L'action nationale, 1 avril 1983, Avril
[" l\u2019Action NATIONALE Volume LXXII, numéro 8, avril 1983 LE DÉFI D\u2019ISRAËL .^ ;^.S:5\t\"4sà**- Æg&sl SKgsl?\u2018SC'gv^k fi-T u~?f ?\t-* i ¦-\t.+¦\u2019, ' xz + ?w****\\ «s» zt\\z .Ti ni A'auoji T V^iQ-O r^isr; .»?\u2022£ /WiTS.-A .-«fs» La ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagaçé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Thérèse Dionne-Picard Paul Prévost Gilles Rhéaume Albert Rioux Pierre Trépanier Claude Trottier SES ACTIVITÉS L\u2019Action Nationale, revue d\u2019information nationale orientée vers l\u2019indépendance du Québec.Fondation Esdras-Minville, société recueillant des fonds inaliénables dont les intérêts servent les activités nationales.Clubs de la République, association de jeunes réunis dans le but de préparer l\u2019indépendance du Québec.Éditions françaises, société de publication de dossiers Enquêtes nationales, recherches par des spécialistes sur des thèmes propres à promouvoir les intérêts du Québec Assises nationales, convocation des forces vives du Québec en vue d\u2019une solidarité de pensée, de mouvement, d\u2019action.82, ouest, rue Sherbrooke, Montréal \u2014 H2X 1X3.(514-845-8533) 673 rAction NATIONALE Volume LXXII, numéro 8, avril 1983 TABLE DES MATIÈRES JEAN GENEST:\tL\u2019impérialisme d\u2019Ottawa.675 PAUL PRÉVOST:\tPetites et moyennes organisations .683 Jean-D.ROBILLARD: Qui sont les racistes?.699 GILLES RHÉAUME: Il y a 145 ans.713 MARCEL LAFLAMME: L\u2019économie ouvrière israélienne_ 717 ROGER DUHAMEL:\tLa fable de la souris et de l\u2019éléphant 731 PIERRE TRÉPANIER: Le pouvoir en Acadie.738 FRANÇOIS MORNEAU: L\u2019enjeu des sciences sociales.742 ROGER DUHAMEL:\tPar mon hublot.750 MICHEL BROCHU:\tL\u2019agro-alimentaire: un cas.758 VIATEUR BEAUPRÉ: Les téléromans au Québec.760 PATRICK ALLEN:\tTrouvailles d\u2019actualité.764 BILANS FINANCIERS de L\u2019ACTION NATIONALE et de LA FONDATION MINVILLE .767 674 L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Jean GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t$25.00\t$45.00 Autres pays\t30.00\t50.00 Abonnement de soutien\t35.00\t Les articles de la revue sont répertories et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l'Association canadienne des bibliothèques, dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Quebec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Depot légal: Bibliothèque nationale, 2'em1, semestre 1981 Courrier de la deuxieme classe Enregistrement numéro 1162 L\u2019IMPÉRIALISME D\u2019OTTAWA 675 ÉDITORIAL L\u2019impérialisme d\u2019Ottawa par JEAN GENEST La conscience de notre identité dépend grandement de notre mémoire.Dès la fin du régime colonial français en Amérique, nous nous distinguions fortement des Français de France.Nous étions déjà les Canadiens.Être né au Québec signifiait un goût de la liberté et un esprit d\u2019indépendance, devenus caractéristiques.L\u2019art militaire d\u2019un Vaudreuil était autrement plus adapté au pays que les manoeuvres importées d\u2019un Montcalm.Autrement dit, un peuple se formait.Le même phénomène existait dans les colonies anglaises d\u2019Amérique.Les indépendantistes américains de 1774 ont créé le grand pays devenu les États-Unis.Notre sort ne fut pas le même, pour une part par l\u2019abandon de la France et, pour une autre part, par la défaite des Plaines d\u2019Abraham.Une nuit culturelle et une mise au pas juridique modifia notre développement comme nation.Dès 1763, à Londres, les visées impérialistes du Foreign Office ne concevaient, pour nous, d\u2019autre solution que l\u2019assimilation, lente mais dirigée, sinon imposée.Deux répits nous furent accordés, comme la constitution de 1774 et celle de 1791.Ces libertés, en fait, furent réduites par l\u2019esprit prédateur et les convoitises de la communauté anglaise qui, au Québec, autour du gouverneur, forma le Family Compact.Ce cartel d\u2019intérêts personnels n\u2019avait d\u2019autre but qu\u2019une fortune rapide par l\u2019exploitation de la population française, conçue comme une ressource sans âme, des bras à tout faire et les nègres d\u2019Amérique du Nord.Fait remarquable: 75 ans après les Plaines d\u2019Abraham, nos gens retrouvèrent le goût de l\u2019indépendance et l\u2019idée d\u2019un pays lors de la révolte de 1837.Les Anglo-Canadiens sortirent leurs 676 L'ACTION NATIONALE griffes et confièrent leur force militaire au général Colborne, vétéran de Waterloo, un Vieux Brûlot brutal.Ces maîtres de la terreur, par le ton méprisant d\u2019un Durham, concoctèrent le plan machiavélique d\u2019une assimilation forcée, en 1840, avec le régime d\u2019Union où, en plus, nous devions payer toutes les dettes de l\u2019Ontario actuel.Cette camisole de force nous étant imposée, rien ne fonctionna comme prévu.On avait oublié notre vouloir-vivre comme nation.Nous prenions conscience de notre existence originale et d\u2019un destin unique, possible en Amérique du Nord.La solution réaliste eût été d\u2019accorder aux Canadiens-Français une autonomie partielle et une zone géographique où nous pourrions nous développer.Le rêve de l\u2019union législative, incarné depuis 1864 par John MacDonald, doit reculer.On acceptera le régime fédéraliste incarné par Georges-Etienne Cartier, tout anglophile qu\u2019il pouvait être.Là est la base du pacte entre les deux nations.Nos bases territoriales s\u2019élargirent, en 1912, jusqu\u2019à la baie d\u2019Hudson, mais nous perdîmes, autant par vol à Londres que par incurie à Ottawa, tout le Labrador.Mais nous avions enfin un pays où notre souveraineté pourrait s\u2019affirmer et s\u2019agrandir.Un essor extraordinaire nous fit concevoir le Manitoba comme deuxième province française.Les Anglo-Canadiens, de nouveau par la force militaire, écrasèrent ce rêve.En 1885, ils ne tuèrent pas seulement Riel: grâce au fanatisme du ministre Sifton, ils mirent fin à un Canada bilingue, biculturel et bi-national.Nous apprenions, 125 ans après les Plaines d\u2019Abra-ham, que le Canada serait anglais.Et aussi que le Québec serait notre chez nous.De 1867 à 1920, cette volonté de suprématie des Anglo-Canadiens ne cessa de s\u2019affirmer.Toutes les provinces qu\u2019ils dirigèrent, refusèrent de reconnaître un système d'enseignement français.L\u2019exploitation d\u2019hier devenait un refus dix fois renouvelé: le Canada devait être anglais.Bien davantage, le Canada, dirigé par les Anglo-Canadiens ou inspiré par leur politique, fit entrer des millions d\u2019immigrants, laissant partir du Québec des millions de Cana- L\u2019IMPÉRIALISME D\u2019OTTAWA 677 diens-Français vers les États-Unis.Sans cette politique qui régna de 1850 à 1929, nous serions aujourd\u2019hui une vingtaine de millions de Québécois.L\u2019espace constitutionnel et l\u2019espace géographique où le Canada anglais nous circonscrivait, c\u2019était le Québec.Nous n\u2019avons pas rejeté le Canada, c\u2019est le Canada qui nous a bloqués! Leur plan fut plusieurs fois énoncé, surtout lors des conscriptions de 1915 et de 1942: «Assimilez-vous ou restez dans le Québec!» Depuis lors, aux conférences fédérales-provinciales, le Québec reste un contre onze.On l\u2019a encore bien vu dans la nuit du 4 au 5 novembre 1981.Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.Dans le seul espace du Québec.Groulx nous avait dit: «Dans la Confédération si possible, hors de la Confédération si nécessaire!» Lui-même ne fut pas assez clairvoyant sur le nécessaire! Car en deux siècles d\u2019humiliations et de manoeuvres à leur profit, les Anglo-Canadiens ont eu ceci de bon: ils ont éclairé notre route et rendu l\u2019indépendance obligatoire.Pierre-Elliott Trudeau n\u2019est qu\u2019un idéologue du 19e siècle: il n\u2019a rien compris à l\u2019évolution de notre nation.De Sir Wilfrid Laurier à Pierre-Elliott Trudeau, l'impérialisme d\u2019Ottawa, sous la gouverne de la majorité anglo-canadienne, a engendré chez les Québécois de petits groupes de soumis, psychologiquement et spirituellement.Ces petits groupes, justifiés par des miettes d\u2019honneurs et d\u2019or, sont au service du Canada unitaire qui, à leurs yeux bien dressés, représente la puissance.Nous les considérons comme des mercenaires ou des tra îtres.La raison en est qu'ils dévient de notre destin.Seule une lucidité sans partisanerie permet de faire le point.Les Anglo-Canadiens ne sont donc pas la cause de tous nos malheurs.Nous avons souvent manifesté un manque de maturité politique étonnant.Nous avons pris de l\u2019habilité paysanne pour de la haute stratégie.Nous nous sommes crus finauds, quand nos manoeuvres n\u2019étaient que des réactions coloniales à retardement.En février 1980, nous avons réélu à 678 L'ACTION NATIONALE Ottawa un gouvernement qui ne représente rien du Québec.Il est détesté par le Canada et honteux pour le Québec.Pire encore, lors d\u2019un référendum sur la souveraineté en mai 1980, nous, Québécois francophones, avons voté à 50 pour cent contre notre indépendance.Depuis, c\u2019est une avalanche de conséquences pourries.Des gestes irréfléchis nous ont fait reculer, au point de faire mal.1\t- Nous ne vivons plus en régime fédératif.Une fédération, c\u2019est un ensemble de gouvernements souverains dans les domaines précisés par la constitution.Ottawa, à l\u2019heure actuelle, instaure un régime d\u2019union législative car, même devant les tribunaux complaisants, Ottawa s\u2019est fait reconnaître un droit de priorité sur tous les autres gouvernements fédérés.Son droit illimité de dépenser, jamais reconnu par la constitution, lui permet de passer par-dessus les gouvernements des provinces et de rejoindre n\u2019importe quelle municipalité, n\u2019importe quelle industrie, n\u2019importe quelle organisation.On ne compte plus ses ingérences dans le domaine de l\u2019éducation, des arts, de la recherche, bien que la constitution ait réservé toute l\u2019éducation aux provinces! Nous perdojis notre autonomie constitutionnelle et notre gouvernement du Québec se trouve dévalorisé.2\t- Nous perdons notre relative autonomie judiciaire.Nos juges voient leurs jugements révoqués par les Cours fédérales.La Cour Suprême, dont tous les juges sont nommés par le seul gouvernement fédéral, fait respecter les lois du gouvernement fédéral, qui s\u2019est accordé à lui-même la priorité sur les lois de toutes les autres législatures.Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous faudrait recourir aux tribunaux, en régime démocratique.Mais les dés sont pipés.Comment au-delà de cette légalité retrouver la justice et la reconnaissance de notre autonomie, sinon de notre souveraineté?Ce cercle de fer doit être brisé par l\u2019indépendance du Québec.3\t- Nos relations avec la francophonie sont vidées de sens.Seul le Québec possède la culture française.Mais c\u2019est le Canada qui veut la représenter partout dans le monde francophone.Or Ottawa, c\u2019est une majorité anglo-canadienne à 72 pour cent.Que le rayonnement de la culture française dépende de fonctionnâmes et de ministres étrangers à notre culture, cela atteint L\u2019IMPÉRIALISME D\u2019OTTAWA 679 l\u2019absurde.Ni la France ni les autres pays de culture française ne sont aveugles.En fait, le Québec est privé de tout rayonnement international, valable, significatif.Sa culture, sans une souveraineté entière, reconnue, devra, par décret d'Ottawa, rester cantonnée au Québec.4 - Ottawa, pris de folie unificatrice, nous a enlevé ou nous a assujettis dans les importants domaines des communications par ondes, des transports aériens, des ressources naturelles, de la recherche scientifique et des investissements économiques.Ainsi, dans le domaine des transports, le Québec ne peut posséder plus de 10 pour cent des actions d\u2019une entreprise qui appartient aux Anglo-Canadiens.Ceux-ci protègent leurs fiefs et veulent restreindre notre développement économique au seul Québec.Ottawa travaille avant tout pour la majorité anglo-canadienne.Que le chômage soit plus considérable, au Québec, ou le nombre de faillites, ne provient pas de l\u2019incompétence ou d\u2019un manque de capital de nos gens, mais, avant tout, d\u2019une politique préférentielle, teintée de racisme ou d\u2019un exclusivisme fanatique.Nous ne pouvons nous délivrer de ce joug économique que par l\u2019indépendance.D\u2019autres domaines encore demandent à être explorés, comme le social et le culturel.Les ingérences d\u2019Ottawa marquent une politique déterminée d\u2019unitarisme législatif extrêmement dangereux.On pousse le Québec à des extrêmes d\u2019humiliation.Le Québec n\u2019a pas tort de se voir entouré, assiégé, par un tissu légal impérialiste.Les Anglo-Canadiens ont trouvé des marionnettes aux noms français.Ces marionnettes ont perdu toute crédibilité et même, toute référence à une appartenance nationale, au Québec.Le Canada anglais doit comprendre qu\u2019il ne peut continuer à nous investir ainsi.Nous les avertissons que tout ce qu\u2019il y a d\u2019intelligences et d\u2019esprits désintéressés, chez nous, ne peut plus supporter leur national policy.Une action à longue et moyenne portée L\u2019Action nationale lance un avertissement à toute notre population.Sous nos yeux se joue, de façon encore plus dramatique qu\u2019en 1760, le drame des Plaines d\u2019Abraham.Il y a eu 680 L\u2019ACTION NATIONALE assez de recours à l\u2019Armée contre nous, dans notre histoire.Il y a eu la nuit du 4 au 5 novembre 1981, qui nous enseigne la méfiance.Cette situation qui nous est faite, est celle d\u2019un étau étouffant.De là, devra jaillir, comme une source tumultueuse, notre vouloir-vivre comme nation.Nos professeurs et notre élite intellectuelle, nos mass-média et nos journalistes doivent prendre conscience d\u2019une tâche devenue essentielle.Sans une concertation d\u2019eux tous, la jeune génération ne sera pas politisée et ne sera pas prête.Seule une éducation clairvoyante sur notre situation conscientisera notre jeunesse et notre peuple.Le but est clair.Nous pouvons et nous voulons, en Amérique du Nord, créer et développer un coin immense de culture française, ouvert sur le monde.Nous dépérissons dans l\u2019inégalité juridique internationale.Nous ne sommes pas encore reconnus comme une nation, maîtresse d\u2019elle-même et de sa destinée.Il n\u2019y a pas de compromis, quand on parle d\u2019égalité entre les nations.Nous voyons là un défi à relever: celui d\u2019être nous-mêmes et de façonner notre avenir à notre façon, sans avoir à subir les contraintes de l\u2019impérialisme d\u2019Ottawa.Nous avons aidé le Canada à se débarrasser de l\u2019impérialisme de Londres et du Foreigyi Office.Il nous appartient, maintenant, de débarrasser le Québec de l\u2019impérialisme d\u2019Ottawa.Commençons par le balayage des 74 nullités que nous y entretenons. \u2014-W-.Les immenses ressources hydroélectriques du Québec Classée parmi les plus Suivant son mandat, importantes entreprises Hydro-Québec prévoit d'électricité au monde, les besoins d'électricité Hydro-Québec est en ex- de ses abonnés et les moyens d'y satisfaire, tout en augmentant la part de cette forme d'énergie dans le bilan énergétique du Québec.Hydro-Québec travaille également à la mise au point d'énergies nouvelles et à l'intégration de celles-ci aux ressources énergétiques déjà exploitées commercialement au Québec.cellente position sur le marché énergétique, parce qu'elle a l'avantage de tirer parti des immenses ressources hydroélectriques du Québec, donc de ressources renouvelables.Plus de 99 % de l'énergie qu'elle fournit est hydroélectrique. L\u2019ASSURANCE-VIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTÈGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière.L'Assurance-vie Desjardins a diversifié ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés.Elle protège l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie.Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L'Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût.Desjardins Assurance-vie \u2022\tB \u2022 PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 683 Le développement du Québec un essai d\u2019interprétation Les petites et moyennes organisations (PMO)1 par PAUL PRÉVOST, professeur.Université du Québec à Chicoutimi.Introduction Depuis quelques années, à la suite de certaines réussites spectaculaires typiquement régionales (Beauce.) et de succès limités des grands projets gouvernementaux et privés, les milieux politiques semblent redécouvrir les vertus économiques des petites et moyennes organisations, et vouloir s\u2019orienter vers certaines formes d\u2019auto-développement.Ce choix n\u2019a rien d\u2019aléatoire: il s\u2019inscrit dans un processus historique qui s\u2019enracine dans les fondements mêmes de l\u2019émergence de la société québécoise.La population québécoise ne peut sortir de la marginalité économique da ns laquelle elle est confinée qu\u2019en multipliant ses lieux de participation.L\u2019État central ne peut tout faire, il faut y ajouter les petites et moyennes entreprises (PME), les COOPs et les PMOP, comme leviers capables de soutenir dans le temps la réinsertion de la population québécoise dans la réalité économique.1.L\u2019appellation «petite et moyenne organisation» (P.M.O.) recouvre, dans le cadre du présent texte, trois secteurs spécifiques: les petites et moyennes entreprises (P.M.E.), les coopératives, les petites et moyennes organisations publiques et para-publiques (P.M.O.P.).Quels critères peut-on utiliser pour préciser le concept et définir le champ de la P.M.O.?Ces questions peuvent alimenter des débats fort complexes.Cependant, pour fins de discussion, nous retenons trois critères principaux pour baliser les limites de la P.M.O.: la complexité administrative, la taille et le chiffre d\u2019affaires ou le niveau de responsabilité décisionnel et financier, dans le cas des P.M.O.P.Voir, en annexe, les catégories en fonction des critères énoncés. 684 L\u2019ACTION NATIONALE Toutefois, accepter cette hypothèse de développement, c\u2019est plus que faire des énoncés de politique économique et élaborer des programmes d\u2019aide à la PME, ou des projets de décentralisation, c\u2019est aussi reconnaître l\u2019auto-développement et les PMO comme champs de recherche et développer, au sens de Schumacher, un projet éducatif et une technologie appropriée à la problématique particulière du développement, de la gestion des PMO et de la participation des populations locales.1.Évolution historique2 Colonie française de 1534 à 1760, le Québec comptait surtout sur l\u2019exploitation des fourrures pour s\u2019approvisionner en biens finis auprès de la France.La colonie française pratiquait alors une agriculture d\u2019auto-suffisance.Devenu colonie britannique en 1760, le Québec s\u2019est spécialisé dans la construction navale et l\u2019exportation de bois, bien que les fourrures aient continué à jouer un rôle dans le volume des échanges extérieurs.Pendant toute la période 1760-1840, les marchands anglo-saxons ont occupé toute la scène commerciale, alors que les francophones, privés de leur réseau commercial habituel et de leurs contacts européens par le départ de l'élite économique française lors de la conquête, se sont repliés sur la campagne, autour de l\u2019église, pour se faire essentiellement agriculteurs.L\u2019importante période historique de 1840-1896 vit la création politique du Canada (1867) et la consolidation économique du marché commun canadien, grâce à la politique des transports ferroviaires.En résumé, la politique nationale de 1879 avait pour but de protéger l\u2019industrie canadienne, à la fois par des tarifs douaniers élevés (barrière douanière) et par un système de primes à la production (barrière non tarifaire).Quant 2.EASTERBROOK, W.T.& Aitken, H.G., Canadian Economie History, Toronto, Macmillan, 1956.INNIS, H.Essays in Canadian Economie History, Toronto, Toronto U.P., 1962.HAMEL1N, J.