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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1947-01, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE Guy FRÉGAULT\tQuelque chose de différent.\t3 Anatole VANIER\t1917-19^7.6 Éléments d\u2019un enseignement Roger ROLLAND\tde la littérature.13 fiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiiiii LIONEL GROULX 1.de l\u2019Académie canadienne-française | MISÈRES DES DERNIERS JOURS.19 Mii[iiHiiiii[îiiiiitnii[iiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiinNi]iiiiiiiiiiiiniiiiH]iiiiiiiiiiiiiimiiiiiaiiBiiiiiiminniiimiiiiiiiininiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiminiiiiiimiiiiinniiiiiiiyniiBaii»B Arthur LAURF.NDEAU\tChronique musicale.48 Jacques BEAUCHAMP\tLa Radio.53 Gaston LAURION\tChronique de la scène.\t64 Jean-Paul ROB1LLARD\tPolitique intérieure.66 Le 3000e lecteur\tDelà peur des mots.71 L.F.et G.F.\tLes livres.75 VOL.XXIX No 1 MONTREAL JANVIER 1947 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE \u2022 Directeur: GUY FREGAULT \u2022 L\u2019Action nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanter, président; Dominique Beaudin, secrétaire; Jean Drapeau, trésorier; Guy Frégault, directeur de la Revue; chan.Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Arthur Laurendeau, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Fiiion, Abbé Albert Tessier, Léopold Richer, Albert Rioux, L.-Athanase Fréchette, Roger Duhamel, Jacques Perrault, Rodolphe Laplante, Clovis-Emile Couture, Pierre-Paul Langis.ADMINISTRATION ET DIRECTION 3425, rue Saint-Denis, Montréal \u2014 MA.2837 case postale no 1524 Place d'Armes, Montréal L'abonnement est de $3.00 par année Abonnement de soutien : $5.00 2 années : $5.00 .LANGAGE DE CHIFFRES .Assurances en vigueur 1940 $ 4,383,888 1941 $ 6,688,791 1942 $ 10,318,007 1943 $ 14,042,665 1944 $ 18,965,172 1945 $ 24,597,661 Véritable Réveil National LA LAURENTIENNE Compagnie d'Assurance sur la Vie Siège social : LEVIS, Que.I La Banque Canadienne Nationale est la banque du public aussi bien que la banque des hommes d'affaires.Le gérant de succursale se tient à votre entière disposition, qu'il s'agisse de dépôts, d'emprunts personnels, de remises, de recouvrements ou de toute question d'ordre financier au sujet de laquelle vous désireriez le consulter.Actif, plus de $300,000,000 518 bureaux au Canada 60 succursales à Montréal n.-c VIAIJ Marchand de meubles Confection pour hommes et femmes 4741, ave Verdun \u2022\t4270, St-Jacques O.ii TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux t\u2019issus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS JOLY 269 est, rue Sainte-Catherine ^ Montréal\tBEIair 3126\t^ ni 37 ANS de service consciencieux René DUPONT \u2014 président J.-H.DESCHENES \u2014 vice-président Jacques DUPONT \u2014 secrétaire-trésorier MEUBLEZ VOTRE MAISON CHEZ 4020 EST, STE-CATHERINE \u2022 AM 2111 COIN JïANNf D'AU C - PRïS BIVD Ht IX Téléphone: AMherst 2111 IV Lorsqu\u2019il s\u2019agit des produits de l'érable \u2014 Exigez toujours la meilleure qualité \u2014 La marque \u201cCitadelle\u201d est la meilleure.100% PUBE Sirop d'érable \"Citadelle\" 0 Sucre d'érable granulé \"Citadelle\" 0 Sucre d'érable \"Citadelle\" 0 Beurre d'érable \"Citadelle\".Cee produits sont en vente chez tous les bons épiciers.Les Producteurs de Sucre d\u2019Ereble du Québec BUREAU CHEF: 5( Avenue Bégin, Lévis, Québec POUR VOS FOURRURES si vous cherchez Qualité, Elégance n'hésitez pas, voyez BLEAU & ROUSSEAU J.-T.BLEAU ANT.ROUSSEAU J.-A.MASSON 3852 St-Denis\t5004 Sherbrooke O.HA.8433\tDE.4482 Avec les hommages de VOLCANO LIMITEE (Chalifoux & Fils Limitée) manufacturiers de Foyers Mécaniques, bouilloires, fournaises et réchauds.\u2022 Usine : ST-HYACINTHE.P.Q.\u2022 Administration et vente : \u2014 1106 Côte Beaver HalL MONTREAL, P.Q.\u2022 Wilfrid Girouard, vice-président et gérant général.V % «K PRIMES 1941 54,784.44 1942 55,467.39 1943 61,012.24 1944 84,473.80 1945 97,297.70 «¦SOCIÉTÉ# NATIONALE D\u2019ASSURANCES ArmiÉe A ia c.u.Ai 41 OUEST, RUE ST-JACQUES MONTRA AL - H Arbour 3291 Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d'expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche Vous trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu'il faut pour meubler votre résidence.Maison établie depuis 40 ans.LAMARRE FRERES 3723 Notre-Dame ouest,\tMontréal VII DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue S te-Catherlne Comptoir Postal : 780, rue Brewster Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor VIII L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Volume XXIX Directeur : Guy Frégault Licue d\u2019Action Nationale 4 est, rue Notre-Dame MONTRÉAL OuuiniMme année Premier aemeatre 1947 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES L\u2019ACTION NATIONALE Editorial Quelque chose de différent De 1946, nous retiendrons une couple de scènes caractéristiques.Ce fut une année comme les autres, passablement triste et terne, marquée, comme eût dit Olivar A sselin,\u2014 mais c\u2019est devenu banal \u2014 par « le triomphe insolent de la force brutale sur la raison impuissante ».L autre soir, au cinéma, les actualités filmées nous présentaient un reportage significatif.Des Canadiens comme vous et moi, c\u2019est-à-dire des hommes qui ont la joie de vivre dans un pays assez riche pour sauver et rebâtir le monde tous les vingt-cinq ans, pétrissent de la boue, ce ne sont ni des politiciens ni des financiers: seulement d\u2019authentiques Canadiens qui pétrissent de la boue authentique.Ils la versent ensuite dans des moules rudimentaires et la font sécher au soleil qui luit pour tout le monde.Ils façonnent ainsi une espèce de grosse brique, dont ils tâcheront défaire des maisons.Peut-être parviendront-ils à y élever des familles de zombies et de volontaires pour la prochaine croisade.Cela se passe au Canada.La « Presse » du 5 décembre (1946) publie une dépêche non moins significative de la P.C.: « Les usines anglaises fabriqueront bientôt une maison en aluminium à toutes les deux minutes et demie et dès l\u2019automne 4 l\u2019action nationale 64,500 seront complétées.Cinq heures après l\u2019arrivée des sections sur un site vacant les familles pourront y déménager leur mobilier.Ces faits ont été révélés aujourd\u2019hui par John Wilmot, ministre des approvisionnements, au moment où la 10,000e maison était complétée.L\u2019aluminium canadien sert à la fabrication de ces maisons.Les maisons à deux chambres à lit [il s\u2019agit d\u2019un texte à peu près traduit de l\u2019anglais], sont classées comme temporaires, mais au dire de M.Wilmot les experts prédisent qu\u2019elles dureront une centaine d'années.Une maison coûte $6,460.» Cela se passe en Angleterre.Des maisons de boue pour les Canadiens.Des maisons d\u2019aluminium canadien pour les Anglais.Inutile de noter que la condition humaine n\u2019est pas partout la même et qu\u2019il existe quelque part, au cœur de l'Empire, des vertébrés supérieurs.Quant au Canadien, c\u2019est un contribuable, sorte d\u2019être inanimé et comestible qui tient le milieu entre la poire et le fromage.L\u2019été dernier, j\u2019ai assisté à une séance du Parlement, qui restera sûrement dans la petite histoire.Il faisait chaud et pas très beau; j\u2019ai donc cédé au goût discutable d\u2019aller voir évoluer les représentants du bon peuple taillable et corvéable à merci.Justement, on allait voter un important projet de loi: la redistribution des comtés fédéraux.Voici comment les choses se sont passées aux Communes, ce soir-là.Un jeune député de notre Colombie fait un solide discours étayé de statistiques, de données historiques et de textes intéressants; on l\u2019écoute, on l\u2019applaudit; ses déclarations et ses propositions ne changeront rien, mais elles sont sympathiques.Un petit Torontois doué d\u2019une grosse voix présente ensuite des QUELQUE CHOSE DE DIFFÉRENT 6 amendements: on dirait que c\u2019est sa spécialité.Un député du Québec se lève: phrases lentes, vides, tonitruantes; du vent.Comme le député parle en français, on observe, parmi ses collègues, un mouvement qui n\u2019est pas un mouvement d\u2019opinion: beaucoup sortent pour griller une cigarette et se rafraîchir.Ceux qui sont restés lisent des journaux ou encore, quand cette opération intellectuelle leur paraît trop compliquée, se racontent des histoires et causent à voix haute.Le malheureux « membre » doit crier pour se faire entendre.Vraiment, l\u2019ex-ministre de la Justice aurait bien tort de s\u2019inquiéter du sort que l\u2019avenir fera à la langue française; on lui a déjà fait un sort.Puis le député de Stanstead parle.C\u2019est un excellent débater.Comme il sait qu\u2019on l\u2019écoutera, il s\u2019est donné la peine de préparer avec soin son intervention.M.Saint-Laurent lui répond.Il ironise sur lé veto des grandes puissances qui siègent dans les capitales provinciales.C\u2019est très drôle et d\u2019un prodigieux effet.« Et flatteurs d\u2019applaudir.» On va maintenant voter.En attendant que les sièges se remplissent, les députés ministériels du Québec organisent rapidement une belle manifestation d\u2019ensemble, empreinte de distinction et de dignité.Les voilà qui ouvrent la bouche \u2014 qu\u2019ils ont grande \u2014 pour chanter en chœur: « Trois canards déployant leurs ailes, coin ! coin ! coin ! » Ils réussissent à divertir les camarades et la galerie: du vaudeville.J\u2019avoue avoir eu honte.De 19^6, nous garderons ces souvenirs et quelques autres sur le drapeau, sur la citoyenneté, sur « le retour du conscrit », sur la vie au ralenti qui a été celle du Canada français.L\u2019ACTION NATIONALE ose exprimer ce souhait irréalisable: que 194-7 nous apporte au moins quelque chose de différent.\u2014 Guy Frégault 1917 - 1947 Si le peuple canadien-français a le grand honneur de représenter au Nouveau-Monde une des quatre formes de la civilisation de l\u2019Europe occidentale, son destin politique est par contre peu glorieux comparé à ceux des Espagnols, des Portugais et des Anglo-Saxons d\u2019Amérique, qui représentent les trois autres formes et qui constituent, eux, autant de peuples souverains sur le plan international.C\u2019est il est vrai, à cause de notre peuple que la Confédération canadienne existe, mais même si jamais nous sortons vainqueurs de l\u2019actuel effort de centralisation dirigé contre nous, nous ne demeurerons pas moins, sous le régime présent, doublement encerclés dans les liens d\u2019une confédération et, disons le mot puisque nous faisons ses guerres,.d\u2019un empire Notre premier ambassadeur aux États-Unis, M.Leighton McCarthy, ne souligna-t-il pas, dans sa première déclaration officielle, en 1943, que la gloire de l\u2019empire anglais avait quelque chose de la gloire de l\u2019empire romain ?Les dures épreuves qui écrasent parfois les peuples parviennent rarement à les faire disparaître.L\u2019Irlande, la Pologne, classées pendant longtemps comme supprimées, n\u2019ont-elles pas rebondi à leurs heures ?Le peuple français d\u2019Amérique peut compter comme tous les autres sur cette heureuse faculté des 1917-1947 7 t- peuples.Il peut connaître des périodes plus ou moins sombres, plus ou moins suffocantes, des ferments, souvent insoupçonnés, sont toujours là et personne ne sait à quel moment ces ferments soulèveront les masses inertes.C\u2019est la loi de la nature des peuples.Le modeste groupe d\u2019hommes qui préparait en 1917 la publication de VAction Française, première série de VAction Nationale, joua à cette époque le rôle obscur de ferment, à côté d\u2019autres ferments plus anciens dans la place.Il n\u2019est pas superflu de nous arrêter quelques instants à observer rétrospectivement les débuts de ce halage collectif.La petite phalange s\u2019était formée quelques années plus tôt, exactement en 1913, sous le nom de Ligue des Droits du français, livrant de son mieux le bon combat.Faut-il les nommer en cet anniversaire?Peut-être.Le Docteur Joseph Gauvreau, Pierre Homier, Orner Héroux, Louis Hurtubise, Léon Lorrain, Anatole Vanier.Dans les débuts l\u2019abbé Groulx remplaça Lorrain, démissionnaire.De 1916 à 1930 la Ligue publia l\u2019Almanach de la Langue française, composé de courts articles, de statistiques, de mots d\u2019ordre, de pièces documentaires.C\u2019est dans l\u2019Almanach que M.Ernest Tétreau, alors député de Dorion au parlement de Québec,trouva le texte d\u2019une proposition de loi pour faire du 24 juin un jour férié au pays du Québec.Après en avoir modifié un peu la forme, il le présenta à la Chambre.et une page d\u2019histoire, pas très honorable pour quelques-uns, fut écrite.Il serait trop long de la relater ici.L\u2019almanach fut largement diffusé.Certaines éditions dépassèrent 40,000 exemplaires. 8 l\u2019action nationale Le 1er janvier 1917, il y a exactement trente ans, paraissait le premier numéro de VAction Française.C\u2019est cet anniversaire que le Directeur actuel de la revue a voulu souligner par la présente évocation du passé.Ce premier numéro débute par un article de M.Édouard Montpetit, intitulé: « Vers la supériorité », et dont voici la finale: « Pour que nous soyons, dans une civilisation qui en partie n\u2019est pas la nôtre, des égaux que l\u2019on respecte et chez qui l\u2019on est forcé de reconnaître des qualités de race et d\u2019intelligence victorieuse, préparons-nous dans le culte de la supériorité ».Quelques directeurs de la Ligue y allaient aussi de leur collaboration.Dès le deuxième numéro on y lit un article de tête de M.l\u2019abbé Groulx: « Une action intellectuelle », où l\u2019auteur appelle une littérature personnelle, débarrassée des clichés étrangers et pleine de la substance qui nous environne.Un regard vers le passé, à l\u2019époque des premiers almanachs et des premiers numéros de la revue, dira à la génération actuelle quels étaient les collaborateurs et amis de la petite Ligue, qui donna et maintint la vie à une revue littéraire et de combat de chez nous, contribuant à alimenter la pensée et nos aspirations collectives et ce, depuis trente ans, avec un hiatus de 1929 à 1932.Leurs noms, pris au hasard, sont les suivants: Mgr L.-A.Pâquet, Georges Pelletier, Albert Ferland, le R.P.J.-M.-Rodrigue Villeneuve, O.M.I., Adjutor Rivard, le R.P.Louis Lalande, S.J., Henri Bourassa, Antonio Perrault, Philippe Landry, Albert Lozeau, l\u2019abbé Philippe Perrier, l\u2019abbé Camille Rcy, Thomas Chapais, Napoléon-A.Belcourt, 1917-1947 9 le R.P.Edouard Lecompte, S.J., le R.Frère Marie-Victorin, L.-O.David, l\u2019abbé Étienne Blanchard, P.S.S., l\u2019abbé Émile Chartier, Marie-Claire Daveluy, Benjamin Suite, l\u2019abbé Olivier Maurault, P.S.S., Monseigneur Béliveau, l\u2019abbé Georges Courchesne, etc., etc.La variété et les couleurs de ces personnages, colloborateurs des premières années, ne corrigent-elles pas un peu la monotonie de la nomenclature ?Il serait plus complet, mais sûrement abusif, d\u2019étendre notre regard sur les trente années entières.Passons.La ligue primitive était démocratique au point de n\u2019avoir pas de président.Elle se contenta longtemps d\u2019un officier, le secrétaire-archiviste, dans la personne du Dr Gauvreau.Il est demeuré dans la tradition de la Ligue d\u2019Action Française, deuxième nom de la Ligue des Droits du français, puis de la Ligue d\u2019Action Nationale, de n\u2019attacher aucune importance aux élections ni à la composition de son bureau.Si la Ligue tient régulièrement son assemblée générale annuelle, conformément aux dispositions de la loi québécoise des compagnies, elle ne procède aux élections que de temps en temps, quand, par exemple, un membre du bureau s\u2019absente on ne peut suivre assez régulièrement les assemblées des directeurs.Les conférences et les brochures ont été avec l\u2019almanach et la revue des moyens d\u2019action fréquemment mis en œuvre.Des conférences brillantes lurent données au Monument National en 1918, par MM.Henri Bourassa, Léon Lorrain, Antonio Perrault, Armand La vergue, l\u2019abbé Groulx.Et ies annales du temps rappellent que ces conférences furent données sous la présidence de M.l\u2019abbé Perrier, de M.le sénateur Beicourt, de M.Aimé Geoffrion.A certains de 10 l\u2019action nationale ces ralliements, le Dr G.