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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1950-02, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE Petite histoire de boiteux.\t85 Claude RYAN\tUne classe oubliée.93 Arthur LAURENDEAU Musiciens d\u2019autrefois: Dominique Ducharme.111 André DAGENAIS\tMission spirituelle de la nation.121 LA DIRECTION\tUn inventaire.130 r'-\tLéopold ALLARD -?Un demi-siècle de vie canadienne-française 133 ! André LAURENDEAU En marge de la première rencontre d\u2019Ottawa.156 Dominique BEAUDIN Vie de l\u2019Action Nationale.165 Le quarantième anniversaire du \"Devoir\u201d Nous éditons : \"Montréal sous le règne de la pègre\u201d Trois opinions sur Péguy VOL XXXV, No 2 MONTREAL FEVRIER 1950 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE # Directeur: André LAURENDEAU \u2022 L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle parait tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président ; Dominique Beaudin, secrétaire ; Jean Drapeau, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx ; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Mgr Albert Tessier ; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Filion, Léopold Richer, Albert Rioux, L.-Athanase Fréchette, Guy Frégault, Jacques Perrault, Rodolphe Laplante, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J., Wheeler Dupont, André Dagenais, J.-Alphonse Lapointe.DIRECTION ET ADMINISTRATION 422 est, rue Notre-Dame, Montréal (1), P.Q.Téléphone : MArquette 2837 # Administrateur: Dominique BEAUDiN $ L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 Servit \u201cMontons à bord du train \u201céconomique\u201d qui charrie notre avenir.\u201d Lionel Groulx.LANGAGE DE CHIFFRES (31 décembre 1949) Primes\t$ 1,421,043 Réserve\t3,698,115 Actif \t\t3,829,524 Assurances en vigueur\t59,185,114 LA LAURENTIENNE Compagnie d'Asturance sur la Vie SIEGE SOCIAL: QUEBEC IMBMBBrY/XAVBBHHa I LES AMIS DE LA REVUE AUBÉ, Philippe AVOCAT 152 est.Notre-Dame \u2022\tHA 5877\tMORIN,Louis-Philippe,C.A.Comptable Agréé 81, rue St-Pierre, Québec.\u2022\tTél.2-6871 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 152 eat, Notre-Dame ©\tHA 7235\tBEAUREGARD LUC\t.Repré*, de la Laurentienne 1 4052, rue Cartier 1 \u2022 But.: PL 6700 Rés.: AM 7779 1 DENIS, Arcadius AVOCAT 44-B, Nord, rue Wellington, ©\tTél.1994\tSherbrooke, P.Q,\tFOURNIER, Albert Procureur de brevet* d\u2019invention 934 eat, Ste-Catherine \u2022\tHA 4548 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques ©\tHA 1336\tDUPUIS, Laurier 5600, boulevard Monk \u2022\tWE 0355 MASSE, Paul AVOCAT 152 eat, Notre-Dame \u2022\tBE 1971\tBEAUSOLEIL, E.boucher- Epicier 1351, Champlain \u2022\tCH 3712 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacquea \u2022\tHA 2841\tSalaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\u201d 1430.De Laamlle \u2022\tCL 4086-7 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig ©\tLA 9607\tSANSOUCY, Alb.Epicier-boucher 3963 eat, Ste-Cat herine.Montréal \u2022\tFA 3607 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTÊL.1391\tSANSOUCY, Arthur boucher-épicier 3995, Hochelaga \u2022\tCL 2839 LAPORTE, René MÉDECIN 947 rue Cherrier, %\tMontréal, P.Q.\tAUC!.BRUNETTE, Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue HAtel de Ville \u2022\tPL 1946 Drapeau\tClaude Melancoo .DRAPEAU ET MELANCON AVOCATS ET PROCUREURS 366 oueat.rua Saint-Jacquea, chambre 304, Montréal\tHA 6204 1\t U LES AMIS DE LA REVUE DESCHÊNES & Fil» Ltée Matériaux de plomberie et chauf.1203 eat, Notre-Dame \u2022\tFR 3176-7 LATENDRBSSE A Fils Bnrg.Machinerie Delta.FERRONNERIE 12037eat, N -Dame, Pte-aux-Tr.\u2022\tCL.6731.Local 404 CYR, Édouard MODELEUR 1427, Maiaonneuve \u2022\tAM 8984 SARRAZIN, Arthur, PHARMACIEN.Sarraain-Choquette, #\tMontréal.LATULIPE, N.Cravatea, êoharpea et robee de chambre #\t4360, rue Iberville, Montréal \"LES VARIÉTÉS\u201d PAUL DBJORDY, prop.800 eat.Mont-Raj al %\tCH 9819 \u201cA LA MARMITE\" SALLE A MANGER 330 eat.Craig \u2022\tMA 0730 PRESSE-SERVICES, CANADA.A la diapoaition de a journaux et reruea modernea 422 eat, rue Notre-Dame, f\tMontréal.\"Les amis de nos amis sont nos amis.QUI EPARGNE GAGNE Ce qui compte, ce n'est pas ce que l'on gagne, c'est ce que l\u2019on épargne.Le plus pauvre n\u2019est pas celui qui gagne le moins, c'est celui qui dépense tout ce qu'il gagne.Des petits dépôts qui se succèdent et s\u2019accumulent constituent une somme importante.Mettez de côté régulièrement une partie de votre salaire ou de vos revenus.Vous en prendrez l\u2019habitude en ouvrant un compte d'épargne 1 la Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $400,000,000 MO bureaux au Canada 66 succursales à Montréal III TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux tissus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS 251 est, rue Sainte-Catherine, 4 Montréal.\tHArbour 1171 d IV Les Confitures VILLA aÇe Choix de* Çourmetè CONSERVERIE DORION LIMITÉE 1430, rue Everett\tMontrée U P U I s Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherine, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VI V A C T I O N NATIONALE VOL.XXXV, No 2 MONTREAL FEVRIER 1950 Petite histoire de boiteux En octobre 1934, l(l frontière américaine était fermée depuis cinq ans, la crise battait son plein, les cultivateurs perdaient leurs terres, les jeunes ne savaient que faire, le chômage était à son pire.M.Taschereau refusait le crédit agricole et pratiquait la \u201cpolitique de la plus stricte économie.\u201d Le clergé sonnait l\u2019alarme, et Saint-Martin prêchait le communisme.Il fallait faire quelque chose.On fit le congrès Vautrin.Des blasés n\u2019y voyaient que de la politique; clés patriotes y voyaient l\u2019annonce du salut; des gens d\u2019expérience y voyaient politique et salut.Le chômage absurde, et une heureuse surpopulation qui aurait dû être une force en pays peuplé, créaient ici plus qu\u2019un malaise, un climat de révolte.Après l\u2019arrivée de M.Bennett au pouvoir fédéral, M.Taschereau avait gagné ses élections de 1931, en promettant de régler tout seul le chômage si Ottawa refusait de collaborer.Sa mystérieuse organisation lui gagnait encore une obéissante majorité.Depuis quelques années, M.le ministre Perrault accordait certains octrois aux défricheurs, mais en se gardant de trop les recruter: son 86 l\u2019action nationale budget ne suffirait pas.Et puis, les arbres rapportent des droits de coupe, tandis que les colons ne rapportent guère d\u2019avantages électoraux.M.Vautrin, qui voyait de près les misères de Montréal, obtint son congrès, qui fut un beau tapage de promesses.Il réunit des évêques, des gens sérieux, des hommes d\u2019action et quelques acteurs habitués aux rôles de vieux premiers.Des malins ont soutenu que, pendant même les démarches de recruteurs organisant un départ de colons, le chef avait déjà remis l\u2019affaire à six mois, dans le dos du zélé ministre, qui en aurait fait une colère et parlé de démission.En tout cas, l\u2019effort Vautrin donne des résultats: la mise en chantier de ce qui sera trente paroisses.Le succès administratif consiste à décentraliser: les bureaux locaux peuvent décider par eux-mêmes et payer les primes sans tarder, sans toujours dépendre à Québec des fonctionnaires au ralenti.Les grands bureaux se distinguent par les retards en tout: concession de lots, primes, travaux, octrois.Les plans Gordon et Rogers appuient le mouvement.Pour la première fois, Ottawa aide Québec à se développer d\u2019une si heureuse façon.En 1936, M.Duplessis éblouit d\u2019étincelants espoirs \u201cnotre chère jeunesse, notre précieux capital humain, qu\u2019on laisse perdre\u2019\u2019.MM.Auger et Laforce, continuent le bon travail en cours, malgré bien des difficultés; ils ne faisaient pas ce qu\u2019ils voulaient; la mécanisation d\u2019essouchage était à l\u2019enfance et les députés des vieux centres jalousaient les crédits aux pays neufs.Les subsides insuffisants s\u2019égaraient encore aux paroisses de cent ans.Survint la guerre, suivie de l\u2019élection folle.M.God-bout remonte au pouvoir, s\u2019attribue les ministères de PETITE HI8T0IBE DE BOITEUX 87 VAgriculture et de la Colonisation.Parfait! Un agronome y est à sa place.La colonisation n\u2019est-elle pas l'agriculture en incubation ?Les fils de cultivateurs, le plus beau produit du sol, seront tout naturellement transplantés aux terres neuves.La proportion rurale va remonter.On déchanta vite: ce fut l\u2019inertie la plus nulle, sans budget ni recrutement; c\u2019est le \u201ctout pour la guerre\u201d.Servez-vous, messieurs les sergents recruteurs! Nous ne recrutons personne pour la guerre aux arbres.Même des colons établis durent échanger la hache pour le fusil, fermer le chantier pour suivre la police militaire.Au lieu de produire les aliments nécessaires, ils seront nourris gratis, à parader.On connut le rationnement des vivres, après celui des hommes et des champs.Le premier ministre agronome fut la pire désillusion du siècle et du sol.En 194-4, M.Duplessis, remis en selle, confie la colonisation au \u201cfils de colon\u201d, M.Bégin, bon organisateur, parait-il, en élections.L\u2019après-guerre, avec le crédit agricole et les somptueux octrois du fédéral aux vétérans, promet beaucoup.D\u2019autant plus que la province doit reprendre son assiette et gagner la paix.L\u2019argent roule encore, les usines de munitions ferment; il faut nourrir l\u2019Europe, l\u2019agriculture paie, le bois se vend, et la mécanique fait merveille contre les savanes et les souches.Le plan Minville, proclamé \u201cl\u2019évangile de la colonisation\u201d, farci d\u2019un budget spécial de seize millions et de discours enchanteurs, va donner un élan à la hauteur.Hélas, trois fois hélas! la barbotière continue: aspirants-colons refusés, lots déniés ou pillés, hyper-centralisation aux aveugles bureaux de Québec.Les octrois gelés six mois entraînent la démission des pionniers à bout d\u2019argent.Les missionnaires-colonisateurs 88 l\u2019action nationale n\u2019osent faire aucune propagande: à quoi bon faire désirer la lune?.Les recrues ne comblent même pas les désertions de lots.Comme la petite politique sait toujours créer des alibis, elle annonce la «onsolidation des vieilles colonies.Mesure excellente, si elle fonctionnait.Mesure pour quelques milliers de cultivateurs argentés.Mesure qui ne devrait pas empêcher l\u2019ouverture de cantons neufs, pour ceux qui ont le courage de commencer au bord du chemin.La terreur, le mal qui répand la terreur, c\u2019est précisément ce bûcheron, ce pauvre qui s\u2019informe s\u2019il y a du beau bois.D\u2019avance on le diplôme pilleur de lot, comme si l\u2019homme sans argent n\u2019avait pas droit de vivre du premier revenu de la terre, et comme s\u2019il n\u2019y avait pas assez d inspecteurs, de sous-inspecteurs et d\u2019officiers spéciaux pour mettre à la raison les pilleurs, fussent-ils du bon parti.Toujours la même vieille chanson, la complainte nationale depuis 1850, un centenaire à ne pas célébrer.Les professionnels d\u2019élections soutiennent sans rire \u2014 il y a de quoi gémir, que pour les députés rien ne compte que les votes, la réélection.Or, comme les vieux comtés préfèreni un octroi d\u2019hôpital, d\u2019école ou de pont chez eux, à cent paroisses fondées là-bas; comme les députés ne voient pas plus loin que dans quatre ans, et que les compagnies forestières possèdent des moyens de persuasion plus forts que les timides appels du sol, les patriotes sont toujours forcés de ravaler, d\u2019un gouvernement à l autre.Les déçus et les découragés vous disent carrément.Ils n\u2019en veulent pas de colonisation\u201d! Le gouvernement réplique de deux façons, par un mensonge capitulard: \u201cLes jeunes ne veulent plus de la PETIT* HISTOIRE DE BOITEUX 80 terre\", et par dns communiqués soufflés pour jeter de la poudre aux yeux.La preuve qu\u2019un bon pourcentage de jeunes veulent encore de la terre, c\u2019est que, sans nul recrutement, des milliers demandent des lois, inutilement, bien sûr, mais ils en veulent.Pour remédier tant soit peu à l\u2019inertie des bureaux, voici que l\u2019initiative privée organise des Sociétés d\u2019établissement rural, dénuées de fonds et de lots, c\u2019est clair, mais déterminées à réussir quelque chose, à sauver l\u2019honneur et quelques milliers de jeunes.Admirable sursaut des lieutenants désespérés devant un général incapable ou traître.Napoléon prétendait qu\u2019on gouverne les hommes par l\u2019imagination.Ça se voit.Les ineffables communiqués du publiciste attitré font dire au sous-ministre \u201cqu\u2019un mouvement semble se dessiner vers les terres neuves\u201d.Quelle espèce d\u2019entraîneur s avons-nous là ?Des freins, pas des moteurs.Ce n\u2019est pas le chef qui ordonne, qui lance l\u2019invasion, c\u2019est la troupe, le héros anonyme.Du moins, va-t-on le soutenir f Vadditionner en bataillon puissant ?Non.Pas de chemins, pas de colon \u2014 et l\u2019on n\u2019ouvre guère de chemins.La poudre aux yeux en promet vingt-cinq milles pour 1950, pas assez pour une seule paroisse.On épuise le triste budget à entretenir des routes de vingt ans, refusées par la Voirie tant qu\u2019elles ne seront pas macadamisées, comme si un hôpital n\u2019acceptait les malades qu\u2019une fois guéris.Un autre effort du publiciste claironnait, en juin 1949, un vaste programme de classification sur 12,504 lots, mais sans parler de chemins.Dernièrement, MM.S.Bégin et Fortier visitaient Despinassy, un beau canton ouvert en 1948, puis fermé avant terme.Guyenne, le bon vieux trompe-l1 œil, en est encore à cinquante colons 90 l\u2019aotion nationale après quatre ans de poudre aux yeux.Et le Weekly Star qui met le feu à Toronto avec nos prodiges, en vue de souffler une furie d'immigration fédérale pour brider nos terribles armées de conquête.Vraiment, nos Jean Talon ne sont pas si dangereux.Québec gèle ses recrues au goût des Orangistes.Il annonce de formidables surplus de recettes, mais refuse les colons: pas d\u2019argent.L\u2019argent chôme id.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est de l\u2019action, de l\u2019argent pour soutenir l\u2019action, des chefs d\u2019action pour susciter le travail constructeur du pays.Ce que Talon ferait de nos surplus d\u2019hommes et de bon sol, avec nos mécaniques et nos transports.Ce que ferait le colonisateur moderne Lyautey, qui écrivait du Tonkin: \u201cÇa me change tant de France, de sentir qu\u2019au lieu de travailler dans le vide, de faire des plans de transport qui ne transposent rien et de préparer des manœuvres conventionnelles, on fait de Vimmédiat et du réel\u201d.On a tout un peuple et un pays à bâtir ici, à deux pas, non au Tonkin.Le dernier mot en tout est encore à l\u2019arbre qui paie quand l\u2019homme coûte.Les droits de coupe avant le droit de l\u2019homme.La richesse forestière avant \u201cle cher capital humain, la chère jeunesse et Vagriculture, notre industrie primordiale\u201d.Primordiale?Voyons donc: un fidèle interprète de la prédominance des Terres et Forêts sauvages l\u2019a déclaré: \u201cOn a toujours considéré la colonisation sous un angle trop sentimental et mystique, et d\u2019autre part comme un moyen simple de faire face élégamment à des problèmes sociaux dont la solution est beaucoup plus compliquée.Coloniser est aussi ouvrir un pays à l\u2019habitation, développer toutes ses ressources, de sorte que le terme colon convient tout aussi bien à l\u2019industriel, à l\u2019ouvrier qu\u2019à l\u2019agriculteur\u201d. PETITE HISTOIRE DE BOITEUX 91 Avec des nuances, monsieur, de majestueuses nuances! Les concessions de VUngava et des forêts aux étrangers font de nous des mineurs, des bûcherons, des nomades, non des maîtres du sol.Ouvrir le pays à.l'habitation, c\u2019est placer des habitants, non des locataires et des campeurs.Récolter des bûches, tous les trente ou cinquante ans, ne vaut pas la récolte annuelle de la nourriture humaine et ne fournit pas une paroisse de plus sur la carte québécoise.Un bûcheron, un mineur ou un journalier de la pulpe ne valent pas un agriculteur, ni en valeur d\u2019argent ni en valeur d\u2019homme et de famille.Concédons que les montagnes qui ne peuvent donner mieux que du bois doivent demeurer en bois.C\u2019est la seule richesse du haut Saint-Maurice, de la Côte-Nord et des Chichocs.Le problème y sera de faire donner aux arbres tout leur prix, non de jeter au bois de papier de magnifiques longueurs de bois de charpente, ni de perdre 20%, 30% ou 50% des billes, ainsi que le déplorent les ingénieurs-forestiers eux-mêmes.Où le sol est cultivable, il veut des familles, de la vie humaine; il devra s\u2019ouvrir à la civilisation et agrandir notre espace vital.Autrement, la province est chavirée: 80% d\u2019urbains pour 20% de ruraux \u2014 seulement 120,000 familles vivant de la terre.Est-ce là un pays en santé, en équilibre social?Le Canadien forcé d\u2019errer, l\u2019enfant unique du troisième étage, notre complexe d\u2019infériorité de serveur bilingue à la recherche de jobs, la course aux villes contaminantes et les épidémies de trottoir auront vite raison de nos rêves.Ce qui était la recrue se change en rébut, et cela coûte cher en police, en hôpitaux et en tripôls.La campagne au minimum, trop mince réservoir d\u2019hommes, suffira-t-elle à maintenir la population, In meilleure sorte de Canadiens ? 02 l\u2019action nationale Romier l\u2019a dit: \u201cC\u2019est l\u2019agriculteur qui résiste aux envahisseurs par sa fidélité\u201d.Et M.Montpetit: \u201cLe sol est le signe de la fidélité.