill en calèche et l\u2019absence de Staline.Car c\u2019est par des images d'Epinal que se gravent dans l\u2019esprit des foules les grands événements du monde.Testis Tél.HA.0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Plaça J'Armai, - Montréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64 avo Nelson, Outremont, Tél.DO.6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390 boul.Pie IX, Tél.CL.3580 Avons-nous compris nos ouvriers ?Depuis une décade ou plus, il est devenu à la mode, dans nos milieux intellectuels bourgeois, de s'apitoyer sur le sort de l'ouvrier, sur la nourriture qu'il mange ou ne mange pas, sur les taudis qu il habite, sur les vêtements et les soins médicaux et hygiéniques qu'il n\u2019arrive pas à se donner.Loin de moi l'idée de blâmer ceux qui l\u2019ont fait, du moins dans leur intention, mais j'estime qu'il y a lieu de se demander si, de la façon dont ils le font et quant aux points sur lesquels portent leur commisération, ils montrent toujours qu'ils ont bien compris nos ouvriers.Habitués à jouir d'un certain confort matériel qui leur paraît trop souvent l'idéal suprême à atteindre, ne s\u2019illusionnent-ils pas ?En prêtant à l'ouvrier le désir d'arriver à manger aussi grassement qu\u2019eux, à habiter dans les mêmes maisons claires, chaudes, bien décorées, â s\u2019asseoir aussi confortablement qu'eux pour lire son journal dans les mêmes fauteuils douillettement bourrés, à avoir un tel soin de son corps et de sa santé qu il coure chez le médecin au moindre bobo, ne commettent-ils pas tout simplement l'erreur de croire que ce qu'ils estiment nécessaire cour être satisfait de l'existence l'est devenu également et de la même façon pour l'ouvrier ?Il est d'autant plus important de réfléchir sur ces points qu'il y a une leçon pratique d'une extrême gravité à en tirer.Les historiens ont AVONS-NOUS COMPRIS NOS OUVRIERS ?97 souvent remarqué qu'à peu près toutes les grandes périodes de révolutions politiques et sociales ont été précédées de pareilles ères d'attendrissement.La décadence de la plus puissante république de tous les temps, la république romaine, et l'installation de la tyrannie à Rome ont été déclenchées par la « sécurité sociale )) à titre gratuit que les classes bourgeoises, attendries sur le sort des classes pauvres et désireuses d'y remédier sans rien sacrifier de leur position, ont instaurée dans 1 État.Les deux plus grandes révolutions de l'époque contemporaine, la Révolution française et la Révolution bolchevique russe, ont été ainsi préparées par des intellectuels bourgeois, qui ont fini par convaincre la masse qu'elle était encore bien plus malheureuse qu elle ne s\u2019imaginait l'être.La propagande marxiste dans les pays industriels ne procède pas autrement: là où elle a eu quelque succès, elle a fini par mettre dans la tête de 1 ouvrier qu'il était indigne de sa condition d homme de travailler selon les méthodes modernes de production, chose dont il ne s'était jamais avisé auparavant.Or si 1 attitude d'une bourgeoisie qui se penche sur la classe ouvrière a si souvent eu pour effet de déclencher sur le monde des tempêtes sociales épouvantables, c'est justement parce que ses intellectuels, jugeant la masse selon des standards bourgeois, lui supposent, puis lui communiquent des désirs nombreux qui n'existent pas chez elle.\\ enant s ajouter à ce qu'elle estime déjà ses motifs de griefs, cette avalanche de besoins nouveaux lui font apparaître l\u2019existence si intolérable que ses 98 l\u2019action nationale passions accrues en nombre et en intensité se déchaînent en torrent et balaient tout sur leur passage.C'est justement d'ailleurs parce que le marxisme veut provoquer ce déchaînement qu\u2019il pratique systématiquement la méthode Pour ceux qui ne recherchent pas la révolution et le désordre, parce que la révolution et le désordre ne servent toujours que les intérêts d'une bande de meneurs assoiffés de pouvoir et tournent en définitive contre la masse même qu'on prétendait satisfaire, ne vaudrait-il pas mieux essayer de savoir d\u2019abord ce que l\u2019ouvrier désire et tâcher de le lui procurer d'une façon convenable et saine plutôt que de lui créer de nouveaux besoins à ajouter à ceux qu\u2019il a déjà et qu\u2019il ne peut déjà pas satisfaire ?Au surplus, ce qu\u2019il désire ne vaudrait-il pas mieux, par hasard, que ce qu on veut lui donner ?Ce que veut l'ouvrier Il n'est pas de meilleur moyen de savoir ce que veut l'ouvrier que de le regarder agir.Cela est autrement significatif que ce qu\u2019il dit, car ses propos, surtout dans les milieux agités comme Montréal, ne sont trop souvent que le reflet du dernier propagandiste-démagogue qu'il a rencontré.Or que se passe-t-il chez lui quand, une période de prospérité venant, son revenu se stabilise et s'accroît ?En profite-t-il pour transformer sa frugale table d'ouvrier en une table bourgeoise ?La plupart du temps non.Avec un peu plus d'insistance mise sur certains produits trop coû- AVONS-NOUS COMPRIS NOS OUVRIERS ?99 teux pour les temps de crise, comme le beurre et les œufs, il va continuer à manger à peu près le même menu.C\u2019est qu\u2019un menu n\u2019est pas seulement affaire de variation hebdomadaire ou annuelle de revenu, mais une affaire de goût, d habitude, de tradition Formé à un certain genre de nourriture, 1 ouvrier ne trouve généralement pas très bons tous ces petits mets délicats qui font les délices des palais bourgeois.C\u2019est un fait d'observation courante chez tous ceux qui se sont occupés d oeuvres sociales ; chez tous les bourgeois aussi qui ont quelque peu le sens de l\u2019observation et qui ont requis, à un moment ou à un autre, les services d\u2019employés des deux sexes qu\u2019ils nourrissaient et qu'ils ont dû initier, quand ils ont pu vraiment y arriver, à leurs habitudes de table.De même, l'ouvrier qui vivait du secours direct ou d\u2019un maigre salaire et qui tout à coup tombe avec un salaire de 50 ou 60 dollars par semaine va-t-il immédiatement déménager de son taudis à 15 ou 18 dollars pour habiter un logement moderne de 50 ou 60 dollars ?La plupart du temps, non encore.Cela pourra venir plus tard, si ce haut salaire paraît devoir se perpétuer et que l\u2019ouvrier s\u2019embourgeoise graduellement.Mais pour le moment, il va rester dans le même tandis et ce n\u2019est pas à du loyer supplémentaire qu\u2019il va dépenser son surcroît de salaire.Sera-t-il plus porté qu'avant à se faire soigner ou à faire soigner les siens ?Pas beaucoup plus.L homme du peuple, ouvrier ou agriculteur, du moins l'ouvrier à l\u2019état naturel, non gâté par toutes sortes de propagandes, n\u2019est jamais douillet 100 l'action nationale pour son corps.Il est au contraire dur.Toutes ses habitudes de vie sont en ce sens et il n\u2019en changera pas comme cela d\u2019un jour à l\u2019autre parce que son revenu s\u2019est accru.Riche ou pauvre, il continuera pour un temps encore à ne pas se soigner, à avoir plus confiance aux charlatans qu\u2019aux médecins, à n'appeler ce dernier que quand il est dangereusement malade, parfois après le prêtre.Ce n\u2019est pas tellement du manque des nécessités de la vie que l\u2019ouvrier souffre vraiment.C\u2019est de ce qui rend la vie agréable et belle, ou du moins ce qu\u2019il croit être tel.Ce qu'il achètera dès qu\u2019il gagne davantage, ce sont de beaux meubles, de belles toilettes pour les femmes.L'argent supplémentaire qu\u2019il recevra, il passera à s\u2019amuser, la plupart du temps de la mauvaise façon, mais en tout cas à se distraire, à se détendre: tavernes, cabarets, salles de danse, cinéma.Si la somme en question est considérable, il voudra avoir une automobile, etc.Et quand les périodes de crises reviendront, ce dont il souffrira, ce n\u2019est pas tant de devoir manger un peu plus mal; ce sera surtout de voir le marchand venir chercher le radio et les meubles qu\u2019il n\u2019a pas fini de payer; ce sera de voir les autres s'amuser alors que lui n\u2019a pas un sou pour se divertir.Toutes ces choses lui tiennent tant au cœur qu\u2019il préférera moins bien manger encore qu\u2019il ne le pourrait avec son secours direct pour épargner les quelques dix sous qui permettront à tous les membres de la famille de s'engouffrer, au moins une fois la semaine, dans quelque salle populaire de cinéma. AVONS-NOUS COMPRIS NOS OUVRIERS ?101 Ce qu'il faut donner à ^ouvrier Ce sont d ailleurs là des faits et un état d\u2019esprit qui font le grand scandale des bourgeois et qui leur servent même d\u2019excuse pour refuser de faire la charité.Aussi me diront-ils: tout cela n'est-il pas mauvais ?Faut-il abandonner l\u2019ouvrier à tous ses instincts ?Ne vaut-il pas mieux faire son éducation, lui apprendre à bien satisfaire d\u2019abord ses besoins essentiels et, pour cela, lui créer la mentalité nouvelle qui convient pour l\u2019élever à un niveau supérieur de civilisation ?Allez-vous prêcher que si 1 ouvrier ne désire pas sortir des conditions antihygiéniques dans lesquelles il vit, tant au point de vue alimentaire qu\u2019au point de vue logement et soins médicaux, il faut le laisser croupir dans un état de vie tout à fait indigne des progrès de notre époque ?Sous ces questions gisent des sentiments et une conception de la vie contenant du vrai et du faux.A la première question, en effet, je réponds: Non, tout cela n\u2019est pas mauvais.Les utilisations particulières que l\u2019ouvrier fait de son argent quand les affaires vont bien peuvent être mauvaises, notamment quand il s agit d amusements dans les salles de danse, les clubs de nuit et les tavernes, d\u2019abus du cinéma; mais ce qu\u2019elles révèlent ne 1 est pas.Elles montrent que les aspirations de 1 ouvrier, si elles restent dans le matériel parce que son éducation n'est pas suffisamment faite, ne sont pas non plus grossièrement matérialistes; qu elles visent a se dégager des préoccupations purement animales \u2014les satisfactions essentielles 102 l'action nationale \u2014 pour rechercher quelque chose d autres, situe à la mauvaise place, mais qui decèle la presence d\u2019une aspiration vers des satisfactions plus raffinées que le manger et le boire pour vivre.En somme, il y a là des aspirations mal dirigées vers une vie d homme, aspirations qui prouvent que l'ouvrier, comme tout autre etre humain, « ne vit pas seulement de pain )).Qu il est prêt a sacrifier même le pain pour satisfaire sa passion de ce qui est au delà du pain.Si cet au-dela reste trop souvent encore pour lui empetre dans ce qui nous apparaît d'un matérialisme grossier, parfois même dégoûtant (comme l'ivrognerie), c'est peut-être en grande partie, une fois la part faite aux vices naturels de la nature humaine, parce que nous, les intellectuels catholiques, clercs et laïques, n\u2019avons pas su 1 éduquer et lui offrir entre « le pain )) et « la parole de Dieu » sous une forme austère, toutes ces possibilités de distractions spirituelles ou plus légères, mais saines, morales, qui détendent sans verser dans la bondieuserie ou l\u2019atmosphère de sacristie et qui conduisent mieux à Dieu, dans certaines circonstances, que bien des sermons 1 Il faut dire ici, pour rendre pleine justice aux socialistes et syndicalistes français de 1935\u201440, dont les doctrines et les actes sont déj à assez chargés d\u2019erreurs fondamentales, qu\u2019ils avaient enfin compris ce point \u2014 Dieu exclu \u2014 après s'être trop 1 Je parle ici d'une façon générale et ne mésestime pas, bien au contraire, les efforts louables en ce sens que peuvent marquer le scoutisme catholique et les mouvements jocistes pour la jeunesse.Mais qu y a-t-il pour les adultes ? AVONS-NOUS COMPRIS NOS OUVRIERS ?103 longtemps accroché au char d'un matérialisme marxiste plein de lourdeur, comme tout ce qui vient d'outre-Rhin.C'est pourquoi, sous le régime Blum \u2014 si néfaste à la France par ailleurs à cause même des autres erreurs dont le socialisme français restait pesamment chargé, comme tous les autres socialismes d\u2019ailleurs \u2014 l'on a vu vraiment s\u2019accomplir un bel effort, à trop courte vue sans doute, mais dans la bonne voie, pour redonner à l\u2019ouvrier le goût d\u2019une vie d\u2019homme.L\u2019on a vu les syndicats profiter de l\u2019avènement d'un gouvernement socialiste au pouvoir pour insister plus sur la réalisation d'un programme de congés payés, de loisirs et de voyages mis à la portée des bourses ouvrières, que sur des lois de réfection des taudis, etc., sans négliger non plus ces aspects de la question.Et si les méthodes socialistes d\u2019action et de revendication ouvrière ont gâté bien des sauces, certaines réalisations obtenues n\u2019en étaient pas moins remarquables.Pensez seulement que pendant cette période, et à la suite du travail déjà entrepris depuis quelques années dans les cercles ouvriers, j\u2019ai vu des ouvriers français, de leur propre mouvement, profiter de leurs congés payés pour organiser un pèlerinage culturel au phare par excellence de la civilisation occidentale: Athènes et la Grèce! Cela m'amène aux autres questions que, selon moi, l\u2019on pouvait opposer à ma thèse.Faire l\u2019éducation de l\u2019ouvrier, fort bien! Lui