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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1985-02, Collections de BAnQ.

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[" //Action NATIONALE Volume LXXIV, numéro 6, février 1985 LOUIS RIEL, 1885-1985 Centenaire de sa mort La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale - recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 r ActlOII NATIONALE i\u2014 Volume LXXIV, numéro 6, février 1985\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t GILLES RHÉAUME:\tLouis Riel\t\t583 MARCEL LAFLAMME:\tCoopération et projet de société .\t591 JEAN-D.ROBILLARD:\tNos cousins franco-ontariens .\t601 RENÉ BLANCHARD:\tNous attendons encore le Messie\t615 ROGER DUHAMEL:\tUne sirène socialiste au Québec .Un grand humaniste:\t617 \tVictor Barbeau\t\t623 J.-B.GIROUX:\tMaîtres chez nous\t\t627 BERNARD CLOUTIER:\t1984: la vision d\u2019Orwell\t\t637 W.ANDRÉ LAFRANCE:\tLe Canada français: un rêve frustré\t\t641 SYLVAIN CROCHETIÈRE:\tLe parc industriel portuaire de Bécancour\t\t649 VIRGINIE BEAUDET:\tCulture et patrimoine\t\t659 CORRES- PONDANCE:\tM.Raymond Garneau et M.Léandre Fradet .\t662 PATRICK ALLEN:\tÀ l\u2019affût de l\u2019actualité\t\t665 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois 578 L\u2019ACTION NATIONALE revue d'information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2>ème semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 579 L\u2019ASSURANCE-VIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTEGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière L'Assurance-vie Desjardins a diversifié ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés.Elle protège l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie.Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût Assurance-vie Desjardins LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF Synthèse de nationalisme canadien-français de 1917 à 1963.260 pages.$2.\t_ LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on a fêté le centenaire de sa naissance.Seul volume sur sa vie et son travail.Études de: Angers, Arès, Allen, Barbeau, Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix, Rémillard, Dionne, Tétreault, Genest 1968, 288 pp.$5.Volume indispensable et très actuel.Illust.\t_ TOUTE LA PENSÉE DE BOURASSA SUR LE SÉPARATISME! Lettres et textes de Bourassa sur le séparatisme Angers et Nish.158 pages, $2 Pour travail historique.\t_ LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, Brunet, Filion, Laporte, Laurendeau, P.-E.Trudeau, 1957,135 pages, $2.\t- LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers, Arès, Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacq.-Yvan Morin.1972.148 pages, $2 - ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers.Arès, Gagnon, Létourneau, Harvey, etc.188 pages.1976, $5.00.Illustré.\t- LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme.1976,160 pages, $3.00\t_ LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS 3 vols dont celui de février 1968 est épuisé) I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov -déc 1967, 275 pages, - $3.00.II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin, 1969, 640 pages, $7.00\t- LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS, par Angers, Arès, Beaupré, Castonguay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud, 1975,172 pages, $2.00.\t- L\u2019ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent.Enquête sur le problème national des Québécois francophones.1962,180 pages, $2.\t- POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DÉFINITIVEMENT FRANÇAIS, par Angers.DOCUMENT majeur sur la langue au Québec.1977, $2.\t- LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole.Avril 1977.104 pages, $2.00.- AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE.Où en est l'Acadie?Et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur leur futur.La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle.Nov.-déc.1977.180 pages $3.00.\t- L\u2019ACADIE AUX ACADIENS 180 p.$3 00\t- LE RÉFÉRENDUM, juin 1979, 22 p.$6\t- John Grube BÂTISSEUR DE PAYS, 1981,250 p $12\t- F.-A.Angers: POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS, 280 p $5\t- 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, H2X 1X3 581 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D'ABONNEMENT NOM ADRESSE .Abonnement régulier (comprenant la cotisation de membre de l'IHAF)\t$20.00 Abonnement étudiant (avec pièce justif.cative \u2014 comprenant la cotisation de membre de l'IHAF)\t$10.00 Abonnement institutionnel (sans cotisation de membre)\t$20.00 Abonnement de soutien\t$40.00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V 3R6 Tél.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers Les négociations dans le secteur public el parapublic La réforme scolaire Les nouveaux ministères dans l'Eglise Le travail a temps partiel Des soirées publiques chaque mois un débat sur un sujet d'actualité Abonnement l an (10 nos) à l'étranger par avion: Nom___________ 12.50S 14,50$ 20.00$ Adresse 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 7194 582 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1 L4 288-3628 revue # critère Revue publiée par la Société de publication Critère inc., avec l'aide du Ministère de l'Éducation du Québec, du fonds F.C.A.C.du gouvernement du Québec et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy-H.Allard, Claude Gagnon, Jean Proulx, Jean Stafford.Dernières parutions: No 34: L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188 p.No'il\\ Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tel.: 389-9068 LOUIS RIEL 583 Le centenaire de Louis Riel par GILLES RHÉAUME, président du MNQ, de la SSJB de Montréal et directeur de la Ligue d\u2019action nationale.La connaissance de notre histoire nationale est essentielle à la compréhension du présent tout en étant nécessaire pour envisager correctement l\u2019avenir.Comment est-il possible pour un peuple, de savoir où il doit aller, s\u2019il ne sait pas d\u2019où il vient?Ceux et celles qui prennent la peine d\u2019étudier notre histoire y découvriront une continuité et un sens: la volonté de demeurer ce que nous sommes et de choisir les chemins qui assurent le plein épanouissement de notre entité nationale.L\u2019année 1985 nous rappelle le 100e anniversaire d\u2019un événement essentiel à intégrer à toute l\u2019analyse du cheminement du Canada français depuis que le joug confédéral nous a été imposé en 1867: cet événement majeur est la pendaison de Louis Riel à Régina, le 16 novembre 1885.Moins de 20 ans après la naissance du Dominion of Canada, l\u2019assassinat de Riel a été l\u2019occasion d\u2019une prise de conscience nationale de l\u2019injustice et de l\u2019oppression qui étaient réservées au peuple canadien-français à l\u2019intérieur du pays artificiel qui venait d\u2019être créé pour contrôler le peuple du Saint-Laurent.Il n\u2019est jamais facile, à un siècle de distance, d\u2019apprécier un événement comme celui de l\u2019inacceptable meurtre de Louis Riel.Nous devons donc, avant de porter quelque jugement que ce soit, procéder à une mise en situation qui doit nous permettre ensuite de colliger les faits et enfin de tirer les conclusions qui s\u2019imposent.En 1870, il y a à peine 100 ans, les troupes britanniques, au bout de la baïonnette, se sont emparées de la Nouvelle-France, appelée aussi Canada.Près de 70 000 personnes de culture et de langue françaises se sont retrouvées sur les bords du fleuve, isolées et sans pouvoirs.Une nouvelle nation réclama donc son droit d\u2019être elle-même suite à ce que trop d\u2019individus continuent erronément de qualifier de conquête.Même si la majorité des habitants de la Nouvelle-France réside dans l\u2019actuelle province de Québec, lors du traité de Paris 584 L\u2019ACTION NATIONALE en 1763, il ne faut pas oublier que déjà les Français étaient installés en Acadie et aussi dans l\u2019Ouest.Plusieurs ignorent, encore aujourd\u2019hui, que notre pays, sous le régime français, s\u2019étendait du Nord jusqu\u2019au golfe du Mexique et de l\u2019Atlantique jusqu\u2019au Pacifique.Ils sont nombreux les coins du continent que nos ancêtres ont visités et où ils se sont installés.Ceux et celles que cette grande aventure intéresse doivent lire les ouvrages du chanoine Lionel Groulx consacrés à l\u2019histoire de l\u2019Amérique française.En lisant l\u2019œuvre de Groulx nous pouvons y découvrir l\u2019esprit qui motiva nos ancêtres et leurs multiples efforts pour bâtir, sur notre continent, un pays français.Près de 10 000 personnes ont courageusement traversé l\u2019océan pour venir en Nouvelle-France.Leurs points de départ, ce furent les différents ports de mer de la vieille France.Cependant, contrairement à ce que l\u2019on peut croire, ils venaient de toutes les régions de la mère patrie.Les études généalogiques actuelles nous révèlent les origines de ces premiers Canadiens.Dès 1604, les pionniers s\u2019installent en Acadie, en 1608 c\u2019est au tour de Québec, suivi de Trois-Rivières en 1634, et de Montréal en 1642.Nous venons de célébrer, en 1984, les 450 ans de présence française en Amérique.Suite aux diverses manifestations organisées pour souligner un tel anniversaire il est opportun de se pencher sur toute cette époque de notre histoire nationale.Il est bon de se rappeler des efforts investis par nos aïeux pour bâtir le pays.Il en faut du courage pour quitter sa maison, sa famille et ses amis, pour ensuite entreprendre une incertaine traversée en s\u2019entassant, non pas sur un paquebot, mais bien sur des embarcations rudimentaires, pendant des mois, dans des conditions incroyables.Des gens déterminés, tels furent les hommes et les femmes de France qui traversèrent l\u2019Atlantique pour répondre à l\u2019appel de la Nouvelle-France.Ils ne fuyaient pas les persécutions et la tyrannie, comme d\u2019autres, mais ils voulaient agrandir la France.Les difficultés de ces pionniers ne se terminèrent pas en arrivant à Québec.Imaginons, un instant, notre pays à cette époque.Rappelons qu\u2019il fallut construire des maisons, cultiver la terre et surtout s\u2019habituer à un climat rude.Nos hivers, et nous LOUIS RIEL 585 connaissons leur intensité, obligent les Français à changer rapidement leur mode de vie.Les peuples amérindiens, depuis des temps immémoriaux, vivaient en Amérique du Nord.Malheureusement, nous connaissons trop peu l\u2019histoire de leur civilisation.Pourtant la compréhension de leur cheminement est essentielle à quiconque veut saisir toute la réalité de notre coin de terre.Après une période normale d\u2019apprentissage, puisque les habitants de la Nouvelle-France sont venus perturber la vie des Amérindiens, on peut conclure que nos ancêtres, en général, furent bien accueillis par les nations autochtones.Ce préambule est nécessaire avant d\u2019aborder le récit de la vie de Louis Riel, chef métis, qui organisa la résistance contre l\u2019oppression.Essayons de voir un peu plus clair là-dedans.Dès les débuts du 17e siècle, les explorateurs français sont venus visiter les territoires de l\u2019Ouest où vivaient depuis toujours les Indiens.On affirme que les Amérindiens étaient plus de 180 000 en Amérique du Nord avant l\u2019arrivée des Européens.Les aléas de l\u2019histoire firent en sorte que l\u2019Angleterre et la France se croyaient chez eux dans l\u2019Ouest canadien.Le commerce, notamment la traite des fourrures, motiva les voyages des Européens dans ces terres nouvelles.On sait qu\u2019à Paris, Londres et Amsterdam, les fourrures du nouveau monde étaient fort en demande.Acquises pour presque rien, les peaux de fourrures traversèrent l\u2019Atlantique pour satisfaire les modes d\u2019Europe.Les Amérindiens connurent ainsi les difficultés inhérentes aux échanges avec des peuples très différents d\u2019eux.La volonté d\u2019évangélisation, l\u2019effort missionnaire motivèrent les gens d\u2019Église à oeuvrer dans ce nouveau territoire.Après 1763, le continent tout entier passa sous le contrôle britannique.Dans l\u2019Ouest, cela n\u2019empêcha pas les groupes français de fraterniser avec les communautés amérindiennes.Naturellement, un nouveau peuple, une nouvelle nation est née de ces rapports: les gens des Plaines ou les Métis.La Hudson \u2019s Bay Company, dont la direction était à Londres, issue de la fusion de deux sociétés, reçut d\u2019immenses privilèges, à telle enseigne que le quart de l\u2019Amérique du Nord est devenu son territoire de chasse.La Compagnie agissait en maître 586 L\u2019ACTION NATIONALE et dirigeait toute la vie de ces territoires.Un gouverneur veillait à la bonne marche de la colonie.Louis Riel est né le 22 octobre 1844 sur les bords de la Chaîne.Ses parents eurent onze enfants.Sa mère, Julie Lagimo-dière grandit près de la Rivière Rouge et son père, Louis, naquit en Saskatchewan.Monseigneur Provencher qui maria Julia et Louis baptisa, à la cathédrale de Saint-Boniface, le jour de sa naissance, le futur chef des Métis.Après ses études élémentaires chez les Sœurs Grises à Saint-Boniface, Monseigneur Taché qui espérait des vocations nouvelles, s\u2019intéressa au jeune Louis Riel.L\u2019évêque avait réussi à obtenir que les meilleurs sujets de son diocèse puissent venir étudier au Québec.Dès 1858, Louis, ayant 14 ans, quitte avec trois jeunes Métis, sa famille pour poursuivre ses études.Soulignons que la seigneuresse de Terrebonne, madame Masson, veuve du premier millionnaire canadien-français, Joseph Masson, contribua financièrement à cette entreprise afin de permettre au jeune Riel de faire ses études au Collège de Montréal dirigé, depuis un siècle, par les Messieurs de Saint-Sulpice.Pendant 10 ans, jusqu\u2019en 1868, il vécut donc au Québec et il fréquenta les milieux nationalistes canadiens-français.11 travailla, entre autres, quelque temps, chez l\u2019avocat Rodolphe Laflamme, ardent opposant à l\u2019entrée de la province de Québec dans le projet de confédération discuté dans les milieux politiques.La mort de son père, survenue en 1864, devança son retour chez lui dans l\u2019Ouest.Il retourne donc vers vingt ans auprès de sa mère, de ses frères et de ses sœurs.Il nous faut maintenant nous attarder un peu sur tout le débat qui a précédé l\u2019érection de la Confédération de 1867.Pour ce faire, il est nécessaire de faire un retour en arrière.En 1774, pour neutraliser les aspirations indépendantistes du Canada français excité par la révolution américaine, le gouvernement anglais adopta l\u2019Acte de Québec qui reconnut le droit à l\u2019existence d\u2019une société française en Amérique du Nord.Après l\u2019indépendance des États-Unis, les sujets britanniques LOUIS RIEL 587 opposés à la République vinrent s\u2019installer au Canada français.Après quelques années, ces nouveaux citoyens, n\u2019acceptant pas d\u2019être soumis aux règles d\u2019un pays français, revendiquèrent un changement de régime.Ainsi, pour satisfaire les désirs des Anglais du Canada, Londres créa, en 1791, par l\u2019Acte constitutionnel, le Haut et le Bas Canada.Rapidement, les Canadiens-Français constatèrent les limites de cette nouvelle situation.C\u2019est l\u2019époque aussi où sur la scène internationale apparaît le réveil des nationalités.Chez nous se manifestent une prise de conscience de notre existence comme peuple et l\u2019espoir de décider nous-mêmes de notre avenir.Le chapitre de notre histoire concernant cette période nous révèle l\u2019action des Patriotes, dirigée par Louis-Joseph Papineau.Les autorités britanniques écrasèrent ce mouvement indépendantiste.Douze pendus sur la place publique, une centaine d\u2019exilés aux Bermudes et en Australie, plus de mille arrestations, des régions entières ont vu leur terre et leurs fermes saccagées et brûlées, voilà le bilan de l\u2019oppression anglaise durant ces années.Lord Durham est venu chez nous avec le mandat d\u2019étudier la situation et de faire des recommandations pour mettre fin aux difficultés qui menacent l\u2019intégrité de l\u2019Empire.Durham en vient à la conclusion que la seule façon de régler le problème, c\u2019est d\u2019assimiler les Canadiens-Français.Il dira que le Canada français constitue un peuple sans histoire.Cette attitude poussera François-Xavier Garneau à écrire notre histoire nationale.Pour assimiler notre peuple à la langue et à la culture anglaise, les stratèges de Londres imaginèrent deux hypothèses, l\u2019union du Haut et du Bas Canada, avec des procédures qui assureront la neutralisation des francophones et la confédération des colonies britanniques d\u2019Amérique du Nord.En 1840 on imposa donc l\u2019Union à nos compatriotes.Même si les Canadiens-Français étaient beaucoup plus nombreux, on décida, démocratie britannique l\u2019exige, qu\u2019il y aurait à l\u2019intérieur du nouveau Parlement un nombre égal de députés tant pour le Haut-Canada que pour le Bas-Canada.Cette mesure garantit la prédominance de l\u2019élément anglophone 588 L\u2019ACTION NATIONALE sur l\u2019élément francophone.C\u2019est ça, la justice et la liberté de l\u2019Angleterre.Au Canada français, l\u2019unanimité se fait autour de la nécessité de combattre ce nouvel assaut contre nos droits nationaux.Voyons maintenant ce qui s\u2019est passé par la suite.Une vaste campagne d\u2019émigration du côté anglophone finit par rendre majoritaire cette minorité coloniale.Ceux-là mêmes qui avaient défendu avec vigueur la représentation égale des deux anciennes colonies à l\u2019Assemblée changèrent radicalement leur opinion.La justice et l\u2019intérêt sont synonymes en anglais.Cherchant une solution, car la situation était intenable, on reprit la deuxième suggestion de Durham, à savoir son projet confédératif.Comment rendre possible un tel scénario sans l\u2019accord du Canada français?Rien n\u2019est impossible à l\u2019Empire britannique, l\u2019histoire du monde le démontre avec éloquence.Les ennemis du Canada français réussirent à convertir des parlementaires de chez nous à leur plan machiavélique.Georges-Étienne Cartier, chef national du Canada français, accepta le projet des orangistes malgré l\u2019opposition des libéraux qui, à l\u2019époque, combattirent énergiquement le projet Macdonald.Parmi les opposants les plus farouches à la Confédération, notons Wilfrid Laurier et Antoine-Aimé Dorion qui, avec d\u2019autres, exprimèrent l\u2019inquiétude que le Canada français pût se faire assimiler par cette nouvelle structure.Donc, malgré une vive opposition, on nous a imposé, sans référendum et sans consulter le peuple, le British North American Act, en 1867.Cette nécessaire digression nous aura permis de mieux situer la dynamique qui prévalait, lorsque Louis Riel retourna dans son pays en 1868.Le Nord-Ouest, le pays des Métis, ne faisait pas partie de la Confédération.Depuis le Fort Garry, centre administratif du pays, la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson avait la main haute sur la vie de cette région.À un mille du fort un petit village nommé Winnipeg se développait lentement.Des colons venus du Haut-Canada vinrent s\u2019installer à Partage-la-Prairie.Ils avaient un journal, le Nor\u2019Wester, qui réclamait l\u2019annexion du pays métis avec la nouvelle Confédéra- LOUIS RIEL 589 tion.Les Métis, quant à eux, voulurent conserver le gouvernement de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson.Même Monseigneur Taché tenta de sensibiliser Georges-Étienne Cartier à l\u2019injustice qui se produisait.Cartier envoya promener l\u2019évêque.Riel et une poignée de Métis réussirent à évacuer des terres des Métis, les représentants de la couronne britannique.Ce n\u2019était que partie remise.Le sort des Métis a été décidé sans qu\u2019on les consulte.Le gouvernement canadien poussa la tyrannie jusqu\u2019à nommer un lieutenant-gouverneur du Nord-Ouest, William Mac-Dougall.Il apporta avec lui armes et munitions.Les Métis s\u2019organisèrent pour l\u2019empêcher d\u2019entrer dans leur pays.En octobre 1869, ils adressèrent le message suivant au représentant du colonialisme britannique: Monsieur, Le Comité national des Métis de la Rivière Rouge intime à M.W.Macdougall l\u2019ordre de ne pas entrer sur le territoire du Nord-Ouest sans une permission spéciale de ce Comité.Par ordre du Président, John Bruce, Louis Riel, secrétaire.Riel est convoqué par le Conseil de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson pour répondre de ses actes.Les autorités de la Compagnie tentèrent de convaincre les Métis que l\u2019annexion était une bonne chose.Riel, prévoyant une offensive d\u2019Ottawa, s\u2019empare du Fort Garry et y emprisonne des suspects favorables au gouvernement canadien.Un gouvernement provisoire est proclamé par l\u2019assemblée populaire des Métis.Mais qu\u2019est-ce que Riel a bien pu faire pour s\u2019attirer ainsi les foudres du Canada anglais?Des Anglais fanatiques s\u2019en prennent au peuple des Métis qui tente de sauver son identité.Parmi eux, un certain Thomas Scott, qui croit que les Canadiens-Français constituent un peuple inférieur, ira jusqu\u2019à participer à l\u2019assassinat d\u2019un jeune Métis accablé de troubles mentaux.Ce rebelle combattit furieusement la résistance des Métis.Un tribunal fut formé.Reconnu coupable, il fut condamné et exécuté.La presse anglaise réclame la tête de Riel, mais ses compatriotes l\u2019élisent comme député de Provencher à la Chambre des 590 L\u2019ACTION NATIONALE Communes.Il n\u2019occupera jamais son siège de parlementaire.Il dut vivre les épreuves du rejet et de l\u2019exil.Il se réfugie aux États-Unis et au Québec.Persécuté constamment, son équilibre psychologique est atteint.Demeuré très populaire chez les Métis, quelques années plus tard, on vient le tirer de son exil pour l\u2019amener défendre ses compatriotes de la Saskatchewan.Il recommence la lutte.Finalement il est arrêté.Il subit un procès truqué.Condamné à mort, la province de Québec demande sa grâce.Des ministres cana-diens-français à Ottawa réussirent à défendre un gouvernement central qui reste sourd aux multiples appels à la clémence.Le 16 novembre 1885, à Régina, Louis Riel est pendu.Le Canada français a été profondément blessé par la pendaison de Louis Riel et surtout par l\u2019attitude du gouvernement d\u2019Ottawa.C\u2019est à cette époque que John Macdonald, premier ministre du Canada, répliqua ainsi aux nombreuses demandes de grâce: «Quand bien même tous les chiens du Québec japperaient tous ensemble, Riel sera pendu quand même.» Les ministres et les députés canadiens-français qui ont soutenu le meurtre de Louis Riel ont été considérés par le Canada français comme des traîtres.