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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1961-01, Collections de BAnQ.

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[" ACTION nationale Éditorial Victor Barbeau Jean-Yves Grenon Guillaume Untel Albert Lévesque La Commission royale d'enquête sur les publications La réalité épicière Secrétaire d'ambassade De quoi ont-ils peur ?La révolution nationaliste au pays de Québec CHRONIQUES L'ÉDUCATION par Paul-Émile Gingras Les professeurs : un problème de quantité et de qualité LES LIVRES par Jacques Poisson Il fratello LES ÉVÉNEMENTS par François-Albert Angers Conférence interprovinciale L'assurance-hospitallsation Les tristesses du mois Une leçon par les manufacturiers canadiens La fin des illusions VOLUME L, NUMÉRO 5\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 JANVIER 1961 CINQUANTE SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur Intérimaire : François-Albert Angers Comité de Rédaction : Paul-Emile Glngras Dominique Beaudln et Patrick Allen L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chaloult, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration C.P.221, Station E MONTRÉAL Rédaction 8100, boul.Saint-Laurent MONTRÉAL - DU.7-2541 L'ABONNEMENT: $5.00 par année L'abonnement de soutien: $10.00 Où trouver L'Action Nationale?\t A MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Catherlne Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Catherine A QUÉBEC :\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 1111, rue Saint-Jean À OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Compiables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 210 ouest, boul.Crémaiie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) LA CIE F.-X.DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont,\tQuébec LABONTÉ, LANDES, GROULX et LABONTÉ Notaires 3677, rue Ad am Montréal LA.6-5517 Edouard Lavoie CL.9-9911 président ÉDOUARD LAVOIE Inc.Entrepreneur général Construction et réparation commerciales, industrielles, résidentielles Vente de maisons 6556, rue Des Ormeaux Ville d'Anjou SERVICE DE PNEUS Rechapage et Vulcanisation Accumulateurs \u2014 Alignement de roues Eugène Turcotte 1871, rue DeLorimier André Trudeau Président et gérant\tLA.4-1177\tSec.-Trés. LES AMIS DE LA REVUE BIJOUTERIE DORSAY Ltée Importateur et tailleur de diamants Roger Journault, prés.402 est, rue St-Zotique, \u2022\tMontréal, CR.9-4526\tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien Bur.: RA.2-2678 GABRIEL MILLER Entrepreneur Electricité et plomberie 2290, 1ère avenue, Québec \u2022\tTél.: LA.9-3107\tFondé 1914 Victory Tool & Machine Co.Ltd.JOS.MATHIEU & FILS Atelier mécanique de réparations générales Spécialités : Manufacturiers de convoyeurs à rouleaux, à courroies et à chaînes Monte-charges 236-250, Rose de Lima, Montréal \u2022\tWE.1138 LA.2-2161 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tCR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d'autos, housses, vitres, capotes d'autos.Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau Montréal \u2022\tSuce.6270 Upper Lachine Le chasseur sachant chasser .Chaussures pour toute la famille Clinique du pied MONTRÉAL MARC DELORME 916 est, rue Mt-Royal \u2022\tLA.1-3083\tBOURBONNAIS & PEPIN QUINCAILLERIE EN GROS WHOLESALE HARDWARE 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995 \tWE.2-4955 ROLLAND GIROUX BRÛLEURS À L'HUILE 2031, rue Saint-Antoine \u2022\tMontréal Exigez toujours les produits fabriqués par Fromage Champlain Inc.tels que Fromage Champlain et Pavillon et aussi les fameux \"spreads\" de table tels que Belmont, Coco, Pops Champlain et 4-As.fromage Champlain Inc.J.-D.Thibault, prop.SAINTE-ANNE-DE-LA-PÉRADE Tél.57 ADAMS POTATO CHIPS 150, boul.des Laurentides Pont-Viau \u2022\tMO.4-3548 HENRI L BÉLANGER & CIE Comptables agréés 3826, rue St-Hubert VI.4-3412 PAUL COULOMBE INC.Chauffage à l'huile et au gaz Air chaud \u2014 eau chaude 3338.rue Bélair, Montréal 38 \u2022\tRA.2-8741-8246 Huile \"TERO\" Enrg.Huile à chauffage Charles Vincent Montréal \u2022\t1690.rue Gilford \u2014 LA.6-3379 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin.Outremont \u2022\tRE.8-3434 ÿ J.BRASSARD, BRASSARD, prés.256 est, Ste-Catherine, Mtl.Pépinière \"Côte-de-Liesse\" Inc.Fernand Bélisle 200, Côte-de-Liesse \u2022\tMont-Royal, RE.8-1517 LA CIE LAVAL Lavage de vitres Murs, planchers, stores vénitiens, résidences, bureaux, magasins et manufactures.Bureau : LA.2-7982 Rés.: DU.7-3886 8525, Henri-Julien \u2022\tMontréal UN.1-5770 Me Luc Mercier 168, est rue Notre-Dame \u2022\tMontréal LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE des Trois-Rivières BERNARD BENOIT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, Notre-Dame, \u2022 Pte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159 SANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL.5-2839 G.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 SÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726.St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 LA CIE ACADIA ENRG.ENTRETIEN DE BUREAUX LAVAGE DE VITRES, ETC.2125, rue Masson Street, Montréal LA.2-0751 PHARMACIE MICHON 1361 est, Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022 Roland Mtchon, Pharmacien TESSO ELECTRIC REG'D.(Paul Alonastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI 5-8505 Maison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 IMPRIMERIE \u2014 GRAVURE marcel perrier, prop.Deuil \u2014 Monuments Faire-Part \u2014 Commercial 1419 rue St-Hubert, Montréal, *\tVI.9-2448 ROY.Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.°\tOR.9-0349 DENIS, Arcadius AVOCAT 86.rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke.Qué - Tel.2-4793 LUCIEN BOULET, a.p.a.Auditeur public accrédité 1660 Hélène Boulé, Québec Tél.Bur.: MU.1-4841 \u2022\tRés.: MU.3-4853 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 WE.5-6316\tJ.-M.Valade Président Parisian Laundry Co.Inc.Buanderie et nettoyage de qualité supérieure 3550, rue St-Antoine MONTRÉAL Rolland Le'ebvre Electrique Chauffage électrique\tINC.\u201cElectro-Heat\" 5220, rue Garnier, Montréal \u2022\tLA.2-3986 | AIME GALARNEAU ET COMPAGNIE Comptables Agréés 237 ouest, Bout.Saint-Joseph \u2022\tMontréal \u2014 CR.4-2534* ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est.rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 Mario Un Mnsnil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 LAVIGNE.C.-E.Courtier d'assurances 3750.rue Lacombe \u2022\tRE 91748 THERRIEN.F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768 L'ACTION NATIONALE Vol.L, N uméro 5\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 Janvier 1961 ÉDITORIAL La Commission royale d'enquête sur les publications Le 16 septembre I960, le gouvernement du Canada forme une Commission d\u2019enquête sur les publications dont il confie la présidence à M.Grattan O\u2019Leary d\u2019Ottaiva.Il lui adjoignit deux commissaires, M.fohn George Johnson de Toronto et M.Claude Beaubien de Montréal.Le but de la Commission est de faire la lumière sur la situation des revues et des périodiques au Canada, en elle-même et face à l\u2019invasion, par les périodiques américains, du marché canadien.Cette Commission n\u2019est qu\u2019une conséquence du Rapport Massey sur les Arts et la Culture au Canada et aussi du Rapport Gordon sur la situation économique du Canada.Le Financial Post ( 12 novembre I960, page 7) établit que, en 1959, le total des placements étrangers au Canada atteignait près de vingt et un milliards de dollars.Sur ce total les États-Unis détiendraient près de seize milliards soit 76% du total.Les mises de fonds américaines atteignaient près de $700,000,000, dans la seule année 1957-1958.Cette invasion économique présente, comme la Commission Gordon l\u2019a bien montrée, un bon côté et un mauvais côté, lequel s\u2019il n\u2019est pas contrôlé, peut mettre en danger tout l\u2019avenir du Canada comme pays indépendant (cf.L'ACTION NATIONALE, janvier I960).Mi- 402 ACTION NATIONALE litairement et économiquement, nous sommes déjà plus un satellite qu'un pays indépendant.C\u2019est là le danger inhérent à vivre à côté d\u2019un pays dix fois plus populeux et vingt fois plus riche.Les Anglo-Canadiens ont laissé la situation empirer au point où elle devient troublante.Elle inquiète même les chefs d'Ottawa, parce qu'au-delà Véconomique, elle atteint la culture et la volonté même du peuple de vivre comme groupe distinct.Cette survivance culturelle était bien soulignée par le professeur facob Viner, de l'Université Princeton, dans une allocution à l\u2019Université de Carleton en 1957, à Ottawa.Il disait : \"Le produit américain, qu\u2019il soit une chanson populaire, un roman à bon marché, ou une pièce de théâtre, ou une revue, aura été produit aux États-Unis, d\u2019abord pour le milieu américain et par des artisans américains.Inévitablement, même si ce n\u2019est pas voulu, il s\u2019introduira au Canada des modes américaines, des attitudes morales américaines, des idées politiques américaines.Suivant le postulat que le Canadien est moulé par le cinéma qu'il voit, la musique qui accompagne ses danses, les revues et les bandes comiques qu'il lit, le programme de radio qu\u2019il écoute, la mentalité du Canadien peut subir un lavage de cerveau subliminal.St j\u2019étais Canadien et si je croyais que ceci arrivait, j\u2019en serais préoccupé et j\u2019examinerais le problème : une solution pourrait-elle lui être apportée ?\u201d Le point de vue économique est assez clair.Les revues américaines au Canada jouissent, à cause de leur grand tirage d'un quasi-monopole des annonces américaines.Leurs articles ont déjà été payés à leurs auteurs par la seule édition américaine.Le Canada représente donc un profit net beaucoup plus grand qu'aux États-Unis mêmes.De ÉDITORIAL 403 plus les lecteurs de ces revues voient surtout annoncés les produits américains qui circulent au Canada.Les produits, les goûts, les modes de vie, la politique américaine entrent en torrent au point que beaucoup de Canadiens sont mieux avertis de la politique américaine que de la politique canadienne.Ils connaissent mieux M.John F.Kennedy que M.Diefenbaker.Les industriels, commerçants et producteurs canadiens, peuvent difficilement lutter, avec leurs moyens restreints et leur public limité, contre les produits américains installés à l\u2019intérieur.Notre population ne sait même plus distinguer entre un produit américain et un produit canadien.Elle va au produit qu\u2019elle connaît.Et le produit mieux connu est définitivement le produit le plus annoncé.La disproportion des moyens ne permet pas une lutte égale au producteur canadien.Le consommateur canadien, dans l\u2019avalanche, devient indifférent et un apatride économique.De cette confusion économique on passe à une confusion culturelle.Des chiffres disent assez l\u2019importance de cette colonisation culturelle du Canada par les États-Unis.En 1959, les revues américaines vendirent près de 163,000,000 d\u2019exemplaires et les revues canadiennes seulement 46,000,-000.Sur cinq revues vendues au Canada, quatre sont américaines.En 1959, le tirage total des revues et journaux américains d\u2019affaires atteignait 1,220,000 exemplaires représentant près de 1,500 publications différentes.Que peuvent faire les revues canadiennes ?Comment peuvent-elles riposter aux abonnements à prix réduits que peuvent offrir les revues américaines ?Qu\u2019il y ait une offensive culturelle de la part des États-Unis c\u2019est assez difficile à nier quand l\u2019on sait que le Directeur général des Postes à Washington prenait la défense des exporta- 404 ACTION NATIONALE fions de revues et journaux vers le Canada à un prix inférieur à celui exigé à l'intérieur des États-Unis, par cette déclaration : \"Il faut encourager la croissance du marché mondial pour l\u2019imprimé car celui-ci diffuse à l étranger, la culture, les faits, et les idées américaines\".Environ 75% des imprimés américains qui vont à l\u2019étranger, arrivent au Canada.Ainsi les centrales des postes canadiennes manipulent huit tonnes d'imprimés américains pour chaque tonne d\u2019imprimés canadiens (Financial Post, 19 novembre I960, p.1 ).Les Américains exportent à peu près n\u2019importe quoi.Ils ne peuvent pas exporter seulement le meilleur parce que leurs chefs et leurs tribunaux ne savent plus ce qu\u2019est le meilleur, le propre et le sale.Sous prétexte de la liberté de presse, tout peut s'y imprimer et être exporté.La France, sous le fallacieux prétexte d\u2019apporter sa littérature et sa culture, a toujours laissé exporter n\u2019importe quelle production.Autant elle s\u2019est conquise Vadmiration des élites pour ce qu\u2019elle proposait de vraiment raffiné, autant elle s\u2019est méritée le mépris des nations étrangères pour toutes les saloperies qui sortaient de ses officines.La même chose est à se produire avec les exportations des imprimés américains.Autant leurs productions scientifiques et leurs grandes revues qui analysent la politique internationale, la finance, le commerce, etc., deviennent indispensables, autant leurs productions pornographiques accumulent du mépris.Les communisants, à la mode pha-risienne, en n\u2019appuyant que sur ces productions, n\u2019ont pas de peine à faire croire à la décadence nord-américaine dans tous les pays du monde.Si l\u2019exportation n\u2019est pas contrôlée, l\u2019importation ne peut-elle l\u2019être ?Il y aurait de l\u2019arbitraire ?Evidemment, ÉDITORIAL 405 les autorités canadiennes n'admettraient que ce qu\u2019elles \"reconnaissent\u201d comme javorable ou utile à la population canadienne, tout comme les Universités n\u2019admettent que les candidats venus de collèges \"reconnus\u201d.Il y a un filtrage nécessaire qui reste un protectionnisme culturel indispensable.On n\u2019ouvre pas sa maison à n\u2019importe quelle influence.Quant aux grandes revues, qui valent par leur information ou leurs idées, nous ne pouvons nous en passer.Il y a une connaissance de la marche du monde qui est absolument indispensable et nous ne pouvons fermer nos frontières à ces revues.Il y a le cas particulier de la revue Time qui peut, en quelques années, devenir la revue à plus fort tirage, même au Canada.Les quelques pages que cette revue consacre aux affaires canadiennes ne suffisent réellement pas à en faire une revue canadienne.Mais alors est-ce que la revue MacLean, qui est la plus grande revue canadienne, et qui est éditée à Toronto par des Canadiens, présente une atmosphère vraiment canadienne ?Elle fait de réels efforts mais son public anglo-canadien ne représente qu\u2019environ 12,000,000 de Canadiens, pas tous intéressés à savoir ce qui se passe à Toronto.La situation est difficile et parfois embarrassante.On ne peut arrêter le flot de l\u2019information mais peut-on forcer les annonceurs à favoriser une revue plutôt que l\u2019autre ?Peut-on imposer une taxe sur les annonces étrangères ?peut-on imposer une taxe sur les annonces des succursales américaines au Canada ?On le voit : le problème est très complexe.Nous regardons les Anglo-Canadiens, nous les voyons intéressés à ce problème parce qu\u2019il menace, en même temps et également, leur culture 406 ACTION NATIONALE canadienne et leur portefeuille personnel.Nous sommes spectateurs.Devant leur nationalisme croissant nous nous demandons s'ils oseront donner les coups de barre qui s\u2019imposent.Nous croyons qu\u2019ils soupèsent mentalement le choc en retour de sanctions larvées et ce que leur coûterait un froncement de sourcil à Washington.Peut-être que cette situation difficile leur fera mieux comprendre l\u2019histoire des Canadiens français vis-à-vis eux, avec nos hésitations, nos coups de tête et notre courage à prendre des positions où nous avons consenti des pertes matérielles pour maintenir un principe.Peut-être même vont-ils mieux comprendre notre réaction devant l\u2019envahissement du Canada français par leurs revues traduites en français.Déjà Chatelaine est diffusé à 90,000 exxemplaires et le MacLean français promet un tirage de 75,000 exemplaires, à ses annonceurs, dès sa parution en janvier.Le Journal LE DROIT a parlé de ses efforts auprès des journaux français pour que, fédérés, ils puissent produire un illustré hebdomadaire vraiment adapté au service de la communauté canadienne-française.La réponse des journaux français a varié de l\u2019hésitation indéfinie au refus poli.L\u2019illustré Perspectives, véritable succursale du Week-End torontois, a été la réponse, et nos journaux français, pris séparément, l\u2019adoptent de plus en plus comme partie intégrante de leur édition de fin de semaine.Ou est-ce que les Canadiens français peuvent penser de ces revues et journaux anglo-canadiens traduits à leur usage ?Nous assistons ici à un même phénomène.Comme les Canadiens français ne possèdent que 10% des entreprises canadiennes dans le Québec, leurs revues ne peuvent pas compter autant sur les revenus d\u2019annonces que ÉDITORIAL 407 les revues anglo-canadiennes.Et cela crée des problèmes financiers qui ont leur retentissement en problèmes de présentation, en problèmes de pages et en problème de paiements inférieurs aux auteurs.Bref, l\u2019excellente revue Actualité, entièrement canadienne-française, au tirage d\u2019environ 140,000 exemplaires, pourra-t-elle progresser, chercher la collaboration de nos auteurs devant l\u2019offensive \"traduction\u201d des Anglo-Canadiens ?Il y a un esprit français, il y a des préoccupations françaises, il y a des goûts français qui peuvent être étouffés par simple omission, par simple refus de prendre parti, par simple non-croissance de notre esprit français.Autant que le corps, l\u2019esprit doit être alimenté, sinon il dépérit.À ne lire que des récits traduits ou conçus en dehors de tout contexte canadien-français, l\u2019esprit se dévitalise en ses forces vives.Nous aurons des esprits qui sont au courant d\u2019un tas de faits mais qui ne savent plus réfléchir à la française et qui ne savent plus réagir comme des canadiens français.Au fond, c\u2019est un profond manque de respect de nous-mêmes.Une dévitalisation en profondeur.Quelle doit être notre réaction ?Nous ne sommes pas contre les Anglo-Canadiens qui conçoivent le Québec comme un marché nouveau, capable d\u2019être conquis.Mais ils nous arrivent avec leurs idées.Inévitablement ils rêvent de nous faire à leur image et à leur ressemblance.Ils nous veulent \"conditionnés\u201d à leur culture.Leurs traductions et leur choix d\u2019articles demandés à nos propres auteurs ne pourront pas développer une mentalité vigoureusement canadienne-française.Insensiblement, au lieu de développer notre originalité ethnique, ils développeront /'esprit de masse.Exactement comme les revues américaines dans leur propre milieu. 408 ACTION NATIONALE Nous demandons à toutes nos revues, à tous nos journaux, à toutes nos associations, à toutes nos écoles et à tous nos chefs responsables d'encourager nos revues, nos auteurs, nos annonceurs.Que nos gens et nos maisons d\u2019affaires annoncent dans nos revues.Il y a là une interaction nécessaire dont, à la longue, bénéficiera la nation et chacune de nos entreprises.Ce n\u2019est pas parce que nous voulons ostraciser les Anglo-Canadiens que nous donnons ce mot d\u2019ordre mais c\u2019est parce que nous voulons vivre.U s\u2019agit d\u2019une conception de l\u2019homme.Il s\u2019agit d\u2019une conception de la vie.Tous nos imprimés responsables doivent en assumer non seulement la défense mais aussi la promotion.M.Lesage, premier ministre de la province de Québec, s'est aussi révélé le chef de la nation canadienne-française lorsqu\u2019il a dit le 20 août dernier, en parlant des initiatives françaises des Anglo-Canadiens : \"Ce n\u2019est pas là un produit original de notre culture mais une adaptation qui est presque une traduction.Ces initiatives ne sont pas la marque de notre culture.La culture d\u2019un peuple est un jaillissement, un effort personnel et non pas le sous-produit d\u2019une autre culture ou le fruit de l\u2019effort des autres.