L'action nationale, 1 février 1949, Février
[" L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE II faut une enquête publique.47 Lionel GROULX, ptre « François Bigot, adminis- trateur français ».50 Jean-Louis DORAIS E.GAGNON, s.j.Le sentiment républicain au Canada, de 1880 à 1850.\t62 Le Christ, pierre d'angle.\t76 F.-A.ANGERS LA RÉPUBLIQUE A L\u2019AVANT-SCÈNE Pierre VIGEANT Les débub^Sè'M^iïâint-fjau-.« v .106 °* K re0 ('hid guerre Arthur LAURENDEAU y^ffncrr^/rXa guerre.115 Edmond LEMIEUX La reconquête économique.118 Dominique BEAUDIN Retour du p.Arès.120 VOL XXXIII, No 2 MONTREAL FEVRIER 1949 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE 9 Directeur: André LAURENDEAU 9 L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle parait tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président; Dominique Beaudin, secrétaire; Jean Drapeau, trésorier; M.le chanoine Lionel Croulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Filion, Abbé Albert Tessier, Léopold Richer, Albert Rioux, L.-Athanase Fréchette, Guy Frégault, Jacques Perrault, Rodolphe Laplante, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps.DIRECTION ET ADMINISTRATION 3378, rus Saint-Hubert, Montréal (24), P.Q.Téléphona : MArquette 2837 9 Administrateur: Dominique BEAUDIN 9 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 .LANGAGE DE CHIFFRES .Assurance en vigueur 1939 1,701,363 1942 10,318,007 1945 24,597,66 1 1946 32,546,745 1947 41,441,818 LA LAURâ^TIENNE FONDÉE EN 1938 LES AMIS DE LA REVUE AUBÉ, Philippe AVOCAT 152 est, Notre-Dame 9\tHA 5877\tMORIN,Louis-Philippe,C.A.Comptable Agréé 81, rue St-Pierre, Québec.©\tTél.2-6871 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 132 est, Notre-Dame 9\tHA 7235\tBEAUREGARD LUC Représ.de la Laurentienne 4052, rue Cartier 9 Bur.: PL 6700 Rés.: AM 7779 DENIS, Arcadius AVOCAT 44-B, Nord, rue Wellington, 9\tTél.1994\tSherbrooke, P.Q.\tFOURNIER, Albert Procureur de brevet* d'invention 934 est, Ste-Catherine ®\tHA 4548 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques 9\tHA 1336\tDUPUIS, Laurier 5600, boulevard Monk 9\tWE 0355 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, Notre-Dame 9\tBB 1971\tBEAUSOLEIL, E.BOUCHER- ÉPICIER 1251, Champlain \u2022\tCH 3712 VANIER, Anatole\ti AVOCAT 37 ouest, St-Jacques 9\tHA 2841\tSalaison MAISONNEUVE BACON marque \u201cMORIN\u201d 1430, De Lasalle 9\tCL 4086-7 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig 9\tLA 9607\tSANSOUCY, Alb.ÉPICIER-BOUCHER 3963 est, Ste-Catherine, Montréal \u2022\tFA 3607 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, Prospect, Sherbrooke, P.Q 9\tTÊL.1391\tSANSOUCY, Arthur BOUCHER-ÉPICIER 3995, Hochelaga 9\tCL 2839 LAPORTE, René MÉDECIN 947, rue Cherrier, 9\tMontréal, P.Q.\tAUC!.BRUNETTE, Liée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 Jean Drapeau\tClaude Melancon , DRAPEAU ET MELANÇON\te | AVOCATS ET PROCUREURS 266 ouest, rue Saint-Jacques, chambre 304, Montréal\tHA 6204 1\t II LES AMIS DE LA REVUE DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.1203 est, Notre-Dame 9\tFR 3176-7 LATENDRESSEAFllsEnrg.Machinerie Delta.FERRONNERIE 12057 est, N -Dame, Pte-aux-Tr.9\tCL.6731, Local 404 CYR, Édouard MODELEUR 1427, Maisonneuve 9\tAM 8984 SARRAZIN, Arthur, PHARMACIEN, Sarrazin-Choquette, 0\tMontréal.LATULIPE, N.Cravate», écharpes et robe» de o h ambre 0\t4360, rue Iberville, Montréal \u201cLES VARIÉTÉS\u201d PAUL DKJORDY.prop.800 eat.Mont-Royal \u2022\tCH 981S \u201cÀ LA MARMITE\u201d SALLE A MANQER 350 e»t.Craig \u2022\tMA 0730 PRESSE-SERVICES, CANADA.A la disposition de» journaux et revues modernes 3878, rue Saint-Hubert, 9\tMontréal.\"Les amis de vos amis sont nos amis .Votre alliée Au servie© du public depuis plus de soixante-dix ans, la Banque Canadienne Nationale se préoccupe d'assurer le succès de ses clients, auquel est lié son propre progrès.Désireuse de coopérer avec vous, elle vous réservera le meilleur accueil, quelle que soit l'importance de votre entreprise ou de votre compte.Banque Canadienne Nationale Actif, environ $408,580,149.538 bureaux au Canada 65 succursales à Montréal III TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux tissus * \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS J 251 est, rue Sainte-Catherine, ^ Montréal.\tH Arbour 1171 ^ IV Les Confitures VILLA jÇe Choix deü Qourmeti CONSERVERIE DORION LIMITÉE 1430, rue Everett\tMontréal A VOTRE SERVICE J4.- yjvon jÇepa ye Président de Lepage Automobile, Limitée Service général de réparations Vendeurs autorisés : Chrysler - Plymouth - Fargo Terrain d\u2019automobiles usagées : Angle des rues Ontario et Jeanne-d'Arc 3940, rue Adam, Montréal, (4).\tAM.2181 VI La santé par VITA MALTEX Générateur de Force et d'énergie Extrait de foie \u2014 Fer \u2014 Vitamines Extrait de Malt \u2022 En vente dans les pharmacies COOPERATIVE F aReX à responsabilité limitée 406 est, rue NOTRE-DAME, Montréal PRESSE-SERVICES, CANADA, représentant exclusif en Amérique française de Presse-Services, FRANCE, )peut fournir aux journaux, aux magazines, aux revues, aux ^ almanachs et publications de langue française une grande C variété de bandes comiques, d\u2019articles, de dessins, de flans, ^ d\u2019historiettes, etc.MIEUX à meilleur compte.PRESSE-SERVICES, Canada 3878, rue St-Hubert, Montréal, (24), P.Q.Téléphone : MArqnette 2837 ^- ^ J 31 faut répandre a pro{uiion la brochure que vient d'éditer La Ligue d'ACTION NATIONALE sous le titre : VERS LA REPUBLIQUE DU CANADA Une brochure de 68 pages rédigée en collaboration par F.-A.Angers, Cérard Filion, André Laurendeau, Jacques Perrault, Edouard Lemieux et Pierre Vigeant 25 sous l\u2019exemplaire; $2.25 la douzaine; $15.00 le cent.Aux Editions de L\u2019Action Nationale, 3878, rue Saint-Hubert, Montréal, (24), P.Q.¦V\" marquette, inc.André LORANCER, président Jouets - Menus articles - Papeterie - Nouveautés En gros seulement 5220 St-Hubert \u2014 Montréal \u2014 TAIon 7350 ^ ^___________________________________ VIII D31B it 1 1899-1949 ElEl Notre institution cana-dienne-française a franchi l'étape de ses cinquante ans au service dupublic: sa fondation remonte au 1er janvier 1899.Pionnière de la rente viagère au Canada, elle envahit maintenant un autredomaineicelui de l'assurance sur la vie.En posant ce geste, elle traduit son désir de répondre de mieux en mieux à vos besoins de sécurité sociale.IX DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 ^ftumus^&ièites Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherlne, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.X L\u2019 A C TI O N NATIONALE VOL.XXXIII, No 2 MONTREAL\tFEVRIER 1949 Il faut une enquête publique La silicose et l\u2019amiantose ont eu les honneurs d\u2019un vij débat A l\u2019Assemblée Législative.MM.Antonio Barrette, ministre du Travail, et René Chaloult, député du comté de Québec, ont soutenu deux thèses adverses: le premier défendant l\u2019attitude du gouvernement, le second appuyant d\u2019une manière générale le point de vue de M.Burton LeDoux et du Devoir.Nous rédigeons ces lignes au lendemain du débat.Nous n\u2019avons ni l\u2019espace ni le temps qu\u2019il faudrait pour rétablii les faits, mais nous proposons, sur la défense de M.Antonio Barrette, les réflexions suivantes: 1° M.Barrette a consacré une grande paitie de son discours à déconsidérer le « principal témoin », M.Burton LeDoux.C\u2019est peut-être habile, mais c\u2019est au-dessous d\u2019un puissant ministre.Au surplus, même si M.Barrette avait raison \u2014 ce qu\u2019il n\u2019a pas établi, ayant manié t\u2019injure sans même essayer de prouver quoi que ce soit contre M.LeDoux \u2014, cela ne changer ait rien au fond de l\u2019afjaire.Ce qui compte ici, c\u2019est la valeur objective du témoignage.La question est de savoir si 48 l\u2019action nationale les accusations du sociologue correspondent ou ne correspondent pas à la réalité.2° Or là-dessus, le ministre du travail n\u2019a rien établi de neuf.Il a relevé quelques détails, mais n\u2019a même pas tenté d\u2019affaiblir la charge de M.LeDoux contre les compagnies de Saint-Remi d\u2019Amherst et d\u2019East-Broughton.Sa principale défense a consisté à dire: « Nous avons fait quelque chose, et ailleurs on ne fait pas mieux ».Par exemple, au sujet de Saint-Remi, tout le monde savait que cette compagnie avait reçu des visites et des recommandations sévères du Dr Bertrand Bellemare, haut fonctionnaire du ministre du Travail.Tout le monde le savait parce que le Dr Bellemare lui-même l\u2019avait révélé mardi le 20 avril 1948 (cf.Formes de collaboration patronale-ouvrière, Québec, 1948, pp.154-6).Ce qu\u2019on demandait, c\u2019est ceci: pourquoi et comment, en dépit de sept « expertises », de sept « recommandations sévères » et même d\u2019une « condamnation » de l\u2019administration, la compagnie pouvait-elle continuer d\u2019opérer à son gré?Pourquoi ladite compagnie n\u2019a-t-elle cessé son activité qu\u2019une fois la question lancée dans le grand public ?Pourquoi alors, non seulement a-t-elle démoli l\u2019usine, mais s\u2019est-elle acharnée à détruire ses traces?Pourquoi plusieurs silicosés demeurent-ils encore sans secours, pourquoi plusieurs familles survivantes sont-elles toujours dans la misère, quand les responsabilités de la compagnie paraissent hors de tout doute?Pourquoi enfin le Proc's des veuves n\u2019a-t-il fait aucun progrès depuis 1940?Et sur East-Broughton, il y aurait plus de questions IIj faut une enquête publique 49 encore à poser \u2014 auxquelles le ministre n\u2019a même pas tenté de répondre.3° M.Barrette prétend enfin que réclamer des réformes et faire connaître des injustices, c est soulevci la haine des classes.Réponse classique, qu\u2019il fait mal d\u2019entendre de la bouche d\u2019un ministre du travail.L\u2019histoire sociale du dernier siècle prouve le contraire: ce sont les injustices non corrigées, les réformes qui s\u2019imposaient et furent trop longtemps refusées, qui creusèrent un fossé entre les classes.S\u2019il existe en effet une démagogie ouvrière, que M.Barrette accuse à tort M.LeDoux d\u2019avoir pratiquée, il existe aussi une basse flatterie des plus riches et des moins respectables d\u2019entre les possédants, Et celle-là, M.Barrette l\u2019a maniée le 16 février plus qu\u2019il n\u2019est permis à un ministre du Travail.Par conséquent, la question reste entière.M.Barrette n\u2019a exonéré ni la compagnie de Saint-Rcmi ni celle d\u2019East-Broughton.Il n\u2019a promis l assistance de personne aux malades ou à leurs survivants.Une enquête publique, faite par des hommes impartiaux, s\u2019impose toujours autant.Elle devra être suivie de sanctions et de ?êformes, si les enquêteurs parviennent à cette conclusion.Il s\u2019agit de la santé et de la vie de milliers d\u2019ouvriers.On ne s\u2019en tire pas en accusant des adversaires politiques, ou en injuriant des chercheurs désintéressés.L\u2019Action Nationale le 17 février, 1948. \u201cFrançois Bigot, administrateur français\u201d1 Voilà bien l\u2019un des plus difficiles sujets de l\u2019histoire canadienne.L\u2019intendance de Bigot, d\u2019une durée de douze ans, n\u2019égale en longueur ni celle de Gilles Hocquart (17 ans), ni celle de Jean Bochart de Cham-pigny (16 ans), ni même celle de Michel Bégon (14 ans); mais si, aux douze ans de son intendance au Canada, l\u2019on ajoute les six ans de séjour à l\u2019Ile Royale, où Bigot servit en qualité de Commissaire-ordonnateur, la tranche d\u2019histoire est de conséquence.Elle 1 est davantage par la gravité des événements qui s\u2019y déroulent: période traversée par deux guerres et qui aboutissent l\u2019une après l\u2019autre, dans l\u2019Ile, puis sur le continent, à un désastre.La guerre, inutile de le souligner, élève et complique alors singulièrement la tâche d\u2019un intendant de colonie française en Amérique, ne serait-ce que par l\u2019énorme disproportion des forces engagées et par les obstacles souvent insurmontables suscités à l\u2019aide métropolitaine.Dans le cas de Bigot vient s\u2019ajouter la complexité du personnage.Comment définir cet administrateur colonial qui, de son siècle, a pris presque tous les vices, presque tous les raffinements, n\u2019en gardant que les qualités de surface: intelligent, sans être cultivé, i,l ¦ L ouvrage de M.Guy Frégault est en vente aux bureaux de 1 Institut d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française, 261, ave Bloomfield, Outremont , au prix de $4.50. « FRANÇOIS BIGOT, ADMINISTRATEUR FRANÇAIS » 51 plein d\u2019activité, plein de ressources jusqu\u2019à en être roublard, dissimulé à l\u2019égal d\u2019un félin, de force à berner son ministre même chez lui, ambitieux, taillé, a-t-il cru, pour un plus vaste théâtre, et qui, enfermé au Canada, se jeta en éperdu, et on dirait par refoulement, dans les intrigues de l\u2019agiotage, montant ou épaulant d\u2019immenses entreprises d\u2019escroquerie, s\u2019entourant de la pègre de son milieu, mêlant dans ses fils gens de bien et crapule, et par-dessus tout, chercheur de profits et d\u2019or pour satisfaire sa fringale de jeu, de femmes, de chère et de faste.En cette psychologie compliquée, comment discerner, départager les mobiles, les ressorts de l\u2019action ?Avec ce cauteleux qui met une sorte de génie à brouiller ses traces, comment se démêler dans l\u2019écheveau de ses ruses, comment surprendre, la main dans le sac, le maître-escroc ?Tâché peu facile qui explique sans doute que si peu d\u2019historiens se soient attaqués au personnage, figure pourtant dominante d\u2019une des plus considérables époques de l\u2019histoire canadienne.Tâche que ne vient pas simplifier la fin de l\u2019homme, je veux dire ce procès où il sombre, procès par trop politique où la justice, moins objective qu\u2019intéressée ou commandée, s\u2019accorde d\u2019ordinaire de si étranges comportements.Il faut compter enfin avec les embrouillements de la postérité, avec ce fourré de fredoches qu\u2019autour de l\u2019homme et de son époque, annalistes, romanciers et fabricants de légendes ont si généreusement fait pousser.Le sujet n\u2019a pas effrayé M.Frégault.Il a entrepris de démasquer le personnage, ou plutôt de l\u2019analyser, 52 l\u2019action nationale de le percer à jour sous l\u2019éclairage d\u2019une critique aussi objective que subtile.Et voici que l\u2019historien nous apporte un ouvrage en deux tomes, de plus de 400 pages chacun, et d\u2019un papier et d'une typographie qui sont un miracle de grand luxe, par le temps qui court.Disons tout de suite que l\u2019œuvre se révèle une incontestable réussite.On n\u2019aura qu\u2019à parcourir de l\u2019œil les vingt-deux pages de « Bibliographie » placée au début du 1er tome, les quelque 3,000 notes ou références au bas des 800 pages, pour se rendre compte de l\u2019étendue de l\u2019enquête documentaire.Je ne sais même si l\u2019érudition du biographe ne paraîtra, au commun des lecteurs, quelque peu étourdissante.Jamais jusqu\u2019à date, au Canada, l\u2019on n\u2019avait encore écrit, croyons-nous, un ouvrage d\u2019histoire muni d\u2019un appareil technique aussi rigoureux, capable de faire la joie du plus exigeant des Chartistes.Que les amateurs de livres d\u2019histoire à la Auguste Bailly, à la Louis Bertrand, et même à la Maurois ou à la Bain-ville, en fassent leur deuil.M.Frégault ne cultive point ce qu\u2019Albert Thibaudct appelle le « genre important et majestueux » de l\u2019histoire à considérations générales; il n\u2019a rien de l\u2019historien doctrinaire ou académique, non plus que de l\u2019historien de haute ou moyenne vulgarisation.Il ne cherche point l\u2019histoire dans les sommets; il la cherche dans le détail des faits; il ne vulgarise point, il analyse, retourne, interroge, selon une méthode rigoureuse, les documents, les faits petits et grands, persuadé, comme dit encore Thibaudet, que « la critique seule en histoire, laisse bénéfice net et résultat définitif ».Est-ce à dire que sorte de là une histoire chaotique, à l\u2019état d\u2019ébauche, d\u2019érudition rébarbative?L\u2019his- « FRANÇOIS BIGOT, ADMINISTRATEUR FRANÇAIS » 53 torien connaît l\u2019art de la composition; il sait comment recoudre, rassembler la vie éparse; il sait comment faire un livre.Cette étude sur Bigot reste parfaitement ordonnée et lucide.Qu\u2019on lise, par exemple, les chapitres IV, V, X du premier tome: Une colonie affamée, Pêche et négoce, les « Fripons et la Friponne »; puis, dans le second tome, toute la quatrième partie: La Grande Société.On croira saisir sur le vif le travail d\u2019un subtil avocat du ministère public, ou, comme l\u2019on dit au Canada, d\u2019un procureur de la Couronne.Un dossier est ouvert; des pièces sont produites, dépouillées, scrutées, l\u2019une après l\u2019autre; I\targumentation s\u2019étoffe, s\u2019enrichit, devient serrée; une preuve jaillit, accablante, décisive.On pourra peut-être nuancer quelques-unes des conclusions ou condamnations du biographe.Je ne crois pas que l\u2019on puisse infirmer son jugement d\u2019ensemble sur la carrière du fameux intendant.Qui était Bigot?Commissaire-ordonnateur à Louisbourg, il s\u2019était fait la main aux spéculations véreuses, et quelle main! II\tcontinua de se la faire au Canada, en compagnie des gouverneurs La Jonquière et Du Quesne, pour devenir, sur la fin, un type parfait de l\u2019escroc en dentelles, raffiné, escroc d\u2019élite, si l\u2019on peut dire, qui se livre à l\u2019escroquerie, moitié par instincts