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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1962-04, Collections de BAnQ.

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[" ACTION nationale Éditorial François-Albert Angers Richard Arès Michel Brochu Jacques Poisson Archélas Roy Les minorités et le séparatisme Nos coopératives d'électricité La Conférence canadienne sur l'éducation et le \"Montreal Star\" Bilinguisme comparé Nos douze quotidiens et les agences d'information À quand vos excuses, messieurs?- Il L'observateur en orbite Les facéties du mois CHRONIQUES LES LIVRES par Dominique Beaudin LA LANGUE par Jacques Poisson LES ÉVÉNEMENTS par Auguste Potvin François-Albert Angers CORRESPONDANCE VOLUME Ll, NUMÉRO 8 « Convergences » et divergences La soirée du hockey Ignorance ou mauvaise foi ?L'homme de science A tout seigneur tout honneur A qui appartient le Québec ?Que font les Canadiens français à la CNUCC ?Allons-nous céder ou virer en U ?Témoignage autorisé Cléricalisme Masochisme clérical MONTRÉAL\t\u2014 AVRIL 1962 CINQUANTE SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTEUR INTÉRIMAIRE : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS COMITÉ DE RÉDACTION : DOMINIQUE BEAUDIN, PATRICK ALLEN ARCHÉLAS ROY et JEAN GENEST ADMINISTRATION : M.DOMINIQUE BEAUDIN C.P.189, STATION N MONTRÉAL RÉDACTION: 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal ABONNEMENT : $5,00 par année.De soutien : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers I er VICE-PRÉSIDENT : M.André Laurendeau 2e VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult SECRÉTAIRE : M.Dominique Beaudin TRÉSORIER : M.Paul-Émile Gingras DIRECTEURS: M.le Chanoine Lionel Groulx, R.P.J.-P.Archambault, s.J., Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, C.-E.Couture, R.P.Richard Arès, s.J., Rodolphe Laplante, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Roland Parenteau, Jean Genest.Où trouver L'Action Nationale?\t A MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Catherîne Librairie Dèom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denîs Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Catherine A QUÉBEC :\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l\u2019Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 1111, rue Saint-Jean A OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau Auforisè comme envoi posial de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 210 ouest, boul.Crémaxie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) LA CIE F.-X.DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont, Québec LABONTÉ, LANDES, GROULX et LABONTÉ Notaires 3677, rue Adam Montréal LA.6-5517 Bijouterie D'orsay Ltée Importateur et tailleur de diamants Ro%er Journault, prés.402 est, rue St-Zotîque Montréal - CR.9-4526 SERVICE DE PNEUS Rechapage et Vulcanisation Accumulateurs \u2014 Alignement de roues Eugène Turcotte 1871, rue DeLorimier Président\tLA.4-11 77 André Trudeau directeur-gérant LES AMIS DE LA REVUE LUCIEN BOULET, a.p.a.Auditeur public accrédité 1660, rue Hélène Boulé, Québec Tél.Bur.: MU.1-4841 .\tRés.: MU.3-4853\tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien \u2022\tBur.: RA.2-2678 AIMÉ GALARNEAU & Cie Comptables Agréés 237 ouest, boul.Saint-Joseph \u2022\tMontréal \u2014¦ CR.4-2534*\tANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38\u2014RA.2-1627 GABRIEL MILLER, Entrepreneur Electricité et plomberie 2290, 4e avenue, Québec \u2022\tTél.: 523-9107\tMarin Du Mitsnil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 PHARMACIE MICHON 1361 est, rue Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022\tRoland Michon, Pharmacien\t \tLAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE.9-1748 TESSO ELECTRIC REG'D.(Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505\t \tDORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 MAXIME Ltée 4140, rue St-Denis, Montréal 18 NETTOYEURS\tVI.4-1158 \u2022\tVI.4-3619\t \tBOURBONNAIS & PÉPIN QUINCAILLERIE EN GROS 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995 DENIS, Arcadius AVOCAT 86 nord, rue Wellington \u2022\tSherbrooke, Qué.- Tél.2-4793\t \tWE.2-4955 ROLLAND GIROUX BRÛLEURS A L\u2019HUILE 2031, rue Saint-Antoine \u2022\tMontréal THERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768\t PAUL COULOMBE INC.Chauffage à l'huile et au gaz Air chaud \u2014 eau chaude 3338, rue Bélair, Montréal 38 \u2022\tRA.2-8741-8246\tSÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726, rue St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 Huile \"TERO\" Enrg.Huile à chauffage Charles et Pierre Vincent, Montréal \u2022\t1690, rue Gilford \u2014 LA.6-3379\tLA MACHINERIE TROTTIER Enr.St-Casimîr \u2022\tCté Portneuf, P.Q./^OMPONHOÏÎG inc.J.BRASSARD, prés.256 est, rue Ste-Catherine, Mtl\tROBILLARD, Michel NOTAIRE 934 est, rue Ste-Catherine °\t849-9663 Pépinière ' Côte-de-Liesse ' Inc.Fernand Bêlisle 200, Côte-de-Liesse \u2022\tMont-Royal - RE.8-1517\tCR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal \t LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022\tdes Trois-Rivières\tADRIEN COURVILLE (Courville & Fils) Manufacturier de fourrure en gros 418, rue St-Sulpice, Montréal \u2022\tAV.8-7474 BERNARD BENOÎT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, rue Notre-Dame \u2022\tPte-aux-Trembles\u2014 Ml.5-5159\tINVITEZ VOS AMIS À JOINDRE VOS RANGS ICI G.-E.HOUDE MONTREAL OXYGENE ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957\t Toitures Permanentes Enrg.Couvertures en gravois - Ferblanterie **RA.2-9121 \u2022\t2525-A est, rue Jean-Talon\t \t LAMARRE ET FRÈRES LÉOPOLD LAMARRE, président Spécialistes en meubles, accessoires électriques, tapis, prélarts, T.V., Hi-Fi.3723 ouest, rue Notre-Dame, Montréal\tWE.5-4681\t ÉPARGNER .c'est bien.c'est mieux/ P| LES PLACEMENTS 1 COLLECTIFS INC.vous aident à mieux investir! BUREAUX À: MONTRÉAL.QUÉBEC, ST-HYACINTHE, ST-JÉRÔME.SHERBROOKE, TROIS-RIVIÈRES.33 L\u2019ACTIUN NATIONALE Vol.Ll, Numéro 8\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 Avril 1962 Éditorial LES MINORITÉS ET LE SÉPARATISME Les minorités françaises des autres provinces n'aiment pas les séparatistes.Et leurs représentants ne manquent guère d'occasion de dénoncer ce mouvement.Encore récemment, Me Adélard Savoie de Moncton s'en ouvrait devant l'assemblée annuelle de la Société Richelieu.II l'a fait délicatement, mais ceux qu'ils visaient étaient assez clairement définis pour qu'il n'y ait pas à se tromper.Dans l'éventualité de l'indépendance québécoise, a-t-il dit, « nous resterons, dans le contexte canadien, les seuls dépositaires de l'héritage français avec mission de le défendre et de le promouvoir.Je vous avoue franchement que la perspective a pour nous quelque chose de terriblement angoissant, car nous croyons la tâche au-dessus de nos forces.» « Nous n'adressons pas de reproches et nous ne blâmons personne, a-t-il continué.Les tracasseries, les frustations, les mesquineries qui ont provoqué cette réaction extrémiste, nous les avons aussi connues, mais malgré tout, nous espérons que l'on arrivera à d'autres solutions, que l'on trouvera d'autres moyens, afin d'éviter ce qui serait pour nous et aussi pour tout le Canada une épreuve excessivement pénible, voire même un désastre.» Or, n'y a-t-il pas lieu de demander aux représentants de nos minorités s'ils n'ont pas leur part de res- 646 ACTION NATIONALE ponsabilité dans les progrès de l'esprit séparatiste ?Et s'ils n'ont pas eux aussi leurs devoirs envers ce Québec auquel ils disent tant tenir ?Tout d'abord, je ne veux nullement faire appel à leur «éternelle reconnaissance» envers un Québec qui, pour dire toute la vérité, ne s'est pas pour la peine occupé d'eux, du moins sûrement pas dans la mesure de ses moyens et de l'intelligence qu'il aurait dû avoir de leurs problèmes.Le Québec n'a pas rien fait pour les minorités françaises des autres provinces; mais ce qu'il a fait en regard de ce qu'il aurait pu aisément faire, avec un sens plus aigu de ses propres besoins, me paraît infime.Mais comme nous ne nous occupions même pas convenablement de nos propres problèmes, il aurait été plutôt surprenant que nous ayons le sens de nos prolongements à l'extérieur de la Province.Il n'y a pas eu, de la part des Canadiens français du Québec, égoïsme ou négligence proprement dite; il y a eu surtout ignorance et inconscience engendrées par toutes les forces intérieures et extérieures qui concouraient à notre destruction, à notre assimilation.Donc, que la question soit bien placée : il ne s'agit pas de déplorer et de dénoncer une ingratitude.Il s'agit plutôt de mettre à nu, chez les minorités, une inconscience parente de la nôtre.Et de le faire dans l'intérêt même de ceux-là qui tiennent à la survivance française ailleurs que dans le Québec.De la même façon que ce n'est pas parce que la France nous a soutenus que nous sommes restés français, ce n'est pas à cause du soutien du Québec que les minorités veulent rester françaises.Mais \u2014 et c'est ce que M.Savoie nous dit \u2014 pour le rester, elles ont besoin du Québec, en- ÉDITORIAL 647 core plus, plus immédiatement en tout cas, que nous n'avons besoin de la France.Car, mutatis mutandis, sans l'existence de la France, sans la fidélité