\" Ouand donc refuserons-naus d\u2019être des éponges, c\u2019est-à-dire d\u2019être des esprits qui empruntent et s\u2019imprègnent de tout ce qui les entoure, sans jamais assimiler, sans jamais produire de l\u2019être conforme à notre être.Au style \"éponge\u201d substituons un appel à la création, en conformité avec notre être national, fruit de nos efforts.Le secrétaire de la rédaction * * LA REALITE EPICIERE par Victor &d e, On s\u2019est quelquefois étonné du voisinage, du commerce de la littérature avec l'épicerie.U étrangeté n\u2019est que dans les mots.De l\u2019une à l\u2019autre existent d\u2019étroites correspondances.Des temps les plus reculés, en fait depuis Homère, la bonne chère a toujours inspiré les belles-lettres.Il s\u2019est même rencontré, au dix-huitième siècle, un poète, l\u2019abbé Delille, qui a mis en vers presque tout le potager, qui a chanté la fève de Moka (le café), la feuille de Canton (le thé) et l\u2019onctueux cacao qu\u2019embaume la vanille.Un des esprits les plus inventifs et les plus clairvoyants du dix-neuvième, Fournier, n\u2019a-t-il pas, pour sa part, imaginé un système économico-social fondé sur la gourmandise, mère, à l\u2019en croire, de toutes les vertus ?fe ne crée donc pas un précédent en m\u2019associant à l\u2019épicerie pourvoyeuse de tant de délicatesses de la bouche.Les réflexions qu\u2019elle m\u2019inspire après vingt-trois ans d\u2019intimité ne sont cependant pas, et je le regrette, d\u2019ordre poétique ni d\u2019ordre romanesque.Si paradoxal que cela puisse paraître, elles sont tout bourgeoisement d\u2019ordre moral.Il existait jadis, à Montréal, deux sortes d\u2019épiceries.Les unes, les plus nombreuses, les épiceries de paroisse; les autres, quatre ou cinq au plus, les épiceries de luxe, dépositaires des produits importés les plus fins.Les épiceries de paroisse ne recherchaient ni l\u2019abondance ni la diversité.Il arrivait même, sans que ce fût la règle, qu'elles ne fussent pas exemplairement propres.Selon l\u2019hygiène du temps, les clients goûtaient au beurre, 410 ACTION NATIONALE au fromage, à la crème, au sirop d'érable, palpaient les fruits, les légumes et ne trouvaient pas à redire qu\u2019on enveloppât le pain dans de vieux journaux empilés sous le comptoir.Le service était lent, lent comme l\u2019était lui-même le rythme de la vie, mais il se prolongeait de sept heures du matin à onze heures du soir.On s'attardait volontiers.On bavardait, on papotait.L'occasion s\u2019y prêtant, on jouait même aux dames.On passait au crible tous les événements.On faisait et défaisait les élections.Les nouvelles du quartier, naissances, décès, accidents, départs, mariages, querelles d\u2019ivrognes s\u2019y débitaient en vrac comme la farine, les pâtes alimentaires.Les épiceries étaient de véritables maisons du peuple.On s'y sustantait, on s\u2019y renseignait et on s\u2019y récréait.Avait-on besoin d\u2019urgence d\u2019un ouvrier qualifié ou d\u2019un simple manoeuvre, qu\u2019il suffisait de s\u2019en ouvrir à son épicier pour en trouver un tout de suite.Le mot \"service\u201d n\u2019appartenait pas encore au vocabulaire du commerce.Personne ne le prononçait et encore moins s\u2019étalait-il aux devantures des magasins, mais la pratique en était familière à tous.En ce temps qui n\u2019est pas si lointain, les Montréalais menaient une existence plutôt frugale.Même les gens qui avaient du bien ne déliaient pas à la légère les cordons de leur bourse.Le gaspillage ne date, à dire vrai, que de l\u2019avènement des nouveaux-riches et jusqu à la guerre de 1914 l\u2019espèce en était à peu près inconnue.Auparavant il y avait des familles à l\u2019aise, nos vieilles rues bourgeoises en gardent le souvenir, mais d\u2019une aisance relative si l\u2019on songe à toutes les charges mondaines, domesticité, équipage, réceptions, qu'imposait l\u2019honneur ou la vanité du nom. LA RÉALITÉ ÉPICIÊRE 411 Quant au gros du peuple, il n\u2019avait pas, lui, la vie facile, faute d un travail continu et rémunérateur.C\u2019était \u2014 combien s'en souviennent ?\u2014 le temps où l'on disait de la neige qu elle était la manne des pauvres.Des centaines et des centaines de familles en attendaient, en effet, leur pain chaque hiver.Personne, néanmoins, ne mourait de faim pour cela.Grâce sans doute aux oeuvres de charité, dirigées avec plus de cœur que de science et, partant, d autant plus humaines, mais grâce principalement aux petits épiciers.On a beaucoup médit du crédit.Économiquement, c'était peut-être une erreur.Socialement, c était sûrement un bien.Le mal existe toujours.Il a empiré, mais le bien qu\u2019il comportait autrefois n'existe plus.Le petit épicier rendait service, un service personnel à des gens qui lui étaient connus et qu\u2019il savait être dans la gêne, parfois dans la misère.Il courait un risque -_____ le lui a-t-on assez reproché ?mais dût-il, en fin de compte, y aller de sa poche, il était exceptionnel qu\u2019il s\u2019y dérobât.C\u2019est que le commerce, pas plus que la clientèle, n\u2019était, à cette époque, anonyme ainsi qu\u2019il l\u2019est devenu depuis.Il était fait, au contraire, de relations cordiales, sinon intimes.Le consommateur, au comptant ou à crédit, était, si je puis dire, de la maison et non un visiteur de passage.On savait ce qu\u2019il était, ce qu\u2019il faisait et on n\u2019ignorait rien de ses goûts.On avait affaire à un homme et non simplement à un estomac.Or, manger n\u2019a jamais été chez nous une grande source d\u2019embarras.Nos besoins sont plutôt modestes, voire rudimentaires.Ils l\u2019étaient en tout cas en ce temps-là pour le commun du peuple.On ne lui avait pas encore appris à s\u2019empiffrer chez les Chinois, les Grecs, les Italiens, les Juifs, aujourd\u2019hui 412 ACTION NATIONALE pourvoyeurs de nos fringales exotiques.On mangeait, sauf de rares exceptions, chez soi, en famille, des plats faits à la maison et non pas cuisinés d\u2019avance dans des établissements industriels qui auraient, à les en croire, hérité des meilleures recettes de nos grands-mères.Si elle n\u2019était pas toujours un art, la cuisine était une occupation dont la femme s\u2019enorgueillissait comme de l\u2019une des plus belles prérogatives de son sexe.Elle savait préparer ses glaçages, ses confitures, ses gelées, ses marinades.Elle n\u2019était pas une illettrée manuelle, une simple et soumise ménagère.Elle était une artisane.Pour satisfaire ses besoins, exciter sa fantaisie, les épiceries se contentaient du strict nécessaire, de l\u2019essentiel, c\u2019est-à-dire de produits en vrac, de produits primaires auxquels venaient s\u2019ajouter, à l\u2019occasion des fêtes, quelques articles de choix, noix, fruits confits ou fruits nature.Tout faire soi-même, tout tirer de son propre fonds était alors non pas la servitude, comme veulent le faire croire, les profiteurs industriels, mais l\u2019apanage, si modeste qu\u2019il fût, de la femme.Et la première guerre est venue.Elle a inspiré bien des craintes.Les plus fondées ne sont pas celles qu\u2019on redoutait le plus.Abstraction faite des pertes de vie, la guerre de 1914 nous a coûté plus cher du point de vue social que du point de vue financier.De ce jour, Montréal qui, en réalité, n\u2019était qu\u2019une grande bourgade à peu près homogène quant à ses origines ethniques, à ses moeurs, s\u2019est soudainement transformée en une ville industrielle et cosmopolite.Du coup, notre mode de vie s\u2019en est trouvé bouleversé.Parce qu\u2019il était abondant et facile, l\u2019argent a perdu cette sorte de respect craintif dont on l\u2019avait jusque là entouré.On s\u2019en est cru indépendant, LA RÉALITÉ ÉPICIÈRE 413 libéré.On l\u2019a dépensé sans compter, insoucieux de l\u2019avenir comme du présent.Les premières à profiter de ce gaspillage n\u2019ont pas été, il va sans dire, les épiceries.C'est vers cette époque, cependant, que la femme, incapable de concilier ses occupations de ménagère avec ses occupations d\u2019ouvrière, commença à se délester d\u2019une partie de ses tâches domestiques en les faisant exécuter à l\u2019extérieur.C\u2019est à cette époque, pareillement, et pour les mêmes raisons, que se détendirent, avec les conséquences que l\u2019on sait, les liens de famille.En contre-partie de la vie à l\u2019usine s\u2019offrait la vie dite de plaisir.Sans qu\u2019on y prit garde et sans que s'en alarmassent les moralistes du temps, tout un passé s\u2019écroulait entraîné par des forces imprévisibles et dont personne ne songea à endiguer la violence.Il avait suffi d une première vague de prospérité pour nous abandonner à la dérive de nos appétits et de nos instincts.À la seconde, celle de 1939, il n\u2019y eut pas davantage l\u2019ombre d'une résistance.D\u2019ailleurs, laquelle aurions-nous pu offrir au sortir de ce ramollissement des coeurs et des volontés qu'avait été la dépression économique, cette \"grande noirceur\" du vingtième siècle ?C\u2019est dans ce cadre que se situe la réalité épicière.Jusqu\u2019à la guerre de 1914 le petit et le moyen commerce étaient presque exclusivement exercés par les nôtres.Il n\u2019y avait pas alors de boulangeries, de laiteries, de boucheries, d\u2019épiceries géantes.Tout était aux dimensions de notre pouvoir d'achat.Une fois celui-ci accru, soit au lendemain des hostilités, apparurent les premiers magasins à succursales.Comme ils n'étaient ni notre invention ni notre propriété, ils prospérèrent très rapidement.La population en fut aussitôt dupe.Il fallut une enquête 414 ACTION NATIONALE fédérale pour la convaincre, l\u2019espace de quelques mois, qu on la trompait sur la qualité, sur le poids, sur la monnaie sans lui offrir en retour aucune des compensations, crédit, livraison à toute heure, que depuis un temps immémorial lui consentaient les petits marchands.Les témoignages irrécusables de l'enquête Stevens n\u2019empêchèrent pas de se créer le mythe que plus un établissement est vaste et clinquant, plus il a à coeur les intérêts de ses clients.De nos jours, c\u2019est tout juste si les capitalistes qui les exploitent ne prennent pas rang parmi les agents du bien commun, les bienfaiteurs de la société.Quoiqu\u2019il en soit, on mit beaucoup de temps à comprendre les conséquences que cette concentration du commerce devait avoir sur notre condition nationale.Quand on s\u2019en avisa, il était trop tard.Les miroirs, les couleurs pastel, les primes avaient conquis l\u2019opinion publique.Aux magasins à succursales succédèrent les \"super-marchés\u201d bientôt eux-mêmes détrônés par les \"centres d\u2019achat\u201d, châteaux forts de la nouvelle féodalité financière.Anonymes dans leurs structures, ces entreprises sont, par surcroît, impersonnelles dans leur exploitation.La part de l'homme y est réduite à néant.Ce sont des robots qui veillent à leur fonctionnement, des robots qui tiennent la caisse, des robots qui garnissent les étagères et des robots qui découpent les viandes.Pour l\u2019heure, des robots en chair et en os mais qui, grâce à l\u2019électronique, feront place, un jour prochain, à d\u2019authentiques automates.Et cette déshumanisation s\u2019étend jusqu\u2019à la foule qui s\u2019y presse.À l\u2019automatisme de la pensée, si bien entretenu par les journaux, la radio-télévision, correspond l\u2019automatisme de l\u2019alimentation.Si bien qu\u2019une fois l\u2019automatisation du LA RÉALITÉ ÉPICIÈRE 415 travail parachevée, l\u2019automatisation de la sécurité sociale poussée à ses extrêmes limites, l'automatisation des loisirs complétée, il ne restera plus à l'homme qu\u2019une seule liberté.Non pas celle de choisir le médecin qui l\u2019aidera à mourir, car cela lui sera sans doute également refusé par 1 État despote, dont rêvent nos apprentis socialistes, mais la liberté de sombrer dans l\u2019absurde ou le désespoir.Et ainsi Sartre aura eu raison.La progression matérielle, le gigantisme du commerce de 1 alimentation est en fonction inverse du progrès du goût et de l\u2019art culinaire.Phénomène analogue à celui dont nous sommes témoins dans l\u2019enseignement où plus on ajoute aux matières, aux manuels, plus se raccourcissent les intelligences.La multiplicité des produits n'est qu\u2019un piège tendu à la paresse, à l\u2019inertie des consommateurs.Sous prétexte de variété, on les condamne à la plus médiocre banalité.La cuisine, d\u2019ailleurs appelée \"cuisi-nette\u201d, ce qui en dit long sur l\u2019évolution des moeurs, n\u2019est plus qu\u2019un lieu, qu\u2019un placard, qu\u2019un réduit où I\ton réchauffe en vitesse des aliments fabriqués en série pour des êtres en série.C\u2019est la table d\u2019hôte nationale.II\tn y manque ni les chiens ni les chats car eux aussi ont leurs menus standardisés.L\u2019art le plus personnel est en quelque sorte prolétarisé.Or, et c\u2019est le point essentiel, cette uniformisation par le ventre n\u2019est que le prolongement, la suite de l\u2019uniformisation par les cerveaux.Celui qui obéit aux suggestions, aux mots d\u2019ordre de la publicité est celui-là même qui cède aux pressions qu\u2019exercent sur lui, du point de vue des idées, les journaux, les magazines, le cinéma, la radio-télévision.Incapable de se défendre contre la réclame, surtout mise en musique, comment pourra-t-il résister à la propagande 416 ACTION NATIONALE idéologique quand elle se pare faussement du nom d\u2019éducation des adultes ?Ce qui se passe dans les épiceries n\u2019est donc que la transposition au plus bas niveau de ce qui passe à la lecture des imprimés ou devant le spectacle de l\u2019écran.Déjà, la personnalité ne comptait pas pour beaucoup dans notre milieu.À cette heure, le grégarisme s\u2019étend du cerveau à l\u2019estomac.Le cycle est complet.Le tout fait, le tout préparé d'avance conditionne notre façon de vivre.Rien n\u2019est plus mal porté et supporté que de ne pas penser, de ne pas parler comme tout le monde si ce n\u2019est de ne pas manger et de ne pas s\u2019amuser comme tout le monde.Le troupeau nous cache l\u2019individu.Déshumanisée, impersonnelle, automatique, la réalité épicière est, enfin, artificielle.J\u2019entends par là qu'elle n\u2019est pas, pareille à la faim, à la soif, l\u2019expression d\u2019un instinct, d\u2019un besoin réel, incoercible.Elle est l\u2019oeuvre de magiciens, de sorciers dont l\u2019art consiste à convaincre la multitude qu\u2019il manque à son contentement, son bonheur, une poudre à laver, une céréale, que sais-je, dont elle doit combler son plus secret désir sous menace d\u2019être vieux jeu, retardataire.De la sorte se subdivisent à l\u2019infini, sans que l'on puisse jamais, les yeux bandés, différencier l\u2019une de l\u2019autre, les variétés innombrables en lesquelles les femmes mettent toute leur complaisance.Pour se parer, elles obéissent à la mode, et plusieurs y trouvent leur compte.Pour se nourrir, elles obéissent à la réclame.Sur une note ou sur trois notes, elles emboîtent aussitôt le pas et se rendent en pèlerinage offrir leurs économies à leur nouvelle idole.Une société se réfléchit dans toutes ses institutions.Le spectacle des magasins à succursales n\u2019est pas, de ce point de vue, précisément édifiant.Qu\u2019est-ce qui guide LA RÉALITÉ ÊPICIÊRE 417 les caravanes d\u2019oies satisfaites qui s\u2019y acheminent ?L\u2019instinct grégaire, le trompe-l\u2019oeil de l\u2019abondance, l'hypnotisme de la publicité et l\u2019illusoire recherche du bon marché.L\u2019homme se fuit jusque dans la rue.Les foules attirent les foules par leur chaleur animale.Même si l\u2019on a peu à dépenser, on aime à se repaître de la vue de l'opulence.Les magasins fourmillent de gens qui promènent ainsi leurs convoitises d\u2019un comptoir à l\u2019autre sans pouvoir en satisfaire aucune.Qu\u2019importe ! La tentation n\u2019est-elle pas aussi un plaisir ?Pour économiser quelques sous, quelle fatigue, quelle dépense de temps, de forces, de patience, ne consent-on pas ! Sans généraliser à l\u2019extrême, il apparaît donc que le phénomène des grands marchés d\u2019alimentation relève beaucoup plus de l\u2019ordre psychologique de l\u2019ordre économique.J\u2019y vois, pour ma part, la capitulation, le mot n\u2019est pas trop fort, de l\u2019individu devant la masse.Plus on crie à la liberté, plus on accepte de contraintes, de tyrannies.L\u2019homme est à la fois cerné et investi par l\u2019État et les institutions.Loin d\u2019être le moteur, le roi de toute activité, de toute production, comme l\u2019affirment les économistes libéraux, il en est le jouet, l\u2019esclave.De quelle autorité jouit-il ?À qui et à quoi commande-t-il ?Quand le consulte-t-on sur ses goûts, ses préférences, ses besoins ?Les timbres-primes qu\u2019on lui offre en tribut ajoutent à sa dérision.Avec l\u2019argent de qui les paie-t-on ?Le sien et, Jocrisse incorrigible, il s\u2019en flatte et s\u2019en réjouit.En face de l\u2019amoncellement de marchandises de toutes sortes, à peu près toutes semblables sous différentes étiquettes, il se gourme, il bombe la poitrine.Un choix s'impose de toute nécessité.Comment va-t-il le faire ?Selon quelles connaissances, quelles normes ?Que lui 418 ACTION NATIONALE a-t-on appris de la valeur et de la qualité des produits ?De qui tient-il sa science de la chimie alimentaire ?Lui qui, par son droit de vote, décide de la politique d\u2019un pays est 1 être le plus démuni, le plus ignorant quand il a à choisir entre deux soupes en conserve.S\u2019il s'y décide, c est tout simplement qu\u2019on lui a soufflé, au préalable, laquelle prendre.Dans une sorte de somnambulisme mental, il opte pour celle dont on lui a le plus rebattu les oreilles.Le prétendu roi de la création n\u2019est, en vérité, qu un fantoche dont le seul rôle est de consommer donc de détruire.N est-ce pas là le propre de la condition humaine ?Oui, le propre de ceux qui se refusent à la raison, à 1 effort, à la discipline, à la liberté.Le propre des rois fainéants, des rois soliveaux.La consommation est un acte purement animal et personne n\u2019a de mérite à y satisfaire.Se nourrir ne suffit pas à différencier l\u2019homme de la bête, encore que celle-ci ne mange que ce qui lui convient et jamais en quantité telle qu'il lui faille corriger ses excès.Cette même consommation, pourtant, une fois ordonnée en vue d\u2019un idéal commun, et la grandeur de son peuple en est un; une fois soumise à une fin sociale, et la justice en est une; une fois spiritualisée par une commune fraternité, cette consommation prend aussitôt une valeur inappréciable.De ce qui n\u2019était que destruction, elle fait une richesse.De ce qui n\u2019était qu\u2019anarchie, elle fait un ordre rigoureux et équitable.Lorsque les pionniers de Rochdale fondèrent la première coopérative de consommation, à quoi visaient-ils ?Leur premier objet était évidemment de remédier d\u2019abord LA RÉALITÉ ÉPICIÈRE 419 à la misère, à la détresse en se portant au secours de leurs frères.