apprendre à bien se nourrir, à bien se loger, à bien se soigner, encore très bien! D\u2019autant que ces facteurs ont leur influence sur les autres comportements de 1 ouvrier Mais chaque chose à sa place et en son 104 l'action nationale temps, car à vouloir faire trop et trop vite, on risque de déclencher plus de désirs et de passions qu\u2019on ne peut en satisfaire.Or habitués que nous sommes, en terre d'Amérique tout particulièrement, à donner tant de place à tout ce qui touche le confort matériel, ne renversons-nous pas un peu trop, par ce qui devient alors un coupable attendrissement, l\u2019ordre des valeurs ?Ce dont l\u2019ouvrier a soif au fond, même s\u2019il le manifeste actuellement d\u2019une façon si peu attrayante, ne provient-il pas d\u2019aspirations d'un ordre supérieur à celles que nous voudrions lui inculquer sous prétexte de le civiliser et qu\u2019il n\u2019a qu\u2019à moitié ou pas du tout ?N\u2019est-il pas plus pressant pour nous de canaliser les énergies motrices qu'il déploie en vue de satisfaire ce qui est au delà des nécessités animales de la vie vers de véritables actes d\u2019homme, d\u2019abord assez rudimentaires puis s\u2019élevant progressivement dans l\u2019échelle des valeurs, que de les faire rentrer trop exclusivement dans le cadre de préoccupations purement terre-à-terre ?Cela réussit, ce qu\u2019il peut y avoir de vraiment peu digne d\u2019un homme dans la façon dont certaines gens du peuple organisent leur vie matérielle ne tendra-t-il pas à se corriger de lui-même ?Ces revendications venant à la suite, dans leur temps, après qu\u2019on aura d\u2019abord répondu aux plus vifs désirs de la classe ouvrière, après que celle-ci aura élevé son niveau intellectuel, ne courront-elles pas plus de chances de pouvoir être réalisées réellement dans l'ordre, condition si indispensable à toute amélioration réelle dans la situation de la classe ouvrière ? AVONS-NOUS COMPRIS NOS OUVRIERS ?105 Sans vouloir le moins du monde faire ici de l'absolutisme, sans prétendre que l\u2019on doive cesser de travailler à la préparation de programmes comme ceux de réfection des taudis, etc., mais seulement en en faisant une affaire d\u2019accent à mettre ici et là, je soumets ces interrogations à la réflexion de tous ceux qui s'occupent d'œuvres sociales ou qui se préoccupent et parlent de ces sujets.Et je conclus par une question qui résume tout: le grand problème ouvrier, celui qui correspond aux désirs les plus intenses de l\u2019ouvrier et qui mérite d\u2019être classé en premier par ses ouvertures sur des aspirations plus hautes ne serait-il pas, avant tout autre, le problème des loisirs à créer et à organiser sous toutes leurs formes ?François-Albert Angers Lor»qu\u2019U s\u2019agit des produits de l\u2019érable \u2014 Exigez toujours la meilleure qualité \u2014 La marque \u201cCitadelle\u201d est la meilleure.1 0 0 % PURE Sirop d\u2019érable \"Citadelle\u201d * Sucre d'érable granulé \u201cCitadelle\u201d \u2022 Sucre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d \u2022 Beurre d'érable \u201cCitadelle\u201d Ces produits sont en vente chez tous les bons épiciers.Les Producteurs de Sucre d\u2019Erable du Québec BUREAU CHEF: 5, Avenue Bégin, Lévis, Québec Notre mission inattendue Je ne saurais rien dire de global.Une pensée tout au plus s'indique, et elle est toujours confuse: l'esprit du lecteur est censé reconstruire Autrement elle ne serait point féconde Je ne dis rien non plus de bien suivi; je ne sais où elle commence, je ne sais où elle finit.Mais elle nourrit diverses choses.Ainsi la vie s\u2019exprime en arbres, en poissons et en hommes.Et même en plaisanteries déplacées, ce que je découvre avec beaucoup de plaisir dans Claudel.La grandeur des réussites politiques est en raison directe de l\u2019utopie qui s\u2019y trouve.Nos gens ne suspectent rien tant que le rêve, et par là les meilleures réalités sont avortées à tout instant.La profondeur d\u2019une œuvre est au départ, selon l\u2019inclinaison que l\u2019ouvrier donne à l\u2019outil.J\u2019ai remarqué partout, surtout en art et dans le travail littéraire (où l\u2019écrivain, confiant dans le hasard, se lance au-devant de la circonstance, sûr de lui-même et qu'il la saisira) que l\u2019imprudence est la mère d'une sagesse plus haute, et j\u2019ai bien peur qu\u2019il en soit ainsi pour tout ce qui est création.Notre histoire contemporaine, je parle de la meilleure, est triste à lire de ce point de vue.Je vois qu\u2019on y évite tout ce qui fuit la prévision certaine, ou, en d\u2019autres mots, tout problème dont la solution ne pourrait s\u2019énoncer avec les termes du problème même.Cet esprit a gouverné les luttes de Bourassa contre l'impérialisme.D\u2019ailleurs c\u2019était une question plutôt diplomatique que politique, et en somme plutôt médiocre que diplomatique ou politique.Le séparatisme même est une réponse encore naïve, je dirai plus loin pourquoi.Il satisfait par l'enthousiasme ceux qui s\u2019arrêtent à la première découverte parce qu\u2019ils la croient riche de consé- NOTRE MISSION INATTENDUE 107 quences indéfinies.Or nous verrons plus loin qu'il ne peut sortir une grande révolution du seul changement de gouvernement: c\u2019est une condition que ce changement, et probablement la moindre.Le séparatisme n'a pas à mon avis d\u2019autre sens.\u2022 Il ne faut donc pas s\u2019arrêter là.J\u2019en vois qui échaffaudent des systèmes plus ou moins semblables à ce qu\u2019on a vu ailleurs.Mais je pense au contraire qu\u2019il faudra mettre bien plus de choses dans notre révolution qu'on ne croit.Une révolution nationale est généralement une occasion manquée de reprendre un problème international qui est celui de l'homme.Un peuple exprime certaines vérités politiques générales qu\u2019il s\u2019agit de dire ou d'accomplir.Et l\u2019humanité veille, car le moindre peuple possède de graves pensées sur l\u2019homme, que seule une nécessité détermine.C\u2019est ainsi que le moindre village peut orienter l\u2019univers: notre mission peut s\u2019en trouver singulièrement rajeunie.L'humanité se fourvoyé collectivement mais ne se rachète pas de même.Un bourg la soulève, qui est ordinairement esclave.Le moment vient presque toujours avec certitude; ce n\u2019est point de quoi l\u2019on doive s\u2019inquiéter.Mais comment n\u2019a-t-on pas pensé que ce moment est susceptible d\u2019être grand! C\u2019est une échéance que l\u2019on peut beaucoup charger.Mais pourquoi travailler tant à la faire venir et si peu à lui donner de l\u2019importance ?On rêve en somme d\u2019un grand 108 l'action nationale événement à peu près inutile.L\u2019événement ne donne presque rien lui-même, il accomplit seulement ce que vous possédiez déjà.Et je croirais volontiers alors au phénomène uivant: un épuisement soudain de toute puissance d\u2019inspiration au profit des puissances de réalisation; en sorte que l\u2019événement survenu trop tôt, il est trop tard et l'occasion perdue.D\u2019autant plus qu\u2019on ne fait guère deux révolutions de suite, ce qui est la même loi.Je veux savoir si les anciens écrivains, qui sont admirables pour nous garantir d\u2019une politesse qui nous menace toujours, eussent laissé passer cette image: l\u2019humanité est une grosse femme malencontreusement lancée sur une pente un peu rapide: la voilà partie sur une voie qui promet peu de choses modérées.Mais le fait est que ce corps possède une masse décourageante, sans plaisanter.Où le monde va, peu de choses semblent devoir demeurer sous le contrôle de l\u2019homme, qui a ébranlé de trop vastes puissances.La grosseur de l\u2019événement décourage l\u2019esprit.Et ce qui fait que la plupart s\u2019en détournent, c\u2019est ce préjugé qu'ils ont, que si l\u2019idée-mère d'une révolution n\u2019est pas aussi complexe, aussi difficile à trouver que celle-ci l\u2019est à faire, cette idée ne vaut rien.Tout le monde attend l\u2019idée complexe: or il faut la fuir, c\u2019est la tentation de l\u2019esprit.C\u2019est qu\u2019on la veut telle qu\u2019on peut la connaître d\u2019avance.J'orienterais volontiers les esprits, si j\u2019étais maître, plutôt vers ces choses que tout le monde à NOTRE MISSION INATTENDUE 109 peu près peut trouver ridicules.La difficulté n\u2019est point de découvrir le vrai, c'est d'être seul à y croire.(Ou bien c\u2019est le contraire, on renonce au problème, qu\u2019on trouve trop compliqué, sans renoncer à la réponse; car il faut bien donner des réponses, comme disait ce médecin devant une coqueluche compliquée d\u2019autre chose, guérissons la coqueluche! C\u2019est de ces guérisons-là qu\u2019un patient crève.Point de réponses simples d\u2019une certaine simplicité! Nous avons du penchant à voir trop clair, il faut simplement voir clair, cela seul est ardu).Ces lieux difficiles de l\u2019esprit nous fuient et nous prenons le parti de les fuir.Il faut se donner le souci des idées les plus improbables.Remarquer l'évidence est déjà une chose assez difficile, nous sommes loin du chemin qu\u2019il y a de l\u2019évidence au conseil, qui est naturellement obscur.Pourtant j\u2019aurais rêvé quelque chose d\u2019approchant: que le monde pût devoir une sagesse à mon pays.J\u2019aimerais la révolution qui ne donnera point ce que le grand nombre avait entrepris de poursuivre.Un grand législateur est un grand adversaire, car l\u2019âme d'un peuple ne peut habiter plusieurs âmes.Ce n\u2019est même pas celle que ce peuple se croit.Lycurgue contredit là-dessus trop de politiciens pour que je croie les politiciens II y a aussi d'excellentes pages d'Helvétius sur les gens médiocres, que je définirais ceux qui connaissent ce qu\u2019ils attendent Je crois pour les avoir observés que beaucoup d\u2019avocats fort savants méditeraient avec profit l\u2019œuvre du Spartiate, qui n'avait pas tant de jurisprudence.(Qui ça, le Spartiate ? 110 L ACTION NATIONALE Helvétius ?) (C'est comme mon parent, qui croit que Corneille est une œuvre de Racine.) L\u2019on comprend enfin ce que je dis: que ceux qui pensent délaissent un peu les questions habituelles.Celles qui pourraient à la rigueur se régler par la force si nous étions forts; je veux dire les petites querelles en cours, dont certaines néanmoins sont assez importantes; qu'ils abandonnent ça aux hommes forts (les esprits ont une telle tendance à n\u2019être que des bras!) Car l\u2019œuvre principale, c\u2019est celle qui donne de la force à la Force, c\u2019est l\u2019attente qui ignore ce qu\u2019elle attend, c\u2019est l\u2019attention, c\u2019est la recherche des idées: qu\u2019on s\u2019arrête, et qu'on accoste un peu ces passants négligés.Je n\u2019aime que celui qui ne sait pas encore si son idée sera orthodoxe ou non.J\u2019indique par là il me semble une certaine attitude de l\u2019esprit d\u2019invention Je pensais à cela quand j'ai rappelé l'état de l'univers.Si petit que soit un État, il faut y comprendre l'univers.Ce que la pensée n\u2019utilise pas est plus utile à la pensée que ce dont elle se sert.La culture s'inspire de cet apophtigme, et il faut bien que la politique aussi.Il faut que les villages s\u2019occupent de l'univers s\u2019ils veulent survivre.La-palice disait qu\u2019il faut qu\u2019ils naissent s\u2019ils veulent vivre après leur mort, mais c\u2019est très vrai.(Il va de soi que je n\u2019entends pas ici le mot survivre comme saint Jean-Baptiste l\u2019entend.) Et d\u2019abord l\u2019office est réciproque: la nation qui possède assez de pensée pour nourrir l\u2019univers a nécessairement reçu des autres assez de pensée pour être elle-même.Je n\u2019augure rien de bon des discours qu\u2019on fait et des problèmes qu\u2019on règle; les problèmes inso- NOTRE MISSION INATTENDUE 111 lubies et les discours impossibles sont beaucoup plus profitables.11 faut se donner autant de folies qu'on peut.Je veux par là montrer une certaine voie qui n\u2019a pas été dans ce pays très pratiquée.On a la manie d\u2019entreprendre seulement ce dont on est capable.Le séparatisme n\u2019est qu'un problème parmi d\u2019autres; il est mauvais de fonder trop d'espérances sur une question qui peut être réglée.Car un problème n'a de ressort que pour lui-même.Mais s\u2019il s\u2019agit d\u2019inventer une nation, c\u2019est une autre affaire.On pourrait dire qu on s est contente jusqu\u2019ici d'inventorier.Je pense avoir assez dit sur ce point ma pensée.Je sais bien que la jeunesse a dans le cœur la passion de mourir: la vie se manifeste là sous sa forme la plus pure.Le principal est de se faire tuer; oui, mais il faut faire attention: on se donne avec une égale impétuosité aux causes belles et aux causes bêtes.Rien ne se ressemble mieux pour l'enthousiasme et pour le sage: c\u2019est ainsi que la sagesse observe les amoureux .Cependant je découvre un autre rôle à ce sublime que de sublimer la bêtise.L\u2019agitation des patriotes a du bon.