& Raby, Y., Histoire Économique du Québec, 1851-1896, Fides, 1971. PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 685 aux masses francophones et à une bonne partie de son élite, ils furent à peu près absents des grandes orientations politiques et économiques prises à l\u2019époque.C\u2019est également entre 1840 et 1896 que 700 000 francophones ont émigré hors du Québec, principalement vers les manufactures de la Nouvelle-Angleterre.L\u2019économie mondiale a alors connu une grave crise économique qui s\u2019est étalée de 1873 à 1890.L\u2019urbanisation et l\u2019industrialisation, basées sur les ressources naturelles, ont connu un essor décisif, au Québec, vers les années 1920.L\u2019industrie des pâtes et papiers et celle de l\u2019affinage des métaux ont complété la structure industrielle du Québec, qui s\u2019appuyait traditionnellement sur les industries du textile, des vêtements, du cuir et du bois d\u2019oeuvre.Le démarrage industriel du Québec se fit donc grâce à la dotation initiale du Québec en ressources naturelles abondantes et en main-d\u2019oeuvre à la fois abondante et docile.La guerre et l\u2019après-guerre furent des périodes de croissance accélérée pour le Québec.Cette nouvelle prospérité des Québécois favorisa une accumulation d\u2019épargnes, jusqu\u2019alors peu signifiantes, et le développement de la classe intellectuelle.Ces deux facteurs servirent de base, entre autres, à ce qu\u2019on a appelé la révolution tranquille.Ces quelques années, qui précèdent et qui suivent 1960, ont été l\u2019occasion d\u2019une importante prise de conscience des Québécois.En effet, même si l\u2019économie québécoise évoluait d\u2019une façon relativement satisfaisante par rapport à l\u2019ensemble des économies occidentales, les Québécois francophones ont réalisé que le développement économique du Québec leur échappait et qu\u2019il profitait davantage aux investisseurs étrangers.De plus, comparativement à l\u2019Ontario et aux États-Unis, le Québec était affligé de maux économiques endémiques, tels des taux de chômage relativement élevés, des disparités régionales criantes, des taux de croissance de la production inférieurs à la moyenne nationale, une sous-scolarité de la population francophone, etc.Spontanément, les Québécois francophones se sont tournés vers l\u2019outil de développement le plus immédiatement accessible, soit l\u2019État du Québec: un État capable de puiser dans les surplus de revenu et l'épargne des Québécois pour financer ses program- 686 L\u2019ACTION NATIONALE mes et appuyer le projet de société élaboré par les élites intellectuelles.Les implications de l\u2019Etat québécois furent nombreuses et variées, allant de la création du ministère de l\u2019Éducation en 1964, jusqu\u2019aux sociétés d\u2019État, SOQUEM, SOQUIP, REX-FOR, la SDI., sans oublier un effort louable de planification.En cours de route, on a cependant réalisé qu\u2019il n\u2019était pas facile de rentabiliser, à court terme, un conglomérat industriel de la taille de la Société générale de financement (SGF), tout comme il n\u2019était pas facile de planifier une économie aussi complexe que celle du Québec, où l\u2019importance des multinationales sur l\u2019échiquier économique ne le cède en rien aux conflits de juridiction avec un pouvoir central puissant.Il en est résulté un certain désenchantement pour l\u2019interventionnisme d\u2019État à la fin des années \u201960.On réalisa que si l\u2019État pouvait être un puissant levier d\u2019intégration des Québécois dans la réalité économique du Québec, les structures économiques et politiques canadiennes et nord-américaines l\u2019empêchaient toutefois d\u2019occuper toute la place.Au début des années \u201970, on s\u2019en remit donc à nouveau aux investissements privés, surtout américains, pour assurer le développement économique du Québec.C\u2019était un retour vers le passé.C\u2019est ainsi qu\u2019on vit, par exemple, la Cie ITT couper en quelque sorte l\u2019herbe sous les pieds de Rexfor et s\u2019installer sur la Côte Nord.Cependant, l\u2019illusion des solutions miracles fut de courte durée et à la fin des années \u201970, les toutes-puissantes multinationales montrèrent leurs faiblesses dans une conjoncture économique difficile.ITT a fermé ses portes, Mas-sey-Ferguson est en péril et même un des géants de l\u2019auto, Chrysler, a vu la faillite de près.Toutes ces expériences ont laissé tout de même le Québec dans une situation économique difficile.Un rapide regard sur le taux de croissance des principaux indicateurs nous laisse entrevoir un appareil économique en continuelle détérioration par rapport à l\u2019Ontario et au Canada.De plus, un regard sur la structure industrielle du Québec, ses marchés et ses exportations ne laisse voir aucune amélioration à l\u2019horizon.Sa structure économique se tertiarise; ses PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 687 principaux marchés, les USA et le marché québécois, sont stagnants, et il exporte toujours trop de produits peu transformés.TABLEAU 1: taux de croissance annuel moyen Les principaux agrégats: 1978/1968 \tQuébec\tOntario\tCanada \t1978\t1978\t1978 \t1968\t1968\t1968 Population\t0,6\t1,5\t1,3 Population active\t2,5\t3,4\t3,2 Emploi\t1,9\t3,0\t2,8 Productivité\t1,9\t0,9\t1.7 PIB ($ constants)\t3,8\t3,9\t4,5 Source: Bureau de recherche sur la rémunération.Analyse de l\u2019évolution des principaux indicateurs économiques au Québec, en Ontario et aux Etats-Unis, 1961-1978.Compilation spéciale, Service des projets spéciaux, OPDQ.TABLEAU 2: importance relative du PIB par secteur économique \tQuébec 1961\t-1979\t ANNÉE\tPrimaire\tSecondaire\tTertiaire 1961\t6,4\t37,0\t56,6 1979\t4,4\t28,6\t67,0 Source: MICT.La situation économique au Québec.1979.Compilation spéciale, Service des projets spéciaux, OPDQ.TABLEAU 3: principales exportations internationales du Québec Industries manufacturières (Source: idem) Industries\t1978\t1979 1979/1978 En millions de $ variation en % Bois\t465\t404\t-13,1 Papier et produits connexes\t1,685\t2,100\t24,6 Métaux primaires\t1,745\t1,493\t-14,5 Machinerie\t380\t476\t25,3 Matériel de transport\t891\t1,310\t47,0 Produits électriques\t156\t231\t48,0 Total des produits manufacturés\t7,518\t8,911\t18,5 688 L'ACTION NATIONALE TABLEAU 4: destination des livraisons manufacturières du Québec (Source: idem) \t1969\t\t1976\t Destination\tvaleur\t%\tvaleur\t% \tmilliards $\t\tmilliards $\t Québec\t6,453\t50,6\t14,621\t56,7 Autres provinces\t3,836\t30,1\t7,385\t28,6 Autres pays\t2,460\t19,3\t3,796\t14,7 Total\t12,750\t100,0\t25,802\t100,0 TABLEAU 5: principaux pays de destination des exportations québécoises (Source: idem) Pays de destination\t1979\t \tvaleur millions $\t% du total États-Unis\t7,570\t63,77 Royaume-Uni\t713\t6,01 Allemagne de l\u2019Ouest\t402\t3,39 Pays-Bas\t360\t3,04 Japon\t290\t2,45 Italie\t200\t1,69 France\t192\t1,62 Belgique et Luxembourg\t128\t1,08 URSS\t111\t0,94 Espagne\t101\t0,85 Total (les 10 pays)\t10 072\t84,84 Total (tous les pays)\t11 872\t100,00 À la fin des années 70, la question se pose aux dirigeants québécois et à la population: y a-t-il d\u2019autres leviers que le Québec pourrait utiliser pour relancer son développement et continuer la réinsertion de la population dans la réalité économique?Les solutions ne sont pas évidentes, mais deux nouvelles avenues commencent à poindre, pour occuper de plus en plus le discours de nos politiciens: ce sont les PME et les COOPs.D\u2019abord négligés par les économistes et les autres experts, ces deux types d\u2019agent économique se révèlent de plus en plus intéressants car, en plus d\u2019être généralement de propriété locale, PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 689 ils sont générateurs d\u2019emplois et peuvent avoir un effet d\u2019entraînement sur les milieux locaux.2.Les P.M.E.Depuis plus d\u2019un siècle, maints experts et organismes réputés compétents ont prophétisé la disparition des P.M.E.sous l\u2019empire des géants industriels.Par ailleurs, on a cru généralement que l\u2019implantation de la grande entreprise dans une région, parce qu\u2019elle apporte capitaux, technologie et entrepreneurs, constitue le rouage majeur du développement économique et stimule l\u2019initiative locale.Or, comme le démontre une analyse récente3, cette croyance est non fondée.En effet, les P.M.E.inventent et créent plus d\u2019emplois que la grande entreprise.La petite et moyenne entreprise a d\u2019ailleurs créé, en 1979, au Canada, 329 800 emplois, soit 80% de tous les nouveaux emplois.Selon Rein Peterson, 60% de l\u2019innovation dans l\u2019industrie américaine provient des P.M.E.Celles-ci manifestent également une plus grande productivité et contribuent de façon plus marquée que la grande entreprise au développement régional et à l\u2019amélioration de la qualité de la vie4.D\u2019ailleurs, à long terme, les grandes firmes multinationales engendrent du chômage dans les régions et freinent par leur masse et leur dynamique propre le développement des collectivités locales5.En 1974, au Québec, les P.M.E.regroupaient 94,6% de tous les établissements manufacturiers, 49,5% de l\u2019emploi et 41,2% du chiffre d\u2019affaires de ce secteur6.Dans le contexte du développement au Québec, la P.M.E.se révèle donc un élément d\u2019une importance indéniable.3.\tPETERSON, R., Petites et moyennes entreprises pour une économie équilibrée, Porcépic, 1978, p.27.4.\tPETERSON, R., Petites et moyennes entreprises pour une économie équilibrée, Porcépic, 1978, p.35.5.\tMULLER, R.E.-The Multinational Corporation and Regional Development\", Compte-rendu du 7e Congrès annuel international des économies régionales, Sherbrooke, octobre 1976, p.324.6.\tOPDQ, Le développement régional (document de travail), Québec, 1977 p.8. 690 L'ACTION NATIONALE L\u2019évolution de la P.M.E.québécoise ne va cependant pas sans à-coups.Le Québec détient, par exemple, pour les années 1971 à 1977, le second rang au Canada quant au nombre de faillites et le premier rang quant au passif des entreprises impliquées7.Dans une autre voie, une étude récente sur les P.M.E.au Québec constatait: «Les P.M.E.contrôlées et opérées par des francophones sont généralement de taille plus petite que celles des anglophones et des étrangers.».«Les P.M.E.éprouvent des difficultés sérieuses à se procurer des capitaux spéculatifs, à attirer des finissants universitaires ou de jeunes cadres compétents et à recruter de la main-d\u2019oeuvre qualifiée8.» 3.Les COOPs Le phénomène coopératif est une réalité concrète, au Québec, depuis longtemps.Grâce à la coopération, les Québécois ont édifié des entreprises par lesquelles ils se sont assurés un contrôle sur des secteurs importants de leur économie.Globalement, le mouvement coopératif québécois est constitué d\u2019environ 2 500 entreprises qui regroupent au-delà de quatre millions de membres.Ces entreprises ont, en 1980, des actifs évalués à près de $15 milliards et emploient au-delà de 32 000 personnes.C\u2019est dire que les coopératives constituent des agents économiques importants.Dans plusieurs secteurs de l\u2019activité économique, les coopératives occupent une place prépondérante: canalisation de l\u2019épargne et du crédit, agriculture, pêche, transformation alimentaire.Dans d\u2019autres secteurs, leur place est loin d\u2019être négligeable, si on l\u2019examine sous l\u2019angle régional: exploitation forestière, distribution alimentaire, services aux autochtones, etc.Le mouvement coopératif est donc bien implanté au Québec et sa présence marque profondément les comportements des agents économiques, étant donné les règles particulières de fonctionnement des entreprises coopératives.7.\tDun & Bradstreet Canada Ltd., Division de la Recherche, Étude sur les faillites au Canada en 1977, p.1.8.\tDESJARDINS, C., «La P.M.E.dans la structure économique du Québec», dans la revue Commerce, Le Point, 1977, p.104. PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 691 TABLEAU 6: bref aperçu de la force de la coopération au Québec 1.\tComprend environ 2 500 coopératives; 2.\tmobilise 4 millions de sociétaires; 3.\timplique 25 000 administrateurs; 4.\tembauche 35 000 salariés; 5.\trassemble plus de 35 000 producteurs agricoles et 1 000 pêcheurs associés; 6.\tpossède plus de $15 milliards d\u2019actifs en 1979; 7.\tcanalise près de 30% des épargnes québécoises, dont 42% de l\u2019épargne personnelle; 8.\tdétient $1,4 milliard d\u2019obligations du secteur public du Québec; 9.\tcompte 27% du marché des prêts hypothécaires avec un encours de $4,5 milliards; 10.\tdétient environ $2 milliards de l\u2019encours du crédit à la consommation, soit 24%; 11.\tacquiert 16,1% des primes souscrites en assurance-vie au Québec en 1977; 12.\tprésente un chiffre d\u2019affaires de $2 milliards dans le domaine agricole, soit 40% de la vente totale des produits agricoles; 13.\taccapare une partie importante de la transformation du poisson, soit plus de 40%, avec un chiffre d\u2019affaires dépassant $42 millions; 14.\tcommercialise environ 37% de la production mondiale du sucre d\u2019érable; 15.\toccupe 5% du marché de la distribution alimentaire et compte 1% des immobilisations du secteur de l\u2019habitation; 16.\tpossède une part importante dans la propriété des entreprises suivantes: Vachon, Sico, Canam-Manac, La Vérendrye, Québécair, la Banque Nationale, etc.; 17.\tjoue un rôle prépondérant au niveau des SODEQ (Société de développement économique du Québec).Source: Développement et gestion des coopératives d'habitation, Document de travail, MCCIF, 1980, p.141.«À cause des caractéristiques propres aux coopératives et en vertu de l\u2019ampleur que donne le mouvement coopératif au Québec, le gouvernement ne peut que reconnaître les entreprises coopératives comme des agents économiques d\u2019une importance particulière et comme des partenaires privilégiés.Les coopératives ont notamment un rôle de premier plan à jouer dans l\u2019accélération des investissements privés, dans une participation accrue des Québécois à la vie économique et dans une meilleure répartition du développement sur l\u2019ensemble du territoire.Leur rôle est également important dans la réalisation d\u2019une plus grande concertation des agents économiques, dans la stimulation de l\u2019entrepreneurship, dans une démarche con- 692 L\u2019ACTION NATIONALE duisant à une intégration plus poussée de l\u2019économie québécoise et dans l\u2019amélioration du bien-être de la population9.» Même si certaines grandes coopératives occupent une place prépondérante dans les secteurs financier, agro-alimentaire et des pêches, le mouvement coopératif québécois, en 1980, est constitué principalement d\u2019entreprises de taille petite ou moyenne.En cela, les problèmes des coopératives s\u2019apparentent à ceux de toute entreprise de taille petite ou moyenne.À cette problématique, il faut toutefois ajouter les défis administratifs et économiques que soulève la structure démocratique et participative des entreprises coopératives: \u2014\tla participation à la propriété: le propriétaire usager; \u2014\tla participation au pouvoir: l\u2019orientation et le contrôle démocratique; \u2014\tla participation aux résultats: la répartition équitable des bénéfices proportionnellement aux activités économiques.4.La décentralisation: les P.M.O.P.Un appel aux PME et aux COOPs pour relancer le développement économique du Québec est un appel à la participation des agents économiques locaux et à l\u2019implication des populations régionales dans leur propre développement.Cette nouvelle approche économique de la part de l\u2019Etat nécessite cependant l\u2019instauration d\u2019un nouveau réseau de relations plus direct et plus immédiat avec ces agents de petites et moyennes dimensions et une revalorisation du rôle des autorités locales (villes et conseil de comté) dans le développement et la gestion de l\u2019économie.Lorsque l\u2019État québécois s\u2019est présenté comme un levier économique capable d\u2019affronter l\u2019action des grandes entreprises pour intégrer la population québécoise dans ses affaires économiques et activer le développement du Québec, il s\u2019est de facto inscrit dans les mêmes tendances au gigantisme des structures pour emprunter dans ses efforts de développement la voie 9.L\u2019entreprise coopérative dans le développement économique: État de la situation.Bâtir ensemble, Conférence socio-économique du Québec, fév.1980, p.109. PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 693 des grands et moyens projets.Cette approche s\u2019est révélée insuffisante et souvent inadéquate pour résoudre les problèmes du Québec et de ses régions.«Le rapatriement dans la capitale d\u2019importants pouvoirs de gestion effectué pour des motifs d\u2019accessibilité pour tout citoyen à des services fondamentaux (éducation, santé, sécurité, etc.) et la poursuite surtout de politiques économiques nationales ont eu leur pendant d\u2019effets négatifs: \u2014\tdes politiques, des programmes et des projets énoncés et appliqués partout suivant un modèle homogène qui ne pouvait tenir compte des différences d\u2019une région à l\u2019autre sur le plan des cultures, des potentiels et des aspirations; \u2014\tune dépendance de plus en plus grande envers un État omniprésent; \u2014\tune déshumanisation, un assèchement des rapports entre les citoyens et le gouvernement, lequel devait forger et appliquer des normes élaborées de gestion, parce qu\u2019il avait à administrer, à distance, des réseaux, des entreprises et des secteurs très complexes; \u2014\tla réalisation de grands projets, tels autoroutes, vastes édifices scolaires, bâtiments olympiques, grands barrages, etc., a fait reculer le calendrier de réalisation d\u2019autres priorités (rénovation de logements, drainage agricole, industries culturelles, récréation et loisirs) et a mis en veilleuse le démarrage de projets communautaires; \u2014\tdans de nombreux secteurs, des réseaux complets de services et des équipes nombreuses en région ont été mis en place; par contre, dans le domaine industriel, le gouvernement n\u2019a toujours généralement qu\u2019un seul employé par région administrative pour répondre aux innombrables demandes d\u2019aide.Malgré un tel constat, le milieu régional s\u2019est constitué un dynamisme propre de développement qui se manifeste par la mise en place de certaines institutions: \u2014\tla présence de PME qui regroupent près de la moitié de l\u2019emploi industriel et plus du tiers de l\u2019emploi total du Québec; 694 L'ACTION NATIONALE \u2014\tles coopératives qui occupent une place de plus en plus importante et plus spécialement dans certaines régions; \u2014\tl\u2019émergence de groupes de citoyens qui veulent mettre leurs ressources en commun pour créer des activités socio-économiques rentables et qui répondent à leurs aspirations.Le gouvernement reconnaît qu\u2019il faut éviter de bâtir une société uniforme de Blanc-Sablon à Hull et de Fort Chimo à Sherbrooke.Au contraire, il convient de procéder à une décentralisation vigoureuse des responsabilités, afin que les aspirations des communautés locales ou régionales se traduisent par des modes de vie différents.Dans ce contexte, où le citoyen est appelé à définir une nouvelle société qui corresponde à ses besoins et à ses désirs, il lui appartiendra également de se doter de mécanismes de consultation et de concertation qui refléteront la réalité de son milieu.Ce qui ne veut pas dire que l\u2019État se retire du débat et de l\u2019action: il lui revient de fixer les objectifs nationaux, de réaliser le développement des infrastructures qui débordent le cadre local (ports, aéroports, usines hydroélectriques, etc.), de pallier les disparités régionales, d\u2019infléchir la structure industrielle, d\u2019assurer le fonctionnement des mécanismes de transmission de la croissance et d\u2019appuyer l\u2019auto-développement10.» La décentralisation, avec des hauts et des bas, est d\u2019ailleurs, au Québec, un phénomène engagé.Plusieurs ministères, tels ceux des Affaires sociales, de l\u2019Éducation, de l\u2019Agriculture, de l\u2019Industrie et du Commerce., ont déjà implanté dans les régions certaines structures administratives dotées de pouvoirs.Il faut, d\u2019autre part, inclure sous le même titre un nombre croissant d\u2019hôpitaux, écoles, C.L.S.C., C.R.S.S.S.Ces organismes très décentralisés possèdent, dans le cadre de leur mandat, des responsabilités d\u2019élaboration et d\u2019exécution de projets, de gestion budgétaire.S\u2019ajoutent également les organisations municipales de petite et moyenne envergure (villes, villages, 10.Le dynamisme et le développement régional, Projet de Livre Blanc, 20 janvier 1978, p.42-43. PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 695 comtés) dont la complexité administrative ne cesse de grandir.L\u2019accroissement du nombre de ces unités administratives publiques et para-publiques, généralement de petite et moyenne importance, et l\u2019élargissement de leur rôle, remettent en cause les modes de fonctionnement traditionnel de l\u2019administration publique.Celle-ci, face aux impératifs de la décentralisation, de la concertation, doit subir certaines mutations sur le plan du mode de fonctionnement comme sur celui de la conception de sa fonction, car ces unités administratives, les P.M.O.P.