\u201d Et Henri Fourrât: \u201cLa terre est l\u2019élément de l\u2019homme; et l\u2019aménagement de la terre en terroir, la besogne première.C\u2019est le solide, le simple, l\u2019éternel.Après les crises et les écroulements, on retrouve la terre, qui tourne sans bruit\u201d.Une crise montre son bout d'oreille.Où se déverseront les surplus des vieux comtés?Les guidera-t-on vers du solide pour 1960, ou les laissera-t-on flâner toujours et glisser à la révolte ?Nos chantiers ont mal rendu cet hiver.Le chômage fait déjà crier.Plus que jamais, c\u2019est l\u2019heure de pratiquer la plus belle autonomie qui soit, la conquête du sol, un mouvement général vers la terre paisible, notre force.L\u2019enjeu vaut qu\u2019on y mette le prix, un budget, des hommes, vingt cantons, mieux qu\u2019un plan pour la galerie.Les grands mots ne bâtissent rien.Une immigration peu parlante nous amène des conquérants plus habiles, mieux dirigés, mieux arrosés.Le parti qui pourra dire à l\u2019électorat: \u201cNous avons créé cent paroisses depuis la dernière élection\u2019\u2019, n\u2019aura pas besoin de caisse électorale, avec toutes les horreurs qu\u2019elle comporte.Notre Québec doit se continuer dans sa ligne, coûte que coûte.Il se doit de continuer la lignée des forts.Le pays, c\u2019est d\u2019abord le paysan.Le progrès, c\u2019est l'histoire en marche, qui utilise les moyens nouveaux.L\u2019autonomie, l\u2019argent, la mécanique, la propagande et le recrutement doivent servir à mieux qu\u2019à la guerre.L\u2019Action Nationale Une classe oubliée I.\u2014 CxplicationS Sur les classes sociales et introduction à la classe moyenne.INTRODUCTION La montée du syndicalisme ouvrier et agricole et la tournure générale des événements survenus dans notre milieu depuis quelques années ont donné une importance accrue aux problèmes de la classe ouvrière et de la classe agricole.Malgré la surprise et les réactions négatives de plusieurs éléments réactionnaires, malgré des excès dont ont pu se rendre coupables les leaders des milieux ouvrier ou agricole, les développements des dernières années sont la manifestation heureuse d\u2019une conscience nouvelle chez ces deux groupes sociaux.Il était temps que l\u2019on s\u2019occupe, de façon dynamique, de la promotion sociale et économique de ces deux classes si durement atteintes par les fluctuations de notre régime économique.Que cet effort de promotion ait provoqué et continue de susciter des scandales, des heurts, des indignations, qui, 94 l\u2019action nationale à la réflexion, s\u2019en étonnera ?Les privilégiés de tous les régimes et de tous les temps ont-ils jamais donné la liberté au peuple sur un plateau d\u2019argent ?Cet effort de libération peut cependant aboutir à des déviations regrettables si on en vient, sous la pression des événements, à confondre le problème ouvrier ou le problème agricole.Malgré l\u2019urgence et l\u2019acuité de ces deux derniers, le problème social demeure, en effet, le problème de l\u2019équilibre à réaliser dans la somme et la qualité des biens dévolus à tous les citoyens, i.e.à toutes les classes sociales.Pour cela, les sociologues chrétiens le répètent depuis quelques années, il faut que chaque classe ait sa propre organisation interne, sa propre conscience, sa propre élite et qu\u2019ainsi équipée, elle travaille en même temps qu\u2019à sa libération extérieure (conditions économiques, sécurité sociale, traitement politique, droit d\u2019association), à sa libération intérieure (développement, parmi ses membres, du souci de leur perfection, de l\u2019esprit de paix et du désir de coopérer avec les autres classes).Comme il a été beaucoup question, ces derniers temps, des classes ouvrière et agricole, ce serait peut-être contribuer à l\u2019édification de l\u2019ordre que de réfléchir un peu sur la situation de la classe moyenne chez nous.Existe-t-il une classe moyenne au Canada français?Où commence-t-elle et où finit-elle?De quels éléments de la population se compose-t-elle ?Quelles sont ses principales caractéristiques sociales, psychologiques, culturelles, spirituelles ?Quels sont ses principaux problèmes ?Quelles organisations travaillent à sa promotion spirituelle et sociale?A-t-elie, en un mot, une vie propre, et, si üui, laefueile ? ITNB CI.ASBB OUBLUÉB 96 Avant de répondre à ces questions, il faut s\u2019être fait une idée claire de la nature des classes sociales et des critères qui aident à les distinguer les unes des autres.Depuis qu\u2019il a été projeté sur le plan politique par la marxisme, le phénomène de la division des hommes en classes a pris une importance considérable.En raison de la dynamite sociale et politique dont il est chargé, ce fait ne saurait être traité à la légère.11 vaut d\u2019y réfléchir avant de discuter des classes moyennes.CONCEPTIONS OPPOSÉES DE LA NOTION DE CLASSE Cette question des classes, malgré les progrès de la sociologie moderne demeure l\u2019une des plus confuses et des plus discutées.Un fait est certain: plusieurs facteurs concourent à la formation des classes.La difficulté, c\u2019est de discerner les facteurs qui se rattachent à l\u2019essence même du phénomène de ceux qui ne s\u2019y raccrochent que d\u2019une façon transitoire ou accidentelle.On peut diviser ces facteurs en deux catégories: 1) Facteurs d\u2019ordre objectif: c\u2019est-à-dire existant dans la réalité indépendamment des solidarités collectives qui caractérisent telle ou telle classe.Exemple: les stratifications économiques, politiques ou fonctionnelles à l\u2019intérieur d\u2019une société ou, si l\u2019on veut, la division des membres d\u2019une société en groupes plus ou moins élevés dans l\u2019échelle sociale reconnue par cette société, quant à la possession des biens matériels, quant à leur fonction économique, quant à leur influence dans le gouvernement. 96 l\u2019action nationale 2) Facteurs d\u2019ordre subjectif, c\u2019est-à-dire facteurs qui viennent imprimer vie et personnalité aux stratifications existantes en y ajoutant une conscience collective, une communauté d\u2019intérêts et d\u2019aspirations, un style propre de vie, etc.Ces facteurs trouvent leur origine chez les individus (ou les familles) placés à l\u2019intérieur des stratifications existantes.Comment mesurer, graduer, évaluer, l\u2019importance respective de chacun de ces facteurs dans la formation et la vie des classes sociales?Impossible de répondre à cette question par une simple étude historique de la formation des classes modernes: car le phénomène général date de beaucoup plus loin.Impossible également d\u2019y répondre sans être influencé à l\u2019état sous-jacent par une certaine conception dynamique de la société.Voici un cas-type où il semble impossible de pénétrer la réalité complète d\u2019un phénomène social sans la lumière d\u2019une certaine philosophie.Nous n\u2019en voulons pour preuve que le caractère radicalement opposé des conceptions chrétienne et marxiste et le caractère incomplet ou stérile des multiples conceptions qui se situent entre les deux: 1) Pour Karl Marx et ses disciples, l\u2019histoire de toutes les sociétés est l\u2019histoire de diverses formes de stratifications qui, les unes après les autres, opposent successivement, dans des luttes mortelles, esclaves et hommes libres, patriciens et plébéiens, seigneurs et serfs, maîtres et compagnons, bourgeois et prolétaires, en un mot oppresseurs et opprimés.Cette lutte n\u2019aura de fin que dans l'avènement d\u2019une dictature de la classe des prolétaires; cette dictature du prolétariat devant amener à son tour la disparition des autres classes et des luttes dont elles sont cause. UNE CLASSE OUBLIÉE 97 Cette conception reconnaît le rôle à la fois des facteurs objectifs et subjectifs, mais les agence de telle façon que tout pivote autour de la situation faite au prolétariat sur les plans économique et politique.2)\tLa doctrine sociale catholique, telle qu\u2019élaborée depuis Léon XIII fait une large place au problème.La doctrine de l\u2019Église sur ce point peut se ramener à dire que le phénomène en soi est voulu par la nature comme suite nécessaire de la diversité des êtres et que, par conséquent, la solution de tous les problèmes s\u2019y rattachant consiste à donner à chaque classe légitimement constituée un traitement équitable (pas nécessairement l'égalité mathématique) en vue d\u2019assurer une plus grande collaboration entre les diverses classes.Cet enseignement donne une sorte de sanction doctrinale à l\u2019existence du fait des classes, mais il laisse à la sociologie et aux autres sciences sociales la tâche de découvrir et d\u2019analyser les constantes sociologiques et économiques sous-jacentes aux diverses formes historiques que revêt le phénomène.On voit que Léon XIII avait raison de parler d\u2019une \u201cdoctrine absolument contraire\u201d quand il opposait la conception catholique des classes à la conception marxiste.3)\tEntre ces deux conceptions, il existe une foule de conceptions plus ou moins flottantes parce que raccrochées à une position philosophique neutre ou imprécise.C\u2019est le cas de ceux qui voient dans les classes sociales un pur phénomène psychologico-social (sans éléments économiques\u2014 ) de ceux qui croient aux classes comme à des castes dont on ne saurait, sans les profaner gravement, changer la structure \u2014 de ceux qui considèrent les classes comme la résultante spontanée (et donc légitime) de l\u2019équili- I.\u2019ACTION NATIONALE 98 bre de forces qui s\u2019opère naturellement dans l\u2019arène économique.Ces dernières conceptions sont incomplètes ou dépassées pour tous les esprits progressifs.Quant à la conception marxiste, l\u2019analyse en serait longue et demanderait tout un article.Ceux qui sont intéressés à cette analyse feraient mieux de lire une couple de bons ouvrages sur le marxisme; aux gens pressés, on pourrait recommander la lecture du compte rendu de la XXXIe Session des Semaines Sociales de France, tenue à Bordeaux en 1939; un économiste français bien connu, François Perroux, y avait consacré un cours à l\u2019étude de cette conception; il démontrait notamment que la position marxiste sur le problème des classes est beaucoup plus une construction poétique (au sens étymologique du mot) qu\u2019une étude économique ou sociologique menée avec toute la rigueur de la méthode scientifique.Ceci dit, il ne reste guère, dans le cadre restreint d\u2019un article comme celui-ci, qu\u2019à présenter une explication qui, tout en se situant à l\u2019intérieur de la conception catholique telle que décrite plus haut, soit en même temps suffisamment précise pour n\u2019être pas purement philosophique ou théologique.ESSAI D\u2019EXPLICATION DU FAIT DES CLASSES Le fait des classes apparaît comme l\u2019un des premiers et des plus nécessaires dans l\u2019existence de toutes les sociétés organisées.Pour comprendre sur quoi il repose, il faut se reporter au processus même de formation et de développement d\u2019une société. UNE CLASSE OUBLIÉE 99 a) Fonctions de base dans une société Le premier objectif de la société humaine, c\u2019est d\u2019assurer la survie de ses membres.Pour réaliser cet objectif, il faut que les membres de la société fassent quelque chose.Il faut qu\u2019ils s\u2019organisent pour produire et rassembler une somme de biens matériels, sociaux et spirituels, capables d\u2019assurer, au début la survie du groupe et, avec le temps, l\u2019épanouissement complet de ses membres.Plus la société est primitive, plus les besoins sont simples et moins les fonctions sont nombreuses; plus la société se développe, plus les besoins se multiplient et plus les fonctions se diversifient.A tous les stages d\u2019existence des sociétés le moindrement constituées, il existe cependant certaines fonctions fondamentales dont l\u2019exercice par un groupe de citoyens est indispensable et autour desquelles, à mesure que se développe une société, viennent se greffer les autres.Ce sont: 1)\tla fonction agricole: une catégorie de membres doivent vouer leurs efforts à la transformation de la terre et aux tâches qui s\u2019y rattachent, afin d\u2019en tirer les produits qui servent à les maintenir, ainsi qu\u2019un nombre variable de membres, dans l\u2019existence.2)\tla fonction ouvrière: une catégorie de membres sont affectés de près ou de loin à la transformation de la matière.Leur travail produit des biens ou services d\u2019ordre généralement matériel qui servent à assurer l\u2019existence, la sécurité, la santé, etc.des autres membres.3)\tla fonction directrice: à mesure que la société se développe, il émerge une catégorie de membres qui sont amenés à exercer un rôle de direction dans les 100 l\u2019action nationale domaines social, économique, politique, religieux, culturel, etc.L\u2019admission à l\u2019exercice de cette fonction est plus ou moins déterminée par la capacité objective des membres selon que la société elle-même est plus ou moins évoluée.Les hérédités de sang et de rang, par exemple, jouent souvent un rôle exagéré; de même la richesse matérielle.4)\tla fonction intermédiaire: pour assurer une circulation harmonieuse des biens et services produits par les différentes fonctions, surtout les deux premières, entre tous les membres de la société, il se constitue bientôt une fonction dite intermédiaire.Cette fonction est exercée par des membres dont le rôle consiste à faire circuler d\u2019un groupe aux autres les biens produits par les membres de la société.5)\tle sendee intellectuel ou spirituel: Dès qu\u2019elle a dépassé le stade primitif, une société en vient à chercher des moyens rationnels d\u2019assurer sa survivance et sa résistance contre la corruption corporelle qui envahit tôt ou tard chacun de ses membres; elle en vient à se donner un cadre de lois ou de règles qui président aux relations mutuelles des membres et à leurs relations avec la société elle-même; ses membres deviennent soucieux de connaître, d\u2019exprimer, d\u2019enseigner la nature et la raison d\u2019être des choses et d\u2019organiser systématiquement leurs relations avec la divinité.Une catégorie de membres sont graduellement affectés à l\u2019exercice de fonctions qui leur permettent de répondre à ces besoins spirituels de la société par des services de même nature.De ces cinq fonctions, seules les deux premières sont absolument indispensables, matériellement parlant, à l\u2019existence d\u2019une société: la fonction ouvrière UNE CLASSE OUBLIÉE 101 et la fonction agricole sont donc, d\u2019un certain point de vue, les plus importantes.Mais les trois autres fonctions ne tardent pas à devenir également indispensables.Si on juge de leur importance respective par le degré d\u2019effort spirituel qui est exigé pour l\u2019exercice de chacune, il est évident que les fonctions ne sont pas égales: certaines sont objectivement plus nobles que les autres.b) Formation des classes autour des fonctions de base Dans les sociétés jeunes, deux ou plusieurs fonctions sont généralement assumées par les mêmes membres.Mais à mesure que la société progresse, il se produit une classification de ses membres suivant les fonctions ci-haut décrites.Cette classification devrait normalement s\u2019opérer selon la capacité naturelle de chacun; il arrive historiquement qu\u2019elle n\u2019est jamais faite de façon pleinement objective.Victimes, en effet, de leurs préjugés, de leur éducation, de leurs craintes, de leurs ambitions, etc., les hommes, selon les âges, entourent telle fonction de mythes si avancés qu\u2019ils en ferment l\u2019accès au commun des mortels; ils jettent telle autre fonction dans un mépris tel que seuls des déclassés accepteraient librement d\u2019y travailler; ils entourent l\u2019exercice de telle autre fonction de privilèges si étendus que ceux qui les détiennent cherchent à se les transmettre de génération en génération et que l\u2019exercice de la fonction elle-même semble, à certains moments de l\u2019histoire, être devenu l\u2019apanage d\u2019un cénacle de privilégiés du sang ou du rang et plus récemment de la fortune. 