L'action nationale, 1 septembre 1977, Septembre
[" L\u2019ACTION NATIONALE Volumo LXVII, Numéro 1 Septembre 1977\t$1.50 ÉDITORIAL: La perspective FR.-A.ANGERS: L\u2019incident Robert Scully DELMAS LÉVESQUE: Un Québec en redéfinition PIERRE TRÉPANIER: L\u2019opinion publique anglo-québécoise et l\u2019autonomie provinciale JEAN GARON: Allocution chez Provigo ODINA BOUTET: La grenouille biculturelle PIERRE TRÉPANIER: Le Canada anglais et ses historiens MAURICE LEBEL: Le dictionnaire de Gérard Belle-lsle ANDRÉ GAULIN: Poème de tendre fureur quotidienne.Pour vos achats consultez notre répertoire d\u2019annonceurs classifiés TABLE DES MATIÈRES Pages ÉDITORIAL (Jean GENEST): La perspective .1 Fr.-A.ANGERS: L\u2019incident Robert Scully .5 Delmas LÉVESQUE: Un Québec en redéfinition.15 Pierre TRÉPANIER: L\u2019opinion publique anglo-québécoise et l\u2019autonomie provinciale.34 Jean GARON (Ministre de l\u2019Agriculture): Allocution chez Provigo .56 Odina BOUTET: La grenouille biculturelle.61 Pierre TRÉPANIER: Le Canada anglais et ses historiens 74 Maurice LEBEL: Le dictionnaire de Gérard Belle-lsle .79 André GAULIN: Poème de tendre fureur quotidienne .84 AUJOURD\u2019HUI LES ACADIENS La richesse et l\u2019ampleur prise par notre numéro spécial, écrit par les Acadiens eux-mêmes qui tentent de se redéfinir au point de vue politique, social, économique et religieux, après l'avènement du Parti Québécois, créeront un impact enrichissant.Nous retardons la publication de ce numéro pour novembre 1977.Il aura 180 pages et se vendra $3.Faites connaître ce numéro qui sera un événement. L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXVII, Numéro 1 Septembre 1977\t$1.50 ÉDITORIAL La perspective par Jean Genest 2 L'ACTION NATIONALE Les Anglo-Québécois n\u2019abandonnent pas facilement leurs privilèges.À cause d\u2019eux la tension monte, beaucoup de Franco-Québécois sont sollicités de donner un avis défavorable au projet de loi 101 sur la langue française et plusieurs de ceux qui dépendent d\u2019une banque, ou d\u2019intérêts, ou de subventions venant de la finance contrôlée par les Anglo-Québécois, se croient obligés de prendre fait et cause contre l\u2019un ou l\u2019autre des aspects du projet 101.La perspective est faussée.Tous ces malaises et ces points de vue trop individuels peuvent se résumer en cette affirmation: soit parce qu\u2019ils sont partisans aveugles des libéraux ou du fédéralisme qu\u2019ils incarnent, soit parce qu\u2019ils sont intéressés, plusieurs Franco-Québécois travaillent, consciemment ou inconsciemment, en faveur d\u2019un Québec bilingue.Ils ne veulent aucun progrès.Ils sont conservateurs.Ils proclament le statu quo comme un idéal à ne pas dépasser.Ils font fi de l\u2019histoire.Ils s'affirment pragmatiques.Ils invoquent les droits de la personne.Bref, ils invoquent tout excepté le progrès de la nation franco-québécoise.Ils manquent de perspective.La partisannerie met des oeillères.Quel peuple que le nôtre! Quelles élites avons-nous laissé se développer, dans un fouillis idéologique invraisemblable! Faute d\u2019éducation nationale, nous voyons le Devoir perdre sa boussole et l\u2019un ou l\u2019autre des éditorialistes de La Presse perdre tout bon sens.Faute de perspective on risque le ridicule.Car l\u2019enjeu est unique: ou nous accédons à une politique nouvelle de libération ou nous étouffons dans une politique de colonisation prolongée.Henri Bourassa et Groulx furent, depuis 1900, les deux grands maîtres qui nous enseignèrent les chemins de l\u2019avenir et de la libération nationale: autonomie vis-à-vis l\u2019impérialisme anglais et autonomie vis-à-vis le gouvernement fédéral.Mais ces deux grands penseurs et hommes d\u2019action qui ont, eux-mêmes, fortement polarisé une pensée et une politique libératrice pour les Canadiens-Français de leur temps, qui ont soutenu et guidé leurs pas incertains, sont aujourd\u2019hui eux-mêmes dépassés mais le chemin est le même, en ligne droite: il va plus loin! La révolution tranquille, comme un immense LA PERSPECTIVE 3 chaudron en ébullition, a fait jaillir avec une logique nationale impeccable, des conclusions inespérées et inattendues: le fait français, pour être réaliste, doit s\u2019affirmer carrément et décisivement.Voilà la perspective essentielle, celle qui nous conduit depuis le tréfonds de notre histoire.Le projet de loi 101 c\u2019est, d\u2019abord et avant tout, nous mettre dans une perspective de libération et d\u2019affirmation de nous-mêmes.Que tel groupe ou tel individu chicote à propos de tel alinéa ou de tel mot, qu\u2019une loi soit perfectible, je crois bien que tout le monde l\u2019admet mais l\u2019essentiel est de faire du Québec un État français.Les dix autres provinces sont devenues unilingues dans tous leurs services provinciaux.Ici et là on a bien fait, au Canada quelques concessions à des écoles françaises mais c\u2019est tout.Mais voyez ce qu\u2019au Québec le projet 101 assure aux écoles, aux commissions scolaires, aux hôpitaux, aux trois universités anglaises du Québec! Ce que ces gens paient en impôts nous le leur remettons, et amplement, dans un esprit de justice: plus d\u2019un milliard de dollars par an! Nulle part au Canada les Anglo-Canadiens ne nous ont traités avec le même esprit de justice et de compréhension culturelle.Ces faits doivent être dits et redits.Les premiers séparatistes furent les Anglo-Canadiens des dix provinces où ils étaient majoritaires.La justice étant sauve, notre affirmation comme nation (toujours refusée par les Anglo-Canadiens à Ottawa: par Diefenbaker autant que par Trudeau), il est temps que nous la proclamions: cela vaut plus que cent milliards de dollars pour nous, si nous regardons l\u2019ensemble de notre histoire.Il est temps que nous nous affirmions officiellement comme nation, ayant un territoire, une langue, une culture.Quand les Anglo-Québécois affirment que le français progresse au Québec, ils oublient de mettre en relief l\u2019importance d'une affirmation comme nation égale à la leur, ils s\u2019en tiennent aux progrès des individus mais jamais aux progrès de notre collectivité.Or, c\u2019est là l\u2019essentiel pour nous.Entre tous les Franco-Québécois contre le projet 101, il y a M.Claude Ryan.Il est le seul véritable leader des Anglo-Québécois.Il y met un acharnement, un esprit amer et acariâtre qui, certainement, pourrait lui permettre de devenir chef du parti libéral québécois ou sénateur fédéral. 4 L'ACTION NATIONALE Mais il ne parle pas et il ne pense pas en Franco-Québécois; il ne s\u2019identifie pas avec le peuple; il ne s\u2019identifie pas avec le grand courant historique vers la libération de notre peuple.Ses motivations répétées montrent un esprit confus, qui n\u2019est pas à sa place au Devoir et qui nous fait plus de tort que de bien.Il a été le grand adversaire des États Généraux qui groupèrent 3 000 délégués de la nation, à Montréal, en 1967 et 1969.Il s\u2019opposa à Mgr Paul Grégoire quand, pour son diocèse, celui-ci montra avec sûreté quelles sont les meilleurs structures qui conviennet à la formation chrétienne des jeunes.Il attaque méchamment le projet 101 et les hommes qui le proposent mais, s\u2019en rend-il bien compte, il devient de plus en plus marginal pour la nation franco-québécoise.Qu\u2019il continue à citer les \"grands\u201d hommes \u201canglo-canadiens\u201d qui l\u2019invitent à donner des conférences, qu\u2019il continue à se considérer comme un intermédiaire représentatif mais personne d\u2019entre nous ne le délègue et ne le considère comme une authentique voix du Québec.Intelligent, il a souvent raison mais ces moments se situent dans le secondaire et le superficiel.Lui qui aimerait tellement jouer un grand rôle dans l\u2019évolution du Québec, voit le Québec se faire sans lui, contre ses idées.Il se démène, ne va nulle part car il n\u2019est pas dans le courant de l\u2019histoire: le moment que nous vivons c\u2019est un tournant historique vers l'affirmation du fait français en Amérique du Nord, c\u2019est l\u2019émergence internationale et nationale du fait que les Franco-Québécois constituent une nation originale et que le Québec met de côté les ambiguités et les incertitudes dues à près de deux siècles de servitude mentale et psychologique.Que de Franco-Québécois ont de la difficulté à se libérer eux-mêmes des schèmes reçus, dans lesquels ils se sont laissé mouler! Le grand pas en avant, l\u2019accomplissent ceux s\u2019identifient à un Québec nettement et décisivement français.Le reste est misère et reliquat du passé sans perspective historique. L\u2019incident Robert Scully par FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 6 L\u2019ACTION NATIONALE En mai dernier, le Montreal Star reproduisait un texte de Robert Scully, chroniqueur régulier aux pages littéraires du Devoir, mais alors en année sabbatique, qu'avait distribué partout dans le monde le Washington Post, après l\u2019avoir lui-même publié.Ce texte constituait, sous couvert d\u2019analyse objective de notre situation, une injure manifeste à l\u2019adresse du peuple canadien-français.Nous verrons plus loin que, comme l\u2019a effectivement dit Robert Scully lui-même \u2014 mais nous préciserons que ce n\u2019est pas là davantage une excuse valable \u2014, il ne s\u2019agissait pas là d\u2019un article spécialement préparé pour le Washington Post comme cela a paru d\u2019abord.C\u2019était la reproduction d\u2019une communication donnée à un colloque tenu à Washington sur la culture canadienne au XXe siècle.Le grand émoi que l\u2019événement a suscité au Québec a été assez vite abattu, vu notre disposition facile à accepter à peu près n\u2019importe quoi qui puisse être dit sur nous ou fait contre nous, par les excuses pleurnichardes que Robert Scully est venu donner à la télévision, et les explications qu\u2019il a données, dans des lettres aux journaux, comme étant le véritable sens de son texte, à savoir s\u2019être seulement apitoyé sur la misère des siens à l\u2019encontre des thèses et prétentions bourgeoises que constitueraient une forme de nationalisme poursuivie en vue de satisfaire des intérêts de classe au mépris des véritables intérêts populaires.Étant donné la nature même du texte de Robert Scully pourtant, cette interprétation pro domo a été habile, rejoignant certains préjugés, pas toujours sans motifs, d\u2019une certaine gauche, mais elle est manifestement fausse, sinon en regard des intentions dont on peut douter après coup mais dont on ne peut pas juger, du moins quant à la réalité du texte.Celui-ci met en cause Vexistence même d\u2019une conscience populaire proprement canadienne-française.La Société Saint-Jean Baptiste de Montréal a cependant réagi à l\u2019insulte ou à l\u2019injure faite au peuple du Québec, et tout particulièrement au peuple \"peuple\u201d, dont Scully prononce non seulement l\u2019état de misère mais la déjection, et à tous ses écrivains, artistes et musiciens, dont les réalisations ne seraient qu\u2019une manifestation de névrose.La Société a écrit au Conseil de presse et à la Fédération des L'INCIDENT ROBERT SCULLY 7 journalistes pour leur demander d\u2019examiner l\u2019incident Scully et de prendre les mesures appropriées en fonction du Code d\u2019éthique professionnelle des journalistes; et au Syndicat, pour lui demander d\u2019avertir le directeur du Devoir qu\u2019il le dégageait de toute menace de procédure de griefs s'il décidait de ne pas reprendre Robert Scully à la fin de son année sabbatique.Il s'en est trouvé beaucoup pour trouver cette réaction excessive après les \u201cexcuses\u201d faites par l\u2019inculpé.J\u2019emploie ici le mot \u201cinculpé\u201d à dessein.La question qui se pose en effet est de savoir de quoi on accusait et pouvait accuser Robert Scully; et pourquoi les excuses qu\u2019il a faites ne devaient pas être considérées comme suffisantes pour clore l\u2019affaire.Le premier problème qui se pose en fonction de certaines des traditions de notre milieu, dans leur connotation proprement canadienne et québécoise, c\u2019est celui de la liberté d\u2019opinion et d\u2019expression des opinions.Si Robert Scully pensait ce qu\u2019il a dit, pourquoi n\u2019aurait-il pas comme tout le monde le droit de le dire?À cela je répondrais tout de suite qu\u2019en effet ce droit n\u2019est pas contestable; mais n\u2019est pas contestable non plus le fait que quand on dit tout ce qu\u2019on pense, il faut en prendre la totale responsabilité et subir les conséquences de son geste: tout le monde n\u2019est pas obligé d\u2019être satisfait de ce qui a été dit et de tout accepter sans réaction ou même sans représailles.Ici, le problème devient plus délicat, car on me dira que la véritable liberté d\u2019opinion et d\u2019expression suppose aussi le respect des opinions et de leur expression, donc leur acceptation au moins sans représailles en raison du déplaisir qu\u2019elles nous causent.Et nul n'en convient plus que moi.Donc, me direz-vous.Mais ajoutai-je.Mais s'ensuit-il qu\u2019il n\u2019y a absolument aucune limite à la tolérance de l\u2019expression des opinions.?S\u2019ensuit-il que n\u2019importe qui doit accepter, par exemple, n\u2019importe quel libelle diffamatoire à son endroit sans avoir le droit aux réprésailles de la poursuite devant les tribunaux, vu que notre civilisation exclut que l'on se fasse justice à soi-même et prévoit une telle procédure à cette fin pour forcer l\u2019accusé à prouver la validité de ses opinions et l\u2019opportunité de leur expression?Personne n\u2019ira jusque-là dans la prétention que la tolérance est essentielle au respect de la liberté d\u2019opinion et d\u2019expression. 8 L\u2019ACTION NATIONALE Au moment même où j\u2019écrivais le dernier mot de la phrase précédente, un vieil ami, dont la ferveur nationaliste n\u2019a pas toujours été fulgurante, me téléphone et m'apporte la transition dans laquelle j\u2019allais justement m\u2019engager.Me parlant de toute autre chose que de l\u2019affaire Scully, il me dit: \"Les temps changent.Baptiste commence à avoir son amour-propre.Il entend maintenant qu\u2019on le respecte\u201d.Le problème que soulève l\u2019affaire Scully ne peut pas être mieux posé.N\u2019y a-t-il pas, à l\u2019endroit des peuples comme des individus, des propos diffamatoires qui se trouvent exclus de la liberté d\u2019opinion et d\u2019expression?Et des circonstances dans la vie des nations, où il est inadmissible qu\u2019un de ses membres disent certaines choses, même vraies?Tous les pays normaux le croient, ont leur sens du respect et de la dignité nationale, et considèrent comme des actes de traîtrise dans des circonstances graves, la tenue de certains propos sur la nation.Il est bien évident que nous ne sommes pas une nation normale et que nous nous sommes habitués, sous l\u2019occupation continuelle des derniers deux cents ans, avec ses gouvernements de rois plus ou moins nègres qui se sont crus souvent obligés de vilipender les vrais patriotes pour obtenir les faveurs du Conquérant ou de la majorité dominatrice, habitués dis-je de nous laisser patiemment \u2014 à la façon du Chien d\u2019Or \u2014 insulter.Mais le temps est venu que ces habitudes de chiens couchants, \"rongeant l\u2019os en prenant leur repos\u201d trouvent leur fin, et que nous apprenions maintenant \"à mordre qui nous aura mordu\u201d.Sinon en esprit de revanche pour le passé, au moins en esprit de défense de la nation contre tous les tripoteurs qui veulent empêcher son avènement.Notre réaction de pardon facile à Scully pour ses excuses qui n\u2019en sont pas, et celle du Conseil de presse qui invoque la liberté de la presse pour ne rien faire, sont de l\u2019ordre des réactions qui caractérisent le manque de respect pour la nation à laquelle on appartient, ou l\u2019impossibilité de le manifester par crainte des réprésailles d\u2019un dominateur.Jusqu\u2019à tout récemment l\u2019excuse du dominateur était encore valable et nos silences devant l\u2019insulte pouvaient s\u2019inscrire dans une stratégie de libération; ce n\u2019est plus vrai maintenant, et il faut redresser nos attitudes de colonisés, qui sont L'INCIDENT ROBERT SCULLY 9 devenues des habitudes par suite de la trop longue prolongation de l\u2019occupation et des compositions auxquelles elle a donné lui avec l\u2019occupant.Certes on peut prendre les excuses et les repentirs; et s\u2019ils sont sincères, ce peut être une juste raison d\u2019atténuer la peine inhérente à l\u2019acte coupable.Mais peine il doit y avoir, tout particulièrement quand les torts causés ne peuvent pas être réparés complètement par l\u2019inculpé lui-même.Or dans le cas Scully, les excuses ne sont évidemment pas sincères mais hypocrites.La preuve en est qu\u2019il ne reconnaît pas vraiment sa faute, tentant au contraire de mettre les esprits de gauche de son côté en excipant des intentions de défense des faibles qu\u2019il a au contraire profondément méprisés dans ses propos en leur niant toute valeur de nationalité, donc de civilisation.Sans doute, toute cette question de \u201cpropos diffamatoires\u2019\u2019 envers une nation, de \u201ctraîtrise à les prononcer dans certaines circonstances, est plus délicate, plus difficile que quand il s\u2019agit de propos envers des individus, que nos institutions reconnaissent comme ultra vires du principe sacré de la liberté de presse et d\u2019opinion.Mais il n\u2019en existe pas moins chez tous les peuples qui se respectent; et nous en sommes rendus, dans notre histoire, à nous comporter dorénavant ouvertement comme un peuple qui se respecte.La question ne doit donc pas être évitée comme l\u2019ont fait ceux qui se sont apitoyés sur les excuses de Scully et notre Conseil de presse.Elle doit au contraire être abordée, précisée; et le cas Scully était une excellente occasion de le faire.Voyons d\u2019abord ce qui s\u2019est passé exactement; et les raisons qui motivaient la sévérité que réclamait la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Robert Scully n\u2019a donc pas écrit un article spécialement à l\u2019intention du Washington Post, contre de gros honoraires, article qui intéressait particulièrement ce journal parce que le Québec y était tout spécialement vilipendé; et de façon à justifier le monde entier de n\u2019accorder aucune attention ni considération à ses revendications de liberté dans la pratique du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Ce n\u2019est donc pas tout à fait aussi grave que cela.Robert Scully a plutôt manqué de jugement; et sa part valable d\u2019excuse n'est pas dans ses bonnes intentions, mais dans le climat général chez nous 10 L'ACTION NATIONALE d acceptation de toutes les insultes à notre endroit sans ne guère sourciller que pour la forme.Robert Scully a été invité à prendre la parole dans un colloque universitaire, à Washington, sur la culture canadienne du XXe siècle, où il fut naturellement question du Québec.Le journal University Affairs nous rapporte très succintement, mais très exactement de toute évidence, ce qui s\u2019y est passé.À la soirée de clôture, Scully était le Québécois appelé à exprimer ce que représente le Québec dans la culture canadienne du XXe siècle.D\u2019autres, professeurs anglophones, donnaient aussi leur version de la part du Québec.C\u2019est là que Scully a entrepris de démontrer ce qu il a dit être \u201cthe fact\u201d que \u201cFrench Canada does not exist.French-Canadians do not exist\".Le Canada français, a-til dit, est \u201ca small, forgotten, culturally deprived, hyperactive and insecure community\u201d.Pour étayer sa thèse, il attribue cette inexistence et cette déjection, non pas, précise-t-il, à des faits de pauvreté, de colonisation et d\u2019oppression qu\u2019il ne nie pas; mais à notre isolement.Isolement en partie dû à ce qu\u2019au contraire de l\u2019Europe, le continent nord-américain (il en exclut le Mexique et l\u2019Amérique centrale) est un continent unilinguiste anglais, alors que que le Québec s\u2019en trouve séparé en restant français.C\u2019est ainsi que University Affairs expose, dans ses formes les plus objectives et les plus universitaires, les propos de Scully, en exprimant très bien le sens et la portée profonde.Il faut avoir vu ensuite, en ayant lu le texte complet, de quels propos descriptifs de notre peuple, la démonstration était assaisonnée! À un moment donné, il s\u2019agissait tout de même d\u2019expliquer comment ce peuple si déchu pouvait avoir toute l\u2019activité culturelle qu\u2019on lui connaît.Pour Scully, ce n\u2019est que de la névrose sur de la pourriture.: \u201cQuebec extraordinary nevrotic activity (explains) our countless novels, poems, plays, newspapers, soap operas, quiz shows.all these things mean nothing, because they are lost on the outside world\".Comme il nous arrive trop souvent dans les multiples circonstances où ce sont les nôtres qui nous desservent, qui nous trahissent, disons-le franchement, ce sont des anglophones qui ont exprimé leur profond désaccord d\u2019avec L\u2019INCIDENT ROBERT SCULLY 11 les propos de Scully.Le professeur Stratford, nous rapporte University Affairs a dit: \"Nous les Canadiens-Anglais, envions très souvent les Québécois et leur langage, tout particulièrement sur ce continent nord-américain.Il les a sauvés d'un colonialisme britannique rampant dans le passé et les protège aujourd'hui d'un impérialisme américain larvé.Il a aidé à les sauver dans leur existence comme nation douée d'une forte identité culturelle.\" Et Northrop Frye, à partir de la thèse générale que toute culture préfère le climat des régions et des institutions locales, ce qui explique la situation avantageuse où se trouvent les écrivains québécois pour produire des oeuvres, a précisé: \"Le poète ou le romancier canadien-français sait qu'il contribue à l'articulation d\u2019un langage menacé, de sorte qu'il n\u2019entretient aucun doute sur son rôle social, ou l'importance d\u2019être écrivain en telle situation.\"Il n\u2019a aucun concurrent plus rapproché que la France d Europe, qui vit dans des conditions sociales très différentes de celles que Québec.L'écrivain canadien-anglais ne jouit pas d'un pareil avantage, et la grisaille d\u2019une crise permanente d'identité afflige les Canadiens-Anglais depuis un siècle.\" Telle est la donnée du problème.