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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1973-09, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXIII, Numéro 1_Septembre 1973\t$1.00 AU SAGUENAY-LAC-SAINT-JE AN par Richard Arès ACCULÉ À L\u2019INDÉPENDANCE par François-Albert Angers LE MOUVEMENT COOPÉRATIF par Patrick Allen OTTAWA ET LES PROVINCES paor Jean Genest QUÉBÉCOIS EN ISRAËL par Mme Paul Normand POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE O\u2019ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES Pages ÉDITORIAL : Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, combien y a-t-il d\u2019anglophones ?.François-Albert ANGERS : Le Québec est acculé à l'indépendance .Patrick ALLEN : Le mouvement coopératif, agent de changement économique et social au Québec Jean GENEST : Ottawa et les provinces Madame Paul NORMAND : Des Québécois en Israël Dépôt légal \u2014 1er semestre 1973 Bibliothèque nationale du Québec François-Albert Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages.Il assemble les meilleurs articles de M.Angers, écrits entre 1939 et 1969 Pour la première fols le public a à sa disposition les grandes lignes de la pensée de M.Angers.Livre essentiel pour connaître las orientations et les appuis rationnels de ce maître du nationalisme québécois.($5.) Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 L'ACTION NATIONALE Volume LXIII, Numéro 1 Septembre 1973\t$1.00 ÉDITORIAL Au Saguenay-Lac-Saint-Jean combien y-a-t-il d'anglophones?par Richard Arès 2 L\u2019ACTION NATIONALE Depuis quelque temps, se poursuit dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, tout un débat à partir d une demande de la part des anglophones en vue d'obtenir des postes anglais de radio et de télévision.Pareille demande a suscité une vive opposition de la part de certains francophones qui craignent pour l\u2019avenir du français et mettent de l\u2019avant le petit nombre d'anglophones en cette région.Dans un article qui vient de paraître dans TV-Hebdo, Guy Lessonini, qui a fait enquête sur les lieux et expose le pour et le contre de la question, écrit : « La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean compte deux cent cinquante mille (250,000) habitants dont quatre-vingt-seize pour cent (96%) sont de langue française et quatre pour cent (4%) de langue anglaise.Ces dix mille anglophones (huit mille, dit-on, dans certains milieux) ne possèdent ni poste de radio, ni journaux, ni poste de télévision dans la région.Ils se sont organisés (début février 1973) pour réclamer à la fois un poste de télévision et un poste de radio AlW » (Semaine du 11 au 17 août 1973, p.14).En réalité, combien y a-t-il d'anglophones dans la région ?Les données statistiques du recensement de 1971 nous permettent de répondre à cette question (voir le Bulletin spécial publié en décembre 1972 sur les AU SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN 3 Langues maternelles au Canada d\u2019après les divisions et subdivisions de recensement).La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean est assez bien comprise dans les trois divisions suivantes de recensement : Chicoutimi, Lac-Saint-Jean-Est et Lac-Saint-Jean-Ouest.Et voici les statistiques qui les concernent.Tableau 1 Répartition des habitants de la région selon la langue maternelle, en chiffres absolus \tChicoutimi\tLac-St-Jean-Est\tL.-St-Jean-Ouest Francophones Anglophones Autres\t157,885 4,795 670\t44,505 600 115\t56,300 335 435 Total\t163,350\t45,220\t57,070 Déjà saute aux yeux l'énorme prépondérance des francophones.Ce même tableau réduit en pourcentage nous aidera à nous en rendre compte encore davantage.Tableau 2 Répartition des habitants de la région selon la langue maternelle, en pourcentage Chicoutimi Francophones 96.7% Anglophones\t2.9 Autres\t0.4 Total\t100.0 Lac-St-Jean-Est L.-St-Jean-Ouest 98.4%\t98.6% 1.3\t0.6 0.3\t0.8 100.0\t100.6 Comme on le voit, le pourcentage des francophones ne s\u2019abaisse pas au-dessous de 96.7 et celui des anglophones ne s\u2019élève pas au-dessus de 2.9, et cela dans la division de recensement de Chicoutimi où se concentrent 85% des anglophones de la région.Reprenons les mêmes chiffres en vue de déterminer la place qu\u2019occupe chaque groupe dans l\u2019ensemble de la région. 4 L\u2019ACTION NATIONALE Tableau 3 Place occupée par chacun des groupes dans l'ensemble de la région, en chiffres absolus \tFranco- phones\tAnglo- phones\tAutres\tTotal Chicoutimi\t157,885\t4,795\t670\t163,350 Lac-St-Jean-Est\t44,505\t600\t115\t45,220 L.-St-Jean-Ouest\t56,300\t335\t435\t57,070 \t258,690\t5,730\t1,220\t265,640 Ainsi, sur un total de 265,640 habitants de la région, les francophones sont au nombre de 258,690, alors que les anglophones ne sont que 5,730.En pourcentage, la situation apparaîtra encore plus claire.Tableau 4 Place occupée par chacun des groupes dans l'ensemble de la région, en pourcentage Francophones\t97.3% Anglophones\t2.2 Autres\tO-5 100.0 Le véritable pourcentage des anglophones dans l\u2019ensemble de la région n\u2019est donc que 2.2, et non pas de 4, comme on l\u2019a déjà écrit.Et même si on se borne à la division de Chicoutimi, celle où il y a le plus d\u2019anglophones, ce pourcentage ne s'y élève qu\u2019à 2.9.Dans cette même division, seule la subdivision de Bagotville (pas la ville) présente un pourcentage élevé d\u2019anglophones : sur 3,420 habitants, on trouve 1,075 anglophones et 2,235 francophones, formant respectivement 31.4% et 68% de la population.Voici, maintenant, pour compléter ces renseignements, la répartition entre francophones, anglophones et autres dans les cités et villes de cette division de Chicou- AU SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN 5 timi (je laisse de côté les deux divisions du Lac-Saint-Jean, qui ne comptent ensemble que 935 anglophones).Tableau 5 Répartition des francophones, anglophones et autres dans les cités et villes de la division de Chicoutimi, en chiffres absolus \t\tFranco-\tAnglo-\t \tTotal\tphones\tphones\tAutres Arvida\t18,450\t16,580\t1,590\t280 Bagotville\t6,040\t5,765\t255\t20 Chicoutimi\t33,890\t33,165\t565\t160 Chicoutimi-Nord\t14,085\t13,875\t170\t40 Jonquière\t28,430\t28,015\t360\t55 Kénogami\t10,970\t10,560\t375\t35 Port-Alfred\t9,225\t9,090\t130\t5 Rivière-du-\t\t\t\t Moulin\t4,395\t4,335\t45\t15 Même dans ces cités et villes, la place qu'occupent\t\t\t\t les anglophones est restreinte, pour ne pas dire minime.