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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1970-03, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LIX, Numéro 7\tMars 1970\t75 cents LE PROBLÈME DES MAÎTRES L\u2019ÉTAT ET LE \u201cBILL\u201d 62 VERS UNE CONSCIENCE SUPÉRIEURE BILINGUISME ET BICULTURALISME Maximilien Laroche Julia Richer Alexandre Pouchkine POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL : Et les maîtres de demain ?.607 Maurice AUDET : Le « bill » 62 et l\u2019État moderne .619 Claude COLLIN : Vers un degré de conscience\tsupérieur .\t639 Patrick ALLEN : Bilinguisme et biculturalisme\t.647 F.\t-A.ANGERS : En quoi consiste le « bill » 63 ?.659 G.\tV.BOURBONNAIS : En marge d'articles au DEVOIR 667 Maximilien LAROCHE : L'imitation originale dans « Le Petit Chaperon Rouge » .679 Mme Julia RICHER : L'édition québécoise en quelques lignes .684 Alexandre POUCHKINE : Le maître de poste .689 Dépôt légal \u2014 Premier semestre 1970 Bibliothèque nationale du Québec TEXTES ET DISCUSSIONS (Sujets nationaux) Père Gustave Lamarche de l\u2019Académie Canadienne française Non pas un ouvrage de protestation, de revendication et de contestation, mais de pensée profonde, dans un style vivant et vigoureux.Un ouvrage d'un genre rare chez nous; qui va aux profondeurs de notre problème national et que tout nationaliste doit avoir lu et doit méditer.Un volume de 330 pages $5.00 Courrier do la deuxième dots» Enregistrement no 1162 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LIX, Numéro 7\tMars 1970\t75 cents Éditorial Et les maîtres de demain?Le 28 janvier 1970, M.Vincent Prince soutenait, à Lachine, une idée qu'il reprenait dans un bloc-notes du Devoir (30 janvier) et que nous croyons reproduire fidèlement dans les deux propositions suivantes : 1)\tla véritable confessionnalité (et non un ersatz) postule des commissions scolaires confessionnelles; 2)\tmais les structures confessionnelles ne serviront de rien si, auparavant, nous n'assurons le recrutement des enseignants sans lesquels il est impossible d'insuffler un climat chrétien à l'école.Première proposition Ces deux propositions sont d\u2019un parfait réalisme.La première nous sort des ambiguités où le ministre, la Commission scolaire de Montréal, Guy Rocher et certains prêtres veulent bien nous maintenir en affirmant que le projet de loi 62 nous donne la confessionnalité parce qu'elle nous assure pour tous ceux qui le demanderont \u2014 un enseignement religieux.C'est insuffisant.Cette position n'est pas la position de l'Église. 608 ACTION NATIONALE Enfin, nous rencontrons en M.Vincent Prince un laie qui comprend avec lucidité que le problème de la confessionnalité n'est pas un problème d opinion personnelle.Les opinions personnelles, sur ce sujet comme sur bien d'autres, ont une odeur amère qui rappelle le libre examen où chacun exprime « son » opinion plutôt que la position de l'Église elle-même.L école confessionnelle, en son concept, fait partie du trésor de I Église universelle.C\u2019est un bien commun à tous les catholiques.Sa conception s'est peu à peu formée au cours des âges.Les Évêques du monde entier lui ont donné regain de vie, face à toutes les attaques et à toutes les adaptations risquées ou sages que divers groupes de chrétiens lui faisaient subir.La conception juste de l'école catholique, tout en faisant partie du patrimoine de la communauté catholique, comme telle, ne supprime pas l\u2019étude, la volonté de renouveau qu'il convient à chaque génération de lui consacrer.Nous portons un parfum précieux.Le vrai réalisme est de n'en laisser rien perdre mais de s'assurer toujours qu'il n a rien perdu de sa fragrance et de sa force de rayonnement.Deuxième proposition Par la deuxième proposition nous jetons un coup d\u2019oeil aigu sur la sociologie du sentiment chrétien du Québec.Nous passons par une crise grave.Cette crise se fait surtout sentir par une désaffection des valeurs religieuses, sinon même morales, chez un grand nombre d'étudiants universitaires.On ne retrouve pas chez eux beaucoup d'équipes aptes à se forger des convictions.Mais on y discerne une capacité de boire « l'air du temps », d'être conditionné par le milieu universitaire lui-même et par les grands moyens de communications sociales, vraiment déconcertante.Mais de là à croire que toute une génération aurait été aliénée en se détournant des valeurs chrétiennes, il y a une marge.À quoi serviraient les grands remous des parents et des chrétiens de chez nous pour obtenir des commis- ET LES MAÎTRES DE DEMAIN ?609 sions scolaires catholiques si les futurs commissaires mandatés pour cela \u2014 ne savent plus où recruter les maîtres chrétiens, possesseurs d'une vision du monde tirée de l'Évangile et capables de porter témoignage à la fois par leur compétence professionnelle et par leur sens global de l'existence humaine ?Est-ce que le Québec connaîtrait une telle désagrégation des valeurs morales que les futurs maîtres refuseraient de servir l'Église et le peuple de Dieu, dans leur ensemble ou même leur totalité ?Ce serait vraiment douter de la jeunesse universitaire ou affirmer un revirement de toute la nation contre la fidélité qu'elle se doit à elle-même.Le matérialisme se serait-il emparé de notre élite et de nos maîtres de demain à ce point ?Seraient-ils si aveugles sur l'évolution du Québec qu'ils auraient décidé de se laisser conduire par les militants du neutralisme au lieu de diriger leur propre vie à la lumière de quelques principes supérieurs qui éclairent toute l'existence ?D\u2019abord réponse des maîtres L enjeu est terrible.Tout l'avenir des commissions scolaires confessionnelles et même tout l'avenir des écoles catholiques dépend de ce point majeur.On comprend très bien l'amertume et l'agressivité manifestée par les jeunes professeurs incroyants d'aujourd'hui car ils savent s ils sont réalistes \u2014 que la clientèle des écoles communes ou neutres ne variera qu'entre cinq et quinze pour cent, selon les régions.Craignent-ils, si les demandes des parents en faveur des écoles et des commissions scolaires catholiques obtiennent gain de cause, de rester peut-être plusieurs devant la nécessité d'un recyclage pour répondre à d'autres demandes du marché du travail ?N avons-nous pas là une des raisons de leur préférence à une sujétion permanente de leur profession à I État plutôt que de collaborer avec les parents ?Leurs interventions pourraient nous faire croire à une quelconque majorité de leur part.Il suffit, semble-t-il, 610 ACTION NATIONALE de parler avec les principaux d\u2019écoles et les directeurs de service pour nous apercevoir que si le problème est réel, il ne dit pas toute la vérité.Là comme ailleurs, il y a une majorité silencieuse.Là comme ailleurs, il faudra bien que cette majorité silencieuse des maîtres trouve une voix et atteigne la société, ne fût-ce que pour lui donner signe de vie.Les maîtres croyants doivent se compromettre, « s'engager », au moins autant que les maîtres neutres.Si la majorité catholique de cette province ne sait pas réagir comme font tous les vivants devant les menaces, elle devra sans doute plier bagage et accepter l'école commune.L'être vivant sait trouver sa nourriture, sécréter les éléments nécessaires à sa défense, à sa survie, trouver les adaptations au milieu ambiant sans mourir.De même si notre société ne sait pas se donner les maîtres chrétiens dont elle a besoin, elle ne mérite pas de se survivre.Elle se serait laissée mourir.Ou ses élites l'auraient désertée et livrée sans défense et sans pitié aux coups des iconoclastes.La réponse est d'abord aux jeunes universitaires, aux maîtres de demain.Ensuite réponse de l\u2019Église Mais elle n'est pas que dans les mains des maîtres d'aujourd'hui et de demain.Nous traversons un temps de crise.Les gens ne sont pas tellement fous que mêlés.Il y a de la confusion dans l'air.La sociologie prend plus d'importance que la théologie ou I Évangile, et les statistiques sont plus sensationnelles que les vraies convictions.Mais il y aura une reprise.Mais il y aura une remontée.Nous savons tous que les cardinaux Léger et Floy, par des déclarations explicites, ont voulu des structures confessionnelles pour assurer la parfaite confessionna-lité de l'école et de l'éducation telle que définie par Vatican II.Nous avons aussi une déclaration très explicite du Secrétariat de l'Éducation de la Commission de ET LES MAÎTRES DE DEMAIN ?611 l'Assemblée des évêques sur l'éducation (24 novembre 1966) : « On soutient parfois que des structures administratives tributaires et mandataires de l'État doivent, comme l'État lui-même, être neutres.Cette vision n'est que partiellement vraie.En effet, dans un domaine comme celui de l'éducation qui se distingue de tous les autres services de l'État, l'action de ce dernier atteint des personnes dans ce qu\u2019elles ont de plus intime; son action atteint des êtres en formation, des êtres en devenir.Ces personnes ne sauraient être neutres et les organismes mis à leur service devraient respecter leurs aspirations profondes.De plus, en éducation, /'autorité des familles est antérieure à celle de l\u2019État, qui garde cependant tout son rôle de planification et de coordination; autrement, on aboutit à la notion d'État éducateur et source de droit.Il faut donc distinguer les structures administratives qui répondent aux besoins des familles, de l'État planificateur et coordonnateur.En conséquence, certaines structures administratives peuvent être confessionnelles et d'autres, neutres.On comprend ainsi que le bien commun de la société civile, en matière d'éducation, peut réclamer des structures qui, tout en étant confessionnelles, ne lèsent en rien la neutralité de l\u2019État, c\u2019est-à-dire son impartialité vis-à-vis des options religieuses ».Autrement dit ce n\u2019est pas à l'État de définir la con-fessionnalité qui convient aux protestants et aux catholiques mais c'est à chaque communauté de croyants de spécifier ce en quoi consiste leur conception de l'école.L'État, serviteur du bien commun, accepte, si le bien commun est mieux servi, d'appliquer ces normes et de les protéger par des structures qui conviennent.Sans cela il risquerait de tomber dans le joséphisme, c'est-à-dire dans la situation de l'État qui envahit l'Église et définit aux Évêques et aux enseignants chrétiens ce qu'il leur convient ou ce qu'il ne leur convient pas d'enseigner.L\u2019État ne serait plus neutre mais militant en faveur de ' sa » conception de l'école confessionnelle.M.Cardinal n'évite pas ce danger, ni M.Guy Rocher. 612 ACTION NATIONALE Tous les tenants des commissions scolaires neutres tombent dans cet excès, celui d'accorder à l'État un rôle d'envahisseur du terrain où l'Église a plus à dire que lui.Dans la revue RELATIONS (février 1970), deux membres du Conseil supérieur de l'éducation, un prêtre et un père de famille, expriment leur point de vue sur le projet de loi 62.Le prêtre n'a qu'une opinion personnelle.Rien de plus.Le père de famille, au contraire, explore ce bien commun à toute la communauté ecclésiale qu'est l'école confessionnelle.Il définit la confessionnalité en termes d'instruction religieuse et d'éducation de la personne globale, rejoignant par là Vatican II qui demande de marier les connaissances humaines et les sciences à la foi.Cette conception exige de tous les chrétiens actuels d'être enrichie, vivifiée, inventée tous les jours selon les grandes lignes dessinées par l'Église elle-même.Déjà dans l'histoire de l'Église, des laies ont sauvé l'Église : ne vivons-nous pas des moments semblables ?Le peuple de Dieu, toutefois, se sent dépassé par l\u2019ampleur de la tâche.Il s\u2019agit de parler à I État.Comme peuple, il dispose de ses votes, c'est vrai.Mais comme participant à un dialogue, il doit être représenté par ses chefs : que disent et que feront les Évêques du Québec ?Il ne s'agit plus d'un rapiéçage urgent mais de trouver une solution d'ensemble à l'impasse où I État confine tout l'ensemble de la confessionnalité et de son avenir.La collégialité représente un progrès sur hier, c'est certain.Mais elle présente aussi ses désavantages.Réunir vingt hommes pour les inviter à l\u2019adhésion unanime à un texte et à une action commune, sur des sujets qui ont une importance historique, n'est pas chose facile.Il y a plus de lourdeur dans l'action et moins de vigueur, souvent, dans la pensée, que lorsqu un homme donne son avis dont il est seul responsable.Mais une fois mise en marche la collégialité, par son front commun, est plus efficace et tenace. ET LES MAÎTRES DE DEMAIN ?613 Importance du problème Le problème du renouvellement et de la formation des maîtres chrétiens devient un des sujets les plus importants qu'ont à affronter les Évêques du Québec.Ils ont à faire face à une situation qui s'est rapidement détériorée.En effet les CEGEP sont devenus des «\u2022 écoles communes ».Malgré les désirs des parents, affirmés par plusieurs pétitions, les CEGEP publics sont devenus tous des institutions communes, c'est-à-dire généralement neutres avec toutes sortes de cours qui, depuis I histoire de la religion jusqu'à la théologie, rappellent en plus ou en moins un approfondissement d'une conception religieuse du monde.L'unité est perdue.Seuls quelques CEGEP privés peuvent se dire vraiment chrétiens.Dans les autres, le commun dénominateur est celui de la neutralité ouverte et chaque directeur du personnel engage généralement les maîtres sur la seule base de la compétence universitaire.Les Évêques se trouvent aussi devant le problème universitaire.On vient de demander à l\u2019Université de Montréal de ne plus reconnaître la Faculté de théologie catholique comme telle : « Qu'elle reste sur le campus, si elle le désire, mais qu'elle n'émarge plus au budget de l'Université ! » C'est là toucher tout le problème des facultés de théologie et des sciences de l'éducation chrétienne dans une université d'État.Actuellement l'offensive est lancée à l'Université de Montréal, comme plus mûre pour de telles mesures rigoureuses, mais les autres connaîtront le même problème.D'excellents chrétiens parleront comme instruments de l\u2019État bien plus que comme membres de l'Église.Dans la civilisation qu'ils préparent, ils creusent le fossé entre l'État et I Église plutôt que de favoriser une heureuse collaboration.Ils accentuent la sécularisation effrénée de tous les chemins normaux vers la connaissance et les diplômes de compétence, plutôt que de construire des ponts vers des vérités supérieures, plus globales, plus catholiques. 