L'action nationale, 1 mars 1975, Mars
[" L'ACTION NATIONALE Volume LXIV, Numéro 7\tMars 1975\t$1.00 LÉNERGIE ET LE MONDE OCCIDENTAL Jean Genest LA RÉVOLUTION ÉTUDIANTE : LES FACTEURS MORAUX ET RELIGIEUX Jules-Bernard Gingras PAUL CHAMBERLAND : LE QUÉBÉCOIS HURLANT Thérèse Fabi LA SITUATION DES LANGUES DANS LES ÉCOLES DU QUÉBEC Richard Arès POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D\u2019ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES pages La situation des langues dans les écoles du Québec (R.Arès) 635 Jean Genest : L'énergie et le monde occidental .643 Madame Paul Normand : Rhodes, île grecque .666 Jules-Bernard Gingras : La révolution étudiante (8).Les facteurs moraux et religieux .669 Maurice Torrelli : Charles Maurras et la théorie du nationalisme intégral .581 André Gaulin : Billets d\u2019actualité .691 Thérèse Fabi : Paul Chamberland : le Québécois hurlant\t697 Document : L\u2019Association des parents catholiques du Québec et le projet de loi 60 .610 Dépét légal \u2014 1er semestre 1975 Bibliothèque nationale du Québec QUEBECOISE notre cigarette à nous Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXIV, Numéro 7\tMars 1975 ÉDITORIAL $1.00 La situation des langues dans les écoles du Québec 536 L\u2019ACTION NATIONALE Jusqu\u2019ici nous ne connaissions guère avec précision la situation linguistique dans les écoles du Québec.Sans doute, la Commission des Écoles Catholiques de Montréal publiait-elle de temps en temps des rapports sur cette situation, mais ces rapports ne portaient que sur un secteur d\u2019enseignement \u2014 le catholique \u2014 et que sur une partie de la région de Montréal.Voici que nous arrive de Québec, plus précisément du ministère de l\u2019Éducation, un document de première valeur, couvrant toute la province et décrivant, statistiquement, la situation des langues dans les écoles 1.C\u2019est une étude complexe et difficile, mais fort instructive.En gros, l\u2019auteur, Louis Duchesne, compare constamment les langues maternelles et les langues d\u2019enseignement : les langues maternelles qui sont le français, l\u2019anglais et les « autres », et les langues d\u2019enseignement qui sont le français et l\u2019anglais.Jusqu\u2019à quel point, se demande-t-il, y a-t-il concordance entre ces langues maternelles et ces langues d\u2019enseignement ?Plus précisément, les enfants de langue maternelle française, c\u2019est-à-dire les francophones, vont-ils tous à une école où la langue d'enseignement est le français ?si non, dans quelle proportion vont-ils à une école où l\u2019anglais est la langue d\u2019enseignement ?Qu\u2019en est-il, par contre, du cas des enfants anglophones et surtout de ceux dont la langue maternelle n\u2019est ni le français ni l\u2019anglais ?À l\u2019aide de nombreuses statistiques, l\u2019auteur va répondre à toutes ces questions.Il constate, par exemple, que, pour l\u2019ensemble de la province, « l\u2019anglais comme langue d\u2019enseignement a une attraction de 25% supérieure au français » (p.20), « les francophones sont attirés 9 fois plus par le français comme langue d\u2019enseignement que par l\u2019anglais» et que «les anglophones sont 1.Voici au long la présentation de ce document: GOUVERNEMENT DU QUÉBEC-MINISTÈRE DE L\u2019ÉDUCATION-DIRECTION GÉNÉRALE DE LA PLANIFICATION \u2014 Documents : Démographie scolaire 9-14.La situation des langues dans les écoles du Québec et de ses régions administratives (1969-70 à 1972-73).Novembre 1973.Louis Duchesne.130 pages. LA SITUATION DES LANGUES DANS .\t537 attirés plus de 100 fois plus par l\u2019anglais que par le français » (pp.20-21).Autres constatations : « Les étudiants de langue maternelle « autre » qui étudient en anglais dans une proportion de 85.1% en 1969-70 le font dans une proportion de 86.3% en 1972 » (p.27).«Ceux-ci choisissent dans une proportion outrancière la langue de la minorité comme langue d\u2019enseignement.Alors qu\u2019il y a près de 85% de la population étudiante qui est francophone, on trouve que plus de 85% des élèves ni francophones ni anglophones (52,300 élèves en 1972) étudient en anglais» (pp.29-30).De même, alors que les écoles françaises sont fréquentées presque exclusivement par des francophones (1.4% seulement ne l\u2019est pas), en 1972, «un élève étudiant en anglais sur 10 est de langue maternelle française (25,300 francophones dans les écoles anglaises) » ; dans ces écoles, « la proportion des individus de langue maternelle « autre» augmente (21% en 1972, soit 52,300 élèves) », si bien que « près du tiers des élèves étudiant en anglais n\u2019est pas anglophone (77,600 élèves) » (p.30).De ces statistiques une conclusion se dégage : « Les indices d\u2019attraction de la langue anglaise sont bien supérieurs aux indices de la langue française, et surtout ils augmentent alors que les indices du français diminuent, si bien que l\u2019écart qui était de 25% en 1969 est de 37% en 1972 » (p.33).Analysant, par la suite, plus en détail l\u2019attraction exercée sur les groupes linguistiques, d'une part par I école française et, d\u2019autre part par l\u2019école anglaise, I auteur en vient à constater que « les francophones sont les seuls à être plus attirés par le français que par l\u2019anglais », mais que « cette attraction diminue de façon importante ».La preuve: «En 1969, le français attire les francophones 9 fois plus que l\u2019anglais et en 1972 ce n\u2019est plus que 7 fois plus» (p.35).Chez les anglophones, cependant, I attraction vers l\u2019anglais est beaucoup\" plus forte; elle est même «plus de 100 fois supérieure à l\u2019attraction du français » (p.36). 538 L\u2019ACTION NATIONALE Cette même attraction vers l\u2019anglais se retrouve chez les Québécois de langue maternelle « autre » ; non seulement elle s\u2019y révèle très forte, mais elle augmente : « En 1972-73, l\u2019anglais attire les jeunes Québécois de langue maternelle « autre » plus de 45 fois plus que le français.86% de ces jeunes étudient en langue anglaise au lieu des 12% théoriques de la répartition au prorata » (p.37).En résumé, pour l\u2019ensemble du Québec, on constate « une situation très défavorable au groupe francophone » et que « toutes les tendances convergent vers une situation de plus en plus désavantageuse pour le Québec français.L\u2019attraction du français, langue d\u2019enseignement, diminue chez les francophones ; les anglophones résistent avec force à la « gravité » du français et les Québécois de langue maternelle « étrangère », qui optent déjà massivement pour l\u2019anglais, langue d\u2019enseignement, accentuent encore leur « anglicisation » (p.38).La région de Montréal Parmi les diverses régions administratives de la province, Montréal s\u2019impose à l\u2019attention, surtout parce qu\u2019on y trouve la majorité des Québécois non francophones et un peu plus de la moitié (52%) de la clientèle étudiante du Québec.C\u2019est là que l\u2019on étudie le moins en français et que s\u2019y concentrent les élèves étudiant en anglais : « Alors que la région n\u2019a que 52% de la clientèle étudiante du Québec, on y trouve 84% de la clientèle qui étudie en anglais, et cette proportion augmente légèrement.Du côté français, 46% de la clientèle étudiant en français se trouve dans la région de Montréal » (p.42).Toujours dans cette même région, en 1972, 97.2% des Montréalais francophones sont à l\u2019école française (pourcentage qui s\u2019élève ailleurs à 99.2) ; entre 5 et 8% des anglophones étudient en français, tant à Montréal qu\u2019ailleurs.« C\u2019est pour les Québécois de langue maternelle « autre » que la situation est la plus tranchée entre Montréal et le reste du Québec.On trouve en effet que 90% de ces jeunes étudient en anglais à Montréal, ce LA SITUATION DES LANGUES DANS .539 qui représente 49,500 élèves en 1972, alors que ce pourcentage baisse à près de 50% pour le reste du Québec (2,800 élèves en 1972) » (p.46).Alors que la clientèle du secteur français est presque exclusivement composée de francophones, celle qui étudie en anglais est beaucoup plus hétérogène : « 30% n\u2019est pas de langue maternelle anglaise à Montréal (68,000 élèves) et 25% ailleurs au Québec (9,600 élèves), et cette proportion tend à augmenter.Les francophones fournissent en dehors de Montréal, en 1972, 17% de la clientèle des écoles anglaises (6,800 élèves) et à Montréal, 10% de leur clientèle (18,500 élèves).Dans certaines régions la proportion de francophones dans les écoles anglaises dépasse même 40% (Saguenay, Trois-Rivières), voire 50% pour Trois-Rivières » (pp.47-49).Si l\u2019on compare la force d\u2019attraction du français à celle de I anglais, on constate ceci : « Dans la région de Montréal, l\u2019anglais a une force de gravité de plus de 40% supérieure à la force du français en 1972-73, alors que dans le reste du Québec, l\u2019anglais est de 20% plus fort.Non seulement l\u2019anglais est le plus fort, mais sa force relative augmente beaucoup : de 32 à 42% dans la région de Montréal et de 16 à 21% dans le reste du Québec » (pp.51-52).Dernière observation : « C\u2019est dans l'île-de-Montréal qu\u2019est concentrée la grande majorité des Québécois anglophones et de langue maternelle « autre ».Ces deux groupes choisissent à 90% l\u2019anglais comme langue d\u2019enseignement dans la région administrative de Montréal, alors que la proportion pour les derniers tombe à 50% dans le reste du Québec.Chez les francophones, c\u2019est à Montréal que la perte d\u2019étudiants qui vont vers le secteur anglais est la plus forte 3% des francophones ou 18,500 élèves en 1972)» (pp.51-58). 540 L'ACTION NATIONALE Conclusion et principaux résultats En conclusion, l\u2019auteur résume ses constatations et présente les principaux résultats de ses recherches.Voici textuellement ce qu\u2019il écrit.