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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1978-06, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVII, Numéro 10 Juin 1978 $3.00 TABLE DES MATIÈRES JEAN-PIERRE BLANCHARD: Préface.789 JEAN-PIERRE LANTEIGNE: Le parti acadien.795 LÉONTHÉRIAULT:Unterritoireacadien.805 JEAN-PIERRE BLANCHARD: De Gloucester à Grand Pré.810 RHÉAL BOUCHER: Essai sur l\u2019économie d\u2019une province acadienne.815 JEAN-PIERRE BLANCHARD: L\u2019exemple du Jura.827 JACQUES COUTURIER et ANDRÉ LECLERC: Vers une globalisation de la société acadienne .835 FIDÈLETHÉRIAULT: RelationsQuébec-Acadie(1755-1880).840 MATHILDA BLANCHARD: L\u2019Acadie reprend ses habitants.846 HENRI-EUGÈNE DUGUAY: L\u2019AcadienseveutmaîtrechezIui.858 ARMANDPLOURDE:Laprovinceacadienne.864 CÉCILE CHEVRIER: Introduction àdemain.870 ZOËLSAULNIER:Appelauxgensdemarace.874 JULES BOUDREAU: Témoinsetartisansd\u2019unréveil.878 LORRAINEDIOTTE:Polidore.882 JEAN-PIERRE BLANCHARD: LaS.A.N.B.886 CLAUDELEBOUTHI LU ER: Demain!.888 TABLE DES AUTEURS ET DES MATIÈRES.897 Félicitations aux francophones hors Québec et aux Acadiens pour leur nouvel élan remarquable, leur compréhension du Québec, et leur sens de la justice.Dites aux pharisiens \u2014 et à Pierre Burton \u2014 d\u2019enlever la poutre de leur œil! Dépôtlégal \u2014 1ersemestre1978 Courrier de la deuxièmec lasse Enregistrement no 1162 ISSN-0001-7469 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXVII, Numéro 10\tJuin 1978\t$3 PRÉFACE Par Jean-Pierre Blanchard Responsable de ce numéro special Oui, l'Acadie arrive à la croisée des chemins.Nous faisons face à la possibilité de l\u2019indépendance du Québec, à la possibilité de l'union des provinces maritimes; à tout le moins à la certitude de changements profonds à la structure de ce pays.Des idées, hier considérées farfelues, prennent lentement le chemin de la réalité (Gastien Godin: Les cahiers des États généraux).C\u2019est un fait indéniable autant que déplorable que les Acadiens sont des étrangers dans leur propre maison.Bien qu'ils furent les premiers habitants dits blancs du Canada actuel, ils sont encore à la recherche d\u2019un pays, d\u2019un territoire ou d\u2019une enclave qu\u2019ils pourront à nouveau appeler l\u2019Acadie.(Donatien Gaudet, Action nationale, novembre 1977).Du point de vue des Acadiens, la création d\u2019une province s\u2019inscrit en parfaite continuité avec nos revendications passées.Les luttes des générations qui nous ont précédés se sont orientées vers l\u2019obtention d\u2019une dualité des pouvoirs.La dualité en éducation est un objectif qui nous a demandé des années d'efforts, et malheureusement, elle n\u2019est pas encore complètement atteinte.Et pendant tout ce temps-là, les Acadiens souffraient d\u2019injustice dans divers secteurs: santé, agriculture, pêche, etc.Le Parti Acadien, s'inscrivant dans la continuité des luttes acadiennes passées et dans le contexte actuel de redéfinition du Canada, propose la dualité des pouvoirs au Nouveau-Brunswick, soit la création d\u2019une province acadienne autonome avec son gouvernement (Dr Jean-Pierre Lanteigne, prés, du Parti Acadien). 790 PREFACE Il n\u2019est pas prématuré de parler d\u2019une province acadienne.Nous sommes même quelques années en retard.Aujourd\u2019hui, beaucoup d\u2019Acadiens ont dépassé le stage du rêve.Ils ne rêvent plus, ils s\u2019organisent et passent à l\u2019action.Ils croient dans la séparation des deux groupes ethniques du Nouveau-Brunswick, en deux provinces distinctes.Ils veulent faire fermenter l\u2019idée d\u2019une province acadienne pour qu\u2019elle devienne l\u2019option numéro 1 des États Généraux de l\u2019Acadie.Le mythe acadien Avec la création d\u2019une province acadienne, le mythe acadien du paradis perdu et de l\u2019exilé, créé par l\u2019épisode historique déchirant de 1755, l\u2019expulsion et le génocide du peuple acadien et alimenté par la poésie de Longfellow et de son Évangéline, n\u2019aurait plus de raison d\u2019être.(Génocide: lorsqu\u2019un peuple tente systématiquement de faire disparaître un autre peuple.) Les Acadiens deviendraient les vrais propriétaires d\u2019un territoire, tout comme deux cents ans passés, avec les nombreux avantages et responsabilités que cela implique.Mais contrairement à l\u2019époque coloniale, on aurait, et pour la première fois un gouvernement acadien.Chaque homme acadien qui se trouverait dans cette nouvelle Acadie, aurait une nouvelle responsabilité sur les épaules, un pays à refaire.Il faudrait qu\u2019il s\u2019en fasse une idée mentale, une certaine fierté, et puisqu\u2019il participe au potentiel économique, culturel et politique de ce nouveau territoire-nation.C\u2019est ce genre de dynamisme, de fierté et de responsabilité que les partisans d\u2019une province acadienne veulent promouvoir.Il est primordial que nous devenions plus politisés, donc plus responsables et que nous bâtissions des structures politiques démocratiques solides pour mieux faire face aux assauts répétés de toutes les autres cultures, sociétés, media d\u2019information, multinationales et mentalités anglo-saxonnes qui nous entourent. L'ACTION NATIONALE 791 Un pays nouveau Pour le besoin de la cause, on peut s\u2019imaginer ce pays nouveau, un pays acadien, avec des frontières délimitées, un gouvernement centralisé ou décentralisé, sous forme peut-être de province au sein de la confédération canadienne, ou de province autonome avec statut spécial au sein d\u2019un état du Québec, séparé du Canada.Économiquement parlant, ce serait la fin d\u2019une économie coloniale où toutes nos matières premières sont expédiées à l\u2019extérieur, sans jamais rien produire, fabriquer ou transformer ici.Ce serait un pays, où idéalement, les secteurs secondaires (manufactures, usines à poissons, produits finis) et tertiaires (services, administrations, gouvernement, secteurs publics et para-publics), seraient autant développés que le secteur primaire (produits bruts non finis).Ce pays, ou province acadienne, serait un des grands centres internationaux des pêcheries, et reconnu également pour ses nombreuses autres richesses naturelles, pour sa culture, ses paysages pittoresques et sa poésie.Port-Royal: capitale de l\u2019Acadie La nouvelle capitale de l\u2019Acadie deviendrait en peu de temps un grand centre d\u2019activités culturelles, politiques et économiques acadiennes et un lieu de rencontre pour toutes les grandes cultures francophones du monde et du Québec.C\u2019est une vision positive d'un avenir nouveau et prometteur.En exigeant le rapatriement chez nous de tous les fonctionnaires francophones, des argents, des services et des infrastructures gouvernementales investis dans la ville de Frédéricton aux frais des taxes acadiennes, le Parti Acadien se veut le moteur du changement social, idéologique et surtout économique de tout un peuple.En effet, la richesse et les activités sociales et économiques, engendrées par la création d\u2019une nouvelle capitale, sont un argument de taille et une des raisons économiques qui justifierait les politiques du Parti Acadien.Nous construisons nous-mêmes nos propres struc- 792 PREFACE tures politiques.En plus de devenir \u201cmaîtres chez nous\u201d, nos jeunes Acadiens sortant des universités pourraient profiter de plus d\u2019emplois dans le domaine du fonctionnarisme et leurs salaires s\u2019écouleraient dans l\u2019économie des régions acadiennes.Ces nouveaux emplois stables provoqueraient un accroissement de la population car les fonctionnaires seraient encouragés à s'installer dans la capitale acadienne et ses environs.Au Parti Acadien, il n\u2019y a pas, pour le moment, de politique officielle ou de choix définitif quant au site de la capitale.Chez les partisans de la séparation du Nouveau-Brunswick, on choisit parfois Bathurst comme capitale probable.Par rapport au Nord-Ouest, Sud-Ouest, et Nord-Est, c\u2019est un site central.D\u2019autres suggèrent Camp-bellton, ou encore Caraquet, moins central mais plus Acadien.Bathurst a en effet une minorité anglophone de près de 45% de la population.C\u2019est une copie en miniature de la conjoncture économique québécoise, car cette minorité domine l\u2019économie locale et la politique municipale.Les Acadiens de la région de Bathurst devront graduellement effectuer un revirement complet de leur situation de défavorisés, de dominés et de colonisés.Il faudra \u2019\u2019sherbrookiser\u201d Bathurst, et évidemment, rebaptiser cette ville d\u2019un nom acadien.Jamais les Acadiens n\u2019accepteront une ville avec un nom anglophone pour capitale.Les anciens noms acadiens de Bathurst sont Nicholas-Denys, Nipisiquit et Village St-Pierre, Port-Royal serait peut-être préférable, étant le nom de l\u2019ancienne capitale de l\u2019Acadie.L\u2019Atlantide Une nouvelle province, ou pays de l\u2019Atlantide, se serait formée au sud de l\u2019Acadie.Le nom de l\u2019Atlantide fut suggéré par Cameron, journaliste au Plain Dealer de Frédéricton, dans un dossier où il expose la situation défavorisée et l\u2019appauvrissement progressif des Maritimes après la Confédération.Il préconise la formation d\u2019un nouveau pays anglophone réunissant les trois provinces maritimes: l\u2019île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.Il nous rappelle que la Nouvelle-Écosse a, pendant plus de 50 ans, tenté de se L\u2019ACTION NATIONALE 793 séparer de la Confédération, accusant celle-ci d\u2019être la cause de ses problèmes économiques.L\u2019Atlantide, c\u2019est un beau projet.Mais il croit naïvement que les Acadiens du Nouveau-Brunswick seraient prêts à s\u2019embarquer dans un tel bateau.Il tente de démontrer que les Acadiens aimeraient mieux vivre dans une telle union, que de vivre unis au Québec.C\u2019est un préjugé familier aux Anglophones des Maritimes.Ils considèrent les Acadiens comme des \u201cbons gars\u201d qui ne parlent pas beaucoup, et les Québécois comme des \u201ccriards\u201d qui veulent tout changer, et ils aiment penser que les Acadiens n\u2019aiment pas les Québécois.Les Anglophones, en général, ne se rendent peut-être pas compte que les différences de mentalité entre Québécois et Acadiens n\u2019effacent pas pour autant leur affinité culturelle, sociale et politique.Les destinés collectives des deux peuples sont intimement liées, et les Acadiens, même s\u2019ils continuent, plus souvent qu\u2019à leur tour, à présenter une allure de bons gars, calmes et réfléchis, n\u2019en sont pas moins tannés de jouer le rôle de violoneux.Ils parlent de plus en plus et de plus en plus fort; l\u2019Homme folklorique devient l\u2019Homme politique, moins renfermé et plus sûr de lui-même.Les Acadiens sont unanimes sur un point: jamais ils n\u2019accepteraient de se faire engloutir dans une mer d\u2019Anglo-Saxons, comme l\u2019union des provinces maritimes.Conclusion Un territoire acadien ne nous amène pas nécessairement la tranquillité et les périodes de paix idylliques du pays des ancêtres.La création d\u2019une province acadienne ne règle pas pour autant tous les conflits internes qui existent à l\u2019intérieurde l\u2019Acadie, tout comme n\u2019importe où ailleurs en Amérique du Nord.Mais tous ceux qui ne croient plus au Nouveau-Brunswick sont d\u2019accord sur un point: Frédéricton n\u2019est pas le centre de l\u2019Acadie et nous réglerions beaucoup mieux ces conflits internes si nous pouvions donner des réponses acadiennes à la plupart de nos problèmes acadiens.En d\u2019autres mots: nous voulons tous les pouvoirs qui influencent notre avenir collectif.La Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick fait un travail soutenu en ce sens, même si elle n\u2019est pas of- 794 PRÉFACE ficiellement en faveur d\u2019une province acadienne, le Parti Acadien, avec son projet national et sa philosophie politique de style réformiste, s\u2019apparentant beaucoup à celle du Parti Québécois, est certes à l\u2019avant-garde des revendications politiques acadiennes.Le Parti Acadien veut, pour les Acadiens, la totalité des pouvoirs, dans une entité politique constitutionnellement reconnue, la province acadienne.\u2022 ?DANS L'AUJOURD'HUI \u201cLa totalité des pouvoirs, dans une entité politique constitutionnellement reconnue, la province acadienne\u201d.Jean-Pierre Blanchard PREMIÈRE PARTIE LE PARTI ACADIEN par le Dr Jean-Pierre Lanteign 796 L\u2019ACTION NATIONALE I \u2014 Continuité d\u2019une évolution historique En 1960, lorsque Louis Robichaud fut porté au pouvoir à FRÉDÉRICTON à la tête d'une équipe libérale, un véritable vent d\u2019espoir a soufflé sur l\u2019Acadie du Nouveau-Brunswick.Un peu comme à l\u2019élection de Jean Lesage à Québec au 22 juin de la même année; un régime de mauvais souvenirs et de noirceur s\u2019estompait définitivement dans l\u2019histoire.Du moins, on en avait la très nette impression à l\u2019époque: Hugh John Flemming, cet obscur et lointain Loyaliste cédait son trône.À sa place, Louis Robichaud, 34 ans, jeune avocat natif du petit village de St-Antoine-de-Kent, était le premier Acadien à être élu premier ministre du Nouveau-Brunswick.Avec lui à la tête du gouvernement provincial, les Acadiens verraient, pensait-on, leurs droits enfin reconnus.La Patente bombait le torse d\u2019aise et de fierté: c\u2019était son jour de gloire.Une certaine conscience politique, au sein du peuple acadien en était encore à croire qu\u2019il était possible d\u2019améliorer un régime aliénant en y plaçant les bons hommes aux bons endroits.C\u2019était oublier que les structures sont plus fortes que les hommes, si bons soient-ils, et que la vraie liberté et l\u2019épanouissement pour les peuples, comme pour les individus, ne peut naître que de structures bien adaptées et librement adoptées.Puis les années ont passé.Louis Robichaud s\u2019est résolument attaqué à la tâche; celle-ci était monumentale et l\u2019histoire lui reconnaîtra un jour son mérite.Son programme d\u2019égalité sociale avec sa réforme du système de taxation a coupé la corde qui se resserait de plus en plus fort au fil des années au cou du peuple acadien.Respirer enfin! La réforme scolaire, quant à elle, nous a permis de prendre une petite hypothèque sur l\u2019avenir.C\u2019était beaucoup, et surtout, rien n\u2019est venu sans une farouche résistance du milieu anglophone, surtout de sa couche sociale la plus favorisée.Après 10 ans, Louis Robichaud, épuisé, dut remettre le pouvoir et il alla échoir à la présidence d\u2019une quelconque commission fédérale pour ensuite être rangé définitivement au Sénat.Notre sauveur, notre supposé héros national, s\u2019était éreinté à la tâche, avec des succès, certes, mais très partiels. LE PARTI ACADIEN 797 En 1970, un autre Loyaliste, Richard Hadfield, accédait au pouvoir et, politiquement, les années à venir s\u2019annonçaient longues comme un carême.Surtout on chuchotait que le temps des largesses envers les Acadiens était fini et qu\u2019en plus, les \u201cRobichaud\u2019s mistakes\u201d seraient corrigées.Il ne fallait pas que ces \u201cgoddam frenchmen\u201d prennent goût à la liberté.Mais malheureusement, la liberté a un de ces goûts qu\u2019on ne peut oublier, si fort et si doux que même sans jamais y avoir goûté eux-mêmes, les hommes en gardent, du fond des âges, une soif insatiable.En Acadie, le contexte socio-politique, ailleurs au pays et en particulier au Québec, se chargeait d\u2019en alimenter la flamme.Les années 1960 avaient vu la télévision s\u2019implanter chez nous, et avec elle, l\u2019influence québécoise s\u2019est renforcée.La révolution tranquille, la nationalisation de l\u2019électricité, les chansonniers du Québec, le R.I.N., puis le Parti Québécois ne sont pas passés inaperçus des Acadiens, quelle que soit la lunette régionale à travers laquelle ils ont pu les voir.Résultat net: une influence québécoise indéniable, influence de ce Québec à la recherche de son identité.Influence renforcée par l\u2019accessibilité plus facile des Acadiens à l\u2019éducation, ce qui a permis à beaucoup d\u2019entre eux d\u2019aller voir au Québec et même en France, ce qui se passait et de revenir avec des goûts de liberté.Influence aussi renforcée par le fait que les Acadiens, du plus profond de leur inconscient collectif, sont eux aussi un peuple à la recherche d\u2019un pays, de cette Acadie de jadis dont la nostalgie a été retransmise jusqu\u2019à nos générations.C\u2019est le goût du pays à reconstruire qui s\u2019est exprimé par les manifestations de 1968 à 1969 à l\u2019Université de Moncton: expression dans l\u2019action plutôt que par le discours, mais expression vigoureuse et authentique.Louis Robichaud, fatigué, exerçait de façon routinière et docile, le pouvoir qu\u2019on lui avait prêté, afin de garantir la survie de ses réformes.Mais l\u2019éducation en Acadie commençait déjà à porter ses fruits et ils n\u2019étaient pas nécessairement du type et du goût qu\u2019avait prévus la Patente élitiste qui avait grenouillé l\u2019émergence d\u2019un Acadien dans des structures étrangères. 798 L\u2019ACTION NATIONALE Les manifestations de 1968 et 1969 sont avant tout une remise en question du pouvoir qui s\u2019exerçait sur les Acadiens et les premiers visés par cette remise en question, n\u2019étaient pas, contrairement à ce qu\u2019a pu faire croire Pierre Perreault dans \u201cL\u2019Acadie, L\u2019Acadie\u201d, les Anglophones, mais plutôt l\u2019élite acadienne qui, sans changer aucune des structures aliénantes pour les Acadiens, en était arrivée à s\u2019intégrer dans ses structures, à s\u2019y complaire par intérêt et finalement à participer au maintien du peuple acadien dans sa situation politique coloniale et dégradante.L\u2019usure de Louis Robichaud en peignait une image saisissante.D\u2019où la révolte contre ceux qui voulaient faire figurer leur réussite personnelle comme une libération du peuple acadien.Le goût du pays et le sens de l\u2019appartenance coulent de source authentique en Acadie et ils ne pouvaient tolérer pareille imposture: ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas par hasard, que la personnalité la plus critiquée et attaquée par les étudiants au cours de ces manifestations fut Adélard Savoie, recteur de l\u2019Université de Moncton et beau-frère de Louis Robichaud.Comme l\u2019agitation des étudiants avait soulevé les bonnes questions et touché le nœud du problème, la répression, comme un réflexe, fut sèche et cinglante: plus de sociologie à l\u2019Université de Moncton; plus question de s\u2019attarder trop longtemps à scruter la réalité acadienne car infailliblement remonte au cœur le goût du pays à reconstruire, le goût de changer des structures.Heureusement le mouvement évolutif avait pris son élan; le département de sociologie avait fermé boutique, mais Michel Blanchard sortait la contestation hors du campus et défiait, en exigeant un procès en français, les structures coloniales du Nouvean-Brunswick.D\u2019un seul coup, le maquillage acadien qu\u2019on avait voulu leur faire, tombait, laissant voir le visage tout nu de l\u2019aliénation.Et sur d\u2019autres fronts, comme par osmose, la lutte prenait de l\u2019ampleur.Les artistes sont venus épauler les contestataires.La culture acadienne, qu\u2019on croyait un temps réduite à une inexorable folklorisation, retrouva la voie de l\u2019expression créatrice grâce à l\u2019effort d\u2019artistes assumant pleine- LE PARTI ACADIEN 799 ment leur acadienneté.Puis ce furent les années 1970: départ de Louis Robichaud où la fin de l\u2019illusion, la sortie du film \u201cL\u2019Acadie, L\u2019Acadie\u201d dont l\u2019effet-choc fut immédiat et puis les manifestations populaires au Nord-Est concernant l\u2019assurance-chômage.C\u2019est dans ce contexte et ce climat d\u2019éveil que fut fondé avec enthousiasme en 1971 le Parti Acadien.Plus qu\u2019un simple parti politique, le Parti Acadien fut l\u2019expression d\u2019une volonté politique qui rejetait, d\u2019un premier temps, les vieux véhicules, libéral et conservateur, structures étrangères et instruments entre autres de notre asservissement collectif et qui, d\u2019un second temps, lançait l\u2019idée qu\u2019il faut nous organiser \u201cnous-mêmes\u201d.Comme programme en 1971, c\u2019était encore mince, mais un pas important venait d\u2019être franchi, un pas qui ne pouvait que mener à l\u2019affirmation de plus en plus définie et de mieux en mieux articulée du droit du peuple acadien à l\u2019auto-détermination, à la prise en charge de sa propre destinée.Il \u2014 De la naissance à l\u2019aube de la maturité Le Parti Acadien, à sa fondation en 1971, s\u2019attaquait à une tâche énorme.Tout d\u2019abord, sa présence même entrait en contradiction absolue avec la présence des establishments libéral et conservateur en Acadie, en niant tout simplement la légitimité du pouvoir qu\u2019ils s'octroyaient grâce à la puissance de l\u2019argent.Donc, les structures anglophones étaient dérangées.Et à l\u2019intérieur de ces structures, il y avait des Acadiens intégrés qui se trouvaient du même coup dérangés: ceux qui n\u2019ayant rien compris de la leçon Louis Robichaud, attendaient un second messie libéral et ceux qui, ayant réussi à accéder à un certain statut social et matériel, s\u2019accommodaient bien de la structure coloniale.Tous ces gens ne voyaient pas le Parti Acadien d\u2019un bon œil, non seulement à cause de sa seule présence, mais aussi à cause de certaines constantes dans son discours et dans ses actions.En effet, le Parti Acadien reconnaît, depuis ses débuts, le fait que le peuple aca- 800 L'ACTION NATIONALE dien est un peuple de travailleurs et que tout projet d\u2019émancipation devrait tenir compte de cette importante dimension.La lutte du peuple acadien, dans l\u2019optique du Parti Acadien, ce n\u2019était plus seulement une lutte pour conserver une culture, c\u2019était une lutte pour la dignité économique et sociale, tout autant que pour le respect culturel.Le Parti Acadien questionne certes la domination culturelle anglophone, mais aussi la domination économique que subit le peuple acadien.Et parmi ceux qui exploitent économiquement les Acadiens, on retrouve aussi des Acadiens.On comprend dès lors l\u2019hystérie qui s\u2019empare d\u2019eux à la moindre évocation du Parti Acadien.Le projet du Parti Acadien à ses débuts était centré sur la nécessité de s\u2019organiser.