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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1959-03, Collections de BAnQ.

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[" 'ACTION nationale Editorial\t Patrick Allen\tLes carrières des affaires réclament l'élite des jeunes canadiens-français d'aujourd'hui François-Albert Angers\tOù est le byzantinisme ?Henri Bourassa\tLettre du 10 avril 1902 Archélas Roy\tPropos choquants John Fisher\tLe Québec doit conserver son visage français Jean Genest\tHistoire sociale du Canada François-Albert Angers\tA propos du dernier livre de M.Michel Brunet VOLUME XLVIII, NUMÉRO 7 \u2014 MONTRÉAL \u2014 MARS 1959 CINQUANTE SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration C.P.221 Station E MONTRÉAL Rédaction 8100, boul.Saint-Laurent MONTRÉAL - DU.7-2541 L'ABONNEMENT: $5.00 par année L'abonnement de soutien : $10.00 UNION DU\tCOMMERCE Compagnie Mutuelle d\u2019Assurance-Vie\t GÉRANTS RÉGIONAUX\t Fernand Drapeau 822 est, rue Sherbrooke MONTRÉAL\tAntoine Parent, c.l.u.895 Place d'Aiguillon, QUÉBEC, 4 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES.C.A.FERNAND RHEAULT.C.A.159 ouest, rue Craig, (EDIFICE DES TRAMWAYS) VI.9-1339 LA CIE F.-X.DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont, Québec Eugène Turcotte Président et gérant SERVICE DE PNEUS 1871, rue DeLorimier LA.4-1177 W:ÀviS>y-W'y.v.v.%v.' André Trudeau Sec.-Trés. LES AMIS DE LA REVUE D'ORSAY JEWELRY LTÉE Roger Journault, Président Bijoutiers, marchands, commerçants Salles d\u2019échantillons à votre service CR.9-4526-7 402 est.Saint-Zotique \u2022\tMontréal\tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien Bur.: RA.2-2678 CL.9-2563 GARAGE LAPOINTE Vendeur DODGE - DE SOTO Distributeur de pièces et accessoires authentiques CHRYSLER Réparations générales 7871 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal 5\tFondé 1914 Victory Tool & Machine Co.Ltd.JOS.MATHIEU & FILS Atelier mécanique de réparations générales Spécialités : Manufacturiers de convoyeurs à rouleaux, à courroies et à chaînes Monte-charges 236-250, Rose de Lima, Montréal \u2022\tWE.1138 LA.2-2161 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tCR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d'autos, housses, vitres, capotes d'autos.Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau \u2022\tMontréal Le chasseur sachant chasser.CHAUSSURES S-C-A-P-H-O-l-D Reg'd.Marc De Lorme Ajustement précis du pied Clinique du pied : LA.1-3083 916 est, rue Mont-Royal \u2022\tMontréal\tBOURBONNAIS & PEPIN QUINCAILLERIE EN GROS WHOLESALE HARDWARE 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.1-9444 \tWE.2-4955 ROLAND GIROUX BRÛLEURS À L'HUILE 2031, ru» Salnt-Antoln» \u2022\tMontréal ADAMS POTATO CHIPS ISO, boul.des Laurentides Pont-Viau \u2022\tMO.4-3548 HENRI L.BÉLANGER & CIE Comptables agréés 3826, rue St-Hubert VI.4-3412 MARQUIS, J.-Antonîn PHARMACIEN \u2022\tQuébec Huile \"TERO\" Enrg.Huite à chauffage Charles Vincent Montréal \u2022\t1690, rue Gilford \u2014 LA.6-3379 ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.\u2022\tOR.9-0349 Charles-A.Grothé Cîe Ltée Entrepreneurs électriciens 6656, boul.Décarie, Montréal \u2022\tRE.3-7149 LA.2-6144 Tailleurs pour Dames et Messieurs 775a E., rue Mont-Royal \u2022\t(face à St-Hubert) UN AMI OCULISTE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022 des Trois-Rivières BERNARD BENOIT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, Notre-Dame, \u2022 Pte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159 SANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL.5-2839 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rue Notre-Dame \u2022\tBE.1971 AUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL.1946 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tRE.8-3434 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau : 4009 *oe Hoch*»'aoa \u2022\tCL.5-7797 INC.prés.256 est, Ste-Catherine, Mtl.«5 ?J.BRASSARD.G.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 La Cie TULIPPE Ltée Cravates, écharpes et robes de chambre 4630, rue Iberville, Mtl \u2022\tLA.4-2533 SÉGUIN.Paul-Emile NOTAIRE 6726, St-Hubert CR.1-8739 Dr ALBERT LOSEAU L.Sc.O., O.D.OPTOMÉTRISTE \u2014 OPTOMETRIST 1271 »st, Ave Mont-Royal \u2022\tBureau : LA.5-671?\tRA.1-4958 PARADIS MESSIER CIE LTÉE Ameublement et décoration Fernand Messier, président 7042, Boul.Pie IX \u2022\tMontréal LA CIE ACADIA ENRG.LAVAGE DE VITRES, ETC.ENTRETIEN DE BUREAUX 2125, rue Masson Street, Montréal LA.2-0751\t \tROLLAND LEFEBVRE Chauffage électrique \"Electro-Heat\" 5220, rue Garnier, Montréal \u2022\tLA.2-3986 L.-G.FOREST BOUCHER-ÉPICIER Fruits et Légumes 1144, rue St-Zotique, Montréal \u2022\tCR.2-0780\tGÉRARD NIDING 1126 est, rue Mont-Royal Montréal LA.6-2801 Clovis Electric Cie Ltée \u2022 M.-W.RIOPEL, M.C.H.IMPORTATEUR en montres et diamants \u2022\t902 est, Bélanger \u2014 CR.1-0640\t PHARMACIE MICHON 1361 est, Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022\tRoland Michon, Pharmacien\tEUCHER LEFEBVRE, A.P.A., J.P.Comptable public 4388, rue St-André, Montréal \u2022\tLAfontaîne 3-5341 TESSO ELECTRIC REG'D; (Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505\tANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 Maison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 IMPRIMERIE \u2014 GRAVURE marcel perrier, prop.Deuil \u2014 Monuments Faire-Part \u2014 Commercial 1419 rue St-Hubert, Montréal, \u2022\tVI.9-2448\tMario Du Mesnil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 L\u2019ACTION NATIONALE Vol.XLVIII No 6\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 Février 1959 Éditorial Que nos députés se mettent au travail! Au Parlement fédéral, cette année, on a inauguré la traduction simultanée.A la seule lecture du Hansard, il y apparaît évident que toute l\u2019atmosphère de la Chambre s\u2019en trouve changée.Le véritable bilinguisme y règne, d\u2019une façon pratique.Non pas le bilinguisme qui oblige chacun à savoir s\u2019exprimer aussi parfaitement dans deux langues que dans une, ce qui n\u2019est jamais le privilège que de quelques esprits particulièrement doués.Mais celui qui permet à chacun de s\u2019exprimer dans sa langue, par conséquent dans la pleine possession de ses moyens d\u2019expression tout en étant compris de l\u2019autre, qui répondra dans sa propre langue.Quand cette question de la traduction simultanée a été soulevée, il s\u2019est trouvé maint Canadiens français pour y être presque défavorable.Cela allait, disait-il, détourner les Canadiens anglais d\u2019apprendre le français.C\u2019était, une attitude qui équivalait à lâcher la proie pour l\u2019ombre.La proie, c\u2019est-à-dire la possibilité, enfin, après presque 100 ans de régime confédératif, pour les députés canadiens- 262 ACTION NATIONALE français, de pouvoir parler sur les diverses questions soumises à l\u2019attention de la Chambre et d\u2019influencer l\u2019opinion en étant compris par tout le monde.Pour l\u2019ombre, c\u2019est-à-dire cette fort hypothétique et lointaine éventualité où la même situation se serait trouvée réalisée parce que tous les représentants anglophones du Parlement comprendrait assez bien le français pour suivre un discours ou un débat en cette langue.Maintenant que la traduction simultanée a créé une telle situation, il va importer que nos députés canadiens-français sortent de certaines vieilles routines ou habitudes acquises.Tous ceux qui ont suivi les luttes parlementaires fédérales depuis un demi-siècle ou plus, ont toujours été assez unanimes pour souligner l\u2019insignifiance de la députation canadienne-française; d\u2019une façon générale, car il y a eu, bien sûr, de notables exceptions, en proportions variables avec les Parlements.Cela était dû, et reste dû, en partie, au fait que les grands partis fédéraux, à direction anglophone, ont tendance à éliminer de la députation, plutôt qu\u2019à y attirer, les meilleurs éléments de l\u2019élite canadienne-française.On comprend facilement pourquoi : il est plus facile de tenir en ligne, et de conduire éventuellement à l\u2019abattoir, un troupeau de moutons qu'une meute de lions.Mais il y a eu aussi la difficulté du mode d\u2019expression résultant de l'obligation de s'exprimer en anglais, si l\u2019on voulait être entendu et écouté.Il n\u2019en sera plus ainsi dorénavant.Nos députés qui travailleront sérieusement, pourront communiquer le résultat de leurs travaux en français, donc avec une relative aisance.Et être compris de tous.Il faut espérer que nous les voyions se mettre au travail, afin que la députation française à Ottawa brille dorénavant comme il convient ! La Rédaction Les carrières des affaires réclament l'élite des jeunes Canadiens français d'aujourd'hui par Patrick ALLEN Dans quelques mois des centaines de bacheliers des collèges classiques et un grand nombre de diplômés des écoles secondaires s\u2019inscriront à l\u2019université en vue d\u2019acquérir la formation professionnelle et technique qui les préparera immédiatement à la vie active dans le milieu canadien-français.Il faut espérer que l\u2019on n\u2019appliquera jamais à ces jeunes les propos que tenaient récemment l\u2019un des maîtres les plus prestigieux de notre jeunesse en soulignant les résultats de certaines formules \"malheureuses\u201d de formation qui ont abouti à la dégradation du patriotisme chez nous.Ce maître s\u2019exprimait ainsi : \"Le résultat, aussi bien, dans notre jeunesse, aura été qu\u2019on n\u2019a su former ni des hommes, ni des citoyens, ni des Canadiens français, ni même des catholiques.Mais l\u2019on a jeté, dans la vie, depuis deux générations écolières, la plus dangereuse espèce d\u2019hommes qui soient : des déracinés.Et voilà qui pourrait expliquer ce qui apparaît d\u2019étrange, de trouble, voire d\u2019un peu anarchique, dans l\u2019esprit et dans les démarches de trop de nos jeunes intellectuels et de bien d\u2019autres.\u201d (1) Les mieux doués de nos jeunes du point de vue caractère, volonté et intelligence, s\u2019orienteront encore en grand nombre vers le sacerdoce, la médecine, le droit, les carrières littéraires, artistiques et scientifiques.On ne peut s\u2019en étonner; il faut s\u2019en réjouir.La plupart (1) Rôle d\u2019une Société nationale, Le Bulletin, publié par La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, mars 1959. 264 ACTION NATIONALE de ces professions sont bien définies et ont un prestige bien établi non seulement dans la province, mais aussi dans le pays tout entier et même sur le plan international.Les Canadiens français ont là un actif solide qu\u2019il ne faut pas laisser détériorer, un actif de base pour la survie de notre groupe ethnique.Les responsables de l\u2019orientation des jeunes jouent un grand rôle Mais quelle proportion parmi les mieux doués de nos jeunes du point de vue caractère, volonté et intelligence, se dirigera vers les carrières économiques, les carrières des affaires ?La question est opportune, la réponse est importante.Combien d\u2019éducateurs de carrière et de ceux qui ont la mission d\u2019orienter les jeunes s\u2019arrêtent sérieusement à ce problème ?Pourtant, comme nous l\u2019avons souligné après bien d\u2019autres, dans un article précédent, la réussite économique des Canadiens français est une question de vie ou de mort pour le groupe ethnique.Libre à ceux qui veulent vivre en vase clos de penser autrement.Comme l\u2019a écrit à plusieurs reprises M.Esdras Minville : \"Les affaires sont une entité concrète incarnée dans un régime institutionnel, ayant ses techniques, ses cadres juridiques, sa forme sociologique.L\u2019entreprise, petite ou grande, commerciale industrielle ou financière, du type capitaliste ou du type coopératif en est l\u2019unité de base.C\u2019est par l\u2019entreprise que l\u2019industrie, le commerce, la finance existent, se développent, s\u2019enchaînent et se compénètrent pour former l\u2019organisme d\u2019une région, d\u2019un pays, du monde.L\u2019entreprise est à l\u2019organisme économique ce que la cellule est à l\u2019organisme vivant.\u201d Or LES CARRIÈRES DES AFFAIRES 265 l\u2019organisme économique, qui contrôle la production, la distribution et la circulation de l\u2019argent, influence de plus en plus directement l'activité de l\u2019individu et de toutes les institutions d\u2019un peuple.Manque-t-on de véritable chef et de prestige dans le domaine économique, c\u2019est l'individu et toutes les institutions qui en souffrent.Et ces chefs, si on ne les trouve pas dans l\u2019élite de nos collèges et de nos institutions secondaires, où les trouvera-t-on ?Aux éducateurs d\u2019aujourd\u2019hui et à ceux de demain de prendre conscience de ce grave problème, de se tenir en état d\u2019alerte.Les affaires, fonction sociale et complexe professionnel Les carrières économiques et celles des affaires ne sont pas le refuge de gens médiocres, contrairement à un préjugé malheureusement encore trop répandu : leurs implications actuelles sont trop vastes pour prendre de tels risques.Comme l\u2019a encore écrit monsieur Esdras Minville : \"les affaires peuvent être envisagées sous deux aspects, comme fonction sociale et comme complexe professionnel.