L'action nationale, 1 mai 1953, Mai
[" nationale L\u2019Action Nationale : L\u2019Etat du Québec Adrien Thério : Souvenons-nous de Jules Fournier Robert-Lionel Séguin : L\u2019habitant Richard Arès, s.j.: Où en sommes-nous ?(IV) Peut-on détacher la Chine de la Russie?par Gérard Filion LE MOIS.M.Abbott se confesse A l\u2019écoute du monde | Vol.XLI No 5\t\u2014 MAI 1853\t\u2014 MONTRÉAL ] TRENTE.CINQ CENTS L\u2019EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE # Directeur: André LAURENDEAU # L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président; François-Albert Angers, vice-président; Jean-Marc Léger, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, Gérard Filion, L.-Athanase Fréchette, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J., Wheeler Dupont, André Dagenais, Alphonse Lapointe, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Le-gault, Roland Parenteau.Administration : 986, est, rue RACHEL, MONTREAL CHerrier 5253 L\u2019abonnement est de $3.00 par année L\u2019abonnement de soutien : $5.00 Autorisé comme envoi pestai de la deuscième classe Ministère des Postes, Ottawa, DUPUIS i Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 \u20acD>m Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherine, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.I LES AMIS DE LA REVUE AUBE, Philippe AVOCAT 152 est, Notre-Dame \u2022\tHA 5877 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 132 est, Notre-Dame \u2022\tMA 1922 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord 0 Sherbrooke, Que.- Tel.2-4793 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT Ï7 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA 1336 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.112, Edifie* des Tr«mwiyi, 199 ouest, rue Creig, Mtl.\u2022\tHA 3797 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jecques \u2022\tHA 2841 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Creig \u2022\tLA 9407 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Cetberine est \u2022\tLA 3138 POULIN, Albert ARCHITECTE III5, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTEL.: 2-4620 ALBERT ROUSSEAU Ltée Charbon - Huila 10720, Milieu \u2022\tDU 4146 LA VIGNE, C.-E.Courtier d\u2019assurances 3710, rue Lecombe \u2022\tAT 6433 PAQUIN, Philias PHARMACIEN Angle Bout.Rosemont et Cbebot %\tCR 2358 SARRAZIN, Arthur PHARMACIEN Serrzin-Cboquette, \u2022\tMontreal PAQUETTE, P.-E.FERRONNERIE 1115 est, rue Mont-Royal \u2022\tGI 3337 CARON, Marcel Assurance! générales 5117, Bout.Rosemont,Mtl, \u2022\tTU 3273 LANGEVIN, J.-H.Courtier en Assurances 937 H art lend, Montréal \u2022 AT 4110 \u2014 Bur.: HA 7223 LAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-trançois-Xevier, cb.S10 \u2022 Bur.t HA 0422 - Rés.t HA 1064 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5233 \u2022\t352, rue St-Valier, Québec PERREAULT, Robert La Sauvegarde, Assurance-Vie 7930, rue Lafontaine, Mtl.\u2022\tHA 7221 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2019invention 934 est, Ste-Cetberine \u2022\tHA 4348 II ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Lougueuil, P.Q.\u2022\tOR 5-0)49 DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.5685, Iberville \u2022\tFR 3176-7 Salaison MAISONNEUVE BACON marqua \"MORIN\u2019* 1450, De Latalls \u2022\tCL 4016-7 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hocbelaga \u2022\tCL 21)9 MASSÉ, Paul AVOCAT 152 est, rus Notrs-Dmmê \u2022\tBE 1971 AUG.BRUNETTE Ltéa PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rus Hôtel ds Ville \u2022\tPL 1946 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenus Kslvin, Outremont \u2022\tAT 3434 DUST-O-DUST Poudra à balayer 7021, Ds Laroche, Mtl.\u2022 Rolland Trépanier \u2014 CA 9071 ANGERS, Adrien, C.d\u2019A.A.Assureur agréé Bureau : 4009, rus Hochslags \u2022\tCL 7797 La Cie TULIPPE Ltée Cravates, écharpes at robes de 4630, rus Ibsrvills, Mtl.FA 25)3 /fàOMPOMUGÏÏG INC.(¥é * J.BRASSARD, pr«,.256 stt, Sts-Catbsrius, Mtl.MAXIME Nettoyeurs 8t Teinturiers 4140, rus St-Dsntt \u2022\tBE 1131 SÉGUIN, Paul-Émile NOTAIRE 6726, St-Hubert \u2022\tDO S739 CAMBRON, M., B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacie Cambron Spécialité : Prescriptions \u2022\t775 stt, rus Roy \u2014 HA 97)5 NADON et DE CARUFEL Comptables agréés 10 ousst, rus St-J acquêt \u2022\tPL 27)9 GALARDO, Armand \"Fruiterie St-Louis-de-France** Epicerie, viandes cuites.\u2022\t515, rus Roy \u2014 PL 1729 RAYNAULT, Adhémar Achat et vente de propriété Prêts : le et 2e hypothèque \u2022\t3573 stt, Ontario \u2014 FA 1751 DELABARRE & CHAPDELAINE Assurances de tout genre 3752, chemin Reins-Marie Montréal 26\tAT 1324 Bureau du soir i CHAPDELAINE, Ferdinand 6381, de Saint-Vallier \u2022\tCR 1223 L\u2019ACTION NATIONALE Vous offre un grand choix de livres et notamment toutes les éditions les plus récentes.III ) Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) \\ LA COMPAGNIE f.-V.DROLET Ingénieurs \u2014\u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Port\tQuébec Ben BÊLAND, président - Jean BELAND, In g.P., sec.-très.7152, boul.ST.-LAURENT, Montréal \u2014 GRavelle 2465 TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (atrictamant an grot) \"Le temple de la lumière\" Pour devenir propriétaire .Epargnez avec: IA COMPAGNIE MUTUELLE D'IMMEUBLES Limitée 1306 est, Ste-Catherine, Montréal TéL: CHerrier 5415-5515 IV =ü-.'¦¦¦¦¦ '\t.-\u2014r^-jj LA Banque Canadienne Nationale est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement Actif, plus de $450,000,000 552 bureaux au Canada 72 succursales à Montréal Hommages aux collaborateurs de l'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE \u2022 FA.1167\t3605, ONTARIO est, Montréal -\t=\t\u2014 i\tJ Qui se sauve du soleil aura toujours froid Le chauffage par rayonnement, c\u2019est le soleil douze mois par année dans sa maison.Et quel avantage de pouvoir supprimer les remous d\u2019air et la poussière ! 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NATIONALE 986, est, rue RACHEL\tCH.5253 VI L\u2019ACTIOIN NATIONALE VOL.XLI, No 5\tMONTREAL\tMai 1953 L\u2019Etat du Québec A quel point le sens profond de la Confédération s\u2019est perdu chez la masse de nos compatriotes, voilà ce qu\u2019il est renversant de constater.Conséquence de la maladresse ou de l\u2019incurie de nos politiciens, de l\u2019habileté des centralisateurs, de l\u2019apathie du peuple, la notion d\u2019Êtat provincial est quelque chose de complètement étranger pour la majorité des nôtres.Le terme \u201cÉtat\u201d évoque aussitôt pour eux Ottawa, Québec, \u201cn\u2019étant qu\u2019une province\u201d.Et si l\u2019on voulait illustrer la conception que nos gens entretiennent plus ou moins confusément de la structure politique de leur pays, c\u2019est à une pyramide qu\u2019il faudrait avoir recours, dont la base serait constituée par les municipalités, la coupe centrale par les provinces et qu\u2019Ottawa couronnerait glorieusement au sommet.La notion de souveraineté comme attribut des provinces ne leur est pas un simple rappel, mais plutôt une révélation.Ce que seront les résultats des travaux de la commission royale d\u2019enquête sur les relations fédérales-pro-vinciales, nul ne peut encore en présumer.Quoi qu\u2019il en soit la commission Tremblay aura eu du moins le mérite \u2014 qui, à lui seul, justifierait pleinement son 308 l\u2019action nationale existence \u2014 de rappeler aux Canadiens français et aux Canadiens en général qu\u2019il est telle chose que l\u2019État provincial.Et que même en 1953, en dépit de toutes les menées centralisatrices et de la propension de trop des nôtres à une abdication plus ou moins déguisée, il existe encore un État du Québec et il se trouve un certain nombre d\u2019hommes résolus à le maintenir et à le faire progresser.Dès qu\u2019il y a une certaine mesure de souveraineté dans l\u2019ordre politique, consacrée par un acte constitutionnel, il y a État.Sans doute, la nature même de l\u2019État, la mesure de son être et de son affirmation varie-t-elle précisément avec la mesure de souveraineté qui lui est impartie.Mais aussi longtemps qu\u2019il peut légiférer souverainement dans un ordre donné, il reste un État: nous pouvons donc parler justement de l\u2019État français du Québec.Projection sur les plans politique et constitutionnel d\u2019une nation, l\u2019État a pour mission de l\u2019aider à se réaliser progressivement, à s\u2019épanouir.Qui lui fera remplir cette mission?D\u2019abord et surtout le groupe d\u2019hommes à qui la nation confie la tâche difficile mais exaltante de la conduire vers son destin.Soiiverain dans les ordres de choses qui touchent de plus près à la vie quotidienne, intime de l\u2019homme: éducation, droit civil, régime marital et familial, etc.l\u2019État du Québec garde en mains propres, même en 1953, assez de pouvoirs et d\u2019assez considérables pour servir puissamment la promotion de la nation franco-canadienne.De cette mission, comment s\u2019acquitte-t-il ?L e bilan \u2014 effectué d\u2019un point de vue largement et intensément national \u2014 de quelque quatre-vingts années de régime confédératif, traduit un lourd excèdent du passif.S\u2019il L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC 309 n\u2019est pas en notre pouvoir de corriger immédiatement le régime des partis, l\u2019une des causes de la crise nationale, du moins pouvons-nous et devons-nous combattre en nous et autour de nous l\u2019apathie, qui en est une autre, la plus importante et la plus grave.L\u2019Action Nationalk Souvenons-nous de Jules Fournier Jules Fournier, voilà sans doute, pour plusieurs jeunes, un nom inconnu dans la littérature canadienne.Par exemple, s\u2019ils se reportent au petit manuel de Mgr Camille Roy, qui consacre au journaliste quelques lignes vagues, ils seront d\u2019autant plus convaincus que Fournier fut comme bien d\u2019autres un remplisseur de colonnes dans un journal quelconque.Évidemment, c\u2019est surtout la génération actuelle qui pensera ainsi.Car, de la mort de Fournier en 1918 jusqu\u2019à 1935, on trouve assez souvent dans les journaux et revues de bons articles au sujet du grand polémiste.C\u2019est donc dire que la génération qui nous précède a au moins eu le mérite de ne pas vouloir oublier Jules Fournier et de lui donner sa vraie place au sein de notre littérature.Quant à la génération actuelle, n\u2019ayant probablement pas eu la chance de mettre la main sur les deux petits volumes de Mon Encrier1 et n\u2019ayant pas le temps de faire une étude approfondie de notre journalisme, elle en est venue jusqu\u2019à oublier l\u2019existence de Jules Fournier.Plutôt que de se perdre en luttes stériles à savoir si notre littérature existe ou non (si elle n\u2019existait pas, on n\u2019eût jamais pensé à se poser la question), 1.Jules Fournier, Mon Encrier, Mme Jules Fournier, éditeur, Montréal, 1922. SOUVENONS-NOUS DE JULES FOURNIER 311 pourquoi ne cherche-t-on pas à connaître nos écrivains de valeur?Oh! certes, ils ne sont pas légion! Mais il en existe quelques uns, et Fournier est de ceux-là.A l\u2019heure où, inquiets de l\u2019avenir qui nous est réservé en Amérique du Nord, nos chefs d\u2019hier, de concert avec nos chefs d\u2019aujourd\u2019hui, essaient de faire revivre parmi notre jeunesse et notre élite une action canadienne-française saine et vivifiante, il importe que nous puissions présenter à cette jeunesse et à cette élite des hommes dont le mérite n\u2019est plus à discuter, des maîtres qui, par la manière dont ils ont fait le passé, nous enseignent à faire le présent et à préparer l\u2019avenir.Aujourd\u2019hui, il suffit de parler nationalisme pour que le nom de Henri Bourassa nous vienne aux lèvres.C\u2019est rendre justice au grand tribun.Mais Bourassa n\u2019a pas été seul à lutter pour sa race dans les décades qui suivent l\u2019ère de 1900.D\u2019autres aussi ont peiné avec lui, et dont le mérite a été momentanément éclipsé par la grandeur du verbe de l\u2019orateur.Ils n\u2019en faisaient pas moins une besogne nécessaire et même indispensable.Je ne suis pas prêt à dire comme tout le monde que Bourassa a été le père du nationalisme canadien.Avant lui, on en connaissait un autre qui, lors d\u2019une période d\u2019histoire canadienne assez trouble, avait réussi à donner au peuple des idées de courage sublime.Et même dans l\u2019ère Bourassa, à mon sens, le véritable père du nationalisme fut plutôt Olivar Asselin, l\u2019organisateur, le fondateur et l\u2019animateur de la ligue nationaliste de 1903-1904.C\u2019est Olivar Asselin qui a donné la vie à ce mouvement puissant et qui a chargé Bou- 312 l\u2019action nationale rassa de l\u2019habiller, de lui fournir des vêtements éclatants par ce don inné qui fit de lui, à un moment, l\u2019orateur le plus puissant de l\u2019univers.Je ne veux pas diminuer le mérite de Bourassa.Je veux plutôt donner à César ce qui appartient à César.Car, pendant que Bourassa faisait connaître à la population française du Canada, par des discours pleins de vigueur, le sens du nationalisme canadien, d\u2019autres se chargeaient de donner à l\u2019élite du pays, par la voie de journaux, des leçons génératrices de courage, d\u2019optimisme et de fierté Parmi ceux-là, on se souvient d\u2019Olivar Asselin, mais on a oublié Jules Fournier.Il est vrai que ce dernier est mort à 33 ans et à la fin de la guerre 1914-18.Cela expliquerait un peu que les journaux du temps aient signalé la mort du \u201cgrand journaliste\u201d, sans plus.Cela ne nous justifie pas cependant de laisser dans l\u2019oubli un homme qui peut devenir un éducateur de notre jeunesse au même rang qu\u2019As-selin et Bourassa, et qui écrivait une langue plus harmonieuse et plus soignée que la leur.Jules Fournier est né le 23 août de l\u2019année 1884, à Coteau-du-Lac, dans le comté de Soulanges.A l\u2019école du village il montre des dispositions extraordinaires pour l\u2019étude.Il entre au collège de Val-leyfield en l\u2019année 1897.Il quitte définitivement le Séminaire aux Fêtes de décembre 1902, après avoir commencé sa première philosophie.Il laisse là la réputation d\u2019un élève supérieurement doué, quelque peu entêté et orgueilleux.La discipline du collège lui plaisait peu.Mais c\u2019est quand même là qu\u2019il SOUVENONS-NOUS DE JULES FOURNIER 313 acquiert sa grande passion pour la lecture.Avant même ses belles-lettres, il a la fièvre des grands auteurs.En rhétorique, nous le trouvons en correspondance avec Jules Lemaître, maître du temps en critique littéraire.A l\u2019automne de 1903, Fournier s\u2019en vient à Montréal et il entre à la Presse comme nouvelliste.C\u2019est là qu\u2019Olivar Asselin, directeur de l\u2019information, voulut le faire mettre à la porte, à cause de sa prose trop bâtarde.En 1904, Fournier passe au Canada comme courriériste parlementaire à Ottawa.Pendant quatre ans, il fera le même travail, mais cela ne l\u2019empêchera pas dès 1906, de commencer à signer des articles pour le journal d\u2019Asselin, sous le pseudonyme de Pierre Beaudry.Aux Communes, Fournier s\u2019initie à la politique.Il goûte l\u2019éloquence du jeune député de Labelle, Henri Bourassa, et il se rend compte que les affaires du pays ne vont pas toujours sur des roulettes, même si Wilfrid Laurier est à la tête du pays: celui qui incarnait alors la nationalité canadienne-française n\u2019y a pas regardé de très près avant de sacrifier les droits des minorités françaises de l\u2019Ouest.En 1908, Asselin cède son poste de directeur au Nationaliste à Fournier.Avec lui, la lutte sera encore plus serrée, entre son journal d\u2019une part et les ministériels de l\u2019autre.Avec une plume aussi peu bridée que la sienne, Fournier devait nécessairement se faire des ennemis et s\u2019attirer des ennuis.Des ennemis, il s\u2019en fit tant et plus, en entretenant des polémiques avec presque tous les journaux du temps, partisans d\u2019un coté ou de l\u2019autre.Des ennuis?Ils lui arrivèrent sous forme de procès.Le plus reten- 314 l\u2019action nationale tissant eut lieu en 1909.La cause en était un article intitulé La Prostitution de la Justice1 qui attaquait des jugements rendus par trois juges de la Cour Supérieure de Québec.Dans le même numéro de son journal, apparaissait aussi un article dont le titre, Trois ex-voyous, n\u2019était pas pour faire plaisir aux intéressés, deux juges de la Cour Supérieure et un lieutenant-gouverneur de la province de Québec.A ce procès, célèbre dans les annales judiciaires de la province, Fournier écopa de trois mois de prison.Fatigué de la politique, Fournier part pour l\u2019Europe.Il en revient quelques mois plus tard.En 1910 il devient, avec Orner Héroux et Olivar Asselin, rédacteur du Devoir que Bourassa venait de fonder.Cependant Asselin et Fournier quittaient le journal quelques mois plus tard en claquant les portes.Ils refusaient de se faire imposer une discipline par le chef.En avril de la même année, Fournier se rembarque pour l\u2019Europe.Il sera cette fois, correspondant de la Patrie outre-mer.Il en profite pour visiter des écrivains comme Mistral, Jules Lemaître et Anatole France.A son retour à Montréal, en 1911, il fonde Y Action, hebdomadaire qui devait tenir le coup pendant plus de cinq ans et qui fut, je n\u2019hésite pas à le diie, le journal le plus français que nous ayons eu au Canada.En 1912, Fournier s\u2019était marié à Mlle Thérèse Surveyer, compagne dont