-H.Baril, président de l\u2019A.C.J.C., le R.P.Louis Lalande, S.J.et Mgr Béliveau, archevêque de Saint-Boniface, prirent aussi la parole.Les brochures lurent nombreuses.Citons au hasard: La Veillée des berceaux, de M.Montpetit; la Fierté, du P.Lalande; Pour l\u2019Action française, de M.Groulx; La Valeur économique du français, de M.Lorrain; La Langue gardienne de la foi, de M.Bourassa; Pour la défense de nos lois françaises, de M.Perrault; La situation scolaire dans le Québec, de M.C.-J.Magnan.On imprime, on réimprime les « Refrains de chez nous ».Les pèlerinages au Long-Sault ont été des manifestations fort remarquées à cette époque.M.le chanoine Groulx, essentiellement historien, a toujours été doublé de l\u2019homme d\u2019action.C\u2019est ce qui a valu à la première série de la revue de la haute direction de cette personnalité scientifique.Une des méthodes mises en action par le directeur de la revue fut l\u2019enquête.Dès 1918 eut lieu l\u2019enquête sur « Nos forces nationales ».Et, sous cette rubrique, les lecteurs de VAction Française ont pu lire une série d\u2019études par Mgr L.-A.Paquet, Orner Héroux, le P.Louis Lalande, S.J., Antonio Perrault, Mgr Georges Gauthier, Fadette, le P.M.-A.Lamarche, O.P., l\u2019abbé Groulx, Guy Vanier, Henri Bourassa, Édouard Montpetit et Mgr Béliveau.L\u2019année suivante le directeur de la revue annonçait qu\u2019après avoir considéré le présent pour préparer l\u2019avenir il convenait de regarder le passé.« L\u2019on n\u2019édifie intelligemment le présent que si on l\u2019appuie sans cesse sur ce qui était avant lui », écrit-il.Et ce fut l\u2019enquête intitulée « Les précurseurs ».Toute une 1917-1947 11 nouvelle série de collaborateurs rappela Errol Bou-chette, Napoléon Bourassa, Jacques Labrie, Edmond de Nevers, Pierre Bédard, Mgr Langevin, Ferdinand Gagnon, Adolphe Chicoyne, Calixa Lavallée, l\u2019abbé Provencher, Jules Tardivel, le Père Lefebvre.En 1920 l\u2019enquête se poursuit sous la rubrique: Comment servir ?L\u2019année suivante vient l\u2019étude du Problème économique.En 1922 c\u2019est « Notre avenir politique », avec une attention particulière à l\u2019État français, qui réconforte les uns et inquiète les autres.En 1923 le directeur aborde « Notre intégrité catholique »; ce qui lui vaut une fois de plus la collaboration du futur cardinal Villeneuve.Enfin, les grandes enquêtes imaginées par le directeur, sont pour les années suivantes: L\u2019Ennemi dans la place, le Bilinguisme, la Défense de notre capital humain et la Doctrine de l\u2019Action Française.Après le silence observé de 1929 à 1932, Harry Bernard succède à l\u2019abbé Groulx à la direction de la revue.Lui aussi pratique la méthode de l\u2019enquête.Ce qui nous vaut les Problèmes de l\u2019heure et l\u2019Éducation nationale.De 1935 à 1937 notre sympathique artiste Arthur Laurendeau a la direction de la revue.Et c\u2019est le tour d\u2019André Laurendeau, après un long séjour en France, de diriger l\u2019Action Nationale.A son entrée dans la politique il abandonne cette fonction à un comité de direction, un triumvirat composé de François-Albert Angers, Arthur Laurendeau et Roger Duhamel.Cette période qui couvre les années 1943, 1944 et 1945, nous conduit à la direction actuelle, réunie de nouveau entre les mains d\u2019un seul, M.Guy Frégault, brillant disciple 12 l\u2019action nationale du chanoine Groulx au triple point de vue histoire, science et action.Et le témoin, qui a écrit pour les curieux ce bout de page d\u2019histoire., « ne dit plus rien ».Anatole Vanier Nous ne sommes ni droite, ni gauche, mais s\u2019il faut absolument nous situer en termes parlementaires, nous répétons que nous sommes à mi-chemin entre l\u2019extrême droite et l\u2019extrême gauche, par derrière le président, tournant le dos à l\u2019assemblée.Robert ARON et Arnaud DANDIEU. Éléments d\u2019un enseignement de Ja littérature Ci vous me dites que les côtes de la Gaspésie que ^ vous avez parcourues cet été sont sauvages et magnifiques, que dans ce pays sans tendresse tout est violence et nudité; que la mer, même calme, demeure austère: que les vents semblent venir de terres inconnues; que le soleil y est net, éclatant, brutal, je devinerai que la Gaspésie vous a plu par ses lignes dures, sa franchise, sa sévérité, et vous m'aurez peut-être donné le désir d\u2019aller un jour moi aussi goûter à ses hautes beautés.Mais c\u2019est tout.Car si vous avez remué en moi le désir de voir et de vivre, vous n\u2019avez pas remplacé la vision même et le voyage.Vos impressions, nées de vos regards intimes, sont à vous, et elles n\u2019ont de valeur que parce qu\u2019elles sont la secrète continuation des rencontres, uniques et irremplaçables, que vous acez faites avec le pays.Et vos paroles, sur mes lèvres, ne pourraient que mourir, car leur sens et leur raison première ne pourront jamais m\u2019appartenir.Aussi, ne les prononcerai-je jamais; si je laisse en moi chanter leur souvenir, ce n\u2019est que pour m\u2019inviter à voyager aussi.Et puis, une fois là-bas dans ce pays qu\u2019elles m\u2019auront encouragé à habiter, vos paroles m\u2019aideront à mieux voir et à mieux aimer. 14 l\u2019action nationalk De même, les plus éloquentes dissertations d\u2019un professeur de littérature ne sauraient remplacer jamais la littérature elle-même.Le rôle du professeur n\u2019est pas de remplacer, mais d\u2019approcher d\u2019abord, de préparer, « d\u2019habiller le cœur », dirait Saint Exupéry, pour ensuite faire faire connaissance.Ce rôle est le plus difficile; car s\u2019il ne s\u2019agit plus de forcer l\u2019élève à apprendre par cœur de savants commentaires (que l\u2019on a soi-même eu l\u2019obligeance de copier dans quelque gros manuel), il faut maintenant, humblement lire, avec l\u2019élève, non pas l\u2019histoire de la littérature, mais la littérature, puisque c\u2019est elle qu\u2019on étudie.Ce poème de Hérédia, que l\u2019élève n\u2019a pas la vigueur ni le don de saisir, voici qu\u2019il faut le lui présenter, lui en donner l\u2019intelligence et la vision.Et ce que l\u2019élève exige ici, c\u2019est beaucoup plus qu\u2019un commentaire ou qu\u2019un jugement, mais que le poème tout entier lui soit livré, et qu\u2019il en éprouve d\u2019abord le choc déchirant et la douce rencontre.Quel professeur réussira donc ce tour de force élémentaire de rendre un poème visible à ses élèves, de donner à quatorze alexandrins le corps et l\u2019âme de la vie ?Assurément, celui qui aura commencé par « brûler tous les livres », qui sera mis face à face avec le poème et qui se sera posé, dans son sens le plus étendu, la toujours neuve question: « qu\u2019est-ce que ça veut dire?» Les Conquérants de Hérédia regorgent de sonorités bruyantes et harmonieuses; les rimes en sont riches et colorées; la facture, impeccable; la poésie, précise et lointaine.Mais ces choses une fois dites, ai-je touché au poème, en ai-je même esquissé le contour, dessiné la direction ?Au contraire, à peine ÉLÉMENTS D\u2019UN ENSEIGNEMENT DE LA LITTÉRATURE 15 ai-je évoqué un souvenir.Ce n\u2019est pas de souvenirs que l\u2019élève a besoin, mais de présence.Le professeur devrait donc tâcher, il me semble, d\u2019ouvrir une porte, quelle qu\u2019elle soit, par où le poème pourrait passer.Je l\u2019imagine, par exemple, entrant en classe un matin, les mains dans les poches, l\u2019air un peu ennuyé, s\u2019asseyant négligemment à son bureau et regardant, pensif, par la fenêtre: J\u2019ai seize ans, commence-t-il; je suis un pauvre élève qui suis de misérables cours.Tous les matins se ressemblent, et ma vie, qui recommence toujours, ne commence jamais.Un banc d\u2019école, des cahiers, des crayons, des livres immobiles et des paroles interminables, voilà les seuls aliments de mon immense attente, et les bornes de ma possibilité.L\u2019on me dit de ne pas rêver, mais où donc veut-on que je respire ?Comment veut-on que j\u2019aie seize ans et que, ce matin, je n\u2019écoute pas dans le ciel ce nuage qui me parle ?Pourquoi, comme lui, ne partons-nous pas aussi?Que font ici ces livres qui ne sont à personne et ce professeur qui s\u2019ennuie ?Ah ! que ne sommes-nous pas encore aux temps où il restait sur cette terre quelque chose à découvrir, où tout n\u2019était pas d\u2019avance habité et flétri ! Comme devaient être heureux alors ceux qui pouvaient encore partir, sûrs de trouver quelque part le sourire d\u2019une terre nouvelle ! Explorateurs du seizième siècle, que pensez-vous de ce banc d\u2019école où je suis sagement assis?Ce matin, comme tous les matins, j\u2019ouvre mon livre et j\u2019apprends mes leçons ! Quatorze vers, aujourd\u2019hui, quatorze lignes dont il faut que je me souvienne.jusqu\u2019aux examens: Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, Fatigués de porter leurs misères hautaines, 16 l\u2019action nationale De Palos de Moguer, routiers et capitaines Partaient, ivres d\u2019un rêve héroïque et brutal.Ici, le professeur, toujours dans la peau de l\u2019élève, feindra la surprise, l\u2019étonnement de trouver fixées et réalisées, comme par hasard, les lignes générales des rêveries qu\u2019il faisait tout à l\u2019heure.Puis, redevenant le professeur, il pourra maintenant lire le poème, puisque ses élèves en auront été amenés au bord.Le poème rencontrera leur large adolescence, car tout le préambule les aura préparés à reconnaître la part d\u2019eux-mêmes qui s\u2019y trouve.Libre au professeur, maintenant que les élèves l\u2019ont aimé, de commenter le poème; de montrer, par exemple, qu\u2019il n\u2019est pas seulement une vague rêverie, mais la rêverie elle-même dans toute sa frémissante réalité.L\u2019occasion peut se présenter alors de faire quelques mises au point sur la poésie, de prouver qu\u2019elle est ce qu\u2019il y a de plus près de la vie, puisqu\u2019elle fait toucher sensiblement les choses, que ce soit le rêve, l\u2019amour, la piété, l\u2019espoir ou le désespoir.La prose exigera les mêmes détours.L\u2019élève, seul, ne sait pas lire.C\u2019est au professeur de lui apprendre, d\u2019abord à s\u2019accrocher aux grandes poussées intérieures d\u2019un texte, à ses motifs lointains, à sa raison d\u2019être; ensuite, en fonction de cette direction générale établie, à juger de l\u2019organisation et de la valeur respective de tous les éléments en cause: signification humaine du texte, développement, style, etc.C\u2019est au professeur justement d\u2019indiquer les valeurs, de les expliquer et de les échelonner.L\u2019écrivain écrit comme il vit.C\u2019est pourquoi, premièrement, le professeur devra donner vie à ce qui ÉLÉMENTS D\u2019EN ENSEIGNEMENT DE LA LITTÉRATURE 17 est écrit, rattacher les livres à des idées ou à des émotions qui furent un jour peut-être plus passionnées que des guerres.Il n\u2019y a pas de littérature, si mineure soit-elle, qui mérite l\u2019affront d\u2019un cours ennuyeux.Ronsard aimait, Verlaine souffrait, Rimbaud refusait, toute la poésie est pleine de toute l\u2019humanité qui marche.Mais si l\u2019écrivain écrit comme il vit, le professeur devra aussi apprendre à ses élèves la part qu\u2019il faut vivre de ce qui est écrit.Et c\u2019est là que commence l\u2019enseignement véritable et la culture.Baudelaire, dans un livre, m\u2019a livré sa vie.Les Fleurs du Mal me plongent au plus crei x du péché et de son goût de cendre.Je sais donc à vingt ans ce qu\u2019un homme a mis toute sa vie et sa douleur à savoir.Son expérience est mienne, et je peux, à partir d\u2019elle, aller ailleurs.Toute la littérature est ainsi.Elle peut nous apporter, si nous lui demandons, vingt siècles de vie et de mort, de batailles gagnées et perdues, et qui seront, dans la guerre et la paix de nos âmes, nos armes les plus précieuses.Roger Rolland 300 ANS EN ARRIERE ]\tC Ecrivez-nous les noms de votre père et de votre mère et nous vous donnerons le coût de votre arbre généalogique et du volume personnel (400 pages) contenant toute l'histoire de votre famille depuis 300 ans, sans aucune obligation de votre part.INSTITUT GÉNÉALOGIQUE DROUIN \u201cUne oeuvre nationale digne de votre encouragement\u201d 4184, rue Saint-Denis \u2014 Montréal Immense documentation méthodiquement accumulée, dont 61 millions d\u2019actes de baptême, mariage et sépulture, 33 ans de recherches patientes.Généalogie de tout Canadien français et Franco-Américain. Misères des derniers jours T a guerre de la conquête, au Canada, n\u2019eut rien d\u2019une guerre « fraîche et joyeuse ».Après les succès de 1756, 1757, 1758, succès mêlés de revers, une marée, faite de toutes les misères, s\u2019abat sur la colonie, en nappes froides, irrésistibles.Les données de cette tragédie historique n\u2019ont rien de mystérieux.Effets ordinaires, en politique, des courtes visions, des trop longues négligences.La France a bâti le Canada comme s\u2019il se fût trouvé seul en Amérique du Nord.Cependant, à la vue de tous, un énorme déséquilibre de forces, entre colonies anglaises et colonies françaises, allait s\u2019accentuant, de ce côté-ci de l\u2019Atlantique.Le bon sens eût voulu que la France corrigeât par une assistance de moins en moins parcimonieuse, un déséquilibre qui se faisait de plus en plus menaçant.A l\u2019heure du danger, la métropole, tout à coup éveillée, semble-t-il, déploiera, pour sauver sa colonie, un effort généreux.Les secours expédiés à Québec, aux premières années de la guerre, n\u2019auront que le tort d\u2019arriver presque un siècle trop tard.Encore, cette assistance de la dernière heure, eût-il fallu ne pas se mettre dans l\u2019occasion de la diminuer à mesure que la Nouvelle-France, prise à la gorge, en aurait le plus besoin. 20 l\u2019action nationale Ce sentiment, je dirais presque cette sensation d\u2019une lutte trop inégale pour n\u2019être pas sans issue, on en trouve, pendant toute cette guerre, l\u2019influence troublante, dans l\u2019âme des colons.Rien n\u2019a pluB fait pour les accabler, leur inspirer le défaitisme.La population de la Nouvelle-France ne dépasse point vers 1755, 70,000 âmes.La population des treize colonies du sud s\u2019élève à environ, 1,200,000.