À Montréal, 50 000 personnes se rassemblent au Champ-de-Mars autour de Wilfrid Laurier et d\u2019Honoré Mercier qui crient: «Riel, notre frère est mort, victime de l\u2019incompréhension de Sir John Macdonald et de la trahison de quelques-uns des nôtres qui ont préféré garder leur portefeuille.» Aujourd\u2019hui, 100 ans plus tard, Louis Riel symbolise toujours le martyre des peuples non anglophones de la Confédération.Espérons que cette page d\u2019histoire rappellera à ceux et celles qui l\u2019auraient oublié le fanatisme orangiste qui imposa sa loi à la Confédération et apprendra à ceux et celles qui l\u2019ignorent ce qui est réservé aux résistants à ta démocratie anglaise.Que l\u2019Assemblée nationale du Québec, en cette année anniversaire, réclame unanimement la réhabilitation complète de Louis Riel.Qu\u2019au Parlement de Québec on attribue le nom du chef Métis à un édifice ou à une salle, afin de perpétuer la mémoire de ce héros national. COOPÉRATION ET PROJET DE SOCIÉTÉ 591 La dimension sociale des coopératives par MARCEL LAFLAMME, professeur titulaire à la Faculté d\u2019administration, Univ.de Sherbrooke1.I - COOPÉRATION ET PROJET DE SOCIÉTÉ Introduction Tout mouvement qui veut survivre et prospérer doit avoir un fond solide de principes sur lequel il base sa politique et son action.Cette affirmation est particulièrement explicitée dans le best-seller «In search of Excellence», de Peter et Waterman.La direction d\u2019une coopérative est avant tout une activité qui dérive de la conception des choses, du travail, des hommes et de la société.C\u2019est pourquoi il est impérieux d\u2019approfondir l\u2019arrière-plan philosophique des activités qui constituent le quotidien des entreprises.Au Québec, la coopération a évolué suivant une approche empirique, allant au plus pressé, ce qui a cependant eu comme effet de diluer la philosophie coopérative.Le retour à l\u2019authenticité coopérative se pose comme le défi le plus important, si l\u2019on veut que la coopération réalise sa mission historique de transformation sociale.Une vigueur intellectuelle, sociale et morale s\u2019impose auprès des coopérants, afin de produire un système socio-économique à notre mesure.L\u2019exposé comprend deux grandes parties: UNE PREMIÈRE qui tente de mieux cerner la contribution de la coopération à notre édification nationale.UNE SECONDE qui précise le rôle social de la coopérative, afin de mieux remplir sa mission auprès de la collectivité locale.1.Étude présentée devant les membres de la Fédération des Caisses populaires Desjardins de Richelieu-Yamaska, en décembre 1984.\u2014 La deuxième partie suivra, le mois prochain. 592 L\u2019ACTION NATIONALE A - La conjoncture mondiale \u2014 Un scénario pessimiste, puis optimiste Horizon pessimiste: 1985-1990 Le macro-problème mondial: la crise globale du monde développé.Au plan international, le libéralisme et le communisme arrivent à la limite critique de leur évolution.Déjà, le rêve américain (ou russe pour d\u2019autres) motive de moins en moins.La recherche du bien-être matériel et de la croissance à tout prix nous conduit directement au désastre planétaire, en mettant en cause des conditions physiques de survie de l\u2019humanité.Sur l\u2019échiquier mondial se dessinent aussi les probabilités d\u2019une grave crise économique et d\u2019un troisième conflit mondial ou de guerres civiles généralisées.Nous croyons que des tensions extrêmes se produiront d\u2019ici la fin des années 80.Horizon optimiste: après 1990 Après une période de déséquilibre, de troubles sociaux et de maux immenses, les peuples chercheront une voie différente de celles de New York ou de Moscou.C\u2019est précisément à ce moment que le Québec pourrait particulièrement devenir un leader dans l\u2019aménagement d\u2019une société humaine.À cet effet, il faut se préparer à réaliser une économie sociale et une société de concertation.B - Les déceptions sociales de la révolution tranquille La révolution tranquille a entraîné divers progrès, notamment aux plans économique et scientifique.Elle s\u2019identifie à une évolution nationale sous la pression de tout un ensemble de forces externes et internes.Néanmoins, après un quart de siècle de révolution tranquille, nous assistons à toutes sortes de déboires à caractère social.1.\tDéception du nationalisme étatique où l\u2019âme du peuple fut assimilé par les appareils.2.\tDéception de la social-démocratie, qui s\u2019est muée en social-bureaucratie. COOPÉRATION ET PROJET DE SOCIÉTÉ 593 3.\tÉchec du progressisme infantiliste qui conteste tout et qui fuit dans le changement, quel qu\u2019il soit.4.\tDéception de l\u2019idéologie pluraliste, qui noie toute affirmation, toute identité, dans le melting pot.5.\tDéception de l\u2019école techno-bureaucratique, où ce sont les fonctionnaires et les permanents syndicaux qui deviennent le cœur du système.6.\tÉchec d\u2019un système éducatif propageant quatre orientations philosophiques rivales: la pensée marxiste, la pensée catholique, la pensée libertaire et la pensée industrielle.7.\tÉchec de la politique familiale tant au plan de la natalité qu\u2019à celui du divorce.8.\tAbsence d\u2019une politique de la santé, identification des hôpitaux avec des usines.9.\tÉchec d\u2019un système de relation de travail anachronique où les travailleurs demeurent des étrangers dans les entreprises d\u2019ici.10.\tDéception des médias propageant sur une vaste échelle l\u2019inculture, c\u2019est-à-dire, ce qui est superflu, morbide et amoral.Au fur et à mesure que le peuple prendra conscience de cette nouvelle forme de colonialisme interne, il voudra se libérer des entraves et retrouver ses essences et son identité.Le réveil social s\u2019accompagnera d\u2019une nouvelle fierté associée à l\u2019idéal d\u2019une authentique souveraineté du peuple.C - La troisième voie À l\u2019époque contemporaine, deux idéologies dominantes s\u2019affrontent et donnent lieu à des luttes sans fin à l\u2019intérieur des nations et entre elles.Une réflexion approfondie nous amène à considérer le débat gauche-droite comme une controverse stérilisante, puisque dans les deux systèmes, l\u2019homme y joue perdant.Ce sont deux pôles extrêmes d\u2019un ordre économique ayant comme dénominateur commun l\u2019orientation quantitative.Le capitalisme souffre d\u2019un déséquilibre de droite, puisqu\u2019il maximise le profit et l\u2019ultra-individualisme.Pour sa part, le socialisme dépouille les individus pour tomber dans la déformation du collectivisme totalitaire.Dans le premier régime, l\u2019homme est considéré comme une 594 L\u2019ACTION NATIONALE marchandise, tandis que dans l\u2019autre, il représente le reflet des rapports de production; ni l\u2019un ni l\u2019autre des systèmes n\u2019appréhende la personne en tant que valeur intrinsèque et ni l\u2019un ni l\u2019autre ne vise le bonheur des masses.L\u2019Assemblée des évêques canadiens n hésite pas à affirmer que les deux idéologies dominantes, capitalisme et marxisme, sont en contradiction avec l\u2019Évangile.Pour bon nombre de penseurs, le problème ne se pose pas en termes de lutte de classes, mais plutôt de lutte contre la déshumanisation de l\u2019appareil de production.Une véritable réforme de la société implique une recharge des institutions et des hommes.Une troisième voie entre le capitalisme et le socialisme est à instaurer, afin d\u2019améliorer les conditions de vie au travail et en société.Le problème des problèmes consiste à refaire le tissu social en restaurant les valeurs humaines dans un monde qui tend à les écraser.La troisième voie donne primauté aux personnes sur les appareils et favorise une recomposition de la vie de famille, de la vie étudiante, de la vie au travail, de la vie culturelle, de la vie spirituelle, etc.La troisième voie consiste en une révolution qualitative et pacifique quant à l\u2019aménagement des ensembles sociaux.Voilà le grand défi qui polarisera les énergies du peuple, d\u2019ici la décennie 90.Cette dynamisation sociale s\u2019appuiera notamment sur l\u2019humanisme profond inhérent à la culture française.D - L\u2019économie du troisième type La reconversion de l\u2019économie.\u2014 Plan directeur 1.\tD\u2019une économie de domination à une économie de solidarité.2.\tD\u2019une économie de consommation à une économie de sobriété.3.\tDu gigantisme économique à l\u2019économie «petit et moyen formats».4.\tD\u2019une économie centralisée à une économie régionale et communautaire.5.\tD\u2019une économie de salariés à l\u2019actionnariat ouvrier et la démocratie.6.\tD\u2019une économie de protection sociale à une économie de plein emploi. COOPÉRATION ET PROJET DE SOCIÉTÉ 595 7.\tD\u2019une technologie dévastatrice à une technologie «douce» ou appropriée.8.\tD\u2019une économie occidentale à une économie ouverte sur les pays en voie de développement.9.\tD\u2019une civilisation matérialiste à une civilisation d\u2019amour.E - À la recherche d\u2019une mystique «Coopération \u2014 Famille \u2014 Patrie» L\u2019heure des refontes vitales appelle une remise en ordre de nos valeurs.À la civilisation de la pacotille et au régime de désintégration nationale qui dressent les québécois les uns contre les autres, il faut retrouver une conscience haute et forte de notre idéal national au service de la francité et de la civilisation d\u2019amour.Trois mots peuvent galvaniser nos gestes et fournir une réponse aux angoissants défis posés à notre collectivité.Coopération L\u2019heure des forces coopératives a sonné, afin d\u2019effectuer les réformes sociales fraternelles pour mieux consolider et faire progresser notre vie commune.Famille Notre peuple, c\u2019est l\u2019aboutissement historique de quelques milliers de familles.L\u2019émergence d\u2019une nation forte et unie et la refonte du tissu social s\u2019appuient d\u2019abord sur la restauration de la famille, pivot de toute société.Patrie Notre idéal patriotique est proportionnel à la grandeur et à la beauté de notre projet national, conformément à notre identité culturelle et à notre contribution à l\u2019instauration d\u2019un nouvel ordre socio-politico-économique.F - Un mouvement coopératif non finalisé Le problème central inhérent au mouvement coopératif résulte du fait que c\u2019est un système non complété, c\u2019est-à-dire, non aligné sur des buts globaux et à long terme, en matière de développement économique et social.Quelle sera la contribution du mouvement coopératif au produit provincial brut en 1990?De quelle stratégie dispose le mouvement coopératif, afin de favoriser l\u2019auto-détermination économique du Québécois?De quelle façon les dirigeants de coopératives entendent-ils actualiser la mission historique de la coopération visant à la transformation sociale de la société? 596 L\u2019ACTION NATIONALE Le pire danger qui guette le mouvement coopératif serait de se méconnaître lui-même, d\u2019être trop modeste, de sous-estimer ses virtualité humaines et ses potentialités économiques, de minimiser sa contribution au projet collectif.En l\u2019absence d\u2019un plan maître, le mouvement ne dispose pas d une vision de son état futur et il devient à la merci du hasard et des circonstances.D\u2019un point de vue global, plusieurs symptômes reflètent le manque de planification du mouvement coopératif: développement spécialisé et non-équilibré des secteurs coopératifs, acculturation du système coopératif par le système capitaliste, isolement des coopérateurs et des coopératives, absence d\u2019un credo ou d\u2019un système de valeurs proprement coopératif, manque de volonté de conquérir et de coopératiser l\u2019organisation économique et sociale de la nation, etc.Ce laisser-aller au niveau des finalités nous laisse apparaître le mouvement coopératif comme un géant endormi.Est-ce qu\u2019on assistera au réveil de ce géant durant les années 80?G - Un second souffle mobilisateur Le réveil de ce géant pourrait cependant constituer un des grands espoirs québécois des années 80.Voici quelques assertions que nous formulons à l\u2019égard de ce potentiel coopératif: a)\tLa dégradation du climat social au Québec s\u2019explique largement par le fait que les travailleurs et les consommateurs sont absents du système économique fondé sur le capital et son accumulation, pour ne pas dire qu\u2019ils y sont étrangers.Par la promotion de la démocratie économique, la coopération possède de puissants atouts pour refaire le tissu social.b)\tLe retard économique des Québécois peut constituer un atout et une avance, lorsqu\u2019il est question de reconversion industrielle et de réorientation de l\u2019économie vers des objectifs humains et de qualité de vie.Il revient au coopératisme d\u2019assumer le leadership dans la pressante mission visant à recharger les hommes et les institutions et partant, à établir une société plus équitable et fraternelle.c)\tParce qu\u2019elle se situe au centre même des enjeux sociaux contemporains (démocratie économique, solidarité, qualité de vie.), la coopération fournit un idéal et une structure COOPÉRATION ET PROJET DE SOCIÉTÉ 597 appelés à être à l\u2019avant-garde en matière d\u2019innovation sociale au Québec.d)\tLe réseau coopératif a fait la démonstration de son dynamisme et de sa compétence, avec ses 3 000 entreprises appartenant en propre à la collectivité québécoise et détenant plus de 23 milliards $ d\u2019actifs.e)\tLe système coopératif est déjà impliqué dans la résolution des principaux défis posés à la collectivité québécoise: rapatriement des pouvoirs décisionnels, création d\u2019emplois, revitalisation des campagnes, valorisation des dynamismes régionaux.f)\tL\u2019émergence d\u2019un contexte socio-culturel favorable.Parmi les tendances lourdes du Québec, nous observons la montée de nouvelles valeurs exerçant une pression sur la société.Or, il est intéressant de constater que ces valeurs sont congruentes avec l\u2019esprit coopératif.Il est probable qu\u2019une symbiose intense se réalisera entre le mouvement coopératif et les nouvelles aspirations contemporaines: \u2014 Un sain nationalisme consistant à rapatrier les centres décisionnels et à encourager d\u2019abord nos institutions.\u2014 L\u2019esprit régionaliste mettant en valeur les forces vives du milieu, conformément à leur profil d\u2019aptitudes socioéconomique.\u2014 La volonté de se prendre en main (self-reliance) au niveau individuel et collectif, afin de rénover son cadre de vie économique, social et culturel.\u2014 La volonté de la base de participer aux instances décisionnelles qui affectent son comportement.\u2014 La revendication, de la part des jeunes générations, d\u2019une économie plus juste et plus humaine.\u2014 Une motivation vers la qualité de vie sous toutes ses formes.H - Le projet coopératif québécois La vision de la coopération québécoise doit dépasser celle de la micro-unité coopérative et du secteur coopératif, pour déborder sur la recherche de solutions plus globales reliées au type de développement à privilégier en vue d\u2019une plus grande auto-détermination économique et de la restauration sociale.Le défi actuel consiste à dynamiser le réseau formé de 3 000 unités coopératives et de 4 millions de membres et à constituer 598 L\u2019ACTION NATIONALE un véritable mouvement coopératif doté de son propre système de valeurs, ses projets à long terme, son plan de transformation sociale, ses stratégies de développement régional, ses programmes d\u2019implication des membres, bref, une façon originale et spécifique de façonner un système économique par et pour les Québécois.De plus, l\u2019une des principales missions de la coopération québécoise consiste à imprégner le fonctionnement des autres acteurs (patronat, état et syndicat) de l\u2019esprit coopératif, dont les valeurs dominantes sont la solidarité, la justice, l\u2019entraide, la responsabilité, la démocratie, le self-help, etc.Alors, la propagation de l\u2019esprit coopératif engendrera quel type d\u2019économie?I - D\u2019une économie de domination à une économie de solidarité Par économie solidaire nous entendons des organisations qui s\u2019inspirent de l\u2019esprit coopératif en se réglant sur la démocratie économique et en favorisant une économie au service de la personne.Le but visé est de bâtir un système plus équilibré d\u2019échanges mutuels, afin de dissoudre l\u2019aliénation et le mécontentement.En effet, l\u2019esprit coopératif \u2014\tsuscite l\u2019autosuffisance (self-help); \u2014\tdémocratise le pouvoir économique; \u2014\tredonne des racines humaines à l\u2019économie; \u2014\tfavorise l\u2019éducation économique et sociale des gens; \u2014\tatténue les tensions sociales permettant des activités en commun; \u2014\treplace les technocrates sous une autorité démocratique; \u2014\tbrise le lien étroit entre le capital et le pouvoir; \u2014\taugmente le pouvoir d\u2019achat en utilisant l\u2019action collective; \u2014\tvalorise les belles qualités de la personne et permet d\u2019accéder à une vie plus haute; \u2014\ts\u2019ouvre à la fraternité universelle par la coopération internationale. COOPÉRATION ET PROJET DE SOCIÉTÉ 599 Au Québec, les P.M.E., les sociétés d\u2019État et le secteur coopératif constituent l\u2019essentiel de notre patrimoine industriel et commercial.D\u2019une façon générale, les secteurs privés et publics pourraient s\u2019inspirer étroitement de l\u2019esprit coopératif, notamment dans les relations avec les employés et les usagers, en les impliquant davantage au niveau de l\u2019avoir, du pouvoir et du savoir.Dans la décennie 80, ce sont les organisations qui auront mieux développé le sens de la solidarité des intervenants qui pourront prospérer et passer à travers les perturbations socio-politiques d\u2019une ampleur inégalée.J - Modification du rôle des acteurs économiques Le projet économique visé commande des réaménagements sensibles au niveau des quatre acteurs principaux de la scène économique: \u2014\tque le secteur capitaliste s\u2019applique à réaliser la démocratie industrielle et économique; \u2014\tque le secteur coopératif exerce une rigueur et un leadership dans l\u2019application de sa philosophie, afin que sa pratique coïncide avec son discours; \u2014\tque le secteur syndical réaménage sa stratégie en fonction d\u2019entreprises d\u2019ici qui œuvrent pour la promotion d\u2019employés associés formant une communauté de travailleurs; \u2014\tque l\u2019État délègue certains programmes sociaux et de main-d\u2019œuvre aux entreprises coopératives et communautaires administrées par la population à la base (cf.clinique médicale coopérative).«Un gouvernement de demi-mesure qui distribue des droits et des privilèges avec parcimonie, n \u2019a pas droit de cité dans notre monde moderne et civilisé.» Max Yalden: Appel au gouvernement Davis (Le Devoir, 17 nov.1979). 600 L\u2019ACTION NATIONALE NOUVELLES DE LA CAMPAGNE 1985 Comment se porte la Fondation Minville?Au 15 janvier, nous avons déjà recuilli la somme encore jamais atteinte de 11 000$, soit 69% de notre objectif.Voici, comme promis, la liste des membres de notre COMITÉ D\u2019HONNEUR M.François-Albert Angers\t1000$ M.Georges-Étienne Cartier\t1000$ M.Yvon Groulx\t1000$ Société St-Jean-Baptiste de Montréal\t1000$ M.Marcel Caron\t500$ Mme Anna Lagacé-Normand\t500$ M.et Mme Patrick Allen\t450$ P.Richard Arès, S.J.\t400$ À tous et à chacun de nos lecteurs et amis nous disons un profond merci.Le suspens continue: aurons-nous, dès 1985, 100 000$ espéré ? NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 601 Nos cousins franco-ontariens (suite) par JEAN-D.ROBILLARD Comment nos voisins ontariens traitent-ils leur minorité francophone dans le milieu de l\u2019éducation?I - Le comportement typiquement W.A.S.P.(White Anglo-Saxon Protestant) à Penetanguishene.1979, 7 septembre: La Presse Canadienne annonce que la Fédération des Francophones hors Québec revient à la charge par la voix de son président, M.Paul Comeau.C\u2019est que le conseil scolaire de Simcoe refuse toujours de construire une école secondaire de langue française à Penetang, bien que la loi le permette et que le gouvernement ontarien ait promis de défrayer 85% des coûts.M.Davis ne pousse pas fort! 1979, 19 septembre: Gérard Lévesque, secrétaire-général de l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario, appuie les défenseurs de l\u2019école secondaire de la Huronie (Penetang) dans une lettre adressée au ministre de l\u2019Éducation de l\u2019Ontario, Mme Bette Stephenson.Ça ne bouge pas! Comme l\u2019écrivait Robert Décary (Le Devoir, 27 septembre 1979): «C\u2019est beau d\u2019être jugé en français.C\u2019est beau d\u2019être soigné en français.Mais si l\u2019on ne reconnaît pas dès maintenant, le droit de recevoir l\u2019enseignement en français, il s\u2019en trouvera bientôt combien d\u2019Ontariens qui parleront assez français pour se réclamer du droit d\u2019être jugés et soignés en français?» 1979, 3 octobre: Le député libéral de la circonscription de Saint -Henri-Westmount à la Chambre des Communes, Donald Johnston, écrit dans Le Devoir: «La projection du nombre d\u2019élèves d\u2019expression française d\u2019ici 1983 ne pourrait pas s\u2019établir avec exactitude, néanmoins les chiffres provenant des deux bords et que nous avons examinés paraissent justifier l\u2019école en question.» Alors pourquoi ce retard dans l\u2019établissement de cette école?«Le problème semble exister au niveau de l\u2019administra- 602 L\u2019ACTION NATIONALE tion.la situation est complexe.» et patati et patata.on essaie encore d\u2019excuser, de noyer le poisson.1979, 5 octobre: D\u2019Ottawa, Claude Turcotte écrit dans Le Devoir que le cas de Penetang sera à l\u2019avant-scène du congrès de l\u2019ACFO.1\t- M.Davis devient rapidement nerveux, lorsqu\u2019on soulève en sa présence la situation de la minorité francophone dans sa province.2\t- La population anglophone demeure en trop grand nombre allergique à la reconnaissance du fait français dans cette province.3\t- L\u2019ACFO s\u2019interroge sur les intentions du gouvernement Clark envers la minorité francophone ontarienne.Elle avait invité le sénateur Martial Asselin à venir adresser la parole aux congressistes.Il a d\u2019abord accepté l\u2019invitation, puis s\u2019est désisté par la suite.Une seconde invitation a été faite à M.David Macdonald, secrétaire d\u2019État: il a refusé.Une troisième demande au bureau du premier ministre Clark n\u2019a pas donné plus de résultat.Le même jour, le Globe and Mail (Toronto) annonce que le gouvernement de l\u2019Ontario s\u2019est prononcé contre le projet de construction d\u2019une école secondaire à Penetanguishene, près de Barrie.