(petites et moyennes organisations publiques et para-publiques) présentent des caractéristiques et une dynamique qui les distinguent considérablement des appareils complexes de l\u2019administration centrale.Conclusion Schumacher11, dans son désormais célèbre livre Small is beautiful, a tenté de démontrer que le gigantisme des organisations tant publiques que privées n\u2019est plus à la mesure de l\u2019homme.Pour redonner à ce dernier la possibilité de se reprendre en main, de s\u2019épanouir dans son travail et dans sa vie quotidienne, il suggère de développer une technologie intermédiaire utilisable dans le cadre de plus petites unités de travail décentralisées de manière à maximiser l\u2019efficacité des ressources et à bonifier l\u2019environnement de travail.Cette philosophie milite, d\u2019une part, en faveur d\u2019une plus grande décentralisation administrative de l\u2019appareil gouvernemental, de manière à rapprocher la prise de décision de la base et à humaniser les conditions de travail.Elle implique, d\u2019autre part, la réévaluation et la mise en valeur du rôle des P.M.E.et des coopératives dans l\u2019activité économique, de même que la revalorisation du rôle créateur de l\u2019entrepreneur.Dans le présent texte, nous avons développé l\u2019hypothèse que la philosophie de développement de Schumacher, telle qu\u2019elle a été interprétée, est une avenue logique pour le Québec, que cette voie s\u2019inscrit dans son histoire et constitue un moyen d\u2019avenir pour insérer la population québécoise dans son propre développement économique.11.SCHUMACHER, Small is Beautiful, Contretemps/Seuil, 1978. 696 L'ACTION NATIONALE Toutefois, accepter cette hypothèse, c\u2019est aussi accepter de reconnaître les PMO, PME, COOPs et PMOP comme des champs d\u2019études autonomes où une problématique particulière de développement, de gestion et de participation forme le creuset d\u2019une philosophie de développement différente, d\u2019un projet éducatif nouveau et d\u2019une technologie appropriée.Annexe: Les critères de définition des petites et moyennes organisations La maîtrise en gestion des PMO recouvrira trois secteurs, dont les PME, les coopératives et les petites et moyennes organisations publiques et para-publiques (P.M.O.P.).Mais, qu\u2019est-ce qu\u2019une organisation de petite taille?de moyenne taille?de grande taille?C\u2019est une question complexe qui a donné naissance à de nombreux débats.Dans le cadre de ce programme, nous avons retenu trois critères principaux: la complexité administrative, la taille et le chiffre d\u2019affaires ou le niveau de responsabilité décisionnel et financier, selon le cas.1.La complexité administrative 1.1\tL\u2019organisation artisanale.C\u2019est une organisation dirigée par une seule personne qui assume à la fois le rôle de dirigeant et d\u2019exécutant.1.2\tLa petite organisation.C\u2019est une organisation dirigée par une seule personne qui prend toutes les décisions importantes dans chacun des secteurs qui la compose.Cette personne sera parfois assistée d\u2019un contremaître, d\u2019un vendeur, d\u2019un commis et d\u2019une secrétaire.1.3\tLa moyenne organisation.C\u2019est une organisation dont l\u2019équipe de direction comprend au moins deux niveaux hiérarchiques: directeur général, chefs de service.1.4\tLa grande organisation.C\u2019est une organisation dirigée par un ensemble de personnes oeuvrant à l\u2019un des niveaux hiérar- PETITES ET MOYENNES ORGANISATIONS 697 chiques que l\u2019on retrouve dans la structure organisationnelle.En général, dans la grande organisation, on retrouve au moins quatre niveaux hiérarchiques: directeur général, directeur, chefs de service et contremaître.2.La taille.Comme il faut traiter de la PMO autant au niveau secondaire qu\u2019au tertiaire, il importe de préciser nos définitions, pour qu\u2019elles s\u2019appliquent aussi aux entreprises commerciales et de services, de même qu\u2019aux organisations publiques et para-publiques.Pour les secteurs de la fabrication, des commerces et des services, nous retenons la classification proposée par le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce.SECTEUR DE LA FABRICATION1 CLASSE\tNOMBRE D'EMPLOYÉS artisanale petite moyenne grosse très grosse 0-4 5-49 50-199 200-499 500 et plus SECTEUR DES COMMERCES ET SERVICES2 CLASSE\tNOMBRE D\u2019EMPLOYÉS artisanale petite moyenne grosse 1-3 4-10 11-30 31 et plus SECTEUR PUBLIC ET PARA-PUBLIC CLASSE\tNOMBRE D\u2019EMPLOYÉS artisanale petite moyenne grande 1-5 6-15 16-50 51 et plus 1.\tMinistère de l\u2019Industrie et du Commerce.La PME au Québec: solution et problèmes.Québec, 1976, p.21-22.2.\tIdem. 698 L'ACTION NATIONALE 3.Le chiffre d\u2019affaires Quant au chiffre d\u2019affaires, nous retenons la classification suivante: SECTEUR DE LA FABRICATION3 CLASSE\tMONTANTS EN $ artisanale\tmoins de 200 000 petite\t200 000-1 500 000 moyenne\t1 500 000-6 000 000 grosse\t6 000 000-15 000 000 très grosse\tplus de 15 000 000 SECTEUR DES COMMERCES ET DES SERVICES\t CLASSE\tMONTANTS EN $ artisanale\tmoins de 200 000 petite\t200 000-1 000 000 moyenne\t1 000 000-5 000 000 grosse\tplus de 5 000 000 Il faut noter que pour bon nombre d\u2019organisations publiques et para-publiques (petites villes), la classification selon le chiffre d\u2019affaires est non pertinente.Enfin, nous incluons dans la définition des P.M.O.les services publics qui ont le pouvoir de conceptualiser et mettre sur pied la majeure partie de leurs projets ou programmes, d\u2019en dresser le budget et de les exécuter, ce service devant, bien entendu, satisfaire aux deux critères préalablement énoncés (C.L.S.C.).Toute classification a ses lacunes, celle-ci comme les autres.Nous croyons cependant qu\u2019elle nous permet de circonscrire de façon plus adéquate les tenants et aboutissants de ce que nous appelons les petites et moyennes organisations.3.Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce.La PME au Québec: solution et problèmes.Québec, 1976, p.21-22. QUI SONT LES RACISTES?699 «Ce v'est nulle part une vertu de la race anglaise de tolérer toutes manières, coutumes ou lois qui lui apparaissent étrangères; accoutumés à se former une haute opinion de leur propre supériorité, les Anglais ne prennent pas la peine de cacher aux autres leur mépris et leur aversion pour leurs usages.» (Lord Durham, janvier 1839).Qui sont les racistes?par JEAN-D.ROBILLARD 1838: Dans le Montreal Herald, on peut lire: «Balayons les Canadiens-Français de la face de la terre.Pour la santé et la prospérité des Anglais, il faut qu\u2019ils périssent.» 1969,\t10 mars: Les luttes continuelles pour le droit à l\u2019usage de la langue de la majorité à 80% francophone du Québec se poursuivent.Le Devoir nous rapporte ce communiqué: «La Matagami Lakes Mines, par l\u2019intermédiaire de l\u2019un de ses surintendants, M.John Iglesias, ex-président de la commission scolaire de Matagami, a entrepris une «opération blanchissage» visant à éliminer les Canadiens-français des cadres de la compagnie, là où les employés ne sont pas syndiqués».1970,\tavril: Des enquêtes démontrent que plusieurs média d\u2019information électroniques anglophones canadiens accordent une place prépondérante, dans leur information sur les francophones, aux questions de moeurs, de crimes et d\u2019embardées politiques! 1970,\t27 avril: Dans Le Devoir, .Jean-Jacques Bertrand annonce qu\u2019une douzaine de journalistes ont menacé de démissionner du Star, la semaine dernière, parce que la direction du journal a publie un éditorial si anti-canadien-français et si raciste que les journalistes eux-mêmes ne pouvaient rester silencieux.1971,\t18 avril: Québec-Presse nous signale un fait révoltant, tant l\u2019injustice est criante.Sainte-Agathe est depuis des années, dans le domaine hospitalier, un résumé parfait de la sorte de loi absolue que l\u2019on 700 L'ACTION NATIONALE retrouve partout dans le Québec: la majorité francophone est traitée injustement, tandis que les minorités ethniques bénéficient de privilèges absolument sans proportion avec leur importance numérique.On compte trois hôpitaux à Sainte-Agathe: 1-\tL\u2019Hôpital général qui ne compte que 36 lits; il est absolument débordé, c\u2019est là que tous les Canadiens-Français s\u2019entassent.C\u2019est un hôpital qui souffre d\u2019embouteillage perpétuel, qui est sous-équipé; c\u2019est là que les 30 médecins qui y travaillent refusent systématiquement tout malade chronique et économisent au maximum sur les lits des opérés ou des urgences, pour faire de la place aux autres; ainsi, on a été obligé de réduire à 5,3 jours par patient, alors que la moyenne au Québec en est le double.D\u2019ailleurs, A.E.Perks, éditorialiste au journal de Sainte-Agathe, Le Sommet, écrit: «Vous attendez des semaines, des fois davantage, pour vous faire admettre à l\u2019Hôpital général sur recommandation de votre médecin, tandis qu\u2019il y a un tas de lits vides au Lauren-tian Chest.» 2-\tLe Laurentian Chest possède une salle d\u2019opération plus grande que celle de l\u2019Hôpital général; cinq bureaux pour les deux médecins qui y travaillent et 144 lits, mais il a fallu fermer un étage de 46 lits, faute de patients.3-\tLe Mount Sinai Sanatorium se complaît avec un budget d\u2019un million! Les deux derniers hôpitaux, très bien équipés, où il y a plus de bureaux que de médecins, où il y a plus de salles qu\u2019il n\u2019en faut, où il y a des chambres et des lits qui ne servent pas, ce sont les hôpitaux pour anglophones.Rappelons que ce sont les contribuables, donc la majorité française, qui paient 100% du budget des hôpitaux.Les médecins et la population francophone de la région sont formels: il y a de la discrimination contre les francophones dans les deux hôpitaux anglophones de Sainte-Agathe; de plus on observe que: a)\tla langue du travail est l\u2019anglais; b)\taucun médecin canadien-français de la région n\u2019est attaché à ces hôpitaux; QUI SONT LES RACISTES?701 c)\tles patients de ces deux hôpitaux anglophones, quand ils ont besoin de soins généraux, ne sont pas envoyés à l\u2019hôpital général de Sainte-Agathe, qui pourrait les fournir, mais expédiés à Montréal par ambulance, aux frais des contribuables, «parce qu\u2019il est généralement admis dans les milieux anglophones de la région que rien de bon ne peut être fait par les Canadiens-français dans le domaine médical», nous rapporte un témoin; d)\tquand l\u2019hôpital général est débordé et qu\u2019il demande au Mount Sinai s\u2019il peut recevoir des patients en trop, le Mount Sinai réplique qu\u2019il n\u2019accepte que les cas de maladies pulmonaires.Mais si la demande vient du Montreal Jewish Hospital, n\u2019importe quel cas est accepté.N\u2019est-ce pas là du racisme?1972, août: La revue Maclean publie quelques extraits de lettres que des anglophones, d\u2019un peu partout au Canada, ont fait parvenir au député conservateur Douglas Alkenbrack, champion de l\u2019unilinguisme: « Wolfe a vaincu Montcalm et fait flotter le drapeau britannique sur le territoire du Québec.Les gens, au Québec, devraient se souvenir de cela avant qu\u2019ils n\u2019exigent trop.» \u2014 «Le Canada est un pays anglais et ce devrait être la seule langue parlée, comme dans le passé.» Gilles Racine, l\u2019auteur de ce texte, ajoute, après avoir cité plusieurs extraits d\u2019autres lettres semblables aux deux exemples donnés ci-dessus, que c\u2019est là le pouls d\u2019une bonne partie de la population anglophone du Canada.En théorie, l\u2019anglophone est peut-être favorable à l\u2019épanouissement du fait français, mais il ne faut pas le déranger dans ses habitudes, quand vient le temps de l\u2019appliquer.Des députés anglophones mènent un sondage dans la région d\u2019Ottawa au sujet de la politique fédérale du bilinguisme.Dans Ottawa-Ouest: 61% des répondants désapprouvent cette politique, 28% sont favorables, 11% s\u2019abstiennent.Dans Grenville-Carleton: 80% voient dans cette politique un net préjudice, 4% y sont favorables et 16% préfèrent ne rien dire.63% de cette circonscription sont défavorables à l\u2019idée d\u2019augmenter le nombre des francophones à la Fonction publique, 17% sont favorables et 20% ne veulent se prononcer.Voilà à n\u2019en pas douter une forme de racisme. 702 L'ACTION NATIONALE 1973, février: Une page complète du journal Abitibi-Dimanche rapporte le fait divers suivant: il s\u2019agit d\u2019un gérant de banque anglophone de Val d\u2019Or qui se présente au magasin local de Eaton pour remettre sa carte de demande de catalogue.Sur la carte entièrement rédigée en français, il avait écrit au crayon gras: «No frog, please Englisn only».Sans commentaire.1975, 1er février: Clément Fontaine, ex-moniteur de français auprès des fonctionnaires fédéraux, écrit dans Perspectives que la proportion des francophones n\u2019est pas négligeable à Ottawa, mais «ces derniers se voient contraints, ou encore se font un devoir, de parler la langue de la majorité.Nous savons que cette situation ne joue pas en sens contraire au Québec».C\u2019est le bilinguisme à sens unique; c\u2019est la farce qui se continue.Un peu plus loin, l\u2019auteur continue: «Ottawa demeure unilingue anglais dans son ensemble.Peu ou pas d\u2019affiches bilingues.Des films en anglais programmés dans la totalité des cinémas.Des policiers, des chauffeurs d\u2019autobus et de taxi qui ne digèrent pas un traître mot de français, menaçant presque de vous mordre si vous insistez».Voilà le fanatisme, voilà le racisme.Dans la plupart des organismes fondamentaux, il y a prépondérance traditionnelle de l\u2019anglais.Je pense que cela suffit comme description; et nous sommes dans la-capitale d\u2019un pays dit bilingue.et alors dans les coins plus reculés, comment cela se passe-t-il?1975,15 mars: Le Jour nous apprend que la Régie des services d\u2019urgence de Toronto publie un bottin destiné aux 600 000 foyers torontois.Tous les renseignements sont rédigés en anglais, en italien, en portugais et en grec.Rien en français.À un interlocuteur qui en demande la raison, on répond: manque d\u2019espace «et puis après tout, vous n\u2019êtes pas au Québec, ici!» 1975, 25 avril: Le docteur André Lafrance d\u2019Ottawa écrit dans Le Jour que le Canada anglais se moque royalement du bilinguisme, «quand il ne s\u2019y oppose pas activement plus ou moins farouchement, comme c\u2019est souvent le cas chez de nombreux fonctionnaires fédéraux et leurs champions avoués, qui ont nom Cossitt, Baker, etc.» QUI SONT LES RACISTES?703 1976,\t31 juillet: La directrice des pages féminines, Mme Catherine Ford, écrit dans le Daily Times de Brampton, Ontario: «Gardez votre déficit olympique, votre Jean Drapeau, votre viande avariée, votre corruption passée et à venir, votre fleuve pollué, votre Mirabel, vos contrôleurs aériens, votre Baie James, votre langue et débarrassez la place.» \u2014 «J\u2019en ai marre de payer double prix pour les étiquettes, l\u2019empaquetage et la signalisation bilingues.Vous avez tout ce que je déteste le plus chez un groupe minoritaire: les jérémiades, les hurlements, la revendication des droits sans se soucier de ceux des autres.Réaction, dites-vous?Vous n\u2019avez encore rien vu.Je ne veux plus de vous, de votre langue, de vos coutumes, de vos problèmes et de vos cris qui m\u2019écorchent les oreilles.» 1977,\tavril: Les Francophones hors Québec publient: Les Héritiers de Lord Durham.Aux pages 47, 59 et 101 on retrouve quelques titres évocateurs d\u2019articles de journaux: 1-\tManitoba: Georges Henderson, député conservateur à la législature, propose l\u2019élimination du français.Winnipeg.2-\tL\u2019Ouest est écoeuré du bilinguisme.Claude Arpin du Montreal Star, Montréal.3-\tLa justice en français, un échec.Sudbury.4-\tL\u2019A.A.N.B.limite l\u2019usage du français.Frédéricton.5-\t«Tu es Français.» Une insulte en Saskatchewan.Les cours d\u2019école de cette localité résonnent d\u2019une insulte nouvelle: les enfants s\u2019y traitent de «Français».Assiniboia.6-\tLes anglophones sont opposés à une faculté de droit français à Moncton.Moncton.7-\tLes francophones de Frédéricton ont de sérieux problèmes scolaires.Frédéricton.8-\tOn refuse toujours l\u2019école française.Windsor.9-\tUn bilingue, c\u2019est toujours un francophone qui parle aussi l\u2019anglais.Ottawa.10-\tPour le moment, le bilinguisme est une farce.Edmonton.11-\tLe rapport Bibeau.Constat d\u2019échec du bilinguisme à Ottawa.Ottawa.12-\tContre l\u2019instauration du bilinguisme à Moncton.Moncton.1977, 21 juillet: Le Devoir nous apprend que trois fonctionnaires de la Commission d\u2019assurance-chômage, succursale de Laval, sont suspendus pour refus de parler anglais.Et pour- 704 L\u2019ACTION NATIONALE quoi refuser de parler anglais?Parce qu\u2019on leur refuse la prime supplémentaire.Pour se venger, le directeur du bureau confie des dossiers rédigés uniquement en anglais à son personnel.Mme Estelle Roux, la première à être suspendue, fait remarquer au patron qu\u2019elle n\u2019occupe pas un poste unilingue anglais et qu\u2019elle ne devrait pas être appelée par conséquent à ne travailler qu\u2019en anglais seulement.Réponse: suspension.Voilà, il faut vite rentrer dans le rang; Québécois, n\u2019oubliez pas que vous êtes les conquis! 1977,\toctobre: La ville de Cavan, en Ontario, repousse les Cisterciens d\u2019Oka.Si vous n\u2019êtes pas WASP (White, Anglo, Saxon, Protestant).Où sont les vrais séparatistes?Un citoyen de Cavan résume bien la pensée de ces séparatistes qui s\u2019ignorent: «Je suis peut-être un fanatique, mais les catholiques et les Français créent des mauvais mélanges.Les Français catholiques sont les pires.» Sans commentaire! 1978,\tfévrier: 1- Jean-Marie Cossette écrit dans Y Information Nationale le résumé de ce que plusieurs pensent au sujet de la Commission «de la dernière insulte».En effet, depuis le début des audiences de la Commission de l\u2019unité canadienne ou la commission de la dernière chance, jamais n\u2019avons-nous entendu déclarations plus racistes, plus dévalorisantes ni plus insultantes pour les Québécois francophones.Non seulement les anglophones ne veulent-ils pas donner une dernière chance à qui que ce soit, ils n\u2019ont cessé de baver, cracher sur les francophones du Canada sans aucun scrupule pour la dignité des autres.Ce fut le cas à Halifax, où les audiences furent perturbées; où certains invervenants réclamaient l\u2019unilinguisme anglais.Ce fut le cas à Edmonton et encore pire à Winnipeg, où vraiment le summum du racisme et de l\u2019intolérance fut atteint par une grande majorité d\u2019intervenants.Les commissaires sont tous des universitaires, qui.savent lire.S\u2019ils veulent entendre aujourd\u2019hui ce qu\u2019ils auraient dû apprendre il y a déjà plusieurs années, ils n\u2019ont qu\u2019à consulter QUI SONT LES RACISTES?705 nos bibliothèques, qui fourmillent d\u2019écrits, de discours, de rapports, d\u2019enquêtes, de statistiques, etc.2-\tL\u2019ancien maire de Barrie, en Ontario, se propose de recueillir 10 000 signatures pour exiger du plus haut tribunal du pays la destitution, pour séparatisme, du premier ministre québécois! 