L'action nationale, 1 avril 1975, Avril
[" L'ACTION NATIONALE Volume LXIV, Numéro 8\tAvril 1975\t$1.00 LA DÉNATALITÉ ?L\u2019ANGLAIS À L\u2019ÉLÉMENTAIRE ?Éditoriaux MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN Réjean Olivier NATIONALISME ET PARTISANERIE Pierre et Lise Trépanier LA MORT DE L\u2019HOMME Georges Allaire LA GRÈCE Madame Paul Normand POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D\u2019ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES page9 ÉDITORIAUX: La dénatalité?(Richard Arès) .617 Une langue seconde à l\u2019élémentaire (Patrick Allen) .622 Réjean OLIVIER : Marcel Hamel, journaliste et écrivain .628 Pierre et Lise TRÉPANIER : Nationalisme et partisanerie : Louis Archambeault .649 Georges ALLAIRE : La mort de l\u2019homme .656 Madame Paul NORMAND : La Grèce .669 DépOt légal \u2014 1» semestre 1975 Bibliothèque nationale du Québec hommaqes de LQUEBECOÎSE notre cigarette à nous Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 i Les étrangers ont acheté nos vieux meubles et se font gloire d'en avoir orné leurs musées.LAISSEREZ-VOUS AUSSI PARTIR À L'ÉTRANGER LES QUELQUES RARES COLLECTIONS D'AILLEURS INCOMPLÈTES (1933-1962) de L'ACTION NATIONALE.U Action Nationale est la revue que consultent et analysent tous ceux qui veulent suivre la pensée nationale au Québec Un instrument bibliographique indispensable dans toutes les écoles secondaires, CEGEP et universités.La série comporte deux parties : 1\t\u2014 1933-1962, format 4%/5\" x 71/4/73/4\u201d selon les périodes 2\t\u2014 1962- ?, format actuel 5V4 \u201d x 81/4 \u201d Il reste encore possible de constituer une dizaine de collections assez complètes.Demandez-nous nos disponibilités et nos prix Case postale 189, succursale N, Montréal H2X 2N2 Il AUX PROFESSEURS ET AUX ÉTUDIANTS: Nous disposons plus abondamment de certains numéros de L\u2019ACTION NATIONALE portant sur des sujets nationaux divers Nous en disposerions soit à l\u2019unité, soit par quantités, selon le cas, pour environ les frais d\u2019expédition : Consultez-nous sur les travaux que vous faites ou recommandez, pour savoir si nous ne serions pas en mesure de vous fournir cette documentation à bon compte.Case postale 189, succursale N, Montréal H2X 2N2 L'ACTION NATIONALE Volume LXIV, Numéro 8\tAvril 1975\t$1.00 ÉDITORIAL La dénatalité: des recommandations à connaître et à appliquer par RICHARD ARÈS 618 L'ACTION NATIONALE Le Québec est atteint d\u2019un cancer qui le ronge et contre lequel on n\u2019est pas encore parvenu à trouver un remède efficace : la dénatalité.En quelques années, soit de 1961 à 1972, son taux de naissances a diminué de près de la moitié, passant de 26.1 à 13.8 et occupant le dernier rang de toutes les provinces canadiennes.En 1961, le Québec comptait 671,256 enfants de 0 à 4 ans ; en 1971, il n\u2019en compte plus que 480,520, soit 190,736 de moins.Situation qui se reflète d\u2019abord au niveau des commissions scolaires qui se voient dans la nécessité de fermer des écoles, des écoles francophones d\u2019abord.Ainsi, par exemple, la Commission des Écoles catholiques de Montréal qui comptait 230,075 élèves en 1969 n\u2019en compte plus que 184,415 en 1974 et n'en compterait plus, paraît-il, que moins de 140,000 en 1978.Devant cette évolution alarmante, la Commission a réagi en créant, le 5 septembre 1974, un Comité spécial sur la natalité, lequel a remis son rapport le 19 décembre de la même année.Sa première constatation est la suivante : Souvent, de nos jours, le couple sc prive d\u2019avoir des enfants pour être en mesure de s'offrir plus de confort matériel ou, encore, plus de liberté.On prétend fréquemment, ainsi, que la femme « libérée » (du lavage des couches et des chaudrons) s\u2019épanouit en travaillant hors du foyer.En réalité, il n\u2019est pas rare que la femme accepte de s\u2019astreindre à une tâche routinière ou peu valorisante pour aller chercher un revenu d\u2019appoint essentiel à son foyer, ou bien pour « se payer un peu de luxe ».Aujourd\u2019hui, les couples ayant plusieurs enfants sont couramment considérés comme des gens étranges et bizarres.De fait, derrière une façade de motivations culturelles (épa-nouissément, libération de la femme, etc.) et professionnelles, il arrive fréquemment que l\u2019on trouve une motivation économique plus ou moins justifiée.Sans nier les besoins véritables, il importe de voir à revaloriser dans le contexte actuel le rôle de la mère au foyer, de faire ressortir l\u2019importance de la présence des enfants dans la vie du couple pour les conjoints comme pour l\u2019État \u2014 et donc de chercher à dédommager la mère qui se voit contrainte de laisser tomber un revenu d\u2019appoint possible pour mieu* prçn(lrè gpio de ges enfgots, LA DÉNATALITÉ ?619 Les causes de la dénatalité Le Comité spécial de la C.E.C.M.indique, en trois paragraphes seulement, les causes de la dénatalité.Elles sont, à ses yeux, de trois ordres : moral : transformation et, dans certains cas, dégradation des valeurs fondamentales (notamment la famille, la religion, la transmission de la vie), instabilité de la vie du couple, individualisme, manque d\u2019optimisme, d\u2019idéal, de confiance en soi et en l\u2019avenir.social : idéalisation des modèles de famille réduite ou sans enfants, recherche de liberté (absence de contraintes) et de confort, hantise de la « libération » de la femme, insécurité politique, absence de fierté nationale, de patriotisme, urbanisation rapide qui rend impersonnelles les grandes villes, inexistence d\u2019une politique gouvernementale familiale ou démographique cohérente.économique : insécurité financière (crainte du chômage ou d une récession), matérialisme, crainte de surpeuplement mondial.Les recommandations pédagogiques A la suite de ces considérations, le Comité spécial sur la natalité en vient à formuler des recommandations, d'une part, à la C.E.C.M.et, d'autre part, aux gouvernants, recommandations visant à remédier à la situation d\u2019aujourd\u2019hui, en particulier à amener la population à modifier son comportement démographique.Parmi ces recommandations, je me contente de signaler ici celles qui concernent l\u2019enseignement pédagogique donné aux jeunes à I école.Le Comité veut que cet enseignement amené jeunes et adultes à prendre conscience « de la richesse des valeurs humaines fondamentales que sont la famille et I enfant et des risques que comporte la dénatalité pour notre collectivité ».Il demande, en conséquence, que l\u2019essentiel des points suivants se retrouve dans I enseignement que la Commission donne aux élèves : a) lutter contre le matérialisme qui mène à l\u2019égocentrisme, pour assurer la survie de notre peuple, en valorisant la dimension culturelle, spirituelle et sociale de l\u2019être humain ; 620 L'ACTION NATIONALE b)\tamener la population, et particulièrement les jeunes, à percevoir l\u2019enfant comme un « actif » national plutôt que comme un « passif » individuel pour les parents : leur faire prendre conscience de l\u2019épanouissement que procure aux parents l\u2019enfant qu'ils éduquent ; c)\tréhabiliter, dans l\u2019esprit des gens, le travail de la femme au foyer, en insistant sur l\u2019importance du rôle social que remplissent les mères de famille lorsqu\u2019elles éduquent elles-mêmes leurs enfants ; d)\tfournir aux jeunes une saine éducation sexuelle qui dépasse tout le champ de la régulation des naissances et de la contraception et leur inculque un sens marqué de leurs responsabilités ; e)\tinciter les adultes à suivre des cours d\u2019éducation populaire, notamment en ce qui touche la psychologie du couple, la psychologie de l\u2019enfant, la famille, etc.; f)\tfavoriser davantage la culture générale, même au risque de devoir allonger la durée du cours secondaire : la spécialisation hâtive forme des hommes d\u2019une culture technique qui sont difficilement capables d'accéder à la synthèse de problèmes humains complexes comme celui de la natalité, n\u2019ayant pas reçu de formation humaniste ; g)\tintégrer dans les cours culturels des notions de philosophie de la vie, de comportement éthique, de formation (et non strictement d'information) et des éléments susceptibles de favoriser la natalité, dans le cadre des valeurs et objectifs fondamentaux de la vie : souligner l\u2019importance nationale et psychologique de l\u2019enfant et de la famille dans notre société ; h)\trevaloriser le programme de formation en sciences humaines, tant auprès des parents que des élèves : tendre à fournir une culture humaniste et morale nécessaire au développement de la maturité.Le Comité, non seulement énonce ces recommandations, mais il demande que les concepts qu\u2019elles contiennent soient intégrés aux programmes d\u2019enseignement destinés à tous les élèves de la Commission, notamment dans le cadre des cours de formation personnelle, sociale, familiale et économique, des cours d\u2019initiation à la technologie et aux sciences familiales, des cours de sciences religieuses ou morales, des cours de géographie humaine, de même que dans différents types de LA DÉNATALITÉ ?621 cours destinés aux adultes.Il va même jusqu\u2019à suggérer que certains de ces cours deviennent obligatoires pour les jeunes.*\t* >K Mériteraient aussi d\u2019être signalées les autres recommandations faites par le Comité, en particulier celles qu'il adresse à nos gouvernants.Qu\u2019il sutfise de dire qu\u2019elles vont dans le même sens et complètent admirablement sur le plan politique celles qu\u2019il a formulées sur le plan pédagogique et dont je viens de transcrire le texte.Certains estimeront que ces recommandations sentent le « vieux », le « déjà connu » et qu\u2019elles nous reportent à « l\u2019avant-Révolution-tranquille » ; peut-être, mais l\u2019expérience le prouve : elles sont d\u2019une telle valeur pédagogique et reflètent une si grande santé morale qu\u2019on n\u2019en a pas encore trouvé de meilleures, de plus efficaces pour éduquer des enfants et faire un peuple.La Commission des Écoles catholiques de Montréal, lors de l\u2019assemblée régulière du Conseil des commissaires tenue le 23 janvier 1975, a accepté, en principe, ces recommandations et elle a demandé au directeur général d\u2019étudier la possibilité de les appliquer en les intégrant progressivement aux programmes d\u2019enseignement.Geste extrêmement positif auquel il faut souhaiter plein succès et qui, pour porter ses fruits, exigera, de la part des responsables, une dose considérable de courage et de ténacité pour vaincre les obstacles de toutes sortes qu\u2019ils ne manqueront pas de rencontrer dans leur mise en application. 622 L'ACTION NATIONALE ÉDITORIAL ENFIN UNE RECHERCHE QUI FAIT SÉRIEUX ET DÉMONTRE SCIENTIFIQUEMENT L\u2019INUTILITÉ D\u2019APPRENDRE UNE LANGUE SECONDE AU PRIMAIRE ! par Patrick Allen Pas un « bluff » du futur éjecté du cerveau d'un politicien ou d\u2019un haut fonctionnaire à sa solde, ni un attrape-nigaud, ni un trompe-l\u2019œil, ni une expression de « wishful thinking » ! Pas une recherche sérieuse émanant, comme il se devrait, du ministère québécois de l\u2019Éducation ou de la plus grande commission scolaire, i.e., la CECM ; pas même un gros document des États-Unis où se sont multipliées les investigations plus ou moins approfondies sur le sujet et où nos soi-disant LEADERS en instruction ou éducation publique puisent la plupart du temps les yeux fermés, pensant que la créativité ne peut venir que d'outre quarante-cinquième, notre système d\u2019enseignement restant encore voué à l\u2019impuissance et à la stérilité par l\u2019absence de recherche originale ! Mais oui, c'est d\u2019outre-mer, de la Grande-Bretagne, que nous vient cette fois la lumière, toute chaude et neuve de 1974, dans un rapport-choc de la National Foundation for Educational Research in England and Wales.Une expérience-pilote encouragée par un ministre de l\u2019éducation qui a l\u2019esprit ouvert, même s\u2019il parle anglais comme le français.L\u2019enquête a été menée d\u2019une façon rigoureusement scientifique pendant non pas quelques mois, mais pendant 10 ans auprès de quelque 18,000 élèves et d\u2019un grand nombre d\u2019instituteurs répartis dans 125 écoles de Grande-Bretagne et du pays de Galles.Le rapport d\u2019enquête, qui est paru en décem- UNE LANGUE SECONDE À L\u2019ÉLÉMENTAIRE ?623 bre dernier, est divisé en trois parties correspondant aux grandes étapes de la recherche et subdivisé en une dizaine de chapitres.Ceux-ci sont complétés par la description du processus imposant du cheminement des observateurs, du prélèvement des données à retenir et des méthodes d\u2019analyse des faits.Le tout est couronné par une riche bibliographie, un glossaire et un index analytique des matières.À toutes les étapes de l\u2019enquête, les analystes ont tenu compte du sexe de l\u2019élève, de son âge, du statut économico-social des parents, de certaines conditions particulières de l\u2019organisation du milieu scolaire, de la taille des groupes, des relations entre groupes et instituteurs.Un sommaire des conclusions et leur analyse critique, selon les dominantes observées, sont directement intégrés à chaque étape de l\u2019enquête.Voilà du pain tout frais pour la table de travail et de réflexion de nos grands du système d\u2019éducation au Québec, comme les Cloutiers et les Lavoie-Roux, et pour les plus petits comme vous, lecteur, comme moi, informateur.Comme l\u2019écrivait Lysianne Gagnon, dans La Presse du 2 février 1975, « Ceux qui rêvent de voir tous les petits francophones québécois apprendre l'anglais dès l\u2019âge de six ans feraient bien de réfléchir sur les conclusions de l\u2019une des enquêtes les plus sérieuses jamais faites sur le délicat problème de l'apprentissage précoce d\u2019une langue seconde, et dont les résultats viennent d\u2019être publiés en Grande-Bretagne ».Les conclusions dominantes, nuancées au besoin, sont claires et précises.En voici quelques-unes.*\tL\u2019idéal ou la décision la plus lucide à prendre, face au démarrage de l'enseignement d'une langue seconde, n\u2019est pas de commencer au primaire, les plus jeunes élèves n\u2019étant pas plus aptes que leurs aînés et devant courir après l\u2019essentiel plutôt qu\u2019après l\u2019accessoire.C'est plutôt l\u2019inverse ou le contraire qui est pertinent : les élèves à qui le NFER a fait commencer l'apprentissage du français à huit (8) ans ne l\u2019ont pas mieux maîtrisé au terme de l'expérience-pilote que ceux qui avaient commencé à onze (11) ans.*\tLe FACTEUR DE RÉUSSITE repose, non sur l'âge de 624 L'ACTION NATIONALE l\u2019élève, mais sur le TEMPS consacré à l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde, compte tenu du nombre d\u2019heures, de la qualité et de l\u2019intensité du travail personnel de l\u2019élève, de ses aptitudes intellectuelles et de sa motivation issue de la stimulation qu\u2019il peut recevoir de son milieu familial et de la compétence de son maître immédiat à l\u2019école.*\tC'est uniquement dans l\u2019apprentissage de la prononciation et de la conversation courante, non de la grammaire ni du vocabulaire ni de la composition, que le jeune enfant au primaire peut devancer l\u2019adolescent ou l\u2019adulte ; donc pas cette facette de l\u2019apprentissage de la langue seconde qui peut tout aussi bien être acquise à la maison familiale, sur le trottoir, sur les terrains de jeu et pas nécessairement à l\u2019école au moyen d\u2019un enseignement formel ou structuré.Bilan à résultats plutôt négatifs au primaire *\tLe bilan de l'apprentissage précoce d\u2019une langue seconde a des résultats négatifs au primaire, selon le rapport de la NFER.En effet, la moitié environ des élèves qui ont commencé à huit (8) ans arrivent au secondaire déjà « tannés » et « démotivés » ; ils en ont « assez » de la langue seconde et le sentiment de frustration, d'ennui ou la crainte d'échec, augmente devant les nouveaux programmes du secondaire qu\u2019ils voient de prime abord comme du « recuit », du « déjà-vu ».*\tLes résultats obtenus à la fin du primaire pour la lecture et récriture de la langue seconde sont « décevants », même chez ceux qui sont parvenus à la parler et à la comprendre assez bien, témoignent les directeurs d\u2019école qui ont pu suivre de près le déroulement de l\u2019enquête-pilote de la NFER.*\tLes élèves des petites écoles rurales d\u2019Angleterre ont en grande majorité réussi mieux en langue seconde que ceux des grandes écoles urbaines et continuent de mieux réussir au secondaire, du moins pendant les deux ou trois premières années.Une autre brèche dans les politiques de grandeur du ministère québécois de l'Éducation.*\tÀ privilégier trop tôt l\u2019enseignement de la langue seconde, l'expérience-pilote a aussi découvert qu\u2019on tue la motivation au secondaire pour les langues étrangères (allemand, italien, espagnol), l\u2019insatisfaction ayant atteint chez plusieurs élèves l\u2019état critique qui conduit au refus global. UNE LANGUE SECONDE À L\u2019ÉLÉMENTAIRE ?625 *\tLes lilies ont réussi mieux que les garçons dans tous les tests au primaire et au secondaire, même si on a constaté que des facteurs, comme l\u2019approche de l\u2019âge de la puberté, puissent atténuer l\u2019écart de cette tendance à la réussite.*\tAu niveau secondaire, les élèves des écoles réservées à un seul sexe » réussissent mieux que ceux qui étudiaient dans les écoles mixtes.*\tLa relation entre la réussite d\u2019un élève dans l'apprentissage d\u2019une langue seconde et son statut socio-économique est étroite : les fils et filles de famille relativement à l\u2019aise et de professionnels maîtrisent généralement mieux et plus vite une langue seconde ou une langue étrangère.Bilan révélateur du milieu de vie et d'une certaine ambiance pédagogique *\tIl peut donc être irréaliste ou risqué de penser que tous les élèves peuvent, sans risque pour leur langue maternelle, apprendre au même rythme une langue seconde s\u2019ils sont issus de familles bien nanties du point de vue monétaire et intellectuel ou s\u2019ils appartiennent à des fa-miles que la vie a moins choyées : en Angleterre comme au Québec, l\u2019école reflète des inégalités socio-économiques qui doivent entrer en ligne de compte, selon l\u2019expérience de la NFER, si on veut que le processus d\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde ne soit funeste à l\u2019épanouissement de l\u2019identité nationale.*\tPlus les enfants habitaient vers le sud, donc plus près de la France, plus ils étaient motivés face à l\u2019apprentissage de la langue seconde et mieux ils réussissaient à l\u2019examen de français, preuve que l\u2019intérêt joue un grand rôle dans les mécanismes d\u2019étude de quelque nature que ce soit.*\tLa préférence des élèves à tous les niveaux pour un enseignement PERSONNALISÉ fait par un maître sympathique et compétent a été manifeste dans l\u2019enquête-pilote de la NFER.Tous les « gadgets » comme les bandes sonores, les magnétophones, les autres moyens audiovisuels à usage répétitif avaient le don de fatiguer les meilleurs élèves qui en sont venus à les détester ; les moins bons, par contre, préféraient les moyens audiovisuels.On ne voulait sans doute pas un retour, à la moderne, aux procédés de l\u2019époque médiévale, comme le dessin, la gravure, les murales, les sculptures, etc, moyens 626 L\u2019ACTION NATIONALE populaires alors pour communiquer un certain nombre de connaissances à des masses de gens qui ne savaient ni lire, ni écrire et qui n\u2019avaient pas accès à une autre forme d'enseignement par les maîtres du temps.Une autre leçon pour le Québec contemporain où la mode est aux « clinquants » scolaires et académiques.En conclusion générale, les auteurs de cette recherche-pilote intitulée PRIMARY FRENCH IN THE BALANCE sous les auspices de la NFER et après dix années d'observation scientifique estiment qu\u2019il est désirable de ne pas étendre davantage l\u2019enseignement de la langue seconde (en l\u2019occurrence le français) dans les écoles élémentaires de l\u2019Angleterre et du pays de Galles.C\u2019est la réponse à l\u2019objectif qui était de savoir s\u2019il était « pédagogiquement souhaitable » de généraliser au primaire cet apprentissage à ce niveau.Alerte contre l'improvisation au Québec Quelle stratégie prudente et éclairée à Londres face à une langue maternelle déjà vigoureuse et bien protégée et dont le peuple a raison d\u2019être fier ! Quelle improvisation aveugle au Québec face à une langue maternelle déjà indigente et fragile, menacée de toute part et dont les Québécois, à force de la voir attaquée, bafouée, sacrifiée par les dirigeants eux-mêmes de notre ministère de l\u2019Éducation et de la plupart des commissions scolaires, ne savent plus s\u2019ils doivent en être fiers ou s\u2019ils doivent l\u2019abandonner insensiblement au sort que les forces du milieu lui font à l\u2019école et au travail! C\u2019est un effort décuplé qu\u2019il faut déployer en haut lieu au Québec pour rétablir la situation des droits du français.Au moins ce qu\u2019a fait le ministre anglais de l\u2019Éducation en collaborant étroitement avec cet organisme semi-public de recherche, la NFER ! Puis des mesures plus spécifiques en raison de la menace dont le français d\u2019ici est chaque jour victime.Fini de se lancer à l\u2019aventure comme plusieurs autorités scolaires l\u2019ont fait pour l\u2019apprentissage précoce de l'anglais, sans la moindre étude, sans projet-pilote, pour des raisons ouvertes de « petite politique » et sous la pression de groupes de parents et d\u2019hommes d\u2019affaires UNE LANGUE SECONDE À L'ÉLÉMENTAIRE ?627 mal informés ! Sinon, c\u2019est le désastre à plus ou moins court terme.