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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1985-10, Collections de BAnQ.

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[" £Acdon NATIONALE Volume LXXV, numéro 2, octobre 1985 M.ROGER DUHAMEL (1916-1985) ET SA EEMME. La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 l\u2019ActlOn NATIONALE Volume LXXV, numéro 2, octobre 1985 TABLE DES MATIÈRES PIERRE TRÉPANIER:\tRoger Duhamel (1916-1985)\t.\t103 ÉMILE POISSANT:\tSimples commentaires politiques .119 FRANÇOIS-ALBERT\tRené Lévesque et l\u2019évolution ANGERS:\tdu nationalisme québécois.\t123 MICHEL\tL\u2019avenir de la recherche FAMELART:\tforestière au Québec.133 RENÉ BLANCHARD:\tLes peuples agricoles (suite)\t.\t148 GASTON\tBâtir une complicité STRAFFORD:\tavec les jeunes.159 MICHEL BROCHU:\tLe Québec devant l\u2019indépendance nationale, ou le choix des certitudes.177 RAYMOND BLAIS:\tLe mouvement coopératif face au défis des années 80.182 GUY HUARD:\tUn hymne national québécois .\t184 DANIEL PEAK:\tLe fonds de récupération Desjardins.187 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2ième semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 L\u2019ACTION NATIONALE 99 il j 4 Assurance-vie Desjardins 100 L\u2019ACTION NATIONALE Dans la prochaine livraison de L\u2019Action Nationale nous survolerons, dans une perspective non partisane, les principaux événements d\u2019intérêt national qui ont marqué la course à la présidence du Parti québécois.Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE 101 revue ^ critère Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy H.Allard, Marc-Fernand Archambault, Claude Gagnon, Lise Noël, Louise Poissant.Dernières parutions: No 34: L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.No 38: De la guerre \u2014 I, automne 1984, 317 p.No 39: De ta guerre \u2014 II, printemps 1985, 258 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 102 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t\t4 forts numéros par Lionel Groulx\t\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT\t\t NOM\t\t\t ADRESSE \t\t\t \tCANADA\tAUTRES PAYS Individus\t30,00$\t34,00$ Étudiants (avec pièce justificative)\t14,00\t18,00 Abonnement de soutien\t50,00\t54,00 Institutions\t30,00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Église \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d'actualité Abonnement I an (10 nos) :\t12.50S à I \u2019 étranger :\t14.50S par avion\t20.00S Nom ____________________________ Adresse -ï- code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 2238 ROGER DUHAMEL (1916-1985) 103 Roger Duhamel (1916-1985) par PIERRE TRÉPANIER La disparition soudaine de Roger Duhamel prive la Ligue d\u2019Action nationale d\u2019un de ses membres les plus éminents et la revue, d\u2019un collaborateur qui lui conférait prestige et autorité.Les lecteurs regretteront la disparition de ses deux chroniques mensuelles, l\u2019une sur l\u2019actualité nationale et l\u2019autre sur la politique internationale.L\u2019auteur les rédigeait en une belle langue claire et précise, toute classique dans sa sobriété et son élégance.Il y déployait ses dons d\u2019observateur, son sens critique, sa perspicacité, appuyés sur une riche expérience des hommes et des choses.D\u2019une vaste culture, brillant causeur, aimant la vie, il était de bonne compagnie et savait, à l\u2019occasion, se montrer fraternel.Cet intellectuel de grande classe, ce parfait honnête homme d\u2019une chaude humanité laisse un vide immense dans les esprits et dans les cœurs.Les quelques notes qui suivent ont un caractère provisoire.Je n\u2019ai connu M.Duhamel que pendant les dernières années de sa vie.Mes souvenirs personnels entrent pour peu dans ma petite étude et je sens toutes les imperfections de ma documentation.M.Duhamel ne voulait pas écrire ses mémoires.Il réservait ce privilège aux hommes d\u2019État et aux