\u201d Comme FONCTION SOCIALE, les affaires sont ordonnées à la satisfaction des besoins matériels des individus et de la communauté et, à ce titre, elles doivent répondre aux exigences du bien commun.Elles résultent du jeu des fonctions de la production des biens par l\u2019exploitation des ressources naturelles et la transformation des matières premières; elles résultent aussi des fonctions de l\u2019échange, comme le commerce et la finance, les transports et communications, l'entreposage; elles ne peuvent enfin se passer des services professionnels, personnels et autres. 266 ACTION NATIONALE Comme COMPLEXE PROFESSIONNEL, les affaires résultent de l\u2019exercice d'un grand nombre de fonctions vers lesquelles le jeune homme s'oriente selon ses goûts et ses aptitudes.Ces fonctions sont classées en deux catégories : les jonctions de direction qui sont celles des chefs d\u2019entreprises ou celles des chefs de service dans les entreprises d\u2019une certaine ampleur; les fonctions auxiliaires dont les unes ont un caractère nettement technique et spécialisé comme la comptabilité, la publicité, la vente, etc., et les autres qui proviennent surtout de la division du travail et ne demandent pas une formation professionnelle très avancée comme celles de commis, de caissiers, de teneurs de livres.Or l\u2019homme d'affaires, c\u2019est celui qui dirige une entreprise industrielle, financière ou commerciale ou, du moins, qui participe à la direction.C\u2019est un sommet vers lequel les jeunes Canadiens français doivent tendre soit indirectement et en passant par les fonctions spécialisées, soit directement, par étapes successives, en affirmant progressivement leur personnalité, leur esprit d\u2019initiative et leur habileté dans des secteurs subalternes.Rôle de chef offert aux jeunes dans les affaires Quand nous invitons les jeunes à embrasser les carrières économiques ou les affaires, c\u2019est à un rôle de chef que nous les appelons; c\u2019est la détermination à devenir des entraîneurs, des engagés, des autorités, des meneurs d\u2019hommes, qu\u2019il faut cultiver chez eux.Nous n\u2019entendons donc pas faire de ces jeunes de simples préposés à la fabrication ou au commerce d\u2019un produit quelconque.Nous voulons qu'ils s\u2019engagent dans l\u2019industrie, le corn- LES CARRIÈRES DES AFFAIRES 267 merce et la finance non pour rester employés subalternes, mais en vue d'accéder à force de travail, de courage et de ténacité, aux postes de commande que la branche d\u2019affaires choisie peut leur offrir.Trop d\u2019éducateurs sont encore satisfaits quand ils ont réussi à former de bons employés.L\u2019esprit de soumission et de résignation qu'on prêche devrait aboutir à plus et à mieux.S\u2019il est vrai que l\u2019on apprend à commander en obéissant d\u2019abord à l\u2019autorité compétente, il faut inculquer aussi la hantise du commandement.Le chef d\u2019une entreprise qui commande à ses subalternes, qui fait affaires avec un grand nombre d'hommes dans toutes les parties du pays et, même dans le monde entier, exerce sur la vie collective une influence très grande.Les trois types de relations qu\u2019il entretient simultanément \u2014 relations humaines à l\u2019intérieur de l\u2019entreprise, relations d\u2019affaires avec ses clients, ses fournisseurs et ses concurrents, relations sociales avec toutes les classes de la société en font un type d\u2019homme dominant.Dans ce sens les affaires forment un COMPLEXE PROFESSIONNEL d'accès plus difficile que n\u2019importe quelle profession traditionnelle, surtout dans un milieu comme le nôtre où le premier occupant est installé depuis des années et contrôle à peu près 90% de la production et 80% de l\u2019embauchage.Les grandes entreprises actuelles sont de plus en plus puissantes et les techniques nouvelles se multiplient et s\u2019affirment.Si les Canadiens n\u2019arrivent pas à créer de grandes entreprises ou à faire l\u2019acquisition de quelques-unes d\u2019entre celles qui existent déjà, leur influence sera toujours médiocre.Quand nous aurons dix ou vingt fois plus d\u2019hommes d\u2019affaires puissants et influents 268 ACTION NATIONALE pour embaucher les nôtres, l'expression \"l'homme d\u2019affaires, présence d\u2019Eglise\u201d signifiera vraiment beaucoup plus qu\u2019au-jourd\u2019hui et c\u2019est là un autre motif de chercher des chefs de file en affaires.Ce n\u2019est pas en voulant changer brutalement le régime d\u2019entreprise ou le système économique actuel, comme le croient trop de jeunes, que la réussite est possible.On peut chercher l'évolution vers de nouvelles formules, mais le champ des illusions dans ce domaine est dangereux.Conditions de succès dans les affaires C\u2019est à chacun de faire l\u2019effort qui s\u2019impose et de passer à l\u2019action.On admire les étoiles du sport ou de l\u2019écran, mais les étoiles dans les affaires ne sont pas moins admirables.On peut affirmer que l\u2019on réussit en affaires un peu comme à l\u2019écran et dans le sport, à trois conditions.Il faut : 1.\tEtre en forme au point de vue physique, intellectuel et moral.Un bon état de santé détermine en bonne partie le rendement de l\u2019homme.Il faut en outre joindre aux aptitudes et à la compétence l\u2019esprit pratique fondé sur la connaissance des hommes avec lesquels on est en relation, celle du marché à conquérir et du produit à lancer.S\u2019il faut s\u2019intéresser à la poursuite du gain, il faut aussi pratiquer l\u2019honnêteté professionnelle.La fraude n\u2019a jamais été la clé du succès en affaires, du moins à long terme, contrairement à la croyance de trop de gens.2.\tAvoir l'esprit d\u2019équipe.Si le chef d\u2019entreprise met le mécanisme de l\u2019entreprise en marche, il doit savoir tirer le meilleur parti possible du rouage humain de l\u2019entreprise, gagner la confiance à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur, penser et agir avec la collectivité qu\u2019il touche.Le chef doit provoquer LES CARRIÈRES DES AFFAIRES 269 et sentir l\u2019appui et la poussée de l\u2019équipe s\u2019il veut compter des profits constants.3.Suivre les règles du jeu.On peut les ramener à trois : le travail, la méthode et l\u2019audace.Un employé subalterne, qui n\u2019aspire à rien de plus, peut se contenter de travailler six heures par jour.Celui qui veut devenir chef d\u2019entreprise et même celui qui est parvenu au sommet ne compte pas ses heures de travail, ni les jours de la semaine.Les veilles sont souvent prolongées par la lecture, la réflexion, la recherche et la mise au point de plans de contrôle et de développement.Le chef d\u2019entreprise ne laisse rien au hasard.Toutes ses décisions sont le résultat d\u2019une méthode sans cesse assouplie et vérifiée.Il ne perd jamais de vue les concurrents.Il prend les décisions qui s\u2019imposent.Il invente, fait différent des autres, court après les formules inédites, les produits nouveaux, les marchés inexplorés; il éveille les besoins du consommateur et en crée d\u2019autres.C\u2019est l'initiative, l\u2019audace, le cran qui est l'une des règles d\u2019or du jeu.Quand il faut plonger, il plonge; quand il faut risquer, il risque.Il combat pacifiquement les concurrents, se reprend avec courage quand il échoue et recommence chaque matin avec ténacité une vie nouvelle.Besoin pressant d'esprits humanistes dans les affaires Mais il y a plus.Le régime capitaliste au XIXe siècle, par l\u2019inculture et l\u2019égoïsme de ses chefs, réalisa le progrès technique à peu près exclusivement en termes de QUANTITÉ.Profit, rendement, capital et prix ont été recherchés pour eux-mêmes, sans tenir compte du facteur humain, des aspirations des ouvriers de l\u2019entreprise.Les hommes de science et les techniciens ont fait merveille.La puissance matérielle a souri à des pays comme les Etats- 270 ACTION NATIONALE Unis qui ont abandonné les humanités comme élément de formation de base de leurs élites.Devant le besoin croissant de savants et de techniciens, les humanités en sont venues à paraître une entrave au progrès et là où elles ont continué d\u2019attirer les meilleurs esprits d\u2019une génération, elles les ont éloignés de la science, de l\u2019industrie et du commerce.Parce que les humanistes ont été tenus en marge de la société économique, celle-ci a donné dans plus d\u2019abus et a provoqué de grandes misères humaines.Le mal ne venait pas des techniques elles-mêmes, mais de \"la faiblesse de la philosophie sur laquelle les nouvelles techniques et les nouvelles inventions avaient été appuyées.\u201d Devant les pressions politiques et sociales, le capitalisme a enfin appelé à son secours ce qui a valeur qualitative et humaine.Si on ne veut pas laisser déchaîner les techniques contre tout ce qui a valeur de civilisation, il faut mettre l\u2019élaboration et l\u2019application de ces techniques entre les mains d\u2019hommes doués non seulement d'intelligence et d\u2019ingéniosité naturelle, en pleine forme, munis de l\u2019esprit d\u2019équipe et des règles du jeu, comme nous vous l\u2019avons signalé plus haut mais aussi pétris de formation humaniste, imbus de la grandeur de l\u2019homme et qui recherchent ce qui donne à la vie humaine son plus haut sens et sa plus parfaite dignité.Seuls de tels esprits sont capables de tempérer l\u2019appât du gain par le respect de l\u2019ordre des valeurs, ils sont capables des synthèses qui s\u2019imposent et des intégrations d\u2019éléments qualitatifs aussi bien que quantitatifs nécessaires à l\u2019utilisation des techniques.(1) (1) Techniques et humanités, par F.-A.Angers, Les Cahiers de la Nouvelle-France, octobre-décembre 1958, pages 243 à 257. LES CARRIÈRES DES AFFAIRES 271 Quand donc nous parlons du besoin croissant d\u2019esprits humanistes dans le monde de la technique, il s\u2019agit d\u2019un besoin bien senti de \"grands capitaines d\u2019industries et d\u2019activités commerciales, de chefs de syndicats ouvriers, de grands fonctionnaires de l\u2019État à l\u2019esprit humaniste\u201d.Ce sont ces chefs de file qui dans l\u2019industrie et le commerce canaliseront les talents des hauts techniciens, des hommes de science, des ingénieurs et des autres professionnels qu\u2019ils auront à leur service.A titre individuel ou par leur participation à la vie des associations professionnelles, ces chefs façonneront par leurs décisions et leurs attitudes les structures de la société et les cadres de la civilisation de demain.Ainsi ceux qui ont reçu une formation humaniste dans nos collèges sont-ils appelés à entrer dans le monde des affaires où convergent tant de techniques, s\u2019ils ne veulent pas voir un jour le monde tout entier dominé par les techniques elles-mêmes.Le rôle des humanistes dans les affaires est plus difficile, mais plus noble et plus indispensable que dans la plupart des professions traditionnelles.Ceux qui veulent ainsi marcher hors des sentiers battus se préparent à une vie active, dense et féconde.Patrick Allen Patriotisme et raison IIVI Où est le byzantinisme?par François-Albert ANGERS Troubles et étranges propos, disais-je en fin du précédent article, se répandent de plus en plus, dans certains de nos milieux intellectuels, sur l\u2019interprétation à donner à nos attitudes patriotiques.Comment ne s\u2019en inquiète-rait-on pas quand on les voit envahir tout à coup les esprits considérés jusqu\u2019ici comme les plus équilibrés.Outre les propos vagues que prêtait au Père Lévesque le compte rendu qui a fait l\u2019objet de nos commentaires, au cours des précédents articles, n\u2019avons-nous pas vu récemment deux autres religieux, habituellement mieux inspirés ou mieux informés, dénoncer l\u2019un \"le byzantinisme\u201d des luttes autonomistes, l\u2019autre de supposées \u201cmesquineries de race et de religion\u201d, dans des termes d'une imprécision déconcertante.Quelle alerte ?C\u2019est Alerte, par exemple, revue de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec, qui nous rapporte, au texte cette fois, les propos d\u2019un de nos philosophes, d\u2019habitude plus serein et plus pertinent; propos prononcés par dessus le marché, en une sorte de journée intensive de patriotisme.Byzantinisme, dit-il, que cette lutte pour l\u2019autonomie fiscale, qui empêche, nous laisse-t-il pressentir, nos universités de recevoir les octrois fédéraux à l\u2019éducation.La thèse du philosophe règle ce problème en fonction de six principes : OÜ EST LE BYZANTINISME ?273 1° les constitutions sont sans doute fondées sur des données naturelles, mais elles sont des convention, des compromis consentis ou obtenus dans des circonstances données et comportant par conséquent toujours des risques; 2° en tout il faut voir la fin; et la fin de l\u2019Acte de l'Amérique britannique du Nord étant de sauvegarder nos libertés et nos responsabilités culturelles, à quoi bon lutter pour l'autonomie, puisque nous étouffons dans notre autonomie; 3° en fonction d'une fin, une constitution n\u2019est qu\u2019une solution parmi d'autres, et non l\u2019unique; ne pas vouloir en changer c\u2019est avoir une peur abusive du risque; 4° inutile de se battre pour ce qui aurait dû être, l\u2019histoire étant irréversible, de sorte qu\u2019au lieu de vouloir appliquer à la lettre une constitution qui n\u2019a pas été respectée, mieux vaudrait chercher une autre solution qui garantirait elle aussi nos libertés personnelles; 5° il faut se réserver le droit, dans une constitution, de dénoncer l\u2019entente si la mauvaise volonté des hommes conduit à l\u2019empiètement des libertés culturelles; 6° la liberté fiscale est partie intégrante de l\u2019autonomie, mais ce n\u2019est qu\u2019un moyen parmi d\u2019autres.