L'action nationale, 1 septembre 1984, Septembre
[" //Action NATIONALE Volume LXXIV, numéro 1, septembre 1984 SANS NATALITÉ FORTE, QUÉBEC N\u2019EST QU\u2019UN BATEAU-RELIQUE, SANS VOILE, SANS AVENIR, INERTE À SES AMARRES.ît WA La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Thérèse Dionne-Picard Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 l\u2019ActlOn NATIONALE Volume LXXIV, numéro 1, septembre 1984 TABLE DES MATIÈRES PATRICK ALLEN:\tLe nombre, le nombre, le nombre!.3 MICHEL BRUNET:\tL\u2019 avenir des minorités francophones à l\u2019heure d\u2019un nouveau Québec.13 PIERRE CHAUNU:\tConséquences de la peste blanche.21 MARCEL\tLe projet de société sous-jacent LAELAMME:\taux messages des Évêques.\t31 CHANTAL CHABOT:\tGroupes coopératifs des Bois-Francs.49 ROGER DUHAMEL:\tL\u2019offensive d\u2019Ottawa se poursuit.55 Prétoria au banc des accusés_\t62 CORRESPONDANCE: *\tM.Gilles Rhéaume répond à M.Jean-Louis Roy .\t69 *\tSuzanne Plamondon et Pierre-André Julien écrivent à Madame Marois.77 PATRICK ALLEN:\tÀ l\u2019affût de l\u2019actualité.81 YVON DUBÉ:\tDes alternatives de solution au problème du chômage.\t90 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois LE NOMBRE, LE NOMBRE, LE NOMBRE! 3 Éditorial Le nombre, le nombre, le nombre par PATRICK ALLEN Que sera le Québec de demain?Avant de rêver d\u2019un beau et dynamique pays et d\u2019un Québec libre, il faut garder un ardent envie de vivre, il faut exister, décider d\u2019assurer nous-mêmes et concrètement notre existence, agir pour nous épanouir.Or une population saine et vigoureuse est la clé maîtresse d\u2019une telle société.Bien sûr, nous sommes 6 438 403 Québécoises et Québécois, selon le plus récent recensement.C\u2019est la moitié de la population des États de la Nouvelle-Angleterre (12 348 000), les trois quarts de celle de l\u2019Ontario (8 625 000), presque trois fois celle des quatre provinces Maritimes réunies (2 234 000), plus nombreux que le Danemark (5 100 000), la Hollande méridionale et septentrionale (5 349 000), la Finlande (4 750 000) et la Norvège (4 040 000), pour ne mentionner que ces pays.C\u2019est principalement aux familles nombreuses que le Québec doit son accroissement démographique exceptionnel.Nous connaîtrons pendant quelques décennies encore une hausse de la population.Et après?La situation pourrait devenir catastrophique, à cause du cancer de la dénatalité qui nous ronge! «OUTRE LE FAIT QUE LE QUÉBEC SOIT UN ÎLOT FRANCOPHONE EN AMÉRIQUE DU NORD (2% de la population totale du continent nord-américain), IL CONNAÎT UN DES PLUS FAIBLES TAUX DE FÉCONDITÉ DU MONDE ET UNE MIGRATION NETTE NÉGATIVE DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES.» Ces trois facteurs, qui jouent contre nous, sapent en quelque sorte l\u2019augmentation à court terme de la population et justifient une réflexion lucide et virile sur ce que nous voulons que soit le Québec de demain.Pour aider à entreprendre cette réflexion, l\u2019Action Nationale publie les commentaires récents de l\u2019historien Pierre Chaunu, à Radio-Canada: Il a utilisé une étude d\u2019une centaine de pages intitulée Z.évolution de la population du Québec et ses 4 L\u2019ACTION NATIONALE conséquences (février 1984).Cette étude, publiée par le Secrétariat au développement social, ministère du Conseil exécutif de la province, mérite d\u2019être lue de la première à la dernière page comme un document d\u2019urgence nationale, objectif et tourné vers l\u2019action.Afin de mieux faire comprendre et apprécier les commentaires de Pierre Chaunu, de cuisante actualité, nous résumons cette étude sur l\u2019évolution de la population du Québec sous quatre thèmes: 1) survol historique; 2) perspective d\u2019avenir; 3) incidences de l\u2019évolution démographique; 4) action de l\u2019État en matière de population.1.Survol historique de la population du Québec Ce que l\u2019on considère un peu comme admis: la population totale de la province, est le prix D\u2019efforts et de sacrifices de tous les intervenants, l\u2019aboutissement d\u2019une évolution tourmentée.Les premiers Français venus s\u2019installer en Amérique ont dû conclure des alliances avec certaines tribus d\u2019autochtones, au nombre de 7 000 à 40 000 individus déjà installés depuis plusieurs siècles.La rivalité entre la France et l\u2019Angleterre s\u2019est transportée sur le nouveau continent et est venue compliquer les relations avec les premières nations.En 150 ans de colonisation française, la Nouvelle-France reçut environ 27 000 immigrants, dont un peu moins de 10 000 s\u2019y installèrent d\u2019une façon définitive.Ainsi, la population de 60 000 personnes d\u2019origine française au moment de la conquête britannique s\u2019est-elle accrue grâce à la fécondité des familles, ce qui est phénoménal.Quel mince effectif de population francophone par comparaison avec celle de 1 600 000 britanniques déjà implantés au sud, entre 1760 et 1763! Face à l\u2019agglomération anglaise 25 fois plus nombreuse, dans ce qui est aujourd\u2019hui les États-Unis, ce petit peuple de 60 000 francophones a pu s\u2019établir suffisamment bien sur les rives du fleuve Saint-Laurent et poursuivre son développement en dépit des changements majeurs, axes commerciaux et circuits d\u2019immigrants, découlant du traité de Paris (1763).À part quelques puissants négociants anglais venus graduellement s\u2019installer à Québec et à Montréal, on a pu attendre la fin de la guerre de l\u2019indépendance des États-Unis, puis les années 1815 et surtout 1850 pour que l\u2019immigration britannique vienne changer LE NOMBRE, LE NOMBRE, LE NOMBRE! 5 le visage humain du Québec français, les francophones voyant alors leur proportion baisser à 75%.C\u2019est, en effet, en 1851 que la ville de Montréal finit par compter 31 000 personnes d\u2019origine britannique ou 54% de sa population; la ville de Québec 15 000, soit 37%; les Cantons de l\u2019Est 60 000, soit 64% et l\u2019Outaouais 24 000, soit 70%.Grâce à leur accroissement naturel exceptionnel et privés de tout apport migratoire de l\u2019ancienne métropole, les Québécois d\u2019origine française ont multiplié leur nombre par plus de onze entre 1760 (60 000) et 1851 (672 000).Pendant le siècle qui suivit, l\u2019ensemble de la population du Québec progressa à tire d\u2019aile: 1851:\t890 000 1871: 1 192 000 1891: 1 489 000 1911:\t2\t005\t000 1931:\t2\t875\t000 1951:\t4\t056\t000 Cette montée vertigineuse qui a multiplié par cinq les effectifs de la population de 1851 à 1951 aurait été encore plus spectaculaire sans la saignée d\u2019un million de Québécois, en grande partie d\u2019origine française, émigrés aux États-Unis ou, en moindre proportion, dans l\u2019Ouest du Canada en quête d\u2019une meilleure activité économique.Pendant que la population du Québec était ainsi frappée d\u2019hémorragie, celle du reste du pays profitait de la vague d\u2019immigrants du début du XXe siècle.Le poids du Québec dans l\u2019ensemble canadien a été réduit graduellement: 32,3% en 1871, 30,7% en 1901, 26,9% en 1921 et 29,0% en 1951.Ce dernier sursaut dans l\u2019importance relative est attribuable à la chute de l\u2019immigration vers le Canada pendant les années de crise économique des années trente et à la seconde guerre mondiale.Encore là, c\u2019est l\u2019accroissement naturel, plus fort au Québec qu\u2019ailleurs, qui a permis de reprendre une partie du terrain perdu.En effet, grâce à sa fécondité plus élevée, la population d\u2019origine française a pu augmenter sa majorité au Québec: 75% en 1851, 78% en 1871 et à 82% en 1951.Montréal retrouvait en 1871 une majorité française perdue vers 1831: les Cantons de l\u2019Est et l\u2019Outaouais, deux régions colonisées par les Anglo-Saxons, devenaient majoritairement françaises vers 1871 et 1881, respectivement.Avec une fécondité moindre, les 6 L\u2019ACTION NATIONALE Québécois d\u2019origine britannique représentaient 20,4% de la population de la province en 1871 et 12,1% en 1951: les personnes d\u2019autres groupes ethniques augmentaient fortement leur part, soit de 1,6% à 5,8% au cours de la même période.L\u2019évolution récente au ralenti de la population du Québec, sans être tragique, est un cri d\u2019alarme pour tout ce qui bouge dans notre société.C\u2019est pourquoi nous en présentons au complet le tableau des composantes par périodes.LES COMPOSANTES DE L\u2019ACCROISSEMENT DE LA POPULATION DU QUÉBEC 1951-1981 Période\tPopulation au début de la période\tNaissances\tDécès\tAccrois- sement naturel\tAccrois- Accroissement\tsement migratoire total\t 1951-56\t4 055 681\t660 394\t171 403\t488 991\t83 706\t572 697 1956-61\t4 628 378\t712 967\t179 403\t533 564\t97 269\t630 833 1961-66\t5 259 211\t660 361\t189 171\t471 190\t50 444\t521 634 1966-71\t5 780 845\t506 201\t198 423\t307 778\t-60 859\t246 919 1971-76\t6 027 764\t460 757\t214 730\t246 027\t-39 346\t206 681 1976-81\t6 234 445\t487 725\t216 512\t271 213\t-67 458\t203 755 1981\t6 438 200\t\t\t\t\t \tTaux annuel moyen pour 1 000 personnes\t\t\t\t\t 1951-56\t\t30,4\t7,9\t22,5\t3,9\t26,4 1956-61\t\t28,8\t7,3\t21,6\t3,9\t25,5 1961-66\t\t23,9\t6,9\t17,1\t1,8\t18,9 1966-71\t\t17,1\t6,7\t10,4\t-2,1\t8,4 1971-76\t\t15,0\t7,0\t8,0\t-1,3\t6,7 1976-81\t\t15,4\t6,8\t8,6\t-2,2\t6,4 Quelle éloquence dans\t\t\tce tableau! Que révèle-t-il d\u2019es-\t\t\t sentiel?D\u2019abord, la population du Québec est passée en 30 ans de 4 036 000 à 6 438 000, accroissement considérable mais très inégal d\u2019une période quinquennale à une autre, surtout depuis 1966.Ce qui est très révélateur, c\u2019est que le taux annuel moyen d\u2019accroissement a été divisé par quatre entre la première et la dernière période quinquennale: il est descendu de 26,4 à 6,4 pour mille personnes.Ce qui est très grave, c\u2019est que la diminution de l\u2019accroissement démographique provient à la fois de la baisse de l\u2019accroissement naturel (22,5 à 8,6) et de l\u2019évolution défavorable du solde migratoire (3,9 à -2,2, donc chute de 6,1).Enfin, avec la LE NOMBRE, LE NOMBRE, LE NOMBRE! 7 diminution rapide de la natalité chez les francophones, l\u2019équilibre entre les deux groupes linguistiques est désormais ébranlé.2.Perspective d\u2019avenir Ce sont les changements majeurs observés plus haut qu\u2019il faut cerner de plus près sous les thèmes de la mortalité, la natalité, la fécondité et la migration.Ces thèmes nous permettront une projection, d\u2019où une esquisse de l\u2019avenir du Québec.De l\u2019évolution de la mortalité au Québec au cours des récentes décennies, il se dégage un bilan largement positif: augmentation de l\u2019espérance de vie, notamment chez les hommes, alors qu\u2019elle était chancelante: baisse de la mortalité infantile, lutte efficace contre les maladies et les accidents mortels, etc., ce qui ne peut faire oublier les inégalités sociales devant la mort comme chez les autochtones et des personnes vivant dans des milieux économiquement défavorisés, les victimes de maladies nouvelles auxquelles les recherches n\u2019ont pas encore apporté de remèdes.La baisse de la natalité au QUébec a été extrêmement rapide au Québec à partir de 1959: 144 459 naissances cette année-là et 88 118 en 1972.Le taux de natalité, qui permet de mieux mesurer l\u2019ampleur des changements, évoluait autour de 30 naissances par mille personnes dans les années cinquante et est tombé à 15 dans les années soixante-dix.Il a donc été divisé par deux, effondrement qui indique «des changements profonds dans les comportements des couples québécois face à la fécondité.» Comme il faut au moins 2,1 enfants par femme, en moyenne, pour que le seuil de remplacement de la population soit assuré, le Québec tire de l\u2019arrière depuis 1970, comme le montre l\u2019évolution de l\u2019indice de fécondité: 3,84 en 1951, 3,98 en 1956, 3,77 en 1961, 2,71 en 1966, 1,98 en 1971, 1,80 en 1976, 1,62 en 1981, 1,57 en 1982.Il faut noter que, selon Jacques Henripin et Yves Péron, la fécondité des Québécoises avait commencé à diminuer vers le milieu du XIXe siècle et sa chute rapide s\u2019est déroulée en retard sur celle d\u2019autres sociétés industrialisées.Comment expliquer un changement aussi radical?On ne possède pas de théorie satisfaisante qui rende bien compte du phénomène, on est encore à la cueillette de faits que l\u2019on décrit 8 L\u2019ACTION NATIONALE pour donner une explication approximative: révolution des comportements et recours massif à la contraception, déclin de l\u2019influence religieuse, refus grandissant de se soumettre à l\u2019institution officielle du mariage, expansion de la cohabitation, conditions de logement dans les centres urbains, transformations sociales au Québec, augmentation du niveau d\u2019instruction, priorité à donner davantage de ressources à quelques enfants dans une même famille que le simple minimum à chacun dans les familles nombreuses, etc.Cette énumération des sources de la réduction de la fécondité et la brève analyse qu\u2019en fait l\u2019étude du Secrétariat au développement social ne permet toutefois pas de savoir si le mouvement de baisse de la natalité ou de la fécondité est terminé.Puis, ce qui aggrave la situation, c\u2019est la perte moyenne annuelle de 19 089 résidants du Québec au profit des autres provinces (entrées: 35 408; sorties: 54 497), ce qui est loin d\u2019avoir été compensé par le surplus de l\u2019immigration sur l\u2019émigration internationale, au cours des années 1961 à 1982.Il importe donc de se demander quelles seront les PERSPECTIVES DÉMOGRAPHIQUES À LONG TERME au Québec, face à la baisse de la fécondité et au déficit migratoire qui ont grandement ralenti l\u2019accroissement total de la population.Si certaines hypothèses se réalisent (fécondité, mortalité et migration externe), la population évoluera selon trois scénarios plausibles, comme le montre le tableau suivant.ÉVOLUTION DE LA POPULATION TOTALE DU QUÉBEC, 1981 À 2051, SELON TROIS SCÉNARIOS \tPopulation totale au début\tTaux d'accroissement \tde la période selon\tannuel moyen Période\ttrois scénarios\tpar période (pour mille) \tABC\tABC 1981-91\t6\t417\t434\t6\t417\t434\t6\t417\t434\t4,3\t5,1\t6,9 1991-2001\t6\t697\t454\t6\t749\t558\t6\t871\t712\t1,3\t3,3\t6,9 2001-11\t6\t785\t721\t6\t977\t473\t7\t360\t700\t-1,4\t1,2\t5,1 2011-21\t6\t688\t321\t7\t064\t827\t7\t747\t442\t-3,8\t-0,2\t4,7 2021-31\t6\t437\t764\t7\t048\t903\t8\t123\t508\t-7,6\t-3,3\t2,5 2031-41\t5\t965\t716\t6\t823\t772\t8\t325\t876\t-10,9\t-5,5\t1,0 2041-51\t5\t348\t758\t6\t459\t245\t8\t413\t133\t-12,8\t-6,1\t1,4 2051\t4\t704\t400\t6\t078\t771\t8\t532\t418\t\t\t LE NOMBRE, LE NOMBRE, LE NOMBRE! 9 Tous les scénarios affichent un accroissement de la population dans les deux premières décennies.Dans le scénario A, la population atteindrait un maximum de 6 787 451 personnes aux alentours de l\u2019an 2005, puis diminuerait graduellement sous l\u2019effet combiné d\u2019un solde migratoire négatif et d\u2019une fécondité sous le seuil de remplacement des générations, pour tomber à 4 704 400 en 2051.La population, du scénario B croîtrait jusqu\u2019en 2015 au niveau de 7 077 226, puis déclinerait à cause du faible taux de fécondité, le solde migratoire étant nul.Selon le scénario C, grâce à un solde migratoire positif, la population connaîtrait à long terme une légère croissance et atteindrait 8 532 418 personnes en 2051, soit environ 2 000 000 de plus qu\u2019en 1981.L\u2019hypothèse de mortalité choisie pour bâtir les trois scénarios suppose la poursuite de la baisse des risques de décès.À partir de 1,7 comme taux initial de fécondité, une hypothèse propose pour le scénario A un niveau de fécondité de 1,6 enfant par femme et de 1,8 pour le scénario B, donc un niveau inférieur, dans les deux cas, au seuil de remplacement des générations.Finalement, le scénario C, à raison de 2,1 enfants par femme, va dans le sens minimal de survie.Les trois hypothèses migratoires tiennent compte de deux horizons socio-économiques possibles en 1991 et 2001: conditions médiocres au scénario B avec solde migratoire négatif (-8 000): amélioration des conditions socio-économiques au scénario B à partir de l\u2019an 2001 avec solde migratoire nul (0): conditions socio-économiques nettement meilleures au scénario C, d\u2019où solde migratoire nul dès 1991 et qui s\u2019élèverait à 12 000 en l\u2019an 2001, pour rester constant dans les années ultérieures.Le tableau précédent fait voir le résultat du jeu des hypothèses à la base des trois scénarios.D\u2019autres hypothèses auraient peut-être été aussi valables.Celles qui ont été retenues ont leur mérite et, sans présenter de certitude, peuvent aider à orienter l\u2019avenir.3.Répercussions ou incidences de l\u2019évolution démographique Les changements démographiques en cours au Québec, sans être apocalyptiques, ont déjà bouleversé un tas d\u2019espoirs et brisé un certain nombre d\u2019idoles.Pensons aux perturbations dues à la L\u2019ACTION NATIONALE 10 réduction des effectifs scolaires dans le système de l\u2019éducation, aux pressions sur le marché du travail provoquées par l\u2019entrée massive des jeunes générations nées dans les années 1950 à 1960: moins d\u2019élèves, moins de professeurs, pas assez d\u2019emplois pour répondre à la demande de la nouvelle population active, etc.L\u2019étude que nous sommes en train de résumer nous met en garde contre une trop grande simplification des faits et se permet ensuite d\u2019identifier deux séries d\u2019incidences de l\u2019évolution démographique sur la société québécoise: celles qui ont un effet direct ou général sur l\u2019ensemble de la société et qui sont groupées sous cinq thèmes: incidences culturelles, politiques, sociales, économiques et régionales; celles qui ont un caractère plus spécifique et qui affectent les grands programmes de l\u2019État: éducation, santé, sécurité du revenu, etc.4.Action de l\u2019État en matière de population Stagnation ou décroissance de la population ne peuvent laisser insensibles la société québécoise et son gouvernement.Agir dans ce domaine est d\u2019abord l\u2019affaire de la personne, de l\u2019individu, du couple comme partie intégrante de la société elle-même reliée à l\u2019État.Il y a là un mécanisme complexe à inventer et à faire fonctionner dans le respect de toutes les composantes.L\u2019étude qui nous occupe n\u2019en aborde pas moins le sujet avec prudence et montre en sept facettes où et comment l\u2019action de l\u2019État peut s\u2019exercer en matière de population: la taille de la population québécoise, les sources de l\u2019accroissement démographique, les objectifs en matière de fécondité, l\u2019ouverture sur l\u2019extérieur, la mortalité apprivoisée, la répartition géographique et la structure par âge de la population.«Après deux siècles d\u2019efforts collectifs pour sa survie, le Québec ne peut se permettre de perdre son acquis démographique.» Il ne peut dormir en paix avec moins de 2,1 enfants en moyenne par couple.Il faut encourager les attitudes et les comportements qui sont sources de vie: une politique familiale non pas nécessairement nataliste mais INCITATIVE, susceptible d\u2019influencer la fécondité des couples et qui aurait deux volets de sauvetage: lever ou atténuer les obstacles immédiats à la fécondité; créer un climat favorable à la fécondité.Cette étude sur l\u2019évolution de la population et les commentaires de Pierre Chaunu sont fondamentaux à toute pensée nationaliste d\u2019aujourd\u2019hui. LE NOMBRE, LE NOMBRE, LE NOMBRE! 11 LEGKXFE noua i/ateur (noria) Podium BOTANIX 12 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ASSURANCE-VIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTÈGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière.L'Assurance-vie Desjardins a diversifié ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés Elle protège l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L'Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût.Assurance-vie Desjardins L\u2019AVENIR DES MINORITÉS FRANCOPHONES 13 L\u2019avenir des minorités francophones à l\u2019heure d\u2019un nouveau Québec1 par MICHEL BRUNET professeur émérite Université de Montréal.L\u2019historien a habituellement la tâche de décrire le passé.C\u2019est une entreprise difficile qui exige beaucoup de science et de patience et qui ne se termine jamais.En effet, chaque génération montante force les historiens à poser de nouvelles questions au passé.L\u2019histoire écrite, c\u2019est-à-dire celle que les hommes veulent connaître, est inséparable du présent qu\u2019ils vivent et de l\u2019avenir qu\u2019ils espèrent construire.Il n\u2019est donc pas étonnant de constater que l\u2019historien soit souvent invité à esquisser l\u2019avenir que sa connaissance du passé et son analyse du présent lui permettent d\u2019entrevoir.Que vous m\u2019ayez demandé de vous parler de l\u2019avenir des minorités francophones, au moment où le Québec réclame son droit à l\u2019autodétermination, ne m\u2019a nullement surpris.* * * À l\u2019époque de la Nouvelle-France, les Français-Canadiens \u2014 en ne tenant pas compte, bien entendu, de la présence des Amérindiens \u2014 n\u2019étaient minoritaires nulle part au Canada, puisqu\u2019ils habitaient un territoire dont ils avaient fait leur patrie.Celle-ci fut conquis en 1760.Trois ans plus tard, après le traité de Paris, les conquérants fondèrent sur les ruines du premier Canada un nouveau pays dans la vallée du Saint-Laurent.La Proclamation royale de 1763 annonce l\u2019établissement d\u2019une nouvelle patrie à l'intention des British Americans.La Guerre de l\u2019Indépendance américaine et l\u2019immigration des Loyalistes lui ont donné un caractère particulier et permanent.1.Conférence prononcée à l\u2019Université de Sudbury, le 27 novembre 1978.Inédite, elle garde un puissant cachet d\u2019actualité. 14 L\u2019ACTION NATIONALE Entre 1764 et 1976, le Canada anglais a accueilli quelque 11 200 000 immigrants.Au cours de ces sept générations, les British Americans des débuts de la colonisation britannique sont devenus les Canadians.Ceux-ci s\u2019affirment dès la décennie de 1840.Ils ont bâti le Canada contemporain de 1867 à nos jours.Le problème, c\u2019est que tous les habitants du Canada ne sont pas des Canadians.La Proclamation royale partait de l\u2019hypothèse que les colons franco-catholiques vivant dans la vallée du Saint-Laurent depuis la première moitié du XVIIe siècle, appelés les Canadiens comme membres d\u2019une collectivité distincte, s\u2019assimileraient rapidement aux British Americans.Les circonstances ne favorisèrent pas cette évolution.Des changements conjoncturels et certaines décisions irréfléchies prises par les administrateurs britanniques entre 1764 et 1840 assurèrent la survivance de la nationalité canadienne-française.Obligés, après 1837, de renoncer à leur projet de former la nation canadienne, les Anciens Canadiens se dirent Canadiens-Français, afin de ne pas s\u2019identifier aux Nouveaux Canadiens qui étaient des Canadians.Depuis une génération, les Canadiens-Français du Québec se proclament Québécois.Ils savent qu\u2019ils ne peuvent avoir qu\u2019une seule patrie: le territoire auquel une histoire trois fois séculaire les a liés et où ils demeurent encore la majorité de la population.Le rendez-vous des descendants et des héritiers des Anciens Canadiens des XVIIe et XVIIIe siècles ne peut avoir lieu qu\u2019au Québec.* * * Les minorités francophones se sont toujours intéressées à l\u2019évolution historique des Québécois.