À première vue, on me dira qu\u2019elle milite pour plus de compréhension envers Robert Scully.Dans un tel climat de liberté universitaire d\u2019expression, chacun n\u2019est-il pas libre de dire objectivement ce qu\u2019il pense en essayant de l'expliquer par des éléments de théories valables?Et ne sommes-nous pas, quant au Washington Post, face à un cas de jaunisme dont Scully n\u2019a pas à être tenu responsable?Si chacun connaissait les divers incidents de la carrière du soussigné, il serait porté à lui dire d'être plus indulgent, pour avoir connu des situations semblables.Il m\u2019est arrivé, pendant l\u2019élection de 1939, moi professeur non censé \u2014 surtout dans ce temps-là \u2014 \u201cfaire de la politique\", d\u2019avoir exprimé mes vues sur Duplessis dans un cercle fermé dirigé par Frank Scott; et où je m\u2019étais senti autorisé à parler d\u2019autant plus librement que le cercle était censément fermé.J\u2019étais professeur aux HEC depuis deux ans, donc tout jeune et très vulnérable aux foudres politiciennes de ce moment-là.Mais il y avait dans la salle un journaliste du journal Le 12 L'ACTION NATIONALE Canada, journal du parti libéral, comme chacun sait.Pour m assurer toute la liberté voulue d\u2019expression, les organisateurs lui demandèrent de se retirer.Mais se disant tellement intéressé personnellement par les propos que j\u2019allais tenir, le journaliste en question vint me demander de l\u2019autoriser à rester à titre purement personnel, donc sous entente ou promesse que rien n\u2019apparaîtrait dans son journal, à quoi j\u2019acquiesçai.Le lendemain, en première page de son journal, si mon souvenir est bon, paraissait une nouvelle intitulée à peu près comme suit: \u201cUn professeur des Hautes-Etudes s attaque à Duplessis\u201d.Devais-je être tenu responsable, auprès du \u201cgrand boss\u201d, de cette incartade journalistique?Devais-je payerde ma situation \u2014 car c\u2019était là le prix à payer par des \u201cfonctionnaires\u201d faisant \u201cde la politique\u201d \u2014 l\u2019exercice de ma liberté d\u2019expression avec prudence (cercle fermé)?Mon \u201cmanque de jugement\u201d ou d\u2019expérience avait-il été de parler librement en telle circonstance, ou d\u2019avoir cru que la parole du premier journaliste venu pouvait tenir, notamment face à son chef du pupitre, devant la perspective d\u2019une copie qui avait été de toute évidence jugée affriolante?Comme on le voit, je n'essaie pas de me rendre facile la tâche de ma démonstration.Le plus amusant et le plus significatif, c\u2019est que Robert Scully a ajouté un autre élément à la perception de l\u2019affaire en déclarant en entrevue, nous rapporte University Affairs, \u201cqu\u2019il n\u2019aurait pas osé dire ces choses au Québec, où il aurait heurté les fédéralistes autant que les indépendantistes\u201d.En ce sens, son effarement devant la publication du Washington Post et du Star apparaît sincère.Dans ma perception, c\u2019est tout le contraire qu\u2019il faut interpréter.J\u2019invoquerais la notion de liberté d'opinion et d\u2019expression à son avantage s\u2019il disait de pareilles choses même fausses, dans Québec; c\u2019est de les avoir dites à l\u2019étranger, dans les circonstances actuelles du Québec, qu\u2019il faut lui faire grief.Propos diffamatoires, car sa thèse ne tient pas debout et va à l\u2019encontre de ce que constatent et disent et ont dit tous les observateurs depuis au moins un siècle.Mais surtout inopportunité de circonstances, qui font que de telles déclarations équivalent à traîtrise.Car il n\u2019y a pas à se cacher que le Québec nation est actuellement dans une L\u2019INCIDENT ROBERT SCULLY 13 sorte d\u2019état de guerre.Guerre démocratique et électorale ou diplomatique si l'on veut, mais guerre tout de même de libération, de décolonisation, dans le cadre de laquelle il a besoin de tout le crédit qu\u2019il peut mériter d\u2019avoir dans la société internationale.Car il s\u2019agit justement pour lui, s\u2019il veut triompher dans sa libération sans être engagé dans une intervention armée éventuelle, de compter sur sa réputation, sur l\u2019opinion qu\u2019on se fera de lui et de son droit à revendiquer le principe de la liberté des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, sur la scène internationale.L\u2019idée que l\u2019opinion mondiale entretiendra du Québec est sans aucun doute notre principal atout, sinon le seul après l\u2019expression démocratique de la majorité des vrais Québécois, pour empêcher l\u2019écrasement du mouvement de libération par la répression policière ou militaire du Canada anglais à un moment jugé opportun.Constater cela, c\u2019est mesurer le tort incommensurable que les propos imprudents de Robert Scully auront fait au Québec, à travers la diffusion amorcée par le Washington Post.De plates et pleurnichardes excuses, et encore accompagnées d'une insulte supplémentaire à toute pensée nationaliste, n\u2019a rien réparé du mal commis.Il fallait avoir le sens de la loyauté à son pays pour ne pas aller tenir à l\u2019étranger des propos de nature à nuir à la victoire de libération en cours.Et l'absence de cette loyauté comporte traîtrise, fut-elle inconsciente.Les temps d\u2019une certaine intransigeance à ce sujet sont venus pour nous.Il faut que nous développions aussi, comme tous les autres peuples, le sens des atteintes inacceptables aux intérêts vitaux de la nation, et par suite de la nécessité pour les individus de savoir mesurer dans cet ordre la portée de leurs paroles et de leurs actes relativement à l'intégrité du patrimoine commun.Il ne peut pas être admis que n\u2019importe qui s\u2019arroge, au nom de quelque principe de liberté que ce soit, le droit de porter atteinte à l\u2019intégrité du patrimoine commun, et tout particulièrement à un moment de libération où sa définition et sa vitalité sont encore fragiles.À ce sujet, le cas Robert Scully ne constitue qu\u2019un cas caricatural par son outrance même.Il y a également, plus subtil, le cas Claude Ryan qu\u2019il faudrait soulever.Son corn- 14 L'ACTION NATIONALE portement, surtout à la tête d\u2019un journal comme Le Devoir, est devenu franchement inadmissible sur toute la question fondamentale de la langue, depuis les tout débuts de la bataille autour du bill 63, mais plus spécialement depuis celle des projets 1 et 101 du présent gouvernement.Il ne s\u2019agit pas de contester complètement le droit de Claude Ryan de défendre l\u2019opinion qu\u2019il tient et qui, il faut le dire, a quand même quelque peu évolué dans une meilleure direction depuis dix ans.Quoique, il aura beau dire, ce ne fut jamais la mission du Devoir avant lui, de défendre surtout, et avec acharnement les droits des anglophones.Étant donné la longue période de noirceur dont nous sortons, il nous faut accepter de discuter de l\u2019opportunité de réaliser maintenant un Québec bilingue plutôt qu\u2019un Québec français.Tel l\u2019exige encore l\u2019état de confusion dans lequel les deux cents ans d\u2019occupation et de domination de l\u2019anglais, même au Québec, ont laissé notre opinion publique.Ce qui est inadmissible, c\u2019est qu\u2019un journal comme Le Devoir le fasse avec le manque d\u2019équité et d\u2019objectivité qui le caractérise sur ce sujet depuis surtout cinq ans, et tout particulièrement de la façon devenue systématique qui est la sienne depuis le dépôt du projet loi 1 du présent gouvernement.C\u2019est à croire que les intérêts du Devoir, comme du parti libéral, sont maintenant du côté des Anglais.Le mépris dans lequel Claude Ryan a tenu tout ce temps la thèse du Québec français, thèse fondamentale en la matière parce que reposant sur les données historiques, le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes et les limites qu\u2019impose le droit de Conquête à la spoliation des peuples conquis, pour mettre de l\u2019avant sans presque admettre de contrepartie, celle d\u2019une situation sociologique, prise à un moment donné, comme fait statistique sans recours à l\u2019histoire, voilà qui équivaut à traîtrise quand on replace tout cela justement dans la perspective historique de toutes nos luttes pour rester français.Or non seulement Claude Ryan opte-t-il pour la thèse de l\u2019acceptation du partage de la patrie française du Québec en droit avec une communauté anglaise à n\u2019importe quel prix (puisqu\u2019il nous en fait une obligation de droit absolu quant aux anglophones à cause de leur nombre et de la prolongation de l\u2019occupation), mais il raisonne comme si l\u2019autre thèse n\u2019avait aucune base ni L'INCIDENT ROBERT SCULLY 15 aucune existence, s\u2019abstenant à peu près totalement d\u2019en parler.Et faute d\u2019en parler lui-même, il exclut à peu près sytématiquement la plupart des textes qui en discutent, ne donnant audience, dans la très grande majorité de ses espaces, qu\u2019à ceux qui la contredisent, ou la minimisent, ou proposent des argumentations démographiques, économiques, etc., qui incitent à n\u2019en pas tenir compte.L\u2019objectivité voudrait qu\u2019au moins autant d\u2019espace soit consacré à l\u2019exposition et à la démonstration de chacune des deux thèses.Cette discussion vient après coup, alors que la loi est votée.Claude Ryan a donc eu sans conteste toute sa liberté d'expression sur le sujet.Il est bien évident qu\u2019il a encore en quelque sorte dépouillé le mouvement nationaliste québécois du journal sur lequel il avait toujours compté pour faire avancer la cause de la libération des Canadiens-Français.Peut-être avions-nous besoin de cela pour prendre mieux conscience de la force de l\u2019instinct chez notre peuple et que, par suite, nous n\u2019avions plus besoin du Devoir pour avancer sur les chemins de la libération.Il n\u2019avait toujours tenu allumée qu\u2019une petite flamme, l\u2019équivalent de la flamme pilote de nos cuisinières à gaz, car il avait toujours été seul, avec ses quelques milliers d'abonnés, pour faire face pratiquement à toute la presse et à tous les partis du Québec.Son aide à l'Action libérale nationale contre Taschereau et au Bloc populaire contre Duplessis n\u2019avait toujours abouti qu\u2019a tenir la petite flamme allumée.Il n\u2019en devient que plus significatif de constater que la montée devient que plus significatif de constater que la montée finale de la libération à travers le RIN, le RN et le Parti québécois se sera faite finalement avec même Le Devoir comme adversaire souvent farouche de tout ce qui devenait \u201ctrop\u201d nationaliste.Ce nous est finalement un signe de force et de réconfort: le peuple québécois est bien vivant même si une bonne partie de son élite, mais disons-le de moins en moins, préfère vivre avec la génération des morts, c\u2019est-à-dire de la génération de ceux qui font, pour notre bien, tout passer par \u201cles Anglais\u201d. Un Québec en redéfinition par Delmas Lévesque, professeur de sociologie à l\u2019École des H.E.C.* Ce texte quasi prophétique a été préparé à l'intention des étudiants de l'École Internationale de Bordeaux dans le cadre de leur stage d\u2019étude à l'École des H.E.C.de Montréal en août 1972.Il constitue une analyse du Québec en évolution dont la validité trouve sa vérification dans l'événement et peut continuer d'éclaircir nos voies.Quelques propositions, on le remarquera, sont d\u2019avant le 15 novembre 19761 NDLR. UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 17 Que le Québec soit en train de se redéfinir surprendra assez peu l\u2019observateur le moindrement averti de ce qui s\u2019y passe.Il y a le fait bien sûr que le Québec est périodiquement secoué de crises retentissantes.Mais il y a le fait surtout que le moindre événement qui dans une autre province en resterait à ses dimensions syndicales, économiques ou sociales prend ici une dimension politique et risque à tout moment de tourner en crise majeure.Le train des événements accélère d'ailleurs sa marche.Aux automnes \u201cchauds\u201d s\u2019ajoutent maintenant les printemps \u201cchauds\u201d.Même l\u2019hiver risque de se réchauffer.Dans le même temps une abondante littérature commente, interprète, analyse, tente d\u2019orienter un Québec de plus en plus tourmenté.En voici un échantillon (1): \u201cl'impossible Québec\u201d, \u201cla question du Québec\u201d, \u201cla crise d'octobre\u201d, \u201cl\u2019urgence de choisir\u201d, \u201coption Québec\u201d, \u201coption Canada\", \u201cle Québec d\u2019aujourd\u2019hui\u201d, \u201cla vigile du Québec\u201d, etc, etc.La même obsession se retrouve dans la chanson, au cinéma, au théâtre.La publicité emboîte le pas: \u201cQuébec sait faire\u201d, \u201d.c\u2019est nous autres\u201d, \u201cquand on est Québécois\u201d.Si pour certains le \u201cQuébec se fait\u201d (2) pour d\u2019autres il se défait.Des mouvements sociaux vont dans des sens opposés les uns aux autres.Les mêmes événements donnent lieu à des interprétations tout à fait contradictoires.On ne sait plus trop si on en est \u201cà la première ou à la dernière heure\u201d (3).Essayons donc de saisir l\u2019ampleur et le sens de cette redéfinition du Québec.1 Voir à ce sujet les références suivantes.Marcel Rioux, La Question du Québec, (Éditions Seghers, Paris, 1969) Jacques Brillant, L'impossible Québec, (Éditions du Jour, Montréal, 1968) Gérard Pelletier, La crise d'octobre, (Éditions du Jour, Montréal, 1971) Pierre Vallières, L'urgence de choisir, (Éditions Parti-pris, Montréal, 1971) René Lévesque, Option Québec, (Les Éditions de l\u2019Homme, Montréal, 1968) André A.Brichant, Option Canada, (Comité-Canada, 1968) Jean-Luc Migué (dir.), Le Québec d'aujourd\u2019hui, regards d'universitaires.(H.M.H.Hurtubise, Montréal, 1971) Fernand Dumont, La vigile du Québec, octobre 1970: l\u2019impasse?(H.M.H.Hurtubise, Montréal, 1971) 2.\tVoir Claude Ryan (dir.), Le Québec qui se fait, (Le Devoir, Montréal, 30 décembre 1968) 3.\tVoir Pierre Vadeboncoeur, La première et la dernière heure, (Hexagone, Parti-pris, Montréal, 1970) 18 L'ACTION NATIONALE Du traditionnel à l\u2019industriel (4) Au beau milieu du XX ème siècle les Canadiens-Anglais considéraient le Québec comme \u201cthis backward priest-ridden province\u201d.Quant aux Américains, pour ceux qui en savaient quelque chose, ils avaient appris de leur sociologues que quelque part au nord existait \u201cthe folk society of French Canada\u201d.Ces images, bien sûr, tenaient un peu du cliché, sinon de la caricature.Elles comportaient toutefois une bonne part de vérité.Le fait est que sur le continent nord-américain le Québec, objet de curiosité touristique et anthropologique, faisait un peu figure d\u2019anachronisme.Pour de multiples raisons dont quelques-unes seront évoquées plus loin, le Québec formait à une époque un îlot traditionnel dans un océan d\u2019industrialisation.La société traditionnelle Au XIXème siècle et assez avant dans le XXème , la société canadienne-française présente les traits principaux d\u2019une société traditionnelle.Pyramide sociale avec une large base à peu de distance du sommet, économie peu diversifiée dont une bonne partie est de subsistance, prédominance de la vie rurale, importance de la famille et des liens de parenté, relative homogénéité sociale, mobilité restreinte et isolement relatif, fort consensus au plan des normes et des valeurs, rythme de vie près de la nature, majesté des usages et des coutumes, caractère personnel des rapports humains, primauté de la religion comme institution et comme pratique.Ces traits communs aux sociétés traditionnelles ont composé au Québec une physionomie particulière.Événe- 4.Voir pour cette partie les ouvrages suivants qui ne forment qu'un ilôt dans une abondante littérature.L\u2019auteur de cette partie se reconnaît une dette particulière au sociologue Hubert Guindon.Marcel Rioux et Yves Martin (dirs.), La Société canadienne-française, (Hurtubise H.M.H., Montréal, 1971) Gérald Fortin, La fin d'un règne, (Hurtubise, H.M.H., Montréal, 1970) Gérard Bergeron, Le Canada français après deux siècles de patience, (Éditions du Seuil, Paris, 1967) Jean Pellerin, Le Canada ou l'éternel commencement, (Casterman, Paris, 1967) Pierre-Elliott Trudeau, La grève de l'amiante: une étape de la révolution industrielle au Québec, (Les Éditions Cité libre, Montréal, 1956) UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 19 ments historiques, dynamique des rapports entre Canadiens-Anglais et Canadiens-Français, évolution interne, action de divers groupes sociaux ont contribué certes à l\u2019originalité de ce visage.Mais il correspond surtout aux desseins de l\u2019Église catholique.Servie par des circonstances propices que nous rappellerons plus loin, l\u2019Église s\u2019est constituée le maître-d\u2019oeuvre de la société canadienne-française.La prédominance agricole des activités économiques lui a permis par rétablissement des paroisses d'être présente sur la scène de base de la vie sociale.La création des séminaires diocésains et des universités lui a procuré le contrôle de la formation des élites cléricales et politiques.Son monopole institutionnel dans les sphères de la santé et du bien-être lui a donné un poids considérable dans tout budget de dépenses publiques.Les innombrables communautés religieuses du Québec en ont fait par leurs propriétés foncières et immobilières une puissance économique.Fortement axée sur l\u2019Église de Rome, l'Église du Québec en plus d\u2019y trouver un appui solide procurait ainsi au Canada français sa fenêtre sur le monde, ce qui lui permettait du même coup de jouer le rôle d\u2019interprète des événements internationaux.À tous les paliers de l\u2019organisation sociale \u2014 local, régional, provincial \u2014 l\u2019Église structurait la société.Présente sur toutes les scènes et dans presque tous les secteurs d\u2019activités elle avait réussi à donner corps et âme à son propre projet de société et de culture; un ordre social fortement intégré, incarnant la primauté du spirituel sur le temporel.S\u2019appuyant sur la trilogie famille \u2014 paroisse \u2014 patrie, l\u2019Église du Québec avait façonné la société à son image et à sa ressemblance, conciliant sens hiérarchique et sens communautaire, valeurs chrétiennes et valeurs françaises.Une variété de théocratie à saveur médiévale s\u2019était instaurée sur les rives du St-Laurent en contraste frappant avec l\u2019Amérique anglo-saxonne, protestante, industrielle et libérale.Aux yeux de l\u2019Église, la société canadienne-française constituait un bastion contre le matérialisme ambiant, une sorte de contre-culture avant la lettre. 20 L'ACTION NATIONALE Une construction d\u2019une telle solidité aurait duré longtemps \u2014 elle a quand même tenu plus d\u2019un siècle \u2014 n\u2019eut été de ses contradictions internes, autant de fissures par où s\u2019introduisait la modernité.L\u2019impact de l\u2019industrialisation La pénétration de la modernité dans la culture traditionnelle s\u2019est effectuée à la faveur de l\u2019industrialisation laquelle s\u2019est attaquée au défaut principal du barrage, celui de la contradiction structurelle de l\u2019excédent de population versus la rareté des terres cultivables.Le mode de transmission de l\u2019héritage agissait comme goulot d\u2019étranglement.Le \u201cdomaine-plein paysan\u201d, taillé à la mesure des besoins de la famille normalement très nombreuse était transmis intégralement à un héritier unique, les autres enfants devant s'établir ailleurs sur d\u2019autres terres.Ce mode d\u2019héritage évitait le morcellement des terres mais impliquait également, vu le taux élevé d\u2019accroissement naturel, un peuplement rapidement étalé sur de vastes espaces.À mesure que progressait l\u2019occupation des terres arables, en quantité limitée au Québec, la pression démographique se faisait davantage sentir.L\u2019industrialisation, d\u2019abord dans les états voisins de la Nouvelle-Angleterre, puis en Ontario et au Québec, arriva à point nommé pour absorber cet excédent continue de population, soulageant le système d\u2019autant.Pareil soulagement explique peut-être pourquoi on a mis tant de temps à réaliser ce qui se passait.Le système n\u2019étant pas mis immédiatement dans l\u2019obligation de remettre ses structures en question, plusieurs changements pouvaient passer inaperçus.L\u2019Église elle-même, assurée d\u2019un long règne tranquille mit beaucoup de temps à réagir.Elle commença d\u2019ailleurs par nier, c\u2019est-à-dire à ne voir que des changements quantitatifs: plus d'ouvriers qu'avant c\u2019est tout.De toutes façons elle blâmait ceux qui laissaient la campagne pour la ville, d\u2019ici ou d\u2019ailleurs.La syndicalisation progressive des travailleurs la tira de sa torpeur.Du coup elle réalisa que l\u2019ennemi était dans la place.L\u2019ennemi c\u2019est-à-dire le matérialisme battant pavillon UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 21 moderniste et socialiste.Et lorsque la Crise économique des années 1930 fondit sur la population, sa risposte du \"retour à la terre\u201d put s\u2019auréoler de la crédibilité du \u201cje vous l\u2019avais bien dit\u201d.La reprise économique provoquée par la deuxième guerre mondaile et la grande prospérité d\u2019après-guerre achevèrent d\u2019émousser le peu de mordant des diverses ripostes que l\u2019Église avait imaginées.Elle comprit que le monde s\u2019était transformé.Depuis déjà un demi-siècle le Québec était devenu industriel et urbain.Le syndicalisme semblait là pour rester.Le déplacement des classes sociales aussi.Les nouvelles valeurs également.L\u2019Église comprit qu\u2019à trop s\u2019opposer elle risquait d\u2019être débordée.Elle résolut de continuer et d\u2019amplifier ce qu\u2019elle avait d\u2019ailleurs commencé à faire depuis assez longtemps, s\u2019adapter.Elle s\u2019adapta donc et fort bien.Apogée et déclin de l\u2019Église L'Église s\u2019adapta remarquablement bien.Il faut souligner qu\u2019elle bénéficia elle aussi de la grande prospérité de la guerre et de l\u2019après-guerre.Dîmes, quêtes, souscriptions, campagnes de charité, subventions, dons de bienfaisance rendirent beaucoup plus qu\u2019avant.Ses propriétés foncières et immobilières décuplèrent de valeur.Ses structures gonflèrent d\u2019autant.Hôpitaux, hospices, services sociaux, juvénats, collèges, universités, oeuvres de toutes sortes, tantôt se multipliaient, tantôt s\u2019agrandissaient.Ce fut la grande expansion, créatrice d\u2019emplois par surcroît.De plus en plus de laïcs se mirent à trouver cet entrepreneur profitable.L\u2019Église se trouva ainsi à contribuer sa quote-part à l\u2019émergence au Québec des nouvelles classes moyennes.L\u2019industrialisation en absorbant le surplus de population rurale avait créé progressivement mais rapidement de nouvelles classes sociales urbaines: la classe ouvrière et les classes moyennes.Toute la structure sociale s\u2019en trouva modifiée.L\u2019Église se mit à accorder aux nouvelles classes autant d\u2019importance qu elle avait accordée aux anciennes. 22 L\u2019ACTION NATIONALE Elle cessa de bouder la classe ouvrière, encouragea le mouvement syndical mais tout en le baptisant et le truffant d\u2019aumôniers, prit même fait et partie pour les travailleurs à l\u2019occasion de quelques grèves retentissantes.L'intégration de la classe ouvrière n\u2019achoppait plus à la doctrine traditionnelle puisque les Papes avaient eux-mêmes indiqué la voie à l\u2019enseigne de la doctrine sociale de l\u2019Église.Quant aux nouvelles classes moyennes, collets blancs, techniciens, administrateurs, professionnels et semi-professionnels, elles ne demandaient pas mieux que de faire valoir leurs qualifications fraîchement acquises aussi bien dans les sphères institutionnelles dirigées par l'Église que dans le secteur public ou privé.On peut même avancer, le processus de bureaucratisation aidant, que l\u2019Église se trouva désormais en plus grande affinité avec les classes moyennes qu\u2019avec toute autre.Leurs communes préoccupations administratives tendaient à les rapprocher.À tous les niveaux de l\u2019échelle sociale l\u2019Église composa merveilleusement bien.Chevauchant avec dextérité un mouvement irrésistible mais combien profitable, elle sut, en assumant beaucoup de nouveaux rôles, en garder le leadership.Il convient de signaler que la plupart de ces nouveaux rôles assumés par les clercs étaient purement d\u2019essence profane.Qu\u2019à cela ne tienne, l\u2019Église en avait les moyens matériels.Elle s\u2019est comportée comme un contenant qui s\u2019enfle sans rien perdre d\u2019un contenu qui se dilate.