« Une analyse synchronique nous laisse une image très peu favorable de la situation du français au Québec et l\u2019analyse diachronique vient noircir le tableau en montrant que les tendances sont presque unanimes au désavantage du français.En 1972-73, 25,300 Québécois francophones (1.9% des élèves de ce groupe) étudient à l\u2019école anglaise ; 18,500 dans la région de Montréal (2.9%) et 6,800 ailleurs au Québec (0.9% ).La tendance vers l\u2019école anglaise est à la hausse : la proportion de francophones dans les écoles anglaises n\u2019était que 1.6% en 1969-70.Les anglophones, de leur côté, perdent une proportion beaucoup plus importante de leurs effectifs : en 1972, 5.6% des élèves anglophones vont à l\u2019école française, ce qui représente 10,200 individus.Le solde des transferts (15,100 élèves) est donc favorable à l\u2019école anglaise et d\u2019autre part, il augmente beaucoup : en 1969, 22,300 francophones sont à l\u2019école anglaise contre 12,800 anglophones à l\u2019école française, soit un solde de 9,500 élèves.Les Québécois dont la langue maternelle n\u2019est pas le français ou l\u2019anglais (60,800 élèves en 1972) s'inscrivent à 86.3% à l\u2019école anglaise (90.3% à Montréal et 51.7% ailleurs).Ces proportions sont plus élevées que celles observées en 1969.Si maintenant, au lieu de regarder le choix de l\u2019école, on examine la composition de la clientèle des écoles françaises et anglaises, on s\u2019aperçoit qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une petite fraction de non-francophones dans les écoles françaises (1.4% en 1972, soit 18,500 élèves), alors que la clientèle des écoles anglaises est très hétérogène (30% de non-anglophones, soit 77,600 élèves en 1972).Une LA SITUATION DES LANGUES DANS .541 bonne partie de ces non-anglophones, le tiers (25,300 élèves en 1972) est de langue maternelle française.Les francophones constituent 10% de la clientèle des écoles anglaises, 9% à Montréal et 17% dans l\u2019ensemble des autres régions.Dans certaines régions, comme au Saguenay et aux Trois-Rivières, il y a même plus de francophones que d\u2019anglophones dans les écoles anglaises.La proportion des anglophones diminue dans les écoles anglaises tout comme dans la population anglaise en général.C\u2019est probablement parce que la population de langue maternelle anglaise baisse que l\u2019on observe de 1970 à 1972 une légère hausse de la proportion des élèves dans les écoles françaises.Nous avons utilisé des indices qui mesurent l\u2019attraction des langues d\u2019enseignement tout en tenant compte de la répartition de la population selon les langues maternelles française et anglaise.En 1972, l\u2019école française n\u2019attire que 95.7% de sa clientèle « théorique », alors que l\u2019école anglaise en attire 131.7%.L\u2019école anglaise attire donc les élèves québécois 37.5% fois plus que l\u2019école française dans l\u2019ensemble du Québec ; dans l\u2019île-de-Montréal, c\u2019est 55% fois plus.On a aussi calculé ces indices pour les différentes langues maternelles.L\u2019école française, qui attirait en 1969 les francophones 9 fois plus que l\u2019école anglaise ne les attire plus que 7 fois plus en 1972.Les Québécois sont attirés de plus en plus par l\u2019école anglaise » (pp.60-62).* * * Je le rappelle : il s\u2019agit là d\u2019un document préparé pour et publié par le ministère de l\u2019Éducation du Québec, d'un document en quelque sorte officiel.La lumière qu\u2019il projette sur la véritable situation des langues dans nos écoles a de quoi éclairer même les plus volontairement aveugles et réveiller même les endormis les plus optimistes.Depuis sa publication, le gouvernement du Québec a fait adopter son projet de loi numéro 22.La grande question qui se pose maintenant est celle-ci : cette Loi 22 a-t-elle assez de force et le gouvernement est-il assez 542 L\u2019ACTION NATIONALE décidé à l\u2019appliquer sérieusement pour renverser les tendances constatées par Louis Duchesne dans son rapport sur la situation des langues dans les écoles du Québec, en particulier cette tendance qui pousse 90% des Québécois dont la langue maternelle n\u2019est pas le français ou l\u2019anglais à choisir l\u2019école anglaise dans la région de Montréal ?Je veux bien l\u2019espérer, mais j\u2019attends des actes et surtout des résultats positifs.Richard Arès L'énergie et le monde occidental par JEAN GENEST * De Rome où il séjourne actuellement depuis le mois de décembre 1974, le directeur de la revue nous envoie cet article. 544 L'ACTION NATIONALE La civilisation du pétrole Tous les pays du monde sont actuellement dominés par le problème de l\u2019énergie.Sans énergie, tout le secteur industriel du monde entier serait complètement paralysé.Les millions de personnes en chômage seraient dans une impasse qui affole l\u2019imagination.D\u2019un coup le monde entier en reviendrait au système de troc du moyen âge et le chaos s\u2019y mettrait.Cette importance est telle qu\u2019elle assaille les esprits de tous les dirigeants.On la camoufle sous les mots d\u2019inflation ou d\u2019une politique des emplois.Mais il ne faut pas se tromper : le problème de l\u2019énergie est premier et dominera longtemps la scène du monde.L\u2019enjeu est évidemment décisif : est-ce que le monde occidental conservera encore longtemps l\u2019hégémonie qu\u2019il a connue ou sont-ce les pays qui, indépendants au point de vue du ravitaillement de l\u2019énergie, émergeront comme les seuls capables de dicter au monde les politiques à suivre ?Pourquoi ces meetings à Rome contre l\u2019élévation des tarifs d\u2019électricité ?ces grèves à Milan contre la hausse du prix des billets dans les transports publics ?Pourquoi la France abandonne-t-elle le paquebot France et voit-elle se multiplier les grèves comme demande d\u2019une hausse de salaire ?Pourquoi l\u2019industrie américaine de l\u2019automobile doit-elle licencier plus du tiers de ses ouvriers ?Pourquoi le Pentagone doit-il diminuer sa flotte aérienne ?Pourquoi le premier ministre d\u2019Angleterre, M.Wilson, déclare-t-il que la Grande-Bretagne fait face à la plus grave crise économique qu\u2019elle ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale (lundi 14 octobre 1974) ?Pourquoi, en Allemagne, la compagnie Volkswagen a-t-elle diminué ses ventes d\u2019un tiers en 1974 ?Nous pourrions multiplier ces faits par cent.La réponse n\u2019est nulle part ailleurs que dans le problème du ravitaillement en pétrole.Comme les nations arabes ont nationalisé et, sans L\u2019ÉNERGIE ET LE MONDE OCCIDENTAL 545 négocier avec l\u2019univers, ont quadruplé le prix du pétrole, voilà que toutes les nations du monde leur remettent en argent comptant, en 1974, la somme de 60 milliards de dollars.Elles leur remettront en 1975, la somme de 70 milliards et en 1980, des experts prévoient qu\u2019elles recevront environ 500 milliards si la situation n\u2019est pas corrigée.Autrement dit, en quelque dix années, les nations arabes pourraient gérer la plus grande partie de la richesse monétaire du monde.C\u2019est le fait dominant qui rejette à peu près tout le reste dans une semi-obscurité relative.En dix ans, l\u2019Europe peut sombrer au point de modifier la carte du monde.L\u2019URSS et les États-Unis échappent à la mainmise du monde arabe qui menace d\u2019étouffer le monde parce qu\u2019ils disposent de sources autonomes de ravitaillement (Sibérie pour l\u2019un, Alaska pour l\u2019autre).Le Canada aussi se suffit, ainsi que quelques pays, comme la Norvège et les pays Scandinaves.Les États-Unis qui sont le plus grand consommateur du monde, doivent cependant trouver le 20% d\u2019énergie qui leur manque.Ce pourcentage pourrait aller en augmentant si, pompant trop vite leurs réserves, ils ne trouvent d\u2019autres sources pour remplacer les puits qui se vident.Ce que cela signifie pour le Tiers-Monde devient impensable, du moins pour ces pays qui, ayant commencé leur industrialisation mais ne disposant pas de sources suffisantes de pétrole, se verraient réduits à l\u2019acheter au prix fort.Ces pays retomberaient dans l\u2019ère agricole ou pastorale dont ils viennent à peine de sortir et tout serait à recommencer pour eux.Cas de l'Italie et de l'Angleterre Dans le cas de l\u2019Italie et de l\u2019Angleterre nous avons les deux bras malades de l\u2019Europe.On se demande comment l\u2019Italie pourra passer à travers cette crise mondiale qui prend chez elle une coloration de drame et d\u2019urgence comme nulle part ailleurs.Quant à l\u2019Angleterre, nous avions déjà raconté dans l'Action Nationale, d\u2019il y a dix 546 L\u2019ACTION NATIONALE ans, comment l\u2019Angleterre avait établi un plan très réaliste pour se rendre indépendante au point de vue des ressources d\u2019énergie.Elle avait bien diagnostiqué le point faible d\u2019une île pratiquement sans ressources électriques et sans pétrole.Elle avait décidé d\u2019aménager tout un réseau d\u2019usines qui lui donnerait, par l\u2019énergie nucléaire, la réponse à ses besoins prochains et lointains.Le coût, puis les simples nécessités d'un électoralisme à courte vue, lui firent détourner les investissements prévus pour la mise en marche de ce plan d\u2019envergure nationale.Maintenant l\u2019Angleterre est mal en point.Il lui reste les découvertes de pétrole et de gaz dans la Mer du Nord.Mais avant qu\u2019elle se suffise à elle-même, si jamais elle arrive à se suffire, elle passera par une aggravation du chômage, par un appauvrissement des finances publiques et, probablement, par une baisse générale de son niveau de vie.Ne vient-elle pas, sous une formule qui lui permet de ne pas perdre la face, de remettre à plus tard le projet franco-anglais du tunnel sous la Manche ?L\u2019Italie n\u2019a pas de sources énergétiques suffisantes.Elle n\u2019est pas un pays riche en ressources naturelles.Sa richesse elle la doit surtout à l\u2019ingéniosité et au raffinement traditionnel de sa population travailleuse.Son essor industriel lui avait permis de croire à la prospérité durable.Hélas, le problème du pétrole la rendait extrêmement vulnérable à cause d\u2019une dépendance très grave envers les pays arabes, que ce soit la Libye ou l\u2019Iran.Gaz et pétrole peuvent lui venir aussi de la Russie, mais