102 l\u2019action nationale Indépendamment de ces déviations, qui sont la cause fondamentale des perturbations sociales, la loi de la nature suit son cours pour une bonne partie des citoyens.Il est consolant d\u2019observer que, plus la société avance, plus l\u2019accès aux fonctions plus élevées (ou, si l\u2019on préfère, plus la distribution des fonctions selon les talents et le travail) est possible à tous sans distinction d\u2019origine.On remarque que les membres exerçant la même fonction socio-économique (car les 5 grandes fonctions ne sont ni purement économiques, ni purement sociales) ont tendance à évoluer, dans le corps social, en suivant certaines lignes communes.Il se constitue graduellement ce qu\u2019on appelle le rendement moyen de l\u2019agriculteur, son revenu moyen, sa mentalité, ses traditions familiales, ses mœurs, son niveau d\u2019instruction et de vie culturelle, en un mot son régime de vie économique, sociale et culturelle.Il vient avec le temps un moment où ces caractéristiques se sont assez précisées chez un nombre suffisant de membres exerçant la même fonction générale (ou des sous-fonc-tions similaires à l\u2019intérieur de la même fonction générale) pour qu\u2019il puisse être question, en parlant de ces membres, d\u2019une classe sociale distincte.On peut dire qu\u2019une classe existe lorsque s\u2019est créée entre ses membres, une identité minimale sur chacun des points suivants: 1)\tFonction socio-économique 2)\tCondition économique (salaire, fortune, revenus, etc.) 3)\tMilieu familial 4)\tInstruction et culture CNE CLASSE OUBLIÉE 103 5)\tMilieu social 6)\tIntérêts et aspirations Cette identité minimale sur chacun des six points mentionnés donne naissance à un complexe spirituel qui rapproche spontanément entre eux les membres d\u2019une même classe et qui peut aller de la simple sympathie inconsciente ou non avouée à un véritable sentiment de conscience collective.C\u2019est à ce complexe spirituel, plutôt qu\u2019à aucun des six critères pris individuellement, qu\u2019on reconnaît les membres d\u2019une classe sociale; il peut, en effet, arriver, et il arrive très souvent, qu\u2019une personne exerçant une fonction intermédiaire se rapproche beaucoup plus, par son comportement, sa famille, ses aspirations, de la classe dite dirigeante ou bourgeoise ou de la classe ouvrière que de la classe moyenne.Cela n\u2019empêche pas qu\u2019ob-jectivement, c\u2019est la fonction socio-économique qui est à l\u2019origine des 5 autres critères et du complexe spirituel qui caractérise chaque classe; une loi ou une constante sociologiques peuvent être réelles et n\u2019affecter cependant de façon nécessaire aucun cas particulier.La naissance d\u2019une classe sociale coïncide avec la naissance du complexe spirituel qui la caractérise; ou, pour revenir à des termes employés au début, elle conïcidc avec la rencontre, à une époque et dans un milieu donnés, d\u2019un certain nombre de facteurs objectifs et de facteurs subjectifs.La naissance d'une classe peut être le fruit naturel d\u2019une évolution normale poursuivie sans heurts extérieurs pendant des années et parfois des siècles; elle peut aussi se produire à la manière d\u2019un chancre à l\u2019intérieur d\u2019une 104 l\u2019action national» société mal organisée ou corrompue; elle peut aussi être provoquée délibérément par des exploiteurs de la conscience populaire pour des fins démagogiques.Selon son origine, une classe sociale peut être un phénomène éphémère ou durable, une force de progrès ou de réaction, une source de violence ou de paix.S\u2019il ne faut pas en provoquer prématurément la naissance, il faut, par ailleurs, par une action éducative et sociale intelligente, éviter de l\u2019étouffer et savoir, au contraire, l\u2019encourager.Il ne faut pas, non plus, oublier que les classes sociales ne sont pas les mêmes selon les pays: le bourgeois et le prolétaire français diffèrent, des nôtres sur plusieurs points.INTRODUCTION À LA CLASSE MOYENNE Il semble d\u2019abord qu\u2019il soit plus juste et plus courant de parler des classes moyennes.Plus juste, parce que, sous cette catégorie, il y a plusieurs sous-catégories dont chacune est suffisamment caractérisée pour comporter une sorte de petite classe.On parlera plutôt de la Classe moyenne pour décrire une catégorie fort générale et imprécise de gens qui se situent entre les deux extrêmes, v.g.entre les pauvres et les riches, entre les bourgeois capitalistes et les ouvriers: cette expression n\u2019est pas tant fausse et sans fondement que sociologiquement imprécise.Les classes moyennes, dans les sociétés modernes, se constituent généralement autour des gens exerçant la fonction socio-économique d\u2019intermédiaires.Elles groupent également une proportion plus ou moins forte des citoyens exerçant une fonction de gouvernement ou de service spirituel ou intellectuel; UNE CLASSE OUBLIÉE 105 cette proportion varie suivant l\u2019importance dont jouissent ces fonctions dans l\u2019opinion générale et la tradition d\u2019un pays et suivant le degré de vie et de conscience collectives autonomes atteint par les gens qui exercent ces fonctions.En France, par exemple, on a l\u2019habitude de ranger les professions libérales comme la médecine et le droit parmi les classes moyennes; au Canada français, une telle façon de voir serait impossible si on tient compte du rôle historique joué chez nous par ces professions et de l\u2019espèce de vénération dans laquelle elles sont encore tenues dans l\u2019opinion populaire.Par ailleurs, la profession d\u2019instituteur, malgré tout le respect verbal et sentimental dont on l\u2019a entourée, n\u2019a jamais joui de la considération dont jouissent encore les professions libérales; économiquement, on l\u2019a toujours considérée comme à peu près équivalente aux formes ordinaires de fonctionnarisme comme en font foi les barèmes de salaires en vigueur jusqu\u2019à ces tout derniers temps; professionnellement, au point de vue relations entre Commissions scolaires et instituteurs, ces derniers ont toujours été traités comme de simples employés, ce qui les a d\u2019ailleurs poussés par voie de réaction à s\u2019organiser un peu dans le même esprit.Ces facteurs justifient sans hésitation l\u2019inclusion des instituteurs parmi les classes moyennes.On pourrait dire, mutatis mutandis, la même chose des journalistes-employés; par leur culture et leurs aspirations, souvent aussi par d\u2019autres facteurs comme le milieu familial, la plupart de ces derniers se rangent difficilement parmi les classes moyennes; quant à la fonction sociale, il faudrait distinguer entre le simple reporter, sorte d\u2019intermédiaire entre le peuple et la nouvelle, et le rédacteur qui a pour 106 l\u2019action nationale fonction de transmettre des idées; mais dans l\u2019ensemble, les journalistes, si on regarde leur condition économique, leur importance dans l\u2019opinion publique, la qualité et le degré de leur organisation professionnelle, se rangent encore parmi les classes moyennes.Autre précision très importante avant d\u2019indiquer de quels éléments se composent les classes moyennes chez nous.Les classes moyennes sont une sorte de carrefour où se commence ou se consacre la transition d\u2019une classe à une autre.Plus une société est ouverte et assise sur des principes et une tradition démocratiques, plus le passage d\u2019une classe à une autre est facile et fréquent.Cette transition peut s\u2019opérer dans les deux sens, de bas en haut et de haut en bas.Dans les deux cas, les éléments en transition doivent faire un stage plus ou moins prolongé dans l\u2019une ou l\u2019autre branche, parfois plusieurs branches successivement, des classes moyennes.Étant donné que ce double mouvement de transition est continuellement en marche, il faudrait que les sociologues en viennent à découvrir le pourcentage, parmi les éléments des classes moyennes, qui est toujours en flottement.Le manque presque total de précisions sur ce point rend presque impossible la tâche de déterminer quantitativement l\u2019importance proportionnelle des vrais éléments de classe moyenne dans l\u2019ensemble de notre population.Une fois admises ces nuances préliminaires, on peut écrire que les classes moyennes groupent, dans un milieu comme le nôtre, outre les éléments déjà indiqués: 1) les marchands, ou négociants de tout genre, types par excellence de l\u2019intermédiaire entre le con- UNE CI,ASSK OUBLIÉE 107 sommateur et le producteur; et, par voie de conséquence, les commis et employés de magasins (dans la mesure toutefois où le rôle de ces derniers n\u2019est pas mécanisé, automatisé et dénué d\u2019avenir au point de se confondre avec une tâche purement matérielle et prolétarienne: dans ces cas, le jeune commis surtout est beaucoup plus un jeune ouvrier).Dans la Province de Québec, on estime à plus de 40,000 le nombre de propriétaires d\u2019établissements de commerce de tout genre.2)\tles fonctionnaires: intermédiaires naturels entre l\u2019État et le législateur d\u2019une part, et les citoyens, d\u2019autre part, à qui s\u2019appliquent les lois décrétées par l\u2019autorité des législateurs.3)\tles gérants, chefs de bxireau, surveillants, commis de bureau, comptables, secrétaires, etc.de nos maisons d\u2019affaires et institutions de finance, intermédiaires directs ou indirects entre les chefs de ces entreprises et la clientèle.4)\tles vendeurs et commis-voyageurs de toutes sortes (y compris ceux qui font dans l\u2019assurance).5)\tles techniciens, intermédiaires ordinaires entre les ouvriers proprement dits et la direction de l\u2019entreprise (v.g.dessinateurs industriels, ingénieurs d\u2019un certain rang, etc.) 6)\tles propriétaires ou responsables d\u2019entreprises petites ou moyennes qui ne sont pas proprement des négoces.Par le jeu des cinq autres facteurs que nous avons nommés et qui sont aussi indispensables à l\u2019existence d\u2019une classe sociale, il peut arriver, et il arrive, que certains éléments, dans les groupes que nous avons mentionnés comme * rattachant à la fonction inter- 108 L'ACTION NATIONAL» médiaire, se raccrochent davantage à la classe ouvrière ou à la classe dite dirigeante, capitaliste ou bourgeoise.Quelques exemples: le marchand qui vaut son demi-million et qui ne va plus à son magasin que pour y faire le compte de ses profits, se contentant de voir au reste par l\u2019intermédiaire d\u2019un fils ou d\u2019un gérant, n\u2019est plus guère des classes moyennes; le jeune homme qui était, hier encore, expéditeur, et qui vient d\u2019entrer, comme on dit, \u201csur le plancher\u201d, comme vendeur, n\u2019est pas automatiquement passé pour cela de la classe ouvrière à un secteur des classes moyennes.De même, certains fonctionnaires de niveau supérieur (v.g.sous-ministres .chefs d\u2019importants départements, etc.) exercent beaucoup plus, surtout avec l\u2019importance accrue du rôle de l\u2019État dans la société, une fonction de direction qu\u2019une fonction d\u2019intermédiaires et n\u2019appartiennent pas, à proprement parler, aux classes moyennes; certains fonctionnaires, d\u2019autre part, ont une fonction tellement routinière qu\u2019elle peut être considérée comme davantage matérielle (v.g.gardiens, hommes d\u2019ascenseur, balayeurs, etc.) et qu\u2019il n\u2019est attendu d\u2019eux aucun des services inhérents à la fonction d\u2019intermédiaire: on peut les considérer, et ils se considèrent, comme faisant partie de la classe ouvrière.\u2022 Voilà, tracé dans le cadre d\u2019une conception organique du phénomène général des classes sociales, un simple portrait extérieur des classes moyennes au Canada français.Ont-elles une âme?Une vie propre?Des aspirations collectives?Karl Marx UNE CLASSE OUBLIÉE 109 pourrait-il dire quo, chez nous comme ailleurs, elles glissent graduellement vers le prolétariat?Sont-elles une source de réaction, de conservatisme ou de progrès social?Quelle est leur attitude générale sur les questions religieuses, sociales, nationales, etc.?Un deuxième article tentera de répondre à ces questions.Claude Ryan APPENDICES: Note: 1 Quel est le rôle de la famille dans la formation des classes sociales1 Son rôle était considérable au temps où le caractère familial marquait fortement Ventreprise économique.La différenciation très nette survenue entre la vie de famille et la vie de travail dans l\u2019entreprise moderne a diminué cette influence.On pourrait dire que, postérieure à la fonction socio-économique comme facteur de formation des classes sociales, la famille n\u2019en joue pas moins un rôle considérable dans la naissance du complexe spirituel qui caractérise une classe et dans la transmission de ce complexe à travers les générations.L\u2019influence de la famille est aussi diminuée par le double fait a) que l\u2019orientation des enfants se décide de moins en moins en tenant compte de la tradition familiale et de plus en plus en fonction des réalités économiques et des talents naturels, et b) qu\u2019en moins d\u2019une génération, les membres originaux d\u2019une même famille ont pour la plupart formé de nouvelles familles qui appartiennent souvent, de par la fonction socioéconomique de leurs cïfiefs, leur climat de vie, leur mentalité, leur fortune, etc., à des classes différentes. 110 l\u2019action nationale Note: 2 Quelle est la différence entre une classe sociale et un milieu social f Le milieu apparaît plutôt comme une réalité passive, sans conscience collective, une sorte de donnée ou de cadre à l'intérieur duquel peuvent évoluer les membres d'une ou plusieurs classes sociales.La classe,, au contraire, même à l'état le moins éveillé, implique relation nécessaire à une âme commune, à une action possible sinon actuelle: c\u2019est une réalité dynamique.Il y a, entre les deux, relations nombreuses.Certains milieux peuvent être considérés comme propres à telle classe sociale et en viennent à être tellement identifiés à cette classe qu\u2019ils contribuent dans une large mesure à créer, à maintenir et à préciser son complexe spirituel (v.g.milieu d\u2019usine pour la classe ouvrière, milieu de salons pour la classe dite bourgeoise, etc.).Certains milieux, au contraire, réunissent des membres de toutes les classes ou les distinguent plus ou moins (v.g.tramways, endroits de spectacles, etc.).Le milieu, entendu dans son sens le plus large, peut être considéré comme Vexpression concrète et immédiatement saisissable de la réalité plus difficilement perceptible à l\u2019œil nu qu\u2019est la classe.Toute action sociale rationnelle doit tenir compte à la fois du milieu et de la classe: les deux sont nécessaires pour que l\u2019action soit à la fois profonde et concrète. Musiciens d'autrefois Dominique Ducharme Quel homme singulier que ce Dominique Ducharme! On pouvait le prendre pour un gentleman de bonne compagnie, pour un dandy de société élégante, tant il avait de chic, tant il portait beau et aristocratique.Maigre d\u2019une maigreur musclée, il était droit, grand et mince.Une longue barbe fleurie et soyeuse couvrait tout le plastron, cependant qu\u2019un de ces feutres à large bord qui donnent l\u2019air inspiré couronnait un chef à longs cheveux.A côté de cela, il y avait en lui du rapin, du joueur de tours, du gavroche toujours en frais de mystification.La gaieté des âmes simples.De quels rires joyeux il accompagnait ses farces, ses blagues! Ducharme est un représentant de cette belle humeur, de ce beau moral d\u2019autrefois qu\u2019on ne rencontre plus sur la place publique et qui se cache encore dans quelque coin obscur du Québec, à l\u2019abri des virus de la politique et des microbes du tourisme.Aujourd\u2019hui tout le monde grogne, tout le monde rouspète.On se marche sur les pieds, on se souffle na l\u2019action nationale dans la figure, on se griffe à pleines mains et au moindre prétexte.1 Ce qui caractérise les gens de ce temps passé, c\u2019est d\u2019abord un besoin d\u2019individualisation qui les faisait s\u2019opposer les uns les autres, quelquefois impétueusement, mais dans une atmosphère générale d\u2019entrain et de cordialité.Ce temps est perdu où l\u2019on s\u2019amusait ferme, où on ne riait pas au compte-gouttes.Une verve pantagruélique courait les rues, qui suscitait les blagues et les jeux.Ils connaissaient comme nous la souffrance et l\u2019inquiétude des familles nombreuses, \u2014 et étaient comme nous ces aventuriers de la paternité que guettent les mille soucis du pain quotidien et de l\u2019avenir des enfants.Mais mieux que leurs descendants, ils savaient s\u2019enraciner dans la vie, en la trempant d\u2019espérance, avec ce sens primaire du sang neuf qui absorbe les difficultés en les transformant.Une autre originalité de Ducharme, c\u2019est son amour du sport.Il avait un pied puissant et pouvait, en frappant le ballon, le faire monter au-dessus du dôme de la chapelle du Gesù, ce qui est un exploit plus pittoresque que les assommages d\u2019aujourd\u2019hui où la brutalité nous ramène à l\u2019homme des cavernes, et où le cerveau sera anéanti dans l\u2019animalité si on continue à pousser notre jeunesse vers ces carnavals de casse-gueule.Il avait une main redoutable, d\u2019une souplesse et d\u2019une force exceptionnelles, ce qui est un attribut 1.La désertion des campagnes, l\u2019industrialisation, les guerres nous ont initiés à toutes les amertumes, à toutes les corruptions, à tous les égoïsmes, et ont durci les coeurs.Une propagande infernale a soufflé à notre peuple la haine et le ressentiment, nous conviant à partager les vieilles querelles de l\u2019Europe. OOMWIQÜB DÜCHAItME us essentiel de pianiste et qu\u2019il utilisait aussi en d\u2019autres matières.Dans la belle saison il vivait pour ainsi dire sur son yacht à voiles, sillonnant le lac Saint-Louis dont il connaissait les courants, les coups de vent, les pointes, les baies, tirant des bordées audacieuses qui le jetaient quelquefois à la nage, en plein milieu du lac.De ces imprudentes navigations, il gardait souvent des traces, et il arrivait que le dimanche, l\u2019organiste du Gesù n\u2019avait pas tous ses moyens.\u2022 Il avait le rire facile des âmes fraîches, avons-nous dit.Cela s\u2019exprimait par toutes sortes de fantaisies malicieuses dont il s\u2019égayait sans répit.Un matin, Ducharme était en train de donner des leçons: du reste, il en donnait tout le temps.C\u2019était un forçat du métier comme beaucoup de ses confrères.1 Feu le père Lefebvre jésuite, de qui je tiens tous ces renseignements, me disait que, passant devant chez Ducharme, il l\u2019apercevait tambourinant dans les vitres, comme prisonnier en cage et qu\u2019appelait la vie en plein air.Un matin donc, qu\u2019il était en train de donner une leçon, son jeune enfant, sur la pointe des pieds, vient lui dire à l\u2019oreille: \u201cMaman te fait dire que nous n\u2019avons pas assez de pain pour le dîner: il n\u2019en reste qu\u2019un petit morceau\u201d.Et alors Ducharme, pompeux et solennel, à voix basse et aussi à l\u2019oreille de son enfant: \u201cEt bien: retourne à la cuisine.Prends ce petit 1.Le bourgeois de ce temps-là et même d\u2019aujourd\u2019hui, qui voit un parasite dans l\u2019artiste, serait surpris du travail quotidien que celui-ci doit abattre, par goût ou par nécessité. 114 l/ACTION NATIONALS morceau de pain.Souffle dessus.A mesure que tu souffleras dessus, il grandira, il grossira: il grossira jusqu\u2019à ce que nous ayons de quoi dîner\u201d.Puis il congédie mystérieusement l\u2019enfant sans cesser de surveiller son élève.