«Comme Pénélope, le gouvernement ontarien vient de défaire en quelques jours ce qu\u2019il prétendait tisser depuis quelques années» (Lise Bissonnette, Le Devoir, 6 octobre 1979).C\u2019est la 14e fois que M.Davis exprime son refus de négocier.{Le Devoir, 8 novembre 1979).1979, 6 octobre: Le gouvernement ontarien promet maintenant aux francophones, pour le 1er janvier 1980, une entité scolaire à l\u2019intérieur des murs de l\u2019école secondaire bilingue de Penetang.1979, 15 octobre: John Ciaccia, député libéral de la circonscription de Mont-Royal à l\u2019Assemblée nationale, écrit: 1\t- «Tant que le gouvernement de l\u2019Ontario ignorera le fait que sa minorité française a un droit fondamental à la survivance culturelle, toutes les minorités du pays éprouveront des difficultés à se faire reconnaître comme telle.» 2\t- «Comment le gouvernement de l\u2019Ontario peut-il espérer voir NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 603 ses citoyens de langue française parvenir à défendre légalement leur cause si dans les commissions scolaires dominées par une majorité indifférente, il n\u2019existe aucun mécanisme pour équilibrer le pouvoir excessif de cette dernière?Quand finira-t-on par comprendre que la révolte naît du spectacle de la déraison devant une condition injuste et incompréhensible?» 3\t- «La survivance culturelle des francophones au Canada n\u2019est pas seulement un droit fondamental, mais aussi une responsabilité qui incombe à tous les gouvernements de ce pays.C\u2019est une responsabilité et un devoir car cette culture fait partie indissoluble de l\u2019histoire du Canada.» 4\t- «En adoptant des politiques qui ont pour objet de nier l\u2019iden- tité culturelle des groupes minoritaires au pays, les gouvernements ne favorisent pas leur intégration dans la société pas plus qu\u2019ils ne les préparent à s\u2019identifier avec leur pays.Et c\u2019est peut-être là l\u2019un des aspects les plus tristes de l\u2019affaire de Penetang.» 1979,16 octobre: Roland Desroches, membre du Comité consultatif de langue française du Conseil scolaire du Comté de Sim-coe, résume dans Le Devoir la longue histoire de Penetan-guishene: 1\t- Décembre 1977, le Comité consultatif formule la première demande d\u2019une école secondaire de langue française, car c\u2019est depuis 1969 qu\u2019on désirait améliorer la situation des jeunes francophones de l\u2019école secondaire bilingue de cette ville.2\t- Juin 1978, le Comité consultatif est saisi d\u2019un rapport offi- ciel qui est ensuite rejeté par le Conseil scolaire de Simcoe.3\t- Septembre 1978, le Comité consultatif fait appel à la com- mission des langues d\u2019enseignement de l\u2019Ontario qui désigne un médiateur, M.Berchamn Kipp.4\t- Janvier 1979, l\u2019enquêteur recommande la construction d\u2019une école distincte sur un terrain de la rue John, propriété du Conseil scolaire de Simcoe; le Conseil scolaire rejette la recommandation.5\t- Mars 1979, le Conseil scolaire de Simcoe présente au Comité consultatif les plans d\u2019une annexe à la Penetan-guishene Secondary School.Les négociations échouent. 604 L\u2019ACTION NATIONALE 6 - 4 juin 1979, Mme Bette Stephenson, ministre de l\u2019Éducation, délègue un de ses représentants, M.Doug Penny, pour rencontrer le Conseil scolaire et le Comité consultatif dans un hôtel de Barrie.7-11 juin 1979, le Conseil scolaire adopte une résolution portant que l\u2019école ne serait pas construite à moins que le ministre ne l\u2019exige.8\t- Fin juin 1979, le ministre annonce qu\u2019elle rendra sa réponse en juillet.9\t- Juillet, la décision est reportée à la fin d\u2019août.10\t- Fin août, le ministre renvoie la décision à la mi-septembre.11\t- Mi-septembre, le ministre annonce que la réponse sera rendue le 5 octobre.12\t- 4 octobre, une fuite force le ministre de l\u2019Éducation à re- commander, dès le 5 octobre à une heure du matin, de diviser physiquement, à l\u2019intérieur d\u2019un même bâtiment, toutes les écoles mixtes et de créer des modules français.13\t- «Une fois pour toutes, que le gouvernement de l\u2019Ontario cesse de se vanter partout dans le monde que la minorité est bien traitée dans cette province.Les faits prouvent le contraire.» 1979, 17 novembre: Dans Le Devoir, à la une, on titre: «Pene-tangue, Yalden lance un appel au gouvernement Davis.» «J\u2019affirme que ces jeunes ont un droit inaliénable à leur langue et à leur culture.» 1979, 24 novembre: L\u2019AFCO demande maintenant l\u2019appui pressant des Québécois pour sauver Penetang.On signale, entre autres, dans l\u2019article paru dans Le Devoir: 1\t- Il a fallu se battre en 1923 à Pembrooke, 2\t- Il a fallu se battre en 1971 à Sturgeon Falls, 3\t- Il a fallu se battre en 1973 à Cornwall, 4\t- Il a fallu se battre encore tout récemment à Windsor.5\t- Une cinquantaine de jeunes sont actuellement obligés de fré- quenter une école française illégale à Penetanguishene, parce que le gouvernement de l\u2019Ontario refuse de leur accorder l\u2019école secondaire qu\u2019ils revendiquent depuis maintenant plus de deux ans. NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 605 1980, 7 février: Dans Le Devoir, Patricia Dumas écrit que les pourparlers sont rompus à Penetanguishene.1\t- Le Conseil scolaire de Simcoe, de qui relève l\u2019enseignement à Penetang, convoque une assemblée spéciale, le 4 février.Les membres du Conseil consultatif de langue française de Pene-tangue sont invités; ces derniers ne se sont pas rendus, car sur l\u2019invitation il n\u2019y avait à l\u2019ordre du jour que la négociation des salaires au niveau élémentaire.2\t- Profitant de l\u2019absence des membres du Conseil consultatif de langue française, on ajoute un deuxième point: «Rupture des pourparlers».3\t- La motion est adoptée à l\u2019unanimité.Cela met un terme aux relations entre le Conseil consultatif et le Conseil scolaire.Voilà.Comment qualifier ces façons hypocrites d\u2019agir?1980, 9 février: Mariane Favreau, dans La Presse, rapporte les paroles de M.Gérard Lévesque, secrétaire général de l\u2019ACFO: «Depuis des années, nous, les francophones de l\u2019Ontario, demandons la gérance de nos moyens d\u2019éducation et la plupart des rapports nous donnent raison.Et pendant que le ministère de l\u2019Éducation renvoie la balle au Conseil scolaire et vice versa, l\u2019école secondaire française de Penetanguishene s\u2019est installée dans un bureau de poste désaffecté.» Chaque fois qu\u2019on a voulu établir des écoles françaises, on s\u2019est buté à des refus; il a fallu se battre.ce fut le cas pour Windsor-Essex en 1973-74, pour Elliot Lake, etc.En attendant, la petite école française parallèle de Penetang a besoin de 400 000$, pour continuer d\u2019exister.1980, 23 février: Jeannine Séguin, présidente de l\u2019ACFO, écrit dans Le Devoir que le «Registry Act» de l\u2019Ontario, en 1980, considère le français comme une langue étrangère.Elle ajoute, en parlant de Penetang: «Que vaut un droit reconnu sur papier, alors qu\u2019il faut remuer presque tous les ministres du cabinet de l\u2019Ontario pour le faire reconnaître dans cette localité?» 1980, 29 mars: Dans Le Devoir, on titre: «La Banque Royale dit non aux Franco-Ontariens» .elle refuse de leur venir en aide pour la réalisation de leur projet d\u2019une école française à Penetang.La Banque Nationale s\u2019est contentée de faire un don de 606 L\u2019ACTION NATIONALE I\t000$ à l\u2019ACFO; du même souffle, il ne faut pas oublier de mentionner que ces deux institutions financières ont accordé chacune au moins 75 000$ à la Fondation Pro-Canada, dont on connaît les couleurs.II\t- À l\u2019École secondaire Gabrielle-Roy de Toronto.1979, 30 novembre: La Presse Canadienne expédie une nouvelle au Devoir-, «Le dénouement!» N\u2019ayant pas le choix, les parents des étudiants de l\u2019école Gabrielle-Roy acceptent que la seule école publique francophone de Toronto soit établie de façon permanente dans les locaux de la Hodgson Senior Public School.«Le débat, qui depuis huit mois entoure le choix d\u2019un endroit permanent pour une école publique francophone, a créé des animosités anti-francophones.» 1979,\t6 décembre: De Toronto, on apprend que la Commission scolaire de cette ville manque à ses engagements en ne trouvant pas de locaux permanents pour la seule école publique francophone de la capitale ontarienne! III\t- À la Commission scolaire d\u2019Ottawa.1980,\t30 avril: M.Gérard Lévesque, secrétaire général de l\u2019ACFO, communique à La Presse que «Davis refuse aux Franco-Ontariens la direction des commissions scolaires, même à Ottawa où nous sommes nombreux».Le français n\u2019a toujours pas de statut officiel et «s\u2019il le voulait, le cabinet Davis pourrait d\u2019un seul coup nous retourner à notre \u2018négritude\u2019 du règlement 17».N\u2019oublions pas que le premier ministre ontarien a refusé d\u2019entériner un projet de loi en ce sens, en 1978.1980, 7 mai: La Presse Canadienne nous apprend, dans le quotidien La Presse, que pour Davis, il n\u2019est pas question d\u2019une commission scolaire francophone dans la région d\u2019Ottawa-Carleton.1980, 26 mai: Lucien Bradet, président du Conseil francophone de planification scolaire d\u2019Ottawa-Carleton, expédie une lettre à William Davis: 1 - Il réclame, au nom du Conseil, la création d\u2019un Conseil scolaire homogène de langue française pour administrer les écoles françaises de la région, écoles qui reçoivent quelque NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 607 20 000 élèves.2\t- Dès 1976, une commission d\u2019étude, créée par le gouverne- ment ontarien, recommandait la constitution de ce Conseil scolaire homogène.3\t- En décembre 1979, M.Davis refuse définitivement.4\t- Le Conseil francophone s\u2019empresse de contester par la pré- sente lettre.On connaît la suite.Rien à faire.M.Davis maintient sa décision.IV\t- Au Conseil scolaire de Kirkland Lake.1980, 23 février: Jeannine Séguin apprend à l\u2019instant que le Conseil scolaire de Kirkland Lake refuse aux francophones de cette région la mise en place d\u2019une école secondaire de langue française.Pourtant, c\u2019est Thomas L.Wells, ministre des affaires intergouvemementales de l\u2019Ontario, qui affirmait en 1978: «Je n\u2019ai pas l\u2019impression que les Franco-Ontariens demandent la lune.Les fondations sur lesquelles repose notre nation leur donnent le droit de se sentir ici chez eux, d\u2019être fiers de leur culture, d\u2019exiger qu\u2019on les traite sur un pied d\u2019égalité avec leurs concitoyens de langue anglaise et de se réaliser pleinement.» De bien belles paroles.V\t- Aux Universités supposées francophones, a) L\u2019Université Laurentienne.1980, 26 février: Les étudiants francophones réclament une université dans le nord de l\u2019Ontario.Le bilinguisme de l\u2019Université Laurentienne?Allons donc, une autre farce.1\t- Les facultés de sciences sociales et des humanités ne garantis- sent pas de programmes en français, d\u2019une année à l\u2019autre.2\t- Les facultés des sciences et des écoles professionnelles n\u2019of- frent qu\u2019un minimum de cours en français et uniquement afin d\u2019avoir droit aux subventions pour le bilinguisme et le biculturalisme.3\t- Les départements de commerce et d\u2019éducation physique refusent catégoriquement d\u2019offrir des cours en français, alors qu\u2019ils recrutent le plus grand nombre d\u2019étudiants. 608 L\u2019ACTION NATIONALE 4\t- La langue de communication dans les départements, les facultés et l\u2019administration interne est l\u2019anglais.5\t- Les professeurs francophones membres du nouveau syndicat reçoivent leur correspondance en anglais.6\t- Les francophones sont absents des plus hauts postes adminis- tratifs de l\u2019Université.7\t- L\u2019Association des étudiants francophones de l\u2019Université Laurentienne existe depuis 1974; mais l\u2019administration ne reconnaît toujours pas son autonomie.8\t- Cette Association n\u2019a jamais eu de représentation paritaire au sénat de l\u2019Université ni à certains comités sénatoriaux.9\t- Le fait que les étudiants francophones ne composent qu\u2019un tiers de la population totale démontre le désintéressement de l\u2019Université à recruter les étudiants franco-ontariens, alors qu\u2019on sait que le Nord de l\u2019Ontario a le potentiel nécessaire pour faire fonctionner et alimenter une université franco-ontarienne.b) L\u2019Université d\u2019Ottawa.1980, 3 mars: Eugène Lavoie écrit une lettre au Devoir, au sujet de l\u2019Université d\u2019Ottawa, qui s\u2019est toujours dérobée à ce qui aurait dû être sa vocation première: être à la fois le couronnement de l\u2019enseignement français en Ontario et l\u2019un des principaux foyers de la vie française hors Québec.1\t- En 1968, Jean-Louis Gagnon, après bien d\u2019autres, dénonce l\u2019ambivalence néfaste de cette université et la presse de se franciser.Peine perdue.2\t- Depuis plus de vingt ans, cette institution forme des méde- cins qui, même francophones, ignorent à peu près tout du français dans l\u2019exercice de leur profession.3\t- L\u2019administration de l\u2019Hôpital général devenu par la force des choses hôpital universitaire, est à peu près complètement anglicisée.4\t- Chez les ingénieurs francophones issus de cette université, le cas est semblable.5\t- Cette université «aurait pu être le symbole de notre fierté de vivre en français.Elle a préféré le confort d\u2019un bon-enten-tisme naïf, fondé sur l\u2019acceptation joyeuse ou du moins résignée de notre inégalité, laquelle débouche inexorable- NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 609 ment à plus ou moins long terme sur l\u2019assimilation.» Il ne nous reste qu\u2019à déposer ici et là quelques cerises sur le gâteau.Nous avons cité le 13 octobre 1979, le 7 janvier 1980, le 20 septembre 1980, le 3 octobre 1980, en plus des perles suivantes: 1979,\t23 novembre: Mlle Jeannine Séguin, présidente de l\u2019ACFO, prend la parole devant les membres de la S.S.J.B.de Montréal: 1\t- Bill Davis ne donne aucun signe de réelle volonté politique de reconnaître les droits légitimes de la minorité francophone en Ontario.2\t- M.Davis oublie de dire qu\u2019il a fallu que 22 Franco-Ontariens aillent en prison pour tenter d\u2019obtenir des services en français, avant que M.McMurtry puisse venir annoncer au Québec qu\u2019on pouvait maintenant subir un procès en français en Ontario.1980,\t16 février: Le Curé de Sault Ste-Marie, en Ontario, le Père Noël H.Fortier, c.s.c., écrit, dans Esprit-Vivant, que l\u2019assimilation règne en dehors du Québec.«Là où la communauté francophone est petite numériquement, il n\u2019y a plus d\u2019espoir.J\u2019appartiens à une famille de onze enfants; pas un seul de mes frères et sœurs n\u2019a épousé un francophone.Sur mes 20 neveux et nièces, trois seulement comprennent le français.Davis ment effrontément, lorsqu\u2019il prétend que la minorité francophone d\u2019ici est mieux traitée que la minorité anglophone du Québec.Sur les 14 mariages célébrés dans ma petite paroisse «nationale» en 1979, deux seulement étaient des mariages de deux Franco-Ontariens.» 1980, 27 février: Dans Le Devoir, un entrefilet nous donne un exemple entre mille de ce qu\u2019ont à supporter nos cousins franco-ontariens: 1 - M.L.E.Ellis, directeur de la filiale d\u2019Ottawa de la National Grocers Co.Ltd, fait parvenir un mémo aux 500 travailleurs dont plus de la moitié sont d\u2019expression française (à l\u2019entrepôt, les francophones forment à peu près 80% de la main-d\u2019œuvre): «On pourra utiliser la langue de son choix à la pause-café et au déjeuner; mais pour le reste, la langue de travail sera l\u2019anglais.» Et cela, même si l\u2019usage s\u2019était ré- 610 L\u2019ACTION NATIONALE pandu, au cours des années, d\u2019utiliser les deux langues au travail.2\t- Une employée affirme: «Si tu es Français, ici, tu ne vaux pas grand-chose et tu n\u2019as pas de promotion.Pourtant, les francophones rendent différents services, parce qu ils parlent les deux langues et ils devraient être payés davantage pour ces services supplémentaires.» D\u2019ailleurs, la compagnie admet qu\u2019elle a des clients importants au Québec, où le français est nécessaire.1980, 17 septembre: Michel Vastel décrit le dédain fait au français, lors de l\u2019inauguration d\u2019une aciérie que la Stelco a plantée sur les rives du Lac Érié: 1\t- Stelco vit dans la plus complète ignorance qu\u2019il y a au Canada deux sociétés et un premier ministre francophone.2\t- À table, on distribue aux hôtes des paroles de l\u2019hymne na- tional uniquement en anglais.3\t- On dépêche de Montréal du personnel et du matériel pour satisfaire la presse francophone avec un minimum très incomplet par rapport à ce qu\u2019on réserve à la presse du pays.4\t- M.Peter Gordon, directeur général de Stelco, fait inscrire sous le nom de M.Pierre Elliott Trudeau: «Prime Minister of Canada».On oublie le «Premier ministre du Canada».Et cela est gravé dans une brame d\u2019acier pour les générations futures.1980, 15 octobre: Gilles Paquin, du bureau d\u2019Ottawa, cite dans La Presse M.Yves Saint-Denis, président de l\u2019ACFO: 1\t- La proposition du gouvernement Trudeau ne fait que per- pétuer la politique de deux poids deux mesures entre Franco-Ontariens et Anglo-Québécois.L Ontario n était pas liée par la loi avant, elle ne le sera pas plus à l\u2019avenir.2\t- Le Québec était tenu depuis plus d\u2019un siècle de fournir des services en anglais aux anglophones.Pendant ce temps, l\u2019Ontario n\u2019offrait aucun service aux francophones et le Manitoba se moquait des dispositions de la loi qui l\u2019obligeait à faire comme le Québec.3\t- L\u2019ACFO trouve particulièrement injuste que la majorité puisse fixer seule le nombre d\u2019élèves requis pour l\u2019octroi de NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 611 services scolaires.1980, 21 octobre: M.Hatfield, premier ministre du Nouveau-Brunswick, accuse M.Davis à New York, devant une trentaine de personnes, journalistes, hommes d\u2019affaires, observateurs, etc.1\t- M.Davis nourrit le sentiment anti-français au Canada.2\t- M.Davis a bloqué sciemment le processus de réforme cons- titutionnelle.3\t- L\u2019Ontario qui ne désire rien d\u2019autre que le statu quo a trompé les Québécois, lors du référendum.4\t- On sait que M.Davis a obtenu de M.Trudeau que disparais- sent de son projet constitutionnel les clauses qui obligeraient l\u2019Ontario au bilinguisme pour les tribunaux et le Parlement, ce à quoi sont déjà tenus le Québec et le Manitoba.5\t- C est dans la législature ontarienne que l\u2019on retrouve les sentiments anti-français.6\t- Quatre jours plus tard, Paul Longpré ajoute à ce sujet, dans La Presse, que Davis a trahi le Québec et il cite le premier ministre du Nouveau-Brunswick: «Le premier ministre ontarien a trahi les Québécois, puisqu\u2019il a, lui aussi, comme les autres premiers ministres provinciaux, réclamé un \u2018non\u2019 au référendum de mai, en promettant une réforme en profondeur du fédéralisme canadien de manière à faire droit aux revendications légitimes du Québec.En refusant de faire de 1 Ontario une province bilingue, au plan des services, là où se trouve la minorité la plus importante numériquement, le gouvernement de Queens Park a vidé de sa substance la réforme promise par les forces du \u2018non\u2019.» Même Claude Ryan, le leader libéral québécois, se trouve muselé.Et le 18 novembre, c\u2019est au tour de M.Yalden d\u2019appuyer M.Hatfield: «Comment peut-on concevoir que des droits constitutionnels soient accordés à une minorité de langue officielle mais non pas à l\u2019autre, à une province mais non pas à sa voisine?» 1980, 13 novembre: La Chambre de Commerce de Montréal reçoit M.McMurtry comme conférencier invité.À cette occasion, ce dernier déclare que «le bilinguisme en Ontario n\u2019a pas de 612 L\u2019ACTION NATIONALE racine historique ni de tradition, comme c\u2019est le cas au Québec.donc il est fallacieux de comparer ce qu\u2019offrent à leurs minorités l\u2019Ontario et le Québec».Traduisez: le Québec a été le dindon de la farce; ou encore: le vaincu doit s\u2019incliner devant le conquérant.1981, 8 janvier: La Conférence des évêques catholiques de l\u2019Ontario favorise, devant le Comité spécial mixte sur la Constitution, la reconnaissance pleine et entière des droits de la minorité francophone de cette province; Mgr Plourde reprend essentiellement la position de l\u2019ACFO.qui doit continuer le combat.1981, 17 février: Ronald Rudin, professeur au département d\u2019Histoire de l\u2019Université Concordia au Campus Loyola, écrit un texte dans Le Devoir.«L\u2019Ontario, 70 ans plus tard».1\t- De 1881 à 1911, le nombre de francophones s\u2019est accru beau- coup plus rapidement que la population ontarienne dans son ensemble.Alors qu\u2019en 1881, ils ne représentaient que 5% de la population totale leur pourcentage atteignait 10% vers 1911.2\t- Numériquement plus forts, il était normal qu ils tentent d\u2019améliorer leur situation sur le plan scolaire.3\t- Cette proclamation des droits francophones ontariens sou- leva une vive réaction surtout chez les Orangistes, adversaires irréductibles de toute cause catholique ou française.Cette opposition aboutit à l\u2019adoption du fameux Règlement 17, soit le bannissement de l\u2019usage du français dans les écoles au-delà des deux premières années du cours primaire.4\t- Parce qu\u2019ils revendiquaient à juste titre des droits accrus, les Franco-Ontariens perdent alors ceux, déjà bien maigres, qu\u2019ils possédaient.5\t- L\u2019auteur conclut: «Si, comme il faut l\u2019espérer, le premier ministre Davis se trompe, lorsqu\u2019il juge la population ontarienne intolérante, il doit de toute urgence faire accepter l\u2019article 133.En revanche, si son intuition est juste, il lui faut trouver le moyen d\u2019agir sur l\u2019opinion publique.» Or, il ne veut faire accepter l\u2019article 133.et il se croise les bras quant à la deuxième option.1981, 28 février: La Presse révèle les résultats d\u2019un sondage mené auprès des électeurs qui voteront pour les conservateurs en NOS COUSINS FRANCO-ONTARIENS 613 Ontario: 49% s\u2019opposent à garantir les droits linguistiques dans la constitution canadienne pour les Ontariens d\u2019expression française, quand ceux-ci ont des rapports avec le gouvernement provincial de l\u2019Ontario dans les domaines des tribunaux, les écoles et les services gouvernementaux comme les bureaux de l\u2019assurance-chômage; par contre, 42% sont en faveur de cette mesure.M.Davis a donc raison d\u2019invoquer l\u2019intolérance de la population anglophone ontarienne.Si nous revenions à l\u2019éducation.car ne croyez surtout pas que tout s\u2019est réglé à la satisfaction des Franco-Ontariens; la litanie se continue: 1980, 6 décembre: La Presse canadienne traduit un texte paru dans le Toronto Star, où l\u2019on écrit qu\u2019en avril dernier, les parents, les enseignants et les élèves de l\u2019école Duke of York avaient combattu l\u2019idée de créer un service d\u2019enseignement en français dans le cœur de la ville de Toronto.Puis Jarvis, une école secondaire de 1 400 élèves, «s\u2019oppose avec véhémence à créer dans l\u2019école des classes séparées pour 23 élèves francophones».1980,\t31 décembre: Séraphin Marion, historien et homme de lettres, résume l\u2019histoire des Franco-Ontariens dans Le Devoir-, il termine par ces mots: Depuis la moitié du XIXe siècle, «les Franco-Ontariens s\u2019égosillèrent en répétant que la minorité franco-catholique de cette province voulait être traitée dans le domaine scolaire, de la même façon \u2014 avec justice et générosité \u2014 que l\u2019était la minorité anglo-protestante du Québec.Rien de plus, mais rien de moins».Tous ces efforts se révélèrent vains, sauf quelques miettes tombées de la table.