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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1981-06, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXX, Numéro 10\tJuin 1981\t$2.MANIFESTE COMMENT PARVENIR À L\u2019ÉQUILIBRE?par Jeannine Bélanger PLAIDOYER POUR L\u2019HISTOIRE COMME GENRE LITTÉRAIRE par Pierre Trépanier LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ - Il par Jean-Baptiste Giroux LE QUÉBEC ET SON IDENTITÉ par Viateur Beaupré LE NATIONALISME, CONSCIENCE ET FORCE SOCIALES par René Blanchard JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.\u2014 III par Richard Arès L\u2019ÉTAT DE LA NATION par Jean Genest AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ par Patrick Allen 1 I II J lEsznns heei LA If HE ASSURANCE-VIE /Avec ou sans participation / Sécurité familiale / Éducative /Commerciale / Hypothécaire RENTES / Viagères / Épargne-retraite / Econo-rente / À versements invariables ASSURANCE COLLECTIVE / Vie / Indemnité hebdomadaire / Assurance-maladie / Dentaire / Rente mensuelle d'invalidité PLANIFICATION SUCCESSORALE \u2014 CONVENTION ENTRE ASSOCIES L'ECONOMIE MUTUELLE-VIE SIÈGE SOCIAL: AGENCES ET UNITÉS 385 est, rue Sherbrooke,\tDrummondville, Granby, Joliette.Montréal, Oué H2X3N9\tLaval, Mont-Laurier, Montréal, Tél 842-8221\tOttawa, Québec, Rive Sud.Saguenay - Lac St-Jean, St-Hyacmthe, Sherbrooke, Thettord-Mmes L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXX, Numéro 10\tJuin 1981\t$2.TABLE DES MATIÈRES Éditorial: Manifeste.801 JEANNINE BÉLANGER: Comment parvenir à l\u2019équilibre?.805 PIERRE TRÉPANIER: Plaidoyer pour l\u2019histoire comme genre littéraire.811 J.-B.GIROUX: Le Québec domestiqué \u2014 Il.822 VIATEUR BEAUPRÉ: Le Québec et son identité.831 RENÉ BLANCHARD: Le nationalisme, conscience et force sociales.837 RICHARD ARÈS: Joseph-Papin Archambault, S.J.843 JEAN GENEST: L\u2019état de la nation.859 PATRICK ALLEN: Au fil de l\u2019actualité.872 TABLE DES AUTEURS ET DES MATIÈRES.884 1980-1981 Pour l\u2019Action nationale, 1980-1981 fut une année excellente et difficile.Excellente parce que Fr.-A.Angers, président, a reçu le Prix Léon-Gérin, du Québec, parce que nous avons publié un livre de première valeur, celui de John Grube, Bâtisseur de pays.Deux honneurs considérables.Difficile parce que nous n\u2019avons pas augmenter notre tirage.Nous avons donc nommé une Commission de directeurs dans un but de rénovation et d\u2019approfondissement de notre rôle au Québec français.Dépôt légal \u2014 1 er semestre 1981 ISBN-2'89070 Courrier de la deuxième classe Enregistrement No 1162 ISSN-0001-7469 Il SNQ Centre du Québec\tHOMMAGE BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\tBIJOUTIER CAISSE POP\tCAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES 1255, rue Berrl Montréal, H2L 4C6 Tél.: 849-3581 Directeur: Marcel Beauchemin F.X.LANGE INC.ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 10530 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445\tFER TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 GROULX, CADIEUX & MONGEAU Notaires Yvon Groulx, b.a., I.ph., Il.l.Gilles Cadleux, b.a., Il.l.Denis Mongeau, b.a., Il.l.J.-C.Larocque, b.a., Il.l.4416, boul.Ple-IX\tTél.: 254-9435\t Ill Le Mouvement national des Québécois\t demande la souveraineté\t SNQ ABITIBI-TÉMISCAMINGUE\t\t14,000 membres SNQ CÔTE-NORD \t\t1,400 membres SNQ EST DU QUÉBEC\t\t34,000 membres SNQ DES HAUTES RIVIÈRES \t\t13,875 membres SNQ DU LANAUDIÈRE\t\t28,000 membres SSJB DE MONTRÉAL \t\t13,000 membres SNQ OUTAOUAIS\t\t1,050 membres SNQ RÉGION DE L'AMIANTE\t\t3,900 membres SNQ RÉGION DE LA CAPITALE\t\t100 membres SNQ DES LAURENTIDES\t\t13,000 membres SNQ SAGUENAY LAC ST JEAN \t\t8,000 membres SNQ RICHELIEUYAMASKA \t\t9,500 membres SNQ RICHELIEU-ST LAURENT \t\t4,500 membres SNQ DES CANTONS\t\t350 membres On demande un jour à M.Jacques Parizeau, ministre des Finances: Espérez-vous gagner le référendum en faveur de l'indépendance du Québec alors que les fédéralistes et le gouvernement fédéral jettent\t cent millions de dollars dans la lutte?\" Il répondit:\t\"Le gouvernement fédéral et les Anglo-Canadiens ont toujours eu\tplus d'argent que nous! Mais nous, nous avons les hommes et les femmes du Québec qui font la majorité! Votre mouvement n'a-t-il pas 160,000\t membres?\"\t HOMMES ET FEMMES DU QUÉBEC, PRENEZ VOTRE PAYS EN\t MAIN!\t VOUS FAITES LE PAYS!\t LE QUÉBEC N'EST PAS À VENDRE!\t IV AVOCATS\t \tGUY BERTRAND & ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec, Qué G1R3X3 Tél.: 692-3951 Guy Bertrand, Gilles Grenier, Louise Otis COMPTABLES\tDESFORGES, GERMAINS & ASSOCIÉS Comptables agréés 210 ouest, boul Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél 388-5738 UN GROUPE D\u2019AVENIR Que vous ayez besoin de services \u2022\td'épargne \u2022\tde crédit à la consommation \u2022\tde fiducie \u2022\tde crédit commercial \u2022\tou autres la Fédération de Montréal des Caisses Desjardins, un groupe dynamique en plein essor, est en mesure d'y répondre par l'entremise des Caisses affiliées de Fiducie Populaire de Crédit Populaire Fedmon Alors ne cherchez plus1 LeGBOUPB DW WR est présent, pour vous, prêt à vous aider £9 FÉDÉRATION DE MONTRÉAL P DES CAISSES DESJARDINS V \tLAINE PAUL GRENIER ENR.LAINE\tSpécialité: laine du Québec \t2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 \t388-9154 TRADUCTIONS JANUS AU MESSAGE ORIGINAL SON JUMEAU IDENTIQUE, LE MESSAGE TRANSPOSÉ.3185, rue Fendall, Montréal, Québec H3TIN3\tTél.: (1-514) 738-3125 RAYMOND CAMUS INC.Courtiers en valeurs mobilières 1200, ave McGill College, chambre 1400, Montréal H3B 4G7 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels Tél.: 879-1714 QUINCAILLERIE\tÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros \t4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 VI NOUS SOMMES! L\u2019UNIQUE REVUE NATIONALISTE DEPUIS 1917! AVEZ-VOUS PENSÉ?À NOUS TROUVER UN NOUVEL ABONNÉ?C\u2019EST $20! MAIS AUSSI DES FAITS, DES NOMS, DES IDÉES! NOUS BÂTISSONS! POURQUOI NE PAS NOUS AIDER?NOM____________________________________ ADRESSE _______________________________ VILLE _______________________ PROVINCE CODE POSTAI_________________ NOM ___________________________________ ADRESSE _______________________________ VILLE _______________________ PROVINCE CODE POSTAI_________________- NOM ___________________________________ ADRESSE _______________________________ VILLE ______________________ PROVINCE CODE POSTAL ________________ L\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, P.Q.\u2014 H2X 1X3 Hydro-Québec assure l'avenir énergétique des Québécois SB IMNIR S/INNONCE BIEN! L\u2019Assurance-Vie Desjardins est une institution bien à nous.Elle est l\u2019un des agents économiques importants qui nous aident à bâtir l\u2019avenir.A toute personne et à toute entreprise, elle offre l'ensemble des services que l\u2019on s\u2019attend de recevoir d'une importante compagnie d\u2019assurance-vie.Pour que l'avenir de ses assurés s\u2019annonce bien.L'Assurance-Vie Desjardins, des services rapides, efficaces et complets.Pour que votre avenir s\u2019annonce bien.l'assurance-vie desjardins IX OFFRE DE M.MARCEL CHAPUT À VENDRE (514) 744-0358, entre 19h et 20h.1\t\u2014 Collection complète de l\u2019Action na- tionale, du volume 1, n° 1 (janvier 1933) au volume 70, n° 5 (janvier 1981).En tout: 457 unités.Prix demandé: $1000.Transport aux frais de l\u2019acheteur.2\t\u2014 Collection complète de la revue Rela- tions, du numéro 1 (janvier 1941) au numéro 395 (juillet-août 1974).Prix demandé: $300.Transport aux frais de l\u2019acheteur.3\t\u2014 Collection complète de VAnnuaire statistique de Québec, du volume 1 (1914) au volume 47 (1964-1965).Volume de 1914, en anglais; ceux de 1915 à 1934, unilingues français; ceux de 1935 et après, bilingues.Prix demandé: $1000.Transport aux frais de l\u2019acheteur. X L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke.Montréal H2X 1X3 ou Tél de 09.00 à 13 00 h.à 845-8533.Abonnement: $20.par année.De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PERIODIQUES CANADIENS, publication de l Ass Can des Bibliothèques, PERIODEX publie par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT M François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS Madame Paul Normand M Charles Poirier SECRÉTAIRE M Gérard Turcotte TRÉSORIER M Patrick Allen DIRECTEURS: MM Yvon Groulx Richard Arès Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Ruth Paradis René Blanchard Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy BouthiHier Pierre et Lise Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost EDITORIAL - MANIFESTE' L'INDÉPENDANCE, LA LUTTE CONTINUE 1.Ce Manifeste lancé par la SSJB \u2014 Montréal, à son Congrès général (12-13-14 mars 1981), mérite la plus large diffusion et l\u2019adhésion de L\u2019ACTION NATIONALE car au moins deux de nos membres ont participé à ce Manifeste. 802 L'ACTION NATIONALE Réunis à Montréal, en Assemblée générale annuelle, en ce jour du 14 mars 1981, soit au moment précis où Ottawa prépare son appel à l\u2019intervention étrangère pour accentuer son emprise sur notre patrie, les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal renouvellent leur détermination à lutter pour l\u2019indépendance du Québec et à faire de leur Société nationale un point de ralliement de la lutte indépendantiste.Plus que jamais, c\u2019est l\u2019indépendance qu\u2019il nous faut! \u2014\tParce que le Canada nie l\u2019existence du peuple du Québec; \u2014\tParce que le Canada menace le peuple du Québec.L\u2019actuel coup de force constitutionnel s\u2019inspire aux mêmes cources que le coup de force policier d\u2019octobre 1970 et annonce d\u2019autres coups de force, plus graves encore.Le Canada, c\u2019est le coup de force permanent contre le Québec; \u2014\tParce que le Canada domine le peuple du Québec par la peur, le chantage et le mensonge.De cela, nous avons eu une nouvelle preuve en mai dernier, de la part de ceux qui, par leur intervention dans notre référendum en ont dénaturé le sens, et qui, par leur promesse de fédéralisme renouvelé, en ont faussé les résultats.On savait que le fédéralisme renouvelé était une illusion.Depuis mai dernier, on sait que c\u2019est aussi un mensonge.Nous ne voulons plus de ce régime! \u2014\tParce que c\u2019est le régime des luttes fratricides, la sollicitude actuelle d\u2019Ottawa à l\u2019endroit des minorités françaises ne visant qu\u2019à dresser ce qui subsiste de ces minorités contre leurs frères du Québec; \u2014\tParce que c\u2019est le régime de la désunion nationale.C\u2019est le Canada qui dresse les Québécois les uns contre les autres.C\u2019est le Canada qui, pour subsister, doit entretenir la division nationale des Québécois.L\u2019unité du Canada, c\u2019est la division du Québec. MANIFESTE 803 Nous ne voulons plus de ce pays! \u2014\tParce que l\u2019agression qu\u2019il entretient contre nous n\u2019aura de cesse qu\u2019il aura réduit le peuple du Québec à l\u2019état de souvenir.Plus que jamais, nous devons faire du Québec notre seul pays! \u2014\tParce que c\u2019est notre seule patrie; \u2014\tParce que, comme toutes les patries, notre patrie doit posséder tous les moyens pour réaliser sa destinée collective; \u2014\tParce que nous voulons prendre notre pleine part de notre pays et donner notre pleine mesure de notre histoire.Cela s\u2019appelle l\u2019indépendance! \u2014\tL\u2019INDÉPENDANCE, c\u2019est l\u2019idée née du refus de la défaite, de la minorisation et de l\u2019insignifiance historique; \u2014\tL\u2019INDÉPENDANCE, c\u2019est l\u2019idée née de l\u2019échec de la Confédération et des tentatives pour la renouveler; \u2014\tL\u2019INDÉPENDANCE, c\u2019est notre droit, notre liberté et notre force.L\u2019indépendance, c\u2019est notre combat! \u2014\tEt nous le proclamons, parce que nous savons depuis toujours, et parce que l\u2019expérience vient encore une fois de le démontrer, que la meilleure façon de faire avancer ses idées, ce n\u2019est pas de les taire ni de les maquiller, c\u2019est de les faire entendre clairement, partout et toujours; \u2014\tCe combat, c\u2019est celui que nous menons depuis longtemps et qui se poursuit au-dessus des péripéties de l\u2019actualité et des aléas électoraux.Ce combat continue! Et nous savons que notre victoire ne viendra de personne que de nous-mêmes, qu\u2019elle ne viendra ni des pétroliers de l'Alberta, ni des industriels de l\u2019Ontario, ni 804 L'ACTION NATIONALE de nulle part ailleurs que de nous-mêmes, de notre pays et de notre volonté.C\u2019est nous qui tenons la clé de notre avenir, personne ne peut nous l\u2019enlever.L\u2019indépendance ne sortira ni des menées de couloir, ni des surprises électorales, elle naîtra tous les jours un peu plus de nos luttes.Il n'y a ni formule magique, ni divine surprise.Il n\u2019y a qu\u2019un peuple qui lutte.Ce combat, c\u2019est celui de tous les Québécois! Il nous appelle tous.N\u2019en sont exclus que ceux qui n\u2019ont de Québécois que le déguisement qui leur permet de servir ici la domination des autres.Que ceux-là le sachent: moins que jamais, ils n\u2019auront l\u2019excuse de la naïveté ou de la bonne foi pour répondre de leur trahison.Ce combat sera long et ardu! La lutte sera dure car l\u2019effort à consentir doit être à la mesure de la domination que nous subissons.Mais nous savons que le Québec sera à la mesure de l\u2019effort que nous aurons consenti.Nous réussirons, car nous avons foi en notre peuple.En terminant, les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal: \u2014\tSALUENT tous les Québécois qui luttent depuis si longtemps et dont l\u2019exemple est notre inspiration; \u2014\tINVITENT le peuple canadien à dénoncer les menées antiquébécoises de leurs dirigeants politiques, et à préparer ainsi les voies de l\u2019amitié, de la paix et de la collaboration entre nos deux pays; \u2014\tSALUENT tous les peuples de la terre qui luttent pour leur honneur, leur dignité et leur liberté: Votre combat, c\u2019est aussi le nôtre, Notre combat, c\u2019est aussi le vôtre. FRANCOPHONES ET ANGLOPHONES COMMENT PARVENIR A L'ÉQUILIBRE?par Jeannine Bélanger1 1.L\u2019auteur répond ici à l\u2019article paru sous le même titre dans Le Devoir du lundi 9 février 1981, et signé Alex E.Paterson, président de Positive Action. 806 L'ACTION NATIONALE UN ÉQUILIBRE ÉVASIF: POURQUOI?BILAN POST- RÉFÉRENDAIRE RÉFÉRENDUM MAL PRÉPARÉ RÉFÉRENDUM MAL TENU C\u2019est un bien bizarre équilibre que celui auquel nous convie Me Paterson, co-président du comité dit d\u2019action positive.Une majorité, opprimée et saignée à blanc par une minorité, trouve un peu l\u2019occasion, après plusieurs décennies d\u2019histoire, de secouer, du moins en partie, le parasite, et on lui demande rien de moins que d\u2019endosser à nouveau, gaiement, le carcan de ces lamproies.La situation depuis le référendum du 20 mai, parlons-en donc.Dans ce faux triomphe momentané, l\u2019anglophone et l\u2019allophone ont cru pouvoir caresser l\u2019espoir d\u2019une émancipation éventuelle de la loi 101, grâce peut-être, pour eux, à une défaite escomptée du Parti Québécois lors des prochaines élections chez nous, mais ils ne doivent pas rigoler trop vite.Mal préparé, mal tenu et mal interprété, le dernier référendum ne reflète pas l\u2019opinion profonde et générale des Québécois.Axé exclusivement sur un bassin urbain et versatile de population, au mépris de la masse rurale, en tout cas non montréalaise, de notre peuple, un tel scrutin, ne l\u2019oublions pas, où les francophones se sont affrontés à quarante pour cent contre quarante, n\u2019a consacré la victoire que de vingt pour cent d\u2019étrangers, par la souche ou par le cœur.Ce fatidique cinquième, comme l\u2019a très bien montré M.François-Albert Angers, n\u2019aurait jamais dû voter, nous a coulés, certes, mais pour un temps très bref.L\u2019argument fait déjà son chemin dans nos esprits: si les autochtones devaient se prononcer aux urnes sur le choix d\u2019une allégeance, francophones et anglophones les côtoyant chaque jour pourraient-ils prétendre avoir voix, et voix décisive, au chapitre?On ne saurait imaginer la taille des irrégularités commises à nos dépens le 20 mai.Seulement dans l\u2019Ouest de l\u2019île de Mont- COMMENT PARVENIR À L\u2019ÉQUILIBRE?807 réal (le fameux West-Island), signalons la contrefaçon de cartes d\u2019identité, l\u2019imposture de personnes se présentant plusieurs fois sous un même nom ou en celui de comparses, et le reste: tous délits perpétrés de sang-froid, sous l\u2019œil complice d\u2019un scrutateur timoré, qui répugnait à s\u2019ingérer d\u2019autorité, en l'occurrence, selon son rôle.RÉFÉRENDUM MAL INTERPRÉTÉ Mais c\u2019est l\u2019interprétation surtout du référendum du printemps qui nous renverse.Le souhait d\u2019un fédéralisme renouvelé, c\u2019était déjà une extrémité du registre.On a vu quelle suite allaient donner à ces propositions mensongères des politiciens qui nous font la honte de nous représenter à Ottawa.L\u2019élément fédéralisant du 20 mai mesure aujourd\u2019hui toute l\u2019étendue de leur trahison.Avec nos nationalistes de toujours, c\u2019est-à-dire les tenants du oui au scrutin du 20 mai, beaucoup des tenants du non à ce moment-là sont désormais prêts à faire cause commune, sans arrière-pensée et dans l\u2019enthousiasme.LA LOI 101 EST LÀ POUR RESTER La loi 101 a marqué un pas considérable dans notre ressaisie des valeurs traditionnelles qui nous sont chères, et nous nous en félicitons.Non seulement cette loi doit-elle demeurer en place, mais il faudra la raffermir, la renouveler constamment, pour en faire vraiment, une fois pour toutes, la gardienne de nos libertés.Le Parti Québécois, qui a parrainé une telle législation, montre-t-il, depuis peu, quelque velléité de l\u2019infléchir?Non sans amertume, M.René Lévesque soulignait récemment une baisse d\u2019intérêt pour la francisation chez les Anglo-Saxons.Si le Parti Québécois veut conserver le pouvoir, il devra préciser son orientation dans ce sens, et ne céder en rien au chantage ni des anglophones ni des allophones. 808 TROIS FORMATIONS POLITIQUES EN LICE QU'ATTENDRE EN DROIT DU PARTI QUÉBÉCOIS?L\u2019ACTION NATIONALE Avec l\u2019entrée en lice de M.Roch Lasalle, le nouveau chef de l\u2019Union Nationale, on l\u2019a dit, une troisième avenue s\u2019ouvre à la progression ultérieure des Québécois: ni capitulation-nistes, ni isolationnistes! Mais voilà justement le hic.On s\u2019est appliqué, en long et en large, à nous brosser le tableau des compromissions qu\u2019entend concocter, avec la collusion du pouvoir central, le Parti Libéral du Québec, s\u2019il remporte la palme aux prochaines élections.Or, dans l\u2019autre camp, à l\u2019autre extrémité du clavier, le peuple du Québec attend encore, de la bouche de ses dirigeants politiques censément souverainistes et indépendantistes, l\u2019exposé des compromis qu\u2019ils s\u2019engagent à répudier tout autant que des émancipations positives qu\u2019ils comptent instaurer et faire respecter.C\u2019est beau de rouler de doux yeux à la table des conférences fédérales-provinciales, de mener avec urbanité la lutte juridique qui s\u2019engage aux côtés des provinces anglophones pour un possible verdict favorable de la Cour Suprême du Canada, et peut-être le désiré véto du Parlement de Londres au projet halluciné d\u2019un Pierre-Elliott Trudeau.Reste que le Québec doit assumer sa solitude.Ce ne sont ni les Anglais d\u2019Angleterre, ni ceux d\u2019ici, qui nous compenseront d\u2019avoir jeté nos perles aux-pourceaux.M.Léon Dion le faisait très justement observer naguère, les questions économiques perdent toute importance aux yeux des Québécois, dès que la question linguistique entre en jeu.Pour décrocher un second mandat aux prochaines élections, le Parti Québécois devra promettre solennellement aux nôtres, unifiés sous la bannière de la langue, que la loi 101, non seulement demeurera intangible, mais qu\u2019on ne cessera de la resserrer jusqu\u2019à une francisation intégrale, tant des entreprises établies au COMMENT PARVENIR À L\u2019ÉQUILIBRE?809 LE VRAI ÉQUILIBRE À RÉTABLIR LE FAIT FRANÇAIS PREMIER SERVI Québec, que de toute la matière hybride dont nous inondent l\u2019industrie et le commerce étrangers: libellé de la rédaction même des échanges, désignation des produits et articles, vocabulaire de la documentation écrite quant à leurs conception, fabrication, usage et entretien.Dans un processus qui a si bien démarré, à en croire le glas d\u2019alarme qu\u2019agite Me Pater-son à l\u2019intention de ses congénères, nous devrons, là aussi, intervenir en force, de manière que la minorité anglophone du Québec, la plus gavée des minorités canadiennes de toutes les provinces, au heu de s\u2019inquiéter du sort promis, exulte plutôt devant l\u2019acquis, par comparaison avec les minorités françaises, par exemple, qui, entre autres dans la province voisine, se battent encore d\u2019arrache-pied, non pour une expansion quelconque de leurs cadres, mais pour leur simple survie.Franco-Ontarienne pour ma part, bilingue d\u2019expérience \u2014 j\u2019ai étudié sept langues durant ma longue et houleuse carrière \u2014, je n\u2019ai jamais cru que l\u2019enseignement de l\u2019anglais dût commener à l\u2019école primaire, ni d\u2019ailleurs qu\u2019une langue étrangère quelconque doive se professer avant le palier secondaire.L\u2019anglais, que parlent, en Amérique du Nord, plus de deux cents millions de personnes, a logiquement, je pense, préséance sur les autres langues pour fins d\u2019utilité sinon de culture.Chaque chose en son temps: c\u2019est le français, non l\u2019anglais, qu\u2019un Québec fort, le puissant Québec de demain, devra commander dans toutes ses nuances.Avec la facilité connue des Canadiens-Français pour l\u2019apprentissage des langues, ils pourront rêver ensuite de devenir polyglottes, voire glossolales, tout en s\u2019imposant comme francophones d\u2019abord. 