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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1978-02, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVII, Numéro 6\tFévrier 1978\t$1.50 NOUVEL ADMINISTRATEUR À LA REVUE JEAN GENEST LA QUESTION NATIONALE SELON GILLES BOURQUE JEAN GENEST À QUOI SERVENT LES HISTORIENS?PIERRE TRÉPANIER DOM HELDER CAMARA JEAN-PAUL LABELLE AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE JEAN GENEST SIMEON LE SAGE (1835-1909) PIERRE TRÉPANIER L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF PATRICK ALLEN POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES PAGE Jean GENEST: Nouvel administrateur à la revue .423 Jean GENEST: La question nationale selon Gilles Bourque .434 Pierre TRÉPANIER: A quoi servent les historiens .446 Jean-Paul LABELLE: Dom Helder Camara .453 Jean GENEST: Aujourd\u2019hui L\u2019Acadie .462 Pierre TRÉPANIER: Siméon Le Sage (1835-1909) .469 Patrick ALLEN: L\u2019actualité sur le vif .497 FONDATION MINVILLE En décembre 1977, M.F.-A.Angers entreprit sa souscription annuelle auprès de nos seuls lecteurs.Le courrier du Nouvel An nous a causé une grande joie: il contenait plus de $5000.00 en faveur de la FONDATION-MIN VILLE MERCI.Dépôt légal \u2014 1er semestre 1978\tCourrier de la deuxième classe Bibliothèque nationale du Québec\tEnregistrement no 1162 ISSN-0001-7469 U ACTION NATIONALE Volume LXVII, Numéro 6\tFévrier 1978\t$1.50 ÉDITORIAL NOUVEL ADMINISTRATEUR A LA REVUE par Jean Genest 424 L'ACTION NATIONALE En octobre 1977, la Ligue d\u2019Action nationale, me confirmant dans mon rôle de directeur de la revue depuis 1974, me nomme aussi son administrateur.Qu\u2019est-ce que tout cela veut dire?Je crois qu\u2019un peu d\u2019histoire et une description de cette nouvelle fonction intéresseront tous les amis de la revue.Nous avons tant d\u2019amis, si précieux parce qu\u2019ils assument collectivement le rayonnement intellectuel et la solidité financière de la revue, qu\u2019il me semble normal de leur communiquer un insight sur la revue et, à cause de son importance, sur le mouvement nationaliste au Québec.1\u2014 HISTOIRE Je suis arrivé à L\u2019Action nationale en septembre 1958.Les circonstances n\u2019étaient pas roses.M.Pierre Laporte, rédacteur au DEVOIR, était aussi directeur de la revue.Il y avait comme une tradition: tous les journalistes du DEVOIR étaient aussi des collaborateurs de L\u2019Action nationale.Les noms de Gérard Filion, d\u2019André Laurendeau, Orner Héroux, etc.étaient aussi connus à la revue qu\u2019au DEVOIR même.Mais, en 1958, Pierre Laporte, sollicité, déjà, par la politique, éparpillait ses efforts et ne prêtait à la revue que ses moments de loisir de moins en moins nombreux.La publication tomba à six numéros par année; les abonnés atteignaient à peine 400 et la dette dépassait les $10,000.Cette situation était catastrophique: nous devions disparaître.Les prophètes de malheur se croyaient les grands réalistes de l\u2019heure.Le redressement fut accompli par M.François-Albert Angers.Il me demanda de virtuellement remplacer M.Laporte en devenant secrétaire de la rédaction.Lui-même devint administrateur, puis directeur-administrateur de la revue, de 1959 à 1967.Je me rappelle encore un souper d\u2019amis au restaurant Hélène-de-Champlain, sur l\u2019Ile Sainte-Hélène, où, en un quart d\u2019heure, nos amis nous offrirent $2,000.Nous organisâmes des Journées d\u2019étude, suivies de banquets à l\u2019Hôtel Windsor; les surplus et les dons continuèrent à arriver.Un autre ami dépensa $1,500 en propagande pour trouver d\u2019autres abonnements.Peu à peu nous payâmes nos dettes et les abonnements remontèrent.La revue doit sa survie à M.Angers et à nos amis. NOUVEL ADMINISTRATEUR 425 C\u2019était vraiment trop demander à M.Angers.Son enseignement le requérait aux Hautes Études Commerciales, à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, à la Chambre de Commerce, au Mouvement national des Québécois qui demandaient aussi leur part de son temps et de sa pensée autant que la revue elle-même.De plus, M.Angers voulait consacrer quelques années à la publication de ses oeuvres maîtresses en économie.Comment priver le Québec de la publication de ses grandes oeuvres sur la coopération ?N\u2019était-il pas celui qui, ici, avait poussé le plus loin l\u2019idée d\u2019un Québec ni capitaliste ni socialiste mais coopératiste et qui, sur le sujet, avait jeté des lumières dont l\u2019Alliance internationale de la coopération tirait profit?C\u2019est ainsi qu\u2019en septembre 1967, j\u2019ai accepté la formation d\u2019un directorat-triumvirat.M.Patrick Allen, directeur d\u2019une des plus grandes et riches bibliothèques du Québec, celle des Hautes Études Commerciales, et M.Rosaire Morin, directeur général du Conseil d\u2019expansion économique, force exceptionnelle derrière les grands États Généraux du Québec, acceptèrent de faire partie de ce triumvirat de directeurs.La revue se donnait une entrée sur plusieurs champs d\u2019action comme la révolution tranquille semblait l\u2019exiger.Tout était remis en question: ne fallait-il pas pour étudier les problèmes, un directorat pluridisciplinaire?C'est ainsi que L'Action nationale publia trois gros volumes sur les États généraux et de multiples études sur les aspects éducationnels, sociaux, économiques et religieux que présentait l\u2019évolution si rapide du Québec.On ne fera pas l'histoire de ces temps troublés sans interroger L\u2019Action nationale.M.Angers restait cependant administrateur de la revue.Délivré des petites questions quotidiennes, il s\u2019attacha à préparer l\u2019avenir et, avec l\u2019aide de M.Yvon Groulx, il lança la Fondation M invil le, Fondation dont le capital accumulé serait inamovible et dont les intérêts pourraient, de l\u2019avis d'un comité ad hoc, être consacrés aux plus hauts intérêts de la nation québécoise, à commencer par la revue et ses projets.Chaque année, nos lecteurs, non seulement payèrent leur abonnement mais ils acceptèrent de souscrire des sommes d\u2019argent dont l\u2019addition nous surprenait nous-mêmes.Peut-être, un jour, arriverons-nous à retirer 426 L'ACTION NATIONALE suffisamment d\u2019intérêts pour défrayer un jeune diplômé d\u2019université comme directeur à plein temps à la revue.Ce dernier pourrait alors multiplier les réunions avec tous ceux qui s\u2019intéressent à la nation canadienne-française, à l\u2019avenir du français en Amérique du Nord et à l\u2019émergence de nouvelles libertés ou souverainetés pour notre groupe.Pour le seconder dans l\u2019administration, M.Angers put compter sur l\u2019aide de Mlle Marguerite Robert.Ancienne secrétaire de M.Esdras M inville, avec qui elle avait participé aux importants travaux de la Commission Tremblay en 1956, elle accorda douze ans de travail à l\u2019Action nationale et à la Fondation Minville.Chaque année nous arrivions à surnager et à équilibrer le budget.La nomination de M.Claude Ryan au Devoir, sa façon assez étroite d\u2019entendre l\u2019héritage de M.Bourassa et de l\u2019abbé Groulx, l\u2019opposèrent à M.Angers et à tout le groupe de l\u2019Action nationale.Le Devoir s\u2019est hermétiquement fermé: plus de comptes rendus, plus d\u2019accusés de réception.Bref, le silence.Cela nous a certes rendu plus difficile le recrutement de nouveaux abonnés et a notablement diminué le rayonnement de la revue.Nous proposions des articles éblouissants ou vitalement intéressants pour des virages à opérer: nous les voyions émerger ici et là, mais pas avec la force d\u2019hier quand nous marchions avec Le Devoir, la main dans la main.Les nationalistes, tout en continuant leur lecture du journal, ne lui accordaient plus la même confiance.Seuls, les Anglo-Canadiens peuvent encore affirmer que M.Ryan est encore écouté au Canada français.Il aurait fallu dire: est encore discuté au Québec.Pas aimé, il est respecté.Pas suivi, on tient compte de ses arguments.Ses perspectives ne tiennent compte ni suffisamment de l\u2019histoire ni du vrai Québec.Assez hétéroclite et \u201cbalançoire\u201d en ses arguments, M.Ryan est à lire d\u2019un oeil critique car, après vingt ans au Devoir, il ne mène encore nulle part et il n\u2019a encore rien proposé au Québec qu\u2019il vaille la peine de retenir.Il aimerait tant être indispensable et cela l\u2019énerve d\u2019être mis de côté.Il a présenté une grande érudition sur de nombreux sujets mais aucun ne lui a encore permis de s\u2019élever à de la grande politique.La grande tentation de sa vie fut de NOUVEL ADMINISTRATEUR 427 sombrer dans le parti libéral: c\u2019est assez descriptif.Il aurait suivi Pierre Laporte.Les libéraux intelligents, conscients de l'opposition de tous les nationalistes, cyniques à son égard, en voudront-ils?Ce contexte explique la renaissance de la revue, son rayonnement et ses difficultés.Pour le moment, tendions-nous à l\u2019euphorie et à la complaisance, à la revue, en voyant que nous bouclions notre budget?Le triumvirat réussit à étoffer chaque numéro et à présenter quelques numéros spéciaux de qualité vraiment supérieure.Mais M.Allen et M.Rosaire Morin, très occupés par leur besogne, demandèrent à être relevés du triumvirat.Ainsi, à partir de septembre 1974, je devins l\u2019unique directeur pendant que M.Angers restait toujours l\u2019administrateur, avec son dévouement habituel.Tout continuait à marcher! Les numéros spéciaux continuaient: sur la langue française, M Esdras Minville, la bataille des communications, le territoire du Québec, etc.La vie était intense à la revue et les appuis nombreux.Puis en 1976, les événements se précipitent.Déjà M.Angers s\u2019était occupé à fond des projets de loi 63 et 22 sur la langue française au Québec.Il avait fait le tour de la question, au point de vue constitutionnel, historique, sociologique et économique.Sa pensée dominait le sujet et tous les mouvements tant soit peu nationalistes du Québec venaient le consulter, en particulier la Société Saint-Jean-Bap-tiste de Montréal, le Mouvement national des Québécois et le Mouvement du Québec français.C\u2019est surtout grâce à ses efforts auprès de \u201cla base\u201d et auprès des responsables qu\u2019on doit la chute spectaculaire des projets de loi 63 et 22, en même temps que celle de la Charte de Victoria (1972).Les forces nationalistes étaient éveillées: elles avaient besoin d\u2019une pensée organisée et d\u2019un stratège.M.Angers fut cet homme et les personnes averties en firent \u201cun tombeur de gouvernements\u201d.Mais cela restait du négatif.M.Angers, à la fois porté par les événements et désireux d\u2019accomplir un geste qui assurerait la stabilité au Québec français, se lança à fond dans le projet de loi No 1 (devenue la loi 101).Il donna de véritables leçons d'histoire à l'Assemblée nationale réunie en Commission parlementaire.Il parla, écrivit et sut éclairer les respon- 428 L'ACTION NATIONALE sables sur les vrais sentiments \u201cde la base\u201d en temps si opportuns que la loi 101 vint à passer.La loi 101 est, à de multiples points de vue, autant le travail de M.Angers que de M.Camille Laurin.Chacun, dans sa sphère de travail, accomplit une oeuvre remarquable.Les deux, avec le premier ministre M.René Lévesque, nous donnèrent un Québec français.Je crois qu'il deviendra impossible de faire marche arrière à ce sujet.C\u2019est du définitivement acquis: quelque chose de fondamental a changé en Amérique du Nord car le Québec n\u2019est plus une colonie bilingue mais un État français qui aspire encore à plus de légitimité.Ce n\u2019est certes pas à M.Ryan, grand opposant des États généraux et de la loi 101, que nous devons ces victoires collectives.Ses grands coups de sabre pour les droits de la personne n\u2019ont été que de faibles arguments car tous se demandent encore en quoi ont été violés les droits de quiconque par l\u2019affirmation de notre identité.M.Ryan s\u2019est noyé dans son verre d\u2019eau.Et tout le peuple de chez nous a appris qu\u2019assurer les droits de la nation c\u2019était solidifier les droits de chaque personne franco-québécoise à parler français partout dans son \"pays\u201d.Bâtir un Québec français, c\u2019est une oeuvre fondamentale de libération.Cette occupation devint si absorbante que, dès juin 1977, je dus m\u2019occuper de répondre au courrier de la revue: renouvellement des abonnements, factures, lettres à répondre, arrérages, bref c\u2019était toute l\u2019administration qui me tombait dessus.Presque sans que nous nous en apercevions, M.Angers devenait, une fois de plus, leader national et moi je recevais le baptême d\u2019administrateur avec un livre de comptabilité entre les mains.Véritable anniversaire de mes vingt années d\u2019articles à la revue.Que de surprises m\u2019attendaient! Je vous les raconte, simplement, comme ça s\u2019est présenté.Il \u2014 LE PRÉSENT Savez-vous quel budget requiert une revue comme l\u2019Action nationale?Il faut trouver plus de $40,000 par année.Sur cette somme, seule la secrétaire à temps partiel, dans le cas présent Mme Muriel Champagne, a droit à un salaire (et pas énorme) ainsi que le correcteur d\u2019épreuves M.Louis Dubois, ancien du Devoir.La gratuité de tous les autres ser- NOUVEL ADMINISTRATEUR 429 vices et de la part des collaborateurs assure à la revue de solides amitiés.Tous les efforts sont dirigés vers la vie de la revue et vers le projet du Québec de demain.L'action intellectuelle,commencée par l'abbéGrouIxen 1917, nous tourmente et nous éclaire dans notre cheminement.L'acte gratuit s\u2019est révélé contagieux, tant auprès de nos annonceurs, de nos collaborateurs que de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui, reconnaissant notre mérite, nous loge dans ses magnifiques locaux pour une somme dérisoire.Notre survie et notre élan sont tissés de tous ces gestes cachés mais réels que nous discernons tout le long de notre histoire: il y a de la servilité chez nous et c\u2019est notre misère mais il y a aussi de la générosité et du sens pratique: c\u2019est notre gloire.Mais d\u2019où viennent ces $40,000 dollars et à quoi servent-ils?Ne s\u2019agit-il pas d\u2019une somme énorme pour, en somme, publier un volume de 1000 pages par année?Mon entrée dans l\u2019administration, c\u2019est une marche de surprise en surprise.En bref, l\u2019Action nationale vit mais ne fait pas de profits.En 1976, M.Angers, avec le sourire d'un comptable heureux, raconta aux directeurs de la Ligue que cette année-là s\u2019annonçait comme exceptionnelle puisque la comptabilité annonçait $2,000 de surplus.À l\u2019unanimité, les directeurs qui ignoraient ce qu\u2019était un surplus à la revue, votèrent de verser ce surplus à la Fondation Minville.Comme il ne restait plus rien en caisse, il me fallut trouver une âme généreuse pour payer intégralement la facture mensuelle de l\u2019imprimerie.Et pardieu, je trouvai mon homme et il paya.Nous reprîmes notre respiration, à l\u2019administration, jurant de nous protéger contre les directeurs de la Ligue! Ces $40,000 proviennent de ces sources: 1) les abonnements et réabonnements.Le plus surprenant, c\u2019est le grand nombre des lecteurs qui acceptent, généreusement, de payer le prix d\u2019un abonnement de soutien ($20) au lieu du prix d\u2019un abonnement ordinaire ($15).Ce grand nombre dépasse le tiers et approche la moitié des lecteurs qui, pour s\u2019abonner ne passent pas par une agence d\u2019abonnement.Quelle revue peut en dire autant?2) la vente d\u2019anciens numéros, des numéros spéciaux, de collections partielles, 430 L'ACTION NATIONALE etc.3) les dons comme ceux d\u2019une subvention du ministère des Affaires culturelles, comme une liste d\u2019abonnés payés par la Société Saint-Jean-Baptiste, comme les intérêts de la Fondation Minville ($2500 en 1977) et, comme ça, sans autre sollicitation, un lecteur qui, à la lecture de tel ou tel article, y va de son don parce que la revue lui a prêté une voix forte.Les dépenses?La plus importante est évidemment celle de l\u2019impression de la revue.L\u2019impression et l\u2019expédition de la revue n\u2019ont cessé d\u2019augmenter de prix.L\u2019abonnement régulier à la revue était de $5 en septembre 1962, de $7 en septembre 1966, de $10 en septembre 1972 et de $15 en janvier 1977.L\u2019inflation et la puissance arabe ont fini par nous atteindre! En un peu plus de dix ans, nous avons dû tripler le prix de notre abonnement régulier.Signe des temps.Pourtant cela n\u2019a donné aucun surplus et nul directeur de la revue n\u2019a touché un sou.Durant la même période, les automobiles, pour ne pas augmenter trop leurs prix, ont diminué leur format de la moitié.À l\u2019Action nationale nous avons suivi le raisonnement inverse: nous avons augmenté le prix, c\u2019est vrai, mais nous avons augmenté le format de 50% et nous avons porté le nombre de pages à 96, mensuellement.Cela suppose que le directeur trouve une cinquantaine de collaborateurs qui ont vraiment quelque chose à dire.Un directeur de revue peut bien aspirer à ce qu\u2019il y a de mieux comme denrée intellectuelle mais tous les articles n\u2019ont pas la même valeur.Parfois des collaborateurs bien intentionnés se trompent de revue: ils nous envoient des articles excellents mais qui entrent difficilement dans les perspectives d\u2019une action nationale.Il nous faut alors prendre des décisions pas toujours agréables.Une fois ou l\u2019autre quelqu'un nous enverra \u201cle grand article de sa vie\u201d, un plan pour la rénovation du monde et, en cours de route, nous téléphonera deux et cinq fois pour changer des virgules, mettre des majuscules et exiger un tirage à part pour les Nations unies.$25,000 vont donc, à peu près, pour les frais d'imprimerie.Quelques milliers de dollars sont réservés à l\u2019expédition et à l\u2019affranchissement.Le maintien du secrétariat y va d\u2019un millier de dollars par an.Les deux salaires approchent des $5,000.Et nous voilà à $36,000 de dépen- NOUVEL ADMINISTRATEUR 431 ses.Si, à la fin de décembre, il y a un léger surplus, il sert surtout à donner confiance à l\u2019administrateur que la prochaine facture de l\u2019imprimerie pourra être payée, rubis sur l\u2019ongle, sans retard et sans emprunt.La satisfaction qu\u2019il y a à répondre à toutes les factures est le plus puissant antidote contre le stress et l'obligation de tendre la main ou sa sébile aux passants! Signalons aussi une autre forme d\u2019intérêt pour la revue.C\u2019est devenu une spécialité du Conseil d\u2019expansion économique avec M.Rosaire Morin: aller à la pêche de nouveaux abonnés! Grâce à des listes formidables d\u2019abonnés, il peut opérer, par machine IBM, une sélection d'adresses ou de fonctions où les gens peuvent s\u2019abonner à la revue l\u2019Action nationale.Il voudrait bien atteindre mille nouveaux abonnés à la revue.Toutes ces aides bénévoles sont bienvenues.Sans oublier le bouche à oreille quand un lecteur, impressionné par un article, en parle à ses amis.C'est la meilleure propagande.Les finances et la comptabilité occupent une bonne partie du temps de l\u2019administrateur mais là n\u2019est pas le principal.L\u2019essentiel réside surtout dans la correspondance, l\u2019échange avec les lecteurs.Il y a là un lien vivant, irremplaçable: la découverte des lecteurs, de leurs espoirs, de leurs critiques, de leurs suggestions et de l'immense bonne volonté qui caractérise le peuple canadien-français.On y entend des voix innombrables qui bruissent et parlent: le nationalisme est vraiment comme une valeur enracinée dans des milliers de gens plus actifs, plus ouverts, plus \"politisés\u201d que la masse trop énorme et trop silencieuse pour toujours être interprétée convenablement.Eux ils sont là et pensent Québec et peuple et gouvernement.Chaque jour apporte sa surprise: le chèque avec un mot d'encouragement, le chèque avec la suggestion d'insister sur tel aspect, le chèque avec la demande de nouvelles sur la revue.Tout y passe.Dernièrement M.J.E.Laforce envoyait un article sur l\u2019immigration, sujet où il travailla toute sa vie en fondant des dizaines de paroisses.Je lis l\u2019article.J\u2019ouvre le journal.J'y apprends que, âgé de 98 ans, il vient de mourir.Un grand Québécois.Un autre interroge sur la santé de M.Angers.Je lui réponds que n\u2019étant plus ad- 432 L\u2019ACTION NATIONALE ministrateur de la revue celui-ci a moins l\u2019occasion de venir au secrétariat mais qu\u2019on peut le rejoindre à l\u2019Université.Il demande: \u201cA cet homme-là quel cadeau pourrais-je faire?\u201d Je répondis: \u201cSi vous voulez lui faire plaisir, souscrivez à la Fondation Minville!\u201d Ainsi fut-il fait.Une autre fois c\u2019est une bibliothèque qui a beaucoup de vieux numéros de l\u2019Action française et de l\u2019Action nationale: \u201cNous ne pouvons plus les garder, seriez-vous prêt à les accepter?\u201d \u2014 \"Evidemment!\u201d Avec cette offre et plusieurs autres, nous occupons nos temps libres à reconstruire une collection complète ou partielle de la revue où les faiseurs de thèses fouillent à qui mieux mieux pour des dissections et des analyses à nous faire pâlir: l\u2019histoire nous côtoie et nous n\u2019en savions rien.Que dire des collaborateurs qui, n\u2019acceptant aucun honoraire publient des travaux qui ont exigé de longues recherches?Malgré Radio-Canada et quelques grandes revues payantes, notre public n\u2019apprécie pas encore à sa valeur le travail intellectuel.À la revue, tout est franc: nous n\u2019avons pas l\u2019argent nécessaire et ne défrayons pas le travail.Au moins nous savons l\u2019apprécier.Je prends comme exemple M.Pierre Trépanier qui, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Moncton, offre de préparer tout un numéro spécial sur l\u2019Acadie.De cinquante pages, on passe bientôt à 200 pages, puis, finalement, à 160 pages.Cela exige plus d\u2019une centaine de lettres.Les exemplaires promis arrivent à Moncton vers l\u2019heure du midi alors que la conférence de presse y est prévue pour 17:00 h.Tout cet effort pour la joie de vivre et le service de la cause! Vraiment la revue ne se perpétue que parce qu\u2019elle se fait respecter et qu'elle représente un travail d\u2019équipe.La nation militante s\u2019y exprime: ça vient de partout comme une enquête sur les drapeaux au Lac-Saint-Jean ou une enquête sociologique dans le Bas-du-Fleuve.Je signale, en passant, le dernier article de M.Angers (janvier 1978) intitulé Le secteur coopératif, tendances et prévisions.Il s\u2019agit là d\u2019un article dur à lire, supposant une bonne connaissance de l\u2019histoire des doctrines économiques et une claire vue de notre monde contemporain.Mais c\u2019est un article magistral qui fonde pour longtemps, il faut l\u2019espérer, le programme de l\u2019Action nationale, comme revue et comme équipe: nous n\u2019allons pas vers un capitalisme rénové ou un socialisme NOUVEL ADMINISTRATEUR 433 édulcoré mais vers un coopératisme dynamique.Les comparaisons sont faites et les raisons apportées.Par des articles d\u2019une aussi haute densité et valeur de pensée, l'Action nationale joue un rôle éclairant et décisif.Nous sommes le groupe qui, en dehors du Mouvement coopératif, avons le plus fait pour la pensée et l'essor du coopératisme, sous toutes ses formes, au Québec.Un directeur d\u2019école, se lamentant sur l\u2019apathie des maîtres, ordonnait une trentaine d'exemplaires d'une dizaine de numéros de la revue, parce que, disait-il: \u201cVous avez des articles capables de soulever la jeunesse du Québec en l\u2019inspirant et en lui fournissant la documentation et des arguments solides.Pourquoi toutes les écoles et tous les CEGEP ne s\u2019en inspirent-ils pas?