L'action nationale, 1 septembre 1960, Septembre
[" ACTION nationale Éditorial Les élections provinciales Jacques Poisson François-Albert Anqers Nos universités sont-elles françaises ?\u2014 V La Conférence fédérale-provinciale de juillet Paul-Émile Gingras Les collèges classiques en très mauvaise situation Bernard Du Berque Pour une mystique professionnelle CHRONIQUES A\u2014L'ÉCONOMIE par Rodolphe Laplante B\u2014LES ÉVÉNEMENTS par François-Albert Angers Edmond Cinq-Mars Grands ensembles ou maisons isolées Changement de vie Attention aux arguments à la Duplessis ! Investissons chei les nôtres Chrétien et catholique sont-ils synonymes ?Du Frère un Tel à la Soeur une Telle Le préjugé du préjugé Lettre aux Acadiens du Nouveau-Brunswick MacLennan vs Saunders C \u2014 LES LIVRES par Jean Genest Le \"Contemporary Canada\" de Miriam Chapin D \u2014UN TÉMOIGNAGE par Marcel De Corte Retour en Europe VOLUME L, NUMÉRO I \u2014 MONTRÉAL \u2014 SEPTEMBRE I960 CINQUANTE SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur Intérimaire : François-Albert Angers Comité de Rédaction : Paul-Emile Glngras Dominique Beaudin et Patrick Allen L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration C.P.221, Station E MONTRÉAL L'ABONNEMENT Rédaction 8100, boul.Saint-Laurent MONTRÉAL - DU.7-2541 $5.00 par année L'abonnement de soutien : $10.00 Où trouver L'Action Nationale?\t A MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Catherlne Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Catherine A QUÉBEC :\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 1111, rue Saint-Jean À OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Compfables Agréés CHAS.DESROCHES.C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 2)0 ouest, boul.Crémaiie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) LABONTE, LANDES, GROULX et LABONTE 3677, ru.Notaires Adam Edouard Lavoie CL.9-9911 président EDOUARD LAVOIE Inc.Entrepreneur général Construction et réparation commerciales, industrielles, résidentielles Vente de maisons 6556, rue Des Ormeaux Ville d'Anjou 245, rue du Pont, LA LIE F.-X.UHDLET Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d\u2019aqueduc et Bornes-Fontaines FABRICANTS D'ASCENSEURS Québec Eugène Turcotte Président et gérant Rechapage et Vulcanisation Accumulateurs \u2014 Alignement de roues 1871, rue DeLorimier LA.4-1177 SERVICE DE PNEUS André Trudeau Sec.-Très. 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et de se purifier.Nos lecteurs connaissent assez nos positions, je l\u2019espère, pour ne pas voir là une volonté partisane d\u2019exclure à jamais le parti libéral du pouvoir et de consacrer la pérennité de l\u2019Union nationale.Après quatre ans de régénération réciproque, de l\u2019Union nationle dans ses méthodes administratives et politiques, et du parti libéral dans ses nouvelles convictions autonomistes, le soussigné aurait volontiers été d\u2019accord pour qu\u2019un gouvernement nouveau aie sa chance de rajeunir l\u2019administration et la politique provinciale.Mais en attendant \u2014 et au delà même des problèmes de patronage et de corruption politique dont l\u2019importance n\u2019est sans doute pas négligeable \u2014 il y avait la bataille de l\u2019autonomie à gagner coûte que coûte, sous peine de reculer d\u2019un siècle dans l\u2019évolution politique du Canada 6 L\u2019ACTION NATIONALE français.Or les garanties que nous apportait le parti libéral à ce sujet, quoique considérablement améliorées par le nouveau programme électoral du début de juin, restaient douteuses en fonction de l'expérience de notre politique provinciale et de ses jeux de pirouettes traditionnelles allant toujours à l\u2019encontre de nos intérêts les plus sacrés.Le taractère \"sensationnel\u201d même que l\u2019on a prêté aux suggestions de M.Lesage à la récente conférence fiscale, en dépit des explicitations précises du programme électoral et du fait que ses propositions sont déjà formulées depuis 15 ans dans l\u2019Actualité Économique, l\u2019Action Nationale, les mémoires de la Chambre de Commerce du District de Montréal et de la Chambre provinciale, et finalement dans le rapport Tremblay, tout cela indique bien combien on trouve presque inattendu, inusité, que les promesses faites soient si bien tenues.Le danger pour un parti libéral dont les positions