\t\t\t\t Reprenons le même tableau\t\ten donnant les pourcentages,\t\t nous serons encore mieux\t\téclairés.\t\t Tableau 6 Répartition des francophones, anglophones et autres dans les cités et villes de la division de Chicoutimi, en pourcentage \tFrancophones\tAnglophones\tAutres Arvida\t89.9%\t8.6%\t1.5% Bagotville\t95.4\t4.2\t0.3 Chicoutimi\t97.9\t1.7\t0.5 Chicoutimi-Nord\t98.5\t1.2\t0.3 Jonquière\t98.5\t1.3\t0.2 Kénogami\t96.3\t3.4\t0.3 Port-Alfred\t98.5\t1.4\t0.1 Rivière-du-Moulin\t98.6\t1.0\t0.3 Seules trois villes présentent un pourcentage d'anglophones qui dépasse 2, soit Kénogami : 3.4, Bagot- L\u2019ACTION NATIONALE 6 ville : 4.2 et Arvida : 8.6.Ce pourcentage, rappelons-le encore une fois, n\u2019est, dans la division de Chicoutimi, que de 2.9 et, dans l\u2019ensemble de la région Sague-nay-Lac-Saint-Jean, que de 2.2.En d'autres termes, les anglophones \u2014 ceux qui ont déclaré I anglais comme leur langue maternelle au dernier recensement de 1971 \u2014 ne sont que 5,730 (et non 8,000, ni 10,000) sur un total de 265,640 habitants que renferme cette région.Je n\u2019ai pas à trancher le débat qui agite actuellement cette région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Je ferai seulement observer que, s\u2019il s'agit d'une question de justice à l\u2019égard d\u2019une minorité qui ne représente que 2.2% de l\u2019ensemble de la population, il faudra alors qu une égale justice soit rendue à toutes les minorités francophones partout où elles représentent ce même pourcentage, et qu\u2019elle le soit en priorité là où ce pourcentage francophone s\u2019élève à 10 et plus.Par exemple, en Nouvelle-Ecosse, dans la division de Yarmouth, les francophones sont au nombre de 7,785 et forment 31.5% de la population : ils auraient droit, ux aussi et en priorité, à un poste public français de télévision.¦ \u2022 ¦ Le Québec est acculé à l'indépendance par François-Albert Angers mSË2 '3, ISM -\u2022 - LE QUÉBEC EST ACCULÉ À L\u2019INDÉPENDANCE 9 exD,ioUrrèrrue\u2019,et tant que je ne m\u2019en serai p» mP D mclePendantistes fervents n\u2019aimeront pas ce n\u2019est php °urquo' « accu|é » ?diront-ils.L\u2019indépendance réalisa on no ^\t° 6\" SOi\u2019 d°nt H faut rechercher la réalisation pour lui-meme tant qu\u2019il n\u2019est pas obtenu ?_ .J3™8: en passant> que sur ce point, je n\u2019ai pas chan- n^ri0n KCe n\u2019eSt pas linqéPer|dance absolue qui dan es tait,\tSOi ; d\u2019ab°rd e\"e\tJamais que ce soit ePt°dn qU' ^ ^ ^ 6t SUr qUelque plan au eiio c \u2019 L S Ce Sens\u2019 11 n\u2019est mêm® Pas sûr des attachP^H ?\" Un déSir de rhomme- fait pour des attaches de toute sorte qu\u2019il recherche.Ce qui est .bie?\u2019 jC.est la llberté de s\u2019autodéterminer, de pouvoir rester indépendant dans ses attitudes, par suite de voir unCdmirCecreStP if \" C6tte 'iberté Par l6S aUtres *>\">\"« ce oi t ' C ab nen ne va contre les mariages, que ce soit par amour ou par intérêt, bien au contraire Tel P suite, sur notre plan politique, ce n\u2019est pas le fédé-alisme comme tel qui est notre bête noire ; c\u2019est que le ne nm s7e Canad'en ne resPecte pas nos libertésq qu\u2019il ne nous laisse pas libre de décider par nous-mêmes de son amenagement ou de notre liberté de le refuser tel qu il nous est imposé.« acculé^31?AP°UrqU0i\u2019 quand même> l\u2019emploi du terme tés ne ,ont PæS \u2019 S' C°mme V0US le dites nos ''ber-es ne sont pas respectées, nous n\u2019avons aucun senti- men,, on dira,, de regret, à ressentir oo à exprimer dé ndrr,o7Lré\u201c\"r da\"S Une Vie \"ormale' Le fédé\u2019ai|sme n est tout de meme pas une institution sacro-sainte \u2014 suief d6, \u2019 Lny,a nullement \"eu d\u2019être sentimental au ïïon don I6\"1\t6 canadien- surtout étant donné la çon dont il nous a ete, non pas même vraiment proposé mais bien davantage imposé comme le meilleur pis-aller domPn°flUtVa n°US etœ concédé dans 'a situation de totale domination ou nous étions en 1867.Non ! il ne s\u2019agit plus quant à moi, par l\u2019emploi de ce terme « accule », de revenir aux temps, déjà lointains ou Maxime Raymond, chef du Bloc Populaire, s\u2019écriait en 10 L\u2019ACTION NATIONALE toute honnêteté d\u2019homme parfaitement loyal au régime confédératif mais aussi aux siens : « Nous ne sommes pas séparatistes ; ne nous forcez pas à le devenir ».Léo jeunes, aujourd\u2019hui, comprennent difficilement une telle attitude, même envisagée en son temps.Déjà, prenons en conscience, tous ceux qui sont actuellement en bas de cinquante ans, si l\u2019on part de ceux qui n\u2019avaient encore que quinze ans en 1940, n\u2019ont vécu que la période où le fédéralisme canadien est devenu pour nous vraiment oppresseur, exécrable, intolérable.Un homme comme Maxime Raymond avait au contraire vécu surtout la période où le fédéralisme canadien, tout en commençant à montrer des fissures sérieuses dans ses relations avec les Canadiens-Français, permettait légitimement l\u2019entretien d\u2019espoirs.D\u2019espoirs tels qu\u2019il était normal de voir la plupart des dirigeants les plus sincères du peuple Canadien-Français préférer l\u2019action vigilante d\u2019une lutte située dans le sens de ces espoirs, plutôt qu\u2019une action dont le caractère aurait paru encore plus révolutionnaire dans le plus fort sens du mot en ce temps-là qu aujourd\u2019hui.D\u2019autant que l\u2019opinion mondiale en matière de décolonisation était alors exactement à l\u2019inverse de ce qu\u2019elle est aujourd\u2019hui.Des considérations du même genre s\u2019appliquent à certaines attitudes du chanoine Groulx