de fastueux et de sensuel, moitié par sport, pour le plaisir, semble-t-il, de monter des affaires de plus en plus compliquées.Grâce à M.Frégault, lumière est faite, une fois pour toutes, sur ces exploits de Bigot, sur ses agissements avec son comparse, le l\u2019action national» 54 juif Gradis de Bordeaux, et tant d\u2019autres coquins de moindre lignage; lumière aussi sur le réseau des monopoles de l\u2019intendant, monopole des magasins, monopole des farines, monopole des transports, filiales, tentacules qui permirent d\u2019accaparer et la production de la colonie et les importations de la métropole, puis d\u2019instaurer un commerce de sape où l\u2019on voit ce concussionnaire haut gradé, volant de droite et de gauche, achetant au nom du roi, puis revendant alu roi, autorisant des surventes, fraudant le fisc effrontément.Entre Bigot et la « Grande Société » des dernières années du régime, établir des relations directes n\u2019était pas besogne aussi facile.L\u2019escroc a déployé ici tout son art de dissimulation.Comment l\u2019exonérer toutefois de complicité indirecte avec le munitionnaire Cadet?Complice, il l\u2019est sûrement par omission et abstention; il l\u2019est, dans la rédaction du contrat du munitionnaire, par les privilèges abusifs qui y sont consentis et surtout par sa politique du laisser-faire, politique des yeux hypocritement fermés sur les spéculations des brigands.Sans doute, et en dépit de quelques dénohciateurs, ne saurait-on le tenir responsable de la catastrophe de 1760.Il suffit que, par ses mœurs de fêtard et ses rapines aux dépens d\u2019une misère sans nom, il ait encore assombri une fin d\u2019histoire déjà si poignante.J\u2019ai parlé de biographe et de biographie.Il faut bien noter que ce Bigot de M.Frégault déborde le personnage François Bigot.Il nous éclaire sur toute une époque de l\u2019histoire canadienne.On y aperçoit, transporté sur le Saint-Laurent, et incarné au moins dans les hautes classes sociales, cet esprit dix-huitième siècle, trop léger, trop fin, pour éviter de s\u2019abuser « FRANÇOIS BIGOT, ADMINISTRATEUR FRANÇAIS » 55 et pour s\u2019épargner les mauvais vertiges au bord des catastrophes.On y trouvera tous les éléments d\u2019un jugement sur la politique coloniale de la France en Amérique du Nord, sur quelques-uns des principaux figurants de la fin du régime français: La Galisson-nière, La Jonquière, Du Quesne, Vaudreuil, Montcalm, Lévis.On y apprendra à quoi peuvent aboutir les longues, les trop longues imprévoyances et comme il est vain de croire viable ce qui a été bâti dans la négligence et la fragilité.De même voit-on poindre, puis éclater, moins hargneux sans doute que dans les colonies anglaises du sud, mais vif quand même, l\u2019antagonisme traditionnel entre métropolitains et coloniaux, malaise forcément plus aigu dans les colonies qui ont trop conscience de s\u2019être faites elles-mêmes, sous l\u2019œil trop désintéressé de la mère-patrie.\u2022 Que reprocher à cette œuvre maîtresse ?Oeuvre érudite, avons-nous dit, et d\u2019une érudition peut-être ahurissante.Obligés de se reporter constamment les yeux au bas des pages, et le long de deux tomes, d\u2019aucuns estimeront qu\u2019on leur inflige une lecture fatigante, parce que trop morcelée, trop hachée.Rançon do l\u2019histoire scientifique, qui ne se contente pas d\u2019établir ou de rétablir les faits, mais qui, en toute probité, fournit ses preuves.Toutefois son érudition, l\u2019auteur sait-il assez la dissimuler et la dominer?Ses dossiers sont riches, gonflés.Ne laisserait-il pas l\u2019impression de les déballer jusqu\u2019aux pièces minuscules, accessoires et même inutiles â sa démonstration ?Dans le premier tome, par exemple, 56 L ACTION NATIONALE ce sera par trop l\u2019histoire entière de Plie Royale que l\u2019auteur nous servira plutôt que l\u2019histoire de Bigot à l\u2019Ile Royale.Quand une friponnerie est amplement démontrée, est-il si nécessaire, (v.g.tome 1er, p.417) d\u2019y ajouter une confirmation qui confirme inutilement?Il semblerait que, son édifice terminé, le constructeur ait négligé d\u2019enlever une partie de ses échafaud atgos.L\u2019historien juge sans faiblesse, avons-nous encore écrit, la politique coloniale de la métropole française au Canada.M.Frégault est heureusement libéré des moindres formes du colonialisme moral.Il a eu le courage de prendre l\u2019exacte mesure de Montcalm.Il n\u2019est pas tendre pour la banqueroute du papier-monnaie à la fin du régime, encore qu\u2019en bonne justice, il aurait pu rappeler que cette banqueroute était partie d\u2019une banqueroute générale des finances françaises.La vérité veut que Louis XV n\u2019ait pas mieux traité ses sujets métropolitains que ses sujets coloniaux, même s\u2019il est connu, et M.Frégault aurait pu le faire remarquer, que les finances du royaume se trouvèrent à l\u2019époque en assez bonne posture pour prêter soixante-quinze millions à l\u2019allié autrichien.Mais examinons le point capital: M.Frégault a-t-il été juste, entièrement juste pour Bigot et pour ceux de sa bande ?Tout lecteur de l\u2019ouvrage prendra nettement, et très tôt, l\u2019ünpression qu\u2019il lit moins une biographie de Bigot que le procès de Bigot.Le procès est-il conduit selon toutes les règles?C\u2019est le Comte de Saint-Aulaire qui a écrit, croyons-nous, que « sous l\u2019ancien régime, les règles de l\u2019honnêteté dans les rapports du pouvoir et de l\u2019argent, n\u2019étaient « FRANÇOIS bigot, administrateur FRANÇAIS # 57 pas beaucoup mieux fixées que celles de l\u2019orthographe».Le juge a-t-il donné à l\u2019accusé le bénéfice de toutes les circonstances atténuantes?Lui a-t-il généreusement accordé ce que certaines gens appellent d\u2019un mot, il est vrai, plein d\u2019humour: le fair-play ?L\u2019intendant, c\u2019est entendu, n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un coquin de haute et grande classe.On pourrait lui appliquer telle parole dite de l\u2019un de ses pareils, Talleyrand: on ne le prenait pas souvent « en flagrant délit d\u2019honnêteté».Chaque fois qu\u2019il entreprend de se défendre \u2014 c\u2019est encore chose connue \u2014, Bigot excelle à le faire maladroitement.Et M.Frégault n\u2019a pas manqué de noter avec quelle logique implacable, même brutale, le ministre Berryer mit un jour à néant les pauvres excuses du concussionnaire.Mais précisément, et pour ces mêmes raisons, importe-t-il que le juge d\u2019un tel justiciable s\u2019entoure des plus hautes garanties d\u2019impartialité.Car enfin Bigot n\u2019a inventé ni la pratique du commerce fructueux par les intendants, ni la comptabilité équivoque et à retardement, ni les abus et les vols dans les postes, ni le pillage des magasins du roi.Michel Bogon, pour ne citer que celui-là, avait amassé, en la première période de son intendance, une fortune rondelette et pourrait figurer assez bien, pour cette partie de son administration, comme une première édition de François Bigot.Pas plus Claude-Thomas Dupuy que l\u2019honnête Hocquart n\u2019avaient réussi à mettre de l\u2019ordre dans la comptabilité coloniale, comptabilité compliquée et d\u2019une tenue à jour presque impossible par la rentrée irrégulière et souvent tardive des rapports des Pays d\u2019en haut et des traites éloignées.Dès 1726 on se plaint déjà que les commandants des 58 l\u2019action nationale postes pillent les poudres du roi, sous prétexte de présents aux sauvages, présents pourtant prélevés, de façon régulière, sur le budget de la colonie.Une remontrance des négociants de Québec, qui est de 1727, nous révèle, à une date aussi éloignée, la réputation véreuse de l\u2019administration de l\u2019Ile Royale.Ces abus, ces détestables traditions héritées par Bigot, non, certes, que M.Frégault les ait ignorés.Il en a fait état.On voudrait seulement qu\u2019il l\u2019eût fait davantage, qu\u2019il eût bien montré ce qu\u2019un régime aussi gangrené pouvait offrir à un homme cupide, de terribles, sinon d\u2019irrésitibles tentations.Parmi les circonstances atténuantes, on ferait entrer aussi les difficultés exceptionnelles de l\u2019administration de Bigot, de 1755 à 1760, difficultés dont se croyait obligé de lui tenir compte le coléreux Berryer; on n\u2019oublierait pas davantage les pressions indécentes de M.de Montcalm et de ses collègues du commandement pour arracher à l\u2019intendant des « douceurs » privilégiées.Encore une fois, je ne prétends point que l\u2019on puisse infirmer la juste condamnation portée par l\u2019historien contre Verrès-Bigot.Je voudrais tout au plus que les partisans de la sérénité absolue en histofre ne puissent reprocher à M.Frégault, ni la sévérité gratuite ni le ton inutilement polémique.De même, plus en garde contre ses réactions d\u2019honnête homme, l\u2019auteur se fût-il abstenu de juger si durement l\u2019expédition commandée par Du Quesne sur l\u2019Ohio en 1754.On peut condamner l\u2019équipée pour la façon inhumaine dont elle fut conduite.Mais la condamner en elle-même, y voir (( l\u2019occasion d\u2019un conflit sanglant », n\u2019est-ce pas condamner la politique de La Galissonnière dont, en somme, l\u2019expédition procédait, « FRANÇOIS BIGOT, ADMINISTRATEUR FRANÇAIS » 59 politique pour laquelle, au surplus, M.Frégault ne cache pas son admiration?En quoi d\u2019ailleurs une invasion de l\u2019Ohio par les Français constituait-elle à l\u2019époque un plus grand danger que la même invasion par les Anglais, invasion reconnue ipiminente?Au reste, était-ce la peine de s\u2019élever si fortement contre cette expédition quand une page plus loin, dans une note (tome 2c, p.71, note G4), M.Frégault sent le besoin d\u2019atténuer sa condamnation ?Les grincheux ne manqueront pas de reprocher encore à M.Frégault la division de son ouvrage.11 l\u2019écrit lui-même quelque part: la carrière de Bigot se divise en trois périodes très nettes.Il y eût fallu, à ce qu\u2019il semble, trois tomes.Nous n\u2019en avons que deux, avec division en cinq parties.Et il se trouve que la 3e partie chevauche les deux tomes dont chacun pourtant se donne pagination distincte.N\u2019insistons pas.Rappelons-nous le coût d\u2019impression en ces temps de hausse générale des salaires et des prix.C\u2019est là, sans doute, division d\u2019imprimeur plus que d\u2019auteur.Dirons-nous un mot de la forme littéraire de l\u2019ouvrage?M.Frégault, nous y avons assez appuyé plus haut, ne fait pas de la littérature historique; il écrit de l\u2019histoire pure, de l\u2019histoire tout court.Aux chercheurs de verrues de relever ici et là les négligences de style.Beaucoup jugeront peut-être le deuxième tome mieux écrit que le premier.Dans le premier tome, le chapitre Vie de la deuxième partie: la Chute de Louisbourg, leur paraîtra pourtant de fort belle venue.Mais avec l\u2019arrivée au Canada de Bigot, et surtout avec la guerre, la scène s\u2019élargit; le ton se hausse de soi-même.Qu\u2019on lise une première 60 l\u2019action nationale fois ces chapitres, sans trop se laisser arrêter par les notes.Presque tous sont enlevés avec entrain et vigueur.Et si l\u2019on veut savoir, avec quel art et sans sortir de la stricte objectivité, l\u2019historien sait dramatiser de menus faits, on n\u2019aura qu\u2019à se reporter au début de son dernier chapitre: VAffaire du Canada.Je regretterais tout au plus que, dans les dernières pages de la Conclusion, si pleines pourtant de beaux raccourcis, la pensée ait l\u2019air de se chercher, d\u2019aller en zigzag.Bigot, nous dit l\u2019auteur, fut après tout un homme de son siècle.Nous aimerions savoir, de façon plus précise, en quoi il le fut.Je pense, en ce moment, au dernier chapitre du brillant Talleyrand de Louis Madelin.Talleyrand fut aussi un homme du dix-huitième siècle.Et son siècle, plus que tout, à ce qu\u2019il paraît bien, explique M.le prince de Bénévent, courtisan de toutes les élégances et de tous les vices.Que M.Frégault s\u2019accorde le plaisir de voir quel parti M.Madelin a su tirer de ce thème.Les vieux manuels qui avaient parfois du bon, nous désignaient l\u2019indicatif présent comme le temps essentiellement propre à la narration.L\u2019indicatif présent, nous disaient-ils, convient au genre narratif, parce qu\u2019il exprime l\u2019action, la vie en marche.Ils conseillaient de réserver l\u2019imparfait du même mode à la description qui exprime du figé, du statique.Et chacun peut constater, en lisant les grands maîtres en histoire, même les plus revêches au souci d\u2019art, avec quel sûr instinct ils se soumettent à cette règle.Je ne sais pourquoi M.Frégault paraît bouder la forme verbale des gens du métier, pour n\u2019employer souvent, trop souvent, que la forme des descriptifs: ce qui alourdit plus qu\u2019il ne faut trop de ses pages. « FRANÇOIS BIGOT, ADMINISTRATEUR FRANÇAIS » 61 Outre la sensation do mouvement, de vie, que donne l\u2019autre forme, j\u2019y vois, en effet, cet autre profit peu négligeable que, par la large variété de ses désinences, elle empêche le retour, en file longue et monotone, des mêmes et pesantes assonances.Mais je ne sais pourquoi je m\u2019attarde à ces menues critiques.Peut-être par conviction que le pire sort, pour un auteur, n\u2019est ni la conspiration du silence, ni l\u2019éreintement brutal, mais la mort par asphyxie sous les couronnes de fleurs funéraires.Arrêtons là et disons simplement que, pour les difficultés du sujet et pour l\u2019ampleur de la recherche, pour la science du métier et la subtilité critique, et aussi pour l\u2019art de la dialectique déployée dans ce procès, le plus embrouillé, à coup sûr, de l\u2019histoire canadienne, François Bigot, administrateur français, pourrait bien marquer une date dans l\u2019historiographie au Canada.Heureux, en tout cas, l\u2019ouvrier en état d\u2019accomplir une œuvre de cette maîtrise, encore jeune, avec toute sa vie devant soi! Lionel Gkoulx, ptre CONTRE CEUX QUI VEULENT LA GUERRE « Sous le ,signe de Marie, Reine do la paix, tous ceux qui, d\u2019esprit lucide et de cœur pur, appartiennent au Christ, c\u2019est-à-dire qui acceptent Sa doctrine et qui observent Ses préceptes, lutteront contre la guerre, s\u2019opposeront à ceux qui la préparent sans cesse, parce qu\u2019ils la veulent inévitable.« Avec Sa Sainteté Pie XII qui, à maintes reprises, a déclaré que la guerre, celle de 1939 comme celle qui nous monace, est inutile, injuste, cruelle et destructrice de tous les biens temporels et spirituels; ils proclameront qu\u2019une nouvelle guerre d\u2019où qu\u2019elle vienne, de l\u2019Est ou de l\u2019Ouest, serait la ruine de l\u2019humanité et do la chrétienté, le retour en barbarie, la plongée en pleine décadence .(Extrait d\u2019une circulaire de S.Exc.Mgr Desranlbau, évêque.de Sherbrooke, à son clergé, en date du 3 janvier 1949). Le sentiment républicain au Canada de 1830 à 1850 Pour les esprits timorés, qui redoutent tout ce qui est nouveau et ne se sentent vraiment à l\u2019aise que lorsqu\u2019ils ressassent du déjà-vu, du déjà-pensé ou du déjà-dit, il est bon de remonter en arrière et de chercher, dans le cours de l\u2019histoire, la naissance et l\u2019évolution de l\u2019idée républicaine au Canada.A l\u2019usage de certains politiciens improvisés députés qui ignorent jusqu\u2019à la définition même du mot « république » et qui se font une gloire d\u2019afficher ouvertement leur ignorance sur les tréteaux, il est peut-être utile de découvrir que d\u2019autres politiciens, moins ignorants quoique du même parti, ont déjà parlé, il y a plus de cent ans, de cette forme de gouvernement qui existait alors quelque part, et qui existe encore aujourd\u2019hui de par le monde.A l\u2019usage enfin de ceux qui ont horreur de toute originalité, il est bon de montrer qu\u2019il existe des précédents historiques, et que l\u2019idée républicaine au Canada n\u2019est pas née en 1948, au sein de la Ligue d\u2019Action Nationale.S\u2019il est vrai que l\u2019« indépendance absolue ne peut s\u2019exprimer que par la République »1, tous ceux qui, dans la première moitié du XIXe siècle, ont parlé chez nous d\u2019indépendance, de rupture du lien bri- 1.Article de M.André Laurendeau, dans VAction Nationale d\u2019octobre 1948, page 89. LE SENTIMENT RÉPUBLICAIN AU CANADA 63 tannique, ont été des républicains de principe, sinon de fait, des protagonistes de l\u2019idée qui scandalise aujourd\u2019hui tant de monde par sa soi-disant nouveauté.Nos lutteurs de 1949 ne seraient donc que des continuateurs de leurs ancêtres, ils ne feraient que reprendre une idée déjà exprimée et réexprimée, pour en chercher l\u2019application aux circonstances présentes.Que les esprits craintifs, en mal de plagiat, se rassurent donc: il n\u2019est nullement question d\u2019innover.Ils peuvent sans crainte d\u2019anathème penser à la République: d\u2019autres y ont déjà pensé avant eux.\u2022 L\u2019explosion révolutionnaire des journées de juillet 1830, en France, a imprimé au monde un élan vers l\u2019indépendance.La Belgique, la Pologne, l\u2019Italie et même le Brésil, ont eu à cette époque leurs insurrections respectives.Les répercussions se sont fait sentir jusqu\u2019en Allemagne et même en Angleterre.Comment le Canada serait-il demeuré insensible à un pareil mouvement d\u2019ensemble?D\u2019autant plus que depuis 1760, l\u2019idée d\u2019affranchissement de la tutelle britannique n\u2019avait cessé un seul instant d\u2019exister à l\u2019état latent dans l\u2019esprit des Canadiens, de hanter leur existence nationale; et malgré l\u2019apparente soumission des vaincus aux lois oppressives du conquérant, le feu continuait à couver sous la cendre.La résistance des coloniaux avait déjà engendré l\u2019Acte de Québec en 1774, puis l\u2019Acte Constitutionnel en 1791.L\u2019exemple donné au monde par l\u2019instauration de la monarchie de juillet en France ne pouvait que donner à nos pères plus d\u2019espoir en la libération, et plus d\u2019assurance pour la revendiquer. 