À partir de l\u2019enquête-pilote qui vient d\u2019être révélée au public de Londres et du monde entier, que nos responsables québécois, ministres, hauts fonctionnaires, commissaires d\u2019école, professeurs à tout niveau, commencent par réfléchir, se réveillent et passent à l\u2019action ! Si on n\u2019a pas l'originalité d\u2019adapter cette enquête aux besoins du milieu québécois, qu\u2019on l\u2019applique à la lettre, i.e.qu\u2019on cesse de rêver à l\u2019enseignement précoce de la langue seconde ! Qu\u2019on ait au moins assez de curiosité et de sens des responsabilités pour en scruter au texte les résultats et qu'on se recueille un peu, face au problème national du Québec qui est en cause et, par répercussion, celui de tout le Canada qui est également impliqué ! Que les parents et les hommes d\u2019affaires en soient informés par étapes bien choisies, au moyen des journaux, de la radio, de la télévision.Pour une autre fois encore, les Anglais ont donné l'alerte et une bonne leçon de savoir-vivre collectif et de fierté nationale : ce sont des gens civilisés, maîtres de leur destin.A l\u2019heure où au Québec, beaucoup de jeunes diplômés de nos CEGEP ne sont plus capables de situer nos régions géographiques et économiques et ne savent même pas que Samuel de Champlain n\u2019est pas « l\u2019inventeur du pétrole, », parce qu\u2019on ne leur a pas donné les éléments de la géographie et de l\u2019histoire de leur milieu, on a peut-être encore besoin d\u2019un « self-made-man » comme Paul Desrochers voué au culte de l\u2019efficacité et de jeunes qui peuvent ignorer que M.Bourassa ne porte pas de sous-vêtements de marque « Pennman » ou « Stanfield ».On ne peut cependant plus tolérer que le jeune québécois, par et à cause de l\u2019école, devienne apatride.Si on en est là, l\u2019heure est venue d\u2019introduire à Montréal et dans tout le Québec l\u2019enseignement de l\u2019anglais à compter de la première année du primaire, la langue maternelle des francophones devant ainsi « encaisser » son coup de mort.a ® m Marcel Hamel, journaliste et écrivain de l'Assomption (1913-1974) Hommage posthume à un fervent nationaliste québécois Par Réjean Olivier, bibliothécaire (Collège de l\u2019Assomption), membre de la Société historique de Joliette. MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 629 L'éloge d'un ami, devoir difficile ! Faire l\u2019éloge d\u2019un ami ce n\u2019est pas facile ! Depuis une semaine et demie que j\u2019essaie de condenser en quelques lignes les titres et hauts faits de quelqu\u2019un qui a été pour moi, depuis 10 ans seulement que je le connais, l\u2019homme toujours affable et accueillant avec qui il faisait bon dialoguer sur différents sujets qui touchaient de près ou de loin à notre vie nationale : sujets politiques, culturels ou artistiques, folkloriques, touristiques ou intellectuels.Jamais, après le recul du temps, je n\u2019ai rencontré un personnage si haut en couleurs, si pittoresque et si « acharné » à sa petite patrie, le Québec ! C\u2019est peut-être le plus bel hommage à lui rendre.Il va sans dire que nous étions d\u2019âges différents ; lui 62 ans et moi seulement 36.Il aurait presque pu être mon père ! Mais, c\u2019était comme mon frère ! Avec lui, j\u2019ai peut-être plus appris que dans des centaines de bouquins parce qu\u2019il vivait une vie intense et mettait en pratique toutes ses connaissances.Oui, depuis une semaine et demie que j\u2019essaie de condenser en un tout homogène les grandes lignes de sa biographie, sa vie, en un mot.Il est vrai que Marcel Hamel a toujours été très humble de sa personne ; plutôt retiré, son « moi » ne comptait aucunement.C\u2019est pourquoi il n\u2019a laissé aucun curriculum vitae, aucune biographie qui aurait pu nous guider dans l\u2019établissement d\u2019une chronologie.Ce qui me rend la chose plus difficile.Souvent je lui disais : « Je vais écrire quelque chose sur votre traduction et votre étude du Rapport Durham ; ou je vais écrire sur votre carrière de journaliste ! » Il me répondait toujours par la négative et ne voulait aucunement être mis en évidence.C\u2019éta-it l\u2019humilité même ! J\u2019ai connu Marcel depuis dix ans seulement, c\u2019est-à-dire qu\u2019il avait alors 52 ans.Il était dans sa dernière tranche de vie et avait probablement vécu la partie la plus intense et la plus acharnée de son existence.Une 630 L\u2019ACTION NATIONALE chose m\u2019a sauvé dans mon travail biographique ; il avait la manie, comme excellent journaliste qu\u2019il était, de conserver beaucoup de documents.Journaliste, Marcel Hamel a conservé une documentation abondante En effet, grâce à l\u2019amabilité et à l\u2019affabilité de Madame Hortense Gervais-Hamel, son épouse, j\u2019ai eu accès à cette nombreuse documentation.Comme il en a conservé des documents dans sa vie ! Il a tenu d\u2019abord un journal alors qu\u2019il était étudiant au Séminaire de Québec dans lequel il est beaucoup question de sa famille, ses études et ses amitiés ; il a même conservé plusieurs travaux scolaires de l\u2019époque.Tant en lettres qu\u2019en philosophie, on voit déjà poindre le travailleur acharné qu\u2019il était appelé à devenir.Un second journal, celui-là beaucoup plus intéressant, à mon avis, pour le connaître, a été tenu alors qu\u2019il était d\u2019âge mûr: «Journal: juillet 1936 à mars 1943» (c\u2019est-à-dire de 23 à 30 ans).C\u2019est probablement la partie de sa vie la plus intéressante pour connaître ses idées et ses amis.Ce fut aussi, à ce qu\u2019il m\u2019a semblé, la partie de sa vie où il a vécu le plus intensément et le plus activement bien que, comme nous le verrons, il était retiré du monde durant une bonne partie de cette période de 1936/43.En plus de ces deux journaux, Marcel a entretenu une correspondance très impressionnante avec des écrivains, des penseurs et des journaliste contemporains.Des centaines de lettres nous le montrent alors aux prises avec tous les grands problèmes contemporains, au cœur des principaux débats qui ont secoué le Québec durant la crise avant la seconde guerre mondiale, pendant et après celle-ci.Ensuite, de nombreuses coupures de journaux (articles et documents épars) m\u2019ont aidé.Enfin, un nombre très grand de photographies m\u2019ont permis de fixer définitivement la chronologie.Donc, deux journaux personnels, une correspondan- MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 631 ce abondante, une documentation journalistique et photographique, ont été mis à ma disposition pour quelques jours.Enfin, la collection complète de La Nation et du Portage / La Rumeur du Portage a facilité mes recherches.La jeunesse de Marcel : 1913/1936 Marcel Hamel naît à Québec le 10 mars 1913 d\u2019Ovide Hamel et Corinne Rancourt.Il serait intéressant de parcourir la généalogie de cette famille qui s\u2019apparente avec notre grand peintre Théophile Hamel (1817-1970) qui lui était natif de Sainte-Foy.Marcel est élevé dans une famille nombreuse ; il fait ses études primaires à l\u2019École Morissette de Québec de 1919 à 1926.Il entre ensuite au Petit Séminaire de Québec en 1926 pour terminer 8 années d\u2019études classiques avec l\u2019obtention d\u2019un baccalauréat ès art (1926-1934) Polémique avec son ancien professeur Mgr Camille Roy Il eut entre autres professeurs au séminaire Mgr Camille Roy, plus tard Recteur de l\u2019Université Laval ; Mgr Roy lui enseigne les lettres et commence à l\u2019époque à donner un cours en littérature « canadienne-française ».Monseigneur Camille Roy s\u2019est plu dans ses critiques à parler quasiment « ex-cafhedra » et à descendre certains jeunes intellectuels de l\u2019époque.On n\u2019a qu\u2019à penser à l\u2019accueil très froid et négatif qu\u2019il a eu envers Albert Laberge et La Scouine pour voir qu\u2019il pouvait alors créer parmi les jeunes étudiants de l\u2019époque une certaine idée belliqueuse et négative vis-à-vis l\u2019avenir intellectuel de certains néophites qui voulaient pointer avec des idéologies souvent assez peu orthodoxes à la Emile Zola ou à la Balzac.Le professeur de littérature pouvait alors passer pour un peu retardataire et destructeur.C\u2019est pourquoi il sera souvent par la suite critiqué et porté à nu par ses anciens disciples eux-mêmes.Pour ne citer qu\u2019un exemple.On sait en effet que Marcel Hamel a, souventes fois, dénigré son ancien 632 L'ACTION NATIONALE professeur surtout dans La Nation.En voici donc, résumée en quelques lignes, la substance tirée d\u2019une lettre de Louis Francœur à Marcel Hamel datée du 29 mars 1938 : «Je ne suis pas surpris que Mgr Roy vous poursuive implacablement.Vous êtes ni le premier, ni le seul sur lequel s\u2019exercent les rancunes des mandarins d\u2019université.Il est désolant que ces gens-là mettent une joie sadique à acculer des jeunes gens, qui ne pensent pas comme eux, au bord de la famine.» Mais, ces poursuites journalistiques furent l\u2019apanage d\u2019une jeunesse en voie d\u2019émancipation et de recherche de personnalisation.Péchés de jeunesse, les critiques acerbes contre Mgr Roy durent ce qu\u2019aura duré La Nation (1936/39).Les erreurs sont par la suite pardonnées et expiées.En effet, une lettre datée de St-Benoît-du-Lac du 10 juin 1942 de Marcel Hamel à Mgr Roy se lit comme suit, et je cite certains extraits : « Les impromptus épistolaires ne détonnent jamais dans l\u2019existence des prêtres.Ces messages ont un caractère qui les distingue des autres lettres ; ils semblent venir d\u2019outretombe et portant dans leurs plis l'aveu des larmes et la réparation des injustices, ils éveillent en nous des résonances lointaines, déjà oubliées, des souvenirs qui ont fait saigner le cœur et que le temps a guéris, mais ce n\u2019est pas sûr, comme un baume.Cette lettre-ci est d\u2019un ancien élève du Séminaire.Dans ces années heureuses il y fut votre ami.Cet ami malheureusement n\u2019a jamais fait honneur à la maison, toujours parmi les cancres, et \u2014 ce qui est pis \u2014 a bien mal tourné.Il s\u2019en est allé dans le monde, puis a végété longtemps « au mauvais vent » dont parle Verlaine.Un jour, il a rencontré une parcelle de vérité qu\u2019il a prise pour toute la vérité, et à la suite d\u2019une totale et effarouchante croisade au service d\u2019un idéal politique, il a non seulement commis mille fredaines mais encore emporté par le délire d\u2019avoir découvert une autre Amérique, parce que vous vous étiez opposé publiquement à son évangile, il vous a insulté gravement, injurieusement et grossièrement dans le journal qui servait de véhicule à ses fanfaronnades de révolutionnaire à la manque.Remarquez qu\u2019il continue encore de croire à l'impérative nécessité de cette idée pour MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 633 laquelle, jadis, il a vendu corps et âme ; .Pour vous, il y a belle lurette que vous avez pardonné.Mais c\u2019est à moi de venir à vous et de vous confesser les articles injurieux de La Nation contre vous.Ils m\u2019ont été plus lourds sur la conscience que le monde sur les épaules d\u2019Atlas.» La réponse ne tarde pas à venir ; le 8 juillet suivant Mgr Roy lui répond : « Mon cher ami » dit-il .« il y a bien longtemps que tout cela vous fut pardonne, puisque cela le fut dès la publication de vos articles .Si pénibles qu\u2019ils m\u2019aient été, venant de vous, j\u2019ai toujours pensé que Marcel Hamel devait traverser des jours mauvais pour écrire de telles choses .» Polémique de jeunesse vite oubliée ! ! ! De son goût pour les arts Durant ses vacances d\u2019été, il travaille avec notre ethnologue national et réputé : Marius Barbeau.Du temps de sa jeunesse, notre étudiant se demandait pourquoi Monsieur Barbeau ramassait tellement de vieilles choses, mais il n\u2019y a pas loin entre la question et la réponse quand on sait tout l\u2019amour aue vouait Marcel Hamel pour les « antiquités québécoises » : les vieux manoirs, les vieilles églises, les vieux meubles et instruments aratoires .N\u2019a-t-il pas aménagé à l\u2019Assomption le Manoir de la Seigneurie de la Pointe-du-Jour ?Il y avait même à une certaine époque installé un magnifique restaurant canadien et québécois.La Seigneurie a passé dernièrement entre les mains de notre critique de cinéma Luc Perreault qui doit se réjouir de posséder tout un ensemble de meubles et instruments anciens dont la maison était décorée.Marcel Hamel a probablement pris ce goût pour notre patrimoine national de Monsieur Barbeau vers les 18 ans.Il rêvait, du temps où il possédait encore la seigneurie d\u2019aller mourir, tel un patriarche vieux et vénéré, dans son ancienne maison canadienne au milieu de toutes ces choses qui lui rappelaient son passé et son peuple auquel il était tellement attaché ! Mais souvent l\u2019être humain rêve.Le rêve nous fait vivre ! ! ! 634 L\u2019ACTION NATIONALE N\u2019avait-il pas aussi pris le goût pour l\u2019art québécois dès cette période ?Probablement.Il vouait à Marc-Aurèle Fortin un culte quasi exagéré.Il ne jurait que par lui.Souvent, n\u2019a-t-il pas consacré un numéro du Portage soit pour Noël ou à une autre époque à Fortin, à Henri Julien, Massicotte, etc .Ses qoûts allaient à la peinture figurative, québécoise ou abstraite ; les grands noms tels que Alfred Pellan, Jean Dali ai re, Les sœurs Bouchard, Robert Ayotte, Owen Chicoine, Wilfrid Corbeil, etc.Des anciens comme Antoine Plamondon, Théophile Hamel avaient aussi ses faveurs.(Voir à ce sujet son article sur Hamel dans Québec-Histoire).Pour lui, une toile était une valeur sûre et valable ; il n\u2019hésitait pas aussi à faire confiance à certains jeunes peintres de talent et ses choix étaient la plupart du temps judicieux.Homme de goût, il voulait faire partager ses joies par le plus grand nombre et il était attristé de voir souvent que certaines personnes préféraient des « croûtes » à des toiles de valeur.Il faisait même le commerce avec certains connaisseurs et ses pièces étaient toujours très recherchées.Durant les années de crise 1934/36 Après avoir terminé ses études classiques, il entreprend mais sans les terminer des études en Sciences sociales à l\u2019Université Laval.Puis, il s\u2019initie petit à petit au métier de journaliste en composant des reportages bénévoles pour VAction catholique de Québec.C\u2019est là qu\u2019il prend ses premiers rudiments et ses goûts pour le journalisme.Il y rencontrera des confrères qui deviendront des amis et qui seront par la suite les initiateurs d\u2019un des plus beaux hebdomadaires nationalistes et séparatistes que le Québec aura vu : « La Nation ».Son travail à « La Nation » (1936/39) ses amitiés Quelques jeunes journalistes de Québec fondent sous la direction de Paul Bouchard un nouveau journal qui se présente comme nationaliste et séparatiste : La MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 635 Nation.Le journal naît le 15 février 1936 et survivra jusqu\u2019au 1er août 1939 ; il aura donc vécu durant 31/2 ans.C\u2019est l\u2019organe du mouvement séparatiste puis ensuite du parti autonomiste.Paul Bouchard écrit dans le premier numéro : « Nous voulons la création d\u2019un État libre français en Amérique .» Et encore : « Nous sommes séparatistes et la rupture du lien fédératif est la base de notre programme.» La Nation se divise en deux sections : l\u2019une littéraire, l\u2019autre politique.Celle-ci compte parmi ses rédacteurs : les rédacteurs en chef Pierre Chai out (1936) et Marcel Hamel (avril 1938-\t) ainsi que les rédacteurs Jean-Louis Gagnon, Pierre Letarte, Roger Vézina, Paul Talbot et Albert Pelletier.(Voir Les journaux du Québec de 1764 à 1964, par André Beaulieu et Jean Hamelin) La Nation, hebdomadaire politiquement engagé et intellectuellement de calibre assez élevé est l\u2019ancêtre, le précurseur, il va sans dire, de notre journal quotidien Le Jour qui œuvre aujourd\u2019hui presque sur les mêmes traces.Donc, après 35 ans, on voit resurgir avec une ardeur accrue pour les mêmes buts et les mêmes arguments ou presque, un autre journal très nationaliste, il n\u2019y a aucun doute, et qui emploie même comme titre et sous-titre une phrase de l\u2019abbé Groulx : « Le jour où nous serons maître chez-nous .» Mais, alors que Le Jour est beaucoup plus structuré comme organisation, imaginez La Nation ou seulement quelques journalistes de moins de 30 ans (Marcel Hamel n\u2019a que 23 ans) qui veulent faire passer un message d\u2019une telle ampleur ! Le mouvement politique n'était pas à cette époque aussi évolué ; une chose les a sauvés, leur grande ferveur nationaliste et l\u2019idéologie de leur maître, l\u2019abbé Groulx.il n\u2019en fallait pas plus .J\u2019ai devant moi la collection complète de La Nation reliée en 2 gros bouquins.Il y aurait aujourd\u2019hui tout un intérêt à analyser la manière dont ces jeunes journalistes ont défendu leurs convictions.Il est certes assuré que, comme maître incontesté, ils ont eu l\u2019abbé Lionel Groulx.Dès le 2e numéro, on publie même une lettre de 636 L'ACTION NATIONALE celui-ci.Mais, toujours l\u2019abbé Groulx a voulu tout en étant, comme toile de fond, être l\u2019initiateur et l\u2019éveilleur de notre jeunesse nationaliste des années \u201930, ne jamais s\u2019impliquer politiquement dans quelque action que ce soit, il était d\u2019abord prêtre et a toujours voulu garder ses distances vis-à-vis la politique.Relations avec l'abbé Groulx : Marcel Hamel a entretenu avec l\u2019abbé Groulx une correspondance intéressante dont nous voudrions ici donner quelques bribes inédites ; alors que Marcel Hamel demande à l\u2019abbé Groulx un article pour La Nation, voici ce que celui-ci lui répond (15 août 1937) : .« Quant à la faveur que vous sollicitez d\u2019un court article en ce numéro-hommage, souffrez qu\u2019à ce propos je vous trouve l\u2019âme bien candide, mais vous ne connaissez donc pas les mœurs de chez-nous ?Vous ne savez donc pas que si j\u2019avais l\u2019air de m\u2019associer à un aussi solennel hommage qu\u2019il me vînt de vous ou d\u2019autres moins compromis, tout de suite, je suis classé, sans miséricorde, dans la catégorie des vaniteux, des fats couronnés.Et c\u2019en serait fini du peu de crédit que je puis apporter au service de nos idées communes, (souligné par M.Hamel) Ne vous laissez pas trop effrayer par certaines offensives.Il n\u2019y a rien de plus éloigné, à l\u2019heure qu\u2019il est, chez nous de l\u2019opinion réelle que l\u2019opinion officielle.Le pire sort que l\u2019on pourrait faire à vos idées, ce serait de ne les faire discuter.Ayez garde surtout de prendre cette offensive au tragique.Une défensive fort vigoureuse s\u2019offre à vous : le séparatisme n\u2019a pas crû comme un champignon (souligné par R.O.) Il est le résultat d\u2019une situation poignante.Pourquoi ces messieurs qui vous dénoncent ne trouvent-ils pas le courage de dénoncer les responsables du séparatisme ?\u2014 Mettez l\u2019accent de plus en plus sur l'autonomie (souligné par l\u2019abbé Groulx lui-même) et soyez assurés que le temps et l\u2019opinion travaillent pour vous.» Telles sent les directives que n\u2019hésite pas de donner l\u2019abbé Groulx à ces jeunes ouailles qui se sont « follement lancés dans une telle aventure ».Il n\u2019est alors pas surprenant que ces jeunes journalistes veulent offrir à leur maître un numéro-hommage ! (paru le 2 septembre 1937 cf.Mes mémoires) MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 637 Dans le tome III de ses Mémoires (pp.291-295) voici ce que Groulx dit de La Nation et en particulier de Marcel Hamel : « Le journal m\u2019accorda, comme de raison, une libérale publicité.Plus peut-être que pour sa part, il contribuera à la création de ce « mythe du chef » où, pour avoir trop espéré d'un homme, s\u2019est forgé une dangereuse fiction, la jeunesse de 1930-1940 se trouva si grandement désemparée.La Nation groupa plusieurs jeunes hommes de talent.« Elle aura pour rédacteur en chef Marcel Hamel.Jeune écrivain de talent, plus souple, plus enjoué que Bouchard, vrai moucheron dans la barbe des illustrations québécoises.Marcel Hamel est en un sens l\u2019un de mes convertis.Ces jeunes gens ont gardé mauvais souvenir du neutralisme national de quelques-uns de leurs maîtres du Petit séminaire de Québec.Ils s\u2019en prennent en particulier à l\u2019abbé Camille Roy, homme de lettres, critique un peu pédagogue, mais qui, malgré son accoutrement et sa roideur de personnage officiel, était au fond un fort brave homme et assurément un esprit distingué.Contre le pauvre abbé Camille Roy, l\u2019abbé « camomille », les jeunes de La Nation prendront plaisir à vider leur carquois ».Dans leur numéro en hommaae à l\u2019abbé Groulx, les rédacteurs de La Nation ne craignent pas de reproduire en première page un portrait de l\u2019abbé Groulx avec en dessous cette phrase : « L\u2019Abbé Lionel Groulx a su formuler toutes les aspirations du Canada français.C\u2019est le maître incontesté de la nouvelle génération, le nremier chef national depuis Papineau.» (cf.Mes Mémoires, Groulx, p.293) C\u2019était élever très haut un homme qui avait lui aussi des limites et lui en demander beaucoup.Mais, Groulx ne continue pas moins à encourager indirectement nos jeunes émules.Dans une lettre à Marcel Hamel datée du 4 janvier 1938, il dit ceci : « Je suis bien content de vous trouver si fermes, si peu abattus, si résolus.Cela fait du bien dans l\u2019atonie (défaut de son, faiblesse des organes, cf.Larousse) générale.Évidemment, dans les démocraties parlementaires sursaturées de politique, il y a toujours, entre deux élections, un front mort.On dirait que toutes les énergies, toutes les âmes s\u2019affaissent, fatiguées, résignées.N\u2019importe, c\u2019est 638 L'ACTION NATIONALE quelque chose de tragique que de traverser des heures comme celles que nous vivons, avec cette légèreté et cette inconscience.Puisse la jeunesse tenir et ressaisir notre pauvre peuple qu\u2019on dirait pris du goût de la mort.» Comment une jeunesse ainsi stimulée ne peut-elle pas quasiment exploser ! Il faut aussi se rappeler que durant tout le temps qu\u2019a paru La Nation on était sous le régime de Duplessis (1936-39) puisqu\u2019il perd ensuite ses élections (1939) pour ne revenir premier ministre qu\u2019en 1944.La Nation y aurait-elle été pour quelque chose ?Ce serait à analyser.Voici un autre extrait d\u2019une lettre de l\u2019abbé Groulx (7 février 1938) à Marcel Hamel dans laquelle celui-là répond à une invitation pour aller donner une conférence sur le nationalisme à Québec.La demande a été faite par M.Hamel au nom d\u2019un groupe de Dames.Voici la réponse de l\u2019abbé Groulx : .