qui paraissent aux jeunes, difficiles à comprendre.Lui qui, au fond de son coeur, souhaitait l\u2019avènement de « notre petit peuple » a lindépendance, pourquoi s\u2019est-il toujours si vivement défendu d\u2019être « séparatiste » ?Pourquoi s\u2019est-il toujours refusé à cautionner publiquement le «séparatisme » de certains mouvements de jeunes de son temps, tout en les encourageant sans faille et sans la moindre velléité de blâme, à continuer leur action de promotion de la nation canadienne-française ?Ainsi que je le disais précédemment, parce que des espoirs d\u2019évolution progressive vers une véritable situation d indépendance dans la fédération canadienne paraissaient alors encore permis.Ainsi estimait-il sans doute qu\u2019il fallait encourager toute action qui assurait l\u2019existence d une LE QUÉBEC EST ACCULÉ À L\u2019INDÉPENDANCE 11 tension en ce sens \u2014 et une action qui préparait à l\u2019indépendance si.c\u2019en était une \u2014 ; mais non pas cautionner l\u2019engagement concret dans des voies alors peu sures en terme d\u2019efficacité, et pas encore évidemment d\u2019absolue nécessité.Une situation identique s\u2019applique à Bourassa, Henri \u2014 il faut bien spécifier car après avoir eu Bourassa le Grand, nous en sommes à Bourassa le Petit.Une autre phase de I histoire du fédéralisme canadien explique les incompréhensions dont il a été l\u2019objet de la part des jeunes de son temps, incluant alors l\u2019abbé Groulx.Bourassa a vécu, lui, à cheval sur la période initiale de la Confédération et la période de transition dans laquelle I abbé Groulx s\u2019est trouvé surtout engagé.N\u2019oublions pas qu\u2019aux hommes de cette époque, la Confédération, même si elle n\u2019était pas nécessairement ce que nous souhaitions et si elle nous a été imposée, apparaissait comme le meilleur compromis auquel nos chefs politiques avaient pu arriver dans la liquidation des suites de la rébellion de 1837.Effectivement, c\u2019était une première phase de libération du Québec, une première phase d\u2019évolution vers un « séparatisme », après le nouvel assujettissement qui nous avait été imposé en 1840.En somme, en 1867, trente ans seulement après la rébellion, le Québec obtenait d\u2019être séparé de l\u2019Ontario, et d\u2019avoir son gouvernement propre, souverain dans son domaine, quoique assujetti aussi à un gouvernement central dans les matières de compétence fédérale.C\u2019était moins bien que le grand Québec français gagné en 1774, alors qu\u2019y était englobé (mais sans le grand nord québécois actuel) le sud de l'Ontario et la haute-vallée du Mis-sissipi et de I Ohio ; mais cela nous l\u2019avions déjà perdu en 1791.Nous retrouvions donc, pour fins territoriales, notre base de souveraineté libre de 1791, sans toute là souveraineté politique sur ce territoire (à l\u2019intérieur et dans la mesure d\u2019évolution du colonialisme britannique), quoique avec un gouvernement responsable pour la partie de la souveraineté politique reconquise, en lieu et place 12 L\u2019ACTION NATIONALE du gouvernement oligarchique d\u2019avant 1840.Evidemment, nous connaissions pour la première fois un certain assujettissement à une majorité anglo-canadienne dans tout ce qui était de compétence fédérale ; et l\u2019on a beaucoup discuté s\u2019il n\u2019eût pas mieux valu un Québec libre du reste du Canada, et directement colonie de la Couronne avec gouvernement responsable.Mais cela pouvait-il vraiment être obtenu, étant donné que la Confédération était une volonté de Londres, qui y a cependant fait prévaloir nos droits à une identité séparée dans Québec contre la volonté unitariste du Canada anglais.La Confédération, c\u2019est ainsi qu\u2019elle apparaissait légitimement aux yeux des hommes de la génération de Bourassa.En fait, Bourassa n\u2019était pas fondamentalement un fédéraliste à la façon dont le sont aujourd hui les vrais fédéralistes, à la façon du Père Arès et même du soussigné, c\u2019est-à-dire un adepte du fédéralisme comme formule générale valable de gouvernement dans la perspective d\u2019une évolution politique du monde vers une plus grande unité, mais dans le respect des libertés et des diversités.Il voyait dans le fédéralisme canadien, à son époque, le compromis honorable dont nous venons de parler, le seul qui fut possible pour nous alors en termes de ce qui pouvait être obtenu de mieux.Par suite, il était d\u2019avis qu\u2019il fallait jouer loyalement, mais énergiquement et avec vigilance, le jeu de la formule.Par suite, faussent complètement la pensée de Bourassa ceux qui veulent l\u2019annexer à un fédéralisme canadien à tout prix, ou à une hypothèse canadienne fondamentale en soi.Tout dans son attitude est affaire de fédération concrète et de moment : Bourassa, en son temps, avait plus de raison que Groulx au sien, de fonder des espoirs sur la Confédération.Ce à quoi il assistait avec l\u2019affaire de Louis Riel, la question des écoles des nouvelles provinces, la guerre des Boers et la marine de guerre de Laurier, puis finalement la conscription de 1917, c\u2019était les premières manifestations graves de remise en cause de l\u2019évolution LE QUÉBEC EST ACCULÉ À L'INDÉPENDANCE 13 poursuivie jusqu\u2019alors lentement, péniblement sans doute, mais sûrement semblait-il à la plupart, vers au moins un modus vivendi satisfaisant pour un Québec français et la vie libre des minorités françaises du reste du Canada.Etait normale et compréhensible une réaction qui ne vise pas tout de suite à jeter la Confédération par terre, mais plutôt à dénoncer violemment les fauteurs de discorde qui incitent à la violation du « pacte» intervenu en 1867 entre les chefs politiques des deux éléments nationaux et sanctionné par Londres.Et les indépendantistes d\u2019au-lourd\u2019hui qui sont portés à rejeter Bourassa d\u2019un revers de la main, ont grandement tort de l\u2019abandonner ainsi à l\u2019exploitation par la propagande « fédéraliste » de mauvaise foi des Anglo-Canadiens et de