grands capitaines ainsi qu\u2019aux spécialistes de l\u2019âme humaine, un Amiel, un Julien Green.Il nous a tout de même laissé, il y a une quinzaine d\u2019années, un livre de souvenirs, malheureusement trop court'.C\u2019est un témoignage précieux.1.Le collégien Roger Duhamel est né à Hamilton (Ontario), le 16 avril 1916.Il a un an quand son père, fonctionnaire fédéral, est muté à Montréal.C\u2019est ici qu\u2019il grandit.Cela n\u2019est pas indifférent.La métropole, où se heurtent deux cultures, deux * La photographie sur la couverture est de M.Armour Landry, un an avant le le décès de M.Duhamel.Tous remarqueront le regard de tendresse pour sa femme.1.Bilan provisoire, Montréal, Beauchemin, 1958.Voirp.12. 104 L\u2019ACTION NATIONALE sociétés, invite au nationalisme.Le jeune garçon est enfant unique et en souffre.Il s\u2019absorbe dans les livres de contes illustrés, inaugurant ainsi l\u2019une des passions de sa vie.Au Jardin de l\u2019Enfance, les religieuses de la Providence l\u2019initient aux mystères de l\u2019écriture: à l\u2019enchantement de l\u2019image s\u2019ajoute la fascination de l\u2019écrit.Puis vient le temps du collège, de 1927 à 1935.Le choix se porte sur le collège Sainte-Marie, sous la direction des jésuites.Les Pères exerceront sur Roger Duhamel une influence décisive.Le collégien leur en gardera toute sa vie une reconnaissance émue.Non pas qu\u2019il n\u2019ait rien à redire: l\u2019enseignement de la philosophie lui paraît trop thomiste et trop peu ouvert aux philosophes modernes.Mais il y fait de solides humanités.Il s\u2019imprégne de valeurs dont il vivra jusqu\u2019à la fin: foi catholique, nationalisme, en même temps ouverture sur le monde (héritage méconnu de l\u2019ultramontanisme), culte du classicisme français.Insistons sur deux autres idées.D\u2019abord, la mission du Canada français en Amérique du Nord.«Le Canada français, écrira Duhamel, n\u2019est pas un mythe, c\u2019est une belle et grande réalité.» Sur cette réalité, on peut asseoir un vaste projet, tout aussi concret: «C\u2019est par la culture française passionnément chérie et ardemment vécue que nous deviendrons un peuple grand, un peuple qui projettera dans toute l\u2019Amérique les lumières de la plus pure civilisation qui fût jamais, de cette civilisation très ancienne, née à Athènes, étoffée par Rome et surélevée par la grâce du christianisme imprégnée à elle depuis le moyen âge et devenue inséparable de son apport français2.» Si cette mission est concrète, elle est aussi réaliste et ne s\u2019illusionne pas sur nos moyens.Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, qui entraîne une rupture de nos relations culturelles avec la France, Roger Duhamel observe: «Pouvons-nous espérer créer dans la province de Québec un centre de rayonnement culturel qui soit français d\u2019inspiration et canadien d\u2019expression?Il faut y travailler, bien sûr, mais je crains que laissés à nous-mêmes, nous ne fassions longtemps qu\u2019ébaucher des projets ambitieux qui ne sauront se soutenir et 2.«Notes sur la femme et la culture», L\u2019Action nationale, juin-juill.1944, p.470-471. ROGER DUHAMEL (1916-1985) 105 se développer.Tributaire d\u2019une culture millénaire, on ne s\u2019improvise pas du jour au lendemain, sous le fouet des circonstances, phare lumineux.Tout au plus pouvons-nous être pour l\u2019instant, de fidèles et d\u2019honnêtes dépositaires d\u2019un trésor dont nous ne sommes pas les inventeurs, dont nous avons bénéficié durant longtemps et qui risque de perdre en nos mains ses vertus d\u2019initiative et de création sans cesse renouvelée3.» Et les entraves sont d\u2019abord en nous: «Je crains beaucoup plus nos ennemis de l\u2019intérieur que ceux de l\u2019extérieur.Je crains beaucoup plus notre apathie, notre paresse, notre insouciance que les assauts de ceux qui ne nous aiment pas.» Ensuite, l\u2019élitisme, conçu comme la noblesse du service.Un