\u201d La question est posée mais la réponse est entre les mains du corps enseignant: notre revue doit être un levain mais qui le mettra dans la pâte?Nous enseignons bien des moyens de diminuer le chômage mais c\u2019est à la condition que les enseignants donnent, revue en main, l\u2019esprit d\u2019initiative, le goût des grandes tâches.Par exemple, comment cela se fait-il qu\u2019il n\u2019y ait pas plus de grands étudiants qui visitent la magnifique entreprise de la SIDBEC à Contrecoeur?ou les laboratoires de l\u2019Hydro-Québec à Bécancour?ou les grandes entreprises québécoises qui initient à l\u2019art d'entreprendre et de mener à bien?Plus que tout, la revue cherche à initier son public au Québec, à ses problèmes et à ses réussites et à communiquer le goût d'en faire un pays heureux, équilibré en ses richesses, juste en ses conceptions sociales et avec le moins d\u2019entraves possibles dans le gouvernement de l'unique État français en Amérique du Nord.Si nous sommes à la hauteur, dites-le nous; si nous ne sommes pas à la hauteur, aidez-nous! La question nationale selon Gilles Bourque par Jean Genest LA QUESTION NATIONALE 435 LITTÉRATURE MARXISTE Deux fois j\u2019ai rencontré des professeurs et des étudiants aux universités de Rome, Paris et Madrid.Avec eux j\u2019ai eu le loisir de bien examiner les graffiti, annonces, affiches, programmes apposés aux murs par les organisations étudiantes.Aucune n\u2019était si criarde, si grande, que celles des marxistes.Leur militantisme remarquable leur faisait exposer leurs idées, à grand format, comme aucun curé n\u2019oserait le faire.Le plus surprenant de ces visites, c\u2019était le message.Il était identique dans toutes les universités visitées.Déclamations virulentes contre l\u2019impérialisme soupçonné partout.Phraséologie imbibée d\u2019invocations aux \u201ctextes sacrés\u201d.Déclarations de guerre contre le \u201ccapitalisme vague\u201d, Et partout, appel à la haine, à la destruction, à la violence, contre la bourgeoisie ou \u201cl\u2019autre moitié\u201d de l'humanité.Le vocabulaire était le même.Les ingrédients démagogiques formaient un opium que personne ne regardait plus.Et je réfléchissais au conditionnement des esprits marxistes dans ces trois pays.La non-variété de style sur les murs de ces trois universités révèle moins une solidarité en faveur des ouvriers qu\u2019une pauvreté extrême de l'esprit.Le message, dans le feu et la flamme des mots abusés, devenait un étrange projet de dictature et d\u2019impérialisme marxiste.Car il est bien évident qu\u2019en cette fin du 20e siècle, sur les ruines des empires bourgeois européens nous ne voyons s\u2019élever que le seul empire du marxisme par \u201csatellisation\u201d ou par \u201ccinquièmes colonnes\u201d.Ce psittacisme effréné signale, chez des gens intelligents, une quasi-abolitiondu sens critique et aussi \u2014 pourquoi ne pas le dire?\u2014 une certaine mauvaise foi, consciente ou inconsciente, dans les généralisations, les affirmations et surtout dans les omissions calculées.Car, enfin, où veulent donc nous mener ces évangélisateurs avec toutes leurs processions et leurs banderoles, avec tous leurs conciliabules dans leurs catacombes et avec tous leurs projets incendiaires?Ils ne peuvent conduire qu\u2019à un pourrissement des relations humaines, soit immédiatement par l\u2019agressivité et la haine, soit à longue portée par la défiance mutuelle et par un régime de peur dû aux informateurs, à 436 L'ACTION NATIONALE l\u2019armée oppressive et à la police chargée des camps de concentration.L\u2019ultime but de ces effervescences chez les universitaires marxistes c\u2019est la prison pour tous ceux qui n\u2019acceptent pas leurs oeillères et leur scénario enfantin.REMISE EN QUESTION DE LA NATION M.Gilles Bourque, disciple marxiste, vient de publier aux Presses de l\u2019Université de Montréal, un volume intitulé L\u2019État capitaliste et la question nationale (384 pages).Le Conseil canadien de recherche en sciences sociales a subventionné sa publication et ce livre reflète une part substantielle de l\u2019enseignement de M.Bourque, en sociologie à l\u2019Université du Québec à Montréal.Rédacteur de l\u2019ancienne revue Parti-Pris, M.Bourque fait partie depuis longtemps de la gauche léniniste et il milite au niveau universitaire par son enseignement et ses publications.Avons-nous affaire à un livre de valeur?Autrement dit, M.Bourque s\u2019y révèle-t-il plus universitaire ou plus marxiste?Par le premier nous aurions une discussion en profondeur, par le second nous recevrions une étroite leçon d\u2019orthodoxie et de dogmatisme.Qu\u2019en est-il sur ce thème très important pour le Québec actuel?Qui doit avoir la priorité: le socialisme ou le nationalisme?Le débat est assez vieux: M.Bourque l\u2019a-t-il rajeuni, élargi, approfondi?LE POSTULAT DE BASE La question est de taille: les rapports humains sont-ils déterminés d\u2019abord par la solidarité nationale ou par la solidarité de classe?À partir de cette question nous pourrions nous attendre à une étude en profondeur de la genèse des nations et de tout ce qui amène les peuples à former les Nations unies.La langue et la géographie interviendront mais ce sera pour escamoter leur importance \u201cnaturelle\u201d.Nous assisterons plutôt à une longue dissertation sur les \u201cautorités\" du marxisme: sur cette question que disent Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao, etc.?Nous retombons dans l\u2019exégèse des textes, comme au Moyen-Âge décadent, quand on s\u2019interrogeait sur la pensée d\u2019Aristote, de Cajetan, de Suarez et autres ennuis.C\u2019est le royaume de la scolastique qui n\u2019interroge plus les \u201cchoses\u201d mais les \u201cce-qu\u2019on-en-dit\".La discussion de base est escamotée. LA QUESTION NATIONALE 437 Dès le début l'auteur invoque son propre postulat: le nationalisme contemporain (comme s\u2019il n\u2019était que contemporain) est une création du monde bourgeois et de son capitalisme.Selon les perspectives du matérialisme historique, la nation et le nationalisme ne sont que des superstructures du mode de production capitaliste.Donc, conclut l\u2019auteur qui a le triomphe facile, ce qui relie les êtres humains en collectivités c\u2019est leur appartenance à une classe sociale.Et la valeur des groupements humains dépend de leur capacité de lutte contre les oppresseurs.Ce postulat, évident pour l\u2019auteur, est la pointe d\u2019épingle sur laquelle il bâtit tout son volume.Toute la méthodologie issue de ce postulat prend comme prouvé ce qui est justement l'objet de la discussion.Puis les affirmations s\u2019enchaînent les unes aux autres, suivant la dialectique marxiste de l\u2019idéologie et de la praxis, pour engendrer la fameuse rhétorique marxiste, reconnaissable partout.1 * 111 LES FONDEMENTS D\u2019UNE NATION Depuis Jules César qui a étudié la \u201cnation\u201d gauloise, juristes et philosophes ont multiplié les études sur ce qui fait une nation, sa cohésion.M.Bourque en invoque quelques-uns, pas les meilleurs, et, d\u2019un revers de la main, il les met de côté (car il est guidé par son postulat).Pourtant ces penseurs, nullement influencés par le marxisme mais libres dans leurs analyses intellectuelles, ont perçu l\u2019influence d\u2019une géographie donnée.L\u2019homme lutte contre cette nature physique pour la soumettre à ses besoins et de cette lutte en commun naît un attachement fraternel et une solidarité économique et sociale indéracinable.Les signes de cette influence sont les routes, les points d\u2019eau, les villes, les déterminismes du commerce, les priorités de la production, etc.La géographie réunit une multitude de gens et leur fait prendre conscience d\u2019intérêts communs, de ressources naturelles à partager pour leur bien-être familial et national.1) L\u2019implication est évidente: le Parti Québécois doit-il être avant tout nationaliste ou socialiste?La priorité au nationalisme signifie la trahison de la classe ouvrière.Mais la priorité au socialisme n\u2019est-il pas un appel à trahir la nation?L'extrême gauche, dénonçée parJacques Benoît, ne croit qu\u2019au socialisme.C'est pourquoi le parti communiste du Canada est contre toute idée d'indépendance du Québec. 438 L'ACTION NATIONALE Ils seront prêts à défendre ce coin de terre qui les nourrit et les unit.Puis vient l'histoire, série d\u2019événements et d\u2019hommes qui sont déposés dans la mémoire comme des bornes le long d\u2019une route indéfinie.Cette histoire s\u2019inscrit dans le paysage par l\u2019architecture, le village, la fête, les coutumes, une façon commune de vivre le calendrier des années.Ce sont les relations interpersonnelles par les mariages, la généalogie, les associations, les activités civiques et culturelles.Bref, l'histoire, elle aussi, se révèle un ciment entre des individus et des familles.Elle contribue à la formation d'une nation originale dont le patriotisme (terre des pères) vigilant a pris, chez nous, le nom de \u201cnationalisme\u201d.Plus que de géographie et d\u2019histoire, la nation est aussi faite d\u2019une langue commune: les humains ont un intense besoin, dans leur nomadisme vital sur cette terre, de se comprendre entre eux.Certains groupes linguistiques peuvent ne pas être chapeautés par un État qui leur conférerait toutes les caractéristiques d\u2019une nation souveraine mais ils n\u2019en constituent pas moins une nation parce que la langue, outil privilégié, les intègre à un ensemble où ils ne se sentent plus seuls, où ils peuvent se défendre et s\u2019épanouir.La nation est avant tout un système de communications par où des gens échangent des rêves d\u2019amour et de beauté autant que des préoccupations de négoces et d\u2019entraide.Une nation est une fraternité et la justice sociale peut être plus intensément poursuivie entre tous les membres d\u2019une même nation que par tous les membres d\u2019une classe sociale.Pourquoi cela?C\u2019est que les membres d\u2019une classe sociale, pour créer leur solidarité, plus ou moins arbitraire suivant la définition donnée au prolétariat, commencent par des exclusions et des excommunications.Pour s\u2019installer, ils doivent renier la moitié de la Cité.Ils brisent, rêvent de révolutions et de saccages.Mais la nation se fait rassembleuse, elle se fait responsable du bonheur et des libertés de tous: elle ne rêve pas de saccage contre ses membres ni de camps de concentration mais d\u2019une redistribution des richesses, mais d\u2019une coopération entre tous en vue d\u2019un bien commun réparti en toute justice.Le nationalisme dans cette perspective, c\u2019est l\u2019économie d\u2019une révolution sauvage, c\u2019est une recherche jamais arrêtée d\u2019une société plus saine et LA QUESTION NATIONALE 439 fraternelle.La participation de tous dans une plus grande égalité, c'est un idéal du nationalisme.Contre toute cette \u201cretrouvaille\u201d des forces naturelles qui agitent les groupes humains, M.Bourque n\u2019admet que le critère des forces économiques.Tout le reste serait idéologie et superstructure illusoire: \u201cD\u2019autres auteurs, plus sophistiqués, dit l\u2019auteur, maquillent la détermination de l\u2019économique, en la défigurant par les éléments d\u2019une autre instance\u201d (p.15).J'espère, sans renier l\u2019importance de l\u2019économique, être de ces auteurs plus sophistiqués! LES RÉALITÉS DÉLAISSÉES AU PROFIT DES AUTORITÉS La méthodologie de l\u2019auteur ne s\u2019arrête pas aux réalités mais aux seules autorités du marxisme.Ni Marx ni Lénine, admet l\u2019auteur, n\u2019ont étudié, de façon spécifique, la question de la nation et du nationalisme.Leur façon d\u2019en parler ne cherche pas, dans la ligne du matérialisme historique, les fondements objectifs.Staline a paru aller plus loin mais sa conception est un déviationnisme assez petit-bourgeois.Bien qu\u2019il soit incomplet, il faut préférer Mao.Là où les grands maîtres se sont arrêtés, lui, l\u2019auteur prend la suite et éclairera cette question: \u201cLa question nationale, dit-il, constitue l\u2019un des champs d'analyse les plus mal explorés par les différentes disciplines des sciences sociales\u201d (p.7).Seulement dans l\u2019optique marxiste, aurait dû ajouter l\u2019auteur.ORTHODOXIE EN FAILLITE DEVANT LES FAITS L\u2019auteur aborde la \u201cquestion nationale\u201d mais en suivant si étroitement la doctrine, le dogme, les apophtegmes marxistes-léninistes, que l\u2019auteur semble avoir perdu toute liberté de penser par lui-même.Il dénonce, par déductions des maîtres, les concepts de \u201cnation\u201d et de \"question nationale\u201d.À l'entendre, il n\u2019y aurait là que créations du monde petit-bourgeois influencé par le mode de production capitaliste.Nous entrons en peu de temps dans le charabia marxiste à coups de pseudo-évidences, de slogans pas remis en question et d'une perpétuelle absence de définitions et de rigueur intellectuelle. 440 L'ACTION NATIONALE De plus M.Bourque publie avec beaucoup de malchance.C\u2019est que la question nationale, loin de diminuer d\u2019importance dans le monde contemporain, éclate dans le monde marxiste de façon frappante: les minorités revendiquent en URSS même, les peuples revendiquent dans les pays satellites, tous ne se soumettent que sous la menace des tanks.La dictature du prolétariat écrase les prolétaires qui se veulent patriotes.Comment l\u2019URSS explique-t-elle le génocide des Lettoniens, des Lituaniens et des Estoniens?les répressions des Géorgiens et des Ukrainiens?Est-ce que les atteintes aux droits des individus et des groupes seraient dues au mode de production capitaliste des dictatures prolétariennes (MPDP)?Finalement le Commonwealth marxiste, sous l\u2019égide du tsar du Politburo, n\u2019existe plus: chaque communisme revendique sa nationalité, ainsi du communisme italien, espagnol, français, chinois, vietnamien, etc.Est-ce que l\u2019univers entier serait déviationniste?La division du monde en classes plutôt qu\u2019une division en nations me paraît bien farfelue, à l\u2019heure actuelle, quand l\u2019URSS elle-même reconnaît les Nations-unies.À qui n'est pas aveuglé par une thèse a priori, l\u2019appel à la nation est encore plus fort, plus profond, connaît un enracinement plus solide que l\u2019appartenance à une classe sociale.La conclusion est inévitable: une méthodologie faussée et un conformisme idéologique ont détourné l\u2019auteur d\u2019une étude sérieuse des réalités elles-mêmes.À partir de là, il est clair que ce cheminement intellectuel ne conduit pas à l'intelligence de notre temps.La lecture du monde contemporain, étroite et rigide comme tout schéma marxiste, devient un système qui écrase la pensée, multiplie les mots et arrête la critique sérieuse.VOLONTÉ D\u2019UN PEUPLE DE BÂTIR UN PROJET D\u2019AVENIR Plus profondément encore, ce travail nous a étonné par l\u2019omission de toute étude sur la volonté de vivre ensemble, sur la volonté d\u2019un projet communautaire dans la façon de construire un pays.Voilà bien le coeur ou l\u2019essence même du concept de nation: \"des citoyens animés d'un consensus\".M.Bourque voit bien l\u2019existence de ce consensus mais LA QUESTION NATIONALE 441 il déclare péremptoirement (on ignore les bases de son raisonnement): \u201cC\u2019est dans l\u2019articulation de l\u2019instance idéologique à l\u2019instance économique qu\u2019il nous faudra chercher la solution de ce rapport\u201d.Autrement dit, le consensus serait \u201cla consécration des rapports sociaux capitalistes\u201d (p.34).Comme simplisme, on n\u2019a pas vu mieux! Il insiste: \u201cLe propre de l\u2019idéologie est non pas tellement de déformer, mais plutôt de fonder un rapport imaginaire en ne l\u2019expliquant pas\u201d (p.35).Ce style abstrait veut nous dire que la volonté de vivre ensemble dans une nation n\u2019est qu\u2019un rapport imaginaire! Partant de là, l\u2019idéologie nationaliste devient un masque: elle a \u201cpour effet de voiler la lutte des classes et d\u2019instaurer un rapport imaginaire entre les individus égaux en droits et ayant des intérêts personnels identiques\u201d (p.37).Le nationalisme, véritable masque, empêcherait la lutte des classes et de \u201cposer la primauté théorique et pratique de la lutte des classes\u201d (p.38).Choisissant comme fondement de la nation, la complémentarité des intérêts et la coopération entre les classes, le nationalisme devient dangereux pour le marxisme.Aussi importe-t-il de rattacher le nationalisme au capitalisme afin de le mieux condamner.Le capitalisme n\u2019est-il pas le péché originel et tous les péchés capitaux, comme le nationalisme, n\u2019en découlent-ils pas?La répétition par elle-même n\u2019arrivera jamais à prouver la thèse de l\u2019auteur.Il faut être déjà converti au marxisme pour accepter de telles conclusions, un marxisme qui agit à la façon d\u2019une hypnose.Car lier ainsi nationalisme et capitalisme c\u2019est du simplisme.À partir de ces prémisses, l\u2019auteur donne dans des conclusions énormes: \u201cLe nationalisme prend le rôle dominant lorsque la bourgeoisie est mise en péril ou qu\u2019elle cherche à soutenir ses visées impérialistes\u201d (p.39).Ou encore: \u201cNous croyons que l'efficacité de l\u2019idéologie nationaliste vient de son articulation aux manifestations les plus concrètes des rapports de production et d\u2019échanges capitalistes.C\u2019est donc dans l\u2019articulation des deux thèmes fondamentaux de l\u2019idéologie bourgeoise à l\u2019instance économique et, en dernière analyse, aux rapports de production qu\u2019il nous faut rechercher le secret de la question nationale\u201d (p.40).Ces chemins ne conduisent nulle 442 L'ACTION NATIONALE part, sinon qu\u2019à obtenir une subvention du Conseil canadien de recherche en sciences sociales! UN ESPRIT AVEUGLÉ PAR LE SYSTÈME Obéir à des schémas, travailler avec un esprit de système, conduit à des affirmations caractéristiques ceux qui n\u2019ont pas de maîtrise des concepts.Voici un joyau: \u2018\u2018Si une théorie de la nation demeure possible, il faudra nécessairement la situer dans l\u2019ensemble conceptuel du matérialisme historique\" (p.99).Ce nécessairement est la pointe de l\u2019iceberg.Ailleurs il ajoutera: \u201cTenter de définir la nation, c'est-à-dire de fonder théoriquement son existence réelle, est en soi une entreprise relevant de l\u2019idéologie.Car la théorie léniniste implique précisément que cette question ne peut pas être posée.Les textes de Lénine.rendent caduque toute tentative de conceptualiser ce qui relève de l\u2019imaginaire.Il nous semble donc nécessaire de nous inscrire selon nous, d\u2019approfondir et d\u2019élargir la thèse de Lénine que nous considérons comme le seul point de départ fondamental de toute analyse marxiste de la question nationale\u201d (p.134).Ainsi les textes de Lénine.sont le seul point de départ.Foutaise et foutaise.Idéologie bourgeoise ou petite-bourgeoise (je reconnais le style vibrant de mes étudiants marxistes à Rome, Paris et Madrid), la nation devient un groupe imaginaire (p.136): \u201cNous avons refusé de poser la nation comme groupe réel\u201d (p.137).Mirage et illusion tout ce qui n\u2019est pas lutte des classes! On peut l\u2019affirmer, pour cela il n\u2019y a qu\u2019à aligner des mots, mais cela ne veut rien dire.Entraîné par des arguments idéalistes, l\u2019auteur conclura contre le nationalisme canadien-français et contre l\u2019autonomie du Québec.Il lui faudrait aussi se déclarer contre le nationalisme canadien, pour les mêmes raisons, et ouvrir un chapitre pour y déclamer en faveur de la division du monde en classes sociales dressées les unes contre les autres.Il ne le fait pas.pour éviter la divagation.L\u2019énormité des affirmations, la sérénité apparente des arguments à partir des textes qui ne s'imposent pas, la prédominance du système sur les réalités, sont un perpétuel objet d\u2019interrogation pour le lecteur averti.Comment M.Bourque a-t-il pu devenir professeur de sociologie dans une LA QUESTION NATIONALE 443 université du Québec?Je pose la question, non parce qu\u2019il est marxiste, mais parce qu\u2019il ne cherche pas la vérité elle-même et que son livre est un perpétuel détournement de l\u2019intelligence vers un esclavage moyenâgeux.Oeuvre avortée.L\u2019auteur, face à lui-même, au-delà de tous les commentaires, doit bien en percevoir les limites.Sa capacité intellectuelle est certaine mais elle est comme prisonnière de structures mentales préétablies.Au Québec, nous avons besoin d\u2019intellectuels libres, d\u2019hommes aptes au discernement et à l'esprit de justice.La lutte des classes et la haine entre citoyens n\u2019est pas l\u2019ultime expression du progrès humain.Bref, la classe ne supprime pas la nation et là-dessus M.Bourque n'a rien dit qui vaille: ses schémas idéologiques souffrent de sclérose.ANNEXE NDLR \u2014 Une lettre dans LE DEVOIR (22 novembre 1977) décrit bien, en d\u2019autres mots, le psittacisme, le conservatisme et l\u2019arrêt des facultés critiques d\u2019un certain marxisme.Il y a une nette volonté de tout interpréter selon des schèmes préétablies, ou des clichés tout faits, qui donnent une lecture des événements singulièrement appauvrie et que nous retrouvons aussi chez Gilles Bourque.Cela conduit à une certaine déshumanisation et à un parti pris de ne pas tenir compte des réalités essentielles.Voici cette lettre: \u201cLes 10 et 11 novembre avait lieu au pavillon Lafontaine de l\u2019UQUAM un colloque qui se proposait de tracer un bilan de la première année de pouvoir du Parti québécois.Un grand nombre de représentants de la pensée mar-xisante du Québec se trouvaient donc réunis là pour ce qui devait s\u2019avérer par la suite non pas un bilan de la première année de gouvernement péquiste mais un long, pénible et surtout stérile réquisitoire contre le gouvernement québécois.Dès le premier soir les épithètes pleuvaient pour qualifier le P.Q.: allié de la bourgeoisie, bourgeoisie traditionnelle, etc.Le ton du colloque était déjà donné et 444 L'ACTION NATIONALE mes appréhensions du début devaient se confirmer par la suite.Le lendemain en effet, le colloque prenait son véritable départ.Je pense avoir assisté à une démonstration de ce que peut contenir de plus pauvre, et surtout de plus démobilisateur, la pensée universitaire, et ceci est d\u2019autant plus regrettable que la plupart des panélistes présents se réclamaient du marxisme et produisaient le même discours dans les universités.Une tentative de bilan a tout de même été amorcée; et quelle tentative.Nous avons pu ainsi apprendre que la gratuité des médicaments pour les personnes de plus de 65 ans avait surtout pour but d\u2019encourager l\u2019industrie pharmaceutique, que l\u2019augmentation du salaire minimum n'était que la continuation des politiques du gouvernement précédent et que, de toute façon, le salaire minimum du Québec avait toujours été le plus élevé en Amérique du Nord.Nous avons de plus appris que la nationalisation de l'Asbestos servait surtout les intérêts des autres compagnies d\u2019amiante, la participation directe du gouvernement à l'exploitation leur garantissant en effet un contrôle moins sévère en ce qui concerne les normes anti-pollution.Mais la meilleure déclaration fut sans doute celle qui portait sur la loi du financement des partis politiques.Cette loi aurait pour but d\u2019empêcher le financement d\u2019un parti ouvrier par les syndicats: rien de moins.J'ai cité ces quelques exemples pour souligner à quel point, par endroits, le débat était pauvre.Si de telles inepties étaient venues de la bouche d\u2019apprentis politicologues ou d\u2019apprentis sociologues, comme moi par exemple, c\u2019eût été excusable.Mais venant de ceux qui se réclament être les \u201cintellectuels organiques du prolétariat\u201d, cela est non seulement inexcusable mais démontre de leur part une faible capacité d\u2019analyse qui ne peut qu'être néfaste à la classe ouvrière qu\u2019ils prétendent servir.Avant de terminer je voudrais cependant souligner que j\u2019ai été agréablement surpris par la réaction de l\u2019auditoire lors de la dernière assemblée qui voulait être le bilan du colloque.Lors de cette soirée il m\u2019a en effet semblé que des LA QUESTION NATIONALE 445 salles se sont dégagées de plus en plus de protestations contre ce que d'aucuns ont appelé le négativisme de certains panélistes.Si d\u2019aventure un deuxième colloque du genre a lieu l\u2019an prochain, et il est souhaitable qu\u2019il y en ait un, il est à espérer que les analystes laisseront cette fois les armes au vestiaire; non pas pour épouser les idées ou l\u2019orientation du P.Q., mais pour mettre un peu plus de rigueur dans leurs analyses et surtout pour, cette fois, tenter d\u2019aborder la spécificité de la conjoncture québécoise non pas avec des clichés éculés ou trop généraux, mais avec un bon bagage théorique légèrement reconditionné\u201d.\u2014 DANIEL GOMEZ. A QUOI SERVENT LES HISTORIENS?par Pierre Trépanier A QUOI SERVENT LES HISTORIENS?447 \u201cNeutre, personne d\u2019abord ne saurait l\u2019être: car vivre c\u2019est prendre parti.Quiconque n\u2019a pas le culte de la vérité a le culte de ses intérêts égoïstes.