à une culture française qui s'élabore et fleurit en France, que serions-nous ?Que serions-nous aujourd'hui, si, il y a un demi-siècle, la France avait sombré dans une assimilation quelconque ?Or, justement, s'il y a actuellement des mouvements séparatistes de plus en plus puissants, de plus en plus sérieux et de plus en plus pris au sérieux dans le Québec, il faut l'attribuer sans aucun doute à la faillite de la Confédération.Il faut l'expliquer en grande partie par le renversement des tendances qui se sont produites, à l'intérieur du cadre confédéral, entre 1940 et 1950, alors qu'il devint évident que le Canada anglais refusait de respecter l'équilibre politique constitutionnel de 1867, et de chercher ailleurs que dans la centralisation des pouvoirs fiscaux, sociaux et économiques \u2014 avec au surplus un œil sur l'éducation \u2014 la solution des problèmes canadiens.Pour le Québec cela signifiait \u2014 a signifié en fait \u2014 la perte d'une grande partie des libertés qui lui avaient été concédées en 1867; cela voulait dire l'intégration, qu'on voulait rendre «lucide», dans le grand tout canadien; la réduction au régime de minorité \u2014 dont nos minorités connaissaient pourtant tout le poids de servitude \u2014 du noyau central francophone qui avait réussi, après cent ans de lutte, à se faire reconnaître un champ de liberté, un domaine majoritaire.A cette époque cruciale, quelle attitude ont prise nos minorités ?Si vraiment le Québec leur est nécessaire pour survivre, c'est sur un Québec vivant, libre, 648 ACTION NATIONALE rayonnant qu elles auraient dû vouloir s'appuyer.Un Québec réduit au rang de minorité, entravé dans ses possibilités d'épanouissement par un ensemble d institutions inspirées par la majorité anglo-canadienne, aurait dû leur paraître, comme à nous, le plus grand de tous les désastres.Elles auraient dû se faire, dans le reste du pays, les défenseurs du Québec, les interprètes d'une pensée française vraie, totale, complète, et non pas seulement d'un droit d'apprendre la langue française dans des écoles bilingues.Nous aurions voulu qu'elles nous aiment assez pour nous vouloir libres et grands, même au prix de quelques sacrifices de leur part.Non seulement par pure bonté d'ailleurs; mais surtout par compréhension du fait qu'un Québec fort dans la Confédération constitue probablement pour elles la seule planche de salut.Au lieu de cela, elles ont plutôt pris le parti de nos adversaires.Elles se sont volontiers faits les avocates de l'aide fédérale d'une façon générale, et tout spécialement dans le domaine le plus critique : celui de l'éducation.Et cela parce qu'elles y voyaient l'occasion pour eux d'en retirer certains avantages immédiats.Elles se sont donc jointes aux politiciens qui nous trahissaient pour leur apporter l'appui de leurs arguments et de leurs votes.Encore aujourd'hui, on trouve plusieurs de leurs représentants les plus autorisés travaillant en intime collaboration avec les officines centralisantes d'Ottawa ou servant d'otage dans des associations pan-canadiennes qui les mettent à l'honneur.On comprend alors certaines réactions séparatistes à leur égard.Les séparatistes sont nos pessimistes \u2014 et leur nombre grandit chez nous, ce qui est tout de ÉDITORIAL 649 même le signe de quelque chose.À leur point de vue, la civilisation française au Canada est en train de couler à pic si, d'ici moins de dix ans, quelque chose de sensationnel ne se produit pas pour desserrer l'étreinte dans laquelle nous ont enfermés les politiques centralisatrices du dernier quart de siècle.Je veux croire qu'ils exagèrent, mais je ne suis pas prêt à considérer leurs exagérations comme grossières.Je leur reconnais le droit \u2014 parce que les faits sont là \u2014 de dire à ceux de notre génération \u2014 qui ont repoussé la tentation séparatiste d'après la première grande Guerre \u2014 que notre position n'a pas progressé depuis dans la Confédération, qu elle s'est au contraire assez considérablement détériorée dans les faits, en dépit des progrès qu'on prétend découvrir dans les esprits.En telle conjoncture, nos minorités leur apparaissent comme le noyé qui, au lieu de faire confiance à son sauveteur, s'agrippe à lui; ils se disent : Ou bien nous leur donnons le coup de genou au ventre qui va les obliger à lâcher prise, ou bien nous coulons avec eux.C'est aussi brutal, mais aussi simple que cela.Si, par suite, les minorités tiennent à ce que le Québec reste et veuille rester dans la Confédération, elles ont leur part de travail à faire.Elles ont sûrement, et tout d'abord, à se rallier au Québec, aux points de vue du Québec, à la défense de l'autonomie du Québec et même de son élargissement au besoin, même au prix de certains sacrifices apparents et immédiats pour eux.Car ces victoires du Québec, ce seront leurs victoires en définitive.Ce sont les victoires du Québec \u2014 et non pas ses défaites \u2014 qui rejailliront ensuite sur elles en prestige vis-à-vis de leurs compatriotes anglophones, 650 ACTION NATIONALE en nécessité de leur reconnaître des libertés dont le refus deviendra d'autant plus odieux que le Québec sera davantage respecté, qu'il sera davantage vivant et dynamique.Autrement dit, il faut qu'il existe tout d'abord une unité du Canada français.Et dans cette unité, la vie et le dynamisme du noyau central constitue la clef de tout le reste.Que nos minorités le comprennent, qu'elles nous en apportent le témoignage, puis l'appui total qu'il implique, et bien des choses pourront changer au Canada.Le directeur \u2022 ATTENTION \u2022 NOUVELLE ADRESSE DE L ADMINISTRATION : M.DOMINIQUE BEAUDIN, CASIER POSTAL 189, Station N, Montréal Adressez là toute correspondance autre que les articles pour la rédaction NOS COOPÉRATIVES D ÉLECTRICITÉ DOIVENT-ELLES S'ENLISER ET DISPARAÎTRE?par Jrançoii-\u20144(bert ~Àn yen Lorsqu\u2019en 1944, le gouvernement Godbout étatisa la Montreal Light, Heat & Power, pour en faire l\u2019Hydro-Québec, je posais, après avoir constaté que les abus financiers de cette entreprise justifiaient amplement l\u2019intervention gouvernementale, la question fondamentale de savoir si, avant de décider l\u2019étatisation, on avait bien étudié les autres possibilités de solution.(L\u2019Actualité économique, avril 1944).Ma réponse était non.Et parmi mes réponses aux arguments contraires, j\u2019écrivais le paragraphe suivant : « Quant à vouloir justifier l\u2019étatisation par l\u2019affirmation qu\u2019une forme particulière de lutte contre les trusts ¦\u2014 la coopérative \u2014 ne serait pas possible dans le cas de l\u2019électricité, c\u2019est en vérité se raccrocher à une raison plutôt faible.(.) En fait, rien ne serait plus facile, avec l\u2019intervention appropriée de l\u2019Etat, de transformer une entreprise comme la Montreal Light, Heat selon la formule coopérative de telle façon que les profits, avec rémunération fixe du capital assaini et transformé en obligations, soient répartis entre les usagers, qui pourraient être mués en actionnaires ou sociétaires par une mise de capital faible.Au surplus, il ne faudrait pas bien des années, avec une politique appropriée toujours, pour couvrir toute la Province de petites coopératives de distribution d\u2019électricité dont la fédération permettrait d\u2019envisager leur achat des entreprises de production.» En conséquence, je proposais que la loi de l\u2019Hydro soit modifiée pour prendre l\u2019allure d\u2019une loi qui, à l\u2019idée d\u2019expropriation par le gouvernement pour fin d\u2019exploitation étatique, substituerait celle « d\u2019expropriation pour réorganisation de l\u2019entreprise après évaluation de son actif à la valeur réelle », et cela en fonction des règles suivantes : « (a) transformer le capital-action actuel, avec les rajustements rendus nécessaires par Y évaporation du capital fictif, 652 ACTION NATIONALE en des obligations d'un rang inférieur aux obligations actuelles, donc en titres de créance à intérêt fixe; (b)\tremettre la propriété de l\u2019entreprise aux usagers (particuliers ou industriels) par souscription d\u2019un montant faible ou même par transformation à cet effet du dépôt actuellement aux mains de la Compagnie si des considérations techniques n\u2019en rendent pas le maintien absolument nécessaire; (c)\tétablir cette propriété sur la base coopérative, avec le système d\u2019 «un homme, un vote » et de la ristourne des bénéfices en fonction de la consommation; (d)\tassurer la bonne mise en opération de l\u2019affaire en conférant un contrôle direct décroissant à la Commission hydro-électrique sur l\u2019entreprise, par le droit de désigner 10 administrateurs sur 12 pour la première année d\u2019exploitation selon cette modalité, avec suppression graduelle de ce droit en dix ans en raison d\u2019un administrateur par année auquel serait substitué un administrateur élu par l\u2019assemblée générale.» Et j\u2019ajoutais : « On notera au surplus que du fait de cette transformation de l\u2019entreprise se trouve réglé le fameux problème des taxes, puisque les organisations coopératives ne sont pas assujetties à l\u2019impôt sur le revenu » sur les revenus nets ristournés.Restait la partie la plus difficile : l\u2019électrification rurale, dont le caractère