614 ACTION NATIONALE Esquisses de solution Que feront les Évêques devant ces offensives dont la progression commence à effrayer toutes les classes de la population ?Peuvent-ils continuer à demander que les universités d'État soient seules à préparer les maîtres chrétiens de demain, soit par les facultés de théologie, soit par les facultés des sciences de l'éducation ?C est une solution possible car, aux États-Unis plusieurs catholiques vont se spécialiser dans des universités neutres, privées ou publiques, et ils servent l'Église avec compétence et zèle.Mais la mesure n'est pas générale.Est-ce que la meilleure formule ne serait pas, devant les difficultés éprouvées par ces facultés, et pour une meilleure solution au problème du nombre et de la qualité des maîtres chrétiens de demain, d'envisager la création, non d'une université proprement dite, mais de facultés des sciences ecclésiastiques et des sciences de l'éducation, indépendantes ou privées ?Elles seraient subventionnées par l'État au nom de la justice distributive tant qu'elles pourvoiraient au bien commun de la clientèle majoritaire desservie et elles pourraient émettre des diplômes de valeur égale aux diplômes des autres universités.Ou, autre possibilité, tout en maintenant leur autonomie quant à leur administration financière et pédagogique, elles seraient rattachées juridiquement à quelque université existante.On le voit : le problème est de taille.Je n'aimerais pas être à la place des Évêques pour envisager toutes les études et les démarches nécessaires à une solution d'ensemble, valable pour tout l'avenir de l'enseignement confessionnel dans le Québec.Mais toute la communauté chrétienne est acculée, par une législation progressive en sa sécularisation, à la nécessité de trouver des solutions d'ensemble d\u2019où la pensée des Évêques ne peut être absente.Le peuple chrétien a fait sa part.Plus que sa part, souvent.Il est prêt à continuer.Les Évêques savent maintenant quelles sont les forces qui suivent Vatican II ET LES MAÎTRES DE DEMAIN ?615 dont ils ont signé les documents et quelles sont les forces de division chez le peuple de Dieu.Ils ne pourront satisfaire tout le monde, pas plus ici que dans tout autre pays européen.Mais ils pourront devenir un signe de ralliement et un appui pour ceux qui, dans les confusions actuelles, veulent donner plein rendement à leurs énergies contenues trop longtemps et qui ne veulent pas se tromper.Ces derniers veulent bien suivre une « voix prophétique » mais non une voix isolée et, en longue portée, sans efficacité.Les maîtres de demain ne peuvent se passer des familles chrétiennes ni des chefs qui ratifient, appliquent au pays, et donnent les dynamismes nécessaires pour que les valeurs enseignées par l'Église puissent se développer comme vraiment incarnées dans notre Québec.Sans ce concours de tous, l'Église trouvera-t-elle encore longtemps les maîtres chrétiens dont tout son service éducatif aura de plus en plus besoin ?Il est temps de repenser l'ensemble de la présence de l'Église au Québec.JEAN GENEST 616 ACTION NATIONALE L\u2019INNOCENCE SAVANTE ! Madame Lysiane Gagnon-d\u2019Allemagne joue à l'innocente.Elle se demande dans LA PRESSE (samedi 17 janvier 1970.p.6) pourquoi les adversaires du bill 62 boudent les média d'information francophones ?La réponse est bien simple, c'est qu'ils n'y obtiendront pas justice.Les Anglo-Canadiens savent comment leur cas et leurs arguments peuvent être présentés par une petite Torquemada en jupon.Les francophones qui s'opposent en masse au bill 62 \u2014 et il suffit d'aller rencontrer le peuple dans les paroisses pour le savoir \u2014 n'ont aucune confiance dans La Presse tant que madame Lysiane Gagnon-d'Allemagne y fera ses reportages partiaux, tous tournés vers la propagande officielle.Elle sert les puissants.Elle sert leur genre de socialisme.Les adversaires du bill 62 n'ont aucune chance.Si élevés soient leurs arguments, ils seront abreuvés d'injures.C'est pourquoi les adversaires du bill 62 évitent les média d'information francophones ! Ils n'ont aucune chance de se faire entendre ni même d'entrer en dialogue. VIE NATIONALE ¦¦ LE BILL 62 ET L\u2019ÉTAT MODERNE par Maurice Audet Le présent article se divise en deux parties : 1) Le Bill 62 et le respect du pluralisme religieux; 2) un principe fondamental en jeu : le rôle de l'État en éducation.1) BILL 62 ET RESPECT DU PLURALISME RELIGIEUX Quatre principes de base ont présidé, semble-t-il, à I élaboration du Bill 62.Parmi ces principes se trouve le respect du pluralisme religieux.Par ce projet de loi, le législateur se propose de respecter les croyances de chacun des groupes religieux qui existent sur le territoire de l'Ile de Montréal.Le législateur ne veut pas nécessairement réduire ces croyances au plus petit commun dénominateur.Ce qu'il veut, c'est donner satisfaction à tous.Quel est le genre d'école qui puisse répondre au désir des catholiques ?Pour le savoir référons-nous à la pensée de ceux qui sont les porte-parole officiels de l\u2019Église du Québec. 620 ACTION NATIONALE « Selon le concept que l\u2019Église a de l\u2019éducation, une école qui peut satisfaire pleinement les catholiques n'est pas simplement une école où l'on donne, à côté des matières profanes, un enseignement proprement religieux ou encore où l'on consacre des moments à la prière et au culte.C\u2019est un des aspects de l\u2019universalité propre du christianisme que celui-ci embrasse l'ensemble de la vie humaine et donne une inspiration et un éclairage particuliers à toute l\u2019activité de l'homme.(.) Un esprit chrétien doit donc se retrouver dans toute la vie de l\u2019école, dans son ordonnance, dans la philosophie de l\u2019éducation qui l'anime, dans ses conceptions pédagogiques.(.) » (l).Le projet de loi met sur pied une école nouveau genre, un Comité d\u2019école, un directeur général associé chargé de l\u2019organisation des cours des écoles catholiques, une municipalité scolaire et enfin un Conseil scolaire de l\u2019Ile de Montréal.Ces structures proposées sont-elles en mesure d\u2019assurer le maintien et la promotion de l'école confessionnelle authentique ?Voilà ce que nous essaierons de voir.a) L\u2019école Par école, on entend « un édifice ou une partie d un édifice qui est occupé par un groupement d\u2019enfants et d\u2019instituteurs sous l\u2019autorité d'un directeur et où se donnent soit les cours adoptés ou reconnus pour les écoles publiques catholiques, soit les cours adoptés ou reconnus par les écoles publiques protestantes, soit ceux qui sont applicables aux écoles publiques autres que catholiques ou protestantes » (article 622).Des raisons, comme le plein emploi des locaux ou la composition de la population scolaire, légitimeraient l\u2019application de cet article en certains endroits.Néanmoins, un tel article de loi peut facilement entraîner la non- (1) Lettre des évêques au premier ministre de la Province de Québec 29 août 1963. LE «BILL» 62 ET L'ÉTAT MODERNE 621 confessionnalité de l\u2019école, si on généralise cette pratique.Au niveau secondaire en particulier, on peut prévoir que l'utilisation des mêmes locaux spécialisés, de la même programmation, des mêmes services et la participation à la vie académique ou parascolaire du milieu empêcheront, en pratique, de donner une éducation propre aux groupes catholiques.b) Le Comité d\u2019école L\u2019article 622 prévoit la formation d\u2019un comité d\u2019école dans chaque école.Dans le Rapport Parent, le Comité d\u2019école avait comme pouvoir « d\u2019accepter ou rejeter tout projet de règlement de la direction de l\u2019école ou de la direction de l\u2019enseignement catholique, affectant les modalités particulières de la confessionnalité de l'école ».Ce pouvoir réel n\u2019existe pas dans l\u2019article 623 du Bill 62 où le rôle du Comité est limité à celui de faire des recommandations.Le Comité d\u2019école participe aussi à la formation d\u2019un collège électoral pour le choix des commissaires.« Le nombre de commissaires élus par le collège électoral est égal à la moitié de ceux qui sont élus au suffrage universel » (article 592).Pour ce faire, les délégués des comités d\u2019écoles catholiques, protestantes et neutres, constituent un unique collège électoral où disparaît le caractère spécifique de chaque délégation (article 640).La participation des parents au Comité d\u2019école est éminemment souhaitable.Une évaluation critique de l'expérience des ateliers et des comités de parents depuis trois ou quatre ans révèle vite que cette participation ne se réalisera pas du jour au lendemain.Ce serait se nourrir d\u2019illusions et d'utopie que de le penser.c) Le directeur général associé L article 612 stipule que « les commissaires d\u2019écoles doivent nommer un directeur général ainsi que trois directeurs généraux associés chargés l\u2019un de l\u2019organisation des 622 ACTION NATIONALE cours adoptés ou reconnus pour les écoles publiques catholiques, un autre de l'organisation des cours adoptés ou reconnus pour les écoles publiques protestantes et un troisième pour ceux qui sont applicables aux écoles publiques autres que catholiques ou protestantes .» On remarquera tout d\u2019abord que le projet de loi ne spécifie aucunement que le directeur général associé chargé de l\u2019organisation des cours adoptés ou reconnus pour les écoles publiques catholiques doit être lui-même catholique.Le directeur général et les directeurs associés élaborent des politiques qui sont soumises à l\u2019approbation des commissaires.Parmi les quatre personnes dont il est question dans le projet de loi, il n'y en a qu\u2019une pour penser éducation catholique en vertu de sa fonction.Dans ce contexte, il est normal de s\u2019attendre à des politiques de compromis où l'éducation catholique sera bon perdant.L\u2019article ne spécifie pas non plus que ce directeur général associé aura sous sa juridiction des services propres.Sera-t-il à la tête de services communs qui seraient neutres ?Pourtant le Rapport Parent, Tome IV, paragraphe 116, avait prévu l\u2019établissement de six directions pédagogiques chargées des études et du personnel dans chaque commission scolaire.Cela s\u2019impose en effet si l\u2019on veut réellement assurer des services adéquats aux divers types possibles d\u2019écoles.Il faut vivre en effet dans les structures d\u2019une commission scolaire pour savoir que les trois services essentiels à la vie immédiate de l\u2019école sont le service des études, le service du personnel et le service de l\u2019équipement.Le directeur général est là pour coordonner l\u2019action de ces services et pour la rendre la plus efficace possible.Si nous nous plaçons dans le contexte d\u2019une école catholique, nous comprendrons que les services qui la soutiennent doivent être de la même inspiration idéologique s\u2019ils veulent effectivement poursuivre les objectifs de cette école. LE «BILL» 62 ET L'ÉTAT MODERNE 623 La mise en oeuvre des programmes-cadres des matières profanes et de l\u2019enseignement religieux donne une grande responsabilité au service des études.L éducation est inconcevable en dehors d\u2019un système de valeurs.Un enseignement des matières profanes qui ne transmet pas ces valeurs voue à l\u2019échec la catéchèse et tous les autres efforts pastoraux que l\u2019on pourrait imaginer.L\u2019organisation scolaire (horaire, programmation, etc.) doit aussi favoriser l\u2019action pastorale.Le service du personnel a lui aussi un rôle important.L\u2019école a sans cesse besoin de personnel catholique qu\u2019il faut constamment perfectionner.Le service de l\u2019équipement, doit tenir compte de la nécessité de locaux et de matériel didactiques conçus pour faciliter l\u2019éducation chrétienne : salle de catéchèse, salle de pastorale, manuels, matériel audio-visuel, etc.Pour animer ces différents services et les aider à découvrir les implications de l\u2019éducation chrétienne, pour orienter et coordonner l\u2019action pastorale dans les écoles, il faut aussi compter sur l\u2019existence d\u2019un service de pastorale adéquat.Un directeur général associé privé de ces services confessionnels n est réellement pas en mesure d\u2019organiser et de faire fonctionner un réseau d\u2019écoles catholiques.Il pourrait tout au plus s'occuper de l'enseignement religieux.d) La Commission scolaire La nouvelle commission scolaire dont il est question dans le projet de loi ne sera pas confessionnelle.Elle sera composée de commissaires élus pour les deux tiers au suffrage universel et pour l\u2019autre tiers par le collège électoral formé de délégués des comités d\u2019école (articles 590, 591, 592). 624 ACTION NATIONALE Il en découle qu\u2019aucun des commissaires n'est officiellement élu en raison de sa langue ou de sa foi.Il se peut fort bien que la composition du groupe des commissaires ne reflète pas véritablement l\u2019image du milieu.C\u2019est la Commission scolaire non confessionnelle qui est chargée dans le cadre de son budget, de la « sélection, de l\u2019engagement, du congédiement et du perfectionnement du personnel (article 587) ».La Commission scolaire a aussi l\u2019obligation d'organiser des cours conformes aux règlements du Comité catholique (article 586).Il importe de noter que Ion passe sous silence le service de la pastorale et les autres services aux étudiants.L'obligation de la commission scolaire ne porte-t-elle strictement que sur l\u2019organisation de cours conformes aux règlements du Comité catholique ?On répond parfois qu\u2019il ne faut pas s'inquiéter du silence du projet de loi 62 puisque les règlements du Comité catholique existent et ont aussi force de loi.Pourtant, la vie quotidienne nous force à nous interroger.Le Comité catholique édicte des règlements.La Commission scolaire les met en application suivant son bon vouloir et ses possibilités.Les règlements demandent que l\u2019ensemble du personnel dans une école catholique soit croyant.Ils prévoient un poste de coordonnateur d\u2019enseignement religieux, des locaux pour la pastorale, etc.Or, on peut constater que des commissions scolaires engagent du personnel sans tenir compte des besoins des écoles confessionnelles et se préoccupent plus ou moins des autres exigences du Comité catholique.Les règlements du Comité catholique ne constituent donc pas en eux-mêmes une garantie pour l\u2019école confessionnelle.La Commission scolaire est le lieu où se votent des politiques et s\u2019établissent des priorités.Le Bill 62 propose une commission scolaire où siégeront, des catholiques, des protestants, des neutres, autant de personnes qui ont des échelles de valeurs différentes.Ces per- LE «BILL» 62 ET L'ÉTAT MODERNE 625 sonnes doivent établir collectivement des politiques qui orienteront l\u2019éducation de l'ensemble des six groupes d\u2019élèves (trois groupes religieux doublés par les facteurs de langue).Concrètement, des commissaires protestants et neutres seront appelés à voter des mesures qui concernent l\u2019éducation catholique, par exemple, l\u2019engagement d\u2019animateurs en enseignement religieux, le renouvellement des manuels, l\u2019engagement et l\u2019évaluation du directeur associé chargé des cours de foi catholique, etc.S\u2019il est difficile présentement à des commissaires catholiques de percevoir les implications de l\u2019éducation chrétienne, peut-on l'espérer de commissaires non catholiques, fussent-ils de bonne volonté ?« Les non-catholiques, même de bonne volonté, ont souvent de la peine à comprendre cette exigence.Pour eux, l\u2019Église devrait se déclarer satisfaite dès lors que se trouve respectées les libertés du culte et de l\u2019enseignement religieux.Leur erreur provient de ce qu\u2019ils se font du christianisme une idée rétrécie à laquelle les incite sans doute le comportement de certains chrétiens »(2).Dans cette conjoncture, tous les compromis et toutes les démissions devant les difficultés sont à prévoir.On est donc loin de la promotion de l'éducation chrétienne ! Pour employer une expression heureuse de Claude Ryan, le système scolaire devient un immense « comptoir postal ».Pensant favoriser l\u2019égalité des services sur tout le territoire, on divise l'île de Montréal en onze municipalités scolaires.Une telle division crée une multitude de minorités artificielles.Les caractères religieux et autres varieront d\u2019une commission scolaire à l\u2019autre.L\u2019administration de chacun de ces territoires devient fort complexe, alors qu\u2019une division suivant les communautés religieuses permettrait à chaque groupe d\u2019avoir une ad- (2) Notss doctrinales du Comité théologique de Lyon à l\u2019usage des prêtres du Ministère, no.38, Les Catholiques de France et le problème scolaire, 4 janvier 1957, page 11. 