3-\tM.Louis Desmarais, président du Conseil pour l\u2019unité canadienne, soutient que les passions et le fanatisme entretenus depuis 1960 par les journaux, surtout anglophones, au sujet du Québec, sont en grande partie responsables du climat de panique qu\u2019a suscité le projet de la charte du français.1978, 6 mars: Ian Sinclair, président du Canadien Pacifique Ltée, affirme que la langue au siège social du C.P.est l\u2019anglais, sera toujours l\u2019anglais et devra toujours être l\u2019anglais.«Nous ne pourrions conduire nos affaires en français.» Voilà.M.Sinclair, vous oubliez le bilinguisme?Ah! j\u2019y pense: ça, c\u2019est pour les francophones.1978, avril: M.Richard Doyle, éditeur du Globe and Mail, affirme que «les Québécois auraient de bonnes raisons d\u2019être mécontents du Canada anglais s\u2019ils étaient mieux informés sur ce qui se passe à Toronto!» Que de sous-entendus! 1978,\t30 décembre: Paul Gessel de la Presse Canadienne écrit dans Le Devoir un article sur le bilinguisme: 1-\tLes membres de la Commission Pépin-Robarts ont été insultés et injuriés pendant leur traversée du Canada.Dans l\u2019Ouest, en particulier, les attaques contre les politiques linguistiques ont été virulentes.2-\tJames Richardson, ancien ministre libéral de la défense, est devenu député indépendant de Winnipeg-Sud en raison de la volonté du gouvernement d\u2019incorporer les droits linguistiques dans la constitution.M.Richardson reçoit des centaines de lettres appuyant ses convictions de fanatique francophone.1979,\t22 janvier: James Richardson anime Canadians for One Canada.Cette organisation a procédé à un sondage sur le bilinguisme.97% des gens consultés déclarent que l\u2019anglais seulement devrait être la seule langue officielle au Canada. 706 L'ACTION NATIONALE 1979, 25 janvier: L\u2019ancien ministre libéral, M.Richardson, dénonce le rapport sur l\u2019unité canadienne, en affirmant que les Canadiens ne croient pas à la dualité culturelle et linguistique.«Il n\u2019y a qu\u2019un Canada, tous les Canadiens sont égaux, il n\u2019y a pas deux peuples fondateurs».1979, 31 mars: Solange Chaput-Rolland écrit dans Perspectives que les membres de la Commission Pépin-Robarts ont été assaillis à Winnipeg par «le racisme, le préjugé anti-français et l\u2019impatience d\u2019une foule décidée coûte que coûte à crier son rejet de la langue française, du bilinguisme».Il faut ajouter que cette Commission dû faire face, lors de son passage à Montréal, aux remarques embarrassantes d'un intervenant; en effet, après avoir décrit les titres de la brochette (que lui fournissaient les commissaires) de représentants des milieux financiers et des divers organismes anglo-canadiens, il se demanda comment tous ces gens pouvaient tellement désirer le bien des Québécois francophones! 1979,\t7 avril: L\u2019éditeur du Toronto Sun, Peter Worthington, soutient que les personnes qui huent, lorsque Roger Doucet chante en français l\u2019«Ô Canada», à l\u2019occasion des joutes de hockey qui se disputent au Canada anglais, posent un geste qui représente l\u2019opinion de la majorité des citoyens du milieu.1980,\t27 septembre: Maurice Filion des Nordiques affirme que bien des francophones ont subi le racisme dans la ligue Nationale et ils l\u2019ont enduré en silence.Le gardien de buts Michel Dion, qui a joué quelques années dans des clubs anglophones, «admet avoir senti de la réticence de la part des Anglais».1981,10 octobre: Le député libéral provincial de Notre-Dame-de-Grâce, M.Reed Scowen, propose de convoquer des États généraux, afin que les Québécois anglophones tentent de se définir des objectifs commmuns, puisque le visage du Québec est de plus en plus français et qu\u2019il serait vain d\u2019espérer retourner en arrière.L\u2019auditoire de St.James Literary Society de l\u2019Université McGill accueille fort mal les propos du député, réagissant tantôt avec froideur, tantôt avec hostilité, tournant parfois au chahut. QUI SONT LES RACISTES?707 Après avoir rencontré 16 représentants de son association locale, 15 d\u2019entre eux sont opposés à ce que leur député soutienne la motion.«Depuis des décennies, la collectivité anglophone s\u2019est surtout livrée à la résistance passive, se tenant craintivement à l\u2019écart de l\u2019évolution culturelle du Québec, mais attaquant à chaque occasion les affirmations un peu trop évidentes de l\u2019identité francophone», écrit Marc Laurendeau.1982, 4 février: Edward Tilden, président de la compagnie de location de voitures qui porte son nom, insulte les Québécois.Il se vante de ne pas avoir besoin de la langue française pour gagner sa vie au Québec.Il vomit sur le gouvernement québécois et fustige la loi 101.Il est ignoble et injurieux à l\u2019égard de la politique linguistique du gouvernement.C\u2019est un discours ordurier présenté devant la Chambre de Commerce de la province de Québec.Le président de cette Chambre, M.Jean-Paul Létourneau, qualifie de violente la déclaration du président de cette compagnie de location, tout en signalant que «cette opinion traduisait la pensée de plusieurs hommes d\u2019affaires anglophones qui vont tenir ce genre de propos, en privé toutefois».1982, 18 février: MM.Parel et Srebernik publient un article dans le Jerusalem Post, l\u2019un des plus prestigieux quotidiens d\u2019Israël qui a consenti un traitement de choix à ce texte.Cet écrit malhonnête diffame collectivement à l\u2019étranger les francophones québécois.Lise Bissonnette du Devoir ajoute: «L\u2019ambassadeur du Canada en Israël a demandé mollement à Ottawa s il devait réagir, mais Ottawa trouve que les Juifs montréalais ou le gouvernement du Québec sont plus aptes à le faire.Elle est bien étrange, cette façon de reconnaître subitement au Québec une personnalité internationale qu\u2019on lui nie ordinairement avec vigueur dans la capitale fédérale, en prétendant que les ambassades canadiennes sont parfaitement capables de nous représenter.Comme si une telle attaque sauvage du Québec nationaliste valait bien le prix d\u2019un léger accroc à l\u2019image canadienne à l\u2019étranger.» 1982, 13 novembre: Après Tilden, c\u2019est maintenant Mulhol-land de la Banque de Montréal qui, dans une conférence uniquement en anglais, devant la Chambre de Commerce de Montréal, vient gronder les indigènes que nous sommes.Il nous dit 708 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019une façon méprisante combien nous devrions avoir honte de nous-mêmes, parce que nous parlons et vivons en français.En même temps, on apprend que la Banque de Montréal crée 2 000 emplois à Toronto et en coupe 54 à Montréal, en plus de nommer un unilingue anglophone à la vice-présidence de la région Est.Dans la même page du Devoir, on fait remarquer que les grandes affiches en couleur Piquer, c'est voler, placées dans les endroits publics, ne sont visibles qu\u2019en français; pourtant, l\u2019auteur de ce texte affirme habiter un secteur très bilingue.Faut-il conclure que seuls les francophones sont visés?Voilà un exemple qu\u2019on pourrait classer dans la catégorie du racisme raffiné.1983, 3 janvier: Nous apprenons à l\u2019instant qu\u2019au Manitoba, M.Forest, le célèbre défenseur de la langue française, voit les vitres de son établissement fracassées et les murs se salir de peinture: No more French.Conclusion: Nous fermons par cet article le dossier «bilinguisme» qui, nous l\u2019avons assez répété, était destiné aux francophones, afin de mieux les assimiler.C\u2019est bien connu que cette politique fut mal comprise des anglophones.Était-ce trop astucieux?Quoi qu\u2019il en soit, ce fut un échec lamentable.Pourtant, parmi les quelques textes qui vont suivre pour démontrer cet énoncé, on remarque la persévérance dans la bêtise de la Commission Pépin-Robarts.C\u2019est la pagaille.L\u2019arme se retourne contre l\u2019assaillant dans un effet de boomerang.Voyons plutôt ce qu\u2019on a écrit à ce sujet: 1977, 24 septembre: La Presse présente les résultats d\u2019une enquête menée par Southam Press, qui publie 14 quotidiens disséminés à travers le Canada: tirage global: 1,2 millions d\u2019exemplaires.On a eu recours à Goldfarb Consultants, qui a utilisé 320 interviewers; ces derniers ont interrogé à domicile à partir d\u2019un questionnaire de 47 pages, pendant une heure et demie ou deux heures, 1924 Canadiens des deux sexes appartenant à toutes les catégories d\u2019âge, d\u2019éducation, de revenu, d\u2019emploi et d\u2019origine linguistique. QUI SONT LES RACISTES?709 Voici quelques résultats de cette enquête: 1-\tLes Canadiens anglophones donnent clairement à entendre qu ils ne feront personnellement que peu ou pas de sacrifices pour garder le Québec au sein du Canada.2-\tPresque six Canadiens anglophones sur dix jugent que le Québec n\u2019a pas légitimement lieu de se plaindre (.après tout ce qu\u2019on vient de lire dans les articles parus dans la présente revue depuis un an!).3-\tLes Canadiens ne veulent pas trop s\u2019en faire à propos de 1 unité et ils n ont pas non plus l\u2019intention de payer beaucoup pour elle.4-\t61% des participants à l\u2019enquête dans tout le pays n\u2019acceptent pas d\u2019aider à financer une école de leur district où l\u2019on parlerait la seconde langue (le français).1977,\t26 novembre: Michel Bilodeau, directeur d\u2019un grand centie de formation linguistique, écrit dans Le Devoir que les récentes déclarations du gouvernement Blakenay (16 novem-bie) démontrent «que les anglophones n\u2019ont rien compris à la situation du français au Québec».Car, dans un sens, les anglophones ne s opposent pas à ce que les francophones conservent leui culture, à la condition qu\u2019on ne les force pas à subir le français.Voilà la source des frictions et des conflits de toutes sortes occasionnées par le bilinguisme.1978,\t7 septembre: Une étude réalisée par Richard Joy poulie programme Accent-Québec, de l\u2019Institut de recherche C.D.Howe, constate que le Canada se dirige vers deux unilinguismes.En conséquence, les francophones hors Québec se pré-pai eut un avenir des plus sombres et en second lieu, deux zones bilingues sur trois s\u2019angliciseront, soit: les zones de Moncton et d Ottawa; seule celle de Montréal résistera au flot envahisseur.Enfin, cette étude ajoute: «Au Québec, la langue majoritaire n\u2019est guère assimilatrice et c\u2019est le départ continu des anglophones qui a laissé la place libre à la langue dominante dans presque toute la province, à l\u2019extérieur de Montréal.» 1978, 5 décembre: «Le bilinguisme contribue à diviser le pays.» Voilà le titre de la dépêche de la Presse Canadienne parue dans Le Devoir.Selon cette dépêche, Mme Chaput-Rolland qualifie le bilinguisme d\u2019échec complet. 710 L\u2019ACTION NATIONALE 1978,\t30 décembre: Paul Gessel de la Presse Canadienne écrit dans Le Devoir un article sur le bilinguisme: «500 professeurs ont été avisés qu\u2019on n\u2019aura plus besoin d\u2019eux à partir du 31 mars 79.» \u2014 «Le bilinguisme se meurt!», criaient-ils dans une marche qu\u2019ils faisaient contre le Parlement.Le même jour, dans La Presse, un article intitulé: «L\u2019année 1979 risque de voir sonner le glas du bilinguisme», ajoute que des intellectuels réputés sont venus au Parlement pour déclarer devant un comité conjoint du Sénat et des Communes, chargé d\u2019étudier la réforme de la constitution, qu\u2019il vaudrait mieux rejeter l\u2019idée voulant que le bilinguisme soit le ciment qui maintient le Canada uni.1979,\t20 février: Le Devoir nous apprend, sous la signature de Claude Turcotte, que le budget fédéral sabre de 30% dans les programmes de bilinguisme.En effet, 34 000 000 $ de moins dans les paiements aux provinces à titre d\u2019aide au financement des études faites dans la langue minoritaire et l\u2019apprentissage de la langue seconde.Qui en souffrira le plus?Les pauvres anglophones du Québec ou les francophones hors Québec?1982, 29 octobre: Après s\u2019être moqués de nous pendant des dizaines d\u2019années, «les enseignants, les principaux d\u2019écoles et les administrateurs anglo-catholiques de Montréal demandent au premier ministre Lévesque de passer l\u2019éponge et de régulariser le statut scolaire des quelque 1 300 enfants qui fréquentent toujours les écoles anglaises illégalement», écrit Angèle Dagenais dans Le Devoir.Voilà qui dépasse les bornes.Pour qui nous prend-on, à la fin?Assez, c\u2019est assez, comme disait l\u2019autre! LES VOYAGES HONE INC.Albert Ricard, président et directeur général 1460, avenue Union «Heureux qui, comme Ulysse,\tMontréal H3A 2B8 a fait un long voyage»\t(514) 845-8221 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5\t288-8711 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B 2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.Jean Brassard, prés 256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 BRISSON, GUÉRIN & ASSOCIES\t comptables agréés\t 5835 boul.Léger\t \tBureau 200 Montréal-Nord H1G 6E1\t \t323-8602 GUY BERTRAND, avocat BERTRAND, OTIS, GRENIER, BLANCHET 42 rue Ste-Anne, Suite 200 JACQUES POITRAS YVES POITRAS Poitras, Larue, Rondeau Inc.courtiers en assurances 7190, boul.St-Michel Bureau 101 Montréal H2A 2A5 376-1280 La Boutique Le Patrimoine Inc.Mercerie, tailleur Gilles Maillé, prop Habits sur mesures Location d habit de gala et de marie 6990 rue St-Hubert Montréal 273-2523 LAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité, lame du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154 ÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115, rue Ontario Est Montréal H1V 1J8 524-7541 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Église \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques chague mois un débat sur un sujet d\u2019actualité Abonnement 1 an (10 nos):\t12,50$ à l'étranger:\t14,50$ par avion:\t20,00$ Nom - Adresse___________________________ code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 Pour être bien informé sur la vie coopérative, il faut lire: ensemble I JOURNAL D\u2019INFORMATION COOPÉRATIVE * Le journal sera transformé en un magazine à partir du printemps 1983.L'abonnement: 12$ Canada; 15$ États-Unis; 17$ Autres pays.Adressez votre chèque à: Les Éditions Solidarité Inc.2875 boul.Laurier, Ste-Foy, Qué.Canada G1V 2M2 9185 IL Y A 145 ANS.\t713 Il y a 145 ans.les Patriotes par GILLES RHÉAUME, directeur de la Ligue d\u2019action nationale et président de la SSJB de Montréal.Cette année, nous célébrons le 145e anniversaire de ce que l\u2019on a longtemps appelé les «troubles de 37».C\u2019est l\u2019occasion pour la population de réfléchir sur le pourquoi de ces événements et d\u2019en tirer les leçons qui s\u2019imposent.Les Patriotes ont pris les armes, parce qu\u2019ils se sont opposés aux attitudes dictatoriales et coloniales des autorités britanniques.Les représentants du peuple n\u2019avaient aucune souveraineté, puisque d\u2019autres instances les empêchaient d\u2019adopter les mesures qu\u2019ils jugeaient nécessaires à la situation.La souveraineté de l\u2019Assemblée législative et la légitimité du pouvoir des députés étaient des principes chers aux Patriotes.Pour défendre leurs convictions, 1200 d\u2019entre eux ont été emprisonnés, plus d\u2019une centaine comparurent devant la cour martiale, douze furent pendus, près de 70 exilés, soit aux Bermudes, soit en Australie.Les 92 Résolutions, le programme politique du Parti Patriote, préconisaient ni plus ni moins que l\u2019érection d\u2019une république française sur les bords du Saint-Laurent.Il faut donc reconnaître que la liberté et l\u2019indépendance étaient au coeur des événements de 37-38.Leur lutte n\u2019a pas été inutile.Cette période importante de notre histoire nationale doit absolument être connue de la population.Papineau, De Lorimier et LaFontaine sont autre chose qu\u2019une station de métro, qu\u2019une artère importante ou qu\u2019un centre hospitalier.Admirer les Patriotes, c\u2019est bien; s\u2019en inspirer, c\u2019est mieux.Inspirons-nous du culte qu\u2019ils avaient pour la liberté et pour la souveraineté.Ces idéaux sont nobles, puisque nos ancêtres ont tout risqué pour les sauvegarder. 714 L'ACTION NATIONALE Aujourd\u2019hui, s\u2019inspirer des Patriotes, c\u2019est reconnaître qu\u2019il y a un parallèle entre l\u2019Assemblée législative des années 1830, qui voyait ses projets de loi refusés par le Conseil législatif, et l\u2019Assemblée nationale du Québec qui, en 1982, voit la loi 101 déclarée inconstitutionnelle en vertu du Canada bill.Les deux partis politiques, le Parti Patriote et le Parti Québécois, ont été élus et réélus avec un programme électoral où apparaissaient les mesures que le Conseil législatif en 1837 et la Chambre des communes en 1981 ont bloquées.Les 92 Résolutions étaient aussi populaires à l\u2019époque qu\u2019est la loi 101 aujourd\u2019hui.Un autre parallèle s\u2019impose.En effet, la situation économique était au centre des événements de 1837-38; l\u2019infériorité économique, l\u2019absence de contrôle des structures financières, administratives et économiques du Québec préoccupaient les Patriotes.Aujourd\u2019hui, nous ne contrôlons qu\u2019une faible partie de notre économie; les pouvoirs essentiels sont entre les mains d\u2019un parlement, à Ottawa, où nous sommes minoritaires.La crise affecte chacun des secteurs de notre vie nationale.Les Patriotes de 1837 croyaient que seule la pleine possession de tous ses moyens permettrait à notre peuple de rester lui-même et de prendre les décisions que ses élus choisiraient pour régler la situation; ils souhaitaient une mainmise nationale sur notre vie économique.Les indépendantistes d\u2019aujourd\u2019hui ont le devoir de faire partager leurs aspirations par la majorité de la population.Le contrôle économique doit être l\u2019idéal des indépendantistes.Nous devons adapter notre vocabulaire à la situation économique actuelle.Tous les éléments sont là, tout a été dit: que l\u2019on cesse de répéter qu\u2019en temps de crise, on ne peut parler d\u2019indépendance nationale.L\u2019histoire nous apprend qu\u2019au Québec, en particulier, c\u2019est dans les périodes de grande crise économique que l\u2019éclosion nationaliste a été la plus fructueuse.Que les indépendantistes qui doutent de ces affirmations retournent à l\u2019histoire et ils comprendront qu\u2019il est toujours temps de parler de la vérité.Si nous croyons à l\u2019indépendance, ce n\u2019est pas seulement poulies années grasses; nous croyons que l\u2019indépendance est la IL Y A 145 ANS.715 solution générale et normale pour le secteur économique de notre vie nationale.Les indépendantistes de 1982 ont à leur portée des moyens différents de ceux des indépendantistes de 1837.Nous sommes mieux organisés.Le mouvement indépendantiste reçoit des adhésions dans tous les milieux: nationaliste, syndical, intellectuel, artistique, progressiste, ainsi que dans les groupes populaires.Autant à droite qu\u2019à gauche et qu\u2019au centre, l\u2019indépendance nationale apparaît comme la solution à un nombre de plus en plus grand de nos compatriotes.Le 20 mai 1980, plus de 1 200 000 Québécoises et Québécois ont répondu OUI à une question qui s\u2019inscrit dans la voie de la décolonisation et de la libération.Les partisans du NON eux-mêmes hurlaient, aux quatre coins du Québec, que voter OUI au référendum, c\u2019était voter OUI à l\u2019indépendance.Mais, pour réussir, il faut plus que le nombre: il faut l\u2019union de la nation; c est là notre plus grand défi.Sommes-nous prêts à le relever?Est-ce que tous les indépendantistes veulent s\u2019unir au-dessus de leurs différences?Sommes-nous aptes à situer la question nationale au-dessus des questions politiques?C\u2019est dans les réponses à ces questions que nous trouverons la volonté, l\u2019énergie et la détermination nécessaires à la réalisation de notre idéal.Ce n\u2019est pas de l\u2019Assemblée nationale que viendra l\u2019indépendance: elle viendra du peuple ou elle ne viendra pas.Que les indépendantistes cessent de vivre dans l\u2019attente: mêlons-nous de nos affaires, mais mêlons-nous-en.Pour s\u2019inspirer des Patriotes de 37-38, il faut s\u2019en donner les moyens.C\u2019est pourquoi la SSJB-M a salué avec joie le décret du gouvernement du Québec déclarant -Journée nationale des