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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1967-05, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE Volume LVI, Numéro 9\tMoi 1967\t75 cents SOMMAIRE * L\u2019Education \u2014 Le Rapport Parent en vedette Trois articles \u2014 Chanoine Lionel Groulx, François-Albert Angers et Jules-Bernard Gingras.Aussi à la section de vie nationale, des articles de Lucien Saulnier, Odina Boutet, Jean-Paul Eugène et Michel Brochu.A LA SECTION CULTURELLE Des textes de Léonce Trépanier, Maximilien Laroche, Yvon RiVard, Jean Tétreau et Jean Fréchette.POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN \u2014 PATRICK TJSÎJ.M\u201cCEL - JEAN tas; s- i8;- « & rÆ1 * ¦\t866-8034 Abonnement: $7.00 por annee.Au coût réel: $10 00 PERIODICAL^6|h! D/yVU* K?* répertorié, dan.I.CANADIAN thècues .'INDEX ANA^Te^'o' bibliofeoe\" de Lut LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRESIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante RicRhECJ AURS: «To 16 ?hQn- ÜOnel Gr0U,X' C\"E- Couture, Richard Ares, S.J., Paul-Emile Gingras, Albert Riaux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil Luc Mercer, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu, Yvon Groulx, Rosaire Morin Jean Où trouver L\u2019Action Nationale?A MONTRÉAL: Fides, 245 est, rue Dorchester Librairie Déom, 1247, rue St-Denis Librairie Hachette, 554 est, rue Ste-Catherlne Librairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, place Jean-Talon Librairie Dussault, 3i6, rue Dalhouele Librairie L'AJouette, «51, rue Yonge A QUÉBIC: A OTTAWA : À TORONTO: Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en publication enV°' C°mme 0t>ie> de deuxième classe de la présente I Nous accusons réception des ouvrages suivants : Françoise Loranger \u2014 Encore cinq minutes \u2014 un cri qui vient de loin \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, boul.Rosemont, Montreal 36, 13 1 pa René^Chicoine \u2014 Un homme, rue Beaubien Le Cercle du Livre de France, 3300, boul.Rosemont, Montréal 36, 223 pages, 1967 Werner-H.Hirsig \u2014 Les étoiles e* noJS \" G,u'dQe astrologique \u2014 Librairie Beauchemin Ltee 450, ave Beaumont, Montréal 15, 191 pages, 1967.Gusta$ve'2LanctÔt \u2014 Montréal sous Maisonneuve (1642-1665) \u2014 Librairie Beauchemin Ltee , 45U, ave Beaumont, Montréal 15, 333 pages,1966.Laurent Potvin - Demain, L'Ecole - Collect.on Repenser \u2014 Editions du Phare, case postale 250 Desbiens, (Lac St-Jean), 128 pages, 1966.$1.50 Guy Frégault \u2014 Histoire de la Nouvelle-France (La guerre de la conquête, 11754-! 76°) Editions Fides, 235 est, rue Dorchester, Montreal, 514 Louis-R9Dumas \u2014 Montée vers Pâques \u2014PC°llect>l?r \u201cLiturgie Vivante\" \u2014 Les Editions Fides 235 est, rue Dorchester, Montreal, 91 pages, 1967.S S Paul VI___La Paix \u2014 Lettre encyclique \"Çhristi Matri\" et message de Noël 1966 \u2014 Les Editions Fides, 235 est, rue Dorchester, Montreal, 15 pages, 1967.$0.25\t, c.Pierre Perrault \u2014 Toutes isles \u2014 Les Editions Fides, 235 est, boul.Dorchester, Montréal, 230 pages, Marcd Dubois, C.SS.R.\u2014 Prières liturgiques pour les malades \u2014 Les Editions Fides 235 est rue Dor- I Chester, Montréal, 32 pages, 1967.$0.35 Laurent Potvin \u2014 Menus propos sur I education \u2014 Collection REPENSER \u2014 Les Editions du Phare, Case postale 250, Desbiens, Que., 111 pages, il 1966.$1.50 Il DISPONIBLE SUR MICROFILM \u2022 ON PEUT MAINTENANT SE PROCURER SUR MICROFILM, 35 MM Tous les articles de HENRI BOURASSA parus dans LE DEVOIR de 1910 à 1932, environ 1000 pages (100 pieds) $30.00 Correspondance de HENRI BOURASSA avec: SIR WILFRID LAURIER SIR CHARLES FITZPATRICK DEBARTZCH MONK JOHN S.EWART GOLDWIN SMITH C.H.CAHAN J.P.TARDIVEL etc.etc.environ 1500 pages (150 pieds) au prix de $50.00 Adresser toutes commandes à MADEMOISELLE ANNE BOURASSA 325, avenue de l'Epée Montréal 8, Québec L\u2019ACTION NATIONALE VOLUME LVI, Numéro 9\tMONTRÉAL Mai 1967 Éditorial Le jugement d\u2019ensemble de M.le ' * Lionel Groulx sur le 1 Parent (extrait de la Revue d'Histoire de l'Amérique française, décembre 1966) Les Editions Fides offrent au public, à titre de «distributeur exclusif », le Rapport Parent, en cinq petits volumes de poche.L un de ces volumes, le deuxième, dépasse les 400 pages, d autres atteignent à ce même nombre ou peu s en faut; le premier et le quatrième restent beaucoup en deçà.Somme toute: 1469 pages.L ouvrage n en est pas moins de consultation facile.Et comme les répercussions du document dans la vie canadienne-française peuvent paraître indéfinies et indéfinissables, il importait qu il fut mis, sous forme commode, à la portée du public.On peut regretter toutefois que le dernier volume ne contienne pas des tables générales: table onosmatique et table des matières qui permettraient de se retrouver dans l\u2019immense ouvrage.Mais, de toute façon, le Rapport est devenu un document historique et par soi-même et par l usage que l on en a fait.Et c\u2019est à ce titre qu'il en est question ici.13 ^ 844 ACTION NATIONALE Il y a d excellentes choses dans le Rapport.La mise à portée de l\u2019enseignement, de quelque forme que ce soit, à tout enfant de la nation qui s en révèle capable, ne peut souffrir aucune critique.L\u2019école polyvalente, pourvu qu on en fixe les options à un âge raisonnable, et qu on soit en état d\u2019y fournir les locaux, les laboratoires, les bibliothèques, et surtout la légion de maîtres compétents qu il y faudra, n est pas, non plus, de nature discutable.L introduction d une étude plus poussée de toutes les sciences s impose de première nécessité.Nous en dirons autant de la formation à la recherche : excellent apprentissage de l esprit à la curiosité, au souci de I\texactitude.Encore serait-il bon que le maître connût lui-même les sujets de travaux qu\u2019il propose à ses élèves et que, pour leurs recherches, il pût fournir la bibliothèque où s informer, ou du moins, où s'adresser.Nous en savons quelque chose, nous, entre autres, à notre Institut où nous recevons, avec grand plaisir, du reste, collégiens et collégiennes à qui l\u2019on propose des travaux bien au-dessus de leur capacité d esprit et sans leur fournir le moindre bout de bibliographie.Egalement beaucoup à louer l éducation permanente ou ce que I on appelle le « recyclage » de la main-d œuvre ouvrière.En 1941, nous dénoncions nous-mêmes, dans {\u2019Action nationale, la honteuse proportion de nos ouvriers non qualifiés qui nous plaçait au-dessous de la plupart des Néo-Canadiens.A.I unité de direction et à la coordination des divers enseignements dans le respect des libertés essentielles, personne ne trouvera à redire.D\u2019ailleurs, en son propos, l auteur de ce compte rendu n\u2019entend pas s'ériger en panégyriste, non plus qu en dénigreur systématique du Rapport.Sa position se peut définir très nette.II\tne se pique nullement d être un catholique « dans le vent », depuis que tant d\u2019idées échevelées courent le monde.Il lui suffirait de se savoir un catholique de foi toute simple, de la foi que l Eglise enseigne et maintient même après le Concile. LE CHANOINE GROULX, ET LE RAPPORT PARENT IS avouerai-je, en outre ?J étais de ceux qui souhaitaient vivement une réforme de notre enseignement et surtout de notre éducation humaine, nationale et chrétienne.Rien ne me serait plus facile que d apporter ici des textes où j'ai déploré, en notre enseignement primaire, son affreux vide, son manque trop fréquent d ouverture, surtout dans les villes où l on éduquait les fils d'un petit peuple sans le moindre souci du terrible milieu où il avait à vivre sa vie.J ai regretté, et tout autant, l\u2019anémique formation religieuse, le pauvre enseignement des humanités, de la philosophie, dans nos institutions d enseignement secondaire.Enseignement trop artificiel, trop étranger, lui aussi, à son milieu.Je n ai pas non plus ménagé mes critiques à nos universités, y apercevant si peu de l\u2019esprit qui eût dû être celui de ces hautes institutions, incapables de prendre les devants dans les réformes qui ne pouvaient plus attendre et n étant rien moins, pour la nation, que des écoles de chefs.Ceci dit, nous exposerons franchement nos critiques sur le Rapport.Nous estimons malheureux que les commissaires aient bâti leur système d enseignement en marge de l'ancien, sinon même tout à fait à côté.Tout n était pas vermoulu, inadapté dans l ancien système que, depuis deux cents ans tous près, dans la misère et la pure charité, avait édifié le peuple canadien-français.Si grevé de lacunes qu\u2019on ait voulu le dire, il n y avait pas là qu accumulation de sottises.Ce vieux système, on s était efforcé de l\u2019ajuster à nos traditions, à ce que l on appelle l\u2019âme d\u2019une nation, d\u2019un pays.Et par son indéniable rajeunissement déjà mené à vive allure, par ses édifices, ses bibliothèques, ses laboratoires mis à point, et encore par son personnel d\u2019enseignants de plus en plus qualifiés, il y avait là un actif, m\u2019ont dit les économistes, qu\u2019on eût pu évaluer à des milliards.Quelle nécessité y avait-il de renvoyer tout cela au vieux fer, comme l on eût fait d\u2019un vaisseau hors d usage ?Ne s y trouvait-il vraiment 846 ACTION NATIONALE nulle pièce qui, réformée, remodelée si l'on veut, n\u2019eût pu entrer dans le nouvel édifice, surtout quand l\u2019on avait tant besoin de locaux, de maîtres et de tout l\u2019équipement scolaire ?D où venait, au surplus, et ici nous ne mettons pas en cause les commissaires, d\u2019où venait cette hâte de conférer au Rapport une sorte de valeur législative, quand ce Rapport, comme tous les rapports de même nature, ne revêtait d autre importance ni d\u2019autre qualité qu une recommandation au gouvernement ?Dès la publication de ses premières tranches, le document devint tabou, aussi sacré que certain décalogue descendu du Sinaï.De ce fétichisme se firent adeptes malheureusement tous les médiums de publicité.On eût dit un mot d ordre réprouvant toute critique.Je ne cite qu'un exemple: Relations, revue des Jésuites de Montréal, publia une livraison spéciale tirée à plus de 30,000 exemplaires.Des critiques parfois sévères s\u2019y trouvaient; le plus souvent des articles d un ton modéré, et voire, au milieu de mises en garde fort opportunes, quelques articles approbateurs.Or la « livraison spéciale » passa presque inaperçue.Ce silence avec bien d\u2019autres furent un malheur, et pour les commissaires qui allaient se permettre d autres témérités, et pour les empressés metteurs en œuvre du Rapport qui, pour donner efficacité et vie à leur système, se verraient forcés à ce que nos gens appellent du « raboudinage » : rajuster ceci et cela, ressaisir ce qu\u2019ils avaient trop tôt rejeté, en particulier les écoles normales.Il fallait aller vite, paraît-il, au mépris de l\u2019axiome qui veut que s\u2019il est bon d\u2019aller vite, il est rarement bon d aller trop vite.Où j ai quelque peine également à donner raison aux Commissaires, c est dans leur volontaire ou involontaire obscurité au sujet de la confessionnalité scolaire.Doctrine confuse à tout le moins.Le divorce est évident entre enseignement et éducation.On ne parle plus que LE CHANOINE GROULX ET LE RAPPORT PARENT d\u2019enseignement religieux.On devrait savoir pourtant qu en l école confessionnelle, l élément, l esprit religieux est l\u2019âme vivante et qu il y faut non seulement enseigner, mais former.Et quelle idée aussi que de soumettre l exercice de la confessionnalité à des organismes neutres ! Oh ! je sais derrière quelles excuses ils se pourraient retrancher.Combien est confuse elle-même la pensée des catholiques québécois sur ce sujet.Combien de clercs dits d\u2019avant-garde, combien de commissaires d écoles catholiques, pris soudain de je ne sais quelle incommensurable humilité ou de quel œcuménisme plus que discutable, seraient prêts à tout immoler sur l autel du pluralisme religieux; ils réduisent la religion de leur province de l'état majoritaire à l état minoritaire et d « une minorité comme les autres » ; ils optent par conséquent pour la confessionnalité au petit compte-gouttes et conçoivent l\u2019école confessionnelle tout à l opposé de l enseignement de leurs évêques et des pontifes romains.Tant et si bien qu\u2019à lire certains articles de pourfendeurs et à observer quelques-uns de leurs comportements, on dirait les catholiques canadiens-français pris de la rage de l insecte qui se mange les pattes.Il n\u2019en reste pas moins, rappellerons-nous aux commissaires, qu à cette question de confessionnalité se lient le grave principe de la liberté religieuse et la formation d\u2019une espèce d\u2019homme qui est l homme chrétien.Et il reste aussi qu\u2019empêcher de jeunes baptisés de réaliser pleinement leur magnifique personnalité dans la grâce du Christ, ou leur rendre inutilement la tâche plus difficile ou plus aléatoire, cela s appelle, en bonne langue, sur des jeunes âmes, un viol irrémissible.Pourquoi aussi ce chambardement des vieilles humanités, ou du moins ce mépris trop affirmé ?Pourquoi acculer les Collèges classiques à une sorte de suicide ?C\u2019était, paraît-il, la féodalité qu\u2019il fallait abattre.Singuliers féodaux qui, de mon temps, enseignaient pour 40.100 dollars par année, à seule fin de permettre aux fils 848 ACTION NATIONALE des pauvres de se faire instruire.Et qui, de cette époque, ne se rappelle que si nos parents avaient dû débourser 200 dollars au lieu des 100 dollars traditionnels, beaucoup^ de jeunes gens de ma génération, et j étais de ceux-là, n auraient pu se faire instruire ?En 1965 l\u2019on ne pouvait accuser ces collèges de stagnation, d immobilisme.Depuis dix ans leur équipement (bibliothèques, laboratoires), leur personnel enseignant s étaient renouvelés.Rares les collèges, si même il s en trouvait, qui ne possédaient leurs spécialistes pour l enseignement des langues anciennes, de la littérature française, de la philosophie, voire des sciences.Une école d enseignement secondaire et une Ecole Normale supérieure les pourvoyaient de professeurs compétents.Leur clientèle d'élèves était passée de 20,000 a 46,000.Les professeurs laïques y entraient en proportion de plus en plus importante.Beaucoup de ces institutions avaient établi le système des sections qui allaient permettre au moins quatre options: humanités gréco-latines, scientifiques, modernes et artistiques.Sans doute ces humanités ont le tort de prendre origine à la Renaissance.Suffit-il de remonter haut dans l histoire, pour perdre, en route, toute valeur ?Ces générations d humanistes, issus de la Renaissance, en dépit de ce qu\u2019ils ont pu traîner d\u2019erreurs, ont pourtant fait apparaître une certaine espèce d\u2019hommes.On les aperçoit à l aurore des grandes découvertes océaniques et à la première compénétration des continents.Ils ont fait du petit cap de l\u2019Europe occidentale le flambeau d\u2019une civilisation assez difficilement égalable.Et ce sont ces mêmes générations qui, bonds par bonds, nous ont amenés à l âge technique et nucléaire.Que nous promet d\u2019assuré ce que l\u2019on appelle l' « Ecole nouvelle » ?L\u2019autre jour, à la toute récente réunion de l\u2019ACFAS, un professeur de l un de nos collèges dénonçait ce qu'il appelait la « réaction excessive du Rapport Parent contre le statut privilégié des humanités gréco-latines du Québec ».Ce même professeur soutenait, statistiques en mains, qu\u2019à LE CHANOINE GROULX ET LE RAPPORT PARENT ces humanités plus large part est faite dans la province voisine, l'Ontario.Et il ajoutait cette opinion nullement négligeable pour un peuple qui est à la recherche de sa langue: « L\u2019étude du grec et du latin demeure indispensable à une spécialisation poussée en français.» Et je me suis rappelé, à ce propos, quelques petites vérités qu il m'arrivait, il y a vingt ans, de rappeler dans une conférence: Professionnels et culture classique.f y citais, par exemple, l opinion d un monsieur R.M.Hutchison, chancelier de l\u2019Université de Chicago, qui écrivait en 1946: « Le système d éducation qui tend actuellement à former d habiles spécialistes sans les pourvoir d une culture libérale, constitue une sérieuse menace pour la démocratie.» Et je citais aussi cette autre opinion de M.C.R.Young, doyen de la Faculté de génie de l Université de Toronto, affirmant, pour sa part, qu en raison de l\u2019avancement des sciences, le futur ingénieur doit posséder « une suffisante culture générale ».Mes souvenirs me rappellent aussi les volumes: The Humanities in Canada, de Watson Kirconnell et de A.S.P.Wood-house ( 1947), où le Québec n\u2019avait pas à se plaindre de la part louable qui lui était faite.Du même coup je soutenais, quant à moi, qu « une spécialisation hâtive tend à une diminution ou à un rétrécissement de l esprit, pour cette raison très simple qu elle tourne l esprit vers un champ limité de connaissances et qu elle se borne par conséquent à l exercice d un nombre restreint de facultés », tandis que la supériorité de la culture générale, le mot le dit assez, « procède de son aptitude à développer l\u2019esprit, non sur quelques points, mais en toute sa superficie et profondeur, par un exercice ordonné de toutes les facultés de l\u2019homme ».Puis, entre la vieille culture humaniste et la culture moderne, cette différence notable existe qu\u2019en la première l homme se forme principalement par les lettres, c'est-à-dire par les plus hautes expressions de la pensée humaine, tandis que, dans l autre, l\u2019objet de l\u2019esprit se compose purement du cosmos en ses 850 ACTION NATIONALE multiples matérialités.Sans doute peut-on parler d humanisme scientifique et même d humanisme technique, mais dans la mesure où l\u2019homme leur confère de sort surplus d humanité qui lui vient d autres sources.Au-jourd hui je reprendrais ces mêmes idées pour soutenir qu en les terribles conjonctures où il s\u2019engage, il faut au Canada français, non principalement la légion de demi ou quart de savants que vont lui former les Instituts, mais, au premier chef, des esprits créateurs, esprits qui se définissent par la vigueur, l envergure de l intelligence et de la culture, vigueur et envergure qui se complètent par cette pointe aiguë de l\u2019esprit qu\u2019on appelle la finesse, capable de foncer dans l\u2019inconnu pour lui arracher ses secrets.Esprit de géométrie et de finesse, dirait Pascal.Je veux bien que le Rapport Parent parle beaucoup de méthodes à développer chez létudiant, pour l habiliter à la « créativité ».L\u2019important serait de savoir si son court passage, à flots pressés, dans les Instituts et par les mains de quantité de professeurs dont pas un seul peut-être n\u2019aura qualité de maître, lui en fourniront les moyens.En Angleterre, dans sa réforme de l\u2019enseignement, le parti travailliste n\u2019a pas osé supprimer les Public Schools, pensionnats d enseignement secondaire pour garçons ou pour filles, autrement bourgeois et panachés que nos collèges et qui groupent quelque chose comme 45,000 élèves.Plutôt que de subir une réforme dont elle ne veut pas, la plus célèbre de toutes, Eton, serait prête à émigrer en Irlande.# * # Ces réserves faites, nous ne contestons pas, on l a vu, les parties valables du Rapport Parent et, de ces parties, nous ne diminuons pas l\u2019importance, pas plus LE CHANOINE GROULX ET LE RAPPORT PARENT 851 que nous paraît urgente et nécessaire une réforme de notre enseignement et de notre éducation.Qu a-t-il donc manqué et que manque-t-il encore pour que le peuple s associe carrément à la réforme qu on vient de lui offrir ?Il est faux, ainsi que l écrivent certains, que le peuple se résigne à l ignorance.Le peuple de toute classe et même une bonne part d écoliers se sentent inquiets.Il manque à l un comme aux autres, d être plus assurés de la valeur magique ou simplement réelle de la nouvelle école.Combien d\u2019instituteurs me l ont dit, les écoliers s\u2019y sentent un peu perdus; cette impression les tient par trop de servir de cobayes à des expérimentateurs improvisés.Les auteurs du Rapport et ses metteurs en œuvre, il y a lieu de poser la question, se sont-ils rendu compte de l exceptionnel effort qu\u2019ils demandaient au peuple ?Effort financier d abord, et cela sous-entend les réactions de contribuables qui soudain voyaient leurs taxes scolaires doublées et parfois même triplées, alors qu'en même temps on leur rebattait les oreilles avec les promesses de la gratuité générale de l\u2019enseignement.Qu à l automne de 1966, 50% des taxes scolaires soient encore impayées est le signe de quelque chose.Les auteurs du Rapport ne se sont pas fait illusion sur la question financière; ils ont écrit (I: 78), à propos de la montée en flèche du coût de l\u2019enseignement: « Il faut convaincre chacun que les dépenses d éducation sont un investissement économique et social.» Trop d esprits, et en ce cas je ne parle point seulement du petit peuple, s\u2019interrogeaient en même temps, sur la philosophie, sur les intentions dont s animait cette nouveauté.J\u2019entends encore un esprit ouvert et grave tel que M.Yves Prévost, habitué à se mettre au-dessus de toute politique, posant cette question, il n y a pas si longtemps, à ce même propos, devant un auditoire montréalais: « Où allons-nous ?Personne ne le sait ni ne peut le dire.» Que ne s'est-on fait la réflexion « qu une politique ne vaut rien si elle n est pas une doctrine appliquée au réel dans la mesure 852 ACTION NATIONALE du possible » ?Chacun a pu avoir devant les yeux deux textes.L un disait \u2014 c\u2019était le Rapport: Tout en prenant conscience des problèmes qui lui sont particuliers à cause de ses traditions et de son histoire, elle [la province de Québec] doit chercher avec lucidité et sens pratique à doter son système scolaire de structures adaptées à ses besoins.La conception moderne de l éducation vise à préparer chaque citoyen à gagner sa vie par un travail utile et à assumer intelligemment ses responsabilités sociales.(1: 83-84).Un autre texte venu d une autre source affirmait: Un système d éducation doit s inspirer des valeurs propres de la civilisation québécoise qui ne sont pas seulement celles qui tendent à la langue et à la culture, mais aussi les valeurs chrétiennes, celles-ci ayant contribué autant que celles-là à forger I âme de notre peuple.Le rapprochement de ces deux textes permet de saisir les tendances pragmatistes du système d enseignement du Rapport et d en soupçonner les origines.Au surplus, tant des nouveaux docteurs de la nouvelle et vague philosophie scolaire avouaient leur dessein de faire du jeune Canadien français un nord-américain.D un mot: à mesure que le gouvernement du Québec se nationalise, il a trop paru que son système d enseignement se dénationalise.A coup sûr la mise en ration des vieilles humanités et la destruction de l ancien système d'enseignement pouvaient éveiller les mêmes inquiétudes.Je repose alors une autre question: dans nos milieux officiels de l\u2019enseignement, a-t-on bien aperçu, en cette perspective, le grave aspect que pouvait prendre l Ecole nouvelle ?Jusqu ici les vieilles civilisations méditerranéennes étaient restées l'axe vivant de la culture et de l\u2019esprit canadien-français.Soudain l on invitait les Québécois à changer l axe de leur culture natale pour LE CHANOINE GROULX ET LE RAPPORT PARENT 8S3 / aligner en somme sur la civilisation anglo-américaine.En d autres termes on proposait à un peuple un geste exceptionnel en histoire: un retournement d ame, et la plus grave et la plus profonde des révolutions: ce lie de l esprit.Parmi ceux qui réfléchissent, et de ces esprits, il en est plus qu on ne pense, que ne pouvait signifier cette américanisation voulue ou non de l\u2019enseignement ?E on a déjà nourri et l on nourrit encore l\u2019illusion de sauver, au Québec, la vieille langue française, en dépit de l économie anglo-américaine où l ouvrier gagne sa vie en anglais.L illusion devient gigantesque, s\u2019il faut, par surcroît, américaniser l enseignement québécois, à moins que, pour survivre comme nation distincte, la formule par excellence soit devenue de ressembler le plus possible à son grand voisin.C étaient là les obstacles, l état d esprit qu\u2019il fallait affronter.Les obstacles, comment les écarter ?Les inquiétudes, comment les apaiser ?Et pour entraîner le peuple au vaste effort qu\u2019on exigeait de lui, qui possédait assez de panache pour en imposer ?Et quelle mystique agissante eût déterminé ce qui est au départ de tous les grands mouvements collectifs ?Et cette mystique, de quoi l eût-on composée ?On trouve à critiquer aujourd hui ceux qui ont pris la relève en cette réforme scolaire.On leur fait grief de paraître piétiner.Plaignons-les plutôt d avoir à repenser un problème de cette taille.S ils osent un redressement \u2014 I oseront-ils ?