À travers l\u2019action, les campagnes électorales, la réflexion, les hauts et les bas, il a dû élaborer et étoffer son projet.C\u2019est en mai 1977, six ans plus tard, après d\u2019ailleurs une longue et âpre lutte interne avec certains éléments dogmatiques, au sein de son exécutif (éléments qui ont d\u2019ailleurs été forcés de démissionner) que le Parti Acadien a enfin accouché d\u2019une ébauche de programme politique concret, répondant à des besoins spécifiquement acadiens dans les domaines des pêches, de l\u2019agriculture, des relations de travail, de la santé, de la sécurité sociale, de la forêt et de l\u2019éducation.Et le tout à l\u2019intérieur d\u2019un projet national collectif, articulé et réaliste, celui de la création d\u2019une province acadienne autonome, comme cadre de son orientation globale.En mai 1977, le Parti Acadien a atteint le seuil de la maturité.La prochaine étape sera de faire une percée sur la scène électorale.lit \u2014 La province acadienne: un consensus à faire Le consensus au sein du Parti Acadien sur la question de la province acadienne autonome comme objectif national, a permis de franchir une étape importante.Il était toujours difficile antérieurement de situer la perspective des luttes acadiennes.Où voulait-on en ar- LE PARTI ACADIEN 801 river au juste, sans territoire et sans gouvernement?Comment parler d\u2019auto-détermination dans ces conditions?L\u2019objectif de la province acadienne autonome fixe un but et un cadre de lutte.Autour d\u2019un objectif nationaliste, il permet d'offrir à la population un projet collectif, emballant et réaliste, surtout à mesure qu\u2019on le replace dans le contexte de renégociation constitutionnelle du Canada: l\u2019arrivée du Parti Québécois au pouvoir le 15 novembre 1976 l\u2019y oblige.Il est proposé également à un moment précis où l\u2019Acadien sent de plus en plus l\u2019urgence de se décider face à son propre destin.Car non seulement son frère québécois parle de souveraineté, mais son concitoyen anglophone qui influence de façon privilégiée le gouvernement auquel il est soumis, non seulement entrevoit et étudie la possibilité d\u2019une Union des provinces Maritimes mais il en a même entrepris la mise sur pied.Or l\u2019Union des provinces Maritimes est une solution-suicide pour les Acadiens.C\u2019est l\u2019imposition d\u2019une nouvelle structure étrangère, encore plus aliénante que ne l\u2019est la province du Nouveau-Brunswick elle-même.Le concensus assez général qui se fait dans la population autour de l\u2019idée des Etats Généraux de l\u2019Acadie constitue un signe indéniable de l\u2019attente et l\u2019interrogation de l\u2019Acadien face à son avenir.De fait, les seuls qui s\u2019opposent aux États Généraux (et malheureusement malgré leur petit nombre, ils risquent de les saboter) sont ceux qui favorisent le statu quo, soit Vestablishment des partis politiques libéral et conservateur, tant provinciaux que fédéraux, et l\u2019élite patronale acadienne dont les intérêts économiques sont semblables à ceux des maîtres-coloniaux anglophones.La tâche du Parti Acadien, à ce stade-ci de la discussion politique, n\u2019est pas tant de délimiter des frontières précises à sa province acadienne, de faire en d\u2019autres termes, de l\u2019arpentage et de la projection hypothétique dans l'avenir, mais plutôt de rallier autour du principe d\u2019une structure politique acadienne autonome, le plus large censensus possible. 802 L'ACTION NATIONALE Pour ce faire, nous procéderons par la voie électorale, la seule qui a la puissance morale de changer les structures.Avec un concensus acadien derrière lui, le Parti Acadien devient l\u2019instrument le plus puissant qu'aura jamais tenu dans ses mains le peuple Acadien.Il détiendra la balance du pouvoir, c\u2019est-à-dire la capacité d\u2019empêcher le gouvernement du Nouveau-Brunswick de fonctionner s\u2019il n\u2019accède pas à ses demandes.Dans le contexte actuel, il est impérieux que le peuple acadien se donne cette arme démocratique afin de faire un pas de plus sur la voie de l\u2019affranchissement.La province acadienne autonome donnerait aux Acadiens un gouvernement à eux, pour eux et par eux.Certes cela exclut l\u2019Union des Maritimes, mais nullement, dans l\u2019avenir, l\u2019avènement de relations privilégiées et même d\u2019un lien confédéral avec le Québec dans l\u2019hypothèse d'une accession de ce dernier à la souveraineté.Mais nous n\u2019en sommes pas encore là.Les Québécois mènent leur lutte de leur côté et les Acadiens la leur, et ce dans un cheminement parallèle qu\u2019il est important de reconnaître et d\u2019encourager.Ceci toutefois ne signifie nullement que les Acadiens doivent se contenter béatement, comme certains le proposent, d\u2019observer d\u2019évolution du Québec et de s\u2019annexer si celui-ci devient souverain.Car dans l\u2019hypothèse d\u2019une souveraineté québécoise, nous les Acadiens, n\u2019aurions que l\u2019Union des Maritimes à envisager, or cette solution est inacceptable.D\u2019ailleurs le Québec n\u2019aurait que faire d\u2019une Acadie qui se serait comportée en bois mort.L\u2019Acadie doit démontrer sa vitalité intérieure propre et son désir de survivre de façon concrète en mettant de côté les peurs et les ambiguïtés qui lui viennent de son passé colonial.IV \u2014 Le Parti Acadien et les autres organismes En terminant, il est de prime importance de clarifier la position du Parti Acadien face aux autres organisations qui oeuvrent en Acadie.Comme principe, depuis ses débuts, le Parti Acadien a toujours manifesté sa LE PARTI ACADIEN 803 solidarité avec les divers autres organismes acadiens en autant que leur action favorise l\u2019émancipation collective des Acadiens.La Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick Le Parti Acadien s\u2019est constamment solidarisé avec la S.A.N.B.lorsqu\u2019elle dénonçait les injustices en Acadie.Certaines luttes de la S.A.N.B., comme celle de l\u2019école des infirmières de Bathurst, ont été menées par les membres du Parti Acadien.Cependant la S.A.N.B.doit être évaluée à sa juste valeur.Il faut reconnaître ses mérites autant que ses limites.Pour le moment, elle constitue en Acadie l\u2019une de nos armes les plus importantes, mais il ne faut pas oublier qu\u2019elle est financée par le pouvoir fédéral qui voit d\u2019un mauvais œil les désirs d\u2019autodétermination en Acadie.Le jour approche où la S.A.N.B.posera le problème de l\u2019Acadie dans toute sa dimension et où le pouvoir fédéral sera tenté de lui couper l\u2019oxygène financier.L\u2019Acadie doit se préparer à cette éventualité et se doter de structures de lutte autonomes.Le Parti Acadien évidemment est de celles-là.Les Caisses populaires acadiennes Les Caisses populaires acadiennes constituent la seule et la plus grande force collective économique du peuple acadien.Le Parti Acadien lui a manifesté son appui lors de sa demande de création d\u2019un ministère de la coopération.Il va d\u2019ailleurs de l\u2019évidence même que pour créer une province acadienne autonome, nous aurons besoin des Caisses populaires.Elles sont un instrument appartenant en propre à la collectivité acadienne.Toutefois, il est malheureux que certains de ses dirigeants aient totalement perdu le sens de la continuité historique de leur œuvre: il devient donc de plus en plus urgent que les Caisses populaires se définissent et ré-orientent leurs dirigeants si elles ne veulent pas fouler aux pieds les aspirations légitimes du peuple acadien.La Société Nationale des Acadiens La Société Nationale des Acadiens, doit être, de par sa structure, dorénavant considérée comme un organisme inutile et dépassé.Ses dirigeants, se voulant 804 L'ACTION NATIONALE représentatifs des Acadiens des Maritimes, ne représentent plus rien, car il n\u2019existe aucune unité entre les Acadiens du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l\u2019île-du-Prince-Édouard.La S.N.A.est devenue un ramassis d\u2019éléments réactionnaires, tenant mordicus aux subventions fédérales et au pouvoir qu\u2019ils croient ainsi détenir et qui, pour conserver les dites subventions, sont prêts à lécher les bottes de n\u2019importe quel roi-nègre, à prêcher l\u2019aplaventrisme le plus dégradant et à saboter toute idée d\u2019auto-détermination chez les Acadiens du N.B.Il n\u2019est d\u2019ailleurs à peu près plus d\u2019Acadien conscientisé qui s\u2019identifie à la S.N.A.SE LIBÉRER D'UN CERTAIN PASSÉ \u201cL\u2019Acadie doit démontrer sa vitalité intérieure et son désir de survivre en mettant de côté les peurs et les ambiguïtés de son passé colonial\u201d.Dr Jean-Pierre Lanteigne DEUXIÈME PARTIE LE TERRITOIRE ACADIEN, GRANDE CONDITION D'UN POUVOIR ACADIEN par Léon Thériault (1) Professeur d\u2019histoire à l\u2019université de Moncton 806 L\u2019ACTION NATIONALE Il y a une continuité historique entre les revendications pour un territoire acadien et les grandes entreprises acadiennes d\u2019autrefois.Il s\u2019agit toujours du même combat mais dans un contexte nouveau, des mêmes défis mais avec de plus grandes ressources humaines et matérielles.Jusque vers les années 1960, le phénomène politique, dans l\u2019Acadie du Nouveau-Brunswick, n\u2019était pas une dimension qui comptait beaucoup.L\u2019État n\u2019intervenant pas tellement, c\u2019était par le biais de l\u2019initiative privée que les Acadiens mettaient en oeuvre leurs programmes d\u2019envergure collective.L\u2019Église, les grandes associations acadiennes (la Société nationale des Acadiens, l\u2019Association acadienne d\u2019éducation, pour ne nommer que celles-là) servaient alors de fer de lance.Et lorsqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019exprimer concrètement la dimension politique de nos problèmes, on se limitait à encourager l'engagement personnel.Dans l\u2019histoire politique des Acadiens, jamais une formation politique, sauf le Parti Acadien, n\u2019a prétendu avoir une ligne de pensée spécifiquement acadienne.Notre histoire témoigne de politiciens qui se disaient Acadiens (souvent timidement), d\u2019opinions que l\u2019on exprimait (timidement également), mais jamais de réflexion sur la nature politique de notre situation, jamais de programmes visant à la solution de nos problèmes économiques, sociaux et culturels.Notre pouvoir collectif, en tant qu\u2019Acadiens, s\u2019exprime toujours par la voie de groupes de pression.Pourtant, l\u2019État n\u2019est-il pas, plus que tout autre organisme, le grand artisan de la destinée nationale d\u2019un peuple?Pas étonnant que les régions acadiennes soient aussi les plus pauvres de la province, que nous soyons comme des étrangers et des quémandeurs dans le territoire que nous avons fondé il y a plus de 300 ans.La seule action que nous nous pensons permise, sur le plan politique, c\u2019est l\u2019engagement personnel, et combien timidement! C\u2019est morceau par morceau qu\u2019il faut encore arracher ce qui nous revient.Nous passons notre LE TERRITOIRE ACADIEN 807 temps à éteindre des incendies ici et là, à réagir contre des forces extérieures, sans jamais songer à nous organiser collectivement.Certains Acadiens en sont même venus à croire que le fait acadien, cela est bon pour la littérature, le théâtre, les écoles, mais pas dans le domaine du pouvoir.Voilà comment nous nous déprécions comme peuple, voilà comment nous nous pensons voués au statut de minoritaires, condamnés à la pauvreté.Tant que nous n\u2019aurons pas de pouvoir acadien, nous serons comme des infirmes.Nous ne pourrons rien aborder d\u2019une façon globale, collective.Nous perdrons nos énergies à analyser nos problèmes et à attendre que d\u2019autres veuillent bien accepter de les résoudre.La grande raison de l\u2019absence d\u2019une force et d\u2019une pensée acadiennes en politique, il faut la chercher dans les structures actuelles de la province.Cette province, admettons-le donc une fois pour toutes, n\u2019a pas été conçue d\u2019abord pour les Acadiens, en tout cas pas pour des Acadiens qui croient dans le maintien d\u2019un environnement socio-culturel français11*.Or, ces structures sont essentiellement de nature politique.Est-il étonnant alors qu\u2019il n\u2019y ait pas eu de pouvoir politique acadien, de pensée politique acadienne?Faire \u201cacadien\u201d, en politique, cela demeure comme une négation de l\u2019essence même de notre province.Tant que rien ne changera au niveau des structures politiques et administratives de la province, il ne faudra pas songer sérieusement à un pouvoir spécifiquement acadien.Dans les structures actuelles, nous serons toujours minoritaires et nous dépendrons toujours de la bonne volonté de la majorité anglophone.Cela, les Acadiens l'ont compris depuis longtemps, pourtant.Lorsque nous avons conclu à la nécessité d\u2019un plus grand pouvoir de décision au sein du ministère de l\u2019Éducation, nous avons demandé \u2014 et obtenu dans une certaine mesure \u2014 un \u201csous-ministère\u201d francophone de 808 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019éducation; lorsque les enseignants francophones ont voulu administrer eux-mêmes leurs propres affaires, ils se sont séparés de la New Brunswick Teachers Association.Au niveau des districts scolaires, les Acadiens ont toujours cru en des districts scolaires homogènes (unilingues) et ils ont travaillé avec acharnement à un remaniement des structures àce niveau.On pourrait citer ainsi beaucoup d\u2019exemples qui démontrent que les Acadiens croient, comme ils l\u2019ont toujours cru, en des structures et un pouvoir acadiens.Mais jusqu\u2019ici les Acadiens ont surtout essayé d\u2019acquérir des parcelles de pouvoir, et des parcelles qui n\u2019ont aucun lien entre elles.Le temps est venu de songer à l\u2019ensemble de notre vie nationale acadienne.Plus que jamais nous avons les ressources humaines et matérielles pour concrétiser cet objectif.Et jamais la conjoncture politique canadienne ne s'est tant prêtée à des changements en profondeur.Mais comment pourrait-on croire qu\u2019il est possible que les Acadiens puissent se regrouper dans des structures globales, des structures interdépendantes, des structures qui obéissent aux intérêts fondamentaux des Acadiens, sans qu\u2019elles ne soient chapeautées au sommet par un pouvoir acadien?Et comment pourrait-on mettre sur pied un tel pouvoir sans que ce pouvoir ne repose sur un territoire, une géographie, des frontières?Tous les pouvoirs politiques au monde, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une municipalité, d\u2019une province ou d\u2019un État possèdent un territoire sur lequel s\u2019exerce leur juridiction.Sans cela, il ne peut y avoir de pouvoir réel ou légal, il nous faut donc un territoire acadien reconnu comme tel, sans cela nous sommes condamnés aux miettes.Cette idée de territoire acadien, comme celle du pouvoir acadien, n\u2019est pas nouvelle.Jadis cette région fut un territoire acadien reconnu légalement.Après la Dispersion, les Acadiens qui revinrent choisirent de s\u2019établir loin des centres anglais afin de s\u2019assurer un environnement socio-culturel français.C\u2019est à ces Aca- LE TERRITOIRE ACADIEN 809 diens démunis que nous devons aujourd\u2019 \\ l\u2019existence d\u2019un bloc acadien au Nouveau-Brunswick.Plus près de nous, au tournant du 20e siècle, les Acadiens combattirent pour une province acadienne au sein des structures ecclésiastiques.Ils réussirent.Et lorsque, il y a cinq ans, nous combattions pour des circonscriptions électorales qui respecteraient davantage les frontières sociales et linguistiques, n\u2019était-ce pas une idée de territoire qui s\u2019exprimait?N\u2019en est-il pas de même dans le cas des districts scolaires?Si la notion de territoire se retrouve dans notre histoire, on la trouve encore davantage exprimée dans l\u2019histoire du Canada anglais.Les anglophones, eux, ont depuis longtemps compris la nécessité de structures et territoires bien àeux.Et comment! La province du Nouveau-Brunswick a elle-même été formée en la détachant de la Nouvelle-Écosse en 1784, et ce, à la demande expresse des Loyalistes anglophones.Les anglophones d'Ontario réussirent à faire la même chose en 1791 en amputant le Québec d\u2019un vaste territoire.Pourrait-on me dire pourquoi l\u2019idée de territoire serait bonne pour les Anglophones et non pour les Acadiens?Et pourrait-on me montrer le document en vertu duquel les Acadiens seraient privés d\u2019un territoire àeux?On crie sur tous les toits que l\u2019Acadie constitue un peuple, qu\u2019elle a une histoire, une littérature et qu\u2019elle est bien vivante.J\u2019ajoute que l\u2019Acadie c'est aussi une terre que nous possédons.Ce sol nousappartient.Prenons-le! (1) Lors des premières élections de la province, en 1785, les autorités déclarèrent nulles les élections du comté de Westmorland, pour la seule raison que des Acadiens catholiques avaient voté.Ajoutons que ces Acadiens avaient voté contre les candidats du lieutenant-gouverneur.Les Acadiens furent privés de leur droit de vote, au Nouveau-Brunswick, jusqu\u2019en 1810, et de celui d\u2019être député jusqu\u2019en 1830. 810 L'ACTION NATIONALE \u201cL\u2019état n\u2019est-il pas le grand artisan de la destinée nationale d\u2019un peuple?\u201cTant que nous n\u2019aurons pas de pouvoir acadien, nous serons comme des infirmes\u201d.\u201cDans les structures actuelles du Nouveau-Brunswick, nous serons toujours minoritaires et dépendants de la bonne volonté de la majorité anglophone\u201d.\u201cLe temps est venu de songer à l\u2019ensemble de notre vie nationale acadienne\u201d.\u201cIl nous faut un territoire acadien, sans cela nous sommes condamnés aux miettes\u201d.Léon Thériault DE GLOUCESTER À GRAND PRÉ par Jean-Pierre Blanchard 812 L\u2019ACTION NATIONALE Il faut montrer qui nous sommes, où nous vivons, pourquoi nous voulons continuer la lutte, et aller jusqu\u2019au bout de nos revendications passées et présentes.Et ceci nous devons le faire pour nous politiser nous-mêmes, pour informer les Anglo-Canadiens, et aussi les Québécois, afin qu\u2019ils sachent sans ambiguïté notre projet collectif.Que tout le Canada ne prenne plus cette renaissance politique acadienne comme de simples sursauts de réveils périodiques, des petites crises nécessaires qui s\u2019éteindront dans quelques années sans provoquer une continuité au niveau des moeurs du peuple acadien! Il faut absolument que, dès maintenant, cette lutte laisse ses marques dans le concret, le quotidien; il faut que ça se voit, que ça se touche, que ça se prononce sur les lèvres des gens, à tous les jours.Ce qui compte, c\u2019est de rendre acceptable, dans l\u2019esprit des gens, certains changements.Les lois viendront plus tard, avec plus de facilité, ratifier ces changements.Jean Lesage n\u2019était pas un expert en économie, mais il possédait l'art de la parole dramatique.Tout comme il préparait dans les années 60 la venue du Parti Québécois en disant à sa manière théâtrale, \u201cL\u2019État du Québec\u201d, et ceci sans trop s\u2019en rendre compte, nos artistes chantent à tue-tête des mots poétiques, l\u2019Acadie, le pays, des mots qui ont déjà pris tout leur sens politique.Ces mots se doivent d\u2019être à la fois poétiques et politiques, sinon on s\u2019embourbe dans le folklore.Notre nouvelle élite politique du Parti Acadien et de la S.A.N.B.usent de ces termes avec conviction, c\u2019est-à-dire en leur donnant leur plein sens social et politique.Mais il faut aller plus loin.Montrer qui nous sommes et où nous vivons.Les noms anglo-saxons Kent et Gloucester désignent deux comtés acadiens et cela depuis la création du \u201cNew-Brunswick\u201d, découpés à partir de l\u2019Acadie ancienne.En rebaptisant nos régions de noms acadiens, nous développons un sentiment d\u2019appartenance à une terre, nous lui donnons un nom à travers lequel nous nous reconnaissons tous intimement LE TERRITOIRE ACADIEN 813 liés, un nom qui nous rassemble et qui décrit convenablement le milieu.Les Acadiens usaient souvent auparavant de noms descriptifs tel Beaubassin, la Baie Française.Les anglophones ont tenté de nous arracher nos noms et de récupérer notre culture.Ils sont d\u2019ailleurs passés maîtres dans cet art très développé de l\u2019impérialisme anglo-saxon.Au \u201cNova Scotia\u201d ils ont presque réussi: on y parle de Church Point pour Pointe-à-l\u2019Église, \u201cd\u2019Évangéline Trail\u201d et, en d'autres endroits, on a tout simplement remplacé les Port Royal et Baie Française par Annapolis Royal et Bay of Fundy.Le gouvernement de Halifax refuse de traduire ces noms en français.La raison?On a peur de \u201cprovoquer des incidents\u201d entre les Acadiens et les Anglophones.On mène ainsi, lentement mais sûrement, les Acadiens de la \u201cNova Scotia\u201d vers l\u2019assimilation.Mais pire encore.Après la tentative de génocide de 1755 contre le peuple acadien, les conquérants britanni-nes ont baptisé les terres acadiennes où nous étions revenus nous réfugier, de noms assimilateurs qui cachent l'identité de ceux qui y vivent en majorité: les villes de Campbellton, Bathurst, Dalhousie, le comté de Gloucester, les villages de Four Roads, Tilley Roads, etc.On a même poussé l'audace jusqu\u2019à changer les lettres; Chédiac, Chipagan et Caraquette qui sont devenus Shediac, Chipagan et Caraquet.Toutes les cartes du \u201cNew-Brunswick\u201d sont d\u2019ailleurs encore aujourd'hui in-primées avec des qualificatifs anglais tels Middle Caraquet, Lower Caraquet, et on traduit même carrément certains noms tels Blue Cove pour Anse Bleue et Cape Bald pour Cap Pelé.Les autorités de Cap Pelé viennent tout dernièrement de protester contre cette attitude malsaine devant les autorités anglophones de Frédéricton.Lord Durham aurait applaudi avec délire à toutes ces méthodes d\u2019assimilation, lui qui avait prédit au 19e siècle la disparition à plus ou moins brève échéance du fait français au Canada.Il nous faut donc immédiatement rebaptiser ces régions de noms acadiens.Au Madawaska, on commence à exiger qu\u2019Edmundston, nommé en l\u2019honneur de Sir Edmund Head, reprenne son ancien nom de Petit Sault.ou un autre nom acadien plus convenable. 814 L\u2019ACTION NATIONALE On devrait ainsi prendre l\u2019habitude de dire Grand Pré à la place de nord-est, péninsule acadienne, ou, insulte suprême, \u201cGloucester\u201d, et Beauséjour pour le sud-est, ou comté de \u201cKent\u201d.(Voir la carte du dossier économique).Il faut noter également que l\u2019Université de l\u2019Acadie à Dieppe se dénomme encore officiellement l'Université de Monkton'.Le colonel Monkton fut un des leaders des armées anglaises qui massacrèrent et déportèrent des centaines et des milliers d\u2019Acadiens su 18e siècle.Une \u201cUniversité d\u2019Hitler\u201d pour les Juifs ne serait pas plus absurde.Pourquoi dire Université de l\u2019Acadie à Dieppe et non pas à Monkton?Beaucoup de partisans de la Province Acadienne pensent y inclure non pas toute la ville de Monkton, majoritairement anglophone, mais uniquement une partie, plus à l\u2019est et aux alentours de la rivière \u201cChocolat\u201d qui traverse le marais près de l\u2019Université de l\u2019Acadie.Ce secteur, contigu à la ville de Dieppe, serait rattaché à cette ville majoritairement francophone à 80%.On récupère ainsi tout le complexe universitaire et hospitalier acadien de la ville de Monkton.Grand Pré décrit bien la péninsule acadienne avec tous ses marais, ses champs de tourbe et ses prés.Beauséjour, c\u2019est un beau nom.Mais ces noms ne sont que des suggestions.Une recherche et une réflexion plus poussées sont essentielles car se choisir un nom est un exercice de renaissance culturelle et politique auquel tous les Acadiens doivent participer.On ne parachute pas un nom sur une région sans consultation préalable et, probablement par la suite, un plébiscite pour décider définitivement.Il faut fouiller dans les livres d\u2019histoires pour trouver des anciens noms acadiens et user de son imagination.Chacun doit y penser! (*) (*) Aujourd\u2019hui Moncton ESSAI SUR L'ÉCONOMIE D'UNE PROVINCE ACADIENNE Par Rhéal Boucher 816 L'ACTION NATIONALE INTRODUCTION Le Nouveau-Brunswick est une province de quelque 690,000 habitants répartis sur 73,473 kilomètres carrés de territoire.Environ 250,000 Acadiens (le double de la population de l\u2019île-du-Prince-Édouard) vivent dans cette province, presque totalement regroupés au nord d\u2019une diagonale la coupant en deux, du sud d\u2019Edmundston au Nord-Ouest jusqu\u2019au sud de Moncton au Sud-Est.Les Acadiens constituent 80% de la population de cette partie nord du Nouveau-Brunswick qu\u2019ils ont d\u2019ailleurs colonisée.C\u2019est pourquoi il ne m\u2019apparaît pas futile de con-disérer ce que serait l\u2019économie dans une province acadienne.Je souhaite même que le présent exercice contribuera, un tant soit peu, à actualiser l\u2019événement.J\u2019aborderai le sujet en examinant d\u2019abord la situation économique et politique du Nouveau-Brunswick actuel; ensuite, j\u2019envisagerai une situation économique pour une éventuelle province acadienne.Complexe industriel marin de Shippagan, au Nouveau-Brunswick.Photo prise par Roger Noël, de Lamèque, Acadie.