\"La réclamer au détriment des libertés culturelles est un désordre et une stupidité.C\u2019est abandonner la fin pour le moyen.\u201d Je ne cacherai pas que c\u2019est avec infiniment de tristesse que je me vois obligé d\u2019entreprendre la réfutation d\u2019une argumentation aussi pratiquement déficiente, c\u2019est-à-dire aussi proprement byzantine.Nous avons tout simplement là un exemple concret du danger de l\u2019application inconsidérée de grands principes généraux à des cas concrets, c\u2019est-à-dire sans référence suffisante aux aspects sociologiques et aux expériences politiques, bref aux données concrètes ou contingentes, excès dans lequel se laisse malheu- 274 ACTION NATIONALE reusement entraîner trop souvent le philosophe ou le théologien.Ce que le philosophe reproche en définitive à ces \"byzantins\u201d de la lutte pour l\u2019autonomie fiscale, c\u2019est en somme d\u2019invoquer à l\u2019appui de leurs positions des réalités expérimentales qui échappent tout naturellement à l\u2019emprise du raisonnement philosophique, et que notre auteur a apparemment confondu avec des distinctions scolastiques.Du compromis à la compromission Bien sûr que les constitutions sont la plupart du temps, en fait, des conventions, des compromis consentis ou obtenus dans des circonstances données et comportant toujours des risques.Mais comment de là tirer la conclusion que c\u2019est faire du byzantinisme que de vouloir faire respecter les conventions établies, et montrer une peur du risque dont les nations ne sont pas dispensées ?Le principe ainsi formulé et appliqué néglige toute idée de sens (direction) et de signification.Si bien qu\u2019en face d\u2019une situation comme celle qui est évoquée -\u2014- à savoir consentir à la réduction des libertés fiscales et accepter certains octrois \u2014 les éléments qui permettent d\u2019orienter la décision relèvent, non pas d\u2019un principe aussi général et aussi vaguement formulé que celui qui vient d'être exposé, mais de la prudence politique.Les circonstances politiques qui conditionnent un tel problème au Canada sont, par exemple, le fait que l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord est le résultat de cent ans de luttes politiques au cours desquelles le Canada français a réussi progressivement à retrouver une part de son autorité sur ses institutions.Autrement dit, il a réussi à atteindre un certain degré de liberté politique, comme gage de ses libertés culturelles.Et en ce faisant, il n\u2019a fait que se conformer à la loi, j\u2019oserais dire, naturelle des peuples OÜ EST LE BYZANTINISME ?275 qui veulent vivre.L\u2019expérience prouve que les libertés culturelles non dissociées d\u2019un idéal communautaire préalablement déterminé ne peuvent persister et s\u2019épanouir qu\u2019à travers la conquête d\u2019un minimum au moins de liberté politique.Si cette expérience est exacte \u2014 et l\u2019histoire universelle l\u2019atteste (à la seule exception près du peuple juif semble-t-il, et en fonction de raisons historiques fort spéciales) \u2014 un patriote fait-il du byzantinisme, ou montre-t-il simplement de la réflexion et de la clairvoyance quand il s\u2019oppose à une invasion politique de caractère permanent \u2014 lui procurât-elle certains avantages immédiats \u2014 qui constitue un recul des libertés politiques communautaires ?Une fois qu\u2019on a atteint à un certain stage de liberté politique, est-ce vraiment un sain risque à prendre que d\u2019accepter le retour en arrière sous prétexte d\u2019avantages pécuniaires prétendument culturels ! Et quand la prudence politique a depuis longtemps tiré de l\u2019expérience la leçon du contrôle nécessaire des deniers comme garanties des libertés, peut-on faire fi comme cela des luttes pour la liberté fiscale sur la foi d\u2019un argument indéterminé, inconcrétisé quant au caractère conventionnel ou transactionnel des constitutions ?De la fin et des moyens Ici, intervient l\u2019argument plus spécifique de la fin et des moyens.La constitution, raisonne-t-on, n\u2019est qu\u2019un moyen pour arriver à une fin.La fin, ce sont nos libertés culturelles.Elles seraient actuellement mal servies par la constitution.Abandonnons les luttes constitutionnelles, moyen apparemment peu efficace, et adoptons un autre moyen pour arriver à nos fins, en l'occurrence : l\u2019acceptation des octrois fédéraux qui nous permettront d\u2019atteindre 276 ACTION NATIONALE à certaines réalisations culturelles.La liberté fiscale était un moyen qui s\u2019intégrait à la lutte pour l'autonomie; mais à partir du moment où elle entrave les libertés culturelles, il est stupide de la maintenir.C\u2019est par d\u2019autres moyens qu\u2019il faut lutter pour l\u2019autonomie s\u2019il y a encore lieu.Qu\u2019on me permette de le souligner, un tel raisonnement philosophique, si valable qu\u2019il soit in se, est loin d\u2019apporter une contribution à la solution du problème posé; au contraire, ainsi utilisé, il ne fait que brouiller les esprits.Et cela toujours pour la même raison : manque de concrétisation du principe dans les circonstances mêmes où il joue.Pour que le principe posé s\u2019appliquât sans nuance, il faudrait que les moyens en vue d\u2019atteindre la fin fussent tous alternativement utilisables sans distinction, c\u2019est-à-dire tous parfaitement interchangeables, donc égaux en importance et en valeur relative, et indépendants d\u2019un ordre ou d\u2019un enchaînement causal.Tel n\u2019étant pas le cas ici, le raisonnement du paragraphe précédent n\u2019apporte aucun élément de solution au problème réel de choix entre certaines libertés politiques et des avantages pécuniaires qui pourraient être utilisés à certaines réalisations culturelles.La solution d\u2019un tel problème ne peut être cherchée que dans l\u2019expérience ou la prudence politique, et non dans des généralités de pure philosophie.De toute évidence, en effet, il s\u2019agit de soupeser des avantages et des inconvénients réciproques dans l\u2019ordre de moyens d'importance, de rang et de conséquences différents.Il s\u2019agit de préciser dans quelle mesure l\u2019acceptation de fonds, auréolés par les réalisations culturelles auxquelles ils pourraient servir, mais au prix de concessions sur le plan de la liberté fiscale, base de toute liberté politique réelle, constituerait vraiment un gain pour la culture, ou simple- OÜ EST LE BYZANTINISME ?277 ment un avantage illusoire, n\u2019ayant de valeur qu\u2019à court terme et compromettant véritablement, à la longue, les libertés culturelles elles-mêmes.L\u2019on conçoit aisément, par exemple, qu\u2019il y ait toute la différence du monde entre une subvention fédérale qui ne serait qu'occasionnelle, limitée à une seule opération correspondant à des circonstances particulières (l\u2019acceptation, par exemple, du montant actuellement accumulé au profit des universités, en même temps que le gouvernement fédéral abandonnerait toute idée de subventions futures); et une subvention résultant d\u2019une politique consciente et depuis longtemps préparée d\u2019intervention fédérale dans le champ de l\u2019éducation.Susceptible d\u2019une progression constante, qui finira par donner de l\u2019importance aux fonds fédéraux dans les budgets universitaires, celle-ci comporte un tout autre risque que la première, qui reste tout de même dangereuse par valeur de précédent.Encore faut-il, pour se prononcer valablement sur une telle option, commencer par bien poser le problème.Partir, pour l\u2019apprécier, de l'idée que l\u2019autonomie est actuellement en train de nous étouffer, c'est franchement se laisser trop entraîner dans l\u2019optique spéciale de ceux qui sont actuellement obnubilés par l\u2019anti-duplessisme.Quoi qu\u2019on pense de la politique du gouvernement actuel, il faut constater que si elle nous étouffe c\u2019est tout simplement parce que nous le voulons bien.On ne voit pas, en effet, comment peut se poser, au concret, un problème de stagnation de notre épanouissement culturel en raison de l\u2019autonomie, pour autant que l'aspect financier y entre en jeu, dans une province qui produit proportionnellement plus de taxes que la plupart des autres, et, par suite, n\u2019a rien à tirer d\u2019une péréquation fiscale fédérale.Il est vrai que dans 278 ACTION NATIONALE la mesure où l\u2019intervention fédérale existe, le fait de n\u2019y pas participer nous vaut de contribuer notre part au reste du Canada sans rien recevoir en retour.Mais pour autant que nous luttons, cette situation ne constitue qu\u2019une escarmouche dans une bataille à plus longue portée; et l\u2019important alors est que céder équivaut tout simplement à encourager le Fédéral à poser d\u2019autres gestes d'intervention en vue d\u2019obtenir aussi facilement d\u2019autres victoires par le fait accompli.Problème de prudence politique encore une fois.Quant au reste, notre prétendu étouffement dans les cadres de l\u2019autonomie n\u2019apparaît être qu\u2019un problème d\u2019ordre interne, à régler par les changements de gouvernement qui pourront s\u2019imposer à l'intérieur de la Province.Non pas un problème d\u2019ordre externe qu'il importerait de résoudre en troquant l\u2019autonomie ou la liberté politique contre la prétendue liberté culturelle que nous vaudrait l\u2019intervention d\u2019un pouvoir étranger à cette culture.Un tel dilemne n\u2019existerait vraiment chez nous que si nous vivions politiquement dans les cadres d'une dictature réelle impossible à briser sans intervention étrangère.Et il me paraît tout à fait hors de propos d\u2019invoquer ici le goût du risque pour justifier la démission dans la bataille constitutionnelle.Cette bataille comporte elle-même ses risques, en particulier celui de perdre les sommes considérables qui sont engagées dans les batailles d\u2019impôts et d\u2019octroi.Le dilemme de notre philosophe n\u2019en est pas un de goût ou de peur du risque.Son attitude indique tout simplement qu\u2019il préfère risquer ses libertés politiques pour avoir l\u2019argent et ce qu\u2019il peut produire dans l\u2019immédiat; alors que d\u2019autres préfèrent ou estiment plus approprié aux règles de la prudence politique de risquer les pertes d\u2019argent pour sauvegarder les libertés politiques fondamentales, con- OÛ EST LE BYZANTINISME ?279 sidérées comme bien supérieur à certaines des réalisations culturelles occasionnelles qu\u2019on peut obtenir à prix d\u2019argent.La liberté culturelle siégerait à Ottawa ! Pour ce qui est de l\u2019affirmation du même auteur \"sur les domaines où nous avons la plus grande liberté culturelle\u201d, comme étant \"ceux qui relèvent d\u2019Ottawa, à savoir la radio et la télévision\u201d, elle a une résonnance pour le moins étrange après les événements des derniers mois.Mais même indépendamment de cela, elle reste une simplification abusive, d\u2019ordre surtout politique, et par suite indigne d\u2019un esprit philosophique.A moins qu'on ne mesure la liberté culturelle aux cachets des auteurs et des artistes (et tout le monde sait que les cachets de la radio et de la télévision sont probablement imbattables), l\u2019affirmation est plus que discutable.Car en quoi la liberté culturelle est-elle plus large à Radio-Canada que dans nos universités ou dans nos journaux et revues, etc.?On aura beau dire, ce n\u2019est pas uniquement par hasard que Radio-Canada, compagnie de la Couronne au Fédéral, a été en ces dernières années avant tout un excellent instrument de propagande centralisatrice \u2014 en dépit des opinions contraires exprimées à l\u2019occasion \u2014 et aussi de propagation de certaines idées qui ne sont pas à proprement parler conformes aux traditions du milieu canadien-français.A Radio-Canada comme ailleurs, la liberté culturelle tend à n\u2019exister qu\u2019en fonction des idées de la direction, plus ou moins comme dans toutes nos Facultés et journaux, avec des variations correspondant à la largeur d\u2019esprit des dirigeants.Et mon expérience me porte à croire que la direction de Radio-Canada n\u2019a surtout de largeur d\u2019esprit que 280 ACTION NATIONALE pour un certain corps d\u2019idées qui ne constitue pas nécessairement l\u2019essence exclusive de la culture.Mais il est plus triste encore de voir le même philosophe se moquer, du haut de la tour d\u2019ivoire de ses principes et à coup d\u2019interjections, de ceux qui, au cours des dernières années, ont mis en garde les Canadiens français contre les dangers de l\u2019invasion culturelle ou sociale du Fédéral.