(J\u2019y reviendrai dans un article sur la violence.) Car les questions politiques ne rencontrent point de solutions dans les seules constructions de 1 esprit; mais c\u2019est le problème lui-même qui résout le problème à une certaine pression.Pierre Vadboncoeur La dictature des dictateurs Le facteur économique joue, dans l\u2019histoire, un rôle considérable.Chacun le reconnaît, mais, si on admet son importance dans la vie contemporaine, on ne cherche guère à savoir, si, dans le passé, il a joué un rôle comparable ou a même joué un rôle quelconque.Or, dans les manuels d\u2019histoire, dans la plupart des synthèses historiques que le grand public lit généralement avec un certain intérêt, dans l\u2019enseignement des facultés enfin, la part dévolue à l\u2019histoire économique est presque nulle.Cependant, précisément parce que les problèmes économiques ont aujourd'hui une importance que tout le monde admet, il est utile de les considérer avec quelque recul, sans toutefois remonter plus loin qu\u2019à la fin du xvme siècle, c\u2019est-à-dire au colossal soubresaut du prolétariat que fut la Révolution française, et des postulats qui en émanent dans la fameuse déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen La royauté du traficant est de date récente; longtemps il fut considéré comme un serviteur utile à la collectivité sans doute, mais qui, dans l\u2019ordre des préséances, arrivait bien loin de la première place Sous l'ancien régime les Princes ménageaient les financiers, les fermiers-généraux, mais les nobles les méprisaient Au xixe siècle, au contraire, les héritiers des grandes familles nobles de l'Europe ont épousé les filles des marchands internationaux. LA DICTATURE DES DICTATURES 113 Quand on parle de l'interprétation économique de l'histoire, on pense aussitôt à Karl Marx, à la conception matérialiste de l\u2019histoire.Il est difficile de traduire correctement la pensée marxiste; ceci est peut-être la faute de ses commentateurs qui ont considéré que tout en elle était un immuable et définitif credo.Pour le marxisme, les forces économiques jouent, à travers l'histoire, le rôle dynamique et créateur.Les ressources de la production sont en évolution constante au fur et à mesure que s'accroissent les connaissances de l\u2019homme et son pouvoir sur la nature; en conséquence, le besoin de changement est constant dans la structure politique de la société.Malheureusement, dit Marx, les systèmes politiques ne changent pas constamment au gré des réalisations financières, et' il se trouve justement que leur évolution ne suit point pas à pas les possibilités de production; car, tout système de gouvernement, une fois qu\u2019il est organisé, est mis entre les mains d'une classe ou d'un groupe.Cette classe ou ce groupe,'installé dans le pouvoir politique, n\u2019a nullement l\u2019intention de céder ses privilèges dans la lutte, et, pour se maintenir, il est considéré comme normal que cette classe ou ce groupe se rende rapidement complice de combinaisons louches qui lui sont dictées par la haute finance; devenue rapidement spoliateur, cette classe ou ce groupe devient nécessairement le jouet des coulissiers internationaux.Pourquoi est-ce précisément au xvme siècle qu\u2019on aperçut clairement le rôle joué par le Capital ? 114 l'action nationale Parce que ce fut à partir de cette époque que l'acti-cité industrielle prit, dans les principaux Etats de l'Europe (car il ne saurait être encore sérieusement question de l'Amérique) une importance extrême que les siècles précédents n'avaient que très relativement connue.A partir de 1780, nous voyons, dans tous les domaines, éclore des faits révolutionnaires dont émane, à travers les siècles, tout ce qui encore aujourd'hui constitue notre nourriture intellectuelle.A partir de ce moment, l'essor de l'époque moderne s\u2019affirme avec une vigueur moderne: le Capitalisme industriel se développe, l'économique épanouie profite d'impulsions de plus en plus puissantes; nouvelles expériences dans les laboratoires, nouvelles inventions techniques, nouvelles méditations sur les lois et les fonctions de cette économie toute neuve qui croît sur les bases posées par Adam Smith.La pression de toutes ces poussées combinées engendre un vertige, une ivresse fiévreuse souvent suivie d'un réveil, mais qui, dans son essor et malgré tout, s'extériorise de plus en plus.Des empires coloniaux sont créés et l'époque porte de plus en plus la marque de personnalités économiques, et de personnalités politiques, ces dernières, presque toujours au service des premières.En effet, tandis que décroît la vie culturelle, cette époque voit surgir des princes de l\u2019économie, qui placés sur la frontière du génie et de la démence, touchent du moins à la génialité. LA DICTATURE DES DICTATURES 115 Aux environs de i860, nous arrivons à l\u2019apogée de cette époque caractéristique.A partir de ce moment-là, un lent engourdissement envahit tous les domaines.Bien que la marée des grandes entreprises se fasse encore sentir, soulevée par les dernières grandes découvertes, elle semble s\u2019affaiblir jusqu'à la guerre mondiale, se dérouler lentement, tandis que l'impulsion due aux grandes inventions vient peu à peu à faire défaut.C'est alors que l'économie déchaînée commence à se figer dans les cadres des trusts, des consortiums, des cartels.C\u2019est l\u2019époque de la naissance des puissances occultes ! Les grandes personnalités de l\u2019industrie deviennent plus rares et sont remplacées par des groupes arrogants et désormais on voit naître la synthèse «politico-industrielle».L'État pourtant réduit au rôle de «gardien de nuit», revient au premier plan et grâce à la vigueur que lui apporte le sang nouveau : ($) du capital, il peut forger pour le prolétariat, de nouvelles chaînes.Toutefois, les masses, réveillées et exacerbées par les luttes sociales, proclament une nouvelle « notion du peuple », et se heurtent à une aristocratie industrielle, à une sorte de système féodal de l\u2019économie qui réagit sans pitié ni générosité, comme le faisait la noblesse féodale de 1780 à l\u2019époque pré-révolutionnaire contre la bourgeoisie et les vilains.Le titre de « chef économique » (ce que nous appelons en langage courant le trustard) naît, comparable au titre de marquis ou de comte; lettre de noblesse moderne qui entraîne pour le 116 l'action nationale récipiendaire d'autres titres comme ceux de « conseiller », « professeur », voire même « docteur honoris causa » ; ce que le peuple traduit dans sa langue naïve par « baron du charbon », prince des allumettes, « roi de l\u2019électricité », « dictateur du pétrole », etc.Les vrais représentants de l'économie, ceux de l\u2019artisanat et de l'initiative privée libre, ne sont plus que des successeurs affublés du nom ancestral indispensable au bon renom de l'entreprise.Si on regarde de près le tableau de l\u2019évolution capitaliste depuis la Déclaration des Droits de l'Homme, on peut constater une certaine cadence.A partir de la découverte véritable qui naît à l'atelier ou au laboratoire, les inventions suivent une courbe déterminée et il est avéré, au cours du xixe siècle, que trois « décades » sont toujours nécessaires pour la mise au point complète d'une invention, pour qu'on puisse l'exploiter économiquement et pour que commence ce que l'on appelle « l'ère de cette invention ».A cette enseigne nous pouvons signaler à titre documentaire: l\u2019ère de l'électricité, l'ère du coton, l'ère de la machine à vapeur, l'ère de l'acier fondu, 1ère du pétrole, 1ère de la locomotive, l'ère de l'automobile, l\u2019ère de l'avion, 1ère de la chimie, 1ère des banques, etc.Ici, nous ne pouvons résister à la tentation de brosser un portrait sommaire de deux figures marquantes de 1 époque du plus grand épanouissement du capitalisme, et qui sont caractéristiques du capitalisme lui-même d avant-guerre. LA DICTATURE DES DICTATURES 117 Nous voulons parler des deux magnats allemands: Grillo et Strausberg.Le premier, petit commerçant wèstphalien est poussé, à un moment donné, vers des entreprises de plus en plus grandes.Fortement attaché à la terre, comme tout aryen, il s'élève au-dessus d'elle tant et si bien qu'à la fin il finit par perdre l'équilibre.Diamétralement opposé, nous trouvons le juif Strausberg, demain, l\u2019Anglais Strousberg et puis toujours pour les besoins de la cause, l'Anglo-Allemand \u201cStreuberg\" qui avant tout, veut s'enrichir.Indifféremment, il écrit pour un journal, il en fonde un lui-même, travaille comme agent d'assurances, ou comme agent de coulisse.Il est de la souche de ceux qui ne possèdent pas de terre, pour la raison bien simple qu'étant Juif, il ne peut ni ne veut en trouver une.Grillo, parti de peu, forge des projets toujours grandioses, crée réellement de grandes unions métallurgistes dans la Ruhr, et il devient rapidement aux yeux de la masse, un génie de la finance qui ne cesse de produire de nouvelles combinaisons et de nouveaux plans.Strausberg lui, pillard avant tout, ne s\u2019embarrasse que de l\u2019idée financière; il crée son propre système qui n\u2019enviSage que le profit rapide en engeançant métallurgie, lignes ferroviaires, compromis de toutes sortes.Grillo s'enrichi>ç comme tous les autres entrepreneurs actifs de cette époque, et bien qu'il 118 l'action nationale finance souvent des entreprises très audacieuses, ses créations tiennent bon dans la crise.Strausberg s'enrichit d\u2019une façon surprenante pour son temps, et s'effondre à la première grande crise, le \"Gruenderkrack\" entraînant dans la débâcle les économies d'un tas de malheureux.Jadis très admiré, on le maudit maintenant; il s'exile â l\u2019étranger, puis est mis en pfison.Quant à Grillo, il s\u2019épuise dans de nouvelles combinaisons fantastiques (il avait prévu entre autres choses, le fameux trust actuel des Krupp) au point que celui le conduit à une maison de fous.Et, en même temps que Strausberg écrit en prison un livre destiné à justifier ses spéculations, Grillo, plongé dans les ténèbres, s\u2019occupe de son dernier projet, celui de financer la maison de fous qui l\u2019héberge.Ces deux personnalités diamétralement opposées qui se croisent à un point décisif, ces deux vips dont l\u2019une va de la terre à la folie, l'autre de la privation de la terre à la prison, peignent bien le capitalisme moderne, sa poussée violente, ses détours scabreux, son manque de scrupule, sa mission redoutable, en un mot sa tragédie! Les agissements d'hommes de cette espèce, entraînent progressivement une sorte d\u2019inertie du capital.Pendant la guerre de 1914\u2014 les États intervinrent d'une manière décisive quant ils entreprirent la grande expérience; celle de prendre la direction de la vie économique proprement dite et de mettre la main sur les matières premières. LA DICTATURE DES DICTATURES 119 A cet égard, il est important de noter que l'économie libre vint en quelque sorte au-devant d'eux, grâce à de nouvelles formules d'organisation.Mais bientôt, il se trouva que, malgré l\u2019abolition du principe de l'économie dirigée, malgré le retour partiel à l\u2019économie libre, la pétrification du capital continua d\u2019elle-mème sous l'action croissante des gouvernements, formés, dans la plupart des cas, de faux frères, et c'est alors que nous assistâmes à la formation de cartels et de trusts de plus en plus importants.Cette réaction des États et cette stagnation économique trouvèrent un pendant dans le mouvement social qui se développa parallèlement à elles et qui devint puissant.Par leur fréquence et par leur ampleur, les grandes grèves accompagnées souvent d'émeutes, prirent l'importance d'une révolution sociale.La grève des mineurs en Angleterre, le lock out dans la métallurgie allemande, et une multitude de grèves nouvelles, qui ne cessèrent d\u2019éclater ici et là en France et en Amérique, bouleversèrent la vie économique.Le libre-échangisme se brisa contre les murs douaniers dont s'entouraient l'Amérique et l'Angleterre; l'idée d'une économie mondiale périclita à partir de la fameuse conférence de Genève, tandis que simultanément, se créèrent malgré tout des champs économiques nationaux.C'est alors que, grâce à la démocratie, les masses ouvrières engendrées par le capitalisme commencèrent à se fondre avec les États; ceux-ci devinrent de ce fait, plus conscients des masses, et les masses des États, ce qui donna à ces derniers 120 l\u2019action nationale la puissance nécessaire pour remplir jusqu'au bout leur mission historique.En 1930 il semblait donc que nous étions arrivés à un tournant décisif.Un seul regard sur les courbes du chômage et du mouvement des prix, laisse entrevoir à cette époque, une immense catastrophe, et on trouve qu\u2019en février 1931, par exemple, il y a dans les pays civilisés du monde entier, 20 millions d'hommes sans travail.Dans les trois grands États industriels (Allemagne, Angleterre, Amé-nique) un ouvrier technique sur huit et un simple employé sur trois chôment.C'est alors que l\u2019on voit les dirigeants économiques et les politiciens se montrer complètement inférieurs à leur tâche, tandis que de nouveaux chefs peu à peu entrent en scène: Staline, Hoover, Snov/don, Roosevelt, Schacht, etc.Par là, le passage de l\u2019économie libre à l\u2019économie organisée devient possible sur une base non seulement humaine et personnelle mais aussi idéologique, et nous assistons alors aux deux faits des groupes industriels défendant contre l\u2019État, l\u2019idée du capitalisme intégral, et des gros propriétaires défendant de leur côté leurs droits de jouir des capitaux accumulés.En un mot, depuis le coup de \u201989, la Révolution mécanique et industrielle a permis de perfectionner et d\u2019exploiter pendant 150 années, les grandes inventions techniques au profit de quelques-uns, et bien que l'humanité en ait bénéficié dans une certaine mesure, les brevets d\u2019inventions et toute la technique moderne des trusts quant au contrôle de la fabrication, des prix de vente, etc., ont fait LA DICTATURE DES DICTATURES 121 que quelques familles seulement, ont contrôlé et contrôlent encore toute l'économie de l'univers, A l\u2019heure actuelle, nous dit Ferdinand Fried, dans ses ouvrages sur le capitalisme, nous en sommes arrivés à ne juger bien l'homme que sur son revenu.Dans les grandes exploitations et dans les grandes situations officielles, le mot est fort courant: «Son revenu est-il élevé?