« pour vous prouver, \u2014 comme vous le pensez trop, je pense, \u2014 que ce n'est point la peur qui m\u2019empêche de vous donner un peu d'aide, je suis prêt à faire cette causerie que vous sollicitez, pourvu que l\u2019invitation me vienne de ces dames ou demoiselles (souligné par l\u2019abbé Groulx) et que le tout s\u2019accomplisse en toute discrétion.Je pourrais faire cette causerie le 25 (midi), lors de mon prochain séjour à Québec \u2014 J\u2019aurai parlé la veille au soir à Lévis : je parlerai le soir au Palais Montcalm \u2014 Tant pis si la machine éclate.Mais encore une fois, il faut que l'invitation me vienne de ces dames et qu\u2019elles me demandent une causerie de caractère strictement national.Pas affaire de peur, je vous le répète pour je ne sais combien de fois, Affaire de devoir, de discipline \u2014 je ne veux avoir affaire avec aucun groupe politique, quel qu\u2019il soit \u2014 Quand le parti national a voulu s\u2019emparer de mon discours au congrès de juin pour s\u2019en faire une sorte de manifeste, je lui ai fait la réponse que j\u2019ai faite à vos amis \u2014 La politique vous regarde.Quant à moi, j\u2019entends rester prêtre.» Dans une autre lettre à Marcel Hamel, bénédictin à St-Benoît (24 mars 1942) l\u2019abbé Groulx continue ainsi : « Il me taut reprendre mon ancien rôle de bon ou de mauvais conseiller auprès d'une jeunesse désemparée, en quête MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 639 de consignes de rédemption ou de révolte .surtout de révolte, j'en ai peur, tant les chemins de partout sont noirs et à peu près sans issue.Priez bien pour nous, je n ai pas perdu tout espoir.Il me semble que je garde ma tête froide.Et j\u2019ai toujours la même foi en la Providence.Car il ne faudra pas moins que la Providence pour nous tirer de ce bourbier ou de cet abîme où les politiciens nous auront de nouveau plongés avec une inconscience et une joie presque sataniques.Et il y a le sort de notre petite nation à nous, Canadiens-français, qui sortira de l\u2019épreuve, je ne sais comment.Une cinquantaine de mille jeunes gens peut-être broyés dans la guerre (1939-45) ; la jeunesse féminine gaspillée dans les services auxiliaires, dans les usines et dans le travail de nuit ; le déracinement des campagnes accentué ; tous les porte-monnaies vidés ou à peu près dans le tronc sacré de l\u2019impérialisme.» Dans une dernière lettre datée du 30 décembre 1942 à Marcel Hamel, l\u2019abbé Groulx envoie cette supplication de prière à un moine bénédictin, ancien rédacteur de La Nation : «.Nous expions en ce moment, beaucoup de bêtises.Espérons néanmoins que l'expiation nous confère quelque droit à la miséricorde de Dieu.Il semble même que cette miséricorde agît déjà puissamment, si nous tenons compte des mouvements de réveil et de salut qui s\u2019esquissent encore après tant d\u2019autres.Prions Dieu, et du fond de votre cellule bénédictine, priez-le bien fort pour qu\u2019enfin notre petit peuple qui a péché et qui n'a pas démérité jusqu\u2019à la réprobation, ss trouve enfin des chefs et recommence sa vie, la seule vie qui soit digne de lui : une grande vie bien organique et bien chrétienne.» Telles furent les dernières paroles de l\u2019abbé Groulx à celui qui avait été un fervent nationaliste, qui avait lutté contre le régime de Duplessis et qui avait combattu pour une grande cause, celle d'un État français en Amérique.Il y a bien aussi une lettre du 2 mars 1946 mais elle ne contient que des conseils au futur éditeur du Rapport Durham.Après tout ce cheminement à travers Groulx, il faut donc dire que Marcel Hamel y a été pour beaucoup dans la création de ce mythe de l\u2019abbé Groulx dans notre jeunesse des années 1930-40. 640 L'ACTION NATIONALE Les années 1939-41, années de transition Durant ces deux années qui suivent la mort de La Nation, on voit apparaître Marcel Hamel à différents endroits : il travaille quelque temps pour une compagnie d'assurance-vie La Laurentienne ; on le voit ensuite reparaître en Ontario, dans le nord de la province, comme prospecteur pour une mine d\u2019or en formation; croyait-il posséder des talents dans cette branche ?On le voit ensuite faire un stage de 6 mois à l\u2019École des Mines en Abitibi (Val d\u2019Or) pour ensuite se retrouver comme simple fonctionnaire pour le Ministère d\u2019aide à la jeunesse à Québec, mais détrompez-vous, pour quelques mois seulement.En avril 1941, il semble revenir ou du moins vouloir faire un retour vers le journalisme ; il offre ses services à Georges Pelletier du Devoir, puis en mai à Oswald Mayrand de La Patrie pour qui il travaillera 6 ans plus tard, soit en 1947, après son expérience monastique.Vie monastique : 1941-45 Il entre en religion chez les bénédictins à St-Benolt-du-Lac et prend la bure monastique le 13 juillet 1941.Quel changement ! Il a donc 28 ans.La jeunesse est passée ; il entre dans une période de maturité et de spiritualité.C\u2019est l\u2019époque des réconciliations avec soi et avec le monde.Il étudie avec acharnement le problème des juifs ; il admire au plus haut point Léon Bloy ; il entreprend une correspondance sur ce problème des juifs en rapport avec les chrétiens avec le grand philosophe Jacques Maritain.Il se réconcilie à cette époque avec Mgr Camille Roy.C\u2019est une période riche en méditation ; il correspond avec plusieurs personnages et amis d\u2019an-tan : Valdombre (Claude-Henri Grignon), Clément Marchand, rédacteur du Bien-Public (Trois-Rivières), Pierre Chalout, Jean-Charles Falardeau, André Giroux (éditeur de Regards) etc., etc.Au printemps de 1943, au milieu d\u2019un conflit de di- MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 641 rection entre Dom Grenier et son successeur, il est envoyé pour étudier 2 ans en philosophie et en théologie à Washington et à St Anselm\u2019s Priory (Brookiand, D.C.).C\u2019est à ce moment que l\u2019on retrouve une correspondance sur le nationalisme avec le Cardinal Rodrigue Villeneuve.« Mon Hamel » n\u2019a pas perdu sa ferveur nationaliste sous la bure monastique.Il laisse le froc au début de 1945.Traduction du Rapport Durham : 1945-48 Après sa sortie de chez les bénédictins, Marcel Hamel demeure pour quelque 4 ans à Montréal ; certains ouvrages secondaires lui aideront à gagner sa vie : il travaille quelques mois à la Librairie Tranquille, ensuite chez Beauchemin où il compose pour « nos deux grandes collections nationales » de l\u2019époque : L\u2019Almanach du peuple et le Canada ecclésiastique ; pas très emballant pour un fervent nationaliste de jadis ; il y a même de quoi pour ralentir son homme et aussi l\u2019apaiser.Puis vers 1947, il entre à La Patrie, mais pour quelques mois encore seulement.Son grand travail, probablement ce qui le caractérisera le plus durant les décennies à venir, il l\u2019aura mijoté et travaillé durant cette période : la traduction du Rapport Durham.Première traduction faite avec soin et replacée dans son contexte historique ! Il y avait bien la traduction littérale faite par Étienne Parent pour le journal Le Canadien (1839) qui paraissait par tranche et qui fut par la suite publiée sous forme de brochure ; mais rien de précis, de fouillé et de définitif.Il faudra donc attendre 109 ans exactement pour avoir une traduction française de première valeur et elle sera présentée par Marcel Hamel, alors membre de la Société historique de Montréal.Cet apogée dans la vie de notre ami, cette révélation soudaine et instantanée est certes le fait du mijotement continuel à l\u2019intérieur de notre journaliste depuis les années 1936, mijotement durant 10 ans qui aboutit à cette révélation majeure et marquante.En effet, au printemps de 1948 paraît le Rapport Durham qui est accueilli avec vénération et joie par la presse.Travail 642 L'ACTION NATIONALE assidu à la Bibliothèque St-Sulpice durant de nombreuses soirées ; durant 2 ans, tous les loisirs consacrés à ce fameux rapport.Aucun encouragement de personne ! il fallait en avoir de la ferveur ! Aucun éditeur ne voudra publier ce volume.C\u2019est bien trop engageant.Personne ne veut se déranger.L\u2019auteur devra se trouver lui-même un imprimeur et agir à compte d\u2019auteur.C\u2019est l\u2019Imprimerie de St-Jérôme Enregistrée qui fera le travail.Il tirera à 2,000 exemplaires ; sa première idée était d\u2019aller jusqu\u2019à 4,000, mais les conseils judicieux de Robert Rumilly et du Secrétariat de la province lui conseillent de diviser par 2.Travail très bien fait ! Le livre se présente comme suit : « Le Rapport Durham présenté, traduit et annoté par Marcel-Pierre Hamel de la Société Historique de Montréal.(Portrait de Durham en vignette) (C\u2019est « un peuple sans histoire et sans littérature » Durham) Aux Éditions du Québec, 1948.376 pages./ Préface d\u2019Étienne Parent, pp.5-9 ; avertissement au lecteur, pp.(10)-12 ; introduction (travail très détaillé) pp.(13)-51 ; page 53: photographie de la page-titre du rapport original ; pp.55-341, texte traduit du rapport ; pp.343-352, appendice ; pp.353-368, bibliographie de 221 item ; index, pp.373-374.Le travail est accueilli de façon très élogieuse par toute la presse en général et par les historiens de l\u2019époque.Il comble un vide quasi impardonnable ! Voici des extraits tirés de quelque 25 recensions faites à l\u2019époque dont aucune n\u2019est négative : Citons d\u2019abord Léo-Paul Desrosiers, historien et conservateur de la bibliothèque municipale de Montréal à l\u2019époque : « M.Hamel a fait œuvre nécessaire, sinon indispensable.Nos institutions, nos bibliothèques, les fervents de l\u2019histoire ont tous besoin de cet ouvrage de consultation qui renferme des vues si profondes, une justification de la prise d'armes de 1837, un cours de droit constitutionnel, un libelle fielleux contre les Canadiens et que de pages intéressantes en plus.Ne perd pas son temps celui qui les lit.» MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 643 (Extrait d\u2019un grand article de M.Léo-Paul Desrosiers, dans le numéro de septembre 1948 de la Revue d'Histoire de l\u2019Amérique française) Une autre critique (extrait) très intéressante : « Voici une traduction nouvelle qui ne trahit pas le texte célèbre et le rend accessible à tout le monde.Une présentation intelligente remet le document dans son époque et dans son climat : elle fait en même temps l'histoire des années troublées qui précédèrent l\u2019Union.Ouvrage précieux à plus d\u2019un titre.On devrait en munir toutes les bibliothèques.» (La Revue de l'Université Laval, février 1949.) Même du côté du Canada anglais, les critiques se font très élogieuses ; en voici une preuve : « The book is of the highest importance in that it supplies a philosophical basis less rhetorical than that of Abbé Groulx for a kind of thinking which may easely make the province of Quebec an ally for any federal party which will raised the standard of an extreme concept of states rights.» (Saturday night, de Toronto) Mais, notre travail ne consiste pas dans l\u2019étude détaillée du Rapport Durham ; qu\u2019il nous suffise de mentionner quelques autres références parues à l\u2019époque : La Patrie lui consacre toute une page ; Dostaler O\u2019Leary dans Notre Temps met l\u2019accent sur l\u2019introduction, les notes, commentaires et le travail bibliographique ; Ber-thelot Brunet, Georges-Henri Dagneau (dans L\u2019Action Catholique) et Le Temps présentent le travail comme un chef-d\u2019œuvre.À l\u2019époque, on vendait le livre $2.00 ; l'auteur en a distribué environ 500 copies aux bibliothèques, professionnels et hommes politiques; il reste pris avec 1,500 copies et une facture assez élevée à payer.Il retourne presque les % des bouquins à l\u2019imprimeur pour terminer de payer la dette.Aujourd\u2019hui, ce volume est devenu très rare et un bouquiniste d\u2019occasion peut offrir jusqu\u2019à $20.00 pour une copie.Tragique destin des œuvres de grande valeur ! Les Éditions Sainte-Marie publient en 1969 une nouvelle traduction du Rapport Durham avec notes et présentation (volume de 156 pages).Travail entrepris par 644 L'ACTION NATIONALE 4 écrivains.Au verso de la page-titre, on peut lire ceci : « Les auteurs tiennent à rendre hommage à Monsieur Marcel-Pierre Hamel qui éditait lui-même le rapport Durham en 1949 (sic).» N\u2019y a-t-il pas plus beau témoignage que celui de ses 4 professeurs de la future Université du Québec à Montréal ! Marcel Hamel a travaillé durant 2 ans dans l\u2019ombre ; il a cru en son message et il a voulu le diffuser à tout prix ; les fruits retomberont sur lui seulement après son départ.C\u2019est le sort des grands hommes ! Début du journalisme régional : « L'Étoile du Nord » de Joliette (194S-49) Après son travail pour La Patrie, un ami l\u2019informe qu\u2019il pourrait probablement se trouver un emploi à Joliette pour L\u2019Étoile du Nord dont le propriétaire est monsieur Édouard Gervais.Ses relations avec Antonio Barrette à ce moment sont excellentes ! Mais au milieu de l\u2019année (1949) il doit laisser le journal parce qu\u2019il ne veut pas composer un certain article qui irait à l\u2019encontre de ses idées et incriminerait le clergé.Dès qu\u2019il reçoit sa lettre de démission il envoie un long télégramme à M.Antonio Barrette, alors ministre du travail.Mais, les jeux sont faits .Il change alors d\u2019optique et se lance dans la nouvelle campagne électorale avec Paul-Émile Lapalme.Nous sommes en plein milieu de la grève d\u2019Asbestos et les esprits sont bien surchauffés.Enfin, une autre mission, celle-là la dernière, se présentait à lui à l\u2019Assomption ; ce sera l\u2019ultime étape d\u2019une vie bien chargée.L'Assomption et « Le Portage » / « La Rumeur du Portage » (1949-1974) Le 9 octobre 1949 il prend épouse en la personne de mademoiselle Hortense Gervais de Ville Saint-Laurent (fille de Frédéric Gervais, natif de Saint-Narcisse, Comté de Champlain, et Corinne Béland).De leur union naîtront 7 enfants : Pierre, Hortense, Claude, Louise, René, Patrice, Charles. MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 645 Quelques mois auparavant, il avait fondé Le Portage (1er numéro, le 15 juillet 1949) à l\u2019Assomption.Durant 25 ans, il fera fonctionner avec l\u2019aide de son épouse ce journal qui prend les intérêts de la région et qui sera comme une part vitale de L'Assomption.Nul plus que Marcel Hamel n\u2019a aussi aimé sa place ! Ce fut vraiment un journaliste régional comme il ne s\u2019en fait probablement plus ! Il avait une ferveur pour l\u2019histoire locale ; il était l\u2019un des membres-fondateurs de La Société historique de l\u2019Assomption dont le fondateur est M.Christian Roy, protonotaire et auteur de la magnifique monographie sur l\u2019histoire de L\u2019Assomption.* * * J\u2019entendais dire dernièrement par un commerçant de la place que nul plus que lui n\u2019avait fait en sorte que le centre commercial de L\u2019Assomption soit vivant, accueillant et rentable.Il avait à cœur la réussite des entreprises de son patelin ! Il aimait les gens et la société.Lorsque je le rencontrais à La Tabatière, petit magasin de tabac qu\u2019il administrait en même temps que son journal durant la dernière année de sa vie (il lui fallait bien un pied à terre au centre des affaires !) il me disait souvent : « Réjean, tu ne sais pas comme j\u2019aime cela être au milieu des gens ; jaser, discuter politique municipale, provinciale, etc., rencontrer les personnes de la place ! » Son journal était son gagne-pain et La Tabatière en était l\u2019instrument.*\t=t=\t* Jamais, ce ne fut réellement un homme d\u2019affaires ; il était plutôt poète et rêveur.À ce propos, une anecdote que me rappelait il y a quelques jours M.Malo de l\u2019Imprimerie Nationale à Joliette, où M.Hamel faisait imprimer son journal : un jour qu\u2019il était en train de corriger les épreuves du journal à l\u2019imprimerie avec une loupe et que tout allait à merveille, M.Malo lui dit : «Ta loupe, comment l\u2019aimes-tu ?\u2014 « Excellente ! » de dire M.Hamel.\u2014 « Eh bien ! Comme il était rêveur ! » (Apparemment, il n\u2019avait que la monture et la lentille était absente.Foi de conteur !) 646 L\u2019ACTION NATIONALE * * * C\u2019était un bon vivant qui aimait bien la gastronomie.Quand il venait à la bibliothèque, il me disait toujours : « Réjean, montre moi des livres de gastronomie ».Il pouvait passer des heures à « déguster » tous ces bons plats et ces recettes de tous les pays.Il aimait aussi beaucoup voyager ; il avait fait quelques voyages en Europe et vous auriez dû le voir donner des conseils à un nouveau touriste en partance pour l\u2019Europe à sa librairie.Il trouvait tous les livres nécessaires pour préparer le voyage en un tour de tablettes.C\u2019était un homme très sensible.Jamais il n\u2019aurait fait de tort à personne ! Au besoin, il aimait bien aider quelqu\u2019un.C\u2019était une grande âme ! Plus incorporé à sa région, je n\u2019en connais pas ! Combien d\u2019articles il a écrits et m\u2019a fait écrire dans son journal sur les choses de la place ! Les écrivains tels Michelle LeNormand, Robert de Roquebrune et le manoir seigneurial de l\u2019Assomption, le train Le Petit Tardif propriété du père de l\u2019écrivain Michelle Le Normand, etc.Il a essayé aussi de mettre en valeur les personnages historiques qui ont passé à L\u2019Assomption : Sir Wilfrid Laurier, ancien élève du Collège de L\u2019Assomption, Sir Louis-Amable Jetté, ancien lieutenant-gouverneur du Québec, Jean-Baptiste Meilleur, fondateur du Collège de l\u2019Assomption, Barthélemy Joliette, fondateur de Joliette, natif de l\u2019Assomption, etc.Il a aimé sa petite patrie et y est demeuré jusqu\u2019à sa mort ! Le 19 juillet 1974, il y avait 25 ans que Marcel Hamel travaillait pour la région ! Aucune fête, rien ! Il était trop humble et trop effacé.Mais, il faut bien ici le noter, l\u2019en remercier ! Il y a quelques années (1972) il avait fusionné son journal avec un autre de la région ; mais l\u2019expérience n\u2019avait pas été très intéressante et valable pour lui.C\u2019est pourquoi, quelques mois après cela, il fondait un autre journal La Rumeur du Portage qui durait jusqu\u2019à sa mort survenue le 29 décembre au soir (21.30h.) alors qu\u2019il fermait son magasin.La mort l\u2019a fauché dans sa 62e MARCEL HAMEL, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN 647 année.Il est parti en l\u2019espace de 5 minutes sans souffrir et sans déranger personne, de façon effacée.Comme il avait vécu ! Départ durant les fêtes de Noël et du Jour de l\u2019An qu\u2019il affectionnait tellement ! Conclusion Après des études brillantes, notre jeune homme se lance dans la vie au milieu de la crise économique qui a secoué le début du XXe siècle.Deux périodes intenses sont à retenir : celle de La Nation et de la parution du Rapport Durham (la première à Québec et la seconde à Montréal) ; entre les deux périodes dites nationalistes, une période plus retirée et spirituelle à St-Benoît-du-Lac ; enfin, pour terminer, cette période de l\u2019Assomption où if fonde une fami'lle il donne 25 années de sa vie au journalisme régional assomptioniste.Je termine ce court éloge avec une phrase que je tire de son dernier numéro de La Rumeur du Portage (Vol.2, no 34, 27 déc.1974, page 3) : « C\u2019est encore dans le cadre de la famille que peuvent s\u2019épanouir la tendresse, les joies les plus pures et les plus naïves, l\u2019union qui fait la force, la compréhension et l\u2019amitié.Si on ne s\u2019aime pas dans les cadres d\u2019une famille pourrait-on aimer les autres ?» Ce fut son dernier écrit ! ^ ^ ^ Enfin, pour mettre le point final, disons que Marcel Hamel avait un projet de travail en perspective « pour ses vieux jours », projet historique d\u2019envergure ; plus important, à ce qu\u2019il me semble, que son Rapport Durham, et qu\u2019il a laissé en chantier.En voici le contenu : La traduction de: Adam Thorn, 1802-1890.« Anti-Gallic letters » : adressed to His Excellency, the Earl of Gosford, governor-in-chief of the Canadas, by Camillus (pseudonyme).Montreal, printed at the Herald Office, 1836.Price 2s.6d.226 pages. 648 L'ACTION NATIONALE Ces lettres sont datées de Montréal 1835-36, contre les Canadiens-français.Thorn était écossais ; il vint au Canada vers 1832, et devint avocat-journaliste ; il était l\u2019éditeur du Herald (1835-38) et un membre du groupe de travail de Lord Durham (1838).Ce sont tous des éditoriaux envoyés au Hérald réunis en volume.Personne plus que Thorn n\u2019a bafoué et ridiculisé les Canadiens-français.Il est probablement l\u2019une des causes principales des troubles de 1837-38.Vous voyez donc l\u2019impact qu\u2019aurait eu une telle traduction aujourd\u2019hui ! Laissons donc ce sujet de travail à un jeune historien qui pourrait prendre la relève et merci à Marcel Hamel pour ce qu'il a fait pour son peuple du Québec.\u2014 Nationalisme et partisanerie: e cas de Louis Archambeault (1815-1890) par Pierre et Lise Trépanier 650 L'ACTION NATIONALE La lecture des Mémoires de Lionel Groulx nous rappelle, entre autres leçons, qu\u2019au fond de tout Québécois bien né sommeille un nationaliste, qui risque de ne jamais s\u2019éveiller sous l\u2019effet anesthésiant de la partisa-nerie.Rien là qui doive étonner : l\u2019art de la politique a pour objet la conciliation des intérêts et l\u2019arbitrage des conflits.Mais quand dans un même État cohabitent deux nations, le problème se corse : il faut en plus harmoniser les rapports ethniques.Au Canada, on s\u2019est forgé deux instruments à cette fin, le parti conservateur et le parti libéral.L\u2019idée est simple comme tout ce qui est génial : éviter la formation de partis suivant le clivage ethnique, contenir les oppositions nationales au sein de ces sortes de chambres de compensation que sont les partis politiques canadiens.Car il est plus aisé de faire entendre raison à une poignée de députés qu\u2019à tout un peuple.Tout bon diplomate sait pertinemment qu\u2019un moyen quasi infaillible d\u2019en arriver à un compromis est de rapprocher les adversaires sur le terrain neutre des intérêts communs et d\u2019ainsi escamoter l\u2019essentiel de leur différend.André Siegfried s\u2019émerveillait de la virtuosité consommée des hommes politiques haut placés et responsables [qui] font de nobles efforts pour maintenir la fiction d'une entente cordiale.Grâce à la forte discipline de leurs partisans, ils empêchent certains mots violents, expressions trop vives et trop crues du sentiment populaire, de parvenir au grand jour des larges tribunes.Mais le grand public ne s\u2019enthousiasme pas à leurs paroles de concorde [.].Il y a donc, dans l\u2019attitude canadienne-française, une apparence et une réalité.L\u2019apparence est artificiellement sauvegardée ; on pourrait parcourir des collections entières de discours officiels, sans jamais y trouver les termes qui expriment le fond de la pensée populaire, et il faut admirer la suite et l'efficacité de cette politique de paix i.1.André Siegfried, Le Canada, Les deux races, Problèmes politiques contemporains, Paris, Armand Colin, 1906, 415 p., p.132-133.Tout le chapitre XIX, « Le rôle des partis dans la vie politique canadienne », est à lire.On sait que Siegfried est au Canada, ce que Tocqueville est aux États-Unis : son ouvrage, remarquable par la pénétration de l\u2019analyse et l\u2019élégante sobriété du style, est un classique de notre littérature politique.