\"Les allocations familiales, dit-il, allaient bouleverser nos traditions familiales ! Les pensions de vieillesse allaient marquer l'entrée du Fédéral dans la régie de nos hospices ! Les assurances-chômage allaient assujettir nos travailleurs à Ottawa !\u201d L\u2019implication est que rien de tout cela ne s\u2019est produit et que l'intrusion fédérale dans nos libertés fiscales n\u2019a pas eu, après tout, de si désastreuses conséquences.Toujours, en définitive, l\u2019idéalisme du philosophe qui juge des situations concrètes dans l'instantané des positions de principe.Dans une vue plus concrétisée, il faut d\u2019abord souligner que les conséquences d'un nouveau principe, une fois posé, ne se manifestent qu\u2019avec une certaine lenteur, surtout quand il s\u2019agit d\u2019un effet qui doit se transmettre à travers toute la structure du corps social.Pour juger de l\u2019influence sur les traditions familiales, sur les orientations politiques, sur la mentalité sociale, etc., d\u2019une mesure politique, il faut envisager des périodes de temps souvent fort longues et ne pas crier trop vite victoire ou défaite ! Après deux cents ans, les effets de la conquête n\u2019ont pas fini de s\u2019exercer sur nous et nos positions ne sont pas encore assez sûres pour qu\u2019il soit possible d\u2019affirmer catégoriquement que nous échapperons ou non à l'assimilation.L\u2019influence des institutions nouvelles sur les habitudes \u2014 et par suite sur la culture \u2014 est nécessairement le résultat d\u2019un long et OÜ EST LE BYZANTINISME ?281 lent processus de réadaptation des mentalités par la transformation des habitudes.Mais, il y a plus ici.A ceux qui savent regarder les faits et non seulement les invoquer en fonction de leurs principes, il est d'ores et déjà évident que les mesures de sécurité sociale fédérales des dernières années ont agi sur les habitudes sociales et sur la mentalité politique des Canadiens français, et par suite déjà eu un effet néfaste sur notre volonté de rester fidèles à une certaine conception de la vie.Ceux qui ont vécu ces expériences savent d\u2019ailleurs que les pensions de vieillesse ont engendré chez nous, dès leur proclamation, une série de manifestations scandaleuses qui ont bien souligné combien peu ce type de législation était en accord avec notre mentalité d\u2019alors.Il est également certain que les allocations familiales et l'assurance-chômage ont déjà contribué passablement à transformer la conception que notre peuple entretenait sur le travail, les responsabilités familiales, etc.: sa notion en somme de ce qui est bien et de ce qui est mal en la matière ! Au point de vue politique, ces législations ont déjà tourné une grande partie de la population \u2014 même chez ceux dont c\u2019est le métier de réfléchir et qui devraient réfléchir mieux \u2014¦ vers le gouvernement d\u2019Ottawa, comme étant le grand dispensateur de tous les bienfaits; c\u2019est là un bouleversement de notre équilibre politique idéologique qui s\u2019est effectué concurremment au bouleversement de l'équilibre fiscal.Et ces nouvelles habitudes de vie familiale, de vie au travail, de vie politique s'incrustent progressivement dans nos moeurs et s\u2019installent chaque jour davantage à la source de nos comportements.Si ce n\u2019est pas là une transformation graduelle de notre culture, une assimilation progressive de notre personnalité dans une seule et unique personnalité canadienne façonnée en fonction de la vie 282 ACTION NATIONALE politique et sociale telle que vue par les Anglo-Canadiens, je ne sais pas ce que c\u2019est ! La philosophie de la démission C\u2019est alors que notre philosophe nous assène sur la tête un quatrième principe, qui constitue une sorte de point final, même s\u2019il n\u2019est pas le dernier dans l\u2019ordre numérique : à quoi bon lutter pour ce qui aurait dû être, l\u2019histoire étant irréversible, etc .! J\u2019avoue ici ne pas voir même la validité de ce principe comme tel.Si nous l\u2019avions appliqué de 1760 à 1867, la Confédération ne se serait évidemment jamais réalisée.Pourquoi en effet lutter pour des libertés politiques qui auraient pu exister sans la Conquête, mais qui étaient mortes avec elle ?Pourquoi, demande similairement l\u2019auteur, vouloir appliquer une constitution qui n\u2019a pas été respectée ?La réponse, en fait, me paraît assez simple.Parce que l\u2019histoire des peuples qui vivent et s\u2019épanouissent est une histoire de lutte, non pas une histoire de retraites successives sur des positions préparées d\u2019avance.Parce que la constitution contient les garanties fondamentales et essentielles de nos libertés et qu\u2019en cessant de la faire appliquer \"pour chercher une autre solution qui garantirait elle aussi nos libertés personnelles\u201d, on n\u2019aboutirait qu\u2019à se battre pour une autre Constitution, qui devrait comporter les mêmes garanties que l\u2019ancienne.Cela échappe peut être au sens philosophique, mais s\u2019impose avec évidence à quiconque a du sens politique.Le \"principe\u201d de \"l\u2019irréversibilité de l\u2019histoire\u201d, qui est mis ici de l\u2019avant pour justifier de telles attitudes d\u2019abandon, me parait d\u2019ailleurs assez curieux.On nous l\u2019a servi depuis quelque temps à tellement de sauces dans OÜ EST LE BYZANTINISME ?283 plusieurs milieux qu\u2019il paraît maintenant être accepté par des esprits sérieux sans effort d\u2019esprit critique.L\u2019irréversibilité de l'histoire voudrait-elle dire, par exemple, que jamais ne peuvent revenir au catholicisme les nations passées au protestantisme, ou au christianisme les nations passées au communisme ?Cette thèse, qui sort des théories du progrès indéfini ou du matérialisme dialectique, me paraît assez curieuse dans la bouche d\u2019un philosophe chrétien.L\u2019humanité est toujours, comme de tout temps, en face des mêmes grands problèmes, qu\u2019elle résout par des moyens qui restent toujours largement similaires.Les historiens cultivés disent beaucoup plus volontiers \"Rien de nouveau sous le soleil\u201d, que \"Rien ne se répète sous le soleil\u201d.Ce qu\u2019on appelle l\u2019irréversibilité de l\u2019histoire n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un simplisme sans grande portée.Certes dans la rigueur absolue d\u2019un raisonnement qui exigerait la répétition complète, intégrale, indéfinie ou cyclique de l\u2019histoire, jusque dans les plus menus détails, rien n\u2019est jamais absolument pareil d\u2019une période à l\u2019autre de l\u2019histoire.Mais à quoi de sérieux ou de profond cela correspond-il ?C\u2019est avec des \"hypothèses de travail\u201d pareilles que nos scientistes affirment depuis 20 ans que jamais plus les conservateurs ne reviendront au pouvoir au Canada.La théorie de l\u2019irréversibilité de l\u2019histoire a sans aucun doute reçu un bien dur coup au Canada le 10 juin 1957 et le 31 mars 1958.Qu\u2019on l\u2019enterre et qu\u2019on cesse de nous en parler ! \"Les mesquineries de race et de religion\" Plus vagues et par suite encore plus dangereux peut-être sont les propos du second religieux, homme pourtant reconnu comme \"cultivé\u201d.Parlant du civisme, il diffuse 284 ACTION NATIONALE une doctrine tellement floue, tellement imprécise, que bien malin serait celui qui pourrait en déterminer le sens concrétisé.Mais à travers ce brouillard, sont lancées des flèches dont la portée peut être d\u2019autant plus grave que les objectifs qu\u2019elles sont censées atteindre sont complètement indéterminés.Jusqu\u2019où porteront-elles leur message destructeur et qu\u2019auront-elles détruit quand elles auront fini leur périple : la nationalité canadienne-française, le sentiment religieux lui-même ?On ne sait trop.En fait, chacun pourra s\u2019en servir pour détruire ce qu\u2019il voudra selon ce qu\u2019il déduira du texte.Ce religieux prêche en définitive un civisme qui tendrait, par dessus \"les mesquineries de race et de religion\u201d à tout ramener à un seul Canada \"plus grand et plus puissant\u201d.Bien sûr, il protestera violemment qu\u2019il n\u2019en veut ni à la langue ou à la culture française (auxquels j\u2019en suis sûr, il tient), ni bien sûr à un sentiment religieux très particularisé sous la forme, si universelle soit-elle, du catholicisme.Mais comme trop d\u2019esprits philosophiques ou littéraires, il n\u2019a pas l'air de se rendre compte qu\u2019une culture donnée est le fruit d\u2019un milieu particulier, qui ne saurait produire de résultats originaux s\u2019il n\u2019est pas différent ou séparé des autres de quelque façon.Pour entretenir de telles idées, les Canadiens français seraient, selon cet auteur, \"en période d'infantilisme moral\u201d, et par suite \u201cférocement égoïstes\u201d.Nous n\u2019aurions qu\u2019une ambition : \"essayer constamment d\u2019écraser son voisin\u201d.Paradoxale à bien des égards, telle qu\u2019exprimée, cette affirmation demanderait au moins un peu plus de précision.Mais passons.Puis le civisme nous est prêché comme exigeant la pratique de trois vertus : la loyauté, la modération et OÙ EST LE BYZANTINISME ?285 l'entr\u2019aide.Mais il paraît que la modération exige que nous cessions d\u2019exister et que nous nous débarrassions de \"ce nationalisme exagéré, exclusif et agressif\u201d (l\u2019exagération, l\u2019exclusivisme et l\u2019aggressivité n\u2019étant ni définis, ni concrétisés), \"qui a jusqu\u2019ici constitué le principal obstacle à l'unification du Canada\u201d ! L\u2019entr\u2019aide pourra alors être totale (et quelque peu totalitaire pour ceux qui tiennent à leurs particularismes légitimes !), notre système démocratique n\u2019admettant rien d\u2019autre apparemment, toujours selon le même auteur, qu\u2019une \"autorité, (qui) est la nation entière\u201d (laquelle ?).Et ici, l\u2019auteur nous sert une recette qui me renverse : \"Pour stimuler cet esprit d\u2019entr\u2019aide, écrit-il, il faudra élever la génération de demain au-dessus des mesquineries de race et de religion et lui signaler les réalisations techniques, scientifiques et sociales de son pays afin que tous, dans un même esprit de coopération, unissent leurs efforts pour l\u2019établissement d\u2019un Canada plus grand et plus puissant\u201d.Frottez-vous les yeux et relisez ! Le sens général n\u2019est-il pas, en somme, que pour assurer l\u2019unité canadienne il importera de mettre de côté les points de vue ethniques et religieux et de s\u2019unir dans une sorte d'adoration possible à tous de la technique, de la science et des réalisations sociales.Bien sûr, sur le terrain des techniques, de la science et des réussites sociales (plus incertain parce que l'ethnique et le religieux devront ici encore en être bannis pour qu\u2019il n\u2019y ait pas de divergences, mais remplacés par quoi ?), sur ces terrains dis-je l'entente est relativement facile.C\u2019est ce que les Russes ont bien compris qui ne mettent aucune entrave, ou assez peu, à l\u2019approfondissement des techniques et des sciences, mais limitent les humanités aux 286 ACTION NATIONALE esprits \"dociles\u201d.Mais est-ce bien là qu\u2019on peut trouver la véritable unité ?J\u2019ai mal interprété l\u2019auteur ?Son texte est là ! \u2014 Mais que faites-vous du mot \"mesquineries ?\u2014 Il s\u2019agit seulement de bannir les mesquineries de race et de religion.\u2014 Mais alors où commencent et où s\u2019arrêtent ces mesquineries P Qu\u2019est-ce qui est mesquinerie, et qu\u2019est-ce qui n\u2019en est pas dans les particularismes ethniques et religieux ?Si tout n\u2019est pas mesquinerie au delà du seul usage d\u2019une langue différente et de la seule pratique personnelle des rites religieux, comment l\u2019unité (qui devient plutôt alors une union fraternelle) est-elle possible autrement que dans la reconnaissance réciproque d\u2019une autonomie ou d\u2019un certain cloisonnement qui permette l\u2019existence de sociétés ou de milieux culturels ou religieux différents ?Qu\u2019entendra un athée dans cette phrase, ou un communiste, ou un esprit chrétien mal assuré dans son sentiment religieux .et qu\u2019en concluront-ils ?J\u2019estime pour ma part qu\u2019il n\u2019est pas admissible à un chrétien de lancer des déclarations d\u2019une aussi grave portée dans un contexte aussi vague, sans prendre bien le contour et les limites, de façon à ne pas risquer d\u2019être mal entendu.Car le moindre malentendu ici conduit tout droit au mépris des plus hautes valeurs de l\u2019humanisme et du christianisme, pour y substituer la technique et la science.Décidément, je le disais dès mon premier article, notre patriotisme, comme la boussole au contact de l'aimant, est fort affolé.Nous avons grand besoin de le raisonner en profondeur afin de lui donner les bases rationnelles d\u2019une existence.Car, quand on a perdu même le sens élémentaire d\u2019une chose, comment peut-on se comporter à son égard, d'une façon réfléchie et clairvoyante ?François-Albert Angers Document : Lettre de Henri Bourassa le 10 avril 1902 N.D.L.R.