\u2014 le redressement, on l'a vu, ne pourra s\u2019affirmer que vigoureux et considérable.Il est plus facile de défaire que refaire.Souhaitons néanmoins que tout en sauvegardant les parties valables du Rapport, parties d importance, on parvienne à harmoniser l\u2019ancien et le nouveau système dans une cohérence qui n'abdique rien du progrès.Le projet s\u2019impose d\u2019une grande réforme scolaire et d'y engager à fond l'élan et la volonté ardente 854 ACTION NATIONALE Je la nation.Mais cet élan ne saurait se passer, comme on dit aujourd hui, d une « motivation » à sa mesure, ou de ce que l\u2019on appelle encore plus savamment « la démocratie de participation ».Lionel Groulx, pire Le drame de notre révolution tranquille par Lucien Saulnier L'Action nationale ne publie très généralement que des textes inédits.C'est une règle que toute revue de qualité se doit de maintenir très rigide, à moins naturellement qu'elle ne se donne comme étant, de sa nature, un \"digeste\".Mais toute règle a ses exceptions, dont le lieu commun veut depuis longtemps qu'elles confirment la règle; et d'autant plus qu'elles sont plus rares.Le directeur de l'Action nationale a décidé cette fois-ci de faire exception pour le texte suivant, de Monsieur Lucien Saulnier, président du Comité exécutif de la ville de Montréal, dont la conférence récente, communiquée aux journaux, a paru au complet dans LA PRESSE, après y avoir été résumée en nouvelles et que M.Saulnier eut accepté de nous confier son texte.En fait, ce même numéro comportera deux exceptions puisque l'éditorial est un extrait, mais celle-là aussi est de taille et d'importance.Quant à la conférence de M.Saulnier, elle nous propose une méditation d'une extrême opportunité et d'une immédiate urgence.Nous avons déjà sonné une cloche d'alarme similaire dans deux textes récents (\"D'une nouvelle conférence fédérale-provinciale\", décembre 1966; et Un sens de l'ordre I\", mars 1967,'; mais l'exposé de Monsieur Saulnier a toutes les qualités d'un document fondamental sur lequel il importe que dans toutes les sphères de notre vie civique et nationale aujourd'hui, on revienne et réfléchisse sérieusement.Ni les craintes qui sont là exprimées, ni les avertissements qui nous sont donnés, ni les exigences qui nous sont proposées ne paraissent au soussigné vagues ou lointaines; mais au contraire terriblement présentes au coeur de notre actualité comme de notre avenir.C'est pourquoi nous n'avons pas voulu laisser aux feuilles volantes de LA PRESSE, ou même au destin hasardeux d'une brochure de propagande le soin d'en faire mémoire.La collection de L'Action nationale le conservera et témoignera que cela nous a été dit en temps plus qu'opportun.La direction 858 ACTION NATIONALE Vous croirez peut-être qu\u2019en traitant du \u201cdrame de notre révolution tranquille\u201d, je me présente sous un jour nouveau.Le sujet est si vaste et les éléments en sont tellement divers qu\u2019on se demandera sans doute ce qu\u2019en ma qualité de président du Comité exécutif de la Ville de Montréal, je viens faire dans cette \u201cgalère\u201d.On admettra que la ville de Montréal n\u2019a pas été étrangère au départ de cette \u201crévolution tranquille\u201d et que les hommes qui l\u2019administrent présentement en ont été bien avant 1960 parmi les premiers artisans.On admettra aussi facilement qu\u2019elle a des résonances assez bruyantes parfois dans l\u2019administration des affaires de la ville.C\u2019est dire que nous avons, nous aussi, notre part de responsabilités dans cette effervescence politique et sociale qui marque depuis six ans la vie du Canada français, dans cette exaltation collective de tout un peuple à la recherche d\u2019un avenir meilleur.A cette effervescence, à cette exaltation, nous avons participé nous-mêmes tout autant que les autres.Nous avons pris une part active et prépondérante, surtout à partir de 1961, au relèvement de la ville.Nous avons pour ainsi dire tenté de tout entreprendre à la fois, faisant ainsi écho aux espoirs immenses que cette \u201crévolution\u201d soulevait dans notre société.Certes quelque chose s\u2019est accompli dans le Québec.On le répète souvent et non sans raison.Mais en même temps, pouvons-nous ne pas partager les inquiétudes de tous ceux qui, devant les résultats acquis et ce qu\u2019ils ont coûté d\u2019argent, d\u2019efforts et ajoutons-le de tergiversations, s\u2019interrogent maintenant sur le sens et l\u2019orientation des prochaines étapes ?Pouvons-nous continuer de \u201cgaloper\u201d ainsi dans toutes les directions à la fois?Notre peuple a connu trop de faux départs, trop de faux \u201cgrands soirs\u201d pour que nous ayons le droit de l\u2019engager plus profondément dans les mêmes voies, sans mesurer l\u2019écart qui se dessine entre l\u2019ampleur de nos objectifs et la faiblesse et la pénurie de nos institutions politiques et sociales.Nous parlons haut et fort, souvent dans une langue mystique où les théories et les concep- LE DRAME DE NOTRE RÉVOLUTION TRANQUILLE 859 tions s\u2019entrechoquent pêle-mêle et répondent de moins en moins aux réalités de notre milieu.Il est temps que les mots retrouvent avec leur sens, leurs poids de vérité et de vie, que l\u2019on cesse de confondre le bruit avec le progrès, l\u2019agitation avec la révolution fût-elle tranquille, et le verbalisme avec l\u2019action.En fait, que se passe-t-il au juste?Le Québec est engagé depuis quelques années dans un processus accéléré de transformation.Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas le seul coin du monde à vivre pareil phénomène.On le retrouve à des degrés divers et sous les formes les plus variées dans la plupart des pays occidentaux.Chez nous, par sa nouveauté et par les bouleversements qu\u2019il annonçait, ce phénomène a pris le caractère d\u2019une véritable commotion.Du jour au lendemain, on remit tout en question, on s\u2019interrogea sur tous les sujets, on offrit des solutions dans tous les domaines.Du jour au lendemain également, on contesta la valeur de nos institutions traditionnelles et on mit en doute jusqu\u2019aux vertus fondamentales de notre société.Pour quelques-uns le passé n\u2019existait plus ; il fallait recommencer complètement à neuf et d\u2019un seul coup.Il est donc normal que ce phénomène ait inquiété, voire effrayé, certains éléments de notre société, mais il me paraît incontestable qu\u2019il a aussi suscité chez la majorité un grand espoir et entraîné une adhésion parfois enthousiaste.Pour la plupart d\u2019entre nous, c\u2019était en réalité l\u2019annonce d\u2019une prise de conscience, d\u2019une dignité nouvelle, d\u2019une remontée spectaculaire dans tous les domaines et d\u2019un immense rattrapage; il n\u2019était pas jusqu\u2019à une certaine opinion internationale, dans les pays francophones notamment, qui marquait un vif et sympathique intérêt à l\u2019entreprise, qui communiait à nos espoirs, et souvent à nos illusions.Il ne saurait être question de contester la réalité et le bonheur de quelques grandes innovations et de beaucoup d\u2019initiatives dans l\u2019ordre social, culturel et éducatif, administratif, économique, mais tout cela, au fond, ne constituait qu\u2019une première étape pour reprendre l\u2019énorme retard que nous devions combler afin de devenir une 860 ACTION NATIONALE société dynamique et progressive et pour édifier un Etat moderne et fonctionnel ; et si maintenant, nous tentons de faire le point, force est bien de reconnaître qu\u2019en somme nous n\u2019avons fait qu\u2019ensemencer.C\u2019est donc se faire illusion que de croire que nous pouvons déjà jouir des fruits de la moisson.Voilà l\u2019un des drames de la révolution tranquille.Nous avons voulu à un moment donné et nous voulons encore faire cette révolution sans douleur, être \u201cmaîtres chez nous\u201d sans qu\u2019il en coûte et recueillir la pleine récompense d\u2019un effort qui a à peine été amorcé.Comme si le verbe suffisait à faire germer la chose, nous nous grisons de mots à un rythme étourdissant et nous agissons à la manière de nouveaux riches.Nous voulons avoir à la fois l\u2019illusion lyrique de la révolution, le frisson d\u2019héroïsme d\u2019une demi-libération mais sans sacrifier un confort toujours plus étendu et en revendiquant un niveau de vie sans cesse plus élevé.Nous ne réfléchissons pas, comme groupe, aux exigences sur tous les plans d\u2019un effort authentique d\u2019émancipation du Québec, de son développement humain, intellectuel, économique, de l\u2019édification d\u2019un Etat digne de ce nom.Sous l\u2019étiquette à la mode, nous faisons de l\u2019improvisation, de la revendication incohérente et de l\u2019agitation à la petite semaine ; derrière les proclamations ronflantes de libération économique et de progrès social, se développent les égoïsmes de groupes et de classes, plus nocifs aujourd\u2019hui et plus néfastes peut-être que l\u2019égoïsme individuel.Nous commençons à enregistrer les résultats de ce comportement puéril : l\u2019inflation, un peu d\u2019anarchie et le risque croissant d\u2019un appauvrissement accru.Et lorsque je dis inflation, je n\u2019entends pas ce mot uniquement dans son sens propre, soit l\u2019érosion de la monnaie et du pouvoir d\u2019achat ; mais je pense, d\u2019abord, à l\u2019inflation verbale qui vide les mots de leur contenu, qui en confisque le message, qui trompe l\u2019espérance et qui débouche à la fois sur un sentiment de ridicule et d\u2019impuissance ainsi que sur l\u2019amertume.Je ne crois pas qu\u2019il se soit trouvé un seul peuple dans l\u2019histoire récente pour avoir autant LE DRAME DE NOTRE RÉVOLUTION TRANQUILLE 861 discouru.On se gargarise de mots et de formules à la mode, souvent empruntés de l\u2019étranger; on se fait des slogans d\u2019apparentes conquêtes et de fausses libérations, on en arrive à se duper soi-même.Et cela est vrai dans presque tous les milieux, presque à tous les niveaux ; c\u2019est vrai particulièrement des classes moyennes et de la petite bourgeoisie qui se donnent la coquetterie de se penser \u201cà gauche\u201d parce qu\u2019elles font des grèves confortables ou assistent à des colloques sur la planification, la confessionnalité ou le mariage des prêtres.Ici le drame frise la comédie.Faut-il penser que nous cédons à une forme moderne de la sorcellerie et que nous nous imaginons qu\u2019à réciter indéfiniment sur le mode incantatoire les formules les plus audacieuses, les plus hermétiques ou les plus vagues, nous en ferons surgir la société nouvelle, c\u2019est-à-dire la révolution toute faite, et, en quelque sorte, prête à servir?Car c\u2019est bien cela qu\u2019attend apparemment une grande partie des nôtres: recueillir immédiatement les fruits abondants d\u2019une révolution tranquille, sans avoir eu à pratiquer le difficile effort et à consentir la longue patience pourtant indispensables.C\u2019est le discours gratuit, le verbe étant lui-même sa propre justification, l\u2019exploitation et, au besoin, l\u2019invention de formules: \u201créforme de structures, nouveau contexte, planification, participation, dialogue, consultation, démocratisation (ah! celle-là, on a envie, parodiant Mme Rolland, de s\u2019écrier: \u201cdémocratisation: que de bêtises on dit ou on commet en ton nom\u201d) .et puis, il y a: l\u2019émergence, la confrontation, la problématique, sans compter la dimension (tout reçoit de nouvelles dimensions), l\u2019affrontement et la remise en question.N\u2019a-t-on pas entendu parler récemment de part et d\u2019autres de \u201cgouvernement par négociation\u201d et de \u201cgouvernement par les corps intermédiaires\u201d.Sommes-nous rendus à considérer l\u2019autorité comme une denrée à marchander avec toutes les clientèles?Il y a encore les formules qui nous sont propres et généralement fort lourdes: la restructuration, le bicultu- 862 ACTION NATIONALE ralisme, la \u201cbilinguisation\u201d, la provincialisation et la défédéralisation.Ajoutons enfin quelques formules dont on abuse jusqu\u2019à les galvauder, où interviennent le plus souvent: le plan, le niveau et le cadre ou encore le palier.Jamais n\u2019a-t-on autant parlé de niveaux que dans cette société qui se veut égalitaire.La mode et l\u2019ignorance associées, comme c\u2019est la règle en tant de milieux, produisent des monstres comme \u201cla collaboration entre les paliers de gouvernement\u201d ou: \u201cles réservations à faire au niveau des hôtels et des autocars\u201d.Inflation verbale, un autre des drames de la révolution tranquille, qui consacre à la fois l\u2019impuissance d\u2019agir, l\u2019ignorance de sa langue et l\u2019évasion dans de pseudo-réformes, par quoi on se donne l\u2019illusion d\u2019agir.Mais en même temps, glissement vers l\u2019anarchie, dans les idées et dans les faits, dans les conceptions et dans le comportement, l\u2019anarchie qui est tout le contraire d\u2019une révolution véritable laquelle suppose un objectif précis, une démarche ordonnée, une discipline rigoureuse.Au reste, il suffit de regarder les sociétés qui entendent combler d\u2019importants retards et progresser rapidement : toutes consentent aux disciplines nécessaires, parce que toutes savent qu\u2019on ne peut en même temps consommer le plus possible et investir au maximum ; que ce soit dans un Etat totalitaire ou une démocratie, que ce soit imposé ou consenti, les grandes rénovations supposent l\u2019organisation, la coordination, une ordonnance et le sens de la prévision.Au lieu d\u2019un grand mouvement ordonné de progrès et d\u2019émancipation qui profiterait à toute la communauté et d\u2019abord à ses éléments les plus défavorisés, nous assistons aujourd\u2019hui chez nous à ce que j\u2019appellerais une série de petites explosions anarchiques qui interdisent le progrès réel, nous engagent dans une immense confusion et entretiennent une crise permanente propre à rendre stériles les nouveaux instruments de l\u2019Etat et à faire avorter les grands desseins de la communauté québécoise.Comme s\u2019il suffisait d\u2019une agitation verbale ou sociale, pour recueillir d\u2019un seul coup les bienfaits à long terme d\u2019un effort collectif persévérant.Bref, nous assistons à LE DRAME DE NOTRE RÉVOLUTION TRANQUILLE 863 un déplacement d\u2019accent terriblement inquiétant, du bien à long terme de la communauté sur les avantages immédiats des groupes organisés.Il est temps de nous rendre compte de ceci: que l\u2019on ne peut pas à la fois préparer un avenir radieux et avoir un présent facile, que l\u2019on ne fait pas avancer une société menacée comme la nôtre en Amérique du Nord aujourd\u2019hui, à coups de crises, de spéculations, et de grèves, par la recherche immédiate du plus haut revenu possible pour les classes riches et moyennes, en affaiblissant l\u2019autorité de l\u2019Etat et des pouvoirs publics.Prenons garde de voir se substituer à l\u2019égoïsme individuel, celui de certains groupes sociaux, plus nocif encore que le premier.Pour certains éléments, tout se passe comme si la construction difficile d\u2019un Québec moderne et progressif devait se traduire non pas par un effort sans précédent sur tous les plans, mais par un niveau de vie et des avantages sans précédent pour eux en particulier.Ils réclament en même temps et sur-le-champ le frisson romantique de la révolution tranquille et les avantages matériels d\u2019un développement qu\u2019ils compromettent par leur attitude.A-t-on jamais vu dans l\u2019histoire, un pays attardé s\u2019engager dans un immense effort de modernisation et d\u2019émancipation, et où les diverses classes sociales, les classes moyennes surtout, commençaient par exiger la satisfaction de leurs revendications matérielles et professionnelles, par taxer au maximum les moyens et les ressources de l\u2019Etat, donc de la communauté?D\u2019ordinaire, la \u201crévolution\u201d, même pacifique, est une période de ferveur, de don de soi.d\u2019austérité en vue d\u2019un avenir plus juste et plus fécond; elle vise à corriger les injustices et les retards dans une perspective communautaire, au bénéfice d\u2019abord des plus mal nantis, des plus défavorisés.D\u2019ordinaire, dans une telle période, le souci de l\u2019intérêt communautaire prime le reste et on s\u2019interdit les initiatives susceptibles de retarder le développement de la communauté, d\u2019affaiblir l\u2019Etat, de nuire à la santé économique, intellectuelle, morale de la nation. 864 ACTION NATIONALE L\u2019agitation, la revendication et le verbe ne devraient pas tenir lieu de réflexion et de grandes conceptions politiques.On tenterait de duper les autres et de se duper soi-même ; il ne faudrait pas croire que l\u2019on puisse faire à la fois la révolution française et la révolution russe, avec la mentalité et le niveau de vie des Etats-Unis d\u2019aujourd\u2019hui, et si possible avec des salaires supérieurs encore et des profits plus élevés, et exiger en même temps des pouvoirs publics qu\u2019ils assurent une sécurité sociale toujours plus large, un système d\u2019enseignement sans cesse amélioré, qu\u2019ils s\u2019engagent dans la recherche scientifique et qu\u2019ils stimulent l\u2019expansion économique.La réussite de toute grande entreprise collective, a fortiori d\u2019une transformation aussi vaste que la nôtre, suppose que la communauté entière possède à un degré élevé: le sens du l'éel, le sens de l\u2019effort et de la discipline, le sens de l\u2019autorité, enfin le sens de la hiérarchie des valeurs et des priorités.Sans cela, on construit sur le sable et on se réserve d\u2019amères désillusions.Le sens du réel suppose qu\u2019on tienne compte, à chaque étape, des besoins et des ressources de la collectivité non seulement dans l\u2019immédiat, mais dans l\u2019avenir prévisible et qu\u2019on accepte les exigences, voire \u2014 disons le \u2014 les sacrifices inhérents à l\u2019oeuvre de redressement entreprise.Il ne faut pas se leurrer.Nous ne pouvons pas à la fois nous payer le luxe d\u2019une vie facile et d\u2019un niveau de vie élevé, et en même temps mettre sur pied à coup de millions de dollars les institutions indispensables à notre émancipation économique, à notre progrès social et à notre avancement éducatif et culturel.Même une nation riche, puissante, souveraine, ne peut poursuivre en même temps et dans une égale mesure ces deux objectifs, à plus forte raison est-ce interdit à un groupe de cinq à six millions d\u2019hommes pour qui tout est encore à accomplir.C\u2019est tromper l\u2019opinion que de lui enseigner que l\u2019on peut faire les deux opérations à la fois ou simplement de ne pas lui dire que c\u2019est impossible.De là, la nécessité de l\u2019effort, de la discipline, de l\u2019acceptation volontaire de limitations, de contraintes et de sacrifices, LE DRAME DE NOTRE RÉVOLUTION TRANQUILLE 865 s\u2019alliant à une conscience plus aiguë de notre responsabilité collective et individuelle envers la société tout entière.Est-il besoin d\u2019ajouter que ce sens du réel suppose également la passion du travail, le culte de la compétence dans tous les ordres, l\u2019application soutenue et persévérante dans l\u2019accomplissement de la tâche quotidienne.Quant au sens de l\u2019autorité, il signifie que l\u2019on reconnaît que les pouvoirs publics dans leur ensemble ont à jouer désormais un rôle déterminant dans l\u2019évolution et le progrès de toute société ; que dès lors, ils sont en droit de compter sur la collaboration et sur la discipline de tous.Et dans cette perspective, la révolution tranquille soulève un aspect qui m\u2019apparaît primordial.Si dès le début, cette révolution, pour réussir, exigeait de l\u2019Etat une action directe et efficace, elle appelait, par dessus tout dans le cas du Québec et c\u2019est là le plus important, une réforme en profondeur de ses pouvoirs fiscaux et constitutionnels.Il n\u2019y a pas à se le cacher ; les transformations qui se sont succédé sans cesse depuis six ans dans toute la province, ont tellement d\u2019ampleur que leur mise en oeuvre a engagé, jour après jour, toute la gamme des responsabilités des administrations publiques.Il fallait en résumé que le Québec soit mis, un jour ou l\u2019autre, en possession de tous les leviers de commande essentiels au succès de l\u2019oeuvre entreprise; sans cela il était à prévoir que l\u2019écart entre nos aspirations, les projets annoncés et les moyens à la disposition des pouvoirs publics pour y donner suite, ne s\u2019élargisse un jour dangereusement.Ce jour-là, nous le vivons présentement et le véritable drame de cette révolution tranquille c\u2019est justement l\u2019impuissance dans laquelle nous sommes présentement, le gouvernement du Québec et les municipalités, de faire droit aux revendications sociales et économiques de notre peuple, fussent-elles les plus légitimes et les mieux fondées.Vous savez les résistances que le Québec et nous-mêmes avons dû opposer récemment à certaines réclamations salariales ou autres.De part et d\u2019autre, nous n\u2019avons pas agi de gaieté de coeur.Les limites législatives 866 ACTION NATIONALE et fiscales, tant à Québec qu\u2019à Montréal, nous commandaient de freiner momentanément l\u2019élan, de refaire en quelque sorte nos provisions avant de repartir.D\u2019ailleurs, la plupart des hommes politiques qui ont gouverné le Québec depuis six ans ont prévu l\u2019impasse dans laquelle nous nous engagions et ont compris qu\u2019à moins d\u2019un réaménagement constitutionnel et fiscal, l\u2019avenir même de la révolution tranquille était compromis.C\u2019est ainsi que nous avons assisté en ces dernières années à des réclamations de plus en plus agressives à l\u2019endroit du pouvoir fédéral et au développement progressif dans notre population d\u2019un sentiment de véritable frustration à l\u2019endroit de la Confédération.Nos luttes dans ce domaine ne s\u2019inspirent pas uniquement de motifs idéologiques ou de considérations raciales.L\u2019autonomie d\u2019une province comme d\u2019un pays est loin d\u2019être seulement une question de prestige ou d\u2019orgueil ; elle procède avant tout de la nécessité indispensable de posséder tous les moyens requis pour assurer l\u2019épanouissement du peuple de la façon et dans les manières qui lui sont propres.Ainsi, par exemple, on veut régler à notre façon le problème crucial du logement.Si l\u2019Etat du Québec est maître de la politique salariale, ne doit-il pas avoir en même temps un droit de regard sur la politique des prix?Ici, je me demande si cette révolution, qui embrasse tous les aspects de notre vie économique et sociale et qui s\u2019est amorcée à la mesure de toute la province, n\u2019appelle pas en retour que les pouvoirs publics du Québec puissent un jour ou l\u2019autre exercer pleinement leur action dans le domaine législatif aussi bien que dans le domaine fiscal et que les citoyens eux-mêmes puissent retirer davantage des bénéfices de notre économie.Comment voulez-vous que la province et les municipalités remplissent au maximum leurs obligations en matière d\u2019éducation, de santé, de bien-être, de logement, d\u2019équipement routier, d\u2019installations et de transport publics, et puissent répondre adéquatement aux exigences nouvelles de la transformation du Québec, alors que nous n\u2019avons à notre disposition à peine la moitié de toutes LE DRAME DE NOTRE RÉVOLUTION TRANQUILLE 867 les taxes que nous sommes appelés à verser à tous les gouvernements.Comme vous voyez, le problème est de taille.Mais il faut le regarder en face si nous voulons bénéficier dans l\u2019avenir immédiat des avantages de la révolution tranquille.Par conséquent, sommes-nous prêts à en payer le coût dans les limites actuelles de nos pouvoirs fiscaux et constitutionnels?Sommes-nous prêts même à payer plus que nos compatriotes des autres provinces, par exemple en matière d\u2019impôt sur le revenu, de taxe de vente, de taxes municipales, et scolaires.Si nous ne le sommes pas, de deux choses l\u2019une.Obtenir le plus tôt possible du pouvoir central toutes les ressources financières dont nous avons besoin ou freiner le magnifique élan de notre transformation, réduire l\u2019ampleur et le nombre de nos objectifs et mettre la sourdine à nos espoirs et à nos aspirations.Dans un cas comme dans l\u2019autre, il s\u2019agit d\u2019une option difficile.Dans le premier cas, vous admettrez qu\u2019il nous reste du chemin à faire.Dans le second, l\u2019option est particulièrement pénible, car elle risque de marquer pour le Canada français la fin d\u2019un grand rêve, le risque aussi du retour à l\u2019inaction, prélude à la stagnation économique et sociale.De nos jours, les administrateurs publics sont devenus les gardiens des institutions et les soutiens de l\u2019activité économique.On voit d\u2019un seul coup combien le manque ou la pénurie de ressources financières peut paralyser leur action, et par voie de conséquence, influer profondément sur le développement et le progrès.Le problème est donc avec nous, à Montréal autant qu\u2019à Québec, et j\u2019ajouterais dans toutes nos municipalités et nos commissions scolaires.De partout, on entend le même refrain: on manque de ressources, on manque de revenus.Bref, le grand drame de notre révolution tranquille c\u2019est en définitive le manque d\u2019argent.Nous sommes en réalité un peuple pauvre dans une province riche, et vous voyez dès lors le lourd fardeau qui repose sur l\u2019ensemble des citoyens, lorsque l\u2019on a un pays à bâtir, une grande ville à édifier et un certain nombre d\u2019institutions essentielles à créer et à maintenir. 