quart de siècle après avoir quitté le collège, Roger Duhamel se rappellera: «Tout en s\u2019appliquant à former en nous la faculté de jugement, nos éducateurs [.] ne dédaignaient pas de souligner à notre attention les vertus de quelques compatriotes éminents.C\u2019est qu\u2019il existe des élites morales et intellectuelles qui constituent la seule richesse durable des nations.Personne ne gagne à les mépriser, personne ne s\u2019honore à les abaisser4.» Il lui est arrivé de reprendre sans ménagement ceux qui médisaient de cette valeur essentielle: «[.] il est vrai que \u2018les collèges classiques distillaient une idéologie élitiste\u2019.Que le ciel \u2014 ou \u2018le purgatoire jésuite\u2019 \u2014 en soit loué.C\u2019est par leurs élites, à tous les paliers, que prospèrent et progressent les sociétés.Qui dit élite ne dit pas snobisme ou suffisance, mais recherche inlassable de la qualité et de l\u2019excellence5.» En 1934, sous l\u2019inspiration du Père Doncœur, jésuite, Robert Charbonneau et Paul Beaulieu fondent la Relève.On lit Léon Bloy.On médite les leçons de Jacques Maritain et de Nicolas Berdiaeff.On milite pour un catholicisme moderne, large, audacieux.Roger Duhamel en est, pour un temps: «Peu à peu, on me laissa tomber, comme il m\u2019est si souvent arrivé en cours de route.Mon libéralisme intellectuel se plie malaisément aux canons d\u2019une chapelle6.» 3.\tCandide [Roger Duhamel], «Lettres amicales», L\u2019Action nationale, fév.-mars 1942, p.161-162.4.\t«Hommage en forme de souvenirs», Cahiers de l\u2019Académie canadienne-française, n° 15, Victor Barbeau, Montréal, Fides, 1978, p.11.5.\t«André Laurendeau: le rêve brisé», Le Devoir, 17 déc.1983, p.28.6.\tBilan provisoire, p.61. 106 L\u2019ACTION NATIONALE Le baccalauréat en poche, il faut choisir une carrière.Sans grand enthousiasme, apparemment, Roger Duhamel s\u2019inscrit à la Faculté de Droit, en 1935.11 est déçu de ne pas y trouver le complément de formation générale auquel il aspirait.Il suit des cours à la Faculté des Lettres, ceux de Lionel Groulx, entre autres.L\u2019université lui décerne son diplôme de droit en 1938.2.Le militant nationaliste Après les études, on doit penser à gagner sa vie d\u2019autant qu\u2019avec le mariage arriveront les enfants, au nombre de quatre.Entreprendre de faire carrière au cœur de la Grande Dépression n\u2019est pas chose aisée.Comme pour tous ceux qui sont parvenus à l\u2019âge d\u2019homme au cours de cette terrible décennie, la crise économique a pesé lourd dans la vie de Roger Duhamel.Le désir d\u2019une certaine sécurité financière et de légitimes ambitions expliquent bien des choses, même chez les meilleurs.L\u2019itinéraire professionnel de Roger Duhamel, comme journaliste puis comme haut fonctionnaire fédéral, a parfois déconcerté ses amis nationalistes.Mais je crois pouvoir dire qu\u2019à tout prendre Roger Duhamel n\u2019a jamais renié ses convictions et surtout qu\u2019il n\u2019a jamais nui aux causes qui lui étaient chères.N\u2019empêche que les années 1946-47 constituent une charnière: avant, un engagement nationaliste à fond; après, une mise en sourdine ou, si l\u2019on préfère, une tendance à la discrétion.De 1938 à 1940, puisqu\u2019il n\u2019a guère de goût pour la profession d\u2019avocat, Roger Duhamel entre dans la fonction publique municipale comme secrétaire de Camilien Floude, puis au sein du personnel de la Cour du Recorder.S\u2019ouvre alors une carrière distinguée de journaliste: rédacteur adjoint au Canada, pourtant organe du parti libéral (1940-42); rédacteur littéraire au Devoir, où il est plus à l\u2019aise idéologiquement et où il peut s\u2019adonner à sa passion pour la littérature \u2014 mais le traitement est mince (1942-44); rédacteur à la Patrie (1944-47); directeur de Montréal-Matin, journal de l\u2019Union nationale de Maurice Duplessis \u2014 un point tournant (1947-53); de retour à la Patrie en tant que rédacteur en chef (1953-58).On le voit, il n\u2019a jamais été petit reporter et sa carrière ne ressemble pas à celle de la plupart des gens du métier.Critique littéraire, il a la satisfaction d\u2019avoir lancé les pages littéraires du Devoir, appelées à régenter notre petite république des lettres.