810 L'ACTION NATIONALE NÉCESSITÉ D'UN QUATRIÈME PARTI?Le Parti Québécois est-il prêt à endosser des mesures aussi radicales, et certain remaniement ministériel ne laisse-t-il pas présager, au contraire, un amenuisement des diverses positions d\u2019avant-garde pour fins stratégiques?Si tel incident augure mal dans cette direction, et j\u2019espère quand même que je me trompe, le Québec n\u2019aura plus qu\u2019à envisager une solution draconienne au problème: la création d\u2019un quatrième parti politique, d\u2019une pureté irréductible celui-là, sans concessions et sans bavures, dédié uniquement à la francisation absolue de nos institutions et de nos structures, enfin garant de la seule marche à suivre qui puisse faire de nous, sur notre propre sol, non plus l\u2019esclave, ni même l\u2019égal, mais à tout jamais, le maître du maître. Histoire et littérature aux XIXe et XXe siècles PLAIDOYER POUR L'HISTOIRE COMME GENRE LITTÉRAIRE par Pierre Trépanier1 1.Communication présentée à New York, le 11 avril 1981, dans le cadre du quatrième colloque annuel de la Société des professeurs français en Amérique.Ces colloques ont pour thème: \"création et réalité d\u2019expression française\u201d.Celui de 1981 portait plus précisément sur le texte et l\u2019histoire. 812 L\u2019ACTION NATIONALE En 1952, dans son Journal, Julien Green évoque la figure d\u2019un prédicateur renommé, raillant \u201cl\u2019énergie avec laquelle il poussait devant lui le troupeau des lieux communs\u201d.J\u2019ai bien peur d\u2019être dans la position de l\u2019orateur sacré, l\u2019énergie en moins.On ne cherchera donc pas dans mes propos l\u2019originalité ou la profondeur que je n\u2019ai pas su y mettre.À l\u2019époque où Fénelon soumettait à l\u2019Académie française un projet de traité sur l\u2019histoire, il ne serait venu à l\u2019idée de personne, je suppose, de contester à cette discipline la qualité de genre littéraire.À vrai dire, Fénelon la plaçait si haut qu\u2019il jugeait qu\u2019un \u201cexcellent historien est peut-être encore plus rare qu\u2019un grand poète\u201d.Pour \u201cdébrouiller les origines\u201d \u2014 puisque telle est la raison d\u2019être de l\u2019histoire \u2014 \"le grand point, écrit-il, est de mettre d\u2019abord le lecteur dans le fond des choses, de lui en découvrir les liaisons, et de se hâter de le faire arriver au dénouement\u201d.Par conséquent, la \u201cprincipale perfection d\u2019une histoire consiste dans l\u2019ordre et dans l\u2019arrangement\u201d.Quant au style, il doit se recommander par sa \u201cnudité\u201d: \u201cune diction claire, pure, courte et noble\u201d.Chaque siècle \u2014 sauf peut-être le nôtre \u2014 a ainsi défini ce qu\u2019on pourrait appeler une esthétique de l\u2019histoire.Le XIXe siècle a proposé deux idéaux: celui de l\u2019école philosophique \u2014 l\u2019étude des idées dans les institutions qui les incarnent; celui de l\u2019école narrative \u2014 l\u2019évocation des temps écoulés dans leur originalité, leur mouvement et leur couleur.Même des historiens mineurs ont voulu apporter leur contribution à la théorie.Edmond Demolins, par exemple, en 1879, suggérait une formule pour allier les avantages de l\u2019une et l\u2019autre écoles: \u201cGrouper les faits d\u2019après la méthode philosophique, les raconter d\u2019après la méthode narrative.\u201d Au XXe siècle, l\u2019histoire ne se soucie guère de la forme.Le fond seul inquiète les historiens.Après la certitude des minuties que lui proposait le positivisme, l\u2019histoire a découvert, non sans vertige, grâce à l\u2019apport des sciences sociales, l\u2019immensité des domaines insoupçonnés qui l\u2019attendaient.Cette révolution lui a donné un second souffle, une nouvelle jeunesse.Et, de la jeunesse, l\u2019emportement.La quantification conjuguée au PLAIDOYER POUR L'HISTOIRE COMME GENRE LITTÉRAIRE 813 matérialisme historique a de nouveau agité devant ses yeux ce miroir aux alouettes qu\u2019est le scientisme.Paradoxalement, presque en même temps, elle risquait de sombrer dans un relativisme absolu: la science orgueilleuse se ravalait à une sorte de délire somnambulique, déclenché et réglé par des déterminismes tout-puissants, intérêts de classe ou mentalités.Or au milieu de cette crise de conscience, toutes les causes, toutes les idéologies lançaient aux disciples de Clio des ordres de mobilisation, les bousculant, faisant fi de la sage lenteur qui doit présider à leurs travaux.Drapée dans l'hermine de la science ou s\u2019exhibant dans le simple appareil de la propagande, l\u2019histoire, devenue étrangère à tout souci d\u2019art, risque de ne plus attirer que les gens du métier ou les militants.Pourtant le sentiment de son historicité travaille le public.Vulgarisateurs, montreurs, marchands de pacotille lui prodiguent, à défaut d\u2019histoire, le clinquant de ses succédanés.Le passéisme offre à l\u2019homme d\u2019affaires un placement de tout repos.Heureusement, une réaction s\u2019est amorcée.C\u2019est sous le signe de cette réaction que je veux inscrire mon plaidoyer pour l\u2019histoire comme genre littéraire.Dans un premier temps, je rappellerai quelques rapprochements, parfois inattendus, entre histoire et littérature.Je tenterai, dans un second temps, de montrer quelques-uns des bénéfices que retirait l\u2019histoire de sa réconciliation avec l\u2019art.Ou\u2019on me permette deux précisions.D\u2019abord, ce qui est en cause, c\u2019est l\u2019utilité sociale de l\u2019histoire, dont la mission est de veiller à la qualité du rapport au passé.À elle revient le périlleux honneur d\u2019assumer la mémoire et les valeurs de l\u2019humanité en marche.Dans une préface au Cultre du moi de Barrés, Henri Massis observe qu\u2019\u201cun jeune homme d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus capable, par son âme seule, de pénétrer une oeuvre dont le contenu spirituel et intellectuel lui échappe\u201d.Le rôle de l\u2019historien est précisément de restaurer, entre les générations, les ponts abîmés par le temps, c\u2019est-à-dire de restaurer l\u2019intelligibilité des expériences passées.Ensuite (on voudra bien me faire la faveur de me croire) je n\u2019ai nullement l\u2019intention d\u2019imposer une pratique historienne à l\u2019exclusion de tout autre.Les consignes totalitaires me répugnent.J\u2019admets que même l\u2019histoire militante, même l\u2019histoire passionnée puisse servir efficacement la connaissance. 814 L'ACTION NATIONALE Thierry ne dit-il pas de Montlosier: \u201cIl a vu le mieux ce qu\u2019il haïssait le plus, ce qu\u2019il aurait voulu détruire, dans le passé comme dans le présent.\u201d Je ne préconise nullement non plus quelque affadissement de la science pour fin de consommation générale.Je souhaite seulement que \u2014 pour emprunter à Maurice Bouvier-Ajam ses catégories \u2014 il y ait place, à côté des travaux d\u2019érudition du \u201cspécialiste\u201d et du \u201cponctualiste\u201d pour les oeuvres de synthèse du \u201clinéaire\u201d et du \u201cgénéraliste\u201d.Et je souhaite qu\u2019en même temps que savantes ces œuvres de synthèse soient belles et qu\u2019ainsi le public cultivé les lise et les médite.Voilà tout.L\u2019historien aurait profit à pratiquer les poètes et les romanciers.Il constaterait que d\u2019autres que lui ont compris l\u2019historicité de l\u2019homme et ont su pénétrer le passé.\u201cL\u2019homme est historien de naissance\u201d, remarque Camille Jullian.Les romanciers le savent de science aussi certaine que les historiens, que Fustel de Coulanges, par exemple: \"Heureusement, le passé ne meurt jamais complètement pour l\u2019homme.L\u2019homme peut bien l\u2019oublier, mais il le garde toujours en lui.Car, tel qu\u2019il est lui-même à chaque époque, il est le produit et le résumé de toutes les époques antérieures.S\u2019il descend en son âme, il peut retrouver et distinguer ces différentes époques d\u2019après ce que chacune d\u2019elles a laissé en lui.\u201d Il le sait, le romancier mineur, comme le vicomte de Vogüé qui prête ces paroles à l\u2019un de ses personnages: \u201cNous croyons marcher sur la cendre inerte des morts: en réalité, ils nous enveloppent; ils nous oppriment; nous étouffons sous leur poids, ils sont dans nos os, dans notre sang, dans la pulpe de notre cervelle; et surtout quand les grandes idées, les grandes passions entrent en jeu, écoutez bien la voix: ce sont les morts qui parlent.\u201d Le grand romancier, lui, en a comme la vision, la divination, tel Marcel Proust: \u201cJ\u2019éprouvais un sentiment de fatigue profonde à sentir que tout ce temps [.] j\u2019avais à toute minute à le maintenir attaché à moi, qu\u2019il me supportait, que j\u2019étais juché à son sommet vertigineux [.] J\u2019avais le vertige de voir au-dessous de moi et en moi pourtant comme si j\u2019avais des lieues de hauteur, tant d\u2019années [.] Si du moins il m\u2019était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l\u2019idée s\u2019imposait à moi avec tant de PLAIDOYER POUR L\u2019HISTOIRE COMME GENRE LITTÉRAIRE 815 force aujourd\u2019hui, et j\u2019y décrivais les hommmes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l\u2019espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu\u2019ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes, \u2014 entre lesquelles tant de jours sont venus se placer \u2014 dans le Temps.\u201d Passé individuel, passé collectif \u2014 peu importe: c\u2019est toujours d\u2019un passé personnel qu\u2019il s\u2019agit.Que la littérature ait fait du tort à l\u2019histoire, on ne saurait le nier.Et je n\u2019ai pas seulement en tête le roman historique (aversion qu\u2019il faut d\u2019ailleurs nuancer).Je pense surtout à la rhétorique où à chaque époque viennent se prendre des historiens, comme des oiseaux à des bâtons enduits de glu.La rhétorique, c\u2019est l\u2019anachronisme, et notre époque est extraordinairement rhétoricienne.En revanche, la littérature a été aussi une précieuse auxiliaire de l\u2019histoire.Elle a déterminé des vocations d\u2019historiens.Thierry a dit l\u2019ébranlement produit en lui par les Martyrs de Chateaubriand.Or Thierry est à l\u2019origine de la rénovation des études historiques en France.Rameau de Saint-Père, historien français de l'Acadie, range au nombre des réformateurs de l\u2019histoire un auteur de romans historiques: \u201cWalter Scott (qui au fond était un savant) a beaucoup fait pour l\u2019histoire de l\u2019Écosse, sous sa forme enjouée et en apparence romanesque.\u201d Hommage d\u2019abord rendu par Thierry lui-même dans l\u2019introduction de son Histoire de la conquête de l\u2019Angleterre par les Normands.La littérature peut aussi alimenter la réflexion de l\u2019historien.Ainsi du Robinson Crusoé de Daniel de Foë inspirant Rameau de Saint-Père, dont l\u2019œuvre examine le problème de la liberté, tempérée par la religion, comme facteur de réussite des entreprises coloniales.En 1859 du moins, Rameau pense que \u201csi l\u2019on veut dans une création coloniale, non pas seulement développer un pâle appendice d'une société vieillie, mais bien faire une souche neuve sur un vieux tronc, il faut faire recommencer cette société par le principe et lui laisser une certaine naïveté 816 L\u2019ACTION NATIONALE et simplicité de mœurs, où elle puisse créer ses habitudes, ses traditions nouvelles, pour en faire surgir une existence originale et indépendante\u201d.C\u2019est un peu à travers le héros du romancier anglais qu\u2019en 1877 Rameau voit Charles d\u2019Aulnay puisqu\u2019il le compare à \u201cune sorte de Robinson féodal\u201d.La littérature, une école de formation pour historiens.Certains \u2014 et parmi les plus grands \u2014 l\u2019ont reconnu, \u201cJe défie tout érudit, écrit Jullian, d\u2019arriver à la compréhension de l\u2019histoire, à l\u2019intelligence de la vie des peuples disparus, sans avoir pénétré les origines profondes de la beauté ou de la vertu, sans avoir goûté en conscience les charmes d\u2019un roman ou les séduction des rêves.\u201d À l\u2019historien digne de ce nom il faut, selon Marrou dont je pille sans vergogne les idées, \u201cune certaine richesse intérieure, une culture largement humaine, capable de comprendre, de sentir et de retrouver toute la richesse et la vie d\u2019un passé qui a été le présent des hommes qui l\u2019ont vécu et qui se dissimule derrière les traces et les vestiges que conservent nos documents.\u201dEt Bouvier-Ajam, historien du travail, marque son accord avec le grand historien de la culture.Une certaine richesse intérieure, voilà qui explique un destin d\u2019historien comme celui, chez nous, de Lionel Groulx.Allons plus loin: la littérature est une des voies royales qui mènent au passé.Écoutons encore Camille Jullian, en 1926, au Collège de France: \u201cRoman et poésie, ah! les précieux instruments d\u2019histoire.Toute l\u2019œuvre de Tacite ne vaut pas, pour nous découvrir les réalités de la vie romaine, le Satyricon de Pétrone ou les diatribes de Juvénal; et j\u2019en apprends autant sur la France de Louis-Philippe en lisant Balzac ou Victor Hugo, qu\u2019en dépouillant Le Constitutionnel ou Le Moniteur universel\" Ce qui vaut pour le roman vaut a fortiori pour les souvenirs.Claude Galarneau salue, dans Testament de mon enfance de Robert de Roquebrune, au-delà de révocation personnelle, un témoignage historique de grande valeur, \u201cune peinture saisissante de la fin d\u2019un type de civilisation, celle de la noblesse canadienne\u201d.Mais chez l\u2019historien, le vieux réflexe positiviste n\u2019est jamais loin.D\u2019aucuns ont voulu contester, en histoire, le PLAIDOYER POUR L\u2019HISTOIRE COMME GENRE LITTÉRAIRE 81 7 recours au roman.Les lecteurs des Annales se souviennent que Christiane Marcilhacy a fait justice de ces réticences, au moins dans le cas de la Terre d\u2019Émile Zola, tableau des campagnes beauceronnes au milieu du XIXe siècle.Au terme d\u2019une vérification minutieuse, Marcilhacy conclut: \"Le romancier ne rendait pas un mince service à l\u2019histoire sociale en attirant l\u2019attention sur un secteur peu exploré: la vision synthétique propre à l\u2019œuvre d\u2019art devient non pas artificieuse déformation, mais vif éclairage du réel.\u201d Admettons avec Pierre Guiral qu\u2019une attitude hypercritique face au roman priverait l\u2019historien \u201cà coup sûr d\u2019une des manières les plus enrichissantes de pénétrer dans l\u2019intimité d\u2019une société, d\u2019en retrouver l\u2019atmosphère ou le climat, d\u2019en dégager le style, d\u2019en revivre le temps réel.\u201d D\u2019ailleurs bien des préventions sont tombées.Ainsi, dans l\u2019une des dernières livraisons de Vie française, Armand Chartier et Richard Sorrell mettent en lumière l\u2019intérêt que présentent, pour la connaissance des Franco-Américains, les études sur leur littérature, toute modeste qu\u2019elle soit.Sorrell a donné à son article un titre significatif: \u201cL\u2019histoire en tant que roman, le roman en tant qu\u2019histoire.\u201d L\u2019histoire s\u2019écrit à partir des documents, avec toutes les ressources de l\u2019intelligence, avec un sens critique toujours en éveil, une érudition sans faille, une imagination à la fois déliée et disciplinée.Pour Robert Escarpit, la littérature est le \"dialogue esthético-imaginatif [de l\u2019homme] avec ses contemporains et sa postérité\u201d.Dans la littérature, il y a donc une niche toute trouvée pour l\u2019histoire, ce dialogue critique et estético-imaginatif de l\u2019homme avec ses ancêtres.Nous avons vu qu\u2019histoire et littérature convergent.Mais pourquoi (et c\u2019est là la deuxième partie de ma communication) l\u2019histoire devrait-elle réintégrer la littérature?Je répète que l\u2019histoire ne peut se passer de monographies spécialisées écrites par des savants pour des savants.La science est à ce prix.Je soutiens simplement, mais avec autant de force, que lui sont aussi indispensables les œuvres de qualité littéraire sans quoi l\u2019histoire trahirait et sa nature et son rôle social.Or la nature profonde de l\u2019histoire est d\u2019être synthétique.Elle 818 L\u2019ACTION NATIONALE ne décompose que pour recomposer, que pour parvenir à la \u201crésurrection de la vie intégrale\u201d.\u201cAinsi, poursuit Michelet, ou tout, ou rien.Pour retrouver la vie historique, il faudrait patiemment la suivre en toutes ses voies, toutes ses formes, tous ses éléments.Mais il faudrait aussi, d\u2019une passion plus grande encore, refaire et rétablir le jeu de tout cela, l\u2019action réciproque de ces forces diverses dans un puissant mouvement qui redeviendrait la vie même.\u201d Ambition démesurée, avoue Michelet: \u201cNul homme sage n\u2019y eût songé.Par bonheur, je ne l\u2019étais pas.\u201d Ainsi l\u2019historien qui se double d\u2019un écrivain n\u2019est pas celui qui, pour parler comme Fénelon, habille, orne et frise l\u2019histoire, mais celui \u201cqui a vu le corps de son sujet pendant qu\u2019il gisait encore éparpillé en des sources originales non organisées; qui a recréé le corps en ranimant la forme requise\u201d (Lewis).R.Lewis a raison: il ne suffit pas de voir, il faut faire partager sa vision.De la sorte, l\u2019art d\u2019écrire cesse d\u2019être un raffinement surajouté à l\u2019histoire pour en devenir la condition sine qua non.Insistons là-dessus avec Marrou.\u201cL\u2019histoire, dit-il, est à la fois saisie de l\u2019objet et aventure spirituelle du sujet connaissant.\u201d L\u2019historien doit maîtriser suffisamment l\u2019écriture non seulement pour communiquer au lecteur la part d\u2019objectivation que comporte la connaissance \u2014 la vérité \u2014 historique, mais encore pour l\u2019associer à son aventure spirituelle.Cette aventure consiste, pour l\u2019historien, à se porter, tel qu\u2019il est, avec ses catégories, ses concepts, sa culture, son temps, à la rencontre d\u2019autres catégories, concepts, cultures et temps.Connaissance de l\u2019homme, reprend Marrou, \u201cdomaine donc de l\u2019esprit de finesse, du sens des nuances: la vérité dont il s\u2019agit n\u2019est pas justiciable de la roideur sommaire de l\u2019esprit géométrique\u201d.Évidemment, là comme ailleurs, il faut tenir compte des niveaux et des degrés.L\u2019historien que préoccupe l\u2019évolution des cheptels dans le Québec du XIXe siècle n'aurait que faire des subtilités de l\u2019historien de la culture.Cependant même lui devrait se rappeler ce que Rameau de Saint-Père notait quelque part dans ses brouillons: \u201cLe chercheur a des passions sans doute que le lecteur ne peut partager, il aime trop à étudier au microscope ce que le public aime à voir PLAIDOYER POUR L'HISTOIRE COMME GENRE LITTÉRAIRE Q-| g résumer.\u201d Il est vrai que Fustel de Coulanges a dit que \u201cpour un jour de synthèse il faut des années d\u2019analyse\u201d.Il n\u2019a toutefois jamais prétendu que le lecteur devait lui aussi payer des affres de l\u2019analyse le plaisir de la synthèse.Et puis qui n\u2019en a pas fait l\u2019expérience?la recherche du bien dire a parfois pour récompense la découverte d\u2019un point de vue, d\u2019une relation inaperçus jusque-là, bref une meilleure connaissance.On peut même avancer l\u2019idée, je crois, que le beau contrôlera le vrai.L\u2019histoire, en dépit de son goût récent pour les modèles et les formalisations, reste la science du concret, l\u2019art du récit ou de la description.L\u2019historien, s\u2019il est aussi écrivain, voudra soigner le récit ou la description.\u201cJ\u2019ai tenté, pourra-t-il dire avec Barante, de restituer à l\u2019histoire elle-même l\u2019attrait que le roman historique lui a emprunté.Elle doit être, avant tout, exacte et sérieuse; mais il m\u2019a semblé qu\u2019elle pouvait être en même temps vraie et vivante.