À une époque de changements économiques et sociaux rapides, elle réussit le tour de force de consolider et même d\u2019accroître son hégémonie sur une société plus considérable et plus complexe.Il convient d\u2019admettre que comme autrefois au temps de la société traditionnelle tout le monde a été un peu complice de l\u2019hégémonie de l\u2019Église: population et dirigeants.Au niveau supérieur de l\u2019élite professionnelle et politique, cette complicité confinait à la collusion.Quant aux dirigeants économiques, ils savaient comment ne pas se mêler des \u201caffaires\u201d de l\u2019Église, laquelle en retour savait rappeler au moment opportun le respect de l\u2019autorité, toute autorité.L\u2019industrialisation fit manifestement l'affaire de tout le monde, l\u2019Église comprise. UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 23 Les années 50\u2019 et le début des années 60\u2019 marquent l\u2019apogée de l\u2019Église institutionnelle.Comme en d\u2019autres exemples d\u2019emprise hégémonique l\u2019apogée marque aussi le déclin.Dans le cas de l\u2019Église ce déclin prit l'allure d\u2019une déroute.Les explications d\u2019un tel phénomène demeurent partielles.Mais on a un peu l\u2019impression qu\u2019elle s\u2019est comme vidée du dedans, comme si à force de jouer d\u2019autres rôles, elle ne savait plus ce qu\u2019était le sien propre.Elle s\u2019est comme égarée, perdue dans ces classes moyennes avec lesquelles elle avait tant d\u2019affinités.L\u2019Église comme institution sociale dominante n\u2019a pas tellement été détrônée qu\u2019absorbée par les classes moyennes, ses rivales en termes de pouvoir.La poussée était trop forte.L\u2019opération s\u2019est d\u2019ailleurs effectuée sans trop de bruit.L\u2019effacement rapide de l\u2019Église a laissé un vide culturel béant et un équilibre social instable.Du culturel au politique (5) La représentation que les Candiens-Français se faisaient d'eux-mêmes s'est considérablement modifiée au cours des années 60\u2019, période dite de la \u201crévolution tranquille\u201d.L\u2019accent s\u2019est déplacé du culturel au politique.Au lieu de se percevoir comme groupe ethnique, comme nationalité, on s\u2019est mis à se percevoir comme nation.L\u2019équation traditionnelle du Canadien-Français catholique a perdu beaucoup de sa signification.L\u2019ancien consensus confinant au monolithisme s\u2019est brisé.Une nouvelle 5.À propos de cette seconde partie, l'auteur reconnaît volontiers avoir été particulièrement influencé par les ouvrages suivants.George Grant, Lament tor a Nation, the Detect ot Canadian Nationalism, (McClelland and Stewart, Ltd., Toronto, 1965) Michel Brunet.Québec Canada anglais, deux itinéraires, un affrontement, (Éditions H.M.H.Montréal, 1968) Kari Levitt, La capitulation tranquille: la mainmise américaine sur le Canada, (La Maison Réédition-Québec, Montréal, 1972) Albert Memmi, (Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur, (Jean-Jacques Pauvert, Hollande, 1966) (Libertés, collection dirigée par Jean-François Revel, 37) John Kenneth Galbraith, Le Nouvel État industriel, (Gallimard, Paris, 1968) Jacques Grand'Maison, Vers un nouveau pouvoir, (H.M.H., Montréal, 1969) John Porter, The Vertical Mosaic, (The University of Toronto Press, Toronto, 1965) C.Wright Mills, The Power Elite, (Oxford University Press, New York, 1956) Marvin E.Olsen, (éd.), Power in Societies, (The Macmillan Co.New York, 1970) 24 L\u2019ACTION NATIONALE définition a progressivement émergé celle de Québécois.Cette nouvelle définition issue de l\u2019ancienne mais largement tributaire de la modernité n\u2019a pas encore réussi à s\u2019imposer de façon décisive.Elle tend toutefois, en s'articulant sur l\u2019État, à refaire sur des bases différentes un nouveau consensus destiné à engendrer et à soutenir une nouvelle identité.La redécouverte de soi Les réalisations les plus visibles de la révolution tranquille ont d\u2019abord été administratives: instauration d\u2019un ministère de l'Éducation, rationalisation de la fonction publique, étatisation des compagnies d\u2019électricité, création de nouvelles agences et institutions publiques, intervention de l\u2019État dans certains secteurs restés privés jusque-là, rapatriement de pouvoirs fiscaux additionnels, etc, etc.Ces réalisations traduisaient et exprimaient cependant un glissement de la base du pouvoir en faveur des classes moyennes et consacraient à la fois le rôle de leadership assumé par certaines couches de ces classes.Les ministres et technocrates artisans de la révolution tranquille provenaient de la strate supérieure des classes moyennes: juristes, économistes, administrateurs, sociologues, spécialistes des communications, etc.Porteurs de slogans mais aussi véhicules de nouvelles valeurs, de nouvelles attitudes et de nouveaux symboles ces artisans avaient conscience d\u2019accomplir une révolution administrative alors qu'au fond plus ou moins à leur insu ils devenaient les agents d\u2019une \u201crévolution des mentalités\u201d.Collectivement le sentiment le plus net dégagé par la révolution tranquille est celui d\u2019un déblocage, d\u2019une dilatation allant jusqu\u2019à l\u2019euphorie.Tout devenait possible.C\u2019est comme si l\u2019on sortait d\u2019une longue période d\u2019hibernation.Bien entendu ce sentiment n\u2019était pas partagé par tout le monde; la classe ouvrière et la classe agricole se montraient plus sceptiques.Mais il suffisait qu\u2019il soit largement répandu parmi les classes moyennes pour donner le ton.Des phénomènes socio-culturels importants caractérisent cette période.Celui de la \"prise de la parole\u201d, celui UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 25 d\u2019une baisse marquée, et souvent affichée, de la pratique religieuse, l\u2019apparition de nouveaux mouvements sociaux et politiques, la formation en associations professionnelles de quantité de groupe d\u2019intérêts, une syndicalisation accélérée, la sécularisation des institutions, une politisation de plusieurs groupes sociaux.Une énergie insoupçonnée se donne libre cours.L'audace aidant, on ose penser dans de nouveaux schémas.On récrit l\u2019histoire ou plutôt on en fait une lecture différente.Le mouvement mondial de décolonisation politique fournit l\u2019essentiel des schémas d\u2019analyse que l\u2019on applique désormais à sa propre histoire.L\u2019on trouve après coup explication à l\u2019hégémonie de l\u2019Eglise et à la longue durée de la société traditionnelle.La vision que l'on ramène de ce \u201cvoyage\u201d historique tient en gros à celle-ci.La conquête de la Nouvelle-France par l\u2019Angleterre en 1760 sonne le glas de la société commerçante axée sur la traite des fourrures.Le rembarquement pour la France de l'élite administrative et militaire coloniale et la dispersion de l'élite commerciale laissent l\u2019Église seule à la tête d\u2019une société semi-féodale.Le développement du Canada français devait désormais se faire selon un modèle essentiellement rural.Un pacte plus ou moins implicite entre l\u2019Église et la nouvelle puissance coloniale s\u2019instaura progressivement.En échange de la reconnaissance de la langue, des lois, des institutions françaises, du libre exercice de la religion et du maintien de ses privilèges et prérogatives, l\u2019Église acceptait que l\u2019occupant détienne les pouvoirs politiques, économiques et militaires.Un compromis entre puissance spirituelle et puissance temporelle quoi.À l\u2019ombre pour ainsi dire de la puissance coloniale anglaise l'Église put façonner le Canada français selon ses vues et cela quasi sans conteste.Comme en d\u2019autres situations coloniales similaires la religion devint une valeur-refuge, l\u2019agriculture s\u2019offrit par défaut comme l\u2019occupation \u201cnormale\", la vie rurale comme la vie par excellence, la glorification du passé lointain comme compensation, le culte des valeurs spirituelles comme voie d\u2019évitement et la prédominance de l\u2019Église comme protection. 26 L'ACTION NATIONALE Commencée immédiatement après la conquête, la marche de l\u2019Église vers l\u2019hégémonie se poursuivit pendant la première moitié du XIXème siècle pour se compléter dans la seconde moitié du même siècle et durer la première moitié du XXème siècle.A un seul moment en près de 200 ans, soit au cours de la décennie 1830, l\u2019hégémonie de l\u2019Église fut sérieusement menacée.L\u2019élite des professions libérales, issue des collèges classiques, engagée dans la revendication au gouvernement responsable, inspirée des idées des révolutions américaines et françaises, gagnée par la fièvre romantique de l'époque, tenta de secouer le double joug de l\u2019Église et de l\u2019empire britannique.La rébellion armée fut écrasée militairement en 1837-38 et intellectuellement dans la décennie 1840.Le pacte avait fonctionné, la double hégémonie y trouva l\u2019occasion de se consolider et de se perpétuer.Le Canada français fut rural et catholique plus que jamais.La société régressa à nouveau à l\u2019état de culture.L\u2019hibernation reprit de plus belle.Elle ne prit fin qu\u2019avec la révolution tranquille.La question essentielle n\u2019est pas dans l\u2019exactitude historique de cette vison.C\u2019est là affaire d\u2019expertise et encore.L\u2019essentiel consiste en ce que cette vision modifiée de l\u2019histoire trouve de plus en plus d\u2019échos chez les intellectuels, les enseignants, les étudiants, chez des technocrates, des spécialistes en communications et pénètre par les classes moyennes dans des couches de plus en plus profondes de la société.Le vieux théorème des sciences sociales veut que \u201cla représentation que les gens se font de la réalité est au moins aussi importante que la réalité elle-même\u201d.Or ce théorème joue à plein ici.Se représenter son histoire de façon différente correspond à des besoins présents et à un futur entrevu.La réinterprétation atteint désormais l\u2019histoire récente et touche même au présent.On perçoit déjà autrement les années 50\u2019 et 60\u2019.Le Canada français catholique cède la place au Québec politique. UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 27 Une question de pouvoir Concevoir la question du Québec comme une question de pouvoir n\u2019a pas de quoi trop surprendre si l\u2019on relie ensemble un certain nombre de faits, de phénomènes et d\u2019événements.La Commission Royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme a établi qu\u2019à qualifications égales le francophone touche un revenu sensiblement inférieur à celui de l\u2019anglophone, partout au Canada.Au Québec cet écart est même plus marqué.Le francophone bilingue n\u2019arrive pas à rejoindre l\u2019anglophone unilingue.À quelques exceptions près les ethnies qui s\u2019assimilent au groupe anglophone sont nettement favorisées par rapport aux Canadiens-Français.La mosaïque canadienne est non seulement compartimentée et stratifiée mais encore forme-t-elle une structure du pouvoir politique et économique.Des barrières sociales, ethniques et religieuses entravent la mobilité occupationnelle.L\u2019industrialisation venant de l\u2019extérieur a trouvé au Canada français une main-d\u2019oeuvre à bon marché, d\u2019abondantes ressources naturelles et un ordre social stable.Le capital anglo-américain a emprunté les structures politico-économiques existantes, celles qui avaient réduit les Canadiens-Français au statut de minorité.La place que leur réservait l\u2019industrie devait tout \u201cnaturellement\u201d se situer au bas de la pyramide.Depuis des décennies le taux de chômage au Québec dépasse invariablement la moyenne canadienne.À l'inverse le revenu per capita se situe habituellement en dessous.Pendant très longtemps également l\u2019écart des investissements manufacturiers entre le Québec et la province voisine, de dimension comparable, s'est maintenu de façon très marquée et très constante.Cet écart s\u2019est récemment agrandi.Au Québec les Canadiens-Français pourtant plus de 80% de la population possédaient à peine 20% de leur économie.Les faillites sont toujours relativement et absolument plus nombreuses au Québec qu'en Ontario.Dans un même secteur d\u2019activité économique, les entreprises fran- 28 L\u2019ACTION NATIONALE cophones sont toujours plus petites, plus fermées, cela au Québec même.Décidément les Canadiens-Français n\u2019ont pas le sens des affaires! La faute en était sûrement à leur système d\u2019éducation qui sous l\u2019égide de l\u2019Église façonnait les valeurs culturelles de l\u2019élite, laquelle s'orientait du côté de la prêtrise et des professions libérales.Pas d\u2019entrepreneurship possible dans de telles conditions! La réforme de l\u2019éducation a eu lieu, l\u2019opération de rattrapage a été effectuée.Les gradués des universités, des collèges, des Écoles d\u2019administration ne trouvent toujours pas la place qui leur revient de par leurs qualifications.Un peu plus quand même mais de façon gravement insuffisante, à un tel point que l\u2019on retrouve ici une contradiction structurelle éducation-emploi analogue à celle de la démographie-terres arables au temps de la société traditionnelle.Le mythe de l\u2019infériorité culturelle congénitale a eu la vie dure ces dernières années.Affirmer que si \"seulement les Canadiens-Français avaient les bonnes attitudes administratives\u201d, celles provenant de l\u2019éthique protestante par exemple, apporte une réponse qui laisse beaucoup d\u2019insatisfaits.On ne peut parallèlement s\u2019empêcher de constater que la forte poussée néo-nationaliste de la dernière décennie a eu pour effet de catapulter plusieurs Québécois à l\u2019avant-scène canadienne aussi bien \u201ccorporative\u201d que politique.Comment ne pas se rendre compte également que la nationalisation de l'électricité a procuré des emplois à des ingénieurs canadiens-français et que l\u2019élargissement du secteur public joue le même rôle pour d\u2019autres catégories de personnel.Ajoutons au dossier que du fait de l\u2019assimilation accélérée des minorités francophones des autres provinces le Canada français tend à coïncider avec le Québec; que le phénomène de la chute de natalité des francophones conjuguée au taux très élevé d\u2019assimilation des immigrants à l\u2019élément anglophone crée à l\u2019intérieur des frontières du Québec une situation sérieuse pour la majorité. L'ACTION NATIONALE 29 Complétons le portrait en signalant que l\u2019essoufflement de la \u201crévolution tranquille\u201d est attribuable, en partie du moins, à la résistance grandissante du fédéral à toute nouvelle concession susceptible d\u2019accroître les pouvoirs du Québec, pouvoirs dont celui-ci a depuis longtemps un pressant besoin pour se réaliser.Le Québec est manifestement à la recherche d\u2019un État qui lui corresponde.La constitution de 1867 lui avait octroyé un État à dimension municipale.Il s\u2019est forgé au cours des dernières décennies un État provincial.Il réclame désormais son État national afin d\u2019accéder au rang de nation moderne.Tel est le sens de la question du Québec, une \u201csimple\u201d question de pouvoir.Les ambiguïtés du modernisme Que le Québec accède pleinement à l\u2019âgé moderne! Cette proposition revêt diverses significations.Il se trouve que la modernité a fait assez bon marché jusqu\u2019à présent des différences nationales.Portée par l\u2019idéologie libérale, laquelle définit l\u2019homme comme sa liberté de satisfaire tous ses désirs individuels, la modernité annonce l\u2019avènement d\u2019un homme universel, révélé par les sciences humaines et naturelles.À cet homme universel elle offre un progrès matériel indéfini.La modernité dissout les valeurs culturelles traditionnelles de toutes les sociétés qu\u2019elle touche.Elle tend à l\u2019homogénéité universelle.Il se trouve aussi que le foyer le plus dynamique et le plus puissant de cette modernité se situe tout près dans la république voisine.Le Canada anglais a accédé plus tôt que le Québec à l\u2019âge moderne.Or il se défend plus mal que le Québec contre les pressions et les séductions de la modernité américaine.L\u2019Église catholique constituait un solide barrage contre la modernité.Son projet de société et de culture en était l\u2019antithèse.La liberté individuelle y était soumise au bien commun.Elle posait des limites au règne du plus fort sur le plus faible.Elle soustrayait l\u2019intégrité de l\u2019homme à la manipulation scientifique.Elle situait le paradis dans l\u2019au- 30 L'ACTION NATIONALE delà.Son éthique refusait de se laisser prendre par les séductions matérielles.Ses prêtres prêtaient le serment antimoderniste.L\u2019hégémonie de l\u2019Église sur le Canada français était à la fois domination et protection.À ce titre la \u201crévolution tranquille\u201d peut être considérée comme l\u2019irruption du flot de la modernité dans la culture locale.Le courant a d\u2019abord pénétré dans la place par minces filets puis l\u2019industrialisation se faisant de plus en plus massive et envahissante le barrage a finalement sauté.Que reste-t-il maintenant des valeurs traditionnelles qui conféraient sa spécificité au Canada français?À quelles sources pourra s\u2019alimenter une nouvelle originalité qui ait assez de consistance pour s\u2019affirmer?Où puiser l\u2019énergie pour soutenir un projet de société qui ne se confonde pas avec l\u2019environnement nord-américain?Le Canada propose et dans une certaine mesure impose au Québec son propre projet de modernité: un État multiculturel, multireligieux plus ou moins décentralisé politiquement et administrativement.Un projet qui présente quelques traits différents, pour un certain temps encore, de ceux du modèle américain.Le projet canadien comporte l\u2019avantage d\u2019être plus grand que le projet québécois.Opposer sous forme de dilemme insoluble le nationalisme à la modernité c\u2019est faire abstraction de trois aspects majeurs du problème.Les cultures ne sont pas immuables, la modernité dissimule une nouvelle forme de domination, un univers homogène serait sans signification.Les cultures sont capables d\u2019évolution.L\u2019anthropologie culturelle nous a trop habitués à concevoir les cultures comme de secondes natures à caractères ineffaçables.On a souvent ignoré le fait que beaucoup de ces cultures ont été bloquées dans leur évolution par une domination économique, politique ou sociale étrangère.La domination anglaise sur le Québec par exemple a nettement inhibé certaines lignes de développement.Il y a fort à parier qu\u2019en l\u2019absence de cette domination on n\u2019aurait pas tant privilégié l\u2019agriculture.La \u201crévolution tranquille\u201d nous a appris aussi UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 31 qu\u2019une société qui se construit elle-même génère de nouvelles valeurs qu'elle incarne dans des institutions propres.On ne peut sous-estimer à priori les aptitudes créatrices d\u2019une culture.L\u2019homogénéisation de l\u2019univers, destin ultime du Libéralisme, laisserait un monde sans signification.On en récolterait des populations amorphes et sans motivation dont l\u2019équilibre mental serait loin d\u2019être assuré.Les divers particularismes qui résistent à cette standardisation font oeuvre d\u2019humanité.Dans le même temps que s\u2019unifie l\u2019univers du point de vue scientifique et technologique, ressurgissent les nationalismes qui tentent un peu partout de bâtir des sociétés \u201csui generis\u201d.La domination que dissimule l\u2019homogénéisation du monde recèle un visage surtout américain.L\u2019empire américain n\u2019est pas que de style classique.D\u2019une part à la manière des empires classiques il impose sa présence politico-militaire.Mais à la différence des empires classiques il procède autant par séduction: plus haut niveau de vie, consommation de masse, progrès matériel.L'enchevêtrement des deux styles lui confère une puissance redoutable contre laquelle il est difficile d\u2019offrir une défense qui apparaît comme un refus du progrès.Appuyées sur une économie domestique qui représente le tiers de l\u2019économie mondiale, les entreprises américaines plurinationales, véritables laboratoires de valeurs, répandent partout sur la planète les modèles américains de consommation.Si l\u2019empire est le principal bénéficiaire de sa domination, il n\u2019est pas dit que d\u2019autres pays n\u2019en profitent pas.Quand ils en profitent c\u2019est souvent au prix d\u2019un appauvrissement culturel et d'une dépendance économico-politique qui rend ces pays inaptes à aménager leur propre société, corps de la culture.Cette dépendance n\u2019est pas nécessairement profitable.Mais elle peut aussi offrir, pour un temps du moins, beaucoup de confort.C\u2019est précisément là le piège.Le Canada anglais en offre un bel exemple.Il a accueilli à bras ouvert la modernité américaine: capitaux, technologie, know-how, hommes d\u2019affaires, politiques, intellectuels ont traversé allègrement cette passoire qu\u2019est la frontière canadienne.La pénétration a atteint tous les 32 L'ACTION NATIONALE milieux, a envahi toutes les sphères d\u2019activité.Déjà en affinité historique, linguistique et culturelle avec la civilisation américaine, les Canadiens-Anglais ne voient plus très bien maintenant en quoi ils sont différents des Américains.Ils se sont installés dans une dépendance confortable.Traditionnellement tourné vers et contre le Canada français, le nationalisme canadien-anglais n\u2019a pas reconnu que son véritable ennemi venait du sud.D\u2019ailleurs qui parle d\u2019ennemi quand on s\u2019entrelace à son voisin.Les prétentions du Canada anglais à couvrir le Canada français de son corps contre l\u2019américanisme manquent de plus en plus de preneurs.On connaît mieux comme barrage.Réveillé par la poussée nationaliste québécoise, le néonationalisme canadien-anglais commence à réagir.Il demeure toutefois, sauf chez ses éléments les plus éclairés, ambivalent face aux États-Unis et au Québec.On ne voit pas comment il pourrait s\u2019opposer efficacement aux deux en même temps.L\u2019appui de l\u2019empire britannique n\u2019existe plus, la moitié du Canada anglais est composée d'immigrants que ce combat n\u2019intéresse pas, quant au vieux stock britannique il n\u2019a plus la même consistance.On voit mal du reste comment le néo-nationalisme canadien-anglais pourra à terme empêcher que le Québec aille son chemin.Pour l\u2019instant il tend plutôt, faute de projet, à se rabattre sur l\u2019image physique d\u2019un Canada un et indivisible.Avouons que cette image pâlote fait peu le poids face au nationalisme québécois et face surtout à la \u201cdestinée manifeste\u201d américaine attirée par l\u2019abondance des ressources naturelles septentrionales.La régionalisation de l\u2019économie canadienne suivant les lignes de force nord-sud est déjà bien avancée et justifie un courant au Québec qui souhaiterait une entente directe avec les Américains sans passer par le détour d\u2019Ottawa.