la vive intelligence sut apprécier les talents de son mari et l\u2019encourager dans la voie qu\u2019il suivait avec tant d\u2019ardeur.1.Dans le Nationaliste, Juin 1909. SOUVENONS-NOUS DE JULES FOURNIER 315 Pendant les cinq années qu\u2019il a dirigé l\u2019Action, Fournier ne s\u2019est pas occupé de politique avec autant d\u2019ardeur qu\u2019au temps où il était directeur du Nationaliste, mais il y a dénoncé quand même avec vigueur les cuistres, les imbéciles et les profiteurs du bien public.Parlant de politique, il faudrait, ici, faire exception pour la politique municipale qui prit une bonne part de ses énergies pendant ces cinq années.C\u2019est là qu\u2019on lui intenta un autre procès qui eut un grand retentissement.Le demandeur était cette fois Médéric Martin, maire de Montréal.Fournier gagne son procès haut la main et peu après se fait élire échevin du quartier Saint-Jacques.En 1916, Y Action cesse de paraître.En 1917, Fournier est nommé traducteur au Sénat.La position lui aurait permis de travailler à une œuvre de longue haleine, mais malheureusement, au printemps de 1918, Jules Fournier prit le lit et ne se releva point.Victime d\u2019une pneumonie ou de la grippe espagnole ?On ne sait au juste.Jules Fournier mourait à trente-trois ans, à l\u2019heure où tant d\u2019autres commencent leur carrière.Pourtant, il avait donné au journalisme treize années de labeur fécond.Et il laissait, éparse, dans de nombreux journaux, une œuvre de polémiste incomparable dont l\u2019importance littéraire allait être révélée en 1922 par la publication de Mon Encrier, recueil de morceaux choisis du grand journaliste.Dans une analyse de l\u2019œuvre de Fournier, il faut faire des divisions si l\u2019on veut en arriver à un 316 l\u2019action NATIONALS! équilibre qui fasse voir l\u2019ensemble dans un tableau qui rende justice à l\u2019auteur.D\u2019abord, nous devons nous attacher au nationaliste.Tout Fournier est imprégné de nationalisme.Il a aimé son petit pays plus que tout autre.Dès 1904, il se joint au mouvement qu\u2019Asselin vient de fonder et il en sera toute sa vie un des principaux piliers.Que Fournier ait dépassé la mesure parfois, oui.Mais cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019ait pas fait de travail sain.C\u2019est au Nationaliste d\u2019abord, à V Action ensuite, que Fournier travailla à la réforme de l\u2019opinion publique et de tous nos travers.Il suffit de relire aujourd\u2019hui encore sa Lettre Ouverte au Prince de Galles1 pour se rendre compte de quel nationalisme il se chauffait.Un texte que tous les élèves de belles-lettres et rhétorique devraient avoir lu et analysé.Cet idéal nationaliste a conduit Fournier sur le terrain de la politique.Polémiste par nature, il allait trouver dans la politique provinciale et fédérale d\u2019abord de magnifiques cibles où lancer ses flèches.Influencé par Bourassa et Lavergne, Fournier se bat contre la politique d\u2019immigration du gouvernement fédéral et critique vertement la participation du Canada aux guerres de l\u2019Empire ainsi que la création d\u2019une marine canadienne.Au provincial, Fournier combat les profiteurs du bien public.Il soutient Bourassa dans ses campagnes électorales et demande l\u2019instauration d\u2019un régime qui garde nos richesses chez nous.Dans le domaine 1.Dans le Nationaliste, 28 juillet 1908. SOUVENONS-NOUS DE JULES FOURNIER 317 municipal, il essaie de nettoyer l\u2019hôtel de ville de Montréal de toutes les saloperies qui s\u2019y font.Mais la politique est intimement liée à l\u2019économie d\u2019un pays.Voilà pourquoi, il faut aussi étudier en Fournier l\u2019économiste.L\u2019économiste qui se préoccupe des conséquences d\u2019une immigration massive aux points de vue canadien et canadien-français; qui désire la cessation des ventes de nos forêts à vil prix; qui dénonce le vol systématique des marchands de bois américains; qui réclame un nouveau système de colonisation qui protège le colon; qui étale au grand jour les ventes en secret des mines et des forces hyrauliques de la province.Conséquence de toutes les réformes demandées par Fournier: développement industriel de la province.Avant tout, créer une éducation industrielle et une éducation technique.Chose facile pour peu que le gouvernement se mette à l\u2019œuvre.Nous avons touché là trois points de vue qui se rattachent l\u2019un à l\u2019autre: nationaliste, politique, économique, mais qu\u2019il faut regarder chacun en particulier.Verrons-nous maintenant en Fournier un sociologue ?Quelques-uns s\u2019y refusent.Les études pénétrantes qu\u2019il a faites en ce domaine appartiennent plutôt à la psychologie comparée des peuples.Mais c\u2019est là un point de vue qui n\u2019est pas à dédaigner chez Fournier.Elle nous donne l\u2019occasion de connaître son opinion sur les Canadiens français les Franco-Américains, les Anglais, les Irlandais, les Français, les Allemands.Poursuivant notre analyse, nous ne pouvons laisser de côté deux autres aspects de Fournier: 318 L\u2019ACTION NATIONALE le polémiste et le plaideur.Toute sa vie, Fournier a fait œuvre de polémiste, de polémiste qui se changeait parfois en pamphlétaire.Sa violence ferait état d\u2019offense dans les journaux d\u2019aujourd\u2019hui.Aussi bien, elle lui a valu plusieurs procès dont nous rappelions plus haut les deux principaux.Dans un nouvel ordie d\u2019idées, nous devons maintenant nous attacher à Fournier, homme de lettres, comme il y en eut peu au Canada français.Certes, il a soutenu que la littérature canadienne n\u2019existait pas, et pour justifier ses assertions, il n\u2019a pas hésité à faire entrer nos principaux auteurs dans la littérature française.La meilleure réfutation de la thèse de Fournier allait venir du polémiste lui-même qui, pendant sa vie, avait travaillé à une Anthologie des Poètes Canadiens, livre qui ne devait voir le jour que quelques années après la mort de l\u2019auteur.Cet homme de lettres était aussi un essayiste dont les Souvenirs de Prison ont conservé encore aujourd\u2019hui une saveur qui ne vieillit pas.Mais c\u2019est surtout par le côté critique de son œuvre que Fournier a été connu de la génération qui l\u2019a suivi.Ici nous ne citerons que deux titres d\u2019articles qui mériteraient de conserver à Fournier une réputation de grand critique: Que ceux qui ont des yeux voient,1 et Un Grand Explorateur*.Enfin, pour avoir une vue complète de l\u2019importance de Fournier, il serait très important de s'arrêter à son style, et de l\u2019analyser longuement.Là, nous verrons que Fournier écrit une langue qui ferait l\u2019envie de la plupart de nos écrivains actuels.1.\tDans l'Action, 10 août 1912.2.\tDans le Nationaliste, 28 novembre 1909. SOUVENONS-NOUS DE JULES FOURNIER 319 Fournier eut le sens du français classique, le sens du génie de la langue à un degré que peu de nos écrivains ont pu atteindre.Tellement peu qu\u2019on pourrait les compter sur les doigts de la main et que certains doigts n\u2019auraient peut-être pas de représentants.Une lecture de Mon Encrier convaincra facilement ceux qui ne me croient pas sur parole.Dans toute cette œuvre cependant, il y a une chose qui frappe avant tout, et c\u2019est l\u2019esprit de Fournier.Il en eut du meilleur et du plus fin.Il est le seul, à mon sens, qui ait manié le ridicule au Canada français avec un art aussi consommé.Il faisait de l\u2019esprit à propos de tout et à propos de rien.Et souvent, il gagnait des causes d\u2019importance avec son esprit.A ce sujet, il y aurait des pages et des pages à citer.La lecture de son œuvre nous le prouve.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui fait qu\u2019on a tant de plaisir à lire le polémiste.Que fut Jules Fournier ?A première vue, il donne l\u2019impression d\u2019être un violent.Il l\u2019était, mais malgré la contradiction apparente, il était aussi un tendre.Il avait le cœur sur la main et comme Asse-lin, pouvait donner jusqu\u2019à son dernier sou au pauvre qu\u2019il rencontrait dans la rue.S\u2019il était souvent implacable devant l\u2019imbécillité ou la mauvaise foi des gens, par contre, il ne gardait jamais rancune à personne.Dans le besoin, son pire ennemi devenait son ami.Madeleine, journaliste qui l\u2019a bien connu, nous dit de lui: Il pouvait atteindre à l\u2019extrême limite de l\u2019ironie, se montrer même cruel quand il croyait devoir mépriser certains êtres qui pourtant ne lui avaient rien fait, mais il ne sut jamais se venger de 320 l\u2019action nationale ceux qui lui avaient fait du mal, mais qu\u2019il ne pouvait mépriser.Il est tout là! Je n\u2019ignore rien de ce que lui fît souffrir l\u2019égoïsme ou l\u2019intransigeance de ceux qu\u2019il se plaisait à admirer et à aimer en même temps, mais il porta sa peine sans se plaindre et jamais un mot amer ne marqua qu\u2019il avait souffert de n\u2019être pas compris.Avec Olivar Asselih, Jules Fournier a été l\u2019un des plus ardents défenseurs de la pensée française au Canada.Toute sa vie, il a travaillé à relever le niveau intellectuel et moral des Canadiens français.D\u2019un désintéressement à toute épreuve, d\u2019une franchise peu banale, doué de qualités de cœur et d\u2019esprit qu\u2019on rencontre rarement, il mérite d\u2019être connu chez nous beaucoup plus qu\u2019il ne l\u2019a été jusqu\u2019à maintenant.Son œuvre peut devenir un enseignement à plusieurs égards.Il est arrivé à Fournier de se tromper.Malgré ses erreurs, il demeure l\u2019un de ceux qui ont le plus fait pour notre petit peuple.Il a compris la plupart des problèmes de son temps avec une justesse qu\u2019on ne peut refuser de reconnaître et, à côté du mal, il a toujours su indiquer le remède.Son œuvre comporte un intérêt national et un intérêt littéraire.Journaliste et écrivain, il le fut de façon parfaite.Et c\u2019est avec fierté que, toutes proportions gardées, on peut le comparer aux plys grands journalistes français et tirer des conclusions qui sont tout à ^honneur de Fournier.Adrien Therio Psychologie de nos ancêtres L\u2019habitant (sous le régime français) Trois types sociaux bien distincts marquent le démographie de la Nouvelle-France.Ce sont le seigneur, le coureur de bois et l\u2019habitant.Tous sont indispensables à la survie de la colonie et loin de moi ïa prétention de discréditer l\u2019un pour glorifier l\u2019autre.Si j\u2019ai choisi l\u2019habitant comme sujet de mon étude, c\u2019est pour l\u2019unique raison qu\u2019il intéresse de préférence mes compatriotes.Essayez de retracer les ascendances d\u2019une famille canadienne-française sans lui trouver une souche terrienne.La chose est presque impossible.Si les habitants sont à la genèse de notre existence comme groupe ethnique, il nous importe donc de les étudier et de les connaître.Le seigneur Parlons d\u2019abord brièvement des deux autres types.Le seigneur pour sa part, reste le grand responsable des cadres sociaux de la colonie.Il est l\u2019animateur et le promoteur de tous les rouages administratifs de la seigneurie.C\u2019est lui qui érige le moulin et les établissements banaux si indispensables au censitaire.Il concède les lopins au colon.Il rend la justice, la basse justice, car la haute relève presque exclusivement de l\u2019Intendant.Le seigneur organise parfois la milice dans son secteur. 322 l\u2019action nationale Bref, c\u2019est un adjoint du Gouverneur.Il sert d\u2019intermédiaire entre le représentant du roi et les habitants dans l\u2019administration des affaires publiques.Le coureur de bois Quant au second type, le coureur de bois, il est à tort le plus discuté du groupe.C\u2019est pourtant la figure la plus romantique du trio.C\u2019est le poète de la Nouvelle-France.On dira que le mercantilisme est le principal mobile de ses pérégrinations.D\u2019accord.Mais le coureur de bois reste avant tout un amant passionné de la nature, un assoiffé de liberté.Impossible de le comprimer dans l\u2019enceinte des forts ou de le greffer aux grands rectangles des emblavures, car il est aimanté vers les terres vierges.Quelle fascination exerce une rivière, \u201cun chemin qui marche\u2019\u2019 pour me servir du vocabulaire de l\u2019époque, sur ce gamin incorrigible des premières heures de nos annales.Le coureur de bois reste un nomade infatigable qui va fureter dans tous les recoins de l\u2019Amérique septentrionale.Il ne peut résister à la puissance séductrice de l\u2019inconnu.Il fouille, il inventorie, promenant le fleurdelisé des confins de l\u2019actuel Ungava au delta du Mississipi, des côtes labrado-riennes au front des Rocheuses.Si l\u2019habitant est un colonisateur, le coureur de bois est un découvreur.Comme l\u2019abbé Savard nous pouvons dire de lui: \u201cJamais personne n\u2019a nommé dans sa langue tant de terres ni tant d\u2019eaux\u201d1.C\u2019est le coureur de 1.Abbé Félix-Antoine Savard \u2014 Menaud Maître-Draveur, (Québec, 1937), 63. l\u2019habitant 323 bois qui garde l\u2019autochtone d\u2019abord sous la férule de Marly, ensuite sous celle de Versailles.Une tribu s\u2019agite-t-elle sous l\u2019influence d\u2019agents étrangers, vite on le délègue comme ambassadeur du gouverneur de Québec.Il ira distribuer des colliers aux chefs récalcitrants.Le plus souvent, ces missions en pays hostiles comportent un risque de mort.Il ira quand même, car il a conscience de son rôle.Il se sait indispensable à l\u2019hégémonie française en territoire indien.Mais le coureur de bois ne se contente pas d\u2019une fonction à caractère politique, il est encore au premier plan de notre économie.C\u2019est le pourvoyeur de la colonie.C\u2019est lui qui amène les flottilles de castors si nécessaires à la vie du pays.La France prohibe toute forme d\u2019industrie publique en Canada.L\u2019ordonnance royale de 1717 n\u2019est que la confirmation de cette politique1.Plus tard, dans un Mémoire daté du 15 mai 1736, le roi se charge personnellement de prononcer la sentence de mort contre la chapellerie canadienne2.Même sort réservé à la fabrique de bas Souste, de Montréal et à la buiscuiterie de Poudre3.Et on peut multiplier à volonté les exemples.Me Noël Fauteux écrivait justement à ce sujet :4 1.\tNouvelle-France, Documents Historiques, Correspondance échangée entre les Autorités Françaises et le Gouverneur et Intendant.(Québec, 1893) 1: 142.2.\tArchives du Canada \u2014 B 64 \u2014 3: 597-625 \u2014 Mémoire du roi, 15 mai 1736.(pièce citée par le chanoine Groulx \u2014 Revue d\u2019Histoire, 111, 3 p.394).3.\tGreffe de Benigne Basset.En dépôt aux Archives judiciaires de Montréal.4.\tJoseph-Noël Fauteux, L.L.L.\u2014 Essai sur VIndustrie au Canada sous le régime français.(2 vol., Québec, 1927), 11: 490-92. 324 l\u2019action nationale En effet, jusqu\u2019à la fin les habitants du Canada durent dépendre de la métropole pour les choses nécessaires à la vie.La colonie n\u2019avait pas droit à son indépendance économique.Elle n\u2019existait pas pour elle-même, mais uniquement en fonction du royaume de France.On n\u2019a pas à le cacher, la Métropole vise au monopole exclusif de la production.Mais l\u2019habitant a besoin d\u2019objets indispensables à son milieu, tels les instruments aratoires, les pièces de mobilier, les vêtements, la vaisselle, les armes, etc.Le vaisseau du roi qui mouille devant Québec a mission de tout apporter, mais où le colon prendra-t-il son pouvoir d\u2019achat ?Dans notre agriculture ?non, puisqu\u2019elle n\u2019est pas complémentaire de celle de la Métropole.Nous produisons bien du blé, de l\u2019orge, du seigle, mais la France en a en abondance dans ses greniers.Reste l\u2019élevage.Notre cheptel en est encore au stade embryonnaire.Et supposons qu\u2019il soit nombreux, l\u2019exiguïté des voiliers du temps, jointe à la longueur des traversées océaniques qui nécessitent une réserve abondante d\u2019eau douce et de fourrage, aurait rendu bien prohibitif le prix de nos bestiaux sur les marchés européens.Dès 1727 l\u2019on songe à un débouché aux Antilles1.Mais un tel commerce s\u2019avère toujours impossible.Seule la fourrure peut nous servir de monnaie et garnir l\u2019assiette économique de la Nouvelle-France.D\u2019autant plus que le bassin de l\u2019Hud-son et la région des Grands-Lacs presque à portée de la main, sont les plus grands réservoirs de pelle- 1.Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France, recueillis aux archives de la Province de Québec, ou copiés à l\u2019étranger.