\u201d Il me semble que la confrontation de la formalisation avec le récit ou la description en fournira en quelque sorte la contre-épreuve.Pour Marrou, le travail historique est tout ce qui précède la rédaction, qui n\u2019en est que la transmission à autrui.Je crois devoir me séparer ici de ce maître de la philosophie critique de l\u2019histoire.Cette distinction, peut-être vraie en théorie, l\u2019est-elle tout à fait en pratique?L\u2019idéal de l\u2019historien, c\u2019est-à-dire l\u2019actualisation du passé dans sa globalité, ne lui est-il pas partiellement accessible dans et par l\u2019écrit, qui permet l\u2019articulation des diverses dimensions du réel, envisagées d\u2019abord l'une après l\u2019autre?Pour ma part, je préfère voir, dans l\u2019écriture, la continuation du procès engagé par le premier contact avec les sources, surtout peut-être chez les grands historiens.Quoi qu\u2019il en soit des liens entre l\u2019écriture et la nature de l\u2019histoire, il est évident que c'est l\u2019art d\u2019écrire qui rend cette dernière socialement utile.L\u2019art d\u2019écrire introduit un tiers dans l\u2019intimité du geste de l\u2019homme qui se penche sur son passé.C\u2019est capital.Mais l\u2019histoire ne peut donner que ce qu\u2019elle a.Qu\u2019a-t-elle à offrir?Suivons le conseil de Marrou: ni pathos, ni exaltation.L\u2019existen- 820 L\u2019ACTION NATIONALE tialisme a fait tourner la tête à bien des théoriciens de l\u2019histoire.\u201cHistoire! tourment de l\u2019homme\u201d, écrivait Lionel Groulx, pour ajouter, un peu en correctif: \u201cOeuvre presque surhumaine qui exige d\u2019être vue de si haut et d\u2019un œil de si large vision que Dieu seul, a-t-on dit, serait l\u2019historien parfait.\u201d J\u2019aime son humilité: \u201cdevant ce Sphynx que reste toujours le passé humain, rien n\u2019est tel que l\u2019impuissance de l\u2019historien\u201d.Il y a là comme un écho de Renan: \u201csciences historiques, petites sciences conjecturales qui se défont sans cesse après s\u2019être faites\u201d; moins bien inspiré, Renan se permettait une prophétie: et qu'on négligera dans cent ans.\u201d \u201cOn voit poindre, en effet, continuait-il dans ses Souvenirs d\u2019enfance et de jeunesse, qui sont de 1883, \u2014 on voit poindre, en effet, un âge où l\u2019homme n\u2019attachera plus beaucoup d\u2019intérêt à son passé.Je crains fort que nos écrits de précision de l\u2019Académie des inscriptions et belles-lettres destinés à donner quelque exactitude à l\u2019histoire, ne pourrissent avant d\u2019avoir été lus.C\u2019est par la chimie à un bout, par l\u2019astronomie à un autre, c\u2019est surtout par la physiologie générale que nous tenons vraiment le secret de l\u2019être, du monde, de Dieu, comme on voudra l\u2019appeler.\u201d Cent ans après, nous pouvons lui dire: tu t\u2019es trompé, Renan.Le passé reste une obsession.Toutes les causes le fouillent, le retournent dans tous les sens pour s\u2019y découvrir une tradition, pour y puiser des arguments, pour y trouver confirmation et légitimité.Il en sera toujours ainsi: cela répond à un besoin de notre nature.Mais d\u2019autres savoirs peuvent être mis à contribution pour des fins analogues.Quelle est donc l\u2019utilité propre de l\u2019histoire, elle que passionnent les inventaires, que n\u2019effraient pas le foisonnement et le mouvement, le changement et la discontinuité, \u2014 elle à qui le répété ne dérobe pas le singulier?Quand l\u2019histoire réussit à échapper aux sollicitations trop pressantes des débats et des combats, son utilité est peut-être de nous prémunir contre l\u2019esprit de système, toujours dangereux quand il s\u2019agit d\u2019une recherche sur l\u2019homme.David devant Goliath, l\u2019histoire affronte les géants conceptuels qui prétendent enfouir les mondes dans leur mouchoir de poche.Elle dénonce les grosses machines, trop logiques, qui, après avoir enserré la pensée de l\u2019homme, s\u2019apprêtent à broyer l\u2019homme lui-même.Le mot de l\u2019énigme, l\u2019histoire l\u2019ignore. PLAIDOYER POUR L\u2019HISTOIRE COMME GENRE LITTÉRAIRE 821 Sa tâche est plus modeste: observer les yeux grands ouverts les individus, les sociétés et les temps, recenser leurs différences et leurs ressemblances, s\u2019efforcer de les comprendre tels qu\u2019en eux-mêmes.Voilà comment l\u2019histoire rend service à l\u2019historien lui-même, à son milieu, sa culture, sa société et son temps.Cela, elle le fera tant que l\u2019historien saura parler à ses contemporains et tant que ne sévira pas l\u2019incuriosité. NOUVEAU PROGRAMME Oil PARTI IIBFRAI nil OllFRFR LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ (II) par Jean-Baptiste Giroux'' 1.La première partie de cette étude sur le Livre beige de M.Claude Ryan est parue dans le numéro précédent.M.J.B.Giroux poursuit, ici, son analyse, percutante et décisive. LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ (II) 823 Politique sociale du Livre beige La question sociale au Québec sous un gouvernement du P.L.Q.nous paraît d\u2019une solution hasardeuse sous l\u2019angle des relations de travail.Mais le P.L.Q.pourrait-il contrebalancer ce passif par un actif impressionnant au niveau d\u2019autres grandes politiques sociales?Le P.L.Q.fera-t-il enfin la sourde oreille aux groupes qui l\u2019incitent par leurs menaces financières à l\u2019abandon des politiques sociales progressistes?Que penser des bonnes intentions formulées à l\u2019égard des retraités (transférabilité des créances de rentes, etc.2), des assistés sociaux (barèmes d\u2019aide), des femmes (lutte aux stéréotypes sexistes, éducation permanente, protection contre la violence, etc.), des enfants (service de garde)?On pourra mieux s\u2019en rendre compte lorsque le programme aura fait face à la critique dans le milieu.Pour l\u2019instant il serait prématuré de crier au progressisme ou de conclure qu\u2019il s\u2019agit de \u201cla société d\u2019hier offerte demain\u201d selon le dur jugement de M.Bernard Descoteaux (LE DEVOIR, du 19 jan.81).Démocratisation de notre système électoral Si les projets sociaux et les projets de nature économique du P.L.Q., à moins de rebondissements spectaculaires, imprévisibles dans l\u2019immédiat, demeurent enclins à maintenir la collectivité québécoise au prudent statu quo ante, mieux vaut de ce côté attendre les résultats des mini-congrès régionaux, dans l\u2019espoir qu\u2019une analyse retardée puisse traiter de projets bonifiés.Pour l\u2019instant, les organismes syndicaux ou populaires pourraient avec plus d\u2019à-propos s\u2019intéresser à une mesure de démocratisation, depuis longtemps souhaitée, et qui pourrait être l\u2019objet d\u2019un large consensus social.Il s\u2019agit de la poursuite des efforts de 2.Les réformes proposées par le P.L.Q.affecteraient approximativement 700,000 cotisants selon M.Jean-Louis Roy (Le Devoir, 22 janvier 1981). 824 L'ACTION NATIONALE démocratisation de notre système électoral entrepris par l\u2019ex-ministre Robert Burns sous la législature qui s\u2019achève.Vers un mode de scrutin proportionnel Avant le 15 novembre 1976, le programme du Parti québécois, quant à la réforme du mode de srutin proposait parmi ses priorités d\u2019inclure \u201cun élément de représentation proportionnelle\u201d.Or, la C.S.N.et la C.E.Q.ont considéré ce dossier suffisamment important pour y consacrer un mémoire commun (document D-7874 d'octobre 1980).Voici quelques principes, sous-jacents à la réforme préconisée, qu\u2019avançait le mémoire: a)\tFaire disparaître la distorsion causée par le mode de scrutin actuel; permettre la représentation parlementaire de tous les courants significatifs; chercher d\u2019autres moyens d\u2019assurer \u201cla stabilité gouvernementale\u201d que le recours à un mode de scrutin majoritaire, caricatural d\u2019une réalité beaucoup plus complexe.b)\tÉtablir une représentation qui tienne compte des régions \u201cnaturelles\u201d et des réalités socio-économiques, et qui coïncide avec des entités administratives et des pouvoirs régionaux importants.c)\tPréserver l\u2019autonomie des organisations et partis politiques; pas d\u2019ingérence gouvernementale dans l\u2019élaboration des listes de candidats; à cette fin, possibilité d\u2019une liste bloquée et fermée, sous la responsabilité des partis.Dans le même ordre d\u2019idée le programme du P.L.Q.comporte l\u2019énoncé suivant: \"renforcer la légitimité des institutions parlementaires et s\u2019assurer que la représentation à l\u2019Assemblée nationale reflète davantage les divers courants d\u2019opinion, en introduisant le mode de scrutin proportionnel.\u201d Tant qu\u2019un programme s\u2019inscrit dans de prudentes généralités il ne peut récolter qu\u2019une adhésion sommaire, de principe.Il s\u2019agirait donc pour le P.L.Q.de soumettre maintenant à la critique un projet concret. LE QUÉBEC DOMESTIQUE (II) 825 Si le P.L.Q.est sérieux dans ses intentions, sous cet angle il doit avoir en cartons les devis d\u2019une alternative au LIVRE VERT présenté par Me Robert Burns en avril 1979.Ou encore, si le projet d\u2019alors lui convient, le P.L.Q.n\u2019aurait qu\u2019à l\u2019avouer.S\u2019il n\u2019y avait que des retouches à y apporter, ce serait le temps d\u2019en faire état.Notre critique Tant que le P.L.Q.n\u2019aura pas explicité davantage des positions qui lui soient propres1, notre mise en garde doit servir aux deux grands partis sur la scène politique québécoise.On conçoit facilement que l\u2019un et l\u2019autre insistent sur le principe de la majorité parlementaire interprétée comme cause efficiente de la stabilité gouvernementale.Mais cette dernière peut s\u2019atteindre différemment.Aussi, en saine démocratie, le principe de l\u2019égalité des électeurs doit-il primer sur celui de la majorité parlementaire.Entre les trois solutions possibles, la représentation proportionnelle régionale2 rencontre mieux les objectifs du mémoire commun (C.S.N.-C.E.Q.).Toutefois les propositions du LIVRE VERT veulent \u201cconsolider en quelque sorte le système des deux grands partis, tout en laissant les tiers-partis subir un sort semblable à celui que leur réserve le mode de scrutin actuel.\u201d Mobiles du P.L.Q.On se souvient du phénomène de polarisation de 1973, désastreux alors pour le Parti québécois.Qu\u2019un phénomène de polarisation s\u2019exerce encore en 1981, c\u2019est dans l\u2019ordre des choses possibles.1.\tSans que cette exigence s\u2019étende jusqu'à la représentation d\u2019une alternative complète en ce domaine.2.\tLIVRE VERT, Chap.IV, pp: 57 à 109.Le politicologue Vincent Lemieux est le père de la proposition de \"représentation proportionnelle régionale modérée\u201d. 826 L\u2019ACTION NATIONALE Le phénomène, on le percevait jusqu\u2019à maintenant dans le sens du clivage référendaire.Dans quelques semaines, il pourrait s\u2019exercer dans le sens du clivage de réaction au PROJET TRUDEAU.Ainsi, le P.Q.et le P.L.Q.pourraient, dans une conjoncture ou l\u2019autre, être l\u2019un ou l\u2019autre victime de poussées polarisantes.Pire, le parti favorisé par la polarisation ne pourrait-il pas se demander si l\u2019adversaire n\u2019a pas joué à \u201cqui perd gagne\u201d?On sait depuis le régime Bourassa de 1973 qu\u2019une super-victoire peut glisser vite à la déroute.Comment imaginer que pareils soubresauts électoraux soient générateurs de stabilité gouvernementale?S\u2019il craint la défaite amplifiée comme s\u2019il craint la victoire amplifiée le P.L.Q., comme le P.Q.d\u2019ailleurs, devrait profiter de l\u2019occasion d\u2019un ajout important au nombre de circonscriptions électorales pour mettre à l\u2019essai \u201cun élément de représentation proportionnelle\u201d.Que le P.L.Q.consente à prendre le temps voulu pour l\u2019introduction de cette réforme au prochain scrutin, il y aurait de quoi faire oublier sa hâte suspecte d\u2019accéder au pouvoir.L\u2019écrasement du pluralisme On laisse entendre que le Parti québécois trouverait son intérêt électoral à une remontée de l\u2019UNION NATIONALE.Quoi qu\u2019il en soit l\u2019accession de M.Roch Lasalle à la direction du parti de Maurice Duplessis, mérite mieux que des éloges prosaïques précurseurs d\u2019un jeu de massacre favorisé par d\u2019inévitables contraintes.Le mémoire commun faisait observer (p.7): \u201cEnfin, l\u2019existence de tiers-partis est l\u2019expression la plus concrète du pluralisme des opinions et tendances politiques dans une société.En réprimant, par le mode de scrutin, le développement organisé de ces opinions collectives, on favorise en fait l\u2019émergence de groupes para-politiques qui voient dans nos institutions politiques une farce monumen- LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ (II) 827 taie; ou encore, on encourage l\u2019apathie et la passivité des citoyens à l'égard des réalités politiques.(.) Perpétuer un système électoral qui fabrique artificiellement un régime bipartite dans une société pluraliste et multipartite de fait équivaut à nier la nature même de cette société avec toutes les conséquences sociales et politiques que cela peut entraîner.\u201d On a eu l'exemple du Parti québécois qui, dans l\u2019opposition prônait \u2018\u2018un élément de représentation proportionnelle\u201d et qui ne l\u2019a pas encore introduit.La seule façon pour les Québécois d\u2019être sûrs d\u2019y parvenir c\u2019est d'exiger que les partis en lice consacrent immédiatement un projet commun bien exposé en commission parlementaire sous l\u2019œil des caméras.Si le P.L.Q.réussissait cet exploit on en croirait d\u2019autant moins que son objectif soit de domestiquer le Québec.La démocratisation et la réforme constitutionnelle Un effort sincère du P.L.Q.vers une amélioration de notre fonctionnement démocratique devrait déboucher à la limite sur une véritable mise à jour de la constitution québécoise proprement dite.Et inversement, sans une volonté ferme de révision constitutionnelle fondamentale une proposition comme celle visant à un mode de scrutin proportionnel pourrait n\u2019être qu\u2019un ornement de programme électoral ou une démarche opportuniste pour courtiser une certaine tranche de l'électorat.Ça fait longtemps qu\u2019au Québec ou ailleurs on parle d\u2019élçctions générales à date fixe ou de représentation plus équitable des divers courants d\u2019opinion.Mais comme le signalait pertinemment le mémoire constitutionnel de L\u2019UNION POPULAIRE'.1.Mémoire de l\u2019UNION POPULAIRE à l\u2019Assemblée nationale et au Gouvernement du Québec, septembre 1980.Le développement sur ce thème spécifique se retrouve aux pages 43 et suivantes du chapitre intitulé UNE NOUVELLE CONSTITUTION QUÉBÉCOISE. 828 L'ACTION NATIONALE \u201cCes deux objectifs ne peuvent pas être traités comme des éléments isolés; les problèmes particuliers auxquels ils veulent répondre ne sont que des aspects d\u2019un problème beaucoup plus profond qui tient à l\u2019absence de véritable séparation entre les pouvoirs législatif et exécutif.(.) Par un curieux renversement des choses1, révolution du système de responsabilité ministérielle a entraîné la domination du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif et la concentration des pouvoirs dans les mains du premier ministre, à la fois chef du gouvernement et chef de la majorité parlementaire.Les élections, qui, du point de vue juridique, ont pour objet de renouveler le corps législatif sont de plus en plus perçues en pratique comme l\u2019élection d\u2019un gouvernement au scrutin indirect.Les discours officiels aussi bien que les réactions populaires semblent prendre pour acquis qu\u2019il en est effectivement ainsi.Ce qui fait pression contre les petits partis, les électeurs étant conditionnés à ne voter que pour des équipes de gouvernement.\u201d Et l\u2019UNION POPULAIRE de souligner que le système parlementaire britannique s\u2019il détient l\u2019avantage de maintenir la distinction entre le chef de l\u2019État et le chef du gouvernement, comporte néanmoins l\u2019inconvénient de concentrer entre les mains de ce dernier \u201cl\u2019essentiel du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif délégué, du pouvoir législatif ordinaire et même du pouvoir constituant (par le biais de la domination du parlement), ceci ajouté au pouvoir de constituer les tribunaux et de nommer les juges.\u201d Rappelant la logique de la séparation des pouvoirs telle que célébrée par Montesquieu, L\u2019UNION POPULAIRE concluait2 ainsi: 1.\tEn régime parlementaire de type britannique.2.\tOp.cit.p.45 et 46. LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ (II) 829 \u201cDans une vraie démocratie, le peuple doit pouvoir élire son gouvernement en tant que gouvernement et ses législateurs en tant que législateurs.Au sein du corps législatif, toutes les tendances d\u2019opinion, les intérêts économiques et les points de vue régionaux doivent être représentés de façon équitable.Mais cette représentation diversifiée de la population ne doit nullement empêcher, compromettre, freiner ou rendre plus difficile la formation d\u2019un gouvernement homogène et stable ayant lui aussi, mais à un autre titre, la confiance du peuple souverain.Dans une vraie démocratie, le pouvoir judiciaire doit être le plus indépendant possible du pouvoir exécutif et relativement indépendant du pouvoir législatif, mais il ne doit pas agir de façon arbitraire et échapper, notamment dans son interprétation de la constitution, au contrôle ultime du peuple souverain.\u201d Le P.L.Q.vers une constitution coloniale victorienne Pour juger foncièrement de la valeur ultime de l\u2019un ou l\u2019autre projet de démocratisation de notre système électoral que pourrait aligner le P.L.Q., il importe de savoir avant tout s\u2019il a l\u2019intention et la volonté de \u201cdonner au peuple du Québec, à ses diverses composantes et à ses organismes représentatifs un rôle actif et déterminant dans le processus de révision constitutionnelle; de s\u2019engager dès maintenant à soumettre la constitution du Québec au peuple souverain pour ratification finale.\u201d1 Or, qu\u2019on se réfère au LIVRE BEIGE ou au PROJET TRUDEAU, on constate que le Québec n\u2019aurait pas notamment le pouvoir \u2014\tde définir le statut de sa langue nationale sans l\u2019entrave de l\u2019article 133, du B.N.A.Act; \u2014\tde définir à sa façon les droits linguistiques et confessionnels notamment dans le domaine scolaire et de modifier son système scolaire sans l\u2019entrave de l\u2019article 93 du même B.N.A.Act; \u2014\tde déterminer qui aura compétence pour interpréter la constitution du Québec et les lois du Québec.1.L\u2019UNION POPULAIRE, op.cit.p.47. 830 L\u2019ACTION NATIONALE Tôt ou tard la population du Québec, malgré toutes les astuces partisanes, saura voir qu\u2019au fond le P.L.Q.et son big Brother d\u2019Ottawa, le P.L.C., par le PROJET TRUDEAU, rapatrieraient en Ontario le \u201cColonial Law Office\u201d de l\u2019ère victorienne.Sous la reine Victoria, les colonies britanniques vivaient dans une dépendance de l\u2019impérialisme libéral, sous la démocratie canadienne, plutôt formelle, le Québec vivrait comme une colonie de l\u2019intérieur vouée à une \u201cintégration lucide\u201d prônée, tantôt subrepticement tantôt ouvertement, par des carriéristes à la solde d\u2019intérêts occultes.Tout bien pensé, globalement, c\u2019est non au nouveau programme du P.L.Q.: les risques d\u2019une domestication irresponsable de la population québécoise sont trop grands.En attendant un véritable renouveau démocratique au Québec nos gens pourraient garder au P.L.Q.son rôle de matamore dans les élections complémentaires afin de garder le parti au pouvoir dans le droit chemin. LE QUÉBEC ET SON IDENTITÉ par Viateur Beaupré1 1.Communication qui sera faite par l\u2019auteur lors du cinquième congrès mondial de la Fédération internationale des professeurs de français (F.I.P.F.), à Rio de Janeiro, en juillet 1981.Le thème général du congrès est Le français, une langue pour notre temps.Et l'un des ateliers a pour sous-thème: Pluralité linguistique et identité; c\u2019est à cet atelier que sera présentée cette communication. 