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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1965-10, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATION A T F! Volume LV, Numéro 2\tOctobre 1965\t75 cents SOMMAIRE EDITORIAL : Penser(z) à nous ! VIE NATIONALE Les indépendantistes vous parlent de l'indépendance Des articles de Raymond BARBEAU, Pierre RENAUD, René CHALOULT, Émile SOUCY; une actualité; une lettre à Jean Lesage de Germaine PERRON Aux chroniques: François-Albert ANGERS commence une analyse des ouvrages de 1964-1965 sur le Canada français VIE CULTURELLE Des textes de Jean MARCEL, Jacques FERRON, André VANASSE, Maximilien LAROCHE, André MAJOR VIE DES CERCLES D'ÉTUDES Les quatre chroniques d'étude sur les états généraux, le rapatriement fiscal, les plans conjoints et la Caisse de Dépôt et Placement. L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN \u2014 PATRICK ALLEN \u2014 JEAN MARCEL \u2014 JEAN GENEST, secrétaire.Rédaction et administration: C.P.189, Station N, Montréal ou 235 (est), rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2Vi à 6Yi : 866-8034 Abonnements: $5.00 par année.De soutien: $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante DIRECTEURS : MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archambault, S.J., C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Paul-Emile Gingras, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jeon Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu.\tOù\ttrouver L\u2019Action Nationale ?À\tMONTRÉAL\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Cotherine Fides, 245 est, rue Dorchester Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Universelle, 5165, Côte-des-Neiges Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony.554 est, rue Ste-Cotherine Librairie Lemeac, 371 ouest, avenue Laurier Librairie Lo Québécoise, 169 est, rue Beaubien À\tQUÉBEC :\tLibrairie Gameou, 47, rue Buode Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, À\tHULL :\t111, rue Saint-Jean \t\tLibrairie Libre, 130, rue de l'Hôtel-de-Ville Librairie Dussault, 170, rue Rideau A OTTAWA :\t\t Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. I Assurez à votre coopérative votre vie votre famille vos écoliers vos employés vos associés en affaires et vos hommes-clef et encore votre santé, votre hypothèque, votre salaire, votre retraite .Ristourne en argent et en avantages additionnels.UNE ENTREPRISE INALIÉNABLE AU SERVICE DES CANADIENS FRANÇAIS LA SOCIÉTÉ DES ARTISANS COOPÉRATIVE D\u2019ASSURANCE-VIE 333 est, Craig, Montréal-18 861-6371 Il COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal HOMMAGES vous dit : Président\tDirecteur général ALBERT BOULET\tCHARLES POIRIER Bureaux à : Beauceville, Sherbrooke, Amos, Ste-Thérèse-de-Blainville, Montréal, Sore), Rimouski, Rivière-du-Loup, Roberval, Chicoutimi.LA SOLIDARITE Compagnie d'assurance sur la vie 925, chemin Saint-Louis, Québec Qui sème chez soi.récolte pour soi L\u2019ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 2\tMONTRÉAL\tOctobre 1965 Editorial Penser(z) un peu à nous ! C est à nous que ces éditoriaux, chaque mois, ne cessent de penser.A nous dans l avenir et l'épanouissement de notre incarnation collective, reflet et protection tout à la fois de l ensemble des conceptions individuelles de la vie qui sont communes à une nation, à la nôtre.Eveiller les consciences, les aider à voir clair dans le fatras du quotidien, jamais banal ni facile pour nous, en raison de notre position de dépendance plus ou moins affirmée d une autre collectivité, sonner l alarme lorsque des dangers se font menaçants, telle est la fonction qu essaie de remplir, au mieux qu il nous est possible, la série de ces pages liminaires mensuelles.Mais pour que nous puissions continuer à penser ainsi à nous, à nous dans ce que nous représentons de plus élevé, il est indispensable que nous vous rappelions de temps à autre, la nécessité de penser à nous, comme revue, comme mouvement; de vous y faire penser en vous demandant de prendre aussi conscience, que nous c\u2019est vous, c est le besoin indéniable qu\u2019existe, que se développe, que s épanouisse une revue comme L Action nationale, entièrement au service de vos intérêts supérieurs, de ceux donc qui devraient vous être les plus chers.Nous, en tant que directeur, collaborateurs et administrateurs de la revue, faisons de notre mieux pour correspondre à l idéal et aux besoins de chaque heure. 128 ACTION NATIONALE Par L Action nationale, toute une phalange d hommes, dont un bon nombre ont compté parmi les esprits les plus éminents de notre pays, s y emploient depuis un demi-siècle.Leur foi est et a été constamment éprouvée, pour votre garantie, par le fait qu'ils ont toujours œuvré bénévolement ou pour des compensations absolument dérisoires; et pourtant, L Action nationale est la seule revue vraiment libre, presque la seule de toutes les revues au Canada français, de toute façon, qui ait trouvé le moyen de vivre, de vivoter financièrement sans pour autant avoir consenti à sacrifier la qualité de son œuvre, de se maintenir dans une continuité remarquable d activité pendant une si longue période de temps.La seule, qui ait trouvé le moyen donc de grouper autour d elle, dans la persévérance de la durée, les esprits qui avaient à cœur le sort de la patrie si durement éprouvée.Vous avez pu constater, par notre numéro de septembre, après la transformation extérieure majeure et déjà remarquable de septembre 1962, que nous progressons dans la voie que nous nous étions tracée à l occasion des Fêtes du cinquantenaire: faire de L Action nationale votre grande revue, la grande revue d action intellectuelle du Canada français.Après 50 ans d existence, avions-nous dit, l\u2019institution a prouvé sa nécessité, la justesse de vision de ses fondateurs.Il faut maintenant sortir des ornières où l ont engagée des circonstances difficiles, qui l ont limitée dans ses initiatives et dans son action, et mettre tout en œuvre pour réaliser le rêve même des fondateurs.C'est dans les ornières des combats nécessaires, indispensables, doutant plus indispensables que L'Action nationale fut un temps seule ou presque à les livrer vraiment et à fond, que les aléas du temps et la misère de pauvreté l ont enlisée depuis 1940.Guerre, participation, conscription, centralisation fédérale, tels PENSER (z) UN PEU À NOUS ! 129 sont les fronts sur lesquels il a tellement fallu œuvrer depuis un quart de siècle, qu il ne restait plus de temps, plus d argent pour couvrir tous les autres aspects d\u2019une vie nationale, bien plus fondamentaux à long terme, mais forcément relégués à l arrière face à une invasion ennemie: dimension spirituelle, dimension intellectuelle ou proprement culturelle, vie et épanouissement des institutions de tous ordres, la civilisation quoi, pour la protection de qui la guerre défensive est souvent une nécessité, mais toujours alors un malheur nécessaire.Cette perspective de lutte, ce n était pas l optique exclusive des fondateurs, bien loin de là.Qu on relise pour se les remémorer les textes du début, ceux par exemple que nous avons réofferts dans notre numéro spécial du cinquantenaire, en mars 1963.L Action française a, en fait, relancé le mouvement intellectuel chez nous, établi autour d elle une maison d édition pour faciliter à nos écrivains la publication de leurs œuvres, discuté de littérature, d'art, etc.C\u2019était pour nous aider à reprendre cette tradition, pour ouvrir Je nouvelles avenues de publication à nos écrivains, à nos artistes, que nous avions demandé l'appui du Conseil des Arts du Québec, censément créé exactement à de telles fins.Nous aurons réussi sans eux, malgré eux, si vous voulez bien nous continuer votre appui, l'accentuer en fonction même des services plus grands que nous pourrons rendre à la collectivité canadienne-française en étendant et en approfondissant notre champ d action.Voilà ce que marquent les transformations internes que nous vous avons présentées dans notre numéro de septembre 1965 et dont les transformations externes de septembre 1962 n avaient voulu que préparer l avènement en créant le cadre approprié.Pour le moment, la revue vous parviendra réorganisée en trois divisions, celles qui sont apparues le mois dernier; chacune étant 130 ACTION NATIONALE consacrée respectivement a la « vie nationale », a la « vie culturelle » et à la « vie des cercles d étude ».La première garde et développera en profondeur les traditions de lutte et de réflexion sur nos problèmes nationaux, tradition caractéristique de L Action nationale des vingt-cinq dernières années et qui constituait dès le début la base de son œuvre.Dans une ville assiégée, il est aussi vain qu irréaliste de vaquer aux affaires courantes, de prétendre faire de la culture, ériger une culture ou une civilisation si, aux avant-postes, ne sont pas continuellement menés les combats nécessaires.La deuxième sera plus dégagée.Elle n exprimera plus tant le combat, sauf à travers ce que la littérature elle-même peut nous en faire pressentir, que les manifestations mêmes de la vie culturelle.On y parlera de littérature, d art, etc; et nos écrivains pourront y trouver un moyen de plus, parmi les trop rares qui existent sur le plan des revues, de se faire connaître, de s exprimer.Bien sûr, faute de moyens pécuniaires, le nombre des pages que nous pourrons consacrer à cette division sera dès l\u2019abord terriblement maigre.Mais que quiconque a de la fortune, de la sympathie pour ce que représente L\u2019Action nationale, le goût du mécénat, ne se gêne pas pour nous le dire.Nous ne demanderions pas des fortunes, mais au moins de quoi payer le coût d impression de pages supplémentaires; et si possible rémunérer convenablement aussi les écrivains pour qu ils trouvent dans leur dur métier, encouragement à s y consacrer en escomptant y trouver aussi possibilité de vivre.Dans ce domaine de la culture, L\u2019Action nationale n\u2019entend pas exiger l'adhésion de ses collaborateurs à l idéologie nationaliste comme telle, pas plus que l\u2019engagement dans telle ou telle position politique que ce soit, dans l ordre politique, social ou économique.Elle jugera les textes en fonction de leur valeur propre, indépendamment des personnes; PENSER (z) UN PEU À NOUS ! 131 sans cependant accepter d être un simple carrefour où tout se publie dans l indifférence de ce qu il véhicule.Nous réclamons la liberté de choisir, bien conscient que ceux-là qui commencent par proclamer bien haut leur adhésion à la liberté totale dans tout ce qui est censément pourvu de valeur littéraire, sont les premiers à se duper eux-mêmes et à exclure, sous prétexte d insuffisance littéraire, ceux-là qui ne pensent pas comme eux.La troisième division, « vie des cercles d\u2019études », vise à faciliter à tous nos mouvements nationaux et sociaux, aux cercles d études des collèges ou des organisations diverses, des moyens de travail, de réflexion sur les problèmes de la nation qui nous paraissent vitaux.Nous avons fait passablement de progrès, en ces dernières années, dans le sérieux de nos appréhensions et de nos revendications.Le mot de Laurier à Bourassa à notre sujet reste toutefois encore trop vrai: la province de Québec n\u2019a pas d opinions, elle n\u2019a que des sentiments.Et à notre époque, la situation est peut-être devenue plus déroutante, en ce que le peu d\u2019opinions que nous avons acquis tend plutôt à être mis au service de nos sentiments pour les exciter plutôt que pour les discipliner et disposer l esprit à une action efficace et réaliste.Nous avons encore besoin d apprendre à regarder les choses en face, et à nous discipliner pour y faire face: mais plus prêt que jamais à le comprendre, on réclame partout au Québec de quoi étudier, comprendre, et apprendre à procéder pour construire.C est une entreprise extrêmement difficile que d y pourvoir, et en inaugurant cette division nous n avons pas la prétention d'avoir trouvé la formule.Nous mettons en chantier pour la trouver en expérimentant.Et les suggestions de tous ceux qui y seront intéressés, des « consommateurs du produit » seront appréciées. 132 ACTION NATIONALE Avec tout cela, la revue vous est arrivée en septembre augmentée de volume; et elle continue de même en octobre.Depuis septembre 1962, nous vous avons donné une revue de tOO pages par mois en moyenne; mais nous avons constamment visé 120 pages, dont 12 à 16 pages d'annonce et plus de 100 pages franches de texte.C est un minimum pour construire un numéro de revue convenablement équilibré et varié dans notre format.On peut, dans ce cadre de 100 pages, envisager, une partie d environ 75 pages consacrée à la vie nationale et un minimum de 25 pages accordé à la vie culturelle.Dorénavant, c est un numéro de revue d environ 150 pages que nous comptons vous offrir chaque mois, pour faire place aux 20 pages de la division « vie des cercles d études » et à des pages d\u2019annonce supplémentaires.Ces développements nouveaux, ne sont pas sans contrepartie financière; et la réalisation que nous en pouvons faire est très intimement liée à l augmentation des pages d annonce auxquelles il a été fait une couple de fois mention précédemment.Il y a quelques mois, nous avions lancé un appel au monde des affaires, marquant justement combien avec un volume d annonces qui lui assurerait la couverture de la facture d impression pour l année, la revue pourrait ensuite respirer, et son directeur consacrer son travail à ce qui est l essentiel: donner au Canada français une rerue de la plus haute qualité possible, tout en en reflétant bien l esprit et les besoins selon un sain avant-gardisme.Dans l ensemble, l'inauguration de la division culturelle est le résultat des progrès accomplis au cours des trois dernières années, à la fois dans le domaine de l annonce et de l abonnement.Il a fallu le développement réussi récemment, du côté de l\u2019appui des annonceurs, pour rendre possible la nouvelle division des cercles d\u2019études.Avec nos remerciements à ceux qui ont bien voulu nous aider à réaliser nos projets, PENSER (z) UN PEU À NOUS ! 133 nous marquons I espoir que le mouvement s amplifie et que nous puissions marcher vers de nouveaux progrès, car ceci ne doit être qu un début prometteur vers un achèvement auquel nous comptons que les abonnés vont contribuer leur part par l augmentation du tirage.Cependant, en regard de toutes ces bonnes nouvelles, il nous en est arrivée une mauvaise.Il y a deux ans que notre imprimeur Fides, à qui nous devons rendre I hommage de sa part d appui par un coût d impression réduit au minimum, nous imprime au même tarif.Ft depuis deux ans, le coût du papier et les salaires dans l imprimerie ont continué de monter régulièrement.Nous venions donc de terminer tous nos accords et arrangements avec nos nouveaux annonceurs, et nous envisagions une année au cours de laquelle nous pourrions payer, grâce à eux, les frais des pages supplémentaires tout en réalisant un excédent suffisant pour équilibrer enfin l ensemble de notre budget.L augmentation qu'il nous faut raisonnablement accepter vient en quelque sorte faucher l excédent espéré et nous replacer en face d un déficit qui serait de I ordre d une couple de mille dollars.Vous pressentez ce qui s\u2019en vient.Au prix où en est rendue maintenant I impression de la revue, nous ne pourrons plus nous contenter de demander à nos abonnés de nous trouver un autre abonné pour nous manifester leur satisfaction des progrès de la revue.Nous devrons forcément augmenter le coût de l'abonnement.Et cela non pas pour aider à couvrir les dépenses supplémentaires résultant de nos nouvelles initiatives \u2014 celles-là sont entièrement couvertes par les annonceurs: dans leur cas, c\u2019est l excédent que nous en attendions qui disparaît, sans que nos nouveaux développements en deviennent déficitaires.Ce qui devient trop déficitaire, c est la partie de notre tirage de base: abonnés au nombre de 134 ACTION NATIONALE pages habituel.En strict coût d impression le numéro de revue traditionnel, dans le format de 1962, nous revenait à l'impression, $0.40; et nous le vendions $0.50.Avec le coût de l enveloppe, du timbre et de la manipulation pour l'expédition, y compris l entretien des listes d adresses, nous n\u2019étions pas bien loin finalement du prix coûtant immédiat, sans rien compter pour les frais de secrétariat et de bureau.Au nouveau tarif, la seule impression du tirage traditionnel nous coûtera $0.47 l exemplaire; nous approcherons les $0.60 quand tous les frais immédiats auront été couverts.Il y a bien longtemps que L Action nationale vous est offerte à $5.00.C\u2019est en 1957 que, dans des circonstances analogues, le prix de l abonnement fut porté de $5.00 à $5.00.A ce moment, sans conteste, la marge de revenu net disponible après avoir payé les frais d impression et d expédition était relativement confortable.Elle s'est constamment amenuisée depuis au fur et à mesure que grimpaient, et rapidement à un moment donné, les factures de l'imprimeur.Ce fut grâce à la collaboration de nos imprimeurs que nous pûmes, en 1962, augmenter le format de la revue de 100 pages sans avoir dès ce moment à accroître le prix de l abonnement.Si nous voulions nous replacer dans la même situa tion raisonnablement favorable qui était celle de 1957 c\u2019est à $10.00 qu\u2019il faudrait porter le tarif.Nous n\u2019avons pas l\u2019intention d\u2019aller si haut: nous nous contenterons de garder le prix de $10.00 pour l abonnement de soutien comme à l heure actuelle, mais en insistant davantage pour que chacun de nos abonnés, s il le peut le moindrement, nous verse l abonnement de soutien, car dorénavant ce prix dit « de soutien » correspondra au vrai coût global de la revue; il sera l\u2019équivalent du prix de $5.00 de 1957, alors que l\u2019abonnement de soutien était également de $10.00. PENSER (z) UN PEU À NOUS ! 135 POUR LE MOMENT, NOUS NOUS CONTENTERONS DONC DE PORTER LE PRIX DE L'ABONNEMENT REGULIER A $7.00, et nous vendrons le numéro $0.75.Nous compterons sur l'augmentation du tirage que devraient nous valoir les améliorations que nous apportons à la revue, l\u2019intérêt que nous essayons de créer autour d elle dans les milieux littéraires et artistiques, dont les sympathies pour le nationalisme se sont d ailleurs fort affirmées depuis une dizaine d années, pour améliorer le coût moyen du numéro imprimé par rapport au prix de $0.70 l exemplaire en abonnement.C est dire que, pour nous aider à faire en sorte que la revue puisse continuer à ne vous coûter que $7.00 en dépit des nouvelles hausses de coût du papier et des salaires dans l'imprimerie qui ne manqueront pas de continuer, votre meilleure arme serait de nous fournir, chacun d entre vous, un abonné supplémentaire, de façon à doubler le tirage.Cette augmentation des tarifs d abonnement n entre en vigueur que le premier janvier toutefois.ET NOUS LAISSERONS A NOS ABONNES ACTUELS QUELLE QUE SOIT LA DATE D\u2019EXPIRATION DE LEUR ABONNEMENT.LE PRIVILEGE DE RENOUVELER POUR UNE AUTRE ANNEE A $5.00, DU MOMENT QUE LEUR CHEQUE NOUS ARRIVERA AVANT LE 1er JANVIER.C est avec confiance que nous vous soumettons ce programme et ces nouvelles décisions.Nous essayons de faire toute notre part en donnant à l\u2019œuvre de L\u2019Action nationale un temps considérable qui pourrait nous être précieux à bien des égards ; et nous le faisons avec la conviction que vous ne nous ferez pas défaut pour accomplir votre propre part: nous rester fidèle abonné et lecteur, propager nos idées et nous recruter de nouveaux am\u2018s-\tLe directeur. ON A RETROUVE LE PERE DES ETATS ASSOCIES La Confédération a eu ses Pères; ils en sont morts.Il fallait donc trouver aussi des Pères à la formule des Etats associés.Depuis un an environ, plusieurs s'en attribuent la paternité: lo Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Me Jean-Noël Tremblay et d'autres encore.D'aucuns prétendent que c est Jean-Marc Léger.Devant cette confusion, nous avons dû procéder à des recherches systématiques, à la suite de quoi nous avons été mis devant le fait: le premier à avoir employé le terme d'Etats associés est le philosophe André Dagenais, dans son livre Dieu et chrétienté, publié en 1955.Voici donc le texte où la formule semble beaucoup plus claire que ce qu'elle est devenue par la suite, puisque le philosophe y parle d Etats souverainement ossociés: \"La Confédération de 1867 s'étant acheminée vers un unitarisme oppresseur, et la nation héritière de Nouvelle-France ayant acquis la structure interne qui conditionne et réclame une vie propre, l'heure est venue de concevoir un nouveau type d'association politique, confédératif ou autre, qui se fonde, au départ, sur des Etats souverainement associés.Les nations canadiennes ont leur histoire.L'esprit communoutoire conseille de rechercher, à lo clarté de cette histoire, un mode d'union politique qui permette l'épanouissement personnel de chacune.En aucun cas, la nation laurentienne ne doit être empêchée de naître et de vivre sa vie\", (p.141) C'est l'auteur lui-même qui soulignait la formule comme s'il pressentait quel sort on allait lui foire.Lo Confédération a eu trente-trois Pères; les Etats souverainement associés en ont un seul; c'est moins brillant mais plus légitime. w Les indépendantistes vous parlent de ( indépendance Introduction Les positions de L'Action nationale sur le séparatisme sont osseï connues pour que nous n'ayons pas à faire précéder d'une déclaration formelle la série d'articles qui suit.Il y a déjà plus d'un an qu'à la demande de représentants des mouvements indépendantistes, nous avons convenu de prêter nos pages pour qu'en un numéro spécial il soit permis aux partisans engagés de cette idée d'exposer leurs points de vue dans la revue.Nous n'y avions mis qu'une condition; qu'un effort réel soit fait pour que ces articles ne soient pas pure répétition des prises de position, manifestes, déclarations, affirmations, etc., que l'on entend et retrouve partout.Que cela soit une occasion d'examiner un peu plus en profondeur, du point de vue indépendantiste, les problèmes dont découle ou que soulève cette option politique.Il faut bien constater que cette condition est devenue un obstacle majeur à la réalisation du numéro proposé, dont un bon nombre des articles sont tombés en cours de route par défaut de temps des collaborateurs choisis de mener leur tâche à bonne fin.Signe non équivoque, non pas de la faiblesse de l'idée et de la thèse indépendantistes, mais du cas insuffisant que l'on fait presque toujours au Canada français de l'étude sérieuse des problèmes, à laquelle on préfère la propagande et l'action.Ne faudrait-il pas se demander sérieusement un jour si l'on ne trouve pos là la raison majeure de nos inefficacités et de nos insuccès ?Mais passons. 140 ACTION NATIONALE Ce que nous publions aujourd'hui, c'est ce qui a réussi à aboutir: trois orticles de MM.Raymond Barbeau, Pierre Renaud et René Chaloult, auxquels nous avons joint un article sur le sujet que nous avait adressé spontanément un collaborateur acadien et une actualité appropriée.A la correspondance, nous publions une lettre de la présidente du Club Fleur-de-Lys.Nous n aurions rien de plus à ajouter si nous ne voulions protéger certains de nos collaborateurs contre leurs propres excès, et attirer I attention du lecteur de L'Action nationale sur la valeur fondamentale de ces textes en dépit de ces excès.Bien sûr, il y a lieu de méditer profondément sur une thèse comme celle de Raymond Barbeau, quant à la nécessité de l'indépendance pour atteindre au maximum de l'épanouissement culturel.Les misères culturelles de notre peuple, qu'il décrit, ne sont que trop réelles en leur substance; mais le bilan de ce que nous avons pu réaliser à travers nos difficultés est ramené à trop peu de choses et jugé trop sévèrement, trop défini par des zéros ou par à peu près rien pour vouloir trop prouver.Il est risqué que le lecteur non convaincu d'avance trouve dans ce qu'il estimera être des erreurs de fait sur lesquelles il accrochera des noms, la preuve que tout le reste est à l'avenant.Pourtant il faut s'arrêter sur la liaison qui peut exister entre liberté politique et épanouissement culturel, car si paraît forcée la thèse selon laquelle aucune oeuvre de valeur ne peut sortir d'un régime politique inférieur, il ne faudrait pas en conclure que quelques oeuvres de valeur ou même géniales, portent à elles seules, témoignage sur la santé d'une civilisation.On peut en dire autant de la rigueur un peu rigide avec laquelle M.Renaud lie l'indépendance économique à l'indépendance politique absolue.On voit bien, dans de nombreux pays politiquement indépendants, pourquoi I indépendance politique ne contribue en rien à leur indépendance économique, l'absence de celle-ci allant même jusqu'à subordonner complètement celle-là, plutôt que l'inverse.Mais il ne faut pas pour autant se fermer les yeux sur les problèmes que soulève le partage de l'autorité dans la direction de la politique économique comme moyen de paralyser les efforts de libération.Autrement dit, écoutons objectivement la voix séparatiste qui apporte, à travers ses colères et ses exigences, une large part d'universalité sur les conditions d'existence de la liberté.La rédaction. -I- La finalité culturelle de l\u2019indépendance par Raymond Barbeau Plus on s\u2019interroge sur le sens de l\u2019action indépendantiste au Québec, plus on se persuade, en fin de compte, que la culture constitue l\u2019aspect le plus important de notre problème national.L\u2019orientation de la culture québécoise reste le problème fondamental à résoudre par le triomphe de l\u2019action séparatiste.Si nous refusons d\u2019analyser la situation culturelle du Canada français et d\u2019étudier les conditions de vie de toute culture nationale, nous ne saisirons pas les raisons d\u2019être du mouvement indépendantiste actuel.Sans problème culturel au Canada, il n\u2019y aurait pas de querelle ; nous serions des Anglo-Canadiens, contents, sans doute, de leur sort, heureux de participer à la création d\u2019une culture anglo-saxonne dans un immense pays.Si nous voulions être des Canadians, il n\u2019y aurait plus de problème grave au Canada.Le nationalisme québécois est d\u2019abord une conscience.Il n\u2019a jamais empêché les autres de vivre, mais il veut créer des conditions nouvelles d\u2019existence afin de révéler aux Canadiens français les réserves insoupçonnées qui sommeillent dans leur coeur, dans leur esprit, dans l\u2019énorme masse d\u2019énergie spirituelle et culturelle qui n\u2019attend que le choc de l\u2019indépendance pour surgir de la nuit des temps.Car, le Canada français est encore dans la nuit 142 ACTION NATIONALE culturelle; son sommeil est profond, c\u2019est le sommeil du moribond.Tous les cataplasmes lui sont parfaitement inutiles et même néfastes : il doit ressusciter ou mourir.Tel est le choix que le peuple doit faire, tel est le sens premier de la pensée séparatiste.Les impuissants culturels que nous sommes ont absolument besoin d\u2019un puissant Etat national pour les sortir de leur solitude et de leur timidité morbide.Il va de soi qu\u2019un peuple n\u2019a de sens profond et de réalité historique que s\u2019il apporte quelque chose au concert des peuples de la Terre.Il apparaît à plusieurs que, jusqu\u2019à maintenant, l\u2019apport culturel du Canada français a été tellement négligeable qu\u2019il ne saurait justifier les efforts que l\u2019on met à le \u201csauver\u201d périodiquement.Il n\u2019y a aucun intérêt pour l\u2019humanité à forcer le destin, à perpétuer une faiblesse culturelle comme celle du Canada français.Les peuples dévirilisés, de toute façon, ne pourront survivre au grand branle-bas qui s\u2019annonce dans l\u2019ordre culturel sur notre planète.Nous pouvons facilement entrevoir le jour, moins éloigné que certains ne le pensent, où une culture non plus européenne, américaine, asiatique ou africaine mais bien mondiale aura pris des racines solides dans divers continents.Cette culture supposera une métamorphose considérable des cultures nationales et l\u2019on peut alors prévoir la disparition des cultures dévalorisées, végétatives et appauvries comme celle que nous connaissons au Canada français.Si nous n\u2019arrivons pas à créer une authentique culture québécoise d\u2019ici une génération, nous serons absorbés par l\u2019impérialisme culturel des pancanadiens et des Américains pour être ensuite englobés dans le magma universaliste qui ne laissera rien subsister de la culture française au Canada.Sans jouer les prophètes de malheur, je crois en toute sincérité qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019avenir pour une culture aussi déprimante, aussi fatiguée que la nôtre.Et je ne vois aucun sens à prolonger une vie intellectuelle aussi anémiée, aussi intoxiquée.L\u2019euthanasie culturelle LA FINALITÉ CULTURELLE DE L'INDÉPENDANCE 143 dont nous sommes menacés par le biculturalisme sera, à mon avis, le grand moyen de mettre fin à une culture d\u2019imposture, si nous ne parvenons pas à mettre un terme au régime colonialiste qu\u2019Ottawa nous impose.A plusieurs, l\u2019expression \u201cculture d\u2019imposture\u201d doit sembler une outrance de vocabulaire, et pourtant, je ne vois quel mot désignerait mieux le phénomène culturel québécois.Allons au fond des choses.Un homme, quel qu\u2019il soit, quel que soit son rang, sa nationalité, sa richesse, sa foi même, ne vaut que par la qualité de son cerveau, le développement de sa personnalité, le raffinement de son âme, la complexité de son intelligence, la puissance de son raisonnement, l\u2019objectivité de ses jugements, la probité de son caractère ; en un mot, tout homme ne vaudra jamais rien d\u2019autre que ce qu\u2019il est dans le tréfonds de son âme.Or, nous avons des âmes bilingues, des cerveaux bilingues, des consciences bilingues, des volontés bilingues, et surtout des personnalités bilingues, c\u2019est-à-dire aliénées, déformées, désintégrées.Nous sommes deux.Nous pensons deux! Nous sommes des dualisés.Notre vie quotidienne est duelle.Nous vivons en contradiction perpétuelle; nous passons la moitié de notre journée à détruire l\u2019autre moitié, et tout est toujours à recommencer.Nous sommes littéralement des prisonniers politiques, économiques et intellectuels des Anglo-Canadiens.D\u2019où notre névrose collective engendrée par notre faiblesse de caractère, notre sentiment d\u2019infériorité.Nous n\u2019avons aucune maturité politique, ni économique, ni sociale, ni ouvrière, ni démocratique, ni culturelle, encore moins spirituelle, parce que nous sommes restés de dociles serviteurs, aveuglés par les slogans de la bonne-entente et dupés par les mauvais bergers que l\u2019histoire nous a imposés.Voici maintenant que s\u2019ouvre l\u2019ère de la colère, que l\u2019heure de vérité sonne pour nous, et pour la dernière fois.Quelle réponse apportera notre communauté à la sommation de l\u2019histoire ?Le drame commence lorsqu\u2019on s\u2019interroge sur la qualité de l\u2019âme canadienne-française, sur l\u2019étoffe spirituelle 144 ACTION NATIONALE et culturelle dont elle est faite.Qu\u2019en est-il au juste ?Peut-on vraiment parler d\u2019un patrimoine national lorsque nous évoquons les oeuvres ancestrales ?Ces oeuvres seraient-elles suffisantes pour constituer une culture supérieure à celle des Anglo-Canadiens?Combien parmi nous ont eu le temps de lire, je ne dis pas toutes les oeuvres de nos anciens auteurs, mais quelques-unes seulement?Combien ont trouvé du plaisir, la jouissance intellectuelle profonde que connaît celui qui rencontre un esprit supérieur, à la fréquentation de nos anciens écrivains?Relit-on vraiment leurs oeuvres?Répondons sérieusement.J\u2019estime que notre patrimoine culturel proprement canadien est extrêmement mince; nous avons à peine créé quelque chose de valable, de supportable, en littérature.On trouve beaucoup d\u2019imitateurs, d\u2019imposteurs, certaines oeuvres faibles mais charmantes, minables mais \u201cpatriotiques\u201d, qui ne méritent nullement de survivre.Elles n\u2019ont eu aucune influence véritable et elles n\u2019enrichissent d\u2019aucune façon le domaine culturel international ou même francophone.Vouloir perpétuer cette \u201cculture\u201d nationale m\u2019apparaît comme un vice de l\u2019esprit ; ce serait condamner nos descendants à la médiocrité dans laquelle se complaît notre génération de mandarins.Si on essaie de tirer une substance culturelle des oeuvres modernes du Canada français, on se trouve encore devant une espèce de néant qui se veut respectable.Quelques oeuvres mériteraient peut-être une mention dans un manuel de littérature française et encore .Que rencontre-t-on surtout?Des oeuvrettes, des essais stériles, des romans sans conséquence, des oeuvres pieuses, toutes oeuvres presque illisibles qui ne montrent jamais les dimensions de l\u2019homme canadien-français, une ancienne poésie du terroir et une plus moderne, suffocante, malade, noire, logomachique.Rien de substantiel.Rien qui s\u2019approche tant soit peu du \u201cgénie\u201d.Tout est en friche, tout attend, s\u2019agite et gémit en attendant les événements qui s\u2019annoncent.Notre littérature est en gestation, elle annonce des bouleversements.L\u2019imposture que l\u2019on nommait LA FINALITÉ CULTURELLE DE L'INDÉPENDANCE 145 culture canadienne-française est sur le point d\u2019être abattue; l\u2019oppression culturelle étrangère que l\u2019on prenait pour l\u2019affirmation véridique du Québec français sera balayée par les vents rugissants d\u2019un peuple en colère.Les légendes sur le bilinguisme disparaîtront; l\u2019énergie que nous avons consumée à résister nous la mettrons désormais à créer ; la crainte que nous avons à vivre sera transformée en espoir, en rage de vivre ; notre fuite habituelle devant nos devoirs sera devenue un énorme besoin d\u2019affirmation; nous intensifierons tous nos efforts dans le sens d\u2019une