À moins que le néo-nationalisme canadien-anglais fasse avec le Québec une solide alliance bi-nationale, il n\u2019arrivera même pas à sauver les apparences de la souveraineté canadienne.L'aboutissement prochain de la poussée souverainiste au Québec aura valeur de test décisif quant à la fortune du néo-nationalisme canadien-anglais. UN QUÉBEC EN REDÉFINITION 33 Quant au Québec, une alliance d\u2019égal à égal avec le Canada anglais pourrait lui éviter bien des ennuis, économiques surtout.Cette alliance ne pourrait se faire dans le cadre canadien actuel, lequel subordonne le Québec à Ottawa et lui confie au sein de l\u2019économie nationale canadienne un rôle de complémentarité à l'Ontario.Le Québec, à défaut de cette nouvelle alliance, possède probablement encore la cohésion pour accéder à l\u2019indépendance.L\u2019État pourrait y jouer, les pressions environnantes aidant, un rôle analogue à celui joué autrefois par l\u2019Église.Le nationalisme n\u2019est-il pas la religion des États?Ce faisant le Québec aurait à résoudre seul l\u2019ambiguïté du modernisme.L\u2019irruption de la modernité provoque la modernisation et l\u2019empêche en même temps.Les diverses tentatives de planification régionales et provinciales sont éclairantes à ce sujet.Comme est éloquente la faiblesse des organismes de développement économique créés au cours de la révolution tranquille.Des outils en partie inutilisables selon les termes de la règle du jeu actuel.Comment le Québec trouvera sa solution nationale demeure conjecturel.Peut-être aurons-nous notre technostructure à nous, articulée sur la techno-structure américaine.Dans ce cas le Québec se placerait dans une situation analogue à celle de bien d\u2019autres pays.Peut-être jouera-t-il de par sa langue, sa culture et son voisinage le rôle d\u2019honnête courtier entre les États-Unis d\u2019Amérique et l'Europe.Pour trouver sa solution nationale, il devra réaliser que le véritable développement est autant politique et social qu\u2019économique, que la véritable modernisation est affaire de pouvoir et de vouloir.Le Québec n\u2019est pas un cas unique sur la scène internationale. L\u2019opinion publique ang o-québécoise et l\u2019autonomie provinciale (1945-1946) par Pierre Trépanier L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 35 Le concept d\u2019autonomie provinciale, mis de l\u2019avant surtout en Ontario et au Québec, ne revêt pas la même signification de part et d\u2019autre de l\u2019Outaouais pour des raisons ethniques évidentes: la majorité \u2014 anglophone \u2014 de l\u2019Ontario fait partie de la majorité dans la fédération; la majorité \u2014 francophone \u2014 du Québec coïncide avec la minorité à l\u2019échelle du pays.Pour Toronto, c\u2019est une question constitutionnelle et juridique; pour Québec, c\u2019est une question constitutionnelle, juridique et nationale.I.- L\u2019autonomie provinciale En 1864, John A.Macdonald, à défaut d\u2019État unitaire, s\u2019était rabattu sur un projet qui avait tous les caractères d\u2019une quasi-union législative.L\u2019énergie intelligente et tenace du premier ministre de l\u2019Ontario, Oliver Mowat, des périodes mouvementées comme celle du coup d\u2019État de 1878 dont les vedettes furent Luc Letellier de Saint-Just et Henri-Gustave Joly, les convictions nationalistes de Honoré Mercier et l\u2019oeuvre du Comité judiciaire du Conseil privé se sont conjuguées pour décentraliser de plus en plus la constitution canadienne.Au fond le fédéralisme canadien n\u2019a pas été créé de toutes pièces en 1867: il est le fruit d\u2019une lente maturation d\u2019une trentaine d\u2019années, au cours des quelles la virtuelle union législative de 1867 s'est transformée en une véritable fédération.Cette tendance s\u2019est accentuée au tournant du siècle avec la conquête et le développement de nouvelles techniques, telle l\u2019hydro-électricité, et l\u2019expansion phénoménale de certains secteurs, comme l\u2019industrie de la pâte et du papier.Ces nouveautés accroissaient la puissance des provinces puisque l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique avait inclus les terres publiques parmi leurs compétences.Résultat de ces évolutions cumulatives, la décennie 1920 apparaît comme l\u2019apogée des provinces, qui contre balançaient le gouvernement d\u2019Ottawa dans un régime désormais remarquablement décentralisé.Cependant les années 1929-1930 allaient être à l\u2019origine d\u2019une rectification de trajectoire qui a eu et continue d\u2019avoir de graves répercussions.Mais cette centralisation commencée dans les années 30 et poursuivie jusqu\u2019à nos jours, quel en était le but? 36 L\u2019ACTION NATIONALE Centraliser pour centraliser?Centraliser pour écraser les Canadiens-Français?Centraliser pour écraser les nouveaux impératifs économiques et sociaux, que les Pères de la Confédération ne pouvaient pas prévoir?On peut difficilement soutenir que la centralisation fédérale procédait d\u2019un plan concerté d\u2019assimilation des Canadiens-Français.Quelques hauts fonctionnaires aussi empoussiérés que leurs dossiers caressaient peut-être de tels projets; certains hommes politiques s\u2019inspiraient peut-être encore du rapport Durham: conceptions d\u2019un petit nombre, que ne partageaient certainement pas W.L.M.King, L.-S.Saint-Laurent et les principaux membres du cabinet.Ce qui ne veut pas dire que les Canadiens-Français ne puissent pas être menacés par les conséquences \u2014 même involontaires ou imprévisibles \u2014 de la centralisation.Les questions à l\u2019étude et les objectifs étaient socioéconomiques et non ethniques.Le problème réside dans le fait que, de par la nature du régime fédératif canadien, certaines conceptions économiques devaient fatalement entrer en conflit avec les réalités ethniques ou nationales.Le fédéralisme canadien n\u2019a pas évolué en vase clos.Il a été soumis aux mêmes pressions et a subi les mêmes crises que les autres pays du monde occidental, qui tous \u2014 sous la contrainte de la conjoncture \u2014 se sont acheminés vers l\u2019autoritarisme ou la centralisation.Deux guerres mondiales et une crise économique sans précédent ont infléchi la courbe d\u2019évolution des démocraties.Une transformation de la mentalité et des idéologies accompagne ce phénomène: le XIXe siècle avait été l\u2019âge d\u2019or du laisser-faire; le XXe siècle sera celui de l\u2019État-providence.Les gouvernants se convainquaient de la nécessité d'une certaine forme d\u2019intervention de la part de l\u2019État au profit des classes défavorisées.La loi fédérale sur les pensions de vieillesse (1927) a été l\u2019une des premières manifestations de ce nouvel esprit.Les États-membres \u2014 autant l\u2019Ontario que le Québec \u2014 ne semblaient pas aussi sensibles aux appels de la conjoncture.L.-A.Taschereau administrait le Québec un peu à la façon de Gouin, qui avait continué Parent, qui avait prolongé Marchand.Administration soigneuse, mais plutôt dénuée d\u2019imagination, peu portée sur les innovations.On se souvient de la réplique de Taschereau à l\u2019un de ses députés L\u2019OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 37 assez téméraire pour lui soumettre une idée neuve.\u201cCe sont vos électeurs qui vous ont suggéré cela?\u201d, lui demanda-t-il?\u201cNon\u201d, fit le député.\u201cAlors, reprit Taschereau, ne leur y faites pas penser.\u201d En 1929, la crise frappa durement; les gouvernements, désemparés, semblaient incapables de réagir.Peu à peu, cependant, ils improvisèrent des moyens de fortune avant de s\u2019essayer à des mesures plus cohérentes et plus efficaces.F.D.Roosevelt, élu en 1933, lança sa fameuse politique du New Deal.L\u2019urgence, le souci d\u2019efficacité et le désir de cohérence imprimèrent à cette politique un caractère centralisateur.Un certain nombre de ces mesures furent portées devant la Cour Suprême et déclarées inconstitutionnelles.Le premier ministre conservateur R.B.Bennett voulut imiter le président des États-Unis.C\u2019est à son gouvernement qu\u2019on doit le premier projet d\u2019assurance-chômage (janvier 1935).La crise de 29, par l\u2019ampleur des défis qu\u2019elle lançait au système capitaliste, amena un renouveau de la pensée économique.Une oeuvre et un homme marquèrent alors un tournant dans la théorie et la pratique économiques: General theory of employment, interest and money, par John Maynard Keynes, publié en 1936.Pourquoi cette théorie a-t-elle influencé le gouvernement fédéral et non les gouvernements provinciaux?Sans doute parce que le premier s\u2019était entouré de spécialistes à partir des années 30, ce que dans une certaine mesure les autres ont négligé de faire, semble-t-il.On peut prendre la mesure du progrès enregistré dans la fonction publique fédérale en comparant les hésitations et les ratés du gouvernement central lors de la crise de 29 et son rendement pendant la deuxième guerre mondiale.Les idées économiques de Maurice Duplessis n\u2019étaient guère plus avancées que celles de Taschereau.Un budget équilibré ou, mieux encore, excédentaire constituait pour lui, comme pour la majorité des hommes politiques canadiens, le fin mot d\u2019une bonne administration.Keynes proposait un interventionnisme d\u2019État non-socialiste et compatible avec la libre-entreprise.Pour as- 38 L\u2019ACTION NATIONALE surer le plein-emploi sans inflation, pensait Keynes, les gouvernements doivent intervenir pour maintenir un niveau optimal de dépense nationale (biens de consommation, exportations, investissement privé et public).Les gouvernements doivent veiller, par exemple, à une redistribution des revenus telle que le pouvoir d\u2019achat des consommateurs croisse proportionnellement au développement des moyens de production, les crises à l\u2019âge industriel étant des crises de surproduction et non de pénurie.Keynes avait pensé son système dans le cadre d\u2019un État unitaire; il ne s\u2019était pas attaqué au problème de la mise en oeuvre de ces mesures dans un cadre constitutionnel où les compétences socio-économiques sont partagée entre deux niveaux de gouvernement.Le gouvernement fédéral mit de l\u2019avant en 1944 et 1945 un programme destiné à maintenir le niveau de l\u2019emploi et de la consommation, au retour de la paix, de sorte que fût évitée une récession comme celle qu\u2019avait connue le Canada au lendemain de la Grande Guerre.Au coeur de ce programme se trouvaient les mesures relatives à la santé et à la sécurité sociale: programme d\u2019allocations familiales, extension de l\u2019assurance-chômage à plusieurs catégories d\u2019ouvriers non inclus dans la loi de 1940, prise en charge des responsabilités financières et administratives des prestations d'assurance-chômage et des pensions de vieillesse, qui dorénavant seraient accordées à tout citoyen de 70 ans ou plus, quelle que soit sa fortune.On projetait aussi d'instaurer, avec la participation des provinces, un régime d\u2019assurance-maladie couvrant les frais d\u2019hospitalisation, les honoraires de médecin et le coût des autres services médicaux.Tout cela exigeait un réaménagement fiscal d\u2019autant que la commission Rowell-Sirois (1937-1940) avait mis en lumière la nécessité d\u2019établir une certaine forme de redistribution des revenus à partir des provinces riches vers les provinces pauvres, par le biais de subsides fédéraux.Par la conférence fédérale-provinciale dite du Rétablissement (août 1945-mai 1946), le gouvernement King souhaitait appliquer certaines des recommandations du L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 39 rapport Rowell-Sirois.Les provinces se retireraient de trois champs d\u2019imposition au profit du fédéral: l'impôt sur le revenu des particuliers, sur le revenu des sociétés et sur les successions.En échange de quoi, le gouvernement central proposait de verser des subsides aux provinces, fixés d'abord à $12 puis $15 per capita, sur la base de la population de 1941.L\u2019entente aurait une durée de trois ans.En somme, il s\u2019agissait de la première étape d\u2019un nouveau partage fiscal pour permettre la réalisation d\u2019un vaste programme de sécurité sociale, uniforme d\u2019un océan à l\u2019autre, sous la direction du gouvernement fédéral.Ici deux questions se présentent à l\u2019esprit.Était-il possible de mettre en oeuvre les théories de Keynes et d\u2019assurer à tout le peuple canadien \u2014 d\u2019un océan à l\u2019autre\u2014 une égale mesure de sécurité sociale sans imprimer au fédéralisme canadien un fort caractère de centralisation?Le premier ministre de l\u2019Ontario, George Drew, par son projet de caisse de compensation interprovinciale, et Maurice Duplessis, par son projet de législation concurrente, le croyaient.Seconde question.À supposer qu'elle ait été indispensable, la centralisation menaçait-elle, par voie de conséquence (même si en soi tel n\u2019était pas son but), l'essor sinon l\u2019existence de la nation canadienne-française?Les milieux nationalistes1 semblent faire l\u2019unanimité autour de l\u2019interprétation que donne François-Albert Angers de ces événements dans un article de 1946 intitulé de façon révélatrice: \u201cL\u2019heure de la grande offensive centralisatrice2\u201d.Le combat mené par Maurice Duplessis est vital pour la nation canadienne-française.L\u2019enjeu est sacré; la lutte sera longue.Cette bataille ouvre le combat décisif d'un demi-siècle ou plus, peut-être, dans lequel se décidera le sort de la civilisation que nous représentons sur ce continent, en tant que nous avons cherché pendant le premier siècle qui a suivi la conquête, à lui assurer une vie propre3.La Confédération des Travailleurs catholiques avertit qu\u2019elle est opposée à toute mesure et à tout ensemble susceptible de favoriser l'avènement, dans un avenir plus ou moins rapproché, de l'union législative au Canada4. 40 L'ACTION NATIONALE Lionel Groulx, au cours d\u2019un banquet des Jeunesses lauren-tiennes, résume vigoureusement et lucidement le sens de l\u2019attitude nationaliste: Nous ne cédons pas et nous ne pouvons pas céder (.) pour la raison très simple qu\u2019il y a là une question de vie ou de mort.Ce n\u2019est pas tout à fait de notre faute si, pour la sauvegarde de nos droits et des prérogatives essentielles au développement de notre vie française et catholique, nous n\u2019accordons point au gouvernement central une confiance illimitée.Depuis 1867, lui-même s\u2019est chargé de nous démontrer, et copieusement, qu\u2019il peut violer ou laisser violer contre nous la constitution, qu\u2019il peut miner consciemment ou inconsciemment les bases même de notre vie, mais qu\u2019il est inutile de compter sur lui pour le redressement de nos griefs5.Dans un manifeste signé par son secrétaire Roger Duhamel, la Ligue d\u2019Action nationale met en garde contre le danger des concessions: Tout abandon au fédéral, ou toute réclamation de législations concurrentes ou de subventions spéciales sur des matières qui ont une influence sur la culture et les modes de vie doit être considéré comme un appel à l\u2019ingérence du fédéral dans ce domaine, et comme une atteinte grave à l\u2019avenir de la souveraineté provinciale6.Léopold Richer sonne le tocsin dans son hebdomadaire Notre Temps: Le péril est extrême.Le Québec est plus menacé dans ses chances de survivance qu\u2019il ne l\u2019a jamais été au cours de son histoire7.Pour les nationalistes, donc, accepter la centralisation, c\u2019est pousser la nation canadienne-française au suicide.Pour les milieux libéraux, les propositions du gouvernement d\u2019Ottawa offrent, comme le proclame le Canada, \"les plus beaux espoirs d\u2019une Confédération vivante, renouvelée, adaptée à un Canada moderne et confiant dans l\u2019avenir8\u201d.Ces libéraux sans doute ne voulaient pas l\u2019assimilation.Il leur semblait probablement que la perte de puissance du gouvernement provincial pourrait être compensée par une participation accrue des Canadiens-Français à la politique fédérale, où ils avaient confiance de pouvoir défendre les intérêts des leurs par le jeu de la balance du pouvoir à l\u2019intérieur du parti et du parlement, à la manière des La Fontaine et Cartier.Pour les nationalistes, il fallait un vigoureux coup de barre dans le sens de la décentralisation et de l\u2019affirmation de l\u2019État provincial. L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 41 Quelle sera l\u2019attitude de Duplessis?intransigeance?fermeté?souplesse?Quelle position prendra l\u2019Ontario?II.\u2014 La Conférence du Rétablissement Le 8 janvier 1946, le gouvernement Drew présenta son mémoire.Le public en reçut communication.Les autonomistes s\u2019accordèrent pour le qualifier de remarquable.Ce mémoire affirme d\u2019abord que les propositions fédérales conduiraient à un système de gouvernement unique.Il s\u2019élève ensuite contre la prétention que la centralisation amènerait un meilleur rendement administratif.Les ressources naturelles de notre pays sont si diverses, et les méthodes d\u2019exploitation varient tellement d\u2019une province à l'autre qu\u2019une surveillance administrative dans des zones limitées est essentielle à leur utilisation la plus efficace.(.) Dans chaque province, une régie plus coordonnée de ces ressources s\u2019imposera dans l'avenir, et seule une administration provinciale peut y pourvoir efficacement, en raison de la proximité et de l'intérêt immédiat.Il semble exister dans ce domaine la preuve convaincante qu'il faut étendre au lieu de restreindre les obligations et l\u2019autorité des gouvernements provinciaux9.Rejetant le système des subventions fédérales, dont le corollaire serait la fin de l\u2019autonomie des provinces, il met l'État fédéral en demeure d\u2019abandonner l\u2019impôt sur les successions, l\u2019impôt sur l\u2019essence, sur les spectacles, sur le pari mutuel, sur les transferts de titres et sur l\u2019électricité, tout en revendiquant une part de l\u2019impôt sur le revenu.Vient enfin une proposition d\u2019une extrême importance car elle pourrait permettre, selon le cabinet de Toronto, d\u2019atteindre les objectifs de prospérité économique et de sécurité sociale à l\u2019échelle du pays sans menacer l\u2019autonomie des provinces.Il s\u2019agit d\u2019aider financièrement les provinces pauvres afin de les rendre à même de décider elles-mêmes des mesures socio-économiques que nécessite leur état.Comment effectuer cette redistribution?Par la constitution d\u2019un fonds national (une espèce de caisse de compensation) auquel toutes les provinces contribueraient pour un montant égal à 10% de leurs impôts sur le revenu des particuliers et des sociétés.Le comité de coordination, composé des dix premiers ministres, distribuerait la vingtaine de millions ainsi recueillis suivant les besoins.(Drew prévoyait que sa 42 L'ACTION NATIONALE province, la plus riche de la confédération, verserait à elle seule près de 50% du total et ne toucherait absoluement rien en retour.) Quant aux autres provinces à majorité anglophone, elles étaient, dans l\u2019ensemble, disposées, en dépit de certaines réserves, à mettre à l\u2019essai le projet fédéral.Ottawa, afin de vaincre les dernières hésitations, offrit de hausser le subside de $12 à $15 per capita.Ce n\u2019est qu\u2019à la fin d\u2019avril que Duplessis exposa le point de vue du Québec.Le mémoire affirme la souveraineté des provinces dans les domaines de leur compétence.Sans autonomie financière, cette souveraineté ne serait qu\u2019un leurre: le système des subsides est inacceptable.La législation sociale ressortit aux provinces.La collaboration fédérale-provinciale est possible si elle se fonde (1) sur une délimitation des pouvoirs d\u2019imposition de chaque niveau de gouvernement; (2) sur une modification de l\u2019impôt, en vue d\u2019en abaisser le coût et d\u2019en améliorer la perception; (3) sur une concertation de tous les gouvernements pour alléger le fardeau fiscal du contribuable.Un comité permanent formé des représentants des dix gouvernements pourrait préparer une entente définitive en ce sens.En attendant la conclusion des travaux de ce comité, Duplessis propose un compromis.Le Québec louerait l\u2019impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés à l\u2019État fédéral, par un accord précis et moyennant une compensation (loyer) 10; en revanche, le fédéral se retirerait illico de tous les champs provinciaux d\u2019imposition.Concernant les principes du partage fiscal en régime fédéral, le mémoire déclare: Le système fédéral, qui comporte une répartition des pouvoirs publics entre les divers États fédérés, doit comporter également une répartition corrélative des sources de revenus.À quoi servirait aux provinces de posséder les pouvoirs législatifs les plus étendus si, par ailleurs, elles étaient empêchées de prélever les deniers que requiert l\u2019exercice de ces pouvoirs.Et le gouvernement central qui s'approprierait toutes les sources de taxation réduirait en fait les provinces à l\u2019impuissance législative.Il est facile de constater que la province qui n\u2019aurait d\u2019autres revenus que les subsides que lui verserait l\u2019État central cesserait d\u2019être un État souverain, pour devenir une espèce d\u2019organisme gouvernemental inférieur, sous la tutelle de l\u2019autorité d'où elle tirerait ses moyens de subsistance\u201d. L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 43 La discussion piétinait.Elle s\u2019engagea dans une impasse.Duplessis quitta Ottawa le 3 mai, avant l\u2019ajournement officiel.La Conférence du Rétablissement avait échoué.L\u2019attitude de Duplessis a été fort habile.D\u2019abord il s'est contenté d\u2019affirmer la volonté de coopération du Québec pour laisser aux autres le temps de se compromettre.C\u2019est alors que Drew annonça publiquement son oppositon aux propositions fédérales: ainsi on ne pouvait accuser le premier ministre du Québec d\u2019avoir sabordé la conférence.Ensuite il n\u2019a présenté son mémoire qu\u2019après ceux des autres provinces, ce qui lui permettait d\u2019en tirer profit.Enfin il a fait alliance avec la puissante province voisine.III.\u2014 Les positions anglo-québécoises La Conférence du Rétablissement revêtait une singulière importance pour les États-membres, surtout pour le Québec.Parce que la question en jeu était celle du partage fiscal et parce que ce partage fiscal est au coeur même de la problématique de l\u2019autonomie, elle offrait un défi de taille à la nation canadienne-française.Elle touchait non pas seulement aux modalités d\u2019existence de cette nation, selon les nationalistes, mais à son existence même.La minorité anglophone du Québec présente donc en l'occurrence un intérêt tout à fait particulier.S\u2019identifiant à la majorité canadienne, elle devait avoir des vues comparables à celles des autres anglophones du pays.Mais, peut-on se demander, en raison de sa situation géographique, de ses relations séculaires avec la collectivité québécoise, se montrerait-elle plus sensible que les autres Canadiens-Anglais à la dimension nationale comme l\u2019était nécessairement pour les Canadiens-Français la Conférence du Rétablissement?T elle est la question à laquelle on aimerait répondre.On a cru ne pas trop s\u2019éloigner de la réalité en restreignant le champ d\u2019étude par deux fois.D'abord, on s\u2019en tiendra à la région de Montréal, immédiatement desservie par les grands journaux anglophones du Québec et où se concentre la population anglo-québécoise.On a ensuite retenu parmi ces journaux les deux plus importants: The Montreal Daily Star et The Gazette.Le premier jouit du plus 44 L'ACTION NATIONALE fort tirage: 126 479 en 1940 et, en 1960, 180 464.Propriété de J.W.McConnel de 1928 à 1953, il était de tendance conservatrice modérée, monarchiste et impérialiste.D\u2019abord adversaire de Duplessis en 1939, il en est devenu un admirateur dans les années 50.Le conservatisme social du Star s\u2019était alors accentué.La Gazette appartenait à la famille White, qui avait ses entrées dans le parti conservateur.