elle doit le payer au prix fort.La conséquence la plus évidente c\u2019est une taxe de plusieurs milliards de dollars imposée par les pays pétroliers sur l\u2019Italie.Combien de temps, l\u2019Italie pourra-t-elle accepter de payer ce prix soufflé du pétrole ?Les économistes voient bien que les exportations italiennes ne suffiront jamais à payer ce montant exorbitant qui est exigé de l\u2019Italie.L\u2019Italie est donc devenue, à cause de son éloignement de la Mer du Nord et de toute autre source méditerranéenne d\u2019énergie, le membre malade du Marché Commun.L\u2019Allemagne L'ÉNERGIE ET LE MONDE OCCIDENTAL 547 lui a consenti un prêt de deux milliards mais, une fois épuisé, que fera l\u2019Italie ?Là est le gros point d\u2019incertitude et le Marché Commun pourra-t-il continuer sans l\u2019Italie ?Déjà le parti communiste multiplie les démonstrations de sa force : procession de 20,000 ouvriers à Rome, ce 12 décembre et ainsi dans toutes les principales villes d\u2019Italie.C\u2019est impressionnant et inquiétant.Comment résoudre le problème de fond ?Cas de la France La France, pas plus que les autres membres du Marché Commun, ne croit à une solution communautaire ou européenne au problème du pétrole.Elle agit seule et c'est à chacun de courir sa chance.Non seulement elle se procure le pétrole du Sahara, grâce à des ententes avec I Algérie, mais elle vient de conclure des arrangements, pour le gaz, avec la Hollande, la Norvège (nouveau champ découvert dans la Mer du Nord) et la Russie.Avec M.Robert Bourassa, premier ministre du Québec, elle aurait bien aimé un contrat ferme en ce qui regarde I uranium mais il faut considérer que le problème d\u2019une usine française d\u2019uranium enrichi, au Québec, reste hypothétique tant que le problème du transport et de l\u2019électricité nécessaires n\u2019auront pas été réglés de façon satisfaisante pour établir un prix de revient compétitif.À cause de la politique de de Gaulle au Moyen-Orient, qui a consisté à lâcher Israël pour favoriser le côté arabe, et qui est poursuivie avec constance par M.Giscard d'Estaing, la France reçoit du pétrole en abondance en échange surtout de ses Mirages et de son équipement de guerre.Les raisons économiques l\u2019ont emporté sur tout autre aspect.Sinon ce serait l\u2019étouffement de la France, après celui de l\u2019Angleterre et de l\u2019Italie.Riposte et recherche Tous ces faits mis ensemble nous permettent de voir comment le problème du pétrole domine l\u2019ensemble des politiques intérieures et extérieures du monde entier. 548 L'ACTION NATIONALE Les grands pays industriels ont une première réaction immédiate qui est celle, bien normale, de chercher toutes les sources immédiatement disponibles d\u2019énergie : électricité, charbon.Puis on prend des mesures de sécurité : ainsi l\u2019Italie avait décrété l\u2019arrêt de tout véhicule moteur, à part les transports publics, le dimanche.Ce jour-là les villes sont entièrement transformées, bien qu\u2019un certain nombre d\u2019automobiles aient réapparu dans les rues.On multiplie les études sur l\u2019exploitation hypothétique de l\u2019énergie solaire et de l\u2019énergie nucléaire.Israël refuse de remettre le Sinai à l\u2019Égypte, précisément parce que les puits de pétrole dont il s\u2019était emparé durant la guerre de 1967, lui permettent de se suffire sans dépendre des sources arabes qui, de toute façon, lui seraient refusées.Bien davantage c\u2019est la recherche scientifique qui prend un nouveau départ.Ainsi on cherche plus activement que jamais la façon dont on pourrait mouvoir une automobile sans avoir à recourir au pétrole.Tous les pays industriels, par la recherche scientifique, veulent retrouver leur indépendance économique et la maîtrise de leur politique extérieure.Hier, l\u2019Europe aurait répondu aux exigences arabes par l\u2019envoi d\u2019escadres ou d\u2019armées.Mais les pays arabes, protégés par l\u2019URSS, ont bien choisi leur temps pour tirer un maximum de richesses, de leur unique ressource naturelle.Avant que leurs puits ne s\u2019asséchent, ils peuvent espérer cinquante années de vaches grasses.Après ces « mille et une nuits », ils devront avoir trouvé autre chose, ne fût-ce que le moyen de maintenir le niveau de vie auquel leur peuple se sera habitué, sans avoir à travailler.Le Canada et le Québec Dans tout ce chambardement, que fait le Canada ?Le pétrole est devenu un instrument de centralisation de la part du gouvernement fédéral et un moyen de maintenir l\u2019indépendance des provinces, du moins de l\u2019Ontario à la Colombie britannique.Dans le but de rendre le Canada auto-suffisant en matière de ressources éner- L\u2019ENERGIE ET LE MONDE OCCIDENTAL 549 gétiques, le gouvernement fédéral a opté pour une politique préférentielle de la répartition canadienne du pétrole.Nos ventes aux États-Unis ont donc diminué.Les États-Unis en sont fort mécontents, surtout les États du Nord-Ouest.Cn parle de contre-offensive économique.On accuse le nouveau nationalisme des Anglo-Canadiens.On accuse même M.Pierre-Elliott-Trudeau d\u2019incarner ce nationalisme « étroit » d\u2019Ottawa.Il faut ajouter aussi que dans le but de maintenir un prix assez uniforme du pétrole d\u2019un bout à l\u2019autre du Canada, le gouvernement fédéral a donné des subsides aux provinces de l\u2019Est du Canada, c\u2019est-à-dire du Québec à Terre-Neuve.Ces subsides, qui augmentent notre dépendance vis-à-vis d\u2019Ottawa, équivalent à environ quatorze sous par gallon de gazoline.Il reste que les provinces de l\u2019Est du Canada, à cause de leurs ressources en électricité, couronnées par l\u2019aménagement des chutes Churchill au Labrador et les projets en cours à la Baie James, peuvent arriver à se suffire, au moins en ce qui regarde le fonctionnement industriel des provinces concernées.Si la situation s\u2019aggravait, il se pourrait que le gouvernement fédéral exerçât de nouvelles pressions pour \u201cgérer\u201d les ressources en électricité et les répartir au service de provinces qui en auraient besoin, l'Ontario surtout, nous empêchant de les vendre aux États-Unis, dans ce triangle particulièrement important compris entre les points suivants : Washington, Boston et Rochester.Les chutes Churchill ont été terminées si à temps que, si le prix de vente de l\u2019électricité continue à monter, le coût de construction, intérêts et investissements, de ces immenses constructions pourrait être récupéré en quelques années.Soit a cause des besoins « canadiens », soit à cause des profits en vue, le gouvernement fédéral pourrait être tenté de s\u2019introduire dans une espèce de co-gérance de cette ressource naturelle.Il n appartient qu\u2019au gouvernement du Québec d\u2019être vigilant sur l\u2019administration de cette énergie : elle pourrait devenir le levier privilégié d\u2019une plus grande autonomie réelle. 550 L'ACTION NATIONALE L'essor des pays arabes Par la possession du pétrole, nous voyons les États arabes dominer l\u2019Europe, l\u2019Afrique, une grande partie de l\u2019Amérique latine et la plus grande partie de l\u2019Asie.Hier, les touristes y photographiaient leurs caravanes de chameaux, ces longs .Il est impossible, dans le cadre d\u2019un article, d\u2019aborder tous les aspects de la personnalité et de l\u2019œuvre de Maurras.Poète classique, il a gardé toute sa vie « la poésie comme une prière qui empêche mon âme de se dessécher »* 1 (2).Nous ne retiendrons de sa personnalité que certains traits susceptibles d\u2019éclairer son œuvre politique.Le provençal Il naquit à Martigues le 20 avril 1868.Après de brillantes études secondaires au collège d\u2019Aix-en-Provence, il s\u2019installe à Paris, en 1885, et milite au Félibrige.S\u2019apercevant peu à peu que ce mouvement se cantonne dans le domaine littéraire et mondain, il participera, en février 1892, à la rédaction de la « déclaration des Féli-bres fédéralistes » pour réclamer l\u2019autonomie immédiate des provinces.Puis, devant l\u2019apathie des provinciaux, il en vient à la conclusion que seule une action menée 5.Le Journal, 30 octobre 1899.1.\tR.GIRARDET, « Pour une introduction à l\u2019histoire du nationalisme français », Revue française de Science politique, septembre 1958.2.\tDans le livre de R.JOSEPH, « Charles MAURRAS, étude et choix de poèmes», Points et Contrepoints, Paris, 1962, on trouvera une bibliographie complète de l\u2019œuvre poétique. 584 L'ACTION NATIONALE « d\u2019en haut » pourrait imposer la décentralisation.Il est donc amené à s\u2019interroger sur la forme d\u2019État qui favoriserait le mieux la vie régionale.En étudiant les archives de Martigues, il découvre combien les communes jouissaient de ce qu\u2019il appelait une « vie républicaine » sous la monarchie d\u2019ancien régime.Selon sa célèbre formule, l\u2019ancienne France était hérissée de libertés.Or l\u2019œuvre révolutionnaire n\u2019a eu qu\u2019une action destructrice en découpant les provinces en départements officiels et en instaurant sous la Convention une administration centralisatrice, pérennisée par Napoléon.Maur-ras, fidèle à sa méthode d\u2019analyse remontant des faits à leur cause, induira que l\u2019État républicain reposant sur l\u2019élection est incapable de décentraliser.« Loin .qu\u2019il puisse vouloir décentraliser, un gouvernement électif doit vouloir le contraire, le terme naturel d\u2019une république démocratique est en effet le socialisme d\u2019État démocratique, le chef-d\u2019œuvre de la centralisation et du fonctionnariat » .Nous étudierons donc dans un prochain article en quoi l\u2019empirisme organisateur chez Maurras veut réfuter l\u2019idéologie démocratique ; puis nous analyserons dans un second article comment l\u2019empirisme organisateur conduit selon Maurras au nationalisme intégral.1.\tVoir C.Maurras «Romantisme et révolution», Nouvelle librairie nationale, Paris, 1922, p.94.2.