\u201d L.LABERTHONNIÈRE.A étudier scientifiquement les sociétés humaines du passé.Oui, sans doute.Mais la réalité est infiniment plus complexe.Lionel Groulx l\u2019affirme avec force dans ses mémoires: Cependant si parfaite que soit sa volonté d\u2019impartialité et d\u2019objectivité, l\u2019historien ne peut faire qu\u2019il n\u2019appartienne à ce monde mystérieux et mêlé d\u2019images, de sentiments, d\u2019idées, de traditions, d\u2019influences innombrables qui l\u2019ont individualisé, ont modelé certains aspects de son esprit.Il reste de son pays, de sa nationalité, de sa foi: toutes choses, s\u2019il est bien né, dont il ne peut s'abstraire1.La réflexion est double: Groulx prend acte des limites de l\u2019historien et lui rappelle ses devoirs.Déjà, en 1921, il s\u2019en expliquait: Nous ne confondons point l\u2019impartialité avec la neutralité.L\u2019histoire est un acte moral non affranchi par conséquent des finalités suprêmes.Notre ambition et notre droit sont de l\u2019écrire et de l\u2019enseigner comme doivent le faire un catholique et un Canadien français2.Groulx de la sorte situait honnêtement son lieu idéologique.Mais il ne prétendait nullement pour autant que l\u2019historien peut s\u2019affranchir \u201cdes lois sévères de sa discipline3\u201d.Il voulait simplement souligner une vérité fondamentale: Le présent n\u2019est pas seulement une suite chronologique du passé; il en est le produit; il y a, de l'un à l'autre, continuité, filiation4. 448 L ACTION NATIONALE A quoi servent les historiens?A faire voir \"cette relation, ce lien que cherche l\u2019esprit, par instinct ou par exigence intérieure5\u201d.C\u2019est dans la même perspective qu\u2019il faut placer l\u2019excellent petit livre de Jean Chesneaux, Du passé faisons table rase?A propos de l\u2019histoire et de l\u2019historiene.Idéologiquement Chesneaux est aux antipodes de Groulx.Membre 21 ans du parti communiste français, il en est sorti, tout en conservant ses convictions marxistes et communistes, mais après les avoir dépouillées de tout mécanicisme vulgaire.Il retient le schéma marxiste comme grille d\u2019analyse mais entend rappliquer au passé de façon créatrice, libre.L\u2019esssen-tiel de son message se résume ainsi: il faut mobiliser le passé au profit de luttes populaires; tout autre exercice du métier d\u2019historien est complice de l\u2019oppression.En d\u2019autres termes: \u201cIl s\u2019agit de définir de nouveaux rapports entre le savoir intellectuel et la lutte politique, dont ce savoir est une composante active à travers ses implications idéologiques7\u201d.Le discours historien dominant, caractérisé par l\u2019intellectualisme, l\u2019élitisme et le productivisme, a dépouillé les opprimés de leur passé.L\u2019historien n\u2019a pas à imposer du haut de sa chaire la sorte d\u2019histoire qu\u2019il préfère.Il est urgent de renverser le rapport hiérarchique entre passé et présent, entre spécialistes et non-spécialistes de l\u2019histoire, pour savoir de quelle histoire a besoin aujourd'hui la lutte révolutionnaire!8 La nouvelle histoire devra être le produit d\u2019une intercréation associant le peuple et les historiens, ces derniers travaillant sous la dictée, sous les ordres des masses.Comment instaurer cette collaboration?Comment les masses passeront-elles leurs \u201ccommandes historiques\u201d?L\u2019auteur avoue franchement ne pas avoir de réponses toutes faites.Voilà pourquoi l\u2019ouvrage se termine par un appel à la réflexion collective.On l\u2019admettra, Chesneaux et Groulx, au moins formellement, ne sont pas très éloignés l\u2019un de l\u2019autre, en dépit des idéologies qui les divisent radicalement.Tous deux constatent leur enracinement dans le présent, tous deux refusent de se dérober à leurs responsabilités telles qu\u2019ils les conçoi- A QUOI SERVENT LES HISTORIENS?449 vent.De même on peut rapprocher leurs conceptions de celles de Dimitri Kitsikis, qui décrit ainsi le rôle qu\u2019il attribue à l\u2019historien: .dans une autre étude, nous écrivions que le nationalisme résulte de l\u2019émergence, au niveau de la conscience d\u2019un peuple, des strates successives de son expérience historique, qui s\u2019étaient accumulées dans son inconscient depuis des siècles et qu\u2019en conséquence le nationalisme constituait une manifestation de l\u2019âge adulte d\u2019un peuple, une manifestation nécessaire de libération psychique.Nous faisions remarquer qu\u2019un peuple pouvait certes, aller au-delà du nationalisme, mais que pour sa \u201csanté mentale\u201d et donc pour sa survie, il devait nécessairement passer par le nationalisme, c\u2019est-à-dire par l'affirmation consciente de lui-même.Ainsi l\u2019historien devenait l\u2019accoucheur psychique des peuples9, leur psychanalyste10.On voit mal comment le point de vue de l\u2019historien, quel qu\u2019il soit, ne se refléterait pas dans son travail.Cependant Chesneaux, comme Groulx, est décidé à ne pas \u201crenoncer pour autant à l\u2019exigence de rigueur scientifique11\u201d.Y a-t-il contradiction?Non, si l\u2019on prend soin de faire les distinctions qui s\u2019imposent.D\u2019ailleurs si l'on répondait oui, seul l\u2019historien dépourvu de toute idéologie serait digne de son métier.Or cet homme, il n\u2019est pas encore né12.Avec Raymond Aron13, abordons le problème de l\u2019objectivité en tant qu\u2019il soulève la question de l\u2019universalité du savoir scientifique.Une fois atteint un certain degré d\u2019approximation, une loi scientifique devient universellement acceptable.En histoire, une interprétation globale peut-elle faire l'unanimité, assujettir toutes les intelligences?Non, car l\u2019historien, dont l\u2019objet est total, ne peut l\u2019aborder que d\u2019un certain point de vue: il ne peut être que partial puisque partiel.Ce relativisme conduit-il à un scepticisme absolu à l\u2019égard des connaissances historiques?Encore une fois, il faut répondre non.On doit en effet distinguer deux moments, deux niveaux dans l\u2019oeuvre historienne.Dans un premier temps, l\u2019historien procède à la cueillette des données, à la constitu- 450 L'ACTION NATIONALE tion de ses séries statistiques et à la critique de ses sources: c\u2019est la recherche et l\u2019analyse.Le produit de cette étape est susceptible de faire l\u2019unanimité, à supposer que tous les principes de la méthode historique aient été scrupuleusement respectés.Ainsi on a démontré l\u2019existence d\u2019une crise économique en France en 1788-89.Les historiens s\u2019entendent là-dessus.Mais si on accède au second niveau de l\u2019oeuvre historienne (l\u2019interprétation globale de la révolution française, dans le cas retenu ici), on voit l\u2019unanimité fondre puis disparaître à mesure que la vision s\u2019élève au-dessus des faits bruts pour les expliquer.C\u2019est en effet surtout au moment où l\u2019historien élabore un réseau de causalités que l\u2019arbitraire et l\u2019idéologie viennent contaminer son oeuvre.Autrement dit, à ce niveau de l\u2019interprétation globale, c\u2019est \u2014 paradoxalement \u2014 l\u2019idéologie qui en dernière analyse fonde la \u201cvérité\u201d historique: une interprétation globale suscite assez aisément un consensus à l\u2019intérieur d\u2019un courant de pensée donné; il est plus difficile de satisfaire en même temps des idéologies, des cultures antagonistes.L\u2019érudition peut atteindre l\u2019objectivité; l\u2019histoire globale ne peut qu\u2019y tendre.On ne libérera la discipline historique qu\u2019en reconnaissant ses limites.Est-ce à dire qu\u2019on approuve intégralement les thèses de Chesneaux?Non, si l\u2019on ne partage pas son idéologie marxiste-communiste et si l\u2019on reste attaché à un certain humanisme qui reconnaît les droits de la curiosité intellectuelle.Chesneaux refuse à ceux qui ne pensent pas comme lui la liberté d\u2019étudier tout le passé, synchroniquement et diachroniquement.N\u2019est légitime que l\u2019étude du passé utilisable14, mobilisable.L\u2019intrusion, dans le domaine intellectuel, des pratiques totalitaires qui caractérisent les communismes de tous les continents, ne peut que répugner à ceux qui persistent à croire, envers et contre tous, que la tolérance est un idéal souhaitable de vie en société.Le débat sur leur métier auquel se livrent les historiens intéresse le grand public.Les spécialistes de l\u2019histoire ne doivent pas l\u2019impressionner outre mesure.Ce ne sont pas des mages.L\u2019infaillibilité n\u2019est pas l\u2019un des privilèges de leur corporation.Leur mission est de reprendre inlassablement l\u2019interrogation historique car \u201cdevant ce Sphynx que reste toujours le passé humain, rien n\u2019est tel que l\u2019impuissance de l\u2019historien15\u201d. Â QUOI SERVENT LES HISTORIENS?451 1.\tL.Groulx, Mes mémoires, Montréal, Fides, (1970), 1.1, p.280.2.\tL.Groulx, Vers l'émancipation, Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1921, p.8.3.\tL.Groulx, Mes mémoires, 1.1, p.280.4.\tL.Groulx, Histoire du Canada français depuis la découverte, 4e éd., Montréal, Fides, (1960), 1.1, p.14.5.\tLoc.cit.6.\tParis, François Maspero, 1976, 191 p.(\"Petite collection Maspero\u201d, no 164).7.\tIbid., p.8.8.\tLoc.cit.9.\tGroulx n'a-t-il pas rempli cette fonction auprès du peuple québécois?10.\tD.Kitsikis, \"Le Nationalisme\u201d, Études internationales (Québec), v.2, no 3, sept.1971, p.352-353.Cette prise de position lui a valu une assez cinglante réfutation de la part de son collègue Robert H.Keyserlingk ('-'La Nation vivante: idéologie et analogie\u201d, Études internationale, v.3, no 3, sept.1972, p.397-415).Keyserlingk juge la thèse de Kitsikis à partir du libéralisme: \"Le point de départ, ici, consiste à affirmer qu\u2019il n\u2019existe pas un être vivant et psychique dénommé la nation\" (p.402).Pour lui, \"la réalité fondamentale et permanente est celle de la vie de chaque individu\" (p.411).Logiquement, il conclut: \u201cLa seule question demeure: le monde de la recherche académique peut-il vraiment professer une vision prophétique qu'il refuse même à la prêtrise?\" (p.403) 11.\tJ.Chesneaux, op.cit., p.189.12.\tMême Fernand Ouellet n\u2019y échappe pas.Lui aussi est tributaire d\u2019un point de vue, qui est en somme inspiré du libéralisme et du modèle économique de l\u2019Occident industriel.Il est de la génération de Cité libre.A titre d'exemple, voici comment il jugeait le principe du caractère confessionnel des écoles reconnu dès le début du 19e siècle: \u201cEn dépit de l'esprit de tolérance qui a présidé à l'établissement des structures scolaires, il est incontestable qu'un tel système ne pouvait que poser périodiquement et avec acuité le problème de la liberté.La raison en est \u2014 bien qu'on dise qu\u2019il a été voulu par la majorité \u2014 que les principes à la base de ce système n'étaient ni libéraux ni démocratiques.L\u2019école n'a-t-elle pas servi pendant longtemps à lutter contre les idées libérales et démocratiques?\" (\"L'Enseignement primaire: responsabilité des Eglises ou de l\u2019État\", Recherches sociographiques, v.2, no 2, avril-juin 1961, reproduit dans M.Lajeunesse, L'Education au Québec (19e-20e siècles), Boréal Express, p.39) \u2014 Récemment, l'un des praticiens les plus prestigieux de l'histoire sociale en France, Pierre Chaunu, s\u2019est attiré les foudres d'un critique qui stigmatise son dernier ouvrage, dans lequel \"l'intégrisme moral et le racisme savant rejoignent le conservatisme politique\".(C.Morin, c.r.de Histoire, science sociale, Paris, S.E.D.E.S., 1974, Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, v.31, no 1, juin 1977, p.91).13.\tR.Aron, Introduction à la philosophie de l\u2019histoire, Essai sur les limites de l\u2019objectivité historique, nouv.éd., (Paris), Gallimard, (1967), 441 p.Voir en particulier p.350-355.14.\tL'école historique américaine dite de la \"New Left\" est aussi à la recherche d'un \"usable past\u201d.Cf.L Unger, \"The 'New Left' and American history: some recent trends in United States historiography\", The American historical review, v.72, no 4, juill.1967, p.1237-1263.15.\tL.Groulx, Histoire du Canada français., t.1, p.9. DOM HELDER CAMARA par Jean-Paul Labelle DOM HELDER CAMARA 453 1\u2014 Une figure originale Je ne sais si le nom de Helder Camara vous dit quelque chose.Il est venu déjà au Canada et il a paru à la télévision.Il s\u2019est aussi adressé à des auditoires canadiens-français.C\u2019est un évêque du nord-est du Brésil, à la tête du diocèse d'OIinda-Recife.Dans son pays, Dom Helder n\u2019a pas toute la liberté de parole qu'il devrait avoir: on lui a interdit de paraître à la télévision nationale, alors qu'il était pour le peuple une idole, un peu comme Mgr Sheen aux États-Unis avec lequel, d\u2019ailleurs, il est ami; il ne peut parler à la radio nationale ni écrire dans les journaux de quelque envergure.Les journalistes ont reçu la consigne de ne jamais citer son nom.Tout ce qu\u2019on lui a concédé, c\u2019est de parler à la radio ou de paraître à la télévision au plan local, et encore doit-il être très prudent, car cette concession pourrait lui être retirée.Si l\u2019on ajoute qu\u2019il a été physiquement menacé, qu\u2019il a été atteint dans son plus proche entourage, on voit que, pour lui, la vie n\u2019est pas toujours facile.Par contre, son rayonnement international grandit sans cesse.On ne compte plus les doctorats d\u2019honneur que les plus grandes universités lui ont octroyés, il a été proposé trois fois pour le prix Nobel, il a gagné le prix Scandinave de la paix, il est demandé partout pour adresser la parole sur le tiers-monde, les défavorisés, les victimes des injustices sociales et celles de la faim.Il est la vedette de congrès internationaux, de sessions d\u2019étude.Et qu\u2019on ne croie pas que, pour cela, il abandonne son diocèse.Grâce à la rapidité des déplacements en avion, son absence actuelle ne totalise pas un mois entier par année.Il est donc vraiment le pasteur de son peuple à qui il se dévoue entièrement et il demeure en même temps un symbole de la lutte pour une justice sociale plus équitable et une charité plus efficace.Comment expliquer ce paradoxe d\u2019un ostracisme au Brésil et d\u2019une popularité toujours croissante au plan international?Le secret, nous le trouvons dans sa prise de position: Dom Helder Camara a pris parti pour les pauvres, vivant dans des conditions infra-humaines et à côté desquels passe l\u2019homme nanti de biens.Au fond, la parabole du riche 454 L'ACTION NATIONALE et de Lazare prend ici toute son actualité.La différence, c\u2019est que Dom Helder Camara a conscience que Lazare est à côté de lui et il veut lui porter secours.Pour les privilégiés du Brésil, Mgr Camara fait figure d\u2019évêque communiste.Or, il n\u2019y a rien de moins communiste que lui.C\u2019est évangélique qu\u2019il faut dire.Lui-même vit pauvrement.Il ne mène pas une existence de paria, mais il a tout de même renoncé à la richesse.Sa tenue est des plus simples: pas de violet à sa soutane, une croix pectorale de bois noir, un anneau pastoral très modeste, celui que Paul VI a offert à tous les Pères conciliaires.Il n\u2019a pas de voiture, et son habitation n\u2019est plus le palais épiscopal, mais trois pièces attenantes à une église paroissiale.Sa porte est toujours ouverte et il ne fait exception de personne: riches ou pauvres sont accueillis sur le même pied.Dom Helder Camara aime se mêler au peuple et même à prendre un peu de détente auprès d\u2019amis de toutes les classes sociales.Quand on revoit la vie de Dom Helder Camara, on est frappé par l\u2019évolution qui lui a fait prendre progressivement conscience de la vie des pauvres.Toujours, cependant, il s\u2019est donné sans compter, en particulier dans le domaine de l\u2019éducation où il a joué un rôle important à Rio de Janeiro.Un livre vient de paraître aux éditions du Seuil.Il s'intitule: Les conversions d\u2019un évêque.Dom Helder Camara s\u2019y entretient avec José de Broucker.Ce livre est d\u2019un intérêt passionnant.Ce n\u2019est pas seulement l\u2019existence personnelle de Dom Camara qui émerge avec relief, c'est aussi la vie religieuse, politique et sociale du Brésil au 20e siècle.Il vaut la peine de prendre contact avec cet ouvrage.Ainsi, on pourra mieux connaître la personnalité et les intentions de cet évêque donné aux pauvres et rectifier les calomnies qui ont été lancées sur son compte.Dom Helder Camara mérite de figurer aux côtés de Jean Vanier et de Mère Teresa.Il est de la même qualité et de la même trempe.2\u2014 Le milieu familial Dom Helder Camara est né dans la pauvreté.Mais une pauvreté décente, pas celle infra-humaine des favellas.De plus, cette pauvreté avait sa dignité.Car ses parents, s\u2019ils n\u2019étaient pas riches, avaient au moins une certaine culture. DOM HELDER CAMARA 455 Sa mère était institutrice.Qu\u2019on n\u2019imagine pas l'institutrice moderne bien rémunérée: elle enseignait dans sa maison, dans les conditions les plus humbles.Quant à son père, il travaillait pour une société commerciale.On gagnait tout juste de quoi vivre.Le père de Dom Camara était franc-maçon.Là encore, qu\u2019on n\u2019imagine pas le franc-maçon sectaire et anti-religieux.Il était plutôt anticlérical.Il récitait son chapelet et ne manquait pas le mois de Marie.La famille était nombreuse.Il y eut treize enfants, mais cinq moururent en bas âge.On n'avait pas de voiture.Monter dans un taxi était une aventure exceptionnelle.On le faisait pour un mariage et tout le voisinage assistait au départ.C\u2019était quelque chose! Dom Camara a connu une existence austère.Parfois, il fallait se priver.Tantôt, c'était le beurre.Tantôt, le dessert.Quoi qu'il en soit de la frugalité de cette existence, Dom Helder Camara semble s\u2019être épanoui.Sa mère était entièrement consacrée à sa mission d\u2019éducatrice.Elle avait le sens des valeurs et exigeait beaucoup de ses enfants.Dom Camara confie qu\u2019un jour, elle demanda quelque chose de vraiment au-dessus de ses forces.Il éclata en sanglots.Il pensa qu\u2019elle allait le punir.A la place, elle lui donna une image où elle avait écrit: \u201cÀ mon fils à qui je demande bien au-dessus de ses forces\".Dom Camara a beaucoup admiré sa mère.Et, en retour, celle-ci l\u2019a aidé énormément.Elle lui a donné des leçons de vie qui, à une époque où l\u2019on avait une conception très étroite et très légaliste de la religion, lui ont ouvert l\u2019âme et l\u2019ont épanouie.Jamais Dom Camara ne sera replié sur lui-même.Toujours, il sera très franc dans ses convictions et gardera un sens aigu des valeurs fondamentales de l'existence.Sur ce point, il doit beaucoup à sa mère.J\u2019ai rappelé que son père était franc-maçon; pourtant, quand Helder Camara manifesta son intention de devenir prêtre, ce fut son père qui lui souligna les grandeurs et les exigences du sacerdoce.Il ne pouvait être prêtre et égoïste en même temps.Son père développa sa vision du prêtre en disant: \u201cLes prêtres croient que, quand ils donnent l\u2019Eucharistie, c\u2019est le Christ lui-même.Alors, as-tu pense 456 L\u2019ACTION NATIONALE aux qualités que doivent avoir ces mains qui touchent ainsi directement le Christ?.\u201d Dom Camara était ravi d'entendre son père parler ainsi et il lui déclara qu\u2019il voulait devenir un prêtre de cette qualité.Son père, ému, lui dit alors: \u2018\u2018Mon fils, que Dieu te bénisse.Que Dieu te bénisse.Tu sais que nous n\u2019avons pas beaucoup d\u2019argent, mais quand même, nous allons examiner comment nous pourrons t\u2019aider à entrer au séminaire.J\u2019ai aussi écrit plus haut que Dom Camara avait vécu dans une famille qui aimait la culture.Il y eut plusieurs gens de plume dans ses proches.Son grand-père était directeur de journal; son père, à l\u2019occasion, était excellent critique de théâtre et un oncle fut dramaturge.Enfin, un de ses frères connut une certaine notoriété comme critique littéraire.Dom Camara fut donc vite éveillé aux choses de l\u2019esprit et il fut un lecteur précoce.Il lut pratiquement tout Sainte-Beuve.Plus tard, il traversa sa phase claudélienne, mêlée de Péguy et de Saint-Exupéry.Après quoi, il s\u2019adonna à Teilhard de Chardin.Tout cela, lui ouvrit les yeux sur le monde, mais le contact avec le peuple devait approfondir une sensibilité humaine toute frémissante à la vue de la misère.3\u2014 L\u2019éducateur Il y aurait beaucoup à dire sur Dom Helder Camara.Mais il faudra forcément nous limiter.Je passerai pardessus sa formation au séminaire et son évolution personnelle alors qu\u2019il était tout jeune prêtre.J\u2019en viendrai à la période de 1931 à 1947 où il s\u2019est consacré à des tâches d\u2019éducation.Sur ce point, il a suivi les traces de sa mère, mais dans un rayon beaucoup plus large.Son influence fut beaucoup plus étendue, puisqu\u2019il fut tour à tour secrétaire à l\u2019Éducation de l\u2019Action intégraliste de l'État du Cearà; ensuite, à Rio de Janeiro, technicien au ministère de l\u2019Éducation, puis membre du Conseil supérieur de l\u2019Éducation.Tout cela avec la bénédiction de son évêque, le cardinal Leme, de Rio de Janeiro.Il fut aussi en charge de la catéchèse, au point de vue technique, pour le diocèse.Le souvenir que Dom Camara garde de cette époque, c\u2019est qu\u2019il fut, à sa façon, un prêtre fonctionnaire.Il jouait un DOM HELDER CAMARA 457 rôle important dans le domaine de l\u2019éducation.Mais, comme il dit, il était plongé dans les tests, les grilles et les objectifs.Je ne crois pas que cette période ait été inutile dans sa vie, car il a vraiment rendu service.À plusieurs reprises, il a voulu se retirer de ce domaine pour se consacrer aux pauvres qu\u2019il visait dans les favellas.Mais toujours le cardinal I y maintenait en lui disant que, pour le moment, c'était là qu\u2019il pouvait le plus rendre service.Ses rencontres avec le peuple lui avaient fait prendre conscience du dénuement non seulement matériel, mais intellectuel, du pauvre peuple et c\u2019est pourquoi il imagina le MEB, Mouvement d\u2019éducation de base, qui fit faire un pas en avant à l'éducation au Brésil.Dorn Camara n\u2019est pas un esprit qui se contente des ornières de la routine.C\u2019est un esprit créateur qui, sans cesse, veut trouver des formules réalistes pour améliorer la condition humaine et chrétienne du peuple.Dans le domaine de l\u2019enseignement religieux, il a pris des initiatives qui ont aidé la cause.Mais aujourd hui, en revoyant cette époque, il reconnaît que, malgré sa bonne volonté, il y eut des erreurs d\u2019optique qui, s\u2019il recommençait aujourd\u2019hui, seraient corrigées.Mais on ne peut demander à personne de vivre trop en avant de son temps.D'ailleurs, quand on le fait, on est mis de côté ou incompris.Dorn Camara a certainement accompli, à cette époque, une oeuvre efficace qui a été bienfaisante à la fois pour l\u2019Église et pour l\u2019État.C\u2019est un homme qui ne se cantonne pas au seul niveau de la théorie.Il regarde la réalité en face et ne camoufle pas les difficultés.C\u2019est ce qui fait sa force et explique qu\u2019il ait été si populaire dans les mass-média.Il rejoignait vraiment le peuple et celui-ci sentait que Dorn Camara était sur la même longueur d\u2019ondes.Cette époque aura permis à Dom Camara de se familiariser avec la technique de l\u2019éducation, de l\u2019appliquer 458 L'ACTION NATIONALE avec efficacité et de rendre ainsi des services appréciés.Elle lui a aussi donné le sens de la responsabilité tout comme une certaine méthode dans le travail.Tout cela ne sera pas inutile lorsqu\u2019il deviendra évêque d\u2019OIinda-Recife dans le nord-est du Brésil.Dieu l\u2019avait bien préparé à cette nouvelle tâche où il allait donner la pleine mesure de lui-même.4\u2014 L\u2019Action catholique Avant d\u2019être désigné comme évêque, Dom Helder Camara aura joué un rôle important dans l\u2019Action catholique de son pays.Le cardinal Leme, archevêque de Rio de Janeiro, a été un précurseur dans ce domaine.Dès 1916, de Recife, il écrivit une lettre célèbre visant à réveiller la torpeur des laïcs.Arrivé à Rio de Janeiro, il regroupa les associations de laïcs.Dom Camara, de 1931 à 1946, s\u2019est occupé d\u2019éducation; il n\u2019a donc pas porté principalement du côté de l\u2019Action catholique.Mais, en 1946, le cardinal Camara, qui avait succédé au Cardinal Leme, lui demanda d\u2019aider à l\u2019organisation d\u2019une Semaine nationale d\u2019étude de l\u2019Action catholique.Très vite, Dom Camara se rendit compte qu\u2019un secrétariat national s'imposait pour coordonner et canaliser les énergies.Un secrétariat qui jouirait de la confiance des évêques et qui réunirait toutes les branches au plan national.Aussi, dès 1947, Dom Camara fut nommé vice-aumônier général de l\u2019Action catholique brésilienne.L'aumônier général était le cardinal Camara lui-même.Ce commencement de secrétariat a permis à Dom Camara de se mettre en rapport avec le Brésil tout entier.Les évêques épaulaient cet effort, de même que le Nonce apostolique.Le pas suivant vint plus tard: ce fut la création de la Conférence nationale des évêques du Brésil, la mise sur pied de réunions régionales pour les évêques.Ensemble, on découvrait les grands problèmes du peuple.