\u2014 À quand une réédition ? NATIONALISME ET PARTISANERIE 651 Nous laisserons de côté ici un aspect important du jeu politique au Canada : l\u2019alternance des partis dits « nationaux ».L\u2019astuce en est rendue d\u2019autant plus subtile que les Québécois ont l\u2019impression de militer au sein d\u2019un parti qui leur appartient parce que, à une époque donnée, la grande majorité d\u2019entre eux s\u2019y retrouvent : avant 1896, le parti conservateur; après, le libéral.Il peut être intéressant d\u2019illustrer notre assertion par un exemple tiré de l\u2019histoire politique du XIXe siècle.Le notaire Louis Archambeault, ami personnel de Georges-Etienne Cartier, a été député conservateur de l\u2019Assomption sous l\u2019Union, puis, après la Confédération, au Parlement fédéral jusqu\u2019en 1874.Il a siégé au Conseil législatif du Québec de 1867 à 1888 et a été ministre (on disait alors commissaire) de l\u2019Agriculture et des Travaux publics de 1867 à 1874, dans les cabinets Pierre-Joseph-Olivier Chauveau et Gédéon Ouimet.La chute du cabinet Ouimet, emporté dans la tourmente du fameux scandale des Tanneries, où Archambeault était impliqué, mit brutalement fin à sa carrière de ministre.Par la suite, ce conservateur convaincu s\u2019est engagé dans une évolution politique au terme de laquelle il s\u2019est retrouvé au coude à coude avec ses adversaires de naguère, dans le parti national de Honoré Mercier.Situation singulière à la vérité, qui équivalait à n\u2019être d\u2019aucun parti puisqu\u2019il renvoyait dos à dos conservateurs pendards, responsables du gibet de Rêgina, et libéraux, ces rouges contre lesquels il s\u2019était toujours battu.Poussant jusqu\u2019au bout le paradoxe, il allait se retirer de la vie politique en conservateur national, refusant d\u2019imiter ces révoltés que le sort de Riel avait rassemblés et qui se laisseraient de nouveau happer par le bipartisme.Un simple coup d\u2019œil sur les opinions professées par Archambeault au cours de sa carrière suffit pour constater qu\u2019à mesure que se distendent les liens de parti, le nationaliste, jusque-là muselé, s\u2019anime, retrouve la voix, proteste.* * * La Confédération lui pose un véritable cas de cons- 652 L'ACTION NATIONALE cience.Une étude minutieuse des résolutions de Québec le laisse perplexe.Il appréhende même le moment où, en Chambre, il devra prendre parti.Le projet ne lui paraît pas offrir « des garanties suffisantes pour rassurer sur l\u2019avenir2 ».Car, précise-t-il, « ce n\u2019est pas, suivant moi, une Confédération dans le sens absolu du mot : c\u2019est un système qui se rapproche plus de l\u2019Union législative que de l\u2019Union fédérative3 4 ».Mais il se laisse enfermer dans un faux dilemme : repousser le projet c\u2019est contribuer à l\u2019ascension au pouvoir des rouges.Or ces derniers n'ont aucune valeur morale ; ce sont eux qui ont demandé les premiers la Confédération, et s\u2019ils s\u2019y opposent aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas par patriotisme, ni par esprit de nationalité, mais seulement par esprit de parti Ce dilemme n\u2019est qu\u2019un paralogisme : une opposition ferme au sein du groupe parlementaire canadien-français du parti conservateur aurait fléchi G.-É.Cartier, qui acculé au pied du mur aurait pu arracher à J.A.Macdonald des concessions tendant à la décentralisation.Si Ar-chambeault ne semble même pas envisager cette éventualité, c\u2019est qu\u2019il est l\u2019ami de Cartier, à qui il voue une espèce de culte.Quoi qu\u2019il en soit, il assure son correspondant que le projet devra subir bien des amendements avant qu\u2019il puisse y consentir5.En effet, il se rend parfaitement compte de la nature du projet, des menaces qu\u2019il recèle.Certains historiens réclament indulgence et mansuétude pour les auteurs de la Confédération : se garder de tout anachronisme, ne pas leur tenir rigueur d\u2019une évolution qu\u2019ils ne pouvaient subodorer6.Évidemment.L\u2019histoire doit toutefois rendre à chacun son dû et il n\u2019est que juste de reprocher à certains d\u2019avoir étouffé leurs scrupules par attachement 2.\tLouis Archambeault à J.-G.Barthe, 23 déc.1864, APC, MG 27 Il D16, vol.2, f.79-82.3.\tIbid.4.\tIbid.5.\tIbid. NATIONALISME ET PARTISANERIE 653 partisan.Archambeault, répétons-le, évalue correctement la portée des résolutions de Québec : Je n\u2019aime pas à voir le pouvoir des gouvernements locaux soumis au contrôle du gouvernement général et lui être subordonné ; tout cela tend à détruire les libertés locales et à soumettre les citoyens de chaque Province au caprice du gouvernement central où l\u2019élément qui dominera nous sera plutôt hostile que sympathique.Le Bas-Canada a plus besoin qu'on le rassure par rapport à ses immunités civiles et religieuses que les autres Provinces ; et il ne doit pas consentir à aucun changement constitutionnel où ses droits civils et religieux pourront [être] mis en question.Enfin je n\u2019aime pas que le pouvoir souverain réside dans le gouvernement central ; il ne devrait avoir que des pouvoirs délégués et cédés perpétuellement6 7.Ce qu\u2019il avoue dans le secret de la correspondance, va-t-il le proférer au Parlement ?Le 2 mars 1865, il prononce en chambre un bref discours où il abdique tout libre arbitre pour s\u2019en remettre au magistère des chefs : [.] je n\u2019hésite pas à déclarer que je voterai pour le plan de confédération qui nous est soumis par le gouvernement, bien qu\u2019il ne rencontre pas toutes mes idées et qu\u2019il n\u2019offre pas toutes les garanties que j\u2019aimerais à y trouver, et bien que je ne le croie pas propre, tel qu\u2019il est, à protéger les intérêts des diverses provinces et assurer la stabilité dans le fonctionnement de l\u2019union que l\u2019on propose.[.] je me range avec les hommes en qui j\u2019ai toujours eu confiance et avec lesquels j\u2019ai toujours marché, parce que je me fie à leur honnêteté et à leur patriotisme 8.À la lecture de ce discours embarrassé et navrant, on le constate : Cartier a bien manœuvré 8.6.\tJ.-C.Bonenfant, « Sir Georges-Étienne Cartier », Diet, biogr.du Canada, t.X, p.165.7.\tArchambeault à Barthe, 23 déc.1864, loc.cit.8.\tDébats parlementaires sur la question de la confédération., 1865, p.550.Rappelons un détail important, qu\u2019Archambeault ébruitera en 1886.Peu de temps avant sa mort, Cartier lui a avoué n\u2019avoir plus confiance en J.A.Macdonald depuis la conférence de Londres, au cours de laquelle le futur premier ministre du Canada aurait tenté d\u2019imposer l\u2019union législative.De cet aveu date sans doute la première crise de foi d\u2019Archambeault dans le parti conservateur fédéral.Cf.l'Étendard, 4 fév., 23 et 29 nov., 1er déc.1886; la Minerve, 18 fév.1887. 654 L\u2019ACTION NATIONALE Nommé ministre à Québec, Archambeault se montre la loyauté même.Quand surgit l\u2019affaire des écoles du Nouveau-Brunswick, il vote contre le désaveu de la loi répressive : se basant sur la lettre de la constitution, il juge que ce serait une ingérence fédérale dans une compétence provinciale, une atteinte à l\u2019autonomie 9.Les circonstances suscitent toutefois, à mesure que les années passent, des divergences de vues de plus en plus marquées entre le parti conservateur et lui.Et voilà que notre homme politique se surprend à s\u2019exprimer selon les dictées de sa conscience.Le 2 mai 1881, il proteste au Conseil législatif : Je vous l\u2019avouerai, j\u2019ai des craintes pour l\u2019avenir.Tout me laisse croire qu\u2019il se fait un travail en dessous vers l\u2019union législative.Déjà l\u2019on s\u2019efforce, en hauts lieux, de tout centraliser autant que possible.Pour cette fin, Ton a créé un tribunal d'appel [la Cour suprême du Canada], dont les tendances bien connues sont essentiellement contradictoires à nos institutions provinciales ; [.].On va plus loin, la Législature fédérale s\u2019empare des droits que la constitution nous reconnaît [.] sans plus [s'occuper des Législatures locales que si elles n\u2019existaient pas.L\u2019on cherche même à les discréditer.N'a-t-on pas vu, à la dernière session, un membre éminent de la Chambre des Communes (unioniste sans doute) comparer les gouvernements locaux à de simples municipalités 10 ?Constat lucide du conseiller législatif de 1881, qui rachète un peu la démission du député de 1865.Les variations d\u2019ArchambeauIt en 1864-1865 ne doivent pas être imputées à quelque propension au cynisme, mais bien à la partisanerie.Car c\u2019était un nationaliste sincère au fond.Son autonomisme n\u2019éta:t pas seulement oratoire : il correspondait à des convictions profondes.Archambeault ne parlant pas couramment l\u2019anglais, ses collègues du Conseil législatif en prennent prétexte, 9.\tSiméon Le Sage à Louis Archambeault, 20 août 1872, ANQ, FSL, B4, cc 1, f.238-239.Le Nouveau Monde, 16 juill.1872; La Minerve, 10, 13 et 30 juill., 7, 12 et 27 août, 17 sept.1872.10.\tG.-A.Desjardins, éd., Débats de la législature., 2 mai 1881, p.27-28. NATIONALISME ET PARTISANERIE 655 en 1880, pour écarter sa candidature à la présidence du « comité des ordres permanents ».Archambeault subit cette rebuffade comme « une injure qui a été faite à sa nationalité ».Et il s\u2019indigne : « On veut proscrire la langue française dans cette province essentiellement française n.» En 1881, l'Union Saint-Joseph de Saint-Roch de Québec demande d\u2019être légalement constituée.L\u2019article 5 du projet de loi porte que « le but de la société est de former entre les Canadiens-Français, ou ceux considérés comme tels, [ .] une association de secours mutuels ».Des conseillers, hypersensibles à tout danger de discrimination, biffent le mot français.Archambeault se récrie : Je veux bien vivre en paix avec toutes les autres nationalités.Mais aussi, qu\u2019on n\u2019essaye pas de nous refuser le droit de rappeler notre origine.Je le dis hautement, nous sommes fiers d\u2019être Français d\u2019origine tout comme les autres nationalités ont droit d\u2019être fiers de leur origine.C'est un sentiment inconvenant, pour le moins, qui a dicté la demande de cette modification 12.Par la constitution de partis pan-canadiens et le refus des formations politiques ethniques, nos hommes d\u2019État ont, depuis Louis-Hippolyte La Fontaine, aménagé un modus vivendi, sans quoi l\u2019unité canadienne et peut-être la paix sociale auraient été menacées.Mais du point de vue de l\u2019épanouissement national des Québécois, pareille attitude a introduit dans l'esprit et l\u2019action des hommes politiques du Québec des distorsions néfastes, une regrettable confusion et une pusillanimité affligeante.Tous n\u2019ont pas été amenés par les événements à se ressaisir, au moins en fin de carrière, à l\u2019instar de Louis Archambeault.11.\tG.-A.Desjardins, éd., Débats de la législature., 9 juin 1880, p.31.12.\tG.-A.Desjardins, éd., Débats de la législature., 1881, p.ISS-ISS. La mort de l'homme ou l'impuissance d'aimer par Georges Allaire LA MORT DE L\u2019HOMME 657 La mort.Chaque naissance y aboutit.Ton œil qui me lit, tes nerfs qui s\u2019agitent devant les ombres sur cette feuille, ton cerveau qui traduit et communique avec ta mémoire, ta respiration qui nourrit ton sang, ton cœur qui l\u2019achemine vers tes yeux, tes nerfs et ton cerveau, tes mains posées au bout de tes bras ; bref tout ton organisme sera évacué par ta présence.Un jour on les regardera, et tu n\u2019y seras plus.Adieu ! Mourir ?Vaut mieux n\u2019y pas penser.Mais cela n\u2019y change rien.Le mal de la mort nous envahira partout, nous paralysera totalement, déchirera chaque parcelle de notre chair.Nos passions, nos désirs et nos rêves si intensément vécus, si longuement élaborés, seront aussi réduits en lambeaux d\u2019un cadavre.Est-ce par lâcheté que nous nous refusons si souvent à confronter la mort ?Ou est-ce par lâcheté que nous préférons contempler une forme ou l\u2019autre de survie, d\u2019après-vie, de vie supérieure ou de vie réintroduite dans de nouvelles chairs ?Est-ce par lâcheté, par refuge dans un paradis artificiel, dans un quelconque opium, que l\u2019on parle de Dieu, du paradis, de justice, d\u2019amour éternel ?J\u2019estime réconfortant de me savoir personnellement aimé.J\u2019estime passionnant de jouer ma vie dans l\u2019amour éternisé.J\u2019estime juste que la justice mesure notre justice.J\u2019estime correct que les contraintes de la vie s\u2019évanouissent devant la Vie.Et j\u2019estime ridicule qu\u2019on se révofte contre le remède aux maux de la vie sous prétexte que ce remède convient si bien à ces maux.Mais il est vrai que le mal de vivre n\u2019est pas à lui seul la preuve du bien de Vie.La mort ne prouve pas Dieu.La mort n\u2019infirme pas Dieu.Mais ce n\u2019est pas la présence de Dieu ou son absence, ce n\u2019est pas le sens ou le non-sens de la mort qui nous détourne habituellement d\u2019elle.Elle attire notre attention lorsqu\u2019elle s\u2019impose à nous par sa présence brutale.comme le rhume de cerveau qui mutile notre effort de vivre ou comme le mal de ventre qui nous fait apprécier sa santé.Si nous vivons par le ventre, d'ordi- 658 L'ACTION NATIONALE naire nous ne pensons pas au ventre.Si nous vivons par le nez et les sinus, ceux-ci sont rarement notre préoccupation.Si nous vivons, la vie occupe rarement nos pensées.La raison en est simple : nous ne vivons pas pour notre ventre, nos sinus ou même notre vie.Nous vivons par eux, non pour eux.Lorsqu\u2019ils nous font défaut, lorsque nos moyens font défaut, nous en souffrons.Mais lorsqu\u2019ils fonctionnent bien, nous nous préoccupons de leur but plutôt que d\u2019eux.N\u2019est-ce pas que le joueur de football songe d\u2019abord et avant tout à traverser la ligne des buts adverse avec le ballon plutôt qu'à la santé de ses bras, jambes et muscles .jusqu\u2019à ce qu\u2019ils lui fassent défaut ?Je pense peu à la mort parce que la vie ne me suffit pas.Je pense à ce que je vis, à ce que je veux, à ce que je fais.D\u2019ailleurs être heureux, ce n\u2019est pas être en santé.Ce n\u2019est pas seulement être en santé.Ce n\u2019est pas premièrement être en santé.S\u2019il est une mort à craindre, beaucoup plus douloureuse que la désagrégation de mes membres, c\u2019est d\u2019uniquement vivre.De seulement vivre.De vivre seul.Ne rencontre-t-on pas des vivants qui sont morts ?Qui ont le mal de l\u2019âme.Pour qui, la vie de la vie s\u2019est éteinte.Au point qu\u2019ils veulent étendre leur mort de l\u2019âme à la vie elle-même.Au point qu\u2019ils se tuent ! Pas tous.Mais ils ploient sous le poids de la vie.La mort de l\u2019homme est bien plus la mort du vivant que la mort du mort.Aussi la vie qui m\u2019intéresse est d\u2019abord la vie que supporte, que permet la vie, bien plus que la vie qui supporte et permet la vie.Qu\u2019est-ce qui vivifie ?Quoi ou qui m\u2019introduit dans la vie ?Quoi ou qui se retrouve au bout de mes gestes, au bout de mes bras ?de sorte que je me quitte, que je cherche, découvre, vive.Est-ce un téléviseur couleur, une automobile, une ligne des buts à franchir, une poignée de dollars ou une poignée de main amicale ?Quelle est la vie de ma vie ?Et quelle est sa mort ?Est-ce un mal de ventre, un repas trop cher, l\u2019absence d\u2019un stéréo, un échappé, un porte-monnaie vide, un regard de pitié ?Quel paradoxe d\u2019être joyeux même lorsque le repas LA MORT DE L HOMME 659 est calciné.Quelle étrangeté d\u2019être gai lorsque malade.Quelle bizarrerie d\u2019aimer une souffrance qui aide quelqu\u2019un d\u2019autre.Et que dire du bonheur parmi les amertumes ?Car il n\u2019est pas dit qu\u2019un ventre vide ou une maison brûlée doive éteindre la paix de l\u2019âme.Il n\u2019est pas dit que la douleur de la mort d\u2019un ami fasse disparaître la sérénité profonde.Nous ne sommes pas tous ainsi.Mais qui ne voudrait l\u2019être ?Quelle tristesse de jouir des agréments de la vie sans être heureux de vivre.Les agréments de la vie couronnent le bonheur ; et ses amertumes renforcissent la sérénité.Quel est le bonheur ?Voyons, tu le sais.Quand tu as franchi la ligne des buts, quand tu as réussi ton touché, où est ta joie ?Dans la joie de tes copains ; dans la joie de ton équipe ; dans la joie de tes partisans.Quand tu as ton automobile, l\u2019émotion du moment se résorbe vite.Tu cherches déjà ailleurs pour d\u2019autres émotions.Mais l\u2019émotion de ton automobile renaît avec chaque personne qui te fait part de ses félicitations, de son admiration.Chaque écho dans le cœur d\u2019un autre réveille ton propre cœur.Et ton plaisir d\u2019un moment est multiplié par ceux qui jouissent avec toi.S\u2019il fallait que ton acquisition les laisse tous indifférents, tu n\u2019aurais plus de plaisir.Ou à peine.Bien des choses sont attrayantes.Bien des plaisirs sont captivants.Mais toute chose et tout plaisir est sans lendemain s\u2019il n\u2019est pas partagé, vécu avec quelqu\u2019un et même vécu pour quelqu\u2019un.Triste est la carrière réussie d\u2019une personne sans ami, sans amour.La façade de la réussite se maintient bien.Elle parvient même à susciter l\u2019envie (cette corruption de l\u2019admiration), car la réussite professionnelle, sociale, économique, politique est un agrément : mais elle n\u2019est pas une vie.La réussite ornemente la vie sans l\u2019animer.Elle est la parure, l\u2019esthétique d\u2019une vie et non son âme.Une beauté sans cœur est sèche et pénible.Vivre seul n'est point vivre.C\u2019est par l'ami, par l\u2019amour que tous nos gestes et nos actes prennent racine 660 L\u2019ACTION NATIONALE en la profondeur humaine.C\u2019est par l\u2019ami, par l\u2019amour que la vie est sereine même dans les contrariétés profondes.Sans l\u2019ami, sans l\u2019amour, réussites et plaisirs sont vains.On comprend, en un monde de plus en plus anonyme, le monde des masses humaines cohabitant sans se voir, serrées sans jamais sentir la chaleur du voisin, oui on comprend alors les chants d\u2019amour qui se multiplient, les revendications de la liberté d\u2019aimer, la soif grandissante d\u2019ouvrir les vannes de cœurs comprimés comme les corps.On comprend que les structures qui devraient véhiculer les relations de l\u2019homme paraissent mutilantes lorsque le cœur de l\u2019homme en est parti n'y laissant que la fonction de l\u2019homme.On comprend que des cœurs en viennent à détester ces fonctions, ces fonctionnaires, ce fonctionnariat.aussi bénéfiques qu\u2019ils soient.C\u2019est la révolte des sens contre l\u2019insensible.C\u2019est la révofte du désir d\u2019aimer contre l\u2019utilité de l\u2019ordre.Tu as besoin de quelqu\u2019un.Tu as besoin de chacun.Et chacun a besoin de toi.Nous avons besoin d\u2019une personne, de personnes pour que l\u2019effort pratique de vivre soit un acte humain pour l\u2019humain.Mais ce besoin tue l\u2019ami, tue l\u2019amour.Ne le sais-tu pas encore ?Si tu aimes par besoin, tu n\u2019aimes pas celui qui répond à ton besoin.L\u2019illusion d\u2019aimer est puissante quand on sent la chaleur, la présence du copain.La poignée de main, ferme et émouvante ; l\u2019enlacement puissant et intense.Comment n\u2019en pas jouir ?Et plus tu en jouis, plus tu captes pour toi.Plus alors tu t\u2019éloignes de ton captif, de ta captive.Tu as soif de l\u2019homme, de la personne.Souviens-toi, cependant, combien souvent tu as été blessé par quelqu\u2019un que tu croyais cher.Souviens-toi comment tu t\u2019es éloigné de celui dont tu partageais les idées jusqu\u2019à ce que tu remarques qu\u2019il n\u2019allait pas jusqu\u2019au bout de tes goûts.Alors la rupture s\u2019est graduellement consommée.Souviens-toi de la fois où tu étais manifestement dans LA MORT DE L'HOMME 661 ton droit et qu\u2019il ou elle t\u2019a joué un sale tour.Souviens-toi combien tu n\u2019as pas été compris à fond de sorte qu\u2019il t'est devenu évident que l\u2019autre ne comblait pas tes besoins.J\u2019exagère ?Ce n\u2019est pas toujours allé ainsi ?Je veux bien.Il y a des fois où le copinage est superficiel.Il n\u2019y a pas de mai à diverger d\u2019avenue puis de se séparer.Il y a des fois où l\u2019amitié mutuelle s\u2019est mutuellement déliée ?Mais alors c\u2019était encore du copinage.Et il y a peut-être l\u2019ami fidèle envers qui tu es fidèle.Peut-être.Si tu as un ami, si tu es un ami, tu as donc découvert qu\u2019il n\u2019est pas la réponse à tes besoins et que tu n\u2019es pas la réponse aux siens.Tu sais \u2014 penses-y \u2014 que ton ami n\u2019est pas pour toi.C\u2019est toi qui es pour lui.Tu sais que les colères injustes de ton ami à ton égard, ou ses indélicatesses te font souffrir surtout en raison de ia déficience dont il est lui-même affligé plutôt qu\u2019en raison de ce que tu subis.Ce n\u2019est pas le cas ?Alors tu n\u2019es pas un ami.Tu n\u2019es qu\u2019un consommateur d\u2019amis.Un consommateur d\u2019amis se régale d\u2019un mets fort riche.Il est chanceux s\u2019il obtient de vrais amis.Ce n\u2019est pas impossible.Mais il n\u2019est lui-même jamais heureux, car il ne lit que lui-même en eux.Il n\u2019y rencontre personne d\u2019autre.Et il se retrouve seul.Seul bien qu\u2019entouré ; seul bien qu\u2019enlacé ; seul même passionné.Plus il veut assouvir son besoin d\u2019autrui, plus il écrase ses amis, les vide d\u2019eux-mêmes, les reforme selon ses aspirations personnelles.Il cherche à les pénétrer mais ne peut que pénétrer dans leur âme sans les rencontrer ; il ne peut que les faire s\u2019évacuer eux-mêmes pour s\u2019y loger.Toujours il est seul.Et ses vrais amis, souffrant de sa tyrannie, souffrent encore plus du fait qu\u2019il souffre, qu\u2019il est seul et malheureux.Tu es, comme moi, trop souvent un consommateur de personnes.Pas toujours.Pas en tout.Mais trop souvent.Et peut-être soupçonnes-tu enfin que vivre, c\u2019est aimer quelqu\u2019un.Non pas s\u2019aimer en quelqu\u2019un.Non pas 662 L\u2019ACTION NATIONALE dévorer quelqu\u2019un.Mais l\u2019aimer lui, elle, eux.C\u2019est penser à quelqu\u2019un non pour la satisfaction qu\u2019il me donne mais pour lui que je veux heureux.Aimer, c\u2019est substituer « toi » à « moi » dans mes plus profondes pensées, intentions, actions.Aimer, c\u2019est « te » voir.Non de façon bête.Non de façon à assouvir chaque soupir et chaque désir.Car aimer, c\u2019est « te » vouloir heureux, et le bonheur a ses lois, son équilibre.Aimer, ce n\u2019est pas donner une bouteille à l\u2019alcoolique mais la lui refuser.ce qui demande le plus profond amour.Telle est la vie.Alors l'activité pratique prend un nom : celui ou ceux pour qui elle s\u2019exerce.Alors la santé, la richesse, le succès se personnalisent par ceux dont nous en faisons le profit.Alors la vie appuie la vie, et la vie couronne la vie.Peut-on aimer ?L\u2019égoïsme nous en détourne parfois.Mais surtout la peur.Il est facile de mimer le geste de l\u2019amour, de s\u2019accaparer des émotions de l\u2019amitié.Mais aimer ?Aimer, c\u2019est se perdre.Aimer, c\u2019est s\u2019oublier.Aimer, c\u2019est se mettre à la merci de celui qu\u2019on aime.Tu vois le risque ?Tu vois l\u2019angoisse ?S\u2019il te consommait plutôt que de t\u2019aimer ?S\u2019il ne voulait pas de toi ?S\u2019il ne voulait pas ta personne, que tu t\u2019habites ?S\u2019il ne voulait que tes sens, ou tes paroles, ou ta chaleur, mais pour s\u2019en revêtir et t\u2019en évacuer?C'est possible.C\u2019est trop possible.Peux-tu l\u2019aimer jusque là ?En d\u2019autres mots, peux-tu encore vouloir son bonheur réel quand bien même tu n\u2019es personne pour lui ?Peux-tu risquer cela ?Le premier pas de l\u2019amour est à ce prix et l\u2019amour n\u2019a pas d\u2019autre prix.S\u2019il était possible de trouver un moyen terme entre la solitude et l\u2019amour total ! S\u2019il était possible d\u2019aimer avec assurance, d\u2019aimer réellement mais sans être à la merci de l\u2019aimé ! La peur nous fait créer des illusions.Et il en est une que notre époque de facilité s\u2019est ménagée pour échapper au « piège » de l\u2019amour.