autonomistes étaient de si fraîches dates et les traditions centralisatrices en train de s\u2019enraciner par 20 ans de pratiques fédérales, c\u2019était qu\u2019une victoire aussi rapide l'engage dans l\u2019illusion que l\u2019idée d'autonomie avait, en définitive, compté pour peu de chose dans son succès.Heureusement, le caractère indécis de la victoire, qui tient presque plus au hasard que d\u2019un courant libéral bien caractérisé (l) la pré- 1.Cf article de Paul Cliche, dans La Presse, 25 juillet 1960 : dans toute la province, il eût suffi que 95 personnes de moins n\u2019aient tourné au parti libéral dans cinq comtés choisis, et l\u2019Union nationale retenait 48 sièges au lieu de 43 ?Un déplacement de 350 voix, à des endroits stratégiques, eût donné 51 sièges à l'Union Nationale et 43 aux Libéraux.Il y avait donc plus une désaffection de l\u2019Union nationale qu'un véritable courant libéral; et la victoire de celui-ci tient, statistiquement parlant, surtout du hasard dans ce mouvement de désaffection.Il eût suffit d'un incident de détail au cours de la campagne électorale pour modifier le résultat du tout au tout. ÉDITORIAL 7 sence d'une forte opposition de l\u2019Union nationale nécessairement à l'affût de toutes les occasions de réemboucher la trompette de l'autonomie, la différence des couleurs entre Ottawa et Québec, la proximité de la conférence nécessitant une prise de position immédiate, militaient en sens contraire.Mais, en politique, sait-on jamais, tant tout se détermine dans quelques têtes humaines suceptibles de n'importe quoi ! A la façon dont se comporte M.Lesage, il commence à devenir possible de se donner la satisfaction de trouver chez lui plus qu'un simple réflexe négatif de conservation; peut être une prise de conscience des véritables sentiments du Québec et le désir que le parti y retrouve un avenir.À la vérité, les divers commentaires qui ont été faits sur les élections ne l'y ont pas beaucoup aidé, tellement tout le monde paraît avoir oublié de signaler le rôle qu'a joué l'autonomie dans cette élection.On a dit et redit que la défaite de l'Union nationale résultait d'un phénomène de vieillissement combiné au poids des scandales du régime.Pour la part de vrai quelle contient, cette interprétation ne résiste guère aux exigences de ce qu\u2019on peut appeler l\u2019analyse scientifique.La preuve en est que les mêmes commentateurs étaient à peu près tous, et restent encore d'avis qu'avec M.Sauvé, les événements auraient pu tourner tout autrement, quoique le parti restât du même âge, ni ne se trouvât allégé du poids du moindre scandale.Le parti n'était donc pas si vieilli, ni si croulant qu'il ne fût susceptible de rajeunissement; et la personnalité de M.Barrette semblait commander le respect de tous.Autrement dit, les données spécifiques de la victoire libérale sont ailleurs.Quels étaient les éléments nouveaux de la situation ?D'abord la personnalité comparée des deux nouveaux 8 L\u2019ACTION NATIONALE chefs, et en particulier leur cotnportement durant la lutte électorale.Ensuite, les difficultés économiques et les attitudes respectives des deux partis sur le sujet.Peut-être dans une certaine mesure les dividendes sociaux promis par M.Lesage, quoique beaucoup moins puisque ce fut là l\u2019élément permanent des luttes provinciales avec M.Lapal-me.Et enfin, la question de Vautonomie.Il sera toujours difficile de trancher sur celui de ces facteurs nouveaux qui a pu davantage influencer le vote.Mais le revirement le plus sensationnel s'est en définitive situé au niveau de l\u2019autonomie, après l\u2019élément disparition de l\u2019homme lui-même qui s\u2019en était paré ; M.Duplessis.Personne n\u2019a jamais nié que le thème de l\u2019autonomie ait toujours constitué le plus gros atout électoral de ce dernier.Dans les élections précédentes, ses adversaires mêmes enrageaient qu'il soit en sa possession (ré : lettre des abbés Dion et O\u2019Neill, entre autres documents pris en dehors de la littérature proprement électorale), alors qu\u2019eux se sentaient incapables de le suivre sur ce terrain.Les libéraux, parce qu\u2019ils étaient figés par la présence du parti libéral au gouvernement à Ottawa; et les autres, parce qu\u2019ils n'étaient pas plus sympathiques que cela à l\u2019idée et préféraient essayer de faire triompher d'autres