« Qu\u2019il arrive une tête à ce grand corps », disait Montcalm, « que devient le Canada ?» Le manque de solidarité nationale entre eux, le manque aussi d\u2019esprit impérial ont jusqu\u2019ici empêché nos voisins de s\u2019armer, de toutes leurs forces, contre l\u2019Indien, les Espagnols ou les Français.La « tête », appréhension de Montcalm, ne surgit point, même à l\u2019époque où nous sommes.Le gouvernement de Londres y supplée par pressions sur les gouverneurs, les législatures coloniales, par promesses de compensations, de subsides généraux.En 1758 les colonies lèvent 25,000 hommes qui purent s\u2019ajouter aux 20,000 de la métropole.La même année, les forces françaises se dénombrent comme suit d\u2019après Montcalm: environ 6,600 hommes de troupes de terre, 3,900 de la marine, 2,800 miliciens.Par malheur, ces forces-ci vont décroître pendant que les autres ne cesseront d\u2019augmenter.Les colonies du sud ne dépasseront pas leurs effectifs de 25,000 hommes; mais l\u2019Angleterre haussera les siens.En 1759 Bougainville qui surfait trop la part des milices coloniales, établit à 63,000 hommes les forces anglaises.A ce moment-là, le Canada ne peut plus opposer que 3,400 hommes de troupes de terre, 1,200 de la marine, au plus 5 à 6,000 miliciens.Et ces chiffres ne donnent qu\u2019une idée fort incom- MISÈRES DES DERNIERS JOURS 21 plète de la force réelle de l\u2019adversaire.Il faut faire entrer en ligne de compte, ses ressources en denrées, en bestiaux, « plus de trois cent cinquante lieues de côte ouvertes aux secours d\u2019Europe », la supériorité de son armement, et en particulier, de son artillerie.Une autre donnée militaire accuse l\u2019infériorité des forces franco-canadiennes: l\u2019immensité du champ de bataille.Le limes de l\u2019empire de la Nouvelle-France, tel qu\u2019il faut le défendre dans cette guerre, se situe, d\u2019un côté, à Louisbourg, au bord de l\u2019Atlantique, puis, de là, en suivant la ligne du Saint-Laurent, aux Grands Lacs et au delà.De cette ligne maîtresse, trois plongées se dirigent vers le sud et le sud-ouest, pour étreindre les contreforts éloignés, et fermer à l\u2019ennemi les voies d\u2019invasion par l\u2019intérieur: voie du Richelieu et du lac Champlain, voie du Saint-Laurent et des Lacs, voie de l\u2019Ohio.Ces lignes stratégiques, presque illimitées, sont-elles au moins jalonnées, défendues par un solide système de fortifications?Rien de plus trompeur qu\u2019une simple vue de l\u2019alignement des forteresses ou des forts sur la carte.Louisbourg, que Desan-drouins appelait « la porte cochère du Canada », n\u2019est pas le Gibraltar que l\u2019on a coutume de croire.Louisbourg est une sentinelle isolée au bord de l\u2019océan, guettée à Terre-Neuve et à Halifax par l\u2019ennemi.Bâti à coups de millions pour réparer les cessions désastreuses du traité d\u2019Utrecht, c\u2019est-à-dire pour 22 l\u2019action nationale garder, au Canada, sa seule voie respiratoire vers la mer, la « porte cochère » s\u2019acquitte assez mal de sa fonction.Trop loin du passage de Terre-Neuve, elle ne saurait empêcher une flotte anglaise de se glisser dans le golfe et dans le fleuve, qu\u2019à la condition d\u2019avoir toujours à sa disposition, une escadre française en état de prendre à revers les vaisseaux ennemis.Mais en sa rade située sur une étendue de côtes de quarante-huit lieues et ouvertes à des havres qui lui sont supérieurs pour le mouillage, les vaisseaux du roi ne peuvent même pas hiverner.Louisbourg souffre de ces autres inconvénients d\u2019avoir été pris, une première fois en 1745, par l\u2019Anglais, et de posséder des fortifications encore inachevées.Et la forteresse reste toujours sans arrière-pays français où s\u2019appuyer.Tous les efforts pour attirer la masse des Acadiens à l\u2019Ile-Royale sont restés vains ou peu s\u2019en faut.Louisbourg ne peut être ravitaillé que de France et de Québec.Mais Québec est à 500 milles.Entre les deux postes, à peine relève-t-on, sur l\u2019isthme de Shédiac, les trois forts de Beauséjour, de Gaspereau et de Pont-à-Buot, dont le premier seul pourrait opposer quelque résistance sérieuse.Sur le fleuve, Québec, la capitale, n\u2019a rien, non plus, de la place forte qu\u2019on se figure.Québec est sans fortifications, et « n\u2019en est pas susceptible.Si on ne défend pas les approches, il faut rendre les armes », disait Bougainville au ministre Berryer en 1758.« Les fortifications en sont si ridicules et si mauvaises », jugeait Montcalm, « qu\u2019elle seroit prise aussitôt qu\u2019assiégée ».Point d\u2019autre moyen de défendre la ville, estimait-il, que d\u2019empêcher les ennemis MISÈRES DES DERNIERS JOÜRS 23 d\u2019en approcher.1 Le mauvais sort voudra, qu\u2019en dépit de maints avertissements, on croie une invasion par le fleuve improbable, sinon impossible.On compte d\u2019ailleurs sur la flotte française pour la défense de cette partie.Et l\u2019on ne fera rien pour barrer le fleuve aux passages étroits de l\u2019Ile-aux-Coudres, du Cap Tourmente, de la Traverse, en tout cas, rien que d\u2019insuffisant pour l\u2019avoir tenté à la dernière minute.Détail assez cocasse: les plans de fortifications dressés par l\u2019ingénieur Franquet, à l\u2019usage de la capitale, ne sont pas encore revenus de France en 1757.Ne parlons ni des Trois-Rivières ni de Montréal.Le premier poste qu\u2019on juge moins exposé, ne possède même plus d\u2019enceinte de pieux; Montréal, grande porte de la colonie, non moins menacée que Québec, était peut-être à l\u2019abri d\u2019un coup de main, mais ne pouvait résister à une décharge d\u2019artillerie.« Ville environnée d\u2019une simple muraille pour la mettre à couvert contre les sauvages, plutôt que contre des troupes », lisons-nous dans un mémoire de l\u2019époque.En 1757 Montréal est encore totalement dénuée d\u2019artillerie.A l\u2019heure même de son investissement par les trois armées anglaises, en septembre 1760, les fortifications de la ville se réduisent à ceci: une muraille de deux à trois pieds d\u2019épaisseur, munie d\u2019une demi-douzaine de canons, un fossé d\u2019enceinte sans eau; du côté de 1.Jugement que confirmait l\u2019ingénieur Pontleroy, la haute ville ne lui paraissant point « susceptible d\u2019une deffense avantageuse en cas de siège, naïant ny fossez, ni contrescarpes, ny chemin et étant dominée par des hauteurs derrièie lesquelles il y a des couverts qui en facilitent les approches ». 24 l\u2019action nationale l\u2019est, un cavalier do tranchée au sommet d\u2019un monticule.Sur la frontière Richelieu et sur le lac Champlain, où les premiers contacts avec l\u2019ennemi vont s\u2019établir, les défenses coloniales valent-elles mieux?Au-dessus de Chambly, quatre forts forment comme les vertèbres de cette ligne stratégique: Saint-Jean, l\u2019Ile-aux-Noix, Saint-Frédéric, Carillon.Principal entrepôt sur cette frontière, point d\u2019attache de la petite flotte de transport en cette région, Saint-Jean ne sera jamais qu\u2019un fort indéfendable, faute d\u2019hommes et de temps pour y exécuter les travaux projetés.L\u2019Ile-aux-Noix prend alors l\u2019importance d\u2019un poste stratégique de premier ordre.En cas d\u2019un abandon forcé du lac Champlain, l\u2019Ile opposerait le dernier barrage à l\u2019ennemi vers Montréal.Trop facile à contourner, et en dépit de travaux exécutés, là aussi, à la dernière heure, l\u2019Ile-aux-Noix ne restera qu\u2019un poste assez pitoyable.Saint-Frédéric, à la porte du lac Champlain, clé de cette route militaire, avant la construction du poste avancé de Carillon, était mal situé et mal bâti.Commandé par un rocher voisin, la maçonnerie « n\u2019en pourrait soutenir le choc du boulet; et les éclats de pierre détruiraient autant de canonniers qu\u2019on y en mettrait ».Montcalm, toujours un peu grincheux, il est vrai, jugeait Carillon, au confluent du lac Champlain et de la décharge du lac Saint-Sacrement, « une mauvaise place ».Le jugement de Montcalm s\u2019accordait ici avec celui de Malartic qui trouvait ce fort bâti en bois de pièce sur pièce, mal pourvu de défense, hors d\u2019état de soutenir un siège.De cinquante-quatre toises sur son plus grand côté, le fort MISÈRES DES DERNIERS JOURS 25 était surtout trop petit.Les bombes ne pouvaient produire qu\u2019un effet terrible dans un carré aussi étroit.Un autre point stratégique inspire de l\u2019inquiétude, surtout depuis que les Anglais, établis à Chouaguen, menacent de couper en deux l\u2019empire colonial.Ce centre nerveux prendra une telle importance, qu\u2019à l\u2019été de 1759, quelques semaines avant la bataille des Plaines d\u2019Abraham, Vaudreuil dépêchera le chevalier de Lévis avec huit cents hommes à la garde de cette autre clef du pays.Entre temps, l\u2019on avait procédé à la construction d\u2019une sorte de petit boulevard, à la décharge du lac Ontario qu\u2019on appellera la front'èredes Rapides.En 1749 le sulpicien Piquet y a déjà fondé, au confluent de l\u2019Osservégat-chie et du fleuve, la Présentation, à la fois mission et station militaire.Les fortifications des Rapides eurent d\u2019abord pour fin, non seulement de protéger Montréal, mais aussi le fort Frontenac: entrepôt des Pays d\u2019en haut et des Lacs, arsenal et port de la petite flotte du lac Ontario.En 1759 les défenses des Rapides, toutes au-dessous des Mille-Iles, avaient pour tête de ligne, la Pointe-au-Baril, trois lieues au-dessus de la Présentation.En 1760 elles se réduisent à un entrepôt sur la Galette, gardé par une quinzaine d\u2019hommes, à une ligne de trois corvettes à la tête de Pile Oracointon, au fort de Lévis sur cette île, fort de pièces de bois équarri, à trois bastions garais chacun de quatre canons, puis, un peu plus bas, aux Iles-aux-Galops, devenues le refuge des sauvages de la Présentation.Dans les derniers temps, le corps de quatre à cinq cents hommes promus à la garde de cette frontière, n\u2019a plus même la moitié de cet effectif. 26 l\u2019action nationale A l\u2019autre bout du lac Ontario, s\u2019élevait le fort de Niagara, tête d\u2019un autre réseau de fortifications.Par Niagara, en effet, s\u2019effectue la liaison avec la frontière de l\u2019Ohio ou Belle-Rivière.A trente lieues environ, sur la rive méridionale du lac Erié, l\u2019on atteignait le fort dit de la Presqu\u2019île; puis, de ce fort, un portage de quatre lieues conduisait à la Rivière-aux-Bœufs, affluent de l\u2019Ohio, et, de là, au confluent de l\u2019Ohio et de la Monongahéla, emplacement du fort Duquesne.Entre Duquesne et la Presqu\u2019île, deux autres forts faisaient étapes: celui de la Rivière-aux-Bœufs, à peu de distance des sources de la rivière, et le fort Machault, au confluent de la Rivière-aux-Bœufs, de la Rivière Alleghany et de l\u2019Ohio, à quarante lieues au-dessus de Duquesne.Que vaut encore cette autre chaîne de fortifications ?Elle est destinée à protéger la riche et vaste région de l\u2019Ohio, la région voisine de la Louisiane; elle doit disputer aux anglais les Grands Lacs.On se rappelle qu\u2019à l\u2019aide de toutes les cartes canadiennes, La Galis-sonnière fixait, au sommet des Apalaches, les bornes des possessions anglaises.Selon un mémoire qui paraît bien avoir été inspiré par lui, s\u2019il n\u2019est de lui, les bornes naturelles des puissances rivales en Amérique du Nord s\u2019établissaient, à la hauteur des terres, aux sources des rivières qui se déversent dans l\u2019Atlantique, pour les Anglais, et, pour les Français, aux sources des rivières s\u2019en allant vers le Saint-Laurent et vers le Mississipi.Les Grands Lacs, toujours selon La Galis-sonnière, constituaient le centre du Canada, mais n\u2019en avaient jamais été les limites.Faire droit aux prétentions anglaises sur ces régions, disait-il, « ne ten-droit à rien moins qu\u2019à la perte totale du Canada, MISÈRES DES DERNIERS JOURS 27 par la difficulté, pour ne pas dire l\u2019impossibilité d\u2019en conserver le surplus après ce dénombrement ».De Niagara à Duquesne, nous voici donc à beaucoup plus qu\u2019un point névralgique de l\u2019empire; nous sommes à un point vital.Cependant, tout le long de cette ligne-frontière, un seul fort peut impressionner l\u2019ennemi: Niagara.Construit en partie en pierre, excellemment fortifié du côté de la terre, avec fossés et bastions garnis de trente canons, le fort Niagara est réputé le plus puissant de la colonie.En revanche le fort de la Rivière-aux-Bœufs et le fort Machault sont moins des forts que des dépôts de vivres et de munitions.Et que dire du fort Duquesne?Dernier chaînon, au sud-ouest, du système défensif du Canada, point le plus exposé aux coups des Anglais et investi de la garde de l\u2019Ohio, Duquesne restera jusqu\u2019à la fin l\u2019un des plus faibles des forts canadiens.Mal situé, mal bâti, trop petit, on n\u2019a pas encore réussi, en 1758, à le mettre en bon état de défense.C\u2019est à qui renchérira sur l\u2019insuffisance de ce gardien de l\u2019une des marches de l\u2019empire.« Trop petit pour soutenir un siège », écrit Lemercier.« Le fort Duquesne qui a coûté des sommes immenses et qui ne vaut rien, croule de tous côtés », note un jour Montcalm.En résumé, si l\u2019on excepte Niagara, « nulle place forte dans le pays »; des « bicoques qu\u2019on appelle forts », faut-il avouer avec Bougainville.Pendant longtemps l\u2019on avait cru les Anglais incapables, par les routes d\u2019alors, de transporter au loin de l\u2019artillerie.Beaucoup de forts avaient été construits en conséquence.Où l\u2019on avait mis du canon, il ne s\u2019y en était trouvé que de petit calibre, pour effrayer tout au plus as l\u2019action national® les sauvages et parer à une surprise.Système de fortifications trop fragile, à la vérité, pour seconder efficacement la tactique de Vaudreuil qui eût voulu occuper l\u2019ennemi au loin, lui imposer des expéditions coûteuses, utiliser sur place les forces indiennes qu\u2019on ne pouvait que difficilement conduire au cœur de la colonie.Système tout aussi incapable de corriger, en faveur des Français, l\u2019inconvénient d\u2019un front de guerre si disproportionné aux forces de la Nouvelle-France, que l\u2019ingénieur Desandrouins pouvait dire: « Jamais pays n\u2019a eu à défendre de plus vastes contrées avec moins d\u2019hommes ».Le transport des vivres et munitions ne démontrait que trop les pernicieux effets du facteur distance.Faute d\u2019une politique d'établissement agricole pratiquée à temps, au moins aux charnières de l\u2019empire, peu de postes, si l\u2019on excepte Michilimakinac, Détroit, le pays des Illinois, et un peu Saint-Frédéric, pouvaient se ravitailler sur place.Il fallait les ravitailler de Montréal.Or, il y a cinquante lieues de Montréal à Saint-Frédéric, cinquante-cinq lieues jusqu\u2019à Carillon.De Montréal à la Galette, encore cinquante lieues.De Montréal au fort Duquesne, deux cent trente lieues.En 1755 le convoi expédié vers la Belle-Rivière n\u2019exigera pas moins de 650 hommes.En 1757, 2,000 Canadiens, parmi les meilleurs combattants, sont employés au transport.En 1758 Vaudreuil a besoin de 3,000 hommes pour le va-et-vient de Frontenac à Niagara.L\u2019on aboutit ainsi à ce paradoxe d\u2019un système de fortifications qui, au lieu de suppléer, par les ressources de l\u2019art, à l\u2019infériorité des effectifs militaires, ne sert qu\u2019à l\u2019affaiblissement de la colonie. MISÈRES DES DERNIERS JOURS 29 Une autre épreuve pèse, non moins lourdement, sur la colonie: le manque de vivres.On pourrait soutenir cette opinion qu\u2019à ses dernières heures, la Nouvelle-France fut moins vaincue par Wolfe, Murray ou Amherst, que par le général la Famine.Manger est aussi nécessaire à une armée que d\u2019avoir des armes et des munitions.Quelle force ou bravoure peuvent tenir devant la faim?En temps ordinaire, la production agricole du Canada pouvait s\u2019élever à 800,000 minots de blé.La population en consommait, elle seule, 600,000.C\u2019est dire que, la guerre venue, la colonie ne pouvait faire face à sa subsistance.Les troupes de terre lui ont amené un surplus de 6,000 bouches à nourrir.Les partis de guerre expédiés de tous côtés, chaque hiver, les convois de 2 à 3,000 hommes employés au ravitaillement des postes éloignés, les milliers de sauvages attachés à l\u2019armée, et habitués à ne garder ni mesure ni ménagement; toutes ces causes réunies vont ajouter à la consommation régulière.Déjà fort mal en point, en 1755, par deux années de mauvaises récoltes, la colonie ne pouvait, non plus, maintenir sa production au rythme normal.Bestiaux négligés ou abattus pour l\u2019armée, culture des terres abandonnée aux femmes, aux enfants, aux vieillards, semences, récoltes, battages des grains expédiés à la hâte, au retour des partis d\u2019hiver, par les miliciens mis en congé temporaire; ainsi va la vie agricole, sous le régime