À l\u2019époque, elle avait pour rédacteur en chef Andrew Collard.Elle tirait à 33 262 exemplaires en 1933, à 128 724 en 196312.L\u2019analyse porte sur les éditoriaux de ces deux quotidiens.a) The Montreal Daily Star Dès le 21 juillet 1945, le Montreal Daily Star se félicite de la décision du gouvernement fédéral de convoquer la conférence, qui lui semble nécessaire pour permettre au pays de relever les défis de la reconstruction et du retour à la paix dans un était d\u2019unité et de force.Le manque de coopération puéril de M.Hepburn, premier ministre de l\u2019Ontario, et de T.D.Pattulo, premier ministre de la Colombie-Britannique, a fait échouer la conférence de 1941.Le journal manifeste son açcord avec cette phrase de King: Une opinion excessive s\u2019est élevée selon laquelle nous proposons de réécrire la constitution ou de refaire les structures de la confédération.Les recommandations ne comportent pas un dessein si grandiose\u20193.Aussi le Star invite-t-il à la collaboration de tous, dans un esprit ouvert à la dimension pan-canadienne.Il reviendra fréquemment sur cette idée.Les provinces et la population doivent par conséquent faire preuve dans cette conférence d\u2019un sincère esprit de coopération, d\u2019une disposition au compromis dans l\u2019intérêt national plutôt que régional\u20194.C\u2019est pourquoi cet éditorial est intitulé: \u201cUne conférence pour l\u2019unité nationale\u201d.Le 6 août, le journal remarque qu\u2019il est normal que les provinces veillent sur le respect des droits que leur a accordés la constitution.Mais il souligne la nécessité, pour en arriver à une solution, du compromis et de la reconnaissance de révolution considérable subie depuis 186715. L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 45 Des propositions fédérales, l\u2019éditorialiste retient surtout le nouveau partage fiscal, qui aurait l\u2019inestimable avantage de mettre fin au système de la double imposition, obstacle au développement économique et au plein-emploi durant la dernière guerre.\u201cCe serait désastreux qu\u2019il se poursuive dans une période de reconstruction alors que les initiatives et les investissements sont essentiels\u20196.\u201d Pour maintenir un bas taux de chômage, en effet, il faudra créer un million de nouveaux emplois\u20197.À la fin de la réunion préliminaire, le journal croit pouvoir se réjouir et être optimiste en constatant l\u2019esprit de coopération dont ont fait preuve les premiers ministres provinciaux, conscients de l\u2019importance de l\u2019enjeu pour le pays \u20198.Il y a nécessité absolue de coordonner l\u2019action de tous les niveaux de gouvernement.\u201cC\u2019est pourquoi la conférence ne doit pas échouer\u20199.\u2019\u2019 Le 30 novembre, l\u2019éditorialiste réaffirme que le noeud du problème, c\u2019est le partage fiscal.Il met en garde les gouvernements provinciaux, à qui l\u2019échec de la conférence de 1941 a dû donner une leçon: Si les gouvernements provinciaux n\u2019ont pas tous appris leur leçon, il en va autrement des habitants de leur province.Il y a un désir croissant d'unité canadienne, qui ne peut être réalisé que par une législation uniforme, soit par un amendement constitutionnel qui donnerait à Ottawa compétence dans les domaines réclamant l\u2019uniformité, soit par une délégation volontaire par les provinces de ces compétences au gouvernement central, soit par voie de législation concurrente.Le premier moyen est le meilleur20.Les titres des deux éditoriaux consacrés au mémoire de Drew révèlent l\u2019opinion qu\u2019en a le journal: \u201cLes propositions ontariennes pour la double taxation2\u2019\u201d et \u201cLes conceptions étroites de l\u2019Ontario sur les droits provinciaux22\u201d.Le journal espère que ce n\u2019est pas là le dernier mot du gouvernement ontarien: dans un tel cas, la conférence risquerait de connaître le sort de celle de 1941.Le principal reproche formulé à l\u2019encontre du mémoire est qu\u2019il propose de perpétuer le coûteux et désavantageux système de la double imposition.Le Star souligne que le mémoire ne répond pas à l\u2019un des principaux arguments du gouvernement fédéral: Ottawa soutient que ses possibilités d\u2019emprunt sont plus grandes que celles des provinces, ce qui lui permet 46 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019établir un budget cyclique et non plus seulement annuel, avec pour conséquence de maintenir un meilleur équilibre économique, c\u2019est-à-dire d\u2019atténuer les dépressions et les surchauffes.Les provinces au contraire seraient forcées d\u2019alourdir les charges fiscales, ce qui serait contre-indiqué.Un autre argument fédéral impressionne le Star: le gouvernement fédéral doit exercer une compétence exclusive sur les impôts sur le revenu et les successions s\u2019il veut être en mesure de conclure des ententes internationales évitant la double imposition des Canadiens à l\u2019étranger.D'autre part, le journal s\u2019étonne de l\u2019intransigeance de Toronto pour qui tout accord avec Ottawa équivaut à un abandon des droits provinciaux.Aucune province n\u2019a jusqu\u2019ici exprimé pareille opinon, même pas le Québec: Les autorités québécoises, à la vérité, ont parlé sans trop de retenue de l'autonomie provinciale et de la nécessité de la préserver, mais la crainte implicite dans le document ontarien ne paraît pas vraiment partagée23.Toute l\u2019argumentation de Drew repose sur l\u2019axiome suivant: \u201cLe pouvoir de taxer est le pouvoir de gouverner24.\u201d Le journal rétorque: la constitution, n\u2019en déplaise aux premiers ministres provinciaux, accorde à Ottawa des pouvoirs illimités de taxation.L\u2019éditorialiste termine par une exhortation: Si le pays a besoin de quelque chose, c'est bien de changement constitutionnel, \u2014 non pas un changement qui dépouillerait les minorités de leurs droits durement conquis; non pas un changement qui perpétuerait l\u2019unité économique et sociale amenée par la guerre.Il ne faudrait pas qu'une interprétation étroite des droits provinciaux fasse obstacle à ce changement25.Le lendemain, l\u2019éditorialiste revient sur le problème des minorités: Dans son discours, M.Drew soulevait la question des droits des minorités.Cela équivaut à faire dévier le débat de la question de l'unité nationale, car ce n'est pas sur les droits des minorités que porte la discussion; aucune proposition du gouvernement du Dominion n'affecte les droits des minorités car les relations entre le Dominion et les provinces ne sont pas du type majorité-minorité.Le Québec pourrait légitimement parler des droits des minorités, mais personne au Québec jusqu'ici n\u2019a laissé entendre que les propositions d\u2019Ottawa menaçaient ces droits, qui ont trait à la langue et à la religion, non à la fiscalité, comme voudrait le faire croire M.Drew26. L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 47 La sûreté d\u2019information du Star ne paraît pas exemplaire.Sa conception des droits des minorités est des plus étroite.Bien qu\u2019il ait admis précédemment un certain lien entre le partage fiscal et l\u2019autonomie provinciale, le journal ne semble pas en percevoir entre l\u2019autonomie provinciale et les droits minoritaires.Pour lui, le gouvernement du Québec est un gouvernement provincial comme les autres car même si l\u2019éditorialiste écrit que \u201cle Québec pourrait légitimement parler des droits des minorités\u201d c\u2019est après avoir récusé le bien-fondé d\u2019une telle attitude.Commentant une causerie radiodiffusée d'Adélard Godbout, chef de l\u2019opposition, faisant appel à l\u2019ouverture d\u2019esprit et au sens de la coopération de ses concitoyens, l\u2019éditorialiste déclare: Dans toutes les provinces, il y a des opinions différentes des gouvernements maintenant au pouvoir et dans certains cas elle reflètent plus fidèlement les vues réelles de ces provinces27.En clair: l'opposition libérale représente plus fidèlement l\u2019attitude québécoise que l\u2019Union nationale.Le 28 janvier, le journal demande qu\u2019on tienne compte d'un fait qu\u2019il juge capital.Ottawa a besoin d\u2019argent plus que jamais en raison de la situation léguée par la guerre.Il faut faire face à la réadaptation des anciens combattants, à l\u2019amortissement d\u2019une dette nationale accrue et à un vaste programme de sécurité sociale.Les provinces, quant à elle, ont vu aussi leurs dépenses s\u2019accroître, mais leurs besoins sont moins urgents (Le journal n\u2019évoque même pas la possibilité que la sécurité sociale soit constitutionnellement du ressort provincial.) Analysant le discours du Trône à l\u2019Assemblée législative du Québec, le Star constate qu'il jette un peu de lumière sur les positions de Duplessis.Mais il rappelle au gouvernement son devoir de divulguer à la population l'attitude qu\u2019il prendra afin qu\u2019elle puisse en discuter.Le discours affirme qu\u2019il est indispensable d\u2019être en mesure d\u2019exercer pleinement les droits, prérogatives et privilèges reconnus par l\u2019A.A.N.B.\u201cOn veut évidemment insinuer ici, commente le journal, que quelqu\u2019un tente d\u2019enlever ces droits.Une étude attentive des propositions d\u2019Ottawa 48 L'ACTION NATIONALE montrera que tel n\u2019est pas le cas28\u201d.Le gouvernement est d\u2019avis, poursuivait le discours du Trône, que la décentralisation administrative et législative est un aspect fondamental du pacte fédératif alors que la centralisation mène au totalitarisme.Encore une fois, reprend le journal, on insinue que quelqu'un essaie d\u2019amener une centralisation législative et administrative.La vérité est tout autre.Dans toutes les propositions d'Ottawa, on a pris grand soin de n\u2019enlever aux provinces aucun pouvoir législatif ou administratif.On ne vise qu\u2019à coordonner la fiscalité: les provinces seront libres d\u2019administrer l\u2019argent qu\u2019Ottawa leur retournera et elles pourront légiférer sur cet argent comme bon leur semblera29.Le 19 février, Duplessis fait appel à tous les Québécois sans distinction pour présenter devant le Canada le spectacle d\u2019un peuple uni par des liens sacrés.La réaction du journal est révélatrice: Tout cela est bien joli, mais le peuple aimerait savoir autour de quoi il doit s'unir.Si c\u2019est la soi-disant question des droits provinciaux, alors il aimerait avoir l\u2019occasion d\u2019en débattre car il soupçonne que les \"droits provinciaux\" servent d'obstacle à une réelle coopération, qu\u2019ils font office de mot de ralliement sans relation aucune avec les propositions faites à Ottawa30.En avril, le Star soutient que selon toute probabilité un accord sera conclu non pas sur la base des propositions originelles du fédéral, conformes aux besoins du Dominion et des provinces, mais sur ce qu\u2019il appelle une base de maquignonnage.La conséquence sera qu\u2019au moment où on aurait dû s\u2019attendre à un allègement \u2014 absolument urgent \u2014 du fardeau fiscal, les taxes vont au contraire être haussées31.En effet, le gouvernement fédéral révise ses offres: $15 de subside per capita au lieu de $12, ce qui, pense le journal, augmente les chances d\u2019une entente.Mais il sent le besoin de réitérer ses exhortations à l\u2019économie: La population (.) se rend compte que seule une telle économie pourrait réduire substantiellement l\u2019actuel fardeau fiscal, et elle prévoit que, si les dépenses publiques augmentent, ce fardeau déjà écrasant deviendra rapidement insupportable32.Le 6 mai, le journal dresse le bilan de la conférence, le bilan d\u2019un échec.Il stigmatise d\u2019abord les coupables.Sept des neuf provinces étaient prêtes à collaborer.\"Mais l'intransigeance du premier ministre de l\u2019Ontario, M.Drew, L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 49 et du premier ministre du Québec, M.Duplessis, a rendu impossible une entente sur toute la ligne33.\u2019\u2019 Cependant la confédération n\u2019est pas menacée par cet échec.Mais le gouvernement fédéral aura beaucoup de peine à établir son budget.L\u2019impression générale est qu\u2019une réduction de l\u2019impôt sur le revenu était subordonnée à l\u2019acceptation par les provinces des propositions fédérales.Le gouvernement central n'a pas encore indiqué comment il s\u2019y prendrait pour réduire les taxes en dépit de l\u2019échec de la conférence.En tout cas, celle-ci a permis de clarifier les positions.Si une autre conférence devait être convoquée, on aurait alors l'avantage d'avoir déjà fait un énorme travail de déblaiement.N'est-il pas possible que, après qu'un certain soulagement du fardeau fiscal aura été consenti, le gouvernement fédéral découvre une manière moins controversée que celle de la semaine dernière d\u2019aborder le problème de la fiscalité du Dominion contra la fiscalité des provinces34?b) The Gazette Pour la Gazette, la Conférence du Rétablissement, une semaine avant son ouverture, apparaît comme une épreuve qui permettra d\u2019évaluer la souplesse du fédéralisme canadien, sa capacité d'adaptation aux changements dans le respect de l\u2019équilibre constitutionnel originel.Il faut que cessent les perpétuels tiraillements entre le fédéral et les provinces pour faire place à un régime d\u2019harmonie et pour favoriser un développement économique satisfaisant.Si la situation actuelle doit durer, cela signifie qu'il faut empêcher l\u2019entreprise canadienne de se développer à l'échelle nationale de façon sûre et prévisible.Plus encore, la poursuite de ces marchandages particuliers entre les autorités fédérales et provinciales peut conduire à des changements dans le contrôle administratif dont le résultat pourrait être non seulement d'embrouiller mais aussi de déséquilibrer notre système de gouvernement35.Ce qui pourrait être dangereux n\u2019est pas tant la faillite de la conférence elle-même que la conviction qu\u2019accréditerait cette faillite que les conflits fédéraux-provinciaux sont un dilemme national permanent, inhérent au système.Il faut comprendre qu\u2019autonomie provinciale et unité nationale ne sont que les deux facettes d\u2019une même réalité et ne doivent pas entraîner de conflit d\u2019allégeance.Dès le 2 août, la Gazette laisse entendre que, pour le moment du moins, l\u2019essentiel serait une réduction de taxes. 50 L'ACTION NATIONALE Le fédéral et les provinces semblent n\u2019avoir en vue que l\u2019approvisionnement de leurs coffres.Pas un mot, note-t-elle, au sujet d un effort concerté de coordination fédérale-provinciale afin de réduire les charges fiscales.Pourtant si tel était le cas, la population \u201csuivrait les délibérations avec plus que cet intérêt purement théorique que de telles rencontres provoquent36\u201d.Le jour de I ouverture de la réunion préliminaire, la Gazette affirme que la portée de la conférence dépasse de beaucoup la question des droits du Dominion et des provinces: c\u2019est toute la reconversion du pays, de la guerre à la paix, qui est mêlée à ces délibérations.Autant les délégués fédéraux que ceux des provinces auront à coeur la défense de leurs droits.Mais tous doivent garder à l\u2019esprit la nécessité d\u2019un allégement du fardeau fiscal et de la réalisation de conditions permettant l\u2019administration des affaires et de la sécurité sociale sur une base nationale, au profit de toutes les parties du pays.On peut être fondé à croire que la gravité des problèmes, la conjoncture favorable et les conséquences qu'entraînerait un échec vont se conjuguer pour disposer les délégués à établir une juste distinction entre les intérêts régionaux et le sentiment national, conformément à l\u2019esprit de ce compromis supérieur grâce auquel le pays a pu naître37.La Gazette constate que les propositions fédérales conduiront a un réaménagement complet des pouvoirs de taxation et des compétences législatives, particulièrement en ce qui a trait à la sécurité sociale.\"Comme telles, ces propositions réorienteraient l\u2019évolution historique du pays38.\u2019\u2019 Le plan fédéral risque toutefois d\u2019être fort coûteux Il est peu probable, par conséquent, que les taxes baissent.Le seul fait de payer des impôts à un gouvernement plutôt qu à un autre ne les diminue pas.Seule une contraction des dépenses soit fédérales, soit provinciales peut avoir un tel effet.D\u2019autre part, les changements importants qu'apporteraient au système fédératif les propositions du Dominion ne se réaliseraient pas par voie d\u2019amendement constitutionnel, mais par le recours à des ententes à court terme, renouvelables ou révocables à volonté.Donc une formule d\u2019une grande souplesse. L\u2019OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 51 Mais elle a le désavantage de ne pas être permanente, de pouvoir fluctuer et d\u2019offrir une fondation moins solide sur laquelle bâtir l'avenir du Canada39.D\u2019ailleurs les subsides aux provinces et les projets de sécurité sociale offerts par le gouvernement fédéral lui paraissent constituer \u201cla plus énorme aumône de l\u2019histoire du Canada 40\".La compensation que propose le fédéral en échange de l\u2019abandon par les provinces de l\u2019impôt sur le revenu et sur les successions est excessive puisqu elle dépasse les pertes présentes ou anticipées qu'auraient à subir ces dernières.Pratiquement et politiquement, le fédéral n\u2019a peut-être pas d\u2019autre moyen d\u2019en arriver à ses fins, \u201cmais c\u2019est une façon discutable et dispendieuse de cajoler le peuple canadien avec son propre argent41\u201d.L\u2019hebdomadaire Saturday Night a laissé entendre qu'en regard des propositions fédérales la défense des droits provinciaux n\u2019est qu\u2019un égoïsme cynique.La Gazette proteste du désir de coopération des provinces riches.Ce qui ne veut pas dire que les provinces centrales aient l\u2019obligation morale de financer un programme national de sécurité sociale jusqu'à la limite maximale imaginée par les planificateurs d\u2019Ottawa.La situation actuelle et l\u2019avenir incertain du Canada, au point de vue financier, devraient induire Ottawa à une saine prudence dans l\u2019organisation des services sociaux: il faut y aller progressivement et suivant une planification bien mûrie.Il ne faut pas briser l'élan qui fait progresser le pays.\u201cUne attitude réaliste à I égard des charges fiscales est nécessaire chez ceux qu\u2019aveuglent à toutes considérations pratiques leurs lunettes de sécurité sociale42.\u201d Le partage fiscal, voilà la pierre de touche de la conférence.Le journal prévoit une résistance des provinces, car \u201cl\u2019argent n\u2019est pas seulement le moyen de gouverner, c\u2019est aussi le pouvoir de gouverner43\u201d.En décembre, l\u2019éditorialiste observe que les délégués provinciaux ont réussi à faire comprendre au gouvernement fédéral que le recours à des contrôles spécifiques pendant les hostilités ne l\u2019oblige pas à faire perdurer cette appropriation d\u2019autorité au-delà du temps de guerre44. 52 L'ACTION NATIONALE Le mémoire de l\u2019Ontario inspire au journal ce commentaire: \u201cUne telle position introduit, dans la conférence, une note précieuse de réalisme45.\u201d Ce mémoire ne s\u2019oppose pas a la collaboration et à une certaine forme de redistribution, mais il veut que cela se fasse sans changement dans là structure fédérale, sur la base des décisions libres de la part des gouvernements autonomes des provinces.Le Québec, qu\u2019on dépeint habituellement comme la citadelle des droits provinciaux, n'a pas encore présenté son mémoire.Duplessis a toutefois affirmé sa fidélité à l'autonomie provinciale tout en offrant sa collaboration.Il a maintenant la satisfaction de pouvoir compter sur un allié puissant qui, le premier, a exprimé officiellement des vues comparables à celles de tous les partis au Québec, de sorte qu'il peut maintenant parler sans crainte d'être le seul à soutenir l\u2019important principe en Sous le titre \u201cLa centralisation n\u2019est pas la solution 47\u201d le journal commente un discours de Beaudry Leman, au cours d\u2019une réunion des actionnaires de la Banque Canadienne Nationale, et un autre de Drew.Le premier soutient que les provinces doivent faire face elles-mêmes à leurs responsabilités en matière d\u2019éducation, d\u2019hygiène de santé et de progrès social.Il avertit qu\u2019une taxation trop lourde entrave l\u2019activité économique et finit par tarir les sources mêmes de la perception.Un détournement du rendement de tous les impôts vers les projets fédéraux conduirait presque inévitablement au socialisme.Quant à Drew il réaffirmé son désir de coopération, qu\u2019il prouve par son projet de caisse de compensation.Au fond, que réclame Tout ce qu\u2019on demande est le retour aux droits provinciaux tels qu'ils existaient en 1942.Ce sont les droits que les provinces ont remis au gouvernement central par patriotisme pour répondre aux exigences de la guerre.Ce sont les droits que le gouvernement central s\u2019est engagé solennellement à rétrocéder en deçà d\u2019un an après la fin des hostilités.Ce sont ces droits, et rien que ceux-là, que les provinces devraient recouvrer 4e.Selon la Gazette, si le fédéral consent à ne plus réclamer l\u2019exclusivité de l'impôt successoral et à se retirer d'une demi-douzaine de champs secondaires de taxation, les provinces accepteront de lui céder l\u2019impôt sur le revenu L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 53 des particuliers et des sociétés.Impatient, le journaliste coiffe son article du titre: \u201cLe temps est venu de mettre cartes sur table à la conférence49\u201d.Contrairement au Star, la Gazette consacre un éditorial à l\u2019étude du mémoire du Québec50.Duplessis s'y élève vigoureusement contre tout empiétement du fédéral sur l\u2019autonomie de la province et son indépendance fiscale.Mais il ne ferme pas la porte au compromis et propose certaines mesures provisoires propres à résoudre le différend.La Gazette se réjouit de voir le premier ministre s\u2019inquiéter d\u2019un éternel oublié: le contribuable.Elle n\u2019exprime aucun désaccord avec la position de Duplessis, se contentant de souligner la similitude avec l\u2019attitude de Drew.En mai, le journal dresse le constat d\u2019échec de la conférence.La pierre d\u2019achoppement a été le partage fiscal.La faillite de la conférence ne prouve pas que la confédération ne peut pas fonctionner, mais qu\u2019elle seule peut.L\u2019objectif d\u2019Ottawa était de poursuivre en temps de paix la centralisation du temps de guerre.La législation sociale envisagée aurait eu pour conséquence de maintenir le niveau d\u2019imposition aussi élevé après que pendant les hostilités.Il est faux de prétendre que la seule acceptation par les provinces des propositions fédérales aurait suffi à diminuer les taxes.Avec le train de mesures sociales qu\u2019Ottawa offrait, seul l'emprunt aurait pu rendre possible un certain allégement des charges fiscales.Afin d'introduire et de financer sa législation sociale, le Canada se serait éloigné sensiblement de la formule traditionnelle de confédération qui est la sienne et se serait rapproché de la forme de l\u2019État socialisé5'.Une réduction de taxe s'impose pour accroître la liberté personnelle et stimuler l\u2019initiative individuelle.Elle n\u2019est pas possible que dans le cadre d\u2019une restriction des dépenses.L\u2019échec de la conférence n'en reste pas moins l'un des événements récents les plus déplorables.On devra trouver tôt ou tard une solution aux problèmes qu'elle n'a pu régler.Si le gouvernement fédéral laisse descendre le niveau des dépenses du temps de guerre à mesure que les besoins diminueront, non seulement il sera en mesure de soulager le contribuable, mais encore il ne sera pas forcé d'empiéter sur les provinces.Avec une telle approche, les chances qu\u2019une conférence fédérale-provinciale aboutisse à d'heureux résultats seront bien meilleures5*. 54 L'ACTION NATIONALE IV.