déficitaire, disait-on, rendait difficile la solution du problème sans une étatisation globale.Comment résoudre le problème sans étatisation, disais-je : « Par le recours à l\u2019organisation coopérative.A toute organisation de ce genre comprenant une proportion donnée des cultivateurs d\u2019une paroisse ou d\u2019un rang inaccessible à l\u2019initiative privée, la Commission serait autorisée à fournir un réseau de distribution le raccordant au réseau privé organisé.La Commission construirait le réseau à ses frais et le revendrait ensuite à la coopérative, payable en 40 ans, à un prix compatible avec l\u2019exploitation de l\u2019entreprise sur la base de taux convenables; le reste du coût serait absorbé par le trésor public, exactement comme le trésor public absorbe le déficit des écoles spécialisées auxquelles des élèves contribuent leur part, mais qui ne font pas leurs frais.» NOS COOPÉRATIVES D\u2019ÉLECTRICITÉ 653 Naturellement, on trouva ces idées peu pratiques à l\u2019époque.Comme aujourd\u2019hui, on me prétendait rêveur, car c\u2019est l\u2019étatisation qu\u2019on voulait, et rien d\u2019autre, a priori, ne pouvait être bon.J\u2019avais caractérisé l\u2019esprit du temps par le texte du Graduel de la messe du dimanche des Rameaux : «.leurs pieds ont comme chancelé, et leurs pas ont presque dévié parce qu'ils étaient indignés contre les méchants en voyant leur bonheur.» En style d\u2019aujourd\u2019hui, nous avons toujours nos « angry boys » que seule l\u2019étatisation contente dans leur idéologie vengeresse, parce que c\u2019est la seule sorte de torture, d\u2019humiliation, qui leur paraisse convenir à leurs haines anticapitalistes.J\u2019ignorais, à ce moment-là, que les idées que je suggérais étaient, en somme, l\u2019équivalent de la Rural Electrification Administration, lancée par Roosevelt en 1935.En fait, cette REA fut d\u2019abord une initiative gouvernementale se proposant surtout de subventionner l\u2019entreprise privée du territoire américain.Mais devant la mauvaise volonté des compagnies, le gouvernement américain avait décidé, dès l\u2019année suivante, de s\u2019appuyer sur le développement de coopératives d\u2019électricité pour réaliser son programme.De toute façon, en 1944, les progrès n\u2019étaient pas assez sensibles pour que le fait d\u2019en prendre acte eût pu désarmer le manque de vision d\u2019esprits pleins de préjugés, prenant l\u2019attitude de considérer comme impensable qu\u2019une semence puisse jamais devenir un arbre.Pendant ce temps, notre Hydro, dont on vante le succès si parfait, s\u2019était constituée sans dégonfler le capital mouillé, donc en laissant à la charge des consommateurs les excès de la compagnie pour la correction desquels on prétendait faire l\u2019étatisation.Les grandes réductions de 654 ACTION NATIONALE taux annoncées n'eurent pas lieu.Et les journaux mêmes qui ne cessaient de réclamer plus d\u2019étatisation ne trouvaient plus assez de pages pour dénoncer tout le gaspillage politique, tout le patronage, qui élevait le coût des constructions de barrage (cas Bersimis) et remplaçait tout simplement le « mouillage » des compagnies, aboutissant au même résultat d'une façon plus irrémédiable encore : surcharger les taux par un coût excessif des investissements.Il faut dire que la défaite, dans la même année, du gouvernement qui avait fait l\u2019étatisation, nous valut l\u2019une des plus belles lois sociales du régime Duplessis.Sans revenir malheureusement sur l\u2019étatisation pour y inclure les correctifs que j\u2019avais proposés relativement à l\u2019évolution de la distribution coopérative de l\u2019électricité à Montréal, le nouveau gouvernement arrêtait le processus d\u2019électrification rurale étatisée prévu par la loi Godbout.Il y substituait « la loi pour favoriser l\u2019électrification rurale par l\u2019entremise des coopératives d\u2019électricité».Cette loi a créé notre Office d\u2019électrification rurale, selon une formule un peu différente de celle que j\u2019avais proposée, mais fondamentalement équivalente.Au lieu de construire lui-même les lignes pour revente aux coopératives, l\u2019Office était autorisé à prêter aux coopératives jusqu\u2019à concurrence de 75% des fonds nécessaires pour les investissements, et à leur assurer gratuitement les concours juridiques et techniques nécessaires.Les coopératives étaient autorisées non seulement à s\u2019organiser pour distribuer l\u2019électricité, mais aussi bien à acquérir des chutes d\u2019eau, et à les mettre en exploitation.Avec l\u2019autorisation de l\u2019Office, les coopératives pouvaient aller jusqu\u2019à procéder par voie d\u2019expropriation pour acquérir les biens nécessaires à leur exploitation, ce qui, interprété large- NOS COOPÉRATIVES D'ÉLECTRICITÉ 655 ment, pouvait aller très loin.Toutefois, tous ces pouvoirs et privilèges étaient limités à des coopératives constituées dans ces municipalités rurales ou à des municipalités de cités ou villes contiguës, ayant moins de 5,000 âmes, sur permission spéciale du gouvernement.Le défaut principal que je voyais à cette loi, prise par elle-même à l\u2019époque, c\u2019est qu\u2019elle ne prévoyait pas, comme le plan que j'avais proposé, un dégrèvement possible ou une égalisation des taux.Chaque coopérative aurait ses propres taux, déterminés par les difficultés du terrain et la densité de la clientèle au mille.Loin de se révéler les initiatives insignifiantes que d\u2019aucuns prétendaient être le destin fatal de coopératives d\u2019électricité, les nouvelles organisations, pourtant limitées dans des territoires ruraux, se révélèrent si dynamiques au départ que les compagnies ne prirent apparemment pas de chance, et qu\u2019un gouvernement encore trop faible devant elles jugea préférable d\u2019amender la loi pour leur rogner tout de suite les ailes.Pour empêcher la fusion qui pourrait conduire à de trop puissantes coopératives, le gouvernement fit amender la loi dès l\u2019année suivante pour empêcher qu\u2019une coopérative puisse s\u2019étendre à plus de quatre districts électoraux adjacents.Et la rumeur veut que l\u2019intention du gouvernement était de les limiter à deux districts adjacents, mais qu\u2019il en fut empêché parce que déjà des initiatives étendues à plus de deux districts auraient dû être défaites.Et au ministère on fit comprendre aux intéressés qu\u2019il ne serait pas très bien vu qu\u2019ils utilisent les pouvoirs prévus par la loi pour la constitution d\u2019une fédération des coopératives d\u2019électricité.Inutile de dire quelles ne reçurent aucun encourage- 65 6 ACTION NATIONALE ment à se servir du par.b) de l\u2019article 32, qui leur permet « d\u2019acquérir par voie d\u2019expropriation.les barrages, chutes, rapides et pouvoirs hydrauliques, usines, établissements et centrales électriques, lignes de transmission primaires et secondaires, lignes de distribution ainsi que toutes machineries et accessoires s\u2019y rapportant ».Ni que l\u2019Office aurait difficilement pu envisager de se servir du par.c de l\u2019article 12 pour leur prêter 75% des fonds requis à cette fin.Or, en dépit de ces obstacles, nos coopératives d\u2019électricité ont grandi, et on peut le dire, accompli des merveilles dans les circonstances difficiles où elles ont dû fonctionner.Car, M.Jules Thibault le rappelait dans l'article que XAction Nationale publiait le mois dernier, les compagnies, instruites par l\u2019expérience américaine, leur ont fait la même guerre qu\u2019aux coopératives américaines, avec plus de raffinement encore.Elles réussirent à faire triompher, auprès du gouvernement du temps, l\u2019idée que des coopératives \u2014 qui sont pourtant une des formes les plus authentiques de l\u2019initiative privée \u2014 devaient être traitées comme des entreprises d\u2019État, c\u2019est-à-dire être reléguée aux secteurs non rentables de l\u2019exploitation hydro-électrique, afin d\u2019en soulager les compagnies1.En fait, c\u2019eût été le devoir de l\u2019État de faciliter 1.A l\u2019heure actuelle dans la Province, on entend souvent de« gens dire, et on lit souvent dans les journaux \u2014 d\u2019ailleurs des ministres même du gouvernement s\u2019en font argument \u2014 qu\u2019il y aurait scandale à laisser des entreprises d\u2019Etat \u2014 l\u2019Hydro-Québec en l\u2019occurrence quand il s\u2019agit d\u2019électricité \u2014 se confiner dans les secteurs non rentables.Que c\u2019est là une outrageante attitude de favoritisme à l\u2019égard des intérêts capitalistes.On surprend ainsi la bonne foi des gens en leur présentant, sous l\u2019égide du bon sens, une thèse qui n\u2019en a aucun.Il y a, en effet, d\u2019impliqué ici, non pas une question de sens commun mais une thèse fondamentale de philosophie sociale. NOS COOPÉRATIVES D'ÉLECTRICITÉ 657 aux coopératives leur développement en connirrence avec l'entreprise privée du type capitaliste, partout où il devenait prouvé que les usagers désiraient vraiment s'organiser en coopérative et n\u2019en étaient empêchés que par des difficultés techniques dues à l\u2019avance prise par les compagnies.Abandonnées à elles-mêmes ailleurs que dans les secteurs où les compagnies ne désiraient pas aller, entravées dans leur développement par la construction de lignes de