«1980 a donc été l\u2019année des grands espoirs déçus pour les Franco-Ontariens» écrit Patricia Dumas, dans Le Devoir (3 janvier 1981).1981,\t3 février: Jean-Pierre Proulx écrit dans Le Devoir que l\u2019ACFO tentait, la semaine dernière, un ultime effort auprès de M.Trudeau pour le convaincre du bien-fondé de ses revendications.Ce fut en vain: l\u2019article 23 a été adopté en ne reconnaissant que les droits individuels en matière de langue d\u2019enseignement.L\u2019ACFO continue donc inlassablement sa lutte pour que les minorités francophones se voient reconnaître le droit de gérer 614 L\u2019ACTION NATIONALE leurs propres écoles.1981, 10 février: Le Comité de coordination de Penetang explique les injustices et les frustrations quotidiennes que subissent les Franco-Ontariens pour vivre et étudier en français dans cette province.Mme Claudette Paquin, présidente de ce Comité, affirme: 1\t- Les francophones de l\u2019Ontario ne bénéficient pas de con- ditions et de services éducatifs et culturels adéquats, contrairement à ce que clame le premier ministre ontarien.2\t- Chaque école française en Ontario a été gagnée de haute lutte, parfois après dix ans de crise scolaire.et une fois acquise, elle n\u2019est pas à l\u2019abri de coupures: de services, d\u2019options, de cours, de personnel, quand elle n\u2019est pas logée dans des locaux insalubres.3\t- Les Conseils scolaires en Ontario ne veulent pas d\u2019écoles françaises et des attentes «inacceptables» bloquent tous les dossiers à tous les niveaux.4\t- Les écoles sont accordées sur papier, mais tout est mis en œuvre pour retarder leur implantation, que ce soit les conditions d\u2019achat de terrains qui s\u2019y rattachent, les changements de zonage, les subventions spéciales, etc.5\t- Il est inconcevable que l\u2019on s\u2019attende à ce que les anglo- phones nous donnent quoi que ce soit.6\t- On vit de promesses en promesses et tout ce qui a été acquis peut être retiré n\u2019importe quand.7\t- En Ontario, les francophones représentent une sous-minorité par rapport à la minorité catholique qui gère le réseau des écoles dites séparées.Conclusion: C\u2019est ainsi.D\u2019une part, Penetanguishene et toutes les injustices criantes qu\u2019on y a vécues; d\u2019autre part, les commerçants anglophones québécois qui se plaignent à Alliance-Québec que la Loi 101 viole leurs droits et leur liberté au sujet de l\u2019affichage public; et pour les aider dans cette cause, les pauvres n\u2019ont reçu que 900 000$ en subvention du Secrétariat d\u2019État! (Le Devoir, 19 juin 1984). NOUS ATTENDONS ENCORE LE MESSIE 615 Nous attendons encore le Messie! par RENÉ BLANCHARD, directeur de la SNQ \u2014 Centre du Québec.Les campagnes électorales font ressortir les constantes de l\u2019histoire.Les Canadiens-Français sont d\u2019abord des catholiques romains, jansénistes et messianistes.Et ils le demeurent malgré les parades laïcisantes et les révolutions de surface.L\u2019État collectif religieux a influencé tous nos comportements, y compris nos choix politiques.Nous avons toujours eu besoin de chefs conservateurs et autoritaires, besoin de respecter l\u2019ordre établi tout en flirtant avec l\u2019inconduite sociale et morale.Nous plaçons sur des têtes ayant pour toute référence le choix populaire la Providence qui nous fait survivre.Et nous les suivons aveuglément, sans relever le moindre paradoxe dans leurs attitudes tout à fait contradictoires.Point n\u2019est besoin de logique pour capter le vote au Québec.Il suffit d\u2019agiter les pires serpents.Duplessis fut titanesque, parce qu\u2019il sut correspondre à l\u2019âme collective et mettre religion et politique dans le même sac, agir au profit de l\u2019un et de l\u2019autre, servir les évêques et s\u2019en servir.Trudeau fut entraînant, parce qu\u2019il incarnait un nouveau nationalisme de conquête et de bravade, une laïcisation longtemps souhaitée de l\u2019autorité, un statut économique personnel toujours refusé aux Canadiens-Français.Que nous reste-t-il de ces engouements, réponses à nos frustrations?L\u2019impression de tirer des ficelles plutôt que de nous servir intelligemment de la politique.L\u2019impression de nous gouverner par réaction instinctive plutôt que rationnellement et avec art.L\u2019Église, avec la révolution tranquille, s\u2019est désengagée des affaires publiques, de l\u2019éducation surtout, qu\u2019elle occupait comme une chasse gardée.Mais l\u2019idéologie religieuse imbibe encore nos comportements.Nous pensons en termes d\u2019école confessionnelle, de religion officielle, de morale traditionnelle, même si nous agissons en païens.En politique, nous sommes conser- 616 L\u2019ACTION NATIONALE vateurs dans l\u2019âme, tout en nous voulant libéraux de corps et d\u2019esprit.Il nous faudrait beaucoup de sens critique pour redonner un sens à notre vie collective, la dégager de nos fixations et de nos inquiétudes religieuses.Incarner ici nos recherches de justice et d\u2019équité.Cesser surtout de penser au sort des chrétiens d\u2019ailleurs, des Sandinistes, des Sakarov de toutes les nations, et penser d\u2019abord à nos propres déshérités politiques, sociaux et économiques.La société québécoise a assez de plaies sociales à panser pour occuper tous nos chercheurs de Cités-Libres et tous nos jécistes déconfessionnalisés.Notre petit groupe n\u2019a même pas suffisamment d\u2019huile pour éclairer sa propre lanterne! La préoccupation qui manque le plus à la communauté québécoise est celle d\u2019incarner son avenir dans un modèle nouveau de société.Il faudrait, pour lui faire place, sortir des ornières du passé, de cet enchevêtrement malsain de religion et de politique, les deux conservatrices à outrance qui nous ont valu des chefs aussi mythiques et contradictoires que Duplessis et Trudeau.Mais comment nous dégager d\u2019idéologies embrouillées pour nous engager librement, en toute autonomie, dans un projet de société qui réponde à nos besoins?Peut-être, d\u2019abord, réaliser que les renouveaux catholiques ou politiques qui pointent présentement ne peuvent donner plus de cohérence à nos valeurs, à notre vouloir-vivre collectif, à nos normes de comportement et aux attentes de notre communauté nationale.Réaliser qu\u2019opposer nationalisme et fédéralisme n\u2019a pas plus de sens que d\u2019opposer catholiques et protestants.Que dénoncer l\u2019engagement politique des chrétiens, c\u2019est renoncer au dynamisme profond du christianisme.La critique politique a peut-être fait un peu de chemin depuis la révolution tranquille, mais a-t-elle porté des fruits?Où est le nouveau modèle social qui correspondrait aux besoins de notre temps? UNE SIRÈNE SOCIALISTE AU QUÉBEC 617 À contre-courant Une sirène socialiste au Québec par ROGER DUHAMEL Les notions de gauche et de droite ont entraîné et continuent d\u2019entretenir beaucoup de confusion dans les esprits.On peut imaginer leur origine dans la disposition géographique des députés et des conventionnels au sein des assemblées révolutionnaires.Le gros inconvénient de ce clivage, c\u2019est que les principes et les convictions que l\u2019on associe à la gauche et à la droite ont la fâcheuse tendance à se déplacer au gré des circonstances.À telle enseigne qu\u2019il y a quelque cinq ans, sous le titre révélateur de Chassé-croisé, M.Guy Rossi-Landi consacrait tout un ouvrage aux substitutions idéologiques entre ces deux orientations.Malgré le caractère tout à fait approximatif de ces désignations, aussi bien les conserver pour des raisons de commodité, tout en essayant d\u2019y voir clair et de n\u2019être pas dupe des impostures qu\u2019elles véhiculent.En gommant les nuances, on peut admettre que l\u2019homme de gauche obéit aux impératifs de son cœur, qu\u2019il affiche beaucoup de générosité au moins verbale et qu\u2019il se réclame hautement des exigences de la justice.De son côté, l\u2019homme de droite se montre plus docile aux enseignements de la raison, il estime qu\u2019un minimum d\u2019ordre est indispensable au règne de la justice et il possède un sens aigu du réalisme.Bref, ce sont surtout des différences de tempérament qui opposent les uns aux autres.Un vocabulaire d\u2019importation Pendant de nombreuses années, ces distinctions demeuraient lettre morte dans notre pays, elles représentaient des valeurs qui n\u2019avaient cours qu\u2019à l\u2019étranger.Quand il arrivait d\u2019aventure que nos partis traditionnels aient recours à cette terminologie importée à des fins électoralistes, personne n\u2019y accordait tellement d\u2019importance.Des groupuscules très marginaux agitaient dans leurs cellules des concepts fumeux empruntés à Marx et à Lénine, mais il serait exagéré de prétendre que ces idées ont exercé une influence profonde sur notre population.Nous ne pouvions toutefois demeurer à jamais imperméa- 618 L\u2019ACTION NATIONALE blés aux différents mouvements de pensée qui se font jour dans l\u2019univers contemporain.Dans l\u2019ensemble, le parti communiste ne nous a pas beaucoup marqués; sa structure étrangère sentait trop visiblement l\u2019importation.En revanche, le concept ambigu de la social-démocratie détenait plus d\u2019atouts pour nous séduire.Nous l\u2019avons néanmoins toujours repoussée, sous la forme anglo-saxonne et centralisatrice du Nouveau Parti Démocratique, mais nous y avons été plus sensibles quand elle a arboré les couleurs du Parti québécois.Ce fut la source d\u2019une douloureuse équivoque.La tragédie de ce parti politique aura été d\u2019associer dans un même souffle deux idées-force qui ne sont nullement complémentaires et peuvent même devenir exclusives l\u2019une de l\u2019autre.Il est en effet plausible d\u2019être un partisan convaincu de l\u2019indépendance ou de la souveraineté, sans forcément ajouter foi aux méthodes de la social-démocratie dans l\u2019établissement d\u2019une politique plus équitable et plus fraternelle.Et la proposition inverse est également facile à démontrer.De cette incompatibilité souvent fondamentale devaient découler de pénibles affrontements, des départs volontaires ou forcés, des incompréhensions réciproques.D\u2019où l\u2019éclatement dont nous demeurons les témoins attristés.Diverses confréries socialistes Le socialisme proprement dit a aussi ses adeptes.Député démissionnaire du Parti québécois, M.Guy Bisaillon s\u2019est dissocié il y a plusieurs mois de sa formation pour mettre sur pied une organisation de gauche qui serait à la fois socialiste et indépendantiste et porterait le nom de Fondation d\u2019action et de sensibilisation politique.Ce serait le premier pas en vue de la création, au moment jugé opportun, d\u2019un parti qui émergerait dans l\u2019arène électorale.Il faut croire que les perspectives n\u2019ont pas paru très brillantes, puisque M.Bisaillon annonçait récemment son intention d\u2019arrêter les frais et de rentrer définitivement sous la tente.Parmi ces différentes chapelles où les modalités du culte diffèrent peu de l\u2019une à l\u2019autre, on peut aussi mentionner le Regroupement pour le socialisme, qui aspire à assurer la coagulation des forces de gauche, tout en maintenant un minimum d\u2019autonomie à chacune d\u2019entre elles; le Parti des travailleurs du Québec, qui est entré dans la lice au cours d\u2019une élection par- UNE SIRÈNE SOCIALISTE AU QUÉBEC 619 tielle dans Saint-Jacques sans réussir à bousculer l\u2019échiquier politique; ajoutons à cette nomenclature sans doute incomplète de minuscules factions qui se réclament, selon les saisons, de Trotsky, de Mao, de Castro ou du modèle albanais! Comme quoi le ridicule et l\u2019incongruité ne cessent d\u2019entasser leurs victimes.Nous avons réservé pour la bonne bouche le Mouvement socialiste lancé par M.Marcel Pépin, un ancien président de la CSN aujourd\u2019hui recyclé dans l\u2019enseignement universitaire.Il compte parmi ses collaborateurs les plus intimes deux «diplômés» de la CEQ, M.Raymond Laliberté qui affiche une barbichette à la Ho Chi Minh, et M.Yvon Charbonneau, qui se coiffe de la casquette de Lénine.Côté féminin, nous relevons les noms de deux militantes de la CSN, mesdames Lucie Dagenais et Monique Simard.Les professeurs Jacques Dofny et Alfred Dubuc apportent au Mouvement le prestige de leurs galons universitaires.Le Parti de M.Pépin Après plusieurs mois de maturation, ces leaders socialistes ont résolu, comme il était prévisible, de mettre un terme à leur vie cachée et de transformer leur laboratoire intellectuel en un parti indépendantiste, et non pas souverainiste.(Comment en un vil plomb leur or pur se serait-il changé!).Au début de décembre, M.Pépin a lancé un appel à toutes les forces existantes afin d\u2019en arriver à une coalition de toutes les familles aujourd\u2019hui dispersées.Ce n\u2019est qu\u2019au printemps que le nouveau parti acquerra sa forme définitive.Il possède déjà quelques éléments de programme: libre choix en matière de maternité, de contraception et d\u2019avortement; rejet de toute manifestation de sexualité oppressive, notamment l\u2019inceste, la pornographie, la pédophilie, la prostitution; insistance sur les problèmes de l\u2019environnement, ce qui devrait faciliter le recrutement des écologistes et des pacifistes inconditionnels; une économie pluraliste où coexisteront entreprise privée, secteurs socialisés, coopératives et entreprises autogérées; primauté absolue aux valeurs de justice et d\u2019égalité.11 serait certes présomptueux de chercher à prévoir avec exactitude ce que sera l\u2019avenir du Parti socialiste.Force nous est toutefois de noter dès maintenant qu\u2019il n\u2019a pas suscité un mou- 620 L'ACTION NATIONALE vement d\u2019enthousiasme irrésistible.Ses dirigeants sont beaucoup trop marqués à l\u2019estampille syndicaliste pour déterminer de nombreuses adhésions dans les autres couches de la population.De nos jours, instruits par des expériences parfois douloureuses, les gens sont de moins en moins enclins à exalter la lutte des classes comme moyen de promotion sociale et d\u2019affranchissement économique.Comment ajouter foi à une formation issue de l\u2019organisation ouvrière quand il est aujourd\u2019hui généralement admis, comme l\u2019observe Guy Sorman, que «les syndicats dépérissent pour avoir trop agi et pas assez réfléchi» (in La Solution libérale, Fayard, Paris 1984, p.20).Le rejet de l\u2019État Cette poussée collectiviste ne peut surgir à un moment plus insolite, alors que nous assistons à travers le monde à une vague anti-étatiste, consécutive à l\u2019effondrement des utopies du keynésianisme.Nous ne croyons plus, ou nous croyons de moins en moins, à la centralisation étatique, à la démocratisation de l\u2019éducation, à la fiscalité progressive et à la redistribution sociale.En d\u2019autres termes, nous prenons acte de nos erreurs et de nos échecs.Ainsi s\u2019expliquent les victoires éclatantes de Reagan aux États-Unis, de Thatcher en Grande-Bretagne, de Mulroney au Canada, de Kohl en Allemagne fédérale, de Nakasone au Japon.Ainsi s\u2019explique également le virage tous azimuts de Mitterrand, troquant les vieilleries socialistes de Mauroy pour le libéralisme modéré de Fabius.Cette désaffection généralisée à l\u2019égard de l\u2019État, qui correspond à un rejet sans équivoque de la bureaucratie tentaculaire, a quelque chose de sain et de roboratif.Elle indique une volonté de se reprendre en mains, au lieu de s\u2019abandonner aux vieux démons de la facilité et de la démission.Il n\u2019est pas vrai que l\u2019homme soit né pour être fonctionnaire ou pour être soumis à l\u2019arbitraire des fonctionnaires! Sans doute peut-on légitimement se demander si ce courant de libération n\u2019est qu\u2019une mode passagère ou s\u2019il est à l\u2019origine d\u2019une révolution culturelle apte à transformer radicalement notre civilisation.Nous le saurons à l\u2019usage.M.Shirley Letwin, un philosophe américain qui a choisi de vivre à Londres, porte un coup fatal à une contre-vérité qui a longtemps encombré nos modes de pensée.Beaucoup de gens, UNE SIRÈNE SOCIALISTE AU QUÉBEC 621 même s\u2019ils s\u2019efforçaient de savoir raison garder, entretenaient en eux une mauvaise conscience du fait qu\u2019ils ne donnaient pas tête baissée dans toutes les billevesées de la gauche.N\u2019auraient-ils pas su discerner dans le ciel social l\u2019étoile salvatrice d\u2019un Bethléem marxiste?M.Letwin les rassure pleinement: «La force de la gauche a tenu à peu de chose; elle a imposé l\u2019idée qu\u2019elle détenait le monopole de la moralité et de la justice sociale.Aujourd\u2019hui l\u2019illusion se dissipe.» Ce n\u2019est vraiment pas trop tôt.Si nous devons nous en féliciter, comment ne regretterions-nous pas que M.Pépin, qui n\u2019est pas intellectuellement dépourvu et qui a passé l\u2019âge des foucades, entreprenne d\u2019imposer au peuple québécois un cheminement dont il doit connaître d\u2019avance l\u2019issue, au lieu de faire sagement l\u2019économie d\u2019une expérience qui ne peut aboutir qu\u2019à un ratage, parce que fondée sur la négation des réalités fondamentales de la nature humaine?On répondra que le péril n\u2019est pas imminent et que ce n\u2019est pas demain la veille que le Parti socialiste sera au pouvoir.Alors, pourquoi dilapider en vain un capital d\u2019énergies et de bonne volonté? 622 L\u2019ACTION NATIONALE LES COLLECTIONS Après dix ans de patience, nous avons pu établir les collections suivantes: I\t¦ L\u2019Action française (1917 à 1928 incl.) 7 collections complètes au prix de 450$ reliée et de 400$ non reliée II\t- L\u2019Action nationale (1933 à 1984 incl.) 4 collections complètes à 1 000$ chacune Prix spécial pour les Etats-Unis.(Transport inclus): 400$, 350$, 800$ U.S. UN GRAND HUMANISTE: VICTOR BARBEAU 623 Un grand humaniste: Victor Barbeau par ROGER DUHAMEL M.Victor Barbeau, journaliste, professeur et essayiste, prenait l\u2019initiative, en 1944, de fonder l\u2019Académie canadienne-française en vue de grouper les meilleurs esprits de notre communauté nationale.Il y a donc déjà quarante ans que la compagnie poursuit son activité intellectuelle dans notre milieu.Le 11 décembre dernier, l\u2019Académie a marqué cet anniversaire par un hommage à son fondateur.Notre collaborateur Roger Duhamel s\u2019est fait à cette occasion l\u2019interprète de ses collègues pour résumer en quelques paragraphes l\u2019essentiel d\u2019une carrière et d\u2019une oeuvre dont nous avons tous raison d\u2019être fiers.Certains hommes appartiennent à une école ou se réclament d\u2019une doctrine où ils se dressent comme sur un piédestal.Ils font partie d\u2019une phalange dont les membres ont en commun certains traits intellectuels.Quelques idées voisines les guident et un programme collectif les réunit.Tel n\u2019apparaît pas Victor Barbeau, individualiste de tempérament, de vocation et de goût, chevalier farouche d\u2019une solitude hautaine.Certes, il ne s\u2019isole pas de sa génération, il entretient des liens avec ses aînés comme avec ses contemporains immédiats, mais il échappe toujours à quiconque prétendrait l\u2019enfermer dans une catégorie étroite et précise.Il éprouve le besoin de respirer l\u2019air des cimes, il répugne à demeurer dans le rang, il aspire à devenir l\u2019artisan de sa propre aventure.Journaliste et professeur, et cette double désignation, si bien fondée qu\u2019elle soit, ne rend compte que d\u2019une partie du personnage étranger à toute limitation arbitraire.Homme de vaste culture, il n\u2019a rien du spécialiste cantonné dans sa partie et s\u2019y immergeant frileusement.Le vers de Térence s\u2019applique à lui comme si le poète latin l\u2019avait prévu.Oui, c\u2019est bien le terme qui convient: Barbeau demeure dans notre milieu le type accompli de l\u2019humaniste.Et dans notre pays, les humanistes ne se bousculent pas au portillon. 