de la mobilisation générale des hommes, qui est celui du pays.Les approvisionnements de la métropole peuvent seuls combler le déficit colonial en denrées et vivres.La France, c\u2019est justice à lui rendre, fait le possible, les premières années de la guerre, pour ravitailler le 30 l\u2019action nationale Canada.Des secours considérables arrivent à Québec, en 1757, en 1758.Mais, cette dernière année, la prise de Louisbourg vaut à la colonie, le blocus océanique.Déjà les convois de vivres ne prenaient le chemin de l\u2019Amérique que sous l\u2019escorte de navires de guerre.Forte de sa supériorité, la flotte anglaise faisait le guet aux environs de Louisbourg, dans le golfe et dans le fleuve Saint-Laurent, et même jusqu\u2019à la sortie des ports de France.En 1757, sur un convoi de quatorze navires, en route pour le Canada, six avaient été capturés en mer.Après la perte de File Royale, le mal va s\u2019aggravant.Le Canada connut le commencement de l\u2019asphyxie.Des navires qui quittent les ports de France, heureux ceux qui peuvent atteindre Québec.En 1759 quinze n\u2019en parviennent pas moins à tromper la vigilance anglaise.Le ministre a eu recours à des armateurs étrangers, espagnols, danois, même anglais dont les vaisseaux ont navigué sous pavillon neutre.Artifices qui n\u2019apportent toutefois que de maigres palliatifs à la disette grandissante.Est-il besom de dire quelle gêne ressentent de ce manque de vivres les opérations militaires?Pour Vaudreuil, c\u2019est, chaque année, le problème toujours angoissant et toujours insoluble.Impossible, pour lui, de tracer des plans à l\u2019avance; impossible, chaque printemps, dans l\u2019attente des vaisseaux de France généralement en retard, impossible de prendre les devants sur l\u2019ennemi.Pour ce vide dans les greniers et les magasins, que de projets ajournés, que de partis de guerre supprimés ! Chaque automne, abandon forcé et presque entier, des positions occupées à l\u2019été, au lac Champlain, aux Rapides; retour invariable des MISÈRES DES DERNIERS JOURS 31 troupes au cœur de la colonie, pour y prendre leurs quartiers d\u2019hiver, s\u2019y faire nourrir par l\u2019habitant.Allées et venues qui tirent de l\u2019armée des centaines de manœuvres du transport.Faute de vivres toujours, des opérations urgentes, nécessaires, dont dépend parfois le salut de la colonie, sont paralysées, mises en échec.Il en fut ainsi, par exemple, des travaux de fortification, projetées au-dessous de Québec, pour parer à l\u2019invasion par le fleuve.Pour une bonne part, la disette de vivres força à y renoncer.Le 12 avril 1759, Montcalm écrit dans son journal: « Nous manquons de munitions de guerre, et encore plus de vivres.Il y a de quoi trembler, quand on imagine que, suivant M.le Marquis de Vaudreuil, nous n\u2019avons dans nos divers magasins que de quoi nourrir huit mille hommes pendant un mois, et de quoi nourrir pendant deux, le corps de troupes qui s\u2019assemble vers Niagara à la Belle-Rivière.11 faut espérer que les Anglais nous en laisseront arriver de France; car, sans cela, nous pourrions périr par le manque de vivres, sans tirer un coup de fusil ».Le spectre de la famine se promène jusque dans les forts.Du fond de la Belle-Rivière, l\u2019on fait savoir qu\u2019on y « craint plus la disette des vivres que les Anglais ».Un mois tout juste avant la bataille des Plaines d\u2019Abraham, on se demande si l\u2019armée aura de quoi manger.Après la chute de Québec, Lévis a projeté d\u2019y bloquer la garnison anglaise; il aurait voulu l\u2019empêcher de tirer des paroisses du voisinage, rafraîchissements et bois de chauffage.La même disette le contraignit à ne laisser qu\u2019une faible garnison à la Pointe-aux-Trembles.Et encore Bigot ne savait-il comment faire subsister cette avant-garde et la 32 l\u2019action nationale garnison de Jacques-Cartier.Qui ne sait que, sous les murs de Québec, après la victoire de Sainte-Foy, Lévis sera pris dans le dilemme d\u2019avoir à lever le siège de Québec ou d\u2019y manger, en quelques semaines, le peu de vivres de l\u2019armée?Misères qui laissent entendre quelles privations les troupes et le peuple ont à souffrir.Le régime ordinaire est celui de la ration.On s\u2019y met dès 1757.Peuple et bourgeois auront à se contenter, pour l\u2019hiver, d\u2019un quarteron de pain par jour, sans être assurés de se trouver de la viande.A Québec, cette année-là, l\u2019on désarme cinq navires venus de Brest, faute de vivres à leur fournir pour le retour en France.A Montréal, la souffrance est telle que les esprits tournent à la sédition; le peuple y excite les soldats.Le chevalier de Lévis doit mater une mutinerie des troupes de la marine, puis même des grenadiers, qui se refusent à manger de la viande de cheval.Pour la même raison, Vaudreuil aura à réprimer une émeute de femmes.Au printemps de 1758, la misère grandit toujours dans les côtes de Québec; l\u2019habitant y vit d\u2019avoine bouillie.A Montréal, nouvelles émeutes de femmes, mourantes de faim et qui font trembler les hauts fonctionnaires.A Québec, l\u2019émeute éclate au début de janvier 1759.L\u2019intendant veut mettre la population au quarteron.Quatre cents femmes lui arrachent la demi-livre.Pourquoi faut-il qu\u2019à ces misères s\u2019ajoute la dérision ?La pire épreuve du peuple fut de se sentir ou de se croire volé, affamé, par les siens, par les MISÈRES DES DERNIERS JOURS 33 chefs de la colonie.Ici un personnage intervient, envahit la scène: François Bigot.Personnage troublant comme tous ceux dont la légende populaire fait l\u2019incarnation des catastrophes historiques.En Bigot il y a les raffinements et les vices des sociétés prises des mauvais vertiges, qui penchent vers leur fin.L\u2019espace nous fait défaut pour reprendre le procès de cet homme.Il ne manquait ni d\u2019intelligence, ni de savoir-fa;re.A son arrivée au Canada, il rendit à la comptabilité coloniale ce service appréciable d\u2019y mettre de l\u2019ordre.Jamais, non plus, par suite de la guerre, intendant de la Nouvelle-France ne se vit tomber sur le dos besogne si accablante ni si compliquée.Prendre à la lettre toutes les dénonciations qui pleuvent alors dans les bureaux de Versailles, serait d\u2019un esprit peu critique.Il y eut, dans la colonie, les profiteurs; et il y eut aussi ceux qui eussent voulu profiter et qu\u2019on n\u2019admit point au partage.Qu\u2019il faille écarter la part de la charge dans ce qu\u2019ont publié ces mécontents des immenses voleries de la « Grande Société », du triumvirat de Québec et duumvirat de Montréal, rien n\u2019est plus sûr.Bigot vécut d\u2019ailleurs à une époque où les mœurs administratives de la monarchie se montraient fort tolérantes pour le péculat.On pouvait s\u2019enrichir aux dépens du roi, pourvu qu\u2019on le fît avec discrétion.Ce qui se passait au Canada, se passait, et à la même échelle, à l\u2019Ile-Royale, en Louisiane, aux Antilles.Mais le moins qu\u2019on puisse dire du dernier intendant de la Nouvelle-France, est qu\u2019il manqua singulièrement de discrétion.Bigot a contre lui d\u2019avoir été un fastueux et un fêtard.Il croyait un peu comme tous ses contem- 34 l\u2019action nationale porains, que, pour faire honneur à son rang et au roi, il ne pouvait se dispenser de mener grand train.« Je soutiens noblesse et dignité ?mais je mange mon bien et je frémis pour l\u2019avenir », écrivait Montcalm qui, du 1er avril 1756 au 1er janvier 1758, estimait avoir dépensé 57,000 livres d\u2019argent sec.La table de Bigot, toujours de vingt couverts au moins, lui coûtait, à elle seule, 40,000 livres par an.Il raffole des fines mangeailles.Il avait apporté ici une vaisselle d\u2019argent, d\u2019une façon riche et rare, qu\u2019après la confiscation de ses biens, les plus grands de France se disputeront Aussitôt finies les opérations militaires et les troupes rentrées dans leurs quartiers d\u2019hiver les fêtes commencent dans la société de la petite capitale grossie des officiers de l\u2019armée.La chronique mondaine devient une chronique de bals et festins.Nulle part, l\u2019on ne s\u2019amuse autant qu\u2019au palais de M.l\u2019intendant.En janvier 1757, alors que le peuple est au quarteron de pain et à la viande de cheval et que la sédition gronde, on donne, chez monsieur Bigot, tous lustres allumés, force festins de quatre-vingts couverts, accompagnés de concerts et de bals.En 1758 on ne retranchera rien à ces extravagances.L\u2019anxiété grandissante sur le sort de la colonie, l\u2019approche des suprêmes malheurs n\u2019inciteront que davantage à s\u2019étourdir.Montcalm qui s\u2019amuse avec les autres, tout en disant s\u2019y ennuyer, note avec désenchantement: « On se divertit, on ne songe à rien, tout va et ira au diable ».Bigot n\u2019est pas moins connu pour un joueur forcené.Au Canada et dans toutes les colonies, le jeu a pris, à l\u2019époque, les proportions d\u2019une épidémie.En 1757 le roi a dû fulminer, contre cette folie, une MISÈRES DES DERNIERS JOURS 35 ordonnance sévère.Dans la société canadienne, chaque bal est occasion de jeu, surtout chez l\u2019intendant qui donne cet exemple d\u2019obéissance aux ordres du roi.Pourquoi joue-t-il ?Il aime jouer tout autant que brasser des affaires.Et l\u2019on ne sait s\u2019il aime plus le jeu que l\u2019argent ou l\u2019argent pour le jeu.Ce chevalier des cartes et du dé s\u2019est composé une société à son image, non pas une cour de beaux esprits, mais de belles dames, de courtisans et de complices.Et l\u2019on joue avec frénésie, une passion sombre.Toute décence et politesse sont mises de côté.Des subalternes rudoient l\u2019intendant.Ses valets jouent contre lui.En décembre 1757 Montcalm écrit de Québec à Lévis: « Il y a eu un jeu si considérable et si fort au-dessus des moyens des particuliers que j\u2019ai cru voir des fous ou, pour mieux dire, des gens qui avoient la fièvre chaude; car je ne sache pas avoir jamais vu une plus grosse partie, à l\u2019exception de celle du Roi ».Des petits officiers jouent leurs émoluments, se ruinent.Certains coups de dé décident parfois de 900 et même de 1,500 louis.Somme que l\u2019intendant perd une nuit en trois quarts d\u2019heure.Dans le carnaval de 1758 il aura perdu 200,000 francs.Pareilles prodigalités ou pertes exigent des compensations, des remboursements.Où le grand joueur les prend-il?Une chose est certaine: le jeu n\u2019a pas réussi à l\u2019appauvrir.Qu\u2019il ait commercé et qu\u2019il y ait réalisé des profits de grand rapace, nous possédons là-dessus ses propres aveux.Pour la seule année de 1759, année de si grande misère pour la plupart des négociants qui, ne recevant rien de France, n\u2019avaient plus rien à vendre, l\u2019heureux Bigot confessait au ministre Berryer, avoir fait, dans le commerce, 36 l\u2019action nationale plus de 600,000 livres.Et l\u2019on pense à la « Grande-Société » dont l\u2019intendant, dans l\u2019opinion publique, serait l\u2019un des profiteurs, sinon l\u2019animateur: société qui oblige l\u2019habitant à vendre à bas prix ses produits, ses bestiaux, et qui les revend au prix fort à l\u2019intendance; qui envoie ses navires à quinze et vingt lieues en mer, acheter les cargaisons en route pour Québec, et qui se rend ainsi maîtresse du marché colonial; qui fait acheter par un quidam une prise anglaise à sept cent mille livres et qui la revend au roi deux millions cinq cent mille livres; qui, dans un pays rationné à l\u2019extrême limite, accomplit le miracle de faire des amas de farines pour les expédier clandestinement aux Iles.Sans doute, autour de M.l\u2019intendant et d\u2019un bout à l\u2019autre de la colonie, chacun pille et grapille.On vole le roi, dans ses propres magasins, dans les postes et les forts, dans les travaux de fortifications, dans les transports de vivres et de munitions, dans les rations des troupes, jusque dans les fournitures de drogues.Des gardes-magasins se livrent à ces pilleries.Des officiers de l\u2019armée volent comme des mandarins, au dire de Montcalm.L\u2019étrange est que le plus souvent, M.Bigot ne paraisse rien voir.Lui arrive-t-il de s\u2019ouvrir les yeux et de faire quelques exemples ?Les coups ont bien soin d\u2019épargner les grands coupables.Indulgent à soi-même, Bigot ne l\u2019est pas moins à ceux-là qui n\u2019ont que le tort de l\u2019imiter En croirait-on quelques contemporains?Il serait celui qui, par sa complaisance et ses mauvais exemples, aurait gâté toute la colonie, y aurait déchaîné cette rage de vol et de concussion.Une naïve indulgence serait de faire de lui une victime des hommes de Versailles, un bouc émissaire livré, au insfeRHS DBS DBRNIBRS JOURS 87 dernier moment, à la vindicte publique pour faire oublier les torts et les malheurs de la guerre.Le procès de Bigot débuta en 1756, quatre ans avant la mauvaise tournure des événements.Machault, Moras, Massiac, Berryer, ministre après ministre, lui reprochent les désordres de son administration, refusent d\u2019accepter ses boiteuses explications.Une autre indulgence, tout aussi inadmissible, serait donc de faire de ce François le Magnifique, un Fouquet colonial.Dans un pays où tout le monde s\u2019était mis à grapiller, peut-être ne fût-il que le roi des gra-pilleurs.Dans cette perspective d\u2019histoire, les querelles dans le haut commandement, pour pénibles et funestes qu\u2019on les estime, n\u2019ont guère eu les si graves conséquences qu\u2019on leur prête.Querelles classiques entre coloniaux et métropolitains.Querelles qui sévissent à Louisbourg aussi bien qu\u2019à Montréal et à Québec, et qui, à la même époque, n\u2019ont sévi nulle part, avec autant d\u2019aigreur, que dans les colonies anglaises voisines de la Nouvelle-France.Le contact des troupes coloniales et des troupes métropolitaines, observe un historien américain, George Louis Beer, ne fit qu\u2019élargir le fossé entre les deux groupes de la race.Et par une rencontre qui n\u2019a rien de singulier, les sujets de querelle se ressemblent étrangement: disputes à propos de commandement, à propos du rang des officiers, à propos de tactique.Au Canada, si l\u2019on s\u2019en tient toujours aux causes profondes, voyons-y, en outre, des oppositions d\u2019hommes aux nerfs excédés par une tâche aussi épuisante qu\u2019appa- 38 l'action nationale remment vaine, vouée à l\u2019inévitable échec; et surtout des oppositions naturelles de caractère entre deux hommes.Aux côtés de Vaudreuil, le taciturne,calme, pondéré, presque flegmatique, à peine ému, dirait-on, par les plus graves revers, lent, trop lent de décision, Canadien, très canadien de sentiment et quelque trop débonnaire pour les siens, on ne pouvait placer personnage plus en contraste que le bouillant méridional Louis-Joseph de Montcalm.Le général possédait d\u2019admirables qualités de militaire: conception rapide, don d\u2019organisateur et d\u2019entraîneur, affection très humaine pour le soldat, prestige sur ses subordonnés.L\u2019homme, en revanche, avait plus de nerfs que de raison.D\u2019une extrême mobilité d\u2019esprit et de sentiment, sémillant, impulsif; on le verra passer d\u2019un extrême à l\u2019autre: de l\u2019optimisme presque candide au pessimisme le plus sombre, et voire, au défaitisme.Il sera l\u2019homme de cœur qui, le 11 septembre 1759, deux jours avant la défaite des Plaines d\u2019Abraham, alors que tant de choses vont au pire, écrit dans sa dernière lettre au chevalier de Lévis: « Nous soutiendrons ».II est aussi le désenchanté qui, tant de fois, aura laissé tomber dans ses lettres ou dans son journal, des mots comme ceux-ci: « Ah ! que je vois noir !» \u2014 « Quand est-ce que la pièce que nous jouons en Canada finira ?» \u2014 « Colonie perdue si la paix n\u2019arrive point».