Patriotes» le dimanche le plus près du 23 novembre, anniversaire de la victoire de Saint-Denis.Cette proclamation a été adoptée par le conseil des ministres, sur proposition du Premier Ministre.Cela est rassurant, mais il serait intéressant que cette décision ministérielle soit l\u2019objet d\u2019un projet de loi, ce qui permettrait à l\u2019ensemble des députés de l\u2019Assemblée nationale, en ce 145e anniversaire, de se prononcer sur cette question.Ainsi, nous verrions si l\u2019unanimité de nos députés 716 L'ACTION NATIONALE reconnaît le travail, l\u2019oeuvre de ceux qui, en 1837-38, ont posé les gestes qui permettent maintenant à notre Assemblée nationale d\u2019être souveraine, du moins dans une partie de ses juridictions.Mais il faut plus que cela.C\u2019est pourquoi la SSJB-M a demandé au Premier Ministre de voir à ce que soient accessibles les documents relatifs au procès de 1838, actuellement dans les caves du gouvernement, et qui ne peuvent être consultés.Il faut que cette situation soit corrigée et ce, dès maintenant.Notre Société a aussi demandé que l\u2019immeuble du Pied-du-Courant, où ont été internés des Patriotes et où ont été pendus douze gloires nationales, soit converti en musée national des Patriotes.Combien de documents, de pièces, de souvenirs, de lettres dorment dans des valises familiales! Cet immeuble, qui sert actuellement d\u2019entrepôt pour la Société des Alcools du Québec, doit devenir un hommage permanent à ceux et celles qui, au siècle dernier, ont tout risqué pour notre langue, nos droits et nos institutions.Si nous connaissions mieux notre histoire, il serait plus facile et plus simple de faire nos choix collectifs.Cette année, de nombreuses activités soulignent cet important anniversaire.Ainsi, plus de 300 personnes étaient réunies, le dimanche 31 octobre, à Napierville, où l\u2019indépendance a été déclarée par Nelson, en 1838.Les nationalistes et les indépendantistes se doivent de participer aux manifestations de commémoration de ces événements.Le vendredi 19 novembre, il y aura une «Veillée d\u2019Armes», en la salle de l\u2019Union française, où nous rendrons hommage particulièrement aux douze pendus du Pied-du-Courant, ainsi qu\u2019à Ludger Duvernay, patriote, journaliste, député et fondateur des Sociétés nationales.Le samedi 21 novembre, «Journée nationale des Patriotes», c\u2019est à Saint-Charles et à Saint-Denis que nous sommes conviés.Le dimanche 12 décembre, ce sera à Saint-Eustache.Participons nombreux à ces activités.La liberté viendra, si nous la voulons et si nous nous regroupons.L\u2019intérêt national des Canadiens-Français, que l\u2019on appelle maintenant Québécois, doit stimuler chacun et chacune d\u2019entre nous et nous voir sortir de la sclérose qui semble exister en certains milieux nationalistes. L\u2019ÉCONOMIE OUVRIERE ISRAÉLIENNE\t717 L\u2019économie ouvrière israélienne par MARCEL LAFLAMME, directeur de l\u2019Institut de recherche et d\u2019enseignement pour les coopératives.Université de Sherbrooke.Israël édifie une société originale et démocratique où le syndicat et les coopératives exercent un rôle prépondérant.L\u2019expérience israélienne est pleine d\u2019enseignement à la fois pour les pays en voie de développement et pour les peuples qui aspirent à une plus grande démocratie et à une plus grande autodétermination économique.Le but du présent exposé consiste, en premier lieu, à décrire synthétiquement l\u2019économie ouvrière israélienne et deuxièmement, à en tirer des leçons pour le Québec.I - Aperçu sommaire de l\u2019économie ouvrière israélienne 1.Contexte spécifique Dans un premier temps, il est impérieux d\u2019examiner les principaux éléments contextuels qui influencent le comportement de l\u2019économie ouvrière.À cette fin, nous avons retenu les cinq facteurs suivants: l\u2019immigration, la défense militaire, l\u2019aide internationale, le caractère pluraliste de la société et la carence d\u2019eau.1.1 L'immigration À la suite de la destruction du temple par les Romains au premier siècle de notre ère, le peuple juif fut dispersé dans divers pays, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui on le retrouve aux quatre coins du monde.Après dix-neuf siècles de conquêtes étrangères, Israël fut à nouveau établi en 1948, comme territoire indépendant appartenant au peuple juif.Depuis l\u2019acquisition de la souveraineté, une vague importante d\u2019immigrants est venue «pour construire et pour être reconstruits».De 1948 à 1978, la population est passée de 800 000 habitants à 3 650 000.L\u2019économie ouvrière israélienne a joué un 718 L\u2019ACTION NATIONALE rôle significatif dans l\u2019absorption de ces immigrants, qui étaient plutôt de classes pauvres.Ce capital humain (travail) a constitué le fondement d\u2019une renaissance nationale vertigineuse.1.2\tLa défense militaire D\u2019une façon générale, les peuples arabes acceptent mal l\u2019édification d\u2019Israël au Moyen-Orient et ils sont pratiquement toujours en état de guerre.L\u2019accord proclamé au Caire en 1963 entre l\u2019Egypte, la Syrie et l\u2019Irak a été accompagné de graves menaces à l\u2019endroit du nouvel État.L\u2019Union a juré la destruction d\u2019Israël.Néanmoins, en Égypte le remplacement de Nasser par Sadate a changé les perspectives de ce côté, si bien que les deux pays sont parvenus aux accords du camp David sous la conciliation de l\u2019ex-président Carter.Environ 40% du budget gouvernemental est drainé pour la défense du pays: le service militaire est obligatoire pour les hommes et les femmes; une armée active ainsi que les réservistes assurent la sécurité du pays.Un citoyen juif exprimait ainsi sa philosophie face à cette situation: «Il faut savoir vivre avec l\u2019état de guerre, n\u2019est-ce pas d\u2019ailleurs un des traits dominants de l\u2019histoire biblique.» 1.3\tL\u2019aide internationale L\u2019évolution accélérée d\u2019Israël aurait été impossible sans l\u2019aide substantielle de l\u2019Organisation sioniste mondiale fondée en 1897.En 1901, fut créé le Fonds national juif, pour acheter en Palestine les terres destinées à l\u2019établissement juif.L\u2019Organisation sioniste créa dans les années \u201920 un Centre d\u2019enseignement et de recherche agricoles à Rechovoth, fournissant ainsi les conditions nécessaires au développement d\u2019une agriculture scientifique.Depuis l\u2019avènement de l\u2019État juif jusqu\u2019en 1973, ces contributions se sont élevées à un peu plus de 3 milliards de dollars, dont 65% en provenance des États-Unis.1.4\tLe caractère pluraliste de la société La société israélienne se caractérise par des contrastes frappants sous divers plans: économique, géographique, culturel, politique, etc.Différentes cultures et traditions coexis- L\u2019ÉCONOMIE OUVRIÈRE ISRAÉLIENNE 719 tent entre les juifs, les arabes, les druzes et les chrétiens.Sur le plan économique, les trois secteurs privé, public et coopératif se partagent le développement.Au niveau des trois grandes villes, on aime dire de façon humoristique que chacune d\u2019elles poursuit une finalité distincte: «À Jérusalem, on prie; à Haïfa, on travaille; à Tel Aviv, on s\u2019amuse.» D\u2019une façon générale, Israël vit une série de paradoxes entre la tradition et le modernisme, le matérialisme et le spirituel, le particulier et l\u2019universel, la planification et la démocratie.Ces diverses tendances expriment les inclinations naturelles des différents groupes dont la convergence s\u2019effectue cependant au niveau des objectifs supra-nationaux: développement, sécurité, fierté nationale.1.5 La carence d\u2019eau Israël repose sur un sol montagneux privé de grandes rivières et sujet à 7 à 8 mois de sécheresse par année.Situé à la lisière du désert, le pays fut, dans toute son histoire, tributaire de la ressource eau, afin d\u2019assurer son développement.Tel Aviv, métropole d\u2019Israël, a surgi des sables.L\u2019idée que l\u2019eau donne la vie inspire l\u2019imagination des Israélites.Actuellement, nous assistons à une stratégie d\u2019exploitation maximale des ressources hydrauliques: construction de barrages, de pipelines et de citernes, interception des eaux hivernales, utilisation des eaux souterraines, irrigation systématique, etc.Le recyclage des eaux d\u2019égouts est aussi favorisé pour fin d\u2019expansion agricole et industrielle.Israël est l\u2019un des pays les plus technologiquement avancés, concernant les systèmes d\u2019irrigation.L\u2019un des hauts faits de l\u2019histoire est celui de la conquête du désert du Néguev grâce au ravitaillement par la pipeline nationale prenant source au lac Tibériade (Kinnéreth), au nord du pays.Aussi, certaines méthodes sont appliquées actuellement sur le dessalement de l\u2019eau, près de la Mer Rouge.2.Les valeurs dominantes Les valeurs influencent le comportement individuel et collectif.L\u2019économie ouvrière israélienne est marquée par les quatre ensembles de valeurs suivantes: 720 L'ACTION NATIONALE 2.1\tMouvement de renaissance nationale Ce qui frappe le visiteur en Israël, c\u2019est l\u2019acharnement que le peuple met à bâtir le pays.En effet, la conscience collective du peuple de par la loi et sa foi est puissamment attachée à ce pays depuis l\u2019Alliance de Dieu avec Abraham.La préservation de l\u2019identité du peuple juif se fait par la promotion de l\u2019enseignement de l\u2019hébreu et la propagation des valeurs culturelles et spirituelles spécifiques.Le retour en Israël est associé à une aspiration de rédemption naturelle manifestée au niveau de la conquête économique et d\u2019un front culturel riche en créations artistiques.Le désir de refaire une vie nouvelle se poursuit au niveau surnaturel, en référence avec la venue du Messie selon le moment choisi par l\u2019Eternel.2.2\tPhilosophie humaniste: liberté, justice et fraternité Certains facteurs idéologiques ont guidé l\u2019instauration de l\u2019économie israélienne.Bien que pluralistes, les idéaux semblent se cristalliser autour d\u2019une social-démocratie coopérative où les moyens de production sont entre les mains des paysans et des ouvriers.L\u2019établissement des villages ruraux correspond au type d\u2019organisation communautaire et coopératif.Le kibboutz représente cette création originale où production et consommation se font en commun.L\u2019accent porte sur la responsabilité individuelle et collective, l\u2019abolition du salariat, la gestion démocratique, la recherche du bien commun plutôt que le goût du lucre.La chaîne coopérative se poursuit au niveau urbain par une mainmise sur les secteurs de consommation, de construction, de transport en commun.Ce qu\u2019un homme ne peut faire seul, l\u2019association des individus le peut.Ainsi, on évite que toutes les perspectives appartiennent au capital détenu par quelques-uns.2.3\tEsprit pragmatique «Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve» affirmait Théodore Herlz.Il en fut ainsi pour le retour au foyer national et il en sera ainsi pour l\u2019édification du peuple, s\u2019il n\u2019en tient qu\u2019au secrétaire général de la Histadrout, qui exhorte ainsi les ouvriers: Roosevelt et l\u2019assimilation Cet homme politique ignorait sereinement l\u2019existence du peuple canadien-français.Tel n\u2019était pas le cas du Président Franklin Roosevelt.On connaît les sentiments de grand frère protecteur qu\u2019il nourrissait à l\u2019endroit du premier ministre Mackenzie King.Pendant la dernière guerre, il prend le temps d\u2019écrire une lettre à King pour lui recommander d\u2019accélérer le processus d\u2019assimilation.Roosevelt évoque l\u2019époque de sa jeunesse, quand les francophones de la Nouvelle-Angleterre ne parlaient à peu près pas l\u2019anglais et conservaient leur fidélité au Québec.Il se réjouit de constater que grâce surtout aux mariages mixtes, ils ont adopté la langue anglaise et Y American way of life.Le voici dans le vif du sujet: -Tout cela m\u2019amène à me demander s\u2019il ne serait pas opportun d\u2019envisager que le Canada et les États-Unis, travaillant de concert à cette fin, puissent mettre au point un projet \u2014 peut-être un projet tacite sans déclaration officielle \u2014 en vue de hâter l\u2019assimilation des Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre et les Canadiens français du Canada à l\u2019ensemble de leurs communautés politiques respectives.Il existe naturellement plusieurs méthodes pour parvenir à ce résultat, selon les circonstances locales.Il ne semblerait exister aucune raison sérieuse pour le maintien de différences importantes entre la population canadienne-fran-çaise et le reste des autres groupes ethniques.» Ainsi se tracent d\u2019une plume paisible les conditions d\u2019un génocide en douceur.Il n\u2019y a pas que les chambres à gaz et les pelotons d\u2019exécution pour venir à bout d\u2019une nation! On serait curieux de connaître la teneur de la réponse de William à Franklin, si elle existe.Tout cela revient à reconnaître que le Canada et le Québec n\u2019ont aucune illusion à entretenir sur la sympathie que nous ménagent les Américains.Il faut cependant leur rendre cette justice que leur sens pratique les incline toujours à ne pas LA FABLE DE LA SOURIS ET DE L\u2019ÉLÉPHANT 737 dépasser la zone du possible.Ils ont aujourd\u2019hui compris que le Canada repousse toute idée d\u2019annexion, du moins dans un avenir prévisible.Demain, ils accepteront également, le cas échéant, la proximité d\u2019un État francophone indépendant avec lequel ils chercheront à s\u2019accommoder.Fort d\u2019une expérience longue, sir Wilfrid Laurier parlait le langage de la sagesse en avouant que «la façon la meilleure et la plus efficace de conserver l\u2019amitié de nos voisins américains, c\u2019est d\u2019être absolument indépendants d\u2019eux.» Ce qui ne veut pas dire hostiles, loin de là.HOMMAGE de la SOCIETE SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal ELLE FAIT PARTIE DU MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOIS HOMMAGE de la SOCIÉTÉ NATIONALE DES QUÉBÉCOIS DES HAUTES-RIVIERES ELLE FAIT PARTIE DU MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOIS 738 L'ACTION NATIONALE Un remarquable essai politique Le pouvoir en Acadie par PIERRE TRÉPANIER professeur à l\u2019Université de Montréal Professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Moncton, observateur de la scène acadienne depuis une quinzaine d\u2019années, militant nationaliste, Léon Thériault nous offre dans la Question du pouvoir en Acadie (Moncton, Éditions d\u2019Acadie, 1982) un essai de qualité: sens de la synthèse et souci d\u2019objectivité de l\u2019historien, perspicacité d\u2019analyse de l\u2019observateur, conviction, passion même du militant.L\u2019engagement a permis à l\u2019observateur de percevoir, de l\u2019intérieur, la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick et le Parti acadien.Le nationaliste a mis à contribution l\u2019érudition de l\u2019historien pour légitimer son idéologie et lui conférer sa profondeur temporelle.Ramené à l\u2019essentiel, le propos est simple.Il repose sur une sorte de théorie des trois niveaux.La gamme des virtualités se rétrécit par palier, du haut vers le bas.Au mieux, le Québec a le potentiel d\u2019un État-nation indépendant, ce qui le place au sommet.Les Acadiens du Nouveau-Brunswick occupent le niveau intermédiaire.Us représentent plus du tiers de la population de leur province.Ils se concentrent dans une sorte de croissant renflé orienté nord-ouest, sud-est \u2014 territoire où ils détiennent la majorité.Animés d\u2019une conscience collective très vive, ils se sont dotés du réseau le plus complet d\u2019institutions de langue française en dehors du Québec.Pour eux, l\u2019indépendance est une chimère, mais ils peuvent aspirer à l\u2019autonomie, dans le cadre d\u2019une province acadienne à former à même une portion de l\u2019actuel Nouveau-Brunswick.Au dernier niveau, les minorités francophones des autres provinces, y compris les Acadiens de la Nouvelle-Écosse et de l\u2019île-du-Prince-Édouard, condamnées (sauf peut-être en Ontario) à vivoter ou à disparaître, selon la solidité des résistances ébauchées contre une assimilation sans doute irrésistible à long terme.On le voit, ce qui sert de critère à la classification, c\u2019est le degré de pouvoir politique auquel peut accéder une communauté culturelle. LE POUVOIR EN ACADIE 739 Bien qu\u2019en fait minoritaires à l\u2019échelle provinciale, les Acadiens du Nouveau-Brunswick sont virtuellement majoritaires, et c\u2019est en majoritaires qu\u2019ils doivent penser et mener leur action politique.La province du Nouveau-Brunswick n\u2019est pas une création acadienne.Elle a été fondée par et pour les loyalistes et les autres anglophones qui se sont joints à eux.La structure politique actuelle exclut la cohabitation égalitaire des deux majorités, l\u2019anglophone surtout au sud, l\u2019acadienne surtout au nord.Cette dernière peut s\u2019affranchir de la domination de l\u2019autre, faire passer l\u2019Acadie du mythe à la réalité, renouer avec les XVIIe et XVIIIe siècles.Après la déportation, les ancêtres ont reconstitué les forces démographiques, établi un nouvel espace géographique: aux contemporains de se saisir du politique, tremplin vers une reconquête économique et un mieux-être social.Mais cela suppose une véritable révolution dans les mentalités: au lieu des luttes minoritaires pour des revendications culturelles à la pièce, un combat nationalitaire pour un projet politique global, soit la province acadienne si le Québec reste dans la confédération, soit l\u2019union avec le Québec en cas d\u2019accession à la souveraineté.Pratiquement, quelle stratégie adopter?Il faut, de façon réaliste, mesurer la tâche aux moyens, procéder par étapes.Comme nombre d\u2019objectifs à court et à moyen terme sont réalisables dans le cadre politique existant, des Acadiens de toutes tendances pourront cheminer ensemble.S\u2019agissant d\u2019un processus dynamique, on peut espérer aussi que la troupe des autonomistes convaincus grossira d\u2019étape en étape, jusqu\u2019à rallier la majorité, lorsque l\u2019indétermination sera rompue et que sonnera l\u2019heure du choix décisif.D\u2019ici là, les Acadiens se doivent de poser en toute occasion, avec persévérance, la question du pouvoir: la formation de regroupements sur la base linguistique au sein des partis conservateur et libéral, la dualité dans certains ministères, la déconcentration et la décentralisation, une forme de territorialité linguistique, peut-être un pouvoir communautaire adapté de certaines expériences européennes, une réforme du parlement provincial comportant un retour au bicaméralisme, etc.Et dans cette revendication du pouvoir, quel devrait être le moyen privilégié: un mouvement ou un parti?Si les deux ont leur utilité, seul, en définitive, le parti politique 740 L\u2019ACTION NATIONALE peut relever efficacement le défi du politique.Sera-ce le Parti acadien?Comme s\u2019il avait prévu la récente déconfiture du Parti acadien aux'élections générales, l\u2019auteur souhaite qu\u2019au besoin ce parti s\u2019efface devant une nouvelle formation politique.Mais, mouvement ou parti, rien ne se fera sans militants.Aussi, l\u2019auteur s\u2019adresse-t-il au grand public, ce qui explique ces passages où manifestement il s\u2019est efforcé de vulgariser.Il interpelle aussi, de façon très pressante, les intellectuels acadiens, ses collègues universitaires en particulier: trop d\u2019observateurs, pas assez de militants! Qu\u2019y a-t-il encore dans ce livre très fort, éminemment constructif et nourri d\u2019une réflexion patiente?Un plaidoyer pour la fin des fausses méfiances, pour un rapprochement avec le Québec et la France.En outre, une interprétation néo-nationaliste de l\u2019histoire acadienne, mais sans rien de la rigueur désespérée et des réquisitoires impitoyables d\u2019un Michel Roy1.Au contraire, beaucoup de compréhension, l\u2019acceptation sous bénéfice d\u2019inventaire de l\u2019héritage des nationalistes d\u2019autrefois, clercs et laïcs, le désir de réconcilier et de rassembler les Acadiens dans le temps présent et dans l\u2019histoire, mais sans compromission ni complaisance, toujours avec des idées claires et des positions courageuses.Dans ce bilan historique, même s\u2019il n\u2019a rien d\u2019exhaustif, on note des silences étonnants: l\u2019Ordre de Jacques-Cartier ou l\u2019Association acadienne d\u2019éducation, par exemple.L\u2019Acadie cessera-t-elle d\u2019être mythique?Après avoir largement acadianisé l\u2019Eglise et la culture, et même l\u2019économie, quoique beaucoup moins, les Acadiens sauront-ils investir la politique au point souhaité par l\u2019auteur?Des obstacles se dressent, formidables, sur le chemin de l\u2019autonomie, pourtant «la seule orientation qui nous réconcilie avec nous-mêmes, avec notre histoire» (p.244).Ainsi, la province acadienne amputerait le Nouveau-Brunswick de 53% de son territoire, de sa ville la plus populeuse après Saint-Jean et de 80% des revenus provenant de la forêt, des mines et des pêches.Elle aurait une 1.Michel Roy, L'Acadie perdue, Montréal, Éditions Québec Amérique, 1978; idem, L\u2019Acadie des origines à nos jours, Essai de synthèse historique, Montréal, Éditions Québec Amérique, 1981. LE POUVOIR EN ACADIE 741 population à 30% anglophone et engloberait des comtés où le poids de l\u2019anglais varierait entre la moitié et les trois-quarts environ: Restigouche (40%), Westmorland, même divisé (50%) et Northumberland (75%).L\u2019auteur le sait, mais n\u2019y voit rien d\u2019insurmontable: -Tout n\u2019est quand même pas que rapports de forces en ce bas monde» (p.99).Non, si la civilisation est un compromis entre la force et le droit.Il n\u2019empêche que l\u2019auteur a du mérite à porter son optimisme en cocarde.Vue du Québec de l\u2019après-référendum, de l\u2019après-rapatriement et des grèves démentielles, l\u2019autonomie acadienne apparaît pour le moins problématique.Ce qui ne l\u2019est pas, c\u2019est l\u2019importance de la Question du pouvoir en Acadie, comme oeuvre et comme projet politique.Le but ultime ne sera peut-être jamais atteint, mais sa poursuite permettra aux Acadiens de raffermir leur emprise sur leur destin, dans une mesure jusque-là inespérée.Si le goût de l\u2019enlisement ne les quitte pas, les Québécois devront peut-être se tourner un jour du côté de l\u2019Acadie, pour y prendre des leçons salutaires.