À l\u2019époque où existait un nationalisme canadien-français continental, tous les francophones du pays se sentaient et se proclamaient membres d\u2019une même communauté culturelle et ethnique.Rappelons les Conventions générales des Canadiens-Français du Canada et des États-Unis organisées par les Sociétés Saint-Jean-Baptiste, au XIXe siècle, et les trois Congrès de la langue française tenus durant la première moitié du XXe siècle.Chacun rêvait alors d\u2019un Canada, terre promise, où, semble-t-il, il n\u2019y aurait plus de L\u2019AVENIR DES MINORITÉS FRANCOPHONES 15 Canadians.Tous les habitants du pays seraient miraculeusement devenus des Canadiens.Le recensement de 1941 permit aux prophètes de la reconquête démographique continentale d\u2019annoncer que la nation canadienne-française prendrait possession du Canada, comme majorité, à la fin de la décennie de 1970.Plusieurs Canadians les crurent et s\u2019alarmèrent! Le plébiscite de 1942, la loi de la conscription de 1944, l\u2019immigration massive de l\u2019après-guerre et l\u2019évolution socioéconomique du pays obligèrent les dirigeants de la collectivité canadienne-française du Québec à reviser leurs postulats, à mieux évaluer la conjoncture.Ils découvrirent que le Canada avait toujours été et demeurerait la patrie des Canadians.Ils se rendirent enfin compte que le Québec lui-même était en voie de devenir une province Canadian, «une province comme les autres» affirmait, en 1954, Louis Saint-Laurent, premier ministre du Canada.Cette déclaration fit scandale.Elle provoqua un sursaut national.La population québécoise d\u2019origine française serait-elle graduellement minorisée?La minute de vérité approchait.De 1954 à 1968, le Québec vécut des années fiévreuses.La nation québécoise avait succédé à l\u2019ancienne nationalité canadienne-française.La veille de sa mort, livrant à ses compatriotes son testament politique, le premier ministre Daniel Johnson déclare que le «Québec doit devenir aussi français que l\u2019Ontario est anglais».Au même moment, se fonde le Parti québécois.Les minorités francophones ont suivi avec un intérêt mêlé d\u2019inquiétude la révolution culturelle qu\u2019a connue le Québec au cours des vingt dernières années.Les délégués aux États généraux du Canada français, qui tinrent leurs assises à Montréal à l\u2019automne de 1967, se rendirent brutalement compte qu\u2019il n\u2019y a pas de nation française d\u2019Amérique ou de nation canadienne-française au Canada.Le Canada français, fondé par la France et les Français-Canadiens aux XVIie et XVIIie siècles, a cessé d\u2019exister lorsque les conquérants de 1760 ont établi sur ses ruines une colonie de British Americans, devenus les Canadians.Chez les descendants des conquis de 1760, le Canada français fut un souvenir nostalgique, une idée généreuse, un vague projet, un grand rêve, un mythe-consolation.Il a fallu y renoncer.Le Canada contemporain se compose du Québec, le seul lieu 16 L\u2019ACTION NATIONALE géographique et politique où les continuateurs des Anciens Canadiens ont encore la liberté d\u2019agir comme nation autonome, et de neuf provinces anglophones dont les habitants s\u2019identifient comme Canadians.* * * Quel est l\u2019avenir des groupes minoritaires de langue anglaise et de langue française dans le nouveau pays Québec-Canada?Depuis quelques années, il est devenu évident que le statut privilégié que s\u2019était fait reconnaître la population anglo-québécoise constituait un coup de force inacceptable dans une société démocratique et une provocation permanente.En pleine seconde moitié du XXe siècle, à l\u2019heure de la décolonisation, les Montrealers se croyaient encore au lendemain de la victoire des Plaines d\u2019Abraham.Ils ont graduellement appris que leurs horloges et leurs calendriers retardaient de deux siècles.La Loi 22, l\u2019élection du 15 novembre 1976 et l\u2019adoption de la Charte de la langue française ont accéléré leur apprentissage et leur réévaluation de la conjoncture.Quant aux immigrants du Québec qui s\u2019étaient laissé convaincre d\u2019adopter la langue anglaise s\u2019ils désiraient s\u2019associer aux groupes privilégiés, ils constatent avec amertume qu\u2019ils ont été induits en erreur.Le nouveau Québec sera français et les citoyens québécois anglophones de naissance conservent le droit de faire éduquer leurs enfants dans leur langue maternelle.L\u2019État leur assure également certains services en langue anglaise.En fait, les Anglo-Québécois ont dû reconnaître qu\u2019ils avaient profité d\u2019une situation exceptionnelle qui résultait de la victoire militaire des British Americans, de leur influence économique et de leur alliance avec les Canadians.Minoritaires au Québec, ils s\u2019y comportaient en majorité omnipotente.avec, malheureusement, la complicité des élites traditionnelles canadiennes-françaises.Une telle imposture ne pouvait pas durer indéfiniment! Notre époque ne tolère plus l\u2019hégémonie des anciennes castes.Celles-ci sont des anachronismes.Les citoyens québécois de langue anglaise formeront dorénavant une minorité appelée à s\u2019identifier avec le Québec.Au Canada anglais, les citoyens francophones y ont toujours été considérés comme des immigrants destinés à L\u2019AVENIR DES MINORITÉS FRANCOPHONES 17 s\u2019assimiler aux Canadians.Les gouvernements d\u2019Ottawa et des provinces anglaises n\u2019ont rien négligé, pendant quelque cent ans, pour atteindre cette fin.Il fallut bien, à l\u2019occasion, consentir quelques concessions à certains groupes francophones plus nombreux et mieux organisés.Ce fut principalement le cas en Ontario et au Nouveau-Brunswick.Ces concessions n\u2019ont jamais permis aux minorités francophones d\u2019assurer à leurs membres un épanouissement culturel complet, des canaux continus et variés de promotion sociale dans leur langue maternelle.En dehors de quelques institutions d\u2019enseignement, de quelques coopératives et entreprises privées d\u2019un rayonnement limité et de certains services de la fonction publique, les habitants d\u2019origine francophone du Canada anglais doivent s\u2019associer étroitement aux Canadians pour obtenir un emploi ou se gagner une clientèle profitable.En économie, c\u2019est normalement la majorité qui fixe les règles du marché.La plupart des membres d\u2019un groupe minoritaire, qui veulent demeurer solidaires de la collectivité culturelle avec laquelle ils s\u2019identifient spontanément, sont condamnés à poursuivre leur vie adulte à deux niveaux.Au travail, ils sont intégrés à la société majoritaire et dominante.Au foyer et dans leurs relations personnelles, ils participent à une survivance culturelle d\u2019un dynamisme limité.En réalité, ils sont engagés, à des degrés divers, dans un processus d\u2019acculturation ou d\u2019assimilation.Il ne peut pas en être autrement.C\u2019est la loi même de la vie en société.Tout être normal cherche à s\u2019adapter au milieu où il vit.Tout minoritaire poursuit surtout un itinéraire individuel car, en général, il ne peut pas compter sur sa collectivité d\u2019origine pour assurer sa promotion sociale.Parfois, elle ne peut même pas lui fournir un modeste gagne-pain.Toute minorité doit donc, la plupart du temps, se limiter à réclamer des droits individuels.L\u2019importance de ceux-ci varie selon son poids dans l\u2019équilibre politique du milieu où elle survit.C\u2019est pourquoi la situation varie d\u2019un groupe minoritaire à l\u2019autre.De plus, un groupe culturel minoritaire peut recevoir, directement ou indirectement, un appui venu de l\u2019extérieur.Par exemple, chaque fois que la France, depuis 1760, a affirmé son dynamisme et sa puissance, les francophones du Canada se sont sentis moins seuls en Amérique du Nord et plus fiers.Au con- 18 L\u2019ACTION NATIONALE traire, lorsque l\u2019ancienne mère patrie était affaiblie et humiliée, la domination Canadian se faisait plus oppressive.Il en est de même dans les relations entre le Québec et les minorités francophones du Canada anglais.Lorsque les Québécois se donnent une politique audacieuse au service de la nation, les décisions qu\u2019ils prennent ne peuvent avoir que des retombées bénéfiques chez les groupes minoritaires de culture franco-canadienne.L\u2019histoire des dix dernières années le démontre éloquemment.Cette évolution historique s\u2019est même accélérée depuis l\u2019élection du 15 novembre 1976.Jamais les dirigeants politiques du Canada anglais ne se sont autant intéressés aux minorités francophones.Celles-ci comptent même parmi leurs plus ardents défenseurs les porte-parole de la minorité anglo-québécoise.Tout le monde a compris qu\u2019à l\u2019avenir le Québec aura un gros mot à dire dans la définition des droits reconnus aux minorités francophones.Pour répondre au défi d\u2019un nouveau Québec, il faut bâtir un nouveau Canada.LE PARTI NATIONALISTE Devant M.Turner qui refuse de parler avec le gouvernement du Québec sur la constitution, devant M.Mulroney qui affirme que le jugement de la Cour Suprême sur la loi 101 est avantageux pour le Québec, devant le déni du droit de véto au Québec, une conclusion s\u2019impose: le Québec doit se faire entendre partout et aussi à l\u2019Assemblée législative d\u2019Ottawa.Il faut féliciter et appuyer M.Denis Monière pour son courage et sa persévérance.Sans l\u2019aide normale du Parti Québécois, sans finances dignes de ce nom, il a manifesté une énergie, un sens de l\u2019organisation et des communications, qui le mettent en lumière.Quel sera le succès d\u2019une entreprise, presque désespérée, nul ne le sait.Peut-être devrons-nous dater le renouveau nationaliste, au Québec, à partir de cet effort et de ce grand témoignage.Le mystère: comment tant de Québécois voteront-ils encore «libéraux» après avoir été ridiculisés, minimisés, bafoués et méprisés devant le Canada entier?Dénués du sens du ridicule, plusieurs retrouveront-ils le sens de la dignité?M.Denis Monière nous a, au moins, offert l\u2019occasion. L\u2019AVENIR DES MINORITÉS FRANCOPHONES 19 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Eglise \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques \"V chaque mois un débat sur un su|et d'actualité Abonnement 1 an (10 nos) : à l'étranger: par avion Nom .1 2.50S 14.50S 20.00S Adresse 8100.St-Laurent.Montréal H2P2L9 (514)387-2541 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1 L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 9184 20 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D'ABONNEMENT NOM.ADRESSE .Abonnement régulier (comprenant la cotisation de membre de l'IHAF)\t$20.00 Abonnement étudiant (avec pièce justificative \u2014 comprenant la cotisation de membre de l'IHAF)\t$10.00 Abonnement institutionnel (sans cotisation de membre)\t$20.00 Abonnement de soutien\t$40.00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tel.: 271-4759 revue ^ - critère Revue publiée par la Société de publication Critère inc., avec l\u2019aide du Ministère de l\u2019Éducation du Québec, du fonds F.C.A.C.du gouvernement du Québec et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy-H.Allard, Claude Gagnon, Jean Proulx, Jean Stafford.Dernières parutions: No 34: L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: £ 'après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188 p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CONSÉQUENCES DE LA PESTE BLANCHE 21 Entrevue à Radio-Canada Conséquences de la peste blanche La dénatalité au Québec par PIERRE CHAUNU, historien de France1 Michel Pelland: La natalité au Québec est passée de quatre enfants par femme, en 1957, à 1,6 en ce moment et le taux de natalité continue de baisser.Le poids démographique du Québec dans le Canada va donc en diminuant: 28% en 1971, 26% en 1981 et moins de 24% en l\u2019an 2000.En fait, depuis 1970, le taux de fécondité est insuffisant pour assurer le remplacement des générations.À cela s\u2019ajoute que sur le plan des échanges migratoires, le Québec est perdant depuis 1966.On peut donc se demander si le seul peuple français d\u2019Amérique à posséder son gouvernement et son territoire se laisse mourir.Depuis déjà vingt ans, m historien français, Pierre Chaunu, 60 ans, membre de l\u2019Institut, professeur d\u2019histoire moderne, auteur d\u2019une quarantaine d\u2019ouvrages, collaborateur du Figaro depuis déjà vingt ans, croit que les sociétés modernes industrielles courent à leur perte, qu\u2019elles sont atteintes de la peste blanche, puisque c\u2019est ainsi qu\u2019il a surnommé la dénatalité dans un livre qui a eu l\u2019effet d\u2019un pavé dans la mare, en 1976.Et pour lui, la peste noire et les guerres qui ont tué des milliers d\u2019hommes sont moins mortelles que la peste blanche.Père de six enfants lui-même, il fait sur le sujet une réflexion passionnée et passionnante.Profitant du Rapport gouvernemental sur 1.À l\u2019émission PRÉSENT-DIMANCHE (Radio-Canada) du 22 avril 1984, M.Michel Pelland interroge un grand historien de France, à Paris.L\u2019interview porte sur le rapport du Secrétariat au développement social intitulé «L'évolution de la population du Québec et ses conséquences.L\u2019entrevue a été transcrite par M.Patrick Allen.Quelques corrections n\u2019ont eu pour but que de faciliter la lecture du texte écrit. 22 L\u2019ACTION NATIONALE L'évolution de la population du Québec et ses conséquences, J\u2019ai invité le professeur Chaunu à se rendre à nos studios à Paris.Michel Pelland: Vous savez que la dénatalité est un phénomène qui affecte l\u2019ensemble du monde industrialisé, même le Japon.Que faut-il en penser?Pierre Chaunu: L\u2019effondrement de la fécondité abaisse la croissance de la population en-dessous du seuil de remplacement et frappe 35 à 40% de la planète.Le phénomène menace tout ce qui compte, tout ce qui est riche et intelligent, tout ce qui est scientifique.C\u2019est particulièrement grave.Le Québec, la province francophone du Canada, fait partie des zones les plus atteintes.Vous êtes pratiquement alignés sur l\u2019Allemagne, l\u2019un des pays qui, avec l\u2019Italie, est le plus atteint.C\u2019est d\u2019autant plus inquiétant que vous êtes dans la situation symétrique inverse, qui a permis au Québec d\u2019exister.Les anglophones qui vous entourent ne sont pas tout à fait dans la situation qui permet le remplacement d\u2019une génération, bien que, depuis 18 mois, il y a eu redressement aux États-Unis.Vous faites partie d\u2019une zone totalement effondrée.Comme vous avez un déficit migratoire, la seule possibilité qui vous reste de survivre, c\u2019est la seule que les hommes ont, c\u2019est-à-dire celle de vous reproduire.Il n\u2019est pas question de restaurer une situation ancienne, alors que vous aviez des familles de 15 ou 20 enfants.Mais entre un enfant et 12 ou 13, il doit y avoir une moyenne, un optimal qui se situe autour de trois.Et je vois que, malheureusement, vous êtes loin du compte.Michel Pelland: J\u2019allais vous demander si la dénatalité, à partir d\u2019un certain seuil, est irréversible?Pierre Chaunu: Oui, je le pense.En ce moment, vous mangez le pain blanc.La fécondité s\u2019est effondrée en 1970, c\u2019est-à-dire que vous êtes dans la période heureuse, celle où le rapport augmente entre les actifs et les inactifs.Naturellement, vous n\u2019avez pas encore beaucoup de vieillards et vous n\u2019avez pas beaucoup d\u2019enfants.Dans l\u2019histoire, les pays qui commencent une chute de fécondité sont toujours devenus agressifs.Au reste, la France a été détestable dans le monde, au début du 19e siècle.La période 23 CONSÉQUENCES DE LA PESTE BLANCHE une époque où leur fécondité s\u2019effondrait.Évidemment, ils de la Révolution et de l\u2019Empire en est une où les Français se sont comportés d\u2019une façon odieuse à l\u2019égard de leurs voisins.C\u2019est n\u2019avaient jamais eu autant d\u2019adultes par rapport à la population d\u2019inactifs.Les peuples agressifs se situent toujours dans le moment de l\u2019effondrement de leur fécondité.Vous mangez en ce moment les raisins verts.Dans dix ans, vous aurez les dents cassées.Michel Pelland: Cela veut dire que le Québec est en voie de devenir un pays agressif?Pierre Chaunu: Je ne le pense pas.Il est possible que la revendication très brutale de l\u2019identité était précisément lorsque les Canadiens-Français débordaient de vie.Ils n\u2019avaient pas besoin de la revendiquer d\u2019une façon agressive, parce que leur identité, ils la prouvaient physiquement et biologiquement.Ils étaient en train de conquérir le pays.C\u2019est à partir du moment où, biologiquement, le pays s\u2019est effondré qu\u2019ils éprouvent le besoin de s\u2019affirmer par surcompensation.C\u2019est tout à fait normal.Il y a toujours une affirmation de l\u2019identité au moment où quelque chose craque dans la vie.Michel Pelland: Mais cela ne veut pas dire, pour autant, qu\u2019il ne faut pas que le Québec affirme son identité?Pierre Chaunu: Ce n\u2019est pas ce que je veux dire.Mais il est incontestable qu\u2019il y ait une certaine corrélation entre les deux phénomènes.Michel Pelland: Il faudrait maintenant parler des causes profondes des phénomènes comme la contraception, la libération de la femme, la femme au travail à l\u2019extérieur.Pierre Chaunu: 11 est clair que la contraception n\u2019est pas le seul facteur, mais c\u2019est le facteur numéro un de ce que j\u2019appelle la révolution contraceptive.Il ne faut pas la confondre avec la contraception à l\u2019ancienne.Celle-ci, même au Canada français, devait exister comme ailleurs dans la mesure où vous aviez 7 ou 8 enfants par famille.La révolution contraceptive, c\u2019est tout à fait différent.Son début se situe autour de 1960.Dans les anciennes méthodes de contraception il fallait faire quelques choix et quelque chose de différent, chaque fois.Il 24 L\u2019ACTION NATIONALE fallait qu\u2019il y ait conscience.Il fallait qu\u2019il y ait retrait pendant la consommation de l\u2019acte, ce qui entraînait une certaine frustration du plaisir.Il fallait que le vouloir soit renouvelé.Ce qui est fondamental dans la révolution contraceptive, c\u2019est que vous avez une technique qui vous permet d\u2019inverser le rapport.À l\u2019heure actuelle, pour avoir un enfant, il faut entamer un processus violent, cesser la contraception, cesser de prendre la pilule, faire attention pendant un certain nombre de mois, etc.Si vous préférez la stérilisation, c\u2019est le crime absolu, il n\u2019y a plus rien à faire.Par conséquent, si votre vouloir venait à changer, vous n\u2019y pouvez plus rien.Dans les rencontres actuelles, pour avoir un enfant, il faut le vouloir, le vouloir désespérément hic et nunc.Michel Pelland: Mais n\u2019y a-t-il pas des causes plus profondes?Pierre Chaunu: Cher monsieur, permettez-moi de vous dire qu\u2019il n\u2019y a pas de cause plus profonde que celle-là.Cette objection me fait toujours sourire.Elle me fait penser à des gens qui font de l\u2019histoire militaire et qui me disent: «Moi, je fais de l\u2019histoire militaire, mais ne me parlez pas d\u2019armement.Je ne m\u2019intéresse qu\u2019aux causes profondes.» Permettez-moi de vous dire que contre une arbalète et une fusée thermo-nucléaire il n\u2019y a qu\u2019une très légère différence: avec une arbalète, vous ne tuez qu\u2019une personne à la fois et avec une fusée vous en tuez deux cents millions.Par conséquent, l\u2019armement, ça compte.Tout le drame, c\u2019est que les gens ne savent pas se servir de ces nouvelles machines.Ils continuent d\u2019utiliser la nouvelle contraception exactement avec les méthodes et les principes de l\u2019ancienne.Dans l\u2019ancienne contraception, il fallait serrer les freins très fort, pour savoir ce que l\u2019on voulait.On pratiquait donc une contraception d\u2019espacement.Cela veut dire qu\u2019il y avait relâche progressive et puis l\u2019enfant n\u2019arrivait jamais au moment précis où il était désiré, mais on le désirait.On avait les enfants qu\u2019on voulait, à la condition de ne pas les avoir quand on voulait.Le principe de base de la nouvelle contraception, du planning familial, c\u2019est la fameuse devise: «Un enfant si je veux, quand je veux.» Je veux vous dire que cette devise est complètement idiote.Et si je vais jusqu\u2019au bout de mon raisonnement, CONSÉQUENCES DE LA PESTE BLANCHE 25 j\u2019ajouterai: «Un enfant si je veux, quand je le veux et, naturellement, comme je le veux.» Je veux qu\u2019il mesure 1,90 mètre, parce qu\u2019à 1,85 mètre je considérerais qu\u2019il est un nabot.Pour l\u2019intelligence, il me suffira qu\u2019il ait celle d\u2019Einstein.Pour la musique, je suis modeste, je veux Mozart absolument pas un ut de moins.Eh bien! si cet enfant a la scarlatine, s\u2019il a la varicelle, je vous le rapporterai, je n\u2019en veux plus.Je veux qu\u2019il ricane au monde et qu\u2019il ne connaisse ni la maladie ni la mort.Vous avez, autour de la nouvelle contraception, une philosophie.Ce qui est mortel, ce ne sont pas les instruments, c\u2019est le discours qui les accompagnent: «Je suis absolument maître de mon destin.» Et si j\u2019étais maître de mon destin, la vie serait absolument à mourir.Quant à moi, je ne suis pas totalement maître de mon destin.C\u2019est le cœur du problème.Je sais que cela passe très mal les feux de la rampe.Vos auditrices, si vous commettez l\u2019erreur de transmettre cette diffusion, seront furieuses.Michel Pelland: Vous parlez des causes individuelles.N\u2019y a-t-il pas aussi des causes collectives?Certains parlent de l\u2019instinct de mort, non plus sur le plan individuel, mais sur le plan collectif.Pierre Chaunu: Le collectif?Qu\u2019est-ce qu\u2019un peuple?Qu\u2019est-ce que la masse?Il n\u2019y a que des destins individuels.Et ce que je suis en train de vous raconter, c\u2019est ce qui se passe dans le fond de chacune de nos consciences.Vous avez modifié la nature.D\u2019une nature qui était spontanément fertile, vous avez fait une nature qui est devenue artificiellement stérile.Il faut que vous entamiez un processus.Ce n\u2019est quand même pas la même chose, à la limite.Un destin humain, c\u2019est une chose beaucoup trop importante pour qu\u2019on puisse vraiment le vouloir.À un certain moment, il y a quelque chose qu\u2019il faut recevoir.Alors, on a toujours opposé les enfants voulus et les enfants qui étaient rejetés.Dans tous les pays européens, ceux de culture européenne, les enfants qu\u2019on ne voulait pas, on savait ne pas les vouloir.Il y avait les enfants qui étaient voulus et ceux qui étaient acceptés.Or, l\u2019effondrement qui se produit aujourd\u2019hui dans le monde industriel provient du fait que, avant les nouvelles techniques, les enfants acceptés étaient les enfants les plus aimés, non pas par rapport aux parents, mais pour eux-mêmes.On ne les avait pas voulus positivement: ils étaient venus et on les avait 26 L\u2019ACTION NATIONALE reçus.Ce sont ces enfants qui sont disparus qui forment le cœur du problème.Et le jour où vous accepterez de regarder en face le cœur du problème, peut-être qu\u2019à ce moment-là il y aura une solution à dégager.Michel Pelland: Pour vous, Monsieur Chaunu, vous l\u2019avez écrit, l\u2019anéantissement à la fois biologique et culturel d\u2019un peuple passe par la croyance aux dieux, au pluriel.Ainsi tout ce que croit une nation lui donne le goût de vivre?Une nation qui dépérit serait donc une nation qui n\u2019a plus de projet collectif, qui abandonne sa culture pour une plus forte que la sienne?Pierre Chaunu: Je crois que nous revenons au problème philosophique profond: est-ce que la vie a un sens?est-ce que la mort a un sens?est-ce que la vie et la mort ont un sens?Si l\u2019univers dans lequel nous sommes est le produit du hasard ou de la nécessité, je ne vois aucun motif de prolonger une comédie aussi stupide, aussi cruelle et aussi dépourvue d\u2019intérêt.À partir du moment où vous acceptez contre la raison, contre vos sentiments profonds, de jouer à imaginer que le monde est totalement absurde, qu\u2019il n\u2019a pas de but, qu\u2019il n\u2019a pas de signification; si vous naissez pour souffrir, pour retourner au néant d\u2019où vous venez, cela ne vaut pas le coup! Je crois que dans ces conditions, il vaut mieux arrêter cette comédie.Comme, dans le fond, on est trop lâche pour se suicider, la plupart du temps on se suicide à travers la non-descendance.Si vous n\u2019avez pas un discours cohérent sur le sens du destin, de la mort, que signifie ce que je fais ici?Qu\u2019est-ce que nous faisons, vous et moi, Monsieur Pelland, à discuter comme cela, à sept heures d\u2019intervalle, à sept ou huit kilomètres de distance?Ou nous sommes vraiment le produit stupide du hasard dans un monde qui n\u2019a pas de projet, ou vous avez la possibilité technique d\u2019arrêter cette comédie: je crois que c\u2019est cela qui est en train de se jouer.Michel Pelland: On peut dire aux Québécois que s\u2019ils continuent de perdre du poids démographique par rapport au Canada anglais et aux États-Unis, il vont perdre leur poids et leur force culturelle, politique et économique.Les Québécois le savent bien.S\u2019ils ne réagissent pas, si, par ailleurs, on leur disait: «Votre pays est vaste.Les populations des autres pays se dé- CONSÉQUENCES DE LA PESTE BLANCHE 27 veloppent et, la nature haïssant le vide, les gens du Tiers-Monde viendront y habiter», est-ce un argument qui fera réfléchir les Québécois?Pierre Chaunu: Ce n\u2019est pas un argument valable.Le drame fondamental, et je le dirais aux Québécois, aux Français et aux Allemands, ce que vous risquez, ce n\u2019est pas tellement d\u2019être envahis par les autres, c\u2019est la non-reprogrammation de votre culture.On parle toujours de la loi de la division du travail.Elle est tout simplement le corollaire de la loi de la division de la culture.Celle-ci, c\u2019est un certain nombre de messages.Il faut qu\u2019il y ait à peu près autant de cerveaux pour les recevoir que pour les émettre.Ce qui est mortel, c\u2019est la pyramide des âges que vous construisez, que nous construisons.Par exemple, dans la ville de Munich, je sais que la ville de Montréal ne doit pas être loin de cette position, si, dans trente ans, la situation restait ce qu\u2019elle est maintenant, vous auriez 19 décès pour une naissance et vous auriez 55% de la population qui aurait plus de 60 ans.On ne peut pas vivre dans une société comme celle-là.C\u2019est la culture qui ne se retransmet pas.C\u2019est le message culturel qui ne passe plus.Michel Pelland: Que faire pour que les gens veuillent transmettre ce message culturel?Pierre Chaunu: Ce que je vis maintenant, c\u2019est la situation du médecin qui voit quelqu\u2019un qui vient le trouver avec un commencement de cancer et qui refuse l\u2019opération, qui refuse de comprendre.En réalité à l\u2019heure actuelle, les gens ne veulent pas la situation qu\u2019ils créent.Il faut leur faire comprendre ce qu\u2019ils sont en train de bâtir et qu\u2019ils ne savent pas se servir des nouvelles armes qu\u2019on leur a données.Les Québécois, comme les Français, parce que de la même race, sont les mêmes hommes en dépit de tout.Il n\u2019y a rien de plus beau au monde qu\u2019un petit enfant qui vient de naître.C\u2019est une chose merveilleuse.C\u2019est plus beau que le ciel étoilé.Nous ne voulons pas nous arrêter.Ce que nous vivons depuis le premier grain de blé planté dans le sud du Liban, depuis la première tombe qui a 40 ou 50 mille ans, depuis 28 L\u2019ACTION NATIONALE qu\u2019un lointain ancêtre s\u2019est dressé progressivement sur les pattes de derrière, c\u2019est l\u2019aventure humaine en dépit de tout.C\u2019est une aventure magnifique.Quelque chose de prodigieux.En dépit de la souffrance et de la mort.On sait rationnellement que cela a un sens et que c\u2019est quelque chose de merveilleux.Il faut le dire: vous ne voulez pas casser ce fil.Vivant au Québec ou en France, nous sommes tous issus de parents.Il n\u2019y a qu\u2019une chose qu\u2019on ne peut vraiment pas dire, c\u2019est que la stérélité est héréditaire! Si on arrête ce fil, c\u2019est quelque chose d\u2019infiniment précieux qu\u2019on aura brisé.Je suis sûr que les Québécois, quand ils penseront au visage d\u2019un petit enfant, ils auront au fond d\u2019eux-mêmes un regard qui leur fera redécouvrir rapidement le désir de la suite.Michel Pelland: Faut-il que ce visage soit blanc ou que ce soit leur visage qui soit reproduit?Pierre Chaunu: Qu\u2019il soit blanc, qu\u2019il soit noir, ce visage, cela n\u2019a pas d\u2019importance.Une chose est beaucoup plus importante: il faut que ce visage ait appris dans sa jeunesse une langue et une culture.Or, ce ne sont pas les ouvriers agricoles ou les manœuvres du Tiers-Monde qui viendront vivre sur votre territoire.Les manœuvres du Tiers-Monde qui viendront mettront au monde des enfants auxquels ils n\u2019auront pas retransmis leur culture et qui n\u2019auront pu acquérir la vôtre.Vous en aurez fait des malheureux, des hommes-loups.