À côté de l\u2019Action catholique générale, s'est développée l\u2019action catholique spécialisée.On plongeait au coeur du monde ouvrier, du monde paysan, du monde étudiant et du monde indépendant.C\u2019était là un travail de conscientisation qui devait porter ses fruits. DOM HELDER CAMARA 459 À partir de cette expérience, Dom Camara a pris conscience de la situation d\u2019injustice dans laquelle se débattait le peuple pauvre.Il commença alors à connaître ses premières difficultés.Si l\u2019Église s\u2019intéressait trop aux pauvres et les appuyait, les élites privilégiées avaient vite tendance à crier au radicalisme et au communisme.L'un des problèmes de l\u2019Église est de ne pas se contenter de beaux principes en théorie, il est de passer à la pratique, à l\u2019application.C\u2019est alors que la réaction apparaît, que les problèmes surgissent.Les jeunes, en particulier, sont plus radicaux.Ils soulèvent des problèmes réels que l\u2019on voudrait voir enfouis sous terre en pratiquant la politique de l\u2019autruche.Ils sont peut-être trop impatients, mais ils ont du moins le mérite de la franchise.Il est facile alors de les accuser de marxisme, alors qu\u2019un bon nombre d\u2019entre eux veulent tout simplement appliquer l\u2019Évangile.Un meilleur discernement permettrait de mieux distinguer les vrais marxistes de ceux qui ne le sont pas.De toute façon, ce travail de Dom Camara a été le creuset qui l\u2019a préparé à la tâche future, en particulier lors de la réunion des évêques d\u2019Amérique latine, à Medellin, en 1968.Dom Camara a compris que, si on laissait les jeunes nager dans la théorie sans aboutir à la pratique, on perdrait un bon nombre d\u2019entre eux qui, de fait, se tourneraient vers le marxisme.Il a été lucide et il a su, en temps opportun, regrouper les forces de l'Église au Brésil.5\u2014 L\u2019homme des pauvres En 1950, Dom Helder Camara fut nommé secrétaire général de l\u2019Année Sainte pour tout le Brésil.Il nolisa un bateau de la marine de guerre; ce n\u2019était pas très confortable; il dut s\u2019occuper de la nourriture et de tous les services.Le bateau pouvait contenir 800 personnes; or, le nombre dépassa ce chiffre.En un mot, ce fut un vrai pèlerinage et non une excursion de tourisme.Le plus mal logé était Dom Helder Camara lui-même qui prêchait d\u2019exemple.Pour ceux et celles qui y participèrent, ce fut une expérience inoubliable. 460 L'ACTION NATIONALE En 1955, l\u2019année du Congrès eucharistique international de Rio de Janeiro, ce fut encore Dom Helder Camara qui joua le rôle de maître d\u2019oeuvre et il s\u2019en acquitta d\u2019éblouissante façon.Dans le pèlerinage à Rome, les moyens avaient été très pauvres; pour le congrès eucharistique, Dom Helder Camara utilisa les grands moyens.Cet événement eut un profond impact sur le peuple.L\u2019organisation de ce congrès ne fut pas chose facile.Il y eut beaucoup d\u2019obstacles à franchir.Dom Helder Camara, avec son expérience et sa ténacité, vint à bout de tout.C\u2019est à l\u2019issue de ce Congrès que Dom Helder Camara eut une rencontre décisive avec le Cardinal Gerlier.Celui-ci lui demanda pourquoi, avec tout son talent, il ne consacrait pas sa vie au service des pauvres.Non seulement ce fut un vrai tournant pour Dom Helder, mais véritablement une grâce du Seigneur.Il décida effectivement de consacrer toute sa vie au service des pauvres.Son premier effort, pas complètement couronné de succès, fut d\u2019essayer de reloger dans de meilleures habitations les gens des favellas.Ce fut vraiment une belle aventure.Les habitations étaient simples, mais à côté des favellas, c\u2019était des palais.Malheureusement, la politique s\u2019en mêla et l\u2019on ne put poursuivre l\u2019expérience.Elle devait seulement inspirer à l\u2019État des initiatives dans ce sens.Nommé évêque d\u2019OIinda-Recife, Dom Helder Camara continuera de donner sa vie au service des pauvres.Parce qu\u2019il prend leur défense, il sera à son tour bâillonné et devra se contenter de travailler dans son diocèse.Mais sa voix est bien connue dans le monde entier et il est un de ceux qui plaident le plus éloquemment en faveur du tiers monde.Certains se sont demandé pourquoi, au Concile Vatican II, Dom Helder Camara n\u2019est pas intervenu publiquement dans les assemblées.C\u2019est qu'il déployait son activité sur un autre plan.Il travailla dans l\u2019ombre et fut l\u2019un des évêques les plus actifs du concile.Il y aurait beaucoup d\u2019autres souvenirs à glaner dans la vie de Dom Helder Camara.Mais le tour d\u2019horizon que nous avons fait, donne une idée de la qualité, de l\u2019envergure du DOM HELPER CAMARA 461 personnage.Cet homme très humble et vivant pauvrement est un peu comme Jean-Baptiste criant dans le désert.Il clame la vérité.Cela lui attire des ennemis.Mais il ne peut pas ne pas parler, ne pas crier.A sa façon, il est dans la lignée des grands prophètes.Il perpétue une longue tradition dans l\u2019Église, d\u2019hommes et de femmes qui ont consacré leur vie au service des pauvres et qui ont incarné, dans leur existence, la parole de l\u2019Évangile: Bienheureux les pauvres d\u2019esprit, car le Royaume des deux est à eux\u201d (Mt.6).En quittant cette figure si sympathique, cet apôtre de la non-violence, nous nous sentons interpellés et nous pouvons nous demander ce que nous faisons, nous, pour les pauvres du monde.L'Évangile demeure, même en plein vingtième siècle, le message d\u2019amour et de paix qui peut résoudre les crises et les injustices de notre temps. AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE par Jean Genest{1> (1 ) Ce texte, légèrement remanié, fut remis aux journalistes, pour une conférence de presse dans les Salons de la SSJB de Montréal, le 28 novembre 1977.Assistaient à cette réunion, M.Gilbert Paquette, député de Rosemont, représentant personnel de M.René Lévesque, premier ministre; M.Jean-Paul Champagne, président de la SSJB de Montréal; M.François-Albert Angers, président de la Ligue d'Action nationale; M.Donatien Gaudet, président de la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick; M.Hubert Gauthier, directeur de l'Association des Canadiens-Français hors Québec et une cinquantaine d'autres personnalités. AUJOURD'HUI L'ACADIE 463 La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et la Ligue d\u2019Action nationale sont heureuses d\u2019offrir au grand public, surtout au monde étudiant, un numéro double entièrement consacré à L\u2019ACADIE D\u2019AUJOURD\u2019HUI.Les circonstances sont exceptionnelles: depuis le 15 novembre 1976 le Québec ne cesse d\u2019interpeller tous les Canadiens et de leur imposer un examen de conscience radical sur le contrat qui nous fait partenaires du Canada.Ces questions ne peuvent laisser les Acadiens indifférents.Ici, une douzaine d\u2019universitaires, d\u2019écrivains et d\u2019hommes responsables par leurs fonctions se chargent, eux-mêmes, de présenter leur Acadie à la croisée des chemins.L\u2019Action nationale devient leur porte-voix, leur donne l\u2019occasion de se faire entendre de tout le Québec.Ils cherchent à se situer, à dire leur état de fait, avant de s\u2019exprimer dans leurs États Généraux de 1978 ou 1979 sur leur avenir.Dans les Maritimes, ils représentent un espace et un nombre.Ce territoire et cette population vont devenir un enjeu.Il leur faut donc recompter leurs forces au point de vue social, économique, religieux, culturel et politique.Bien davantage, pris comme nous tous dans les changements qui affectent le monde entier, les Acadiens doivent faire le point pour discerner les constantes de leur histoire et assimiler les idées nouvelles qui menacent de faire craquer leurs traditions, leurs modes de vie.L\u2019urbanisation ne s'accélère-t-elle pas?L\u2019industrialisation ne doit-elle pas être intégrée?Voilà quelques-unes des inquiétudes qui sont au coeur de leurs écrits.Avant de parler d\u2019avenir, allons d\u2019abord aux faits tels que révélés par les statistiques du recensement de 1971 et celui de 1976; 464 L'ACTION NATIONALE \tANGLAIS\tFRANÇAIS\tAUTRES\tTOTAL\tRECENSEMENT \t1971\t1971\t1971\t1971\tDE 1976 T.-N.:\t514,515\t3,640\t3,950\t522,105\t557,725 \t98.5%\t0.7%\t0.8%\t100%\t I.-P.-E.:\t103,100\t7,365\t1,180\t111,640\t118,229 \t92 4%\t6.6%\t1.1%\t100%\t N.-E.:\t733,555\t39,335\t16,075\t788,960\t828,571 \t93%\t5%\t2%\t100%\t N.-B.:\t410,400\t215,725\t8,430\t634,560\t677,250 \t64.7%\t34%\t1.3%\t100%\t MARITIMES:\t1.761.570\t266,065\t29.635\t2,057,270\t2,181,775 QUÉBEC:\t789.185\t4,867,250\t371.325\t6,027,760\t6,243,000 Ainsi, en 1976, sur une population totale de 2,181,775, les Acadiens représentent, dans les quatre provinces Maritimes, 283,630 personnes ou 13% de la population globale.Deux précisions nuancent ces chiffres: 1)\tEn 1976, la diaspora des Acadiens à Terre-Neuve, Ile-du-Prince-Édouard et Nouvelle-Écosse, représente environ 60,000 Acadiens, ce qui réduit le groupe le plus important des Acadiens à 223,000, au Nouveau-Brunswick.Même là des contingents sont dispersés dans les principales villes à très forte majorité anglaise; 2)\tLe taux d\u2019assimilation, dans un milieu hostile depuis plus de cent ans et qui n\u2019a permis des écoles françaises que dans de rares cas et tout récemment, est d\u2019autant plus élevé que le groupe est plus faible et plus éloigné du Québec.Ce taux va de 40% à l\u2019Ile-du-Prince-Édouard à 7% au Nouveau-Brunswick.Le moins qu\u2019on puisse dire c\u2019est que la Confédération n\u2019a pas été favorable aux Acadiens.C\u2019est à partir de ces faits, de cet enracinement dans un territoire et de leur vouloir-vivre collectif que les Acadiens doivent affronter l\u2019avenir.On ne leur fera pas la vie facile.Ils le savent.Ils examinent quatre solutions entre lesquelles il leur faudra choisir. AUJOURD'HUI L'ACADIE 465 1\u2014\tPremière solution: garder le statu quo.Ni la constitution canadienne ni la géographie des provinces ne changent.Le combat quotidien continue, au meilleur d\u2019une volonté de résistance et de capacités créatrices, pour conserver et améliorer, en autant que possible, sa langue, sa culture, et sa situation économique.Cette solution, vécue depuis 110 ans de Confédération, est fragile et connaîtra un grignotage permanent au détriment des Acadiens à la dérive qui, comme en Nouvelle-Angleterre, sortent de leur orbite culturelle pour s assimiler en quelques générations.Au Nouveau-Brunswick, où actuellement les Acadiens constituent 34% de la population totale, ceux-ci ont-ils jamais un espoir fondé d\u2019en arriver à être reconnus comme nation égale à l\u2019autre?La Confédération continuée leur permet-elle d\u2019envisager un meilleur sort?C\u2019est discutable et où est le véritable réalisme?2\u2014\tDeuxième solution: on modifie la Constitution et les quatre provinces Maritimes s\u2019unissent pour former I Union des Maritimes.Alors sur une population totale de 2,181,777 personnes, les Acadiens, avec leurs 283,630 membres, ne représentent plus que 13% de la population totale.Et même un peu moins si on tient compte de l\u2019intégration au groupe anglais.Réduits à environ 10%, quelle serait alors la vigueur politique des Acadiens?Quelle serait la force de leurs revendications?Avec lurbanisation accélérée, ne connaîtraient-ils pas la division dangereuse d\u2019un milieu familial français et d'un milieu de travail anglais?L érosion ne serait-elle pas continue et l'aliénation nationale un mal chronique?3\u2014\tTroisième solution: les Acadiens revisent la géographie et font accepter, dans le cas d\u2019un remodelage des provinces, de ne pas participer à une Union des Maritimes, pour se constituer en une sorte d\u2019État indépendant, groupant la majorité acadienne, pôle d\u2019attraction pour tous les autres Acadiens dispersés, vers le nord du Nouveau-Brunswick.Cette solution pourrait être l\u2019équivalent d'une Belgique française ou d une Suisse française ou proposer une république carrément indépendante.Cette solution ne serait pas facile à obtenir.Elle ne serait pas facile à maintenir.Le 466 L ACTION NATIONALE petit nombre d\u2019habitants d\u2019un tel État, en Amérique du Nord, permettrait-il à un tel État d'être viable?Ne s\u2019agirait-il pas d\u2019une enclave relativement minuscule, semblable au Luxembourg européen?Mais elle présente des avantages évidents qui doivent être soupesés en regard des difficultés et des possibilités.4\u2014 Quatrième solution: Dans le cas d\u2019une \u201csouveraineté du Québec dans l'interdépendance canadienne\u201d, les Acadiens, du moins là où ils sont plus nombreux, demandent de faire cause commune avec le Québec.Cette intégration peut être prévue comme une nouvelle région du Québec ou comme une partie \u201csouveraine\u201d rattachée au Québec.L\u2019idée de fond serait d'unir, par une intégration pas encore définie mais volontaire et libre, leurs forces culturelles, économiques et politiques à celles des Québécois.L'Amérique du nord n\u2019oblige-t-elle pas à une concentration des forces françaises?Aucune de ces quatre solutions possibles n\u2019est facile.Mais il est encore plus dangereux de ne pas choisir.Influencé par le Québec, traversant eux-mêmes une époque de grande créativité, les Acadiens vivent un temps de maturation politique extrêmement importante pour leur avenir.Ils en sont au point de non-retour.Ce n\u2019est pas la faute des Acadiens si l\u2019Angleterre d\u2019abord, puis la Confédération, ont érigé de mauvaises frontières provinciales.Cette géographie malsaine, voulue par des intérêts en place, oblige encore les Acadiens à vivre séparés de leurs frères québécois.Les Pères de la Confédération ont vraiment oublié les Acadiens: ceux-ci, à ce moment décisif de 1867, n\u2019ont pas eu de voix politique valable pour les représenter.Aujourd\u2019hui, ils ne veulent pas que l\u2019Amérique du Nord se modifie sans qu\u2019ils aient leur mot à dire.Il leur faut trouver ce mot qui est, à la fois, une décision.Le Canada confédératif est boiteux mais surtout pour les Acadiens.Des corrections s\u2019imposent.Comme le disait M.de Peyrefitte à M.René Lévesque: \u201cLa France ne pratiquera pas d\u2019ingérence mais, non plus, elle ne restera pas indifférente\u201d.Ainsi peut parler le Québec aux Acadiens: \u201cArticulez votre avenir et nous vous appuierons\u201d. AUJOURD'HUI L'ACADIE 467 Cette façon de voir est facile à comprendre car les Acadiens sont différents par leur territoire, par leur groupement homogène et par leur culture originale.Mais ils ont aussi beaucoup de traits communs avec les Québécois.Et cette communauté de traits l'emporte sur toute autre considération.Les Acadiens ne participent-ils pas au même héritage de la langue, de la religion et des mêmes difficultés en Amérique du Nord?N\u2019ont-ils pas, comme nous, développé le secteur coopératif?Au cours de trois siècles d histoire les échanges entre l\u2019Acadie et le Québec ont été massifs et, aujourd\u2019hui, l\u2019Acadie a peut-être plus de membres et de descendants au Québec que dans les Maritimes.La caractéristique des décisions actuelles est qu\u2019il ne s'agit plus d'un choix personnel ou familial mais qu\u2019il s'agit d\u2019une option collective: leurs institutions, leur université, leur culture vont-elles mieux se développer à l'intérieur de la Confédération, comme minorité dans les Maritimes, dans un État indépendant ou dans un accord avec le Québec?Lutter pour résister et pour surnager demande à être dépassé: il faut envisager une psychologie, une stratégie et une politique globale qui conduit à la liberté nationale et à l\u2019affirmation de soi.Parvenus à une croisée des chemins, les Acadiens doivent choisir.Le Québec, leur seul allié naturel, doit s\u2019éveiller à leur problème majeur et les appuyer.Si la revendication du Labrador nous paraît juste, n'avons-nous pas cent fois plus raison d\u2019aider les Acadiens à faire le meilleur choix, conforme à leur vouloir-vivre collectif?Ce choix ultime, avant toute politique, exige, lorsque les circonstances le demanderont, que les Acadiens soient suffisamment unanimes, soit par référendum, soit par un comité représentatif, à marcher d'un même pas.Appliquons aux Acadiens ces paroles de Giscard d\u2019Estaing au premier ministre du Québec, en visite à Paris, le 3 novembre 1977: \u201cChers frères Acadiens, comment assurer la sauvegarde et l\u2019affirmation de votre personnalité acadienne?Cette question est au centre de votre débat politique.Je n\u2019ai pas besoin de vous dire que ce débat ne laisse pas le Québec indifférend.Mais il ne lui appartient 468 L\u2019ACTION NATIONALE pas d\u2019y intervenir.Ce ne serait conforme ni à votre volonté, ni à votre dignité.Vous déterminerez vous-mêmes, sans ingérence, les chemins de votre avenir: vous en avez le droit et vous en avez la capacité.Ce que vous attendez du Québec, c\u2019est sa compréhension, sa confiance et son appui.Vous pouvez compter qu\u2019ils ne vous manqueront pas le long de la route que vous déciderez de suivre\u201d.Dans cette perspective, AUJOURD\u2019HUI L'ACADIE (nov.-déc.1977) devient le document le plus émouvant et le plus important publié, en ces dernières années, par les Acadiens, réfléchissant sur leur destinée.Il est aussi un avertissement aux stratèges québécois et à toute l\u2019élite universitaire ainsi qu\u2019à toute notre population, de la nécessité d\u2019établir des communications et des échanges de toutes sortes, qui donneront à tous et à chacun des Acadiens, un goût de vivre à la française en ce coin d\u2019Amérique du Nord en unissant, de façon quelconque, toutes nos forces.Il y a une mauvaise façon de parler de l\u2019Acadie, comme du Québec, c\u2019est de décrire l\u2019Acadie morte, celle des laissés-pour-compte, celle de ceux qui meurent par sous-alimentation culturelle.N\u2019avons-nous pas au Québec notre propre frange de moribonds, ceux qui se cherchent une crèche et ceux qui manifestent les grandes misères spirituelles de la servitude.Ils nuisent mais ne comptent plus.Il faut plutôt insister sur l\u2019Acadie vivante, celle des redressements, celle des efforts têtus et méritoires, celle qui aspire de génération en génération à une dignité collective en plénitude.Avec cette Acadie vivante, nous devons, comme le disait le représentant du premier ministre, M.Gilbert Paquette, célébrer des \u201cretrouvailles\u201d.Il ne s\u2019agit plus d\u2019une Acadie oubliée ou lointaine mais d\u2019une Acadie qui aime se faire parler, à son tour, d\u2019amour et de liberté et de justice et de beauté.Voilà l\u2019Acadie qui ne doit pas mourir à nos côtés.Voilà l\u2019Acadie de toujours. SIMÉON LE SAGE (1835-1909) Un notable d\u2019autrefois dans l\u2019intimité par Pierre Trépanier 470 L'ACTION NATIONALE Vers 1842 ou 1843, des enfants jouaient sous le regard amusé de leurs grands-parents.Un bambin, leur petit voisin, partageait leurs jeux.T out à coup le vieux couple se mit à converser en un idiome inconnu alors que de coutume, comme tout le monde à Saint-Jacques-de-l\u2019Achigan, il parlait français.Surpris, intrigué, le bambin multiplia les questions.C était de l\u2019anglais.Bien que le comté où restait I enfant fût affublé de nom de Leinster, jamais un seul mot d\u2019anglais n\u2019avait retenti à ses oreilles.Malgré les explications, le mystère persista dans son jeune esprit jusqu\u2019à ce que, plus tard, il apprît l\u2019odyssée des Acadiens, victimes de la conquête britannique.Ce garçon s\u2019appelait Siméon Le Sage, tout comme son père.1 L abbé Edouard Labelle avait baptisé l\u2019aîné de Siméon Lesage père et d Adeline Desautels le 3 juin 1835, jour de sa naissance, en présence des parrains Joseph Lesage et Cécile Goulet.2 Contrairement aux parrains, grand-père paternel et grand-mère maternelle du baptisé, le père avait signé le registre.La cérémonie s\u2019était déroulée dans la paroisse de L\u2019Assomption, qui à cette époque englobait encore L Épiphanie, patrie du jeune Le Sage.3 Le père était menuisier.Quelque temps après, la famille s\u2019établira plus loin dans les terres, à Saint-Jacques-de-l'Achigan, en sorte que le menuisier deviendra cultivateur (document de 1853).4 Le cadastre abrégé de la seigneurie de Saint-Sulpice dressé le 24 août 1861 indique en effet que quelques terres appartenaient aux Lesage.5 C\u2019est dans cette paroisse réputée pour sa ferveur que naquirent et grandirent les enfants, bientôt au nombre de onze.6 Madame Lesage était une \u201cfemme d\u2019un grand caractère et du plus pur esprit surnaturel\u201d:7 Siméon gardera toute sa vie, de son éducation première, une foi vive.Du père, on ne sait rien; ses patientes acquisitions foncières laissent deviner un homme laborieux, persévérant, qualités que le fils héritera.En 1845, âgé de dix ans, Siméon s\u2019inscrivit au collège de L\u2019Assomption, jeune établissement d\u2019enseignement secondaire fondé par Jean-Baptiste Meilleur, une douzaine d\u2019années plus tôt.8 Il sera de la treizième promotion, sortie en 1852: le cours ne comportait alors que sept années, la méthode et la versification étant bloquées.Il s\u2019y lia d\u2019amitié avec Hector Fabre, son condisciple pendant quelques SIMÉON LE SAGE 471 mois.9 Un autre collégien, Louis-Amable Jetté, devint aussi son ami intime.10 Quelle formation le jeune Le Sage reçut-il?L\u2019abbé Jean-Baptiste Dupuy dirigeait les destinées du collège.11 Estimé de Mgr Bourget, Dupuy avait été professeur de théologie à l\u2019évêché et directeur des Mélanges Religieux.Rompant avec la discipline de son prédécesseur, il bannit les punitions corporelles.Une bande de frondeurs, les Flam bards, en profita pour instaurer le règne de l\u2019insubordination.12 Au cours de l\u2019hiver 1852-1853, une purge draconienne frappa quatre-vingts des deux cents élèves.Le corps professoral, plus lesté de bonne volonté que de science, laissait à désirer.Majoritairement composé d\u2019ecclésiastiques cumulant l\u2019enseignement et les études théologiques, il ignorait la spécialisation.13 Jusqu\u2019en 1869, un seul professeur se chargeait des deux classes de philosophie réunies, et cela pour toutes les matières, de la métaphysique au grec en passant par les sciences et les mathématiques.La rareté des manuels était telle que, selon un ancien, \u201cLe collège présentait un aspect à faire revivre le Mont-Cassin\u201d.14 Peut-être noircit-on le tableau à l\u2019excès?Le collège n\u2019a-t-il pas formé Wilfrid Laurier, Arthur Dansereau, Joseph-Israël Tarte?Encore faudrait-il savoir s'ils réussirent malgré leurs études ou grâce à elles.Le Sage était un élève exemplaire, discipliné, appliqué, brillant même.15 Dans un certificat délivré le 4 février 1853, le directeur atteste qu'il a suivi un cours complet de latinité dans le collège de L\u2019Assomption, y compris Belles-Lettres et Rhétorique, et deux années de Philosophie, dans l\u2019une desquelles logique, Métaphisique [sic] et Morale, dans l\u2019autre Mathématiques et Physique.Je certifie de plus que Mr Siméon Le Sage pendant tout son cours classique, s\u2019est toujours distingué par ses heureux succès et par sa bonne conduite morale et chrétienne.16 D\u2019ailleurs le finissant allait toujours témoigner beaucoup d\u2019attachement à son collège.Il participera avec empresse- 472 L'ACTION NATIONALE ment aux fêtes qui, en juin 1883, en marqueront le cinquantième anniversaire.17 Le 7 février 1853, après examen, il était admis à l\u2019étude du droit.18 Son père, par devant le notaire C.