- Conclusion Deux journaux anglophones et conservateurs, et pourtant des positions apparemment divergentes.Le Star se montre favorable aux projets du gouvernement fédéral.L\u2019échec de la conférence est imputable à l\u2019intransigeance de deux provinces: l\u2019Ontario et le Québec.Le thème principal est celui d\u2019un nouveau partage fiscal rentable et conduisant à une plus grande uniformité d\u2019un océan à l\u2019autre.La Gazette penche plutôt du côté de la position de Drew et de Duplessis.C\u2019est Ottawa qu\u2019il faut blâmer pour la faillite de la conférence.Le journal s\u2019attache surtout à souligner la nécessité absolue d'une réduction de l\u2019imposition.Plus conservateur, il est moins favorable que le Star au programme de sécurité sociale.Il considère la question essentiellement du point de vue du libéralisme économique.La dimension autonomiste est reléguée au second rang.Les deux organes anglophones s\u2019entendent pourtant pour déplorer la lourdeur des charges fiscales.Malgré les apparences, leurs divergences s\u2019estompent face au Canada français.Le Star est contre et la Gazette pour le mémoire de Duplessis pour absolument les mêmes raisons qui expliquent leur attitude face aux positions de Drew.Selon les deux journaux, l\u2019enjeu de la conférence est strictement d\u2019ordre constitutionnel et socio-économique.Ils ne semblent pas conscients de la dimension nationale que prend, pour les Québécois, la notion juridique d\u2019autonomie provinciale.La Gazette n\u2019en souffle mot (sauf peut-être implicitement): le Star, irrité, affirme plutôt sèchement que les droits des minorités n\u2019ont rien à voir avec les propositions fédérales.La situation géographique de ces journaux, à l\u2019intérieur des frontières québécoises, ne semble en rien influencer leur opinion à ce sujet.S\u2019ils sont représentatifs de la minorité anglophone d\u2019ici, il faut conclure que, émigrée de l\u2019intérieur, celle-ci restait insensible aux inquiétudes et aux aspirations collectives des Franco-Québécois. L'OPINION PUBLIQUE ANGLO-QUÉBÉCOISE 55 1\tInutile de préciser que les milieux nationalistes ne comprennent pas tous les Québécois.Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire Eugène l'Heureux dans le journal libéral le Canada, où il pourfend tous les opposants aux projets du gouvernement King; ou encore qu\u2019à parcourir la liste des députés libéraux francophones à Québec et à Ottawa.2\tL'Action nationale, v.28, 1946.3\tIbid., p.19.4\tCité par R.Rumilly, LAutonomie provinciale (Montréal, 1948), p.231.5\tCité\tpar\tR.\tRumilly,\top.\tcit\u201e\tp.\t241-2.6\tCité\tpar\tR.\tRumilly,\top.\tcit.,\tp.\t242.7\tCité\tpar\tR.\tRumilly,\top.\tcit.,\tp.\t243.8\tCité\tpar\tR.\tRumilly,\top.\tcit.,\tp.\t249.9\tCité\tpar\tR.\tRumilly,\top.\tcit.,\tp.\t227-228.10\tOn saisit l'astuce; s'il acceptait, le gouvernement fédéral reconnaîtrait implicitement le Québec comme propriétaire de ces impôts.11\tCité par F.-A.Angers, dans \"Le tour de Monsieur Duplessis\", L'Actualité économique, julll.1946, p.347.12\tA.Beaulieu et J.Hamelin, La Presse québécoise des origines à nos jours, 1.1, p.4-7; t.Il, p.127-29.13\t77le Montreal Daily Star (à l'avenir MDS), 21 juin 1945, p.10.Les traductions sont de l\u2019auteur.14\tLoc.cit.15\tMDS, 6 août 1945, p.10 16\tMDS, 7 août 1945, p.10 17\tMDS, 25 août 1945, p.10.18\tMDS, 13 août 1945, p.10.19\tMDS, 26 nov.1945, p.10.20\tMDS, 30 nov.1945, p.12 21\tMDS, 1 janv.\t1946,\tp.\t10.22\tMDS, 8 janv.\t1946,\tp.\t8 23\tLoc.cit.24\tLoc.cit.25\tLoc.cit.26\tMDS, 9 janv.\t1946,\tp.\t8.27\tMDS, 15 janv.1946, p.8 28\tMDS, 14 fév.1946, p.10 29\tLoc.cit.30\tMDS, 20 fév.1946, p.10 31\tMDS, 23 avril 1946, p.10.32\tMDS, 30 avril 1946, p.10.33\tMDS, 6 mai 1946, p.10.34\tLoc.cit.35\tThe Gazette (à l'avenir TG), 31 juill.1945, p.8.36\tTG, 2 août 1945, p.6.37\tTG, 6 août 1945, p.8.38\tTG, 7 août 1945, p.8.39\tLoc.cit.40\tTG, 9 août 1945, p.8.41\tLoc.cit.42\tTG, 31 août 1945, p.8.43\tTG, 26 nov.1945, p.8.44\tTG, 3 déc.1945, p.8.45\t7G, 8 janv.1946, p.8.46\tLoc.cit.47\tTG, 9 janv.1946, p.8.48\tLoc.cit.49\tTG, 25 avril 1946, p.8.50\tTG, 26 avril 1946, p.8.51\tTG, 6 mai 1946, p.8.52\tLOC.cit. Allocution chez Provigo par Jean Garon ministre de l\u2019Agriculture (1) 1 Le 6 mai 1977.Provigo inaugurait son centre Provi-Viande, à Laval.Le ministre apporta des chiffres intéressants sur l\u2019élevage et son commerce, au Québec.Provigo, en s\u2019assurant la maîtrise de Loeb et en achetant les magasins Dionne, devient la plus grande entreprise franco-québécoise en alimentation. ALLOCUTION CHEZ PROVIGO 57 Mesdames, messieurs, Le secteur de la transformation, de l\u2019entreposage et de la distribution des viandes est réputé pour son accès difficile.Provigo est en train de s\u2019y installer avec force grâce à sa division Provi-Viande.Provigo n\u2019est certes pas le dernier venu au Québec dans le domaine agro-alimentaire.L\u2019entreprise n\u2019a cessé d\u2019élargir le champ de ses activités depuis maintenant plus de 75 ans qu\u2019elle existe.Provigo a modernisé le rôle du grossiste en alimentation en organisant le regroupement d\u2019épicers indépendants sous une même image publicitaire et des structures de prix uniformes.Elle a également contribué énormément à l\u2019amélioration des services de vente au détail en mettant à la disposition de ses membres les services de conseillers techniques spécialisés dans les différents secteurs de vente.Ce n'est donc pas sans raison que Provigo est actuellement le plus important grossiste au Québec avec des ventes de $512 millions, 2092 magasins affiliés et 3021 employés.À ces activités de grossiste, Provigo a ajouté progressivement la vente au détail en développant un réseau qui compte présentement une cinquantaine de super-marchés.Les Québécois sont encore, à mon sens, sous-représentés dans ce gigantesque marché de plus de $4 milliards en 1976 que représente la vente d\u2019aliments au détail, plus particulièrement au niveau des super-marchés et je ne puis donc que vous encourager à progresser dans cette direction.Mais le concept agro-alimentaire, et vous êtes à mon sens une entreprise agro-alimentaire, recouvre beaucoup plus que la distribution en gros ou au détail.La transformation où se concentre le gros de la valeur ajoutée dans la chaîne économique des aliments, constitue un secteur tout aussi important.De fait, l\u2019industrie des aliments et boissons est la première en importance au Québec dans le secteur secondaire, ce que peu de gens réalisent vraiment.Provi-Viande Inc.dont nous célébrons aujourd'hui l\u2019inauguration officielle, marque en quelque sorte l\u2019entrée de Provigo dans le secteur de la transformation des viandes. 58 L\u2019ACTION NATIONALE On me dit en effet qu\u2019environ 10% du volume total de viande qui entre ici chaque semaine en ressort sous forme de charcuterie et de portions contrôlées.Ce fait mérite d\u2019être souligné puisque, pour une entreprise de la taille de Provigo, une totale dépendance face à l\u2019extérieur pour ses approvisionnements n\u2019est pas la position idéale, pas plus d ailleurs que, collectivement, le recours aux importations pour couvrir 80% de nos besoins en viande de boeuf n\u2019est une situation acceptable.Cela m\u2019amène à vous parler de l\u2019impact de Provi-Viande sur notre degré d\u2019autosuffisance en viande et c\u2019est sans doute là un des aspects les plus importants de l\u2019insertion de votre nouvelle entreprise dans l\u2019ensemble de l\u2019agro-alimentaire québécois.Je dis toujours que l\u2019objectif premier de la politique agricole du Ouébec doit être de faire en sorte que les agriculteurs québécois nourrissent la population du Ouébec.L\u2019autosuffisance totale est, bien sûr, impossible, ici comme ailleurs, mais il y a quand même tellement de domaines, notamment celui de la viande, où nous pourrions accroître sensiblement notre part de nos propres marchés et même développer nos exportations.Pour ma part, je suis persuadé qu\u2019un peu plus de cohésion et de concertation entre les différents partenaires de la chaîne, depuis le producteur jusqu\u2019au consommateur, suffiraient à faire toute la différence du monde.Les états-généraux de l\u2019agro-alimentaire dont j\u2019ai eu l\u2019occasion de parler à différentes reprises et qui auront lieu d\u2019ici un an, me semblent l\u2019occasion toute trouvée pour que producteurs, transformateurs et distributeurs se disent clairement ce qu\u2019ils attendent les uns des autres.Il y a certainement de la place pour un échange de fond sur les objectifs que nous devons chercher à atteindre dans le développement de l\u2019agro-alimentaire au Québec.Je suis personnellement incapable de concevoir le développement des réseaux de transformation et de distribution alimentaire au Québec sans faire référence aussitôt au développement de notre production primaire.J\u2019ai déposé cette semaine, devant l\u2019Assemblée Nationale, ma ALLOCUTION CHEZ PROVIGO 59 lettre de directives à la Société Québécoise d'initiatives Agro-alimentaires, lettre de directives qui a pour but de préciser et clarifier le mandat de cette société d\u2019état.Je crois que ce document exprime très clairement la volonté du présent gouvernement d\u2019assurer le développement des activités industrielles et commerciales liées à l\u2019alimentaire mais sans jamais perdre de vue celui qui m\u2019apparaît l\u2019homme clé de ce gigantesque secteur économique: le producteur agricole.Le premier objectif que doit poursuivre Soquia dans ses interventions au niveau de la distribution et de la transformation est en effet d\u2019assurer de nouveaux débouchés aux produits agricoles du Québec, le second objectif étant d\u2019assurer le maintien ou le retour sous le contrôle de Québécois de la plus grande part possible de notre industrie agro-alimentaire.Il ne fait pas de doute dans mon esprit que vous êtes d\u2019accord avec ces objectifs et que, grâce à Provi-Viande Inc., les producteurs agricoles du Québec verront leurs débouchés s\u2019accroîtrent tant dans le boeuf, le porc que le poulet.On me dit que 100% du porc et de la volaille qu\u2019utilisera ce centre de transformation, d\u2019entreposage et de distribution, sera d'origine québécoise.Du côté boeuf, votre taux d\u2019approvisionnement au Québec serait, si mes informations sont exactes, de l\u2019ordre de 35%.Cela est déjà sensiblement supérieur à notre taux global d\u2019autosuffisance qui n\u2019est que de 20% mais, vous en conviendrez, il y a encore de la place pour de l\u2019amélioration.Je suis persuadé à l\u2019avance que nous pourrons compter sur votre entreprise dans nos efforts pour développer l\u2019élevage de boeuf de boucherie au Québec.Je ne puis trouver de meilleur exemple de votre dynamisme et de votre souci de contribuer au développement de l\u2019agriculture québécoise que l\u2019initiative prise par Provi-Viande de commercialiser un nouveau produit très prometteur pour le Québec, le veau à chair blanche de 200 à 250 livres.Provi-Viande fait également preuve d\u2019une agressivité de bon aloi sur le plan des exploitations puisqu\u2019on affirme que vous avez déjà réussi à développer un marché intéressant au Japon dans le domaine du porc et que vous projetez d'accroître vos ventes de charcuterie dans la 60 L'ACTION NATIONALE province voisine de l\u2019Ontario.Je ne puis que vous encourager dans vos efforts pour renverser le courant de vos échanges commerciaux et vous assurer de la collaboration pleine et entière de mon ministère dans l\u2019élaboration de tout projet susceptible d\u2019accroître la consommation de produits québécois par des Québécois et à l\u2019étranger. La Grenouille biculturelle et le Boeuf uniculturel par Odina Boutet 62 L'ACTION NATIONALE Vous connaissez la fable, .elle s\u2019enfla tant qu\u2019elle creva.Cela nous rappelle la mesure de notre taille, pour parodier un titre célèbre, sans qu\u2019on se croit obligé d\u2019imiter la grenouille jusqu\u2019au bout.De quoi s\u2019agit-il?En fait, de deux choses.D\u2019abord d\u2019une prétention de faire entretenir, par la société québécoise, deux cultures, sans tenir compte des circonstances menaçantes.Ensuite de l\u2019absence d\u2019une agence d\u2019information québécoise, pour présenter un aspect légitime des événements qui sont rapportés sur notre compte, tant au Québec qu\u2019à l\u2019étranger.Au fond, un même raisonnement s\u2019impose pour les deux: nous ne sommes pas des créatures exceptionnelles, mais de simples humains comme les autres qui doivent se défendre dans la vie et protéger leurs biens comme les autres le font pour les leurs.D\u2019abord la langue et la culture, comme si nous étions la fontaine vivante des activités en Amérique du Nord, nous laissons nos deniers se diviser pour répandre l\u2019anglais comme le français, aidant ainsi le plus fort à s\u2019installer en place chez nous.Je suppose qu\u2019il est inutile de répéter que c\u2019est insensé, que cela contrevient à tous les sens.Belle grenouille, laisse-toi flatter.Et pourtant, nous avons un monde à faire pour notre espèce, comme toutes les autres espèces en ont un à faire pour elles.Le jour où nous aurons compris cela, nous ne croirons plus que ça peut faire pareil de vivre dans le monde des autres.Le manque d\u2019instinct le plus flagrant se retrouve sans doute sur les ondes radiophoniques, où la chanson anglaise prend la place qui nous revient pour le français, comme si c\u2019était indifférent.Il a fallu qu\u2019on nous fasse croire que nous étions supérieurs parce que nous parlions deux langues.Un beau piège, qui a servi à étendre l\u2019anglais chez nous, à nos frais.Nous sommes les plus pauvres et nous payons pour les plus riches, mais eux refusent de contribuer pour le français au Canada en disant que ça coûte trop cher.Que sommes-nous?Non seulement nous n\u2019avons pas trop de moyens pour bâtir un monde français, mais nous employons notre nécessaire pour étendre LA GRENOUILLE BICULTURELLE 63 chez nous le monde anglais.Que peut-on espérer d\u2019une pareille espèce?Ce serait désespérant, si nous ne savions qu\u2019on nous y a forcés dans les partis anciens et leurs attaches anglaises.Mais les temps changent et la lumière se fait.Le colonialisme des esprits va bientôt s\u2019éteindre.Il n'y a qu\u2019une position qui soit défendable pour la langue française au Québec.C\u2019est celle du rôle naturel qu\u2019elle doit jouer pour les Québécois, dans leur monde à eux, authentiquement.Même la couronne anglaise s\u2019est humainement pliée à cette exigence par l\u2019Acte de Québec.Il ne saurait être question d\u2019instaurer le bilinguisme au Québec, pour aucun motif.La langue anglaise n\u2019a d\u2019ailleurs pas besoin de notre appui pour se répandre.Nous avons assez à faire pour que notre monde français soit complété, par nous, et seuls, sans l\u2019aide des anglophones, comme nous le savons.Le Québec ne devra jamais être bilingue.Ce serait agir contre nature.Ce serait diviser des forces déjà réduites, ou pour employer un paradoxe, ce serait diviser des forces faibles.La tâche qui revient aux Québécois est trop énorme pour qu\u2019on se permette d\u2019en détourner le moindre effort.Comprenons tout de suite qu\u2019il y a une différence entre l\u2019apprentissage des langues étrangères et l\u2019instauration du bilinguisme.Il y a tellement de différence qu\u2019on devrait se réjouir d\u2019entrevoir le jour où on pourra apprendre très bien l\u2019anglais comme langue étrangère dans un monde québécois.Car il est reconnu que le milieu bien organisé, bien protégé et bien homogène, n\u2019est pas menacé par l\u2019apprentissage d\u2019une langue étrangère et que, au contraire, il est plus facile de s\u2019instruire quand on a un monde de références cohérentes pour se rattacher à une existence bien à soi.La faiblesse québécoise devant l\u2019anglais vient, non seulement de la force de la position détenue par l\u2019anglais en Amérique du Nord, mais surtout, surtout, de l\u2019absence d\u2019un monde français qui jouerait un rôle complet dans la vie des Québécois.Dès que nous aurons rétabli le français dans un rôle de décision dans nos vies, décisions à tous les niveaux, notre monde ne sera plus emprunté à l\u2019anglais, nos références et notre compétence seront basées sur notre 64 L\u2019ACTION NATIONALE autorité.L\u2019apprentissage de l\u2019anglais sera une utilité pour nos relations et notre connaissance du monde anglais, au lieu d'un mélange avec notre monde français et une domination qui déplace nos valeurs pour les remplacer selon-une hiérarchie inspirée par une morale étrangère.A tout autre peuple normal, cette position paraîtrait pleine de bon sens et tout à fait naturelle.Mais ici, on en est réduit à se faire qualifier de destructeur chaque fois qu\u2019on tente de construire quelque chose de légitime, comme dans le cas présent un monde à soi, alors que ceux qui défendent l\u2019indéfendable, la confusion des langues, des morales et de l\u2019autorité, n\u2019ont aucune pudeur et se servent de leur position dominante pour nous détruire, eux, pour nous détruire intérieurement.C\u2019est à cause du temps passé qu\u2019un si grand nombre de Québécois sont ignorants des choses nécessaires à un peuple distinct.Le mélange a été entretenu par les deux langues et les deux mondes, cachés sous un même nom, hypocritement canadien.Lequel est lequel, dans un même mot?dans un même gouvernement fédéral?dans les mêmes partis politiques?Le Canada n\u2019est plus qu\u2019une chose hypocrite, qui cache le mélange de deux peuples et la prépondérance d\u2019un seul.Le Québec ne doit pas commettre la même erreur.Sa situation et son épreuve l\u2019obligent à réserver l\u2019exclusivité au français.Le but de cette exclusivité est de refaire un monde français pour le bénéfice de la population.Le risque du mélange est trop grand pour permettre le moindre biculturalisme.Les citoyens auront toujours le loisir d\u2019apprendre une langue étrangère pour leur propre profit.Les écoles peuvent dispenser des cours de langues étrangères, en particulier d\u2019anglais, selon des méthodes perfectionnées.Mais la population ne doit à aucun prix instaurer le bilinguisme culturel.Le Québec doit être ouvertement et nettement français.La population a besoin d\u2019être spécialement renseignée au sujet de l\u2019apprentissage de l\u2019anglais et de ses consé- LA GRENOUILLE BICULTURELLE 65 quences différentes, selon que chez elle les rôles sont remplis par le français.Ce monde est complet quand les trop de rôles sont remplis chez elle par l\u2019anglais, la population en apprenant l\u2019anglais se prive de vivre dans un monde français.Le contraire se produit cependant si les rôles sont remplis par le français chez elle.La connaissance des langues étrangères, donc de l\u2019anglais, devient un enrichissement au lieu d\u2019un mélange.Ce qu\u2019on appelle un monde français devient une réalité, quand tous les rôles à l\u2019intérieur de ce monde sont remplis par le français.Ce monde est complet quand les rôles sont tenus au complet par le français.Ce monde est universel, quand il concorde avec la connaissance des réalités, dans tous les domaines du connu, dans les deux sens, soit le sens séculaire ou horizontal, celui qui est l\u2019héritage de l\u2019histoire et des temps, le classique, soit le sens métaphysique ou vertical, celui qui vient de la spéculation de l\u2019esprit, le philosophique.Le sentiment d\u2019infériorité canadien-français est venu de la privation de références pour son monde si riche et si original.Le refoulement que ce monde a subi devant le monde anglais, auquel il a été mélangé, l\u2019a privé de la connaissance du réel qu\u2019il contenait au niveau universel.La bêtise d\u2019un État bilingue ne doit pas se répéter au Québec.Ce serait manquer de respect à une population dont les sentiments sont déjà frustrés par l\u2019ancien mélange.Quel que soit l'état actuel de notre monde québécois, disons-nous bien que si nous n\u2019adoptons pas immédiatement l\u2019anglais comme langue d\u2019usage courant et que si nous continuons à utiliser ce qui vient du monde anglais pour combler les vides de notre propre monde français, nous resterons inconséquents envers nous-mêmes.Car il faut choisir un ou l\u2019autre monde, nettement et entièrement.Si nous gardons la langue française, il faut lui donner tous les rôles dans notre monde.Par contre, si nous réservons des rôles au monde anglais à l\u2019intérieur de notre monde, le bon sens veut que nous adoptions la langue et la culture anglaise, de façon à profiter des moyens qui lui sont propres.On ne peut pas être l\u2019un et l\u2019autre, anglais et français, il faut être l\u2019un ou l\u2019autre, anglais ou français.Il faut qu\u2019une bonne fois notre esprit se pose quelque part. 66 L'ACTION NATIONALE Or, la seule population du Canada qui est restée entièrement ce qu\u2019elle est, c\u2019est la population anglaise.Et, c\u2019est cette même population qui nous a encouragés à mélanger dans notre monde français son monde anglais.Elle n\u2019a absolument rien inclus de français dans le sien pendant ce temps.Elle a utilisé le Canada pour faire cela, en se cachant derrière les mots édifiants: unité, liberté, humanité; derrière nos propres noms: Canadiens, Québécois; derrière la morale: bonne entente, collaboration, supériorité de la gestion.Elle a également procédé par intimidation, sans reculer devant des actes répugnants comme l\u2019insulte à notre identité distincte (speak white)!) et le mépris de notre monde (dirty french!), intimidation par tous les moyens imaginables et quotidiennement, comme une préoccupation incessante qui les caractérise bien plus comme CANADIAN que le mensonge de l\u2019untié canadienne.C'est cela la réalité du Canada.Sa principale raison d\u2019être, c\u2019est l\u2019intimidation contre nous, et non pas son nationalisme devant les Américains.Or, cette population de langue anglaise, qui n\u2019a rien adopté de français, prétend que le Canada doit rester uni.Pourtant, elle a eu raison de ne rien adopter de français.C'est nous qui sommes des êtres inconséquents, d\u2019avoir utilisé l\u2019anglais indifféremment comme langue complémentaire, d\u2019avoir mélangé dans notre monde français le monde anglais.Nous nous sommes laissés embarquer dans une tromperie.Ce n\u2019était pas à ce niveau-là que devait se faire notre participation au Canada, pas plu pour nous qu\u2019elle ne le fut pour la population anglaise.Eux, ils ont eu le bon sens de le savoir, et la ruse de ne pas le dire.L\u2019unité du Canada, si elle devait se faire, aurait pu respecter la réciprocité de deux mondes distincts et prévoir une confédération de deux peuples, et non pas de provinces sans peuples ou de territoires anonymes et sans culture propre.Mais la population anglaise détient la majorité nécessaire pour gouverner et elle n\u2019a aucunement besoin de s\u2019identifier pour le faire.Il lui suffit de se déguiser sous notre propre nom de Canadien.Ce Canada-là n\u2019a pas une unité intérieure au niveau des populations, mais une unité extérieure dans les formes fédérales.À l\u2019intérieur, le Canada reste une entreprise d\u2019intimidation, un dominion pragmati- LA GRENOUILLE BICULTURELLE 67 que.À l\u2019extérieur, il peut se blanchir sous les bonnes intentions de l\u2019unité.Pendant ce temps, la population de langue française vit dans un monde où les rôles ne sont pas tous remplis par le français, un monde mélangé culturellement, où les rôles sont surtout remplis par l\u2019anglais.L\u2019autorité dont le Québec a besoin doit non seulement servir à protéger sa population dans les lois, par l\u2019autorité législative entière, mais aussi prévenir les confusions d\u2019identité nationale et l\u2019envahissement par les rôles anglais de notre société culturelle.