À l\u2019heure actuelle, dans tous les pays de l\u2019Europe, nous avons de malheureux pauvres gosses.Le problème n\u2019est pas pour les parents.C\u2019est le problème de ces enfants qui sont nés sur notre territoire et pour naître Canadien ou le devenir, il faut avoir une mère, il faut avoir un père qui vous parle soit le français, soit l\u2019anglais et qui vous transmette ce message culturel.Or, si vous faites venir des gens des Indes, ils n\u2019auront pas derrière eux la trace du visage, ils n\u2019auront pas derrière eux toute leur tradition.Michel Pelland: S\u2019ils devenaient majoritaires dans le pays?Pierre Chaunu: Il se reproduirait une histoire comme celle qui vous a permis de vous substituer, il y a quatre ou cinq siècles, aux Hurons.Après tout, si c\u2019est ce que désirent les Québécois, ce CONSÉQUENCES DE LA PESTE BLANCHE 29 n\u2019est pas la peine de crier: «Vive le Québec libre!» Vous ne pouvez pas, d\u2019une part, affirmer votre identité culturelle, vous ne pouvez pas dire: «Nous sommes fiers d\u2019être Québécois, nous sommes fiers de nous mesurer aux gens de l\u2019Ontario et à ceux de l\u2019Alberta.» D\u2019ailleurs, il n\u2019est pas du tout certain que les Hindous aient décidé de vous remplacer.Si vous voulez recommencer l\u2019histoire de Cartier à l\u2019envers, cela vous regarde.En toute sincérité, dans ces conditions, vous ne pouvez pas à la fois dire: «Nous sommes fiers de notre identité» et dire que cela n\u2019a pas d\u2019importance.Je crois, pour le bonheur du Tiers-Monde et celui du monde industriel, qu\u2019il vaudrait mieux que l\u2019explosion démographique se réalise comme elle est en train de se faire et que nous retrouvions quant à nous le chemin de la vie.Vous pouvez dire aux Québécois: «Comme les Français et les Américains, nous avons des obligations, non seulement à l\u2019égard de nous-mêmes, mais à l\u2019égard des autres.» À l\u2019heure actuelle, si vous disparaissez, si nous disparaissons, si nous nous suicidons, si nous nous anéantissons, nous serons incapables de retransmettre le message culturel que nous avons reçu.À l\u2019heure actuelle, 99,9% des inventions et des progrès technologiques apparaissent dans les pays industrialisés.Le jour où ces pays s\u2019effondreront, il y a une chose que je pourrais vous annoncer: elle paraîtra dans un grand article scientifique, dans trois mois.La mortalité remonte en flèche dans tous les pays du Tiers-Monde où les grandes maladies épidémiques réapparaissent.Pourquoi?Parce qu\u2019il y a vingt ans, les cadres européens en sont partis.À l\u2019heure actuelle, on meurt de peste à Madagascar.Vous avez là 500 000 habitants de moins que ce qui a été prévu, il y a cinq ans.Il y a le fardeau de l\u2019homme blanc qui pèse sur nos épaules.Nous avons donc non seulement la responsabilité de notre destin, mais aussi celle des autres, dans une certaine mesure.Dites aux Québécois qu\u2019il leur faut être tiers-mondistes, comme le docteur Schweitzer, imbu du désir d\u2019aller aider les autres.Mais pour y aller, il faut exister.De toute façon, notre devoir de survivre en est un par rapport à nous-mêmes et par rapport aux autres.Ceux qui ont reçu plus de talents et qui ont 30 L\u2019ACTION NATIONALE eu la chance de naître avec beaucoup de choses autour de leur berceau ont l\u2019obligation de se lever et de partager cette richesse.Pour cela, naturellement, il faut plutôt choisir le to be que le not to be.Me GUY BERTRAND, Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois et Mignault, avocats, Place d'Iberville 1, 1195 avenue Lavigerie, no 200, Sainte-Foy \u2014 G1V 4N3 LAINE PAUL GRENIER ENR.\t\tDr JEAN-CHARLES CLAVEAU Spécialité laine du Québec\t\tClinique de pédiatrie 2301 est, rue Fleury\t\t Montréal H2B1K8\t\tChicoutimi 388-9154\t\tQuébec LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT 31 Le projet de société sous-jacent aux messages des Évêques par MARCEL LAFLAMME1 Introduction Durant la dernière décade, plusieurs dizaines de déclarations ont été publiées, concernant la situation socio-politico-économique, de la part de la Conférence des évêques catholiques du Canada (C.E.C.C.), de l\u2019Assemblée des évêques du Québec (A.E.Q.) ou des divers évêques chargés d\u2019un diocèse.Prenant parti pour les défavorisés, l\u2019épiscopat dénonce les contradictions existant entre la réalité et les principes évangéliques.Les messages sont de nature éthique, fournissant des exigences sociales afin d\u2019instaurer de nouveaux rapports sociaux en milieu de travail, des affaires publiques ou politiques.Les évêques invitent particulièrement les chrétiens à transcender le fatalisme et le déterminisme économiques, pour s\u2019engager à la transformation des modes de vie et des structures économiques: «Dieu veut que l\u2019Évangile transforme non seulement notre vie personnelle et privée, mais toute la vie sociale et publique, c\u2019est-à-dire les mentalités, les coutumes, les lois et structures de notre milieu.Il demande à chacun de créer un monde plus humain, plus fraternel; un monde où l\u2019injustice et la violence ne menaceraient plus les hommes et où les ressources de la création seraient utilisées pour satisfaire les besoins de tous.» (Décembre 1977.) Les textes portent particulièrement sur des points chauds et de grands événements qui marquent notre société: crise écono- 1.Ce texte fait partie d\u2019un collectif visant à commenter les déclarations des Évêques en matière économique.L\u2019équipe est composée d\u2019un philosophe, Louis Valcke; de deux économistes, Gérard Pelletier et Louis Ascah; d\u2019un sociologue, Jean-Pierre Deslauriers; d\u2019un spécialiste en administration, Marcel Laflamme; et de trois théologiens: Louis Racine, André Bergeron et Lucien Ferland.Cet ouvrage sera publié aux Éditions de l\u2019Université de Sherbrooke, vers la fin de 1984. 32 L\u2019ACTION NATIONALE mique, chômage, référendum, fête des travailleurs, environnement, etc.Les documents interpellent profondément les rouages de la société et constituent un enseignement très riche2.I \u2014 Un schéma intégrateur Les Évêques s\u2019interrogent essentiellement sur le genre de société et de peuple que nous voulons devenir.Ils perçoivent que quelque chose de fondamental ne va pas au niveau des structures, des valeurs et des priorités politiques.Ils s\u2019inspirent des auteurs évangéliques pour analyser les phénomènes sociaux et pour déboucher sur des alternatives de solutions pertinentes à différents secteurs d\u2019activités: le social, l\u2019économique, le politique, les valeurs, l\u2019écologie, etc.L\u2019objet de notre étude vise particulièrement à tenter de dégager le projet de société sous-jacent aux réflexions épiscopales.En regroupant et en restructurant différents messages épars au moyen d\u2019un schéma intégrateur, nous pouvons obtenir une vision davantage intégrée de la pensée des Évêques concernant différentes facettes de la société.Le cadre d\u2019analyse et de synthèse s\u2019inspire de l\u2019approche systémique.Un schéma conceptuel composé de cinq sous-systèmes permet de visualiser la dynamique existant au sein du contexte socio-politico-économique.2.Liste des documents à caractère social: Nous présentons ici, par ordre chronologique, les documents que nous utiliserons dans le présent texte à titre de références: décembre 1983 \u2014 Réflexions éthiques sur l\u2019avenir de l\u2019ordre socio-économique du Canada (C.E.C.C.); février 1983 \u2014 La rédemption du travail (Robert Lebel); janvier 1983 \u2014 Jalons d\u2019éthique et réflexions sur la crise économique actuelle (C.E.C.C.); février 1982 \u2014 Une situation économique qui nous interpelle (Jean Gratton); 28 mai 1981 \u2014 Les chrétiens et l\u2019environnement (A.E.Q.); 1er mai 1981 \u2014 Les fermetures d\u2019usine (A.E.Q.); 14 février 1980 \u2014 Les coûts humains du chômage (C.E.C.C.); 9 janvier 1980 \u2014 Construire ensemble une société meilleure (A.E.Q.); novembre 1979 \u2014 Une institution à sauver: le syndicalisme (Robert Lebel); mai 1979 \u2014 Appel à la justice: une société à refaire (C.E.C.C.); mai 1978 \u2014 Coopération et développement au Québec (A.E.Q.); décembre 1977 \u2014 Une société à refaire (C.E.C.C.); novembre 1976 \u2014 Élections du 15 novembre 1976 (A.E.Q.); juillet 1974 \u2014 Les évêques de l\u2019Inter de Montréal et les élections fédérales; octobre 1973 \u2014 Élections du 29 octobre 1973: identification de quelques problèmes majeurs au Québec (A.E.Q.); avril 1972 \u2014 Les évêques canadiens et la vie politique au Québec (C.E.C.C.). LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT 33 \u2014\tLe système de valeurs comprend des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d\u2019action sous l\u2019éclairage de l\u2019Évangile.\u2014\tLe système politique renvoie aux relations entre les divers paliers gouvernementaux, ainsi qu\u2019au fonctionnement de l\u2019appareil public.\u2014\tLes caractères de l\u2019économie ont trait à ses attributs particuliers: centralisée c.décentralisée, participative c.autocratique, humaine c.impersonnelle, etc.\u2014\tLes acteurs économiques comprennent les quatre grands intervenants: le Patronat, l\u2019État, le Syndicat et la Coopération.\u2014\tLe comportement social émergent indique la vitalité de la collectivité exprimée par son degré de cohésion, de satisfaction et de développement.L\u2019essence de cette vision systémique s\u2019explique ainsi: des relations de causes à effets existent entre le comportement social d\u2019un peuple (extrants) et les variables causales (intrants) déterminés par le système de valeurs, le palier politique, le rôle des agents ou acteurs économiques ainsi que les caractères propres du système économique.Selon que ces quatre systèmes de base sont plus ou moins bien agencés, on aura une société plus ou moins solidaire, fraternelle et juste.Il est entendu que d\u2019autres facteurs influent sur le comportement émergent; les évêques les abordent dans d\u2019autres messages traitant de l\u2019éducation, de la santé, de la culture, des relations internationales, etc.Pour les fins présentes, ceux-ci ont été exclus.La description des messages des évêques concernant chacun des cinq systèmes privilégiés se fera d\u2019une façon inductive, à rebours en partant du comportement social émergent pour remonter jusqu\u2019au système de valeurs.Nous sommes conscients des limites de notre tentative d\u2019interprétation plus globale des messages épiscopaux.Tout au moins, nous espérons que les Évêques puissent se reconnaître dans cette synthèse et que celle-ci puisse susciter d\u2019autres débats ou recherches dans ce sens. 34 L\u2019ACTION NATIONALE II \u2014 Le comportement social émergent Le message évangélique préconise une vie en société où les comportements seraient fraternels, responsables, solidaires favorisant un développement intégral des personnes.Au départ, ceci implique que le peuple puisse se prendre en main et devenir l\u2019artisan de sa propre croissance, un peuple vivant debout, motivé et libre.Ce qui est le plus déplorable dans le système actuel, c\u2019est que la nation devienne l\u2019objet de manipulations multiformes.Cette situation provient d\u2019un système économique dont les finalités sont axées sur le rendement, la productivité, la consommation, le confort et l\u2019intérêt personnel.Bon nombre de gens sont pris au piège de la société de consommation: «Les tensions sociales actuelles, v.g.séparations, divorces, familles brisées, usage croissant de l\u2019alcool et des drogues, incidence croissante du crime, du suicide et du meurtre, sont en grande partie dues aux priorités et aux valeurs matérialistes mises de l\u2019avant dans notre société de consommation.En outre, il est de plus en plus clair que ces crises s\u2019intensifient dans les couches sociales les mieux nanties».(Mai 1979, p.75.) De plus, à notre ère technologique, il arrive fréquemment que la machine passe avant l\u2019être humain: «C\u2019est ce qui se produit lorsque c\u2019est la machine qui impose une cadence inhumaine; lorsqu\u2019elle fractionne le travail en séries qui ne demandent plus que des gestes répétitifs; lorsque le travailleur devient comme une partie de la mécanique; lorsque la machine pollue, lorsque par sa puissance aveugle elle devient dangereuse».(Février 1983.) Au sein des structures économiques les Évêques décèlent une crise morale.Le monde est identifié à un vaste marché d\u2019échanges régi par la loi du plus fort: «En ce sens, notre pays demeure profondément marqué par les fondateurs du capitalisme libéral.Nous perpétuons aujourd hui leur héritage, car leurs idées ont modelé nos institutions.Les valeurs qu\u2019ils ont transmises ont façonné le système économique actuel, qui, à son tour, suscite des espoirs matérialistes, objets d\u2019idolâtrie pour des millions de citoyens.Ces mêmes valeurs constituent une religion économique qui empêche le développement d\u2019une morale de par- LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT 35 tage.Alors que des gens se sont efforcés de faire surgir en notre monde la solidarité et l\u2019amitié, les structures sociales et économiques d\u2019aujourd\u2019hui sont devenues des lieux incultes d\u2019individualisme et de promotion de soi».(1er décembre 1977.) D\u2019autre part, le progrès matériel ne s\u2019identifie pas nécessairement au progrès humain et au bonheur.La vraie libération embrasse toute la personne et lui permet de s\u2019ouvrir à Dieu.«L\u2019homme ne vit pas seulement de pain.» En conséquence, il faut des réformes au niveau des structures et parallèlement dans le cœur de l\u2019homme.Pour favoriser l\u2019émergence d\u2019un comportement plus équilibré et épanoui, les évêques analysent les causes des problèmes et proposent un ensemble de solutions inhérentes aux différents paliers de la société, que nous retrouvons dans les quatre parties suivantes: III \u2014 Les acteurs économiques Selon la théorie des acteurs, les fondements de l\u2019économie reposent sur la dynamique s\u2019exerçant au niveau des quatre grands intervenants: État, Patronat, Syndicat et Mouvement coopératif.Dépendant des valeurs prédominantes, la société privilégiera l\u2019un ou l\u2019autre de ses intervenants donnant lieu à diverses formes d\u2019économie: capitaliste, socialiste, coopérative, ouvrière, communautaire ou mixte.Périodiquement, les Évêques portent des jugements visant à favoriser un ajustement optimal des acteurs en vue d\u2019instaurer une économie plus juste et humaine.D\u2019une façon générale, les Évêques dénoncent les abus tant au niveau du secteur capitaliste qu\u2019à celui du socialisme totalitaire et ils posent les jalons pour repenser les priorités et les valeurs sur lesquels reposent la politique économique et la stratégie industrielle de notre société.Le patronat Le patronat est identifié au secteur capitaliste qui contribue environ à 90% de notre production nationale.Les Évêques critiquent les fondements du capitalisme misant sur la croissance à tout prix, le profit maximum et la constante pression pour une consommation effrénée de biens plus ou moins utiles.Au sein du capitalisme, la critique s\u2019adresse surtout aux multinationales pratiquant à haute échelle la concentration du 36 L\u2019ACTION NATIONALE capital et de la technologie.Ce phénomène semble le prélude à un grand désordre social dans nos sociétés industrielles.La récession actuelle semble symptomatique d\u2019une crise structurelle beaucoup plus profonde du système capitaliste international.Certains observateurs font remarquer que de profonds changements sont en cours actuellement dans la structure du capital et de la technologie et qu\u2019ils auront des répercussions sociales graves sur le monde du travail.Il est maintenant possible, par exemple, pour des sociétés et des banques transnationales, de transférer des capitaux d\u2019un pays à un autre dans le but de tirer avantage d\u2019une main-d\u2019œuvre moins chère, d\u2019impôts moins élevés et de lois moins sévères à l\u2019égard de la protection de l\u2019environnement.De même, l\u2019automatisation et l\u2019informatique sont en voie de remplacer rapidement le travail humain sur les lignes de montage et dans les complexes administratifs.Le capital, en effet, est devenu transnational, et la technologie devient de plus en plus une activité étroitement liée au capital.Les conséquences de cette évolution auront vraisemblablement un caractère permanent: une portion importante de la population, au Canada et dans d\u2019autres pays, se verra de plus en plus touchée par le chômage structurel et, de la sorte, marginalisée.(Janvier 1983.) Les Évêques affirment que les transformations technologiques peuvent être planifiées en rapport avec le travail.Ils évoquent le principe de la primauté de la personne et du bien commun, ainsi que le concept d\u2019une technologie appropriée, c\u2019est-à-dire qui tient compte de ses effets sur l\u2019ensemble de la collectivité.Dans la section IV, portant sur les caractères de l\u2019économie, nous verrons l\u2019orientation des changements prévus afin de juxtaposer l\u2019économique au social.L\u2019État D\u2019abord, d\u2019une façon non équivoque, l\u2019épiscopat nie l\u2019option marxiste ou la collectivisation de l\u2019ensemble des activités sous la férule de l\u2019État: «Vous et nous, ne pouvons en effet accepter une idéologie qui nie l\u2019existence de Dieu et son intervention dans l\u2019histoire, qui rejette la dimension et la vocation spirituelles de l\u2019homme; une idéologie qui tend à ne voir en la personne que sa fonction économique, qui propose la dialectique de la violence comme moyen de transformation sociale et LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT\t37 aliène la liberté individuelle dans la collectivité.(Décembre 1977.) Quant au rôle de l\u2019État, les Évêques endossent les fonctions importantes de régulation, de planification, de surveillance et de suppléance: À titre d\u2019État arbitre, les évêques souhaitent que l\u2019État stimule une concertation entre les agents économiques en vue de la promotion du bien commun en conformité avec les critères moraux.En outre, l\u2019épiscopat invite les citoyens à redéfinir leurs attitudes vis-à-vis des services gouvernementaux: «À la faveur de la \u2018révolution tranquille\u2019 et de la poussée des nouvelles élites, les deux dernières décennies ont vu naître et se développer les interventions croissantes de l\u2019État dans la vie quotidienne des citoyens.Nous avons tous assisté à la prolifération des services gouvernementaux et du personnel de la fonction publique, au gonflement des budgets et des masses salariales.À la lumière de cette prodigieuse croissance l\u2019appareil de l\u2019État, nous avons cru que notre richesse collective était sans limites; nous nous sommes lancés dans une surenchère de demandes et nous avons exigé que l\u2019État dispense les moindres services et qu\u2019il en défraie tous les coûts.Est-ce vrai que nous avons les moyens de nous payer les moindres services?» (Février 1982.) Les gouvernements ne sont pas les seuls responsables quant à la gestion des biens et à la poursuite de la justice sociale.Au lieu d\u2019être trop interventionnistes au niveau de la gestion des choses, ils auraient intérêt à déléguer aux collectivités de base ce qu\u2019elles peuvent accomplir elles-mêmes: «Il apparaît assez évident, par exemple, que dans les domaines des relations de travail, de la protection de l\u2019environnement et de l\u2019aménagement du territoire, les citoyens et les différentes corporations ne sont pas assez actifs et n\u2019accomplissent pas les tâches qui leur reviennent».(9 janvier 1980.) Aussi, face aux défavorisés vivant au crochet de l\u2019État, la société saura-t-elle dépasser le simple dépannage en favorisant la mise en valeur de ces énergies gaspillés parmi vingt pour cent de la population.Le Syndicat Les Évêques reconnaissent les efforts déployés par les syn- 38 L\u2019ACTION NATIONALE dicats durant les dernières décades, en vue de rehausser les conditions de travail des salariés; maintenant ils leur proposent de nouveaux défis: contribution à la création d\u2019emplois, à la concertation, au développement intégral des travailleurs, à la démocratie, etc.Concernant la violence et la longueur démesurée de certains conflits de travail, les Évêques ne cherchent pas un bouc émissaire, mais constatent certaines lacunes tant du côté patronal que du côté syndical.Évidemment, les Évêques déplorent la radicalisation syndicale de nature idéologique: «Nous nous réjouissons des succès remportés par les travailleurs et les syndicats dans leurs luttes.Par ailleurs, nous devons aussi reconnaître que les progrès réalisés au plan des salaires et des conditions de travail n\u2019ont pas beaucoup freiné la radicalisation de certaines idéologies ni la lente détérioration du climat économique et social».(Mai 1978.) Un des principaux malaises syndicaux a trait au non-engagement de ses membres, ainsi qu\u2019au danger que cette institution soit utilisée à d\u2019autres fins que celles de sa raison d\u2019être: «La santé et les buts mêmes du syndicalisme demandent qu\u2019il soit démocratique, que l\u2019orientation et les décisions viennent des membres eux-mêmes.Il faut donc que ceux-ci soient soucieux de s\u2019informer et qu\u2019ils soient présents lorsque se prennent les décisions.Autrement, on aura à se plaindre d\u2019être menés par une minorité et manipulés', on déplorera la distance qui se crée entre les dirigeants et la base».(Novembre 1979.) Les Évêques jugent que la question des relations de travail doit être repensée en profondeur.Particulièrement dans le secteur public, maints conflits ont fait d\u2019innombrables victimes: étudiants, malades, etc.Fondamentalement les Évêques estiment qu\u2019il est urgent que les gouvernants, les associations patronales et les centrales syndicales se concertent pour réviser un code du travail devenu inadéquat.(Octobre, 1974.) Le Mouvement coopératif La coopération constitue un mouvement qui a de profondes racines dans l\u2019histoire québécoise et qui se révèle l\u2019une de nos plus belles réussites collectives.En mai 1978, les évêques du Québec ont rédigé un document spécialement pour ce secteur: LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT 39 La coopération et le développement du Québec.À l\u2019heure où le Québec se situe au carrefour de son évolution, les Évêques misent beaucoup sur la mission historique de transformation sociale dévolue au mouvement coopératif: «Face au projet d\u2019une société à bâtir, la coopération ne peut se dérober.Dans un monde d\u2019audace et de créativité, la coopération ne peut se refermer sur elle-même.Elle doit innover sans cesse et relever de nouveaux défis».