626 ACTION NATIONALE ministration spécifique, vouée à son service et réellement soumise à son contrôle au moment de l\u2019élection.Le regroupement des petites commissions scolaires confessionnelles, la division des trop considérables; C.E.C.M.et P.S.B.G.M.et la création de commissions scolaires neutres peuvent donner un nombre de commissions scolaires sensiblement égal à celui proposé dans le projet de loi 62.e) Conseil scolaire de l'île Le Conseil scolaire de l'île de Montréal est un organisme non confessionnel, « composé de quinze membres nommés par le lieutenant-gouverneur en conseil sur la recommandation du ministre dont onze sont choisis parmi les commissaires d\u2019écoles des commissions scolaires de l\u2019île de Montréal à raison d\u2019un par commission » (article 662).Le Lieutenant-gouverneur en conseil nomme aussi le président, le vice-président et, en cas d\u2019absence ou d'incapacité de l\u2019un et l\u2019autre, un autre membre du conseil pour les remplacer (articles 667, 669).Le Conseil métropolitain est donc sous bonne garde !.« Le Conseil a pour fonctions principales de prélever les taxes requises pour la réalisation des objets des commissions scolaires de son territoire ainsi que de pourvoir au financement, à la planification et à la coordination des services de chacune de ces commissions et à l'organisation de services pouvant bénéficier à toutes les commissions scolaires de l\u2019île de Montréal; il est responsable de l\u2019implantation des équipements scolaires dans l'île de Montréal en tenant compte des recommandations des commissions scolaires, il acquiert les immeubles requis, en conserve la propriété et voit à leur affectation» (article 659).Les pouvoirs du Conseil scolaire de l\u2019île dépassent ainsi largement les pouvoirs qu\u2019exigeraient la perception et la répartition équitable de la taxe, la planification LE « BILL » 62 ET L'ÉTAT MODERNE 627 et la coordination.Ils englobent les pouvoirs financiers autrefois dévolus aux commissions scolaires.Ainsi revient pour la deuxième fois à la surface la division entre I administration pédagogique et l\u2019administration financière, sur laquelle on s\u2019était basé pour établir en 1961 la grande charte de l\u2019éducation et que l\u2019on désavouait pour inefficacité trois ans plus tard en créant le ministère de l\u2019Éducation.En effet, il est pratiquement impossible de séparer l\u2019aspect financier de l\u2019aspect pédagogique.Tous savent très bien que le pouvoir se trouve là où est l\u2019argent.Les municipalités scolaires de l\u2019île de Montréal ne joueront donc plus le rôle des corporations scolaires que nous avons connues.Cantonnées dans la seule administration pédagogique sous la tutelle d\u2019un conseil qui en plus des pouvoirs financiers détient aussi certains pouvoirs pédagogiques, les municipalités scolaires ne seront pratiquement que des bureaux du ministère de l\u2019Éducation.Il importe de noter que le Conseil métropolitain, étant propriétaire des immeubles et voyant à leur affectation, décidera sur recommandation de la commission scolaire des endroits où seront les écoles confessionnelles.La procédure de reconnaissance des écoles par le Comité catholique semble de ce fait éliminée.Est-il réellement nécessaire de dépouiller à ce point les commissions scolaires ?Evidemment non ! A moins que l\u2019on veuille un système étatique d\u2019éducation.Il-UN PRINCIPE FONDAMENTAL EN JEU: LE RÔLE DE L\u2019ÉTAT EN ÉDUCATION Un article récent de M.Guy Rocher expose clairement la notion du rôle de l\u2019État qui sous-tend le projet de loi.La commission scolaire a été depuis toujours 628 ACTION NATIONALE au Québec le moyen par lequel un groupe culturel ou religieux transmettait ses valeurs.Le projet de loi 62 transforme cette commission scolaire en « un corps politique faisant partie de l'État, dont elle est une émanation et un prolongement.une institution de I État et non pas un groupe intermédiaire au service d intérêts particuliers.Je veux dire par là que la commission scolaire s\u2019affirme dans cette loi comme la continuation de l'Etat dont elle prend la nature et les caractères ».Parmi les traits décelés par M.Guy Rocher dans les nouvelles commissions scolaires, soulignons en particulier qu elles « ont » en matière religieuse la même neutralité que l\u2019État ».« De longue date, on s\u2019était habitué à considérer que l'enseignement était l\u2019affaire des familles et surtout des Églises et que l\u2019État n\u2019avait qu\u2019une responsabilité subsidiaire .La loi 62 allait à l\u2019encontre de cette conception traditionnelle .La loi 62 appelle la même évolution des esprits.Il s'agit cette fois-ci de savoir si les organismes que l\u2019État crée pour administrer localement la chose scolaire, il doit en partager le contrôle avec des groupes particuliers .il s\u2019agit de savoir si la commission scolaire est un organisme public exerçant au plan local une autorité que lui délègue l\u2019État ou si elle est, comme on le voudrait encore, un groupement intermédiaire représentant les intérêts particuliers d une Église ou d\u2019un groupe ethnique »|3).Une telle conception exposée par M.Guy Rocher est-elle réellement celle du rôle de I État moderne en éducation ?Voyons donc les grands courants de pensée contemporains, quelques situations de fait et la pensée de l\u2019Église en ce domaine.a) Conception moderne ou dépassée ?La conception de l\u2019école, exposée par M.Guy Rocher, n\u2019est pas nouvelle.C\u2019est une conception étatique qui (31 ROCHER, Guy « Une nouvelle définition sion scolaire » Le Devoir, mercredi 24 politique de la commis-fecembre 1969, p.5. LE « BILL » 62 ET L'ÉTAT MODERNE 629 fut prônée en France vers les années 1880 par Jules Ferry, ministre de l\u2019Instruction publique; « Les patrons parlent anglais »; « Les anglophones ont toujours les meilleures places ».Parallèlement, les francophones du Québec ont été nombreux à exprimer leur dépit devant une situation où ils exercent peu d'influence et d'autorité sur une bonne partie des décisions économiques qui intéressent à la fois leur bien-être matériel et l\u2019aptitude de leurs institutions (écoles et communications de masse par exemple) à répondre aux besoins qui leur sont particuliers.Des recherches fouillées et méthodiques ont confirmé nombre d'opinions exprimées.» Un peuple qui conserve encore un peu d\u2019instinct de conservation et une once de sentiment de fierté n\u2019accepte pas que les décisions économiques qui touchent sa vie communautaire lui échappent à peu près totalement dans un cadre conçu par d'autres et qui le forcent BILINGUISME ET BICULTURALISME 653 à ne parler sa langue qu\u2019au salon et à se contenter des dernières places au travail.Dépit, mécontentement et violence même résultent d\u2019une situation qui devient de plus en plus épuisante ! Quand l\u2019Action nationale et d\u2019autres rares revues du Québec décrivaient une telle situation, les parvenus silencieux trouvaient alarmistes de tels propos et disaient que ceux qui les tenaient étaient « de l\u2019autre bord » ! .Que répondront maintenant ces petits messieurs aux membres de la Commission BB qui en a vérifié le bien-fondé et en ont accumulé les preuves tout en donnant l'alerte à tout le Canada ?On est donc loin encore ici des historiens thaumaturges qui, plongés dans le passé et les yeux un peu voilés sur le présent, suggèrent comme remède la rédaction d\u2019un même manuel d\u2019histoire du Canada pour enrayer la vogue du séparatisme .Le contribuable en paierait aussi la note ?Un fait : l\u2019inégalité humiliante La troisième tranche du rapport de la Commission BB illustre avec un luxe fulgurant de chiffres à l\u2019appui I inégalité flagrante des francophones au Canada et au Québec.Les chances des francophones dans la vie économique et sociale sont très minces; l'appartenance au groupe français entraîne des obligations plus lourdes pour des avantages moindres.Le revenu, l\u2019instruction, la profession, la propriété des entreprises et la plupart des autres postes de l\u2019activité socio-économique leur sont défavorables.Le Canadien français gagne chaque année $1000 de moins que le Canadien anglais; son revenu moyen est de 20 p.c.inférieur à celui des Canadiens anglais.Au Québec, le salaire du Canadien français vient au 12e rang, juste avant celui des Italiens et des Indiens.C'est pour le Canadien français que l'instruction rapporte le moins.Au sortir de l\u2019université, le Juif accroît son revenu de $4,007, l\u2019Italien de $3,695 et le Canadien français de $3,290.C\u2019est au Québec et surtout à Montréal que les Canadiens français sont le plus défavorisés par rapport aux Canadiens anglais.L\u2019écart entre leurs types 654 ACTION NATIONALE d\u2019emploi respectifs est de 8 p.c.dans l\u2019ensemble du Canada, 16 p.c.au Québec et 22 p.c.à Montréal.La tendance s'est accentuée depuis 30 ans et continuera dans l\u2019avenir si on n'y met pas un cran d\u2019arrêt efficace.Retenons encore ici un paragraphe (no 142) de la troisième tranche du rapport, première partie : « Il ressort de notre étude sur les aspects sociaux et économiques de la vie au Canada (d\u2019après le recensement de 1961), que les Canadiens d'origine française et ceux d'origine britannique ne sont pas des partenaires égaux.Selon toutes les mesures statistiques que nous avons appliquées, les Canadiens d'origine française se classent beaucoup plus bas dans l\u2019échelle socio-économique.Ils sont moins bien représentés dans les postes d\u2019influence et d\u2019autorité, ne possèdent qu\u2019une part réduite de la propriété des entreprises et ont moins facilement accès aux fruits de la technologie.Les emplois qu\u2019ils occupent assurent moins de prestige et sont moins bien rémunérés; dans l\u2019ensemble du Canada, leur revenu annuel est inférieur de $980 à celui des Britanniques.Enfin, ils ont deux ans de moins de scolarité.Au Québec, les patrons francophones de l'industrie de fabrication ne contribuent que pour 15 p.c.de la production provinciale.» Quelles que soient les conclusions que les auteurs du rapport tirent de l\u2019importance relative des facteurs d'inégalité dans leur chapitre V, le fait de l\u2019inégalité vécue demeure et humilie les francophones qui ont plus besoin de changements que d\u2019explications.L'inégalité dans le fonctionnarisme fédéral Le plus gros employeur du Canada, le gouvernement fédéral n\u2019a jamais eu avant avril 1966 de politique qui tienne un peu compte des aspirations particulières des francophones depuis la Confédération, L'Anglais s\u2019est installé en maître avec sa langue, sa culture et ses propres aspirations.Les hauts postes, les promotions et les traitements élevés allaient quasi automatiquement à d\u2019autres qu\u2019aux francophones.Ici et là, un peu comme pour sauver les apparences, on tolérait quelques francophones travaillant en anglais.La Commission a condamné une telle situation en termes énergiques au cours d\u2019une analyse fort détaillée suivie d\u2019importantes recomman- BILINGUISME ET BICULTURALISME 655 dations.Environ 300 pages portent directement sur le sujet.Nous ne pouvons ici qu\u2019énumérer les titres de chapitre : la fonction publique fédérale, évolution de sa politique linguistique et participation des francophones; emploi des langues, politique linguistique du gouvernement, connaissance des langues dans la fonction publique; emploi des langues dans trois ministères : affaires extérieures, revenu national et conseil du trésor; moyens utilisés pour réaliser le bilinguisme dans la fonction publique; fonction publique et enseignement universitaire, recrutement et orientation; participation des groupes linguistiques et déroulement des carrières; un régime d\u2019égalité dans la fonction publique, conclusions et recommandations, forces canadiennes, conclusions et recommandations.Les auteurs du rapport BB ont démontré avec limpidité « qu'il n\u2019y a pas de véritable égalité entre francophones et anglophones dans la fonction publique fédérale ».Ils analysent les points faibles de la situation.Nous offrons encore ici un extrait du rapport (no 754) : « Quoique le gouvernement fédéral se soit donné une politique assez bien définie en matière de langue de communication avec le public, il n\u2019a pas encore de ligne de conduite générale cohérente pour ce qui est de la langue de travail dans la fonction publique.Les fonctionnaires francophones sont peu nombreux dans certains secteurs importants, tels que les secteurs clés qui ont trait à l\u2019industrie, aux finances et au développement scientifique.Le petit nombre qui occupent des postes de direction ne se trouvent pas non plus sur un pied d\u2019égalité avec les anglophones; aux paliers supérieurs de décision, la présence francophone est donc faible.Par ailleurs, quand les francophones sont présents dans l'administration, leur participation est entravée à divers degrés, du fait qu'ils ne peuvent travailler dans leur langue, qu\u2019ils ne se trouvent pas dans un milieu culturel qui leur soit propre.Le français n\u2019a jamais bénéficié pleinement du statut de langue officielle ou d'usage dans la fonction publique.La langue et la culture françaises n\u2019ont guère eu de chance de s'implanter dans la plupart des activités de l\u2019administration fédérale.La fonction publique ne s'est pas suffisamment intéressée aux traditions intellectuelles du Québec et de la France, ni aux méthodes Issues de leurs universités et de leurs centres de recherche.Autre difficulté ; hors du Québec, les services fédéraux sont éta- 656 ACTION NATIONALE blis dans un milieu qui ne se prête guère au maintien de la langue et de la culture françaises ni à leur épanouissement.C'est le cas d\u2019Ottawa, en particulier.» Faut-il s\u2019étonner du peu de motivation des francophones pour la fonction publique fédérale, du petit nombre qui y font carrière ?L\u2019organisation leur semble conçue et créée pour l'anglais et l'égalité de chances d'avancement paraît à peu près inexistante.Malgré tous les ménagements qu\u2019ont apportés les commissaires qui ont analysé et jugé la situation, leur exposé laisse une impression sombre qu'il va falloir corriger résolument en brûlant les étapes si on ne veut pas que les soi-disant « agitateurs » brassent les frustrations accumulées pendant cent années de Confédération.L\u2019inégalité dans l\u2019entreprise privée Dans le secteur de l\u2019entreprise privée, la Commission BB ne fait pas de constatations plus réjouissantes que dans le fonctionnarisme fédéral.Quelques citations sont éloquentes : «.Les francophones forment 55% des effectifs gagnant entre S5000 et $9900, mais ne représentent que 23% de ceux gagnant $10,000 et plus.Leur concentration maximale se réalise dans les secteurs de travail où la connaissance des deux langues officielles est nécessaire; c'est qu'ils remplissent des fonctions de liaison entre les cadres supérieurs anglophones et la main-d'oeuvre d\u2019une part, et le public de langue française d\u2019autre part.» Les commissaires constatent encore que la plupart des francophones, pour parvenir aux postes de maîtrise, ont dû gravir les divers échelons des emplois manuels.Les cadres francophones ayant des titres universitaires sont fortement groupés dans les fonctions de liaison, tandis que les anglophones se trouvent plutôt dans les services administratifs et techniques qui, à long terme, offrent de meilleures perspectives d\u2019accès aux fonctions supérieures.Mais la répartition professionnelle dans les grandes entreprises, tout en faisant ressortir l\u2019inégalité qui existe à l\u2019heure actuelle, ne reflète pas toute la gravité de la situation, toujours selon les commissaires : BILINGUISME ET BICULTURALISME 657 « Les francophones souffrent en effet d\u2019un désavantage grave quant à la possibilité de s\u2019exprimer, d'apprendre et de se