868 ACTION NATIONALE Bien plus, parce que nous étions partis de si loin, il nous est apparu urgent de faire vite et tout à la fois.Il n\u2019est donc pas étonnant qu\u2019il nous en coûte à nous plus qu\u2019aux autres.Tout ce que nous sommes en train de nous donner, nous le payons aux prix des années de 1960, alors que d\u2019autres s\u2019étaient procuré les mêmes choses aux prix qui prévalaient il y a 20, 25 ou 30 ans.La nationalisation de l\u2019électricité est un exemple typique ; elle aurait coûté moins cher, l\u2019eussions-nous faite il y a quelque 50 ans comme en Ontario.Autre constatation : la dette provinciale du Québec est aujourd\u2019hui presque égale à celle de la province voisine et pourtant nos investissements réels correspondent à peine à la moitié de ceux de l\u2019Ontario.La raison en est simple, c\u2019est que l\u2019Ontario a commencé bien avant nous à organiser et à orienter son développement économique et social tandis que nous, nous tentons de tout faire cela en moins de six ans et forcément aux prix courants du marché.Nous parlons du choix qui se présente à nous pour sortir de l\u2019impasse.En réalité, nous n\u2019avons pas de choix.Peut-on, pour un instant, mettre un cran d\u2019arrêt à toutes nos entreprises, étouffer brusquement nos espoirs et nos aspirations, arrêter en pleine course la marche du Québec?Quant à moi, je n\u2019y crois pas.Je crois plutôt qu\u2019il faut continuer d\u2019aller de l\u2019avant tout en prenant soin de préciser davantage nos objectifs et d\u2019en ordonner la mise en oeuvre.Il faut rejeter résolument les discussions stériles et le verbalisme et concentrer, une fois pour toutes, les esprits et les volontés sur l\u2019essentiel.En un mot, rien ne sert plus de courir dans toutes les directions à la fois.Il faut désormais s\u2019engager à fond dans certaines grandes voies susceptibles de déboucher sur le progrès et l\u2019avancement réels de la collectivité.C\u2019est dire que nous devons d\u2019une part accepter de bon gré les sacrifices nécessaires à la continuité de l\u2019oeuvre entreprise, et d\u2019autre part, intensifier nos revendications dans le domaine fiscal et constitutionnel.Ici, l\u2019action de l\u2019Etat vient compléter celle du citoyen.L\u2019une ne va pas sans l\u2019autre, car pour assurer l\u2019avenir, si l\u2019effort LE DRAME DE NOTRE RÉVOLUTION TRANQUILLE 869 du citoyen est indispensable, l\u2019exercice de nouveaux pouvoirs fiscaux et constitutionnels l\u2019est tout autant.M.FERNAND DUMONT ET LES CORPS INTERMÉDIAIRES M.Fernand Dumont nous avait habitué à beaucoup d'intelligence et de nuances dans ses déclarations.Se muerait-il en doctrinaire ?A un colloque socialiste, tel que rapporté par LE DEVOIR (lundi, 13 février 1967, p.9), il prend position avec une franche brutalité sur deux points essentiels: 1)\t\"Tout faire pour que l'Etat du Québec se dégage provisoirement au milieu de toutes nos confusions, comme le pouvoir déterminant\".2)\t\"Le socialisme québécois doit s'imposer comme tâches immédiates de barrer la voie à une nouvelle bourgeoisie cana-dienne-française, de démasquer la structure qui l'exprime et qu'on tend à associer de plus en plus au pouvoir, c'est-à-dire les corps intermédiaires\".Entre l'Etat libéral qui laissait régner l'anarchie sociale et économique par sa devise du tout laisser faire, et l'Etat socialiste qui implante la dictature d'un gouvernement planificateur et propriétaire de tout, il y a l'Etat démocratique moderne qui invite tout le peuple à collaborer par la participation active au moyen des corps intermédiaires.Les syndicats sont des corps intermédiaires.Il y a toujours une possibilité que les corps intermédiaires se corrompent ou constituent un écran entre le peuple et l'Etat parce que, les hommes étant ce qu'ils sont, il n'y a pas d'organisation politique parfaite.Ma is à la vision d'un Etat totalitaire tel qu'entrevu par le socialisme de quelques universitaires (et d'un timide P.Vincent Harvey qui ne parait pas trop savoir où se dirige cette galère) ou par M.Pierre Bourgault du Rassemblement pour l'Indépendance nationale, il n'y a actuellement qu'une seule forme de gouvernement désirable: une nation forte dans un Etat fort.Si seulement l'Etat est fort (fédéral ou provincial) c'est le peuple qui est écrasé dans ses libertés et ses initiatives.La nation ne peut être forte qu'en s'organisant et en se hiérarchisant: elle n'y arrive (appelez les comme vous voudrez) que par les corps intermédiaires.Nous ne voulons pas de la planification de l'Etat seul.Nous voulons une planification participée.L'ouvrier seul et l'agriculteur seul ne peuvent rien face aux pouvoirs publics mais organisés en groupements qui les représentent, leur liberté ne s'exprimera pas en rébellions imbéciles mais en constructions pour l'avenir. VOUS PERMETTEZ ?par Odina Boutet En vertu de quoi les décisions qui regardent les Canadiens français unilatéralement doivent-elles être soumises aux anglophones du Canada?En admettant que les Canadiens français existent, il faut également admettre qu\u2019ils ont des problèmes bien à eux.Si on admet pareillement que la Constitution canadienne a divisé les pouvoirs politiques sans tenir compte des besoins de continuité qu\u2019il y a dans la vie d\u2019un groupe différencié, jusque dans les ministères d\u2019un Parlement à un autre, d\u2019une Province à une autre, du fédéral au provincial et vice versa, il faut bien reconnaître qu\u2019un mélange législatif et administratif confond non seulement les pouvoirs mais aussi les citoyens.Les anglophones échappent à ce mélange, à cause de la continuité de leur représentation majoritaire qui se donne les lois et l\u2019administration dont elle a besoin, indifféremment, dans les gouvernements provinciaux et au gouvernement fédéral.Tandis que les francophones n\u2019ont une représentation majoritaire qu\u2019au seul gouvernement du Québec qui, lui, est privé par le gouvernement fédéral de tous les pouvoirs fédéraux et résiduaires et qui, de plus, doit combattre contre les envahissements de la législation et de l\u2019administration du fédéral sur ses propres pouvoirs.Or, à cause de plusieurs facteurs psychologiques, dont le climat des régimes parlementaires britanniques, la représentation par majorité au moyen des partis politiques et l\u2019avance que les anglophones ont prise, grâce à des législations appropriées à leurs besoins, les Canadiens français en sont venus à ignorer que leurs problèmes doivent normalement être résolus par eux-mêmes, à tous les niveaux où des décisions gouvernementales sont nécessaires. VOUS PERMETTEZ ?871 Cela ne peut que signifier une représentation cana-dienne-française à Ottawa inefficace, autant parce qu\u2019elle est minoritaire au sein du Parlement que par sa sujétion à la politique des partis où elle est aussi minoritaire.Cela signifie en outre que les pouvoirs du gouvernement fédéral qui entrent dans des domaines où les problèmes canadiens-français existent doivent être confiés à un gouvernement canadien-français.Il faut bien saisir l\u2019astuce du régime actuel.Les anglophones se cachent sous la dénomination canadienne pour légiférer et administrer leurs affaires.Ils ont la majorité partout, sauf au Québec où notre bonne volonté ne leur refuse rien.En aucun autre cas, ils n\u2019ont à soumettre leurs problèmes à une décision bilatérale.Tandis que les Canadiens français doivent, au contraire, soumettre l\u2019issue de leurs entreprises à des décisions qui ne dépendent pas d\u2019eux, chaque fois que leur ampleur les mène jusqu\u2019au pouvoir fédéral.Et, pour comble d\u2019ignominie, on ne les appelle plus à ce moment-là des problèmes canadiens et on ne les considère plus comme normaux.Mais ils deviennent des problèmes canadiens-français, porteurs de discorde, semeurs de troubles, nuisances à l\u2019unité.Alors, nous, qu\u2019est-ce que nous faisons là-dedans et pourquoi payons-nous des taxes au Canada ?Il me semble maintenant qu\u2019une grande partie de l\u2019équivoque, dans laquelle nous place le mélange actuel, serait dissipée si, à Québec, nous avions la bonne intelligence de commencer à changer progressivement les institutions parlementaires britanniques en institutions d\u2019esprit français, d\u2019ordre rationnel et de forme nettement différente des autres institutions parlementaires du Canada.Notre identité serait moins discutable qu\u2019elle ne l\u2019est présentement et le fait de notre présence au Canada serait tout de même plus évident.Du point de vue psychologique, ce serait un gros obstacle de moins.J\u2019ai demandé, au début, qu\u2019est-ce qui pourrait justifier la soumission de nos problèmes aux décisions des anglophones du Canada.Il n\u2019y aurait qu\u2019une chose et 872 ACTION NATIONALE ce serait la conquête.Mais, depuis belle lurette, les autorités politiques nous ont dit et répété que la conquête est une histoire à oublier et que tous les Canadiens sont égaux en ce pays.Si, malgré cela, il n\u2019y avait quand même que la conquête pour nous obliger à soumettre à des décisions bilatérales nos problèmes unilatéraux, il faudrait voir deux partis dans la population canadienne : un parti de la conquête et un parti de la libération.Si le Canada en vient à un choix, entre l\u2019existence ouverte de ces deux partis de gens ou la reconnaissance d\u2019une autorité canadienne-française unilatérale, aura-t-il le bon esprit de comprendre que l\u2019initiative et la responsabilité de la population canadienne-française sont meilleures pour le progrès de tout le monde que la stérile division et la confusion?J\u2019en reviens à l\u2019instauration d\u2019organismes d\u2019esprit français au Québec.Tant que nous gardons les institutions britanniques là où nous pourrions les remplacer, nous donnons un bien mauvais exemple de l\u2019absence d\u2019une différence que par ailleurs nous voudrions prouver et qu\u2019il est bien difficile aux étrangers de respecter quand nous avons si peu souci de le faire nous-mêmes.A l\u2019intérieur de ces institutions, il faut entendre, pour y croire, le genre d\u2019argumentations absolues, à la française, qui se couvre de considérations particulières, à l\u2019anglaise, et voir dans quelle inconséquence nous vivons ! Non, ce n\u2019est pas possible que ça continue.Il faut changer cela.Pour une pensée française, il faut un ordre français.Appelons cela comme on voudra, mais que la chose y soit.Du point de vue culturel, la démarche de la pensée française ne peut s\u2019alimenter indéfiniment d\u2019arguments raisonneurs et rester en relation avec des moyens positifs et réels, si elle est privée au sommet de la proclamation et de l\u2019insertion des principes directeurs et féconds d\u2019où découlent les effets et les conséquences attendues.A vivre trop longtemps dans un régime britannique, la pensée d\u2019un francophone perd contact avec les principes directeurs dont elle a besoin et elle s\u2019égare dans le faisceau des arguments de considération qui sont le fort d\u2019un VOUS PERMETTEZ ?873 esprit britannique.On sait que ce dernier s\u2019accommode très bien du \u201cmelting pot\u201d, même dans le domaine de la pensée, car il en tire des occasions de profiter des circonstances plus nombreuses qu\u2019il soumet à ses desseins, sans que sa position d\u2019individu bien cantonné en soit chargée, sans que l\u2019inviolabilité de sa \u201ccommunity\u201d en soit atteinte.Les moyens britanniques ne sont pas canadiens-français, quoi que nous en pensions et quelles que soient nos illusions devant les formes de procédures auxquelles nous nous sommes habitués, en surface, sans en poursuivre la logique jusqu\u2019aux notions authentiques qui sont le propre des anglophones.Quelle présence ont parmi nous des moyens aussi britanniques que la précaution avant de créer un précédent, la confiance envers le parti, la loyauté qui est de règle formelle, l\u2019entente de parti à parti, le préjugé favorable envers la bonne volonté?Nos principaux moyens sont restés autres.Ils sont d\u2019ordre déductif.Il nous faut logiquement une autorité supérieure qui instaure en premier chef les principes envers lesquels nous avons foi et d\u2019où viendront les résultats sur lesquels nous misons.Cette façon de procéder est française.Il ne sert à rien d\u2019aller à l\u2019école pour apprendre à penser ainsi et n\u2019avoir que de moins en moins dans la vie d\u2019institutions et d\u2019autorités où s\u2019exerce dans les choses vraies cette façon de penser.Comment peut-on imaginer qu\u2019une décision comme celle-là soit soumise, par exemple, aux voix majoritaires des anglophones de la Chambre des Communes ?Et pourtant, qui osera soutenir qu\u2019il n\u2019 y a pas dans les pouvoirs du gouvernement fédéral des biens et des compétences qui sont nécessaires à la vie et au progrès des Canadiens français?Le plus décourageant, c\u2019est qu\u2019on soit obligé de plaider encore aujourd\u2019hui pour des choses aussi élémentaires.Posons la question autrement.Qu\u2019est-ce qu\u2019un Canadien français peut faire sous un régime britannique?Il peut s\u2019assimiler, servir de traducteur, servir de porte-parole aux anglophones et colporter les arguments de ces derniers, pour embarrasser davantage ses compatriotes 874 ACTION NATIONALE dans leurs desseins normaux et les emmêler dans une pensée sans aboutissement logique et sans départ acceptable.La fierté la plus primitive aurait dû empêcher les représentants canadiens-français de soumettre les problèmes de leurs compatriotes à une assemblée fédérale qui les obligeait à subir des décisions bilatérales, alors que pour les anglophones les décisions unilatérales suffiraient.Cela est trop visible pour être nié.Maintenant, il faut sortir de cette forme de représentation.Aussi longtemps que nous y resterons, nous serons victimes d\u2019une aggravation de la situation.L\u2019envahissement de notre pensée par le flot des arguments d\u2019origine anglophone ne pourra être endigué et reconduit que par un long travail de reconstruction en sens inverse.Il est clair que notre identité doit être assurée par des mesures extraordinaires.La séparation n\u2019étant pas une saine mesure pour personne, il faut envisager une distinction.Il faut préserver cette distinction le plus complètement possible et le plus tôt possible.Nous sommes présentement victimes d\u2019une fausse identité.NOMINATION SYMBOLIQUE La nomination de M.Pierre-Elliott Trudeau comme ministre fédéral de la justice traduit assez nettement la volonté des Anglo-Canadiens de jeter le ridicule sur le Canada français.En ce centenaire de la Confédération aucune autre nomination ne pouvait prendre une telle signification symbolique: choisir le Canadien français dont presque toutes les déclarations et écrits ont été celles d'un anglicisé et d'un serviteur de la majorité anglo-saxonne.Crâne et audacieux dans sa servilité, il a enfin eu la récompense méritée par sa mentalité conditionnée à l'esclavage des Canadiens français.Cet honneur personnel rejaillit sur nous tous comme un éclat de rire gargantuesque dans les clubs de Bay Street et St.James.Cent ans de Confédération pour préparer une telle humiliation au Québec I La justice va maintenant prendre au fédéral un sens bien spécial et très étroit. X quatrième volume du rapport f-^arent - 2 Des principes 11 ' et occultes aux structures boiteuses.et machiavéliques ! par François-Albert Angers Il fallait être bien pris du goût de tout changer pour que les membres de la Commission Parent, après avoir pris conscience de la situation du problème de l\u2019école confessionnelle au Québec, aient jugé à propos de suggérer une sorte de bouleversement de notre régime actuel.Ils n\u2019ont pu faire autrement en effet, que de s\u2019apercevoir de sa grande souplesse, de son éminente adaptabilité aux situations nouvelles.Quelques rectifications et quelques changements de détail pouvaient suffire à tout sans provoquer ce branle-bas dont les motivations ne peuvent être qu\u2019assez obscures.L\u2019étude de la situation leur a d\u2019abord révélé un fait que nous connaissions bien à L\u2019Action nationale.L\u2019éminent juriste qu\u2019était Antonio Perrault en avait traité, il y a déjà longtemps, dans nos pages: ce n\u2019est pas par la voie de la proclamation légale que notre système scolaire s\u2019est fait confessionnel, mais par la volonté de la population, l\u2019usage qu\u2019elle a fait d\u2019une législation qui lui aurait aussi bien permis de faire des écoles non confessionnelles.La loi, quant à elle, a établi un mécanisme qui reconnaît la liberté de l\u2019école publique d\u2019être ce qu\u2019en font les parents sur le plan local; et dans l\u2019exercice de 151 876 ACTION NATIONALE leur liberté majoritairement exprimée, de la place pour le respect des consciences dans la minorité.Par quoi l\u2019on voit toutes les batailles idéologiques inutiles qu\u2019ont déclenchées des ignorants ou des malveillants sur des hypothèses de travail de cléricalisme au Québec, plutôt que de se renseigner sur l\u2019état véritable de notre droit scolaire, d\u2019en réclamer les modifications nécessaires face aux situations nouvelles.Depuis le milieu du XIXe siècle, il y a au Québec, par voie de constitution des commissions scolaires, une école commune qui n\u2019est et n\u2019a toujours été que ce qu\u2019ont voulu la majorité des contribuables: confessionnelle partout parce que tout le monde a toujours voulu jusqu\u2019à ces derniers temps qu\u2019elle le soit; obligée cependant de recevoir tous les enfants sans distinction de croyance et de respecter la conscience de ceux qui ne partagent pas les vues de la majorité.Les parents de sectes dissidentes ont toujours eu le droit de demander que leurs enfants soient exemptés de l\u2019instruction et des pratiques religieuses.Telle est la situation, sauf les cas de chartes spéciales, dans TOUTES nos commissions scolaires ordinaires.Au surplus, la loi a reconnu le droit de ceux qui ne sont pas d\u2019accord avec le caractère propre de l\u2019école commune, de se former en une sorte de commission scolaire séparée, d\u2019y adhérer et d\u2019être par là exempts des taxes pour l\u2019école commune.Donc, d\u2019avoir, à leur goût, leur école propre, selon leurs vues ; et alors, parce que spéciale, une école libérée de l\u2019obligation de recevoir d\u2019autres enfants que ceux qu\u2019elle veut bien admettre.Peut-on concevoir régime plus démocratique, plus souple, plus capable de répondre à tous les problèmes que peuvent poser les distinctions de croyance ?Et alors pourquoi en changerait-on s\u2019il n\u2019y a qu\u2019à l\u2019amender pour répondre à certains besoins de l\u2019heure ?Après la Confédération et par l\u2019expérience, ce droit s\u2019est perfectionné par la création d\u2019institutions de coordination.Laisser la définition, le fonctionnement de la DES PRINCIPES VACILLANTS ET OCCULTES.\t877 confessionnalité à chaque école, à chaque commission scolaire ne correspondait pas aux besoins du pluralisme déjà multi-confessionnel de notre milieu.Tout centraliser en un seul organisme risquait d\u2019engendrer plus de chicanes que d\u2019efficacité.Du côté catholique, c\u2019était d\u2019ailleurs contraire à l\u2019esprit et à la loi même du catholicisme; du côté protestant, la marge d\u2019interprétation tolérée permettait aisément l\u2019école chrétienne à multiples confessions.On a donc constitué un Comité protestant et un Comité catholique, tout naturellement chargés d\u2019administrer et d\u2019ordonner le régime général de chaque type d\u2019écoles.Après avoir pris conscience de ces faits, comment se comporte la Commission Parent ?En apparence, elle respecte totalement la tradition historique du Québec.Elle rejette toute idée d\u2019un système d\u2019écoles publiques qui ne serait que neutre, ou que confessionnel sous la forme restreinte soit d\u2019un enseignement religieux de type unique avec exemptions pour ceux qui s\u2019y objectent, soit d\u2019un enseignement religieux diversifié selon les croyances des enfants supposant un enseignement relativement neutre des matières profanes.En cela, elle s\u2019inscrit dans l\u2019esprit de liberté qui a toujours caractérisé le Québec, refusant à la fois à une seule confession comme à la neutralité de monopoliser l\u2019enseignement public; et à la minorité la prétention d\u2019imposer à la majorité catholique une école publique qui ne serait pas, selon ses convictions, intégralement chrétienne.Dans la même perspective, elle refuse aussi bien de consacrer le principe de l\u2019enseignement public exclusivement neutre, par l\u2019échappatoire du respect de la liberté à consacrer par l\u2019école privée confessionnelle entièrement subventionnée sur le même pied que l\u2019école publique.En définitive, la Commission opte donc pour l\u2019école publique correspondant aux besoins confessionnels des divers groupes.C\u2019est la solution qui permet \u201cde respecter la diversité des options religieuses et ses conséquences dans l\u2019enseignement.le désir des parents qui demandent pour leurs enfants des établissements publics confessionnels.\u201d Le pluralisme accru appellera seulement que l\u2019on 878 ACTION NATIONALE étende ce principe à d\u2019autres qu\u2019aux catholiques et aux protestants, notamment aux incroyants.La seule réserve à ce principe, dit le Rapport, sera pratique: l\u2019obligation où cela pourrait mener \u201cd\u2019une fragmentation excessive du système scolaire\u201d.Autrement, la société et l\u2019Etat doivent respecter la libre option des parents.Tout ce contexte ne laisse pas de doute sur la nécessité, au nom de la vraie liberté, de respecter l\u2019authentique confessionnalité que réclament les confessions religieuses; mais uniquement \u201cpar les parents\u201d considérés comme individus et comme masse, jamais comme communauté religieuse hiérarchisée et ayant des chefs (vice de la thèse déjà exposée à l\u2019article précédent).De plus, il n\u2019est pas question d\u2019atténuer le caractère confessionnel sous prétexte de respect de la conscience des quelques non conformes.Dans l\u2019école confessionnelle telle qu\u2019elle doit être, ce sera pour ceux-ci \u201cl\u2019exemption de l\u2019enseignement religieux et des pratiques de religion à l\u2019école\u201d; plus l\u2019obligation, dans \u201ctoutes les écoles fréquentées en nombre suffisant par des enfants appartenant à des minorités religieuses.d\u2019organiser à leur intention un enseignement de la religion conforme à leur croyance.\u201d (pp.68-69).Mais voilà ! après avoir payé ce tribut de principe à l\u2019école confessionnelle, ou plutôt à la liberté dans la confessionnalité ou la non-confessionnalité, le Rapport se lance dans un réaménagement des structures administratives scolaires dont la conséquence inévitable sera la confusion, le désordre, la chicane et finalement, la perte des libertés.D\u2019abord c\u2019est l\u2019engagement dans l\u2019ambiguïté des \u201ccompromis\u201d, des \u201cadaptations\u201d, des formules \u201cbi-confessionnelles\u201d, etc.auxquelles \u201ctous les groupes\u201d devraient en venir lorsque \u201cla minorité sera trop faible en nombre ou trop divisée\u201d, avec l\u2019obligation pour \u201cla direction et le personnel enseignant.de tenir compte de la présence de ces enfants dans la détermination du climat de l\u2019école et dans l\u2019enseignement\u201d.Oui ou non, la majorité aura-t-elle alors l\u2019école confessionnelle de son choix ? DES PRINCIPES VACILLANTS ET OCCULTES.879 Mais le plus grave, c\u2019est l\u2019irréalisme d\u2019une structure qui met la liberté en carcan au nom de la liberté.Cette idée de l\u2019unification des structures administratives au niveau local (une seule commission scolaire pour tous), comme au ministère, avec des directions pédagogiques relatives à chaque type d\u2019école est proprement baroque.et affolante.C\u2019est l\u2019histoire des chats mis dans le même sac.Et ainsi quand on ne se donne pas la peine de mettre la liberté dans des structures de liberté, on tue la liberté.Et ce qui peut être concevable au niveau général d\u2019un ministère, où l\u2019on ne traite des problèmes que dans leur généralité, devient facilement impraticable aux niveaux inférieurs, et d\u2019autant plus qu\u2019on est plus près du quotidien.Nids à chicane invraisemblables que ces unités administratives dirigeant dans un seul bloc, des écoles catholiques, des écoles protestantes, des écoles juives, des écoles non confessionnelles, des écoles françaises, des écoles anglaises, même avec le cataplasme des directions pédagogiques que l\u2019on tenterait de munir de pouvoirs en quelque sorte autonomes.Effort formidable, en somme, pour mettre la majorité dans un carcan.parce qu\u2019elle est catholique; de la mettre en quelque sorte à la merci des minorités, de minorités d\u2019ailleurs actuellement agissantes et chicanières, là précisément où elles ne sont pas assez importantes pour prendre les libertés qui leur sont offertes.Et puis quelle idée que cette foire d\u2019un recensement annuel pour savoir des parents s\u2019ils veulent leurs enfants dans une école catholique, dans une école protestante ou non confessionnelle, dans une école française ou dans une école anglaise ! Avec les parents qui peuvent changer d\u2019idée d\u2019une année à l\u2019autre en fonction des campagnes que poursuivront certains groupes afin de recruter des adeptes pour faire changer l\u2019école selon leurs vues.ANNUELLEMENT! C\u2019est délirant! Selon l\u2019expression d\u2019un de mes amis: C\u2019est de la folie furieuse! Quand le sens commun cesse de présider aux destinées de la liberté, celle-ci est fort en danger ! 880 ACTION NATIONALE C\u2019est de la folie furieuse.et machiavélique, déguisée maintenant sous le manteau du droit des parents que l\u2019on respecte si peu ailleurs.Car ici cela dépasse le champ du droit des parents; et empiète sur celui des Eglises et de l\u2019Etat.On leur permet maintenant de mettre en jeu les intérêts de la communauté à laquelle ils appartiennent.L\u2019enregistrement des enfants pour l\u2019année dit tout ce qu\u2019il faut à ce sujet.Les parents sont catholiques, de langue française; leur enfant est inscrit à l\u2019école catholique et française, à moins qu\u2019ils ne fassent une demande spécifique, spéciale pour un enregistrement à une autre école.Et dans le domaine linguistique, voilà un domaine où est reconnu le droit de l\u2019Etat d\u2019imposer aux parents une règle d\u2019unité nationale: l\u2019intégrité de la langue ; comme dans le domaine confessionnel, existe le droit des Eglises d\u2019imposer en conscience aux parents une règle d\u2019unité morale.Pour éviter ces chevauchements assez peu désirables du point de vue de chacune des communautés considérées, catholique, protestante ou juive, française ou anglaise, il vaut mieux justement qu\u2019il y ait des administrations séparées, avec répartition des taxes selon les principes de notre régime actuel.Dans tous les pays du monde, c\u2019est l\u2019Etat qui détermine la langue de l\u2019école publique selon les intérêts nationaux.En notre pays du Québec, au Canada, l\u2019unité nationale québécoise comme l\u2019unité nationale canadienne, réclament que les enfants de Canadiens français fassent leurs classes élémentaires et secondaires, celles qui sont les plus formatrices du fondement de la pensée, en français; et nous sommes déjà, au Québec, généreux en reconnaissant la situation bilingue et en accordant le privilège du choix aux parents anglophones considérés comme communauté ethnique.De même que dans le domaine linguistique, c\u2019est l\u2019Etat qui a le droit d\u2019imposer la langue de l\u2019école, dans le respect de certaines exigences et de certains droits (l\u2019école des immigrés de la première génération, par exemple, pose des problèmes sur lesquels, dans tous les pays, on passe assez légèrement), ce sont les Eglises, DES PRINCIPES VACILLANTS ET OCCULTES.