\tAction française, 12 et 13 janvier 1933. Billets d actualité par André Gaulin 592 L'ACTION NATIONALE Il faut chiner Harcfi-Cloutier-Bourassa Eh, oui ! ils l\u2019ont bien mérité ces chineurs du peuple québécois, ce triumvirat de notre dépossession par le 22.Ils sont les trois ministres « bene merenti de patria » de la trahison nationale.Cependant, je veux bien y mettre les formes et leur donner gentiment un chien de ma chienne.Voici donc pour eux, en français, hélas, \u2014 mais ils traduiront bien, eux qui ont engagé le Québec sur une voie de traduction (ce n\u2019est pas une voie d\u2019évitement mais une voie inévitable) \u2014 voici donc pour eux, un jeu de vocabulaire.Je ne veux cependant pas leur demander trop \u2014 c\u2019est si accaparant de garder le pouvoir qu\u2019on n\u2019a plus le temps de l\u2019exercer \u2014, et je m\u2019en suis tenu à la lettre C suivi de H (ch comme dans vous savez quoi de scatologique) et qui leur rappellera que notre culture va leur coller aux trois premières lettres de ce mot.J\u2019espère que monsieur Hardi rira grassement comme il sut si bien le faire en commission parlementaire, que François dit le Noblet comprendra nos frustrations et que Bourassa dit Duplessis oubliera cela en crawlant à la piscine du Palais Montcalm.Je serai bon joueur : au ch, j\u2019ajouterai un « i » \u2014 le poing sur //, eux qui préfèrent la démesure anglaise à l\u2019ancienne mesure chinoise \u2014.Trêve de cà/'noiseries, je commence.Si, sans dictionnaire, notre trio travaillant en caucus trouve le sens d\u2019au moins 55% des mots commençant par chi, je reconnaîtrai publiquement qu\u2019ils sont forts en français.(C\u2019est un petit pourcentage même si avec celui-là ils ont eu 102 députés il y a un an).S\u2019ils échouent, ils risquent alors de mourir anglaisés (voir le dictionnaire), ce qui ne serait ni bien vu (mais fort regardé) ni élégant.Voici le texte : Avec leur face de c/j/enlit, ils ont libéralement vendu leur chicorée ou leur cê/'ffonnade.Il faut être assez chiton pour parler du bill 22 comme d\u2019un bill faisant le Québec français.Cette chiite au goût de chicotin fait le Québec français autant que le chicon est laitue chinoise.Ils ont brûlé dans leur c/7/bouque la chiasse, la chiclée, ils ont chiqué de la chinure du bleu-blanc-rouge, ils ont chienné BILLETS D\u2019ACTUALITE 593 d\u2019une chiure comme la montagne de 102 c/î/'poteurs accouche d\u2019une souris.Ils ont chipé les droits du peuple, donné la ch/'quenaude à la nation, pour faire finalement du chiqué.Les ch/'caneaux orchestrés sur les ch/chiteux propos du ministre plus chiromancien que psychiatre jettent le Québec dans le ch/endent.Grâce à leur libéral esprit de chi cane, leur chiche calcul du temps, ils ont peint de chic un Québec français car le modèle était anglais.Leur ch/ffier-balance Déom, tel un confesseur curieux et malsain, demandait aux opposants qui ils représentaient, mes enfants, combien ils étaient, mes enfants, combien de fois ils s\u2019étaient réunis, mes enfants.Leur chignole de bill, leur chicot de francité restera le ch/ffon de la farce.Leurs grimaces de chimpanzé, leur effort à 102 ch/miluminescence, leur bill à 123 chips (ce mot anglais, je le leur accorde), tout cela fait qu\u2019ils ont déchaîné du Québec même le chi nook.La litanie libérale ne sera bientôt plus que chipolata.leur réalisme ch/mérique n\u2019est pas une énigme : ils ont marchandé la langue et la culture d\u2019un peuple avec les marchands anglais.À traiter le Québec comme une ch/pie, on finit par être, plutôt que des gouvernants respectés et aimés, des garde-ch/ourmes conspués et rejetés.Je m\u2019arrête là.J\u2019en aurai une diarrhée, de quoi les en enliser tous.Et pourquoi ne pas clore le petit jeu par un c/î/'asme (c\u2019est le chiot de ma c/j/ourme) : ils vivent pour gouverner mais ne gouvernent pas pour vivre.Avec leur économie inhumaine et leur slogan de la qualité de vie, et leur blague de souveraineté culturelle, ils me font chi.âler.Mais ils n\u2019auront bientôt plus ch/gnon sur rue.Poil au cul.De notre francité Ce jour-là, Gaulin était invité à rencontrer des étudiants d\u2019une université de Montréal pour parler de la question du français.Gaulin était réduit à cette folie de défendre lui aussi sa propre langue dans son propre pays.C'était au début de l\u2019année 1971.Gaulin se laissa aller et aborda la question par le biais de l\u2019un de ses poèmes : Je me réconcilie parfois certains soirs d\u2019être un demi-civilisé d\u2019être un croisé criard du nord » épave de marée saxonne et fil de toile pénélopienne Je me réconcilie parfois quand m\u2019inonde un air de musique 594 L\u2019ACTION NATIONALE qui fusa en mitan de désert en mon aridité fébrile J\u2019oublie mon mal d\u2019être français flétri par l\u2019altière l\u2019arrogante la dominatrice langue albionne la putain du commerce l\u2019achetée la vendue la friponne celle qui s\u2019étale sans pudeur sur terre gauloise J'oublie mon écartèlement certains soirs de détresse en îlot de Québec que la marée tourmente et que l\u2019argent achète par ces nouveaux félons de notre race Certains soirs j'oublie mon mal mon mal de vivre mal mal de parlure mon mal de froidure mon asservissement chez moi quand fuse de mon transistor de voiture un air du vieux pays vieille France vieille dame indigne Il parle cet air des Champs Élysées accompagné d\u2019un saxophone au ton bien chaud et qui pleure dans Paris qui rit Je me réconcilie parfois certains soirs certains soirs je crois encore à un bonheur français rendu possible en Amérique Jamais Gaulin n\u2019entendit des étudiants faire des commentaires si spontanés et aussi engagés (et dégagés).Ça pleuvait.Gaulin était un francophile, un de ces Québécois qui veulent faire français, un chantre déphasé de Paris centripète dont on se fichait éperdument.Le grand mot fut même lâché et que Gaulin connaissait pour l\u2019avoir jonglé avec lui : il était un colonisé culturel.Gaulin, dois-je vous le dire, fut un moment bien malheureux.Il se voyait susurrant comme un petit marquis.Il arrachait son jabot, lançait sa perruque, enfilait des jeans américains dans une tentative désespérée de se réconcilier son monde.Gaulin avait-il tondu du pré français la longueur de sa langue ?S\u2019accuserait-il, le pauvre, d\u2019adorer Christine de Pisan, puis Montaigne, BILLETS D\u2019ACTUALITÉ 595 peut-être bien Pascal même s\u2019il était triste, sûrement Rabelais et Molière, et tous les autres, Rutebeuf, Charles d\u2019Orléans, Verlaine, Aragon, Bernanos, Camus, Martin du Gard et Del Castillo qui lui remontaient au visage.Sa québécitude en prenait pour son rhume.Gaulin se savait pourtant lui aussi contradictoirement francophobe (les « maudits Français ») et Laurion n\u2019avait pas manqué de le lui répéter.Si Gaulin avait aimé la terre de France douce et tendre, il avait pris du temps à saisir les Français et leur moi haïssable, et leur manie de se regarder le nombril et de le décrire en phrases interminables, en séquences logiques, leur sensibilité tellement différente, leur manie de parler fort comme des Anglais, il avait mis du temps à saisir pourquoi les Français le désemparaient et à les accepter comme ils étaient.Je ne me souviens plus trop bien ce que Gaulin invoqua pour sa défense et surtout pour la défense de sa cause.Il croyait que nous étions des latins nordiques, américains plutôt qu\u2019étatsuniens, des parlants français tassés par le temps, informés par les grands espaces, des êtres originaux et uniques qu\u2019on appellerait québécois.Il fallait inventer la vie d\u2019ici, faire place à nos lettres et les privilégier et nous ouvrir par elles à toutes les lettres d\u2019expression française.Et encore ne pas être étrangers à nous-mêmes, marcher tout le Québec et le porter partout à travers le monde.Mais Gaulin avait pour lui-même compris qu\u2019il était un peu exilé loin d\u2019une France où il n\u2019avait pourtant pas du tout envie de vivre.Schizophrénie ?Dualisme ?Fallait-il céder au mirage de la québécitude, celle qui voudrait inventer une langue cassée, sans avenir dans le jeu moderne des nations ?Une histoire abolie chez ses interlocuteurs, deux types d\u2019expérience tout à fait différents disait à Gaulin qu\u2019il était déjà d\u2019une autre génération.Avec le temps, Gaulin devient plus serein : il compte sur ceux qui montent même s\u2019il sait bien que sa génération joue un rôle historique capital.Pour se situer par 596 L'ACTION NATIONALE rapport à i'Élan d\u2019Amérique, il ne partage pas l\u2019agressivité et la panique d\u2019Hercule mais la condescendance et la compréhension d\u2019Antoine.Il sait que Claire Peabody est morte dans la diglossie américaine mais que le poète-philosophe fils d\u2019Antoine, de son lit un peu douillet d\u2019universitaire, chante ses ancêtres en français.Le Québec devient plus qu\u2019une espérance, c\u2019est une promesse qui prend racine.Et Gaulin ne se fâche jamais quand parfois on le prend pour un Français.Après tout, il n\u2019y a pas loin de lui à son ancêtre du Perche.De la basse Normandie au Bas-Canada, la route de la francité perdure.Elle sera même bientôt un cactus qui fleurit. Paul Chamberland : Le Québécois hurlant par Thérèse Fabi 598 L\u2019ACTION NATIONALE « Qu\u2019est-ce que la poésie pour vous ?demande-t-on au poète québécois Paul Chamberland.