former dans un milieu où, en matière de langue et de culture, la manière d'être soit bien connue et communément acceptée.D'après notre échantillon, quelque 90% des francophones gagnant $5000 et plus se trouvent dans des entreprises possédées et contrôlées par des anglophones; dans ces entreprises, 86% de ceux qui gagnent $10,000 et plus sont des anglophones.Parmi eux, 18% seulement occupent des postes exigeant le bilinguisme.L'anglais est presque la seule langue aux échelons supérieurs.A ce niveau, les rares francophones doivent s\u2019adapter à un milieu anglophone; chose plus grave encore, les nombreux francophones des échelons inférieurs sont obligés, eux aussi, d'utiliser l'anglais comme langue de travail.Dans les réunions, les conférences, les conversations téléphoniques, ainsi que les rapports écrits et notes de service, c\u2019est l'anglais qui a cours d'une façon générale.» (1094) Qu'une commission fédérale crie ainsi à tout le pays ce qui se passe au Québec, c\u2019est que la situation est devenue alarmante et qu'il n'y a plus possibilité de la cacher aux yeux de tout le Canada ; « Selon nous, continuent les commissaires, la situation actuelle est très injuste.Elle entraîne pour le personnel francophone des difficultés majeures, ayant des répercussions graves sur le rendement, la carrière et le maintien de l\u2019identité linguistique et culturelle.Que les entreprises soient incitées à utiliser l\u2019anglais dans leurs communications externes, les commissaires le comprennent.De là à imposer l\u2019anglais comme la seule langue de travail là où prédominent les anglophones unilingues aux échelons supérieurs, c\u2019est excessif, de l\u2019abus flagrant, selon les mêmes commissaires.Nous portons tous sans doute une part de responsabilité devant une situation aussi humiliante.On peut crier aux députés francophones d\u2019Ottawa qu'ils ont tous été aveugles ou complices ou traîtres et, à ceux du Québec qu'ils n'ont fait guère mieux que ceux d\u2019Ottawa : les invectives de ce genre ne régleraient pas grand-chose.Il y a sûrement des obstacles à l\u2019égalité, il ne devrait pas y en avoir aux chances d\u2019égalité; il y a aussi des remèdes qui ont été proposés à cette anomalie qui a fait pourrir tant de bonnes volontés ! Est-ce trop tard 658 ACTION NATIONALE pour voir clair et planifier pour cinq, dix et vingt années à venir ?Nous tenterons dans quelques articles à suivre de faire le point1'1.(à suivre) PATRICK ALLEN ¦ \u2022 ¦ (1) En attendant, lire l'article de R.Arès, La Commission BB : du bon travail, dans Relations, février 1970. La bataille de la langue \u2014 Il En quoi consiste le \u201cBill\u201d 63?par François-Albert Angers Après avoir vu, le mois dernier, sur quoi repose la gravité du geste posé par notre Assemblée, que l\u2019on ose à peine appeler encore « nationale » après cela, examinons plus en détail cette fois-ci en quoi consiste le « bill » 63, dans son ensemble.On en a tellement discuté dans les journaux que la plupart le savent assez bien.Et pourtant bien d\u2019autres n\u2019en ont pas vu tous les jeux et détours.Il est nécessaire de toute façon que le dossier qu\u2019en présente notre revue soit complet pour les recherches actuelles et futures.Dans sa présentation comme dans sa subtilité, ce projet de loi était simple.L'article 1 enjoint au ministre de l\u2019Éducation de prendre les moyens pour que, dans les écoles où « l\u2019enseignement est donné en langue anglaise », les cours et les examens « assurent une connaissance d\u2019usage de la langue française aux enfants .».Qu\u2019est-ce qu\u2019une « connaissance d\u2019usage » ?L\u2019interprétation en est laissée au ministre; et selon le ministre actuel, cela voudrait dire l'école bilingue pour les anglophones du Québec, le passage de « l\u2019enseignement du français à l\u2019enseignement en français » (Débats, p.3613) dans une proportion qui pourrait aller jusqu\u2019à 40%. 660 ACTION NATIONALE L\u2019article 2 prescrit que sauf sur demande contraire, dans les écoles, tous « les cours doivent être donnés en langue française ».Cependant, ils doivent être « donnés en langue anglaise à chaque enfant dont les parents .en font la demande lors de son inscription ».Après quoi les termes de l\u2019article 1 sont répétés pour bien montrer qu\u2019ils s\u2019appliquent également dans ces cas.A quoi, l\u2019article 3 ajoute que le ministre de l\u2019Immigration doit aussi prendre « les dispositions nécessaires pour que les personnes qui s\u2019établissent au Québec acquièrent dès leur arrivée la connaissance de la langue française ».Ainsi présentée, il faut être attentif et avoir l\u2019oeil quelque peu percutant pour déceler le poison virulent qui se dissimule dans cette loi.Comme un sandwich, quel que soit le côté sur lequel on la retourne, on n\u2019y voit que du bon pain.D\u2019un côté, le progrès de l\u2019installation de l\u2019école bilingue chez les anglophones du Québec et de l\u2019autre, la connaissance du français qui peut aussi être imposée aux immigrants qui veulent rester dans Québec.À l\u2019intérieur même de l\u2019article empoisonné, c\u2019est d\u2019abord l\u2019affirmation que tous les cours au Québec se donneront en français (contradiction flagrante d\u2019ailleurs déjà avec l\u2019article 1 s\u2019il s\u2019agit, comme l\u2019a prétendu M.Bertrand, de vouloir proclamer là «un principe»).Après quoi, en douce, arrive cette proclamation du libre choix des parents de violer le « principe » établi et de demander des cours en anglais pour leurs enfants.Tout ce tarabiscotage sent la mauvaise foi à plein nez.Le désir évident de tromper les gens, de pouvoir argumenter pour détourner l\u2019attention du public des objections proposées, transpire de tout le texte.Présenter ainsi les lois pour en déformer le sens est peut-être habile au point de vue électoral, mais c\u2019est proprement honteux dans une perspective de bonne foi et de vérité.Si c\u2019est cela qu'on voulait \u2014 puisque c\u2019est bien cela que l\u2019on a soutenu dans l'argumentation en dépit du texte de la loi \u2014, il eût été si simple de dire : EN QUOI CONSISTE LE «BILL» 63 ?661 Article 1 \u2014 Dans le régime d\u2019enseignement du Québec, tous les cours se donnent en français, sauf les cours de langue autre que la langue française.Article 2 \u2014 Il est loisible au ministre de l\u2019Éducation d\u2019accorder aux anglophones qui le désirent pour leurs enfants, des cours en langue anglaise, pourvu que les programmes d'enseignement, selon ce qu\u2019en décidera le ministre, assurent pour la fin de la 11e année, une connaissance d\u2019usage de la langue française aux enfants qui fréquentent ces cours.Encore une fois, si c\u2019est bien cela que l\u2019on voulait, pourquoi avoir commencé par affirmer, dans l\u2019article 1, l\u2019existence formelle d\u2019écoles anglaises pourvues d'un enseignement suffisant du français ?Et pourquoi avoir donné le libre choix à tous les parents, aussi bien de langue française, d'envoyer leurs enfants à ces écoles ?Quoi qu\u2019en ait dit M.Bertrand, en prétendant qu\u2019il avait formulé le principe de l\u2019école française et la « dissidence » pour les anglophones, ce sont là des questions qu\u2019un juge honnête et intelligent sera obligé de se poser pour interpréter la loi.Et le principe du libre choix, autant que la prise de position implicite de l\u2019article 1, l\u2019obligeront à reconnaître finalement que cette loi a établi le français et l'anglais sur un pied juridique d\u2019égalité.La loi peut peut-être, dans sa formulation, indiquer le désir du législateur que le français acquière une primauté, jouisse d\u2019une préférence; mais la loi ne l\u2019établit pas, et chacun n'est tenu de se conformer qu\u2019à la loi.Ce n\u2019est toutefois pas dans cette version du début que la loi fut votée.Des amendements y furent apportés, à la fois par le gouvernement et sur des propositions de l\u2019opposition libérale.Mais comme nous l\u2019allons voir, ils ont consisté tout simplement à mettre encore plus 662 ACTION NATIONALE de beurre sur le pain pour dissimuler le poison davantage.Par suite, ni le texte, ni la place des articles 1 et 2 ne furent modifiés, sauf dans l\u2019article 2 une addition qui était aussi incongrue qu elle pouvait l\u2019être dans une loi de portée linguistique.Pour tendre encore davantage à jeter la confusion et à rallier au projet ceux qui, trop nombreux chez nous, sont en train d\u2019attacher moins d\u2019importance à la langue qu\u2019à la foi, un paragraphe fut ajouté à l\u2019article 2 pour spécifier que ces écoles, soit anglaises, soit françaises, donneront des cours d\u2019étude « conformes aux programmes d\u2019études et aux règlements édictés ou approuvés pour les écoles publiques, catholiques, protestantes, ou autres ».Il est bien clair qu\u2019une telle prescription n\u2019avait pas besoin d\u2019être mise là, qu'elle relevait comme dans le bill 62 des pouvoirs et devoirs des commissions scolaires, et non d\u2019une loi faussement désignée d\u2019ailleurs comme destinée « à promouvoir l\u2019enseignement de la langue française au Québec ».Faussement désignée ainsi puisque ce n\u2019est vrai qu\u2019en tant que promotion du français comme langue seconde obligatoire au Québec, alors que la loi proclame au contraire la liberté de promouvoir aussi bien l\u2019anglais comme langue première, égale ou même unique comme langue fondamentale si telle est la décision des parents.À l\u2019article 3, les amendements proposés ne constituent qu\u2019une intensification d\u2019opacité de l\u2019écran de fumée.On ajoute que les dispositions prescrites au Ministre pour l\u2019apprentissage du français chez les immigrés ne vaudront pas uniquement « à leur arrivée », mais éventuellement aussi bien « avant qu\u2019ils quittent leur pays d\u2019origine ».Et on renchérit ensuite sur la duperie en prescrivant au ministre le devoir de prendre les dispositions nécessaires pour qu\u2019ils « fassent instruire leurs enfants dans des institutions d\u2019enseignement où les cours seront donnés en français ».Pourquoi « écran de fumée » et « duperie ».Parce que ces textes n\u2019ont de sens en eux-mêmes que par rapport à l\u2019ensemble de la loi et à la situation générale EN QUOI CONSISTE LE «BILL» 63 ?663 en vertu de laquelle, dans un continent de deux cents millions d\u2019anglophones (on nous le dit assez à d\u2019autres moments), la décision pour la formation en langue anglaise ne peut être que le choix naturel, spontané ou final de ceux qui n\u2019ont pas de raison particulière de choisir le français.On apprendra le français aux immigrés à leur arrivée ou avant leur arrivée, mais la question n\u2019est pas là.La question importante est la suivante : les immigrés n'auront-ils cette connaissance du français que comme langue seconde pour ensuite s'intégrer eux-mêmes et intégrer leurs enfants à la communauté anglophone par la langue de travail et la langue de l\u2019école, ou seront-ils au contraire amenés à l\u2019intégration contraire : au moins la langue de l\u2019école en français pour leurs enfants en attendant les réformes qui rendront définitivement possible le travail en français partout au Québec ?De même, que signifie la disposition pour qu\u2019ils « fassent instruire leurs enfants dans des institutions d\u2019enseignement où les cours seront donnés en français » vu que l\u2019article précédent leur confère le droit absolu de réclamer pour leurs enfants des cours « donnés en langue anglaise ».Remarquez bien qu\u2019il y a ici une subtilité.L\u2019article 2 ne donne pas le droit spécifique à des écoles anglaises, mais seulement à des cours donnés en anglais, et cela sous réserve des dispositions de l\u2019article 1 pour un enseignement satisfaisant du français pouvant comporter une part nécessaire d\u2019enseignement en français.L\u2019article 3, lui, pourrait peut-être aller jusqu\u2019à autoriser le Ministre à ne laisser les immigrés s\u2019inscrire que dans des « institutions » qui seraient françaises (« où les cours sont donnés en français »).Mais dans ces institutions, les immigrés auraient le droit de réclamer des classes anglaises de la première à la onzième année inclusivement.« Institutions d\u2019enseignement où les cours sont donnés en français » pourrait finir par signifier une institution à direction française, où les cours se donnaient autrefois en français, mais qui s\u2019est progressivement transformée en école où les classes anglaises sont en 664 ACTION NATIONALE majorité, selon l\u2019importance des immigrés et leur choix pour l\u2019anglais.Quelle bouillabaisse ! Quelle bouillie pour les chats ! Alors que deux articles aussi simples et aussi clairs que ceux que j'ai rédigés plus haut auraient suffi à tout couvrir, à la fois pour des privilèges à reconnaître dans la loi aux véritables anglophones et pour l\u2019intégration des immigrés à la communauté francophone.À tout ce barbouillage vient s'ajouter un article 4 nouveau, dont la majeure partie n\u2019est en rien de la législation et fait penser aux fantaisies législatives d\u2019un Duplessis, avec ses lois « pour réparer les erreurs de l\u2019ancien gouvernement ».Ce n\u2019est pas de la législation parce que légiférer c\u2019est prescrire, et non formuler des intentions qui ne sont pas exécutoires.Cet article nouveau prétend donner à l\u2019Office de la langue française le pouvoir (sic) de « veiller à la correction et à l\u2019enrichissement de la langue », de « conseiller le gouvernement sur toute mesure législative ou administrative qui pourrait être adoptée pour faire en sorte que la langue française soit la langue d'usage dans les entreprises publiques et privées du Québec », « d\u2019éiaborer des programmes » à ces fins, « de conseiller (encore) le gouvernement » pour rendre le français prioritaire dans l\u2019affichage public, de « créer un centre de recherches linguistiques et coordonner.toute activité de recherches .» M\u2019est avis que si l\u2019Office de la langue française n\u2019avait pas déjà tous ces pouvoirs du fait même de sa création, c\u2019était à se moquer de nous.Remettre tout cela en queue d\u2019une loi comme le « bill » 63 alors qu\u2019il suffisait de décisions administratives intra-minis-térielles pour y pourvoir, c\u2019est également se moquer de nous et pratiquer auprès des électeurs de la pure et simple prestidigitation pour détourner l\u2019attention publique des véritables problèmes posés par la loi.Seul un dernier amendement se présente avec quelque valeur, quoique la portée pratique en soit assez douteuse.C'est l\u2019érection de l\u2019Office de la langue française en tribunal habilité à entendre les griefs « de tout em- EN QUOI CONSISTE LE « BILL» 63 ?665 ployé ou de tout groupe d'employés (sur le fait que) son droit à l\u2019usage de la langue française comme langue de travail n\u2019est pas respecté.» Au bout de l'enquête, l'Office ne dispose que d\u2019un pouvoir de recommandation, mais son action peut avoir une valeur psychologique vu que ses recommandations doivent être rendues publiques.Voilà le status quaestionis.Le mois prochain nous nous arrêterons au débat qui en est résulté à notre Assemblée législative. 