832 L'ACTION NATIONALE Le Québec est un îlot, ou une oasis, de 5 millions de francophones dans un océan, ou un désert, de 250 millions d\u2019anglophones.Si cet îlot québécois était situé dans la banlieue de Paris, et s\u2019il voulait rester québécois, son identité serait menacée, mais non sa langue.Or, il est situé dans la banlieue de New York et dominé économiquement et politiquement par le Canada anglais; il est donc menacé à la fois dans sa langue et dans toute son identité.Que cet îlot ait surnagé jusqu\u2019à ce jour, c\u2019est un \u201cmiracle\u201d ou un \"scandale\u201d, selon que l\u2019on regarde ce phénomène avec un œil sympathique ou hostile.Dans notre voisinage immédiat, c\u2019est plutôt avec un mauvais œil qu\u2019on nous regarde: le Québec fait problème, agace, dérange les planifications du continent, et c\u2019est depuis plus de 200 ans qu\u2019on cherche, effrontément ou poliment, à lui régler son compte, à lui faire perdre son identité, à le faire entrer de force dans le melting pot anglo-saxon, Canadian ou american.Au Québec, la question essentielle n\u2019est donc pas de savoir si, pour sauver notre identité, nous allons nous mettre à l\u2019espagnol, au portugais, à l\u2019allemand ou à l\u2019italien, en plus de l\u2019anglais.Cette question est d\u2019un intérêt évident pour les Européens et pour d\u2019autres peuples menacés par les deux rouleaux compresseurs que l\u2019on connaît.Élargir notre éventail des langues, c\u2019est souhaitable au Québec comme partout ailleurs; mais c\u2019est nettement insuffisant pour sauvegarder notre identité; et ce serait une illusion fatale de donner la priorité à ce genre d\u2019action.Pendant un siècle et demi, nos élites se sont mises au grec et au latin, en plus de se mettre à l\u2019anglais; ce qui n\u2019a pas suffi, loin de là, à les rendre fortement identifiées, c\u2019est-à-dire existantes.L\u2019identité d\u2019un individu ou d\u2019un peuple s\u2019exprime par la langue; elle s\u2019exprime tout autant par les arts, les sciences, la religion, le vêtement, l\u2019organisation sociale et politique, bref, par tout ce qui fait qu\u2019un individu ou un peuple se donne une vision originale de l\u2019homme et de l\u2019univers.Au Québec, pendant trop longtemps, nous avons cru pouvoir sauver notre identité en sauvant notre langue et LE QUÉBEC ET SON IDENTITÉ 833 notre religion, distinctes de celles du conquérant.Nous avons trop longtemps oublié qu\u2019une langue qui ne s\u2019appuie pas sur la puissance économique et politique, est une langue vouée à devenir sclérosée, folklorique.Il suffit de voir ce qui est arrivé aux peuples amérindiens, aux peuples africains, aux Grecs, aux Romains, aux Gaulois, bref, à tous les peuples qui, un jour ou l\u2019autre, eurent à faire face à une puissance étrangère qui avait pour elle la force militaire, économique et politique.À l\u2019ONU, comme au Sénat romain, c\u2019est la force qui fait le droit; c\u2019est triste, c\u2019est sinistre, c\u2019est scandaleux; mais c\u2019est comme ça.Toute l\u2019histoire nous crie que la force d\u2019une langue, d\u2019une culture, est en dépendance étroite de la force militaire, économique et politique.Les puissances dominatrices, asservissantes, assimilatrices, en sont profondément, sereinement, sauvagement convaincues.Si les peuples dominés n\u2019en sont pas convaincus et rêvent d\u2019une autonomie, d\u2019une identité culturelle basées sur le seul droit, ou sur les seules qualités de leur langue, ils font des rêves de lièvres face aux loups, des rêves de condamnés à mort face au peloton d\u2019exécution.Depuis 220 ans, le peuple québécois vit sous une domination étrangère.Cette puissance étrangère ne lui a toujours laissé que des demi-pouvoirs politiques et économiques, des demi-libertés, des demi-responsabilités.Comment un individu ou un peuple qui abandonne à une puissance étrangère les grandes décisions économiques et politiques qui influencent toute sa vie, peut-il sauver, développer son identité, même si le dominateur, pour un temps, lui laisse l\u2019usage de sa langue?Comment peut-on être cultivé, civilisé, pleinement identifié et original, en se laissant conduire comme un mineur irresponsable?On a vu parfois des peuples se révolter contre une puissance dominatrice pour sauver leur identité linguistique ou religieuse; le plus souvent, c\u2019était pour sauver leur identité globale, leur dignité d'hommes.Ni les États-Unis, ni la France, ni les pays des trois Amériques, d\u2019Afrique et d\u2019ailleurs n\u2019ont fait leurs révolutions pour sauver d\u2019abord leur langue: ils ont fait leurs révolutions pour devenir des peuples autonomes, pleinement responsables de leur présent et de leur avenir. 834 L\u2019ACTION NATIONALE Vouloir l\u2019identité du peuple québécois, sans vouloir son autonomie politique, c\u2019est faire un rêve creux.Et c\u2019est une farce tragi-comique.Quand on nous dit que le Canada est un pays biculturel, bilingue, où deux peuples égaux ont des chances égales de s\u2019épanouir, c\u2019est une farce: le Canada est un pays anglais qui, de toutes les manières, nie au peuple québécois les droits essentiels à un peuple pour être normal.La notion même de peuple québécois est niée par le Canada anglais pour qui le Québec est tout simplement une province.Un Canada biculturel et bilingue, c\u2019est une farce comme celle de l\u2019égalité des Noirs aux États-Unis, une farce comme celle des dictatures très populaires à parti unique, une farce comme celle des dictatures célébrant leur libéralité.Le monde contemporain est rempli de farces sinistres présentées comme des comédies musicales légères et savoureuses par les maîtres du spectacle.Il en fut toujours ainsi, et il en sera sûrement ainsi après ce congrès de Rio.Si chaque homme, si chaque peuple affirme son goût de la liberté, de sa dignité gobale, les langues et les cultures seront bien gardées.La question n\u2019est donc pas de savoir si la langue française a un bel avenir, mais si les hommes et les peuples qui parlent le français méritent de vivre; s\u2019ils préfèrent être pleinement eux-mêmes plutôt qu\u2019une réplique avortée de quelque envoûtant robot compresseur.De ces robots abrutissants, on pourrait donner ici une liste impressionnante où seraient brillamment repésentés les cinq continents.On s\u2019égarerait alors loin du thème de ce congrès?Non.En réalité, on s\u2019égare quand on parle de sauver la baleine sans parler de l\u2019océan pollué où vit la baleine, et sans parler de ceux qui chassent sauvagement la baleine.Un Québécois ne pourrait pas dire cela à l\u2019ONU, parce que le Québec n\u2019y a jamais eu droit de parole.À l\u2019ONU, le Québec francophone parle en anglais par la bouche du Canada anglais.Comme autrefois les trois quarts des peuples de la terre privés de leur droit de parole: ils \u201cexprimaient\u201d alors leur identité par la voix des puissances dominatrices.Or, un individu ou un peuple qui n\u2019a pas droit de parole, est-il brimé dans son identité?est-il menacé dans son identité?Et pour conjurer cette LE QUÉBEC ET SON IDENTITÉ 835 menace, suffit-il que ce peuple privé du droit de parole apprenne d\u2019autres langues étrangères que celle du peuple dominant?Au sortir de ce congrès, irons-nous porter aux quatre coins de la planète la bonne nouvelle que le français est une langue pour notre temps?C\u2019est évident que le français est une langue bonne pour le XXe siècle et tous les siècles à venir; mais les peuples qui veulent le parler comme langue maternelle seront-ils encore vivants au XXIe siècle?Auront-ils été écrasés par les rouleaux compresseurs, digérés par les molochs tout-puissants?À la fin du XXIe siècle, le français sera sans aucun doute la langue maternelle des Français; il sera probablement aussi la langue maternelle de la Belgique wallonne et de la Suisse romande; il sera encore enseigné comme langue étrangère dans un grand nombre de pays; mais pour le peuple québécois, le français sera-t-il encore la langue maternelle?Ou sera-t-il devenu une langue \u2019\u2019seconde\u201d, comme pour ces millions de Québécois qui ont quitté le Québec et qui aujourd\u2019hui sont des Canadians ou des Americans, avec des vestiges linguistiques folkloriques que le peuple dominant exhibe avec une fierté nuancée de mépris et d\u2019hypocrisie lors de ses fiestas nationales?Si le Québec veut être un peuple folklorique, comme il en existe actuellement plusieurs centaines, il n\u2019a qu\u2019à laisser aux mains d\u2019un peuple étranger le soin de prendre pour lui les décisions majeures.Le peuple étranger, largement majoritaire, maître de la politique et de l\u2019économie, définira à son profit l\u2019identité du peuple québécois; il lui laissera les droits mineurs qu\u2019on laisse à une minorité, évitant, pour sauver son image internationale, les mesures disciplinaires trop voyantes.Par contre, si le Québec veut sauver son identité, il n\u2019y a pas trente-six façons de le faire: il doit devenir maître de tout ce qui fait toute son identité, pas seulement de sa langue.Depuis 20 ans surtout, c\u2019est dans cette voie que marchent toutes les forces vives du peuple québécois.Il ne s\u2019agit plus seulement de sauver notre langue, de survivre à petit feu, de vivoter; il s\u2019agit de sauver notre tête, notre 836 L\u2019ACTION NATIONALE cœur et notre âme, de nous ouvrir au monde sans garde-chiourme interposé.Nous ne croyons pas qu\u2019un peuple décapité puisse avoir une langue bien éloquente dans le concert des cultures.Le seul gouvernement québécois qui ait pris les mesures efficaces pour faire du Québec un territoire aussi francophone que le territoire Canadian est anglophone, est précisément le gouvernement dont l\u2019objectif politique majeur est de faire du Québec un pays libéré de la servitude économique et politique.Ce n\u2019est pas un hasard.Un peuple qui n\u2019ose pas vivre pleinement par lui-même toute sa vie, peut toujours se consoler en se disant qu\u2019il parle français, une belle langue pour notre temps; ce serait une bien triste consolation.Et les autres peuples auraient raison de le mépriser, lui dont l\u2019identité serait faite surtout de démission et de soumission.Telle a toujours été la position de l\u2019Association québécoise des professeurs de français: au Québec, toute politique linguistique, isolée de ses fondements politiques et économiques, est vaine; bien plus, c\u2019est une politique d\u2019obnubilation, une tactique de diversion.Pour sauver sa langue et son identité, il est recommandé de sauver aussi, et surtout, sa tête. LE NATIONALISME, CONSCIENCE ET FORCE SOCIALES par René Blanchard 838 L'ACTION NATIONALE Le nationalisme n\u2019est pas une théorie que l\u2019on peut juger bonne ou mauvaise.C\u2019est une réalité sociologique; l\u2019évolution sociale de l\u2019homme en démontre le caractère formel et organique.Autant que la cellule, l\u2019homme est programmé spécifiquement.Sa liberté est une construction de l\u2019esprit, car il n'évolue pas sans déterminisme.Élément moteur de la vie sociale, il ne s\u2019allie pas n\u2019importe comment, il n\u2019évolue pas n\u2019importe où.Ses migrations, ses aires d\u2019implantation et de vie lui donnent des \u201ccaractères nationaux\u201d.Son économie est réglée par un programme d\u2019ensemble.Il participe, comme tous les êtres vivants, aux accidents de la naissance, procréation et disparition, selon un mode précis et comportant d\u2019abord la réunion de deux êtres similaires pour assurer la survie, ensuite le besoin d\u2019un milieu ambiant favorable pour se développer et grandir, finalement le besoin d\u2019appui d\u2019êtres semblables pour survivre, créer à son tour de nouvelles formes de vie et disparaître.La nature retient naturellement le meilleur milieu possible pour l\u2019évolution des espèces.Cette loi du progrès est fondamentale.Elle pose des cadres à la vie de l\u2019homme; famille, clan, tribu, nation, où il évolue dans un macrocosme identique à celui que l\u2019on découvre dans l\u2019ordre de l\u2019atome, de la molécule, de la cellule.Le dégagement d'une mémoire culturelle à partir de l\u2019histoire entretenue par la légende ou l\u2019enseignement, est le fond même du nationalisme.Son but essentiel est de maintenir les valeurs acquises à l\u2019humanité par un groupe.Notre pensée n\u2019en est pas la simple conséquence, mais la construction mentale qui se dégage formellement de notre spécificité.Aucun discours nationaliste n\u2019est articulé au même moment, dans le même temps, à la même époque, de la même façon, mais ils procèdent tous du même LE NATIONALISME, CONSCIENCE ET FORCE SOCIALES 839 dynamisme fondamental et ont à peu de chose près, les mêmes caractères.Le nôtre, celui du Québec, vient tardivement pour des raisons historiques.Ses retards sont imputables surtout aux conditions politiques particulières qui nous furent faites et qui ne furent ni trop difficiles, ni intolérables comme ailleurs.Notre nationalisme est donc plus rationnel, moins instinctif.Il n\u2019en est pas moins vrai, dynamique, exigeant et essentiel à notre progrès.Il n\u2019est ni français, ni anglais, ni américain.Les nations ont un visage aussi fondamentalement unique et particulier que les individus.Et ce visage n\u2019est pas toujours ce que l\u2019histoire écrit, en dit, car rien de ce qui est écrit n\u2019est totalement vrai: le clergé a écrit pour lui-même, les hommes politiques pour eux-mêmes.Les anglophones qui avaient une vision déformée par la conquête et le statut conquérant, ont écrit pour eux-mêmes et le plus souvent contre le groupe conquis.Le rapport Durham en fournit une preuve officielle! Les Québécois doivent chercher leur vérité dans les petites choses, les \u201cniaiseries\", la magie des contes, des chansons et des légendes, et faire les recoupages qui s\u2019imposent avec les autres sources \"arrangées\u201d d\u2019après les phantasmes de leurs auteurs.Les thèses et les travaux qui s\u2019appuient uniquement sur des écrits officiels et sur des \u201cmanifestations\u201d religieuses, doivent être abordés avec beaucoup de sens critique.Le fond de notre histoire c\u2019est d\u2019abord la motivation des fondateurs de la Nouvelle-France et des premiers colons, ensuite la conquête et l\u2019oppression qui s'ensuivit.La trame de notre enracinement, de nos efforts de survie, de notre résistance à l\u2019assimilation est beaucoup plus importante que les discours officiels qui ont suivi les événements publics.Notre nationalisme n\u2019est pas né des compromis de nos politiciens et du haut-clergé avec le conquérant! Il est né d\u2019une volonté populaire de rester maître de ses destinées, sur un territoire occupé de hautes luttes et 840 L\u2019ACTION NATIONALE maîtrisé à la suite de patients efforts et de souffrances.Le droit naturel l\u2019a toujours emporté chez le peuple contre le droit légal, le droit du gouverneur, le droit du parlement.Notre drame c\u2019est que beaucoup de marginaux, bourgeois et politiciens, surtout occupés à calquer d\u2019autres modèles de sociétés, se sont mêlés de nous représenter et de nous imposer leur image et la nôtre un peu comme une photo arrangée à leur convenance.C\u2019est sans doute pour cette raison, mus par un flair de paysan, que très tôt nous avons rejeté la politique et les actes constitutionnels du conquérant, pour écrire dans les faits notre constitution.Elle se réfère aux éléments fondamentaux de la nation des sociologues modernes; territoire, langue, religion, vouloir vivre collectif, droits acquis et droits des gens.Au-dessus des textes, des écoles, du théâtre international, nous avons écrit notre histoire dans la réalité quotidienne, près des lois naturelles, accréditées par la foi chrétienne.Nous n\u2019avons jamais cru que d\u2019autres credo philosophiques ou idéologiques étaient essentiels à notre salut éternel et même public.La solide conscience d\u2019être, naturellement, nous dispensait même de nous nommer.Notre nom venait des autres et il révèle notre évolution vue de l\u2019extérieur: nous avons d\u2019abord été des Canadians, des Canadiens, des Canadiens-Français.C\u2019est quand nous nous sommes mieux perçus et que nous avons réalisé notre situation comme peuple par rapport aux autres, que pour la première fois nous nous sommes nommés: nous sommes devenus, et par la volonté des autres, de nous confiner sur un territoire précis, des Québécois.C\u2019est donc au Québec que s\u2019achèvera ou que survivra notre épopée nationale.La situation est devenue claire: notre destin collectif se jouera totalement sur le territoire restreint de notre première installation en Terre d\u2019Amérique, le long du LE NATIONALISME, CONSCIENCE ET FORCE SOCIALES 841 Saint-Laurent, au Québec.Toutes nos tentatives d\u2019implantation dans le pays que nous ne contrôlons pas se sont soldées par des échecs, ont donné lieu à des situations injustes et finalement à une assimilation organisée et dégradante.Nulle part, dans ce pays qu\u2019on se plaît à dire nôtre pour nous abuser, on a accepté notre modèle social, où notre langue, notre foi, nos écoles et nos églises sont des éléments essentiels et formels.Partout où nous avons apporté avec nous ce cadre de vie qui nous permettait d\u2019être nous-mêmes, de dormir en paix avec nos âmes et notre conscience nationale, de maintenir notre identité, on nous a marginalisés, pénalisés et mis hors la loi.Inutile d\u2019insister sur les désillusions qui dorment aux cimetières abandonnés, qui jalonnent les routes parcourues par les nôtres à travers ce pays.De Riel à Mgr Taché, les espoirs venus de tous les horizons, celui de la paix ou de la révolte, du droit ou de la simple justice, ont tous connu une fin tragique de non recevoir.Mais ne pouvons-nous admettre aujourd\u2019hui que si nous avions eu quelqu\u2019enseignement, et partant, quelque science politique, nous n\u2019aurions pas souscrit à cette grande illusion qui exerce encore son magnétisme sur les moins informés, comme sur les plus ambivalents et les plus naïfs des nôtres.Il était inéluctable que sans force, ni conscience politique éclairée par les événements internationaux, écartés du pouvoir réel et des grands leviers économiques, nous soyons voués à une colonisation systématique et à une mise en tutelle politique qui n\u2019aurait de cesse qu\u2019elle ne soit achevée, dès que l\u2019industrialisation nous forcerait à sortir de la ruralité qui nous servait de cocon protecteur et dont on ne pouvait nous extirper par une opération aussi risquée qu\u2019une déportation semblable à celle imposée aux Acadiens, en 1755, et qui avait déjà mérité à l\u2019Angleterre la réprobation universelle.Mais l\u2019industrialisation n\u2019a pas brisé le noyau protecteur de la paroisse, que par instinct nous maintenions 842 L'ACTION NATIONALE comme notre essentiel cadre de vie.Nous avons entouré les usines qui nous exploitaient de paroisses aussi vivantes que celles qui continuaient à occuper le territoire national.Privés d\u2019argent, ce moteur de la société capitaliste et libérale, nous avons continué à vivre, mais nous avons dû accepter que nos classes dirigeantes se réfugient près du conquérant, dans un libéralisme de classe peu exigeant, nourrissant l\u2019illusion d\u2019être une élite au-dessus de sous-classes ignorantes, qu\u2019elles invitaient à cultiver des valeurs simples, dans la soumission politique, à se contenter de la foi du charbonnier et à rêver d\u2019un monde meilleur dans l\u2019au-delà! Mais de telles situations ne peuvent être que temporaires.Le nationalisme est un ressort universel, il participe au dynamisme de la liberté, ses rebondissements sont imprévisibles dans le temps, mais aussi assurés que le retour des marées! Nul \u201coccupant\u201d ne peut le contraindre et la bourgeoisie collaboratrice doit en craindre les manifestations, aussi imprévisibles que celle de la justice immanente.Le dilemme de cette dernière quand se corsent les situations, c\u2019est qu\u2019elle ne sait comment relâcher la domination, d\u2019une façon sécuritaire pour elle-même et pour le système qu\u2019elle sert et dont elle profite.Elle fait invariablement l\u2019erreur d\u2019utiliser le pouvoir d\u2019état, la police et les cours, et se condamne ainsi à payer elle-même, à la place du vrai responsable, le prix de la libération populaire.Les forces de la vie, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, rétablissent toujours les disciplines fondamentales de l\u2019économie humaine.Il est donc plus sage en politique de compter avec le nationalisme, d\u2019en utiliser avec prudence la force plutôt que de lui faire une guerre idéologique perdue à l\u2019avance. UN DEFENSEUR DU FRANÇAIS LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.par Richard Arès 844 L'ACTION NATIONALE V \u2014 PREMIER APPEL (1912) Revenu en 1909 au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception pour entreprendre ses études théologiques, le jeune Père Archambault reste encore marqué du temps où il enseignait au Collège Sainte-Marie et où l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne, familièrement appelée l\u2019A.C.J.C., venait tout juste d\u2019être fondée et dont il avait dirigé durant trois ans le premier cercle d\u2019études, dit Cercle Sainte-Marie.Pour l\u2019encourager dans cette même ligne, il avait pris connaissance, en 1910, \u2014 s\u2019il ne l\u2019avait pas lui-même entendu sur place \u2014 du fameux discours prononcé à l\u2019église Notre-Dame par Henri Bourassa défendant la cause du maintien du français au Canada.En 1912, en plein milieu de sa troisième année de théologie, il suit avec un intérêt toujours grandissant les annonces dans les journaux, surtout dans le Devoir, du prochain Congrès de la langue française devant se tenir au mois de juin dans la ville de Québec.Stimulé par l\u2019annonce de ce grand événement et par les remous qu\u2019il provoque déjà, non seulement dans la province de Québec et dans tout le Canada français, mais en Nouvelle-Angleterre où ont émigré une foule de Canadiens-Français, le jeune étudiant en théologie décide de faire sa part, d\u2019apporter sa contribution à la préparation de ce Congrès et, le 16 mars 1912, il fait paraître, en première page du journal le Devoir, un article intitulé La langue française et le commerce avec sous-titre: Un petit examen de conscience.Prudent et encore discret, \u2014 il n\u2019est qu\u2019en troisième année de théologie et ne sera ordonné prêtre qu\u2019au milieu de l\u2019été suivant, \u2014 il signe son article d\u2019un pseudonyme: Pierre Homier, en partie emprunté au nom de famille de sa grand-mère, Sophie Homier, épouse de son grand-père, Joseph Papin, ancien député de l\u2019Assomption.Bien que se référant à un événement passé, cet article, qui allait être suivi de plusieurs autres, n\u2019en décrit pas moins une situation longtemps prédominante à Montréal, comme on peut en juger d\u2019après les extraits suivants: LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.845 \u201cLe Congrès de la langue française aura lieu bientôt.