-E.Belle, l'engagea à cette fin dans le cabinet de George-Etienne Cartier; Le Sage avait dix-sept ans.19 Le stage achevé, le maître décerna au jeune clerc son certificat en février 1857.On y lit que dans l\u2019accomplissement de ses devoirs comme étudiant Mr Le Sage a fait preuve d\u2019un grand amour pour le travail et s\u2019est toujours fait remarquer par sa bonne conduite et la douceur et l\u2019aménité de ses manières et de son caractère.20 À quoi Cartier joignait un dernier conseil: Je vous souhaite succès dans la carrière professionnelle [sic], et vous aurez ce succès en continuant de travailler comme vous l\u2019avez toujours fait.Remarquez que dans ce monde tout est dû au travail, et que la plus haute intelligence ne produit rien, si elle ne travaille.21 Pendant sa cléricature, Le Sage ne se confina pas au droit: il fut membre actif de l\u2019Institut national22 et du cercle Pothier.23 Devenu avocat, il n\u2019abandonnera pas sa participation à cette sorte de sociétés, lieux par excellence de l\u2019apprentissage du débat et de l\u2019éloquence, de l\u2019initiation à la vie publique, occasions de nouer de précieuses relations.24 Au printemps 1858, il quitta, avec ses amis Fabre et Jetté, l\u2019Institut Canadien et contribua à la fondation de l\u2019Institut Canadien-Français, plus respectueux du magistère.25 Il occupa divers postes au sein de cette société avant d\u2019accéder à la présidence.26 On notera que Pierre-Joseph-Olivier Chauveau fut élu président de l\u2019Institut Canadien-Français à ses débuts et que par conséquent les relations entre Le Sage et lui remontaient probablement à cette époque.27 Le Sage assuma aussi des responsabilités au sein de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.28 Il adhéra à la société de colonisation du Bas-Canada fondée en 1861.29 Quand il prononçait une conférence, intervenait dans un débat, on lui reconnaissait beaucoup de clarté, de logi- SIMÉON LE SAGE 473 que et de concision.Certains toutefois, déplorant sa froideur accoutumée,\u201d30 auraient préféré \u201cun peu plus de passion et de chaleur.\u201d31 Donc le 2 mars 1857 le barreau admettait Le Sage dans ses rangs.32 Le jeune avocat s\u2019associa avec ses meilleurs amis pour former le cabinet Fabre, Le Sage et Jetté.33 Il choisit toutefois d\u2019exercer sa profession à Joliette.Choix judicieux: en pleine expansion, c\u2019était le village le plus prometteur des circonscriptions de Montcalm, L\u2019Assomption, Joliette et Berthier; c\u2019est là que le gouvernement décida d\u2019établir en 1858 le siège administratif du nouveau district judiciaire.34 Pendant cette période, il partagea la vie de George Baby.En 1860, il opta pour Montréal tout en regrettant la séparation: \u201cIl m\u2019en a coûté d\u2019interrompre cette vie à deux que nous avons menée depuis deux ans.\u201d35 Joliette devait rester pour lui \u201cle séjour obligé de l\u2019insouciance de la jeunesse et de la gaieté\u201d; il lui saura toujours un gré infini d\u2019avoir servi de cadre à [leur] amitié et aux deux meilleures années de [sa] jeunesse.36 Quelques années plus tard, Fabre décida d\u2019émigrer à Québec: la société fut rompue; Le Sage pratiqua seul pendant que Jetté s\u2019associait à F.-X.Archambault.37 Notre jeune avocat, bien qu'assidu au travail, savait se ménager d'agréables loisirs.Sa correspondance ne tarit pas sur les bals (qui le passionnaient), les impressions de théâtre, les parties de whist:38 \u201cJe n\u2019ai jamais été aussi mondain, plaisantait-il un jour, l\u2019abbé Fabre désespère de moi.\u201d39 Dans ce tourbillon de réjouissances s\u2019insinuait parfois en trouble-fête la conscience du temps qui fuit: George pourquoi ne sommes-nous pas toujours jeunes et amoureux.! ce qui me trouble c\u2019est de songer que cela n'a qu\u2019un temps, et que ce temps est court s\u2019il faut en croire les vieux.40 Mais pour l\u2019instant, on est encore jeune, \u201con a bien le temps d\u2019être sage.\u201d41 Et puis les bals autorisent la beauté féminine à se dévoiler un tant soit peu, telle cette ravissante américaine aux \u201cépaules et [à la] gorge délectables.\u201d42 Mais vive la Canadienne! \u201cMa reine à moi, ç\u2019a été Adine.\u201d43 De- 474 L'ACTION NATIONALE vant tant d'appâts, la confession pascale risquait de se transformer en un exercice des plus méritoire: Une bonne nouvelle mon brave ami j\u2019ai fait mes pâ-ques comme un bon chrétien et me voilà en pleine voie de réforme.Je ne crois plus que le printemps et l\u2019herbe tendre.44 Adine était sa reine, aussi l\u2019épousa-t-il.45 La beauté, la grâce de la demoiselle rendaient compte de l\u2019attrait qu'elle exerçait sur son amoureux.Un sain réalisme toutefois n\u2019interdit pas d\u2019observer que ce mariage d\u2019amour servait en même temps l\u2019ambition de ce fils de paysan.Exercer une profession libérale le haussait déjà d\u2019un échelon dans l\u2019échelle sociale; se marier avec une héritière aisée et d\u2019ascendance partiellement irlandaise lui donnait ses entrées dans certains milieux, lui faciliterait l\u2019accès à une carrière politique, le cas échéant.Les amoureux unirent donc leur destinée le 29 octobre 1863.46 Peu porté au farniente, curieux des choses de l\u2019esprit, le jeune mari s\u2019adonnait à la lecture et aux recherches historiques.Il collaborait régulièrement à la Revue Canadienne.47 Ses relations avec P.-J.-O.Chauveau durent s\u2019en trouver resserrées.Chose certaine, l\u2019aîné et le cadet s\u2019appréciaient.48 Devenu premier ministre, Chauveau invita Le Sage à poser sa candidature aux prochaines élections générales québécoises sous le nouveau régime fédératif.Le Sage n\u2019en était pas à sa première expérience électorale.On étudiera plus loin l\u2019évolution de ses opinions politiques.Qu\u2019il suffise ici de mentionner sa candidature à l\u2019élection complémentaire de février 1862 dans la circonscription de Montcalm.Il portait les couleurs de l\u2019opposition libérale modérée, dont le chef était Louis-Victor Sicotte et l\u2019Ordre, l\u2019organe à Montréal.49 Mais l\u2019opposition au parti ministériel se trouvait divisée, un tiers candidat, Firmin Dugas, persistant à entrer en lice.Le Sage se retira: il jugeait que la division des suffrages ne lui laissait aucune chance.50 Aux élections générales de 1863, on le \u201ctourmenta\u201d encore, selon son expression, mais il résista, refusa toute participation, sauf dans Terrebonne où il appuya Labrèche-Viger: \u201cJe rentre dans la vie privée pour n\u2019en plus sortir de sitôt j\u2019espère.\u201d51 SIMÉON LE SAGE 475 Quatre ans devaient s\u2019écouler avant que, pour se rendre au désir de Chauveau, il ne se ravisât.Il souhaitait se présenter dans Montcalm.Mais le député sortant, Joseph Dufresne, prétendait au double mandat, Chauveau promit d'amener le récalcitrant à composition.62 La campagne électorale commençait sous de favorables auspices.La Minerve avait déjà rompu des lances avec Le Sage mais ne semblait pas garder rancune.On lit dans le numéro du 19 août 1867 que, Dufresne se présentant au fédéral et Le Sage au provincial, il n\u2019y a pas d\u2019opposition sérieuse possible avec deux candidats qui méritent aussi bien à tous les titres, la confiance des électeurs.Le Sage se considérait presque élu quand inopinément surgit un adversaire.Firmin Dugas, \u201cconservateur dans la force du terme\u201d selon la Minerve, après avoir déclaré à Le Sage qu\u2019il s\u2019abstiendrait, cédait aux avances des rouges et se portait candidat.Et la Minerve d\u2019avertir l\u2019organe libéral: Nous ne pensons pas que M.Dugas soit bien flatté de l\u2019accolade du Pays; mais dans tous les cas, c\u2019est un baiser dont nous nous souviendrons, en temps et lieu.53 Adversaire roué, Dugas martelait un argument-choc, toujours le même: il résidait, lui, dans le comté; ce serait une honte d\u2019élire un candidat qui n\u2019y habitait pas.Toutes les ripostes de Le Sage se brisèrent là-dessus.Le résidant l\u2019emporta par 295 voix.54 La Minerve oubliant opportunément sa promesse, conclut sans broncher: \u201cM.F.Dugas appartient au parti conservateur et sera un excellent représentant.\u201d55 Chauveau, tout penaud, n\u2019en revenait pas: \u201cJe n\u2019ai pas besoin de vous dire combien je suis désappointé.Je n\u2019y comprends rien.\u201d56 Curieusement, cette défaite ouvrit à Le Sage une carrière dans l\u2019Administration publique ainsi qu\u2019il le racontera lui-même à Rameau de Saint-Père: A quelque temps de là, lorsque l'administration locale en vint à organiser les divers départements, Mr Chauveau, qui se reprochait sans doute de m\u2019avoir poussé à une lutte assez dispendieuse, m\u2019offrit la charge de sous-chef du Département de 476 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019Agriculture et des Travaux publics.Il m\u2019en coûtait un peu de quitter Montréal où j\u2019avais un joli établissement et une clientèle qui n\u2019était pas sans importance, néanmoins comme cet office me donnait la direction de la colonisation et qu\u2019un traitement convenable y était attaché, je l\u2019acceptai.57 Ainsi l'on passait de la basoche aux tout premiers échelons de la fonction publique.La Minerve se contenta d\u2019annoncer la nomination sans commentaire.58 Comme le Pays soutenait qu\u2019on aurait dû nommer Pierre-Urgel Archambault au Conseil législatif, la Minerve répliqua que ce dernier avait été battu aux élections: Il est vrai que M.Lesage [sic] auquel on a donné une place, a été aussi battu au poil; mais il a été battu par un adversaire qui était de la même politique que lui.D\u2019ailleurs il n\u2019est pas appelé à faire partie du corps représentatif.Les emplois au service civil ne comportent aucune dignité.Le public n\u2019a rien à y voir.Il n\u2019y a donc aucune parité entre les deux cas.59 En novembre, Le Sage quitta donc Montréal pour Québec, avec sa famille, et emménagea au numéro 1, Stadacona Terrace.\u2018\u2018La vie de fonctionnaire me va comme un gand [sic]\u201d, écrivait-il; Québec leur plaisait, à sa femme et à lui.60 Les Le Sage formaient un couple uni, heureux.Un jour, à son mari absent, Adine envoya un billet doux pour lui susurrer cette réflexion inspirée des amours vénitiennes: En voyant passer devant moi les \u201cjeunes heureux\" promenant leurs amours en gondoles; il me semblait que c\u2019était bien là notre image; nous promenant en gondoles [sic] sur le fleuve de la vie La vie intime du ménage, se déroulant au rythme des naissances et des joies familiales, serait malheureusement assombrie par les décès.Le premier-né ne survécut pas.62 En 1865, 1867 et 1869, naissaient Adine, Louis et Georges.63 Le père s\u2019attendrissait devant ces \"trois enfants joyeux et vermeils\u201d64 groupés autour de sa table.Le 10 mai 1871, un SIMÉON LE SAGE 477 autre garçon s\u2019ajoutait: Jules, qui, victime de la poliomyélite, serait toute sa vie affligé d\u2019une claudication assez prononcée.65 Une dernière grande joie avant les larmes: l\u2019ordination de Charles-Médéric et la profession religieuse d\u2019Elodie, frère et soeur de Le Sage, le même jour, 5 novembre, à Saint-Jacques.66 Le jour de l\u2019an 1872 inaugura une année d\u2019affliction.C\u2019est en effet le premier janvier que Madame apprit la mort subite de son frère Henry, qui, après douze années passées en Chine, revenait au pays, fortune faite.67 Au début de février, Le Sage échappa de justesse à la mort dans un terrible accident de chemin de fer.66 A la fin de mars, la scarlatine s\u2019attaqua à la famille, y compris Madame Le Sage et son bébé de dix mois, n\u2019épargnant que le père.En sept jours, du 30 mars au 4 avril, la maladie fauche Adine, Louis et Georges.69 Prostré, Le Sage confiait à ses amis \u201cle découragement, la douleur foudroyante que peut causer la perte presque simultanée de trois enfants chéris.\u201d70 \u201cLe vide effroyable\u201d de sa maison, jadis \u201csi gaie, si bruyante\u201d, aujourd\u2019hui \u201csi morne, si silencieuse\u201d l'accablait.71 En octobre mourait la mère adoptive de Madame Le Sage, chez cette dernière.72 Les années 1873-1878 ne furent jalonnées que d'événements heureux.Le 9 mars 1873 naissait Marie.Heureux le père confiait: Il était temps qu\u2019il survienne un changement car les idées noires nous envahissaient de plus en plus.La moindre chose jetait Adine dans des tristesses profondes et malgré mes bonnes résolutions j\u2019étais bien souvent moi aussi entraîné à l\u2019imiter.J\u2019espère que maintenant [.] nous allons redevenir ce que nous étions auparavant pleins de confiance dans l\u2019avenir et satisfaits du présent.73 En février 1878, Mgr Fabre, évêque de Montréal, offrit à Médéric la dignité de chanoine titulaire.Le Sage conseilla à son frère d\u2019accepter: 1.par motif d\u2019obéissance, car c\u2019est évidemment le désir de Mgr Fabre de te garder auprès de lui; 478 L'ACTION NATIONALE 2.\tparce que tu es en état de remplir la position (en ayant été jugé digne par d\u2019autres que toi); 3.\tparce qu\u2019ayant embrassé une carrière il y a obligation d\u2019avancer chaque fois que l\u2019occasion s\u2019en présente, pour faire tout le bien qu\u2019il est en son pouvoir de faire.74 Cette lettre révèle deux traits idéologiques que Le Sage partageait avec ceux de sa classe: soumission à l\u2019autorité et service à la société en proportion de ses talents.Enfin Modeste, une autre de ses soeurs, mère Marie-Anastasie en religion, était élue, au mois d\u2019août 1878, supérieure générale de la congrégation de Sainte-Anne.75 Cette longue série de jours fastes s\u2019interrompit brutalement.C\u2019était le lundi 19 novembre 1879.Une fois de plus enceinte, Madame Le Sage sortit l\u2019après-midi pour ses courses.Le soir elle souffrit d\u2019une espèce d\u2019indigestion.Le surlendemain c\u2019était fini: la scarlatine l\u2019avait terrassée.Les médecins pratiquèrent une césarienne pour retirer l\u2019enfant.Sitôt baptisé, l\u2019enfant mourut.Madame Le Sage avait trente-sept ans et demi.Dix enfants lui étaient nés.Le Sage épanchait sa douleur dans une lettre à son ami Fabre: Celle que j\u2019ai tant aimée et à qui je dois les plus douces jouissances de ma vie, celle qui m\u2019était si dévouée avait cessé de vivre.Avec quelles amères délices j\u2019ai posé alors mes lèvres sur ses lèvres inanimées et je suis parti comme un fou pour aller pleurer à mon aise.76 Il puisa dans sa foi le courage nécessaire.On lit dans une lettre au concul Albert Lefaivre: \u201cCe brave Lesage est calme; sa douleur est empreinte de sérénité; on voit qu\u2019il a la vraie force.\u201d77 Impitoyable, la mort frappa de nouveau le 9 janvier 1881: une diphtérie laryngienne emporta Alain, âgé de quatre ans et demi.Démoralisé, Le Sage sentait la dépression le guetter, mais il se ressaisit.78 SIMÉON LE SAGE 479 Les années défilèrent, à l\u2019abri heureusement des épreuves qui naguère les avaient endeuillées; mais le veuf trouvait son \u201cexistence terne et monotone.\u201d79 L\u2019ami Fabre, à qui était destinée cette confidence, eut tôt fait de prescrire le remède: Tu vois où je veux en venir: cherche toi-même et tu trouveras.Ni trop jeune, ni trop mûre, appétissante encore, car ton appétit est robuste et a besoin de fruits savoureux dans lesquels la dent puisse maintes fois pénétrer.80 Le Sage n\u2019allait jamais se remarier.Par bonheur la présence de ses quatre enfants le réconfortait.Ils poursuivaient leurs études, l\u2019aîné au séminaire de Québec, les cadettes chez les Ursulines.81 En 1892, Jules s\u2019inscrivit au collège Saint-Jean de Fordham (New York) pour sa dernière année de philosophie, après quoi il étudierait le droit à l\u2019Université de Laval.82 Depuis toujours, Le Sage rêvait d\u2019un tour d\u2019Europe.Il réussit enfin à obtenir un congé de quatre mois et s\u2019embarqua, le 2 février 1895, avec ses filles Marie et Isabelle.83 Quelle joie de revoir son vieil ami Fabre depuis longtemps installé à Paris en sa qualité de représentant du Canada et du Québec.Rameau de Saint-Père le présenta aux amis du Canada français en France et l\u2019abbé Henri-Raymond Casgrain l\u2019introduisit dans \u201cle monde élégant\u201d.L\u2019itinéraire de Paris à Londres passait par la Belgique, la Suisse et l\u2019Italie.L\u2019Europe l\u2019avait ravi, Paris et Londres surtout, mais au retour le spectacle qu\u2019offrait Québec à l\u2019approche du navire l\u2019émut peut-être davantage: Je n\u2019ai jamais trouvé Québec aussi beau qu\u2019à notre arrivée samedi vers une heure p.m., aussi il faisait un soleil ravissant.Les étrangers qui étaient à bord étaient extasiés.84 Adine était restée au pays.Elle se croyait une vocation d\u2019ursuline.Le Sage temporisa, ajourna son autorisation.85 Aussi bien, au bout de cinq ans, l\u2019hyménée souriait beaucoup plus à la jeune fille que le cloître: elle était tombée amoureuse de Roquebrune-Paul La Roque, de Montréal.86 Le Sage demanda que le mariage fût différé d\u2019un an au 480 L'ACTION NATIONALE moins: \u201cCe sont deux enfants\u201d87 Deux ans s'écoulèrent; le soupirant s\u2019impatientait.Le Sage lui écrivit une lettre plutôt sympathique, où s\u2019étalait une bonne dose de prudence bourgeoise: Je tiendrais à savoir jusqu\u2019à quel point votre position est susceptible d\u2019avancement.Il conviendrait aussi avant d\u2019aller plus loin que nous nous entendions sur le revenu exact sur lequel vous pouvez compter tant de votre côté que du mien.88 La Roque finit par donner satisfaction à la sollicitude paternelle et épousa Adine le 12 juin 1905.89 Jules, qui préparait son admission au barreau, tombait de Charybde en Scylla: il échoua en 1898, 1899, 1900.Le désappointement du père se comprend, lui qui avait rêvé au jour où son fils serait avocat: \u201cQuand je prendrai ma retraite, j\u2019irai l\u2019aider à son bureau.\u201d90 Jules se détermina pour le journalisme, ce que Le Sage n\u2019approuvait guère: \u201cJ\u2019ai fait tout ce que j\u2019ai pu pour le détourner de cette ingrate carrière mais en vain.\u201d91 Après en avoir tâté quelque peu, le jeune homme conçut un projet dont l\u2019extravagance effaroucha le bon sens paternel: \u201c[.] devenir un écrivain de marque.C\u2019est cela qu\u2019il veut être, rien de moins.\u201d92 Il publia en 1901 ses Chroniques laurentiennes et ses Conférences sur la littérature canadienne, puis en 1902 sa Théorie sur le merveilleux dans la littérature française et canadienne.Ce ne fut pas un triomphe.Consulté, Fabre répondit honnêtement, sans détour.Son opinion se ressentait sans doute de l\u2019amertume laissée par lamort de son fils unique Paul; de plus, en fin connaisseur, il devait être très conscient des limites de Jules: Il n\u2019est que trop évident qu\u2019il perd son temps et son argent [.].La littérature française ne mène à rien au Canada, et la littérature canadienne à rien en France.93 Une épreuve autrement plus cruelle devait encore attrister la vieillesse de Le Sage.Sa fille aînée, Marie, avait été dangereusement malade, pendant quatre mois, de la fièvre typhoïde.94 Elle semblait guérie lorsqu\u2019une dizaine de mois plus tard \u201csa fièvre lui [revit] sous forme de fièvre cérébrale et de désorganisation de tout le système nerveux.\u201d96 On dut SIMEON LE SAGE 481 Interner la névropathe, qui toutefois se rétablit assez rapidement.97 Le décès de sa mère et de plusieurs de ses ami poussait Le Sage \u201cà faire de sinistres réflexions sur [luij-même.\u201d98 \u2018\u2018Parmi nos contemporains, remarquait-il dans une lettre à Fabre, on dirait qu\u2019il n\u2019y a que nous qu\u2019on n\u2019enterre pas.\"99 Pourtant ces accès de tristesse que causait le pénible sentiment du déclin ne doivent pas laisser l'impression d\u2019un vieillard épuisé, dodelinant du chef comme pour mieux y remuer les souvenirs d\u2019antan.Ce vieil homme restait vigoureux, et sa vigueur le rendait fier: La besogne ne me fatigue pas et je ne sens pas le besoin de l\u2019abandonner.-.] Ma santé est excellente et je ne me sers pas encore de lunettes.100 Et puis la vieillesse n\u2019apporte pas qu\u2019amertume: il y a aussi les joies d\u2019être grand-père.101 Malgré qu\u2019on en ait, l\u2019heure de la retraite finit toujours par sonner: le 30 juin 1909, Le Sage abandonna le poste qu'il occupait depuis 41 ans et demi.102 Si le retraité avait repoussé d\u2019année en année cette échéance, c\u2019est qu\u2019il espérait obtenir du gouvernement une pension égale à son plein salaire.103 Or le premier ministre Lomer Gouin avait pour politique de ne jamais accorder plus de 70% du traitement.Pour tourner la difficulté, il fit à ce chevronné serviteur de l\u2019État une proposition qui l'enchanta.Ainsi que l\u2019expliquait Le Sage, cela consistait à se charger du travail préliminaire qui doit amener l\u2019abolition des barrières de péage sur les chemins et ponts de la Province.[.] Chose qui n\u2019est pas sans importance, je conserve un pied à terre au Parlement pour faire ce travail sans cependant être astreint à aucune assiduité autre que celle que je jugerai à propos d\u2019adopter.104 Le vieux fonctionnaire conservateur était reconnaissant au chef libéral de ces égards.105 Comme tous les soirs, le 9 novembre 1909 le pensionné sortit de chez lui, avenue Sainte-Geneviève, vers sept 482 L'ACTION NATIONALE heures, pour sa promenate quotidienne.Il atteignait à peine le coin de la rue Laporte qu\u2019il s\u2019écroulait, foudroyé par une syncope.Il mourut peu après qu\u2019on l\u2019eut transporté chez lui.La presse brossa un portrait élogieux du disparu, reconnaissant en lui un fonctionnaire intègre, un patriote sincère, un parfait gentilhomme: un notable dans toute la force du terme.106 On retient ici le mot notable en raison de son imprécision même; ne serait-il pas aventureux de pousser plus loin la catégorisation alors que l\u2019histoire sociale du Québec, embryonnaire, ne fournit pas de cadres de référence sûrs et précis?De plus ce terme sert bien notre propos: raconter l\u2019histoire d\u2019une ascension sociale.En effet le vocable notable renvoie à la notion de niveau social, de statut social qu\u2019Alain Birou définit comme la \u201cposition ou le prestige social que les contemporains de quelqu\u2019un lui accordent objectivement au sein de la société où il vit.\u201d107 S\u2019il faut absolument recourir aux catégories de grande, moyenne et petite bourgeoisie, on se hasardera à soutenir, en prenant pour base la définition de Jean Lhomme,108 que Le Sage ne peut être classé dans la grande bourgeoisie (ses revenus ne paraissent pas assez élevés).Par certains côtés de son état social, on serait pourtant tenté de l'y assimiler car Jean Lhomme inclut aussi parmi les grands bourgeois: tout un lot assez disparate comprenant des fonctionnaires, des avocats: à condition toujours qu\u2019ils aient de la fortune et que, s'ils sont fonctionnaires, ils figurent suffisamment haut dans la hiérarchie.109 Quoi qu\u2019il en soit, on se propose ici d\u2019inventorier les assises matérielles (fortune) de l\u2019univers mental de Le Sage ainsi que de ses manifestations (comportement, relations et oeuvres sociales) avant d\u2019en décrire, dans un autre chapitre, les principales composantes.De la sorte, on espère mieux cerner l\u2019homme.Les papiers du notaire Jean-Alfred Charlebois recèlent des renseignements intéressants sur la fortune de Le Sage.110 Ses revenus personnels semblent se limiter, ou à peu près, à son traitement, d\u2019un montant respectable pour l\u2019époque: $1 800, $2 000 puis $2 400.111 Son train de vie SIMÉON LE SAGE 483 parait plus lié aux revenus de sa femme, dont il administre les biens, héritière à triple titre par la famille de son père (les Pemberton), de sa mère (les Guy), d\u2019adoption (les Berthelet).112 Il s'agit surtout de biens fonciers.113 Comme le laisse entendre cette phrase, les héritages de sa femme comptaient pour beaucoup dans la bourse de Le Sage: \"Je ne jouis plus du revenu de mes 3 enfants majeurs, ce qui fait une grande différence.\u201d114 De sa famille, il n\u2019a reçu rien que de très symbolique.Les terres de la ferme paternelle revenaient logiquement à Hormidas et Alfred, les seuls des quatre fils à se faire cultivateurs.Le Sage souffrait peut-être de cette situation comme le décela son attitude dans une querelle de famille à propos d'une donation de Madame Lesage mère à ses fils.Il tint mordicus à sa part parce que, dit-il, il vaut mieux que ce petit montant me reste afin qu\u2019un jour mes enfants sachent qu\u2019il leur est venu quelque chose des biens de ma famille.115 Les Le Sage ne furent pas longtemps locataires à Québec: ils s\u2019achetèrent une spacieuse maison au 21 avenue Sainte-Geneviève.116 En 1877, ils projetaient la construction d\u2019une nouvelle résidence, qui aurait coûté le double, soit $8 000 mais la mort de Madame Le Sage fit abandonner cette idée.117 En revanche, le 4 juillet 1878, ils achetaient une imposante propriété de campagne qu\u2019ils baptisèrent Boisbrillant.C\u2019est là, à un demi-mille de l\u2019église de Sainte-Foy, que la famille passera dorénavant l'été.Le nouveau propriétaire décrivait son domaine avec enthousiasme: La maison est à 8 arpents du chemin avec une magnifique avenue privée qui y conduit \u2014 joli parterre en avant, jardin en arrière, plus beau bocage en érables d\u2019environ deux arpents en superficie et 20 arpents de terre en culture.Les dépendances sont superbes; le tout a une allure joliment féodale, la maison elle-même est à 3 corps de logis, un corps central de 40 pieds à 2 étages et mansardes et deux ailes de 32 pieds chacune \u2014 2 étages de galeries au centre et aux ailes une seule qui fait le tour.Tout cela me coûte $3,000 et vaut entre 3 à 4,000 louis au bas mot.118 484 L'ACTION NATIONALE Le Sage avait à son service, à Boisbrillant, un jardinier et son fils.Son but était de récolter suffisamment pour couvrir les frais d'exploitation de sa propriété, et même les intérêts sur le capital investi.119 Il avait un domestique, Honoré, et une bonne Célanire; une certaine Marcelline fut longtemps cuisinière.120 En 1882, Le Sage fit une troisième acquisition foncière d'importance: une ferme à Hébertville, au Lac Saint-Jean, au prix de $3 088, une terre de 100 acres toute en culture.Autant que l\u2019attrait d'un placement sûr, son intérêt pour le développement de l\u2019agriculture et de la colonisation expliquait cet achat: il voulait en faire une sorte de ferme modèle et \u201cy fonder un troupeau de bonnes vaches canadiennes.