04 h\u2019ACTION NATIONALE Aussi commence-t-on à entendre dès cette époque des voix s\u2019élever par tout le Canada et réclamer avec plus d\u2019insistance que jamais auparavant l\u2019établissement du gouvernement responsable d\u2019abord, puis l\u2019émancipation totale et la rupture du lien britannique.Évidemment, les points de vue sont fort différents d\u2019une extrémité à l\u2019autre du pays d\u2019alors; mais si les raisons invoquées diffèrent sensiblement, le but est le même, vers lequel on tend: c\u2019est l\u2019indépendance, plus ou moins masquée pour quelques-uns par la fiction de la Couronne anglaise.La rébellion de 1837 et son corollaire de 1838 ne constituent pas, dans notre histoire, un événement isolé, une explosion soudaine et passagère due à l\u2019influence de quelques tribuns démagogues.C\u2019est l\u2019aboutissement naturel, le point culminant d\u2019une volonté d\u2019indépendance trop longtemps contenue, exacerbée surtout par les brimades continuelles de l\u2019oligarchie au pouvoir.A mesure que grandissait au cœur du Canadien un désir bien légitime de liberté et de souveraineté, grandissait parallèlement dans l\u2019esprit de ses gouvernants une politique d\u2019ostracisme et d\u2019annihilation.Aussi, le moment venu, tant de voix se sont-elles élevées pour réclamer l\u2019application des principes sacrés de la plus élémentaire justice; mais comme ces voix n\u2019avaient pour elles que le droit sans la force, elles ont dû capituler devant la force sans droit.Qu\u2019importe ?Le sacrifice n\u2019a pas été vain, puisque l\u2019idée d\u2019indépendance n\u2019a pu, elle, être ni assassinée, ni incendiée, ni exilée, elle a été reprise par d\u2019autres patriotes, remise en marche, énoncée de nouveau jusqu\u2019à ce que, malgré les termes de l\u2019Acte d\u2019Union LE SENTIMENT RÉPUBLICAIN AU CANADA 65 et nonobstant l\u2019esprit dans lequel il a été conçu, on obtînt la conquête du gouvernement responsable en 1848.Coïncidence étrange que cette date de 18481 Alors que la monarchie de juillet cédait la place il la seconde république, en France, le Canada, lui, faisait enfin un pas de plus vers la liberté en obtenant la responsabilité ministérielle.Une avance bien timide peut-être, mais une avance tout de même.Et une avance vers quoi?Vers l\u2019émancipation, vers la souveraineté canadienne, et inconsciemment vers la constitution républicaine.Je dis « inconsciemment » car tous ces hérauts de l\u2019indépendance, ces protagonistes du gouvernement responsable, ces avocats de la rupture du lien impérial, même s\u2019ils n\u2019ont pas prononcé le mot, favorisaient au fond du cœur l\u2019instauration d\u2019une république canadienne à côté de l\u2019américaine.L\u2019indépendance du Bas-Canada c\u2019était fatalement la République: plus de dépendance impériale, plus de roi, que restait-il en fait à obtenir pour se gouverner soi-même, sinon la constitution qu\u2019avaient adoptée nos puissants voisins en 1776 ?Et même si l\u2019on n\u2019était pas par principe républicains à la manière de 1789, on n\u2019en restait pas moins fatalement partisan d\u2019une république canadienne, du jour où l\u2019on prônait l\u2019indépendance absolue.C\u2019est pourquoi je ne crains pas de qualifier de républicaines les déclarations d\u2019indépendance qui ont jalonné notre histoire, de 1830 à 1850.Je ne prétends pas les reproduire toutes ici.Monsieur le chanoine Groulx les a déjà analysées une à une dans un 6(5 l\u2019action nationale remarquable article publié dans l\u2019Action Nationale de juin-juillet 1946.Aussi me contenterai-je de n\u2019en citer que quelques-unes, au risque de paraître fastidieux.Dès la session de 1831-1832, Louis Bourdages, député de Nicolet, souhaite qu\u2019un jour ou l\u2019autre « nous soyons hors de tutelle ».Le 16 février 1832, la Minerve publie qu\u2019une « séparation immédiate d\u2019avec VAngleterre est le seul moyen de conserver notre nationalité ».Le Vindicator du 21 octobre 1836 énonce l\u2019avis que « le ministère devra, bon gré mal gré, se rendre aux désirs si fréquemment exprimés du peuple, où les Canadas vont bientôt cesser d\u2019appartenir à l\u2019empire britannique ».Et la Minerve répétait: « Notre unique espérance est d'élire nous-mêmes notre gouverneur, eh d\u2019autres mots, de cesser d\u2019appartenir à l\u2019empire britannique ».Enfin, dans leur correspondance, Thomas Storrow Brown, commandant des insurgés à St-Charles, Robert-Shore-Milnes Bouchette, fondateur du Libéral, A.-P.-L.Consigny, Ludger Duvernay, J.N.Ryan s\u2019entretiennent librement et franchement de l\u2019indépendance du Canada.Inutile de mentionner les noms de Louis-Joseph Papineau et de Wolfred Nelson, qui sont en quelque sorte l\u2019incarnation même de cette idée de liberté, et dont les écrits et les discours ne tarissent pas de déclarations catégoriques à ce sujet.La période troublée de 1837-1838 en a entendu de toutes les gammes sur ce \u2022hapitre, et l\u2019exaspération qu\u2019avaient fait naître les multiples abus de l\u2019oligarchie LB SENTIMENT RÉPUBLICAIN AU CANADA 67 anglaise, a réveillé au fond de bien des cœurs les plus légitimes aspirations à la souveraineté nationale.Seulement, la souveraineté nationale d\u2019alors, c\u2019était quelque chose d\u2019un peu différent de celle que prônent aujourd\u2019hui ses partisans.A cette époque, ne l\u2019oublions pas, il y avait deux Canadas, le Haut et le Bas, et ceux qui parlaient d\u2019émancipation, voire d\u2019indépendance, rêvaient de l\u2019établissement d\u2019un État français sur les rives du St-Laurent.Il ne s\u2019agissait donc même pas, comme aujourd\u2019hui, d\u2019une association entre les deux nations, les deux mentalités, les deux civilisations différentes qui composent notre pays, pour fonder ici un État bi-ethnique: il ne s\u2019agissait de rien moms que d\u2019établir une République bas-canadienne, dans laquelle une majorité de langue française et de religion catholique détiendrait les rênes du pouvoir.On ne concevait pas autrement l\u2019indépendance nationale, et la seule pensée d\u2019une franche coopération anglo-française semblait alors une absurdité, une utopie, une impossibilité absolue.Peut-on blâmer nos ancêtres de cette conception, quand on considère objectivement le nombre et la qualité des accrocs que l\u2019élément britannique faisait alors quotidiennement au droit des gens et au droit des peuples?Mais il n\u2019en reste pas moins que telle était alors la conséquence logique de l\u2019indépendance bas-canadienne.Séparatistes, nos républicains d\u2019aujourd\u2019hui?Sûrement moins que leurs devanciers de 1830 à 1850, puisqu\u2019alors la seule notion de souveraineté nationale impliquait une séparation des deux éléments constitutifs du pays, alors gu\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019on rêve d\u2019une 68 l\u2019action nationale république canadienne, qui aocueillerait dans son sein tous les citoyens, de Vancouver à Halifax.L\u2019État autonome que l\u2019on préconisait alors aurait vécu sur ce continent en marge de la masse anglo-protestante qui l\u2019entourait de toutes parts.Celui dont on rêve aujourd\u2019hui serait fondé sur la coopération des deux nations, travaillant ensemble à faire du Canada un pays qui serait grand et puissant autrement qu\u2019en théorie et ailleurs que dans les documents de la propagande officielle.La seule séparation qu\u2019impliquerait cette constitution nouvelle serait l\u2019abandon de l\u2019allégeance britannique: nous resterions unis à nos frères de langue anglaise.Est-ce là du séparatisme?Si l\u2019on scrute les aspirations autonomistes à un siècle de distance, il ressort que les républicains de 1949, au Canada français, sont rudement moins séparatistes que leurs devanciers de 1848; pourvu que l\u2019on admette, évidemment, que les mots ont un sens et que le séparatisme soit encore aujourd\u2019hui une tendance à former un état particulier en rompant l\u2019unité de l\u2019État existant.\u2022 Tous ces séparatistes, autonomistes, partisans de l\u2019indépendance absolue et de la souveraineté natipnale, avocats de la rupture du lien impérial et de l\u2019abandon de l\u2019allégeance à la Couronne britannique, n\u2019étaient rien autre chose, en somme, que des républicains avant la lettre.En rêvant d\u2019un Canada souverain, indépendant, à quoi songeaient-ils, au fond ?A une monarchie ?Certes non, puisqu\u2019on voulait précisément se libérer de tout absolutisme quel LE SENTIMENT RÉPUBLICAIN AU CANADA G9 qu\u2019il fût, et instaurer un régime de gouvernement responsable au sein duquel la voix du peuple se ferait entendre par la bouche de ses représentants.Nos ancêtres, d\u2019ailleurs (pas plus, mais pas moins que leurs concitoyens du Haut-Canada), lorgnaient parfois avec envie du côté sud du 45e parallèle, et convoitaient ouvertement une constitution qui leur eût concédé les mêmes libertés que celles qui étaient reconnues à leurs voisins des États-Unis.Dans ses conversations avec lord Gosford, Papineau, avant même les événements de 1837-1838, ne se gênait aucunement de rappeler au gouverneur que l\u2019Amérique est le continent des Républiques, et qu\u2019elle doit l\u2019être « de la Baie d\u2019Hudson à la terre de feu ».Cette déclaration non équivoque, faite d\u2019ailleurs au cours d\u2019entretiens amicaux entre le tribun et le représentant de la Couronne, reflète clairement la mentalité de l\u2019époque, et énonce en termes précis ce que plusieurs pensent au fond du cœur sans même l\u2019avouer ouvertement.Mais le mot est lancé, et même si c\u2019est au cours d\u2019une conversation privée qu\u2019il a été prononcé, quelqu\u2019un se chargera de lui faire faire son tour de presse, sous prétexte de jeter le cri d\u2019alarme pour alerter la population contre ce danger imaginaire d\u2019une République canadienne.Celui qui attachera ainsi le grelot ne sera nul autre qu\u2019Adam Thom, dans ses Anti-Gallic Letters en 1836.Le bouillant Écossais, outré de l\u2019attitude conciliatrice de lord Gosford à l\u2019égard du parti de Papineau, écrit: The french demagogues have professed the most rebellious repugnance to British authority and the most deadly hatred of the British name; and within the last two years, they have repeatedly threatened to throw themselves into the arms of France or of the 70 l\u2019action nationale United States, unless the Imperial Parliament should formally relinquish its supremacy and establish a French Republic in Lower Canada by the extension of the elective principle.Même si son aveuglement d\u2019impérialiste ne lui fait pas concevoir pour le Canada une autre existence que celle de colonie, le francophobe journaliste n\u2019en distingue pas moins chez les nôtres une tendance fortement marquée à l\u2019esprit républicain.Cet esprit va d\u2019ailleurs prendre corps assez rapidement, et le bouleversement de 1837 va précipiter les événements.L\u2019exaspération bien compréhensible d\u2019une majorité te ue en laisse et sans cesse brimée par une minorité impertinente, fera sans doute commettre des erreurs.Après avoir provoqué une prise d\u2019armes trop hâtive, elle provoquera dès 1838, et prématurément, une déclaration d\u2019indépendance et une proclamation de République bas-canadienne.On a bien glosé sur l\u2019aventure de Robert Nelson.Passé aux États-Unis dès la fin de l\u2019année 1837, ce frère du Docteur Wolfred Nelson, exaspéré des excès commis par les troupes anglaises à St-Charles, à St-Eustache et à St-Benoît, se constitua en quelque sorte le chef du mouvement de la résistance.Il réussit à grouper autour de lui environ 600 patriotes et le 28 février 1838, il franchit avec eux la frontière et établit ses quartiers généraux à Napierville.C\u2019est de là qu\u2019il lança sa fameuse proclamation dans laquelle, après avoir accu: é la Grande-Bretagne de violation ouverte du contrat fait avec le peuble du Bas-Canada en 1791, il concluait: 1.« Que ce jour et à l\u2019avenir, le peuple du Bas-Canada est libre de toute allégeance à la LE SENTIMENT RÉPUBLICAIN AU CANADA 71 Grande-Bretagne, et que le lien politique entre ce pouvoir et le Bas-Canada, est maintenant rompu ; 2.Qu\u2019une forme républicaine de gouvernement est celle qui convient le mieux au Bas-Canada, qui est ce jour déclaré être une république ».Robert Nelson assuma de sa propre autorité le titre de président de la nouvelle République, et il fit suivre cette déclaration de dix-huit articles dans lesquels il énumérait les diverses réformes à exécuter au pays: séparation de l\u2019Église et de l\u2019É'tat, participation des Indiens à tous les droits civils et politiques, abolition de la tenure seigneuriale et de la peine de mort, liberté de la presse, suffrage universel, abandon de l\u2019emprisonnement pour dettes, etc.Enfin, une convention de représentants élus par le peuple devait ensuite élaborer une constitution dont l\u2019adoption définitive serait soumise à la ratification populaire.Toute cette aventure ressemble aujourd\u2019hui à une mauvaise farce d\u2019étudiants: elle nous ferait peut-être sourire, si elle n\u2019était la conclusion presque logique d\u2019un drame poignant au cours duquel le sang versé est sinistrement éclairé par les lueurs de l\u2019incendie allumé par la torche anglaise.Sans doute, cette déclaration d\u2019indépendance, cette proclamation de la République bas-canadienne n\u2019est qu\u2019une caricature, une mauvaise copie de la déclaration de l\u2019indépendance américaine.On peut la trouver enfantine, ridicule même: mais de là à la taxer de « folie criminelle », comme 1 a fait sir 1 homas Chapais, il y a un abîme.Ne perdons pas de vue que si Robert Nelson et ses volontaires avaient eu les armes et la force nécessaires 72 l\u2019action nationale de leur côté, ils auraient pu triompher, et leur victoire eût assuré le succès du principe républicain.Est-ce à dire que le triomphe de la force brutale peut à lui seul justifier un acte ou une doctrine?Quoi que nous pensions aujourd\u2019hui de cette grandiloquente proclamation d\u2019une république éphémère, il n\u2019en reste pas moins que ces messieurs de la résistance incarnaient à ce moment l\u2019idéal d\u2019un peuple.Leur geste inconsidéré fait époque dans notre histoire, et quelles que soient nos convictions pour ou contre la république, nous devons tenir compte de ce sursaut de la conscience nationale.Car la déclaration de Robert Nelson ne constitue pas seulement un fait divers, un acte isolé émanant de l\u2019imagination d\u2019un cerveau surchauffé.Certes, elle n\u2019est pas venue en son temps, elle n\u2019a pas été suffisamment mûrie, elle n\u2019a pas subi la préparation nécessaire ni l\u2019épreuve de la propagande qui y aurait préparé les esprits; mais son auteur n\u2019était tout de même pas un fou: chirurgien réputé, il jouissait alors d\u2019une énorme clientèle qu\u2019il s\u2019était acquise à la suite d\u2019extraordinaires opérations.Et surtout, cette proclamation répondait à un besoin, elle matérialisait en quelque sorte une aspiration qui hantait les esprits depuis quelque temps déjà, et qui s\u2019était singulièrement affermie à la suite des discours qui avaient précédé et accompagné la rébellion; le mot de République avait dû être prononcé bien des fois au cours de ces assemblées populaires où l\u2019injustice de l\u2019oligarchie anglaise avait été vigoureusement dénoncée et où l\u2019on réclamait ouvertement l\u2019indépendance canadienne.Peut-être pourrait-on accuser Robert Nelson d\u2019avoir « voulu confisquer à son profit une idée qui LE SENTIMENT RÉPUBLICAIN AU CANADA 73 est dans l\u2019air »; on ne peut certainement pas l\u2019accuser d\u2019avoir créé de toute pièce cette idée, ni de l\u2019avoir inventée.A cette même époque, R.-.S.-M.Bouchette, écrivant à Ludger Duvernay, s\u2019intitule lui-même « chargé d\u2019affaires de la République canadienne aux États-Unis ».L\u2019avortement du projet de Nelson n\u2019en constitue pas une condamnation « a priori », ni encore moins une preuve d\u2019incompatibilité avec les idées alors en cours au Canada français.Le sort des armes a rarement résolu avec équité une querelle d\u2019idées et de principes.Par suite de la répression sanglante qui a suivi, et dont certains épisodes ressemblent plus à de la vengeance qu\u2019à de la justice, les esprits se sont apaisés et l\u2019on n\u2019osa plus parler aussi ouvertement à un maître qui se servait si facilement de la potence comme argument décisif.On ménage ses mots, on tait ses opinions; mais ce respect d\u2019une domination étrangère, imposé par la force, n\u2019en laisse pas moins subsister un désir indomptable de liberté.« L\u2019indépendance à partir de ce jour ne sera plus qu\u2019un mythe: elle ne mobilisera plus les énergies vers un haut idéal: elle se cristallisera dans les profondeurs du subconscient collectif » h Les années passent mais les hommes restent, et même l\u2019exil ne peut modifier leurs convictions.Peu à peu la vengeance elle-même se refroidit et les événements, sous la poussée do nos politiques canadiens-français, prennent une tournure inattendue.Après 1.M.P.Hamel, Le Rapport de Durham, page 40. 