tout un groupe de politiciens canadiens-français peu reluisants.C\u2019est que Bourassa, justement, n\u2019a jamais exclu l\u2019indépendance comme une solution valable et désirable pour le Québec à un moment approprié.Il s\u2019en est expliqué clairement dès 1902 et n\u2019est jamais revenu sur cette pensée fondamentale : « Quelques-uns de nos compatriotes, disait-il ce jour-là, .et il pensait sûrement à Tardivel en particulier, .envisagent avec bonheur le jour où nous reconstituerons en Amérique, de droit comme de fait, une nouvelle France, un Etat libre où notre race dominera sans partage.C\u2019est assurément là un rêve légitime et attrayant ; et le travail des siècles peut le réaliser plus rapidement que les apparences ne l\u2019indiquent.Mais c\u2019est encore là un rêve ; et ce qu\u2019il faut faire c\u2019est le devoir du moment (1) ».Peut-être n\u2019a-t-on pas assez souligné que, dans les années 1920, c\u2019est-à-dire au moment où L\u2019Action française, sous la direction de Groulx, poursuivait son enquête sur notre Avenir politique et la publiait, Bourassa et (1) ^Cîimai'juin 1964' Toute la pensée de Bourassa 14 L\u2019ACTION NATIONALE Groulx avaient sensiblement la même opinion sur l\u2019avenir de la Confédération et sa valeur pour nous.C\u2019est plus tard que l\u2019affrontement se fit dur entre les deux sur le sujet de la solution à donner au problème.Dans ces années-là, Bourassa a montré qu\u2019il était fort susceptible d\u2019évoluer lui aussi vers un séparatisme approprié.Il faut recommander de relire attivement à ce sujet les pages 837 à 846 du numéro précédemment cité de L\u2019Action Nationale.L\u2019analyse qu\u2019on y trouve de nos problèmes et de leurs causes est d\u2019une pénétration et d\u2019une lucidité qui gardent toute leur valeur d\u2019actualité.Mais on y voit aussi, entre les deux points de vue similaires, la différence qui va engendrer la fissure de pensée entre deux hommes de deux générations.L\u2019enquête de l\u2019Action française conclut en effet à la séparation, alors que Bourassa dit : « En dépit des désenchantements du passé et des sombres perspectives d\u2019avenir, il faut penser et agir comme s\u2019il était encore possible de faire une patrie canadienne, de créer un patriotisme national.Quelle que soit la destinée prochaine ou lointaine du Canada et de la province de Québec, tout effort persévérant pour maintenir ou faire revivre les conditions de l\u2019accord de 1865 aura sa pleine valeur.» Or l\u2019Action française elle-même ne concluait pas à la séparation comme programme actif à poursuivre au Québec dans la Confédération ; elle envisageait seulement comme certaine la brisure très prochaine du Canada et un mouvement annexionniste anglo-canadien , elle voulait préparer le Québec à exiger alors la séparation et la création d\u2019un Etat libre.Bourassa s\u2019en tient, lui, en conclusion du texte précédemment cité, à une invitation de rester fidèle à notre identité, à y tenir comme groupe, comme peuple, quoi qu\u2019il arrive.Dix mois plus tard, '' dira encore, montrant qu\u2019il n\u2019exclut pas la nécessité éventuelle ou la validité d\u2019une solution séparatiste : LE QUÉBEC EST ACCULÉ À L\u2019INDÉPENDANCE\t-jg « La Confédération a vécu sa puissance.Durera-t-elle 20 ans, ou 30 ans, je l\u2019ignore, mais elle doit se dissoudre un jour.Quel que soit l\u2019avenir qui nous est réservé annexion aux Etats-Unis, séparation de la Confédération en plusieurs Etats, séparation du Québec du reste de la Confédération \u2014 nous ne devons point perdre de vue.notre formation catholique .et notre culture française.» Une couple d\u2019années plus tard cependant, fort agacé par les thèses de l\u2019abbé Groulx, Bourassa devait se lancer dans un anti-séparatisme militant, au cours duquel il peut paraître avoir répudié certaines des positions prises antérieurement, notamment celle de 1902.Mais, en fait, ses propos ne font que l\u2019expliciter, sur le ton de l\u2019agacement, dans sa partie reliée au devoir du moment, en spécifiant davantage pourquoi le séparatisme lui paraît, à ce moment-là et sans nécessairement engager tout l\u2019avenir, irréalisable et indésirable.On ne comprendra d\u2019ailleurs jamais rien aux « hésitations » mêmes de l\u2019abbé Groulx, qui me paraît bien n\u2019avoir pas été sans être influencé par une certaine sagesse politique de Bourassa tout en s\u2019opposant à ses excès de langage, ni à la renaissance de l\u2019espoir de Bourassa dans les possibilités d'un certain canadianisme, si on ne tient pas compte du remarquable redressement qui paraissait alors s\u2019amorcer dans l\u2019esprit selon lequel serait maintenant mené le gouvernement fédéral par l\u2019avènement au pouvoir du tandem King-La-pointe.Pendant les vingt années qui vont suivre, c\u2019est contre le gouvernement du Québec, que ce soit sous Taschereau ou Duplessis, que les Québécois authentiques vont avoir à se battre pour l\u2019obtention d\u2019une politique socio-nationale.A Ottawa, au contraire, la défense des droits des provinces \u2014 quels qu\u2019en soient les motifs \u2014 est en fénéral vigoureuse, quoique pas toujours sans contradiction ou sans incohérence selon que l\u2019implique l\u2019opportunisme démuni de toute idéologie de nos partis politiques traditionnels.C\u2019est Ottawa qui renvoie sans cesse la balle aux provinces quand on lui demande d\u2019intervenir 16 L\u2019ACTION NATIONALE là où il ne doit pas, et cela sincèrement chez un Ernest Lapointe au nom des droits du Québec et des Canadiens-Français en vertu du « pacte fédératif » ; c\u2019est le Québec lui-même qui se récuse devant beaucoup de ses responsabilités et qui veut absolument remettre la balle à Ottawa, par manque de vision socio-économique et sûrement de sens politique, mais le plus souvent par pur opportunisme de politique électorale, la population du temps ayant plus peur des taxes que d\u2019à peu près n\u2019importe quoi d\u2019autre.C\u2019est ce qui s\u2019est passé