thèmes.Or, cette fois-ci la situation était bien changée à ce sujet.En voulant paraître plus raisonnable que M.Duplessis et donner satisfaction à une certaine partie de l\u2019opinion québécoise, M.Sauvé avait accepté de négocier avec Ottawa; et même si les négociations n\u2019avaient pas tellement bien tourné, M.Barrette avait fini par accepter les 25 millions de la Conférence canadienne des Universités, tout en restant sur ses positions pour les 16 millions du Conseil des Arts.L'Union nationale avait donc cessé d\u2019être le parti pur de ÉDITORIAL 9 la résistance; lui aussi négociait avec Ottawa, comme le proposaient les libéraux \u2014 c\u2019est du moins ce qu\u2019on a dit, et la situation n\u2019était plus assez tranchée pour que le peuple pût voir dans l\u2019Union nationale le champion exclusif de l\u2019autonomie.Et d\u2019autant moins que, par un revirement soudain et total, le parti libéral a finalement tenu compte de l\u2019avertissement que lui donne l'ACTION NATIONALE depuis au moins dix ans, à savoir qu\u2019il n\u2019avait pas de chance de revenir au pouvoir tant qu\u2019il refuserait de prendre position sur l\u2019autonomie d\u2019une façon claire et précise.Après toutes les hésitations de M.Lapalme au cours des campagnes précédentes, les déclarations purement verbales sur trop de points essentiels du LESAGE S\u2019ENGAGE (cf.VACTION NATIONALE, nov.1959, p- 224), après les silences de la dernière réunion du parti à Québec, après les pas timides de M.Lesage vers des éléments de politique autonomiste (L\u2019ACTION NATIONALE, avril I960, p.647), éclate ce programme libéral I960 du début de juin, le meilleur programme autonomiste et nationaliste dans le sens le plus positif du mot depuis les jours du Bloc Populaire; probablement, le meilleur programme du genre présenté par un des deux partis traditionnels.En effet, je ne pense pas que jamais, depuis la Confédération, un des deux partis traditionnels ait affirmé aussi carrément que le parti libéral de juin I960, le caractère national français du Québec et reconnu ses responsabilités françaises non seulement dans Québec, mais aussi bien en dehors; et cela jusqu\u2019au point de proposer la formation, à l\u2019intérieur même d\u2019un ministère déjà nouveau des Affaires culturelles, d'un département du Canada français d'outrefrontières.Autrement dit, le parti libéral proclame que le gouvernement du Québec n\u2019est pas seulement un gouverne- 10 L\u2019ACTION NATIONALE ment provincial en un sens purement territorial, mais aussi le gouvernement national des Canadiens français dont le foyer se localise dans une des dix provinces canadiennes.Cest sûrement inouï quand on pense à toutes les précautions oratoires que prenaient jusqu'ici nos politiciens traditionnels les plus sincères ou les plus retors, pour se dire Québécois sans plus, et ne voir le fait français qu\u2019à travers le jeu démocratique d\u2019une majorité quelconque, française comme par hasard, dans Québec.Il est vrai que le problème de l\u2019autonomie est ensuite relégué bien loin \u2014 aux articles 39 à 4.5 du programme \u2014 alors qu\u2019il devrait plutôt être la suite logique du précédent.Mais passons, puisqu'en tous cas, il en est bel et bien question, dans toute la force de l\u2019expression.Le parti libéral qui avait jusqu'ici exprimé vaguement son intention de se servir du rapport Tremblay comme base de discussion avec Ottawa, le prend définitivement à son compte et s\u2019engage à en réaliser spécifiquement plusieurs points fondamentaux : création d\u2019un ministère des Affaires fédérales-provinciales, convocation d\u2019une conférence interprovinciale, proposition à cette Conférence de créer un Conseil permanent des provinces, proposition aux conférences fédérales-provinciales de créer un secrétariat fédéral-provincial permanent, proposition d\u2019effectuer le rapatriement de la Constitution et de réformer la Cour Suprême par la création d\u2019un nouveau tribunal constitutionnel.Et en matière de discussions sur les questions fiscales, le parti libéral précise qu\u2019en acceptant de se servir du rapport Tremblay comme base de discussion, il entend que \"les paiements conditionnels faits par Ottawa aux provinces seraient remplacés par un régime de fiscalité qui laisserait aux gouvernements provinciaux le libre exercice de leur juridiction\u201d.