\t881 dans le domaine religieux, qui ont le droit à leur conception de l\u2019école pour leurs ouailles.C\u2019est confondre l\u2019ordre des choses, évoquer l\u2019anarchie, que de vouloir se réclamer de la liberté de conscience pour obtenir le concours de l\u2019Etat afin de créer des institutions contrariant les lois de l\u2019Eglise à laquelle on appartient.La liberté de conscience en est une de libre choix de la confession à laquelle on adhère; non pas de violer les directives de cette confession, droit ou possibilité qui relève du libre arbitre, non de la liberté de conscience.Dans un Etat pluraliste, qui doit constituer divers types d\u2019écoles pour divers types de confessions ou de non confession, selon les adhésions religieuses des parents, un sain principe veut que l\u2019Etat n\u2019use pas de contrainte pour forcer l\u2019application des lois d\u2019une Eglise particulière, pour forcer par exemple les parents d\u2019une confession donnée à envoyer leurs enfants à leur école confessionnelle s\u2019ils usent de leur libre arbitre pour agir autrement.Mais le même sain principe veut que l\u2019Etat n\u2019apporte pas à ces parents une collaboration active et spéciale pour leur permettre de se soustraire à leurs obligations de conscience reconnues par l\u2019adhésion à une confession religieuse.Mais c\u2019est cette adhésion qui doit servir à déterminer le caractère de l\u2019école, non pas la décision spécifique des parents prise à chaque année sans qu\u2019il se soit produit de changement dans leur option religieuse.De même qu\u2019il ne doit pas appartenir aux parents, ou à la direction pédagogique des écoles, mais au Comité catholique, au Comité protestant, au Comité juif ou au Comité non confessionnel s\u2019il en est besoin, de définir les caractéristiques de la confessionnalité dans leurs écoles, c\u2019est à eux aussi que doit appartenir la détermination des critères dans le choix des maîtres.Le Rapport Parent outrepasse donc ce qui relève des droits de l\u2019Etat quand il suggère une règle générale qui ne serait pas celle \u201cque tous les maîtres d\u2019une école confessionnelle appartiennent à la religion à laquelle se rattache l\u2019école\u201d.Cela ne regarde ni l\u2019Etat, ni le rapport Parent, mais les religions concernées.Tout ce qu\u2019on peut reconnaître à l\u2019Etat ici, 882 ACTION NATIONALE c\u2019est le droit d\u2019intervenir si, à défaut de maîtx-es, telle confession privait les enfants de ses écoles d\u2019un enseignement nécessaire pour assurer certains standards de qualité définis par le régime général.Et un droit aussi de refuser d\u2019acquitter un coût supplémentaire résultant d\u2019une certaine exigence et du petit nombre d\u2019enfants concernés, quitte aux intéressés à décider s\u2019ils consentent eux-mêmes à l\u2019assumer pour se donner ce qu\u2019ils désirent.En acceptant ces diverses déviations, la Commission Parent s\u2019est placée dans une impasse, car il est évident qu\u2019il aurait été ridicule de vouloir maintenir des commissions scolaires locales, chargées de tous les types possibles d\u2019école, avec des directions pédagogiques dans chacune pour s\u2019occuper de chaque type d\u2019enseignement.Mais la régionalisation de la formule, pour la rendre plus acceptable techniquement, ne la rend pas moins saugrenue.(Sans compter nous y reviendrons, qu\u2019ainsi on sape l\u2019exercice du droit des parents sur l\u2019école).On est en train, par là, de nous mettre sur pied, toute une série de petites Eglises, de \u201csectes\u201d locales dans chaque religion, avec autant de types de confessionnalité que pourront suggérer les fantaisies de chaque directeur pédagogique sous la pression des fantaisies d\u2019autant de comités de parents.Quand on pense que le grand problème qui a suscité la création de la Commission Parent était celui du manque de coordination de notre régime d\u2019enseignement, qu\u2019elle n\u2019a su résoudre que par la centralisation excessive d\u2019un ministère omnipotent, un tel laxisme décentralisateur par rapport à la coordination de la pensée confessionnelle a de quoi laisser rêveur ! On aurait voulu inventer un plan machiavélique pour saper l\u2019idée et le sens de l\u2019école confessionnelle qu\u2019on n\u2019aurait pu mieux trouver que cette \u201catomisation\u201d qui élimine l\u2019autorité des Eglises et crée un processus totalement anarchique de mise en oeuvre du principe.D\u2019ici au plus un quart de siècle, le fonctionnement d\u2019un tel système aura engendré tant de situations concrètes ridicules, que l\u2019idée même d\u2019école confessionnelle pourra être en butte au ridicule et au sarcasme.Il est assez évident que sur le plan confessionnel, la seule solution sensée est celle des corps DES PRINCIPES VACILLANTS ET OCCULTES.\t883 administratifs locaux spécialisés selon les confessions avec une direction centralisée agissant sous l\u2019inspiration directe des autorités ecclésiastiques.Cependant, ce sera toujours sur le plan local que s\u2019effectuera le choix des maîtres ; et, comme le dit le rapport Parent, \u201cc\u2019est en définitive sur ses maîtres que repose l\u2019école confessionnelle.\u201d On ne peut alors que s\u2019étonner de voir le rapport accréditer cette fausse pudeur \u2014 alors que notre siècle se montre en général si peu pudique sur tant de choses \u2014 qu\u2019il ne serait pas séant de s\u2019enquérir des convictions religieuses des maîtres au moment de leur engagement et d\u2019en tenir compte pour décider de leur acceptation.C\u2019est vraiment faire preuve d\u2019une délicatesse excessive que de simplement reconnaître que \u201ctout maître posant sa candidature à un poste dans une école confessionnelle pourrait\u201d (les soulignés sont de nous), de son propre mouvement, s\u2019il y a la moindre incertitude de la part de l\u2019école à ce sujet, faire connaître ses positions religieuses\u201d (p.81).(Que de précautions ou d\u2019\u201cimpureté\u201d, de complexe de culpabilité quant aux convictions religieuses en un siècle où l\u2019on est si \u201cpur\u201d à admettre qu\u2019on a ses maîtresses, qu\u2019on est homosexuel ou lesbienne.et même putain! Cela, paraît-il, \u201céviterait de poser qui que ce soit dans des situations embarrassantes.\u201d Que de détours, que de délicatesses pour quoi?pour permettre quoi?aux incroyants de se dissimuler ?de pouvoir quand même s\u2019infiltrer là où ils n\u2019ont manifestement pas d\u2019affaire ?\u2014 que de détours, de délicatesses, alors qu\u2019il est tout simple de demander la question de vive voix ou par écrit sur une formule : \u201creligion: .pratiquant?.\u201d Cette mythologie de l\u2019anti-confessionnel, elle transparaît encore lorsque le rapport continue : \u201cQuant à la préparation des maîtres des écoles confessionnelles, on peut espérer une amélioration de leur formation intellectuelle dans la mesure où les universités et les centres d\u2019études universitaires\u201d (qui seront non confessionnels dans l\u2019esprit des membres de la Commission) \u201cla prendront en main\u201d.Vraiment, ces non confessionnels, on ne 884 ACTION NATIONALE leur reprochera pas de douter d\u2019eux-mêmes.ni non plus du complexe d\u2019infériorité de Mgr Parent et de la soeur Laurent-de-Rome qui ont ratifié l\u2019insulte., purement gratuite car à notre époque les gens les plus étroits d\u2019esprit se retrouvent encore dans notre Mouvement laïque de langue française.Complètement inacceptable est ensuite la formulation de la règle qu\u2019il appartiendra aux parents de \u201cdéterminer les formes que la confessionnalité prendra en pratique.\u201d (p.82) dans chaque établissement.C\u2019est là une proposition anarchique, vraiment insensée pour autant que l\u2019Eglise concernée a une doctrine de l\u2019école confessionnelle.De toute façon, ce sont de faux problèmes que le rapport évoque, dans sa logique propre, lorsqu\u2019il en vient à enlever aux Comités confessionnels du Conseil supérieur de l\u2019Education les pouvoirs que leur confie la loi actuelle \u201cde faire des règlements pour reconnaître les institutions d\u2019enseignement confessionnelles comme catholiques et protestantes, selon le cas, et pour assurer leur caractère confessionnel\u201d ; et \u201cde reconnaître comme catholiques ou protestantes, selon le cas, les institutions d\u2019enseignement confessionnelles et de révoquer au besoin cette reconnaissance\u201d.\u201cL\u2019application stricte de cet article, dit-on, paraît en effet difficilement réalisable en pratique; en outre, son application risquerait de conduire à des enquêtes particulièrement désagréables et troublantes pour les enfants et les parents, et d\u2019engendrer même certains conflits.\u201d Voilà une façon bien habituelle dans certains milieux aujourd\u2019hui de faire admettre, sans en avoir l\u2019air, des faussetés manifestes en les affirmant sous le couvert du sens commun, de sorte qu\u2019elles s\u2019intégrent dans la pensée distraite sans réflexion.La sottise de cette affirmation ne pourra éviter de sauter aux yeux de quiconque s\u2019arrêtera à penser que c\u2019est ainsi que fonctionne notre système scolaire depuis belle lurette et que les conflits qui en résultent, ou les enquêtes désagréables et choquantes, n\u2019existent à peu près nulle part.Ce langage est celui d\u2019incroyants, ou d\u2019innocents (pour ceux qui l\u2019ont DES PRINCIPES VACILLANTS ET OCCULTES.\t885 adopté étant croyants), qui voient le problème de la religion comme étant celui d\u2019une religion personnelle que chacun aménage à son goût.D\u2019où dans l\u2019esprit cette vision de difficultés insurmontables à aménager des systèmes confessionnels à partir d\u2019un centre trop vaste, trop loin des personnes.Encore une fois, on nie tout caractère institutionnel aux Eglises; et par suite, la vision d\u2019une doctrine à laquelle on adhère en la choisissant pour qu\u2019elle règle pour nous ce genre de problèmes par un processus collectif auquel on se soumet.Il n\u2019est qu\u2019à continuer à faire comme jusqu\u2019ici, d\u2019obtenir par fiche d\u2019inscription la religion des enfants ; et le caractère, le type de confessionnalité s\u2019établit de lui-même selon les réponses obtenues.S\u2019il y a des modes de confessionnalité divers à envisager en fonction du degré de pluralisme, cela peut encore être réalisé bien plus efficacement par un Comité central que par un Comité local de parents, dont ce n\u2019est pas la fonction et qui n\u2019y trouvera qu\u2019une occasion d\u2019embarras.Pense-t-on même aux parents qui, tout en adhérant à une confession, ne veulent pas d\u2019une école confessionnelle \u2014 ce qui peut être valable pour d\u2019autres religions si ce ne l\u2019est pour les catholiques \u2014 qu\u2019une question encore au bulletin d\u2019inscription suffit à renseigner.Les sectes qui ne veulent pas d\u2019une école confessionnelle s\u2019exprimeront.Ce sont donc de faux problèmes, des fantômes de l\u2019esprit sectaire non confessionnel que le Rapport Parent évoque ici.Reste à voir comment la Commission va maintenant entendre le type de confessionnalité qui \u201cne blesse pas la conscience de ces enfants (de parents non confessionnels) et de leurs parents\u201d là où ils devront fréquenter l\u2019école confessionnelle.\u201cIl s\u2019agit, dit le Rapport, en pratique de rendre le caractère confessionnel assez large, assez accueillant, assez ouvert pour que tout enfant qui ne partage pas les convictions religieuses de la majorité soit quand même à l\u2019aise dans cette école\u201d, (p.86) Notons ici que le Rapport risquera de desservir fort les intérêts qu\u2019il veut défendre par sa solution de la détermination du caractère confessionnel par les comités locaux de pa- 886 ACTION NATIONALE rents.C\u2019est un fait constant que la tolérance est beaucoup plus large et plus facile à régir dans les hautes sphères des administrations qu\u2019au niveau local, avec sa variété de conditions.Ceci dit, il n\u2019y a rien à reprendre aux exigences qui sont prescrites pour le niveau élémentaire: \u201cexemption de l\u2019enseignement religieux et des prières et exercices de piété\u201d, \u201ctenir compte de leur présence dans la façon de parler de la religion ou de Dieu\u201d (encore qu\u2019il ne faudra tout de même pas le faire de façon à ne pas respecter la conscience de la majorité et à jeter dans ces âmes l\u2019habitude du doute ou de l\u2019indifférence \u201cobjective\u201d à l\u2019égard de Dieu et de leur religion), \u201censeigner.le respect de la conscience d\u2019autrui, la bienveillance mutuelle en matière religieuse\u201d.(p.86).On peut en dire autant de l\u2019attitude du rapport pour la confessionnalité dans l\u2019enseignement secondaire.Mais les vues du Rapport sur les \u201cinstituts\u201d et les universités restent l\u2019expression d\u2019un point de vue bien particulier.Sous prétexte que les \u201ccorporations\u201d seront des corps publics, donc neutres, on pose ici la règle de la multiplicité des cours-options d\u2019inspiration diverse pour différents groupes d\u2019élèves, comme auparavant la diversité des écoles sous une commission scolaire à multiples directions pédagogiques.En fait, cette multiplicité des cours ne fait que rendre plus facile l\u2019adaptation de la confessionnalité au pluralisme des élèves; et l\u2019on ne voit pas pourquoi partout où il y a une suffisante homogénéité de la population, les \u201cinstituts\u201d ne seraient pas, encore plus facilement que l\u2019école primaire ou secondaire, de nature confessionnelle par son rattachement à la direction du Comité, comme pour les commissions scolaires.Cette neutralisation de l\u2019enseignement collégial pour faire droit à la minorité, et à une minorité infime en la plus grande partie de l\u2019étendue du Québec, n\u2019a nullement sa raison particulière sauf comme un coin que l\u2019on fait entrer dans notre système scolaire, à la faveur d\u2019une transformation, pour faire sauter éventuellement la confessionnalité partout. DES PRINCIPES VACILLANTS ET OCCULTES.\t887 La remarque vaut aussi bien pour les universités.Malheureusement le Rapport peut invoquer à son appui l\u2019attitude de certains clercs, qui n\u2019ayant plus le courage d\u2019affronter les problèmes qu\u2019ils ont eux-mêmes créés par le laxisme religieux introduit dans nos institutions en ces dernières années, ne se sentent plus capables d\u2019affronter des auditoires d\u2019adultes ou d\u2019adolescents pour leur donner un enseignement religieux, qu\u2019ils tendent à mépriser.Mais leur mépris même est le signe qu\u2019ils en ont davantage besoin ; quoique les nouvelles méthodes introduites dans leur formation religieuse antérieure soient en train de se révéler une faillite.On ne réglera pas ce problème par la démission que ces clercs ont suggérée aux membres de la Commission Parent, par l\u2019incapacité où ils se sentent d\u2019être à la hauteur d\u2019une situation difficile : celle de trouver le moyen par un enseignement religieux adapté de redonner le respect de la religion à des jeunes qui sont victimes des expériences de cobayes auxquelles on les soumet actuellement dans les familles et les institutions religieuses mêmes.En conséquence, au chapitre des recommandations (pp.89-91), il faut ratifier les recommandations (1) reconnaissance du principe de l\u2019école confessionnelle, (6) obligation pour l\u2019école publique non confessionnelle (là où elle serait l\u2019école unique) d\u2019offrir un enseignement religieux approprié aux enfants selon leur religion ou un enseignement moral général, (7) droit des parents de demander l\u2019exemption de l\u2019enseignement et des pratiques religieuses pour leurs enfants dans les établissements publics confessionnels, (8) (9) (10) (11) relatifs à 1 a-daptation du confessionnalisme au pluralisme.Rejeter les recommandations (3) recensement annuel pour la détermination du caractère confessionnel, (4) commissions scolaires à directions pédagogiques multiples, (5) détermination par les parents des caractères confessionnels ou non confessionnels de chaque école, et (13) abrogation des dispositions qui donnent aux Comités confessionnels la juridiction sur les écoles confessionnelles.Et qualifier la recommandation (2) qui refuse le caractère confes- 888 ACTION NATIONALE eionnel aux commissions scolaires et corporations d\u2019institut.UN CORDON OMBILICAL MAL COUPÉ Grâce à Dieu le Rapport Parent est publié.Il a eu une naissance sensationnelle et les journalistes ont failli l'étouffer sous la marée de leurs éloges excessifs.Mis à jour par neuf auteurs, huit l'ont laissé exposé à tous les vents.Mais le neuvième, M.Guy Rocher, n'a pas encore réussi à couper le cordon ombilical qui le rattache à SON petit ! Modestement M.Guy Rocher revendique la paternité de ce petit difforme.Pourtant nous savons que de nombreux chapitres ne sont pas son oeuvre.Nous savons de plus que M.Arthur Tremblay a plus de titres que lui à la paternité mais occupé à préparer l'avenir de ce petit, il loisse M.Rocher s'arroger tous les pseudo-honneurs.Le Rapport Parent contient tant d'emprunts au système américain que plusieurs y voient un petit bâtard.Quoi qu'il en soit M.Rocher n'arrête pas de le vanter.Une quasi-obsession.Une idée qui devient fixe.Il guerroie contre tous ceux qui menacent son petit.Il attaque les commissions scolaires, les parents et toute la population qui trouve que SON petit ressemble plutôt à un hibou sans plume qu'à un aigle rare.Bref, il prend l'allure d'un père un peu ridicule.Il n'a plus le temps de préparer ses cours à l'Université.D'ailleurs ses élèves l'ont quasiment hué.En effet il a transformé ses classes en cours de propagande: haro sur les Commissions scolaires ! haro sur les parents ! haro sur tous ceux qui ne sont pas en adoration béate devant SON petit ! Il fait pression à droite et à gauche, il ne parle que de SON rapport.Il n'a plus une once d'objectivité.Ses attitudes, sinon ses conférences, deviennent bébêtes.Qu'il coupe le cordon ombilical ! Il nous faudra un siècle pour réparer son oeuvre par la chirurgie plastique.Plus les universitaires l'étudient, plus ils en voient les faiblesses: à peine né, tout le monde veut le retoucher.C'est qu'il est déjà dépassé.Pauvre père innocent, il est le seul à l'ignorer.Il vante l'école publique et l'école polyvalente mais il envoie tous ses enfants à l'école privée.Comment le croire ensuite ? oC éducation aie américaine FAMEUSE POLYVALENCE par Jules-Bernard Gingras doyen de la faculté de Psychologie à St Leo's Abbey, Floride Que l\u2019on envisage Y éducation à l\u2019américaine du point de vue moral ou académique, il est certain que le point crucial se situe au niveau du secondaire.Quand l\u2019élève arrive au collège, il est déjà trop tard pour remédier complètement aux dégâts.L\u2019endoctrination sociologique à la Dewey et la coéducation ont déjà fait leur oeuvre.La santé physique est médiocre, \u2014 l\u2019examen médical déclarera un tiers des jeunes de 18 ans, inapte au service militaire et l\u2019on découvrira des cas de syphilis qui remontent à l\u2019école primaire, \u2014 mais la santé mentale est nettement mauvaise.Non pas qu\u2019il y ait beaucoup de cas mentaux proprement dits, mais une foule de troubles émotifs.Le jeune homme de 17 ans absolument bien équilibré peut être considéré comme une exception.L\u2019adolescent n\u2019est pas un adolescent normal, parce qu\u2019il n\u2019a pas été un enfant normal.Il a reçu une éducation qui a ignoré et même contrarié les rythmes naturels de développement.La surestime des valeurs corporelles et sexuelles, \u2014 fruit surtout du sociologisme moral, \u2014 jointe à l\u2019excitation continuelle due à la coéducation, en ont fait un être morbide, sans défense contre les impulsions de l\u2019instinct artificiellement renforcé.Cela suffit pour expliquer son instabilité émotive.Cela ne suffirait 890 ACTION NATIONALE peut-être pas pour expliquer complètement le désordre de son esprit, le désastre académique, dont il témoigne.Ce désastre, il est impossible de le nier; tout le monde le voit.Comme l\u2019écrit le Dr Bell, \u201cles plaintes ne viennent pas de quelques mécontents mais de toutes les directions\u201d.Thoughtful parents, .leaders of business and industry commonly deplore the ignorance, laxness and gaucherie of products that tumble by the thousands each year from the end of our educational assembly line.Teachers themselves voice embittered disillusion.\u2014 Les parents consciencieux.les chefs d\u2019affaires et d\u2019industrie déplorent tous l\u2019ignorance, l\u2019inconscience et la gaucherie des produits qui sortent par milliers chaque année de la machine intellectuelle.Les professeurs eux-mêmes expriment leur amer désillusion.(1).Et le Dr Bell démontre comment tous ces désillusionnés partagent une même crainte: \u201cWe a/re producing, and at great expense and with the most incongruous self-congratulation, a nation of Henry Al-driches.The dismayed and the skeptical further believe that those incharge of what is called (so loosely) \u201ceducation\u201d in America have little perception themselves of what schooling is supposed to be or to do.They feel that the failures of the schools promise eventually to make our culture crude and unstable, our nation politically inept and insecure.\u2014 Nous produisons à grands frais et en nous félicitant incongruement une nation d\u2019Henry Aldrich.On croit aussi que ceux qui ont la charge de ce qu\u2019on appelle si abusivement Y éducation en Amérique connaissent eux-mêmes fort peu de chose de ce que l\u2019école doit être et ce qu\u2019elle doit faire.Ce qui laisse à prévoir que l\u2019échec de l\u2019école produira une culture fruste et instable, une nation politiquement inepte et sans sécurité.\u201d (2) Tel semble être le résultat du grand rêve de Dewey de doter les Etats-Unis d\u2019un système d\u2019éducation démocratique, en ignorant la nécessité des élites.(X) \u201cKnow why vs know how\" (2) Ibidem. LA FAMEUSE POLYVALENCE 891 L\u2019égalitarisme social a toujours été une menace pour la culture et une invitation à la médiocrité, car il tend nécessairement à envahir le domaine académique, en détruisant toutes les hiérarchies et subordinations naturelles de la connaissance.Le paysan du Danube était peut-être un bon démocrate.On ne saurait cependant l\u2019offrir comme modèle pour la formation d\u2019une élite, qui disait que l\u2019éducation, lorsqu\u2019elle verse dans les buts politiques, peut faire rétrograder une nation vers la barbarie, voire même l\u2019analphabétisme (Exagéré ?Que non.Nous avons au collège des élèves de 18 ans, qui savent à peine lire et écrire, mais étoile de soccer ou brillant en chimie! Ils savent beaucoup d\u2019autres choses, mais ne peuvent s\u2019exprimer correctement.) Pestalozzi croyait que toute éducation commençait par la discipline du mot à laquelle s\u2019ajoutait ensuite celle des nombres et des formes.\u201c Aujourd\u2019hui, \u2014 écrit encore le Dr Bell, \u2014 nous ne pouvons pas dire que nous avons réussi dans aucune de ces trois disciplines fondamentales.La discipline du mot requiert qu\u2019on enseigne à nos enfants à lire, écrire et parler, sinon avec grâce, du moins avec clarté.Cependant la plupart des Américains ne peuvent lire rien de plus difficile qu\u2019un tabloïd ou un comic, sans sueurs et sans larmes.Un journal métropolitain, qui se dit le plus grand du monde, exige de son personnel que tous les articles soient écrits en tenant compte du niveau moyen d\u2019un enfant de 12 ans.Peu d\u2019Américains de moins de 40 ans peuvent écrire une lettre clairement.Us ne conversent qu\u2019en clichés.\u201d (3) Le 14 janvier dernier, le P.Thomas Savage, s.j.doyen de la Faculté des Lettres de Xavier University, parlait aux professeurs de Cincinnati.Le Père, qui est gradué de la Sorbonne et d\u2019Oxford, ne cachait pas son dépit devant les produits de l'enseignement secondaire états-unien : \u201cColleges are fed up with serving as rehabilitation centers for poor students.\u2014 Les collèges en ont assez de (3) Ibidem. 892 ACTION NATIONALE servir de centre de réhabilitation pour les étudiants ignorants.\u201d Il expliquait le dégoût des professeurs de littérature anglaise d\u2019être obligés de corriger les fautes de grammaire et à\u2019épellation dans les travaux des élèves, d\u2019être obligés en un mot de se substituer aux instituteurs du primaire et du secondaire.\u201cNos élèves ne savent aucunement s\u2019exprimer ni par écrit ni oralement, pendant qu\u2019on leur farcit la tête d\u2019un fatras de notions encyclopédiques, sans relation entre elles et de peu d\u2019importance pour la plupart d\u2019entre eux.\u201d Et il concluait: \u201cLe collège et encore moins l\u2019Université ne devraient être des endroits où l\u2019on apprend à épeler\u201d.La masse de Freshmen, qui arrive au collège d\u2019un peu partout, constitue en effet un excellent matériel d\u2019observation pour le sociologue et le statisticien.Et alors on découvre d\u2019autres causes, qui ne sont peut-être pas des causes déterminantes, mais certainement con-tributrices.Parmi celles-ci, citons: la polyvalence sans règle ni mesure.La polyvalence absolue ne se trouve nulle part dans le monde érigée en système, excepté peut-être aux Etats-Unis, où pas plus cependant de 10% des écoles secondaires sont vraiment polyvalentes.(Il n\u2019y a que des essais partiels en Angleterre et en France.) Cependant, après une expérimentation d\u2019environ deux décennies, on peut maintenant en apprécier les résultats.Le plus apparent et peut-être le plus néfaste a été Yécole géante, car à notre avis, le seul argument sérieux, dont peuvent se targuer les tenants de l\u2019éducation de masse, sourd des exigences de la polyvalence illimitée.Effectivement, pour ceux qui assimilent l\u2019école au Supermarket, \u2014 où l\u2019on trouve de tout sur le même plancher, \u2014 le gigantisme est la seule solution.Autrement, on fait face à d\u2019innombrables conflits d\u2019horaire ou à des problèmes financiers insolubles.Tel élève ne peut suivre tel cours, \u2014 quel qu\u2019essentiel qu\u2019il soit, \u2014 parce qu\u2019à la même heure, il doit assister à un autre cours également considéré comme important.Il faut donc que le cours en LA FAMEUSE POLYVALENCE 893 question soit répété à différentes heures.Ce qui ne peut se faire rationnellement que dans l\u2019école de masse.Autrement on risque d\u2019avoir des classes d\u2019un, deux ou trois élèves.Ce qui augmente considérablement le coût de l\u2019enseignement.C\u2019est pourquoi, pour certaines gens, l\u2019école de masse est devenue synonyme d\u2019économie.Mais l\u2019argument porte à faux, car c\u2019est précisément cette polyvalence poussée jusqu\u2019à l\u2019absurde, qu\u2019on ne peut accepter.Dans la formation d\u2019un adolescent, tout n\u2019est pas polyvalent.On y doit trouver une hiérarchie des valeurs.On ne choisit pas entre la musique et la philosophie, entre la grammaire et la gymnastique.Il y a des distinctions et des subordinations à établir ; il y a le fondamental et il y a l\u2019accessoire.L\u2019absence d\u2019échelle des valeurs et d\u2019une conception humaniste de l\u2019éducation ont précipité l\u2019école étatsunienne sur la pente de la polyvalence illimitée, créant en même temps tous ces conflits d\u2019horaire, qui deviendront le mal de tête chronique de l\u2019administration dans l\u2019école polyvalente.En réalité, \u2014 comme nous verrons, \u2014 les conflits d\u2019horaire ne sont qu\u2019un symbole des conflits intellectuels et moraux, du désordre et de la confusion qui régnent dans les esprits ainsi formés, et qui se manifestent dès l\u2019entrée au collège.Le second problème causé par cette sorte de polyvalence du high school, et qui fait le désespoir des professeurs de collège, c\u2019est l\u2019absence d\u2019homogénéité des groupes scolaires.Impossible de donner un cours qui profitera à tous, sans demeurer dans les généralités les plus élémentaires.Quelques élèves sont préparés ; quelques autres ne le sont pas du tout.Entre les deux, il y a tous les degrés de préparation ou d\u2019impréparation.Quand on examine les dossiers, tels que transmis par l\u2019école secondaire, on est stupéfié au point de découragement.Us revêtent les formes les plus fantaisistes.Aucune orientation rationnelle ne semble avoir présidé aux choix de la plupart, seulement des goûts enfantins, passagers et souvent antagonistes.Le seul principe quelque peu constant, c\u2019est celui de la facilité. 