\u2014«Ah ! quand quitterons-nous ce pays ?» \u2014 Les malheurs et la prolongation imprévue de la guerre et de l\u2019exil, la conscience accrue chaque jour de jouer une partie désespérée, le contact trop continu avec Vaudreuil, si dissemblable, les lenteurs de l\u2019administration, développeront, en Montcalm, qui se reconnaît lui- MISÈRES DES DERNIERS JOURS 39 même esprit emporté, ce qu\u2019il y avait d\u2019ombrageux, d\u2019irritable, de pointilleux, de persifleur.Nombre de pages de ses lettres et de son journal sont d\u2019un pamphlétaire.Vraiment ce galant officier écrit trop de lettres « à brûler » Il fait trop son petit Saint-Simon, à la recherche constante d\u2019un exutoire pour dégorger sa bile, incapable de retenir un bon mot, une épi-gramme, si elle lui paraît spirituelle, bien tournée.Pour tout dire, trop souvent homme de salon et de salon dix-huitième siècle, qui a autant d\u2019esprit que de légèreté.Sa tête de Turc est Vaudreuil.C\u2019est à lui qu\u2019il réserve ses pointes les plus sèches, ses moqueries les plus amères.Et, sur la fin, il ne s\u2019agit plus d\u2019innocents persiflages, d\u2019amusements de salon Les coups de dent et les traits de plume de M.de Montcalm tendent à nous peindre un Vaudreuil bouffi de vanité puérile, mais surtout léthargique, insensible aux pires revers à force d\u2019inconscience, et puis, d\u2019une imprévoyance et d\u2019une impéritie absolues, parfaitement niais.« Il faut lui faire jouer le rôle de général », écrit plaisamment M.de Montcalm, de son chef hiérarchique.Un jour de danger, que la sérénité de Vaudreuil l\u2019a agacé plus que de raison, il raille ce gouverneur « plus ferme qu\u2019un roc » et qui « seroit plus inquiet si son dîner retardoit d\u2019un quart d'heure ».Un autre jour, le 12 juin 1759, que Vaudreuil a fait à Québec, une revue de quelques retranchements: « M.le Marquis de Vaudreuil, gouverneur général et en cette qualité général de l\u2019armée, a fait sa première tournée, il faut bien que la jeunesse s\u2019instruise.Comme il n\u2019avait jamais vu ni camp ni ouvrage, tout lui a paru aussi nouveau qu\u2019amusant.Il a fait des 40 l\u2019action nationals questions singulières.Qu\u2019on s\u2019imagine un aveugle à qui on donne la vue».Le gouverneur qui, le 22 mai 1760, à la veille de la marche des Anglais sur Montréal, écrit encore à Lévis: « Quant à moi, je ne vois rien de désespéré: nous persévérerons l\u2019un et l\u2019autre à faire de notre mieux; il faut espérer que la divine Providence bénira enfin nos travaux », Montcalm a trouvé le moyen de nous le décrire, en 1759, sottement résigné à la défaite : « Je crois qu\u2019on sent son ignorance, qu\u2019on compte le pays pris, que les uns en sont bien aises, et qu\u2019ici l\u2019on est content de pouvoir dire:\u2014 Si j\u2019avais eu des vivres ».De ces propos et de plus désobligeants, la correspondance de Montcalm et plus encore, la dernière partie de son journal, en sont émaillées.Son journal, il dit l\u2019écrire « pour lui seul »; mais il n\u2019est pas seul à l\u2019écrire.Il prie qu\u2019on brûle ses lettres; mais il s\u2019ouvre indiscrètement à Lévis, à Bourlamaque, à Bougainville, à d\u2019autres; et ses propos courent si bien salons et garnisons que Vau-dreuil n\u2019en ignore rien.M.Chapais trouve à s\u2019indigner de quelques réactions un peu vives de Vaudreuil à l\u2019égard de Montcalm, au lendemain de la mort du général.Mais Vaudreuil, si durement malmené, et qui avait senti se former autour du gouvernement de la colonie, un détestable esprit de fronde, avait-il si grandement tort de retracer à ces sources ce pernicieux esprit et de s\u2019en plaindre ?Vaudreuil n\u2019était pas un aigle.Par la pondération, le bon sens, il rachetait ce que le talent ne donne pas toujours.Si nous avons pu écrire de Bigot que jamais intendant n\u2019avait assumé, en Nouvelle-France, tâche aussi lourde, il en faut dire autant du dernier gouverneur français de la colonie.Jamais guerre ne MISÈRES DES DERNIERS JOURS 41 s\u2019était faite en Amérique sur un si vaste front et contre des forces aussi considérables et disproportionnées.« A qui n\u2019est pas sorti d\u2019Europe », confiait Bougainville, aux hommes de Versailles, « il n\u2019est pas possible de concevoir quel miracle, et miracle de création, il faut pour faire en Canada une guerre européenne.» Surveiller les opérations depuis l\u2019Acadie jusqu\u2019à Duquesne sur l\u2019Ohio, en passant par les Rapides et Niagara, et depuis Montréal jusqu\u2019à Carillon; voir aux transports par terre et par eau, entre ces divers points, mener la bataille toujours à court d\u2019argent, de vivres et de munitions, calmer le peuple aigri par la faim, par le surmenage, par la hausse vertigineuse des prix, par l\u2019inflation monétaire, déployer toutes les ressources de la diplomatie pour garder attachés à l\u2019alliance française, les cantons iroquois, les Indiens des lacs, ceux de l\u2019Ohio et du Mississipi, alliés plus capricieux, plus chancelants, de jour en jour, devant l\u2019issue douteuse du duel anglo-français; puis, outre cela, secouer les bureaux de Versailles, mendier, presque à genoux, chaque année, les secours les plus indispensables; répondre aux instances, aux objurgations de M.de Montcalm qui assaille le gouverneur de mémoires et qui exhorte ses amis à faire de même, comme si le chef de la colonie était un magicien à faire sortir les hommes de terre, et à faire pousser les blés au bout de la baguette; telles sont les menues occupations de M.de Vaudreuil.EtrVaudreuil devra tenir son rôle sans être tout à fait son maître, en des conditions exceptionnelles qui, en fait, ne s\u2019étaient pas renouvelées depuis le temps de M.de Courcelles, alors que M.de Tracy, au heu et à la place du gouverneur \u2014 dont c\u2019était le rôle 42 l\u2019action nationale ordinaire \u2014 avait assumé la direction de la guerre iroquoise.Montcalm était resté, selon sa commission, le subordonné du gouverneur.Le gouverneur n\u2019eB devait pas moins partager son autorité avec l\u2019ombrageux commandant.Certes, une tâche aussi complexe, aussi harassante, requérait un chef d\u2019envergure, d\u2019esprit fertile en ressources; il fallait aussi un homme aux nerfs solides, de patience têtue.En l\u2019occurrence, les défauts de Vaudreuil le servirent autant que ses qualités.Au reste, nous le disions plus haut, ces querelles entre chefs, pour déprimantes qu\u2019elles aient pu paraître au monde des subordonnés, n\u2019eurent point l\u2019effet que l\u2019on a dit, sur les opérations de guerre, ni sur le fatal dénouement des Plaines d\u2019Abraham.Sur ce point, l\u2019on s\u2019épargnerait bien des controverses si l\u2019on voulait se rappeler les consignes du ministre Berryer à Vaudreuil, consignes du 3 février 1759, après le passage de Bougainville à Versailles.Une petite révolution s\u2019opéra dans le haut commandement.D\u2019ordre du ministre, la direction des opérations militaires passa bel et bien de Vaudreuil à Montcalm.Vaudreuil ne devait plus paraître en campagne qu\u2019après avoir consulté le général et en cas d\u2019affaire « absolument décisive ».La fin va venir au milieu de ces tristesses.Calques journées de soleil d\u2019abord, Chouaguen, Fort George, Carillon, qui vont secouer d\u2019orgueil le petit peuple, mais journées de soleil traversées de nuages lourds.Les frontières croulent les unes après les autres. MISÈRES DES DERNIERS JOURS 43 La Nouvelle-France s\u2019affaisse, comme il arrive à ces organismes mécaniques ou vivants, trop surmenés, trop longtemps distendus et que l\u2019effort disproportionné fait se détraquer dans toutes leurs parties.La première frontière à tomber est la plus vitale, celle de la mer, où l\u2019ennemi, supérieur en forces navales, va naturellement porter ses premiers coups.Beauséjour était tombé en 1755.En 1758, chute de Louisbourg qui, comme Beauséjour, tombe sans beaucoup de gloire, dars un relent de trahison.Peu de temps après la chute de Louisbourg, premier ébranlement de la frontière de l\u2019ouest, par la chute du Fort Frontenac d\u2019abord, puis, au point le plus faible, sur 1 Ohio.Des forces anglaises qui remontent la Belle-Rivière, contraignent à l\u2019évacuation et à l\u2019incendie du Fort Duquesne, et à un repliement sur Machaut.Ainsi, en 1758, l\u2019empire colonial s\u2019effondre à ses deux extrémités.Le blocus océanique devient possible contre Québec; la trouée commence à s\u2019ouvrir vers Montréal.Nous voici à l\u2019année 1759, la première année fatale.En réponse à Bougainville dépêché en France pour aller dire la détresse de la colonie, Versailles qui ne s\u2019engage qu\u2019à de maigres secours, prescrit une sorte de renversement stratégique: se tenir sur la défensive; moins songer à tout sauver qu\u2019à conserver un pied en Canada, pour être en état de recouvrer la totalité du pays au traité de paix.Le ministre Berryer ajoute ce mot dont parle Bougainville dans une lettre chiffrée à Montcalm, mot qui « décourageroit, s\u2019il était connu » \u2014 et qui est, sans doute, qu\u2019on ne « cherchait point à sauver les écuries quand le feu était à la maison ».Le 17 juin les Anglais paraissent à l\u2019Ile d\u2019Orléans. 44 l\u2019action national» La guerre est au cœur de la colonie.Québec est assiégé.Une seule affaire brillante pendant le siège de la capitale: la journée de Montmorency, le 31 juillet.Dans la nuit du 12 au 13 septembre « coup de tête génial » de Wolfe qui tente de prendre Québec à revers et qui réussit.Défaite des Plaines d\u2019Abraham et quelques jours plus tard, capitulation de Québec, brûlé, éventré par les bombes anglaises, et qui se rend, sans gloire aussi, sans avoir tiré un seul coup de canon.Quelques jours auparavant l\u2019on avait appris du même coup la retraite de Bourlamaque sur l\u2019Ue-aux-Noix et la chute de Niagara.Sous la pression des 11,000 hommes d\u2019Amherst l\u2019on avait fait sauter Carillon et Saint-Frédéric.Pouchot s\u2019était laissé surprendre à Niagara, alors que de Ligneris, replié sur Machault après l\u2019incendie de Duquesne, était reparti en expédition vers la Belle-Rivière.Tous les pays d\u2019en haut échappaient.La Nouvelle-France se voyait coupée de ses alliés indiens.Pourtant, avant la suprême agonie, un sursaut héroïque: la victoire de Sainte-Foy.Le 20 avril 1760, le fleuve encore barré ici et là de champs de glace, une petite armée avait commencé à le descendre.Armée misérable, sans rien d\u2019assuré, du côté des vivres, qu\u2019un peu de pain.Les magasins étaient vides.Aux officiers eux-mêmes, l\u2019on n\u2019avait pu donner ni les capotes et marmites, ni les fusils et les épées qu\u2019ils demandaient.Des particuliers ont fourni des draps, des couvertes, etc.Ces gueux de troupiers ont pourtant vaincu à Sainte-Foy.Ils étaient partis faire le siège de Québec.Ils durent lever le siège, parce qu\u2019ils manquaient de vivres, de poudre, parce que leurs canons, de trop mauvaise qualité, crevaient ou MISÈRES DES DERNIERS JOURS 45 ne portaient pas assez loin; parce qu\u2019ils attendaient des secours de France et que les secours vinrent d\u2019Angleterre.Autour de Montréal s\u2019opère le resserrement final.L\u2019ennemi à grands tours de mains, visse l\u2019écrou.Murray remonte le fleuve, en bateau, insaisissable aux troupes de Lévis qui ne peuvent que le suivre sur les deux rives.Bougainville, cerné et coupé, évacue l\u2019Ile-aux-Noix, le 27 août.Le 30 on met le feu au fort Saint-Jean.Murray mouille à l\u2019Ile-Sainte-Thérèse et y débarque des troupes.A peu près dans les mêmes jours, le 25 août, Ponchot capitule à Pile Lévis, aux Rapides, après une résistance brillante qui rachète sa déveine de Niagara.Voici donc l\u2019empire colonial réduit à quelques lieues carrées, à cette île de Montréal qui avait été l\u2019un de ses plus dynamiques foyers de vie.Le destin de l\u2019Amérique du Nord tournait: il était dit qu\u2019il ne serait pas français.A cette heure, la colonie offre un spectacle de détresse humaine où se donnent rencontre, sem-ble-t-il, toutes les misères physiques et morales.Il y a pis que l\u2019invasion de l\u2019ennemi, pis que les ravages de la famine et des épidémies.Il y a, dans les âmes, l\u2019invasion et les ravages du découragement.Lors de la levée du siège de Québec, les forces françaises et canadiennes se réduisaient déjà à 3 ou 4,000 réguliers et miliciens, manquant d\u2019ailleurs de fusils et de baïonnettes, n\u2019ayant de poudre que pour un combat, sans autres canons que les pièces de campagne prises à l\u2019ennemi à Sainte-Foy et quarante boulets au plus par pièce, soit un total de 312.Dès l\u2019évacuation du Fort Duquesne, et surtout après la reddition de Québec, les sauvages des pays d\u2019en 46 l\u2019action nationale haut ont commencé à se retirer.Le 2 septembre 1760 les sauvages domiciliés consomment l\u2019abandon.Pis encore: Lévis, Bourlamaque, Bougainville voient fondre, impuissants, leurs petits bataillons.Le fléau de la désertion sévit parnti les miliciens et les troupes.Troupiers de France, grenadiers eux-mêmes, quittent les rangs.L\u2019indiscipline devient générale, irrépressible.On déserte, on fuit parce qu\u2019on n\u2019en peut plus de misère, parce qu\u2019on est nu-pieds, officiers sans souliers, parce qu\u2019on est malade, parce qu\u2019on est sans armes, parce qu\u2019on n\u2019a pas de quoi manger.On fuit parce qu\u2019on est las, las de courir d\u2019une frontière à l\u2019autre, las d\u2019une guerre sans issue; parce qu\u2019on se sait abandonné de la France; parce que l\u2019esprit du défaitisme a envahi tout le monde, sans excepter la plupart des chefs.On cède à la panique.Des images d\u2019épouvante rapportées de la capitale et de ses environs, par les miliciens et troupiers de retour du siège de Québec, affolent les imaginations: silhouettes de mendiants, de femmes, d\u2019enfants déguenillés et mourants de faim, errant comme des fantômes, sur les routes, dans la côte de Beaupré, sur File d\u2019Orléans, dans les trente-six lieues de la rive sud brûlées, ravagées par l\u2019Anglais.Murray, impatient d\u2019arriver le premier à Montréal, pour ravir à Amherst l\u2019honneur de la reddition, menace, comme Wolfe, de brûler logis et dépendances des habitants absents de chez eux.Le 22 août le bas de la paroisse de Sorel a flambé.Parmi les miliciens c\u2019est le signal de la débandade.Le 6 septembre 1760, lorsque Amherst campe à un quart de lieue de Montréal, que Murray a atteint la Longue-Pointe, aux vingt et quelque mille hommes de l\u2019ennemi, munis d\u2019une puissante artillerie, l\u2019armée MISÈRES DES DERNIERS JOURS 47 de Lévis ne peut opposer qu\u2019une petite troupe dérisoire de 2,000 combattants épuisés et découragés.Tous les habitants ont déserté.Les 2,000 n\u2019ont de munitions que pour une affaire de mousqueterie, des vivres pour quinze à vingt jours.Et que vaut le moral du dernier refuge de la colonie ?Envahi par des bandes de fugitifs, Montréal est en proie à une intense surexcitation.Les habitants de la ville ont refusé de prendre les armes.Dans cette atmosphère fiévreuse, Vaudreuil négocie la capitulation définitive.Cette fois en effet, c\u2019est bien la fin.Troja fuit.Une petite armée en loques qui attendait dans les faubourgs et le long des murailles, a demandé les honneurs militaires.Le vainqueur, peu magnanime, les lui a refusés.L\u2019histoire de la Nouvelle-France se ferme sur cette dernière image, d\u2019une tristesse inexprimable.Lionel Groulx, ptre de VAcadémie canadienne-française CHRONIQUES Chronique musicale LE CHANTEUR Le nom seul de chanteur évoque des images variées et contradictoires.Pour les uns,, c\u2019est la personnification de la vanité dont l\u2019abcès est incurable et qui