\u2014 L\u2019annonce où nous disions qu'une conférence de M.Henri Bourassa, gardée sur ruban magnétique, serait bientôt offerte au public sur des disques de haute fidélité, a beaucoup intéressé l'un de nos lecteurs.Cela lui a permis de retrouver parmi de vieux papiers une lettre de M.Bourassa.Il lui avait demandé son opinion alors que, finissant au Collège Sainte-Marie en 1902, il paraissait dans un grand débat public.La réponse de M.Bourassa nous transporte dans les préoccupations brûlantes du monde d\u2019il y a cinquante ans.Elle intéressera nos lecteurs, ne fut-ce que par contraste avec les préoccupations d\u2019aujourd\u2019hui.Les caractères gras sont de nous.Ottawa, 18 avril, 1902.Monsieur, II me serait difficile de vous indiquer en quelques lignes les raisons que vous pouvez faire valoir à l\u2019appui de votre thèse.En théorie, il me paraît impossible de soutenir que l\u2019état colonial même le plus heureux et le plus libre, soit préférable à l\u2019indépendance.Mais il est des conditions particulières qui peuvent justifier cette opinion; et je crois que nous sommes dans ces condi-tions-là.La plus importante, et peut-être la seule vraiment sérieuse, de ces circonstances, c\u2019est le voisinage des Etats-Unis.Les petits pays indépendants de l\u2019Europe, comme la Suisse, la Belgique et la Hollande, ont l\u2019avantage d'être situés entre de grandes nations rivales, dont la jalousie mutuelle fait la sécurité même de ces petits Etats.C'est pourquoi on les appelle \"Etats-tampons\u201d.Cette situation nous fait absolument défaut.Indépendants, nous serions un pays de six millions d\u2019habitants en présence d\u2019une nation de 80 millions d\u2019habitants, et entièrement dépourvus de l\u2019appui d\u2019aucun autre voisin.Si nous étions un petit peuple homogène : même race, même religion, même langue, cette disproportion DISQUES MICROSILLONS, 12 POUCES HAUTE FIDÉLITÉ DISQUES Æcuta^a Beaucoup de nos amis savent déjà que La Ligue d'Action Nationale a l'insigne privilège d'avoir en sa possession les disques d'une conférence et d'un discours politique de dûsuè^ (BdWUI&AjCL Grâce à la générosité del quelques donateurs amis de Bourassa la Ligue a pu faire transcrire ces disques en haute fidélité sur ruban magnétique, afin de leur assurer la pérennité.LA LIGUE SONGE MAINTENANT À METTRE CE DOCUMENT À LA DISPOSITION DU PUBLIC, EN TROIS DISQUES MICROSILLONS, 12 POUCES, HAUTE FIDÉLITÉ Le fout présenté dans une élégante boîte décorée de photographies de Bourassa dans différentes attitudes oratoires.Une introduction historique et des commentaires appropriés à la compréhension des extraits présentés sera faite par le CHANOINE LIONEL GROULX La Ligue n'a cependant pas les moyens financiers d'assumer le risque d'une telle opération C'EST POURQUOI, ELLE A DÉCIDÉ DE PROCÉDER PAR VOIE DE SOUSCRIPTION La série se vendra $25 Ne laissez pas passer cette occasion de détenir un impérissable document.Cette édition de disques étant forcément! limitée, il n'est pas sûr que vous pourrez vous procurer votre exemplaire une fois jf|ue la souscription aura été fermée.NE TARDEZ DONC PLUS, ENVOYEZ IMMÉDIATEMENT LE MONTANT DE $25 À FONDS HENRI BOURASSA, s/d François-Albert Angers, 535, avenue Viger, Montréal.co ____________________________________________________________________________________ 290 ACTION NATIONALE ne serait pas aussi dangereuse.L\u2019exemple du petit peuple Boer nous prouve que la force n\u2019est pas toujours du côté du nombre.Mais notre population est éparpillée sur un immense territoire; et ce qui est plus affaiblissant encore, elle se compose d\u2019éléments hétérogènes, entre lesquels il existe encore peu de sympathies.Livrés à nous-mêmes, à l\u2019heure actuelle, il s\u2019élèverait bientôt des conflits de race qui nous forceraient à chercher le salut contre nos propres dissensions dans l\u2019annexion aux Etats-Unis.Il faut bien reconnaître, néanmoins, que notre état colonial est la principale cause du peu d\u2019harmonie qui existe entre nos concitoyens anglais et nous.Si nos voisins des provinces anglaises n\u2019avaient pas constamment les yeux fixés sur leur mère-patrie, le sentiment canadien se développerait beaucoup plus rapidement chez eux.Toutefois, je persiste à croire que le plus longtemps nous pourrons maintenir notre état actuel, le plus fort nous serons le jour où nous deviendrons indépendants.Vous voyez que le thème que je vous indique est de parler en faveur de l\u2019état actuel comme un état transitoire, et non comme une situation permanente.C\u2019est l\u2019attitude la plus vraie, et par conséquent la plus habile à prendre pour votre discussion.Je suis bien heureux de constater que les jeunes gens commencent à s\u2019intéresser à ces questions et à les étudier sérieusement.Ces discussions de collège ne peuvent que vous aider pour l\u2019avenir.Votre tout dévoué. PROPOS CHOQUANTS __A\\cliê L & Si notre éducation continue de trahir les principes et les méthodes qui ont fait la force de la civilisation française pour faire place à ce qui vient des autres civilisations, nous finirons par comprendre un peu les étrangers en nous ignorant complètement nous-mêmes.Nous pourrons jongler brillamment avec toutes les idéologies à la mode, mais nous deviendrons rapidement, à la suite des autres, des barbares instruits par les techniques et guidés par le primat des instincts.Le cours classique, le seul à sauver chez nous les valeurs de civilisation, subit un double assaut : celui de l'enseignement primaire et celui de l\u2019Université, qui en beaucoup de cas manifeste un état d\u2019esprit aussi infantile que le primaire.Mais on ne dénoncera jamais trop l\u2019effondrement du primaire; car lorsqu\u2019on a ras-soté les esprits, c\u2019est pour longtemps.Les charlatans de la pédagogie nouvelle ont réussi, sans rencontrer d\u2019opposition, l\u2019incroyable tour de force de paganiser un enseignement chrétien, de substituer une école patoisante à une école française et de créer des programmes qui concurrencent, au détriment de la formation des esprits par les disciplines proprement scolaires, la radio et la télévision dans le domaine de l\u2019information.Il faut flageller, sans mettre les sourdines, ceux qui dépensent ainsi nos millions à édifier, sous le nom d\u2019école, le plus insidieux instrument de trahison natio- 292 ACTION NATIONALE nale.Il semble que seules aient réussi à résister au stupide mirage des innovations pédagogiques des quinze dernières années, quelques communautés religieuses à longue tradition et un tout petit nombre d\u2019institutrices qui ont plus de noblesse, de soif d'idéal, de zèle à servir l\u2019enfance, que de hâte à se plier aux ordres émanant on ne sait d\u2019où (ou plutôt, on commence à trop le savoir).La pédagogie nouvelle, effroyablement abâtardissante pour les jeunes cerveaux, fait ânonner aux enfants tant d\u2019inepties pendant un cours primaire, devenu interminable tant on l\u2019a rallongé, qu'il s\u2019ensuit au grand dam de la culture française, un nivellement intellectuel de l'enfance défavorable aux études supérieures.Il est difficile de faire un tri là où une longue suite d\u2019années d\u2019école a endormi les esprits.Curieuse éducation que celle qui n\u2019est pas éveilleuse d\u2019âmes et créatrice d'inégalités ! Ce nivellement des esprits, cet élevage des troupeaux d\u2019enfants, sont fils du mythe de l\u2019égalité, le bacille générateur de la démocratie.Rien ne s\u2019oppose plus au démocratisme que l\u2019éducation véritable, qui réussit d\u2019autant plus qu\u2019elle crée de plus en plus d\u2019inégalité en éveillant à l\u2019action, en actualisant, pour ainsi dire, les potentialités latentes et nécessairement inégales dans les âmes.* * * Contrairement aux sophismes régnants, l\u2019éducation véritable bâtit les jeunes esprits sur des vérités qui sont beaucoup plus de foi que de démonstration scientifique.Une certaine rationalisation de l\u2019enseignement primaire, qui voudrait détruire tout le domaine de l\u2019intuitif (qui n\u2019est d\u2019ailleurs que la Raison supérieure), serait la mort même de toute raison.D\u2019autre part, le PROPOS CHOQUANTS 293 culte de l'autorité enseignante et gouvernante (autre bête noire de la démocratie, toujours tentée de confondre l\u2019autorité avec sa caricature, l\u2019autoritarisme), qui autrefois a tout hiérarchisé selon un ordre quasi divin (ce qui ne veut pas dire selon la mort dans l'immobilisme), le culte de l\u2019autorité, dis-je, a été remplacé par une contrefaçon de la liberté, qui n\u2019est au fond que l\u2019affirmation de la primauté de l\u2019instinctif; on a transféré à l\u2019homme la liberté du chien vagabond, livré à ses instincts, mais qui n'a qu\u2019une liberté de chien.Autre chose est la liberté humaine, qui est d\u2019abord et avant tout celle de l\u2019âme; liberté toujours à conquérir et qui ne se conquiert qu\u2019humainement, c\u2019est-à-dire dans une discipline très étroite, imposée par contrainte quelquefois, mais surtout pratiquée comme une ascèse.?* * Il est évident que pour ceux qui, comme Rousseau, n\u2019acceptent pas le dogme du péché originel (le dogme le plus contraire à la démocratie), ou ceux qui, comme les disciples de Condillac, trouvent impensable l\u2019immatérialité de l\u2019âme humaine, la beauté de l\u2019autorité, la convenance des hiérarchies de toute sorte, l\u2019échelle des valeurs fondée sur une transcendance métaphysique, tout cela est quelque chose d'absurde.Mais il est totalement incroyable qu\u2019un Etat catholique comme celui du Québec ait pu accepter, sinon les principes philosophiques du moins, les conséquences pédagogiques de doctrines situées au nadir de nos croyances traditionnelles.Et cela est pourtant.Nous sommes noyés dans le sirop du pire naturalisme.La horde de nos prima-risants a institutionnalisé sans examen les pratiques pédagogiques issues des doctrines les plus pernicieuses pour l\u2019esprit humain, les plus dévitaminisantes pour 294 ACTION NATIONALE notre langue et les plus en opposition avec l\u2019enseignement chrétien, des Pères de l\u2019Eglise à Pie XII.Il y a quelque chose de diabolique dans cette infiltration massive chez nous de la pire des corruptions, celle de l\u2019éducation de la jeunesse.Rien d\u2019étonnant, après cela, si un nouveau langage taillé sur la mesure de notre abêtissement tend à remplacer la saine langue de nos pères; rien d\u2019étonnant si la Foi et la théologie passent désormais pour une mythologie périmée dans nos cerveaux mutilés; car, où trouver le moyen de greffer les éléments du surnaturel dans une sous-humanité; le Christ, qui se plaît chez les humbles, ne trouverait d\u2019ailleurs pas très honorable de régner sur des sots.C\u2019est une nouvelle sorte d\u2019anti-religion, et ironiquement tragique, que de distiller dans un enseignement qui se dit chrétien tous les aphorismes païens, les habitudes de pensée, les états d\u2019esprit, qui rodent peu à peu notre nation et notre catholicité.On s\u2019étonne que le clergé n\u2019en soit pas plus conscient et n\u2019ait pas vigoureusement réagi, me dit-on.Etait-ce vraiment possible devant l\u2019euphorie que nos soi-disant chrétiens manifestent depuis quinze ans ?Il aurait rapidement eu l\u2019air de prophète de malheur et de trouble-fête.Je sais des clercs qui voulurent appeler des réserves et qu\u2019on a ridiculisés en les traitant de \"rétrogrades\u201d, de \"moyen-nâgeux\u201d, de \"réactionnaires\u201d, enfin de toutes les épithètes à la mode dans le jargon de nos pseudo-évolués (la tribu de plus en plus grossissante de ces adolescents prolongés et retardés qui parlent d\u2019autant plus de l\u2019état adulte qu\u2019ils réussissent moins à y parvenir, qui se décorent du titre d\u2019\"hommes libres\u201d chaque fois qu\u2019ils s\u2019embourbent dans une illusion nouvelle; toujours nous claironnant de les suivre à l\u2019avant-garde, alors qu\u2019eux- PROPOS CHOQUANTS 295 mêmes ne traînent qu\u2019à l\u2019arrière-garde de la cohue des innovateurs en erreurs; car dans le domaine des erreurs, si on pense innover beaucoup, on innove surtout longtemps, en rechantant, rapetassant et raccommodant au goût du jour des découvertes qui remontent à Caïn).Nos outres de vent croient découvrir le monde à chaque lubie qui leur vient en tête.Une légère connaissance du long tissu d\u2019erreurs dont est faite l'histoire des hommes les ferait trompeter moins haut et moins dru; mais nos primarisants n\u2019ont de lettres que l\u2019alphabet dont l\u2019usage leur reste encore incertain.* * * Dommageable à l\u2019Eglise, néfaste pour l\u2019esprit français, la caricature d\u2019éducation que l\u2019on établit au Québec prépare dans le silence le suicide collectif de la nation.On ne crétinise pas impunément une génération d\u2019enfants.On ne peut permettre à l\u2019école de nous donner des fournées de jeunes diplômés pauvres de caractère, dépourvus de formation intellectuelle, mais crevant d\u2019orgueilleuse infatuation parce que remplis de vaines informations \"de omnibus rebus scibilibus et quibusdam aliis\u201d, incapables du moindre effort d\u2019abstraction, imbus de tous les faux dogmes de l\u2019heure (car un dogmatisme en remplace toujours un autre), capables des plus sottes affirmations, et sans souci d\u2019aucun idéal supérieur.