624 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019occasion ne se prête pas à une étude approfondie de l\u2019oeuvre.Comment toutefois ne pas faire brièvement écho à une méditation de longue haleine dont le titre à lui seul exprime le désir profond et insatisfait de son auteur: Pour nous grandir?L\u2019homme atteint environ quarante ans.Il a beaucoup lu, étudié, travaillé, réfléchi.Un séjour européen a élargi ses horizons, sans jamais le déraciner.L\u2019expérience juvénile des Cahiers de Turc l\u2019a déjà mis en contact étroit avec nos réalités intellectuelles et politiques.De l\u2019enquête qu\u2019il a menée l\u2019année précédente sous le titre de Mesure de notre taille, il conserve une image affligeante de notre servitude économique.Le moment lui paraît opportun de s\u2019attaquer à ce qu\u2019il appelle «un essai d\u2019explication des misères de notre temps.» Un diagnostic impitoyable, et qui eût dû provoquer de terribles chocs en retour.Il n\u2019en fut rien, ou si peu, pour cette double raison qu\u2019un bon ouvrage québécois trouve peu de lecteurs et surtout que beaucoup de ces derniers s\u2019emploient à ne déterminer aucun ressac.Quand une sentinelle monte hardiment au créneau, vite, que la rumeur du vent étouffe la voix gênante de Cassandre.N\u2019est-il pas indécent qu\u2019un homme s\u2019avoue à la fois mécontent et réactionnaire, qu\u2019il souffre ouvertement de notre dénûment spirituel et de notre misère morale?Nationaliste, Victor Barbeau?Certes, et de la meilleure espèce, mais non pas dans cette veine facile qui vise à diminuer les autres, nous exemptant du même coup de l\u2019effort de nous élever.La constatation demeure pénible: «Le peuple français du Canada existe: il ne vit pas.» La montée des périls aurait tout ce qu\u2019il faut pour faire perdre cœur à qui n\u2019entend pas bander toutes ses énergies.J\u2019aime cette parole virile: «Pour ma part, je ne démissionnerai pas.» Nous savons que l\u2019octogénaire lucide d\u2019aujourd\u2019hui a su tenir parole.Dans tous les domaines qu\u2019il a abordés, et ils sont aussi nombreux que d\u2019une remarquable variété, l\u2019essayiste n\u2019a jamais transigé sur la qualité, il a refusé de sacrifier l\u2019excellence, il n\u2019a pas accepté une culture au rabais.Cette exigence exemplaire explique qu\u2019il lui soit arrivé plus souvent qu\u2019à son tour de faire cavalier seul.Il aura été l\u2019un des derniers à monter aux barricades, insoucieux des attaques basses et peut-être intérieurement désespéré d\u2019un avenir sombre qu\u2019il aura pressenti. UN GRAND HUMANISTE: VICTOR BARBEAU 625 Au terme du très noble hommage qu\u2019il lui rendait il y a quelques années, le sociologue Jean-Charles Falardeau écrivait: «Comment se fait-il que notre société n\u2019ait pas su ou n\u2019ait pas voulu reconnaître en des hommes comme Montpetit, comme Barbeau, ceux qui incarnaient encore une culture que nous prétendons maintenant reconstituer péniblement, comme s\u2019il ne nous en restait que des éléments, alors qu\u2019ils l\u2019ont vécue, eux, comme une totalité?» La question revient à demander si nous étions vraiment assez riches pour nous priver de la collaboration active et féconde de nos meilleurs cerveaux confinés à une sorte de relégation.Notre tradition veut que nous écoutions distraitement la voix de nos guides authentiques pendant qu\u2019ils oeuvrent à dégager les sentiers de l\u2019avenir et que nous n\u2019acceptions pleinement leur enseignement qu\u2019au moment où leur présence ne nous gêne plus.S\u2019il nous faut un oiseau symbolique, pourquoi pas l\u2019autruche?Si un jour, dans un siècle peut-être, notre nationalité canadienne-française a définitivement succombé aux coups de nos compatriotes masochistes; si nous avons à jamais disparu dans ce magma pluraliste où s\u2019ébrouent un bon nombre de nos gouvernants; si nous avons en somme perdu le courage d\u2019être nous-mêmes, il est prévisible qu\u2019à ce moment-là des amateurs de faits de civilisation se pencheront sur nos cendres à peine refroidies.Affranchis de toute orientation partisane, ces chercheurs reconnaîtront volontiers que ce ne sont pas les intercesseurs qui nous auront fait défaut et au sein de cette pléiade, le nom de Victor Barbeau sera inscrit à son rang, qui ne sera pas médiocre.Non, je ne veux pas me taire sur une vision aussi mélancolique.Mieux vaut évoquer des images plus riantes dont quelques-unes datent de près d\u2019un demi-siècle.Je veux revoir une fois de plus le professeur des H.E.C.occupant chaque midi la table d\u2019angle au restaurant Chez Pierre.Je revois le président disert et élégant de la Société des Écrivains canadiens accueillant un Saint-Exupéry ou un Jouvet.Je revois l\u2019animateur infatigable s\u2019efforçant de rameuter les ouailles indisciplinées de ce qui demeurera longtemps «son» Académie.Je revois le compagnon des derniers ans, devenu plus amène et serein et indulgent, quand nous dînions dans un Vieux-Montréal à peu près désert, au bistro peu éclairé de Paul Gouin, rue Saint-Vincent. 626 L\u2019ACTION NATIONALE Pour les gens de ma génération, le nom de Victor Barbeau nous ramène au temps où Gonzalve Désaulniers présidait l\u2019Alliance française, où Athanase David nous conviait aux concerts symphoniques, où Jean Lallemand pénétrait d\u2019un pas rapide au Ritz, avec la cape et la canne à pommeau, où Robert Choquette prêtait sa voix d\u2019or liquide aux vers de Baudelaire et de Verlaine.Bref, le temps d\u2019une jeunesse abolie qui se survivra jusqu\u2019au jour où ses derniers témoins auront abandonné leurs dernières laines aux ronces du chemin.Aujourd\u2019hui, ce qu\u2019il nous importe de proclamer, c\u2019est que c\u2019était aussi le temps où nous avons commencé à admirer Victor Barbeau.Un peu plus tard, sans qu\u2019il le soupçonnât jamais, nous l\u2019avons aimé.En se confondant, les deux sentiments se renforcent l\u2019un l\u2019autre et n\u2019en font plus qu\u2019un.Nous sommes nombreux à ressentir une fierté profonde d\u2019être les contemporains de Victor Barbeau.Me GUY BERTRAND, Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois et Mignault, avocats, Place d\u2019Iberville 1, 1195 avenue Lavigerie, no 200, Sainte-Foy \u2014G1V4N3 LAINE PAUL GRENIER ENR.\t\tDr JEAN-CHARLES CLAVEAU Spécialité laine du Québec\t\tClinique de pédiatrie 2301 est, rue Fleury\t\t Montréal H2B 1K8\t\tChicoutimi 388-9154\t\tQuébec MAITRES CHEZ NOUS 627 Nouveau front d\u2019attaque à Ottawa Maîtres chez nous par J.-B.GIROUX En commando Si l\u2019avant-gardisme syndical a quelque ressort, la conjoncture économico-politique actuelle au Québec lui donne l\u2019occasion de se déployer.Or, est-ce bien avant-gardiste de mener une lutte économique à outrance face au quasi-État québécois, si l\u2019on délaisse la lutte politique à finir contre le régime d\u2019oppression néo-colonialiste?En cette phase critique, menaçante pour le syndicalisme, ouverte par l\u2019adoption du Canada Bill moyenâgeux, faut-il, pour réussir une escarmouche, se laisser enfoncer par le revers, sur le Deuxième Front (à la Chambre des Communes) à Ottawa?Admettons d\u2019emblée que la prochaine ronde de négociations du secteur public et parapluie ne puisse se dérouler à coups de mouchoir contre le gouvernement employeur, issu du Parti québécois mais responsable devant l\u2019électorat entier du Québec avec le mince pouvoir économique d\u2019un demi-État.Le mouvement syndical francophone eût-il trop tendance à la mièvrerie dans la riposte, qu\u2019un certain secteur, inspiré par l'establishment, se ferait fort de réchauffer la soupe.C\u2019est la politique! Aucune personne syndiquée, moins que toute autre, ne peut se le cacher.Quoi qu\u2019on puisse penser du préjugé favorable péquiste à l\u2019égard des travailleuses et travailleurs dans notre patelin, toujours béatement capitaliste, le syndicalisme québécois, de par sa nature même, se doit, dans les prochains mois, de répondre aux attentes, exprimées ou en puissance, de ses membres.Bref, le temps fort de négociation est venu au Québec et le branle-bas de la lutte comporte ces coups d\u2019escrime si désagréables aux bons bourgeois, même syndiqués.Mais si une lutte économique doit être menée au Québec, que ce combat, auquel les Centrales doivent accorder une priorité, ne dégarnisse pas dangereusement le front, encore plus essentiel à la longue, même s\u2019il est qualifié de Deuxième Front, 628 L\u2019ACTION NATIONALE par les nationalistes, contre le néo-colonialisme à la solde d\u2019une minorité d\u2019exploiteurs centralisateurs.Dans les foulées de l\u2019anti-impérialisme d\u2019un Henri Bou-rassa, le syndicalisme se doit de riposter avec les forces vives du Québec contre un impérialisme s\u2019exerçant au Québec par un Canada devenu depuis 1981 encore plus ouvertement et résolument unitariste et oppresseur.Mais riposter conjointement avec d\u2019autres forces politiques ne signifie pas entretenir une confusion de rôles entre les institutions sociales et leurs objectifs particuliers, même pour assurer la coordination des efforts.Par exemple, deux formations politiques dissemblables ont à joindre leurs efforts pour abattre le même régime oppresseur.Ainsi, le PQ et le FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) ont à se coordonner.Celui-là, parti de pouvoir, celui-ci, mouvement de pression.Pour œuvrer sur des scènes politiques distinctes, ne devront-ils pas procéder aux démarcations et différentiations qui s\u2019imposent?Alors, même dans une lutte commune, les forces syndicales, à cet exemple, doivent tenir à conserver une distance respectable à l\u2019égard de tout parti de pouvoir, quitte à se coordonner dans une action d\u2019ensemble par rapprochement avec un mouvement de pression (à formule électorale) plutôt que directement avec une formation politique qui tiendra au compromis pour conserver un pouvoir partisan.Car, dans une contestation coordonnée, le syndicalisme peut mener sa propre lutte contre l\u2019oppression sociale et nationale.S\u2019associant par contre à un parti politique de pouvoir, cela permettrait sans doute de mener une lutte nationale ferme mais, vraisemblablement, sans égard suffisant à la lutte sociale.Il va donc de soi qu\u2019une première démarcation dans le Deuxième Front favoriserait la recherche d\u2019alliés capable de se reconnaître comme une aile de gauche, donc dégagée des aspirations au pouvoir partisan.À l\u2019aube de la décennie 60, le syndicalisme avait fondé quelque espoir sur un regain de dynamisme au Québec.À cette fin, il avait mis la main à la pâte par fidélité à la défense des travailleuses et des travailleurs.À l\u2019aube de la décennie \u201980, il y a de nouveaux progrès à marquer au Québec.S\u2019ouvre une nouvelle dynamique qui semble s\u2019épanouir avec la volonté grandissante de lutte sur un Deuxième Front.Comment notre syndicalisme MAÎTRES CHEZ NOUS 629 peut-il, tout en défendant ses intérêts, s\u2019insérer dans cette lutte pour le Québec de demain?Avec son efficacité et son pouvoir d\u2019entraînement, il est en quête d\u2019une cause essentielle au peuple tout entier.Et si cette insertion allait déclencher l\u2019appui populaire favorable à la défense des intérêts propres aux diverses classes laborieuses! Alors, quelle veine! Ainsi, puisqu\u2019à l\u2019heure du «Canada Bill» le Deuxième Front est un pensez-y bien, voici, sans prétention, quelques réflexions de conjoncture.Puissent-elles inciter le syndicalisme à y maintenir sa place: à l\u2019avant-garde, auprès des syndicalistes qui se sont déjà rangés parmi les pionniers ouvreurs de ce Deuxième Front.Conscience syndicale dans les événements 1 - Ripostons au «Canada Bill» Le PQ s\u2019efforce d\u2019élargir sa lutte politique vers la scène d\u2019Ottawa.Pure menace?Qu\u2019il ne s\u2019agisse éventuellement que d\u2019un bluff ou d\u2019une stratégie, le syndicalisme, quant à lui, se doit de défendre ses intérêts à l\u2019encontre d\u2019un unitarisme pancanadien opprimant le Québec.Mais tant mieux, si, ce faisant, il appuie les efforts de pionniers d\u2019un FRONT, le FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) qui depuis 1978, au lieu de s\u2019afficher comme parti aspirant au pouvoir, se veut une unité logistique dans la lutte contre un néo-colonialisme rapetissant le Québec.Qu\u2019il coudoie alors des péquistes de gauche plus enclins au militantisme qu\u2019aux savantes combines électoralistes, il ne saurait y avoir là d\u2019affinités inquiétantes au jugement du syndiqué le moins politisé.Mais qu\u2019il s\u2019agisse de rapprochement avec un Marcel Léger qui se dit prêt à sacrifier son ministère pour nailer combattre l\u2019adversaire sur son propre terrain», les militants péquistes eux-mêmes seront les premiers à se méfier de pareil emballement.Même si, dans une cause commune, l\u2019enthousiasme a sa place à côté du réalisme.Pour que la coopération socio-nationaliste des syndiqués s\u2019évite la «récupération par le système», il importe d\u2019introduire au préalable d\u2019essentielles démarcations.Et c\u2019est aux grandes centrales elles-mêmes d\u2019y veiller par des suggestions pratiques à leurs membres plutôt que de les abandonner au hasard d\u2019affinités politiques fortuites, irréfléchies. 630 L\u2019ACTION NATIONALE Et c\u2019est ainsi que, surgies des rangs syndicaux, de nouvelles personnalités, dénuées de prétention à un fallacieux «french power», pourraient démolir cette fausse légitimité qu\u2019un parti pancanadien peut acquérir au Québec, quand on lui laisse le champ libre.Car, il n\u2019est dit qu\u2019à elle seule la carence de sens social et nationaliste des 75 députés du Québec, des partis pancanadiens, finira par discréditer tout à fait chez nous la légitimité de la Chambre des Communes.La chiquenaude déstabilisatrice doit néanmoins se produire à son heure pour un changement de régime, même si l\u2019histoire nous donne de fréquents exemples d\u2019institutions humaines qui croulent sous leurs propres turpitudes.C\u2019est l\u2019électorat québécois absentéiste qui a fait la fortune du Parti libéral du Canada (PLC), ces quinze dernières années.Si le PQ a sa part de responsabilité à cet égard, le syndicalisme l\u2019a aussi, souvent trop égocentrique dans son engagement socio-politique.En politique comme dans la vie, on donne tort aux absents.Ils deviennent marginalisés et voués à l\u2019impuissance.Pareil abandon de combat étale à la face du monde que le Québec ne sait pas ce qu\u2019il veut.Car, comment expliquer à l\u2019O.N.U.que ce sont des électeurs différents qui déposent un vote nationaliste pour élire leurs représentants à l\u2019Assemblée nationale et un vote de conformisme pancanadien pour leur représentation au Parlement canadien?Avec une telle incohérence, notre aliénation sociale ira s\u2019accentuant, au détriment des organismes populaires.Le syndicalisme n\u2019est pas lié comme le gouvernement par le NON référendaire.Qu\u2019il riposte donc à l\u2019unitarisme maquillé en confédération dont le vernis coopératif vient de peler.Encore moins tolérable sera la politique assimilatrice qui nous frappe juridiquement depuis le coup de Jarnac du 5 novembre 1981 et nous impose de regimber.2 - En unité logistique Laisser cette tâche à des politiciens imbus d\u2019ambitions, quoique légitimes, d\u2019exercice du pouvoir dans un demi-État?Imprudence! Car ils pourraient mener mollement l\u2019entreprise de délégitimation d\u2019un pouvoir oppresseur.D\u2019où, la nécessité d\u2019une intervention syndicale imaginative dans la juxtaposition MAÎTRES CHEZ NOUS 631 avec des alliés naturels où chaque formation militante n\u2019engageant pas l\u2019autre ne pourra s\u2019encombrer des difficultés de cette dernière.Des opérations de style commando feraient alors beaucoup mieux l\u2019affaire.Et le syndicalisme n\u2019excelle-t-il pas en ce genre d\u2019opposition à un régime?On croyait à tort, jusqu\u2019à tout récemment, qu\u2019une implication du syndicalisme québécois auprès de la Chambre des communes signifierait une dangereuse saignée financière.C\u2019était ignorer qu\u2019existe, et ne demande qu\u2019à croître, cette unité logistique capable de râfler des munitions à l\u2019adversaire d\u2019Ottawa.Ce Bloc québécois embryonnaire, c\u2019est L\u2019UNION POPULAIRE récemment rebaptisée, le FRONT, pour FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ), oeuvrant sur le Deuxième Front (à la Chambre des communes).Or, le FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) n\u2019est pas qu\u2019un pourvoyeur financier pour la cause du Québec: il véhicule, à la tribune d\u2019Ottawa, le projet social que la nation québécoise élabore à l\u2019intérieur de ses grandes composantes politiques, telles les centrales syndicales.Avec le FRONT, le financement venu d\u2019Ottawa passerait par des agents officiels distincts de ceux du PQ et la tribune outaouaise présenterait notre projet de société dans sa version syndicale peut-être mieux que dans sa version péquiste.Dès l\u2019automne 1982, avec le coup de pouce syndical et le virage péquiste, il y aurait moyen de réussir ce qu\u2019ont projeté les pionniers du FRONT: la campagne de financement du «MAÎTRE CHEZ NOUS \u2014 PHASE II».Car, il nous la faut, cette impressionnante ponction sur le trésor fédéral pour la Cause.À la pensée qu\u2019Ottawa tond si libéralement pour d\u2019autres les contribuables du Québec, profitons pour une fois de la libéralité d\u2019Ottawa dans le financement électoral démocratique en crédits d\u2019impôts \u2014 au généreux taux de 75% du premier 100$ de don.Après le «Canada Bill», le PQ n\u2019a plus d\u2019autre choix que d\u2019entreprendre la promotion de la souveraineté nationale.Or, s\u2019il exerce le monopole de cette démarche, Dieu sait quelle étape peut nous être réservée! C\u2019est ici que le syndicalisme peut tendre l\u2019oreille à ses indéfectibles, tels un Michel Bourdon ou un Guy Bisaillon.Celui-ci, dans une interview à la presse, disait: «.pas nécessaire qu\u2019il 632 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019agisse de la formation d\u2019une aile du PQ.plutôt un commando de députés dégourdis qui pourraient facilement semer la pagaille parlementaire.la population aurait un son de cloche de gens (indépendantistes) dans la place.Le syndicalisme doit donc tenir à ce que, lors de la prochaine élection générale à Ottawa, précipitée ou à échéance, les candidats du FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) soient sur les rangs, que le PQ participe directement ou non.Désormais, donc, mieux vaut laisser s\u2019exercer nos antagonismes quotidiens dans leur champ clos et lutter tous pour le NON déterminant au CANADA BILL.Un NON qui retentisse cette fois tant à l\u2019Assemblée nationale qu\u2019à la Chambre des communes.3 - Maintenant Le PQ croit désormais, semble-t-il, c\u2019est-à-dire si les troupes demeurent dociles comme auparavant aux directives hiérarchiques, qu\u2019il lui est opportun d\u2019intervenir électoralement à Ottawa.Mais à quel moment?C\u2019est là la précision que réclamait le ministre Jacques-Yvan Morin (aux Affaires intergouvemementales).Un des derniers opposants à cette idée, croyant désormais opportune l\u2019intervention indépendantiste, souhaitait que le moment soit déterminé dès le Conseil national, à la mi-mars 1982.Il faut convenir que dès qu\u2019une opération politique est décidée, il faut éviter de tergiverser pour garder l\u2019initiative de la lutte et procéder avec célérité au choix de meilleures modalités d\u2019application.En apparence, le PQ ne semble guère disposé à répondre avant l\u2019automne de 1982.Et au nom de la stratégie, bien des péquistes voudraient maintenir un suspense le plus long possible.Or, pourvu que la détermination subsiste malgré le suspense, le ministre des Affaires intergouvemementales est rassuré.Il a pris acte de l\u2019existence du FRONT, animé par des péquistes, des syndicalistes et des penseurs, si bien qu\u2019une volte-face péquiste deviendrait sinon impensable, du moins improbable.Dès 1979, un parti indépendantiste québécois était enregistré au parlement d\u2019Ottawa.Pour ces pionniers il n\u2019était pas MAITRES CHEZ NOUS 633 nécessaire d\u2019espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer, soit dit selon la célèbre maxime.Pourquoi pourrait-il avoir maintenant l\u2019intention de disparaître?Quand tout l\u2019appelle à persister pour jouer un rôle indispensable d\u2019unité logistique sur le Deuxième Front.Envisagé ne serait-ce que sous l\u2019aspect du financement politique, le FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) est un acquis permettant déjà au militantisme populaire de profiter de crédits d\u2019impôt pour commander au trésor d\u2019Ottawa de tripler environ les dons à la cause nationale.Voilà une réalité immédiate, mieux pour l\u2019instant que deux brillantes possibilités éloignées dans le temps au hasard de quelque stratégie d\u2019un parti de pouvoir, tel le PQ.Préoccupé de sa réélection, il tendra à se ménager autant d\u2019amitiés et d\u2019intelligences que possible dans tous les camps, un nouvel étapisme devenant à l\u2019honneur.Les indépendantistes doivent apprendre à tourner à leur profit cette réalité: donc se cramponner aux propositions déjà conquises.L\u2019action de l\u2019aile péquiste, que ce soit en \u201984 ou en \u201985, soit! Pour l\u2019aile du FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ), c\u2019est maintenant, dans la pensée que des militants se joignent rapidement aux pionniers et préparent la voie aux gros renforts.4 - Et demain Dans l\u2019hypothèse où l\u2019élection à l\u2019Assemblée nationale précéderait l\u2019élection à la Chambre des communes, il peut advenir qu\u2019après une rude négociation des relations de travail dans le secteur public et parapublic, le PQ ait à céder le pouvoir, à Québec.Passé dans l\u2019opposition, le PQ connaîtrait une combativité souverainiste accrue, croient certains observateurs.Du moins, tel pourrait être le cas sur la scène politique québécoise.Mais pour maintenir le feu sacré des militants sur le Deuxième Front, pourrait-on compter sur des troupes en déroute, sur des parlementaires rejetés par l\u2019électorat?Ceux-ci vaudraient-ils mieux pour le Deuxième Front que de nouvelles personnalités ascendantes dans le FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ)?Par mesure de prudence pour demain, il faudrait créer ce parti indépendantiste à Ottawa, démarqué du PQ, s\u2019il n\u2019existait déjà.Les péquistes auront à reconquérir éventuellement le pouvoir à l\u2019Assemblée nationale, ce demi-État.Les syndicalistes et les nationalistes, quant à eux, auront encore à abattre le régime 634 L\u2019ACTION NATIONALE fédéral assimilateur, résolument unitariste, depuis le Canada Bill.5 - Surtout en cas d\u2019urgence Le scénario d\u2019une élection générale précipitée à Ottawa est à considérer.Nos 74 seraient-ils en désaccord, que Trudeau n\u2019en est pas à un affrontement près.N\u2019a-t-il pas déjà refilé contre leur gré au parti de Clark une crise budgétaire et pétrolière lancinante, pour reprendre peu après le pouvoir sous de fausses représentations?Le Québec connaît ce Machiavel avec ses sous-entendus trompeurs de mai 1980.Pour lui, nouvelle impasse, nouvelle fourberie! Voilà tout.Le FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) doit considérer pareil scénario.En effet, René Lévesque peut-il croire à la rapidité d\u2019action de son vaste parti de masse?Pour le PQ, l\u2019indécision chronique est la rançon même de son succès démocratique.Or, précisément, c\u2019est un commando qu\u2019il faut, pour une percée aussi foudroyante que discrète.Encore une fois prévaut la théorie de l\u2019unité logistique, mobile et conjonctuelle, accueillante, vite adaptée aux circonstances.