promène son m\u2019as-tu-vu à la façon d\u2019un drapeau.Pour la masse, saturée de T.S.F., c\u2019est le dispensateur du sentiment pour âme tendre, d\u2019un miel stiri, d\u2019une fade friandise.Mais cela est une caricature, et si la radio en a multiplié le type, s\u2019ils encombrent tous les carrefours et enrichissent les grotesques de Fridolin, s\u2019il en est qui leur souhaitent la purge à l\u2019huile de ricin, ne leur accordons pas tant d\u2019honneur, car ce sont, en général des enfants inoffensifs.Mais le vrai chanteur mérite autre chose.Un Victor Maurel un de Reszké, chanteurs complets (pour ne mentionner que des morts: et du reste, la décadence du chant nous force à remonter au 19ème siècle) sont les plus rayonnants des hommes et qui extériorisent toute la séduction, tout l\u2019éclat, de la beauté sonore.Le chanteur intégral peut se définir comme la splendeur du parfait en pleine action, en plein mouvement.Alors, il exerce une action très vive sur les sens, sur le cœur et même sur l\u2019esprit.Rappelons que les opéras de Monteverde, modèles d\u2019intensité, secouaient, jusqu\u2019aux larmes, des foules évaluées à six mille personnes.Nous voilà loin de la sentence: bête comme un ténor et qui s\u2019applique tout de même à une grosse moyenne de la confrérie. chroniques 49 Mais le chanteur soumis à toutes les exigences du métier, musicien, comédien, expert du beau son, ennobli de euItu're générale, maître et propagateur d\u2019images, celui-là est un créateur d\u2019émotions comme personne sur la machine ronde.Le chanteur a du coffre.Il lui faut des muscles solides, durs, entraînés au refus de la maladie ou de la faiblesse.Sa vitalité a sa source dans la pensée, dans la conviction que l\u2019énergie physique est à la base de tout développement, de toute croissance dans le domaine du son.Le chanteur méprise la graisse et le confort.Il s\u2019entraîne vingt-quatre heures par jour au complexe de l\u2019élan joyeux, dompteur de difficultés et d\u2019épreuves.Il subjugue sa chair, lui impose des séances rigoureuses de rythme respiratoire, d\u2019influx musculaires qui augmentent la sécurité et l\u2019entrain.Il ne craint pas le froid: il s\u2019en fait un allié.Cela lui aide à bâtir un corps robuste souple, harmonieux, instrument incomparable, capable de résister à.tous les énervements, à l\u2019étude poussée et épuisante de certaines partitions, de certains rôles.C\u2019est bien ce qu\u2019en dit Maurel: « Chanter Rigoletto « est à la portée de tous, mais bien peu ont pu le « chanter et à la fois jouer.Cela est encore plus « vrai pour le rôle de Falstaff où, sous le poids d\u2019un « costume écrasant, il faut savoir rire, s\u2019étouffer ou « roucouler, sur des hauteurs déterminées, en des « mouvements tour à tour rapides et lents, avec des « intensités fortes ou faibles, mais toujours soutenues « et pendant des heures et en mesure cela s\u2019entend.» Ajoutons cependant que l\u2019exercice violent ne convient pas au chanteur car, en pays froid, ils sont néfastes aux voies respiratoires.A la base de toute production du son se trouve la santé, et la richesse du timbre, ses modulations, sa diversité, ses colorations, son charme et sa force sont liés à la virilité de l\u2019interprète.Dispositions naturelles qu\u2019il faut raffermir constamment. 60 l'action nationale Le chanteur doit connaître à fond l\u2019appareil phonétique.Loin de cet empirisme qui fait piétiner sur place et ne propose que vague et obscurité.La décadence très réelle du chant attribuable en grande partie, (jusqu\u2019à ces dernières années) aux contradictions de l\u2019enseignement, â la généralisation des trucs, à l\u2019à peu près des méthodes, est en train de subir une correction dont les effets se feront sentir dans une ou deux décades.A la lumière des demi ères découvertes, la science du chant fait un grand pas en avant, et sans entrer dans le détail de ces innovations, on constate que désormais, la performance des voix s\u2019exercera sur des données plus scientifiques.De grands artistes se sont formés dans les siècles passés, mais qui étaient des autodidactes et dont le merveilleux instinct suppléait aux carences des méthodes.Aujourd\u2019hui que 1 es études sont mieux étayées, on peut espérer qu/elles accéléreront les résultats.Les apprentis chanteurs ne devront plus se contenter de la virtuosité des arpèges, de l\u2019éclat des vocalises.Ils devront approfondir la production des timbres qui sont comme le secret principal de l\u2019expression et qui donnent aux voix leur personnalité.Tout cela se met au service de l\u2019œuvre.Après tout ce qui vient d\u2019être dit, on arrive au but, à l\u2019interprétation.Interpréter, pourrait-on dire, c\u2019est imaginer.Pour s\u2019adapter au personnage, il faut le vivre complètement.Documentation historique, psychologique, littéraire.Fouiller les alentours du texte, ses environnements.La recherche de vérité humaine appartient en propre au chanteur.Ses investigations dans le réel, matériel, imaginaire, accumulent dans sa pensée toute l\u2019expérience du génie, tout le trésor multiplié de la poésie, les ressorts secrets du mystère de la vie.Prenons un exemple de brève analyse.Qui veut rendre le Roi des Aulnes de Schubert doit avoir fait en imagination cette course à l\u2019abîme.Quatre personnages: le récitant, le père, l\u2019enfant, le Roi des CHRONIQUES 51 Aulnes.(Le Roi des Aulnes en Allemagne, c\u2019est le loup-garou chez nous, qui vole les petits enfants désobéissants).Quatre timbres différents.Neutre chez le récitant.De cauchemar chez l\u2019enfant, exaspéré et fiévreux.De séduction chez le Roi des Aulnes et d\u2019apaisement chez le père.Cette chevauchée dans la nuit noire a pour fond musical, un triolet fatidique qui s\u2019accorde à un galop de cheval.Tous les éléments sont déchaînés.C\u2019est une révolte de la nature que ponctue le tonnerre, que soufflète le vent.De cette mêlée sinistre sortent les voix pleines d\u2019un sortilège envoûtant.Mais à une condition, c\u2019est que chaque timbre respecte la vérité de tous les partenaires.La voix de l\u2019enfant, doit être stridente et aigre.Celle du Roi des Aulnes doit être enchanteresse.Quand Wullner, (le grand interprète de Schubert) chantait ce lied, la vérité et la densité de son interprétation faisaient tout oublier, et le piano et la voix, et la langue, et la salle où nous cessions de respirer.L\u2019auditeur épousait toutes les sensations du chanteur, voyait dans une hallucination délirante se précipiter ce drame de mort et d\u2019angoisse.On plongeait dans des ténèbres épaisses et sans issue.L\u2019ensemble restait harmonieux et combinait tous les éléments les plus divers.Mais, chose merveilleuse, cet artiste réfléchi, lucide, ménageait toujours des surprises aux deuxièmes auditions de la même pièce.Un élément neuf, un détail improvisé surgissaient qui rafraîchissaient et brisaient toute monotonie.C\u2019est précisément ce qu\u2019on veut dire quand on affirme que le chant est la merveille de l\u2019art.Le chanteur parfait improvise constamment sur le fond élaboré et réfléchi de sa méditation.La mobilité de la vie, dans son expression achevée, dans ce qu\u2019elle a de périssable et d\u2019éphémère, voilà ce qu\u2019un grand chanteur réalise.Est-il rien de plus révélateur de la condition humaine que cette vision fugace d\u2019un instant de la beauté qui se défait en se faisant, et qu\u2019on ne reverra plus jamais 52 l\u2019action nationale dans des conditions identiques?Le grand chanteur offre le puits de mélancolie de la beauté parfaite, tranchée dans sa fleur.Sans doute tous les interprètes en sont là.Mais je crois que le chanteur fait la synthèse de tous les arts.Il combine la poésie, le rythme, la musique, la mimique, le geste, le sentiment, la pensée.Tl agit sur les sens, le cœur, l\u2019esprit avec plus de force ! Tout notre propos définit l\u2019élite du métier: un Victor Maurel dans Don Juan, un Chaliapine dans Boris, un de Reszké, une Lili Lehmann.Le chant est un grand métier.Il ne faudrait s\u2019en faire une carrière qu\u2019avec des modèles comme ceux que nous venons de citer.Ils sont de plus en plus rares.Je garde un souvenir émerveillé du Boris Godounov que nous entendîmes à Paris en 1907, avec Chaliapine alors dans toute la force de sa maturité, avec ces chanteurs russes de St.-Pétersbourg, avec ces chœurs dont l\u2019action mimique était tellement intense qu\u2019elle bouleversait, a\\ec ces timbres spécifiquement russes, dans cette orgie rythmique qui chantait la désolation des steppes et qui en corrigeait le désespoir.Souhaitons que ceux qui se préparent à la carrière y entrent avec d\u2019autres préoccupations que celles du cachet.Arthur Laurendeau Chronique de la Radio* La radio canadien ne-française « La radio est le miroir d\u2019une nation .» Au point de vue chronologique, la radio se classe au dernier rang parmi les cinq principaux moyens de communication entre les hommes: après l\u2019imprimerie, la télégraphie, le téléphone, le cinéma.Mais la découverte de la radiophonie reste, depuis la parution de la Bible Mazarine, l\u2019événement le plus important pour la diffusion de la pensée humaine.En supprimant l\u2019obligation de réunir dans un même lieu orateur et auditeurs, la téhessef donne une prodigieuse puissance au verbe, plus chaud et plus vivant que l\u2019imprimé, et déchaîne sur le monde une force dont il n\u2019est pas encore possible de connaître tous les effets.D\u2019un autre côté, pour jouir du cinéma il faut se déplacer, c.-à-d.sortir de chez soi pour aller s\u2019enfermer dans une salle noire et à demi-aérée.La radio n\u2019a pas tant d\u2019exigences.Au contraire, il suffit de tourner un bouton, et le flot continu de musique et de mots envahit tout le foyer.Bref, l\u2019influence de la radio est à coup sûr plus grande que celle du cinéma, plus grande et plus manifeste.* L\u2019abondance de la matière nous a interdit, en décembre, de publier cette première Chronique de la Radio.Aujourd\u2019hui, nous mettons la bouchée double.Nous nous en excusons.La Direction 54 l\u2019action nationale Cependant, les journaux et revues de notre province, à quelques exceptions près, ne se préoccupent guère de la radio.Quelquefois, un éditorial; plus souventes fois, c\u2019est pour geindre, sans plus.Des journaux publient l\u2019horaire des postes radiophoniques; ils ne manquent pas d\u2019ajouter des commentaires qui, malheureusement, restent des communiqués, de la publicité pure et simple.Pourtant, ces mêmes journaux font paraître une chronique musicale, une chronique cinématographique, une chronique sportive, sans compter le carnet mondain.Mais ils oublient ou feignent d\u2019oublier que la téhessef atteint les foyers de tous les comtés, à toutes les heures du jour et tous les jours de la semaine.Le 2 novembre 1936, le parlement fédéral instituait.la Société Radio-Canada pour remplacer la Commission canadienne de la radiodiffusion, créée en 1933.Le gouvernement fixait deux objectifs à sa nouvelle créature: lo entreprendre la construction de postes puissants, d\u2019un océan à l\u2019autre, pour desservir la population entière du pays en lui offrant des émissions utiles et agréables (cf.Radio-Ouest française) ; 2o exercer une censure générale sur tout ce qui touche à la radiophonie.Cette année, Radio-Canada célèbre donc son dixième anniversaire.Quelles que soient les fautes de cet organisme d\u2019État \u2014 il ne s\u2019agit pas, Cette fois, de la traduire à la barre\u2014, avouons que, sans lui, la radio canadienne canadienne-française (pour une) serait encore plus « moche » qu\u2019elle ne l\u2019est aujourd\u2019hui.En vérité, la naissance de Radio-Canada est la renaissance de la radio canadienne-française: ce fut un regain de vie pour celle-ci qui, jusqu\u2019alors, avait beau jeu et savait, mieux que personne, profiter de la situation.Ce seul mérite vaut à la Société Radio-Canada les applaudissements du public qui, en fin de CHRONIQUES 55 compte, bénéficie de cette rivalité pas toujours amicale entre les entreprises privées et la radio d\u2019État.Pour célébrer dignement l\u2019ànniversaire de la Société Radio-Canada et pour montrer que l\u2019influence de la radio n\u2019est pas une quantité négligeable, «L\u2019Action Nationale » inaugure une chronique de la radio.C\u2019est la première des revues canadiennes-françaises qui ouvre ses pages à la téhessef.Ce mérite devrait doubler le nombre de ses abonnés que je sache ! En m\u2019offrant de rédiger cette chronique, le directeur de I\u2019Action Nationale s\u2019est contenté de dire: « Restez en deçà de la loi de la presse: c\u2019est notre seule exigence ».J\u2019ai pris note.Donc je suis libre.Dois-je ajouter que j\u2019entends jouir de ma liberté?Que CKAC se rassure: il ne s\u2019agit pas de blâmer ou de louer, il me suffit de voir clair.Juger aussi objectivement que possible, telle est ma devise.Cette chronique n\u2019a pas été instituée, comme l\u2019hebdomadaire « Radiomonde » \u2014 « bréviaire de mauvais goût » \u2014, pour mousser n\u2019importe quelle série d\u2019émissions.J\u2019entends aussi me dispenser des entrevues insipides.Répétons: voir clair suffit.« La radio est le miroir d\u2019une nation .» BREF.Le 3 novembre dernier, ouverture officielle d\u2019un nouveau poste radiophonique dans la région métropolitaine.CKVL, Verdun, est la propriété de M.Jack Tieltolman. 56 l\u2019action nationale Saluons avec joie le retour sur les ondes de « Notre français sur le vif » (CBF, le dimanche à 1 h.) En compagnie de Mme Olivette Thibault, M.Jean-Marie Laurence, professeur à l\u2019école normale Jacques-Cartier, en profite pour discuter sur tout ce qui se rattache à la langue française: vocabulaire, phonétique, histoire, sémantique, etc.Dialogue enjoué, parfois mordant, même aux dépens des correspondants.Au début de l\u2019automne, le poste CKAC, « le premier poste français d\u2019Amérique », lance de nouvelles séries.Cette année, deux bêtises entre autres.« Le duel des époux », malheureux rejeton de « La meilleure moitié », s\u2019avère une grotesque imitation de l\u2019émission américaine: « The Better Half ».Durant la même soirée du jeudi, il faut éviter « On chante dans mon quartier ».A propos, « On chante dans mon quartier » est aussi le nom d\u2019un programme de variétés que MM.François Chatelard, Saint-Grenier et ( ieorgefe Gosset présentent sur les ondes françaises.Le premier n\u2019obtiendra jamais la renommée du second: il est d\u2019un si mauvais goût.Ça juge un poste émetteur.Les lecteurs conserveront cette liste.Chaque livraison de L\u2019Action Nationale publiera une journée radiophonique.Jacques Beauchamp CHRONIQUES 57 \tLE DIMANCHE RADIOPHONIQUE\t\t A.M.\t\t\t 10 h.\tL\u2019heure dominicale.\tCBF\tmesse 11 h.\tL\u2019Oratoire St-Joseph\t\tCKAC\tmesse P.M.\t\t\t 1 h.\tNotre français sur le vif.\tCBF\tcauserie 2 h.\tPréparons l\u2019avenir\t\tCBF\tcauserie, sketch 2 h.15\tLes concerts populaires.\tCJAD\tet forum.musique 4 h.30\tLe musée d\u2019art\t\tCBF\tRadio-Collège 5 h.\tL\u2019orchestre symphonique de la NBC.\t\tCBF\tmusique classique 5 h.\tL\u2019heure familiale\t\t\tCKAC\u2019 chant et musique\t 6 h.30\tChansonnettes françaises\tCHLP\t 6 h.45\tLes Fables de LaFontaine CBF\t\tRadio-Collège 7 h.\tLa littérature étrangère au théâtre.\t\tCBF\tRadio-Collège 7 h.30\tConcert pour les Canadiens.\t\tCBM\tmusique et chant 8 h\tIci l\u2019on chante\t\tCBF\tchant et musique 8 h.30\tStage 47.\t\tCBM\tthéâtre 1 9 h.30\tL'album familial de musique \t\tCBF\tchant et musique 10 h\tStump the Authors\t\tCFCF\tforum 10 h.30\tLittérature.\t_\t\tCKAC\t 11 h.