\u2022 Mais il y avait en lui des parties profondes, graves.Il était ferme croyant et ses études en Europe n\u2019avaient pas entamé sa foi de charbonnier.Sa piété était émouvante, me répétait le père Lefebvre: aussi quand il mourut subitement, à 59 ans, (en donnant une leçon) chacun répéta qu\u2019avec sa droiture, sa bonté, il fut un juste, et que jamais la haine n\u2019habita son cœur.Selon le mot d\u2019Arthur Letondal, sa vie fut la justification de sa devise: \u201csans rancune\u201d.Il lui arriva même un incident pseudo-mystique où le mystificateur fut lui-même mystifié.Un certain abbé Combes (qui n\u2019a aucune parenté avec cette tête de veau de petit père Combes, l\u2019extincteur d\u2019étoiles) avait fait paraître un bouquin sur la fin du monde et qui avait attiré l\u2019attention de Ducharme.Dans quelle mesure cette galéjade l\u2019émut-elle ?On ne peut le dire.Le livre mentionnait une date précise (c\u2019est là le ridicule de toutes ces prédictions): \u201cLe 7 avril, dans la nuit, la terre disparaîtra dans le chaos final\u201d.Il arrivait quelquefois à Ducharme que le naïf l\u2019emportât sur le facétieux.Cette prophétie, en style apocalyptique, lui procura quelque inquiétude, car l\u2019auteur s\u2019appuyait sur des textes de saints authentiques.Ici, on pense à un conte du moyen âge ou à un personnage sorti tout vivant A\u2019En marge des vieux DOMINIQUE DUCHARME 115 livres de Lemaître.Or la nuit du 7 avril n\u2019ayant rien bouleversé, dès le lendemain, notre héros reprend son existence de bon vivant.Il confie à un ami: \u201cJe m\u2019en vais me décarêmer à New-York avec un concert de Paderewski\u201d.Puis goguenard et se moquant de lui-même: \u201cMon vieux, la fin du monde, ça ne prend plus\u201d.Arthur Letondal, qui l\u2019a bien connu, dit du pianiste qu\u2019il avait un toucher merveilleux.Le clavier sous ses doigts devenait une pâte sonore qu\u2019il pétrissait de mille nuances.D\u2019un phrasé parfait, toutes les couleurs de la palette et tout l\u2019achèvement du style y passaient.Mais, dit encore Arthur Letondal, tous les contemporains s\u2019accordent à noter sa timidité quant à son art.Pour le décider à jouer, il fallait user de stratagèmes et l\u2019entraîner sur la pente de l\u2019enthousiasme.Très sûr dans ses appréciations, il n\u2019ergote pas.Il va, d\u2019un élan direct, vers l\u2019essentiel, vers la beauté authentique.Letondal ajoute: c\u2019était un observateur déconcertant: sa perspicacité, dans le domaine des sons, la sûreté de son jugement, devenaient une énigme chez un pareil indiscipliné.Il fut aussi organiste mais avec moins de métier.En ce temps-là, les accompagnements de messe étaient des réductions d\u2019orchestre d\u2019un fouillis inextricable.Ducharme était passé maître dans l\u2019art de rebâtir un texte et de l\u2019adapter.Faisant beaucoup d'enseignement, il forma d\u2019excellents élèves, dont Joseph Saucier,1 Emiliano Renaud, Edouard Clarke et nombre d\u2019autres.Il les 1.Père du docteur Saucier, le neurologue. 116 l\u2019action nationale orientait vers l\u2019école viennoise sous l\u2019inspiration de Paderewski dont il fut l\u2019ami.Il connut Liszt assez intimement, avec Calvé et nombre d\u2019autres célébrités, lesquelles se donnaient rendez-vous chez Ducharme.Le faste (relatif chez un professeur que les élèves payaient selon leur volonté ou leurs dispositions, car il ignorait totalement la moindre forme de comptabilité ou d\u2019ambition matérielle) dont il aimait s\u2019entourer, n\u2019avait d\u2019autre motif que de satisfaire aux lois de l\u2019hospitalité.Il avait des goûts de grand seigneur, et dans sa maison d\u2019été, à Lachine, puis à Dorval, c\u2019était une invasion constante d\u2019amis qui estimaient sa compagnie et sa table.\u2022 Son charme, c\u2019était évidemment ce don artistique, transposé dans tous les domaines, son goût passionné de la vie.Passé quarante ans, l\u2019homme le mieux trempé apprend \u201cqu\u2019on n\u2019est pas heureux\u201d.Il découvre qu\u2019on ne trouve que ce qu\u2019on apporte.Or Ducharme était physiquement et moralement organisé pour la joie de vivre.Il aimait la beauté éparse partout, et surtout dans la nature, et en captait les moindres émanations.Quel malheur qu\u2019un tel homme, faute d\u2019une formation plus précoce et d\u2019un milieu approprié, n\u2019ait pas abouti à la grande personnalité et à la grande maturité de culture et de rayonnement.Il n\u2019a rien laissé, rien que des souvenirs.Faut-il expliquer que l\u2019art, quand il est bien entendu, entretient dans l\u2019humanité, les qualités de renouvellement qui s\u2019appellent la spontanéité, la fraîcheur, la jeunesse, la virginité du cœur et même DOMINIQUE DUCHÀRME 117 des sens.L\u2019humanité a besoin de ces contemplateurs de beauté, de ces poètes impénitents qui sont comme le sel de la terre.Nous lisons dans le Canada Musical du 1er octobre 1866: \u201cDes nouvelles récentes reçues de Paris, nous apprennent que M.Dominique Ducharme (il avait alors 26 ans, ce qui est vieux pour l\u2019étude du clavier) poursuit son travail avec ardeur et grand succès.Le témoignage de M.Marmontel lorsqu\u2019il affirme que M.Ducharme peut se faire entendre avec succès à côté des plus habiles virtuoses, doit être pris à la lettre.Au reste, notre compatriote à déjà plus d\u2019une fois fait ses preuves en exécutant à diverses reprises plusieurs morceaux classiques de manière à s\u2019attirer les applaudissements de MM.les professeurs et des nombreux habitués des concerts du Comité artistique'\u2019.En style de l\u2019époque, on nous apprend que Ducharme était un brillant élève qui aurait pu faire carrière européenne.Mais il est probable que notre compatriote, ayant l\u2019étoffe d\u2019un grand artiste, sentit mieux que personne l\u2019infériorité où le plaçait sa formation tardive.(A Montréal, il avait été élève de Paul Letondal, le musicien aveugle, et de Charles Fabatier, perso; nage énigmatique que nous ne connaissons qu\u2019au travers d\u2019O Carillon).Dès son arrivée à Paris, il entre en rapports, quelquefois intimes, avec les sommités du temps.Il fréquentait chez Rossini où sa verve et ses dons d\u2019imitation déridaient l\u2019entourage.Le compositeur de Guillaume Tell qui avait de l\u2019esprit et du plus 118 L ACTION NATIONALE mordant faisait fête à Ducharme et à ses facéties, cependant qu\u2019il traitait cavalièrement ceux qui lui déplaisaient.Ducharme racontait qu\u2019un soir à un concert qui se donnait chez Rossini, un violoniste allemand, célèbre et applaudi, négligea d\u2019arriver à l\u2019heure dite chez le maestro.Et celui-ci lui fit savoir, qu\u2019habitué depuis une heure à son absence, l\u2019auditoire lui donnait congé pour le reste de la soirée.La colonie d\u2019étudiants canadiens à ce moment se composait de Moïse Saucier, pianiste (père de Joseph Saucier) de Charles Panneton et de Ducharme.Ces deux derniers étaient très liés.Panneton poitrinaire et pauvre logeait chez son ami.Grand liseur, esprit distingué, il entretenait chez son hôte une atmosphère de culture et d\u2019intelligence.Mais la bohème à la Murger, disait-on, avait compromis sa santé.La plupart du temps, ces artistes étaient aidés par quelque bienfaiteur du pays.Quelques-uns avaient un petit pécule personnel.Saint-Sulpice était renommé pour ses libéralités.Mais nous ignorons si Ducharme fut avantagé de ce côté.Celui-ci cependant était l\u2019intime, à Montréal, d\u2019un sulpicien de noble extraction et dont la mère, la comtesse d\u2019Emazure, tenait salon à Paris.Ducharme et Panneton y fréquentaient.Vous connaissez l\u2019engouement du Français pour les descendants de la tribu iroquoise de Caughnawaga.Beaucoup, en abordant sur nos rives, vont découvrir les restes vivants de la barbarie.Or, les deux copains Ducharme et Panneton, trouvèrent là un motif à des mystifications transcendantes.Ils s\u2019habillaient en sauvages, avec d\u2019authentiques plumes de chefs, et répétaient devant ces mondains et ces belles dames fatigués des excès de la civilisation les DOMINIQUE DDCHARME 119 prétendus jeux de société de la nation iroquoise.Ils eurent l\u2019idée de raconter que le plus en vogue consistait à happer des carrés de sucre lancés en l\u2019air.Ducharme assurait que ce soir-là, n\u2019en ayant pas manqué un seul, on le soupçonna d\u2019avoir du sang sauvage.Ducharme était très grand, Panneton petit.Quelquefois, les deux amis mettaient leurs défroques d\u2019Iroquois, et drapés de grands châles, se promenaient, ainsi affublés, sur les grands boulevards de Paris.Et il ne semble pas que toutes ces fantaisies, un peu baroques pour les mœurs d\u2019aujourd\u2019hui, lui aient jamais joué de tours et l\u2019aient jamais fait accuser de pitrerie.On peut supposer que même les gens graves acceptaient une telle liberté d\u2019allures comme un excès de vitalité.Tel Marmontel, son professeur.Celui-ci avait, dans la pièce où il enseignait, un poêle pour les temps humides.Ce petit poêle français, minuscule et gracieux devait sembler saugrenu à notre Québéquois habitué aux deux ponts canadiens.A force de lorgner ce bijou, racontait-il, je fus tenté d\u2019une farce stupide que je finis par exécuter.Un jour, aux yeux éberlués de Marmontel, je décroche le tuyau, je m\u2019enpare du poêle comme de la taille d\u2019une danseuse, et je me lance dans une série d\u2019évolutions chorégraphiques à donner le vertige, puis je remis tout en place sans rien gâter.Vous souvenez-vous encore des danses d\u2019autrefois dont la mémoire survit dans l\u2019imagination des anciens: de ces danses gracieuses, où d\u2019amples et de charmantes salutations servaient pour ainsi dire d\u2019intermède ?Une de ces vieilles dames du temps jadis racontait à Arthur Letondal qu\u2019elle fut quelquefois 120 L\u2019ACTION NATIONALE partenaire de Ducharme et qu\u2019elle le vit parfois se livrer à des voltiges papillonnantes qui étonnaient et amusaient, sans tomber dans la vulgarité.Évidemment il avait le don.On n\u2019en finirait pas de raconter toutes les folies d\u2019une exubérance aussi extravagante.Citons en terminant qu\u2019il imitait le cri des animaux en perfection.Une fois, comme le soir tombait, croyant entrer dans une maison amie, il se trompe de porte, et voulant s\u2019annoncer à sa façon, il fait entendre un cri sauvage qui alerte toute la maisonnée.Ducharme, confus et piteux, se retire en faisant des excuses.Mais le plus amusé, c\u2019est encore lui.Il est permis de regretter qu\u2019un tel homme, si remarquable par ses dispositions musicales, si étonnant d\u2019originalité, n\u2019ait pas joué un rôle de premier plan auquel le destinait la richesse de sa nature.A cause d\u2019une formation tardive, à cause du milieu pauvre et non évolué en culture, il gâcha des aptitudes supérieures.Il n\u2019a rien laissé, pas une composition, pas une tradition, pas de testament artistique.Ses qualités primesautières tournèrent trop souvent en celles d\u2019amuseur.Il a trop souvent donné l\u2019impression d\u2019avoir dilapidé de grands dons.Mais la faute en est plutôt au temps, au milieu.Arthur Laurendeau. Mission spirituelle de la nation Une politique catholique Au moment où la situation des premiers Canadiens, héritiers de Nouvelle-France, devient de plus en plus grave, au moment où les fils d\u2019une tradition catholique et française passent insidieusement sous le contrôle quantitatif d\u2019une majorité orientée surtout par Vanglo-protestantisme, il convient de méditer sur la signification profonde de notre nation, au sein de la Confédération.On peut reconnaître le sens qualitatif d\u2019une vocation nationale en étudiant le rôle joué par les plus grands hommes de cette nation, rôle cristallisant l\u2019esprit collectif.La Providence ayant relié la Nouvelle-France à Jean-Baptiste, et la Papauté ayant scellé ce choix historique, on doit aussi chercher le sens particulier de la communauté héritière de Nouvelle-France dans un rapport analogique au rôle permanent du Baptiste, Précurseur du Verbe incarné.Culte de Jean dans l\u2019histoire Il est glorieux pour nous d\u2019avoir le Baptiste comme patron.Notre-Seigneur l\u2019a hautement loué comme 122 l\u2019action nationale \u201ctémoin de la Lumière\u201d, selon le titre du livre remarquable du R.P.Frédéric Saintonge, S.J., livre consacré à la vie et au culte de Jean.Les Évangélistes, en particulier Saint-Jean, l\u2019Église primitive, les Pères de l\u2019Église, en particulier Saint-Augustin, tous ont travaillé à la propagation du prestige johannique.Saint-Ambroise parle de l\u2019action permanente et mystérieuse du Précurseur'.\u201cNommer Jean, c\u2019est annoncer le Christ\".Au moyen âge, les célébrations de la Saint-Jean s\u2019amplifient.Préparation pénitentielle de la Noël d'été.Une octave.Privilège de 3 messes, comme à Noël.Saint-Benoit et ses disciples, par exemple au Mont-Cas-sin, fêtent avec soin celui qui annonça Dieu.Des chevaliers et des hommes d\u2019humble condition se réclament de ce Patron.Dans les temps modernes, l\u2019admiration se continue.On a trouvé les plans de 29 sermons de Bourda-loue, consacrés à Jean-Baptiste.L\u2019orateur jésuite a proclamé: \u201cSi la vérité éternelle consiste à connaître Jésus-Christ, une partie de notre salut consiste à connaître St-Jean-Baptiste\u2019 \u2019.Luis De la Puente, un conseiller de Thérèse d\u2019Avila, a écrit des Méditations rappelant ce Prophète singulier.Bossuet fait sa louange.Le Père Nouët, S.J., expose \u201cla Primauté de Jean-Baptiste\".Si actuellement le culte de Jean-Baptiste est moindre, il dure cependant, comme essentiel à l\u2019Église du Christ.En Nouvelle-France Après le temps de Cartier, la première messe dite en Nouvelle-France le fut en la Nativité de St-Jean- MISSION SPIRITUELLE DE LA NATION 123 Baptiste, le 24 juin 1615.Près de la Rivière des Prairies, au Bout-de-l\u2019Ile.Le Père Denis Jamet officiait et Champlain faisait partie de l\u2019assistance.Le lendemain, 25 juin 1615, le Père Dolbeau disait la première messe à Québec.La Providence faisait ainsi naître à l\u2019Esprit notre patrie, sous les auspices du Précurseur.Les feux de la St-Jean, comme tradition catholique et française, furent populaires au Canada.La fête de St-Joseph rivalisa un temps avec celle de St-Jean, mais la dernière l\u2019emporta en popularité.Les mères canadiennes donnaient volontiers le nom de Jean et de Jean-Baptiste à leurs fila Après la conquête, on continua les célébrations en l\u2019honneur du Baptiste.Le choix de la fête nationale est relié à la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste, par Ludger Duver-nay.La fondation à Montréal eut lieu en 1834; à Québec, en 1842.Les premières réunions de la Société furent plus politiques que religieuses.C\u2019était l\u2019effervescence de 37! Mais après cette époque, le caractère religieux devient plus marqué.En 1842, on célèbre la St-Jean à Québec, par une messe à la cathédrale, etc.A Montréal, en 1843, on suit l\u2019orientation.La Société Saint-Jean-Baptiste se développa rapidement, comme par une volonté providentielle.A New-York, une section est établie en 1850.Elle se multiplie.La fête du Baptiste devient nationale, et Pie X, le 25 février 1908, \u2014 grâce à l\u2019intermédiaire de Mgr Bégin, \u2014 émet un document solennel : \u201cPar notre autorité suprême, nous proclamons St-Jean-Baptiste patron spécial auprès de Dieu des fidèles franco-canadiens, tant de ceux qui sont au Canada que de ceux qui vivent sur une terre étrangère\u201d. 124 l\u2019action nationale Nous sommes donc fondés à parler de \u201cla nation Jean-Baptiste\u201d.Le Témoin-Précurseur est notre patron, par désignation populaire et par mandat sacré.Il est notre bienfaiteur.Un principe de force spirituelle.Le Père Saintonge montre en particulier que, sous son égide, la Société Saint-Jean-Baptiste a joué un rôle essentiel dans notre histoire.La personnalité de l'Israélite fut à la fois nationale et religieuse.Le patriotisme canadien et français des nôtres se relie aussi essentiellement à la foi religieuse.Selon les désirs exprimés par Mgr Bourgét, vers 1868, il faut demander à Jean-Baptiste la flamme du mysticisme simultanément national et religieux dont nous avons besoin.Le Chanoine Lionel Groulx a écrit: \u201cLa célébration de la fête nationale pourra et devra d\u2019abord consister en une manifestation religieuse\u201d.Ne nous étonnons pas de ce lien entre le civil et le sacré, car si toute souveraineté politique descend d\u2019en-haut, il est singulièrement vrai que notre nation est née sous le signe du divin.Jean-Baptiste et notre nation Cherchant à découvrir la signification de la communauté héritière de Nouvelle-France, non en des ressources économiques mais en des valeurs spirituelles, établissons-la, selon l\u2019analogie, d\u2019après les caractères du Patron qui nous a été providentiellement destiné.L\u2019Annonciation à Marie fait état de la conception miraculeuse de Jean chez Elisabeth qui était âgée.Cette conception annonçait celle de Jésus en Marie, par l\u2019Esprit-Saint.La Visitation de Marie procure MISSION SPIRITUELLE DE LA NATION 125 la sanctification du fils d\u2019Elisabeth.Première médiation mariale.Elisabeth comme l\u2019ange Gabriel, exprime la bénédiction de sa parente.Et le Précurseur naîtra, comme on le croit, avec les soins de la Mère de Dieu.Regardons les débuts de la Nouvelle-France! Issue de France, terre de Sainte Marie, notre patrie jouit dès l\u2019origine de l\u2019amour de la Vierge.Montréal est Ville-Marie, et cela ne constitue pas une dénomination artificielle.Notre communauté spirituelle naît sous l\u2019égide de Marie.La personnalité de Jean-Baptiste est austère.Vers 12 ans, il entre au désert.Solitaire.Portant des habits grossiers.Il gardera abstinence et célibat.Il prêche la justice et la charité, surtout la pénitence.Lutte contre les pharisiens et les sadducéens, contre Hérode même.Enfermé à Machéronte, il subit le martyre, pour ressembler à Celui dont il a préparé la voie.La vocation de la Nouvelle-France est aussi austère.Nos ancêtres eurent grande besogne à tailler, et ils furent seuls très tôt.Dans un climat dur, dans une pauvreté remarquable, au milieu d\u2019adversaires beaucoup plus nombreux ils subirent le martyre national de la conquête et de l\u2019oppression.Actuellement, la pression de l\u2019anglo-protestantisme d\u2019Amérique est puissante, insidieuse et enveloppante.Notre vocation consiste à l\u2019affronter avec énergie, avec cette violence spirituelle louée par le Christ, et qui est le propre de Jean-Baptiste.Vers le Christ-Roi Appuyée sur son passé, la Nouvelle-France doit regarder vers l\u2019avenir.Notre mission est en avant.Ici, 126 l\u2019action nationale l\u2019analogie doit jouer pour nous aider à comprendre notre rôle nationale.Comme Jean fut la lampe ardente et brillante annonçant le Sauveur, la nation Jean-Baptiste annonce le Roi à venir.Notre voie va vers Celui qui vient.