À son approche, l\u2019âme nationale semble s\u2019émouvoir.D\u2019imposantes assemblées se tiennent dans nos grandes villes, de plus modestes dans nos campagnes.Aux foules qu\u2019elles groupent, d\u2019éminents orateurs demandent un patriotique concours afin que le ralliement de juin marque une date dans notre histoire.Et presque partout les foules, enthousiastes, répondent généreusement à cet appel.\u201cUne telle activité est admirable.Tous les vrais Canadiens-Français y applaudissent.Notre patriotisme cependant ne saurait s\u2019en contenter.Il réclame d\u2019autres efforts.Le Congrès est un moyen très efficace au service d\u2019une cause sacrée, il n\u2019est pas la cause elle-même.Et ceux-là, par conséquent, commettraient une lourde erreur qui croiraient s\u2019être acquittés de toutes leurs obligations envers leur langue, parce qu\u2019ils ont approuvé, d\u2019une parole ou d\u2019un acte, la grande manifestation que préparent les sociétaires du parler français.\u201cDe ces gens, notre ville en compte plusieurs.Ils se sont rendus l\u2019autre jour à l\u2019assemblée tenue dans leur paroisse, ils ont applaudi l\u2019exposé de nos droits, peut-être ont-ils acheté une carte de congressiste, puis, la conscience tranquillisée par cette action, ils continuent avec non moins d\u2019ardeur qu\u2019auparavant, à se servir presque exclusivement, dans leurs affaires, de la langue anglaise.\u201cUn petit examen de conscience sur ce point ne serait-il pas opportun?Et de toutes les préparations au congrès, celle-ci n\u2019est-elle pas une des plus pratiques?Nous nous permettons de la recommander spécialement aux hommes de la classe commerciale.Oh! ce n\u2019est pas que nous doutions de leurs bonnes dispositions, mais plus que d\u2019autres ils sont exposés à oublier leur langue, et cet oubli, dans beaucoup de cas, peut avoir de très funestes conséquences.\u201cPrenons un exemple.Le commerce en gros des biscuits et des bonbons est exploité avec succès par plusieurs de nos compatriotes.Une curiosité, bien légitime, nous a portés à faire une petite enquête dans ce domaine.Qu\u2019avons-nous constaté? 846 L\u2019ACTION NATIONALE 1° Quelques manufacturiers dirigent leur commerce sous un nom de compagnie anglais; 2° Plusieurs excluent totalement ou presque totalement la langue française de leurs annonces, catalogues, correspondances, etc.; 3° Tous, ou à peu près tous, étiquètent leurs produits en anglais.\u201cOr ces manufacturiers ont une clientèle presque exclusivement canadienne-française.Sur quelles raisons peuvent-ils s\u2019appuyer pour trahir ainsi leur langue?\u201cLe premier fait est absolument inexcusable.Les exemples sont trop nombreux d\u2019entreprises commerciales se présentant sous un nom français et réussissant admirablement.\u201cLe deuxième ne peut s\u2019excuser davantage.En supposant qu\u2019une manufacture ait quelques clients anglais, il serait ridicule de soutenir qu\u2019elle ne peut les bien servir sans faire souffrir ses nombreux clients français.Est-il si difficile et si dispendieux d\u2019avoir deux séries de catalogues, ou encore des catalogues bilingues?Nous en avons quelques-uns sous les yeux, et ils n\u2019ont pas ruiné les maisons qui les ont publiés.\u201cReste le troisième fait.Voici comment le justifiait un des manufacturiers en cause.\u201cIl faut d\u2019abord se faire comprendre.Or notre population ne connaît la plupart des produits que nous fabriquons que sur leur nom anglais.En voulez-vous la preuve?Nos maisons d\u2019éducation, qui devraient être les premières à donner l\u2019exemple en cette matière, ne commandent jamais.(qu\u2019en anglais).\u201d \u201cQue plusieurs maisons d\u2019éducation \u2014 non pas toutes \u2014 et la plupart des commerçants en détail agissent ainsi, c\u2019est malheureusement vrai.Mais est-ce bien le client et non pas plutôt le manufacturier qu\u2019il faut tenir responsable de cet état de choses?Pourquoi des Canadiens-Français instruits et soucieux de parler leur langue emploient-ils les mots (anglais) que nous venons de citer, si ce n\u2019est parce qu\u2019ils les ont cueillis dans le catalogue même de leurs fournisseurs, parce qu\u2019ils les ont lus sur leurs boîtes et quelquefois même sur leurs produits, parce qu\u2019ils n\u2019ignorent pas que neuf fois sur dix LE P JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J 847 une commande, rédigée en d\u2019autres termes, serait exposée pour le moins à de longs retards?\u201cQuant au peuple, nous admettons volontiers que son éducation est à refaire sur ce point, mais encore un coup celui qui l\u2019a faussée et qui seul maintenant peut la redresser, c\u2019est le manufacturier.La chose saute aux yeux.Quelques-uns heureusement ont résolu de s\u2019y mettre.\u201cD\u2019aucuns nous reprocheront peut-être de nous attarder à des bagatelles.Ne ferions-nous pas oeuvre meilleure en travaillant à fortifier l\u2019enseignement du français dans nos écoles et nos familles?.\u201cSans doute, le devoir qui incombe aux parents et aux maîtres est important.Ils ne sauraient le remplir avec trop de soins.Mais encore ne faut-il pas que les leçons de la vie, celles surtout qu\u2019on reçoit dans un âge jeune et qui s\u2019impriment si facilement, viennent détruire leur enseignement.Or elles le détruisent presque toujours, quand l\u2019enfant à qui on l\u2019inculque, est obligé chaque fois qu\u2019il entre dans un magasin de bonbons de se violenter la mâchoire pour demander un bâton de \u201cmarschmallow\u201d ou une boule de \u201cpopcorn\u201d ou encore lorsque voulant montrer à la table de famille ses premiers progrès linguistiques il épelle péniblement sur le biscuit qu'il va manger: Tea ou Princess.Faits qui peuvent paraître de peu d\u2019importance, mais dont l\u2019influence sur une âme d\u2019enfant est profonde.Ils l\u2019habituent à considérer tout un domaine de la vie, celui souvent où s\u2019écoulera la majeure partie de son existence, comme complètement fermé à la langue de sa race.Et l\u2019impression ainsi reçue n\u2019est pas lente à porter ses fruits.Si la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui l\u2019a déjà subie, de grâce préservons-en la génération qui dort encore dans nos berceaux.\u201d Ce n\u2019était là qu\u2019un premier article.Un deuxième devait paraître, toujours en première page du Devoir, le lundi 8 avril 1912, sur le même sujet La langue française et le commerce, portant cette fois sur Les noms des compagnies.Pierre Homier se réjouissait de ce qu\u2019une compagnie avait décidé de franciser son nom et il en profitait pour en inviter d\u2019autres à suivre cet exemple. 848 L'ACTION NATIONALE VI \u2014 LA LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS (1913) Ces premiers articles publiés dans le journal Le Devoir des mois de mars et d\u2019avril 1912 devaient être suivis de plusieurs autres jusqu\u2019au mois de juin 1913, réclamant toujours une meilleure place à la langue française dans les affaires au Québec, à Montréal en particulier.Pierre Homier, \u2014 pseudonyme du P.Archambault, \u2014 qui les signait, achevait alors sa quatrième année de théologie et avait commencé à recevoir une quantité de lettres, les unes l\u2019approuvant, d\u2019autres lui signalant des cas de manquements au français.L\u2019idée lui vint alors d\u2019établir un secrétariat où seraient acheminées toutes ces lettres et qui pourrait se charger d\u2019y répondre.Parlant de son projet, lui-même s\u2019en expliquait dans un article de l\u2019Action française de janvier 1921, intitulé Les origines de l\u2019Action française.En voici les principaux extraits: \u201cUn bon nombre de lettres signalaient des cas où la langue française était bafouée et sollicitaient une intervention personnelle.L\u2019idée me vint alors d\u2019un secrétariat qui concentrerait ces observations et ces plaintes, les examinerait, puis ferait ensuite, non plus au nom d\u2019un homme seulement, mais d\u2019un groupe, les réclamations nécessaires.Je m\u2019ouvris de ce projet à deux amis profondément dévoués à la langue française, le docteur Joseph Gauvreau et Orner Héroux.Il leur plut.Héroux suggéra que l\u2019œuvre s\u2019appelât ligue plutôt que secrétariat.Cela donnerait plus de poids aux interventions.Nous tombâmes d\u2019accord sur ce point comme sur les autres.Bref une réunion prochaine fut décidée où chacun amènerait un compagnon.Les six constitueraient le groupe fondateur.On y étudierait les statuts de la ligue et la campagne à entreprendre.\u201cLa réunion eut lieu le jour fixé.Héroux, suivant sa modestie habituelle, s\u2019effaça \u2014 nous devions heureusement le ressaisir plus tard \u2014 mais il nous envoya deux amis au lieu d\u2019un.C\u2019était le 11 mars 1913, un mardi, à 4 heures du soir, dans le bureau du docteur Gauvreau.Outre celui-ci, se trouvaient présents: MM.A.-G.Casault, Henri Auger, Léon Lorrain, Anatole Vanier et l\u2019auteur de LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.849 ces lignes (Pierre Homier).Les délibérations furent brèves et cordiales.Un même esprit nous animait.Certes aucun de nous ne prévoyait alors les développements qu\u2019allait prendre cette humble initiative.Mais tous, il me semble, avaient conscience de faire oeuvre utile, de servir fidèlement leur langue et leur nationalité.Nous adoptâmes les règlements suivants préparés à l\u2019avance\u201d.(Voici seulement les deux premiers articles.).\u201cArticle I \u2014 Il est formé entre les personnes qui adhèrent aux présents statuts une Association appelée LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS.Elle a son siège social à Montréal.Article II \u2014 La LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS a pour but de rendre à la langue française, dans les différents domaines où s\u2019exerce l\u2019activité des Canadiens-Français, et particulièrement dans le commerce et l\u2019industrie, la place à laquelle elle a droit\u201d.Le texte, toujours signé du pseudonyme de Pierre Homier, se poursuivait en ces termes: \u201cIl nous fallait un secrétaire, cheville ouvrière de l\u2019œuvre.Notre choix n\u2019hésita pas.Il se porta sur le plus ardent du groupe, le plus en vue aussi par sa position sociale, le docteur Gauvreau.Son acceptation d'ailleurs, pressentie à l\u2019avance, avait été posée comme essentielle de la fondation de la Ligue.(.) \u201cLe premier acte de la Ligue fut la publication d\u2019un manifeste.Adressé aux principaux journaux, répandu sous forme de tract à plusieurs milliers d\u2019exemplaires, il indiquait sa raison d\u2019être et ses moyens d\u2019action.\u201cLe mouvement que nous entreprenons, y lisons-nous, n\u2019est nullement un mouvement de provocation, une déclaration de guerre.Notre langue a des droits: droits naturels, droits constitutionnels.Nous voudrions qu\u2019ils ne restent pas lettre morte, nous voudrions surtout que nos compatriotes soient les premiers à les respecter.Et comme leur abandon provient le plus souvent du laisser-aller, de l\u2019insouciance, de l\u2019inertie, c\u2019est à ces plaies que la Ligue va d\u2019abord s\u2019attaquer.\u201d 850 L\u2019ACTION NATIONALE Puis un peu plus loin: \u201cUne initiative nous a paru s\u2019imposer.C\u2019est rétablissement d\u2019un bureau français de publicité.Il est déjà en partie organisé.Deux écrivains de talent, possédant à fond les langues française et anglaise, sont à notre disposition.Ils reviseront, traduiront, rédigeront, moyennant une rétribution raisonnable, tout travail qu\u2019on voudra bien leur confier: annonces, catalogues, prospectus, etc.\u201d \u201cCe bureau fonctionna sur-le-champ.Anglais comme Canadien-Français y eurent recours.Il satisfit les uns et les autres.Une exposition de catalogues et de calendriers français que nous organisâmes à Montréal contribua à accroître sa clientèle.Elle eut aussi le bon effet d\u2019offrir une démonstration vivante de notre thèse et de convertir plusieurs incrédules à l\u2019annonce française.Quelques mois plus tard nous pouvions publier une liste de vingt maisons montréalaises imprimant des calendriers français.(.).\u201cPour absorbantes que fussent ces tâches, elles n\u2019accaparaient pas cependant l\u2019activité principale de la Ligue.Les interventions auprès des gouvernements, des municipalités, des industries, des maisons de commerce, des simples particuliers, avaient le premier pas.\u201cCes efforts ne furent pas vains.L\u2019immensité de la tâche à accomplir a pu donner le change à des observateurs superficiels.Mais si l\u2019on veut considérer attentivement les faits, on constatera qu\u2019il s\u2019est produit une transformation radicale dans plusieurs industries, et ailleurs de nombreuses améliorations partielles.Et pour qui connaît la puissance de l\u2019éducation visuelle, l\u2019influence des objets vus et revus chaque jour sur les cerveaux d\u2019enfants et même d\u2019hommes faits, d\u2019avoir débarrassé des façades de maisons ou des couvercles de boîtes de caractères saxons pour y substituer des lettres françaises, ce n\u2019est pas un résultat, certes, qu\u2019on ait le droit de passer sous silence.(.).\u201cLe 2 février 1915, nous eûmes la bonne fortune de ressaisir notre camarade Héroux, puis de nous adjoindre LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.851 une haute personnalité, le R.P.Guillaume Charlebois, provincial des Oblats du Canada, et l\u2019un de nos membres depuis déjà plusieurs mois.Le P.Charlebois revenait ordinairement d\u2019un voyage à Ottawa et, de son ton calme, nous détaillait les péripéties de.la lutte livrée autour des écoles; Héroux, que les avant-postes ont toujours attiré, buvait ces paroles et les commentait de ses souvenirs.(.).\u201cCe fut ensuite l\u2019entrée dans notre comité de Louis Hurtubise \u2014 qui devait devenir secrétaire général, puis trésorier \u2014, à la place du P.Charlebois, obligé de nous quitter; puis l\u2019installation de notre secrétariat dans l\u2019immeuble Dandurand, grâce à la générosité de son propriétaire; puis le départ de Lorrain, et son remplacement par l\u2019abbé Groulx.\u201d VII - L\u2019ACTION FRANÇAISE (1917) Dès sa fondation, en mars 1913, la Ligue des Droits du français avait décidé de lancer un manifeste indiquant la raison d\u2019être et les moyens d\u2019action de la Ligue.Ce manifeste parlait aussi de prochaines publications.Au mois de juin de la même année paraissait sous le titre: La langue française au Canada.(Faits et réflexions), une brochure d\u2019une centaine de pages, préfacée par le docteur Gauvreau et contenant la série d\u2019articles publiés dans le Devoir.Écrivant dans la revue l'Action nationale de mars-avril 1963, le directeur d\u2019alors, M.François-Albert Angers parlait de ces articles du P.Archambault comme ayant demandé beaucoup de courage pour l\u2019époque et préparé un meilleur avenir pour la cause du français: \u201cIls sont une très modeste graine par comparaison au grand arbre qui en devait sortir.Car ils portent sur un problème très limité: des raisons sociales françaises, des catalogues en français, des dépliants publicitaires et des calendriers d\u2019étrennes en français, au moins, venant de la part de nos maisons canadiennes-françaises pour la clientèle canadienne-française.Nous en étions-là en 1912.et sommes-nous tellement plus loin en 1963! 852 L'ACTION NATIONALE \u201cLes articles étaient très concrets, très modernes par suite de leur approche.Pas de grands discours ou de grands principes, mais des enquêtes, des constatations, des observations faites dans les différents quartiers de Montréal, de la correspondance reçue de l\u2019extérieur.À quoi s\u2019ajoutent des réflexions, en apparence très terre à terre, mais en réalité très pénétrantes, sur l\u2019influence que tout ce \u201cvisage\u201d anglais ne saurait manquer d\u2019avoir sur notre psychologie d\u2019adulte, sur la formation de notre sens national dès notre plus tendre enfance.\u201cIl a été de mode, il y a quelques années, de mépriser ce genre d\u2019action nationale; de le trouver étriqué, recroquevillé, dépourvu d\u2019ampleur: un nationalisme d\u2019atmosphère de cave, qui sent le moisi, a-t-on dit, au lieu du dégagement des grands espaces et des grandes bouffées d\u2019air pur.Pourtant j\u2019ose dire que le Père Archambault était en fait plus près des vrais problèmes, au niveau concret du peuple, où doit commencer toute restauration, que trop de grands esprits pour qui l\u2019humanisme populaire n\u2019était en fait que jeux de mots dans l\u2019esprit, quand ce n\u2019était pas simplement occasion de susciter des remous dans notre société, histoire de s\u2019y faire remarquer.La campagne actuelle (1963) n\u2019est qu\u2019une reprise de la campagne commencée par le Père Archambault en 1912.\u201d Le docteur Joseph Gauvreau avait accepté de préfacer la brochure de Pierre Homier: La langue française au Canada (Faits et réflexions); de cette préface, écrite le 24 juin 1913, il convient de citer au moins cet extrait: \u201cPierre Homier, dans les veines duquel bouillonne le plus pur sang de notre race, avait compris la situation anormale au parler français.L\u2019atmosphère de patriotisme que crée le Congrès de la langue française, tenu à Québec l\u2019an dernier, lui laissa entrevoir qu\u2019une campagne vigoureuse produirait d\u2019excellents fruits.Saisissant son mâle outil, Pierre Homier procéda par étapes.Il fit connaître tout d\u2019abord cette situation faite à notre langue dans le commerce et l\u2019industrie; il se plaignit de l\u2019indifférence de nos compatriotes en matière si essentielle LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.853 à la vie, au cœur et à l\u2019âme nationale; il signala les faits, multiplia les exemples d\u2019abdication grossières; il ridiculisa le calendrier anglais publié par des marchands canadiens-français et mis à la place d\u2019honneur dans l\u2019humble logis de nos ouvriers; puis il finit par tomber à bras raccourcis sur les plus coupables: les annonceurs et les acheteurs.\u201cComme tous les Canadiens-Français qui réclament énergiquement leurs droits, Homier reconnaît ceux des autres.On ne saurait trouver dans ses articles, écrits souvent sous le coup d\u2019une juste indignation, une seule phrase, un seul mot qui soit une attaque contre la race anglaise.Ceux qu\u2019il fustige ou qu\u2019il fouaille, ce sont ses propres compatriotes trop lâches pour se tenir debout devant des hommes qui cependant ne les respectent que dans cette posture.Aussi la Ligue des Droits du français, qui entend s\u2019inspirer de cet esprit, a-t-elle cru utile au but qu\u2019elle poursuit de réunir en brochure les articles de Pierre Homier.