À quoi il a par la suite ajouté les fonctions ROGER DUHAMEL (1916-1985) 107 d\u2019éditorialiste et de directeur, acquérant ainsi une précieuse expérience d\u2019administrateur.Je regrette, pour ma part, qu\u2019il n\u2019ait pas été donné à Roger Duhamel de diriger le Devoir-, c\u2019était le seul journal digne de lui et de ses immenses talents.Parallèlement à son travail dans le monde de la presse, Roger Duhamel se livre à une intense activité de militant.En 1933, un groupe d\u2019étudiants, où brille André Laurendeau, fonde les Jeune-Canada.Roger Duhamel, moins âgé, les rejoindra sur le tard.Ces jeunes activistes sont, en quelque sorte, les Camelots non pas du Roi, mais bien de la patrie québécoise.Ils cherchent auprès de l\u2019abbé Groulx consignes et bénédictions.Roger Duhamel a signé quelques textes en se réclamant des Jeune-Canada.Il s\u2019y montre isolationniste farouche: «La désagrégation, tant redoutée, du corps fédératif, ne sera pas loin, quand la conscription sera proclamée.Il vit sans doute au Canada, il vit sûrement dans Québec, une génération qui n\u2019acceptera pas la servitude, une jeunesse qui ne consentira pas à tuer, pour le bénéfice de quelques exploiteurs.Des ennemis?Les Canadiens n\u2019en ont pas!7» À un autre moment, prenant fait et cause pour les grévistes de la Dominion Textile, il condamne le libéralisme avec toute l\u2019assurance des jeunes gens: «Doctrine pernicieuse, s\u2019il en est, qui divise l\u2019homme contre lui-même; qui dresse dans une opposition tout artificielle la vie privée et la vie du métier; qui sape la notion d\u2019autorité en lui substituant une idéologie chimérique.Cela devait aboutir à la haine, fruit des incompréhensions et des préjugés.Nous vivons cet échec.» Et d\u2019y aller de sa solution: «[.] des syndicats nationaux, aux directives nettes, sans fléchissement, qui mettront fin au monisme libéral; un système corporatif aéré, qui ne confonde pas le Xllie siècle avec le XXe, et qui sache s\u2019adapter à notre rythme de vie; enfin, la consécration juridique de l\u2019État, indispensable en pays civilisé8».Des Jeune-Canada, il est tout naturel de passer à la Ligue d\u2019Action nationale et à sa revue.Roger Duhamel sera membre de la ligue de 1938 à 1947; il en sera le secrétaire de 1939 à 1946.7.\t«Sebattre?.contre qui?», L\u2019Action nationale, fè\\.1937, p.110.8.\t«La victoire par le syndicat national», L\u2019Action nationale, nov.1937, p.173 et 179. 108 L\u2019ACTION NATIONALE À la revue, il collaborera régulièrement de 1937 à 1946, en partageant même la direction avec François-Albert Angers et Arthur Laurendeau de 1943 à 1946.Les deux mouvements gravitent autour de l\u2019abbé Groulx, comme chacun sait.Roger Duhamel éprouve pour lui plus que du respect.Il est, à ses yeux, «le maître authentique au sein des fantoches qui s\u2019agitent9».Trente ans plus tard, l\u2019admiration sera aussi vive.À preuve l\u2019article que Roger Duhamel lui consacre dans /\u2019Encyclopaedia Universalis: «Grâce au chanoine Groulx, la doctrine nationaliste n\u2019est plus étroit repli, mais expansion généreuse aux dimensions de l\u2019humain10.» Dix ans plus tard, un témoignage analogue, mais avec un retour sur le passé, qu\u2019il faudra souligner: «De Lionel Groulx, le prêtre exemplaire nous atteignait moins profondément que l\u2019historien, l\u2019éveilleur, le professeur d\u2019énergie et de fierté.Nous avons été quelques-uns à nous échapper pour recueillir ses leçons au pied de sa chaire, dans une petite salle obscure de la vieille université.Nous l\u2019applaudissions sans réserve \u2014 les réserves viendraient plus tard \u2014 lors des ralliements du Gesù et du Mouvement national, quand il cherchait passionnément, plus ou moins en vain, à rassembler les éléments épars d\u2019une âme collective.En dépit de la lucidité objective de ses raisonnements, j\u2019incline à voir en Groulx un poète éclatant, l\u2019Homère inspiré d\u2019une impossible Iliade.Son souvenir doit demeurer cher à tous ceux qui ont rêvé noblement et ne le regrettent pas, malgré les démentis de la vie\".» Morceau d\u2019anthologie, tout à fait dans sa manière.