nuisance construites par les compagnies pour leur Ce raisonnement n\u2019est, en effet, admissible qu\u2019en fonction de la forme de théorie socialiste la plus condamnable, celle qui considère qu\u2019en définitive seul l'Etat peut être un patron convenable en matière d\u2019organisation économique, qu\u2019il doit par conséquent pouvoir conserver au moins l\u2019entreprise privée.Si l\u2019on part, au contraire, d\u2019une doctrine sociale que nous devrions mieux connaître, parce qu\u2019elle est celle que nous prétendons professer, le meilleur patron n\u2019est et ne saurait être l\u2019Etat que par exception, et quand il n'y a pas moyen d'en trouver un autre.Dans cette doctrine sociale, en effet, l\u2019économique de soi n\u2019est pas fonction d'Etat, mais relève de l\u2019initiative privée et des associations qu\u2019elle peut engendrer pour mieux atteindre à l\u2019efficacité économique et sociale, tout à la fois.Le rôle de l\u2019Etat sur ce plan est d\u2019intervenir comme collectivité supérieure, suprême même, qui ne doit vraiment assumer la fonction économique proproment dite que dans la mesure où les forces individuelles ou les collectivités inférieures ne le peuvent pas.Le contraire, a-t-il été dit et redit, constitue un désordre moral grave.En conséquence, il est normal que l\u2019initiative privée soit, en général, et au besoin avec les appuis nécessaire de 1 Etat, reconnue comme responsable de toutes les activités rentables, et qui doivent rester rentables.Et il est dans l\u2019ordre que l\u2019Etat ne se charge que de celles de ces activités qui, n\u2019étant pas rentables, seront nécessairement négligées par l\u2019initiative privée.Dans ce dernier cas, d\u2019ailleurs, si des formes d\u2019organisation comme les coopératives peuvent assumer les entreprises non rentables, dussent-elles obtenir l\u2019appui de l\u2019Etat pour pouvoir fonctionner en concurrence avec le secteur capitaliste, cette solution doit être préférée à l\u2019étatisation.Et d\u2019autant plus qu\u2019étant le développement économique par les usagers eux-mêmes les scrupules que l\u2019Etat peut à bon droit avoir quand il aide une entreprise travaillant pour le profit disparaissent automatiquement là où il n\u2019est plus question que de service à la collectivité. 658 ACTION NATIONALE rendre un développement équilibré impossible, les coopératives furent, dans leur lutte, presque toujours « perdantes », nous dit M.Thibault.Et pourtant, nous l\u2019avons vu dans cet article, elles ont quand même, en tout au plus 15 ans, établi « 8,000 milles de lignes », « répartis dans 450 municipalités de la Province », pour desservir « une population rurale d\u2019environ 325,000 âmes.» Il y a, au surplus ceci, qu\u2019on ne trouve pas dans l\u2019article de M.Thibault.Quand, en 1945, l'Office d\u2019électrification rurale entama son travail pour stimuler le développement des coopératives d\u2019électricité, seulement 20% des fermes de la province de Québec étaient électrifiées.En 1961, ce pourcentage est de 97.Les deux-cinquièmes ou environ 40% de ces réalisations ont été le fait des «petites» coopératives et 60% (on peut dire seulement, vu les proportions) par les «grosses» compagnies.Au surplus, il a été évident que le 60% des grosses compagnies a été engendré par la concurrence des coopératives et le désir des compagnies de s\u2019emparer des meilleurs morceaux avant que les coopératives ne le fissent.Or d\u2019aucuns voudraient arguer que les coopératives ont maintenant accompli leur œuvre et qu\u2019elles doivent disparaître ou s\u2019arrêter puisqu\u2019elles ont rempli le rôle qui leur aurait été assigné (il est d\u2019ailleurs assez amusant de voir ici des libéraux accepter avec tant de docilité une thèse qui serait forcément alors celle de l\u2019Union nationale du temps de Duplessis !) : combler les vides non occupés par les compagnies.Et ce raisonnement, qui fait preuve d\u2019une totale ignorance de ce qu\u2019est la formule coopérative, du rôle qu\u2019elle est appelée à jouer dans le développement d\u2019une économie, vient tout simplement NOS COOPÉRATIVES D\u2019ÉLECTRICITÉ 659 d\u2019un parti pris en faveur d\u2019une formule d'étatisation, qui devient alors un véritable désordre moral.Ce qu\u2019il faut constater, au contraire, c\u2019est qu\u2019en dépit des handicaps auxquels elles ont dû faire face les coopératives d\u2019électricité ont fait preuve, avec l\u2019appui de l\u2019Office d\u2019électrification rurale, d\u2019une étonnante, d\u2019une puissante vitalité.De sorte que ce qui importe maintenant, c\u2019est d\u2019effectuer les déblocages qui leur permettront de prendre toute l\u2019expansion qu elles sont capables de prendre, et cela sans d\u2019autres limites que celles qu\u2019elles pourront elles-mêmes se révéler incapables de franchir.Et, en principe, il n\u2019y en a guère.Or tout indique que nous serions en face d\u2019une situation contraire.Que les possibilités d\u2019expansion des coopératives, y compris l\u2019extension des installations actuelles par l\u2019intégration dans le secteur coopératif de certains secteurs privés ou municipalisés désireux de se dissoudre, seraient bloquées par un refus d\u2019un appui minimal nécessaire ou utile, sous des prétextes franchement invraisemblables.L\u2019opinion publique a sûrement besoin d\u2019être mieux éclairée sur cette question; et le mouvement coopératif éveillé aux persécutions auxquelles seraient en butte ces frères de la dispersion.si l\u2019on pense aux influences politiques qui les ont tenus jusqu\u2019ici à l'écart des autres secteurs coopératifs.C\u2019est pourquoi le soussigné se propose dans les prochains numéros de la revue d\u2019explorer plus à fond cette formule d\u2019organisation du secteur de l\u2019électricité dans ses aspects théoriques et pratiques, aussi bien dans notre province qu\u2019à l\u2019étranger. LA CONFÉRENCE CANADIENNE SUR L ÉDUCATION, L'AIDE FÉDÉRALE ET LE \"MONTREAL STAR\u201d par t^iclard ~ydr rei J\u2019ai assisté le plus fidèlement possible à la Conférence canadienne sur l\u2019Éducation qui s\u2019est tenue à Montréal, du 4 au 8 mars dernier.Le directeur de L\u2019Action Nationale, qui le sait, me demande mes impressions, particulièrement sur la dernière séance, celle où s\u2019est livré le suprême assaut en faveur de l\u2019aide fédérale à tous les niveaux de l\u2019enseignement.Au moment de rédiger ces impressions, deux éditoriaux du Montreal Star me tombent sous les yeux.Non seulement je n\u2019y vois rien à reprendre, mais l\u2019auteur a exprimé exactement ce que j\u2019ai ressenti cette après-midi-là.Pour ceux qui ne les auraient pas lus, je me permets d\u2019en présenter ici la substance.Le jeudi, 8 mars, avant même que ne se tienne la séance de clôture, l\u2019éditorialiste du Star lance une mise en garde très claire.Selon les experts, écrit-il, il faudra d\u2019ici 1970 accroître du double les dépenses dans le domaine de l\u2019enseignement.Les délégués réunis au Reine-Elizabeth le savent, en discutent et certains en concluent que l\u2019intervention fédérale est nécessaire.Mais, c\u2019est là une conclusion que n\u2019admettent pas les gens pondérés et réalistes, une conclusion que la province de Québec ne peut que rejeter.Loin de constituer une politique nationale, ce serait mettre en danger la structure même de la Confédération!1 ).I \u2014 \".it leads some delegates to the conclusion that there must be federal intervention.More sober-minded and realistic observers turn down this conclusion.Such a policy would be rejected by Quebec.It would not therefore be a national policy at all, and its adoption would seriously endanger the fabric of Confederation.\" LA CONFÉRENCE CANADIENNE .661 La solution, ajoute-t-il, il faut la chercher plutôt dans un réajustement des pouvoirs de taxation et des revenus fiscaux entre les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral.Les provinces ont maintenant des charges écrasantes dans le domaine de l\u2019éducation.Au Québec, par exemple, les dépenses totales en ce domaine vont s\u2019élever à plus de $300 millions, soit à près du tiers de tout le budget.On parle beaucoup aujourd\u2019hui d\u2019investissement de capitaux pour promouvoir la croissance du pays, mais le plus précieux investissement de capitaux que nous puissions faire, c\u2019est celui qui a pour but l\u2019éducation de nos enfants.Or c\u2019est là une responsabilité provinciale.Aussi le plus grand service qu\u2019Ottawa pourrait rendre actuellement serait de s\u2019enlever du chemin et de laisser les provinces aller de l\u2019avant(2).Cet éditorial atteignait le public quelques moments avant que ne s\u2019ouvre la séance de clôture.Les deux orateurs au programme l\u2019ont-ils lu ?Il ne semble pas; de toute façon, MM.Leddy et Swinton n\u2019en tinrent aucun compte.Leur thèse, en ses grandes lignes, pourrait se résumer en ces quatre points : 1) l\u2019aide financière du gouvernement fédéral est devenue une nécessité vitale pour nos institutions d\u2019enseignement; c\u2019est la seule solution capable de résoudre nos problèmes; 2) il faut mettre sur pied un Office national de l\u2019éducation : tôt ou tard, cet Office deviendra une réalité, et nous aurons enfin ce qui nous manque le plus aujourd\u2019hui : un système canadien et une politique nationale; 3) le fait que l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique attribue la juridiction 2 \u2014 \"In a day when we talk endlessly about capital investment in order to promote growth, the most valuable capital investment we can make is in the education of our children.This is a task tor the provinces.The federal contribution can best be made by getting out of the way and letting the provinces run.