À côté de cela, l\u2019Union nationale, déparée de son près- ÉDITORIAL 11 tige de résistance farouche, ne formulait que des généralités.Elle avait sans doute pour elle la possibilité de s\u2019a-puyer sur ses attitudes traditionnelles et de s\u2019en réclamer pour nous demander de lui faire confiance.Et je suis bien prêt à admettre que c\u2019était quelque chose : en règle générale les bonnes habitudes inspirent davantage confiance que les conversions IN EXTREMIS.Par ailleurs, l\u2019élément nouveau du tableau politique \u2014 l'affinité partisane des deux régimes politiques à Ottawa et à Québec \u2014 créait une situation qui aurait exigé plus de précision.Au surplus, M.Barrette commit l\u2019erreur impardonnable, en pleine période de chômage, de prendre à son compte ce qu\u2019il y avait de plus discutable dans les positions autonomistes de M.Duplessis : son entêtement à vouloir rejeter toute la responsabilité en la matière sur Ottawa.M.Lesage, plus dynamique, rétorqua en condamnant cette attitude et en affirmant sa volonté de reconnaître une grande part de responsabilité provinciale sur le chômage, en particulier sous la rapport de l'administration des ressources naturelles et de travaux publics.La faiblesse de la réponse de M.Barrette à cette contre-attaque probablement inattendue parût tout de suite évidente dans l\u2019annonce libérale sans doute la plus habilement conçue de la campagne électorale : \"Barrette vous promet du secours direct; Lesage vous offre du travail\" ou quelque chose d'équivalent.En somme, avec tout cela, le parti libéral et l\u2019Union nationale se retrouvaient passablement dos à dos sur la question de l'autonomie provinciale, surtout au plan populaire, où seules comptent les situations tranchées; et comme il se devait, l'Union nationale en a payé le prix.Étant donné l'attitude franche et nette qu'a prise M.Lesage à la dernière conférence fiscale, en pleine conformité avec les promesses et le programme du parti libéral, c'est 12 L\u2019ACTION NATIONALE bien la fin d un ère qui parait se manifester dans notre ciel politique.Les répercussions de ces divers événements montrent que l autonomie du Québec reste, pour l\u2019opinion publique de notre province, la grande question.Mais elle n\u2019est plus le monopole d\u2019un seul parti.Et les attaches de parti n\u2019auront plus de raison d\u2019intervenir dans le débat que pour des questions de plus ou moins \u2014 qui revêtiront cependant une grande importance encore puisqu' elles pourront signifier toute la différence entre une lutte pour un autonomisme purement verbal et une stratégie de réelle efficacité.Mais au moins \u2014 et c\u2019est un énorme point de gagné : elles ne devraient plus tendre à diviser la nation canadienne-française sur les conditions politiques mêmes de son existence.Dans ces conditions, on peut considérer que l\u2019opinion nationaliste vient de remporter l\u2019une de ses plus grandes, de j-é\\r plus significatives victoires depuis le début du siècle.Et ce n\u2019est pas la victoire libérale qui constitute à proprement parler cette victoire, mais la conversion du parti libéral, son retour à ses anciennes traditions d\u2019autonomie, mais dans des conditions nouvelles qui soulignent plus que jamais qu'aucun gouvernement, qu'aucun parti ne peut aspirer au pouvoir dans notre province s\u2019il n\u2019accepte pas de reconnaître ouvertement et d\u2019une façon militante les droits de la nation canadienne-française.Cela ne peut que nous donner chaud au coeur après tant d\u2019années au cours desquelles de nombreux éléments s\u2019étaient associés ou ralliés au parti libéral démissionnaire de l\u2019époque en nous prédisant que Vautonomie provinciale était une idée de l'ancien monde et le nationalisme, une force en décadence, qui jouerait un rôle décroissant dans la politique canadienne en général, et québécoise en particulier.Le parti libéral a voulu jouer cette carte au cours des ÉDITORIAL 13 derniers vingt ans, avec l\u2019espoir d\u2019être élu quand même.Il a assuré ainsi la fortune de M.Duplessis ! S\u2019il continue dans la voie qui semble indiquée par les récentes propositions à la conférence fiscale fédérale-provinciale, consacrant ainsi sa conversion par des actes gouvernementaux, et par suite l'affermissant, nous serons le premier ici, en dépit des inquiétudes mêmes dont nous avons manifesté la tendance au début de ce texte, à considérer, en pure objectivité d\u2019analyste scientifique, la dernière victoire libérale elle-même comme un des chaînons importants dans l\u2019évolution chez nous des idées politiques vers l'unité totale de tous les partis sur la question fondamentale, sur le problème no 1, selon la terminologie de fean Drapeau, de la politique québécoise.