\u2014 Les réserves viendraient plus tard, en fait moins à l\u2019égard de Groulx lui-même que de l\u2019Action nationale.Il faut ici donner la parole au principal intéressé, même un peu longuement: «Dès son lancement, la revue recruta une clientèle enthousiaste et nombreuse dans les collèges et les presbytères.Il est peut-être dommage qu\u2019elle n\u2019ait pas réussi à ajouter à ces augustes lieux d\u2019autres secteurs où ses horizons se fussent tout naturellement élargis.Ce qu\u2019on peut surtout reprocher à cette équipe dont j\u2019ai fait partie, dont je me suis éloigné, comme beaucoup d\u2019autres, 9.\tCité par L.Groulx, Mes mémoires, III: 345.10.\tEncyclopaedia Universalis, 1968, VIII: 49.11.\tCahiers de l'Académie canadienne-/rançaise, n° 15, p.12. ROGER DUHAMEL (1916-1985) 109 c\u2019est un esprit de chapelle, la conviction trop fortement ancrée d\u2019avoir toujours raison, somme toute, une forme à la fois paresseuse et inquiète de l\u2019immobilisme intellectuel.[.] D\u2019aucuns ont la certitude de détenir la vérité entre les pages d\u2019un bouquin d\u2019histoire.Je la crois aussi précieuse, et tellement plus libre, dans un poème, un roman, une sonate, une toile.[.] On en est venu à rétrécir la littérature d\u2019inspiration nationaliste aux cadres étroits du récit historique.[.] Il est sage de faire bien attention que l\u2019histoire ne nous fossilise pas prématurément12.» Le lecteur reste sur sa faim; on souhaiterait moins de concision et plus de précision.Déjà membre du conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste, Roger Duhamel en est élu président, en 1943, à 27 ans.En pleine guerre, il faut du courage, accepter d\u2019être constamment sur la brèche.Roger Duhamel, qui est un peu une force de la nature, mène de front et avec brio ses multiples activités.Il trouve même le moyen de donner à sa présidence un caractère intellectuel.Le prestige de la société en sera rehaussé.Il obtient la fondation du Prêt d\u2019honneur pour venir en aide à des étudiants prometteurs et la création du Prix Duvernay.Les deux premiers titulaires en seront Guy Frégault et Germaine Guèvremont.Il a aussi à cœur les intérêts des minorités canadiennes-française, les Acadiens en particulier.Ceci l\u2019amène à devenir vice-président du Comité permanent de la Survivance française en Amérique (1944-45).En 1945, il ne se représente pas à la présidence de la SSJB13.Pendant ces années, il ne perd pas de vue le mouvement politique, à l\u2019affût de toute nouveauté dans ce domaine comme en littérature, mais sans jamais se départir de son sens critique.Il a de la sympathie pour l\u2019Action libérale nationale de Paul Gouin, qu\u2019il connaît.L\u2019attire de même le Bloc populaire, fissuré aussitôt que constitué et qui cherche désespérément l\u2019unité sous la gouverne de Maxime Raymond, à la personnalité un peu escarpée et affaibli par la maladie.En 1945, Roger Duhamel se présente comme candidat du Bloc dans la circonscription de 12.\tBilan provisoire, p.70-71.13.\tR.Rumilly, Histoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Des Patriotes au Fleurdelisé, 1834-1948, Montréal, L\u2019Aurore, 1975, p.528-549. 110 L'ACTION NATIONALE Saint-Jacques, où il subit une défaite honorable.Il ne tâtera plus de ce sport.L\u2019évolution politique au Canada anglais ne le laisse pas indifférent.