î SITUATION ACTUELLE La mer, la forêt, le sol et plusieurs minéraux constituent la principale richesse du Nouveau-Brunswick et ces ESSAI SUR L\u2019ÉCONOMIE D'UNE PROVINCE ACADIENNE Q1 7 ressources naturelles se retrouvent en majeure partie au nord de la province.Les Acadiens constituent également la majorité de la main-d\u2019œuvre de base qui sert à exploiter cette richesse.Les industries profitant de ces ressources naturelles, les pêches, l'industrie forestière, l\u2019agriculture et les mines sont les principales industries de la province avec les industries manufacturières, de construction, de commerce et de service.L\u2019industrie touristique prend de plus en plus d\u2019ampleur dans la province, de façon notable dans le nord.Politiquement, les deux partis traditionnels, libéral et conservateur, se sont toujours partagé, à tour de rôle, le pouvoir de gouverner la province.Suite à une refonte de la carte électorale par l\u2019actuel gouvernement, la province est divisée en 58 circonscriptions électorales.Les Acadiens, qui ont historiquement favorisé le parti libéral, sont en majorité, dans la presque totalité des circonscriptions du Nord-Ouest, du Nord-Est et du Sud-Est de la province.La capitale, Frédéricton, ville loyaliste, forme, avec Saint-Jean et Moncton, le triangle économique actuel du N.-B.C'est en effet dans le sud que sont situés les \u201cCentres de croissances\u201d de la province; c\u2019est là que la Société de développement du N.-B.a investi la grande majorité de son argent.C\u2019est là que le fédéral achemine plusieurs de ses subventions d\u2019encouragement à l\u2019entreprise et aux industries.C\u2019est ainsi que Saint-Jean est devenu un centre important de transport marin et Moncton le centre de transports ferroviaire et routier le plus important des Maritimes.Au nord de la province, le gouvernement du N.-B.se fie, depuis une dizaine d\u2019années, à des ententes fédérale-provinciale pour faire vivre cette région trop longtemps considérée uniquement comme réservoir de matières premières. 818 L\u2019ACTION NATIONALE Restigouche Les ressources naturelles du territoire acadien.Par exemple, de 1969 à 1977, le ministère de l\u2019Expansion économique régionale (MEER) a dépensé au N.-B.la somme de $280,942,000.La plupart de cet argent était des quote-parts fédérales (équivalant presque toujours à 70% et plus du total) de différents projets de développement pour les régions du Nord-Est, du Sud-Est et du Nord-Ouest de la province.Un autre $100 millions vient d\u2019être versé par le fédéral dans ces régions pour les prochaines cinq années.(1) Gouvernement du Canada, MEER, rapport annuel 1976-1977, page 59. ESSAI SUR L\u2019ÉCONOMIE D\u2019UNE PROVINCE ACADIENNE Q19 Les gouvernements du N.-B., ayant presque toujours été dirigés par des Loyalistes \u2014 la seule exception étant les dix années au pouvoir de Louis Robichaud \u2014 ont été portés à délaisser les régions acadiennes du nord de la province, au profit des régions du sud.C\u2019est ainsi qu\u2019aujourd\u2019hui, le Sud du N.-B.est la partie de la province la plus développée, la plus industrialisée.Le Nord, où sont concentrées les matières premières, les ressources naturelles, a été laissé en pâture aux compagnies mutinationales qui ne cessent de s\u2019approprier les richesses sans rien investir d\u2019équivalent, appauvrissant constamment le territoire.SITUATION ENVISAGÉE Il existe un énorme potentiel économique dans la partie du Nouveau-Brunswick susceptible de devenir une province acadienne.Un gouvernement intéressé à valoriser le potentiel de ce territoire au profit de ceux qui l\u2019habitent n\u2019aurait que l\u2019embarras du choix.Pêcheries Quatre-vingts pour cent (80%) de l\u2019industrie des pêches au N.-B.se situe en territoire acadien.Le mouvement coopératif, dirigé par les Acadiens, est très bien installé dans le domaine des pêcheries; il serait facile pour un gouvernement acadien d\u2019améliorer la rentabilité interne de ce secteur, en favorisant une plus grande transformation du produit sur place, par exemple.Le Nord-Est et le Sud-Est, qui longent la Baie de Chaleurs et le golfe Saint-Laurent, possèdent une tradition de pêches qui date de la déportation.L\u2019extension de la zone canadienne à 200 milles des côtes offre déjà d\u2019énormes possibilités aux pêcheurs acadiens.Le ministère des Pêches du N.-B.ne semble malheureusement pas vouloir prendre avantage de cette situation.La majorité des pêcheurs étant francophones et la majorité des fonctionnaires de ce ministère étant des anglophones, il arrive ce qui arrive dans tous les ministères au N.-B.: la communication entre le gouvernement et les Acadiens est presque inexistante. 820 L'ACTION NATIONALE Un ministère des Pêches d\u2019une province acadienne se devrait de donner à ce secteur toutes les chances de développement.Plusieurs sortes de pêches, l\u2019ostréiculture notamment, n\u2019ont pas encore atteint le seuil optimum de leur exploitation.Produits forestiers Une surveillance plus rationnelle de l\u2019exploitation des forêts et l\u2019apport d\u2019investissements internes massifs en vue de s\u2019approprier le contrôle de la production provoqueraient des retombées économiques substantielles pour les Acadiens de la nouvelle province.Selon les prévisions, la consommation de pâtes et papier doublera d\u2019ici l\u2019an 2000 et les quelque sept millions d\u2019acres de forêt compris dans le territoire acadien seront en mesure de fournir une partie substantielle de la production nécessaire à cette consommation.Les propriétaires de petites scieries sont nombreux en Acadie et un gouvernement acadien leur réserverait une part équitable du marché.Il en serait de même pour les petits producteurs de bois qui, actuellement, ne peuvent rivaliser avec les grosses compagnies qui ont le droit de coupe sur 2,5 millions des meilleures acres de forêt du N.-B.Agriculture Les agriculteurs acadiens indépendants sont de plus en plus rares au Nouveau-Brunswick, et ceux qui subsistent encore sont constamment menacés par les entreprises McCain\u2019s qui détiennent le monopole de l\u2019agriculture au N.-B., avec l\u2019approbation tacite de Frédéricton.Un ministère de l\u2019Agriculture dans une province acadienne, en favorisant l\u2019entreprise agricole familiale et en encourageant le mouvement coopératif chez les agriculteurs, redonnerait à cette industrie la prospérité qu\u2019elleadéjàconnue.Les Acadiens d\u2019avant la déportation étaient des agriculteurs prospères; c\u2019est un héritage que nombre ESSAI SUR L'ECONOMIE D\u2019UNE PROVINCE ACADIENNE Q21 d\u2019Acadiens d\u2019aujourd\u2019hui possèdent encore.Les comtés de Victoria et Madawaska au Nord-Ouest regorgent d\u2019agriculteurs acadiens et de terres fertiles.Les patates qu\u2019ils produisent font la fierté et la renommée de la République du Madawaska, et feraient la fierté et la renommée de la province acadienne.Industrie minière Le sous-sol du territoire acadien contient des minéraux de toutes sortes, notamment du zinc, du plomb, du cuivre, du soufre et du gypse.Les mines d\u2019où sont extraits ces minéraux profitent évidemment bien plus aux compagnies minières qu\u2019aux Acadiens, et le gouvernement actuel ne semble pas s\u2019en préoccuper outre mesure.Un gouvernement acadien, en surveillant de plus près l\u2019exploitation de ses ressources minières, pourrait sensiblement augmenter la valeur nette qui lui reviendrait sur la production.L\u2019industrie de la tourbe au N.-B., concentrée exclusivement au nord, est la deuxième en importance au Canada.Les quelques $7 millions tirés annuellement de la production de cette industrie risquent de se multiplier, avec l\u2019utilisation probable de cette matière comme source d\u2019énergie.Un autre atout économique d\u2019une éventuelle province dirigée par les Acadiens.Tourisme De 1961 à 1975, le nombre total d\u2019hôtels, motels et restaurants dans la province est passé de 21,661 à 80,146, et l\u2019indice d\u2019emploi dans ce secteur, fixé à 100.0 en 1961, était à 342.3 en 1977®.Ces chiffres démontrent que l\u2019industrie touristique est prospère au N.-B.et la grande popularité du fait acadien au cours des dernières années y est certainement pour quelque chose.Un gouvernement de l\u2019Acadie saurait profier de cette \u2018\u2018mode acadienne\u201d en (2) Bureau du Conseiller économique, ministère des Finances, L\u2019économie au Nouveau-Brunswick 1978, Rapport à l\u2019Assemblée législative, page 132, tableau 33. 822 L'ACTION NATIONALE faisant attention bien sûr à ne pas laisser les touristes empiéter sur le mode de vie des Acadiens.Le Village historique acadien, en plus d\u2019être une attraction touristique de premier ordre, est également un outil d\u2019éducation formidable pour conserver chez les futures générations acadiennes le sentiment d\u2019appartenance.Le musée de la mer de Shippagan, projet de quelque $5 millions actuellement en réalisation, attirera des milliers de visiteurs à chaque saison, et permettra d\u2019illustrer l\u2019importance que les communautés acadiennes ont toujours attachée à la mer.Mouvement coopératif acadien S\u2019il est un domaine dans l\u2019économie du N.-B.où les Acadiens dominent actuellement, c\u2019est dans le mouvement coopératif.Les coopératives acadiennes, qui oeuvrent dans plusieurs secteurs économiques de l\u2019Acadie du N.-B., possèdent présentement des actifs qui dépassent $290 millions13*.Dans le secteur des Pêches, la seule Coopérative des Pêcheurs de l\u2019île, dont le siège social est à Lamèque, a un chiffre d\u2019affaires dépassant les quatre millions et possède l\u2019usine la plus moderne de l\u2019est du pays.De plus, quelque dix autres coopératives de pêcheurs sont solidement ancrées le long des côtes acadiennes, à preuve leurs chiffres d\u2019affaires totalisant $8 millions et leurs actifs de $7.5 millions.Au chapitre de la consommation, plus de 8000 sociétaires acadiens possèdent 21 magasins coopératifs dont la plupart des immeubles sont neufs; les ventes annuelles sont de $17 millions et l\u2019actif de $10 millions.Les 90 Caisses populaires acadiennes, leurs 160,000 sociétaires et leur actif de $175 millions font de ce secteur le plus important du mouvement coopératif acadien.Ces caisses ont prêté $350 millions aux Aca- (3) Légère, Martin J., La situation économique des Acadiens du Nouveau-Brunswick, in \u201cL\u2019Action Nationale\u201d, volume LXVII, nos 3-4, pages 240-241. ESSAI SUR L\u2019ÉCONOMIE D'UNE PROVINCE ACADIENNE Q23 diens depuis 1936.Les prévisions indiquent un actif d\u2019un milliard de dollars pour l\u2019année 1995.La Fédération des caisses populaires acadiennes regroupe les caisses populaires et cette institution possède un actif de $25 millions.La Fédération s\u2019occupe activement du développement du mouvement coopératif acadien.Les Acadiens possèdent également deux coopératives d\u2019assurances, soit la Société l\u2019Assomption, compagnie mutuelle d\u2019assurance-vie et la Société d\u2019assurance des Caisses populaires acadiennes.Ces deux institutions possèdent respectivement des actifs de $70 millions et $2 millions, et des encours de $700 millions et $200 millions.Priorités d\u2019un gouvernement acadien Ce bilan coopératif démontre bien les capacités et le potentiel économique des Acadiens.En ce sens, une priorité d\u2019un gouvernement acadien serait de créer un ministère des Coopératives, afin d\u2019utiliser à son maximum cette qualité économique du peuple acadien.L\u2019histoire de l\u2019Acadie est imprégnée de coopération et il s\u2019agit là d\u2019une force que les pionniers de la Nouvelle Acadie se doivent d\u2019intégrer à leur stratégie politique.L\u2019établissement d\u2019un réseau moderne de communication sera également prioritaire pour assurer la viabilité d\u2019une province acadienne.La population acadienne du N.-B.est concentrée dans trois régions géographiquement isolées: le Nord-Est, le Nord-Ouest et le Sud-Est.Il est essentiel qu\u2019un bon réseau routier relie ces trois régions pour faciliter les échanges économiques à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur du territoire.Une chaussée reliant les villes portuaires de Shippagan et Caraquet par exemple servirait de stimulant à toute l\u2019industrie de la pêche dans la péninsule acadienne.De même, un traversier qui ferait la navette entre Grande-Anse et la Gaspésie catalyserait les échanges, touristiques et autres, entre ces deux points. 824 L'ACTION NATIONALE La culture est un autre domaine dans lequel un éventuel gouvernement acadien devrait dépenser son énergie et investir des capitaux.Parce que les Acadiens n\u2019ont pas eu justement à s\u2019occuper de se gouverner, ils ont acquis des traits culturels uniques et variés.La culture acadienne constitue une richesse chez ce peuple, et une politique culturelle bien définie, qui dépasserait la contemplation statique de la culture traditionnelle, résulterait en l\u2019émancipation des Acadiens et serait ambassadrice de nombreux bienfaits économiques.Notons finalement l\u2019enseignement supérieur et le développement industriel comme deux autres importantes préoccupations pour qui veut donner à une province acadienne toutes les chances de succès.Les Acadiens constituent dans l\u2019ensemble une main-d\u2019œuvre de base hors pair, courageuse et acharnée, mais leurs effectifs de techniciens et administrateurs ont besoin d\u2019être augmentés.Des programmes d\u2019enseignement supérieur adaptés à leurs besoins seraient un atout considérable à leur développement.Les gouvernements néo-brunswickois ont jusqu\u2019à date écarté l\u2019industrie secondaire et tertiaire du territoire acadien, préférant l\u2019installer plutôt chez eux dans le sud.Le peu d\u2019industries de ce genre qu\u2019ils ont tenté d\u2019implanter en Acadie ne correspondaient absolument pas aux aptitudes et au mode de vie de la population.Un développement industriel axé sur les ressources humaines est donc à considérer.Participation fédérale La création d\u2019une province acadienne ne devrait pas entraîner des déboursés supplémentaires de la part du gouvernement fédéral.Le système de péréquation du gouvernement central à l\u2019égard des provinces s\u2019appliquerait évidemment à la province acadienne et cet argent n\u2019équivaudrait en fait qu\u2019à la part déboursée actuellement à la population acadienne du N.-B., mais qui est versée au gouvernement de Frédéricton.Il s\u2019agirait ni plus ni moins que d\u2019un transfert ESSAI SUR L\u2019ÉCONOMIE D\u2019UNE PROVINCE ACADIENNE Q25 de fonds du gouvernement actuel au gouvernement acadien.Et puisqu\u2019Ottawa considère le territoire acadien comme une région éligible à des subventions de développement, ces argents devraient continuer à être versés dans le cadre d\u2019une province acadienne.CONCLUSION J\u2019ai tenté, très sommairement j\u2019en suis conscient, de démontrer le potentiel économique d\u2019une province acadienne et le bien-fondé pour les Acadiens du N.-B.d\u2019envisager sérieusement cette alternative comme solution probable au danger de stagnation, voire d\u2019extinction qui menace ce peuple.L\u2019idée d'une province acadienne fait son chemin et quiconque examine objectivement la situation doit en arriver, je crois, à considérer ce projet comme une possibilité.Le peuple acadien a droit à son auto-détermination et c\u2019est dans l\u2019acquisition d\u2019un pouvoir politique réel qu\u2019il pourra décider lui-même de son avenir.La génération qui monte, est de plus en plus consciente de ce fait; l\u2019ère acadienne est donc au changement. 826 L\u2019ACTION NATIONALE CITATIONS \u201cLe Parti Acadien a commencé à s\u2019organiser en vue des prochaines élections provinciales.Le Parti Acadien a maintenant son journal et les organisateurs sont à la recherche de candidats.Quoiqu\u2019en pensent les vieux partis, le Parti Acadien pourrait jouer un rôle important dans quelques circonscriptions francophones aux élections de l\u2019automne.\u201d (Jean Pednault, Le Madawaska, 19 avril 1978, p.2).LA LIBERTÉ ET LA POLITIQUE \u201cLe peuple acadien a droit à son auto-détermination.C\u2019est dans l\u2019acquisition d\u2019un pouvoir politique réel qu\u2019il pourra décider lui-même de son avenir.La génération qui monte en est consciente.\u201d Rhéal Boucher ».L'EXEMPLE DU JURA par Jean-Pierre Blanchard 828 L'ACTION NATIONALE Le Jura suisse Pour ce qui a trait aux États-Généraux et au regroupement des mouvements nationalistes acadiens, il est probable que l\u2019on suive le même trajet que le Québec, mais là s\u2019arrête la comparaison.Le parti Québécois veut transformer une province en État, et le Québec est déjà pratiquement un genre d\u2019État, du moins on a cette impression en regardant Lévesque faire son entrée triomphale à Paris.Ici on veut faire une province à partir d\u2019une autre que l\u2019on découpe en deux.Les conditions du droit de sécession ne seront pas les mêmes au Québec.Dans son livre: \u201cL\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec\u201d, une véritable bible de 800 pages, Jacques Brossard fait un tableau du problème d\u2019une séparation de l\u2019Acadie en le rapprochant au cas du Jura suisse où l\u2019on a bâti un nouveau canton francophone en découpant dans d\u2019autres régions partagées avec une minorité allemande.\u201cSi l\u2019on réussissait à établir qu\u2019ils (Les Acadiens J.P.B.) ont le droit de s\u2019autodéterminer de façon distincte sur le plan interne et s\u2019ils se trouvaient d\u2019autre part regroupés dans une région contiguë au Québec, sans doute pourraient-ils réclamer la création de leur propre province au sein de la fédération canadienne, ou le rattachement de l\u2019Acadie au Québec.La première solution ressemblerait à celle que viennent d\u2019adopter les Jurassiens suisses en demandant d\u2019être détachés du canton de Berne et de créer leur propre canton\u201d (Jacques Brossard: L\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec, p.186).ET L\u2019ACADIE Encore là, comme au Québec, on pourrait en Acadie se servir d\u2019outils démocratiques, tels le référendum ou le plébiscite.Au Jura, on procéda par voie de référendum et lors du premier vote en juin 1974 on a subdivisé en 7 districts cette région à majorité francophone du canton germanophone de Berne.Un second référendum sera cependant organisé dans les quatre autres districts puisque seulement trois districts avaient voté en faveur de la séparation et de la création de leur propre canton.On déterminera ainsi si certaines communes de ces L\u2019EXEMPLE DU JURA 829 districts, contiguës aux 3 autres districts, voudront se joindreou non au nouveau canton.Dans une expertise fondée sur le droit international public intitulé \u201cLe droit de libre disposition du peuple jurassien\u201d, Rhéodor Veiter nous explique que dans les cas où un peuple exerce un pouvoir sur un autre, dans ce cas-ci les anglohones qui dominent le peuple acadien, le peuple dominé a des droits de sécession et il démontre les différentes méthodes de référendum et de plébiscite qui peuvent être employées.ET JACQUES BROSSARD Il faut rappeler que dans sa bible traitant du problème de l\u2019accession à la souveraineté, Jacques Brossard effleure à peine le problème acadien.Brossard n\u2019est pas \u201cabsolument certain\u201d, si l\u2019on emploie ses propres termes, que les Acadiens représentent vraiment \u201cun peuple distinct\u201d.Brossard est un professeur de droit à l\u2019Université de Montréal qui devrait retourner à ses livres d\u2019histoires.Les Acadiens sont les premiers blancs en Amérique du Nord qui se sont donnés un nom propre, Acadie, une terre d\u2019ici, vécue pour sa propre valeur et non pas une prolongation de la France ou de l\u2019Angleterre comme dans le cas de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre, les anciens noms du Québec et des États-Unis. 830 L'ACTION NATIONALE Photo d\u2019André Dumont s'adressant à la foule au JURA en 1974. L\u2019EXEMPLE DU JURA 831 Le message des peuples frères Pour la première fois: un Acadien La 27e Fête du peuple jurassien a vu affluer de fortes délégations de Valdôtains, de Wallons, de Bruxellois, ces peuples frères unis depuis longtemps au Rassemblement jurassien par des liens très étroits.On notait aussi la présence de Québécois, mais surtout \u2014 et c\u2019est un événement \u2014 de quelques Acadiens.C\u2019est l\u2019un d\u2019eux.M.André Dumont, qui a pris la parole dimanche après-midi au nom de toutes les délégations.Voici son allocution: Jurassiennes, Jurassiens, Une délégation acadienne a l'immense joie de saluer pour la première fois le peuple jurassien.Situés au sud-est du Québec, deux cent cinquante mille Acadiens de langue française représentent 35% d\u2019une province canadienne anglaise, le Nouveau-Brunswick.L'Acadie couvre la moitié de cette province, et là, nous sommes majoritaires à 80%.Etant placée sous la tutelle d'un gouvernement étranger à son peuple, l'Acadie rencontre des problèmes à peu près identiques à ceux que le Jura a dû affronter depuis le début de la lutte pour sa libération.Votre victoire ne peut que nous donner l\u2019espoir face à nos combats futurs.Nous partageons intensément la joie du peuple jurassien, et c'est dans la plus grande solidarité que nous vous saluons également au nom des délégations des peuples frères ici présents, c'est-à-dire les Valdôtains, les Wallons, les Bruxellois et les Québécois.Vive la République et Canton du Jura libre! Vive l'Acadie libre! ? 832 L\u2019ACTION NATIONALE Photo Jackie Vautour Leader des expropriés du Parc Kauchibouguac.