« Ce sont des mots, répond-il : le poète est quelqu\u2019un qui parle »L Ailleurs, dans L\u2019Afficheur hurle où il avertit son lecteur, le poète révèle : « écrire, c\u2019est quand, à la lecture, il est éprouvé que nul mot ne pouvait être omis ou remplacé ou déplacé, ou encore ne manque » lb.C\u2019est pour écouter parler Chamberland que j\u2019ai choisi d\u2019aller à la recherche du mot ou plutôt de son contenu puisque, selon son étymologie, le mot signifie PARLER.Toute œuvre littéraire m\u2019émeut par ce qu\u2019elle me dit.Aussi, c\u2019est par une approche toute lexicale que j\u2019irai à la rencontre de la PAROLE de Chamberland.Dans cette courte étude, il me semble impossible de traiter l\u2019œuvre poétique entière de Paul Chamberland.Je limiterai donc la présente réflexion à quelques extraits du recueil L\u2019Afficheur hurle lc.Après plusieurs lectures de ce recueil fait en 1964, je suis étonnée par l\u2019analogie qui existe entre cette œuvre de Chamberland et le cycle de La Vie agonique (1963) de Miron.Dans l\u2019un comme dans l\u2019autre, on retrouve, au début, le Québécois prostré qui semble irrésistiblement attiré par le suicide.Dans l\u2019un comme dans l'autre aussi on retrouve, à la fin, le Québécois exaspéré, révolté même, qui signe son adhésion inconditionnelle à la Révolution dans l\u2019espoir \u2014 je dirais même la certitude \u2014 de vivre la métamorphose d\u2019un peuple qui cessera de ramper pour marcher, debout et droit, dans sa patrie reconquise.C\u2019est donc le thème double de la dépossession suivie de la re-possession qu\u2019on verra dans les lignes qui 1.La poésie canadienne-française, Archives des lettres canadiennes, tome IV, Fides, Montréal, 1969, 701 pages, pages 381-578.lb.\tCHAMBERLAND, Paul.L\u2019Afficheur hurle, Parti pris, Montréal 1964, p.i.lc.\tIbid., 78 pages. PAUL CHAMBERLAND : LE QUÉBÉCOIS HURLANT 599 suivent : le Québécois, dépossédé de tout parce que sans patrie, conscient jusqu\u2019à la nausée de cette dépossession, oscille entre le goût du suicide (par dégoût d\u2019être un sous-produit de l\u2019humanité) et celui de la liberté ; révolté enfin, il s\u2019engage dans la Révolution pour la conquête ou plutôt la re-conquête de sa patrie où il retrouvera sa fierté, sa dignité d\u2019homme.Dans une première partie, on étudiera le Québécois prostré alors que dans 1^ seconde, il sera question du Québécois révolté (sur-volté).*\t*\t1* I.LE QUÉBÉCOIS PROSTRÉ L\u2019Afficheur hurle est l\u2019œuvre d\u2019un Québécois survol-té qui passe de l\u2019indignation la plus profonde à la révolte la plus profonde à la révolte la plus violente.Déjà, dans l\u2019avertissement introduisant le long poème, Paul Chamberland se montre exaspéré : «Je ne suis pas d\u2019humeur à entendre parler de .style » (p.ii).C\u2019est le poète qui nous parle puisque l\u2019ouvrage est dédié à ses compatriotes.À la lecture de cette parole POLITIQUE, voire RÉVOLUTIONNAIRE, on est saisi et tout se confond en soi : la stupeur, l\u2019indignation, la rage, la colère ; la révolte du poète, on la partage, on la vit, on la sent.On est blessé.Chamberland est broyé, abîmé, prostré dans sa dépossession.Avec lui, nous le sommes.Lucide, il voit, il décrit, il hurle, il proteste, il s\u2019exaspère, il menace, il profane, il explose.On vit avec lui cette terrifiante ascension vers le déchaînement le plus complet.On se fait fauve avec lui.Chamberland, c\u2019est Promé-thée déchaîné, c\u2019est Sisyphe révolté, c\u2019est le Québécois accablé, terrassé, exacerbé aussi, c\u2019est le compatriote qui cherche à faire éclater cette boîte de Pandore qui s\u2019acharne sur lui et son peuple depuis deux cents ans.Mais avant la révolte, avant l\u2019exaspération, le poète connaît un sentiment intense de déréliction, de dépossession, de prostration : 600 L'ACTION NATIONALE « Moi je suis pauvre et de mon nom et de ma vie » (P- 9) « .je ne veux pas vivre à moitié dans ce demi-pays » (P- 9).Plus troublantes encore ces paroles : « je vis j\u2019existe à partir d'une mort quotidienne je vis ma mort à perdre haleine jour après jour je vis d\u2019une blessure inguérissable d\u2019une tendresse saccagée d\u2019un amour changé en haine je vis je meurs d'un pays poignardé dans le plein cœur de ses moissons de ses passions » (p.11) Ce qui donne encore plus d\u2019acuité à ce sentiment d\u2019être un RIEN, d\u2019être un démuni, i.e.sans patrie, c\u2019est que le poète est aussi privé de parole : «ma douleur innommée» (p.11) nous dit Chamberland.L\u2019extrait le plus significatif de cette grande prostration vécue par le poète et partagée par son lecteur me semble celui qui débute par « j\u2019habite en une terre de crachats.» (p.12, cf extrait en appendice).C\u2019est à cet extrait que je désire m\u2019attarder.Cet autre « Québécanthrope », comme dirait Miron dans L\u2019homme rapaillé (p.86), hurle sa détresse de Québécois lucide.Il sait qu\u2019il est fils d\u2019une terre « de crachats » (p.12), i.e.d\u2019une terre d\u2019humiliés ; qu\u2019il connait des «matins hâves» (p.12), i.e.des matins de fatigue, de souffrance, de faim ; que le pays et lui sont marqués de « rousseurs malsaines » (p.12).Que signifie cette expression ?Le roux, le rouge peut être symbole de sang et de révolution mais aussi de fièvre ! Dans ce pays de déshérités, les voix de nos poètes s\u2019estompent dans les silences de la mort, dans la violence des suicides : « les poètes s\u2019y suicident » (p.12) ; « les femmes s\u2019y anémient », i.e.qu\u2019elles glissent dans la faiblesse et l\u2019abattement par manque de sang (la source de vie, la source de chaleur est tarie .), l\u2019épuisement PAUL CHAMBERLAND : LE QUÉBÉCOIS HURLANT 601 atteint même les sources dans ce pays maudit, le pays des autres .Même le décor semble tomber en ruines : « Les paysages s\u2019y lézardent » (p.12).Désillusionnés, marqués par l\u2019injustice, amers dans leur dépouillement, le poète et les siens sont incapables de sourire parce que leurs lèvres sont ravagées par le pus du ressentiment.Déjà toutefois on perçoit dans la « rancoeur» (p.12) un désir de vengeance : le mal infligé aux Québécois est si vivement ressenti que l\u2019injure devra être lavée dans la colère active, i.e.dans la violence, la révolte, la révolution qui éliminera tous les oppresseurs.On sent croître la colère ; elle gronde en attendant l\u2019occasion favorable pour éclater.Le Québec ou plutôt ses « habitants » (p.12) sont plongés dans le trouble, le désordre, l\u2019agitation \u2014 on pense aisément ici à un volcan à la veille d\u2019une éruption, éruption qui engloutira dans sa lave de haine tous les agresseurs de ce peuple abîmé.Après la description consternante de ce pays livré, vaincu et de ce peuple déchu, méprisé, le poète compatriote nous prend à témoin et se fait convaincant, insistant : « non non je n\u2019invente rien je sais je cherche à nommer sans bavure tel que c\u2019est de mourir à petit feu tel que c\u2019est de mourir poliment dans l\u2019abjection et dans l\u2019indignité tel que c\u2019est de vivre ainsi » (p.12) Il étouffe, il agonise dans la condition qui est faite aux siens et à lui.Ce qu\u2019il en faut de patience pour supporter un mal qui dure, qui n\u2019en finit plus de se prolonger ! La soumission est pénible, inavouable et pourtant avouée, inadmissible et inacceptée.Le poète rebelle digère mal sa servilité forcée.Il a la nausée.On sait déjà qu\u2019il vomira un torrent d\u2019abjection.Il se sent, se sait et le dit « poète d\u2019un peuple créti-nisé décervelé » (p.12).Le poète d'un peuple de crétins, i.e.un peuple d\u2019abrutis, d\u2019abêtis (de bêtes), d\u2019idiots, d\u2019imbéciles, de sots, de stupides.Que de mépris dans ce terme ! Que de dédain dans celui-ci encore : « décer- 602 L'ACTION NATIONALE vêlé », i.e.un peuple sans jugement, un peuple étourdi, irréfléchi ! Le poète avili, ravalé, réduit, aigri semble se métamorphoser en chien, en loup peut-être.Il est même atteint par la rage parce qu\u2019il n\u2019en peut plus de « vivre cela» (p.12).«cela», quoi?Cela, c\u2019est l\u2019innommable, c\u2019est l\u2019asservissement honteux qu\u2019on cherche à détruire, au moins dans la parole.Mais « cela », il faut non seulement « le dire» (p.12) mais surtout «.le hurler en un seul long cri de détresse qui déchire la terre du lit des fleuves à la cime des pins» (p.12) Crier pour vivre.Crier pour survivre.Un cri, un son perçant, un hurlement dans la nuit, une vocifération si longue qu\u2019il n\u2019en faudra qu'une pour déchirer l\u2019apathie du monde, pour être entendu dans sa détresse d\u2019homme enchaîné, pour se soustraire à cette puissance compressive qu\u2019est le dominateur despotique du Québec, ce pays au regard de chien battu.Un cri, « un seul long cri » (p.12) suffira pour semer la consternation, pour faire trembler l\u2019univers, pour déchaîner les éléments naturels.Un tel cri n\u2019indique-t-il pas à lui seul toute l\u2019ampleur du refoulement qui accable le poète ?Ce cri, c\u2019est le vomissement attendu, c\u2019est la lave jaillissante, c\u2019est le désespoir enfin exprimé.Mais après le cri, qu\u2019y a-t-il ?La libération ?Non.C\u2019est le vide, c\u2019est l\u2019épuisement, c\u2019est une forme d\u2019abdication.Le poète sombre, comme un vaisseau touché, dans la paranoïa.Le cri, le hurlement devient délire.L\u2019agressé devient agressif ; le persécuté, persécuteur.C\u2019est le retrait dans l\u2019isolement.C\u2019est la dépression.Le poète, désormais incapable de solidarité avec ses « crétins » de compatriotes, se retire dans un univers de silence, dans un désert de glaces : « paranoïas polaires ».Mais, dans la paranoïa, la victime conserve une pensée claire et ordonnée.La souffrance persiste donc et le loup hurle toujours : PAUL CHAMBERLAND : LE QUÉBÉCOIS HURLANT 603 «je suis un homme qui a honte d\u2019être homme je suis un homme à qui l\u2019on refuse l\u2019humanité je suis un homme agressé dans chacun des miens et qui ne tient pas de conduite sensée cohérente devant les hommes tant qu\u2019il n\u2019aura pas réussi à effacer l\u2019infamie que c\u2019est d\u2019être canadien-français » (p.13) Quel Québécois humilié! Trouvera-t-il en lui le moteur pour réagir, pour sortir de ses ténèbres et arracher la lumière de la libération ?* * * II.LE QUÉBÉCOIS RÉVOLTÉ Le paranoïaque persécuté s\u2019affiche persécuteur : «j\u2019entends remuer le jour québécois.» (p.14).Il lui faut bouger pour sauver son pays, pour le soulager, pour changer la face de cette terre meurtrie : « la douleur de mon pays son long visage d\u2019angoissé ravagé par les inhibitions glaciaires les couteaux d'ombre et les encens drogués mon pays» (p.14) Il est impérieux de reconquérir cette terre dont le gémissement s\u2019harmonise avec celui du poète ; il faut reprendre cette « terre perdue » (p.15), la terre des siens, ces « habitants expropriés » (p.15) : « expropriés du monde et de la joie expropriés de leur présent et de leur futur expropriés de leur vivre et de leur mourir expropriés de la colère et de l\u2019amour» (p.15) Il est nécessaire de redonner une patrie aux Québécois, ces « bêtes obscures humiliées » (p.15), aimés du poète : «seule est vraie mon amour d\u2019un peuple malaimé» (p 17).Mais la tâche semble trop lourde.Vaut-il mieux renoncer ?Après tout, un citoyen est-il coupable des lâchetés de tout un peuple ? 