666 ACTION NATIONALE UNE CONSÉQUENCE DES POLYVALENTES GÉANTES Dans les grandes villes américaines, il est à peu prés impossible pour un citoyen de circuler sans danger, dans les villes de plus d'un million d'habitants, après la tombée de la nuit.La criminalité a transformé les rues en HO CHI MIN G TRAIL, c'est-à-dire que les embuscades sont fréquentes, les assauts, les vols assez nombreux pour empêcher les citoyens honnêtes d'y circuler librement et en toute confiance.Le comité sénatorial sur la délinquence juvénile vient de remettre un rapport terrifiant, pour qui réfléchit un peu, sur la montée progressive des crimes à l'intérieur des écoles polyvalente s.L'enquête a porté sur 110 commissions scolaires de grandes villes.La situation est telle que les normes académiques en de nombreuses écoles « ne dépassent pas le niveau du maintien de la discipline ».En cinq ans, les actes de violence ont augmenté de 2,600 pour cent, dans les cas des renvoyés qui reviennent se venger de l'école dont ils ont été expulsés pour mauvaise conduite ou parce qu'ils ont été rejetés comme incapables de continuer leurs études.Les cas de violence attribuables aux renvoyés est passé de 142 cas à 3,894 en 1968.Les principaux d'écoles cherchent à étouffer la plupart des cas de violence afin de ne pas nuire à la réputation de leur école et par cette fausse politique ils empêchent toute mesure d'ensemble qui pourrait protéger professeurs et élèves.Les assauts contre les professeurs sont passés de 25 en 1964 à 1,800 en 1968.Plusieurs préfèrent offrir leur démission plutôt que de vivre dans un tel climat et plusieurs autres ne vont pas à l'école sans être armés.Il y aurait eu en 1968, 26 meurtres à l'intérieur des écoles, 81 viols violents, 1,508 vols avec effraction, 14,192 vols ordinaires.Les cas d'ivrognerie et de narcotiques sont à la hausse d'une façon effarante.La ville de New York a dû engager 170 gardes spéciaux pour une dépense supplémentaire de $500,000.Une mesure devenue nécessaire, c'est d'abandonner l'idée des écoles polyvalentes où tous les élèves d'un district étudient ensemble.Il faudra, du moins aux États-Unis, créer des centres spéciaux pour les jeunes qui troublent la bonne marche d'une école et pour ceux qui sont émotivement débalancés.Personne, aux États-Unis, n'ose mettre le doigt sur l'importance de l'enseignement religieux des jeunes.Aussi doivent-ils multiplier les policiers contre les jeunes criminels. Projet de loi 63 Commentaires et Réflexions (sur des articles parus dans Le DEVOIR) par G.V.Bourbonnais 1\u2014Samedi, le 1 novembre 1969: ÉPISODE DU BILL 63 : ESCALADE VERS L'ANARCHIE ?Léon Dion, professeur de sciences politiques à Laval Ce professeur conteste la déclaration du Conseil international de la langue française : « Le salut du français au Québec exige, comme dans les situations d\u2019urgence, que les droits collectifs passent avant les droits individuels.» et conséquemment il ne veut pas renier la suprématie absolue de la personne sur tout collectif organisé.Hélas que nous eussions entre 1867 et 1917 des Léon Dion anglophones pour sauver nos minorités françaises du Manitoba, en Saskatchewan, au Nouveau-Brunswick, dans cette mini-province de l\u2019île du Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse, terre d'Évangéline, et en Ontario ! Maintenant quelles tiennent du folklore canadien (n'en déplaise à monsieur P.E.T.), au nom d\u2019un certain principe moral, (le même qu\u2019on refusait autrefois à nos minorités et par ironie du sort qu'on refuse encore aujourd\u2019hui à Willow-Bunch en Saskatchewan), le libre choix donné aux parents de choisir au Québec, province du Canada, entre l\u2019anglais et le français la lan- 668 ACTION NATIONALE gue d'enseignement pour leurs enfants, on détruira (le décompte commence le 20 novembre 1969) la majorité française au Québec en dedans d\u2019un demi-siècle.Où est indiquée dans la Charte des droits de l\u2019homme la liberté du choix de la langue d'enseignement dans un Etat donné ?Passe encore de consacrer par une loi les privilèges acquis par les armes depuis deux cents ans par les anglophones britanniques de demeurer anglophones chez nous au Québec (ne serait-il pas au moins décent par devoir qu'eux deviennent bilingues?), mais que les futurs immigrants soient libres de choisir au Québec la langue d\u2019enseignement, c'est de la libéralité qui tient de l\u2019inconscience, voire du masochisme : on veut donc se détruire collectivement; surtout si on répond franchement à la question suivante : laquelle des deux langues est menacée de disparaître présentement au Québec, l'anglaise ou la française ?D\u2019ailleurs d\u2019autres savants professeurs nous diront que la langue d\u2019une société tient du droit collectif et non du droit individuel.Dans le cas présent la liberté du choix relèverait du droit individuel.Affirmer d'autre part pareil principe dans une société normale serait une absurdité.La pensée de Pascal tient encore : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà ».C\u2019est la loi du plus fort qui continue à s\u2019appliquer sous de savants sophismes moralisants .2 \u2014 Vendredi, le 7 novembre 1969: LE BILL 63 OUVRE UNE DIGUE DANGEREUSE Jérôme Proulx, député de St-Jean Un parmi les quelques députés qui voient clair à l\u2019Assemblée nationale au sujet de l\u2019avenir français au Québec ! EN MARGE D'ARTICLES AU DEVOIR 669 « Le dernier espoir, pour plusieurs, reste le Parlement, l\u2019Assemblée nationale, et c'est ici que se joue le sort du Québec.C\u2019était autrefois à l\u2019école, à l\u2019église, dans nos campagnes éloignées que Québec se sauvait.» A propos où est notre clergé aujourd\u2019hui ?L\u2019évêque auxiliaire de Montréal, Mgr Gallagher, n\u2019a pas manqué de mettre son grain de sel irlandais dans la salade de St-Léonard, il y a environ un an.Mais diantre d\u2019affaire, dans quel fourré est caché notre clergé qui tonnait autrefois : la langue, gardienne de la foi ?Un autre slogan qui s\u2019est évaporé ! Le clergé aussi ?Chez nous, au pays du Québec, toute vérité n\u2019est pas bonne à dire.On aime mieux avaler l'arsenic avec une pinte de lait.Voici deux amendements : « Loi pour promouvoir l\u2019enseignement de la langue française » et en amendement « Loi pour promouvoir la langue française ».Si on avait ajouté « et pour garantir la liberté de choix de la langue d'enseignement », c\u2019eût été trop près du contenu réel de la loi, c\u2019eût été malhabile de dire la vérité.Olivar Asselin doit se retourner dans sa tombe : « Ci-gît le peuple canadien-français, mort en odeur de bêtise ! » Et cet autre aphorisme : « Au pays du juste, rien ne doit mourir et rien ne doit changer.» 3 \u2014 Vendredi, le 7 novembre 1969: LE PROJET DE LOI 63 DONNERA-T-IL NAISSANCE À L\u2019UNION LIBÉRALE NATIONALE ?Hugues Poulin, professeur d'histoire au collège Jean-de-Brébeuf « Dangereux agitateurs » que ces professeurs qui agitent les étudiants au sujet du projet de loi 63 ?Si 670 ACTION NATIONALE un jour on devient normaux comme tous les autres peuples de la terre qui conduisent leur destinée, il faudra leur élever un monument en reconnaissance.4 \u2014 Vendredi, le 7 novembre 1969: L\u2019UNILINGUISME, UN PIÈGE ATTRAYANT Viateur Bergevin, professeur de droit, Université d'Ottawa Unilinguisme français au Québec qui voudrait dire chasser les anglophones du Québec, qui voudrait dire élever des murailles d\u2019intolérance autour de la province, des murs de la honte, enlever tous les us et coutumes admises depuis deux cents ans à cette minorité étonnante qui vit en marge de la majorité du Québec, leur imposer la langue comme on imposait la foi au temps de l'Inquisition, non cela n'est pas le but recherché, cela la majorité des Québécois français ne le veut pas : pas de loi du talion ici.Certes il faut que les classes instruites au Québec français, soit dans le commerce extérieur, soit dans les professions libérales et autres, soit dans les sciences et la technique, connaissent suffisamment d\u2019anglais pour voir à leurs affaires, conscientes de vivre en Amérique du Nord où l\u2019anglais est la langue de communication usuelle de plus de 220 millions d'habitants.Si nous négligions cet important aspect dans notre vie nationale, nous risquerions de faire comme l\u2019autruche du désert ou de nous renfermer comme nation en vase clos, aseptiques, incolores, inodores, sans saveur et stupides.Mais telle n\u2019est pas la question présentement.Unilinguisme français qui veut dire le français seule langue officielle au Québec comme l\u2019anglais seule langue officielle en Ontario, qui veut dire arrêter d'une façon péremptoire l\u2019assimilation des nouveaux immigrants par EN MARGE D'ARTICLES AU DEVOIR 671 la minorité anglophone, qui veut dire notre volonté d'un État moderne de langue française en Amérique, ouvert sur le monde, poursuivant toujours son intérêt propre en paix avec ses voisins du sud, de l\u2019est et de l\u2019ouest, dans la langue qu\u2019il faut pour se faire comprendre et pour se faire respecter, c\u2019est ça le sens de l\u2019unilinguisme français au Québec.On ne respectera jamais une nation qui se dit bilingue officiellement en Amérique du Nord; on peut cependant respecter le Canada bilingue parce qu\u2019en fait il y a eu implicitement deux nations qui ont fait le pacte fédératif, la soi-disant Confédération.Même ici le bilinguisme a existé à sens unique, le plus faible envers le plus fort, le conquis envers le conquérant, celui qui doute envers celui qui impose.Le bilinguisme officiel au Québec consacrerait pour toujours les privilèges de l\u2019autre groupe dont l\u2019avenir linguistique n'est aucunement en danger, diminuera la volonté des Québécois de demeurer français et précipitera le dénouement inévitable de la folklorisation de notre culture franco-canadienne.Autant vaut l\u2019affirmer tout de suite que de jouer à cache-cache en se donnant une loi pour promouvoir la langue française au Québec alors que ses effets produiront exactement le contraire.Si la majorité de notre peuple ne veut plus faire bande à part, en français, en Amérique, qu\u2019on le fasse choisir librement, après une prise de conscience de ses forces vives et de ses faiblesses économiques, et qu\u2019on fasse taire ces sirènes dangereuses du bilinguisme officiel qui l'attirent dans les marécages de l\u2019abandon national en lui chantant la pomme « from coast to coast » pour l\u2019égorger sans douleur ! 5 \u2014 Mardi, le 18 novembre 1969: LE BILL 63 AU CARREFOUR DES IDÉOLOGIES POLITIQUES QUÉBÉCOISES Claude Lancelot, professeur d'histoire à Gaspé En voilà un qui expose, à mon opinion, fort bien le problème national au Québec « sans prendre parti à la 672 ACTION NATIONALE place des Québécois ».Des questions fort pertinentes sont posées sur les deux idéologies en présence, l\u2019une fédéraliste préconisée avec brio et poursuivie avec ténacité par notre premier ministre canadien (ça fait drôlement l\u2019affaire des Canadians), l\u2019autre issue de la tradition duplessiste, mise au point par messieurs Johnson, puis Cardinal, qui tente d\u2019obtenir l'égalité entre deux nations distinctes, cohabitant dans un même État : « Sur quels fondements établir l\u2019entité politique canadienne si celle-ci ne s\u2019appuie ni sur une indépendance économique réelle, ni sur une unité culturelle linguistique ?» « Un siècle de Confédération a-t-il permis de créer un État homogène suffisamment uni par une commune volonté de ses membres ?» Ces deux questions provoqueront sans doute une réponse pertinente des Québécois.Comme l\u2019affirme l'auteur, un observateur non engagé serait amené à formuler une autre série de questions sur les conséquences de ces prises de positions politiques : « Quels intérêts favorisent-elles objectivement, même à l\u2019insu de ceux qui les professent ?» « En réalité où conduisent-elles le Canada, et surtout le Québec ?» Le projet de loi 63 (voté le 20 novembre 1969) sous-tend la corde raide : a)\tpar l\u2019affirmation de la priorité du français au Québec sans en définir les modalités d\u2019application : c'est à venir .semaine des quatre jeudis ?b)\tpar l\u2019assurance donnée aux citoyens qu\u2019ils peuvent choisir leur langue d\u2019enseignement.Les conséquences pratiques de cette liberté d\u2019une libéralité morbide pour les Québécois dans le passé se résument à deux choix : EN MARGE D'ARTICLES AU DEVOIR 673 \u2014\tétudier en anglais en multipliant ses chances d\u2019obtenir un haut niveau de vie et des responsabilités importantes.\u2014\tétudier en français par attachement familial et culturel mais en sacrifiant une part de ses chances de réussite.Comme le répète l\u2019auteur, il est peut-être juste d\u2019accorder au Québec francophone cette liberté de choix.Mais il faut avoir le courage d'envisager toutes les conséquences : disparition de la dernière forme de cohérence basée sur la langue, fin de toute forme d\u2019identité québécoise, transformation du français en une simple langue culturelle parlée par les seules élites qui l\u2019auront choisie .Enfin l\u2019auteur termine si le peuple québécois choisit l'assimilation et refuse de parier sur l'indépendance, il doit pouvoir le faire librement, en toute clarté, sans réflexe de peur.« Quelles qu\u2019aient été les intentions de ses instigateurs, le bill 63 aura joué un rôle très important en obligeant à une clarification de ces questions.C\u2019est ce qui en fera une date historique pour le Québec.Il marquera probablement, qu\u2019il conduise à l\u2019assimilation ou à l\u2019indépendance, un tournant dans l'évolution du Québec.» « TO BE OR NOT TO BE, that is the question .» La première option consiste à demeurer dans le statu quo, avec l\u2019équipe TRUDEAU-MARCHAND-PELLETIER à Ottawa, sans « lousy French », avec l\u2019équipe « BERTRAND » ou la nouvelle équipe libérale du tonnerre à Québec, modèle 1970.(Nous attendons les résultats de la quatrième conférence constitutionnelle fédérale-provinciale, qui commence lundi, le 8 décembre 1969, pour confirmer notre point de vue; les chances qu\u2019Ottawa l'emporte sont à dix contre une pour Québec : messieurs, faites vos mises.).C\u2019est ce que le projet de loi 63 674 ACTION NATIONALE (accepté le 20 novembre 1969) confirme d'une façon péremptoire et légale, d\u2019autant plus qu'il est endossé officiellement par la très grande majorité des membres de l\u2019Assemblée nationale, c\u2019est l\u2019assimilation à plus ou moins longue échéance, c'est la folklorisation de la communauté française au Québec comme en Louisiane aux États-Unis, comme dans les autres provinces du Canada.C\u2019est la fin d\u2019une longue lutte, active depuis deux cents ans, qui s\u2019étirera encore sur bon nombre de décennies mais qui n\u2019aboutira finalement que dans les eaux polluées du désarroi national, quand nous deviendrons de plus en plus comme collectivité, d\u2019éternels assistés-sociaux, et une engeance mitée par le chômage.Lors d\u2019une récession économique, si l\u2019Ontario voit 4% de sa population active en chômage, il sera » normal » de doubler ce pourcentage au Québec, non pas à cause d\u2019un vice québécois inné mais à cause du système à contrepoids établi dont fait foi notre premier ministre à Ottawa, système qu\u2019on n\u2019ose pas changer pour ne pas défavoriser le centre et la majorité canadienne.On protège ses intérêts d\u2019abord, c\u2019est la loi de l'État normal.Donc Ottawa consolidera de plus en plus ses positions acquises dans tous les domaines pour tendre vers un Canada unitaire ( « one Canada » dirait Diefenbaker) afin de devenir de plus en plus efficace.Au nom de l\u2019efficacité et en vue d'une société juste, devant l\u2019autel de la patrie pan-canadienne, il faudra que tout genou fléchisse, en ramassant les miettes du bilinguisme officiel qu\u2019Ottawa, voire Québec, daignera laisser tomber.C\u2019est une option valable dont on peut déjà apprécier tous les effets bénéfiques au point de vue canadien.Vive le Canada .libre ?L\u2019autre option n\u2019est pas une panacée qui nous guérira immédiatement de tous les maux qui nous affligent collectivement depuis deux siècles mais elle devient possible avec le Parti Québécois.Peut-on enfin se donner démocratiquement un instrument, une sorte d\u2019outil pour sortir de la pétaudière, pour s\u2019organiser une fois enfin EN MARGE D'ARTICLES AU DEVOIR 675 soi-même, par soi-même et pour soi-même ?Est-il trop tôt, est-il trop tard ?Il s'agit de vouloir et de choisir une fois pour toutes.