au Canada à partir de 1940 (application des recommandations de la Commission Rowell-Sirois), et surtout à partir de 1945, dans l\u2019atmosphère au surplus d\u2019un manquement total à la parole donnée aux Canadiens-Français encore une fois sur la conscription, mais par le parti libéral maintenant, que s\u2019est vraiment posé le problème d\u2019un Québec acculé politiquement à la séparation pour éviter le rouleau centralisateur.C\u2019est dans cette perspective nouvelle que se situe la formule de Maxime Raymond, qui veut encore laisser sa place à l\u2019espoir et sa chance à une lutte vigoureusement autonomiste, mais pas encore séparatiste.La véritable offensive contre l\u2019autonomie, contre la part de souveraineté laissée au Québec en 1867, ne fait que commencer ; et le premier effort des hommes de ce temps fut de contenir l\u2019invasion et de la repousser, non pas encore de mettre en jeu les structures mêmes de la société concernée, de la société canadienne.Mais ce n\u2019est pas non plus dans ce sens-là que j\u2019ai retenu le terme « acculé » dans mon titre.Il y aura bientôt presque dix ans que, sur le plan politique, la lutte pour un Québec libre dans la Confédération canadienne est devenue sans espoir ; et que chaque jour de connivence de nos gouvernants du Québec avec ceux d Ottawa constitue une trahison, qu\u2019elle soit consciente ou non, dans une situation où, avec la chute de la natalité tout particulièrement mais aussi avec l\u2019influence des politiques fédérales qui assimilent progressivement nos mentalités, LE QUÉBEC EST ACCULÉ À L\u2019INDÉPENDANCE 17 chaque jour perdu multiplie et resserre les liens destinés à nous emprisonner à jamais.Après l\u2019ère du gouvernement Saint-Laurent-llsley-Abbott-Lesage de triste mémoire, il faudra, je pense, donner un certain crédit à Maurice Lamontagne \u2014 même s\u2019il a largement contribué par ses idées sur le fédéralisme à justifier les Anglo-Canadiens de nous imposer son « intégration lucide » \u2014 d\u2019avoir, comme ministre, incité M.Pearson au desserrement provisoire, et d\u2019ailleurs combien ambigu, de l\u2019étau de la centralisation.Mais ce que cela pouvait faire renaître de faible lueur d\u2019espoir est vite disparu lors de l\u2019arrivée à Ottawa de Trudeau, avec au coeur, j\u2019en suis sûr, le sombre dessein d\u2019assumer le pouvoir pour se venger sur les nationalistes du Québec de l\u2019échec de son expérience de Cité Libre.Dans ces perspectives politiques, il n\u2019y a pas en effet à se contraindre pour se déterminer non seulement au sens, mais à la volonté concrète et active de réaliser l'indépendance.C\u2019est bien sûr la position inverse qui se présente.Nous avons été acculés à la conquête, aux capitulations, aux luttes (stériles en termes de ce qu\u2019un peuple peut faire de son indépendance plutôt que de se battre pour se libérer) stériles mais indispensables, préalables en termes de vie et de dignité de vie, à des régimes constitutionnels imposés dans lesquels nous ne pouvions gagner que des espèces de « faveurs » tout en étant taxés de ne les avoir obtenues que par chantage politique et non par reconnaissance de nos droits les plus élémentaires.Le seul problème qui se présente, sur le plan politique, c\u2019est d\u2019évaluer nos chances d\u2019« évasion » de cette prison et les moyens de la réaliser efficacement.Au point où nous en sommes aujourd\u2019hui, cela est, je dirais, admis presque par tout le monde, quoique un bon nombre n\u2019osent l\u2019avouer que dans l\u2019intimité ou ne le manifestent que par voie indirecte sans révéler ou peut-être même bien démêler leur pensée profonde.Bien plus, chez les Canadiens-Anglais eux-mêmes, un nombre que je crois important de personnes, et en particulier chez 18 L\u2019ACTION NATIONALE ceux qui sont le plus en autorité (sauf bien sûr Pierre-Elliott Trudeau) ou en notoriété, sont prêts à nous laisser réaliser notre évasion, sans se préoccuper de « sécurité maximum », si nous sommes assez habiles pour y parvenir sans prendre des moyens trop outrageants pour leur propre dignité.L\u2019aspect politique du problème en est rendu à être à peine en cause maintenant dans la question, alors qu\u2019il était majeur jusqu\u2019en 1950.Ce qui fait ou ferait obstacle à l\u2019heure actuelle, ce serait le problème économique.Certains de nos économistes, en effet, ont prétendu que le Québec ne pouvait pas se séparer de la Confédération sans voir baisser son niveau de vie de 50%.Et ce chiffre effarant, qui n\u2019a jamais été autrement prouvé qu\u2019affirmé, sur une impression et une évaluation dont je saisis d\u2019ailleurs très bien la perspective, toute théorique, est bien de nature à donner froid dans le dos à bien des gens.Nous, Québécois, qui n\u2019avons pas su, malgré bien des objurgations en ce sens, être les héros de « l\u2019achat chez nous » même s\u2019il fallait pour cela payer quelques sous ou quelques dollars de plus \u2014 donc réduire peut-être de 5 à 15% notre niveau de vie pour un temps (et je ne critique pas, je constate car il y a plusieurs dimensions à ce problème) \u2014 comment deviendrions-nous comme peuple, les héros contents d\u2019une saga qui nous obligerait à vivre moitié moins bien de ce que nous vivons aujourd\u2019hui et pour quelle indépendance alors ?D\u2019autant plus qu\u2019on le sait, en telles occurrences, ce ne sont pas les favorisés de la vie, à certaines exceptions près, qui s\u2019en tirent le plus mal, mais le pauvre peuple.Après certains économistes, nos hommes d\u2019affaires se sont empressés d\u2019emboucher la même trompette aussi sécurisante pour eux dans le non-engagement qu\u2019elle l\u2019est dans la crainte qu\u2019ils entretiennent de voir leurs affaires personnelles sombrer dans une telle aventure politique.Or si c\u2019était le contraire qui constituait la vérité ?En tout cas, ce que je vois, moi, comme économiste LE QUÉBEC EST ACCULÉ À L\u2019INDÉPENDANCE 19 ayant toujours eu le souci de ne pas faire de