\" 662 ACTION NATIONALE sur l\u2019enseignement aux provinces ne doit pas nous arrêter : cette loi a 95 ans d\u2019âge chronologique, mais « son âge réel, aux points de vue technique, scientifique, social, économique et politique, est d\u2019environ 950 ans »; nous ne vivons plus au XIXe siècle, mais dans la deuxième partie du XXe, et des mises au point s\u2019imposent, \"quoi qu\u2019en pensent les sévères théoriciens du droit constitutionnel; 4) les Canadiens français du Québec doivent cesser de voir des conspirations et des transgressions partout : qu\u2019ils tendent plutôt une main amicale et confiante à leurs compatriotes de langue anglaise, et alors tous ensemble, tous fiers d\u2019être Canadiens, nous célébrerons dans la confiance et la satisfaction le centenaire de notre Confédération.Dans la salle, les applaudissements se multiplient et la majorité de l\u2019auditoire se lève pour saluer M.Francis Leddy à la fin de son discours (\"He was given a standing ovation\u201d, rapporte le Montreal Star).Mais, deux jours plus tard, le samedi 10 mars, l\u2019éditorialiste du même journal, sous le titre \"Some Dreamers Air Their Views\u201d, met les choses au point et jette sur les deux rêveurs une douche glacée.À la session de clôture de la Conférence sur l\u2019Éducation, écrit-il, M.Leddy de Saskatoon et M.Swinton de Toronto ont soutenu une thèse qui a engendré plus que de la confusion.Ces deux orateurs semblent avoir perdu le sens de la réalité canadienne; ils veulent que le gouvernement fédéral s\u2019introduise de plus en plus dans le champ de l\u2019éducation et, pour être sûr d\u2019être bien compris, l\u2019un d\u2019eux, M.Swinton, va jusqu\u2019à écarter, d\u2019un revers de la main, l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique.Mais, c\u2019est là afficher une ignorance crasse des faits concernant la vie canadienne.S\u2019il y a une chose LA CONFÉRENCE CANADIENNE .663 certaine au sujet de notre pays, c\u2019est bien que nous devons vivre de et avec notre constitution.Elle est, comme tout autre document, un instrument imparfait, mais ce serait un acte follement irresponsable que de la détruire, ou même de la modifier dans le sens indiqué par les deux orateurs de jeudi.Aucun homme public d'un peu de sagesse ou de stature ne voudrait entreprendre une pareille tâche, ni même seulement s'en faire publiquement l'avocate ).Mais déjà, probablement, le mal est fait.Au début de la semaine, M.Gérin-Lajoie, en des termes très modérés, a expliqué à la Conférence l'attitude historique du Québec à l\u2019égard de l\u2019éducation.Qui pourrait le blâmer de ressentir comme un affront certaines remarques du Dr Leddy ? Sans doute, nos institutions d\u2019enseignement ont-elles besoin de plus d\u2019argent, mais cet argent, il faut le trouver à l\u2019intérieur de notre cadre constitutionnel, lequel, en dépit de la condamnation de M.Swinton, durera encore un bon bout de temps.Le gouvernement fédéral accorde, il est vrai, des subventions aux écoles techniques et aux universités, mais il faudrait avoir perdu l\u2019esprit et le sens 1\t\u2014 \"Whatever sense of reality they possessed seems to have departed from\ttheir\tminds.Both these\tmen are determined\tthat there must be a large-scale intrusion by the federal government into the field of education and Mr.Swinton, just to make sure that he got his point across, knocked the British North America Act out of the ring with one sweep of the hand.Neither appears to have learned too much about the\tfacts of Canadian\tlife.If there is one\tthing sure about our country it is that we must live by and with our constitution.It is, like any such document, an imperfect instrument, but it would be an act of\twanton irresponsibility to destroy it, or even\tto amend it in the terms suggested on Thursday.No public man of either wisdom or stature would try to do so.Or indeed even advocate it publicly.2\t\u2014\"Much\tharm\thas probably been\tdone.Earlier in the\tweek, Mr.Gerin-Lajoie, in most moderate terms, had explained to the Conference the historic attitude of Quebec toward education.Who can blame him if he feels today deeply affronted by the patronizing remark of Dr.Leddy that \"we shall not misunderstand the occasional reminder of the basic situation.\" The charitable interpretation of such a statement is that Dr.Leddy got carried away.\" 664 ACTION NATIONALE commun pour ne pas voir qu\u2019il y a des limites strictes à l\u2019action d\u2019Ottawa,3).Si les revenus provinciaux sont insuffisants, il devrait y avoir moyen de les accroître.Il n\u2019y a rien de permanent dans les formules actuelles de partage des revenus entre le gouvernement fédéral et les provinces.L\u2019Acte de l'Amérique du Nord britannique ne leur confère aucun caractère sacré, et d\u2019autres formules peuvent et doivent être trouvées pour assurer une certaine égalité entre les régions les plus favorisées et les moins favorisées du paysl3 4'.Mais de telles idées n\u2019ont apparemment rencontré aucune faveur jeudi dernier.Pour MM.Leddy et Swinton, il fallait tout ou rien.En pratique, cela n\u2019a aucun sens!5!.* * * Je suis heureux, pour ma part, qu\u2019une pareille rebuffade provienne d\u2019un journal de langue anglaise : elle aura peut-être quelque chance d\u2019être entendue, au moins par certains représentants autorisés du Canada anglais.Les discours de MM.Leddy et Swinton démontrent à l\u2019évidence que les Anglo-Canadiens des autres provinces n\u2019ont encore rien compris aux aspirations du Québec.Ils parlent d\u2019un système national d\u2019éducation, d\u2019un Office natio- 3\t\u2014 \"More money is indeed needed for education.It must, however, be found inside our constitutional framework which, in spite of Mr.Swinton's condemnation, will endure for a good time yet.The federal government has, to be sure, embarked to some extent on educational grants.Vocational training and the universities alike get subsidies.But anyone with his wits about him, or with a modicum of common sense, knows that there are strict limits on the extent to which Ottawa can go.\" 4\t\u2014\"If provincial revenues are insufficient, these, in the discretion of the provinces, can be enlarged.There is nothing permanent about the present schemes of revenue-sharing.There are not enshrined in the B.N.A.Act, and ingenious formulas can be devised, as they have been in the past, to create some rough equality between the more-favored and less-favored regions of the country.\" 5\u2014\"But such ideas, or any variation of them, apparently found no favor on Thursday last.It was whole hog or nothing so far as Dr.Leddy and Mr.Mr.Swinton were concerned.In practical terms, this means nothing.\" LA CONFÉRENCE CANADIENNE .665 nal de l\u2019éducation, d\u2019une politique nationale en éducation, d\u2019une Constitution à mettre au rancart parce qu\u2019elle garantit aux provinces des privilèges datant du XIXe siècle; puis, ils invitent les Canadiens français à entrer dans le jeu, à se montrer franchement Canadiens, à afficher leur confiance dans leurs compatriotes de langue anglaise et leur satisfaction à l'égard de la Confédération.Ils leur demandent, en somme, de sentir et de penser comme eux, de s\u2019assimiler à eux et d\u2019être, comme eux, des Canadians.Et le plus étonnant, c\u2019est qu'ils ne se rendent pas compte de l'énormité de leur demande, c\u2019est qu\u2019ils tiennent ces discours en toute sincérité et bonne conscience.Face à cet autre qu\u2019est le Canadien français, ils ne l\u2019acceptent que s\u2019il consent à n\u2019être plus autre, et ils s\u2019offusquent de voir que cet autre prétend rester lui-même et organiser sa vie nationale à sa façon.À leurs yeux, c\u2019est là un crime envers le Canada.À cette séance de clôture de la Conférence canadienne sur l\u2019Éducation, s\u2019est posée d\u2019une façon tragique la question cruciale dont dépend l\u2019avenir de notre pays : le Canada anglais est-il prêt à accepter qu\u2019il y ait un Canada français organisé socialement et culturellement comme tel ?