À cela la philanthropie aurait pu suffire.Pourquoi ne s'en sont-ils pas contentés ?Parce qu\u2019ils savaient d\u2019expérience que la charité, si étendue qu\u2019elle soit, n\u2019est jamais mieux qu\u2019un palliatif, qu\u2019un adoucissement.En soi, elle ne résout rien, ne règle rien.Elle allège, elle console, elle pare au plus urgent, voilà tout.Associer des appétits n\u2019aurait donc pas eu de lendemain.Associer des volontés et des coeurs en a eu un : la coopération.Pour la première fois dans l'histoire, des hommes ont ainsi transformé en un acte raisonné, réfléchi, méthodique le geste le plus banal, le plus courant, celui de se nourrir.Ils prenaient en mains leur propre destinée et c\u2019est ce en quoi le coopérateur se distingue du simple consommateur.Par sa fidélité, il défend son autonomie et celle de ses semblables.L\u2019homme pensant, l\u2019homme est donc le joint par lequel la littérature communique avec l\u2019épicerie.Un homme qu\u2019éclaire une flamme d\u2019idéal.Un homme qui se sait et se veut solidaire de son prochain.Un homme qui refuse de n\u2019être qu\u2019un numéro d'ordre.En bref, un homme dont les appétits ne font pas taire en lui les voix du coeur et de la raison.Au delà des apparences de son prosaïque décor, la coopérative représente une part d\u2019humain, la plus grande et la plus belle de toute l\u2019activité économique.Elle seule, pour parler la langue de Péguy, nous permet de travailler dans le temporel afin d\u2019arracher l\u2019avenir aux tyrannies temporelles. Secrétaire d'ambassade par gÿean-tjuei Cprenon Dernière venue dans nos professions libérales au Canada, la diplomatie est cependant vieille comme le monde.Depuis les temps reculés où Salomon lui-même y faisait allusion (chapitre XXV des Proverbes), le mot diplomatie signifie, au sens large, commerce et négociations pour maintenir entre les hommes la concorde et la prospérité.En effet, les nations ne peuvent plus s\u2019isoler et l'interdépendance des États, dont le dominicain espagnol François de Vitoria fut au XVIe siècle l\u2019un des premiers avocats, est aujourd\u2019hui partout reconnue.L\u2019existence d une société juridique internationale, que ce grand précurseur fondait sur le Droit des Gens (jus inter gentes), est même devenue une conception universelle qui brisa les cadres étroits du moyen âge et dépassa les limites des peuples civilisés pour devenir l\u2019idéal moderne d\u2019une organisation de nations embrassant l\u2019humanité toute entière et dont les membres auraient les mêmes droits et les mêmes devoirs.Comme on le sait, c\u2019est au Ministère des Affaires extérieures que revient principalement la responsabilité de représenter notre pays à l\u2019étranger, de formuler la politique étrangère canadienne et d\u2019en coordonner la mise en oeuvre sur le plan national.C\u2019est dans le cadre de l\u2019expansion accélérée des relations internationales et de l\u2019évolution du statut du Canada qu\u2019en 1909 Sir Wilfrid Laurier faisait adopter un arrêté-en-Conseil créant le Ministère des Affaires extérieures comme service distinct du Gouvernement.Le statut international du Canada ayant été reconnu à la Conférence de Paris en 1919, le Ministère devint vite un des symboles de la souveraineté canadienne.En 1939, il n\u2019y avait toutefois qu\u2019une poignée de secrétaires à Ottawa SECRÉTAIRE D'AMBASSADE 421 et à peine 7 missions diplomatiques à 1 étranger.En 1946, le portefeuille des Affaires extérieures, jusque là détenu par le Premier Ministre, était confié à un ministre distinct, le Très Honorable Louis Saint-Laurent.Depuis une quinzaine d'années, le Ministère a connu une expansion extraordinaire et le Canada compte maintenant 55 postes diplomatiques ou consulaires, c'est-à-dire dans la plupart des capitales du monde.Cette formidable expansion, qui d ailleurs se poursuit encore, a entraîné tout naturellement l\u2019augmentation très rapide des effectifs qui sont passés de 107 \"agents du sendee extérieur\u2019\u2019, comme on désigne les diplomates canadiens en 1945, à 333 en I960.Exposons les grandes lignes du fonctionnement de ce Ministère, et tout particulièrement le travail et la vie du jeune secrétaire d'Ambassade tant à Ottawa qu'en poste à l\u2019étranger.I \u2014 À Ottawa Traditionnellement, comme on le sait, la carrière diplomatique était considérée, surtout dans les vieux pays, comme une espèce de \"chasse gardée \u201d, à laquelle n avait accès que les fils des familles de la noblesse et de la haute société non dépourvus de moyens financiers personnels importants.On peut dire qu'au Canada cette tradition n a pas marqué notre jeune service diplomatique.Au contraire, chez nous, on accède au Ministère des Affaires extérieures par voie d\u2019un concours, tenu selon les réglements de la Commission du Service Civil, et qui a la réputation d\u2019être assez difficile.De 15 à 20 candidats sont admis chaque année; ils viennent de tous les coins du pays et de toutes les classes de la société.Le baccalauréat est exigé, avec de préférence une spécialisation post-universitaire en sciences politiques, ou en économique, en droit, en histoire ou autres disciplines connexes.Les femmes sont ad- 422 ACTION NATIONALE mises au concours sur le même pied que les hommes et quelques unes sont en train de se faire une brillante carrière dans ce domaine.Le novice qui arrive au Ministère doit tout d\u2019abord s\u2019initier à son organisation, au sommet de laquelle se place naturellement le Ministre.C\u2019est lui qui est responsable, vis-à-vis du Parlement et du pays, des décisions prises ou des déclarations et des dépenses faites par le Ministère.Vient ensuite le sous-ministre, qui lui est un fonctionnaire choisi personnellement par le Premier Ministre.Il est le conseiller principal du Ministre.Il peut, de sa propre initiative, prendre des décisions dans le cadre d\u2019une politique générale déjà approuvée par le Conseil des Ministres, et il a la responsabilité de coordonner l'action des divers services et divisions du Ministère, et enfin il doit s\u2019assurer que les décisions prises, surtout si elles engagent une responsabilité financière, ont été autorisées par le Parlement.Le sous-ministre s\u2019appuie à son tour sur son adjoint et trois sous-ministres pour l\u2019aider dans son travail de coordination et d\u2019administration et de liaison avec le Gouvernement.Pour leur part, chacun de ces hauts fonctionnaires coordonne les activités de plusieurs divisions du Ministre.Il existe plusieurs division géographiques : l\u2019Amérique latine, le Commonwealth, les États-Unis, l\u2019Europe, l\u2019Extrême-Orient et le Moyen-Orient.Les directeurs des divisions sont des spécialistes ayant un rang élevé.Ils sont assistés d\u2019un certain nombre de conseillers et secrétaires, qui pour la plupart ont passé quelques années dans une ambassade.Le rôle des divisions géographiques consiste à envoyer les instructions aux missions et à utiliser les renseignements qu\u2019elles en reçoivent.Elles sont aussi appelées à donner leur avis sur les aspects politiques des questions SECRÉTAIRE D'AMBASSADE 423 économiques, juridiques, consulaires et autres dont s\u2019occupent les divisions fonctionnelles.Le Ministère compte en effet plusieurs divisions dites fonctionnelles.Parmi ces divisions il y a celle chargée de la liaison avec la Défense et la Division des Nations Unies.La division du protocole maintient la liaison avec les ambassades étrangères à Ottawa et les consulats au Canada.La division d\u2019information est chargée de faire connaître le Canada et la politique étrangère en facilitant le travail d\u2019information de nos ambassades.La division économique, l\u2019une des plus importantes, traite de l\u2019aspect financier, économique et commercial de nos relations avec l\u2019étranger et se tient en rapport constant avec les Ministères du Commerce, des Finances ainsi qu\u2019avec la Banque du Canada.La division juridique joue le rôle de conseiller dans le domaine du droit international au développement duquel le Canada attache une importance particulière; son service des Traités s\u2019assure que nos accords soient rédigés en bonne et due forme, conclus selon la pratique internationale et la procédure constitutionnelle, publiés au \"Recueil des Traités\u201d du Canada et des Nations Unies et déposées au Parlement.Le service des Traités est aussi appelé à donner son avis sur l\u2019interprétation des traités.La Division consulaire défend les droits et protège les intérêts des particuliers et des sociétés canadiennes à l\u2019étranger et, en général, veille à la protection de nos ressortissants.Une autre Division s\u2019occupe de recruter et de former le personnel et de préparer les nominations à l'étranger et à Ottawa.C\u2019est là une tâche parfois difficile et ingrate.De plus il faut mentionner la Division des recherches historiques et celle chargée de coordonner l\u2019administration.Trois divisions se partagent le travail administratif : il s\u2019agit de la Division des Finances, la Division des Biens et fournitures et la Division des Services 424 ACTION NATIONALE administratifs.Il existe aussi bon nombre de services auxiliaires indispensables au fonctionnement du Ministère, tel le chiffre, la traduction, la bibliothèque, le service de presse, et j'en passe.En arrivant au Ministère, le jeune secrétaire, après avoir prêté le serment d'allégeance et d\u2019office, est affecté à l\u2019une des divisions géographiques ou fonctionnelles et il met tout de suite la main à la pâte sous la direction d\u2019un collègue plus expérimenté.Si les travaux qu\u2019on lui confie au début sont généralement de caractère routinier, j\u2019en connais dont la tâche est plus lourde, comme celle, par exemple, de coordonner la préparation et de rédiger la lettre d\u2019instructions qui est généralement remise à un ambassadeur avant qu\u2019il gagne son nouveau poste.Il n\u2019est pas toujours facile pour un étudiant frais émoulu de l\u2019université de travailler avec des dossiers parfois volumineux, et de s'initier à la procédure et au style administratif qui est de rigueur dans les documents officiels.Il faut aussi apprendre à préparer un Mémoire pour le Cabinet et dresser les procès-verbaux des nombreuses commissions inter-ministérielles qui fonctionnent à Ottawa.Le travail exige beaucoup de précision et de rapidité, ce qui prépare bien le futur secrétaire d\u2019ambassade à la rédaction de ses dépêches de l\u2019étranger.Tout en continuant leur initiation par le travail dans les divisions, les nouveaux secrétaires suivent en plus une série de conférences destinées à leur faire connaître le travail des autres divisions et des autres Ministères.Le Ministère des Affaires extérieures joue en effet un rôle important de coordination avec les autres Ministères, ce qui suppose, chez les fonctionnaires, une certaine connaissance de leurs domaines respectifs.En rencontrant les hauts-fonctionnaires des autres Ministères, SECRÉTAIRE D'AMBASSADE 425 l\u2019apprenti-diplomate s\u2019habitue à envisager les problèmes sous leurs aspects généraux et en fonction de l'ensemble de la réalité canadienne.Enfin, comme les autres fonctionnaires les \"agents du service extérieur\u201d sont des serviteurs du public, qui travaillent dans l\u2019anonymat et qui ne sont liés aux intérêts ou à la fortune d\u2019aucun parti politique.Au terme d\u2019un stage d'un an ou deux à Ottawa, le moment émouvant approche où le jeune secrétaire connaîtra sa destination, son premier poste à l\u2019étranger.Le jeune homme qui choisit cette carrière est un peu comme un missionnaire, il doit être prêt à aller dans n\u2019importe quel pays où le Canada a jugé bon d'avoir une mission diplomatique.Certains candidats manifestent des aptitudes spéciales pour tel genre de travail ou pour telle région du monde.C\u2019est pourquoi ils sont invités périodiquement à faire connaître leurs préférences touchant les postes ou le travail et, bien entendu, dans la mesure où les besoins du service le permettent, le Ministère tient compte de ces indications personnelles, qui généralement permettent d'utiliser chaque fonctionnaire dans la tâche ou la région du monde pour laquelle il est probablement le plus doué.Avant de partir le futur secrétaire d\u2019Ambassade doit naturellement passer quelque temps dans la division qui a le plus de relations avec son prochain poste.De plus, s\u2019il possède déjà bien les deux langues officielles du Canada, il profite des derniers mois à Ottawa pour apprendre, aux frais du Ministère, les rudiments de la langue du pays de sa future résidence.Celui qui arrive à maîtriser la langue du pays possédera, dans son jeu, un atout de premier ordre.Il \u2014 À l'étranger Alors qu'à Ottawa, le secrétaire est chargé d\u2019un travail de bureau essentiellement analogue à celui qui se fait dans 426 ACTION NATIONALE les autres Ministères, à l\u2019étranger ses fonctions et sa vie changent presque radicalement.Si on voulait résumer le rôle du diplomate à l\u2019étranger, on pourrait dire qu\u2019essen-tiellement il consiste à représenter, à protéger, à renseigner et à négocier.Ce sera là, en gros, le rôle du jeune secrétaire, à son niveau bien entendu, et sous la direction du conseiller et de l'ambassadeur lui-même.a) Représenter: Si à Ottawa il n\u2019était qu\u2019un simple fonctionnaire, au poste le jeune secrétaire a un caractère représentatif, avec toutes les obligations et les avantages que cela comporte.On peut dire que le jeune attaché d\u2019Ambassade représente le Canada dès la frontière de son nouveau poste et en premier lieu auprès de l\u2019employé de douanes qui examinera son passe-port rouge et le laissera passer sans toucher à ses valises.Et dès cet instant-là, le jeune secrétaire devra toujours se souvenir que pour bien des gens il est le \"Canadien \u201d, parfois le premier Canadien qu\u2019ils ont l\u2019occasion de rencontrer.Bien souvent la plupart des gens dont il fera la connaissance jugeront le Canada et les Canadiens, leur comportement, leurs idées, leurs habitudes, d\u2019après le spécimen que le jeune secrétaire mettra sous leurs yeux.C\u2019est pourquoi, en toutes circonstances, il doit être fidèle aux meilleures traditions de notre pays.S'il agissait autrement ce serait sans profit; son attitude ne serait pas tenue pour sincère, et elle ne lui vaudrait que mépris.Pour représenter son pays à l\u2019étranger, il importe avant tout, de ne pas cesser de le bien connaître, d\u2019en suivre l\u2019évolution économique ainsi que les grandes questions de politique intérieure qui, de nos jours, comme vous le savez, sont étroitement liées à la politique étrangère.Le jeune secrétaire, qui commence sa vie de nomade, vivra souvent loin SECRÉTAIRE D'AMBASSADE 427 de son pays qui pourtant l\u2019accompagne partout et sous toutes les latitudes, il restera solidaire de ses compatriotes, puisque c\u2019est en leur nom qu\u2019il agit et qu\u2019il parle.b) Protéger : En plus de représenter son pays, le diplomate doit à l\u2019étranger protéger les intérêts, grands et petits, de ses compatriotes et de leur personne.Il se doit d\u2019aider non seulement les Canadiens qui sont en résidence dans le pays de son poste mais aussi les compatriotes de passage.Dans certains postes, chaque jour les visiteurs viennent présenter leurs problèmes à l\u2019Ambassade.Si le jeune secrétaire sait bien les recevoir, il peut accomplir une besogne utile aux intéressés ainsi qu\u2019à lui-même, car les Canadiens de passage, notables ou simples touristes, apportent habituellement des nouvelles fraîches du pays et constituent, en quelque sorte, un lien immédiat, et je dirais indispensable, avec le Canada.Pour sa part le jeune attaché pourra dans nombre de cas offrir son concours en les mettant au courant des derniers évènements politiques du lieu, en les éclairant d\u2019un mot sur les opinions et les tendances des personnalités étrangères qu\u2019ils viennent peut-être rencontrer pour des raisons d\u2019affaires.Les Canadiens ont droit à la protection de l\u2019Ambassade dans bon nombre de circonstances.C\u2019est ainsi que le jeune secrétaire, qui habituellement fait aussi fonction de consul ou vice-consul, fera parfois les démarches nécessaires pour que nos ressortissants soient admis à ester en justice ou, selon le cas, à bénéficier d\u2019un visa de séjour, d\u2019un permis de travail; ou autres avantages généralement consentis aux étrangers.Faut-il dire que si un de nos ressortissants a un démêlé avec la police, il arrive souvent que l\u2019Ambassade soit amenée à le tirer d\u2019un mauvais pas.L\u2019Ambassade peut aussi porter se- 428 ACTION NATIONALE cours à un compatriote qui doit être hospitalisé d\u2019urgence, ou pour lequel on doit faciliter le rapatriement grâce à des fonds spéciaux prêtés sur l'autorisation expresse d'Ottawa.La plupart des cas obligent l\u2019Ambassade à prendre une décision rapide.Le travail de protection consiste aussi à assurer l\u2019application du régime juridique régulier aux investissements ou autres intérêts canadiens dans le territoire du ressort de l\u2019Ambassade.Enfin, c\u2019est le consulat qui délivre le \"certificat de coutume\u201d généralement requis pour le mariage des Canadiens à l\u2019étranger.Faut-il ajouter à ce sujet que le jeune secrétaire devient parfois le confident des jeunes Canadiens qui ont des difficultés d\u2019ordre sentimental, pour lesquelles hélas ! la protection consulaire n\u2019est habituellement pas d\u2019un grand secours.c) Renseigner: Le rôle du diplomate ne se limite pas à représenter son pays et à protéger les intérêts de ses compatriotes.Il a aussi pour mission de renseigner son gouvernement sur la situation du pays où il se trouve et sur les tendances de sa politique étrangère.Dès que survient quelqu\u2019évènement important au pays de sa résidence, le diplomate canadien doit se hâter non seulement d\u2019en aviser son gouvernement mais lui fournir une interprétation des faits et des conséquences qui pourront en découler et engager notre pays d\u2019une manière ou d\u2019une autre.S'il est réveillé au milieu de la nuit par un télégramme urgent d\u2019Ottawa, il a le devoir d\u2019y répondre aussitôt pour que sa réponse soit entre les mains du Ministre, si possible, dès le lendemain matin.C\u2019est ainsi qu'en période de crise, dans certains postes qui ne sont pas dotés d'appareils spéciaux, le jeune secrétaire sera parfois appelé à aider le commis au chiffre dans son travail.Il lui arrivera même de passer une partie SECRÉTAIRE D'AMBASSADE 429 de la nuit à déchiffrer un long message sans avoir eu le temps d\u2019enlever le smoking qu'il avait revêtu pour la soirée.Sous la direction de son chef de poste, le secrétaire s\u2019habitue à interpréter les déclarations et documents officiels et à mesurer leurs lacunes; il apprend aussi à discerner dans les tendances de la politique celles qui constituent des éléments constants de celles qui, au contraire, ne sont que passagères et paraissent modifiables.Lorsqu\u2019il a acquis un peu d\u2019expérience, le jeune secrétaire est chargé de préparer des rapports pour son gouvernement, c\u2019est ce qu\u2019on appelle des \"dépêches\u201d en termes de métier.Cela l\u2019amène souvent à constituer et étudier de volumineux dossiers sur des sujets des plus variés dans les domaines politiques, économiques ou sociaux.C\u2019est pourquoi, s\u2019il n\u2019a pas acquis une méthode de travail éprouvée, le secrétaire est vite débordé.Il lui faut aussi apprendre à découvrir et à juger les sources d'information : dans certains pays de dictature les sources d\u2019information sont maigres et souvent suspectes, il faut donc procéder à des recoupements et parfois à un long travail d\u2019analyse.Il va sans dire que le diplomate doit étudier chaque problème d\u2019une façon objective et méthodique.Il doit donc être un observateur libre de préjugés de race ou autres et aborder les questions nouvelles avec un esprit ouvert.Il est indispensable non seulement que le diplomate recueille des renseignements mais aussi qu\u2019il sache les utiliser et en faire la synthèse, car les détails superflus n\u2019intéressent pas Ottawa.Ce qui importe dans une dépêche c\u2019est de pouvoir tirer une conclusion fondée sur les éléments et les tendances essentielles d\u2019une situation donnée.Les notes préparées par le secrétaire sont, bien entendu, complétées et enrichies des renseignements qu\u2019obtient l\u2019Ambassadeur à un plus haut niveau. 430 ACTION NATIONALE Pour être bien renseigné le diplomate doit, dans la mesure du possible, parcourir le pays de sa résidence en tous sens, avec un intérêt sans cesse renouvelé et un esprit respectueux de ses traditions et coutumes même si parfois elles lui paraissent étranges.Un ambassadeur conseille habituellement à son jeune collaborateur de ne pas se confiner à son bureau ou aux salons et lieux à la mode; il l\u2019encourage à saisir les occasions favorables pour voyager en dehors de la capitale, comme par exemple le congrès d'un grand parti politique, une visite navale canadienne, un festival de film, un congrès de la presse, une exposition internationale, etc.Ainsi le jeune diplomate se rendra compte de ses propres yeux des divers aspects du pays.Mais, au cours de ses voyages, le jeune secrétaire se gardera toujours de ne parler qu\u2019avec mesure du gouvernement du pays où il se trouve et de sa politique, car il n\u2019oublie pas que ses propos ne seront pas toujours interprétés ou reproduits avec exactitude.d) Négocier : J\u2019en arrive maintenant à la quatrième fonction du diplomate, c\u2019est-à-dire celle de négocier.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un projet de traité, d\u2019un échange culturel, ou d\u2019un autre sujet qui exige des pourparlers préliminaires, le diplomate recevra des instructions l\u2019autorisant à négocier avec les autorités du pays auprès duquel il est accrédité.C\u2019est généralement à l\u2019Ambassadeur ou au conseiller que reviendra la tâche de conduire les négociations; le jeune secrétaire pourra habituellement profiter de l\u2019occasion pour apprendre la partie qui est peut-être la plus délicate de son futur rôle et celle qui demande des qualités particulières.Certains traités énumèrent jusqu\u2019à vingt-six vertus que doit pratiquer le diplomate et un nombre égal de défauts SECRÉTAIRE D'AMBASSADE 431 qu\u2019il doit éviter.C\u2019est beaucoup, vous en conviendrez ! Ainsi ces ouvrages font des recommandations quant à la femme du diplomate, et quant à sa table, ses vêtements, ses manières, ses domestiques, le style de ses dépêches, etc.De plus on le met en garde contre Bacchus, Vénus et autres divinités dont la vénération n\u2019est pas toujours sans péril .Voulez-vous savoir comment Saint-Simon a dessiné la physionomie d\u2019un ambassadeur de Louis XIV ?Il le fit en ces termes, et je cite : \"C\u2019était un homme qui excellait surtout par un sens droit, juste, exquis, qui pesait tout et faisait tout avec maturité, mais sans lenteur .Un art, une dextérité, un talent singulier à prendre ses avantages en traitant; une finesse, une souplesse sans ruse, qui savait parvenir à ses fins sans irriter; une douceur et une patience qui charmaient dans les affaires, et avec cela une fermeté, et, quand il le fallait, une hauteur à soutenir l\u2019intérêt de l\u2019État et de la Couronne que rien ne pouvait entamer.Avec ces qualités, il se fit aimer de tous les ministres étrangers comme il l\u2019avait été dans les divers pays où il avait négocié; il en était également estimé et il en avait su gagner la confiance.Poli, obligeant et jamais ministre qu\u2019en traitant, il se fit adorer à la cour où il mena une vie égale, unie et toujours éloignée du luxe et de l\u2019épargne et ne connaissant de délassement de son grand travail qu\u2019avec sa famille, ses amis et ses livres.