(Photo de Louise Blanchard) r» is Î2?; L'EXEMPLE DU JURA 833 Tré-Carré - à Jackie Vautour Paroles: Jacques Savoie du groupe Beausoleil Broussard J\u2019ai un voisin qui fait du train Veut s'approcher du bord du chemin; Ça fait trois ans qu\u2019y ouvraient pus l\u2019rang Tout était à l\u2019abandonnement.L\u2019reste du monde qui s\u2019éloignait L\u2019ectricité qu\u2019arrivait pus.Letré-carré, c\u2019est l\u2019purgatoire, Y\u2019a l\u2019air d\u2019Ia ville qui appelle.C\u2019est le sang fou qui a eu cette idée, D\u2019aller s\u2019traîner dans les grand\u2019rues Y\torit oublié ousque ça commencé, Comment savoiroù s\u2019en aller.Y\u2019a pus personne qui vont s\u2019en rappeler Qui y ont vendu leux terres contre des chain-saws, Pour scier encore plus vite la vie qui restait par là, S\u2019retrouver nu-pieds Pour enterrer au plus maudit les racines qui tenaient par là S'retrouver nu-mains.C\u2019est le sang fou Y\u2019a l\u2019père che-nous qui est un peu sage Ou bien peut-être un peu gêné, Y\u2019a été pas mal bousculé Y\tveut même pus se rasseyer.R\u2019garde les voisins déménager Pense aux fois qu\u2019on l\u2019a déporté Y\u2019s\u2019prendrait l\u2019bois un peu plus creux Plutôt que s\u2019faire marcher su\u2019é\u2019pieds.J\u2019va-t-y rester de son côté Être sage avant d\u2019avoir été fou Me souvenir de ses souvenirs Sans essayer d\u2019m\u2019en faireàmoi.Faudrait me décider avant qu\u2019le chemin soye encore bouché Jusqu\u2019au mois de mai.J\u2019ai des voisins qui font du train Y\tm\u2019font bye-bye du bord d\u2019Ia main On va rester tous seuls au tré-carré. TROISIÈME PARTIE REGARDS SUR L'HISTOIRE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI VERS UNE GLOBALISATION DE LA SOCIÉTÉ ACADIENNE 335 VERS UNE GLOBALISATION DE LA SOCIÉTÉ ACADIENNE par Jacques Couturier et André Leclerc La déportation a mis fin à toute possibilité de développement d\u2019un projet de société globale pour les Acadiens de l\u2019Acadie \u201chistorique\u201d.La nation acadienne, née du sentiment de vouloir-vivre collectif et de l\u2019identification à un territoire et un passé communs, s\u2019est vue dispersée aux quatre coins de l\u2019Amérique et même en Angleterre.Durant le siècle qui suivit, plusieurs exilés et leurs descendants vinrent rejoindre leurs compatriotes qui s\u2019étaient enfuis dans les bois pour éviter la déportation, dans ce que les Britanniques avaient nommé la Nova Scotia.Le foyer de la colonisation n\u2019était plus la baie de Fun-dy mais plutôt la côte est de ce qui deviendra le Nouveau-Brunswick et le sud de la vallée du fleuve St-Jean, surtout à la hauteur de Ste-Anne des Pays-Bas (Frédéricton).Cependant, devant l\u2019affluence de loyalistes américains qui désiraient vivre sous la tutelle de la couronne britannique et qui n\u2019acceptaient pas le mouvement d\u2019indépendance américain, les Acadiens de Ste-Anne des Pays-Bas durent remonter le fleuve St-Jean.C\u2019est la naissance du Madawaska des Blancs, aux environs de 1785.Les Acadiens du Nouveau-Brunswick étaient installés.Le peu de relations qui se développèrent entre les différents \u201cîlots\u201d de colonisation a provoqué l\u2019apparition d\u2019un esprit régionaliste très fort.Au Madawaska par exemple, l\u2019isolement par rapport aux autres îlots de population acadienne et d\u2019autres facteurs, comme l\u2019apport important du Québec, en terme de population, la proximité des Etats-Unis, le problème de la délimitation des frontières qui durera jusqu\u2019en 1855 et le développement de rapports constants avec les Québécois du Témiscouata ont entraîné la naissance de cet esprit régionaliste. 836 L'ACTION NATIONALE Les Acadiens: la création du Nouveau-Brunswick et de la Confédération canadienne: La création du Nouveau-Brunswick remonte au 18e siècle, en 1784 plus précisément.Cette province est le résultat d\u2019un projet collectif uniquement anglophone, en particulier de Loyalistes qui, se méfiant des anciens habitants de la Nouvelle-Écosse, qui n\u2019affichaient pas assez leur loyalisme, demandèrent à l\u2019Angleterre la création d\u2019une entité où ils seraient en majorité.C\u2019est donc pour cela que fut divisée la Nouvelle-Écosse, pour donner quatre provinces dans la région des Maritimes, entre autres, la \u201cProvince of New Brunswick\u201d.Dans cette optique, c\u2019est-à-dire la création d\u2019une entité vouée à la couronne britannique, on réalise donc que les Acadiens ne furent pas consultés à propos de ce changement de statut.Projet collectif anglophone et loyaliste, le \u201cNew Brunswick\u201d fut imposé aux Acadiens, sans que ceux-ci participent à son élaboration.Cependant, les Acadiens, n\u2019étant pas encore, à cette époque, une société structurée et dotée de moyens d\u2019expression, tels les journaux, la position acadienne face à ce projet est assez difficile à cerner.Le même problème se pose quant à leur position vis-à-vis la Confédération.Faute de documents, il est difficile d\u2019établir quelle a été exactement l\u2019attitude des Acadiens.Un des seuls indices qui puisse permettre de supposer l\u2019opposition des Acadiens, c\u2019est le résultat de deux élections provinciales et d\u2019une élection fédérale où le projet fut présenté, car les Acadiens votèrent contre celui-ci.On n\u2019en connaît cependant pas les raisons précises!1».Ce qui est intéressant de constater, c\u2019est que les évêques étaient, en majorité, en faveur du projet.Mais, peu importe, car cette vague d\u2019opposition, si elle a vraiment existé, a disparu assez rapidement.Donc, dans ces deux projets collectifs, c\u2019est-à-dire l\u2019élaboration du Nouveau-Brunswick et la création de la Confédération, les Acadiens n\u2019ont pas été impliqués.Oubliés, ils n\u2019ont fait que subir l\u2019implantation de structures d\u2019une nouvel le province et d\u2019un nouveau pays.(1) Léon Thériault, Petit Manuel d'histoire d\u2019Acadie de 1755 à 1867, Librairie Acadienne, Université de Moncton, 1976,42p. VERS UNE GLOBALISATION DE LA SOCIÉTÉ ACADIENNE 337 Évolution du nationalisme acadien: De 1767 à 1867, les Acadiens, comme nous l\u2019avons vu, reviennent aux Maritimes; c\u2019est la période de l\u2019enracinement.C\u2019est dans la dernière partie de cette période (1846-1867) \u201cque les Acadiens commencèrent à s\u2019éveiller à l'idée qu\u2019ils formaient une entité collective distincte des autres groupes qui les entouraient.\u201d® L\u2019apport extérieur joue un grand rôle dans la définition de l\u2019en-titéacadienne.Les Acadiens, avec l\u2019aide de l\u2019étranger, se donnent des institutions, surtout dans le domaine de l\u2019éducation, qui leur permettront de repenser la société acadienne.C\u2019est dans cette optique que sont convoqués les premiers grands Congrès qui débutèrent avec celui de 1881.Ces congrès sont d\u2019une importance capitale dans l\u2019évolution du nationalisme acadien puisque \u201cles \u2018Congressistes\u2019 des années 1880 inaugurent une forme de définition globale qui marquera l\u2019Acadie jusque vers les années 1940-50\u201d2 (3) 4.C\u2019est dans ces réunions que s\u2019est développée l\u2019idéologie du nationalisme traditionnel: nationalisme conservatiste qui avait comme leitmotiv le maintien de la foi, de la langue et des traditions.Une constante de l\u2019ancien nationalisme me paraît très importante: le refus de la politisation, le retranchement explicite dans le \u2018\u2018culturel\u201d, le renoncement à reconstituer la totalité, à penser l'Acadie comme une présence entière.!4) Ce conservatisme qui défendait l\u2019immobilisme social et culturel ne pouvait survivre qu\u2019à une seule condition: l\u2019isolement du peuple acadien.Mais les années cinquante mettent un terme à cet isolement: les contacts avec les anglophones se font de plus en plus nombreux et l\u2019industrialisation vient ébranler les structures (2)\tIbid., p.32.(3)\tIbid., p.6.(4)\tJean-Paul Hautecœur, L'Acadie du discours, Les Presses de l\u2019Université Laval, Québec, 1975, p.317.(Histoire et sociologie de la culture). 838 L'ACTION NATIONALE traditionnelles de la société acadienne.Les Acadiens entrent dans une nouvelle étape de leur évolution.Malgré ces changements, l\u2019idéologie nationaliste continue de défendre les mêmes idées.Il faut attendre les années soixante pour voir surgir un nouveau mouvement: le néo-nationalisme qui se développe à partir de la critique du nationalisme conser-vatiste et qui veut mettre un terme au monolithisme idéologique.C\u2019est un autre moment très important dans l\u2019évolution du nationalisme acadien.Vient ensuite la naissance du Parti Acadien et de la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick, représentants d\u2019un nationalisme libéral.Le nationalisme acadien, de défensif et culturel devient positif et politique.Le Parti Acadien et la province acadienne: Nous avons vu que la déportation avait mis fin à tout espoir de développement d\u2019un projet de société globale dans l\u2019Acadie \u201chistorique\u201d et que les Acadiens du Nouveau-Brunswick font, depuis 1784 et 1867, partie de deux entités politiques (le Nouveau-Brunswick et le Canada) qui sont le reflet de deux projets collectifs auxquels ils n\u2019ont pas participé.Les nationalistes associés au Parti Acadien se sont vite rendus compte que \u201cdu point de vie national le grand problème des Acadiens du Nouveau-Brunswick, c\u2019est de constituer un peuple sans pays.Les Acadiens du Nouveau-Brunswick forment en effet le tiers de la population de la province, mais en tant que peuple (ou entité culturelle) ils n\u2019ont aucun territoire, ni aucun pouvoir reconnu\u201d.C\u2019est à ce problème que veut remédier le Parti Acadien quand il propose la création d\u2019une province acadienne.Pour la première fois, les nationalistes acadiens dénoncent le caractère oppressif du bon-ententisme et de la structure politique du Nouveau-Brunswick.On ne parle plus d\u2019égalité, où la majorité par un altruisme morbide renoncerait à ses privilèges pour partager son-pouvoir avec la minorité, mais de libération.Pour la première fois, on ne parle plus d\u2019àplat-ventrisme et de bilinguisme assimilateur mais de délivrance. VERS UNE GLOBALISATION DE LA SOCIÉTÉ ACADIENNE 339 Malgré l\u2019opposition de ceux qui le qualifient d\u2019utopiste, ce projet de reconstitution de l\u2019Acadie dans sa totalité est des plus réaliste.L\u2019évolution du nationalisme acadien ne pouvait qu\u2019aboutir à l\u2019idée de construction d'une entité politique distincte car il s\u2019insère dans le cheminement logique de l\u2019émancipation d\u2019un peuple.Il ne faut pas cependant oublier que le peuple acadien, dans sa marche vers la libération, aura à surmonter des obstacles qui ralentiront ce processus.Toutefois, il n\u2019y a aucune limite au désir d\u2019émancipation d\u2019un peuple.\u201cUn peuple sans pays, voilà le problème auquel veut remédier le Parti Acadien quand il propose la création d\u2019une province acadienne.\u2019\u2019 Jacques Couturier et André Leclerc RELATIONS QUÉBEC-ACADIE: 1755-1880 par Fidèle Thériault RELATIONS QUÉBEC-ACADIE: 1755-1880 841 Les Acadiens, après avoir été expulsés, manu militari, d\u2019un territoire leur appartenant légitimement, trouvèrent auprès des Canadiens (Québécois) des alliés naturels.Comme deux frères ayant reçu en partage la terre paternelle, et après l\u2019avoir cultivée et développée à leur manière, la perdirent aux mains d\u2019étrangers n\u2019ayant pas les mêmes origines, le même langage et la même religion qu\u2019eux.Par des relations amicales, sociales, religieuses et économiques entre les deux peuples, ils réussirent à conserver ce qui leur était plus précieux; leur identité propre, malgré les efforts soutenus des nouveaux propriétaires pour les assimiler.L\u2019exil Les autorités anglaises, dans un effort concerté pour anéantir les Acadiens comme peuple dans les provinces maritimes, s\u2019acharnèrent, à maintes reprises, à déloger et disperser ce peuple qui, avant 1755, ne demandait pas mieux que de vivre en paix, sans avoir à prendre part dans les guerres entre Anglais et Français.Les Anglais le reconnurent et surnommèrent les Acadiens de \u201cFrench Neutrals\u2019\u2019.Même s\u2019ils étaient considérés comme neutres, cela n\u2019empêche pas les Anglais de prendre des mesures barbares contre les Acadiens, non seulement en s\u2019attaquant à des civils, mais encore à des femmes et des enfants.Les autorités anglaises sont ainsi responsables de la mort de milliers d'Acadiens, soit directement ou indirectement.Directement, lorsqu\u2019ils les tuèrent de sang-froid, comme le fit sauvagement le lieutenant Hazen et ses soldats à la Rivière Saint-Jean en 1759; indirectement, en les entassant dans des cales de bateaux infectes où se développèrent des épidémies qui exterminèrent des milliers d\u2019entre eux.On aurait pu croire, après la signature de la paix en 1763 et l\u2019autorisation reçue du gouvernement de la Nouvelle-Ecosse en 1764 de venir s\u2019établir aux Maritimes, que les Acadiens ne seraient plus dérangés et pourraient vivre en toute quiétude sur la terre qu\u2019ils avaient cultivée.Tel ne fut pas le cas, car lorsque les Loyalistes arrivèrent à Frédéricton au début des années 1780, ces derniers 842 L'ACTION NATIONALE avec les droits du vainqueur, ne se gênèrent pas pour les déloger à nouveau et se saisir de leurs terres cultivées avec leurs récoltes, les animaux et les maisons.Les Acadiens purent cependant compter sur l\u2019aide des Québécois dans leur malheur.Le gouverneur se chargea d\u2019intervenir auprès des seigneurs pour qu\u2019ils accueillent le plus de familles acadiennes possible dans leurs seigneuries et l\u2019évêque en fit autant auprès de ses curés de paroisses.C\u2019est ainsi que s\u2019établit tout au long du fleuve Saint-Laurent et de la Gaspésie des paroisses acadiennes ou de Petites Acadies.La Paix ayant été signée entre la France et l\u2019Angleterre, les Acadiens revinrent peu à peu s\u2019établir dans les provinces Maritimes et y fondèrent de nombreuses paroisses.Relations socio-économiques Les relations socio-économiques entretenues entre Acadiens et Québécois durant la période du régime anglais s'expliquent à différents points de vue.D\u2019abord, les moyens de transport et de communication à l\u2019époque étant la voie navigable, les Acadiens avec leurs goélettes se rendaient fréquemment sur les marchés de Québec et de Montréal pour y vendre et acheter-des produits.Les huîtres du Nouveau-Brunswick étaient beaucoup recherchées des Québécois et furent un des principaux articles de commerce entre les deux peuples.Les communications entre les deux rives de la Baie des Chaleurs étaient plus que bonnes à l\u2019époque des goélettes et on peut même dire qu\u2019elles se voisinaient.Souvent les pêcheurs acadiens du Nouveau-Brunswick allaient rendre visite à leurs confrères de la Gaspésie.Les principales compagnies qui exportaient le poisson avaient des comptoirs dans presque tous les villages de pêcheurs importants.Aussi, les mariages entre habitants des deux rives étaient chose commune et les registres paroissiaux le prouvent.Après la Dispersion, un grand nombre de familles acadiennes s\u2019étaient réfugiées et établies le long du fleuve Saint-Laurent.L\u2019Acadien du nord du Nouveau-Brunswick qui allait vendre ses produits à Québec, servait souvent de courrier entre les deux groupes.La cor- RELATIONS QUÉBEC-ACADIE: 1755-1880 843 respondance assez considérable qu\u2019il y eut entre la famille Robichaud de Québec et celle de Néguac en est la preuve.Les gens de Caraquet, par exemple, n\u2019oubliaient pas d\u2019arrêter saluer un ancien missionnaire de leur paroisse en lui laissant une bonne barrique d\u2019huîtres en guise de reconnaissance.Ainsi, les Acadiens du Nouveau-Brunswick correspondaient encore avec l\u2019abbé Thomas Cooke trente ans après qu\u2019il eut quitté leurs paroisses.La religion et l\u2019éducation Après la conquête, les villages acadiens n\u2019avaient d\u2019autres choix que de demander à l\u2019évêque de Québec de leur envoyer des missionnaires.Ce dernier ne pouvait plus compter sur la France pour du recrutement, et c\u2019est ainsi que les Acadiens furent desservis pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle et au XIXe siècle par des prêtres québécois.Seigneurs de nos paroisses, ils furent le lien bien vivant entre les deux peuples et c\u2019est peut-être grâce à eux si nos paroisses acadiennes purent résister avec autant de vigueur à l\u2019assimilation anglaise.En véritables chefs, ils structurèrent les paroisses sur le modèle québécois avec des marguilliers, malgré qu\u2019aucune paroisse ne fut incorporée au Nouveau-Brunswick.Ces prêtres organisèrent, avec leurs paroissiens, des écoles où bien souvent ils appelaient une de leurs connaissances à Québec pour venir y enseigner.Ainsi, les manuels scolaires, étaient également importés du Québec.Les missionnaires qui se sont les plus distingués dans ce domaine furent l\u2019Abbé Antoine Gagnon, F.-X.Lafrance, Joseph-Marie Paquet et Théophile Allard.Nos premiers collèges furent fondés grâce à l\u2019initiative et à la persévérance d\u2019Acadiens et de prêtres québécois dévouésàlacause.Le gouvernement n\u2019avait en pratique rien à faire dans ce système d\u2019éducation, jusqu\u2019au moment où il décida de rendre les écoles plus populaires, mais sans religion, par la loi des écoles de 1871.Les Acadiens n'acceptèrent pas cette nouvelle loi de gaieté de cœur et ne la 844 L\u2019ACTION NATIONALE respectèrent probablement jamais.L\u2019émeute de Cara-quet de 1875 en est un témoignage émouvant.Les Acadiens et la confédération Lorsque vint le temps de former une confédération avec le Haut et le Bas-Canada, les Acadiens ne furent pas du même avis que les Québécois, et se prononcèrent après deux consultations contre cette union.Lors des élections générales au Nouveau-Brunswick en 1865-1866, les candidats se présentaient au peuple comme pro ou anti-confédératifs.À l\u2019élection de 1865, les candidats anti-confédératifs remportèrent 90% des sièges à la législature.Le Nouveau-Brunswick mettait ainsi fin aux espoirs de la Confédération, mais à force d\u2019intrigues venant, tant de la mère patrie que du gouvernement de l\u2019Union, de nouvelles élections eurent lieu en 1866.On fit alors \u201cle coup de la Brinks\u201d à la population du Nouveau-Brunswick avec la menace des Féniens à nos frontières.Cette fois-ci, les citoyens du Nouveau-Brunswick, sous la menace d\u2019invasion des Féniens, élirent 33 députés proconfédératifs sur 41.Les seuls comtés qui ne changèrent pas leurs votes furent les comtés acadiens de Gloucester, Kent, et Westmorland.En 1865, certains membres de la législature du Nouveau-Brunswick écrivirent aux ministres de la province du Bas-Canada pour se plaindre des missionnaires qui encourageaient les Acadiens à se prononcer contre la Confédération, car ils étaient convaincus qu\u2019il en était ainsi pour le clergé au Québec.Il fut même suggéré à l\u2019époque de démanteler la province en annexant le Nord au Québec et le sud à la Nouvelle-Écosse.Conclusion L\u2019explication de la force et de la résistance de nos paroisses acadiennes du Nord du Nouveau-Brunswick ne réside-t-elle pas dans notre bon voisinage et nos bonnes relations avec nos voisins du Québec?Sans le Québec, les Acadiens du Nouveau-Brunswick seraient probablement réduits à n\u2019être que du folklore et une attraction RELATIONS QUÉBEC-ACADIE: 1755-1880\t045 touristique comme nos cousins de la Louisiane aux États-Unis.Depuis plus de cinquante ans, nous devons remercier le poste de radio et de télévision de la Gaspésie qui nous dessert dans notre langue maternelle, car autrement nous n\u2019aurions que la radio et la télévision anglaises du Nouveau-Brunswick.En 1977, nous avons enfin obtenu notre propre poste de Radio-Acadie à Cara-quet.Si les Québécois décidaient par voie de référendum de sortir de la Confédération, avons-nous vraiment le choix de ne pas les suivre?Il serait impensable pour nous d\u2019abandonner encore une fois aux Anglais le territoire qui nous appartient, à moins qu\u2019on ne nous y force, comme en 1755, avec les armes et les voyages organisés aux États-Unis.\u201cIl serait impensable que nous abandonnions aux Anglais, encore une fois le territoire qui nous appartient, à moins de nous y forcer avec les armes et les voyages organisés, comme en 1755.\u201d Fidèle Thériault L'ACADIE REPREND SES HABITANTS par Mathilda Blanchard L\u2019ACADIE NOTRE PAYS \u201cDommage que l\u2019on n\u2019a pas pensé ces États Généraux 50 ans plus tôt.Cela nous aurait épargné l\u2019Ordre de Jacques Cartier (la Patente) et alors la religion et les deux vieux partis politiques n\u2019auraient pas eu l\u2019emprise et l\u2019influence qui furent exercées sur le peuple acadien.Les résultats furent néfastes puisque le peuple est resté aussi longtemps sans parole et sans moyen de résoudre les problèmes qui l\u2019assaillaient de tous côtés au plan économique ou social et surtout linguistique et culturel.Si le mouvement ouvrier \u201cs\u2019embarque\u201d, il y aura du \u201ctassage\u201d à faire.Il faudra enfin réaliser qu\u2019un peuple n\u2019est pas seulement composé de professionnels et d\u2019hommes d\u2019affaires, mais aussi et surtout de fermiers, de bûcherons, de pêcheurs, d\u2019ouvriers, de femmes, de mendiants, d\u2019assistés sociaux, de tout de monde dans une seule et même société, sans différence de classe.Et alors.demain.l\u2019Acadie notre pays.\u201d.Mathilda Blanchard Le Front.Le 7 décembre 1978.Les Cahiers des États Généraux. L\u2019ACADIE REPREND SES HABITANTS 847 Avant même d\u2019avoir connu son nom, l\u2019Acadien était déjà devenu un exilé et le destin qui semblait s\u2019acharner contre lui et sa descendance en fit plus tard aussi un déporté; un errant; un ermite.Autant de noms qui sont synonymes de \u201cL\u2019HOMME QUI N\u2019A PAS DE PATRIE\u201d.Pourtant cette \u201cterre de bonheur et de paix\u201d, à qui il avait donné le doux nom d\u2019Acadie, lui appartenait.Il l'avait bénie de la sueur de son front et de tant de larmes qu\u2019il avait dû verser à la pensée de ce pays lointain qui l\u2019avait vu naître et grandir.Le Village Acadien (entre Caraquet et Grande-Anse tout près de St-Léolin.) Photo de Louise Blanchard.Il ,il 4 r-.i : .**2.