(Mai 1978.) Au lieu que ce soit la coopération qui exerce une influence bénéfique sur les comportements collectifs, les évêques soulèvent le danger que ce soit plutôt le système économique dominant qui acculturé les modes de fonctionnement coopératif: «Toutefois, et surtout dans notre monde de consommation effrénée, la coopération peut facilement perdre une partie de son sens et de son efficacité.Pendant que, d\u2019un côté, les forces d\u2019exploitation consolident leur puissance réelle derrière le gigantisme et l\u2019anonymat des multinationales, l\u2019identification des besoins réels de l\u2019homme devient plus difficile et tend régulièrement à épouser la courbe déformante des priorités matérielles.Face à cette situation, et à défaut de vigilance, les mouvements coopératifs peuvent facilement se refermer sur eux-mêmes ou glisser insensiblement vers une sorte de néocapitalisme de coopération; il serait illusoire de penser que la coopération est à l\u2019abri de l\u2019égoïsme».(Mai 1978.) Les Évêques signalent aussi le problème de la concentration des pouvoirs par les technocrates, au détriment de la véritable démocratie et de la participation des membres.En vue de diminuer l\u2019écart entre la pratique et l\u2019idéal coopératif, l\u2019épiscopat invite le mouvement coopératif à faire occasionnellement le point sur son mode de fonctionnement: «Pour contrer ces dangers, les mouvements coopératifs doivent relever un certain nombre de défis et ne pas craindre d\u2019examiner périodiquement leur fonctionnement et leur orientation à la lumière des principes mêmes qui ont présidé à l\u2019implantation et au développement de la coopération».(Mai 1978.) Somme toute, le progrès matériel doit être assujetti au développement humain intégral dans une perspective de prise en main autonome, de solidarité et d\u2019équité.Cette mission cons- 40 L\u2019ACTION NATIONALE titue la raison d\u2019être du mouvement coopératif et sa contribution distinctive à l\u2019édification nationale.IV \u2014 Les caractères de l\u2019économie Dans leurs diverses déclarations, les Évêques postulent un ensemble de caractères spécifiques du système économique.Nous pouvons regrouper ces attributs en cinq catégories: Une économie de bien commun Les ressources de la terre doivent être exploitées, afin de combler les besoins de tous en vue d\u2019une vie pleinement humaine: «Il s\u2019ensuit donc que l\u2019objectif premier de tout ordre socio-économique doit être d\u2019exploiter les ressources de façon à servir le bien commun, c\u2019est-à-dire de combler les besoins fondamentaux de tout le peuple, soit la nourriture, le vêtement, le logis, l\u2019éducation, l\u2019emploi et les soins de la santé.Et \u2018tous les autres droits quels qu\u2019ils soient, y compris la propriété et le commerce libre, doivent être subordonnés à ce principe\u2019.» (Décembre 1983.) Contrairement au principe du destin universel des biens de la création, le capital et la technologie deviennent de plus en plus sous l\u2019emprise des multinationales.Qui contrôle l\u2019appareil économique?À quelles fins est orienté cet appareil?«La contradiction sociale fondamentale de notre temps est la domination structurelle du capital et de la technologie au dépens du peuple, du travail et des communautés».(Décembre 1983.) Le défi qui se dresse devant nous consiste en un revirement complet de ces rapports structurels par l\u2019aménagement d\u2019autres modèles socio-économiques.À cet effet, il importe que l\u2019État s\u2019élève au-dessus des intérêts particuliers, afin d\u2019agir en faveur des meilleurs intérêts collectifs.Une économie de plein emploi La crise persistante du chômage entraîne des coûts humains et sociaux effarants.Au plan personnel, des désordres psychologiques se manifestent par une impression d\u2019aliénation et d\u2019impuissance.Aussi, ces drames personnels se traduisent en graves problèmes sociaux: «L\u2019alcoolisme, le suicide, l\u2019effondrement de la famille, le vandalisme, le crime, le racisme et la violence dans la rue.Un exemple qui illustre bien le problème, est le nombre de LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT\t41 jeunes désespérés qui, depuis un an, se sont entendus pour se donner la mort.» (Décembre 1983.) Travailler et gagner sa vie sont parties intégrantes du plan providentiel pour chacun de nous.Aucune nation ne peut se permettre de garder oisive une partie importante de l\u2019une de ses classes les plus dynamiques (les 20 à 30 ans).De nombreux pays, grâce à une volonté politique, ont adopté avec succès des mesures de plein emploi.Les Évêques ne voient pas de solutions magiques à la plaie du chômage.Toutefois, on ne peut rester passif.À leur avis, il faut élaborer des politiques industrielles qui 1- renforcent l\u2019autosuffisance de l\u2019industrie canadienne; 2- développent les secteurs créateurs d\u2019emplois; et 3- favorisent une meilleure répartition des capitaux entre les citoyens et les communautés locales.Une économie favorisant la coopération et l\u2019esprit communautaire Les Évêques encouragent la mise sur pied de coopératives, d\u2019entreprises autogérées et l\u2019implication de la population à la vie économique.Ils privilégient une économie ouvrière, coopérative et communautaire qui peut s\u2019apparenter au modèle israélien: villages coopératifs, gestion ouvrière de la production, implication syndicale, «entrepreneur-ship» collectif.En effet, ils favorisent: «la création de véritables communautés humaines dans lesquelles les gens vivent et travaillent ensemble selon un style de vie orienté sur la prise en charge collective, l\u2019utilisation de la gestion responsable des ressources et le partage équitable des biens».(14 janvier 1980.) Le mouvement coopératif qui a de profondes racines dans les communautés de base pourrait assumer le leadership dans l\u2019édification de cette troisième voie entre le capitalisme et le socialisme.Une économie de participation Les Évêques affirment que la démocratie doit prendre un visage concret dans le monde du travail.Actuellement, l\u2019organisation du travail ne respecte pas le sens de la créativité et de la responsabilité: «Le travailleur, dans bien des cas, doit se soumettre aux normes de production, être un simple exécutant, plutôt que d\u2019être humainement engagé avec son intelligence, son 42 L\u2019ACTION NATIONALE cœur et son imagination dans un travail épanouissant.» (Octobre, 1973.) Un des premiers lieux où doive se faire l\u2019apprentissage de la participation est l\u2019entreprise où les hommes passent la plus grande partie de leur vie: «La participation à toutes les dimensions du travail est nécessaire pour faire des milieux de travail des chantiers collectifs.» (1er mai 1982.) À l\u2019instar d\u2019autres pays, il devient nécessaire d\u2019explorer de nouveaux modes de gestion des entreprises: «De nombreux pays de l\u2019Europe occidentale \u2014 notamment la Norvège, la Suède, le Danemark, l\u2019Allemagne fédérale, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique \u2014 ont une certaine expérience de gestion intégrant la participation des travailleurs.Que l\u2019on songe à la participation dans l\u2019exécution du travail, aux conseils d\u2019entreprise ou aux conseils de surveillance ou d\u2019administration, on voit qu\u2019il existe des possibilités concrètes favorisant l\u2019implication des travailleurs au processus de décision.» (l^r mai 1981.) Dans le but de respecter la dignité de la personne humaine, l\u2019équilibre doit être rétabli au sein du couple Capital-Travail surtout en faveur de ce dernier élément.Trop souvent l\u2019homme s\u2019avilit dans les organisations, alors que la nature inerte sort ennoblie pour les fins de profitabilité.Délibérément, les évêques joignent le social à l\u2019économique, car les deux sont interdépendants, le progrès de l\u2019un devant aller de pair avec le progrès de l\u2019autre.Il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019ajuster l\u2019homme à la machine, mais surtout de concevoir de nouveaux ensembles industriels respectant les caractéristiques humaines.Cette première forme d\u2019humanisation du travail doit être complétée par d\u2019autres mécanismes de participation: à l\u2019information, aux décisions, à la propreté, aux gains.Une économie respectueuse de l\u2019environnement Les manifestations de la crise de l\u2019environnement sont de nouveaux visages du mal dans notre monde: «D\u2019une façon générale, la situation se détériore, aussi bien dans le monde qu\u2019ici au Québec.Prenons encore des exemples concrets.Chaque année, nous voyons un grand nombre de nos lacs, de nos rivières et de nos ruisseaux devenir impropres à la baignade et envahis d\u2019algues et d\u2019herbes de toute sorte.Les sportifs voient LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT 43 le nombre des poissons y diminuer, voire même disparaître presque entièrement.À certains jours de grande chaleur, plusieurs rives dégagent des odeurs si désagréables qu\u2019on doit renoncer à s\u2019y reposer.Dans ur ?.utre domaine, des villages entiers se voient de plus en plus souvent dans l\u2019obligation de faire bouillir leur eau par suite du déversement dans les cours d\u2019eau de certains produits de l\u2019industrie chimique, manufacturière ou agricole.» (28 mai 1981.) Les évêques soulignent que la crise de l\u2019environnement est sérieuse parce que: \u2014\telle menace les ressources dont nous avons absolument besoin pour vivre; \u2014\telle entraîne des déséquilibres dont nous ne pouvons prévoir les conséquences; \u2014\telle introduit dans la nature des substances contre lesquelles elle est tout à fait impuissante (polluants dans l\u2019air, dans les organismes, déchets nucléaires.); \u2014\telle évolue à un rythme qui échappe de plus en plus à notre contrôle.(28 mai 1981.) Dans leur déclaration spéciale intitulée Les Chrétiens et l\u2019Environnement, les évêques interpellent les citoyens, en les conviant à la réflexion, au sens des responsabilités et d\u2019une nouvelle attitude face à la nature et à la beauté du monde et de ses lois d\u2019agencement: «Nous devons retrouver le sens de l\u2019émerveillement, de la contemplation, du respect et de l\u2019amour de cet habitat qui est le nôtre.Nous devons réapprendre à reconnaître nos liens avec la nature».(28 mai 1981.) Il nous convient de rester vigilants en faisant sur les gouvernements toutes les pressions qui s\u2019imposent, afin que toutes les parties assument pleinement leur responsabilité sociale.V \u2014 Le système politique La crise structurelle et d\u2019ordre éthique constitue un point tournant dans notre histoire et celle de l\u2019humanité.Le palier politique a un rôle central à jouer pour le renouvellement des institutions et des rapports sociaux.Parmi les nombreuses réflexions d\u2019ordre politique, les 44 L\u2019ACTION NATIONALE Évêques abordent le droit du peuple québécois de disposer de lui-même en remettant en question, s\u2019il le veut, les liens qui l\u2019unissent à ses partenaires.L\u2019épiscopat utilise le terme autodétermination pour désigner le droit des québécois de décider d\u2019accepter le cadre fédéral actuel ou autre, de se proclamer souverains, d\u2019entrer en association ou en confédération avec d\u2019autres.Ce droit au développement propre s\u2019appuie notamment sur le synode des Évêques de 1971: «Que les peuples ne soient pas empêchés de se développer selon leurs propres caractéristiques culturelles; Que dans la collaboration mutuelle chaque peuple puisse être lui-même le propre artisan de son progrès économique et social; Que chaque peuple puisse prendre part à la réalisation du bien commun universel comme membre actif et responsable de la société humaine à un plan d\u2019égalité avec les autres peuples».(21 avril 1972.) Parallèlement à cette prise d\u2019option politique fondamentale, les évêques préconisent un ensemble de transformations de nature plus opérationnelle: La restauration du climat social en relevant les défis suivants: \u2014\trésoudre un paradoxe: les services offerts dans le secteur de la santé et de l\u2019éducation nous coûtent de plus en plus cher, alors que la qualité des soins et de l\u2019enseignement diminue; \u2014\trefaire de la politique un lien d\u2019espérance, en élaborant un projet collectif emballant; \u2014\tréduire l\u2019inflation verbale qui frappe les relations de travail et les mœurs électorales; \u2014\tmultiplier les lieux de concertation en préférant l\u2019animation sociale à la filière administrative.(Novembre 1976.) La prise d\u2019options globales entre: \u2014\tl\u2019homme contre le système \u2014 primauté des appareils ou de l\u2019humain; \u2014\tle progrès social contre le progrès économique \u2014 priorité aux impératifs de la production et de la consommation ou développement intégral de toutes les classes; \u2014\tla justice contre l\u2019ordre à tous prix \u2014 reconnaissance que la LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT\t45 justice prime tous les autres objectifs que l\u2019État doit poursuivre; \u2014 la participation contre la super-administration \u2014 participation de tous les citoyens à toutes les formes et à tous les degrés du pouvoir économique et du pouvoir politique.(Novembre 1976.) La mise sur pied d\u2019un processus public de consultation Ce mécanisme vise à stimuler l\u2019imagination sociale, en vue de susciter de nouveaux modèles sociaux de développement et de débattre publiquement les valeurs et les priorités économiques.(Décembre 1983.) La subsidiarité Ce principe implique que l\u2019État résiste à la tendance spontanée à tout centraliser et à tout programmer autoritairement d\u2019en haut.(Commission Justice et Paix, 1978.) La maîtrise de nos ressources et de notre développement Des correctifs nécessaires doivent être rapidement implantés, afin que la collectivité québécoise puisse contrôler ses secteurs vitaux.(Octobre 1973.) VI \u2014 Le système de valeurs Les lecteurs qui ne comprennent pas le système de valeurs soustendant les déclarations des évêques pourront difficilement endosser les transformations visées.La lumière évangélique passe moins par le raisonnement que par la foi au plan divin, l\u2019adhésion aux béatitudes et la conversion des cœurs.Avant d\u2019être moralisateur, le message évangélique est espérance, amour, force et libération.À cet effet, il doit cheminer dans le cœur, puis dans les structures sociales.Ainsi, l\u2019option préférentielle pour les pauvres selon l\u2019Évangile consiste d\u2019abord à la pratiquer soi-même en modifiant son style de vie de personne à l\u2019aise.Le Créateur cherche des créateurs, des coresponsables, des alliés à l\u2019émancipation de la personne humaine, face à tout ce qui la déshonore.Une société n\u2019est plus humaine, lorsqu\u2019elle fabrique des esclaves, même des esclaves bien payés et bien nourris.L\u2019Évangile, c\u2019est d\u2019abord une conception de l\u2019homme, lequel vaut plus que ce qu\u2019il possède: «Dans une perspective 46 L'ACTION NATIONALE chrétienne, l\u2019objectif que constitue l\u2019avènement d\u2019une plus grande justice entre les membres d\u2019une société et entre les sociétés, doit être compris dans une vision de l\u2019homme intégral, dans toutes ses dimensions: matérielle, spirituelle, individuelle et collective, comme un être responsable et participant.Cette vision suppose encore que l\u2019homme ne peut trouver le bonheur et le salut que dans le dépassement de lui-même et dans une ouverture aux autres et à Dieu.Il découle de cela que, pour des chrétiens, le refus de formuler un projet global, voire utopique, capable de répondre à toutes ces dimensions, équivaudrait à un abandon pratique de la foi».(12 mai 1978.) Le chrétien qui travaille à la transformation de la société doit s\u2019appuyer sur certains critères de discernement évangélique, soit: la vérité comme fondement des relations, la justice comme règle, l\u2019amour mutuel comme moteur et la liberté comme climat.(Novembre 1976.) En outre, les évêques ajoutent d\u2019autres critères de jugement et d\u2019action, auxquels l\u2019Évangile invite le chrétien à être fidèle: \u2014\tune solidarité réelle et active avec les petits et les pauvres; \u2014\tl\u2019intolérance devant le mal sous toutes ses formes et le refus de la complicité avec ceux qui le commettent; \u2014\tle respect absolu de la vie et de la personne; \u2014\tla confiance dans l\u2019avenir et la certitude qu\u2019il est possible de construire un monde meilleur; \u2014\tune volonté ferme et inébranlable de justice, de paix, d\u2019amour et de liberté.(Juillet 1974.) Concernant l\u2019élaboration de leurs messages, les évêques soulignent les grandes orientations qui sous-tendent les textes; elles se résument à cinq points: \u2014\tle devoir pour les citoyens de participer au devenir de leur société; \u2014\tla juste perception des droits et des devoirs des personnes, en fonction du bien commun; \u2014\tla distribution équitable des biens et des responsabilités; \u2014\tla prise au sérieux de la vie culturelle et spirituelle; \u2014\tla solidarité entre les peuples.(Janvier 1980.) LE PROJET DE SOCIÉTÉ SOUS-JACENT 47 Les Évêques décèlent actuellement un profond désordre social, car l\u2019approche économiste et mécaniste des sociétés industrielles a vidé l\u2019économie de son contenu moral.Le chemin royal à l\u2019éclosion de la justice sociale passe par une recherche verticale des hommes et des institutions au moyen de valeurs fondamentales.Ainsi pourra se réaliser la véritable libération: «Ce combat pour la justice n\u2019est donc pas pour les chrétiens un choix qui leur serait offert.Il fait partie intégrante de l\u2019annonce de l\u2019Évangile au monde.Bien sûr, le Royaume de Dieu et, en conséquence, la mission de l\u2019Église dépassent les limites de ce monde (Jn 18, 36) et donc dépassent la libération dans les domaines économique, social, politique et culturel.La vraie libération embrasse toute la personne et lui permet de s\u2019ouvrir à Dieu».(Avril 1972.) Alors, le mal n\u2019est pas a priori dans les appareils: il vient d\u2019une brisure dans le cœur de l\u2019homme; c\u2019est une question de guérison de cœur, c\u2019est une question d\u2019amour.La gloire de Dieu, c\u2019est que les hommes soient vivants et qu\u2019ils vivent comme des frères, le restant venant par surcroît.Conclusion Quel genre de peuple et de société voulons-nous devenir?L\u2019épiscopat engage les chrétiens sur la voie de la justice sociale, en les invitant à passer de la parole aux actes et à refaire substantiellement les bases de la société.Le projet est progressif.Il vise une refonte fondamentale des rapports sociaux au sein des systèmes économique et politique.Ce sont les propositions prises dans leur ensemble qui fournissent un éclairage sur le projet de société visé.Celui-ci se démarque des deux systèmes dominants représentés par New York et Moscou, lesquels divisent le monde en deux camps ennemis.Les Évêques apportent une contribution originale, quelque chose de différent, une troisième voie, si vous voulez, menant à une révolution qualitative et pacifique.En s\u2019appuyant sur la Révélation, ils interpellent les attitudes personnelles et les structures dominantes.Ils répugnent à toute forme de matérialisme et d\u2019assujettissement du peuple par les appareils. 48 L\u2019ACTION NATIONALE À la suite de cette analyse, le projet de société préconisé par l\u2019épiscopat peut se définir ainsi: \u2014\tune société d\u2019éthique où les humains sont frères en Jésus Christ; \u2014\tune société juste favorisant le développement intégral de toutes les personnes; \u2014\tune société démocratique de développement où tous et chacun se sentent valorisés, compte tenu de leur dignité et de leurs talents.L\u2019épiscopat préconise un virage social drastique, afin de bonifier la société.Mais alors, pourquoi l\u2019enseignement social de l\u2019Église qui date de plusieurs décennies est si peu implanté dans notre milieu?Cette lacune semble provenir d\u2019un manque d\u2019analyses et de réflexions de la part des laïcs pour traduire les propositions des Évêques dans des termes et des mécanismes opérationnels.Nous souhaitons que cet apport ouvre la porte un tant soit peu dans ce sens.Enfin, nous espérons que la collectivité québécoise puisse s\u2019inspirer de ces valeurs de sagesse, afin d\u2019édifier une société humaine, solidaire et juste, devenant ainsi un modèle pour les autres peuples en proie aux forces de désorganisation sociale. GROUPES COOPÉRATIFS DES BOIS-FRANCS 49 Groupes coopératifs des Bois-Francs par CHANTAL CHABOT, Université de Sherbrooke.Plusieurs formes de coopératisme sont nées de la volonté de personnes quelquefois acculées au pied du mur.On n\u2019a qu\u2019à penser au garage coopératif, dont les fondations reposent sur ceux qui, ayant perdu un emploi dans le domaine, ont relevé le défi de survivre à tout prix.Face aux géants de l\u2019alimentation, il existe sept coopératives oeuvrant dans ce secteur: quatre coops alimentaires (2 à Vic-toriaville, 1 à Arthabaska et 1 à Warwick); deux coops de viande (1 à Victoriaville et 1 à Arthabaska); une coop d\u2019aliments naturels.En plus de ces regroupements, nous retrouvons également une coop funéraire: elle semble fonctionner beaucoup mieux qu\u2019à ses débuts où elle fut la risée de plusieurs, surtout de ces gens passifs qui dénigrent tout mouvement coopératif.Mon choix va vers trois coopératives alimentaires.Le principal sujet se dessine autour d\u2019une coop alimentaire de Victoria-ville.Viendront ensuite quelques détails sur la coop de viande d\u2019Arthabaska, pour finalement terminer avec celle des aliments naturels.Le club alimentaire de Victoriaville existe depuis un peu plus de dix (10) ans.Auparavant, le nombre de membres se limitait à cent (100).Quelques années plus tard, le total fut porté à cent cinquante (150) et depuis deux (2) ans, la majoration l\u2019a enrichi de vingt-cinq (25) nouvelles personnes.Même si pour l\u2019instant les cent soixante-quinze (175) membres constituent la capacité maximale de la coopérative, la liste d\u2019attente viendra peut-être forcer les administrateurs à demander à l\u2019assemblée d\u2019augmenter ce nombre.Le vote majoritaire l\u2019emporterait alors; mais nous n\u2019en sommes pas encore là.En entrant dans cette coopérative, une part sociale de 25$ est demandée.Celle-ci, comme dans tout mouvement coopératif, est remboursée au membre, lorsqu\u2019il décide de quitter le 50 L\u2019ACTION NATIONALE club pour quelque raison que ce soit.De plus, même si aucune épicerie n\u2019est faite, une somme de 1,75$ par semaine est perçue comme frais de service et d\u2019administration.Ce montant sert à couvrir les frais fixes de la coop.Depuis deux (2) ans le local appartient aux membres, alors qu\u2019auparavant ceux-ci étaient locataires d\u2019un vieil établissement beaucoup plus petit et menacé par les incendies.Le but d\u2019une coopérative étant que tous les membres oeuvrent ensemble, ceux-ci se doivent de travailler à la survie de leur mouvement.Ils sont obligés de donner bénévolement deux (2) à quatre (4) heures de leur temps par mois.Leur seul choix réside dans la tâche à accomplir: que ce soit à la caisse ou à l\u2019assistance de la caisse, à la pesée ou au rangement, à la comptabilité ou à l\u2019agencement des horaires, tout le monde y trouve un travail à accomplir.Selon la demande des membres, la coopérative ouvre seulement deux (2) jours par semaine, soit les jeudi et vendredi, avec un temps de fermeture aux heures de dîner et de souper.La question de donner accès aux membres une autre journée fut discutée à l\u2019ordre du jour d\u2019une assemblée, mais rejetée pour l\u2019instant, faute de bénévoles en faveur de ce choix.La coopérative étant un mouvement à but non lucratif, les prix des marchandises sont établis de manière à ne faire ni bénéfice ni perte.Ainsi, un profit de 1/2 à 1% est ajouté sur le coût des fruits et des légumes, en raison des pertes qui peuvent survenir dans ces denrées périssables.Par contre, le prix du lait est réduit de 25è.Tous les autres produits sont achetés et vendus au prix du gros; quand il y a un achat à prix spécial, il demeure à ce coût jusqu\u2019à ce que toute la marchandise soit écoulée.Si, malgré tout, la coopérative déclare un excédent, il est distribué aux membres ou réinvesti, selon la décision de l\u2019assemblée générale.Ces dernières années, les surplus ont tous été remis sous forme de dividendes.Pour défrayer le coût de deux projets importants, le club alimentaire, grâce au vote majoritaire d\u2019une assemblée spéciale, a posé les gestes suivants: 1.Pour payer une partie de la balance électronique (sur laquelle chaque membre pèse ses denrées non emballées), un tirage GROUPES COOPÉRATIFS DES BOIS-FRANCS 51 hebdomadaire de moitié-moitié a eu lieu durant quelques semaines.Malheureusement, aucune entente n\u2019ayant été prise avec la Régie des loteries et courses, on a dû arrêter ce jeu.C\u2019est la première fois qu\u2019un avis de mauvaise procédure légale était imputé à la coopérative.2.Pour acquérir le nouveau local, un emprunt fut contracté.Bien que ces deux gestes aient reçu le vote majoritaire de l\u2019assemblée des membres, la coopérative, comme tout autre mouvement similaire, reçoit peu de participation à ses réunions.