\u201d En 1917, la Ligue des Droits du français lance la revue L\u2019Action française et décide de demander au gouvernement provincial une charte d\u2019incorporation sous le nom de Ligue d\u2019Action française.Parmi les neuf membres qui ont signé cette requête d\u2019incorporation, on relève les noms des abbés Philippe Perrier et Lionel Groulx et du Père Joseph-Papin Archambault.Ce dernier va continuer, dans la nouvelle revue qui vient de se fonder, toujours sous le même pseudonyme de Pierre Homier, à publier une chronique mensuelle dite À travers la vie courante, dans laquelle il poursuit le même objectif qu\u2019il avait poursuivi autrefois dans la série d\u2019articles publiés dans le journal le Devoir de 1912 et de 1913, c\u2019est-à-dire la défense de la langue française, ou, pour employer l\u2019expression même qu\u2019emploiera plus tard l\u2019abbé Groulx en 1966, il mène \u201csa petite guerre\u201d pour sauver et défendre la langue française au Canada, et d\u2019abord au Québec, tout particulièrement à Montréal.Au début, le groupe se réunissait dans un petit local que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal avait mis à leur disposition au Monument national (1182, rue 854 L'ACTION NATIONALE St-Laurent, Montréal) sous l\u2019escalier d\u2019entrée.Quelques années plus tard, il devait transporter son lieu de réunion et son bureau au neuvième étage du nouvel édifice Dan-durand.Pierre Homier écrit à ce sujet: \u201cNous nous croyions vraiment presque propriétaires de l\u2019immeuble \u2014 puisqu\u2019on ne nous tenait plus sous l\u2019escalier! \u2014 et on put voir, un jour, dans l\u2019Almanach, le superbe édifice de neuf étages avec ce titre flamboyant: Siège social de l'Action française! Ce sont des millionnaires, durent se dire nos amis éloignés.\u201d Et le Père Archambault d\u2019ajouter en note au bas de la page: \u201cQuelqu\u2019un qui, lui, ne demeurait pas loin et nous connaissait mieux, me rencontrant quelques jours après cette publication, me jeta toute l\u2019aventure sur le dos, en me lançant cette apostrophe:: Eh! ces Jésuites! c\u2019est cela, je suppose, que vous appelez, vous autres, une restriction mentale!\u201d En 1921, cependant, il devait peu à peu abandonner sa chronique mensuelle À travers la vie courante, puisqu\u2019il venait de quitter Montréal pour se rendre à Québec et prendre en charge une autre maison jésuite de retraites fermées, la Villa Manrèse.Mais la revue n\u2019en continua pas moins à publier la même chronique signée d\u2019un autre pseudonyme LE VEILLEUR.Le 12 décembre 1926, la Ligue d\u2019Action française fêtait son dixième anniversaire de fondation, journée que la revue elle-même, dans son numéro du même mois, a décrit comme \u201cune fête du souvenir et une journée d\u2019étude.En une même pensée fervente et dévouée, l\u2019avenir et le passé étaient unis par l\u2019évocation des initiateurs de notre oeuvre et l\u2019étude d\u2019un problème dont dépend demain.\u201d Ce même numéro de décembre 1926 contient le texte des allocutions prononcées au cours du banquet au soir de ce Dixième anniversaire: celles du R.P.J.-P.Archambault, de M.Anatole Vanier et de M.René Chaloult.Parlant de la première allocution, le rapporteur disait: \u201cQuel charme ce fut quand le R.P.Papin Archambault, LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.855 S.J.fit défiler, délicatement dessinées les silhouettes des bons artisans de la première heure! Que de rêves caressés, que de projets formés, que d\u2019idées émises par la phalange des directeurs de la période héroïque!.\u201d Ce soir-là, le P.Archambault avait intitulé son allocution, LES PIONNIERS.Reprenant et complétant son article de janvier 1921 sur \u201cLes origines de l\u2019Action française\u201d, il commençait par faire l\u2019éloge de ses premiers compagnons en particulier de ceux qui avaient fondé la revue, Orner Héroux, Joseph Gauvreau, Anatole Vanier, etc.; puis, il révélait, entre autres choses, que lors de l\u2019absence du directeur de la revue, l\u2019abbé Groulx, pour un an en Europe, il avait fait partie d\u2019un trio, d\u2019une sorte de triumvirat, chargé de diriger la revue.Dès le mois de juillet 1921, en effet, celle-ci avait annoncé que \u201cle directeur de l\u2019Action française, M.l\u2019abbé Lionel Groulx, s\u2019embarquera le 6 août prochain, pour un long voyage d\u2019études en Europe.Il ne reviendra pas au pays avant un an.En son absence, un comité de rédaction dirigera la revue.\u201d Le texte de l\u2019annonce en question ne donne aucun nom.Pour connaître les membres de ce comité, il faut se référer à l\u2019allocution du P.Archambault du 12 décembre 1926, lors de la fête dite du Dixième anniversaire de l\u2019Action française.Après avoir relaté des faits déjà connus, l\u2019orateur en révélait aussi quelques-uns encore ignorés du grand public.Il disait: \u201cLa revue avait été fondée en janvier 1917.Dès mars, un nouveau directeur de la Ligue prenait rang parmi nous.Cette date mérite d\u2019être retenue, car la Providence nous amenait alors, celui qui devait plus tard recueillir la succession de M.Héroux, puis devenir le vrai chef de notre Ligue, son théoricien et son animateur, l\u2019abbé Lionel Groulx.\u201cC\u2019est en octobre 1920 que M.Héroux dut abandonner la charge de directeur de la revue.L\u2019abbé Groulx, à son tour, allait nous imposer une interruption d\u2019un an, de mai 1921 à mai 1922, pour un voyage en Europe.Ce fut assez dur pour l\u2019œuvre.Il fallait suppléer, du jour au 856 L'ACTION NATIONALE lendemain, une direction brillante.Or, on ne s\u2019improvise pas directeur d\u2019une revue, surtout quand celle-ci est l\u2019organe d\u2019une doctrine.\u201cPuisque aucun d\u2019entre nous ne se sentait de taille à assumer seul la tâche, nous l\u2019acceptions à trois.Et si je rappelle, non sans émotion, ce bref triumvirat, c\u2019est qu'il m'accorda une des meilleures joies qui se puisse goûter ici-bas, celle de prendre contact, dans une collaboration intime et presque quotidienne, avec de nobles caractères, avec deux âmes d\u2019élite.\u201d (Suivent deux paragraphes dans lesquels l\u2019orateur trace le portrait et fait l\u2019éloge des deux compagnons qui, avec lui, ont pendant un an dirigé la revue: Antonio Perrault et Joseph Blain.).En terminant, l\u2019orateur évoquait une dernière figure du \u201cgroupe des premières années de l'Action française qui s\u2019étend de 1917 à 1922\u201d: l\u2019abbé Philippe Perrier.Chez lui se réunissaient souvent les membres de la Ligue: \u201cEt c\u2019était toujours lui, l\u2019abbé Perrier, qui savait dans de brefs aperçus théologiques, philosophiques ou pédagogiques, mettre au point la question débattue et lui donner la vraie solution.Que de notions justes, que de faits lumineux, que de jugements sûrs, nous avons rapportés de ces causeries intimes qu\u2019animaient la science profonde et l\u2019extrême charité du distingué président de la Ligue d\u2019Action française.\u201d Le texte de cette allocution que publia la revue en décembre 1926 allait se révéler l\u2019une des dernières contributions du Père Archambault à l'Action française.Désormais, il devra se restreindre et concentrer surtout ses activités sur deux autres œuvres qui l\u2019ont toujours attiré et dont toute sa vie il conservera la charge: le souci des maisons de retraites fermées et la promotion intensive du catholicisme social, en particulier des Semaines sociales du Canada qu\u2019il avait fondées en 1921 et dont il assuma la présidence durant près de quarante ans, ensuite de l'Ecole sociale populaire, dont il deviendra le directeur en 1929 et le restera jusqu\u2019en 1959. LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.857 Durant cette longue période, il se gardera bien d\u2019oublier ses premières et anciennes amours avec ses collègues d\u2019autrefois et, après la disparition de VAction française à la fin de 1928, il s\u2019emploiera, à son retour à Montréal en 1929, à relancer, une autre ligue du même genre, appelée Ligue d'Action nationale, dont il acceptera de faire partie, toujours sous le traditionnel pseudonyme de Pierre Homier, ensuite une revue destinée à continuer l\u2019œuvre de l\u2019ancienne et dont le premier numéro paraîtra en janvier 1933, sous le nom de VAction nationale, contenant à la fois un article signé du nom de Joseph-Papin Archambault et une chronique sur La vie courante se rapportant à la toujours actuelle et nécessaire francisation du Québec, mais signée du pseudonyme Pierre Homier.Au maintien de la nouvelle Ligue ainsi qu'au succès de la revue, le Père Archambault ne cessera de s\u2019intéresser jusqu\u2019à la fin de sa vie.Désormais, cependant, le gros de son activité se portera ailleurs, notamment dans le domaine social.En guise de conclusion à cette première partie sur l\u2019œuvre du Père Archambault pour la défense de la langue française, il convient de citer le témoignage que lui rendit Me Antonio Perrault dans l\u2019Avant-Propos de la brochurette Consignes de demain, publiée en 1921.Après avoir énuméré les ouvriers de la première heure qui avaient participé à la fondation de la Ligue des Droits du français, puis de la Ligue d\u2019Action française, l\u2019avocat montréalais écrivait: \u201cA cette liste il manque un nom, celui du Révérend Père Joseph Archambault.Si mon avant-propos n\u2019avait pas d\u2019autre résultat que de réparer cet oubli, je m\u2019estimerais heureux de l\u2019avoir écrit.C\u2019est en grande partie à ce dévoué jésuite que revient le mérite d\u2019avoir fondé notre œuvre, de l\u2019avoir conservée fidèle à son programme.Le Père Archambault fut au Canada l\u2019un des premiers apôtres de l\u2019action sociale.Il comprit qu\u2019à cette phase de son développement, il était urgent pour notre pays d\u2019arrêter son attention sur l\u2019étude des problèmes liés à la question sociale et d\u2019employer son énergie à les résoudre.Le président des Semaines sociales du Canada fut en ce sens un précurseur; ses 858 L'ACTION NATIONALE livres et ses articles éclairèrent ce domaine et tut le point de départ d\u2019heureuses initiatives.Mais le terrain social n\u2019est pas le seul où le directeur de l'Oeuvre des retraites fermées dépense son étonnante activité.Tous ceux qui depuis une dizaine d\u2019années soutiennent chez nous les diverses entreprises vouées à l\u2019action catholique et française, savent seuls ce qu\u2019ils doivent au Père Archambault, l\u2019appui précieux qu\u2019ils trouvent dans la chaleur de son enthousiasme et la lumière de sa foi, dans son ardent patriotisme et sa charité intellectuelle.L'Action française en a bénéficié plus que personne.Elle ne l\u2019oubliera point.\u201d L'ÉTAT DE LA NATION par Jean Genest 860 L\u2019ACTION NATIONALE Quel est l\u2019état des Franco-Québécois comme collectivité, comme nation?Quel est leur état de santé en 1980?Nous semblons marcher d\u2019un bon pas, mais marchons-nous toujours dans la bonne direction?Pourquoi y a-t-il tant de ratés dans la machine et tant de traînards dans le groupe?Nous voudrions tenter un diagnostic et, pour cela, décrire quelques symptômes, les plus saillants, afin de mieux connaître l\u2019efficacité de notre rôle et de notre action.D\u2019abord qui fait partie de la nation franco-québécoise?On en fait partie par droit ou par choix.En font partie par droit, ceux qui sont nés sur le territoire du Québec, qui ont assumé une histoire de quatre siècles dans leur cœur et qui manifestent un vouloir-vivre en français, et ensemble, en ce coin de l\u2019Amérique du Nord qui s\u2019appelle le Québec.Par là nous nous distinguons profondément du melting-pot américain et du multiculturalisme anglo-canadien: leurs malaises ne nous atteignent qu\u2019indirectement.En font partie par choix ceux qui, arrivés sur notre territoire, surtout depuis la deuxième grande guerre, adhèrent à notre culture et font corps avec notre destin.Par droit de naissance ou par droit d\u2019élection, nous élargissons donc notre concept de \u201cnation\u201d et nous souhaitons la plus cordiale bienvenue à tous ceux qui, par la loi 101 ou sans elle, épousent le Québec français.Cette nation demande à être examinée, auscultée, suivant 1) sa qualité de vie, 2) sa vigueur d\u2019affirmation et 3) sa volonté d\u2019affronter l\u2019avenir.Ces trois grandes forces relèvent, en majeure partie, de l\u2019Église, de l\u2019État et des rapports entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec.Examinons d\u2019abord la présence de l\u2019Eglise.I \u2014 L\u2019ÉGLISE ou LA QUALITÉ DE NOTRE VIE COLLECTIVE Autant qu\u2019une famille, une nation a besoin de forces spirituelles.Sans l\u2019honnêteté des citoyens, sans la justice des dirigeants, sans une distinction claire du bien L\u2019ÉTAT DE LA NATION 861 et du mal chez les juges et les parents, comment une nation peut-elle survivre sans répression et sans goulag?Sans amour et sans une intelligence de la vie globale, comment ne pas nous enfoncer dans le matérialisme et l\u2019égoïsme?Non, l\u2019Église représente chez tous les peuples une volonté de droiture, d\u2019entraide, de service et une intelligence de la vie qui est irremplaçable.Aucun Etat ne peut aller au cœur de l\u2019homme comme l\u2019Eglise.Elle est la mère des peuples.Elle est experte en humanité.Or, dites-moi, comment caractérisez-vous les transformations connues par l\u2019Église du Québec entre 1960 et 1980?Facteur d\u2019unité, modeleur des élites nécessaires durant notre marche, l\u2019Église a façonné, surtout de 1760 à 1960, un tissu national fait de liens très forts qui a maintenu au Québec un haut niveau de conscience morale et un haut niveau spirituel autant chez les individus que dans nos institutions.On I a accusé de paternalisme, d\u2019incursion dans un tas de domaines qui ne la regardaient pas, d\u2019avoir fait plusieurs faux pas autant par ses représentants que par ses organisations.Hélas, le poids d\u2019humanité était là.Même en ses fautes, elle nous reflétait comme un miroir.Mais aux pharisiens nous dirions: que celui qui est sans faute, lui lance la première pierre, qu\u2019il soit romancier, poète, politicien ou marxiste! Mais de 1960 à 1980, il y eut comme un effondrement.Le mot est-il trop fort?Les structures essentielles sont encore en place.Dans l\u2019épreuve, l\u2019Eglise, s\u2019est purifiée.Bien détachée des domaines temporels, l\u2019Eglise a reconnu aux citoyens le droit de choisir le type de gouvernement qu\u2019ils préféraient, donnant ainsi à notre autodétermination plus de liberté que ne veut lui en concéder l'État fédéral.L\u2019effondrement se voit dans son recrutement, dans son enseignement et dans la vie de ses paroisses.On estime encore que les Franco-Québécois sont, à part les marginaux entêtés, des catholiques à 95% mais seulement 33%, soit le tiers, seraient encore pratiquants.Il y a des diacres, des laïcs qui distribuent l\u2019Eucharistie aux malades et aux personnes âgées.Il y a 862 L\u2019ACTION NATIONALE le renouveau de la pastorale.Il y a aussi des manifestations de réelle piété, comme le pèlerinage du vendredi saint, à Montréal.Oui, il y a des signes positifs nombreux.Mais la différence est énorme.La majorité semble s\u2019être installée dans l\u2019indifférence, dans l\u2019ignorance de sa foi et dans le silence.Un silence, une passivité, comme le plomb: on fait à sa tête, comme on veut et non plus comme l\u2019Eglise le veut.Un exemple est symptomatique: depuis 1970, les universitaires ont publié une centaine d\u2019œuvres sur le Québec; je compte sur les doigts de la main ceux qui ont pris le temps de scruter le phénomène de la déperdition des forces spirituelles au Québec.Et si les Evêques parlent, ils se font prendre à partie, parfois avec bonté et le plus souvent avec le piquant du reven-chard.Jean Guitton parle, en 1980, d\u2019\u201cune glissade vers une espèce d\u2019incertitude à tous les paliers\u201d.Jean-Charles Falardeau, dans Dossier-Québec (Stock, 1979, p.55) écrit: \u201cLes Québécois fourmillent d\u2019idées généreuses mais semblent ne savoir quoi faire de leur liberté dans un vide spirituel et intellectuel\u201d.Il y a aussi un besoin d\u2019évasion très réel comme ce mouvement de fuite vers les plages de la Floride.On s\u2019installe dans le bien-être matériel sans montrer le besoin d\u2019un renouveau ou d\u2019une remontée spirituelle.Ce vide spirituel et cette instabilité se voient partout.Avec le divorce plus facile (Ottawa, 1968), le Québec a connu un torrent de foyers brisés.Quand les barrages brisent, les ruines s\u2019accumulent.Ainsi, en 1960, le taux de divorce par 100,000 habitants était d\u2019environ 7%, mais il atteignait 227% en 1975.Cette multiplication par 31 en 15 ans est bouleversante à la fois par sa soudaineté et son ampleur.On m\u2019assure qu\u2019en 1980, les statistiques ont augmenté considérablement (Document de travail de la CECC: Le mariage et la famille, juin 1980, p.42).Une conséquence: en 1976, il y avait au Québec 160,000 familles monoparentales dont 80% étaient dirigées par une femme.Un grand nombre de divorcés se remarient ou trouvent un parternaire.Toute la structure familiale est en grand danger au Québec.D\u2019ailleurs, on ne se prive pas d\u2019attaquer la famille, à l\u2019université et dans les mass-média. L\u2019ÉTAT DE LA NATION 863 Plus inquiétante encore est la chute dramatique de la natalité au Québec.Notre taux de natatlité était de 45 naissances pour 1,000 habitants en 1860, de 28 pour 1,000 habitants en 1960 et de 15 pour 1,000 en 1980.Il s\u2019agit d\u2019une dégringolade sensationnelle.En quelques années et, simultanément, dans tous les coins du Québec à la fois, nous perdons.Notre nation s\u2019affaiblit: si en 1960 nous avons enregistré 137,000 naissances, nous n\u2019en avions plus que 86,000 en 1973.Et si quelques démographes trouvent que la situation s\u2019est stabilisée ou améliorée depuis 1973, il faudrait leur demander si cette hausse n\u2019est pas due aux naissances chez les immigrants récents plutôt que chez les Franco-Québécois.L\u2019historien français Pierre Chaunu compare même la dénatalité dans le monde occidental à une peste blanche.Les moyens anticonceptionnels ont joué, au Québec, un rôle plus dévastateur que toutes les drogues, le cancer et les maladies contagieuses mises ensemble.Nos naissances arrivent à peine à dépasser les morts.Comme nation, cela nous met dans une situation de fragilité et d\u2019imprévisibilité.Pour compliquer les choses, rappelons-nous que depuis 1791 nous vivions sous un régime colonial.Celui-ci s\u2019est désintéressé des autochtones.Il ne leur a pas ouvert des chemins.Il ne leur a pas distribué des terres.Ils ont fait venir des immigrants à pleins bateaux.Qu\u2019ont fait nos gens?Des actes d\u2019héroïsme en ouvrant la Beauce, l\u2019Estrie, le Lac Saint-Jean et l\u2019Abitibi, mais aussi, presque forcés par l\u2019inaction de l\u2019État, ils ont causé une hémorragie terrible en allant s\u2019assimiler dans l\u2019Ouest ou aux États-Unis.Cette hémorragie a duré plus d\u2019un siècle.Si, alors, maîtres de notre destin, nous avions pu loger et implanter nos jeunes, notre nation compterait aujourd\u2019hui entre 15 et 20 millions de Franco-Québécois.L\u2019hémorragie du 19e siècle ressemble étrangement, en ses résultats, à la dénatatlité du 20e siècle.Pouvons-nous nous permettre de telles pertes à chaque siècle?Pertes qui sont arrivées aussi au peuple irlandais et qui passait de 8,200,000 en 1841 à 4,200,000 en 1941.C\u2019est le sort des pays colonisés qui ne peuvent diriger eux-mêmes leur propre sort ou qui sont mal gouvernés.Les vrais politi- 864 L\u2019ACTION NATIONALE ciens doivent considérer cette situation comme prioritaire dans tous leurs programmes actuels et futurs.Faut-il dire un mot de l\u2019avortement au Québec?Faut-il parler des relations pré-maritales dans nos polyvalentes et nos CEGEP?L\u2019Église n\u2019est plus suffisamment présente aux familles ni les familles à l\u2019Église! Tous ces phénomènes n\u2019indiquent-ils pas que nous sommes soumis à des épidémies graves, aux dix plaies d\u2019Égypte?Ne seraient-ils pas seulement les signes d\u2019un pourrissement spirituel en profondeur?Ce pourrissement se manifeste par le vide fait aux principes et à l\u2019espérance chrétienne.Les volontés se sont affaiblies.Les valeurs spirituelles ont comme quitté notre pensée et notre action.La vision chrétienne de la vie ne s\u2019estompe-t-elle pas chez nous?Ne nous faudrait-il pas revenir à la Parole du Christ?Sinon ne risquons-nous pas un vide d\u2019âme plutôt qu\u2019un surcroît d\u2019âme?le danger est là: ce vide d\u2019âme, par quoi sera-t-il rempli?Par des religions séculières, comme le marxisme, l\u2019astrologie ou la course aux idoles, hindoues ou autres?Il - L\u2019ÉTAT Tout autre est le tableau de l\u2019État québécois.Deux faits donneront une idée de la montée sensationnelle de l\u2019État.Premier fait: si en 1960 le budget atteignait 600 millions de dollars, en 1980, il dépasse 17 milliards de dollars.Deuxième fait: si le produit brut national (le PNB) en 1960 atteignait moins de dix milliards de dollars, il en atteint aujourd\u2019hui plus de 60 milliards dont un tiers est assuré par les exportations.Peu d\u2019États dans le monde peuvent présenter de tels chiffres.En effet, sur les 146 pays présents aux Nations Unies, à peine une douzaine nous dépassent.En vingt ans, notre nation, par son État, a un système d\u2019éducation universel, un système de bien-être social le plus généreux au monde; un système politique d\u2019aide à la petite et moyenne industrie à la fois classique et innovateur par les SODEQ régionales.En 1959, nous étions encore dominés par une oligarchie anglo-américaine et L\u2019ÉTAT DE LA NATION 865 nous ne croyons pas possible de nous passer de l\u2019aide anglo-américaine dont les capitaux s\u2019emparaient de nos richesses naturelles pour les vider au profit de métropoles lointaines, comme Iron Ore, comme ITT Rayonier.Maintenant nous avons assumé de reprendre le contrôle de nos richesses et de notre vie économique.Michel Nadeau, chroniqueur au Devoir, écrivait dans Dossier-Québec: \u201cDans une première étape, le modèle québécois de développement repose sur deux pôles de croissance: les coopératives et les sociétés para-publiques\u201d (p.133).Dans une deuxième étape, accompagnant la croissance des sciences économiques dans nos universités, nous assistons à la croissance phénoménale de nos entreprises privées.Pour nous en tenir à ce qui regarde les initiatives de l\u2019État québécois, nous ne dirons qu\u2019un mot des coopératives.De 1910, quand Alphonse Desjardins ouvrit sa première caisse d\u2019épargne et de crédit, à 1980, le mouvement coopératif, sous vingt formes différentes dépasse, actuellement les 12 milliards de dollars et ses 1700 succursales regroupent près de 4,000,000 de Québécois.Le capital, même dans les plus petites localités, commence à être disponible pour hausser notre niveau de vie, améliorer la ferme, nous bâtir une maison ou assurer notre retraite.Le mouvement Desjardins met de plus en plus de capitaux dans les entreprises.Ces investissements vont de 10% des actions à la Banque d\u2019épargne à 100% des actions de Culinar, opération qui, à elle seule, représente 130,000,000 de dollars d\u2019affaires en 1980.Bien davantage, nombreux sont les sociologues et les penseurs qui voient dans la coopération, une formule intermédiaire entre le marxisme dictatorial et le capitalisme libertaire, une philosophie des relations humaines dans le domaine économique.Si jamais les Cooprix réussissaient à acheter les 80 magasins Dominion encore disponibles dans le Québec, les Québécois pourraient beaucoup mieux organiser tout le système de distribution de l\u2019agro-alimentaire chez eux.Surveillez cette possibilité.Elle ouvre des horizons. 