\u201cNommer Jean, c\u2019est annoncer le Christ\u201d.Nommer la nation Jean-Baptiste, c\u2019est annoncer Celui que l\u2019Église espère.Certes, cette mission ressemble à celle de tout le peuple de Dieu, de toutes les nations catholiques.Mais il semble que nous la portions d\u2019une manière excellente.Premier pays missionnaire, nous étendons le règne du Christ.Peuple pratiquant entre tous, quel voyageur et quel observateur, de par le monde, ne s\u2019étonnera devant toi! \u2014 Notre nation porte la vérité et la grâce du Seigneur, un amour fervent des humbles et des familles à l\u2019égard de la loi de Dieu.Nous sommes la nation Jean-Baptiste, pour annoncer le Roi et communiquer cette nouvelle au monde.Mais si nous annonçons le Royaume, comme le Témoin précurseur, nous vaincrons, parce que Dieu vaincra.Le Christ ressuscité ne meurt plus.Et il y a parallélisme entre le héraut et Celui qu\u2019il introduit.Nous vaincrons d\u2019abord en esprit, si nous annonçons vraiment selon notre mission.\u201cEt je vis paraître un cheval blanc.Celui qui le montait avait un arc ; on lui donna une couronne, et il partit en vainqueur et pour vaincre.Puis je vis le ciel ouvert, et il parut un cheval blanc; celui qui le montait s\u2019appelle Fidèle et Véritable; il juge et combat avec justice.Ses yeux étaient comme une flamme ardente.il était revêtu d\u2019un vêtement teint de sang: son nom est le Verbe de Dieu.Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de fin lin, blanc et pur. MISSION SPIRITUELLE DE LA NATION 127 De sa bouche sortait un glaive affilé, pour en frapper les nations.Il portait écrit ce nom: Roi des rois et Seigneur des seigneurs\u201d.(Apoc.VI, 2 \u2014 XIX, 11-16).Si donc tel est le Christ que la nation Jean-Baptiste annonce, elle doit elle-même triompher, pour ressembler à Celui dont elle aura préparé la voie, au sein de l\u2019Église qui attend son Époux.Le premier cycle du Christ était celui du Sauveur et de la sanctification.Le second cycle est celui du Roi à venir et de la glorification.Le Baptême sanctifie.Jean, annonçant Jésus, baptisait dans l\u2019eau, afin de préfigurer le baptême en esprit.Il fut le Baptiste.Ici, il faut réfléchir, selon l\u2019analogie, à la mission politico-sociale de notre nation.Le Baptiste L\u2019originalité de Jean consista à baptiser.Avant lui, il y avait bien des ablutions.Mais il institua un rite particulier.Prêchant la pénitence, il sentit la nécessité de signifier à l\u2019extérieur la purification intérieure.Ezéchiel et Zacharie avaient prédit une eau salutaire.Les fidèles de Jean confessaient leurs péchés; et lui leur appliquait, comme un sacramental, le baptême d\u2019eau, signifiant une sanctification et préfigurant la grâce.Jean baptisa même le Christ.La nation Jean-Baptiste, à son tour et selon l\u2019analogie, doit baptiser d\u2019une manière qui annonce le Roi de gloire à venir.La politique de notre nation, le régime politico-social de notre nation, doit être profondément et officiellement catholique.Nous devons tout baptiser: la vie personnelle, la vie familiale et la vie civile.Puisque l\u2019humanité souffre d\u2019une politique sans Dieu, il importe singulièrement de baptiser les États, en vue 128 l\u2019action nationale du règne futur, par un baptême de glorification qui préfigure la gloire à venir.Quel peut être ce rite, ce signe extérieur, signifiant une gloire divine?\u2014 Il a été révélé aux hommes, par la miséricorde de Dieu.C\u2019est la consécration au Cœur du Christ.Consécration de toutes choses, y compris des États, par l\u2019apposition de l\u2019Emblème divin sur des étendards et des écussons.Dans VAncien Testament, parlant du Royaume de Dieu, le prophète Zacharie entrevit une consécration universelle des choses à leur Dieu: \u201cEn ce jour-là, il y aura sur les clochettes des chevaux: \u201cSainteté à Yahweh\u201d; et les chaudières, dans la maison de Yah-weh, seront comme les coupes devant l\u2019autel\u201d.(Chap.XIV, 20).Le 17 juin 1689, Sainte-Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial, recevait une communication du Seigneur: \u201cFais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Cœur, \u2014 parlant de notre roi, (Louis XIV) .qu\u2019il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire par la consécration qu\u2019il fera de lui-même à mon Cœur adorable.Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards, et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous les ennemis.\u201d Au sujet de cette communication divine, remarquons qu\u2019elle devait être transmise à un chef d\u2019État.Le Cœur de Jésus veut régner dans la maison du roi, être représenté sur des étendards, et donner la victoire aux armes ainsi consacrées.La révélation jouissait donc d\u2019un caractère politico-social.La terminologie utilisée dans le texte complet de Marguerite-Marie montre aussi une insistance sur cette manifestation de gloire pour Dieu. MISSION SPIRITUELLE DE LA NATION\t129 Carillon Sacré-Cœur On sait que le roi de France ne donna pas suite à la volonté d\u2019En-Haut.Mais, quant à ce qui nous occupe, la Nouvelle-France recueillit l\u2019appel du Christ-Roi.En 1903, une campagne organique et vigoureuse obtenait l\u2019appui unanime de la nation héritière de Nouvelle-France.Un Comité se formait à Québec Le Carillon-Sacré-Cœur fit son apparition, bientôt acclamé dans tout le Canada et aux États-Unis, par ceux qui se reconnaissaient les fils de la nation Jean-Baptiste.L\u2019intuition mystique devait se perdre.On modifia le drapeau.Oubliant peut-être la révélation du XVIIème siècle et laissant fléchir, en tout cas, le lien essentiel, qui doit être profond et public, entre l\u2019État du Québec, représentant notre nation, et la catholicité universelle.La nation Jean-Baptiste annonce le Roi à venir, Celui qui inaugurera la gloire des esprits et des corps.Mais, pour préfigurer en images ce Royaume, notre nation doit commencer une glorification imparfaite, qui est aussi une sanctification.Le profane doit être entièrement assumé par le sacré, partout où cela est possible.Le régime politico-social du Québec doit approfondir essentiellement sa catholicité et le signifier.A ce compte, notre nation, intimement unie à Celui qui vainc, portant le sceau du Christ au front, vaincra elle-même, selon la promesse du Cœur de Dieu.Nation-Baptiste, baptisant et glorifiant, elle progressera selon sa mission spirituelle, pour préparer le Royaume attendu.André Dagenais Un inventaire Québec est l\u2019État national des Canadiens français.Sans doute c\u2019est un État qui ne jouit pas de la souveraineté externe, il fait partie du grand État canadien.Et il y a de nombreux Canadiens frayiçais hors de cet État: toutes nos minorités dispersées représentent 788,006 sur un total de 8,488,088 Canadiens français (1941).Néanmoins, les 77 p.c.de notre nationalité vivent encore à l\u2019intérieur de la vieille province; ils sont les seuls à former une majorité, donc les seuls à pouvoir diriger une large partie de leur vie (bientôt suivis, peut-être, par le Nouveau-Brunswick où les Acadiens continuent leur lente et durable pénétration).Il est donc passionnant, dans les premiers mois de 1950, de se demander où en sont au juste les Canadiens français du Québec (puisque l\u2019enquête paraît quasi impossible ailleurs).Mais comment y parvenir?En prenant un point précis de référence, en délimitant quelques domaines importants, et en procédant à des comparaisons aussi objectives que possible.C\u2019est ce que fait M.Léopold Allard dans les pages qu\u2019on va lire et qu\u2019il définit lui-même \u201cun modeste essai d'inventaire comparatif \u2019. ON INVENTAIRE 131 Son point de référence: 1900.Il nous montrera donc où nous en étions au début du siècle, et marquera nos avances ou nos reculs des cinquante dernières années.Il limite ses recherches, après quelques références démographiques, aux trois ordres suivants: éducation, vie sociale et vie économique.On admettra que ce sont des secteurs de première importance dans la vie d\u2019un peuple.Comment les examiner objectivement, sans faire intervenir trop de facteurs d\u2019appréciation personnelle ?En se contentant de données statistiques.Sans doute, cette méthode comporte des dangers que l\u2019auteur est le premier à reconnaître.Par exemple, si l\u2019on sait que la population française du Québec a à peu près doublé de 1900 à 1950, on n\u2019apprendra pas grand chose en constatant que le nombre des élèves du primaire a à peu près doublé lui aussi dans la même période; ?iais si l\u2019on noxis montre qu\u2019au cours de ce demi-siècle, nous sommes passés de quatre à quatre-vingt-une écoles normales catholiques {480 élèves contre 5561 aujourd\u2019hui), le second chiffre aura toutes les chances de marquer un progrès dans la formation des maîtres.C\u2019est ainsi que plusieurs statistiques, sans grande signification si on les prend isolément, nous éclairent sur notre progression dans la mesure où on les interprétera les unes par les autres.Cela devient plus évident encore dans la vie sociale, et surtout dans la vie économique où les résultats se définissent par des chiffres.Sans doute, pareille enquête ne nous dira pas si l\u2019enseignement de la grammaire a progressé depuis 1900, ni si la littérature d\u2019aujourd\u2019hui est supérieure à l\u2019ancienne: cela ressortit à la qualité; et avec les chiffres nous ne saurions dépasser le niveau de la quantité. 132 1/ACTION NATIONALE Telle quelle, l\u2019enquête nous permet de photographier la réalité économique et sociale.Elle montre qu\u2019incontestablement nous avons progressé depuis 1900.Nous noxis sommes dotés d\u2019institutions nouvelles, que l\u2019époque rendait nécessaires.Nous avons complété notre armature sociale.Dans la banque, l\u2019assurance et le domaine coopératif nos avances sont marquées.En plusieurs secteurs, nous trouvons que le point d\u2019arrivée demeure modeste; c\u2019est que nous partions de zéro.Ailleurs, les statistiques nous inspireraient un enthousiasme excessif, si nous ne noïis rappelions que nos compatriotes anglo-canadiens ont grandi beaucoup plus vite encore.Bref, ce tableau inspire un optimisme mesuré, aussi éloigné du défaitisme que de la satisfaction de soi.Nous avons solidement travaillé durant ce demi-siècle.Mais il reste plus encore à faire.La Direction Un demi-siècle de vie canadienne-française Nous voilà au seuil de 1950.Le Québec français a-t-il progressé au cours du demi-siècle écoulé?On trouvera une réponse affirmative à cette question dans la présente étude \u2014 modeste essai d\u2019inventaire comparatif limité aux domaines éducatif, social et économique.Quelques notes d\u2019abord sur le mouvement démographique.En 1902, le Québec avait une population totale de 1,648,898 habitants, dont 86.8% catholiques romains et dont 80.3% de langue française.En 1941, la population totale du Québec s\u2019élève à 3,331,882, dont 2,695,032 de langue française, soit 80.9%; de ces 2,695,032 Canadiens français, 2,677,807 sont catholiques romains, soit 99.3%.En 40 ans, le Québec a donc plus que doublé sa population, tout en conservant sa religion (86.8% \u2014 86.9%) et sa langue (80.3% \u2014 80.9%).Mais le mouvement de migration vers les centres urbains s\u2019accentue toujours; le pourcentage de la population rurale qui était de 77% en 1871 est descendu à 60.3% en 1901 et à 36.7% en 1941.L\u2019indice de la nuptialité du Québec qui était de 0.64% en 1900, s\u2019exprime par 0.93% en 1945; celui de la 134 l\u2019action nationale natalité, de 3.44% a baissé à 2.93%; et celui de la mortalité, de 2.09% a fléchi à 0.94% laissant un surplus de 1.99%.\u2014 I \u2014 Je me garderai bien ici, comme d\u2019ailleurs dans tout cet essai, d\u2019aborder les sujets tels que la culture, l\u2019avancement des lettres, des arts, des sciences, etc.; je plaide incompétence dans ces domaines remplis d\u2019impondérables \u2014 explorés récemment par Jean-Charles Bonenfant dans l'Annuaire statistique de Québec, de 1948: Livres et revues d\u2019expression française publiés au Canada depuis 10 ans; on y trouvera un relevé de notre production intellectuelle.Je me bornerai donc à ce qui s\u2019établit par des chiffres, par un actif tangible et mesurable, en laissant au lecteur de tirer ses conclusions.L\u2019enseignement dans le Québec a défrayé le thème de maints discours et publications pas toujours sympathiques.Il sera intéressant de comparer la situation de 1900 avec celle qui existe présentement.1\t\u2014 Enseignement primaire catholique En 1901, 5,059 écoles, 8,885 instituteurs, 284,569 élèves.En 1945, 8,777 écoles.23,697 instituteurs, 543,096 élèves.2\t\u2014 Écoles normales catholiques En 1901, nous en avions 4 sur les 5 existantes; 420 élèves dans ces 5 institutions.En 1945, 5,561 UN DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FRANC AISE 136 élèves fréquentent les 82 écoles normales québécoises, dont 81 sont catholiques.3\t\u2014 Enseignement secondaire En 1901, nous avions 18 des 19 collèges classiques existants, et 3 instituts religieux dispensant l\u2019enseignement classique; 6,096 élèves et 562 professeurs.En 1946, le nombre de nos collèges classiques est monté à 30, avec 12,634 é'èves et 1,200 professeurs; nous avions en outre 10 instituts religieux et 14 collèges pour jeunes filles.4\t\u2014 Enseignement supérieur a)\tUniversités: en 1900, nous avions une université catholique et française: Laval, créée en 1852 et ayant à Montréal depuis 1876 une succursale qui deviendra autonome en 1919.En 1901, l\u2019Université Laval et sa succursale de Montréal avaient 153 professeurs pour dispenser l\u2019enseignement supérieur à 1,175 étudiants.En 1945, l\u2019Université Laval et l\u2019Université de Montréal comptaient ensemble 20,629 étudiants et 2,341 professeurs.b)\tÉcole Polytechnique de Montréal: créée en 1873 dans le but de former des ingénieurs civils, chimistes, électriciens, etc.En 1945, elle comptait 383 élèves et 62 professeurs; cette année-là, 47 élèves recevaient le diplôme d\u2019ingénieurs civils.c)\tÉcole des hautes Études commerciales de Montréal: nous n\u2019avions pas en 1900 cette institution \u2014 unique en son genre au Canada pour la formation supérieure au point de vue commercial; elle date de 1907.En 1945, elle avait 43 professeurs donnant di- 136 l\u2019action nationale vers cours à 1,366 élèves; la même année, 65 élèves licenciés en commerce.d)\tÉcoles d\u2019agriculture: nous avons toujours nos deux institutions connues: l\u2019École d\u2019Agriculture de Sainte-Anne de la Pocatière, fondée en 1859, et l\u2019Institut agricole d\u2019Oka, datant de 1893.En 1945, on comptait 135 professeurs et 795 élèves dans ces deux écoles et au MacDonald College.e)\tAutres institutions d\u2019enseignement supérieur: mentionnons, entre autres, l\u2019Institut pédagogique de Montréal, l\u2019Institut pédagogique Saint-Georges, l\u2019École supérieure de Commerce de Québec, l\u2019École supérieure des Pêcheries, lesquelles comptaient, en 1945, 2,908 élèves et 147 professeurs.5 \u2014 Écoles spéciales: a)\tÉcoles des Beaux-Arts: l\u2019Ecole de Québec et celle de Montréal n\u2019existent que depuis 1922 et 1923 respectivement.En 1945, on y comptait 915 élèves et 42 professeurs.b)\tÉcoles techniques: genre d\u2019institutions que nous n\u2019avions pas, en 1900, pour former les ouvriers ou les apprentis travaillant dans l\u2019industrie.Les deux premières furent celles de Québec et de Montréal fondées toutes deux en 1907 et ouvertes en 1911.En 1945, il y avait 8 écoles techniques fréquentées par 6,347 élèves.c)\tÉcoles d\u2019Arts et Métiers: ce sont là des institutions fort anciennes.En 1901, il y avait 1,783 élèves dans 8 écoles destinées à compléter la formation générale et à fournir l\u2019entraînement dans un grand nombre de métiers.En 1945, le nombre de ces écoles est UN DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FRANÇAISE 137 monté à 43, avec 7,007 élèves et 324 professeurs.d)\tÉcoles d\u2019Agriculture: les statistiques au sujet de ces écoles ont été compilées pour la première fois en 1937-1938.En 1945, on comptait 25 institutions, dont 3 écoles supérieures, 5 moyennes, 10 régionales et 7 orphelinats.e)\tÉcole de Laiterie de Saint-Hyacinthe: construite en 1892; elle forme les fabricants de beurre et de fromage.En 1945, 6 professeurs y donnèrent des cours à 365 élèves.f)\tEnseignement ménager: en 1910, il y avait 6 écoles préparant 528 jeunes filles à leurs responsabilités de maîtresses de maison.En 1945, 32 écoles régionales comptant 1,690 élèves aux cours réguliers; et 62 écoles moyennes fréquentées par 2,134 élèves.g)\tÉcoles du soir: c\u2019est le gouvernement Mercier qui fonda ce genre d\u2019écoles, en 1889, pour l\u2019avantage de ceux qui ne pouvaient fréquenter l\u2019école du jour.En 1902, 102 écoles et 6,862 élèves.Avec les facilités d\u2019instruction de nos jours, ces écoles accusent une régression constante; il y en avait toutefois encore 101 en 1945, avec 5,964 élèves.h)\tAutres écoles spéciales: il faudrait mentionner ici les institutions non classées ailleurs et de fondation plus ou moins récente: École des Gardes forestiers, Service de l\u2019Économie et des Arts domestiques, École de Céramique, École