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de décisions importantes, l\u2019assistance augmente légèrement; mais avec un taux d\u2019environ 30%, ceux qui doivent décider le font bien souvent pour les absents, qui n\u2019ont ensuite qu\u2019à accepter les résolutions prises.On dirait que le mouvement coopératif possède cette faille à l\u2019intérieur de tout son système, qu\u2019il soit grand ou petit.Nous sommes tous prêts à donner un peu de nous-mêmes à un groupe, mais il ne faut pas trop nous forcer à toujours participer! Le conseil d\u2019administration de la coopérative est composé de neuf (9) personnes.Chaque année, les membres doivent élire trois (3) nouveaux administrateurs à des postes alors vacants.Les directeurs du club se réunissent une fois par mois et l\u2019assemblée générale a lieu après l\u2019émission des états financiers vérifiés par un comptable agréé, membre de la coopérative.Jusqu\u2019à il y a quelques mois, tous les membres devant fournir leur part de travail, aucun employé n\u2019avait été engagé contre rémunération.Mais depuis peu, un permanent travaille pour la coopérative.Même s\u2019il est payé très faiblement, ce salarié, en plus de faire partie du conseil d\u2019administration, vérifie toute la comptabilité faite par un comité et reçoit les commandes livrées par les fournisseurs.Tous les comités du club fonctionnent avec au moins quatre (4) membres bénévoles.Celui des achats voit à l\u2019approvisionnement de la coopérative selon une liste hebdomadaire des articles manquants.Si certaines personnes émettent des demandes spéciales, elles sont acheminées au comité par la caissière.Vu la capacité et l\u2019orientation de la coopérative, il n\u2019est pas question d\u2019offrir tous les produits comme dans un supermarché.Sur les tablettes, on retrouve généralement deux marques et deux for- 52\tL\u2019ACTION NATIONALE mats (moyen et gros) des différentes denrées.Les membres étant pour la plupart des gens mariés, avec ou sans enfants, le plus petit format est banni.Les fournisseurs habitent la ville ou la région environnante et ainsi, sur un simple appel de dernière heure, ils peuvent livrer la marchandise désirée dès le lendemain.Selon sa charte, la coopérative n\u2019a pas le droit de vendre de viande fraîche, de vin ni de bière.Le comité de la comptabilité se compose également de quatre (4) personnes qui se relaient, une par semaine.Le vendredi, à cinq (5) heures, le membre va chercher les livres, balance la caisse, fait le dépôt, vérifie les factures d\u2019achats, émet les chèques et doit retourner les livres au permanent pour le lundi soir au plus tard.En dernier lieu, la coopérative permet à la St-Vincent-de-Paul de faire des marchés de temps à autre, pour environ 200$ à 300$ par mois.C\u2019est le seul compte à recevoir qu\u2019elle supporte, puisque cet organisme la paye à chaque mois, alors que les membres doivent payer leur épicerie en argent lors de leur commande.En ce qui concerne la coopérative de viande d\u2019Arthabaska, son fonctionnement ressemble quelque peu à celui du club alimentaire de Victoriaville.Malheureusement, sa gestion est déficitaire depuis plusieurs années et on étudie présentement une restructuration générale: ou l\u2019on augmente les prix (qui sont vraiment trop bas) ou l\u2019on majore les frais de services.La part sociale de vingt-cinq (25) dollars suit le même principe que celle de la coopérative alimentaire.Le mouvement a diminué le nombre de ses membres à cent vingt-cinq (125), mais cela s\u2019est produit contre son gré, car ceux qui ont quitté le club sont les petites familles pour qui les frais de services coûtaient plus chers que l\u2019achat de viande.Ces coûts se situaient à deux (2) dollars par semaine, indépendamment du montant déboursé en nourriture.Maintenant, ces frais varient avec le pourcentage de ce qui est acheté.Line dépense de salaire est inscrite aux livres de l\u2019organisme à chaque semaine, car le boucher est rémunéré suffisamment pour réussir à vivre de ce travail.Même si la coopérative affiche la viande «la meilleure en ville», les membres qu\u2019elle a fait fuir GROUPES COOPÉRATIFS DES BOIS-FRANCS 53 par sa mauvaise gestion sont difficiles à recruter.Le bénévolat s\u2019effectue seulement quatre (4) fois par année, à raison de trois (3) heures chaque fois, soit à tous les deux mois et demi (2 1/2) environ.La présence d\u2019un employé permanent spécialisé permet ce genre de roulement.Les comités existants, à l\u2019intérieur de la boucherie coopérative, se composent de la caissière, de l\u2019aide-boucher, des saucis-seurs, des responsables du ménage, de l\u2019assistante-caissière et du comptable.Les jours d\u2019ouverture vont du mercredi après-midi au vendredi soir.Le local est loué et ceux qui décident de ne pas remplir leur tâche, dévolue selon l\u2019horaire, doivent chercher un remplaçant et en avertir leur responsable.Cette coopérative reprend vie tranquillement, mais il est intéressant de se demander pourquoi ça ne va pas toujours bien à l\u2019intérieur de son mécanisme.Est-ce le fait d\u2019avoir engagé un boucher rémunéré, alors que les autres membres travaillent bénévolement?Est-ce plutôt la cotisation exigée pour couvrir les frais fixes, qui était trop élevée au début?Ou est-ce le peu de travail à accomplir à chaque mois, qui facilite la paresse envers ce côté coopérateur de l\u2019entreprise?Ce n\u2019est pourtant pas le prix à payer qui cause la disparité entre cette coopérative et celle du club alimentaire de Victoria-ville: les parts sociales et les frais de service sont sensiblement les mêmes.Même si «La Manne» couvre les produits d\u2019aliments naturels, tout en étant formée en mouvement coopératif, elle se dissocie quelque peu des deux autres.Premièrement, on y retrouve des membres participants et non participants.La part sociale des deux (2) groupes est fixée à cinquante (50) dollars, mais plusieurs points les différencient.Ceux qui participent à la vie active de cette coopérative doivent débourser des frais de services de quatre (4) dollars par mois et travailler bénévolement quatre (4) heures mensuellement.De plus, ils font partie de comités sensiblement pareils aux autres coopératives décrites précédemment.Ce qui distingue un peu cette coopérative de ses congénères, ce sont les cours d\u2019information offerts aux membres.Ces soirées portent surtout sur le mode d\u2019alimentation naturelle et non sur le coopératisme en général. 54 L\u2019ACTION NATIONALE Les non participants, contrairement aux premiers, n\u2019ont pas de frais de services à débourser ni de travail à fournir.Pour compenser cet avantage, ils doivent ajouter vingt-huit (28) pour cent au total de leur commande.Malgré ce choix qu\u2019ont les membres de participer ou non à la vie active de la coopérative, celle-ci éprouve beaucoup de difficultés à en recruter de nouveaux.L\u2019atmosphère régnant au local influence certaines personnes vers un degré mondain d\u2019affectation contraire à l\u2019esprit coopérateur.Les gens de milieux différents rencontrent des difficultés à s\u2019adapter ensemble dans un mouvement qui exige une collaboration de tous les partenaires à la fois.Ce tour d\u2019horizon sur trois coopératives alimentaires des Bois-Francs nous montre que la coopération existe depuis quelques années là-bas.Malheureusement, plusieurs personnes ne peuvent participer à ce genre d\u2019entreprise: ou parce que le nombre d\u2019adhérants est limité, ou parce qu\u2019elles ne veulent pas s\u2019impliquer dans un mouvement qui exige un travail bénévole (si minime soit-il).Ce qui assombrit le bon vouloir de ces gens qui osent se prendre en main pour diriger une partie de leur pouvoir d\u2019achat, c\u2019est justement ce choix des membres entrant dans leurs desseins.Et ce climat se transforme en déception, lorsque l\u2019on s\u2019aperçoit que plusieurs personnes ne connaissent même pas l\u2019existence de ces coopératives à leurs côtés.Car sur une population d\u2019environ trente mille (30 000) habitants, le pourcentage de coopérateurs se situe très bas.Pourtant, avec toute l\u2019économie décroissante qui l\u2019a grugée ces dernières années, Victoriaville serait un endroit idéal pour prolonger les mouvements coopératifs de tout genre.Mais cet esprit coopérateur, pour survivre, doit se développer continuellement, et plusieurs se refusent à le comprendre. L\u2019OFFENSIVE D\u2019OTTAWA SE POURSUIT 55 Par mon hublot L\u2019offensive d\u2019Ottawa se poursuit par ROGER DUHAMEL Pendant la course à la direction du parti libéral fédéral, nous avons entendu des propos inquiétants sur l\u2019éducation.On a en effet senti la volonté très nette d\u2019Ottawa de s\u2019ingérer à fond dans ce domaine de juridiction exclusivement provinciale.La tendance n\u2019est certes pas nouvelle, mais elle s\u2019accentue dangereusement, surtout si nous tenons compte des menaces d\u2019intrusion que fait peser sur nous la Commission Macdonald sur l\u2019avenir économique du Canada.Main basse sur l\u2019enseignement M.Chrétien, un type accompli de Gros-Jean, n\u2019y est pas allé avec le dos de la cuiller.Son raisonnement est limpide: puisque le fédéral subventionne l\u2019enseignement post-secondaire, les provinces doivent accepter qu\u2019il exerce un droit de regard sur l\u2019affectation de ces fonds.De plus, les cegeps et les universités du Québec devront désormais hisser le drapeau à la feuille d\u2019érable rouge.«Ça va peut-être être rough dans les coins,» reconnaît le nouveau chef de la diplomatie canadienne avec cette élégance d\u2019expression qui lui est propre.Plus raffiné, M.Turner ne pense pas différemment.Il réclame que les provinces se conforment aux critères nationaux, i.e.pancanadiens, en matière d\u2019éducation.Il s\u2019ensuit qu\u2019il est urgent de reviser les programmes pédagogiques afin de les accommoder à la nouvelle réalité, c\u2019est-à-dire à la conception caporaliste et unitaire qu\u2019on s\u2019en fait à Ottawa.Le successeur de M.Trudeau, qui n\u2019est pas encore parvenu à se débarrasser de la tunique de Nessus qu\u2019il a héritée, admet que c\u2019est une question constitutionnelle dont la complexité ne lui échappe pas, mais il prévient que si la manière douce ne suffit pas, il imposera ses conditions avant de dégager les subventions fédérales à l\u2019éducation post-secondaire et universitaire.La carotte, de préférence, mais au besoin, le bâton.Le résultat sera le même. 56 L\u2019ACTION NATIONALE M.Serge Joyal, qui joue avec beaucoup de naturel les valets de Marivaux, ne devait pas demeurer en reste.L\u2019ancien défenseur verbal du français dans l\u2019air devient moins militant pour la sauvegarde du français sur terre.Ah! il n\u2019entend pas qu\u2019on la lui baille belle: «On va essayer de négocier, mais si on ne peut pas s\u2019entendre, on sera obligé de légiférer.» Si vous ne consentez pas à me donner sans réticence ce qui vous appartient, vous me mettrez dans l\u2019obligation de m\u2019en emparer par la force! Ces prises de position ont fourni une heureuse occasion à M.Brian Mulroney, qui courtise passionnément le Québec, de dénoncer véhémentement une violation aussi flagrante de la répartition des pouvoirs au sein de la Fédération.Il a stigmatisé ces nouvelles tentatives centralisatrices des libéraux.Pour les conservateurs, qu\u2019on se le tienne pour dit, l\u2019éducation ne peut relever que de la juridiction provinciale, «point à la ligne.» On ne saurait être plus catégorique.Toutefois, notre confiance dans la fermeté doctrinale des conservateurs demeure douteuse.Lors du débat aux Communes sur le projet de loi C-12 relatif aux accords fiscaux entre les deux paliers de gouvernement, ce sont des députés de l\u2019obédience de M.Mulroney qui ont souhaité «une stratégie nationale de l\u2019enseignement post-secondaire.» C\u2019est même une vedette de ce parti, le sympathique Flora McDonald, qui a fait adopter un amendement qui obligera le Secrétaire d\u2019État à soumettre chaque année un rapport portant sur «le lien entre ces contributions, transferts et programmes, et les objectifs du Canada en matière d\u2019économie et d\u2019enseignement.» Cela revient à dire, en ce qui nous concerne, que la planification et la coordination de l\u2019enseignement à ses niveaux supérieurs passent de Québec à Ottawa.Notre isolement continue Quand il s\u2019agit de nos propres intérêts, la preuve est acquise depuis longtemps que nous n\u2019avons rien à espérer d\u2019un parti plutôt que de l\u2019autre.La logique du système nous dessert fatalement.Chacun sollicite nos suffrages, mais une fois en selle, il ne peut faire autrement que se rendre aux aspirations et aux volontés de la majorité.Il en a toujours été ainsi depuis que nous avons contracté une union contre-nature. L\u2019OFFENSIVE D\u2019OTTAWA SE POURSUIT 57 Il importe toujours de distinguer entre Québec et les autres provinces.Celles-ci n\u2019aperçoivent pas beaucoup d\u2019inconvénients à ce que leurs institutions d\u2019enseignement touchent de l\u2019argent d\u2019un gouvernement ou d\u2019un autre.Pour elles, cet argent n\u2019a pas d\u2019odeur, et elles ont raison de le penser.Songeant à ses collègues de la Chambre haute qu\u2019il connaît bien, le sénateur Jacques Flynn a remarqué avec beaucoup de justesse et de réalisme que «ceux des provinces moins riches tiennent probablement plus à leurs subventions qu\u2019à leurs compétences.» Il n\u2019y a pas lieu de les en blâmer, mais tel n\u2019est pas du tout le cas du Québec.Quand les centralisateurs d\u2019Ottawa, ces saboteurs objectifs du fédéralisme, soutiennent qu\u2019il faut établir une corrélation visible entre le financement fédéral, soit plus de quatre milliards de dollars, et les fameux objectifs du Canada en matière d\u2019économie et d\u2019enseignement, il est facile de leur répondre que les contribuables québécois acquittent une bonne part de la note.Ne serait-il pas normal, au lieu de s\u2019ingérer malicieusement dans un champ de juridiction provinciale, de commencer à combler un déficit exorbitant, dont le seul service des intérêts paralyse gravement la relance économique du pays?Cela vaudrait mieux que de chercher tous les prétextes pour entretenir une guérilla constante qui ne bénéficie qu\u2019aux idéologues rêvant à l\u2019avènement d\u2019un Canada unitaire et multiculturel où les traces de la civilisation française se perdront dans un magma bariolé et cacophonique.Hélas, ce n\u2019est plus le blé qui lève, c\u2019est la terre qui meurt.Une dernière entourloupette Avant de quitter l\u2019arène politique où il aura sévi pendant plus de trois lustres, M.Pierre Trudeau a signé son oeuvre de deux traits à sa parfaite ressemblance.Il a pratiqué une ultime fois un patronage massif et honteux, casant toutes ses créatures dans des postes lucratifs pour lesquels au moins la moitié d\u2019entre eux n\u2019ont aucune compétence.Il a voulu également donné le change sur sa ferveur bilingue en procédant à un grand coup d\u2019épée dans l\u2019eau du côté de l\u2019Ontario.Comme chant du cygne, ce n\u2019est pas glorieux.Sans doute a-t-il compris que «le pouvoir sans abus perd rien de ses charmes» (Valéry).En effet, l\u2019ancien premier ministre adresse, le 23 mai, une 58 L\u2019ACTION NATIONALE lettre interminable à son homologue William Davis pour le prier de consentir enfin à enchâsser sans délai les droits linguistiques de la minorité franco-ontarienne.Ce serait la façon de faire cesser pour toujours «un déséquilibre entre les deux provinces en matière de droits linguistiques.» Pourquoi à la vérité les Franco-Ontariens ne jouiraient-ils pas d\u2019une situation aussi avantageuse que celle des Anglo-Québécois?M.Davis n\u2019a pas été lent à répliquer.Dès le 12 juin, il répète à M.Trudeau tous les arguments qu\u2019il lui a servis depuis des années.Il estime que sa méthode feutrée et graduelle respecte mieux les traditions de sa province et apporte une contribution plus utile et durable à l\u2019édifice social du Canada.Sur le fond du débat, tout a été dit et redit et il serait vain d\u2019y revenir.Qu\u2019il nous suffise d\u2019inscrire quelques remarques qui replacent cette intervention de M.Trudeau dans son véritable contexte historique.En premier lieu, comment un homme intelligent et expérimenté aurait-il pu s\u2019imaginer que le premier ministre de l\u2019Ontario accepterait, de la part d\u2019un chef politique démissionnaire, ce qu\u2019il refuse depuis des années au premier ministre de son pays?Il ne s\u2019agissait donc en somme que de jeter de la poudre aux yeux des électeurs crédules.Au demeurant, il importe de rappeler les tractations ignominieuses qui se sont déroulées lors du rapatriement de la constitution.À ce moment-là, M.Trudeau et son estafette, M.Chrétien, n\u2019éprouvaient aucun scrupule à troquer, comme de vils mercantis, cet enchâssement des droits en échange de l\u2019appui de l\u2019Ontario à la résolution constitutionnelle.Ils étaient alors prêts à toutes les concessions, à tous les reniements, afin de s\u2019assurer l\u2019adhésion de M.Davis.Leur attachement à l\u2019article 13 3 est sujet à éclipses.Quand le chat sort du sac La vérité, c\u2019est que cette démarche de M.Trudeau n\u2019est qu\u2019un prétexte.Elle ne vise nullement à défendre la cause de nos compatriotes, mais à serrer davantage le verrou sur le destin de la province de Québec.Relisons sa lettre et ses motifs apparaîtront en pleine clarté. L\u2019OFFENSIVE D\u2019OTTAWA SE POURSUIT 59 L\u2019ennemi à abattre, c\u2019est l\u2019idéal national des Canadiens-Français et ceux qui cherchent à l\u2019incarner: «Les dirigeants séparatistes de cette province ont déjà commencé d\u2019exploiter à leurs propres fins les événements survenus récemment au Manitoba.Ils affirment que la vision exaltante du Canada que nous avons tous deux défendue lors du référendum de 1980 était un leurre et qu\u2019il est impossible pour les Canadiens francophones et anglophones de vivre dans le respect mutuel et la tolérance à l\u2019échelle du pays.Selon eux, la séparation est la seule solution viable qui s\u2019offre aux Québécois d\u2019expression française.» Telle est bien en effet notre conviction profonde.Ce qui ressort de ce texte, c\u2019est que l\u2019ambition suprême et la suprême pensée des centralisateurs ne varient jamais.Grâce à certaines mesures superficielles qui n\u2019engagent pas la substance, «ainsi prendrait fin cette notion d\u2019un Québec «français», opposé à un Canada «anglais», notion qui menace l\u2019unité du pays.» Mieux vaut donc favoriser un multiculturalisme inodore, incolore et sans saveur.11 est aussi possible que par cette initiative incongrue rendue publique à la veille du congrès libéral, M.Trudeau ait eu l\u2019intention de porter un coup bas à un homme qu\u2019il a toujours détesté et finalement éliminé de son cabinet, M.John Turner.Or on sait qu\u2019au début de sa campagne, ce dernier avait commis la maladresse tactique d\u2019avouer, au sujet du différend manitobain, sa préférence pour les solutions politiques plutôt que les recours judiciaires.Nul n\u2019ignore que le croc-en-jambe appartient à la panoplie de l\u2019ancien premier ministre.Les francophones empressés à vouloir obtenir d\u2019Ottawa le redressement des torts dont ils sont les victimes doivent savoir qu\u2019ils manient une arme à deux tranchants.Tout ce qui est accordé à nos minorités risque de l\u2019être également à la minorité anglo-québécoise.C\u2019est la nature des choses et nous n\u2019y pouvons rien.En nous opposant à ce que les provinces anglophones aient la responsabilité d\u2019en venir à des accommodements avec nos compatriotes vivant sur leur territoire, nous affaiblissons du même coup les positions du gouvernement québécois.Nous sommes condamnés à vivre dans une ambiguité permanente.Ce qui démontre à l\u2019évidence la nocivité du système. 60 L\u2019ACTION NATIONALE Un pas dans la bonne voie La Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario, présidée pour la circonstance par le juge Maurice Lacoursière, a rendu un jugement qui marque sans contredit une étape historique pour les Franco-Ontariens dans leurs luttes séculaires en vue de la reconnaissance pleine et entière de leurs droits scolaires.Une étape, écrivons-nous, et nullement un point d\u2019arrivée.Se gardant de tout enthousiasme prématuré, Me Robert Décary, le sagace avocat de la Fédération des Francophones hors Québec, a situé le problème dans sa perspective véritable: «C\u2019est une victoire sur le plan du principe, mais tout le travail reste à faire sur le plan pratique.» Le gouvernement de Toronto publiait en mars 1983 un Livre blanc qui levait les restrictions les plus mesquines limitant l\u2019enseignement du français dans cette province.Le projet de loi qui en découlait achoppait à la première lecture en Chambre.Pour esquiver la responsabilité d\u2019une mesure tardivement rémédiatrice qui se heurtait au fanatisme raciste d\u2019un bon nombre d\u2019Ontariens, M.Davis choisissait de s\u2019en remettre au pouvoir judiciaire pour trancher le litige.Le tribunal soutient que les articles 258 et 281 de la Loi de l\u2019éducation de l\u2019Ontario sont inconstitutionnels, parce qu\u2019incompatibles avec l\u2019article 23 de la Charte.Jusqu\u2019à présent, pour obtenir l\u2019enseignement en français, il faut un minimum de 25 enfants au primaire et de 20 au secondaire.Désormais, ce numerus clausus disparaît et nos compatriotes dans les petits centres ne se verront plus opposer cette barrière mathématique.De ce fait se trouvent limités les pouvoirs actuels des commissions scolaires qui possédaient l\u2019entière discrétion de permettre ou non l\u2019établissement de classes françaises.Par les amendements qu\u2019elle a soumis dès le lendemain du jugement et qui seront discutés cet automne, Mme Bette Stephenson, ministre de l\u2019Éducation, réserve au gouvernement «le loisir d\u2019intervenir s\u2019il le désire», afin d\u2019imposer la construction d\u2019une école française là où la commission scolaire locale s\u2019y oppose.Notons bien: s\u2019il le désire.C\u2019est une faculté, une option, ce n\u2019est pas une obligation légale. L\u2019OFFENSIVE D\u2019OTTAWA SE POURSUIT 61 L\u2019autonomie administrative La question de la reconnaissance de commissions scolaires francophones distinctes n\u2019est pas du tout réglée.Le tribunal a bien précisé que les minorités linguistiques du Canada ont le droit de contrôler leurs maisons d\u2019enseignement, mais il n\u2019est pas descendu dans les détails d\u2019application.Sans doute n\u2019était-ce pas son rôle spécifique.Après tout, que les élus du peuple consentent à assumer leurs responsabilités! Ce que les Franco-Ontariens réclament avec raison, ce sont des commissions scolaires homogènes au sein desquelles il leur serait possible de gérer à leur guise leurs propres affaires.C\u2019est la moindre des choses et l\u2019on s\u2019étonnerait, si l\u2019on ne connaissait l\u2019aberration fondamentale du dualisme canadien, qu\u2019il faille se battre pour si peu.On laisse aujourd\u2019hui entendre que le gouvernement recherchera un compromis \u2014 ce mot passe-partout, ce mot obscène! \u2014 et qu\u2019il n\u2019acceptera rien de plus qu\u2019une forme édulcorée de gérance des institutions scolaires francophones, c\u2019est-à-dire des comités francophones distincts, sans être indépendants.Mais de quelle autonomie véritable jouira cette conception bâtarde de gestion?Ce n\u2019est pas là la seule interrogation.Cette gestion un peu plus aérée s\u2019appliquera-t-elle à tout l\u2019Ontario ou seulement aux 19 conseils scolaires qui correspondent aux critères du ministère, soit 500 étudiants ou dix pour cent de la population étudiante?Quelles frontières retiendra-t-on pour la détermination des zones scolaires sujettes aux normes nouvelles?Certes, une étape a été franchie, mais la route à parcourir demeure semée d\u2019embûches.Nous comptons sur la vigilance éclairée de nos amis franco-ontariens pour ne pas confondre la proie et l\u2019ombre. 