\tUn auteur rencontre ses lecteurs\t\t\t\tCBM\tforum 58 l\u2019action nationale UN MOT, S.y.P.! « Un peuple a la radio qu\u2019il veut ».Sait-on que la radio américaine a connu une aventure pareille?Il est arrivé que \u201cTHOSE WE LOVE\u201d, un roman radiophonique, est apparu sept fois sur la liste des émissions, comme il a disparu sept fois aussi.Les commanditaires ont appris, à leurs dépens, que le public est maître d\u2019un programme.\u201cThe people maintained that neither a sponsor, a station, nor a network of stations had the right to kill off whole families of radio characters or to leave them dangling in the air without the consent of the people.The people even threatened to take their case to the FC-C (FEDERAL COMMUNICATIONS qOMMISSION) for a ruling.In this instance, it wasn\u2019t necessary »\u2018.« La radio, c\u2019est l\u2019affaire de tout le monde », dit un auteur.Et il a raison.La radio, comme le cinéma, est d\u2019abord et avant tout un art essentiellement démocratique, pour ne pas dire une industrie plutôt qu\u2019un art, une industrie avant d\u2019être un art.L\u2019industrie doit plaire au client; la radio.Au début de novembre dernier, M.Augustin Frigon, directeur général de la Société Radio-Canada, accordait un interviou à Jean Desprez.De leur entretien, retenons pour l\u2019instant une réponse de M.Frigon: « .Je n\u2019aime pas tout ce qu\u2019on présente à Radio-Canada.Mais .mais il ne faut pas oublier que la Radio nationale n\u2019a pas été créée pour mon plaisir à moi, mais le plaisir de tout le peuple canadien et que 1.Tune in: «Those we Love \u2014 People vs Sponsors», livraison de mai 1943, page 21-22. CHRONIQUES 59 si l\u2019on veut s\u2019efforcer de faire plaisir à tout le monde, il faut essayer de satisfaire tous les goûts et donner un peu de tout comme divertissements radiophoniques »2.Cet aveu du directeur général de Radio-Canada, on doit le considérer, sans crainte de se tromper, comme l\u2019énoncé du principe qui régit les émissions de la Radio nationale.Ajoutons que, de son côté, la radio d\u2019entreprise privée s\u2019impose, comme règle de conduite, de satisfaire tous les goûts de son auditoire.IL FAUT SATISFAIRE TOUS LES GOÛTS, DONC DONNER UN PEU DE TOl/T est si vrai que les postes radiophoniques dépensent un fort pourcentage de leurs revenus pour connaître les opinions du public en matière d\u2019émissions.C\u2019est pourquoi les postes souhaitent de tont cœur que les auditeurs expriment leurs commentaires, fassent part de leurs suggestions ou offrent une critique constructive.Bref, le problème de la radio est un problème d'auditoire.Mais comment se compose l\u2019auditoire radiophonique du Québec ?A mon humble avis, quatre classes suffisent: lo les dégoûtés se désintéressent de la radio (ce qui ne veut pas dire qu\u2019ils n\u2019écoutent jamais); 2o les gourmets se contentent de déguster les mets les plus fins; 3o les gloutons gobent tout; 4o la masse trouve plaisir à suivre assidûment romans-savon, « quizz », variétés, radio-théâtre populaire, de préférence aux programmes musicaux, par exemple.De ces quatre auditeurs, lequel se donne la peine de donner son opinion sur tel ou tel programme, sans attendre que le poste ou l\u2019agence de publicité le rejoigne par téléphone, par concours, par enquête?Les dégoûtés: jamais.Les gourmets: quelquefois, plutôt jamais.Les gloutons: oui, mais seulement pour 2.Ici Radio-Canada, Service de presse et d\u2019information, Montréal, le 8 novembre 1946, page 6. 60 l'action nationale les émissions populaires, par l\u2019envoi de questions aux questionn hires, par la participation aux concours, etc.(choses que les émissions de grand style ne font que trop rarement).Reste la masse qui alimente de ses questions impertinentes les courriers radiophoniques, exige des laissez-passer, ajoute un arôme parfumé au courrier des jeunes premiers, (petits messieurs pas toujours si jeunes ni si .petits), envoie des douzaines de cravates ou de jolis mouchoirs, menace Séraphin des pires calamités tandis que Donalda reçoit des articles de mercerie et môme des aliments ! Le peuple parle.Le commanditaire (agence de publicité ou poste émetteur) prête l\u2019oreille, enregistre les réactions et les réclamations, et agit en conséquence.Si ce dernier ne tient pas au programme de grand style, s\u2019il n\u2019ambitionne que la flatteuse approbation du plus grand nombre possible d\u2019auditeurs, l\u2019émission est « moche #.Mais la masse applaudit ce qui lui plaît: tout va très bien, madame la marquise.C\u2019est ici qu\u2019il faut féliciter la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Le 24 novembre dernier, cette société groupait en congrès général quelque 174 délégués de plus de 60 sections.A cette occasion, suivant la coutume, l\u2019assemblée adoptait des vœux.Entre autres desiderata qui intéressent tous les Canadiens, la Société invite les auditeurs à se prévaloir du numéro de leur licence et de communiquer FRÉQUEMMENT, par téléphone ou par lettre, avec Radio-Canada, non seulement pour blâmer, mais surtout pour encourager les initiatives louables et pousser la carrière des artistes méritants.Cette proposition, tout le monde devrait l\u2019adopter sans tarder comme règle de conduite vis-à-vis les postes d\u2019Êtat et ceux d\u2019entreprise privée.Pour une fois, j\u2019en suis certain, le courrier de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal « sera pris en sérieuse considération » et ne restera pas lettre morte. CHRONIQUES 61 A qui la faute si la radio canadienne est d\u2019un goût si douteux?Aux commanditaires?Aux postes émetteurs ?Aux auditeurs ?BREF.Dans l\u2019opinion des membres du conseil de la « British Actors Equity Association », un autre organisme devrait être fondé pour concurrencer la BBC.De l\u2019avis du secretaire de l\u2019Association, une corporation, du même genre que la BBC, est nécessaire.Bien entendu, cette seconde institution gouvernementale serait entièrement indépendante de la B.B.C.Bienfaisante concurrence ! Radio-Canada envoie, sur demande téléphonique ou autre, le programme-horaire de Radio-College.Il suffit d\u2019appeler PLateau 7161 ou d\u2019écrire à Radio-Collège, 1231 ouest, Ste-Catherine.La Société Radio-Canada, instituée par le parlement fédéral le 2 novembre 1936, se compose d\u2019un bureau de gouverneurs, d\u2019un directeur général et d\u2019un directeur général adjoint desquels dépendent cinq directeurs régionaux.Les gouverneurs font les lois, les règlements.Le rôle du directeur général est de voir à ce que ces lois et ces règlements soient appliqués. 62 l\u2019action nationale Parmi les gouverneurs, deux Canadiens français: MM.René Morin et Adrien Pouliot.2 sur 9.Le poste CHLP donne, depuis quelque temps, des signes de regain, un regain nécessaire à la bonne réputation de ce poste local.« RADIO-QUÉBEC ».?Est-il vrai que les réglements de la radiodiffusion canadienne limitent à 10% de la durée de l\u2019émission la part réservée à la réclame directe ?Est prohibé, paraît-il, l\u2019usage régulier de disques entre 7 heures 30 et 11 heures le soir.Les premier-Montréal de M.Pierre Laporte dans «Le Devoir» au sujet de Radio Saint-Boniface: quel réconfort ! Jacques Beauchamp Le Lundi Radiophonique A.M.9\th.45 CBM March of Science.Classe 7e à 10e 11\th.15 CBF L\u2019ami du consommateur.renseignements P.M.\t(C.P.C.T.G.) 12\th.\tCHLP\tL\u2019heure féminine.chansonnettes françaises 12 h.30 CBF Le réveil rural.agriculture 1\th.05 CJAD Concert Pops.2\th.CHLP Musique de concert.2\th.30 CBF lettre à une Canadienne .causerie féminine 2\th.30 CBM Concert populaire.3\th.05 CKAC Aventure dans la disco- thèque .musique variée 3\th.30 CBF Les chefs-d\u2019œuvre de la musique.4\th.30 CBF Les lois de la nature.Radio-Collège 4\th.45 CBF Histoire de la science.Radio-Collège 5\th.30 CBF Le vieux clocher.roman radio- phonique 8\th.CBF Heure Northern Electric.musique et chant 8\th.CBM Cavalcade canadienne.musique et chant 8 h.30 CHLP\tQuartier latin.variétés étu- diantes 8\th.30 CBM Forum agricole.9\th.CBF Radio-concert canadien.musique et chant 9\th.CKAC Radio-théâtre Lux.9 h.05 CJAD Concert Hall.10\th.\tCKAC\tInner Sanctum.radio-théâtre policier 10\th.15 CHLP Temps présents.causerie 10\th.45 CJAD Laurentian rendez-vous.musique 11\th.45 CFCF The Fat Man.radio-théâtre policier Chronique de la scène La Naissance d'un Théâtre C'est bien l\u2019impression que nous laisse la « Fille du Soleil #, pièce en quatre actes de Cari Dubuc, qui fut dernièrement présentée au Gésù.C\u2019est une œuvre remplie de régionalisme, mais l\u2019auteur a su, tout en demeurant canadien, s\u2019élever au-dessus de son pays pour atteindre à l\u2019universel.L'ensemble dégage une atmosphère de poésie remarquable.Le texte lui-même est parfois banal, surtout au début, mais la scène y pourvoit.Les décors sont enchanteurs: les nuances délicates et les associations de tons en sont très heureuses; la seule erreur est, à mon avis, cet arbre hétéroclite et de mauvais goût qui, à cause de son immensité, n\u2019a pu passer inaperçu.Les ressources de la rampe furent exploitées avec finesse; il faut toutefois déplorer quelques défauts de technique qui amenèrent parfois des changements de tons trop brusques.La pièce elle-même manque de mouvement au début; le texte, qui renferme tout de même quelques beautés, n\u2019est pas du tout scénique, et nous devons attendre le troisième acte pour sentir une certaine vie qui atteindra son apogée au quatrième.Disons toutefois que la médiocrité des interprètes n\u2019a pu qu\u2019accentuer ce défaut; je n\u2019apporte que deux restrictions à ce jugement: Yvette Brind\u2019Amour dans le\u2019 rôle de la Jongleuse campa puissamment son person- CHRONIQUES 65 nage cynique et méchant; et Guy Mauffette nous créa un Paria vraiment admirable par sa mimique expressive, son attitude débrouillée et vigoureuse à la fois, par l\u2019excellence de son interprétation.Sauf ces deux rôles l\u2019on peut dire que la troupe n\u2019était pas à la hauteur.Heureusement le dernier acte vint révéler un Cari Dubuc qui s\u2019il continue, peut produire de grandes choses.Le mouvement s\u2019accentue, la poésie s\u2019intensifie: la Volonté soutenue par l\u2019Espérance triomphe de l\u2019Inaction, de la Haine, de la Nuit.La Fille du Soleil est en pleine gloire et règne dans tous les cœurs.José Forgues apporta tout son talent à ce rôle pour donner une très bonne interprétation; même si la palme du spectacle revient décidément à Yvette Brind\u2019Amour et à Mauffette, José Forgues nous charma par sa grâce et sa noble simplicité.Toutes nos félicitations à Ciarl Dubuc pour sa tentative et notre encouragement pour l\u2019avenir.Après avoir vu la naissance d\u2019une peinture canadienne autonome et universelle, nous assistons à l\u2019aurore d\u2019un théâtre canadien autonome et universel.Gaston Laurion, Jr. Chronique de janvier Politique intérieure du Québec NON POSSUMUS On m\u2019a demandé de tenir régulièrement la chronique de ce que j\u2019appellerai, pour éviter l\u2019emploi du qualificatif « provincial » que je ne trouve pas assez fort à cette heure où le centralisme fédéral se fait de plus en plus exigeant et menaçant, la politique intérieure du Québec.J\u2019ai accepté, sachant bien que ce n\u2019est pas une sinécure que d\u2019avoir à commenter mensuellement les actes et les lois d'un gouvernement qui jusqu\u2019il i, je le dis tout de suite, ne m\u2019a pas semblé pouvoir, vouloir ou savoir résoudre adéquatement la multitude de problèmes nés dans le sillage d\u2019une crise économique de dix ans et d\u2019une guerre totale de six années.Je n\u2019ai jamais ressenti comme à cet instant combien plus faciles que les critiques et les mises au point sont les bénédictions, les approbations et les coups d'encensoir.Qu\u2019importe ! En dépit de tous les chocs en retour, j\u2019ai bien l\u2019intention de dire ici sans flancher toute la vérité ou tout ce que je crois être la vérité.S\u2019il m\u2019arrivait de me tromper, et c\u2019est possible car je n\u2019ai aucune prétention à l\u2019infaillibilité, je souhaiterais voir alors mes lecteurs saisir à deux mains l'occasion qui leur est offerte de me donner leurs idées, leurs convictions et d\u2019établir avec l'auteur de ces CHRONIQUES 67 lignes un dialogue où, comme l\u2019on dit souvent, du choc des idées ne pourra jaillir que de la lumière.Et laissez-moi vous dire que, dans le domaine politique, il ne fera jamais trop clair.La majorité des lecteurs de I\u2019Action Nationale aiment, je n\u2019en doute pas, à se proclamer d\u2019un sain nationalisme.Et c\u2019est très bien car leur nationalisme qu'un groupe de politiciens effrayés de la montée d\u2019une certaine indépendance d\u2019esprit tentent, pour brouiller les cartes, de classer au rang des racismes et des fascismes, n\u2019est au fond qu'un genre de patriotisme que n\u2019aurait pas désapprduvé Péguy.La majorité de mes lecteurs sont donc nationalistes, patriotes.Et c\u2019est pour cela tout à l\u2019heure que j\u2019ai craint de peiner, de blesser ou de décevoir quelques-uns d\u2019entre eux en leur déclarant sans ambages que l\u2019Union Nationale n\u2019était pas à la hauteur exigée par ces temps difficiles.Il faut le dire.Si les tactiques actuelles de l\u2019Union Nationale se poursuivent, elles finiront, sur la question de l\u2019autonomie provinciale par exemple, par laisser au peuple une impression semblable à celle que nous apporta la découverte, avec les premières lueurs de la raison, du néant, du ridicule de tous « ces petits riens tout neus bordés en bleu » que nous promettaient nos mères pour modérer nos tapages d\u2019enfants.Par son patriotisme verbal, son autonomisme négatif, ses déclarations échevelées et ses initiatives rétrogrades au sujet de ce qu\u2019elle appelle le maintien de l\u2019Ordre, son attitude anticommuniste simpliste, l\u2019Union Nationale parvient peut-être à embrouiller une foule de gens honnêtes et bien intentionnés.Elle réussit aussi probablement à leur cacher que son patriotisme de « husting )) ne sert qu\u2019à jeter inutilement de l\u2019inquiétude chez la population anglo-canadienne, que son autonomisme phrascologique n\u2019est qu\u2019une bulle de savon que crèveront bientôt les mesures sociales que se propose de prendre Ottawa, 68 l\u2019action nationale que sa défense de l\u2019Ordre sert admirablement bien le « big business » et que son anticommunisme, pour un chrétien pas plus acceptable que le communisme même, ne règle rien.Nous parlions tout à l\u2019heure de l\u2019autonomie provinciale.Vidons la question.On sait que l\u2019autonomisme est devenu le grand cheval de bataille de l\u2019Union Nationale.Mais quelles sont les mesures pratiques du gouvernement devant la pieuvre d\u2019Ottawa?Le premier ministre se fend de grandes déclarations qui n\u2019ont seulement pas le mérite de devenir originales en soulignant par exemple les bienfaits, pour la personne humaine, de la décentralisation des pouvoirs et en développant les arguments philosophiques du fédéralisme.Mais, pour aborder ia question, par ce côté-là, il faudrait une certaine culture et, tout le monde le sait, la plus belle fille ne peut donner que ce qu\u2019elle a.Actuellement, le fédéral pense à se lancer dans un grand programme de construction de logements; il médite un plan national d\u2019assurance-santé.Que fait le gouvernement provincial?Dans le domaine du logement, ses initiatives se résument à ce mot en quatre lettres: rien et, dans celui de la santé, il recule depuis qu\u2019il a aboli sans la remplacer, la Commission d\u2019Assurance-maladie instituée par le gouvernement Godbout.Et vive l\u2019autonomie provinciale ! Que le gouvernement continue à payer des salaires de famine à ses fonctionnaires; à poursuivre les scoua-teurs sans rien tenter dans le domaine du logement; à