du Meuble, École des Arts graphiques, École de Service postal, Conservatoire de Musique et d\u2019Art dramatique de la Province, Écoles d\u2019électricité, Écoles indépendantes de cours spéciaux, École de Papeterie, École du Textile, Technologie médicale, École de médecine vétérinaire, École de bibliothécaires, École de Tourisme, etc. 138 l\u2019action nationale Le développement de l\u2019instruction dans le Québec se révèle dans le tableau suivant: ÉCOLES\tÉLÈVES INSTITUTEURS 5,863\t314,727\t10,493 10,015\t728,755\t34,246 ANNÉE 1897 1945 En 1901, les contributions générales scolaires du Québec se chiffraient par $3,524,559, dont $3,051,109 provenant des contribuables et $473,450, du gouvernement provincial.En 1944, les contributions totales s\u2019élevaient à $58,022,325, dont $41,848,792 versés par les contribuables et $16,173,533, par le gouvernement provincial.Ces $16 millions ne représentent cependant qu\u2019un quart du budget consacré à la voirie ($64 millions).Ce long chapitre souligne le développement de l\u2019instruction dans le Québec vilipendé en cette matière, à l\u2019extérieur et même à l\u2019intérieur de ses frontières.Il révélera bien davantage son effort éducatif, si l\u2019on veut tenir compte des faits soulignés par Albert Lévesque dans sa brochure Québécois, voici la route!: \u201ca) C'est là (le Québec) où la proportion de jeunes âgés de 0-24 ans, ou de 5-24 ans, ou de 7-24 ans, est la plus élevée au Canada; b) c\u2019est là où le fardeau de l\u2019éducation incombe au plus petit nombre de chefs de famille; c) c\u2019est là que le niveau de bien-être familial, matériel, est le moins élevé\u201d.Il n\u2019est pas inopportun de rappeler que le Québec a la réputation incontestée d\u2019être la province canadienne non seulement juste \u2014 contrairement aux autres \u2014 mais aussi la plus généreuse à l\u2019égard des minorités habitant son territoire.Généreux, nous le sommes parfois jusqu\u2019au dépouillement, comme en TIN KBMI-erîSOLE DB VIE CANADIBNNB-FBAN0AI8B 130 témoigne l\u2019affaire de Cantley (comté de Gatineau, Qué.) où nos petits Canadiens français doivent aller apprendre leur langue dans une école située à 3 milles, parce qu\u2019à leur école de Cantley la commission scolaire dominée par nos coreligionnaires de langue anglaise maintient à son poste, en dépit de la protestation du Surintendant de l\u2019Instruction publique, une institutrice ignorant totalement le français.Le vieux cauchemar de Pontiac nous a habitués à toutes les avanies.Signalons quelques organismes de fondation récente qui s\u2019intéressent directement ou indirectement à l\u2019éducation: l\u2019École des Parents du Québec (1939), le Centre familial (1940), l\u2019École des Parents de Québec (1941), l\u2019Association canadienne des Bibliothécaires de langue française (1943), la Société canadienne d\u2019Enseignement post-scolaire (1946), la Fédération des Commissions scolaires du Québec (1947).Presse, radio et cinéma constituent les plus importants médiums d\u2019éducation populaire; il convient donc que j\u2019en traite au présent chapitre; je serai forcé d\u2019omettre, cependant, le cinéma, au sujet duquel je n\u2019ai pu me procurer de chiffres établissant l\u2019actif de notre groupe ethnique.En 1900, le Québec français comptait quelques rares revues, 31 hebdomadaires et 6 quotidiens, ceux-ei étant: Le Courrier du Canada (1857-1901), L\u2019Évé-nement (1867, aujourd\u2019hui 1 \u2019Événement-Journal), La Patrie (1879), La Presse (1884), Le Soleil (1897, successeur de l\u2019Électeur) et Le Journal (1899-1905).De ces périodiques, plusieurs ont disparu depuis; 140 l\u2019action nationale il s\u2019en est fondé d\u2019autres en grand nombre dont certains n\u2019existent plus.Depuis 1900, nous avons vu naître 7 quotidiens: L'Action Catholique, originairement L\u2019Action Sociale, Le Canada, Le Devoir, Montréal-Matin, Le Nouvelliste, La Tribune et La Voix de l\u2019Est.Le Québec français compte en plus 121 hebdomadaires et 123 revues.Impossible d\u2019en dresser ici la liste; je m\u2019en voudrais cependant de ne pas mentionner une revue qui a exercé chez nous une influence très considérable, L\u2019Action Française (1917-1928), dont le flambeau est porté depuis 1933 par L\u2019Action Nationale.La radio n\u2019existait pas en 1900.Aujourd\u2019hui, nous avons dans le Québec 24 postes français \u2014 ou mixtes, de radiodiffusion.\u2014 II \u2014 Au cours du demi-sièile écoulé, le Québec français a considérablement développé sa structure sociale, comme l\u2019atteste, pour une part, une revue même sommaire de ses principaux organismes professionnels et sociaux.Sans insister sur les corporations formées par les professions (barreau, médecine, notariat, etc.), il est bon de rappeler que nos trois grandes associations professionnelles \u2014 C.T.C.C., U.C.C.et A.P.I.\u2014 sont nées dans le dernier quart de siècle.C.T.C.C.La première tentative d\u2019organisation syndicale confessionnelle eut lieu en 1901, lors de l\u2019intervention de Mgr Bégin pour régler la grève dans l\u2019industrie de la chaussure à Québec.Efforts difficiles et lents pour ON DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FRANÇAISE 141 implanter le syndicalisme ouvrier catholique.En 1921, se fonde la Confédération des Travailleurs catholiques du Canada (C.T.C.C.).En 1923, la C.T.C.C.groupait 14,357 ouvriers répartis dans 108 syndicats locaux.A son dernier congrès, 19 septembre 1949, la C.T.C.C.comptait 16 fédérations, 360 syndicats et 83,272 membres payants.A.P.I.Du côté patronal, le syndicalisme catholique est tout jeune.L\u2019Association professionnelle des Industriels (A.P.I.) remonte seulement à 1943.Elle comprend aujourd\u2019hui 6 régionales groupant plus de 400 membres.u.c.c.L\u2019Union agricole nationale, fondée en 1875, se développa jusqu\u2019en 1887 pour décliner ensuite et disparaître.Il faudra attendre jusqu\u2019au 1er octobre 1924 pour voir naître l\u2019Union catholique des Cultivateurs (U.C.C.).A son 25e congrès, tenu le 31 août 1949, l\u2019U.C.C.comptait 43,569 membres répartis dans 716 syndicats et 19 fédérations.CERCLES DE FERMIÈRES ET U.C.F.C\u2019est en 1915 que naîtront les Cercles de Fermières, organismes d\u2019État relevant du ministère de l\u2019Agriculture; en 1948, il y avait 720 cercles recrutant 42.000\tmembres.Nous avons en outre l\u2019Union catholique des Fermières (U.C.F.) qui est l\u2019association professionnelle catholique des femmes rurales; à son 5e congrès annuel, du 19 octobre 1949, l\u2019U.C.F.comptait 12.000\tmembres groupées en 10 fédérations diocésaines. 142\tL\u2019ACTION NATION ALB C.I.C.C\u2019est en 1946 que fut fondée la Corporation générale des Instituteurs et des Institutrices catholiques de la Province de Québec (C.I.C.), organisme créé à la demande des trois groupes suivants; la Fédération des Instituteurs et des Institutrices catholiques des Cités et Villes de la Province de Québec, la Fédération catholique des Institutrices rurales Inc.et la Fédération provinciale des Instituteurs ruraux.La C.I.C.comptait alors 10,339 membres sur un effectif de 11,746 laïques enseignant dans la province.Au nombre des associations professionnelles, il faut aussi compter VAlliance des Professeurs, l\u2019.ls-sociation des Infirmières catholiques, VAssociation professionnelle des Voyageurs de Commerce, l\u2019Asso-ciation du Service civil, VAssociation des Fonctionnaires, l'Association des Marchands en Quincaillerie, Y Association patronale des Boulangers, Y Association des Marchands détaillants, etc.Signalons enfin un organisme d\u2019étude et d\u2019orientation créé par NN.SS.les Évêques de la province civile du Québec, le 17 février 1948: la Commission sacerdotale d\u2019études sociales.CLUBS SOCIAUX Rien en 1900.Ce n\u2019est que depuis 1946 que les Canadiens français ont un club social à caractère catholique et d\u2019expression française, par suite de la création de la Société Richelieu; il y a actuellement 18 clubs Richelieu dans le Québec, sur un total de 28 au pays.Il y avait déjà cependant le Club social catholique des Francs, fondé en 1942, et dont l\u2019un des buts caractéristiques est de donner une formation religieuse profonde à ses membres. UN DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FUANCAISE 143 CHAMBRES DE COMMERCE La Chambre de Commerce de Québec et celle de Montréal sont des institutions âgées, remontant respectivement à 1809 et 1887.Mais ce n\u2019est que le 14 avril 1909 que se fondera la Fédération provinciale, qu\u2019on appelle la Chambre de Commerce de la Province de Québec.A son congrès annuel du 11 septembre 1949, elle groupait 124 Chambres réparties dans 24 régions et représentant plus de 25,000 hommes d\u2019affaires.Quant aux Chambres de Commerce des Jeunes, les premières datent de 1931, dans le Québec.Aujourd\u2019hui il y a près de 100 chambres cadettes groupant quelque 13,000 membres; elles sont affiliées à la Fédération des Chambres de Commerce des Jeunes de la Province de Québec, fondée le 27 septembre 1936.SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE La première fut fondée à Montréal en 1834 par Ludger Duvernay.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal groupe les sections de la région métropolitaine, avec un effectif de quelque 15,000 membres.Quant aux sociétés existant en dehors de l\u2019île de Montréal, elles sont groupées en régionales diocésaines, elles-mêmes affiliées à un organisme de fondation récente: la Fédération des Sociétés Saint-J ean-Baptiste du Québec (1947) qui représente environ 36,000 membres.CERCLES LACORDAIRE Le mouvement, fondé en 1911 à Fall River, Mass., par le R.P.Jacquemet, O.P., s\u2019est implanté dans le Québec en 1939, avec complète autonomie.Aujourd\u2019- 144 l\u2019action nationale hui, on compte dans la province environ 80,000 Lacordaire et Jeanne d\u2019Arc.MOUVEMENTS SPÉCIALISÉS D\u2019ACTION CA-THOLIQUE Leur fondation remonte chez nous à 1932, alors que s\u2019organisa la J exmesse ouvrière catholique (J.O.C.).Puis ce furent la J.A.C.et la J.E.C., en 1935, la J.I.C.F., en 193G; la L.O.C., en 1938, et la L.I.C., en 1942.C\u2019est dans le secteur ouvrier que le mouvement est le plus fort, avec des effectifs dépassant 10,000 militants.ASSOCIATIONS DE JEUNESSE Nous n\u2019en avions aucune en 1900.La première sera Y Association catholique de la Jeunesse canadienne-française (A.C.J.C.), fondée en 1904.Cet organisme a exercé une influence reconnue jusqu\u2019à ce qu\u2019on lui imposât, en 1935, la mission d\u2019organiser et de fédérer les mouvements spécialisés d\u2019Action Catholique; il tente vaillamment de se relever depuis qu\u2019on lui a restitué son autonomie en 1941.Les Jeunesses Laurentiennes datent de février 1930.Au 31 décembre 1948, le mouvement comptait 138 sections et noyaux.Le scoutisme existe dans le Québec depuis 1928; on a adapté la formule de Baden Powell à la mentalité catholique.Le mouvement est organisé sur une base diocésaine et uni dans la Fédération des Scouts catholiques, fondée en 1935; il compte 7,500 membres répartis dans les trois branches: louveteaux, guides, routiers.La section féminine du mouvement scout est également organisée au sein de la Fédération des Guides catholiques de la Province de Québec. CW DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FRANÇAISE 145 Les Clubs 4~H, fondés aux États-Unis en 1918, ont été organisés ici en mai 1942 par les soins de l\u2019Asso-ciation forestière québécoise, fondée en 1939 et comptant aujourd\u2019hui 8,000 membres.Les Clubs 4~H groupent présentement plus de 10,000 jeunes ruraux.Mentionnons aussi les Cercles de jeunes Agriculteurs et Éleveurs de la province; en 1944, il y avait 500 cercles comptant 5,297 membres.LOISIRS DES JEUNES L\u2019Oeuvre des Terrains de Jeux (O.T.J.) existe depuis une vingtaine d\u2019années; organisés dans 9 diocèses du Québec, les organismes diocésains sont unis dans une fédération provinciale depuis 1946.L\u2019Ordre de Bon Temps date également de 1946; il compte des sections dans 13 régions du Québec.Il reste beaucoup à faire pour occuper sainement les loisirs des jeunes, par exemple, par le truchement des bibliothèques; la région métropolitaine a fait preuve d\u2019initiative dans ce domaine, comme le démontrait le reportage de Gérard Pelletier, dans Le Devoir du 26 novembre 1949.Avant de clore ce chapitre, il faudrait donner la liste de toutes nos institutions de bienfaisance: crèches, orphelinats, patronages, asiles, hospices, hôpitaux, etc.Nomenclature impossible qui pourtant soulignerait la gratitude acquise à nos congrégations religieuses.Dans son Esquisse générale de la province de Québec, publiée en 1890, Honoré Mercier écrivait: \u201cCes belles œuvres se sont multipliées et forment pour ainsi dire le cachet particulier de la nationalité cana-' dienne-française.\u201d 140 l\u2019action nationale \u2014 Ill \u2014 Au début du siècle, Errol Bouchette écrivait: \u201cSi le groupe français du Canada veut conserver sa part légitime d'influence dans la chose publique, il ne doit pas se contenter de vivre dans la contemplation de ses gloires passées.S\u2019il reste dans l\u2019infériorité économique, ses aïeux feront sa honte par la comparaison qu\u2019on fera entre eux et les générations vivantes.\u201d L\u2019auteur de VIndépendance économique du Canada français avait analysé une situation qui était déplorable chez nous et que Victor Barbeau a résumée comme suit: \u201cLes petits artisans étaient nombreux, les établissements employant une trentaine d\u2019ouvriers, en notable proportion.En revanche, cependant, quelle pénurie de grands patrons.A l\u2019exception du bâtiment, des tabacs, des cuirs, nous n\u2019avions rien.(.) Nous avions alors le petit et le moyen commerce, les maisons en gros de produits alimentaires, quelques banques prospères.Mais, tout comme à cette heure (1936), nous n\u2019avions ni les grands magasins, ni les grandes banques, ni la haute finance, ni la grande industrie.\u201d Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui ?La réponse appartient à nos économistes, lesquels seraient bien avisés de faire exactement le point et d\u2019orienter l\u2019action.Depuis le bilan dressé dans Mesure de notre taille (1936) et Notre Milieu (1942), nous avons certes fait du chemin, mais j\u2019entends dire que les autres ont avancé aussi, et deux fois plus vite.Il crève les yeux que nous conservons toujours le goût du produit exotique, dans le domaine économique, comme d\u2019ailleurs dans les autres domaines.Mais, même si c\u2019est à lenteur de tortue en vacances, il y a changement de mentalité UN DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FRANC AISE 147 chez les nôtres: d\u2019une part chez le vendeur, tendance à moderniser ses méthodes, à ne plus \u201cvendre du patriotisme\u201d mais à offrir un produit supérieur à celui du concurrent étranger; d\u2019autre part, le client accepte aujourd\u2019hui le principe de l\u2019achat chez nous alors qu\u2019en 1909 Olivar Asselin provoquait le scandale en préconisant l\u2019encouragement aux nôtres.La Ligue de l\u2019Achat chez nous, fondée en 1934, comptait au début de l\u2019année 1949, 278,500 membres.Preuve que le Québec français bouge.Il bouge en effet comme le fera voir un coup d\u2019œil rapide dans le domaine des banques, des assurances et de la coopération.BANQUES Nous avons 2 des 10 banques à charte faisant affaires au pays: la Banque Provinciale du Canada, fondée en 1900 par la fusion de la Banque Jacques-Cartier (1860); et la Banque Canadienne Nationale, formée de l\u2019absorption, en 1924, de la Banque Nationale (1860) par la Banque d\u2019Hochelaga (1873).En 1901, nos deux banques actuelles avaient au total 22 succursales dans le Québec; en 1948, ce nombre s\u2019élevait à 347.Au 30 novembre 1948, l\u2019actif réuni de nos 2 banques se totalisait à $576,568,598.71.Quelque impressionnant que soit ce montant, il faut noter qu\u2019à elle seule, une des huit autres banques canadiennes a atteint, en 1949, un actif dépassant $2 milliards.ASSURANCE-VIE Nous n\u2019avions aucune compagnie, en 1900, mais seulement des sociétés mutuelles dont nous parlerons au chapitre de la coopération.Aujourd\u2019hui, nous comptons 5 compagnies à fonds social : La Sauvegarde 148 l\u2019action nationale (1903), La Prévoyance (1905), La Laurentienne (1938), Les Prévoyants du Canada (1942) et La Solidarité (1942); ainsi que 5 compagnies d\u2019assurance mutuelle: L\u2019Alliance Nationale (1893), La Caisse Nationale d\u2019Êconomie (1899), La Survivance (1938), La Caisse Nationale d\u2019Assurance-Vie (1945) et L\u2019Assurance-Vie Desjardins (1948).\u201cEn 1936, a noté Paul Sauriol, le total des primes perçues dans notre province était de $52,365,088, sommes dont nos compagnies (les susmentionnées alors existantes) ne retenaient que 1.4%; en 1946, nous ne prenions encore que moins de 4-% d\u2019un total qui était passé à $95,461,875.\u201d En compilant les chiffres contenus dans l\u2019Annuaire statistique de Québec de 1948, on peut dresser le tableau suivant touchant l\u2019assurance-vie dans le Québec, en 1947 (compagnies à fonds social, compagnies mutuelles et sociétés de secours mutuels): NOM- PRIMES\tASSURANCES INSTITUTIONS BRE PERÇUES a)\tnôtres.25 $ 10,803,686 b)\tétrangères.67\t100,747,600 EN VIGUEUR $ 417,274,630 3,461,425,681 total.92 $111,551,286 $3,878,700,311 Il ressort qu\u2019en 1947, nos 25 institutions d\u2019assurance-vie ont retenu 10.8% des primes perçues dans la province.Si nous avançons, les autres conservent le gros des affaires dans une province à 80% canadienne-française.ASSURANCE-INCENDIE En 1900, nous n\u2019avions aucune compagnie, seulement des mutuelles.Depuis, nous avons vu naître UN DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FRANÇAISE 149 5 compagnies à fonds social: La Prévoyance (1905), Fire Insurance Company of Canada (1916), Compagnie d\u2019Assurance Canadienne Nationale (1918), Société Nationale d\u2019Assurance (1940), et L'Union Canadienne (1943); ainsi que 6 compagnies d\u2019assurance mutuelle: Compagnie Équitable contre le Feu (1901), Compagnie d\u2019Assurance Canadienne Mercantile (1909), Compagnie d\u2019Assurance Mutuelle contre l\u2019Incendie (1927), Compagnie d\u2019Assurance Mutuelle des Marchands Détaillants (1944), Société d\u2019Assurances des Caisses Populaires (1944) et Société Mutuelle d\u2019Assurances Générales de l\u2019U.C.C.