604 L\u2019ACTION NATIONALE « est-ce ma faute à moi si je souffre d\u2019une terre à naître » (p.20) est-ce ma faute à moi si nous mourons de vivre à demi » (p.20) Le compatriote Chamberland hésite dans son délire : le peuple à libérer mourra.Le poète le voit ou plutôt le pressent : «.nous n\u2019aurons été qu\u2019une page blanche de l\u2019histoire » (p.21) C\u2019est une voix désolée et impuissante qui gémit : « en la ruelle Saint-Christophe s\u2019achève un peuple jamais né une histoire à dormir debout un conte qui finit par le début il était une fois .» (p.21) Hésitation ?Non ! Lassitude plutôt.Accablement surtout.Mais voilà, un sursaut de détermination dans cette poignante et trop longue agonie : « j'aurai la patience des fauves » (p.22).On sent poindre la violence .et quelle violence ! « le ciel claquera d\u2019un seul bond sous le tressaut de ma colère » (p.23) Plus loin, c\u2019est le militant déchaîné qui lance avec véhémence, virulence, impétuosité : «.si j\u2019avais des mitrailleuses je vous cinglerais de balles immense est mon appétit je m\u2019empiffrerais de tous les cadavres assis établis couronnés cul léchés je boufferais tous ces tueurs d\u2019enfants ces éteignoirs de ciel je n\u2019en ferais qu\u2019une bouchée et je lâcherais le monde aux amours de proie aux ouragans à la terrible charité du feu je crucifierais tous les vendeurs du temple de la vie » (p.52) Le fauve est lâché ; affamé, il dévore ; trop longtemps encagé, il bondit et déchire.Le violenté violente.Le Québécois écrasé, perturbé n\u2019est plus que dynamite.La PAUL CHAMBERLAND : LE QUÉBÉCOIS HURLANT 605 fureur de vaincre le guide.C\u2019est le grand massacre qui s\u2019annonce : «.les mille confetti de la fureur crépitent dans la casserole des gueusards délirants » (p.54) Le poète se présente même comme un fantôme terrifiant par ses hurlements : « ouuuuuuuuuuu » (p.17).Le printemps du pays se dessine ; c\u2019est donc le moment du grand ménage dans la maison Québec : «.on en est au ménage au grand saccage » (p.54) Le poète est animé par une révolte envahissante : «on ne soupçonne pas quelle marée .» (p.55).Le révolutionnaire devient légion : « ce sont des foules qui bavent par mes lèvres » (p.55).Remarquons encore l\u2019image du chien atteint par la rage et mordant son entourage : il bave.Déterminé dans sa lutte, l\u2019enragé nous avertit : « .la chair et le sang sont l\u2019eucharistie des paroles et j\u2019entends communier » (p.56).« le temps des bombes m\u2019a surpris et le temps des prisons le temps des évidences » (p.59) Il vise même très clairement ses ennemis : les acquéreurs, les financiers, les putassiers.Et il leur crie : « je dis : vous ne l\u2019emporterez pas en paradis nous aurons votre peau je dis : MERDE » (p.65) Exaspéré, il jure : « crisse de câlice de tabarnaque » (p.68).Le poète emporté explique que le jour où il a pensé « ce qu\u2019est vivre ici » (p.69) il n\u2019a su « que sacrer profaner » (p.69) Il ajoute : « l\u2019amour m'a mis entre les dents les clés de la vengeance » (p.69).Car il faut venger notre humiliation longue de deux siècles.Il faut s\u2019unir dans une lutte sans merci.Il faut des hommes de cran, d\u2019audace, de courage.La révolution se fait par et avec des HOMMES.À ceux qui 606 L\u2019ACTION NATIONALE manquent de pouvoir, de puissance, le poète fournit une sorte de « tuyau » pris dans les petites annonces : « POUR HOMME SEULEMENT.\u2014 Comment avoir un POUVOIR VIRIL SUPÉRIEUR pour satisfaire la femme de vos rêves.» (p.69) En somme, il provoque ses compatriotes.Dans sa fierté de mâle, aucun homme n\u2019accepte l\u2019impuissance.il refuse même qu\u2019on le soupçonne d\u2019une telle incapacité.Il prouvera sa puissance s\u2019il le faut.L\u2019heure de la révolution n\u2019est pas aux fils à maman.C\u2019est la déclaration de guerre.Et les attaques se propagent à une cadence effarante : «.nous lui ferons un feu d\u2019artifice avec ses dollards et son Canada nous lui prendrons les arsenaux de notre colère nous lui dynamiterons notre refus avec ses RCMP ses Wagner et autres chiens officiels nous déministrerons tous les tontons-matraque j\u2019écris l\u2019éditorial d\u2019hommes futurs et terribles l\u2019éditorial des hommes libres .» (p.72) la mitraillette est emballée entre les mains meurtrières du militant en furie qui hurle : « vos mensonges nous les dynamiterons » (p.73) «.nous apprenons l\u2019amérindienne colère nous apprenons la férocité de nos racines nous sommes délinquants nous sommes criminels nous sommes libres de vos lois nous sommes Riel et Chénier » (p.74) « Ce que je suis je le défendrai à poings nus » (p.75) « homme québécois par toute la terre je consens à l\u2019ardente fraternité des sangs serviles » (p.75).Remarquons, en passant, l\u2019emploi d\u2019« homme québécois ».Le poète, au terme de son hurlement (p.75) renaît Ouébécois après avoir effacé « l\u2019infamie que c\u2019est d\u2019être canadien-français» (p.13).Le peuple est libéré puisque le paranoïaque n\u2019appartient plus au Canada oppresseur PAUL CHAMBERLAND : LE QUÉBÉCOIS HURLANT 607 mais au Québec libéré.Grâce à cette liberté retrouvée, « les hommes de la nuit » (p.76) sont morts et leur honte bi-centenaire est rayée.C\u2019est le triomphe ; et sur le char antique de notre fierté ré-animée, il nous faut le crier à la face du monde, il nous faut parader notre conquête, ce Québec, enfin né : « Québec ton nom cadence inscrite en l\u2019épaisseur du besoin unanime clameur franchis la forêt de nos veines et dresse à la face du monde l'orée de notre jour le temps de notre humanité » (p.78).Ainsi s\u2019achève ce très beau poème québécois L\u2019Afficheur hurle.Paul Chamberland a réussi à dire la vérité d\u2019ici, le vrai drame de l\u2019homme de notre temps, la tragédie de tout un peuple qui refuse de mourir malgré les assauts répétés, malgré les blessures d\u2019une histoire humiliée, malgré le poids des oppresseurs omniprésents et tenaces.CONCLUSION Tout le recueil L\u2019Afficheur hurle se présente comme un délire long, lent et cohérent, issu d\u2019un sentiment douloureux de persécution.Le temps des agressions, où le soleil et l\u2019abondance sont le lot des autres, est vécu avec acuité par le poète qui subit non seulement sa propre détention mais aussi l\u2019expression de tous les siens.L\u2019Afficheur, ce professionnel de la publicité, celui qui veut faire connaître par voie d\u2019affiches \u2014 toute publicité attire l\u2019attention \u2014 l\u2019afficheur, dis-je, publie sa détresse d\u2019être infériorisé.Il veut capter la curiosité du passant et il fait appel au plus grand nombre de sens possible : il affiche un visage presque caricatural mais tragiquement caricatural : un pauvre, un mourant « poignardé » et « agressé » 608 L\u2019ACTION NATIONALE (p.11), « sanglant » et paniqué (p.25), hurlant « un seul long cri» (p.12), délirant (p.12), «barbare» (p.49), déchaîné, mitraillette en main et saccageant le monde (pages 52-54) ; un homme en colère, bavant (p.55), ivre (P- 59).Comme si cette terrifiante image ne suffisait pas à attirer au moins la compassion, peut-être la crainte ou la terreur, le poète veut se faire entendre ; et tout devient fracas.Il parle, il gémit, il hurle.Il utilise la mitraillette et les bombes.C\u2019est le terroriste sur-volté, désormais incapable d\u2019une parole sereine et raisonnable.Il hurle : il ne peut que profaner des cris prolongés et violents.C\u2019est une bête en cage, mais une bête consciente, lucide.Le poète sait, voit et sent tout le mal qui est fait à son peuple.Il est tendu vers un seul but : libérer ses compatriotes de cette trop longue captivité où, dans leur galère, on leur servait la coupe amère de la déréliction ; libérer ces chiens humiliés, bafoués, battus, abattus, exploités, expropriés, déchus ; libérer ce peuple-déchet de toute son oppression.Dans L\u2019Afficheur hurle, Paul Chamberland ré-affirme ce qu\u2019il soutenait dans la revue Liberté en 1971 (numéro 74, p.27) : « j\u2019affirme la légitimité révolutionnaire de mon boulot d\u2019écrivain ».Il se sert de la PAROLE et invite ses compatriotes à se prévaloir de ce droit car dit-il : « La révolution légitime et généralise la parole.» (p.27).Le poète québécois ajoute : « Parce que je suis écrivain, je veux que la révolution installe un grand micro et une immense rotative en plein milieu de la place publique, et que la voix de tous et de chacun, à propos de tout, commence de se faire entendre et jamais ne se taise.» (p.28) Plus loin, il écrit : « Parce que je suis écrivain, déjà je m\u2019enchaîne au Micro de la voix populaire » (p.29). PAUL CHAMBERLAND : LE QUÉBÉCOIS HURLANT 609 Dans l\u2019Afficheur hurle, Chamberland a usé de son droit avec force et détermination.Il a parlé pour qu\u2019on parle « en en donnant l\u2019exemple extrême » (p.27 dans Liberté), comme il le souhaitait dans l\u2019article précité.Parler, c\u2019est une liberté .APPENDICE j\u2019habite en une terre de crachats de matins haves et de rousseurs malsaines les poètes s\u2019y suicident et les femmes s\u2019y anémient les paysages s\u2019y lézardent et la rancœur aux lèvres de ses habitants non non je n\u2019invente pas je n\u2019invente rien je sais je cherche à nommer sans bavure tel que c\u2019est de mourir à petit feu tel que c\u2019est de mourir poliment dans l\u2019abjection et dans l\u2019indignité tel que c\u2019est de vivre ainsi tel que c\u2019est de tourner retourner sans fin dans un novembre perpétuel dans un