À tête reposée, c\u2019est la plus pure falsification.Mais quand on a peur, on ne pense plus.La mauvaise volonté commence LA MORT DE L'HOMME 663 dans la complicité des émotions affolées.Il s\u2019agit de l\u2019amour sous condition .contradiction flagrante s\u2019il en fut jamais.Normalement cela nous est présenté sous une forme douloureuse afin d\u2019ébranler l\u2019intelligence sous la charge des émotions.Ainsi : il était beau, fort et gentil ; le voici devenu ventripotent, ivrogne et brutal.Passe le beau, fort et gentil quadragénaire (très compréhensif, évidemment) qui récupère la dame en détresse.Pause.Quelque personne puritaine oserait-elle suggérer que la dame en détresse doive s\u2019attarder auprès de cette loque avinée qui ne constitue pas la réponse aux promesses d\u2019antan ?Doit-elle perdre sa chance de refaire sa vie ?Encore : sa femme végète dans l\u2019inconscient depuis deux ans.Il n\u2019y a aucun espoir de la voir reprendre conscience.Lui est responsable de l\u2019éducation de trois enfants.Voici la généreuse garde-malade qui l\u2019aide à remettre le foyer en ordre.Quel monstre il faut être pour imaginer que l\u2019amour d\u2019un jour avec une femme souriante et active contraigne à la fidélité envers un légume.Et la scène finale du film montre un nouveau foyer heureux d\u2019avoir trouvé une nouvelle épouse et une nouvelle mère, seulement navré par le sort irréversible du légume.Et ceci : elle porte un enfant difforme.Elle le sait.Leur logement est petit.Les autres enfants souffrent déjà de privation.Celui-ci souffrira de la risée de ses voisins.Elle sait qu\u2019il souffrira du monde fait pour les bien-portants.Elle est affligée d\u2019une angoisse dépressive.Et « couic » ! Plus de petit.Tu as reconnu les scénarios.Et il y en a tant d\u2019autres.L\u2019amour sous condition.L\u2019engagement accepté, moyennant que l\u2019ami réponde toujours à notre attente.En clair : donne-moi les agréments de ta personne, mais disparais s\u2019il t\u2019advient de me contrarier.Ou encore : je suis prêt à payer tant de ma personne pour jouir des avantages de la tienne, mais pas plus.Et ils appellent cela « aimer » ! C\u2019est à nouveau la consommation des 664 L\u2019ACTION NATIONALE amis, mais obscurcie afin de préserver sa bonne conscience.L'amour dans les trois scénarios ci-dessus ne s\u2019exprime pas ainsi.L\u2019épouse fidèle faiblira peut-être un moment devant le charme du nouveau venu.La chair est faible.Mais elle aime son homme.Elle n\u2019aime pas ses défauts.Elle l'aime lui.C\u2019est pourquoi elle lui sera en définitive fidèle.Et elle souffrira d\u2019abord de la loque qu\u2019est son époux avant de souffrir de la vie qu\u2019il lui donne.\u2014 Précisons : si la cohabitation est rendue impossible, elle vivra séparée de lui mais l\u2019aimant comme elle l\u2019aimerait si la séparation était due à son hospitalisation ou à son absence lors d\u2019un voyage ou autrement.Elle vivra séparée de lui par la force, la contrainte de la situation mais non pas la volonté de ne pas aimer.Encore : l\u2019affection du mari envers la jeune infirmière pourra sûrement devenir amitié, mais une amitié véritable qui comprendra la fidélité à l\u2019amour de l\u2019épouse.En effet, il n\u2019aime pas le sourire ou l\u2019activité de son épouse, mais son épouse même.qui est malade.Toute autre amitié qu\u2019il concevra sera en harmonie avec son libre amour de son épouse.Enfin : la dépression de la mère la rend inapte à bien juger.Aussi ceux qui la respecteront, respecteront le jugement sain qu\u2019elle aurait et non ses divagations de malade.Lorsqu\u2019elle sera guérie, elle aimera clairement, se donnera totalement et son enfant sera d\u2019autant mieux accueilli qu\u2019il aura besoin d\u2019elle.C\u2019est d\u2019ailleurs ce climat d\u2019amour du plus faible d\u2019entre eux qui cimentera l\u2019amour des autres enfants et l\u2019amour de la famille.J\u2019idéalise ?Non.Je ne dis pas que les scénarios se termineront d\u2019une façon plutôt que d\u2019une autre.L\u2019homme étant homme est autant capable d\u2019aimer que de trahir, de faiblir que de donner.Je dis seulement qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019amour dans les premières conclusions tandis que les secondes manifestent l\u2019amour.Et nous sommes appelés à aimer.Et nous savons que bien des qens aiment.Mais s\u2019il y a quelque « idéal » dans l\u2019air au sens de sottise, d\u2019utopie, de divagation spéculative, c\u2019est bien la préten- LA MORT DE L\u2019HOMME 665 tion que l\u2019homme sera plus heureux en consommateur d\u2019amis qu\u2019en se consumant pour ses amis.Aussi j\u2019en reviens au même point.Il n\u2019y a de vie que dans l\u2019amour et l\u2019amour est don.Un don qui risque tout l\u2019être et qui accepte de le « perdre ».Pour « toi ».C\u2019est trop fort ?Les hypocrites du divorce l\u2019ont prouvé ?Vaut mieux « faire l\u2019amour » ?Oui, il est logique que l\u2019érotisme soit la réponse à l\u2019hypocrisie du divorce.Il est juste que l\u2019on saute de lit en lit sans se préoccuper des formalités de la cour civile à chaque fois.Quant à consommer, consommons.Lâchons la comédie de « l\u2019amour .toujours ».L\u2019érotisme répond bien à cette hypocrisie.Mais l\u2019érotisme ne répond pas à l\u2019amour.Et l\u2019érotisme n\u2019apporte pas plus la sérénité que l\u2019hypocrisie de l\u2019amour sous condition.L\u2019érotisme est la logique de la mort de l\u2019amour.Le divorce voulait blanchir le cercueil.L\u2019érotisme nous révèle le cadavre.\u2014 Tu sais, comme moi, que l\u2019amour du plaisir n\u2019est pas le plaisir de l\u2019amour, et qu\u2019en conséquence parler du mal de l'érotisme n\u2019est pas médire du bien de la sexualité lorsque l\u2019on aime.Aussi ne vaut-il pas mieux de chercher à aimer, de vivre son don, de donner un nom à notre vie, le nom de la personne dont nous voulons le bonheur ?N\u2019est-ce pas là le sens de l\u2019amour conjugal dont nous sommes souvent témoins ?N\u2019est-ce pas là le sens de l\u2019amour des parents pour leur enfant ?N\u2019est-ce pas là le sens final de tout métier et de toute profession ?N\u2019est-ce pas là le sens de la vie religieuse ?Que de toutes parts, le nom de l\u2019épouse, ou de l\u2019enfant, ou du client, ou de Jésus, soit le sens, la raison, le but de l\u2019acte.Que tout succès, tout agrément soit une joie dans ce don.Que l\u2019échec ou la contrariété renforce la volonté d\u2019aider plus, de donner plus, d\u2019être plus présent.Et s\u2019il fallait que le conjoint abuse de ce don ?S'il fallait que l\u2019enfant soit ingrat ?S\u2019il fallait que le client soit exploiteur ?S\u2019il fallait que des supérieurs religieux usent mal de leur poste ?Alors ce serait l\u2019enfer, si notre don n'est qu\u2019une blague, s\u2019il n\u2019est que la recherche plus 666 L'ACTION NATIONALE raffinée de notre propre satisfaction.Mais ce serait uniquement un purgatoire, si notre don est réel.Un purgatoire, c\u2019est ce qui purge, purifie.Et notre amour y serait purifié de ses restes d\u2019égoïsme.Nous aimerions plus purement le conjoint, l\u2019enfant, le client, le supérieur, dans l\u2019effort et l\u2019intention de rechercher avec plus de constance leur bien propre, celui dont ils s\u2019éloignent.Aimer.Tous aiment l\u2019amour.Mais qui aime quelqu\u2019un ?À songer à la nature de l\u2019amour, on y peut trouver quelque chose de terrifiant.Miser inconditionnellement sa vie sur quelqu\u2019un qui peut nous en dépouiller sans nous la rendre a de quoi faire frémir.Le gars ou la fille qui a déjà découvert combien l\u2019émotion de complaisance, que l\u2019on nomme trop tôt l\u2019amour, est passagère, peut alors regarder les autres gars, les autres filles et se dire que se confier à l\u2019un d\u2019eux est courir au suicide.Sera-t-il fidèle ?Saura-t-il aimer ?Réellement ?donc toujours ?Va-t-il le prostituer, c\u2019est-à-dire en user sans l\u2019aimer, le dévorer sans le reconnaître ?Le salir, le voler, le violer ?le prendre sans sa personne ?Si la vie n\u2019offre que ce risque, si le bonheur est si peu sûr, si l\u2019amour de l\u2019homme est si lâche, relâché, traître, à quoi bon vivre ?Comment oser aimer ?La peur s\u2019installe.Et la vie se désintègre.Si Dieu est mort ?Notre volonté d\u2019aimer est incertaine.Elle est faible.L\u2019assurance du retour de l\u2019amour est encore plus faible.Dépouillé de l\u2019intensité émotive \u2014 qui a tôt fait de disparaître \u2014 l\u2019amour humain offre ce paradoxe de l\u2019avenue du bonheur dans laquelle l\u2019homme s\u2019engage peu, se dégage trop souvent.Il lui préfère les vaines illusions d\u2019autres avenues.S\u2019il était possible d\u2019assurer la vie humaine, la vie personnelle dans la réciprocité d\u2019amour et dans la stabilité personnelle d\u2019amour face aux lendemains imprévus .Pour cela ne faudrait-il pas la présence d\u2019une personne parfaite qui soit Amour ?Ne faudrait-il pas sa LA MORT DE L'HOMME 667 force personnelle, présente au sommet même de ma volonté pour que je veuille mon don dans toute sa pureté ?pour que je sois moi-même consolidé en ce que je veux réellement ?pour que mes velléités d\u2019aimer deviennent mes volontés d\u2019airner ?S\u2019il était ici, alors j\u2019aimerais avec assurance, je vivrais de Celui que j\u2019aime, je saurais aimer pleinement tous les autres dans la fermeté du don que je veux et qu\u2019il me consolide.Ma vie aurait son acte propre, son action saine et sereine.Et toutes mes activités pourraient lui contribuer leurs agréments.L\u2019Amour existe-t-il ?Sa Force est-elle à ma disposition ?Je n\u2019apporterai pas de preuves philosophiques ou historiques qu\u2019un jour «le Verbe s\u2019est fait chair», qu\u2019il est « la Voie, la Vie et la Vérité », qu\u2019il nous a révélé l\u2019évidence qu\u2019il faut d\u2019abord « aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » pour ensuite « aimer ton prochain comme toi-même », ou mieux encore pour « vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimé ».Les preuves historiques et philosophiques existent et se complètent de sorte que l\u2019intelligence n\u2019a pas terminé son chemin tant qu\u2019elle n\u2019a pas reconnu en Jésus «l\u2019Alpha et l\u2019Oméga, le premier et le dernier» de tout et tous.Ma preuve viendra du vide des cœurs qui ne reconnaissent plus les pas de l\u2019Amour sur notre sol, dans notre histoire et sa présence dans nos cœurs.Ma preuve viendra de l\u2019homme qui a proclamé la mort de Dieu, pour créer son propre destin, et qui ne peut plus vivre le pari d\u2019aimer l\u2019homme.Ma preuve est l\u2019impuissance d\u2019amour révélé dans le conflit comme moyen de « dialogue » social, économique et politique ; ma preuve est dans les couples qui se vantent, toujours plus nombreux, d\u2019être libérés c\u2019est-à-dire infidèles.Ma preuve est dans les médicaments de la stérilité qui substituent la castration 668 L'ACTION NATIONALE au respect du conjoint et l\u2019étreinte à l\u2019amour.Ma preuve est dans les séductions trompeuses et asséchantes de l\u2019érotisme.Ma preuve est dans ces parents et médecins combien préoccupés par le bien d\u2019autrui qu\u2019ils mettent l\u2019enfant à mort.Ma preuve est dans l\u2019accaparement de l\u2019homme par l\u2019homme et sa frénésie des paradis artificiels et meurtriers.Avec la mort de Dieu, l\u2019homme s\u2019est suicidé.Ma preuve m\u2019est aussi venue de ceux qui vivent l\u2019amour.J\u2019ai trouvé la joie chez cette jeune fille et ses compagnes qui vivent dans le Seigneur et dans l'amour des autres par la monotonie des labeurs de la vie cloîtrée.J\u2019ai vu l\u2019amour de mes parents pour moi-même, mais surtout pour mon frère né mongol qui a pénétré leurs gestes, intentions et actions.Mes parents, nourris de l\u2019eucharistie.J\u2019ai compris l\u2019amour auprès de mon père mourant qui ne pleurait pas sur lui-même mais sur ma mère et mon frère à la pensée des problèmes que son décès leur causerait.J\u2019ai lu le bonheur humain en ces couples amis, assidus au Christ, qui ont vécu le respect naturel du conjoint et le don de la fécondité.J\u2019ai connu la bonté en ce jésuite qui a sorti tant et tant de gens de la détresse de vivre pour leur redonner la paix.Oui, j\u2019ai même trouvé l\u2019amour chez des amis qui enseignent et se préoccupent de la vérité et du bien qui peuvent réanimer certains de leurs élèves.Ces gens ont chacun leurs défauts.Ces gens ne sont pas tous aimables de la même façon.Ils sont chacun détestable d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Surtout, ils éprouvent comme chacun les misères et contrariétés de la vie, surtout de leurs faiblesses.Mais ils ne tuent pas.Ils donnent la vie.Ils se consolident dans ce don.Ils ont la paix de vivre et ils vivent d\u2019amour.Car ils vivent de Celui qui est Amour.C\u2019est tout. La Grèce par Madame Paul Normand. 670 L'ACTION NATIONALE Nous atterrissions à l'aéroport international d'EI-lénikon au sud-est d\u2019ATHÈNES.Un autocar privé est exact au rendez-vous.Propre mais un peu fatigué, il est évident qu\u2019il en a vu bien d\u2019autres : il doit connaître son chemin par cœur.Après six ou sept milles d\u2019autoroute et la traversée d\u2019un faubourg industriel, nous sommes introduits au cœur de la ville par l\u2019odhos (rue) Piréos jusqu'à notre hôtel à deux pas de la plateia (place) Omo-nia.Le temps de recevoir la clef de sa chambre, de recouvrer sa valise, de se rafraîchir un brin et nous nous retrouvons pour notre premier dîner (souper) en Grèce continentale.Le maître d\u2019hôtel et les garçons de table ne comprennent pas plus le français ou l\u2019anglais que nous ne comprenons le grec.Et ils sont aussi empressés et gentils que timides .J\u2019ai décidé de manger ce qui se présentera pour éviter des pertes de temps.Nous avons mieux à faire que d\u2019attendre un gérant très occupé pour nous expliquer la composition des plats ou interpréter nos caprices.L\u2019une ou l\u2019autre des compagnes s'y est aventurée.Mais j'ai vu Athènes illuminée avant elle ! Il fait merveilleusement doux.Et quel mouvement plateia Omonia, vaste cercle où jaillissent des fontaines, léofo-ros (avenue) Stadhiou, bordée de magasins et de boutiques et surtout plateia Syndagma : les taxis, les autobus, les trolleybus, les voitures privées et mille piétons semblent pris de frénésie.Nous traversons la place.En passant, nous regardons le Vieux Palais devenu édifice gouvernemental dans le Jardin National.Nous croisons la léoforos Vasilisi devant le ministère des Affaires étrangères puis c\u2019est l\u2019hôtel King Palace.Nous avons fait le tour complet de la place stratégique pour l\u2019orientation dans la ville.Athènes, c\u2019est une grande capitale comme les autres grandes capitales du monde ! Attention ! au sud-ouest, l\u2019Acropole illuminée nous rappelle à l\u2019ordre : ce carrefour bruyant n\u2019est pas comme les autres.On y aperçoit le mirifique Parthénon.Ici, c\u2019est Athènes, l'unique au monde.Nous revenons vers notre hôtel par la léoforos Vé-nizélou : à droite et dans l\u2019ordre, c\u2019est l\u2019Académie, l\u2019Uni- LA GRECE 671 versité et la Bibliothèque Nationale où les intelligences viennent s\u2019enrichir dans des « temples » dont la beauté architecturale est toute grecque.Nous revoilà plateia Ornonia.Un dernier regard vers le sud : sur l\u2019Acropole, le Parthénon nous salue : Kali nichta \u2014bonne nuit et que les dieux et les déesses accompagnent vos rêves ! Athènes : Une passionnante journée s\u2019annonce.Elle débutera par la visite du Musée National, guidée par Madame Marie Lazaridou qui nous accompagnera tout le temps de notre séjour en Grèce.Notre nouvelle cicérone est une belle statue grecque à l\u2019abondante chevelure blonde, au français académique un peu laborieux, aux connaissances encyclopédiques et qui serait bien capable de mériter une médaille d\u2019or dans un marathon olympique .la suive qui peut ! Les Québécois ont bonnes jambes et grande curiosité.Ça ira .De la plateia Ornonia, l\u2019autocar n\u2019en aura que pour dix minutes, par la léoforos Ikosiocto Oktovriou qui file vers le nord, pour nous déposer à l\u2019entrée du musée.Nous jetons un bon coup d\u2019œil sur les édifices de marbre de l\u2019École Polytechnique.Nous nous en sommes souvenus quand, de retour de voyage, les journaux canadiens ont parlé des troubles causés par trois mille étudiants de cette institution, en révolte contre le nouveau gouvernement « entièrement formé de civils » qui a remplacé la dictature militaire dite « des Colonels » en fonction depuis 1967.Les étudiants en avaient surtout, semble-t-il, contre le président de la république, M.Georges Papadopoulos qui, selon eux, aurait conservé trop de pouvoirs constitutionnels.Après cette visite de trois heures au Musée National, je suis convaincue d\u2019avoir reçu le cours le plus efficace et le plus agréable qu\u2019un profane puisse recevoir en science archéologique.Le nom des vingt-six salles d\u2019exposition est une identification « en gros » de l\u2019âge des objets qu\u2019on y trouve : 672 L'ACTION NATIONALE Néolithique \u2014 une grande idole de terre cuite, vases et armes de pierre, outils en os, céramiques (3,500 à 2,900 avant J.-C.) Cycladique \u2014 objets de terre cuite, idoles stylisées, joueurs de flûte, diadèmes, ustensiles (2,400 à 2,200 avant J.-C.) Mycénienne \u2014 objets en or et autres matériaux précieux, ivoire, cristal de roche, etc.provenant presque tous des fouilles faites à Mycènes par Schlie-mann (1876-77) et Papadimitriou (1925-55).Le masque en or dit d\u2019A-gamemnon, le casque composé de défenses de sangliers tel que décrit par Homère, les trois poignards à incrustations d\u2019or, d\u2019argent, d\u2019élec-trum (alliage or/argent) et de nielle (émail noir coulé dans des rainures) m\u2019ont fascinée.Quelques vitrines renferment des objets de la même époque, trouvés dans d\u2019autres parties du Péloponnèse, en Attique et autres pays.(1,600 à 1,200 avant J.-C.) Archaïque \u2014 (7 salles) statues, bustes, têtes, figurines, stèles funéraires (Ville au Vie siècle avant J.-C.) Classique \u2014 (4 salles) sculptures, stèles funéraires (Ve et IVe siècles avant J.-C.) Une salle est dite « Des Copies » : reproductions d'œuvres célèbres.Deux salles sont remplies de bronzes : statues et statuettes, ornements militaires et armes, ustensiles, etc.Enfin, la salle XXVI présente la collection de céramiques, sculptures, bijoux grecs antiques et byzantins offerts à l\u2019État par Madame Hélène Stathatos.Impossible d\u2019examiner en détail une telle quantité LA GRÈCE 673 d\u2019objets mais impossible aussi d\u2019en sortir comme si on n\u2019y était pas venu : comment après cela, pourrait-on penser que l\u2019intelligence, la créativité, l\u2019ingéniosité ont commencé avec soi ?L\u2019humilité siérait bien aux hommes du XXe siècle même si leurs inventions sont extraordinaires en nombre et en importance.Des hommes de génie ou tout simplement ingénieux sont passés avant eux, leur préparant les voies .L\u2019étage supérieur est réservé à la céramique.Nous y verrons des poteries jalonnant l\u2019évolution de l\u2019homme à partir de l\u2019Âge du Bronze (néolithique récent : 3,000 ans avant J.-C.) jusqu\u2019à environ 400 ans avant J.-C.Elles proviennent des fouilles en territoire grec.J\u2019en aurais bien apporté quelques-unes, faute de quoi, j\u2019ai acheté un album reproduisant les plus significatives.Notre voiture remonte encore un peu plus vers le nord pour nous faire voir le parc des Champs de Mars et c\u2019est en traversant la ville du nord au sud cette fois que nous atteindrons le mont Lycabette, mille pieds d\u2019altitude et dont le nom a été choisi à cause des bandes de loups (liki) qui l\u2019infestaient.Nous quittons la voiture à l\u2019extrémité de l\u2019odhos Ploutarchou et prenons le funiculaire souterrain qui débouche près de la chapelle Saint-Georges.Quelques pas et nous sommes sur la plate-forme d\u2019observation.Des tables de marbre indiquent les points cardinaux.Le mont Lycabette est le plus haut gratte-ciel d\u2019Athènes.La construction d\u2019édifices de plus de sept étages est interdite par la loi car, où que l\u2019on soit dans la ville, on doit pouvoir apercevoir l\u2019Acropole.Du haut de notre perchoir naturel, elle apparaît comme une jolie maquette posée sur une grande table oblongue.Vingt paires d\u2019yeux québécois scrutent la belle capitale blanche où vingt millions d\u2019êtres humains vivent, travaillant, dormant, se promenant : l\u2019amour, l\u2019indifférence, la haine, la santé, la maladie, les vertus ou les vices les font rire ou pleurer.et mourir.À Athènes comme à Montréal.Ce grand entonnoir formé par les 674 L\u2019ACTION NATIONALE montagnes de l\u2019Attique * dans laquelle s\u2019est développée Athènes me fait soudain penser à ma petite ville de Saint-Pascal.Je l\u2019ai vue tant de fois du haut de la montagne à Cotton, comme blottie dans le tout petit entonnoir formé par des monts de la chaîne des Alléghanys.Ma minuscule ville occupe une si grande place dans mon cœur qu\u2019elle a réussi pour un moment à éclipser la superbe Athènes.Les Athéniens me pardonneront le parallèle farfelu car je leur dirai mon émerveillement devant la splendeur de leur cité et les sentiments d\u2019amitié qui naissent en moi devant la gentillesse de leur hospitalité.L'Acropole L\u2019après-midi est réservé à la visite de l\u2019Acropole, cet « autel à la beauté » comme se sont plu à la dénommer tant de gens depuis que les travaux commandés par Périclès après son accession au pouvoir en 461 avant J.