résurrection, nous connaîtrons une pâque culturelle.Toutes nos disponibilités seront utilisées à scruter notre passé pour le comprendre, pour en tirer des leçons d\u2019espérance et de grandeur.Nous nous désintoxiquerons de l\u2019anglais; nous passerons nos crises de liberté comme les adolescents passent à travers leur crise sexuelle.Notre conception du monde changera; la funeste habitude de nous en remettre aux autres sera abandonnée ; nous pourrons désormais nous mettre en valeur: nous serons un autre peuple, ayant retrouvé la parole, ayant fait son unité.Cette thérapeutique, il n\u2019y a que l\u2019indépendance nationale, complète, qui peut nous la donner.Notre situation de colonisés culturels n\u2019est pas immuable.Pour devenir forts, il nous faudra utiliser toutes nos énergies.Nos oeuvres culturelles présentes sont le reflet de notre anarchie intérieure, de notre écartellement psychique, de notre indétermination intellectuelle, mais surtout de notre fausse orientation nationale.Nous sommes un pays sans peuple, un peuple sans pays.Nous sommes un peuple sans oeuvres, un pays sans destin.Nous n\u2019avons pas d\u2019âme: nous utilisons celles des autres.Parfois, nous sommes français, tout au moins quelques-uns parmi nous qui vivent ici comme dans une colonie française avec tout ce que cela comporte d\u2019imposture.Nous sommes, quant à notre âme collective, le plus souvent des Américains qui n\u2019osent dire leur nom; et un bon nombre d\u2019entre nous n\u2019aspirent qu\u2019à devenir des Anglo-Canadiens le plus tôt 146 ACTION NATIONALE possible.Notre peuple est multiforme culturellement, et il est déjà polyculturel.Il accumule diverses médiocrités luttant en lui comme autant d\u2019antagonismes qui l\u2019affaiblissent sans cesse.Tout homme cherche à exprimer les sentiments qu\u2019il ressent devant la vie, à créer une culture ou à vivre d\u2019une culture qui soit le reflet de sa mentalité, de sa pensée; il tente toujours de construire une civilisation fondée sur une culture authentique.La cohabitation culturelle, le mélange de deux civilisations incomplètes, opposées, ne peut donner rien de bon, d\u2019autant plus que les civilisations française et anglo-saxonne sont déjà largement fixées et qu\u2019elles ne se rencontrent nulle part, quant à l\u2019essentiel.Le drame du Canada français est avant tout un drame culturel.Ce peuple d\u2019affamés ne reçoit rien à manger culturellement : il quête chez les voisins tant qu\u2019il peut, il emprunte en France presque toute la substance de sa vie intellectuelle.Culturellement, le Canada français en est resté au folklore et c\u2019est à une immense tâche, proprement révolutionnaire, qu\u2019est appelée la génération actuelle pour créer les assises nouvelles d\u2019une culture stimulante, régénérée et vivifiante.Le problème de la langue au Québec est si profondément lié au destin du peuple qu\u2019on ne peut plus espérer une réforme de notre idiome national sans rêver d\u2019une profonde révolution linguistique, conséquence d\u2019une révolution nationale.Rien au Québec ne pourra sauver notre langue qu\u2019une liberté nationale complète.Au point de vue linguistique, nous vivons dans la déchéance totale.Rien n\u2019a été accompli, dans ce secteur, par le gouvernement, absolument rien.Le gouvernement du Québec est non un gouvernement national mais une sorte de gouvernement municipal, absolument impuissant devant Ottawa et les tâches culturelles à accomplir, notamment la réforme de la langue et le respect du français par les sociétés commerciales.Rien, absolument rien, n\u2019a été réalisé non plus pour protéger la langue française par l\u2019université, les maisons d\u2019enseignement, les journaux.Pré- LA FINALITÉ CULTURELLE DE L'INDÉPENDANCE 147 tendre que ces institutions défendent la langue française, c\u2019est une imposture.Le charabia linguistique enseigné au Québec est une imposture, car il ne permet à personne de vivre une vie authentiquement nationale.Notre langue est estropiée, amoindrie, elle n\u2019est pas l\u2019instrument d\u2019une culture hautement civilisatrice qu\u2019on nous vante tant dans les discours officiels.Notre langue est un obstacle, présentement, à la constitution de cerveaux ouverts, équilibrés, bien équipés pour la vie ; elle nous empêche d\u2019accéder à la culture, elle ne nous permet pas d\u2019exprimer notre âme nationale.Non seulement est-elle infestée d\u2019anglicismes jusqu\u2019au point d\u2019être méconnaissable, mais encore est-elle devenue un mythe savamment entretenu par les tenants du bilinguisme.Ces derniers refusent de considérer le problème politique du Canada français; il suffirait, paraît-il, de protéger la langue française, de la répandre un peu plus dans les organismes fédéraux, pour que nos légitimes aspirations soient satisfaites.La langue française au Canada est devenue une arme contre le peuple québécois; les pancanadiens s\u2019en servent pour nous maintenir dans la Confédération ; elle est devenue un moyen d\u2019oppression du peuple.Et c\u2019est là notre plus douloureux malheur.Ce qui a le plus de valeur à nos yeux a été accaparé, utilisé par les fédéralistes pour contrecarrer les projets de réforme politique les plus urgents.L\u2019imposture linguistique cessera lorsque nous aurons proclamé l\u2019unilinguisme français, dans un Québec libre.Si on a pu dire que la langue est une patrie, la culture un patrimoine national, comment pourra-t-on soutenir alors que le Québec peut se passer d\u2019une patrie bien à lui?Le moi collectif qui s\u2019exprime dans une langue ne s\u2019est pas encore vraiment manifesté au Québec; nous commençons à peine à parler un idiome identifiable.Et encore n\u2019y en a-t-il que très peu parmi nous qui puissent se vanter de posséder là un instrument de culture satisfaisant.Le moi collectif chez nous reste indéchiffré ; c\u2019est 148 ACTION NATIONALE là sans doute le sort de toute collectivité colonisée.Nous avons été oubliés par l\u2019histoire et nous n\u2019avons pas d\u2019autre choix, si nous voulons sortir de la préhistoire politique, que de trouver nous-mêmes le sens de notre devenir national.Colonisés intellectuellement par le fait de l\u2019occupation anglo-canadienne au Québec et aussi bien par le fait de notre trop grande dépendance de la France, nous n\u2019avons qu\u2019un embryon de culture nationale.Nous avons encore à nous définir, à nommer les choses de notre milieu, à créer notre univers intérieur: oeuvre d\u2019une grande portée que seule une nation libérée de ses chaînes collectives peut accomplir.Tout peuple asservi, toute culture minoritaire, toute pensée calquée sur une autre, toute civilisation polymorphe, écrasée par une ou plusieurs autres, ne peut rien donner dautre que la médiocrité vertueuse et complaisante.Notre peuple est à la recherche de lui-même, et il est condamné à végéter dans un univers implacable, si rien ne change.Le prestige de notre civilisation est si peu rayonnant qu\u2019elle ne mérite pas d\u2019être vraiment enseignée, et elle ne l\u2019est pas non plus.Rares sont les institutions d\u2019enseignement qui se préoccupent d\u2019initier les étudiants aux réalités québécoises.Les professeurs ne leur parlent jamais du Québec, ni en littérature, ni en philosophie (il est vrai que nos philosophes sont inexistants.), ni en sciences sociales ou politiques.Il est interdit de parler du Québec, de ses problèmes, de ses espoirs, de ses lacunes; c\u2019est le silence le plus coupable que l\u2019on rencontre dans nos institutions de haut savoir sur le Québec.La publication d\u2019ouvrages scientifiques sur le Québec nous laisse toujours sur notre faim; on dirait que les intellectuels québécois aiment mieux se passionner pour les problèmes canadiens ou étrangers.Le Québec, encore aujourd\u2019hui, ne fait pas l\u2019objet d\u2019études systématiques de la part de nos universitaires.Considérons seulement l\u2019absence complète d\u2019études sur le plan économique pour LA FINALITÉ CULTURELLE DE L'INDÉPENDANCE 149 constater l\u2019incurie du milieu universitaire québécois.L\u2019appartenance politique du Québec au Canada fait que ces milieux de la recherche sont souvent subventionnés par Ottawa et les industriels anglo-américains, d\u2019où le silence presque complet sur les problèmes essentiels du Québec.Au fond, nos intellectuels sont peureux ; ils ne valent guère mieux que le peuple ; devant Ottawa, ils se taisent et se tairont jusqu\u2019à ce que la révolte populaire ait donné des fruits qu\u2019ils s\u2019empresseront de cueillir.L\u2019imposture de nos esprits cultivés, elle est là, aussi.A tout prendre, le Canadien français voit le monde avec les yeux des autres, il lit les journaux alimentés par les agences de presse anglo-saxonnes, il n\u2019interprète le monde qu\u2019à travers le prisme déformant de la propagande pancanadienne.Il ne peut pas être lui-même, et c\u2019est une fumisterie que de parler d\u2019être \u201cmaîtres chez nous\u201d alors que nous sommes de parfaits colonisés.Peuple de soumis et de petites gens, nous sommes même incapables de rêver à la révolution nationale qui s\u2019impose de toute évidence si nous voulons échapper à la médiocrité, conséquence de notre abrutissement politique, et à l\u2019assimilation, conséquence de notre domination par les étrangers.Nous disposons de grandes ressources culturelles enfouies dans le passé; nos ressources humaines ne sont pas non plus négligeables ; et nos ressources économiques ont à peine été explorées.Mais rien de tout cela ne pourra s\u2019épanouir sans un choc initial, qui fera s\u2019écrouler les superstructures politiques et culturelles étrangères.Notre prospérité nationale, notre développement personnel, notre épanouissement culturel ne pourront s\u2019effectuer que si nous possédons tous les leviers de la politique externe et interne.Sans la possession de tous les pouvoirs politiques normaux, il est inutile de rêver à un grand destin, d\u2019espérer la survie de notre collectivité.Le monde moderne si impitoyable ne laissera certes pas notre médiocrité survivre longtemps.Dans une génération, les choses seront fixées : nous serons nous-mêmes ou nous aurons été. 150 ACTION NATIONALE Notre médiocrité culturelle et économique, \u2014 les deux domaines sont intimement liés, \u2014 est une conséquence de notre impuissance politique.Quand un peuple doit quémander un peu de vie continuellement à son conquérant, lorsqu\u2019il doit s\u2019en remettre aux autres pour gouverner, pour diriger ses industries, ses commerces, ses arts, ses moyens de communication, ses idées, c\u2019est qu\u2019il est très malade.La promotion sociale est impossible dans un Québec annexé par Ottawa au monde anglo-américain.Nous resterons un fief anglo-américain tant que nous n\u2019aurons pas pris en mains le gouvernail de l\u2019Etat.Le bien commun chez nous exige que nous possédions, en plénitude, les pouvoirs politiques normaux d\u2019un pays normal.La dignité nationale, sinon la lucidité nationale, devrait nous inciter à mettre un terme à l\u2019exploitation de nos richesses de tout genre par les étrangers et au profit des étrangers.Comment pourrons-nous endurer avec autant de patience que nos ancêtres d\u2019être dérobés, exploités, sans songer un instant à la révolte?La solidarité nationale nous commande de prendre tous les moyens nécessaires pour arrêter notre décadence politique, culturelle et économique.Rien ne sert de maudire notre destin de peuple conquis; engageons le combat là où il doit s\u2019accomplir: sur le terrain politique.Toute notre personnalité nationale souffre d\u2019aliénation.Nous ne savons pas qui nous sommes.Une partie fort importante des nôtres est déjà conquise intellectuellement par nos adversaires et elle fait le jeu de nos conquérants.Même notre sensibilité nationale a été profondément touchée par les manières, les façons de voir et de réagir des Anglo-Canadiens.Incapables de nous définir comme entité fortement constituée, nous perdons notre temps à essayer de prouver que notre littérature existe.Toute notre culture souffre d\u2019un mal chronique : celui de n\u2019être pas libre.Nous sentons malgré nous que l\u2019essentiel n\u2019a pas encore été dit à notre sujet, qu\u2019il nous reste à explorer notre moi, à déterminer la finalité de notre culture, les objectifs à réaliser.Nos manières de voir, de LA FINALITÉ CULTURELLE DE L'INDÉPENDANCE 151 penser, de vivre, de travailler, d\u2019aimer sont souvent calquées sur celles de nos conquérants; nous sommes conditionnés, largement, par la propagande anglo-saxonne et nous restons, quoi qu\u2019on dise, un peuple de traducteurs.Sans doute, doit-on ici faire la distinction entre la culture de salon, souvent plus française, et la culture nationale tributaire de la civilisation étrangère.Si nous pouvons parler d\u2019une certaine culture de l\u2019élite nourrie à même la production du monde francophone et particulièrement de Paris, il est beaucoup plus difficile de parler d\u2019une culture populaire authentique au Québec.Nous avons affaire, tout d\u2019abord, à l\u2019envahissement culturel américain dont on connaît bien les postulats.Ensuite, notre peuple est noyé dans la culture qu\u2019on appelle pancanadienne et qui tient de la propagande autant que des mythes anglo-canadiens.L\u2019échec de la culture populaire canadienne-française est là pour nous rappeler que les masses se laisseront toujours guider par les mythes les plus répandus, les plus grossiers parfois.Dans ce secteur, un effort inouï devra être accompli si on veut soustraire notre peuple à l\u2019influence délétère du monde anglo-saxon.Rien de moins qu\u2019une révolution politique, nationale, culturelle, ne pourra établir les conditions nécessaires à l\u2019accession de notre peuple au niveau convenable de culture.Toutes les campagnes de refrancisation, tous les efforts séculaires de défense de la langue chez nous ne valent rien aujourd\u2019hui en face de la tâche gigantesque que nous devons accomplir d\u2019ici quelques années, si nous voulons échapper à la destruction générale de notre propre civilisation.Il nous faut un dirigisme culturel aussi intégral que nécessaire, de même qu\u2019un interventionnisme économique, une planification industrielle et une socialisation générale, faits par nous et pour nous, grâce à une nouvelle conception de l\u2019Etat compatible, toutefois, avec les libertés essentielles.Même avec un Etat national bien à nous, il ne faudra pas nous reposer sur nos lauriers.Si la condition 152 ACTION NATIONALE préalable à l\u2019épanouissement culturel du Québécois est incontestablement la proclamation de la République, il ne nous restera pas moins à nous mettre au travail afin de retrouver le sens de notre passé et de notre liberté nouvelle.Il nous faudra également découvrir notre fraternité avec les peuples libérés des jougs étrangers.Une civilisation nord-américaine, mais française doit naître de nous et par nous : tel est bien le sens de notre existence.Sans cela, nous n\u2019avons rien à dire aux autres peuples; nous n\u2019aurons rien à leur apprendre, rien à échanger: nous continuerons à rester une énigme pour les historiens, une médiocrité satisfaite en voie d\u2019être doucement assimilée.Sans indépendance nationale, le peuple québécois n\u2019a pas de raison de vivre.Il se voue lui-même à la perdition; il accumule sur les générations à venir les charbons ardents de la bêtise, de la stupidité et de l\u2019incohérence.Nous n\u2019avons plus le droit de sacrifier nos valeurs nationales sous le prétexte de poursuivre une aventure politique singulière et extravagante.Nous disons un non définitif à l\u2019hypothèse canadienne: seule la réalité québécoise nous intéresse.A tout prendre, la culture anglo-canadienne est plus vide, plus insignifiante et plus inarticulée que la nôtre.Deux nullités de ce genre ne formeront jamais une culture profonde.Que serons-nous dans une génération, dans dix générations?Notre culture reflétera-t-elle désormais les espoirs de tout un peuple appelé à un grand destin?Aurons-nous le courage, d\u2019ici quelques années, de nous emparer des leviers politiques, d\u2019arracher à notre conquérant les pouvoirs politiques essentiels à notre vie collective?Je crois que l\u2019on peut répondre par l\u2019affirmative.La situation politique du Québec est bien remise en cause et l\u2019indépendance nationale est devenue irréversible.Il ne s\u2019agit plus maintenant que de concentrer nos efforts sur certains objectifs d\u2019ordre politique pour faire crouler les superstructures confédérales.A faire le tour de nos réalisations artistiques, culturelles, plusieurs seraient tentés de pencher pour le pessi- U\\ FINALITÉ CULTURELLE DE L'INDÉPENDANCE 153 misme ; si la situation ne change pas bientôt, si nous restons aussi pusillanimes, aussi vulnérables, aussi paresseux, aussi enterrés par la culture massive de l\u2019étranger, il faudra renoncer à tout espoir de voir renaître la civilisation française sur les bords du Saint-Laurent.Un peuple aliéné, dépossédé, domestiqué ne peut pas produire des oeuvres durables ; le nôtre se cherche encore une vocation et sa faillite extérieure ne fait que confirmer sa déroute intérieure.On n\u2019a pas à juger définitivement le sort de la nation québécoise à l\u2019heure actuelle.Pour ma part, je me refuse à porter un jugement pessimiste; seulement, je sais que notre aventure en terre d\u2019Amérique risque de tourner court si nous ne prenons pas les moyens radicaux qui nous permettront d\u2019être autre chose qu\u2019un peuple d\u2019ilotes, un peuple d\u2019apatrides.Il n\u2019y aura de culture authentique au Québec que lorsqu\u2019on pourra penser, écrire, parler, travailler et vivre en français.Le Québec sera français ou il ne sera pas.Tout le reste n\u2019est qu\u2019imposture.-Il- Il nous faut tous les pouvoirs par Pierre Renaud Plus de cinquante pays ont accédé à l\u2019indépendance depuis la dernière guerre mondiale et il n\u2019existe plus que quelques colonies dans le monde.Longtemps après la proclamation par l\u2019ONU du droit des peuples à l\u2019auto-déter-mination, les Québécois ont commencé à tirer des leçons de ce principe et de ses applications.Peut-être est-ce là un des faits marquants de l\u2019évolution récente de la pensée politique chez nous.Et maintenant l\u2019action, suivant la pensée, commence à se caractériser à son tour en fonc- 154 ACTION NATIONALE tion de ce droit universellement admis à l\u2019autodétermination des peuples.Ainsi s\u2019est formé un parti politique qui prône l\u2019indépendance nationale.Ainsi certains groupements, comme la Fédération des Jeunes Chambres de commerce et les associations étudiantes québécoises, ont compris qu\u2019il était malsain pour eux de s\u2019en remettre à des organismes Canadians pour défendre leurs intérêts.A un esprit revendicateur, qui reposait sur l\u2019acceptation globale d\u2019une situation défavorable dont on cherchait à améliorer certains points particuliers, succède graduellement un esprit d\u2019entreprise, qui commence à agir sur certains points particuliers et rendra possible la transformation globale de la situation.La bataille des chèques bilingues est le symbole de l\u2019époque révolue de la revendication, la Manicouagan est celui de la nouvelle époque, celle de la construction.La convocation par les Sociétés Saint-Jean-Baptiste d\u2019états généraux du Canada français, et surtout la création par le parlement de Québec d\u2019un Comité de la constitution, ont contribué à inscrire dans la réalité politique le droit de la nation canadienne-française à l\u2019autodétermination.Un peuple colonisé La situation actuelle du peuple canadien-français est celle d\u2019un peuple colonisé.La plupart des grands domaines d\u2019activité échappent à son contrôle.La conduite de ses affaires est entre les mains d\u2019un autre peuple.Son gouvernement national, celui de Québec, a des pouvoirs très limités, plus limités que ceux qu\u2019avaient avant leur accession à l\u2019indépendance bien des colonies, comme la Tunisie et le Maroc par exemple.La plus grande part des impôts perçus au Québec vont à Ottawa, qui agit, à toutes fins pratiques, comme le gouvernement national des Canadiens. IL NOUS FAUT TOUS LES POUVOIRS\t155 Dans le domaine économique, plus nous avançons dans la voie de l\u2019industrialisation et plus notre état de dépendance s\u2019accentue.Hier encore, à l\u2019époque de la petite entreprise familiale, à caractère artisanal, à l\u2019époque aussi où l\u2019intervention gouvernementale dans le domaine économique était très limitée, les Canadiens français sentaient moins le poids d\u2019une domination qui n\u2019en était pas moins réelle et qui engageait l\u2019avenir.Aujourd\u2019hui où leur participation à l\u2019économie québécoise est purement marginale, ils ont pleinement conscience de ce qu\u2019ils sont: des dépossédés.Une économie coloniale Notre économie ayant été conçue et développée par les autres, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019elle l\u2019ait été en fonction des intérêts des autres.Par exemple, et cela est typique d\u2019une économie coloniale, les entreprises étrangères viennent chercher chez nous des matières premières, et nous vendre des produits manufacturés.Les entrepreneurs étrangers se soucient bien peu d\u2019une population représentée par un gouvernement provincial, qui n\u2019a à peu près aucun pouvoir sur eux.Le gouvernement qui compte réellement pour eux est celui auquel ils versent la majeure partie de leurs impôts, celui qui légifère dans les domaines qui les affectent, c\u2019est-à-dire la monnaie, le crédit, le commerce extérieur, les douanes.C\u2019est ce gouvernement, celui d\u2019Ottawa, qui à leurs yeux représente le pouvoir, et il est normal que leur politique s\u2019aligne sur les siennes, autrement dit celles des Canadians, plutôt que sur celles du Québec.C\u2019est ce qui explique que les entreprises anglo-saxonnes au Québec n\u2019aient jamais fait preuve de beaucoup de respect pour les Canadiens français.On ne respecte pas des gens qui ne détiennent aucun pouvoir.Un gouvernement national impuissant Il n\u2019est pas possible de dissocier l\u2019infériorité des Canadiens français dans le domaine économique de leur 156 ACTION NATIONALE condition d\u2019inférieurs sur le plan politique.Minoritaires dans le gouvernement d\u2019Ottawa, qui exerce le pouvoir dans les principales sphères de l\u2019économie, c\u2019est en vain qu\u2019ils se tournent vers le gouvernement de Québec, qui n\u2019est pas en mesure de jouer le rôle qu\u2019ils attendent de lui dans la conjoncture actuelle, faute de pouvoirs.Il est bien vrai que certaines initiatives récentes, telle la nationalisation de l\u2019électricité, la création de la SGF, la mise en marche d\u2019une industrie sidérurgique, vont dans le sens des aspirations des Québécois à développer eux-mêmes, en fonction de leurs intérêts, l\u2019économie de leur pays.Mais en même temps que ces initiatives montrent la voie qu\u2019il faudrait suivre, elles mettent en lumière les limites auxquelles se heurte déjà notre gouvernement national dans ses tentatives de libération économique, et auxquelles il se heurtera de plus en plus s\u2019il entend poursuivre cette entreprise.Le manque de capitaux dont l\u2019une des causes est que la plus grande part de nos impôts est drainée par Ottawa, l\u2019incapacité de négocier des ententes commerciales directement avec les gouvernements étrangers, l\u2019absence de pouvoirs dans le domaine du crédit, sont autant de limites à un véritable programme d\u2019émancipation économique.En somme, nous nous trouvons être à la merci des sautes d\u2019humeur de l\u2019opinion publique, des hommes politiques et des fonctionnaires anglo-saxons.Ces messieurs n\u2019ont pas accepté que la Caravelle soit fabriquée chez nous.Par contre ils ont permis à M.Lesage de faire venir ici les sociétés Peugeot et Renault.Que décideront-ils pour nous la prochaine fois?Vers une économie planifiée Une fois dissipée une certaine euphorie qui résulte des premières réalisations dont nous avons parlé plus haut, il faudra bien reconnaître la nécessité pour le Québec d\u2019acquérir les pouvoirs qui lui manquent actuellement pour poursuivre son action dans le domaine économique. IL NOUS FAUT TOUS LES POUVOIRS 157 Cette conclusion s\u2019imposera d\u2019autant plus que l\u2019époque de l\u2019improvisation et des palliatifs tire à sa fin.Jusqu\u2019à maintenant on n\u2019a fait que parler de planification, bientôt il faudra en faire.Mais qui fixera les objectifs, les priorités, les normes, les modalités de la planification de l\u2019économie du Québec?Inévitablement ce sera principalement le gouvernement qui contrôle les grands leviers économiques: la monnaie, le crédit, les douanes et la plus grande part de la fiscalité, c\u2019est-à-dire, dans le système actuel, le gouvernement fédéral.Cette perspective paraît absolument contraire aux intérêts des Québécois.Vers une planification étrangère Tout d\u2019abord, dans ces conditions l\u2019appareil même de la planification, le bureau directeur du plan, nous échapperait, comme nous échappent tous les grands organismes fédéraux, qu\u2019il s\u2019agisse de ministères ou de sociétés d\u2019Etat.Nous en serions encore une fois réduits à y mendier quelques postes subalternes où les économistes et les fonctionnaires canadiens-français devraient travailler dans un cadre étranger de langue et de mentalité.L'organisme de planification étant appelé à devenir l\u2019un des principaux rouages de l\u2019Etat de demain, il est de première importance que nous puissions profiter pleinement du débouché qu\u2019il offrira à nos experts, que ceux-ci puissent y travailler dans leur langue, dans la langue où ils auront fait leurs études, et aussi qu\u2019ils puissent tirer parti de leur connaissance d\u2019un milieu donné qui est le milieu québécois.Pour une planification nationale Ensuite et surtout, une planification conçue à Ottawa serait nécessairement incompatible avec certains objectifs qui sont propres aux Canadiens français, et dont le plus important est celui de la décolonisation de l\u2019économie québécoise. 158 ACTION NATIONALE Dans plusieurs cas, par ailleurs, il y a conflit de priorités entre Ottawa et Québec.Ainsi les sommes exagérées qu\u2019Ottawa consacre à la \u201cdéfense nationale\u2019\u2019 seraient mieux employées dans le domaine de l\u2019éducation au Québec.De même, alors que dans l\u2019optique canadienne les Provinces Maritimes sont une région sous-développée, dans l\u2019optique québécoise ce sont des régions comme l\u2019Abitibi et la Gaspésie qui doivent recevoir toute l\u2019attention des planificateurs.Ici il faut bien déplorer le manque de réalisme ou de sérieux de ceux qui font miroiter aux yeux des Canadiens français la promesse d\u2019un avenir où ils seraient maîtres de l\u2019économie québécoise, sans leur dire comment cet objectif pourrait être atteint.On ne peut sur une question aussi vitale se contenter de vagues promesses d\u2019amélioration graduelle.C\u2019est pourtant tout ce que les fédéralistes ont à offrir.De plus en plus, il apparaîtra clairement que les Canadiens français ne pourront prendre en main l\u2019économie du Québec sans un programme de planification dont la décolonisation serait l\u2019un des grands objectifs, et qui supposerait une intervention directe et importante de notre gouvernement national.Ainsi donc, dans le domaine de la planification comme dans la plupart des domaines, les intérêts du Québec sont différents de ceux du Canada.Dans la Confédération il se trouve que les intérêts du Québec, parce qu\u2019il n\u2019est qu\u2019une province sur dix, sont nécessairement subordonnés à ceux des neuf autres provinces du Canada.Le jour où le Québec deviendra indépendant, il se trouvera dans la situation de n\u2019importe quel Etat souverain, c\u2019est-à-dire que ses intérêts ne seront plus subordonnés à ceux d\u2019aucun autre Etat.Ceci ne veut pas dire qu\u2019une fois indépendant le Québec n\u2019aura plus à tenir compte de certaines réalités, telles que les intérêts de ses voisins (canadiens ou américains) mais il sera libre de ses décisions IL NOUS FAUT TOUS LES POUVOIRS 159 et pourra dans sa politique économique accorder la priorité à ses propres intérêts.L\u2019indépendance: une question politique Que l\u2019on parle d\u2019économie, de planification, de mesures sociales, de justice, ou de développement culturel, il faut toujours en revenir au domaine politique, parce que le rôle de l\u2019Etat dans tous les secteurs de l\u2019activité humaine est déjà considérable et qu\u2019il ira en grandissant dans l\u2019avenir.Pour la nation canadienne-française il s\u2019agit de se donner l\u2019instrument politique le plus favorable au service de ses intérêts dans tous les domaines.Elle a le choix entre un régime qui la subordonne à une autre nation, en faisant d\u2019elle une simple province dans une confédération qui en compte dix, (et bientôt 12 avec la subdivision en deux provinces des Territoires du Nord-Ouest) et un régime qui remet entre ses mains les outils du pouvoir que la Conquête lui a enlevés, et qui la place sur un pied d\u2019égalité avec la nation Canadian et toutes les autres nations du monde.La démocratie par l\u2019indépendance En somme, en choisissant l\u2019indépendance, les Québécois accéderont à la démocratie, la souveraineté d\u2019un Etat étant l\u2019incarnation du droit d\u2019un peuple à un gouvernement qui le représente.A notre époque où les responsabilités des Etats dans tous les domaines vont en s\u2019accroissant, l\u2019exercice de ce droit est plus essentiel que jamais.Que ce soit dans le domaine des institutions politiques, de la justice, de la sécurité sociale, du syndicalisme, de l\u2019immigration, de la culture, de la planification économique ou tout autre domaine que ce soit, les Québécois ont droit à des organismes et à des lois qui correspondent à leur mentalité, à leur culture, à leurs aspirations et à 160 ACTION NATIONALE leurs intérêts.Si par exemple les Québécois répugnent au fait d\u2019être gouvernés par une reine qui leur est étrangère, et qu\u2019ils préfèrent vivre en république, ils ont le droit et ils doivent avoir les moyens de changer de régime.Il est inadmissible que leurs désirs en ce domaine soient subordonnés à ceux d\u2019une autre nation qui a, elle, des raisons d\u2019être royaliste qu\u2019eux n\u2019ont pas.Si encore les Québécois désirent des allocations familiales à taux croissant plutôt que les allocations à taux fixe en vigueur au Canada en 1964, ils ont le droit et ils doivent avoir les moyens de les obtenir.Si les Québécois décident que leur gouvernement doit avoir juridiction sur les Esquimaux qui vivent en territoire québécois, leur décision ne doit pas être mise en balance avec celle d\u2019une poignée de fonctionnaires fédéraux anglophones.Si les Québécois veulent que l\u2019immigration soit réglementée de telle ou telle façon, en tenant compte par exemple de l\u2019intégration des immigrants aux effectifs ouvriers existants et à la nation, ils doivent pouvoir l\u2019obtenir.Si les Québécois exigent que les capitaux étrangers chez eux soient soumis à certaines obligations conformes aux intérêts nationaux, ils doivent pouvoir imposer et faire respecter ces obligations.Aussi, nous devons pouvoir établir nous-mêmes la politique d\u2019aide aux pays sous-développés que nous finançons à l\u2019heure actuelle de nos impôts sans pouvoir l\u2019orienter.De façon plus générale, il faut que nous poursuivions une politique étrangère conforme à nos intérêts, et en particulier que nous soyons en mesure de décider de notre participation à des guerres ou à des conflits mondiaux.Et ainsi de suite.Les exemples ne manquent pas de cas où les volontés des Québécois dans le passé ont été ignorées ou même bafouées, et il n\u2019y a qu\u2019à consulter un peu les annales de la Confédération pour en trouver de quoi faire crouler n\u2019importe quel régime au monde. IL NOUS FAUT TOUS LES POUVOIRS 161 Le débat se poursuit inlassablement entre ceux qui veulent que tous nos déboires soient \u201cla faute aux Anglais\u201d, et ceux qui font publiquement \u201cmea culpa\u201d au nom de tous les Canadiens français \u201cqui n\u2019ont pas su tirer parti de la Confédération\u201d.Il semble bien que ce débat intéresse de moins en moins la population, qui recherche surtout l\u2019assurance que l\u2019avenir ne ressemblera pas au passé.La seule solution qui lui fournit cette assurance, c\u2019est l\u2019indépendance politique du Québec, non pas parce qu\u2019elle réglera tous nos problèmes mais parce qu\u2019elle nous donnera les moyens de les régler, mieux que toute autre formule, et qu\u2019elle remettra enfin entre nos mains le soin de construire notre avenir.-III- Comment j'ai opté pour l'indépendance par René Chaloult On me demande souvent pourquoi je suis devenu favorable à l\u2019indépendance du Québec.Ne l\u2019ai-je pas toujours été?Notre évolution historique et constitutionnelle ne nous achemine-t-elle pas vers cette fin?Le destin naturel de la nation canadienne-française n\u2019implique-t-il pas l\u2019établissement progressif d\u2019un Etat homogène et souverain?Le rêve d\u2019indépendance politique est latent chez nous depuis la conquête anglaise.Aurions-nous survécu en Amérique pour subir indéfiniment des tutelles, celle d\u2019Ottawa, après celle de Londres?Un peuple fier et énergique doit orienter et organiser sa propre vie, in- 162 ACTION NATIONALE dépendamment des circonstances extérieures adverses.Au besoin il doit forcer le sort et accepter des risques dangereux pour conquérir une place honorable dans le monde.Voyons l\u2019exemple d\u2019Israël et de tous ces jeunes pays d\u2019Afrique.Il ne m\u2019appartient pas d\u2019écrire l\u2019histoire de l\u2019indépendance québécoise, mais je veux en rappeler une phase qui a marqué la jeunesse de mon temps.