(4 vol., Québec, 1883-1885), 3: 130. l\u2019habitant 325 teries au monde après la Sibérie.Autre fait en faveur du troc des fourrures: l\u2019autochtone ne connaît pas la valeur des choses.Il cède de petites fortunes en castors pour d\u2019insignifiantes bagatelles.Conflits Résumons-nous.Sur un continent dont les frontières sont à l'échelle de l\u2019immensité, c\u2019est dans les découvertes et les courses des coureurs de bois que se dépensent le plus l\u2019audace et l\u2019énergie françaises.Mais si le seigneur est un allié de l\u2019habitant, le coureur de bois, à cause de sa mission, en devient presque un adversaire.C\u2019est toujours la vieille dualité de la terre et de l\u2019eau.De l\u2019eau de ces rivières qui ensorcellent et qui fascinent; de la terre laurentienne qui enracine et qui nourrit.Voilà l\u2019explication de la dispute entre la colonie de comptoir du coureur de bois et celle de peuplement de l\u2019habitant.Ce conflit va continuer d\u2019asphyxier la Nouvelle-France jusqu\u2019à la fin de l\u2019ancien régime.La course au castor draine la jeunesse vers les bois et prive la terre des essouchements nécessaires.Malgré les belles promesses d\u2019évangélisation et de colonisation de la part des compagnies, l\u2019habitant reste toujours un gêneur qu\u2019il faut éloigner des avenues suivies par les flottilles de fourrures.Tous les moyens seront bons à ces messieurs.C\u2019est ce qui explique pourquoi hauts fonctionnaires, marchands et officiers font chorus pour empêcher le colon de prendre pied en bordure des rivières conduisant aux pays de faune à poil.L\u2019Indien qui descend aux comptoirs montréalais s\u2019arrêtera infailliblement au premier abatis de 320 l'action nationale Blancs.L\u2019exemple de la rivière des Outaouais reste sans équivoque.La seigneurie de Vaudreuil est concédée en 1702.En mars 1725, près d\u2019un quart de siècle plus tard, le marquis de Vaudreuil rédige le premier recensement de son fief.Il n\u2019y trouve que 38 concessionnaires dont huit seulement tiennent feu et lieu.La seigneurie de Rigaud est érigée en 1732, et ce ne sera que trois décades plus tard, en 1752, qu\u2019une poignée de censitaires prendront timidement pied dans les échancrures de l\u2019Anse à la Brunette.Et pourtant les deux seigneuries ne sont qu\u2019à une quinzaine de lieues de Montréal.A ce sujet, soulignons que depuis 1702 un comptoir de traite est installé à l\u2019Ile-aux-Tourtres, près de la presqu\u2019île des Cheneaux à Vaudreuil.Un sulpicien, M.de Breslay, va réussir à transformer l\u2019endroit en Mission pour les Nepis-singues, les Loups et les Algonquins, mais au prix de quelle misère! Il trouve ligués contre lui de hauts fonctionnaires et des gentilshommes, tels M.You et l\u2019incurable trafiquant, François-Marie Perrot, seigneur de l\u2019île du même nom et gouverneur de Montréal.Mais ce n\u2019est pas tout.Il y a forte présomption que le gouverneur de Vaudreuil lui-même soit directement intéressé au commerce lucratif et clandestin de l\u2019Ue-aux-Tourtres.D\u2019abord Ruette d\u2019Auteuil déclare dans un mémoire au ministre Pontchartrain, le 17 octobre 170511 Je me trouve ici, Monseigneur, dans l\u2019obligation de dire à votre Grandeur, que cette quantité de 1.Rapport de l\u2019Archiviste de la Province de Québec, 1922-23.(Québec, 1923), 17.\u2014 Mémoire au Ministre Pontchartrain sur l\u2019administration de la justice en Canada, 17 octobre 1705. l\u2019habitant 327 castors dans laquelle Messrs de Vaudreuil a part provient de la traite d\u2019eau de vie, que les canots qu\u2019il a envoyés de toutes les côtes de son gouvernement, tant aux Outaouact qu\u2019à l\u2019Acadie.Et la charge n\u2019en est pas moins écrasante dans un autre mémoire daté de 171211 Cependant M.de Vaudreuil dès la première année de son gouvernement envoya sous un congé signé de sa main le sieur Vincennes, enseigne d\u2019infanterie, avec trois canots chargés d\u2019eau-de-vie, négocier avec les Sauvages par les rivières qui pénétrent dans la profondeur des forets.Même accusation, en 1715, lorsque les trafiquants Cuillerier et Saint-Germain, mis en arrestation, refusent de dire \u201cce qu\u2019ils savent des commerces indirects de Monseieur de Vaudreuil auxquels ils ont été employés\u201d2.D\u2019ailleurs bien avant ces événements, en 1672, Perrot, en habile commerçant envoie son lieutenant le sieur Carillon de Fresnoy fonder un poste de traite au pied du Long-Sault sur l\u2019Outaouais.L\u2019ambitieux gouverneur veut déjouer ses rivaux en allant cueillir le castor aux avant-postes de la civilisation.Ainsi le peuplement de la Nouvelle-France demeure constamment gêné par ces hauts fonctionnaires avides de gains.Vers 1620, la population sédentaire et le personnel de traite en Canada ne s\u2019élèvent qu\u2019à 73 personnes.Quatre ans plus tard la colonie compte 145 âmes3.La compagnie qui suc- 1.\tIbid., 38.\u2014-Mémoire sur l\u2019État présent du Canada, 1702.2.\tIbid., 54.\u2014 Mémoire au Ministre de Pontchartrain sur la mauvaise administration de la justice au Canada, 1715.3.\tRecensements du Canada, (1665-1871).(4 vol., Ottawa 328 l\u2019action nationale cède à celle de Montmorency s\u2019engage bien à faire passer des colons en Canada, mais par la suite, elle ne s\u2019acquitte de cette obligation qu\u2019au rythme insignifiant de six familes pendant les onze premières années de son administration.Durant les six premières années, elle n\u2019en amène que deux ou trois.Aussi à l\u2019avènement des Cent Associés en 1627, la population de Québec ne se chiffre qu\u2019à 50 âmes et le défrichement ne couvre que 20 arpents.De 1608 à 1627, Tanguay cite 215 arrivées, mais il y a 101 départs, 2 mariages, 6 naissances et 40 décès.En définitive on revient à la population première.Dans l\u2019Advis au Roy de 1623, nous trouvons la description suivante du poste de Québec: \u201cun magasin au bord de l\u2019eau, un logis de trois quarts et un fortin\u201d.Rendons-nous à l\u2019évidence, le Canada est peu de chose à l\u2019arrivée de l\u2019habitant.Et cet habitant qui nous intéresse particulièrement qui est-il ?d\u2019où vient-il ?Qui est l\u2019habitant?A ce propos, M.Georges Bouchard s\u2019exprime ainsi1: L\u2019habitant chez nous, c\u2019est le possesseur de la terre, celui qui établit son habitation à demeure, par conséquent l\u2019élément permanent, le vrai fondateur du pays.Commentant une communication du juge Adju-tor Rivard à L\u2019ACFAS, l\u2019auteur du Bloc Note du 1.Georges Bouchard \u2014 Habitant ou Paysan?\u2014 Mémoires de la Société Royale du Canada, 1944 p.27. l\u2019habitant 329 Devoir, en date du 17 novembre 1934 nous en donne la définition suivante: L\u2019habitant, ce n\u2019est pas simplement le cultivateur, ce n\u2019est pas davantage, et tout uniment, le paysan, encore moins le fermier ou le métayer.C\u2019est le propriétaire terrien, mais dans un sens particulier; celui qui fait lui-même valoir son fonds de terre.Historiquement, chez nous l\u2019habitant, c\u2019est le Français qui a voulu s\u2019enraciner dans la terre canadienne.Surtout n\u2019allons pas confondre les deux appellations: habitant et paysan.Jamais notre terrien lau-rentien n\u2019a souffert qu\u2019on lui applique cette dernière désignation.Le paysan d\u2019Europe est le rejeton en ligne directe du serf médiéval.Il n\u2019est pas encore complètement adapté à l\u2019émancipation qu\u2019il doit à l\u2019ordonnance de 1315.Notre terrien au contraire ne dépend de personne.Unique maître de son sol, c\u2019est un petit seigneur dans la seigneurie.Aussi le verrons-nous se glorifier, s\u2019empanacher de son titre d\u2019habitant.C\u2019est bien à tort si, tout à la fin du régime français, nous voyons le naturaliste Kalm, dans ses Mémoires, et le chevalier de Raymond, dans son Rapport sur les Postes fortifiés, nous parler souvent du paysan canadien au lieu de l\u2019habitant.D\u2019ailleurs dans un Mémoire daté de 1757, Bougainville s\u2019exprime ainsi: \u201cLes simples habitants seraient scandalisés d\u2019être appelés paysans\u2019\u20191.Bien avant lui, le baron de La Hontan note te dédain de notre campagnard pour cette dernière désignation.Dans une lettre écrite de la Côte de Beaupré, et datée 1.Rapport de l\u2019Archiviste de la Province de Québec, 1923-24.\u2014 Mémoire sur l\u2019état de la Nouvelle-France (1757), p.58. 330 l\u2019action nationale du 2 mai 1684, le gentilhomme gascon applique pai mégarde le terme \u201cpaysan\u201d au cultivateur des rives du Saint-Laurent.Vite, l\u2019épistolier se reprend: \u201cQue dis-je, Paysans ?Amende honorable à ces Messieurs.Ce nom là pris dans sa signification ordinaire, mettroit nos Canadiens aux champs\u201d1.Ce dernier témoignage est suffisant.Le terrien canadien-français ne veut pas s\u2019appeler autrement qu\u2019habitant.Mais durant la période du défrichement, l\u2019habitant n\u2019est pas le seul ouvrier terrien.Il est secondé par \u201cl\u2019engagé\u201d.Ce dernier, son nom l\u2019indique, loue ses services généralement pour une durée de trois ans.L\u2019employeur paie la traversée moyennant que le nouvel arrivé lui rembourse le tout à même ses gages.Ainsi en 1666, /a Compagnie des Indes Occidentales fait passer trente-cinq personnes en Nouvelle-France.Et \u201con l\u2019a fait desdommager par les habitans qui ont pris ces 35 personnes a leur service\u201d2.\u201cL\u2019engagé\u201d vit sous le même toit que l\u2019habitant.Bien plus, on le considère comme un membre de la famille.Tout ceci il l\u2019accompiit dans l\u2019unique expectative de devenir un jour habitant.Son engagement terminé, il verse le montant économisé de son salaire dans l\u2019achat d\u2019un lopin.1.\tVoyages du baron LaHontan dans l\u2019Amérique septentrionale, (2 vol., A Amsterdam, MDCCXXXXI), 1: lettre 11, pp.10-11.2.\tRapport de l\u2019Archiviste de la Province de Québec, 1930-31.(Québec, 1931), p.104.Correspondance échangée entre la cour de France et l\u2019intendant Talon.(Observations faites par Talon sur l\u2019Estat présenté à Monseigneur Colbert par la compagnie des Indes Occidentales, portant l\u2019employ des deniers fournis par le roy pour faire passer en Canada. l\u2019habitant 331 D\u2019où vient-il?La venue du colon dépendra particulièrement du jeu de la géographie.Les futurs habitants arrivent surtout des régions situées à proximité de la mer, des estuaires de France, des ports d\u2019embarquement.Les émigrants pour la Nouvelle-France se recrutent presque tous dans les provinces situées à l\u2019ouest d\u2019une ligne tirée de la Gascogne aux Flandres.Trois causes principales favorisent l\u2019émigration frança\u2019se vers le Canada.D\u2019abord, l\u2019esprit d\u2019aventure très répandu chez les Français.Ensuite, la misère du peuple.La France, sous Mazarin, passe par les périodes de la Fronde.Les provinces du Nord et même la Normandie sont affectées.Ainsi Marguerite Bourgeoys, qui doit voyager trois jours avant d\u2019atteindre son port d\u2019embarquement pour le Canada, ne manque pas de décrire le pays qu\u2019elle a traversé comme une contrée de misères.Pour ces malheureux, la Nouvelle-France représente une grande attraction.Enfin, la propagande et la sollicitation des agents des compagnies.Ce travail, mené avec doigté, est surtout dirigé vers le prolétariat agricole.On imagine quelle séduction doit exercer sur un petit gars de France, habitué à servir un seigneur terrien, la perspective de trouver, en Canada, une terre, un fief, comme nombre de gentilshommes de son pays n\u2019en possèdent pas.Cette sollicitation trouve un bel exemple dans le seigneur Giffard, originaire de hi Perche, qui recrute cent cinquante familles percheronnes pour sa seigneurie des environs de Québec. 332 l\u2019action nationale A tout ceci ajoutons l\u2019insistance des premiers missionnaires à dorer le climat canadien dans leurs écrits ou leurs correspondances.Du traité de Saint-Germain-en-Laye au règne de Louis XIV, les démographes établissent à 1200 le nombre des émigrants passés en Nouvelle-France.S\u2019il est vrai que les chiffres ronds sont toujours suspects, il faut tout de même reconnaître que cette dernière addition est loin des 4000 colons promis par les Cent Associés.A l\u2019époque, la France compte un prolétariat terrien nombreux.C\u2019est dans ce réservoir que les agents recruteurs vont puiser le plus grand nombre des nouveaux arrivants.Une bonne partie du reste est constituée de soldats nouvellement licenciés et qui décident de faire souche au pays.En somme l\u2019habitant vient des apports de trois classes: les paysans de la Métropole, les soldats, et quelques artisans qui se muent en travailleurs de la terre.Par ses ascendances, notre habitant est déjà prédisposé aux besognes agricoles.Qui a recruté ces gens?Nous l\u2019avons déjà dit.Ce sont surtout les agents des compagnies, les seigneurs et les missionnaires.D\u2019abord les agents des compagnies pour satisfaire aux exigences de leur charte.De leur côté, les seigneurs désirent la venue de nouveaux colons pour trois raisons: l\u2019expansion de leur seigneurie, l\u2019augmentation de la population qui rend possible l\u2019établissement de nouveaux censitaires, par conséquent, nouvelles redevances pour le propriétaire foncier; ensuite, il reste toujours cette obligation de la loi de l\u2019époque, à savoir qu\u2019une seigneurie devient automatiquement confisquée par la Cou- l\u2019habitant 333 ronne, si son sol n\u2019est pas livré au défrichement dans un délai raisonnable.On imagine l\u2019inquiétude du seigneur devant un domaine dépeuplé.Enfin le missionnaire comprend que le colon est pour lui une protection vis-à-vis de l\u2019autochtone.C\u2019est par le prestige de l\u2019habitant que la colonie en imposera à ces primitifs.Aussi les Relations des Jésuites restent le meilleur moyen de propagande graphique pour le temps.Ajoutons encore que plusieurs colons, une fois établis en Nouvelle-France, correspondent avec des parents ou des amis de la Métropole, les invitant à venir les rejoindre en Canada.Où l\u2019habitant va-t-il se fixer?Et une fois arrivé en Nouvelle-France, où l\u2019habitant se fixera-t-il ?Si, comme nous l\u2019avons dit antérieurement, la terre canadienne invite à la dispersion à cause de sa superficie, elle invite aussi au tassement.Ce curieux paradoxe s\u2019explique par les trois grandes divisions géographiques: le fleuve, la forêt et le bouclier laurentien.Le fleuve Saint-Laurent resserre le peuplement.Son cours en paliers commence par l\u2019obstacle du Sault-Sainte-Marie pour continuer ensuite par ceux de Niagara, des Cascades à l\u2019extrémité est de la presqu\u2019île de Vaudreuil et Soulanges et se terminer par celui du Sault-Saint-Louis.Toutes ces barrières naturelles ne seront vaincues que plus tard, par la technique moderne.D\u2019autre part, la navigation est plus difficile au bas de Québec où le fleuve prend l\u2019aspect d\u2019un large bras de mer semé d\u2019écueuils.Reste le secteur entre Québec et Montréal où s\u2019al- 334 l\u2019action nationale longent près de deux cents milles de cours paisible, de sérénité relative.Le fleuve sur toute cette étendue est assez large pour les voiliers de l\u2019époque, et assez calme pour les petites embarcations sauf peut-être l\u2019élargissement du lac Saint-Pierre.Partout le Saint-Laurent invite à la communication des deux rives.La population de la Nouvelle-France est forcée de s\u2019entasser dans ce territoire à alignement longitudinal, sans pouvoir essaimer aux extrémités est ou ouest.De son côté la forêt, par son immensité, invite encore le colon au resserrement.Le bois comprime les établissements, il empêche la densité continue des habitations.Le défricheur n\u2019avance son \u201cdésert\u201d que pied par pied.C\u2019est un développement lent et restreint.A mesure qu\u2019on descend vers le Saint-Laurent, la forêt devient plus dure.Les conifères cèdent la place aux feuillus.L\u2019érable, le chêne et le frêne apparaissent de préférence.Par ailleurs, il n\u2019y a aucune trouée, c\u2019est à peine si nous rencontrons quelques rares prairies naturelles.Ici, tout est à faire, car l\u2019autochtone n\u2019est pas sédentaire, ni à moitié civilisé, comme celui trouvé par l\u2019Espagnol au Mexique et en certaines régions de l\u2019Amérique du sud.Le bois empêchera l\u2019habitant d\u2019étendre des ramifications à l\u2019extérieur des petits noyaux de peuplement du Saint-Laurent.Enfin les Laurentides arrêteront longtemps l\u2019expansion agricole.La première partie du bouclier canadien a passé au laminoir des glaciers.A cause de ce phénomène géologique, le sol de ces versants est mince et pauvre.A certains endroits, la muraille laurentienne s\u2019approche trop du fleuve, ne l\u2019habitant 335 laissant qu\u2019une étroite laize de terre cultivable.Impossible d\u2019y tenter un établissement sérieux.Ces dernières constatations nous indiquent clairement pourquoi l\u2019habitant a pris pour premier champ d\u2019action la rive nord du Saint-Laurent, de Québec à Montréal.Remarquons bien: la rive nord, car ce ne sera que plusieurs années après qu\u2019il prendra pied sur la rive sud.Est-ce à cause de la qualité du sol ?Nullement, car de bien belles terres se trouvent de ce côté-ci, et dans la vallée richeloise en particulier.Alors pourquoi cette préférence ?Uniquement pour se mettre autant que possible à l\u2019abri des maraudeurs agniers.Le Richelieu, qui débouche presque en face des Trois-Rivières, est l\u2019avenue des invasions par où percent les caravanes iroquoises qui viennent faire le blocus des postes français.Ses flots roulent au pays du casse-tête.Aussi on ne viendra faire flamber l\u2019abatis dans ce secteur que lorsque toute menace des Cinq-Cantons aura absolument disparu.Par nécessité, les premiers habitants vont se tasser sur la rive nord, entre Montréal et Québec, avec Trois-Rivières comme pivot de la charnière.La Nouvelle-France prend l\u2019aspect d\u2019un haltère dont les deux boulets sont les colonies de la Laurentie et des Grands-Lacs reliées entre elles par la tige du Saint-Laurent.Après sa définition et son origine, il nous reste à étudier l\u2019habitant dans ses originalités, c\u2019est à dire son type de famille, sa condition économique et son portrait physique et moral. 