894 ACTION NATIONALE La dispersion d\u2019attention suit nécessairement.Le P.Savage, de Xavier University, dans son allocution de Cincinnati, énumère toutes les matières, \u2014 incidentes d\u2019une polyvalence encyclopédique absurde, \u2014 qui devraient être éliminées du secondaire, parce qu\u2019elles prennent la place du fondamental.John Dewey lui-même entrevoyait les effets néfastes d\u2019une telle polyvalence lorsqu\u2019il écrivait: \u2018Je ne pense pas qu\u2019il soit bon pour nous de nous rendre compte de la condition psychologique de la majorité des élèves qui quittent nos écoles.Nous trouverions cette division de l\u2019attention et la désintégration qui s\u2019ensuit si grande que nous pourrions être découragés de toute tentative pour l\u2019avenir.\u201d (4) C\u2019était admettre, \u2014 mais un peu tard \u2014 que le fameux principe du besoin conscient, qu\u2019il avait prôné si longtemps comme norme suffisante des programmes individuels, n\u2019avait pas joué, du moins pas dans la direction espérée.C\u2019est le contraire qui est arrivé.Les professeurs, en conséquence, sont contraints d\u2019accomplir un travail absolument superficiel.Ceci est tellement vrai que le baccalauréat a perdu à peu près toute signification.Il faut que le candidat aux études supérieures ou à un emploi produise, non pas un parchemin, mais un transcript, c\u2019est-à-dire une liste des cours suivis avec les points obtenus aux examens.Comment n\u2019aurions-nous pas l\u2019impression de donner à la société chaque année des diplômés sans réelles capacités, bien peu préparés à leurs rôles de futurs dirigeants ?Les \u201ctêtes bien faites\u201d sont l\u2019infime exception.De plus, le mal étant surtout au niveau secondaire, nous savons que nous ne pouvons y remédier, malgré les efforts réels déployés pour réordonner les programmes dans une perspective culturelle.On s\u2019y essaie quand même.Ainsi, ici au collège, en première année, il n\u2019y a aucun choix.Toutes les matières sont obligatoires, y compris la religion.En témoigne (4) (Art.Second Supplement to the Herbaert Year book for 1966.) LA FAMEUSE POLYVALENCE 895 aussi la déclaration du Dr R.E.Page, directeur des études (Dean) de l\u2019Université de Floride: \u201cLa philosophie de base du collège est liée au concept d\u2019éducation générale étendue en profondeur.L\u2019éducation professionnelle doit être de plus en plus déléguée au niveau supérieur.Ce n\u2019est pas la fonction primaire du collège de préparer ses diplômés pour le marché du travail.Notre souci fondamental est l\u2019éducation de base.\u201d (5) Ceci prouve bien que les vrais éducateurs commencent à se rendre compte du dommage causé par la polyvalence anticulturelle et à se convaincre que la seule polyvalence acceptable est une polyvalence limitée, \u2014 en pratique extrêmement restreinte au niveau secondaire, \u2014 et dont la meilleure forme semble encore celle des options, pas beaucoup plus diversifiées que celles qui existaient autrefois.Autrement, la culture est sacrifiée à l\u2019érudition et il est impossible de maintenir les valeurs de base de toute éducation.La polyvalence logique se présente comme une sorte d\u2019éventail, très peu diversifié au début et se déployant ensuite à mesure que l\u2019on avance vers les niveaux supérieurs, où s\u2019impose le choix d\u2019une carrière.Tout au moins pour ceux dont le quotient intellectuel permet l\u2019accession au cycle complet, les écoles secondaires ne doivent pas être des écoles professionnelles.L\u2019adolescent est autre chose que l\u2019éventuel notaire, avocat, ingénieur ou technicien.Il est le futur homme d\u2019abord, le futur citoyen, et chef de famille ensuite.Ces fonctions essentielles ne requièrent ni n\u2019admettent une polyvalence illimitée.On n\u2019apprend pas à être un homme normal et responsable, en mesure de se gouverner soi-même suivant des principes rationnels, seulement en choisissant (5) \u201cThe basic philosophy of the college is geared to the concept of continuing a program of general education \u2018extended in depth\u2019.Professionnel education should be increasingly delegated toward the graduate level.It is not the primary function of the college to prepare its graduates to enter the labor market.Our fundamental concern is basic education and pre-professional preparation\u201d.Remarquez que ce qui est dit du collégial est encore plus impératif au pré-collégial. 896 ACTION NATIONALE sur des tablettes entre différents élixirs de succès ou en feuilletant un dictionnaire.La seule solution logique, c\u2019est encore Jacques Ma-ritain qui nous la fournit, lorsqu\u2019il explique \u2014 dans Pour une 'philosophie de Véducation, \u2014 qu\u2019il peut être acceptable de fournir l\u2019occasion aux élèves de concentrer leurs efforts sur des matières vers lesquelles les portent leurs goûts et leurs aptitudes, \u2014 à condition bien entendu, que la hiérarchie des valeurs soit respectée et qu\u2019ils apprennent aussi ce qui est considéré comme essentiel et fondamental.Il faudrait encore faire une distinction entre la connaissance et l\u2019organisation de la connaissance, qui est cohésion et hiérarchie, et en laquelle consiste la véritable culture et la véritable éducation.Pour y arriver, il faudrait renoncer tout d\u2019abord au libre choix des matières, \u2014 qui a contribué considérablement à l\u2019échec de la polyvalence, \u2014 et y substituer le libre choix des options.Quand je dis libre choix, il faut entendre un choix éclairé, préparé par des examens d\u2019orientation et approuvé pour chaque enfant, par des conseillers pédagogiques expérimentés.Aux Etats-Unis, on s\u2019y achemine lentement.Dans aucune école secondaire ni collège, le choix n\u2019est laissé à la complète initiative de l\u2019élève.La plupart des matières sont maintenant obligatoires dans le cadre des concentrations et le nombre des cours libres diminue progressivement.Même ici, le choix n\u2019est-il plus complètement libre.Chaque élève doit soumettre son programme à l\u2019approbation de son aviseur académique (6).N\u2019empêche que ce contrôle soit insuffisant et qu\u2019avant longtemps il faudra lui substituer un cadre plus rationnel.L\u2019élève alors choisira un programme, non plus une matière, et cela d\u2019accord avec la direction et l\u2019orienteur.De plus les options ne s\u2019ouvriront pas devant l\u2019élève avant le milieu du collégial et après qu\u2019on lui aura assuré une formation de base, cette formation si nécessaire de l\u2019homme en tant qu\u2019homme, sans aucune référence à la (6) Academic Advisor. LA FAMEUSE POLYVALENCE 897 profession.Bien entendu, cela n\u2019exclura pas la possibilité de bifurcations au secondaire pour ceux qui se dirigeront vers les métiers, sans passer par le collège.C\u2019est ainsi seulement qu\u2019on pourra arriver à une organisation de la connaissance et par voie de conséquence à une organisation de l\u2019esprit.Il est vraiment surprenant, \u2014 pour ne pas dire plUS( \u2014 de constater que la tendance est inverse au Québec.Le Rapport Parent parle de 50% de matières libres ! Ce qui est pour nous impensable et irréalisable ! Si l\u2019on en vient à appliquer de pareilles suggestions, il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être prophète pour prédire 1 a-venir de la polyvalence et la fin précoce des espoirs que l\u2019on place en elle.Faisons le voeu, au contraire, que si l\u2019on tente l\u2019expérience de la polyvalence, on sache éviter les écueils qui l\u2019ont rendue si indésirable aux Etats-Unis, où elle a été \u2014 surtout à ses débuts \u2014 niveleuse dans la médiocrité, parce que sans nuance ni hiérarchie, agent de désorganisation, parce que livrée au caprice enfantin et surtout trop précoce.Ce que je lui reproche, ce n est pas tellement d\u2019être polyvalente, mais de l\u2019avoir été sans règle, sans mesure, sans hiérarchie. méditation sur un état d\u2019esprit.3 A par Jean-Paul Eugène \"Point n'est permis de contraindre la Conscience !\" Le monde moderne recherche la voie nouvelle sur laquelle s engager deviendra certes une vraie communion humaine.Pourtant.une règle ancienne, peut-être fort jaunie, reste toujours vivace et sage.3 A.Amour \u2014 Altruisme \u2014 Alliance- La clef de cette philosophie nous ouvre la porte scellée par insouciance ou mauvaise foi.Le Temple de Harmonie s\u2019éclairera si chacun d\u2019entre nous collabore fraternellement avec son voisin immédiat ou lointain.Soyons sincères.Cessons de nous mentir ou de nous palabrer.Arrêtons-nous de conter fleurette.La Vérité ne peut guère être jugée absolue ou circonstancielle.Elle ne possède qu\u2019un visage: la Réalité- Certaines autorités se plaignent amèrement du nombre de grèves, du manque de respect envers leur charge, et.ainsi, elles réclament de leurs concitoyens soit des sacrifices soit des hommages.Toutefois.elles devraient s\u2019autocritiquer ou s\u2019examiner judicieusement la conscience.Alors.elles se 899 3 A rendraient vite compte que le respect se mérite.Il ne s\u2019impose point par une législation, une contrainte de la conscience des partenaires dans le grave jeu de la Société.Tout pouvoir doit s\u2019exercer en tenant compte des voeux de la majorité des citoyens du pays.Lorsque quelque pouvoir ne satisfait que le tiers ou même une moitié des citoyens, on peut s\u2019attendre à la possible création d\u2019un assez puissant front intérieur opposé au système officiel.Voyons aujourd\u2019hui l\u2019exemple de la Chine se fissurant au moment où semblait exister une unité précieuse pour la réalisation de certains objectifs majeurs.Dans nos supposés régimes démocratiques, les élections apportent des gouvernements minoritaires ou faiblement majoritaires.Et on se surprend à parler de l\u2019Anarchie.L\u2019Anarchie s\u2019édifie sur la base de l\u2019Orgueil ajouté à l\u2019Egoïsme.A résulte de O plus E.Continuons dans notre poursuite fatale de nos intérêts personnels, le bien de notre petite chapelle, nous serons écrasés avant longtemps par notre faiblesse volontaire et notre aveuglement moral.Pour assurer la stabilité nécessaire et la bonne marche de notre société, le bonheur de notre famille, et la prospérité économique, l\u2019unique moyen efficace réside dans la reconstruction de notre morale.Celle-ci devra se rendre positive dans ses manifestations intellectuelles, spirituelles, ou.surtout! politiques.Le Service véritable des autres se présentera par un prélèvement des âmes se libérant de leurs angoisses et se nourrissant du grand Amour.Voilà le petit miracle de Bonne Volonté.Quelle catastrophe devons-nous attendre pour vivre un tel état de santé morale nous conduisant tous et chacun à la réalisation communautaire de notre Bien-Etre?. 900 ACTION NATIONALE Avec les moyens utilitaires du Referendum, des machines électroniques \u201cIBM \u201d, l\u2019Autorité.\u2014 consciente et compétente \u2014 devra prélever l\u2019opinion de chacun des membres de la Nation.La Société s\u2019exprimera vraiment au sujet des Affaires Publiques.Nous aurons réalisé la Démocratie.Nos institutions doivent s\u2019accorder au rythme du Progrès et des Intelligences développées par le Haut-Savoir.L\u2019Education retransmise par l\u2019intermédiaire des canaux audio-visuels.Bâtissons notre pays, créons notre fortune, mais.que diable! cessons vite de nous avaler les uns les autres.Car notre vaisseau sauvage deviendra fantôme.Tous les passagers étant dévorés ou précipités à l\u2019Amer.QUI MENT?Nous croyons que l'éthique professionnelle chez certains journalistes laisse de la place au progrès.Le lecteur reste perplexe devant ces gros titres: LE DEVOIR, mardi 4 avril 1967, p.9: \"PELLETIER: QU'OT-TAWA AIDE LES CIVILS DU NORD-VIETNAM\" (pas de signature).LA PRESSE, mardi 4 avril 1967, p.11: \"POUR PROUVER SA NEUTRALITE, LE CANADA DEVRAIT AIDER DIRECTEMENT LES DEUX VIETNAM\".\u2014Gérard Pelletier.(Signé: André Luchaire).Est-ce que l'idéologie anti-américaine de certains journalistes ne leur permet plus de respecter la vérité en rapportant un discours ?Est-ce que les lecteurs devront conclure que tel ou tel journaliste joue à cache-cache avec la vérité objective préférant exercer par le dirigisme des nouvelles un certain conditionnement des lecteurs ?Où est alors la vraie liberté si, chez nous, des journalistes dirigent les nouvelles exactement comme en Russie communiste ?Nous sommes tous perdants à ce jeu. CHRONIQUES oCei événementô Pour qui le temps travaille-t-il ?L\u2019ascension constante de MM.Marchand et Trudeau dans les sphères fédérales à l\u2019heure actuelle pourrait bien être, pour l\u2019avenir du Canada, comme Canada, le plus grand malheur qui lui soit survenu depuis les si \u201cgrands succès\u201d apparents que remportait, il y a quelques années, Louis Saint-Laurent par des voies similaires.En réponse à des questions, accompagnées de félicitations, que lui posait M.Diefenbaker, M.Trudeau affirmait, le 5 avril, qu\u2019il valait mieux à l\u2019heure actuelle éviter les problèmes, se refuser à des rencontres constitutionnelles.\u201cLe temps travaille pour nous\u201d, pour les fédé-ralisants coopératifs et centralisateurs évidemment, concluait-il.Il est toujours bien vain de se lancer dans des contestations prophétiques de ce genre ; et c\u2019est pourquoi je ne contesterai pas qu\u2019effectivement la méthode de M.Trudeau peut se révéler la bonne.et que le temps peut travailler pour lui si.Le tort de M.Trudeau c\u2019est précisément d\u2019affirmer, là où il y a à la base une hypothèse implicite dont on doit être certain pour qu\u2019il soit sûr que les événements se dérouleront bien tels qu\u2019on les voit.Nous nous contenterons de souligner ici que nous connaissons bien les méthodes de travail et de pensée de M.Trudeau, pour les avoir vues en action dans sa \u201cGrève de l\u2019Amiante\u201d, et dans sa revue Cité Libre.Et nous savons bien aussi combien de fois il s\u2019est fourvoyé justement parce que les hypothèses dont il tirait ses conclu- 902 ACTION NATIONALE sions se sont révélées mal formulées.C\u2019est même ce dépit resultant de ses erreurs non admises et des insuccès qui en ont résulté^ qui l\u2019ont décidé à se jeter dans les bras des libéraux fédéraux en désespoir de cause.Nous les connaissons bien ces gens qui trois semaines avant l\u2019élection de 1957 prédisaient encore que jamais plus le parti conservateur ne pourrait revenir au pouvoir ; que la tendance d\u2019esprit de notre siècle révélait, avec la plus grande certitude, que dès que le parti libéral aurait épuisé son quota de popularité, la balance devait pencher du côté du parti CCF.Mais cela n\u2019a pas empêché M.Diefenbaker de prendre le pouvoir.Selon la même méthodologie, nous avons vu aussi l\u2019un des plus fidèles adeptes des méthodes de M.Trudeau, M.Jean Pellerin, s\u2019estimer si sûr de la victoire du parti libéral en juin dernier, que dans son éditorial de Cité Libre il n\u2019estimait même pas opportun, en mai, de s\u2019interroger sur cela, ne voulant penser qu\u2019à l\u2019après-victoire.Quant au prédécesseur idéologique de M.Trudeau, Louis Saint-Laurent, il se croyait bien sûr de lui aussi quand il affirmait sur le Saxonia que la province de Québec était une province comme les autres, se sentant sûr qu il allait écraser de son verbe, comme une punaise, ce Duplessis qui osait enfin braver les foudres fédérales et restaurer un impôt provincial sur le revenu.M.Trudeau, avec M.Pelletier, claironnaient alors dans Cité Libre l\u2019impossibilité que renaisse jamais, dans Québec, une idéologie séparatiste qui pourrait intéresser la jeunesse.A ce moment-là, à 1 Action nationale, nous ne prétendions pas jouer les prophètes.Nous pouvons même révéler que nous nous sentions assez atterrés de voir combien notie population paraissait plus que jamais disposée à avaler toutes les couleuvres ; et aussi d\u2019apercevoir jusqu\u2019à quel point nos intellectuels, nos dirigeants d\u2019université, paraissaient prêts a toutes les capitulations.Mais contre Monsieur Saint-Laurent et en réponse à Cité Libre, nous disions.Faites attention a vos hypotheses.Si le peuple canadien-français est bien mort comme peuple, s\u2019il est POUR QUI LE TEMPS TRAVAILLE-T-IL ?903 vraiment assimilé comme malheureusement il est évident qu\u2019il l\u2019est gravement, et que ce soit jusqu\u2019au point d être sans espoir de retour parce que tout est mort de la fibre nationale en nous, jusqu\u2019à l\u2019instinct vital obscur et quasi animal, oui! alors vous aurez raison.Oui! vos thèses de confusion intellectuelle continueront de jeter le peuple dans la confusion et de vous permettre de l\u2019arracher à lui-même pour pouvoir ensuite le livrer aux politiciens fédéraux.Mais prenez garde de vous tromper, car si au contraire cet instinct n\u2019est pas mort, il finira par reprendre le dessus sur la perversion intellectuelle à laquelle il ne peut pas échapper à cause de vos séductions ; et le travail de M.Saint-Laurent avec la pensée de Cité Libre ruineront le Canada, feront ressurgir plus violent que jamais, le mouvement séparatiste que vous prétendez impossible.Nos lecteurs qui se remémoreront ces propos pourront juger à qui les événements ont donné raison.Et prenons acte que M.Trudeau continue à travailler sur l\u2019hypothèse que l\u2019instinct national des Canadiens français est mort ou n\u2019existe pas, que la généralisation du nationalisme au Québec et la poussée séparatiste ne sont que des épiphénomènes auxquels ne participe pas l\u2019âme populaire des francophones.Nous ne pouvons que lui redire de nouveau! si vous avez raison dans votie hypothèse, les événements vous donneront raison.Mais craignez que si vous vous trompez vous ne soyez les premiers responsables des violences qui ne pourront pas être évitées.Car si notre peuple est encore vivant comme peuple, s\u2019il a encore l\u2019instinct de vie, vous le trahissez.Et un peuple trahi par ses chefs finit par s\u2019emparer de son propre destin dans l\u2019anarchie fatale là où il n\u2019y a pas de chefs en fonction qui incarne cette âme populaire, là où la trahison des chefs en place ruine inévitablement l\u2019action des chefs qui, sans pouvoir, voudraient essayer de prêcher la pondération.François-Albert Angers oCeS écrits et les li ivres Le Paysan de la Garonne de Jacques Maritain (Un vieux laïc s\u2019interroge à propos du temps présent) Le sous-titre de ce livre n'a pas besoin d'être expliqué.Je noterai seulement que dans l'expression \"un vieux laïc\" le mot vieux a une double signification: il veut dire que l'auteur est un octogénaire; il veut dire que l'auteur est un laïc invétéré.Quant au titre, il s'explique par le fait qu'il n'y a pas de Danube en France, et que les Petits Frères de Jésus, chez lesquels j'habite, resident à Toulouse.En conséquence, étant donné mon propos, j'ai considéré la Garonne comme un convenable équivalent du Danube.Un paysan du Danube (ou de la Garonne) est, comme on sait, un homme qui met les pieds dans le plat, ou qui appelle les choses par leur nom\".Un nouveau livre de Maritain ! Un livre choc qui fait un bruit que l\u2019on ne voudrait pas entendre ! Un livre des dernières pensees, un testament que certains voudraient n\u2019avoir jamais reçu ! Un livre où l\u2019on retrouve un Maritain purifié, émondé, renouvelé, que ne laissait pressentir ni \u201cArt et Scolastique\u201d ni \u201cHumanisme intégral!\u201d Un livre où l\u2019on reconnaît, quand même Maritain, philosophe qui dorme prise à l\u2019opposition, chrétien qui n\u2019abdique ni ses options spirituelles ni ses positions temporelles.Mais par dessus tout ce livre est celui d\u2019un \u201cvieux paysan\u201d, comme il le dit lui-même, dont la sagesse, la sévérité, la paix suintent au travers de l\u2019écrit et dévoilent les secrets d\u2019une âme où la contemplation théologale a remplacé la méditation philosophique. \"LE PAYSAN DE LA GARONNE\" .905 Et j\u2019ai aimé ce livre de Maritain! Bien qu\u2019auparavant, les enseignements philosophiques de Maritain trouvèrent peu d\u2019écho en moi! Car, ses positions sur la philosophie chrétienne, son personnalisme basé sur cette fameuse distinction entre la personne et l\u2019individu, l\u2019exaltation de la métaphysique de saint Thomas, contre la métaphysique d\u2019Aristote, appuyée sur les postulats de l\u2019essence contre l\u2019essence, sans parler de ses vues sur l\u2019analogie ou sur la philosophie de la nature au regard des sciences expérimentales ; toutes ces idées que Maritain soutenait comme thomiste, n\u2019arrivaient pas à rejoindre, pour ma part, l\u2019étude que je faisais des textes de saint Thomas.Mais c\u2019est là une opinion personnelle! Aujourd\u2019hui \u201cLe Paysan de la Garonne\u201d est là, et même si le livre rappelle au passage ces anciens débats où Maritain s\u2019est distingué, même si à certaines pages, il fait grincer des dents et montre que le contemplatif n\u2019arrive pas à recouvrir tout à fait le philosophe, cette oeuvre reste néanmoins bien différente de celles qui l\u2019ont précédé.Vouloir la scruter selon les critères qui ont servi à étudier les ouvrages philosophiques ou théologiques serait passer outre au message qu\u2019elle veut délivrer ! Car, incontestablement, c\u2019est ici, l\u2019homme de prière qui parle, c\u2019est le chrétien qui s\u2019appuie plus sur sa Foi que sur sa science, c\u2019est le \u201cvieux laïc\u201d buriné par la grâce, plus que l\u2019ouvrier de l\u2019intellect, qui nous livre le fil de ses pensées.Bien sûr, à certains moments, les paroles sont dures ; l\u2019on voit que l\u2019auteur, qui s\u2019interroge sur le temps présent, ne ménage ni ses mots ni les erreurs qu\u2019il veut corriger.Et l\u2019on sent la paire de gifles claquer sur les joues de ceux qui, autrefois ses disciples, furent nourris au petit lait d\u2019Humanisme intégral; aujourd\u2019hui, ils ne trouvent rien de mieux que de se gausser du \u201cvieux maître\u201d.Mais, quel est le théologien \u201cbardé d\u2019érudition\u201d qui ne lira pas, sans un certain agacement, l\u2019analyse de Maritain sur \u201cce monde qui est à la fois le domaine de l\u2019homme et de Dieu et du diable\u201d; et sa description de 906 ACTION NATIONALE l\u2019attitude des chrétiens clercs ou laïcs agenouillés devant \u201cce cher monde qui évolue si superbement vers la Délivrance finale par l\u2019évacuation chrétienne de la croix?