\u2014 Oui, il est élevé! \u2014 Donc, il a raison!» La question primordiale pour tout homme, n'est pas « Qu\u2019est-ce que je sais faire et qu\u2019est-ce que je dois faire ?», mais: « Combien est-ce que je gagne à telle ou telle combinaison ?».Même après avoir étudié, pendant plusieurs années et avec ardeur, en vue de se spécialiser, il est admis que l\u2019on vend son métier pour se procurer l\u2019avantage de quelques dollars.On se vend à une banque, à une entreprise de monopole, à un journal, à un poste de radio et même à un gouvernement.Si autrefois un changement de métier (par exemple Schiller qui de médecin devint professeur d\u2019histoire) était déterminé par une vocation intérieure qui finissait par l'emporter sur la contrainte extérieure, un métier n\u2019est aujourd\u2019hui uniquement choisi que parce qu\u2019il est un moyen de gagner de l'argent.Si nous pénétrons dans la vie privée de cette société moderne, ou l'argent est dieu, si nous nous trouvons par exemple dans une réunion, entre compères, où l'on raconte des anecdotes amusantes, on a peu à peu l'impression que chaque participant reçoit ici et là un sou, que le rire n\u2019est qu'une partie de l'affaire, et qu'il ne sert en fin de compte que de quittance. 122 l'action nationale L'amour lui-même dans ce monde inversé, est dépersonnalisé, car dans le mariage, le processus de dépersonnalisation agit de plusieurs côtés à la fois, et le mur de séparation, l'argent, s\u2019y élève très haut sous forme de dot, de réseaux d'influences, de fortune, de revenus, etc.La recherche universelle du « combien » pousse la femme vers la vie facile, désagrégeant ainsi la famille, cette cellule primitive de l'État; ce système entrainant progressivement la dissolution de l'État lui-même.Tombons maintenant dans le monde intellectuel qui serait censé dominer la vie idéologique de la nation; nous nous apercevons que nos intellectuels modernes représentent certes une foule de talents et de dispositions, mais bien peu de caractères.On peut ceci, mais on peut aussi autre chose.De là, cette fluctuation, cette instabilité typique, cette disposition continuelle à accepter des compromis plus ou moins rétribués.On vend chaque jour sa personnalité, précisément parce qu'au fond on en a aucune.On considère les grands problèmes de l'époque comme une grosse somme d\u2019argent qu\u2019on échange en \u201cpetite monnaie et qui peut ainsi plus facilement passer d une main à l\u2019autre, et 1 on croit avoir résolu les énormes questions du jour, quand on les a condensées dans une formule arithmétique.Ce qui dénote encore plus l'effet pernicieux du dieu argent sur la société moderne, c'est la fréquence des scandales financiers, leurs gravités et l\u2019impunité dont ils font l'objet, car maintes fois ils échappent, par des subtilités de coulisse et de LA DICTATURE DES DICTATURES 123 chantage, à l'action des lois et leurs auteurs connus peuvent comme Stavisky, Lowenstein ou Zaharoff, jouir en paix du prix de leurs méfaits pendant de longues années.Que peut penser alors l'âme simple de l\u2019homme du peuple, sinon qu\u2019il n\u2019y a pas de justice, que la morale est une fable, le scrupule une sottise, l'honneur un préjugé, et qu'en somme le seul parti raisonnable est d\u2019imiter l\u2019adroit aventurier dont les exploits lui sont racontés, pourvu que, comme cet habile homme il sache ne pas se faire prendre! On objectera qu\u2019il en a été ainsi de tout temps; que partout et toujours il s\u2019est produit des scandales et même des scandales impunis qui ont exercé la même influence démoralisante sur le peuple.Sans doute, il y a eu, dans le passé, des scandales et souvent ils sont restés impunis; mais ils n\u2019étaient pas aussi fréquents, ni surtout aussi connus.11 était rare qu\u2019ils fussent jetés en pâture a la curiosité du grand public et par conséquent, la contagion du mauvais exemple était beaucoup moins redoutable.Enfin et surtout, il existait naguère encore un antidote puissant: c\u2019était l\u2019existence d\u2019un ensemble de convictions et de croyances capables de raffermir les consciences ébranlées, les volontés chancelantes et de satisfaire le besoin de justice qui est au fond de l\u2019fime humaine.La masse de la nation, confusément peut-être mais fermement, croyait au libre arbitre, à la responsabilité morale de l\u2019être humain, à l\u2019immortalité de l'âme, à une autre vie, à une réparation suprême au-delà du tombeau. 124 l'action nationale Elle croyait à la famille, à la patrie, à la grandeur et à la beauté du sacrifice, bref, partout il y avait une morale.Certes tout cela n\u2019est pas détruit, mais tout cela est menacé, tout cela semble même sur le point de disparaître.Un sociologue éminent de l\u2019heure affirme même qu\u2019il n'y a plus de morale.Sur cette triste matière toutefois nous serions tentés de reprendre un mot amusant de Talleyrand: On se plaint, disait-il, de ce qu\u2019il n\u2019y a plus de conscience .quelle erreur! mon ami Sémonville en a deux à lui tout seul! N\u2019en est-il pas de même aujourd\u2019hui de la morale ?surtout en matière financière ?\u2014 (à suivre)\tXXX f.-X Ingénieurs \u2014 LA COMPAGNIE DROLET Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ELECTRIQUES ET AUTOGENES, ETC.206, RUE DU PONT QUEBEC Tribune libre Apologie du créditisme Bien que I'Action nationale ait toujours préféré 1 amour de la vérité et le radicalisme sain autant que fécond à la digestion du bourgeois endormi sur ses accroupissements, je savais fort bien qu un article surtout consacré à l'exposition d une nouvelle technique monétaire y ferait figure de paratonnerre sous un ciel chargé de foudre Au moins un rédacteur, ardent défenseur de la monnaie anarchique qui nous jugule, se devait d enchaîner.Avant de le remercier de m\u2019avoir fourni 1 occasion de faire certaines mises au point, qu'il me soit permis de prédire à M.Angers, inquiet sur mes illusions, sur ma naïveté et sur la suppression, par le créditisme de « l\u2019aile de la liberté )) mais que je sais intelligent, une évolution dans sa religion monétaire.Combien les idées sur l'argent auxquelles l'on accordait, il n\u2019y a pas si longtemps, la valeur des vérités évangéliques ou l\u2019intangibilité des phénomènes de la nature, n\u2019ont-elles pas évolué entre les années 1930\u20141943 ?Que sera-ce donc dans dix ans, dans quinze ou vingt-cinq ans ?Mon contradicteur ne sera donc pas surpris d\u2019apprendre que je reçois avec un grain de sel les avis de tous ces grands économistes orthodoxes libéraux qui nous ont menes dans le bourbier où nous pourrissions jadis dans la misère et où nous mourons aujour-d hui dans le sang.Oui réellement, quand M.Angers parle d\u2019«économistes de valeur» (et je sens que tout son 126 l\u2019action nationale background le fait loucher vers les grands pontifes de l'église rothschildienne) une page de telle grande revue française vient se balancer devant mes yeux, page où je lis, sous la plume de je ne sais plus quel expert, qu'Hitler, avec sa monnaie de caoutchouc, ne tiendra pas six mois s'il déclare la guerre à la coalition France-Angleterre-Etats-Unis qui possèdent I\u2019or! Quand il me parle d'économistes de valeur, j'entends Tower, de la Banque du Canada, soutenir que la dette nationale est le baromètre de la civilisation d'un pays et « que, seuls, les Zoulous, n'ont pas de dette nationale».Quand il me parle d'économistes de valeur, je revois notre inneffable Mackenzie King, les bras en forme de V\" de la victoire, avouer au Ciel et à ses auditeurs torontois qu\u2019il lui fallait la guerre pour comprendre que les Canadiens pouvaient vivre autrement que dans la misère! A tous les grands économistes, les fameux politiciens et les savants financiers de cet acabit, qui ont roulé le peuple dans le crottin à venir jusqu à ce jour, je dis: « Halte, nous en avons assez mangé!» et je reprends mon bon sens.A tous ces pleutres, je préfère cent fois, les idées bancaires de Lloyd George, Ramsay McDonald, Curtin, Savage, Adams, Jefferson, Jackson, Lincoln, Garfield, l'archevêque William Temple et celles de cette demi-douzaine d'économistes et de cette dizaine de banquiers et de financiers convertis qui, s'ils n'étaient pas tous créditistes d\u2019esprit, ont toutefois dénoncé avec vigueur le système monétaire que d'aucuns placent dans APOLOGIE DU CRÉDITISME 127 l'éternité, auprès de la sainte Trinité, et que M.Angers n'a jamais osé attaquer.Il est normal que je réserve un paragraphe à son interprétation du texte de Pie XI auquel j avais fait allusion.J'ouvre donc l'encyclique Quadragesimo anno (édition de l'E.S.P.) à la page 47.Voici les phrases que j'y lis: « De la sorte, les choses en peuvent arriver insensiblement à ce que les idées de ce socialisme mitigé ne diffèrent plus de ce que souhaitent et demandent ceux qui cherchent à réformer la société sur la base des principes chrétiens.Car il y a certaines catégories de biens pour lesquels on peut soutenir avec raison qu'ils doivent être réservés à la collectivité, lorsqu ils en viennent à conférer une puissance telle qu'elle ne peut, sans danger pour le bien public, être laissée entre les mains des personnes privées.» M.Angers, nous annonce-t-il, va tenter de nous démontrer que ces mots, d'une précision pourtant brutale, ne veulent pas dire ce qu'ils veulent dire.Il ne me reste plus qu\u2019à lui souhaiter bonne chance.On me dira peut-être que j'ai sorti ces phrases de leur contexte pour les solliciter.Qu'on relise alors les pages [même édition] 9, 19, 20 et 4b qui, toutes traitent du rôle de la propriété et de l\u2019État.L on pourra alors se rendre compte que, si le pape n'est pas socialiste (c'est sûr), il ne s'oppose pas à ce que l'État mate certains trusts et qu\u2019il a été un des premiers catholiques à « ébrécher » ces « digues » du capitalisme libéral qui ne retiennent plus aucune eau.J'aimerais aussi à avoir les commentaires de M.Angers, pendant qu'il y sera, sur les trois derniers paragraphes de la page 42 128 l'action nationale et le premier de la page 43 de la même édition pages où le pape dénonce, avec une vigueur sans doute due « à un manque de formation économique» les « maîtres absolus de l'argent [qui] gouvernent le crédit », pages qui sont loin, dans la province de Québec, d'avoir joui de la popularité et des commentaires de celles qui traitent du corporatisme Plus que cela, si M.Angers veut savoir pourquoi, même avant Pie XI, le pape Léon XIII, qui voulait s'attaquer encore plus de front à la dictature bancaire sur le crédit, n\u2019a pu le faire, il pourra le deviner en lisant le Pape et les Banquiers de l\u2019abbé F.H.Drinkwater dans le Catholic Times du 9 mai 1941 qui doit sans doute dormir sur les tablettes de la riche bibliothèque des Hautes Etudes.J'ai relu mon article et je me demande qu\u2019est-ce qui peut bien donner à penser à M.Angers que le créditisme est une doctrine spécifiquement catholique?Où ai-je soutenu pareille assertion?Existe-t-il des techniques spécifiquement catholiques ?Existe-t-il un corporatisme spécifiquement catholique ?Existe-t-il une démocratie spécifiquement catholique ?Je ne le crois pas.Mais l\u2019on peut fort bien soutenir qu'il y a des techniques, des corporatismes, des démocraties et même, des régimes autoritaires qui sont acceptables à des catholiques! Voilà une distinction qu'il ne faut pas oublier.Pour notre part, nous ne nous attaquons pas au capitalisme bancaire actuel parce qu'il est né de l'esprit juif attiré vers Tor par 10,000 ans d'histoire, mais bien plutôt, parce que sa technique diabolique s'avère, dans les faits APOLOGIE DU CRÉDITISME 129 artichrétienne et qu'elle place des obstacles terribles sur la route où cheminent les âmes croyantes en enchaînant le corps des hommes à la plus répugnante des misères.De même pour le Crédit social, il est vain et même enfantin de se demander s\u2019il a surgi d'un cerveau catholique ou protestant.Il faudrait plutôt démontrer que sa technique, dans ses principes et dans son fonctionnement, est contraire à l\u2019Évangile, ce à quoi n'a pu parvenir M.Angers malgré toutes ses suppositions.Il est même surprenant de constater, qu'avec toute sa formation, intellectuelle, il n'en soit pas encore venu à y voir une des applications les plus complètes dans le concret des principes de la première grande charte de l'humanité.Après avoir douté, sans preuve, de la sincérité de certains théoriciens créditistes \u2014 si je voulais, je pourrais en faire autant de quelques-uns de ceux de l'Action corporative, du Mouvement coopératif et du Bloc populaire, mouvements qui me sont bien sympathiques mais que je trouve incomplets \u2014 après s\u2019en être pris à ce qu'il appelle les commentaires « philosophico-théologiques brumeux » sur la doctrine créditiste,\u2014 pourtant ses gloses économico-libérales me semblent bien précaires,\u2014 M.Angers poursuit son chemin, comme le Petit Poucet, dans la forêt des insinuations.Mais, s'il continue à tourner en rond, lui, il mourra dans sa forêt! Que ne consent-il donc au plus tôt à grimper à l'arbre du gros bon sens pour voir briller les lumières nouvelles qui viennent de s'allumer à l'horizon de l'économie moderne ? 