\tLe d!recteur Avec les compliments de LaBanque Provinciale duCanada Votre partenaire Nos universités sont-elles françaises?-* par Jjact^uei f^oiiion \u2014 Pédagogie \u2014 Jusqu\u2019ici je me suis surtout attaché, dans mon étude, aux faits, aux données quantitatives et aux témoignages de quelques éducateurs.La méthode semble avoir donné des résultats : qui songerait à contester l'américanisation profonde de notre enseignement ?Il n'y a pas là de quoi nous réjouir, certes, mais pour que le problème de notre demi-assimilation puisse un jour se résoudre \u2014 dans un sens ou dans l'autre \u2014 Y Action Nationale ne devait-elle pas concourir à le poser ?Elle ne gagnerait rien toutefois à s'attarder trop longtemps aux mêmes procédés de mesure et de recherche.En effet, à quoi servirait un inventaire perpétuel de nos pertes, si nous ne savions en dégager des leçons, et une ligne de conduite, éventuellement ?L'heure n'est-elle pas venue d'élargir la question et d'aborder peu à peu les points de vue de l'harmonie, de la qualité et du dynamisme culturels ?Ainsi, indépendamment de toute solidarité patriotique et de toute notion de valeur, chacun peut constater que certains éléments de culture s'harmonisent mal entre eux.Il n'est pas nécessaire d\u2019être linguiste ou philosophe pour s'apercevoir, entre autres choses, que la langue française et la culture américaine ne se prêtent pas à une heureuse alliance.Très analytique, la première suit malaisément la démarche associative de la seconde.Il se pourrait, par ailleurs, qu'une partie du dynamisme américain tienne à une vue synthétique.Comment ne pas s'engager dans l'action quand d\u2019instinct on la confond avec l\u2019idée et avec le fait, quand NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES FRANÇAISES ?15 tout naturellement on évite les distinctions mentales et verbales essentielles aux francophones ?par exemple, celles d\u2019un projet d\u2019aménagement urbain, de sa mise en oeuvre et du quartier d'habitation qui en résulte, trois étapes qu\u2019Américains et Anglo-Canadiens embrassent globalement sous le terme project.Le choix de ce mot pour illustrer une attitude mentale peut sembler arbitraire : que le lecteur se donne la peine d\u2019étudier la langue anglo-américaine à ce point de vue, et il découvrira d\u2019innombrables manifestations de cette sorte de syncrétisme, qui accuse un désaccord absolu avec les tendances fondamentales de la langue française.Pour nous qui sommes influencés par cette langue, que nous parlons encore, il est d\u2019autres lois menant à l\u2019action : les idées claires, les desseins nets et grands, les points de repère précis, les volitions suffisamment intellectualisées, etc.La politique du muddle through comporte peut-être ses avantages, mais elle ne nous vaut sûrement rien de bon.Tant que nous parlerons français, nous aurons besoin en Amérique d\u2019une formation distincte : nos lois de la pensée, du dynamisme intellectuel, de la plénitude de conscience et de l\u2019action ne sauraient s\u2019emprunter aux voisins.Voilà justement ce que nos éducateurs ont commis la grave erreur de ne pas comprendre : il ont vu dans la pédagogie un instrument que l\u2019on pouvait importer au même titre que tout autre.Si elle nous avait été imposée par les Anglo-Canadiens, un grand cri de révolte eût ébranlé tout le Québec.Mais la nouvelle forme de l\u2019assimilation ne s'étant pas présentée sous un aspect politique, nous avons été pris au dépourvu; notre vigilance spécialisée s\u2019exerce par habitude contre Ottawa ou, à la rigueur, contre les administrations provinciales anglo-canadiennes, dans le cas des minorités. 