(1944).D\u2019après le rapport du Surintendant des Assurances de Québec, de 1948, il y a 506 institutions d\u2019assurance-feu faisant affaires dans le Québec en 1947: 241 mutuelles de paroisses, 77 mutuelles de municipalités, 9 mutuelles de comtés et 179 autres (compagnies à fonds social, compagnies mutuelles, etc.).Ces 179 institutions ont perçu, en 1947, dans le Québec, $29, 234,774; de ce montant, nos 19 institutions retenaient $4,134,271, soit 14.4%.Progrès marqué sur 1900.Mais, comme dans l\u2019assurance-vie, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir.COOPÉRATION J\u2019utilise ici abondamment le rapport présenté par Me René Paré, président du Conseil supérieur de la Coopération, au 10e congrès annuel de cet organisme, les 21 et 22 octobre 1949.Faisons une brève revue de chaque secteur.MUTUELLES-VIE C\u2019est par là que le mouvement coopératif a commencé chez nous.Nous en avions déjà une dizaine 150 l'action nationale en 1900.Depuis, se sont fondées les sociétés de secours mutuels suivantes, encore en opération: Association de Bienfaisance et de Retraite des Pompiers de Québec (1905), Association nationale de Bénéfices mutuels (1934) Association protectrice des Policiers municipaux de Québec (1923), Mutuelle-Vie de l\u2019U.C.C.(1930), Mutuelle des Employés civils (1941), Mutuelle des Fonctionnaires de la Province (1943) et La Prospérité (1948).Itappelons qu\u2019en 1945, s\u2019est créée une fédération morale groupant les 7 mutuelles-vie françaises suivantes: l'Union St-Joseph du Canada (1863), la Société des Artisans (1876), Y Union du Commerce (1880), l\u2019Union St-Joseph de Drummondville (1890), Y Association Canado- Américaine (1905), la Société l\u2019Assomption (1907) et la Mutuelle-Vie de l\u2019U.C.C.(1936).Au 31 décembre 1948, ces 7 sociétés fraternelles réunies avaient 265,777 membres, $221,847,906 d\u2019assurances en vigueur et un actif de $38,458,176.Mutuelles-incendie: le mouvement de protection mutuelle contre le feu remonte, dans le Québec, à 1852.De cette époque à 1900, il se fonde une trentaine de mutuelles-incendie de paroisses ou de comtés.En 1947, les 327 mutuelles de municipalités, de paroisses et de comtés alors existantes percevaient un total de $605,572.64 de cotisations.Services de Santé de Québec: une société \u2014 à formule coopérative particulière \u2014 de soins médicaux, chirurgicaux et hospitaliers.En 1948, après seulement deux ans d\u2019existence, les SSQ ont versé au delà de $100,000 en prestations à leurs sociétaires.Caisses populaires: la première fut fondée à Lévis, le 6 décembre 1900, par Alphonse Desjardins \u2014 le UN DEMI-SIÈCLE DE VIE CANADIENNE-FRANÇAISE 151 créateur de la formule.Au 30 septembre 1949, il y avait dans la province 1076 caisses populaires \u2014 dont 1069 affiliées à la Fédération des Caisses Populaires du Québec, fondée en 1932, \u2014 et 10 unions régionales opérant 8 caisses régionales.Au 30 juin 1949, les caisses locales comptaient 546,000 sociétaires et, avec les caisses régionales, elles avaient un actif total de $231,532,877.51; à la même date, elles avaient prêté à leurs sociétaires un montant global de $94,990,163.97.Le total de l\u2019épargne des membres s\u2019élevait à $182,269,076.43.Coopératives agricoles: En 1900, nous n\u2019en avions aucune, la première datant de 1903.Au 31 mars 1949, il y avait 66,187 agriculteurs intéressés dans 645 coopératives agricoles, dont 464 affiliées à la Coopérative Fédérée de Québec, fondée en 1922.A la même date, l\u2019actif total de ces coopératives locales et centrale, était de $42,086,009 et leur chiffre d\u2019affaires d\u2019un an s\u2019élevait à $151,261,883.Coopératives de consommation: secteur organisé en 1937, avec la fondation de La Familiale.Il y a présentement dans le Québec 223 coopératives locales de consommation, dont 49 urbaines et 174 rurales \u2014 73 de celles-ci étant à la fois de consommation et de production agricole.Elles ont à Montréal leur centrale, VAlliance des Coopératives de Consommation (1937), et comptent environ 25,000 sociétaires; leur chiffre d\u2019affaires de l\u2019an dernier aurait été de $12 millions.Coopératives de pêcheurs: encore ici, rien en 1900.Après une tentative infructueuse en 1922, le secteur s\u2019organise au printemps de 1939.A la fin de 1948, on comptait 38 coopératives groupant 3,200 sociétaires 152 l\u2019action nationale et ayant fait cette année-là un chiffre d\u2019affaires de $2,363,000.Le bilan des Pêcheurs-Unis de Québec (1939) \u2014 la centrale de ces coopératives \u2014 démontrait un actif de $649,723.74, au 31 mars 1949.Coopératives forestières: la coopération dans le domaine forestier comprend deux catégories d\u2019organismes: les chantiers coopératifs et les syndicats coopératifs forestiers.Voilà une quinzaine d\u2019années que l\u2019U.C.C.a fondé l\u2019Union des Bûcherons, devenue en 1947 le Service forestier de l\u2019U.C.C.Durant l\u2019hiver dernier, il y avait en opération dans le Québec 43 chantiers coopératifs avec près de 3,000 membres au total.Ces chantiers sont répartis dans 5 unions régionales; ils ont fondé la Confédération des Chantiers Coopératifs, le 3 août 1949.Quant aux syndicats coopératifs forestiers, \u2014 dont le premier remonte à 1938 \u2014 on en comptait, l\u2019hiver dernier, 24 en opération; ils groupaient 1,200 membres et faisaient des affaires au montant de $847,000.Coopératives d\u2019habitation: secteur jeune, 1942.Actuellement, le Québec compte 87 coopératives, ainsi que plusieurs autres au stade de l\u2019organisation.Les dernières statistiques connues révèlent que 44 de ces 87 coopératives groupent 2,900 sociétaires.Les coopératives sont unies dans la Fédération des Coopératives d\u2019Habitation du Québec, fondée le 25 avril 1948.Coopératives d\u2019électricité: secteur organisé en 1945, à la suite de la création, par le gouvernement provincial, de l\u2019Office de l\u2019Électrification rurale.Au 31 décembre 1948, on comptait 110 coopératives d\u2019électricité incorporées, dont 27 étaient en opération; celles-ci groupaient 14,318 sociétaires ayant souscrit un capital de $1,289,376 presque entièrement payé et UN DEMI-SIÈCLE DE VIE C AN ADIENNE-FR ANC AIBE 153 elles avaient construit et terminé 2,115 milles de lignes desservant 10,660 consommateurs.Coopératives d\u2019étudiants: c\u2019est depuis 1942 que nos étudiants fondent des coopératives dans les écoles et les universités.Il y a deux genres de coopératives: les coopératives de vente, au nombre de 55, et les coopératives de crédit ou caisses populaires, au nombre de 30.Chiffre d\u2019affaires global de quelque $175,000 par année.Les coopératives de vente se sont unies, en 1948, dans la Fédération des Coopératives étudiantes.Réalisations diverses: ajoutons ici diverses coopératives ne relevant pas d\u2019un secteur déterminé: 2 garages coopératifs, 1 coopérative de taxis, plusieurs coopératives de téléphone, quelques coopératives de loisirs, 4 coopératives de frais funéraires, plusieurs coopératives d\u2019aqueduc, 1 coopérative d\u2019art dramatique et 2 coopératives de transport maritime.Conseil supérieur de la Coopération: fondé en 1939, cet organisme moral doit exercer un rôle considérable dans l\u2019éducation des coopérateurs, dans l\u2019orientation et la coordination des coopératives et des secteurs.Rôle extrêmement important puisque les progrès fantastiques enregistrés chez nous par le mouvement coopératif, surtout depuis une vingtaine d\u2019années, peuvent être suivis de revers désastreux si nous oublions certains principes essentiels comme ceux-ci: l\u2019éducation du coopérateur doit précéder et suivre la fondation de la coopération; le succès en coopération est conditionné par l\u2019observance des règles communes à toute entreprise économique: compétence, surveillance, service, initiative, etc. 154 l\u2019action nationale Le Québec français a progressé depuis 50 ans, même s\u2019il accuse une situation économique bien inférieure à celle que postulerait sa prépondérance numérique.Il connaîtra des succès incomparables au cours du prochain demi-siècle, s\u2019il observe les mots d\u2019ordre \u2014 toujours d\u2019actualité \u2014 donnés, en 1936, par le chanoine Lionel Groulx dans sa conférence présentée au Jeune Commerce de Montréal: \u201cJeunes mères canadiennes-françaises, institutrices, religieuses de nos écoles et de nos couvents, faites de moins en moins de nos filles je ne sais quelle pâtisserie, même française; élevez nos fils, élevez nos filles pour des besognes viriles, pour une besogne de libération; maîtres de tous grades, de vos écoles grandes ou petites faites des écoles de forts; substituez à une mentalité de vaincus une mentalité de vainqueurs; élevez ces petits Français pour un destin français,pour un destin libre; petits agriculteurs de chez nous, instruisez-vous, perfectionnez-vous; devenez les agriculteurs les plus progressifs de votre pays; produisez assez et assez bien pour vous emparer du marché de votre province; petits industriels, petits ouvriers de chez nous, retrouvez le goût du travail patient, de l\u2019article fabriqué avec perfection et amour; à la production quantitative, massive, opposez la production qualitative, à la française; surtout orientez-vous vers la libération de votre travail, de votre initiative, de votre talent, persuadés que le plus modeste patron canadien-français travaillant pour soi et pour les siens, que le petit artiste en fer forgé ciselant son œuvre dans le trou d\u2019une cave fait plus, pour Vémancipation de sa nationalité, que le plus grand de nos salariés au service d\u2019une firme étrangère; jeunes gens de nos collèges, étudiants de nos universités, que, pour les CW DBMI-BlfecLE DE VIE CAN ADEENNE-FBAXCAISE\t186 jeunes Canadiens français, n'existent plus les carrières fermées; acquérez toutes les compétences; jetez-vous, avec la passion de vaincre, dans toutes les entreprises, dans toutes les avenues où a besoin de poindre la libération des vôtres; jeunes professionnels, dégagez votre pensée publique, votre action publique, des lisières et des servitudes partisanes; votre pensée et votre action, placez-les résolument sur la base chrétienne et nationale; enfin, jeunes littérateurs, jeunes artistes, libérez toutes les formes de beauté qui sont en puissance dans le génie natal, dans le vieux fonds de la race, libérez les poèmes qui attendent l'heure de naître afin qu'un jour prochain, dans ce petit pays redevenu, libre et beau, un peuple sente, à en pleurer d\u2019émotion, la joie et la grandeur de vivre\u201d.Léopold Allard Bibliographie (outre les ouvrages déjà mentionnés): Recensement du Canada, 1941.Annuaire statistique de Québec; spécialement années 1916, 1924 et 1948 Histoire de la province de Québec, de Robert Rumilly Canadien Almanach, 1949 Canadian Advertising, 3e trimestre de 1949 Où acheter dans le Québec, 1949, do la L.A.C.N.Le Devoir, suppléments sur l\u2019assurance, 1947, 1948 et 1949 Renseignements obtenus du secrétariat de divers organismes Union List of Newspapers, de Winifred Gregory Inventaire du mouvement coopératif, 1944 Répertoire national de l\u2019Education Populaire au Canada français, par la S.C.E.P. Ed marge de la premiere rencontre d\u2019Ottawa \u2014 Et maintenant, mes enfants, vous pouvez vous disputer à votre goût.Monsieur Louis Saint-Laurent n'a pas terminé ainsi son discours inaugural, à la conférence fédérale-provinciale de janvier.Ce n\u2019eut été ni très poli ni très habile: car on doit rarement révéler son jeu, même quand celui-ci transparaît.Pourtant cette petite phrase aurait éclairé l\u2019attitude du premier ministre fédéral.M.Saint-Laurent savait en effet que les États provinciaux ne s\u2019entendent pas.Ils sont divisés par la politique de parti ; mais cela pourrait demeurer superficiel.Ils sont divisés par la nationalité: Québec seul en face des autres.Ils le sont encore par leurs richesses respectives : des provinces à gros revenus et à population nombreuse en face de régions pauvres et peu habitées.De sorte que certaines provinces acceptent d\u2019emblée la centralisation fédérale, estimant qu\u2019elles en ont besoin pour vivre ou pour s\u2019organiser \u2014 la Saskatchewan, en outre, par idéologie socialiste, le Manitoba par tradition (Campbell après Garson, Garson après Bracken.), etc. EN MARGE DE LA PREMIÈRE RENCONTRE 157 Cela reviendrait-il à dire que la division actuelle en dix provinces ne correspond plus à la réalité?Y aurait-il des provinces non viables qui, pour essayer de vivre un peu, sont prêtes à entraîner les autres dans une demi-mort?Situation paradoxale: dans l\u2019Ontario, le Québec, la Colombie, peut-être l\u2019Alberta, sont groupés près des quatre cinquièmes des Canadiens; ils ont une conscience régionale plus ou moins vigoureuse, des moyens plus ou moins suffisants de faire marcher un État régional, un avenir en tant que province.L\u2019autre cinquième se subdivise en six provinces, dont certaines (les maritimes) ont une grande tradition autonomiste et ne voudraient pas se fusionner; mais les finances de l\u2019État y sont difficiles, elles sont presque livrées aux \u201cgénérosités\u201d d\u2019Ottawa.Au nom de cette fraction de la population canadienne, qui s\u2019exprime par une majorité d\u2019États provinciaux, le fédéral veut imposer sa.solution aux autres, qui représentent une majorité écrasante sur le plan provincial, mais se défendent mal parce qu\u2019on leur offre la lune (finance, unification sociale, etc.).Ou si cela paraît trop compliqué, expliquons-nous autrement.La population canadienne délègue ses pouvoirs à deux formes d\u2019États: l\u2019État fédéral et l\u2019État provincial.Ceux qui sont en possession de l\u2019État sur le plan fédéral sont en majorité centralisateurs; et la minorité n\u2019y a point part au gouvernement; même si les membres du gouvernement fédéral sont en réalité divisés, ils s\u2019entendent sur un minimum commun et arrivent aux conférences comme un bloc solide, inen-tamable.Le gouvernement fédéral, dans une rencontre fédérale-provinciale, n\u2019est pas divisé contre lui-même, 168 l\u2019action national» tous les délégués fédéraux sont solidaires, M.Saint-Laurent parle seul en leur nom.Sur le plan provincial, la grande majorité des Canadiens a élu des gouvernements à tendance autonomiste.Mais la minorité est maîtresse d\u2019au moins six gouvernements provinciaux.Dans une conférence fédérale-provinciale, ce qui est représenté ce n\u2019est pas les blocs de population mais les unités provinciales quelle que soit leur importance relative.De sorte que les provinces autonomistes ne peuvent compter sur la minorité fédérale pour les soutenir efficacement.Mais le gouvernement central et centralisateur trouve des complicités dans la minorité centralisatrice des provinces, représentées par au moins six petits États.Bref, Ottawa s\u2019entend avec lui-même, les provinces ne s\u2019entendent pas entre elles: d\u2019où la chance du premier sur les secondes quand tout le monde se réunit, sa supériorité stratégique.