«Les partis dits subversifs \u2014 à la vérité les plus intéressants, la C.C.F.surtout \u2014 n\u2019ont aucune chance de faire des gains sérieux dans le Québec.11 est trop facile ici de jouer de l\u2019épouvantail communiste, facile paravent aux exactions et aux abus les plus criants d\u2019un capitalisme corrompu14.» Dans les jours qui ont suivi son décès, on a répété à qui voulait l\u2019entendre que Roger Duhamel était un bleu.Cette étiquette peut entraîner bien des confusions, compte tenu de son sens dans notre vocabulaire politique.Un bleu l\u2019est presque de naissance, et mourra tel, sans trop y avoir réfléchi.Voilà le vrai bleu ou le vrai rouge.Roger Duhamel n\u2019a jamais professé cet esprit bassement partisan, même à la direction de Montréal-Matin.Conservateur, il l\u2019était et son penchant pour les formations conservatrices paraît naturel.Mais il n\u2019est pas sans intérêt de remarquer qu\u2019il a jugé sévèrement le premier ministère Duplessis, comme beaucoup d\u2019autres qui seront plus favorables au second: «Un parti élu sous de fausses représentations se maintient au pouvoir grâce à son écrasante majorité et à une habile propagande.[.] À certains égards, nous nous croirions revenus aux plus beaux jours du taschereautisme régnant! [.M.Duplessis] possède l\u2019art d\u2019esquiver une question en soulevant des préjugés.La tournure sophistique de son esprit exerce une influence délétère sur ses partisans, qui en viennent, à son exemple, à fuir la vérité.Le Parlement provincial est devenu une mare au diable.Les lois les plus élémentaires de la courtoisie sont abolies.La riposte vulgaire tient lieu d\u2019explication.[.] Ce sont ces serviteurs myopes et égoïstes qui minent lentement la démocratie.Du reste, ce mot a peu de sens en notre province, où 14.«Les jeux de la politique», L\u2019Action nationale, juin 1939, p.518.Il ajoute: «Sans doute se dirige-t-on lentement vers une union des deux grands partis bourgeois, d\u2019une part, et à un regroupement des forces progressives sous une étiquette encore à trouver, d\u2019autre part.Les uns ancrés sur leurs privilèges auxquels ne correspond plus aucun service, les autres défenseurs d\u2019idées avancées, parmi lesquelles il est à espérer que quelques lueurs de vérité surgiront au sein de Terreur.» ROGER DUHAMEL (1916-1985) 111 nous nous flattons des formes extérieures de la démocratie politique, sans jamais tenter d\u2019accomplir l\u2019indispensable: la démocratie sociale15.» En revanche, il écrit, à la fin de 1939: «Nous accueillons le second ministère Godbout, on s\u2019en rendra compte, avec le préjugé favorable.[.] nous ne ferons pas grief à un homme d\u2019État d\u2019exagérer dans le sens de la modernisation des différents services de l\u2019administration16.» Quelle est la tonalité générale du nationalisme de Roger Duhamel aux environs de la Seconde Guerre mondiale?Il récuse les versions raciste et totalitaire.Il accepte la conception défendue par Renan de la nation comme principe spirituel et expression d\u2019un vouloir-vivre commun17.Il refuse l\u2019assimilation de la nation et de l\u2019État, sans pour autant réduire celui-ci à une simple fiction18: «Selon notre éthique publique, l\u2019État n\u2019est pas un absolu.Il doit entretenir des relations harmonieuses avec Dieu, avec l\u2019Église, avec la nationalité, avec l\u2019humanité, avec l\u2019économie d\u2019un peuple15.» Il s\u2019inscrit volontiers dans l\u2019espace américain: «Nous croyons qu\u2019il est absurde et vain de lutter contre la géographie, de marcher au rebours de l\u2019histoire.La Providence a voulu que nous soyons un peuple d\u2019Amérique; une immense nappe d\u2019eau nous sépare du vieux continent.Les conditions physiques de notre pays tendent à créer un type original, qui, sans s\u2019opposer violemment, se distingue de l\u2019Européen.Nous possédons une histoire séculaire, intégralement américaine.