-C.en ont fait l\u2019œuvre la plus harmonieuse jamais créée de mains humaines.Par milliers se compteraient les écrivains qui ont chanté l\u2019Acropole, les peintres qui ont fait de ses chefs-d\u2019œuvre le sujet de leurs tableaux et tous les professionnels et amateurs qui les ont photographiés sous tous les angles imaginables.On croit donc savoir ce qu\u2019on va trouver.Chacun a structuré son Acropole athénienne dans sa tête.Et puis, on entre pour la première fois dans la ville et on « la » reconnaît : le Parthénon, symbole d\u2019Athènes c\u2019est comme la Tour Eiffel, symbole de Paris, la Tour Penchée, symbole de Pise et la Statue de la Liberté, symbole de New-York.On est très content : « l\u2019autel à la beauté » est là sur ses gradins telle qu\u2019on se la figurait.Et l\u2019heure arrive de l\u2019examiner de près.Le symbole stylisé, idéalisé disparaît absolument et c\u2019est la réalité plus belle encore de l\u2019Acropole de pierre et de marbre qui s\u2019impose.On reçoit un premier choc : cette colline de deux cent trente pieds de hauteur est une forteresse véritable ! L\u2019histoire et les * Attique de Attiki c\u2019est-à-dire promontoire, nom très juste pour cette péninsule triangulaire qui ouvre la mer comme une étrave. LA GRECE 675 illustrations l\u2019ont répété mais je n\u2019en avais pas retenu la notion.Le côté ouest étant vulnérable, c\u2019est là que les premiers murs ont été élevés dès l\u2019époque mycénienne, murs si gigantesques qu\u2019on en attribuait la construction aux Cyclopes, géants mythologiques dont l\u2019œil unique est placé au milieu du front.Mais ces monstres n\u2019étaient pas manchots dans l\u2019esprit des superstitieux qui ne pouvaient imaginer comment des « humains ordinaires» auraient pu transporter et empiler des pierres de treize pieds d\u2019épaisseur.Plus tard, Pisistrate avait muni les fortifications d\u2019une porte monumentale ouvrant sur deux temples culturels dont l\u2019un dédié à Artémis, l\u2019autre à Athéna.Les Perses les détruisent en 480 avant J.-C.Afin de renforcer les défenses, Thémistocle ajoute quelques bastions sur le versant nord.Il utilise les débris des temples, les colonnes et les statues pour remplir les trous et « égaliser » le terrain.Les fouilles archéologiques ressuscitent ces vestiges précieux de l\u2019époque archaïque.Le musée érigé à l\u2019angle sud-ouest de l\u2019Acropole les conserve.Mais c\u2019est à la demande de Périclès que les fameux architectes Callicrates, Mnésiclès et Ictimos et les sculpteurs Praxitèle et surtout Phidias transforment la forteresse en cet « autel à ia beauté » qui, même après deux mille ans de négligence, de pillage et de destruction possède encore le pouvoir de nous enchanter.En 1833, lorsque la Grèce recouvre son indépendance, Athènes n\u2019est plus qu\u2019un village de quelque six mille habitants tassés au pied du versant nord-est de l\u2019Acropole, à l\u2019endroit exact appelé Plaka.Ce quartier a été rebâti en conservant les caractéristiques anciennes : rues étroites, tortueuses, à escaliers, maisons basses aux toits de tuile.Je suis fort chagrine de ne l\u2019avoir pas visité car, si j\u2019en crois ce qu\u2019on en dit, j\u2019ai manqué ici l\u2019expérience si agréable et si enrichissante faite à Bogota en visitant son quartier de l\u2019époque coloniale.Après l\u2019indépendance, le roi Othon et son gouvernement siègent pendant quelque temps à Nauplie mais 676 L\u2019ACTION NATIONALE en 1835, ils viennent définitivement s\u2019installer à Athènes.Des travaux de restauration commencent tout de suite sur l\u2019Acropole.Mais elle est si massacrée qu\u2019il ne faut pas moins de cent ans pour qu\u2019elle redevienne la gloire de la Grèce.Le soleil est ardent, le ciel absolument pur.Des centaines et des centaines de touristes montent et descendent les sentiers qui conduisent aux Propylées, imposante entrée comprenant un portique central flanqué de deux ailes asymétriques.L\u2019une servait de galerie de peintures ; l\u2019autre supporte le petit bijou de temple dédié à la déesse Athéna Niké, restauré en même temps que les Propylées.J'ai reçu le deuxième choc lorsque, ayant franchi le portail des Propylées après une longue escalade de marches de pierre, j\u2019ai débouché sur l\u2019Acropole : le Par-thénon est si beau qu\u2019il fait oublier tous les autres chefs-d\u2019œuvre.Son péristyle est constitué de quarante-six colonnes de style dorique taillées dans le plus beau marbre penthélique.Elles supportent une frise sculptée par le « divin » Phidias, malheureusement incomplète comme le fronton en triangle d\u2019ailleurs.Le toit est absent mais le plancher de marbre luit au soleil.Le diamètre des colonnes diminue régulièrement de la base au sommet et elles penchent toutes vers l\u2019intérieur du temple.La forme et la disposition de ces colonnes donnent l\u2019illusion que le grand temps va s\u2019étirer à l\u2019infini dans les hauteurs du ciel.Côté nord, voici le temple compliqué et élégant des « Cariatides ».Le toit de l\u2019un des trois porches est soutenu par six colonnes en forme de femmes.Quelle dignité et quelle allure en ces « grandes dames » qui regardent de haut la procession des pauvres humains ! Effet d\u2019éclairage peut-être ou de comparaison avec le Parthénon mais elles m\u2019ont paru très hautaines dans le drapé de leur tunique de marbre trop blanc.Des débris de colonnes, de murs, de frises jonchent le sol de l\u2019Acropole.dans un désordre artistiquement LA GRÈCE 677 organisé.On veut s\u2019asseoir ici sur une pierre couchée ou s\u2019appuyer là sur un débris de colonne ; on veut faire provision de cette lumière et de ces ombres à nulle autre pareilles.Mes yeux suivent la pente sud-ouest très abrupte.J\u2019aperçois l\u2019Odéon d\u2019Hérode Atticus aux cinq mille sièges taillés à même le roc et la colonnade de près de deux cents verges de longueur si expertement restaurés qu\u2019on les utilise à l\u2019occasion du festival annuel de musique et de théâtre.Un peu plus à l\u2019est, c\u2019est le théâtre de Dionysos dont les soixante et sept degrés peuvent asseoir en demi-cercle, encore aujourd\u2019hui, treize mille spectateurs venus entendre les œuvres d\u2019Eschyle, de Sophocle, d\u2019Euripide ou d\u2019Aristophane.L'Aréopage, la Pnyx, l'Agora : On repasse les Propylées et au tournant du sentier, on nous indique la colline de l\u2019Aréopage, première cour de justice européenne si prestigieuse que ce nom désigne encore de nos jours la Cour Suprême de Grèce.En cet endroit, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019évoquer Socrate, le plus célèbre des philosophes grecs.Un jour, il y a longtemps, plus de deux mille ans, il est traduit devant le tribunal des Cinq Cents sous l\u2019accusation de corrompre la jeunesse et d\u2019introduire à Athènes une religion nouvelle.À trente voix de majorité, il est condamné à boire la ciguë empoisonnée.Qu\u2019avait-il donc fait pour s\u2019attirer pareille accusation et pareille condamnation ?C\u2019est bien sûr qu\u2019il dérangeait les orthodoxes rigides par sa recherche constante de la vérité « en marche », qu\u2019il scandalisait les adorateurs d\u2019idoles par sa foi en un Dieu unique et qu\u2019il heurtait le fanatisme et les préjugés en enseignant la tolérance des idées.Mais si on y regarde bien, on peut se demander s\u2019il n\u2019a pas été en fin de compte victime de son caractère insupportable.Il ne cédait jamais sur rien et méprisait ouvertement ses concitoyens qu\u2019il traitait d\u2019ignorants.Lutter pour la liberté d\u2019opinion et de parole et pour faire partager ses idées quand on y croit fermement soi-même, c\u2019est bien.Mais cette lutte doit s\u2019accompagner du respect des autres et d\u2019une mé- 678 L\u2019ACTION NATIONALE thode susceptible d\u2019emporter leur adhésion.Devant l\u2019Aréopage, je pensais que Socrate a été suivi par beaucoup de gens qui, comme lui, prêchent la tolérance avec intolérance.Je pensais à toutes les erreurs grossières que des gens habiles ont fait gober aux Québécois.Et je me disais que si le grand Socrate avait eu un peu plus de patience et de diplomatie, ses idées géniales, au lieu de le conduire à la mort, l\u2019auraient sans doute porté, sinon au gouvernement de sa ville, du moins parmi les premiers technocrates de ce gouvernement.Et puis, c\u2019est la grande figure de saint Paul que l\u2019Aréopage ressuscite.Environ cinq cents ans après Socrate, il fait ici même son sermon sur le Dieu inconnu auquel les Athéniens ont élevé un monument.Il sait qu\u2019il a affaire au peuple fondateur du rationalisme.Il disait : « Les Juifs demandent des miracles ; les Grecs, eux, ne veulent que la sagesse et la science ».Il faut quand même leur enseigner toute la vérité, « la scandaleuse vérité » sur Jésus et il se met à parler de sa résurrection.Aussitôt, on lui coupe la parole : « Nous t\u2019entendrons là-dessus une autre fois ».Ces gens qui avaient démystifié les dieux de l\u2019Olympe et leurs pouvoirs illusoires se montraient réticents devant les récits de miracle.Avaient-ils acquis la tolérance des idées ?Saint Paul avait-il usé d\u2019une éloquence respectueuse ?Il n\u2019est pas condamné à boire la ciguë.Parmi les convertis, un sénateur qui, sous le nom de Denis l\u2019Aréopagite, est devenu le saint patron d\u2019Athènes.Saint Paul a beaucoup travaillé dans cette ville.Je me demande combien elle compte maintenant de catholiques .De l\u2019autre côté de la léoforos Apostolou Pavlou (avenue de l\u2019Apôtre Paul), sur une colline un peu plus basse, c\u2019est 'a Pnyx où tous les citoyens (dix-huit mille pendant l\u2019Âge d\u2019Or) composaient l\u2019Assemblée du Peuple.Ils s\u2019assoyaient, serrés les uns contre les autres (et c\u2019est ce que signifie le mot Pnyx) pour écouter les orateurs et approuver ou rejeter les « projets » de loi.Comme en notre temps, ils eurent bien des fois à subir les élucu- LA GRECE 679 brations de gens « qui se prenaient pour d\u2019autres » et ils se laissèrent sans doute influencer par des démagogues.Mais parfois ils entendaient des paroles de sagesse : Solon, Thémistocle, Périclès, Démosthène, Aristide haranguèrent les Athéniens à cet endroit.De cette colline, la vue sur l\u2019Acropole est particulièrement belle et c\u2019est pour cette raison que les spectateurs de Sons et Lumière s\u2019y rassemblent.La Pnyx avait été aménagée sous Clisthène au Vie siècle avant J.-C., après l\u2019établissement systématisé de la démocratie.Auparavant, l\u2019Assemblée se tenait à l\u2019Agora que nous trouvons sur une autre colline à quelques minutes de la Pnyx.Mon voyage en Grèce m\u2019a permis de démêler mes idées embrouillées concernant l\u2019Acropole, l\u2019Aréopage, la Pnyx et l\u2019Agora : la première était surtout consacrée au cuite religieux, l\u2019Aréopage, à l\u2019exercice de la justice tandis que les deux derniers étaient des centres politiques et de vie publique.Ceux dont la conduite était répréhensible et surtout ceux qui possédaient ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui « un dossier judiciaire » se voyaient refuser l\u2019entrée de l\u2019Agora.Ce lieu n\u2019était-il pas considéré comme le signe par excellence de la civilisation d\u2019une ville, alors que tous les citoyens respectables ont droit au chapitre quand il s\u2019agit des lois qui régissent leur vie ?L\u2019Agora c\u2019était une sorte de « colline parlementaire » avec tous les édifices et annexes nécessaires .dont plusieurs sont restaurés.Une longue colonnade, la Stoa d\u2019Attalus construite par Attalus de Pergame en reconnaissance pour l\u2019éducation dont il avait bénéficié à Athènes a été complètement refaite et tout comme les philosophes, on peut s'y promener à l'ombre, à l\u2019abri des rayons ardents du soleil et parfois aussi, j\u2019imagine, à l'abri de la pluie .Car il doit bien pleuvoir de temps en temps dans ce pays ! Le Pirée : Les temps libres à Athènes ont été rares.Pour moi, j\u2019en ai profité pour me promener au hasard des rues, pour faire du lèche-vitrines et observer les Athéniens, 680 L\u2019ACTION NATIONALE ces gens pressés, à l\u2019air préoccupé.Il n\u2019y a aucun espace vide entre Athènes et ses faubourgs et même entre Athènes et le port du Pirée où nous sommes allés prendre en groupe un dîner aux fruits de mer dans un café en plein air sur le port.Je ne savais pas que ce port le plus important de la Grèce était en même temps une ville aussi considérable (360,000 habitants) et aussi industrialisée.Partout on aperçoit des cheminées d\u2019usine : metallurgies, verreries, filatures, distilleries, minoteries, savonneries, engrais chimiques, et que sais-je ?Thémistocle (470 avant J.-C.) avait érigé une longue enceinte qui englobait les trois presqu\u2019îles composant ce port célèbre.Nous n\u2019avons pas le temps de visiter mais de nos tables nous avons une belle vue d\u2019ensemble et nous apercevons une forêt de mâts.C\u2019est très romantique.Dommage qu\u2019il y ait cette odeur déplaisante de produits chimiques ! Mais, illusion ou réalité, il flotte aussi dans l\u2019air cette musique du Pirée, le « bouzoukia ».« Quand un homme il est plein, qu est-ce qu\u2019il peut faire ?.Exploser », de crier Zorba le Grec.Qu\u2019il soit plein de joie ou de douleur, c\u2019est dans une danse qu\u2019il explose, dans le roman et dans le film .et dans la vie .peut-être .De fil en aiguille, nous nommons Mikis Théodorakis, compositeur de la musique des films « Zorba le Grec » et « Z » et la chanteuse Mélina Mercouri, ces deux artistes révolutionnaires « autorisés » à quitter le pays.Nous parlons de Nana Mouskouri, la grande chanteuse grecque si aimée au Québec et dont la critique a dit que « sa voix roule comme une source dans la montagne ».En dînant parmi les bateaux du Pirée, comment ne pas faire allusion à Monsieur l\u2019armateur Aristote Socrate Onassis dont l\u2019immense fortune a commencé avec l\u2019achat de six cargos à Montréal pendant la grande crise économique.Son île de Scorpios et.sa femme doivent se trouver dans les alentours .Non, nous ne sommes pas près d\u2019oublier ce repas : ce n\u2019est pas tous les jours que l\u2019on mange dans une telle atmosphère.J\u2019avoue que devant les premiers services, j\u2019ai quelque difficulté avec mon appétit qui se LA GRECE 681 révèle aujourd\u2019hui moins internationalisé que je ne croyais.Les petites pieuvres, les octopus et les bébés calmars, même s\u2019ils sont « well done » ne réussissent pas à tenter ma fourchette récalcitrante.Mais les petits poissons blancs et les rougets sont fort appétissants et font bon ménage avec un vin blanc du pays (sans retsina).Le pouding au riz, le plat de pêche et le café .turc terminent dans la sécurité du connu un repas qu\u2019on pourrait difficilement qualifier d\u2019insignifiant.Le Péloponèse : Nous quittons la capitale.Une autoroute rapide suit le rivage du golfe Saronique et nous fait avaler les cinquante-trois milles d'Athènes à Corinthe en un temps record : à droite, des montagnes, des collines d\u2019où émerge le mont Aegaléos ; à gauche, la mer.Nous jetons un coup d\u2019œil à l\u2019île de Salamine, célèbre par la victoire, décisive pour tout le pays, remporté par les troupes grecques contre les Perses en 480 avant J.-C.Ajax était le roi de Salamine au temps de la guerre de Troie à laquelle il participe avec Ulysse de l\u2019île d\u2019Ithaque, Ménélas de Sparte, Achille de Thessalie, Nestor de Pylos, Philoc-tète du mont Oeta, Diomède d\u2019Argos sous le commandement d\u2019Agamemnon de Mycènes.Nous escamotons Eleusis, patrie d\u2019Eschyle, le fondateur de la tragédie grecque et Mégare d\u2019où partirent Byzaz et ses marins à la découverte d\u2019une terre fertile, selon les indications de l\u2019Oracle de Delphes (voir L\u2019Action Nationale, janvier 1975, La Turquie).Nous sommes toujours dans l\u2019Attique.Mais voici le Péloponèse qui apparaît sur notre carte comme une immense feuille d\u2019érable flottant sur la mer.Pour les quelques derniers jours de notre voyage, nous avons choisi de visiter cette partie de la Grèce parce qu\u2019elle est si riche en beautés naturelles et en sites historiques qu\u2019elle se trouve en quelque sorte à présenter une synthèse du pays tout entier même au point de vue du relief terrestre.Le Péloponèse c\u2019est la Grèce .en concentré.Nous espérons y recueillir des impressions assez variées et significatives pour avoir 682 L\u2019ACTION NATIONALE une idée honnête du pays.Quand on parle du Péloponèse on le désigne toujours comme une péninsule ou une presqu\u2019île mais en réalité, c\u2019est une île depuis que l\u2019isthme étroit de Mégare qui le rattachait au continent a été coupé par le canal de Corinthe.Ce travail du génie maritime mérite qu\u2019on s\u2019y arrête.L\u2019autocar traverse le pont qui enjambe le canal en son milieu et nous y revenons à pied.La circulation automobile très dense nous coince contre le parapet sur les étroits trottoirs aménagés de chaque côté.Nous nous penchons sur un gouffre : l\u2019eau est à deux cent soixante et dix pieds au-dessous de nous et coule entre des murailles de roc solide qui se font face à moins de soixante-quinze pieds.Nous avons l\u2019impression que ce couloir étroit et profondément encaissé ne mesure que quelques centaines de pieds de longueur : il a pourtant quatre milles.La formidable muraille s\u2019enfonce encore à trente-deux pieds sous l\u2019eau ; les navires jusqu\u2019à huit mille tonnes peuvent donc y circuler du golfe Saronique jusqu\u2019au golfe de Corinthe, faisant ainsi communiquer par un important raccourci la mer Égée à la mer Ionienne.L.e trajet du Pirée à la mer Adriatique en est diminué de cent quatre-vingt-cinq milles et celui du Pirée à Naples, de quatre-vingt-quinze milles.Faire le tour, à travers îles et récifs, de l\u2019excroissance dentelée du Péloponèse représentait une perte de temps considérable et une aventure dangereuse.Le problème avait toujours hanté l\u2019esprit des navigateurs.Au Vie siècle avant J.-C., ils avaient tenté de le résoudre si on en croit les vestiges d\u2019une piste dallée d\u2019un golfe à l'autre sur laquelle les petits bateaux étaient transportés sur des chariots.L\u2019empereur romain, Néron, est cependant le premier à avoir essayé un forage de part en part de l\u2019isthme.Comme la dynamite n\u2019était pas connue, les travaux sont exécutés à la main par des esclaves.Mais ils restent inachevés et pendant longtemps encore on roulera les bateaux sur des troncs d\u2019arbres dans ce couloir superficiel bien au-dessus du niveau de la mer.Ce n\u2019est qu\u2019en 1893, après onze ans de creusage et de LA GRECE 683 minage que le canal est enfin achevé par des ingénieurs français.Nous photographions à qui mieux mieux cette entaille indispensable et spectaculaire.Corinthe Nous évitons la ville moderne de Corinthe (20,000 habitants) entièrement reconstruite après sa destruction par un tremblement de terre en 1928 afin de réserver plus de temps à l\u2019ancienne Corinthe.Il y a sept mille ans, des hommes vivaient ici.Mais le champ de fouilles montre surtout des vestiges de la ville romaine construite par Jules César en 44 avant J.-C.Cependant, un des plus anciens temples grecs dédiés à Apollon (Vie siècle avant J.-C.) dresse encore sept des trente-huit colonnes de son péristyle sur une terrasse d\u2019où nous avons une vue d\u2019ensemble de l\u2019agora et de ses environs.Quelques cyprès et autres conifères, un bosquet d\u2019oliviers, de la mousse sur les pierres, des petites fleurs sauvages ici et là, des champs verts qui rejoignent la colline couronnée d\u2019une forteresse et en voilà plus qu\u2019il ne faut pour réjouir l\u2019œil le plus exigeant.L\u2019agora était reliée à l\u2019enceinte de la ville par une rue recouverte de marbre qui, moins richement pavée, se prolongeait hors des murs jusqu\u2019au port.Des temples, des églises, trois, quatre, cinq rangées de boutiques disséminées aux endroits commodes, des fontaines, des latrines publiques (quelques-unes en assez bon état pour que l\u2019on voie très bien qu\u2019elles étaient « pour messieurs seulement »), des monuments, des colonnades, un marché, des tavernes ont été mis à jour.À l\u2019ouest, on peut encore voir l\u2019odéon de trois mille sièges où se donnaient des combats de gladiateurs et d\u2019animaux féroces.Construit et reconstruit plusieurs fois, il est embelli vers 175 après J.-C.par ce mécène dont on retrouve partout les générosités, Hérode Atticus.Au nord de l\u2019odéon romain, un grand théâtre grec de dix-huit mille sièges du Ve siècle avant J.-C.et encore plus au nord un Asclépieion, hôpital pour malades mentaux.Corinthe était la grande ville des affaires, la ville renommée pour son amour du 684 L\u2019ACTION NATIONALE luxe et du plaisir.Les mille vestales qui prenaient soin du temple d\u2019Aphrodite, déesse de l\u2019Amour, descendaient à la ville, la nuit venue.Avec le prix reçu en échange de leurs faveurs, elies embellissaient «leur» temple.Pausanias, géographe du Ile siècle a parlé des fontaines et des bains de Corinthe comme étant des œuvres d'une rare beauté.La fontaine Pirène en particulier fut longtemps l\u2019objet des recherches des archéologues.Ils marchaient dessus sans le savoir.Un jour, par hasard, ils la découvrent avec ses deux sources, ses réservoirs, sa grande cuve où les Corinthiens venaient puiser leur eau.Des constructions plusieurs fois remaniées qui voisinaient la bouche d\u2019eau, il reste des niches profondes du Ile siècle et quelques colonnes de l\u2019époque byzantine.Nous nous assoyons à l\u2019entrée d\u2019une des niches pour observer, laisser courir notre imagination, admirer, questionner.Mais voilà que des touristes semblent très frustrés de n\u2019avoir pas accès à la niche que nous obstruons.Notre guide a beau leur expliquer que toutes les niches sont semblables, ils continuent à nous « enjamber » comme des sacs.Une grande brute fonce, s\u2019accroche les pieds dans la plus menue de nos camarades qui dégringole au bas d\u2019une dizaine de marches.Notre mentor, attentif comme il se doit, insère alors dans son laïus une sonore invitation : « Allons, écartons-nous ; laissons passer les barbares.» Nous battons narquoisement en retraite et les moqueries fusent.Devinerez-vous dans quelle langue s\u2019expriment « nos » barbares ?Une tribune imposante fait face au portique sud : c\u2019est la Bêma où le gouverneur romain rendait justice et où saint Paul, accusé par les Juifs de « chercher à persuader les gens d\u2019adorer Dieu d\u2019une manière contraire à la loi », prononça son plaidoyer de défense.Le proconsul romain Gallion renvoie les témoins et acquitte l\u2019accusé (Actes des Apôtres - 18).Nous lisons quelques versets des deux Épîtres de saint Paul aux Corinthiens et c\u2019est comme s\u2019il était venu ici, à Corinthe pour nous rencontrer.Ses paroles sont vivantes, actuelles.Elles vont aux hommes du XXe siècle comme à ceux du 1er : LA GRECE 685 « Ou est-il le raisonneur d\u2019ici-bas ?Dieu n\u2019a-t-il pas frappé de folie la sagesse de ce monde?» (Cor.1-20).En route vers MYCÈNES, nous secouons notre envoûtement en parlant des fameux raisins de Corinthe.Sans pépins, pelure épaisse, ils sont un produit d\u2019exportation important pour cette région.Les cordons bleus québécois les recherchent pour la fabrication du gâteau aux fruits du temps de Noël.Les vignes recouvrent trois cent soixante mille acres du territoire grec.Selon la nature du sol et le climat, elles voisinent avec les oliviers ou les noyers ou avec les céréales, surtout le maïs et le blé, ou encore avec le tabac.La Grèce fabrique de grandes quantités de vin.