délire de poète fou de poète d\u2019un peuple crétinisé décervelé vivre cela le dire et le hurler en un seul long cri de détresse qui déchire la terre du lit des fleuves à la cime des pins vivre à partir d\u2019un cri d\u2019où seul vivre sera possible et j\u2019entends le petit matin gris moucharder à ma fenêtre j\u2019entends le monde frémir au large de mes veines j\u2019entends vivre les hommes mais jamais un miroir ne m\u2019offre mon visage il n\u2019y a pas de signes à lire sur la neige qui enrobe mon cœur et l\u2019enchâsse tout vivant dans les paranoïas polaires Document DOCUMENT 611 L'Association des parents catholiques du Québec et le projet de loi 50 * INTRODUCTION Depuis 10 ans, le gouvernement du Québec a voté un grand nombre de lois dans le domaine de l\u2019éducation et notre Association a été particulièrement active pour défendre les droits des parents et leur liberté de choix en regard de l\u2019école.Nos travaux de recherches, nos requêtes, nos mémoires, nos sondages multiples, nous rendent particulièrement aptes à présenter le point de vue d\u2019un très grand nombre de parents sur les articles 37 \u2014 38 et 39.C\u2019est pourquoi nous consacrons à ces articles le premier chapitre de notre Avis.Nous exprimons aussi nos réserves concernant d\u2019autres dispositions du projet de loi 50 qui touchent à des droits fondamentaux.Les lois particulières votées par un gouvernement démocratique doivent respecter les droits naturels et, à plus forte raison, une Charte des Droits qui est, par définition, transcendante.Le gouvernement du Québec l\u2019avait compris en donnant à la loi 60, créant le ministère de l\u2019Éducation, le préambule dont nous citons quelques extraits : « ATTENDU que tout enfant a le droit de bénéficier d\u2019un système d\u2019éducation qui favorise le plein épanouissement de sa personnalité ; ATTENDU que les parents ont le droit de choisir les institutions qui, selon leur conviction, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants ; * En janvier 1975, les représentants de l\u2019Association des parents catholiques du Québec ont présenté au ministre de la Justice, M.Jérôme Choquette, un avis concernant le projet de loi 50, dénommé Charte québécoise des droits de l\u2019homme.Voici le texte de cet Avis. 612 L\u2019ACTION NATIONALE ATTENDU que les personnes et les groupes ont le droit de créer des institutions d\u2019enseignement autonomes et, les exigences du bien commun étant sauves, de bénéficier des moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins ; » Ces droits naturels sont précisément ceux qui font l\u2019objet de La Charte internationale des Droits de l\u2019Homme, signée en 1948 par 48 pays membres de l\u2019O.N.U.dont le Canada.Or, en étudiant les articles 37 - 38 et 39 du projet de loi 50, nous avons constaté que ces articles restreignent singulièrement les droits des parents au choix de l\u2019école selon leurs convictions et le droit des groupes de créer des écoles d\u2019enseignement autonomes.ARTICLES 37 et 39 Ces deux articles se tiennent.Il nous faut les traiter ensemble.Article 37 «Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, à l\u2019instruction publique gratuite ».Cette clause en est une de droit interne.Mais elle est restrictive vis-à-vis le droit naturel, tel que défini dans La Charte internationale des Droits de l\u2019Homme, art.XXVI.1.Toute personne a droit à l\u2019éducation.L\u2019éducation doit être gratuite au moins en ce qui concerne l\u2019enseignement élémentaire et fondamental.L\u2019enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l\u2019accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite ; 3.Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d\u2019éducation à donner à leurs enfants.» En voulant que l\u2019instruction publique seulement soit gratuite, cet article ne permet pas le choix de l\u2019école aux DOCUMENT 613 parents ou tuteurs pauvres.Un droit, sans les moyens de l\u2019exercer, c\u2019est comme s\u2019il n\u2019existait pas : il est inopérant.La pénalisation des pauvres est toujours une injustice et cette injustice est particulièrement odieuse quand elle concerne l\u2019éducation de leurs enfants.Si l\u2019école publique seulement est gratuite, il en résulte aussi une injustice envers tous les parents qui choisissent une autre école que celles qui sont établies par l\u2019État.Ces parents paient des taxes comme les autres.Si ces taxes ne sont appliquées qu\u2019à l\u2019administration et l\u2019entretien de l\u2019école publique, ils seront obligés de payer une deuxième fois pour l\u2019administration et l\u2019entretien de l\u2019école qu\u2019ils auront choisie.De plus, cela pourrait entraîner, à plus ou moins longue échéance, la disparition de la grande majorité des institutions privées d\u2019enseignement général et professionnel.Nous proposons donc que le mot « publique » soit supprimé.Article 39 « Les parents, ou les personnes qui en tiennent lieu, ont le droit de choisir pour leurs enfants des établissements d\u2019enseignement privé pourvu que ces établissements se conforment aux normes prescrites ou approuvées en vertu de la loi.» Cet article est incomplet parce qu\u2019il ignore un aspect fondamental de la liberté de choix : le financement de l\u2019enseignement privé tel que démontré pour l\u2019article 37.De plus, il n\u2019est fait aucune mention de la liberté des groupes et des personnes de créer des écoles comme nous l\u2019assure le préambule de la loi 60 déjà cité.Nous proposons de reformuler comme suit l\u2019article 39 : 1.Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit de choisir pour leurs enfants des établissements d\u2019enseignement privé, pourvu que ces établissements se conforment aux normes prescrites ou approu- 614 L\u2019ACTION NATIONALE vées en vertu de la loi et de bénéficier des moyens financiers et autres qui leur permettent d\u2019exercer ce droit.2.Les personnes et les groupes ont le droit de créer des institutions d\u2019enseignement autonomes et, les exigences du bien commun étant sauves, de bénéficier des moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins.Article 38 « Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d\u2019exiger que, dans les établissements d\u2019enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral, conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi.» Si les parents ont le droit de choisir pour leurs enfants l\u2019école « conforme à leurs convictions », il nous apparaît évident que l\u2019école publique doit leur en donner la possibilité.Or, selon les convictions des catholiques, il n\u2019est pas suffisant d\u2019offrir un enseignement religieux « dans le cadre prévu par la loi », pour répondre au droit des parents en éducation.Selon le concept que l\u2019Église a de l\u2019éducation, une école qui peut satisfaire pleinement les catholiques n\u2019est pas seulement une école où l\u2019on donne, à côté des matières profanes, un enseignement proprement religieux, ou encore ou l\u2019on consacre des moments à la prière et au culte .Un esprit chrétien doit donc se retrouver dans toute la vie de l\u2019école, dans son ordonnance, dans la philosophie de l\u2019éducation qui l\u2019anime, dans ses conceptions pédagogiques.» (Cardinal Maurice Roy) De plus, il existe des rapports nécessaires et constants entre l\u2019école et les structures administratives.« Quand on fournit les subsides et qu\u2019on détermine la catégorie de personnel, qu\u2019on décide des programmes et des orientations académiques, on a presque le pouvoir DOCUMENT 615 de vie ou de mort, sur une école.Il me paraît évident que le réseau qui donne naissance à une école doit avoir le même caractère que l\u2019école.» (Mgr Paul Grégoire) Pour leur bon fonctionnement, les écoles confessionnelles requièrent donc que les commissions scolaires qui les administrent soient confessionnelles.Nous proposons d\u2019amender l\u2019article 38 comme suit : « Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d\u2019exiger dans le système public des écoles conformes à leurs convictions et des structures administratives ayant le même caractère que l\u2019école.» CONCLUSION Plusieurs autres articles font problème et demanderaient une longue étude.Citons entre autres : article 1 article 3 article 11 article 20 article 36 - 37 - 38 - 39 article 46 - 46 article 58 - 59 - 70 Droit à la^vie La liberté de conscience la discrimination Droits judiciaires Droits économiques et sociaux Dispositions spéciales Fonction de la commission Les multiples interrogations et réflexions suscitées par l\u2019étude de ce projet de la loi, nous amènent à la conclusion que cette charte requiert une profonde revision.En conséquence, nous demandons au comité parlementaire de recommander au Gouvernement de surseoir à l\u2019adoption de cette charte, tant et aussi longtemps qu\u2019il sera nécessaire pour assurer à la population québécoise une loi juste et équitable. 616 L\u2019ACTION NATIONALE Nous demandons de plus qu\u2019une consultation, à la mesure de l\u2019importance de cette loi soit entreprise à la grandeur de la province.Signé : Adeline Mathieu présidente APCQ Anna Normand vice-présidente APCQ Nos annonceurs participent à la vie de la revue Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès Ils les consultent d\u2019abord .RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurances générales\tÉditions Assurance vie\tFer Avocats\tImprimeries Cigarettes\tMercerie Comptables\tPlacements Coopératives\tQuincaillerie Il Répertoire des Noms Bélanger, Lorenzo & Associés Bellefleur, Gustave Bertrand, Guy Bilodeau, Réal Brabant, Aurèle\tLacoste, Claude Lange, Émilien Lanthier, Roger La Québécoise La Solidarité Brassard, Jean Buffet Louis-Quinze\tLétourneau, Bernard Maillé, Gilles Camus, Raymond\tMainville, George Canuel, Germain\tMaranda, Jean-Hubert Chabot, Pierre\tMarcil, Pierre-Paul Charbonneau, Yves\tMichaud, Robert Charron, Gabriel\tMontréal Oxygène Chevrier, J.