336 l\u2019action nationale La famille souche D\u2019après le sociologue, l\u2019individu peut appartenir à deux classements particuliers: le type en série et le type individuel.L\u2019habitant est de la première catégorie.Moulé aux mêmes institutions religieuses et civiles, il reste encore le produit de son milieu géographique.Toujours d\u2019après la sociologie, les trois principaux types de familles sont: le patriarcat, qui se distingue par l\u2019autorité absolue du père; l\u2019individualisme résultat du démembrement du patriarcat lorsque le clan est devenu trop nombreux; enfin, la famille souche, dont la principale caractéristique est la transmission du patrimoine d\u2019une génération à une autre.C\u2019est là le type de famille de notre habitant.C\u2019est l\u2019enracinement au sol ancestral qui donne une stabilité complète au lien familial.La souche demeure sur place malgré la disjonction de la famille à l\u2019époque de l\u2019essaimage.Même à cette dernière période, les frères et les sœurs s\u2019entraideront pour garder intact le lopin paternel.Ils ont tout à gagner d\u2019une telle conduite.En effet père reste libre de tester, mais il s\u2019en abstiendra par intérêt, pour ne pas diviser sa terre.Généralement, il n\u2019a pas amassé une grande fortune.Devenu vieux, il lui faut une rente viagère pour lui, sa femme et quelquefois pour des enfants malades ou infirmes qui dépendent de lui.Cette rente viagère est prélevée sur le bien familial, ce qui exige la conservation de ce bien dans sa plus stricte intégrité.C'est ce qu\u2019on appelle \u201cse donner\u201d.Le grand fils doit donc recevoir un fief intouché pour qu\u2019il puisse y récolter assez pour s\u2019acquitter de ses obligations. l\u2019habitant 337 La forme des terres A ceci s\u2019ajoute la loi du temps qui contribue à préserver le lopin paternel de toute mutation.Soulignons que la figure rectangulaire est partout adoptée pour la division des terres en la Nouvelle-France.Le lot du censitaire ne sera qu\u2019un petit rectangle dans le grand de la seigneurie.Toutes les habitations sont disposées en ligne longitudinale, face au fleuve ou à ses affluents.L\u2019explication de cet alignement est simple.Au tout début du peuplement, le canot reste le seul véhicule qui relie l\u2019habitant aux noyaux de civilisation.Donc, obligation pour le censitaire d\u2019avoir front sur la rivière, l\u2019unique boulevard de l\u2019époque.On comprend que la terre doit avoir un minimum de largeur pour que chacun ait sa place.On se reprend sur la longueur.De là la forme rectangulaire des concessions françaises, au lieu de la forme carrée que prendront plus tard les concessions anglaises.Alors, impossible de céder une portion de la terre, puisque d\u2019après l\u2019ordonnance du roi de 1745, il est défendu de bâtir une maison sur un lopin ayant moins de un arpent et demi de largeur sur 30 de profondeur.Personne n\u2019achète un terrain sur lequel on ne peut construire.Les autorités s\u2019en rendent compte, la législation de l\u2019époque vise à garder la propriété terrienne dans sa plus grande intégrité.Surtout, n\u2019allez pas croire que l\u2019administration badine à ce sujet.Voulez-vous des exemples ?Ils ne manquent pas.De Québec, le 25 juin 1749, Bigot, informé que des habitants de l\u2019Ange-Gardien se sont construits sur une portion de terre n\u2019excédant pas un arpent 338 l\u2019action nationale et demi de largeur, enjoint au sieur de Rouville de se transporter incessamment sur les lieux, aux frais des contrevenants, pour faire démolir les dites maisons sur-le-champ, après en avoir dressé un procès-verbal.L\u2019intendant ordonne en outre au capitaine et autres officiers de milice du même lieu de prêter main forte au sieur de Rouville, à sa première requisition, et de lui fournir en outre tout secours d\u2019autorité pour l\u2019exécution de ses ordres1.Le 12 janvier 1752, nouvelle ordonnance du même Bigot, relativement à plusieurs habitants de l\u2019île d\u2019Orléans qui ont bâti des maisons sur des terrains n\u2019ayant pas une superficie réglementaire.Le document nous donne la nomenclature des contrevenants ainsi que le genre de constructions.Voici l\u2019extrait qui nous intéresse2: il paroit que Pierre La Chance, habitant de St.Jean, en la dite Isle d\u2019Orléans, a bâti l\u2019Eté dernier une maison de pierre de trente six pieds de front sur vingt deux de large, sur un terrein d\u2019un arpent et demi de front sur cinq arpents seulement de profondeur; que le Sr.Curodeau, résident en la dite paroisse de St.Jean, a fait bâtir en 1748, une maison de pierre sur un terrein d\u2019un arpent de front sur quatre à cinq de profondeur, qu\u2019il a fait faire l\u2019Eté dernier une allonge de pierre à la dite maison, et qu\u2019il a acquis depuis différens terreins joignant le premier; que Jean Baptiste Martel, forgeron, demeurant en ladite paroisse, a aussi bâti l\u2019Eté dernier une petite maison de pieces sur pieces, avec une forge à côté, sur un terrein de trois 1.\tOrdonnances des Intendants et Arrêts portant règlements du Conseil Supérieur de Québec.(Québec, 1806) p.326.2.\tOrdonnances des Intendants et Arrêts portant reglements du Conseil Supérieur de Québec.(Québec, 1806).p.328. l\u2019habitant 339 quarts d\u2019arpent de front sur la profondeur suffisante; que Jean Marie Plante, aussi habitant du dit lieu de St.Jean, a également bâti l\u2019été dernier une maison de pieces sur pieces, sur un arpent de front sur la profondeur suffisante; et que le nommé Serrant, Cabarétier, demeurant à la Ste.Famille, en la dite Isle d\u2019Orléans, a fait bâtir depuis mil sept cent quarante huit, une maison de pierre, sur un simple emplacement détaché du domaine de la dite paroisse; Nous avons fait venir devant nous, les dits La Chance, Curodeau, Martel, Plante et Serrant, après les avoir entendus en notre audience de ce jour, et vu l\u2019ordonnance du Roi du dit jour 28e Avril, 1745, Nous les avons déclarés contrevenants à la susdite Ordonnance, en conséquence de laquelle, Nous leur ordonnons de démolir ou faire démolir les dites maisons bâties sur des terreins insuffisants, et les avons condamnés en chacun cent livres d\u2019amende, payable sans déport, et applicable aux pauvres familles des lieux.Et attendu la saison présente de l\u2019hiver, nous leur avons accordé jusqu\u2019au premier Mai prochain, pour démolir les dites maisons, passé lequel tems, et faute par eux de satisfaire à la présente Ordonnance, nous enverrons exprès, et à leurs dépens, des personnes pour faire les dites démolitions.Et sera la présente Ordonnance publiée dans toutes les paroisses de la dite Isle d\u2019Orléans.La décision des autorités ne peut être plus catégorique et la loi doit être respectée dans tous les détails.Dans le cas de l\u2019île d\u2019Orléans, il ne s\u2019agit pas de simples bicoques, mais de spacieuses maisons de pierre à deux étages.Si l\u2019on tient compte du temps qu\u2019il faut à (\u2019époque pour ériger des travaux de maçonnerie, on a une idée de la rigueur de ces ordonnances.On est prêt à tout pour empêcher l\u2019habitant de morceler sa terre. 340 l\u2019action nationale L\u2019arrivée des artisans Malgré cette disposition, il faudra des artisans pour soutenir l\u2019habitant dans sa tâche.Le cordonnier, le sellier, le tanneur, le maçon, le menuisier, le forgeron, le meunier, le charron pour ne nommer que ceux-là, sont nécessaires à la vie du terrien.Ils devront se fixer à proximité des censitaires.Cette obligation détermine les Gouverneurs et les Intendants à permettre là construction de maisons sur des superficies réduites.En voulez-vous des exemples?Le 15 janvier 1753, ordonnance de Duquesne qui établit un village dans la paroisse de Château-Richer en la côte de Beaupré.Le 25 août suivant, autre proclamation du même pour l\u2019établissement d\u2019un village sur la Pointe de l\u2019Est en l\u2019Isle-Jésus.Le 15 février 1754, nouvel édit qui permet la construction d\u2019un bourg dans la seigneurie de Saint-Michel de la Durantaye.Le 18 mars de la même année, autre ordonnance qui préside à la fondation du village de l\u2019Assomption.Le 10 mars 1757, ordonnance de Vaudreuil et de Bigot à l\u2019effet d\u2019établir un bourg dans la seigneurie de Soulanges sur la Pointe nommée le Coteau-des-Cèdres.Le 17 mai 1758, ordonnance des mêmes relativement à la formation du patelin de Saint-Denis, sur la rivière Richelieu.Enfin le 20 septembre 1754, Bigot rédige une ordonnance permettant l\u2019établissement d\u2019un autre bourg dans la seigneurie de Neuville1.Ainsi à la fin de l\u2019ancien régime, il y a relâche- 1.Arrêts et règlements du Conseil Supérieur de Québec et Ordonnances et Jugements des Intendants du Canada (3 vol., Québec.1854-1856), 2: 410, 412, 414, 415, 419, 420; 3: 401. l\u2019habitant 341 ment dans l\u2019ordonnance de 1745 relativement à la construction des maisons en pleine campagne.On comprend que l\u2019artisan complète l\u2019habitant.11 faut faciliter son établissement.Si l\u2019habitant est le responsable du défrichement et du peuplement de nos concessions, l\u2019artisan reste le véritable fondateur de nos villages.L\u2019entraide familiale A tout ceci se greffe une troisième raison qui contribue à garder intact le patrimoine: c\u2019est l\u2019entraide familiale.Le bien ancestral se constitue par collaboration.Toute la famille travaille à l\u2019atelier commun.On comprime le plus possible les dépenses.La petite industrie domestique se développe sous le coup de la nécessité.Toute l\u2019économie de la ferme se résume à celle du \u201cdomaine-plein\u201d.Alors, si le bien se constitue par l\u2019apport et la collaboration de chacun, il est juste et raisonnable que chacun ait droit à une portion des valeurs prélevée sur cet avoir commun.Et cette part, le père y pourvoit par une aide financière et matérielle aux enfants qui se marient et s\u2019établissent de son vivant.S\u2019il est déjà défunt c\u2019est la mère qui s\u2019en occupe.Sous le régime français, par exemple, souvent on donne une portion du cheptel au fils ou à la fille qui laisse le toit paternel.Il s\u2019agit d\u2019une vache, de quelques moutons, rarement d\u2019un porc et souvent d\u2019une demi-douzaine de poules avec un coq.La mariée ne reçoit presque jamais un cheval.Quant au conjoint, il a déjà le 342 l\u2019action nationale sien.Plus tard, sous le régime anglais, les parents vont quelquefois contribuer à l\u2019instruction de l\u2019enfant.Des trois principales raisons déjà énoncées, il résulte que l\u2019habitant doit avant tout constituer un patrimoine solide qui devra rester indivisé pour être transmis aux générations qui montent.De la terre, l\u2019on doit tirer la subsistance des vieux et former un fonds destiné à aider ceux qui tentent un nouvel établissement.Plus grand et plus prospère sera le bien commun, plus intéressantes seront les redevances de chacun.L\u2019autorité des parents Autre avantage à tirer de tout ceci.La forte autorité des parents est un corollaire de la vigueur du bien familial.Voyons d\u2019abord celle du père.Elle lui vient de sa qualité de propriétaire terrien qui en fait en même temps le chef de l\u2019atelier familial.Cette autorité est soutenue par l\u2019esprit chrétien de la famille.Elle s\u2019inspire de fortes traditions religieuses et de la loi.L\u2019habitant exerce un véritable sacerdoce auprès de ses enfants.Ainsi nous le verrons les bénir au matin du premier de l\u2019an.Enfin, le code reconnaît le droit du père au consentement au mariage de ses enfants mineurs ou majeurs.Ces derniers ne peuvent rien décider sans la volonté paternelle.Et si le chef de famille refuse d\u2019acquiescer à leur demande, on doit avoir recours aux \u201csommations respectueuses\u201d.L\u2019édit d\u2019Henxi II, donné en 1556, statue que les enfants qui con- l\u2019habitant 343 tractent des mariages clandestins contre le gré de leur père et mère peuvent être déshérités.Il ajoute cependant que les fils excédant l\u2019âge de trente ans et les filles ayant vingt-cinq ans révolus, du moment qu\u2019ils se seraient mis en devoir de requérir l\u2019avis et conseil de leur père et mère, ne sont pas tenus d\u2019attendre leur consentement.C\u2019est l\u2019explication des \u201csommations respectueuses\u201d.Elles doivent être rédigées par un tabellion qui va lui-même en faire la lecture au père ou à la mère, si cette dernière survit à son époux.La visite du notaire devra être répétée par trois fois.Après ces formalités, la partie en cause peut contracter mariage même contre le gré des parents.Le Code Napoléon remplace le terme \u201csommUtion respectueuse\u201d par l\u2019appellation \u201cacte respectueux\u201d.L\u2019auteur estime impropre la première désignation, puisqu\u2019une sommation est toujours, quelle que soit la tournure qu\u2019elle prend, un acte irrespectueux.Voyons maintenant l\u2019autorité de la mère.Elle lui vient d\u2019abord du droit coutumier.On se marie sous le régime de la communauté de biens.Le père et la mère sont également propriétaires des immeubles et de tout autre acquêt.Si elle survit à son époux, elle devient légataire à titre universel et unique dispensatrice du patrimoine.Son rôle dans la société canadienne est considérable.La Potherie nous informe que les Canadiennes \u201cont de l\u2019esprit, de la délicatesse, de la voix, & Beaucoup de disposi- 1.La Potherie (M.Bacqueville de), \u2014 Histoire de l\u2019Amérique Septentrionale, (4 vol., Paris, MDCCLIII), 1: 279. 344 l\u2019action nationale tion à danser\u201d1.Montrant généralement plus de débrouillardise que son compagnon, la femme de l\u2019habitant est l\u2019éducatrice et très souvent l\u2019institutrice de ses enfants.En plus des travaux domestiques, elle s\u2019occupe de plusieurs tâches dont celles de la confection des vêtements, de l\u2019administration de la basse-cour et du jardin potager.Robert-Lionel Séguin * Première partie d\u2019une conférence présentée par l\u2019auteur, à la Bibliothèque Municipale de Montréal, le mercredi 12 novembre 1952.La seconde tranche passera en juin. Documentaire Où en sommes-nous?(suite) II \u2014 POSITIONS RELIGIEUSES A \u2014 Statistiques gértérales La situation du catholicisme au Canada ayant depuis le recensement de 1951, fait l\u2019objet de nombreux articles1, je me borne à examiner ici les positions religieuses des Canadiens français, et celles des autres groupes ethniques en autant qu\u2019elles éclairent, et permettent de mieux comprendre ces positions.Tableau 38 La religion des Canadiens français\t\t Dénomination religieuse\tNombre\tPourcentage Catholique romaine\t\t4,174,738\t96.7 Eglise unie\t\t55,009\t1.3 Eglise d\u2019Angleterre\t\t40,566\t0.9 Presbytérienne\t\t12;641\t0.3 Baptiste\t\t12,208\t0 3 Luthérienne\t\t4,203\t0.1 Grecque orthodoxe\t\t1,772\t Mennonite\t\t'988\t Juive\t\t411\t Ukrainienne catholique\t\t218\t Autres\t\t16,413\t0.4 Total\t\t4,319,167\t100.0 1.Voir, entre autres Luigi d\u2019Appolonia, S.J., \u201cRegards sur (Relations, septembre 1952).et Léopold le Canada catholique Richer, \u201cLa situation du Temps, 27 septembre 1952) -, septembre 1952), et .catholicisme au Canada\u201d (tiotre 346 l\u2019action nationale L\u2019immense majorité de l\u2019élément français s\u2019affirme donc encore catholique.Cependant, le nombre des non-catholiques dans ce groupe est passé de 103,931 en 1941, à 144,429 en 1951, ce qui fait une augmentation de 40,498.Ces non-catholiques étaient déjà des protestants ou ils ont adopté pour la plupart le protestantisme: environ 125,000 sur les 144,000.Il peut être intéressant de connaître la répartition par provinces de l\u2019élément français dans les différentes dénominations religieuses.Aussi bien la voir tout de suite.Tableau 39 Répartition par province des Canadiens français dans les différentes dénominations religieuses Provinces\tCatholiques\tEglise unie Terreneuve\t\t8,570\t410 Ile-du-Prince-Edouard\t\t15,040\t191 Nouvelle-Ecosse\t\t61,229\t3,050 Nouveau-Brunswick\t\t192,530\t1,064 Québec\t\t3,302,094\t6,876 Ontario\t\t417,570\t24,756 Manitoba\t\t59,596\t3,000 Saskatchewan\t\t44,400\t3,887 Alberta\t\t44,924\t5,625 Colombie\t\t27,421\t6,077 Yukon\t\t484\t45 Nord-Ouest\t\t\t 880\t28 \t4,174,738\t55,009 OÙ EN SOMMES-NOUS ?347 Tableau 39 (suite)\t\t Provinces\tEglise d\u2019Angleterre Presbytérien\t Terreneuve\t\t602\t18 Ue-du-Prince-Edouard.