«Recrutez! C\u2019est le temps.» Ce message entendu lors du Conseil national de Jonquière (le 3 octobre 1981) par des pionniers du FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) à Ottawa n\u2019est pas tombé dans des oreilles de sourds.Voici en quels termes un militant pouvait exprimer les intentions normales d\u2019un FRONT POPULAIRE QUÉBÉCOIS (FPQ) constitué en unité logistique: «Mais comme il serait aberrant à un COMMANDO de devenir une formation politique de masse, il s\u2019agissait avant tout pour nous de recruter des personnes courageuses, la fine fleur du militantisme ayant fourni la preuve de leur ténacité contre vents et marées dans la lutte nationale.Nous comptons sur un premier contingent de ces personnalités qui d\u2019une part ont commencé à constituer la «Cagnotte de libération» et qui d\u2019autre part s\u2019affairent à monter un noyau solide autour d\u2019eux pour le COMMANDO prêt à l\u2019attaque.Or, dès que le COMMANDO et ses appuis auront complété leurs premiers contingents, cette équipe de mobilisateurs se constituera une base d\u2019environ 20 000 militants, péquistes, syndiqués ou autres qui puissent profiter de la sympathie que pourrait lui accorder la vaste clientèle du PQ, parti de masse, et les effectifs des mouvements sociaux et natio- MAÎTRES CHEZ NOUS 635 naux, pour ne mentionner que ces deux sources de notre vouloir vivre collectif.» Que le Front populaire québécois ne vise pas à devenir lui-même un parti de masse, vu qu\u2019il poursuit une lutte spécifique continue mais limitée à la période de sécession-accession à la souveraineté, cela ne peut signifier un élitisme prétentieux.Au lieu d\u2019élaborer en vase clos un projet de société québécois, il s\u2019en fera plutôt le modeste mais efficace vulgarisateur sur les scènes politiques pancanadienne et internationale.Face à une élection générale précipitée à la Chambre des Communes, si le Parti québécois paraît trop lent à se mouvoir, syndicalistes ou nationalistes doivent s\u2019engager d\u2019ores et déjà à constituer au moins une partie de la force de frappe et surtout une bonne tranche de la «cagnotte de libération».Alors, ce serait avec toute la vigueur désirable que le Québec procéderait, le moment venu, à une sécession qui le tirerait de son marasme. 636 L\u2019ACTION NATIONALE FONDATION MINVILLE Au 15 janvier 1985 nous avions recueilli la somme de 11 000$ soit le meilleur résultat jamais obtenu.Mais il nous manque encore 5 000$ pour atteindre 100 000$, cette année! C\u2019est presque 70% du total visé. 1984: LA VISION D\u2019ORWELL 637 La vision d\u2019Orwell par BERNARD CLOUTIER, Univ.de Sherbrooke Londres est écrasé sous la botte du tyran suprême, Big Brother.Partout en «Océanie», régnent la répression et l\u2019hystérie guerrière qu\u2019entretient le pouvoir totalitaire.Des écrans de télévisions surveillent en permanence les faits et gestes des citoyens et l\u2019État entreprend de refondre le langage pour bannir toute possibilité de pensée hérétique.Voilà 1984, telle que l\u2019avait imaginé, à la fin des années \u201940, l\u2019écrivain britannique George Orwell dans son roman du même nom.«1984», c\u2019est avant tout une attaque contre le totalitarisme à l\u2019heure du stalinisme, mais la critique s\u2019adresse aux dictatures de gauche comme à celles de droite.C\u2019est aussi une satire des grandes puissances paralysées par la discussion nucléaire, qui s\u2019adonnent à des guerres limitées dans les régions périphériques, afin de maintenir et de justifier leur contrôle politique interne.Bref résumé Avril 1984, Wiston Smith vit dans une société totalitaire, sa vie est programmée par l\u2019État.Il est continuellement surveillé par les télécrans (semblables à une télévision) et s\u2019il est vu à penser ou dire quelque chose contre le parti, Wiston sera aussitôt arrêté et amené au Ministère de l\u2019Amour.Le Ministère de l\u2019Amour est l\u2019endroit où sont punis les citoyens pour avoir commis le crime par la pensée.Big Brother représente le pouvoir, un pouvoir dans lequel se maintient une hystérie guerrière et ainsi que de la haine.L\u2019État va jusqu\u2019à redéfinir et refaire complètement le vocabulaire, pour empêcher les gens de penser librement.Ce nouveau vocabulaire a été baptisé le Novlang.Après avoir décrit la manière dont fonctionne le parti et l\u2019État, vous serez en mesure de mieux comprendre ce qui suit.Wiston Smith travaille pour le parti de la victoire.Big Brother en est le représentant fidèle et chaque membre du parti doit 638 L\u2019ACTION NATIONALE se soumettre à ses ordres.Wiston, lui, est employé pour la revue Time; il doit changer et réécrire tous les articles au fur et à mesure qu\u2019il y a changement dans l\u2019histoire.Tout cela, pour qu\u2019aucun individu ne se réfère au passé.Wiston fait son travail sans jamais se plaindre, mais au fond de lui-même il a des doutes sur le parti et surtout sur l\u2019existence de Big Brother.11 est persuadé que Big Brother n\u2019existe pas, qu\u2019il est simplement une image, un modèle de haine à suivre.Il ne croit pas non plus à la guerre qui les touche.Le parti fait croire à la population qu\u2019il y a une guerre continuelle entre l\u2019Océania et l\u2019Eurasia.C\u2019est l\u2019explication au rationnement et à la mauvaise situation économique qu\u2019ils connaissent.Pour se libérer de cette surveillance continuelle que les télécrans exerçaient sur lui, Wiston se loua un appartement où il n\u2019y avait pas de télécran.Dans cet endroit il pouvait faire ce qu\u2019il voulait.Il alla jusqu\u2019à coucher avec la femme qu\u2019il aimait, juste pour le plaisir.Cela était évidemment défendu: les seuls moments où l\u2019on pouvait faire l\u2019amour étaient pour procréer la vie.Wiston pensait être sûr qu\u2019il n\u2019y avait pas de télécran qui les surveillait, mais c\u2019était déjà trop tard: ils étaient pris au piège.Puisque Wiston avait commis le crime par la pensée, il fut amené au Ministère de l\u2019Amour, où il serait puni.Pendant des jours et des jours il fut battu, interrogé et mal nourri.Quelque temps plus tard, on l\u2019amena dans une salle; O\u2019Brien s\u2019y trouvait.O\u2019Brien était un ami de Wiston.O\u2019Brien savait que Wiston était contre le parti et quelque temps avant que la police de la pensée le prenne, Wiston avait fait serment à O\u2019Brien qu\u2019il ferait tout ce qu\u2019il lui dirait, car O\u2019Brien faisait parti de la Fraternité.Wiston subit de longues séances d\u2019interrogations; on lui fit un lavage de cerveau et on le tortura.Tout cela, pour l\u2019amener à aimer Big Brother, à vouloir le pouvoir pour le pouvoir et à croire tout ce qu\u2019on lui dirait.Cela a bien fonctionné, car Wiston aime finalement Big Brother.Dans le fond Fraternité et Big Brother, c\u2019est du pareil au même.Ils veulent le pouvoir pour le pouvoir, ils veulent transformer l\u2019humanité pour en faire un tout qui pense la même chose et se bat pour la même cause.La croissance technologique, les merveilles de la communi- 1984: LA VISION D\u2019ORWELL 639 cation, le progrès de la médecine rendent paranoïaque.Se pourrait-il qu\u2019Orwell n\u2019est pas tant erré?Selon un sondage Gallup effectué au début du mois de décembre au Canada, en Angleterre et en quelques autres pays, 68% des Canadiens considèrent que la vie privée n\u2019existe pas réellement, car le gouvernement peut tout savoir ce qu\u2019il désire sur les citoyens.En Angleterre, 72% l\u2019affirment avec le même effroi.Le président du syndicat des employés de la fonction publique fédérale, M.Pierre Samson, affirme qu\u2019il existe des moyens très faciles, pour ceux qui le veulent, de mesurer exactement le nombre de mots tapés par une secrétaire dans une journée, ou même le temps d\u2019utilisation qu\u2019un employé fait d\u2019une machine.M.Colin Rous, président de la firme Cerberus Even Data, un fabricant d\u2019ordinateurs de Toronto, prétend qu\u2019avec la ruée commerciale vers les ordinateurs personnels, «ce n\u2019est pas à un Big Brother, mais à des centaines qu\u2019il faut faire face».D\u2019un satellite dans l\u2019espace, des yeux électroniques peuvent lire les numéros d\u2019immatriculation d\u2019une voiture.Des caméras micro-électroniques, bien placées dans une boîte à fleurs, peuvent observer faits et gestes d\u2019un individu.On dirait les télécrans du parti! Ce ne sont que des exemples qui me font croire qu\u2019une telle société pourrait exister un jour.La plupart des choses auxquelles Orwell fait allusion dans son roman sont déjà parmi nous.La masse des prolétaires est contrôlée par des divertissements, tels la presse populaire, l\u2019alcool, les jeux et les revues pornographiques.L\u2019État vise également à refondre le langage, afin de prévenir toute possibilité de pensée individuelle.Le vocabulaire est délibérément appauvri et les concepts redéfinis.La réécriture de l\u2019histoire à des fins politiques est un processus connu.Après Staline, les Soviétiques, sous Khrouchtchev, ont réécrit leur histoire, le nom même de Béria disparaissant de l\u2019encyclopédie.Et les chinois réécrivent à présent l\u2019histoire de la Révolution culturelle et redéfinissent le rôle de Mao Tsé Tung.L\u2019une des prophéties les plus sombres de «1984» est certes la destruction de l\u2019esprit humain.Par toutes sortes de procédés, tels la réécriture du passé, l\u2019avilissement de la langue, la confiance aveugle au parti, les lavages de cerveaux pour ceux qui ont 640 L\u2019ACTION NATIONALE commis le crime par la pensée.Orwell montre une société robotisée où l\u2019être humain est la marionnette de ceux qui détiennent le pouvoir.Je veux citer ici une conclusion d\u2019un comité sénatorial américain, au lendemain de l\u2019affaire du Watergate: «Aucun Américain ne pourrait exprimer sa complète liberté, si le gouvernement décidait d\u2019utiliser toutes ses ressources de surveillance et d\u2019écoute électronique.» Personnellement, je crois qu\u2019en 1984, toutes les ressources dont «1984» nous fait part existent, la seule différence reste dans l\u2019interprétation que nos grands (les politiciens) ont fait du pouvoir jusqu\u2019à maintenant.George Orwell ne nous dit pas quel sera notre avenir: je vois plutôt «1984» comme un avertissement pour la décennie qui s\u2019en vient, le temps de contrôler la révolution technologique.«Le pouvoir n\u2019est pas un moyen, il est une fin.Le pouvoir a pour objet le pouvoir.» (George Orwell) Bibliographie Orwell George, 1984, Folio, 439 p.D\u2019Avignon Yves, Orwell et 1984: La part des choses, Le Devoir, janvier 1984.Simon Dominique, «1984»: Un avertissement, non une prophétie, La Presse, janvier 1984. LE CANADA FRANÇAIS: UN RÊVE FRUSTRÉ\t641 Le Canada français: un rêve frustré par W.ANDRÉ LAFRANCE «Cent ans de Confédération; cent ans d\u2019injustice, de persécutions et d\u2019opprobres».C\u2019est à plus d\u2019une occasion que j\u2019ai entendu Séraphin Marion, historien bien connu d\u2019Ottawa, résumer ainsi ce qu\u2019ont été pour les Canadiens-français les cent premières années de régime fédéral canadien.Certains seront tentés de qualifier d\u2019outranciers ces propos de monsieur Marion.Ce serait là une grave erreur; car, d\u2019une part, ceux et celles qui le connaissent peuvent témoigner que si monsieur Marion a toujours été et est encore un ardent défenseur de la cause canadienne-française en Ontario, il n\u2019a absolument rien d\u2019un radical; et, d\u2019autre part, l\u2019ampleur et le caractère minutieux de ses études sur les rapports entre anglophones et francophones en Ontario et, de façon plus générale, au Canada, en font l\u2019une des personnes les plus autorisées à se prononcer sur le sort fait aux Canadiens-français depuis 1867.Et pourtant, tout aussi souvent qu\u2019il dénonce ce que le pacte de 1867 a valu aux Canadiens-français, monsieur Marion exhorte ses compatriotes à ne pas désespérer, en leur rappelant ces paroles attribuées à Guillaume le Taciturne: «Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer».Pendant longtemps, je me suis demandé comment une personne aussi informée et aussi lucide que monsieur Marion pouvait condamner aussi sévèrement «cent ans de Confédération» et, du même souffle, exhorter les siens à ne pas sombrer dans le découragement.Je ne suis pas sûr que la réponse que j\u2019ai à proposer soit celle que donnerait monsieur Marion, si la question lui était posée, mais après mûre réflexion, j\u2019en suis arrivé à la conclusion que les Canadiens-français, ceux qui vivent à l\u2019extérieur du Québec tout au moins, n\u2019ont plus vraiment d\u2019autre choix que d\u2019«es-pérer contre tout espérance», ces propos étant ceux-là mêmes que monsieur Marion a déjà tenus à l\u2019adresse de ses concitoyens de langue française de l\u2019Ontario et des autres provinces anglaises 642 L\u2019ACTION NATIONALE du Canada.Cette formule, mieux que toute autre, décrit bien, je pense, la situation quasi désespérée dans laquelle se retrouvent aujourd\u2019hui ces infortunés survivants d\u2019un rêve frustré, le rêve canadien-français.Un rêve qui a ses origines dans les voyages de hardis explorateurs, qui avaient nom Robert Cavelier de La Salle ou Pierre de la Vérendrye et qui furent parmi les premiers à sillonner les vastes étendues du continent nord-américain.Un rêve qui fut ramené à des dimensions bien modestes en 1759, mais qui, après au delà d\u2019un siècle de luttes dures et parfois sanglantes, reprit de la vigueur en 1867, alors que le français se vit conférer un statut officiel au sein du nouvel État canadien, au niveau de ses institutions fédérales tout au moins.Un rêve qui donna même lieu à des visions grandioses d\u2019une présence française «a mari usque ad mare», quand le français, lors de l\u2019entrée du Manitoba dans la Confédération en 1870, obtint, dans cette province, un statut comparable à celui que l\u2019anglais s\u2019était vu accorder au Québec, quelques années plus tôt.Or, si le Manitoba constitua, par les conditions de son entrée dans la Confédération, l\u2019apogée du rêve canadien-français, c\u2019est aussi lui qui, très tôt, devait en démontrer la fragilité.Il y eut bien, en 1871, l\u2019interdiction du français dans les écoles du Nouveau-Brunswick, mais la pendaison de Riel en 1885 et les réactions passionnées qu\u2019elle provoqua partout au Canada contribuèrent bien davantage, en effet, à faire comprendre à maints Canadiens-français que le Canada anglais ne tolérerait jamais une présence française significative ailleurs qu\u2019au Québec.Ce n\u2019était là, toutefois, que le début de l\u2019offensive anglo-saxonne.et de l\u2019effritement du rêve canadien-français.En 1890, le gouvernement Greenway du Manitoba enlevait au français son statut de langue officielle à la législature et l\u2019anglais devenait la seule langue d\u2019enseignement dans cette province.La Saskatchewan et l\u2019Alberta, au moment de leur entrée dans la Confédération en 1905, prirent des dispositions analogues à l\u2019endroit du français.En 1912, l\u2019Ontario édicta l\u2019odieux Règlement 17, qui interdisait le français dans les écoles.Non moins durs furent les coups portés au rêve canadien-français par les deux LE CANADA FRANÇAIS: UN RÊVE FRUSTRÉ\t643 conscriptions, la première en 1917 sous le gouvernement Borden et la deuxième en 1944 sous le gouvernement King.Un siècle de cette offensive anglo-canadienne aussi brutale qu\u2019efficace est venu à bout du rêve canadien-français; j\u2019estime très significatif, à cet égard, le fait que ceux qui se considéraient auparavant comme des Canadiens-français en soient venus, au cours des quinze dernières années, à abandonner jusqu\u2019à leur nom et à se définir plutôt comme des francophones hors Québec.Les mots traduisant généralement assez bien la réalité, on a là l\u2019indication que le rêve canadien-français est, dans les faits, bel et bien terminé et que les premiers intéressés en sont parfaitement conscients.Le rêve n\u2019est plus, mais restent les descendants de ceux et celles qui s\u2019en sont nourris.Ces descendants sont à l\u2019heure actuelle concentrés au Québec, et cette concentration ne pourra aller qu\u2019en augmentant, le démographe Jacques Henripin prévoyant même qu\u2019en l\u2019an 2000 quatre-vingt quinze pour cent de tous les«parlants français» du Canada se retrouveront au Québec.Quand on se base sur les seules données valables, i.e.celles qui portent sur la langue d\u2019usage pour calculer le nombre de francophones vivant à l\u2019extérieur du Québec, on obtient le chiffre de 676 000, et ça, c\u2019est en 1971.Pour ce qui est de la situation actuelle, on ne le saura malheureusement jamais de façon exacte, puisque Statistique-Canada a jugé préférable en 1981, tout comme en 1976 d\u2019ailleurs, de ne pas poser la question sur la langue d\u2019usage.Des porte-parole du gouvernement fédéral ont bien tenté de nous faire accroire que c\u2019est un souci d\u2019économie qui a présidé à la décision de ne pas poser la question sur la langue d\u2019usage.Mais que l\u2019on ne s\u2019y trompe pas.Si Statistique-Canada a omis de poser cette question d\u2019importance primordiale, ce n\u2019est sûrement pas afin d\u2019économiser quelques dollars aux contribuables canadiens, mais bien plutôt pour éviter aux politiciens fédéraux 1 embarras d\u2019être confrontés à des données qui auraient très certainement révélé un taux affarant d\u2019anglicisation chez les minorités francophones des provinces anglaises du Canada. 644 L\u2019ACTION NATIONALE Décidément, pour les gens d\u2019Ottawa, l\u2019intérêt qu\u2019il y aurait à connaître la situation véritable du fait français au Canada doit céder le pas aux impératifs de la lutte contre l\u2019indépendance du Québec.Il saute aux yeux, en effet, que si l\u2019état précaire des minorités francophones à l\u2019extérieur du Québec était mieux connu du peuple québécois, celui-ci pourrait se sentir menacé à l\u2019intérieur du régime fédéral canadien et lorgnerait encore davantage du côté de l\u2019indépendance.Mais même si Ottawa tient mordicus à le cacher aux Québécois, il n\u2019en reste pas moins que le français ne survit de façon significative, à l\u2019extérieur du Québec, qu\u2019au Nouveau-Brunswick et en Ontario.On entend souvent dire que la minorité francophone de cette dernière province est la plus nombreuse à l\u2019extérieur du Québec, ce qui n\u2019est pas faux; ce qu\u2019on ne mentionne à peu près jamais, toutefois, c\u2019est qu\u2019à 352 465 parlants français, cette collectivité ne représentait plus, en 1971, qu\u2019à peu près 4 pour cent de la population totale de l\u2019Ontario, i.e.un pourcentage qui est presque exactement du même ordre de grandeur que le rapport des parlants français du Manitoba à la population totale de cette province.Et quand l\u2019on connaît la situation nettement pitoyable du fait français au Manitoba, on est en droit de se demander ce qu\u2019il faut penser de la tranquille assurance qu\u2019affichent la plupart des porte-parole ou leaders de la collectivité franco-ontarienne.Quand aux 200 000 parlants français du Nouveau-Brunswick, bien qu\u2019ils soient moins nombreux que ceux de l\u2019Ontario, leur situation est tout à fait différente.Ils représentent en effet plus de 30 p.c.de la population totale de cette province et ils constituent encore cette «masse critique» essentielle à la survie d\u2019une minorité, qui, s\u2019il faut en croire certains politicologues et autres spécialistes en la matière, s\u2019établit quelque part entre 30 et 40 p.c.d\u2019une population donnée, même s\u2019il faut reconnaître que dans certains cas, tel celui de la minorité anglophone du Québec, des facteurs d\u2019ordre surtout économique et culturel puissent faire en sorte que ce seuil se situe à un niveau beaucoup plus bas.En résumé, en dehors du Nouveau-Brunswick, où le nom- LE CANADA FRANÇAIS: UN RÊVE FRUSTRÉ 645 bre des parlants français leur confère un certain poids politique et où un isolement relatif, découlant de leur concentration dans le nord et l\u2019est de la province, les protège dans une certaine mesure contre les ravages qu\u2019exerce l\u2019assimilation chez les autres minorités francophones, le fait français est en déroute partout dans les provinces anglaises du Canada.Et à cette triste réalité, ni les manigances d\u2019Ottawa pour éviter que soient posées les questions qui auraient dû l\u2019être lors des recensements de 1976 et de 1981, ni la manipulation éhontée, par Ottawa toujours, des chiffres quant au nombre réel des parlants français à l\u2019extérieur du Québec, ni les subventions fédérales à coup de millions, rien de tout cela ne peut changer quoi que ce soit.L\u2019effondrement du rêve canadien-français est l\u2019aboutissement d\u2019un long et pénible processus, qui était déjà bien amorcé à une époque aussi reculée que 1922, alors que celui qui allait par la suite devenir le cardinal Villeneuve écrivait: «Au regard du demi-siècle qui vient de s\u2019écouler, qu\u2019ont-ils été, sous le régime fédératif, ces compatriotes, sinon entravés, affaiblis, annihilés?» Et prévoyant sans doute que cette décadence ne pourrait que continuer et même s\u2019accélérer, il proposait, comme solution au problème de ces minorités francophones dangereusement décimées, «un État français fort, pratiquement homogène, totalement libre dans ses mouvements, (qui) formerait la plus sûre garantie de survie et d\u2019intégrité pour l\u2019âme des nôtres des avant-postes.».Comme à quelques-uns avant lui, et comme à d\u2019autres sans cesse plus nombreux par la suite, un État français, totalement maître de son destin, apparaissait déjà à J.M.R.Ville-neuve comme une nécessité.Ce qui a changé depuis, je pense, c\u2019est que les raisons que l\u2019on peut invoquer en faveur d\u2019un État québécois français ne sont plus les mêmes.Car, maintenant que les avant-postes, pour la survie desquels l\u2019établissement d\u2019un État français semblait une nécessité il y a une soixantaine d\u2019années, sont irrémédiablement condamnés, c\u2019est sur le Québec lui-même que va dorénavant porter l\u2019offensive anglo-canadienne.11 serait utopique, en effet, et certainement très dangereux, de s\u2019imaginer que la démarche «Canadian» en vue de la création 646 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019un Canada de type «One country, one language and one flag» s\u2019arrêtera aux frontières du Québec.Le rêve anglo-canadien, lui, se porte bien, merci, d\u2019autant plus qu\u2019il peut compter sur de précieux appuis.Il y a, tout d\u2019abord, cette riche et puissante collectivité anglo-québécoise, qui a rapidement réussi à mettre en échec certains articles de la Loi 101 et qui a ainsi obtenu en quelques mois ce qui, pendant 90 ans, avait été refusé aux Franco-Manitobains.Ne nous le cachons pas, c\u2019est bien à l\u2019affrontement de deux rêves que nous assistons présentement au Québec, une confrontation qui a toutes les allures d\u2019un combat à finir et dont l\u2019issue, de ce fait, sera extrêmement lourde de conséquences bonnes ou mauvaises pour le Québec, selon que le rêve québécois prévaudra ou sortira perdant de cet affrontement.D\u2019un côté, il y a le rêve canadien-français, savamment cultivé par Trudeau et qui, à long terme, vaudrait certainement aux Québécois un sort identique à celui qui, à l\u2019heure actuelle, est le lot des minorités francophones des provinces anglaises du Canada.On ne le dira jamais assez, en effet: l\u2019un des aspects les plus inquiétants du projet de renouvellement constitutionnel du gouvernement Trudeau est qu\u2019il permettra de battre en brèche la Loi 101, qui est sans contredit la loi la plus vitale du Québec et la plus essentielle à son maintien comme État français, puisqu\u2019elle est destinée à empêcher ce qui, avant son adoption, paraissait inévitable, i.e.la minorisation à plus ou moins brève échéance des Québécois francophones dans leur propre pays.Et de l\u2019autre côté, le rêve québécois, qui pourra, si la population du Québec devait un jour juger la chose souhaitable, prendre la forme de cet État souverain «totalement libre dans ses mouvements» que J.M.R.Villeneuve appelait de ses vœux il y a soixante ans; un rêve qui, même si cet idéal de la souveraineté devait ne pas être atteint, mais pour autant que les acquis de la Loi 101 seront préservés, offrira toujours aux Québécois francophones des garanties d\u2019égalité, de dignité et de sécurité infiniment supérieur à celles que pourra jamais offrir sa contrepartie canadienne.Deux rêves, en somme, dont l\u2019aboutissement ne saurait manquer d\u2019être aussi différent que le sont les personnes, Tru- LE CANADA FRANÇAIS: UN RÊVE FRUSTRÉ\t647 deau et Lévesque, dans lesquelles ils s\u2019incarnent, car l\u2019un est synonyme de déchéance et de mort, l\u2019autre d\u2019espoir et de vie.En guise de conclusion, qu\u2019il me soit permis de citer une dernière fois celui dont les propos ont servi d\u2019introduction à ce texte.Lors des conférences qu\u2019il prononce encore de temps en temps, il arrive à monsieur Séraphin Marion de demander à son auditoire quelle a été l\u2019année la plus désastreuse dans l\u2019histoire du Canada français.