« What does Quebec want ?* \u2014 Vivre en français, dans un Québec français, à côté de nos amis du sud, et pourquoi pas aussi à côté de ceux de l\u2019est et de l\u2019ouest, dans l\u2019ordre et la sérénité ?Le voulons-nous ou pas ?Sénèque, ce philosophe romain, fils de Marcus, imbu de civilisation grecque, écrivait un jour : « Ce n\u2019est pas parce que les choses sont difficiles que nous n\u2019osons pas, c'est parce que nous n\u2019osons pas qu\u2019elles sont difficiles.» Vive le Québec .libre ! 676 ACTION NATIONALE UNE CONTRADICTION DE TAILLE ! M.Guy Rocher est-il un propagandiste ou un homme sérieux ?Mercredi, 28 Janvier 1970, en présence de M.Jean-Guy Cardinal, ministre de l'Éducation, il soutenait d'après un compte rendu de Montréal-Matin (jeudi 29 janvier 1970, p.11), signé par Jean-Pierre Paré, «qu'à son avis, il était faux de prétendre que le bill 62 exprimait une conception étatique, opposée à une conception communautaire, de l'éducation.Qu'en est-il de cette affirmation (ou de cette négation) qui va contre toutes les observations et les analyses objectives des penseurs et experts de chez nous 7 Nous n'avons qu'à nous en référer à ce qu'il disait lui-même : Premièrement, dans le Rapport Parent, (4e volume, p.141): « Les transformations économiques qui se sont produites au Québec depuis le début du siècle et les changements profonds qui se sont opérés plus récemment dans la conception du public et dans les exigences de l'État en matière d'enseignement ont alourdi considérablement les responsabilités de la commission scolaire.Par suite, il est devenu impossible à ce corps publie de s'acquitter convenablement de son r6le sans une modification radicale du cadre administratif et financier qui lui est propre et sans un resserrement significatif des liens qui le rattachent au pouvoir central ».Deuxièmement, dans un article publié dans LE DEVOIR (mercredi, 24 décembre 1969, p.5), il affirme: a Voilà que la loi 62 nous propose une tout autre définition de la commission scolaire.À qui lit attentivement cette loi, il apparaft que la commission scolaire sera désormais ce qu'elle était à l'origine mais qu'on ne voulait plus qu'elle fût : une Institution de l'Etat et non pas un groupe intermédiaire au service d'Intérits particuliers.Je veux dire par là que la commission scolaire s'affirme dans cette loi comme la continuation de l'État, dont elle prend la nature et les caractères .Ce sont là de très importantes transformations, dont on peut même se demander si elles ne vont pas trop loin \u2014 C'est plutôt l'État qui, à travers les commissions scolaires, étend et poursuit son action en matière scolaire jusqu'au niveau de chaque région ».M.Guy Rocher aura été un des grands artisans de la socialisation du système scolaire de la province.Qu'il ne vienne pas nous faire croire que la communauté civique n'y perdra pas. VIE CULTURELLE \u2022V'% ~JL ï L IMITATION ORIGINALE DANS \u201cLE PETIT CHAPERON ROUGE\u201d DE JACQUES FERRON par Maximilien Laroche Nous n\u2019empruntons que ce qui nous appartient.du moins ce qui nous appartient déjà par la pensée et ne vient que parfaire notre intégrité (au sens mathématique d\u2019unité et non moral d\u2019honnêteté).C\u2019est pourquoi le principe même de l\u2019imitation dite originale consiste à aller prendre chez le voisin une chose que nous pourrons par la suite, en toute sincérité, revendiquer comme nôtre.Mais pour cela faut-il d\u2019abord que l'objet de notre emprunt soit susceptible de cet accaparement et ensuite que nous sachions nous l\u2019approprier au point de rendre incontestables nos droits de propriété.C\u2019est à ces deux points de vue que nous pourrions examiner le problème de l\u2019imitation originale dans « Le petit chaperon rouge » de Jacques Ferron.Sur les sources de ce conte il serait, je crois, parfaitement inutile de chercher midi à quatorze heures.Cette histoire fait partie du folklore des nations et Ferron n\u2019aurait jamais entendu parler des oeuvres de Perrault que celles-ci ne seraient pas moins à l\u2019origine du texte qu\u2019il a publié dans ses Contes anglais et autres.En effet, en édition 680 ACTION NATIONALE expurgée ou en version intégrale, en album ou en format de poche, illustrés ou non, racontés par d\u2019autres ou lus par nous au coin du feu, au bord du lit ou sur le coin d\u2019une table, les Contes de ma mère l\u2019oye de Charles Perrault ont enchanté nos imaginations, les enchantent encore : si « Peau d\u2019Ane » m\u2019était conté .Ils sont partie intégrante de la mémoire collective de nous tous, francophones, grands ou petits, comme « Alice au pays des merveilles » pour les anglophones.Notre dette envers Perrault est souvent plus importante que nous ne le supposons.Ainsi quand à propos du « Petit chaperon rouge » de Jacques Ferron, je parle d'imitation originale c\u2019est forcément par rapport au conte de Perrault.S'il fallait d'ailleurs se convaincre de cette imitation on n\u2019aurait qu\u2019à se reporter au texte original de Perrault pour constater combien Ferron est demeuré fidèle à la ligne générale du récit qu'a fait son prédécesseur.Fort souvent par égard pour la fraîcheur dame des jeunes lecteurs de Perrault l\u2019on supprime la morale qu'il a placée à la fin de l\u2019histoire et qui fait de l\u2019aventure de la fillette désobéissante et du méchant loup une histoire aux allures un peu licencieuses.Ainsi raccourcie cette fable n\u2019illustre plus que des dangers abstraits mais suffisamment évidents pour mettre en garde de jeunes esprits sans les aiguiller vers des menaces trop précises.Dans sa version qui est une histoire pour adulte averti Ferron s'est bien gardé de supprimer cette signification sexuelle de l'aventure de la petite fille au chaperon rouge.Il la renforce même en lui donnant une nette orientation freudienne puisqu\u2019il fait des rapports de la fillette et de sa grand-mère des relations ambiguës où complexes et refoulements sont suffisamment suggérés et assez allusivement évoqués pour qu\u2019à nos yeux de lecteurs du vingtième siècle il n\u2019y ait aucun doute là-dessus.Dans le souci qu\u2019a Ferron de préserver les éléments traditionnels du conte de Perrault, il n'est pas jusqu\u2019au vocabulaire de ce dernier qui ne lui ait fourni l\u2019occasion d\u2019une adaptation bien personnelle.Le rituel d\u2019introduc- L'IMITATION ORIGINALE DANS.681 tion : .«tire la chevillette, la bobinette cherra »; les fameuses questions : « grand-mère pourquoi as-tu .?» Toutes ces trouvailles savoureuses, désormais mémorables et familières, sont donc reprises par lui mais dans un bouleversement ou plutôt un ordre bien ferron-nien.Il en est de même du temps du récit qui n\u2019est plus unilinéaire.Ferron y introduit le simultanéisme en divisant le cours de l\u2019action selon les activités parallèles des principaux personnages.Il opère même d\u2019habiles retours en arrière, nous fait entrer dans la conscience des personnages, nous les fait suivre, ces personnages, ou les laisse courir hors de notre champ de vision pour les rattraper plus tard, mêle le flashback au monologue intérieur, selon les techniques les plus éprouvées du roman moderne .A notre plus grand ébahissement et pour le plus ferronnien des réaménagements du récit traditionnel Le style, c\u2019est-à-dire l\u2019organisation et la composition du récit, de la phrase et du vocabulaire de Ferron, mériterait sans doute qu\u2019on s\u2019y arrête longuement.Mais après ce qu\u2019en a dit mon ami Jean Marcel01, il est inutile d\u2019insister.Qu\u2019il me suffise de souligner que le paradoxe, l\u2019ellipse et l\u2019ironie qui le caractérisent me paraissent autant de façons personnelles à Ferron de retrouver l\u2019équilibre entre les oscillations de sa pensée et d\u2019en-québecquoiser une histoire universelle.En effet s\u2019il ne fait aucun doute que l\u2019histoire du « petit chaperon rouge » fait partie du patrimoine de la communauté francophone et que Ferron, en la racontant et en conservant même nombre de traits originaux dus à la plume de Perrault n\u2019a fait que reprendre son bien, il n\u2019est pas moins vrai qu\u2019à cette histoire il a su donner une saveur, une signification et une portée typiquement québécoises.Et les droits de propriété incontestables qu\u2019il s\u2019est assurés sur cette version personnelle d\u2019une histoire qui est à tous je les verrais sous deux aspects (1) Jean Marcel : Ferron malgré lui 682 ACTION NATIONALE bien précis.D\u2019abord dans ce que j'appellerais une nationalisation des situations.Le maniaque sexuel alléché par les hanches trop mobiles de la petite fille à la capeline rouge et le mariage forcé de la grand-mère, sans être des exclusivités québécoises, ne sont pas sans faire songer à des situations que l\u2019on n'ignore pas dans « la belle province ».Pour ce qui est de l\u2019évocation du bungalow à l\u2019Abord-à-Plouffe et du trafic de la margarine, du récit du trajet des personnages qui passent à côté du parc Belmont, et enfin de l\u2019utilisation de l'expression « neveurmagne », il n\u2019y a qu\u2019à constater que ce sont là des éléments qui fournissent au récit une coloration bien québécoise, montréalaise même.Ce ne serait cependant qu\u2019une forme d\u2019appropriation bien superficielle s\u2019il n\u2019était possible par un examen plus approfondi de ce récit d'y découvrir d\u2019autres traits plus fondamentaux et tout aussi québécois.Et pour commencer l\u2019humour de Ferron qui, chez lui comme chez la plupart des humoristes du Québec, consiste essentiellement en une revanche miraculeuse de l'homme sur son destin par le seul pouvoir de sa foi.Mais cette appropriation se découvre surtout dans ce que je dénommerais une nationalisation de la signification du conte, c\u2019est-à-dire, au fond, l\u2019adaptation de sa portée symbolique aux conditions de la situation du québécois.Quel sens dernier en effet attribuer au conte de Perrault sinon, dans une optique bien française, celui d\u2019un appel à la prudence certes, mais en dernière analyse à la logique.Sachez reconnaître les loups qui n'hésitent pas à se cacher sous des masques de bons apôtres, semble dire Perrault aux fillettes trop crédules.Donc toujours et partout faites preuve de discernement ! Soyez lucides ! Servez-vous des règles de Descartes pour découvrir la vérité dans les propos de vos galants ! Tout autre est la recommandation que semble nous adresser Ferron.Si le trait caractéristique du Québécois est d\u2019osciller sans cesse entre des extrêmes et de ne jamais s'arrêter de chercher entre eux le point d\u2019équilibre idéal. L'IMITATION ORIGINALE DANS.683 c'est à la recherche de cet équilibre entre les aspirations contradictoires de notre être que semble nous convier Ferron bien plus qu\u2019à la prudence ou à la méfiance.Car c\u2019est parce qu\u2019ils se seront laissé aller aux impulsions contradictoires de leurs tempéraments que le petit chaperon rouge et sa grand-mère trouvent finalement, par un véritable miracle, ce point d\u2019équilibre et d\u2019entente qui leur permette, à la fin de l\u2019histoire, en toute félicité et quiétude, de se « mignarder et cajoler » avec une chaleur à faire fondre un pot de margarine.Cette histoire d\u2019un petit chaperon rouge québécois peut nous sembler prendre quelques libertés très freudiennes avec la morale traditionnelle mais ce ne sont que des façons bien ferronniennes de lui garder une portée symbolique universelle tout en lui donnant une signification très locale. L\u2019ÉDITION QUÉBÉCOISE EN QUELQUES LIGNES par Julia RICHER La défaillance La défaillance, roman de M.Gilbert Choquette, publié aux Éditions Beauchemin, jette dans la production littéraire courante une note inédite et originale.Comme le dit bien M.Henri Guillemin dans sa préface au roman : « Enfin autre chose, en littérature, que l\u2019étouffement de l\u2019érotisme ».Les personnages mis en cause par le romancier ont une âme, absente depuis longtemps des romans à la mode; ils ont un corps aussi, défaillant et cruel, mais ils pensent et réagissent en créatures de Dieu.M.Choquette oppose, dans ce roman heurté et inégal mais émouvant, deux hommes types d\u2019un catholicisme asservissant et hypocrite pour Félicien Franchère, revalo-risateur et pur pour Christophe Aubert.La défaillance de Franchère, par une chute vertigineuse, aboutit au suicide; l\u2019amour pénétrant d\u2019Aubert pour le Christ se réalise dans le pardon et l\u2019élévation d\u2019un esprit que n\u2019a point atteint les turpitudes humaines. L'ÉDITION QUÉBÉCOISE EN QUELQUES LIGNES £85 La lumière et l\u2019ombre.Le jeu des contrastes psychologiques est ici mené avec brio et le rythme grave du roman lui donne une pesanteur spirituelle.M.Choquette alterne, depuis 1958, de la poésie au roman.Son cheminement, son labeur incessant, une discipline acquise permettent d'espérer pour un avenir très prochain l'oeuvre majeure.La défaillance écrit d\u2019un style parfois inférieur à l\u2019inspiration n\u2019en demeure pas moins très important.Le problème posé est capital « celui du christianisme en proie à une confrontation peut-être décisive », nous dit encore Henri Guillemin.Gilbert Choquette le traite sans respect humain, à un moment où nos écrivains refusent d'insérer Dieu à leur monde imaginaire et, se faisant, nous donne de l'homme \u2014 du Québécois en particulier \u2014 une image mutilée.Un seul problème : connaître L'essai que nous donne Jean Tétreau « Un seul problème : connaître », publié aux Éditions d\u2019Orphée, tente d\u2019encercler l\u2019homme moderne, handicapé par la fragmentation de ses connaissances.L'agression continuelle contre l'esprit brise l\u2019équilibre.L\u2019auteur établit que la progression de la science s\u2019est faite au détriment de la raison, au détriment de certaines valeurs, jugées maintenant dépassées comme, par exemple, l'enseignement des humanités dans nos collèges.Il conclut aux limites de la connaissance empirique, rationnelle et intuitive et croit qu\u2019il est urgent pour l\u2019homme d\u2019un retour sur lui-même.Il ne prétend pas résoudre le problème de la connaissance mais nous dit l'utilité d\u2019une réflexion sur le savoir et la revalorisation de principes que nous devons considérer comme éternels, « malgré les lois universelles de l'évolution ».L'esprit humain des hommes du XXe siècle peut-il faire l\u2019effort de synthèse nécessaire à semblable resaisissement ?Dans la confusion actuelle il semble que bien peu s\u2019arrêtent aux dangers de l'évolution verti- 686 ACTION NATIONALE gineuse de la science; que bien peu constatent la déshumanisation de letre humain.Nous marchons aveuglément vers une dispersion de toutes les facultés spirituelles de l\u2019homme, phénomène qui l'empêche de se réaliser pleinement.Plusieurs points majeurs sur la connaissance de soi-même et des autres sont ainsi soulevés par M.Tétreau.Un petit livre, aux résonances intérieures, qui oblige le lecteur à réfléchir.Des disques littéraires Fides a lancé, le 19 février dernier, une collection de disques qui s\u2019appelle « Écrivains du Québec ».Trois auteurs ont enregistré des extraits de leurs oeuvres.Ce sont, par ordre de parution : Robert de Roquebrune, Rina Lasnier, Félix-Antoine Savard.L\u2019idée est excellente.Plusieurs auteurs québécois sont maintenant à l'étude dans nos institutions secondaires ou universitaires.Il est tout à fait opportun d\u2019ajouter à leurs oeuvres le disque dont l\u2019audition permet à l\u2019étudiant une connaissance plus approfondie.Quant au lecteur cultivé il sera heureux de placer en bibliothèque ces disques qui lui donnent la voix de littérateurs, connus et aimés.Certes on pourra dire, dans certains cas, qu\u2019un interprète aurait peut-être lu les textes d\u2019une voix mieux étudiée, plus théâtrale, plus auditive ?Nous croyons pour notre part que le créateur d\u2019un texte en connaît seul les vraies nuances et qu\u2019il peut, mieux que quiconque, en transmettre la beauté intérieure.L\u2019enregistrement de ces disques est fait par la compagnie RCA Victor pour les Éditions Fides.Ces microsillons incassables sont d\u2019excellente qualité sonore.La pochette offre une belle photo de l\u2019auteur et à l\u2019envers des notes biographiques, les titres des oeuvres ainsi que des citations de la critique.Tous les extraits sont choisis par l\u2019auteur lui-même et donnent, en progression chronologique, une synthèse de l\u2019oeuvre entière. L'ÉDITION QUÉBÉCOISE EN QUELQUES LIGNES £87 L\u2019Étoile de David et la fleur de lys Le troisième cahier du Cercle Juif de langue française vient de paraître aux Éditions du Jour.Plusieurs études intéressantes traitent des problèmes des Juifs de Québec.Entre autres celle du Père Richard Arès qui met en lumière l'intégration massive des Juifs à la communauté de langue anglaise.