À s\u2019en tenir aux propos de MM.Leddy et Swinton, la réponse semble bien être non.Ce serait à désespérer des chances de survie de la Confédération, si tous les Anglo-Canadiens avaient adopté une pareille attitude.Heureusement, l\u2019éditorialiste du Montreal Star, en s\u2019y opposant d\u2019une façon aussi catégorique, nous démontre que certains Anglo-Québécois, au moins, comprennent le point de vue du Canada français et cette preuve de compréhension nous redonne un peu d\u2019espoir. Bilinguisme comparé, au Canada, en Belgique, en Finlande, en Suisse et en Union Sud-Africaine BcU SrocL Le Canada, en superficie et en population, est incontestablement le plus vaste et le plus important des principaux pays bilingues du globe (tableau I), c\u2019est-à-dire des pays qui ont deux ou même, en certains cas, trois langues officielles.Le Canada est également le seul pays bilingue ou dit tel, où se pose avec acuité le problème du bilinguisme, le seul pays, pour ne citer qu\u2019un exemple tristement éloquent, où un groupe linguistique celui des Canadiens français, groupant au moins 6,000,000 (en 1962) d\u2019individus représentant plus de la population entière des quatre groupes linguistiques de la Suisse, des deux groupes linguistiques de la Finlande et de l\u2019Union Sud-Africaine (population d\u2019origine européenne), s\u2019est vu réduit à demander durant plus de 20 ans et de la façon la plus humiliante, des chèques bilingues pour lesquels il ne fallait même pas un vote du parlement, et qui n\u2019ont été que partiellement accordés, d\u2019ailleurs, qu\u2019en février 1962.(Tableau I à la page 680.) Cependant, malgré la situation précaire du bilinguisme au Canada, qui fait, qu\u2019à toutes fins pratiques, celui-ci se trouve confiné au Québec, de hautes personnalités ne manquent pas une occasion de proclamer que le bilinguisme canadien est un exemple pour les peuples de l\u2019univers, et en arrivent à faire croire à une bonne partie de la population française du Québec que tel est bien le cas au Canada, où le français n\u2019a même pas droit de cité BILINGUISME COMPARÉ 667 comme langue de travail dans les ministères de sa capitale, Ottawa.Comme les points de comparaisons manquent avec ce qui se fait dans les autres pays bilingues, les hommes politiques du Canada, de même que les populations auxquelles ils s\u2019adressent en arrivent très sincèrement à croire que la situation du mariage linguistique forcé au Canada est excellente et qu\u2019il ne se peut rien trouver de mieux à la surface du globe.Le but de cet article est d'établir une comparaison sur la situation pratique du bilinguisme officiel au Canada avec ce qui se passe en Belgique, en Finlande, en Suisse et en Afrique du Sud.Les faits, les observations et les considérations qui suivent sont tirés d\u2019une part, d\u2019observations personnelles faites en Suisse et en Belgique et, d\u2019autre part, de renseignements obtenus à l\u2019ambassade de l\u2019Union Sud-Africaine à Paris et à celle de l\u2019ambassade de Finlande à Ottawa.Bilinguisme des affaires et de la vie courante La chose qui frappe le plus en Belgique et en Suisse, en ce qui concerne le caractère général du bilinguisme de ces États, c\u2019est la réciprocité linguistique qui existe entre les régions de ces pays appartenant à des groupes linguistiques différents : par exemple, le passage de la Suisse française à la Suisse allemande dans la vallée du Rhône, dans le Valais, entre Louèche et Sierre de même qu\u2019entre Berne et Fribourg, dans une autre région, s\u2019effectue pratiquement sans transition.Dans les villes de Louèche et de Berne, tout le commerce se fait en allemand, et cette situation est reflétée par les avis commerciaux, qui sont en allemand seulement, alors qu\u2019à Sierre et à Fribourg 668 ACTION NATIONALE tout est en français; en Belgique, on peut faire exactement les mêmes observations de part et d\u2019autre de la frontière linguistique, ainsi, à Mons, à Charleroi et à Liège se fait en français, alors qu\u2019à Anvers, à Bruges et à Louvain, c\u2019est le flamand qui règne en maître.Dans l\u2019industrie et les grandes sociétés commerciales (banques, compagnies d\u2019assurance, sociétés minières), la langue de travail est celle de la région où est installée l\u2019industrie ou la société commerciale en question et cela même s\u2019il s\u2019agit de filiale de maison suisse allemande à Genève ou à Lausanne ou d\u2019une société suisse française a Bâle ou à Zurich.Le bilinguisme en Belgique et en Suisse apparaît donc, paradoxalement, comme un parallélisme linguistique régional, c\u2019est-à-dire comme la coexistence côte à côte de deux ou plusieurs portions du territoire national où est pratiqué dans le domaine des affaires et de la vie courante l\u2019unilinguisme français, allemand ou italien comme en Suisse, ou français, flamand comme c\u2019est le cas en Belgique.À certaines variantes près, les choses se passent d\u2019une façon identique en Finlande et en Union Sud-Africaine.À cette loi assez générale en Europe, d\u2019une démarcation très nette de la frontière linguistique, il y a quelques exceptions de villes où deux groupes linguistiques sont assez importants pour donner à la ville un aspect bilingue : c\u2019est le cas bien connu de Bruxelles et de la région bruxelloise et aussi de Bienne, en Suisse, ville située exactement sur la frontière linguistique, cette ville est, pour autant que je sache, la seule agglomération suisse, avec Murat, à présenter un visage extérieur bilingue, c\u2019est-à-dire un mélange d\u2019affiches françaises ou allemandes seulement ou d\u2019affiches proprement bilingues évoquant la situation qui existe dans l\u2019Est de Montréal, par exemple. BILINGUISME COMPARÉ 669 Les observations qui précèdent donnent une idée générale ou sur le bilinguisme en Belgique et en Suisse notamment, concernant le bilinguisme dans le commerce et l\u2019industrie et la caractéristique fondamentale de ce bilinguisme apparaît être la parfaite réciprocité du traitement linguistique dans les diverses régions linguistiques.Au Canada, la situation se présente tout autrement : au Canada anglais toutes les affaires se font exclusivement en anglais et, bien sûr, les enseignes commerciales ne sont qu\u2019en anglais; au Canada français les commerçants de langue française s\u2019affichent ordinairement en français, mais les succursales de banques et sociétés commerciales anglo-saxonnes présentent des affiches soit exclusivement anglaises, soit bilingues, mais jamais, ou très rarement, en français seulement.Les usines et les fabriques possédées par les anglo-saxons ont une raison sociale anglaise dans la grande majorité des cas; il y a quelques rares exemples de compagnies ayant une raison sociale bilingue (La Compagnie de Téléphone Bell, la Société du Gaz Naturel du Québec).On peut compter sur les doigts de la main les Sociétés anglo-saxonnes s\u2019affichant en français seulement.La langue de travail à tous les échelons, dans ces compagnies, est exclusivement l\u2019anglais, même si 90 ou 95% des ouvriers sont de langue française.Bilinguisme officiel L\u2019utilisation d\u2019une langue à l\u2019intérieur d\u2019un État est fonction des garanties officielles conférées à cette langue par cet État.Aussi, sur le plan officiel, ce sont les articles de la constitution garantissant officiellement le bilinguisme qui 670 ACTION NATIONALE donnent la mesure du respect accordé aux langues officielles d\u2019un Etat bilingue.Ces articles sont reproduits à la suite, y compris l\u2019article 133 de la constitution du Canada.Canada: constitution du 1er juillet 1867.Article 133: «Dans les chambres du parlement du Canada et de la législature du Québec, chacun pourra, dans les débats, faire usage de la langue anglaise ou de la langue française; mais les registres et les procès-verbaux des chambres susdites devront être tenus dans ces deux langues.Dans tout procès-verbal porté devant un tribunal du Québec, chacun pourra faire usage de l\u2019une ou de l\u2019autre de ces langues dans les procédures et les plaidoyers qui y seront faits ou dans les actes de procédures qui en émaneront.Les lois du parlement du Canada et de la législature du Québec devront être imprimées et publiées dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces langues ».Belgique: Constitution du 7 février 1831.Article 23 : « L\u2019emploi des langues usitées en Belgique est facultatif, il ne peut être réglé que par la loi et seulement pour les actes de l\u2019autorité publique et pour les affaires judiciaires.» L\u2019extrait suivant, tiré de l\u2019ouvrage (Le Droit Constitutionnel belge) de Joseph-H.Vleamminck, donne d\u2019utiles précisions complémentaires sur le bilinguisme belge.