«Dans la vie courante, écrit Julien Gracq, les hommes se font spontanément d\u2019eux-mêmes l\u2019image de libertés en marche, circulant au milieu d\u2019un monde matériel inerte, et le traitant pour leur commodité à la manière d\u2019un simple ustensile.»2 Élargissons le sens du concept de monde matériel, pour y inclure l\u2019économie, le progrès technique, tous les rapports de forces, \u2014 et ouvrons-nous les yeux: le monde matériel a des crocs et des griffes, et des ruses de chat.Les actions les mieux concertées finissent trop souvent en pieds de nez, à la barbe de leurs auteurs, stupéfaits, ravagés et pitoyables.De la volonté au résultat, que d\u2019ironie et que d\u2019imprévu! 2.Julien Gracq, En lisant, en écrivant.Librairie José Corti, 1981. 742 L'ACTION NATIONALE «La vérité seule est révolutionnaire.» Antonio GRAM SCI L\u2019enjeu des sciences sociales: évolution et révolution par FRANÇOIS MORNEAU, politicologue.Dans le courant scientifique contemporain, et plus particulièrement dans le domaine des sciences sociales, les enjeux sont multiples.On en retrouve une multitude, éparpillés ici et là dans des discours, des revues académiques et des livres spécialisés.La tâche la plus difficile est de les réunir tous dans un même article.Je ne prétends nullement avoir réussi ce tour de force, mais j\u2019aurai au moins le mérite d\u2019avoir tenté d\u2019en réunir quelques-uns.Le premier problème qui se présente à nous dans cet exercice, c\u2019est celui de savoir par où commencer.Pour débuter, histoire de briser la glace, je crois qu\u2019il serait intéressant de connaître l\u2019origine des sciences sociales.Par la suite, connaissant cela, il nous sera plus facile d\u2019en dégager les principaux enjeux.Le développement des sciences sociales tire son origine du capitalisme marchand et des débuts de l\u2019industrialisation.C\u2019est la transformation des forces productives qui a entraîné le développement de la production des connaissances.Avant que la division du travail scientifique ne fût à l\u2019ordre du jour, c\u2019était la philosophie qui englobait toutes les dimensions de la vie en société.Au XVIIe siècle, on assiste à un émiettement progressif des objets de connaissance et à une spécialisation des tâches sur tous les plans, autant matérielles qu\u2019intellectuelles.Cette spécialisation était inhérente à la logique du capitalisme et de l\u2019industrialisation.Par la suite, on assiste à la création de différentes disciplines scientifiques telles que la sociologie, les sciences économiques, la science politique et autres.Tout cela est d\u2019ailleurs tiré et très bien expliqué dans le bouquin de Denis L\u2019ENJEU DES SCIENCES SOCIALES.743 Monière, intitulé: Critique épistémologique de l\u2019analyse systémique.Après ce court historique de l\u2019origine des sciences sociales, essayons de dégager certains enjeux qui sont inhérents au développement des sciences sociales.«C\u2019est donc la classe qui possède les moyens de la production matérielle, qui dispose des moyens de la production intellectuelle, qui en définit les buts, les sujets d\u2019intérêts et la façon dont ils doivent être traités1.» À la suite de cette courte citation, nous pouvons dégager un premier enjeu, qui est celui du rapport direct entre la puissance de l\u2019argent et le développement de la science.Cette même science n\u2019est pas libre d\u2019évoluer librement, puisqu\u2019elle est prisonnière de ce pouvoir que constitue l\u2019argent.D\u2019ailleurs, «La science n\u2019a pas besoin d\u2019être corrompue pour servir unilatéralement les intérêts d\u2019une classe ou d\u2019une nation2.» La science est donc toujours prisonnière d\u2019une classe, c\u2019est-à-dire de celui qui finance ses activités.Qu\u2019on le veuille ou non, celui qui paye a toujours certains privilèges d\u2019influence ou d\u2019ingérence.L\u2019argent est donc l\u2019un des problèmes majeurs pour le progrès du courant scientifique.Très souvent, les départements universitaires sont financés en proportion du nombre d\u2019étudiants inscrits à ce même département.On se trouve donc en face d\u2019un double problème, qui est: 1-\ton ouvre toute grande la porte du département en facilitant les critères d\u2019entrée aux étudiants.Cela entraîne par le fait même une plus grande subvention pour la recherche; 2-\til faut aller chercher ailleurs une autre source de financement.En l\u2019occurrence, il faut se tourner du côté du secteur privé.Ces deux solutions entraînent de multiples complications, telles que, par exemple, une baisse de la qualité du programme 1.\tMONIÈRE, Denis, Critique épistémologique de l\u2019analyse systémique.Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Ottawa, 1976, p.13.2.\tPESTIEAU, Joseph, Essai contre le défaitisme politique, Presses de l\u2019Université de Montréal, Montréal, 1973, p.87. 744 L\u2019ACTION NATIONALE départemental, une surabondance d\u2019étudiants impliquant des congestions pénibles, une production théorique et scientifique ralentie, et bien d\u2019autres choses encore.La science est donc prise des deux côtés à la fois.En se tournant du côté du secteur privé, c\u2019est-à-dire vers les fondations de recherche (Ford, Rockefeller et autres), les chercheurs scientifiques se trouvent à biaiser leur recherche dans la majeure partie des cas.En effet, voici pourquoi: «Comme la science est un bien qui peut se vendre directement, il est peut-être inévitable que certains professeurs se spécialisent dans la vente de la science produite par leurs collègues, et que d\u2019autres transforment leur travail intellectuel pour répondre directement aux exigences du marché3.» Le chercheur scientifique a donc à faire un choix.Sa décision résultera d\u2019une prise de conscience sérieuse sur ses ambitions, son sens moral, son éthique professionnelle et ses aspirations personnelles.C\u2019est la liberté scientifique dans la pauvreté économique ou bien l\u2019avancement scientifique téléguidé dans la richesse incontrôlée.«Bien que les grandes universités soient encore des îlots de liberté relative, les tendances générales qui limitent l\u2019indépendance des intellectuels s\u2019y font sentir.Le professeur, après tout, est un employé, avec tout ce que cela comporte; c\u2019est l\u2019institution qui choisit les hommes, et elle exerce une influence sur les conditions, la durée, et la nature de leur travail.(.) La véritable contrainte ne vient pas des contradictions externes, mais d\u2019une manipulation exercée sur la personnalité du rebelle par le code de la bienséance universitaire4.» Cette longue citation explique très bien la dépendance du chercheur face au système.La puissance de l\u2019argent exerce une très grande influence sur le déroulement et la progression de la science.Il y a donc une forme de manipulation qui est imposée au travail du chercheur.«En sciences sociales la recherche dépend de plus en plus des sommes attribuées par les fondations, qui n\u2019aiment guère, on le sait, les idées impopulaires et \u2014 non constructives \u2014.(.) Le jeune professeur qui fait des 3.\tMILLS, C.Wright, Les cols blancs, Éditions François Maspero, Collection Points, Paris, 1966, p.158.4.\tIbid., p.179-180. L\u2019ENJEU DES SCIENCES SOCIALES.745 cours et publie des livres sur l\u2019Amérique latine, l\u2019Asie, ou l\u2019Europe, et ne s\u2019écarte pas des faits et doctrines officiels, se livre à une sorte d\u2019auto-censure, car il espère obtenir des bourses de voyage et de recherche5.» La production théorique scientifique est, par conséquent, dépendante d\u2019une certaine forme d\u2019auto-censure et de biaisage d\u2019information.On assiste donc à une forme de pensée stéréotypée.En subventionnant la recherche, les grandes compagnies contrôlent ainsi les innovations scientifiques et technologiques.Par leur influence sur le chercheur, elles arrivent à dissimuler leurs véritables objectifs derrière le masque de la science.«Les puissances privées récemment apparues, de par leur grandeur même, ont besoin de nouvelles justifications.(.) Ceci permet à bon nombre d\u2019intellectuels de gagner confortablement leur vie.Le développement du travail idéologique est fondé sur le fait que les intérêts financiers représentés par les nouvelles puissances veulent que l\u2019on amoindrisse leur importance ou qu\u2019on la rende indéchiffrable aux yeux des serviteurs internes de la bureaucratie et de ses clients6.» Tous les moyens sont bons pour arriver à leur fin.À part les subventions, on retrouve notamment, comme autres moyens: \u2022Depuis quelques dizaines d\u2019années, les groupes de pression font de plus en plus volontiers appel à des publications ayant les traits ou du moins l\u2019apparence d\u2019une étude objective, voire même d\u2019une analyse scientifique.(.) Les groupes de pression n\u2019hésitent pas à inonder les écoles de brochures et de matériel de propagande, dans l\u2019espoir que leurs suggestions se frayeront une chemin dans les manuels scolaires7.» Voyons maintenant quelques autres enjeux des sciences sociales.On retrouve notamment plusieurs professeurs d\u2019universités qui sont appelés comme conseillers scientifiques auprès des gouvernements.Cela a du bon, en ce sens que le professeur complète sa théorie par la pratique.Mais cela a aussi du mauvais, car: «Un savant qui a été extrait de son laboratoire afin 5.\tIbid., p.180.6.\tIbid., p.182.7.\tEHRLICH, Stanislaw, Le pouvoir et les groupes de pression, Etude de la structure politique du capitalisme, Mouton Éditeur, Paris, 1971, p.226-227. 746 L\u2019ACTION NATIONALE de remplir des fonctions gouvernementales à plein temps tend à s\u2019adapter à son environnement; il sera enclin à oublier le point de vue scientifique et à devenir soit un administrateur, soit un crypto-politicien8.» Un autre enjeu que l\u2019on retrouve aussi dans les sciences sociales contemporaines, c\u2019est l\u2019éloignement du chercheur de la réalité concrète sur le terrain.«Les professeurs de sciences sociales n\u2019ont presque jamais été en contact avec les éléments révoltés de notre société; il n\u2019existe pas de presse de gauche, capable de toucher l\u2019universitaire moyen; aucun mouvement ne peut soutenir et mettre en valeur l\u2019intellectuel qui prend des positions politiques, encore moins lui trouver du travail.Le milieu universitaire est presque complètement coupé des syndicats.Ce vide signifie que le professeur américain peut travailler pour les entreprises, c\u2019est-à-dire, en fait, devenir l\u2019instrument d\u2019une politique, sans être obligé pour cela de changer d\u2019idéologie, et sans gros remords9.» L\u2019intellectuel, dans sa tour d\u2019ivoire, aurait peut-être intérêt à descendre de sa théorie vers la pratique.S\u2019il prenait véritablement conscience de la réalité concrète, fort probablement ses cours s\u2019en trouveraient modifiés.En éloignant la théorie de la pratique, l\u2019intellectuel s\u2019écarte des vrais problèmes et de la masse.«Nos recherches, nos écrits, notre enseignement sont contrôlés et dirigés par la classe dominante qui paye nos salaries.(.) C\u2019est pourquoi, notre meilleur espoir pour nous-mêmes réside dans notre alliance éventuelle avec la force de transformation historique qu\u2019est la classe ouvrière10.» Un autre enjeu, encore, des sciences sociales, c\u2019est celui d\u2019un certain retour au source.C\u2019est donc l\u2019étude de la réalité concrète, en rapprochant le plus possible la théorie de la pratique.Comme la classe ouvrière est la principale force de transformation historique, les sciences sociales auraient donc intérêt à s\u2019allier avec la classe ouvrière.«Le point de vue du prolétariat 8.\tCALDER, Nigel, Technopolis, Le contrôle social des utilisations de la science, Éditions Flammarion, Paris, 1971, p.167.9.\tMILLS, C.Wright, Op.cit., p.162.10.\tSZYMANSKI, Al, \u201cResponse to Marlene Dixon\u201d, Union of Marxist Social Scientists Newsletter, July 1975, No.5, p.27-28.Traduit de l\u2019américain par Jean-Guy Vaillancourt. L\u2019ENJEU DES SCIENCES SOCIALES.747 n\u2019est pas une garantie suffisante de la connaissance de la vérité objective, mais il est celui qui offre la plus grande possibilité d\u2019accès à cette vérité.Et cela parce que la vérité est pour le prolétariat un moyen de lutte, une arme indispensable à la révolution.Les classes dominantes, la bourgeoisie ont besoin de mensonges pour maintenir leur pouvoir.Le prolétariat révolutionnaire, lui, a besoin de vérité.11.» Ce que l\u2019auteur de cette citation veut nous faire comprendre, c\u2019est que le prolétariat ne peut prendre le pouvoir et transformer la société que par un acte délibéré et conscient.C\u2019est-à-dire par la connaissance objective de la réalité, de la structure sociale et de la conjoncture politique.Pour lui, le prolétariat constitue la classe universelle dont l\u2019intérêt coïncide avec celui de la plus grande majorité.Il est, par conséquent, la première classe révolutionnaire dont l\u2019idéologie a la possibilité objective d\u2019être transparente.Donc, cet auteur semble vouloir dire qu\u2019il existe une science du prolétariat révolutionnaire que l\u2019on pourrait même étiqueter comme la science du marxisme révolutionnaire.En effet, selon cette thèse, il ne saurait y avoir de science sociale qui soit impartiale, puisque toute société est fondée sur la lutte de classes.Toute la science officielle et libérale défend, d\u2019une façon ou de l\u2019autre, une certaine classe.«Si l\u2019on admet la thèse du marxisme révolutionnaire selon laquelle toute science sociale est, consciemment ou non, directement ou indirectement, engagée, orientée, tendancieuse, partisane, liée à la vision du monde, au point de vue d\u2019une classe sociale12.» D\u2019après cette citation, on peut donc dire que toute science, quelle quelle soit, est toujours imprégnée d\u2019une certaine forme d\u2019idéologie.Face à semblable situation, pouvons-nous dire que l\u2019objectivité est impossible dans les sciences sociales?Il nous est permis de nous poser certaines questions, telles que: «La science sociale n\u2019est-elle pas nécessairement engagée, c\u2019est-à-dire liée au point de vue d\u2019une classe sociale?Comment concilier ce caractère partisan avec la connaissance objective de la vérité13?» 11.\tLOWY, Michael, Dialectique et Révolution, p.236 12.\tIbid., p.229.13.\tIbid., p.201. 748 L'ACTION NATIONALE Le problème crucial qui se pose, donc, dans le courant des sciences sociales contemporaines, c\u2019est celui de l\u2019objectivité et du point de vue de classe.Comme la vérité est l\u2019objectif ultime auquel toutes les sciences désirent arriver, c\u2019est donc dire que les chercheurs doivent faire face actuellement à de grands enjeux.L\u2019idéal est d\u2019en arriver à une science qui soit mesurable, que toute démarche scientifique ait une cohérence interne et externe, que ses procédés de recherche deviennent identiques à ceux des sciences de la nature.Après avoir passé en revue les principaux enjeux que connaissent actuellement les sciences sociales, il serait intéressant de faire un bref bilan de tout ce qui a été dit.Pour se développer, la science doit reposer sur deux points d\u2019appui très importants, qui sont d\u2019ailleurs en relation conflictuelle: 1-\ttransformation historique par le prolétariat; 2-\tpuissance financière de la bourgeoisie.Pour continuer leur évolution, les universités doivent avoir recours à deux formes de financement.Un problème surgit justement et c\u2019est: FINANCEMENT DE L\u2019UNIVERSITÉ Secteur privé I Bourgeoisie Secteur public .1 État Influence i Selon ce petit schéma, les universités sont donc coincées des deux côtés à la fois.Pour remédier à ce problème, la solution serait peut-être une forme d\u2019université populaire où ce serait le peuple (le plus près de la vérité) qui financerait son université.Malheureusement, je suis bien conscient que cette solution est attaquable à bien des égards.En somme et pour clore le tout, nous pouvons dire que l\u2019un des grands dangers de la science, c\u2019est que, tout comme les bourgeois, elle ne songe qu\u2019à des idéaux universels et intern- L\u2019ENJEU DES SCIENCES SOCIALES.749 porels.Or, il est tout à fait normal qu\u2019il y ait des théories contradictoires qui s\u2019affrontent dans le courant scientifique contemporain.Ce sont d\u2019ailleurs ces débats qui font progresser la science.Cela est justement l\u2019un des traits de la bourgeoisie que de vouloir tout harmoniser, quand il est normal qu\u2019il y ait des conflits.S\u2019il y a une force qui soit vraiment antirévolutionnaire, c\u2019est justement celle du consensus quasi général.Bref, les sciences sociales ont à faire face à de multiples enjeux au cours des années à venir.C\u2019est la résultante des actions qu\u2019elles poseront qui sera déterminant pour notre avenir.Car, après tout: «La science décrit des comportements sociaux mais contribue aussi à la vision du monde qui les justifie et aux institutions qui les encadrent14.» DON DE $500 000 À LA CAMPAGNE DE FINANCEMENT La Compagnie pétrolière impériale Ltée, vient d\u2019accorder $500 000 à l\u2019Université de Montréal dans le cadre de la Campagne des années 80.Cette décision de la compagnie était rendue publique par M.Jacques Lefebvre, directeur de l\u2019Impériale pour le Québec, au cours d\u2019une conférence de presse qui se déroulait la semaine dernière.Le recteur de l\u2019U de M, M.Paul Lacoste a profité de l\u2019occasion pour remercier la Compagnie et souligner qu\u2019il s\u2019agissait là du don le plus considérable jamais offert à une université canadienne par la Compagnie pétrolière impériale.Ce don de la Compagnie figure également parmi les plus importantes contributions offertes à l\u2019Université par l\u2019entreprise privée.M.Lacoste a rappelé l\u2019importance que l\u2019Université attache aux contributions du secteur privé et il a souligné que sans ce supplément de ressources qui s\u2019ajoute à l\u2019aide gouvernementale, le progrès de l\u2019enseignement et de la recherche universitaire pourrait être compromis.Jusqu\u2019à maintenant, la campagne de financement de l\u2019U de M a permis de recueillir $12 millions.L\u2019objectif est de $24 millions.