\t68\t92 Nouvelle-Ecosse\t\t4,873\t886 N ou veau-Bruns wick\t\t1,134\t323 Québec\t\t7,518\t2,131 Ontario\t\t16,825\t6,348 Manitoba\t\t1,878\t428 Saskatchewan\t\t1,561\t406 Alberta\t\t2,003\t796 Colombie\t\t3,996\t1,200 Yukon\t\t76\t11 Nord-Ouest\t\t32\t2 Total\t\t40,566\t12,641 Le plus intéressant dans ce tableau, ce n\u2019est pas la part fournie par l\u2019élément français dans chaque province à l\u2019Eglise catholique mais bien la part fournie aux autres confessions religieuses protestantes.L\u2019Ontario, par exemple, qui compte 7 fois moins de Canadiens français que le Québec, en déclare environ 4 fois plus comme membres de l\u2019Eglise Unie, environ 2 fois plus comme membres de l\u2019Église d\u2019Angleterre, et compte 3 fois plus de presbytériens.De son côté, la Colombie, qui ne renferme que 40,000 Canadiens français, affiche autant de Canadiens français membres de l\u2019Église unie, que le Québec où l\u2019élément français dépasse les 3 millions.De plus, 348 Ii ACTION NATIONALE il me semble significatif que, sur les 55,009 Canadiens français à se déclarer membres de l\u2019Église unie, 48,133, soit près de 90 p.c., proviennent d\u2019en dehors du Québec, c\u2019est-à-dire des minorités franco-canadiennes.La même remarque pourrait être faite à propos des 33,048 membres de l\u2019Église d\u2019Angleterre fournis par les minorités, alors que le Québec n\u2019en déclare que 7,518, et à propos des 10,510 Canadiens français des autres provinces s\u2019affichant presbytériens, alors qu\u2019on n\u2019en trouve que 2,131 dans le Québec.On pourrait épiloguer longtemps sur les causes d\u2019une telle répartition, mais vaut mieux passer à un autre point d\u2019étude.L\u2019on sait que les catholiques étaient en 1951 au nombre de 6,069,496 et formaient 43.3 p.c.de la population totale.Quelle était la part fournie par chaque groupe ethnique à ce nombre de catholiques ?Tableau 40 Part des groupes ethniques au total des catholiques1\t\t\t Origine raciale\tNombre\tPourcentage\t1941 Français\t\t\t 4,174,738\t68.8\t67.76 Britanniques\t\t\t 1,052,876\t17.3\t15.46 Polonais\t\t\t 153,059\t2.5\t2.72 Allemands\t\t\t 152,696\t2.5\t2.33 Italiens\t\t\t 136,280\t2.2\t2.06 Indiens\t\t\t 88,508\t1.5\t1.27 \t6,069,496\t100.0\t100.00 1.Le recensement de 1951 laisse de côté le groupe slave qui, en 1941, fournissait 637,749 membres à l\u2019Eglise catholique.De plus, les Ukrainiens catholiques qui, en 1941, étaient classés sous la rubrique \"catholiques romains\u201d, forment, en 1951, une nouvelle catégorie \"Ukrainienne (grecque) catholique\u201d. OiT EN SOMMES-NOUS ?349 L\u2019on voit qu\u2019au Canada plus des deux tiers des catholiques proviennent du groupe français; en d\u2019autres termes ce groupe fournit à lui seul au catholicisme deux fois plus de membres que tous les autres groupes réunis.A noter aussi que sa contribution a même légèrement augmenté sur celle de 1941; de même celle du groupe britannique s\u2019est accrue de 2 p.c.Tableau 41 Pourcentage des catholiques dans ethnique\t\tchaque\tgroupe Origine raciale\t1951\t1941\t1931 Français\t\t\t 96.7\t97.02\t97.3 Britanniques\t\t\t 15.7\t13.49\t12.8 Polonais\t\t\t 69.6\t80.85\t85.4 Allemands\t\t\t 24.6\t25.01\t22.8 Italiens\t\t\t 89.5\t91.18\t93.5 Indiens et Esquimaux.\t\t 53.4\t50.40\t52.1 Le groupe français demeure donc le groupe le plus catholique dans son ensemble, puis viennent les groupes italien et polonais.A noter que la plupart des groupes sont moins catholiques qu\u2019en 1941, et encore moins qu\u2019en 1931: remarque qui vaut surtout pour le groupe polonais, passé de 85 à 80, puis à 69 p.c.Seul le groupe britannique accuse une augmentation catholique à chaque recensement.Pour compléter ces indications générales, voici un tableau qui nous montre quelle est la religion dominante dans chaque groupe ethnique, en 1951. 350 l\u2019action nationale Tableau 42 Religion dominante dans chaque groupe ethnique Origine raciale\tReligion\t% 1931\t1941\t1951 Juive\t\t\t99.1\t98.8\t98.3 Française\t\t\t97.3\t97.0\t96.7 Italienne\t\t\t93.5\t91.2\t89.5 Polonaise\t\t\t85.4\t80.8\t69.6 Ukrainiens\t\t\t69.6\t56.2\t55.81 Indiens\t\t\t52.1\t50.4\t53.4 Scandinave\t\t\t67.1\t59.8\t47.3 Anglaise\t\t\t41.1\t39.4\t\u2014 Ecossaise\t\t\t37.2\t37.0\t\u2014 Irlandaise\t Britannique\t\t.Eglise unie\t32.1\t32.2\t35.4 Allemande\t\t\t31.1\t31.9\t27.9 Hollandaise\t\t\t\u2014\t30.5\t24.7 Ainsi le groupe juif apparaît comme le plus homogène au point de vue religieux: il pratique encore le judaïsme dans la proportion de 98.3 p.c.de ses membres.Le groupe français le suit de près, mais s\u2019affirme catholique.Les Britanniques forment un groupe composite du point de vue religieux: 35.4 p.c.sont dans l\u2019Église unie, 26.8 dans l\u2019Église d\u2019Anglteterre, 15.7 sont catholiques, 10.2 sont presbytériens, etc.De même, les Hollandais, qui comptent 27.2 p.c.des leurs dans l\u2019Église unie.1.Ce dernier pourcentage a été obtenu en additionnant les Ukrainiens catholiques et du rite romain et du rite oriental.Une pareille addition opérée en faveur des Polonais donnerait 74.8 p.c.de catholiques dans ce groupe ethnique. OÙ EN SOMMES-NOUS ?351 B \u2014 Statistiques provinciales Quelle était, en 1951, la situation au point de vue religieux des Canadiens français dans les diverses provinces du Canada ?Il est bon de s arrêter à quelques détails en la matière.1 \u2014 Terreneuve Terreneuve comptait, en 1951, 121,544 catholiques sur une population totale de 361,416, ce qui donne un pourcentage de 33.5.Les catholiques provenaient presque exclusivement de deux sources: la britannique, 90 p.c., et la française, 7 p.c.Je m\u2019occupe exclusivement de cette dernière.Tableau 43 La religion des Franco-Terreneuviens\t\t Dénomination religieuse\tNombre\tPourcentage Catholique\t\t8,570\t87.08 Eglise d\u2019Angleterre\t\t002\t6.1 4.1 Eglise Unie\t\t410\t Total\t\t9,841\t100.0 Ce tableau nous montre que les Canadiens d\u2019ori' gine française à Terreneuve sont demeurés en grande majorité catholiques.Les non catholiques ne sont qu\u2019au nombre de 1,271 et forment 12.92 p.c.de la population d\u2019origine française.Ces statistiques de 1951 étant les seules que nous possédions, il n\u2019est pas permis de faire des comparaisons, 352 l\u2019action nationale 2 \u2014 L\u2019Ile-du-Prince-Edouard Sur une population totale de 98,429, I\u2019Ile-du-Prince-Édouard comptait, en 1951, 44,802 catholiques, formant un pourcentage de 44.9 de l\u2019ensemble.Comme dans la province précédente, les catholiques provenaient presque tous des deux sources britannique et française: la première fournissant 64.5 p.c.des catholiques, et la seconde, 33.5 p.c.Tableau 44\t\t La religion des Canadiens français de l\u2019Ile\t\t Dénomination religieuse\tNombre\tPourcentage Catholique\t\t\t97.1 Eglise unie\t\t\t1.2 Presbytérienne\t\t\t Eglise d\u2019Angleterre\t\t\t 68\t Baptiste\t\t\t\u2014 Total\t\t\t100.0 Il n\u2019y a dans l\u2019IIe\tque 437 Canadiens d\u2019origine\t française à se déclarer\tnon-catholiques, ce qui donne\t une proportion de 2.9\tp.c.\t Tableau 45\t\t Population d\u2019origine française non\t\t¦catholique Année\tNombre\tPourcentage 1931\t\t\t1 5 1941\t\t\t2.1 1951\t\t\t2.9 OÙ EN SOMMES-NOUS ?353 Ainsi la proportion des non-catholiques s\u2019accroît légèrement de dix ans en dix ans; elle a presque doublé depuis 1931.Mais la population d\u2019origine française demeure encore solidement catholique dans nie.3 \u2014 La Nouvelle-Ecosse Cette province qui a une population totale de 642,564, compte 217,978 catholiques, ce qui donne un pourcentage de 33.9.L\u2019immense majorité des catholiques provient soit de la source britannique: 63.8 p.c.soit de la source française: 28.1 p.c.Tableau 46\t\t La religion des Canadiens français\t\t de la Nouvelle-Ecosse\t\t Dénomination religieuse\tNombre\tPourcentage Catholique\t\t61,229\t83.Eglise d\u2019Angleterre\t\t4,873\t6.6 Eglise unie\t\t3,050\t4.1 Baptiste\t\t2,353\t3.1 Presbytérienne\t\t886\t1.Total\t\t73,760\t100.0 Le protestantisme a exercé son influence beaucoup plus fort en Nouvelle-Écosse que dans les autres provinces.Les Canadiens d\u2019origine française comptent 12,531 des leurs qui ne sont pas catholiques, ce qui donne une proportion de 17 p.c. 354 l\u2019action nationale Tableau 47 Population d\u2019origine française non-catholique Année\tNombre\tPourcentage 1931.10,325\t17.7 1941.10,785\t16.3 1951.12,531\t17.Ce tableau nous apprend que la protestantisa-tion des Canadiens d\u2019origine française en cette province date de loin, puisque déjà en 1931 il y avait plus 10,000 non-catholiques d\u2019origine française.La tendance actuelle cependant est vers une plus grande protestantisation de l\u2019élément français.4 \u2014 Le Nouveau-Brunswick Il y avait, en 1951, 260,742 catholiques sur une population totale de 515,697, c\u2019est-à-dire que 50.5 p.c.de la population était catholique.Comme dans les autres provinces maritimes, l\u2019Église catholique recrutait ses membres surtout chez les Britanniques et les Français, mais cette fois ces derniers fournissaient 73.8 p.c.du total, tandis que les premiers n\u2019en fournissaient que 23.8.Tableau 48\t\t La religion des Canadiens d\u2019origine française\t\t du Nouveau-\tBrunswick\t Dénomination religieuse\tNombre\tPourcentage Catholique\t\t192,530\t97.4 Baptiste\t\t1,883\t0.9 Eglise d\u2019Angleterre\t\t1,134\t0.5 Eglise unie\t\t1,064\t0.5 Presbytérienne\t\t323\t0.1 Total\t\t197,631\t100.0 OÙ EN SOMMES-NOUS ?355 Les Canadiens d\u2019origine française sont restés ici plus fidèles au catholicisme qu\u2019en Nouvelle-Écosse, le protestantisme y ayant gagné comparativement peu d\u2019adeptes.Ils ne comptent, en fait, que 5,101 des leurs se déclarant non-catholiques, alors qu\u2019en Nouvelle-Écosse ce chiffre s\u2019élève à 12,531.Tableau 49 Population d\u2019origine française non-catholique Année\tNombre Pourcentage 1931.2,498\t1.8 1941.3,402\t2.0 1951.5,101\t2.6 La tendance est générale: même dans cette province, le bloc catholique d\u2019origine française connaît des pertes.Mais la proportion d\u2019ensemble n\u2019en demeure pas moins impressionnante: 97.4 p.c.de catholiques, cela n\u2019est dépassé que dans la seule province de Québec.(à suivre) Peut-on détacher la Chine de la Russie?Quand M.Truman neutralisa Formose après la débâcle des armées du Kuomintang, on crut qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une mesure pour mettre fin à {la guerre civile et pour garder Formose comme instrument de négociations avec le nouveau régime de Pékin.Mais depuis que le président Eisenhower a donné instructions à la septième flotte de mettre fin à son barrage entre l\u2019île et la terre ferme, il n\u2019est plus permis d\u2019entretenir des doutes: Tchiang Kai-chek redevient vraiment l\u2019homme de Washington et l\u2019on compte sur lui, sinon pour reprendre pied sur le continent, du moins pour empêcher Pékin de se donner pour l\u2019unique représentant du peuple chinois et de réclamer un siège à l\u2019O.N.U.Malgré l\u2019échange des prisonniers malades et la reprise des pourparlers de Pan Mun Jom, l\u2019attitude de fond de Washington vis-à-vis de la Chine ne paraît pas avoir évolué.Tchiang Kai-chek aurait pu être une monnaie d\u2019échange; on en fait un cheval de bataille.Devant cette politique définie, il est permis de se poser certaines questions.La première, c'est de savoir si le régime de Mao Tsé-Toung est provisoire ou s\u2019il est établi en Chine pour durer.Les quatre mille ans de l\u2019histoire de Chine sont, quand on les regarde dans une perspective générale, ]a répétition des mêmes événements.On a écrit que PEUT-ON DÉTACHER LA CHINE DE LA RUSSIE?357 l\u2019histoire ne se répète jamais.Il faudrait faire une exception pour la Chine.Car dans l\u2019Empire du Milieu, les dynasties se fondent par des généraux entreprenants ou des maires du palais astucieux; pour deux ou trois générations le pays connaît un gouvernement fort, prestigieux, dont l\u2019autorité s\u2019étend à toutes les provinces.Puis, les hommes se ramollissent et tombent sous l\u2019influence des eunuques, l\u2019autorité est bafouée, le pays est envahi, la Chine connaît une période d\u2019anarchie et d\u2019humiliation.Et le cycle recommence avec l\u2019instauration d\u2019une nouvelle dynastie qui rétablit la force et la grandeur du pays.Le 1er octobre, 1952, j\u2019assistais Place Tien An Men, au défilé des troupes et de la foule chinoises à l\u2019occasion du troisième anniversaire de la Révolution.Je me disais: peut-être que j\u2019assiste sans m\u2019en douter au début d\u2019une nouvelle dynastie dans l\u2019histoire de la Chine.Les historiens de l\u2019avenir relateront peut-être les circonstances dans lesquelles la dynastie des Mao, après une lutte de plusieurs années contre le général Tchiang, finit par refouler ce dernier dans son réduit de Formose et inaugura à Pékin une ère nouvelle.Tout cela est peut-être de l\u2019imagination pure et simple; mais quand il s\u2019agit de la Chine, il ne faut écarter aucune construction de l\u2019esprit, si fantaisiste puisse-t-elle paraître.Quand on suppute les chances du régime communiste de se maintenir au pouvoir à Pékin, il faut tenir compte de certains facteurs. 358 l\u2019action nationale Il y a d\u2019abord la haine de l\u2019étranger.La xénophobie est une vieille tradition chinoise.Quand les Chinois sont incapables d\u2019absorber les étrangers qui pénètrent chez eux, ils les expulsent.La capacité d\u2019absorption de la masse chinoise a quelque chose de phénoménal.Les dynasties mongoles et mandchoues, d\u2019origine étrangère, n\u2019ont pas tardé à se faire siniser.Il en fut de même de la plupart des minorités nationales que la masse chinoise a refoulées dans les montagnes et qui, jusqu\u2019à ces derniers temps, vivaient de pillage et de banditisme.Ces peuplades de brigands, quand elles refusent de se laisser absorber par la masse chinoise, vivent en hors-la-loi.La haine et le mépris de l\u2019étranger s\u2019expriment dans tous les comportements, dans toutes les attitudes du Chinois.Je me rappelle la conversation que j\u2019avais en octobre dernier avec le doyen de l\u2019Université de Shinhua, le Docteur Ching Huey-chang.Nous causions familièrement sur les problèmes et les progrès de son institution.Comme je lui demandais tout bonnement si l\u2019Université qu\u2019il dirige fait des échanges de professeurs avec les universités étrangères ou envoyé certains de ses professeurs prendre des cours de perfectionnement à l\u2019étranger, il me répondit sur le ton d'un homme visiblement touché au vif: Un grand pays comme la Chine n\u2019a pas besoin d\u2019envoyer ses professeurs étudier à l\u2019étranger.Cette réflexion rejoint assez bien la remarque de cet empereur du siècle dernier qui, à la suite de la signature d\u2019un traité humiliant avec les puissances occidentales, disait à son peuple dans une proclamation qu\u2019il avait fait une remontrance vigoureuse PEUT-ON DÉTACHER LA CHINE DE LA RUSSIE ?359 aux barbares qui étaient descendus sur le territoire de Chine et qu\u2019il les avait renvoyés chez eux.Ces barbares étaient les Français et les Anglais.C\u2019est probablement le même empereur de Chine qui, toujours au siècle dernier, n\u2019avait jamais entendu parler du roi d\u2019Angleterre et qui se demandait quel pouvait bien être ce roitelet qui demandait de signer un traité avec lui.Durant le dernier siècle, les Chinois ont souffert dans leur amour propre l\u2019humiliation d\u2019incessantes interventions des puissances étrangères dans les affaires de Chine.Ils n\u2019oublient pas que ce sont les Anglais qui ont introduit dans leur pays le vice de l\u2019opium.Ils ont été profondément blessés de voir les puissances étrangères s\u2019établir dans leurs ports, se faire accorder des concessions à Canton, à Shanghaï et à Tien-Tsin et ailleurs.Il fut un temps où la Commission des douanes chinoises était présidée par un Anglais.Quand le Japon envahit la Chine en 1937, Tchiang Kai-chek symbolisa vraiment l\u2019esprit de résistance et la fierté nationale des Chinois.A cette époque Mao Tsé-toung n\u2019en menait pas large dans son réduit du Chansi.Quand Tchiang Kai-chek, devant l\u2019avance des troupes japonaises, prit la décision de déménager sa capitale à Tchunking et de transporter à l\u2019intérieur du pays les usines, les réserves de matières premières et les troupes du Kuomintang pour continuer indéfiniment la résistance, il eut vraiment toute la Chine derrière lui.Mais il arriva que sous la force des circonstances ou des nécessités stratégiques, la volonté de Tchiang Kai-chek sembla 360 L ACTION NATIONALE s\u2019émousser; ou encore la peur du communisme lui fit combattre plus âprement les armées de Mao Tsé-toung que les troupes japonaises.A partir de ce moment, le front national qu\u2019il avait créé commença à s\u2019effriter.Quand, après la défaite des Japonais, Tchiang Kai-chek retourna ses armes contre les troupes communistes, il ne représentait plus qu\u2019une fraction de la Chine.Il est fort possible qu\u2019au lendemain de la défaite japonaise, une action rapide des armées du Kuo-mintang eût pu rétablir l\u2019autorité de Tchiang Kai-chek sur toute la Chine, refoulant l\u2019armée rouge aux marches de la Mongolie.Les hésitations, la médiation des Américains ont probablement coûté la victoire aux armées nationalistes.D\u2019ailleurs, on peut discuter indéfiniment sur ces événements, parce qu\u2019ils n\u2019ont plus qu\u2019un intérêt historique.Mais il est indéniable que Tchiang Kai-chek en vint rapidement à symboliser, aux yeux des Chinois, l\u2019intervention étrangère dans les affaires de Chine, aidé qu\u2019il était en argent et en armements par Washington.En face de lui, Mao Tsé-toung avait le prestige d\u2019avoir peu reçu de l\u2019étranger, d\u2019avoir bâti sa propre armée avec des partisans, de l\u2019avoir outillée au moyen d\u2019ateliers bâtis de leurs mains.Il en vint rapidement à symboliser, pour les Chinois, la volonté du peuple à se libérer de l\u2019intervention étrangère.Le deuxième atout dans le jeu de Mao fut la réforme agraire. PEUT-ON DÉTACHER LA CHINE DE LA RUSSIE ?361 La Chine est un pays agricole.Quatre-vingt-cinq pour cent des Chinois vivent directement du travail de la terre.C\u2019est un pays de petites cultures, pour ne pas dire de jardinage.C\u2019est au prix d\u2019un labeur incessant et à force d\u2019ingéniosité que le paysan chinois réussit à tirer sa subsistance d\u2019un minuscule lopin de terre.L\u2019histoire de la Chine, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un