\u201d Cela n\u2019existe pas, diront nos maîtres de l\u2019heure, cela n\u2019existe pas des prêtres, des laïcs, des philosophes, des théologiens qui ne trouvent rien de mieux que d\u2019ensencer ce qu\u2019ils devraient sauver! Allons donc! Les dernières paroles de Paul VI demandant une Année de la Foi, trahissent bien assez les souffrances d\u2019un Pape angoissé par l\u2019état des coeurs et des esprits de ces chrétiens qui, encore une fois, adorent des idoles! Et Paul VI n\u2019est pas soudainement devenu conscient de l\u2019état de la chrétienté seulement à la lecture de Mari-tain! De telles balivernes pourraient, s\u2019il fût possible, nous faire douter du Saint Esprit ! Pour le moment, elles n\u2019arrivent qu\u2019à nous inquiéter sur l\u2019intelligence de ceux qui les émettent.Sans doute, Maritain n\u2019est pas tendre pour les théologiens qui ont oublié ou méprisé la tradition de pensée de l\u2019Eglise, connaissant mieux Hegel, Marx ou Sartre que l\u2019Evangile.Aussi fustige-t-il sans clémence, le teilhardisme et les teilhardiens, beaucoup plus que Teilhard lui-même, et rejette-t-il le faux oecuménisme pour nous donner le goût de désirer l\u2019authentique.Cependant, \u201cLe paysan de la Garonne\u201d n\u2019est pas avant tout une oeuvre de démolition, un ouvrage polémique.C\u2019est, principalement, je l\u2019ai dit plus haut, un témoignage, une libération, un message.Témoignage du Feu nouveau : cette requête que le philosophe fait au nom de la libération de l\u2019intelligence, d\u2019une doctrine philosophique et théologique fondée en vérité et accepté au nom même de cette vérité, fruit naturel et aimé de l\u2019intelligence.L\u2019on reconnaîtra là, et Maritain ne s\u2019en cache pas, un plaidoyer pour saint Thomas.Mais Maritain aime Thomas d\u2019Aquin ; il aime ce philosophe et ce théologien dont la vaste intelligence et le coeur brûlant ont donné à l\u2019univers cette doctrine si logiquement structurée, si profondément pensée qu\u2019elle \"LE PAYSAN DE LA GARONNE\" .907 pourrait encore servir, si seulement elle était connue, à l\u2019élaboration d\u2019une philosophie contemporaine.Et qui peut l\u2019en blâmer ! Qui d\u2019ailleurs, peut lucidement contester que le monde n\u2019ait besoin d\u2019une doctrine fondée en vérité ?Il faudrait lire saint Thomas avant de le rejeter! Témoignage du Feu nouveau: ô combien bouleversant, ces dernières pages sur lesquelles s\u2019achève le livre de Maritain, cette méditation, fruit de tant d\u2019années sur la contemplation.Ces lignes toutes animées du souvenir de Raïssa, l\u2019épouse absente, sont à relire et à savourer.Maritain nous introduit à son sujet par une réflexion sur le mystère de l\u2019Eglise, vue à la lumière de \u201cLumen Gentium\u201d; puis d\u2019une plume sûre, animé d\u2019un souffle qui doit beaucoup plus à l\u2019oraison personnelle qu\u2019à l\u2019étude savante, il traite de la prière, de l\u2019oraison, de la contemplation, de l\u2019union à Dieu, bases normales de tout apostolat chrétien.Maritain distingue deux formes de contemplation, une qu\u2019il appelle typique, normale, formelle que l\u2019on trouve chez les grands mystiques tels saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d\u2019Avila, sainte Catherine de Sienne ; et la contemplation a typique, informelle, celle des petites gens, des chrétiens de tous les jours, des laïcs enfouis dans le monde, minés par les soucis quotidiens, les difficultés de la vie.Cette contemplation à la portée de tous permet d\u2019atteindre Jésus, de le recevoir, et ensuite de le donner.Que nous sommes loin de l\u2019Apôtre tellement pris par ses oeuvres apostoliques qu\u2019il n\u2019a pas le temps de prier! Mais je n\u2019en dis pas plus, afin de laisser au lecteur, la joie de découvrir lui-même, les trésors que contient \u201cLe Paysan de la Garonne\u201d.Et je supplie ce même lecteur de fermer ses oreilles à ceux qui lui diront que le livre de Maritain est empreint d\u2019une incurable sénilité et que le cher \u201cvieux maître\u201d pour avoir été jadis bien suivi, n\u2019en reste pas moins, aujourd\u2019hui fort dépassé et \u201chors du coup\u201d.La seule tristesse que, pour ma part, je ressens quand je considère 908 ACTION NATIONALE les 80 ans de Maritain, vient de la question que je me pose: où sont ces véritables disciples?Ils existent, sans doute, mais ne sont peut-être pas, ceux que nous croyons ! Marthe Handfield ¦ \u2022 ¦ DEUX INTÉGRISTES PURITAINS Le Rapport Parent a suscité une race d'intégristes et de puritains vraiment étonnante.M.Jules Leblanc et Gilles Ga-riépy, rédacteurs au DEVOIR consacrés aux questions de l'éducation, sont depuis plusieurs mois les adorateurs de cette vache sacrée.Ils ne permettent pas la moindre déviation.Ils surveillent toute critique.Nouveaux puritains, n'ayant jamais étudié la pédagogie ni voyagé pour établir des comparaisons, ils ne se permettent aucun esprit critique ni aucune liberté d'esprit en tout ce qui regarde le Rapport Parent.La crainte du déviationisme et des réactions leur donne un zèle comparable à celui de ces saints hommes qui, aux Indes, ne veulent pas entendre parler d'immoler les vaches hindoues.Nous aurions besoin d'esprits plus ouverts, moins intégristes, plus vraiment universitaires.Le DEVOIR pourrait-il améliorer la qualité de ses rédacteurs et mettre une sourdine au zèle un peu fanatique de ses enfants de coeur ? i eu re du ou veau- ueoec scolaires en l'an IV Deux écoles avaient été fondées à Maricourt et Fort-Chimo en 1963 et 1964.Logées dans des constructions nouvelles, elles ont pour leur part connu un beau succès, parallèlement toutefois à l\u2019existence des écoles correspondantes du gouvernement du Canada où tous les cours continuent d\u2019être donnés en anglais.L\u2019école anglaise de Fort-Chimo reçoit la très grande majorité des élèves de cet endroit, alors que l\u2019école de la Direction générale du Nouveau-Québec n\u2019a reçu en 1965 que les élèves esquimaux de la maternelle et de la première année, en 1966, s\u2019y ajoutèrent les élèves de 2e année.En raison de la concurrence de l\u2019autre école, les inscriptions en première année ont sensiblement diminué à l\u2019école du Québec à l\u2019automne 1966, par rapport à 1965.Une maternelle a été créée à Povinquituk en février 1966 et l\u2019initiative a été reprise à l\u2019automne 1966.Une maternelle a également été mise sur pied au Poste-de-la-Baleine, en janvier 1966, mais après divers avatars, cette maternelle, nouveau recul, n\u2019a pas rouvert ses portes à l\u2019automne 1966.A Fort-Sainte-Foy, au Nouveau-Québec indien, où existent déjà deux pensionnats confessionnels: celui des révérends Pères Oblats (catholique) et celui de la Direction des Affaires indiennes (anglican), la direction géné- ^ 910 ACTION NATIONALE rale du Nouveau-Québec, à l\u2019encontre du sens commun, a décidé d\u2019ouvrir une maternelle sans connotation religieuse, pensant, par là, attirer de nombreux enfants.Cette maternelle, inaugurée en janvier 1966, a d\u2019abord été installée de façon un peu sommaire dans la maison de I\tadministrateur ; aussi pour compléter cette initiative, la Direction générale du Nouveau-Québec a-t-elle fait aménager une école dans une maison pour fonctionnaires de passage appartenant au Québec.Une institutrice est arrivée pour commencer ses cours au début de l\u2019automne 1966.Cependant, la Direction des Affaires indiennes, qui relève du Gouvernement du Canada, inquiète de cette initiative d\u2019école non confessionnelle qui pouvait mettre en péril le recrutement de l\u2019école anglaise et anglicane (98% des Cris du Nouveau-Québec indien sont, en effet, de religion anglicane) délégua à la mi-septembre à Fort-Sainte-Foy (voyage et tous frais payés), et avec mission de faire avorter l\u2019école du Québec, Monsieur Max Gros-Louis, le chef des Hurons de Lorette, accompagné d\u2019un Monsieur Gill, Montagnais de Pointe-Bleue, fonctionnaire des Affaires indiennes au Bureau régional de Québec.II\ta suffi d\u2019une soirée à Monsieur Gros-Louis et à ses acolytes pour retourner la population cris de Fort-Sainte-Foy contre la maternelle et la nouvelle école du Québec (fondée huit mois plus tôt) et qui, le lendemain, s\u2019est vidée de ses quelques élèves.Cet avortement réussi de main de maître marquait un nouveau recul pour le Québec.L\u2019institutrice a été rappelée à Québec, mais le gouvernement, pour ne pas perdre la face aux yeux des Indiens, et peut-être aussi vis-à-vis de l\u2019opinion publique du Québec, l\u2019a renvoyée un certain temps sur place où celle-ci s\u2019est occupée de tout, sauf d\u2019enseigner.Elle a finalement été rappelée, définitivement, au début de l\u2019année 1967.Ainsi dans le domaine scolaire, l\u2019année 1966 a été marquée d\u2019un recul à Povungnituk, à Fort-Sainte-Foy et au Poste-de-la-Baleine. MOUVEMENTS SCOLAIRES EN L'AN IV 911 Pour le deuxième été consécutif, la Direction générale du Nouveau-Québec a envoyé, dans neuf postes, une vingtaine d\u2019étudiants et d\u2019étudiantes comme instituteurs d\u2019été en français: par rapport à l\u2019été 1965, trois nouveaux postes ont reçu la visite de ces instituteurs-étudiants, soit Inoucdjouac, au Nouveau-Québec esquimau, puis Nouveau-Comptoir et Fort-Sainte-Foy au Nouveau-Québec indien.Ceux-ci formaient un groupe encore meilleur, semble-t-il, que l\u2019année précédente et plusieurs des étudiants en étaient à leur second été au Nouveau-Québec.La présence de ces étudiants durant trois mois dans les postes du Nouveau-Québec est considérée comme très sympathique par la population des postes et il n en peut être autrement puisque ces étudiants sont effectivement sympathiques aux yeux des Esquimaux et des Indiens cris, mais ces derniers ne jugent pas pour autant qu il s\u2019agisse de quelque chose de sérieux qui engage et qui oblige à quoi que ce soit, puisqu\u2019ils savent parfaitement que ces étudiants-professeurs d\u2019été sont un peu des instituteurs pour rire, dont les cours sont libres, à la bonne franquette, d\u2019une ou deux heures par jour et que les enfants peuvent manquer à leur fantaisie, alors que les instituteurs pour vrai sont les Anglo-Saxons, qui arrivent en septembre pour rester jusqu\u2019en juillet de 1 année suivante, qui font la classe pour vrai (en anglais) six heures par jour et qui obligent les parents à envoyer leurs enfants à l\u2019école, à défaut de quoi, ils perdent (les parents) leurs allocations familiales: aux yeux des Esquimaux, c\u2019est cela qui est sérieux, et en regard, l'initiative du Québec n\u2019est qu\u2019une amusette qui non seulement ne paraît mener nulle part( sauf de donner de magnifiques emplois d\u2019été à une trentaine d\u2019étudiants québécois), mais encore, ce qui est excessivement grave, tend à accréditer aux yeux des Esquimaux la croyance que les Québécois sont incapables de rien de solide, de rien de continu et de suivi.Et, en fait, au terme de cette deuxième année de cours d\u2019été de français, il appert que cette initiative ne mène à rien de concret et fait passer à côté de la question 912 ACTION NATIONALE fondamentale qu\u2019est l\u2019organisation d\u2019un réseau solide d\u2019écoles régulières au Nouveau-Québec.Ces cours d\u2019été permettent évidemment à la Direction générale du Nouveau-Québec, de sauver, comme on dit, la face devant 1 opinion publique, mais il s\u2019agit dans la réalité d\u2019un choix qui donne prime à l\u2019accessoire sur l\u2019essentiel et pour parler franc, constitue une fuite caractérisée devant les responsabilités que le Québec devrait normalement assumer au Nouveau-Québec, le courage ayant comme déserté les milieux, qui ont, ou auraient des décisions sérieuses à prendre.Dès lors, ne pouvant prendre pied sérieusement et de façon stable dans le domaine scolaire proprement dit, à la suite, en particulier, de l\u2019échec de l\u2019école normale de Povungnituk, la Direction générale du Nouveau-Québec s est lancée dans une nouvelle initiative : l\u2019inauguration des cours d\u2019arts et métiers qui sont dispensés au Poste-de-la-Baleine.La première série a eu lieu du mois d\u2019avril au mois d\u2019août 1966 et une deuxième série à l\u2019automne: un ou deux Esquimaux de presque tous les postes du Nouveau-Québec ont participé à ces cours qui sont donnés par d\u2019excellents professeurs.Les locaux sont spacieux et le matériel didactique est abondant et de bonne qualité.Mais encore une fois, par rapport à l\u2019enseignement primaire, qui est vraiment la clef de voûte d\u2019une prise en charge véritable du Nouveau-Québec et qui est une responsabilité essentielle, l\u2019enseignement des arts et métiers constitue une responsabilité accessoire.Les Anglo-Saxons sont, quant à eux, parfaitement conscients que l\u2019enseignement primaire est une responsabilité fondamentale puisqu\u2019elle leur permet d\u2019atteindre tous les enfants du Nouveau-Québec et de les angliciser à fond en poursuivant avec succès le génocide culturel entrepris depuis plusieurs années et avec de surcroît la certitude sereine et totale de l\u2019impunité, c\u2019est-à-dire l\u2019assurance que rien ne sera fait par le Québec pour contrarier leur mainmise sur les grands secteurs vitaux du Nouveau-Québec: l\u2019enseignement, l\u2019administration et la santé. MOUVEMENTS SCOLAIRES EN L'AN IV\t913 La Direction générale du Nouveau-Québec se faisant une spécialité de s\u2019engager sur de fausses pistes ou dans des voies sans issue a mis sur pied une autre expérience scolaire qui procède de l\u2019incapacité qu\u2019on dirait voulue et cultivée de l\u2019organisme précité à prendre vraiment pied au Nouveau-Québec même: il s\u2019agit cette fois d\u2019une dizaine d\u2019enfants d\u2019Inoucdjouac qui ont été envoyés, à l\u2019automne 1966 à l\u2019école primaire de la paroisse du Saint-Sacrement, à Québec.En agissant de la sorte, la Direction générale du Nouveau-Québec se trouve à contrevenir à un des principes directeurs qu\u2019elle avait fait sien depuis sa création et qui est un enseignement de base en langue esquimaude, sur place au Nouveau-Québec, avec introduction progressive du français comme langue seconde.En outre, par cette initiative de sortir des enfants de leurs foyers pour les envoyer étudier à Québec, la Direction générale du Nouveau-Québec se met sur le même pied que le gouvernement du Canada qui envoie des dizaines d\u2019enfants esquimaux ou cris du Nouveau-Québec étudier à l\u2019extérieur de leur milieu familial et naturel respectif.Dès lors, par cette initiative irréfléchie, la Direction générale du Nouveau-Québec s\u2019enlève à elle-même les arguments irréfutables et très solides qu\u2019elle avait avancés pour s\u2019installer au Nouveau-Québec et qui lui conféraient, au plan des principes et du respect des droits de l\u2019homme, une incontestable et inattaquable supériorité sur les Anglo-Saxons.Si on avait vraiment voulu être pratique et logique à la fois, on aurait pu envoyer ces enfants à Fort-Chimo et organiser, dans la vaste école sous-employée du Québec, des cours en esquimau pour une grande part, avec introduction progressive du français.Cette solution aurait permis à la Direction générale du Nouveau-Québec de garder les enfants d\u2019Inoucdjouac en milieu esquimau et de ne pas renoncer à son principe de respecter l\u2019esquimau comme langue d\u2019enseignement.Michel Brochu 914 ACTION NATIONALE Nous avons aussi dans nos stocks un certain\t nombre de ces brochures anciennes, dont la\tvaleur historique est constante et la valeur d'actualité\t parfois surprenante.\t Henri Bourassa \u2014 Que seront nos enfants ?(Les conséquences de la guerre totale), 40 pages, 1943.\t\t\t$0.25 René Chaloult \u2014 Pour notre libération (Contre la lâcheté des vieux partis), 32 pages, 1942.\t$0.25 Emile Bouvier \u2014 Jeunesse et haute politique (à l'occasion du 25e anniversaire de la mort de Paul-Emile Lamarche), 30 pages, 1944 \u2014 Lo querelle du bilinguisme (Trois documents capitaux), 28 pages, 1940\t$0.25 $0.25 François-Albert Angers \u2014 Bilan canadien d'un conflit (La guerre 1939-1945), 46 pages\t$0.25 François-Albert Angers \u2014 Est-ce ainsi qu'on fait la guerre sainte ?21 pages.\t$0.25 François-Albert Angers \u2014 Le temps est venu pour les Canadiens de mettre le holà (en marge du budget) 28 pages, 1943.\t$0.25 Pax Plante \u2014 Montréal sous le règne de la pègre, un cahier grand format de 100 pages, 1950.\t$1.00 OUVRAGES RÉCENTS\t Au cours de 1966, les Éditions de l'Action\t nationale ont publié les ouvrages suivants:\t André Bergevin, Cameron Nish et Anne Bourassa \u2014 Henri Bourassa (Biographie, Index des écrits, In dex de la correspondance publique 1895-1924), broché, 150 pages, 1966.\t$5.00 Rosaire Morin \u2014 L'immigration au Canada, broché, 152 pages, 1966.\t\t\t$2.00 Rosaire Morin \u2014 Réalités et perspectives économiques, broché, 1 1 8 pages, 1966\t\t$2.00 Dominique Beaudin \u2014 Le métro de Montréal en photos et en prose, broché, 1 00 pages dont 50 en rotogravure, couverture en deux couleurs, 1966.\t$2.00 Directeur intérimaire de la section culturelle ANDRÉ MAJOR Toute personne désireuse de soumettre des textes pour publication dans la section culturelle est priée de communiquer avec le directeur.Adresse: L'ACTION NATIONALE Section culturelle, C.P.189, Station N, Montréal. pas Un ' .les autres par Léonce Trépanier C\u2019est du cinquantenaire de la mort de Léon Bloy qu\u2019il s\u2019agit.Selon une tradition chère au monde littéraire, on le commémorera cette année, ici et là d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Parler avec justesse et justice, dans un article à l\u2019espace aussi limité que le mien, de l\u2019écrivain qu on va ainsi honorer, quelle gageure ! L\u2019homme, très complexe, est en effet difficilement cernable en sa totalité; quant à son oeuvre, elle se révèle d\u2019une richesse telle que ce n\u2019est certes pas de si tôt qu\u2019on aura fini de l\u2019exploiter à fond.Du reste, combien y a-t-il de Léon Bloy ?Quasi autant que de lecteurs de ses livres.Chacun y puise ce qui bon lui plaît, sans jamais se rassasier.Et chacun se fabrique bien à soi, \u2014 avec raison, chaque fois, \u2014 un Léon Bloy qui lui convient et, en certains aspects, je pense, assez conforme à une partie notable de la vérité.De son vivant, le rugissant et pathétique héraut de Dieu avait attiré à lui des amis d\u2019une fidélité à toute épreuve, aussi éloignés les uns des autres par leur tempérament et leur formation intellectuelle, pour n\u2019en citer que quelques-uns, que le frère Dacien, Philippe Raoux, 1225 45 918 ACTION NATIONALE Jacques Maritain, Pierre VanDerMeer de Walcheren, Pierre Termier, Ricardo Vinès, Georges Rouault.Soit un (humble) religieux enseignant, un ingénieur, un philosophe, un poète, un savant, un musicien, un artiste-peintre.Aujourd\u2019hui encore, l\u2019échantillonnage de ceux qui se réclament de lui demeure tout aussi impressionnant par sa très grande diversité.Jeunes et moins jeunes, Français et étrangers, croyants et incroyants, intégristes et progressistes n\u2019ont souvent qu\u2019un unique point de rapprochement entre eux : leur égale et fervente admiration pour cet écrivain.Comment expliquer le phénomène ?C\u2019est un de mes bons amis de France, l\u2019écrivain et peintre Maurice Ra-pin, un athée pourtant, qui, dans une lettre, a peut-être, sous la forme la plus concise, donné la meilleure réponse à cette question: \u201cLéon Bloy, m\u2019écrivait-il, aide à soulever un peu notre vie au-dessus du niveau presque exclusivement biologique où elle descend si nous n\u2019y prenons pas garde.\u201d Vue sous cet angle, \u201cL\u2019actualité de Léon Bloy, comme l\u2019a dit l\u2019essayiste Alain Palante, paradoxalement, se perpétue par son inactualité prodigieuse.\u201d (Tout ce qui s\u2019inscrit au long de son oeuvre) \u201cne tient pas à l\u2019actualité éphémère, mais à ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019actualité étemelle.\u201d C\u2019est ainsi qu\u2019un demi-siècle après son départ pour la Maison du Père, le Mendiant Ingrat qui est de toutes les époques, et d\u2019abord de la nôtre, continue à réussir un véritable tour de force \u2014 probablement sans pareil dans les annales des lettres françaises contemporaines: sous son signe, pour mieux approfondir sa pensée, se réunissent deux fois le mois \u2014 et ce, régulièrement depuis dix-huit ans, \u2014 des gens de tous les milieux que passionnent ou qu\u2019intriguent \u201cLa Femme Pauvre\u201d, \u201cLe Désespéré\u201d et dix autres chefs-d\u2019oeuvre du même genre qui tous chantent et hurlent en même temps la primauté de l\u2019Esprit sur la matière, du Surnaturel sur le naturel. UN CINQUANTENAIRE PAS COMME LES AUTRES 919 J\u2019ajoute que ce Cercle Léon Bloy \u2014 puisqu\u2019il faut l\u2019appeler par son nom ! \u2014 a été fondé et vit à Montréal ; qu\u2019une revue à caractère nettement international, \u201cBloyana\u201d, qui a pris la relève des fameux \u201cCahiers Léon Bloy\u201d de Joseph Bollery a aussi vu le jour à Montréal, il y aura bientôt cinq ans.L\u2019on comprendra maintenant, j\u2019espère, pourquoi, à mon humble avis, le cinquantenaire de la mort de Léon Bloy, cette année, \u2014 peut-être surtout plus pour le Canadien français que pour quiconque \u2014 pourrait, devrait même être un cinquantenaire pas tout à fait comme les autres ! Sur un poème de Roland Giguère par Maximilien Laroche Rosace les roses les roses et les ronces les rouges et les noires les roses les roses les roseaux les rameaxix les ronces les rameaux les roseaux les roses La poésie de Roland Giguère est musique, mélodie fluide, chant de pipeaux par un bel après-midi ensoleillé dans la splendeur sereine d\u2019un décor agreste.Sans apprêts et pourtant savante combinaison de notes mélodieuses modulant tous les tons, depuis la joie allègre et virevoltante, primesautière et insouciante jusqu\u2019aux pleurs et aux cris d\u2019horreur dans le contrepoint de ses accords charmeurs.D\u2019entrée de jeu, elle nous jette en pleine horreur de vivre : Rosace rosace les roses roule mon coeur au flanc de la falaise la plus dure paroi de la vie s\u2019écroule et du haut des minarets jaillissent les cris blancs et aigus des sinistrés Mais pour notre ravissement, le poète déroule le tapis enchanté des sonorités magiques et endormeuses : du plus rouge au plus noir feu d\u2019artifice se ferment les plus beaux yeux du monde SUR UN POÈME DE ROLAND GIGUÈRE 921 combine un double registre : rosace les roses les roses et les ronces et mille et mille épines dans la main où la perle se pose et marie aux images de douleur celles de douceur : une couronne d\u2019épines où l\u2019oiseau se repose les ailes repliées sur le souvenir d\u2019un nid bien fait la douceur envolée n\u2019a laissé derrière elle qu\u2019un long ruban de velours déchiré Il réveille la nostalgie au fond de nos coeurs, attise les souvenirs douloureux et évoque le bonheur perdu : rosace rosace les roses les jours où le feu rampait sous la cendre pour venir s\u2019éteindre au pied du lit offrant sa dernière étoile pour une lueur d\u2019amour le temps de s\u2019éteindre et la dernière chaleur déjà s\u2019évanouissait sous nos yeux inutiles mais parvient à adoucir notre regret tout en dressant sous nos yeux des tableaux dont on ne sait comment la cruauté ne nous arrache point des cris d\u2019horreur et de révolte : et passent librement tous les malheurs connus et inconnus ceux que l\u2019on n\u2019attendait plus ceux que l\u2019on avait oubliés reviennent (en paquets de petites aiguilles volantes) une fine neige comme un gant pour voiler la main et le vent le vent fou le vent sans fin balaie balaie tout sauf une mare de boue qui toujours est là et nous dévisage c\u2019est la ruine la ruine à notre image Des tableaux qui devraient nous arracher des cris de désespoir.Et pourtant nous nous laissons bercer par ce 922 ACTION NATIONALE désespoir même comme par une mélopée et nous endormons notre douleur.C\u2019est que le poète redouble d\u2019efforts et à mesure qu\u2019augmente ce sentiment tragique de la vie dans le poème, il en accentue le caractère musical : rosace les roses les roses et les ronces les rouges et les noires les roses les roses les roseaux les rameaux les ronces les rameaux les roseaux les roses sous les manteaux sous les marteaux sous les bar- [reaux l\u2019eau bleue l\u2019eau morte l\u2019aurore et le sang des garrots rosace les roses les roses et les ronces Il y a un étonnant parallélisme entre cette vision des choses qui se tient des couleurs les plus sombres et tourne au tragique le plus désespéré et cette musicalité qui se fait de plus en plus berceuse, ensorceleuse, endormeuse.Les sonorités sont une suite ininterrompue de \u201co\u201d, de \u201cou \u2019 et de \u201con\u201d, encadrés des mêmes consonnes d\u2019appui \u201cr\u201d, \u201cs\u2019 et \u201c1\u201d, habilement variés (o, eaux, au).Ce sont aussi des mots qui se répètent (l\u2019eau bleue, l\u2019eau morte.) (rosace, les roses.) et par l\u2019insistance de leur répétition finissent par moucher le feu allumé par les images.Ces images d\u2019ailleurs, il est remarquable de constater combien le poète s\u2019efforce de les désamorcer, de leur enlever toute aspérité pour mieux faire passer cette vision tragique, qui autrement serait insoutenable.Et ce sont tantôt des diminutifs : petits yeux de mica de l\u2019amante d\u2019acier trempée jus- tqu\u2019à l\u2019os petits yeux de mica cristallisés dans une eau salée tantôt des atténuations qui en faisant voisiner des contraires, diminuent la violence du premier choc causé par l\u2019image: les cris blancs et aigus des sinistrés du plus rouge au plus noir feu d\u2019artifice se ferment les plus beaux yeux du monde SUR UN POÈME DE ROLAND GIGUERE 923 la douceur envolée n\u2019a laissé derrière elle qu\u2019un long ruban de velours déchiré Ainsi s\u2019opposent et se neutralisent: le rouge et le noir du feu d\u2019artifice, la douceur du velours et la déchirure, le feu et la cendre.Procédé d\u2019atténuation caractérisé en outre par l\u2019antéposition constante du terme de vie ou positif au terme de mort ou négatif : les cris blancs et aigus des sinistrés du plus rouge au plus noir feu d\u2019artifice qu\u2019un long ruban de velours déchiré les jours où le feu sous la cendre l\u2019eau bleue l\u2019eau morte Même caractéristique que l\u2019on retrouvera dans le vers-refrain où les mots \u201crosaces\u201d et \u201croses\u201d sont toujours antéposés à celui de \u201cronces\u201d.rosace les roses les roses et les ronces 11 y a d\u2019ailleurs dans le retour de ce vers-leitmotiv, à la fois une alternance et une gradation.En effet sur les neuf fois que ce vers est repris l\u2019on peut observer une habile variation.C\u2019est tantôt rosace rosace les roses tantôt : rosace les roses les roses et les ronces mais surtout et par une sorte de réduction progressive qui ne laisse pas d\u2019être significative vers la fin ce n\u2019est plus que : rosace les ronces de sorte que le poème qui commençait par: rosace rosace les roses s\u2019achève avec: rosace les ronces. 924 ACTION NATIONALE Il y a là un habile contrepoint, un art de la fugue qui sous les pétales de ces roses découvre de plus en plus les epines.Ce recoupement des divers moyens mis en oeuvre dans ce poème pour en faire une véritable pièce musicale ne s arrête pas au seul élément sonore.Il y a également le rythme.Et le vers refrain qui en plus d\u2019être un élément mélodique est un élément rythmique peut nous servir à le determiner.Nous avons dit qu\u2019il se répétait neuf fois dans le poeme.Le mètre des vers s\u2019il varie entre 9, 10 ou 11 pieds, nous remarquons qu\u2019il oscille cependant autour du nombre 9 qui est à la fois comme une moyenne et une sorte de nombre d or.Par ainsi le rythme à la fois uniforme et varié en se maintenant autour d\u2019un chiffre idéal de 9 pieds, témoigne d\u2019une liberté, d\u2019une souplesse et d\u2019une aisance qui sont tout le contraire de l\u2019anarchie.Et puis il faudrait encore s\u2019attacher à expliciter cette thématique symbolique des couleurs contrastées rouge et noir, atténuées parfois par le rose et le blanc, qui se développe à travers le poème.Symbolique du feu et de l\u2019eau aussi : du feu (sang, vie et couleur rouge) et de l\u2019eau (sommeil, nuit et mort) : les cris blancs et aigus des sinistrés du plus rouge au plus noir feu d\u2019artifice se ferment les plus beaux yeux du monde les jours où le feu rampait sous la cendre pour venir s\u2019éteindre au pied du lit offrant sa dernière étoile pour une lueur d\u2019amour le temps de s\u2019éteindre et la dernière chaleur déjà s\u2019évanouissait sous nos yeux inutiles les rouges et les noires les roses les roses l eau bleue l eau morte l aurore et le sang des garrots Ce poème est une fugue qui se déroule vertigineusement sur le double registre de la vie de la mort et qui se termine par une interrogation angoissée, présage de malheurs : SUR UN POÈME DE ROLAND GIGUERE 925 rosace les ronces ce printemps de glace dans les artères ce printemps ni en est pas un et quelle couleur aura donc le court visage de l\u2019été Comment se fait-il que nous l\u2019écoutons et le lisons avec plaisir?Un critique a dit de l\u2019auteur d'Une saison dans la vie d'Emmanuel qu\u2019elle jouait de la flûte à ravir d horreur.Roland Giguère nous avait déjà accoutumés à pareille musique. LE GESTE VITAL par Yvon Rivard L'autre jour, un ami me disait qu\u2019au fond de chaque écrivain un masochiste s\u2019amuse à manier la plume comme un scalpel à la recherche d\u2019un abcès imaginaire.Pourquoi, diable, s\u2019évertuer à séquestrer dans une page de papier chaque lèvre d\u2019un sourire ou chaque inflexion de la tristesse?Par la sueur de l\u2019expression, la première prend un goût rance et la seconde redouble d\u2019intensité.Les palpitations de la vie y perdent toujours à se baigner dans l\u2019encre.Lin peu plus, cet ami me conseillait de faire de la politique! Une telle opinion ressort d\u2019une conception de l\u2019art tout à fait erronée.L\u2019écriture n\u2019est pas une transcription festonnée ou caricaturale de la vie; c\u2019est la découverte même du réel.La sempiternelle distinction \u201cl\u2019art et la vie\u201d n\u2019a cours que chez ces gens qui consomment la littérature comme on avale un digestif, c\u2019est-à-dire une fois le \u201csérieux\u201d desservi: l\u2019écriture après le vécu, le livre après le repas.L\u2019écrivain authentique ne travaille pas que les jours de pluie, et son art ne dessine pas des parenthèses divertissantes disséminées au fil du quotidien.Au contraire, chacun de ses gestes s\u2019inscrit dans un espace issu de son art.En dehors de cette sphère, sa vie n\u2019a aucune existence réelle : elle ne lui appartient pas puisque sa conscience est incapable de l\u2019embrasser et de LE GESTE VITAL 927 l\u2019assumer dans un geste créateur.L\u2019art est la vie, et l\u2019artiste s\u2019informe lui-même en refondant dans ses propres creusets les images et les formes d\u2019où jaillira son visage.Je pense à cette pièce de Pirandello, Six personnages en quête d\u2019auteur, où les personnages ne veulent pas être joués par des comédiens, mais désirent se jouer eux-mêmes, à l\u2019aide d\u2019un auteur qui élève leui vie à la clarté d\u2019une énigme dénouée.Ils veulent adhérer a eux-mêmes, à leur drame par la médiation de l\u2019art.