(Forum, 2 février 1981, page 3).14.PESTIEAU, Joseph, Op.cit., p.81. 750 L\u2019ACTION NATIONALE Par mon hublot par ROGER DUHAMEL Les entrepreneurs en démolitions Comme les hommes, les groupements politiques ont leur destin.Celui du parti progressiste-conservateur est d\u2019être voué à l\u2019autodestruction.Il demeure fidèle à sa tradition ancienne, qui est la vocation du suicide.Chaque fois qu\u2019un concours de circonstances lui ouvre la voie du pouvoir, il s\u2019ingénie à ruiner cette hypothèse plausible.Le gouvernement, comme l\u2019enfer de Sartre, c\u2019est les autres! Le mélodrame de Winnipeg, où Maureen a pleuré comme la Margot de Musset, correspond exactement à ce scénario.Les congressistes conservateurs avaient une chance unique de serrer les rangs autour d\u2019un leader qui, malgré ses maladresses et ses hésitations passées, réussissait à s\u2019afficher bon premier au hit-parade des sondages.En outre, les libéraux souffrent depuis assez longtemps d\u2019une évidente usure autant dans leurs méthodes de gestion que dans leur invention créatrice.La place n\u2019était-elle donc pas belle à prendre?C\u2019était mal connaître les conservateurs, ces abonnés du masochisme.À cette réunion tenue dans les plaines du Far West, M.Joe Clark a été pesé et jugé trop léger, du moins pour un tiers des votants.Si l\u2019on en croit l\u2019un des vieux stratèges du parti, M.Dalton Camp, d\u2019autres facteurs moins avouables seraient également intervenus.Le leader mal aimé a aussitôt tiré la conclusion qui s\u2019imposait, il a refusé d\u2019assumer davantage ses fonctions.Il y a lieu de l\u2019en féliciter.Sa volonté de se porter à nouveau candidat au prochain congrès, à Ottawa, nous semble de prime abord moins heureuse.Elle ne fera qu\u2019alimenter la lutte très âpre entre les factions rivales.Il est très rare, au surplus, qu\u2019au cours d\u2019une vie humaine, le facteur sonne deux fois.À notre avis, deux commentaires au moins s\u2019imposent à la suite du départ de M.Clark.Le premier concerne le Canada PAR MON HUBLOT 751 tout entier.Cet écroulement, passager ou durable, des conservateurs confirme une réalité pénible qui devrait inquiéter tout citoyen respectueux des valeurs démocratiques.Nous vivons depuis longtemps et nous vivrons probablement encore longtemps sous la férule du parti unique, avec tous les inconvénients graves qui s\u2019ensuivent.Une alternative valable n\u2019existe plus.Une opposition qui n\u2019accède à peu près jamais au pouvoir diminue peu à peu sa crédibilité auprès de l\u2019opinion publique; ses membres finissent par perdre beaucoup de leur intérêt et de leur vigilance et n\u2019acquièrent pas cette expérience pratique qui est le résultat naturel de l\u2019exercice du pouvoir.On a pu le constater aisément pendant les quelques mois du gouvernement Clark.Nous tenons à relever un autre aspect du problème et qui nous touche plus directement.Parmi les chefs successifs du parti conservateur, il n\u2019en est absolument aucun qui ait consenti d\u2019aussi tenaces efforts pour tenter de saisir la réalité québécoise.Le premier, il a su maîtriser convenablement le français.Le premier, il a eu à coeur, par de fréquents séjours dans notre province, de se pencher sur les difficultés inhérentes à notre situation spécifique dans le régime fédéral.Le premier, il a pris des positions, aussi bien au Parlement que sur les estrades, qui démontraient son respect pour notre nationalité et son acceptation du principe de la différence dans cette communauté des communautés, un concept souple qu\u2019il s\u2019est appliqué assez vainement à répandre.Notre intention n\u2019est pas de tresser une couronne au vaincu, mais de reconnaître en toute probité les mérites d\u2019un homme que rien ne prédisposait à une telle ouverture d\u2019esprit à notre égard.En votant contre M.Clark à Winnipeg, les conservateurs anglophones pouvaient avoir leurs raisons et nous n\u2019avons pas à en discuter.En revanche, comment ne pas accuser d\u2019aveuglement et d\u2019ingratitude les congressistes de langue française qui leur ont emboîté le pas?Pour une fois qu\u2019un fédéraliste n\u2019entretenait pas de haine à notre endroit! Intolérance au Manitoba On ne s\u2019étonne pas outre mesure des incidents qui se produisent au Manitoba depuis le début de cette année.Nous savons 752 L'ACTION NATIONALE d\u2019expérience que la francophobie fait partie intégrante de tout cerveau anglo-canadien moyen.Il est dommage que nous ayons trop facilement tendance à l\u2019oublier en montant en épingle de louables exceptions qui se recrutent à peu près exclusivement dans les milieux universitaires, artistiques et culturels.Un Keith Spicer ne fait pas le printemps! Des malfaiteurs fanatiques se sont manifestés par des actes de violence et de vandalisme: slogans haineux peints sur les murs des édifices scolaires, vitraux fracassés, graffiti provocateurs, affiches défigurées, et pour couronner le tout, incendie criminel qui a détruit le siège social de la Société franco-mani-tobaine, entraînant des pertes matérielles qui dépassent largement les cent mille dollars.Pourquoi cette bouffée d\u2019intolérance?Il est facile de la rattacher à la décision rendue le 13 décembre 1979 par la Cour suprême.Avec près d\u2019un siècle de retard, le tribunal a alors invalidé la loi de 1890 qui soustrayait la province à l\u2019obligation de l\u2019article 23, lequel imposait l\u2019égalité des deux langues dans le fonctionnement du parlement local et des cours de justice.Tout en réprouvant cette explosion actuelle de racisme, il est possible de comprendre cette réaction.Devant la négligence des autorités fédérales demeurées indifférentes à ce qui était censé être l\u2019esprit de la Confédération, nous devons avouer que des Manitobains viscéralement unilingues ont pu se croire fondés à se vouloir dans un pays exclusivement anglais.La Corn-suprême est intervenue beaucoup trop tard \u2014 elle s\u2019est simplement trompée de siècle! \u2014 pour renverser la vapeur et créer un climat de convivialité.Au surplus, il peut apparaître, aux yeux de ceux qui nous détestent, que le coût est excessif de cette traduction des lois à l\u2019usage d\u2019une minorité qui compte aujourd\u2019hui 4 ou 5 pour cent de la population.Le poids démographique demeure toujours un facteur déterminant.Les revendications des Acadiens ont l\u2019avantage de s\u2019exprimer au nom d\u2019environ un tiers des Néo-Bruns wickois.Posons une question plus délicate: les Franco-Manitobains sont-ils tous des chevaliers convaincus du fait français au PAR MON HUBLOT 753 Canada?Un certain nombre d\u2019entre eux ne sont-ils pas enclins à gommer la différence et à laisser se perdre leur identité?N\u2019est-ce pas le cas malheureux, sans doute inévitable, d\u2019un secteur important de la jeunesse peu disposée à toujours reprendre, sans résultats appréciables, les luttes épuisantes des anciens?Ne sommes-nous pas portés à prêter à l\u2019ensemble des Franco-Manitobains la lucidité, le courage et la ténacité de leurs chefs de file, publicistes et enseignants tout particulièrement?Quoi qu\u2019il en soit, les Québécois n\u2019ont pas témoigné d\u2019un sentiment très vif de réprobation en face de cette nouvelle offensive tellement révélatrice de la fausseté originelle du régime fédéral.On ne tue pas notre frère Riel à chaque génération! La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a sauvé l\u2019honneur en versant une somme de $1 000 à la S.F.M.Geste symbolique qui exprime une solidarité fraternelle.Malgré ses soucis actuels, le gouvernement Lévesque n\u2019est pas demeuré inactif.Le premier ministre a fait parvenir' à son homologue, M.Pawley, un télégramme l\u2019engageant à faire prévaloir quelques mesures d\u2019équité.De son côté, M.Jacques-Yvan Morin, qui dirige les Affaires intergouvemementales, a promis à nos compatriotes lointains l\u2019aide technique et financière nécessaire pour surmonter la crise actuelle.On ne peut qu\u2019applaudir à des dispositions aussi généreuses.A l\u2019endroit des minorités menacées aussi bien par leur épuisement démographique que par la xénophobie de leur milieu, le rôle de notre gouvernement, surtout l\u2019indépendance une fois acquise, devrait être d\u2019offrir à nos frères de la diaspora qui le désirent l\u2019occasion de venir s\u2019établir en Terre-Québec, en leur fournissant tous les avantages matériels et financiers indispensables à leur insertion dans notre tissu social.Nous savons bien qu\u2019un bon nombre d\u2019entre eux, nés et élevés dans les provinces anglophones, ne souhaiteront nullement changer d\u2019habitat.Nous aurions néanmoins accompli notre devoir national en leur procurant l\u2019aubaine de recouvrer leur être intime.Imposture ou exagération?Quand nous évoquons les auteurs de la Confédération, nous voyons aussitôt surgir des personnages compassés vêtus de 754 L\u2019ACTION NATIONALE redingotes austères et flanqués de favoris frisottants.N\u2019étaient-ils pas des hommes de la seconde moitié du XIXe siècle, figés dans leurs habitudes intellectuelles et sentimentales?Nous oublions que nous sommes les contemporains du dernier Père de la Confédération, Joey Smallwood, le pétulant octogénaire terre-neuvien qui se flatte d\u2019avoir arrimé son île rocheuse au continent canadien.Un historien d\u2019origine britannique, Phillip McCann, risque de jeter à bas ce qui lui apparaît, au pire une imposture, au mieux une grossière exagération des faits.Au cours de recherches poursuivies dans les archives à Londres, McCann est tombé sur des documents officiels devenus récemment accessibles au public et qui projettent un éclairage nouveau sur les tractations antérieures au rattachement de Terre-Neuve au Canada.Il est de notoriété publique que cette ancienne colonie s\u2019est toujours trouvée dans une situation économique pénible, qu\u2019elle constituait un fardeau financier pour sa mère-patrie.Au lendemain de la guerre, à demi ruinée par un effort collectif dont on se demande si elle se relèvera un jour, la Grande-Bretagne n\u2019est pas en mesure de s\u2019occuper matériellement de Terre-Neuve.Le gouvernement anglais redoute surtout que son bailleur de fonds américain accepte difficilement que quelques dizaines de millions de dollars soient distraits en faveur de l\u2019île.Si l\u2019on s\u2019en rapporte à l\u2019historien McCann, c\u2019est à ce moment qu\u2019un fonctionnaire supérieur du Dominions Office, Alexander Clutterbuck, aurait entamé des pourparlers avec des interlocuteurs canadiens.Le but de cette démarche est évidemment de convaincre Ottawa de libérer la Grande-Bretagne de sa lourde hypothèque et, pour dorer la pilule, on fait miroiter à nos yeux les richesses du Labrador.La situation ne manque pas d\u2019ironie, si l\u2019on s\u2019arrête à songer que c\u2019est le plus haut tribunal britannique qui a jugé en 1927 que le Labrador devait appartenir à Terre-Neuve, amputant de ce fait le territoire québécois d\u2019une zone importante que lui reconnaissaient la géographie et l\u2019histoire.La suite est bien connue.Un congrès national de représentants élus de l\u2019île est convoqué pour décider de la forme de gouvernement à adopter.Les uns souhaitent que leur petite PAR MON HUBLOT 755 patrie recouvre son indépendance relative d\u2019avant 1934, les autres sont favorables à une union économique avec les Etats-Unis.Parmi les partisans de cette seconde option, il est amusant de relever le nom du bouillant Donald Jamieson, qui a su se réconcilier en temps utile à la perspective canadienne, puisqu\u2019il a été ministre des Affaires extérieures à Ottawa et qu\u2019il vient tout juste de prendre ses fonctions de haut-commissaire à Londres.Il existait aussi une troisième catégorie formée des gens qui lorgnaient du côté de la Confédération.Tel était le cas de Joey Smallwood, qui se sert de son micro comme d\u2019une arme de combat.Il finit par gagner la partie, mais ce n\u2019est pas sans peine.Il faudra en effet procéder à deux référendums et le second ne récolte un vote favorable qu\u2019à 52 pour cent.M.Smallwood tient fort à ce titre de Père de la Confédération.Chacun sa fierté! Il semble plutôt qu\u2019il n\u2019a été qu\u2019un manipulateur entreprenant à la recherche d\u2019un mariage de raison.Le rôle est moins glorieux, il est peut-être plus véridique.Les historiens ont cette détestable habitude de déranger les attitudes avantageuses.La recherche de la qualité Depuis que les conflits industriels et syndicaux sont devenus au Québec la norme plutôt que l\u2019exception, l\u2019opinion est tout à fait excusable de perdre de vue les problèmes essentiels de notre société.Il est particulièrement inquiétant qu\u2019une certaine indifférence \u2014 serait-ce de la résignation?\u2014 nous gagne dès qu\u2019il est question de la qualité et de la pertinence de notre enseignement.Sur un thème aussi fécond en réflexions, un ancien recteur de l\u2019Université de Montréal, M.Roger Gaudry, tenait l\u2019automne dernier à Toronto, lors de la conférence du Conseil des ministres de l\u2019Éducation, des propos d\u2019une grande sagesse qui n\u2019ont pas recueilli beaucoup d\u2019échos, sans doute parce qu\u2019ils se situaient à contre-courant des préjugés actuels.La seule réaction, immédiate celle-là, fut celle d\u2019une soixantaine de représentants des professeurs et des étudiants, qui devaient quitter la salle en signe de protestation. 756 L'ACTION NATIONALE Comment s\u2019expliquer une pareille indignation?L\u2019orateur aurait-il donc ébranlé les colonnes du temple des conventions?Sa pensée maîtresse a tout ce qu\u2019il faut pour mettre le feu aux poudres.La voici ramassée en une seule phrase: la démocratisation de l\u2019enseignement universitaire et un enseignement supérieur authentique sont deux notions incompatibles, même contradictoires.N\u2019est-ce pas suffisant pour soulever l\u2019ire de ceux qui entrevoient dans les fumerolles de leur utopie le jour où tout le monde lira Kant en bandes dessinées et où Beethoven connaîtra la popularité de Diane Dufresne! M.Gaudry ne s\u2019est pas contenté de dénoncer en termes vagues les orientations actuelles.Il a mis le doigt sur des maux précis dont l\u2019énumération demeure impressionnante: \u2014\tla rationalisation mensongère des universités contemporaines; \u2014\tdes normes d\u2019admission trop basses; \u2014\tl\u2019importance excessive reconnue à la formation strictement professionnelle (médecine, droit, ingénierie, etc.); \u2014\tun mode de promotion par matière qui aboutit à décerner des diplômes dépourvus de signification à des étudiants n\u2019ayant jamais été astreints à étudier en profondeur des disciplines vraiment formatrices de l\u2019esprit; \u2014\tune multiplication abusive des étudiants à temps partiel et des étudiants adultes; \u2014\tla prolifération de programmes d\u2019enseignement qui n\u2019ont d\u2019universitaire que le nom.On pourrait épiloguer longuement sur chacun de ces chefs d\u2019accusation qui révèlent chez celui qui les a formulés une connaissance approfondie du milieu.Il nous revient que le cardinal Villeneuve, dans sa conférence mémorable au Cercle universitaire de Montréal, avait fait sensation en rappelant qu\u2019une université doit être une école de haut savoir et de directives sociales.Nous nous sommes aujourd\u2019hui très éloignés de ce concept raisonnable.Le résultat, c\u2019est que nos universités ont voulu s\u2019attribuer des tâches nombreuses et utiles, mais ne relevant pas directement de leur compétence ou de leur vocation.C\u2019est une lourde erreur de les rabaisser au rang honorable et différent des écoles de métier, des instituts de technologie et des collèges communautaires. PAR MON HUBLOT 757 Les étudiants contestataires soutiennent que c\u2019est la une conception élitiste de la société.La plaisante querelle! Comment peut-on se méprendre à tel point sur le rôle de la formation et de la culture dans une société civilisée! Il est étrange que la notion d\u2019élitisme soit proscrite comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une tare, quand elle représente en réalité la poursuite persévérante de l\u2019excellence et de la qualité.Si l\u2019on consent à simplifier, demandons-nous s\u2019il est préférable pour la collectivité de produire dix bacheliers compétents ou cent bacheliers médiocres.Beaucoup de nos contemporains, épris d\u2019une impossible et peu souhaitable égalité, optent pour la seconde solution; il en est heureusement d\u2019autres, tel M.Gaudry, qui demeurent fidèles à la première.La seule vraie.IMPRIMEURS LITHOGRAPHES CONCEPTIONS GRAPHIQUES L'atelier\tthérien frères qui donnera\tLIMITÉE X -\t8125, BOUL à vos imprimes\tSt làurent un caractère\tMontréal .j-\tQUEBEC H2P2M1 de distinction 388 5781 758 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019agro-alimentaire: un cas L\u2019artichaut au Québec: produit d\u2019exportation ou d\u2019importation par MICHEL BROCHU Dans une série d\u2019études consacrées à différents ministères du Québec dans le cadre de l\u2019Indépendance, j\u2019ai abordé dans le 3e article, diverses questions touchant aux compétences du ministère de l\u2019Agriculture.(Action Nationale, vol.III, n° 4, décembre 1963).Plusieurs paragraphes préconisent une diversification et une reconversion des cultures au Québec.Deux de ces paragraphes se lisent comme suit: «Un des problèmes fondamentaux de l\u2019agriculture du Québec est l\u2019importance des cultures à faible rendement, dont une bonne partie consiste en fourrages destinés aux besoins de l\u2019élevage laitier.Si cette pratique agricole peut être compatible avec les terres sablonneuses des rebords du bouclier laurentien ou sur le plateau appalachien, il est évident qu\u2019elle constitue un sous-emploi des sols extrêmement riches et fertiles de la région dite des Basses-Terres du Saint-Laurent.» «La solution à envisager est de s\u2019orienter vers les cultures à haut rendement partout où la qualité des sols le permettra: parmi ces cultures il y a, naturellement, celle des légumes connus, tels que les petits pois, les asperges, les haricots verts.Il faudrait cependant que fût intensifiée la culture des choux de Bruxelles et des brocolis, des variétés fines et demi-fines de petits pois, de haricots verts et d\u2019asperges et que fût introduite de toute pièce celle des endives, des artichauts et des fla-golets.» Or, voici que La Presse du mercredi 21 septembre 1982, p.E6, a annoncé qu\u2019«un premier arrivage d\u2019artichauts bretons rands, charnus, à feuilles serrées» venait de parvenir à Montréal, préservés par un procédé spécial de pré-réfrigération. L\u2019AGRO-ALIMENTAIRE: UN CAS 759 Il faut assurément se réjouir de l\u2019arrivée de ces excellents produits de la Terre de France et du sens aigu de la mise en marché des Bretons.Ceci dit, on peut tout de même s\u2019étonner que le Québec, 20 ans après l\u2019article précité de l\u2019Action Nationale, n\u2019ait pas encore commencé la culture de ce légume, qui ne rencontrerait aucune difficulté particulière au Québec, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une plante de climat tempéré croissant dans des sols sableux légèrement acides (ce qui est le cas à la fois pour la Bretagne et pour le Québec); le climat de la Bretagne est cependant plus océanique et moins froid que le Québec, ce qui peut permettre 2 récoltes par année.Il faut retenir de ce qui précède que l\u2019artichaut est un légume de culture relativement facile que non seulement le Québec pourrait cultiver de façon à satisfaire sa consommation nationale, mais dont aussi il pourrait devenir exportateur vers le Canada et plus particulièrement vers les États-Unis.Ce que l\u2019on peut considérer comme un fait mineur en agriculture, est tout de même symptomatique de l\u2019incurie et de la passivité du ministère de l\u2019Agriculture du Québec, quant au développement des cultures spécialisées qui peuvent être source d\u2019exportations importantes pour le Québec.Si, en un sens, on peut se réjouir de la pénétration de l\u2019artichaut breton sur le marché québécois, il serait opportun que le Québec, sous l\u2019impulsion de son ministère de l\u2019Agriculture si dynamique en d\u2019autres domaines, réagît efficacement et rapidement pour implanter la culture de l\u2019artichaut au Québec. 