16 L'ACTION NATIONALE C\u2019est pourquoi la pédagogie américaine a pu s'introduire dans nos institutions, et compromettre notre patrimoine culturel français, sans provoquer le millionième de la résistance que l\u2019on a opposée plus tard au choix d\u2019un nom anglais pour un hôtel.La direction des Chemins de fer nationaux, pourtant peu au fait de nos inconséquences, a senti que nous n\u2019étions pas sérieux et nous a refusé notre \"château Maisonneuve\u201d.Nous luttions comme des désespérés pour une désignation française, et nous acceptions, entre nous, une éclipse presque totale des auteurs français dans nos établissements pédagogiques.Pourtant nous avions déjà compris que l\u2019enseignement est la base fondamentale de notre vie française.Notre peuple avait éprouvé un sursaut de révolte au moment de la promulgation du célèbre règlement XVII par l\u2019État ontarien.Il est vrai, d\u2019autre part, que des concessions ultérieures devaient triompher de nos preux, brouillant leur perception du problème et mimant peu à peu leur volonté.L\u2019affaire dépolitisée, nos frères ontariens étaient voués à l\u2019échec.Mais malgré cette inaptitude foncière à saisir les situations non politiques, il est difficile de comprendre que l\u2019on ait accepté aussi légèrement une démission pédagogique presque totale, que nos éducateurs aient éprouvé un engouement incoercible pour un mode d\u2019éducation qui ne correspondait ni à notre idéal intellectuel, ni à nos croyances religieuses, ni à notre qualité de francophone.Autre sujet d\u2019étonnement, cette volte-face a coïncidé avec les campagnes autonomistes de l\u2019Union nationale.Tant de contradictions semblent exclure l\u2019hypothèse d\u2019un acte d\u2019assimilation délibéré.Alors, par un simple concours de circonstances nous aurions abouti à une aliénation si complète de notre enseignement qu\u2019il nous est maintenant impossible d\u2019assurer à NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES FRANÇAISES ?17 nos enfants, dans les écoles de notre propre province, une instruction primaire de conception française.Du fait de nos éducateurs et du gouvernement provincial \u2014 non pas d\u2019un règlement XVII \u2014 nous sommes contraints à soumettre nos enfants à un enseignement d inspiration nettement étrangère et anglicisante, ou à renoncer aux écoles relevant du seul État français de la Confédération.Si nous en sommes là, c\u2019est que nos éducateurs ont embrassé la pédagogie américaine un peu comme on adhère à une religion.Il a donc fallu qu\u2019elle exerce sur eux une séduction irrésistible, car il ne peut s\u2019agir d un complot machiavélique.Comment le charme a-t-il opéré et à quoi tient sa puissance ?Je ne prétends pas résoudre l\u2019énigme, mais simplement inviter les lecteurs de l'Action Nationale à réfléchir sur cette conversion, sur ses causes et ses conséquences.Tout d\u2019abord, que pouvions-nous attendre d'une pédagogie axée sur l\u2019adaptation sociale et sur l\u2019acquisition des connaissances par des procédés aussi peu intellectuels que possibles ?Pour échapper à une effroyable médiocrité, un peuple minoritaire n\u2019a-t-il pas besoin, plus que tout autre, d\u2019une pensée vigoureuse, originale, inventive et critique, d\u2019une élite forte et nombreuse ?Est-ce que la pédagogie américaine de l\u2019adaptation répondait à ce besoin ?Et abstraction faite du point de vue national, convenait-il que nos enfants soient fondus dans le moule de la pensée américaine, mais empêchés de bien connaître la seule langue qui permette de s\u2019y retrouver avec aisance : l\u2019anglo-américain ?Pour illustrer cette contradiction, prenons l\u2019exemple de l\u2019écolier québécois étudiant l\u2019arithmétique à l\u2019aide de manuels pensés en américain mais écrits avec des mots français; il demeurera, dans le monde des nombres, à moins d\u2019un redressement ultérieur hypothétique 18 L'ACTION NATIONALE et de mauvaise économie intellectuelle, étranger aux auteurs américains par le vocabulaire et aux auteurs français par le style et la tournure d\u2019esprit.Nos éducateurs n\u2019ont pu vouloir placer ainsi toute une génération en porte-à-faux entre la culture américaine et la langue française, et la condamner en quelque sorte à un double exil.Il faut donc chercher ailleurs les mobiles de leur conduite.Ont-ils cru élargir la valeur des rapports entre les hommes, en substituant le principe de l\u2019adaptation à celui de la charité ?Ils n\u2019ont pourtant pas abjuré la foi chrétienne, que je sache.Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019en accordant une importance suprême à la fusion de l'individu dans la collectivité, ils ont un peu faussé le sens de l'amour chrétien.S\u2019il faut identité ou ressemblance pour s\u2019accepter entre prochains, la charité n\u2019est plus que retour sur soi-même, qu\u2019égotisme socialisé; alors l\u2019amour et le respect d\u2019autrui deviennent superfétatoires, voire impossibles.\"A-dapte-toi à ton prochain\u201d et \"Aime ton prochain comme toi-même sont les principes de deux religions essentiellement différentes.On objectera que l\u2019adaptation relève de la psychologie et la charité de l\u2019éthique, mais au fond on sentira bien que la conscience humaine ne se compartimente pas ainsi.Et à supposer que l\u2019adaptation soit le bien suprême, la fin terrestre ultime, à qui incomberait-il d'en enseigner les lois ?Là encore nous touchons une inconséquence du \"système\u201d.L\u2019adaptation à la société canadienne-française est confiée à des enseignants soumis au préalable à un traitement intensif d\u2019aliénation, de \"désadaptation nationale\u201d et de brouillage de la langue maternelle.C\u2019est à ces déracinés que l\u2019École normale enjoint ensuite : Allez dans les écoles enseigner les nouveaux rapports entre les hommes.Et ces pauvres instituteurs, plus ou moins cons- NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES FRANÇAISES ?19 dents qu\u2019un frottis de sdence psychopédagogique ne les a guère préparés à la médecine des âmes, s\u2019engagent dans leur apostolat, blasés au départ et aux prises avec l\u2019adaptation à l\u2019immense abus de confiance auquel ils ont été amenés à prendre part.N\u2019ayant même pas appris à remplir leur fonction principale, qui est d\u2019instruire les enfants, ils seraient censés se substituer aux parents dans le rôle de l\u2019éducation et transformer la salle de classe en une chapelle de communion sociale et en une antichambre psychiatrique.Tristes et déprimés parce qu\u2019ils éprouvent le sentiment de ne pouvoir remplir leur devoir, parce qu\u2019ils ne savent même plus en quoi il consiste; incapables de se mettre dans la peau du \"rebouteux\u201d de la psychologie que des maîtres \"cum libro\u2019\u2019 ont essayé de leur coller sur les os et sur la chair et trop sceptiques, fort heureusement, pour débiter avec conviction le prêchi-prêcha de la nouvelle fraternité, nos enseignants exercent malgré eux une influence débilitante pour l\u2019intellect et pour la volonté.C\u2019est le \"système\u201d qui l\u2019exige.En somme, quels que soient les aspects de la pédagogie actuelle que l\u2019on examine, on n\u2019y trouve rien de ce qui eût pu correspondre aux besoins profonds du peuple canadien-français, à moins que le goût morbide d'une impasse absurde fasse partie de ceux-ci, ce que je refuse de croire pour ma part.Enfin, je suis frappé de ce que nos pédagogues jouent les valeurs pratiques contre la culture humaniste, mais ne se croient pas obligés pour autant de soumettre leurs résultats au critère de l\u2019utilité.De partout surgit la même plainte : les diplômés de nos écoles publiques ne savent ni penser, ni parler, ni écrire convenablement; ils sont en outre incapables d\u2019attention et, d\u2019efforts soutenus; leur rendement au travail est faible, et du côté de la cons- 20 L'ACTION NATIONALE cience professionnelle, ils ne se donnent même plus la peine de cet \"hommage à la vertu\u201d qu\u2019exige la plus élémentaire hypocrisie, selon le moraliste.Imbus d\u2019esprit mythique et religieux, nos pédagogues restent imperturbables devant ce spectacle.Ils ont la foi : dans la mesure où les méthodes donnent des résultats, c\u2019est grâce à eux; dans la mesure où elles échouent, c\u2019est la faute des temps.Ainsi ils sont assurés contre la corrosion du doute et contre l\u2019infernale tentation du rire.Toutefois, peut-on imaginer quelque chose de plus hilarant que leur respect des auteurs.Il faudrait que nos propensions au respect passent de l\u2019intellectuel (il serait plus juste de dire \"du livresque\u201d) au moral et profitent davantage à la \"personne\u201d humaine.Nous serions moins exposés aux prophètes et l\u2019individu aurait plus de chance d\u2019échapper au caporalisme de la nouvelle éducation.Mais voilà des sujets qui nous entraîneraient trop loin.Revenons à notre