« Depuis la loi du 18 avril 1898, les lois sont votées, sanctionnées, promulguées et publiées en français et en néerlandais.Les deux textes sont également officiels, ce qui parfois peut donner lieu à des difficultés d\u2019application en cas de divergence.Ces cas sont rares heureusement.L\u2019emploi des langues en matière administrative est réglée de la façon suivante.Les administrations font usage de la langue néerlandaise dans la province d\u2019Anvers, la Flandre Occidentale, la Flandre Orientale, le Limbourg, ainsi que dans l'arrondissement de Louvain et dans l\u2019arrondissement de Bruxelles, sauf dans les communes de l\u2019agglomération bruxelloise, dont il sera traité plus loin.Les mêmes règles s\u2019appliquent aux établissements publics, aux régies et aux services concédés.Dans les autres provinces, ainsi que dans l\u2019arrondissement de Nivelles, les mêmes administrations font usage du français.Pour ce qui concerne l\u2019agglomération bruxelloise, ce sont les conseils communaux qui déterminent la langue à employer ËILINGUISME COMPARÉ 671 dans ieurs services intérieurs, ainsi que dans la correspondance entre eux ou avec les départements centraux des administrations publiques.Dans la même agglomération, on rédige dans les deux langues les avis et communications destinés au public.Les administrations centrales de l\u2019Etat emploient la langue des autorités et des services régionaux avec lesquels elles traitent les affaires.Elles répondent aux particuliers dans la langue dont ceux-ci ont fait usage.Les communications adressées au public par les services locaux de l\u2019Etat, des provinces et des autorités administratives qui leur sont subordonnées, sont rédigées dans la langue de la commune.Toutefois, elles doivent être rédigées dans les deux langues nationales dans les communes où, d\u2019après le dernier recensement décennal, trente pour cent des habitants ont déclaré parler le plus fréquemment la langue de l\u2019autre région linguistique.Diverses lois ont également réglé l\u2019emploi des langues dans la procédure judiciaire, dans l\u2019enseignement, à l\u2019armée.» Les extraits suivants d\u2019un article de Jean-Marc Léger Devoir du 17 mars) sur le bilinguisme belge méritent être reproduits : « A Bruxelles, régime spécial qui combine l\u2019unilinguisme (selon qu\u2019un arrondissement est à majorité flamande ou wallonne) et un bilinguisme mitigé.Dans les ministères et services officiels de l\u2019Etat, du gouvernement central, c\u2019est le bilinguisme.Mais ce bilinguisme appelle quelques observations : le) tous les documents officiels, textes de lois, déclarations, rapports, etc., sont faits strictement et publiés au même moment dans les deux langues, la moindre entorse à ce principe provoquant un tollé; 2e) si l\u2019Etat est bilingue, les fonctionnaires n\u2019ont pas à l\u2019être : on recrute, dans deux sections distinctes, un nombre sensiblement égal de fonctionnaires de langue française et de langue néerlandaise, et cela, dans tous les ministères et services officiels.» (.) « Au sein même des administrations et ministères, et dans les relations entre ministère, chacun travaille dans sa langue.L\u2019ambassadeur de Belgique, dans telle capitale, s'il est Flamand, fera en néerlandais tous ses rapports et communications à son ministère à Bruxelles, cependant que le conseiller commercial de la même ambassade, s\u2019il est Wallon, fera ses propres rapports en français.Que le chef de poste, dans telle mission diplomatique, soit Wallon, il devra accepter que ses subalternes flamands lui présentent leurs études et rapports en néerlandais; si d\u2019aventure, il voulait leur imposer de travailler en français, ses subalternes n\u2019auraient qu\u2019à signaler l\u2019incident à Bruxelles et le chef de poste serait désavoué, averti, et s\u2019il récidivait, rappelé.(.) 672 ACTION NATIONALE Bref, dans tous les ministères, à tous les échelons, au pays ou à l\u2019étranger, le fonctionnaire belge utilise librement sa langue propre, travaille dans sa langue, communique dans sa langue avec ses supérieurs, ses égaux, ses subalternes, le tout sous la protection de la loi.Et ces fonctionnaires appartiennent à un rôle ou à l\u2019autre, le wallon ou le flamand, dès l\u2019instant de leur admission dans la fonction publique( .) » « Autre caractéristique de la plus haute importance : la traduction est interdite.Entendons par là que chaque citoyen non seulement se fera répondre dans sa langue, mais directement dans sa langue, sans recours à la traduction : la réponse qu\u2019il recevra, les renseignements qu\u2019il obtiendra lui auront été fournis par des fonctionnaires de sa langue et de sa culture.Il ne recevra pas comme il arrive si souvent au Canada une réponse conçue, préparée, rédigée selon un esprit et dans une langue autre que les siens et ensuite traduite dans sa langue.La loi du 28 juin 1932 dit en toutes lettres que les affaires doivent êtres traitées directement dans la langue du correspondant, sans recours à la traduction.Suisse : Constitution fédérale du 29 mai 1874.Article 115 : « Les trois principales langues parlées en Suisse, l\u2019allemand, le français et l\u2019italien sont langues nationales de la Confédération.» Constitution de la Finlande: (donnée à Helsinki, le 17 juillet 1919-) Article 14 : « Le finnois et le suédois sont les langues nationales de la République.Le droit des citoyens finlandais d\u2019employer devant les tribunaux et devant les autorités administratives dans leurs propres affaires leur langue maternelle le finnois ou le suédois, et de recevoir les expéditions des jugements et des décisions en cette langue sera garantie par voie de législation.Les droits de la population de langue finnoise et de celle de langue suédoise devant être sauvegardés selon des principes identiques.» Article 15 : «Tout citoyen finlandais est tenu de participer à la défense de la patrie ou d\u2019y contribuer selon les dispositions de la loi.Tout conscrit, est sauf expression par lui d\u2019un désir contraire, incorporé, autant que possible, dans une unité dont les hommes ont la même langue maternelle (finnoise ou suédoise) que lui pour y recevoir l\u2019instruction en cette langue.Le finnois est la langue de commandement.» BILINGUISME COMPARÉ 673 Article 22 : « Les lois et décrets, ainsi que les projets de lois remis par le gouvernement à la Chambre, et les réponses, mémoires et autres documents adressés par la Chambre au gouvernement sont rédigés en langues finnoise et suédoise.» Acte de la Diète (adopté à Helsinki le 13 janvier 1938).Article 88 : « Dans la procédure des affaires de la Diète, la langue finnoise et la langue suédoise seront employées, de même que les rapports écrits du cabinet du Président et du comité du secrétariat devront être rédigés dans ces deux langues.Les communications écrites adressées par le Gouvernement à la Diète devront aussi être rédigées en finnois et en suédois.» Acte pour constituer l\u2019Union Sud-Africaine : Constitution du 20 septembre 1909.Article 137 : «Titre: Egalité des langues anglaise et néerlandaise.La langue anglaise et la langue néerlandaise seront l'une et l'autre langues officielles de l'Union, et traitées sur un pied d'égalité, posséderont et jouiront de la même liberté, des mêmes droits et privilèges; tous comptes rendus, procès-verbaux et procédures du Parlement seront rédigés dans les deux langues et tous les bills et actes, de même que les avis d'un intérêt public général émanant du gouvernement de l'Union seront rédigés dans les deux langues.» Ce qui frappe dans les articles constitutionnels reproduits ci-haut est que le Canada est le seul pays dont les dispositions légales sur le bilinguisme constituent une limitation des droits d\u2019une langue (le français) par rapport à une autre (l\u2019anglais) et que ces limitations s\u2019inscrivent à la fois dans certains domaines administratifs et dans un territoire déterminé (le Québec) ce qui n\u2019est le cas dans aucun des pays mentionnés.(Tableau II) Cette interprétation limitative explique, qu\u2019au Canada, il a fallu des dispositions légales spéciales pour donner de la monnaie bilingue, les timbres bilingues et les chèques bilingues (et ceux-ci, partiellement seulement) après 10 à 20 ans d\u2019humiliantes réclamations pour chaque mesure, alors que, pour chacun des autres pays bilingues, 674 ACTION NATIONALE ces mesures ont très rarement fait l'objet de réclamations de la sorte puisque la constitution les garantissait implicitement.L\u2019application du bilinguisme officiel est d\u2019une scrupuleuse équité et réciprocité dans tous les pays cités.Dans tous les services publics de l\u2019État, chemins de fer, Postes, Télégraphes, Téléphones, les deux ou trois langues nationales sont respectées : dans les chemins de fer suisses, par exemple, on annonce les stations dans la langue de la région traversée; de plus, les noms de villes sont annoncés dans la langue de la population de ces villes; pour les quelques villes où la population est mixte le nom de celles-ci est annoncé d\u2019abord dans la langue de la majorité de la population, puis dans l\u2019autre langue, ainsi, on annoncera : Fribourg, Freiburg, Biel, Bienne, Murten, Murat.Il est inutile de préciser que les inscriptions à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur des wagons et le service est parfaitement trilingue.Ce traitement sur un pied d\u2019égalité (soit selon la formule du bilinguisme, soit selon celle de l\u2019unilinguisme régional) est aussi l\u2019apanage de la Belgique, de la Finlande et de l\u2019Union-Sud-Afri-caine.