74 L*ACTION NATIONALE le coup du rapport Durham et de l\u2019Acte d\u2019Union, avec tout ce qu\u2019il comportait d\u2019injustices à notre égard, ce fut le rétablissement de la langue française comme langue officielle du pays en 1842, puis l\u2019octroi du gouvernement responsable en 1848.Bribe par bribe, l\u2019autonomie reprenait ses droits, sous la poussée incessante des partisans de la liberté; et cette marche lente et sûre vers l\u2019affranchissement de la tutelle britannique, elle était due au travail acharné de ceux qui n\u2019avaient cessé un seul instant de rêver pour leur pays d\u2019une indépendance absolue et qui, au fond du cœur, aspiraient encore inconsciemment à la République.Inconsciemment ?Certainement pas tous, puisque même en 1851, Louis-Joseph Papineau conserve encore sa fougue républicaine et ne craint pas de l\u2019afficher.Après avoir été amnistié, et après avoir rompu avec la plupart de ses anciens partisans, il se présente de nouveau devant les électeurs du comté des Deux-Montagnes.En guise de programme, il leur adresse cette profession de foi qui résume toute son existence politique et qui définit clairement son attitude: « Si je sais élu, je tâcherai de bien servir.Si je suis défait, j\u2019aurai quitté la vie publique sans honte et sans regrets, sans haine et sans rancunes, heureux du souvenir de mes travaux de quarante années dans la bonne cause de la Démocratie, heureux de son triomphe prochain et certain sur toute l\u2019étendue de notre monde américain.Oui, la Patrie consolée et prospère alors, sera républicaine un jour, et ce jour vous le verrez, vous, jeunesse canadienne, si moi-même et les autres vieux athlètes descendons à la tombe avant l\u2019aurore de ce glorieux jour! » LB SENTIMENT RÉPUBLICAIN AU CANADA 75 Un siècle aura bientôt passé et la prédiction du grand tribun n\u2019a pas encore été réalisée.Est-ce à dire qu\u2019elle ne le sera jamais?Les desseins de Dieu sont insondables, et bien malin serait celui qui pourrait dire avec certitude ce qui se passera d\u2019ici vingt-cinq ans.Un siècle aura bientôt passé et le comté des Deux-Montagnes, qui avait entendu en 1851 cette déclaration franchement républicaine du vieux patriote, a vu surgir en 1948 la première candidature républicaine au pays.Serait-ce un signe des temps?Il ne m\u2019appartient pas de trancher la question, et l\u2019avenir seul pourra nous dire le sort qui sera réservé à cette idée.Je n\u2019ai voulu ici que montrer que les gens de 1948-1949 ne sont pas les premiers à penser à la République du Canada, et que dès la première moitié du XIXe siècle, d\u2019autres y avaient déjà rêvé, plus ou moins consciemment, plus ou moins ouvertement suivant les circonstances; enfin, que l\u2019attitude d\u2019aujourd\u2019hui en face du problème n\u2019est pas nouvelle, et que le sentiment républicain existe subconsciemment chez nous depuis plus d\u2019un siècle.Je ne prétends pas juger, je constate seulement, laissant à d\u2019autres le soin d\u2019examiner à loisir la valeur et l\u2019opportunité de cette idée, dont la force latente a imprimé à notre histoire quelques soubresauts mémorables.Jean-Louis Dorais en rëgle de?,,, \u2014 Les abonnés en retard sont priés de solder le plus tôt possible le prix de leur abonnement: c\u2019est la manière la plus pratique de nous aider.L\u2019abonnement régulier est de $3.00 par année; mais t abonnement de soutien est de $5.00. Le Christ, pierre d\u2019angle \u2018 Histoire sainte, Jésus et son temps, L\u2019Église des apôtres et des martyrs: trois beaux livres de Daniel-Rops, le plus grand succès de librairie de ces dernières années, aussi bien au Canada qu\u2019en France.On en est à la 348e édition.Et la courbe de vente monte sans cesse.Critère extérieur, je le veux bien, mais qui est tout à la louange de nos contemporains souvent si noirs aux yeux de certains enquêteurs des lectures.C\u2019est que l\u2019œuvre est exceptionnelle: la plus belle histoire du monde racontée par un homme intelligent.Rare conjoncture.On n\u2019échappe pas à une joie fervente de l\u2019esprit et du cœur à parcourir ces quelque deux mille pages aux perspectives immenses dans l\u2019espace et le temps, où le ciel se mêle à la terre, où les plus grands personnages de l\u2019histoire après le Christ, les apôtres et les prophètes occupent leur vraie place, la première, au-dessus des conquérants et des empereurs, où les petits, les humbles au cœur droit jouent leur vrai rôle devant la force.Bref, ici chacun vaut par son âme et cette âme vaut par son poids divin.Disons tout d\u2019abord que c\u2019est un ouvrage de vulgarisation.Mais à cette hauteur la vulgarisation devient de la synthèse et, devant l\u2019abondance des matériaux, elle est particulièrement délicate et ardue, plus méritoire que certains travaux spécialisés.On imagine la masse des publications qui, depuis tant d\u2019années, traitent de la Bible.Nos cent dernières LB CHRIST, PIERRE D\u2019ANGLE 77 années surtout les ont vues s\u2019accumuler.Aucun sujet de recherche n\u2019a autant intéressé les savants.Rops se devait une information abondante certes, mais encore assez de surface.Or voilà qu\u2019à chaque page, au détour d\u2019une phrase, un mot, une allusion montrent, des problèmes côtoyés, une connaissance vraiment singulière.Inévitablement simplifiés, le lecteur s\u2019en félicite.Il y cherche autre chose: un climat précis, une atmosphère apportée par le synchronisme de la Bible avec la vie des grands empires d\u2019alors, des mouvements d\u2019idées, les mystiques diverses qui sont les vents changeants, les saisons de l\u2019esprit.Il serait mandarin de chicaner l\u2019auteur sur telle ou telle affirmation alors que les données de ces sciences évoluent sans cesse.Ainsi, qu\u2019il fasse d\u2019Abraham un contemporain d\u2019Hammourabbi, autour de l\u2019an 2000 alors que les plus récents travaux font vivre le grand roi babylonien 200 ans plus tard, il importe, au reste, assez peu.Je m\u2019en voudrais d\u2019en signaler d\u2019autres, en particulier dans Jésus et son temps.Bien que l\u2019auteur ait adopté une base nettement historique et scientifique, il a compris qu\u2019on n\u2019admire pas un « solage » pour lui-même à moins de n\u2019être que maçon.Et il faut louer Rops pour l\u2019intelligence qu\u2019il manifeste ici dans le rôle qu\u2019il accorde à l\u2019information.Les apports des sciences sont précieux: ils sont la base de la connaissance en histoire; ils sont la nourriture.Ils exigent chez celui qui lui a consacré son esprit et son cœur, une austérité, une rigueur, une lucidité dont bien peu sont capables.Mais le corps vaut plus que la nourriture qui le soutient, et la vie est d\u2019abord dans l\u2019organisme.Les apports de la science ne sont 78 l\u2019action nationale pas une fin en soi, ils sont serviteurs.Ils sont une étape.C\u2019est dire qu\u2019ils doivent contribuer à mieux faire réfléchir la splendeur des êtres.Un texte des psaumes vaut plus qu\u2019un plein panier d\u2019obèles et de métobèles.L\u2019érudition demeure fille de mémoire et le stage infime de la connaissance.Rops manifeste dans son œuvre une information singulière, mais il a su dépasser ce stage : son foyer est au cœur des événements et des personnages.Il est avant tout « à la trace de Dieu ».Ainsi voilà le premier intérêt de ces livres: un souci primordial de vérité historique servie par tout ce que la science a fait surgir pour l\u2019appuyer.Un second mérite a plus de valeur encore.Ces donnés scientifiques, triées, dosées, Rops les a traitées en romancier.De ces pierres il a tiré du feu, de la lumière.Le regard réaliste et humain qui les a fixées en a fait jaillir une intensité de vie, un relief qui dresse ces personnages et le décor de leur existence sur le plan contemporain.Nous vivons leur vie; leurs intérêts, leurs sentiments sont les nôtres, nous les habitons.Tout en nous est tendu vers tout ce qu\u2019ils sont.C\u2019est en vérité que de mon fauteuil, je suis sorti, il y a des siècles, de ces villes sumériennes, mêlé à la petite caravane de l\u2019Alliance et avec Abraham je suis parti « vers le nord ».Et plus tard, au soir de la victoire sur les ennemis de Lot, quand Melchisédech, « personnage mystérieux sur qui rien ne nous renseigne, sans père ni mère, sans généalogie, qui n\u2019a ni commencement ni fin de vie », quand cette « image de Dieu » offrira à Abraham le pain et le vin, c\u2019est le Grand Prêtre de Chartres qui se dresse à mes yeux.Cette impression de voisinage immédiat s\u2019inten- LB CHRIST, PIERRE D* ANGLE\t79 sifie par l\u2019emploi, à la suite d\u2019une page très concrète de quelques mots évocateurs, d\u2019une formule vague où la portée des événements trouve à s\u2019épandre, quelques mots qui abolissent les contours formés et permettent à l\u2019esprit de couvrir les choses de leur part de mystère, enrichi de tout ce qui en nous sommeillait depuis l\u2019enfance.Le parallèle des personnages bibliques avec quelque moderne familier est souvent très heureux: que Joseph soit un Disraéli égyptien, je ne l\u2019oublierai plus.Ce don d\u2019évocation est rare, il y faut une culture humaine profonde et mûrie.Plus qu\u2019un érudit et un beau romancier, Rops est un chrétien.Ce titre, loin de le frapper de myopie, le hausse sur les hauts-lieux de l\u2019esprit, face aux horizons universels, au foyer des seules perspectives authentiques.La première rigueur scientifique d\u2019un historien sérieux qui regarde le monde est de tenir compte de son Auteur.Reconstituer un texte ou une civilisation ne vient qu\u2019après.La connaissance des faits est tellement conjecturale souvent.Alors que l\u2019action vivante et continuelle de Dieu dans son œuvre offre la seule certitude capitale, le diagramme fondamental de tout le mécanisme.J\u2019imagine le grand ange justicier du portail de Bourges.Et dans le plateau de la balance divine tous ces ouvrages pseudoscientifiques qui, depuis Voltaire, Straus, Renan, Couchoud et tant d\u2019autres ont invoqué l\u2019histoire pour tâcher de voir le monde automatique.Dans l\u2019autre plateau je vois la simple Légende dorée du Moyen-Age.Elle ignore le document et cela en toute sérénité.Mais parce qu\u2019elle possède le sens véritable de la vie elle fait des saints les personnages les plus grands de l\u2019histoire et au siècle de Néron, place au-dessus 80 l'action national*! des empereurs romains, les apôtres Pierre et Paul.C\u2019est la foi et l\u2019amour qui donnent à ces belles fictions, la vérité sur le monde et un juste regard sur les valeurs humaines.Et le mot d\u2019Aristote: La légende est plus vraie que l\u2019histoire est vrai une fois de plus.Il voulait dire que l\u2019âme des faits est plus réelle que le fait brut, lui-même.C\u2019est la foi et le document, joints au génie qui conduiront les deux esprits les plus lucides de leurs temps respectifs, saint Augustin et Bossuet, à ces synthèses historiques qui sont puissantes et définitives d\u2019abord parce qu\u2019elles sont dans leur vraie perspectives.Je n\u2019alignerai pas Rops à la suite de ces géants.C\u2019est l\u2019évidence même.D\u2019ailleurs sa méthode est différente.Il ne descend pas du dogme et de la philosophie aux faits.Il est moderne, et nos contemporains goûtent et exigent l\u2019évocation émotive des faits.Son simple récit des événements acquiert une ferveur et une vérité unique par ce faisceau lumineux qu\u2019il pose sur les pas de Dieu dans les chemins des hommes.\u2022 On le voit, le succès de cette œuvre est dû à un dosage intelligent où l\u2019essentiel est au faîte.Mais il y a plus et le secret définitif gît ailleurs.Il serait nécessaire ici, pour rendre pleine justice, de refaire la courbe psychologique de Rops.Rappeler que ce Lorrain, fils de soldat, est un converti.Que cet agrégé d\u2019histoire dont tous les critiques ont signalé le sérieux, le désintéressement et la loyauté a d\u2019abord plongé au plus profond de l\u2019inquiétude contemporaine, qu\u2019il LE CHRIST, PIERRE D\u2019ANGLE 81 en a, comme Rivière et Duhamel, souffert.Mais il n\u2019aimait pas son mal.Il écrivait à 23 ans: Alain Fournier avait raison de dite: « que me veulent ces gens qui mettent leur vertu à tout chérir en eux t II n\u2019y a d\u2019homme que celui qui choisit, qui décide de son choix, fut-ce arbitrairement, fut-ce injustement.On ne fait quelque chose de valable et de bon qu\u2019a ce prix, en traçant brutalement une allée bien droite dans le jardin des hésitations ».Mais aussitôt une gêne vous prend: à ces choses seules notre raison consent; notre cœur est ailleurs, de l\u2019autre côté.Plus tard, dans Le Monde sans âme il écrira, après des pages intitulées: Adieu à une inquiétude, « la décadence du spirituel entraîne toutes les autres: on comprend mal que les activités spécialisées de l\u2019homme.fussent ordonnées, logiques, cohérentes alors que dans ce qui constitue le fondement de son être, il s\u2019applique à ruiner tout élément d\u2019ordre, de logique et de cohésion.» La montée s\u2019est continuée pénible et assurée.C\u2019est la sérénité éclatante de ce plateau salubre et sûr qui couronne son ouvrage aujourd\u2019hui d\u2019une vertu dernière.Une âme d\u2019« habitué » n\u2019aurait su, je pense, retenir cette fraîcheur et cette neuve sécurité que ne possèdent que les premiers communiants, les vieillards et les saints, ceux-là seuls qui, avec eux, ne respirent que dans la foi et chaque jour de leur vie, ressuscitent avec le Christ.Pas une page de cet ouvrage ne nous trouve tournés vers l\u2019auteur.Au dedans de nous-mêmes, au delà des exigences de notre raison satisfaite, c\u2019est le petit écolier d\u2019autrefois qui revoit ces belles images, qui revit la suite de ces beaux récits tombés jadis des lèvres menues d\u2019une douce religieuse fervente, dans une imagination neuve. 82 L\u2019ACTION NATIONAL» C\u2019est donc l\u2019enfant d\u2019autrefois, devenu homme qui se trouve comme aux pieds de ce Parthénon chrétien.Et la frise passe dans un climat d\u2019épopée: Abraham et les patriarches, tous cernés d\u2019un trait net: Moïse « à la grandeur sans charme des vrais conducteurs d\u2019hommes » dans ce site du Sinaï « géant sans vie », décor d\u2019éternité où Dieu va parler.L\u2019Exode vers Canaan et, du haut de la montagne, le regard de Moïse qui se pose sur cette terre promise que ses pieds ne fouleront pas.Et les juges et les rois.Voici Saul, « le roi tragique, .le Charles VII du peuple élu » qui organise l\u2019armée.« Cas mystérieux que celui de ce fervent qui viole les lois, de cet énergique qu\u2019abattent des prostrations soudaines, cet ami des lévites qui en fait égorger tout un lot, c\u2019est un homme déchiré qui porte en lui un drame.« Il rappelle « un Père Surin, mystique de XVUe siècle, chez qui une spiritualité d\u2019une grandeur insigne cohabite avec des phénomènes qui relèvent de la possession.Monomane de la persécution qui voyait des traîtres partout, ce violent dont seule la musique pouvait calmer le délire.