866 L\u2019ACTION NATIONALE Arrivons aux sociétés para-publiques.Les deux principales sont, sans contredit, l\u2019Hydro-Québec et la Caisse de dépôt.Chacune représente un chiffre d\u2019affaires près de 12 milliards de dollars.L\u2019Hydro-Québec nous assure la propriété de notre grande richesse naturelle: l\u2019énergie électrique.Dans un monde angoissé par le contingentement de l\u2019énergie pétrolière et par son prix de plus en plus exorbitant sur le marché mondial, nous possédons une ressource indéfiniment renouvelable dont le surplus nous assure des revenus de plus en plus importants.Si les barrages de la Baie James, à La Grande, ont coûté extrêmement cher, soit environ 15 milliards de dollars, les experts calculent que le tout sera payé en moins de 18 ans.Quand nous aurons harnaché toute nos rivières, nous aurons doublé notre richesse en électricité, passant de 25 milliards de kWh à 50 milliards.Selon qu\u2019alors nous exporterons ou non, le Québec pourra satisfaire plus ou moins à 50% de ses besoins en énergie.C\u2019est énorme.Dans le moment, nous exportons cette énergie aux Maritimes, en Ontario et dans le fameux triangle américain entre Boston, Washington et Pittsburg.Mais il arrivera un jour où, arrêtant d\u2019exporter, les industries étrangères devront s\u2019installer au Québec pour en profiter.Alors après avoir oscillé vers l\u2019Ouest du Canada, la puissance manufacturière de demain pourrait bien revenir au Québec pour profiter de sa richesse.À cause de cette richesse inouïe, nous ne pouvons nous empêcher de voir le grand nombre d\u2019intérêts qui s\u2019opposent à l\u2019autodétermination du Québec.Le Club de Rome a publié un livre où les experts affirment que, pour les énergies pétrolières, le compte à rebours est déjà commencé.Elles s\u2019épuisent parce qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une richesse non renouvelable.Mais en ce qui regarde l\u2019énergie électrique, le Québec ne fait que commencer.Et de quelle façon spectaculaire! Aussi que d\u2019intérêts extérieurs veulent contrôler, parmi d\u2019autres, cette richesse quasi inépuisable et ultra précieuse dans le monde d\u2019aujourd'hui.Quant à la Caisse de dépôt, nous commençons à peine à voir ce qu\u2019une action agressive peut redonner aux L\u2019ÉTAT DE LA NATION 867 Québécois dans l\u2019exploitation de leurs richesses.C\u2019est grâce à la Caisse de dépôt que Provigo put s\u2019assurer le contrôle de Loeb, passant d\u2019un chiffre d\u2019affaires d\u2019environ 500 millions de dollars en 1977 à 2 milliards et demi de dollars en 1980.Par elle encore, le Québec put acheter 10% des actions de Domtar, devenir son principal actionnaire et entrer au bureau d\u2019administration d\u2019une des plus grandes entreprises de papier.Elle soutient le Delta des Gouverneurs en achetant 10% de ses actions.Et ainsi de suite.Prenant un regard encore plus élevé, nous nous apercevons que l\u2019ensemble des épargnes administrées par les Franco-Québécois par ces Sociétés d\u2019État, par les compagnies d\u2019assurances, par les Fiducies, etc.signifient pour les Franco-Québécois, un capital collectif d\u2019environ 100,000,000,000.00$.Nous avons là un capital énorme pour notre libération économique.Ce n\u2019est pas la fin du monde car les seules banques Royale et Montréal ont un chiffre d\u2019affaires supérieur à cent milliards de dollars.Néanmoins, nous sommes partis d\u2019à peu près zéro pour en arriver à cent milliards.Nous avons raison d\u2019être fiers devant cette progression qu'on ne pourra plus arrêter.Par Rexfor nous reprenons la direction de nombreuses exploitations de nos forêts.Avec Donahue, nous entrons dans la fabrication du papier journal.Si l'initiative privée a repris possession du cabotage sur le fleuve Saint-Laurent, ce sont les initiatives d\u2019État qui lui assurent la prospérité par un contrat de dix ans pour le sel qui sera extrait des fameuses mines de sel et de gypse aux îles-de-la-Madeleine.Ces entreprises ne sont pas énormes si nous les comparons aux géants anglo-américains, mais nous voilà capables de former des équipes de spécialistes non seulement dans la production, mais aussi dans l\u2019exportation et la finance internationale.Ajoutez à cela SOQUEM, SOQUIP, SIDBEC et vous avez là un ensemble de joyaux, entièrement consacrés à l\u2019exploitation de nos richesses, au service des Québécois.Hier, nous étions livrés aux grands étrangers.Aujourd\u2019hui, nous commençons à voir une chance de les extraire et de les transformer ici-même, donnant du 868 L'ACTION NATIONALE travail à nos gens et arrêtant ainsi les hémorragies des chômeurs qui vont chercher du travail ailleurs.Vous saviez que le Québec est, avec le Brésil et l\u2019Australie, un des plus grandspropriétaires de minerai de fer au monde.C est surtout grâce à la Fosse du Labrador, merveille de la nature, qui, sur 100 milles de largeur et 800 milles de longueur, présente du minerai de fer en abondance.À cause de cela, entre Montréal et Tracy, nous voyons surgir déjà ce que nos gens appellent le boulevard de l\u2019acier.Notre production minière qui atteignait vingt millions en 1920, atteint deux milliards en 1980.Ajoutez à tout cela, la création fort bien imaginée des SODEQ, et vous avez un réveil régional dans le secteur de la petite et moyenne entreprise qui pourrait devenir phénoménal si l\u2019appui de l\u2019Etat reste éclairé et constant.Le XXe siècle a mis le Québec sur la carte du monde.Qu\u2019en sera-t-il du XXIe siècle?Il faut insister sur toutes ces trouées qui signifient une libération et une poussée irrésistible vers le gouvernement de nous-mêmes par nous-mêmes.Nous le pouvons.Nous le faisons.Cet essor du Québec s\u2019oppose au National Policy d\u2019Ottawa qui travaille toujours au profit de la majorité canadienne, c\u2019est-à-dire au profit des Anglo-Canadiens qui constituent près de 75% de la population canadienne.C\u2019est en ce sens que le fédéralisme canadien doit être surveillé de très près et que si on le renouvelle, il doit l\u2019être dans le sens d\u2019une plus grande autonomie et d\u2019une plus grande sécurité pour nos intérêts collectifs.Ill \u2014 OTTAWA-QUÉBEC Ces relations entre la majorité anglo-canadienne à Ottawa et la minorité française au Québec constituent, actuellement le problème le plus crucial que nous ayons jamais vécu sous le régime constitutionnel de 1867.François-Albert Angers avait bien raison, en allant au fond des choses, de dire: \u201cCe n\u2019est pas l\u2019hypothèse canadienne qui peut cerner la réalité de notre territoire national, mais l\u2019adhésion du cœur à un sol qui se veut français\u201d (Pour orienter nos libertés, Fides, 1969 d 276-277).\t\u2019 L\u2019ÉTAT DE LA NATION 869 Nous vivons depuis 1867 en régime dit fédératif.L\u2019expérience universelle, et les grands professeurs de droit constitutionnel européens, nous avertissent que nulle forme de guvernement n\u2019est plus instable que ce e-là, ni plus difficile à contrôler.On y oscille perpétuellement entre le courant centripète qui accorde plus de pouvoirs au gouvernement central et, en ce cas, on en arrive à un gouvernement plus ou moins unitaire, et entre un courant centrifuge qui accorde plus de pouvoirs aux qouvernements locaux et, en ce cas, on en arrive, a la limite, à une véritable confédération d\u2019Etats souverains, associés dans un gouvernement central plus ou moins puissant La Belgique et la Suisse sont des exemples ainsi que le Conseil Nordique, la Communauté économique européenne qui vient de se donner un Parlement supranational.Georges Scelle, grand juriste français, définit ainsi les lois qui président à la bonne marche d\u2019un système fédéral: loi d\u2019autonomie, loi de superposition et loi de participation.La loi de participation, dans l\u2019égalité des groupes, est idéale mais, ici au Canada, elle reste théorique, car en réalité la participation ne se fait pas suivant les lignes des nations, mais suivant la ligne des partis, ce qui empêche toute participation vraiment fructueuse.Il reste la loi d\u2019autonomie et la loi de superposition: ce sont les deux pôles de notre lutte centenaire (Actualité de la question nationale, 1980, PUF, p.22).Si la loi d\u2019autonomie gagne du terrain, le Canada décentralise et nous pourrions aller jusqu\u2019à une confédération d Etats plus ou moins souverains.Mais si la loi de superposition s\u2019impose, nous voyons les régions étouffer et nous allons vers l\u2019union législative.Les parties cçmposantes deviennent des demi-Etats plutôt que des Etats de plein droit.Les provinces de l\u2019Ouest commencent à s\u2019en apercevoir.C\u2019est un retour, sous d\u2019autres mots, au statut de colonies ou de satellites du gouvernement central.En URSS et en Afrique du Sud, n\u2019est-ce pas le régime en vigueur?N\u2019oublions pas qu\u2019au Canada, tout le National Policy, servi par tous les fonctionnaires fédéraux, est l\u2019a priori sous-jacent à toutes les études, toutes les Commissions, à tous les partis politiques qui ont choisi Ottawa comme terrain de travail. 870 L\u2019ACTION NATIONALE Cette politique centralisatrice se voit aux pouvoirs que le gouvernement d\u2019Ottawa s\u2019accorde unilatéralement, sans même en discuter avec les provinces.Regardons par exemple le droit illimité de dépenser que s\u2019accorde le fédéral.Par là, il entre dans les secteurs des entreprises locales, dans la construction des chemins, dans les mines, l\u2019aide aux pêcheries, les cours aux chômeurs, l\u2019aide aux municipalités, l\u2019aide à la recherche.Bref, il n\u2019est pas de domaine où il ne s\u2019immisce.Et parce qu\u2019il dépense beaucoup, il se donne un droit de taxation qui alourdit exagérément le fardeau du contribuable.Peu à peu les gouvernements provinciaux voient diminuer leurs pouvoirs d\u2019intervention, même régionale, même locale.Dans les communications, dans les transports, dans l\u2019aide à l'industrie, pour ne citer que trois points importants, les provinces aimeraient bien posséder des pouvoirs plus entiers (Jean-Jacques Roy, professeur à McGill: À la recherche d\u2019un pays.Les relations fédérales-provinciales \u2014 Et Ministère des Affaires intergouvemementales: Les positions traditionnelles du Québec sur le partage des pouvoirs, 1900 = 1976, publié en 1978, p.113).Aujourd\u2019hui tout est remis en question.Et le gouvernement central veut inscrire dans la future constitution tous les gains acquis depuis 1867.Aussi des universitaires québécois parlent qu\u2019il existe au Canada deux nationalismes: le nationalisme libérateur et le nationalisme oppresseur.Le pendule oscille entre d\u2019une part, des provinces qui deviendraient des États plus ou moins souverains et des provinces, d\u2019autre part, qui deviendraient plus ou moins des colonies.CONCLUSION Quel diagnostic porter après cette description?Nous voyons un petit peuple, sans fertilité remarquable, ne dirigeant pas pleinement ses destinées, entouré d\u2019une masse de 250,000,000 d\u2019Anglo-Américains, qui explose en manifestations culturelles et en trouées économiques, fort attaché à sa culture française mais dont tous les pouvoirs sont rognés, envahis, piétinés, menacés.Seule L\u2019ÉTAT DE LA NATION 871 la loi 101, en faisant du Québec un État français, nous redonne espoir par la francisation des immigrants admis au Québec comme les neuf autres provinces anglicisent les leurs.Divisé par les partis politiques et dans l\u2019opinion publique, l\u2019État québécois est servi par l\u2019appui de tous les universitaires éclairés.Ce sont eux qui, compétents et délégués aux commissions et aux enquêtes, multiplient les grandes études qui, depuis celles entreprises par Esdras Minville sur Notre Milieu, sont devenues les bases sûres à partir desquelles il y a moyen de préparer le Québec de demain.En grande partie, ce sont eux qui conçoivent l\u2019État québécois comme une expression du peuple et qui oeuvrent à bâtir l\u2019avenir.À partir de là, le nationalisme québécois ne peut demander qu\u2019un fédéralisme décentralisé et un État québécois fort: là seulement il pourra résister à un État anglo-canadien centralisateur et étouffant ainsi qu\u2019à un État américain dominateur et volontiers exploiteur, s\u2019il en a la chance.Face à cette situation nord-américaine, nos associations nationalistes ont un rôle urgent à jouer.Elles doivent devenir la conscience nationale des Québécois qui n\u2019en ont plus ou qui en ont trop peu.Nous devons devenir la voix de la libération.Nous le devons à nous-mêmes.Nous le devons à notre histoire.Nous le devons à notre jeunesse.Aimez bien votre Québec.Aimons bien notre Québec.Ayons le courage d\u2019aimer notre Québec d\u2019abord. L'ACTUALITÉ SUR LE VIF par Patrick Allen L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 873 Québec-économique et Financial Times Un éditorial du Financial Times (6 avril 1981) rappelait que l\u2019élection de M.René Lévesque à la tête du gouvernement du Québec en 1976 devait entraîner la catastrophe du point de vue financier et économique, selon les observateurs les plus pessimistes.La réalité en 1981 est tout autre: la croissance économique a été de 14.5% au Québec, en valeur absolue, donc abstraction faite de l\u2019inflation, ce qui est près de deux fois celle de l\u2019Ontario qui n\u2019a atteint que 7.7%.Quand le Parti québécois a pris le pouvoir, le chômage au Québec était de 9.8% de la population active, par comparaison avec 6.2% en Ontario.Il est aujourd\u2019hui de 9.5% contre 6.5% en Ontario.La situation du travailleur moyen s\u2019est aussi améliorée, les salaires industriels moyens ayant augmenté de 55% au Québec par comparaison avec 49% dans la province voisine.Même si le fardeau des taxes est encore plus lourd dans notre province, le revenu personnel disponible, après imposition, a grandi plus vite, soit 32% d'augmentation au Québec contre 22% en Ontario.Bien sûr, ces bons résultats ne sont pas attribuables en tout au gouvernement au pouvoir car le traitement favorable à l\u2019industrie textile au Québec et la crise dans le secteur de l\u2019automobile en Ontario ont joué dans un sens ou dans l\u2019autre.Les finances publiques ont été administrées avec sagesse et prudence pendant les quatre dernières années, toujours d\u2019après le Financial Times.Ce journal conclut que toutes les provinces du Canada n\u2019ont pas eu la chance de pouvoir faire un choix entre deux possibilités de bon gouvernement et que ce qui pourrait faire pencher la balance, ce pourrait être la personnalité de l\u2019un ou de l\u2019autre des deux chefs de parti.Il faut comprendre le poids d\u2019un tel éditorial en pleine campagne électorale, surtout si on se rend compte 874 L\u2019ACTION NATIONALE que ce journal anglophone ne faisait que confirmer ce qu\u2019ont écrit le Globe and Mail et MacLean Magazine.Les anglophones du Québec ne semblent avoir rien vu de tout cela.Alfred Rouleau, administrateur à la Banque du Canada \u201cAlfred Rouleau, c\u2019est l\u2019Assurance-Vie Desjardins, l\u2019Institut coopératif Desjardins, le Complexe Desjardins\u201d, comme s\u2019exprimait Yollande Lécuyer (22 avril 1981) à l\u2019émission de télévision Le Dix vous informe.À 65 ans et à peine retraité du grand mouvement coopératif, M.Rouleau siégera comme administrateur à la Banque du Canada tout en continuant d\u2019agir comme membre du Conseil d\u2019administration de la Caisse de dépôts et de placements du Québec et comme président de l\u2019Institut national de la productivité.Lors de cette entrevue, Madame Lécuyer a rappelé que si M.Rouleau est un homme d\u2019action il est aussi un homme de principes.Pour lui, la coopération repose sur trois choix très clairs: la primauté de l\u2019homme sur le capital, la démocratisation de l\u2019économie et la participation des usagers-propriétaires.Ces choix lui ont valu certaines critiques à l\u2019intérieur du mouvement où on lui reprochait parfois de mettre la priorité sur l\u2019aspect social plutôt qu\u2019économique du Mouvement.\u201cMais j\u2019ai fait ça sciemment, a répliqué M.Rouleau, parce que dans le Mouvement Desjardins, il n\u2019y a pas d\u2019inquiétudes à avoir par rapport à des personnes qui ont des compétences et des préoccupations sur le plan financier, sur le plan économique et sur celui de la bonne gestion; j\u2019ai réalisé à un moment donné qu\u2019il fallait une espèce de ténor qui, constamment, rappellerait aux troupes qu\u2019à travers cette activité financière et commerciale, il y avait une dimension sociale et humaine.Il s\u2019agissait d\u2019humaniser l\u2019argent: ça c\u2019est l\u2019objectif final!