\" Voilà un modèle dont les diplomates modernes peuvent s'inspirer avantageusement.De son côté Talleyrand a écrit que toutes les qualités du diplomate \"pourraient n\u2019être pas suffisantes si la bonne foi ne leur donnait une garantie dont elles ont presque toujours besoin .La diplomatie, ajoute-t-il, n\u2019est point une science de ruse et de publicité.Si la bonne foi est nécessaire quelque part, c\u2019est surtout dans les transactions politiques; car c\u2019est elle qui les rend solides et durables.On 432 ACTION NATIONALE a voulu confondre la réserve et la ruse.La bonne foi n\u2019autorise jamais la ruse, mais elle admet la réserve, et la réserve a cela de particulier, c\u2019est qu\u2019elle ajoute à la confiance.\u201d Sans doute le pricipal moyen de réussir une mission à l\u2019étranger consiste à inspirer confiance.N\u2019est-ce pas Machiavel lui-même qui un jour, donnant des instructions à l\u2019ambassadeur de Florence près de Charles-Quint, observait qu\u2019un ambassadeur devait s\u2019efforcer de ne pas passer pour un homme qui pense une chose et en dit une autre.En effet, un diplomate, à quelque niveau qu\u2019il soit, n\u2019acquiert estime et autorité qu\u2019autant qu\u2019on a foi en sa parole.Par ailleurs, la discrétion et l\u2019habileté dont il doit faire preuve ne sont point incompatibles avec la droiture : s'il n\u2019est pas toujours nécessaire d\u2019étaler ses cartes sur la table, il importe de ne jamais tricher au jeu, c\u2019est le judicieux conseil que l'ambassadeur Léon Noël donnait aux jeunes Français entrant dans la diplomatie.La vie sociale en poste : Le jeune secrétaire et son épouse feront vite l\u2019apprentissage d\u2019une vie sociale active.Cet aspect mondain de la vie diplomatique est bien connu, ou plutôt parfois bien mal connu.En effet, les cocktails, les réceptions, et les dîners d\u2019apparat, que fréquente le diplomate ne sont pas toujours de simples distractions mondaines; au contraire, ces réceptions sont souvent pour lui une occasion indirecte de travail et lui procurent habituellement un moyen d\u2019établir et de maintenir les meilleures relations avec les fonctionnaires, les hommes politiques, les hommes d'affaires, les chefs syndicaux, les artistes, et les représentants de la plupart des milieux de la société de la capitale où il se trouve.Ce ne sont donc pas des occasions à dédaigner.On peut même dire qu\u2019il n\u2019est aucune profession où le travail et SECRÉTAIRE D\u2019AMBASSADE 433 la vie sociale soient aussi complémentaire les uns des autres, à condition, bien entendu, que celle-ci soit menée sans excès.Ainsi une indication recueillie au besoin dans un salon ou à l\u2019occasion d\u2019une excursion de pêche ou de chasse peut être révélatrice pour le diplomate avisé.Souvent des conversations, en apparence futiles, lui en apprendront plus qu\u2019une longue discussion avec un fonctionnaire peu loquace retranché derrière son pupitre.L'aspect social de la vie du jeune secrétaire d'Ambassadeur amène son épouse à jouer un rôle plus important pour la carrière de son mari que celle de tout autre homme de profession libérale.Ill \u2014 Le retour au pays A peine le jeune secrétaire est-il installé convenablement dans un pays qu\u2019il connaît maintenant et qui lui plaît, et qu'il s\u2019y est fait des amis, qu\u2019il faut plier bagages pour aller recommencer ailleurs.Celui qui aurait l\u2019esprit casanier serait vite dérouté et ne pourrait certainement pas consentir aux nombreux sacrifices qui se cachent à l\u2019envers de la médaille de ce très beau métier et dont le grand public ne s\u2019avise pas toujours.Le congé au pays ne constitue pas pour le diplomate une simple période de détente nécessaire.Il doit être en partie employé par lui à \"faire le point\u2019\u2019 sur la situation de son propre pays.Ainsi lorsqu\u2019il repart pour un nouveau poste à l\u2019étranger, il ne court pas le risque d\u2019emporter une image inexacte du pays dont jamais, pour être digne de sa tâche, la pensée ne doit le quitter un instant. De quoi ont-ils peur?autne C\u2019est décidé.L'Institut canadien des affaires publiques discutera, à sa prochaine diète à Sainte-Adèle : Du rôle ou de la place de l\u2019Église dans l\u2019Étal ou la nation.Je dis diète .Et c\u2019est bien, en effet, la diète de la fine fleur de notre Intelligentsia, accourue de tous les horizons, depuis le Père Ambroise jusqu'au correcteur d'épreuves de La Presse et du Petit Journal qui se réunit en ces assises aussi solennelles qu\u2019annuelles.Et à qui revient l\u2019idée opportune et géniale de ce prochain sujet d\u2019étude ?Et qui, selon toute apparence, dirigera ce débat, à la fois complexe, délicat, subtil, qui touche d\u2019assez près à la philosophie sociale, à la théologie, au Droit canonique, au droit public de l\u2019Église ?Le Père Psychologue, pensera peut-être Aymerillot.Pas le moins du monde.M.le Juge O.\"savant juriste\u201d (Le Devoir, dixit) ?Encore moins.Nul autre, à ce qu\u2019il semble, mes bons amis, que le président de l\u2019Institut, M.Marcel Rioux, anthropologiste, sociologue de réputation internationale, dit-on dans sa famille, théologien par surcroît, de Cité Libre, et surtout inventeur désormais célèbre des \"deux mamelles de notre Moyen âge culturel : le cléricalisme et le patronage\u201d.Figure de rhétorique jeune, gracieuse, savoureuse, comme on peut voir et qui n'a que le tort d\u2019évoquer moins le Moyen âge que l\u2019âge du biberon.Car, n\u2019en déplaise au collaborateur de Cité libre, ces métaphores laiteuses ne viennent pas d\u2019ordinaire à l\u2019esprit sans fraîche réminiscence de sa suce enfantine.M.Rioux, comme on sait, emprunte sa métaphore au vieux Sully d\u2019Henri IV.Mais DE QUOI ONT-ILS PEUR ?435 ses ''mamelles\u201d offrent cette originalité pittoresque qu\u2019elles peuvent fleurir.Et qu\u2019on ne m\u2019accuse pas de fantaisie.Relisons ensemble le texte du savant et anacolutheux auteur : \"Tout en ne perdant pas de vue le problème politique, elles (les forces de gauche) devront tôt ou tard se tourner résolument vers un autre chancre de la société québécoise : le cléricalisme.Rien ne sera accompli chez nous tant qu\u2019on laissera fleurir le cléricalisme qui, avec le patronage, forme les deux mamelles de notre Moyen âge culturel.\u201d Donc un chancre qui fleurit, un chancre qui se métamorphose en mamelle : chancre égale mamelle; donc une mamelle qui peut aussi fleurir.Voilà sous quelle présidence va s\u2019ouvrir le grand débat sur le Rôle de l\u2019Église dans l\u2019État.M.Marcel Rioux, il est vrai, s\u2019est trouvé un complice ou un écran : le vice-président, si je ne me trompe, dudit Institut, ce brave garçon qui s\u2019appelle Vianney Décarie, professeur de philosophie à l'Université catholique de Montréal et dont la présence étonne bien un peu en cette quelconque calèche.Car M.Décarie a sucé pieusement, en sa jeunesse, sinon la mamelle du cléricalisme \u2014 cette sacrée mamelle à Rioux, dirait le Frère Un Tel \u2014 du moins la mamelle d\u2019un collège ecclésiastique et il en a gardé des airs de petit servant de messe.Mais, par le temps qui court, les lauriers de Frère Un Tel empêchent bien des gens de dormir.C\u2019est à qui se ferait le Frère Un Tel de quelqu\u2019un d\u2019autre.Sous ces hautes présidences nos intellectuels vont nous déballer leur conscient et subconscient -\u2014 surtout celui-là \u2014 sur un sujet d\u2019importance, le premier, le plus urgent, assurent-ils, de tous les problèmes à résoudre, au Canada français.Ils promettent de se comporter en l'affaire, 436 ACTION NATIONALE ai-je lu dans les journaux, \"avec modération, voire avec délicatesse\u201d.M.Marcel Rioux, j'en conviens, a pris la peine de nous avertir que le cléricalisme est bel et bien un \"chancre\u201d de la société québécoise.Mais il se trouve que ce \"chancre\u201d est une \"mamelle\u201d.Alors comment n'être pas rassuré sur la façon dont l'on traitera ce chancre qui peut devenir au besoin une \"mamelle fleurie\u201d ?En outre, on peut le présumer, bon nombre des rapporteurs appartiendront à Cité libre.En ce cas, quelle sereine modération ne pas encore attendre de cette petite chapelle où pontifient tant de jouvenceaux prolongés qui n\u2019arrivent pas à se guérir de leur puberté intellectuelle ?Hélas, ces jeunes farfelus se morfondent de peur.Un grand frisson secouerait, placerait, à les en croire, la province en ses dimensions longitudinales et latitudi-nales.On ne compterait plus les tristes victimes atteintes de l'épidémie de la tremblette.Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés .Et dire que Jean-Charles Harvey, inventeur de la première Peur aux jours déjà lointains de l\u2019Institut démocratique du sénateur Bouchard, croyait mélancoliquement mourir sans disciples.Consolez-vous, mon cher Jean-Chafles, les historiens de demain consacreront un long chapitre à la \"Grande Peur\u201d des années I960.* * * Mais de quoi donc a-t-on peur ?De l\u2019opinion des bien-pensants ?De la morale chrétienne et de ses impitoyables exigences ?Des foudres de la hiérarchie ?Tout de même soyons de bon compte.Ne voilà-t-il pas un bon quart de siècle que nos petits intellectuels, nos petits DE QUOI ONT-ILS PEUR ?437 artistes s\u2019en donnent à leur aise contre la morale ou en marge de la morale et de la foi ?Ils sucent à qui mieux mieux les mamelles \u2014 encore les sacrées mamelles \u2014 du plus absolu neutralisme religieux.Ils sont de chez nous, d'un pays et d'une nation catholiques.Et cependant romanciers, dramaturges et autres nous fabriquent des oeuvres, nous présentent des personnages ou des héros qui pourraient tout aussi bien sortir des mains de parfaits agnostiques ou athées.Il semble que la crainte suprême de nos auteurs serait d\u2019être pris en flagrant délit de catholicisme.Ce n'est pas dans notre littérature de ces derniers temps qu\u2019on trouverait, par exemple, l'obsession chrétienne, quoique parfois malsaine, d\u2019un Julien Green, encore moins le noble souci d\u2019un Joseph Malègue, même d\u2019un André Billy, s\u2019appliquant à saisir dans l\u2019homme, la mystérieuse et dramatique insertion du surnaturel et y découvrant la plus captivante des études psychologiques.On sait l\u2019excuse de nos petits génies.Ils prétendent à l\u2019universel, comme si l\u2019on atteignait à l\u2019universel par visée préméditée et non par certain élément de perfection et de grandeur que l\u2019écrivain ou l\u2019artiste, souvent à son insu, confère à son oeuvre.Plus forts ces Messieurs qu\u2019un Vinci, qu\u2019un Claudel, qu\u2019un Péguy que pourtant leur foi ne paraît pas avoir gênés.Oisillons, hélas, oui, oisillons qui, au bord du nid, battent leurs moignons d\u2019ailes et qui se prenant pour l\u2019aigle adulte, voudraient foncer droit vers le soleil, alors qu'ils pourraient à peine voler jusqu\u2019à l\u2019arbre prochain.Mais je parie qu\u2019ils nous le disent : leurs attitudes, leur esthétique, pour déconcertantes qu\u2019elles soient, leur ont-elles nui en quelque chose ?On se souvient d\u2019un certain Refus, Refus global, s\u2019il vous plaît, qui, dans le temps, 438 ACTION NATIONALE aurait pu faire scandale.Lui a-t-on opposé autre chose qu un haussement d épaules de pitié ?Romanciers et dramaturges peuvent-ils se plaindre de manquer de lecteurs ou d auditeurs ?Le Conseil des Arts leur refuse-t-il ses bourses ?Le scrupuleux Cercle du livre de France leur a-t-il ménagé ses privilèges, ses préférences ?Allons, si 1 on y tient, dans un autre monde.Certaines de nos institutions d\u2019État, facilement reconnaissables, regorgent, c est secret de polichinelle, de jeunes émancipés, de petits athées ou fanfarons qui se croient tels.Ils sont au service du public; ils raflent régulièrement les beaux cachets; ils ne se gênent guère, beaucoup d\u2019entre eux, pour exhiber le scandale de leur laxisme conjugal.Mais, pour tout cela, les empêche-t-on de gagner leur vie ?Les empêche-t-on de se laisser pousser la barbe, quoique généralement hirsute et sans le plus petit poil socratique ?Le bonhomme Chrysale et Trissotin lui-même se sont-ils amusés plus qu\u2019il ne faut, quand ils ont vu Mme Bois-joli et Clémence Desrochers, ces dignes \"Femmes savantes\u201d, prôner crânement un ministère de l\u2019Instruction publique et l\u2019école laïque, et avec un air à y comprendre quelque chose ?Notre bon peuple, élevé, quoiqu\u2019en pensent nos pharisiens, dans l\u2019air pur des hauts plateaux, au vent du large de sa foi, en vient à tout pardonner aux comédiens et aux jongleurs qui l\u2019amusent.Dame ! Ils vont finir par le déniaiser.Il y a eu, sans doute, l\u2019affaire de la \"Belle de céans\u201d qui a mal tourné.Mais cette fois-là, entre nous, mes petits Frères, vous aviez montré plus que le bout de l\u2019oreille et avouez que les oreilles, vous les avez plutôt longues.Il y a eu aussi le discours récent du Cardinal Léger.Son Éminence a vigoureusement dénoncé certain esprit anticlérical en voie de naître chez nous. DE QUOI ONT-ILS PEUR ?439 Mais cette voix a-t-elle obtenu tant d\u2019écho ?Un gros personnage s'est même permis de dire, et il n\u2019y a pas longtemps : \"Le mal de la province, c\u2019est le silence des évêques.\u2019\u2019 D\u2019ailleurs, si les évêques osaient parler, intervenir, qui ne sait que les carabins seraient là pour les rappeler à l'ordre ?Mais alors de quoi vous plaignez-vous, Messieurs de la Grande Peur ?Est-ce qu\u2019on empêche Cité libre de paraître et de circuler librement, même dans les maisons religieuses ?Le Frère Un Tel, l'émancipateur des Frères et des Soeurs terrorisés par l\u2019Inquisition québécoise, lit Cité libre, s\u2019en inspire, en fait ses délices.Dans un Collège de filles, réputé pour son bon esprit, nos demoiselles, m\u2019assure un père de famille, lisent régulièrement Cité libre, au vu et au su des religieuses, de Soeur Une Telle, sans doute.Dans un \"Paroissien\u2019\u2019 d'une jeune couventine, n\u2019ai-je pas trouvé, en découpure de journal, le portrait de M.Gérard Pelletier, qui n\u2019a pourtant rien de si hagiographique.Cette image de l'\"Enfant triste\" voisinait, il faut le dire, avec celle de Notre-Dame des Sept-Douleurs.Enfin n'a-t-on vu des prêtres, des religieux s\u2019écraser les pieds au lancement des Mémoires du sénateur Bouchard, funèbre fondateur du défunt Institut démocratique et pieux et inaltérable ami du clergé ?Mais alors, il y faut revenir : de quoi donc, messieurs, avez-vous peur ?Vous avez le champ libre.L'opinion catholique dort de son plus ronronnant sommeil.À peine, de temps à autre, nous sert-on une timide mise au point.Nos grands journaux, les guetteurs de la défense catholique et française, eux aussi, se donnent souvent l\u2019air de sommeiller.Loin de rabrouer nos petits Homais, il n\u2019est pas rare qu\u2019ils montent en épingle leurs moindres 440 ACTION NATIONALE \"insolences\" et qu\u2019ils se portent à leur rescousse.Et que font les jeunes phalanges de l'Action catholique, ces jeunes générations qu\u2019on prétendait avoir formées, depuis plus d\u2019un quart de siècle, selon les règles de la plus orthodoxe éducation chrétienne ?Si j\u2019étais dans la peau de l\u2019un ou l\u2019autre de ces aumôniers des mouvements dits \"spécialisés\u201d, je m\u2019interrogerais anxieusement sur les résultats et la qualité de mon labeur.Ces jeunes gens, on les avait si bien \"décanadianisés\u201d, si bien \"dénationalisés\u2019\u2019 pour leur faire pratiquer, disait-on, un catholicisme de la plus pure essence, sans le funeste alliage du nationalisme.Où sont-ils aujourd\u2019hui, parmi eux, les chefs de file, les chevaleresques avant-gardistes ?Où sont-ils ?Quand ils sortent, messieurs les aumôniers, de vos cellules ou de vos serres-chaudes, n\u2019ont-iils rien de mieux à faire que d\u2019organiser, ainsi qu\u2019on l\u2019a vu récemment, des concours de chansonnettes, ou d\u2019aller s\u2019aligner, à l\u2019exemple de quelques-uns de leurs anciens camarades, parmi les tirailleurs anti-cléricaux de Cité libre ?Bref, contre les Frondeurs, point ou si peu de contradiction, point de réaction ou de la plus désespérante faiblesse.Point d\u2019autre arme que le fusil à pois.Mais alors, et encore une fois, de quoi donc ont-ils peur ?En toute justice et charité, je risque mon explication.Tous ces peureux, tous ces trembleurs, souffrent, à mon sens, du même mal, de la même angoisse.Trop fraîchement émancipés, ils ne se sentent pas très assurés, très confortables dans leurs nouvelles positions.Quand ils s\u2019interrogent sur les motifs qui les poussent à leurs propagandes suspectes, ils souhaiteraient moins douter de la pureté de leurs intentions.Comme nous tous, dans leur passé, quelques-uns avec ferveur, ont sucé les mamelles \u2014 tou- DE QUOI ONT-ILS PEUR ?441 jours ces sacrées mamelles à Rioux \u2014 de notre Mère la Sainte Église.Ils savent vaguement, du moins ceux qui parmi eux ont gardé la foi, ils savent, et c\u2019est tout à leur honneur, où mènent d\u2019ordinaire ces sortes de Frondes et qu\u2019on ne gruge pas indéfiniment le clergé, la hiérarchie, sans gruger dangereusement la foi de ses frères.Car le clergé, la hiérarchie sont tout de même l'aide marchante de l\u2019Église.Ils sont, selon un certain Paul de Tarse, les \"dispensateurs des mystères de la Foi\u201d, les dispensateurs autorisés de la doctrine, de la vie sacrée, divine, les gardiens des sources sacramentaires.Et ces pensées troublent nos frondeurs.La marge est mince entre la lutte au clergé et la lutte à la religion.Certes, nul ne prétend que toutes les critiques des censeurs professionnels portent à faux.Mais autre chose est la critique objective, même ferme, même courageuse, de certaines défaillances du clergé, et autre chose la critique hargneuse, le fiel distillé à jets continus, le ton de révolté, la citation bruyante des clercs au tribunal des passions populaires.Un ancêtre intellectuel de M.Rioux, un dénommé Jules Ferry, emboucha un jour la trompette de Gambetta.Il n\u2019alla pas, lui, s\u2019empêtrer dans des \"mamelles même fleuries\u201d.\u2014 Non ! Pas encore ces sacrées mamelles \u2014 mais de sa bouche de vieux maçon encadrée de favoris fauves et symboliques, il jeta, tout droit, comme ça, ce slogan à la France : \"Le cléricalisme, voilà l\u2019ennemi !\u201d Et où finit par aboutir ce cri de guerre ?L\u2019ancêtre Ferry, pas plus que sa descendance, ne voulait \u2014 du moins, il le prétendait \u2014 de la lutte antireligieuse.Avec emphase il s'écriera un jour : \"Oui, nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais !\u201d Mais si les théologiens de Cité libre ne savent 442 ACTION NATIONALE pas combien était vaine et captieuse la prétention de l\u2019ancêtre Ferry, qu'ils interrogent le plus petit collégien de versification, et ils apprendront que la lutte au cléricalisme de MM.Gambetta et Ferry conduisit à l\u2019école neutre en France, puis à l\u2019école déchristianisante, puis à l\u2019expulsion du clergé de l\u2019enseignement public, puis à la stupide et féroce période du combisme dans les années 1900.Fatal, nécessaire aboutissement.C\u2019est Jacques Maritain qui l\u2019a dit : \"Toute culture qui tend à se séparer des suprêmes mesures surnaturelles, doit nécessairement prendre parti contre elle.\u201d Donc, en toute bienveillance il me plaît de penser que ces perspectives historiques ne laissent pas de troubler, de temps à autre, nos petits Frondeurs.S\u2019ils font les bravaches, c\u2019est qu'ils tremblent.Ils se défendent mal du frémissement du dynamitard à l'instant où il allume sa mèche.Eh bien, messieurs, de quoi avez-vous peur ?Un mouvement de franchise et d\u2019humilité et dites-le donc.Vous avez peur de votre Conscience ! L'oeil était dans la tombe .Guillaume Untel La révolution nationaliste au pays du Québec par _ÀIU J, ei/eâÿue Dans le texte qui suit, M.Albert Lévesque aborde, en ce qu\u2019il a de plus fondamental, le problème de la langue française au Canada.Il y reprend la solution institutionnelle qu\u2019il proposait dans son récent ouvrage sur \"La Dualité culturelle au Canada\u201d, que nous commenterons dans nos pages et au sujet de laquelle nous formulerons alors nos opinions.En attendant, nous croyons être dans l\u2019intérêt d'une juste liberté d\u2019expression des idées de soumettre à la réflexion de nos lecteurs ces propositions sans aucun doute radicales et hardies.La rédaction S\u2019il faut en croire l\u2019objet commun qui inspire toutes les réclamations de \"changement de vie\u2019\u2019 (selon l\u2019expression même de M.Lesage) qui se multiplient depuis environ six mois, au pays du Québec, le nationalisme canadien-français, parvenu enfin à maturité, prépare sa révolution.Mais, il y a danger que, dans son bel effort, il ne sache pas suffisamment distinguer l\u2019essentiel de l\u2019accessoire.À titre de nationaliste depuis les bancs de l\u2019école, puis-je y mettre mon grain de sel ?* * * Tout d\u2019abord, il faut rappeler que le nationalisme canadien-français n\u2019est pas autre chose que le souci souverain et systématique de la conservation de la langue française, au Canada, comme instrument supérieur de culture intellectuelle, dans une Amérique du Nord peu- 444 ACTION NATIONALE plée, dans une proportion de 97%, d\u2019anglophones.