760 L'ACTION NATIONALE Les téléromans au Québec par VIATEUR BEAUPRÉ, professeur, CEGEP de Sept-iles.Les téléromans québécois, je les trouverais supportables, peut-être, s\u2019ils ne parlaient pas.Mais vous savez qu\u2019ils sont bavards, très bavards.Ce qu\u2019ils ont à dire est si peu important qu\u2019on peut, à tout bout de champ, leur couper le sifflet par un message publicitaire infantile qui laissera intact le déroulement insipide de leurs intrigues et de leurs dialogues.Quand une conversation est creuse, il est assez impertinent de se demander à quel niveau de langue elle se situe.Des niaiseries, délivrées en jouai ou en français international, restent fondamentalement niaises.Si on me dit: «Le champagne canadien dégage un arôme aussi envoûtant que le multiculturalisme oecuménique d\u2019un océan à l\u2019autre», ce langage élégant et pédant est creux, parce qu\u2019il ne décrit pas la réalité; pour bien parler de la réalité du Canadian champagne, il faudrait un langage cru, vert.En voilà assez sur la qualité de la langue des téléromans.J\u2019évalue cette langue comme j\u2019évalue l\u2019arme du crime dans les films policiers québécois: avez-vous déjà vu un film québécois où le criminel n\u2019avait pas l\u2019air idiot avec son révolver?Ces films vous font nager en pleine invraisemblance criminelle, comme si vous découvriez, quelque part près de Mont-Laurier, un canard jaune de plastique Zeller en train de couver les oeufs frais des sarcelles de la rivière Mingan.Écoutez comment parlent les personnages de nos téléromans, surtout les enfants, et si vous avez quelque aptitude pour le tir, dites-moi si vous n\u2019avez pas la tentation impérieuse de sortir votre fusil à deux coups de calibre 12?Autrement dit, avant de se demander si une langue est bonne ou mauvaise, il faut d\u2019abord se demander si elle transmet un message intelligent ou insipide et creux.On demande aux téléromans de jouer le même rôle que Pepsi numéro uno, que les super couches Pampers, et que le duvet soyeux de Delsey et de Cottonelle.Ce n\u2019est évidemment 761 LES TÉLÉROMANS AU QUÉBEC pas sans conséquences pour la langue.La langue des téléromans est insipide, artificielle et banale, parce que leur contenu est insipide, artificiel et banal.Je m\u2019explique.La plupart des téléromans veulent nous présenter la vie quotidienne telle quelle; même quand ils vous proposent des hystériques de gros calibre comme ceux du clan Beaulieu.Ils ont la prétention de coller à la vie, avec leurs naissances, leurs mariages, leurs funérailles et leurs petits drames intermédiaires.La bonne vieille salade quotidienne des journaux à potins et des petits romans d\u2019amour à 25 cents.Et comme par enchantement, toute cette prétendue réalité devient fausse.Fausse comme la psychologie du cher Oncle Bill ou de Tarzan; fausse comme le fameux cinéma-vérité qui avait la prétention d\u2019enregistrer la vie toute nue, toute crue; fausse comme les personnages du roman Kamouraska, s\u2019ils étaient évalués par l\u2019économiste Bourassa, au lieu d\u2019être analysés et vécus en profondeur par Anne Hébert.La vie quotidienne n\u2019est pas fatalement superficielle et banale: ce sont les apparences qui sont superficielles et banales; malheureusement, l\u2019instinct profond du téléroman, c\u2019est de s\u2019en tenir au niveau des apparences; il nous abreuve d\u2019apparences, et veut nous faire croire que «c\u2019est ainsi que les hommes vivent».Permettez-moi ici un parallèle entre les téléromans, qu\u2019on nous présente comme d\u2019authentiques échantillons de la vie québécoise, et les concerts qu\u2019on nous présente parfois à Radio-Canada ou ailleurs.Voyez Radio-Canada nous offrant une symphonie.Bon, enfin, autre chose que du sport ou des annonces publicitaires! On va écouter de la musique! Détrompez-vous: tout au long de l\u2019émission, on va s\u2019ingénier à vous faire oublier que vous écoutez de la musique.Les caméramen sont de fins spécialistes de la diversion: ils vous montreront vingt fois comment le pianiste utilise ses doigts pour faire de la musique; ils vous montreront aussi plusieurs fois ses pieds, c\u2019est important; l\u2019oeil de la caméra et le vôtre voyageront à l\u2019intérieur du piano pour voir comment les petits marteaux frappent les cordes, car si le marteau ne frappait pas les cordes, il n\u2019y aurait pas de musique, n\u2019est-ce pas?Après quoi, le caméraman vous invitera à la contemplation des archets 762 L\u2019ACTION NATIONALE des violonistes: quelle danse, ou langoureuse ou frénétique, mais toujours passionnée et toujours gracieuse! Puis il prendra plaisir à vous convaincre, par un gros plan, qu\u2019il faut souffler très fort dans l\u2019énorme tuba pour qu\u2019il en sorte quelque chose.Tous les instruments auront ainsi droit à une remarque émue ou amusée de la part du virtuose de la caméra.Si l\u2019oeuvre musicale dure un peu trop longtemps à son goût, le caméraman tuera le temps, et la musique, en vous décrivant l\u2019architecture, les peintures, les boiseries de la salle de concert; il aura aussi tout le temps nécessaire pour vous montrer les réactions de l\u2019auditoire, et cherchera à repérer parmi les spectateurs les plus photogéniques, ceux qui semblent les plus sympathiques à sa cause.Bref, on aura tout fait pour vous convaincre que la musique, écoutée avec la seule sensibilité auditive et l\u2019intelligence, c\u2019est absolument indigeste et insupportable; il faut agrémenter, étoffer, excuser tout ça pour que ça passe.Eh oui! la musique, passe-temps des sourds! Le téléromancier saisit la vie à peu près comme le caméraman de Radio-Canada saisit la musique.Il en est de même pour tous les arts, tout ce qui suppose autre chose qu\u2019un esprit potinier.Après dix, quinze émissions de télévision sur Gauguin ou Balzac, vous aurez appris sur Gauguin et Balzac ce que peuvent vous en dire les journaux à potins et les commères du quartier; mais vous n\u2019aurez rien appris sur l\u2019art de Gauguin et de Balzac: ou bien parce que l\u2019art, l\u2019essentiel, n\u2019intéresse en rien les responsables de ces émissions, ou bien parce qu\u2019ils ont décrété que cela n\u2019aurait aucun intérêt pour les téléspectateurs.Le résultat est le même dans les deux cas: vous volez en rase-mottes, au niveau du cancan, du couin-couin et du foin.S\u2019attendre à ce que la limonade des téléromans contribue à l\u2019évolution du peuple québécois, c\u2019est comme espérer que Nathalie Simard sauvera la poésie québécoise ou que Serge Joyal ou Serge Laprade marcheront un jour comme Frontenac, d\u2019Iberville, Churchill et de Gaulle.C\u2019est comme demander à Émile Genest et Roger Lemelin d\u2019incarner la résistance du peuple québécois.Non, le téléroman a pour mission première de transformer les idées en plat de spaghetti, d\u2019anesthésier tout sentiment critique, de ramollir les colonnes vertébrales en boudins de guimauve.Plus le peuple québécois se gavera de téléromans, plus il deviendra débile et flasque. LES TÉLÉROMANS AU QUÉBEC 763 Je ne nie pas que nos téléromans soient des documents culturels intéressants.Forcément, ce sont des témoignages, des pièces à conviction.Un linguiste, un sociologue peuvent trouver là une matière inépuisable pour des recherches passionnées; exactement comme l\u2019eau polluée offre au biologiste un domaine d\u2019exploration illimité.Reste à savoir si l\u2019eau polluée contribue puissamment à la santé des peuples.Avant les téléromans, il y avait les romans-feuilletons; personne n\u2019en est mort; TVA et Radio-Canada pourront donc sereinement nous abreuver de téléromans et de messages publicitaires débiles sans que le ministère de l\u2019Environnement ne signale d\u2019épidémie.Le chercheur de l\u2019an 3,000 qui tombera sur ces documents, se demandera avec stupeur quel plaisir pouvaient bien prendre les gens de la fin du vingtième siècle à cette bouillie mentale.Même les téléromans ou les films créés à partir d\u2019oeuvres littéraires authentiques laissent habituellement échapper l\u2019essentiel.L\u2019essentiel, c\u2019est-à-dire l\u2019analyse de l\u2019homme et de la vie, est dilué dans le décor, dans le bric-à-brac superficiel.Les meilleures pages du roman Kamouraska n\u2019ont laissé aucune trace dans le film Kamouraska; imaginez ce qui arrive quand le texte du téléroman a été écrit par des p\u2019tits Simard en puissance.Bien sûr, on mobilisera d\u2019authentiques comédiens pour incarner cette sauce: Jean Duceppe peut donner du piquant, de l\u2019arôme et de la consistance au gruau le plus insipide et délavé.Il pourrait jouer dans des téléromans muets, et ces téléromans ne s\u2019en porteraient que mieux.La solution serait que de grands écrivains produisent les scénarios des téléromans; mais ils s\u2019en gardent comme de la peste.Le présent exposé influencera le cours de la production téléromanesque au Québec à peu près comme un sifflement de merle à Sept-îles influence le débit des chutes Niagara.Le téléroman est là pour rester: j\u2019y suis, j\u2019y reste.Et un peu d\u2019entraînement permet à tout homme de bonne volonté de savoir si la boisson qu\u2019on lui sert dans les téléromans, c\u2019est du champagne ou de la pisse de jument .Sauf votre respect, mesdames et messieurs. 764 L\u2019ACTION NATIONALE Trouvailles d\u2019actualité par PATRICK ALLEN Année mondiale des communications Parler communication, ce n\u2019est pas seulement parler de téléphone, télévision, réseaux de cables et satellites, c\u2019est évoquer un des fondements même du progrès culturel, social et économique moderne dont les deux tiers de la planète sont encore presque entièrement privés.Cet angle de l\u2019inégalité mondiale a poussé les Nations unies à décréter 1983 comme l\u2019année mondiale des communications.Au Québec, le ministre des communications, M.Jean-François Bertrand, a défini son programme, débloqué 400 000 dollars pour inviter les Québécois à s\u2019impliquer dans des projets reliés à l\u2019Année mondiale des communications et à préparer un «sommet» sur cette question.Cependant ne l\u2019oublions pas, les communications sont un tas de tuyaux mais l\u2019important c\u2019est la qualité du contenu, sa crédibilité, son poids d\u2019humanité.Le graphisme par ordinateur Un colloque sur le graphisme par ordinateur a été organisé par le service de la recherche et le centre de perfectionnement de l\u2019École des HEC, le 24 février 1983.On y a traité du graphisme par ordinateur, du graphisme en gestion et du graphisme en médecine.Le ministre Gilbert Paquette était du colloque.Les dictionnaires ne peuvent donner une idée du sujet car il est encore trop nouveau.Deux professeurs des HEC ont produit un film d\u2019animation tridimensionnelle, complètement réalisé par ordinateur, intitulé Vol de Rêve, qui suscite l\u2019étonnement et l\u2019émerveillement du monde entier.L\u2019innovation est celle-ci: c\u2019est la première fois dans le monde qu\u2019une histoire est racontée complètement à l\u2019aide d\u2019un ordinateur.Le syndicalisme s\u2019autodétruit Roger Deslandes, professeur au CEGEP de Sherbrooke, raconte dans La Presse (25 février 1983) qu\u2019une crise mondiale sévit au Québec avec un taux de chômage de 14%.Oublier ce contexte c\u2019est se mettre en dehors de la justice sociale.Au lieu d\u2019aider le gouvernement à sortir de la crise, les chefs syndicaux le considèrent comme l\u2019ennemi numéro un à abattre, ils multiplient les affrontements, les injures et les gestes d\u2019autodestruction.M.Deslandes conclut ainsi: «Le syndicalisme, dans son agir en 1982-3, a manifesté jusqu\u2019à maintenant une inconscience sociale sans précédent, une immaturité incroyable en face de ses responsabilités qui forcent un grand nombre de ses syndiqués à TROUVAILLES D\u2019ACTUALITE 765 se poser de sérieuses questions sur les excès de cette puissance aveugle.» Le bonheur d\u2019étre M.Jean Ethier-Blais, universitaire, critique, essayiste, romancier et poète, auteur du magistral ouvrage récent Les pays étrangers, a reçu officiellement, le 21 février, le prix Duvernay, présenté par le président de la SSJB de Montréal, M.Gilles Rhéaume.Mme Alice Parizeau, dans son éloge du lauréat, a souligné le caractère unique de l\u2019universitaire, de l\u2019écrivain et de l\u2019homme qu\u2019est M.Éthier-Blais.Il a l\u2019art de vaincre la solitude et de s\u2019assumer.Dans une allusion à notre Prince des Ténèbres, M.Ethier-Blais a souligné que, chez nous, les Attila sont innombrables.Son texte est un diamant littéraire que les lecteurs de L\u2019Action nationale sauraient apprécier à sa valeur.Le journal Le Droit: une étroitesse énorme Les nouveaux propriétaires du quotidien Le Droit, d\u2019Ottawa donneront-ils une orientation nouvelle au journal?Simon Duri-vage posait cette question, le 23 février, à Jean Castonguay, mathématicien de la région, à l\u2019émission Présent national, de Radio-Canada.M.Castonguay déclare que Le Droit a plutôt favorisé la mentalité des minoritaires, ce qui est plutôt tolérable pour les Franco-Ontariens mais devient intoléra- ble pour les Québécois situés de ce bord-ci de l\u2019Outaouais: «Comme exemple de cette mentalité de minoritaires entretenue par le journal, on n\u2019a qu\u2019à voir la façon dont Le Droit a appuyé et appuie encore le développement d\u2019un district fédéral en sol québécois.» En plantant, sans balises culturelles appropriées, départements et ministères massivement anglophones sur la rive québécoise de l\u2019Outaouais, le gouvernement fédéral a récolté l\u2019anglicisation galopante de tout un secteur francophone de Hull: «Cette forme d\u2019aliénation s\u2019est donc pratiquée au moyen de ces chevaux de Troie que constituent les édifices fédéraux.Or Le Droit, poursuit M.Castonguay, n\u2019a jamais pris la défense du fait français auprès du gouvernement fédéral.Il s\u2019est littéralement couché devant le gouvernement Trudeau et a applaudi à toute nouvelle idée qui allait dans le sens de l\u2019homogénéisation et de la bilinguisation de l\u2019Outaouais.Cinq députés en montgolfière (texte envoyé à quatre quotidiens) Cinq députés libéraux fédéraux, en conférence de presse la semaine dernière à Ottawa, ont tenté de disqualifier les évêques et leur lettre sur la crise économique.Dans leur texte paru dans quelques quotidiens, ils ont cependant écrit qu\u2019ils sont «ouverts au dialogue entre chrétiens» et prêts à une «rencontre avec le Comité des Affaires sociales» de l\u2019épiscopat.Cette façon de tendre l\u2019hameçon, après 766 L\u2019ACTION NATIONALE avoir cherché à noyer le poisson, m\u2019inquiète et m\u2019incite à poser quelques questions.Les évêques ont-ils vraiment «violé la distinction entre le temporel et le spirituel», comme l\u2019ont écrit les députés, Céline Her-vieux-Payette (Montréal-Mercier), Jean-Guy Dubois (Lotbi-nière), Herb Breau (Gloucester), André Maltais (Manicouagan) et John Evans (Ottawa-Centre)?Bien au contraire, ils en ont interprété et respecté avec lucidité et sens pratique, la lettre et l\u2019esprit.Ce n\u2019est pas à ces élus du peuple qu\u2019il faut rappeler que la lettre tue et que l\u2019esprit vivifie! Et l\u2019authentique esprit de cette distinction, ces députés l\u2019auraient découvert chez les penseurs eux-mêmes qu\u2019ils ont cités (Jacques Maritain, Biaise Pascal et Jean-Paul II), s\u2019ils n\u2019avaient pas choisi que les extraits qui faisaient leur affaire et exclu ceux qui les dérangeaient.N\u2019est-ce pas naïf et peu efficace d\u2019en avoir écrit si long sur une distinction que tous les évêques et nombre d\u2019autres personnes d\u2019une culture étendue connaissent par coeur depuis la fin de leur adolescence?Il faut vivre en aérostat ou en montgolfière pour escamoter une réalité qui crève les yeux de ceux dont les deux pieds sont sur terre en 1983.Que ces rêveurs d\u2019Ottawa descendent vers le vrai monde.En situation de crise et d\u2019urgence économique, quand des centaines de milliers de personnes, femmes et jeunes surtout, sont en quête d\u2019emploi, de pain de logement convenable, de l'assistance immédiate ou de l\u2019espoir d\u2019un avenir viable, il faut démarrer concrètement: il faut agir pour vivre! Le temps de ratiociner comme de petits maîtres d\u2019école guindés sur une soi-disant théorie mancisante des évêques que ces députés ont diagnostiquée, et sur le pour et le contre de leur nouveau modèle de développement économique pour le Canada de l\u2019avenir, voilà du temps perdu.Arrêtez de prendre le message des évêques comme un exercice de rhétorique.Ce message est aussi autre chose qu\u2019un document d\u2019économistes, d\u2019hommes politiques ou de scientistes.C\u2019est une invitation à l\u2019étude, à l\u2019action, dans une perspective pastorale d\u2019après-concile Vatican II, face à un problème concret de 1983, face aussi aux critères évangéliques et au radicalisme des Béatitudes.Ce message cherche à humaniser et à apprivoiser les relations capital-travail pour la productivité de biens et de services pour un meilleur partage des richesses, dans la concertation, et non l\u2019affrontement.Cette manière neuve de dialoguer éviterait de rater la relance économique chez nous comme elle aurait pu nous éviter à la bergerie d\u2019Ottawa d\u2019accoucher en 1981 d\u2019un Canada Bill rachitique et handicapé, un avorton. BILAN FINANCIER 767 BILAN FINANCIER I- L\u2019Action Nationale Etat des recettes et des déboursés pour l\u2019exercice terminé le 31 décembre 1982 Recettes Abonnements\t$23 280 Annonces\t11 145 Dons\t9 397 Subventions de la Fondation Esdras-Minville\t5 700 Ventes de volumes\t1 440 \t$50 962 Déboursés\t Impressions\t$29 350 Expédition\t728 Affranchissement postal\t1 155 Commissions pour annonces\t2 255 Loyer, téléphone et secrétariat\t7 623 Remises à la Fondation Esdras-Minville\t9 545 \t$50 656 Excédent des recettes sur les déboursés\t$\t306 Solde à la Caisse Populaire, le 31 décembre 1981\t6 264 Solde à la Caisse Populaire, le 31 décembre 1982\t$ 6 570 768 L\u2019ACTION NATIONALE II- Fondation Esdras-Minville Rapport annuel pour l\u2019exercice terminé le 31 décembre 1982 État des revenus et des dépenses Revenus Dons\t$9\t555 Intérêts\t6\t408 Gain sur cession d\u2019obligations\t_____30 $15 993 Dépenses Subventions à la Ligue d\u2019Action Nationale\t$5\t700 Rapport gouvernemental et coffret de sûreté _______19\t5 719 Excédent des revenus\t$10 274 État des soldes aux Caisses Populaires Soldes, le 31 décembre 1981\t$ 3 241 Excédent des revenus en 1982 Cession d\u2019obligations à échéance\t10 274 2 970 $16 485 Achats d\u2019obligations et intérêt couru\t16 052 Soldes, le 31 décembre 1982\t$\t433 État de l\u2019Actif\t Obligations (valeur nominale $72 000) coût Parts sociales aux Caisses Populaires Intérêt à recevoir Soldes aux Caisses Populaires\t$70 871 15 52 433 $71 371 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS § des régions suivantes : La Société Nationale de l\u2019Est du Québec^ La S.N.Q.de la région des Hautes-Rivières ' La S.N.Q.de la région de l'Outaouais La S.N.Q de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de l\u2019Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yamaska De concert avec la Parce qu\u2019elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d\u2019assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siège social: Québec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi, Laval-des-Rapides, Longueuil, Montréal, Québec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivières.DU GROUPE SOLIDARITÉ-UNIQUE "]
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