critiquer le communisme tout en se gardant bien de s\u2019attaquer aux pourritures capitalistes, à bombarder au gaz les ouvriers du textile tout en laissant proliférer en paix les structures industrielles trustardes (aluminium, électricité, charbon, téléphone, pain, lait, mines, etc.), qu\u2019il continue tout cela, c\u2019est son affaire.Mais les réformistes patriotes ne se laisseront pas prendre au piège des mots que leur tend un parti qui leur donna jadis de grandes espérances et qui est CHRONIQUES 69 maintenant devenu le frère jumeau du parti libéral dont, avant longtemps, nous aurons sans doute l\u2019occasion de parler plus longuement pour le grand soulagement de tous ceux qui nous croiraient passé dans les rangs de ces gogos qui, ridiculement, ont pris pour maître anticipé: l\u2019avenir.Tout n\u2019est pas mauvais dans l\u2019Union Nationale.C\u2019est entendu.Ce parti a passé quelques bonnes lois, a pris plusieurs bonnes mesures.Mais à peu près rien d\u2019essentiel.Rien de ce que n\u2019aurait pu faire le parti de M.Godbout.Depuis les jours glorieux de l\u2019Action Libérale Nationale, que de chemin parcouru par M.Duplessis! Aussi nous tenons, dans cette première chronique et pour qu\u2019il ne subsiste aucune équivoque, à titre de nationaliste réformiste et, lâchons le mot, révolutionnaire, à marquer notre désaccord aussi profond qu\u2019essentiel avec l\u2019Union Nationale, cette nouvelle « vierge folle » drapée de bleu pâle qui s\u2019avance vers le peuple ayant oublié de mettre de l\u2019huile dans sa lampe, cet autre « vieux parti » dont la chute est commencée vers les marécages de l\u2019opportunisme, de la routine et des caisses électorales.Le succès de l\u2019Union Nationale dans Bagot ne change rien à ce que je viens de dire.Le gouvernement a, dans ce comté, pris comme chevaux de bataille un autonomisme dont j\u2019ai analysé la race plus haut et un anticommunisme indéfendable.Et qu\u2019avaient à opposer à cela nos pauvres libéraux ?Aucun programme d\u2019ensemble.Ils se sont contentés de s\u2019attaquer surtout à la dictature duplessiste qu\u2019ils ont d\u2019ailleurs grossièrement hypertrophiée pour les besoins de la cause.Nous ne parlons pas du candidat indépendant qui, cette fois-ci, n\u2019a fait sa campagne que sur une question de personnalité.La quarantaine de votes qu\u2019il a recueillis indiquent bien que ce n\u2019était pas la plateforme électorale qu\u2019il fallait pour vaincre deux partis sans scrupules et solidement organisés. 70 l\u2019action nationale Il ne faut pas oublier que nous avions affaire, dans Bagot, à une élection complémentaire où les votants trouvent habituellement plus sages de se ranger du côté du parti au pouvoir, donc (dans notre régime pourri) du côté dés « grattes », des « fioles », et des « petites jobs ».Il était presque normal, dirais-je, qu\u2019en la circonstance fût élu le Candida' unioniste, Me Daniel Johnson, un candidat qui, sans doute, en vaut bien d\u2019autres mais qui sera lié par le manque d\u2019audace, la routine, l\u2019embourgeoisement le manque de préparation politique de son chef.Il faut aussi dire que, devant l\u2019insignifiance des partis, il fallait se raccrocher aux hommes.C\u2019est ce que, dans une certaine mesure, les votants de Bagot ont sans doute fait.Leur choix, à tout prendre, peut s\u2019expliquer et se défendre.Mais, quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est dans des élections comme celles-là que l\u2019on se rend compte jusqu\u2019à quel point on peut désespérer du parlementarisme pour ce qui est de l\u2019élaboration d\u2019un ordre politique, économique et social nouveau si un mouvement audacieux mais sage, radical mais posé, ardent mais calme, ne vient y faire passer ce courant d\u2019air neuf que souhaitent, qu\u2019attendent et que ne désespèrent pas de voir apparaître un jour toute une masse de gens de bonne volonté.Jean-Paul Rob.llard Les collaborateurs de PACTION NATIONALE pensent et écrivent en toute liberté.Ils n\u2019ont point de fil à la patte.Ils n\u2019ont point le \u201cpoignet tenu\u201d.D\u2019autre part, la Revue ne se tient responsable que des articles des membres de la Ligue d\u2019Ac-tion Nationale. De la \u201dpeur des mots\u201d à l\u2019absence des idées T e Corrège étudiant s\u2019était arrêté devant le magni-tique tableau de Raphael.Il admirait en silence cette sainte Cécile ressuscitée, après dix siècles, à la vie des chefs-d'œuvre.Poussé par une soudaine résolution, oubliant ceux qui l\u2019entouraient, il se dit à lui-même: « Et moi aussi, je suis peintre !.» Dans le numéro de novembre de 1\u2019Action Nationale, j\u2019ai lu l\u2019article de M.Philippe La Ferrière sur « la peur des mots ».Je m\u2019écrie à mon tour: « Et moi aussi, je suis écrivain !.» Je ne compare naturellement que la conséquence.Je veux dire que l\u2019article de M.La Ferrière peut induire bien des lecteurs à prendre la plume.Ce n\u2019est malheureusement pas une plume admi-rative.Certes, les intentions de l\u2019auteur ne sont pas mises en doute.Il a cru servir une bonne cause avec courage.Que le Seigneur lui verse, en son temps, le centuple de son mérite ! Il est impossible néanmoins de s\u2019accorder avec lui sur ce qu\u2019il croit démontrer.Trempant sa plume dans une encre mâle, il tente de définir un travers des Canadiens français qu\u2019il appelle « la peur des mots ».L\u2019article lu, on se demande simplement où il veut en venir.Exception faite d\u2019une très maigre définition au début, il passe son temps en des exemples qui illustrent tout aussi bien le contraire de son affirmation.Il revendique de la hardiesse et de la témérité dans l\u2019expression; c\u2019est le « magnus gradus extra viam ». 72 l\u2019action nationale « Contrairement à l\u2019opinion reçue, j\u2019estime comme Huysmans que toute vérité est bonne à dire ».Ainsi parle M.La Ferrière quand il pose au réformateur du langage.C\u2019est un peu trop radical, un peu trop absolu.A moins de s\u2019accompagner de restrictions, cette assertion aboutit à l\u2019absurde.Autrement la médisance cesse d\u2019être un péché et la morale catholique qui la condamne est arriérée.Puisque « toute vérité est bonne à dire », pourquoi, je vous prie, le secret confessionnel ?Pourquoi l\u2019Index?Pourquoi la diplomatie ?Pourquoi la simple discrétion ?.Mettons que M.La Ferrière pensait à autre chose.Alors c\u2019était à « la peur des mots » et rien qu\u2019à cela.Qu\u2019est-ce au juste ?Le plus compréhensible tient en un paragraphe: « Aux canadianismes, barbarismes et anglicismes dont notre langue fourmille, viennent s\u2019ajouter des expressions cocasses et ne rimant à rien pour indiquer un objet, une personne ou un animal quelconque.On appelle cette maladie dont nous sommes affligés dès notre bas âge: LA PEUR DES MOTS ».Telle est la définition de ce travers, d\u2019après M.La Ferrière.Le plus curieux, c\u2019est que, voulant illustrer sa proposition par des exemples, il ne donne aucune de ces expressions cocasses qui remplacent le mot exact.Il est plus étonnant encore que les exemples choisis puissent tout aussi bien et peut-être mieux prouver le contraire de ce qu\u2019il énonce.Prenant pour acquis qu\u2019il a raison,\u2014 ce qui n\u2019est pas anormal en soi,\u2014 l\u2019auteur pose gravement la question: Pourquoi le dictionnaire est-il laissé entre les mains d\u2019enfants de douze ans?La réponse est vraiment trop facile: c\u2019est parce que le corps enseignant, à tout le moins, n'a pas « la peur des mots ».Nous ne sommes pas au plus profond des observations de M.La Ferrière.Il paraît que, nous, Canadiens français, rougissons de prononcer « certains mots comme ceux de jument, chienne, cochon, étalon, etc ».Où l\u2019auteur a-t-il vécu?On pourrait tout aussi CHRONIQUES 73 bien démontrer avec indignation qu\u2019il se fait un véritable abus de ces mots et que le moindre individu qui se met en colère apostrophe l\u2019adversaire de la belle façon.Les étonnements de M.La Ferrière manifestent vraiment beaucoup de bonne volonté.Il n\u2019est pas à notre connaissance que nos poètes parlent, comme Delille, de « l\u2019animal qui se nourrit de glands».Passons à un autre de ces exemples si probants.Nous retrouvons l\u2019auteur de « la peur des mots » devant une librairie de la rue St-Jacques.Il est tout scandalisé; voici que, remarquant un titre, des passants font des gorges chaudes.Le volume dont ils parlent s\u2019intitule: « Plus près de toi, mon Christ ».Un peu plus tard, le libraire doit le retirer de la montre.L\u2019auteur conclut avec véhémence à la « peur des mots ».Que ce raisonnement est court ! Quand le plus saint des mots est tourné en ridicule, M.La Ferrière affirme que nul n\u2019ose s\u2019en servir.Il a davantage, souhaitons-le, le sens des nuances.Il ne devrait pas être besoin de lui expliquer le double sens blasphématoire.C\u2019est précisément parce que ceux qui n\u2019avaient pas assez peur des mots ont blasphémé le nom sacré que le titre cité prête au Canada à une déplorable équivoque.Le libraire un peu affiné, moins enclin à des préoccupations commerciales, aurait pu comprendre cela le premier au lieu de scandaliser inutilement M.La Ferrière.Ce dernier, toujours savant, toujours profond, observe encore que la bible, que l\u2019Évangile, que les chants religieux, que l\u2019Ave Maria n\u2019ont pas été épurés et contiennent des expressions fortes.Alors « la peur des mots » n\u2019existe pas?.Il fallait un paragraphe sur la lettre Q, sans quoi la naïveté aurait été incomplète.Imaginez que la Révérende Sœur Supérieure rougit lorsqu\u2019elle doit prononcer cette lettre devant les élèves ou en bonne société et qu\u2019elle prend des détours pour se dérober à cette perfide obligation.Ici M.La Ferrière ricane; il triomphe.Mais imaginez que, remplie de la vertu 74 l\u2019action nationale de force, la brave religieuse ait soin d\u2019accentuer le Q avec la dernière vigueur et qu'est-ce qui arrivera?Elle fera rire toute la classe et toute la bonne compagnie; quelques critiques la blâmeront de son absence de pudeur et peut-être même quelques naïfs.Non, il vaut mieux encourir les foudres de M.La Ferrière qui, d\u2019une lettre à l\u2019autre, ne démontre rien.Les autres exemples par lesquels l\u2019auteur entend prouver « la peur des mots » sont à l\u2019avenant.Il serait aussi facile de s\u2019en servir pour étayer la thèse contraire.Certes, les Canadiens français ont des défauts.Leur vocabulaire est pauvre et il est injuste de leur en faire grief sans se souvenir de leur pénible histoire et du milieu dans lequel ils ont vécu.Qu\u2019ils manifestent parfois une pudeur excessive à l\u2019égard de certaines expressions considérées ailleurs comme dignes des meilleurs salons, cela se peut, mais il est tout-aussi raisonnable de l\u2019imputer à vertu qu\u2019à vice.Il y a lieu également de tenir compte des modes de pensée et d\u2019expression qui, avec les siècles, ont perdu la forme du moule primitif.Tel mot change de sens en passant d\u2019une province de France à l\u2019autre.Quoi d\u2019étonnant que des phénomènes analogues se soient produits au cours des siècles depuis la traversée de l\u2019Atlantique ?Je parle comme lecteur de la revue.L\u2019article de M.La Ferrière ne m\u2019a convaincu que d\u2019une chose, c\u2019est que l\u2019absence d\u2019idées est beaucoup plus grave que « la peur des mots ».Et il m\u2019a mis la plume en main, ce que les autres lecteurs lui reprocheront avec raison.Le 3000ème lecteur LES LIVRES GEORGE SAND, par André Fernet, Editions B.D.Simpson, Montréal, 1946.La préface de M.Raymond Tanghe surprend un peu.Cette phrase, qu\u2019il juge convenir en préambule de la biographie de George Sand et où il est question de douceur, de confiance, d\u2019amitié, de mœurs pures, de sentiments tendres, veut nous introduire dans le domaine des vies édifiantes.Le bibliothécaire de l\u2019Université de Montréal continue plus loin: (( C\u2019est donc presque une œuvre réparatrice qu\u2019a entreprise M.Fernet, il s\u2019est appliqué à décaper le portrait pour faire ressortir les traits généreux du caractère de celle qui sut inspirer Musset, Chopin, Liszt, qui aida moralement ou pécuniairement Flaubert, Mérimée, Lamennais.Pour cela il a fait preuve des mêmes qualités de cœur et de compréhension que celle « qui n\u2019a jamais compris le bonheur que dans le dévouement.» Nous vbici en pleine hagiographie, mais, avouons-le, encore hésitants.Nous avons lu la table des matières: autant de chapitres, autant de liaisons notoires d\u2019Aurore Dupin \u2014 il y a beaucoup de chapitres oubliés; il est vrai qu\u2019à ce compte, la vie de Casanova alignerait 1003 chapitres\u2014.Autre élément de surprise, le bienveillant M.Tanghe présente l\u2019auteur, un aviateur, 800 est.Mont Royal 1 |\t\u2022\tCH.9815 | AUG.BRUNETTE, Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154.rue Hôtel de Ville \u2022\tPL.1946\t| MATHIEU, Lucien, Enreg.| MARCHAND-TAILLEUR\tj 2251, Frontenac 1 ®\tFR.1803 1 BRAZEAU, François CORDONNIER \u2022\t8705, La jeunesse\tMORIN,Louis-Philippe,c.A.1 Comptable Agréé\tf ®\tQuébec f \u201cÀ LA MARMITE\u201d SALLE A MANGER 350 est, Craig \u2022\tMA 0730\tI POULIN, J.-Aimé\ti architecte\tj 63, Prospect, Sherbrooke, P.Q 1 \u2022\tTEL.1391 f DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA.1336\tROBERT, Paul-Émile Représentant de la \u201cLaurentienne\u201d 1 _\t934, est Ste-Cat herine 1 \u2022\tPL.6700 f LUC BEAUREGARD Représ, de la Laurentienne 1 .\t_\t_\t4052.rue Cartier 1 \u2022 Bur.PL.6700 Rés.AM.7779 |\tSalaison MAISONNEUVE 1 BACON marque \u201cMORIN\u201d 1430, De Lasalle 1 9\tCL.4086-7 f GAUTHIER, Art.\t> EPICIER-BOUCHER 3461 est, Ste-Cat herine 1 \u2022\tAM.3015 |\tSALVAIL, Albéric\t| EPICIER-BOUCHER 3648, Adam 1 \u2022\tAM.3031 | GODIN, Raymond\t| AVOCAT 4 est.Notre Dame 1 \u2022\tLA 1159 §\tSANSOUCY, Alb.EPICIER-BOUCHER 3946, Adam 1 9\tFA.3607 f FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig \u2022\tLA 9607\tVANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest.St-Jacques 1 \u2022\tHA.2841 | XII .LLif\t*o Ha.\"uo\\*ayi liMW»** Ce chèque de rente, vous le recevrez chaque année, tant que vous vivrez.La rente viagère n'est ni plus ni moins que la prévoyance monnayée.Cette conversion de l'avenir en argent vous est indispensable: personne ne passe de bail avec la fortune.CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE 41 ouest, rue Saint-Jacques\u2014Montréal\u2014HArbour 3291 XIII 3 LA COMPAGNIE l -\\.DC CLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ELECTRIQUES ET AUTOGENES, ETC.206.RUE DU PORT\t-\t-\tQUEBEC COMPAGNIE MUTUELLE D\u2019IMMEUBLES LIMITEE La Caisse d'Epargne pour Prêts Mutuels \"Payé à ses membres $8.000,000.00\" SIEGE SOCIAL 1306 est, rue Ste-Catherine MONTREAL l Lisez régulièrement // LA VERITE a La meilleure revue de jeunesse DIRECTION : LES IEUNES LAURENTIENS 1S2 est.rue Notre-Dame.Montréal\tMArguette 5539 Tél.HA.0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Place d'Armes,\t-\tMontréaL Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64 ave Nelson, Outremont, Tél.DO.6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390 boul.Pie IX, Tél.CL.3580 XIV UN BREUVAGE DES PLUS DÉLICIEUX ! N'importe où .N'importe quand .LE NECTAR Aiouiieux CHRISTIN est le breuvage idéal.C\u2019est un produit de chez nous.!AÏ]7713 W; WÈ sam fltouif i ['\"V'ïoutl PAR LES FABRICANTS DE LA Bière d\u2019Epinette Christin ASSURANCE-VIE Fonctions Protection Épargne Avantages Souplesse Liquidité Caractéristiques Sécurité Stabilité Compagnie d\u2019assurance-vie îGa ^amtrgarîir Siège social: Montréal IMPRIMERIE POPULAIRE.LIMITEE.MONTREAL JANVltK 1947 "]
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