\u201cL\u2019auteur qui nous a donné la vie n\u2019a pas voulu ou n a pas pu matériellement achever de nous mettre au monde, au monde de l\u2019art\u2019 (1).Que fait l\u2019art, sinon d\u2019hypostasier une onde fugitive capable de refléter l\u2019auteur afin qu\u2019il se reconnaisse?Personne n\u2019écrit pour un autre motif que celui de s engendrer dans un temps suspendu.Il s\u2019agit d\u2019arracher sa vie à l\u2019anonymat douloureux du silence pour ainsi endiguer et s\u2019approprier les \u201cmoi\u201d multiples de son être dispersé.L\u2019art et la vie s\u2019épousent intimement dans un même mouvement tendu au-dessus d\u2019un vide à combler, vers un étranger à apprivoiser.L\u2019écrivain et la plume au-dessus du papier blanc comme des ombres en quête d\u2019un mur capable d\u2019intercepter leur existence.Certes, cet enfantement est pénible et douloureux puisque nous sommes à la fois la mère et 1 enfant, la glaise et le modeleur.Mais loin d\u2019être masochiste, cette démarche mène à la vie.Refuser d\u2019écrire constitue un suicide parce que je ne peux me nourrir que de sensations et de sentiments mûris au soleil de la réalité intérieure (2).J\u2019appelle réalité intérieure, l\u2019esprit qui cerne la lumière diffuse émanant des êtres, qui frappe à la poterne du mystère, qui atteint le coeur de l\u2019arbre au-delà de l\u2019écorce.C\u2019est lui qui me sauve de la marionnette absurde en crevant la gangue des ennuyeuses apparen- (1) Pirandello, Six personnages en quête d\u2019auteur, Paris, Gallimard, 196(^.14.^^^ d\u2019ailleurs, puisque tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, d® P°é*le' mais?\u2019\u2019.Baudelaire, L\u2019art romantique, Pans, Garnier, 1962, p.545. 928 ACTION NATIONALE ces, des raisonnements élimés et des habitudes aliénantes.L écrivain fait le guet à la porte de chaque instant de peur qu\u2019une lumière ne s\u2019en échappe et n\u2019aille s\u2019évanouir plus loin, faute d\u2019un écran pour la retenir.La volonté de vivre suscite la vertu d\u2019attention qui, à son tour, sustente les matrices de l\u2019artiste.C\u2019est là sa façon de faire son marché et de pourvoir à son aspiration intime: se posséder dans ce qu\u2019il a d\u2019éternel au contact d un verbe qui témoigne de tous ses songes.L\u2019angoisse de Mallarmé face à la feuille blanche ne vient-elle pas de cette difficulté à s\u2019engendrer soi-même au-delà des frontières d\u2019une réalité abâtardie ?Proust entreprit sa recherche du temps perdu quand il comprit que les jours lui avaient coulé entre les doigts sans qu\u2019il puisse s\u2019en abreuver.On pense trop souvent que l\u2019écrivain veut échapper au temps par une oeuvre qui lui survive.En réalité, il ne cherche qu\u2019à assumer pleinement le présent par un acte d\u2019intériorisation qui lui confère l\u2019authenticité d\u2019une existence spirituelle.Vivre chaque battement de coeur dans toute sa musique et dans toute sa tristesse, n\u2019est-ce pas le seuil de l\u2019éternité! Hormis ce tête-à-tête avec soi-même que l\u2019on poursuit dans ses amours, ses réflexions et ses écrits, tout est distraction et futilité.Se créer une patrie intérieure et verser son sang pour elle, goutte à goutte, dans la solitude fraternelle des mots, constitue la seule aventure humaine qui mérite d\u2019être entreprise.C\u2019est toujours la fameuse chambre de Pascal qui fait les saints et les écrivains.Mais qu\u2019elle est longue et rocailleuse la montée qui conduit à l\u2019essentiel ! Il faut à chaque pas se dévêtir du falbala et dépasser le mirage des lacs faciles avant de respirer, nu, dans la mer libre.Certains y voient du masochisme, d\u2019autres de l\u2019égoïsme, alors que c\u2019est tout simplement l\u2019appréhension de soi à travers un réel filtré par l\u2019esprit.\u201cLa plus grande chose du monde, c\u2019est de savoir estre à soy\u201d (3).(3) Montaigne, Essais, lib.I, cap.XXVIII. LE GESTE VITAL 929 Et si le bonheur se trouve au bout de cette conquête, je juge indécent de l\u2019assimiler à de l\u2019égoïsme.L\u2019égoïsme, ce serait Mallarmé fondant un syndicat de piofes-seurs ou Balzac quittant sa loge en plein milieu de La comédie humaine.Voici ce que Montherlant répond à une telle accusation: \u201cCe bonheur ne m\u2019est pas tombé du ciel, il est mon oeuvre et, en outre, mon acquisition, car je l\u2019ai payé; c\u2019est pourquoi je n\u2019en rougis pas, supposé qu\u2019on ait jamais à rougir d\u2019être heureux\u201d (4).Hélas! je n\u2019en suis pas encore à défendre mon oeuvre.Mais je n\u2019accepte pas qu\u2019on qualifie mon désir d\u2019écrire de démangeaison masochiste ou de divertissement inutile.C\u2019est pour moi une question de vie ou d\u2019exil.En effet, je ne pourrai jamais habiter ce visage qui me regarde, chaque matin, dans la glace, si je ne peux briser le silence qui m\u2019en sépare en le couchant sous ma plume.Chaque mot que je n\u2019écris pas est autant de pas qui m\u2019éloignent de moi, autant de secondes retranchées de ma vie.(4) Montherlant, Service inutile, Paris, Gallimard, 1963, Coll, la Pléiade, p.582-583. LETTRE SUR LA PHI10S0PHIEIIATUREIIE (i) par Jean Tétreau Cher ami, En effet rien n\u2019est simple, sauf notre ignorance; elle est d\u2019ailleurs si grande et si profonde que je m\u2019étonne comme vous qu\u2019aucun savant, depuis Ptolémée, ne s\u2019en soit servi pour mesurer l\u2019Univers.Le moindre atome ne nous apparaît-il pas encore comme une chose relativement simple, faite à l\u2019image de notre système solaire?Sans travestir votre pensée, j\u2019ajouterai à vos considérations sur les expériences de Piccardi que la chimie, l\u2019astronomie, la physique nucléaire et la biologie doivent être étudiées en vue de la découverte des rapports qui les unissent et non plus seulement comme des disciplines autonomes.D\u2019un autre côté, vous comprendrez que je ne puisse partager votre avis touchant les \u201cprogrès de la cosmologie\u201d.Je pense au contraire que la cosmologie a pris du retard au cours de ces dernières années, qui ont été néanmoins si fructueuses pour la plupart des sciences dont elle dépend.Il m\u2019est apparu, en relisant vos notes, que la spectroscopie ne nous divulguait qu\u2019une partie de l\u2019histoire du monde physique, que cette partie n\u2019est pas forcément la dernière, mais qu\u2019elle n\u2019est certainement pas la première.Il faudrait maintenant traiter les sciences de l\u2019Univers comme, au début de ce siècle, on a traité la géologie ; et, de même qu\u2019on a découvert l\u2019existence d\u2019une période, la plus longue de l\u2019histoire de la LETTRE SUR LA PHILOSOPHIE NATURELLE (I) 931 Terre, et qui en était comme la préface, ainsi devrons-nous faire un effort, rompre le cercle des idées reçues et oser désormais considérer l\u2019état de la nature avant qu\u2019elle ne prît la forme dynamique ou explosive qui semble la définir actuellement.En somme, la cosmologie doit trouver son précambrien.Or, pour l\u2019instant, les recherches sur l\u2019origine et la formation des mondes se heurtent à plusieurs hypothèses qui se rejoignent dans l\u2019ensemble, reflétant assez bien, les unes autant que les autres, l\u2019anarchie des idées cosmogoniques.Il semble que la science actuelle, faute d une méthode complète, refuse de se prononcer sur son orientation et renonce du même coup à satisfaire un besoin élémentaire de l\u2019esprit humain: savoir où l\u2019on va.Pour le satisfaire si peu que ce fût, il faudrait de temps en temps faire le point des principales connaissances relatives à telle ou telle matière, surtout à la cosmologie, qui englobe d\u2019une certaine manière la physique, l\u2019astrophysique, l\u2019astronomie, la chimie, l\u2019électricité, la thermodynamique, la trigonométrie et un grand nombre d autres spécialités du même genre.Je ne vous dis pas que la science soit tenue de fournir une explication à la fois globale, valable et définitive de tous les phénomènes de la nature.Le pourra-t-elle jamais?Je remarque seulement que trop d\u2019hommes de science ont abandonné l\u2019idéal de Descartes, de Newton, d\u2019Einstein: ils ont renoncé à la réflexion au profit de la puissance et de l\u2019efficacité, notions purement empiriques et par le fait même limitatives.Si l\u2019on n\u2019avait accepté la succession du positivisme que sous bénéfice d\u2019inventaire, on aurait probablement épargné à la science la dispersion, la spécialisation à outrance et la confusion en matière de méthodes et d\u2019idées.Car la science est-elle encore la science dès lors que, sous prétexte de ne pas sombrer dans la métaphysique, elle refuse de s\u2019interroger sur sa valeur?Vous conviendrez que pas un citoyen, à moins que par contrainte on ne l\u2019ait transformé en robot, ne souffrirait l\u2019intervention de l\u2019Etat dans sa vie intime.L\u2019anarchie, me direz-vous, vaudrait mieux que cette sorte de contrôle.Mais que penseriez-vous de quelqu\u2019un qui dirait: \u201cJe ne veux 932 ACTION NATIONALE pas que l\u2019esprit intervienne dans mes affaires!\u201d?La notation pure et simple des faits réclame à peu près autant d\u2019intelligence que les anthropoïdes dressés en manifestent dans les foires.Connaissant votre respect pour Bergson, que vous appeliez autrefois le philosophe des élégances métaphysiques, j\u2019aimerais proposer un de ses textes à votre méditation : \u201cTrop souvent, écrit-il dans La pensée et le mouvant, nous nous représentons encore l\u2019expérience comme destinée à nous apporter des faits bruts: l\u2019intelligence, s\u2019emparant de ces faits, les rapprochant les uns des autres, s\u2019élèverait ainsi à des lois de plus en plus hautes.Généraliser serait donc une fonction, observer en serait une autre.Rien de plus faux que cette conception du travail de synthèse, rien de plus dangereux pour la science et pour la philosophie.Elle a conduit à croire qu\u2019il y avait un intérêt scientifique à assembler des faits pour rien, pour le plaisir, à les noter paresseusement et même passivement, en attendant la venue d\u2019un esprit capable de les dominer et de les soumettre à des lois.\u201d Pour revenir à vos travaux, je vous accorde que le \u201cprincipe cosmologique\u201d, en vertu duquel vous vous croyez autorisé à fonder la physique sur l\u2019éternité de la matière, a quelque chose d\u2019extrêmement séduisant pour l\u2019esprit.En effet rien n\u2019est plus logique, au sens grec de l\u2019expression, que ce principe; son illustration la plus saisissante est encore la formule pascalienne d\u2019une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part.Cela plaît naturellement à l\u2019esprit.Pourquoi ?Parce que cela le rassure en lui donnant comme une certitude fondamentale.Votre \u201cprincipe cosmologique\u201d a la beauté, la grâce d\u2019une démonstration de l\u2019existence de Dieu par Malebranche.Comme on se sent ici en sûreté! L\u2019infini, l\u2019éternité, l\u2019absolu.Comme tout cela est grand et beau ! Et je comprends d\u2019autant mieux votre point de vue que j\u2019ai cru moi aussi, pendant assez longtemps, aux lois éternelles et aux \u201cespaces infinis\u201d.Mais dites-moi, cher ami, êtes-vous tellement sûr que ces \u201cattributs\u201d magnifiques conviennent à notre monde?Croyez-vous vraiment qu\u2019il nous soit permis, à nous modernes, de con- LETTRE SUR LA PHILOSOPHIE NATURELLE (I)\t933 fondre l\u2019Infini des Anciens avec la notion d\u2019infini mathématique?J\u2019aurais tort de contester la valeur scientifique de vos observations ; seulement, si elles ont donné lieu à l\u2019élaboration de la théorie d\u2019une création continue, elles auraient pu servir avec autant de vraisemblance, bien qu\u2019avec moins de rigueur, à établir la thèse contraire, attendu qu\u2019elles portent sur des faits susceptibles d\u2019interprétations multiples.Je me contenterai donc pour l\u2019instant d\u2019exprimer l\u2019opinion qu\u2019une création continue n\u2019en est pas moins une création.Au fond, il n\u2019y a qu\u2019un problème cosmologique, c\u2019est celui de la nature d\u2019un tout considéré en premier lieu sous le rapport de ses manifestations sensibles.Ce problème se présente cependant sous tant d\u2019angles divers que nous ne pouvons pas l\u2019exposer complètement en une seule formule, si approximative soit-elle.L\u2019impuissance de l\u2019esprit à cet égard explique dans une certaine mesure sa tendance à grouper, sous deux ou trois grandes hypothèses divergentes, les éléments de solution que pendant six ou sept mille ans l\u2019observation directe lui a fournis, sans parler du calcul.Et justement, nous parlerons du calcul.A tout seigneur tout honneur.Car si l\u2019étude de la nature ne se conçoit pas sans un maximum de liberté d\u2019esprit, elle n\u2019est pas moins inconcevable en dehors de l\u2019ordre rationnel, qui est proprement celui des mathématiques.Grâce à la liberté, vous retrouvez ici la nécessité de tout remettre en question, l\u2019utilité du doute méthodique et la faculté de choisir, entre autres hypothèses, celles qui contiennent apparemment le plus de vérités.Eh bien, grâce aux mathématiques, vous trouvez quelque chose de plus, je veux dire un principe qui oriente le débat et l\u2019éclaire tout ensemble : en effet, vous découvrez d\u2019abord l\u2019impossibilité d\u2019appliquer à quelque ordre de grandeur que ce soit la notion ontologique d\u2019infini; ensuite apparaîtra un pseudo-concept, sous la forme d\u2019un \u201cobjet sans limites\u201d: c\u2019est une fantaisie amusante, astucieuse peut-être, mais c\u2019est surtout une invention radicalement irrationnelle et aussi farfelue qu\u2019une planète sans surface. 934 ACTION NATIONALE On abordera donc les questions fondamentales de la cosmologie actuelle par le détour d'une critique de la notion d\u2019infini.Mais avant de développer ce sujet, je voudrais m\u2019expliquer davantage sur l\u2019état des sciences.J\u2019éviterai peut-être ainsi un reproche que vous auriez raison de me faire.Car, pour ne rien vous cacher, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir été tout à l\u2019heure un tantinet intransigeant envers les hommes de science.Ce n\u2019est pas que j\u2019aie envie de me dédire.Je persiste à croire que la philosophie de la nature est en retard de plusieurs lustres sur la plupart des disciplines modernes.Je me demande toutefois si c\u2019est la faute des savants et des chercheurs?Ne serait-ce pas plutôt la faute des philosophes, en général plus paresseux?Croyez-moi, cher ami, j\u2019éprouve la plus vive admiration pour le travail que vous faites, vous et vos collègues.Par exemple, les expériences bouleversantes de Piccardi, qui ont souligné, comme vous l\u2019avez lumineusement montré, l\u2019importance de l\u2019activité solaire sur les règnes de la nature, semblent avoir également modifié la stabilité de la chimie classique; la représentation en quelque sorte auditive de l\u2019Univers, qui s\u2019est superposée ces derniers temps à la représentation presque uniquement visuelle que nous en avions jusqu\u2019ici, aura probablement décuplé nos moyens de sonder l\u2019espace.Et la découverte des quasars?Nous en reparlerons plus loin.(A ce propos, je vous ferai entendre, si l\u2019occasion s\u2019en présente lors de votre prochain voyage à Montréal, une musique divine, la Symphonie Quasars, No 3, de Clermont Pépin.Le musicien délicat que vous êtes appréciera, j\u2019en suis sûr, cette oeuvre remarquable, dont les propriétés musicales sont à un stade d\u2019organisation, à un degré de perfection peu communs.Elle fut inspirée à l\u2019auteur par le nouveau langage des astronomes qui, incapables d\u2019exprimer par des propositions analytiques la puissance et la beauté des phénomènes quasi stellaires, recourent aux images poétiques.Selon Pépin, ce langage \u201cconfine à la poésie pure : effondrement de gravité, collision de la matière et de l\u2019anti-matière (.) horizon des particules non-organisées.\u201d).Oui, tous ces faits nouveaux \u2014 n\u2019oublions pas non plus les mesures de la Ter- LETTRE SUR LA PHILOSOPHIE NATURELLE (I) 935 re effectuées tout récemment encore par les satellites français \u2014constituent presque une révolution scientifique.Révolution dont trop peu de gens se sont avisés jusqu\u2019à présent.S\u2019il me paraît de plus en plus nécessaire, du côté théorique, de rattraper le temps perdu, c\u2019est qu\u2019il faut empêcher que ne s\u2019accentue l\u2019écart entre analyse et synthèse dans un ensemble de connaissances aussi difficiles que les problèmes de la cosmologie.Malgré ses prodigieuses découvertes, peut-être même en raison de celles-ci, la science a des développements parfois si bizarres, si brusques en tout cas, que nous risquons de négliger ses aspects moins séduisants et pourtant essentiels.Par conséquent il importe de soumettre à la critique la plus rigoureuse possible les conceptions du monde qui ne semblent plus correspondre suffisamment aux faits ni aux exigences de la raison ; ce qui nous ramène aux mathématiques, c\u2019est-à-dire à l\u2019usage des nombres dans l\u2019examen de l\u2019une des hypothèses les moins invraisemblables qu\u2019on ait formulées jusqu\u2019ici pour expliquer le phénomène par excellence: l\u2019Univers.A la question: est-il sans limites?plusieurs savants répondent encore par l\u2019affirmative.Ils fondent leur opinion sur des faits contrôles (nous n en attendions pas moins de vous), sur des observations et des mesures incomplètes et sur le \u201cprincipe cosmologique\u201d, lequel, loin d\u2019être étranger à l\u2019idée \u201cinnée\u201d de l\u2019Infini, en est à mon sens une illustration magnifique.En somme, si je vous demande comment vous vous représentez ce super-phénomène qui comprend tous les autres, vous me direz, à moins que vous n\u2019ayez changé d\u2019avis depuis votre dernière lettre: \u201cL\u2019Univers nous apparaît tel qu\u2019il a toujours été et qu\u2019il sera toujours, il est donc infini dans le temps et l\u2019espace, et la matière dont il est fait est éternelle.\u201d Vous ajouterez naturellement que cette proposition est une hypothèse et non pas un dogme.Fort bien.Malheureusement, l\u2019hypothèse infiniste, pardonnez-moi l\u2019épithète empruntée à nos chers philosophes, pèche gravement contre la raison d\u2019abord, puis, ce qui est 936 ACTION NATIONALE plus grave encore, contre les faits.A tel point qu\u2019il nous sera difficile de la retenir.Nous n\u2019y pouvons rien, du reste, la raison étant pour l\u2019instant, avec l\u2019expérience, le meilleur moyen de parler convenablement de science, de mathématique et par conséquent de leur objet immédiat, le monde.Et que nous dit la raison?Elle stipule que les lois propres aux nombres les conditionnent de telle manière que s\u2019ils cessaient d\u2019être limités, ils changeraient de nature.En effet, pour que l\u2019un et le multiple, fondements des nombres, restent analytiques et quantitatifs, il est nécessaire qu\u2019ils soient liés, les deux concepts se limitant ainsi l\u2019un l\u2019autre.Or les nombres, par suite de la limitation réciproque de leurs facteurs constitutifs, sont limités eux aussi : un nombre infini n\u2019appartient plus qu\u2019accidentellement aux mathématiques, il relève en fait de la logique de l\u2019inconditionné.Il s\u2019ensuit que si, logiquement, nous pouvons supposer une série infinie de phénomènes, il nous est impossible d\u2019en démontrer rationnellement l\u2019existence.Soutenir le contraire serait affirmer qu\u2019on peut faire le total des éléments d\u2019une série sans commencement ni fin: ce serait donc affirmer une absurdité.Au surplus, vous savez mieux que moi qu\u2019en mathématiques la représentation symbolique de l\u2019infini, si utile au calcul de certaines grandeurs, ne correspond à rien de concret, elle exprime seulement une tendance à l\u2019irrationnel et à l\u2019ineffable.Evidemment, on ne s\u2019étonnera pas de découvrir de l\u2019irrationnel dans la science des nombres, sous l\u2019aspect, par exemple, de radicaux persistants, puisque cette science contient formellement toutes choses.Je reconnais cependant que l\u2019argument anti-géocen-trique ou \u201ccopernicien\u201d, qui anime les principes de l\u2019école de Hoyle, est de nature à nous rendre plus que modestes en ce qui concerne l\u2019aventure infinitésimale de l\u2019homme et le destin de sa planète dans l\u2019Univers.Il n\u2019y a pas de raison, il est vrai, pour que nous soyons dans une situation exceptionnelle par rapport au reste du cosmos.De là toutefois à nier que nous occupions un point de l\u2019espace, il y a une distance à mon avis infranchissable. LETTRE SUR LA PHILOSOPHIE NATURELLE (I) 937 Certes, il est logiquement impossible d\u2019occuper le centre d\u2019un univers éternel et infini comme celui dont vous supposez l\u2019existence.Et de même que nous ne pourrions être en son centre, puisqu\u2019il n\u2019en a point, nous ne pouvons pas davantage être en aucun autre endroit déterminé.Ainsi, développant la théorie jusqu\u2019à ses dernières conséquences logiques, nous en arrivons à la conclusion aberrante que nous ne sommes nulle part.Cela étant dit, on voit maintenant que, contraire à la raison, l\u2019hypothèse issue du \u201cprincipe cosmologique\u201d est également contraire à l\u2019expérience, aux faits.Car, que le cosmos soit mesurable ou non, les sens, comme la plupart des sciences, attestent que nous en occupons un lieu quelconque.Je ne voudrais pas heurter vos convictions les plus profondes, mais croyez-moi, cher ami, nous sommes quelque part.Pour n\u2019avoir rien de privilégié, notre situation se précise néanmoins un peu mieux d\u2019année en année, grâce aux mesures astronomiques, à la spectroscopie et aux calculs effectués notamment au moyen de l\u2019effet Doppler.Le rougissement des galaxies, me direz-vous, n\u2019est pas déterminant en cette matière.Je le veux bien.La nature du phénomène nous échappe sans doute.Une chose est certaine, c\u2019est qu\u2019il y a un effet.Et s\u2019il y a effet, on ne saurait raisonnablement nier qu\u2019il y ait cause.Quelle que soit donc notre position dans l\u2019espace, cette position existe, on n\u2019en sort pas.Or, si la théorie essentiellement logique de la création continue, d\u2019un monde éternel et infini est vraie, il faut de toute nécessité, pour arriver à cette position déjà démontrée par la raison et confirmée par l\u2019expérience, avoir franchi des distances infinies en des temps infinis.En d\u2019autres termes, est-il possible de parcourir jusqu\u2019à un seul de ses moments une succession infinie de phénomènes ?Concluez vous-même ! Examinons maintenant votre hypothèse au point de vue de la vraisemblance.Que vaut-elle en tant qu\u2019hypothèse ?Les conditions requises pour formuler une hypothèse sont relativement simples : vous les connaissez bien, je ne vais pas me donner le ridicule de vous les énumérer.Permettez-moi seulement de les résumer.Donc, après avoir réuni un nombre x d\u2019observations ou d\u2019élé- 938 ACTION NATIONALE ments caractérisés par quelque chose de commun, qui est l\u2019indice d\u2019une explication générale, voire d\u2019une loi, on fait de ces observations ou de ces éléments une théorie que l\u2019on propose comme la solution provisoire d\u2019un problème y.Provisoire, c\u2019est-à-dire susceptible d\u2019une contre-épreuve, d\u2019un contrôle subséquent.Pas de n\u2019importe quel contrôle.Il ne peut être alors question que d\u2019une vérification expérimentale.A présent, dites-moi sans rire si seulement on peut envisager de soumettre à l\u2019expérimentation une théorie suivant laquelle le monde n\u2019a point commencé et ne finira jamais.Ceci tombe sous le sens: la formulation même de votre hypothèse vous met dans une situation scientifiquement intolérable, autrement dit dans l\u2019impossibilité de la vérifier expérimentalement.Je ne vous ferai pas l\u2019injure d\u2019insister.Je ne vous poserai que deux questions connexes : 1°) Comment mesurer l\u2019incommensurable?2°) Comment déterminer l\u2019inconditionné?Si vous pouviez répondre d\u2019une manière satisfaisante à l\u2019une et à l\u2019autre, la théorie de la création continue aurait bien des chances d\u2019être vraie.D\u2019un examen aussi sommaire de l\u2019hypothèse \u201cinfi-nitiste\u201d, nous ne saurions conclure, bien entendu, à la vérité de l\u2019opinion opposée.Le contraire d\u2019une erreur n\u2019est pas nécessairement la vérité, c\u2019est quelquefois une autre erreur.Je vous avoue du reste que l\u2019explication de l\u2019origine des mondes par une explosion initiale, \u201cla plus formidable de tous les temps\u201d, et dont \u201cle bruit continuerait de se faire entendre\u201d, ne m\u2019a jamais beaucoup impressionné.On se lasse de tout, même de la science-fiction.Je ne vous cache pas non plus qu\u2019il m\u2019a toujours semblé que le principe de Gamow avait quelque chose d\u2019enfantin, même si dans l\u2019ensemble sa théorie me paraît plus scientifique et mieux démontrée que celle de Hoyle.A propos