-y 'A nZi Il avait quitté cette France qu\u2019il avait tant aimée, parce que sa nature paisible et humble de paysan et de pêcheur ne voulait plus endurer le climat de guerre qui existait sur le vieux continent depuis si longtemps.Les guerres entre l\u2019Angleterre et la France n\u2019avaient plus de fin et ces deux peuples, pourtant déjà les plus civilisés du monde d\u2019alors, semblaient être devenus d\u2019éternels ennemis.Deux pays; deux peuples; deux cultures qui dans 848 L'ACTION NATIONALE les siècles à venir laisseraient leurs marques sur tous les continents de la terre! Deux races; deux religions; deux langues qui, au cours des temps, se parleraient par tous les peuples et corps diplomatiques du monde.En plus de ces batailles entre les deux pays, chacun livrait d\u2019autres guerres civiles qui étaient d\u2019autant plus désastreuses puisque chacun détruisait son propre territoire et d\u2019autant plus déchirantes puisqu\u2019elles se faisaient entre les habitants d\u2019une même race et du même rang.La France en avait eu plus que sa part.Il avait donc quitté ce qui était devenu pour lui une terre hostile, mais il laissait aussi là-bas le village et la maison qui l'avaient vu vivre; il disait adieu à sa mère et il emmenait avec lui ses frères, ses enfants et la femme qu\u2019il aimait; il brisait tous les liens sacrés de l\u2019amitié avec ceux qui ne pouvaient le suivre; il abandonnait les champs fertiles qu\u2019il avait cultivés avec tant de soin et d\u2019amour; il regardait pour une dernière fois ces beaux rivages d\u2019où il était si souvent parti en mer et il laissait derrière lui le soleil chaud de la France pour venir refaire sa vie dans un monde nouveau dont il ne connaissait pas toutes les rigueurs.Ce qu\u2019il recherchait avant tout c\u2019était la liberté de vivre en paix, d\u2019abord avec Dieu et sa religion, puisqu il était profondément chrétien, et avec tous les hommes puisqu\u2019il était profondément humain.Il apportait avec lui en terre étrangère, en plus de sa religion et de sa langue, un seul héritage: celui de la force de ses bras et de tout le courage dont son cœur aurait besoin pour vaincre les éléments de la nature qu\u2019il croyait être le seul obstacle à franchir pour assurer sa survie et celle de ses enfants.Il n\u2019avait pas de place dans son cœur pour la haine et la vengeance.Il n\u2019avait aucun désir de prendre par la force ce qu\u2019il cherchait.Il ne prendrait plus jamais les armes ni contre les ennemis qu\u2019il rencontrerait ni contre ses frères.Il ne serait pas guerrier; il ne serait pas soldat.Il serait éternellement un homme de la terre, de la mer et de la forêt.Il serait fermier, pêcheur, bûcheron et bâtisseur.Pour refaire sa patrie perdue il L\u2019ACADIE REPREND SES HABITANTS 849 n'en fallait pas plus et l\u2019histoire jusqu\u2019à nos jours devait irréfutablement le prouver.De la forêt, il arracherait les terres qu\u2019il cultiverait et avec les arbres qu\u2019il abattrait il construirait ses habitations et en chaufferait les murs; les animaux sauvages qu\u2019il rencontrerait, lui serviraient de vêtements chauds et ils seraient aussi un moyen de commerce avec le vieux continent; de la mer, il retirait d\u2019autres terres plus fertiles encore, le supplément de nourriture dont il avait besoin et plus tard ce serait un second commerce.Par un genre de miracle ou encore peut-être par ce mystère qui fait que la vie sur la terre résiste à toutes les intempéries, l\u2019Acadien avait pu survivre et, en peu de temps, par ce même mystère, il était devenu très prospère.À cette époque, alors que la nourriture, l\u2019habitation, le chauffage et les vêtements étaient synonymes de richesse, on aurait pu le dire très riche.Partout où on le retrouvait, il vivait à l\u2019aise mais aussi partout où il allait, le suivait comme son ombre l\u2019ennemi qu\u2019il avait cru avoir laissé si loin de l\u2019autre côté de l\u2019océan.Très tôt, il devait comprendre qu\u2019il n\u2019avait pas retrouvé la paix pour laquelle il s\u2019était exilé.Les brumes de la majestueuse Atlantique, la furie de ses vagues lorsqu\u2019elle est en colère, les rochers qui bordent ses côtes comme des sentinelles en garde, les arbres tassés d\u2019une forêt vierge qui se dressaient comme les murs d\u2019une forteresse, les vents déchaînés de l\u2019océan qui balayent tout sur leur passage, les froids de l\u2019hiver canadien et les neiges qui semblent vouloir engloutir à jamais toute la terre et la distance entre les deux continents, alors presque infranchissable, n\u2019avaient pas suffi pour arrêter l\u2019ennemi.Déporté comme un vulgaire morceau de butin, déchiré au plus profond de son être, traqué comme une bête sauvage à travers les bois et tout le long des côtes de l\u2019Atlantique et du Saint-Laurent, il devait apprendre très tôt à faire ses bagages, à changer de place et à recommencer chaque fois.Comme si l\u2019avenir était écrit dans un livre ouvert devant ses yeux, il savait ce qui l\u2019attendait. 850 L\u2019ACTION NATIONALE Le climat canadien et les durs labeurs avaient fait de lui un homme robuste et très fort.Son corps était donc prêt à résister à toutes sortes de misères et, comme il était courageux par nature, on ne pourrait avoir raison de sa volonté.Il n\u2019abandonnerait jamais.Tout au fond de son cœur, il s\u2019était juré de se trouver quelque part sur ce continent un coin de terre qui serait \u201cSON ACADIE\u201d.Celle qu\u2019il avait forgée de ses mains avec tant d\u2019amour et de courage et d\u2019où on l\u2019avait si brutalement chassé, était toujours là.Il reviendrait lentement mais sûrement de son long et pénible voyage: il rôderait aux alentours de ses frontières et à force d\u2019y être il finirait par en faire partie sans qu\u2019on ne puisse jamais plus l\u2019en détacher.Si l\u2019on a jusqu\u2019ici parlé de l\u2019homme, il ne faudrait pas oublier que le masculin inclut aussi le féminin et que dans l\u2019ombre de celui qui se nommait l\u2019Acadien il y avait toujours la femme aimante et courageuse qui marchait à ses côtés pour le soutenir.C\u2019est elle qui permettrait que soit faite \u201cLA REVANCHE DES BERCEAUX\u201d et elle resterait pour toujours synonyme de sacrifice et d\u2019amour.Avec lui, sans jamais restreindre les pouvoirs sacrés de reproduction que lui avait donnés la nature, elle assurerait sa postérité.Ainsi ce n\u2019est pas l\u2019Acadie qui reprendrait son pays, mais ce serait l\u2019Acadie qui reprendrait ses habitants parce que sans eux ses terres n\u2019ont pas été cultivées; les hommes n'ont pas pris la mer et la forêt a été ruinée puis abandonnée.Il n\u2019y aurait pas eu de guerre.L\u2019Acadien avait été fidèle à la conduite qu\u2019il s\u2019était dictée depuis toujours.Il ne prendrait pas les armes.Il ne l\u2019avait pas fait en 1755 alors qu\u2019il refusait de signer le serment d\u2019allégeance à la couronne d\u2019Angleterre et que, par le fait même, il signait sa propre condamnation à la déportation et à l\u2019exil.Il n\u2019y aurait pas de bataille non plus.La patience et le temps avaient eu raison de l\u2019injustice et du suprême affront qu\u2019on lui avait faits.C\u2019était au début des années 60 et l\u2019Acadien vivait déjà dans le 20e siècle de l\u2019ère industrielle.Mais ces deux modes de vie ne l\u2019avaient presque pas touché.On ne L\u2019ACADIE REPREND SES HABITANTS 851 s\u2019était pas préoccupé d\u2019ailleurs de l\u2019y faire participer.Il sortirait donc de l\u2019ère industrielle pour ainsi dire intact et le choc qui allait se faire ressentir, lorsque viendrait le déclin de cette période de prospérité, se rendrait à peine jusqu'à lui.Car même au début des années 60 on ne semblait pas encore savoir vraiment que l\u2019Acadien était \u201clà ou ailleurs\u201d.On en avait entendu parler comme d\u2019une légende romantique d\u2019un autre siècle.L\u2019histoire racontait qu\u2019un peuple laborieux et fier avait vécu dans un pays qui avait disparu.Ses habitants, qu\u2019un grand malheur avait frappés, avaient été dispersés aux quatre vents.Un poète avait écrit, sur ce pays perdu, sur la tragédie de son peuple, un grand roman d\u2019amour qui avait été vécu.À travers le temps, on avait aussi retenu des mots et des airs de chansons qu\u2019avait chantés jadis ce peuple heureux.Puis un jour, par hasard, quelques-unes de ces notes de musique nostalgiques avait brisé le mur du son et on les avaient reconnues.Serait-ce possible que ce peuple recommence à chanter?C\u2019était pourtant la voix du passé avec le même langage!.En écoutant avec attention, on avait entendu d\u2019autres sons de voix comme ceux que l\u2019on entend lorsqu il y a chamaille.On aurait dit cent mille voix qui réclamaient des choses qu\u2019on ne comprenait pas.Et d\u2019où venait tout à coup cette multitude de citoyens?On l\u2019avait regardé vivre si longtemps comme un être paisible, docile, effacé et presque inexistant, qu\u2019il fallait se demander ce qui se passait.On allait donc l\u2019étudier pour connaître ses habitudes, son mode de vie et beaucoup d\u2019encre allait couler à son sujet.Après des études très avancées sur ce nouveau phénomène, on allait conclure avec stupéfaction qu\u2019une grande menace, venant surtout du Nord-est, devait être arrêtée.Il fallait à tout prix freiner cet élan, faire taire ces voix, arrêter la marche d\u2019on ne savait pas trop quoi.Les forces de l\u2019ordre et le pouvoir central, qui avaient changé du \u201cmilitarism\u201d au \u201csubtilism\u201d, allaient s\u2019occuper de régler le cas. 852 L'ACTION NATIONALE D\u2019après les études intelligentes qui avaient été faites, il s\u2019agissait simplement de quelques \u201cvagabonds\u201d paresseux qui faisaient tout le bruit.Quant à la multitude, on allait la déménager vers de soi-disant centres de croissance et comme en 1755 on la disperserait.Mais il était trop tard! Lorsque la terre prend dans ses entrailles le corps et l\u2019âme de ceux qui y ont vécu, elle ne les rend jamais et l\u2019Acadie était de terre.Mais l\u2019histoire ne devait pas finir ainsi et les conflits de toutes sortes qui semblaient avoir été son partage tout le long du chemin allaient surgir à nouveau sous une autre forme.D\u2019autres luttes, plus difficiles encore à résoudre, allaient être livrées avant que l\u2019Acadien puisse enfin planter les bornes qui marqueraient ses frontières.Ces luttes se feraient entre les Acadiens, entre eux-mêmes.L\u2019Acadien avait peiné pendant si longtemps pour assurer la survie de son peuple et bâtir ce qui devrait être ses institutions, qu\u2019il avait cru en entrant chez lui pouvoir vivre à l\u2019unisson des siens.Mais au cours des ans, les choses avaient changé en Acadie.On ne cesse pas de vivre pendant aussi longtemps et pendant deux cents ans on ne fréquente pas tous les mêmes écoles de pensée.Les idées nouvelles, qui demandaient justice et égalité pour tous, allaient faire péniblement leur chemin.Ce serait surtout pour l\u2019accès aux media d\u2019information que l\u2019Acadien aurait le plus à lutter.Au moment où l\u2019on écrit ces lignes \u201cL\u2019AFFAIRE TELE-PUBLIK\u201d, télévision communautaire du Nord-Est, est une preuve incontestable et frappante de l\u2019esprit de domination qui anime toujours une certaine soi-disant élite acadienne.L\u2019Acadien avait vécu depuis toujours avec sa peur, avec son silence et avec un complexe d\u2019infériorité face aux conquérants et il ne voulait pas recommencer à vivre ainsi face à ses frères de sang.S\u2019il était resté debout en arrière des églises qu\u2019il avait bâties jadis, il voulait maintenant prendre un siège dans sa maison.Il les connaissait ces frères de sang comme on connaît son frère.Il savait qu\u2019ils avaient tous fait route ensemble et qu\u2019ils étaient arrivés à la croisée des chemins par de bien différents sentiers.Il savait aussi qu\u2019ils ne porteraient pas L\u2019ACADIE REPREND SES HABITANTS 853 tous des chaussures de même pointure et de même qualité que lui.Toutefois, au début des années 60, il avait décidé qu\u2019il marcherait avec eux, à leurs côtés et que, plus jamais, on ne lui marcherait sur les pieds.Il ne pouvait savoir à qui il aurait affaire; il ne pouvait concevoir avec quelle force le goût du pouvoir et de la gloire et l\u2019appât du gain avaient pris possession de ces êtres qui semblaient être obsédés par une seule pensée, une seule passion: dominer leurs semblables.Si pendant deux cents ans, l\u2019Acadien avait choisi de rester illettré, plutôt que de s\u2019instruire dans une autre langue et par le fait même sauvegarder sa langue française, il allait enfin pouvoir s\u2019instruire, travailler et vivre dans cette même langue et cela chez lui, dans son propre milieu.Il faut quand même dire ici, puisque la vérité s\u2019impose, que si le français a survécu en Acadie, et par le fait l\u2019Acadie même, c\u2019est précisément parce que l'Acadien a refusé de s'instruire.S\u2019il avait accepté de fréquenter l\u2019école, qui était anglaise seulement, c\u2019eut été l\u2019assimilation complète.Il a aussi accepté de vivre à l\u2019écart, dans des conditions indignes de lui, homme si fier et si courageux.Il vivait comme un exilé, un errant, un ermite \u201cchez lui\u201d.C\u2019est donc à l\u2019Acadien de cette classe qui, fidèle à la tradition et à l\u2019héritage que lui avait légués ses ancêtres, continuait d\u2019être pêcheur, fermier, bûcheron ou simple journalier et plus tard, par la force des choses qui l\u2019empêchaient de faire le travail auquel il était habitué, un assisté social, un quêteux même, que reviennent tous les crédits et tous les honneurs de la survivance de ce peuple.Il s\u2019impose aussi de dire ici que ce n\u2019est pas aux évêques, aux prêtres et aux bonnes soeurs, ni à quelques professionnels ou politicailleux, ni à une soi-disant élite anémique formée à l\u2019école des sociétés secrètes et des clubs exclusifs aux rites bizarres et douteux, ni à une certaine bourgeoiserie d\u2019aujourd\u2019hui qui n\u2019a comme seul passeport, pour entrer dans la société, qu\u2019un vulgaire 854 L'ACTION NATIONALE morceau de papier marqué d\u2019un signe de piastre, à qui revient la médaille du mérite.Pour bâtir un pays, il fallait beaucoup plus de courage, de volonté, de labeurs et de sacrifices que ceux-ci en ont donné ou en étaient même capables.S\u2019il était vrai que pendant longtemps l\u2019ennemi avait été l\u2019Anglais, au début des années 60 l\u2019Acadien prenait conscience qu\u2019il n\u2019était plus là et que depuis longtemps une dictature subtile, à peine déguisée, imposée par une soi-disant élite, empêchait tout progrès en Acadie.Ironie du sort, cette dictature se faisait et prenait tout son pouvoir au sein même des institutions qu\u2019il s\u2019était données de peine et de misère, pour assurer sa survie.On parlait en son nom sans jamais le consulter et on le faisait taire s\u2019il osait vouloir prendre la parole.Il s\u2019aperçut aussi que les mêmes personnes se retrouvaient toujours partout où il y avait autorité, direction et pouvoir de décision.Beaucoup d\u2019Acadiens avaient préféré s\u2019exiler et vivre ailleurs plutôt que de s\u2019abaisser devant si peu d\u2019hommes n\u2019ayant aucune conscience sociale et aucun respect pour la liberté et les aspirations de leurs semblables.Ceux qui étaient restés, s\u2019étaient tu par peur de représailles qu\u2019exerçaient ces hommes, devenus puissants et influents, sur tous ceux qui osaient ne pas se soumettre.Il serait beaucoup trop long pour donner en détail tous les événements et les luttes qui ont marqué le réveil et la prise de conscience des Acadiens durant les années 60.L\u2019histoire de l\u2019Acadie le dira un jour, mais l\u2019interprétation dépendra de \u201cQUI\u201d l\u2019écrira.Espérons qu\u2019il y en aura différentes versions! Ceux qui l\u2019écrivent présentement viennent précisément de cette même élite qui essaie de se justifier et aussi de faire revivre un mythe et une illusion de ce que fût la réalité.Outre cette soi-disant élite, il y a aussi des centaines de personnes qui arrivent, on ne sait d\u2019où qui n\u2019ont jamais vécu l\u2019Acadie et qui écrivent et parlent des Acadiens à tort et à travers, sans ne rien comprendre.On peint le portrait partout puisque c\u2019est la mode.À la radio, à la télévision, dans les journaux, au cinéma, et enfin dans de L\u2019ACADIE REPREND SES HABITANTS 855 longues thèses qui donnent libre cours à des antithèses, pour finalement essayer d\u2019en faire une synthèse acceptable à on ne sait qui.Pourtant, pour écrire l'Acadie, pour définir ses frontières, il faut y avoir été conçu et ses pères avant soi.Il faut y avoir vécu et en avoir presque péri.Pour chanter l\u2019Acadie, il faut en avoir l\u2019âme et la voix et pour la peindre il faut aussi en avoir les couleurs.S\u2019il est vrai que c\u2019était l\u2019époque de la contestation due au fait qu\u2019une nouvelle génération, née de ceux qui avaient combattu et vécu la deuxième grande guerre, refusaient de vivre selon les vieilles coutumes et l\u2019ordre établi, il n\u2019en était pas moins vrai qu\u2019en Acadie les raisons étaient d\u2019ordres différents.Ce n\u2019était pas seulement une contestation étudiante ou celle d\u2019une jeunesse qui voulait se laisser pousser les cheveux, s\u2019habiller (ou se déshabiller) comme bon lui semblerait ou encore entendre de la musique autre que les cantiques et les psaumes pieux du passé.En Acadie, la contestation se faisait par toutes les couches de la société et elle serait religieuse, politique, sociale et culturelle.Il n\u2019y aurait pas d\u2019âge et les plus âgés entendraient dire tout haut ce qu\u2019ils avaient pensé tout bas depuis toujours.Personne n\u2019avait osé jusqu\u2019alors questionner ou contester les enseignements de la religion, du parti libéral ou de la soi-disant élite Acadienne.Les trois ne formaient qu\u2019un d\u2019ailleurs, et tous avaient été formés à l\u2019école de l\u2019ordre de Jacques-Cartier, la \u201cPatente\u201d, société secrète dont 98% de la population ignorait l\u2019existence même et ainsi son influence néfaste sur cette même société.Le livre de Roger Cyr et les extraits et commentaires du journal québécois, la Patrie, allaient faire toute la lumière sur cette société douteuse et assez bizarre.Mais en Acadie ce ne fut pas suffisant et une presse clandestine allait donner le premier avertissement de ce que serait désormais les revendications des Acadiens dans leurs propres rangs.Au début des années 60, la religion catholique avait déjà commencé à être ouvertement et fortement contesté dans le monde entier et, par la force des choses, elle avait décidé de faire les changements qui s\u2019imposaient.En Acadie, les prêtres et les bonnes sœurs avaient déjà 856 L\u2019ACTION NATIONALE relevé la robe par-dessus la tête en très grand nombre.On sortait à pleines portes des couvents et des séminaires et personne ne venait remplir les places laissées vides.Désormais ces religieux allaient vivre la vie des autres en marchant à leur côté et en pratiquant ce qu\u2019ils avaient toujours prêché.C\u2019était donc la fin d\u2019une époque qui avait laissé en Acadie une influence et des résultats qui restaient en question.Personne ne semblait regretter cette religion de bons riches et de mauvais pauvres.Cette religion de péchés, d\u2019autorité, d\u2019obéissance, de soumission, de privation, de sacrifices pourtous ceux qui n\u2019avaient pas les moyens de se payer autre chose à faire.Durant les annnées 60, le parti libéral, comme la religion d\u2019ailleurs, perdait son emprise et son influence sur le peuple et la politique partisanne des deux vieux partis perdait son autorité avec l\u2019implantation du syndicalisme en Acadie.Avec l\u2019arrivée de la télévision et des journaux autres que la presse contrôlée, l\u2019Acadien devenait plus et mieux informé.On ne lui ferait plus peur avec des gros mots tels que \u201ccommuniste\u201d et avec des menaces de \u201ctu vas perdre ta JOB\u201d.Avec sa carte de membre d\u2019union, il retrouvait sa sécurité d\u2019emploi et par le fait même sa liberté de parole et d\u2019action sociale et politique.Au début des années 60, la \u201cfemme\u201d faisait son entrée dans la société active.Elle qui, jusqu'alors, n\u2019avait été considérée que comme un vulgaire \u201cobjet à tenter l\u2019homme\u201d si elle osait se mesurer avec lui en dehors du toit conjugal, elle que l\u2019on avait toujours qualifiée de \u201csimple commère\u201d ou \u201cde bonne à tout faire , prenait sa juste place dans la société.On lui donnait droit pour la première fois à l\u2019éducation supérieure.Elle qui avait si longtemps chanté en \u201cberçant\u201d, allait aussi chanter en se \u201cbaladant\u201d.Dans les années 60, l\u2019Acadien vit sa culture s\u2019imposer comme jamais auparavant.Le peuple avait commencé à chanter tout haut et ainsi il ferait connaître partout sa présence.Il y eut donc des artistes, des musiciens, des chanteurs, des compositeurs, des peintres, des écrivains, des poètes.On chantait avec tant d ardeur et on disait de si belles choses que ceux qui avaient L\u2019ACADIE REPREND SES HABITANTS 857 quitté le pays revenaient et ceux qui y étaient, ne voulaient plus partir.Comme le coq qui chante très tôt le matin, pour avertir que le soleil est levé, le peuple acadien en chantant avec autant de vigueur avait voulu dire que le soleil s\u2019était enfin levé en Acadie et comme le coq qui, pendant la journée, assure la survie de son espèce, l\u2019Acadien, par ses chants et ses écrits en plus du travail de ses bras, assurerait la survie de sa langue, de sa culture et de sa race.Les États Généraux de 1978, s\u2019ils ont lieu puisqu\u2019on doute encore de cette date, seront les premiers, et il devra y en avoir d\u2019autres avant que l\u2019Acadien puisse sûrement décider de son avenir.La première fois ne sera peut-être qu\u2019une mise en scène afin de savoir si tous les acteurs peuvent jouer ensemble dans une même pièce et s\u2019entendre sur le scénario.Car il faudra le présenter aux spectateurs d\u2019une manière qu\u2019ils puissent le comprendre et interpréter le message dans toute son ampleur.Il n\u2019y a pas de prédiction à faire mais une chose est certaine: l\u2019Acadien depuis le début de sa venue en Amérique du Nord n\u2019a recherché qu\u2019une seule chose.Ce n\u2019est pas la richesse et le luxe qui corrompent.Ce ne sont pas les honneurs et la gloire qui trompent les esprits.Ce n'est pas le pouvoir avec lequel on enchaîne les autres.Il veut son Acadie bien définie.Il veut sa patrie bien établie.Il veut un coin de terre dans ce bas monde où il pourra vivre et mourir en paix.Ce n\u2019est pas trop demander.L\u2019idée a été conçue il y a plus de 200 ans et les conséquences de l\u2019avoir eue et gardée si longtemps sont irréversibles.La journée a été longue en Acadie, mais le jour déjà s\u2019achève.et demain. L'ACADIEN SE VEUT MAÎTRE CHEZ LUI par Henri-Eugène Duguay L\u2019ACADIEN SE VEUT MAÎTRE CHEZ LUI 859 Un 375e anniversaire mériterait de grandes célébrations.Ce n\u2019est pourtant pas le cas en ACADIE.Depuis que Samuel de Champlain a reçu l\u2019autorisation royale, en 1603, de prendre possession de cette nouvelle terre de l\u2019Acadie nous avons connu des luttes soit pour protéger, défendre ou reconquérir notre terre.En 1978, nous nous préparons à reprendre notre territoire et redevenir maîtres chez nous.Jusqu\u2019en 1755, les Acadiens avaient espoir d\u2019un pays prospère.Par la tragédie de 1755 où nous avons été dispersés, embarqués sur des bateaux abandonnés aux caprices de la nature, \u201cil semblerait bien, comme écrit le sénateur Antoine Léger, que la nation acadienne fût à jamais disparue de l\u2019histoire\u201d.Puis, comme le dit l\u2019abbé Casgrain, le plus grand malheur des Acadiens ne fut pas leur dispersion, mais l'abandon complet dans lequel ils furent laissés pendant plus d\u2019un siècle.Si complet fut cet abandon, qu\u2019en 1848, Longfellow écrivait: \u201cNought but tradition remains of the beautiful village of Grand-Pré\u20191.Rameau de Saint-Pierre, historien français, disait en 1859, que \u201cl\u2019Acadie avait été, n\u2019existait plus\u201d.Napoléon Bourassa, écrivain canadien, dans son livre Jacques et Marie, déclare en 1866, que \u201cla Providence avait laissé les Acadiens disparaître\u201d.Il faut bien dire, cependant, que les Acadiens n\u2019avaient pas dit le dernier mot.Voilà que 223 ans après la dispersion, l\u2019Acadien revendique son territoire.Il veut y prendre les moyens politiques pour y arriver.C\u2019est une utopie pour les uns, une futilité pour le ministre acadien Roméo Leblanc, c\u2019est un manque de colonne vertébrale pour Jean-Luc Pépin, c\u2019est le désarroi pour l\u2019anglophone, c\u2019est le rêve le plus cher de chaque Acadien.Dès son arrivée en Acadie en début du 17e siècle, l\u2019Acadien était venu pour y demeurer et posséder sa propre terre, son propre territoire, son pays, sa nation, son état, sa province, peu importe l\u2019expression employée, c\u2019est que l\u2019Acadien se veut maître chez lui ! L\u2019Acadien veut sa place dans les grandes décisions de sa destinée.Il n\u2019a pas été consulté lorsqu\u2019on l\u2019a placé 860 L'ACTION NATIONALE dans la nouvelle province du Nouveau-Brunswick en 1784.L\u2019Acadien était comme un enfant n\u2019ayant même pas le droit de vote.Maintenant il est grand, il est mature, il a dépassé l\u2019âge de raison, il a même atteint l\u2019âge légal: il est apte à donner sa réponse à ces questions et à dicter s\u2019il entérine les gestes de 1784 ou s\u2019il veut annuler un mariage auquel il n\u2019a pas donné librement son consentement.Il nous est tout de même tentant de penser que nous pourrions du jour au lendemain passer de minoritaires à majoritaires.C\u2019est un rêve?C\u2019est peut-être tout ce qui nous reste, nous avons bien le droit de rêver, à moins qu\u2019on veuille aussi nous enlever celui-là.Dès les premières conventions acadiennes de 1880, les Acadiens rêvaient d\u2019une nationalité distincte, ils y acceptèrent un drapeau national, un hymne national et fondèrent un organisme national.De la convention de Waltham, en 1902, d\u2019éloquents témoignages nous ont été conservés.Mgr P.Belliveau déclarait: \u201cLe monde offre-t-il, dans les annales de son histoire, un spectacle semblable à celui des Acadiens demandant, sans peur, à garder leur nationalité distincte, avec tout ce que cela comporte?