* * * En 1922, l\u2019abbé Lionel Groulx prit l\u2019initiative de publier dans L\u2019Action française, dont il était le directeur, une série d\u2019articles sur notre avenir politique.La Confédération ne saurait durer, écrivait-il en substance.Il importe de préparer l\u2019avenir, c\u2019est-à-dire \u201cla constitution d\u2019un Etat français\u201d (Notre Avenir Politique (1923, p.26).Le père Rodrigue Villeneuve résumait en quelque sorte la pensée des enquêteurs lorsqu\u2019il écrivait: \u201cLa Confédération n\u2019a été en ce qui concerne nos intérêts nationaux qu\u2019une banqueroute lamentable, qu\u2019une déception humiliante et amère.\u201d (p.134) Si, après 55 ans, on jugeait ainsi la constitution de 1867, pourquoi continuer à la subir après bientôt cent ans d\u2019injustices et de tentatives d\u2019assimilation toujours croissantes et de plus en plus efficaces?Le père Villeneuve continuait: \u201cAinsi une colonie qui deviendrait une nation, une province qui deviendrait Etat, par l\u2019évolution régulière et juridique des finalités sociales, ce serait un gain pour l\u2019humanité.(p.135).A cette époque, il est vrai, le père Villeneuve n\u2019était pas encore cardinal et, comme le soulignait André Siegfried en ma présence, les hautes fonctions ecclésiastiques au Canada français du moins, imposent parfois une sourdine aux déclarations patriotiques. COMMENT J'AI OPTÉ POUR L'INDÉPENDANCE 163 Cette enquête de L\u2019Action française, à laquelle participèrent des personnalités comme Georges Pelletier, Antonio Perrault, Anatole Vanier, Mgr Philippe Perrier, etc.provoqua des réactions vives et diverses.Elle contribua à fixer notre jugement sur le régime constitutionnel qui sévit toujours au Canada et elle confirma notre espoir de libération.Quatorze ans plus tard (1936), Paul Bouchard fonda à Québec La Nation, journal de combat pour l\u2019indépendance.Il faut rendre hommage à son remarquable talent et à son courage.Il enthousiasma une partie de la jeunesse et maintint vivace l\u2019idéal d\u2019un Québec libre.* * * J\u2019étais acquis à l\u2019idée d\u2019indépendance lorsque je fus élu au parlement de Québec, en 1936, comme député de l\u2019Union nationale, avec l\u2019appui d\u2019un programme très nationaliste pour l\u2019époque.Au lendemain de l\u2019élection, mon chef, Maurice Duplessis, renia ses engagements les plus sacrés.Alors que je le lui reprochais, il me répondit cyniquement : \u201cTu sais bien qu\u2019un programme c\u2019est bon avant les élections\u201d.Il continua, il accentua même la politique traditionnelle et capitaliste de son prédécesseur, Alexandre Taschereau.Aujourd\u2019hui je ne me scandalise guère de ces volte-face si nombreuses au cours de notre histoire, mais je déplore que nous trouvions si peu d\u2019hommes sincères parmi nos avocats qui dominent notre vie politique.Les Anglo-Saxons ne sont pas seuls responsables de notre déchéance économique.Nos avocats politiciens y ont largement contribué.Je songeai alors à utiliser l\u2019Assemblée législative comme une tribune pour dénoncer la Confédération et exposer les avantages de l\u2019indépendance.Des amis sincères, comme le docteur Philippe Hamel, m\u2019en dissuadaient.Ils me représentaient que je limiterais mon influence en 164 ACTION NATIONALE me constituant le défenseur de cette cause très controversée.Ils me suggéraient plutôt de rappeler, d\u2019une manière constructive, les divers articles de notre programme et de tenter, au moyen du jeu parlementaire, d\u2019obtenir des concessions d\u2019Ottawa.C\u2019est ce que je fis pendant seize ans, mais sans résultats pratiques immédiats.(Ici je prie le lecteur d\u2019excuser le caractère un peu personnel de récits politiques nécessaires à ma démonstration.) A chaque session je multipliais les discours et les interventions de toutes sortes pour obtenir le respect de la constitution et de la parole donnée.C\u2019est au peuple que je m\u2019adressais par le truchement des journalistes : ceux-ci le savaient et m\u2019accordaient une généreuse publicité.J\u2019attaquais sans répit, sur tous les fronts, les gouvernements de Québec et d\u2019Ottawa.Je parvenais à obtenir, à l\u2019appui de ce qu\u2019on appelle en jargon parlementaire les \u201cmotions\u201d, un grand nombre de votes unanimes.Pour les soumettre au scrutin, il me fallait un \u201csecondeur\u201d.Quand Philippe Hamel, André Laurendeau ou Camillien Houde siégeaient, je n\u2019éprouvais aucune difficulté.Mais souvent j\u2019étais seul, de 1948 à 1952 notamment.Je m\u2019adressais alors au chef de l\u2019opposition, Georges Marier, pour le prier de m\u2019accorder le concours d\u2019un de ses députés.Il me refusait invariablement avec une exquise politesse.Je me tournais alors du côté de Maurice Duplessis qui acquiesçait d\u2019ordinaire en maugréant.Ces motions permettent de prononcer un discours et ensuite de prendre un vote.C\u2019est ainsi que l\u2019Assemblée législative, en pratique le Parlement \u2014 car le Conseil législatif n\u2019est qu\u2019un ornement coûteux \u2014 a maintes fois revendiqué pour nos minorités françaises un traitement conforme à celui que nous accordons à la minorité anglaise du Québec.Très souvent, aussi, nous avons sommé Ottawa de nous rendre nos droits de taxation, \u201cnotre butin\u201d, selon l\u2019expression pittoresque de Duplessis.Nous avons insisté pour obtenir la reconnaissance du français COMMENT J'AI OPTÉ POUR L'INDÉPENDANCE 165 dans la fonction publique, le maintien des promesses solennelles contre la conscription militaire, la fin de l\u2019immigration massive et accélérée en vue de hâter notre assimilation.Ces motions agréées devenaient des résolutions.Elles exprimaient le sentiment de tout le Québec.Messieurs Duplessis ou Godbout ordonnaient de les adresser aux autorités fédérales qui n\u2019en tenaient aucun compte.On trouvait négligeable l\u2019opinion du Québec pourtant partenaire à droits égaux dans la Confédération.On conformait aux désirs de la majorité l\u2019interprétation de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique.Avant que Québec ne se donne un drapeau, le 21 janvier 1948, la Chambre a voté à l\u2019unanimité, le 27 février 1946, la motion suivante : Sur la motion de M.Chaloult il est \u2014 Résolu que, \u2014 Attendu que le 24 novembre 1945 la Chambre des Communes a passé une résolution instituant un comité parlementaire \u201cdans le but de faire étude et rapport sur un motif approprié\u201d pour un drapeau canadien ; Cette chambre prie le comité parlementaire fédéral de choisir un drapeau véritablement canadien, c\u2019est-à-dire un drapeau qui exclut tout signe^ de servage, de colonialisme et que peut arborer fièrement tout Canadien sans distinction d\u2019origine; Ordonné que copie de la présente résolution soit adressée au président et à tous les membres du comité.(Journaux de l\u2019Assemblée législative, 1946, page 63) En réponse à cette requête du Parlement de Québec, MacKenzie King a passé un arrêté ministériel reconnaissant le Red Ensign comme drapeau canadien.Aujourd\u2019hui, après des mois de stériles discussions et de copieuses injures à l\u2019adresse des Canadiens français, on nous offre deux drapeaux.C\u2019est trop et trop tard.Nous l\u2019avons notre drapeau.Il nous suffit.Qu\u2019Ottawa garde les 166 ACTION NATIONALE siens.On le constatera du reste, ce drapeau à feuille d\u2019érable est destiné à une consommation québécoise.L\u2019Ontario et l\u2019Ouest continueront à arborer l\u2019Union Jack ou le Red Ensign.Plusieurs fois le peuple du Québec, par la voix de son Parlement, a invité officiellement le gouvernement d\u2019Ottawa à nommer un représentant diplomatique au Vatican, à l\u2019exemple de la France et de l\u2019Angleterre.Il s\u2019y est toujours refusé, alors même que l\u2019intérêt du Canada tout entier commandait une présence dans ce centre d\u2019influence incomparable qu\u2019est Rome.Il écoutait de préférence les propos des orangistes.* * * Non, aucune collaboration véritable n\u2019est possible entre Québec et Ottawa.Cent ans de vie commune en ont fourni la preuve.Jamais les Canadiens de langue anglaise ne permettront de réaliser \u201cl\u2019égalité entre les deux peuples\u201d.Jamais l\u2019esprit, ni même la lettre de la constitution ne seront appliqués au Canada : Pourquoi persister dans nos revendications?Nous perdons notre temps, lorsque nous ne nous rendons pas ridicules ou même odieux.On sait comment les Britanniques savent infléchir un texte législatif selon leurs intérêts.Non, je le répète, jamais on n\u2019accordera à nos minorités françaises un traitement un peu comparable à celui dont jouit la minorité anglaise dans le Québec.Les discours de \u201cbonne entente\u201d du premier ministre Robarts ne changeront rien à la situation.On nous leurre avec des belles paroles, mais on refuse de passer aux actes.On sait que le premier ministre Roblin vient de tenter un redressement partiel en faveur de nos compatriotes du Manitoba.Il a échoué.Un gouvernement provincial qui voudrait nous accorder notre liberté scolaire assurerait sa défaite électorale.Ce ne sont pas non plus messieurs Laurendeau et Dunton, en dépit de leur bonne volonté, qui nous obtiendront une re- COMMENT J'AI OPTÉ POUR L'INDÉPENDANCE 167 présentation décente dans la fonction publique canadienne.Bien naïf qui l\u2019espérerait.Les distingués enquêteurs pourront formuler d\u2019excellentes recommandations, on les jettera aux oubliettes.Pour éviter l\u2019éclatement de la Confédération, avant 1967, on cherche à susciter une nouvelle espérance.Reconnaissons-le, les Britanniques forment au Canada le groupe ethnique de beaucoup le plus influent.Ils ne nous comprennent pas ; sauf exceptions, ils ne cherchent pas à nous comprendre et ils ne nous aiment pas.Ils nous subissent.Pour eux, nous restons un peuple de vaincus, sous-développé intellectuellement et économiquement.Ils dominent le Canada et ils entendent qu\u2019on le sache.Leur conception de la démocratie, c\u2019est la \u201crègle de la majorité\u201d.Ils ont pour nous du mépris, parfois sympathique, un peu comme des Blancs à l\u2019égard des Noirs aux Etats-Unis.Un vieil ami, député à Ottawa pendant quelques années, me confirmait ce sentiment des Anglo-Canadiens à notre égard.Dans des réunions sociales, lorsqu\u2019ils sont de bonne humeur, les langues se délient, me confiait-il.Alors ils s\u2019adressent à nous de la manière suivante : \u201cMais que voulez-vous, Canadiens français?Nous vous avons tout donné : les timbres bilingues, la monnaie bilingue, les chèques bilingues, la traduction simultanée, deux premiers ministres et un gouverneur d\u2019origine française, (mais de mentalité anglaise, omettent-ils d\u2019ajouter).Que voulez-vous de plus?Vous semblez oublier que vous avez perdu la bataille des Plaines d\u2019Abraham.Ambitionneriez-vous d\u2019obtenir un traitement égal au nôtre?Ne sommes-nous pas la majorité?\u201d Ils pensent à peu près tous de la même manière, continuait mon ami, même lorsque la politesse ou la pudeur les rend discrets.* * * Psychologiquement, il y a incompatibilité entre Canadiens français et anglais.Rien ne nous unit, tout nous 168 ACTION NATIONALE divise: la langue, la religion, les traditions, les lois civiles, jusqu\u2019à la manière de raisonner et de comprendre.L\u2019unique condition de la bonne entente, c\u2019est l\u2019assimilation.Jamais les Anglo-Canadiens n\u2019y ont renoncé, car elle comporte pour eux l\u2019avantage de l\u2019uniformité et pour nous, pensent-ils sincèrement, l\u2019accession à une civilisation supérieure, ce qui leur donne bonne conscience.Depuis 1867, ils ont tout mis en oeuvre pour créer ce qu\u2019ils appellent une nation canadienne: immigration intensive, centralisation toujours plus poussée, persécution scolaire, unilinguisme partout hors du Québec.Aussi les résultats sont-ils conquérants.En Nouvelle-Ecosse, dans l\u2019île dite du Prince-Edouard, dans les quatre provinces de l\u2019Ouest, le français s\u2019éteint rapidement et celui qu\u2019on parle encore est souvent pitoyable.Bientôt, s\u2019il faut en croire les statistiques officielles, on n\u2019y trouvera que de rares vestiges de français.En Ontario, plus du tiers des Canadiens français ont perdu leur langue.\u201cS\u2019il y a en Ontario 647,941 habitants d\u2019origine française, écrit le père Richard Arès dans l\u2019Action nationale du mois de juin 1963, il n\u2019en reste plus que 425,302 dont la langue maternelle est le français.\u201d Qu\u2019on prolonge ce régime assimilateur de la Confédération et le Québec même sera menacé, car notre langage est déjà fort contaminé.Puisque nous refusons de nous transformer en Anglais de qualité inférieure, puisque nous nous obstinons à rester Français, soyons logiques et n\u2019hésitons pas à prendre les moyens nécessaires à notre survivance et à notre épanouissement.Séparons-nous.A mon avis, nous n\u2019avons pas le choix.Transformons au plus tôt le Québec en Etat unilingue pour reconquérir l\u2019intégrité de notre langage.Un peuple ne peut impunément gagner sa vie dans une langue étrangère.Toutes les provinces canadiennes sont unilingues et vont le rester.Pourquoi pas la nôtre?La \u201crègle de la majorité\u201d ne vaut-elle que pour les Canadiens de langue anglaise ?Ne tardons pas à l\u2019appliquer au Québec.Nos amis anglais nous blâmeraient-ils COMMENT J'AI OPTÉ POUR L'INDÉPENDANCE 169 de les imiter?Puisqu\u2019ils jugent équitable le traitement qu\u2019ils nous imposent, comment ne le serait-il pas pour eux?Qu\u2019ils bénéficient comme nous du \u201cfair play\u201d britannique !.On objectera qu\u2019une injustice ne justifie pas une autre injustice.C\u2019est vrai, mais est-ce une injustice en démocratie, si on croit à ce système, que la majorité impose sa volonté?Et n\u2019est-ce pas une plus grande injustice de mettre en péril la vie de tout un peuple?Quoi qu\u2019il en soit, il faut cesser de vivre comme une minorité lorsque, au Québec, nous sommes la majorité.Mon expérience personnelle de la vie publique m\u2019a convaincu qu\u2019aucune réconciliation n\u2019est possible entre Anglais et Français au Canada.Pas plus que n\u2019était réalisable le projet fantastique de l\u2019Anglo-France proposé par Winston Churchill en 1940.Libre à d\u2019autres de caresser d\u2019éternelles illusions.Tous les discours, toutes les conférences de \u201cbonne entente\u201d depuis près d\u2019un siècle n\u2019ont donné aucun résultat pratique.A la veille de l\u2019anniversaire de la Confédération nous nous retrouvons plus divisés que jamais.L\u2019aigreur de nombreux Anglo-Canadiens à notre égard ne cesse de s\u2019accroître.* * * Maurice Duplessis a combattu la centralisation assimilatrice avec un succès relatif.C\u2019est l\u2019oeuvre de sa vie politique.Adélard Godbout, de caractère faible, a capitulé devant la formidable offensive fédérale.Jean Lesage a tenu le coup depuis 1960, mais il a dû accepter des compromis.Pendant combien de temps pourra-t-il résister aux pressions de ses amis libéraux?Il songe, dit-on, à retourner à Ottawa.Pour le Québec, ce serait un malheur, car l\u2019histoire démontre à l\u2019évidence que nos premiers ministres français se sont toujours plus préoccupés d\u2019obtenir le pardon de leur origine que de secourir leurs compatriotes.La preuve en est facile.Wilfrid Lau- 170 ACTION NATIONALE rier posa le précédent de notre participation aux guerres de l\u2019Empire en 1899.\u201cI am British to the core\u201d, aimait-il à répéter.Sir Charier Tupper concluait : Laurier est trop Anglais pour moi.C\u2019est encore Laurier qui a abandonné les droits scolaires des Canadiens français du Manitoba.Louis-Stephen St-Laurent a accéléré, comme aucun autre premier ministre, le rythme de la centralisation, c\u2019est-à-dire de l\u2019assimilation.C\u2019est son nom qui lui a permis d\u2019imposer au Québec sa politique de démission.Pour nous, un Canadien français premier ministre du Canada, c\u2019était la revanche des Plaines d\u2019Abraham! Le cas des premiers ministres Véniot et Robichaud, au Nouveau-Brunswick, n\u2019est pas différent.Leur présence à la direction de l\u2019Etat a été plus nuisible que profitable à leurs compatriotes acadiens.N\u2019oublions pas que Jean Lesage favorisait la centralisation alors qu\u2019il était ministre canadien : il détenait un mandat fédéral, expliquait-il.Depuis 1960, il applique généralement une politique autonomiste: il exerce un mandat provincial.Mais s\u2019il retournait à Ottawa, son mandat redeviendrait fédéral, et alors.Souhaitons qu\u2019il reste à Québec, où, dans l\u2019ensemble, il préside à l\u2019accomplissement d\u2019une tâche utile, en dépit de son royalisme lyrique.Je crois m\u2019être expliqué sur mes raisons de choisir l\u2019indépendance du Québec.Je n\u2019oublie pas pour autant, on l\u2019imagine, les graves difficultés de cette solution.Il ne m\u2019appartient pas pour l\u2019instant d\u2019en discuter.Je respecte, il va sans dire, l\u2019opinion de ceux qui défendent, avec sincérité, la thèse des Etats associés, option d\u2019ailleurs qui suppose l\u2019indépendance.Quant au \u201cfédéralisme coopératif\u201d, ce n\u2019est qu\u2019une sinistre blague de politicien assimilé, à la manière de Maurice Lamontagne.* * * Je tiens pourtant à souligner que, dans mon esprit, l\u2019indépendance que je souhaite pour ma patrie québé- COMMENT J'AI OPTÉ POUR L'INDÉPENDANCE 171 coise ne conduit pas à l\u2019établissement d\u2019un Etat laïque, encore moins marxiste.Des jeunes \u201cindépendantistes\u201d, dont quelques-uns sont heureusement doués, considèrent l\u2019indépendance comme un moyen de nous affranchir de toutes nos servitudes, y compris, selon eux, la religion et le clergé.Erreur politique grossière.Notre peuple, en très grande majorité, reste profondément chrétien et attaché à ses prêtres auxquels il doit tout de même son existence.Nos Canadiens français ne voteront pas pour un parti politique dont certains chefs affichent leur agnosticisme et leur hostilité envers l\u2019Eglise.Seuls quelques étrangers d\u2019origine, quelques jeunes intellectuels et quelques étudiants, de la région de Montréal surtout, adhèrent à cette nouvelle idéologie.Le catholicisme constitue notre héritage national au même titre que notre langue et nos lois françaises.Pourquoi quelques nationalistes sceptiques cherchent-ils à l\u2019ignorer ou à minimiser son importance?Charles Maurras n\u2019était pas croyant, bien qu\u2019il ait retrouvé la foi avant sa mort, mais il a toujours défendu la religion, avec toutes les ressources de son génie, comme partie essentielle du patrimoine français.Antonio Perrault, éminent avocat canadien-français, écrivait avec lucidité: \u201cOn ne saurait préparer l\u2019avenir des Canadiens français, on ne saurait souhaiter voir s\u2019épanouir leur nationalité en une nation jouissant de la personnalité de l\u2019Etat, sans se bien pénétrer tout d\u2019abord de cette vérité historique que la question religieuse domine les divers aspects de la vie de notre peuple, aspects politique et social, intellectuel et moral.\u201d Il continuait: \u201cLa formation, le maintien, la culture de leur sens national ne se passeront point de la pensée catholique\u201d (Notre Avenir politique, pp.208-209).André Siegfried lui-même, qui, en ces matières, n\u2019est guère suspect de partialité, considérait l\u2019Eglise catholique comme un facteur d\u2019unité.Il écrivait, au sujet des Canadiens français, dans \u201cLe Canada, les deux races\u201d: 172 ACTION NATIONALE \".Ou bien ils laisseront se détendre les liens qui les unissent à l\u2019Eglise, et alors, privés de la cohésion merveilleuse qu\u2019elle leur donne, plus accessibles aux pressions étrangères, ils verront peut-être de graves fissures se produire dans le bloc séculaire de leur unité\u201d.M\u2019objectera-t-on qu\u2019on pouvait autrefois soutenir de telles prétentions, mais qu\u2019elles ne sont plus \u201cvalables\u201d?L\u2019ère atomique et la \u201cnouvelle vague\u201d ne changent rien à la nature humaine ni à la substance des choses.Toute époque de l\u2019humanité a connu ses extravagances.Le pendule oscille d\u2019un extrême à l\u2019autre, puis il revient à son point de départ.Mais puisque tous nos \u201cindépendantistes\u201d, même agnostiques, veulent maintenir et fortifier notre intégrité française, admettront-ils que la vigueur de notre catholicisme en est chez nous un des plus efficaces moyens?Bourassa a parlé autrefois de \u201cla langue gardienne de la foi\u201d, thèse discutable en principe, mais vraie en pratique, au Canada du moins.Ne pourrait-on pas affirmer aujourd\u2019hui que la foi contribue singulièrement à la sauvegarde de la langue?Un abandon en entraîne un autre.Lorsqu\u2019on renonce à sa langue il devient plus facile de délaisser sa religion.Et si notre peuple néglige sa religion, un des éléments constitutifs de son être, restera-t-il aussi fidèle à sa langue?Il est tellement plus facile en Amérique du Nord de gagner sa vie en anglais.Il existe une sorte de solidarité entre le catholicisme et l\u2019âme française qui fait qu\u2019ils se soutiennent et se fortifient mutuellement.Ce n\u2019est pas par fantaisie que, dans le passé, on a toujours relié ces deux mots: catholique et français.Ces idées ne sont pas révolues.Elles me paraissent au contraire d\u2019actualité, comme celle-ci qu\u2019exprimait Brunetière : \u201cTout ce que nous ferons, tout ce que nous laisserons faire contre le catholicisme, nous le laisserons faire et nous le ferons au détriment de notre influence dans le monde, COMMENT J'AI OPTÉ POUR L'INDÉPENDANCE 173 au rebours de toute notre histoire, et aux dépens enfin des qualités qui sont celles de l\u2019âme française.\u201d (Discours de Combat, 193) Ecoutons enfin ce témoignage de notre historien national, l\u2019abbé Groulx, le plus clairvoyant et le plus constant serviteur de notre peuple.\".Un Canadien français catholique se relie plus que tout autre aux traditions profondes et authentiques de sa race.\u201d (Chemins de l\u2019avenir, 137) -IV- La sécession du Québec par Émile Soucy Le professeur d\u2019histoire A.R.M.Lower de l\u2019Université Queen, a signé un article dans le magazine Maclean, édition du 14 décembre 1964, à propos de l\u2019indépendance du Québec.Cet historien ontarien y exprime des idées qui parfois ne manquent ni d\u2019originalité, ni de lucidité, ni de piquant.Il ne recule pas d\u2019horreur devant la possibilité d\u2019un Québec indépendant et invite les Anglo-Canadiens à songer que cette perspective servirait peut-être mieux leurs intérêts (des Anglo-Canadiens) car les Canadiens français, après tout, ne sont pas les seuls nationalistes au Canada: le Canada anglais a ses aspirations nationales dont le retrait du Québec de la Confédération favoriserait la réalisation.M.Lower croit à l\u2019indissolubilité des mariages mais le réalisme l\u2019oblige à envisager le divorce dans le cas du mariage contracté en 1867.A son sens, puisque la demande de séparation vient du Québec qui veut échapper au marché conclu en 1867, 174 ACTION NATIONALE la province sécessionniste devra payer le prix d\u2019un pareil privilège.Le gouvernement du Québec devrait renoncer au droit d\u2019établir des douanes et de fermer le fleuve Saint-Laurent au commerce de l\u2019Ontario.Le Canada devrait aussi conserver ses bases militaires et stratégiques au Québec.Le Québec formulerait des propositions, des offres et il appartiendrait au reste du Canada de les accepter ou de les refuser.\u201d Pour le reste du Canada, devenir indépendant du Québec pourrait bien signifier se débarrasser d\u2019une meule de moulin.En enlevant ce frein, il serait possible de progresser rapidement dans une douzaine de différentes directions \u2014 moralement, économiquement et légalement.La politique étrangère deviendrait simple et unanime, ce qui est une impossibilité actuellement.Pourquoi le Canada devrait-il marcher au pas du Québec, collectivité dont les manières de voir (attitudes) sont si éloignées et par certains côtés, si en désaccord avec le monde moderne?\u201d Ainsi M.Lower diagnostique deux nationalismes qui s\u2019affrontent au Canada.Voilà bien l\u2019antagonisme signalé également par la Commission Laurendeau-Dunton entre une majorité anglophone à Ottawa et une majorité francophone à Québec.Selon notre éminent historien, le Québec violerait une entente de la Confédération par la séparation et mériterait une punition : celle d\u2019accepter sur son territoire une sorte de couloir en faveur du commerce ontarien.Ceci rappelle le couloir imposé à travers l\u2019Allemagne en faveur de la Pologne jusqu\u2019à Danzig.Mesure qui a envenimé les relations internationales en Europe entre les deux grandes guerres et qui a préparé la dernière guerre mondiale.Ce droit de passage sur le fleuve Saint-Laurent ressemblerait aussi aux droits dits d\u2019extraterritorialité qu\u2019imposèrent à la Chine, à la fin du siècle dernier, les grandes puissances: les Etats-Unis, le Japon, l\u2019Angleterre, la France, l\u2019Allemagne, etc.Ces pays ne sont guère fiers aujourd\u2019hui de ces actes d\u2019agression à la pointe du canon, contre une Chine désarmée.C\u2019est à se demander si un Québec indépendant ne pourrait pas, en LA SÉCESSION DU QUÉBEC 175 droit et en raison, exiger un passage libre jusqu\u2019à la tête des Grands Lacs puisque c\u2019est surtout sous la poussée centralisatrice de l\u2019Ontario que le gouvernement central depuis un quart de siècle, enfreint les ententes de la Confédération en envahissant le domaine exclusif des provinces.Contentons-nous de mentionner trois invasions récentes : l\u2019aide aux municipalités, les prêts aux étudiante d\u2019universités et les subventions aux routes d\u2019accès aux ressources naturelles.Les centralisateurs un tant soit peu connaisseurs en droit constitutionnel doivent éprouver quelques remords de conscience devant l\u2019amas de ces accrocs répétés à la loi suprême du pays.Le texte de la constitution actuelle les accuse; ils doivent souhaiter sa noyade dans le projet Favreau-Fulton afin d\u2019effacer le souvenir de leurs torts à l\u2019égard de la seule province autonomiste, le Québec et de leur faciliter de nouvelles intrusions dans le champ provincial, sans perdre la face.Pour plusieurs, la constitution est aussi embarrassante qu\u2019un cadavre est embarrassant pour un assassin.J\u2019ai sous les yeux un livre d\u2019histoire du Nouveau-Brunswick intitulé: Our New Brunswick Story, Lawson & Sweet, The Canada Publishing Co.Ltd, Toronto.Manuel autorisé dans les écoles du N.-B.par le ministère de l\u2019Instruction publique.Le chapitre XXXI raconte la genèse de la Confédération.En 1864, les délégués de six colonies (y compris Terre-Neuve et l\u2019Ile du Prince-Edouard) se réunirent à Québec aux fins de discuter les termes d\u2019une union.Le projet comportait une union fédérative.\u201cMais ces représentants n\u2019étaient pas habilités par leurs gouvernements, à adopter un plan.Il s\u2019agissait seulement de préparer un projet à soumettre aux provinces représentées.\u201d Terre-Neuve et l\u2019Ilef du Prince-Edouard rejetèrent ce projet de Fédération de six provinces.Le Nouveau-Brunswick en fit autant dans son élection en 1865.Subséquemment le parlement du Nouveau-Brunswick adopta une motion comportant l\u2019envoi d\u2019une délégation à la Con- 176 ACTION NATIONALE férence de Londres mais stipulant qu\u2019il ne pouvait pas s\u2019agir d\u2019une union législative, ce que nous appellerions aujourd\u2019hui un Etat unitaire.Deux conférences eurent lieu à Londres, en septembre 1866 et en janvier 1867.Le gouvernement de Londres expliqua que les délégués devaient arriver à un accord entre eux à l\u2019égard des termes de l\u2019union.La délégation du Québec et celle de l\u2019Ontario déclarèrent qu\u2019ils voulaient s\u2019en tenir aux \u201crésolutions\u201d de la Conférence de Québec.Les délégués du Nouveau-Brunswick répondirent qu\u2019il \u201cvalait aussi bien retourner chez eux, dans ce cas, parce qu\u2019il n\u2019y aurait pas d\u2019union selon ces termes\u201d.Ensuite, les seize délégués discutèrent et formulèrent par écrit les \u201crésolutions\u201d de Londres que la loi de l\u2019Amérique Britannique du Nord 1867 mit en vigueur pour former une Confédération de quatre provinces.La 67e \u201crésolution\u201d déclarait que tous les délégués demandaient au Parlement impérial la sanction de l\u2019union selon les ententes de la Conférence de Londres.Les \u201crésolutions\u201d de Londres parlent de l\u2019union des \u201cprovinces confédérées\u201d alors que les projets antérieurs discutés à Halifax, St-Jean, N.-B., Québec, mentionnent une union de \u201cprovinces\u201d fédérées.\u201d Serait-ce intentionnellement que le rapport intérimaire de la Commission Dunton-Laurendeau reprend cette appellation de \u201cprovinces confédérées\u201d?Page 120, article 126.Malgré tout ce qui précède, en plus de la protestation du délégué Chandler du N.-B.pendant la Conférence de Québec (1865): \u201cMais vous êtes en train d\u2019adopter une union législative.\u201d, dans l\u2019enthousiasme factice que le gouvernement central s\u2019évertue de créer à coup de millions à l\u2019occasion du Centenaire, des orateurs rappelleront la Conférence de Québec comme étant le fondement de la Confédération et passeront sous silence les deux conférences de Londres.Pour sa part, le Premier Ministre du N.-B., Smith, parlant à Frédéricton le 1er juin 1865, avait dénoncé les \u201crésolutions\u201d de Québec comme LA SÉCESSION DU QUÉBEC\t177 étant susceptibles de réduire les provinces au rang d\u2019une municipalité.Des auteurs savants et des distingués journalistes continueront de prouver à l\u2019aide de distinctions byzantines que le Canada n\u2019a jamais été une Confédération.Il n\u2019existe pas dans le monde deux pays possédant deux constitutions identiques.Les fédérations, les unions et les confédérations comportent toutes sortes de nuances.La réalité n\u2019a pas à se conformer aux classifications des auteurs et des dictionnaires.On prétend que les quatre colonies confédérées de 1867 n\u2019étant pas des Etats indépendants et souverains ne pouvaient constituer une confédération.Les dictionnaires n\u2019ont qu\u2019à corriger leur définition de manière à inclure la Confédération canadienne.Au Canada, le mot \u201cprovince\u201d employé dans l\u2019expression \u201cprovinces confédérées\u201d ne correspond pas lui non plus à la définition donnée par les dictionnaires français.Les Pères de la Confédération connaissaient parfaitement en 1867 la différence entre une fédération et une confédération.Les Etats-Unis venaient de terminer la guerre de Sécession (1861-5) où les Etats du Nord portaient le nom d\u2019\u201cEtats fédéraux\u201d et les Etats Sudistes le nom d\u2019\u201cEtats confédérés\u201d parce qu\u2019ils réclamaient le droit de sécession.Nous devons interpréter le mot \u201cConfédération\u201d dans le sens des Pères de la Confédération, c\u2019est-à-dire dans l\u2019acception reçue alors en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada.Ce mot comportait le droit de sécession ainsi que l\u2019a proclamé l\u2019Hon.A.P.Patterson, ministre des Affaires municipales et fédérales, devant l\u2019Assemblée législative du Nouveau-Brunswick peu avant la dernière Guerre mondiale.La Nouvelle-Ecosse, quatrième colonie fondatrice de la Confédération, au cours de son histoire, a plusieurs fois menacé d\u2019exercer ce droit considéré comme partie essentielle des ententes à la base de notre constitution.Pour parler le langage sportif compris de tout le monde, ces ententes constituaient des règles du jeu que 178 ACTION NATIONALE les parties contractantes acceptaient de suivre.Relativement à ces règlements, Lord Sankey, du Conseil privé, déclare : \u201cLe mode d\u2019interprétation de la loi ne doit pas, avec les années, atténuer ou amenuiser les dispositions du contrat primitif sur lequel la fédération fut fondée, et il n\u2019est pas non plus légitime que toute interprétation des articles 91 et 92 impose un contrat nouveau et différent aux corps fédérés\u201d.1932 A.C.54.L\u2019Hon.A.P.Patterson, expert en droit constitutionnel a aussi expliqué devant l\u2019Assemblée législative que l\u2019omission d\u2019une procédure permettant la modification de la constitution n\u2019est nullement accidentelle: la raison en est que la constitution d\u2019une confédération ne se change qu\u2019avec le consentement unanime des pays intéressés.Des pays confédérés ne perdent pas leur autonomie et ne sont pas fusionnés en un seul.\u201cAu contraire, lorsqu\u2019une union fédérale est formée, ils conviennent de modifier la constitution au moyen d\u2019un nombre minimal de voix des pays membres (non pas par un scrutin de l\u2019électorat) ; une telle union est une fédération.\u201d Le Devoir, édition du 11 mars 1965 rapporte un discours de l\u2019Hon.Jean Lesage.\u201cLe Premier ministre rappelle qu\u2019en 1949 le fédéral avait décidé unilatéralement de se faire octroyer par Londres un pouvoir exclusif d\u2019amendement constitutionnel.Le Québec avait protesté et d\u2019autres provinces également.Mais le gouvernement fédéral fit la sourde oreille et rien ne l\u2019empêcha de mettre ses desseins à exécution- L\u2019amendement de 1949 fut, en réalité, un changement d\u2019une très grande importance.Depuis lors, le Parlement fédéral peut, sans avoir à consulter qui que ce soit, modifier la constitution sur plusieurs points, qui intéressent indiscutablement les provinces, quoi qu\u2019on dise.Il s\u2019agit aussi d\u2019un changement qui, lui-même, ouvre la porte à une action unilatérale encore plus grande de la part du gouvernement central.Cela illustre bien la situation insatisfaisante dans laquelle nous nous trouvons maintenant.