62 L\u2019ACTION NATIONALE À contre-courant Prétoria au banc des accusés par ROGER DUHAMEL Le premier ministre de l\u2019Afrique du Sud entreprenait en juin dernier une tournée en Europe occidentale qui devait le mener successivement au Portugal, en Suisse, en Grande-Bretagne, en République allemande, en Belgique, en France et en Autriche.Initiative tout à fait normale de la part d\u2019un homme d\u2019État soucieux de se renseigner et surtout d\u2019expliquer à ses interlocuteurs ses positions politiques.C\u2019était évidemment compter sans le fanatisme mesquin de plusieurs de nos leaders démocratiques.M.P.Botha n\u2019a pas été lent à s\u2019en apercevoir.Le président Mitterand, figé dans sa pureté immarcessible, a tout simplement refusé de le recevoir.Plus hypocrites, Mme Thatcher et le chancelier Kohl n\u2019ont pas voulu lui serrer la main.devant les caméras.Brochant sur le tout, des manifestations anti-apartheid ont ponctué le passage du visiteur.L\u2019apartheid en procès Pourquoi une telle hostilité qui ne désarme pas depuis des années?Le grief demeure toujours le même: les mesures de ségrégation raciale que le gouvernement de Prétoria impose à sa population noire.Aucun esprit raisonnable et généreux ne les peut approuver, mais il faut savoir tenir compte des circonstances difficiles qui prévalent en Afrique australe, il faut aussi reconnaître les progrès, trop lents mais certains, qui se sont accomplis au fil des années.Nous comprenons fort bien que les partisans des droits de l\u2019homme dénoncent une discrimination fondée sur la pigmentation de la peau.Dans cette perspective, il n\u2019y a donc pas lieu de s\u2019étonner que l\u2019Afrique du Sud soit écartée de toutes les compétitions sportives internationales.Comment toutefois expliquer que puissent y participer des pays comme l\u2019URSS, la Chine, la Corée du Nord ou la Roumanie, qui n\u2019affichent pas un PRÉTOR1A AU BANC DES ACCUSÉS\t63 dossier très reluisant en ce qui a trait au respect de la personne humaine?Retenons un exemple concret et récent.Partie faire une tournée en Afrique du Sud, en mars 1982, une équipe anglaise de cricket a soulevé plus d\u2019indignation en Grande-Bretagne que n\u2019en a provoquée l\u2019utilisation d\u2019armes chimiques par les Soviets au Laos et en Afghanistan.Ces joueurs avaient défié la volonté formelle du gouvernement de Londres et l\u2019opposition travailliste eût même souhaité qu\u2019on leur infligeât une peine de prison à leur retour! En revanche, deux ans plus tôt, aucun des pays ayant délégué des athlètes aux Jeux olympiques de Moscou n\u2019a été menacé d\u2019un boycott quelconque.La paille et la poutre C\u2019est toujours l\u2019application de la règle du double critère.Elle s\u2019énonce dans des termes d\u2019une grande simplicité.Une dictature de droite est haïssable et une dictature de gauche est tolérable.Pinochet est un homme à abattre et Tchernenko est un chef d\u2019État avec lequel il est normal de rechercher des relations cordiales.Pourquoi toujours accorder le préjugé favorable à Castro et le refuser à Reagan?Pour en revenir à l\u2019Afrique du Sud, il s\u2019agit de savoir s\u2019il est opportun de repousser toute collaboration politique et stratégique avec elle aussi longtemps qu\u2019elle ne sera pas parvenue à extirper la mauvaise herbe de l\u2019apartheid.Une réponse limpide et réaliste à cette question, nous la lisons sous la plume autorisée de Jean-François Revel: «L\u2019Occident risque, en abandonnant purement et simplement l\u2019Afrique du Sud, de s\u2019affaiblir de façon certaine en échange d\u2019un résultat douteux.Car, on le sait, la route maritime qui double le cap de Bonne-Espérance constitue la voie principale de notre approvisionnement en pétrole venant du gole Persique.En outre, l\u2019Afrique du Sud contient la majeure partie des gisements de minerais rares existant au monde, en dehors de l\u2019Union soviétique, gisements dont sont extraits la plupart des métaux indispensables aux industries des pays avancés.En d\u2019autres termes, si l\u2019Afrique du Sud tombait sous l\u2019influence soviétique, Moscou, entre les ressources de son propre territoire et les ressources sud-africaines, en y ajoutant celles de la Namibie, où la Swapo procommuniste prendrait le 64 L\u2019ACTION NATIONALE pouvoir, tiendrait sous son contrôle la majeure partie et, pour certains minerais, la totalité des ressources minérales qui sont indispensables à nos industries1.» La citation est longue, mais elle dégage les éléments essentiels d\u2019une situation extrêmement complexe.Nous devons en prendre conscience au delà des schémas séduisants et illusoires émanant des milieux progressistes, peu enclins à envisager les faits dans leur impérieuse nécessité.C\u2019est dans un esprit désem-brumé des préjugés en cours qu\u2019il nous faut aborder le difficile problème de la Namibie, c\u2019est-à-dire l\u2019ancien Sud-Ouest africain.Ce qu\u2019est la Namibie C\u2019est un très vaste territoire, d\u2019une superficie supérieure à celle de la France, d\u2019un climat aride, riche en minerais et en diamants, et très faiblement peuplé \u2014 environ 600 000 habitants.Les Noirs s\u2019y répartissent en une dizaine d\u2019ethnies distinctes, subdivisées en clans plus ou moins autonomes.Installée au nord, l\u2019ethnie Ovambo compte pour la moitié de la population, où l\u2019on retrouve aussi des tribus archaïques comme les Bochimans, les Hottentots, les Bantous arrivés plus récemment, des colons allemands, des Anglais, des Boers.Les Blancs sont au nombre de quelque 80 000.Le pays était un protectorat allemand dont s\u2019empare, à la demande de Londres, le général sud-africain Botha, au cours de la première guerre.À l\u2019issue des hostilités, la Société des Nations confie au gouvernement de Prétoria un mandat sur le Sud-Ouest africain, à charge d\u2019y poursuivre «une mission sacrée de civilisation.» Tout se passe convenablement pendant un quart de siècle, soit jusqu\u2019en 1946, alors que l\u2019Afrique du Sud dirigée par Smuts refuse d\u2019obtempérer aux volontés de l\u2019ONU qui l\u2019accuse de s\u2019opposer à l\u2019indépendance de l\u2019ancien protectorat allemand, désormais désigné sous le nom de Namibie.C\u2019est le début d\u2019une longue série de harcèlements qui soulignent la mauvaise foi et l\u2019arbitraire de l\u2019organisme inter- 1.Jean-François Revel, Comment les démocraties finissent, Grasset 1983, pp.279-80. PRÉTORIA AU BANC DES ACCUSÉS 65 national.Un dialogue de sourds s\u2019engage, sans aucun résultat pratique.Saisie du problème, la Cour de La Haye multiplie avis et recommandations qui ne donnent satisfaction à aucune des parties en cause.C\u2019est qu\u2019un excès de juridisme n\u2019a rien à voir dans une affaire aussi hautement politisée.La question de droit s\u2019efface devant le rapport de forces.La première condamnation officielle de l\u2019Afrique du Sud remonte à 1966.Trois ans plus tard, le Conseil de Sécurité lui ordonne de se retirer sans délai de la Namibie et détermine même unilatéralement la date de son indépendance, soit le 31 décembre 1978! il est trop évident qu\u2019il ne se passe rien.ONU et SWAPO Ce qui est important à retenir, c\u2019est que l\u2019attaque onusienne est menée par le bloc soviétique et ses clients afro-asiatiques qui se décrivent sans rire comme des pays non-alignés.Tout ce beau monde reconnaît comme interprètes authentiques des aspirations namibiennes les terroristes marxistes de la SWAPO {South West Africa People\u2019s Organization), sous la houlette de Sam Nujoma.Le personnage vaut d\u2019être mieux connu.Ce protégé de l\u2019URSS appartient à la tribu Ovambo.Grâce à l\u2019aide d\u2019instructeurs cubains et est-allemands, il entraîne ses guérilleros sur le territoire voisin de l\u2019Angola.Incapable de prendre pied solidement dans le pays même qu\u2019il entend «libérer», il se contente d\u2019effectuer des raids nocturnes et de poser des mines.Il procède aussi à l\u2019enlèvement de civils, surtout des jeunes gens, ainsi recrutés pour ses camps d\u2019entraînement.Que Nujoma assure la formation militaire et l\u2019endoctrinement idéologique de ces adolescents dont il s\u2019est emparé par la force et la ruse, il n\u2019y a qu\u2019à le déplorer.Ce qui est renversant et scandaleux, c\u2019est que l\u2019ONU subventionne ces camps jusqu\u2019à concurrence de plus de 50 millions de dollars par année, comme le fait aussi sottement le Conseil oecuménique des Églises, devenu le fourrier de la subversion marxiste sous le couvert trop commode d\u2019une assistance humanitaire.Le machin de New York, qui n\u2019est jamais en reste de malfaisance ou d\u2019aveuglement, décide en 1974 de reconnaître la 66 L\u2019ACTION NATIONALE SWAPO comme «unique représentant authentique du peuple de Namibie» et il lui accorde en 1977 le statut d\u2019«observateur permanent».Une fois en aussi bonne voie, pourquoi ne pas l\u2019inviter à occuper le siège réservé à l\u2019Afrique du Sud! Une médiation vaine Cette même année, un groupe de contact formé des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l\u2019Allemagne fédérale et du Canada entame avec le gouvernement sud-africain des conversations en vue de hâter l\u2019accession pacifique de la Namibie à un statut d\u2019indépendance.Ce projet reçoit l\u2019approbation de Prétoria en avril 1978, mais l\u2019entêtement de Nujoma le fait échouer.Par la suite, la conférence de Genève, en janvier 1981, n\u2019aboutira à aucun résultat.Comment en serait-il autrement, si l\u2019on garde à l\u2019esprit cette déclaration catégorique de Nujoma: «Nous n\u2019accepterons rien d\u2019autre que le pouvoir absolu du peuple namibien sous la direction de la SWAPO.» Comportement tout à fait nazi, sauf que Hitler avait au moins pris soin d\u2019obtenir un mandat populaire en 19332.Un incident significatif met en relief la partialité des Nations-Unies.L\u2019Assemblée générale décide d\u2019étudier le problème namibien et convoque à cette fin une session qui débute le 2 mars 1981.Contrairement à la lettre de la Charte (article 100 et articles 29 et 71 du règlement), le président en exercice, le baron ouest-allemand von Weckmar, interdit à la délégation de l\u2019Afrique du Sud de prendre la parole et il pousse même l\u2019intolérance jusqu\u2019à la faire expulser de la salle des séances.Il est périodiquement question d\u2019imposer des sanctions économiques à l\u2019Afrique du Sud pour la punir de ne pas abandonner la Namibie au terroriste Nujoma et surtout aux Soviétiques dont il est la marionnette docile.Cet instrument de pression a depuis longtemps démontré son inefficacité et il comporte de sérieux dangers.Comment en effet perdre de vue que ce pays qu\u2019on souhaite mettre au ban de l\u2019humanité représente 45% de 2.Pour un récit plus circonstancié de toutes ces années de luttes, on se reportera avantageusement à une étude de M.Jacques Soustelle, L\u2019ONU et l\u2019imbroglio namibien in la Revue des Deux-Mondes de juin 1981. PRÉTORIA AU BANC DES ACCUSÉS 67 toute la production industrielle du continent, 64% de son énergie électrique, 41% de son maïs, 72% de son uranium, 95% de son charbon, etc.Ce qui donne à réfléchir et engage à la prudence.Des voisins l\u2019ont bien compris.Les deux anciens territoires portugais du Mozambique et de l\u2019Angola ne dissimulent pas leur adhésion au marxisme.Dans l\u2019un et l\u2019autre de ces deux pays, c\u2019est la banqueroute économique; les progrès péniblement acquis sous l\u2019égide du gouvernement de Lisbonne ont été réduits à néant.C\u2019est pourquoi un Samora Machel et un Marcelino dos Santos, en dépit de leur inféodation à Moscou et de leur foi dans les utopies économiques du collectivisme totalitaire, se sont rapprochés des autorités de Prétoria et ont même signé des accords avec l\u2019ennemi traditionnel.Victoire, peut-être provisoire, du réalisme sur les aberrations d\u2019une idéologie subversive.Conditions de l\u2019indépendance Tout cela reconnu, le problème essentiel n\u2019est pas résolu.Beaucoup de gens ont la conviction que l\u2019Afrique du Sud piétine sur place avec plus ou moins de bonne foi et surtout qu\u2019elle n\u2019a aucunement l\u2019intention de donner l\u2019indépendance à la Namibie.De passage à Paris le printemps dernier, l\u2019un des collaborateurs les plus intimes du premier ministre Botha, soit son ministre de la Défense, M.Magnus Malan, a apporté à une question d\u2019un journaliste une réponse marquée au coin de la sagesse politique: «Parlons clair: si nous pouvions donner demain l\u2019indépendance à la Namibie, nous le ferions.Nous voulons y parvenir le plus vite possible, mais à condition d\u2019assurer tant la stabilité de la Namibie que notre propre sécurité.Rappelez-vous les événements récents en Afrique australe: des mouvements terroristes, qui se battaient contre les Portugais avec l\u2019aide du communisme international, ont pris le pouvoir en Angola et au Mozambique.Aujourd\u2019hui, ces États, à parti unique, sont victimes du chaos, de la famine, du non-développement et de la guerre civile.Ils sont soutenus par 1 Union soviétique, Cuba, l\u2019Allemagne de 1 Est.Ainsi il y a plus de trente mille soldats cubains qui se battent en Angola.L\u2019objectif ultime de Moscou est l\u2019Afrique du Sud en raison de notre situation stratégique et de nos richesses minières, vitales pour l\u2019Occident.Nous sommes prêts à quitter 68\tL\u2019ACTION NATIONALE la Namibie, mais seulement si les Cubains rentrent chez eux.»3 Ce n\u2019est pas là la voie d\u2019une solution facile.C\u2019est néanmoins la seule qui soit raisonnable.Qu\u2019on le veuille ou non, nous ne pouvons pas esquiver le fait que l\u2019Afrique du Sud demeure, objectivement, l\u2019alliée de l\u2019Occident dans le grand combat de notre siècle contre le mal communiste.Il serait certes réconfortant de constater que les mesures d\u2019apartheid disparaissent plus rapidement qu\u2019elles ne le font, mais s\u2019imagine-t-on que leur élimination serait assurée le jour où l\u2019URSS aurait fait main basse sur les richesses du pays?Il est évident que le terme «munichois» est devenu un mot obscène du vocabulaire politique.Or à combien de capitulations à la Munich ne consentons-nous pas depuis quelques années?Hitler n\u2019est pas mort, il est simplement déménagé du côté de l\u2019Oural.3.Le Point du 24 juin 1984, p.42. CORRESPONDANCE 69 Correspondance I - D\u2019abord l\u2019éditorial de M.Jean-Louis Roy, directeur du Devoir puis la réponse de M.Gilles Rhéaume, président de la SSJB-M.A - Éditorial: La SSJB, 1934-1984 La Société Saint-Jean-Baptiste célèbre cette année son 150e anniversaire.Au-delà du jugement qui peut être porté sur l\u2019orientation actuelle de la société créée par Ludger Duvernay, cet anniversaire doit être souligné.Durant des décennies, des générations successives de Canadiens français et de Québécois ont choisi de s\u2019y rassembler pour comprendre leur situation, définir et mener les combats imposés par la conjoncture et célébrer la pérennité du fait français au Canada.De l\u2019histoire de la SSJB, on retient d\u2019abord une longue concordance entre les intérêts des francophones et les luttes menées par elle.Ces luttes sont autant de repères fiables des crises profondes qui ont marqué la difficile cohabitation des deux grandes communautés linguistiques au pays.Intérêts et forces adverses conjuguées ont souvent mis en péril l\u2019existence et le développement des communautés francophones canadiennes.Ces crises sont connues.La succession des visages, des lieux et des domaines qui les expriment est quasi ininterrompue.Dans la longue durée, tous les fragments, des plus fragiles au plus solides de la francophonie canadienne, ont été forcés de monte aux barricades, d\u2019organiser résistance et refus face à des projets et à des décisions scandaleusement contraires au droit et à leurs droits constitutionnels, linguistiques ou religieux.La solidarité des francophones s\u2019exprima alors généreusement et largement à travers la SSJB.Grandes manifestations populaires, missions d\u2019enquête et de soutien, pressions sur les partis, accueil aux leaders des minorités, diffusion de l\u2019information, rassemblement des ressources humaines et financières, bref la Société a utilisé toute la panoplie des moyens démocratiques pour mener des luttes qui s\u2019imposaient. 70 L\u2019ACTION NATIONALE Certes, un grand nombre de ses luttes ont été marquées par l\u2019échec immédiat.Mais cette constante attention aux exigences de justice et d\u2019affirmation aura créé, dans la longue durée, une véritable mutation des choses.Bien des leaders qui ont été écrasés par le poids d\u2019échecs nombreux ne reconnaîtraient plus le pays dont ils désespéraient.Certes, tout n\u2019est pas acquis.Les droits des minorités demeurent fragiles à l\u2019ouest comme à l\u2019est du Québec.Mais qui niera que des progrès considérables ont été accomplis au Québec d\u2019abord mais aussi au-delà de ses frontières?La SSJB a connu quelques crises majeures depuis sa naissance.Jamais, cependant, la dissidence n\u2019aura été aussi durable et considérable que celle qui la marque présentement.Faut-il se surprendre d\u2019un tel état de faits?Toute notre société a rompu avec les anciennes unanimités.Des partis politiques ont éclaté et donné naissance à des forces nouvelles qui les ont remplacés.Les groupes de pression se sont multipliés.Des associations hier encore fortes et utiles ont disparu.D\u2019autres se sont fragmentées.Des valeurs reconnues par tous se sont fondues dans des univers parallèles, voire même contraires sinon irréconciliables.La SSJB n\u2019a pas échappé à cette forte émergence de la diversité.D\u2019où sa fragmentation actuelle et les luttes qui l\u2019ont opposée à elle-même.Au jugement même de groupes qui la composaient et qui s\u2019en sont dissociés, la SSJB serait devenue bêtement partisane, prévisible dans ses moindres réflexes, cadastrée idéologiquement, bornée dans son discours.Elle représenterait une forme ancienne du nationalisme, et ses armes seraient celles d\u2019une époque révolue.Son langage comme ses bannières flotteraient au-dessus de tous.Elle ne représenterait plus qu\u2019un groupe marginal et aurait perdu crédibilité et capacité de mobiliser.Grâce à ses ressources financières et à la connivence du gouvernement actuel du Québec, son existence publique et sa visibilité sont maintenues.Cependant, elle serait devenue plutôt un groupe privé qu\u2019un grand lieu de rassemblement, de recherche et d\u2019intervention.Ce jugement est sévère.La SSJB l\u2019a nourri par des interventions malheureuses.On pense notamment à cette publicité qui identifiait les députés fédéraux à des traîtres et invitait les Québécois «à leur faire payer leur trahison». CORRESPONDANCE 71 Quatre traits ont marqué l\u2019histoire de la SSJB jusqu\u2019à tout récemment: indépendance face aux partis politiques et aux gouvernements, attachement aux droits des minorités francophones hors Québec, aptitude à distinguer l\u2019essentiel de l\u2019accessoire, et capacité de rassembler les francophones des différentes familles politiques.Grâce à l\u2019équilibre généralement maintenu entre une option franchement partisane et une conception plus large des exigences à long terme imposées par la situation complexe de la francophonie canadienne et québécoise, la SSJB a réussi à rassembler et à mobiliser.Ces traits fondamentaux ont fondé le statut de société nationale de la SSJB durant une très longue période.Comment les redéfinir pour notre temps?Comment conjuguer l\u2019analyse indépendante, fiable et rigoureuse et l\u2019intervention publique?Bref, comment redevenir pour aujourd\u2019hui un grand lieu de rassemblement, ouvert, efficace et moderne?Telles sont les questions qui viennent spontanément à l\u2019esprit à l\u2019occasion du 150e anniversaire de la SSJB.Les vœux aussi que l\u2019on formule à son endroit.Jean-Louis Roy (samedi, 23 juin 1984, p.10.Le Devoir) 72 L\u2019ACTION NATIONALE B - Réponse de M.Gilles Rhéaume, président de la SSJB-M.1 Monsieur le directeur (6 juillet 1984), Votre éditorial du 23 juin dernier, consacré au 150e anniversaire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, nécessite quelques précisions voire même certaines corrections.Vous avez raison lorsque vous affirmez retenir «une longue concordance entre les intérêts des francophones et les luttes menées par la Société Saint-Jean-Baptiste».L\u2019histoire de notre société nationale se confond, depuis un siècle et demi, avec celle du Canada-Français et du Québec.Le Devoir nous permettra d\u2019utiliser un peu ses espaces pour mieux faire connaître l\u2019œuvre de la Société Saint-Jean-Baptiste.Pendant plusieurs décennies nos deux institutions ont accompagné le cheminement de la nation canadienne-française et québécoise, contribuant ainsi à l\u2019épanouissement de notre peuple, conformément aux volontés respectives de Ludger Duvernay et d\u2019Henri Bourassa.La Société est, en dehors des institutions ecclésiastiques, la plus vieille association canadienne-française d\u2019Amérique.En effet, son histoire s\u2019étend sur quatre régimes constitutionnels: fondée sous l\u2019Acte constitutionnel de 1791, elle vécut sous l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord (1867) et le Canada Act (1982).La Société a souligné les faiblesses, les limites et les dangers pour le Canada français et le Québec de tous et chacun de ces régimes.Seul l\u2019intérêt supérieur de la nation et du peuple est considéré valable par notre Société, et ce depuis qu\u2019elle existe.La vitalité de notre culture nationale a toujours préoccupé la SSJB.Rappelons seulement, en les énumérant, quelques initiatives anciennes et récentes: la construction du Monument National, rendue possible grâce à de généreuses souscriptions et grâce aussi à la première loterie nationale organisée au Québec.1.À la demande du Devoir, M.Rhéaume a dû abréger son texte.À L\u2019Action Nationale, nous préférons publier la première version, où l\u2019action multiforme de la SSJB-M.est présentée de façon plus complète et plus vigoureuse.