équilibre précaire entre les ressources alimentaires et la population.De temps immémorial, la Chine a produit juste ce qu\u2019il faut pour nourrir sa population.Advienne un événement imprévu, une guerre, une révolution, une inondation ou une sécheresse, cet équilibre précaire est rompu.Deux, cinq, dix millions de Chinois meurent de faim.Quand la récolte d\u2019une année ne permet pas au paysan chinois de faire la soudure avec l\u2019année suivante, il doit emprunter.Les taux d\u2019intérêt en Chine ont toujours varié entre quarante et soixante pour cent, allant parfois jusqu\u2019à cent pour cent par année pour les prêts légèrement risqués.Si le paysan n\u2019est pas capable de rencontrer ses intérêts ou de rembourser le capital à échéance, l\u2019usurier exige qu\u2019il lui livre sa fille ou qu\u2019il lui cède sa terre.La détresse du paysan chinois aux prises avec l\u2019usurier a tellement pénétré la vie chinoise qu\u2019elle est le sentiment le plus commun qu\u2019on retrouve dans les romans, dans les pièces de théâtre et dans les opéras.Il n\u2019est pas facile de connaître le pourcentage de paysans qui cultivaient des terres qui ne leur appartenaient pas quand les communistes prirent le pouvoir.Certains affirment que ce pourcentage 362 l\u2019action nationale s\u2019élevait à quatre-vingt pour cent.Les plus conservateurs mentionnent soixante pour cent.Comment le savoir?Les statistiques ne sont pas ce qu\u2019il y a de plus précis en Chine et l\u2019inflation des dernières années du Kuomintang avait porté un grand nombre de spéculateurs à faire des placements immobiliers afin d\u2019éviter la dépréciation rapide de la monnaie.Toujours est-il que Mao Tsé-toung entreprit très à bonne heure de pratiquei la réforme agraire dans les territoires soumis à son autorité.Les soldats chinois sont des paysans.Ils ne tardèrent pas à apprendre que du côté de Mao Tsé-toung on donnait la terre aux paysans.Ce facteur psychologique serait à l\u2019origine du défaitisme que tous les étrangers ont noté dans les armées du Kuomintang durant les dernières années.Du côté nationaliste, on n\u2019a jamais réussi à expliquer d\u2019une façon convenable pourquoi les armées de Tchiang Kai-chek, richement pourvues d\u2019armement amé-îicain, ont fondu comme neige au soleil devant l\u2019armée de la libération nationale.Ceux qui connaissent la Chine sont d\u2019avis que la propagande intense que les communistes ont faite avec la réforme agraire n\u2019est pas étrangère à la débandade des soldats de Tchiang Kai-chek.Un fait indéniable, c\u2019est que Mao Tsé-toung a donné la terre aux paysans.Je ne dis pas qu\u2019il l\u2019a fait selon les normes juridiques en vigueur dans nos pays occidentaux; je ne dis pas que cette réforme ne s\u2019est pas accompagnée d\u2019actes de violence et de banditisme.On affirme que la dernière révolution a coûté deux millions de têtes.Le chiffre peut nous paraître énorme, mais pour la Chine, il n\u2019est pas exagéré. PEUT-ON DÉTACHER LA CHINE DE LA RUSSIE?363 D\u2019autres révolutions en d\u2019autres siècles ont coûté jusqu\u2019à dix millions de têtes.Sous ce rapport, la Chine serait donc en progrès sensible.Il est fort possible que les communistes aient do;nné la terre aux paysans avec l\u2019idée de la reprendre plus tard pour en faire des fermes collectives.On ne voit pas très bien comment on pourrait collectiviser et mécaniser cette agriculture faite surtout de jardinage.Mais enfin, on ne peut pas écarter complètement l\u2019idée d\u2019une collectivisation ultérieure.Seulement, il faut prendre le paysan comme il est.Il ne raisonne qu\u2019en fonction de ce qui est, non de ce qui pourrait éventuellement se produire.Il a la terre.Ce sont les communistes qui la lui ont donnée.Il est communiste.Il aurait été aussi solidement en faveur de Tchiang Kai-chek, si Tchiang Kai-chek lui avait donné la terre.Mais il sera contre Tchiang Kai-chek, si celüi-ci tente de rentrer en Chine, parce que Tchiang Kai-chek symbolise dans son idée la dureté des seigneurs et le régime des mandarins.Un autre facteur nullement négligeable, c\u2019est la personnalité des chefs actuels de la Chine.Idéologie à part, les dirigeants de la Chine communiste sont incontestablement des hommes remarquables.Mao Tsé-toung, Chou En-laï, Chu Teh et les autres ne sont pas les premiers venus.Us ont de la culture, de la finesse et ils ont démontré qu\u2019ils avaient du courage.On peut ne pas aimer l\u2019idée qu\u2019ils incarnent et la conception qu\u2019ils se font du pouvoir, on ne peut s\u2019empêcher de se rendre à l\u2019évidence de certaines réalités. 364 L ACTION NATIONALE Si, par conséquent, on tient compte de ces trois facteurs: haine de l\u2019étranger, réforme agraire et personnalité des dirigeants actuels, les chances de Tchiang Kai-chek de rentrer en Chine et d\u2019y être accepté nous paraissent minces.L\u2019armée américaine parviendrait peut-être, à la suite d\u2019une guerre générale sur le sol chinois, à remettre Tchiang Kai-chek en selle, mais il n\u2019est pas sûr qu\u2019il soit accepté par la masse chinoise.Il représentera toujours aux yeux de ses compatriotes, l\u2019intervention d\u2019une puissance étrangère dans les affaires de Chine.Devant ces faits, il nous paraît y avoir deux politiques possibles vis-à-vis de la Chine: une politique de force et une politique de marchandage.La déneutralisation de Formose est peut-être un premier pas vers l\u2019emploi de la force, y compris celle des armes, à l\u2019endroit de la Chine.Cette politique se justifierait par le souci de Washington de ne pas laisser le régime communiste s\u2019incruster en Chine, comme en Russie, au point de devenir indéracinable.La Chine est encore un pays à économie médiévale, où les communications sont pratiquement inexistantes, où il y a peu d\u2019industries modernes, où les cadres administratifs sont insuffisants.Si on laisse la Chine s\u2019industrialiser sous l'égide de Moscou, elle peut devenir une grande puissance.Washington aurait donc décidé, avant qu\u2019il ne soit trop tard, de mettre à terre le gouvernement de Pékin.L\u2019opération comporte des risques extrêmement graves, sans assurance de réussir.Une autre politique consisterait à chercher des PEUT-ON DÉTACHER LA CHINE DE LA RUSSIE?365 moyens de s\u2019entendre avec la Chine pour éventuellement la séparer de Moscou.En Occident, nous commettons l\u2019erreur de prendre la Chine pour un satellite de Moscou.La Chine n\u2019est ni la Pologne, ni la Hongrie, ni la Tchécoslovaquie.Elle est deux fois et demie plus populeuse que l\u2019U.R.S.S.; elle a une civilisation qui remonte à quatre mille ans; elle possède un raffinement qu\u2019on aurait bien du mal à trouver à Moscou.Les Chinois ne souffrent pas le moins du monde d\u2019un complexe d\u2019infériorité vis-à- vis des Russes.Ils les prennent plutôt, comme tous les Occidentaux d\u2019ailleurs, pour des demi-barbares ou des demi-civilisés.La Chine a souvent eu maille à partir avec la Russie au cours de l\u2019histoire.Les sujets de dispute ne manquent pas à l\u2019heure actuelle.Les négociations sur le retour à la Chine du chemin de fer trans-mandchourien ont paru laborieuses.Le traité d\u2019amitié de 1950 promettait à la Chine pour 1952 la propriété du chemin de fer trans-mandchourien et l\u2019évacuation de Port-Arthur et de Dairen.Le Kremlin a cédé le chemin de fer mais a gardé les deux bases.La présence de soldats russes sur le sol chinois n\u2019est pas plus agréable à la fierté des Chinois que celle des soldats américains au temps de Tchiang Kai-chek.Du côté de la Mongolie extérieure, il paraît se jouer une partie importante depuis quelque temps.On sait que la Mongolie extérieure, profitant de l\u2019anarchie régnant en Chine, fit sécession en 1921 et se proclama république indépendante sous 1 égide de Moscou.Elle fut, à proprement parler, le premier satellite de l\u2019U.R.S.S.Mais Pékin n\u2019a pas oublié 366 l\u2019action NATIONALE que la Mongolie extérieure fit partie intégrante du territoire national durant plusieurs siècles.C\u2019est d\u2019ailleurs la Mongolie extérieuie qui fournit à la Chine une de ses dynasties les plus prestigieuses avec Gengis Khan et Koubilai.Depuis quelque temps, Pékin multiplie les missions culturelles et économiques à Oulan-Bator.Le premier ministre de Mongolie extérieure, Tsédenbal, fait la navette entre Moscou et Pékin.On sent, en dépit des courbettes et des expressions d\u2019amitié, qu\u2019il se joue de ce côté une partie importante.Même chose du côté du Sinkiang et du Thibet.C\u2019est pour devancer et contrecarrer l\u2019influence russe que Pékin s\u2019est hâté d\u2019occuper le Thibet.Le sol du Sinkiang contiendrait, paraît-il, de riches gisements de pétrole.Pékin hâte la construction du chemin de fer Shanghai-Lanchow pour détourner vers la Chine centrale les richesses de l\u2019arrière-pays qui autrement seraient attirées vers l\u2019Union Soviétique.Les Chinois sont un peuple prolifique.Ils sont à court d\u2019espace dans les basses plaines et dans les vallées des rivières où ils pratiquent une culture intensive.Ils peuvent difficilement émigrer ailleurs dans l\u2019Asie des moussons, car partout la densité de la population dépasse les ressources alimentaires.Le seul territoire à leur portée est l\u2019intérieur et les immenses steppes de l\u2019Asie centrale sur lesquelles, par des travaux d\u2019érigation, on peut pratiquer la culture extensive des céréales et faire de l\u2019élevage.Mais cette pénétration vers l\u2019intérieur rapprochera la masse chinoise des frontières de l\u2019U.R.S.S., et, en multipliant les contacts, augmentera les causes de friction. PEUT-ON DÉTACHER LA CHINE DE LA RUSSIE?367 Il ne faut pas prendre pour une fatalité que la Chine et PU.R.S.S.soient irrémédiablement destinées à marcher la main dans la main pour les siècles à venir.La collaboration est actuellement intense entre les deux pays, en dépit des éléments de fric-tibn.On se demande comment il pourrait en être autrement.La seule fenêtre ouverte que la Chine possède sur le monde extérieur, c\u2019est l\u2019Union Soviétique.La Chine n\u2019est pas un satellite de Moscou, mais elle en est jusqu\u2019à un certain point l\u2019esclave.Une rupture avec PU.R.S.S.l\u2019isolerait totalement du monde entier.On comprend aisément que la Chine ne soit pas prête à consentir à un règlement en Corée sans avoir l\u2019assurance d\u2019obtenir une voix dans le concert des nations.Elle peut compter actuellement sur la collaboration de l\u2019Union Soviétique; elle n\u2019est pas prête à risquer de perdre cette amitié, sans avoir l\u2019assurance d\u2019une compréhensibn par ailleurs.Une seule solution nous paraît possible: un règlement général de toutes les difficultés d\u2019Extrême-Orient: guerre de Corée, blocus de la Chine, Formose, etc.Ensuite, une politique réaliste qui saurait tenter Pékin par des avantages économiques et financiers aboutirait peut être à détacher graduellement la Chine de Moscou, puis introduire des éléments de discorde entre les deux grandes puissances marxistes.L\u2019opération est délicate, mais il ne coûterait pas plus cher de la risquer que de s\u2019acheminer à pas certains vers une guerre générale.Gérard Filion Le Mois : M.Abbott se confesse par EDMOND LEMIEUX Il y a bien des années \u2014 en fait depuis 1945, c\u2019est-à-dire depuis qu\u2019il a été question de faire renouveler les accords fédéraux-provinciaux de 1942 \u2014 L'Action Nationale suppliait le gouvernement de la province de Québec de faire pièce aux manoeuvres fédérales par des mesures positives.C\u2019était là, estimions-nous, le seul moyen d\u2019obtenir quoi que ce soit d\u2019un gouvernement fédéral dont la mauvaise volonté centralisatrice était évidente.Alors qu\u2019il était député, André Laurendeau avait suggéré qu\u2019au lieu de voter des lois de plein pouvoir au cabinet \u201cen vue de régler le problème des relations entre le fédéral et les provinces\u201d, il aurait mieux valu prendre l\u2019offensive au grand jour.Il demandait au gouvernement de la Province de lancer cette offensive en créant une Commission Royale d\u2019Enquête qui apporterait la contrepartie autonomiste, précise, concrète, de la thèse et des solutions centralisatrices de la Commission Sirois.Ainsi pourrait être mobilisées les forces provincialis-tes à travers tout le pays.Or la Chambre de Commerce de la Province n\u2019a pas aussitôt obtenu, en 1953, la nomination de cette commission, que le gouvernement fédéral s\u2019affole LE MOIS 369 \u2014 et même peut-être se divise.Que sera-ce si la Commission nous apporte enfin le document complet, précis dans ses démonstrations comme dans ses propositions, que nous attendons d\u2019elle ?Les premiers signes d\u2019affolement, on les trouve dans le texte même du discours du budget de M.Abbott.Il y est accordé, en effet, des concessions significatives (élévation de 5 à 7% qui tient compte du taux de la province de Québec pour l\u2019impôt des compagnies, abandon de l\u2019impôt sur le transfert des valeurs, et plus tard admission à l\u2019exemption des impôts versés par les compagnies de services publics au Fonds d\u2019éducation).Le tout est surtout accompagné d\u2019aveux formidables quand on se rappelle les thèses fédérales des années dernières, notamment les attitudes de M.Ilsley.Certes pour voir tout ce que contient le discours de M.Abbott, il faut avoir de la mémoire et, aussi, savoir lire entre les lignes.M.Abbott, bien sûr, ne se met pas à genoux, couvert de sacs et de cendres, pour faire son mea culpa.Il prétend, au contraire, vous le pensez bien, se justifier.Bien plus nous verrons que c\u2019est une politique d\u2019habileté qu\u2019il veut poursuivre en vue d\u2019esquiver, auprès de l\u2019opinion publique, le coup de la Commission.Mais cette première feinte est déjà une preuve que le coup a porté; il n\u2019est pour la Province qu\u2019à savoir pousser son avantage.Ce ne serait la faute de personne! La justification de M.Abbott consiste à prétendre que tout ce qui arrive n\u2019est ni de sa faute, ni de la 370 l\u2019action nationale faute de personne au Canada (et en raisonnant ainsi il donne à beaucoup de Canadiens la tentation de se dire que ce doit être alors la faute de l\u2019Angleterre et des États-Unis, quoique dans sa pensée il doive s\u2019agir des Allemands et des Russes!).Si le budget exige 4% milliards de dollars: 2 milliards pour la défense (prochaine guerre), 450 millions pour la dette (causée par deux guerres), 1 milliard pour la sécurité sociale, et bien peu de chose en définitive pour l\u2019administration générale, \u201con ne saurait, nous dit-il, rejeter la responsabilité de cette situation sur tel ou tel groupe d\u2019Ottawa.Ce problème découle de la volonté de la majorité des habitants de nos dix provinces, qui naturellement, forment le Canada.Il n\u2019est personne, à Ottawa, qui ait un goût particulier pour le principe de la centralisation, ni qui voit là un but à atteindre.Personne ne désire priver les gouvernements provinciaux de leurs droits, ni assumer leurs responsabilités.Personne ne veut rendre plus sérieux les problèmes ardus auxquels font face les gouvernements provinciaux1.\u201d Ce n\u2019est pas au lecteur de L\u2019Action Nationale qu\u2019il y a lieu de montrer tout ce qu\u2019il y a de suave dans cette déclaration cousue de fil blanc.Elle révèle que M.Abbott s\u2019est fait un excellent élève de M.Saint-Laurent et qu\u2019il va passer maître, lui aussi, dans l\u2019art de manier la tautologie et de servir à l\u2019électeur des arguments tout juste bons à convaincre des mentalités de cinq ans.J\u2019aime bien, à ce sujet, \u201cles habitants de nos dix provinces, qui, naturellement, forment le Canada\u201d! Si la théorie de b Débats de la Chambre des Communes, 19 février 1953, p. LB MOIS 371 M.Abbott est exacte, si le cabinet fédéral n\u2019a plus de responsabilité dans la conduite du pays, alors il devient impérieux que la politique fédérale soit constamment et dans chacune de ses réalisations, plébiscitée.L\u2019on verra bien alors si le pays réel correspond toujours aussi bien au pays légal dans toutes et chacune des décisions gouvernementales; et il y a nombre de raisons de croire que M.Abbott aurait quelques surprises.S\u2019il y eût eu la coïncidence que l\u2019on prétend, il est douteux par exemple que les allocations familiales fussent devenues la loi du pays.Votées à fa veille d\u2019une élection fédérale alors qu\u2019elles n\u2019étaient réclamées \u2014 et pas du gouvernement fédéral \u2014 que par des groupes sociaux du Québec, elles ont surtout valu au gouvernement d\u2019Ottawa, dans le reste du pays, des accusations à l\u2019effet que le parti libéral achetait le Québec pour se faire pardonner une politique de guerre que le pays réel du Québec avait explicitement repoussée.La volonté du cabinet fédéral, qui a décidé d\u2019enfreindre la constitution à ce sujet, comme au sujet des autres mesures de sécurité sociale (même si des amendements ont pu ensuite être obtenus qui ont légalisé une politique qui reste anticonstitutionnelle dans son esprit), cette volonté dis-je engage les dirigeants d\u2019Ottawa; si elle ne nous permet pas d\u2019affirmer positivement que ceux-ci ont désiré \u201cpriver les gouvernements provinciaux de leur droit et (souhaité) d\u2019assumer leurs responsabilités, elle nous autorise au moins à dire que les gardiens de la constitution et du bien commun, ont consenti à poursuivre une telle politique.Toujours la vieille histoire d\u2019Adam et d\u2019Eve: 372 l\u2019action nationale \u201cLa femme que vous avez mise avec moi m\u2019a donné du fruit de l\u2019arbre et j\u2019en ai mangé\u201d.Les admissions Mais l\u2019important à retenir n\u2019est pas ce discours de Tartuffe.L\u2019important, c\u2019est l\u2019admission qu\u2019en agissant ainsi, en s\u2019immisçant dans des domaines de responsabilités nettement provinciales, le gouvernement fédéral a très spécifiquement rendu impraticable le jeu normal de la constitution, déjà si fort compromis par les dépenses de guerre.Lisons plutôt: Si le budget fédéral ne renfermait aujourd\u2019hui que les catégories de dépenses qu\u2019il y a quelques années i\\ peine on s\u2019accordait à reconnaître, comme étant nécessaires ou suffisantes pour le gouvernement fédéral, j\u2019arriverais presque à équilibrer mon budget, si j\u2019avais seulement à ma disposition les sources traditionnelles de revenus dont jouissait le gouvernement central au 19e siècle (.) Etant donné un tel état de choses, je pourrais sans doute conseiller en toute sûreté l\u2019abolition complète de tous les impôts fédéraux sur les revenus des particuliers et des sociétés.Nous pourrions sup-\trj primer la taxe générale de vente de 10 p.c., la taxe d\u2019accise de 15 p.c., ainsi d\u2019ailleurs que les droits successoraux.Ces domaines d\u2019imposition seraient alors entièrement laissés aux provinces1.Et plus loin, après un nouveau paragraphe de justification, le ministre nous dit: \u201cSans doute, le volume des impôts fédéraux rend-il plus malaisé un accroissement sensible des impôts provinciaux.Point 1.Op.cil., p.2255. LE MOIS 373 n\u2019est besoin d\u2019une commission royale pour nous révéler cette vérité1.