À l\u2019intérieur du Péloponèse, le climat est plus rude et on ne voit pas d\u2019oliviers mais à quelques milles au sud, dans la région de Sparte, il permet même la culture des bananes, des oranges et des citrons.Mycènes Nous descendons du nord au sud pour environ vingt-huit milles.À Phychtia, nous prenons à gauche la route qui nous conduira vers l\u2019Acropole de Mycènes à deux milles et demi dans la montagne.La route est semée de vestiges de l\u2019Antiquité ; tronçons d\u2019un aqueduc construit au temps de la domination turque (vers 1450), chaussée posée sur des fondations cyclopéennes de l\u2019époque mycénienne (Ile millénaire avant J.-C.), tombes de la même époque taillées dans le roc, mur de soutènement du tombeau d\u2019Agamemnon (aussi appelé Trésor d\u2019Atrée, père d\u2019Agamemnon).Nous le visiterons en revenant.Nous apercevons déjà l\u2019Acropole juchée sur son promontoire.Cette visite est importante.À Mycènes, nous serons dans la capitale de l\u2019époque appelée mycénienne par les archéologues.Cette civilisation avait débuté dans l\u2019île de Crète, notamment à Knossos, mais s\u2019était étendue dans le Péloponèse et dans des contrées lointaines puisqu\u2019on a retrouvé sa trace chez les Égyptiens.Quand ils parlent des Peuples de la Mer, ils nomment les Achéens.Les 686 L'ACTION NATIONALE Hittites en font aussi mention dans les documents trouvés dans leur capitale, Boghazkoy, au nord de la Turquie.Or, Achéens et Doriens sont précisément les noms employés par Homère pour désigner « ses » Grecs dans l\u2019Iliade et l\u2019Odyssée.Nous avions visité Troie en Turquie et nous avions commencé à comprendre que ces deux œuvres composées entre 750 et 700 ans avant J.-C.étaient beaucoup plus que des récits de légendes.Elles parlent d\u2019événements réels survenus cinq cents ans plus tôt, d\u2019hommes ayant existé et elles décrivent si exactement les lieux qu\u2019en les prenant pour guides, on a pu les retrouver deux mille ans après leur disparition.Homère était au courant de la richesse de la ville de Mycènes, de son téménos c\u2019est-à-dire de son temple, de ses maisons servant aux prêtres, de ses fontaines et de ses arbres sacrés, de ses trônes sertis d\u2019ivoire.Il décrit des hommes plus riches et plus puissants que ceux de son temps, leurs casques de plumes, de cornes, leurs boucliers d\u2019or, leurs épées et leurs poignards de bronze sertis d'or et d\u2019argent.Tous ces objets et combien d\u2019autres ont été retrouvés au cours des fouilles opérées dans les lieux décrits par Homère.Nous en avons vu au Musée National d\u2019Athènes.En visitant Mycènes, je me désolais de ne pouvoir retourner à ce musée pour revoir la salle mycénienne qui nous avait captivés mais qui nous aurait parlé un langage encore plus intelligible après la visite de la ville éponyme.Schliemann avait eu beaucoup de difficultés à repérer Troie car cette ville avait complètement disparu.Mais il savait où trouver Mycènes que Pausanias avait visitée en l\u2019an 175 et décrite dans une de ses œuvres.Cette fois, le guide de Schliemann, ce serait Pausanias.Heinrich Schliemann n\u2019était pas un archéologue professionnel et il n\u2019a pas conduit scientifiquement ses recherches et ses fouilles.Il commit beaucoup d\u2019erreurs mais son flair et son « innocence » vis-à-vis les principes scientifiques ont contribué, paradoxalement, à faire avancer la science d\u2019un pas de géant.Son mérite le plus grand est peut-être LA GRECE 687 d\u2019avoir révélé au peuple grec et au monde un large pan de la préhistoire et d\u2019avoir sorti de terre la preuve que les surhommes et les héros chantés par Homère ont existé.Les Grecs de l\u2019époque classique (IVe et Ve siècles avant J.-C.) soupçonnaient la vérité historique des principaux événements mais ils ne connaissaient rien du monde perdu décrit par le poète.En tout cas, ils en savaient beaucoup moins que nous aujourd\u2019hui.Et nous montons sur les traces de Pausanias et de Schliemann jusqu\u2019au terrain de stationnement où nous laissons l\u2019autocar.De cette hauteur dominant la plaine d\u2019Argos qui se déroule jusqu\u2019au golfe d\u2019Argolide, quelle beauté féerique offre le paysage ! Nous imaginons le roi Agamemnon rentrant chez lui, ici à Mycènes, après les dix ans que dura le siège de Troie, la réception qu\u2019on lui prépare, le piège tendu par le traître Egisthe, amant de sa femme Clytemnestre qui le tue avec tous ses compagnons pendant le banquet qui fête son retour.Schliemann dégagea le Cercle des Tombeaux et trouva des corps intacts sous leurs masques et leurs ornements d\u2019or pur.Il croit que ce sont les restes des victimes.Mais les savants modernes démontreront que ces dépouilles sont d\u2019au moins quatre cents ans plus anciennes.Les héros assassinés avaient été inhumés ailleurs, hors des murs de la ville.Datant de 1500 à 1300 ans avant J.-C., ces murs furent plus ou moins brisés par les envahisseurs doriens à peu près cent ans après la guerre de Troie et cet événement marque le début d\u2019un déclin, d\u2019une espèce d\u2019Âge Noir pour la Grèce.Une porte à l\u2019angle nord-ouest de la forteresse, près de la nécropole royale, est presque intacte avec ses deux énormes lions de pierre au-dessus du linteau.Malheu-sement, les deux têtes manquent.Les vestiges mis à jour mériteraient qu'on s\u2019y attarde pour comprendre l\u2019architecture qu\u2019ils suggèrent.Un soir, en 1876, Schliemann fit allumer des feux sur les hauteurs de Mycènes.« C\u2019est la première fois, disait-il, depuis deux mille trois cent quarante-quatre ans».Cent ans plus tard, en 1973, 688 L'ACTION NATIONALE vingt-quatre Québécois se promenant parmi les ruines de Mycènes offrent à Schliemann le témoignage de leur admiration.Et nous reprenons la route.Un arrêt au tombeau d\u2019Agamemnon reconnu comme l\u2019un des plus remarquables monuments de l\u2019Âge du Bronze en Grèce continentale et le plus bel exemple d\u2019architecture mycénienne.L\u2019entrée du tombeau est précédée de deux murs de pierre d\u2019une longueur de cent vingt pieds, formant entonnoir vers la porte qui me fait penser à « la porte des lions », sans les lions.Mais le triangle vide au-dessus du linteau doit bien avoir été un jour la niche de quelque énorme figure héraldique : lion ou griffon ?sphinx peut-être ?À l\u2019intérieur, c\u2019est simple et grandiose : une salle circulaire haute de cinquante pieds a la forme d'une ruche dont le dôme à la courbe audacieuse fermé par une clef de voûte n\u2019est maintenu que par l\u2019agencement équilibré des pierres énormes.Cette salle est l\u2019antichambre du tombeau rectangulaire taillé dans le roc.La science n\u2019a pas décidé, je crois, si les noms donnés à ce monument expriment la réalité.Parmi les morts enterrés ici, y a-t-il Atrée et Agamemnon ?Y a-t-il l\u2019esclave troyen-ne Cassandre, le conducteur de char Eurymédon et leurs compagnons assassinés ?Peu importe.Ce qui importe c\u2019est de savoir que ces vestiges sont de l\u2019époque décrite par Homère, que Schliemann, Michael Ventris et combien d\u2019autres savants par leurs intuitions géniales et leur travail acharné ont levé bien des voiles, percé bien des mystères sur le passé des hommes.Nauplie et Epidaure Nous revoici au carrefour de Phychtia : nous tournons à gauche sur la grande route et filons, cap au sud.Après Argos, nous bifurquons vers l\u2019est pour NAUPLIE sur le golfe d\u2019Argolide où nous attendent nos chambres au nouvel hôtel Agamemnon.Cette petite ville de neuf mille habitants a une grande histoire.Aujourd\u2019hui, c\u2019est une station balnéaire très fréquentée.L\u2019atmosphère est à la détente : cela respire les vacances comme à Rhodes. LA GRECE 689 Le goût nous vient de la flânerie, du badinage et du rire.C\u2019est le 14 juillet et à cause de nous, ce jour est français jusqu\u2019en Grèce ! La forteresse, au milieu du port n'est pas « la » Bastille.Mais qu\u2019elle est belle cette forteresse vénitienne du Bourtzi ! Elle me fait penser à un énorme paquebot à l\u2019ancre dont les grosses cheminées se découperaient sur un fond de ciel très bleu et se renverseraient en même temps dans le miroir plus bleu encore de l\u2019eau frémissante.Un minuscule traversier en revient : il suit le balisage étrange formé par les rayons horizontaux du soleil couchant.Nous nous retournons : sur la montagne, une massive silhouette se détache.C\u2019est une autre forteresse vénitienne, la Palamidi.À Nauplie, nous nous promenons entre la montagne et la mer dans des rues planes et longues quand elles vont dans le sens de la montagne et de la mer, courtes quand elles sont transversales.Parce que nous avons un œil sur Bourtzi, l\u2019autre sur Palamidi aux dimensions colossales, tout le reste nous semble diminué : petites les boutiques, petits les ateliers de couture, d\u2019artisanat, petits les magasins de vins et de liqueurs, petits les parcs fleuris.Il me semble que même les gens sont menus.Nous rencontrons des militaires : ils sont tout frêles ! Ou bien, j\u2019ai mal aux yeux .La terrasse-sur-mer de notre hôtel est aménagée en restaurant où nous prenons un repas léger avant de partir pour Epidaure, à environ dix-huit milles, à l\u2019est de Nauplie.Nous sommes en pleine saison du Festival durant lequel, chaque été, la compagnie du Théâtre National de Grèce joue les grands drames des anciens auteurs grecs, dans le plus célèbre des théâtres de l\u2019antiquité, restauré pour recevoir quatorze mille auditeurs.La réputation de « cette acoustique naturelle » est-elle méritée ?Nous verrons.Cette année, on joue l\u2019Agamem-non d\u2019Eschyle.Je suis sur la cinquante-deuxième et dernière rangée de sièges accotés à pic contre la montagne.J\u2019observe et le spectacle et les spectateurs.C\u2019est fantastique.Le drame est joué en grec mais après Troie et Mycènes, nous suivons facilement le jeu et nous n\u2019avons 690 L'ACTION NATIONALE qu\u2019à nous laisser envahir par la beauté harmonisée de la musique et des images, de l\u2019atmosphère et du lieu.En nous procurant des billets pour les places les plus éloignées de la scène, Madame Lazaridou voulait sans doute nous faire apprécier dans les conditions les plus difficiles les qualités exceptionnelles des théâtres de l\u2019Antiquité.L\u2019expérience a été concluante.Olympie Cent quatre-vingts milles de Nauplie à OLYMPIE où nous passerons la prochaine nuit.Aujourd\u2019hui, nous traverserons en son milieu tout le Péloponèse d\u2019est en ouest en passant par Tripolis à mille neuf cent cinquante pieds d\u2019altitude, Lividia, Vytina où nous nous attarderons sur la belle place et Langadia.Nous escaladons des montagnes jusqu\u2019à trois mille cinq cents pieds.La route est un continuel enchantement doublé d\u2019un continuel « suspense » : nous circulons parfois sur des corniches à une seule voie.Des maisons sont accrochées, Dieu sait comment, à flanc de rocher et c\u2019est à se demander comment leurs habitants peuvent en sortir.Nous en apercevons d\u2019autres au fond de précipices, en bordure de forêts de sapins et de rivières mystérieuses.D\u2019un peu loin, il nous semble que ce drôle de petit pont est trop étroit pour notre autocar.Il passe mais de plus en plus il bringuebale.Notre chauffeur, lui, est en pleine forme : les difficultés .et à certain moment, notre anxiété le stimulent.Quelle « chevauchée » fantastique ! Juste pour la joie d\u2019admirer ou de connaître les choses et surtout les gens d\u2019ici, nous nous arrêtons sur la place d\u2019une ou l\u2019autre des villes, d\u2019un ou l\u2019autre des charmants villages.Et nous entrons à Olympie.Ce nom n\u2019est-il pas un stimulant à lui tout seul ?Olympie ! Ce ne sont pas des images de sport, de jeux et de compétitions que ce nom me suggère d\u2019abord.Mais celtes de ciel, de paradis, d\u2019un séjour des dieux et du bonheur ; celles aussi de la sérénité, de la poésie, de la musique.Henri de Montherlant l\u2019avait surnommée « Paradis à l\u2019ombre des épées ».Nous sommes descendus dans un tout petit village d\u2019à LA GRECE 691 peine un peu plus de mille habitants qui se transforme vite en un important centre touristique : les nombreux hôtels neufs en sont la preuve.Nous en avons assez de « rouler ».Et c\u2019est à pied que nous nous rendrons, après le lunch, au « sanctuaire » par une route bordée de pins, de cyprès, de lauriers, de saules, d\u2019oliviers.La vallée est encastrée dans un écrin de montagnes dont le velours vert, par ce bel après-midi, se moire d\u2019ombres et de lumières.À quelques pieds au nord, le mont Kronion domine l\u2019amas de pierres et de marbres que les archéologues n\u2019ont pas fini d\u2019exhumer.Après avoir délimité le site olympique chacune de son côté, les rivières Kladéos, à l\u2019ouest, et la rivière Alphée, à l\u2019est, se rejoignent à la pointe sud.C\u2019est dans ce triangle naturel que nous passerons l\u2019après-midi.La légende préhistorique s\u2019incarne dans les ruines des temples au dieu Zeus et à la déesse Héra, dans le Prytanée où, sur l\u2019autel d\u2019Hestia, brûlait nuit et jour le feu sacré, dans les nombreux autels aux dieux.Les faits historiques sont illustrés par le Stade complètement reconstitué, le Gymnase bordé de portiques de style dorique où s\u2019entraînaient les athlètes du pentathlon, la Palestre aux innombrables colonnes remises en place, les palais romains érigés par les empereurs Néron et Hadrien, le palais circulaire de Philippe de Macédoine et de son fils, Alexandre le Grand, le réservoir en demi-cercle où aboutissait l\u2019aqueduc construit par Hérode Atticus pour le service de tout le centre, les socles innombrables des statues de grands personnages, les portiques d'entrée à l\u2019est, au sud et à l\u2019ouest, une petite église byzantine recouvrant l\u2019atelier de Phidias.C\u2019est ici que le grand artiste créa la première des Sept Merveilles du Monde, la statue gigantesque de Zeus en or et en ivoire qui fut transportée à Constantinople où elle disparut, peut-être dans un incendie, peut-être dans le naufrage du navire chargé de la transporter à Rome.Elle avait sept fois la taille d\u2019un homme et était si belle que le poète Philippe de Thessalonique, s\u2019adressant à son auteur, écrivit : « Ou 692 L\u2019ACTION NATIONALE bien le dieu est descendu sur la terre pour te découvrir son visage ou bien, toi, Phidias, tu es monté au ciel pour le voir ».C\u2019est ici que furent institués en 776 avant J.-C.les Jeux Olympiques et qu\u2019aujourd\u2019hui, on allume le flambeau sacré à l\u2019autel d\u2019Histia pour l\u2019emporter dans la ville où les Jeux Olympiques modernes sont tenus.L\u2019empereur romain Théodose II les avait interdits en 394 et ce n\u2019est qu\u2019en 1896 qu\u2019ils ont été recréés par le baron français Pierre de Coubertin.En sortant du sanctuaire à l\u2019est, nous passons devant le monument érigé à sa mémoire par le gouvernement grec.Une châsse contient son cœur car Pierre de Coubertin avait exprimé la volonté que son corps repose en France mais que son cœur soit envoyé à Olympie, son rêve et son amour.Les œuvres d\u2019art trouvées au cours des fouilles sont conservées au Musée d\u2019OIympie construit en 1886 entre le sanctuaire et le village.C\u2019est un des plus émouvants musées que j\u2019aie visités.Il comprend, outre un vestibule garni de statues et de bustes, six salles remplies d\u2019objets hétéroclites de grande valeur, une salle très longue où les frontons en marbre du temple de Zeus sont suspendus de chaque côté et tout au fond, la salle de l\u2019Hermès de Praxitèle, statue bien connue.C\u2019est dans une vitrine de cette dernière salle que se trouvent le casque de bronze de Miltiade vainqueur de Marathon (490 avant J.-C.) portant gravée sur le côté droit l\u2019inscription « Miltiade le dédit à Zeus » et un autre casque doré dont la gravure fournit l\u2019explication suivante : « Les Athéniens l\u2019offrent à Zeus après l\u2019avoir pris aux Perses » (Ve siècle avant J.-C.) J\u2019ai longuement examiné la coupe de Phidias et quelques-uns de ses outils trouvés sur le site de son atelier.Je ne décrirai pas les trésors de ce musée.Des albums merveilleusement illustrés le font mieux que moi.Mais j\u2019aimerais rapporter les quelques notes que j\u2019ai prises durant l\u2019allocution de notre organisateur dans l\u2019ambiance propice de la salle des frontons.Comme les LA GRÈCE 693 ruines et les monuments que nous avons visités sont les vestiges de grandes époques, ces notes sont les vestiges d\u2019un grand moment de notre voyage : elles disent pourquoi nous voyageons en Grèce et avec quels yeux, il faut voir et interroger ce pays.Mes notes, ce sont des étincelles jaillies du feu d\u2019un magnifique discours.« Olympie est un des hauts lieux du monde grec.Pour bien comprendre son stade, ses temples, cet atelier d\u2019où sont sorties quelques-unes des merveilles de la sculpture, il faut méditer sur « l\u2019esprit grec ».Dans sa période créatrice, la Grèce n\u2019est plus le monde des marchands, des esclaves, des militaires, des roitelets sanguinaires et macabres.C\u2019est un petit pays qui croit avant tout à la vie de l'esprit.Parce que les Grecs en avaient perçu la valeur unique et transcendante, cette vie de l\u2019esprit n\u2019a pas passé comme un caprice ou une fantaisie.Mais, conscients de se définir dans leurs valeurs nationales, ils ont voulu la mettre dans des institutions permanentes afin que cette griserie de la culture ne soit pas éphémère.Et ils inventent l\u2019Académie, ce lieu de rencontre des grands esprits.Leur besoin d\u2019échanger, de discuter est bien connu.Et c\u2019est ainsi que par une sorte de « cross-fertilization », ils en arrivent à ouvrir des chemins nouveaux.Le danger, c\u2019est évidemment la recherche du neuf pour le neuf, du nouveau pour faire différent.Pour le Grec se rendant à l\u2019agora, c\u2019était comme s\u2019il avait ouvert son journal du matin quand il demandait à ses amis : « Quoi de neuf aujourd\u2019hui ?» Mais il y avait plus sérieux et plus profond.Il y avait Socrate et tous ses disciples qui s\u2019opposèrent aux sophistes, ces commerçants de l'esprit.Socrate est à la base de l\u2019esprit occidental pour deux raisons principales : premièrement, il a intui-tionné l\u2019importance de la définition rigoureuse sortie des a priori, des interprétations et des commérages.Déjà c\u2019est l\u2019introduction à l\u2019esprit scientifique.Définir les mots en tenant compte de leurs nombreuses facettes, en établissant une hiérarchie entre les différents sens, en privi- 694 L\u2019ÂCTION NATIONALE légiant entre tous les possibles ce qui épouse le mieux la réalité, la vérité, voilà Socrate ; deuxièmement, Socrate a initié l\u2019Occident au dialogue et à la pédagogie qui part de l\u2019élève et de ses dispositions naturelles.Mais il n\u2019y avait pas que Socrate.Il y avait les grands auteurs du comique et du tragique au théâtre ; il y avait les médecins, les musiciens.Il y avait les architectes qui ont conçu l\u2019Acropole : ils ont mis dans la pierre et le marbre une idée nouvelle de l\u2019homme et de la beauté.Plus que tous les peuples, ils ont su représenter la femme comme l\u2019Aphrodite de Rhodes, la déesse Athéna.En comparant leurs grandes réalisations à celles des Égyptiens et des Mayas, on voit bien qu\u2019ils ont créé un style entièrement nouveau.La vie de l\u2019esprit c'est la création, des genres mineurs de l\u2019artisanat jusqu\u2019aux genres majeurs qui s\u2019imposent à toute l\u2019humanité.Cette vitalité de l\u2019esprit chez les Grecs explique leur régime politique.Chez les Perses et les grands empires d\u2019Orient, les hommes sont conduits par d\u2019autres hommes ou par des oligarques qui régnent et exploitent.Mais chez les Grecs, la vision et l\u2019intelligence du bien commun leur ont fait découvrir et appliquer les lois de la démocratie.Elle était bien imparfaite cette démocratie première, mais qui, en ce domaine, a atteint la perfection après plus de deux mille ans ?Ce que signifie la démocratie pour un Grec, c\u2019est que les hommes peuvent être influencés par des arguments plus que par le fouet, le cachot, la torture ou la peur de la mort.