130 l'action nationale Le créditisme, dit-il en substance, conduit inévitablement au planisme, à l'économie dirigée comme la C.C.F.bien que ces théoriciens ne préconisent rien de pareil.Autrement dit, les principes créditistes ne sont pas planifiants ni socialisants.Mais une fois, appliqué, le crédit social, entraîné par son propre poids, sombre dans le socialisme.Avec des arguments de pareille sorte, toute discussion devient impossible.Car de mon côté, je peux prédire que le corporatisme social, par les interventions répétées du gouvernement pour rétablir l\u2019ordre au sein des corporations aux prises, se muera, au bout de dix ans, en corporatisme politique, genre italien ou salazarien, qui pourrait même servir de tremplin à un nouveau planisme, cette fois, au service des gros producteurs.Je peux encore imaginer avec un peu d\u2019encre, beaucoup de papier et un bon dictionnaire de synonymes, que les coopératives, une fois agglutinées en centrales puissantes, théoriquement toujours aux mains du peuple, peuvent passer en pratique sous la coupe d\u2019une clique.Mais, me direz-vous, ce sont preuves bien faiblement appuyées.Peut-être.Et je vous donne raison si, de votre côté, vous admettez que c\u2019est la tactique dont se sert M Angers pour discuter de l\u2019évolution éventuelle du Crédit social, une fois installé au pouvoir.M.Angers n\u2019est certainement pas un paresseux.A voir dans quelle encre il a saucé sa plume pour rédiger les deux grands paragraphes qui s\u2019en prennent à la paresse, ce n'est pas moi qui oserais devant lui tenter un éloge de ce péché capital qui APOLOGIE DU CRÉDITISME 131 n est peut-être pas le plus mauvais des sept puis-qu on lui doit en partie, les fables du bonhomme La Fontaine, la musique de Schubert, les peintures de Van Goh, les poésies de Verlaine et les romans de Carco.Mais je n'appuie pas davantage, attendu que, comme tous les creditistes, je ne défendrai jamais la paresse vicieuse, pas plus que je prônerai le travail pour le travail et à tout prix.Nous n'acceptons le travail qu autant qu\u2019il est nécessaire à la production de marchandises et de services que requiert la vie d'un être rationnel, civilisé et immortel.Le créditisme semble être la base d'où s\u2019élèveront les lignes du monument économico-social des prochains siècles parce qu'il est le seul à absorber sans dégât le machinisme contemporain.Pensons aux embarras de nos démocraties (chômage) et de nos dictatures d\u2019avant-guerre (armements, guerre) et aux embêtements actuels de Beveridge, de Burns et de Marsh devant le progrès technique.Supposons un pays très riche en ressources naturelles comme le Canada, où au bout de plusieurs décades, il n\u2019y aurait plus de taudis, plus de mauvaises routes, plus de terres à défricher, plus de chemins à construire, avec des greniers remplis.Dans une telle contrée, avec le Crédit social, les habitants, bien que travaillant au ralenti, vivraient en pleine prospérité.Avec les théories monétaires orthodoxes, c\u2019est la dégradation, le chômage, la misère et la faim, même au milieu de telles richesses. 132 l'action nationale A tel point qu\u2019on en revient aujourd'hui et que même dans les milieux où l\u2019on déchire ses vêtements en entendant parler du principe « du plus possible pour rien », l\u2019on commence à admettre que, non seulement le travail manuel mais aussi tout travail quel qu\u2019il soit, n'est pas l\u2019unique titre à la rémunération.Quand on y prône l'allocation familiale, n\u2019est-ce pas là une légère entorse à leurs principes ?L\u2019enfant en bas âge travaille-t-il ?Un père de famille de cinq enfants donne-t-il plus de rendement à l\u2019usine qu\u2019un célibataire ?Non, et c\u2019est d\u2019ailleurs ce qu'ont toujours soutenu les milieux industriels du libéralisme économique où notre système bancaire actuel a toujours trouvé un excellent terreau.Pas de travail, pas d\u2019argent! Un enfant ne travaille pas, il ne doit rien recevoir.Telle quantité de travail, telle quantité d\u2019argent! Un homme marié ne donne pas plus de rendement à l\u2019usine qu'un célibataire, donc même salaire Comment prôner l\u2019allocation familiale en ne liant le revenu d\u2019une personne qu\u2019uniquement à son travail ?Et les héritiers, donc, vont-ils remettre à l\u2019État ou distribuer aux pauvres toutes les sommes qu\u2019ils n\u2019ont pas gagnées eux-mêmes ?Et le Christ (si je me rappelle bien, il était catholique), va-t-on lui reprocher d\u2019avoir nourri une vulgaire foule plus désireuse de l\u2019écouter parler que de travailler ?Va-t-on lui en vouloir d\u2019avoir payé au travailleur de la onzième heure, comme à celui de la première heure, le même salaire sans tenir compte de la quantité de travail produit ?Sans doute encourageait-il indirectement la paresse en décourageant l'effort ? APOLOGIE DU CRÉDITISME 133 La paresse, la paresse ! Nous en a-t-on seriné les oreilles depuis 1930?Je me rappelle encore le combat epique que j eus un jour à soutenir contre certain gerant de banque et de je ne sais plus quelle pieuse ligue, bedonnant et médaillé, suant et indigne, qui m affirmait que tous les chômeurs étaient des paresseux, plus désireux de toucher leurs $ 12 de secours que de gagner honorablement $16 a la sueur de leur front; que lui, au pouvoir, il les ferait bouloter dans des camps de travail, histoire de les decroûter un peu et de leur montrer que la terre n est pas un paradis (il levait, à ce moment les yeux au ciel en arrachant de ses poches lestees de menue monnaie, ses mains à doigts de boudin), mais une vallée de larmes (il replongeait ses mains dans ses poches et en faisait sonner le contenu).J ai revu mon homme, il y a une couple de mois et je lui ai demandé des nouvelles de nos paresseux ?Il a immédiatement aiguillé sur une voie de garage en me répondant que la Charte de I\tAtlantique était une grande charte ; que nos puissants alliés américains étaient bien puissants ; que nos nombreuses armées étaient bien nombreuses; que les braves Russes étaient bien braves; que le grand Churchill était un grand homme, et que notre solide situation financière était après tout bien solide II a terminé en déclarant que les Alliés devaient gagner si nous ne voulions pas que les Allemands s emparent de tout le « commerce )) ! Que faire sans « commerce » et sans l'Europe ?II\tne nous resterait plus, pour vivre, que les quelques arpents de terre que l'on appelle les deux Amériques.Je lui ai alors fait le V\u2019 de la victoire et je suis parti . 134 l'action nationale Au fait, mais que sont devenus nos paresseux ?Il n'y a qu\u2019à les voir dans nos chantiers maritimes, nos industries d\u2019armement et même sur les champs de bataille où, au moins, ils ont l\u2019impression de servir à quelque chose d'utile.Supposons que l'on décrète pour chacun des membres de chaque famille de travailleurs un dividende mensuel de $5 (je ne dis pas que l\u2019on devrait le faire actuellement, alors que la main-d\u2019œuvre manque et qu'il y a disette de produits) croyez-vous que nos gens quitteraient l\u2019usine ?D'ailleurs, en pratique, dans un pays crédi-tiste, il n\u2019y aurait de loisirs qu\u2019en tant qu\u2019il y aurait accumulation de produits et l'image que M.Angers se fait de Jack Canuk ou de Baptiste, les poches pleines d\u2019argent se baladant dans un pays vide est sophistique.M.Angers sait très bien que le créditisme base la monnaie sur les produits.Beaucoup de produits, beaucoup d\u2019argent.Pas de produits, pas d\u2019argent! Il se pourrait même qu\u2019au lieu du dividende, un gouvernement créditiste établît une sorte de taxe de vente si l\u2019équilibre qui doit exister entre les produits et l'argent en circulation était rompu au bénéfice de la monnaie Supposons que les créditistes agissent comme le pense M.Angers (ce qui est assez peu probable) et qu\u2019ils ne veuillent plus travailler, ils continueront tout de même à consommer.Les produits fondront alors avec la monnaie et, pour vivre, les créditistes devront donc se remettre à travailler.Il me semble que c\u2019est clair.Mais le Canada est-il donc si riche que le prétendent les tenants de cette théorie « moné- APOLOGIE DU CRéDITISME 135 taire fausse et absurde )> ?Certainement, répond M.J.Gordon Taggart, administrateur des denrées de la Commission des prix, un homme donc bien placé pour le savoir.Dans un communiqué à la Canadian Press, le 20 août 1942, il déclare que même, si le Canada devait se passer des autres pays, il vivrait très bien.Toujours d'après lui, nous avons du blé pour quinze ans d\u2019avance.Nous produisons 7 millions de porcs par année et nous en consommons 3 millions.Pour le bétail, les œufs, les produits laitiers et fruitiers, nous produisons encore deux, quatre et dix fois plus qu'il nous en faut.Voilà au moins un secteur, l'alimentation, où il est criminel de faire souffrir les Canadiens pour éviter ce que les banksters appellent l'inflation! En temps normal, c\u2019est le même tableau dans les domaines du vêtement, de l'habitation et des services.M.Angers termine ses notes par un argument qu'il sait de très grande valeur pour les lecteurs de I\u2019Action nationale.Il s'agit de lier dans l'esprit du lecteur la politique intérieure permanente des créditistes canadiens avec leur politique extérieure actuelle pour l\u2019entraîner à tout rejeter de go sans examen préalable Je sais que les créditistes anglo-canadiens sont actuellement \u2019 conscriptionnistes comme l\u2019est d'ailleurs devenu depuis, le parti C.C.F.Il faut bien remarquer, qu'en temps de guerre, tous les députés anglais d'Ottawa, qu'ils soient bleus, rouges, créditiste ou cécéeffistes auront toujours des tendances impérialistes et conscriptionnistes.La seule ressource des Canadiens français, en politique extérieure et en de 136 l\u2019action nationale telles circonstances, sera donc de toujours compter d abord sur eux-mêmes, de se tenir les coudes et de se faire respecter.Mais la guerre passera et, avec elle, beaucoup de passions que nous sommes actuellement portés à croire perpétuelles, s'éteindront Il ne faudra pas toujours vivre du passé.Nous devrons même tenter de nous faire comprendre en acceptant ce qu'il peut y avoir de bon dans les nouveaux partis fédéraux (les vieux partis sont pourris).Je n'ai jamais prétendu qu\u2019il faille nous fusionner avec eux mais que nous devons nous y associer sur certains points définis et occasionnellement lorsque c\u2019est possible et sur des questions qui nous intéressent au plus haut point, nous et le pays.Or la question monétaire et celle de la décentralisation sont de celles-là.Qu'il soit donc bien entendu que l'aile fédérale d'un parti social et national canadien-français, à Ottawa, devrait toujours demeurer, en principe, compacte et autonome, quitte, occasionnellement, à appuyer, de concert avec un groupe politique ou l'autre, toute législation favorisant notre nationalité, y compris nos miséreux et nos parias, comme ceux de tout le dominion.Je voudrais terminer ces pages par quelques questions lapidaires auxquelles je défie les tenants des théories monétaires « orthodoxes » ou même socialistes de donner une réponse logique ou satisfaisante sans trahir leurs principes: i.Comment résoudre notre question canadienne du blé ? APOLOGIE DU CRÉDITISME 137 2.\tComment intégrer, sans dégât, le machinisme et en absorber les progrès incessants sans faire souffrir les Canadiens ?3.\tComment vivrons-nous quand l\u2019Asie et l'Amérique du Sud se seront industrialisées à fond, attendu qu\u2019avec notre système actuel, il faut d\u2019abord exporter la moitié de nos produits avant de consommer nous-mêmes l\u2019autre moitié ?4.\tQu\u2019est-ce que le corporatisme (même social) fera, s\u2019il est seul, avec des caisses de secours à moitié vides lorsque les cotisations des travailleurs et des patrons n\u2019y couleront plus quand nos puissances de production, décuplées par la guerre, auront de nouveau provoqué le chômage ?5.\tComment réglerons-nous le problème de la dette nationale sans grever inutilement le peuple, l\u2019industrie et le commerce moyens ?(Le gros saura bien lui se tirer d\u2019affaire.) 6.