de Hoyle, j\u2019ai lu dans un article de Brace-well qu\u2019il était sur le point de changer d\u2019avis, à la suite des travaux de Ryle sur la densité de la matière et les LETTRE SUR LA PHILOSOPHIE NATURELLE (I) 939 radiosources.Ainsi ai-je pu constater que la découverte des quasars avait fait une petite révolution dans les idées cosmologiques professées à Cambridge.Eh bien, ne nous hâtons pas de prendre parti dans ce qui ne saurait être encore un débat.Ne nous affolons point, cher ami.Trop de pièces manquent au dossier.Nous en savons trop peu sur la nature de ces nébulosités.Il vaut mieux chercher.La structure d\u2019un quasar nous est probablement aussi inconnue que pouvait l\u2019être celle d\u2019un atome aux hommes du XIXe siècle.Vous voyez bien que je ne tiens pas à toute force à vous démontrer par raison raisonnante, philosophique et métaphysique, que vous avez tort.Autrement, reprenant une interprétation qu\u2019on s\u2019est empressé de donner aux phénomènes quasi stellaires, je vous déclarerais que l\u2019état de la matière, moins dense aujourd\u2019hui qu\u2019elle ne l\u2019était voici dix milliards d\u2019années, prouve l\u2019expansion de l\u2019Univers et règle du même coup le sort des idées \u201cinfinitistes\u201d.Notez que, personnellement, je ne crois pas à la valeur scientifique des conceptions qui font du monde un objet sans limites.Je pense avoir assez démontré leur irrationalité, mais j\u2019irai plus loin.Qu\u2019elles soient irrationnelles n\u2019est peut-être plus une raison suffisante pour les rejeter entièrement.Cette affirmation n\u2019est pas très sérieuse, me direz-vous, et vous penserez, après tout ce que j\u2019ai dit plus haut, que je m\u2019amuse, que je veux plaisanter.Je voudrais préciser purement et simplement un point particulier: il faut avoir assez d\u2019ouverture d\u2019esprit pour comprendre qu\u2019il peut exister plusieurs manières de comprendre.La logique n\u2019est implacable qu\u2019au sein d\u2019une philosophie dogmatique.L\u2019autre jour notre ami François Hertel faisait observer que la \u201cmicro logique\u201d, qui a gouverné si longtemps l\u2019esprit humain, n\u2019est après tout qu\u2019une forme d\u2019anthropocentrisme.Par suite, il ne serait pas déraisonnable de penser qu\u2019on puisse concevoir les choses autrement, s\u2019en faire une idée qui soit plus près du vrai, qui colle davantage à la réalité.Troublante \u2014 vous en conviendrez \u2014 cette nouvelle attitude de l\u2019esprit à l\u2019égard du cosmos ! Cependant, toute question relative aux formes nouvelles de la logique appartient de droit à l\u2019épistémologie et ne saurait 940 ACTION NATIONALE par conséquent faire ici l\u2019objet d\u2019un examen spécial.Evitons la confusion des genres.Mais, même s\u2019il est douteux que nous puissions jamais modifier la démarche naturelle de la raison, il m\u2019apparaît a 'priori salutaire de soumettre aujourd\u2019hui toute la science à un contrôle logique qui transcende aussi bien l\u2019analyse kantienne que la synthèse bergsonienne.Mais tout cela, pardonnez-moi de me répéter, relève de la critique et de la psychologie. oCeA cl rom (jfUeA de la vie intellectuelle Les plaisirs et les jours Incursion au théâtre et au cinéma Mercredi, 22 février 1967.La séduction qu\u2019exerce un titre d\u2019ouvrage sur l\u2019imagination qui se plaît, par la seule vertu de ce titre, à faire résider dans l\u2019oeuvre mille enchantements, un suc exquis, un enseignement inépuisable.La douceur de La Chartreuse de Parme \u2014 que j\u2019ai cru longtemps être une femme \u2014 la Recherche du temps perdu \u2014 clé d\u2019un éternel bonheur \u2014, les Affinités électives \u2014 douce énigme.Ainsi en est-il aussi de Dona Rosita aux grâces alanguies.La pièce de Lorca ne tient cependant pas toutes les promesses du titre.Nous imaginons quelque chose de désuet, d\u2019infiniment triste, avec aussi quelques espagnolades.mais nous nous retrouvons devant une pochade insignifiante.Du moins, c\u2019est le traitement que lui fait l\u2019interprétation (c\u2019est beaucoup dire) du Rideau Vert.A aucun moment n\u2019affleure le charme de la poésie de Lorca.Mais comment l\u2019émotion pourrait-elle jaillir sur cette scène qu\u2019encombrent tant de bibelots inutiles, des décors trop lourds et trop colorés.Eux et surtout les toilettes de la dernière vulgarité que Mme Yvette Brind\u2019-Amour étale avec tant de complaisance prennent toute la place.Et que cette actrice s\u2019est-elle mis en tête de jouer le rôle de Dona Rosita?Je ne comprends pas que Mme 942 ACTION NATIONALE Brind\u2019Amour n\u2019ait pas été terrassée sous le coup du grotesque depuis longtemps.Mais il en vaut mieux ainsi car cette intelligente directrice de théâtre nous offre quelquefois, quand elle ne joue pas, d\u2019excellents spectacles.Lundi, 6 mars 1967.Au cinéma Saint-Denis, Becket, que je n\u2019avais pas encore eu l\u2019occasion de voir.Le film est maintenant en version française et l\u2019on peut y reconnaître à plusieurs reprises le dialogue corrosif de Jean Anouilh, l\u2019auteur de la pièce dont ce film est tiré.Becket, sans doute le meilleur film à grand déploiement que l\u2019on puisse voir; le décor, les costumes, les couleurs, les mouvements de foule, tout l\u2019apparât du drame n\u2019étouffent pas l\u2019intelligence et l\u2019émotion.Et souvent le film atteint le plus haut pathétique, comme le souhaite le système dramatique de Jean Anouilh.Comme dans Antigone, Colombe, la Répétition ou l\u2019amour puni, ou enfin n\u2019importe laquelle des pièces de cet auteur, Becket est le drame de l\u2019intransigeance, de l\u2019honneur, de la pureté.On connaît l\u2019histoire d\u2019Henri, le roi frivole, au temps des querelles entre Normands et Saxons, qu\u2019une grande passion unissait à Thomas Becket, le petit Saxon collaborateur.Un jour, pour avoir la main sur l\u2019Eglise anglaise, Henri a cette idée de nommer Thomas évêque de Cantorbery.Mais Becket est un homme de qualité qui ne peut supporter sa honte de libertin et de collaborateur.Sans même croire en Dieu peut-être, il trouvera dans ses nouvelles charges une cause à défendre qui lui soit aussi un tremplin vers l\u2019honneur salvateur.La passion de la pureté le fera s\u2019opposer à Henri qu\u2019il aime pourtant.Le drame naît donc de cette exigence supérieure \u2014 déshumanisant jusqu\u2019à un certain point \u2014 inconciliable avec l\u2019amour très humain d\u2019Henri.Enfin, rien de très neuf dans tout cela, les Grecs en avaient déjà le secret.Ces sacrés Grecs, ils nous valent encore en plein vingtième siècle l\u2019une des meilleures soirées de cinéma que nous puissions souhaiter.Mardi, 7 mars 1967.Un film de Jean-Luc Godard: Alphaville.Sur une hypothétique galaxie, existe une ville ultra- moderne, où INCURSION AU THÉÂTRE ET AU CINÉMA\t943 la technique a enfin réussi à faire de l\u2019homme un robot.A Alphaville, une larme sur une joue est un crime passible de mort.Déshumanise-toi ou crève, telle est la loi dans cette ville où des mots comme amour, tendresse, poésie.ont été rayés du dictionnaire.On voit le genre : cela peut paraître agaçant cet acharnement des intellectuels \u2014 les Français surtout \u2014 contre la technique.Mais je crois que Godard a voulu grossir volontairement et montrer que cette déshumanisation elle existe déjà en nous sans que nous nous en doutions.Passe encore pour la vieille Europe, mais l\u2019Amérique, la très inquiétante, proie de toutes les nouveautés, se laisse ronger par le cancer de l\u2019analyse, de la schématisation, de la théorie.Nous n\u2019aurons plus bientôt qu\u2019une tête et un sexe.Le monde des sentiments, il faut faire une croix dessus.Ne nous étonnons point trop de cette incapacité d\u2019aimer, souvent constatée dans le roman canadien-français.Ce n\u2019est pas que pour atteindre le stade de l\u2019amour, notre psychologie ne soit pas assez développée, mais bien qu\u2019elle évolue dans un autre sens, celui du durcissement.Le besoin d\u2019aimer s\u2019est transformé en un vague sentimentalisme; les Américains, qui sont plus avancés que nous en cette matière, \u2014 comme toutes les autres \u2014 nous le prouvent tous les jours.Jean Fréchette 944 ACTION NATIONALE Des ouvrages d'une valeur permanente que vous pouvez vous procurer aux Editions de l'Action nationale, ou réclamer chez votre libraire: Lionel Groulx\u2014L'indépendance du Canada, relié, 175 pages, 1949 .' $3.00 Lionel Groulx \u2014 Pour bâtir, broché, 216 pages, 1953\t$2.00 Lionel Groulx \u2014 Louis Riel, et les événements de la Rivière Rouge en 1869-1870, brochure, 23 pages, 1944\t$0.25 Lionel Groulx\u2014- Pourquoi nous sommes divisés, brochure, 30 pages 1944 ($0.10 par 10 ex.; $5.00 le cent) .\t.$0.20 Lionel Groulx \u2014 Why we are divided, brochure, 30 pages 1944 ($0.10 par 10 ex.; $5.00 le cent) $0.20 Allen, Angers, P.Papin Archambault, P.Arès, Ber-gevin, Anne Bourassa, Laurendeau et Paren-teau \u2014 La pensée de Henri Bourassa, broché, 245 pages, 1954 .$1.00 Richard Arès\u2014Notre question nationale: Positions de principes, broché, 250 pages, 1946 .$1.00 Richard Arès\u2014 Notre question nationale: Positions patriotiques et nationales, broché, 230 pages, 1947\t$1.00 Maxime Raymond \u2014 Politique en ligne droite, broché, 240 pages, 1943\t$1.00 Firmin Létourneau: L'U.C.C., broché, 240 pages, .\t$1.00 Angers, Filion, Louis Lachance, o.p., Laurendeau, Léger, Pellerin, Sauriol \u2014 Pour gagner la paix, broché, 230 pages, 1949 .$1.00 John-J.Hugo \u2014 L'immoralité de la conscription, broché, 103 pages,.$0.75 Henri Bourasso \u2014 Ecrits sur le séparatisme, numéro spécial de L'Action nationale,\t150 pages, 1964\t$1.00 Esdras Minville et autres\u2014 L'éducation nationale, numéro spécial de L'Action nationale, 175 pages, 1962\t.$1.00 L'Action nationale \u2014- 50 ans de nationalisme positif (vade-mecum du nationalisme, 1912-1962), numéro spécial de L'Action nationale, 250 pages, 1963\t $1.50 Minville, Angers, Arès, Laurendeau, Trudeau, Allen, Brunet, Filion, Laporte \u2014 Les subventions fédérales, faveur ou piège ?, numéro spécial de l'Action nationale,\t135 pages,\t1957 .$0.75 Sous la direction et avec le concours des directeurs de la Ligue d'Action nationale, la revue consacre ici quelques pages, dont la préparation sera confiée chaque mois à diverses personnes ou à des équipes de personnes.Leur objet est de fournir des thèmes suivis d'études aux sections de nos associations nationales, sociales et civiques, aux cercles d'études de collège, etc., sur des problèmes majeurs d'action.Les orientations générales de ces rubriques correspondront, en général, à celles de la revue.Mais une grande latitude d'expression sera laissée à ceux qui assumeront la tâche de préparer ces textes, de sorte qu'on ne devra pas s'étonner d'y trouver à l'occasion des opinions différentes de celles qu'ont pu exprimer le directeur ou d'autres collaborateurs réguliers de la revue.D'ailleurs l'objet de ces textes sera généralement d'être soumis à étude et discussion.Nous le disions dans l'introduction de cette section en septembre 1965, ce genre est difficile et nous sommes conscients de tenter une expérience que nous raffinerons au fur et à mesure de son déroulement.C'EST POURQUOI NOUS SOLLICITIONS LE CONCOURS DE TOUS POUR NOUS INDIQUER CE QU'ILS VOUDRAIENT APPRENDRE OU TROUVER, SUR LES SUJETS CONCERNES, POUR vraim1ntEutilÊ< atteigne mn objectif et leur soit Adresse: L'ACTION NATIONALE, Section des cercles d'études, C.P.189, Station N, Montréal. JC.coopératiôm e Its TYPfS Dt COOPÉRATIVES Dans deux précédents exposés (décembre 1966 et janvier 1967), nous avons défini et situé la coopération ou le coopératisme par rapport aux autres systèmes économiques; de même que défini et situé l\u2019unité de production coopérative, par rapport aux unités caractéristiques des autres systèmes.Nous avons caractérisé « l\u2019unité coopérative » comme étant « un effort d\u2019organisation du marché » ou à partir du marche, face à l\u2019entreprise qui s\u2019organise à partir du capital, et a la regie d Etat qui s\u2019appuie sur le pouvoir même de l\u2019Etat d\u2019ordonner et de contraindre.Dans la coopérative, avons-nous encore dit, les associés (ou organisateurs) sont les personnes qui forment un marché et veulent organiser elles-mêmes ce marché pour s\u2019approvisionner par leur propre effort de distribution ou de production, au lieu de s\u2019en remettre pour cela à un intermédiaire qui est entrepreneur (marchand, commerçant, fabricant ou Etat).Au cours de ces présentations, nous avons même à un moment donné employé à ces fins descriptives la formule: « Ce sont les acheteurs eux-mêmes qui se font leur propre entrepreneur ».En tout cela, nous avons un peu simplifié; et ramené le système coopératif à la forme de coopérative qui en est le coeur et l\u2019expression la plus authentique: la coopérative de consommation, ou des consommateurs.A vrai dire, il y a d\u2019autres types de coopératives qui chevauchent celui-là; et l\u2019on caractérise mieux l\u2019ensemble du 948 ACTION NATIONALE système par une autre façon d\u2019exprimer que nous avons aussi utilisée, à un moment donné: « dans la coopérative, (l\u2019organisateur) c est la personne qui veut se donner un service », et qui recourt à 1 association pour se le donner elle-même avec d\u2019autres qui ont le meme désir.L\u2019essentiel de l\u2019action coopérative, c\u2019est donc que l\u2019on fait soi-même, par voie d\u2019association, au lieu de recourir à un intermédiaire.Si 1 on procède selon cette vue plus générale, on voit se dessiner, à côté de la coopérative de consommation, par laquelle les consommateurs organisent eux-mêmes leur propre consommation, d autres formules de coopératives selon les diverses fonctions de l'activité économique: distribution, production et crédit, à côté de la consommation.Il y aura coopérative de distribution lorsque des producteurs qui ont des biens à vendre décident de s\u2019associer pour organiser eux-mêmes la vente de leurs produits au lieu de s\u2019en remettre à des commerçants.Ainsi les agriculteurs, les pêcheurs, les artisans divers ont-ils recours à la formule coopérative pour distribuer eux-mêmes leur production.Sous cette forme, même les entreprises capitalistes se sont inspirées des formules coopératives; et les grands cartels sont souvent des organisations qui fonctionnent selon les principes de la coopérative de distribution.Dans les coopératives de distribution, chacun dispose de sa production, la vend par l\u2019intermédiaire de sa coopérative et reçoit une part du produit proportionnelle à l\u2019importance des produits mis en vente.La notion de coopérative de production donne lieu à quelques ambiguïtés.Nous nous contenterons pour le moment de définir la véritable coopérative de production.C\u2019est celle où des personnes organisent elles-mêmes leur propre travail, pour être leur propre patron.Au lieu d\u2019un salaire, elles reçoivent une part du produit proportionnée au temps et à la qualité du travail donné.Quant à la coopérative de crédit, elle pourrait strictement, selon le pur langage économique, être considérée selon les cas, soit comme une coopérative de consommation, soit comme une coopérative de distribution.Organisation où des détenteurs de fonds déposent ou prêtent, en étant propriétaire, leur propre argent (sorte de vente du service de prêt, puisque c\u2019est en prêtant que ces fonds fructifieront).Ou encore organisation où des emprunteurs organisent eux-mêmes leur marché financier (coopérative d\u2019achat du service LES TYPES DE COOPÉRATIVES 949 de prêt).Généralement, comme dans nos caisses populaires, la coopérative est à double effet: les sociétaires sont à la fois ou tour à tour déposants ou prêteurs, et emprunteurs.Vu cette complication, on en a fait une catégorie à part.Ainsi voit-on que la formule coopérative n'est pas quelque chose d\u2019étroit, de limité à quelques types d\u2019opérations économiques.Comme nous l\u2019avons dit au premier texte (décembre 1966), c\u2019est l\u2019une des trois grandes formules d\u2019organisation économique, avec le capitalisme et le socialisme.En présentant le même champ de possibilité, couvrant tous les domaines, secteurs ou fonctions de l\u2019activité économique: production, vente, crédit, achat; fabrique ou usine, banque, commerce de gros ou de détail.Aucune différence dans l\u2019ampleur; toute la différence est dans l\u2019esprit.Posez vos questions afin de nous aider à préciser les points obscurs.Adressez à: Chronique de la Coopération, L'Action nationale, Case postale 189, station N, Montréal.¦ \u2022 ¦ 950 ACTION NATIONALE Nous accusons réception des ouvrages suivants : Réal Benoit \u2014 Le marin d'Athènes \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, boul.Rosemont, Montréal 36, 68 pages, 1966.Gilles E.de la Fontaine, B.A., L.PED., M A., PH.D.\u2014 La Fontaine dans ses fables \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, boul.Rosemont, Montréal 36, 252 pages, 1966.Mon pays, Québec ou le Canada \u2014 Solange Chaput-Rolland \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, boul.Rosemont, Montréal 36, 181 pages, 1966.Vatican II \u2014 Les seize documents conciliaires \u2014 Les Editions F ides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal, 671 pages, 1966.\t$1.95 Julia Richer \u2014 Léopold Desrosiers \u2014 Collection Ecrivains d'aujourd'hui \u2014 Les Editions Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal, 190 pages, 1966.$2.00 Gérald Godin \u2014 Les Cantouques \u2014 poèmes en langue verte, populaire et quelquefois française \u2014 Les Editions Parti pris, case postale 149, Station N, Montréal, 1967, 52 pages.Jean F.Somcynsky \u2014 Les Rapides \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, boul.Rosemont, Montréal 36, 222 pages, 1967.Luc Bégin \u2014 L'abitibien-outan, suivi de L'ariane \u2014 Parodies \u2014 Les Editions Miniatures, C.P.424, Station Youville, Montréal 11, 87 pages, 1967.Anthony Phelps \u2014 Points Cardinaux \u2014 Holt, Rinehart et Winston \u2014 2120 est, rue Sherbrooke, Montréal, 60 pages, 1966.Bulletin de la Société Historique Franco-Américaine, nouvelle série: Vol.XI, 1965 \u2014 Imprimerie Bal-lard Frères, Manchester, New Hampshire, 134 pages, 1966.Anne Bernard \u2014 Le soleil sur la façade \u2014 Le Cercle du Livre de France \u2014 3300, boul.Rosemont, Montréal 36, 158 pages, 1967.Gérard Labrosse, s.j.\u2014 Les ombres et les lumières de l'amour \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, boul.Rosemont, Montréal 36, 159 pages, 1967. Ill Nos annonceurs participent à la vie de la revue.Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les consultent d'abord.RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Ameublement de bureau Architectes Assurances générales Assurance-Vie Coffres-forts Distilleries Imprimerie Librairie Opticien Papeterie Photographie Placement Pompes à eau Produits alimentaires Quincaillerie I IV RÉPERTOIRE\tDES NOMS Banque Canadienne Nationale\tLanthier, Roger Banque provinciale du Canada\tLa Saint-Maurice Brassard, J.\tLa Sauvegarde Canadienne Nationale\tLa Solidarité Chevrier, Normand\tLauzier, papetier Distilleries Melchers Ltée\tLes Placements collectifs Dorais, Me Jean-Louis\t Dubé, Oscar & Cie Inc.\tMarchand, Sarto Durocher, Rodrigue & Cie\tMeunier, John Entraide Immobilière Laurentienne\tParadis & Messier Etco Photo Color Ltée\tPilon, librairie Générale de Commerce\tRodrigue, Lionel Grégoire, J.R.\tRoy, Edouard Groupe Commerce\tStadium (pneus) Houde, Geo.-E.\tSt-Maurice (La) Jetté, J.W.\tThérien Frères Justin, coffres-forts\tUnited Auto Ports La Familiole\tV-H Quality Food MESSIER 13 7410, 19e Avenue, Ville Saint-Michel, Montréal 38 VENTE et LOCATION D'AMEUBLEMENT pour INSTITUTIONS \u2014 HÔPITAUX \u2014 BUREAUX SALLES \u2014MAISONS D'ENSEIGNEMENT, etc.\u2022 Renseignements sur demande Téléphone: 376-5520 ASSURANCES GÉNÉRALES LA ST-MAURICE Compagnie (fAssurances Générales Siège social: angle rues St-Pierre et St-Jean Trois-Rivières Consultez ROGER LANTHIER à 671-4828\t671-1953 HOMMAGE D\u2019UN AMI VI LES COMPAGNIES D'ASSURANCE COMPAGNIES ESSENTIELLEMENT CANADIENNES AU SERVICE DES CANADIENS ACTIF PRIMES SOUSCRITES 1956\t1966 $19,500,000.\t$50,000,000.11,500.000.\t30,000,000.GENRES D'ASSURANCES ACCIDENT AUTOMOBILE BIENS IMMOBILIERS BIENS MOBILIERS BRIS DE GLACE GARANTIE INCENDIE RESPONSABILITÉ TRANSPORT TERRESTRE VOL CHAUDIÈRE et MACHINERIE succursales ] CALGARY - EDMONTON - HALIFAX - MONT-«rRvicVX DE I RÉAL * 0TTAWA - QUÉBEC - TORONTO - VAN-> COUVER - WINNIPEG GROUPE À ornnutce SIÈGE SOCIAL: ST-HYACINTHE, QUÉBEC ^ VII De votre vivant, vous pouvez \u2014 prévoir la transmission de vos biens à votre décès OU __ne rien faire et laisser la loi prendre les dispositions à votre place.Comme homme d'affaires, quel mode préférez-vous ?Notre service de planification successorale peut vous faire des suggestions utiles.Qui sème chez soi.récolte pour soi.La Solidarité COMPAGNIE DASSURANCE SUR LA VIE Siège social à Québec \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tCAISSE DE RETRAITE L'Economie Mutuelle d'Assurance suit le rythme de plus en plus accéléré de l'évolution du Québec.Elle est consciente du rôle qu'elle doit jouer dans l'économie du Canada français, c'est pourquoi ses plans sont réellement adaptés aux besoins d'aujourd'hui.L» -\tC O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE 41 ouest, rue St-Jocques, Montréal 845-3291 Montréal - Québec - Joliette - Saint-Jean - Sherbrooke - Ottawa VIII HOMMAGES DE Sc auue^arcte de COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal HOMMAGE de United Auto Parts inc.au travail inlassable de vos collaborateurs 64 magasins dans le Québec 26 magasins dans l'Ontario 152E la plus importante institution financière d\u2019expression française au pays vous présente ses hommages et vous offre ses meilleurs vœux LESE Banque Canadienne Nationale IX .Jdomnw&ei de La Banque Provinciale du Canada\t\tvotre partenaire BIJOUTERIE\t\tinc.(y J\tJ.BRASSARD, prés.\u2022\t256 est, rue Ste-Cotherlne, Mtl.CHAUFFAGE\t\tJ.W.JETTE Ltée 360 est, rue Rachel, Montréal 849-4107 CHAUFFAGE PLOMBERIE INSTALLATEURS - TECHNICIENS CHAUFFAGE ET PLOMBERIE SERVICE DE TECHNICIENS DIPLÔMÉS COFFRES-FORTS\t\tJustin Coffres-forts Ltée 976 ouest, rue Saint-Paul, Montréal 866-4361 au service du commerce, des Caisses Populaires, des coopératives et des banques.VENTE \u2014 SERVICE \u2014 REPARATION \t\t IMPRIMERIE\t\t388-5781\t8125, rue Saint-Laurent Montréol 11, Qué. X F.PILON INC.Fournitures de bureau NORMAND CHEVRIER 10-12 A.M.\u2014 2-6 P.M.Le soir, lun., mer.et ven.7-9 P.M.527 CHERRIER, MONTREAL Prescriptions d'oculistes Bureau 845-2673 Lentilles cornéennes Rés.334-5832 PHOTOGRAPHIE Roméo Côté, président ETCO PHOTO COLOR Ltée Développement Impression et duplicota des films en couleurs Anscochrome - Ektachrome Ferraniacolor - Kodacolor Pour qualité et satisfaction garanties, insistez toujours pour notre service auprès de votre marchand.2345, rue Lapierre, LaSalle, P.Q.Tél.s 366-2870 PLACEMENTS Lionel Rodrigue Suite 207 - 333 est, 861-8297 Durocher, Rodrigue & Cie Ltée Edifice de la Société des Artisans VALEURS DE PLACEMENT rue Craig, Montréal - 18 Domicile: DU.7-5720 Pour l'achat d'obligations consultez Oscar Dubé & Cie Inc.925, Chemin St-Louis,\tAlbert Boulet Québec, 527-2518\t527-8222 PNEUS SERVICE DE PNEUS LA.4-1177 STADIUM Ltée 1871, rue DeLorimier, Mtl.Eucjène Turcotte André Trudeau President\tDirecteur-Gérant 31 48564777 XI POMPES À EAU Pour Achat ou Réparation de toutes les marques de POMPES ET FILTRES 40 ans d'expérience à votre service JOHN MEUNIER 12047, Lourentien Tél.: 334\u20147230 Une entreprise de chez-nous orientée vers les mets chinois V-H Qualify Food Products Ltée Duvernay (Laval)\t669-7789 OUINCAIllEBIf\t \tEDOUARD ROY & FILS LTÉE J.-R.GRÉGOIRE Enrg.\tQuincaillerie en gros 3605 est, rue Ontario\texclusivement Montréal 4 \u2014 524-1167\t4115 est, rue Ontario, Montréal 4 Tel.: LA.4-7541 LES AMIS DE LA REVUE JEAN-LOUIS DORAIS Avocat 570 Ouest, rue St-Jacques MONTREAL OXYGENE INC.4890, 5e Avenue Rosemont, Montréal Geo.-E.Houde, président\t527-3656 AIDEZ-NOUS EN VOUS INSCRIVANT SOUS CETTE RUBRIQUE Espace approprié chaque mois pour une souscription annuelle de $15.00 à $50.00 Directement à Case Postale 189, Station N, Montréal 1377 ^ XII iiiiimimiiiiiiiiiiiiiiiimmiiiiiiiiiiiuiimmiMMiiiimiiiiiiiimmimmim \"Le MÉTRO DE MONTRÉAL EN PHOTOS ET EN PROSE\" par Dominique Beaudin, vice-président de la Ligue d'Action Nationale Un album de format-livre: couverture en couleurs, l'histoire du Métro en 48 pages de photographies et sa réalisation en 48 pages de texte.$2.00 l'exemplaire En vente dans toutes les librairies et au bureau de l'Action nationale L'album est édité par: LES ÉDITIONS de L'ACTION NATIONALE Bureau 504, Edifice Fides, 235 est, boulevard Dorchester, Montréal.L'ACTION NATIONALE Bureau ouvert tous les jours de 2 h.30 P.M.à 6 h.P.M.Téléphone: 866-8034 59825252525052395 TABLE DES MATIÈRES Éditorial: Le chanoine Groulx et le rapport Parent\t843 Lucien SAULNIER: Le drame de notre révolution tranquille 857 Odina BOUTET: Vous permettez?.870 François-Albert ANGERS: Des principes vacillants et occultes aux structures boiteuses.et machiavéliques.\t875 Jules-Bernard GINGRAS: La fameuse polyvalence\t889 Jean-Paul Eugène: 3 A .898 François-Albert ANGERS: Pour qui le temps travaille-t-il ?\t901 Marthe HANDFIELD: \"Le Paysan de la Garonne\" de Jacques Maritain .904 Michel BROCHU: Mouvements scolaires en l'an IV .909 Léonce TREPANIER: Un cinquantenaire pas comme les autres 917 Maximilien LAROCHE: Sur un poème de Roland Giguère .\t920 Yvon RIVARD: Le geste vital .926 Jean TÉTREAU: Lettre sur la philosophie naturelle (I) .930 Jean FRÉCHETTE: Incursion au théâtre et au cinéma .941 xxx \u2014 Les types de coopératives .947 Si vous voulez des épargnes\tsans avarice des affaires\tsans affairisme de l'utilitarisme\tsans égoisme devenez sociétaires de LA FAMILIALE Coopérative de Consommation 5271, rue St-Hubert 272-1119 It.Col.Sarto MARCHAND, E.D., A.D.président de CONSEIL D'EXPANSION ÉCONOMIQUE INC.(1962-1966) LA FONDATION MELCHERS LTÉE LES DISTILLERIES MELCHERS LTÉE \"Nous sommes convaincus qu'au Québec le succès en affaire n'est pas conditionnel aux compromis et à l'anonymat: c'est vrai aujourd'hui et demain, ce sera encore plus évident.\" Mo de rommage ae LES DISTILLERIES LIMITÉE Les seules distilleries canadiennes-françaises au pays.Au service du Québec depuis 1898 0276 "]
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