\u201d121 L'expérience se révéla peu encourageante parce que, entre autres raisons, il ne réussit pas à se trouver un métayer entendu et stable.122 A l\u2019hiver 1889, il permit qu\u2019une famille pauvre fût hébergée dans sa maison de ferme: J\u2019ai grand besoin que la Providence soigne aussi un peu mes intérêts à Hébertville et j\u2019espère que cela aura l\u2019effet de la bien disposer à mon égard.123 Il dut attendre dix ans avant que sa ferme ne lui fût de quelque rapport: en 1892, il touchait pour la première fois un revenu de $100.124 En 1901, il s\u2019en dessaisit, \u2014 et à perte.125 On ne doit pas s\u2019étonner dans ces conditions à le voir rétorquer à Rameau de Saint-Père qui voulait faire un placement au Lac Saint-Jean: A moins donc qu\u2019il ne surgisse tout à coup une chance de placement qui s\u2019impose, ne vous attendez pas que je vous conseille d\u2019acquérir une propriété dans cette région avant deux ou même trois ans.[.] Mon exploitation d\u2019Hébertville a été jusqu\u2019ici si peu encourageante que j\u2019appréhende pour vous ce qui m\u2019est arrivé à moi-même.126 Il faudra se souvenir de ce constat désabusé quand, dans un prochain chapitre, on verra Le Sage s\u2019enthousiasmer pour la colonisation du Lac Saint-Jean.Tout bourgeois, grand comme petit, aspire à la propriété foncière, à la fois symbole de réussite et gage de SIMÉON LE SAGE 485 sécurité.L'attitude devant la richesse mobilière diffère: le grand bourgeois s\u2019engage dans des activités très rémunératrices, dont le caractère spéculatif tend à éloigner le petit épargnant.Qu\u2019en pense Le Sage?Il avait effectué certains placements, dont le rendement, sauf exception, ne le satisfit guère.127 Faisant le point en 1881, il déclara n\u2019avoir plus confiance dans les placements en actions, exception faite de la Banque de Montréal: mieux vaut se borner aux sociétés de construction et aux prêts hypothécaires.Cela ne rapporte que 6 ou 7%, mais les sentiers battus ont l\u2019avantage d\u2019être sûrs.128 Il semble n\u2019avoir enfreint cette consigne que pour l\u2019achat, au cours des années 1890, de titres miniers et d\u2019actions de la compagnie d\u2019électricité de Québec.129 De tous les moyens de faire fructifier les capitaux, Le Sage préférait la spéculation foncière.Il s\u2019y adonnera avec modération à partir de 1874 par l\u2019entremise de la Société permanente de construction des Artisans, dont il fut l\u2019un des administrateurs, puis, à partir de 1892, au sein de l'Association des Terrains Sans-Bruit.130 L\u2019existence de sous-groupes au sein de la société se traduit non seulement sur l\u2019échelle des fortunes, mais aussi par un certain comportement, les habitudes sociales, les relations, les loisirs.Il n\u2019est pas indifférent de fréquenter telle maison plutôt que telle autre: la sagesse populaire le reconnaît, qui a frappé le proverbe: Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.Le Sage fréquentait la meilleure société de Québec: les Bossé, les Routhier, les Tessier, les Lindsay, les Desbarats, les Langlois, les Garneau, les Baby.131 Il lui arrivait de dîner avec des ministres, le consul de France ou le premier ministre, de figurer au bal du lieutenant-gouverneur ou d\u2019être convié par l\u2019aristocratique gens Taschereau: \u201cMadame Taschereau, dit-il, a une très belle famille et elle-même est une véritable patricienne, une matrone romaine.\u201d132 Pour se détendre, il invitait quelques bons amis à une réunion intime où l'on se délectait de \u201cquelques passages du dernier livre de Gust[ave] Droz.\u201d133 On peut considérer comme une consécration sociale le fait d\u2019être inscrit dans les répertoires de la haute société.Un tel index publié en 1907 donne la liste des familles d'élite 486 L'ACTION NATIONALE de Montréal, Ottawa et Québec.Environ 45% des noms sont de consonance française.Le Sage lui-même ainsi que les amis qu\u2019il fréquentait y apparaissent.\u201934 Les listes d\u2019invités aux grands banquets permettent aussi d\u2019inventorier les membres de la bonne société.L\u2019 \u201caristocratie\u201d de la capitale s\u2019est par exemple donné rendez-vous à l\u2019hôtel Saint-Louis, le 28 octobre 1890, à un festin en l\u2019honneur du comte de Paris.Le Sage était du nombre, avec des hommes d\u2019État, des industriels, des négociants et autres représentants des classes supérieures.\u201935 Il ne faudrait pas croire que les divertissements mondains engouffraient tous les loisirs de Le Sage.Ce serait mésestimer ce bon citoyen, patriote, féru d\u2019histoire et rien moins que désoeuvré.Il consacrait une notable partie de son temps aux sociétés philanthropiques, patriotiques ou savantes.136 Ami des arts et des lettres, il tentait de mettre à profit son poste de sous-ministre pour, en quelque sorte, agir en mécène à l\u2019endroit du peintre Napoléon Philippe Hébert.\u201937 Il siéga au sein d\u2019un comité qui recueillait des fonds pour subventionner les études à Paris du peintre Charles Huot.138 L\u2019artiste Robert J.Wickenden était son ami.139 Recevoir à sa table Ferdinand Brunetière ou déjeuner chez le lieutenant-gouverneur avec René Doumic le flattait beaucoup.140 L\u2019histoire nationale l\u2019intéressait vivement.Ses relations amicales avec Rameau de Saint-Père, L.-F.-G.Baby, H.-R.Casgrain, B.Suite, A.de Celles le plaçaient en bonne et érudite compagnie.141 Le Sage avait fait la connaissance de Rameau en 1860.Il était du comité qui avait organisé, sous le patronage de l\u2019Institut Canadien-Français, un dîner en l\u2019honneur du visiteur français.C\u2019était lui l\u2019auteur de l\u2019éloge adopté par l\u2019Institut à l\u2019adresse de Rameau.L\u2019historien avait tenu à lui serrer la main et à le féliciter.L\u2019admiration de Le Sage n\u2019était pas feinte: Mr Rameau est un grand penseur et un grand écrivain à mon humble avis.Il est raisonnable, il n\u2019est pas ampoulé, il a une vigueur de style surprenante, il SIMÉON LE SAGE 487 connaît parfaitement tout ce dont il parle pour l\u2019avoir vu et visité.142 De son milieu idéologique, de ses lectures, de ses réflexions personnelles, Le Sage tirait des opinions bien arrêtées sur tous les sujets.Son conservatisme social était franc, net, sans bavures, ni fausse honte.Dans la pratique \u2014 et on le verra plus loin à maintes reprises \u2014 ces principes absolus se tempérait d\u2019une sorte de paternalisme, que lui inspiraient son origine modeste et l\u2019idéologie ambiante tout imprégnée de l'enseignement de l\u2019Église catholique.Dans sa morale privée comme dans son éthique publique, il plaçait au premier rang le sens du devoir, le service de la nation.En corollaire, il partagait peut-être avec bien d\u2019autres une certaine faiblesse pour les médailles: à tout mérite sa récompense.143 Catholique, il développa une conception assez sévère du comportement.Il opinait un jour au sujet du carnaval de Montréal: \u201cVous ne me ferez pas dire que ces mascarades ont le sens commun.\u201d144 Bon vivant, il se gardait de tout rigorisme excessif, par trop puritain.Il aimait bien, paraît-il, \u201cles Rubens [.], les blondes grasses, chantées aussi par Emile Zola.\u201d145 Mais de là à braver les convenances, il y avait un pas qu\u2019il s'interdisait.Il répondit à Emile Bonnemant qui, à cours d\u2019argent, lui offrait un tableau: Je ne puis l\u2019accepter.La peinture comme vous le savez n\u2019est pas encore beaucoup entrée dans nos moeurs et nous sommes faciles à scandaliser.Si j\u2019avais dans mon salon un tableau comme le vôtre il y a beaucoup de personnes que [je] redouterais d'y voir entrer.Pour le plaisir de satisfaire mes goûts artistiques et ceux d\u2019un petit nombre de mes amis, je m\u2019exposerais à faire rougir des gens fort estimables en très grand nombre et à faire jaser les sots.A moins d\u2019être garçon ou d\u2019avoir bon nombre d'autres tableaux, je ne crois pas qu\u2019on doive s\u2019en permettre un du genre que vous m\u2019offrez.146 Point trop gourmé cependant, il n\u2019était pas dépourvu d'un certain humour, à preuve ce commentaire sur le mariage de Juchereau Duchesnay et de la veuve du capitaine Voyer: 488 L'ACTION NATIONALE Le fiancé a soixante-dix-huit ans bien comptés et la fiancée environ vingt-huit, soit une légère différence de cinquante ans, qu\u2019elle comblera, j\u2019en suis sûr, en graduant ses faveurs de manière à les faire durer le plus longtemps possible.147 Il savait badiner.Abondant dans le même sens que son ami Fabre, selon qui \u201cen Europe surtout rien ne réussit que par les femmes,\u201d148 Le Sage \u2014 à propos du beurre et des fromages québécois qui, à l\u2019Exposition coloniale de Londres, avaient besoin de \u201cforce réclame\u201d \u2014 plaisanta, l\u2019oeil sans doute guilleret: De jeunes fermières, des bergères à la Watteau qui débiteraient ces honnêtes produits en les assaisonnant de sourires pleins de sous-entendus feraient très bien dans le paysage.149 La vie de Siméon Le Sage, c\u2019est donc l\u2019histoire d\u2019une ascension sociale, d\u2019une réussite par le labeur d\u2019abord, mais aussi un excellent mariage et d\u2019opportunes relations: un inconnu parti de rien qui mourut notable, alors qu\u2019il jouissait de la considération générale.Pour comprendre cet homme, il faut garder à l\u2019esprit, à part son éthique du travail, sa foi sincère et son conservatisme, non pas borné d\u2019ailleurs, mais intelligent.Ce serait cependant manquer l\u2019essentiel, ne pas saisir l\u2019essentiel, ne pas saisir ce qui assurait le sens et l\u2019unité de cette existence, que de ne pas prendre la mesure du nationalisme qui en était l\u2019inspiration profonde.Qu\u2019il suffise ici de citer cet extrait de lettre qui en révèle toute la vigueur en même temps qu\u2019il en trahit les limites: Quand même j\u2019aurais le choix entre un siège à Ottawa et un siège à Québec; je préférerais de beaucoup aller à Québec; car c\u2019est là que les damned French Canadians vont enfin se sentir vivre de leur vie propre.À mes yeux ils (les damjned] F[rench] Canadians]) valent mieux que tout le reste de la Confédération et la Confédération elle-même ne peut prospérer sans eux et sans qu\u2019ils prospèrent aussi.150 SIMÉON LESAGE 489 Et la vie de Le Sage s\u2019était déroulée sous le signe d\u2019une telle unité que, vieillard, il aurait pu répéter les propos échappés à l'enthousiasme de ses trente-deux ans.NOTES: 1.\tS.L .\"Une impression d\u2019enfance\", La Kermesse, 23 sept.1892 \u2014 Abréviations utilisées: ANQ: Archives nationales du Québec; BUM: Bibliothèque de l'Université de Montréal; DSQ: Documents de la session (Québec); FSL: Fonds Siméon Le Sage aux ANQ; FHL: Fonds Hector Langevin aux ANQ.2.\tFSL, v.7, Extrait de baptême, 4 oct.1856.Siméon père, fils majeur de Joseph Lesage et M.-Amable Marsan-Lapierre, de L\u2019Assomption, avait épousé, le 4 février 1834, Adeline, fille mineure de feu Basile Desautels-Lapointe et Cécile Goulet (L.Rivest, Mariages du comté de Montcalm., p.462-463).Seul S.L.fils, semble-t-il, orthographiait son nom avec un s majuscule.Contrairement à beaucoup de familles de Saint-Jacques-de-l\u2019Achigan, les Lesage n\u2019étaient pas d\u2019origine acadienne.L\u2019ancêtre, Jean-Bernardin, naquit dans la paroisse Sainte-Marie, à Cavour (diocèse de Turin), au Piémont.Venu au Canada en qualité de soldat, il se maria en 1686 à la Pointe-aux-Trembles de Québec (Neuville) avec Barbe Sylvestre.G.Drouin à P.Trépanier.14 fév.1974; C.Roy à P.Trépanier, 20 fév.1974; C.Roy, Histoire de L'Assomption, p.284, 285, 329, 330; E.-J.Auclair, Histoire des soeurs de Sainte-Anne, p.227; FSL, c.8, f.433, S.L.à F.Desaulniers, 22 déc.1903.3.\tJ.Castell Hopkins, éd., The Canadian Album, Men of Canada., 1896, v.5, p.80.Trois dates sont erronées.4.\tFSL, v.7, Certificat d\u2019études de S.L., 4 fév.1853.5.\tF.Lanoue, Une nouvelle Acadie, Saint-Jacques-de-TAchigan, 1972, p.76-77 et la carte face à la p.32.6.\tVoici la liste des frères et soeurs de S.L.: Ozine (1837-1903), épouse de Joseph Marsolais; Exérine (1838-1898), épouse de Médéric Foucher; Alix-Eloîse (1840-1907), épouse de Zéphir Marsolais; Modeste (1843-1913), supérieure générale des soeurs de Sainte-Anne; Mélina, morte à 15 ans; Mathilde, née en 1847, épouse de Ovide Brien; Charles Médéric (1848-1932), chanoine; Hormidas, né le 12 sept.1849, cultivateur, mari de Marie-Louise Gareau, puis Délia Rivest; Alfred, né en 1851, époux de Evelina Cloutier, lui aussi cultivateur; Elodie, née en 1853, religieuse de Sainte-Anne.E.-J.Auclair, op.cit, p.227, n.27.7.\tJ.-O.Maurice, Monseigneur Charles-Médéric Lesage, p.15.8.\tA.Forget, Histoire du Collège de L'Assomption, p.545-546.9.\tFSL, v.2, H.Fabre à S.L., 30 août 1886 et 8 sept.1890.10.\tA.Forget, op.cit., p.547.11.\tIbid., p.552, 95-96.12.\tIbid., p.151-155.13.\tIbid., p.161-203.14.\tA.Dansereau, Annales historiques du Collège de L\u2019Assomption., p.30.C\u2019était en 1836.Dix ans plus tard, la situation s\u2019était-elle beaucoup redressée?15.\tLes palmarès indiquent que S.L.décrocha au moins deux fois le prix d\u2019excellence, et de nombreux premiers et deuxièmes prix en latin, 490 L'ACTION NATIONALE français et histoire.Les Mélanges Religieux, 20 août 1847, 26 juill.1848, 10 août 1849, 6 août 1850.16.\tFSL, v.7 A.Dupuis, Certificat d\u2019études de S.L., 4 fév.1853.17.\tFSL, c.4, f.118, S.L.à T.Gaudet, 26 mai 1883; Cinquantenaire du Collège de L'Assomption., p.88.18.\tFSL, v.7, Certificat d\u2019admission à l\u2019étude du droit, 7 fév.1853.19.\tFSL, v.7, Brevet de cléricature, 7 fév.1853.20.\tFSL, v.7, Certificat d'études en droit, 23 fév.1857.Le diplôme conférant à S.L.le droit de pratiquer comme avocat est daté du 2 mars 1857 (ANQ, Fonds J.-A.Chàrlebois, v.3, \"Diplôme d\u2019avocat\").21.\tFSL, v.3, G.-E.Cartier à S.L., 23 fév.1857.C\u2019est Cartier qui souligne.22.\tLa Minerve, 12 janv.1854.23.\tLa Minerve, 19 janv.et 5 avril 1856.Peut-être s\u2019agit-il d\u2019un cercle d\u2019étudiants en droit?Ce Pothier, ne serait-ce pas le célèbre jurisconsulte français Robert-Joseph Pothier (1699-1772), dont les travaux ont frayé la voie au Code civil?24 Sur la question des associations, cf.Y.Lamonde, Les associations au Bas-Canada: de nouveaux marchés aux idées (1840-1867): polycopié, 15 p.25.\tLa Minerve, 24 avril, 6 et 18 mai 1858; l'Ordre, 24 janv., 3 et 26 fév., 17 mars 1862.26.\tLa Minerve, 25 mai, 11 juill.1861; 6 mai, 14 et 15 nov.1866, l'Ordre, 11 nov.1861, 5 mai 1862.27.\tLa Minerve, 6 juill.1861.28.\tLa Minerve, 4 juin 1861, 3 juin 1862, 9 juin 1864, 8 juin 1865, 7 juin 1866, 4 juin 1867, 11 juin 1867.29.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 17 janv.1861; la Minverve, 17 et 22 janv., 28 fév., 5 déc.1861.30.\tL'Ordre, 10 oct.1862.31.\tLa Minerve, 16 mai 1861.32.\tP.-G.Roy, Les avocats de la région de Québec, p.274-275.33.\tSelon une annonce parue dans la Minverve du 26 sept.1857, le cabinet logeait au 24 rue Saint-Vincent.34.\tC.Roy, Histoire de L'Assomption, p.231-232.35.\tBUM, Coll.\tBaby,\tS.L.à L.-F.-G.Baby, 4 mai 1860.36.\tBUM, Coll.\tBaby,\tS.L.à L.-F.-G.Baby, 13 mars 1882.37.\tFSL, v.2, H.Fabre à S.L., [1866]; la Minerve, 17 nov.\t1865.38.\tBUM, Coll.\tBaby,\tS.L.à L.-F.-G.Baby, 16 juill.1859; 4\tet\t11 mai, 19 juin, 26 sept.1860; 3 fév.1861.39 BUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 30 août 1861.Il sagit de Édouard-Charles, frère de Hector et futur archevêque de Montréal.40.\tBUM,\tColl.\tBaby,\tS.L.\tà\tL.-F.-G.\tBaby,\t2 fév.1863.41.\tBUM,\tColl.\tBaby,\tS.L.\tà\tL.-F.-G.\tBaby,\t4 mai 1860.42.\tBUM,\tColl.\tBaby,\tS.L.\tà\tL.-F.-G.\tBaby,\t13 juin 1862.43.\tBUM,\tColl.\tBaby,\tS.L.\tà\tL.-F.-G.\tBaby,\t2 fév.1863.44.\tBUM,\tColl.\tBaby,\tS.L.\tà\tL.-F.-G.\tBaby,\t16 avril 1861.Le lecteur se gardera de prendre pour du libertinage ce qui n\u2019est que le badinage, la frivolité d\u2019une jeunesse en fleurs.45.\tAdine, née le 6 mai 1842, fille de Henry Pemberton et Adine Guy; nièce de Antoine-Olivier Berthelet et Charlotte Guy, ses parents adoptifs.FSL, c.2, f.135, 30 nov.1874, The Estate of the Honble Robert Jones to the Heirs Pemberton.; E.-J.Auclair, op.cit., p.227, n.27. SIMEON LE SAGE 491 46.\tFSL, c.3, f.145-148, S.L.à H.Fabre, 7 janv.1880; BUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 15 et 23 oct.1863.47.\tIl en devint même gérant en 1866-1867.FSL, c.2, f.109, S.L.à J.-L.Archambeault, 2 oct.1874.48.\tFSL, v.1, P.-J.-O.Chauveau à S.L., 16 tév.1867; La Revue Canadienne, nov.1866, p.699-700.49.\tJ.-P.Bernard, Les Rouges.p.183-187.BUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 19 déc.1861.L\u2019Ordre, 17 janv.1862.Arrivé au pouvoir en août 1858, le ministère Cartier se maintint jusqu'en mai 1862.50.\tL'Ordre, 5 et 24 fév.1862.BUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 12 fév.1862.51.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 5 juin 1863.52.\tANQ, FHL.S.L.à [P.-J.-O.Chauveau], 29 juill.1867; FSL, v.1, P.-J.-O.Chauveau à S.L., 30 août 1867.53.\tLa Minerve, 29 août 1867.Que Firmin Dugas ait cédé aux avances des rouges, c'est là la version de la Minerve.Selon le Pays, (20 août 1867), les libéraux ont offert la candidature dans Montcalm à Aimé Dugas.Ce dernier semble s\u2019être désisté.Le Pays a donc souhaité la victoire de Firmin Dugas (24 août 1867).Une hypothèse séduisante verrait dans Le Sage le candidat des conservateurs de Québec, dont le choix s'exprime par la bouche de P.-J.-O.Chauveau, et dans Firmin Dugas, le candidat des conservateurs de Montréal, avec à leur tête G.Ouimet et L.Archambeault.Aucun indice toutefois ne corrobore cette hypothèse, qu'une rumeur tend à infirmer (Le Pays, 10 sept.1867).54.\tJALQ, 1867, app.no 4, non paginé.55.\tLa Minerve, 11 sept.1867; cf.aussi le no du 14 sept.56.\tFSL, v.1, P.-J.-O.Chauveau à S.L., 13 sept.1867.57.\tFSL, v.2, S.L.à Rameau de Saint-Père, 24 avril 1870.58.\tLa Minerve, 4 nov.1867.59.\tLa Minerve, 12 nov.1867.60.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 19 déc.1867; 20 juin 1868 (\u201cLes affaires de mon département vont bien et j\u2019ai beaucoup à coeur mes nouvelles fonctions.\"); cf.aussi la lettre du 19 déc.1867.61.\tArchives privées de Mme Paul Denoncourt, Adine Le Sage à S.L., 6 juill.1864.62.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.G.Baby, 16 oct.1865.63.\tBUM, Coll Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 16 oct.1865; 26 juin et 19 déc.1867.FSL, c.1, f.177-178, S.L.à E.Bonnemant, 22 avril 1872.64.\tFSL, v.2, S.L.à Rameau de Saint-Père, 24 avril 1870.65.\tRenseignement fourni par M.Paul La Roque.66.\tE.-J.Auclair, \u201cNoces de diamant sacerdotales de M.Le chanoine Lesage\", L\u2019Avenir du Nord, 20 nov.1931.67.\tFSL, c.1, f.140-141, S.L.au capitaine Calderon, 12 janv.1872.BUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 2 janv.et 9 fév.1872.68.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 9 fév.1872.69.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 2 avril 1872.\u2014 Au dire du docteur Albert Jobin, dans la ville de Québec, jusque vers 1903, un service sanitaire embryonnaire, \u201cl'absence d\u2019un aqueduc et d'un système de drainage pour disposer des eaux souillées\u201d facilitaient la propagation des maladies contagieuses.\u201cPour ne citer qu'un exemple, la fièvre typhoïde sévissait à l'état endémique.[.] Notre eau d'alimentation en était la cause en grande partie.\" A.Jobin, Histoire de Québec, p.317. 492 L'ACTION NATIONALE 70.\tFSL, c.1, f.180-182, S.L.à L.Archambeault, 22 avril 1872.Cf.aussi f.193-194, S.L.à G.Bossange, 15 juin 1872.71.\tFSL, c.1, f.175-176, S.L.à J.H.O'Neill, 19 avril 1872; f.177-178, S.L.à E.Bonnemant, 22 avril 1872.72.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 26 oct.1872.73.\tFSL, c.1, f.337-338, S.L.à Modeste et Elodie Lesage, 10 mars 1873.\u2014 En 1874 naissait Isabelle; en 1876, Alain; en 1878, Adine, prénommée comme sa petite soeur décédée.FSL, c.2, f.406, S.L.à Sophie et Carrie Pemberton, 25 août 1876; f.407-408, S.L.à J.Fl.O'Neill, 8 sept.1876; f.692-293, S.L.à L.-A.Jetté, 18 sept.1878.ANQ, Fonds J.-A.Charlebois, v.5, S.Beaudin, \u201cOpinion re (sic) succession Dame Adine Guy\u201d, 25 mai 1905.\u2014 Toutes ces naissances égayaient le foyer tout de même, en février 1879, S.L.était heureux de constater: bébé Adine \u201cest sevrée de sorte que nous avons les 4 pieds blancs \u2014 pourvu que ça dure un peu \", FSL, c.3, f.47-48, S.L.à L.-F.-G.Baby, 13 fév.1879.74.\tFSL, c.2, f.603-605, S.L.à Médéric Lesage, 7 fév.1878.75.\tSoeur Marie-Jean-de-Pathmos, Histoire des Soeurs de Sainte-Anne.t.1, p.275-280.76.\tFSL, c.3, 132-135, S.L.à H.Fabre, 21 déc.1879; f.136-139, S.L.à Sophie et Carrie Pemberton, 23 déc.1879.Les personnalités présentes aux funérailles indiquent le prestige social dont jouissaient les Le Sage (un ancien premier ministre, des ministres, des juges, des sénateurs, etc.) 77.\tFSL, v.1, A.Lefaivre à P.-J.-O.Chauveau, 5 déc.1879.78.\tFSL, c.3, f.293-294, S.L.à [Modeste et Elodie Lesage], 30 janv.1881; f.300-301, S.L.à H.Fabre, 14 fév.1881; f.296-297, S.L.à ?Baker, 8 fév.1881.79.\tFSL, c.4, f.112-117, S.L.à H.Fabre, 25 mai 1883.80.\tFSL, v.2, H.Fabre à S.L., 5 avril 1884.81.\tFSL, c.4, f.162-163, S.L.à P.-J.-O.Chauveau, 8 oct.1883; c.3, f.361 -363, S.L.à Sophie Pemberton, 28 oct.1881.82.\tFSL, c.7,, f.225-226, S.L.à E.Rowan, 28 mars 1894.83.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 13 juin 1895.84.\tLoc.cit.85.\tFSL, c.7, f.479-480, S.L.à Adine, 30 avril 1897; f.584-585, S.L.à la même, 8 mars 1898.86.\tFSL, c.8, f.357-358, S.L.à Mme Rameau de Saint-Père, 28 mars 1903.Ni Jules, ni Isabelle, ni Marie ne se marièrent.Isabelle avait pourtant été aussi amoureuse: \"[Elle] a une liaison avec un jeune homme que je ne puis tolérer et pour y couper court je l'envoie à sa demande passer quelque temps chez ses tantes à Londres.\u201d \u2014 On notera qu\u2019en 1903 Isabelle et Adine étaient majeures.\u2014 La Roque était alors employé de commerce; il deviendra petit commerçant puis fonctionnaire.87.\tLoc.cit.88.\tFSL, c.9, f.72-73, S.L.à R.-P.La Roque, 2 mars 1905.89 B.Pontbriand, Répertoire des mariages de Notre-Dame-de-Québec (1850-1908), t.6, p.315.90.\tFSL, c.7, f.560-561, S.L.à P.M.Partridge, 12 janv.1898.91.\tFSL, c.8, f.51-52, S.L.à R.J.Wickenden, 27 janv.1900.92.\tFSL, c.8, f.91-92, S.L.à J.Royal, 29 mai 1900.93.\tFSL, v.2, Fl.Fabre à S.L,, 24 mars 1904.94.\tFSL, c.7, f.560-561, S.L.à P.M.Partridge, 12 janv.1898. SIMÉON LE SAGE 493 95\tFSL,\tc.\t7,\tf.\t657-658, S.L.à Modeste Lesage, 18\toct.1898.96\tFSL,\tc.\t7,\tf.\t655-656, S.L.à sa mère, 14 oct.1898.97.\tFSL,\tc.\t7,\tf.\t672, S.L.à sa mère, 30 déc.1898.98\tFSL,\tc.\t9,\tf,\t23-25, S.L.à Jules, 26 mars 1904.99\tFSL, c.9, f.21-22, S.L.à H., Fabre, 9 mars 1904.Fabre était d'humeur aussi morose: \u201cNous sommes déjà des hommes des anciens jours, que le mouvement actuel laisse en dehors.\" FSL, v.2, H.Fabre à S.L., 9 oct.1902.100.\tFSL, c.9, f.62, à P.M.Partridge, 28 déc.1904.101.\tFSL, c.9, f.341-342, S.L.à L.de Tinseau, 12 déc.1908.102.\tC\u2019est-à-dire du 1er nov.1867 au 30 juin 1909; il avait 74 ans.103.\tFSL, c.8, f.336, S.L.à S.et C.Pemberton, 31 déc.1902.104.\tFSL, c.9, f.413-414, S.L.à P.de Cazes, 6 juill.1909.105.\tFSL, v.7, [S.L.à L.Gouin, s.d.].106 Par exemple, l\u2019Événement, 10 et 12 nov.1909; on qualifia les funérailles d'imposantes.Cf.aussi la Presse, 10 nov.1909.107.\tA.Birou, Vocabulaire pratique des sciences sociales, 2e ed., p.327.Cf.J.-C.Robert, Les notables de Montréal au XIXe siècle, [polycopié], p.2.108.\tJ.Lhomme, La grande bourgeoisie au pouvoir (1830-1880), p.46.109.\tIbid., p.51.110.\tANQ, Fonds J.-A.Charlebois, v.5 111.