À ce point de vue, il est urgent d\u2019ouvrir les yeux à la population sur le rôle que joue chez nous le CANADIAN PRESS.Agence d\u2019information Il y a dans la vie de ces choses aberrantes, comme par exemple l\u2019information donnée à la population québécoise, au moment où elle est en cause, par les porte-paroles du Canada anglais.Ainsi, on aura en manchette le point de vue d\u2019un Canadien anglais sur des événements qui nous concernent d\u2019un autre point de vue en tant que Québécois.On aura également les photos choisies par des Canadiens anglais, sous tel aspect favorable ou défavorable, alors que nous sommes concernés comme Québécois encore une fois d'un autre point de vue.Cela aussi vient du mélange canadien.Et il faut encore une fois insister pour faire ici une différence entre l\u2019information dans ce que les autres pensent de nous et l\u2019information qu\u2019on donne soi-même sur ce qui nous concerne.Par exemple, le point de vue d\u2019un journaliste canadien-anglais, ou d\u2019un Américain, sur la visite de M.Trudeau à Washington, est très intéressant.Pour certains, il est même important de le connaître.Mais la même visite, vue dans une perspective québécoise, pour le citoyen concerné, ne lui sera pas présentée dans le courant des nouvelles rapportées en primeur ou sur le champ, en temps de prépondérance.Tout simplement parce que l'agence d\u2019information offre un travail déjà fait, des nouvelles toutes chaudes, des photos toutes prêtes.L\u2019habitude est prise et on ne s\u2019interroge plus sur le 68 L'ACTION NATIONALE sentiment légitime de la population concernée.Ensuite, on se dit surpris des résultats de tel sondage d\u2019opinion ou de tel vote populaire.Le reflet de l\u2019opinion dans une agence d\u2019information doit relever de l\u2019aspect qui est légitime pour la société concernée, sinon exclusivement, du moins avec prépondérance.Il ne faut pas oublier une chose, le sentiment de frustration vient de plusieurs sources.Elles ont en commun le caractère que donne le mélange canadien.L\u2019agence d'information est une de ces sources de frustration pour la population du Québec.Elle prive cette population d\u2019un point de vue légitime et prépondérant sur ses propres affaires.Des journaux très puissants, très riches, des média d\u2019information qui disposent de moyens modernes de diffusion et de renseignements, se limitent à présenter les événements, surtout les plus importants qui ont attiré l\u2019attention du Canada anglais, du point de vue des journalistes étrangers, des journalistes canadiens-anglais de la CANADIAN PRESS entre autres.Il y a une question d\u2019argent, évidemment, pour les patrons.Un abonnement à une agence d\u2019information coûte moins cher que d\u2019en faire le doublage à ses frais.Mais il y a aussi une question de sens, de bon sens.Très peu de ces média n\u2019ont pas à leur service un ou deux journalistes dont la compétence est égale à celle du journaliste de l\u2019agence d\u2019information, et qui pourraient, en utilisant les faits contenus dans une dépêche, au moins prévenir le lecteur ou l\u2019auditeur de la différence possible de point de vue.Dans un discours ou dans un événement, il n\u2019y a jamais de la part d\u2019un journaliste un compte-rendu strictement chronologique.Ce n\u2019est toujours naturellement qu\u2019une présentation choisie, mesurée, calculée, selon une certaine façon.Le lecteur et l'auditeur n\u2019ont de cette présentation que le point de vue qui a d\u2019abord été adopté par le journaliste.On voit quelle différence cela peut faire, selon que la présentation est faite par une personne qui voit les choses du point de vue de la société opposée, dans le cas entre autres des objectifs de l\u2019unité canadienne ou des objectifs de l\u2019émancipation québécoise.On pourrait étendre la corn- LA GRENOUILLE BICULTURELLE 69 paraison à tous les domaines imaginables et en arriver, dans le cas du Québec, à une publicité négative chaque fois que le point de vue canadien-anglais y voit son intérêt.Or, la différence d\u2019objectif existe de la même façon que les sociétés existent: quand elles sont différentes, les objectifs sont recherchés différemment, quand elles sont concurrentes, les objectifs sont disputés en concurrence.C\u2019est une naïveté impardonnable que de prétendre à l\u2019objectivité d\u2019une représentation canadienne-anglaise pour un objectif canadien-français, par exemple.Notre grammaire, qui ne manque pas de sens méthaphysique, définit précisément l\u2019objectif comme un complément direct du verbe.Notre grammaire n\u2019a pas pris de détour par l\u2019action ou la passivité d\u2019un autre sujet, fut-il canadien-anglais.L\u2019objectif est le complément direct de l\u2019action, et le sujet qui entreprend une action, quelle qu\u2019elle soit, en a la responsabilité naturelle.Les sociétés aussi entreprennent des actions, quand les entraves ne les en empêchent pas trop, et elles ont des responsabilités à prendre pour parvenir à leurs objectifs.Nous savons, nous, que deux sociétés distinctes vivent sous un même régime fédéral au Canada.L\u2019unité canadienne est un objectif de gestion, une gestion qui ne complète pas l'action des deux sociétés canadiennes mais d\u2019une seule, la société anglaise, majoritaire et anonyme.Ce n\u2019est donc pas un objectif qui entrave son action et submerge sa passivité.Servir une société dans le domaine de l\u2019information est légitime au même degré que l\u2019action de cette société.Ce n\u2019est donc pas en utilisant un sujet étranger à l'action de la société, qu\u2019il convient de représenter indifféremment l\u2019action pas plus que la société.On pourrait d\u2019ailleurs étendre le même raisonnement à tous les secteurs, que ce soit le gouvernement, le droit civil, les fonctions culturelles en général, qui sont conçues dans une hiérarchie de valeurs propres à une société, à partir de la naissance des individus jusqu\u2019à leur mort.Lorsque, il y a quelques décades, un journaliste d\u2019une revue canadienne-anglaise écrivait que Chicoutimi avait un magnifique hôpital \u201cdans le bois\u201d, le ressentiment qu\u2019il soulevait s'expliquait par l\u2019effort que les gens de cette région 70 L'ACTION NATIONALE faisaient tout spécialement pour être \u201csortis du bois\u201d.La même bêtise aurait pu être écrite par la presse québécoise, c\u2019est évident, mais l\u2019étranger illustrait son ignorance culturelle aux dépens d\u2019une région méritante et plus dynamique que toute autre.De plus, la dimension locale de sa bourde se grossisait par une autre dimension, canadienne-anglaise, dont le résultat fausse d\u2019une façon ou d\u2019une autre l\u2019image du Québec et, par tradition, en donne une impression réprobative et souvent défavorable.Cela ne serait, somme toute, pas trop grave, si nous avions l\u2019organisation et le bon sens pour veiller à notre propre publicité, chez nous d\u2019abord et à l\u2019étranger comme il se doit.Ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que le mal subsiste et que le remède s\u2019impose.Mais loin d\u2019avoir l\u2019organisation et le bon sens, nous émergeons à peine de l\u2019emprise libérale qui est encore au Québec le parti de la réprobation canadienne-anglaise, le parti le plus sensible à l\u2019opinion canadienne-anglaise, celui qui en utilise la terminologie négative concernant nos points de vue.D\u2019où peut-on apercevoir un objectif légitime, sinon en utilisant son propre point d\u2019observation?Tout cela ne veut pas dire qu\u2019un journaliste doit nécessairement être un partisan personnel de tel ou tel objectif québécois.Sa propre liberté d\u2019opinion demeure à l\u2019intérieur de sa société culturelle.Mais il doit avoir l\u2019occasion d\u2019observer les événements et les faits sous tous les aspects qui peuvent intéresser son milieu naturel.Les media doivent lui fournir cette occasion et en faire bénéficier leurs lecteurs et leurs auditeurs.Il faut avoir le sens de sa propre défense dans la vie.Cela signifie qu\u2019on ne peut pas impunément la confier au seul regard d\u2019autrui.L\u2019existence a de ces exigences avec lesquelles on ne peut agir comme si elle n\u2019étaient pas.Se défendre soi-même, veiller à protéger chez soi les rôles essentiels, voilà autant d\u2019exigences élémentaires pour une société qui n\u2019a pas perdu le sens d\u2019elle-même.Ce sont là des principes qu\u2019une société égarée n\u2019arrive pas toujours à définir clairement, mais qui devraient être défendus avec toute l\u2019ardeur viscérale de l\u2019instinct de vivre.La société québécoise doit se doter d\u2019une agence d\u2019information autochtone et autonome.L\u2019esprit même de l\u2019infor- LA GRENOUILLE BICULTURELLE 71 mation qu\u2019une société doit se donner l\u2019exige.Dans cette optique de l\u2019esprit d\u2019information, considérons au moins deux choses: d\u2019abord ce qu\u2019il est naturel de faire soi-même, ce dont nous venons de voir le caractère métaphysique et biologique, du fait de l\u2019existence d\u2019une société distincte; puis une autre chose, qui réside dans la façon de présenter une information, quelle qu\u2019elle soit.Les agences d\u2019information ont développé à ce sujet une technique qui, à première vue, paraît très inoffensive, mais qui restreint pour le lecteur superficiel et non averti la portée de son observation.Sous les apparences de la concision et d\u2019un ordre prioritaire, les lieux et les mots choisis laissent dans l\u2019oubli ou l\u2019ignorance d\u2019autres faits et d'autres vues qui se rapportent au même événement.Il faut choisir au moment de faire la nouvelle.C\u2019est une question de sens, de circonstances, d\u2019intention, et fatalement de point de vue.On n\u2019en sort pas, il faut admettre que fatalement un point de vue prédomine.Mais la différence d\u2019observation va de pair avec la différence dans la présentation.Celui qui observe les événements et les faits, d\u2019un point de vue qui intéresse plus spécialement sa propre société, va naturellement les rapporter de façon à ce que cet intérêt soit concevable.C\u2019est, sous la technique, l\u2019instinct vital qui se manifeste.Pour le reporter ou l\u2019analyste canadien-anglais, les événements qui se produisent au Québec, ou en rapport avec des objectifs québécois, ont une signification et des conséquences que sa propre société envisage favorablement ou défavorablement selon qu\u2019ils servent ou desservent ses propres objectifs.Cela n\u2019est que naturel après tout.Ce qui n\u2019est pas naturel, c\u2019est que le même point de vue seulement soit présenté à la société québécoise, sous l\u2019aspect qui intéresse la société canadienne-anglaise, aspect qui ne relève pas des mêmes intérêts ni des mêmes objectifs nécessairement.Et s\u2019il arrive que les intérêts et les objectifs doivent être les mêmes, c\u2019est à la société concernée qu\u2019il appartient d\u2019en décider librement et intelligemment.S\u2019il fallait passer en revue tous les domaines où le mélange s\u2019est imposé dans notre société, sans jamais pénétrer le moindrement dans la société anglaise du 72 L'ACTION NATIONALE Canada, on n\u2019en finirait plus d\u2019accuser la Confédération et la forme de fédéralisme unitaire qu\u2019elle avantage.Le boeuf, c\u2019est la société canadienne-anglaise, et la grenouille qui veut s\u2019enfler pour être aussi grosse que le boeuf de la Confédération, c\u2019est la société canadienne-française.Mais il n\u2019y a pas d\u2019issue dans cette fédération, sauf pour le boeuf, car la grenouille s\u2019enfla si bien qu\u2019elle creva.L\u2019intolérance de la société anglaise contre toute forme d\u2019organisation de la société française a donné comme résultat des organismes et des associations canadiennes à caractère unitaire.La CANADIAN PRESS en est un.Le rôle de quelques individus de langue française dans cet organisme est conditionné à leur adaptation et à leur soumission aux règles établies pour la \u201cbonne gestion canadienne-anglaise\u201d.Le même phénomène se répète automatiquement à tous les niveaux de l\u2019organisation canadienne, dans tous les organismes et toutes les associations.Il n\u2019y a rien de multiculturel dans cela, malgré les prétentions contraires de quelques politiciens.Ce n\u2019est qu\u2019un phénomène d\u2019assimilation hypocritement appelé canadien.Grâce à cette position dominante, la société canadienne-anglaise a polarisé l\u2019opinion et privé la société française de perspective et d\u2019accomplissement.Même les sentiments légitimes lui ont été refusés.L\u2019idée seulement de son existence a été battue en brèche.Il faut ajourd\u2019hui un projet d\u2019indépendance pour qu\u2019une démarcation soit visible, sans équivoque et sans frustration.Pour mettre fin à la double taxation que la Confédération nous a imposée, nos contributions doivent aller à l\u2019organisation de notre société.Pour faire le nécessaire, pour vivre, en conformité avec nos objectifs, pour remplir les rôles culturels qu\u2019une société doit entretenir, il faut voir clair et se démêler.C\u2019est ainsi qu\u2019une société québécoise arrive à s\u2019identifier, indépendamment de la société canadienne-française qui est emmêlée dans la Confédération, et indépendamment de la société canadienne-anglaise qui domine la Confédération.La société québécoise, pour être nettement autonome dans ses objectifs, a besoin de se les représenter clairement à elle-même et de les faire connaître à l\u2019étranger de façon à LA GRENOUILLE BICULTURELLE 73 assurer ses relations extérieures.Le moment est particulièrement important, puisqu\u2019il s\u2019agit de protéger son existence même contre les interventions fallacieuses ou assimilatrices.Le temps est venu de se doter d\u2019une agence de presse québécoise.Nous vivons les plus grands moments de notre histoire, la plus belle entreprise humaine de toute l\u2019Amérique du Nord.Non seulement par le projet d\u2019indépendance, mais aussi par l\u2019effort que toute notre société est appelée à faire, pour surmonter le chaos des perturbations sociales et culturelles que nous valent les déplacements et les contacts modernes.Nous avons une démocratie qui pourrait atteindre des niveaux exemplaires, si l\u2019action de notre parti social-démocrate est soutenue par une société responsable.Malheureusement, c\u2019est fatal pour les contemporains des grands événements, de les vivre sans les apercevoir.N\u2019ajoutons pas aux reproches, celui d\u2019avoir négligé le temps venu l\u2019organisation d\u2019une agence d\u2019information québécoise.Cela aussi tient au sens des responsabilités, celles qu\u2019on a et celles qu\u2019il faut prendre.C\u2019est une responsabilité sociale et culturelle, une responsabilité instinctive aussi, pour une société identifiable.Le manque d\u2019organismes autonomes, dans une société comme la nôtre, explique en grande partie l\u2019ignorance de nos valeurs propres, l\u2019ignorance de nos avantages même à créer ces organismes.C\u2019est une roue d\u2019ignorances qui entraîne des ignorances.Ce que nous apprenons, ce qui nous est sans cesse présenté par les étrangers, c\u2019est le point de vue des autres appuyé sur la morale des autres.Quant à nos valeurs propres, quelle utilié peuvent-elles avoir sans rôles, dans des organismes et pour des objectifs qui représentent d\u2019autres valeurs, là où d\u2019autres compétences nous ébahissent et nous éblouissent.Notre sentiment d\u2019inférioré s\u2019incline.Mais la société québécoise ne tolérera plus cela longtemps.Le nécessaire doit être fait. Ex libris par Pierre Trépanier LE CANADA ANGLAIS ET SES HISTORIENS 75 Le Canada anglais et ses historiens C\u2019est toujours avec plaisir qu\u2019on lit les grands historiens anglo-canadiens.On goûte la prose somptueuse de ce maître styliste qu\u2019est Donald Creighton; on se laisse éblouir par l\u2019esprit brillant et original de Arthur R.M.Lower; on admire l\u2019élévation morale de William L.Morton.Dans son dernier ouvrage1, Cari Berger nous offre l'occasion de faire plus ample connaissance avec ces écrivains et leurs principaux devanciers.C\u2019est une occasion qu\u2019on s\u2019empresse de saisir.Voilà un livre remarquable à plus d\u2019un titre.Il ne se limite pas à décrire un courant historiographique, brosser un portrait ou analyser une pensée.Il s\u2019applique à révéler les liens plus ou moins obscurs qui asservissent en partie l\u2019oeuvre historique aux courants qui agitent l\u2019époque où elle s\u2019ébauche.L\u2019historien subit toutes les pressions de son temps; son oeuvre, consciemment ou non, s\u2019oriente en fonction des préoccupations de ses contemporains.Même un chercheur aussi soucieux d\u2019objectivité que Harold A.Innis n\u2019y échappe pas.La réciproque est aussi vraie: l'histoire écrite peut influencer l\u2019histoire en marche.L\u2019un des enseignements les plus frappants, presque gênants, qu\u2019on tire de cette étude est que les historiens n\u2019annoncent ni ne précèdent l'actualité, ils la suivent ou tout au plus l\u2019accompagnent.Si l\u2019on gardait quelque illusion sur ce que certains appellent pompeusement le \u201cprophétisme de l\u2019historien\u201d, il faut avouer qu\u2019une fois la lecture terminée il n\u2019en reste pas grand-chose.Les historiens ne constituent pas un corps de voyants patentés, et s\u2019il s\u2019en trouve de particulièrement per-picaces \u2014 comme Lionel Groulx \u2014, cela ne tient pas au métier, mais à l\u2019homme, qui est exceptionnel.Une autre vérité s\u2019impose au lecteur: tous les historiens étudiés (Wrong, Shortt, Martin, Innis, Lower, Underhill, Creighton et Morton) sont nationalistes.(La tare qui, paraît-il, n\u2019affigeait que nos historiens était donc contagieuse.) Leur nationalisme est tantôt impérial, et alors l\u2019histoire du Canada se présente comme une affirmation d\u2019identité par 1 C.Berger.The writing of Canadian history, Aspects ot English-Canadian historical writing; 1900 to 1970, Toronto, Oxford University Press, 1976, x-300 p. 76 L'ACTION NATIONALE rapport au puissant voisin du sud; il est tantôt continental, et alors l\u2019histoire du Canada apparaît comme le récit de la conquête de l\u2019indépendance face à la Grande-Bretagne.Le Canada anglais a d\u2019ailleurs été marqué au XXe siècle par deux poussées de fièvre nationaliste.Le nationalisme, culturel dans les année 20, a ressurgi après la deuxième guerre mondiale par suite de la domination de la grande République sur le monde et sur sa dépendance septentrionale.Cette dernière, privée désormais du contrepoids de la Grande-Bretagne, rétrogradée au second rang, sinon au troisième, n\u2019y pouvait mais.Toute une partie de l\u2019intelligentsia anglo-canadienne en est restée inconsolable.Le nationalisme d\u2019après-guerre n'était pas seulement politique ou même économique, il était aussi culturel.En effet, la grande affaire des intellectuels anglo-canadiens a toujours été d\u2019abord de se convaincre qu\u2019ils possédaient une culture originale, distincte de l\u2019américaine, puis de s\u2019essayer à la définir.Les historiens participaient au débat.L\u2019évolution historiographique au Canada anglais peut se découper en quatre périodes approximatives.L'histoire constitutionnelle domine la première.Elle a pour thème central la conquête de la responsabilité ministérielle et de l\u2019autonomie au sein de l\u2019Empire-Commonwealth.Les années 20 et 30 se caractérisent par une analyse des forces géo-économiques qui ont façonné le destin du Canada.C\u2019est alors que H.A.Innis applique la théorie du produit de base ou produit moteur (staple): toute l'économie canadienne s\u2019est organisée autour d\u2019une succession de matières premières en demande dans les pays développés (fourrure, poisson, bois, blé).L\u2019histoire économique réalise ainsi un progrès considérable.Au cours de la troisième période (1945-1965), les grandes forces anonymes reculent dans la faveur des historiens au profit des individualités marquantes: on exploite les ressources de la biographie.En même temps, un autre outil d\u2019analyse est inventé, le \u201cmétropolitanisme\u201d, qui annonce l\u2019attention que portera la dernière période aux régionalismes, en attendant que s\u2019impose la problématique des classes sociales.Le \u201cmétropolitanisme\u201d insiste sur le rôle joué par les centres urbains, à l\u2019échelle continentale ou régionale, dans le développement de leur arrière-pays, à qui, par des voies de communication appropriées, tel le chemin de fer, ils LE CANADA ANGLAIS ET SES HISTORIENS 77 transmettent capitaux, institutions, législation et culture: ainsi s'instaure une sorte de relation de type impérial.S\u2019il est vrai que les historiens influencent leurs contemporains, on tient là l\u2019une des explications du manque de compréhension et de tolérance de la majorité anglo-canadienne à l\u2019endroit des Canadiens-Français et des Québécois.Ceux qui ont formé la conscience historique des Canadiens-Anglais, méconnaissaient, malgré beaucoup de bonne volonté, les aspirations profondes des Canadiens-Français.Selon E.R.Adair, professeur d\u2019histoire de la Nouvelle-France à l\u2019Université McGill, l\u2019historien anglophone ressemblait à cet égard au Canadien-Anglais moyen.Adair écrivait en 1943: Dans une large mesure inconsciemment sans doute, le Canadien anglais n'aime pas l'idée de l'existence d\u2019un groupe important au Canada qui ne s\u2019assimile pas du tout à ses normes et à ses conceptions: il ne peut rien y faire, mais au moins il peut préserver l\u2019illusion de sa chère unité canadienne et de sa chère nationalité canadienne en prétendant qu\u2019il n'existe pas vraiment (.et calmer sa conscience) grâce à des clichés de club Rotary sur l'entente parfaite qui unit les deux races au Canada (p.184; traduction).Sans parler d\u2019un Donald Creighton, pour qui la francophonie canadienne a toujours coïncidé avec la \u201créserve\" québécoise, on peut dire que même les plus favorables se sont gardés de tout excès de générosité.Le plus compréhensif, W.L.Morton, le seul parmi les grands historiens du Canada anglais à avoir endossé la théorie du pacte politique et culturel, le seul (ou peu s\u2019en faut) à avoir réclamé la dualité linguistique d\u2019un océan à l'autre, soutenait sans sourciller au milieu des années 60 qu\u2019il fallait faire échec au séparatisme manu militari, si besoin était (p.254).Les grands historiens Lower, Creighton et Morton n\u2019ont jamais été des sectaires du positivisme.Lower, que quelqu\u2019un a baptisé l\u2019abbé Groulx du Canada anglais, croit que l\u2019historien doit écrire le passé de manière à préparer l\u2019avenir qu\u2019il souhaite.Il méprise les iconoclastes qui profanent les mythes nécessaires (p.206).Pour Creighton, l\u2019historien est le porte-parole des morts auprès des vivants, le médiateur entre les générations (p.233).L'historien, pense Morton, partage avec le poète la fonction de créateur de mythes (p.252). 