\u2022 Donc, M.Saint-Laurent escomptait des querelles entre délégués provinciaux.A quoi a-t-il veillé avec un soin jaloux?A ce que les provinces ne trouvent pas un terrain d\u2019entente contre l\u2019État central.Dès la séance inaugurale, il a paru que ce terrain commun pouvait exister: sept provinces protestaient contre la désinvolture avec laquelle le gouvernement central a rapatrié seul, par un \u201cacte unilatéral\u201d, une partie mal définie de la constitution canadienne.Les moins autonomistes des provinces, par exemple la EN MARGE DE LA PREMIÈRE RENCONTRE 159 Saskatchewan, se sont senties blessées dans leur dignité d\u2019État.Un front commun menaçait de se construire contre l\u2019État central.Immédiatement M.Saint-Laurent s\u2019est levé, par une formule plutôt ambiguë il a annoncé que le gouvernement d\u2019Ottawa accepterait de reculer si l\u2019on en venait à une entente, et que la conférence pouvait, au moins provisoirement, s\u2019attaquer à toute la constitution.C\u2019était habile.Le \u201cfront commun\u2019\u2019 s\u2019est tout de suite écroulé.Comment allait-on procéder?Rappelons-nous que le but de la conférence, c\u2019est de choisir un mode d\u2019amendement pour la constitution, afin de substituer un pouvoir canadien au pouvoir actuel du parlement de Westminster.Le délégué de la Nouvelle-Écosse avait formulé une proposition assez claire: il divisait l\u2019A.A.N.B.en quatre parties, suggérait une manière de procéder pour chacune, et commençait à distribuer les articles de la constitution dans chacune des quatre catégories.Plusieurs provinces se rallièrent à ce projet, comme à un bon instrument de travail.Là-dessus on a formé un comité de procureurs généraux, chargé d\u2019étudier ce projet et de rapporter une proposition unanime.Ce ne serait pas facile.Déjà s\u2019étaient accusées des divisions profondes parmis les délégués provinciaux.M.T.C.Douglas, au nom de la Saskatchewan et de la C.C.F.avait montré que son plus clair désir c\u2019est de confier à l\u2019État central le plus de pouvoir possible sur le plan social.M.Douglas L.Campbell, digne successeur de MM.Bracken et Garson au Manitoba, paraissait pressé lui aussi de se débarrasser de plusieurs droits provinciaux.L\u2019un et l\u2019autre formaient l'aile extrême 160 l\u2019action national® en matière de centralisation.A l\u2019autre extrémité s\u2019affirmaient MM.E.C.Manning (Alberta) et Leslie M.Frost (Ontario), et surtout se devinait M.Maurice Duplessis.Comment concilier des points de vue aussi inconciliables ?En amorçant le travail mais en se gardant bien d\u2019essayer de l\u2019effectuer.C\u2019est à quoi s\u2019est résolu le comité des procureurs généraux.Le projet Macdonald est revenu devant la conférence à peu près dépouillé de ce qu\u2019il contenait de positif.On n\u2019a rapporté qu\u2019un schéma de travail, une division en six catégories (au lieu de quatre), sans essayer de déterminer autrement qu\u2019à titre d\u2019\u201cexem-ples\u201d les articles de la constitution qui entreraient dans telle ou telle catégorie.Par conséquent, tout reste à faire.Voilà pourquoi \u201cla conférence fut un succès\u201d.Elle fut un succès parce que, d\u2019un commun accord, on s\u2019est abstenu d\u2019aborder les sujets litigieux.Mais alors, la conférence n\u2019aurait servi à rien ?Nous ne sommes pas pessimistes à ce point.Sur le plan canadien, la rencontre a montré que tous les premiers ministres s\u2019entendent pour \u201crapatrier\u201d la constitution canadienne.D\u2019un commun accord ils refusent l\u2019humiliante situation d\u2019un État vassal dont la loi fondamentale est soumise au Parlement d\u2019un autre pays.Cela est nouveau.Dans le passé, l\u2019on nous avait habitués à un autre langage.Le sentiment canadien vient de franchir une étape importante, la conférence en a témoigné avec éclat. EN MARGE DE LA PREMIÈRE RENCONTRE 161 Du point de vue psychologique, le résultat n\u2019est pas à négliger non plus.On s\u2019est entendu pour reporter à plus tard les problèmes difficiles.Mais les délégués auraient bien pu commencer à se quereller dès le premier jour.Mal intentionnés, ils se seraient trouvé sans peine des sujets de chicane.Ils ont montré de la bonne volonté.Le public s\u2019attendait à des ruptures éclatantes.On l\u2019a fait assister à une paisible discussion.Personne n\u2019a pris sur soi de torpiller la conférence \u2014 comme l\u2019avaient fait en d\u2019autres circonstances MM.Hepburn, Pattulo et Aberhardt (1941) ou M.Duplessis allié à M.Drew (1946).L\u2019opinion se reprend à espérer.o Nous n\u2019entendons pas analyser dans le détail les séances de janvier.Le Devoir l\u2019a fait quotidiennement, et le R.Père Richard Arès, s.j., marque dans Relations de février ce qu\u2019on doit en retenir.Nous discuterons plutôt l\u2019attitude du délégué québécois.M.Maurice Duplessis se trouvait à Ottawa dans une situation particulière.La presse du pays avait prévu qu\u2019il serait \u201cle brandon de discorde\u201d.Chacun guettait ses esclandres.Il lui aurait suffi d\u2019une phrase malheureuse pour dresser tout le monde contre lui.Il a choisi de surprendre ses amis comme ses adversaires: sans rien céder quant aux principes, il s\u2019est montré tout sucre et tout miel.Sa façon de briller et d\u2019intriguer la galerie, ce fut d\u2019en dire le moins possible.Au lieu de prendre l\u2019initiative de rappeler avec insistance en quoi la position du Québec diffère de 162 l\u2019action nationale celle des autres provinces, il s\u2019est rallié aux propositions de la Nouvelle-Écosse, considérées comme un point de départ.A-t-il eu tort?Une autre tactique était possible.Sans rien perdre de son urbanité, et en témoignant de plus de sérieux, le premier ministre du Québec eût pu prendre l\u2019offensive.Il aurait apporté ses propres projets, remplaçant l\u2019un par l\u2019autre à mesure que les autres délégués eussent soulevé des objections.Cette manière de procéder aurait peut-être, à la longue, désarmé ses adversaires.Nous en doutons.L\u2019avenir dira si M.Duplessis a adopté la meilleure stratégie.Provisoirement, nous estimons qu\u2019il s\u2019est montré habile.Ses concessions (qui encore une fois n\u2019entamaient rien) lui ont valu les éloges des journaux, presque d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.Tout le monde craignait Québec: aujourd\u2019hui l\u2019on se dit qu\u2019après tout Québec désire peut-être s\u2019accorder avec les autres.Les propositions que nous désirions l\u2019entendre formuler, il les tient sans doute en réserve et elles vaudront autant au cours de la seconde manche.Rien n\u2019aurait plus fait le jeu d\u2019Ottawa qu\u2019une solide querelle préléminaire entre M.Duplessis et, disons, M.Douglas ou M.Campbell.On se serait quitté, en criant haro sur Québecl Sans doute une explication entre les deux westerners et notre premier ministre viendra fatalement: leurs points de vue diffèrent trop.Puisque la conférence n\u2019a rien accompli de définitif, M.Duplessis conserve une grande liberté d\u2019action; et il garde le bénéfice moral de n\u2019avoir pas torpillé la première réunion. EN MARGE I>E LA PREMIÈRE RENCONTRE 163 Tout dépendra du mémoire qu'il adressera à Ottawa, et des attitudes qu\u2019il prendra à la prochaine rencontre.Nous lui suggérons cette fois, d\u2019arriver avec des conseillers techniques plus impressionnants et mieux préparés à jouer un rôle dans l\u2019ordre constitutionnel.L\u2019improvisation joue parfois de mauvais tours.\u2022 L\u2019on ne saurait demander à toute l\u2019opinion publique de suivre dans le détail des débats juridiques.Si nous le lui suggérions, elle se moquerait bien de nos conseils.L\u2019important, c\u2019est qu\u2019elle comprenne la gravité de ces rencontres.Qu\u2019elle ne les abandonne pas aux experts en se disant que cela ne la regarde pas.Dans six provinces canadiennes nous avons perdu nos luttes scolaires pour bien des raisons, mais en particulier parce que les garanties de l\u2019article 93 sont mal formulées.S\u2019il n\u2019y a pas d\u2019écoles françaises et catholiques, ou si l\u2019école française et catholique est gênée dans sa vie et son épanouissement en dehors du Québec, cela provient pour une part des insuffisances de l\u2019A.A.B.N.Avons-nous le goût de laisser rééditer de pareilles erreurs?Les textes de loi ne sont pas tout.Un peuple peut vivre en marge d\u2019une constitution.Et même contre elle: témoins, tant de nationalités de l\u2019Europe centrale, témoins nos propres minorités.A l\u2019inverse, nous pourrions mourir sous la protection des lois les plus généreuses si nous perdions notre vitalité, si nous cessions d\u2019avoir des enfants, si nous lâchions la terre et ne récupérions pas l\u2019industrie et si nous abandonnions à Ift4 l\u2019action nationale d\u2019autres la direction de notre vie sociale et culturelle, si nous nous désintéressions de notre existence de peuple distinct.Mais dans l\u2019époque moderne, vivre en marge de l\u2019État c\u2019est être condamné à une vie difficile, à des luttes épuisantes et souvent stériles.Le Canada français trouve son cadre politique d\u2019abord dans l\u2019État du Québec.Il faut que cet État garde ses prérogatives essentielles, qu\u2019une coalition de petites provinces, dirigées en sous main par l\u2019État fédéral, ne puisse lui arracher ses principaux pouvoirs.C\u2019est la question qu\u2019on agite dans la conférence fédérale-provincialc, derrière l\u2019appareil hirsute des textes législatifs.Le premier ministre du Québec doit sentir que l\u2019opinion le soutient dans sa lutte, qu\u2019au besoin elle stimulerait son ardeur et lui ferait payer cher ses éventuelles reculades ou même ses batailles mal préparées.André Laurendeau Vie de l\u2019Action Nationale Depuis si longtemps que se tait cette rubrique, les nouvelles ont pu affluer.En réalité, il n\u2019en manque pas.La Ligue d\u2019Action Nationale a récemment élu quelques nouveaux directeurs dont les noms s\u2019ajoutent à la liste des anciens.En ce faisant, elle a eu soin de réduire sa moyenne d\u2019âge.Il faut passer le flambeau aux générations qui suivent : les nouveaux directeurs sont M.Wheeler Dupont, de Québec, MM.André Dagenais et J.-Alphonse Lapointe, de Montréal.M.Dupont soutient depuis longtemps nos associations méritantes, ayant commencé à l\u2019A.C.J.C.; M.André Dagenais est un spécialiste de l\u2019histoire sud-américaine ; M.Alphonse Lapointe est un jeune agronome à l\u2019emploi de l\u2019U.C.C.- Tous trois ont collaboré à divers journaux et revues.Ils apportent à La Ligue et à sa revue un renfort très appréciable.Au cours de l\u2019année 1949, La Ligue avait invité le R.P.Richard Arès à siéger parmi ses directeurs.Elle posait ainsi un geste de gratitude.Car le R.P.Arès est l\u2019auteur de l\u2019oeuvre connue : \u201cNotre question Nationale\u201d.Sa brochure d\u2019actualité, \u201cLa Confédération, pacte ou loi\u201d, a obtenu une large diffusion et a contribué à aplomber bien des opinions.Les membres de la vieille garde sont toujours au poste.La plupart ont assisté à l\u2019assemblée annuelle des directeurs tenue le 12 janvier dernier.Cette jour- 166 l\u2019action nationale née d\u2019administration et d\u2019étude est conforme à la loi comme à une coutume depuis longtemps établie.Nos lecteurs apprendront avec intérêt que La Ligue d\u2019Action Nationale présentera un mémoire à Ottawa devant la Commission royale d\u2019enquête sur les arts, sciences et lettres.En divers centres de la province, La Ligue d\u2019Action Nationale reçoit maintenant l\u2019appui de membres qui amplifient son influence.Plusieurs d\u2019entre eux s\u2019étaient joints aux directeurs lors de l\u2019assemblée annuelle.On prévoit pour l\u2019année 1950 le lancement de quelques livres et brochures qui auront du retentissement.Mais il est trop tôt pour donner les titres .Cette chronique serait trop incomplète si elle ne notait l\u2019élévation d\u2019un de ses directeurs à la prélature.Monseigneur Albert Tessier a hautement mérité l\u2019honneur qui lui échoit.La dignité qui lui est conférée confirme en même temps les splendides résultats de son enseignement et de son apostolat.Dominique BEAUDIN Le quarantième anniversaire du DEVOIR Nous n\u2019avons pas la prétention d\u2019ajouter d\u2019éloges nouveaux à ceux qui se sont élevés vers le DEVOIR à l\u2019occasion de son quarantième anniversaire.Mais il serait gravement incorrect que L\u2019ACTION NATIONALE n\u2019exprime pas ses félicitations.Comme beaucoup d\u2019oeuvres, elle n\u2019aurait peut-être pas vécu sans l\u2019appui traditionnel du quotidien de la rue Notre-Dame.La Ligue des Droits du Français a été fondée en 1913.En 1917, paraissait L\u2019Action Française, appelée par la suite L\u2019Action Canadienne-Française.En 1933, après un silence de 5 ans, le même groupe publiait L\u2019Action Nationale qui a tenu bon jusqu\u2019à ce jour.Quel âge a maintenant La Ligue d\u2019Action Nationale ?Est-ce 17, est-ce 37 ans ?Sous un nom ou sous un autre, elle a toujours reçu du DEVOIR et de ses rédacteurs la plus ample collaboration. VIE DE L\u2019ACTION NATIONALE 167 C\u2019est au point qu\u2019on a pu croire, mais à tort, à la confusion des deux entreprises.N\u2019a-t-on pas vu maintes fois dans les deux publications des signatures identiques ?De toutes façons, le DEVOIR est l\u2019aîné de L\u2019Action Nationale ou de L\u2019Action française.Il lui a en tout temps accordé le plus fraternel et le plus constant appui.L\u2019oeuvre que poursuit L\u2019Action Nationale a besoin du maintien en force et de l\u2019influence montante du DEVOIR.C\u2019est du jaillissement de notre propre vie que nous lui souhaitons de durer pendant d\u2019innombrables et fécondes années.Dominique BEAUDIN Nous éditons : Montréal sous le règne de la pègre Tous nos lecteurs ont suivi dans Le DEVOIR ou entendu parler du puissant réquisitoire que Me Pacifique Plante, ancien directeur adjoint de la police montréalaise, a dressé ces mois derniers contre le vice organisé.On nous promettait \u201cle plus formidable acte d\u2019accusation jamais porté\u201d contre les excès de l\u2019administration municipale et de la police.Me Plante a tenu parole.Ses études précises, extraordinairement documentées, bien raison-nées, n\u2019ont pas reçu de réplique.Dans leur tout, elles paraissent iné-futables.Me Plante a abordé les sujets les plus délicats avec une extrême sobriété, et rien ne ressemble moins à du jaunisme que cet impressionant dossier.L\u2019Action Catholique diocésaine, les Ligues du Sacré-Cœur, l\u2019Ecole des Parents, la presse indépendante, des organisations professionnelles, des groupements nationaux, ont noté la force de ces attaques et sommé les autorités municipales de se réformer.Au moment où nous écrivons, celles-ci se récusent ou recourent à des échappatoires.Il restait à éditer le livre de Me Plante.Ce sera chose faite d\u2019ici quelques jours.L\u2019Action Nationale s\u2019en est chargée.C\u2019est sa façon de lutter contre la pègre, la protection, le vice \u2014 pourriture qui cherche l\u2019ombre et sur quoi il importe de faire la lumière.Ce sera un magazine d\u2019une centaine de pages, illustré par des photos significatives et par les meilleurs caricaturistes de Montréal.On prévoit que l\u2019édition s\u2019enlèvera rapidement.Retenez votre exemplaire chez votre dépositaire.Ou adressez-nous votre commande ($1.00).Participez à cette croisade pour la moralité \u2014 qui vaut mieux que les croisades à coups de bombes atomiques .André L. 1(38 l'action nationale TROIS OPINIONS SUR PEGUY De la revue Lectures (janvier) : L\u2019Action nationale manifeste toujours l\u2019esprit réaliste et le dynamisme qui m\u2019avaient conquis lors de mes années de Collège.Fidèle aux principes, elle ne se contente pas de les voir dans le ciel d\u2019abstractions idéalistes, mais les poursuit en pleine vie, incarnés dans la trame de nos existences.L\u2019on appréciera particulièrement, dans le présent numéro £de novembre] une justification allègre et enthousiaste de l\u2019admiration que tant de gens portent légitimement à Péguy, justification qu\u2019André Laurendeau a intitulée : De la mesquinerie intellectuelle.Théophile Bertrand Des Carnets Vlatoriens (janvier) : Note de la Rédaction.\u2014M.André Laurendeau, qui pose volontiers au grand esprit, a employé récemment vingt-cinq pages de Y Action Nationale pour ranimer le culte du poète Charles Péguy, \u2014 culte chrétien, social, littéraire, \u2014 un peu fortement détisé ici par par le P.Tessier (livraison de juillet).Nous avons rencontré des cas où André Gide avait fait du bien.En général, l\u2019humble enseignement commun de l\u2019Eglise, presque toujours peu « nouveau », la plupart du temps peu brillant dans ses formes, donnera davantage au peuple chrétien si même il ne procure pas plus de profit à la simple pensée humaine.Le pain de la poésie, hélas, n\u2019est pas toujours le meilleur ! \u2022 De Témoignage Chrétien : » .Pour nous, Péguy est un peu, selon le titre d\u2019un beau livre d\u2019A.Rousseau, *7 PRESSE-SERVICES, CANADA, représentant exclusif en Amérique française de Presse-Services, FRANCE, peut fournir aux Journaux, aux magazines, aux revues, aux almanachs et publications de langue française une grande variété de bandes comiques, d'articles, de dessins, de flans, d'historiettes, etc.MIEUX à meilleur compte.PRESSE-SERVICES, Canada 422 est, rue Notre-Dame, Montréal (1), P.Q.Téléphone : MArquette 2837 le\u2014-/\u201d\\_____________________ ( A Charbonneau Limitée BISCUITS \u2014 BONBONS \u2014 MACARONI FA.1116 1800 NICOLET, Montréal V o a « trouvera» chex Mua, et à bon compte, tout ce qu'U tout pour meubler votre réaldence.Maison établie depuis 40 ans.\u2022 Fltxroy 4681 LAMARRE FRERES 3723, Notre-Dame ouest, Montréal x Hommages aux collaborateurs de l'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE FA.1167\t3605, ONTARIO est, Montréal Nouveauté en Librairie J^\u2019Sndéqendance du Canada Par M.le Chanoine Lionel Groulx Un fort volume de 175 pages au prix de $1.50 franco.AUX EDITIONS DE L\u2019ACTION 422 est, rue Notre-Dame, \u2014 Montréal, P.Q.xi 2936 Tel.HA 0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511, Place d'Armes, \u2014 Montréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Ré*.: 64, ave Nelson, Outremont.Tel.DO 6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390, boul.Pie IX, Tel.CL 3580 Les cafés et confitures de J.'A.Désy LIMITÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES CR.2167\t COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée\t BISCUITS - GÂTEAUX \u2014 TARTES\t Alfred ALLARD,\tMarcel ALLARD, président et gérant gén.\tgérant général adjoint\t; 235, Laurier ouest\t.\t.\t-\tMontréal Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT I- XII RISQUE INUTILE Quand une chose est indispensable, il faut en payer le prix.L\u2019assurance-vie est dans ce cas: vous ne pouvez; vous en passer.Si vous n\u2019en verses pas les primes maintenant, c\u2019est votre famille qui devra les payer plus tard en privations.Risque bien inutile : nous avons une police pour chaque besoin.ASSURANCE-VIE ET RENTES VIAGERES CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE 41 ouest, Saint-Jacques\u2014Montréal\u2014HA 3291 Ida i\u2019ciumiarite ACTIF: $19,000,000.ASSURANCES EN VIGUEUR: $118,000,000.\u2022 Il n'y a pas longtemps encore, beaucoup de nos compatriotes étaient sous l'impression que pour réussir dans le domaine d\u2019assurance sur la vie il fallait porter un nom étranger.Nous manquions de confiance en nous-mêmes.Ce sera un titre de gloire pour LA SAUVEGARDE que d'avoir été la première compagnie canadienne-française à s\u2019aventurer sur un terrain qui semblait jusqu\u2019alors réservé à d\u2019autres.Durant longtemps, elle fut la seule mais ses succès encouragèrent les initiatives et facilitèrent la naissance des compagnies canadiennes-françaises fondées au cours des dernières années et auxquelles nous souhaitons le plus grand succès.IMPRIMINII POPULAIRE.LIMITÉE MONTRÉAL FEVRIER 1950 "]
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