* * * On aurait pu épargner à notre pauvre petit peuple cette sorte de progrès : progrès de singes, contrefaçon du progrès véritable, si progresser ce n\u2019est pas emboîter le pas derrière les autres (singer les Américains, les Anglais et les républicains français) et poursuivre leur 29 6 ACTION NATIONALE objectif.Le véritable progrès, ne serait-il plus pour nous une marche en avant vers notre propre objectif ?Il aurait peut-être fallu, dans nos instituts de Haute Ignorance et dans nos Loges pédagogiques, douter un peu moins de notre nation et nous interroger un peu plus sur les pentes que nous dévalions.Nous avions un tout petit jardin à cultiver; pour n\u2019avoir pas assez médité \"la Grenouille\u2019\u2019 de La Fontaine, nous avons voulu sarcler dans les grandes prairies des autres; nous cultiverons bientôt chez les autres un grand champ sans doute, mais ce sera un beau champ de sable.* * * Nous devenons un peuple qui, pour langage, ne possède qu\u2019un jargon aux gémissements inarticulés, pour religion la démocratie, pour culte la hideusement hilarante parade des pantins de la politique, pour marque distinctive une universelle paralysie cérébrale.Il y a des erreurs d\u2019orientation sur lesquelles l'histoire prononce un verdict terrible.Quand nos soi-disant \"évolués\u201d, du haut de leur petite grandeur, regardent dédaigneusement la tradition et traitent d\u2019obscurantisme la sagesse de l'Eglise, on s\u2019aperçoit bien vite que leurs lumières nous préparent un beau 1789; car leurs lumières sont dirigées.Les spécieuses arguties de cette \"intelligenzia\u201d et ses discussions byzantines sur la liberté de pensée, d'expression, d\u2019organisation, et.de suicide, n\u2019empêcheront pas les conséquences d'arriver.Nous acceptons aujourd\u2019hui gaillardement les causes, il faudra demain en accepter les effets douloureux sans dire comme Guillaume II : \"Mais, je n\u2019avais pas voulu cela.\u201d Archélas Roy \"Le Québec doit conserver son vrai visage français\" par ^ohn Uiilier flj Durant les prochaines cinquantes années, le Canada devra batailler ferme pour maintenir son identité.Vivant près d\u2019une nation géante comme les Etats-Unis, nous sommes paresseux.Nous croyons plus simple, moins coûteux en argent et en énergie de nous asseoir et de tout copier.A moins de faire attention, nous deviendrons un autre Japon.Et nous serons pires que le Japon, car beaucoup de nos ressources dépendent des capitaux américains.Le Japon a bien réussi à copier les autres pays, mais il l\u2019a fait avec des capitaux japonais.Mais il semble que nous empruntons et les idées et le capital.Parce que nous grandissons vite, que nous avons besoin des capitaux étrangers et parce que nous vivons en Amérique du Nord nous devons être en garde.Nous devons travailler plus fort notre canadianisme.Mais le canadianisme ne doit pas être étroit.Mettons notre pays au premier plan, c\u2019est notre spectacle.Le monde jugera notre succès ou notre échec en regard de nos relations avec le monde.Nous devons résister à la tentation de nous accrocher aux autres; soyons nous-mêmes.(1) Discours prononcé par Monsieur John Fisher (Monsieur Canada) au 37e congrès annuel de l'Union des municipalités de la province de Québec, au Château Frontenac, à Québec, le 18 septembre 1958. 298 ACTION NATIONALE Personnellement, je déplore ces canadiens qui sont plus anglais que la Reine.Pour moi, cette attitude est stupide et périmée et les Anglais rient de notre stupidité.Nous avons mis assez longtemps à nous débarasser des vestiges du colonialisme.Il y a encore parmi nous d\u2019arrogantes têtes dures qui favorisent l\u2019accent, l\u2019attitude anglaise et dont la première loyauté est à l'endroit de l\u2019Angleterre.Mais heureusement que ce groupe diminue.Dans les derniers quinze ans, notre maturité s\u2019est affermie.Le Québec a aussi ses problèmes.Il y en a ici qui ne jurent que par la France et qui continuent d\u2019appeler la France la mère-patrie.Ils ont aussi leur faux accent et leur irresponsabilité vis-à-vis le canadianisme.Quand se pose un problème, on fait vite des comparaisons avec la France.Et nous avons un troisième groupe au Canada qui fait de constantes comparaisons avec les Etats-Unis.Et c\u2019est le groupe le plus nombreux, bien que leur voix soit moins forte.Ils pensent et agissent en Américains leurs héros sont américains et ils se défont vite du Canada.Ils ne sont pas plus attirants non plus.Soyons canadiens d\u2019abord; ce qui revient à dire, soyons nord-américains, anglais, français et conscients du monde.En d\u2019autres termes, soyons nous-mêmes.Le Canada est notre patrie.La connaissance des deux langues ouvre les horizons et permet de voyager plus facilement à travers le monde.Le Canada est bien fortuné de posséder deux cultures.Depuis que le monde se rétrécit, grâce à l\u2019avion, nous devrions tous faire un effort pour mieux apprécier ce double bien que nous possédons.La plupart des garçons et filles d\u2019Europe n\u2019ont aucune difficulté à parler deux ou trois langues. LE QUÉBEC DOIT CONSERVER .299 Nous sommes un pays chanceux, nous sommes forts, riches et modernes.Nous sommes aussi très fortunés dans nos liaisons.Notre Premier Ministre peut visiter la Maison Blanche à Washington et être reçu chaleureusement.Le Président des Etats-Unis l\u2019accueillera dans sa famille parce que, nous aussi nous sommes de l\u2019Amérique.Nous parlons le langage de l\u2019Amérique, nos manières sont les mêmes, nous partageons les mêmes jeux et portons les mêmes costumes, et nous sommes également le meilleur ami et client que possède \"L'Oncle Sam\u201d dans le monde.Notre premier Ministre est également bienvenu à 10 rue Downing à Londres, Angleterre.Les secrets du cabinet britannique lui sont confiés, parce que nous faisons partie de la grande famille britannique.Nous sommes le seul pays au monde à posséder ces liens avec les Etats-Unis et l'Empire Britannique.Souvent nos gouvernants sont appelés à intervenir entre les Etats-Unis et l\u2019Angleterre.Notre premier Ministre peut aussi visiter le Président de la France et être reçu à bras ouverts, car après tout, nous représentons le plus grand pays d\u2019expression française en dehors de la France \u2014- notre pays ayant été fondé par de braves français.Les français de notre époque savent que deux fois dans leur vie les canadiens ont combattu sur le sol français pour leur libération.Ils savent aussi que Montréal est le deuxième centre français du monde.Aux Nations Unies nous sommes aussi privilégiés et les petites nations ont confiance en nous, car nous n\u2019avons jamais usurpé des droits d\u2019autres pays.Les pays sous-développés ont profité de nos ressources pécuniaires et scientifiques.Seuls, nous sommes une petite nation.Mais tous les pays du monde savent que par notre contribution aux autres pays, en blé, papier-journal, nickel, amiante, poissons, etc., nous faisons partie des grandes nations.En d\u2019autres termes, nous jouons avec 300 ACTION NATIONALE les ligues majeures, mais sommes bien amis avec les ligues mineures.Nous sommes jeunes, riches et notre avenir est plein de promesses.Notre héritage est glorieux et nos horizons éblouissants.Mais le voyage est la clef même de notre unité, et un investissement par les Canadiens dans notre propre pays.Qu\u2019un canadien de l'Est se rende aux Rocheuses, il sera conquis par les puits d\u2019huile et par l\u2019optimisme des gens de la Colombie Canadienne, et il voudra y investir ses capitaux.La plupart des Canadiens ne connaissent pas le Canada.Les statistiques nous montrent que seulement 27% des canadiens ont visité une autre province.Et pourtant, 75% de ces gens-là ont visité les Etats-Unis.Beaucoup de nos diplômés de High School et de nos Universités ne connaissent même pas le nom des capitales de nos provinces.Les canadiens qui sont les plus grands voyageurs à l'étranger ne visitent même pas leur pays en premier.Les Montréalais ou les Torontois qui visitent fréquemment l\u2019Europe, devraient se rendre compte que pour notre unité et notre économie, il serait important qu\u2019ils visitent Vancouver et Calgary.Je connais beaucoup de canadiens qui ont parcouru le monde, et n\u2019ont même pas visité notre pays.Mais qu\u2019avons-nous fait pour vendre le Canada ?Combien de canadiens de Toronto et Québec n\u2019ont jamais visité Elle de Vancouver ou Terreneuve ?Combien de Torontois viennent à Montréal à Pâques ?Non.Ils sont trop occupés à faire leurs réservations pour New York.La réponse est bien simple, un manque de promotion.New York, et nous l\u2019admettons, qui est un centre d\u2019attractions, annonce dans nos journaux et l\u2019a fait durant des années.Mais nous devons rendre les canadiens conscients de la beauté de leur pays. LE QUÉBEC DOIT CONSERVER .301 Le tourisme est sans contredit une des plus grandes industries au Canada.Car la personne qui arrête sa voiture au restaurant du coin achète nos services comme les touristes de l\u2019extérieur.Trois cent millions de visites entre les différentes cités ne sont pas comprises dans les statistiques, mais ces gens emploient de la gazoline, utilisent nos routes, nos terrains de stationnement et services en général.Le voyage, qu\u2019il soit continental ou local, met de l\u2019argent en circulation, et donne à chacun sa part dans l\u2019industrie du tourisme.Des études démontrent que seulement un tiers (I/3) du dollar du touriste reste aux gens qui s\u2019occupent du public voyageur.Les deux autres tiers sont répandus et dépensés par eux dans la ville même.A Hawaï, l\u2019association touristique est forte et est secondée par les hommes d\u2019affaires de la communauté.Les agents d\u2019assurances et directeurs de funérailles et les cultivateurs d\u2019ananas sont vivement intéressés à tout ce qui a trait aux voyages.Le directeur de funérailles sait bien que si l\u2019industrie du tourisme est prospère chez lui, il en profitera le temps venu.Aussi incroyable que cela puisse paraître, le Canada qui était sensé être la puissance du vingtième siècle, est sans contredit le pays touristique le plus pauvre au Monde.L\u2019année dernière, nous avons eu un déficit de 112 millions de dollars.Ce qui veut dire que les canadiens ont dépensé 112 millions de dollars de plus à l\u2019étranger que les visiteurs n\u2019en ont laissé ici.Et ce déficit grossit d\u2019année en année, de même que la concurrence.Les standards classiques du tourisme sont chargés.Nous sommes à l\u2019âge de la vitesse, des \"packaged tours\u2019\u2019, des plans familiaux de vacances, et bientôt nous aurons la semaine de quatre jours.Les secrétaires, les institutrices et les jeunes femmes voyagent plus que jamais.On ne prend 302 ACTION NATIONALE plus de vacances qu\u2019en juillet et août, mais à tout moment.Les autres pays se réveillent.Mais, nous, que faisons-nous au Canada ?En votre qualité de dirigeants dans vos municipalités, messieurs, vous vous devez d\u2019envisager le progrès de vos localités sous trois aspects : manufacturier, agricole et touristique.Trop de municipalités oublient qu\u2019attirer les visiteurs est également une industrie qui exige autant de soin, d\u2019attention et d\u2019adresse que pour amener une fabrique nouvelle.Il n\u2019est pas nécessaire de posséder des montagnes, des lacs et des établissements du dernier cri pour développer une industrie touristique.Toute localité qui offre quelque chose de différent peut intéresser les touristes, parce que c'est pour cela que les gens voyagent.Tous les voyageurs cherchent quelque chose qu\u2019ils ne trouvent pas chez eux.Souvent un musée intéressant, un bon restaurant, une rue particulièrement coquette, un policier sympathique, suffit à faire ralentir le touriste.S\u2019il s\u2019arrête, il achète généralement quelque chose.Si vous pouvez, par votre courtoisie ou par une attraction quelconque, réussir à le garder pour la nuit, il prendra deux repas de plus et dépensera un peu d\u2019argent pour se loger et se distraire.Le tourisme est une industrie, et bien des pays du monde ont aujourd\u2019hui un standard de vie plus élevé parce qu\u2019ils ont compris que le déplacement des gens était une affaire.Nous avons compilé à l\u2019intention des dirigeants municipaux quelques chiffres qui démontrent que si une localité pouvait attirer 20 visiteurs par jour chaque jour de l\u2019année, cela aurait sur son économie le même effet qu\u2019une usine ayant une liste de paye de $100,000.Le tourisme ne demande aucune faveur à la localité.Les visiteurs n\u2019exigent ni concessions fiscales ni services LE QUÉBEC DOIT CONSERVER .303 publics considérables.Les touristes n\u2019emportant pas les profits avec eux, ils les laissent