\u201d LA SÉCESSION DU QUÉBEC 179 Depuis un quart de siècle, le Canada est témoin d\u2019un jeu de souque à la corde entre un Québec autonomiste, d\u2019une part, et neuf provinces favorables au centralisme tirant l\u2019autre bout du câble.Le résultat porte le nom de \u201cfédéralisme coopératif\u201d.Si ce vocable ne désigne rien autre chose que le régime établi par les Pères de la Confédération, il est superflu.Ce mot nouveau lui-même constitue l\u2019admission qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une déviation et d\u2019une violation fondamentale des règles du jeu de la Confédération.Le fait que les ministres fédéraux insistent surtout pour le faire avaler à la seule province autonomiste, le Québec, nous éclaire sur sa signification réelle: acheminement accéléré vers le régime d\u2019union législative préconisé par Sir John Macdonald et rejeté par la Conférence de Londres en 1866 et 1867.La Chine accuse la Russie de s\u2019écarter du droit chemin relativement aux pures doctrines communistes de Karl Marx et Lénine.Il reste à voir si la Russie aura l\u2019impudence prochainement de célébrer le cinquantenaire de l\u2019établissement du communisme, malgré le \u201cdéviationisme\u201d dont on l\u2019accuse.Au Canada les politiciens fédéraux ne se gênent pas pour exalter les Pères de la Confédération en même temps qu\u2019ils vantent le projet Fulton-Favreau de rapatriement de la constitution et le \u201cfédéralisme coopératif\u201d \u2014 deux projets qui sont la négation et la destruction de leur oeuvre.La distribution des pouvoirs législatifs entre la juridiction fédérale et la juridiction provinciale comporte l\u2019interdiction pour un parlement de légiférer dans le domaine de l\u2019autre.\u201cLe vaisseau de l\u2019Etat canadien conserve ses compartiments étanches qui sont un élément essentiel de sa structure originale\u201d.Lord Atkin.The Labour Convention Reference.1837.A.C.326.Contrairement à cette règle du jeu, à cette entente de la Confédération, le pouvoir central ne cesse ses intrusions dans le domaine des provinces depuis vingt-cinq ans, sous la forme des programmes conjoints ou autre- 180 ACTION NATIONALE ment.La formule Favreau-Fulton contiendrait la garantie en faveur de certains droits du Québec.La constitution actuelle en contenait aussi ; rien n\u2019assure que le gouvernement fédéral respectera plus les règles du jeu dans le futur qu\u2019il ne les a respectées dans le passé.La formule permet l\u2019invasion dans une foule de matières qui sont actuellement du ressort provincial, moyennant l\u2019assentiment de quatre provinces.Le fédéral pourra à son aise envahir ces domaines et cela sans le moindre remords de conscience puisque le Québec aura acquiescé à la formule comportant des règles de jeu plus flexibles.Ce serait le chambardement de la structure adoptée par les parties contractantes à la conférence de Londres.Il serait abusif alors de parler de Confédération.Le jeu de souque à la corde continuerait entre le Québec d\u2019une part et le gouvernement fédéral d\u2019autre part.Le pouvoir central continuerait comme par le passé à choisir les arbitres de ce jeu \u2014 les juges de la Cour suprême.La formule Favreau-Fulton aurait pu prévoir une autre méthode de nommer les arbitres, en plus de reconnaître aux provinces le droit de sécession et le privilège de conclure des traités avec les autres pays, dans le champ de juridiction provinciale.La mise en vigueur de ces nouveaux règlements de jeu comporterait une absolution générale et un pardon des torts passés du fédéral et donnerait une raison de plus pour refuser aux provinces le droit de sécession.La formule permet à une province (Article 94 A I) de refuser l\u2019application chez elle d\u2019une loi envahissant son domaine.On prétend que ce refus de mise en vigueur augmenterait le pouvoir de négociation du Québec.C\u2019est oublier que le Nouveau-Brunswick aurait lui aussi ce pouvoir de négociation et que dans la lutte contre la centralisation le N.-B., reniant sa politique traditionnelle autonomiste, approuve depuis 25 ans les manoeuvres centralisatrices d\u2019Ottawa.Terre-Neuve jouirait aussi de ce pouvoir de négociation ainsi que toutes les autres provinces.Nous serions en face du même jeu d\u2019une pro- LA SÉCESSION DU QUÉBEC 181 vince contre neuf.Tant que l\u2019Etat du Québec fera partie de la Confédération, il serait plus honnête de parler de faiblesse de négociation devant un parlement fédéral en possession de puissants leviers de commande comme la concentration des sources de revenus, les douanes, la diplomatie, la milice, le commerce, les banques, etc.Il est possible que l\u2019acceptation de la formule fournirait des nouvelles preuves de la situation intolérable faite au Québec au sein de la Confédération.Peut-être, par contre, la formule apporterait-elle d\u2019autres entraves à l\u2019émancipation du Québec.Ces diverses considérations permettent maintenant d\u2019enfermer M.A.R.M.Lower, historien, dans le dilemme suivant: S\u2019il admet que le Québec possède actuellement en vertu des ententes de 1867 le droit de sécession, il n\u2019y aurait pas lieu pour l\u2019Ontario de punir le Québec, en cas de séparation, en réservant un couloir ou une sortie à la mer.Si le Québec a promis dans les ententes de 1867 de ne pas recourir à la séparation, la violation éhontée par Ottawa de plusieurs clauses du contrat de 1867 dispense le Québec de remplir sa promesse.Le Canada anglais a pris un tel nombre de libertés avec la constitution que plusieurs personnes au Québec réclament maintenant la liberté tout court.On se méfie d\u2019une constitution replâtrée.\u201cJe n\u2019ai jamais pu attacher d\u2019importance aux Constitutions.Je ne crois pas à leurs vertus si je crois à leurs vices qui sont les vices mêmes du peuple auquel on les impose; car il a vite fait de les plier au gré de ses intérêts\u201d.François Mauriac.M.Lower invoque contre la sécession du Québec l\u2019argument de l\u2019abandon des minorités françaises des autres provinces.Ainsi, le Canada anglais après avoir pratiqué avec succès le génocide (parfois inconscient mais souvent prémédité) contre les minorités françaises des provinces anglaises, cherche à utiliser comme otages contre le Québec, le petit nombre de francophones qui grâce à des efforts héroïques ont résisté à l\u2019anglicisation. 182 ACTION NATIONALE C\u2019est la politique classique qui consiste à diviser le Canada pour régner: d\u2019un côté apitoyer le Québec sur le sort de ces pauvres minorités tout en dressant ces dernières contre le Québec.Malheureusement certains chefs francophones tombent dans ce panneau et se laissent duper par cette tactique machiavélique.Le Canada anglais se trouve ainsi à profiter de son propre tort.Il en est de même dans le cas de la loi de 1949 dénoncée par l\u2019Hon.Jean Lesage.Ottawa obtient illégalement de Londres le pouvoir de modifier sa propre constitution sans le consentement des provinces, violant ainsi une règle du jeu des ententes de 1867.Aujourd\u2019hui dans la formule Favreau-Fulton, Ottawa renonce à cette loi de 1949 et fait miroiter ce recul comme un avantage devant le Québec afin de faire avaler le reste de la formule qui ouvre la porte à toutes sortes d\u2019intrusions dans le domaine des provinces.En langage sportif, les centralisateurs portent là des coups en bas de la ceinture.Quelle peut être la raison d\u2019être de l\u2019article 7 de la formule Favreau-Fulton conférant aux provinces le pouvoir de modifier leur constitution puisque les provinces jouissent de ce droit depuis 1867 en vertu de l\u2019article 92(1)?Serait-ce pour mieux faire avaler la pilule au Québec?Remarquez que le projet Fulton ne contenait pas cet article.Au Canada, un jeu serré continue entre deux nationalismes, entre le Québec et le pouvoir fédéral.Avec la formule Favreau-Fulton l\u2019Etat du Québec ne tomberait-il pas de Charybde en Scylla? -Actualité La machine aux réclamations par Henri Rapidieu J\u2019avais un ami qui était bon, bon, au point qu\u2019on ne pouvait le regarder être bon sans avoir envie de pleurer.Il savait par coeur tous les passages de l\u2019Evangile où il est question de la bonté.Toutes les chances qu\u2019il avait de présenter l\u2019autre joue après le soufflet sur l\u2019une, il les accueillait.Chaque fois qu\u2019il pouvait être le Bon Samaritain, il suivait la parabole jusqu\u2019à la dernière de ses lettres; je ne sais combien il avait payé de ces surplus que lui réclamaient les hôteliers en sus des deux deniers qu\u2019on verse pour une nuit du pauvre diable massacré par les brigands.Cet homme si bon possédait un domains.Ses parents, un peu moins bons que lui, mais bons quand même, le lui avaient laissé.Oh! le bel héritage! Ils l\u2019avaient conquis, eux, avec un peu de violence, à une époque où il y avait plus de brigands qu\u2019à celle de leur bon fils.D\u2019ailleurs, en dehors des hommes, même les forces de la nature ont une cniautê et vous obligent à une certains férocité pour les dompter.Si donc ces bonnes gens avaient pu presque fabriquer de leurs mains un domaine, un héritage, ils s\u2019étaient rendus coupables de quelques manques de bonté, tantôt à l\u2019égard de leurs voisins parfois méchants, tantôt d l\u2019égard de brigands de carrière qui 184 ACTION NATIONALE venaient dépouiller leur jardin ou rafler leur bétail, tantôt enfin à l'égard de cette nature sauvage qu\u2019ils avaient \u201chumanisée\u201d malgré elle.L\u2019homme dont je parle, n\u2019ayant pas participé à ces rigueurs, \u2014 il était venu au monde une fois l\u2019héritage bien établi, \u2014 avait la bonté dans le sang, sans le moindre globide de malice.Ou bien ses parents avaient résorbé pour l\u2019engendrer les globules malicieux que leur plasma pouvait contenir; ou bien, lui, par ses exercices continuels de bonté, avait annulé ces éléments jusqu\u2019à se faire une seconde nature, un second sang extrêmement doux, le plus doux de la terre.Tel était mon ami.Quand il eut pris possession des biens paternels, à la mort de ses parents, on pensa que son héritage ne survivrait pas à sa bonté, tant il fut harcelé de choses miséricordieuses, charitables, secourables, généreuses, à accomplir.Mais il s\u2019en tirait bien, et pour un denier qu\u2019il avait dispensé, ou plutôt dispersé sans aucune plausible raison, il paraissait du ciel lui en tomber trois.Au bout de quelque temps, un de ses voisins eut l\u2019idée étrange d\u2019empiéter sur la bonté de mon ami.Ce second homme, d\u2019ailleurs, n\u2019était pas méchant.Seulement, il avait un faible pour l\u2019espace.Non pas l\u2019espace aU-dessus de terre, celui dans lequel libres sont les oiseaux, mais l\u2019espace sur terre, l\u2019espace vital.Il aimait à avoir de la place pour vivre.Il n\u2019interdisait certes pas aux autres d\u2019avoir le même goût, mais se disant plus proche de lui-même que des autres, il voulait commencer par respecter son goût propre et, seulement après celui des autres.Ne l\u2019avait-on pas vu s\u2019attribuer, à cause de son besoin d\u2019espace, tel ou tel lopin de terre de tel ou tel voisin?Un autre terme qui répond bien à l\u2019idée d\u2019espace vital, c\u2019est le confort.Ce second homme aimait le confort et il en avait besoin.S\u2019il voyait chez les autres une chose qui LA MACHINE AUX RÉCLAMATIONS 185 procure le confort, il l\u2019aimait et en avait besoin.Dans l\u2019espace agrandi autour de lui, il voulait être à l\u2019aise, c\u2019était son goût, un goût qu\u2019il tenait de naissance et qu\u2019il avait développé en le cultivant.Pour être complet, je ne dois pas oublier de dire qu\u2019il avait une forte estime pour lui-même, et qu\u2019il la méritait.Il était surtout fort en affaires.Rien ne le valait pour administrer un domaine, pour le faire produire et, par le fait même, pour en tirer des revenus.Il allait donc trouver les voisins, après les avoir observés du haut de son balcon, et il leur disait à peu près, d\u2019un ton très amical: \u201cMon ami, vous avez un beau champ ici, mais il ne produit pas beaucoup.\u201d \u2014 \u201cEn effet, disait l\u2019autre, mais je suis trop pauvre, et pour devenir riche il faut être riche d\u2019avance.\u201d \u2014 \u201cMais pas du tout: il suffit de savoir s\u2019y prendre.\u201d \u2014 \u201cVraiment?\u201d \u2014 \u201cEn toute vérité.\u201d \u2014 \u201cAh! que je voudrais le savoir!\u201d \u2014 \u201cJe vais vous l\u2019apprendre.\u201d \u2014 \u201cAh! je vous payerai cher!\u201d \u2014 \u201cPoint du tout! Laissez-moi seulement vous aider\u201d.N\u2019est-il pas vrai que cette démarche est d\u2019un homme qui n\u2019est point méchant?Elle avait réussi deux, trois et quatre fois.L\u2019homme fort en affaires et ami de l\u2019espace vital avait en effet mis en valeur le champ et l\u2019avait fait valoir au quadruple.Pour abriter ses machines, il y avait construit un hangar; pour mettre à l\u2019abri ses ouvriers il y avait élevé une baraque solide; et pour procurer un peu de confort à sa femme et à lui-même quand ils venaient encourager ou diriger les travailleurs, il y avait édifié un palais.Il disait à l\u2019autre: \u201cLe champ reste à toi, j\u2019espère que tu es content; je te l\u2019ai si bien fait valoir, et vois ces beaux édifices dont je l\u2019ai orné, de sorte que tout le monde te félicite.\u201d L\u2019autre se disait très content, quoique le dixième qu\u2019il retirait de la rente du champ, toutes dépenses prélevées pour la \u201cmise en valeur\u201d, lui représentât moins du dixième de ce qu\u2019il en retirait avant ces temps prospères. 186 ACTION NATIONALE L\u2019homme ami de l\u2019espace et du confort ayant donc évalué le revenu possible du champ de mon ami, pour celui-ci et pour lui-même, l\u2019aborda comme j\u2019ai dit.Les mêmes propos de l\u2019un furent suivis des mêmes propos de l\u2019autre, le tout finissant par: \u201cLaissez-moi voies aider\u201d.Et cette fois, il ajouta, sachant que l\u2019autre était si bon: \u2018\u2018De grâce\u201d! \u2014 \u2018\u2018De grâce, dites-vous?s\u2019exclama mon ami.Permettez que je renverse les termes et que je chante votre gracieuseté!\u201d Peu s\u2019en fallut en effet qu\u2019il ne se mît à chanter.Mais l\u2019autre calculait déjà: \u201cTant par ici; tant par là; tant de ce côté; tant en tout!\u201d Mon ami était sidéré.Quoique ses parents eussent avantageusement développé le domaine, parti de rien, il n\u2019eût jamais pu même imaginer de telles ressources restées en friche.\u2014 J\u2019élèverai ici une petite baraque, si vous permettez, dit l\u2019homme habile dans l\u2019exploitation, pour que mes machines se trouvent à l\u2019abri.Et là, un petit semblant de cabane pour la protection de mes bons ouvriers.Et c\u2019est absolument tout.\u201d \u2014 Comment, dit mon ami, et voies, maître, et votre digne épouse, quand vous viendrez encourager tout ce monde besogneux, vous aurez à subir la dureté des intempéries ?\u2014 Oh! je logerai bien avec mes machines, et ma femme avec mes ouvriers! \u2014 Qu\u2019à cela ne tienne, répondit mon ami au bord des larmes, prenez la moitié de ma maison en attendant que vous ayez pu vous construire un palais à votre convenance.L\u2019homme pratique crut avantageux d\u2019accepter cet espace et ce confort pour mieux faire valoir le bien de mon ami, et en moins d\u2019une semaine son installation mécanique, manouvrière et personnelle était faite.Dans sa grande bonté, mon ami avait décidé de céder à son bienfaiteur le corps principal de sa maison, qui comprenait plusieurs pièces de belle venue, bien éclairées, avec trois LA MACHINE AUX RÉCLAMATIONS 187 chambres à l\u2019étage, où le bienfaiteur pourrait loger son fils et sa fille si le coeur venait à lui en dire et, à l\u2019occasion, un hôte de passage.Il s\u2019était réservé pour lui-même, sa femme et ses treize enfants, le corps secondaire, comprenant une cuisine à la vérité spacieuse et trois chambres plutôt petites, à l\u2019étage, qu\u2019il convertit en \u201cdortoir\u201d pour les enfants; son propre lit fut installé dans un coin de la cuisine, entre la boîte à bois et le poêle à deux ponts.C\u2019était plaisir de voir régner la bonne entente dans la maisonnée ainsi transformée et réadaptée.\u201cVous aviez besoin de moi, vraiment, disait en souriant le bienfaiteur.Mes méthodes ont fait leurs preuves, non seulement chez moi, mais chez un tel et un tel nos voisins communs.Vous serez tous changés en mieux pour m\u2019avoir adopté.Vous me deviendrez semblables, et nous ne formerons plus ensemble qu\u2019une seule famille!\u201d Et son sourire répandait du soleil, de la chaleur, du bien-être, du confort.Mon ami sentait s\u2019élargir son propre espace vital, tout en tassant ses enfants dans le dortoir bas de l\u2019étage, aéré d\u2019une bonne petite fenêtre, et tout en coudoyant les bûches quand il s\u2019allongeait le soir près de son épouse silencieuse au lit conjugal.Je n\u2019ai pas encore parlé de l\u2019épouse de mon ami.Au vrai, cette personne sage et douce était la seule qui n\u2019épousât pas pleinement la bonté de mon ami.Il lui arrivait de dire à son époux: \u201cN\u2019exagères-tu pas un peu dans le sens de la charité?\u201d Il répondait doucement: \u201cJe suis sûr que non.\u201d Devant cette assurance, elle ne se croyait plus le droit d\u2019intervenir.Mais le matin qu\u2019on abattit les cloisons de la haute-cuisine pour créer le \u201cdortoir\u201d, elle fut mélancolique.Quant aux enfants, le nouveau les amusait, et la certitude réjouie qui animait leur bon père ne laissait pas s\u2019élever en eux le moindre doute.L\u2019homme fort en affaires commença donc l\u2019exploitation méthodique du domaine.Son premier soin fut d\u2019ouvrir des livres comptables.Pour plus de simplicité, il demanda respectueusement à mon ami la permission d\u2019ins- 188 ACTION NATIONALE aire actif et passif et tout compte à son propre nom d\u2019administrateur, ce que mon ami accorda avec reconnaissance.Dès lors, il fut beau de voir comment on passait de la stagnation au progrès, de la routine ancestrale à la \u201cmodernisation\u201d pleine d\u2019allant.Le champ qui n\u2019avait jamais rapporté que du trente pour un rapporta du mille.La méthode \u201cspéculative\u201d, quant à l\u2019administration proprement dite, donna de splendides résultats.C\u2019est là que triomphait l\u2019homme fort en affaires.A travers le \u201cmiroir\u201d de l\u2019offre et de la demande, miroir aux nombreuses facettes, ce visionnaire ne laissait échapper aucune occasion favorable.Les bénéfices fantastiques s\u2019accumulèrent aux livres comptables.Le partage de ces beaux profits n\u2019inquiétait pas trop le \u201cspéculateur\u201d et exploiteur.Tout ce qui survenait en plus de ce que donnait auparavant le domaine lui semblait bien le fruit de son \u201cindustrie\" personnelle, et il demandait à mon ami de lui faire confiance.\u201cCeux de ma sorte, disait-il, jouent franc jeu, fair play, comme disent les Anglais; même si vous êtes battu à la fin, votre défaite est honorable.\" Mon ami ne se mettait pas trop en peine de comprendre ce que c\u2019était que ce fair play, ce franc jeu, ni de quelle défaite possible il pouvait être question pour la fin du compte.Décidément, mon ami ne voulait rien voir, car on sait que les seuls à s\u2019affirmer francs joueurs sont les tricheurs, de même que les seuls à vous prévenir qu\u2019ils ne mentent jamais sont les menteurs.A peine quelques mois après Vouverture de cette collaboration franche, le bienfaiteur eût été en mesure d\u2019acquérir trois fois le domaine de mon ami, mais il ne se pressait pas.Il ne se défendait même pas d\u2019un certain plaisir à exercer sur lui quelque \u201cdomination\u201d.Mon pauvre ami, sans s\u2019en apercevoir, devenait d\u2019ailleurs franchement serf et se complaisait à cette condition.Le lecteur a dû se demander pourquoi, si j\u2019aimais vraiment cet homme, je n\u2019étais pas encore intervenu pour rétablir l\u2019ordre.D\u2019abord, j\u2019aime bien laisser libre jeu LA MACHINE AUX RÉCLAMATIONS 189 même aux faiblesses humaines, convaincu qu\u2019on s\u2019instruit beaucoup par l\u2019expérience.Mais en outre je voyageais à cette époque et aucune nouvelle ne pouvait me parvenir du malheur qui cernait peu à peu cet homme si bon.\t\u2019 Enfin, je rentrai au pays.Quelle ne fut pas ma stupeur de trouver les choses en l\u2019état où je les voyais! Ma première impression fut qu\u2019il n\u2019y avait vraiment rien à faire.Puis, prenant à deux mains mon courage, j\u2019abordai le cher homme, espérant au moins que mon intervention n\u2019aggraverait pas le mal.Je me trompais.Mon ami ne m\u2019écouta pas le temps d\u2019une seule syllabe.Je dois dire qu\u2019il m\u2019avait à peine reconnu au moment de mon arrivée.Mes mots passèrent le long de ses oreilles; aucun n\u2018y entra.Je vis sa femme et ses enfants.La femme laissa juste paraître un peu de cette mélancolie qu\u2019elle me raconta plus tard avoir ressentie lors de l\u2019aménagement du \u2018\u2018dortoir\u2019\u2019.Les enfants présentaient un air légèrement hébété.Il va sans dire que de cette première entrevue je me retirai navré.Mais je méditais.Je vis bientôt que le mal en effet s\u2019était aggravé.Un matin, j\u2019appris par un des enfants que le fier héritier des douze générations qui avaient édifié ce domaine avait demandé en grâce à son \u201cmaître\u201d la permission d\u2019émigrer lui-même dans la cabane aux ouvriers afin, disait-il, d\u2019être en contact plus intime avec ces travailleurs qu\u2019il considérait comme ses frères.Une semaine plus tard, il avait obtenu que sa femme logeât dans le hangar aux machines.Qu\u2019est-ce donc qui attendait les enfants?Je n\u2019y tins plus, et cette fois je partis de chez moi en colère, inquiet de moi-même, me demandant si je ne ferais pas quelque éclat, peut-être aux dépens de l\u2019usurpateur.La colère est un bon ange.Quand j\u2019arrivai devant la maison, les treize enfants, \u2014 ceux de mon ami les \u201cnôtres\u201d, \u2014 étaient là, stupidement rangés par ordre de 190 ACTION NATIONALE taille le long du mur de façade, un livre à la main, et les deux autres, ceux armés d\u2019une hart, leur faisaient la classe, dans une langue qui n\u2019était pas la leur.Je bondis d\u2019un vigoureux élan vers le groupe, et, saisissant chaque hart d\u2019une main, je mis en fuite sans avoir coup à férir les deux \u201cprofesseurs\u201d.Puis je criai à \u201cmes\u201d enfants: \u201cPar ici, les parias!\u201d en leur désignant la cabane et le hangar.Ils ne bougeaient pas.J\u2019eus envie de les flageller à grands coups avec mes fouets.Car l\u2019\u201caction\u201d avait encore échauffé mon sentiment premier.Mais juste à ce moment apparut dans la grande porte cochère l\u2019homme du fair play.Le temps d\u2019une seconde, il montra un air impassible où je devinai une colère qui pouvait décupler la mienne.Puis il sourit, avec une aisance tenant du prodige.\u201cBonjour, Monsieur, dit-il, comment allez-vous?J\u2019entends dire que vous revenez de voyage?Vous avez fait un bon voyage?\u201d J\u2019étais désemparé.J\u2019aurais vu Macbeth souriant au sortir de la chambre que je n\u2019aurais pas été plus interloqué.J\u2019avoue que les harts me tombèrent des mains, que.je me sentis injuste, qu\u2019une excuse me traversa l\u2019esprit pour mon ami.Heureusement il me restait un léger brandon de ma colère initiale.Composant le sentiment de stupeur et celui de l\u2019indignation, je dis simplement, entre mes dents: \u201cMonsieur, il se passe ici des choses étranges!\" L\u2019homme descendit les marches du perron, avec un air si possible encore plus amène, un air parfait de \u201cfranc joueur\u201d.Il me dit: \u201cCher Monsieur, voulez-vous vous asseoir un instant dans ces ¦marches, et que nous causions sans façon de ce qui, je pense, fait l\u2019objet de votre visite?\u201d Mon premier mouvement fut de reprendre les harts comme une étrivière et de l\u2019en cingler sans merci! Je fus lâche et je m\u2019assis à ses côtés.\u2014 Vous songez à vous plaindre, attaqua-t-il habilement, de ce qui arrive à votre ami.Je crains que vous ne soyez pas assez exactement informé de la cause.C\u2019était vrai.J\u2019avais jugé en gros, et Vexorbitance de l\u2019affaire ne m\u2019avait pas paru exiger d\u2019autre enquête. LA MACHINE AUX RÉCLAMATIONS >91 Mais j\u2019étais maintenant au tribunal, où il faut des \u2018\u2018circonstances.\u201d Il ne m\u2019était pas possible de continuer la joute.Je me levai, fort poliment.\u2014 Vous avez raison, Monsieur, dis-je en rentrant presque à la perfection une rage encore plus extravagante, je veux prendre les renseignements indispensables.Il s\u2019était levé aussi, bien entendu, et cette fois son sourire affichait une nuance quasi imperceptible de défi.Mon bouille ment intérieur était tel qu\u2019en m\u2019éloignant je sentis que je ne marchais pas parfaitement' droit et que le regard de l\u2019autre pesait sur toute ma personne, toujours avec ce sourire glacial finement nuancé de mépris! Mais après trente pas, une image remplaça celle de ce rictus dans mon esprit, et ce fut celle des treize enfants alignés pour l\u2019instruction sous la hart.Et ma phrase me revenait, se répétait d\u2019elle-même en cadence dans mon esprit: \u201cPar ici, les parias!\u201d Et je les avais laissés là, sans vengeance! Je me rappelais cette page d\u2019histoire où un peuple puissant, en ayant conquis un autre par les moyens ordinaires de la \u201cjustice des nations\u201d, avait aussitôt décidé de le faire entrer en participation de ses biens propres par la férule scolaire.Un rapporteur de la nation conquérante avait établi \u201cque la nation soumise était sans histoire et sans littérature\u201d et qu\u2019on ne pouvait la tirer de cette condition méprisable qu\u2019en l\u2019intégrant à l histoire et à la littérature du vainqueur par un système d\u2019enseignement approprié.\u201cPar ici les parias!\u201d me répétait l\u2019ange de ma colère.Je me rendis du même pas, maintenant raffermi, chez le troisième voisin, le seul, à vrai dire, de tous les environs, qui n eût pas eu encore à subir l\u2019envahissement de l homme avide d\u2019espace, et, séance tenante, je me fis raconter toute l\u2019affaire.Cet homme avait justement \u201cde l\u2019histoire et de la littérature , et c\u2019était par là qu\u2019il s\u2019était prémuni contre les oeuvres de l\u2019envahisseur.L\u2019histoire et la littérature 192 ACTION NATIONALE donnent la connaissance des hommes.Mon ami à mai ne connaissait que lui-même et cela lui laissait ignorer le revers de l\u2019espèce humaine.La seule différence qu\u2019il pouvait reconnaître aux autres, c\u2019était de les juger meilleurs que lui.Il marchait dans la vie comme si le sol de la terre eût été parfaitement uni, sans trous et même sans précipices.Mais les parties longtemps unies ne sont-elles pas au contraire les plus rares?.Mon informateur m\u2019expliqua: \u2014 La contrée presque entière est déjà sous la coupe de ce forban.\u2014 Mais vous, dis-je, comment avez-vous résisté?Il m\u2019apprit qu\u2019il lisait en effet beaucoup d\u2019histoire, que les grands écrivains du théâtre l'avaient instruit de l\u2019homme.Il me montra, dans les rayons de sa bibliothèque, quelques romans sérieux où il me dit avoir appris quelque chose.Mais surtout il m\u2019ouvrit un in-quarto intitulé le Livre des Conquêtes, qui l\u2019avait informé des méthodes propres à chaque peuple pour l\u2019acquisition de l\u2019\u201cespace vital\" ou la \u201cdiffusion de la civilisation\u201d.\u2014 Il faut, dis-je, que nous nous liguions tous les deux pour sauver mon ami.\u2014 C\u2019est chose impossible de \u201csauver\", comme vous dites, cet homme merveilleusement bon.Ce que vous appellerez \u201csalut\" poier lui, il l\u2019appellera \u201cperdition\u201d.\u2014 Je le sauverai par la force.\u2014 Mais vous ignorez à qui vous avez affaire dans la personne de son bourreau.\u2014 Voulez-vous dire qu\u2019il est capable d\u2019opposer la force à la force?\u2014 C\u2019est ce que je veux dire, et c\u2019est ce que j\u2019ai été à même de vérifier.\u2014 Comment dites-vous, dans une contrée aussi paisible, aussi éloignée de toute apparence guerrière? LA MACHINE AUX RÉCLAMATIONS 193 \u2014 Je ne parle pas de la force des canons, ni même des bâtons.Mais ce puissant seigneur, \u2014 puisqu\u2019il faut l\u2019appeler par son nom, \u2014 dispose des moyens d\u2019affamer les gens.\u2014 Je voudrais savoir quels sont ces moyens, quand chaque habitant de la contrée trouve pourtant dans un sol généreux tout ce qu\u2019il faut pour alimenter sa famille, si nombreuse soit-elle.\u2014 Je suis heureux pour vous, Monsieur, dit-il en souriant, que vous habitiez loin d\u2019ici, dans un milieu de toute sécurité.Mais ici une pièce d\u2019argent est un morceau de pain.Or, par un détour ou par un autre, ce sinistre individu contrôle chaque pièce d\u2019argent de la contrée, \u2014 sauf le petit tas d\u2019écus que j\u2019ai pu préserver ici dans mes coffres après avoir soigneusement étudié les méthodes de l\u2019adversaire.De façon plus précise, cet homme commande tous les marchés, actifs ou passifs, c\u2019est-à-dire ceux où l\u2019on peut acheter les choses et ceux où on peut les vendre.Le sol généreux que vous louez ne peut se cultiver sans une charrue ou du moins un hoyau, et ce potentat vend les charrues, les hoyaux, les faucilles, les faux, les machines à moudre.Chacun n\u2019a qu\u2019à obéir au signe et les magasins s\u2019ouvrent, mais pas autrement.Et c\u2019est lui d\u2019autre part qui achète vos surplus de blé, d\u2019avoine, de lait et de viande, selon les mêmes barèmes.Vous voyez ?\u2014 Je vois trop bien, dis-je, outré, suffoquant.Et je vois surtout ces enfants, ces parias, fils de parias et pères futurs d\u2019innombrables êtres murés dans le bagne.Il faut en sortir! \u2014 J\u2019avais imaginé quelque chose, dit tranquillement cet homme instruit.Dans les premiers temps, ce brigand plein de façons en mettait encore davantage.Il disait à tous: \u201cChers amis, vous savez que je veux vous aider et non vous commander.Si donc vous constatez que, malgré mon bon vouloir, j\u2019empiète ici ou là sur vos droits cer- 194 ACTION NATIONALE tains, ne vous gênez pas, réclamez.\" Toutes ces bonnes âmes s\u2019attendrissaient.Car, cher Monsieur, votre ami n\u2019est une exception dans la contrée que par Vextraordinaire qualité de sa bonté; dans tout autre pays, les moins bons de nos gens seraient fêtés comme des parangons et des phénomènes de cette vertu, toujours si appréciée même des méchants.Ces âmes généreuses se liquéfiaient de s'entendre accorder le droit aux réclamations.Je sais par l\u2019histoire que ce fut le bonheur des peuples et l\u2019honneur des rois, aux temps heureux, que ce pouvoir accordé aux sujets de faire entendre leurs griefs.Car le meilleur des rois ne peut deviner toutes les souffrances mais il peut les soxdager toutes dès qu\u2019elles ont le droit de se faire connaître.Les sujets du bon roi dont je parle, forts d\u2019une invitation qui rappelait les temps heureux de l\u2019humanité, commencèrent donc discrètement à élever (si on peut dire) dès réclamations.L\u2019un n\u2019avait obtenu que le dixième du produit de sa récolte de pommes de terre et il faisait entendre respectueusement qu\u2019il lui en faudrait presque jusqu\u2019au huitième pour nourrir sa famille.Un autre \u201créclamait\u201d contre le prix double qu\u2019on lui avait vendu un hoyau aux magasins de VAdministrateur.Un autre avait eu un de ses enfants frappé par la hart jusqu\u2019au sang parce qu\u2019il avait mal répondu à une question de grammaire étrangère posée par la fille du maître.Et ainsi de suite.En cet endroit j\u2019interrompis mon interlocuteur : \u2014 Permettez-moi de vous demander si mon ami l\u2019homme bon entra dans ce concert.\u2014 Cher ami, me répondit l\u2019homme lettré, il s\u2019inscrivit malheureusement en faux contre le choeur.Chaque fois qu\u2019il entendait parler d\u2019uns réclamation présentée par un habitant quelconque de la contrée, il écrivait au \u201cmonarque\u201d pour le consoler par des expressions de reconnaissance sur sa condition propre.Ainsi, après la réclamation au sujet des pommes de terre, ceüe-ci étant venue à ses oreilles, il s\u2019empressa de remercier son \u201cbienfai- LA MACHINE AUX RÉCLAMATIONS 195 teur\u201d de lui avoir accordé le douzième de sa récolte, ce qui, disait-il, lui permettait de servir une demi-pomme de terre à chacun de ses enfants chaque semaine, ajoutant que, quant à lui et à sa femme, ils préféraient s\u2019en passer plutôt que d\u2019obérer le budget de l\u2019homme secou-rable.\u2014 Continuez, dis-je, réussissant mal à retenir ce sang qui me montait à la gorge et aurait voulu s\u2019échapper en cri.Je commençais vraiment à renier mon ami, sinon à maudire la vertu elle-même.L\u2019autre reprit: \u2014 Vous pouvez concevoir comme j\u2019avais hâte de voir ce qui sortirait du système des réclamations.Il faut vous dire que j\u2019avais positivement contribué à activer le système.Comme j\u2019avais des lettres, on requérait de divers côtés mes services pour la rédaction des requêtes.Et en plus, je stimulais les plus timides, les assurant qu\u2019aucun tort ne pouvait résulter pour eux de la démarche.Il se produisit presque une inondation de ces griefs, dont la formule d\u2019ailleurs demeurait toujours très soumise.Ce qui passait par moi commençait régulièrement par les mots: \u201cTrès honoré Seigneur et Maître\u201d, et finissait par \u201cVotre très respectueux et très obéissant serviteur.Un tel.\" Mais le compère, aussi rusé que despote, avait bien vu tout venir et avait bien tout calculé.Il faisait aussitôt droit à quelques-unes, \u2014 une sur vingt, \u2014 des réclamations les plus bénignes et publiait un feuillet imprimé à l\u2019adresse de tous les habitants de la contrée, finissant toujours sur ces mots: \u201cTous les autres recours trouveront à leur tour un accueil semblable et équitable.