\u2014 NDLD. CORRESPONDANCE 73 Ce Monument National constitue la première «PLACE DES ARTS» où des milliers de compatriotes se sont rendus pendant des décennies pour participer ou assister, entre autres, aux soirées de famille, aux Variétés lyriques, ou pour voir et entendre Gratien Gélinas et ses fridolinades; la publication de revues comme la Revue nationale, le Petit Canadien, l\u2019Oiseau bleu, des bandes dessinées historiques, l\u2019Information Nationale; l\u2019impression de millions de timbres historiques soulignant les grands noms de notre histoire nationale: Marguerite Bourgeois, Monseigneur De Laval, Papineau, Lafontaine, etc.; l\u2019érection de la croix du Mont-Royal en 1924; la création de grands prix qui signalent les mérites exceptionnels de nos compatriotes dans les secteurs de l\u2019activité humaine: littérature, musique, journalisme, sciences humaines, arts plastiques, sport, théâtre.L\u2019amélioration de la qualité de la vie, notamment sur le plan social, est une autre constante dans l\u2019implication de la Société.La fondation du Prêt d\u2019Honneur qui a permis à des milliers des nôtres de parfaire leur formation académique, à un moment où les prêts et bourses n\u2019existaient pas, est sans l\u2019ombre d\u2019un doute l\u2019œuvre de la Société qui, sur le plan social, a contribué le plus à donner aux jeunes d\u2019ici, et ce, pendant plusieurs générations, l\u2019occasion de démontrer avec éloquence la capacité et la compétence de nos compatriotes.Il ne faut pas oublier non plus que c\u2019est la Société Saint-Jean-Baptiste qui organisa, la première, des cours publics au Monument National, qui ont abouti à la fondation de l\u2019École des Hautes Études Commerciales.Les membres de la SSJB ont aussi été mêlés activement, au siècle dernier, à l\u2019établissement, au Québec, de la Société Saint-Vincent-de-Paul.C\u2019est le Docteur Lachapelle, président général en 1887, qui fonda l\u2019hôpital Notre-Dame.Les femmes nationalistes de la Société ont formé au début du 20e siècle la première association féminine: la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste.On ne peut énumérer l\u2019action de notre société nationale sans souligner sa contribution exceptionnelle sur le plan des revendications linguistiques.11 n\u2019est pas si loin, le temps où les nationalistes ont combattu pour les timbres et la monnaie bilingues.Les innombrables prises de position de la SSJB pour redonner au Québec son caractère et son visage français, pierres angu- 74 L\u2019ACTION NATIONALE laires de notre réalité nationale, ont accompagné la marche du peuple canadien-français et Québécois tout au long de ces longues années.Je voudrais ici saluer de façon particulière l\u2019apport inestimable de M.François-Albert Angers, universitaire, économiste et patriote, qui pendant plus d\u2019un quart de siècle a animé toutes les luttes lnguistiques.Président général de la Société de 1969 à 1973, nous lui devons entre autres, le droit que nous avons maintenant de travailler dignement dans notre langue.Le souci de l\u2019essor économique du Canada français et du Québec se retrouve tout au long de l\u2019histoire de notre société.La société, par ses membres, fonde au 19e siècle, les Chambres de Commerce.Afin d\u2019assurer aux nôtres une participation à la vie économique, les nationalistes fondent les premières compagnies d\u2019assurance canadiennes-françaises: l\u2019Alliance, la Sauvegarde, les Artisans, l\u2019Économie Mutuelle-Vie.La Société crée aussi au début du 20e siècle la première société natioale de fiducie canadienne-française: la Société Nationale de Fiducie.Les nationalistes sont très actifs dans la fondation et l\u2019évolution des institutions bancaires canadiennes-françaises: la Banque Nationale, la Banque Provinciale, et la Banque d\u2019Épargne.Les membres de la SSJB participent également à l\u2019établissement et à l\u2019expansion des Caisses populaires Desjardins.La Ligue d\u2019Achat chez-nous, devenue le Conseil d\u2019expansion économique, est une autre réalisation de la Société Saint-Jean-Baptiste.Votre texte du 23 juin est l\u2019expression la plus éloquente du préjugé anti-nationaliste qui règne au Devoir depuis trop longtemps.Le Devoir, fondé il y aura 75 ans l\u2019an prochain, par le petit-fils de Louis-Joseph Papineau, se doit d\u2019être nationaliste.Si, au quotidien de la rue Saint-Sacrement, il est des gens, qui se sentent mal à l\u2019aise d\u2019employer une lecture nationaliste des événements, qu\u2019ils ou elles aient l\u2019honnêteté intellectuelle de quitter ce qui a été et de ce qui doit redevenir la conscience du Canada-Français et du Québec.Vous dites, dans votre texte consacré au 150e anniversaire de la SSJB: «Jamais, cependant, la dissidence n\u2019aura été aussi durable et considérable que celle qui la marque présentement.» CORRESPONDANCE 75 Je vous demande d\u2019étayer cette affirmation et d\u2019illustrer vos propos qui ne peuvent pas être le fruit d\u2019une observation ou d\u2019une participation à l\u2019une ou l\u2019autre de nos activités: Le Devoir étant le grand absent de tous les événements organisés par les sociétés nationales.Où était Le Devoir, lors du Congrès général du 150e anniversaire de notre société en mars dernier?Où était Le Devoir lors des États-Généraux du Québec 1984, alors qu\u2019au début de juin, plus de 500 de nos compatriotes se sont réunis pour réfléchir sur l\u2019état du nationalisme?Où est Le Devoir, aux célébrations qui rappellent chaque année le courage et la détermination des patriotes de 1837-1838, dirigés par le grand-père du fondateur du Devoir?Où était Le Devoir, lors des assises du Rendez-Vous national qui réunit, pendant deux jours, les délégations des associations canadiennes-françaises de toutes les provinces de la Confédération ainsi que des organismes franco-américains, pour faire le point sur les situations respectives de toutes les communautés de l\u2019Amérique française?Où était Le Devoir, aux dizaines de conférences de presse que j\u2019ai données depuis que je suis à la présidence de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et du Mouvement National des Québécois?Vous continuez votre éditorial en affirmant: «Au jugement même de groupes qui la composaient et qui s\u2019en sont dissociés, la SSJB serait devenue bêtement partisane, prévisible dans ses moindres réflexes, cadastrée idéologiquement, bornée dans ses discours.» Durant les 20 dernières années, le seul groupe, à ma connaissance, qui s\u2019est dissocié de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, c\u2019est la Société Nationale Populaire du Québec, qui a été créée au milieu des années 60.Plusieurs membres de cette société ont réintégré la SSJB-M et le président de la SNPQ, monsieur Jean-Jacques Roy, est actuellement président de la section Rosemont/St-Michel de notre Société.Vous écrivez également en parlant de la Société «.qu\u2019elle aurait perdu toute capacité de mobiliser.» Je suis prêt à déposer, les centaines de lettres d\u2019appui que je reçois chaque année, de tous les coins du Québec.Si Le Devoir assistait aux activités organisées soit par la SSJB-M, soit par les SNQ et soit encore par le MNQ, vous auriez déjà constaté comme vos propos sont dénués de tout sens des réalités.Il est vrai, comme vous le reconnaissez, que la Société Saint- L\u2019ACTION NATIONALE 76 Jean-Baptiste de Montréal est totalement indépendante sur le plan financier.La sagesse de mes prédécesseurs nous permet de dire exactement ce que nous pensons, quand nous le voulons.Je souhaite cette liberté d\u2019action et l\u2019expression à tous les groupes, à toutes les associations ainsi qu\u2019à toutes les personnes morales, quel que soit leur domaine d\u2019action.Quant à la référence «à cette publicité qui identifiait les députés fédéraux à des traîtres et invitaient les Québécois à leur faire payer leur trahison», je vous rappelle d\u2019une part, que cette affaire est actuellement devant les tribunaux et d\u2019autre part, que la Cour d\u2019Appel du Québec a cassé un jugement de monsieur Jules Deschênes, alors juge en chef de la Cour Supérieure.Dès que les tribunaux auront disposé de cette cause, je me permettrai de rappeler au directeur du Devoir, de façon exhaustive, la chronologie de ce que vous qualifiez «d\u2019intervention malheureuse.» Je pourrais également réagir à l\u2019article de madame Nathalie Petrowsky, paru dans le numéro du 23 juin dernier, mais il constitue un tel fatras d\u2019affirmations gratuites, que cela prendrait trop d\u2019espace pour y répondre.Je tiens à dire cependant, que les faussetés que l\u2019on retrouve dans ce texte démontrent la légitimité de nos inquiétudes.Je fais appel à votre conscience professionnelle pour publier intégralement ce texte.On ne peut se dire l\u2019ami de droits et libertés si on n\u2019accepte pas pour soi les critiques que l\u2019on sert aux autres. CORRESPONDANCE 77 II - Lettre ouverte à Madame Marois par SUZANNE PLAMONDON et PIERRE-ANDRÉ JULIEN Chère Madame Marois, Vous réaffirmiez lundi, le 11 juin dernier, que les prestations sociales pour les jeunes de moins de 30 ans demeuraient à 190$ par mois sauf pour ceux qui acceptaient de retourner aux études ou de réaliser certains travaux communautaires.Au risque de passer pour des gens de droite, nous ne pouvons que vous féliciter pour cette décision.Pour sauver la social-démo-cratie, ne faut-il pas critiquer les excès des régimes de bien-être social?Le problème est complexe.D\u2019une part, il faut finir par réaliser dans les faits que les possibilités de dépenser du gouvernement sont limitées et qu\u2019il vaut mieux utiliser les maigres ressources à essayer de stimuler l\u2019emploi et à aider à la formation des travailleurs.D\u2019autre part, il faut comprendre que la plupart des jeunes assistés sociaux ne vivent aucunement dans des conditions de misères décrites par quelques analystes en mal de simplifications.En fait, on doit plutôt se demander si les jeunes font réellement leur part pour faire face à la crise économique actuelle, ou même si la société n\u2019est pas trop permissive à leur égard.On ne peut d un côté critiquer l\u2019État-providence et remettre en question le déficit gouvernemental et, de l\u2019autre, demander de hausser les prestations sociales pour tous et chacun.À moins de trouver le moyen de bien distinguer ceux qui en ont véritablement besoin des autres.Autrement, les excès de ce supposé égalitarisme vont finir par nous conduire tout simplement à une société de chacun pour soi, sinon au fascisme pur et simple.Si nous acceptons de vivre dans une économie de marché libre, il faut arrêter de demander à l\u2019État de tout régler, alors que le secteur privé s\u2019en lave les mains.Il faut surtout comprendre que la société de droit que nous avons créée a oublié de mettre aussi l\u2019accent sur sa contrepartie, c\u2019est-à-dire sur la responsabilité, telle la responsabilité des jeunes à au moins essayer de rechercher sinon de créer son emploi. 78 L\u2019ACTION NATIONALE Un système de sécurité sociale qui n\u2019a aucune allure Le gouvernement va dépenser en 1984 plus de 2 milliards de dollars en prestations d\u2019aide sociale (en BS, comme disent les jeunes).Ce qui veut dire 170 millions par mois, ou 5,6 millions $ par jour.Cela ne tient même pas compte des allocations familiales ou de maternité, du supplément au revenu garanti et encore de l\u2019assurance-chômage.Le BS représente à lui seul 8% des dépenses de l\u2019État.On peut se demander si cet argent provenant de taxes ne serait pas mieux utilisé en déductions fiscales pour stimuler l\u2019emploi dans les entreprises.à la condition toutefois que les entreprises puissent croître face à une demande peu dynamique.On peut prétendre au moins qu\u2019il soit préférable de favoriser la création d\u2019emploi public, la formation ou le recyclage de la main-d\u2019œuvre face à la révolution économique.Le proverbe chinois ne dit-il pas qu\u2019il vaut mieux apprendre à pêcher à quelqu\u2019un que de lui donner un poisson?Il faut arrêter de se culpabiliser vis-à-vis des jeunes De toute façon, il faut que les jeunes et leur famille fassent leur part, surtout ceux et celles qui le peuvent.Nous connaissons tous des cas de jeunes refusant des offres d\u2019emploi parce que le travail ne répond pas à leurs capacités, à leurs goûts ou à leurs attentes, ou même parce qu\u2019ils devront se lever tôt, parce que c\u2019est trop loin et qu\u2019ils devront assumer les dépenses de leur voiture ou parce que c\u2019est payé proche du salaire minimum.Il est vrai qu\u2019il y a dix ou vingt ans, beaucoup d\u2019emplois se sont ouverts, même en philosophie, en art ou en sociologie.Mais ces emplois ne sont pas venus seuls.Au début de la Révolution tranquille, le travail ne pleuvait pas tellement plus qu\u2019aujour-d\u2019hui.Il y avait eu la récession de 1957 et en 1962 le chômage était toujours très élevé.Si les professions en droit et en médecine demeuraient très lucratives, l\u2019administration publique ou para-publique n\u2019engageait ni géographes, ni économistes ni politicologues.Et le métier d\u2019éducation était peu spécialisé ou réservé aux finissants des écoles normales.Ce sont les jeunes de l\u2019époque qui, à force de crier pour faire évoluer la société et à force de travail pour démontrer les avantages d\u2019engager des spécialistes de toutes sortes, avons créé leurs jobs.Les emplois CORRESPONDANCE 79 ne leur sont point tombés tout cru dans le bec.Ils n\u2019attendaient pas à la maison, en regardant les derniers films à la télévision de lh30 à 2 heures du matin, que l\u2019on vienne les chercher par la main pour leur donner l\u2019emploi idéal.Ils ne faisaient pas que critiquer la société en criant haro sur les bourgeois: ils fonçaient pour faire changer les choses.Le seul reproche peut-être à se faire, c\u2019est que la croissance économique des «trente glorieuses» (1943 à 1975) nous a permis de gâter nos enfants et de leur faire accroire que tout était facile.Nous sommes devenus permissifs, répondant à presque tous leurs caprices, croyant peut-être que l\u2019euphorie économique allait durer toujours.Mais la société n\u2019a plus les moyens d\u2019être aussi permissive.Comment distinguer le vrai du faux?Il est vrai que certains jeunes sont réellement dans le besoin, soit parce que leurs familles ne peuvent réellement les aider, soit parce qu\u2019ils en sont partis pour des raisons sérieuses, et qu\u2019ils ont fait réellement des efforts pour se trouver des emplois.Nous connaissons tous aussi le cercle vicieux de «pas d\u2019expérience, pas d\u2019emploi, et pas d\u2019emploi, pas d\u2019expérience».Mais des critères de sélection trop sévères conduisent à des abus en ne permettant pas de reconnaître les cas valables ou en forçant les pauvres à prouver leur état, au détriment de leur dignité; ou des critères trop libéraux comme actuellement mènent à divers gaspillages.Si les évêques ont bien raison d\u2019appuyer les assistés sociaux vraiment dans le besoin (Le Devoir, 8 juin 1984), peuvent-ils suggérer des moyens efficaces de distinguer les vrais des faux handicapés par la vie?Sinon sont-ils prêts à recommander d\u2019autres hausses de taxes en espérant que celles-ci ne décourageront pas plus ceux qui travaillent et soutiennent le développement de l\u2019économie?Le danger du fascisme Le danger de cette sur-assistance sociale pour tant de jeunes (et d\u2019adultes) qui n\u2019en ont pas véritablement besoin, c\u2019est d\u2019amener ceux qui en paient le coût (et ceux-ci seront de moins en moins nombreux avec le vieillissement de la population) à 80 L\u2019ACTION NATIONALE finir par refuser de le faire, même pour les véritables défavorisés.Certains groupements, aux États-Unis (la proposition B), ou dans nos associations patronales ont commencé à revendiquer en ce sens, ouvrant la porte, d\u2019une part, à l\u2019élargissement des inégalités et, d\u2019autre part, à divers extrémismes.Ou, en d\u2019autres mots, de même que les excès de la révolution sexuelle peuvent nous conduire à un puritanisme dont on croyait s\u2019être débarrassés, de même les exagérations dans l\u2019assistance sociale peuvent appeler au fascisme.Des droits et des responsabilités Le défaut de la Révolution tranquille, c\u2019est d\u2019avoir créé des droits de toutes sortes (droit au minimum vital, droit à la santé, droit à l\u2019assistance juridique, droit aux garderies.), sans avoir rappelé que ces droits doivent être payés par les citoyens et sans avoir appuyé sur la nécessité de ne pas en abuser.Il y a encore trop de gens dans notre société d\u2019opulence qui ne reçoivent pas assez à cause de divers handicaps, mais aussi trop de profiteurs qui vont jusqu\u2019à prétendre que l\u2019État leur doit la possibilité de ne faire aucun effort pour participer à son développement.Le drame, c\u2019est qu\u2019il n\u2019existe pas de bons moyens pour les distinguer, et encore moins lorsqu\u2019un certains sens moral ou social, dont parle Maurice Champagne-Gilbert dans Bâtir ou détruire le Québec, n\u2019existe plus.Malheureusement, les journalistes qui montent en épingle tous les problèmes et demandent que le gouvernement les règlent, sans chercher à en mesurer quelque peu les coûts et sans en même temps critiquer les profiteurs, contribuent à détruire ce sens social.Votre politique, Madame Marois, si elle n\u2019est pas populaire, est au moins responsable.Le Québec finira par le reconnaître.\u2014 14 juin 1984. A L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 81 À l\u2019affût de l\u2019actualité par PATRICK ALLEN Souveraineté et résurrection économique «Le Japon retrouve sa souveraineté en 1952.Début de sa résurrection économique», lit-on dans le petit Larousse illustré 1984.N\u2019y a-t-il pas là un message inspirateur pour le peuple du Québec qui désire devenir maître de ses décisions économiques pour mieux s\u2019affirmer dans les autres domaines de sa vie culturelle, sociale et politique?C\u2019est une aspiration tout à fait normale que combattent farouchement les froussards et les profiteurs sous le couvert d\u2019un sain réalisme ou d\u2019un optimisme faux.A Saint-Malo: Ottawa exploite l\u2019image de Max Gros Louis, chef huron Sous le titre Saint-Malo est le théâtre des petites querelles Ottawa-Québec (Le Devoir, 16 avril), André Bouthillier montre un peu comment le ministre d\u2019État aux relations extérieures à Ottawa, Jean-Luc Pépin, et le premier ministre du Québec, René Lévesque, se sont disputé l\u2019attention du public lors de la semaine d\u2019inauguration des fêtes du 450e anniversaire du premier voyage du malouin Jacques Cartier.«Plusieurs représentants de la délégation québécoise ont accusé en coulisse Ottawa d\u2019avoir exploité une image du chef huron, Max Gros Louis, pour éclipser les allées et venues de M.Lévesque», lit-on dans le reportage.«Invité du maire de Saint-Malo, mais payé par Ottawa pour ses déplacements», le chef huron a fait vedette au sein de la presse française et des touristes.Ainsi le contribuable québécois paie-t-il Ottawa pour utiliser une personnalité amérindienne comme d\u2019un écran.Faut-il en rire ou en pleurer au nom de la soi-disant unité nationale gérée par l\u2019absurde à Ottawa?D\u2019autres enfantillages du genre sont à craindre pour l\u2019été prochain aux Fêtes, à Québec.Les guerres de langue au Canada: LE CAS MANITOBAIN Professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal, Michel Brunet identifie les étapes majeures de la lente agonie du 82 L\u2019ACTION NATIONALE français au Manitoba dans la revue RELATIONS (avril 1984): Les guerres de langue au Canada: LE CAS MANITOBAIN.C\u2019est un article éclairant dont la rigueur scientifique et le style coloré donnent le goût de le lire d\u2019un trait, de la première à la dernière ligne.L\u2019auteur nous promène de la création du Manitoba à l\u2019impasse actuelle, en cheminant à travers les suites de la nouvelle constitution de 1890, le réveil de la décennie de 1960, le jeu de la Cour suprême et les perspectives d\u2019avenir de la francophonie au Manitoba.Il rappelle que si la France a eu ses guerres de religion au XVie siècle, le Canada connaît des guerres de langue depuis l\u2019arrivée des conquérants britanniques en 1759-1760, qui durent depuis 225 ans et qui ne sont pas près de finir.Comme en une coquille de faits, Michel Brunet montre en ces termes que les affrontements linguistiques ont tendance à se multiplier et à s\u2019aggraver depuis dix ans: «Rappelons l\u2019agitation déclenchée chez les Anglo-Québécois par l\u2019adoption de la loi 22 (1974) qui leur rappelait qu\u2019ils constituaient une minorité linguistique, la crise du français dans les airs (1976) qui obligea le gouvernement d\u2019Ottawa à se soumettre au chantage des pilotes et contrôleurs aériens du Canada anglais, la panique des English-speaking Quebeckers et des Canadians du reste du pays à la suite de la proclamation d\u2019une charte de la langue française au Québec (1977).Ottawa eut même recours à un coup de force (1980-1981) pour doter le pays d\u2019une nouvelle constitution, le Canada Bill adopté par le parlement de Westminster en 1982, afin de limiter les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale du Québec dans le domaine de l\u2019éducation et de contrer sa politique de francisation du territoire québécois.» Cette introduction de Michel Brunet aide à mieux comprendre ce qui se passe au Manitoba et permet de prévoir ce qui nous attend au Québec.Une autre citation révèle le rôle de la Cour suprême dans les guerres de langue: «Les causes Forest et Blaikie fournirent à la Cour suprême et au Canada anglais l\u2019occasion d\u2019imposer au Québec la camisole de force du bilinguisme débilitant au moment même où les Québécois venaient de comprendre que leur liberté dépendait de la francisation intégrale de leur territoire national.Depuis cinq ans, surtout avec l\u2019adoption du Canada Bill 1982, l\u2019étau n\u2019a fait que se resserrer.» À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 83 Cette camisole de force du bilinguisme débilitant qui vient d\u2019être imposée au Québec finira-t-elle par faire de nous d\u2019autres «Franco-Manitobains faibles et isolés,.otages du Canada anglais?» Pourquoi seule la minorité anglo-québécoise s\u2019intéresse-t-elle tant au sort des Franco-Manitobains?Michel Brunet nous en donne encore la réponse: «Parce qu\u2019elle a besoin de leur survivance pour faire croire aux Québécois que le Québec doit être bilingue.» Finirons-nous par comprendre?Enfin, le professeur Brunet est encore très éclairant quand il écrit que «Les guerres de langue ont toujours affaibli la francophonie au Canada et que la seule solution c\u2019est celle qu\u2019a finalement adoptée la Suisse après de longs affrontements: VUNILINGUISME DES RÉGIONS.» Quelques extraits comme ceux que nous venons de choisir devraient suffire à nous donner un désir ardent de lire et de relire l\u2019ensemble de l\u2019article de Michel Brunet et nous convaincre une fois pour toutes que, «au Canada, la francophonie a une patrie: le Québec.» La JUSTICE SOCIALE comme bonne nouvelle C\u2019est le titre d\u2019un beau livre de près de 400 pages publié par Les Éditions Bellarmin, en 1984, et qui présente les grands messages sociaux, économiques et politiques de l\u2019épiscopat canadien et de l\u2019assemblée des évêques du Québec (1972-1983) complétés par une série d\u2019interventions plus ponctuelles qui touchent, par exemple, les travailleurs forestiers de l\u2019Abitibi, les mineurs de la Côte-Nord, les agriculteurs de Mirabel, les pêcheurs de la Gaspésie, etc.Un index détaillé, préparé par Gérard Rochais, facilite la consultation et donne un aspect encore plus pratique à l\u2019ouvrage.C\u2019est cependant plus qu\u2019un ouvrage de référence, ce sont dix années de notre histoire récente et de profondes transformations qui s\u2019y reflètent.C\u2019est un instrument d\u2019éveil, de réflexion, un support à l\u2019engagement et à la libération.Pierre Vennat, dans La Presse (14 avril), signale ce livre et fait après bien d\u2019autres lecteurs quelques commentaires intéressants sous le titre Les évêques et la justice sociale.L\u2019histoire et la recherche du sens.L\u2019histoire et la recherche du sens est le discours de réception à l\u2019Académie canadienne-française prononcé par l\u2019historien 84 L\u2019ACTION NATIONALE Jean-Pierre Wallot, vice-recteur aux études à l\u2019Université de Montréal, que vient de publier la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française (mars 1984).M.Wallot évoque dans un style concis et brillant comment et pourquoi il est venu à l\u2019histoire, quels maîtres l\u2019ont attiré, puis retenu et dans quel contexte.Il mentionne d\u2019abord l\u2019historien Michel Brunet qui, le premier, l\u2019a initié à l\u2019histoire et l\u2019a présenté à l\u2019Académie.Puis Guy Frégault, Maurice Séguin et le Père Antonin Papillon.Il a fait ressortir quelques traits caractéristiques de chacun de ces maîtres.De Robert Rumilly, son prédécesseur à l\u2019Académie, il a souligné l\u2019apport étendu et original à l\u2019histoire.«Chez Rumilly, écrit Jean-Pierre Wallot, le polémiste politique et le penseur de droite ont débordé sur l\u2019historien, comme l\u2019a souligné récemment Pierre Trépanier dans L\u2019Action nationale (septembre 1983).Il faut lire ce discours de J.-P.Wallot si l\u2019on veut saisir le sens du présent et de l\u2019avenir au moyen du sens de l\u2019histoire.L\u2019Acadie anglaise (1713-1755).Histoire de l\u2019Aeadie et des Acadiens Pierre Trépanier, historien et membre de la Ligue d\u2019Action Nationale, vient de publier un commentaire significatif et élaboré dans la revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française (mars 1984) sur le livre dont le titre paraît ci-dessus, «ouvrage qui a vu le jour au moment même où son auteur, Robert Rumilly, s\u2019enfonçait dans le séjour des ombres, à jamais.» La Belle et la Bête «Les entretiens qu\u2019il nous arrive d\u2019avoir avec des Canadiens sur le très controversé dossier linguistique sont des plus utiles.Ce que nous avons appris en 1983 montre une fois de plus que si certains mythes tendent à disparaître, d\u2019autres se répandent comme le chiendent.Ajoutons que le jargon bureaucratique obscurcit plutôt qu\u2019il n\u2019élucide les objectifs et les réalisations du programme fédéral.Quatorze années d\u2019expérience nous ont enseigné que la clarté du message n\u2019a d\u2019égal que la difficulté d\u2019en prévenir les distorsions et d\u2019empêcher le public de se faire une montagne d\u2019un rien.Le message?Les Canadiens ont le droit de traiter avec les organismes fédéraux en français ou en anglais.La difficulté?Faire comprendre au public et aux fonctionnaires qu\u2019il est possible d\u2019exercer leurs droits linguistiques sans rien y perdre.» Voilà un texte tiré du Rapport annuel (1983, page 71), À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ\t85 signé Maxwell Yalden, commissaire aux langues officielles.Il se passe de commentaires! L\u2019intelligence.La haute couture de la connaissance Intelligence \u2014 intelligence.est le titre, le thème de la revue Autrement (février 1984) publiée à Paris et disponible dans les bonnes librairies.Mais quelle intelligence?Que mesurons-nous à l\u2019aide des tests, par exemple, celui du quotient intellectuel?Car il est de bon ton maintenant de refuser le Q.I., d\u2019abord au nom de la psychanalyse.Comment évaluer l\u2019inné et l\u2019acquis?Que cherchons-nous dans notre passion pour l\u2019informatique, nous qui l\u2019avons baptisée «intelligence artificielle»?Qu\u2019espèrent certains prix Nobel en déposant leur sperme dans des banques ad hoc?C\u2019est de toutes ces questions et d\u2019autres qu\u2019est né ce numéro à'Autrement et, en particulier, le titre du dernier chapitre intitulé La haute couture de la connaissance, une interview de Michel Serres qui sort de l\u2019ordinaire, de tous les lieux communs.Cent ans d\u2019inventions Tel est le titre d\u2019un Cahier d\u2019une douzaine de pages publié par La Presse (16 avril), à parcourir et à conserver comme un document.Textes, illustrations, sources de documentation et tableaux chronologiques sont impressionnants.Les tableaux chronologiques sont les yeux de l\u2019histoire des découvertes et innovations sur les sujets suivants: énergie, fabrication, informatique, transports terrestres, télécommunications, appareils ménagers, machines à outils, transports maritimes, aéronautique et astronautique, optique et astronomie, physique et chimie, arts et lettres, photographie, imprimerie et papeterie, sports et loisirs, médecine et pharmacie.La Presse a consulté avec bonheur ses lecteurs, adultes et jeunes, leur demandant leur choix et leur classement des inventions, innovations et découvertes les plus utiles au cours des cent dernières années.C\u2019était un appel à la réflexion et à l\u2019observation.913 973 inconnus: les étudiants! Est-il trop tard, loin des nostalgies faciles et des mythes tenaces, pour voir comment étudient, travaillent, voyagent, mangent, vivent et gémissent les jeunes en France qui sont, comme chez nous, la fleur de la société?Une réponse que nous n\u2019avons pas signalée assez vite nous est venue de la revue 86 L'ACTION NATIONALE Autrement (octobre 1983) diffusée par les Éditions du Seuil dans les meilleures librairies du monde, une grande enquête sans concessions qui passionne, provoque les enseignants, les étudiants et leurs parents.