78 L'ACTION NATIONALE Les oeuvres de ces intellectuels de grande classe nous interpellent et suscitent notre admiration.Mais certaines de leurs idées, que nous respectons, nous ne les partageons pas, et, par la plume de nos historiens, nous avions bien le droit de le leur dire, de gentlemen à gentlemen. Le dictionnaire de Gérard Belle-lsle (1) par Maurice Lebel, Société royale du Canada 1.Montréal, Librairie Beauchemin, 1977.Prix: $24 80 L'ACTION NATIONALE Le Dictionnaire technique général anglais-français de Gérald Belle-lsle, ingénieur civil, au service de la Société Bell Canada, fut publié pour la première fois à Québec en 1965.Il a connu six tirages en une décennie; plus de 12,000 exemplaires ont paru depuis lors.Composé suivant les directives de l\u2019Office de la langue française du ministère des Affaires culturelles du Québec, parrainé à la fois par l\u2019Institut canadien des ingénieurs et la Société des ingénieurs civils de France, reconnu d\u2019utilité nationale par la Commission d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, il a eu tôt fait de s\u2019imposer et d\u2019être tenu pour le plus complet, voire le plus moderne de tous les dictionnaires techniques de traduction.Aussi n\u2019est-il pas étonnant qu\u2019il ait été approuvé d\u2019emblée par le ministère de l\u2019Éducation du Québec et couronné d\u2019un prix aux Concours littéraires et scientifiques du Québec peu après sa parution en 1965.Le département de linguistique de l\u2019Université de Montréal et celui de l\u2019Université Laval s\u2019empressèrent de le recommander hautement à l\u2019attention du grand public.Le ministère de l\u2019Éducation de l\u2019Ontario et l\u2019Association des bibliothèques de France firent de même.Ajoutons qu\u2019il est aujourd'hui en usage dans une dizaine de pays étrangers.Mais le moment était venu de le mettre à jour et d\u2019en publier une seconde édition revue, corrigée et augmentée.Celui-ci vient de paraître à Montréal, à la librairie Beauchemin.Que Gérald Belle-lsle ait réussi dans la tâche ardue et délicate de refonte de son ouvrage, à laquelle il s\u2019est consacré sans relâche depuis dix ans, est l\u2019évidence même: il suffit de comparer les deux éditions pour se rendre compte de l\u2019excellent travail qu\u2019il a accompli dans ce dessein.Il a en effet ajouté 8,000 mots anglais et 32,000 équivalents français.Non content d\u2019introduire et d\u2019identifier de nouvelles disciplines et un grand nombre de termes s\u2019y rattachant, il a placé entre crochets les expressions qui lui semblent fautives et fait ressortir tout particulièrement les équivalents en usage tantôt au Canada, tantôt en France, même en d\u2019autres pays.Soucieux de faciliter au chercheur le choix de l\u2019équivalent français approprié, il a considérablement augmenté les mots usuels, les termes d\u2019orientation générale scientifique et technique.Autre nouveauté, il a clairement indiqué l\u2019équivalence entre les unités de mesure des systèmes anglais, canadien, américain et international, LE DICTIONNAIRE DE GÉRARD BELLE-ISLE 81 puis dressé un tableau, fort utile, des abréviations utilisées dans son Dictionnaire.La seconde édition de ce Dictionnaire comprend 52,000 mots anglais appartenant tous ensemble à l'usage courant et à une trentaine de techniques commerciales et industrielles.L\u2019auteur les a dressés dans l\u2019ordre alphabétique, facilitant ainsi la consultation aux usagers bilingues.Il a groupé aussi les locutions d\u2019après le mot clé et placé le déterminatif à la suite d'après l'ordre alphabétique.Pour les mots-clés que l\u2019usage a fusionnés avec certains déterminatifs, l\u2019auteur a habilement inséré des renvois qui permettent de les repérer avec aisance.Le nombre des équivalents français comprenant les diverses nuances d\u2019un même vocable anglais, s\u2019élève à près de 245,000.Les genres masculin et féminin sont partout indiqués avec soin.Figurent entre parenthèses de nombreux exemples d\u2019usage, ce qui facilite d\u2019autan l'exacte interprétation de l\u2019anglais.Le Dictionnaire comprend 570 pages (81/4, x 51A, 21 cm x 13,4) réparties sur deux colonnes.Il est relié pleine toile.L\u2019anglais et le français occupent aujourd\u2019hui une place de choix parmi les langues les plus répandues dans le monde.Le bilinguisme est devenu un problème mondial.Nous vivons à une époque où la traduction joue un rôle de premier plan.De plus en plus nombreux sont les dictionnaires et les lexiques spécialisés qui paraissent en librairie.Les mots, les inventions et les techniques se multiplient et se développent à une vitesse incroyable.Les vocables scientifiques et techniques augmentent continuellement.De sorte que nous sommes tous à la recherche du terme exact et précis.Gérard Belle-lsle, parfaitement conscient de cet état de choses et désireux de rendre service au grand public, a jugé bon d\u2019étoffer son dictionnaire et de le mettre à jour, un peu comme doit l\u2019être un livre de comptes.Il a réussi à produire un instrument de travail hors pair, susceptible de remplacer plus d\u2019un lexique et d\u2019un dictionnaire suranné, ce qui épargnera des recherches souvent inutiles aux spécialistes et aux travailleurs intellectuels en leur fournissant sur-le-champ le terme propre dont ils éprouvent l\u2019impérieux besoin pour rendre leur pensée adéquatement. 82 L'ACTION NATIONALE Pierre Agron, ancien élève de l'École Polytechnique de Paris et secrétaire général du Comité d\u2019étude des termes techniques français, écrit dans la Préface: \u201cG.Belle-Isle n\u2019est ni un lexicographe improvisé, ni un lexicographe ordinaire.Élève à l\u2019École Polytechnique de Montréal, il s\u2019occupait déjà anormalement du vocabulaire des sciences et des techniques, dont il avait vite compris l\u2019importance primordiale pour la formulation précise de la pensée.Anormalement, car la plupart des ingénieurs ont le tort de ne prêter guère d\u2019attention à leur langage.G.Belle-Isle est un cas rare d\u2019ingénieur-linguiste.Depuis de nombreuses années, une bonne part des loisirs que lui laisse le poste important qu\u2019il occupe à la Société Bell Canada, il la consacre, dans le sous-sol de sa maison québécoise de Sainte-Foy, à dépouiller les revues techniques de langue française et de langue anglaise pour compléter un impressionnant fichier minutieusement tenu à jour, et dont l\u2019ampleur fait penser au travail d\u2019une fourmi ou, à plus juste titre, à celui d\u2019un bénédictin.\u201d Le professeur Dr William F.Mackey, auteur bien connu pour ses ouvrages sur le bilinguisme, le vocabulaire de base et l\u2019histoire de la langue anglaise, fondateur et premier directeur du Centre international de recherches sur le bilinguisme à l\u2019Université Laval, écrit ce qui suit dans le Foreword: \u201cThe ever-increasing demand for bigger and better bilingual dictionaries has given rise to a science of bilingual lexicography which has grown in scope and rigour, especially during the past two decades.It has also become one of the most demanding of the language science, since its end-product is tested daily through the critical practice of an increasing population of sophisticated users, including a large number of professional translators.Such a dictionary constitutes a valuable supplement to the largest general bilingual dictionaries which cannot be updated frequently enough to meet the rapid input of new technical terms into both languages.Most bilingual technical glossaries which are not the work of skilled lexicographers are based on the assumption that a technical word in one language has an equivalent technical word in the other language.As a skilled lexicographer, Belle-Isle knows better than to allow himself to slip into this one-to-one fallacy.He understands and superbly LE DICTIONNAIRE DE GÉRARD BELLE-ISLE 83 demonstrates the realities of linguistic equivalences.It is this understanding of lexical devices and the discovery of their use in many fields of technology that constitutes, not only the great usefulness of the present work, but also the considerable contribution which it makes to the methods and techniques of bilingual lexicography.This work has set a standard which future compilers of both general dictionaries and technical glossaries will have to take into account.Students and translators will long be grateful to Gérald Belle-Isle for having made it possible for them to do their work with greater ease and assurance.Pierre Agron et William F.Mackey, deux grands spécialistes du bilinguisme et de la traduction en France et au Canada, n\u2019auraient su mieux caractériser l\u2019esprit de cette seconde édition du Dictionnaire technique général anglais-français.Pour ma part, je parierais qu\u2019elle remportera un succès encore plus vif que la première, marquée qu elle est au coin de la qualité du travail bien fait.Un ouvrage de ce calibre est appelé à une large diffusion et à un brillant avenir, notamment dans le monde commercial et industriel, scientifique et technique, enseignant et professionnel.Son auteur est directeur de la Société canadienne de technologie et président général de la Société des Ecrivains canadiens. Poème de la tendre fureur quotidienne par André G au lin POÈME DE TENDRE FUREUR QUOTIDIENNE 85 plus rien n\u2019a plus d\u2019importance que la vie gardez vos montres Timex pour la pluie et vos frigidaires sans givre gardez encore vos enjoliveurs de ferraille votre push push pour les pieds inodores votre parfum menteur pour aisselles et puis gardez aussi vos couleurs délavées puisque plus rien n\u2019a d\u2019importance je suis suspendu à la vie par un amour doux et fragile par un regard fuyant comme un oiseau que le vent farouche saisit et par ma parole indocile j\u2019ausculte la lumière en sa nuit taisez-vous tous les faux mirages de l\u2019existence désaffectée je redeviens heureux sauvage dans une maison habitée enfin enfin je touche du doigt la fragile heure de mon temps le vent m\u2019effluve en son passage j\u2019arrive au seuil du feu et lieu je respire en dépit de l'air pollué je chavire sur la platitude de votre planète consumée j\u2019ai arrêté l\u2019heure dans un regard j\u2019ai donné mes yeux à la terre et mon imagination à sa virginité combien sommes-nous à vouloir recommencer à zéro combien sommes-nous à tenter de sauver le temps fugace combien sommes-nous à croire encore à l\u2019eau fraîche et nous rions et nous rions du poète-messie promis à la multitude des silencieux nous nous gaussons de celui qui n\u2019a pas possédé et son homme ou sa femme comme on possède un chocolat capitalisez la terre elle est de fer elle est d\u2019acier d\u2019uranium pour nos guerres 86 L'ACTION NATIONALE de fer et d\u2019acier pour la tuerie millénaire achetez vos masques messieurs les cossus laissez-nous mourir asphyxiés nous ne crierons certes pas nous sommes la majorité silencieuse nous ne travaillons plus du soleil à la lune mais d\u2019un chronomètre à l'autre de l\u2019angoisse à l\u2019angine et vous dites que nous n\u2019avons pas de coeur vos machines nous ont même pris le travail et depuis que nous lisons dans les livres nous parlons de notre malheur nous ne descendons plus dans les mines de Charles Dickens nous achetons à crédit chargex chargex chargex compagnies chargez nous sommes encore la chair de vos canons silencieux nous sommes en joue de votre voracité nous gémissons sous votre injustice trouvez vos thuriféraires éditorialistes Pilâtes abandonnant toujours Jésus-Christ et oui nous sommes en christ nous sommes en christ et muets cependant vos amuse-gueule nous empêchent de parler nous sommes captivés par l\u2019image de notre tévé couleur quelqu\u2019un est heureux dans un long métrage nous en voudrez-vous de rescaper ce qui nous reste du bonheur et dans un vieux film un juge a eu raison il a condamné la société à ne plus fréquenter la jeunesse il a flanqué la jeunesse dans la prison nommée Utopie en souvenir disait-il de Platon et d\u2019Erasme les gens ont dit qu\u2019il était fou que reste-t-il encore de la terre les multinationaux ont un gros appétit ils vont nous la manger tout rond petit pet à pon et nous serons l\u2019oignon et nous serons l\u2019oignon POÈME DE TENDRE FUREUR QUOTIDIENNE 87 le jour se salit au-dessus de la ville la nuit crie des sirènes dans l\u2019État policier nous n\u2019irons plus jouer dans l\u2019île les immondices de ce temps flottent sur le fleuve fidèle un navire fend les récipients de plastique à la dérive sur la mer violée il y avait un poisson qu\u2019on appelait la truite et le saumon que les Anglais nous vendaient à bon marché et la morue de nos mains cailleuses et le goujon et le maquereau et la carpe je dis la litanie des morts autrefois volaient paraît-il la caille et la tourterelle la perdrix et la mésange le serin et le tyran tri tri l\u2019engoulevent et la fauvette le carouge à épaulettes et tous ils criaient alouette c\u2019était au temps des fleurs vous en trouverez description au casier 12012 de la bobinothèque non plus rien n\u2019a d'importance que la vie gardez vos Timex pour la pluie je ne mesure plus le temps de notre vaillante agonie je souris encore car dans tes yeux je vois la terre et l\u2019eau qui monte au pied d\u2019un arbre une rivière à roucouler où sont les tueurs à gages où sont les sicaires du pouvoir ils ont mis du bois dans le pain nous respirons la colle de leur ville la drogue vient toute des banquiers pour le temps qui nous reste achèterons-nous une voiture \u2014 \u2014fille-ivrogne-du-pétrolier portez tous des jeans faites échec à la mode 88 L'ACTION NATIONALE pendant que les grands modistes se rebaptisent Lee, Levis, Wrangler, ils ont lancé le délavé gardez vos quarante onces à dix piastres nous fumons le hash à un dollar de la bouffée un dollar pour le rêve un dollar pour lever le camp d\u2019un paysage abominable un dollar pour crever en douce un dollar pour brûler par les deux bouts la chienne de vie des enfants de chiennes un dollar pour encourager les pushers un dollar pour vivre hors la loi sous l\u2019oeil vigilant de la police Ottawa subventionne les felquistes la R.C.M.P.tient à l\u2019oeil ceux qui ne se droguent pas encore elle a noté que le révolutionnaire X a couché avec le garçon Y le page réservé du back bencher Z que lui a suggéré le ministre histoire de l\u2019occuper un peu nous sommes pourris par tous les bouts nous sommes déboutés par des juges-pénitents et dire que le comte Raoul de Follereau croyait la lèpre guérissable et le prince de la paix sur la sedia gestatoria qui n\u2019a pas reconnu le Prince dont la ville est un enfant le Vatican investit chez Fiat du signe de piastre au signe de croix des aciendas espagnoles au ravage des amérindiens l\u2019épaisseur du temps grouille de guerres et de violence les crucifiés crient toujours sur leurs croix j\u2019ai soif des petits d\u2019hommes ont toujours faim mais la police veille sur ces loups rapaces on dit que nous ne connaissons plus d\u2019esclavage comme ces noirs attachés aux navires d\u2019hier et qu\u2019on vendait aux États-Unis comme ces orientaux prenant valeur aux enchères publiques comme ces enfants descendant trimer dur dans les mines POÈME DE TENDRE FUREUR QUOTIDIENNE 89 qu\u2019ils aillent conter cela aux ouvriers montréalais qui ne gagnent pas cent piastres la semaine qu\u2019ils demandent au commissaire-enquêteur de le crier dans les écoles de leurs enfants et maintenant faisons silence si l\u2019on peut faire taire la ville qui souffle vingt-quatre heures sur vingt-quatre à temps double non plus rien n\u2019a d'importance que ce qui reste en nous de vie nous n'avons plus que la force de recueillir nos mémoires de rassembler au soir des jours artificiels les souvenirs glanés nous n\u2019avons plus que la force du regard qui vous tue nous ne voulons pas mêler notre sang au vôtre nous n\u2019avons plus la force de marcher aussi loin que nos fusils et d\u2019ailleurs nous serions troués sous les mitraillettes de ceux qui ont dans l\u2019état policier la sécurité d'emploi nos frères les flics qui font votre sale boulot nos frères les flics dont vous vous êtes fait un rempart votre troupe de choc que vous laisserez choir dans la débâcle peut être possible laissez-nous à la poésie contre vos piastres laissez-nous au plaisir d\u2019avoir faim dans votre société d\u2019abondance où nous crevons laissez-nous à la vie de l\u2019esprit quand nous chantons quand nous rions quand nous disons encore la vie quand nous disons encore la mort nos fureurs et nos amours je sais je sais vous vous payez notre culture avec vos piastres vous vous croyez le Conseil des Arts de votre gouvernement parallèle le vrai gouvernement 90 L'ACTION NATIONALE celui qui nous fait jouer tous les quatre ans vous vous ditez nos mécènes mais vous êtes bourreaux nous vous chantons la ballade des pendus à vous qui nous pendez nous poussons le détachement jusqu\u2019à offrir le spectacle de la victime qui chante de la victime qui prie à la démocratie de la victime qui remercie nous lavons vos crachoirs où vous avez déposé et nous buvons jusqu\u2019à la lie\t,e P°urboire jusqu\u2019à ce que tout soit consommé oh Jésus-Christ hors les églises laissez-nous mourir dans la paix des sens nous touchons le monde idéal nous goûtons le fruit de l\u2019éden originel nous écoutons la chanson glauque des usines nous sentons l\u2019odeur huileuse du fleuve asservi nous regardons la mort en face dans l\u2019espoir de la conjurer puisque plus rien n\u2019a d\u2019importance que la vie la vôtre que vous ne vivez pas la nôtre que vous pourrissez la mienne et la tienne ma fleur d\u2019automne au vent fragile oh oui toi ma paix charnelle nénuphar parmi les immondices tout ton ventre est la terre avec son lac de vestige utérin tu es planète réinventée la forêt de ton poil fauve m\u2019abrite contre le minautaure moderne je m\u2019isole dans l\u2019île de tes yeux qui tournent de l\u2019oeil et m\u2019emportant si loin auprès de toi nos quatre bras rament à rebours dans l\u2019espoir et nos mains s\u2019ébattent comme des oiseaux d\u2019espérance le monde va recommencer sur ta poitrine et sur ton ventre la terre a pris la douceur de ta peau plus rien n\u2019a d\u2019importance que la vie la vie la vie la vie un archipel au large de nos amours humaines I A VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE -s ^ SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ECONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES 9 Assurance-vie régulière et variable \u2022\tAssurance collective \u2022\tRentes viagères \u2022\tRevenu-épargne variable L» >\tC O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE Agences el unités DRUM MONO VILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129.té!.: 844-2050 Il GUY BERTRAND & CLÉMENT RICHARD, avocats AVOCATS 42, rue Ste-Anne, suite 200 Québec G1R 3X3 Téléphone : 692-3951 Vous vous sentirez chez vous chez nous.Venez nous voir Nous sommes tout près et notre personnel vous accueillera avec le sourire banque provinciale \tDesforges, Beaudry, Germain & Associés COMPTABLES\tComptables agréés \t210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal H2P 2S4 \u2014 Tél.: 388-5738 \tF.X.LANGE INC.FER\tACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES \t11580 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445 Ill IMPRIMERIES 8125.rue Saint-Laurent 388 5781 IMPRIMERIE JACQ'JES-CARTIER INC.Imprimeurs-lithographes Service d'artistes Montréal, Qué.H2P 2M1 8477, 8e ave, Mtl H1Z 2X2 - 729-1851 PIÈCES D\u2019AUTOMOBILES PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d\u2019Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels QUINCAILLERIE EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 IV COMPLIMENTS DU National des québécois ET DES SOCIÉTÉS MEMBRES : SNQ ABITIBI-TÉMISCAMINGUE SNQ CENTRE DU QUÉBEC SNQ CÔTE-NORD SNQ EST DU QUÉBEC SNQ DES HAUTES RIVIÈRES SNQ DU LANAUDIÈRE SSJB DE MONTRÉAL SNQ OUTAOUAIS-NORD SNQ RÉGION DE L\u2019AMIANTE SNQ RÉGION DE LA CAPITALE SNQ DES LAURENTIDES SNQ SAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ RICHELIEU - YAMASKA SSJB DE ST-JEAN SSJB DE LA MAURICIE HOMMAGES DE LA FÉDÉRATION DE MONTRÉAL DES CAISSES DESJARDINS 1405 est, boul.Henri-Bourassa Montréal H2C 1H1 382-7160 956410 V LES AMIS DE LA REVUE \tGABRIEL CHARRON Hommage de\t GUSTAVE BELLEFLEUR\t563, 45e avenue LaSalle - 366-9116 BIJOUTERIE PCMPONNETTE inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 - 288-3628-29\tNORMAND CHEVRIER opticien d'ordonnances lentilles cornéennes 537, rue Cherrier Montréal H2L 1H2 - 845-2673 BUFFET LOUIS QUINZE inc.\t Banquets - mariages\tHommage de 7230, 19e avenue, Rosemont Montréal H2A 2L5 - 376-8660\tJEAN-MARIE COSSETTE GERMAIN CANUEL, avocat\tGILLES-H.DESJARDINS 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal H2Y 1K9 - 842-9403\tCase postale 40 Rapide-des-Joachims Comté de Pontiac VI LES AMIS DE LA REVUE LAINE PAUL GRENIER Enrg.Spécialité : Laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 - 388-9154 Dr ALBAN JASMIN 7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours CLAUDE LACOSTE, C.G.A.5325, rue Hubert Guertin Saint-Hubert, Québec Téléphone : 678-2947 Dr ROBERT MICHAUD 241 ouest, rue Fleury Montréal H3L 1V2 PEINTURE BLAINVILLE INC.1020, boul.Labelle Blainvill* - 435-0248 George Mainville PHARMACIE LETOURNEAU 3828, boul.Décarie Montréal - 484-7311 DOCTEUR FERNAND POIRIER 822 est, rue Sherbrooke, suite 400 Montréal 132 Lan-3000 MAURICE PRÉVOST Directeur général Cégep de Thetford Mines MICHEL ROBILLARD, Notaire 2650 est, rue Beaubien Montréal H1Y 1G7 - 728-4541 HOMMAGE DE ROBERT VACHON Médecin HOMMAGE D'UN AMI LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L'ACTION NATIONALE Nombre Prix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF Synthèse de nationalisme canadien-françals de 1917 à 1963.260 pages.$1.50.LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on tétera le centenaire de sa naissance.Seul volume sur la vie et son travail.Etudes de: Angers.Arès, Allen, Barbeau.Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix, Rémlllard, Dionne, Tétreault, Genest 1968, 288 pp.$5 Volume Indispensable et très actuel.Illust.TOUTE LA PENSÉE DE BOURASSA SUR LE SÉPARATISMEI Lettres et textes de Bourassa sur le séparatisme.Angers et Nish.158 pages, $1.00.Pour travail historique.LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, 8runet.Fllion, Laporte, Laurendeau, P.-E.Trudeau, 1957, 135 pages, $1.00.LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers, Arès, Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacq.-Yvan Morin.1972.148 pages, $1.50.ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès, Gagnon, Létourneau, Harvey, etc.188 pages, 1976, $5.00.Illustré.LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme.1976, 160 pages, $3.00.LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS (3 vols dont celui de février 1968 est épuisé) I\t_ Exposés de base et documents de travail, nov.- déc.1967, 275 pages, $3.00 II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin 1969, 640 pages, $5.00.LA LANGUE FRANÇAISE.ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS, par Angers, Arès, Beaupré, Castonguay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud, 1975, 172 pages, $2.00.L\u2019ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent.Enquête sur le problème national des Québécois francophones.1962, 180 pages, $1.50.POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DÉFINITIVEMENT FRANÇAIS, par Angers.DOCUMENT majeur sur la langue au Québec.1977 $1.50 LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole.Avril 1977.104 pages, $200 AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE.Où en est l\u2019Acadie?Et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur leur futur.La meilleure synthèse sur l\u2019Acadie actuelle.Nov.-déc.1977.180 pages.$3.00.Découpez cette page pour votre commande et joignez votre chèque à l\u2019ordre de L\u2019ACTION NATIONALE au montant de \u2014 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal.P.Q.H2X 1X3 Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos\tChicoutimi\tSherbrooke\tBeauceville-Est Québec\tRimouski\tVille de Laval\tRivière-du-Loup Longueuil\tSainte-Foy\tDrummondville "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.