théorie qui ne soit fondée sur la réalité, et de ne pas utiliser de théorie dans la réalité sans m\u2019assurer qu\u2019elle convient à la réalité en cause, c\u2019est exactement le contraire.C\u2019est que selon la façon dont les jeux économiques sont maintenant arrangés en fonction des données de la géographie canadienne et des politiques amorcées sous l\u2019Union et continuées sous la Confédération, le Québec a déjà commencé à connaître et est destiné à continuer de connaître le sort des Maritimes au Canada et de la Nouvelle-Angleterre aux Etats-Unis, c\u2019est-à-dire une situation de chômage chronique par insuffisance de développement.Dans ces conditions, une prospérité conjoncturelle et apparente peut se réaliser au Québec, mais à condition que sa population le quitte assez vite pour que l\u2019équilibre se trouve ainsi « providentiellement » maintenu entre les possibilités réelles du développement et les offres d\u2019emploi à des salaires comparables avec ceux de l\u2019Ontario.Naturellement, des circonstances extraordinaires et des événements imprévus peuvent toujours plus ou moins, en économie, modifier ce qu\u2019on peut appeler un « cours normal des choses » vu selon les éléments fondamentaux d\u2019une situation que seul l\u2019économiste peut généralement apprécier.Mais personne ne peut ou ne doit compter sur cela pour se tirer d\u2019affaire devant un problème ou une situation, justement parce qu\u2019on ne peut tabler sur l\u2019« extraordinaire » ou l\u2019« imprévu » autrement que dans une perspective providentialiste ou fataliste.Et dans la mesure où cela serait vrai, c\u2019est là justement que survient la contradiction avec les tenants actuels de tout acabit du fédéralisme comme avantage irremplaçable pour le Québec, que ce soit dans ses perspectives théoriques implicites, ou dans ses qualificatifs de « rentable », de « coopératif » (quelle prostitution d\u2019une expression d\u2019autre part si riche de sens et de possibilités), ou de tout ce que l\u2019on voudra.En telle perspective, en effet, à moins que l\u2019on démontre que le Québec est l\u2019équivalent d\u2019un désert dont 20 L\u2019ACTION NATIONALE il n\u2019y a rien de bon à tirer, la seule façon d\u2019en sortir ne peut être effectivement que de donner à ce pays du Québec un gouvernement capable de prendre sans limitation aucune tous les moyens et d\u2019appliquer sans restriction aucune toutes les politiques qui lui paraîtront, À LUI et À LUI SEUL, sans entraves, nécessaires pour réaliser le plein emploi et le plein développement des ressources du territoire québécois.A l\u2019heure actuelle, en effet, le Québec apparaît, aux yeux de l\u2019observateur un peu averti, comme un pays-région dont l\u2019intérêt, l\u2019avancement et le progrès sont considérés non pas en lui-même et pour lui-même, mais comme une partie d\u2019un ensemble dont il se trouve, pour diverses raisons, qu\u2019il n\u2019est pas le centre.C\u2019est par rapport à cet ensemble qu\u2019une politique lui est donnée qui se prétend non discriminatoire vue par rapport au grand tout, mais qui effectivement lui demande sans cesse de consentir à toute sorte de compromis \u2014 fût-ce si l\u2019on veut celui de renoncer à toute faveur spéciale parce qu\u2019il n\u2019en faut faire à personne.Mais peu importerait, en somme, le système si le résultat était bon.Mais tout le monde sait que le résultat n\u2019est pas bon.Les chiffres sont là pour le dire ! Québec toujours a un plus haut niveau de chômage, même quand l\u2019ensemble est prospère, que le reste du pays à l\u2019Ouest.Québec toujours a un niveau de revenu par tête plus bas que toutes les autres provinces à l\u2019exception des Maritimes, ce qui devient encore plus grossièrement manifeste quand on considère tout le Québec en dehors de Montréal.Le Québec n\u2019est pas économiquement prospère dans la Confédération.On peut prétendre qu\u2019il ne le serait pas plus en dehors ; mais les ressources dont il dispose et l\u2019exemple de ce que peuvent faire d\u2019autres pays avec beaucoup moins forment au moins une base pour que cette affirmation soit sérieusement mise en doute.En tel cas, ce serait la présence même du Québec dans ce grand ensemble qu\u2019est le Canada qui sanctionnerait fatalement sa décadence ; alors qu\u2019en étant un Etat libre, LE QUÉBEC EST ACCULÉ À L'INDÉPENDANCE 21 il retrouverait toute une série de chances de faire mieux, à l\u2019instar d\u2019autres pays libres d\u2019aménager leurs ressources sans d\u2019autre souci que celui de leur intérêt propre.En ce cas, et contrairement à ce que l\u2019on dit, ce qui rend l\u2019indépendance nécessaire et urgente, c\u2019est bien plus encore que le souci politique, celui de l\u2019économique, dont on prétend qu\u2019il doit être considéré comme majeur et ne pas être sacrifié à des idéaux supposément « bourgeois » (liberté, dignité, indépendance) ; ce qui doit être encore plus vrai si on prétend en faire une raison de ne pas heurter des intérêts combien moins nobles de succès personnels.En définitive, c\u2019est l\u2019avenir économique du Québec, comme Québec, qui nous accule, au point où en sont rendues les choses économiques au Canada, à faire l\u2019indépendance au plus vite.Car le Québec est forcément un centre sur le plan des considérations qui nous touchent tous, à quelque partie ou classe du peuple que nous appartenions : notre identité propre, notre langue, nos habitudes de vie et notre désir d\u2019être gouvernés en conséquence.Si fédéralistes que puissent être nos pensées profondes en thèse générale, si le Québec pour être apparemment prospère doit se vider de sa population parce qu\u2019il ne peut la faire vivre économiquement à un niveau de vie comparable à celui des voisins, nous sommes devant une situation où il faut choisir entre le fédéralisme qu\u2019on lui donne et sa survie même comme Québec français.Eviter de faire le choix, c\u2019est tout simplement manquer au sens de ses responsabilités.De ce point de