\tDSO, Comptes publics, 1869-1910.112\tFSL, c.2, f.154, S.L.à ?, 30 janv.1875; f.135, The Estate of the Honorable Robert Jones., 30 nov.1874; f.704, S.L.à ?Huot, 22 nov.1878; f.329, S.L.à A.Larocque, 29 fév.1876.113\tA Montréal, une maison, leur ancien domicile ($4 000); deux terrains ($6 468); une autre maison qu\u2019ils louaient.A Québec, plusieurs terrains.FSL, c.2, f.221, S.L.à B., Lamontagne, 28 juin 1875; f.362-363, S.L.à P.Lamothe, 24 avril 1876; f.151, S.L.à A.Darling, 18 janv.1875; f.513-514, S.L.à E.A.Meredith, 5 juill.1877.109.Ibid., p.51.114.\tFSL, c.7, f.386, S.L.à Modeste Lesage, 4 nov.1896.115.\tFSL, c.2, f.689-691, S.L.à [Médéric Lesage], 17 sept.1878.116.\tLa maison portera le numéro 21 jusqu'en 1876 alors qu'on lui attribuera le numéro 23.Évaluée à $5 333 en 1874-1875, à $6 800, en 1890-1891, elle sera vendue par Jules Le Sage, le 25 février 1911, pour $8 000: elle avait coûté en 1869 $4 000.Archives de la ville de Québec, Rôle d'évaluation, 1867-1911.Bureau d'enregistrement, Québec, Registre B8Z, p.792, no 37 148, 13 fév.1869: \"Vente par Mme F.-X.Garneau et al.à Mme Marie-Adine Pemberton, de Québec, épouse séparée de biens contractuellement de Siméon Le Sage [.]: d'un emplacement et d'une maison en pierre à 3 étages [.].L'acquéreur prendra possession des lieux le 1er mai 1869.\u201d C'est une grande maison de 12 pièces, avec remise et écurie FSL c 2 f 447 S.L.à [?], 12 fév.1877.117.\tFSL, c.2, f.475, S.L.à L.-G.Martin, 6 avril 1877; f.535, S.L.à J.-R.Poitras et L.-G.Martin, 5 oct.1877; c.3, f.10, S.L.à E.Bégin 12 déc 1878.118.\tFSL, c.2, f.687-688, S.L.à J.-H.O'Neill, 16 sept.1878.Ce manoir appartenait à G.-H.Simard, ancien député de Québec.J.-M.Le Moine, Monographies et esquisses, p.238-239.Pour une photographie, c.f' G.Morisset, L\u2019Architecture en Nouvelle-France, planche 23a.Pour 494 L'ACTION NATIONALE Morisset, c'est une gentilhommière de style anglo-normand (p.35 et 38).L'auteur la classe parmi ces \"maisons campagnardes [.] qui étonnent le passant par leurs proportions imposantes\" (p.37).Ces maisons témoignent de la réussite sociale de leur propriétaire.119.\tFSL, c.3, f.67-70a, S.L.àS.etC.Pemberton, 10 avril 1879; f.210-213, S.L.aux mêmes, 18 juin 1880.120.\tFSL, c.6, f.355-356, S.L.à Marcelline, 10 avril 1891; BUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 18 juin 1886, 26 avril 1887, 7 août 1888.121.\tFSL, c.4, f.9-10, S.L.à E.-A.Barnard, 13 oct.1882.122.\tFSL, c.6, f.381-383, S.L.à H.-J.Mussely, 10 juin 1891; c.7, f.52, S.L.à [J.Royal], 3 juin 1892; f.67, S.L.à J.-l.Tarte, 10 août 1892; f.96-97, S.L.à Rameau de Saint-Père, 12 nov.1892; f.216-217, S.L.à [J.Royal], 3 mars 1894.123.\tFSL, c.6, f.140, S.L.à [B.-E.?] Leclerc, 28 oct.1889.124.\tFSL,\tc.\t7,\tf.\t96-97, S.L.à Rameau de Saint-Père, 12\tnov.\t1892.125.\tFSL,\tc.\t8,\tf.\t145, S.L.à L.-W.Barabé, 18 mars 1901.126.\tFSL,\tc.\t6,\tf.\t99-100, S.L.à Rameau de Saint-Père, 8\tjuill.\t1899.127.\tIl fit\tun\tplacement de $5 000 dans une manufacture\tde meubles, la Drum Cabinet Manufacturing Co., qui était l'un des fournisseurs du gouvernement: il pouvait y avoir conflit d'intérêts.Il se dit intéressé par une société d'exportation de viande.Il investit dans la société d\u2019imprimerie de Joliette.Il détenait 27 actions ($2 700) de la compagnie d'assurance Royale Canadienne, 10 actions ($1 000) de la Marine Insurance Company et dix autres dans la compagnie d'assurance Stadacona.Or ces deux dernières entreprises durent procéder à un nouvel appel de fonds et même la seconde suspendre pour un temps ses activités.S.L.était aussi actionnaire de la Banque de Montréal (pour $5 000).\u2014 FSL, c.2, f.143, S.L.à L.-F.Béique, 8 janv.1875; f.337, S.L.à J.H.O'Neill, 10 mars 1876; f.412-413, S.L.à J.Whyte, 27 oct.1876; f.231, S.L.à A.Fontaine, 7 juill.1875; f.490493, S.L.à M.Chevalier, 12 mai 1877; c.3, f.12, S.L.à G.J.Pyke, 17 déc.1878; f.304, S.L.à P.Tibbs, 17 fév.1881; c.2, f.179-180, S.L.à P.-G.Lamothe, 9 mars 1875; f.192, S.L.à D.R.Stodart, 31 mars 1875.ANQ, Fonds J.-A.Charlebois, v.5.DSQ, 1876, no 1, p.62.128.\tFSL, c.3, f.318-321, S.L.à C.Pemberton, entre le 1er et le 13 avril 1881.129.\tIl détenait 400 actions de la Silver Tip Mining, 660 de la Western Consolidated Mining, 132 de la' West Kootenay Mining et 400 de la Colonial American.Il s'intéressait surtout aux mines d\u2019argent de la Colombie-Britannique.FSL, c.7, f.34-36, S.L.à Rameau de Saint-Père, 4 mai 1892; c.10, f.267, S.L.à F.-F.Honeck, 2 déc.1893; Ces actions coûtaient très peu l'unité: S.L.a déboursé pour le tout $200 (ANW, Fonds J.-A.Charlebois v.5, W.H.Lynch à S.L., 21 juill.1892).130.\tFSL, c.4, f.110, S.L.à A.-J.Auger, 25 mai 1883; c.10, f.453-454, S.L.à C.-A.Geoffrion, 5 avril 1898; c.4, f.169-170, S.L.à P.Bender, 22 oct.1883; c.7, f.17-18, S.L.à J.Mélançon, 11 mars 1892; c.8, f.402-403, S.L.à P.Cantin, 5 août 1903.O.Fréchette, éd., Le Grand Annuaire de Québec, pour 1881 et 1882, p.105 et 199.\u2014 Il s'agissait d'acheter des terrains pour les revendre ou pour y construire des maisons.131.\tFSL, c.4, f.200-201, S.L.à H.Fabre, 21 janv.1884.132.\tFSL, c.5, f.68-70, S.L.à A.Lindsay, 30 déc.1885; c.3, f.61-62, S.L.à P.-J.-O.Chauveau, 20 mars 1879; c.5, f.372-373, S.L.à L.-F.-G.Baby, 17 fév.1888. SIMÉON LE SAGE 495 133.\tFSL, c.4, f.203-204, S.L.à P.-J.-O.Chauveau, 23 janv.1884.134.\tBlue Book for Montreal, Ottawa and Quebec, A Social Directory, A Reliable Directory to over 3500 of the Elite Families., 1907.135.\tE.Gagnon, Le Comte de Paris à Québec., p.3-5, 89-98.136.\tIl était membre actif de la société de Saint-Vincent-de-Paul, de la société d'agriculture de la cité de Québec (il en fut président), de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec (dont il fut président de 1881 à 1883), de l'Institut Canadien de Québec (où il fit partie de plusieurs comités); membre d'on ne sait combien de comités organisateurs de fêtes (par exemple la réception en l'honneur du gouverneur général, le marquis de Lome, et de la princesse Louise ou encore l'érection d'un monument à Champlain).Il accéda aussi à la magistrature qui fait le notable si elle ne le consacre: le banc d\u2019oeuvre.FSL, c.4, 219-220, S.L.à P.-J.-O.Chauveau, 6 mars 1884; c.2, f.389, S.L.à G.Leclère, 19 juin 1876; c.10, f.462, S.L.à G.Buchanan, 26 sept.1898; c.3, f.92, S.L.à H.F.Bellew, 11 août 1879; c.3, f.73-74, S.L.à L.A.Cannon, 6 mai 1879; c.7, f.326-327, S.L.à A.Kleczkowski, 6 mars 1896.H.-J.-J.-B.Chouinard, Annales de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec., t.2, p.13ss.Annuaires de l\u2019Institut Canadien de Québec, 1874-1889.Archives de l\u2019Institut Canadien de Québec, Procédés du Bureau de Direction, 1867-1909.BUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 5 déc.1895.137.\tCf P.Trépanier, Simêon Le Sage, haut fonctionnaire., Thèse manuscrite de doctorat, Université d'Ottawa, 1975, ch.7.138.\tFSL, c.2, f.64, S.L.à J.Ennis, 6 juin 1874.139.\tFSL, v.3, R.J.Wickenden à S.L., 26 mars 1895, 31 déc.1907, 7 mai 1907; c.7, f.616-617, S.L.à R.J.Wickenden, 14 juill.1898; f.631-633, S.L.au même, 23 août 1898.S.L.publiera même un petit article sur deux toiles du peintre dans le Soleil (24 janv.1901, p.8).140.\tFSL, c.7, 486-489, S.L.à R.J.Wickenden, 11 et 12 mai 1897; f.600, S.L.à Adine Le Sage, 15 avril 1898.141.\tIl correspondait surtout avec Rameau et Baby, mais on trouve des lettres adressées aux autres.Des lettres intéressantes de Rameau permettaient à S.L.de se faire une idée des méthodes les plus récentes, surtout celles de F.Le Play, dont Rameau était le disciple (FSL, v.2, Rameau à S.L., 25 fév.1878 et 25 sept.1880).\u2014 Le personnage de Talon attirait en particulier S.L., qui voyait en lui le type du grand colonisateur: cette inclination ne surprend pas qui connaît sa passion (c'est le mot) pour la colonisation.Il avait sur le métier une étude sur cet intendant.FSL, c.6, f.70-72, S.L.à Rameau, 16 mai 1889; c.7, f.557-558, S.L.à Fl.-R.Casgrain.\u2014 La société historique de Montréal l'accueillit en son sein en 1883.FSL, c.4, f.68, S.L.à G.Ger-vais, 23 fév.1883.142.\tBUM, Coll.Baby, S.L.à L.-F.-G.Baby, 24 oct.1860.Cf.aussi la lettre du 5 nov.1860.Pour sa part, Rameau notait dans son journal (25 juin 1860), à propos de S.L.: \u201cun jeune homme remarquablement doué et sympathique\u201d (La Revue de l'Université Laval, v.3, no 6, fév.1949, p.539).143.\tFSL, c.5, f.187a, S.L.à P.-J.-O.Chauveau, 2 juill.1886; f.194, S.L.au même, 17 juill.1886.En 1887, S.L.fut nommé officier de l\u2019Instruction publique (ANQ, Fonds J.-A.Charlebois, G.Dubail à S.L., 20 oct.1887).144.\tFSL, c.4, f.212-213, S.L.à P.-J.-O.Chauveau, 11 fév.1883.145.\tFSL, v.2, Fl.Fabre à S.L., 9 juin 1885.C'est Fabre qui souligne. 496 L\u2019ACTION NATIONALE 146.\tFSL, c.1, f.389-390, S.L.à E.Bonnemant, 28 avril 1873.147.\tFSL, c.2, f.456-457, S.L.à H.Fabre, 7 mars 1877.148.\tFSL, v.2, H.Fabre à S.L., 10 juin 1886.149.\tFSL, c.5, f.184-187, S.L.à [H.Fabre], entre le 21 juin et le 2 juillet 1886.150.\tANQ, FHL, S.L.à [P.-J.-O.Chauveau], 29 juill.1867, C'est S.L.qui souligne. L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF par Patrick Allen 498 L'ACTION NATIONALE Un mémoire choc du Mouvement des caisses populaires Desjardins Le 8 décembre 1977, une nuée de membres du cabinet fédéral s\u2019abattait sur Montréal, non comme des vierges immaculées, mais comme des Pères Noël venus distribuer des cadeaux à saveur fédéraliste-rentable à une population dont une portion ébahie était prête à tout gober comme venant à titre gracieux.Parmi les mémoires présentés aux membres du cabinet fédéral, ce jour-là, celui du Mouvement des caisses populaires Desjardins a été l\u2019un des plus percutants, même si les éditorialistes n\u2019ont pas osé en faire grand état.C\u2019est probablement mieux ainsi, parce que ce mémoire dépouillé d\u2019artifices techniques doit être lu au texte, médité et assimilé pour éclairer un certain nombre de décisions administratives, économiques et politiques.Le mémoire a pour titre L\u2019ÉCONOMIE ET LES DISPARITÉS RÉGIONALES.Le problème n\u2019est pas nouveau, mais parce qu\u2019il n\u2019a jamais reçu de solution satisfaisante dans le contexte fédéral, son actualité crève de plus en plus les yeux.Le Mouvement Desjardins l\u2019a bien rappelé et il a explicité son point de vue en cinq grandes considérations qu\u2019il faut à tout prix relire.Il a ensuite situé le Québec dans l\u2019économie canadienne, la structure de l\u2019activité économique de la province, sa problématique économique et les orientations générales dont les politiques fédérales devraient tenir compte.Puisse l\u2019Action nationale le publier en entier! Le son de cloche du Financial Post Comme par hasard, le Financial Post du 17 décembre 1977 paraît donner un coup de pouce aux auteurs du mémoire du Mouvement des caisses populaires Desjardins présenté au cabinet fédéral le 8 décembre sur l\u2019économie et les disparités régionales.Dans une analyse de trois pages, cet important hebdomadaire financier lance le cri d\u2019alarme sur la baisse de la productivité, l'impossibilité de surmonter la concurrence des marchés extérieurs, le taux élevé de chômage, la disparition progressive de plusieurs industries manufacturières vitales, le manque de recherche relative à la création d\u2019industries nouvelles à technologie de pointe, L'ACTUALITE SUR LE VIF 499 etc.L\u2019ensemble de cette étude est une preuve éloquente de la faillite de la National Policy issue d\u2019Ottawa et des chefs d\u2019entreprise qui, dans la coulisse, en ont tissé la chaîne et la trame.Si on rapproche l\u2019article du Financial Post et le mémoire du Mouvement Desjardins, on trouve un seul dénominateur commun: l'importance grandissante des disparités régionales.Mais l\u2019hebdomadaire financier, si prompt à décrire d'une façon souvent apocalyptique certaines attitudes du Québec qui réagit à un tel état de choses, n\u2019a pas l\u2019air conscient de la tragique situation particulière qui existe depuis plus de cent ans dans cette province et que plusieurs de ses fidèles lecteurs et journalistes ont eux-mêmes créée, entretenue et qu\u2019ils veulent perpétuer.Le malaise économique particulier du Canada est d abord dans l\u2019idéologie, dans la tête des dirigeants plutôt que dans les outils de réformes à accomplir.Le Financial Post sera-t-il le dernier à le comprendre et à l\u2019admettre?La santé économique du Québec est bonne Québec aura bien tiré son épingle du jeu économique canadien en 1977 et le fera mieux encore en 1978, selon le bilan que le ministre de l'Industrie et du Commerce, M.Rodrigue Tremblay, a rendu public à la mi-décembre.Pourtant il commençait avec un déficit d'un milliard.Avec un produit national brut de $50.8 milliards en augmentation de 9% par rapport à 1976, avec un revenu personnel de $6,813 per capita et aussi en hausse de 9% face à l\u2019année précédente, avec 89.7% de ses 2.7 millions de personnes au travail, le Québec, selon le ministre, a bien traversé le plus creux d\u2019une vague de récession économique qui a frappé tous les pays du monde.Quoi qu\u2019en pensent les pessimistes et les semeurs de panique à la solde des propriétaires de grands organismes de presse, les investissements au Québec auront été, en 1977, de l\u2019ordre de 14.3% plus élevés qu\u2019en 1976.S'appuyant sur les données de juin 1976 de Statistique Canada face aux intentions d\u2019investissement dans l\u2019ensemble du pays, M.Tremblay a souligné dans son discours, inspiré d\u2019un document technique préparé avec soin, qu'il s\u2019agit là d\u2019une meilleure performance que celle de l\u2019Ontario, soit 500 L\u2019ACTION NATIONALE 6.2% plus élevée, meilleure que celle du Canada, soit 10.5% de plus.Le ministre considère donc que si 1977 a été une année difficile du point de vue économique, elle en a été une de consolidation.Le taux de croissance devrait passer de 2.1% en 1977 à 3.5% ou 4.5% en 1978, toujours selon M.Tremblay qui se réjouit de deux décisions du fédéral: \u201cl'abolition des contrôles sur les prix et les revenus; les restrictions aux importations de certains produits fabriqués par les secteurs traditionnels de l\u2019industrie québécoise de la transformation\u201d.Attendons donc les résultats avec confiance.L\u2019économiste Rotstein et le bluff politique de Davis L\u2019Ontario exporte annuellement au Québec pour 4.6 milliards de biens manufacturés et plus de 100,000 emplois de cette province dépendent directement du marché québécois, selon l\u2019économiste Abraham Rotstein, professeur à l'université de Toronto, auteur de plusieurs livres en économie et membre de la Commission Watkins sur les investissements étrangers.M.Rotstein a déclaré: \u201cLa position de M.Davis, qui se dit non intéressé à une association de l'Ontario avec le Québec, relève plus de bluff politique que d'une analyse sérieuse de la réalité économique de l'Ontario\u201d.Il ajoute que cette province ne peut se permettre de rester sur ses positions et se dit déçu du rôle joué par le premier ministre de l\u2019Ontario qui, au début, voulait agir comme médiateur dans la crise politique actuelle au Canada et qui veut maintenant faire peur au Québec, poussé qu\u2019il est par des intérêts élec-toralistes.Toujours, selon M.Rotstein, la notion même d'unité nationale est dangereuse parce qu\u2019elle permet à la majorité d'imposer ses vues dans tous les domaines.C\u2019est l\u2019arme de combat la plus puissante de la mythologie canadienne-anglaise qui sert sur le plan psychologique et émotionnel, à trancher, couper, isoler tout ce qui semble vouloir démembrer la \u201cnation canadienne\u201d.Bien sûr, selon cet économiste,\u201d \u201cles politiques d\u2019unité nationale n\u2019ont pas un but aussi évident, mais c\u2019est néanmoins leur résultat.C'est L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 501 au nom de l'unité nationale qu'on a pendu Riel.C'est elle qui fut au centre des crises de la conscription.Et que dire des lois des mesures de guerre de 1970\u201d.Ce n\u2019est pas l\u2019Action Nationale qui parle ainsi, c\u2019est Rotstein, un professeur de l\u2019université de Toronto.Qu\u2019en pensent Trudeau, ses ministres francophones, l\u2019opposition du Québec et ceux qui défendent contre les francophones la mythologie canadienne anglaise?Mort soudaine de Guy Frégault L'Assemblée nationale a unanimement déploré à la mi-décembre la mort soudaine d\u2019un écrivain québécois de grande classe, M.Guy Frégault, qui a été sous-ministre des Affaires culturelles dès la création de ce ministère en 1961 et le resta jusqu\u2019en 1975.Disciple de Lionel Groulx, M.Frégault devait bientôt se pencher sur toute l\u2019oeuvre de ce grand maître pour en tirer les leçons de sagesse et de fidélité française.Peu avant sa mort, il venait de raconter son expérience de quinze ans comme grand commis de l\u2019État dans \"l\u2019un des envers\u201d les plus importants de la \u201crévolution tranquille\u201d qu'à peu près personne n\u2019avait osé décrire jusqu\u2019ici.Le sous-titre de ce livre auto-biographique de Guy Frégault, \u201cLa Chronique des années perdues\u201d (Léméac, 1976) et cette petite phrase de Rousseau citée en exergue \u201cQue sert, hélas, d'arroser le feuillage quand l\u2019arbre est coupé par le pied\", montrent quelles furent les difficultés d'un sous-ministre.Le sociologue de l'Université Laval, Jean-Charles Falardeau, collaborateur intime de M.Frégault, a publié en primeur un texte en hommage à ce grand disparu qui, \u201cconnaissant les fermes assises de notre fidélité française, a fait de celle-ci le pôle du premier ministère du Québec qui se soit préoccupé de notre culture collective.\u201d M.Falardeau continue plus loin son hommage en rappelant le fameux livre blanc inspiré par Guy Frégault, à compter de décembre 1964 et signé par Pierre Laporte le 18 novembre 1965, \"oublié\u201d au moment des élections de 1966 et exhumé seulement dix ans ans plus tard, au printemps de 1976.M.Falardeau fait sien le voeu ultime de Frégault: \u201cIl 502 L'ACTION NATIONALE appartient désormais à l\u2019avenir de faire de cet édifice des décombres ou une maison, un monument ou un atelier.Ou un souvenir\u201d.A quand la réponse?Le gouvernement actuel ne saurait plus attendre! Les cinq lauréats des grands prix de la province de Québec Le gouvernement de la province, représenté notamment par MM.René Lévesque, Camille Laurin et Louis O\u2019Neil, en présence de quelques centaines d\u2019invités réunis dans cette enceinte culturelle prestigieuse qu\u2019est la Place des Arts, a décerné, en décembre, les cinq grandes distinctions qui couronnent l\u2019ensemble d\u2019une oeuvre littéraire, artistique et scientifique.Les lauréats sont: Jacques Ferron, prix David; Léon Bellefleur, prix Paul-Emile-Borduas; Félix Leclerc, prix Denise Pelletier; Léon Dion, prix Léon-Gérin et Jacques Genest, prix Marie-Victorin.\u201cC\u2019est par sa culture, a dit M.Camille Laurin, qu\u2019un peuple maîtrise son destin.C\u2019est pour cela que nous voulons assurer le jaillissement perpétuel de la création et des créateurs au Québec\u201d.M.O\u2019Neil ajouta: \u201cNous voulons rendre hommage à tous nos créateurs, à ceux qui font le tracé de nos appartenances, ceux qui par leurs oeuvres ont incarné notre être.\u201d A l\u2019auditoire enthousiaste, M.René Lévesque donna le sens de la fête: \"C\u2019est par les oeuvres qu\u2019un pays exprime sa manière d\u2019être, qu\u2019il s\u2019approprie sa longueur d\u2019onde et qu\u2019il atteint l\u2019universel.L\u2019oeuvre demeure ainsi le plus puissant catalyseur de notre appartenance qui nous permet d\u2019être un peuple et un pays plus cohérent, plus sain, plus normal et plus ouvert sur le monde\u201d.La gauche socialiste et le Parti Québécois La gauche socialisante du Québec représentée par une vingtaine de panelistes, voulut en novembre 1977, tracer le bilan du gouvernement péquiste au pouvoir depuis un an.Ce colloque fut organisé par la Société canadienne de science politique, l\u2019Association canadienne des sociologues et des anthropologues de langue française.Tous les membres ne sont pas socialistes mais le noyautage était évident à cette réunion tenue à l\u2019Université de Montréal. L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 503 La plupart des panelistes ont admis comme prématuré un jugement après une seule année de pouvoir du Parti Québécois.Cette restriction admise, ils se sont tous prononçés, sur tout, avec acharnement, contre le Parti Québécois.Sa faute principale: ne pas avoir imposé à la bourgeoisie québécoise le marxisme! Malgré un négativisme généralisé, on a reconnu que, face à Ottawa, la performance du Parti Québécois a été excellente.Pour gagner le référendum, selon M.Daniel Latouche, il faudra mettre sur pied un plan d\u2019action en trois points: éliminer Trudeau aux prochaines élections fédérales, renforcer la légitimité du Québec sur la scène internationale et forcer Ottawa à accepter les vues du Québec pour diminuer la virulence de la crise économique actuelle.A part cet avis, pour l'observateur objectif, la gauche socialiste a choisi ce thème de rencontre pour faire croire à son importance et à son attentisme.Or ses conférenciers ont surtout été remarquables par leur jaunisse doctrinale: ils voyaient tout d\u2019une seule couleur! Ils travaillent dans l\u2019inadaptation et le verbiage: les frustrations évidentes peuvent les rendre dangereux par la démagogie et la course au mirage.Monique Bégin un peu \u201cdéboussolée\u201d \u201cNous ne lui pardonnerons pas, car elle sait trop ce qu\u2019elle fait\u201d vient de répliquer le président du Mouvement Québec Français, M.F.