\u201d Et chacun vivait d\u2019espérance.en attendant son tour.Puis il comptait sur l\u2019usure des énergies.Et en effet un mois ne s\u2019était pas passé que chacun se fatigua.Je faisais de mon mieux la statistique du mouvement.Je vis baisser rapidement dans mon graphique la ligne d\u2019abord ascendante de l\u2019opération.Si bien qu\u2019après trois mois, nous retombions tout près du zéro.C\u2019est alors que me vint l\u2019idée ingénieuse que je vais vous livrer.Je dois avouer qu\u2019elle avait un carac- 196 ACTION NATIONALE tère provocant, et que, par suite, elle risquait d\u2019empirer le mal.Mais je me dis qu\u2019après tout nous n\u2019avions plus guère à perdre et que peut-être mon invention serait propre à remuer la masse, vous savez cette masse pâteuse et passive des bons enfants.Je m\u2019inspirai donc des procédés de Venregistrement phonographique et ayant conçu un énorme rouleau comme on en faisait autrefois en petit, j\u2019y fis graver à la suite 92 réclamations couvrant à peu près tous les domaines usuels; un mécanisme particulier ramenait l\u2019aiguille au début du cylindre après l\u2019épuisement des griefs, et l\u2019on pouvait ainsi recommencer sans fin! Je profitai d\u2019une nuit sans lune pour aller installer ma machine à un carrefour particulièrement favorable, c\u2019est-à-dire assez central par rapport à la contrée et assez rapproché de l\u2019oreille du tyran, logé chez votre ami.L\u2019énorme porte-voix que j\u2019avais fabriqué de mes mains, en papier mâché, devait permettre à l\u2019appareil de se faire entendre selon toute la portée désirable.Assez au courant des forces dont pouvait disposer le potentat, je postai autour de l\u2019appareil cinq fiers-à-bras, munis de masques et armés de bonnes triques, capables de résister à toute tentative adverse.A minuit juste, on entendit tout à coup par tout le pays un rauque cocorico, suivi de: ATTENTION LES BONNES OREILLES! Il y eut un silence bref, et aussitôt commença le défilé des réclamations.Cela dura jusqu\u2019au petit jour.Vous vous imaginez aisément que pas une fenêtre ne resta sans s\u2019allumer, pas une porte sans s\u2019ouvrir.Ma cour fut envahie et une grande danse folklorique s\u2019organisa.Je fus obligé de servir du vin.Deux notables s\u2019avancèrent (tout le monde avait deviné que l\u2019affaire venait de moi) et m\u2019offrirent la mairie (ils avaient les insignes en main).Je me contentai de leur dire: \u201cBons amis, attendez la suite.\u201d Le tyran, lui et lui seul, n\u2019avait pas bougé.Le voisin immédiat avait vu seulement s\u2019entrebâiller la fenêtre \u201cseigneuriale\u201d un court instant, sans lumière, et ç\u2019avait été tout.Mais qu\u2019arriverait-il?Cher ami, rien n\u2019arriva.Ou plutôt le petit journal des faveurs (le feuillet dont je LA MACHINE AUX RECLAMATIONS 197 vous ai parlé) parut en fin de semaine, à son accoutumée, mentionna deux ou trois réclamations entendues et s'acheva sur la formule que je vous ai citée.\u2014 Alors, dis-je, qu\u2019avez-vous conclu?\u2014 J\u2019ai conclu que cet homme était très fort.\u2014 Et je vais, autour de mon bêta d\u2019ami et de sa sotte épouse, laisser périr ces treize enfants malingres autrefois beaux, ces treize esprits éveillés devenus à demi stupides?\u2014 Il y a un moyen, dit-il gravement.\u2014 Lequel?Lequel?criai-je en m\u2019agitant.\u2014 Ecoutez-moi, dit-il encore plus gravement.Le tyran dont nous parlons n\u2019est un mauvais homme que parce que votre ami et tous les autres sont des hommes bons.La bonté de votre ami et des autres lui est une occasion de péché.Il faut lui ôter l\u2019occasion, et de cette manière vous le sauverez, lui, votre ami et tous les autres.\u2014 Vous voulez dire que je dais enseigner à mon ami et à tous les autres à n\u2019être pas bons?Ça, c\u2019est une chose qu\u2019ils refuseront d\u2019apprendre.\u2014 Vous en êtes sûr?\u2014 J\u2019en suis sûr comme je suis sûr de l\u2019Evangile et de Dieu même.\u2014 En ce cas, il y a un autre moyen.Pour débarrasser tout à fait cet homme de l\u2019occasion.\u2014 Le renvoyer chez lui?\u2014 Vous y êtes.A ce moment, il tira de ses rayons un très grand livre à la couverture tout en or, et portant des armoiries qui me parurent fabuleuses, avec des lys et des croix.Il le posa sur la table et l\u2019ouvrit tout grand devant moi.\u2014 C\u2019est, dit-il, le Livre de la Pucelle d\u2019Orléans. CHRONIQUES oCeS écrits et ieS li ivres Écrits 1964-65 sur le.¦français -I- LES PRÉLIMINAIRES par François-Albert Angers L\u2019année 1964-65 a été exceptionnellement fertile en ouvrages sut la situation constitutionnelle du Québèc.L\u2019existence de deux comités officiels chargés d\u2019étudier ce problème sous divers aspects, l\u2019un au niveau fédéral (la Commission royale d\u2019enquête dite Laurendeau-Dun-ton, sur le bilinguisme et le biculturalisme), et l\u2019autre à Québec (le Comité parlementaire sur la constitution), y ont singulièrement contribué.Devant chacune de ces deux commissions, un nombre important de mémoires ont été soumis.Sauf pour ceux qui ont été publiés en volumes, ce n\u2019est cependant pas à ces différents textes que nous nous arrêtons ici, mais bien à un ensemble d\u2019ouvrages publiés chez des éditeurs et mis sur le marché.La revue que nous tenterons ici ne prétend d\u2019ailleurs pas être complète.Nous nous en sommes tenus, sans recherche poussée, aux ouvrages qu\u2019auteurs ou éditeurs nous ont fait tenir personnellement, ou à titre de service de presse à L\u2019Action nationale ; plus une couple d\u2019autres qui ne nous étaient pas parvenus, mais ont acquis une certaine notoriété.Voici donc la liste, dont le point d\u2019an- 996 ^ ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME.199 crage se situe en 1963, avec l\u2019ouvrage de monsieur Bernard Bissonnette, juge à la cour d\u2019appel de Québec: Bernard Bissonnette \u2014- Essai sur la constitution du Canada, Les Editions du Jour, Montréal, 1963; Association Canadienne des Economistes \u2014 La planification économique dans un état fédératif: Exposé de Roland Parenteau, commentaires par D.-L.McQueen et A.Young novembre 1963; Conseil de la vie française \u2014 Bilinguisme et biculturalisme au Canada: Mémoire soumis à la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Québec, mars 1964; Philippe Aubert de la Rüe \u2014 Canada incertain, Editions du Scorpion, Paris, 2e trimestre 1964; Jean Lesage \u2014- Déclaration du premier ministre du Québec à la Conférence fédérale-provinciale du 31 mars 1964; Société St-Jean-Baptiste de Montréal \u2014 Le fédéralisme, l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique et les Canadiens français.Mémoire au Comité parlementaire de la Constitution au Gouvernement du Québec, mai 1964; Marcel Faribault \u2014 L\u2019ordre économique canadien-français.Conférence prononcée au banquet national de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal au chalet du Mont-Royal le jeudi, 25 juin 1964; auquel est joint pour les fins de la présente analyse, le texte miméographié d\u2019une causerie prononcée devant les membres du Club des anciens du Collège Ste-Marie, le 26 octobre 1964; Association canadienne des écoles de commerce \u2014 Rapport miméographié de la huitième conférence.Société St-Jean-Baptiste de Montréal \u2014 Le bilinguisme et l\u2019union canadienne.Mémoire à la Commission fédérale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, juillet 1964; Peter-J.-T.O\u2019Hearn \u2014 Peace, Order and Good Government (A New Constitution for Canada), Macmillan Co.of Canada Ltd., Toronto, 1964; ICAP \u2014 Le Canada face à l\u2019avenir (un pays qui s\u2019interroge).Travaux présentés à la onzième conférence annuelle de l\u2019Institut canadien des affaires publiques organisée avec le concours de la Société Radio-Canada, Les Editions du Jour, novembre 1964; Jacques-Yvan Morin \u2014 Liberté nationale et fédéralisme.Extrait de la revue \u201cThémis\u201d, publié en brochure, 1964.Marie-Blanche Fontaine \u2014 Une femme face à la Confédération.Les Editions de l\u2019Homme, Montréal, février 1965; Commission Laurendeau-Dunton \u2014 Rapport préliminaire de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Imprimerie de la Reine, Ottawa, février 1965; En collaboration par des membres du club Fleur-de-Lys du Québec \u2014 L\u2019Etat du Québec, Les Editions de l\u2019Homme, Montréal, février 1965; Marcel Chaput ¦\u2014 J\u2019ai choisi de me battre, Club du livre de Québec (Editions du Jour), Montréal, mars 1965; Joseph Costisella \u2014 Peuple de la .nuit, Editions Chénier, casier postal 206, station N, Montréal, mars 1965; 200 ACTION NATIONALE Marcel Faribault et Robert-M.Fowler \u2014 Dix pour un (Le pari confédératif), Les Presses de l\u2019Université de Montréal, mars 1965; Daniel Johnson \u2014 Egalité ou indépendance, 1965.Dr René Jutras \u2014 Québec Libre, les Editions Actualités, Montréal.Le grand branle-bas Tous ces écrits, il convient de le noter, ont été en quelque sorte mis en branle par trois publications chocs de Tannée 1961, visant toutes trois à foudroyer la Confédération : deux de première grandeur, qui parurent presque en même temps, le \u201cPourquoi je suis séparatiste\u201d de Marcel Chaput, aux Editions du Jour, et le \u201cJ\u2019ai choisi l\u2019indépendance\u201d de Raymond Barbeau, aux Editions de l\u2019Homme (suivi de \u201cLe Québec est-il une colonie?\u201d, en 1962, et de \u201cLa libération économique du Québec\u201d, en 1963) ; et un troisième, en brochure, de monsieur Jean-Noël Tremblay : \u201cCombien de temps encore faudra-t-il la subir?la Confédération?\u201d L\u2019importance de ce dernier texte était accrue en ce qu\u2019il provenait d\u2019un député de l\u2019équipe gouvernementale fédérale, et du parti conservateur au surplus; et la signification en était encore relevée par sa présentation devant le Congrès des sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec.Est-il besoin de rappeler les positions respectives dès lors prises par MM.Chaput et Barbeau?L\u2019inutilité de toute persistance dans l\u2019effort de bonne entente et la nécessité de requérir sans autres tergiversations l\u2019indépendance du Québec! On a moins souligné le problème juridique et historique majeur soulevé par monsieur Jean-Noël Tremblay, posant la question de savoir si, en 1867, les représentants des deux principaux groupes ethniques en présence n\u2019avaient pas, de part et d\u2019autre, cherché exclusivement \u201cun compromis équitable pour l\u2019époque et qui marquait une nouvelle étape dans la recherche d\u2019un modus vivendi susceptible de répondre aux exigences et aux aspirations\u201d de chacun.La question importe en un débat comme celui où nous sommes engagés, car une ré- ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME.201 ponse historique affirmative dépouillerait la Constitution de 1867 des caractères sacro-saints de permanence en vertu desquels il serait juridiquement interdit de la remettre en question.En cette même année 1961, du 15 au 18 novembre, à l\u2019université Laval, se tenait à Québec le premier congrès des Affaires canadiennes.Le thème même voulait être comme une réponse ambivalente, c\u2019est-à-dire à la fois canadienne-française et canadienne-anglaise, aux vitupérations de messieurs Barbeau et Chaput, comme à la question de monsieur Jean-Noël Tremblay.Il se lisait: \u2018Le Canada, expérience ratée.ou réussie\u201d, \u201cThe Canadian Experiment, Success or Failure?\u201d Y avaient été convoqués: pour l\u2019inauguration, le ministre fédéral de la justice, monsieur Davie Fulton, et pour la conclusion, le premier ministre de la province de Québec, Jean Lesage; aux différentes séances, les couples Murray-G.Ballan-tyne (What French Canadians have against us) et Gérard Pelletier (Ce que les Canadiens anglais nous reprochent), Eugène Forsey et André Laurendeau (Le Canada, une nation ou deux?), James R.Mallory et René Lévesque (Le rôle de l\u2019Etat sur les plans fédéral et provincial), Marcel Chaput et Michael Oliver (L\u2019avenir du Canada: séparation, intégration, ou.?); et en un colloque sur le thème général, sous la direction de Mason Wade, MM.Jean-Jacques Bertrand, Douglas Fisher et Maurice Lamontagne.Il en résulta ce qu\u2019on peut appeler le document mil-liaire de la fin d\u2019une époque, celle de Inacceptation tranquille\u201d au seuil de la \u201crévolution tranquille\u201d.MM.Fulton et Lesage avaient adopté le parti pris de l\u2019optimisme.Selon M.Fulton, il ne faisait \u201caucun doute que l\u2019expérience canadienne s\u2019avère (sic) un succès pour les deux groupes ethniques\u201d, puisque les colonies britanniques de l\u2019Amérique du Nord ont été sauvées de la mainmise états-unienne.Il n\u2019y a plus qu\u2019à rapatrier la Constitution.selon sa formule (!) et favoriser le développement du 202 ACTION NATIONALE bilinguisme ! Quant à monsieur Lesage, il voulut que l\u2019expérience canadienne soit considérée comme n\u2019étant ni ratée ni réussie parce que n\u2019ayant pas été vraiment vécue; d\u2019où la nécessité de faire d\u2019abord l\u2019expérience de la réorientation du mouvement pour vérifier si la pleine utilisation du régime confédératif peut résoudre les problèmes canadiens.Entre ces deux textes, le congrès allait de lui-même démontrer combien la pensée de monsieur Fulton était évasion devant le vrai problème; et la solution de monsieur Lesage, déjà devenue pratiquement irréalisable.A lire, par exemple, les deux communications si bien réussies de MM.Ballantyne et Pelletier, on se dit tout de suite qu\u2019en être là après cent ans de vie commune dans un régime qui était censé justement régler tout cela, montre combien les espoirs à fonder sur une simple réorientation du régime ne peuvent être que fort minces: la patience de la minorité pourrait difficilement se résoudre aux lenteurs de la majorité.Et il suffit de lire ensuite, immédiatement après le texte de M.Eugène Forsey, un autre Canadien anglais censément plus sympathique aux Canadiens français qu\u2019à l\u2019ordinaire, pour sentir jusqu\u2019à quel point peut être agacé et agaçant un Anglo-Saxon qui, forcé dans ses retranchements, fait flèche de tout bois pour ne rien céder qui le dérange.Quand on relit aujourd\u2019hui ce livre, c\u2019est réellement un air triomphal qu\u2019on trouve à Marcel Chaput, sacrifiant son emploi à Ottawa pour venir dire à Québec, \u201cQuébec est une colonie d\u2019Ottawa\u201d ; alors que M.Eugène Forsey, sans s\u2019attendre à ce souligné inattendu, venait tout juste de démontrer impérieusement qu\u2019il devait en être ainsi pour que triomphe l\u2019intouchable \"one nation concept\u201d.Et Michael Oliver, qui avait à répondre à Marcel Chaput, devait surajouter au ton agacé de M.Forsey la démonstration du ton sympathique qui n\u2019arrive cependant pas davantage à comprendre ce qu\u2019est une véritable différence nationale ; et par suite ne consent aucunement ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME 203 à jeter du lest quant aux prétentions autoritaires et centralisatrices dont est imbu tout partisan du N.P.D.Il ne manquait plus que les bouffonneries d\u2019un Douglas Fisher sur Maurice Richard et Lili St-Cyr pour mettre le point final à la démonstration ; et il était au programme, de sorte que tout fut complet.Le juge Bissonnette nous explique la constitution Dans cette atmosphère surchauffée, l\u2019ouvrage de M.le juge Bernard Bissonnette était survenu à point pour étayer, dans le calme de l\u2019exposé serein du juriste, le fait juridique de l\u2019existence d\u2019une nationalité canadienne-française, venue au jour dès avant la conquête, reconnue par le conquérant dès les premiers traités, établie en un statut d\u2019égalité avec la nation canadienne-anglaise naissante après 1774, et cela jusqu\u2019en 1867, à travers même les vicissitudes apparentes du régime de l\u2019Union.Si bien que, si la conception de la Confédération qu\u2019entretenait M.Forsey en 1961 devait être acceptée comme authentique, il faudrait en venir à la conclusion que l\u2019Acte de 1867 a été une immense fraude: on aurait alors dépouillé les Canadiens français de leur nationalité en leur proclamant, au contraire, leur libération comme définitive (le célèbre \u201cil n\u2019y aura plus ni vainqueurs, ni vaincus, mais deux peuples égaux.etc.\u201d Mais tel n\u2019est pas l\u2019avis du juge Bissonnette.Au contraire, il tient, et avec preuves à l\u2019appui, qu\u2019en entrant dans la Confédération, aux conditions où elle s\u2019est faite, la nationalité française au Canada n\u2019a abandonné aucun de ses droits.Il admet juridiquement la thèse d\u2019un \u201crèglement pour toujours\u201d qu\u2019impliquerait la formule fédérative de la Constitution.Mais cette thèse comporte en contrepartie le respect intégral par la majorité des droits de la nationalité qui a accepté de se constituer en minorité en entrant dans la fédération.Monsieur le juge Bissonnette apporte même à l\u2019appui de la 204 ACTION NATIONALE \u201cthéorie du pacte\u2019\u2019 un texte fondamental, nouveau en ce sens qu\u2019il paraît avoir été ignoré par trop de juristes et d\u2019historiens.Déclaration de Georges Brown, chef politique du Haut-Canada, à l\u2019ouverture de la Conférence de Charlottetown en 1864, elle établit que le \u201cpacte\u201d entre le Haut et le Bas-Canada était déjà conclu, à ce moment quoi qu\u2019il puisse advenir des négociations confédératives.Un bill est déjà prêt pour y donner suite, disait-il, et en se joignant au Canada, les autres colonies devront elles-mêmes se conformer aux conditions de ce pacte.Au seuil de l\u2019ère nouvelle qui s\u2019est ouverte au Canada avec l\u2019année 1961, monsieur le juge Bissonnette a donc posé, à son tour, la pierre milliaire de départ de la nouvelle expérience à tenter.Son livre établit clairement, nettement, indiscutablement, la somme de nos droits imprescriptibles juridiquement acquis.Il situe, par le contraste de la loi et de la réalité, la cause véritable de l\u2019échec actuel.On aurait donc tort de faire fi de ce travail objectif en le considérant comme surtout tourné vers le passé.Il signifie pour nous toute la différence morale énorme entre aller vers l\u2019avenir comme des révoltés contre un ordre que nous aurions nous-mêmes établi; ou au contraire, comme des réformateurs lucides et ayant le bon droit pour eux à l\u2019issue d\u2019une expérience où leur bonne foi et leur volonté de collaboration peuvent difficilement être contestées.Ce livre n\u2019est cependant pas sans avoir ses faiblesses, assez évidentes même sur le plan de la critique pure pour qu\u2019un non-juriste puisse validement contester certains des points de vue juridiques qui y sont formulés.Il faut supposer, par exemple, que monsieur le juge Bissonnette n\u2019a pas revu de près le texte même de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique lorsqu\u2019il ratifie une certaine opinion canadienne selon laquelle le Conseil privé donna à la Constitution un autre sens que celui qui y était inscrit quant au concept \u201cde la paix, de l\u2019ordre et du bon gouvernement\u201d.Le Conseil aurait alors indûment refusé ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME 205 au gouvernement central son droit à \u201cune suprématie indéniable\u201d.Quand et combien de fois faudra-t-il récrire et répéter que le texte de l\u2019article 91 ne se lit pas : \u201cIl sera loisible à la Reine, sur l\u2019avis et avec l\u2019assentiment du Sénat et de la Chambre des Communes de légiférer en vue de la paix, de l\u2019ordre public et de la bonne administration du Canada\u201d ; mais bien : \u201cIl sera loisible à la Reine, sur l\u2019avis et avec l\u2019assentiment du Sénat et de la Chambre des Communes de légiférer, en vue de la paix, de l\u2019ordre public et de la bonne administration au Canada, sur toute matière ne rentrant pas dans les catégories de sujets que le présent acte attribue exclusivement aux législatures des provinces, etc.\u201d Il me semble que cela suffit pour régler la question sans qu\u2019on ait à se demander qui a faussé le sens de l\u2019A.A.N.B., des juristes qui ont accusé le Conseil privé ou du Conseil privé qui a simplement su lire le texte de la loi.Remarque du même ordre au sujet de l\u2019alinéa 16 de l\u2019article 92 relatif aux droits des provinces.On a tellement pris l\u2019habitude de le minimiser chez les juristes anglo-canadiens, pour affirmer le pouvoir résiduel total du gouvernement central, notamment dans les matières de sécurité sociale, que l\u2019on oublie un mot important, le plus important du texte.Le juge Bis-sonnette s\u2019est rendu coupable de la même omission quand il a écrit: \u201cEn même temps, les provinces possèdent les pouvoirs non attribués pour les questions d\u2019ordre purement local.\u201d Car le texte de la Constitution ne dit pas \u201clocal\u201d, mais bien \u201clocal ou privé\u201d.En l\u2019occurrence, c\u2019est-à-dire sur un plan juridique, le mot \u201cprivé\u201d revêt une bien autre importance que le mot local et couvre une immense étendue de pouvoirs.Local n\u2019a trait qu\u2019à ce qui est géographiquement situé et limité dans les cadres provinciaux, rejetant justement à la juridiction fédérale tout ce qui est interprovincial.Mais il n\u2019en est pas ainsi du mot \u201cprivé\u201d, qui confère exclusivement aux provinces tout ce qui relève du droit privé, quels que soient les conflits conceptuels qui en puissent résulter 206 ACTION NATIONALE sur le plan national et les prétentions du Fédéral de vouloir établir des standards uniformes.Monsieur Lesage aurait dû se le rappeler \u2014 si vraiment il est sincère, et non seulement un politicien encore plus opportuniste que Duplessis \u2014 avant d\u2019affirmer, au soir de la conférence fédérale-provinciale du 19 juillet, que le projet d\u2019assurance-santé du gouvernement fédéral n\u2019impose aucune condition critiquable en fixant des normes qui n\u2019interviennent pas dans la gestion administrative provinciale, mais déterminent seulement ( !) des conditions fondamentales évidemment enracinées dans le droit privé.C\u2019est ce respect de l\u2019exclusivité de la juridiction provinciale en matière de droit privé que réclame l\u2019Alberta, et dans le scandale de ne pas trouver le Québec à ses côtés pour mener cette lutte primordiale.L\u2019analyse subtile que fait monsieur le juge Bisson-nette du problème si compliqué des ressources fiscales et des positions juridiques et constitutionnelles qu\u2019elles mettent en jeu, mérite attention et réflexion.Il est malheureux cependant qu\u2019il n\u2019ait pas suffisamment pris connaissance du rapport de la Commission Tremblay et des mémoires annexes.Il en eût été libéré de se croire obligé à l\u2019admission que le retrait du Fédéral du champ des impôts directs est impossible \u201cpuisque l\u2019an dernier, ces impôts (.) atteignaient 55% du revenu national\u201d.Après certains ajustements qu\u2019élucidait parfaitement le Rapport Tremblay, il a été alors démontré que la presque totalité des impôts directs fédéraux ne sert guère qu\u2019à financer des dépenses relevant de la juridiction provinciale.Si la bonne foi constitutionnelle et politique présidait dans les affaires canadiennes, une interprétation juridique droite et saine de la Constitution comme celle du présent auteur ne soulèverait guère de difficultés pratiques.Original et pourtant très simple \u2014 comme l\u2019oeuf de Colomb \u2014 est le recours que celui-ci propose, pour les résoudre, à l\u2019article 118 de l\u2019A.A.N.B.sur les subventions.Rien n\u2019empêche en effet de concevoir que ces subventions ÉCRITS 1964-65 SUR LE PROBLÈME.207 soient inégales, per capita.Une conférence interprovinciale peut alors déterminer la péréquation nationale qui paraît désirable compte tenu des différentes législations concernées.La subvention per capita qu\u2019il importerait de verser, révisable tous les cinq ans, aux provinces qui ont besoin d\u2019un tel appui, réglerait tout en beauté et en équité.Mais justement, cette volonté et cette bonne foi existent-elles au Canada anglais?Plus encore en 1965 qu\u2019en 1963, nous sommes obligés d\u2019en douter.Tel quel, en tout cas, dans ses conclusions justes, modérées, comme dans ses faiblesses, et par son témoignage non équivoque de juriste, le livre du juge Bissonnette exprime tout entier la détermination mais la bonne foi totale du Canada français dans l\u2019expérience du dernier siècle.Livre clef à l\u2019heure actuelle en ce qu\u2019il fait retrouver au Canada français et qu\u2019il rappelle au Canada anglais, d\u2019une façon lucide et sincère, les points d\u2019appui de l\u2019expérience canadienne revus et interprétés dans les cadres de nos problèmes actuels.Le nouveau casse-tête de la planification Dans ses conclusions, monsieur le juge Bissonnette, très modérément d\u2019ailleurs, marque son scepticisme envers la possibilité pratique du séparatisme dans l\u2019ordre économique.Il pose à ce sujet toute une série de questions, très pertinentes d\u2019ailleurs, sur les modalités de l\u2019entente à intervenir entre les deux niveaux de gouvernement au cas de séparation, notamment quant au partage des biens régis actuellement par l\u2019Etat central et aussi quant aux relations entre les deux collectivités.Comme par hasard, l\u2019Association canadienne des économistes consacrait, en novembre de la même année, son symposium au thème de \u201cLa planification économique dans un Etat fédératif\u201d.C\u2019était replacer, dans le cadre d\u2019une perspective économique modernisée, les problèmes que le juge Bissonnette venait d\u2019évoquer selon l\u2019optique traditionnelle d\u2019une économie libérale; et soulever la question inverse: que si- 208 ACTION NATIONALE gnifie pour l\u2019avenir la non-séparation du Québec dans un Etat qui, selon les tendances idéologiques actuelles, opterait pour la planification économique, fût-elle simplement prévisionnelle ou indicative?L\u2019exposé fondamental avait été confié à M.Roland Parenteau, alors adjoint au directeur de l\u2019Institut d\u2019économie appliquée de l\u2019Ecole des Hautes Etudes commerciales et membre du Conseil économique de la province de Québec, depuis devenu directeur général de ce Conseil économique.Les commentateurs officiels étaient MM.D.-L.McQueen de la Banque du Canada et Aurèle Young de l\u2019Université de Moncton ; après quoi participèrent à la discussion, par ordre \u201cd\u2019entrée en scène\u201d, MM.Gilles Martin du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce à Québec, Jacques Parizeau et Vély Leroy de l\u2019Ecole des Hautes Etudes commerciales de Montréal, Jean-Charles Lemelin et Roger Dehem de la Faculté des Sciences sociales de Québec, Fernand Martin de la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université de Montréal, et d\u2019autres.M.Parenteau s\u2019en était plutôt tenu, dans l\u2019exposé, à montrer que la planification n\u2019est pas facilitée en tous points par la centralisation ; que, par suite, elle n\u2019est pas d\u2019avance et nécessairement condamnée à l\u2019inefficacité à cause du caractère fédératif d\u2019un Etat.Il avait conclu que, en tout cas, \u201cla planification, dans un Etat fédératif, ne peut s\u2019effectuer de façon satisfaisante ni au niveau purement provincial, ni au niveau purement fédéral\u201d ; de sorte que \u201cla coordination du travail s\u2019impose tant au stade de l\u2019élaboration du plan qu\u2019à celui de sa mise à exécution\u201d.Mais cette exigence est peut-être un bien.\u201cDans la mesure, en effet, disait-il, où la planification doit se concrétiser dans des actions territoriales et spécifiques, il existe un avantage évident à ce que des pouvoirs régionaux semi-autonomes puissent à la fois servir de canal à l\u2019expression des besoins particuliers de chaque région et mettre en application des politiques régionalisées, bien que conformes à un plan général\u201d. ÉCRffS 1964-65 SUR LE PROBLÈME.209 L\u2019opposition, quasi plus fondamentalement politique que scientifique, des thèses en fonction des milieux ethniques, allait tout de suite se manifester au commentaire de M.McQueen de la Banque du Canada.Une planification décentralisée lui paraît dès l\u2019abord inconcevable, pleine de contradictions conceptuelles et techniques, donc quasi impensable même.\u201cIl m\u2019est impossible, dit-il, d\u2019imaginer que l\u2019on puisse construire une prévision pour tout le Canada en faisant la somme des prévisions des conseils provinciaux.\u201d Et il avait dit précédemment: \u201cAu passage, il est à remarquer que ce ne serait pas un mince problème que de faire la désagrégation des prévisions et des projections globales en quantités régionales.\u201d Au cours de la discussion, il devait ensuite mettre un peu d\u2019eau dans son vin.M.Gilles Martin ayant très justement suggéré qu\u2019on sorte de la raideur conceptuelle pour parler de \u201ccoordination\u201d plutôt que de \u201csimple addition\u201d des plans décentralisés.\u201c.pourquoi ne pas concevoir (le plan) non pas comme la simple addition mais la coordination en somme de plans régionaux ou provinciaux?\u201d Mais M.McQueen tint à soutenir que, dans un processus ou l\u2019autre, les prévisions devraient être effectuées à l\u2019échelle nationale, et non à l\u2019échelle provinciale.Alors que M.Parenteau injectait dans le débat la note pessimiste suivante: \u201cJe vous avoue que je me suis trouvé plus pessimiste après avoir fait mon travail qu\u2019avant.J\u2019ai cru pendant très longtemps que la planification pouvait se faire sinon en vase clos du moins à l\u2019échelle d\u2019une province, d\u2019une région.\u201d Ainsi, de 1961 à 1963, les six ouvrages mentionnés ou examinés au cours de ce premier article, avaient-ils contribué à poser clairement l\u2019ensemble des problèmes du Canada français dans le cadre canadien et à préparer, à stimuler l\u2019abondante production de 1964-65 qui sera revue au cours des prochains numéros.La note finale du symposium de l\u2019Association des économistes n\u2019avait pas de quoi rendre optimiste.La prise de conscience universelle de la nécessité de planifier pour assurer l\u2019équilibre 210 ACTION NATIONALE des économies ne fait que rendre plus menaçante pour la collectivité canadienne-française toute forme de centralisation ou d\u2019association à tendance centralisatrice.Toute forme d\u2019association de deux peuples selon une formule fédérative notamment, exigera, pour fonctionner équitablement, encore plus d\u2019esprit du respect des droits minoritaires, dans une plus totale collaboration et une plus complète bonne foi, que dans le siècle d\u2019expérience dont sort, plus aigri que satisfait, le Canada français.Pas surprenant que, comme d\u2019instinct, la presque totalité des écrits de l\u2019année 1964-65 se soit trouvée engagée dans la voie des solutions radicales et des revisions profondes.On en verra un premier aperçu le mois prochain.François-Albert ANGERS JEAN \\\\\\\\\\ et la maturité religieuse \"Si la fol des croyants est maintes fois en désaccord avec leur manière d'agir, cela provient du fait que leur formation en matière de doctrine et de morale chrétienne est restée insuffisante.TroD souvent, dans beaucoup de milieux, on trouve rompu l'équilibre entre les études religieuses et l'instruction profane, celle-ci se poursuivant jusqu'au stade le plus élevé tandis que pour la formation religieuse on reste à un degré élémentaire.\" Pacem in terris. document Lettre de la présidente du Club Fleur de Lys à M.Jean Lesage M.le Ministre, J\u2019ai en main le reportage du Devoir du 14 juin sur votre allocution prononcée devant l\u2019association des dames journalistes canadiennes.Il est donc vrai que vous considérez tous les Québécois, les Québécoises en l\u2019occurrence, comme des « non-instruits » et comme un bien piètre auditoire, en somme.Si jetais journaliste, je serais insultée; car je ne veux pas vous faire l\u2019affront de croire que vous ne savez pas qu\u2019une très grande partie de vos assertions sur les séparatistes et leur nationalisme sont très loin d\u2019être véridiques.Pareille croyance de votre part impliquerait que vous ne savez pas reconnaître ce qu\u2019une très grande partie de la population québécoise pense à ce sujet.Je suis non partisane et sans parti pris.Aussi est-ce avec beaucoup de regret que je constate votre partisanerie, votre parti pris et votre mépris envers un groupe qui, il faut bien l\u2019avouer, avait placé beaucoup de confiance en vous au début.Je voudrais, si vous me le permettez, au nom de la démocratie dont on parle beaucoup et au nom de notre peuple, trop souvent berné et traumatisé par une puissante machine politique, je voudrais, dis-je, faire quelques mises au point qui s\u2019imposent.En condamnant tous les séparatistes en bloc et en les logeant tous à la même enseigne, tout en sachant très bien que pareille 212 ACTION NATIONALE généralisation est des plus fausses, vous condamnez tout votre électorat ou presque.car dans tout Québécois francophone sommeille un séparatiste, dit-on.Que vous vous serviez aussi de l'argument «barbes\u201d dévoile une grande faiblesse dans votre attaque et un désir, quelque peu malhonnête, d'exploiter certaines tendances et certaines antipathies à ce sujet.