À cette question, on donne les réponses les plus diverses, l\u2019année la plus souvent mentionnée étant 1759; et on s\u2019étonne quand monsieur Marion répond à son tour que c\u2019est 1850.Prié d\u2019expliquer les raisons de son anvance, monsieur Marion fait alors remarquer que cette année-là, pour la première fois depuis la Conquête, les Canadiens-Français se sont retrouvés en situation de minorité au Canada.C\u2019est là, il faut bien l\u2019avouer, un point de vue rarement évoqué mais quand même très juste; pour un peuple, en effet, être minoritaire, c\u2019est être privé de la capacité de prendre les moyens et de se donner les instruments qui pourraient empêcher de le devenir toujours davantage; c\u2019est, en un mot, la pire des calamités, celle qui ouvre la porte à toutes les déchéances.Le temps n\u2019est plus à la nostalgie malsaine d\u2019un rêve qui n\u2019a jamais et ne fera jamais une place adéquate au fait français.Devant l\u2019ampleur de la menace qui les guette, les Québécois doivent renoncer définitivement à la poursuite des mirages néfastes d\u2019un rêve canadien qui n\u2019a de français que le nom et, en optant résolument pour le rêve québécois, s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y aura jamais, dans l\u2019histoire du Québec, de date aussi funeste pour eux que 1850 l\u2019a été pour les francophones hors Québec. 648 L\u2019ACTION NATIONALE LAMARCHE DE L\u2019INDÉPENDANCE Les politiciens sont divisés.Les universitaires ont peur de se compromettre.Les hommes d\u2019affaires ne se mouillent pas: c\u2019est bien connu.C\u2019est qu\u2019au fond, personne ne SENT que notre peuple est décidé.225 ans de dépendance n\u2019ont pas été effacés par 20 ans de MAÎTRE CHEZ NOUS.La nation doit sortir de sa torpeur et recommencer à écrire l\u2019histoire! Gilles Rhéaume demande à la nation de reprendre la marche de la reconquête.Il faut que cet exemple soit repris, chaque année, jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019au fait, pur et simple, de l\u2019indépendance du Québec! LE PARC INDUSTRIEL PORTUAIRE DE BÉCANCOUR 649 Le parc industriel portuaire de Bécancour par SYLVAIN CROCHETIÈRE, de Sherbrooke.Introduction Bécancour! Qu\u2019est-ce que c\u2019est?Bécancour, c\u2019est d\u2019abord et avant tout une ville.Mais c\u2019est aussi un grand parc industriel d\u2019Amérique du Nord.Nous traiterons donc, dans ce texte, du parc industriel de Bécancour et de la ville de Bécancour.Nous commencerons par un bref historique, pour ensuite traiter des caractères démographiques.Par la suite, nous mettrons en lumière les caractères économiques et industriels de Bécancour et des installations portuaires.Puis, nous parlerons de certaines industries du parc, en particulier de l\u2019Aluminerie de Bécancour Inc.(Pechiney), et de la Corporation des produits réfractaires (Didier).I - Caractéristiques démographiques et sociales Géographie, climat, population Située sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, à mi-chemin entre Montréal et Québec, en face de Trois-Rivières, Bécancour est formée de onze municipalités et paroisses.Cette fusion, qui s\u2019est produite en octobre 1965, visait à faciliter la réalisation d\u2019une zone industrielle pour attirer la grosse industrie au Québec.La ville s\u2019étend sur 484 km2et comprend 10 500 habitants.Cette région est, de plus, très populeuse: 121 000 personnes vivent dans un rayon de 40 km.Pour bien situer Bécancour, disons qu\u2019elle se trouve à 46°24\u2019 de latitude nord et 72°23\u2019 de longitude ouest et à 7,3 m au dessus du niveau de la mer.Infrastructure sociale Bécancour compte cinq écoles primaires et trois écoles secondaires.De plus, on trouve à Trois-Rivières un réseau d\u2019enseignement qui s\u2019étend de la pré-maternelle au niveau universitaire.Cet enseignement est dispensé dans les secteurs public 650 L\u2019ACTION NATIONALE (jusqu\u2019au niveau universitaire) et privé (jusqu\u2019au niveau préuniversitaire).De plus, 1 100 lits d\u2019hôpitaux sont répartis dans cinq hôpitaux, qui comptent toutes les spécialités, dispersés dans un rayon de 16 km.Loisirs et culture Les lacs et les forêts de la région ne laissent pas indifférents les chasseurs et les pêcheurs qui la choisissent.Le canot est aussi privilégié, ainsi que les skieurs qui bénéficient de quatre centres de ski alpin et de nombreuses pistes de ski de fond.Cela, sans parler du parc de la Mauricie, dont la réputation n\u2019est plus à faire.II - Parc industriel portuaire de Bécancour Généralités Le parc industriel est situé au bord du Saint-Laurent et couvre 1 480 hectares.En plus de cela, la Société du parc industriel du centre du Québec possède 1 620 hectares attenants, qui permettront de répondre aux besoins d\u2019expansion.Une équipe d\u2019architectes, d\u2019urbanistes et d\u2019ingénieurs ont conçu le plan directeur du parc industriel portuaire.Le terrain est plat et a une capacité portante de 10 tonnes au pied carré.L\u2019eau potable est traitée et filtrée à l\u2019usine de filtration de Bécancour.Elle traite 7 575 m3 d\u2019eau par jour et possède des réservoirs d\u2019une capacité totale de 15 910 m3, en plus d\u2019un réservoir de 4 545 m3 pour parer à l\u2019accroissement de la demande en période de pointe.Pour ce qui est de l\u2019eau industrielle, le oarc dispose d\u2019un réseau de distribution d\u2019eau brute tamisée.La prise d\u2019eau est située à 760 m de la rive et est d\u2019un diamètre de 1,35 m.Elle fournit 245 340 m3 en période d\u2019eau basse et 431 620 m3 en période d\u2019eau haute, à la station de pompage.Installations portuaires Elles font partie intégrante du parc industriel.C\u2019est un port d\u2019entrée aux termes de la loi de la marine marchande du Canada et la navigation y est ouverte toute l\u2019année. LE PARC INDUSTRIEL PORTUAIRE DE BÉCANCOUR\t651 Ces installations comportent: un bassin intérieur de 232 m sur 205 m, d\u2019une profondeur de 10,6 m (égale à la profondeur navigable du Saint-Laurent); quatre postes d\u2019amarrage d\u2019une longueur totale de 762 m; une aire de stockage de 5,7 hectares avec 61 hectares supplémentaires en voie d\u2019aménagement; un entrepôt de 3 716 m2 et d\u2019une aire de stockage clôturée de 6 hectares située près des quais; des services de douanes et un poste de manutention horizontale.Du côté des ressources électriques, l\u2019Hydro-Québec a investi plus de six millions de dollars dans la construction de deux grands transformateurs, dans le parc industriel de Bécan-cour, qui ramènent le courant de 240 kv à 120 kv et de 120 kv à 25 kv.Ces installations assurent aux industries une alimentation sûre et abondante en énergie électrique.Pour ce qui est du gaz naturel, la société Gaz Intercité Québec Inc.alimente le parc industriel depuis déjà un an.Cela, grâce à l\u2019installation du gazoduc fait par la société Trans-Québec Maritimes et des forages effectués par la Société d\u2019état SOQUIP.De plus, le parc industriel de Bécancour est facile d\u2019accès.Il est bordé par l\u2019autoroute 20 sur la rive sud, par l\u2019autoroute 40 sur la rive nord.Le tronçon de l\u2019autoroute 30 qui traverse le parc relie l\u2019autoroute 20 à l\u2019autoroute 40 par l\u2019intermédiaire de l\u2019autoroute 55.Le parc est, de plus, desservi par le réseau ferroviaire du CN.8,5 km de voies composent le réseau ferroviaire à l\u2019intérieur du parc.Sur l\u2019autre rive (nord), le réseau du CP assure la livraison des matières premières et l\u2019expédition des produits manufacturés du parc industriel de Bécancour (Voir tableaux 1 et 2). 652 L\u2019ACTION NATIONALE TABLEAU 1 Caractéristiques du parc industriel Caractéristiques\tUnités de mesure internationales\tUnités de mesure impériales Superficie totale\t3 100 ha\t7 660 acres Superficie disponible\t2 310 ha\t5 700 acres Coût du terrain\t$2,15 le m2\t$0,20 le pied carré Capacité portante maximum\t957 kpa\t10 tonnes au pied carré Pression d\u2019eau a)\tpotable b)\tindustrielle\t517 kpa 620 kpa\t75 livres par pouce carré 90 livres par pouce carré Capacité de pompage a)\teau potable b)\teau industrielle\t7 575 mVjour 90 920mVjour\t1 666 000 gallons/jour 20 000 000 gallons/jour Electricité (tension)\thaute tension 120 kv moyenne tension 25 kv basse tension 600 v\thaute tension 120 kv moyenne tension 25 kv basse tension 600 v LE PARC INDUSTRIEL PORTUAIRE DE BÉCANCOUR\t653 TABLEAU 2 Taxes municipales \u2014 1984 Dette obligatoire per capita\t793,00$ Taux d\u2019évaluation\t95°7o Taxe générale foncière\t1,45% de l\u2019évaluation Taxe d\u2019améliorations locales\tNil Taxe scolaire\t0,196% de l\u2019évaluation Taxe d\u2019affaires\t3% de la valeur locative Taxe d\u2019eau potable\t(Minimum 175$ par année) De 1 gai.à 110 000gai.: 1,89$/1 000 gai.110 001 gai.à 440 000 gai.: 0,79$/1 000 gai.440 001 gai.et plus: 0,64$/1 000 gai.ou De 1 m3 à 500 m3: 0,50$/m3 501 m3 à 2 000 m3; 0,21$/m3 2 001 m3 et plus:\t0,17$/m3 654 L\u2019ACTION NATIONALE III - Quelques entreprises DIDIER (Corporation de produits réfractaires) C\u2019est la filiale canadienne de Didier-Werke AG, de Wiesbaden, en Allemagne.Cette société est membre d\u2019un groupe de 17 usines.La société-mère et le gouvernement du Québec, par l\u2019intermédiaire de la SDIQ, se partagent la propriété de l\u2019usine de Bécancour.Didier fabrique des briques réfractaires basiques et à haute teneur en alumine.La superficie de l\u2019usine est de 200 000 pieds carrés, avec une capacité de production de 40 000 tonnes de briques et 10 000 tonnes de matériaux pour garnissage monolithique.Quant à la technologie, l\u2019usine Didier de Bécancour possède un système de contrôle des matières premières entièrement automatisé, afin d\u2019assurer une fabrication et une qualité constantes.Le personnel de production et de marketing de Didier compte plus de 300 personnes.Le personnel technique est au nombre de 250 personnes, presque toutes recrutées localement et formées à l\u2019usine.Le groupe Didier est le plus grand manufacturier de produits réfractaires du monde.C\u2019est une entreprise qui ne cesse de grandir, depuis plus de 150 ans.Aluminerie de Bécancour Inc.Commençant par la technologie, nous pourrions noter que l\u2019Aluminerie de Bécancour Inc.utilisera une technologie de pointe, lui permettant de transformer une tonne d\u2019aluminium avec 13 500 kw/h, comparativement à une moyenne de 16 500 pour l\u2019industrie américaine en 1982.Elle sera aussi dotée des équipements anti-pollution les plus performants.Ce qui nous intéresse surtout, c\u2019est l\u2019impact économique de ce projet.Pendant les quatre années de production, 5 000 emplois directs et indirects seront créés.1 000 personnes seront continuellement employées et jusqu\u2019à 2 000 pendant les périodes de pointe.Une fois terminée, l\u2019usine emploiera 850 personnes.L\u2019Aluminerie de Bécancour profitera de l\u2019investissement de trois sociétés.Il s\u2019agit de Pechiney (50,1*70), de la SGF (24,95*%) LE PARC INDUSTRIEL PORTUAIRE DE BÉCANCOUR\t655 et d\u2019Alumax Inc.(24,95%).Pechiney œuvre dans le secteur de l\u2019aluminium depuis plus de 100 ans.Elle est également impliquée dans la production de ferro-alliages et de produits en cuivre et en bronze, ainsi que dans les secteurs de la céramique, de l\u2019aéronautique (revêtement d\u2019avions à réaction) et de combustibles pour réacteur nucléaire.Pour les autres entreprises du parc industriel, voir le tableau 3. 656 L\u2019ACTION NATIONALE TABLEAU 3 Entreprises manufacturières du parc industriel \u2014 1981 Nom\tProduit\tInvestissement\tEmplois MANUFACTURE DE HOCKEYS D.C.LTÉE\tFabrication de bâtons de hockey $\t100 000\t10 personnes ENTREPRISE DE Fabrication PIPELINE UNIVERSELLE LTÉE Division Biraghi entrepose\tde tubes de chaudières étirés\t$\t1 000 000\t17 personnes CIL\tFabrication de chlore et de soude caustique $152 000 000\t217 personnes BÉTON DYNAMIQUE LTÉE\tUsine de béton et de ciment\t$\t1 000 000\t24 personnes POLYKER CANADA INC.\tFabrication de carreaux et céramique décoratifs $ 15 000 000\t50 personnes SKW CANADA\tFabrication INC.\tde ferro- alliages $ 53 000 000\t250 personnes LE PARC INDUSTRIEL PORTUAIRE DE BÉCANCOUR 657 Nom\tProduit\tInvestissement\tEmplois DIDIER CORPORATION DE PRODUITS RÉFRACTAIRES\tFabrication de produits réfractaires\t$ 25 000 000\t210 personnes UNIRACOR LTÉE\tFabrication de raccords à souder en bout\t$ 31 000 000\t120 personnes 658 L\u2019ACTION NATIONALE Conclusion Comme nous avons pu le voir, l\u2019impact économique de la création du parc industriel portuaire de Bécancour n\u2019est pas négligeable.Ce parc industriel est, de plus, en constante expansion.Il est inutile de mentionner Pechiney comme exemple.De plus, on y fait toujours des recherches.Peut-être qu\u2019un jour l\u2019électricité nous viendra d\u2019usines thermonucléaires comme Gentilly I et Gentilly II, qui sont situées à proximité de l\u2019usine CIL de Bécancour et du quai.Mais, au succès est souvent lié une perte.Nous voudrions citer ici le cas de l\u2019usine d\u2019eau lourde Laprade, où des investissements considérables ont été engloutis et qui ne sera jamais opérationnelle.Néanmoins, on peut prédire un avenir prometteur au parc industriel portuaire de Bécancour, un des plus grands d\u2019Amérique du Nord.Bibliographie Gouvernement du Québec, Installations portuaires de Bécancour.Gouvernement du Québec, Bécancour, société du parc industriel du centre du Québec.Didier corp., DIDIER corporation de produits réfractaires. CULTURE ET PATRIMOINE 659 Culture et patrimoine par VIRGINIE BEAUDET Alors que la ville de Québec célèbre cet été le quatre cent cinquantième anniversaire de la traversée de Jacques Cartier, notre province reçoit quelques centaines de milliers de touristes.Cet événement historique sans précédent oblige le gouvernement à réorienter ses efforts de développement touristique au Québec.En effet, nous disposons d\u2019une culture et d\u2019un patrimoine qui attirent chaque année de plus en plus de nos voisins Yankees.Malgré nos différences culturelles il faut nous féliciter de nos richesses régionales, ethniques et linguistiques, au lieu de les considérer uniquement comme des problèmes à résoudre.En effet, cette diversité est un atout culturel inestimable.D\u2019une part, nos traditions régionales sont pour l\u2019ensemble du Québec une riche source d\u2019inspiration.D\u2019autre part, cette diversité fournit des points d\u2019émergence d\u2019idées distinctes, de valeurs et de perceptions qui sont une source importante de créativité.Ainsi est assurée la diffusion de produits culturels de tous genres, spécialement dans les régions autres que les grands centres urbains.Il importe que les Québécois connaissent leur province, qu\u2019ils soient renseignés sur son histoire, ses traditions et conscients de leurs réalisations collectives.En effet, nos deux langues officielles sont chacune liées à plusieurs traditions culturelles distinctes.Notre politique culturelle doit tenir compte de l\u2019existence de cette dualité, sans pour autant compartimenter les Québécois en deux entités linguistiques.La plupart des anglophones connaissent mal les réalisations culturelles de leurs concitoyens francophones et il en est de même dans l\u2019autre sens.Enracinée au Québec, la culture d\u2019expression française fleurit depuis plus de trois siècles.Elle a survécu à toutes sortes d\u2019épreuves, pour s\u2019épanouir et enrichir la vie culturelle du pays entier.La langue française continue de véhiculer la pensée et les sentiments de quelques milliers de Québécois.L\u2019on ne saurait donc trop insister sur la nécessité de préserver et de développer cette grande tradition. 660 L\u2019ACTION NATIONALE Parler de culture, c\u2019est aussi parler de patrimoine.Le patrimoine québécois comprend d\u2019abord la terre de nos ancêtres et les nombreuses merveilles naturelles qu\u2019elle abrite.Il est composé d\u2019éléments matériels et oraux par lesquels ont été transmises chansons populaires et histoires familiales, peinture et archives, maisons en vieilles pierres, forteresses en bois, etc.Présent dans nos campagnes comme dans nos villes, notre patrimoine se retrouve aussi dans les musées publics et les collections privées.La conservation de cet héritage inestimable a été l\u2019œuvre d\u2019organismes spécialisées patronnés par tous les paliers du gouvernement, ainsi que par les sociétés privées et certains particuliers.Musées, galeries d\u2019art, archives, bâtiments, sites historiques, collections publiques et privées en ont tous assuré la conservation.Le gouvernement est sur le point de redéfinir ses priorités vis-à-vis du patrimoine provincial.Les Québécois y sont sensibles plus que jamais et s\u2019y intéressent, comme le prouve l\u2019étonnante multiplication des établissements de conservation, des lieux historiques, des parcs et les quantités de visiteurs qu\u2019ils attirent.Il n\u2019en demeure pas moins que la conservation de notre patrimoine connaît plusieurs problèmes, en particulier ceux qui se rapportent à l\u2019identification des valeurs à préserver et ce, au niveau du patrimoine foncier (lieux historiques et sites archéologiques).Sans la préservation et la conservation du patrimoine, l\u2019héritage se désagrège et finit par disparaître.Les objets et les idées qui nous relient au passé s\u2019évanouissent à jamais.Or, la situation actuelle est assez alarmante.Les pertes dues aux détériorations et aux insuffisances de la conservation dans les établissements dépassent tous les ans le volume des acquisitions.Les destructions de bâtiments historiques ne cessent de soulever les protestations des groupes intéressés.Nous n\u2019avons pas le droit de nous couper de notre passé pour une question monétaire.Irremplaçable, le patrimoine ne peut être périodiquement ignoré ou négligé: à défaut de conservation il meurt.Bien que la préservation ait fait des progrès marqués, nos problèmes si particuliers de distances et d\u2019écarts CULTURE ET PATRIMOINE 661 climatiques nous obligent à trouver des moyens encore meilleurs et moins chers de protéger les nombreux témoignages de notre passé.La politique culturelle québécoise doit favoriser les échanges entre les deux groupes linguistiques officiels et permettre ainsi à tous de profiter au mieux de cette dualité linguistique.Il est dans l\u2019intérêt de la province que tous les Québécois, quelle que soit la région qu\u2019ils habitent, aient accès à tous les produits culturels.La diversité régionale devrait imprégner l\u2019ensemble de notre politique culturelle.Si nous ne tirons pas tout le parti voulu de cette richesse, en favorisant les échanges entre nos nombreuses traditions culturelles, elles évolueront en vase clos. 662 L\u2019ACTION NATIONALE Correspondance RÉPONSE DE M.RAYMOND GARNEAU NDLR \u2014 En janvier 1985, nous avons publié une lettre de M.Léandre Fradet, secrétaire des Amis de Lionel Groulx, à M.Raymond Garneau qui, comme candidat libéral au fédéral, avait fait une déclaration d\u2019allégeance au fédéralisme.M.Fradet l\u2019avait trouvée exagérée et le lui avait dit en termes décisifs.M.Raymond Garneau réplique.Monsieur Léandre Fradet, J\u2019ai reçu votre longue lettre du 4 novembre 1984.Les divergences de vues qui nous séparent sont tellement considérables qu\u2019il ne servirait à rien de tenter de vous faire changer d\u2019idée, pas plus que votre lettre me fait opter pour votre point de vue.La seule chose que je déplore est le ton que vous utilisez.Je ne vois pas pourquoi vous mettez autant d\u2019agressivité dans vos propos.Pourquoi n\u2019aurais-je pas le droit, comme Canadien français vivant au Québec, d\u2019avoir une vision différente de la vôtre?Pourquoi, parce que je ne pense pas comme vous, suis-je un traître?Au-delà des points de vue qui nous divisent, j\u2019espère que vous m\u2019accorderez au moins le bénéfice du doute quant au but que je vise, soit celui de voir se développer le fait français au Canada.Pour ma part, je constate que malgré tout ce que vous dites dans votre lettre, le Québec et le Canada français existent et tout cela a pu être réalisé dans le cadre fédératif Canadien.Vivre en français au Canada et en Amérique du nord, sera toujours une chose difficile et pour ma part, je suis de ceux qui croient que, malgré toutes les faiblesses dont on peut l\u2019accuser, notre appartenance au Canada constitue pour les francophones un point d\u2019appui pouvant l\u2019aider dans sa démarche sur un continent nord américain largement dominé par la langue et la culture anglaises. M.RAYMOND GARNEAU ET M.LÉANDRE FRADET 663 Veuillez agréer, Monsieur, l\u2019assurance de mes sentiments les meilleurs.Le Député Raymond Garneau RÉPONSE DE M.LÉANDRE FRADET Oui, en effet, «les divergences de vues sont tellement considérables qu\u2019il ne servirait à rien de tenter de vous faire changer d\u2019idée».Cependant, je reprends quelques-unes de vos affirmations, pour mettre au clair les points de divergence: 1\t- «Pourquoi, parce que je ne pense pas comme vous, suis-je un traître?» RÉPONSE: Oui, vous avez le droit de ne pas penser comme moi.Ce pluralisme est une chose saine en démocratie.Mais il y a des limites dans le droit de ne pas penser comme moi.Si votre objectif ultime est de maintenir le Québec dans la dépendance, et même d\u2019augmenter cette dépendance, n\u2019allez-vous pas contre les intérêts mêmes du Québec que vous prétendez servir?Comme vous savez, vos 74 prédécesseurs au gouvernement de M.Trudeau ont été qualifiés publiquement de traîtres pour le traitement qu\u2019ils ont fait subir au Québec.Les juges diront si une telle accusation peut être proférée en public.Mais qui empêchera nos gens de le penser?2\t- «Le but que je vise, soit celui de voir se développer le fait français au Canada.» RÉPONSE: Oui, vous voulez développer le fait français au Canada.Voulez-vous le faire pour le Québec?Croyez-vous y arriver par le système fédératif?Selon nous, le système fédératif est moribond.Nous vivons sous un régime de plus en plus unitaire et nous y sommes comme dans une camisole de force.Votre fédéralisme aurait besoin d\u2019être redéfini, sinon il devient un attrape-nigaud! Votre malheur est d\u2019arriver après le passage de M.Trudeau, qui a mis sa gloire à mâter le Québec.Les faits sont là.