« Un esprit du mal venu d\u2019auprès de Dieu, se glissa dans cette âme et s\u2019en joua ».Et voici David: une évocation extrêmement vivante, Salomon, « un parvenu .roi diplomate et commerçant; en tous les sens il négocie.» Rops rapproche son règne de celui de Louis XIV dont la vieillesse a aussi été assombrie « par une immense lassitude qui courbait les épaules de ses sujets ».Plus loin, c\u2019est le royaume divisé contre lui-même et la grande voix des prophètes, écho de celle de Dieu.Domine le groupe, la stature d\u2019Isaï, « personnalité LE CHRIST, PIERRE d\u2019ANGLE 83 magnifique très au courant des choses politiques, homme d\u2019action au regard pénétrant.Mais en même temps un inspiré, un mystique, la preuve vivante qu\u2019on peut, à la fois, être habité par l\u2019esprit et pleinement efficace dans le réel, comme le seront Jeanne d\u2019Arc et Thérèse d\u2019Avila.La langue dont il use est d\u2019une telle splendeur que même traduite en français, elle nous touche par une précision digne des grecs, par un souffle plus puissant que celui de Mahomet ».C\u2019est l\u2019exil, c\u2019est le retour, c\u2019est la résistance à l\u2019hellénisme avec les Macchabées.Le premier volume se clôt sur une étude de « la vie intérieure de la communauté, l\u2019évolution religieuse de la pensée juive en regard de Jésus, l\u2019organisation des sectes et des partis, le règne de la loi, le messianisme », bref, l\u2019armature spirituelle des faits dont on termine le récit.Le second volume: Jésus et son temps, est le plus attachant des trois.C\u2019est la grande nef centrale entre ses deux collatéraux; voûte de pierre mais éclairée d\u2019une lumière ardente et douce.On pense aussi au retable de l\u2019Agneau mystique des Van Eyck, et son panneau central si grave et si serein.Le livre débute par une étude: Comment connaissons-nous Jésusf où les données traditionnelles de l\u2019apologétique, présentées en faisceau et dans un style allègre, forment une base où le récit peut prendre place.Cette étude se termine par ces lignes qui donnent exactement l\u2019atmosphère de l\u2019ouvrage: « ayant passé en revue les 84 l\u2019action nationale documents dont il dispose, l\u2019audacieux qui prétend à écrire, après tant d\u2019autres, une Vie de Jésus se sent retenu par le scrupule et le pire doute de soi.Fixer le cadre historique, tenter même de reconstituer aussi honnêtement que possible ce que nous savons des gestes et des paroles du Maître, ne serait-ce pas, en définitive une tâche décevante pour qui se sentirait poussé par la seule curiosité de l\u2019historien?Il est absolument impossible d\u2019écrire l\u2019histoire de Jésus dans le même esprit où l\u2019on aborde celle de César ou de Napoléon.Je m\u2019approche de l\u2019Évangile comme de la chair de Christ, disait un martyr de la primitive Église.Quand on veut peindre cette figure unique, il faut garder présente en soi toute l\u2019immense tradition qui est sortie de Jésus et qui s\u2019incarne dans l\u2019Église.Mais le témoignage de l\u2019Église tient dans l\u2019expérience sans cesse renouvelée des âmes qui participent par tout ce qu\u2019elles ont en elles de plus intime à l\u2019existence même du Christ,.Il y a une connaissance du Christ qui n\u2019appartient à proprement parler qu\u2019aux saints, aux mystiques, aux âmes privilégiées qui ont réussi une sorte d\u2019identification de tout leur être avec celui du Messie et qui ont mis leurs actions, leurs pensées en une telle conformité avec celles du Maître qu\u2019ils finissent par retrouver d\u2019instinct ce par quoi et pour quoi Jésus lui-même agissait et pensait.La vérité la plus profonde sur le Christ n\u2019est pas de l\u2019ordre de l\u2019histoire.Ce n\u2019est pas par l\u2019analyse, par la critique ou la méthode sociologique qu\u2019on atteint à la réalité totale du Fils de l\u2019homme, mais bien plutôt par cette puissance mystérieuse qui n\u2019est puissance de sentiment que lorsqu\u2019elle s\u2019exprime en langage humain mais qui, en soi, est faculté de connaissance, \u2014 et plus LE CHRIST, PIERRE D\u2019ANGLE 86 même qu\u2019une faculté, qui est la Connaissance même \u2014 cette puissance d\u2019adhésion que Pascal désigne d\u2019un mot inoubliable le cœur.De quel tremblement ne se sent-il pas saisi, celui qui indigne, se risque à le décrire.Qui veut peindre le Christ doit vivre avec le Christ disait le bienheureux Fra Angelico.Hélas »! Ces lignes donnent l\u2019ambiance, davantage la flamme intérieure qui anime ces pages.Inscrivez sur cette toile de fond les scènes divines de l\u2019enfance du Christ racontées dans leur simplicité candide, leur amour paisible, telles que jaillies des lèvres de la Sainte Vierge dans Saint Luc, reportez dans ce climat, la force et la plénitude des enseignements et des miracles de la vie publique que couronne ce sommet des Béatitudes: paroles uniques qu\u2019aucun des plus grands penseurs de la Grèce ou de l\u2019Inde n\u2019auraient pu trouver, retentissant pour la première fois sur la terre afin d\u2019affirmer à tous les pauvres, à tous les purs, à tous ceux qui pleurent, qui souffrent, qu\u2019ils sont les bienheureux.Refaites dans cette ferveur, le récit infiniment tragique de la Passion et du Supplice du Christ, la gloire subite et définitive de la Résurrection, et vous revivrez un moment d\u2019exaltation.Les valeurs de la vie vous apparaîtront différentes et le Christ se présentera à vous comme la pierre d\u2019angle non seulement de l\u2019histoire mais aussi de votre vie à vous.Sommet de l\u2019œuvre que nous étudions, la vie de Jésus se prolonge dans le dernier volume avec la vie de l\u2019Église qui nous l\u2019apporte.L\u2019Église des apôtres et des martyrs, ici, le ton épique reprend.Quelque chose comme le finale d\u2019un concerto où le souffle de l\u2019Esprit va soulever le grand vent de la Pentecôte en un crescendo triomphal, qui par la foi des apôtres, le sang l\u2019action nationale 8(> des martyrs, l\u2019amour des humbles, va tendre vers cette catholicité permanente qui aura attiré tout à Lui.\u2022 Il y a les ouvrages des savants et leur valeur est grande.Il y a, touchant l\u2019Écriture, les ouvrages populaires et leur nombre est considérable.Et, trop souvent, hélas, leur fadeur plus impressionnante encore.Pour écrire religion, la bonne volonté ne suffit pas.Un livre iPest pas intéressant du seul fait qu\u2019il parle religion.Je dirais même, au contraire.On ne souffrirait pas des fadaises au sujet de sa mère.Rien d\u2019affligeant alors comme un livre qui parle du Christ et dont la lecture nous est insupportable.Que pense un incroyant de bonne volonté et de quelque culture devant ces fruits secs d\u2019une piété souvent véritable?On pense au figuier stérile de l\u2019Évangile.L\u2019œuvre de Rops nous en console.Je ne connais pas d\u2019ouvrage qui satisfera, comme celui-ci, un aussi vaste public.Je le vois très bien dans les mains de gens de petite instruction.Je le vois surtout, et je le souhaite de tout mon cœur, dans les mains de notre élite cultivée, de nos professionnels, surtout chez ceux de nos gens dont la culture religieuse souffre de ne pas être à la hauteur de leur valeur humaine.Cette anémie religieuse de notre classe supérieure est, à mes yeux, le problème capital de l\u2019équilibre et de la santé du Canada français.Mais il est plus intelligent de se nourrir que de disserter sur sa langueur.Alors je pense à Péguy: « Si dur que soit ce texte (lisez: de l\u2019Écriture) et si marmoréen ce texte de LB CHRIST, PIERRE D\u2019ANGLE 87 Paros, quelle qu\u2019en soit la patine trente fois séculaire, il est tout de même entre nos mains (quelle imprudence, mes enfants).(et comme j\u2019avais raison de dire quel scandale et quel mystère).Il est effrayant de penser que nous avons toute licence, que nous avons ce droit exorbitant, que nous avons le droit de faire une mauvaise lecture d\u2019Homère, de découronner une œuvre de génie, que la plus grande œuvre du plus grand génie est livrée entre nos mains, non pas inertes mais vivantes comme un petit lapin de garenne.Et surtout, que la laissant tomber de nos mains, de ces mêmes mains inertes, nous pouvons, par l\u2019oubli, lui administrer la mort.Quel risque effroyable.et surtout quelle effrayante responsa-bi'ité.La plus grande œuvre du génie est remise entre nos mains débiles.Par nos mains, par nos soins, par nos seules mains, elle reçoit un accomplissement incessamment inachevé.Une lecture de nous, achève ou corrompt; une lecture de nous, couronne ou découronne.» (Clio, p.29).Ernest Gagnon, S.J. La République à l\u2019avant-scène Notre numéro spécial sur la nécessité de proclamer une république canadienne a eu des suites significatives.Cette grande idée, comme tant d\u2019autres grandes idées que nos mouvements d\u2019action nationale ont essayé de lancer depuis une vingtaine d\u2019années, aurait pu, sur le coup, tomber tout simplement à plat.On aurait pu croire qu\u2019elle avait même de quoi tellement scandaliser les esprits que seul le petit groupe de ses protagonistes officiels en resteraient les fidèles; même les nationalistes militants, disaient d\u2019aucuns, passeront outre, sans même oser y toucher ! L\u2019expérience nous a permis de constater qu\u2019au contraire bien des militants étaient vraisemblablement en avance sur certains de leurs chefs à ce sujet.Ce que ceux-ci pensaient risqué a été reçu par ceux-là comme une chose toute naturelle, comme une chose entendue d\u2019avance: les esprits formés à l\u2019indépendance avaient inconsciemment compris qu\u2019indépendance ne pouvait pas signifier autre chose que république.Bien plus, à une élection où un candidat avait jugé opportun de mettre au vent électoral le drapeau républicain, le tiers environ des électeurs qui ont exprimé leurs suffrages n\u2019ont pas craint de miser sur ce candidat sans parti, sans patronage, c\u2019est-à-dire sans organisation et sans avenir politique au sens politicailleur de l\u2019expression: même la masse, par conséquent, se montre déjà prête à mordre aux idées républicaines.C\u2019est également ce que les adversaires ont com- La république à.l'avant-scène 89 pris.Ils ont réussi dans une bonne mesure à apprivoiser l\u2019idée d\u2019indépendance et à la mettre dans leur camp, mais l\u2019idée de république les frappe au cœur.Certes, les intérêts impériaux sont déjà à la recherche de formules capables d\u2019intégrer le républicanisme au Commonwealth; mais les résistances se font plus vives chez les impérialisants, car cette fois le Saint des saints, l\u2019Arche d\u2019Alliance de l\u2019impérialisme britannique, la Couronne, est touchée par un \u201cdirect\u201d et l\u2019on ne sait plus très bien qui est en train de jouer l\u2019autre en fin de compte.Dans la partie qui se joue habilement depuis 50 ans entre les partisans et les adversaires internes de l\u2019Empire britannique, chaque concession a constitué jusqu\u2019ici une victoire négative de l\u2019Empire: les adversaires avaient peut-être réussi à contourner chaque fois davantage les positions des joueurs de l\u2019équipe impériale, mais avec l\u2019obligation de recourir à tant de passes savantes qu\u2019ils avaient fini toujours par perdre la rondelle avant d\u2019avoir pu compter un point.Cette fois, on craint fort chez les impériaux que la ligne d\u2019avant républicaine soit définitivement en position de compter contre l\u2019impérialisme, contre la domination de Londres.Car le Commonwealth n\u2019a été intéressant pour ces gens que dans la mesure où Londres en restait le maître; il leur paraîtrait horrible s\u2019il pouvait un jour devenir cette véritable association de nations libres et égales pour laquelle ils ont toujours essayé de le faire passer.\u2022 La première réaction des impérialistes a été, en général, l\u2019attitude du silence.Seul le Citizen d\u2019Ottawa s\u2019est risqué d\u2019abord à dire un mot, pour se camper dans l\u2019action nationale 90 la position du civilisé aux muscles ratatinés devant le \u201cboulé\u201d qui menace de lui \u201ccasser la gueule\u201d: se donner un faux air d\u2019assurance à coups de sarcasmes méprisants.\u201cDon Quichotte qui se battent contre des moulins à vent\u201d, s\u2019écrie-t-il.Nous affectons, prétend-il, de voir le Canada sorti de la guerre \u201ccouvert de dettes, pauvres en dollars américains, dominé par Wall Street et les grosses compagnies\u201d! Nous sommes donc perdus dans les nuages; nous appartenons à la race du chevalier espagnol de Cervantès, dont Chesterton a dit qu\u2019il \u201cpatrouillait en vain une route abandonnée !\u201d Tout cela, qui est peut-être de la bien belle littérature, n\u2019a pas empêché depuis cent ans les innombrables pays d\u2019Europe et d\u2019Amérique de se libérer de leurs oppresseurs Espagnols, Germains, Slaves ou Ottomans, ni d\u2019innombrables rois de joncher les routes de l\u2019histoire sous les coups précisément d\u2019un républicanisme qui était loin d\u2019avoir toujours toutes nos justifications.Dans chacun de ces pays et sous chacun de ces rois \u2014 et le plus souvent au moment même où le sort de la monarchie était scellé \u2014 il s\u2019est trouvé des Citizen pour ironiser.La logique des événements s\u2019est chargée d\u2019eux.Laissons donc là ceux qui ne savent plus lutter contre les idées autrement que par le sarcasme; leur attitude même constitue un aveu de faiblesse.Et tournons-nous vers les gens qui veulent être sérieux.La campagne de Laval-Deux-Montagnes a obligé un certain nombre de ceux-ci à s\u2019occuper des républicains.Ce fut le cas du Star et des deux articles qu\u2019y LA RÉPUBLIQUE À L\u2019AVANT-SCÈNE 91 a publié M.Ewen Irvine.Ce n\u2019est pas souvent que la presse anglaise se donne la peine de renseigner d\u2019abord son public sur nos véritables points de vue avant de les critiquer.Rendons donc hommage à M.Irvine de l\u2019effort d\u2019objectivité qui l\u2019a conduit à consacrer un premier article à un tel exposé avant de s\u2019atteler à la critique dans un deuxième.La critique elle-même est d\u2019ailleurs intéressante, car elle est sans doute caractéristique de la tendance que prendra la propagande officielle à l\u2019égard du mouvement républicain: le désigner au mépris ou à la vindicte publique comme étant simplement un isolationnisme et un anti-britannisme déguisés.Il est donc intéressant de voir comment on prétend démontrer ces prétendus faits à la satisfaction des lecteurs anglo-canadiens; cela nous permettra de mieux voir les obstacles que rencontrera l\u2019idée républicaine dans l\u2019esprit de la majorité des citoyens canadiens.Isolationnisme?C\u2019est bien simple: si nous voulons la république, dit le collaborateur du Star, ce n\u2019est pas pour la république elle-même, ce n\u2019est pas pour le sport de l\u2019indépendance, mais bien seulement (avec l\u2019antibritannisme) en vue d\u2019empêcher la participation du Canada à la prochaine guerre.Le prouvent nettement, selon le même journaliste, le fait que nous montrons comment le Commonwealth a toujours été la cause de nos engagements antérieurs et la condamnation que nous portons contre les politiques guerrières au nom de principes chrétiens.\u201cLa préoccupation majeure des républicains-nationalistes, écrit M.Ewen 92 l\u2019action nationale Irvine, est de tenir le pays en dehors de la guerre et afin d\u2019y parvenir, ils sont prêts \u2014 en vérité, ils le proposent \u2014 à ancrer le pays dans l\u2019isolationnisme.\u201d Vouloir rester en dehors d\u2019une guerre à laquelle nous nous croirions injustifiés de participer parce que la morale chrétienne nous l\u2019interdirait, \u201ccela est plus, dit-il, que de la neutralité.C\u2019est de l\u2019isolationnisme.De l\u2019isolationnisme au moment même où nous nous préparons à des engagements militaires dans le Pacte de l\u2019Atlantique au nom de ce qui est considéré comme représentant l\u2019intérêt du Canada.\u201d La réponse à de telles conclusions est facile.D\u2019abord nous n\u2019avons pas à faire mystère du fait que l\u2019un des objectifs que nous visons à atteindre immédiatement par la transformation du Canada en république tient précisément en cette libération de la servitude coloniale que constitue le service militaire, la participation automatique aux entreprises guerrières d\u2019une métropole.L\u2019impôt du sang est sans conteste le plus lourd à porter, celui qui dans l\u2019histoire a le plus sûrement engendré la révolte des esclaves contre leurs maîtres.Il n\u2019est par suite que normal de le voir situé au premier rang d\u2019un programme pour la conquête de l\u2019ijidépendance véritable.De là à conclure que ce soit le seul motif, il y a une marge qu\u2019on ne saurait négliger sans verser dans le simplisme.Mais nous reviendrons sur ce point quand nous analyserons la seconde prétention de M.Irvine.Attachons-nous seulement pour le moment au slogan: la république, c\u2019est l\u2019isolationnisme.Je ne saurais entreprendre ici la démonstration complète du fait qu\u2019une politique de neutralité militaire, dans l\u2019éventualité d\u2019une guerre, n\u2019est pas néces- LA RÉPUBLIQUE À L\u2019AVANT-SCÈNE 93 sairement une politique isolationniste, à moins qu\u2019on ne définisse l\u2019isolationnisme en fonction d\u2019une telle abstention, justifiée ou non.L\u2019Action Nationale consacrera tout un numéro spécial à établir ses positions sur le sujet, et ce ne sera pas trop étant donné la confusion qui existe actuellement dans les esprits en la matière, en commençant par l\u2019esprit même de ceux qui dirigent les destinés de notre pays.Mais il me semble dès maintenant possible d\u2019affirmer que la guerre est une question assez sérieuse pour poser d\u2019une façon impérieuse un cas de conscience à la fois aux individus, aux chefs des nations et aux nations elles-mêmes considérées comme entités morales distinctes.Après tout une guerre injustifiée ne peut apparaître à tout le monde que comme le plus grand des crimes que des hommes peuvent commettre contre des hommes: car précisément elle constitue le moyen suprême du fort de perpétrer le forfait qu\u2019il n\u2019arrivait pas à accomplir autrement.La guerre injuste constitue donc en soi un viol de la conscience et des intérêts nationaux; un moyen de venir à bout, par la force, de la résistance justifiée qu\u2019un peuple oppose aux prétentions d\u2019un peuple voisin.Comme elle engendre, au surplus, toute une série de forfaits individuels du même genre, sa gravité ne saurait guère être exagérée.On admettra que devant le problème ainsi posé, c\u2019est pour le moins faire preuve de légèreté que d\u2019estimer isolationniste toute personne ou tout groupe de personnes qui n\u2019est pas disposé à se jeter tête baissée dans la guerre dès qu\u2019un pays qui lui est plus sympathique qu\u2019un autre s\u2019y trouve engagé.Or c\u2019est précisément parce que le mot d\u2019ordre du numéro 94 l\u2019action nationale spécial sur la République comportait une prise de position du genre que M.Irvine nous proclame isolationnistes.Je ne puis, pour ma part, m\u2019empêcher de croire que beaucoup de lecteurs anglais du Star, s\u2019il en est qui sont dépourvus de préjugés, comme c\u2019est certainement le cas, n\u2019auront pas trouvé aussi galeux que M.Irvine veut les montrer, ces \u201crépublicains-nationalistes qui veulent maintenir notre pays en dehors de la guerre.