-A.Angers, aux propos soporifiques que Madame Monique Bégin, ministre fédéral de la santé, a tenté de faire ingurgiter aux membres de la Chambre de Commerce de Montréal.Monique Bégin, à la solde d\u2019un fédéralisme dépassé, se croit obligée d\u2019y aller d'un discours: \u201cpour réendormir ses compatriotes: l\u2019avenir des Canadiens-Français ne serait nullement menacé et ce serait à tort qu\u2019on aurait voté une loi pour assurer la pérennité de leurs droits linguistiques.Ils font tellement de progrès certains qu\u2019il fallait laisser faire, et tout aurait bien tourné tout seul\u201d.Fondée sur une interprétation enfantine et partisane des chiffres récents d\u2019augmentation numérique de la 504 L\u2019ACTION NATIONALE population francophone au Canada, l'argumentation de Madame Bégin semble attribuer à la Confédération canadienne la fécondité des Canadiens-Français et ne dit rien des politiques génocidaires qui nous ont forcés depuis 110 ans à émigrer aux Etats-Unis et dans les autres provinces du Canada à cause d\u2019un développement économique mal planifié par Ottawa pour le Québec, elle ne dit rien des politiques canadiennes d\u2019immigration payées en grande partie par les Québécois et qui ont toujours joué contre nous; elle ne dit rien de cette étude torontoise qui démontre que les Canadiens-Français, y compris ceux du Québec, ne formeront que 6% de la population canadienne d\u2019ici cent ans; elle ne dit rien de l\u2019érosion massive causée par l\u2019assimilation des francophones par les anglophones dans toutes les provinces du Canada.Elle ne dit rien des al-lophones, Italiens, Grecs et autres qui, à 90% grossissent les rangs des anglophones.Il faut lire la réplique de M.Angers (Le Jour, 2 décembre 1977), une des plus lucides fessées jamais administrées aux sophistes du gouvernement fédéral.M.Michel Roy, non plus (Le Devoir, 23 novembre 1977), n\u2019aime pas les affirmations de Madame Bégin.Les fédéralistes, vraiment, s\u2019ils n\u2019ont pas de meilleurs arguments, devraient savoir se taire.Ils vont à l\u2019extrême de l\u2019aveuglement tolérable.Le Québec séparé, un ghetto culturel?Mordecai Richler, dans le Monthly Atlantic (décembre 1977), publie un article à sensation au ton corrosif.A travers la pyrotechnie des mots et des allusions, son argument essentiel est celui-ci: le Parti Québécois peut fort bien convaincre les gens de se séparer du reste du Canada mais il créerait un ghetto culturel et la ruine économique.Or ces deux postulats, prononcés à la manière d\u2019évidences, ne sont aucunement prouvés.Ne serait-ce pas plutôt la Confédération qui fait du Québec un ghetto folklorique et maintient le Québec dans la dépendance de l'Ontario et du gouvernement fédéral?N'en avons-nous pas cent preuves?M.Richler ne voit que malheurs dans la loi 101 et le référendum à venir.Il brandit l\u2019épouvantail de la vengeance des hommes d\u2019affaires anglophones du Canada.Un tel article omet, évidemment, les causes du malaise québécois.Aussi la présentation devient tendancieuse.Cet article don- L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 505 ne bonne conscience aux Anglo-Canadiens: eux, ils ont du bon sens et le sens des affaires.Mais au Québec, on a des illuminés et des esprits dangereux! L\u2019article n\u2019améliore pas le dialogue.Bon écrivain, Richler s\u2019y révèle plus sensationnel que juste.Encore un autre qui passe à côté du vrai! Trudeau et Lévesque au Newsweek Newsweek (5 décembre 1977) donne une interview de M.Trudeau sous le titre: C\u2019EST IMPENSABLE, coiffé du drapeau canadien et un autre de M.Lévesque intitulé NOUS SOMMES UN SATELLITE orné du drapeau québécois.Plusieurs photos, dont celle du retour triomphal de M.Lévesque à Mirabel, accompagnent le tout.Rien de neuf pour les Québécois: les deux chefs ont exposé leur thèse.Les lecteurs de Newsweek prendront du temps à découvrir que l\u2019avènement du Parti Québécois au pouvoir n\u2019est pas la cause du mal dont souffre le Canada mais le signe de sa maladie.Trop longtemps les politiciens canadiens ont essayé de cacher, par cataplasmes et prothèses, l\u2019abcès.Depuis plus de cent ans que le Québec souffre d\u2019une colonisation active, jamais relâchée, de la part du gouvernement fédéral.Il y a aussi une sorte d\u2019impuissance pour les Canadiens-Français, dans ce régime, de se développer et de s\u2019affirmer selon leur personnalité propre.Même M.Trudeau passe à côté de la question: il feint de ne pas la voir.Il essaie même de nous prouver que nous devrions être heureux de rester dans le carcan, de plier sous le joug.Voilà ce qu\u2019il a à vendre aux Américains.Des réflexions à la taille de Jean-Pierre Goyer Le Canada a accouché de l\u2019idée d\u2019un Commonwealth francophone.M.Louis de Guiringaud, dans une conférence de presse (9 novembre 1977), a affirmé qu\u2019il n\u2019était pas question pour la France \u201cde participer à quelque réunion ou sommet de chefs d\u2019États ou de gouvernements francophones où le Québec ne serait pas convié\u201d.Alors, que vaudrait un Commonwealth francophone où ne figureraient ni la France, ni le Québec?M.Jean-Pierre Goyer, notre illustre ministre des Approvisionnements récemment initié aux problèmes de la culture française, y est allé de son commentaire suprême- 506 L'ACTION NATIONALE ment intelligent et digne de l\u2019Académie française: \u201cIl serait peut-être important pour M.de Guiringaud de se départir de tout esprit paternaliste qui lui ferait décider de la règle du jeu alors qu\u2019elle dépend de notre pays\u2019\u2019.La France nous pardonnera, certes, si nos gamins paraissent frustrés et agressifs.Elle devra comprendre que le Québec endure, depuis plus de cent ans, des commentaires et des discours semblables, de la part de nos tutti quanti du gouvernement fédéral.C\u2019est avec eux que le Canada veut garder son unité dite nationale: ne sont-ils pas les clous du cercueil?En gens civilisés, nous saluons du chapeau et nous passons.En silence: ce spectacle de nos misères fédérales a de quoi effrayer! Relance de la recherche universitaire A l\u2019Assemblée nationale, après un débat long mais civilisé à la Commission parlementaire de l\u2019Éducation, M.Jacques-Yvan Morin a déclaré qu\u2019à son arrivée au ministère de l\u2019Éducation, il avait trouvé une situation en état avancé de pourrissement: dispersion des efforts, rôle imprécis de l\u2019État québécois, absence quasi totale de politique scientifique.Après ce sombre diagnostic, M.Morin a annoncé un plan de relance de la recherche universitaire et scientifique au Québec ainsi que le lancement d\u2019un livre vert sur les politiques de demain.N\u2019est-il pas temps de mettre de l\u2019ordre et de l\u2019efficacité dans ce domaine?Les universitaires attendent: les besoins sont immenses et pressants.Grave menace aux pouvoirs des provinces sur leurs ressources naturelles Dans une décision partagée, en fin de novembre 1977, la Cour suprême du Canada, le plus haut tribunal du pays, a déclaré anticonstitutionnelle une loi adoptée en 1973 par le gouvernement de la Saskatchewan qui établissait des droits miniers et des redevances sur le pétrole, et elle a ordonné le remboursement des sommes perçues et de l\u2019intérêt aux producteurs ainsi taxés, soit le joli montant de plus de $500 millions.C\u2019est une interprétation dangereuse et inquiétante des pouvoirs fédéraux de taxation indirecte et de réglementation du commerce inter-provincial et international.La voie L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 507 est ainsi ouverte par la Cour suprême à la présence fédérale dans les richesses naturelles, ressources perçues jusqu\u2019ici comme du domaine propre des provinces.Quel contrôle reste-t-il désormais au Québec comme aux autres provinces sur leurs produits miniers, leurs forêts, les ressources hydro-électriques?C\u2019est la clé dans la serrure confiée désormais à Ottawa pour s\u2019immiscer dans un domaine qui ne lui revient pas.Ce biais de la taxation et du commerce est largement menaçant.Au gouvernement du Québec d\u2019analyser les implications de ce jugement fort chargé de menaces.Tout aménagement administratif si ouvert soit-il, ne peut suppléer à l\u2019autonomie provinciale sur ce type de ressources maintenant en péril.L\u2019érosion des pouvoirs provinciaux, au nom de vieille constitution canadienne fait son chemin par toutes sortes de voies.George Bush, ex-directeur de la CIA, et l\u2019unité canadienne En réponse à des questions des journalistes, à la suite d\u2019une causerie qu\u2019il a prononcée devant les membres du Canadian Club, M.George Bush aurait déclaré que l\u2019unité canadienne est \u201ctrès importante\u201d à la sécurité militaire et stratégique du monde libre et que le gouvernement des Etats-Unis partage son opinion.M.Bush est un ancien directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), organisme d\u2019espionnage international, au profit des Etats-Unis, toujours sous le prétexte de rechercher la paix et la prospérité des nations encore une fois au profit des États-Unis.Ce Monsieur parle de Canada unitaire comme d\u2019une influence stabilisatrice et d\u2019un allié des Etats-Unis.Il n\u2019a pas voulu confirmer ou nier les informations selon lesquelles des agents de la CIA travaillent au Canada où ils éduqueraient certains agents de notre propre Royal Mounted Police (organisme fédéral d\u2019espionnage et entièrement consacré au maintien du statu quo anglo-canadien).Tous les espoirs de répression, de provocation et de terrorisme sont ainsi promis aux fédéralistes inconditionnels contre tous les Québécois qui cherchent la justice et la liberté dans la démocratie.L\u2019unité nationale prend ainsi plusieurs visages et le fédéralisme canadien aussi. 508 L'ACTION NATIONALE Trois actualités par JEAN G EN EST LES CONSOMMATEURS DE MEDIA Nous sommes tous des lecteurs et des spectateurs: lecteurs de journaux et de revues, spectateurs de la télévision.Or, dans nos écoles polyvalentes et nos CEGEP nos jeunes font de moins en moins de traductions de textes et d\u2019analyses littéraires.Le résultat n\u2019est pas consolant: nos jeunes ne savent pas lire! Je veux dire qu\u2019ils sont dans la jungle des journaux et des spectacles, des innocents avec très peu d\u2019esprit critique.Des Petits-Poucet.Comme consommateurs de laitues, de pommes, de viandes, etc., le grand public commence à être averti et il surveille davantage ce qu\u2019il achète.Mais en ce qui regarde les choses de l\u2019esprit et les idéologies, trop de gens sont comme de vieilles granges aux portes ouvertes et qui battent à tous les vents, avec indifférence, et ils ne s\u2019aperçoivent pas que l\u2019édifice intérieur tombe en ruines, faute de protections élémentaires.A ce propos, et pour fins pédagogiques, il est bon de parler de la revue PRESSE-ACTUALITE, la revue de l\u2019information écrite, parlée et télévisée.Elle jette sur les journaux, français et parfois américains, un regard lucide, critique, et elle publie des grilles d\u2019analyse sur le contenu des journaux à propos des événements.Ses analyses comparées permettent une prise de conscience du fait que le journal peut nous imposer SON opinion toute faite si nous lui laissons la place sans discernement.Heureux le professeur qui, en littérature, en catéchèse ou en sociologie, saurait introduire ses étudiants à l\u2019étude des mass-média en vue de former de meilleurs consommateurs d\u2019information.Le marxiste qui, aujourd\u2019hui, ne lit que l\u2019Humanité (journal communiste français) peut manifester un haut degré d\u2019orthodoxie mais il arrive un moment où il ne sait plus lire les événements et se fourvoie infailliblement dans le fanatisme, passion qui vient suppléer au manque d\u2019information objective.Nous le voyons bien quand des représentants de nos groupuscules marxistes montréalais veulent discuter: ils voguent dans les slogans, avec des oeillères, et la démagogie s\u2019infiltre dans les raisonnements.Il est alors facile de dérailler vers le rêve millé- L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 509 nariste et le mythe du paradis terrestre dont eux seuls ont la formule parfaite.Pour former des esprits vigoureux et ouverts, il est bon que la démarche individuelle vers les média devienne aussi une étude collective et qu\u2019il y ait échange, débat, comparaisons.A propos d'un seul événement, disons de l'unité canadienne, que le professeur fournisse à ses étudiants, sur un événement, les commentaires des principaux journaux canadiens.Tous verront alors la rigidité du Financial Post, les contradictions fédérales, l\u2019offensive vicieuse du Montreal Star, le sournois d\u2019un journal de Halifax, le maladif d'un journal de l\u2019Ouest.Les jeunes verront comme nous sommes isolés, peu compris et considérés, par James Robertson et consorts, comme des ennuyeux qu\u2019il faut courber sous la férule du ONE CANADA-ONE NATION.Alors nos jeunes commenceront à devenir réalistes au sujet de leur avenir et de leurs chances dans la Confédération.Tous les journaux connaissent les pressions des forces économiques par le moyen de la publicité, les pressions sociales par le moyen des interventions de groupes, et les pressions politiques dont les préférences s\u2019étalent au grand jour.Même les photographies, même les bandes dessinées se prêtent à une analyse fouillée qui permettent l\u2019identification d'un journal, sa puissance d'envahissement des intelligences et des émotions.Une réflexion de René Pucheu est importante: \u201cIl ne faut jamais oublier comment et de quoi un journal est fait pour en comprendre le discours.Qui veut comprendre le journal et s'en servir utilement doit admettre que le journal ne dit ni tout ni rien.Il dit quelque chose\u201d.Et ils le font à partir d\u2019un LIEU d\u2019où ils regardent le monde et la société.Ce lieu doit être connu et questionné, (sept.- oct.1977, p.26 sq.) LA MOUCHE DU COCHE Ce n'est pas le lieu, ici, de raconter la visite de M.René Lévesque, en France, ni ses répercussions historiques pour l\u2019histoire du Québec.Mais il y a des ridicules qui devraient tuer tout homme dans son bon sens.D'un côté vous avez la France qui est heureuse de recevoir le Québec et d\u2019en- 510 L'ACTION NATIONALE courager son évolution vers une autodétermination légitime.La Confédération n'est-elle pas un pacte entre deux nations et, initialement, entre quatre provinces?Ce pacte s\u2019est révélé, par les interprétations de la majorité anglo-canadienne, un carcan pour la nation canadienne-française, un tombeau pour nos minorités à travers le Canada, un plafond à notre épanouissement comme nation et une camisole de force à notre liberté d'entreprendre et de nous gouverner par nous-mêmes.Alors nous demandons de rompre le contrat, tout en conservant les avantages mutuels d\u2019une entente économique, sinon militaire, douanière et peut-être monétaire.La situation est facile à comprendre.Les Anglo-Canadiens ne l'entendent pas de cette façon et veulent transformer la Confédération en une nécessité dont aucun des participants n\u2019a le pouvoir de se déprendre.Pour accomplir ce travail des Anglo-Canadiens et nuire le plus possible à l\u2019autodétermination québécoise, les Anglo-Canadiens ont trouvé une équipe de Québécois pour essayer de torpiller le Québec dans tous ses efforts et ses élans.Faut-il les nommer?Leurs noms sont dans tous les journaux et à la télévision fédérale, par les temps qui courent.Les Anglo-Canadiens mettent toute leur puissance à leur disposition.A tour de rôle, ils s\u2019efforcent de brimer, contrecarrer, limiter les initiatives du Québec et de nous courber sous leur joug.Que de Canadiens-Français montrent un servilisme écoeurant, on les reconnaît à ce qu\u2019ils ne servent pas le Québec mais le seul Canada anglais.Mais entre tous les ridicules, il y a ceux que M.Gérard Pelletier a su accumuler, à Paris.La vraie mouche du coche.Incapable de comprendre que l\u2019histoire se fait en dehors de lui.Il note le tapis rouge, compte les médailles, observe que le Québec ne lui rend pas visite, bref il additionne des chiures de mouche et prend peur devant une affirmation du Québec qu\u2019il croit trop claironnante devant l\u2019Europe entière.Pitreries mesquines.Pire encore, la tournée de ce serviteur des serviteurs du culte fédéral, à travers l\u2019Afrique, pour créer, sans la France et sans le Québec, un Commonwealth des nations françaises, sous la haute direction du gouvernement fédéral.Oh! sublime folie: l\u2019impérialisme des Anglo- L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 511 Canadiens qui se promet de sauver et de promouvoir la culture française par le monde.Ottawa est devenue une officine de mouches.dont le petit dard est plein de vinaigre.LA COUR SUPRÊME, UNE TOUR DE PISE?L\u2019ACTION NATIONALE, dans son numéro spécial de novembre-décembre 1976, a raconté les principaux épisodes de la bataille des communications, au Québec.Nous y avons raconté l\u2019invraisemblable mesquinerie du gouvernement fédéral à propos de la câblovision à Rimouski et à Mont-Joli.Le gouvernement fédéral soutenait cette thèse: toutes les communications qui regardent la télévision, la radio et les ondes relèvent entièrement et absolument du fédéral.Le gouvernement provincial contre cette thèse absolutiste et centralisatrice soutenait que l\u2019installation d\u2019un poste de câblovision n\u2019ayant qu\u2019un rayon de cinquante à cent milles relevait indiscutablement de la compétence provinciale.Il n\u2019y avait là aucune activité interprovinciale.Et la constitution, dans son esprit, accorde tous les pouvoirs souverains aux provinces en ce qui, géographiquement et culturellement, relève d\u2019elles seules, comme les ressources naturelles et l\u2019éducation.Les deux thèses montrent bien tout le danger de la Confédération canadienne telle que le fédéral la conçoit et l\u2019impose aux Canadiens par une interprétation arbitraire, unilatérale et contraignante: il transforme la Confédération en une union législative où le Québec étouffe et est écrasé.Il détruit, en les minant, les souverainetés déjà accordées par la constitution.Les pouvoirs discrétionnaires que le gouvernement fédéral s\u2019arroge sont invraisemblables:ain-si, un avion dont le circuit va de Montréal à Fort Chimo doit obtenir sa licence du gouvernement fédéral et ainsi de suite en tout ce qui regarde les transports, les ports, l\u2019immigration, etc.Il prend l\u2019argent aux provinces sous forme d\u2019impôts et, ensuite, il prétend pouvoir le dépenser comme il l\u2019entend, pour assurer sa mainmise et, troisième étape, il fait des lois pour assurer sa pénétration, son infiltration dans l\u2019activité des provinces. 512 L\u2019ACTION NATIONALE N\u2019a-t-on pas vu une entreprise du fédéral vouloir acheter CULINAR, entreprise entièrement québécoise?Bref, le gouvernement fédéral, en dix domaines, en vingt domaines, s\u2019approprie des pouvoirs par ses interprétations unilatérales de la constitution.Le Canada devient un carcan pour le Québec.En ce sens, le gouvernement fédéral devient le plus fort outil du séparatisme québécois.Si le Québec riposte en contestant les activités fédérales, Ottawa, par ses fonctionnaires et ses ministres à oeillères, menace de recourir à la Cour Suprême pour faire entériner leur interprétation de la constitution et leurs activités.L\u2019arme suprême du gouvernement fédéral c\u2019est la Cour Suprême.Le fédéral a bien raison: depuis cent ans chaque fois que le Québec a eu recours, pour la défense de ses droits, à la Cour Suprême, il a toujours été défait.La raison est simple: la Cour Suprême est formée de gens nommés par le gouvernement fédéral et ils y sont nommés précisément pour y défendre l\u2019interprétation centralisatrice du gouvernement fédéral.Il s\u2019agit d\u2019une Cour où les dés sont pipés et où la justice constitutionnelle, toute sincérité mise à part et toute compétence soulignée, est à sens unique.Ainsi, malgré le bon sens qui devrait attribuer une câblovision d\u2019un rayonnement de cent milles à la supervision du Québec, la Cour Suprême défend le principe de la centralisation absolutiste du gouvernement fédéral.Qui sort vainqueur d\u2019une telle décision?Forcément le gouvernement fédéral! Il gagne sur toute la ligne.Il humilie le pouvoir provincial.Il l\u2019assimile à un pouvoir, non pas souverain mais simplement municipal: ce dernier doit se ranger, se conformer, se soumettre à la puissance contraignante du gouvernement fédéral.Mais, à longue haleine, c\u2019est la Cour Suprême qui perd.Et que perd-t-elle?Elle perd sa crédibilité.Elle perd la confiance du peuple et de tous les constitutionnalistes.Loin de contrebalancer le pouvoir énorme du gouvernement fédéral, elle l\u2019accentue et le précise.Le Québec y perd son droit d\u2019administrer les postes régionaux de radio, de télévision et de câblovision: il n\u2019est plus maître chez lui dans cet autre domaine que sont les communications par onde.La Cour Suprême devient l\u2019ennemi du Québec et en autant que le Québec actuel rejette le Canada, c\u2019est aussi la L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 513 Cour Suprême qu\u2019il rejette.Ces juges se sont torpillés eux-mêmes: ils n\u2019ont gagné ni le respect ni la soumission mais une contre-attaque qui sera mortelle.La servilité des juges est semblable à une Tour de Pise qui penche toujours du même côté.N\u2019est-ce pas M.Marc Lalonde lui-même, main droite et main gauche, exécuteur des hautes oeuvres du premier ministre fédéral, qui vient de déclarer à un journal allemand (18 décembre 1977) que le gouvernement fédéral étudie avec soin le fonctionnement de la Cour Suprême allemande dans le but de s\u2019en inspirer?Or là, il y a nette décentralisation.Au lieu de se manifester comme à la solde du gouvernement centralisateur, la Cour Suprême s'y présente comme un contrepoids de valeur dans le sens du respect des cultures, des disparités régionales et de l\u2019humain.Au Canada, le gouvernement fédéral est devenu une \u201cgrosse\u201d machine: la Cour Suprême lui en a donné tous les pouvoirs car le gouvernement n\u2019avait qu\u2019à les lui demander! Même les juristes les plus avertis du pays obéissent à des a-priori et à des thèses toutes faites.Ces juristes sont coupés du peuple: ils ne se rendent pas compte que le Canada est en train de couler.Leur faute n\u2019est pas mince.Aucun journal anglo-canadien, à travers tout le Canada, n\u2019a voulu voir à quel point les interprétations actuelles et futures de ces juges auraient pu gagner les provinces à une nouvelle conception du Canada, chaque fois que ces dernières doivent affronter le fédéral.Au lieu de se savoir perdantes avant même d'avoir entrepris leurs plaidoiries, les provinces verraient une chance de se faire entendre et d\u2019obtenir justice pour leur cause plus décentralisée, plus proche des communautés humaines.Le Canada est devenu un étau, une camisole de force.Un des artisans de ce type de Canada, c\u2019est la Cour Suprême.Qu\u2019elle coule avec tout son \u201ctype de pays\u201d et personne n\u2019aura une larme pour ces juges qui, doctoralement, auront accepté le ridicule d\u2019être marginal à leur temps! Les trois juges du Québec, dans cette Cour Suprême qui veille aux lois plus qu\u2019à la justice, ont vu l'impasse et ont voté contre le jugement de la majorité.Mais faute de crédibilité, la Cour Suprême actuelle signe, elle-même, son arrêt de mort ou sa réforme en profondeur. I LA FONDATION MINVILLE Tout don à la Fondation Minville augmente un capital inaliénable qui s\u2019accumule et est placé dans des entreprises québécoises.Les intérêts servent à soutenir les travaux de la Ligue d\u2019action nationale et sa revue L\u2019ACTION NATIONALE.Le total souscrit par nos amis atteint la somme d\u2019environ $32,000.00 LES AMIS DE LA REVUE \t BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.\tGABRIEL CHARRON J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\t563, 45e avenue LaSalle \u2014 366-9116 GERMAIN CANUEL, avocat\tJEAN-HUBERT MARANDA, avocat 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal H2Y 1K9 \u2014 842-9403\t325 est, boul.St-Joseph Montréal \u2014 288-4254 Dr ALBAN JASMIN\tCLAUDE LACOSTE, C.G.A.7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours\t5325, rue Hubert Guertin Saint-Hubert, Québec Téléphone: 678-2947 PEINTURE BLAINVILLE INC.\tPHARMACIE LÉTOURNEAU 1020, boul.Labelle Blainville \u2014 435-0248\t3828, boul.Décarie Montréal \u2014 484-7311 George Blainville\t LAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité: laine du Québec\tDr Robert Vachon 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154\tHOMMAGE Ill IMPRIMERIE JACQUES-CARTIER INC.Imprimeurs-lithographes Service d\u2019artistes 8477, 8e ave, Montréal H1Z 2X2\t729-1851 \tF.X.LANGE INC.FER\tACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES \t10,530 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445 TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste, 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 CENTENAIRE DE GROULX 13 janvier 1878-1978 Commissions scolaires, professeurs, parents et amis, faites connaître Groulx! La seule véritable étude sur Groulx a été publiée par L\u2019ACTION NATIONALE.Volume de 288 pages, publié en 1968, contenant 31 photographies et des études par F.-A.Angers, Guy Fregault, Mme Rémillard, Michel Brunet, Patrick Allen, Rosario Bilodeau, Benoît Lacroix, Richard Arès, Michel Pelletier, Jean Éthier-Blais, André Major, Émile Robichaud, Madeleine Dionne, Jean Genest, etc.Livre indispensable pour comprendre l'actualité: $5.00 L'Action Nationale, 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 Téléphone: 845-8533 IV AVOCATS de Grandpré, Colas, Amyot, Lesage, Deschênes & Godin.Avocats 2501, Tour de la Bourse Place Victoria \u2014 Montréal H4Z 1C2 Téléphone: 878-4311\tGUY BERTRAND & CLÉMENT RICHARD, avocats 42, rue Ste-Anne, suite 200 Québec G1R 3X3 Téléphone: 692-3951 COMPTABLES\tDesforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.: 388-5738 PLACEMENTS\t RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d'Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels\t QUINCAILLERIE\tEDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 HOMMAGE D\u2019UN AMI\t BUFFET LOUIS QUINZE inc.Banquets \u2014 mariages 7230, 19e avenue Rosemont Montréal H2A 2L5 \u2014 376-8660\tHommage de JEAN-MARIE COSSETTE V À VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE ® Assurance-vie régulière et variable \u2022\tAssurance collective \u2022\tRentes viagères \u2022\tRevenu-épargne variable L» >\tC O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE Agences et unités DRUMMOND VILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129, tél.: 844-2050 SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou Tél.: de 09.00 à 13.00 h à: 845-8533.Abonnement: $15.par année.De soutien : $20.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PERIODIQUES CANADIENS, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, PÉRIODEX.publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS MM.René Chaloult Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pierre Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudin Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Mercier Jean Marcel Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos Québec Longueuil Chicoutimi Rimouski Sainte-Foy Sherbrooke Ville de Laval Drummondville Beauceville-Est Rivière-du-Loup "]
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