\u201d Ce témoignage fait toute la différence entre les mobiles d\u2019action des Caisses populaires et ceux des autres institutions financières.Il constitue un défi à L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 875 relever pour les nouveaux administrateurs.C\u2019est un nouveau son de cloche aussi pour la Banque du Canada qui ne se rend peut-être pas assez compte, publiquement, du poids du Mouvement Desjardins.Sœur Allard ou l\u2019union de la compétence et du dévouement La vie nationale d\u2019un peuple comme celui du Québec a été entourée du dévouement et de la compétence d\u2019une foule de femmes et d'hommes qui lui ont permis de surmonter les difficultés de toute nature qui ont marqué son histoire.Soeur Marie-Louise Allard, des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph, de Montréal, est l\u2019une de ces personnes qui s\u2019est distinguée entre toutes, par ses études d\u2019infirmière, son ouverture d\u2019esprit, son sens de la recherche scientifique et de l\u2019innovation.Elle est bien connue dans les Centres de Santé du Canada par sa contribution importante au niveau des Associations et de l\u2019enseignement du nursing.Elle a rempli un grand nombre de postes de direction ou d influence tant à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal que dans l\u2019enseignement universitaire et dans certains milieux hospitaliers hors du Québec.Sa carrière l\u2019a placée au centre des œuvres de bienfaisance sociale, communautaire et ecclésiale, presque jusqu\u2019au jour de son décès, le 23 mars 1981.Bon nombre de médecins et d\u2019infirmières lui doivent un sens plus raffiné du dévouement.La recherche scientifique fut, pour elle, le chemin d\u2019excellence pour un dévouement toujours plus éclairé.Jacques Hébert: Mobilisation face aux Tiers-Monde Finies les interminables discussions constitutionnelle, trêve de batailles à saveur nationaliste trop concentrée, selon Jacques Hébert.Homme d\u2019action, par l\u2019oral et l'écrit, ce défenseur de Coffin vient de publier, en 1980, un nouveau livre de 200 pages: Le grand branle-bas: le Canada, espoir du Tiers-Monde.L\u2019invitation est claire et simple: faire du Tiers-Monde non pas l\u2019une de nos préoccupations pour l\u2019année pro- 876 L\u2019ACTION NATIONALE chaine mais notre seule hantise pour toute la prochaine décennie.Jacques Hébert propose un plan détaillé de campagne avec une tâche pour chacun! Quel Québécois restera sourd à cet appel parmi tant d\u2019autres?Les Irving terrifiés ou la gangrène des obèses du régime Sous le titre Les Irving terrifiés, la Presse (16 avril 1981) parle des membres de la famille Irving, du Nouveau-Brunswick, qui se présentèrent à la Commission Kent chargée d\u2019enquêter sur la propriété et les activités des média d\u2019information.Cette Commission est à la recherche des abus, soit dans la concentration des propriétés, soit dans le contrôle de l\u2019information.Les Irving y voient une menace à la libre entreprise, à la propriété privée, au marché libre, au pays libre, aux fondements mêmes du capitalisme.Il s\u2019agirait là d\u2019une intervention injustifiée du gouvernement laquelle pourrait conduire au socialisme.Le scénario est clair: la Commission Davey, en 1970, a déjà évalué les intérêts Irving à près d\u2019un milliard de dollars.N\u2019étant pas une corporation publique, la famille Irving n\u2019est pas tenue de divulguer ses bilans et ses profits.Néanmoins l\u2019empire industriel et financier en question comprend le monopole des cinq quotidiens du Nouveau-Brunswick, un poste de radio et de télévision à St.John, un poste de télévision à Moncton, et autres menus objets dont la famille Irving est propriétaire.De plus, John, frère d\u2019Arthur et de James, est l\u2019unique propriétaire des sociétés éditrices du Times et du Transcript, de Moncton, et du Fredericton Gleaner.Voici quelques paroles qui décrivent leur façon de penser: \u201cPourquoi nous avez-vous choisis, pourquoi vous en prenez-vous à nous?Nous avons un derrière à botter, nous sommes du bon gibier pour vous.Nous croyons en la libre entreprise et ça fait diablement mal de penser qu il pourrait y avoir des règlements du gouvernement pour contrôler les journaux.J\u2019espère que le gouvernement ne se lancera pas dans le socialisme.Nous sommes terrifiés devant l\u2019intervention gouvernementale\u201d. L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 877 Ces paroles furent lancées par Arthur aux commissaires, plus particulièrement à M.Don Affleck, l\u2019avocat de la Commission.Le président a tenté de rassurer les seigneurs offensés en déclarant gu il ne cherchait pas à \u201cpincer les Irving\u201d, ni à faire porter des accusations contre eux mais que son but était d étudier l\u2019à-propos et les points précis où il conviendrait de modifier la loi.À une question du commissaire Laurent Picard demandant à John Irving son opinion sur une éventuelle commission de surveillance de la propriété de la presse, la réponse a été catégorique: \u201cJe suis contre toute intervention sur le marché libre, contre l\u2019idée d\u2019un Conseil de presse comme il en existe un au Québec, pour entendre les plaintes et rendre un jugement de portée morale seulement, contre enfin les interventions de toutes sortes en un pays libre comme le nôtre.N\u2019importe qui devrait être libre de lancer un journal s\u2019il le désire\u201d.Pour John, un Conseil de presse correspond à un bureau de censure.Pour M.Picard, ce serait une espèce d\u2019ombudsman qui pourrait améliorer la crédibilité des journaux.Pour les Irving, tout le monde est égal pour fonder un journal mais, évidemment, il y en a qui sont plus égaux que d\u2019autres! L\u2019attitude rétrograde de la famille Irving est une honte pour le capitalisme moderne et l\u2019entreprise privée contemporaine.L\u2019absence de pensée sociale fait peur: on revient à la conception de la société comme d\u2019une jungle où dominent les plus forts.Cette famille défend la liberté sous le couvert de la dictature de la presse.Voilà un argument de poids en faveur des socialisants et de l\u2019intervention directe de l\u2019État pour guérir et ramener l\u2019ordre et la raison dans le monde économique extraordinairement égoïste des capitalistes d\u2019arrière-garde ou des profiteurs du régime.Appelons-les les obèses du régime.La famille Irving a lancé un véritable défi aux commissaires.Espérons que ceux-ci seront de taille à le relever! 878 L\u2019ACTION NATIONALE Subventions aux entreprises: béquilles, free lunch ou stimulants?Dans un monde où l'on auréole l\u2019entreprise privée comme le lieu de la productivité, comme animée du sens du risque et de l\u2019initiative, il semble normal que le mobile profit soit le grand ressort de leur vitalité.Pourtant les entreprises privées semblent de moins en moins capables de se débrouiller seules, sans l\u2019aide des gouvernements, pour obtenir des investissements de lancement, de soutien de recherches ou de technologie avancée.Autrefois, les collèges classiques de la province, par exemple, ne boudaient pas tout à fait les subventions mais ils les craignaient comme la peste, soucieux qu\u2019ils étaient d\u2019une autonomie vitale d\u2019action et de décision.Qui aurait pensé, il y a une décennie seulement, que des entreprises comme celles de l\u2019automobile, du pétrole et des machines agricoles en Amérique du Nord, y compris nombre de petites et moyennes entreprises, en viendraient à quémander l\u2019aide des gouvernements sous les formes les plus variées?Les conférences de l\u2019École des Hautes Études Commerciales, à leur quatrième année d\u2019existence en septembre 1981, entreprendront de répondre à cette inquiétude: L\u2019aide gouvernementale à l\u2019entreprise: faillite ou promotion?L\u2019entreprise privée en est-elle rendue à demander des béquilles ou un free lunch comme nouvelles formules de succès?Curieux, nous soulevons une question.M.Lalonde, ministre de l\u2019Énergie à Ottawa, a accusé les entreprises pétrolières d\u2019avoir chargé douze milliards de dollars en trop aux consommateurs canadiens.Si cela est vrai, et en autant que cela est vrai, nous les consommateurs nous aimerions savoir combien de subventions en argent ces compagnies ont-elles reçu pour une raison ou pour l\u2019autre?Ces subventions ne devraient-elles pas être immédiatement déduites de ces surplus exorbitants?Et quel est l\u2019imbécile, au gouvernement, qui accorde des subventions à des entreprises aussi milliardaires?Ou qui accorde des exemptions d\u2019impôts? L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 879 Économiste de choc auprès de Reagan Cet économiste de choc, c\u2019est David Stockman.Presque inconnu en septembre 1980, il devient, six mois plus tard, à 34 ans, le directeur du budget du gouvernement Reagan et son choix pour développer le programme économique (La Presse, 1er avril 1981).Stockman avait préparé le débat décisif de Reagan contre Carter, président sortant dont il n\u2019acceptait pas le plan en économie d\u2019énergie.Spécialiste en fiscalité et dans les théories des économistes néo-conservateurs, partageant les vues des conseillers de Reagan et siégeant à la Chambre, pour le Michigan, dès 1975, le jeune économiste se vit confier la tâche de sabrer dans les dépenses budgétaires et de rationaliser la fiscalité.Il présenta un projet choc qui constitue l\u2019essentiel du programme soumis au Congrès par le président.Le Conseil économique de la Maison Blanche est aujourd\u2019hui appelé Comité Stockman.Cette jeune vedette fera-t-elle école?C\u2019est à voir.Le gouvernement dans l\u2019économie: trop ou pas assez?Quel citoyen réaliste et informé oserait lever le nez sur un article solide touchant à un sujet qui le concerne de si près?Il s\u2019agit d\u2019un article, paru dans la section économie de Dimanche-Matin (12 avril 1981), sous le titre: La part du gouvernement dans l\u2019économie: trop ou pas assez?Il est signé par le professeur Jean Guertin de l\u2019Ecole des Hautes Études Commerciales.Certains reprochent aux gouvernements de prendre trop de place dans l\u2019économie, d\u2019autres voudraient qu\u2019ils en prennent davantage: qui a raison et, surtout, où faut-il s\u2019arrêter?À l\u2019aide de quatre grands tableaux de chiffres tirés de sources auxquelles on ne fait pas dire n\u2019importe quoi, M.Guertin indique, en millions de dollars et en pourcentage, de 1970 à 1979, ce que les gouvernements d\u2019Ottawa et de Québec tirent de nos goussets et ce qu\u2019ils font avec. 880 L\u2019ACTION NATIONALE Les faits montrent \u201cclairement que les dépenses gouvernementales, toujours en pourcentage de la richesse collective, sont nettement plus élevées: 44.3% en 1979 contre 40.3% pour la moyenne canadienne.Comme les recettes sont environ les mêmes (à 38%), à Québec comme pour l\u2019ensemble du Canada, on ne peut échapper à la constatation que le déficit encouru au Québec par tous les niveaux de gouvernement est nettement au-dessus de la moyenne nationale.Au chapitre des dépenses, la situation québécoise se comparait à la moyenne canadienne en 1970-1971; c\u2019est vers le milieu des années 1970 que la province s\u2019est détachée du peloton\u201d.Il faudra donc sabrer! Lalande: le PLQ s\u2019est coupé du Québec français \u201cC\u2019est pour avoir négligé les valeurs nationalistes et l\u2019attachement des Québécois aux valeurs du Québec que le Parti libéral a connu une si cuisante défaite.Au Parti libéral, on n\u2019a pas parlé de nationalisme.On a négligé cet attachement au sol, au pays.On n\u2019a pas su récupérer les valeurs nationalistes du Québec moderne\u201d, a déclaré Georges Lalande, candidat libéral défait dans Maisonneuve (Voir Claude Gravel, dans La Presse, 15 avril 1981).M.Lalande s\u2019était pourtant fait élire aux élections partielles avec une majorité de 4000 voix en novembre 1979.Sans hargne, mais déçu, il juge que sa formation politique et son chef, Claude Ryan, n\u2019ont pas eu de pensée profonde durant la campagne électorale.Ils devront changer s\u2019ils veulent s\u2019approcher de la volonté populaire.\u201cRegardez, poursuit le candidat défait, nos élus viennent en majorité des comtés où les anglophones et les allophones forment le gros des électeurs.Les Canadiens-Français, les Québécois, se sont isolés du Parti libéral du Québec.Ils sont allés au Parti Québécois.Et je crois que les Québécois ont bien voté\u201d.Claude Gravel ajoute ces propos de M.Lalande suivant lequel le Parti libéral du Québec a une pensée canadienne, individualiste, axée sur la prospérité économique, alors que l\u2019heure est plutôt au nationalisme et au L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 881 collectivisme au Québec.\u201cNous avons négligé ces valeurs.Les gens sont allés vers un parti qui avait une pensée plus cohérente et plus solide\u201d.M.Ryan devra retourner à l\u2019école, non à celle des anglophones et des allophones dont il semble avoir pris la défense comme s\u2019ils étaient plus menacés que nous, les Québécois francophones, en Amérique du Nord, mais à celle de la réalité québécoise mieux traduite dans l\u2019Action nationale que dans tout Le Devoir, durant son règne.Il a toujours boudé le nationalisme: il apprend qu\u2019il était marginal au Québec. BAPTISTE, T'AS GAGNÉ TES ÉLECTIONS! Oui mon Baptiste, tu as gagné tes élections! Le 13 avril dernier, tu as pris ton avenir en main.Tu t\u2019es donné une équipe formidable, tu as confié ton avenir à des Québécois.En reportant l\u2019équipe de Monsieur René Lévesque au pouvoir avec une si grosse majorité de sièges, tu as prouvé aux Anglais, aux Canadiens, et au monde entier que tu as du cœur au ventre et un bon jugement; que tu sais voter pour TOI! pour ton avenir, celui de ton peuple et pour tes enfants.Baptiste, tu t\u2019es contenté, le 13 avril, tu as mis de côté les peurs, les craintes, les menteries, l\u2019arrogance; tu as fait confiance à tes semblables des Québécois (des deux langues) mais qui pensent comme toi, c\u2019est-à-dire, qui pensent QUÉBÉCOIS et pour les QUÉBÉCOIS.Tu as fait savoir à Ryan et à Trudeau que le Québec, c\u2019est chez-toi et qu\u2019ils se devaient, eux les \u201cCanadians\u201d de te respecter, dans ta province. BAPTISTE, T\u2019AS GAGNÉ TES ÉLECTIONS! 883 Baptiste, que tu devais donc être fier, le 13 avril au soir, de voir toute ta jeunesse, chanter, crier, et danser ta victoire! La génération montante, Baptiste, ta progéniture, elle est là, sur tes traces, elle s\u2019est levée, debout, avec toi dans un même élan, pour dire qu\u2019elle voulait vivre au Québec.Baptiste, tu es maintenant sûr de toi; ta jeunesse te suit et te comprend.Il te reste ton Troisième Âge à convaincre, à rassurer, à entraîner avec toi dans le Québec de demain.Baptiste, au lendemain de ta grande victoire, il te reste un pays à bâtir, ton Québec souverain; maître de sa destinée, libre de ses décisions, artisan de son avancement et de sa force.Baptiste, je tire mon chapeau devant toi en ce jour, tu es un citoyen démocrate, honnête, dynamique et ta grandeur d\u2019âme est digne de tes ancêtres! de \u201cla terre de nos aïeux.\u201d ton front est ceint de fleurons glorieux.\u201d et \u201ctu grandis en espérant.\u201d le jour où tu auras ton pays bien à toi et tout à toi.Salut Baptiste! Je te félicite, tu viens de faire un homme de TOI.Roch St-Georges RÉSUMÉ DE L\u2019ANNÉE De septembre 1980 à juin 1981, la revue L\u2019ACTION NATIONALE a publié un volume d\u2019environ 900 pages.Les auteurs, au nombre de 40, nous ont donné 81 articles, parmi lesquels il faut signaler ceux de JOHN GRUBE, PATRICK ALLEN, celui de HUBERT GUINDON et celui de MICHEL BRUNET, pour leur qualité d\u2019excellence. 884 L'ACTION NATIONALE INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES SEPTEMBRE 1980 À JUIN 1981 (Les chiffres indiquent les pages) A - TABLE DES AUTEURS ALLAIRE, Georges: Eh oui, c\u2019est non! 233.Réflexion sur le front commun, 511.Une joie pour l\u2019esprit, 666.ALLEN, Patrick: Au fil de l\u2019actualité, 80, 263, 423, 519, 613, 696, 872.Référendum et l\u2019étranger, 169.Réforme constitutionnelle, 173.Textes-clés sur Angers, 474.Présentation d'Angers, ANGERS, F-A.: Référendum, mesure de l\u2019échec, 13, 91.Remerciements, ARÈS, Richard: Impasse constitutionnelle, 361.Joseph-Papin Archambault, S.J., 637, 843.BEAUPRÉ, Vlateun Culture, politique et langue, 574.Pour expression fédéraliste, 670.Québec et son identité, 831.BÉLANGER, Jeannine: Chronique de la langue, 598, 663.Comment parvenir à l'équilibre?BERTRAND, Guy: Livre beige et pouvoir d\u2019urgence, 129.BLAIS, Jean-Éthlen À propos de Francis Fox, 438.BLANCHARD, René: Que faire de notre nationalisme?414.Le projet constitutionnel, 592.Projet d\u2019achoppement?657.Nationalisme, force sociale, 837.BOUCHER, Jacques: Dernier budget Trudeau, 442.BRÉARD, Raymond Québec inachevé, 64.BRUNET, Michel: Fédéralisme canadien vu de Londres, 451 CHOUINARD, J-Y.: Nationalisme et internationalisme, 352.COLLIN, Claude: La vraie voix du Québec?567.COURVILLE, Léon: F.-A.Angers, scientifique, 479.DORION, Frédéric: Le Labrador québécois, 645.DUMONT, Fernand: Allocution (Prix Minville), 223.GENEST, Jean: Après la nuit, l\u2019aurore!, 1.Question aux Anglo-Québécois, 408.Bilan financier, 531.Assureur-vie dans la Cité, 601.Trois gaffes nationales, 629.Joseph-Éna Girouard, 675, Télégramme et zéros, 715.État de la nation, 859.GIROUX, J.B.: Monde du travail et national, 328.Réforme constitutionnelle, 395.Le projet Trudeau, 495.Québec domestiqué, 822.GRUBE, John: Réforme dans la réforme, 30.Pensée nationale d\u2019Angers, 147.Angers et la langue, 238.Libération économique, 292.À la recherche d\u2019Angers, GUINDON, Hubert: Le référendum, 271. INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES 885 HAMEL, Paul: Album du Prix Léon-Gérin, 468.JEAN-PAUL II: Le droit des nations, 235.LABERGE, Henri: Approche constitutionnelle, 211.Nouvelle constitution québécoise, 318.Négociations féd.-prov., 383.LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE: Où va le nationalisme?181.LUSSIER, Doris: Le fascisme rouge, 586.MORIN, Rosaire: Opposition au fédéral, 483.MORNEAU, François: Patronat et nation, 110.NARDOCCHIO, Élaine: Les \u201cBelles-Sœurs\u201d, 342.OUELLET, Gérard: Destin écrit dans le ciel, 418.POISSON, Jacques: Relations France-Québec, 204.Fantasmes de Trudeau, 709.POIRIER, Charles: Fondation Minville, bilan financier, 536.ROY, Bruno: Chanter au Québec, 547.ROY, Maurice: Le réveil des caves, 541.ST-PIERRE, Henri: Le prix Léon-Gérin, 464.SSJB-Montréal: Manifeste, 801.TÉTREAU, Jean: Transcendance et contingence, 581.TRÉPANIER, Pierre: Une pensée claire devant un projet collectif, 364.Plaidoyer pour l\u2019histoire comme genre littéraire, 811.VAILLANCOURT, Raymond: État de la question, 374.VELTMAN, Calvin: Francophonie aux É.-U., 141.B - TABLE DES MATIÈRES Alberta, 703.Américanisation, 39.Angers, F.-A.: 30, 147, 238, 297, 365, 463.Anglo-Québécois, 408.Archambault, Joseph-Papin, 637.Assurances, 601.Assureur-vie, 601.Autodétermination, voir indépendance, constitution, 97, 136, 235, 490.Belles-Sœurs, 342.Bien-être social, 601.Bilan financier, 531.Blais, Jean-Éthier, 438.Bouchette, Errol, 295.Boycottage, 534.Brouillet, Guy, 666.Calgary, 698.Canada, 64, 82.Canadianisation, 699.Centralisation, voir constitution, 81, 335.Chanson, 547.Communication, 704.Conseil du patronat, 4, 116, 620.Constitution, 318, 361, 384, 395.Constitution, voir Livre beige, 173, 211, 451, 495, 592, 633.Construction, 88.Coopération, 297, 528, 617.Coopératives d\u2019électricité, 308.Cousteau, Jacques, 705.Culture, 574.Démocratie, 322.Dénatalité, 610.Députés à Ottawa, 433, 626, 630.Drummondville, 684. 886 L\u2019ACTION NATIONALE École privée, 53.Économie, 81, 267, 292, 396, 442, 618.Éducation, 30.Éducation confessionnelle, 36.Éducation technique, 35.Église, 38, 235.Électricité, 308.Émigration, 423.Entreprise privée, 611.Esprit de parti, 6, 26, 433, 626, 630.État, 50.États-Associés, 161.États-Unis, 615, 708.Fascisme rouge, 586.Fédéralisme, voir constitution, référendum, 112, 285, 445, 451, 483, 495.Folklore, 549.Fondation Minville, 536.Forum, 623.Fox, Francis, 437.France, 204.Francophonie aux É.-U., 141.Girouard, Joseph-Éna, 675.Hydro-Québec, 530.Indépendance, voir référendum, 181, 268.Inflation, 605.Institut d\u2019histoire, 430.Institut Thomas-More, 410.Internationalisme, 352.Labrador, 645.La Familiale, 302.Langue, 237, 487, 575, 598, 663.Lévesque, G.-H., 5, 153.Lévesque, René, 308.Livre beige, 3, 22, 121, 129.Loi, 101, 238.Marxisme, 587.McGill, université, 411.Minorités, 265.Minville, Esdras, 223, 266, 296.Montpetit, Édouard, 296.Montréal, 620.Morin, Claude, 193.Morin, Rosaire, 525.Mouvement nat.des Québ., 374.Multinationales, 87, 702.Nation, 354, 365.Nationalisation de l\u2019électricité, 308.Nationalisme, 147, 155, 181, 328, 352, 414.Nicolet, 680.Ontario, 431.Parent, Étienne, 294.Parti québécois, 20, 107, 138, 517.Parti libéral, voir Ryan, Livre beige, 254.Patriotisme, 155.Patronat, 4, 110.Péréquation, 83, 500.Petrofina, 700.Pétrole, 428.Poulin, Antonio, 432.Princeville, 677.Prix Léon-Gérin, 463.Provigo, 529.Québec, voir référendum, indépendance, 91, 204, 243, 426, 461, 547, 586.Québécois, 12, 91, 264, 368, 423, 429, 485, 504, 706.Recherches, 427, 521.Référendum, 1, 13, 91, 169, 184, 231, 269, 271, 367, 418, 541, 567, 632, 670.Richesse mondiales, 86.Riel, Louis, 685.Rumilly, Robert, 266.Ryan, Claude, 5, 21, 106.Sciences, 427.Souveraineté-association, 118.Statut de Westminster, 454.Syndicats, 511.Télégrammes, 626.Tiers-Monde, 428.Toffler, Alvin, 85.Transcendance, 581.Travailleurs, 329.Tremblay, Michel, 342.Trudeau, Pierre, 9,187, 263, 435, 442, 493, 495, 522, 623, 626, 630, 658, 670, 709.Universitaires, 707.Vigneault, Gilles, 232.Violence, 634. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS des réglons suivîtes t La Société Nationale de f£$t du Québec La S.N.Q.de ia région des Hautes* Rivières La S.N.Q.de la région de ï\u2019Outaouais La S.N.Q.de la région Saguenay Lac Si-Jean La S.N.Q.de la région de rAmiante La S.N.Q.de îa région Richelieu Si*Laurent La S.N.Q, de la région R ichelleu* Va maska La Solidarité c'est notre assurance-vie! La Solidarité *> Compagnie d\u2019assurance sur la vie SIÈGE SOCIAL: QUÉBEC Amos, Beauceville, Chicoutimi, Laval, Longueuil, Québec, Rimouski, Rivière-du-Loup, Sherbrooke "]
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