\tPourquoi les Anglais, lorsque la guerre de 1939 éclata, étaient-ils encore obligés de payer les intérêts sur des dettes contractées lors des guerre de Napoléon; dettes dont le capital avait été remboursé plusieurs fois ?7.\tComment les coopératives, seules, pourront-elles faire autre chose que de répartir d\u2019une façon plus équitable (c'est beau mais pas suffisant) qu\u2019actuellement le peu d\u2019argent mis à notre disposition par messires les banksters, à moins de former des banques coopératives libres de fonctionner sous un tout autre code que celui de nos lois bancaires présentes ? 138 l'action nationale 8.Comment nous arranger pour augmenter les salaires généralement dérisoires de nos employés d\u2019hôpitaux et de nos instituteurs et institutrices et d\u2019une multitude d\u2019employés d\u2019autres services essentiels par des subventions gouvernementales nées autrement que des rognures de nos salaires ou de l\u2019engraissement de la dette nationale ?Devant les solutions que la plupart de nos économistes ont apportées pour résoudre ces problèmes, comment ne pas reprendre à notre compte ces paroles de Gonzague de Reynold dans son Europe tragique: « Les gens les plus désorientés, en face de la crise, dit-il, les plus empêchés à y comprendre quelque chose, sont les Américains, les Economistes et les financiers.» Gonzague de Reynold rapporte alors les paroles d\u2019un économiste suisse désabusé qui lui disait à Berne: « A la fin de ma carrière, je suis arrivé à cette conviction que la crise est, en dernière analyse, un problème philosophique ».«Jusqu'à présent, continue de Reynold, les sciences économiques se mouvaient sous un plafond trop bas.Spécialités, mais spécialités incertaines, elles n\u2019avaient d\u2019autres bases que les index, les tables, les courbes et les chiffres .Ainsi les sciences économiques, croyant n\u2019obéir qu\u2019aux faits et aux chiffres, perdent contact, par en bas, avec la vie et les réalités humaines ; par en haut, avec la morale et la philosophie.» J\u2019en ai assez dit et je n\u2019y reviendrai plus.Parce que je ne veux pas abuser des pages de la revue et, qu\u2019à un argument, il y a toujours moyen APOLOGIE DU CRÉD1TISME 130 de trouver un autre argument, je veux clore ici ce débat, quelle que soit la réponse \u2014 si réponse il y a \u2014 de mon contradicteur.Je ne promets pas de ne jamais changer d'idée.Et je crois que M.Angers, de son côté, fera de même.Mais à venir jusqu'ici, la contemplation de la souffrance inutile, illogique et immorale de mes frères les hommes et la faiblesse des arguments des grands économistes qui nous ont jadis paru être des géants mais que les récents événements nous ont montrés si fragiles, m ont fortement attaché à une théorie monétaire qui, complétée par un sain corporatisme et un coopératisme libre, saura probablement donner aux Canadiens, non pas le paradis (car la maladie et la mort nous garantiront toujours contre une telle illusion), mais un « aménagement convenable de cette vallée de larmes pour la multitude assemblée ».Jean-Paul Robillard fi n y a pas, lieu d ajouter à cette polémique une longue réponse.M.Robillard n'apporte guère d'idées nouvelles.Il fait surtout de la littérature, fort habile et amusante d'ailleurs.Pour ce qui concerne j Idées, les lecteurs serieux ont déjà les éléments nécessaires pour les juger à leur valeur: cela me suffit.Ceux des lecteurs qui ont des doutes pourront toujours me demander de traiter particulièrement tel ou tel aspect de la question.Disons seulement que AI.Robillard a raison de rapprocher du créditisme les allocations familiales telles que proposées chez nous par certains; mais justement c'est là une formule d'allocations mal conçue et qui n'est pas dans l'esprit des propositions des encycliques.SJunnt à l'injure gratuite que constitue l'insi-nuation que je n'ai pas osé attaquer les puissances d'argent, les lecteurs de^ l Action nationale me connaissent assez pour m'en laver eux-memes.Ils savent que je n'ai jamais eu peur de dire à qui que ce soit ce que j'estime être la vérité; mais j'aime par-dessus tout la vérité et m intéressé peu aux fantasmagories et aux fantômes, même s'ils doivent flatter, davantage que celle-là, les passions populaires.Pour les nombreuses questions de AI.Robillard, j'en ai déjà traité plusieurs « je me fais fort de prouver qu'il n'en résoudra aucune par les manipulations monétaires.D'ailleurs mon contradicteur est encore jeune; u est ardent, sincère.Avec un peu d'étude en profondeur, je crois en ejjet qu il en reviendra de certaines de ses idées et saura intégrer sa générosité dans une vue plus réaliste des faits.\tF.-A.A. CHRONIQUES Dans la cité La vie politique Irons-nous oux urnes ?Des rumeurs circulent à l\u2019effet que les citoyens de la province de Québec devront enregistrer leur vote d'ici la fin de 1943.Sera-ce M.King ou M.Godbout qui leur demandera la permission de se retirer ?C\u2019est un point sur lequel les observateurs ne s'entendent guère.Avouons que la question n'est pas simple et qu\u2019il y a du pour et du contre dans chaque hypothèse.Sans doute M.King s\u2019est-il rendu compte de la popularité de son gouvernement lors des quatre élections complémentaires fédérales du 9 août dernier et, quelques jours plus tôt, par le résultat des élections ontariennes.Il y a là des signes indiscutables susceptibles de le faire réfléchir.Mais depuis lors il s'est tenu à Québec la conférence des Nations-Unies dont il attend sans doute beaucoup.11 s\u2019est fait abondamment photographier avec MM.Roosevelt et Churchill, pour laisser croire au public qu'il était de la même taille politique qu'eux, et ceux-ci ont eu l\u2019amabilité dans leurs allocutions publiques de glisser quelques phrases destinées à redorer le blason terni du parti libéral et de son chef.Cette savante et adroite propagande suffira-t-elle à racheter les erreurs du passé ?Nous ne croyons pas que M.King soit assez naïf pour se l'imaginer, mais il espère toutefois qu'il en retirera certains avantages à ne pas négliger. CHRONIQUES 141 Une élection d'ici quelques semaines se tiendrait forcément sur la question de conscription pour service outre-mer.Ce serait une espèce nouvelle de plébiscite qui se ferait contre et au détriment de Québec.Les adversaires du suicide national seraient représentés comme des traîtres et des isolationnistes, de façon à leur faire porter tout l'odieux de la désunion nationale M.King, qui est devenu chef du parti libéral grâce à l'appui cana-dien-français et qui nous doit son long maintien au pouvoir, est-il résolu à nous sacrifier aussi bassement ?Ne l\u2019affirmons pas trop tôt, mais l'enchaînement de ses actes politiques en ces dernières années peut nous faire prévoir le pire.Notre premier ministre est devenu en effet un opportuniste effréné qui confond aisément l'intérêt de son parti et celui de notre pays.Tragique aberration intellectuelle dont nous sommes aujourd'hui les victimes.Un éditorial d'un organe du parti libéral, le Soleil, au lendemain des élections partielles fédérales, indique bien le désarroi qui s\u2019empare des adeptes du premier ministre.Sentant la faiblesse de sa cause, le journal québécois se voit dans l'obligation de recourir à un argument sentimental dont l'absurdité saute aux yeux des gens les moins avertis.« Quelle que soit l'humeur présente du peuple canadien-français, lit-on dans cette feuille, il doit réaliser quel malheur ce serait pour lui si M.Mackenzie King décidait de courir le risque d'une nouvelle consultation nationale à brève échéance.» On reconnaît donc que le risque d\u2019uni, réélection est considérable.Dans ces conditions, 142 l'action nationale d'aucuns opinent en faveur d'une prolongation de mandat la plus étendue possible.Dans cette catégorie se classent.tous les députés canadiens-fran-çais qui ont abdiqué tous les principes qu'ils affichaient jadis et qui sont convaincus de leur effacement politique prochain.Ils souhaitent retarder une mort certaine.D'autre part, M.King peut difficilement s'imaginer qu\u2019en perdant Québec il puisse demeurer au pouvoir.Il le pourrait, certes, s'il était assuré de conserver ses appuis dans les autres provinces canadiennes.Or, la montée irrépressible des C.C.F.en Ontario et dans les quatre provinces occidentales lui enlève tout espoir à cet égard Même en essayant de jouer Québec contre le reste du Canada, il est à peu près certain de tout perdre.Pour un homme qui rêve de faire entendre sa voix, une voix discrète sans doute, à la conférence de paix, ce serait l'écroulement de toutes ses ambitions.De son côté, le parti libéral québécois se sent en mauvaise posture.Ses adhérents les plus intelligents se rendent compte que M.Godbout est une lamentable faillite et qu\u2019il est incapable de conserver ses avantages actuels.Dans ce désarroi, que faire ?La Gazette a lancé la nouvelle que le cabinet provincial avait résolu de réunir prochainement les Chambres pour une brève session au cours de laquelle le législateur adopterait quelques lois dans l'intention de désarmer la population.Ainsi, prétend-on, le gouvernement abolirait la taxe de ven*-e provinciale, qui priverait le trésor de rentrées annuelles de $12,000,000, il rétablirait le CHRONIQUES 143 moratoire et fixerait à cinq pour cent le taux d\u2019intérêt sur les hypothèques, il faciliterait la vente au consommateur des bières et alcools, il hausserait de cent dollars par année le salaire des institutrices rurales, il redonnerait à Montréal son autonomie municipale.Autant de projets exécutés dans un esprit strictement électoral.Ces mesures in extremis auraient-elles l'heur de faire oublier à la population le triste asservissement de Québec au pouvoir fédéral et sa politique à courte vue ?On en peut raisonnablement douter, quand on sait l'enthousiasme que soulève chez les électeurs le Bloc populaire canadien et, à un moindre degré, l\u2019Union nationale.Des libéraux, il n\u2019est jamais question, si ce n\u2019est que pour les honnir.Le vote provincial, quand il aura lieu, sera avant tout un vote contre M.Godbout.Accord des groupes oppositionnistes 11 est permis de s'inquiéter et de redouter que le Bloc populaire canadien et l\u2019Union nationale se divisent le vote nationaliste au cours des prochaines élections provinciales.De là à affirmer, comme l\u2019a fait la Gazette en éditorial, que ces deux groupements doivent s'unir sous peu, il y a un fossé.Du côté de l'Union nationale, nous n\u2019avons obtenu aucun démenti officiel à cette proposition; sans doute ses meilleurs éléments seraient-ils heu-reuxde combattre sous la bannière du Bloc, s\u2019ils pouvaient se débarrasser de leurs chefs par trop encombrants et compromis dans la pétaudière des rivalités politiques traditionnelles.Si ces 144 l\u2019action nationale éléments sont vraiment sincères, rien ne les empêche de rallier les rangs du Bloc, dussent en souffrir certains liens d\u2019amitié.S'ils ne font pas ce geste, il y a grand risque qu'ils perdent beaucoup de leur prestige dans la province.Le Bloc, lui, n'a pas été lent à démentir toute rumeur d'alliance.Les journaux ont publié une mise au point émanant du secrétariat du mouvement où il est écrit expressément: « Il n\u2019est pas, il n'a pas été, il ne sera pas question d'entente avec l'Union nationale.Nos principes nous l\u2019interdisent formellement, et nous nous sommes expliqués plusieurs fois là-dessus.» Dénégation formelle, qui règle la question, dans les circonstances actuelles.Il a aussi été question, très discrètement et sous le manteau, d'un autre groupe, qui se prétendrait nationaliste et qui agirait exclusivement dans le domaine provincial.On a même glissé des noms, mais nous refusons d'accueillir cette information.Nous avons trop confiance dans le patriotisme de certaines gens pour leur imputer des mobiles aussi discutables et pour nous imaginer qu'ils consentiraient à saboter aussi odieusement l\u2019œuvre de régénération nationale poursuivie au sein d\u2019innombrables difficultés qu'ils connaissent au reste aussi bien que nous.Nous serions-nous battus depuis dix ans pour aboutir à une aussi tragique liquidation d'un idéal pour une simple question de personnes ?Que ceux qui croient ne pouvoir servir de façon militante et d'être là même où leur présence est requise aient au moins la décence et la dignité de rentrer dans l'ombre et de ne pas CHRONIQUES 145 nuire délibérément à ceux qui sont prêts à lutter.On comprend que les libéraux sauraient discrètement alimenter la caisse d'un tel parti, né de circonstances troubles, dans le but de diviser la clientèle nationaliste et de jeter la confusion dans les esprits.Cette manœuvre, il importe qu elle avorte définitivement.Si par malheur, elle devait réussir, il n'y aurait qu'à dénoncer sans pitié les responsables d\u2019une aussi honteuse action.Les services rendus dans le passé ne permettent pas de ruiner en quelques jours le travail de plusieurs années.Un ancien nouveau parti Au cours d\u2019un congrès tenu à Toronto, les communistes ont élu à l'unanimité Tim Buck comme chef du parti travailliste-progressiste.Les délégués ont également procédé à la formation d'un comité national de 75 membres, sous la présidence du montréalais Evariste Dubé.Le travail de propagande continuera donc avec plus d'intensité, grâce à l\u2019impunité de la loi.Pour notre part, nous comprenons difficilement que le gouvernement tolère un parti qui préconise le chambardement de nos institutions par la violence.Nous ne voyons pas au nom de quel principe libertaire il soit possible de mener à travers le pays une propagande aussi résolûment et franchement subversive.Il y a là chez nos gouvernants un manque de logique qui fait peine à constater.Au début de la guerre, le gouvernement emprisonnait les communistes.Après que la 146 l'action nationale Russie fût entrée dans la guerre, il les relâchait.Est-ce alors une exagération de notre part que de juger que le gouvernement n'a pas interné les communistes parce qu'ils sont les ennemis de la patrie canadienne et de toutes les valeurs que cela représente, mais simplement parce qu'ils étaient, à un certain moment, les adversaires de la politique des démocraties anglo-saxonnes ?C\u2019est une question que nous avons le droit de poser et la réponse que nous y donnons trouve un appui singulièrement fort dans les faits.Le premier geste du parti communiste reconstitué sous une étiquette d\u2019opérette a été de tenter de noyauter la C.C.F.