\u201d Car, après tout, il faudra bien, si l\u2019on veut être honnête, cesser de brandir ce terme d\u2019isolationnisme à tout propos et sans en préciser le sens.Nous sommes les premiers à condamner l\u2019isolationnisme, mais nous entendons par là l\u2019attitude de celui qui, quoi qu\u2019il arrive, quels que soient les causes et les intérêts en jeu, prétend s\u2019isoler du reste du monde, nier sa place et ses responsabilités dans le monde, sans même considérer si son attitude de réserve est bonne ou mauvaise dans tel cas donné, sans même vouloir envisager qu\u2019il pourrait avoir un rôle à jouer pour aider à résoudre les difficultés internationales.Si être isolationniste signifiait simplement le refus de participer à une guerre injuste, ou le droit d\u2019examiner si le rôle d\u2019une nation donnée est bien de toujours se jeter en guerre à la suite des autres sans considérer d\u2019autres solutions plus efficaces ou plus compatibles avec ses responsabilités; si être isolationniste c\u2019était en somme ne pas accepter de jouer les moutons de Panurge, il faudrait en venir à la conclusion que l\u2019isolationnisme compte parmi les plus grandes vertus.Il ne serait guère autre chose que l\u2019exercice de la vertu de prudence, à laquelle on ne saurait manquer sans faute grave en une matière aussi sérieuse que la guerre. LA RÉPUBLIQUE À l'aVANT-SCÈNE 95 Autrement dit, la question de l\u2019isolationnisme ne doit pas être une simple affaire de propagande en vue de jouer sur les préjugés de certains groupes raciaux pour les dresser contre d\u2019autres groupes et empêcher ceux-là de juger à leur mérite les solutions que ceux-ci peuvent proposer.On ne peut être isolationniste qu\u2019en fonction de certains principes bien déterminés.Le principe implicite de M.Irvine est assez simple: quand nos amis sont en guerre, il faut être en guerre avec eux.Mais est-il vraiment valable surtout si l\u2019on considère la gravité des questions en jeu?Doit-on nécessairement supporter ceux qui nous sont habituellement les plus sympathiques même quand ils ont tort?Le devoir n\u2019indique-t-il pas alors qu\u2019il faut tout d\u2019abord essayer de leur faire entendre raison?Puis offrir ses bons offices pour mettre fin au conflit par les méthodes les plus rapides, mais compatibles avec la justice: on n\u2019entre pas en guerre du côté de celui qui a tort pour en finir plus vite avec la guerre ou l\u2019empêcher de subir des mauvais coups qu\u2019il peut mériter.Et si nos amis sont les plus forts, s\u2019ils gagnent la partie, notre devoir d\u2019ami ne doit-il pas être d\u2019intervenir pour les amener à respecter la justice à l\u2019égard du faible ?En somme, la conception que M.Irvine se fait de l\u2019isolationnisme se rapproche davantage d\u2019une philosophie de clan que de celle d\u2019un ordre international fondé sur la justice et la charité dans une société d\u2019inspiration chrétienne.Dans une civilisation de clan, l\u2019indépendance a évidemment peu d\u2019importance devant le problème de la paix et de la guerre; le fait est que l\u2019histoire nous montre cette circonstance précisément comme celle où les souverainetés dispa- 96\tINACTION NATIONALE raissaient pour faire place à la direction unique.Quand on doit être en guerre contre tous ceux qui ont attaqué nos amis ou qui sont attaqués par eux, quels que soient les motifs en jeu, l\u2019indépendance n\u2019a guère de valeur pratique en l\u2019occurrence.Mais quand on veut déterminer sa position selon son jugement et sa conscience propre, éclairés par des principes qui n\u2019admettent pas l\u2019injustice, on ne saurait accepter l\u2019engagement automatique.On n\u2019a pas \u201cde remords de soulever ce problème au moment même où le Canada prend des engagements militaires dans un Pacte de l\u2019Atlantique, au nom de ce qui est considéré être 1 intérêt du Canada\u201d.Au contraire, on estime que c\u2019est précisément le moment d\u2019en parler plus que jamais parce qu\u2019un engagement automatique peut nous entraîner dans une guerre injuste.On ne saurait alors se satisfaire que cela soit \u201cconsidéré être dans l\u2019intérêt du Canada\u201d (considéré par qui?); on tient t\\ se faire une opinion sur la question de savoir si c\u2019est vraiment là l\u2019intérêt du Canada, si l\u2019influence de Washington ou de Londres qui a pu être le facteur décisif dans l\u2019esprit de nos gouvernants est nécessairement compatible avec l\u2019intérêt canadien.Une telle attitude n\u2019est pas isolationniste.Elle constitue simplement un refus de s\u2019engager dans une entreprise qui ne correspond probablement pas aux véritables responsabilités d\u2019un pays chrétien, désireux comme tel de n\u2019être engagé que dans des guerres justes et absolument nécessaires.Car il faut bien se rendre compte que le meilleur moyen de s\u2019acquitter de scs devoirs de solidarité dans la grande famille internationale, n\u2019est peut-être pas toujours de se ranger militairement aux côtés des puissances qui LA RÉPUBLIQUE À l\u2019AVANT-SCÈNE 97 peuvent avoir à soutenir une guerre juste.La guerre, même juste, comporte des inconvénients assez graves pour qu\u2019un pays ait le droit d\u2019envisager sérieusement, avant de s\u2019y engager, s\u2019il ne peut pas être plus utile en apportant son concours autrement que sur le plan militaire.L\u2019histoire est là pour prouver qu\u2019il y a des neutralités, même rigides, qui sont en fait la meilleure prise de position de tel pays en faveur d\u2019un autre dans des circonstances données, en même temps \u2014 et cela passe d\u2019ailleurs avant \u2014 que la plus compatible avec les intérêts de la famille internationale, qui ne s\u2019identifient pas toujours avec ceux d\u2019un de ses membres à un moment donné.Le jugement de M.Irvine n\u2019est donc pas seulement sommaire.On peut ajouter qu\u2019il serait malhonnête s\u2019il était vraiment conscient de sa superficialité.Car après tout, même s\u2019il était vrai que notre républicanisme fût isolationniste, cela ne changerait rien au fond de la question qui est de savoir si le Canada, isolationniste ou non, n\u2019est pas arrivé au point où il devrait sortir d\u2019un système d\u2019intérêts purement impériaux pour entrer directement dans les organisations internationales, sans autres attaches.Il y a là un problème objectif que nous avons souvent mis de l\u2019avant et que tout Canadien a le devoir d\u2019envisager, quelles que soient par ailleurs les opinions qu\u2019il entretienne sur les idées que nous avons relativement à l\u2019usage isolationniste ou non que le Canada pourrait faire de cette liberté.\u2022 C\u2019est ici que nous rejoignons la deuxième affirmation de M.Irvine.Il trouve que nous avons toute 98 l\u2019action nationale 1 indépendance que nous pouvons désirer dans le Commonwealth et que notre antibritannisme est la cause principale de notre républicanisme.Il ne s\u2019agirait en somme que de faire la nique aux Anglais ! Cela va sans doute bien pour nous déprécier aux yeux d\u2019un public anglo-canadien encore trop féru de sentimentalisme britannique, mais encore ici l\u2019argument serait malhonnête s\u2019il était vraiment conscient.Que raisonne ainsi un Anglais au Canada ou un Canadien anglais que ses traditions familiales n\u2019ont pas encore libéré de sa gangue britannique, nous le concevons parfaitement, nous les \u201cCanadiens français à l\u2019esprit étroit .Nous voyons bien que la fierté nationale proprement canadienne ne peut guère exister dans des esprits qui ne considèrent en définitive le Canada que comme un autre shire de la commune patrie anglaise.Que des esprits britanniques qui se considèrent larges ne conçoivent pas à l\u2019inverse comme normale la révolte d\u2019une fierté nationale véritablement attachée au Canada, sous le joug, si indirect ou si éloigné qu\u2019il puisse être (en supposant même qu\u2019il le soit vraiment) d\u2019une belle-mère patrie, cela est renversant.Quand nous réclamons la rupture du lien britannique au nom de l'indépendance canadienne, nous n avons donc pas à nous défendre de faire preuve d antibritannisme systématique.Et en ferions-nous preuve vraiment quant à nous, que cela ne pèserait pas une poussière dans le plateau de la balance opposée à celle du républicanisme.La question n\u2019est pas là, objectivement.Elle sera toujours dans le problème de savoir si les intérêts du Canada, même entendus sans le moindre égoïsme, sont compatibles avec un lien LA RÉPUBLIQUE À I,\u2019AVANT-SCÈNE 99 qui, de tout évidence, tend constamment à identifier les intérêts de l\u2019Angleterre à ceux du Canada et qui prétend constamment subordonner largement ceux-ci à ceux-là en invoquant leur similitude.Elle sera de déterminer si cette similitude n\u2019est pas simplement acquise chez ceux qui donnent davantage leur allégeance à l\u2019Angleterre qu\u2019au Canada, s\u2019il est vraiment et objectivement possible que deux pays si éloignés, si différents de structures géographiques et économiques, sans parler des structures raciales et sociales, aient tellement d\u2019intérêts en commun que des politiques avantageuses à l\u2019une soient nécessairement avantageuses à l\u2019autre.Ce sera ici le moment de signaler à M.Irvine que ce problème soulève bièn d\u2019autres questions que celle de la guerre, comme nos lecteurs le savent déjà.Il est clair que nous voulons la république parce que nous ne voulons plus aller à la guerre \u201ctout simplement parce que l\u2019Angleterre est en guerre\u201d.Nous voulons aussi la république parce que nous ne voulons plus que les citoyens dont l\u2019Angleterre n\u2019a plus besoin soient automatiquement jugés convenables pour le Canada, quel que soit leur métier.Nous voulons encore la République parce que nous estimons qu\u2019il n\u2019y a pas de raison que nous restions un pays fournisseur de matières premières et de denrées alimentaires tout simplement parce que l\u2019Angleterre n\u2019a besoin que de matières premières et de denrées alimentaires.Nous voulons la république parce que nous estimons dommageable aux intérêts canadiens un commerce extérieur organisé pour satisfaire aux besoins d\u2019une métropole plutôt qu\u2019en fonction d\u2019un sain principe de diversification des marchés.Nous voulons la répu- 100 l\u2019action nationale blique parce que nous estimons qu\u2019il est dommageable aux intérêts d\u2019un jeune pays comme le Canada de voir ses législateurs toujours occupés à pasticher les mesures économiques et sociales qui paraissent bonnes au gouvernement anglais pour les citoyens d\u2019un vieux pays arrivé à son apogée.Bref, nous voulons la république parce que dans tous les domaines de l\u2019activité nationale, tant dans son fonctionnement intérieur que dans scs relations avec l\u2019extérieur nous sommes intoxiqués, paralysés, par la nécessité d\u2019harmoniser d\u2019abord les points de vue anglais aux nôtres avant d\u2019agir.Et si nous en revenons toujours à l\u2019Angleterre, ce n\u2019est pas par antibritannisme, mais simplement parce que les liens qui nous asservissent ne nous rattachent ni à Berlin, ni à Paris, ni à Moscou, mais à Londres.Objectivement, en effet, le problème de l\u2019indépendance s\u2019est toujours posé et se posera vraisemblablement toujours dans les mêmes termes dans toutes les dépendances vis-à-vis de toutes les métropoles.Naturellement, M.Irvine comme bien d\u2019autres Anglo-Canadiens a ses idées là-dessus.Pour lui, l\u2019indépendance, nous l\u2019avons déjà; et la rupture du lien britannique ne changerait rien à notre situation.Il considère que nous n\u2019avons pas été jusqu\u2019à montrer en quoi \u201cl\u2019établissement de la république nous libérerait de la dépendance économique des États-Unis, ni en quoi le simple fait de vivre en république couperait le lien sentimental existant avec la mère-patrie\u201d.Ce qui l\u2019amène à conclure: \u201cEn bref, la position des nationalistes ne vi^se pas à l\u2019indépendance du Canada, mais à la rupture du lien britannique.Mais ils ont négligé de prouver comment \u201cl\u2019indépendance absolue\u201d, LA RÉPUBLIQUE k l\u2019AVANT-SCÈNB 101 selon leur expression, nous rendrait en quoi que ce soit plus indépendants que nous le sommes actuelle ment.\u201d Encore ici, il faut noter le manque d\u2019objectivité du Britannique qui, se sentant parfaitement indépendant quand les intérêts britanniques sont servis, refuse de voir le sentiment de sujétion que ressentent nécessairement les vrais Canadiens quand ils voient nos intérêts résolus, à cause du lien avec la Couronne, en fonction des intérêts anglais contre ce qu\u2019ils estiment être les véritables intérêts canadiens jaugés selon les normes en action dans les pays normaux.Il reste néanmoins curieux que M.Irvine n\u2019ait pas trouvé dans le numéro spécial sur la république, les preuves qu\u2019il demande sur la plus grande indépendance dont nous serions gratifiés par la rupture du lien britannique.Pour ne les avoir pas vues, il faut qu\u2019il compte pour peu de chose la psychologie des peuples, qui joue pourtant un rôle si éminent dans la détermination des courants politiques et économiques, tout spécialement dans un monde démocratique.En les lui signalant de nouveau, laissons de côté les États-Unis, qui n\u2019étaient pas en question et dont les pressions sont précisément de l\u2019ordre des influences extérieures que nul pays ne saurait éviter et dont il aura à se défendre selon le meilleur de son habileté.Ce dont nous parlions, c\u2019est d\u2019une sorte de sujétion qui constitue un obstacle beaucoup plus grave à la véritable indépendance parce qu\u2019elle s\u2019exerce de l\u2019intérieur même.Or à ce sujet, j\u2019écrivais dans le numéro spécial (p.102): L\u2019indépendance pour nous, ce n\u2019est pas la recherche du droit illusoire de pouvoir se retrancher du inonde et se 102 l\u2019action national» débarrasser ainsi des servitudes que telle situation donnée dans le inonde peut imposer (.) Nous sommes plus modestes et plus réalistes.Nous réclamons simplement une situation qui nous permette, en face des pressions inhérentes à toute vie sociale internationale comme nationale, d\u2019établir nos positions entre nous sans avoir partout des écornifleurs étrangers pour nous gêner dans nos discussions et prendre les décisions à notre place.Nous voulons pouvoir descendre dans notre conscience nationale et y résoudre nos débats sans y voir toujours l\u2019œil glacial d\u2019une divinité impériale.Si nous avons à subir des pressions, nous ne voulons les ressentir que de l\u2019extérieur, afin d\u2019avoir la satisfaction de tenter tout ce qui peut l\u2019être pour échapper à la fatalité.Les Anglo-Canadiens sont-ils tellement peu habitués il voir appliquer à l\u2019Angleterre le mot foreign, que M.Irvine n\u2019aurait pas compris que je désignais précisément par le terme d\u2019écornifleurs étrangers toute l\u2019armée des hauts fonctionnaires, journalistes, hommes d'affaires venus d\u2019Angleterre pour occuper les postes les plus importants de notre vie nationale et y prendre ou influencer directement les décisions qui constituent la politique canadienne?Objectivement, est-il un homme sérieux qui puisse soutenir que ces gens sont vraiment capables de prendre des décisions uniquement en fonction des intérêts canadiens, même si cela les oblige à heurter les intérêts de la patrie anglaise qu\u2019ils ont laissée, dans la grande majorité des cas, avec l\u2019esprit du fonctionnaire qui s\u2019en va aux Colonies ?Une des choses que le sentiment républicain, et la rupture du lien britannique qu\u2019il entraînera, réglera certainement, ce sera précisément ce problème d\u2019administration par des étrangers.Le sentiment républicain ne saurait se séparer d\u2019un véritable sentiment canadien, comme c\u2019est le cas du sentiment canadien dans le Commonwealth; il n\u2019aura plus deux maîtres à servir, mais un seul et il n\u2019acceptera pas plus que LA RÉPUBLIQUE À L\u2019AVANT-SCÈNE 103 dans les autres pays, pas plus qu\u2019en Angleterre, en France ou aux États-Unis, que ceux qui détiennent les clefs de l\u2019activité politique et économique puissent être autres que des Canadiens de bonne souche.Le \u201cfrais débarqué d\u2019hier\u201d ne deviendra pas du coup secrétaire de la Banque du Canada, sous-ministre, député ou ministre.Avant d\u2019arriver à ces hauts postes, ij aura d\u2019abord à faire sa marque, non seulement par lui-même, \u2014 car il n\u2019y arrivera sans doute pas \u2014 mais par une descendance canadienne qui aura passé sa famille au creuset de l\u2019assimilation et assuré ainsi à son nom la sonorité d\u2019un canadianisme de bon aloi ! Cela seul suffira à changer du tout au tout l\u2019orientation de la politique canadienne, à lui donner une direction qui envisagera premièrement les intérêts canadiens, indépendamment de tous autres.Les efforts de solution de nos administrateurs se tourneront graduellement vers le seul point de vue de l\u2019intérêt canadien, alors que la liaison avec l\u2019Angleterre alimente, par l\u2019immigration, un courant de pensée anglomane qui contamine même la mentalité des anglophones qui sont Canadiens de naissance.Comme c\u2019est le sens de l\u2019effort qui détermine souvent le résultat, cette différence d\u2019attitude seule changera du tout au tout la façon dont sont réglés les nombreux problèmes politiques et économiques canadiens.Ils recevront le genre de règlement qu\u2019on leur voit prendre naturellement dans tous les pays indépendants, au lieu de ne prendre cette direction chez nous que si les événements nous y contraignent envers et contre tous nos efforts de solidarité impériale.Rappelons-nous l\u2019exclamation du ministre Morrison à la Chambre des 104 l\u2019action nationale Communes anglaises en 1941: \u201cNous avons décidé d\u2019industrialiser le Canada !