(Avis donc aux séparatistes barbus et aux barbus non séparatistes d'y voir afin de ne pas prêter le flanc ou plutôt le menton aux malentendus et aux attaques de nature psychologique (sic.).J'ai bien dit attaque psychologique, car si vous reprochez aux séparatistes d'être des rêveurs, vous n\u2019en demeurez pas moins vous-même dans le domaine des assertions vagues, souvent non véridiques, mais toujours psychologiquement préjudiciables aux séparatistes.Sans doute le parti libéral a fait beaucoup de bonnes choses et il faut l\u2019apprécier; mais encore faudrait-il que le parti, dans la personne de son chef, sache garder une certaine éthique et un respect de l\u2019opinion publique et de la vérité.Lorsque vous affirmez que les séparatistes veulent élever une muraille autour de notre réserve, vous savez très bien que c\u2019est faux.Vous utilisez un vieux truc pour effrayer les gens et leur faire voir le séparatisme sous un mauvais jour.Sans doute, il existe toute une gamme de nuances au séparatisme; mais nulle part je n\u2019ai constaté le désir d\u2019isolement, comme vous voulez le faire croire.D\u2019autre part, vous savez très bien que nous sommes affreusement colonisés économiquement.Pourquoi le nier?On a le droit de vouloir le demeurer, bien sûr, mais l\u2019ignorer, non! Qu\u2019un premier ministre se fasse le champion d\u2019une telle fausseté dépasse tout.Et politiquement, comment appelez-vous la sujétion continuelle que l\u2019on vous fait subir?Vous accusez ensuite le nationalisme séparatiste de s\u2019occuper de symptômes plutôt que de s\u2019attaquer aux causes.Je crois qu\u2019au contraire, il s\u2019attaque aux causes et souvent.(Il serait trop long de s\u2019étendre sur ce sujet).Que leur champ d\u2019action soit restreint en ce domaine, je l'admets volontiers; mais ceci ne devrait pas vous éton- LETTRE DE LA PRÉSIDENTE DU CLUB FLAIR 213 ner puisque votre gouvernement fait tout pour qu'il en soit ainsi.Vous vous plaignez ensuite qu\u2019il y ait des extrémistes! Moi, je m\u2019étonne qu\u2019il n\u2019y en ait pas plus! Vous nous promenez ensuite sous le nez le traditionnel * épouvantail » : fuite des capitaux, malaise économique, inflation, générations appauvries.Mais tout ça n existe-t-il pas déjà de par le régime actuel, à quelques nuances près ?.Par exemple, le capital qui fuit à l\u2019étranger est celui des Québécois par l\u2019entremise du capitalisme étranger; les futures generations en seront certainement appauvries.Elles le seront aussi par suite des emprunts formidables que vous avez faits puisqu\u2019il leur faudra en payer le capital et les intérêts.Incroyable qu\u2019on ait à vous le dire! Et lorsque vous dites que vous avez tout investi dans l\u2019avenir du Québec.c\u2019est quoi ça, au juste?Vraiment, vous nous en racontez de bien bonnes! Si vous avez été reçu avec amitié en dehors du Québec, c\u2019est très compréhensible; vous etes celui dont on attend et cultive la trahison éventuelle de sa race.Quoi de plus naturel que I on vous courtise et vous flatte?C\u2019est le truc traditionnel quoi! J ai donc le regret d\u2019être obligée de vous dire, M.Lesage, que j\u2019ai honte et pour vous et pour nous (que vous devriez représenter et protéger) de cette sortie échevelée contre un nationalisme sain et normal pour une nation qui garde encore une fierté nationale qui lui est propre et veut la mettre à contribution pour le bien des siens.S il y a eu violence et extrémisme, c\u2019est qu\u2019on violente cette fierté et qu on la traumatise de mille façons, comme vous venez de le faire pour un.Vous me taxerez de « séparatiste » sans doute ! Je le prendrais comme un compliment.Pourtant, si vous pouviez me prouver que nous puissions devenir maîtres de notre économie dans le contexte actuel, avec cette mainmise des capitaux étrangers sur notre commerce et notre industrie, et réussir à arrêter l\u2019assimilation, la perte de notre culture et de notre langue qui s\u2019ensuit, alors, je serais fédé- 214 ACTION NATIONALE raliste.Mais j'ai l'impression très nette que vous ne le pouvez pas Et pour finir, j\u2019ajouterai que je ne suis pas extrémiste.Les bombes ne me fascinent pas, il s\u2019en faut.Je suis loin de porter barbe aussi.naturellement! Alors, que suis-je?sinon une Québécoise qui ne s\u2019en laisse pas raconter et n\u2019a pas honte de le dire.¦ \u2022 ¦ LE FANATIQUE André Longevin, presque bachelier, écrivain de talent mais sans humour, poursuit dans lo revue McLean (of Toronto), son offensive contre l'école chrétienne et les collèges classiques.Il emprunte ses arguments à la Ligue de l'enseignement, de France, toujours réfutés, mais dont il épouse l'étroitesse, lo mesquinerie et la violence contenue.Il est devenu facteur de discorde plutôt que de dialogue.Il prône la démocratie totalitaire, se fait valet du Ministère de I education et sa bête noire demeure la religion.Petit Homais, il introduit au Québec, ovec son fanatisme presque neuf, une note ridicule.Lo finance torontoise semble heureuse de véhiculer sa prosette acidulée dans les foyers du Québec.Quand la notion sero-t-elle suffisamment renseignée sur les pourritures qu'on lui sert? Directeur de la section culturelle : JEAN MARCEL Toute personne désireuse de soumettre des textes pour publication dans la section culturelle est priée de communiquer avec le directeur.Adresse: L'ACTION NATIONALE Section culturelle, C.P.189, Station N, Montréal. DE MONTAIGNE À LA BRUYÈRE par Jean Marcel Sous le soleil de la pitié ( 1 ) La littérature risque de commencer là où l\u2019homme s\u2019explique, se déplie, s\u2019expose.Voilà ce que vient de faire Jean-Paul Desbiens dans son livre, Sous le soleil de la pitié.Et, bien qu\u2019il s\u2019en défende formellement, l\u2019auteur vient aussi de faire oeuvre éminemment importante pour notre littérature.C\u2019est le livre que tout Québécois aurait pu écrire s\u2019il en avait eu le talent, comme tout Français du XVIe siècle aurait dû écrire les Essais.Ce rapprochement d\u2019ailleurs entre Montaigne et Jean-Paul Desbiens est saisissant.(2) Tous deux oeuvrent au moment d\u2019une renaissance, mettent leur âme à nu, se préoccupent d\u2019éducation et se font tous deux les arbitres patients et habiles des querelles nationales de leur pays.(3) Par leur style de même bonhomie, de même franchise, ils sont frères.Mais Jean-Paul Desbiens, il nous l\u2019écrit, ne prise guère Montaigne; il fallait s\u2019y attendre.Il lui (1)\tEditions du Jour.122 pages.(2)\tCet article était déjà rédigé lorsque j'ai pris connaissance d\u2019une critique où l\u2019on faisait ce même rapprochement.La vérité de cette assertion est donc dans l\u2019air! (3)\tMontaigne, on le sait, tenta de réconcilier Protestants et Catholiques de France. 218 ACTION NATIONALE reproche d\u2019avoir fui la ville de Bordeaux alors qu\u2019il en était le maire et que la population y pestait contre la peste.Montaigne était maire, et Jean-Paul Desbiens est frère; voilà le hic! C\u2019est à une assez belle fraternité en effet que nous convie son petit livre.C\u2019est écrit conjointement avec les tripes et le coeur, et surtout avec l\u2019intelligence qui conjugue les unes à l\u2019autre.Kléber Haedens disait, avec son sens du paradoxe, que les Essais de Montaigne constituaient le premier roman autobiographique; ainsi en est-il, ici, de Sous le soleil de la pitié.C\u2019est, dans la première partie, l\u2019histoire du petit Desbiens, de sa famille, de la Crise, du noviciat, de la tuberculose; une vraie histoire québécoise, quoi! Tous les personnages que l\u2019auteur met en scène, nous les avons déjà rencontrés dans nos romans ; mais ici ils mijotent dans la marmite de l\u2019essai ; c\u2019est direct, sans fard.Sous le soleil de la pitié, ç\u2019aurait pu être un roman ; il eût été mauvais.C\u2019est un essai ; sans médiation, il touche davantage.Le roman est combinatoire; il renvoie à une organisation d\u2019unités distinctes et précises.L\u2019essai est sélectif ; il implique qu\u2019une multitude de termes a déjà présidé à l\u2019élaboration du discours et créé, de là, un certain mystère.Entre la maxime et la fable, l\u2019essai interroge l\u2019ambiguïté du réel.Montaigne écrit d\u2019ailleurs pour expliquer le mot essai: \u201cSi mon âme pouvait prendre pied, je ne m\u2019essaierais pas, je me résoudrais; elle est toujours en apprentissage et en épreuve.\u201d (Ill, ch.II) Voilà pourquoi l\u2019essai circonscrit mieux notre être d\u2019ici, être de tentative, de projet et non de résolution.Le Québécois installé dans l\u2019essai est intéressant; sitôt qu\u2019il se fait personnage de roman, affublé du discours anecdotique, il devient sans mystère.Nous le connaissons trop, nous le rendons mal c\u2019est-à-dire avec beaucoup de fard, que ce soit la pommade du réalisme ou le rouge à lèvres de la poétisation.Notre société est petite ; nous pouvons le rencontrer partout, ce Québécois de roman.Le roman naît lorsque la société est suffisamment diversifiée pour que le possible romanesque, avec son mystère, soit aussi un possible dans la DE MONTAIGNE À LA BRUYÈRE 219 réalité également mystérieuse étant diversifiée.Je ne parle pas de classes économiques mais de superficies psychologiques, d\u2019espaces sociaux; le processus est d\u2019ailleurs en voie de parachèvement et nos romans sont de plus en plus valables.C\u2019est une vérité d\u2019ici comme d\u2019ailleurs; il n\u2019y a qu\u2019à vérifier en scrutant la naissance et l\u2019histoire du roman en France.D\u2019ici à ce que la diversification soit accomplie, nous nous connaissons trop, nous savons que notre \u201chéros\u201d ne peut pas jouer tel rôle; s\u2019il le joue nous repérons aussitôt son ridicule.Dans ridicule, certains critiques aiment voir le signe d\u2019une pathologie nationale, alors que ce n\u2019est là que la perversion d\u2019une nature et d\u2019une loi essentiellement littéraire qui mettent en cause beaucoup plus l\u2019écriture que la société.Il est d\u2019ailleurs amusant de constater que les personnages de nos meilleurs romans sont précisément des étrangers (Agaguk) ou les Québécois en terre étrangère (L\u2019Aquarium) ou des êtres énigmatiques, sans nom ni lieu (Le Survenant).Notre petit monde pour l\u2019instant n\u2019a rien de l\u2019épaisseur de la société romanesque.Ceci dit, le livre du Fr.Desbiens est un essai, est une oeuvre qui essaie d\u2019expliquer, de liquider une conscience.Mais il n\u2019est pas que d\u2019exposer pour faire oeuvre d\u2019importance, d\u2019autres ayant déjà tenté le même et échoué de plus bel ; encore faut-il écrire efficacement, selon les lois de la sympathie littéraire, selon un mode de vision qui fait que le lecteur, par l\u2019opération de l\u2019écriture, devient aussi satisfait de lire que l\u2019auteur d\u2019avoir écrit.Est grand le livre que j\u2019aimerais avoir écrit.Sous le soleil de la pitié est de ces livres mystérieux qui nous convient et que l\u2019on envie.C\u2019est pourquoi d\u2019abord je dis qu\u2019il est une assez belle réussite littéraire, la plus belle depuis déjà assez longtemps et le premier livre peut-être à nous donner un style qui ne soit pas d\u2019ailleurs.En sa deuxième partie, le livre se fait plus polémique mais non moins beau.Avec des idées qui seront un 220 ACTION NATIONALE jour vraisemblablement périssables, l\u2019auteur a fait des pages de réflexions impérissables.Qui peut sérieusement entretenir en lui la certitude que toutes les idées de Montaigne sont aujourd\u2019hui solvables, la plupart s\u2019étant révélées historiquement imparfaites?On relit pourtant toujours Montaigne.De même pour les sujets qu\u2019aborde le Frère : l\u2019éducation, la révolution, l\u2019Indépendance, la vocation du frère enseignant.La plupart de ses propos sont justes parce que d\u2019un homme qui a su rester libre.Ainsi, au lieu de quêter les applaudissements d\u2019une jeunesse en colère, le Frère mate de bon aloi l\u2019esprit bourgeois des doctrinaires ; il a raison.Mais lorsqu\u2019il propose de troquer l\u2019Indépendance contre la Compétence, on ne sait plus être d\u2019accord.Voici pourquoi: le système d\u2019éducation en France, de la maternelle à l\u2019Université, est tout aussi pourri que le nôtre; seulement les Français ne s\u2019en plaignent pas, ils ont une solution de rechange: une civilisation de quinze siècles dont cinq de première grandeur.Si notre système d\u2019éducation nous fait toujours quelque peu peur c\u2019est parce que nous sommes assez peu sûrs des piliers de civilisation sur lesquels ce système repose.Compétence sur pilotis alors, quand il y a un marécage dessous?Croit-on que notre compétence s\u2019accroissant, la compétence de l\u2019Occupant ne s\u2019affinera pas de façon à nous asservir mieux, d\u2019une manière plus \u201ccompétente.?Non, petit Frère, vous nous restez sympathique parce que vous êtes un homme éminemment libre, mais c\u2019est d\u2019une autre liberté, ajoutée à la vôtre, que nous rêvons, nous les jeunes! Il reste vrai néanmoins que la Révolution actuelle, celle de Lesage comme celle de Parti Pris, est assise, elle aussi, sur pilotis.Mais l\u2019autre?Bref, ce qu\u2019il vaut de retenir des réflexions du Frère sur la Révolution c\u2019est qu\u2019il faut préparer l\u2019intelligence à en faire l\u2019économie.Certes, adsum! Pourvu que cela ne veuille pas dire qu\u2019on la mette à la Banque, en réserve, à l\u2019abri, avec intérêt et plus-value pour le un millième de la population.Jean-Paul Desbiens, par son livre, veut avant tout se faire témoin; fort bien! On veut aujourd\u2019hui rendre DE MONTAIGNE À LA BRUYÈRE 221 d\u2019abord un témoignage, comme autrefois on voulait d\u2019abord instruire; Racine prétendait conjecturer les passions en les mettant sur la scène ; La Bruyère instruisait la Cour sur la mécanique des comportements.Leurs intentions ont tôt fait de s\u2019éclipser au profit du projet réel qui est de tirer d\u2019une forme de langage le sens du monde.Tel est du moins l\u2019intelligible de notre temps.Aujourd\u2019hui, la volonté de la littérature est de s\u2019instituer en témoignage.Elle finira bien, comme les écrits anciens, par rejoindre sa fonction première: la littérature, c\u2019est-à-dire une option sur le monde.Ainsi de Sous le soleil de la pitié.Si dans une génération ce petit livre ne figure pas au programme des lettres québécoises et ne tient pas ici le lieu et la place des Essais de Montaigne, quelque chose aura mal fonctionné dans la I B M de notre culture, et je crains qu\u2019il faudra alors un autre Frère Untel pour \u201cinsolencer\u201d à nouveau.Car ce qui importe dans les relations que nous entretenons avec les oeuvres de l\u2019esprit c\u2019est avant tout de les saisir par où elles se détachent des contingences, éconduisent les facteurs, abolissent les causes, c\u2019est-à-dire par où elles se livrent le plus entièrement et le plus délibérément à cette liberté qui, conjointe à la disponibilité des formes, assure la permanence de l\u2019esprit et la persévérance de l\u2019homme.\u201cSeul l\u2019homme intéresse 1 homme\u201d, répète souvent Jean-Paul Desbiens; au point même qu\u2019il faudra bien finir, quelque jour, par avoir pitié du soleil.Les propos du timide (4) Après avoir accouché de Montaigne, la France littéraire mit un siècle à produire la Bruyère qui, une fois né, écrivit, à la première ligne de son unique livre : \u201cTout est dit, et l\u2019on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu\u2019il y a des hommes, et qui pensent.\u201d Le Québec aura mis moins d\u2019un mois à susciter Jean-Paul Desbiens et Albert Brie qui répondent assez bien à leurs partenaires (4) Editions de l\u2019Homme, 94 pages. 222 action nationale français.Je sais tout ce qu\u2019il y a de détestable, de fortuit et d\u2019absurde même à constamment miser sur le parallèle entre auteurs français et québécois; mais quand Albert Brie écrit : \u201cIl n\u2019y a plus d\u2019idées neuves ; tout au plus des idées rénovées\u201d, je ne puis m\u2019empêcher de me rappeler la phrase citée plus haut de La Bruyère.La symétrie est trop frappante pour que je n\u2019en reçoive pas le coup au front.Je vous en rends les étoiles.Quand, de plus, l\u2019auteur des Propos nous dessine les portraits de Charles-le-méthodique, de Jacques-le-pas-pressé, d\u2019Anatole-le-soir-tuf, d\u2019Ernest-le-soldat, de Georges-le-petit-génie, d\u2019Al-phonse-le-voyageur ; lorsqu\u2019il trace, d\u2019une courbe parfaite, des aphorismes de ce genre: \u2014 La vie est comme certaines femmes : belle et insupportable.\u2014 Il y a des somnifères qui se prennent par l\u2019oreille: des conférences, par exemple, ou encore: \u2014 Certains ministres des affaires étrangères donnent plutôt l\u2019impression d\u2019être des ministres étrangers aux affaires.\u2014 La plupart des grands hommes sont considérés comme des lumières seulement quand ils sont éteints.; Lorsqu\u2019il décline les grands spectacles de la vie québécoise: le Jour de l\u2019An, la veillée au corps, la soirée du hockey ou la vie de banlieue, je ne puis récuser l\u2019image qui me vient du grand grimoire des Caractères.Monsieur Brie n\u2019y avait pas songé lui-même, je suppose! Référence n\u2019est pas copie.Ce qui prouve que moins nous nous efforçons à l\u2019imitation de nos Cousins anciens (il faut bien garder un air de famille) plus nous nous regreffons sur la tradition française, mais française bien à nous.Sous la forme de courts billets, drus et pleins, sans que deux mots n\u2019y puissent être interchangés, ces cha- DE MONTAIGNE À LA BRUYÈRE 223 pitres minuscules, à la mesure du rire miniature d\u2019un sage, ont une façon de vous entrer dans la peau qui laisse deviner toute la généreuse ingéniosité de l\u2019auteur.D\u2019autant plus certaine, cette ingéniosité, qu\u2019aucun des critiques officiels n\u2019a jugé bon de la relever, occupés qu\u2019ils sont à prélever les urines de nos prétendues maladies nationales.Albert Brie est un homme en santé, psychologique et intellectuelle; l\u2019humour est toujours un signe de santé.Il n\u2019y a donc aucune raison pour qu\u2019il ne donne pas davantage que son billet hebdomadaire au supplément de la Presse.Il ne me déplairait pas d\u2019entendre sa langue merveilleuse au théâtre; peut-être pourrais-je alors écrire une chronique sous ce titre: \u201cDe La Bruyère à Molière\u2019\u2019?Aux dernières pages de son livre, Albert Brie raconte la visite qu\u2019un jour un canard lui fit; il nous dit la satisfaction qu\u2019il éprouva, voyant le palmipède ne lui apporter aucun message et rester coi sur la table du salon; l\u2019auteur enfin de nous recommander la fréquentation des canards: \u201cils ne vous leurreront jamais avec leur \u201cmessage\u201d.C\u2019est peut-être là le \u201cmessage\u201d de l\u2019auteur, car ce que l\u2019on appelle vulgairement ainsi est toujours une certaine façon d\u2019éclairer le réel de notre monde.Albert Brie en est quitte pour plus encore que La Bruyère; je reprends mes étoiles! LE SHÉRIF ET LE SECRET PROFESSIONNEL par Jacques Ferron Il y a dans notre société plusieurs systèmes de justice, qui complètent, ignorent, quand ils ne s\u2019y opposent pas, le système officiel, le seul à bénéficier des prestiges de la Couronne.Ces prestiges sont d\u2019ailleurs assez ternes et ne rencontrent pas la quasi-unanimité qui les rendrait sacrés.Ils ont été imposés au pays par une conquête qui n\u2019a jamais été acceptée par le peuple, on s\u2019en est rendu compte lors de la dernière visite de la Reine.Le sceptre de la justice avait plutôt l\u2019aspect d\u2019une matraque.Wagner a défendu la matraque.C\u2019était le fait d\u2019un policier plutôt que d\u2019un juriste.A vrai dire, il a le type d\u2019un shérif d\u2019Hollywood et son cinéma est simple: il y a les bons et les méchants.Les méchants, c\u2019est lui qui les déclare tels, et il le fait avec un sens du spectacle remarquable.On peut prévoir qu\u2019en prenant du poil, il s\u2019adjoindra fanfare et majorettes.Comme il l\u2019a dit: \u201cLes méchants sont encore chanceux qu\u2019on les soumette à procès.\u201d Entendez par là qu\u2019au cinéma le shérif est plus expéditif : il sort son \"gun\" et les descend.Le moyen est aussi moins coûteux.Nous n\u2019en sommes pas encore là.Mais son manichéisme a prévalu: quand un citoyen est appréhendé, c\u2019est avec une telle publicité, un tel déploiement que la police bientôt n\u2019y suffira plus ; il faudra lui adjoindre l\u2019armée.En principe, le prévenu reste innocent ; en fait il est plus que cou- LE SHERIF ET LE SECRET PROFESSIONNEL 225 pable: il est méchant.Monsieur Wagner a un attaché de presse qui se nomme Vlaminckx.Vlaminckx connaît les besoins des journaux à sensations et de leurs équivalents radiophoniques.Comme par hasard les arrestations de Monsieur Wagner sont toujours sensationnelles.Et dans les jours qui suivent, de telles insinuations sont faites contre l\u2019inculpé qu\u2019un ange ne pourrait jamais s\u2019en laver.Arrive le procès, les juges semblent bien petits; et ils le sont en vérité, car ils ne pourront jamais rétablir l\u2019honneur du tribunal outragé.Comment pourrait-on en effet porter des accusations de mépris de cour contre le ministère de la Justice ?Comment démontrer qu\u2019il est en fait un ministère de la Police?Et quelle police! Une police de plus en plus politisée qui, ne pouvant se montrer telle, est devenue fort habile dans l\u2019art de \u201cframer\u201d le délit politique, vu que ledit délit n\u2019existe pas aux yeux de la loi.Un petit exemple : lorsque après l\u2019enquête Dorion on put enfin arrêter Lucien Rivard, on le fit avec un tel faste qu\u2019un petit agent avoua naïvement qu\u2019il croyait qu\u2019on préparait une descente chez les séparatistes.En-dessous de la loi officielle et du système de justice reconnu, il y a toujours eu une loi populaire.Dans la Beauce, on est en train de la recueillir et de la codifier.Il s\u2019agit d\u2019un droit coutumier, fort naturel chez un peuple dominé qui cherche à se passer de la loi de l\u2019envahisseur.La faiblesse de ce système résidait dans la sanction : point d\u2019amendes, point de prison.Cela donnait une justice expéditive dont la peine capitale était l\u2019exil.Les châtiments corporels, la mise à mort ne pouvaient se concevoir, étant donné qu\u2019ils auraient déclenché l\u2019action de la justice officielle dont on cherchait à se passer.Cet appareil judiciaire occulte a sans doute eu la plus grande influence sur la formation de la mentalité québécoise.Le moins que je puisse vous dire est qu\u2019on en reparlera et que le shérif alors tombera des nues d\u2019en apprendre l\u2019existence.Le shérif est assez étranger à nos moeurs.C\u2019est là d\u2019ailleurs une des caractéristiques du personnage : il ne taperait pas si bien sur les Amérindiens, les Mexicains et autres hors- 226 ACTION NATIONALE la-loi s\u2019il les connaissait.Il ne tient pas à les connaître; c\u2019est parce qu\u2019ils sont sous-hommes qu\u2019il est sur-homme et peut se permettre, comme l\u2019avoue Claude Wagner avec beaucoup de candeur, d\u2019avoir une mission.Sa belle âme est à ce prix.Cette loi populaire, cette coutume à la fois tyrannique et douce, a peut-être les caractères de clandestinité du code de l\u2019honneur de la \u201cpègre\u201d.(C\u2019est là un vilain mot que je répugne à employer depuis que j\u2019ai remarqué que la \u201cpègre\u201d était le produit des milieux populaires abandonnés à eux-mêmes et qu\u2019elle ne se rencontrait guère dans les quartiers excentriques où les notables ont fui leurs responsabilités.Ce mot, tout injuste qu\u2019il soit, correspond quand même à une réalité et dit bien ce qu\u2019il veut dire.) Mais il y a aussi une différence majeure: la loi populaire est parallèle à la loi officielle et dans ce sens l\u2019évite.Tandis que le code de l\u2019honneur sert de base et de courage à un groupe d\u2019hommes qui sont en guerre contre la société.Ce code a des sanctions plus brutales que la première.Celle-ci aurait les caractères d\u2019un Vaudou judiciaire tandis que l\u2019action de la \u201cpègre\u201d correspondrait à une guérilla sans motifs politiques.Un autre système, pourtant incorporé à la justice officielle, est représenté par la Cour Juvénile.C\u2019est un tribunal d\u2019exemption que ne fréquentent guère les avocats et sur lequel il y aurait beaucoup à dire.A peu près n\u2019importe quel père de famille peut y être condamné pour conduite scandaleuse devant ses enfants.Mais c\u2019est une Cour dont on parle peu, car elle ne frappe que des gens sans moyen de défense.Je ne peux m\u2019empêcher de citer un exemple de la tricherie légale à laquelle elle peut prêter: une fillette de quinze ans, d\u2019autant plus enfantine qu\u2019elle n\u2019a pas la tête toute à elle, est enlevée et violée par le fils majeur d\u2019un pacha de quartier ouvrier.La police reconnaît les faits, obtient des aveux et réfère le cas, à la suggestion du substitut du Procureur, à la Cour Juvénile qui condamne l\u2019agresseur à cent dollars d\u2019amende.Il est libéré le jour même pendant que la victime reste incarcérée jus- LE SHÉRIF ET LE SECRET PROFESSIONNEL\t227 qu\u2019à ses prochaines menstruations.Quand les parents portent plainte au représentant de Monsieur Wagner, réponse leur est faite que la cause a été jugée et qu\u2019il faudrait s\u2019adresser au ministère pour qu\u2019elle soit déjugée avant d\u2019être rejugée devant une cour régulière.Le dernier système judiciaire que je connaisse pourrait être appelé médical.Il s\u2019incorpore comme le précédent au système officiel.La justice y est rendue par le médecin au nom de la Santé publique et de la protection du malade ; elle pourra permettre éventuellement l\u2019incarcération de celui-ci pour une durée indéfinie qui, dans un cas de folie, pouvait s\u2019étendre naguère jusqu\u2019à la mort.Il n\u2019y a pas si longtemps, en effet, on ne soignait pas ces malades.Le rôle du psychiatre était de poser un diagnostic.Certains diagnostics impliquaient la détention perpétuelle.Par exemple on a cité le cas d\u2019un patient de Saint-Michel-Archange qui n\u2019avait pas été vu par un médecin depuis seize ans.Il y a quelques années, j\u2019ai eu à m\u2019occuper d\u2019un brave homme, pas très futé, pas fou non plus, condamné à l\u2019internement pour \u201cune teinte schiozide\u201d par un psychiatre de bonne réputation, mais débordé de clientèle.Il s\u2019agissait tout bonnement d\u2019une machination de l\u2019épouse, elle très futée, en vue d\u2019obtenir une pension de mère nécessiteuse.Je m\u2019ouvris de mes doutes au psychiatre qui, pour me plaire sans doute, m\u2019offrit d\u2019incarcérer la femme avec le mari, nevermagne les enfants.L\u2019affaire s\u2019arrangea en douce.Par bonheur, ce sont les fous qui ont sauvé les fous, devenus si nombreux que le pays se serait ruiné à tous les enfermer.Il a bien fallu les traiter et l\u2019on obtient d\u2019excellents résultats.En même temps la tuberculose et la vérole se sont évaporées comme par mystère.Les maladies contagieuses ne représentent plus un danger public.Il devient permis de gueuler contre les vaccins jusqu\u2019à la prochaine épidémie.Il reste les vieux.Pour décongestionner les hôpitaux, on a ouvert un peu partout des maisons de mort, gérées par des laïcs dans un but de profit.C\u2019est une des contradictions de notre époque que de faire vivre les 228 ACTION NATIONALE gens jusqu\u2019à bout d\u2019âge et de n\u2019avoir aucun respect pour la vieillesse.Ces hospices, c\u2019est la réapparition de l\u2019hôtel-Dieu du Moyen Age.La médecine n\u2019y peut rien, toute la place s\u2019offre à la religion qui l\u2019occupera ou verra s\u2019étendre dans les années prochaines ses ordres hospitaliers.Les rapports de la médecine et de la justice sont nombreux.Un des buts de celle-ci est de prévenir la violence, tout particulièrement l\u2019assassinat.Le rôle de celle-là n\u2019est pas seulement de guérir le patient de ses maladies passagères, mais de bien résoudre la dernière et de l\u2019aider à mourir.C\u2019est justement sur ce point que la médecine est indispensable à la justice: elle décide de la nature de la mort.Si elle déclare la mort naturelle, elle rassure la communauté inquiète.Sinon, elle l\u2019oblige à procès.Cela n a l\u2019air de rien parce qu\u2019on ne réfléchit pas aux rites qui ont précédé les lois, parce qu\u2019on oublie que la mort naturelle est une notion nouvelle.Dans les sociétés primitives que nous touchons encore de la main, elle n\u2019existait pas : toute mort était l\u2019effet d\u2019une conjuration, d\u2019une agression ennemie qu\u2019il fallait déterminer et venger.Et l\u2019on avait sans doute raison de procéder ainsi puisque l\u2019on n\u2019avait guère de moyens de juger de la nature de la mort.En les fournissant, la médecine a modifié la civilisation et précisé le domaine de la justice.Et elle continue de monter la garde, jugeant de chaque mort.Le certificat de décès me distingue du petit guérisseur, de l\u2019herboriste, du masseur et de toute la valetaille confuse et agitée, aussi utile que nuisible, qui dans toute société a toujours existé.C\u2019est avec ce certificat que nous, médecins, tenons le shérif.A supposer qu\u2019il continue son cinéma, nous ennuie dans l\u2019exercice de notre profession, rende précaire la discrétion dont nous devons nous entourer, non pas par mystère mais par décence, eh bien ! nous n\u2019avons qu\u2019à nous concerter et à ne plus signer ledit certificat.Aucun malade n\u2019en souffrira, mais après un mois de cette grève, le système judiciaire sera drôlement ébranlé.Toute mort deviendra suspecte.Il sera beau alors, le shérif, avec sa LE SHÉRIF ET LE SECRET PROFESSIONNEL\t229 mission, son cinéma-justice, sa police, ses chiens dressés ! Et avec sa Reine aussi ! Il s\u2019agit là, bien sûr, d\u2019un recours extrême.La médecine, révolutionnée depuis vingt ans, a du mal à retrouver son équilibre, à digérer ses conquêtes, à s\u2019adapter à une situation nouvelle.Elle tient quand même assez bien le coup si on la compare, par exemple, au Barreau qui est resté à l\u2019abri de tout changement.Elle s\u2019est toujours régie elle-même ; je ne vois pas pourquoi elle ne continuerait pas de le faire.Son exercice s\u2019est compliqué.Il devient de plus en plus difficile de traiter une clientèle avec minutie sans tenir des dossiers.Ces dossiers peuvent devenir une mine d\u2019information, non seulement sur le médecin qui les tient, mais encore sur l\u2019arrondissement où se recrute sa clientèle.Il n\u2019est pas question que la police y mette la patte comme il semble qu\u2019elle en ait le pouvoir.Ce point devra être réglé promptement.Et il le sera: comment pourrait-il en être autrement ?Tout doit être tourné à profit, même le passage d\u2019un shérif à Québec.Ce pauvre monsieur Wagner aura drôlement ébranlé l\u2019édifice qu\u2019il entendait restaurer.C\u2019est l\u2019occasion d\u2019assurer les libertés qu\u2019il inquiète, quitte à rétablir la confiance nécessaire à toute justice quand il sera parti. Le fait historique et les étapes littéraires par André Vanasse La notion de l\u2019étranger dans la littérature canadienne \u2014 I La notion d\u2019étranger, si fréquente dans notre littérature canadienne d\u2019expression française, n\u2019est pas née d\u2019elle-même.Elle n\u2019est pas, non plus, le fruit de l\u2019imagination maladive de certains écrivains en quête de créations littéraires.Sa fréquence à travers toute notre littérature et l\u2019importance qu\u2019on lui accorde nous obligent à croire que ses racines, si elles sont profondément ancrées dans l\u2019inconscient, ont quand même pris naissance à partir d\u2019une situation historique précise dont on doit connaître l\u2019origine pour bien saisir le problème que nous étudions.Dans notre étude, c\u2019est la situation historique qui fonde le fait littéraire.Voilà pourquoi, avant d\u2019entreprendre cette série de quatre articles, nous avons cru nécessaire de donner quelques précisions, sommaires sans doute, mais nécessaires à la compréhension des articles qui suivront.\u201cAutour de nous des étrangers sont venus, qu\u2019il nous plaît d\u2019appeler des barbares ; ils ont pris presque tout le pouvoir; ils ont acquis presque tout l\u2019argent; mais au pays du Québec rien n\u2019a changé\u201d K Tel était le point final (1) Louis Hémon, Maria Chapdelaine, p.148, Mtl, Fides 1949.Coll.Nénuphar. LE FAIT HISTORIQUE HT LES ÉTAPES LITTÉRAIRES 231 que Louis Hémon posait dans son roman désormais célèbre.Cette déchirure, hautement sentie, n\u2019était pas un fait récent.Ces \u201cétrangers\u201d, appelés haineusement \u201cbarbares\u201d, avaient majestueusement posé le pied sur le sol canadien et, dès lors, la Nouvelle-France était devenue une nouvelle colonie de l\u2019Angleterre.En cette date fatidique de 1760 toute la destinée d\u2019une nation venait de se jouer.Désormais, pour ce peuple, l\u2019histoire se divisera en deux temps: celui de l\u2019avant et celui de l\u2019après.Certes, il sera loisible à quiconque de vouloir l\u2019ignorer mais pour l\u2019historien soucieux d\u2019objectivité et conscient des répercussions de l\u2019événement, il lui sera impossible de négliger cette conquête: L\u2019historien qui néglige ou refuse de voir dans la Conquête de 1760 le fait capital de l\u2019histoire du Canada français, l\u2019événement tragique qui a modifié complètement son orientation, prouve qu\u2019il ignore son métier ou qu\u2019il manque d\u2019objectivité 2.Cette importance qu\u2019on lui accorde n\u2019est ni fallacieuse, ni aléatoire; 1760 marque le passage aussi inattendu que subit d\u2019un peuple autonome à celui de peuple soumis.Cette transformation, point n\u2019est besoin de le dire, l\u2019atteindra jusque dans les couches les plus profondes de sa personnalité.Cette défaite, il ne l\u2019oubliera jamais; cette humiliation, il ne l\u2019acceptera pas.La devise du Canadien français le montre bien ; le \u201cJe me souviens\u201d n\u2019est-il pas axé sur un passé désormais inaccessible ?\u201cAu pays de Québec, rien n\u2019a changé\u201d, cette illusion collective sera largement entretenue par toute une littérature écrite et même orale.Dorénavant, pour oublier le présent, le Canadien se créera un monde chimérique où il tentera de revivre intégralement son passé.Mais cette recherche d\u2019un temps primitif, temps où il était libre et heureux, sera mensongère et traumatisante.Qu\u2019il le veuille ou non le Canadien français ne pourra plus se définir (2) M.Brunet, Trois dominantes de la pensée canadienne-française, dans Ecrits du Canada français pp.38-39. 