Êtes-vous aveugle?3\t- «Tout cela a pu être réalisé dans le cadre fédératif Cana- dien.» RÉPONSE: Que nous existions, voilà un fait.Mais le devons-nous au cadre fédératif canadien?Allez demander aux minorités françaises de dix provinces si elles existent «grâce au cadre fédératif canadien»?Oui, nous existons, 664 L\u2019ACTION NATIONALE mais malgré le cadre fédératif canadien.Et nous n\u2019existons plus de façon bien vivante dans le CANADA, mais de plus en plus seulement dans le QUÉBEC.Êtes-vous aveugle?4 - «Notre appartenance au Canada constitue pour les francophones un point d\u2019appui.» RÉPONSE: Comme vous dites ces choses avec une légèreté et une superficialité étonnantes! Comment trouver un point d\u2019appui dans notre appartenance au Canada, si celui-ci ne cesse de nous rendre de plus en plus dépendant, s\u2019il nous envoie ses soldats dès que nous pensons un peu différemment, s\u2019il concocte une Constitution en pleine nuit, pour nous soumettre à une majorité anglo-canadienne?Si vous croyez assez dans le fait français en Amérique du Nord, vous n\u2019hésiterez pas à reconnaître que, par notre vouloir-vivre manifesté par plus de deux siècles de survie, nous formons une nation de plein droit.Comment pouvez-vous refuser l\u2019autodétermination à cette nation et nous enchaîner, par votre décision unilatérale, à un fédéralisme débilitant (j\u2019ai accumulé les preuves historiques)?Comment pouvez-vous le proposer comme une solution définitive, comme un éternel point d\u2019appui?Vous prônez le statu quo.C\u2019est assez conservateur.Est-ce judicieux?N\u2019auriez-vous pas intérêt à vous dissocier des politiques de vos prédécesseurs?N\u2019auriez-vous pas à être plus incisif en ce qui regarde l\u2019avenir du Québec et sur les moyens à prendre pour qu\u2019il soit maître chez lui?N\u2019approuviez-vous pas M.Lesage, quand il lança ce slogan?Quelle pensée, originale, vigoureuse, fervente suivez-vous, en ce qui regarde les intérêts du Québec?Vous faites un acte de foi dans «notre appartenance au Canada».Cet acte de foi fait problème.Pour nous, il ne contient plus d\u2019espérance.Savez-vous que vous êtes dépassé?Mais, par les temps qui courent, je vous concède que vous êtes électo-ralement rentable, dans le Québec, au moins pour vingt sièges sur les 75 sièges disponibles! Bien vôtre \u2014 L\u2019Électeur Léandre Fradet À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 665 À l\u2019affût de l\u2019actualité par PATRICK ALLEN L\u2019Office des professions L\u2019Office des professions est né en 1974.Le gouvernement l\u2019a créé en vue de mieux protéger le public que ne pouvaient le faire les corporations professionnelles, comme celles des avocats, des ingénieurs, des médecins, des comptables, des architectes, etc.Dix ans plus tard, en 1984, ont peut se demander si le citoyen, mieux sensibilisé à ses propres besoins et à ses droits personnels, ne remplacerait pas avantageusement le rôle de l\u2019État.Le Devoir (Cahier 3, 23 novembre 1984) fait réfléchir en étudiant l\u2019Office des professions, dix ans après.Voici quelques titres : L\u2019OPQ et les corporations: un profond désaccord sur tout ou presque; La règlementation doit céder la place à la concurrence; L\u2019évolution de la protection du public; Il faut questionner l\u2019existence de l\u2019Office des professions; La règlementation des honoraires professionnels n \u2019assure pas au public des prix justes, etc.Le micro-ordinateur et les PME Les petites et moyennes entreprises sont une force économique.Que vaut pour elles le micro-ordinateur dont la publicité nous rebat les oreilles?Un sondage nous le dit: voyez la revue Commerce (novembre 1974).Et c\u2019est en blanc sur noir! L\u2019industrie agro-alimentaire: le secteur le plus important du Québec Tel est le titre d\u2019un article révélateur écrit dans Le Devoir du 26 novembre 1984 par Gérard Ghersi, professeur à l\u2019Université Laval et Lucie Bourque, chercheur au GRAAL.Le tableau suivant que nous en extrayons est fort intéressant. 666 L\u2019ACTION NATIONALE QUELQUES INDICATEURS DE LA TAILLE DU COMPLEXE AGRO-ALIMENTAIRE DANS L\u2019ÉCONOMIE DU QUÉBEC EN 1981 P.I.B.Population active en millionsS en milliers , Agriculture.Pêches.Industries des aliments et boissons.Industrie du tabac.Commerce agro-alimentaire.Hôtels et restaurants.COMPLEXE AGRO-ALIMENTAIRE ENSEMBLE DE L\u2019ÉCONOMIE 7297,4 71724,0 1303.0 33,4 2078.6 267,0 2197.0 1417.6 73,4 1,7 75,8 4,6 127,5 135.7 418.7 3100,4 POIDS DU COMPLEXE DANS L\u2019ÉCONOMIE 10,2% 13,5$ La lecture de l\u2019article éclaire la portée de ce tableau.Le business au féminin Il y a 10 ans, les femmes entrepreneurs étaient si rares qu\u2019on les connaissait par leur nom; aujourd\u2019hui, UN HOMME D\u2019AFFAIRES SUR TROIS EST UNE FEMME, est-il écrit dans l\u2019article Le business au féminin, par Sylvie Halpern, dans l\u2019Actualité (janvier 1985).Croire en soi, c\u2019est une question d\u2019éducation, pense Dina Lavoie: «Il faudrait peut-être cesser de ne donner que des modèles de gestion masculine aux filles.Quand je suis arrivée aux HEC, sur 1 000 cas d\u2019entreprises qu\u2019on étudiait, il n\u2019y en avait qu\u2019un qui concernait une femme propriétaire: le cas madame Busch, l\u2019histoire \u2014 classique \u2014 d\u2019une femme qui hérite d\u2019une entreprise et hésite entre la diriger et la vendre.Eh bien! les garçons lui conseillaient toujours de laisser tomber mais les filles, elles, l\u2019incitaient à poursuivre».Dina Lavoie anime chaque année depuis ce temps, avec Francine Harel-Giasson, toutes deux professeurs aux HEC, un séminaire intitulé Habiletés de direction pour femmes cadres.Un signe des temps! Les évêques et les femmes au Canada: LE PRIX DU DIALOGUE Relations de décembre 1984 offre à ses lectrices et lecteurs l\u2019occasion de s\u2019approprier les faits qui ont entouré la présentation du rapport du comité ad hoc de la Conférence des évêques À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 667 catholiques canadiens (CECC) sur le rôle des femmes dans l\u2019Église.L\u2019article qui établit ces faits est signé Gisèle Turcot et intitulé Les évêques et les femmes au Canada, LE PRIX DU DIALOGUE.Clair, concis et attrayant par sa présentation, il s\u2019impose à notre réflexion.Les professionnels de la comptabilité 709 candidats québécois au titre de comptables agréés sur 3 848 à travers l\u2019ensemble du Canada ont réussi à l\u2019automne l\u2019examen final uniforme.C\u2019étaient des diplômés de l\u2019École des Hautes Études commerciales, de l\u2019Université McGill, de l\u2019Université Concordia, de l\u2019Université du Québec, de l\u2019Université Laval et de l\u2019Université Sherbrooke.Ce qui est aussi digne de mention est que les candidats francophones ont raflé environ les trois quarts des premières places pour l\u2019ensemble du pays.Il y a donc de l\u2019espoir pour le développement d\u2019entreprises efficaces et prospères dans le Québec, puisque le comptable agréé est un des hommes par excellence pour aider le gestionnaire et le leader en affaires à tenir le gouvernail de son bateau.Ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est que l\u2019examen final uniforme en sciences comptables a pour but de mesurer le jugement professionnel du candidat et sa capacité de formuler des recommandations basées sur le travail d\u2019analyse et l\u2019esprit de synthèse dont doit faire preuve un C.A.En plus de l\u2019examen final, un stage de 2 ans dans un cabinet de comptables agréés reconnu comme maître de stage permet au candidat de valoriser définitivement son titre de C.A.Voilà des DROITS DUREMENT GAGNÉS pour servir en toute sécurité le public.Coquille vide, volte-face, suite à un diktat ou à un ukase de Mulroney Le député de Bourget, Camille Laurin, n\u2019y va pas avec le dos de la cuiller dans le texte intégral de sa lettre adressée au premier ministre René Lévesque publié sous le titre CAMILLE LA URIN À RENÉ LÉVESQUE: «Un exercice guère réussi» (Le Devoir, 14 décembre 1984).Il remercie d\u2019abord M.Lévesque de ses bons mots à son égard pour qualifier ses longs états de service comme député et ministre, et déclare que la lettre du 4 décembre a été surtout l\u2019oc- 668 L\u2019ACTION NATIONALE casion de répéter et pousser ses arguments en même temps que de discréter la thèse de ses adversaires, «Exercice guère réussi.» écrit Camille Laurin.Il met ensuite le chef du parti en face de ses contradictions et aborde le fond du problème: pourquoi cette soudaine volte-face en novembre 1984, après avoir accepté deux fois, en 1982 et en 1984, l\u2019orientation du parti et les mandats qui en découlaient?Pour deux raisons, écrit Camille Laurin: «D\u2019abord conserver le pouvoir malgré des sondages désastreux, même s\u2019il faut pour cela renoncer à l\u2019idéologie centrale, à l\u2019essence même du parti et en faire une coquille vide.Puis, obtenir le plus d\u2019avantages possible pour le Québec du nouveau gouvernement fédéral sur les plans constitutionnels et économiques, afin de réparer les dégâts survenus sous le régime Trudeau.» Tous les Québécois, y compris Camille Laurin et ses collègues orthodoxes, appuient cette seconde raison, attitude totalement compatible avec le programme du parti, de même que l\u2019esprit de coopération qui doit animer cette négociation, continue d\u2019affirmer le ministre devenu simple député.Ce qui paraît injustifiable et inacceptable à M.Laurin et à ses collègues militants, c\u2019est que le gouvernement Lévesque accepte inconditionnellement «cet ukase ou cet ultimatum.ce diktat du gouvernement Mulroney, cette condition préalable qui exige selon toute apparence l\u2019abandon à toutes fins pratiques de la souveraineté et particulièrement lors de la prochaine élection.» Cela veut dire négocier à genoux, se plier à la loi du plus fort, faire un tête-à-queue humiliant et se contenter d\u2019une souveraineté express, sur de simples promesses, sans garanties devant un marchand d\u2019illusions qui tente de faire oublier le cours de l\u2019histoire.M.Laurin s\u2019explique davantage encore et il faut le lire au texte.C\u2019est un témoignage d\u2019une grande lucidité, plein d\u2019idéal et de fierté.Peut-être est-il plus réaliste qu\u2019on peut être porté à croire.Soyons aux aguets, afin de voir comment notre longue histoire de capitulation et de soumission se répète dans nos voies pleines de naïveté et de tactiques électoralistes! Quand les Québécois cesseront-ils d\u2019être une bonne pâte à pétrir pour les autres, d\u2019être manipulés comme des culs-de-jatte? A L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 669 La productivité au Québec est-elle vraiment plus faible qu\u2019en Ontario?La productivité ou l\u2019efficacité, ce qui est un peu synonyme de rendement au travail pour abaisser les coûts de production afin de mieux concurrencer sur les marchés, voilà un terme souvent galvaudé, employé à beaucoup de sauces pour aider et plus souvent nuire à l\u2019activité économique au Québec.Pour mieux comprendre la vérité, l\u2019esprit curieux et critique a intérêt à lire, dans la revue trimestrielle GESTION de novembre 1984, l\u2019article intitulé La productivité au Québec est-elle vraiment plus faible qu\u2019en Ontario?L\u2019auteur, Paul-Martel Roy, professeur au département de sciences économiques à l\u2019Université du Québec à Montréal, soutient qu\u2019il faut examiner avec soin les limites des mesures de productivité utilisées avant de conclure à la supériorité ou à l\u2019infériorité d\u2019une économie par rapport à une autre.À l\u2019aide de quelques tableaux et d\u2019un texte rigoureux, on apprend à savoir de quoi on parle et on en vient à obtenir des surprises agréables, là où la morosité fait trop de conquêtes.Le F-18: un trou sans fond dans le budget Ces titres coiffent un article intéressant et qui ne devrait pas passer inaperçu, écrit par Jean Pelletier {Le Journal de Montréal, 13 décembre 1984).Le public vient de découvrir que le prix des 138 chasseurs F-18 de la défense canadienne qui devait être de 5,2 milliards de dollars à l\u2019origine en 1980, montera à 9 milliards ou plus, car il est impossible d\u2019établir avec exactitude ce qu\u2019il faudra payer.Le chien de payant, le contribuable, en prend encore une fois pour son rhume.La raison de cette montée vertigineuse?Non pas seulement l\u2019inflation, mais en partie les nombreux changements requis au prototype original conçu par la société vendeuse, McDonnel Douglas, et demandés après coup par le ministère de la Défense, surtout à cause des abus colossaux et du manque de contrôle de la gestion des coûts eux-mêmes.Jean Pelletier donne une autre explication et écrit: «Dans son rapport vitriolique sur les dépenses gouvernementales et la gestion des fonds publics, le vérificateur général du Canada, Kenneth Dye, affirme que ce ne sont pas tant les histoires d\u2019horreur au sujet du F-18 ou de l\u2019ACDI qui sont bouleversantes, maisbien la profonde ignorance des parlementaires face à la fiscalité cana- 670 L\u2019ACTION NATIONALE dienne».C\u2019est cela l\u2019ignorance coupable que le journaliste explique brièvement à l\u2019aide du rapport Dye qui «estime que les privilèges fiscaux de tous ordres accordés à des entreprises, comme à des individus, loin d\u2019accroître la productivité ou les ressources monétaires de l\u2019État, au contraire appauvrissent ce dernier».Au bas d\u2019une des trois photos dans l\u2019article de trois quarts d\u2019une grande page, l\u2019identification suivante est rappelée: «Gilles Lamontagne, ministre de la Défense dans l\u2019ancien gouvernement Trudeau, affirmait que piloter un CF-18 était comme faire l\u2019amour.Sa maîtresse lui coûte plutôt cher aujourd\u2019hui: 3 milliards! de plus que prévu.» Souvenir d\u2019un humour douteux, boutade passagère sans doute, mais témoignage du peu de sérieux de trop de parlementaires à sortir de leur ignorance avant de prendre leurs décisions et de renseigner plus intelligemment le public.Sous cet angle, la photo n\u2019est pas de trop ni de la boue lancée à ceux qui nous représentent au Parlement d\u2019Ottawa ou de Québec.Elle donne du poids à l\u2019auteur de l\u2019article qui insiste sur la connaissance approfondie d\u2019un dossier avant d\u2019en disposer.Si les privilèges fiscaux que dénoncent Dye et Pelletier peuvent être utiles, la véritable question est de savoir s\u2019ils sont compris et comptabilisés par le législateur, avec leurs conséquences sur l\u2019activité économique du pays, d\u2019une province ou d\u2019une région.Ainsi, selon Pelletier, le rapport Dye devrait inviter à mesurer l\u2019impact économique à court et à long terme des déductions fiscales, une tâche presque pharaonique.Cette question est un lourd défi pour le premier ministre du Canada qui veut accroître certains privilèges et encouragements fiscaux pour activer l\u2019économie tout en réduisant le déficit annuel de l\u2019administration publique.L\u2019État-Providence est remis en question C\u2019est une remise en question complète de l\u2019État-Providence libéral à laquelle il faut s\u2019attendre avec le gouvernement Mul-roney, écrit (Le Soleil, 15 décembre 1984) Richard Daignault.De quoi parle-t-on au juste?L\u2019État-Providence fédéral ambitionnait de bannir les inégalités sociales les plus criantes.11 a implanté à cet effet l\u2019assurance-chômage, les allocations fami- À L\u2019AFFÛT DE L\u2019ACTUALITÉ 671 liales, l\u2019assurance-santé, la pension pour les personnes âgées, un système de péréquation visant à saupoudrer dans les provinces les plus défavorisées l\u2019argent que l\u2019on prenait chez celles qui étaient bien nanties, un régime de retraite, des subventions aux entreprises et aux individus, des exemptions d\u2019impôts pour stimuler l\u2019économie, des privilèges ici et là, aux amis du régime, etc.: «Tout cela pour aboutir à l\u2019aliénation des provinces de l\u2019Ouest, à une constitution nouvelle refusée par le Québec, à un inimaginable déficit budgétaire, à un taux de chômage scandaleux et une administration fédérale pourrie par les scandales et l\u2019incompétence administrative.» Parizeau veut éviter que le congrès dévie sur le leadership Selon Pierre O\u2019Neil (LeDevoir, 17 décembre 1984), Jacques Parizeau s\u2019abstiendrait du congrès spécial d\u2019orientation du 19 janvier pour éviter que sa participation soit interprétée comme une contestation du leadership du premier ministre René Lévesque: «Je ne veux pas que l\u2019on se serve de moi pour faire d\u2019un débat d\u2019idées, d\u2019orientations politiques, une simple guerre entre deux hommes pour atteindre un poste» a déclaré Jacques Parizeau à ses militants du comté de l\u2019Assomption pour expliquer sa décision.Il croit aussi qu\u2019une intervention de sa part au congrès serait perçue «comme une lutte de pouvoir, comme une bagarre d\u2019hommes, comme une tentative de vouloir me mettre en ligne au cas où, à un moment donné, la place serait libre».Après d\u2019autres explications, Jacques Parizeau indépendantiste sincère et inconditionnel soutient que M.Lévesque a eu tort de fonder tant d\u2019espoirs sur la générosité de Brian Mulroney et il montre pourquoi.Pas de sanctions économiques américaines contre Pretoria On sait (Agence France Presse, Reuter, La Presse, 14 décembre 1984) que Mgr Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, a lancé à Uppsala en Suède un appel en faveur de l\u2019amnistie des prisonniers politiques en Afrique du Sud ainsi que de ceux qui vivent en exil.Au même moment à Washington, Chester Crocker, secrétaire d\u2019État adjoint pour l\u2019Afrique, a écarté l\u2019idée de sanctions économiques américaines alors que 120 grandes sociétés américaines actives en Afrique du Sud s\u2019étaient déjà engagées, au nom du code de conduite du pasteur Léon Sullivan, à éliminer la ségrégation raciale et à payer les mêmes salaires aux 672 L\u2019ACTION NATIONALE Blancs et aux Noirs dans leur usine.Elles ont aussi décidé d\u2019intervenir publiquement contre l\u2019apartheid et en faveur des réformes sociales dans ce pays.Il y a là un espoir de jours meilleurs si on pense qu\u2019environ 350 sociétés américaines ont des liens industriels ou financiers avec l\u2019Afrique du Sud où les investissements directs américains totalisent 3,3 milliards de dollars.Ottawa: le nouveau French Power «Les nouveaux ministres tories du Québec ont quelque chose en commun: ils commencent tous une nouvelle carrière», écrit Michel Vestel (Actualité, décembre 1984).L\u2019article fait grand état de Monique Vézina, Michel Côté, André Bissonnette, Marcel Masse et Andrée Champagne.Celle-ci est ministre d\u2019État (à Ottawa) de la jeunesse et entend «virer bout à bout» la vocation de son ministère.Elle expose à l\u2019auteur de l\u2019article l\u2019approche conservatrice qu\u2019elle favorise: «Il y a 10% de jeunes qui ont de sérieux problèmes d\u2019adaptation dans la société.Il en reste 90% qui fonctionnent bien, qui font des choses parfois extraordinaires.C\u2019est eux que nous allons mettre en lumière.» Mais madame Champagne doit se souvenir que l\u2019éducation et la culture sont de compétence provinciale! Elle peut marcher sur un baril de poudre! Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS % de* région* suivante* ; La Société Nationale de FE*t du Québec' La S.N.Q.de ta région des Haute*-Rivières La S.N.Q.de la région de FOutaouats La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de F Amiante La S.N.Q.de ta région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région RicheHeu-Yamaska Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 5-85 M.Jenr \" 'ai' 190,\t7 c Avenue, Tborv i 1 ¦ e\tJ2Y.IMG De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d\u2019assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! 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