[.] En nous inclinant devant les faits, nous devons tendre toujours davantage à participer à l\u2019organisation de l\u2019Amérique, à prendre place dans un système américain des puissances.Le premier pas à faire, ce serait de tourner le dos à cette cour du roi Pétaud qui a nom la Société des Nations.[.] Devant l\u2019Europe en proie aux luttes perpétuelles se dresse l\u2019Amérique, neuve, riche, et qui veut vivre20.» Il repose sur des relations culturelles privilégiées avec la 15.\t«Décadence des mœurs publiques», L'Action nationale, avril 1939, p 352-353.16.\tL'Action nationale, déc.1939, p.287.17.\t«Courrier des lettres», L'Action nationale, nov.1945, p.232-233.18.\t«La notion d\u2019indépendance», L\u2019Action nationale, avril 1946, p.253.Il s\u2019agit ici de l\u2019indépendance du Canada.19.\t«Courrier des lettres», L\u2019Action nationale, fév.1946, p.142.20.\t«Les jeux de la politique», L'Action nationale, oct.1938, p.152-153. 112 L\u2019ACTION NATIONALE France21.Il est aussi très exigeant.Il n\u2019a jamais dissimulé nos faiblesses, trop réelles, sous notre prétendue supériorité, trop problématique.Voici là-dessus des propos très durs (nous sommes en 1941): «Tous nos penseurs \u2014 le mot est prétentieux, mais il plaira à tous ceux qui croiront se reconnaître, \u2014 tous nos penseurs, dis-je, s\u2019accordent à admettre que dans notre province, la lettre a tué l\u2019esprit.Entre la réalité et nous, nous avons élevé une cloison étanche, nous nous sommes renfermés dans la sécurité douillette des poncifs et des clichés, sans songer à contrôler par les faits les notions abstraites dont nous nous sommes embarrassés.C\u2019est le règne du manuel et de l\u2019argument d\u2019autorité.Il y en a quelques-uns, parmi nous, qui veulent secouer ce joug, partir à l\u2019aventure sur des sentiers inconnus.Ah! ceux-là, plaignez-les, mon cher ami, car ils ont à soulever sur leurs épaules un monde de préjugés et de tyrannies mesquines! Mais ils ouvrent des voies qui élargiront nos horizons22.» La doctrine nationaliste devrait se nourrir de la préoccupation du concret: «Le temps est venu, nous semble-t-il, de substituer à de louables sentiments patriotiques des idées-forces, une pensée cohérente et puissamment incarnée dans les faits.Une liturgie, des rites perdent vite de leur efficace, s\u2019ils ne sont pas la projection culturelle de convictions claires et fermes.Il en va pour le patriotisme comme pour la religion.D\u2019où l\u2019urgence d\u2019une éducation nationale qui ne sacrifie en rien aux déviations des concepts politiques et économiques, qui sache au contraire rétablir dans les esprits 1 ordre 21.\tOn pourrait multiplier les exemples d\u2019attachement à la France, tantôt la France de tous, tantôt une certaine France.Citons seulement l\u2019article magnifiquement intitulé «Tristesse de la France», L\u2019Action nationale, sept.1945, p.38-40.Il renferme une mise au point qu\u2019il n\u2019est pas mauvais de transcrire: «Qu\u2019on ne s\u2019y méprenne pas: nous n\u2019avons ni le goût ni l\u2019intention d\u2019innocenter le régime de Vichy.Nous n\u2019avons jamais prisé la prétendue Révolution nationale, poursuivie sous la botte de l\u2019occupant.Une renaissance, même nécessaire, s\u2019accomplit mal en présence de l\u2019ennemi.» \u2014 Beaucoup d\u2019intellectuels québécois ont vécu l\u2019effondrement de 1940 comme une tragédie quasi personnelle.22.\t«Lettres amicales», L\u2019Action nationale, mai 1941, p.428.