À parcourir les quelque 220 pages de cette parution, on constate que l\u2019océan qui sépare l\u2019Europe de l\u2019Amérique et du Québec est plutôt étroit et que partout le sort des institutions d\u2019enseignement et des jeunes qui les fréquentent échappe aux prévisions sans rigueur et trop globalistes.L\u2019innovation en industrie: les retards du Québec «Le génie?Nous l\u2019avons.Le marketing?Là il y a des problèmes.Ce n\u2019est pas l\u2019innovation, mais la gestion des découvertes au Québec qui présente des déficiences, note Roger Blais, directeur du Centre d\u2019innovation industrielle, de Montréal, interrogé par Yves Leclerc, pour faire le point de l\u2019innovation industrielle au Québec (PLUS, 7 avril).Pour gérer l\u2019innovation, il faut de nouveaux types d\u2019acteurs, peu nombreux sinon inexistants à la fois réfléchis et audacieux, aussi à leur aise dans le monde de la production que dans celui de l\u2019administration.Des espèces d\u2019hommes d\u2019affaires-ingénieurs que malheureusement ni Polytechnique, ni les HEC, ne forment actuellement.C\u2019est là probablement une carence aussi grande que celle, soulignée plus tôt, de la formation des chercheurs.» Mais comment former ces espèces d\u2019hommes d\u2019af-faires-ingénieursl M.Roger Blais en a-t-il discuté avec Poly et les autorités de HEC avant d\u2019en saisir le public?Le rapport Macdonald déjà désuet et piégé?Le rapport Macdonald, qui s\u2019identifie comme celui d\u2019une Commission sur l\u2019avenir du Canada, est une brochure de 80 pages qui ne formule aucune recommandation mais établit «un relevé des questions et des préoccupations que les Canadiens jugent fondamentales».C\u2019est une invitation à ces mêmes Canadiens à «présenter leurs observations sur les enjeux et les choix exposés».Comme méthodologie et pédagogie de tournage en rond, c\u2019est du raffinement! C\u2019est d\u2019autant plus astucieux que déjà le programme de recherche est tout établi, que les centaines de chercheurs engagés et que le ton du texte du rapport est si doucereux qu\u2019on peut croire à anguille sous roche.Plus de 1000 À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 87 mémoires sont censés avoir été lus et plusieurs milliers d\u2019intéressés dans 28 villes et 9 localités ont été entendus! Rien sur le cas particulier du Québec du point de vue économique et constitutionnel, sur les inégalités régionales au pays, sur l\u2019égalité de chance entre la majorité et les minorités canadiennes.Donc rien de neuf dans ce rapport préliminaire qu\u2019on ne connaisse déjà, ce qui le rend désuet à sa parution et ses omissions économico-sociales sur le Québec laissent voir le piège ouvert.Les vingt millions de dollars ainsi investis sont-ils déjà perdus?La graphologie pour distinguer le vrai du faux La graphologie, à quoi bon?Est-ce une science ou un truc de cartomancienne?Une méthode scientifique de distinguer le faux du vrai, le faussaire du citoyen honnête ou la vogue quotidienne et éphémère des chroniques astrologiques?Que vous fassiez de la graphologie en vue d\u2019étudier le caractère d\u2019une personne ou d\u2019identifier l\u2019auteur d\u2019un écrit, vous devez faire l\u2019étude de l\u2019écriture et donc lire le récent livre de Paul Riou intitulé GRAPHOLOGIE.Ex-professeur à l\u2019École des HEC et à l\u2019Université de Montréal, docteur en sciences physiques et licencié en sciences de la Sorbonne, ancien boursier de l\u2019Académie des sciences de France, l\u2019auteur, Paul Riou, a toujours travaillé pour l\u2019avancement de ses compatriotes.C\u2019est pour cette raison qu\u2019après plusieurs autres ouvrages scientifiques dans sa carrière d\u2019enseignant, il a voulu en 1983, à l\u2019âge de 94 ans, publier ce livre qui peut faire le bonheur des banquiers, des juristes et de tout l\u2019intelligentsia en quête de vérité et de justice.Le pape réclame un statut spécial pour Jérusalem Dans une lettre pastorale (20 avril 1984) Jean-Paul II dit sentir «le devoir pressant de répéter, à l\u2019égard des communautés chrétiennes et de ceux qui professent la foi en un Dieu unique (musulmans et juifs), que Jérusalem est fondamentale pour une paix juste au Moyen-Orient», d\u2019après AFP et Reuter (La Presse, 21 avril).Jean-Paul II réaffirme que la question sans réponse concrète sur Jérusalem explique pourquoi l\u2019État du Vatican ne reconnaît pas Israël, le Saint-Siège ayant toujours souhaité que la ville soit dotée d\u2019un statut spécial avec des garanties internationales: «Tout retard à régler la question de Jérusalem ne fait 88 L\u2019ACTION NATIONALE que compromettre davantage le règlement pacifique et juste de la crise du Moyen-Orient tout entier», estime-t-il, en demandant la paix et la réconciliation tant pour le peuple juif «qui vit dans l\u2019État d\u2019Israël et le peuple libanais \u2018si éprouvé\u2019 que pour le peuple palestinien» qui a dans cette terre ses racines historiques «et qui a le droit naturel d\u2019y retrouver une patrie».Autant de problèmes complexes dont les solutions sont urgentes! Parizeau pas d\u2019accord avec LE DEVOIR Selon le bureau du ministre des Finances du Québec, Jacques Parizeau, le quotidien de la rue du St-Sacrement a erré en écrivant que la compagnie Bell Helicopter qui doit s\u2019implanter à Mirabel a annoncé un chiffre d\u2019affaires de 8.5 milliards de dollars pour la période qui va de 1986 à 2002.Le chiffre réel serait d\u2019à peine 4.7 milliards si on déduit la part de Pratt & Whitney (pour les moteurs) et celle des sous-traitants.C\u2019est ce que rapporte (Le Devoir, 19 avril) Gilles Provost, qui a signé avec Guy Charpentier la série d\u2019articles sur Bell Helicopter à Mirabel: un autre éléphant blanc?.Gilles Provost a répliqué que Jacques Parizeau a contredit les communiqués de son propre gouvernement.Qui dit vrai?La mission des universités?«Toutes les universités veulent actuellement se lancer en biotechnologie, comme en informatique, robotique, etc., mais seules celles qui auront su regrouper efficacement leurs actifs réussiront des percées intéressantes.Ce devrait être l\u2019une des priorités de facultés des études supérieures au cours des prochaines années que de stimuler ces échanges» (Forum, 16 avril, édité par la direction des communications de l\u2019Université de Montréal).Voilà un court extrait d\u2019un article à lire au complet et intitulé Une réflexion collective sur ta mission de l\u2019université s\u2019impose, selon le président du Conseil des universités, Jacques L\u2019Écoyer.Marc Lalonde: l\u2019idée d\u2019indépendance, c\u2019est de la littérature! Méprisant pour la littérature et les littérateurs, méprisant pour le peuple qui s\u2019affirme, ce diagnostic rétrograde de Marc Lalonde rappelle, selon Pierre O\u2019Neil (Le Devoir, 19 avril) «l\u2019éclatante intervention que le premier ministre Trudeau avait faite le 11 mai 1976, à Ottawa, sur le même thème.Il avait alors À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 89 obtenu les manchettes des journaux en déclarant: \u2018Pour moi, c\u2019est la fin du séparatisme au Québec\u2019.Quelques mois plus tard, poursuit Pierre O\u2019Neil, soit le 15 novembre 1976, le Parti Québécois prenait le pouvoir.» Le ministre fédéral des finances, Marc Lalonde, a la mémoire courte ou veut tromper délibérément son public.La crédibilité du French Power, à Ottawa, prend un coup de vieux quand l\u2019un de ses chefs de file tombe publiquement dans un tel égarement! A tous nos LECTEURS 1-\tRenouvelez vos abonnements à temps.Cela nous épargnera beaucoup de temps et d\u2019argent.2-\tFaites lire la revue.Les lumières ne s\u2019allument que si l\u2019on fait passer le courant! Invitez vos amis à s\u2019abonner.3-\tL\u2019ACTION NATIONALE est une revue unique, semblable à aucune autre.Elle aborde toutes les disciplines qui mettent à l\u2019étude, le Québec. 90 L\u2019ACTION NATIONALE Des alternatives de solution à la plaie du chômage par YVON DUBÉ, Université de Sherbrooke.«Présentement, je suis sans emploi».Au Québec, 800 000 personnes, dont 400 000 relèvent de l\u2019assurance-chômage, pourraient répéter cette phrase.Devant ce fait, personne ne peut demeurer impassible.C\u2019est pourquoi j\u2019ai choisi d\u2019aller rencontrer un groupe de personnes s\u2019intéressant au partage du travail.Le groupe Mobilisation contre la misère a consenti à me recevoir.Je résumerai la rencontre, puis je discuterai de l\u2019élément-clé que devront développer les personnes sans emploi afin de faciliter leur entrée sur le marché du travail.Cet élément, c\u2019est la formation professionnelle.Nous la présenterons.Mobilisation contre la misère est une coalition de groupes et d\u2019organismes sociaux qui refusent d\u2019accepter la misère et qui ne veulent surtout pas être considérés comme un organisme centré seulement sur l\u2019analyse de problèmes mais il se veut orienté sur des programmes d\u2019actions concrètes à mettre en oeuvre pour pallier aux différents problèmes qui rongent la société.En fait ce groupe a été formé afin de constituer une force politique pour modifier de façon concrète les structures socioéconomiques, pour améliorer les conditions de vie qui respecteront mieux la dignité humaine et feront progresser la solidarité et l\u2019égalité entre les différentes catégories sociales.Ces gens se sont donc engagés à lutter contre une tendance de plus en plus évidente qui divise les citoyens en deux catégories: les riches et les autres, ceux qui s\u2019appauvrissent de plus en plus.Contrairement à ce que j\u2019aurais pu penser et malgré tous les programmes de transfert et de redistribution du revenu implantés par les gouvernements, le sort des moins bien nantis s\u2019est détérioré en trente ans, au Canada.Pour démontrer cette tendance, j\u2019ai préparé le tableau suivant à partir des données sur la pauvreté au Canada.Une seule catégorie, d\u2019après ce tableau, se partagerait, en 1979, un pourcentage plus élevé de revenus qu\u2019en 1951.C\u2019est la catégorie des revenus élevés.Quant à la population des catégories à revenus faibles ou très faibles, elle a vu son pourcentage de revenu baisser de 1951 à 1979.Considérant que les ressources financières d\u2019un individu sont les sources fondamentales d\u2019inclusion ou d\u2019exclusion dans DES ALTERNATIVES DE SOLUTION 91 notre société et qu\u2019elles sont à la base des opportunités d\u2019accessibilités dans tous les domaines, comme le logement, la nourriture, l\u2019habillement, l\u2019éducation, la culture, etc., Mobilisation contre la misère axe donc son programme sur le droit au travail de chaque individu.On n\u2019y veut pas faire simplement reconnaître le droit à postuler un emploi, on demande un réaménagement de l\u2019ensemble des emplois existants afin de les partager entre toutes les personnes aptes au travail et désireuses de travailler.Une telle reconnaissance fait donc appel à une politique de plein emploi.Cette politique n\u2019a rien à voir avec les taux de chômage de 10, 12, 14% que nos politiciens s\u2019amusent à évoquer, tout en parlant de reprise économique.% DU REVENU REÇU PAR 20% DELA POPULATION 25.5% 23.3% 18.3% 17.6% 10.6% 4.4% .' , Faible Moyen NIVEAU DE REVENU faible 92 L\u2019ACTION NATIONALE Dans les circonstances actuelles, pour arriver à réintégrer sur le marché du travail les demandeurs d\u2019emplois, il faudrait diminuer à quatre jours/semaine la semaine légale de travail.Un calcul sommaire permet de constater qu\u2019une telle politique permettrait à au moins 500 000* personnes de se trouver du travail.Pour les syndicats une telle politique contribuerait à augmenter le nombre des membres et, pour le gouvernement, cela signifierait une diminution des prestations de toutes sortes ainsi qu\u2019une augmentation des revenus d\u2019impôts.Pour les employeurs, cela pourrait signifier une augmentation de la productivité tout en maintenant stable les coûts de fonctionnement.En réalité, économiquement parlant, le partage du travail assurerait à l\u2019État et aux syndicats une entrée d\u2019argent très importante et une augmentation de la consommation.Celle-ci serait d\u2019ailleurs mieux répartie dans la société puisqu\u2019elle deviendrait l\u2019affaire de tous et non d\u2019une minorité accaparant les plus hauts revenus.Pour le travailleur, cette semaine de quatre jours lui permettrait une liberté accrue.Une vie familiale plus intense et l\u2019accomplissement de loisirs plus longs, tout cela représenterait un plus grand potentiel pour une meilleure qualité de vie.En ce qui a trait à son salaire, il devrait rester sensiblement le même, les économies réalisées au niveau des prestations d\u2019aide sociale, d\u2019assurance-chômage et au niveau de l\u2019appareil administratif pour distribuer ces prestations pourraient permettre de réajuster les tables d\u2019impôt afin de pouvoir conserver le même salaire net.Malheureusement la lecture de telles recommandations soulève plusieurs questions de mise en application, telles l\u2019application concrète du travail partagé en milieu industriel, la non préparation des citoyens à une société de loisir.Mais comme le mentionne Monsieur Roger Leclerc, de telles questions sont normales lorsqu\u2019on aborde un sujet comme celui d\u2019une société québécoise de quatre jours/semaine.Toutefois l\u2019histoire nous démontre qu\u2019une telle demande n\u2019est ni irréaliste ni irréalisable.Il suffit de se référer au mémoire présenté, le 30 août 1945, par la Confédération des travailleurs catholiques du Canada aux autorités fédérales ou la C.T.C.C.demande: «Que le fédéral fasse campagne pour la semaine de quarante heures comme moyen de faciliter le plein emploi des travailleurs».* En étant pessimiste, dans 85% des cas pour chaque 4 travailleurs un emploi sera créé.Si Ton considère qu\u2019il y a 2 400 000 travailleurs au Québec: (2 400 000 -h 4) x 85% = 510 000 emplois. DES ALTERNATIVES DE SOLUTION 93 De plus, afin de s\u2019assurer de l\u2019applicabilité d\u2019une telle politique M.Leclerc, au nom du groupe Mobilisation contre la misère, a demandé à un économiste de lui donner son avis sur la validité d\u2019une telle politique.Cet avis a par la suite été présenté au ministre des Finances du Québec, M.Jacques Parizeau.Trois points importants ressortent de cet avis: 1) l\u2019application de la semaine à quatre jours n\u2019est pas du tout du domaine du fictif, preuve de cela dans les années 1950, la semaine de travail a déjà été réduite à 40 heures; 2) les gouvernements devraient envisager fortement l\u2019application de la semaine à quatre jours car leurs efforts, mis jusqu\u2019à présent dans les programmes de création d\u2019emplois (surtout les temporaires), n\u2019ont pas réussi à diminuer significativement le nombre de sans emplois.3) Tout comme la semaine de 40 heures ne s\u2019est généralisée à toute l\u2019économie que graduellement, l\u2019idée d\u2019une semaine de quatre jours doit entrer en vigueur progressivement.Cette politique devrait être liée au début à des secteurs dynamiques où les perspectives de croissance sont excellentes.Justement le groupe Mobilisation contre la misère aimerait que l\u2019implantation expérimentale de la semaine à quatre jours soit faite dans une entreprise qui est en pleine expansion et non dans une entreprise en chute libre.Des pourparlers en ce sens ont été amorcés avec le syndicat et les patrons de la firme Bombardier afin d\u2019établir une telle politique chez-eux.De plus, ce groupe, grâce à de nombreuses sollicitations, a obtenu une audience avec le ministre des Finances du Québec M.Jacques Parizeau.Au cours de l\u2019audience, celui-ci a mentionné qu\u2019il serait profitable d\u2019essayer, sur une base expérimentale, une solution telle que la semaine de quatre jours mise de l\u2019avant par le groupe Mobilisation contre la misère.D\u2019après les propos tenus par le ministre, il y aurait possibilité de rendre la semaine réduite facultative à chacun et le gouvernement s\u2019engagerait à rembourser environ 10 des 15% de pertes de salaires nets subis par la réduction des heures de travail.Le groupe Mobilisation contre la misère pensait bien que le gouvernement tiendrait compte de leur proposition dans le dernier budget du 15 novembre 1983.Ce ne fut pas le cas.Bien que M.Lévesque commence à parler d\u2019une certaine forme de travail partagé, il n\u2019en a pas encore établi les bases, les principes et les conséquences.Voyant que le gouvernement ne bouge pas rapidement et s\u2019appuyant sur un sondage Gallup (22 septembre 1983) qui dévoilait que 75% de la population du Québec était favorable au travail partagé, le groupe Mobilisation contre la misère demande 94 L\u2019ACTION NATIONALE à chacun d\u2019agir afin de faire entendre et appliquer les revendications.Le Canada traverse présentement une grave crise au niveau de l\u2019emploi.Ce phénomène est dû, selon l\u2019ex-ministre de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration M.Lloyd Axworthy, au fait que la main-d\u2019œuvre actuellement disponible n\u2019est pas formée dans les bons domaines ou secteurs d\u2019activités.En effet, M.Axworthy mentionnait à la Chambre des Communes: «Le monde du travail apparaîtra très différent aux Canadiens pendant les années 1980.En effet, le nombre et le genre d\u2019emplois proposés varieront considérablement.(.) Les irrésistibles progrès de l\u2019industrie face à une main-d\u2019œuvre vieillissante et se renouvellant à un rythme réduit, vont accroître tant pour l\u2019employé que pour le chef d\u2019entreprise l\u2019importance de s\u2019adapter au changement.»1 C\u2019est pour cette raison qu\u2019en 1982, le gouvernement canadien adoptait la loi nationale sur la formation.Cette loi avait pour objet de contrer le chômage qui pèse sur le peuple canadien.«Il était essentiel de trouver des moyens à long terme qui permettent aux jeunes Canadiens d\u2019acquérir la formation et l\u2019expérience nécessaires pour s\u2019adapter à des conditions économiques changeantes» d\u2019écrire Factuel ministre de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration au Canada, M.John Roberts, dans une brochure publiée par son ministère2.C\u2019est donc dire que pour pouvoir obtenir une place sur le marché du travail durant les années 1980 et 1990, il faudra absolument que les gens possèdent trois choses: une formation scolaire, une formation professionnelle et une expérience de travail.D\u2019ailleurs, les statistiques de chômage expriment bien cet état de fait.Selon Statistique Canada, en 1982, le taux de chômage s\u2019établissait en moyenne à 13,4% chez les travailleurs possédant moins de huit années d\u2019étude contre 12,7% chez ceux ayant fait une partie d\u2019études secondaires et 10% dans le cas de ceux qui les avaient complétées.Par ailleurs, le taux de chômage des diplômés de collèges se chiffre à 7,5% et à 4,9% chez les diplômés d\u2019universités3.De plus, le ministère de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration estime que 25% de tous les postes au Canada dont la formation se fait sans apprentissage appartiennent à des professions qui ont déjà plus de personnel qu\u2019elles n\u2019en ont besoin.Contrairement à cela, il y a des secteurs où il existe déjà ou pourra exister une pénurie d\u2019employés spécialisés.Ces professions sont: programmeur d\u2019ordinateur, outilleur ajusteur, méca- DES ALTERNATIVES DE SOLUTION\t95 nicien d\u2019avion, mécanicien de matériel lourd, mécanicien monteur, etc.Ce sont là toutes des professions qui nécessitent une formation chez l\u2019employeur ou par l\u2019entremise de cours structurés.La mise en oeuvre d\u2019un programme de formation est donc une partie de solution à apporter au problème du sous-emploi.La loi nationale sur la formation comporte plusieurs programmes répondant ainsi à différents besoins des travail-leurs/euses.Que ce soit à partir de cours préparatoires à la formation professionnelle, i.e.pour permettre aux candidats de compléter leur secondaire afin d\u2019accéder à un programme de formation professionnelle, jusqu\u2019au programme d\u2019adaptation au travail qui permet aux travailleurs de conserver leurs emplois en dépit des changements qui s\u2019y opèrent.On touche une grande partie de la population avec ces programmes.Entre ces deux extrêmes, il en existe toute une gamme qui ont été mis en place pour, par exemple: 1° aider les apprentis à poursuivre leur stage d\u2019apprentissage; 2° aider les handicapés à se perfectionner dans les domaines où la demande est grande car ils ont besoin d\u2019une formation particulière à leur état physique; 3° aider les autochtones à combler les postes importants dans les Territoires du Nord-Ouest et du Yukon; 4° aider plus particulièrement les femmes à obtenir une formation professionnelle nécessaire à l\u2019exécution des emplois demandés.En ce qui concerne les lieux de formation, mentionnons qu\u2019ils peuvent être à l\u2019intérieur même de l\u2019entreprise, dans des organismes privés ou à but non lucratif, dans des institutions publiques ou même à l\u2019extérieur du pays si cela s\u2019avère nécessaire.Mentionnons également que la plupart de ces programmes d\u2019aide à la formation se traduisent par des subventions directement versées aux candidats sous forme de prestations ou par des subventions versées aux organismes qui dispensent cette formation ou encore aux employeurs des candidats inscrits à l\u2019un des programmes.Mais quelles sont les conséquences de ces programmes sur l\u2019économie du Canada?On peut sûrement affirmer que le fait de former les travailleurs dans les domaines stratégiques, i.e.où la demande est ou sera forte, est une bonne chose car elle permettra certainement de contrer quelque peu le chômage qui afflige tant de citoyens.Il ne faut cependant pas oublier que cette solution en est une qui rapportera des dividendes à long terme.En effet, la formation de travailleurs dans les domaines technologiques ne se fait 96 L\u2019ACTION NATIONALE pas du jour au lendemain.Il faudra donc se montrer patient dans l\u2019attente de résultats satisfaisants.D\u2019un autre côté, les argents que les gouvernements injectent dans l\u2019économie peuvent avoir des retombées à court terme car cela représente des revenus pour les travailleurs, et qui dit revenus, dit dépenses et qui dit dépenses, dit besoin de produire et qui dit besoin de produire, dit création d\u2019emplois, etc.Donc en plus de former les futurs travailleurs pour les besoins de demain au Canada, le gouvernement contribue aussi à la reprise économique.Ces programmes de formation ont de plus une grande importance si l\u2019on considère que l\u2019avenir du pays repose sur les épaules des jeunes.Il est donc important de leur fournir les outils nécessaires pour qu\u2019ils puissent prendre la relève.Bibliographie 1.\tDavid P.Ross, Données de base sur la pauvreté au Canada, 1983 conseil canadien de développement social.2.\tLes compétences de demain, nouveau programme national de formation, ministère de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration du Canada, Canada, 1982, 22 pages.3.\tDes portes s\u2019ouvrent., ministère de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration du Canada, Canada, 1983, 14 pages. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS des régions suivantes : La Société Nationale de l\u2019Est du Québec La S.N.Q.de ta région des Hautes-Rivières La S.N.Q de la région de l'Outaouals La S.N.Q de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de ta région del'Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent U S.N.Q.de la région Richelieu-Yatnaska De concert Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d\u2019assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L'innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siège social: Québec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi.Laval-des-Rapides, Longueuil, Montreal, Québec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivières.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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