(Tableau II à la page 681.) D\u2019autres détails, très précis, montrent à quel point le bilinguisme est scrupuleusement respecté en Belgique et en Suisse, notamment l\u2019atlas de Belgique offre une présentation bilingue de toutes ses planches.Sur une planche donnée, le texte français apparaît au-dessus du texte flamand, mais à la page suivante, c\u2019est le texte flamand qui apparaît au-dessus du texte français, il y a ainsi alternance toutes les deux pages.On retrouve ce même souci du respect du bilinguisme dans les publications officielles de l\u2019État, en Suisse, en Finlande et en Union Sud-Africaine. BILINGUISME COMPARÉ 675 Sur les cartes suisses, on suit le principe de réciprocité de l'unilinguisme régional, c\u2019est-à-dire que les cartes des diverses régions suisses seront présentées dans la seule langue de la région concernée, ainsi, la carte de la région d\u2019Interlaken, en Suisse alémanique, porte des indications uniquement en langue allemande; tous ces détails apparaissent en français sur les cartes de St-Maurice, Martigny et Rochers de Noyé, en Suisse française, ou en italien sur les cartes de Malcantone ou Valle Verzasca, en Suisse italienne.Sur les cartes d Avenche, de Bulle et de Montana qui chevauchent la frontière linguistique séparant les régions suisses allemaniques et suisses françaises, tous les génériques et toutes les indications sont en français, dans les régions de langue française, ou en allemand dans les régions de langue allemande, de telle sorte que simplement par la langue utilisée sur la carte il est possible de suivre très exactement la frontière linguistique.Pour les cartes topographiques canadiennes, à part les noms propres, toutes les indications à l\u2019intérieur de la carte apparaissent en anglais seulement, qu'il s\u2019agisse de régions massivement anglaises, comme dans le Sud de l'Ontario ou exclusivement françaises, comme dans les régions couvertes par les cartes de St-Jean-Port-Joli, Trois-Pistoles, Grondines, Bécancour ou Ferme-Neuve; sur ces cartes on pourra voir les indications suivantes : saw mill, bridge, sand pit, church, cemetery, l\u2019équivalent français y est toujours absent.On peut constater combien la réalité est différente avec le Canada où le bilinguisme n\u2019existe que dans le Québec; en dehors du Québec, et même dans les régions à majorité française de l\u2019Ontario et du Nouveau-Brunswick, il est le plus souvent hors de question d\u2019obtenir du service 676 ACTION NATIONALE en français à bord des chemins de fer, aux Postes et dans les services publics en général.Dans le domaine des forces armées un seul pays a des dispositions spéciales aux langues d\u2019instruction militaire dans leur constitution : la Finlande par son article 75.Les autres pays ont édicté des décrets-lois spéciaux, à cet égard, de telle sorte que les conscrits des principaux groupes linguistiques de ces pays bilingues sont versés dans des unités composées d\u2019hommes de troupe et d\u2019officiers de leur langue maternelle et ces unités sont instruites et commandées dans leur langue.Une seule exception se détache : la Finlande où les conscrits de langue suédoise sont instruits dans leur langue, mais commandés en finnois, mais ces derniers ne forment que 8% de la population totale.(Tableau II à la page 681.) Dans ce domaine, plus particulièrement, toute comparaison avec le Canada devient par la force des choses absolument odieuse : en effet, dans les forces armées de Terre, de l\u2019Air et de Mer du Canada il n\u2019y a qu\u2019une seule langue de commandement qu\u2019une seule langue de travail, qu\u2019une seule langue d\u2019instruction (sauf des cas d\u2019espèces, au niveau des recrues) et c\u2019est l\u2019anglais.Dans les Forces Armées du Canada, le français n\u2019existe pas plus que l\u2019allemand ou le japonais.À lui seul, ce seul secteur du Canada officiel constitue une condamnation sans appel de ce déni de justice flagrant.Le tableau II montre que le Canada est le seul des pays bilingues à avoir une armée unilingue, à n\u2019avoir à toutes fins pratiques qu\u2019une langue administrative, l\u2019anglais, (est-il besoin de rappeler que les chefs de gare de villes françaises du réseau du Canadien National doivent échanger leurs dépêches télégraphiques en anglais, et que les commandants et les officiers canadiens français des brise- BILINGUISME COMPARÉ 677 glace du gouvernement fédéral doivent rédiger leurs rapports et le livre de bord en anglais seulement ?), le Canada est aussi le seul des pays bilingues où il soit impossible de se faire servir dans les deux langues officielles à bord des chemins de fer d\u2019État et de la compagnie aérienne d\u2019État.Le Canada est aussi le seul pays bilingue dont la grande majorité des diplomates ne connaissent pas les deux langues officielles de leur pays et dont les ambassadeurs canadiens français doivent travailler en anglais seulement.Le Canada est le seul pays bilingue également où le bilinguisme est appliqué à une région déterminée, alors que l\u2019unilinguisme le plus strict est de rigueur dans le reste du territoire, le Canada a enfin le triste privilège d\u2019être l\u2019unique pays bilingue et probablement aussi le seul pays du Globe à sévir contre des fonctionnaires qui désirent utiliser dans leur travail une des langues officielles (le français) du pays.Le Canada est en un mot le seul des pays bilingues à effectuer une véritable ségrégation linguistique et à pratiquer délibérément, en ce domaine, le système deux poids, deux mesures.L\u2019examen du tableau II est très éloquent à cet égard.Ainsi, on arrive à une constatation qui constitue une véritable aberration : à savoir que les Canadiens français, qui constituent un groupe linguistique plus puissant que chacun des groupes linguistiques des autres pays bilingues, est celui qui, non seulement est le moins bien traité, mais encore le seul qui soit déchu de ses droits linguistiques les plus élémentaires dans 9 des 10 provinces qu\u2019il habite.Ce déni de justice, délibéré, généralisé et flagrant, conduit au sens propre du terme, à un véritable génécide des minorités françaises du Canada, perpétré légalement et sciemment par une majorité dont l\u2019intolérance n\u2019a d\u2019égale que la mauvaise foi. 678 ACTION NATIONALE Le résultat est que les Canadiens français sont la minorité la moins bien traitée de toutes celles des pays bilingues étudiés et encore incomparablement moins bien que les 8% de Finlandais de langue suédoise et que les 6% des Suisses-Italiens.En outre, on demeure confondu d\u2019apprendre que les Canadiens français, en dehors du Québec, jouissent de moins de droits que les francophones de la vallée d'Aoste, en Italie et que les habitants de langue allemande du Haut-Adige en Italie pays où pourtant, ni le français, ni l\u2019allemand ne sont langue officielle, (et ces groupes ne forment pas plus de 2 ou 3% de la population italienne.) Y a-t-il un espoir de corriger les déficiences du bilinguisme canadien qui apparaissent comme absolument odieuses en comparaison du respect des langues officielles dans les autres pays bilingues.De façon catégorique on peut dire : non.Il est même absolument hors de question que quoi que ce soit puisse être changé à la situation actuelle au Canada.(Voir les deux premiers articles de cette série parus dans les mémoires de février et mars 1962 de l\u2019Action Nationale).Techniquement bien sûr, il n\u2019y a pas d\u2019impossibilité, mais il s\u2019agit d\u2019un mal de l\u2019esprit, qui paralyse complètement la bonne foi et le désir de compréhension et de reconnaissance de la langue française sur un pied d\u2019égalité.Le mal est tellement profond même, que la plupart des Canadiens-anglais préfèrent risquer la faillite de la Confédération par l\u2019éclatement du Canada en trois parties que d\u2019envisager que de respecter de façon concrète les droits de la langue française.Les pages qui precedent ont démontré que, encore qu il soit le plus grand pays bilingue par le territoire et BILINGUISME COMPARÉ 679 par la population, le Canada est un pays où le bilinguisme officiel est fondé sur des critères discriminants et limitatifs qui ont faussé au départ et continuent de fausser les rapports entre les deux langues dites officielles de ce pays.Par contre, l'analyse du bilinguisme officiel a montré qu'en Belgique, en Finlande, en Suisse et en Union-Sud-Africaine le bilinguisme est traité sur un pied d\u2019absolue réciprocité entre les divers groupes linguistiques, quelles que soient leur proportion.De par sa volonté, la majorité anglaise du Canada en a voulu autrement et, de ce fait, elle est en train d acheminer irréversiblement, inexorablement et, ce qui est le plus tragique, inconsciemment, le Canada à sa faillite.L'Histoire enregistrera probablement l\u2019éclatement du Canada comme la fin la plus stupide qu\u2019aura connu un pays, puisqu\u2019il s\u2019agira d\u2019un sabordement effectué de l\u2019intérieur par une majorité qui aura délibérément refusé de reconnaître 6 millions de concitoyens comme des compatriotes à part entière.Car il apparaît évident que les 6 millions de Français qui vivent au Canada mettront un point final à 200 ans de régimes successifs qui n'ont été pour eux qu\u2019un perpétuel déni de justice.Puisque les autres issues sont de par la décision de la majorité irrémédiablement closes, il semble ne rester qu\u2019une voie de sortie, qu\u2019une solution, celle-là même que commande et que justifie, à elle seule, la Dignité humaine, c'est : l'Indépendance.RÉFÉRENCES Dareste F.R.et P.(1928) Les constitutions modernes a 5.Librairie du Recueil Sirey, Paris.Vleamminck, Joseph-H.(1959) Le Droit constitutionnel belge Maison d'édition A.de Boeck, Bruxelles.Tomes 1 TABLEAU I Données comparatives sur cinq grands pays bilingues 680 ACTION NATIONALE TJ O 00 O O O J?O O\t10 O O Tl7 CM CM Z o O ro fT3 O 00 Tf_ n* LD Cû LD O CM O O O ^ \u2014 «?> c O rçj .S E \u201c> '5 a) ro to = r» < »/> 0*0^ LO C 5 2 \u2014 LO u_ ï! ® 1/1 1\u201c LO \u20225 !D , L/1 fü ¦\" E' O c* o o o o\" ro ro O O O o' o *f0 \u2019o S
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