\u201d Et les efforts pathétiques de notre bon M.Ilsley\u2014avoués à notre propre Chambre des Communes avec force trémolo dans la voix \u2014 pour que les liens financiers qui nous attachent à l\u2019Angleterre ne soient pas desserrés par le jeu naturel des événements pendant la guerre ! \u2022 C\u2019est de la vérité de ces choses qu\u2019il faudra convaincre ceux de nos amis Anglo-Canadiens qui sont, au fond, de véritables Canadiens, mais qui se font tellement jeter de poudre aux yeux par les arguments de la propagande britannique, qu\u2019ils ne voient plus clair dans ces problèmes.A un point tel que, même pour nous, il est devenu impossible de distinguer si un homme qui pense et écrit comme M.Irvine est un véritable Canadien, honnête dans ses propos mais aveuglé, ou l\u2019un de ces machiavéliques agents de la propagande qui savent doser le mensonge ou l\u2019erreur dans le vraisemblable et distiller les préjugés qui divisent les forces de l\u2019indépendance et assurent le règne de la sujétion.Comme le bon sens est de notre côté, nous avons cependant toutes les chances de réussir; il n\u2019est d\u2019ailleurs qu\u2019à lire certains journaux ontariens pour s\u2019en rendre compte: à l\u2019heure actuelle, avec les intérêts pécuniaires que met en jeu la politique d\u2019une Angleterre reconnaissante à la Pologne de ce que le Canada a fait pour elle, ce n\u2019est pas dans les journaux de la Province de Québec que se tiennent les propos les plus fortement marqués d\u2019antibritan-nisme.D\u2019ailleurs, nous avons plus que la vérité et le LA RÉPUBLIQUE À l\u2019aVANT-SCÈNE 106 bon sens de notre côté: nous avons encore le temps et la logique des événements, qui tendent vers la destruction des liens impériaux, vers les émancipations républicaines, que ce soit en Irlande, aux Indes, à Burma ou en Indonésie, sinon même au Viêt-Nam, en Égypte, au Maroc ou en Palestine.Les Anglo-Canadiens comprendront tout cela en temps et lieu.Il n\u2019est pour nous qu\u2019à tenir la flamme prête, qu\u2019à entretenir partout du feu sous les cendres, pour que l\u2019embrasement final soit assuré.François-Albert Angers UN CODE DU TRAVAIL POUR L\u2019AN PROCHAIN?Le premier grief à invoquer contre le projet de Code du travail' c\u2019était l\u2019intervention excessive de l\u2019Êiat.Tout l\u2019édifice reposait sur une Commission du Travail, qui se présentait comme la chose du gouvernement et à qui 1\u2019 on confiait les pouvoirs les plus arbritraires.Le Code détruisait en outre la sécurité syndicale et rendait illégales des clauses actuellement en vigueur dans l\u2019immense majorité des conventions collectives (cf.un tableau significatif publié par l\u2019abbé Gérard Dion dans le Bulletin des relations industrielles de Lavai).Il rendait souvent illusoire l\u2019exercice du droit d\u2019association et marquait un recul dans le domaine du travail.Le gouvernement provincial a donc été bien avisé d\u2019en reporter l\u2019étude à l\u2019année prochaine.Espérons qu\u2019entre temps les intéressés formuleront des critiques constructives.Il devrait être possible, en 1950, d\u2019opérer enfin une codification qui s\u2019impose et peut s\u2019effectuer sans léser les intérêts légitimes de qui que ce soit. La -politique fédérale Les débuts de M.Saint-Laurent Il y a maintenant trois mois que M.Louis Saint-Laurent est entré en fonction comme premier ministre du Canada.Au moment de son avènement, les observateurs de la politique canadienne se demandaient en quoi sa politique personnelle différerait de celle de son prédécesseur, M.Mackenzie King.Et les cercles nationalistes canadiens-français, se rappelant l\u2019expérience de Laurier, appréhendaient un régime de concessions et de compromis qui nous ferait payer bien cher l\u2019honneur de voir l\u2019un des nôtres à la direc-tions des affaires du pays.M.Saint-Laurent avai,t déclaré à plusieurs reprises, notamment au moment de son élection à la direction du parti libéral, que son idéal politique était une unité nationale fondée sur l\u2019égalité entre les deux principaux groupes ethniques.La formule était irréprochable, mais les Canadiens français avaient été trop sotivent appelés à immoler leurs sentiments et leurs intérêts sur l\u2019autel de l\u2019unité nationale pour ne pas éprouver une certaine méfiance.Il est encore trop tôt pour répondre à ces deux questions que l\u2019on se posait au moment de l\u2019avènement de M.Saint-Laurent.On peut cependant relever dès ces premiers mois quelques indications.Et la plupart de ces indications sont de nature à nous réjouir de ce que la direction du gouvernement canadien soit passée des mains de M.King à celles de M.Saint-Laurent. LBS DÉBUTS DE M.SAINT-LAURENT 107 Pour ce qui est de la politique générale, la différence que l\u2019on peut constater dès maintenant entre le premier ministre actuel et son prédécesseur porte sur les méthodes plutôt que sur le fond.La franchise de M.Saint-Laurent offre un contraste saisissant avec la rouerie de M.King.Toutes ses déclarations sont claires et nettes au lieu d\u2019être enveloppées et volontairement obscures comme celles de son prédécesseur.Sa manière d\u2019aborder les problèmes diffère totalement de celle de M.King.Il attaque toutes les difficultés de front au fur et à mesure qu\u2019elles se présentent au lieu de les contourner ou de s\u2019en remettre au temps du soin de les aplanir.M.Saint-Laurent est un admihistrateur beaucoup plus qu\u2019un politicien, même s\u2019il s\u2019est révélé bon escrimeur au cours de ses premiers duels parlementaires avec le nouveau chef de l\u2019opposition, M.George Drew.Il faudra attendre encore plusieurs mois avant de savoir en quoi la politique de M.Saint-Laurent peut différer de celle de M.King.Dans le domaine international, il s\u2019en tient à la politique de \u201csécurité collective » qu\u2019il avait poursuivie comme ministre des affaires extérieures sous M.King et qui doit intégrer le Canada au bloc des puissances occidentales en opposition à la Russie par le Pacte de l\u2019Atlantique.Dans le domaine des relations fédérales-provinciales, il y a lieu de prévoir une atténuation de la centralisation intransigeante recherchée par MM.King et Ilsley.Dans le domaine social, il n\u2019y a apparemment rien de changé au programme de sécurité inauguré pendant la guerre, mais il semble que l\u2019on doive procéder lentement à son exécution.C\u2019est dans le domaine des relations avec la Grande- 108 L ACTION NATIONALE Bretagne que M.Saint-Laurent a le mieux défini la politique qu\u2019il entend suivre.Il n\u2019a pas affiché d\u2019opinions qui auraient pu passer pour radicales, il n\u2019a pas préconisé la proclamation de la république, mais il a signifié son intention de rompre les derniers liens constitutionnels qui assujettisent le Canada à la Grande-Bretagne.Le discours du trône annonce un projet de loi qui fuira pour effet de supprimer les appels au comité judiciaire du Conseil privé.Et le premier ministre a de plus annoncé dans un discours radiodiffusé qu\u2019il entendait prendre les moyens d\u2019accorder au Canada le droit d\u2019amender sa constitution sans avoir à recourir au Parlement de Westminster.Il reste à voir si M.Saint-Laurent poursuivra la politique d\u2019assistance à la Grande-Bretagne ou s\u2019il nous donnera progressivement une politique économique vraiment canadienne.e Comment M.Saint-Laurent conçoit-il l\u2019égalité entre les deux groupes ethniques qu\u2019il considère comme le fondement de l\u2019unité nationale?Il ne faut pas oublier qu\u2019il a parlé à plusieurs reprises d\u2019égalité et qu\u2019il a même parlé d\u2019égalité pratique.Si l\u2019on s\u2019en tient aux actes posés au cours de ces derniers mois il y a lieu de croire que ces mots revêtent un sens véritable pour M.Saint-Laurent.Le nouveau premier ministre ne paraît souffrir d\u2019aucun complexe d\u2019infériorité.Sa maîtrise de la langue anglaise et les contacts suivis qu\u2019il a eus avec les dirigeants anglo-canadiens dans l\u2019exercice de sa profession lui ont valu une assurance qui s\u2019impose à ses collègues du cabinet. LES DÉBUTS DE M.SAINT-LAURENT 100 Et il y a lieu d\u2019espérer que les compromis inévitables dans un pays biethnique et bilingue ne seront pas toujours unilatéraux.M.Saint-Laurent a déjà corrigé quelques inégalités, des cas de discrimination comme disent nos compatriotes de langue anglaise.Pendant qu\u2019il n\u2019était encore que premier ministre intérimaire, il a modifié les règlements de l\u2019immigration de façon à mettre sur le même pied les immigrants venant de France et ceux qui viennent de la Grande-Bretagne et des autres États du Commonwealth.Il y avait bien longtemps que les immigrants britanniques bénéficiaient d\u2019une préférence qui blessait notre fierté en même temps qu\u2019elle lésait nos intérêts.Le gouvernement a inclus dans son programme sessionnel la suppression du taux décroissant des allocations familiales qui désavantageait les familles nombreuses.Il s\u2019agissait d\u2019un cas clair de discrimination contre les Canadiens français.Il est vrai que cette disposition malheureuse de la loi des allocations familiales avait été insérée par le gouvernement King et que les conservateurs avaient été les premiers à inscrire dans leur programme la suppression du taux décroissant pour faire oublier les attaques de M.Drew contre le baby bonus à l\u2019avantage du Québec.M.Saint-Laurent n\u2019en a pas moins promptement saisi l\u2019occasion de corriger cette inégalité.® Depuis son entrée en fonction, M.Saint-Laurent a strictement observé le bilinguisme officiel.Son souci de reconnaître le caractère officiel de la langue fran- 110 l\u2019action NATIONAL» çaise s\u2019est surtout manifesté lors de la séance d\u2019ouverture de la session.C\u2019est ainsi qu\u2019il a présenté chacun dans sa langue maternelle les quatre députés ministériels élus pendant l\u2019intersession et il se trouvait qu\u2019il y en avait deux de langue française et deux de langue anglaise.Ce geste pourrait bien établir une coutume que suivraient à l\u2019avenir tous les partis.C\u2019est en français que le premier ministre a fait l\u2019éloge funèbre de M.Lucien Dubois et M.John-T.Hackett a prononcé lui aussi un éloge en français du défunt au nom des conservateurs.M.Saint-Laurent ne conçoit pas le bilinguisme comme une traduction fastidieuse de ce qui a déjà été dit en anglais.Il n\u2019a pas répété en anglais l\u2019éloge qu\u2019il avait fait de M.Dubois non plus que les félicitations qu\u2019il adressait quelques jours plus tard au secondeur de l\u2019adresse, M.Léopold Demers.M.Saint-Laurent a déjà fait quelque chose pour remédier à l\u2019insuffisance lamentable de notre représentation dans le haut-fonctionnarisme fédéral.Depuis son entrée en fonction, il a déjà nommé deux sous-ministres de langue française \u2014 M.Charles Stein au secrétariat d\u2019État et M.Marc Boyer à la reconstruction.Cela porte à trois sur vingt notre représentation parmi les sous-ministres, qui n\u2019était que d\u2019un sur vingt et qui était descendue à zéro pendant deux ans.Cela ne représente encore que la moitié de notre part, mais il suffirait d\u2019une nomination par année pendaht un terme d\u2019office pour rétablir l\u2019équilibre au palier supérieur de l\u2019administration fédérale.Les deux nouveaux titulaires, comme d\u2019ailleurs le nouveau commissaire français du service civil, M.Alexandre Boudreau, sont tous trois jeunes et sem- LES DÉBUTS DE M.SAlNT-LAURBNT ni blent posséder la préparation voulue pour nous représenter avec honneur dans le haut fonctionnarisme.Les débuts de M.Saint-Laurent comme premier ministre sont donc prometteurs.Ils sont de nature à dissiper quelques-unes des craintes que les Canadiens français pouvaient entretenir en voyant l\u2019un des leurs accéder à la direction du gouvernement fédéra1.\u2022 Il ne faut sans doute pas perdre de vue l\u2019imminence d\u2019une élection générale où le vote du Québec est appelé à exercer une influence décisive.La crainte de l\u2019opinion publique est toujours le commencement de la sagesse pour les hommes politiques.Et les libéraux ont à redouter la concurrence des conservateurs qui veulent tenter un grand effort pour reconquérir le Québec.11 serait naïf de croire que le nouveau premier ministre n\u2019a pas songé aux répercussions électorales des actes qu\u2019il vient de poser pour répondre aux désirs de l\u2019opinion québécoise.Il serait par contre un peu injuste de les attribuer uniquement aux préoccupations électorales.La situation politique actuelle a sans doute permis à M.Saint-Laurent de faire accepter beaucoup plus facilement à ses collègues anglais les décisions annoncées au cours des dernières semaines, mais il n\u2019en faudrait pas conclure qu\u2019il ne les aurait pas prises en temps normal.Il serait prématuré de porter un jugement sur M.Saint-Laurent trois mois seulement après son entrée en fonctipn comme premier ministre.11 faut 112 L ACTION NATIONALE cependant reconnaître qu\u2019il nous a jusqu\u2019ici représentés avec honneur et qu\u2019il a manifesté le souci de surveiller nos intérêts propres.Il faut également reconnaître que sa présence à la tête du gouvernement contribue à étendre le prestige et l\u2019influence du français dans les sphères politiques et administratives fédérales.Les correspondants parlementaires ont pu observer que les communiqués français venaient plus souvent et plus rapidement qu\u2019autrefois, que les hauts fonctionnaires anglophones s\u2019adonnaient en grand nombre à l\u2019étude du français.Cette impression favorable peut sans doute s\u2019effacer au cours des prochains mois, l\u2019attitude du premier ministre peut se modifier après l\u2019élection générale si son gouvernement est maintenu au pouvoir.Il y a cependant lieu d'espérer que toute sa carrière sera conforme à ces débuts prometteurs puisque tout le monde reconnaît que M.Saint-Laurent est très peu politicien.Il y a lieu de croire qu\u2019il exprimait une conviction profonde lorsqu\u2019il parlait d\u2019unité nationale fondée sur l\u2019égalité entre les deux groupes ethniques.Les premières expériences électorales de M.Saint-Lawrent dans le Québec n\u2019ont pas été particulièrement heureuses.Si le candidat ministériel dans Laval-Deux-Montagnes avait réussi à l\u2019emporter contre un adversaire républicain qui ne disposait que de maigres ressources, le candidat ministériel dans Nicolet-Yamaska a été défait par un conservateur en dépit de la campagne désespérée menée dans la circonscription par une trentaine de députés libéraux.M.Renaud LES DÉBUTS DE M.SAINT-LAURENT 113 Chapdelaine aura été le premier candidat officiel du parti conservateur à se faire élire dan 3 une circonscription canadiehne-française depuis plus de dix ans.La défaite du candidat libéral s\u2019explique sans doute, pour ceux qui connaissent bien la circonscription de Nicolet-Yamaska, par des divisions locales, mais la preuve est faite que les conservateurs peuvent livrer une lutte redoutable lorsqu\u2019ils peuvent compter sur l\u2019appui de l\u2019Union nationale.Cette défaite porte un rude coup à M.Saint-Laurent et elle compromet les chances de réélection de son gouvernement.Les répercussions de la défaite de Nicolet-Yamaska sont encore plus graves dans les provinces anglaises que daps le Québec même.L\u2019élection de M.Chapdelaine permettra aux conservateurs d\u2019affirmer que M.Saint-Laurent n\u2019est pas en mesure de maintenir le bloc libéral du Québec qui constitue sa force et son meilleur argument auprès de l\u2019électorat anglais qui désire un gouvernement fort contre les socialistes.Cette victoire décuplera les forces du parti conservateur qui vient do mettre à sa tête le premier chef dynamique qu\u2019il ait réussi à découvrir depuis la retraite de feu M.Bennett \u2014 M.George Drew.Les libéraux voudront sans doute parer le coup en tenant d\u2019autres élections partielles dans le Québec ou en retardant l\u2019élection générale jusqu\u2019en 1950 pour faire oublier l\u2019échec cuisant de Nicolet-Yamaska.Les événements dels prochains mois nous permettront de mieux juger M.Saint-Laurent et aussi son principal adversaire qui a débuté en même temps que lui.M.Drew n\u2019est pas allé dans Nicolet-Yamaska et il n\u2019a pas encore pris position sur la plupart des 114 l\u2019action nationale questions qui nous intéressent.Les Canadiens français ne doivent pas appuyer M.Saint-Laurent par pur sentimentalisme, ils ne doivent pas non plus le juger avec plus de sévérité que ses concurrents de langue anglaise et principalement M.Drew qu\u2019il faudra juger sur sa propre politique et non sur celle de ses alliés de l\u2019Union nationale.Pierre Vigeant GRÈVE, parents, ëtat La grève des instituteurs à Montréal a fait éclater l\u2019état de choses suivant: par une série de lois votées à l\u2019Assemblée législative depuis 1946, notre système scolaire dans sa quasitotalité, surtout dans ses secteurs montréalais et québécois, tombe peu à peu aux mains de l\u2019État.Par exemple: lo Pour se débarrasser de leurs dettes, les Commissions scolaires doivent se déclarer « en défaut » et perdre leur autonomie financière.Elles relèvent alors, administrativement, de la Commission municipale \u2014 organisme d\u2019État.