Être nationaliste canadien-français, cela signifie tenir son langage maternel ou ancestral comme le meilleur outil de formation et de perfectionnement mental sur le territoire nord-américain.Or, quand on comprend ainsi le nationalisme canadien-français, il est facile de constater que les nombreuses réclamations de changement de vie qui se multiplient actuellement ont toutes pour objet commun l\u2019exaltation de la valeur de la langue française, l'exaltation de la valeur de la culture française qui est le fruit du langage français parlé et écrit.Le cri d'alarme lancé par une catégorie de nos pédagogues devant la dégénérescence de la langue française et l'état d\u2019urgence proclamé par notre ministre de la jeunesse sont inspirés par le plus pur nationalisme canadien-français.L'insistance déployée à réclamer une revision complète de la structure de notre système d\u2019enseignement, depuis le degré primaire et jusqu\u2019au degré universitaire, est encore une manifestation de nationalisme canadien-français parvenu à maturité.L\u2019idée de créer un \"Office de la linguistique\u201d sous contrôle politique, de créer un \"Ministère des Affaires culturelles\u201d qui vise à étendre sa juridiction jusqu\u2019au-delà des frontières québécoises, et même la réclamation d\u2019un \"Ministère de l\u2019Instruction publique\u201d en vue d\u2019assurer une meilleure coordination de nos institutions scolaires, tout cela s\u2019inspire du plus pur nationalisme canadien-français.L\u2019opposition soudaine manifestée contre le projet des Jésuites de fonder une quatrième université, sous contrôle ecclésiastique, dans notre province, en déplorant qu\u2019il n\u2019en existe aucune dont le contrôle soit exercé par le laïcat, cela est encore une manifestation nationaliste, sous apparence d\u2019anti-cléricalisme.Enfin, le souci général LA RÉVOLUTION NATIONALISTE 445 de rendre la culture intellectuelle accessible à la masse du peuple canadien-français, par la gratuité scolaire ou autrement, cela est encore une manifestation nationaliste, car on imagine facilement que ceux qui réclament ce changement, comme un progrès, ont en vue une plus grande diffusion de la culture française au pays du Québec.Mais, dans cette révolution naissante, il y a danger que l\u2019on ne distingue pas suffisamment l\u2019essentiel de l\u2019accessoire.Où donc est l\u2019essentiel ?Le voici : Comment enrayer l'indifférence croissante que la masse canadienne-française manifeste envers sa langue ancestrale ?Comment arrêter la désaffection croissante dont la masse canadienne-française fait preuve évidente envers son héritage linguistique ?Avant de répondre à cette question, il est bon de rappeler aux nationalistes d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui que le ''changement de vie\u201d, au pays du Québec, ne date pas de juin I960, mais qu\u2019il a commencé il y a déjà un demi-siècle, vers 1910, avec un événement aussi matérialiste que la circulation de l\u2019automobile sur les routes les plus carrossables de la province.L\u2019industrie touristique a été la première étape de pénétration de l\u2019anglophonie jusque dans les coins les plus reculés, parce que souvent les plus pittoresques, du Québec.Jusque-là, notre population catholique et française croissait en serre chaude, sous la protection de son élite ecclésiastique.La langue était la gardienne de la foi, et l\u2019exploitation agricole, préoccupation dominante des chefs de famille, contribuait singulièrement à protéger la population contre les contacts linguistiques et religieux avec \"l\u2019étranger\u201d : l\u2019anglophone, le protestant.Mais, l\u2019industrie touristique, née avec l\u2019automobile, est venue changer cela.Le touriste 446 ACTION NATIONALE anglophone et protestant, c\u2019est devenu pour nos gens une source de revenus.De plus en plus, nos gens, au sein même des classes rurales, ont connu l\u2019utilité de baragouiner la langue de \"l\u2019étranger\u201d parce que cela devenait payant, et \"l'étranger\u201d devenait ainsi un ami, cessait d\u2019être l'épouvantail que 150 ans d\u2019histoire avait entretenu.Ce fut la fin de l\u2019âge d\u2019or du nationalisme en serre chaude, sous la tutelle ecclésiastique.Puis est survenu le développement industriel et commercial du pays, avec l\u2019intrusion des entreprises anglophones jusqu\u2019au coeur même du Québec, avec ses alléchantes promesses du mieux-être matériel.Ce fut la \"désertion des campagnes\u201d.Les familles rurales ont déménagé à Montréal, pour y travailler au service des anglophones qui détenaient le capital.La connaissance de l\u2019anglais n\u2019était pas seulement une utilité quotidienne, mais une nécessité.La langue française devenait de plus en plus la langue familiale, comme un objet de luxe ou un héritage ancestral dont on n\u2019ose pas encore se départir, par sentimentalité.La connaissance de l\u2019anglais, jusque-là l\u2019objet des préoccupations des seules classes professionnelles, est devenue l\u2019objet des préoccupations des trois-quarts de la population canadienne-française.L\u2019acquisition de l'anglais pour les classes professionnelles, les plus instruites nécessairement, représentait un gage de supériorité; mais, pour la classe ouvrière, l\u2019acquisition de deux langues, l\u2019une pour l\u2019usage familial, la langue française, et l\u2019autre pour l\u2019usage du gain quotidien, la langue anglaise, est apparue comme une corvée.De là à se questionner intérieurement : \"Pourquoi ne pas tous parler la langue de la majorité anglophone\u201d ?il n'y avait qu\u2019un pas à franchir.Et c\u2019est ainsi que la désaffection envers la langue maternelle est née dans l\u2019âme de la population LA RÉVOLUTION NATIONALISTE 447 canadienne-française au pays du Québec.Notre peuple, assujetti à l'épreuve de l\u2019hégémonie économique exercée par le maître anglophone, ne comprend plus bien le pourquoi de la fidélité française.La fidélité française est devenue, à ses yeux, un fardeau trop lourd à traîner.Voilà la transformation fondamentale qui s\u2019est opérée, en moins d\u2019un demi-siècle, au pays du Québec.Et voilà la réalité profonde dont les nationalistes d\u2019aujourd\u2019hui doivent tenir compte dans la révolution en marche.* * * À cette transformation du milieu québécois, j\u2019ai assisté en témoin puisque je suis né avec le vingtième siècle.J\u2019ai vu grandir la désaffection de mes compatriotes envers l\u2019héritage linguistique français.Et, pour un temps, je me suis senti désemparé.Avec la masse canadienne-française, je me suis posé la question : \"Pourquoi demeurer fidèle à cet héritage ?\u201d Et je me suis mis à l\u2019étude de la valeur du langage, non plus comme simple moyen de communication entre les hommes, non plus seulement comme moyen d\u2019expression de la pensée, d\u2019une pensée toute faite, mais à l\u2019étude du langage en rapport avec la pensée même.Le langage joue-t-il un rôle dans la formation de la pensée humaine ?Et quel rôle ?Pendant plusieurs années, j\u2019ai vainement cherché une réponse satisfaisante à ma question angoissante.Puis, un beau et bon jour, j\u2019ai trouvé.Il y a de cela environ cinq ans seulement.Et j\u2019ai appris, surtout grâce aux travaux d\u2019un éminent neurophysiologiste, le Dr Paul Chauchard, que \"chez l\u2019homme, le langage est à la fois comme langage extérieur, ce qui nous permet de communiquer, et comme langage intérieur, ce qui assure notre pensée, notre conscience réfléchie\".J\u2019ai appris que l\u2019animal vertical que 448 ACTION NATIONALE nous sommes ne naît pas \"homme\u201d, mais qu\u2019il le devient, et le devient par le langage.J\u2019ai appris que \"la pensée fait le langage en se faisant par le langage\u201d.J\u2019ai appris qu\u2019à l\u2019origine de l\u2019humanité comme à celle de l\u2019individu, l'humain est pure virtualité et réside surtout dans la possibilité d'acquérir le langage, lente invention collective au cours des siècles dans le premier cas, apprentissage du langage du groupe, vecteur des influence culturelles dans l\u2019autre\u201d.J\u2019ai appris \"qu\u2019il est un âge où le cerveau est mûr pour le langage et où l\u2019enfant apprend à parler; c\u2019est à ce moment qu\u2019il s\u2019humanise vraiment, comme le montre l\u2019étude comparée des singes et de l\u2019enfant\u201d.J\u2019ai appris, enfin, \"qu\u2019il n\u2019y a pas de pensée sans langage, ou tout au moins, de pensée vraiment humaine\u201d, c\u2019est-à-dire d\u2019intelligence conceptuelle, la seule qui distingue l\u2019intelligence humaine de l\u2019intelligence propre aux animaux supérieurs.Ainsi donc, à la lumière de la science moderne de l\u2019esprit humain, le langage n\u2019est pas seulement l\u2019expression de la pensée, d\u2019une pensée toute faite, d\u2019une pensée faculté de l\u2019âme humaine, mais il est l\u2019instrument même de la pensée, celui qui éveille l\u2019esprit de l\u2019animal vertical à la puissance de la réflexion et de l\u2019abstraction, celui qui le rend \"homme\u201d.Or, si cela est vrai (et il suffit de lire les ouvrages du Dr Chauchard pour s\u2019en convaincre, notamment son récent volume sur \"Le Cerveau et la Conscience\u201d), je me suis posé la question suivante : Si le langage est l\u2019instrument par excellence de l\u2019éveil de l\u2019esprit humain, de la formation de l\u2019esprit humain, du développement de l\u2019esprit humain, les inégalités intellectuelles évidentes au sein des diverses communautés linguistiques qui divisent l\u2019humanité, et aussi bien celles qui se rencontrent au sein même d\u2019un groupe linguistique, LA RÉVOLUTION NATIONALISTE .449 ne peuvent-elles pas s\u2019attribuer aux inégalités des langages envisagés comme instrument de formation mentale ?Et, appliquant le principe général au cas particulier du peuple canadien-français, j\u2019en suis arrivé à la conclusion que la langue française, si difficile à acquérir, mais si féconde dans ses réalisations, doit compter parmi les instruments supérieurs de la formation mentale, de l\u2019ho-minisation.Fort de cette conclusion, je me suis mis à l\u2019oeuvre pour écrire un plaidoyer en faveur de la survivance de la langue française au Canada sous le titre \"La Dualité culturelle au Canada (Hier, Aujourd\u2019hui, Demain), où je termine par un chapitre justificatif intitulé \"L\u2019importance souveraine de la réalité culturelle\u201d ou linguistique.Il y avait pas loin de vingt ans que j\u2019avais cessé de proclamer mes convictions nationalistes, pour l\u2019excellente raison que la foi me manquait pour le faire : la foi dans les vertus de la langue française comme instrument de supériorité mentale.Or, cette foi dans les vertus de la langue française comme instrument de supériorité mentale, c\u2019est celle-là même qu\u2019il faut infuser au plus profond de l\u2019âme cana-dienne-française d\u2019aujourd'hui, si nous, nationalistes canadiens-français, ne voulons pas assister à la disparition de cette langue sur le territoire nord-américain d\u2019ici la fin du vingtième siècle.Voilà l\u2019essentiel.Le temps où l\u2019on pouvait inviter le peuple canadien-français à demeurer fidèle à son héritage linguistique comme gardien de la foi catholique est passé.Le temps où l\u2019on pouvait inviter le peuple canadien-français à demeurer fidèle à son héritage linguistique par sentimentalité, par respect envers les ancêtres abandonnés par leur mère-patrie, est également passé.Si la langue française n\u2019a pas d'autre valeur que celle d'une relique familiale, vaut mieux nous résigner 450 ACTION NATIONALE à ramasser nos dictionnaires français et nos grammaires, à les entasser sous un immense tombeau tout en or devant lequel nous irons nous prosterner, chaque année, le 24 juin, pour proclamer \"Je me souviens\u201d, tandis que nous apprendrons la langue anglaise à nos enfants tout le reste du temps.Si, au contraire, la langue est vraiment 1 instrument indispensable de l'éveil et du développement de l'esprit humain; si chaque langue de notre planète comporte, comme instrument de formation mentale, des différences qui sont, à l\u2019esprit humain, ce que sont les atavismes pour les différences entre les races; et si, parmi les langues qui divisent l'humanité d'aujourd'hui, la langue française compte vraiment parmi les meilleurs instruments de formation mentale, parmi les plus aptes à procurer une plus grande puissance de conception et d'hiérarchisation des réalités de la vie et une meilleure capacité d'en tirer parti au cours de la vie présente, alors il devient urgent d'inviter le peuple canadien-français à vouer un culte à la langue de ses pères comme au plus grand trésor qu\u2019ils ont pu lui léguer sur le plan temporel.* * * Or, pour exalter la valeur de la langue française au pays du Québec, au point de décider la masse canadienne-française à lui vouer un culte souverain, sur le plan temporel, au point de la convaincre de consentir l\u2019effort d'apprendre parfaitement sa langue maternelle, d\u2019abord, et la langue anglaise par surcroît, il ne suffit pas de lui faire comprendre que la langue française constitue un instrument supérieur de formation mentale (ce qui restera plutôt la conviction de l'élite intellectuelle), mais il faut que les institutions mêmes de formation intellectuelle du Québec soient, par leur structure, une manifestation évidente de la primauté de la langue française LA RÉVOLUTION NATIONALISTE 451 dans l'ordre intellectuel.Si le caractère de nos institutions de culture de l\u2019esprit humain, dans notre province, n\u2019étale pas au grand jour la primauté de la langue comme technique de formation mentale, la masse du peuple n\u2019en pourra jamais mesurer toute l\u2019importance souveraine.C\u2019est donc par cette révolution que le nationalisme cana-dien-français doit, d\u2019abord, s\u2019affirmer, sous peine de voir le \"joualisme\u201d étendre de plus en plus son règne jusqu\u2019à produire la dégénérescence complète de la langue française en terre nord-américaine.Dans mon ouvrage sur \"La Dualité culturelle au Canada\u201d, où j\u2019envisage le sort de la culture française sous l\u2019angle des dangers extérieurs qui la menacent dans l\u2019ensemble du Canada, j\u2019ai proposé une formule en vue de réhabiliter l\u2019importance souveraine de la langue comme instrument de formation mentale.Elle consiste à modifier la constitution du pays pour soustraire la formation intellectuelle de la jeunesse canadienne à la juridiction de la Politique ou de l\u2019État, c\u2019est-à-dire à la volonté des majorités parlementaires, pour la confier à un Conseil d\u2019instruction publique divisé en deux Comités, l'un de langue anglaise et l\u2019autre de langue française, et composé des représentants autorisés des Chefs de famille, les seuls responsables, par droits et devoirs naturels, d\u2019un langage comme instrument de formation de l\u2019esprit humain.En effet, le droit, et le devoir corrélatif, de former l\u2019esprit des enfants par l\u2019instrument linguistique n\u2019appartiennent qu\u2019aux parents : c\u2019est l\u2019évidence même.Personne d\u2019autre que les parents ne possède, en notre civilisation occidentale, les moyens physiques et intellectuels d\u2019apprendre un langage à leur progéniture.Ni l\u2019État, ni l'Église ne disposent des moyens de remplir cette mission d\u2019hominisation qui commence dans la famille et se prolonge à 452 ACTION NATIONALE l\u2019école.La formation intellectuelle de la jeunesse est l\u2019affaire exclusive des Chefs de famille; elle est, par excellence, autant que celle de mettre des enfants au monde, l'affaire des Chefs de famille.Ce droit, en principe, est généralement admis.Mais, en pratique les Chefs de famille, en notre bon pays, sont dépouillés des moyens matériels d\u2019exercer leur droit souverain.C\u2019est là où est le désordre.Et pour le corriger, je propose que le Conseil canadien d\u2019instruction publique, ainsi érigé en institution juridique par la constitution du pays, et ainsi divisé en deux Comités linguistiques, soit autorisé à lever un impôt scolaire en dehors de l\u2019autorité de l\u2019Etat, qu\u2019il s'agisse de l'Etat central ou qu\u2019il s\u2019agisse des États provinciaux, c\u2019est-à-dire en dehors de la Politique, des majorités parlementaires.Ce système aurait pour effet, non seulement de réhabiliter la langue dans son rôle primordial comme instrument de formation mentale, non seulement de partager le pays selon les réalités linguistiques qui le divisent : la réalité anglophone et la réalité francophone, mais aurait pour effet de mettre un terme au \"provincialisme culturel\u201d qui existe actuellement, et ainsi mettre un terme aux inégalités de moyens matériels qui prévalent actuellement, au Canada, en matière d\u2019avantages de formation intellectuelle, d\u2019une province à l'autre : les provinces \"pauvres\u201d ne pouvant subvenir aux exigences de l\u2019instruction publique, tandis que les \"provinces riches\u201d sont seules favorisées à cet égard.Au surplus, étant donné le principe de répartition des fonds scolaires communs que je propose, la parité des moyens et la parité des droits seraient établies au Canada sur le plan de la formation intellectuelle pour l\u2019un et l'autre des deux instruments que représentent et la langue anglaise et la langue française.Il suffirait, pour établir cette parité entre les langues, que les fonds scolaires LA RÉVOLUTION NATIONALISTE 453 communs soient attribués à chaque Comité de l'Instruction publique sur une base commune per capita de la clientèle scolaire sous la juridiction de l\u2019un et de l\u2019autre Comité.En proposant cette solution dans mon ouvrage sur \"La Dualité culturelle au Canada\u2019\u2019, je n\u2019avais certes pas l'impression qu\u2019elle serait d\u2019emblée admise et mise en pratique du jour au lendemain.Car, pour réaliser ma proposition sur tout le territoire canadien, il faut compter, non seulement avec l\u2019adhésion du peuple canadien-français, mais avec celle de la majorité anglo-canadienne.Cela signifie remuer l'opinion d\u2019une masse de 16,000,000 d\u2019esprits (ou à peu près) répandus sur l\u2019immense territoire que représente notre pays.Mais, la révolution que je propose pour l'ensemble du pays n\u2019est pas valable que pour le Canada tout entier.Elle l\u2019est tout autant pour la province de Québec qui, au point de vue culturel, est un petit Canada en elle-même.Le problème de la dualité culturelle se pose dans l\u2019État québécois, comme il se pose dans tout le Canada, sauf qu\u2019ici la majorité est francophone et que la minorité est anglophone.A ce titre, la solution de parité linguistique que je formule pour tout le pays s\u2019impose autant dans le Québec, par le seul fait que le Québec est peuplé de deux communautés linguistiques.Mais, l'idée d\u2019établir le système d'enseignement public dans la province de Québec sur le plan linguistique (plutôt que sur le plan confessionnel, comme cela existe sur les bords du Saint-Laurent depuis particulièrement près d\u2019un siècle avec notre Conseil de l\u2019Instruction publique divisé en Comité catholique et en Comité protestant), par la transformation de ce Conseil en Comité français et en Comité anglais, m\u2019est surtout venue, non pas de la pitié que m\u2019inspire la situation de la culture anglaise dans le Québec, mais bien plutôt de celle que m'inspire la situa- 454 ACTION NATIONALE tion de notre culture française elle-même.Si, en effet, le sort de la qualité intellectuelle du peuple canadien-français, et j'entends par là la puissance mentale propre à chaque adulte canadien-français, repose entièrement sur le sort de la langue française envisagée comme instrument indispensable de formation mentale, comme instrument de supériorité d\u2019esprit, comme instrument propre à valoriser l\u2019aptitude à penser conceptuellement ou humainement, (par opposition à l\u2019aptitude à penser concrètement que l\u2019homme partage avec les autres animaux supérieurs), si, en effet, dis-je, la qualité intellectuelle du peuple canadien-français repose entièrement sur le sort de la langue française, il est impératif, il devient d\u2019urgence capitale que l\u2019organisation scolaire, de caractère public, soit ordonnée, dans notre province, sur le plan linguistique français, le seul plan qui soit à la base même de la formation intellectuelle de notre jeunesse, qui soit en rapport direct avec la puissance mentale de notre jeunesse.En effet, la Religion, pas plus que l\u2019Histoire, pas plus que la Géographie, pas plus que la Science, ne peut avoir de valeur comme technique de formation mentale, d\u2019éducation de l\u2019intelligence humaine.Dans la formation intégrale d\u2019un être humain, il faut savoir distinguer trois grands aspects qui, en se combinant, se complètent et contribuent à la création d\u2019une individualité, à l\u2019unité de la personne humaine.Il y a, d\u2019abord, le développement