dans votre localité.Vous n\u2019avez pas à vous soucier des marchés, parce que le touriste apporte le marché à votre propre porte.Le tourisme est une grosse affaire dans le Québec, et il pourrait augmenter encore si les autorités civiques et les marchands s\u2019entendaient pour déployer la même imagination et la même énergie que pour attirer chez eux de nouvelles usines.Le fermier également a un intérêt vital dans le tourisme et il faudrait le rendre conscient de ce qui l\u2019y rattache.Chaque touriste doit manger, et d'habitude trois fois par jour.Or, songez à ceci, messieurs : si chacun des touristes américains qui visitèrent le Canada pour plus de deux jours l\u2019an dernier, avait pu être persuadé d\u2019y demeurer seulement quinze minutes de plus pour manger un sandwich aux oeufs, les fermiers auraient vendu : 600,000 douzaines d\u2019oeufs, 400,000 pains et 160,000 livres de beurre.Cela en quinze minutes de plus seulement.Si c\u2019est un problème pour le Canada de conserver son individualité, c\u2019en est un aussi pour la Province de Québec.Le Québec peut perdre beaucoup plus de son individualité que tout autre secteur du Canada, simplement parce qu\u2019il en possède davantage.Les changements y sont plus marqués.Parce que le Québec a reçu un héritage français, ce n\u2019est pas une garantie qu\u2019il va le maintenir toujours.Lorsque je parcours la province de Québec, je commence à me demander si vous désirez vraiment garder votre héritage français.Ces malheureux comptoirs à chiens chauds, ces viles gargotes à \"hamburg steak\u201d, (on m\u2019excusera de n\u2019avoir pas 304 ACTION NATIONALE trouvé le terme français), ces affiches criardes le long des routes, suffisent à faire se retourner le vieux Champlain dans sa tombe.Cela ne m\u2019a pas l\u2019air français.Ce n\u2019est qu\u2019une pauvre imitation de Coney Island, dans un pays pourtant qui se proclame le bastion de la culture française au Nouveau Monde.Si l\u2019automobile et la télévision ont rongé à ce point le mode de vie français dans un aussi court espace de temps, ce ne sera pas long avant que le Québec ne se distingue plus des autres parties de l\u2019Amérique du Nord.Les efforts pour conserver l\u2019héritage français dans la province de Québec sont des plus louables, mais ils ne vont ni assez loin ni assez vite.Changer de l\u2019anglais au français les noms de quelques vieilles villes, ce n\u2019est pas une réponse.Le comité de refrancisation devrait se consacrer à démolir les affiches en mauvais anglais; à trouver des noms nouveaux pour les motels et restaurants qui imitent ceux des Etats-Unis, et prendre des mesures pour que soit conservée l\u2019architecture du Québec ancien.Il devrait s\u2019occuper de la nourriture, du langage et du mode de vie, en plus de changer les noms de quelques villes.Avec son culte de l\u2019histoire, Québec a de meilleurs atouts que tout autre endroit de l\u2019Amérique du Nord.Au lieu d\u2019être un îlot de culture française dans la vaste mer nord-américaine, Québec, s\u2019il en a la détermination, peut être le roc même de la civilisation occidentale.L\u2019Amérique du Nord a besoin de l'influence adoucissante d\u2019une culture de bon ton qui a toujours été le don du mode de vie français.Un Québec éclairé, riche de deux langages et du charme d\u2019une culture bien agencée, pourrait devenir la Sorbonne de l\u2019Amérique du Nord et du Sud.Dans ce monde sans cesse rétréci, où la possession d\u2019une langue LE QUÉBEC DOIT CONSERVER .305 seconde est si importante, le Québec pourrait être une école pour l'hémisphère occidental.Il doit y avoir, en Amérique du Nord et du Sud, des milliers d\u2019étudiants désireux d\u2019apprendre une autre langue, mais qui ne veulent ou ne peuvent aller en Europe.Si la province de Québec élaborait un programme bien imaginé pour attirer des étudiants d'université, elle pourrait devenir un grand foyer académique et, ce faisant, elle raffermirait sa propre indépendance et son héritage.Si elle y mettait un peu de rêve, elle pourrait redevenir la mère de l\u2019Amérique du Nord.Le culture qui a produit ces géants qui ont parcouru tous les coins de l\u2019Amérique du Nord, à pied et en canot, ne doit pas être souillée par les empiétements du matérialisme du vingtième siècle.Dresse-toi, ô Québec, et parle au monde dans la pure langue de tes ancêtres.Comme tu as conquis autrefois l\u2019immensité de l\u2019Amérique du Nord avec un courage incroyable, lève-toi, ô Québec, et enchante-nous avec ton imagination.Nous en avons besoin.Le Canada, et les Etats-Unis également, n\u2019en seront que plus riches. Evolution de la pensée chez les >)ngfo-Canadiens Histoire sociale du Canada ^ean Cjenest Un des principaux livres d\u2019histoire du Canada publié par les Anglo-Canadiens est certainement celui de M.Arthur Reginald Marsden Lower : Canadians in the Making (Longmans, Green, Toronto, 1958, 475 pp.).Il ne fait pas l\u2019histoire politique, économique, religieuse mais sociale du Canada entier.Le point de vue est nouveau, il s\u2019attache à décrire l\u2019évolution de la population, en nombre, en qualité, ses aspirations, sa psychologie et à donner les raisons de ses actes, de ses attachements et de ses frustrations.Peu à peu, conduits par M.Lower, nous voyons le colon européen s'enraciner.Avec l\u2019attachement au nouveau pays qu\u2019il faut conquérir, aménager, défendre et qui récompense tous les efforts par les richesses qu\u2019il prodigue, on voit naître, se développer et mûrir un peuple attaché au Canada comme son unique et immense patrie.M.Lower est né le 12 août 1889 à Barrie en Ontario.Licencié de l\u2019Université de Toronto et Ph.D.en histoire de l\u2019Université Harvard en 1929, il travailla aux Archives publiques à Ottawa, enseigna aux Etats-Unis et au United College de Winnipeg jusqu\u2019en 1947, date à laquelle il devint professeur d\u2019histoire du Canada à l\u2019université Queen\u2019s de Kingston.Il excelle dans la vulgarisation historique qui lui permet de résumer ses recherches en des phrases brillantes, en des jugements condensés, provocateurs et instructifs.Il a de l\u2019aplomb et de l\u2019humour.Il est intensément canadien, ce qui l\u2019amène à soutenir beaucoup de points de vue où il semble plus proche des Canadiens français que des Anglo-Canadiens de Nouvelle-Ecosse ou de LE QUÉBEC DOIT CONSERVER .307 Colombie-Britannnique.Mais il semble nous comprendre par l'intermédiaire des livres; c\u2019est par la littérature et par l\u2019art qu\u2019il veut atteindre à notre âme.Il y réussit et les Canadiens français ont en lui un ami franc, honnête, accueillant, sans miel et sans vinaigre, avec juste cette touche humaine que donne une profonde connaissance de l\u2019histoire et de l\u2019homme.En 1946, il publia Colony to Nation : A History of Canada, qui est devenu un manuel classique d'histoire du Canada dans les collèges anglo-canadiens et qui lui valut la médaille Tyrell.En 1952, il fit paraître Canada, Nation and Neighbour, qui lui valut un prix du Gouverneur Général.Enfin en 1958, apparaît ce qui semble bien son oeuvre principale : Canadians in the Making, où il révèle une bonne intelligence des données européennes et américaines au milieu desquelles vont se préciser lentement, très lentement, sans rien de brillant, mais d\u2019une façon solide, inexorable, les aspirations de faire un pays pour les Canadiens, un pays unique qui s\u2019appellera le Canada.A travers la chronique de l\u2019histoire, M.Lower sait relever nos particularismes, nos travers idéologiques, nos divisions et à montrer comment, malgré tout, malgré nos incompréhensions raciales et nos différences de religion, s\u2019affirme de plus en plus nettement un vouloir collectif de vivre ensemble.La grandeur du Canada devient une motivation idéologique qui façonne un mode d\u2019être et de réagir commun à tous ceux qui sont nés au Canada.Les rancoeurs entre les deux groupes raciaux sont chose du passé; la présence de deux cultures est un signe distinctif du Canada et une richesse; cependant les sympathies méthodistes de M.Lower ne lui permettent pas de comprendre le catholicisme des Canadiens français.Bien intentionné, généreux d\u2019esprit, 308 ACTION NATIONALE il peut comprendre très facilement l\u2019anglicanisme mais quand il arrive au catholicisme, il offre des explications ou des rapprochements si surprenants qu'il nous aide, indirectement, à comprendre comment une éducation en un milieu protestant éloigne et prévient contre le catholicisme.C\u2019est avec ces études, ces voyages et sa passion pour l\u2019histoire que M.Lower écrivit Canadians in the Making.Il consacre quatre-vingt-douze pages au régime français.Il n\u2019aime pas les abstractions mais les faits, parfois même les détails.Si cette étude lui permet de bien comprendre le rôle unique de l\u2019histoire chez les Canadiens français, cela ne veut pas dire qu\u2019il acceptera le chanoine Groulx cité et démenti une fois, il préféra Chapais, Lanctôt, Suite.Il a bien vu aussi les grands fondements de la cohésion nationale des Canadiens français, ces fondements sont le sol, l\u2019esprit de famille, le village, les épreuves subies ensemble, l\u2019éducation de l\u2019élite par le thomisme, la volonté têtue dans nos refus de l\u2019anglais et dans notre défense du français et de notre catholicisme.Il explique que notre catholicisme n\u2019est pas celui du Moyen-Age mais celui de la Contre-Réforme, plus intellectuel, plus agissant, plus missionnaire.Quelques institutions ont été omises bien qu\u2019elles aient moulé notre comportement social et nos traditions légales, comme les seigneuries.Rien non plus sur le rôle décisif et original de la paroisse chez nous.Trop peu sur le Conseil Souverain.Il a omis le type du coureur des bois, qui seul peut expliquer tout un côté nomade en nous et un des aspects de notre imagination.Il n\u2019a pas dit un mot sur nos artisans, les constructeurs de manoirs et de forteresses ou des orfèvres et des ébénistes.Mais vraiment M.Lower a bien le droit de ne pas être complet.Le tableau qu\u2019il trace est intéressant et plein de sympathie.Notre catholicisme d\u2019alors lui paraît puritain comme d\u2019ailleurs le protestan- HISTOIRE SOCIALE DU CANADA 309 tisme des colonies américaines.La dévotion à Marie et aux saints lui est simplement incompréhensible.La deuxième partie couvre de 1767 à 1867 en près de deux cents pages.C\u2019est dans cette partie que le Canadien français découvrira la grande richesse du volume : il n\u2019y a pas de meilleur guide que l\u2019auteur pour faire comprendre l\u2019Anglo-Canadien à un Canadien français.En suivant l\u2019augmentation de la population nous voyons les différents groupes d\u2019Anglo-Canadiens et de loyalistes s\u2019installer au Canada, développer des complexes historiques très différents suivant qu\u2019un loyaliste s\u2019installera en Nouvelle-Ecosse ou en Ontario, ou ira chercher fortune dans l\u2019Ouest.L'Auteur a noté avec beaucoup de perspicacité que la lutte pour la survivance chez les Canadiens français est l\u2019équivalent de la lutte pour la liberté chez les Anglo-Canadiens; il note que le catholicisme des uns est une force d\u2019unité tandis que le protestantisme des autres est une cause de division; il se moque du engl'tshism, cette forme ritualis-tique de religion pour tout ce qui est anglais; il relie l\u2019infaillibilité pontificale au mouvement romantique; il explique comment l\u2019Anglo-Canadien pense en anglais mais imite l\u2019américain; il souligne avec à propos l\u2019interaction des histoires, celle de l\u2019Europe et des Etats-Unis avec celle du Canada; il veut un nationalisme canadien, c\u2019est pourquoi il s\u2019oppose résolument au nationalisme extrémiste d\u2019un Georges Brown comme au nationalisme intransigeant de certains Canadiens français; il remarque que la nationalisme américain est plus intense que le nationalisme canadien.Ce qui manque le plus à cette partie, c\u2019est la précision dans les mots clefs, précision absente parce que l\u2019auteur n\u2019a pas de philosophie.Il veut un nationalisme canadien mais il voit que les nationalismes sont la source des guerres.Il lui est difficile d\u2019établir les distinctions nécessaires.Il 310 ACTION NATIONALE définit correctement : nationalism is collective self-realization, society conceived in his own image.Cela l\u2019entraîne à employer les mots dans un sens totalement différent à leur traduction française ou à leur sens historique.Ainsi à propos du mot \"nation\u201d, Durham parle très nettement qu'au Canada il y a two nations warring in the bosom of a single state, mais M.Lower dira plutôt two people in a nation.Le mot, chez lui, perd tout son sens étymologique, son contenu culturel, pour ne souligner que la communauté politique.Ainsi au Canada il n\u2019y aurait qu\u2019une seule nation, la nation canadienne, cette nation canadienne est faite de deux peuples.Le rôle de Lafontaine a été de favoriser partnership in a bicultural nation.Nous devenons a partner within a nation.Inutile de dire que ce