« C\u2019est la voie la plus facile et probablement la plus rémunératrice à court terme, mais elle comporte un grave danger, surtout pour l\u2019avenir : le danger que les Canadiens français en viennent à les considérer (les Juifs) comme un corps étranger, sinon hostile, à leur principale préoccupation de conférer un caractère français à la patrie québécoise.En s\u2019anglicisant, continue le Père Arès, les Juifs se trouvent à déserter la majorité francophone et à s\u2019allier à la minorité anglophone; ils accumulent ainsi du ressentiment sur leur tête pour le jour où \u2014 si jamais il se produit \u2014 les Canadiens français parviendront à prendre vraiment en mains le destin politique et économique du Québec ».Une étude de Robert Aron « Israël face au Christ »; les réflexions de Naïm Kattan sur « Montréal à l\u2019âge de raison »; plusieurs textes d\u2019actualité et le poème émouvant de Lena Allen Shore « Six millions de Juifs à Akaba » sont au sommaire de ce troisième cahier, le plus intéressant à date sur la communauté juive du Québec.Saint-Denys Garneau et ses lectures européennes Point de vue original de Roland Bourneuf sur Saint-Denys Garneau dans la collection « Vie des Lettres canadiennes » aux Presses de l\u2019Université Laval.L\u2019auteur explique les influences littéraires européennes que Garneau subit.A travers le Journal, la correspondance et les poèmes, Roland Bourneuf établit la filiation du poète avec certains écrivains dont la sensibilité et les aspirations étaient accordées à la sienne.Saint-Denys Garneau a-t-il été influencé par ses lectures au point d\u2019imiter cer- 688 ACTION NATIONALE tains auteurs ?Roland Bourneuf étudie le milieu dans lequel évolua Garneau, sa solitude et celle de nos écrivains d\u2019avant-guerre qui les poussaient parfois à chercher une indentification dans des oeuvres étrangères.Saint-Denys Garneau a beaucoup reçu des écrivains qu\u2019il lisait sans doute mais cela n\u2019enlève rien à son originalité, conclut M.Bourneuf car celle-ci n est pas « dans la nouveauté de sa pensée mais dans la qualité des expériences dont il l\u2019a nourrie ». LE MAÎTRE DE POSTE par Alexandre POUCHKINE traduit du russe par Jean TÉTREAU « Tel est un pion au bureau, qui régente un relais.» Le prince Viaziemsky.Quel est celui qui n\u2019a jamais maudit les maîtres de poste ?Vous connaissez quelqu\u2019un qui ne se soit pas colleté avec eux et qui, dans un moment de colère, n'ait pas exigé d'eux le livre fatidique des réclamations pour s\u2019y plaindre \u2014 bien inutilement d'ailleurs \u2014 d\u2019oppression, de grossièreté ou de négligence ?Qui ne les tient pas pour les monstres de l\u2019espèce humaine, pareils aux plumitifs de l\u2019État, ou à tout le moins pour les brigands de Mourom ?Soyons cependant justes, efforçons-nous de comprendre leur situation, et peut-être les jugerons-nous alors avec plus d'indulgence.Qu\u2019est-ce qu\u2019un maître de poste ?\u2014 Un véritable martyr de quatorzième classe, protégé par son seul rang contre les coups, et encore ! (je m\u2019en rapporte là-dessus à la conscience de mes lecteurs).Quelles sont les fonctions de ce dictateur, comme l\u2019appelle pour rire le prince Viaziemsky ?Ne s\u2019agirait-il pas ici d\u2019un authentique bagnard ?Il ne prend de repos ni le jour ni la nuit.Toutes les contrariétés qu'il a cueillies le long de son chemin terne, le voyageur en inonde le maître de poste.Un temps insupportable, une vilaine route, un cocher têtu, des chevaux innommables, c\u2019est la faute du maître de poste.En entrant dans la demeure 690 ACTION NATIONALE pauvre de cet homme, le voyageur le regarde comme on dévisage un ennemi.Le maître de poste s'estimera heureux s\u2019il arrive à se débarrasser rapidement de l'hôte mal venu; mais si l\u2019on manque de chevaux?Mon Dieu ! que d'injures, que de menaces s\u2019abattront sur sa tête ! Sous la pluie comme dans la boue il lui faut courir à toutes les écuries; en pleine tourmente, au moment du grand gel de janvier, il s\u2019effacera vers le vestibule comme pour s'y mettre, pendant un instant, à l\u2019abri des cris et des coups d\u2019un client irrité.Un général arrive.Tremblant, le maître de poste lui cède les deux dernières troïkas, dont celle du courrier spécial.Et le général de partir sans le remercier.Cinq minutes après, c\u2019est la sonnette ! Et un messager du gouvernement jette sur la table sa lettre de voiture.Si nous examinons bien tout cela d'un peu plus près, au lieu d'être remplis d\u2019indignation nos coeurs seront pleins de pitié.J'ajouterai quelques mots sur ce sujet.Au cours des vingt dernières années, j\u2019ai parcouru la Russie dans tous les sens.Presque toutes les grandes routes de la poste me sont connues.J ai également fait la connaissance de quelques générations de postillons; il est rare, du reste, que je ne puisse reconnaître un maître de poste à son allure; ceux avec qui je n\u2019ai pas traité quelque affaire sont rares aussi.Quant à la singulière provision de mes impressions de voyage, je compte bien la livrer au public avant longtemps; pour l\u2019instant, je dirai seulement que la classe des maîtres de poste a été présentée à l\u2019opinion de la manière la plus fausse.Ces gens si calomniés sont en général des personnes pacifiques, d\u2019un naturel serviable, portées à vivre en société, modestes dans la course aux honneurs et peu intéressées.De leur conversation (que dédaignent mal à propos ces messieurs qui voyagent) on retient beaucoup de choses curieuses et instructives.Pour moi, j\u2019avoue que je préfère leur commerce à celui de n\u2019importe quel fonctionnaire de sixième classe voyageant pour le compte de l'État.On aura deviné sans mal que j\u2019ai des amis chez les honorables maîtres de poste.À la vérité, le souvenir de LE MAÎTRE DE POSTE 691 l'un d\u2019eux m'est précieux.Les circonstances nous rapprochèrent un jour, et c\u2019est de lui que j\u2019ai maintenant l\u2019intention d\u2019entretenir mes aimables lecteurs.Au mois de mai 1816, il m\u2019arriva de traverser la région de P.par une route aujourd\u2019hui détruite.Je voyageais, étant de rang médiocre, en chaise de poste : la somme mise à ma disposition ne me permettait pas de louer plus de deux chevaux.Par suite, les maîtres de poste ne faisaient pas de cérémonies avec moi et souvent je devais, pour obtenir ce qui selon moi m'était dû de plein droit, l\u2019emporter de haute lutte.Jeune et fougueux, je m\u2019indignais de la bassesse, de la lâcheté d\u2019un maître de poste quand celui-ci ajoutait à l\u2019équipage d'un grand dignitaire la troïka qu\u2019il m\u2019avait d\u2019abord destinée.Je mis autant de patience à me faire à l\u2019idée qu\u2019un domestique avait négligé de me servir, un jour, au cours d'un dîner chez un gouverneur.Aujourd\u2019hui, ces deux situations analogues me semblent être dans l\u2019ordre des choses.Que ferions-nous vraiment si, au lieu d\u2019appliquer la règle suivant laquelle les gens de qualité se doivent des égards, un autre principe était en usage, comme celui-ci : « L'esprit doit honorer l\u2019esprit » ?Quels différends en résulteraient ! Et par qui les valets commenceraient-ils le service à table ?Mais j'en reviens à mon récit.La journée était torride.À trois verstes du relais de V., il commença de pleuvoir.Et, une minute après, I averse m avait mouillé jusqu\u2019aux os.À mon arrivée à la poste, mon premier souci fut de changer de vêtements au plus tôt et mon second, de demander du thé.\u2014 Hé ! Dounia ! cria le maître de poste, mets le samovar et va chercher de la crème.À ces mots, une jeune fille d'environ quatorze ans sortit de derrière une cloison et courut vers l\u2019entrée.Sa beauté me frappa.\u2014 C'est ta fille ?demandai-je au maître de poste.\u2014 Elle-même, Monsieur, me répondit-il d'un air où l\u2019on devinait une certaine fierté.Elle est si raisonnable, si prompte, \u2014 le vrai portrait de sa défunte mère. 692 ACTION NATIONALE Alors il se mit à copier mes papiers de voyageur tandis que je m\u2019occupais à examiner les images qui ornaient sa demeure humble mais propre.Elles racontaient l\u2019histoire de l\u2019enfant prodigue.Dans la première, un vieillard respectable, en bonnet et en robe de chambre, laissait partir un adolescent inquiet, qui recevait à la hâte sa bénédiction et un sac d\u2019argent.Dans une autre image était soulignée en traits saisissants la conduite dépravée du jeune homme : assis à une table, il était entouré de faux amis et de femmes sans vergogne.Plus loin on nous le montrait ruiné, en haillons et en tricorne, et qui gardait des pourceaux dont il partageait la nourriture; son visage exprimait un affliction profonde, ainsi que du repentir.À la fin, l\u2019artiste avait représenté le retour auprès du père : ce bon vieillard, toujours en bonnet et en robe de chambre, court à la rencontre de son fils prodigue, qui s'agenouille; tout au fond, le cuisinier tue le veau gras tandis que le fils aîné demande aux serviteurs les raisons de cette allégresse.Sous chaque image, des vers en allemand se rapportaient à la scène; je pouvais les lire.Tout cela s est jusqu ici conservé dans ma mémoire, comme les pots de baume, le lit aux rideaux bariolés et les autres objets qui m environnaient à ce moment-là.Je revois, comme si je l\u2019eusse quitté aujourd\u2019hui, mon hôte lui-même, homme dans la cinquantaine, frais et vigoureux, dans son costume vert avec trois médailles épinglées sur des rubans décolorés.À peine avais-je eu le temps de régler mon dernier postillon, que Dounia revint avec le samovar.La petite coquette remarqua, au second coup d\u2019oeil, l\u2019impression qu\u2019elle m\u2019avait faite : elle baissa ses grands yeux de colombe.Je commençai à bavarder avec elle.Elle me répondit sans la moindre timidité, comme une jeune fille qui serait allée dans le monde.J\u2019offris au père un verre de punch.À Dounia, je présentai une tasse de thé.Puis nous fîmes la conversation comme si nous nous connaissions depuis des siècles.Les chevaux étaient prêts depuis longtemps et je n'avais nulle envie de me séparer du maître de poste et LE MAÎTRE DE POSTE 693 de sa fille.Bientôt je dus prendre congé d\u2019eux.Le père me souhaita bon voyage et la fille me reconduisit jusqu\u2019à la télègue\"1 2.Dans l\u2019entrée, je m\u2019arrêtai et lui demandai la permission de l'embrasser.Dounia y consentit.Des baisers que j\u2019ai donnés, je puis en compter beaucoup depuis qu'à ces entreprises je m\u2019intéresse, mais aucun n\u2019avait laissé en moi un souvenir aussi durable, aussi agréable.Quelques années passèrent.Les circonstances me ramenèrent sur la même route et dans la même région.Je me souvenais de la fille du vieux maître de poste et me réjouissais à la pensée de la revoir.Mais, me disais-je, le vieux maître de poste a peut-être été muté.Il est d\u2019ailleurs vraisemblable que Dounia se soit mariée L\u2019idée de la mort de l\u2019un et de l'autre me traversa aussi l'esprit, et ce fut avec un sombre pressentiment que j\u2019approchai de la poste de V.Les chevaux s\u2019arrêtèrent près de la petite maison.Dès l\u2019antichambre, je reconnus immédiatement les images qui racontaient l\u2019histoire de l'enfant prodigue.La table et le lit étaient toujours à leur place, mais il n\u2019y avait plus de fleurs aux fenêtres et autour de moi s\u2019étalaient la vétusté et la négligence.Le maître de poste dormait, couvert d\u2019une touloupe'11.Mon arrivée le réveilla; il se souleva à demi.C\u2019était bien Samson Virine, mais comme il avait vieilli ! Pendant qu'il s'apprêtait à copier ma feuille de route, je regardai ses cheveux gris, les rides profondes de son visage mal rasé, son dos voûté, et je ne pouvais que m\u2019étonner que trois ou quatre ans eussent suffi à faire d\u2019un homme ingambe un vieillard débile.\u2014 « Tu me reconnais ?lui demandai-je, nous sommes de vieilles connaissances.» \u2014 « Il se peut, répondit-il d\u2019un air sombre, c\u2019est une grand\u2019route, beaucoup de voya- (1)\tVoiture à quatre roues.N.D.T.(2)\tPelisse de laine.N.D.T. 694 ACTION NATIONALE geurs y passent.» \u2014 « Ta Dounia se porte bien ?» continuai-je.Le vieux se renfrogna.\u2014 « Dieu le sait », fit-il.\u2014 « Apparemment quelle est mariée ?» repris-je.Il fit mine de n\u2019avoir pas entendu ma question et poursuivit, en chuchotant, la lecture de ma feuille de route.Je cessai de l\u2019interroger et demandai que l'on mît de l'eau à bouillir.La curiosité commençait à me tenailler.J\u2019espérais que le punch délierait la langue à cette vieille connaissance.Je ne me trompais pas.Le vieux ne repoussa pas le verre qu\u2019on lui offrait.Je remarquai que le rhum dissipait son humeur chagrine.Au deuxième verre, il devint loquace.Se souvenait-il de moi ou cherchait-il seulement à me le faire croire ?toujours est-il qu\u2019il m\u2019apprit une nouvelle qui a l'époque m\u2019intéressa vivement, me toucha même.\u2014 Ainsi vous avez connu ma Dounia ?commença-t-il.Qui donc ne la connaissait pas ?Ah ! Dounia, Dounia ! Quelle fille formidable ! Que de fois on m\u2019a fait son éloge ! Pas un voyageur n\u2019a médit d\u2019elle.Les dames lui faisaient présent tantôt d\u2019un fichu, tantôt de boucles d\u2019oreilles.Les messieurs en voyage s\u2019arrêtaient exprès pour dîner ou souper, afin de la regarder plus longuement.Quelque gentilhomme, si contrarié fût-il, s'apaisait en sa présence et me parlait avec bienveillance.Le croirez-vous, Monsieur ?les courriers, les chargés de mission eux-mêmes bavardaient avec elle pendant des demi-heures.Elle entretenait la maison.Quoi qu\u2019il y eût à faire ou à préparer, elle y arrivait.Et moi, en vieil imbécile que j\u2019étais, je n\u2019avais pas assez de deux yeux pour admirer, j\u2019étais ravi ! N\u2019ai-je donc pas aimé ma Dounia ?Ne l\u2019ai-je pas choyée, cette enfant?L\u2019existence lui pesait-elle à ce point ?Seulement, il semble qu\u2019on n'échappe pas à son destin : l\u2019inévitable vous attend toujours à quelque tournant.Alors il commença à me raconter ses peines en détail.Trois ans plus tôt, par un soir d\u2019hiver, comme il réglait les pages d\u2019un nouveau registre et que sa fille, derrière LE MAÎTRE DE POSTE 695 la cloison, cousait un vêtement pour elle, une troïka stoppa, et un voyageur en bonnet tcherkesse et en capote, enveloppé d'un châle, entra dans la pièce et réclama des chevaux.Tous les chevaux étaient retenus.