\u201d Voilà donc qui est assez clair.Si le Fédéral ne se mêlait que de ce qui le regarde et si, au surplus, il n\u2019exagérait pas son effort de défense jusqu\u2019à l\u2019absurdité pour un pays de la taille du Canada, les provinces auraient leurs coudées franches dans l\u2019exercice de leurs responsabilités.C\u2019est en s\u2019emparant des pouvoirs fiscaux provinciaux, en bonne partie pour assumer des responsabilités que la constitution assigne aux provinces, que le Fédéral gêne celles-ci.Il n\u2019y aurait certes pas lieu d\u2019appuyer sur cette évidence tant de fois soutenue par les vrais fédéralistes si, depuis des années, tout ce qu\u2019il y a d\u2019autorité et de thuriféraires libéraux n\u2019avaient embouché toutes les trompettes du parti afin de convaincre la population du contraire.Point n\u2019est besoin, bien sûr, d\u2019une commission royale pour nous apprendre cette vérité; mais il était évidemment utile d\u2019en avoir une pour que, se sentant menacés d\u2019être pris en défaut par des hommes compétents et en autorité, MM.Abbott et consorts se lèchent les doigts au plus vite afin de pouvoir soutenir devant l\u2019opinion publique qu\u2019ils ne les ont jamais trempés dans la confiture.Jusqu\u2019au dernier discours de M.Abbott, la politique fédérale n\u2019avait jamais, au grand jamais, créé de difficultés aux provinces! Bien au contraire, loin de nuire à l\u2019autonomie, la politique fédérale sauvait l\u2019autonomie des provinces! Que le premier ministre de la province de Québec ne s\u2019est-il souvenu avant de la règle selon 1.Op.cit., p.2256. 374 l\u2019action nationale laquelle la crainte est donnée comme le commencement de la sagesse.Il y a d\u2019ailleurs plus que cela dans le discours de M.Abbott.Imaginez-vous que notre ministre des finances, et aussi le premier ministre Saint-Laurent, si l\u2019on en croit ce qu\u2019il a déclaré à une délégation de la Chambre de Commerce de la Province, ont découvert que le rapport Sirois était centralisateur.Ceux qui ont suivi les déclarations de nos hommes politiques fédéraux depuis quinze ans n\u2019en croiront ni leurs yeux, ni leurs oreilles! Parlant de la Commission Sirois, M.Abbott dit ceci: Cette commission a effectué une étude très complète et très approfondie, et soumis des recommandations d\u2019une vaste portée.Les provinces ont jugé qu\u2019elles ne pouvaient pas les accepter.Peut-être, en examinant de nouveau ces propositions à l\u2019heure actuelle, certains estimeraient-ils qu\u2019elles étaient trop rigoureuses et qu\u2019elles comportaient l'abandon par les provinces d\u2019une partie de leur compétence1 2.Et plus loin, après avoir parlé des propositions fédérales d\u2019après guerre, largement appuyées sur les conclusions du rapport Rowell-Sirois, il continue: Là encore, on peut soutenir que ce programme d\u2019après-guerre était trop ambitieux et un peu prématuré.Sans doute, on y proposait une revision profonde du statu quo, non seulement dans les domaines des recettes, mais sur le plan des dépenses*.1.\tOp.cit., p.2256.2.\tIbid. LE MOIS 375 Il est difficile de demander plus comme aveu ou reculade à un politicien qui doit au moins sauver la face ou protéger ses arrières, comme vous voudrez! Mais si cela ne veut pas dire que ces diverses propositions étaient trop centralisatrices, cela ne veut plus rien dire.Certes les mots \u201ccentralisateur\u201d et \u201ccentralisation\u201d n\u2019y sont pas; ce sont des expressions complètement taboues à Ottawa pour la même raison qu\u2019un sage proverbe nous dit de ne jamais parler de corde dans la maison d\u2019un pendu.Mais sauf le mot, tout le reste y est.\u201cUn peu prématurée.\u201d On notera d\u2019ailleurs que M.Abbott ne dit pas que cette centralisation était mauvaise.Et c\u2019est ici qu\u2019il faut prendre garde de s\u2019emballer plus que de raison et de croire la partie gagnée.Le ministre affirme simplement qu\u2019elle était \u201ctrop ambitieuse et un peu prématurée\u201d.Et cela fait toute la différence quant à l\u2019interprétation à tirer de ces textes quant aux intentions des autorités fédérales.On se rend compte à Ottawa qu\u2019avec le rapport de la nouvelle commission, le temps sera probablement passé où l\u2019on pourra encore faire prendre des vessies pour des lanternes à l\u2019opinion, l\u2019embrouiller en la criblant de sophismes pour lui prouver que ce sont les centralisateurs qui sont les véritables décentralisateurs, alors que les décentralisateurs ne sont que des centralisateurs.Il s\u2019agit plutôt de devancer les conclusions inévitables et irréfutables auxquelles la Commission en viendra nécessairement sur le sujet.De pouvoir compter sur la courte mémoire 376 l\u2019action nation alb des électeurs pour prétendre que les autorités fédérales n\u2019ont jamais dit autre chose.Puis de conclure à l\u2019inutilité de ladite commission, au gaspillage d\u2019argent.que représente une telle initiative en vue de démontrer une chose déjà admise.Cela rappelle la position des coopératives suédoises dans leurs luttes contre les trusts.La menace de la concurrence coopérative amenait le trust à réduire ses prix.Après quoi le trust pouvait soutenir que l\u2019initiative coopérative se révélait inutile parce qu\u2019incapable de faire mieux que le trust.Les dirigeants coopératifs disaient alors à leurs membres: \u201cL\u2019important n\u2019est, pas que nous ayons une usine qui fonctionne, mais que les prix baissent.Si en investissant 3 millions dans une construction d\u2019usine, nous obtenons une réduction de prix pour le consommateur équivalant à 10 ou à 100 p.c.annuellement sur le capital investi, nous avons fait un magnifique placement même si l\u2019usine doit rester fermée faute de pouvoir ensuite concurrencer le trust.Au lieu d\u2019être une usine en fonctionnement, elle devient un monument à l\u2019efficacité du coopératisme comme moyen d\u2019obtenir des prix avantageux pour le consommateur\u201d.Dans le même sens, pour avoir déjà forcé le gouvernement fédéral à se découvrir et pour l\u2019obliger à rester découvert, la Commission Tremblay sur les relations fédérales-provinciales vaut avant tout autre résultat, l\u2019argent qu\u2019elle coûtera, même si elle ne devait aboutir qu\u2019à démontrer péremptoirement le fait que M.Abbott vient d\u2019accuser et (pie le gouvernement fédéral avait toujours récusé jusqu\u2019ici.Il y a lieu d\u2019espérer d\u2019ailleurs qu\u2019elle apportera bien autre chose. leJmois 377 De l\u2019inutilité des commissions.Or cette autre chose, c\u2019est-à-dire des propositions concrètes de solution, M.Abbott, dans une finale vraiment cocasse, se prépare à la refuser.Après s'être essayé à démolir par des faux-fuyants les propositions concrètes décentralisatrices déjà soumises par la Chambre de Commerce, il insinue que les Commissions royales ne valent rien pour régler de tels problèmes.\u201cAucune commission royale, dit-il, n\u2019a fourni la formule.Les dispositions que prévoient les accords (actuels) ont été forgées sur l\u2019enclume d\u2019une expérience ardue.Notre manière de concevoir a été uniquement pragmatique et notre solution s\u2019adapte à la réalité de la situation dans laquelle il faut appliquer la formule.\u201d Voilà un gouvernement qui depuis quelques années n\u2019a cessé de multiplier les commissions royales en vue de pousser son ours centralisateur.Effectivement, il a bâti toutes ses solutions sur les rapports de ses commissions, et il en a tiré grand profit au point de vue centralisation.Certes il y a eu l\u2019enclume de l\u2019expérience dont il parle et qui est venue de la résistance de quelques provinces à la centralisation.Mais travaillant sur un plan de centralisation ces résistances n\u2019ont pas pu enlever à l\u2019agresseur l\u2019avantage de l\u2019offensive; moins centralisateurs, les accords réalisés sont restés centralisateurs.Au moment où la province de Québec décide de se défendre en passant à son tour à l\u2019offensive, on comprend que les centralisateurs tremblent et que les commissions, une fois au service des provinces, leur apparaissent tout à coup sans valeur! 378 l'action nationale Et puis après, M.Garson Tout cela serait risible, si les idées les plus sacrées d\u2019une civilisation, et en définitive de la civilisation tout court, du droit de vivre, n\u2019étaient pas en jeu.Pour le moment, retenons les aveux faits, mais n\u2019allons pas nous endormir.En aurions-nous eu envie que M.Garson, le ministre de la Justice, nous en aurait dissuadés par ses déclarations de Winnipeg.M.Abbott admet en somme que toute la politique fédérale depuis 15 ans a été centralisatrice, presque entièrement basée sur le rapport Sirois et les propositions de 1945; M.Garson s\u2019en va à Winnipeg, sans doute maladroitement selon M.Abbott \u2014 et c\u2019est ici qu\u2019une division s\u2019esquisse au sein du cabinet \u2014 déclarer que les ententes résultant de cette politique doivent devenir permanentes au plus tôt.Il essaie ensuite de démentir, de prétendre qu\u2019il n\u2019a parlé que pour le Manitoba, mais son texte reste là, formel: \u201cNothing is more important, therefore, than these tax agreements between the Federal Government and nine (pas seulement le Manitoba) of the ten provincial governments should be perpetuated.\u201d Les élections se préparent: on va souffler de l\u2019autonomie et de la bonne entente dans Québec, de la centralisation et de l\u2019anti-Québec dans le reste du pays! Notre tâche n\u2019est donc pas terminée.Il faut que l\u2019offensive continue.Que la Commiisson termine son travail et fournisse à l\u2019opinion publique de toutes les provinces un rapport qui surpasse en qualité les 1.Op.cit., p.2257. LE MOIS 370 rapports des Commissions fédérales.Il faut que l\u2019opinion publique en soit saisie de façon que le champ ne reste plus libre aux argumentations fédéralistes à sens unique, rendues impressionnantes par l\u2019habit scientifique et documentaire dont on les recouvre.Que l\u2019opinion réclame du gouvernement provincial une politique active et de nos députés et ministres à Ottawa, des prises de position nettes.La farce des cabinets à double face et des politiciens à double discours doit cesser sur ce terrain en particulier.Le temps est venu pour l\u2019opinion publique d\u2019exiger des partis fédéraux qu\u2019ils prennent position franchement, nettement, complètement et concrètement pour ou contre la centralisation; et qu'ils répudient dans leur parti et expulsent des cabinets ceux qui avanceront des idées contraires.La province de Québec, en particulier, doit exiger du premier ministre Saint-Laurent qu\u2019il nous présente un gouvernement sincèrement désireux de sauvegarder à tout prix l\u2019esprit de la Confédération canadienne, purgé des centralisateurs, francs ou tortueux.Comme aux premières années d\u2019après 1867, il est devenu essentiel que tous les partisans de l\u2019Union sous toutes ses formes soient relégués du côté de l\u2019opposition, qu\u2019ils soient rouges, bleus, cailles ou de toute autre couleur.Le salut public passe avant les partis! Aux partis qui veulent survivre ou réussir de se conformer aux exigences de salut public.Voilà ce qu\u2019il faut que nos députés apprennent de leurs électeurs, de façon qu\u2019ils comprennent bien que nous ne leur tenons pas rigueur de leur couleur, mais que nous entendons que les couleurs n\u2019aient de signification pour nous que par les idées auxquelles elles se fixent. 380 l'action nationale A l\u2019écoute du monde.par JEAN-MARC LEGER Les événements qui font le plus de bruit ne sont pas forcément ceux qui influent le plus sur la marche du monde.Et tandis qu\u2019ici et là, sur les divers continents, les antagonismes continuent de s\u2019affirmer, certains efforts de rapprochement et d\u2019unification progressent lentement.C\u2019est ainsi que la mise en marche du pool européen de l\u2019acier a marqué le deuxième temps de la concrétisation du vaste projet de Robert Schuman.L\u2019importance de la communauté européenne du charbon et de l\u2019acier provient non seulement de l\u2019ampleur des intérêts en jeu, de l\u2019étendue du secteur économique auquel elle s\u2019applique mais plus encore, peut-être, de sa valeur d\u2019expérience.Que cette mise en commun aux points de vue de l\u2019exploitation et de la gestion de deux des éléments de base de l\u2019économie s\u2019avère fructueuse et il est indéniable que l\u2019idée européenne aura accompli un immense pas en avant.Pour le public européen lui-même et, a fortiori, pour le public américain, le panorama actuel de l\u2019Europe unie est fortement embrouillé: dans la forêt d\u2019institutions, d\u2019entreprises, de sigles qui naissent à tout moment, on n\u2019arrive plus très bien à retrouver le chemin suivi et à faire le point de la situation.Essayons donc de fixer un schéma général LE MOIS 381 des divers organismes qui se situent à l\u2019enseigne de l\u2019union européenne.Il convient de distinguer trois plans principaux où, depuis la fin du conflit, les principaux pays de l\u2019Europe occidentale ont tenté de réaliser une certaine mesure d\u2019union: l\u2019économique, le politique et le militaire.Sur le plan économique, il convient de distinguer essentiellement deux institutions: l\u2019O.E.C.E.(l\u2019Organisation européenne de coopération économique), avec l\u2019Union européenne des paiements dont elle a entraîné la fondation; le pool charbon-acier naissant.Deux organismes également puissants mais de nature et aux fins profondément différentes.L\u2019Organisation européenne de coopération économique, qui groupe actuellement dix-huit pays, est née de la nécessité impérieuse de dresser la somme des besoins de ces pays pour leur relèvement.Les États-Unis avaient en effet fixé comme condition préalable à l\u2019ouverture de vastes crédits \u2014 connus plus tard sous le nom de \u201cplan Marshall 1 entente entre pays européens qui allaient devoir élaborer un programme de relèvement commun.C\u2019est en avril 1948 que l\u2019OECE fut constituée, avec deux tâches bien précises: assister le gouvernement des États-Unis dans l\u2019exécution du programme d\u2019aide à l\u2019Europe; développer la coopération entre pays participants, objectif permanent qui devait être poursuivi même après la cessation de 1 aide 382 l\u2019action nationale américaine, afin d\u2019assurer la stabilité économique de l\u2019Europe.Selon les besoins de l\u2019heure, l\u2019action de l\u2019OECE a été centrée tour à tour sur le relèvement de la production, sur la stabilité financière intérieure, puis, depuis 1950 et encore maintenant, sur la libération des échanges et l\u2019organisation des paiements européens.A ce dernier sujet, l\u2019OECE constituait, en 1950, l\u2019Union Européenne des Paiements: organisme de paiements multilatéraux, capable, en outre, de jouer un rôle déterminant dans la politique de libération des échanges.Mais aussi bien l\u2019OECE que sa création, l\u2019U.E.P.n\u2019étaient encore que des organes de liaison, dont les décisions étaient \u2014 et sont encore \u2014 prises par les seuls représentants dûment mandatés des gouvernements participants, les ministres des affaires étrangères ou leurs suppléants.Seule la décision prise en commun par le Conseil des ministres des affaires étrangères a force exécutive.La communauté charbon-acier, au contraire, possède une autorité propre: elle n\u2019est pas simplement un organe de liaison mais une institution autonome dotée d\u2019un pouvoir d\u2019exécution.Il s\u2019agit ici d\u2019une première étape vers une véritable unification économique européenne, sous l\u2019égide d\u2019une autorité politique commune.On sait que la C.E.C.A.reste ouverte à tous les pays européens qui désireraient y participer.Les prochaines années démontreront si l\u2019on avait vu trop grand ou bien si, en dépit de la rivalité d\u2019intérêts et de la complexité de la machine à mettre en marche, il est possible de pratiquer de façon LE MOIS 383 concrète et sur une grande échelle une action économique commune en Europe occidentale.Si l\u2019initiative réussit, il est à prévoir qu\u2019elle sera suivie d\u2019un certain nombre d\u2019autres et qu\u2019ainsi progressivement une communauté économique européenne se constituera sur laquelle il sera ensuite infiniment plus facile de bâtir une autorité politique commune, une forme quelconque de fédération européenne.Si maintenant nous passons au plan militaire, nous devons nous rendre compte que la situation est infiniment plus complexe et bien plus délicats les problèmes à affronter.Même si tous les pays de l\u2019Europe occidentale avaient pu adhérer à l\u2019Organisation du traité de l\u2019Atlantique-Nord, il est probable que le projet d\u2019une armée européenne seiait né tôt ou tard, conséquence de la formation d\u2019une fédération européenne.Les journaux nous ont suffisamment parlé, ces derniers temps, des débats ardus qui entourent le projet d\u2019armée européenne pour qu\u2019il ne soit pas nécessaire de nous étendre longuement là-dessus.Alors que le pool charbon-acier a voulu doter l\u2019Europe occidentale d\u2019une autorité supra-nationale dans un secteur déterminé de l\u2019économie, la communauté européenne de défense (CDE) vise au même but, pour le secteur défense.Sans doute eût-il été plus logique et plus facile de créer d\u2019abord, par les pools, une Europe économiquement unie, puis une fédération européenne et alors seulement une armée européenne. 