\u201d Le juge P.Landry s\u2019écriait: \u201cFrançais des Provinces Maritimes, appelez-vous Acadiens parce que l\u2019histoire vous le permet\u201d.Le sénateur Pascal Poirier déclarait: \u201cUne province est-elle plus forte que sa voisine?Un Acadien vaut toujours et partout un Canadien-Français de France ou des colonies, vaut un Anglais d\u2019Angleterre ou d\u2019Amérique.et possède essentiellement les mêmes droits imprescriptibles.Ne courbons nos fronts humiliés devant personne, excepté devant Dieu et pour l\u2019amour de Dieu\u201d.Finalement, le Dr L.-J.Belliveau déclarait: \u201cNous souffrons encore; les malheurs se répètent, les injustices se perpétuent, mais pour nous, les vicissitudes du passé sont l\u2019espoir de l\u2019avenir; une race virile comme la nôtre ne peut pas périr\u201d.En 1933, le sénateur Antoine Léger écrivait que l\u2019Acadien est \u201cdéterminé à prendre sa place à côté des nations qui nous environnent\u201d.En 1963, Louis-J.Robichaud, alors L\u2019ACADIEN SE VEUT MAÎTRE CHEZ LUI 861 premier ministre de la province écrivait que les Acadiens \u201ceux aussi participent à une renaissance nationale\u201d.En 1972, c\u2019est la fondation du Parti Acadien ayant comme grand objectif de réaliser politiquement et démocratiquement le grand rêve des Acadiens.L\u2019Acadien croit qu\u2019il est temps de pratiquer cette devise du SURGE ACADIA MEA comme s\u2019était écrié le nonce apostolique, Mgr Antoniutti le 8 septembre 1942.C\u2019est à nous maintenant de faire surgir cette Acadie.C\u2019est le temps de rappeler que l\u2019en-tête du Star Weekly, du 27 août 1960 disait: EVANGELINE AVENGED IN NEW-BRUNSWICK.Il imprimait en sous-titre et en grosses lettres: \u201cLa victoire de Louis Robichaud et de ses libéraux n\u2019est pas seulement un coup dur aux conservateurs, mais aussi un pas en avant dans sa campagne populaire pour refaire l\u2019Acadie\u201d.Le sentiment d\u2019appartenance à un parti traditionnel diminue en Acadie.L\u2019on sent que ce n\u2019est plus en se taisant pour ne pas faire tort à l\u2019un de ces partis traditionnels que nous allons redevenir maîtres chez nous.Notre silence nous fait complice d\u2019une situation d\u2019assimilation et d'injustice qui durent depuis 1784 au Nouveau-Brunswick.Le passage de Monsieur Louis Robichaud comme premier ministre de la province a été d\u2019un grand bienfait pour les Acadiens, mais nous voulons plus que cela.C\u2019est un peu comme la révolution tranquille au Québec avec Jean Lesage, elle a été un bienfait pour la province de Québec, mais les Québécois veulent plus que ça.Autant le Québécois ne veut plus qu\u2019Ottawa soit maître de sa destinée, autant l\u2019Acadien ne veut plus Frédéricton comme maître de la destinée acadienne.Si la Société l\u2019Assomption et les Caisses Populaires ont pu devenir des puissances économiques, si l\u2019université de l\u2019Acadie avec ses trois campus peut se placer à côté des grandes universités canadiennes, si l\u2019Église acadienne avec ses trois évêchés au Nouveau-Brunswick (et un en Nouvelle-Écosse) peut se placer à côté de toute église canadienne, si nos artistes acadiens peuvent se comparer à tout artiste à travers le monde, si enfin nous 862 L'ACTION NATIONALE avons pu démontrer dans mille et un domaines que l\u2019Acadien peut réussir s\u2019il s\u2019y met, pourquoi ne pouvons-nous pas oser prévoir que le Parti Acadien se placera lui aussi, un jour, à l\u2019égal des grands jours du Parti Québécois?Il est inutile de pleurer un passé où nous n\u2019y pouvons rien mais c\u2019est à nous de bâtir un avenir qui nous appartient.Cet avenir est entre nos mains.Si le parti Acadien échoue et disparaît ce ne sera pas parce qu\u2019il est un parti francophone, mais ce sera parce que ses membres n\u2019auront pas fait les efforts voulus pour le développer et l\u2019amener à réaliser le grand rêve acadien.Un rêve comme celui-là demande beaucoup de gens convaincus et prêts à travailler et demande également des fonds que le parti n\u2019a pas toujours.Il est évident que tous les Acadiens ne disent pas ouvertement qu\u2019ils rêvent à ce jour où l\u2019Acadie sera une province.Plusieurs ont peur de perdre leur position qu\u2019ils ont par l\u2019entremise des compagnies ou du gouvernement anglais.Il n\u2019y a pas un seul vrai Acadien qui, intérieurement, ne voudrait pas se voir maître chez lui.Même les plus farouches Acadiens opposés à cette idée ne disent pas qu\u2019ils n\u2019en veulent pas ou qu\u2019ils n\u2019aimeraient pas ça, mais ils disent bien timidement: \u201cC\u2019est pas possible\u2019\u2019.La politisation de l\u2019Acadie fait peur à beaucoup de gens.Ils ont peur qu\u2019un jour les Acadiens ne viennent â comprendre leur état d\u2019assimilation et d\u2019impuissance dans le présent système politique.Si nous, Acadiens, nous commençons à nous convaincre nous-mêmes de nos rêves nationaux, nous pourrons ensuite convaincre tous nos confrères acadiens, qui pour vivre et manger, se sont fait tant soit peu assimiler dans et par le système anglais tant au niveau provincial qu\u2019au niveau fédéral.Nous n\u2019aurons pas alors à convaincre les anglophones parce que, lorsqu\u2019ils voudront enfin comprendre, il sera trop tard.Les anglophones de l\u2019Ontario peuvent comprendre la situation des Acadiens puisqu\u2019ils ont eu à demander la séparation d\u2019avec la province de Québec pour former la province de l\u2019Ontario.Pourquoi L\u2019ACADIEN SE VEUT MAITRE CHEZ LUI 863 ce qui était bon pour eux ne le serait-il pas pour nous?C'est un précédent! Il est difficile pour un anglophone du Nouveau-Brunswick de comprendre la situation d\u2019être minoritaire.Le sénateur Antoine Léger est peut-être celui qui a le mieux résumé la situation lorsqu\u2019il a écrit: \"Le bannissement de la patrie est une de ces grandes afflictions qui tourmentent sans cesse le cœur et l\u2019esprit et qui semblent trouver nulle part de consolation: plus il est prolongé: plus il devient amer et cuisant\u2019\u2019.Le temps est venu pour l\u2019Acadie de reprendre son territoire.Chacun sent que le temps presse.On sent bien que de plus en plus nous ne voulons plus de compromis qui nous assimilent toujours davantage.Nous avons des droits comme personne humaine, comme citoyen et comme peuple.Nos droits ne se discutent pas, ils se prennent.S! on les discute trop longtemps, on les perdra.Sachons que, dans l\u2019éventualité d\u2019une formation d\u2019une province acadienne, nous pourrions réussir à survivre sans combattre en même temps l\u2019oppression continuelle que nous subissons depuis 1784 au Nouveau-Brunswick.L\u2019Acadien, au Nouveau-Brunswick a dû se battre pour tout ce qu\u2019il a, il a dû se battre pour le droit de vote, le droit de se présenter aux élections, le droit à ses évêchés, le droit à ses écoles, le droit à ses hôpitaux, le droit d\u2019un service francophone au niveau du gouvernement provincial et municipal, le droit des procès en français, le droit à une université acadienne, le droit de juges acadiens, le droit de sénateurs acadiens, le droit de vivre en français quoi! Maintenant, nous voulons nous battre pour le droit à notre province acadienne: nous connaissons la route à suivre et comme dans le reste de nos luttes, NOUS RÉUSSIRONS.C\u2019est le temps d\u2019agir ou mourir.Puisque nous ne voulons pas mourir, il faut agir! Demeurons toujours de bons amis! La province acadienne aboutissement normal et essentiel du peuple acadien par Armand Plourde LA PROVINCE ACADIENNE 865 Il ne faudrait pas que nous soyons dans l\u2019ignorance au sujet de nos aspirations, nous, les Acadiens (gens qui parlent français et qui vivent au Nouveau-Brunswick).Parce que nous ne parlons pas beaucoup, que nous ne sommes pas expressifs tellement, ça ne veut pas dire que nous n\u2019avons pas d\u2019aspirations.Par nos prédécesseurs, nos ancêtres et notre histoire, nous savons que nous sommes les descendants d\u2019un peuple calme, pacifique, opiniâtre et débrouillard.Nous sommes une des races les plus fortes au monde.En effet, tout autre peuple politiquement et économiquement contrôlé, colonisé comme le nôtre, aurait été rapidement assimilé et on n\u2019en parlerait plus depuis fort longtemps.Actuellement, c\u2019est le compte à rebours pour le peuple acadien.Disons-le, oui, nous marchons d\u2019une façon certaine, irréversible vers notre autodétermination, notre autonomie, notre libération.Avant 1755, nos ancêtres vivaient sur ces terres des maritimes, les plus belles du monde dit-on.Ils étaient des fermiers qui vivaient grassement et ils étaient des gens d\u2019affaires rusés, subtils et efficaces.Qu\u2019on vienne donc nous dire que l\u2019économique et les affaires ce n\u2019est pas notre bosse! Il y aurait longtemps que nous serions tous morts, crevés de misère sans le sens raffiné des affaires de nos pères et mères.Puis il y eut ces guerres entre les Français et les Anglais.Les Anglais ont gagné, ont pris le territoire, les terres, les fermes, la loi du gagnant, quoi! Les Acadiens, ces descendants de France, les premiers blancs venus s\u2019installer pour y rester en terre d\u2019Amérique, tâchaient de garder une certaine neutralité, car ils n\u2019étaient pas des guerriers, ni des violents, mais étaient jaloux de leur liberté individuelle et collective.Leur refus du serment d\u2019allégeance à la Couronne Britannique décida les Anglais à les déporter.C\u2019était la loi de la guerre.Ce n\u2019était pas exceptionnel comme cruauté, c\u2019était la coutume. 866 L\u2019ACTION NATIONALE Le peuple acadien fut dispersé aux quatre coins de l\u2019Amérique et même en Europe.Une poignée d\u2019entre eux, refusant d\u2019embarquer sur les bateaux, prirent les bois vers le Nord, le Nouveau-Brunswick actuel.Les Indiens sauvèrent probablement la première génération de déportés, leur montrant les ruses de la chasse et la vie dans les bois; les hébergeant durant le premier hiver, leur montrant à survivre, malgré tout.Ce déporté fuyait les Anglais, mais voulait rester chez lui.N\u2019ayant plus droit de cité dans ce beau pays de XAcadie, il vivait dans la fuite, la peur, le silence et la souffrance.Comme une bête apeurée, traquée de partout, il s\u2019est replié sur lui-même, il s\u2019est endurci la peau, il s\u2019est tu; et en silence, il a vécu.Il s\u2019est installé tant bien que mal sur des terres de misère.Un groupe a débuté sur des fermes à Ste-Anne (Frédéricton).Ils furent de nouveaux déportés pour faire place aux loyaux sujets de sa Majesté Britannique qui ne voulaient pas devenir Américains.Le Madawaska fut peuplé par ces déportés (deux fois) avec quelques Québécois venus y vivre.Éparpillés de nouveau par une décision politique, Ashburton fit de la moitié de ces descendants des Américains.Il y a une conviction qui est restée au fond du cœur de ces hommes et de ces femmes déracinés: conserver leur langue, leur culture et retrouver un territoire où ils pourraient vivre et se reprendre en main.Étape par étape, petit à petit, avec ténacité, en silence, sans haine, ils ont recommencé, ils ont repris leur histoire.Autour de leur clocher, avec une foi chrétienne inébranlable, ils continuèrent à vivre en français entre eux tout en parlant la langue du maître en public.Absents des décisions économiques, politiques, à défaut de pouvoir faire de l\u2019argent et de la politique, ils firent des enfants à profusion, souvent par devoir, mais aussi par plaisir et par amour.Élevés et éduqués par les mamans, car les papas presque tout le temps s\u2019en allaient au loin pour gagner la vie, les Acadiens se multiplièrent. LA PROVINCE ACADIENNE 867 Voilà, en vrac, l\u2019histoire de ce grand peuple dont je suis fier de faire partie, peuple racé, peuple ingénieux, peuple appelé et destiné à l\u2019autonomie.Depuis une quinzaine d\u2019années, cette race de monde se mit à chanter, à jouer de la musique, se mit à parler, se mit à s\u2019exprimer fort, tout haut.On découvre avec stupeur dans ce grand Dominion du Canada que ça parle encore en français dans les Maritimes, surtout au Nouveau-Brunswick.On veut y vivre en français.Cette culture acadienne n\u2019est pas seulement du folklore mais une manière d\u2019être et de vivre.Toujours est-il qu\u2019en 1978, les Acadiens occupent surtout trois régions du N.-B.: le Nord-Ouest, le Nord-Est et le Sud-Est; Les Cayens, les Chiacs et les Brayons.Ces Acadiens voient concrètement se réaliser l\u2019objectif des ancêtres: RÉCUPÉRER UN TERRITOIRE et ils récupèrent en même temps, petit à petit, de haute lutte, leur droit à la langue, à la culture, à l'économique et à la politique.Le Parti Acadien crie tout haut cet objectif.Le Parti Acadien \u201cn\u2019a pas d\u2019avenir\u201d, comme disent certains de mes compatriotes; le peuple Acadien n\u2019a jamais eu d\u2019avenir depuis le Grand Dérangement.Pourtant il est très vivant.La province acadienne (territoire précis où les Acadiens pourraient s\u2019identifier), \u201cc\u2019est de la rhétorique\u201d, dit mon ami le politicien Roméo Leblanc.Mais depuis que le Parti Acadien en parle, on se rend compte que cet objectif est dans le cœur, le cerveau de l\u2019Acadien.La province acadienne, \u201cc\u2019est du tricotage\u201d, nous dit mon ami Jean-Maurice Simard, le grand argentier du Nouveau-Brunswick; mais si nous, les Acadiens, sommes unis comme les maillons d\u2019un tricot, nous serons sûrs d\u2019atteindre cet objectif qui est né dans le cœur de nos ancêtres le jour même de la déportation.Objectif, désir personnifié par la légende d\u2019Évangéline et Gabriel.Oui, un jour, nous serons chez nous et nous mènerons nos affaires nous-mêmes. 868 L\u2019ACTION NATIONALE Mes ancêtres maternels viennent de Grand-Pré.Ils ont abouti au Madawaska après deux grands dérangements.Ils ont fait alliance avec un autre grand peuple, les Québécois, mes ancêtres paternels.Ils ont toujours désiré, voulu avoir un \u201cchez-eux\u201d bien à eux et mener leurs affaires eux-mêmes.La province acadienne n\u2019est pas le rêve d\u2019une poignée d\u2019exaltés; elle n\u2019est que la volonté, le désir, le souci d\u2019être fidèles à nos prédécesseurs, à nos ancêtres.Le désir d\u2019une province acadienne fait partie tout simplement de l'évolution d\u2019un peuple qui veut se réaliser, être chez lui, tout en ayant de bonnes relations avec ses compatriotes et ses voisins anglo-saxons.La province acadienne, c\u2019est l\u2019aboutissement normal, essentiel de ce grand peuple qu\u2019est le peuple acadien.Vive la province acadienne! QUATRIÈME PARTIE DEMAIN! 870 L\u2019ACTION NATIONALE INTRODUCTION A DEMAIN par Cécile Chevrier Le jour viendra, il pointe déjà à l\u2019horizon, où ce rêve de quelques premiers fous se concrétisera.Où cette Acadie qui n\u2019a longtemps été que concept, deviendra réalité, tangible comme les vagues de ses baies.Le jour viendra, où après avoir arpenté notre géographie, nous aurons à en définir les composantes et à en façonner l\u2019architecture.Déjà, il faut dépasser l\u2019étape de nous convaincre mutuellement de la légitimité de nos aspirations et commencer les plans de notre maison.Nous pouvons dès maintenant considérer la notion d\u2019une province de l\u2019Acadie comme partie d\u2019un mouvement irréversible de libération du peuple acadien.L\u2019idée est lancée, elle fera sa marque, et d\u2019ores et déjà il faut prévoir qu\u2019elle aura des répercussions certaines sur l\u2019histoire à venir des Acadiens.Mais comment sera-t-elle, cette province acadienne dont le moment arrive enfin d\u2019en concrétiser le rêve?Sera-t-elle vraiment bâtie à notre mesure, à la lumière de ce que nous en savons déjà?Aurons-nous la sagesse de ne pas traîner avec nous, dans la mesure du possible, les maux et les erreurs des sociétés que nous connaissons?Nous avons de la chance de nous bâtir une vie, à la fois à partir de tout et à partir de rien.À partir de rien parce que nous n\u2019avons au fond rien à y perdre, de vouloir façonner notre destinée, tellement nous sommes méprisés en tant que peuple et, tout le prouve, voués à une mort lente mais certaine.Cela n'a même plus à être discuté.Les tenants du statu quo pour les Acadiens à l\u2019heure actuelle sont ou bien aveugles, idiots, ou carrément malhonnêtes.D\u2019un côté, nous ne sommes pas vraiment ce que l\u2019on pourrait appeler \u201csous-développés\u201d.En INTRODUCTION A DEMAIN! 871 général, nous avons accès à tout le confort nord-américain dont l\u2019apport le plus désirable peut-être, réside dans l\u2019existence bien qu\u2019imparfaite, d\u2019une certaine infrastructure de communication.Qui dit communication, dit information, politisation, accroissement des connaissances et de la liberté individuelle.Il ne s\u2019agit pas ici de vouloir tout balayer de ce qui existe déjà.Ce ne serait d\u2019ailleurs pas souhaitable.Nous nous avons quelques institutions dont nous pouvons nous enorgueillir, un mode de vie, des valeurs propres à notre manière d'être, certaines données de base à respecter pour que l\u2019édifice soit solide.D\u2019un autre côté, le chômage, par exemple, cette plaie de notre système capitaliste, ne pourra pas être enrayé du jour au lendemain.J'en arrive à un sujet qui me touche particulièrement.Il est significatif que six femmes seulement soient représentés dans cette publication sur la province acadienne.Significatif et dommage.De ce côté, malheureusement, l\u2019Acadie est bien à l\u2019heure planétaire!.Je me permets de le dire, quitte à troubler une certaine euphorie, et de nous mettre en garde avant qu\u2019il ne soit trop tard.Les raisons qui mènent au féminisme sont souvent les mêmes qui poussent au nationalisme.Le désir d\u2019autodétermination n\u2019est au fond que celui d\u2019exister et de voir cette existence reconnue et respectée dans son intégrité.La forme d\u2019oppression dont sont victimes les femmes dans nos sociétés a souvent les mêmes effets que le colonialisme sur les peuples.Le plus grave en est certainement la dégradation du respect de soi-même, la \"démission\u201d, le refus de s'assumer et le rejet sur un tiers de certaines responsabilités.Comme les Acadiens, les femmes sur toute la planète doivent revendiquer pas à pas, courir de gauche à droite, pour l\u2019obtention de certains droits, endiguer toujours, pour découvrir des fuites plus graves encore.Parce que rien n\u2019est statique et que toute société évolue toujours un peu comme une boule de neige, en amassant ce 872 L\u2019ACTION NATIONALE qui se trouve sur son chemin.Si les principes de base sont faussés au départ, les problèmes ne pourront que se multiplier et partant, s\u2019aggraver.L\u2019indice le plus sûr de la condition de \u201cnègre\u201d (-blanc, pour reprendre l\u2019expression de Vallière) réside dans l\u2019absence de \u201crespect\u201d de la part de l\u2019oppresseur.Or, le respect, comme l\u2019amour, ne peut absolument pas se commander, quoi qu\u2019on en dise.Et malgré certaines marques extérieures, il n\u2019est jamais besoin de chercher bien creux pour en découvrir les failles.D'en être réduit à exiger le respect, comme l\u2019amour, revient à se diminuer encore plus au yeux de l\u2019interlocuteur; c\u2019est un manque de dignité.C\u2019est parce que des Acadiens ont compris cela, que l\u2019on parle de province acadienne, pour affirmer enfin le respect de nous-mêmes qui amène plus sûrement celui des autres que toutes les revendications partielles qui ont constitué notre lot depuis 200 ans.Les Acadiens n\u2019existaient absolument pas dans l\u2019esprit des créateurs loyalistes de la province du Nouveau-Brunswick.Ici plus qu\u2019ailleurs sommes-nous les vrais héritiers de Lord Durham, le meilleur moyen de nous faire disparaître étant de nous ignorer.Il est miraculeux que nous soyons encore là, c\u2019est vrai, mais si nous ne renversons pas rapidement la situation, nous ne serons bientôt plus qu\u2019un chapitre d\u2019histoire.C\u2019est une responsabilité envers nous-mêmes et envers nos descendants, de faire en sorte de transposer le moins possible des tares qui affligent les sociétés que nous connaissons.L\u2019humanité s\u2019est en général coupée de la moitié de son potentiel d\u2019énergie en réduisant les femmes à un rôle subalterne de dépendance et de soumission dans lequel nous nous complaisons trop souvent.Je rêve d\u2019une province acadienne qui aurait non pas son ministère de la condition féminine mais bien plutôt autant de femmes que d\u2019hommes pour en gouverner les destinées, jusqu\u2019à ce que ça n\u2019ait vraiment plus d\u2019importance que ce soit des hommes ou des femmes.Celles-ci, comme les Acadiens, n\u2019auront vraiment la place qui leur INTRODUCTION À DEMAIN! 873 revient de droit et ne seront réellement respectées, qu\u2019en décidant d\u2019assumer leur part de responsabilité, en exerçant concrètement le pouvoir qu\u2019elles détiennent en tant que collectivité.Les Acadiennes ont leur place pour moitié, dans les droits, les devoirs et les responsabilités que comporte la tâche à accomplir.Il faut que l\u2019on nous donne, mais il faut prendre aussi, cette place, avec la conscience que nous y sommes indispensables.La province de l\u2019Acadie ne sera créée que si une majorité d\u2019Acadiens trouve en elle le grain de folie qui l\u2019en fera réver.Ce projet commun ne sera concrétisé qu\u2019en laissant s\u2019épanouir enfin ce désir toujours réprimé au fond de nous-mêmes, de revanche sur l\u2019Histoire.RASSEMBLER TOUTES LES FORCES \u201cLes raisons qui mènent au féminisme sont bien souvent les mêmes qui poussent au nationalisme.Le désir d\u2019auto-détermination n\u2019est au fond que celui d\u2019exister et de voir cette existence reconnue et respectée dans son intégrité.