À cause des Grecs, nous ne pouvons pas accepter l\u2019arbitraire d\u2019un potentat, le knout d\u2019un tsar, la dictature où qu\u2019elle soit, même dans un syndicat.La démocratie, c\u2019est le dialogue et, c\u2019est la vie de l\u2019esprit qui domine la politique et le social.De là est venu l\u2019art de l\u2019éloquence.La démocratie favorise non seulement l\u2019art de converser mais celui de parler en public.Les Grecs ont inventé les Jeux Olympiques.La guerre est mauvaise : elle dresse l\u2019homme contre l\u2019homme.Il faut unir les hommes et les compétitions sportives of- LA GRÈCE 695 frent une heureuse solution à l\u2019agressivité.C\u2019est cette prise de conscience qui a conduit les Grecs à « inventer » des jeux, à raisonner des règlements qui tempèrent les passions, qui disciplinent le corps.On a dit que Waterloo est une victoire anglaise qui a été gagnée sur le campus d\u2019Eton College.On pourrait dire que bien des victoires sont dues au goût de la culture physique que le peuple grec a donné à tout le monde occidental et, par l\u2019intermédiaire de la télévision, à bientôt tout l\u2019univers.Aux Jeux Olympiques de Munich de 1972, on vit près de douze mille athlètes dont les prouesses, diffusées par le moyen des satellites, furent observées par plus de cinq cents millions de personnes, à la même heure.Ici, à Olympie, les Jeux n\u2019attirèrent jamais plus de vingt-cinq mille personnes, foule considérable en ce temps où n\u2019existait aucun service touristique : aucun hôtel, aucun restaurant, aucun transport organisé.Chaque spectateur devait tout transporter avec lui pour un voyage qui, en charrette, pouvait prendre deux ou trois semaines.Cette vie de l\u2019esprit si apparente dans l\u2019éducation du corps, de l\u2019intelligence, de la volonté, dans les jeux, les arts, les discours, les constitutions, les monuments, a comme base une conception rationaliste de l\u2019univers et une conception humaniste : confiance dans l\u2019usage de sa raison, confiance dans l\u2019homme.La Grèce n\u2019a pas inventé «l\u2019esprit révolutionnaire» qui lui aurait paru une maladie de l\u2019esprit.Il y a là trop de déraison, trop de démesure, trop d\u2019ubris, trop de ruines humaines.Dans le fond, l\u2019esprit grec c\u2019est le contraire de l\u2019esprit révolutionnaire qui ne croit plus dans l\u2019homme, qui démissionne devant la tâche d\u2019entreprendre un travail constructif et long.Le révolutionnaire ne réfléchit pas, il fait une colère destructrice.A-t-on jamais vu un révolutionnaire construire une Acropole ?Mais toujours on a vu des profiteurs leur succéder et exploiter à leurs fins propres les misères et les ruines accumulées par la révolution.Le Grec, avec son sens du bien commun, refuse ce qui est irrationnel.Il cherche ce qui est bon pour l\u2019homme. 696 L\u2019ACTION NATIONALE Et pourtant, un certain pessimisme, une certaine tristesse éclate dans les œuvres grecques.C\u2019est parce que ces génies créateurs ne savent rien de la destinée humaine.Ils ne savent pas répondre à la question essentielle : « Où conduit la vie, où va l\u2019homme ?» La Grèce nous a montré combien de richesses ?Mais en ce qui regarde le plus essentiel de l\u2019essentiel, il nous faut bien prendre conscience de l\u2019importance du message d\u2019Israël.Il était nécessaire de venir en Grèce, de l\u2019aimer, de la comprendre pour mieux aimer et pour mieux comprendre le message qu\u2019lsraël avait à nous transmettre ».Delphes Nous repartons sur la grand-route dans ce Pélopo-nèse enchanteur.Quelques milles vers l\u2019ouest jusqu\u2019à Pyrgos et nous nous mettons à remonter vers le nord sur les bords de la mer Ionienne.Après soixante-quinze milles, un arrêt de détente sur la place Haghios Andréas, à Patras (100,000 h.), troisième port de la Grèce après Le Pirée et Salonique.Au sud-ouest de cette place triangulaire, une imposante cathédrale orthodoxe et l\u2019église Saint-André.De l\u2019autre côté de la ligne de chemin de fer, un quai sur la mer Ionienne s\u2019appelle le quai d\u2019André.Saint André, l\u2019un des douze apôtres et frère de saint Pierre prêcha l\u2019Évangile à Patras.La légende (peut-être est-ce l\u2019histoire ?) raconte qu\u2019il y fut crucifié et enterré.Nous longeons maintenant d\u2019ouest en est, le golfe de Corinthe.De beaux pins jettent de l\u2019ombre sur les plages de sable pâle.À Aegion, port important de seize mille habitants, où Agamemnon assembla les rois grecs pour « planifier» le siège de Troie, nous prenons le traversier qui, en deux heures et demie, nous fera accoster à Itéa.Le golfe de Corinthe est d\u2019huile et le bateau chargé de touristes glisse doucement.La crainte du mal de mer s'avère sans suite.Tout le monde est heureux.Beaucoup de touristes français et j\u2019ai grand plaisir à converser avec une dame très cultivée et très affable qui m\u2019apprend qu\u2019elle est professeur d\u2019histoire dans un lycée de province et qu\u2019elle voyage pendant ses vacances depuis de LA GRECE 697 nombreuses années « afin, dit-elle, de connaître les pays dont je dois parler à mes élèves ».Nous approchons de la côte.Une chaîne de pics dénudés se profile : c\u2019est celle des monts Parnasse dont le plus élevé, couvert de neige la plus grande partie de l\u2019année, a huit mille pieds d\u2019altitude.Comme Delphes, le Parnasse est consacré à Apollon.Montagne des Muses, c\u2019était le séjour symbolique des poètes.« Ma » Française et moi, nous nous entendons bien.Le Parnasse est un nom qui stimule notre mémoire et nous nous amusons à ressusciter les maîtres de l\u2019École Parnassienne : Théophile Gauthier, Leconte de Lisle, Beaudelaire, de Banville, Sully Prud\u2019homme, François Coppée, Paul Verlaine.Ces réminiscences parnassiennes et.françaises sont très émouvantes devant les monts Parnasse.Les Muses soufflent des poèmes à nos oreilles.Mademoiselle l\u2019institutrice de France a de la difficulté à cacher son étonnement devant sa cousine du Québec qui lui donne la réplique du tac au tac : « Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches « Et puis voici .« Mignonne, voici l\u2019avril ! « Le soleil revient d\u2019exil ; « Moi, je me sens le cœur d\u2019un ouvrier « Pareil à ceux qui florissaient en Grèce « Pourquoi je vis ?Pour l\u2019amour du laurier.« Là, tout n\u2019est qu\u2019ordre et beauté, « Luxe, calme .Voici Itéa, déjà ! Nous distinguons maintenant les crêtes pointues et ravinées, les versants raides surplombant les masses de sapins.Pendant quelque dix milles, nous traversons des champs d'oliviers sombres dont certains remontent, dit-on, à l\u2019époque romaine et nous arrivons à DELPHES où nous séjournerons jusqu\u2019à demain dans un hôtel dont l\u2019étage supérieur, le septième, est au niveau de l\u2019entrée et du « lobby ».Il me faut prendre l\u2019ascenseur et descendre sept étages pour trouver ma 698 L\u2019ACTION NATIONALE chambre au premier.Par la fenêtre, j\u2019aperçois des arbres qui dévalent des pentes.Les étages de notre hôtel font la même chose : ils dévalent le flanc d\u2019une colline dont le sommet sert de plateforme à l\u2019étage qui abrite la réception, la salle à manger et d\u2019autres services.Original, fonctionnel et joli.La grandiose cité ancienne est entourée sur trois côtés par le mont Kirphis et les roches « Resplendissantes » (Phaédriades) d\u2019où les eaux de la Source Sacrée s\u2019échappent.Les anciens avaient choisi ce site, un des plus beaux au monde, pour y loger l\u2019Oracle d\u2019Apollon qui exerça son influence sur les gouvernements et les peuples pendant une dizaine de siècles (Vile avant J.-C.au IVe après).C\u2019était le centre spirituel le plus important de ce temps.La grandeur de ce lieu met l\u2019accent sur la religion, les relations avec Dieu plutôt que les relations entre les hommes, comme à Olympie.Delphes et Olym-pie, deux facettes de l'humanisme grec.La visite du site est une longue escalade en zigzag de la Voie Sacrée large de quinze pieds à travers des ruines de toute sorte: monuments votifs ou «Trésors» construits par les grandes cités de la Grèce pour exprimer leur piété et leur puissance, des files de statues dont il reste les socles, des niches, la base d\u2019un hémicycle, un Bouleutarion (sénat), des portiques, etc., etc.Mais les plus spectaculaires sont celles, restaurées, du temple d\u2019Apollon : une armée de colonnes solides, simples et d'une beauté raffinée.Ce temple repose sur un terrain dont le mur de soutènement construit au Vie siècle avant J.-C.est un des travaux les plus remarquables effectués à Delphes.Ce mur est intéressant pour une autre raison : quelque huit cents actes officiels (affranchissements d\u2019esclaves, par exemple) y sont gravés.C\u2019est dans ce temple que se trouvait l\u2019adyton ou chambre souterraine où la Pythie, assise sur un trépied, inspirée par des fumées hallucinantes, prodiguait ses avis et ses prophéties aux fidèles qui s\u2019étaient purifiés dans les Eaux Sacrées et avaient fait leurs offrandes au LA GRECE 699 dieu.Nous monterons malgré la chaleur torride jusqu\u2019au théâtre construit au IVe siècle avant J.-C.et restauré par Eumène II en 159 de notre ère.En grande partie conservé, il est fait de trente-cinq gradins de pierre du Parnasse et peut asseoir cinq mille personnes.Nous pourrions monter encore jusqu\u2019au stade qui domine de mille deux cents pieds le golfe d\u2019Itéa.Comme à Olympie, il n\u2019avait d\u2019abord que des talus de terre pour asseoir les spectateurs.Mais Hérode Atticus l\u2019a pourvu des gradins de pierre qui existent encore aujourd\u2019hui.Nous choisissons de revenir vers le temple.Nous nous assoyons sur les pierres millénaires.Le ciel est d\u2019un bleu léger, translucide.Les cigales chantent dans le soleil.Inspirés par cette atmosphère extraordinaire, nous réfléchissons ensemble sur le sens de Delphes.Pourquoi les Grecs y venaient-ils et nous à leur suite ?C\u2019est à cause du problème fondamental de la connaissance : que savons-nous ?Comment savoir davantage ?Hésiode, par le travail et le voyage, avait élucidé les grandes règles de l\u2019histoire objective et impartiale, il regardait vers le passé.Mais l\u2019homme veut aussi connaître l\u2019avenir.Ainsi, un roi veut agrandir son territoire.Son ennemi est-il plus puissant que lui ?Comment acquérir cette connaissance vitale ?Plus humblement, il y a le cœur qui veut savoir : « Celle que j\u2019aime, m\u2019aime-t-elle ?Celui que j\u2019aime est-il digne de moi ?» Delphes répond à ce besoin des hommes par le recours aux dieux.Eux, ils doivent connaître non seulement le passé et le présent mais aussi l\u2019avenir et me connaître, moi et tous mes problèmes.Et ce sont les puissants, et ce sont les masses qui viennent à Delphes parce que leur puissance, leur amour, leur avenir, leur bonheur sont en jeu.À Delphes, ils trouvaient un intermédiaire entre les dieux qui savent tout et eux qui ont besoin de savoir : c\u2019est la pythonisse.Ses oracles sont aussi vagues et dramatiques qu une phrase peut l\u2019être.Les hommes de ce temps se laissaient prendre à ce miroir aux alouettes.Mais ceux du vingtième siècle sont-ils plus brillants qui boivent les horoscopes insignifiants des journaux et des revues ?Le problème majeur de la connaissance engendre des 700 L\u2019ACTION NATIONALE excès, des lubies à cause de la pauvreté de notre intelligence.Des gens rusés ont toujours été vifs à concevoir la manière d\u2019exploiter l\u2019angoisse existentielle et la crédulité des pauvres en culture qui ont recours au pouvoir magique pour atténuer leurs inquiétudes, pour alimenter leurs espérances, pour atteindre une certaine forme de bonheur personnel et se donner un surplus de courage face à la vie, ce tunnel noir qu\u2019il faut traverser.Par de rares hublots, notre intelligence perçoit difficilement les réalités, les vérités : comment s\u2019y retrouver ?comment voir clair ?comment comprendre ?Les mathémathiques nous ont éclairés sur les distances et les espaces.Les sciences nous ont appris à connaître l\u2019atome, la cellule, les hormones, etc., mais qui nous renseignera, avec certitude, sur le cœur humain, sur l\u2019avenir ?Voilà le problème posé par Delphes.La solution qu\u2019on y a trouvée est bien faible mais elle est universelle.Nos tireuses de cartes, nos médiums, les jeteuses de sort, que démontrent-ils sinon la même réponse que la pythonisse de Delphes aux besoins de l\u2019homme et la même impuissance de notre condition devant le problème de la connaissance.Delphes paraît rapprocher du sacré mais elle est un mensonge où l\u2019homme se ment à lui-même.Delphes est un échec de l\u2019esprit.L\u2019avenir est entre les mains de Dieu.Les vraies réponses aux inquiétudes, aux maladies du cœur et à la pauvreté de nos moyens de connaître toute la RÉALITÉ se trouvent dans l\u2019Évangile.Jésus-Christ n\u2019a pas cru bon de répondre à toutes les questions.Il répond seulement aux essentielles.Avec Lui, nous savons que le tunnel débouche sur quelque chose, que nos vies sont orientées et que notre quête jamais achevée de bonheur n\u2019est pas inutile.Jésus-Christ est venu : Delphes est morte.Et nous allons maintenant visiter cette tombe qu\u2019est en fin de compte un musée.Celui de Delphes est rempli de trésors inestimables.L\u2019Aurige ou conducteur de char, grande statue de bronze (475 avant J.-C.) est peut-être celui que j\u2019ai aimé le plus avec la statue d\u2019Antinous (130 de notre ère), favori de l\u2019empereur Hadrien. LA GRECE 701 Conclusions Dernier soir de notre voyage.Réunion sur le toit-jardin de l\u2019hôtel.L\u2019air est doux, le ciel criblé d\u2019étoiles.Pas de pluie ni de nuage, au sens figuré comme au sens propre, pendant tout le temps de notre odyssée : Ulysse est loin derrière nous, aux prises avec ses vents et ses tempêtes.Demain, bien avant l\u2019aube, notre autocar nous prendra en charge pour la dernière fois et à fleur de précipices que les phares découpent, dans des chemins en réparation pleins de trous et d\u2019ornières, il nous tiendra éveillés par des détonations inquiétantes.Le vieil autocar n\u2019en peut plus.Dans la course finale de cent dix milles vers l\u2019aéroport, il proteste tout le temps.Grâce à la débrouillardise de Madame Lazaridou et au sang-froid du chauffeur, nous attrapons, mais de justesse, notre avion pour Rome.Quelques heures d\u2019escale à l\u2019aéroport de Fiumicino et c\u2019est l'étape ultime.J\u2019ai beaucoup parlé de la Grèce antique, très peu de la Grèce moderne : le pays physique est toujours et peut-être de plus en plus spfendide et je l\u2019ai implicitement mentionné ; le pays vivant est le plus attachant qui soit : la gentillesse, l\u2019amitié, l\u2019hospitalité sont des qualités que l\u2019on trouve partout.Nous avons vu que la Grèce est aux prises avec tous les problèmes qui confrontent aujourd'hui tous les pays du monde.Elle subit comme les autres le choc d\u2019une évolution trop rapide des idées et des sociétés et l\u2019inconvénient de l\u2019interférence indue mais inévitable de la politique et de l\u2019économie mondiales.Je me demande ce que dirait Socrate aux « étrangers » qui tentent d\u2019une manière ou d\u2019une autre, plutôt moins opportunément que plus, de s\u2019immiscer dans les affaires de son pays.Pour ma part, je ne veux pas risquer de mériter l\u2019apostrophe lancée un jour à l\u2019empereur Alexandre le Grand : « Sois gentil, ôte-toi de mon soleil ».Et je me permettrai seulement de souhaiter à ce grand peuple des gouvernements sages, habites et efficaces qui respectent ses droits et lui apportent une toujours plus parfaite liberté.¦ \u2022 ¦ Nos annonceurs participent à la vie de la revue Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès Ils les consultent d'abord .RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurances générales\tÉditions Assurance vie\tFer Avocats\tImprimeries Cigarettes\tMercerie Comptables\tPlacements Coopératives\tQuincaillerie IV Répertoire des Noms Bélanger, Lorenzo & Associés Bellefleur, Gustave Bertrand, Guy Bilodeau, Réal Brabant, Aurèle Brassard, Jean Buffet Louis-Quinze Camus, Raymond Canuel, Germain Chabot, Pierre Charbonneau, Yves Charron, Gabriel Chevrier, J.-Normand Cossette, Jean-Marie Éditions Bellarmin Desforges, Beaudry, Germain & Associés Desjardins, Gilles Doray, Pierre Dr Jacques Boulay Fédération des Magasins Co-op Filion, Roland Gauvreau, Charles-A.Grenier, Paul Houde, G.-E.Jacques-Cartier (Imprimerie) Jasmin, Alban Lacoste, Claude Lange, Émilien Lanthier, Roger La Québécoise La Solidarité Létourneau, Bernard Maillé, Gilles Mainville, George Maranda, Jean-Hubert Marcil, Pierre-Paul Michaud, Robert Montréal Oxygène Pelletier, Jean-François Poirier, Fernand Prévost, Maurice Rheault, Fernand Richard, Clément Robillard, Michel Robillard, Pierre Roy, Édouard Roy, Robert Senécal, Yvan Thérien Frères Vachon, Robert Viau, Lucien & Associés V À VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES \u2022\tAssurance-vie régulière et variable \u2022\tAssurance collective \u2022\tRentes viagères \u2022\tRevenu-épargne variable C O N O ÏVÏ I E MUTUELLE D'ASSURANCE Agences et unités DRUMMOND VILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTREAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal H2X 3N9, tél.: 844-2050 VI ASSURANCES GÉNÉRALES ROGER LANTHIEH & FILS 655,chemin Bord de l\u2019eau,\tSt-Lamoert 878-2455 \u2014 671-6102 GUY BERTRAND & CLÉMENT RICHARD, avocats 42, rue Ste-Anne, suite 200 Québec Téléphone : 692-3951 COMPTABLES AVOCATS Desforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.\u2022 388-5738 LUCIEN VIAU & ASSOCIÉS comptables agréés Charles Gauvreau, C.A.Fernand Rheault, C.A.Robert Roy, C.A.Pierre Doray, C.A.Yves Charbonneau, C.A.210 ouest, boul.Crémazie, suite 4 Montréal 351\t388-9251 Lorenzo Bélanger et Associés comptables agréées 2055, rue Peel, bureau 1025 Montréal, Québec H3A 1V4\t(514) 849-9167 COOPÉRATIVES scooprix::: _C\u2019EST LA SOLUTION VII VIENNENT DE PARAITRE LES DÉBUTS DU RÉGIME SEIGNEURIAL AU CANADA par MARCEL TRUDEL Une étude magistrale sur la mise en place du régime seigneurial en Nouvelle-France et sur son fonctionnement, des d-buts jusqu\u2019en 1663.Un très beau volume relié \u2014 313 pages \u2014 23.5 cm Dans la collection «Fleur de lys» \u2014 $12.00 LA SOCIÉTÉ CANADIENNE-FRANÇAISE AU XIXe SIÈCLE ESSAIS SUR LE MILIEU \u2014 Par Gérard Parizeau Dans cet ouvrage, Gérard Parizeau tente d'expliquer un siècle et certains personnages qui ont contribué à le faire (Joseph Bouchette, Mgr Ignace Bourget, P.-J.-O.Chauveau, Philippe Aubert de Gaspé, Joseph Papineau, etc.).Nombreuses illustrations \u2014 550 pages \u2014 21.5 cm \u2014 $12.00 En vente partout 245 est, boul.Dorchester, Montréal\t861-9621 F.X.LANGE INC.FER ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BcTON \u2014 PLAQUES 11580 est, boul.Henri-Bourass* MONTRÉAL 478 - 648-7445 IMPRIMERIES dut) 388-5781\t8125, rue Saint-Laureni IMPRIMERIE JACQUES-CARTIER INC.Imprmeurs-lithograDhes Service d\u2019artistes Montréal 351, Oué.8477, 8e ave.Mil 455 - 729-1351 VIII MERCERIE TAILLEUR LA BOUTIQUE LE PATRIMOINE inc.Gilles Maillé, propriétaire Spécialité : Habits sur mesures 6990, RUE ST-HUBERT, MONTRÉAL\t273-2523 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d'Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels QUINCAILLERIE EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mil 403 Tél.524-7541 François-Albert Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages.Il assemble les meilleurs articlts de M.Angers, écr.ts entre 1939 et 1969.Pour la première fois le public a à sa disposition les grandes lignes de la pensée de M.Angers.Livre essentiel pour connaître les orientations et les appuis rationnels de ce maître du nationalisme québécois.($5.) IX COMPLIMENTS DU\t Mouvement National des québécois\t ET DES SOCIÉTÉS MEMBRES :\t SNQ\tABITIBI-TÉMISCAMINGUE SNQ\tCENTRE DU QUÉBEC SNQ\tCÔTE-NORD SNQ\tEST DU QUÉBEC SNQ\tDES HAUTES RIVIÈRES SNQ\tDU LANAUDIÈRE SSJB\tDE MONTRÉAL SNQ\tOUTAOUAIS-NORD SNQ\tRÉGION DE L'AMIANTE SNQ\tRÉGION DE LA CAPITALE SNQ\tDES LAURENTIDES SNQ\tSAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ\tRICHELIEU-YAMASKA SSJB\tDE ST-JEAN SSJB\tDE LA MAURICIE \t LE\tMÉTRO DE MONTRÉAL EN\tPHOTOS ET EN PROSE \tpar \tDominique BEAUDIN Nous avons recueilli un certain nombre d\u2019exemplaires de cet ouvrage qui nous est souvent demandé.\t En vente à $1.50 \u2014 Case postale 189\t \tSuccursale N Montréal, Québec H2X 2N2 X LES AMIS DE LA REVUE Hommage de GUSTAVE BELLEFLEUR BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.M.Jean Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal 129 - 861-9293 BIJOUTERIE SILENCE enr.M.Pierre Chabot, gérant 1935, rue Des Érables Montréal 133 - 523-3673 HOMMAGE D\u2019UN AMI AURÈLE BRABANT Courtier en assurance 1840, 55e av., Pointe-aux-Trembles Montréal 530 - Tél.: 642-7907 BUFFET LOUIS QUINZE inc.Banquets - mariages 7230, 19e avenue, Rosemont Montréal 453 - 376-8660 GERMAIN CANUEL, avocat 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal 126 - 842-9403 GABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle - 366-9116 NORMAND CHEVRIER opticien d\u2019ordonnances 537, rue Cherrier Montréal 132 - 845-2673 Suce.: 903, Marie-Victorin Tracy, Qué.- 742-3349 Hommage de JEAN-MARIE COSSETTE GILLES-H.DESJARDINS Case postale 40 Rapide-des-Joachims Comté de Pontiac FILION et ROBILLARD Notaires, Conseillers juridiques 11903, rue Ste-Gertrude Montréal-Nord - 322-1960 Roland Filion - Pierre Robillard LAINE PAUL GRENIER Enrg.Spécialité : Laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal 360 - 388-9154 XI LES AMIS DE LA REVUE Dr ALBAN JASMIN 7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours CLAUDE LACOSTE 5325, rue Hubert Guertin Saint-Hubert, Québec Téléphone : 678-2947 PIERRE-PAUL D.MARCIL Chirurgien ROUYN-NORANDA JEAN-FRANCOIS PELLETIER Conseil en publicité et communication 1500, rue Stanley, bureau 425, Mtl PHARMACIE LETOURNEAU 3828, boul.Décarie Montréal - 484-7311 DOCTEUR FERNAND POIRIER 822 est, rue Sherbrooke, suite 400 Montréal 132 Lan-3000 Jean-Hubert Maranda, avocat 325 est, boulevard St-Joseph Montréal - 288-4254 Dr ROBERT MICHAUD 241 ouest, rue Fleury Montréal 357 Montréal Oxygène inc.4890, 5e ave, Rosemont 527-3656 Geo.-E.Houde, président MAURICE PRÉVOST Directeur de l\u2019Éducation des Adultes Commission Scolaire Régionale Duvernay MICHEL ROBILLARD, Notaire 2650 est, rue Beaubien Montréal 402 - 728-4541 Hommage de Yvan Senécal ABONNEZ UN AMI HOMMAGE DE ROBERT VACHON Médecin PEINTURE BLAINVILLE ENRG 1020.boul.Labelle Blainville - 435-0248 George Mainville HOMMAGE D'UN AMI L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION : JEAN GENEST Rédaction et administration : C.P.189, Succursale N, Montréal, H2X 2N2 ou Tél.de 3 à 6 : 866-8034 Abonnement : $10.00 par année.De soutien : $15.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l\u2019Ass.Can.des Bibliothèques Périodex, publié par La Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS : Madame Paul Normand Charles Poirier SECRÉTAIRE : M.Gérard Turcotte TRÉSORIER : M Yvan Sénôcal DIRECTEURS : MM.René Chaloult M.Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudln Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest Patrick Allen M.et Mme Michel Brochu Claude Trottlet Jean Mercier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Klrouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Quand tous les Québécois se donnent la main.La Solidarité COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LAVIS Siège social à 925, chemin St-Louis Québec "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.