232 ACTION NATIONALE par lui-même comme il le faisait dans les temps de l\u2019avant.Force lui sera due de se reconnaître en fonction de l\u2019autre.Cette nécessité nous est d\u2019ailleurs éloquemment illustrée dans l\u2019affirmation de Louis Hémon.N\u2019est-il pas illogique et inconcevable d\u2019affirmer que \u201crien n\u2019a changé\u201d lorsqu\u2019on prétend précédemment que les \u201cbarbares (.) ont pris presque le pouvoir, (qu\u2019) ils ont acquis presque tout l\u2019argent.\u201d Nous pensons donc, au contraire, que tout a changé et que le Canadien français, après l\u2019affront de 1760, n\u2019était plus le même que celui des temps de l\u2019avant.L\u2019acte était là, dans toute sa plénitude, éclatant, comment pourrait-on l\u2019ignorer ?Aussi absurde que cela paraisse, les Canadiens français ont presque réussi à le rayer de la liste des faits historiques.Du moins c\u2019est ce que la littérature canadienne-française a tenté de faire.Contre toute vraisemblance, elle a cherché par tous les moyens à nier le fait.Peuple vaincu, le Canada français s\u2019est désespérément agrippé aux seules valeurs qui lui restaient.Conserver jalousement les dernières parcelles de sa civilisation fut son réflexe naturel.Si la langue et la religion étaient préservées, la nation serait sauvée.Cette attitude, acceptable ou non, justifie son traditionalisme acharné; le progrès, en tant que valeur nouvelle et inconnue, n\u2019offrait aucune certitude d\u2019intégrité.Au contraire, bien souvent adopté par les Anglais, il devenait dès ce moment négatif et inacceptable.Simultanément, toutes les valeurs à jamais perdues furent niées en tant que telles.Puisque les Anglais avaient fait main basse sur le commerce et l\u2019industrie, ces réalités devinrent pernicieuses par le fait même.Une certaine dichotomie commença alors à se pratiquer: entre les affaires matérielles et le domaine spirituel s\u2019établissait une cloison étanche.La première appartenait aux Anglais tandis que le second était le propre du Canadien français.On comprend facilement pourquoi, progressivement, toutes LE FAIT HISTORIQUE BT LES ÉTAPES LITTÉRAIRES 233 les affaires matérielles furent classifiées comme quantités négligeables.L\u2019argent devint non seulement sans importance mais un danger de perdition.Le matérialisme nous liant trop profondément à notre vie terrestre et pouvant surtout entraver notre ascension céleste, il était préférable de l\u2019ignorer.Le messianisme allait naître de cette mentalité.Forts de leur haute valeur spirituelle et dédaignant les autres nations toutes matérialistes y compris la France notre mère-patrie qui, après la Révolution, était tombée dans l\u2019agnosticisme le plus complet, les Canadiens français furent bientôt persuadés que l\u2019humanité entière devait être sauvée par le Québec.C\u2019était sa mission et son lot : l\u2019univers grâce à son concours, prendrait enfin conscience des dangers imminents qui le menaçaient.Ce mysticisme, professé par tout le clergé, s\u2019infiltra dans toutes les couches de la société.Aux laïques, un peu plus pragmatiques, on eut soin d\u2019indiquer leur vocation.Aucun compromis n\u2019était possible si l\u2019on voulait demeurer d\u2019accord avec l\u2019idéologie invoquée par le clergé; la terre restait la seule vocation possible.Voilà pourquoi toute la classe dirigeante s\u2019efforça de persuader le Canadien français des avantages et de la nécessité de son métier : Hommes politiques, chefs ecclésiastiques, éducateurs, écrivains, prédicateurs, conférenciers, poètes et orateurs populaires se sont ligués pour convaincre les Canadiens français qu\u2019ils devraient demeurer agriculteurs.Georges-Etienne Cartier, qui fit fortune comme avocat des compagnies de chemins de fer, les prévint que, s\u2019ils abandonnaient le sol, \u201cce jour-là finira notre nationalité \u201d (1) D\u2019innombrables discours pathétiques furent prononcés sur les hautes valeurs spirituelles de l\u2019agriculture.Selon eux, seule l\u2019agriculture pouvait permettre une vie (1) M.Brunet, Trois dominantes de la pensée canadienne-française, p.51. 234 ACTION NATIONALE saine et équilibrée.Tous les autres métiers résultaient de \u201cl\u2019ubris\u201d de l\u2019homme et tôt ou tard ils seraient fatalement punis.Au dire de ceux-ci le métier d\u2019agriculteur était la voie la plus directe vers la sainteté: Rien n\u2019est meilleur que l\u2019agriculture, rien n\u2019est plus beau, rien n\u2019est plus digne d\u2019un homme libre.Elle suffit amplement aux besoins de notre vie.Toutes les autres professions, mes enfants, ne sont que secondaires ; l\u2019homme n\u2019en aurait pas besoin s\u2019il était toujours resté simple dans ses goûts, modéré dans ses habitudes, sage, juste et en paix avec lui-même.(2) Ainsi nous voyons naître progressivement les différentes tares qui affectent les Canadiens français.Celles-ci se sont lentement dessinées à travers l\u2019histoire.Ces déviations psychiques, cependant, que ce soit le traditionalisme, le messianisme ou l\u2019agriculturisme, sont le résultat d\u2019un long cheminement central dont elles sont l\u2019aboutissement final.Malgré leur diversité, nous sommes persuadés qu\u2019elles sont liées entre elles par une origine commune.C\u2019est ce noyau central, et épicentre que nous voudrions connaître.Leur raison d\u2019être s\u2019explique à partir de ce refus global de l\u2019autre, c\u2019est-à-dire du conquérant.Mais rien ne sert de nier obstinément; il faut accepter le fait: les Anglais ont complètement modifié notre situation, ils ont bouleversé nos coutumes et il serait mensonger et illusoire de dire, comme Louis Hémon, qu\u2019il nous plaît d\u2019appeler l\u2019étranger un \u201cbarbare\u201d.Ce n\u2019est pas par plaisir que nous le faisons, c\u2019est par nécessité.Le refus global du fait historique nous oblige à qualifier le conquérant \u201cd\u2019étranger et de barbare\u201d.De cette façon, nous lui refusons automatiquement le droit de cité, minimisant ainsi son importance.Cet être, venu de l\u2019extérieur, ne peut être nommé \u201cCanadien\u201d au même titre que le Canadien français, c\u2019est un intrus accepté par obligation et dont on peut dire (2) D.Potvin, Restons chez nous, p.19. LE FAIT HISTORIQUE ET LES ÉTAPES LITTÉRAIRES 235 tout au plus qu\u2019il est \u201cCanadian\u201d.Aux yeux du Canadien, le \u201cCanadian\u201d ne sera jamais un individu de sa race, il sera, au contraire, l\u2019antithèse de sa personnalité.Autre par la langue, autre par sa religion, autre aussi par ses aspirations matérialistes, l\u2019Anglais deviendra un objet de crainte et de mépris.Ainsi, une collectivité, réunie en un seul faisceau, concentrera toute son énergie vers un seul et même but ; celui de se protéger contre l\u2019infiltration anglaise.Telle sera, à l\u2019origine, l\u2019idée amorcée mais nous verrons qu\u2019à la longue cette crainte, devenue très tôt angoisse, engendrera une tension presque insupportable.Voilà dans ses grandes lignes le fait historique tel qu\u2019il doit être vu et compris.Ces notions, si peu développées soient-elles, nous permettent dès lors d\u2019en voir toutes les résonances littéraires.Partant des romans canadiens du XXe siècle, nous voudrions étudier la lente évolution de ce phénomène.Nous verrons comment, uni dans un même but, un peuple en viendra à s\u2019aliéner tous les individus qui le composent.La peur de l\u2019étranger deviendra, poussée jusqu\u2019à son paroxysme, la peur de tous les individus.Tout deviendra sujet à suspicion.La notion d\u2019étranger symbolisant, à l\u2019origine, tous les Anglais, s\u2019étendra progressivement à tout individu pouvant porter atteinte aux aspirations les plus profondes des Canadiens français.Cette évolution, nous voudrions la voir selon trois étapes bien distinctes: une première, d\u2019après les romans des débuts du XXe siècle, relaterait cette coalition de tout un peuple pour se préserver d\u2019un danger commun.Nous verrons l\u2019optimisme qui l\u2019accompagne, optimisme qui, dans son ardeur démesurée, donnex'a naissance au messianisme.La seconde étape, le roman de 1925 à 1940, présentera la défaillance et la déception de ce même peuple devant l\u2019illusion de l\u2019agriculture et le mensonge sur sa mission sacrée.Cette rancoeur élargira la notion d\u2019étranger.Deviendra étranger celui qui ne sera pas agriculteur. 236 ACTION NATIONALE La troisième et dernière étape, 1940 à 1950, suivra le peuple dans sa migration vers la cité.Elle verra son inadaptation à la vie urbaine et la solitude combien profonde qu\u2019elle crée chez tous les individus.Tel sera le thème des articles qui suivront. QUÉBEC ET HAÏTI LITTÉRAIRES.- I par Maximilien Laroche Lorsque Réal Benoit place dans la bouche de tel personnage du Mann d\u2019Athènes les mots \u201ctoute bagaille\u201d ou intercale dans Rhum-Soda des expressions ou des phrases créoles, il cède à un attrait de l\u2019exotisme qui lui fait prendre plaisir à utiliser des vocables proches du français et pourtant assez différents pour garder une nuance de bizarrerie, de mystère ou même de cocasserie.Pour un francophone, tout langage se développant en marge du français international ne saurait manquer d\u2019avoir cette saveur suffisante pour éveiller à tout le moins la curiosité.C\u2019est par un semblable mouvement que je pris d\u2019abord de l\u2019intérêt à lire les nouvelles et les romans de Major, de Renaud et de Godin.Ce qui n\u2019était cependant au départ qu\u2019une curiosité amusée devint vite un intérêt plus sérieux quand je constatai que la littérature jouale se développait ici pour des raisons voisines de celles qui ont fait prendre de l\u2019essor à la littérature créole en Haïti.En effet il y a une vocation révolutionnaire inscrite dans le destin d\u2019Haïti.Trop de défis sont lancés à ce pays pour que ses écrivains puissent jamais se permettre de s\u2019embourgeoiser dans le dilettantisme d\u2019un art désengagé.C\u2019est à la fois dans des conditions difficiles et parti- 238 ACTION NATIONALE culières qu\u2019Haïti est née et survit.Le problème colonial a obligé les Haïtiens à réaliser par la violence l\u2019indépendance nationale, mais cette solution politique n\u2019avait pas pour autant résolu les problèmes économiques d une nation sous-développée, démunie de toute infrastructure, comme diraient les économistes, et affligée par surcroît de maux tels que la surpopulation et l\u2019analphabétisme et cela avait encore moins résolu les problèmes sociaux qui n\u2019ont manqué de proliférer à partir d\u2019une telle situation économique.C\u2019est pourquoi certains écrivains haïtiens ont été poussés à s\u2019engager de façon plus militante que jamais, à écrire au peuple et non plus seulement pour lui, à se faire ses porte-parole et pour cela à se servir de sa langue qui n\u2019est pas le français mais le créole.C\u2019est d\u2019ailleurs la meilleure façon de briser la dichotomie d\u2019une classe minoritaire écrivant le français et d\u2019un peuple ne parlant que le créole en même temps qu\u2019un moyen de traiter sans biais ni détours de questions dont 1 urgence et la gravité ne souffrent plus d\u2019être dissimulées.Aussi la lecture de la lettre en jouai de Gilles Marcotte à Claude Jasmin à propos de Pleure pas Germaine, la réponse de l\u2019auteur \u201caux autruches littéraires\u201d, l\u2019article d\u2019Alain Pontaut et les lettres de quelques correspondants du Devoir, en particulier celle d\u2019un étudiant africain, m\u2019avaient intéressé au point de me faire songer à intervenir, à mon tour, dans le débat.La publication dans le Petit-Journal d\u2019une lettre de Jasmin à André Major et l\u2019article de celui-ci, furent pour moi l\u2019occasion de faire, disons, un examen de conscience.Je me dis que j\u2019avais été séduit sans doute par une prise de position nationaliste et révolutionnaire qui présentait quelques similitudes avec l\u2019attitude de certains écrivains haïtiens mais que tout de même, considérer une oeuvre en jouai du simple point de vue du \u201ctémoignage social\u201d, c\u2019était donner un peu trop la primauté à la sociologie sur l\u2019esthétique.C\u2019est d\u2019ailleurs le reproche que fait Jasmin à ses détracteurs.Et du coup je me sentis saisi d\u2019un scrupule.Je me dis que peut-être j\u2019étais insuffisamment qua- QUÉBEC ET HAÏTI LITTÉRAIRES 239 lifié pour parler du jouai et assurément encore moins habilité à faire des considérations d\u2019ordre sociologique sur la littérature québécoise.Cette série d\u2019articles sur les littératures québécoise et haïtienne en me donnant l\u2019occasion de parler, entre autres sujets, des oeuvres en créole et en jouai, me permettra d\u2019aborder la question de façon plus appropriée en l\u2019insérant dans un cadre plus vaste.Car en exposant principalement la situation littéraire haïtienne et en esquissant en parallèle la situation québécoise, le lecteur pourra tirer ses conclusions d\u2019une comparaison qu\u2019il lui sera loisible de faire lui-même.Le principal intérêt de ces articles, bien entendu, ce sera de mettre en parallèle deux littératures \u201cd\u2019expression française\u201d, comme on dit ici et là-bas, celles qui demeurent après tout les plus importantes tant par le nombre que par la qualité des oeuvres publiées et qui sont promises dans un avenir proche à l\u2019essor le plus brillant.Il ne fait pas de doute qu\u2019il y a un avantage réciproque pour les Haïtiens et les Québécois à faire un tel rapprochement.Dans un récent article intitulé \u201cPoésie française: Haïti, Belgique, France\u201d (1) Gilles Marcotte déclarait: \u201c.étudier la poésie française d\u2019aujourd\u2019hui sans tenir compte de ce qui s\u2019écrit aux Antilles, en Afrique, en Amérique du Nord me paraît une absurdité considérable\u201d, puis il ajoutait: \u201cNous connaissons très peu, trop peu, la littérature haïtienne\u201d.Un peu plus loin il écrivait: \u201d.je me souviens de cet éminent journaliste qui me disait, avec un sourire en coin, pour me piquer sans doute, qu\u2019il y avait d\u2019excellents poètes en Haïti, des poètes supérieurs aux nôtres.Mais connaissait-il vraiment les nôtres?Allons donc y voir\u201d.Je m\u2019empresse donc de dire qu\u2019il ne sera nullement question dans ces articles d\u2019établir la précellence d\u2019une littérature sur l\u2019autre.Lysiane Gagnon dans un article sur la colonie haïtienne (2), cons- ul Gilles Marcotte, Poésie française: Haïti, Belgique, France\u201d, La Presse, Montréal, samedi 7 août, 1965.(2) Lysiane Gagnon, \u201cLes Haïtiens, ces Immigrés pas comme les autres\u201d, La Presse, Montréal, samedi 21 août, 1965. 240 ACTION NATIONALE tatait que les immigrants anglophones jouissaient au départ de certains privilèges et regrettait cela car, disait-elle: \u201cCette situation est d\u2019autant plus regrettable pour nous que les Haïtiens constituent un apport certain pour la nation canadienne-française et le Québec\u201d.J\u2019avoue, pour ma part, être incapable de dire ce que la littérature haïtienne entre autres peut apporter aux Québécois.Seuls ces derniers, en définitive, peuvent en être juges.Ce que je puis dire c\u2019est que les deux littératures étant considérées comme \u201cannexes, marginales ou d\u2019outre-mer\u201d par la métropole, elles ont certainement tout à apprendre de leur cheminement respectif.Et quant à moi, je suis surtout conscient de ce que l\u2019exemple des écrivains québécois, dans les domaines où ils ont atteint une maîtrise supérieure, peut apporter aux écrivains haïtiens, et je le ferai voir.En tout cas ce qui frappe d\u2019abord dans les deux littératures, ce sont les ressemblances, les voies communes et jusque peut-être dans les défauts! Dans une causerie prononcée au Collège Ste-Marie, j\u2019ai entendu le critique Jean Ethier-Blais reprocher aux écrivains d\u2019ici de se servir de la littérature comme d\u2019un tremplin, de ne point s\u2019y consacrer entièrement et de l\u2019abandonner sitôt qu\u2019elle leur avait assuré des positions respectables.Pendant que je l\u2019écoutais, je me suis dit que si je devais le croire, ce serait déjà là une première ressemblance entre les littératures du Québec et d\u2019Haïti car l\u2019historien Dantès Belle-garde dans son livre sur les écrivains haïtiens déplore le fait que si souvent après une ou deux plaquettes de vers, ou un mince volume de prose, l\u2019écrivain haïtien tourne court et s\u2019arrête de publier.Il y a sans doute à cela des causes communes aux deux pays et plus profondes que l\u2019opportunisme: l\u2019importance de la langue et de la culture dans nos sociétés qui fait croire à bon nombre de jeunes à une vocation littéraire; la situation plus ou moins défavorisée des intellectuels qui décourage des vocations déjà chancelantes; le souci d\u2019arriver, le conformisme, l\u2019emprise de la politique et des puissances d\u2019ar- QUÉBEC ET HAÏTI LITTÉRAIRES 241 gent, toutes choses qui font tenir pour respectables, le juge, l\u2019homme politique et le commerçant et méprisables l\u2019artiste, le bohème ou le poète.Toujours est-il que ce n\u2019est pas dans les défauts que nous irons relever les points communs aux deux littératures, mais plutôt dans leurs bons côtés ou du moins dans ce qu\u2019elles peuvent avoir d\u2019attrayant et de profitable l\u2019une pour l\u2019autre.Comme par exemple cette égale appartenance à la francophonie, le parallélisme ou les divergences de leur destin respectif, comme le faisait ressortir Marcotte au début de son article ou encore la même préoccupation des deux peuples pour tout ce qui concerne la langue et la culture françaises.Il faut reconnaître que le Québec est pratiquement absent de la littérature haïtienne.C\u2019est que si pour les habitants des pays nordiques, il y a dans les îles et dans les pays du midi, à la fois l\u2019attrait de l\u2019exotisme et le mirage de l\u2019aventure, la réciproque ne se vérifie pas.Les écrivains des tropiques arrivent même à trouver, sans sortir de chez eux, suffisamment de charmes et de beautés à leur pays en songeant seulement à la brume, au froid et à la neige.A preuve ces vers de Franck Fouché et d\u2019Othello Bayard : Nous avons un pays où.toujours les arbres sont verts, car nous ne connaissons pas l\u2019automne aux doigts de fanure et de rouille ni le triste hiver aux paysages de glace.Frank Fouché, Notre pays) Lor ou lan pays blanc, ou gangue youn vié frète qui pas jam bon.Et toute la jouin ou obligé pé boulé charbon.Ou pas cap ouè clair autant ciel là rét en deuil Et pendant six mois toutes pié bois pas gangue feuille. 242 ACTION NATIONALE Lan pays moin, gangue soleil pou bail chalè Durant l\u2019année, toutes pié bois pé bail lombrage, Bon brise de mer toujou souflé sur nos plages.Haïti Thomas, cé gnou pays qui m\u2019est chè.(Dr.Othello Bayard Souvenir d\u2019Haïti).(3) Je dis \u201csans sortir de chez eux\u201d car il est évident qu\u2019il y a dans ces vers sinon un poncif, la sincérité de ces poètes ne fait pas de doute, du moins une convention tacite et comme une tradition bien établie.Ainsi quand Demesvar Delorme commence à chanter Haïti en citant le vers de Goethe: \u201cConnais-tu ce pays où fleurit l\u2019oranger?\u201d (4), on voit bien qu\u2019il entend répondre au poète allemand, et donner suite à sa \u201cChanson de Mignon\u201d.Dans la mesure même où les littératures du Sud imitaient celles du Nord, elles étaient vouées à chanter la beauté des palmiers, du soleil et de la mer bleue.La présence de jeunes écrivains haïtiens en terre québécoise créera-t-elle un courant différent?Il semble que oui.Déjà certains d\u2019entre eux ont commencé à s\u2019apercevoir de l\u2019exotisme de la neige, du froid et des gratte-ciel de fer et de verre et s\u2019émerveillent aussi du dynamisme d\u2019un peuple luttant contre un climat rude et édifiant une civilisation à la dimension d\u2019un pays sans limite dans ses espaces comme dans ses ressources.Dans la littérature québécoise, sans qu\u2019elle soit importante, la présence d\u2019Haïti est un peu plus perceptible.( 3 ) Traduction: A l\u2019étranger, il y a l\u2019hiver et tout le jour il faut brûler du charbon, tout est triste, le ciel est en deuil et pendant six mois il n\u2019y a nulle feuille aux arbres.Chez moi, le soleil vous réchauffe toute l\u2019année, les arbres vous donnent leur ombrage et la brise vient toujours vous rafraîchir de son souffle Ah! Mon pays m\u2019est cher.(4) Auguste Viatte, Histoire Littéraire de l'Amérique Française, p.385 Québec, Presses Universitaires Laval, Paris, Presses Universitaires de France, 1954. QUÉBEC ET HAÏTI LITTÉRAIRES 243 Outre les inévitables récits de voyage (et l\u2019on doit reconnaître que dans les livres de Jean-Charles Magnan ou de Reine Malouin, il n\u2019y a pas que la recherche du pittoresque mais une réelle sympathie pour un pays proche par la culture et la géographie) certains écrivains comme Réal Benoit ou Rina Lasnier ont trouvé des thèmes d\u2019inspiration haïtienne.Enfin, et c\u2019est là le point, à mon avis, le plus intéressant, les jeunes écrivains québécois sont en train de se découvrir avec les écrivains d\u2019Haïti des sources d\u2019inspiration, des aspirations et des chefs de file communs.\u201c.les jeunes intellectuels haïtiens suivent de près l\u2019actualité québécoise.\u201d Ce qui m\u2019intéresse le plus au Québec, nous dit l\u2019un d\u2019eux, c\u2019est votre révolution rapporte Ly-siane Gagnon.Je faisais ressortir tantôt cette vocation révolutionnaire d\u2019Haïti qui ne pouvait que susciter de la sympathie chez les écrivains haïtiens pour ce bouillonnement auquel l\u2019on assiste au Québec.A travers des revendications qui rejoignent si souvent les leurs, dans des aspirations qui leur paraissent si légitimes, ils ne pouvaient s\u2019empêcher de souscrire à des protestations et à une vision de l\u2019avenir qui leur semblent justifiées.Sur la décolonisation et le nationalisme, ne pouvaient que se rencontrer des écrivains pour qui la littérature est une forme de combat ou de protestation contre tous les impérialismes.Le jazz et le surréalisme ne pouvaient manquer d\u2019enthousiasmer des gens pour qui le souverain dérèglement de la parole est devenu une forme supplémentaire de protester et de lutter.Aussi se sont-ils reconnu une même admiration pour Césaire, Fanon et Sartre, par exemple, et voient-ils dans la poésie un engagement artistique et social.Et si André Major, découvrant Minerai noir de René Depestre, intitule avec enthousiasme son article \u201cBel exemple de poésie haïtienne\u201d, quant à moi, le Césaire du Cahier d\u2019un retour axi pays natal ne m\u2019est devenu vrai- 244 ACTION NATIONALE ment sensible qu\u2019après la lecture des \u201cNuits armées\u201d, poème liminaire de Terre-Québec.Dans ces articles sur les littératures québécoise et haïtienne où je parlerai successivement de la poésie, du roman, des autres genres: théâtre, histoire et essai, et des langages jouai et créole, je n\u2019ai pas la prétention de faire de la littérature comparée.Je parlerai principalement de la littérature haïtienne, et essaierai de souligner les points communs entre celle-ci et la québécoise.Comme je ne prétends rien apprendre au public québécois sur ses écrivains, je ne parlerai d\u2019eux que de façon assez succincte, sans rentrer dans les détails ou des discussions de nuances, m\u2019attachant après les avoir situés de façon aussi exacte que possible à montrer la correspondance en Haïti, avec des mouvements parallèles, des tendances proches, des intentions, des attitudes ou des prises de positions voisines.Du même coup, je présenterai les auteurs haïtiens les plus représentatifs et les plus originaux.J\u2019espère atteindre un double but: rester dans les limites de la vérité en ce qui concerne la littérature québécoise et faire mieux connaître la littérature haïtienne aux Québécois.Plus tard, qui sait?quand la connaissance mutuelle sera suffisante, pourra-t-il y avoir des échanges fructueux dans ce domaine. (cS Cllironiciueâ littéraireô Témoignages MÉMOIRES D\u2019UN JEUNE CANOQUE par André Major L\u2019idée d\u2019écrire mes mémoires ne m\u2019est pas venue d'un vieillissement précoce.J\u2019ai toujours voulu transformer mes expériences en romans, c\u2019est-à-dire faire en sorte que ma réalité ne soit perceptible qu\u2019à travers un tissu de fictions plus ou moins serré.Mais c\u2019est précisément ce tissu qui aujourd\u2019hui m\u2019embarrasse, et il me semble qu\u2019il me serait plus facile de traduire directement, sans médiation aucune, sauf celle d\u2019une certaine recherche du langage, de traduire directement, dis-je, une expérience sociale et spirituelle qui, même si je m\u2019en considère dans ces pages comme le témoin, sera jusqu\u2019à un certain point celle de toute une génération.Je concède à tout le monde le droit de ne pas se reconnaître dans l\u2019image que je tracerai.Ce n\u2019est qu\u2019un rêve éveillé que je recrée pour qu\u2019il dure dans la mémoire de qui l\u2019adoptera.Ce n\u2019est peut-être qu\u2019un cauchemar.Je le confie à tous ceux qui croient qu\u2019il y a quelque chose à sauver dans cette Laurentie souffrante ; et je voudrais que ce cauchemar rappelle aux esprits faciles que notre destin est compromis et que le seul courage consiste à en assumer le tragique.Du chanoine Groulx aux maquisards, une sorte de confiance désespérée nous a tenus debout, les mains durcies par l\u2019humiliation plus que par le vent qui vient du nord. 246 ACTION NATIONALE .qui avez fait de moi le sous-homme, la grimace souffrante du cro-magnon l\u2019homme du cheap way, l\u2019homme du cheap work le damned Canuk Gaston Miron, extrait de La Batêche.Comme toujours, les grands poètes trouvent les mots pour dire l\u2019humiliation profonde des peuples asservis.Le chant mâle et douloureux de Gaston Miron est unique parce qu\u2019il rassemble dans un même élan toute la tragédie québécoise.Il nous nomme en anglais: le damned Canuk.C\u2019est une plainte atroce, criée dans la langue des oppresseurs.Je ne dis pas que Miron a découvert notre douleur; je dis qu\u2019il l\u2019a chantée pour la première fois avec une telle force.Notre génération lui doit ce chant, car il nous a permis d\u2019entrevoir ce que pourrait être un destin dégagé de cette honte qu\u2019il fustige avec des mots qui nous sont imposés.C\u2019est ainsi que, reprenant le mot de Miron \u201cCanuk\u201d, je peux le franciser, acte magique par lequel je l\u2019exorcise et me l\u2019approprie.Je deviens un Canoque, c\u2019est-à-dire un homme profondément humilié, bafoué et trahi, mais aussi un homme conscient de son malheur et désireux de le surmonter.Il y a donc, au niveau élémentaire de la conscience, un progrès évident: la douleur nommée par le poète, nous la revêtons pour lutter contre ceux qui nous l\u2019ont infligée.Je dis nous parce que le je est un exil et le nous un espoir.Mais suis-je un vrai Canoque?Un vrai damned Canuk?Comme la plupart des miens, je n\u2019appartiens pas à une race pure.Le sang français de mes pères s\u2019est mêlé au sang amérindien, tandis que ma mère me versait une bonne pinte de sang écossais.Ce mélange, je veux croire qu\u2019il féconde une nouvelle race dont l\u2019instinct profond n\u2019a pas encore découvert ses lois propres.Je suis le premier citadin de ma famille puisque mon père et ma mère sont d\u2019origine paysanne.C\u2019est la vocation de mon père qui, à trente ans, l\u2019amena à la ville où il connut ma mère qui venait de quitter les frontières canado-américaines.L\u2019enseignement public était à cette époque mal vu et pauvrement entretenu ; et notre enfance se passa dans un quai'- MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE\t247 tier populaire dont le centre nerveux était le Stade des Royaux.Fameux stade d\u2019ailleurs, qui attirait des étrangers qui étaient, comme je l\u2019appris plus tard, les véritables propriétaires de ma terre natale.Ce qui nous différenciait des voisins, c\u2019était d\u2019abord notre propreté, puis le privilège de passer l\u2019été à la campagne, privilège mérité péniblement, grâce aux dons de ma mère, économe sans pareille.Nous n\u2019étions guère plus riches que notre entourage ; mais mes parents, fils de pauvres paysans, connaissaient la valeur marchande des choses et ils firent des miracles pour nous donner du grand air.Je leur dois de n\u2019avoir pas gaspillé mes vacances d\u2019été dans les ruelles et d\u2019avoir connu les extases de la vie naturelle.Ce bonheur c\u2019est dans un roman que j\u2019en parlerai, car il faut se contenter ici d\u2019esquisser le sec profil d\u2019une expérience.Croyants et dévots, mes parents jugèrent qu\u2019un bon élève devait participer intimement au sacré.Et ce n\u2019est pas de leur plein gré que mes deux frères devinrent enfants de choeur.Quant à moi, le latin et les rites me fascinaient et, très tôt, je servis la messe.J\u2019étais un élève attentif et bavard, il était naturel que je devinsse un servant de messe fervent.Quand je commençai mes études classiques, je pus \u201csauter mes éléments\u201d, comme on disait, pour entrer en syntaxe, mais il me manquait hélas les rudiments du latin et, malgré mes efforts, je dus retrouver les garçons de mon âge en éléments latins, ce qui prouve que j\u2019étais un élève tout à fait normal.Le directeur spirituel m\u2019accorda cependant le privilège d\u2019appartenir à la Congrégation mariale de laquelle mon âge eût dû m\u2019exclure.La foi était mon fort et bien que mon zèle parût exceptionnel, les autorités me laissèrent fréquenter la chapelle.Après une partie de hockey, mon plus grand bonheur, je l\u2019avoue sans déplaisir, consistait à offrir à la Vierge mon heureuse fatigue.Et je n\u2019ai jamais, depuis mon enfance, cessé de croire que l\u2019énergie humaine devait être consacrée aux intérêts supérieurs de la communauté humaine. 