Être réduit à exiger le respect, comme l\u2019amour, revient à se diminuer encore plus aux yeux de l\u2019autre, c\u2019est un manque de dignité\u201d.Cécile Chevrier \u201cQu'ils regardent mes tableaux.ils verront ce qu'il y a de souffrance résignée.\u2019\u2019 Gauguin APPEL AUX GENS DE MA RACE parZoël Saulnier APPEL AUX GENS DE MA RACE 875 L\u2019Acadie à l\u2019heure des branchements ou de la nouvelle repartance À l\u2019heure de la Nouvelle Acadie, voilà en exergue un texte du peintre Gauguin qui illustre ce que nous avons pu être: cette mémoire d\u2019avoir été.Mais l\u2019Acadie, est-ce vraiment une fantaisie issue d\u2019un malaise, d\u2019une \u201csouffrance résignée\u2019\u2019.ou plutôt, l\u2019Acadien est-il le vainqueur fier du refus d\u2019intégrer une \u201cConstitution\u201d suicidaire?.Je me situe comme Acadien au sein de ce questionnement de l\u2019Acte britannique de l\u2019Amérique du nord comme un \u201cnon-intégré\u201d, ce qui explique notre survivance.Des deux peuples fondateurs, le peuple français et par conséquent, les Acadiens, font partie des \u201cnon-intégrés\u201d dont le rejet inconscient d\u2019un tel carcan constitutionnel a assuré la \u201cvivance\u201d.Ceux qui, parmi nous les francophones, ont intégré, avec le peuple anglais, ce génocide constitutionnel, sont devenus anglophones ou vivent revêtus d\u2019une forme de métissage inconfortable.À l\u2019heure de la problématique canadienne, de cet immense territoire qui est bien plus une \u201cerreur géographique\u201d qu\u2019un pays, l\u2019Acadien doit se choisir, doit vérifier son appartenance, ses racines \u201croots\u201d.Il doit être le protagoniste de son histoire, celui qui joue le rôle principal dans son avenircollectif.Je fais appel à tous ceux qui sont fiers d\u2019être Acadiens, de laisser de côté les jeux faibles des préjugés d\u2019opinions pour accepter le coude à coude dans le bâtissage de ce que nous voulons être.En Acadie, il y a comme ailleurs des divergences, des listes noires, même des hostilités qui peuvent annihiler notre devenir comme collectivité.Il faut rapatrier tout ce que nous avons d\u2019énergie pour faire la table ronde et permettre ainsi, même \u201caux choses futiles\u201d et même \u201caux rêves\u201d d\u2019avoir leur place au soleil.Chaque idée émise avec sérieux mérite le débat public, à savoir l\u2019idée même de la province acadienne.Il faut peut-être cette folie pour sauver le Canada.Voilà notre présence dans le débat national pour mieux intégrer, cette fois en toute liberté, notre pays et une Constitution renouvelée.À l\u2019instar du Québec qui veut se faire reconnaître comme pays, nous pouvons nous aussi, arpenter notre 876 L\u2019ACTION NATIONALE géographie sans attendre que d\u2019autres nous donnent le signal du départ.À cet effet, une grande lucidité politique est exigée de nous tous, peu importent nos filiations politiques, compte tenu toutefois, que nous avons hélas composé trop souvent avec ces marchandages, ces rapiéçages politiques qui nous invitaient même à troquer notre identité acadienne pour obtenir nos besoins fondamentaux et essentiels à notre ethnie.En Acadie, que toutes ces institutions économiques, ces institutions religieuses et éducationnelles qui ont bâti leur prestige sur la sueur du peuple, servent enfin largement ce que nous voulons être.Nous avons en Acadie trop d\u2019observateurs et pas assez d\u2019intervenants efficaces.Le temps est à l\u2019audace! Trop longtemps victimes de nos peurs, nous avons vécu par procuration ou transfert de pouvoirs.Il faut enfin desserrer les limites dans lesquelles nous avons tendance à nous renfermer soit du côté de la Péninsule, soit du côté de la République, soit du côté de Monton pour mieux \u201cêtre\" Acadiens.Si je fais la marche de l\u2019Acadie, dans les villes et les villages et les rangs, et j\u2019interroge l\u2019aspect de mon univers, suis-je capable honnêtement de palper ce vouloir-être-et-vivre-acadien?Si j\u2019interpelle l\u2019homme et la femme de ces mêmes villes et villages, est-ce que j\u2019ai comme réponse \u201cl\u2019écho de nos montagnes\"?Dans cet inventaire, quelques-uns portent le harnais lourd à soulever de nos revendications.D\u2019autres s\u2019effacent dans un silence et disent trop facilement ce qu\u2019ils sont sans se compromettre.Pourtant, nous sommes à l\u2019heure du recensement de nos forces, à l\u2019heure de la compilation de nos énergies, non pas pour les archives, mais pour la remontée dynamique de notre peuple.Il faut enfin estampiller notre province avec la force de notre engagement.L\u2019Acadie doit être plus qu\u2019un mot qui revient à la vie.L\u2019Acadie doit être rentable ici et non seulement ailleurs.sinon, est-ce louable de créer l\u2019illusion de ce qui ne se vit qu\u2019au niveau du discours, des arts et des lettres?Certains la veulent tellement réelle l\u2019Acadie, qu\u2019ils lui inventent des frontières, un territoire.Est-ce un fonctionnement de panique ou le mûrissement d\u2019une pénible recherche, d\u2019une identité enfin avouée?.Il est normal que \\ APPEL AUX GENS DE MA RACE 8 77 l\u2019Acadie veuille dresser sa tente dans une géographie qui contienne les accents de sa langue, le dynamisme de sa culture, les forces de son économie découlant de ses ressources humaines et naturelles.En Acadie, nous sommes à l\u2019heure des options définitives.De tout ce débat doivent germer des rapports de forces qu\u2019aucune contrainte gouvernementale ne devrait brimer.voilà à ce moment de notre histoire \u201cl\u2019insurgence\u201d des États Généraux de l'Acadie! Dans l\u2019histoire, chaque époque propose des choix.En paraphrasant Jean-Paul Sartre, il faut, comme Acadiens, se choisir en cette époque, comme ethnie vivante et opérante, sinon l\u2019Acadie ne sera qu\u2019un ROMAN.L\u2019Acadien aura l\u2019existence illusoire d\u2019un personnage bien monté dans un univers de fiction historique.Pourtant, nous anticipons un autre destin.Au lendemain des frontières marquées, d\u2019un drapeau hissé, d\u2019un peuple homogène et unifié, l\u2019ACADIEN sera autre chose qu\u2019un objet de \u201cdispersion\u201d, de \u201cdualité\u201d, mais un être chez lui au Canada parce que chez lui en Acadie!.\u201cIl faut enfin estampiller notre province avec la force de notre engagement\u201d.\u201cIl est normal que l\u2019Acadie veuille dresser sa tente dans une géographie\u201d.Zoël Saulnier TÉMOINS ET ARTISANS D'UN RÉVEIL par Jules Boudreau TÉMOINS ET ARTISANS D\u2019UN RÉVEIL 879 Quand un chansonnier ou un interprète acadien se présente comme Acadien, il pose un geste à caractère social, sinon toujours politique.Il affirme à la face de son auditoire, à l\u2019échelle paroissiale, nationale ou internationale, selon le cas, son choix vis-à-vis de son identité.Car on choisit d\u2019être ou de ne pas être Acadien, ou, ce qui revient au même en pratique, de le dire ou de le nier.Celui qui dans l\u2019exercice d\u2019une activité essentiellement publique, et sans faire de politique (du moins pas au sens électoral), prend ainsi position, devient, qu\u2019il le veuille ou non, un porte-parole pour certains, pour d\u2019autres un fauteur de troubles; même l\u2019indifférence prend ici un sens crucial.Pour le public acadien, l\u2019identification ethnique de \u201cses\u201d artistes passe donc bien avant le degré de succès qu\u2019ils ont; le succès, la célébrité même sont, bien sûr, très importants, mais en tant que moyen de \u2014 \u201cmettre l\u2019Acadie sus la mappe\u201d \u2014 en d\u2019autres mots, c\u2019est nous qui nous faisons connaître par l\u2019intermédiaire de notre vedette bien à nous: nous nous valorisons à nos yeux et à ceux des autres.Nous nous identifions à l\u2019artiste par le truchement de ce point commun: une même nationalité.Aussi un artiste même très bien connu, acclamé, mais qui fait peu de cas de son appartenance acadienne, est-il beaucoup moins important d\u2019un point de vue socio-politique que celui qui, dans un cercle plus modeste, s\u2019en fait un sujet de fierté.Ainsi une Patsy Gallant, quel que soit par ailleurs son talent, n\u2019a pas pratiquement rien à voir avec le cheminement socio-politique des Acadiens, alors qu\u2019un Frank Maillet, qui commence à peine à être connu dans le Nouveau-Brunswick mais qui proclame sans ambages: \u201cPar héritage, je suis Acadien,\u201d peut y jouer un rôle fort significatif.Cela ne se fait pas ouvertement, ni consciemment; on ne verra jamais de disciples de Frank Maillet ou de Raymond Breau.Mais insensiblement, par cette osmose inévitable entre un artiste et un public qui lui est fidèle, la conviction de l\u2019un se transmet à l\u2019autre, et l\u2019idée-sentiment nationaliste acadien avance pas à pas.Il n\u2019y a pas si longtemps, le mot \u201cAcadien\u201d est passé bien près de. 880 L'ACTION NATIONALE disparaître du vocabulaire, à peu près à l\u2019époque où quelque cerveau puissant découvrit que nous étions des francophones.Cela n\u2019alla jamais jusqu\u2019aux Caisses populaires, mais la très digne Association des instituteurs acadiens se mua sans faire même une grimace en Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick.On évitait ainsi de léser les maîtres d\u2019écoles brayons en les affublant malgré eux d\u2019un vocable peu flatteur.Nous avons encore du chemin à faire, mais Dieu merci, nous sommes loin aujourd\u2019hui d\u2019une telle attitude! Il serait naïf de penser que les artistes sont les premiers responsables de ce juste retour des choses, mais il serait injuste de prétendre qu\u2019il n\u2019y sont pour rien.Sans les Calixte Duguay, Donat Lacroix, Raymond Breau, Lorraine Diotte, serions-nous làoù nous sommes?C\u2019est par la chanson en effet que s\u2019est manifesté le renouveau de la culture acadienne, sans doute à l\u2019exemple des chansonniers québécois.La poésie, le théâtre et le roman prirent leur essor un peu plus récemment.Mais si le simple fait de se présenter comme Acadien a pu contribuer à l\u2019éveil social et politique de ce petit peuple, comment pourrait-on douter qu\u2019une Sagouine s\u2019écriant: \u201cPour l\u2019amour du bon Djeu, où c\u2019est que je vivons, nous autres?\u201d ou un Laval Goupil faisant dire aux personnages du Djibou: \u201cY va falloir qu\u2019on sort de not\u2019 trou!\u201d ne soient à tout le moins des témoins, et pourquoi pas les artisans, dans une certaine mesure, d\u2019un réveil lent mais de plus en plus certain?Claude LeBouthi11ier donne à son roman d\u2019anticipation un titre hardi, qui en dit long: \u201cL\u2019Acadien reprend son pays\u201d.C\u2019est loin d\u2019être fait, mais on se permet d\u2019y rêver.Non, l\u2019avenir de l\u2019Acadie ne se joue pas sur une scène, ni sur un piano.Mais pendant que de vaillants travailleurs oeuvrent à notre avenir, souvent dans I ombre, il est bon qu\u2019un auteur de chez nous nous invite à sortir de notre trou, ou qu\u2019un chansonnier nous crie: \u201cIl faut refaire un pays!\u201d Autrement, on pourrait oublier. APPEL AUX GENS DE MA RACE 881 \u201cIl est bon qu\u2019un auteur de chez nous ou qu\u2019un chansonnier nous crie: il faut refaire un pays! Autrement, on pourrait oublier\u201d.Jules Boudreau CITATIONS \u201cDeux cents ans ont passé; on n\u2019a fait qu\u2019exister.Perdu dans le silence; si tu regardes au loin, tu verras qu\u2019on revient, on remonte la pente\u201d.Donat Lacroix, chansonnier acadien \u201cPar héritage je suis Acadien par héritage je parle le langage, comme le faisait bien tout nos vieux anciens, dans les plus beaux de nos vieux villages.Un dialecte tout à fait différent de nos voisins qui vivent au nord, je vous dis mes amis sincèrement le français acadien n\u2019est point mort.\u201d Frank Maillet, chansonnier acadien. POLIDORE par Lorraine Diotte (1) Avec son accordéon, Lorraine Diotte, raconteuse et chanteuse, est très populaire en Acadie.Polidore est un personnage de son invention, sympathique, goguenard et plein de gros bon sens. POLIDORE 883 J\u2019te dis Florence que depu que René Lévesque a pris le pouvoir au Québec que le monde est viré à l\u2019envers! Y sont rendus fous avec leu s\u2019histoires de Français pi de séparation.On a pourtant assez de trouble sans ça.Ça va mal partant.les budwarms sont en train de faire la job à nos terres en bois d\u2019boutte.Y a quasiment personne qui travaille par icitte.on est obligé de s\u2019battre pour avoir la moindre chose, que ce soit des écoles françaises ou se faire sarvir en français au téléphone.J\u2019te dis qu\u2019on est organisé pas pour rire.À part de ça quacé ça c histoire des États Généraux?Çà, ça doit être encore quequ'un qui veut s\u2019enrichir à rien faire.Y a rien qui s'fourrent pas dans la tête pou gagner de l'argent sans travailler.M\u2019as tu pas dit qui y avait une meeting asoir sus Josephat?Ben oui Polidore, y a une rencontre vers huit heures pour nous expliquer ce que ça veut dire les États Généraux.J\u2019sus pas trop sûre mais d\u2019après ce que j\u2019com-prends, ça veut dire qui veulent s\u2019organiser pour trouver 2000 personnes qui vont représenter les Acadiens de toute la province.Ces 2000 personnes se rencontreront vers le mois de novembre et feront connaître au gouvernement nos besoins, nos droits.Nos besoins! Nos droits! Câlisse, ça fait depu que j\u2019me rappelle qu\u2019on a faite sans ça! On a jamais rien eu! On savait même pas qu\u2019on était des Acadiens.Le savais-tu, toi Florence que t\u2019étais Acadienne?Non.ça fait pas longtemps que j\u2019Ie sais Polidore.J\u2019avais toujours cru que les Acadiens c\u2019était du monde qu\u2019avait été déporté en 1755.du monde qui vivait à Grand Pré.C\u2019est ce qu\u2019on avait appris à l\u2019école.T\u2019es chanceuse si t\u2019as entendu parler de ça à l\u2019école.Moi quand j\u2019y ai été, on a appris la \u201cBritish History\u2019\u2019.On chantait \u201cGod save the King\u201d pi si tu pouvais pas lire un mot en anglais la maîtresse te mettait à genoux ou ben t\u2019avais la \u201cstrap\u201d.C\u2019est vrai que j\u2019ai pas faite ma septième année.Rendu à treize ans, ben fallai quitter l\u2019école pi gagner ta vie.On partait l\u2019automne pi on revenait au printemps après la drave.Le pire c\u2019était mon père.J\u2019oublierai jamais la fois qu\u2019en descendant du chantier 884 L'ACTION NATIONALE on avait arrêté sus mon oncle Tophile.Mon oncle Tophile, y vendait d\u2019Ia boisson.Y avait traité mon père comme de raison.Pi mon père s\u2019avait confessé de ça.C\u2019est c\u2019te fois là que le prêtre y avait refusé l\u2019absolution.Oui Monsieur! Je l\u2019ai vu brailler mon père! Des choses comme ça, ça s\u2019oublie pas! Pi on avait confiance dans les prêtres.même que dans ce temps-là y nous disaient pour quel bord voter.Ça ben changé! Une bonne chose qu\u2019au-jourd\u2019hui on a notre mot à dire.on est pu obliger de prendre les conseils du monde instruit.On s\u2019est assez faite fourrer pi voler.encore asteur y nous tiennent à la gorge.C\u2019est ben dangereux du monde instruit! Ben, voyons Polidore.Ça va faire! Nos prêtres sont ben smart.Pi eux autres même savaient pas mieux y faisaient c\u2019que les évêques ou le pape leur ordonnaient.En tous cas revenons aux États Généraux.moi j\u2019crois que ça va faire rouvrir les yeux à Hatfield.lui qui se promenait à Québec l\u2019année passée pour convaincre les Québécois que l\u2019unité canadienne était absolument nécessaire.Y sympatisait avec les Anglais.Y sympatises-tu avec nous autres?On a.On a jamais été regardé comme du monde, c\u2019est ça que tu veux dire Florence?T\u2019as raison! Si les gouvernements veulent un pays bilingue, ben y faut deux sortes de monde pour ça; les Anglais pi si c\u2019est pas les Français, ben qu\u2019ils nous l\u2019disent, qui arrêtent de nous faire des acroires.Dire que ç\u2019a pris René Lévesque pour nous réveiller! Tout d\u2019un coup on s\u2019aperçoit qu\u2019on est important! Tout d\u2019un coup le gouvarnement a peur de nous pardre! Y a peur qu\u2019on s\u2019faise une province acadienne! Y peuvent ben avoir peur! On en a assez de leurs promesses! En seulement, j\u2019te garantis que si tous les Français pi les assimilés se disaient Acadiens dans notre province pi que ça s\u2019mettait à parler français pi à exiger leurs droits avec fierté comme peuple fondateur à l\u2019exemple des Anglais, ben du même coup on est en majorité pi on l\u2019a notre province acadienne! Pour moi, c\u2019est ça la province acadienne! Pas besoin de chercher ailleurs où s\u2019exiler! Les Anglais resteraient chez eux pi les Français seraient chez eux aussi.On se sentirait pu de trop.Une autre chose! y est temps que les femmes faisent leur part.La femme c\u2019est une créature comme l\u2019homme, pi a POLIDORE 885 l\u2019est capable de faire un maudit ravage dans l\u2019gouvarnement! Une femme quand ça veut, c\u2019est pire qu\u2019un homme! Oui! Le temps est v\u2019nu.C\u2019est le temps de battre le fer quand y est chaud.La chaleur nous fait pas peur! Y vont nous respecter dans notre langue ou ben qui parlent pu de bilinguisme.Ben, j\u2019crois Polidore que cette fois-ci c\u2019est notre chance.T\u2019es toujours en train de parler des prêtres pourtant tu sais que c\u2019est grâce à Mgr Richard si aujourd\u2019hui on a un drapeau.Et ça, c\u2019était en 1884.Depuis ce temps-là y en a eu d\u2019autres des personnes instruites qui ont continué à nous instruire dans notre culture.À chaque fois qu\u2019on a obtenu un p\u2019tit quec chose, c\u2019était toujours parce que une foule de gens se tenaient ensemble.Ben faut se tenir avec les autres parce que y paraît qu\u2019ils sont en train de manigancer pour unir les trois provinces maritimes.Si ça arrive on est fini Polidore.Le p\u2019tit peu qu\u2019on a, on va le\u2022 perdre.Ça fait qu\u2019on va aller aux meetings, puis s\u2019il le faut on va se rendre aux Etats Généraux avec la gang.Faut pas manquer notre coup cette fois.O.K.Florence! Mais j\u2019t\u2019avertis que c\u2019est la dernière fois que j\u2019me bats pour du français.J\u2019sus pu dans un âge pour croire à c\u2019quon recevra d'ici vingt ans.J\u2019ai passé c\u2019temps là.J\u2019veux penser à moi.J\u2019veux penser à vivre.J\u2019sais assez d\u2019anglais pour faire mes affaires.Que les jeunes prennent notre place.C\u2019est pour eux autres.Moi, tout ce que j\u2019veux, c\u2019est une couple d\u2019années de beau temps.Ça doit pas être trop demandé?Juste une couple d\u2019années pour vivre en paix, Florence.Vivre sans être achalé par personne! Vivre comme du monde! C\u2019est tout c\u2019que souhaite! LA S.A.N.B.ET LA QUESTION DE LA PROVINCE ACADIENNE par Jean-Pierre Blanchard LA S.A.N.B.ET LA PROVINCE ACADIENNE 887 Dans l\u2019Évangéline du 30 juin 1977, Donatien Gaudet, président de la \u201cSociété des Acadiens du Nouveau-Brunswick\", exprime, dans un élan de frustration et d\u2019impatience, ses convictions à propos de la situation des francophones du Nouveau-Brunswick.\u201cIl faudra éventuellement demander la dualité dans tous les ministères, mais on nous prouvera que cela ne marchera pas.Il faudra donc demander pour des districts unilingues acadiens et anglophones d\u2019un bord à l'autre de la province, mais cela non plus ne marchera plus, parce qu\u2019ils (les anglophones J.P.B.) ne peuvent pas traiter leur minorité comme on traite les nôtres.Enfin, il faudra inévitablement en venir à la seule solution, la province Acadienne\u2019\u2019.\u201cOn veut être capable de tout faire dans notre langue, et notre langue ce n\u2019est pas l\u2019anglais ou le bilinguisme, c\u2019est le français\".Le 21 janvier 1978, il affirmait à la télévision qu\u2019on peut, peut-être, s\u2019attendre qu'un jour les buts et objectifs du Parti Acadien et de la SANB convergent.Beaucoup de membres de la SANB sont très sympathiques à l\u2019idée d\u2019une province acadienne et d\u2019agtres sont carrément en faveur.De plus, la SANB est bien décidée de se mêler aux prochaines élections provinciales.Pour ce qui a trait aux relations Québec-Acadie, le président de la SANB croit fermement en de nombreux contacts et au rapprochement culturel et politique des deux peuples.Donatien Gaudet est d\u2019ailleurs un de nos meilleurs ambassadeurs de l'Acadie au Québec et il s\u2019y rend très souvent.Mais il tient à préciser qu\u2019il existe des différences fondamentales entre les Acadiens, les Québécois, et les autres francophones hors Québec.\u201cLes Acadiens du Nouveau-Brunswick ne sont pas des Québécois glorifiés ni des \u201cCanadiens-Français\u201d diminués.Malgré toutes les vicissitudes passées et présentes, les Acadiens sont un peuple nettement et absolument distinct de celui des Québécois et des autres Canadiens-Français\u201d (Action nationale, nov.1977). DEMAIN! par Claude Lebouthillien1» Nous savons maintenant qui nous sommes.nous le soupçonnions depuis longtemps, mais la dignité du silence fait maintenant place à la dignité de la parole.Nous voulons nommer notre mal, et dire pourquoi nous ne voulons plus être livrés comme une monnaie d'échange.Finies les paroles trompeuses pour endormir le mal.Finies les politiques sans lendemain auxquelles nous avons naïvement cru.Mais fini aussi le silence que nous nous imposions sur notre propre situation, de peur d\u2019avouer devant tout le monde ce que nous savions de nous-mêmes.La situation est maintenant claire et les dés sont jetés: si nous survivons, ce sera pour avoir osé parler franchement de nous-mêmes et du mal qui nous ronge.Les héritiers de Lord Durham, vol.1 (1) Auteur du roman: \u201cL\u2019Acadien reprend son pays\u201d. DEMAIN! 889 Demain, c\u2019est déjà aujourd\u2019hui qui se dessine et comment le prend-on, ce futur qui s\u2019offre dans notre présent?Qu\u2019est-ce qui s\u2019esquisse aujourd\u2019hui; le statu quo, l\u2019union des provinces Maritimes, l\u2019assimilation, l\u2019espoir?Quinze ans passés, on préparait la dénatalité.Que prépare-t-on aujourd\u2019hui?Lors d\u2019une émission radiophonique, intitulée: \u201cAcadie 2001\u201d, des enfants de l\u2019école Saint-Henri de Moncton ont répondu aux questions suivantes: \u201cL\u2019Acadie, c\u2019est quoi\u201d?\u201cUn pays!\u201d \u201cOù?\u201d \u201cProche du Canada\u201d.\u201cQu\u2019est-ce qu\u2019on y fait?\u201d.\u201cOn y chante, on y danse\u201d.On a ensuite demandé: \u201cSi tu étais le premier ministre de l\u2019État acadien que ferais-tu?