à laquelle il s'est empressé de tendre la main.A ce sujet, le Droit, d'Ottawa, écrivait avec raison: « La C.C.F.devra faire connaître une foi s de plus, de manière à ce qu\u2019il n'y ait aucune équivoque dans l\u2019esprit du public, si elle accepte ou refuse la main tendue des communistes.Il est très important que M.Cold-well fasse connaître clairement son attitude au sujet de cette offre.De son attitude dépend la consolidatipn du succès que son parti a obtenu aux dernières électipns, tant en Ontario que dans le domai ne fédéral.La lutte contre le communisme doit reprendre avec plus de force que jamais.La dissolution de l\u2019ancien parti communijste canadien avait ralenti la lutte.Mais voici que la réorganisation des communistes rappelle les dangers des doctrines qu'ils propagent.» Avant même M.Coldwell, M.Jolliffe, lejeune chef ontarien de la C.C.F., n\u2019a pas tardé à refuser ce cadeau de Grecs.Sa réponse est cinglante: « Le CHRONIQUES 147 parti travailliste-progressiste est du faux, du chiqué.C est tout simplement le parti communiste sous un autre nom.Nous ne voulons avoir et nous n aurons rien à faire avec lui.Le geste de Tim Buck n est qu\u2019un truc pour obtenir un peu de popularité aux dépens de la C.C.F.Voilà vingt-trois ans qu il essaie de mettre sur pied une organisation politique sans y réussi^ parce que sa politique n'est ni démocratique ni réaliste.» Ce n\u2019est pas au moment où la C.C F., après dix années de travail acharné et obscur, devient l\u2019un des plus importants partis canadiens, quelle aurait avantage à s\u2019allier à des gens qui n\u2019ont que mépris pour ce qui nous tient à cœur et à l\u2019égard desquels également les honnêtes gens éprouvent une invincible aversion.Le salut du Canada ne se trouve pas dans une telle voie fangeuse.L'impérialisme du parti libéral De plus en plus, les libéraux se font voir sous leurs vraies couleurs.Non seulement dans les faiçs, mais aussi dans leur doctrine.M.Brooke Claxton, député fédéral de Saint-Laurent-Saint-Georges, secrétaire parlementaire du premier-ministre et l\u2019un des espoirs du parti, se permet à 1 occasion des interventions publiques sur un ton savant, qui décèlent néanmoins à quelle enseigne il loge.Au cours des dernières assises du Canadian Institute of Public Affairs, M.Claxton a établi ce qu est pour lui le véritable programme poli- 148 l'action nationale tique canadien.Ce programme comporte les sept points suivants: a)\tgagner la guerre ; b)\tpromouvoir lamitié de la Grande-Bretagne et des États-Unis et leur association avec l'Union soviétique et la Chine à la direction des Nations-Unies ; c)\tquand il sera possible, établir la société des Nations-Unies ; d)\tauparavant, accorder aux autres nations une représentation au sein des différents organismes administratifs ; e)\tappuyer l\u2019organisation de la force contre l'agression et dans ce but consentir à tous les engagements nécessaires et à toutes les contributions ; /) accourir à la défense de la Grande-Bretagne et de notre continent; g) participer à des mesures pour promouvoir le commerce en enlevant les restrictions, etc., et en coordonnant notre politique domestique de façon à favoriser le maximum d'emploi et le maximum de production à des prix équitables.Aucun tory de vieille souche n\u2019aura jamais eu l'audace en ces dernières années de préconiser un programme aussi peu canadien.Ce ces sept articles, aucun ne concerne notre pays.Il s agit tout simplement de nous consacrer exclusivement à la police du monde, comme si nous avions à défendre les mêmes intérêts que des pays plus puissants, et d'orienter toute notre politique en vue de fins qui ne sont pas nôtres.C est cela, la politique libérale! Nous préférons le savoir.Pour CHRONIQUES 149 des visées purement électorales, on aurait pu croire que M.Mackenzie King se fût empressé de désavouer son trop zélé disciple Par un esprit de franchise dont il nous le faut louer, il n'en a rien fait.Il faut donc tenir le discours de M.Claxton comme l'expression de la politique libérale.C'est dire qu elle ne conserve plus aucun contact avec les réalités canadiennes.Ce programme s'appliquerait tel quel à n'importe quelle colonie de l'Asie ou de l'Afrique.Sommes-nous prêts à sacrifier 1 œuvre accomplie apres des siècles d\u2019efforts et de luttes ?Sommes-nous prêts à perdre complètement la tête ?Jean Nicolet COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée BISCUITS GATEAUX TARTES \u2022 Morcel ALLARD, Alfred ALLARD, chef à la production président et gérant gén.235 Laurier ouest -\tMontréal 150 L A Cl ION NATIONALE Vie de l\u2019esprit Un monde était leur empire L'étude de l\u2019histoire fait négliger la préhistoire.A étudier l'histoire du Canada, par exemple, on en arrive à oublier que l'aventure de ce grand pays était commencée bien avant que les Européens songeassent à lui.Libéré depuis des milliers d'années, le sol que nous foulons aujourd'hui d'un pied négligent ou distrait, a été liquide, métal en fusion, avant d'être terre ou roc.Les glaciers l'ont recouvert puis la mer Champlain.Des faunes et des flores diverses, quelques-unes fantastiques, s'y sont relayées Le mammouth, le mylodon, le tigre à dents de sabre y ont vécu.Et puis, il y a environ vingt mille ans, des Asiatiques traversèrent le détroit de Behring, on ne sait trop comment (barque, radeau, banquise ?), débarquèrent en Alaska vers la fin de la dernière glaciation.Ils descendirent vers le sud, cherchant la chaleur, à la faveur d'un passage créé par la fusion de la marge du glacier cordillérien et par celle du keewatinien.Ils se répandirent ensuite par toute l\u2019Amérique du Nord.Le problème du peuplement de l'Amérique du Sud est tout à fait différent.1 11 a été traité par l'eth-nologue Paul Rivet, dans un livre récent Nos histoires locales débutent habituellement avec le voyage de Christophe Colomb (1492).Elles oublient l'expédition, au Groenland, au Labrador et quelque part sur le golfe Saint-Laurent, du Scandinave Leif Erikson, vers l\u2019an mille.1 Paul Rivet : Les Origines de l'Homme américain, Éditions de l'Arbre. LANGAGE DE CHIFFRES (/) OC LU -> O- 00 ^ n -» m 00 CA ÿ m vo oa I\u2014 Za en °® * «. g; oo oo j\u2014 »z \"1 Jg.< LU\t^\tVO U) a t/> O O VO M R ^ « aÎ ^ \u2014 CVI IA g OO £ O So \u2014 r* 00 2\tK w , > i\tç g ^ Z < H i/i Z O n « g Z .2 o CM g s C LU OS ~ O w o > os - CL S £ «l \u201c3 s' m 2 OO IA |Z C*N| CVJ £ rf & ^ < U1 00 in 2 oo O' O' vo (N fN LO LO » I -® LU n q \u2018S ^ £ 3 LU U Z < l/l oo O os U H 2 2 U H 2 a 06 D «J! .$! a E Ô U Z Z « 0L O\t\u2014 ro\t*t- O' ^\tO' Siège social : LEVIS, Que. RIEN Il n'en coûte RIEN pour vous renseigner.Ecrivez-nous les noms de vos père et mère et nous vous dirons la date et l'endroit de leur mariage et les noms de vos grands-parents.Une BROCHURE EXPLICATIVE vous dira comment vous pouvez faire compiler et dresser votre volume et votre arbre généalogiques.Gabriel DROUIN ARCHIVISTE et GENEALOGISTE INSTITUT GENEALOGIQUE DROUIN 4184, rue Saint-Denis\t-\tMontréal \u201cUne oeuvre nationale digne de votre encouragement\u201d Généalogie complète de tout Canadien français, Franco-Américain ou Acadien.Nos archives contiennent soixante et un millions (61,000,000) d\u2019actes de baptême, de mariage et de sépulture, de 2,200 paroisses du Québec.de l\u2019Ontario, de l\u2019Acadie, du Maine, du Vermont et du Michigan.Ecrivez-nous pour renseignements et honoraires.VIII CHRONIQUES 161 «.Le premier regard, écrit Ringuet, que jette 1 étudiant américain \u2014 canadien ou autre \u2014 sur cette terre sienne dont on lui montre une seule partie de la légende et de l'histoire, est un regard non pas américain mais bien européen.On le fait en quelque sorte arriver en cette terre de l'extérieur, comme un étranger.» Cinq siècles d'histoire font méconnaître vingt mille années de fait humain en Amérique.C'est le vaste sujet courageusement attaqué par Ringuet dans son dernier livre.2 Il faut dire d\u2019abord que Ringuet n'est ni un préhistorien, ni un ethnologue, ni un géographe, ni un géologue, ni un anthropologue.Jeu dangereux.Chacune de ces disciplines a ses chausse-trapes et ses attrape-nigauds.Un géologue sérieux ne s'embarquerait pas dans une histoire de la médecine.La lecture la plus intelligente des plus savants travaux ne remplacera jamais l'expérience personnelle ou les travaux sur le terrain, la recherche d une ancienne voie de migration, l'étude anthropométrique d'un crâne, les fouilles d\u2019un ancien lieu de campement et l'inventaire de tous les objets qui s'y trouvent.Ringuet a prévu qu'on le lui reprocherait: « Nous savons d'avance que les savants, s'ils prennent la peine de parcourir [notre livre], lui reprocheront son \u2018inexactitude' ».Pourtant l'auteur, quoique profane, s'est donné la peine de lire sur cet immense sujet un grand nombre de volumes et de publications diverses; il l'a fait consciencieusement, par souci de vérité; et il l'a fait avec une passion croissante à mesure que les 2 Ringuet: Un monde était leur empire, Éditions Variétés. 152 l\"action nationale arides (sic) travaux des archéologues et des anthropologistes lui révélaient un monde plus passionnant encore qu'il n'eût jamais soupçonné.Mais le savant, avec quelque raison, est prudent.Il sait comment les hypothèses qui ont cours aujourd'hui peuvent être demain démenties par de nouvelles découvertes.Il sait surtout combien de ces hypothèses sont battues en brèche et il voit, dressées en face d'elle, d'autres hypothèses presque aussi séduisantes.Il lui déplaît que 1 on serve des probabilités à un public qui les prendra pour des vérités établies [.].Bref ce livre lui paraîtra une dangereuse fantaisie (p.9).Je n\u2019ai point compétence pour juger ici de l'exactitude du travail de Ringuet et je le regrette.C'est aux gens du métier de donner leur opinion là-dessus mais je ne serais pas étonné qu'ils qualifiassent Un monde était leur empire de « dangereuse fantaisie ».J\u2019ai accroché pour ma part aux limites que Ringuet veut bien assigner\u2019au bouclier lauren- tien (on dit aussi bouclier canadien), à la page 14 ¦ «.cette partie de la terre canadienne qui est aujourd'hui la presqu'île de l'Ungava, la portion septentrionale de la province de Québec.C est ce que les géologues appellent le «bouclier laurentien».Je cite ici une autorité: «Le Précambrien couvre au Canada une immense étendue de terrain que l'on désigne sous le nom de Bouclier canadien.Ce bouclier enserre la baie d'Hudson, entre les branches d'un vaste U qui a pour limites, à l'est, la côte du Labrador.Il borde ensuite l'estuaire du Saint-Laurent jusqu'au cap Tourmente.De là, sa limite entre dans les terres pour passer à Charlesbourg, CHRONIQUES 153 a quelques milles au nord de Québec.Elle se dirige vers Shawinigan, passe à la hauteur de Saint-Jerôme, au nord de Montréal, pour aller à Lachute et atteindre, a Calumet, les bords de la rivière Outaouais, qu elle suit jusqu'aux environs de Hull.Puis, elle s'incurve vers le sud.Entre Borckville et Kingston, une bande de Précambrien, connue sous le nom « d'axe Frontenac » traverse le fleuve aux Mille-Isles, pour aller aux États-Unis, former les monts Adirondacks.A son retour au Canada, la limite suit la rive nord des Grands-Lacs, jusqu\u2019à 1 ouest du lac Supérieur, où elle retourne de nouveau aux États-Unis.Elle réapparaît au Canada dans la vallée de la rivière Rouge, au Manitoba, pour remonter vers le nord-ouest en suivant approximativement la ligne des lacs Winnipeg, des Esclaves et du Grand-Ours.Dans la province, en dehors du Bouclier proprement dit, nous trouvons peu d affleurements de Précambrien.Les principaux sont le mont Rigaud, les Deux-Montagnes et quelques lambeaux à travers les Cantons de l\u2019Est.»3 Le bouclier laurentien est donc un peu plus .