vue d\u2019ailleurs, l\u2019acceptation du fédéralisme « rentable » en termes d\u2019assurance-chômage et de prestations de sécurité ou de bien-être social payés par Ottawa et qui empêchent ou retardent l\u2019émigration, est une pure honte.Car c\u2019est une indignité dans la perspective de culture et de civilisation qui constitue le problème du Québec.Maintenant que s\u2019est terminée mon aventure comme président de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, je voudrais accorder un peu plus d\u2019attention à ce problè- 22 L\u2019ACTION NATIONALE me au cours des prochains mois et soumettre de façon plus détaillée mes réflexions à ce sujet aux lecteurs de l\u2019Action nationale. Vers une stratégie du développement Le mouvement coopératif, agent de changement économique et social au Québec par Patrick Allen LE MOUVEMENT COOPÉRATIF, 25 Le changement, mais c\u2019est de plus en plus un impératif avec lequel il faut vivre dans un monde dominé par la technologie contemporaine.Tous les domaines de l\u2019activité économique tombent sous sa loi : extraction, agriculture, fabrication, construction, commerce, services, finance, etc.Hommes et femmes sont sujets à l\u2019appât des styles et des modes, variables avec l\u2019année, la saison et même le mois.Sous l\u2019espèce de domination des préposés au marketing et à la publicité de produits et de services, nous sommes sollicités à toute heure du jour et de la nuit, sur les ondes, par la presse de tout acabit, par les affiches de toutes couleurs et de toutes dimensions.Tout ce train-train pour grossir les goussets d\u2019un monsieur inconnu, activer l\u2019économie, créer de nouveaux emplois, maintenir ceux qui existent déjà, hausser notre train et notre niveau de vie.Quelles sont les répercussions de ces versatilités dans l\u2019ordre social et politique ?Profondes, subtiles et difficiles à analyser ! Bien naïf celui qui veut contester le changement ! il faut s\u2019habituer à cohabiter avec lui, à l\u2019administrer ou à le mettre à sa place dans notre vie privée : le changement est l\u2019une des constantes, l\u2019une des plus frappantes de ce qui nous entoure.Mais qui sont chez nous, au Québec, les agents du changement ?Les grands entrepreneurs, industriels, financiers et commerçants, étrangers pour la plupart, intéressés à le provoquer pour leurs fins propres et en priorité : ils sont comme des oiseaux de proie, habiles à exploiter l\u2019environnement pour leur subsistance, subtilement, à leur manière et efficacement ! Est-ce que la génération montante de Québécois sera complice de ce style d'appropriation de nos ressources, comme nous l\u2019avons été si longtemps ou si, désireuse de créer un Québec plus à l\u2019image d\u2019elle-même et de ses aspirations, elle ne voudra pas désormais prendre en mains les leviers de commande et des changements à accomplir chez elle, les diriger, les orienter aussi au profit de sa propre communauté ?Notre gouvernement joue difficilement son rôle décisionnel dans un tel contexte 26 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019aliénation et de sujétion extérieure.Par ailleurs l\u2019Etat excepté, le seul ensemble économique et social sur lequel notre société québécoise a graduellement pris une certaine emprise, c\u2019est LE MOUVEMENT COOPERATIF et il a l\u2019air d\u2019avoir bonne envie de vivre et de percer plus profondément un peu partout.Mais qu'est-ce que c\u2019est au juste ?Mystique coopérative Evitons toute équivoque en rappelant qu\u2019il ne faut pas confondre mouvement coopératif et coopération internationale, celle-ci étant une collaboration nécessaire entre les divers niveaux de gouvernements, du Canada ou de l\u2019étranger, pour rendre possibles la planification économique et un certain relèvement social des pays en voie de développement.Le mouvement coopératif dont il s\u2019agit ici est l\u2019ensemble des institutions coopératives du Québec ayant leur conception, leurs objectifs et leurs moyens d'action coopérative.Le but général de la coopération est, sous toute réserve d\u2019adaptation, d\u2019améliorer par un effort d\u2019association et de participation, les conditions de vie des membres coopérateurs, de promouvoir le sens de la responsabilité, de la solidarité, de l\u2019entraide et de la justice sociale.Le moyen d\u2019y arriver est de créer et d\u2019organiser des entreprises conduites selon les règles de la démocratie et visant AU SERVICE, NON AU PROFIT.Pour atteindre son but, le mouvement doit assumer l\u2019éducation permanente de ses membres et rayonner cette éducation à l\u2019extérieur.L\u2019aspect humain et le respect de la personne humaine sont donc prioritaires dans les décisions au sein d\u2019un mouvement coopératif authentique.Rôle majeur à jouer Le mouvement coopératif, selon M.François-Angers, « s\u2019annonce pour avoir un rôle majeur à jouer dans le développement économique de demain.Ayant déjà gagné les galons de son premier trois-quart de siècle de « take off », il a construit un réseau d\u2019institutions qui, LE MOUVEMENT COOPÉRATIF, 27 encore relativement faible, est cependant en possession de moyens qui lui permettent de planifier pour une expansion très rapide, s\u2019il veut s\u2019en donner la peine.Les motivations de la population en ce sens se font de plus en plus actives dans la prise de conscience soudaine que comme peuple, comme collectivité, ayant tout envisagé et tout espéré, mais finalement peu réalisé, ce que nous avons réalisé d\u2019un peu grand et solide, avec certaines garanties de permanence, relève en très grande proportion de l\u2019action coopérative.» (1) 2 Sous le titre VIVE LE QUÉBEC COOPÉRATIF, la revue mensuelle des coopératives de consommation de Paris consacrait au mouvement coopératif du Québec tout le numéro d\u2019avril 1972.En page éditoriale, Jean Lacroix écrivait : «.malgré le poids et l\u2019ampleur de l\u2019implantation capitaliste américaine, le Québec dispose d\u2019un Mouvement coopératif aussi