À cette nouvelle, le voyageur allait élever la voix et brandir sa cravache, mais Dounia, à qui ce genre de scène était familier, sortit de derrière la cloison et, d'une voix caressante, lui fit cette question : \u2014 « Ne vous plairait-il pas de manger quelque chose ?» L\u2019apparition de Dounia produisit son effet habituel.La fureur de l\u2019homme se dissipa.Il voulut bien attendre les chevaux et commanda un souper.Après avoir ôté son bonnet velu et tout humide, et s\u2019être débarrassé de son châle ainsi que de sa capote, notre voyageur parut ce qu\u2019il était : un jeune hussard bien fait de sa personne et portant une fine moustache noire.Il s\u2019installa chez le maître de poste, se mit à plaisanter avec lui et sa fille; on servit à souper.Entre-temps, des chevaux étaient arrivés; et, sans qu\u2019on ait eu le temps de les nourrir, le maître de poste alla demander qu\u2019ils fussent attelés à la voiture du voyageur; mais, en rentrant, il trouva le jeune homme couché sur un banc, presque sans connaissance.Il s'était brusquement trouvé mal, il avait mal à la tête, il lui était impossible de partir.Que faire ?Le maître de poste lui céda son lit et l\u2019on décida que si l\u2019état du malade ne s\u2019améliorait pas, on irait chercher un médecin le lendemain dans la matinée, à la ville de S.Le lendemain, le hussard allait plus mal.Son domestique partit à bride abattue pour la ville afin d'en ramener un médecin.Dounia avait enveloppé la tête du malade dans un mouchoir humecté de vinaigre et elle s était assise près du lit avec son ouvrage.En présence du maître de poste, le malade gémissait, ne parlait presque pas; il avala cependant deux tasses de café et, en geignant, commanda un dîner.Dounia ne le quittait pas.À chaque instant il demandait à boire et elle lui tendait 696 ACTION NATIONALE un bol de limonade qu'elle avait préparée.Il y trempait les lèvres, et chaque fois qu\u2019il rendait le bol il pressait de sa faible main, en signe de reconnaissance, celle de Douniouchka.Vers l'heure du dîner, le médecin arriva et prit le pouls du malade.Ils parlèrent allemand.Puis le médecin déclara en russe que la seule chose qu\u2019il fallait à son client, c'était du repos : dans deux jours, il serait en mesure de reprendre la route.Le hussard lui versa vingt-cinq roubles pour sa visite et l\u2019invita à dîner avec lui; le médecin accepta.Ils mangèrent l'un et l\u2019autre de grand appétit, burent une bouteille de vin et se quittèrent très contents l\u2019un de l\u2019autre.Une autre journée passa et le hussard se rétablit complètement.Il était d\u2019ailleurs excessivement gai, plaisantait sans cesse tantôt avec Dounia, tantôt avec le maître de poste, sifflotait des chansons, bavardait avec les voyageurs, copiait leurs feuilles de route dans le registre de la poste, bref il se montra si aimable à tous égards que le troisième matin le bon maître de poste fut désolé d\u2019avoir à se séparer d\u2019un hôte si agréable.Ce jour-là était un dimanche.Dounia se préparait à la messe.La voiture du hussard était prête.Il fit ses adieux au maître de poste, le récompensa généreusement pour le logement et la nourriture, prit également congé de Dounia et s\u2019offrit à la conduire jusqu\u2019à l\u2019église, qui se trouvait au bout du village.Dounia ne savait trop que dire.\u2014 « De quoi as-tu peur ?lui demanda son père, Sa Grandeur n\u2019est quand même pas un loup, elle ne va pas te manger; va faire un tour jusqu\u2019à l\u2019église.» Dounia prit place à côté du hussard, le domestique sauta sur le siège, le cocher siffla et les chevaux détalèrent.Le pauvre maître de poste ne comprenait pas comment il avait pu permettre à Dounia de partir avec le hussard, \u2014 comment il avait été victime de cet aveuglement, \u2014 ni pourquoi sa raison l\u2019avait alors abandonné.Il ne s\u2019était pas passé une demi-heure, que son coeur se serra et que, saisi par l\u2019anxiété, notre homme perdit patience et se rendit lui-même à la messe.En approchant LE MAÎTRE DE POSTE 697 de l\u2019église, il constata que les fidèles avaient déjà quitté les lieux et que Dounia ne se trouvait ni dans l'enceinte, ni sur le parvis.Affolé, il entra.Le prêtre revenait de l\u2019autel.Le sacristain étaignait les cierges.Deux vieilles femmes priaient encore dans un coin.Mais Dounia n\u2019était pas dans l\u2019église.Le pauvre père, se faisant violence, résolut de demander au sacristain si elle était venue à la messe.Le sacristain lui répondit quelle n\u2019y avait pas assisté.Le maître de poste rentra chez lui plus mort que vif.Il lui restait un espoir : par une étourderie attribuable à sa jeunesse, sa fille avait peut-être décidé de faire un tour jusqu\u2019à la prochaine poste où sa marraire habitait.Dans une agitation poignante, il attendit le retour de la troïka dans laquelle il l\u2019avait laissée partir.Le cocher ne revenait plus.Sur le soir, il rentra seul et un peu gris, avec cette nouvelle accablante : Dounia avait quitté la poste suivante avec le hussard.Le vieil homme ne put supporter son malheur; il enleva immédiatement le lit dans lequel le jeune suborneur avait reposé la veille.Puis, ayant examiné toutes les circonstances, il conclut que la maladie de ce dernier avait été feinte.Le pauvre homme fut pris ensuite d\u2019une forte fièvre.Il fut transporté à S.et un autre fut provisoirement nommé à sa place.Le même médecin qui était venu pour le hussard le soigna.Il assura au maître de poste que le jeune homme était bien portant et qu\u2019en-core qu\u2019il eût percé ses mauvais desseins il se tut de crainte d\u2019être roué de coups.Que l\u2019Allemand dît vrai, ou qu\u2019il désirât seulement vanter sa clairvoyance, cela ne consola que bien peu son pauvre malade.À peine sorti d\u2019affaire, le maître de poste obtint un congé du directeur de la station de S.et, sans divulguer à personne son intention, il partit à pied à la recherche de sa fille.D\u2019après la feuille de route, il savait que le capitaine Minsky allait de Smolensk à Pétersbourg.Le cocher qui avait conduit l\u2019officier déclara que Dounia avait pleuré pendant tout le trajet, quoique, semblait-il, elle le suivît volontiers.« Peut-être, se dit le maître de poste, ramènerai-je au bercail ma brebis égarée.» Il arriva pénétré 698 ACTION NATIONALE de cette pensée à Pétersbourg, fit halte au Régiment d'Ismaïl, dans la maison d\u2019un ancien sous-officier en retraite et ancien compagnon d'armes, et il entreprit ses recherches.Bientôt il apprit que le capitaine Minsky était à Pétersbourg et qu\u2019il logeait à l\u2019hôtel Démut.Il résolut de s\u2019y présenter.Tôt le matin il pénétra dans l\u2019antichambre et demanda que l\u2019on fît savoir à Son Excellence qu\u2019un vieux soldat désirait la voir.L\u2019ordonnance, qui était en train d\u2019éclaircir une botte sur un billot, répondit que son supérieur reposait et qu'il ne recevait personne avant onze heures.Le maître de poste quitta les lieux et y revint à l\u2019heure dite.Minsky lui-même, en robe de chambre et calotte rouge, s\u2019avança vers lui.\u2014 En quoi puis-je t\u2019être utile, petit frère?lui de-manda-t-il.Le coeur du vieil homme se gonfla, des larmes lui emplirent les yeux et d\u2019une voix tremblante il prononça ces seuls mots : \u2014 Votre Excellence, pour l\u2019amour de Dieu, ayez la bonté .Minsky jeta rapidement les yeux sur lui, rougit, le prit par le bras, le conduisit dans son cabinet de travail et ferma la porte sur eux.\u2014 Votre Excellence, reprit le vieux, le foin qui tombe de la charrette est perdu, rendez-moi au moins ma pauvre Dounia.Maintenant que vous avez tiré d\u2019elle votre plaisir, n\u2019allez pas causer sa perte inutilement.\u2014 Ce qui est fait est fait, dit le jeune homme, extrêmement embarrassé; je suis coupable envers toi et content de te demander pardon.Mais ne compte pas que je puisse abandonner Dounia : elle sera heureuse, je t'en donne ma parole d\u2019honneur.Que cherches-tu de plus pour elle ?Elle m\u2019aime.Elle s\u2019est déshabituée de son LE MAÎTRE DE POSTE 699 ancienne situation.Ni elle ni toi ne pourriez oublier ce qui est arrivé.Puis, lui ayant glissé quelque chose dans une manche, le hussard lui ouvrit la porte.Le maître de poste se retrouva dans la rue sans trop savoir comment.Longtemps il demeura immobile.À la fin, il aperçut sous le parement d\u2019une de ses manches un rouleau de papier.Il le retira et le déplia : c\u2019étaient plusieurs assignats chiffonnés de cinq et de dix roubles.À nouveau des larmes, mais d'indignation, emplirent ses yeux.Il serra dans sa main les billets qui devinrent ainsi une boule de papier; il la lança par terre et s'en alla.Au bout de quelques mètres il s\u2019arrêta, réfléchit un moment puis revint sur ses pas .Mais les assignats n'y étaient plus.Ayant aperçu le vieux, un jeune homme bien vêtu courut à un fiacre, y monta vite et cria : « Décampe 1 » Le maître de poste ne se mit pas à sa poursuite.Il résolut de rentrer chez lui, à la poste; mais auparavant il voulait voir encore une fois sa pauvre Dounia.Aussi, deux jours plus tard, retourna-t-il chez Minsky.L\u2019ordonnance lui dit cette fois, brutalement, que son maître ne recevait personne, elle le jeta carrément hors de l'antichambre et lui ferma la porte au nez.Le maître de poste demeura interdit, puis il partit.Au soir du même jour, après s\u2019être arrêté à Notre-Dame-des-Douleurs pour y faire une action de grâces, il marchait rue Litiéïnaya quand soudain un équipage remarquable passa devant lui à grande vitesse; il reconnut Minsky.La voiture s\u2019arrêta devant une maison à trois étages, tout près de l\u2019entrée, et le hussard courut vers le perron.Une idée astucieuse traversa l'esprit du maître de poste.Ayant fait demi-tour, arrivé à la hauteur du cocher : \u2014 C\u2019est le cheval à qui, petit père?demanda-t-il, ne serait-il pas à Minsky ?\u2014 Tout juste, répondit le cocher, mais que lui veux- tu ? 700 ACTION NATIONALE \u2014 C'est que ton maître m\u2019a ordonné de porter à sa Dounia un mot d\u2019écrit, et voilà que j'ai complètement oublié où elle loge .\u2014 C\u2019est là, au second.Tu es en retard, mon vieux, avec ton billet.À présent il est avec elle.\u2014 N\u2019importe ! répliqua le maître de poste, le coeur étranglé d'un indicible serrement.Merci bien de me l\u2019avoir dit, mais je vais faire ce que j\u2019ai à faire.Sur ces mots, il monta l\u2019escalier.La porte était verrouillée.Il sonna.Quelques secondes s\u2019écoulèrent dans une attente pénible.Il entendit la clé tourner dans la serrure, on lui ouvrit.\u2014 C\u2019est ici qu'habite Avdotia Samsonova ?demanda-t-il.\u2014 Oui, lui répondit une jeune servante, que lui voulez-vous ?Il entra dans la salle sans lui répondre.\u2014 Non, Monsieur, vous ne pouvez pas ! Ce n\u2019est pas possible ! criait-elle en le poursuivant, il y a des visiteurs chez elle ! Mais le maître de poste, sans l\u2019écouter, continua.Les deux premières pièces étaient sombres; dans la troisième il y avait du feu.Il alla jusqu\u2019à la porte, qui était ouverte, et s\u2019arrêta.Dans la chambre magnifiquement décorée, Minsky, rêveur, était asis.Dounia, luxueusement vêtue, telle une écuyère sur une selle anglaise était assise sur un bras du fauteuil où se trouvait le hussard.Embobinant les boucles noires de celui-ci autour de ses doigts étincelants, elle le regardait avec tendresse.Pauvre maître de poste ! Jamais sa fille ne lui avait paru si belle; il l\u2019admirait à contrecoeur.\u2014 Qui va là ?demanda-t-elle sans lever la tête.Il se taisait. LE MAÎTRE DE POSTE 701 N\u2019obtenant pas de réponse, Dounia leva la tête et dans un cri tomba sur le tapis.Effrayé, Minsky se précipita pour la prendre dans ses bras mais, apercevant le vieux dans l'embrasure de la porte, il laissa Dounia par terre et se dirigea sur lui, tremblant de colère.\u2014 Qu\u2019est-ce que tu veux?fit-il les lèvres serrées.Pourquoi rampes-tu partout derrière moi comme un brigand ?Tu cherches peut-être à m\u2019égorger ?Fiche-moi le camp ! Saisissant alors le vieil homme, d'une main forte, par le col, il le poussa dans l'escalier.Le vieillard réintégra l\u2019appartement de son ami, qui lui conseilla de déposer une plainte.Après avoir réfléchi à cette idée, il y renonça et résolut de tout laisser tomber.Deux jours plus tard il quittait Pétersbourg pour retourner à la station et reprendre son travail.\u2014 C\u2019est la troisième année, conclut-il, que je vis sans Dounia et que je n'ai ni vent ni nouvelle d'elle.Est-elle encore en vie ?Dieu la mène.Tout arrive .Elle n\u2019est pas la première, ni la dernière qu\u2019un voyageur en mal de libertinage aura débauchée, entretenue puis laissée pour compte.Il y a plein de ces jeunes sottes à Pétersbourg.Aujourd\u2019hui elles sont dans le satin et le velours, mais demain, ma fille, tu feras le trottoir avec la lie des carabets.Parfois quand on songe que Dounia s\u2019est peut-être perdue de cette manière, alors, forcément, vous ne pouvez que lui souhaiter la tombe.Tel fut le récit de mon ami le vieux maître de poste, récit maintes fois interrompu par les larmes, qu\u2019il séchait d\u2019une manière pittoresque avec l\u2019ourlet de sa veste, comme ce zélé de Tiérentich dans la magnifique ballade de Dmitriev .Larmes en partie provoquées par le punch, dont il avait bu cinq verres en me racontant son histoire; mais, quoi qu\u2019il en soit, elles touchèrent puissamment mon coeur.Après avoir quitté le vieux maître de poste, je n\u2019arrivais plus à l\u2019oublier, et longtemps je pensai à lui et à sa pauvre Dounia.Il y a peu de temps encore, comme IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES 704 ACTION NATIONALE Puis elle alla au village, appela le pope, lui donna de l\u2019argent et partit.Et elle me donna une pièce d'argent de cinq kopecks, quelle femme merveilleuse ! Moi aussi je donnai une pièce de cinq kopecks à ce gamin et je n\u2019ai jamais regretté ce voyage ni les sept roubles qu\u2019il m\u2019avait coûté. No* annonceurs participent à la vie de la revue Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès Ils les consultent d'abord .RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurances générales\tLibrairie Assurance-vie\tPapeterie Automobile\tPhotographie Banques\tPlacements Editions\tPompes à eau Imprimerie\tQuincaillerie Il RÉPERTOIRE DES NOMS Alliance Mutuelle-vie\tLanglois, Thomas La Solidarité Banque Canadienne Nationale\tLauzier, papetier Banque Provinciale\tL'Economie Mutuelle Cadieux, Gilles\tMarchand, Sarto Caisse Populaire d'Hochelaga\tMeunier, John Camus, Raymond\tMichon, R.Chevrier, Normand\tMontréal Oxygène Canadienne Mercantile\t Canadienne Nationale\tPilon, librairie Pomponnette Distilleries Melchers Ltée\tRobert, P.-E.Dorais, Jean-Louis\tRobillard, Michel Dubé, Oscar & Oe Inc.\tRoy, Edouard Etco Photo Color Ltée\tSéguin, Paul-Emile Faucher & Fils\tSplendide (brassière) Fides\tThérien Frères Générale de Commerce\tU.A.P.Groulx, Yvon\tUnion du Canada Groupe Commerce\tViau, Lucien Houde, G.-E.\tVictory (Convoyeurs) Les résultats 1968 du GROUPE COMMERCE confirment votre confiance! ni $32,000,000 déprimés souscrites en 1 afe» 300,000 assures Actif total : *60,000,0 mm i 360,000.000.$56,694 000 $17.422.000.S7.921.000.$3,271.000 ¦1.145,000.' $284,000 $1 000.1937 1947 1967 A LE GROUPE COMPAGNIES D'ASSURANCE CANADIENNES Siège Social St-Hyacinthe.Qué GÉNÉRALE DE COMMERCE - CANADIENNE MERCANTILE - CANADIENNE NATIONALE IV ASSURANCES-VIE l\u2019essentiel d\u2019abord tance compagnie mutuelle ci\u2019CtSStl9XlttC@-%?t.G UNION DU CANADA Assurance-vie Siège social : 325, rue Dalhousie, Ottawa 2, Canada t» >-
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