étendu que Ringuet le laisse entendre Pour continuer ces remarques, je doute qu\u2019on ait trouvé dans les couches les plus anciennes du Groenland et de Québec « les traces indélébiles de minuscules champignons qui vécurent il y a un milliard d\u2019années au moins» (p.i9).Les champignons, en général, mettent la plus mauvaise grace possible à se laisser fossiliser.C\u2019est sans doute ÉditionppJ39-4^Verdière: Initiation à la Céol°Sie. 154 l'action nationale à des algues que Ringuet a voulu faire allusion.A noter aussi que la carte représentant 1 extension nord-américaine de la plus récente des grandes glaciations n\u2019est pas exacte.Ringuet aurait pu consulter les travaux du géologue canadien A.P.Coleman, qui reste le maître de la géologie glaciaire.Ringuet n\u2019indique (p.26) que trois foyers de glaciation: il y en a quatre.La côte du Pacifique était affectée du glacier cordillérien et l\u2019un des premiers territoires libérés de glace fut 1 étroite bande de terre comprise entre ce dernier et son voisin le glacier keewatinien.C'est même grâce à ce passage entre les deux mars de glace que les Asiatiques débarqués en Alaska ont pu pénétrer plus au sud.Une analyse de ce genre pourrait nous entraîner bien loin, nous amener peut-être à la conclusion que la partie scientifique de l'œuvre n est pas toujours des plus sûres.C\u2019est pourquoi je l\u2019arrête ici en reconnaissant qu\u2019 Un monde était leur empire était une tâche surhumaine et en soulignant 1 esprit de travail et de synthèse de son auteur.Quittant l'aune scientifique, je trouve que la prose de Ringuet est un peu négligée.On a l'impression d\u2019être devant un premier jet; et aussi celle de sentir que Ringuet découvre son sujet en écrivant son livre.Les deux impressions se complètent et la seconde semble justifier la première.Un monde était leur empire héberge trop de clichés: le sablier du temps coulait toujours (p.24).le sable des années coula au sablier du temps (p.175), Neptune jadis régnait en maître sur ces lieux (p 18), le surusé « ayant du monde atteint CHRONIQUES 155 les bornes » (p.24), un téméraire entre les téméraires (p.29), l'interminable hiver (p.39), le vent rageur (p.39), cimes coiffées de neiges éternelles (p.32), etc.Ringuet abuse aussi de certaines tournures: le seul Alaska restait indemne (p.27), elle ne fut connue que des seuls Mexicains (p.34), la longue nuit arctique illuminée des seules aurores boréales (p.38), le premier regard que jette l'étudiant sur cette terre sienne (p.7), dans ce monde nôtre (p.14); quelques maniérismes décadents: vagues océanes (p.15), mer océane (p.25), infusion continue d'humanité (p.43), vastitudes désertes (p.30) \u2014 très mallarméen!\u2014; vers ce nuage, tout là-bas (p.29).Relevons un anglicisme: patate douce, au lieu de patate sucrée, même si des «autorités» l'emploient (p.23 en note); une incorrection: les glaces de cet âge (sic) leur offraient une infranchissable barrière (p.30).Ringuet a fait précéder son livre d'une préface et d\u2019un avertissement.La préface est judicieuse.Elle invite l\u2019Américain à prendre conscience de plus en plus qu\u2019il est américain, tout au moins qu'il doit tendre à le devenir.L\u2019avertissement est peut-être inutile.On dirait que Ringuet veut barrer les jambes à la critique et taper sur les savants.Il qualifie leurs travaux d'arides, souligne la fugacité de leurs hypothèses.Le mot aride est certainement mal choisi.Il s'oppose à fécond; il signifie: qui ne produit rien.Sans n'avoir jamais fait de fouilles archéologiques lui-même, sans n avoir jamais rien découvert de neuf sur le sujet, sans aucune expérience personnelle, Ringuet réussit tout de même ce tour de force d\u2019écrire 350 pages 156 l'action nationale seulement en lisant les « arides travaux des archéologues et des anthropologues».A preuve qu'ils sont au contraire merveilleusement féconds et inspirateurs! Marcel Raymond A propos de « Notre question nationale »1 Qu'arrivera-t-il des Canadiens français après la guerre ?Quel est l'ensemble de leur situation actuelle ?Pourquoi doivent-ils agir ?Comment créer chez eux l'unité morale nécessaire à leur mission ?Notre question nationale est-elle due à l'antagonisme des races ?à notre faiblesse économique ?à notre douloureuse vie politique ?à notre servitude sociale ?ou à l'anémie de notre âme et de son idéal ?Autrement dit, vers quelles réformes précises doit s'orienter notre action décisive ?Voilà quelques importantes questions auxquelles le Père Richard Arès répond ou éveille par son récent volume Notre question nationale.Magistrale synthèse, fruit d'une longue investigation, d'une méthode réaliste apte à plaire aux esprits vingtième siècle.Pas de bavure, pas de jérémiade, pas de ces réflexions faciles, mais des faits accumulés, un style dépouillé de tout artifice, net, objectif, et singulièrement émouvant.Ce volume clôt toute une période de tâtonnements et de recherches.Un jeune met le point 1 Richard Arès, Noire question nationale.Éditions de I'Action nationale, Montréal, 1943. CHRONIQUES 157 final â la course des aînés: « Voilà la situation que vous nous laissez! )) Mais cette synthèse n'aurait pas été possible sans le grand nombre de francs-tireurs, des observateurs consciencieux, des travailleurs compétents qui, chacun dans leur sphère, ont crié par un besoin irrésistible, la vérité.Ils étaient si nombreux, si tenaces que les endormis secoués se défendaient: «Ils rêvent!)), que les transfuges inquiétés affirmaient: « Ils mentent!)).Cette obéissance à la voix des morts, ce travail dans la nuit, ce refus aux dictateurs du silence et de la paresse ont eu leur fruit palpable; la crise de 1929 qui nous a durement secoués, qui a révélé notre torpeur et déclanché les recherches, a permis cette consciencieuse synthèse: Notre question nationale.Auparavant, les inquiets et les clairvoyants pour rester au courant de nos problèmes devaient manifester une curiosité, une avidité, une capacité intellectuelle d'organisation qui réservait la connaissance profonde de notre problème national à une élite On a pu dire de nous que nous mourions sans le savoir.Sommeil significatif.Actuellement, ce qui était dispersé est réuni, ce qui était isolé a ete intégré dans un tout.Des faits hiérarchisés, clarifiés, voilà la base nécessaire pour les jeunes générations et pour ceux qui veulent leur rendre le joug plus léger.Notre bilan depuis la Confédération est bouclé.Les jeunes sont conviés à regarder crânement la réalité: édifices lézardés, trous dangereux, ruines, dangers d infiltration ou d\u2019empoisonnement possible, puis le corps sain et l'âme haute, retrous- 158 l'action nationale sons nos manches.A l\u2019œuvre ensemble, en équipe! Nous sommes appelés à reconstruire la Cité, à remettre au cœur de tous les Canadiens français l'option consciente, enthousiaste, et la virile fierté d\u2019appartenir à la culture française.Profondément, il attriste ce livre si riche de faits, si dense.Parce qu'inexorable, il récapitule nos démissions, nos retards, nos omissions.Son influence sera double.Les faibles seront paralysés, anéantis sous cette avalanche, ils étoufferont sous cette chaîne de plomb.Les assis, au sens de Rimbaud, diront: « Vous voyez, la réalité elle nous empêche d'avancer!)).Les aveugles continueront de répéter: « C\u2019est toujours la nuit, la même nuit pour les Canadiens français!)).D\u2019autres les compromis avec emphase, les engagés de la civilisation anglo-saxonne, vanteront encore leur élixir comme une panacée et répéteront sans distinction essentielle: «Je le disais bien! Si les Canadiens français savaient l\u2019anglais! )).Les vigoureux, eux, auront saisi la mystique qui se confond ici avec un profond amour de la patrie, la secrète espérance qui a dirigé, accompagné, soutenu ce travail.Les tempéraments de constructeurs discerneront en ce volume le déblayage efficace, nécessaire avant la mise en terre solide de la pierre d'angle : « Maintenant à l'œuvre ! )).Où est-elle cette pierre d\u2019angle de notre question nationale ?Avant tout, c\u2019est une question d\u2019âme, une question de vitalité.Sous le régime français aussi il fallait construire, vivre et grandir! Identité fondamentale des problèmes donc! Mais jamais ils CHRONIQUES 159 ne prirent l'allure angoissante et terrible qu'ils ont aujourd'hui.Pourquoi ?C\u2019est que nos ancêtres avaient la foi, qu'ils étaient des hommes normaux, des Canadiens français naturellement, dirait Péguy.Bâtir et moissonner au temps de Talon était surtout une affaire de muscle et de confiance, aujourd'hui être propriétaire et gagner de l'argent c'est une affaire de tête et d'organisation.Fondamentalement toujours, cela demandait de l'initiative.Talon possédait de l'initiative quand il cherchait à augmenter la production et à lui trouver des débouchés par ce commerce triangulaire Québec-Antille-PTance.Et il avait de l'initiative parce que le doute rongeur ne l'effleurait même pas.Il aimait le roi, il aimait la France, il aimait la Nouvelle-France.Cet amour lui insufflait du zèle, de l'ambition, de l'inspiration féconde.Lui et les architectes de l\u2019empire français ils aimaient.Aucun obstacle n'était insurmontable.Aujourd'hui la vitalité n'est pas la même parce que les embusqués de la politique, les prêcheurs de concorde à outrance, les clans d'intéressés ont facilité les compromis et répandu les prétextes comme paravents aux faiblesses et aux inerties de l'esprit.Ils n'avaient pas d'idées obliques.Voilà l\u2019esprit constructeur sous-jacent de ce volume.Mais pourra-t-on dire, comment est-il possible de rassembler en 215 pages notre question nationale ?Évidemment notre question nationale est complexe et ce livre n'a pas la prétention de l'avoir épuisée, il n'est même pas terminé.Le 160 L ACTION NATIONALE plus important reste à dire.Tel quel, il nous présente ce que peu de personnes auraient osé aborder: les grandes lignes de notre position avec un cortège sommaire mais très fort, de preuves et de faits.Que de points auraient pu être fouillés davantage! Mais le but de l'ouvrage aurait été manqué.Si tel détail avait pris trop d'ampleur, la perspective aurait été faussée.Cette synthèse exigeait un sens de la proportion, un choix judicieux des preuves, une clarté et une mesure d'expression, ces qualités réunies rendent ce volume indispensable.Il élargit la pensée, l'oriente discrètement vers la rénovation personnelle \u2014 rappelez-vous ces mots de Péguy et de Duhamel : « La révolution sera morale ou elle ne sera pas!)).«La civilisation, si elle n'est pas dans le cœur de l'homme, eh bien! elle n'est nulle part.))\u2014Apaise par sa sérénité les humeurs impulsives, multiplie les fortes prises de conscience et redresse beaucoup plus sûrement que n\u2019ont pu le faire les quatre-vingt-douze Résolutions de Papineau, les fiertés et l'unité.La lecture de ce livre est un coup de fouet.Le pur-sang regimbe, le mourant succombe.Qu'on le lise et le fasse lire: il est écrit pour les jeunes Canadiens français qui veulent réfléchir et bâtir sur les données concrètes de la situation actuelle L'auteur nous dit: « Voilà ce que nous sommes, Canadiens français.Pas de lamentations et de cris contre celui-ci ou celui-là.Ce qui est, est Maintenant, élaborons l'avenir )).Puisse l'auteur nous donner la vision complète de son tour d'horizon et apres nou savoir donné CHRONIQUES 161 la synthèse des faits, nous dire la somme des vérités essentielles, indiscutables de notre position.Jean Genest Une troisième année à l\u2019école maternelle Vallerand L\u2019école maternelle Vallerand vient d\u2019ajouter une autre année à ses cours pré-scolaires.Après ces trois ans d'initiation, les enfants sauront bien écrire, compter, c'est-à-dire faire les quatre règles simples sur deux chiffres; ils auront des notions de géographie, d\u2019histoire du Canada, sous forme de contes, et, en plus, ils feront de l'analyse grammaticale.Ils manient déjà le marteau, la scie et l\u2019aiguille.On se rappelle quelques notes parues ici même, insistant sur l\u2019esprit d\u2019observation développé en aiguisant l\u2019acuité sensorielle: le travail mêlé au plaisir dans un dosage qui amorce l'effort conçu comme une joie.Le sens de l'équipe, à la place de 1 égoïsme, de la vanité.Une émulation fraternelle.Le rythme, par la musique surtout, utilisé dans la formation du tonus musculaire, l\u2019action liée au psychisme.Tout par le concret.Ainsi, cette année, le « sujet central » histoire de la création du monde, la chûte, la rédemption, s'exprimait en objets palpés, vus.La punition devient inutile par ce développement de la personnalité. 162 L ACTION NATIONALE Donc, les «gradués» de l'école Vallerand, (ils auront généralement 7 ans) pourront entrer en deuxième année de la Commission scolaire, avec une aisance qui les mettra au premier rang.L'étonnante réussite de cette école tient à la compétence, à la qualification exceptionnelle des institutrices qui y travaillent.Science, dévouement, intelligence combinés: voilà quelque chose de rare et d'exceptionnel en ce monde, et dans le nôtre en particulier. POURQUOI?n itiez-vouâ paâ choisit \u2022\tles plus nouveaux tissus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS JOLY 269 est, rue Sainte-Catherine\ty Montréal.\tBEIair 3126\t? 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