384 l\u2019action nationale La pression des événements a mis de l\u2019avant 1 aspect défensif et militaire de l\u2019Europe unie.Jusqu\u2019à maintenant, cependant, rien de concret n\u2019a encore été réalisé.La Communauté européenne de défense n\u2019est pas encore constituée et l\u2019armée européenne reste à l\u2019état de projet.C\u2019est sur le plan militaire que l\u2019idée européenne a accompli le moins de progrès.Enfin, sur le plan politique, il convient de retenir l\u2019activité de deux organismes principaux, l\u2019un déjà vieux de plusieurs années, l\u2019autre créé tout récemment.Le premier est le Conseil de l\u2019Europe, qui groupe quinze pays et agit par deux organes distincts: le comité des ministres et l\u2019Assemblée consultative.On a beaucoup ironisé sur le Conseil de l\u2019Europe et, en certains milieux, vivement attaqué son \u201cinefficacité\u201d.Il est vrai que sur le plan des résultats pratiques, les sessions annuelles de l\u2019Assemblée et les rencontres du Conseil des ministres ont donné assez peu.Mais il importe de considérer d\u2019un côté que le Conseil n\u2019a qu\u2019un pouvoir délibérant et de l\u2019autre que, malgré tout, il constitue une puissance morale non négligeable qui prépare lentement les esprits à accepter plus facilement et plus tôt les premières réalisations européennes concrètes, telle la communauté du charbon et de l\u2019acier.Toujours sur le plan politique, une assemblée spéciale, nommée \u201cassemblée ad hoc\u201d, a élaboré en janvier et février derniers un projet de communauté politique européenne, le premier du genre LE MOIS 385 qui présente quelques chances de survie.Les 87 membres de cette assemblée extraordinaire ont accompli un travail extrêmement sérieux dont les résultats sont maintenant devant les parlements des six pays directement intéressés: France, Italie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg.Sans doute, les chances sont-elles extrêmement minces pour que ce projet ou tout autre analogue soit adopté d\u2019ici quelques années.L\u2019intérêt de l\u2019entreprise reste néanmoins considérable en ceci qu\u2019elle ouvre un peu plus la voie vers l\u2019Europe unie qui devra bien venir tôt ou tard.Tel est présentement le panorama de l\u2019unité européenne.Sur le plan économique: l\u2019O.E.C.E.(organisation européenne de coopération économique), avec sa filiale, l\u2019U.E.P.; à côté, la toute nouvelle communauté européenne du charbon et de l\u2019acier.Sur le plan militaire: le projet de communauté européenne de défense, premier temps d\u2019une armée européenne; sur le plan politique: le Conseil de l\u2019Europe à Strasbourg et 'e projet d\u2019une communauté po'itique européenne.Ajoutons à cela des organismes qui, si'encieuse-ment, accomplissent un excellent travail dans l\u2019intérêt commun, notamment la Commission Européenne du Tourisme, celle des chemins de fer européens; notons aussi les projets déjà passablement avancés de communauté sanitaire (pool blanc), de communauté des produits agricoles (pool vert). 38(i l\u2019action nationale Par là, on voit que l\u2019idée européenne a marqué de nets progrès depuis la fin du conflit et qu\u2019elle commence vraiment à se traduire en des institutions concrètes.A qui serait porté à blâmer la lenteur de la marche, faut-il rappeler qu\u2019en pareil domaine et surtout s\u2019agissant de l\u2019Europe, rien ne serait plus préjudiciable qu\u2019une hâte inconsidérée?Mieux vaudrait une certaine mesure, si faible soit-elle, d\u2019union européenne, atteinte d\u2019ici dix ans, que la création immédiate d\u2019une véritable fédération, constituée sous la pression des événements, mais qui, édifice par trop fragile, croulerait à la première occasion.Armée européenne La lenteur des progrès comme l\u2019acrimonie des débats laissent bien voir que c\u2019est sur le plan militaire qu\u2019il sera le plus difficile de réaliser l\u2019union des pays européens.Depuis l\u2019instant où l\u2019URSS a paru vouloir entrer dans la voie des compromis, on a, semble-t-il, moins ressenti l\u2019urgence de la création de l\u2019armée européenne.Sans doute l\u2019Allemagne occidentale a-t-elle, ces semaines dernières, ratifié le projet mais on peut penser que cela ne va pas hâter forcément la réalisation du projet.Trop de facteurs d\u2019ordre psychologique, sentimental, historique jouent en ce domaine, en plus de toutes les données d\u2019ordre pratique pour que l\u2019on puisse s\u2019étonner de la difficile gestation de l\u2019armée européenne.Un autre facteur dont il importe de tenir compte réside dans le fait que deux des pays intéressés, France et Belgique, sont placés à la tête de vastes LE MOIS 387 territoires sis sur d\u2019autres continents.Les obligations qui en découlent pour ces puissances rendent leur situation infiniment plus délicate que celle des quatre autres pays.Si l\u2019Angleterre avait accepté d\u2019être partie à l\u2019entreprise, il est probable que la ratification serait déjà, en France, un fait accompli.Et la France et l\u2019Allemagne ayant ratifié, les autres pays, Italie et Benelux, auraient aussitôt suivi.Maintenant, le climat international s\u2019étant un peu bonifié, l\u2019opposition restant toujours aussi forte à droite et à gauche, l\u2019hésitation aussi considérable au centre, il est probable que l\u2019actuel Parlement français ne voudra pas prendre sur lui de placer le pays devant un fait accompli.Ou bien, il y aura dissolution et tenue d\u2019une nouvelle élection générale ou encore \u2014 et l\u2019idée, lancée par M.Robert Schuman paraît faire son chemin \u2014 on organisera un referendum qui peimettra à l\u2019ensemble de la population de se prononcer sur le projet.Et les indications que l\u2019on peut tirer aussi bien de la presse française que des dernières élections municipales invitent à penser que rien n\u2019est moins sûr que la ratification par le peuple français du projet d\u2019armée européenne.Les relations entre les États-Unis et leurs alliés européens se sont nettement détériorées, ces dernières semaines.Sans que l\u2019essentiel soit mis en question, il est évident que l\u2019attitude américaine a créé un malaise considérable.Nul ne s\u2019est exprimé aussi franchement, à ce sujet, que M.R.A.Butler, chancelier britannique de l\u2019Echiquier qui, dans un important discours, a affirmé que Washington nuisait 388 l\u2019action nationale à une franche collaboration et partant à l\u2019unité des pays occidentaux.Si les divergences politiques entrent pour une certaine part dans cette tension, l\u2019essentiel provient de l\u2019attitude protectionniste des Américains en matière de commerce extérieur et des possibilités de renforcement de cette attitude.On sait que le Congrès étudie actuellement la question de la dénonciation de la loi sur les accords commerciaux réciproques.Pareille dénonciation, réclamée par les grands intérêts américains, aurait pour effet l\u2019adoption d\u2019un nouveau régime des tarifs douaniers, qui seraient considérablement plus élevés que présentement.Or, déjà ceux-ci paraissent exorbitants au regard des Européens.Un double paradoxe entache la politique américaine en matière de commerce avec l\u2019étranger.D\u2019un côté, les dirigeants américains ne cessent de proclamer que le communisme se nourrit du marasme économique et des bouleversements sociaux qui en constituent le corollaire: mais dans le même temps, la politique économique combattant la politique étrangère, on refuse aux peuples européens le moyen d\u2019assainir leur économie en vendant largement à l\u2019Amérique du Nord.De l\u2019autre côté, Washington demande avec insistance, voire exige que les pays occidentaux ne fassent pas commerce avec les pays du bloc soviétique mais n\u2019entend pas pour autant ouvrir trop grandes ses portes aux produits européens.On comprend aisément l\u2019impatience et la mauvaise humeur des pays européens.Ceux-ci ont compris et accepté la réduction de l\u2019aide américaine directe mais ils croyaient que le slogan LE MOIS 389 de M.Butler \u201cdu commerce, non de l\u2019aide\u201d trouverait une large application.Loin que les E.U.pensent à favoriser les échanges commerciaux, une forte tendance s\u2019est dessinée pour un renforcissement des tarifs douaniers.Il est vrai que l\u2019opposition du cabinet Eisenhower à cette modification et son insistance pour que le Congrès accepte plutôt de reconduire les accords commerciaux réciproques conduira peut-être au statu quo.Mais celui-ci sera vraisemblablement insuffisant et Washington devra peut-être choisir entre une plus large ouverture de ses marchés aux produits européens ou une acceptation implicite d\u2019une reprise des échanges entre l\u2019Ouest européen et les pays soviétiques. SOMMAIRE L\u2019ACTION NATIONALE: L'Etat du Québec.307 ADRIEN THERIO: Souvenons-nous de Jules\tFournier.310 ROBERT-LIONEL SEGUIN L\u2019habitant.321 RICHARD ARES, S.J.: Oû en sommes-nous 1.345 GERARD FILION: Peut-on détacher la Chine de\tla\tRussie ?.356 F.-A.ANGERS: M.Abbott se confesse.368 JEAN-MARC LEGER: A l'écoute du monde.380 TéL HA 0200-0209 PERRAULT «t PERRAULT AVOCATS 914 St-Denis :: Suite 21S :: Montréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64, ave Nelson, Outremont.Tel.DO 6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390, boul.Pie IX, Tel.CL 3580 Les cafés et confitures 4e J.'A.Désy LIMITEE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Marcel ALLARD Gérant général COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée Biscuits - Gâteaux - Tartes 235 ouest, ave LAURIER, Montréal\tCR 2165 Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT VII ____________________-1 Sans ¦ K?' \u2022\t: bourse délier Tout chef de famille doit faire face h une obligation sacrée: celle de subvenir aux besoins do son épouse et de ses enfants.Deux moyens lui permettent d\u2019y satisfaire: son salaire et (faute de pouvoir accumuler un capital) l\u2019assurance-vie.Nous avons la police qui lui convient\u2014comme nous avons la vôtre du reste.Vous plairait-il de la connaître?En détail?Sans bourse délier?.Flavius Gagné, gérant 60 ouest, rue Saint-Jacques, PL 1807, Montréal 1 RtprétanUnla G*.rd CoWiy\tJ.4>.Corbin\tYanko Donntaa Gérard Gauvrtau\tL.-P.Lauila»\tJ.-P.Nobart ASSURANCE-VIE & RENTES VIAGÈRES CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE 41 ouest, S.-Jacques, Montréal 1, HA.3291 VIII ^ Cxtxaità du Catalogue La librairie de L\u2019ACTION NATIONALE vous offre les oeuvres suivantes : Histoire du Canada français (Groulx) tome I Histoire du Canada français (Groulx) tome II Histoire du Canada français (Groulx) tome III Histoire du Canada français (Groulx) tome IV .L\u2019Indépendance du Canada (Groulx) relié .Denrées périssables (La Rabastalière) Derrière le Rideau de Fer (G.Filion) Histoire de l\u2019U.C.C.(F.Létourneau) Histoire de l\u2019Agriculture (F.Létourneau) Escales (R.Lasnier) .Le Corporatisme d\u2019association (Lanthier) .Notre Question Nationale (Arès) 2 vol.Pour Gagner la Paix (Collaboration) Histoire des Enfants Tristes (Pelletier) Autour du Monde (J.Hébert) 3 vol.Tit-Coq (G.Gélinas) .Les Engagés du Grand Portage (L.Desrosiers) Le Rêve de Kamalmouk (M.Barbeau) .Le Long de la Route (Sylvain) Né à Québec (A.Grandbois) .A l\u2019ombre de l\u2019Orford (A.Desrochers) Le Citoyen Canadien français (E.Minville) 2 vol.Invitation à l\u2019Etude (E.Minville) .Le Type Economique et Social des Canadiens (L.Gérin) .PRIX 2.00 2.50 .\t2.75 .\t2.75 1.50 2.50 1.00 0.50 1.50 2.00 1.50 0.45 2.00 1.00 0.50 5.00 .\t1.50 1.50 .\t1.50 1.00 1.50 1.25 3.00 1.00 1.50 L\u2019ACTION NATIONALE 986, est, rue RACHEL, Montréal, P.Q.IX NOS BROCHURES Louis Riel (Groulx) .0.05 Pourquoi nous sommes divisés (Groulx) .0.05 Why we are divides (Groulx) .0.05 Que seront nos enfants (Bourassa) .0.20 Alerte aux Canadiens français (Laurendeau) .0.10 Le Culte de l\u2019incompétence (F.-A.Angers) .0.10 Pour notre libération (Chaloult) .0.15 De l\u2019Education (Chaloult) .0.15 Nos Ecoles enseignent-elles la haine de l\u2019anglais (Laurendeau) .0.10 Le Bilan d\u2019un conflit .0.10 Votre dignité Jeunesse (P.-E.Léger) .0.15 Jeunesse et Haute Politique (Bouvier) .0.15 Pour que vive la Nouvelle France (Vanier) .0.05 L\u2019Immoralité de la Conscription\t(Hugo) .0.40 Québec et les mouvements minirotaires français (C.-E.Couture) .0.05 La Querelle du Bilinguisme (L\u2019Action Nationale) 0.10 L\u2019ACTION NATIONALE 986 est, me RACHEL\tCH.5253 TOUJOURS \u2022\tles plus récents modèles \u2022\tles plus nouveaux tissus I CHEZ LES TAILLEURS JOLY 251 est, me STE-CATHERINE, Montréal.\tHArbour 1171 x L'oeuvre essentielle de notre littérature Peu d\u2019oeuvres, chez nous, peuvent prétendre à l\u2019importance de celle que le chanoine Lionel Groulx vient de terminer.A la fois comme contribution à l\u2019Histoire et comme geste de portée nationale, l\u2019Histoire du Canada Français marque une étape.Certes, nous avions déjà des Histoires du Canada : il nous manquait encore une véritable Histoire du Canada français.Qui mieux que le chanoine Groulx pouvait nous la donner ?Histoire authentique et objective, et en même temps constamment soutenue par un amour fervent de la patrie franco-canadienne.Voici une oeuvre qui est absolument indispensable dans tout foyer canadien-français.Son dernier volume vient de paraître, portant sur la période de 1848 à nos jours.C\u2019est un magnifique ensemble de quatre tomes, d\u2019environ trois cent pages chacun, que chacun voudra non seulement lire mais conserver.La parution du dernier tome constitue une occasion idéale, pour ceux qui n\u2019auraient pas déjà acquis les trois premiers, de le faire.L\u2019ACTION 986, est, me RACHEL MONTREAL xi 0962 Aux abonnés, aux lecteurs, aux amis de l\u2019Action Nationale \u2022\tVoulez-vous que \u201cl\u2019Action Nationale\u201d continue à se maintenir librement, sans inquiétude pécunière, d\u2019une manière permanente?\u2022\tVoulez-vous qu\u2019elle rayonne toujours davantage ?Pour ce, nous avons besoin IMMEDIATEMENT du concours de tous les véritables NATIONALISTES.\u2022\tAbonnez-vous immédiatement, faites abonner vos amis ou renouvelez votre abonnement dès maintenant.(Un an : $3.00, deux ans : $5.00, abonnement de soutien : $5.00).\u2022\tPayez un abonnement à un parent, à un ami, à une personne qui xerce une influence dans son milieu.\u2022\tAnnoncez dans votre revue.\u2022\tAllongez la liste des \u201cAmis de la Revue\u201d en insérant votre carte d\u2019affaire sous cette rubrique.\u2022\tEncouragez notre service de LIBRAIRIE.COUPON D\u2019ABONNEMENT L\u2019Action Nationale, 986 est, rue Rachel, Montréal.Abounsn à mai fraii Isa psraouiasa aaalvsutss ï Nom»\tAd r*i,a, Nom .adresse .Tél, XII {jojjému Immeubles a l\u2019épreuve du feu, nouvelles installations électriques, inspection d\u2019aqueducs, puissantes pompes modernes: autant de preuves qu\u2019entre-preneurs, compagnies d\u2019assurance et municipalités s\u2019évertuent de prévenir les incendies.Si les assurés, à leur tour, cherchaient à les imiter! Ils semblent ignorer que ce sont eux qui fixent le taux de leurs primes.Qu\u2019ils se donnent donc la main pour faire disparaître, en eux et autour d\u2019eux, les risques d\u2019incendie.SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 41 ouest, S.-Jacques - Montréal 1 - HA.3291 ?£a §>auu?garto \u2022 ACTIF t $23,500,000.ASSURANCES EN VIGUEUR « $133,000,000.protégeant
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