propos et demandons à nos pédagogues quelques explications.Comment ont-ils pu sacrifier la pensée pédagogique française et gréco-latine et rester attachés à la langue française, devenue par leur faute une espèce de coquille vide pour notre peuple ?Ont-ils cru que les instituteurs pourraient enseigner la langue française avec foi et enthousiasme sans croire à la culture qu\u2019elle est censée exprimer, mais qu\u2019on a écartée des instituts pédagogiques et des écoles normales ?Croient-ils que sans une certaine tension on peut s\u2019attacher à la poursuite d\u2019un idéal élevé et cultiver les qualités de caractère et d\u2019intelligence essentielles aux chefs et aux âmes d\u2019élite, dont notre peuple a un si pressant besoin ? NOS UNIVERSITÉS SONT-ELLES FRANÇAISES ?21 Comptent-ils obtenir que l'enseignant remplisse avec compétence les fonctions d'éducateur, d'apôtre de l\u2019intégration sociale, d'orienteur, de statisticien et de dé-pisteur de névroses, alors qu\u2019il ne peut même s\u2019acquitter convenablement de celle qui lui est propre, ne connaissant que des méthodes mais non la matière, comme dans le cas du français ?En attendant les réponses des pédagogues, je proposerai aux lecteurs de Y Action Nationale un thème de réflexion : le facteur masse.Qui n\u2019a éprouvé le poids du nombre et du volume ?Déjà on parle du milliard de Chinois qui pèseront sur le reste du monde dans un quart de siècle.Et les Français n\u2019ont-ils pas connu leur apogée de gloire à une époque où leur culture pouvait s\u2019appuyer sur le prestige de la force et du nombre ?Or, il m\u2019arrive parfois de me demander si nos éducateurs n\u2019ont pas tout humainement cédé à la masse.Aux États-Unis, pour une foule de raisons, notamment parce que les professeurs améliorent leurs revenus en publiant un volume de tant de pages, les ouvrages de pédagogie s\u2019écrivent à la tonne.En fallait-il davantage pour méduser les Canadiens français, sensibles comme tous les autres hommes au prestige du volume (aux deux sens du terme) ?D'autant plus que notre peuple ne possède pas de langue maternelle complète, qu\u2019il est naturellement enclin à l'imitation par complexe minoritaire et que, partant, son aptitude à écrire est des plus faible et ordinairement orientée vers les genres mineurs : traduction, adaptation et, il faut bien le reconnaître, démarquage.Que vaut l\u2019abondante production pédagogique américaine ?Je n\u2019en sais rien, sauf qu\u2019elle aboutit au plus 22 L'ACTION NATIONALE informe gâchis dans notre province.Qu'elle puisse convenir à tous ceux qui ont opté pour 1 \u2019American way of life et pour la langue qui l'exprime, je veux bien, mais est-ce notre cas ?Et surtout, est-ce le cas de nos éducateurs ?Je ne le crois pas, malgré leur orientation actuelle.Alors ils poursuivraient, comme par malédiction, une fin qu\u2019ils n\u2019auraient pas voulue ?Voilà précisément ce que je leur reproche.Je leur reproche aussi la mise sur pied d\u2019un système qui ressemble de plus en plus au régime fatal des écoles \"séparées\u201d, d\u2019un système qui tend à abâtardir à tout jamais notre langue, qui stérilise la pensée en faussant ses rapports avec les moyens d\u2019expression, qui pourrit les volontés en les privant des exercices nécessaires ainsi que de points d\u2019appui et d\u2019objets suffisants.Il faudra revenir sur ces questions.D\u2019ici là, la parole est aux pédagogues.L\u2019ACTION NATIONALE va de l\u2019avant! TROUVEZ-NOUS DE NOUVEAUX ABONNÉS! L'abonnement est de $5.00 par an.Adressez votre chèque à L'ACTION NATIONALE ou à M.François-Albert Angers 8100, boul.Saint-Laurent Montréal de juillet La Conférence fédérale-, attuegarto ACTIF ASSURANCES EN VIGUEUR PROTÉGEANT $40,000,000 $200,000,000 111,000 assurés Ce sera un titre de gloire pour LA SAUVEGARDE que d\u2019avoir été la première compagnie canadienne-française à s\u2019aventurer sur un terrain qui semblait jusqu\u2019alors réservé à d\u2019autres.Durant longtemps, elle fut la seule, mais ses succès encouragèrent les initiatives et facilitèrent la naissance des compagnies canadiennes-françaises fondées au cours des dernières années et auxquelles nous souhaitons le plus grand succès.P.rr.D.M tapriniir Gr«»t»r/*W\\PrlBtir Enqrsttf Litk«frapki\\^^/Utb«)r(pkif "]
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