(Loi pour aider au progrès de l\u2019éducation, 1946).2o Les Commission^ scolaires de Montréal et de Québec sont aux mains de sept commissaires, dont quatre nommés par l\u2019État (1947).3o Lorsqu\u2019il y a eu arbitrage entre les Commissions scolaires et leurs employés, on peut en appeler à la Commission municipale de la décision dès arbitres (1947).Ainsi, tous les chemins mènent à Québec et les parents sont de plus en plus relégués à l\u2019arrière-plan.A Montréal, ils donnaient visiblement raison aux instituteurs contre « leur » Commission.C\u2019est leur intervention et celle dé l\u2019Eglise qui ont mis fin à la grève.Mais l\u2019État tout-puissant et inaccessible n\u2019a rien dit.Quand donnera-t-on justice aux instituteurs?Surtout quand rétablira-t-on les parents dans leurs droits? Guerre à la guerre Les peuples vont-ijs se laisser faire?Le nôtre s\u2019abandonnera-t-il au geste commandé, mécanisé, de la tuerie universelle ?Nos mains seront-elles à jamais teintées de sang ?Il n\u2019y a plus de guerre sainte.Il n\u2019y a plus de guerre sacrée.Il n\u2019y a plus que la haine qui jette les hommes, les femmes, les enfants dans un carnage affreux.Nous refusons ce crime et nous allons travailler de toutes nos forces à lutter contre les entreprises de la soldatesque et des politiciens.Dans la revue Esprit de janvier, on reproduit un disoours d\u2019Emmanuel Mounier qui justifie plusieurs de nos attitudes.\u201cSi nous avons attendu trois ans, dit Mounier, pour crier à nouveau \u201cguerre à la guerre\u201d, ce n\u2019est pas que la vieille tueuse, l\u2019empoisonneuse publique nous ait séduits par ses dernières façons.\u201d Et pour mieux marquer qu\u2019il n\u2019est pas devenu un pacifiste, Mounier explique en quoi le discrédit du pacifisme ne s\u2019applique pas à son attitude actuelle.Il reprend: \u201cDieu me garde de jeter le moindre mépris sur le moindre souffle de générosité qui ait pu émouvoir un cœur humain depuis que nous sommes entrés dans la froide danse macabre du XXe siècle.Mais il faut bien dire que le pacifisme de Ventre-deux guerres, en attendant de montrer son échec avec une évidence cruelle, ne nous a jamais pris au cœur.Ce pacifisme désarmé et verbeux, nous avons fait l\u2019expérience amère de sa contra- 116 l\u2019action nationale diction.En enlevant à des cœurs simples et sensibles le goût de l\u2019énergie, le sens de l\u2019inacceptable et un certain mépris de la mort, il a malgré lui tendu un pont vers les immortelles lâchetés qui somnolent en nous.Contre la guerre qui cherche à nouveau sa forme, nous ne pouvons plus reprendre des armes aussi compromises.En avons-nous trouvé d\u2019autres?Non.Pas encore.Ne nous dupons pas.Nous savons lutter contre l\u2019incendie, contre la peste, contre le vol, nous ne savons pas encore lutter à armes égales contre la guerre.Ceux qui viennent ici devant vous ce soir, ne viennent pas jouer les charlatans de foire.Ils viennent vous dire: Nous ne savons pas, vous ne savez pas; mais de grâce, crions, réveillons-nous, réveillez-vous, ne marchons pas ainsi à l\u2019abattoir et à la servitude, le dos courbé, le cœur résigné et si nous n\u2019avons guère plus d\u2019allure en ce jour que David devant Goliath, faisons trembler de notre colère leur caverne de Chaillot, croisons-nous contre les croisades: il n\u2019est pas d\u2019exemple que des hommes qui veulent être des hommes n\u2019aient trouvé les moyens de l\u2019être et de vaincre.Il faut d\u2019abord, contre la guerre qui vient, une action proprement politique.Mais si la politique est partout, la politique n\u2019est pas tout.Le pacifisme a péri d\u2019avoir surtout mobilisé la crainte de l\u2019aventure et le goût tiède de la vie.La paix virile que nous voulons ne s\u2019annoncera et ne durera que si elle constitue d\u2019abord une milice du courage et du risque.Nous en sommes à cette étape de notre mobilisation.Les armes qui nous manquent, n\u2019ayons pas d\u2019inquiétude, nous les trouverons dans le combat et par le combat: de tout temps, les armes nouvelles sont nées de l\u2019exercice même du conflit. GUERRE A LA GUERRE 117 A la pensée que nous pourrions être la génération qui aurait devant l\u2019histoire la charge de laisser éclater ce fruit pourri, une troisième guerre mondiale, avant de l\u2019avoir arraché de l\u2019arbre et jeté aux égouts, sentons-nous la honte nous fouetter le visage ?Sommes-nous \u2014 pardonnez-moi, le mot me manque \u2014 bouleversés, labourés de pitié à imaginer ce hurlement de souffrance, de détresse et de mort qui demain, si la guerre éclate, sonnera l\u2019alerte d\u2019un siècle de servitude et de ruines ?\u201d Nous ne saurions endosser toute la pensée de Mounier, ni surtout toute l\u2019attitude d\u2019Esprit.Mais du texte que nous venons de citer, si dense, si puissant, (que nous aurions aimé reproduire au complet) nous acceptons toutes les données.C\u2019est exactement la position qu\u2019a prise !\u2019Action Nationale et qu\u2019elle définira dans sa prochaine livraison spéciale.Contre la politique suicidaire et militariste des politiciens, nous voulons préparer la réaction de tous les hommes libres.Arthur Laurendeau La revue \u2014\u2022 Quelques-uns de nos collaborateurs ayant été empêchés au dernier moment, notre livraison spéciale, SAUVER LA PAIX?.annoncée pour mars, est remise à avril.Ce numéro comprendra 128 pages.Le problème de la guerre, de la politique extérieure du Canada, celui du communisme, le mythe de la \u201ccroisade\u201d, les perspectives d\u2019une guerre atomique seront analysés par Louis LACHANCE, Ô.P., François-Albert ANGERS, Jean PELLERIN, Paul SAURIOL, Gérard FILION, Jean-Marc LÉGER, Edmond LEMIEUX et André LAURENDEAU.Nos amis pourraient en commander un certain nombre et s\u2019en servir comme instrument de propagande autour d\u2019eux.\u2014 Une erreur s\u2019est glissée dans la livraison de janvier.L\u2019article intitulé Primauté de la contemplation aurait dû être signé Arthur Laurendeau. La reconquête économique L\u2019assurance a énormément progressé depuis une dizaine d\u2019années au Canada français: il suffira pour s\u2019en rendre compte de parcourir les pages d\u2019annonce de l\u2019Action Nationale; or plusieurs compagnies de ce genre ne font pas de publicité chez nous.Parmi les institutions qui ont connu une progression verticale, il faut signaler la Laurentienne, qui célébrait au début du mois le dixième anniversaire du début de ses opérations.Les journaux ont noté à cette occasion l\u2019importance que s\u2019est taillée cette jeune maison.Au cours de sa dixième année, elle a perçu des primes dont le total dépasse le million.Ses assurances en vigueur forment un total de plus de cinquante millions.Sa montée fut ininterrompue; mais aucune étape ne fut brûlée, et la Laurentienne donne une impression de très grande solidité.Elle répondait à une pensée nationaliste.Ceux qui l\u2019ont fondée s\u2019étaient rendu compte de l\u2019affreuse déperdition de capitaux à laquelle se livre un peuple qui n\u2019a pourtant pas la réputation d\u2019être trop riche.Ces capitaux épars s\u2019en allaient affermir et agrandir des entreprises à direction non-québécoise et servaient trop rarement à financer des compagnies de chez nous.Notre quasi-absence dans le domaine de la haute finance avait les répercussions les plus fâcheuses; de proche en proche, elles nous enlevaient toute indépendance économique; et par l\u2019action des gros capi- LA RECONQUÊTE ÉCONOMIQUE 119 taux sur l\u2019État, elle s\u2019exprimait en fin de compte par une redoutable dépendance politique.Je n\u2019oserais affirmer que la situation soit désormais renversée: on ne rebâtit pas en dix ou quinze ans une économie aussi mal en point.Mais il y a eu des changements de degré.L\u2019élan est aujourd\u2019hui donné, qu\u2019il suffirait de maintenir.La Laurentienne compte assurément parmi les plus vivantes de ces créations nouvelles.Jeune, elle l\u2019est par le nombre des années, mais plus encore par 1 enthousiasme, l\u2019entrain, je ne sais quelle vertu conquérante que ses chefs ont su communiquer à l\u2019équipe des agents.A ce titre elle représente pour la nation un actif qui ne s\u2019évalue pas seulement en dollars.Nous lui souhaitons de progresser toujours au même rythme et nous félicitons ses dirigeants pour les réalisations déjà accomplies.Édmond Lemieux Comment épargner $3.00 par année Un bon moyen d'épargner sans effort $3.00 chaque année, \u2014 sans compter le reste, \u2014 c'est de s'abonner à L'Action Nationale.L'abonnement coûte $3 00, mais vaut facilement le double de ce prix.Alors vous vous abonnez, vous reprenez votre $3.00 et vous recevez L'Action Nationale gratuitement .L'ADMINISTRATION Retour du [>.Arès L'Action Nationale se garde de verser dans les éloges immodérés.Notre Ligue n\u2019est même pas, -bien que ses adversaires l\u2019affirment parfois sans gêne, \u2014 une société d\u2019admiration mutuelle.Elle parle peu de ses membres et va même sur ce point jusqu\u2019à \u201cimiter de Conrart le silence prudent\u201d.Mais l\u2019exception qui justifie la règle est permise.Aussi voudrions-nous saluer le retour d\u2019Europe d\u2019un homme qui a rendu à la cause nationale des services marquants.Le Révérend Père Richard Arès, l\u2019auteur des trois volumes parus sous le titre \u201cNotre question nationale\u201d, est rentré de France après y avoir fait un séjour extrêmement fructueux.L\u2019École sociale populaire, où il a repris ses fonctions, s\u2019est bornée à souligner ses succès de façon laconique et objective.Le R.P.Arès rapporte quatre diplômes universitaires, dont trois doctorats: \u201cun diplôme d\u2019Études supérieures de Droit international (faculté de Droit de Paris), un doctorat en droit de l\u2019Université de Paris, un doctorat en philosophie de l\u2019Institut catholique de Paris, un doctorat ès sciences économiques, sociales et politiques du même Institut.Il est rare qu\u2019on parvienne en si peu de temps à brûler tant d\u2019étapes.Le R.P.Arès n\u2019a séjourné à Paris qu\u2019un peu plus d\u2019un an et il a encore trouvé le temps de donner quelques conférences et de prendre part à quelques manifestations d\u2019amitié franco-canadienne.Il a fait grand honneur au Canada français et ce n\u2019est, malgré tout, qu\u2019un début de carrière. Un moyen pratique est de faire dresser votre arbre généa* logique et Fhistoire de votre ascendance INSTITUT GÉNÉALOGIQUE 4184, «m St-Dwia.Montréal V ro« du Mont-Tbobor, Pou» U il Cheminée défectueuse \u2014 fumeurs négligents\u2014 poêle, fournaise, tuyaux surchauffés.Autant de preuves que nous avons oublié ce proverbe: La prudence est la mère de la sûreté.Et si les taux allaient regrimper au niveau de 1922! Où serait l\u2019avantage?Où serait le progrès?^SOCIÉTÉ# NATIONALE D\u2019ASSURANCES AFFILIÉE À IA C.U.A.41 OUEST, RUE ST-JACQUES MONTRÉAL - HArbour 3291 LA.0138 Dom.: FR.4792 Georges Lafontaine B.A., L.S.C., C.A.Comptable agréé 486 rue St-Jean \u2014 Montréal Domicile : 3410 Delorimier ï Lucien Viau ET ASSOCIES Comptables Agréés LUCIEN VIAU, C.A.CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE f.-X.LRCLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206.rue du Port\t¦\t\u2022\tQuébec COMPAGNIE MUTUELLE D\u2019IMMEUBLES ?Limitée r La Caisse d'Epargne pour Prêts Mutuels \"Payé à ses membres $8,000.000.00\" Siège social : 1306 est, rue Ste-Catherine, Montréal.XIII Pour la République et la Paix! J4onoxé INDUSTRIEL O Sainte-Dorothée, comté Laval-Deux-Montagnes.AM.5700 XIV CR.2465 BEN.BELAND INC.Accessoires électriques en gros 7152, bout.Saint-Laurent,\tMontréal, (14).Avec les hommages de CHARLES LAFONTAINE Président de la Carrière LaSalle Limitée 8413, boul.Saint-Michel, Montréal Michel Chartrand Léopold St-Pierre CHARTRAND et ST-PIERRE ?Editeurs - Publicistes L\u2019index pharmaceutique - L\u2019index thérapeutique 445, rue St-Fran$ois-Xavier, Montréal, (1), HA.3285 XV POUR VOS FOURRURES si tous cherches Qualité, Elégance n'hésitez pas, voyez BLEAU & ROUSSEAU J.-T.BJLBAU ANT.ROUSSEAU J.-A.MASSON 3852, St-Denis\t5004, Sherbrooke O.HA.8433\tDE.4482 Charbonneau Limitée BISCUITS \u2014 BONBONS \u2014 MACARONI FA.1116 1800 N1COLET, Montréal Vous trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu'il iaut pour meubler votre résidence.Maison établie depuis 40 ans.\u2022 Fltzroy 4681\t\u2022 LAMARRE FRERES 3723, Notre-Dame ouest, Montréal XVI LA ROSERAIE NATIONALE Distributrice pour le Canada et les États-Unis La Rose de Dollard La Rose de la Reconnaissance La Rose des Mères La Rose Mariale La Rose Papale La Rose Christus La Rose Ste-Thérèse de L'E-J.La Rose Eucharistique La Rose Tricolore La Rose d\u2019Irlande La Rose Saint-Georges La Rose Canadienne Case Postale 19 Station \"N\" Montréal, Qué.Canada XVII Tel.HA 0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Place d'Armes.Montréal, Canada.ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64, ave Nelson, Outremont.Tél.DO 6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390, boul.Pie IX, Tel.CL 3580 Les cafés et confitures de J.-A.Désy LIMITÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES _ COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée BISCUITS \u2014 GÂTEAUX \u2014 TARTES O Alfred ALLARD, Marcel ALLARD, président et gérant gén.chef à la production 235, Laurier ouest .Montréal Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT XVIII F I D E S publie la collection Bibliothèque Economique et Sociale 1\u2014\tINVITATION A L\u2019ETUDE (3e édition) Esdras Minville Essai de sociologie appliquée à la nation canadienne-française.172 pages: $1.00 (par la poste: $1.10) 2\u2014\tL\u2019HOMME D\u2019AFFAIRES (2e édition) Esdras Minville Un traité sur l\u2019homme d\u2019affaires type, ses dispositions, ses qualités et sa formation.184 pages : $1.00 (par la poste : $1.10) Edition de luxe : $2.00 (par la poste : $2.10) 3\u2014\tLE MOUVEMENT OUVRIER CANADIEN Jean-Pierre Després Historique du mouvement ouvrier en général au Canada, tendances doctrinales, évolution et programme actuel des trois grands syndicats canadiens: le C.C.T., le C.M.T.et la C.T.C.C.208 pages: $1.50 (par la poste: $1.60) 4\u2014\tLES DOCTRINES ECONOMIQUES Paul Hugon Une étude synthétique, largement conçue, qui englobe plus de vingt siècles d\u2019évolution doctrinale.413 pages: $2.75 (par la poste: $2.90) 5\u2014\tLE CITOYEN CANADIEN-FRANÇAIS Esdras Minville Avec une clarté et une netteté incisives, l\u2019auteur précise les normes de la formation du citoyen cana-dien-français, il en trace les caractéristiques.618 pages en 2 volumes: $3.25 (par la poste: $3.50} 6\u2014\tGEOGRAPHIE ECONOMIQUE DU CANADA (2e édition) Raymond Tanghe 280 pages: $1.50 (par la poste: $1.65) 7\u2014\tINITIATION A L\u2019ECONOMIE POLITIQUE François-Albert Angers 388 pages: $2.00 (par la poste: $2.15) Pour chaque volume relié: ajouter $1.00 FIDES 25 est, rue Saint-Jacques - MONTRÉAL XIX LAncaster 4962 U ü I u IMPRIMEURS DEPUIS 1896 307, Lagauchetière Ouest - Montréal BIBLIOTHECAIRES, PROFESSEURS, JOURNALISTES, ETUDIANTS Connaissez-vous le CANADIAN INDEX?OUVRAGE DE REFERENCE INDISPENSABLE Ce répertoire mensuel contient le dépouillement de quelques 60 revues canadiennes dont 16 de langue française aussi bien qu\u2019une liste de films documentaires produits au Canada.Vedettes-matières en français et en anglais Coût d\u2019abonnement sur demande.ASSOCIATION CANADIENNE DES BIBLIOTHEQUES 46, rue Elgin, Ottawa, Canada xx K L\u2019IMPRIMERIE .-CARTIER INCORPOREE Impression de périodiques et travaux commerciaux \u201cL\u2019atelier où il n\u2019en coûte pas plus pour un meilleur imprimé\u201d Pierre BEGIN, prés.HA.2591\t414 est, rue NOTRE-DAME Hommages aux collaborateurs de l'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE FA.1167\t3505 ONTARIO est, Montréal XXI 54 Cie de Tabac Terrebonne\t manufacturiers des tabacs à cigarettes\t VALDOR\tO-B N-C\tBINGO La seule compagnie propriétaire de dans le Québec\tses plantations Bureaux : AM.0470\tUsine : Terrebonne Tel.: 10-W.5100 Papineau Montréal\t Comptoir National Enr'g.Fabricants d'enveloppes (Commandos de 25,000 et plus) WA.1137\t1950 CLAREMONT, Montréal XXII À LIRE, À MÉDITER, À RÉPANDRE Une oeuvre de maître Le Citoyen canadien-français.par Esdras Mlnvllle, directeur de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales, deux forts éblumes, franco .$3.50 Brochures L\u2019uni tégouzafne\t\t Que seront nos enfants?par Henri Bourasse\t$0.25\t$2.50 Louis Riel et les événements de la Rivière Rouge en 1869-70, par M.le Chanoine Lionel Groulx \t\t$0.05\t$0.50 Pourquoi nous sommes divisés, par M.lo Chanoine Lionel Groulx \t\t$0.05\t$0.50 Pour notre libération, par René Chaloult .\t$0.15\t$1.50 Votre dignité, jeunesse, par Mgr Paul-Emile Léger \t\t$0.15\t$1.50 Jeunesse et haute politique, par le R.P.EJmile Bouvier, 8.J\t\t\t\t$0.75 Pour que vive la Nouvelle-France, par Ana-\t\t$0.50 Série ACTUALITES\t\t Alerte aux Canadiens français, par André Laurendeau \t\t$0.10\t$1.00 La querelle du bilinguisme, L\u2019Action Nationale \t\t$0.10\t51.00 L\u2019art de déplacer les questions, F.-A.Angers\t$0.10\t$1.00 De l\u2019éducation, par René Chaloult\t\t$0.10\tS1.00 Nos écoles enseignent-elles la haine de l\u2019anglais?, par André Laurendeau \t\t$0.10\t$1.00 Prix spéciaux pour librairies, coopératives d\u2019étudiants, commandes en groupe.AUX ÉDITIONS DE L'ACTION NATIONALE, 3878, rue St-Hubert, Montréal, 24, P.Q. 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