même de l'aptitude à penser, de la capacité de pensée conceptuelle dont seul l\u2019enfant humain est doué, et cette oeuvre est celle de la langue, du langage articulé, du langage parlé et du langage écrit (auquel on peut ajouter la mathématique, cette sorte de super-symbolisation dont la fécondité, comme instrument de pensée conceptuelle, LA RÉVOLUTION NATIONALISTE 455 n'a pas encore été suffisamment exploitée).Il y a, ensuite, l'instruction ou l'information, ou l\u2019acquisition de connaissances ancestrales transmises, de génération en génération, par le langage, nouvelle hérédité chez l\u2019homme, nouvelle hérédité que Teilhard de Chardin désigne par le néologisme d\u2019hérédité \" noospbérique\u201d.Mais, il ne faut pas s'y tromper, l\u2019instruction n\u2019est pas l'équivalent de technique de formation mentale; elle ne vise pas le développement de l\u2019aptitude à penser, mais elle vise à fournir à la pensée de la matière où s\u2019exercer et, ainsi, elle vise plus au comportement, à l\u2019action, à la conduite, qu\u2019au développement mental lui-même.L'instruction, soit religieuse, soit historique, soit géographique, soit scientifique, vise l'affectivité, la volonté si on le préfère (quoique je n\u2019aime pas ce mot qui est devenu désuet ou dépassé) ; elle prend ainsi une valeur morale : la Religion, l\u2019Histoire, la Géographie, et même la Science, ont une vertu moralisatrice plutôt qu\u2019intellectuelle, parce qu\u2019elles servent, à des degrés divers et avec une fécondité inégale, à la conduite des hommes, dans le temps, dans l\u2019espace, ou en fonction de l\u2019éternité (dans le cas de la Religion, tout particulièrement).Il y a, enfin, l\u2019éducation qui n\u2019est pas autre chose que l\u2019acquisition, volontaire ou imposée d\u2019autorité, à\u2019habitudes, de modes de comportement, de modes de conduite humaine, tant sur le plan temporel qu\u2019en fonction du plan éternel.Cette mise au point étant faite, il reste que c\u2019est le langage qui représente l\u2019instrument souverain, la technique souveraine, de la formation mentale.Et puisqu\u2019il en est ainsi, et parce que les institutions scolaires poursuivent, avec l\u2019institution familiale, le dessin fondamental du développement mental, il va de soi que l'organisation scolaire doit s\u2019établir sur le plan du langage, sur le 456 ACTION NATIONALE plan linguistique avant tout et par-dessus tout.Cela me paraît l\u2019évidence même, dès que l'on a compris que le langage est l\u2019instrument de la formation et du perfectionnement de la pensée humaine.Ainsi donc, dans l\u2019effervescence du \"changement de vie\u201d qui se manifeste dans notre province sur le plan de la vie culturelle, je réclame, comme changement essentiel, comme changement fondamental, comme changement primordial, comme changement le plus urgent, la modification de notre Conseil de l\u2019Instruction publique, et ceci par sa transformation selon les trois modes suivants : a)\tTout d\u2019abord, la division du Conseil en deux Comités, l\u2019un français et l\u2019autre anglais, c\u2019est-à-dire sur le plan linguistique; b)\tEnsuite, la composition de tels Comités par voie de représentation des Chefs de famille, à titre de seuls responsables du sort linguistique de l\u2019école, celle-ci étant envisagée définitivement comme le prolongement naturel de la famille; (cela n\u2019exclut en rien évidemment la représentation de la hiérarchie catholique pour fins d\u2019instruction religieuse et de formation morale) ; c)\tEnfin, par voie législative, au nouveau Conseil de l\u2019Instruction publique, ainsi divisé en deux Comités sur le plan linguistique, l\u2019attribution du pouvoir de lever un impôt scolaire, dans toute la province, destiné à constituer un trésor scolaire commun non assujetti à la Politique, à une majorité parlementaire, et d\u2019administrer tel fonds scolaire dans la plus parfaite autonomie et selon un principe de partage, entre les deux Comités, fondé sur X dollar per capita de la clientèle fréquentant les institutions soumises, au point de vue linguistique, à la juridiction de chaque Comité. LA RÉVOLUTION NATIONALISTE 457 Voilà, pour l\u2019essentid, pour servir de base à discussion.Et on comprendra que je ne puis ici entrer dans toutes les modalités requises par la transformation que je préconise.Cela suffit, cependant, pour que l\u2019on soupçonne la fécondité d\u2019une telle transformation.Tout d\u2019abord, cela aurait pour effet la réhabilitation manifeste de la langue, et particulièrement de la langue française en ce qui nous concerne, comme instrument ou technique de la formation de l\u2019esprit humain.Ensuite cela aurait pour effet la prise de conscience, par les parents canadiens-français, de leur responsabilité exclusive en matière de formation intellectuelle de leurs enfants; prise de conscience qui leur échappe depuis trois cents ans, de génération en génération, par l\u2019exercice d\u2019une tutelle ecclésiastique dont ce n\u2019est pas le lieu ici de critiquer la légitimité, ni d\u2019apprécier la bienfaisance.Enfin, sur le plan des moyens matériels requis pour assurer à la jeunesse canadienne-française les avantages d\u2019une formation intellectuelle améliorée, la transformation que je propose mettrait un terme aux inégalités financières inhérentes à notre système actuel fondé sur les commissions scolaires locales.Avec le système de financement scolaire que je propose, plus de commissions scolaires pauvres à côté de commissions scolaires riches.Égalité de moyens matériels pour toute la population québécoise, quelle que soit la paroisse ou la ville qu\u2019elle habite, quelle que soit la langue de l\u2019enseignement.En définitive, les Québécois ne sont-ils pas tous Québécois partout où ils habitent ?Au surplus, fini l\u2019intervention de la politique partisane dans les affaires culturelles ou affaires scolaires : les chefs naturels de la formation intellectuelle de la jeunesse, les chefs de famille, posséderaient enfin les moyens matériels de 458 ACTION NATIONALE s acquitter de leurs devoirs primordiaux, tant au point de vue académique que financier.Mais, j\u2019entends, déjà, des protestations : \"Mais, que faites-vous de la confessionnalité ?Voulez-vous sortir l\u2019enseignement religieux de l'école publique ?\u201d Pas du tout.Mais, le rôle de l\u2019Église catholique, au sein de nos institutions françaises vouées à la formation intellectuelle, à l\u2019instruction et à l\u2019éducation de la jeunesse canadienne-française, comme institutions publiques, s\u2019exercera à l\u2019intérieur des cadres du système scolaire français.Traditionnellement, pour cette grande majorité du peuple canadien -français qui est demeurée et veut demeurer fidèle à la Foi catholique, et, pour cette minorité du peuple cana-dien-français qui est protestante ou agnostique, par le truchement d\u2019écoles séparées.Voilà l\u2019essentiel du changement que je propose quant à ce qui a trait à la confessionnalité de notre système scolaire public français, dans notre province.Mais, j\u2019entends encore d\u2019autres interrogations : \"Si votre changement était adopté, qu\u2019adviendrait-il du système imposant d\u2019institutions scolaires privées qui existent dans notre province ?Communautés d\u2019enseignement d'hommes et de femmes ?Collèges classiques ?Universités ?Etc.?Parmi ces institutions, sous autorité ecclésiastique, il y en a qui ont besoin d'assistance financière; assistance qui leur est actuellement consentie par la Politique, par l\u2019État, par des majorités parlementaires fondées, comme on le sait, sur le jeu des luttes partisanes.Qui prendra soin de telles institutions scolaires privées sous le nouveau régime que vous préconisez\u201d ?La réponse est bien simple : En ce qui concerne les institutions scolaires privées, fréquentées par une clientèle de langue française et où l\u2019enseignement se donne en LA RÉVOLUTION NATIONALISTE 459 langue française, la charge d\u2019en prendre soin reviendra de droit et de devoir au Comité français de l\u2019instruction publique, au lieu de l\u2019État, comme cela se pratique actuellement, puisque l\u2019État ne disposera plus, désormais (toujours selon le plan que je propose) de fonds pour fins scolaires, dans la province de Québec.Ce sera à la direction de ce Comité français de décider s\u2019il est opportun d\u2019ériger ou d\u2019étendre un système d\u2019institutions secondaires publiques, parallèlement aux séminaires ou collèges actuellement sous contrôle ecclésiastique, et ce sera à la direction de ce Comité français de décider s\u2019il est opportun d\u2019augmenter le nombre des universités sous contrôle ecclésiastique ou de fonder une ou des universités qui se donneront pour mission spécifique le développement de la culture française au niveau supérieur, c\u2019est-à-dire une ou des universités françaises, de disciplines intellectuelles françaises, au lieu d\u2019universités catholiques où l\u2019on enseigne tantôt en français, tantôt en anglais, où l\u2019on fait usage tantôt de manuels français, tantôt de manuels anglais, où les méthodes d\u2019enseignement supérieur ou de recherches sont plus ou moins assujetties au colonialisme anglophone, ou d\u2019origine britannique, ou d\u2019origine américaine.Personnellement, je souhaite que notre province possède au moins une Université française, adaptée au pays du Québec, c\u2019est-à-dire, par conséquent, une Université canadien ne-française, sous contrôle des Chefs de famille de langue française qui tiennent avant tout à la survivance dei la culture française jusqu\u2019au niveau supérieur.Que dans cette université canadienne-française, il y ait des ecclésiastiques recommandables par leur compétence particulière et qu\u2019il y ait des censeurs ecclésiastiques chargés d\u2019exercer une vigilance sur les exigences de la morale catholique, j\u2019y vois là une nécessité dans un 460 ACTION NATIONALE Canada français en grande majorité de foi catholique.Mais, il est urgent que les Chefs de famille, soucieux de la survivance et de 1 expansion de la culture française (les Chefs de famille nationalistes, par conséquent) se donnent au moins une université, académiquement et financièrement contrôlée par eux, pour réaliser cette mission souveraine, en terre nord-américaine.Mais, il ne m appartient pas d en décider : ce sera l\u2019affaire du Comité français.* * * Voilà, sommairement, l\u2019essentiel des commentaires que m inspire ce que j\u2019appelle la \"révolution nationaliste\u2019\u2019 de l\u2019heure présente, au pays du Québec.Quelles que soient les réactions qui pourront se manifester à l\u2019égard de la \u2019\u2019révolution\u2019\u2019 ou du \"changement de vie\u2019\u2019 que je propose, il reste et restera toujours que pour sauver la culture française, au Canada, l\u2019étape primordiale à franchir, c\u2019est celle de mettre son sort entre les seules mains qui ont pour mission souveraine le sort de la langue française, tant dans la famille qu\u2019à l\u2019école, prolongement de la famille, et cela à tous les degrés du système de l\u2019enseignement public, c\u2019est-à-dire entre les mains des Chefs de famille héritiers de la culture française.Les autres efforts manifestés pour le salut du français, au Canada (et dans le Québec notamment), sont des efforts secondaires ou accessoires.Devant les menaces extérieures et intérieures qui se multiplient contre la survivance de la culture française, en terre nord-américaine, il faut recourir aux moyens suprêmes.Sinon, le \"joualisme\" s\u2019étendra en maître jusqu\u2019à l\u2019extinction complète de l\u2019héritage français en Amérique du Nord. CHRONIQUES X pducjcdwn, LES PROFESSEURS: UN PROBLÈME DE QUANTITÉ ET DE QUALITÉ PaJ-£niL Qù Le Directeur de notre revue attirait, le mois dernier, l\u2019attention de nos lecteurs sur cet élément essentiel de tout enseignement.Nous nous permettons d\u2019y revenir.D'une part, le rythme effréné de croissance de nos populations scolaires pose le problème de la quantité des professeurs; d\u2019autre part, étant par profession dans une institution d\u2019enseignement et venant d\u2019assister à l\u2019épreuve des examens semestriels, je suis particulièrement enclin à parler de la qualité du personnel enseignant.Nous avons du mal à nous représenter l\u2019accroissement actuel des populations.Comment imaginer que la population de la terre a mis 300 ans, de 1650 à 1950, à augmenter de 2 milliards et à passer de 500 millions à 21/2 milliards; que, durant les 50 prochaines années, de 1950 à 2000, elle augmentera de près de 4 milliards et passera de 2l/2 milliards à 6.3 milliards ?Il y a une trentaine d\u2019années, Montréal comptait de sept à huit cent mille âmes.Depuis, la population a doublé, augmentant, disons, de 800,000.On nous annonce que cette population doublera d\u2019ici 1980 et que 462 ACTION NATIONALE Montréal comptera alors quelque 3,000,000 dames.Imagine-t-on que \"doubler\" signifie maintenant, non pas un agrandissement de la ville et des institutions, non pas un développement quelconque, mais bien un autre Montréal qui s ajoute au Montréal d\u2019aujourd\u2019hui ! En 1955, le Dr Sheffield jetait le cri d\u2019alarme : \"Il y a, disait-il, 2,650,000 élèves dans les écoles primaires du Canada et 550,000 élèves dans les écoles secondaires \u201d, En 1958, à la Conférence canadienne sur l'éducation, le Dr Sheffield revenait à la charge : \"D'ici 1969, il nous faut trouver 12,900 professeurs d'université, alors que nous n\u2019en comptons maintenant que 5,500\u201d.Il y a quelques jours, M.Jean-Marie Beauchemin écrivait : \"En 1975, les inscriptions à l\u2019enseignement universitaire de la province de Québec seront deux fois plus nombreuses qu\u2019en I960.L\u2019automne dernier, elles atteignaient le record de 34,000 étudiants, dans quinze ans, elles se chiffreront entre 80,000 et 110,000\u201d.Ces prévisions ont quelque chose d\u2019effarant.Elles ne se basent pourtant que sur l\u2019augmentation naturelle de la population.Qu\u2019adviendra-t-il si le taux de fréquentation universitaire des jeunes de 18 à 21 ans part du taux actuel de 10.9% et s\u2019achemine vers les 35%, tel que ceU existe en I960 aux Etats-Unis ?Et nous oublions le problème de l\u2019élévation des âges scolaires dans un milieu dont le niveau de vie est à la hausse, dans un milieu qui laisse progressivement l'agriculture pour occuper sa population, à raison de 75%, aux services et à l\u2019administration.Nous oublions que, dans un monde scientifique et technique, les travailleurs devront se qualifier toujours davantage.Il faudra même que les adultes reviennent à l\u2019école, tant pour mettre au point leur savoir 463 que pour intégrer la culture dans leurs loisirs.Nous oublions que la jeune fille commence à peine chez nous à fréquenter l\u2019école secondaire et l'université et que le taux de fréquentation du groupe féminin est appelé, demain, à se multiplier.Nous oublions que la gratuité scolaire influencera le taux de la fréquentation scolaire.Tout cela pose, de façon effarante, le problème \"quantité\u201d des professeurs.Le Dr Sheffield affirmait, il y a trois ans, que pour répondre au besoin, la moitié des diplômés des collèges et des universités devrait prendre la carrière de l'enseignement.Malheureusement cela ne se produit pas chez nous.Nous risquons gravement d'être demain une nation sous-développée parce que sous-en-seignée ! * * * Par ailleurs, un professeur ne s\u2019improvise pas.Il faut à la fois une personnalité dynamique, altruiste et équilibrée, une vocation à l\u2019enseignement et une longue et minutieuse préparation.La qualité n\u2019est qu'à ce prix.Le professeur ne transmet pas que des connaissances à ses élèves; il leur communique d\u2019abord une sagesse de vie.L'interprétation des textes, l\u2019analyse du milieu, le choix des exemples, les commentaires incessants qui nourrissent un cours, tout cela est marqué de la personnalité du maître.Que nous rappelle le temps des études, sinon d\u2019abord la personnalité de tel ou tel maître ?C\u2019est lui qui répond à nos questions, lui qui éveille notre esprit à la pensée, à l\u2019art, au sentiment chrétien de l\u2019existence.Il peut faire de nous des dilettantes, des révoltés, des activistes, des insignifiants ou, au contraire, susciter en nous des puissances d\u2019admiration, de recherche et de don. 464 ACTION NATIONALE Tout dépend de sa propre personnalité.Est-il lui-même agressif, psychologiquement handicapé : il rejette inconsciemment sur ses disciples ses propres problèmes, perd 1 objectivité et le sens du réel.Est-il bourgeois, paresseux, ambitieux, étroit d\u2019esprit : il replie l\u2019élève sur lui-même.N a-t-il pas le sens de la discipline, de l\u2019ordre, de leffort, il pousse son disciple à un conformisme néfaste, et, le privant d une véritable inspiration, le mène sur les voies d une vie artificielle.La personnalité du professeur marque incontestablement la qualité de son enseignement.Pour beaucoup, compétence égale trucs, recettes et méthodes.La réalité est tout autre.On ne doit pas confondre la connaissance du français et la méthodologie de l'enseignement du français.D\u2019innombrables instituteurs prétendront enseigner la composition d\u2019un paragraphe sans être capables d\u2019en écrire un seul correctement.Compétence, ici, comprend avant tout une longue fréquentation de la discipline que l\u2019on doit enseigner.Compétence signifie encore connaissance de l\u2019élève à qui l\u2019on enseigne et connaissance du milieu dans lequel vit l\u2019élève.Que de maîtres ignorent leurs élèves, vivent en marge de leur monde; de leur monde intérieur sans doute, mais de leur milieu familial et social.Pour eux, l\u2019élève est buté, paresseux, inattentif, indifférent : ils ne se rendent pas compte qu\u2019ils trahissent dans ce jugement leur propre incompétence, leur inaptitude à intéresser l\u2019élève, à \"motiver\u201d son travail, à capter son attention.Les élèves se présentent au collège : ils ont un excellent dossier scolaire; ils subissent avec succès l\u2019examen d\u2019admission; 60% d\u2019entre eux vont pourtant échouer une ou deux années ou abandonner leur cours.On les envoie au conseiller d\u2019orientation : ils ont les aptitudes intellec- 465 tuelles pour faire les études commencées (ce qu\u2019on savait déjà) ! En pratique, 80% des échecs sont imputables à des troubles psychologiques.Est-ce que \u201ccompétence\u201d ne signifierait pas aussi connaissance de l'élève ?îj:\t:jî\t% Nous sommes donc en face d\u2019une double pénurie de maîtres : pénurie quantitative et qualitative.La marée des étudiants monte de façon fantastique; la profession exige des qualités de personnalité et de compétence de plus en plus riches et.rares.Si la Commission d\u2019enquête sur l\u2019enseignement veut bien \"commencer par le commencement\u201d, voilà bien le premier de ses problèmes.Et cela urge d\u2019autant que dans le passé ce problème ne nous a guère préoccupés.P.-E.G. o&A.UvA&A.IL FRATELLO par JJaccrue i f^oiiion Dans la \"chronique des événements\u201d, M.Angers a déjà consacré quelques lignes à certaines attitudes du Frère Untel.Je me propose seulement pour ma part d'examiner le phénomène de sa spectaculaire entrée en scène.\"Les Insolences\u201d remportent un succès sans précédent dans l'édition canadienne-française.Le parrainage de M.André Laurendeau y est sans doute pour beaucoup, de même que le dynamisme des éditeurs, le canular du \"faux frère\u201d et une publicité efficace.Mais il y a bien autre chose, notamment la personnalité de l\u2019auteur et l\u2019état d\u2019esprit actuel du public.En quoi peut donc consister l\u2019extraordinaire harmonie qui existe entre l\u2019Insolent et notre milieu ?M.Laurendeau a proposé toute sortes d\u2019explications : trouvailles de style, humour, santé morale, curiosité intellectuelle, etc., c\u2019est là un ensemble de qualités que l\u2019on goûte fort chez nous, d\u2019autant plus que nos réformateurs, nos prédicateurs et nos critiques résistent assez mal à la tentation de se prendre mortellement au sérieux.Le Frère Untel, lui, a le don de sourire en trépignant; d\u2019aborder d\u2019un ton léger, voire potache à l\u2019occasion, des problèmes d\u2019une extrême gravité; de dépasser par des outrances amusées le péril de la lucidité aigre et froide.En somme, il a choisi de s\u2019ébattre dans l\u2019analyse décousue et dans la démesure malicieuse et souriante, au-delà de la tristesse et de l\u2019espoir.Que cette formule lui soit naturelle ou qu'il l\u2019ait adoptée délibérément, IL FRATELLO 467 peu importe; l'essentiel, c\u2019est qu\u2019il a réussi mieux que tout autre à opérer la décrispation que l\u2019on souhaitait depuis longtemps.Cet exploit exigeait beaucoup de dons et de qualités de caractère : l\u2019art des formules savoureuses, une spontanéité jaillissante, de l\u2019intrépidité, de la sincérité et un désintéressement absolu.Dans un milieu comme le nôtre, où il est trop facile de suivre la courbe parallèle des idées et des intérêts, le détachement du frère Pierre-Jérôme nous arrive comme une bouffée d\u2019air pur dans une \"conférence d\u2019information\u201d.Le Frère Untel expose ses opinions librement et \"gratuitement\u201d.Il n\u2019obéit à aucun mot d\u2019ordre et n\u2019escompte aucun avantage.C\u2019est qu\u2019il n\u2019a rien de la race des trafiquants d\u2019idéologies et de principes qui ne songent qu\u2019à gravir les échelons de la hiérarchie, à devenir secrétaires de ministre, à raccoler des partisans, à accumuler du capital politique ou social, à remonter leur cote auprès de Radio-Canada ou des cadres syndicaux.Les agissements, la cabale et les consignes ne sont pas le fait du jeune Mariste.L\u2019orchestration des \"gros canons\u201d et des \"trompettes sonores\u201d de l\u2019opinion publique, voilà précisément ce dont nous ont reposés la désinvolture et la sincérité du \"fratello\u201d.