puissant qu'original.Puissant, puisqu\u2019il groupe environ la moitié des familles et accumule, dans des domaines aussi variés que le crédit ou la pêche, l\u2019artisanat indien ou l\u2019art esquimau, des résultats croissants et des performances aussi satisfaisantes dans le domaine des institutions économiques que dans celui \u2014 sans cesse remis en cause \u2014 des procédures de participation.Original, puisque, contrairement à la chronologie européenne dominante, il s\u2019est construit davantage sur le contrôle et l'amélioration des flux financiers (crédit \u2014 assurance) que sur celui des produits et qu\u2019aujourd\u2019hui encore sa force essentielle réside dans les caisses de crédit auxquelles est indéfectiblement attaché le nom d\u2019Alphonse Desjardins et dans les compagnies d\u2019assurance.» (1)\tLit-Pot-Hec, Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Montréal, 5 mars 1973, page 2.(2)\tCoopération, idées et faits techniques, page 3, avril 1972, Paris. 28 L\u2019ACTION NATIONALE On peut lire ensuite sous la plume d\u2019auteurs qui connaissaient bien le sujet sur lequel ils écrivaient, la variété d\u2019articles suivants : les institutions coopératives dans un Québec en évolution ; le mouvement coopératif au Québec ; au Québec, deux ans de défi : consommation, crédit, publicité, production ; cooprix ; coopération et syndicalisme agricoles ; le mouvement des caisses populaires Desjardins.C\u2019est là une vue d\u2019ensemble qui a dû impressionner bon nombre de lecteurs français de la revue Coopération, surtout lorsqu\u2019ils n\u2019ont pas les moyens de discerner par le contenu de l\u2019article l\u2019importance relative de tel secteur coopératif dans son ensemble correspondant et global québécois.C\u2019est quand même fort honorable pour les coopérateurs de la province.?Avant de souspeser l\u2019activité économique des principaux secteurs du MOUVEMENT COOPÉRATIF du Québec, il conviendrait d\u2019en examiner le tableau de synthèse, inspiré de l\u2019article de M.P.Legaré à la page 9 de COOPÉRATION : 1.\tSecteur de l\u2019éducation : \u2014 Institut coopératif Desjardins ; \u2014 Association coopérative d\u2019Economie familiale; \u2014 Association coopérative féminine.2.\tSecteur de la production : \u2014\tcoopératives agricoles ; \u2014\tcoopératives de pêcheurs ; \u2014\tcoopératives forestières.3.\tSecteur de la consommation : \u2014\tmagasins coopératifs ; \u2014\tcoopératives étudiantes ; \u2014\tcoopératives d\u2019habitation.4.\tSecteur des institutions financières : \u2014\tcaisses d\u2019épargne et de crédit ; \u2014\tsociétés d\u2019assurance ; \u2014\tsociété de fiducie. LE MOUVEMENT COOPÉRATIF, 29 !l faut bien noter que les secteurs mentionnés ici se limitent au MOUVEMENT COOPÉRATIF structuré et dont les éléments sont regroupés par le Conseil de la Coopération du Québec.En dehors de cette structure, il existe plusieurs centaines de coopératives individuelles qui besognent dans des domaines aussi variés que la forêt, les transports, les loisirs, l\u2019artisanat, etc.Vitalité des coopératives agricoles La vitalité de certaines coopératives doit maintenant retenir notre attention.D\u2019abord dans le domaine de la production, la percée coopérative s\u2019est accomplie dans la transformation et la mise en marché et reste reliée à peu près uniquement au secteur agriculture, pêche et forêt.En effet, l\u2019une de nos grandes réussites sur ce plan est le réseau de nos coopératives agricoles, habilitées à presque tous les genres d\u2019industries-agricoles et para-agricoles : approvisionnement en engrais et machinerie de ferme, transformation et surtout mise en marché des produits.Au total 260 coopératives agricoles au service de 40,000 agriculteurs et dont l\u2019actif est de $125 millions, avec un chiffre d\u2019affaires de $360 millions et se taillant à peu près 40% du marché.Elles sont surtout actives dans la transformation et la mise en marché des produits laitiers et avicoles ainsi que dans la vente des animaux de boucherie.La Coopérative fédérée, qui regroupe 225 coopératives et 35,000 agriculteurs et emploie à elle seule 1,900 personnes, la Coopérative agricole de Granby, qui a 11 usines, comprend 8,300 membres et atteint $190 millions d\u2019affaires annuellement, et la Coopérative agricole du Saguenay, sont les trois principales unités de ce réseau agricole.Les coopératives de pêcheurs, au nombre de 16, sont regroupées par les PÊCHEURS UNIS du Québec qui comptent environ 2,000 membres, emploient 1,800 travailleurs qui s\u2019occupent de la transformation, du\u2019séchage, de la congélation et de la mise en marché du poisson.Les usines de conditionnement du poisson ont une capacité de plus de 80,000,000 de livres.La produc- 30 L\u2019ACTION NATIONALE tion équivaut à plus de la moitié de celle du Québec et est écoulée en majeure partie aux Etats-Unis, en Italie, à Puerto Rico, en Hollande, etc, tout en approvisionnant les principaux centres urbains du Québec.Les coopératives forestières étaient au nombre de 167, avec 5,516 membres à capital social, et formaient quatre groupes régionaux en 1970.Ces coopératives s\u2019occupent de l\u2019abattage du bois, du transport pour les compagnies de fabrication de pâtes et de papiers, de transformation et de mise en marché du bois.Le chiffre d\u2019affaires des seules usines coopératives de transformation du bois au Québec était de $15 millions en 1969.On peut maintenant conclure de ce qui précède que même si nos coopératives sont très faibles face à l\u2019ensemble des activités secondaires au Québec, c\u2019est la formule coopérative qui a permis aux entreprises québécoises de se hisser parmi les grands noms de ce secteur industriel : \u2014\tla Coopérative fédérée \u2014\tla Coopérative agricole de Granby \u2014 Bombardier \u2014 Sidebec-Dosco \u2014 Marine Industries Aux deux premiers rangs, deux coopératives ; aux deux derniers, deux entreprises d\u2019Etat !
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