248 ACTION NATIONALE On nous parlait beaucoup du journal Le Devoir, traditionnel défenseur de nos droits.Un vague sentiment de honte commença à m\u2019habiter: la présence de l\u2019Anglais, force obscure et anonyme, me parut de plus en plus lourde.Le nom de certaines rues, les affiches, les cours d\u2019anglais, les politiciens fédéraux, l\u2019Histoire du Canada, le désir de ma mère de nous apprendre la signification anglaise des choses qui avaient un nom français : tout cela finit par me tracasser, m\u2019obséder et me distraire des études.Un de mes camarades à qui je confiai ce secret m\u2019avoua souffrir du même mal.Dès lors, un projet insensé autant que noble à nos yeux nous réunit régulièrement après les cours: créer un mouvement de libération.Rien n\u2019existait alors qui nous eût justifiés, aucune idéologie, aucun parti.Seule cette honte que le soir, dans le hangar, nous partagions en faisant le bilan de notre histoire nationale.Seul aussi ce désir fou de contrarier le destin.Mais pour nous deux, tout n\u2019était pas perdu : la Conquête n\u2019avait pas été le fruit du Hasard, mais la conséquence d\u2019une défaite militaire, et rien ne nous interdisait de briser la fatalité historique par une revanche.Et cette revanche, si les autres n\u2019en parlaient pas, nous du moins nous aurions le courage de la préparer et, qui sait, de la vivre.Il ne nous restait qu\u2019à tracer les plans de notre campagne et qu\u2019à recruter des militants.Nos plans, n\u2019en parlons pas, ils ne furent que verbaux ; quant aux militants, au nombre de quatre (nos frères et soeurs), ils n\u2019étaient pas dangereux.Ce n\u2019est que dix ans plus tard que j\u2019eus la joie, oui, une joie profonde, de voir que les patriotes de ma génération effraieraient l\u2019ordre établi.Tous ceux qui sont en prison pour l\u2019amour de leur peuple sont mes frères de sang et peut-être préparaient-ils, comme moi, depuis dix ans cette rébellion qui est toute notre dignité.Mais je n\u2019oublierai jamais ces jours sombres de solitude et de désespoir vécus au collège quand, parlant de notre salut collectif, les professeurs me disaient que nous étions des vaincus pour l\u2019éternité tandis que les camarades ne se souciaient que MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE\t249 de devenir champions de ping-pong ou de tennis.Cette solitude m\u2019a convaincu, et de cela je ne démordrai jamais, que seule une minorité se préoccupe du sort commun.Et aujourd\u2019hui, quand nos adversaires croient nous injurier en nous rappelant que nous sommes une minorité, je continue de miser sur l\u2019élite combattante que nous formons.Ce n\u2019est pas mépriser le peuple, c\u2019est accepter un fait universel.Et mon orgueil, je le place dans la pureté de mes intentions et dans celle de ceux qui disent non et font en sorte que par la vertu agissante de ce non nous accédions enfin à la souveraineté, apanage des peuples fiers.Au moment où j\u2019écris cette première partie de mes mémoires, les journaux m\u2019apprennent que les penseurs de Cité libre songent à se joindre au gouvernement fédéral afin de restaurer la Confédération.Leur intention est sans doute sincère, il ne m\u2019appartient pas de juger mes aînés.Mais je crains que les mesures sociales que ces réformistes mettront peut-être en pratique ne feront que consolider les structures qui nous asservissent.Us veulent résoudre le problème du chômage et de la pauvreté ; pour cela, ils sont prêts à sacrifier les caractères essentiels de notre peuple, c\u2019est-à-dire notre âme, croyant que celle-ci ne souffrira pas d\u2019être dénaturalisée.Il serait inélégant de crier traîtrise, mais je ne peux m\u2019empêcher de maudire le choix de ces compatriotes parce que je suis persuadé que leur action entravera notre lutte pour la souveraineté.Je leur souhaite donc d\u2019échouer, espérant que de leur échec les opportunistes tireront une amère leçon. LES VI RE-CAPOT Gérard Pelletier et Pierre-Elliot-Trudeau ont décidé de se présenter comme députés libéraux.Leur épitaphe sera simple à composer: \"partis en mystique ils ont fini en politique\".Les deux ont la démangeaison de redorer leur blason.Pierre Elliot-Trudeau s'ennuyait à laisser croire qu'il faisait des recherches et qu'il pouvait avoir des dispositions scientifiques, comme l'objectivité.Gérard Pelletier, sans les échasses d'une haute fonction, prenait sa vraie taille devant le public: petite.Ses écritures quotidiennes n'étaient que de la broue sans importance.Après avoir renié à peu près tous leurs principes, ils se feront élire évidemment par les Anglais.Ils suivront la faction-libérale-Maurice-Sauvé.C'est possible: leurs affaires prospéreront.Les Canadiens-français le savent: le temps du mépris est arrivé! NN Sous la direction et avec le concours des directeurs de la Ligue d'Action nationale, la revue consacre ici quelques pages, dont la préparation sera confiée chaque mois à diverses personnes ou à des équipes de personnes.Leur objet est de fournir des thèmes suivis d'études aux sections de nos associations nationales, sociales et civiques, des cercles d'études de collège, etc., sur des problèmes majeurs d'action.Les orientations générales de ces rubriques correspondront, en général, à celles de la revue.Mais une grande latitude d'expression sera laissée à ceux qui assumeront la tâche de préparer ces textes, de sorte qu'on ne devra pas s'étonner d'y trouver à l'occasion des opinions différentes de celles qu'ont pu exprimer le directeur ou d'outres collaborateurs réguliers de la revue.D'ailleurs l'objet de ces textes sera généralement de les soumettre à étude et discussion.Nous le disions dans l'introduction de cette section en septembre 1965, ce genre est difficile et nous sommes conscients de tenter une expérience que nous raffinerons au fur et à mesure de son déroulement.C'EST POURQUOI NOUS SOLLICITONS LE CONCOURS DE TOUS POUR NOUS INDIQUER CE QU'ILS VOUDRAIENT APPRENDRE OU TROUVER, SUR LES SUJETS CONCERNES, POUR QUE LA SECTION ATTEIGNE SON OBJECTIF ET LEUR SOIT VRAIMENT UTILE.Adresse: L'ACTION NATIONALE, Section des cercles d'études, C.P.189, Station N, Montréal. Les états généraux A l\u2019origine de notre constitution L\u2019A.A.B.N.fut l\u2019œuvre d'un groupe restreint de chefs politiques.MacDonald, McGee, Brown, McDougall, Galt, Ross, Campbell, Cartier, Taché et Langevin, ont combiné leurs efforts pour créer la Confédération.L\u2019instabilité parlementaire et le mécontentement du peuple les orientaient vers une nouvelle constitution.A Charlottetown, à Québec et à la Chambre des Lords, ils conduisirent les délibérations dans le plus grand secret.Les historiens sont unanimes à affirmer que la Confédération ne fut pas l\u2019œuvre d'un mouvement populaire.Le peuple ne fut ni consulté, ni même informé.Il accepta la Constitution que sa très excellente Majesté la Reine nous imposa.1965: une période historique En 1965, tout cela est remis en question.Un peu partout ne parle-t-on pas du fédéralisme coopératif?du statu quo?du statut particulier?des Etats associés?de l\u2019indépendance?Le jeu du personnel politique A cette croisée des chemins, nous retrouvons encore un groupe de chefs politiques qui continuent le jeu des tractations où les 254 ACTION NATIONALE préoccupations partisanes et financières sont les éléments déterminants.L\u2019histoire s\u2019apprête à se répéter.La Commission Laurendeau-Dunton et le Comité Parlementaire de la Constitution représentent une première étape où l\u2019opportunisme du personnel politique tentera de diriger le devenir politique du Québec, l\u2019Etat national des Canadiens français.Tous les hommes politiques s\u2019agitent, s\u2019expriment et un bon matin, comme Brown et Galt en 1865, ils s\u2019entendront dans les coulisses d\u2019un grand hôtel pour déterminer les assises de la nouvelle constitution de 1967.Des centaines de témoignages dénotent leur inquiétude et même leur désarroi.Citons quelques extraits pour démontrer l\u2019évolution constitutionnelle.\u2014 Dans un appel à la raison, à la modération et à la compréhension, Pearson s\u2019écrie: « Je ne veux pas être témoin de la liquidation du Canada ».\u2014 Lionel Chevrier déclare: «Il faut amender la constitution « sans quoi elle peut perdre sa raison d\u2019être ».\u2014 Guy Favreau affirme: « L\u2019un des effets importants de la « Commission Dunton-Laurendeau sera de nous guider vers « l\u2019une des possibilités suivantes: amender la constitution, « la rénover totalement ou en créer une nouvelle ».\u2014 Léon Baker préconise « une commission royale chargée d\u2019é-« laborer une nouvelle constitution, canadienne, celle-là ».\u2014 Lesage dit « que l\u2019avenir du Québec et de la Confédération « pourrait fort bien se décider au cours des prochains mois ».\u2014 Johnson réclame «une nouvelle constitution».«La cons-« titution qui nous régit présentement ou qui est censée « nous régir, ne convient ni aux besoins du Canada anglais, « ni à ceux du Canada français ». LES ÉTATS GÉNÉRAUX 255 Vaccusé ne peut être juge Les gouvernants fédéraux sont inhabiles à doter le Canada français d'une constitution qui soit conforme à nos aspirations.Nous n\u2019avons pas confiance que le Parlement fédéral puisse établir une constitution qui reflète nos exigences et qui respecte nos droits, nos idéaux et notre fierté.La Législature du Québec peut-elle négocier une nouvelle constitution au nom de la nation ?Nos députés sont-ils mandatés pour administrer selon les cadres constitutionnels existants ou le sont-ils pour modifier les structures de l\u2019Etat ?Sont-ils compétents et suffisamment désintéressés pour répondre aux ambitions de la nation, au lieu de servir les ambitions de leurs partis ?Avons-nous la certitude qu\u2019ils opteront pour le type de gouvernement qui répond aux exigences de l\u2019époque et du milieu et qui exprime la volonté collective de la nation ?La raison d\u2019être des états généraux Pour répondre aux légitimes désirs de la nation, il faut un corps intermédiaire d\u2019inspiration nationale pour susciter la création des états généraux, où s\u2019exprimera la volonté du peuple entier.La Fédération des Sociétés St-Jean-Baptiste s'y est employée, et il faut l'en féliciter et l\u2019aider.Historique de l\u2019initiative Il intéressera de connaître les principales dates marquantes de l\u2019initiative.Juin 1961:\tAnnonce de la tenue des états généraux: Con- grès des Fédérations des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec et de l\u2019Ontario. 256 19 août 1962: Septembre 1962: Octobre 1963: Novembre 1963: Décembre 1963: Février 1964: ACTION NATIONALE Lancement des états généraux: au pied du monument Champlain, lors du voyage d\u2019amitié à Québec.Formation du comité provisoire: au cours d'une réunion au siège social de la Fédération à Saint-Hyacinthe.Tenue de réunions en décembre 1962, janvier, février et mars 1963.Rencontre de spécialistes et présentation orale de schémas de travail.Résumé des objectifs et élaboration des structures.Nomination d'un coordonnateur provisoire.Rappoit final du comité provisoire et formation de la Commission générale provisoire.Tenue de réunions, les 6 et 2 1 décembre 1963,\tles 11 et 25 janvier, les 8 et 29 février 1964.Préparation d\u2019un projet de budget.Préparation d\u2019un projet de politique de publicité.Projet de convocation de l\u2019Assemblée constituante. d.or,tre fi M'a ( Rapatriement des impôts Problème constitutionnel Il saute aux yeux que la puissance réelle d\u2019un Etat est directement proportionnelle à sa valeur économique et, conséquemment, à son pouvoir d\u2019en profiter au moyen de la perception d'impôts.Dans cette perspective, l\u2019Etat du Québec pourrait être considéré comme puissant si toutes ses ressources naturelles, financières et humaines étaient exploitées et, surtout, s\u2019il disposait des pouvoirs de taxation nécessaires.Quelles que soient les transformations constitutionnelles futures, il demeure que, même à l\u2019heure actuelle, le Québec ne dispose pas des pouvoirs suffisants pour utiliser au maximum les ressources financières qu\u2019il renferme.Le problème d\u2019une nouvelle distribution des pouvoirs de taxation revêt une importance exceptionnelle.Le problème fiscal devrait donc être l'objet d\u2019études attentives de la part de tous ceux qui prétendent s\u2019intéresser à la question nationale.Origines constitutionnelles du problème fiscal C'est dans le « British North American Act » qu'il faut chercher l\u2019origine première du problème.L\u2019article 91 stipule, en effet, que le gouvernement central aura le droit de: « prélever des deniers par tout mode ou système de taxation.» Ce pouvoir fait partie, aux termes de cet article, des « pouvoirs exclusifs de légiférer » qui sont dévolus au gouvernement fédéral. 258 ACTION NATIONALE A l'article 92, on trouve pourtant des pouvoirs exclusifs réservés aux provinces et, parmi ceux-ci: « le droit exclusif de légiférer sur.les contributions directes dans « la province en vue de prélever des revenus pour des fins pro-« vinciales.¦> A partir de ces deux articles apparemment contradictoires, plusieurs problèmes concrets se sont posés et les spécialistes en sont venus à résumer aux deux thèses suivantes les conflits d'interprétation des articles 91 et 92: A)\tla Constitution limite le gouvernement central aux taxes indirectes et autres impositions du même genre; elle laisse aux gouvernements provinciaux tout le champ des taxes directes; B)\tles provinces sont limitées aux taxes directes perçues aux fins de dépenses provinciales seulement.Le gouvernement fédéral, lui, jouit de toutes les autres sources de revenus émanant des taxes et des impôts.En résumé, l\u2019Etat central dispose d'un pouvoir général de taxation qui est relativement conditionné, sur le plan des taxes directes, par les besoins des provinces.Historique du problème De 1867 à 1917, aucune crise grave n\u2019a éclaté sur cette question, le pouvoir central se limitant aux impôts indirects.C'est au moment de la guerre, en 1917, que le gouvernement fédéral, prétextant les impératifs militaires, décida d\u2019entrer dans le champ de l\u2019impôt direct.En 1924, le Conseil privé maintenait l\u2019interprétation de la Constitution qui reconnaît ce droit au Fédéral et lui donnait un caractère officiel. RAPATRIEMENT DES IMPÔTS 259 En 1937, par contre, le Conseil privé donnait raison aux provinces en déclarant que le droit des provinces sur l'impôt direct est prioritaire.Les véritables problèmes découlaient surtout du fait que les provinces hésitaient à utiliser leur pouvoir d\u2019imposer directement le revenu des contribuables.\u2014 Pourquoi, en effet, prendre sur soi tout l\u2019odieux de la taxation, alors qu\u2019on peut laisser le gouvernement fédéral jouer ce rôle antipathique et lui demander de verser des subventions aux provinces pour faire face à leurs responsabilités?A partir de 1890, les provinces commencèrent timidement à taxer les compagnies et les successions.En 1910, elles commencèrent à imposer le revenu des contribuables.Au moment de la crise de 1929-34, elles préférèrent augmenter leurs taxes sur les commerces (essence, ventes au détail, etc.) \u2014 Pourquoi ce principe de limiter l\u2019usage du droit de taxation des provinces pour le remplacer par des subventions fédérales n\u2019a-t-il pas continué d'être appliqué ?\u2014 L'augmentation des besoins de la population entraînant une augmentation des besoins des gouvernements (à cause de l'apparition des lois sociales: allocations, pensions, assurance-chômage, etc.) pouvait-elle accroître l\u2019autorité et les pouvoirs des provinces qui laissaient les sources de revenus à Ottawa ?\u2014 Comme la Constitution prévoit que les mesures sociales sont du ressort des provinces, comment pouvait-on envisager de régler le problème ?En modifiant la Constitution pour donner au fédéral la responsabilité des lois sociales ?Ou bien, en remettant aux provinces certains champs de taxation jusque-là exploités par le fédéral ? 260 ACTION NATIONALE Quelle est votre réponse En attendant, il serait bon de nous interroger sur les principes à partir desquels on doit souhaiter un rapatriement maximum des impôts aux provinces.\u2014 Est-il souhaitable que les gouvernements provinciaux jouissent du plus grand pouvoir de taxation possible ?\u2014 Est-il préférable, au contraire, que le gouvernement central perçoive tous les impôts pour, ensuite, donner aux provinces les sommes qu\u2019il juge nécessaires ?\u2014 Compte tenu du fait que le Canada est formé de deux nations théoriquement égales, dont l'une est fortement minoritaire par rapport à l\u2019autre, est-il souhaitable que le gouvernement central, contrôlé par la majorité, dispose de tous les revenus et puisse jouer directement le rôle du législateur le plus compétent dans les domaines sociaux et culturels ?\u2014Un gouvernement qui ne jouit pas du pouvoir de percevoir lui-même, chez lui, les impôts qui lui sont nécessaires, peut-il élaborer une politique à long terme qui réponde aux besoins du groupe qu\u2019il représente?Surtout si ce gouvernement dirige une véritable nation qui est totalement différente du reste du pays ?\u2014 Un gouvernement qui dépend en presque totalité de la générosité d\u2019un autre gouvernement jouit-il d\u2019une autonomie suffisante pour correspondre aux aspirations du groupe ethnique qu\u2019il représente ?\u2014 Depuis que le gouvernement central a commencé à intervenir dans des domaines réservés aux provinces, c\u2019est-à-dire depuis la guerre, le fédéral a-t-il cédé SPONTANEMENT sa place aux provinces, afin de revenir à une interprétation plus juste de la Constitution ?Ou bien, pour faire face à leurs responsabilités, les provinces ont-elles été obligées de lutter contre Ottawa pour rapatrier des impôts ?de lancer des ultimatums ? ordre Socici Un frein à une saine politique sociale Avant de nous interroger sur les plans conjoints, il convient sans doute de débroussailler un peu l\u2019ensemble du problème national.\u2014 Où commence et où finit l'idée de politique sociale ?Au sens de notre étude, nous définirons la politique sociale comme couvrant 1 ensemble de la vie d\u2019une société, une fois écartés les aspects strictement culturels, économiques et politiques.En fait, par politique sociale nous entendons l\u2019essentiej même de la vie d\u2019une collectivité: son armature, ses cadres, en un mot tout ce qui forme la vie nationale qui, elle, sera influencée par le culturel, l\u2019économique ou le politique.Les plans conjoints \u2014\tQu>est-ce au juste qifun « plan conjoint » ?La Constitution canadienne exclut à peu près totalement le gouvernement fédéral de tout le secteur de la politique sociale pour le laisser aux provinces.\u2014\tQuels sont au juste les domaines de caractère social, au sens décrit plus haut, qui ont été réservés au gouvernement central ?(Voir article 91 et 92 du British North American Act \u2014 chaque cercle d\u2019étude devrait se procurer le texte de cette loi en s\u2019adressant à l\u2019Imprimeur de la Reine, à Ottawa). 262 ACTION NATIONALE \u2014\tEn 1927, le gouvernement fédéral décidait d\u2019intervenir dans le domaine des pensions de vieillesse, puis en 1940, il prenait charge de l\u2019Assurance-Chômage.Ces deux domaines, et tous les autres qui ont été envahis par le fédéral, sont-ils du ressort de ce dernier, aux termes de la Constitution ?\u2014\tL'article 92 démontre bien que non et on peut alors se demander par quel artifice constitutionnel cette ingérence du fédéral dans le champ des responsabilités provinciales a pu s\u2019effectuer ?Par les plans conjoints, le fédéral a élaboré toute une politique sociale dont les points les plus connus sont: l\u2019assistance aux vieillards, aux invalides, aux aveugles, et, plus récemment l'assurance-hospitalisation.Les questions soulevées \u2014\tSi le Québec veut remplir sa mission constitutionnelle de gardien de la civilisation canadienne-française, peut-il se dispenser de concevoir lui-même sa politique sociale pour quelle corresponde aux exigences particulières des Québécois ?\u2014\tEn quoi l\u2019établissement d\u2019une politique sociale peut-il influencer la mentalité d\u2019une collectivité et est-il nécessaire quelle soit le reflet exact de l\u2019esprit du peuple pour lequel elle est conçue ?\u2014\tPeut-on dire que la société de demain sera, dans son inspiration et ses institutions, ce que seront les solutions apportées aux divers problèmes auxquels répond l\u2019idée de sécurité sociale: travail, santé, assistance, entraide, loisirs et éducation ? UN FREIN, À UNE SAINE POLITIQUE SOCIALE 263 \u2014\tSi oui, peut-on concevoir qu\u2019une politique sociale élaborée par le pouvoir central, pour l\u2019ensemble du Canada, puisse correspondre adéquatement aux besoins des Québécois ?\u2014\tQuelle pourrait être la conséquence à long terme, dans une perspective de vingt ou trente ans, d\u2019une politique sociale « Canadian » qui modèle en fait le visage futur de l\u2019ensemble des Canadiens ?\u2014\tPour différentes raisons historiques, le Québec a accepté de participer à l\u2019élaboration conjointe avec Ottawa de tout un programme social, administré à même des fonds perçus par Ottawa et gérés « conjointement » par Ottawa et les provinces.Que peut-il arriver si le Québec accepte une standardisation de la politique sociale ?\u2014\tConcrètement, quel changement de mentalité, de vision du monde, d\u2019échelle des valeurs, une politique sociale élaborée par Ottawa pourrait-elle entraîner chez nous ?\u2014\tComme la Constitution prévoit, en théorie, l\u2019exclusivité des provinces en matière de politique sociale, est-il nécessaire de maintenir l\u2019article 92 en vigueur si on le viole en perma-mence par les plans conjoints ?\u2014\tN\u2019est-il pas plus simple de modifier la Constitution et de tout transférer les pouvoirs sociaux à Ottawa, de manière à modeler une véritable mentalité « Canadian » où les differences entre « Anglais » et « Français » disparaîtront ?\u2014\tSi on se refuse à cette assimilation comment devons-nous réagir devant les plans conjoints ?\u2014\tDevons-nous souhaiter pour le Québec un contrôle mitigé de sa politique sociale ou bien devons-nous espérer une complète reprise en main par les Québécois de ce pouvoir de décision qui modèle leur visage de demain ?\u2014\tLes accords fiscaux entre le Québec et le fédéral doivent être renouvelés en 1967.Devons-nous continuer à négocier chaque plan conjoint comme un cas d\u2019espèce ou devons- ACTION NATIONALE nous décidée de prendre en main l\u2019ensemble de notre programme de sécurité sociale et législation du travail, en réclamant le RETRAIT IMMEDIAT DU QUEBEC DE TOUS LES PLANS CONJOINTS ?\u2014 Le rapport de la Commission Tremblay a déjà formulé une réponse à toutes ces questions par toute la province.Il faudrait tâcher de l'obtenir au moins pour votre bibliothèque locale, afin qu'il y soit disponible pour consultation. ordre economique La caisse de dépôt et placement Vaccumulation de capitaux Depuis toujours, le gouvernement québécois est détenteur de sommes considérables d\u2019argent qu\u2019il ne peut dépenser, mais qu\u2019il peut faire fructifier pour en utiliser les profits.Nous verrons plus loin le détail de ces diverses sources de revenus.Ces fonds, répartis dans plusieurs comptes différents, complètement indépendants les uns des autres, rapportent présentement à peu près autant que les poissons des rivières de la Côte-Nord.avant Manie ! Avec la mise sur pied du Fonds provincial des rentes, c\u2019est un nouveau fleuve de dollars qui coulera dans les coffres du gouvernement.Toutes ces ressources accumulées pourraient être réunies pour former un important réservoir financier susceptible d\u2019apporter à notre économie un dynamisme comparable à l\u2019énergie électrique produite par Manie.Cette canalisation doit être faite par la Caisse de Dépôt et Placement.Nature de la caisse de dépôt et placement Le gouvernement de l\u2019Etat du Québec dispose de deux sortes de ressources: les ressources courantes et les ressources investissa-bles.Les premières sont perçues par les diverses taxes et sont utilisées pour financer les opérations courantes du gouvernement: ser- 266 ACTION NATIONALE vices publics, etc.L\u2019augmentation de cette source de revenus relève du problème général de la fiscalité et est étudiée dans la section sur l'ordre fiscal.Ce n\u2019est qu\u2019indirectement que cet aspect du financement de l\u2019Etat affecte le développement de notre économie nationale.11 en va tout autrement des ressources investissables.Ces dernières, assez paradoxalement, n\u2019ont jamais été exploitées convenablement au Québec et pourtant, elles peuvent et devraient jouer un rôle prépondérant dans l\u2019organisation de notre développement économique.L\u2019origine des ressources investissables En plus des taxes, l\u2019Etat perçoit de diverses sources des sommes considérables d'argent qu\u2019il ne peut dépenser et doit investir, soit dans les titres fédéraux, municipaux, scolaires ou autres.Ainsi, par exemple: \u2014 1% de la dette du Québec, de la Commission des Autoroutes, de l'Hydro-Québec doit être déposé dans un compte jusqu\u2019à l\u2019extinction de la dette.\u2014 Les recettes et les réserves de la Commission des Accidents du Travail.\u2014 Le fonds de pension des employés de l\u2019Hydro-Québec, La Commission du Salaire minimum, La Curatelle publique, Le fonds de rachat des rentes seigneuriales accumulent aussi des capitaux considérables qui ne peuvent être dépensés, et donc doivent être placés de façon à rapporter des profits.\u2014 La mise en opération du Fonds provincial des rentes va aussi drainer vers l\u2019Etat des capitaux très importants qui devront aussi être investis. LA CAISSE DE DÉPÔT ET PLACEMENT 267 Jusqu\u2019à maintenant, tous ces divers fonds étaient traités séparément et ils faisaient l\u2019objet de placements épars dont les profits ne s\u2019intégraient pas dans un plan rationnel de développement économique.Importance des capitaux disponibles Avant même la création du Fonds provincial des rentes, 1 Etat administre un montant d environ un demi-milliard qui s'accroît de trente à quarante millions par année.Avec la mise sur pied du régime des rentes, on peut déjà prévoir que l\u2019Etat disposera: en 1967: un milliard; en 1975: trois milliards et demi; en 1995: douze milliards.C'est ici qu'intervient la Caisse de Dépôt et Placement.Le projet de loi créant cet organisme chargé d\u2019administrer les ressources investissables de 1 Etat québécois a été présenté à l'As-semblee législative, a la fin du mois de mai de cette année.Allons aux renseignements La création de la Caisse de Depot et Placement est un événement d'une extrême importance pour l\u2019avenir économique du Québec.Il importe que tous ceux qui se préoccupent de la question nationale en connaissent la nature, la structure et le mode d'opération.D autre part, si 1 on veut éviter que notre avenir économique ne se décide qu'entre des spécialistes qui ignorent totalement les « non-instruits » que nous sommes, il apparaît essentiel que nos gouvernements sentent que cette question intéresse la population qui veut savoir exactement de quoi il retourne. 268 ACTION NATIONALE A cet effet, nous suggérons fortement aux différents cercles d'études de prendre tous les moyens pour se renseigner sur cette question et pour montrer au gouvernement que nous tenons à être informés de ce qui se prépare.Concrètement, il serait souhaitable que tous les cercles d études obtiennent, en écrivant au greffier de l\u2019Assemblée législative, le texte exact du projet de loi créant la Caisse de Dépôt et Pla- cement. 269 Message -> CANADIENS FRANÇAIS, QUAND SERONS-NOUS MAITRES DE NOTRE ECONOMIE?LE PROBLEME Aujourd'hui, une grande partie de notre capital prend la route de l'étranger.Nous jetons pardessus bord le fruit de notre travail.Nos dollars s'envolent et nous ne sommes pas maîtres de notre économie.LE POURQUOI Parce que les Canadiens français ne se donnent pas la peine de penser avant de dépenser.Parce qu'on ne leur a pas montré dès le jeune âge à se servir de leurs entreprises canadiennes-françaises et à y investir leurs épargnes.LA SOLUTION Par la circulation de notre argent dirigée vers nos industries, commerces et institutions financières.Par l'accession aux postes clés.UNE SUGGESTION Votre appui au Conseil d'Expansion Economique Inc.qui est: Une société autonome incorporée le 25 mai 1953, en vertu de la troisième partie de la loi des compagnies de Québec; Un organisme d'action: il organise des séances d'étude, dans divers milieux et prend position sur les questions économiques d'intérêt national; Un centre de coordination, pour permettre à tous les individus et groupements préoccupés de l'économique d'exercer leurs activités de façon efficace et coordonnée.Des centaines de mille Canadiens français viseront ainsi des objectifs communs; Un foyer de propagande: les services publicitaires du C.E.E.rejoignent tous les milieux canadiens-français: hommes politiques, institutions religieuses, éducateurs, étudiants, et le grand public par la voie des associations existantes.LE RESULTAT: La prospérité ! SEREZ-VOUS DES NOTRES DANS CETTE MARCHE VERS LA LIBERATION ECONOMIQUE?(Communiqué du Conseil d'Expansion économique) 270 Les étrangers ont acheté nos vieux meubles et se font gloire d'en avoir orné leurs musées.LAISSEREZ-VOUS AUSSI PARTIR À L'ÉTRANGER LES QUELQUES RARES COLLECTIONS À PEU PRÈS COMPLÈTES (1933-1962) de L\u2019ACTION NATIONALE De Washington, de Philadelphie, de Toronto, de Kingston, de London, à McGill etc .on achète actuellement lo collection de L'ACTION NATIONALE.Elle foit partie des documents indispensables aux recherches sur le Canada français.TOUTES NOS BIBLIOTHÈQUES D'INSTITUTION ONT-ELLES LEUR COLLECTION DE L'ACTION NATIONALE ?Il ne nous reste que : \u2022\tUNE seule collection complète.\u2022\tCINQ, complètes à 5 ou 10 numéros près.\u2022\tUne DIZAINE à 15 ou 20 numéros près.COMMUNIQUEZ TOUT DE SUITE AVEC NOUS Case Postale 189, Station N, Montréal Ill Nos annonceurs participent à la vie de la revue.Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les consultent d'abord.RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Ameublement de bureou Architectes Assurances Automobiles Avocats Banques Bijoutiers Biscuits et gâteaux Blanchiserie Brasseries Caisses Populaires Comptables Distilleries Editions Evaluation Farine Hôtels villégiature Huile à chauffage Machinerie Magasins à rayons Notaires Optométristes Plombiers Pharmaciens Photographie Placements Pneus Pompes à eau Produits alimentaires Quincaillerie Soudure Tapis Tondeuses Tricots IV RÉPERTOIRE DES NOMS Angers, Adrien Banque Canadienne Nationale Bonque Provinciale du Canada Brasserie Molson Brochu, Télesphore Caisses Populaires Desjardins Camus, Raymond Cie de Biscuits Stuart Collège Valéry Distilleries Melchers Ltée Dorais, Jean-Louis Drolet Inc., F.X.Dubé, Oscar & Cie Inc.DuMesnil, Mario Dupuis & Frères Ltée Editions Bellarmin Etco Photo Color Ltée Galarneau, Desmarais et Associés Gamache, Roger Grégoire, J.R.Grenache Inc.Groulx & Cadieux Jetté, J.W.Ltée La Rue, André La Sauvegarde La Société des Artisans La Solidarité Lebeau Ltée, G.L'Economie Lemieux, Paul-M.Lemieux, Robert Les Minoteries Phénix Limitée Manoir Saint-Castin Marchand, Sarto Mathieu, Dollard McDuff, J.A.Meunier, John Montréal Oxygen Inc.Morin, Rosaire Palange, Ernest Paradis Messier Cie Ltée Parisian Laundry Co.Inc.Pharmacie Michon Pomponnette Inc.Robert, Paul-Emile Robillard, Michel Rochette, Emilien Rodrigue, Lionel Roy, Edouard Séguin, Paul-Emile Sonarex Stadium Ltée Therrien, F.-E.Tricots Godin Enrg.Viau, Lucien Wilson Frères Enrg. V ARCHITECTES\t\t Les Architectes Lemieux P*U\u2018\u2019:M: LEÎ?IE.UX'archite£,e Diplôme a 1 Ecole Ludger Lemieux (fondateur)\tdes Beoux-Arts de Paris, ROBERT LEMIEUX\tB .A.M.R.A.I.C., A.A.P.Q., O.A.A., B.A., A.D.E.A., A.A.P.Q., M.R.A.I.C.\tD.P.L.G.F., S.A.D.G.F.210, bout.Duhamel,\tBureau :1869 ouest, Pincourt, Cté Vaudreuil.\tboul.Dorchester, Montréal Place d'Estrie,\tWE.7-1081 Bedford (Missisquoi) Tél.: 453-6283\tDomicile : 155, 17e Ave, et CH.8-3353\tLachine 637-1081\t\t ASSIlRi\tms\t Adrien Angers & Fils Ltée Bureou d'Assurances 5847 est, rue Sherbrooke Tél.: 255-7795\t\tROSAIRE MORIN, c.L.u.LA SAUVEGARDE\t\u2014\t288-9106 1\td\t2 C + E- + E- + A = F \u2022\t3\t2 ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627\t\tP.-É.ROBERT, c.l.u.Assureur-vie ogréé Gérant : \"l_A l_AURENTIENNE\" 822 est, rue Sherbrooke, Montréal\t527-1378 AVOCAT\ts\t THERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768\t\tMario Du Mesnil AVOCAT 107, Ouest, rue St-Jacques, Montréal 842-8741 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336\t\t Encouragez nos annonceurs\t\t VI L'ÉCONOMIE est à la base même d'une saine administration en quelque domaine que ce soit PLANS DE PROTECTION MODERNE \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE \u2022\tCAISSE DE RETRAITE «\u2022'\t-^3- C O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41 ouest, rue St-Jocques, Montréol 845-3291 Montréal - Québec - Joliette - Saint-Jean - Sherbrooke - Ottawa VII BANQUE Renseignemen ts La BANQUE CANADIENNE NATIONALE publie un bulletin mensuel qui expose brièvement diverses questions d\u2019ordre économique.Les commentaires qu\u2019il contient intéresseront ceux qui désirent se tenir au courant de ces questions, mais qui n\u2019ont pas le loisir de parcourir de nombreux périodiques financiers.Vous pouvez recevoir gratuitement ce bulletin en en faisant la demande à l\u2019un de nos 608 bureaux de la Banque au Canada ou au Bureau-Chef, Place d\u2019Armes, Montréal.\" \\V.\u2018 .> Banque Canadienne Nationale VIII BIJOUTERIE\t/dg0MP°M)OÏÏQ inc.V^V\tJ- BRASSARD, prés.\u2022\t256 est, rue Ste-Catherine, Mtl.BISCUITS TT GÂTEAUX\t Pour lo collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS \u2014 GÂTEAUX \u2014 TARTES COLLÈGE VALÉRY José Leroux, directeur, B.A., B.Ph., L.S.P., L.L.B.COURS DU JOUR ET DU SOIR 3565, rue Papineau,\tMontréal \u2022\tLA.2-4411 GALARNEAU, DESMARAIS, ET ASSOCIÉS COMPTABLES AGRÉÉS 237 ouest.Boul.St-Joseph, Montréal Tél.: 274-2534 * Lucien VIAU et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.210 ouest, Boul.Crémerie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) POUR BÂTIR Un livre d'orientation de M.le chanoine Groulx En vente à l'Action nationale $1.00 COMPTABLES IX LE SERVICE DES ESTIMATIONS ENRG.ROGER GAMACHE, prop.Service de 24 heures dans la région de Montréal \u2014 Bas prix Travaux exécutés par une équipe experte en évaluation.5180, De Repentigny, Montréal Bureau : 259-5565\tRésidence : 254-4179 Nous parcourons \"La Belle Province\" SOIMAREX Ltée Société Nationale de Recherches, d'Expertise, d'évaluation et de Planification 915 ouest, rue Saint-Cyrille, suite 107, Québec (6) Tél.: Québec: 418, 681-8151 \u2014 Montréal: 514, 731-3359 MARIUS DIAMENT HÔTELLERIE\tMANOIR SAINT-CASTIN Lac Beauport Québec *\tÉTABLI EN 1870 Wilson Frères Enrg.Charlebois Frères, Props.BOIS-CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame Montréal HUILE A CHAUFFAGE\t MACHINERIE\tConvoyeurs et Machines Victory Inc.Dollard Mathieu, président Machinerie générale - 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Kodocolor\t* '\t XI OPTOMÎTRI\ti\tCR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE a 441 est, rue Bélanger, Montréal mmm\ts\t RAYMOND CAMUS Inc.Courtier en valeurs mobilières 4 (est), rue Notre-Dame Montréal, Tél.s 868-1857\tSuccursale: 284, rue Radisson Trois-Rivières 378-2044 Nous finançons les industries\t Les Placements Collectifs Inc.J.-A.McDUFF gérant de district Montréal-Rosemont Rés.: 255-5266 Bur.: 725-2476\tJoignez nos\tActif : 30,000 $50,000,000.participants Un versement initial de $200.ou un plan mensuel de $10.ou plus suffisent à vous mettre sur la voie de la sécurité financière ! 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Les bons boulangers s\u2019en servent ! Demandez au vôtre s\u2019il les utilise dans ses produits ! LES MINOTERIES PHENIX LIMITÉE 310 Avenue Victoria.Montréal 6 LE SEUL ET UNIQUE MOULIN CANADIEN FRANÇAIS TABLE DES MATIERES ÉDITORIAL : Penser(z) un peu à nous ! Raymond BARBEAU : La finalité culturelle de l'indépendance.Pierre RENAUD : Il nous faut tous les pouvoirs René CHALOULT : Comment j'ai opté pour l'indépendance Émile SOUCY : La sécession du Québec Henri RAPIDIEU : La machine aux réclamations François-Albert ANGERS: Écrits 1964-65 sur le problème canadien-français Germaine PERRON : Lettre à M.Jean Lesage Jean MARCEL: De Montaigne à La Bruyère Jacques PERRON : Le shérif et le secret professionnel André VANASSE : Le fait historique et les étapes littéraires.Maximilien LAROCHE : Québec et Haïti littéraires André MAJOR : Mémoires d'un canoque xxx : Les états généraux xxx : Rapatriement des impôts xxx : Un frein à une saine politique sociale xxx : La caisse de Dépôt et Placement 127 141 153 161 173 183 198 211 217 224 230 237 245 253 257 261 265 Si vous voulez des épargnes\tsans avarice des affaires\tsans affairisme de l'utilitarisme\tsans égoïsme devenez sociétaires de LA FAMILIALE Coopérative de Consommation 5271, rue St-Hubert 272-1119 i Lt.Col.Sarto MARCHAND, président § CONSEIL D'EXPANSION = ECONOMIQUE INC.Ë LA FONDATION = MELCHERS LTEE \"Une économie canadienne-française forte, solidaire et dynamique est nécessaire au progrès de l'économie canadienne.La compréhension de cette volonté collective à participer, dans la confiance, l'efficacité et l'harmonie, au progrès et à l'enrichissement de notre nation, suppose un effort loyal, constant et positif.\" Mo de romtnagc ue LES Les seules distilleries Canadiennes-françaises au pays.Au service du Québec depuis 1898 80533^60087^47 "]
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