Écrasé sous une masse d\u2019idéaux frelatés et suffoquant dans un monde de réticence mesquine, le public est accouru de toutes parts à la nouvelle que sur la place publique était apparu un frère aux yeux limpides et à la voix claire, désarmé, sans calcul et ne quémandant ni argent, ni admiration ni échange d\u2019éloges à la m\u2019as-tu-vu.Enfin on allait échapper quelques instants au réseau de l\u2019information, de l\u2019action concertée, des petites trahisons et du dirigisme de la pensée, dont les 468 ACTION NATIONALE mailles sans cesse plus étroites se resserrent davantage de jour en jour.A cet égard, le \"fratello\u201d est un libérateur.Gardons-nous donc de D'institutionnaliser\u201d, de le mettre dans une niche et de détruire sa magie de vérité.Quant à moi, je crois que son franc-parler nous autorise à quelques observations insolentes.Le Frère Untel s\u2019est posé en adversaire du \"jouai\u2019\u2019 sur les plans du langage, de la pensée et de la vie tout entière.Cependant, tout professeur de français qu\u2019il est, il estime qu\u2019une simple confession d\u2019incapacité ou de négligence l\u2019exonère du devoir d\u2019écrire correctement.Ainsi son \"best-seller\u201d m\u2019apparaît comme le plus grand scandale de I960 en matière de langue, et un scandale d\u2019autant plus funeste qu\u2019il contribue à enraciner certains vieux préjugés et à engendrer de nouvelles confusions.De nombreux émules commencent déjà à croire que pour gagner la faveur populaire, il faut être naturel, c\u2019est-à-dire asservi à ses impulsions et émancipé du bon usage et des lois du lexique et de la grammaire.Ecrire qu\u2019une chose \"va à dire\u201d (goes to say) est-il moins guindé que de s'en tenir à la locution correcte et générale : \"revient à dire\u201d(l)?Le Frère Untel est trop cultivé pour le soutenir, mais est-on sûr que la contagion de son mauvais exemple prestigieux n\u2019atteindra pas un grand nombre de lecteurs.Il est vrai que la correction et la pureté du français présentent au Canada des difficultés presque insurmontables.Mais quand on est professeur de français, est-ce qu'on ignore les possibilités et les avantages de la revision, qui est à la portée de tous ?Dans une commu- (1) Je me borne à un exemple afin de ne pas m\u2019écarter de mon sujet, qui ne relève pas d\u2019une rubrique du langage. IL FRATELLO 469 nauté de l'importance de celle des frères Maristes, sinon chez l\u2019éditeur, il existe certainement des sujets aptes au moins à jouer le rôle de correcteur d\u2019épreuves.Et les correcteurs intelligents ne se bornent pas aux côtés matériels et concrets de la correction.Puisse le Frère Untel, que j'admire sincèrement, me pardonner ces observations.Il m'est impossible de ne pas lui tenir rigueur d\u2019avoir raté la plus belle occasion d\u2019endiguer la vague montante du \"jouai\u201d.Très longtemps notre plus grand succès de librairie demeurera un monument d\u2019inconséquence : un pamphlet contre les \"jouaux\u201d étroitement acoquiné à la langue \"jouale\u201d.En dépit de ces réserves, je souhaite que notre monde politique, comme celui de l\u2019enseignement, donne le jour à un exorciste de la réticence, cette lèpre de l\u2019esprit et du coeur qui ronge notre intelligentsia.Alors seulement nos hérauts de la liberté, MM.Barbeau, d\u2019Allemagne, Roy et Chaput, entre autres, pourront se faire entendre, et obtenir enfin le dialogue qu'ils méritent, ou, à tout le moins, des réfutations réfléchies et intelligentes.\tj.p. SJVÂnSLMSWJtA, par Jrançoii-^yJfiert _ \u2014 Conférence inter-provinciale Il y a eu une conférence inter-provinciale.La première véritable depuis 1887.Et il fallait voir comment les provinces y sont venues tout apeurées, craintives, se défendant bien de ne vouloir en aucune, aucune façon avoir l\u2019air de conspirer contre le Fédéral, que dis-je, de même oser discuter des mêmes questions dont on pourrait avoir à parler à des conférences fédérales-provinciales.Il faudra, à ce sujet, verser aux archives historiques, le vidéo du premier ministre Smallwood, avec ses insistances sur sa parfaite intention de ne jamais, jamais contrecarrer le gouvernement fédéral; et celui du premier ministre Bennett, avec ses hésitations, sa satisfaction étonnée de constater que la foudre du Jupiter fédéral ne s\u2019était pas abattue sur la Conférence.Aucun document d'histoire ne pourra jamais, mieux que ces scènes visuelles, télévisées, condamner le régime King-Saint-Laurent des années 1948 à 1957.Les psychiatres y verront toujours la marque de provinces qui ont été évidemment terrorisées et qui n\u2019osent plus avoir quelque personnalité que ce soit en dehors de celle que le maître fédéral veut bien, dans sa condescendance, leur laisser exercer.Cette unité nationale réalisée dont se sont tant vantés les deux protagonistes sus-mentionnés, a été évidemment du genre : \"L\u2019ordre règne à Varsovie\u201d.Quel infantilisme provincial il en est résulté ! Quelle différence avec l\u2019attitude mâle des États américains, créant un Conseil des États, avec capitale LES ÉVÉNEMENTS 471 à Chicago, et ambassadeur à Washington, dans l'intention virile de bien marquer qu\u2019ils sont des entités libres, ayant besoin de collaborer avec le gouvernement central, mais non d\u2019en subir l\u2019hégémonie ! Il faut se bien placer dans cette atmosphère pour proclamer que la Conférence a quand même été un succès, en dépit du fait qu\u2019on n\u2019y a créé ni un Conseil des Provinces, ni même un secrétariat permanent.Un succès personnel de M.Lesage qui a déjà fait un grand pas, en faisant admettre à ses partenaires réticents que la réunion des premiers ministres, la Conférence des provinces pourrait, elle, devenir tout de suite permanente; et en faisant fixer le prochain rendez-vous pour août 1961, à Charlottetown.Nous savons peu de chose de ce qui s\u2019est passé aux réunions.Mais la lecture des commentaires des journalistes, et la confrontation des diverses déclarations télévisées, laisse l\u2019impression que M.Lesage a manoeuvré très habilement.Comme il l\u2019a dit à la télévision, devant des questions de plus en plus insistantes et peut-être embarrassantes de l\u2019interviewer, sur la possibilité de formation d\u2019organismes permanents plus formalisés : \"Conseil des Provinces, Secrétariat permanent, .je ne me chicanerai pas sur des mots .L'important, en effet, c\u2019est qu\u2019il y ait quelque chose qui fonctionne, qui joue le rôle que l\u2019on assigne à ces institutions, même si c\u2019est le bureau de M.Frost qui doit servir de secrétariat permanent sans le nom.Voilà un domaine où le long séjour de M.Lesage à Ottawa peut devenir un actif pour la province de Québec : avoir appris à traiter avec les Anglo-Saxons selon leurs méthodes de discussion et de réalisation, de 472 ACTION NATIONALE façon à leur faire admettre progressivement ce qu\u2019une logique à la latine a pu concevoir idéalement.Si seulement M.Lesage peut apprendre à pratiquer une sorte de double personnalité, qui lui permettra d'être à Ottawa et dans les relations inter-provinciales ce qu\u2019il faut être pour faire marcher les Anglo-Saxons, tout en étant capable à Québec de légiférer en tenant compte de l\u2019idéal et des traditions latino-catholiques des Canadiens français, il deviendra un premier ministre parfait.Pour le moment, comme l\u2019a montré la législation sur l\u2019assu-rance-hospitalisation, comparée à son adresse en matière de relations interprovinciales, c\u2019est le côté québécois qui reste le plus faible.\tF.-A.A.Erreur monumentale La façon dont le premier ministre de Québec vient de régler le financement de l\u2019assurance-hospitalisation souligne la difficulté qu\u2019ont les libéraux, en dépit de leur conversion des récents mois, à s\u2019adapter aux points de vue du Québec.Les lignes qui précèdent étaient écrites lorsque la nouvelle de l'imposition supplémentaire des revenus est arrivée; aussi bien que celles qui paraissent plus loin sous le titre \"La fin des illusions\u201d.Je n\u2019aurais jamais pensé que les événements viendraient si vite ratifier le jugement que j\u2019avais porté sur la loi de l\u2019assurance-hospitalisation dans une conférence à Québec, à savoir que c\u2019est la classe moyenne qui en porterait à peu près exclusivement le poids de toute façon, ou au mieux réussirait tout simplement à reporter une partie du fardeau, non pas sur la classe riche, mais sur la classe pauvre par la réduction des exemptions. LES ÉVÉNEMENTS 473 La raison que M.Lesage donne pour avoir procédé comme il l\u2019a fait est d'ailleurs grave, et doit nous faire réfléchir sur les autres promesses du gouvernement en matière de gratuité scolaire et d\u2019allocations sociales : après avoir examiné toutes les autres possibilités fiscales, la solution adoptée lui a paru la seule possible.Combien il aurait été plus sain et plus sage de donner à la province, comme le recommandait la Commission Tremblay, un vrai régime d\u2019assurance avec prime, et contribution du gouvernement provincial à la prime des indigents ! Le nouveau régime fiscal aboutit à une situation comparable, mais d\u2019une façon moins nette, et en définitive moins équitable ! Mais ce n\u2019est pas sur ce point que je veux tellement insister.Il y a eu là une erreur, mais ce n\u2019est pas celle-là que je qualifie de monumentale.Celle qui est monumentale, c\u2019est l\u2019alignement des exemptions provinciales sur les exemptions fédérales.En effet, la différence des exemptions à $3,000 au lieu de $2,000 pour gens mariés comme à Ottawa, avait été l'une des plus positives mesures d'autonomie provinciale de l\u2019ancien gouvernement.Sciemment, le premier ministre du temps avait tenu à spécifier qu'il trouvait socialement déraisonnable une exemption de seulement $2,000.Qu'il voulait que la Province de Québec, à la demande dans ce temps-là de tous les corps publics et même de l\u2019assemblée des évêques, montre au reste du pays qu\u2019elle a un plus grand souci du bien-être de la famille.Par son attitude, la Province avait en définitive forcé le Fédéral à accorder une réduction de 10%, puis 13%, de son propre impôt à toutes les familles québécoises gagnant respectivement entre $2,000 et $3,000 (sans enfant), $2,250 et $3,250 (avec un enfant) et ainsi de 474 ACTION NATIONALE suite, à raison de $250 de plus dans le revenu pour chaque nouvel enfant.C'est tout cet effort, encore bien mince, je suis le premier à l\u2019admettre, en regard des changements que nous demandions en vue de rendre justice à la famille, c\u2019est tout cet effort, dis-je, que M.Lesage vient de rayer d\u2019un train de plume.Les \"gens bien informés\u201d qui ont renseigné les journalistes à ce sujet ont défendu le gouvernement en disant que celui-ci, par Lassurance-hospitalisation, a réduit les dépenses de ces familles, de sorte qu\u2019elles peuvent dorénavant être taxées sans inconvénient.Argument douteux, car il s\u2019agit là de familles qui, en cas de maladie, auraient clairement dû, et qui en pratique doivent le plus souvent émarger à l\u2019assistance publique.De familles donc qui sont déjà soignées gratuitement; et pour qui Lassurance-hospitalisation, si faible que puisse nous apparaître une taxe allant jusqu\u2019à $25, sera l'occasion d\u2019une dépense supplémentaire, lourde pour des budgets si minces.Si l\u2019on tient compte, au surplus, du fait que le coût de la vie s\u2019est accru assez considérablement depuis 1954 \u2014¦ commandant ainsi l'augmentation de l\u2019exemption \u2014, le moins qui pouvait être fait c\u2019était de ne pas la diminuer.Pour ne pas fausser notre régime d\u2019impôt, sur le plan de l\u2019équité fiscale, il aurait absolument fallu ne pas toucher aux exemptions; et ne chercher à récupérer les sommes nécessaires que par l\u2019augmentation des taux.Et en ayant soin de graduer ces taux de façon à ne pas frapper trop lourdement ceux qui sont les catégories de revenus les plus basses.Encore une fois, ou bien on veut établir une assurance à primes, avec contributions bipartites (patrons et employés) ou tripartites (Etat en plus); ou bien c\u2019est gratuit, c'est-à-dire financé LES ÉVÉNEMENTS 475 en fonction de la capacité de payer.En mélangeant les deux genres de raisonnement on ne peut aboutir qu à la confusion, c'est-à-dire à la distortion totale du régime fiscal.Le premier ministre actuel me paraît encore incapable de sortir d\u2019un certain mimétisme fédéral, qui n\u2019est autre en définitive que du pragmatisme anglo-saxon, acquis pendant son long séjour à Ottawa.Consciemment ou non, ce qu\u2019il copie ici, c\u2019est le faux système contribu-toire des pensions de vieillesse (impôt sur le revenu des particuliers, impôt sur le revenu des compagnies, taxe de vente), qui veut singer les systèmes d'assurance-sociale européen, mais qui n\u2019est arrivé justement qu\u2019à engendrer de la confusion fiscale, vu que l\u2019incidence d\u2019une taxe ne peut pas se comparer directement aux effets d\u2019une prime.Ici, c'est une sorte de régime tripartite qu\u2019on nous donne, dans lequel l\u2019impôt sur les compagnies représente le patronat; l\u2019impôt sur le revenu, l\u2019assuré; la subvention fédérale et la part de l\u2019assistance publique, l\u2019Etat.Il existe pourtant une pensée sociale propre à la province de Québec, pour autant qu\u2019il s\u2019agisse de ne considérer que le Canada.Quand nos gouvernements de Québec se décideront-ils à sortir de l\u2019autonomisme purement verbal ou politique, pour utiliser les pouvoirs souverains de la Province à édifier une législation marquée au coin de la logique latine et de la pensée sociale catholique ?\tF -A A Les tristesses du mois Péguy a écrit quelque part que rien de plus beau n\u2019existe, a dit Dieu, qu\u2019un enfant qui s\u2019endort en faisant 476 ACTION NATIONALE sa prière.Et par contraste, ne pourrait-on pas dire, qu\u2019il n\u2019y a rien de plus triste que de voir un directeur des études de la Société de Jésus, la Société qui la première a implanté l\u2019esprit français en terre d\u2019Amérique, qui ne cesse de proclamer ses intentions de valoriser chez nous la culture, se glorifier par ailleurs d\u2019accepter l'intégration de notre système d\u2019éducation aux structures anglo-américaines.C\u2019est pourtant à ce spectacle que nous a convié le Père Plante ces récentes semaines ! Il est vrai, dit-il, dans La Presse du 10 novembre, que la pratique française est différente de ce que l\u2019on fait chez nous, en intégrant les dernières années du baccalauréat dans l\u2019université.\"Mais en Amérique et chez nos compatriotes anglo-saxons, même dans notre province, on considère l\u2019enseignement du baccalauréat ès arts comme propre aux institutions universitaires.\u201d Donc, tend à dire tout son texte, cela ne doit-il pas servir à nous justifier de continuer d\u2019en agir ainsi.Le Père Plante, pour se justifier, nous rappelle ensuite l\u2019histoire de toutes nos incohérences et de toutes nos défaites.Il nous montre qu\u2019historiquement, dans les textes, nos universités de Montréal et de Québec se sont en quelque sorte inspirées du modèle anglo-saxon; mais en oubliant de nous dire que dans les faits, à venir jusqu\u2019à tout récemment, personne n'a jamais songé dans la province à considérer qu\u2019un philosophe était à l'université, mais bien au niveau de l\u2019enseignement secondaire, exactement comme dans le système français.Il nous démontre lui-même ensuite que c\u2019est en vue de se faire accepter par les institutions anglo-canadiennes et de se comparer à elles, que les universités canadiennes-françaises, de 1917 à 1928, s\u2019emploieront à établir des LES ÉVÉNEMENTS 477 parallèles pour démontrer que nos dernières années de collège sont l\u2019équivalent des premières années d\u2019université dans le système anglo-américain.Preuve évidente en soi.que notre système était encore, à ce moment-là, différent; et démonstration que, dans notre manque de fierté, nous n'avons pas su nous contenter d\u2019établir des équivalences entre notre système et le système anglo-canadien : pour faciliter les choses, nous avons plus ou moins commencé, à ces moments-là de songer à nous y intégrer pour faciliter les comparaisons.Puis progressivement, sous la pression des esprits \"réalistes et pratiques\u2019\u2019, nous avons imité.Comme si c\u2019était là l\u2019objet principal à rechercher \u2014 être comme les autres \u2014 dans un domaine où l\u2019idéal devrait être l\u2019épanouissement culturel maximum ! Puis le Père Plante procède à démontrer que cela a bientôt conduit nos universités, non seulement à chercher des équivalences, mais à copier les universités anglo-américaines et à créer des enseignements collégiaux \"on the campus\u2019\u2019.Puis, il proclame, triomphalement : \"Vous voyez bien que nous ne faisons que ce que font les autres\u201d; comme si le conformisme était devenu la norme du bien et de la culture ! Or est-ce bien là le problème ?Le problème ne doit-il pas être posé dans les termes où il l\u2019a été par Jacques Poisson dans L\u2019Action Nationale, et par Raymond Grenier dans La Presse du 10 décembre À savoir, si nos universités sont françaises ou américaines ?Si nous voulons rester la province latino-catholique, donc \"pas comme les autres\" du continent nord-américain; ou si au contraire nous adoptons le programme du discours Saint-Laurent sur le Saxonia : devenir une province comme les autres ?Pouvons-nous croire que nous resterons une province différente, si nous adoptons comme norme de notre 478 ACTION NATIONALE organisation universitaire, le critère de 1 identification avec les organisations anglo-américaines ?La tendance de 1 article de M.Grenier, c\u2019est de démontrer au moins implicitement qu\u2019il est trop tard pour choisir.Nous nous sommes résolument engagés depuis quelques années dans la voie américaine; et aujourd\u2019hui, écrit-il, de nombreux professeurs universitaires appellent depuis longtemps de leurs voeux cette réforme finale qui ne sera pas une révolution, mais un aboutissement et qui achèvera d\u2019aligner, pour ce qui est du moins des structures, nos universités existantes sur le modèle anglo-saxon\u201d.Pour soutenir cette thèse, ceux qui en sont partisans n'ont pas manqué, à l\u2019instar du Père Plante, de multiplier les sophismes.