vocabulaire contredit l'usage précis qu\u2019en faisait Durham et pose une ambiguité fondamentale dans tous nos rapports avec les Anglo-Canadiens et dans toutes nos interprétations de la constitution.Pour les Canadiens français, le Canada est un Etat formé de dix provinces et de deux nations.Les éléments qui font une nation sont d\u2019ordre biologique (nascor ; le fait de naître d\u2019ancêtres communs) et d\u2019ordre culturel : vivre une histoire commune, avec une éducation faite d\u2019une langue, d\u2019une religion qui sont autant de liens qui nous attachent à nos voisins.Pour nous, l\u2019Etat canadien gouverne un peuple, des sujets qui se répartissent en deux nations culturellement distinctes.Nous croyons avoir l'interprétation objective du mot \"nation\u201d, mais nous devrons tenir compte que ce même mot en anglais revêt de nos jours un sens plus politique que culturel, alors qu\u2019en français il signifie d\u2019abord des liens culturels et traditionnels.Cette confusion éclaircie, il faut être reconnaissant à l\u2019auteur d\u2019avoir le courage d\u2019accepter toutes les conséquences, ainsi il reprochera aux anglo-canadiens un colonialisme trop HISTOIRE SOCIALE DU CANADA 311 prolongé vis-à-vis l\u2019Angleterre et il essaiera de dégager les étapes de mûrissement du nouvel esprit canadien.Peut-être accorde-t-il trop d\u2019importance à la guerre de 1812.La troisième partie couvre de 1867 à nos jours en près de cent soixante pages.A part le dernier chapitre sur l\u2019automobile, qui paraît tout à fait hors de ton et de propos, c\u2019est la partie la plus neuve et la plus riche.Pour M.Lower, la Confédération est vraiment l\u2019acte de naissance d\u2019une nouvelle nation.Il s\u2019agit d\u2019une république fédérative : a pro forma monarchy.Pour les Canadiens français la Confédération n\u2019a rien créé de nouveau mais a consolidé leur position.Il demande aux Anglo-Canadiens l\u2019abandon du loyalisme en faveur d\u2019un vrai patriotisme, l\u2019abandon du vieil impérialisme en faveur d\u2019un solide canadianisme.Il signale comment, après la guerre des Boers, l\u2019Angleterre nous servit mal à propos dans la malheureuse question des frontières de l\u2019Alaska.Il est en faveur d\u2019un hymne et d\u2019un drapeau national.Il a des idées de grand bon sens sur l'éducation : At the turn of the century, dit-il, the Canadian public school was not making young Canadians but young Englishmen.Ceux qui ont été ainsi formés, ont aujourd\u2019hui cinquante ans et plus : cette donnée nous permet de comprendre l'extraordinaire évolution (pour nous) des Anglo-Canadiens par rapport à l\u2019acceptation du fait français.M.Lower a un réel intérêt pour la religion mais à ce propos il a des affirmations inimaginables, comme celles-ci : les catholiques auraient contribué au fascisme et au nazisme; des formes extrêmes du nationalisme semblent jaillir du catholicisme par ricochet; la transubstantiation ne serait qu\u2019une projection des rêves; Einstein et Freud ont enfin réussi à changer le concept de religion; il favoriserait une Eglise nationale; notre attachement à Rome nous met dans une position aussi arriérée que celle des Anglo-Cana- 312 ACTION NATIONALE diens encore attachés à Londres.A propos de la Confédération, il donne tout le mérite à Macdonald et rien à Cartier.Quant à l'immigration il n\u2019est pas tendre : \"Canada has retained the withdrawn people, the sedate, and those with the least energy and ability.L\u2019idée étant que les meilleurs éléments étaient attirés par les Etats-Unis.Les guerres de 1914 et de 1940 ont beaucoup fait pour accélérer la prise de conscience que nous étions tous partie du même Canada.Les réserves indiquées, il faut insister sur les grands mérites du volume.Il détache avec force ce que le Canada doit représenter pour tout Canadien.Les Canadiens français restent trop attachés au passé, dit-il, tandis que les Anglo-Canadiens, quelles que soient leurs fautes passées, semblent les seuls à s\u2019attacher au pays réel et à son progrès.Il cherche à favoriser la compréhension mutuelle des deux races.Le livre terminé, nous voyons qu\u2019il reste de grosses difficultés : question de tempérament, question de vocabulaire, l\u2019insistance sur le canadianisme, mais à voir l\u2019intelligence et la sympathie de M.Arthur Lower à l\u2019oeuvre, nous croyons qu\u2019il existe une élite plus nombreuse que jamais chez les Anglo-Canadiens comme chez les Canadiens français qui est capable de surmonter les difficultés pour en arriver à une collaboration nécessaire.Cette collaboration devra être franche et digne.Admettons nos différences, ayons un grand respect mutuel et rencontrons-nous dans ce s sphères d\u2019activité commune en vue de la grandeur du Canada, notre patrie. A propos de LA PRÉSENCE ANGLAISE ET LES CANADIENS, de MICHEL BRUNET par D'rançoii-s4llert ^4n^ers On ne lit pas sans éprouver des sentiments mêlés, un livre de Michel Brunet.Il comporte toujours une certaine distribution, à droite et à gauche, en bas et en haut, de taloches dont l\u2019utilité et la validité sont loin d\u2019être toujours justifiées ou démontrées par le texte.À la fin de la lecture, il ne reste, tout seul, bien campé au milieu de toutes ses victimes, que Michel Brunet pour avoir raison.Mais raison en quoi et sur quoi ?C\u2019est un peu ce qu\u2019on se demande, car il ne manque pas de se glisser, dans toutes ses bastonnades, un certain nombre de contradictions qui laissent pantois le sujet corrigé et risquent de lui inculquer une sainte peur de tout mouvement faute de pouvoir bien déterminer quelle direction il pourrait bien choisir pour éviter d\u2019être morigéné à l\u2019avenir.Puis on se prend à se demander : de quoi s\u2019agit-il ?Sont-ce vraiment là des études d'histoire ou des pamphlets politiques ?S\u2019il s\u2019agit d\u2019histoire, il faut sans doute s\u2019attendre à des interprétations de faits qui peuvent être discutables, mais encore faut-il que ces interprétations soient autre chose que des opinions lancées à la cantonnade et qui trouvent leurs racines non pas dans les faits histori- (1) La présence anglaise et les Canadiens (Etudes sur l'histoire et la pensée des deux Canadas), par MICHEL BRUNET, Un vol., 6 po.x 8V2, broché, 293 pages.Beauchemin, Montréal.1958. 314 ACTION NATIONALE ques, mais dans ce que, selon Brunet, les acteurs historiques auraient dû faire, au lieu de ce qu\u2019ils ont fait.Et puis, l\u2019histoire est-elle si rectiligne, si préalablement déterminée qu\u2019il soit possible de prononcer des jugements ex cathedra sur l\u2019avenir : telle situation ne se réalisera jamais, ou durera toujours ! Quoi qu\u2019il en soit, un livre de Brunet ne laisse non plus jamais indifférent, car c\u2019est un auteur qui a du talent, un talent torrentueux qui s\u2019exprime dans un style mordant et à l\u2019emporte-pièce.Les thèses présentées sont toujours originales, sinon toujours aussi radicalement nouvelles qu\u2019elles le paraissent.Elles ouvrent des horizons nouveaux, vers lesquels cependant il ne faut jamais se tourner sans exercer une bonne dose d\u2019esprit critique.Brunet peut d\u2019ailleurs, quand il le veut, être un excellent historien, comme le montre la pièce à mon sens la plus solide du présent ouvrage, faite en réalité de morceaux détachés rédigés sur divers sujets allant de la période de la Nouvelle-France jusqu\u2019à nos jours.Cette pièce-clef, c\u2019est l\u2019étude sur la déchéance de la bourgeoisie canadienne après la conquête.On trouve dans le reste la charge de Brunet contre ce qu\u2019il estime être les trois dominantes de la pensée cana-dienne-française : agriculturisme, anti-étatisme et messianisme; l\u2019exposé de sa thèse du canadianisme vs canadi-anism; un morceau sur le fait de survivance vs le fait assimilation, etc.La difficulté de Brunet dès qu\u2019il sort des techniques de l\u2019analysre historique proprement dite, c\u2019est que ses fondements philosophiques comme ses connaissances économiques ne semblent pas à la dimension des critiques et des opinions qu\u2019il formule sur des problèmes qui soulèvent des questions de philosophie et qui mettent LA PRÉSENCE ANGLAISE ET LES CANADIENS 315 en cause des notions économiques qu\u2019il importe de manier avec un peu plus de précision.Il faut donc lire La présence anglaise et les Canadiens, mais avec un grain de sel ! Une fois bien assaisonné, le texte devient sans doute digestible .du moins aux estomacs pas trop délicats.Les éléments corrosifs étant ainsi neutralisés, la validité de plusieurs des conclusions historiques de l'auteur ne peuvent manquer de s\u2019imposer à l\u2019attention.Même, encore une fois, si elles ne sont pas toujours aussi nouvelles qu\u2019elles se veulent, une façon nouvelle de les formuler leur donne un nouvel aspect qui peut constituer une contribution non négligeable à la compréhension de nos problèmes.François-Albert Angers TABLE DES MATIÈRES La rédaction .261 Patrick Allen : Les carrières des affaires réclament l\u2019élite des jeunes canadiens-français d\u2019aujourd\u2019hui .263 François-Albert Angers : Où est le byzantinisme ?.272 Henri Bourassa : Lettre du 10 avril 1902 .287 Archélas Roy : Propos choquants .291 John Fisher : Le Québec doit conserver son visage français .297 Jean Genest : Histoire sociale du Canada .306 François-Albert Angers : La présence anglaise et les Canadiens par Michel Brunet 313 Quand le bien vient il faut le prendre Le chauffage par rayonnement s'offre à vous, prenez-le : c\u2019est le dernier mot du confort.Plus de radiateurs ! Plus de poussières qui voyagent ! Une chaleur légère et constante vous enveloppe.Et, bien entendu, appréciable économie de combustible ! \u2014 Venez visiter notre édifice chauffé par rayonnement ou demandez notre brochurette explicative.CHAUFFAGE-PLOMBERIE Installateurs experts en tous genres de plomberie sanitaire et d'appareils de chauffage VI.9-4107 360 est, rue Rachel Montréal Avec les hommages d\u2019un ami de la revue APPRENEZ à connaître les avantages de l'épargne en ouvrant un compte à la Banque Canadienne Nationale 586 bureaux au Canada Hommagei aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE LA.4-1167\t3605, Ontario est, Montréal LES AMIS DE LA REVUE LATENDRESSE & FILS INC.Ferronnerie Gros et Détail 11837 est, Notre-Dame, Montréal 5 \u2022\tMl.5-8874 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord e Sherbrooke.Qué.- Tél.2-4793 DORAIS, Jean-Louîs AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways.159 ouest, rue Craig, Mtl.e\tUN.1-2889 Florent-G.Gauvin CONFECTION POUR ENFANTS Magasin-Chef : 826 est.rue Mont-Royal - l_A.2-6688 Succursales : 1592 est, rue Mont-Royal 2970, rue Masson 4050 est, rue Ontario \u2022\t13000 est, rue Notre-Dame, P.A.T.ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est \u2022\tUN.6-5818 POULIN.Albert ARCHITECTE IMS.Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTél.: 2-4620 LAVIGNE, C.-E.\t Courtier d'assurances\t 3750,\true Lacombe \u2022\tRE.9-1748 CARON, Marcel\t Assurances générales\t 5117, Boul.Rosemont, Mtl\t \u2022\tCL.9-3275 CR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal ADRIEN COURVILLE (Courville & Fils) Manufacturier de fourrure en gros 418, rue St-Sulpice, Montréal \u2022\tAV.8-7474 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallîer.Québec Jean Lapierre\tRA.1-4915 Jean Lapierre & Frères Ltée.CHAUFFAGE-PLOMBERIE 4213, boul.Rosemont \u2022\tMontréal FOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2019invention 934 est.Ste-Catherine \u2022\tVI.5-4541 LA CIE LAVAL Lavage de vitres Murs, planchers, stores vé-nitienSj résidences, bureaux, magasins et manufactures.Bureau : LA.2-7982 Rés.: DU.7-3886 8525, Henri-Julien \u2022\tMontréal SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Les cafés et confitures de LIMITÉE Savourez Pour la collation LA CROQUETTE BISCUITS - GÂTEAUX - TARTES Avec les hommages Bureau: 1504, rue Davidson GRENACHE INC.CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL Rocf) Grenache .J»cque\u2018 UNE SEULE POLICE PROTÈGE TOUTE LA FAMILLE *\tLe plan moderne que les familles attendaient ! *\tBeaucoup plus de protection pour un prix vraiment réduit ! *\tC'est la grande demande du jour .J.-Hormisdas Roy, gérant 506 est, Ste-Catherine, Montréal \u2014 VI.2-1806 IHHI I CAISSE NATIONALE Compagnie-mutuelle d'assurance-vie 41 ouest, rue St-Jacques \u2022 Montréal 1 \u2022 VI.5-3291 ÎGa ^auttpgarîif ACTIF ASSURANCES EN VIGUEUR PROTÉGEANT $40,000.000 $200,000,000 111,000 assurés Ce sera un titre de gloire pour LA SAUVEGARDE que d\u2019avoir été la première compagnie canadienne-française à s\u2019aventurer sur un terrain qui semblait jusqu\u2019alors réservé à d\u2019autres.Durant longtemps, elle fut la seule, mais ses succès encouragèrent les initiatives et facilitèrent la naissance des compagnies canadiennes-françaises fondées au cours des dernières années et auxquelles nous souhaitons le plus grand succès.P.rr.Inprinnr Grattoi lithoçraphi DetMsrai» Priator Eagraoor Lithographir "]
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