\u201d Un enfant a répondu: \u201cJe laisserais les animaux sauvages, libres\u201d.Nous avons le choix aujourd\u2019hui de ne pas trahir le destin des enfants et cette liberté se prépare aujourd\u2019hui, celle de chanter et danser librement sur notre sol de l\u2019an 2000.Quelques réflexions.Qu\u2019y a-t-il d\u2019utopique à vouloir contrôler les pouvoirs qui décident de notre avenir?Sans les pouvoirs de décision, c\u2019est nous considérer comme inférieurs, et se voir ainsi c\u2019est croire que le peuple acadien ne saurait s\u2019occuper de ses ressources, de sa culture, de son économie, de ses politiques, non pas en vase clos, mais en détenteur lucide, capable d\u2019échange, et d\u2019une façon bénéfique pour lui-même et les autres.Et nous savons au fond que nous n\u2019avons pas de levier de commande important, et, sans l\u2019espoir, un peuple est condamné à s\u2019entredévorer.Je crois que l\u2019Acadien ne demande que le droit de préserver son mode de vie, ses symboles, ses valeurs qui adhèrent à ses racines et de rendre épanouissante sa vision du monde, bref, de régler ses affaires en famille, comme l\u2019ont fait les ancêtres.Il traverse une phase où il commence à se trouver beau et redresse la tête, ayant à exprimer des choses importantes.La recherche d'identité et de sécurité est en voie d\u2019être dépassée par la création, le risque, le besoin de foncer.Et entre le choix du rêve ou de l\u2019accablante réalité, l\u2019Acadien peut intelligemment créer une nouvelle réalité. 890 L'ACTION NATIONALE Par la récente connaissance de notre histoire, nous commençons à nous identifier à un passé où nous nous apercevons que l\u2019Acadien était un homme fier et revendicateur.Nous savons maintenant que dans l\u2019ancienne Acadie, on se disait de la race acadienne et qu\u2019on se considérait comme un peuple qui refusait l\u2019aliénation par le serment d\u2019allégeance.Les gens de Grand-Pré et de Port-Royal, en se promenant dans leurs champs qu\u2019ils destinaient à leur progéniture, conservaient et transmettaient l\u2019espoir de voir s\u2019établir une Acadie forte et libre d\u2019ingérences extérieures.Après les déportations, des hommes de la trempe de Monseigneur Richard et de Pascal Poirier ont semé l\u2019espoir dans les premières conventions nationales, en fixant des objectifs de reprise graduelle du pays.Dans leurs discours, ils utilisaient fréquemment les mots peuple et patriote, et dans le contexte d\u2019aujourd\u2019hui, ces patriotes demanderaient pour l\u2019Acadie, le droit à sa gestion, le droit à une patrie, le droit de rallumer et de concrétiser l\u2019espoir.Le modèle nord-américain se morcèle face à la croissance illlimitée pendant que le président Carter cherche à redonner une morale à l\u2019Amérique, en mettant l\u2019accent sur les droits de l\u2019homme.Nous sommes le seul peuple nord-américain avec le Québec à proposer un modèle de société différente avec nos petits villages, nos petites industries, notre sens communautaire et en cela nous rejoignons les thèses de la décentralisation et du \"small is beautiful\u201d.L\u2019Acadie conserve encore, malgré les assauts, des valeurs importantes où nous voulons faire plus avec moins, être heureux collectivement, où nous gardons une âme de trafiqueux, celle de faire nous-mêmes au lieu de payer pour les services, et encore mais en érosion constante, le sens écologique de préserver nos côtes et nos baies.Le modèle américain a ébranlé nos valeurs et notre mode de vie.Maintenant l\u2019Amérique se recherche de plus en plus, consciente qu\u2019elle ne peut survivre avec des structures inhumaines à la New York, ou le maintien de DEMAIN! 891 son standard de vie au dépens du tiers-monde.Verrons-nous notre paysage criblé de béton, de mazout, et de Kentucky, lorsqu'elle commencera à préconiser des valeurs importantes que nous voulons préserver et qui font notre richesse?Nous ne voulons plus de Kouchibouguac à la chaîne, ni pêcher la morue à l\u2019ombre d\u2019une centrale nucléaire.Mais nos richesses, comment allons-nous les protéger, sans levier de commande important?Où serons-nous quand l\u2019Amérique aura redécouvert son Acadie et un modèle à la mesure de l\u2019homme?Aurons-nous encore demain le monopole du chômage, de l\u2019alcoolisme, des dépressions nerveuses, de la dénatalité, de l\u2019immigration anglophone, de l\u2019exode et de l\u2019assimilation?Serons-nous encore les locataires de nos mines, de nos forêts, de nos pêches et de notre agriculture?On n\u2019a qu\u2019à regarder les ravages à Bathurst de l\u2019assimilation et de l\u2019urbanisation pour comprendre que cette ville représente un peu l\u2019image d\u2019une Acadie où l\u2019on doit constamment déployer une dépense d\u2019énergie épouvantable afin de maintenir la plus élémentaire dignité.En science, tout comme pour l\u2019humain, il y a une force, un nombre, une masse critique qui signale le point de non-retour, en deçà de laquelle la civilisation n\u2019a que valeur de folklore.Dans d\u2019autres provinces, certains de nos frères l'ont probablement déjà atteint, ce point de mort douce et insidieuse.Le scénario idéal pour l\u2019Acadien serait évidemment de se donner son propre pays, son propre gouvernement.Et puis de garder et d\u2019amplifier son sens d\u2019hospitalité, de débrouillardise, de chaleur et d'exorciser chez lui l\u2019attrait de la compétition, de la jalousie, de la critique et du pouvoir.Dans le contexte de la souveraineté du peuple Québécois il faudrait envisager sérieusement le droit pour le peuple acadien à sa propre souveraineté et l\u2019éven- 892 L'ACTION NATIONALE tuelle possibilité d\u2019une forme d\u2019association avec le Québec.Si le Québec devient un État, ce qui n\u2019est qu\u2019une question de parcours et de temps, une Acadie morcellée ne survivra pas longtemps dans un Canada anglophone.Comme autre éventualité, demain, faut-il voir peut-être face aux impondérables du futur, une économie déboussolée, le retour au baloné, l\u2019exode de la jeunesse, l\u2019assimilation massive, une dénatalité en chute libre, (déjà commencée à l\u2019Université) et les rares enfants qui s\u2019urbanisent et s\u2019américanisent.Dans cette déportation moderne où par exemple on ajouterait une massive immigration étrangère et surtout britannique, plausible quand le pain devient primordial, il est possible que seuls quelques villages bien protégés par de longs portages comme Caraquet, Saint-Quentin et quelques autres pourraient s\u2019illusionner sur une fierté folklorique.Et quand ça va mal, on cherche des boucs émissaires.Nous en aurions le prototype et peut-être qu\u2019inconsciemment nous l\u2019alimentons par notre bienveillante et légendaire bonhomie et bonne entente où nous adoptons trop le rôle de victime que nous jouons depuis longtemps.Un autre scénario serait celui d\u2019un genre de statu quo à l\u2019américaine.Pendant que l\u2019assimilation ferait son chemin, et face à l\u2019intérêt international porté à l\u2019Acadie, chacun voudrait gravir les échelons, de refoulé devenir refoulant, ce qui aurait comme conséquence de rendre les classes sociales élevées de plus en plus hiérarchisées, chromées et cravatées.Et puis une forme de sobisme s\u2019installerait chez ceux qui représentent les plus vieilles familles, celles qui ont été déportées, ou qui ont accompli des gestes d\u2019éclat.À l\u2019âge du crédit électronique et des bébés-éprouvettes, il ne faudrait pas sous-estimer l\u2019attrait du pouvoir quand on n\u2019y est pas habitué et l\u2019intégration des valeurs américaines pour un Acadien produit toujours un hybride difficile à digérer, celui du parvenu traditionnel arrogant et borné courant les honneurs et les banquets. DEMAIN! 893 Le pouvoir s\u2019exercerait alors au nom de bonnes volontés, mais aussi sous le couvert de philosophies aliénantes et subtiles.Dans ce contexte, ce cri de terre d\u2019une vieille acadienne serait mort-né: \u201cVoyons, l'Acayen a trop de misère juste pour se contenter de miettes.Oui, monsieur, rien de moins qu\u2019un pays et pas n\u2019importe lequel.Nous avons notre dignité, voyez-vous!\u201d Le scénario qui apparaît le plus réaliste, le plus vivant et le plus digne dans le contexte actuel, c\u2019est de revendiquer la gestion d\u2019un territoire, d\u2019une province acadienne.Après tout, nous sommes deux fois plus nombreux que les gens de l\u2019île-du-Prince-Édouard qui, avec 110,000 habitants, ont volé une province à nos frères.Les Acadiens ne veulent plus être traités comme une minorité mais comme un peuple avec ce qui en découle.Et un peuple, c\u2019est tellement plus qu\u2019une langue; c\u2019est une culture, une âme, une psychologie, une façon de se bercer qu\u2019il ne peut perdre sans mourir.Les autres empiètent toujours, souvent sans mauvaise volonté sur celui qui ne délimite pas bien son espace vital et cela amène ainsi des malaises profonds.Il faut arroser et protéger l\u2019espoir, ce qui est impossible sans un terrain pour s\u2019y camper.Habiter un territoire cela signifie d\u2019abord, s\u2019y préparer intérieurement.Nous sommes à la veille d\u2019une percée collective et après tant de siècles d\u2019incubation, pourquoi notre bond en avant, notre hurlement ne serait-il pas puissant?Les seules choses auxquelles j\u2019attache de l\u2019importance sont les choses qui ont l\u2019air de dire quelque chose et gérer son terrain en fait partie.On n\u2019a qu\u2019à regarder l\u2019importance du lopin de terre pour l\u2019Acadien et les conflits sur le tracé des bouchures.Et puis la progression dans nos acquisitions nous mène vers une patrie après les luttes pour les titres des terre, le droit de vote, les journaux, les écoles, la dualité à l\u2019éducation, l\u2019éclosion de notre culture, etc.Le premier ministre Hatfield disait à la commission Pépin-Robart que nous ne sommes ni séparés, ni mauvais voisins, au 894 L'ACTION NATIONALE contraire, parce que nous allons à des églises et des écoles différentes.Continuant dans la même ligne, nous pourrons certainement vivre dans un territoire à nous sans tirer des roches aux autres.Pourquoi l\u2019Acadien ne reprendrait-il pas son pays qu\u2019il a déjà possédé?Ça fait longtemps, hein! \u201cT\u2019en souviens-tu lorsque ton père ou ton grand-père te le disait?\u201d Mais on nous a peut-être trop parlé de la Déportation.Il faut reprendre le pays avant de se le faire voler définitivement.Et puis il y a déjà deux territoires, deux peuples et il ne s\u2019agit que de légiférer une tradition.On se retrouverait sûrement mieux chez nous avec des noms qui nous soient propres pour nommer notre terrain, sans se défouler de noms qu\u2019on n\u2019aime pas sur les chevaux et les animaux.Et puis il y a le rêve de nos pères, du mien, du tien.Le mien, dans sa jeunesse, était capitaine de goélette et dans ses temps libres, il faisait de la peinture sur les voiles en dessinant les hommes de l\u2019équipage.Il ne peut maintenant montrer cela à ses amis et ses enfants car il n\u2019existe plus de goélette.Imaginez au Louvre la beauté d\u2019une goélette acadienne aux voiles peintes.Il faut donc se battre pour que plus rien ne se perde et espérer que les Etats Généraux permettront la thérapie collective, la grande réunion de famille, il faut souhaiter que tous, étendus dans le même lit de varech de mousse et de conifère, le long des plages, le peuple acadien compose une symphonie où ses héros se détacheront de la complainte traditionnelle et deviendront puissants.Et puis, oui! Nous l\u2019habiterons à notre façon notre patrie, car nous avons avec nous l\u2019inébranlable ténacité et l'inspiration du large. DEMAIN! 895 \u201cOui monsieur! rien de moins qu\u2019un pays et pas n\u2019importe lequel.Nous avons notre dignité, voyez-vous!\u201d \u201cImaginez au Louvre la beauté d\u2019une goélette acadienne aux voiles peintes!\u201d \u201cL\u2019Acadie, un modèle à la mesure de l\u2019homme\u201d.\u201cMais une Acadie morcelée ne survivra pas longtemps dans un Canada anglophone\u201d.Claude LeBouthillier 896 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019épanouissement d\u2019une identité, la fin du règne de l\u2019orphelin! Fils d\u2019Acadie, je vois se dessiner pour le peuple acadien, le désir de contrôler son destin, le goût du risque, Peuple Fondateur, ayant l'âme d\u2019un chef, les Acadiens décident de reprendre leur pays; ils ont enfin prêts à l\u2019apprivoiser, le cueillir, l\u2019habiter.Quand ton cœur est occupé par ton pays.tu es libre! Claude LeBouthillier Bas-Caraquet, Acadie U INDEX DES AUTEURS ET DES MATIERES 897 INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES Septembre 1977 à juin 1978 (Les chiffres indiquent les auteurs) A \u2014 TABLE DES AUTEURS ACADIE: numéros de nov.-déc.1977 et juin 1978.ALLAIRE, Georges: Milieu étudiant et Église, 737.ALLEN, Patrick: Au fi! de/\u2019actualité, 146-394-497-592-685-752.ANGERS, Fr.-A.: L\u2019incident Robert Scully, 5.Un grand moment de notre histoire, 97.Le secteur coopératif et son impact, 358.Lionel Groulx, notre libérateur, 697.ARÈS, Richard: Révélation de la CECO, 126.Deuxième rapport sur te crime, 371.Révélation de la Comm.Cliche, 515.ARSENAULT, Fernand: Acadien et religion, 274.BASTARACHE, Michel: Acadien et crise constitutionnelle, 193.BLANCHARD, Mathilda: L'Acadie reprend ses habitants, juin 1978.BLANCHARD, Francis: Situation des Acadiens à l\u2019I.-P.-E, 291.BLANCHARD, Jean-Pierre: Préface \u2014 De Gloucester à Grand-Pré, juin 1978.BOUCHER, Réal: Essai sur l\u2019économie acadienne, juin 1978.BOUDREAU, Jules: Un pays qui est nulle part, 188.Témoins et artisans d\u2019un réveil, juin 1978.BOUTET, Odina: La grenouille biculturelle, 61.L\u2019impossibilitéd\u2019être Canadien, 769.BROCHU, Michel: Québec à la sauce américaine, 576.CHEVRIER, Cécile: Introduction à demain, juin 1978.CLAVEAU, J.-Ch.Le défi canado-québécois, 580.CONSEIL D'EXP.ÉCON.: Répertoire des indust.francop., 624.COUTURIER, Jacques: Vers une globalisation de la soc.acadienne, juin 1978.DEVEAU, Daniel: Université et dével.en Acadie, 251.Réveil ou crépuscule des Acadiens en N.-É., 308.DIOTTE, Lorraine: Polidore, juin 1978.DUGUAY, Henri-Eugène: L\u2019Acadien, maître chez lui, juin 1978.DUMAIS, François: Jocelyne Lortie, artiste-peintre, 644.ÉDITORIAL: La perspective, 1.Nouvelle administrateur, 423.FAURE, Edgar: Présentation de René Lévesque, 333.GARON, Jean: Allocution chez Provigo, 56.GAUDET, Donatien: Acadien du Nouveau-Brunxwick, 201.GAULIN, André: Poème de tendre fureur, 84. 898 L'ACTION NATIONALE GENEST, Jean: La perspective, 1.Jeunesse et patrimoine, 160.Des faits pour l'action, 413.Nouvel administrateur, 423.Question nationale selon G.Bourques, 434.Aujourd\u2019hui l\u2019Acadie, 462.Trois actualités, 508.LaComm.des accidents du travail, 710.LABELLE, Jean-Paul: Dom Helder Camara, 453.RaoulFollereau.539.LABONTÉ, René: Québec entre trois océans, 566.LAFORCE, Ernest: Immigration et immigrants, 547.LANTEIGNE, Jean-Pierre: Le Parti Acadien, juin 1978.LASALLE, Roch: Roulis et tangages d'un homme, 410.LAURIN, Camille: L\u2019an I du Québec français, 91.LEBEL, Maurice: Dictionnaire de Bélisle, 79.LEBOUTHILL1ER, Claude: Demain, juin 1978.LECLERC, André: Vers une globalisation de la soc.acadienne, juin 1978.LÉGER, Lauraine: La chanson satirique, 321.LÉGÈRE, Martin: Situation économique des Acadiens au N.-B., 231.LÉVESQUE, Delmas: Un Québec en redéfinition, 15.LÉVESQUE, René: Message aux Acadiens, 327.Le projet Québécois, 341.MINVILLE, Esdras: Quelques aspects d\u2019un problème, 777.MOUVEMENT DESJARDINS: Économie et disparités régionales, 607.PELLET1ER-BAILLARGEON, Hélène: Le référendum et le chrétien, 525.PLOURDE, Armand: La province acadienne, juin 1978.RIOUX, Albert; Comment maîtriser les multinationales, 535.RUMILLY, Robert: Regards sur une œuvre, 351.SAULN1ER, Zoël; Appel aux gens de ma race, juin 1978.SAVOIE, Jacques: Tré-Carré, juin 1978.SCHENCK, Ernest: À ta mémoire de Yves Tessier-Lavigne, 587.SNOW, Gérard: L\u2019Acadien face aux garanties linguistiques, 247.SOCIÉTÉ NAT.DES QUÉBÉCOIS: Le fleurdelisé, 176.SOCIÉTÉ SJB.DE MONTRÉAL: Enseignement précoce d\u2019une d\u2019une langue seconde, 392.THÉRIAULT, Fidèle: Relations Québec-Acadie, 1755-1880, juin 1978.THÉRIAULT, Léon: Débat canadien et acadiens, 209.Un territoireacvadien, juin 1978.TORELLI, Maurice: Mourras et nationalisme c.-f, 102.TRÉPANIER, Pierre: Anglos et autonomie prov., 34.Canada anglais et ses historiens, 74.Trois essais, 114.Aujourd\u2019hui l\u2019Acadie, 181.Les nationalismes québécois, 388.À quoi servent les historiens, 446.Siméon Le Sage, 469-654.ExLibris, 559.Rumilly et son Papineau, 727.Notre premier 19e siècle, 745. INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES 899 B \u2014 TABLE DES MATIERES Acadie, tout nov.-déc., 462 et juin 1978.Acadiens, idem.Action nationale, 424.Affaires culturelles, 116.Agriculture, 56,415.Alimentation, 56,127,627.Ameublement, 628.Angers,Fr.-A.,424.Anglais, enseignement, 392.Anglo-Québécois, 99,147, 593.Autonomie provinciale, 34.Avortements, 157.Bégin, Monique, 503.Berger, Cari, 75.Bergeron, Gérard, 123.Bilinguisme, 62.Bois, 629.Bourassa, Henri, 155.Bourques, Gilles, 535.Brault, Jacques, 567.Bruchési, Jean, 115.Brunet, Michel, 120.Camara, Helder,452.Canada en transition, 577, 581,695.Canadian Press, 67.Capitalisme, 169.CECM, 149,603.Centrale des enseignants (CEQ), 170.Centralisation, 35.Chanson, 321.Charte de la langue, 91.Chômage, 620.Chrétien, Jean, 407.Comm.Cliche, 127,371,516.Comm, sur crime organisé, 127,371,516.Comm.sur unité canadienne, 401.Compétence, 167.Confédération, 155.Constitution, 696.Coopération, 358.Coopération acadienne, 231.Corot, 650.Cotroni, Vincent, 377.Cour Suprême, 506,511.Creighton, Donald, 156.Cuir, 630.Culture acadienne, 257.Culture française, 62,502.Démographie, 162.Démographie acadienne, 329.Dictionnaire Bélisle, 80.Dion, Léon, 389,598.Disparités régionales, 601.Drapeau fleurdelisé, 177, 596.Dupuis Frères, 604.Dutil, Juge Jean, 127.Économie, 396,499,607,686.Éducation économique, 686.Église, 19etmai 1978.Énergie atomique ,414.État français, 91,97,111.Étudiants étrangers, 693.Fabrication métallique, 631.Fédéralisme, 151,419,601.Financial Post, 333, 341,498.Follereau, Raoul, 538.Français, 1.Francophones hors Québec, 601.Frégault, Guy, 116,501.Gazette Montreal, 49.Géographie, 437.Géographie de l\u2019Acadie, 329.Goyer, Jean-Pierre, 505.Groulx, Lionel, 447,593.Héritage, 161.Histoire, 438,447.Historien anglo-can., 75.île-du-Prince-Édouard, 291.Immigration, 547,695.Impression, 632.Industries francophones, 624.Industrialisation, 20,624.Industrie de la construction, 516.Information, agence, 67.Investissements, 621.Jeunesse, 161.Jones, Richard, 563.Joron, Guy, 123.Keynes, J.M., 37.Langue française, 62,247,339. 900 L\u2019ACTION NATIONALE Laurin, Camille, 98,400.Lavallée, Albert, 143.Lépreux, 539.Le Sage, Siméon, 469,654.Lévesque, René, 408, 595,689,690.L\u2019Express, 409.Libération, 1.Livre vert, 693.Loi 101,91,97,147,427,603.Loisirs, 694.Lortie, Jocelyne, 644.Machinerie, 637.Mafia, 373.Manufactures can., 695.Marxisme, 168,435.Mass media, 508.Matériel électrique, 636.Maurras, Charles, 103.Maynard, Marcel, 132.Modernisme, 29.Moncton, 257.Monnetj François, 403.Montréal, industries, 624.\t^ Mouvement Desjardins, 498, 601.Mouvement Québec français, 97.Multinationales, 535.Municipalité, 692.Nation, 109,436.Nationalismec.-f., 102,436.Nationalisme acadien, 183.Nouveau-Brunswick, 201,209.Nouveau Québec, 171.Nouvelle-Écosse, 309.Ouellet, André, 691.Papier, 637.Papineau, 351, mai 1978.Parti Québécois, 397,502,594.Patronat Québécois, 688.Pelletier, Gérard, 509.Pépin, Jean-Luc, 406.Perreault, Roger, 521.Pilon, Jean-Guy, 567.Plourde, Gérard, 404.Politique agro-alimentaire, 57,415.Poulet, 418.Produits chimiques, 638.Projet québécois, 341,440.Provigo, 57.Québec, 1, 17,62,91, 147, 171,218, 341,504,581,617.Québécois, 150.Référendum, 158, 525.Religion 164, 525, mai 1978.Religion-Acadie, 275.Rembrandt, 651.Ressources naturelles, 506.Revenu salarial, 395.Révolution tranquille, 17.Revue A.N., 424.Richler, Mordecai, 504.Roby, Yves, 560.Rouleau, Alfred, 601.Rumilly, Robert, 351, mai 1978.Ryan, Claude, 3,13, 399,426, 598.Saguenay,177.Savard, Félix, 599.Scully, Robert, 5.Sidbec, 596.Socialisme, 435, 502.Société SJB de Montréal, 6.Société SJB du Saguenay, 176.Star, Montreal, 44.Suzor-Côté, 649.Territoire acadien, juin 1978.Tessier-Lavigne, Yves, 587.Textile, 640.Tourisme, 398.Trahison, 5.Transport, 635.Trudeau, P.-E., 400,407,411.Unité nationale, 152,507.Université acadienne, 257.Uris, Léon, 416.Vallières, Pierre, 405.Vêtement, 641.Viande, 127.De septembre 1977 à juin 1978, la Revue L\u2019Action Nationale a offert à ses lecteurs un volume d\u2019environ 900 pages où 55 écrivains ont présenté 88 articles qui préparent DEMAIN! I LES AMIS DE LA REVUE BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\tGABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle \u2014 366-9116 GERMAIN CANUEL, avocat\tJEAN-HUBERT MARANDA, avocat 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal H2Y 1K9 \u2014 842-9403\t325 est, boul.St-Joseph Montréal \u2014 288-4254 Dr ALBAN JASMIN\tCLAUDE LACOSTE, C.G.A.7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours\t5325, rue Hubert Guertin Saint-Hubert, Québec Téléphone: 678-2947 PEINTURE BLAINVILLE INC.1020, boul.Labelle Blainville \u2014 435-0248 George Blainville\tPHARMACIE LÉTOURNEAU 3828, boul.Décarie Montréal \u2014 484-7311 PIÈCES D'AUTOMOBILES Il IMPRIMERIE JACQUES-CARTIER INC.Imprimeurs-lithographes Service d'artistes 8477.8e ave.Montréal H1Z 2X2\t729-1851 \tF.X.LANGE INC.FER\tACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES \t10,530 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445 TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste, 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 HOMMAGES DE LA FÉDÉRATION DE MONTRÉAL DES CAISSES DESJARDINS 1405 est, boul.Henri-Bourassa Montréal H2C 1H1 382-7160 Ill AVOCATS\t de Grandpré, Colas, Amyot, Lesage, Deschênes & Godin.Avocats 2501, Tour de la Bourse Place Victoria \u2014 Montréal H4Z 1C2 Téléphone: 878-4311\tGUY BERTRAND «¦ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec,Qué.G1R3X3 Tél.: 692-3951 Guy Bertrand, Gilles Grenier, Louise Otis COMPTABLES\tDesforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.: 388-5738 PLACEMENTS\t RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d'Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels\t QUINCAILLERIE\tEDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 HOMMAGE D\u2019UN AMI\tLAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité: laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154 BUFFET LOUIS QUINZE inc.Banquets \u2014 mariages 7230, 19e avenue Rosemont Montréal H2A 2L5 \u2014 376-8660\tHommage de JEAN-MARIE COSSETTE IV A VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE Hh ^ SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE @ Assurance-vie régulière et variable 9 Assurance collective » Rentes viagères \u2022 Revenu-épargne \\ ariablc *¦*\tC O N O M I E MUTUELLE D'ASSURANCE Agences et unités DRUMMOND VILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est.rue Sherbrooke, Montréal 129.tel.: 844-2050 NOTES NOTES NOTES NOTES VACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou Tél.: de 09.00 à 13.00 h.à: 845-8533.Abonnement : $15.par année.De soutien : $20.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PERIODIQUES CANADIENS, publication de I Ass.Can.des Bibliothèques, PÉRIODEX, publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pierre Trépamer Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS: MM.René Chaloult Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudin Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Mercier Jean Marcel Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos Québec Longueuil Chicoutimi Rimouski Sainte-Foy Sherbrooke Ville de Laval Drummondville Beauceville-Est Rivière-du-Loup "]
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