-Normand\tPelletier, Jean-François Cossette, Jean-Marie Éditions Bellarmin\tPoirier, Fernand Prévost, Maurice Desforges, Beaudry, Germain & Associés\tRheault, Fernand Desjardins, Gilles\tRichard, Clément Doray, Pierre\tRobillard, Michel Dr Jacques Boulay\tRobillard, Pierre Fédération des Magasins Co-op\tRoy, Édouard Filion, Roland\tRoy, Robert Gauvreau, Charles-A.\tSenécal, Yvan Grenier, Paul\tThérien Frères Houde, G.-E.\tVachon, Robert Jacques-Cartier (Imprimerie)\tViau, Lucien & Associés Jasmin, Alban\t Ill ASSURANCES GÉNÉRALES ROGER LANTHIER & FILS 655,chemin Bord de l\u2019eau,\tSt-Lambert 878-2455 \u2014 671-6102 AVOCATS GUY BERTRAND & CLÉMENT RICHARD, avocats 42, rue Ste-Anne, suite 200 Québec Téléphone : 692-3951 COMPTABLES Desforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.\u2022 38S-5738 LUCIEN VIAU & ASSOCIÉS comptables agréés Charles Gauvreau, 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BOUTIQUE LE PATRIMOINE inc.Gilles Maillé, propriétaire Spécialité : Habits sur mesures 6990, RUE ST-HUBERT, MONTRÉAL\t273-2523 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d\u2019Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels QUINCAILLERIE EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl 403 Tél.: 524-7541 François-Albert Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages.Il assemble les meilleurs articlts de M.Angers, écrits entre 1939 et 1969.Pour la première fois le public a à sa disposition les grandes lignes de la pensée de M.Angers.Livre essentiel pour connaître les orientations et les appuis rationnels de ce maître du nationalisme québécois.($5.) VI COMPLIMENTS DU Mouvement National des québécois ET DES SOCIÉTÉS MEMBRES : SNQ ABITIBI-TÉMISCAMINGUE SNQ CENTRE DU QUÉBEC SNQ CÔTE-NORD SNQ EST DU QUÉBEC SNQ DES HAUTES RIVIÈRES SNQ DU LANAUDIÈRE SSJB DE MONTRÉAL SNQ OUTAOUAIS-NORD SNQ RÉGION DE L\u2019AMIANTE SNQ RÉGION DE LA CAPITALE SNQ DES LAURENTIDES SNQ SAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ RICHELIEU - YAMASKA SSJB DE ST-JEAN SSJB DE LA MAURICIE LE MÉTRO DE MONTRÉAL EN PHOTOS ET EN PROSE pair Dominique BEAUDIN Nous avons recueilli un certain nombre d\u2019exemplaires de cet ouvrage qui nous est souvent demandé.En vente à $1.50 \u2014 Case postale 189 Succursale N Montréal, Québec H2X 2N2 VII LES AMIS DE LA REVUE Hommage de GUSTAVE BEILEFLEUR BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.M.Jean Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal 129 - 861-9293 BIJOUTERIE SILENCE enr.M.Pierre Chabot, gérant 1935, rue Des Érables Montréal 133 - 523-3673 HOMMAGE D\u2019UN AMI AURÈLE BRABANT Courtier en assurance 1840, 55e av., Pointe-aux-Trembles Montréal 530 - Tél.: 642-7907 BUFFET LOUIS QUINZE Inc.Banquets - mariages 7230, 19e avenue, Rosemont Montréal 453 - 376-8660 GERMAIN CANUEL, avocat 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal 126 - 842-9403 GABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle - 366-9116 NORMAND CHEVRIER opticien d\u2019ordonnances 537, rue Cherrler Montréal 132 - 845-2673 Suce.: 903, Marie-Victorin Tracy, Qué.- 742-3349 Hommage de JEAN-MARIE COSSETTE GILLES-H.DESJARDINS Case postale 40 Rapide-des-Joachims Comté de Pontiac FILION et ROBILLARD Notaires, Conseillers juridiques 11903, rue Ste-Gertrude Montréal-Nord - 322-1960 Roland Filion - Pierre Robillard LAINE PAUL GRENIER Enrg.Spécialité : Laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal 360 - 388-9154 VIII LES AMIS DE LA REVUE Dr ALBAN JASMIN 7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours CLAUDE LACOSTE 5325, rue Hubert Guertin Saint-Hubert, Québec Téléphone : 678-2947 PIERRE-PAUL D.MARCIL Chirurgien ROUYN-NORANDA Jean-Hubert Maranda, avocat 325 est, boulevard St-Joseph Montréal - 288-4254 Dr ROBERT MICHAUD 241 ouest, rue Fleury Montréal 357 Montréal Oxygène inc.4890, 5e ave, Rosemont 527-3656 Geo.-E.Houde, président ABONNEZ UN AMI PEINTURE BLAINVILLE ENRG.1020, boul.Labelle Blainvill# - 435-0248 George Mainville JEAN-FRANCOIS PELLETIER Conseil en publicité et communication 1500, rue Stanley, bureau 425, Mtl PHARMACIE LETOURNEAU 3828, boul.Décarie Montréal - 484-7311 DOCTEUR FERNAND POIRIER 822 est, rue Sherbrooke, suite 400 Montréal 132 Lan-3000 MAURICE PRÉVOST Directeur de l\u2019Éducation des Adultes Commission Scolaire Régionale Duvernay MICHEL ROBILLARD, Notaire 2650 est, rue Beaubien Montréal 402 - 728-4541 Hommage de Yvan Senécal HOMMAGE DE ROBERT VACHON Médecin HOMMAGE D'UN AMI IX L\u2019ACTION NATIONALE Nous accusons réception des ouvrages suivants : Louise de Grosbois, Raymonde Lamothe et Lise Nantel \u2014 Les patenteux du Québec, 272 pp.(15 x IOV2) illustrées \u2014 Éditions Parti Pris \u2014 Montréal, 1974.Borduas_\u2014 Textes: Refus global \u2014 Projections libérantes \u2014 Éditions Parti Pris, Montréal, 70 pp., \u2014 1974.$2.50 Lao Zi \u2014 Le Tao et la Vertu \u2014 Éditions Parti Pris, Montréal, 198 pp., 1974.$4.00 Paul Cappon \u2014 Conflit entre les Néo-Canadiens et les francophones de Montréal \u2014 Les Presses de l'Université Laval, Cité Universitaire, case postale 2447, Québec, 288 pp., 1974.Roger Ebacher \u2014 L\u2019Église d'Amos à la recherche de son avenir \u2014 Les Éditions Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montréal, 293 pp., 1975.$7.00 V.V.Sveics \u2014 Small Nation Survival \u2014 Political Defense in Unequal Conflicts \u2014 Exposition Press inc., 50 Jericho Turnpike, Jericho New York 11753, U.S.A.271 pp $8.50 François-Albert Angers LA COOPÉRATION De la réalité à la théorie économique.Tome I \u2014 Le monde vivant de la coopération.Le deuxième tome intitulé « L'activité coopérative en théorie économique » paraîtra cet automne.Il s\u2019agit d\u2019une oeuvre d'envergure internationale et la plus importante aussi pour construire le Québec nouveau.\tPrix : $5.00 X Des textes d'une valeur permanente que vous pouvez vous procurer aux Editions de l'Action nationale, ou réclamer chez votre libraire : Rosaire Morin \u2014 L\u2019immigration au Canada, broché, 152 pages, 1966\t$2.00 Rosaire Morin \u2014 Réalités et perspectives économiques, 2e éd., broché, 200 pages,\t1967\t$2.50 L\u2019Action nationale \u2014 numéro spécial sur le chanoine Groulx, 1968, 280 pages\t$5.00 Gustave Lamarche \u2014 Textes et Discussions, 330 pages, 1969 .$5.00 François-Albert Angers \u2014 Pour orienter nos libertés (Chez Fides), 280 pages, 1969\t$5.00 Les États Généraux du Canada français : Exposés de base et documents de travail 1967\t$3.00 Les Assises nationales 1967\t$3.50 Les Assises nationales 1969\t$5.00 Allen, Angers, P.Papin Archambault, P.Arès, Bergevin, Anne Bourassa, Laurendeau et Parenteau \u2014 La pensée de Henri Bourassa, broché, 245 pages, 1954\t$1.00 Richard Arès \u2014 Notre question naitonate : Positions de principes, broché, 250 pages, 1946\t$1.00 Richard Arès \u2014 Notre question nationale : Positions patriotiques et nationales, broché, 230 pages, 1947\t$1.00 Maxime Raymond \u2014 Politique en ligne droite, broché, 240 pages, 1943\t$1.00 Firmin Létourneau : L\u2019U.C.C., broché, 240 pages\t$1.00 Angers, Fillon, Louis Lachance, o.p.Laurendeau, Léger, Pellerin, Saurlol \u2014 Pour gagner la paix, broché, 230 pages, 1949 .$1.00 Henri Bourassa \u2014 Ecrits sur le séparatisme, numéro spécial de L\u2019Action nationale, 150 pages, 1964\t$1.00 Esdras Minville et autres \u2014 L\u2019éducation nationale, numéro spécial de L\u2019Action nationale, 175 pages, 1962\t$1.00 L\u2019Action nationale \u2014 50 ans de nationalisme positif (va-demecum du nationalisme, 1912-1962, numéro spécial de L\u2019Action nationale,\t250 pages, 1963\t$1.50 Minville, Angers, Arès, Laurendeau, Trudeau, Allen, Brunet, Filion, Laporte \u2014 Les subventions fédérales, faveur ou piège 7, numéro spécial de L\u2019Action nationale, 135 pages, 1957 .$0.75 Les étrangers ont acheté nos vieux meubles et se font gloire d\u2019en avoir orné leurs musées.LAISSEREZ-VOUS AUSSI PARTIR À L'ÉTRANGER LES QUELQUES RARES COLLECTIONS D'AILLEURS INCOMPLÈTES (1933-1962) de U Action Nationale est la revue que consultent et analysent tous ceux qui veulent suivre la pensée nationale au Québec Un instrument bibliographique indispensable dans toutes les écoles secondaires, CEGEP et universités.La série comporte deux parties : 1\t\u2014 1933-1962, format 41/2/5\u201d x 7Va /7%\u201d selon les périodes 2\t\u2014 1962- ?, formt actuel 51/4\u201d x 8V4\u201d Il reste encore possible de constituer une dizaine de collections assez complètes.Demandez-nous nos disponibilités et nos prix Case postale 189, succursale N, Montréal H2X 2N2 AUX PROFESSEURS ET AUX ÉTUDIANTS: Nous disposons plus abondamment de certains numéros de L\u2019ACTION NATIONALE portant sur des sujets nationaux divers Nous en disposerions soit à l\u2019unité, soit par quantités, selon le cas, pour environ les frais d\u2019expédition : Consultez-nous sur les travaux que vous faites ou recommandez pour savoir si nous ne serions pas en mesure de vous fournir cette documentation à bon compte.Case postale 189, succursale N, Montréal H2X 2N2 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION : JEAN GENEST Rédaction et administration : C.P.189, Succursale N, Montréal, H2X 2N2 ou Tél.de 3 ô 6 : 866-8034 Abonnement : $10.00 par année.De soutien : $15.00 Les articles de la revue sont répertoriés et Indexés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l\u2019Ass.Can.dea Bibliothèques et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS : Madame Paul Normand Charles Poirier SECRÉTAIRE : M.Gérard Turcotte TRÉSORIER : M.Yvan Sénécal DIRECTEURS : MM.René Chaloult M.Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudln Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest Patrick Allen M et Mme Michel Brochu Claude Trottler Jean Mercier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Klrouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Quand tous les Québécois se donnent la main.La Solidarité COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social à 925, chemin Sf-Loui» Québec "]
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