\"Notre enseignement n\u2019était pas conforme au fond à la formule française et il ne saurait donc être question de rester fidèle à celle-ci ou d\u2019y revenir\u201d.Comme la situation actuelle en France serait le résultat d\u2019une réforme napoléonnienne, donc effectuée après la Conquête, elle ne nous aurait pas touché.Et voilà pourquoi notre fille est muette ! C\u2019est dans ce mutisme que nous aurions négligé de nous apercevoir, paraît-il, que nos études secondaires se terminaient réellement avec la Versification \u2014 \"contrairement à ce qu\u2019on avait cru si longtemps\u201d \u2014 et non pas avec les Philosophies.Puis finalement vient la question massue : \"Pourrait-on seulement demander à nos collèges de revenir à la formule française sans compromettre les subventions publiques aux collèges classiques\u201d.Le chat est sorti du sac : les subventions fédérales aux universités.C\u2019est bien ce qu\u2019oublient de nous dire tous les intéressés, et que nous faisait remarquer en toutes lettres le rapport de Brébeuf à la Commission Tremblay.Il est LES ÉVÉNEMENTS 479 vrai qu'il y avait depuis longtemps des tiraillements dans notre système d\u2019éducation et des tentations de verser dans l\u2019américanisme.Il est vrai que Léon Lortie s\u2019en est fait chez nous, non pas le prophète \u2014 car il n\u2019a rien prévu, il a plutôt machiné \u2014 mais le héraut, en travaillant pour faire accéder l\u2019enseignement primaire supérieur directement à l\u2019université, au lieu de le brancher comme cela aurait dû être sur un secteur d\u2019enseignement technique et de grandes écoles, au sens large du mot.Mais il reste que les bastions se sont surtout écroulées quand le gouvernement fédéral a offert des octrois à nos universités, et qu\u2019il a fallu déguiser nos collèges en université à la mode anglo-saxonne pour obtenir de l\u2019argent.Maudite lâcheté, d\u2019un peuple sans fierté, qui préfère ramper pour ramasser de l\u2019argent, et se conformer aux institutions de l\u2019autre, plutôt que d\u2019affirmer sa personnalité et de faire reconnaître ses droits, tels qu\u2019ils existent par l\u2019établissement d\u2019équivalence et non par le jeu des assimilations ! Voilà la vérité ! L\u2019argent ! l\u2019argent ! pour lequel nous vendons notre âme; et le recteur de l\u2019Université de Montréal osera dire ensuite que les octrois sont sans danger, vu que le gouvernement fédéral n\u2019est jamais venu imposer ses manuels aux autorités universitaires ! Mais avec les octrois fédéraux, il n\u2019y a plus eu de défenseurs des collèges classiques, comme il y en avait partout dans la Province; il n\u2019y a plus eu que des réformateurs, prêts à brûler tout ce qu'ils avaient adoré, tout ce qu\u2019ils nous avaient demandé d\u2019adorer, histoire de toucher quelque dizaines ou centaines de milliers de dollars.Et l'on parle de culture française en Amérique ! En dépit de tous les \"au fond\u201d et de tous les \"contrairement à ce qu'on avait cru si longtemps\u201d, le fait 480 ACTION NATIONALE demeure qu avant 1 avènement des octrois fédéraux aux universités, il y avait dans la province de Québec des collèges classiques qui donnaient un cours secondaire de huit ans, et que personne, personne, n\u2019aurait pris pour des universités.Et il y avait l\u2019université au delà du baccalauréat.Encore une fois, dans cette université, il s\u2019était développé de plus en plus d'incohérences.Mais justement au point où nous sommes, à la veille d\u2019une enquête sur 1 éducation, il ne s'agit pas de savoir si ces incohérences sont des fatalités : une telle question n\u2019a pas de sens quand il s\u2019agit d\u2019institutions dont la forme et la réforme dépend des volontés humaines.Il s\u2019agit de savoir si nous voulons rester français, ou si nous voulons nous américaniser.Et si, par conséquent, au moment où nous allons décider d\u2019une façon rationnelle de l\u2019organisation de notre système d\u2019éducation, nous allons effectuer la réforme dans le sens du génie français, ou dans le sens du génie américain.That is the question ! si c\u2019est en anglais qu\u2019il faut parler pour être compris.Quant à la distinction entre l\u2019esprit français avant Napoléon, et après Napoléon, qu\u2019on nous fiche la paix s\u2019il vous plaît.La France comme tous les pays du monde a évolué.À un moment donné, elle s\u2019est donnée une organisation conforme à son génie.Cette organisation a produit la France contemporaine; pendant que l\u2019autre forme d'organisation à donné les États-Unis contemporains.Nul n\u2019oserait prétendre qu\u2019il soit même possible de songer à une comparaison entre les deux, en termes de résultats culturels.Et les États-Unis sont les premiers à l\u2019admettre aujourd\u2019hui, pendant que les Français s\u2019inquiètent aussi de leur système, mais en terme de technique, non pas en termes de culture.Et où l\u2019on s\u2019interroge en France, en termes de culture, c\u2019est dans LES ÉVÉNEMENTS 481 la mesure même où on s\u2019est rapproché du modèle américain, avec ses baccalauréats multiples.Il ne s\u2019agit certes pas de copier servilement.La France a commis des erreurs, comme tout le monde en commet.Nous avons droit à notre esprit critique et au choix de nos formules propres.Mais il y a une façon de procéder, il y a un esprit en fonction duquel nous devons évoluer qui doit être caractéristique de notre génie propre.ou de celui que nous voudrions avoir.Et puis après tout, copier servilement, c\u2019est à peu près tout ce que nous faisons.Dans ces conditions, la situation devient peut être plus évidente encore.Si nous voulons rester Français comme nous le proclamons, c\u2019est évidemment la France qu\u2019il faut copier, non pas les Etats-Unis.* * * Pendant qu\u2019une certaine élite universitaire nous décevait par ses raisonnements peu convaincants, l\u2019élite populaire se montrait dépourvue de tout instinct qui puisse nous faire penser qu'elle conserve encore l\u2019étincelle du génie latin.Six grandes associations populaires \u2014 la Fédération des Travailleurs du Québec, la Confédération des Syndicats nationaux, l\u2019Union catholique des Cultivateurs, le Conseil de la Coopération du Québec, la Fédération des Unions de Famille, et le Chapitre français de Montréal de l'Association canadienne des Travailleurs sociaux \u2014 s'en vont à Québec faire des représentations au premier ministre sur le futur projet de loi d\u2019assurance-hospitalisation.Dans ce mémoire, nulle trace d\u2019une hauteur de vues quelconque.Nulle trace de la perception par les intéressés qu\u2019il y a d\u2019impliqué dans une telle législation, des principes qui ont quelque importance pour le bien commun 482 ACTION NATIONALE des citoyens.Ce bien commun des citoyens se réduit à pouvoir se faire soigner gratuitement, en fonction de moyens dont la seule norme doit être la facilité administrative.Comme on le dit si élégamment à la page 47 du mémoire des dites associations, les seuls facteurs d\u2019appréciation sont \"les services à rendre\u201d, lesquels n\u2019ont d\u2019autres règles que celles \"des besoins\u201d, lesquels se réduisent à un \"volume de maladies\u201d.Je vois bien dans tout cela la technique, la savante technique qui trouve solution pratique à tout.Mais où est l\u2019humanisme, au delà d\u2019une certaine sentimentalité viscérale devant la tragédie de la maladie ! On le chercherait en vain ! Et cela pose la question cruciale : Sommes-nous encore Français ?Et si nous avons perdu du terrain en la matière, tenons-nous à le regagner ou si nous optons définitivement pour l\u2019assimilation.Si nous tenons encore à faire au moins un choix conscient, le temps est venu où jamais de poser brutalement les questions et d\u2019y répondre clairement.F.-A.A.Une leçon que nous donne les manufacturiers canadiens En délégation à Québec, auprès du premier ministre Jean Lesage, les manufacturiers canadiens ont demandé, selon L'Action Catholique du 21 novembre, \"l\u2019appui du gouvernement de la Province dans son programme visant à encourager l\u2019achat de produits canadiens\u201d, en particulier en ce qui concerne les achats faits par les chefs de service et les pourvoyeurs de l\u2019État.\"Un usage accru de produits canadiens, aurait dit le mémoire de la C.M.A., favoriserait l\u2019expansion manufacturière \u2014 la clé qui LES ÉVÉNEMENTS 483 aidera à ouvrir la porte à un plus grand nombre d'emplois.\u201d Je suis convaincu que tous les lecteurs auront trouvé des plus raisonnables cette demande d\u2019hommes d\u2019affaires, la plupart Anglo-Canadiens, du moins en importance .des plus raisonnables et des plus naturelles en même temps.Et pourtant combien des mêmes lecteurs, en dehors de ceux qui pratiquent l\u2019action nationale dans nos divers mouvements patriotiques, auraient souri avec une sorte de mépris si la Fédération des Chambres de Commerce de la Province de Québec, ou la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec avaient demandé au même gouvernement de favoriser l\u2019achat des produits canadiens français, au moins dans la proportion de la population canadienne-française dans l\u2019ensemble de la Province de Québec Plusieurs, sans aucun doute; comme plusieurs n\u2019ont jamais manqué de qualifier d\u2019étroitesse d\u2019esprit les campagnes de la Ligue d\u2019Achat chez nous.Pourtant la situation n'est-elle pas similaire, parallèle, pour quiconque, à tout le moins, considère le groupe canadien-français comme groupe ethnique désireux de survivre et de s\u2019épanouir ?Au moment même où l\u2019opinion anglo-canadienne se mettait à évoluer en ce sens, notre Ligue d\u2019Achat chez nous, devant les efforts faits par tant de nos compatriotes pour la ridiculiser, prenait, elle, le maquis et choisissait de se déguiser sous un vague nom d\u2019expansion économique.Et quand, dans nos Chambres de Commerce, il arrive à quelque hurluberlu nationaliste \u2014 car quiconque affiche l\u2019intérêt qu\u2019il porte à son groupe ethnique passe vite chez nous pour un hurluberlu dans les milieux biens ! \u2014 de proposer qu\u2019on fasse des réclamations identiques pour nous, à celles de la C.M.A. 484 ACTION NATIONALE pour les Canadians, le plus qu\u2019il est possible d\u2019obtenir c\u2019est une déclaration sur l\u2019achat de produits du Québec ! Certes, il est arrivé que nos mouvements d\u2019achat chez nous se soient plus préoccupés d\u2019amener plus d\u2019affaires à des marchands canadiens-français, que ces marchands eux-mêmes ne se préoccupaient ensuite de se procurer des produits manufacturiers chez les nôtres.Des fois, nous leur en faisions le reproche, parfois justifié, pour nous exonérer de tout blâme dans nos comportements de consommateurs, souvent plus snobs que véritablement soucieux d'économie.Mais ce n\u2019était pas la principale raison de nos objections, la plupart du temps.Notre sourire en était plutôt un de mépris pour des gens qui n\u2019ont pas l\u2019esprit assez large pour faire fi de tout sentiment patriotique ! Maintenant que les Anglo-Canadiens commencent à penser en termes de patrie canadienne, ils vont nous donner l\u2019exemple en la matière.Car ils ont trop de sens pratique pour se payer de mots, comme nous l'avons trop longtemps fait à leur instigation (\"il ne faut pas mêler le patriotisme aux affaires !\u2019\u2019) Espérons que cela nous fera ouvrir les yeux et nous aidera à prendre conscience d\u2019eux.Car pour nous aussi, l\u2019achat de produits canadiens-français signifiera plus d'emplois pour les nôtres ! F.-A.A.La fin des illusions Le projet d\u2019assurance-hospitalisation proposé par le gouvernement actuel du Québec aura été voté quand ces lignes paraîtront.Nous n'avons rien à en dire de plus LES ÉVÉNEMENTS 485 que ce que nous en avons déjà dit le mois dernier, sauf que M.Lesage lui-même, dans sa défense du projet, s\u2019est chargé de ratifier nos craintes : si le gouvernement a dû aller si vite et sans plus d\u2019effort pour particulariser la loi du Québec en accord avec nos traditions, c\u2019est parce que le désir de profiter de la subvention fédérale pour 1961 était ce qui lui paraissait le plus important.Et il se trouvera encore des gens pour soutenir que les subventions fédérales ne comportent aucun danger pour nos institutions, qu\u2019elles n\u2019ont aucun effet sur notre mentalité ! Le pire dans tout cela, c\u2019est que cette mesure n'est pas loin d'être vaine pour autant qu\u2019elle veut correspondre à ce qu\u2019en attend la population.Ce sont surtout les classes moyennes qui clament depuis quelques années en faveur d\u2019un régime d\u2019assurance-hospitalisation.Dans les perspectives actuelles du coût de la maladie, il paraît \u2014 selon que le voulait l\u2019argumentation commune \u2014 que seuls les pauvres et les riches peuvent se faire soigner : les uns parce que l\u2019assistance publique leur permet de se faire traiter gratuitement, les autres parce que leurs moyens les mettent à l'abri des frais extrêmement élevés de la maladie.Ce qui est impliqué dans une réclamation pour l\u2019assurance-santé basée sur de tels éléments de causalité, c\u2019est que ce régime permettra, par le jeu du système d\u2019impôt, de transférer une partie de la charge des classes moyennes sur les classes plus riches; et par suite d'assurer à celles-ci une certaine mesure de gratuité.Malheureusement, ce genre de raisonnement que l\u2019on répète plus souvent par tradition qu'à la suite d\u2019une étude des conditions réelles, n\u2019a plus guère de valeur.Il pouvait avoir un sens avant la guerre, alors que les impôts étaient légers.Il n'en a plus aujourd\u2019hui, alors que la 486 ACTION NATIONALE classe riche est taxée au maximum, que la classe pauvre ne saurait l\u2019être davantage, de sorte qu\u2019il ne reste plus effectivement que les classes moyennes pour payer toutes les dépenses supplémentaires que l\u2019on pourra réclamer de l\u2019État.Un coup d\u2019oeil sur l'état actuel des choses en ce qui concerne les impôts sur les revenus est des plus significatif à ce sujet.En 1939, c\u2019étaient les riches qui payaient l\u2019impôt; en I960, ce sont les classes moyennes, et plutôt ceux de la petite moyenne que de la grande.Avant la guerre, en effet, 76.5% de l\u2019impôt sur le revenu était payé par les personnes gagnant plus de $10,000; aujourd\u2019hui, tout au contraire, 66.6% des impôts portent sur les personnes gagnant moins de $10,000.Dans ces vingt années, il s\u2019est donc produit un renversement complet.Le renversement est, en fait, encore plus dramatique qu\u2019il ne le paraît à ces chiffres; car entre temps, la valeur de l\u2019argent a considérablement changé, et les $10,000 de I960 ne sont pas équivalents aux $10.000 de 1939.En réalité, ils n\u2019en valent plus guère que $4,000 de 1939.Par suite, il faut dire que la classe qui payait seulement 8.5% de l\u2019impôt ($4,000 et moins de revenus en 1939) en paie aujourd\u2019hui 66.6%; et les riches \u2014 si l\u2019on peut qualifier de tels, pour les fins du raisonnement, ceux qui gagnent aujourd\u2019hui autour de $10,000 à $15,000 \u2014- qui payaient 91.5% de l\u2019impôt en 1939, n'en paient plus que 33.4%.Si, pour être plus exact, nous situons le commencement de la richesse au seuil de $10.000 en 1939, équivalant à $25,000 aujourd\u2019hui, nous avons alors des pourcentages respectifs de 76.5% en 1939 et de 14.5% en 1958.On dira : Mais cela démontre tout le contraire de ce que vous prétendez.Les riches ne payent plus autant LES ÉVÉNEMENTS 487 qu\u2019en 1939; taxons-les davantage.\u2014 Malheureusement, l\u2019objection n\u2019est plus valable, parce que les riches ne pourraient plus payer un tel pourcentage de l'impôt au niveau actuel des dépenses d\u2019Etat.Ce n\u2019est pas parce que nous avons eu des gouvernements anti-sociaux que les changements décrits ci-dessus se sont produits; mais bien parce que les ressources des riches avaient été épuisées, et que pour faire face aux dépenses croissantes de l\u2019État, il a fallu aller puiser dans des bourses plus modestes en réduisant les exemptions.Car les taux sont certainement à un maximum pour les revenus élevés.En 1939, avec des exemptions beaucoup plus généreuses à la base, il fallait attendre la tranche taxable de $50,000 pour arriver à un taux d'imposition de 30%; celle de $300,000 pour un taux de 50%; et le maximum de 56% ne s\u2019appliquait qu\u2019à partir de la tranche de $500,000.En 1959, malgré des exemptions moins généreuses, le taux de 30% frappe la tranche de $10,000, celui de 50% la tranche de $40,000, et le maximum de 79% est appliqué à partir de la tranche de $400,000.Toutefois, même ces taux considérables n\u2019impressionneront peut-être pas les pauvres en raison de l\u2019importance du revenu considéré.Après un dégrèvement de 80%, on estimera que le riche devrait être encore heureux de toucher un résidu qui, en s\u2019exprimant tout de même par des dizaines de milliers de dollars, représente au delà du revenu total de bien des gens relativement à l\u2019aise.Pour mesurer la situation, il faut donc se tourner ici vers une nouvelle perspective.Il faut se demander : \"Qu\u2019est-ce que ça donnerait, par exemple, si on adoptait la mesure radicale de taxer à 100% toutes les tranches de revenu taxable supérieures à $50,000 ?\" Eh bien ! en supposant que les intéressés se donneraient encore la 488 ACTION NATIONALE peine de travailler pour gagner ces revenus, l\u2019État, à l échelle du Canada tout entier, n'en retirerait guère plus de $100,000,000.Si, pour être plus raisonnable, il se contentait d accroître de moitié le taux moyen de 41% qui frappe actuellement les revenus de $50,000 et plus, pour le porter à 60%, cela ne lui vaudrait que $41,000,000 pour l\u2019ensemble du Canada.L argent, quoi qu\u2019on en dise, n\u2019est plus chez les riches.Toutes les dépenses de sécurité sociale que l\u2019on pourra imaginer ne peuvent plus aujourd'hui être payées que très faiblement par ceux qui gagnent plus de $50,000; elles ne peuvent, pour des raisons identiques, retomber que faiblement sur ceux qui gagnent entre $25,000 et $50,000.Ce sont ceux qui gagnent entre $5,000 et $25,000 qui devront en porter surtout le poids, et tout spécialement ceux qui gagnent de $5,000 à $15,000.En somme, il ne sert plus de rien à la classe moyenne de se faire des illusions.Elle devra payer, et à peu près elle seule, pour toutes les dépenses sociales qu'elle demandera à l\u2019État d\u2019assumer.Elle devra payer non seulement sa part à elle, mais aussi celle des plus pauvres.Elle n'en sera donc jamais soulagée, mais davantage accablée.Si c\u2019est par esprit de charité que tant de gens de la classe moyenne réclament à grands cris plus de sécurité sociale étatique, c\u2019est sans doute merveilleux ! Si c\u2019est parce qu\u2019elle escompte un soulagement par les gratuités (sic) d\u2019État, elle se prépare plus de désillusions pour demain.Il vaudrait mieux qu\u2019elle en prenne conscience, et qu\u2019elle cherche dans des formules plus économiques que les formules étatiques, toujours coûteuses, la solution de ses problèmes.F.-A.A. TABLE DES MATIERES Éditorial La Commission royale d\u2019enquête sur les publications 401 Victor Barbeau La réalité épicière .409 Jean-Yves G renon Secrétaire d'ambassade .420 Guillaume Un tel De quoi ont-ils peur ?.434 Albert Lévesque La révolution nationaliste au pays de Québec .443 Paul-Émile Gingras Les professeurs : problème de quantité et de qualité .\t461 Jacques Poisson Il Fratello .466 François-Albert Angers Les événements : Conférence interprovinciale Erreur fondamentale Les tristesses du mois Une leçon par les manufacturiers canadiens La fin des illusions .470 Hommages aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE LA.4-1167\t3605, Ontario est, Montréal VOYAGES 1 - Les Anciens Normaliens En bateau: 28 juin - 5 sept.$1097.TOUT COMPRIS 12 pays Hollande, Belgique, la Suisse, Allemagne, Italie, le Vatican, San-Marino, Monaco, la France, Espagne, Andore, l'Angleterre.11- En Terre-Sainte avec les Chevaliers du St-Sépulcre En avion: 26 mars - 14 avril $998.TOUT COMPRIS Lisbonne, Fatima, Rome, Vatican, le Caire, la Terre-Sainte (Liban, Syrie, Israël, Jordanie), Paris.Pour toutes informations, s'adresser à : G.BELLEFLEUR.3973 Mentana, Mtl - LA.3-2583 LAMARRE ET FRÈRES LÉOPOLD LAMARRE, président Spécialistes en meubles, accessoires électriques, tapis, prélarts, T.V., Hi-Fi.3723 ouest, rue Notre-Dame, Montréal\tWE.5-4681 CHAMPION TIRE CHAIN CO.LTD.LÉO DESCOTEAUX gérant général 2457, rue Des Carrières\tCRescent 1-6711 TOITURES PERMANENTES ENRG.Couvertures en gravois \u2014 Ferblanterie ATELIER : 2525-A, est, rue Jean-Talon\t**RA.2-9121 A.B.C.TOOL & DIE CO.LÉO DESCOTEAUX gérant général 2381, rue Des Carrières, Montréal 36\tTél.: CR.9-7333 Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS - GATEAUX - TARTES R.GARON CL 9-9839 G.VÉZINA RA.2-8534 7710, bout.Prévost GARON & VÉZINA Latte Métallique Ville d'Anjou, Qué.COMPTOIR LAITIER \"La P'tite Vache\" Endroit idéal pour se reposer.Repas complets, repas légers.Variété de Produits Laitiers.Fromage en grains de la P'tite Vache.Grondines J.-D.THIBAULT, Propriétaire Comté de Portneuf, Qué.Roch Grenache CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL GRENACHE INC.Bureau: 1504, rue Davidson LA.6-7771 LES AMIS DE LA REVUE LA MACHINERIE TROTTIER Enr.St-Casimir \u2022\tCté Portneuf.P.Q.\tCR.1-6093 ERNEST PALANGE.O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est \u2022\tUN.6-5818\tADRIEN COURVILLE (Courville & Fils) Manufacturier de fourrure en gros 418, rue St-Sulpice, Montréal \u2022\tAV.8-7474 MICHAUD TIRE SERVICE LTD.533, 1ère avenue \u2022\tQuébec\tFlorent-G.Gauvin, Enrg.CONFECTION POUR ENFANTS de la naissance à 16 ans \u2022\tLA.2-6688 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis a Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec\tDON D UN AMI Avec les compliments de LaBanque Provinciale duCanada Votre partenaire petit train va loin.o-VV ©0® .LA PETITE ÉPARGUE AUSSI OUVREZ UN COMPTE A LA Banque Canadienne Nationale 595 bureaux au Canada ïia i>auti?garîïp ACTIF ASSURANCES EN VIGUEUR PROTÉGEANT $40,000,000 $200,000,000 111,000 assurés Ce sera un titre de gloire pour LA SAUVEGARDE que d\u2019avoir été la première compagnie canadienne-française à s\u2019aventurer sur un terrain qui semblait jusqu\u2019alors réservé à d\u2019autres.Durant longtemps, elle fut la seule, mais ses succès encouragèrent les initiatives et facilitèrent la naissance des compagnies canadiennes-françaises fondées au cours des dernières années et auxquelles nous souhaitons le plus grand succès.P«rr« D.M ara!» Impriniir GrMt«r/jTÿ'\\Printer Engrtoir Lithographing!/ Lithographer "]
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