\u2014 On pourrait démontrer facilement que le souci du concret et des faits était plus répandu qu\u2019on le croirait à l\u2019époque, comme le montrerait, par exemple, une histoire des idées pédagogiques ou encore une étude sur l\u2019évolution de la géographie chez nous.Dans un autre champ du savoir, rappelons que l\u2019Invitation à l\u2019étude d\u2019Esdras Minville date de 1943.Tous ces appels indiquent, évidemment, qu\u2019il y a un problème, un malaise, qu\u2019il existe un confort, une routine coupable. ROGER DUHAMEL (1916-1985) 113 des devoirs23.» En outre, le nationalisme de Roger Duhamel n\u2019est pas défaitiste, il est parfois très enthousiaste.Ainsi la parution de Bonheur d\u2019occasion comble le critique: «Quand un petit peuple de trois millions d\u2019habitants, en dépit de toutes les traverses et des épreuves auxquelles un autre moins bien trempé eût succombé, compte parmi la génération de ses romanciers de moins de quarante ans un Robert Charbonneau, un Roger Lemelin, un Rex Desmarchais, une Gabrielle Roy, il peut éprouver une légitime fierté24.» Avec le recul du temps, certains textes paraissent se charger d\u2019une valeur prophétique, prémonitoire.Roger Duhamel s\u2019est-il souvenu de celui-ci, qui date de 1938, au soir du référendum de 1980: «Sur les questions fondamentales: unité nationale, politique extérieure, institutions sociales, organisation économique, le Canada est profondément divisé.Il le demeurera tant qu\u2019une des deux parties, Québec ou les provinces anglaises, n\u2019aura pas cédé.Un groupe de députés s\u2019avisera-t-il un jour de réclamer un plébiscite par lequel les Canadiens français exprimeraient leur sentiment sur le pacte fédératif?Avant d\u2019y songer, et pour nous épargner une terrible déconvenue, il importe que l\u2019éducation nous prépare des hommes qui sachent la beauté de notre patrimoine ethnique, qui le situe au premier rang dans l\u2019échelle des valeurs.Nous n\u2019en sommes pas encore là.Mais des progrès accomplis en ces dernières années se nourrit une indéfectible espérance25.» 3.L\u2019écrivain A la fin des années 1950, à l\u2019époque du ministère conservateur de Diefenbaker, Roger Duhamel délaisse le journalisme pour la fonction publique fédérale, mais sans abandonner la 23.\t«Courrier des lettres», L\u2019Action nationale, nov.1945, 233.\u2014 réflexions faites dans le cadre d\u2019un compte rendu élogieux d\u2019un livre du Père R.Arès, Notre question nationale, tome II, Positions de principes, Montréal, Éd.de l\u2019Action nationale, 1945.24.\t«Courrier des lettres», L\u2019Action nationale, oct.1945, p.142.\u2014 Au Canada anglais, Roger Duhamel se montre curieux non seulement des nouveautés politiques, mais aussi littéraires.Il salue, par exemple, en Two Solitudes de Hugh MacLennan un «beau et grand roman» («Courrier des lettres»), L'Action nationale, sept.1945, p.61).25.\t«Les jeux de la politique», L\u2019Action nationale, nov.1938, p.268. 114 L\u2019ACTION NATIONALE critique littéraire.Il signera en effet des collaborations dans la page littéraire du Droit.Il vit à Ottawa durant cette période.De 1958 à 1960, il est vice-président du Bureau des gouverneurs de la radio-diffusion avant de devenir Imprimeur de la reine, avec rang de sous-ministre, de 1960 à 1969.Une réforme entraîne l\u2019abolition de son poste.En 1969, il travaille comme conseiller spécial de la délégation canadienne aux Nations-Unies.Il préside en 1970 le Conseil consultatif des districts bilingues: on dirait que le gouvernement Trudeau ne sait que faire de Roger Duhamel.Des nationalistes se demandent tout bas ou tout haut ce que ce dernier peut bien faire dans cette galère.L\u2019idée des districts bilingues est enterrée.Conseiller spécial auprès du secrétariat d\u2019État en 1971, il est nommé l\u2019année suivante ambassadeur du Canada au Portugal, poste qu\u2019il occupera jusqu\u2019en 1977.Il sera l\u2019observateur attentif de la fin du régime fondé par Salazar et de la Révolution des oeillets.En 1977, il est «poussé à une retraite prématurée26».Des distinctions lui sont décernées, qui couronnent son œuvre et son action.Car, en dehors de ses fonctions officielles, il est toujours actif.Ainsi il a été le président fondateur du Lycée Claudel d\u2019Ottawa (1961-72); gouverneur de l\u2019Université d\u2019Ottawa; président de l\u2019Alliance française d\u2019Ottawa (1962-65).Il a été élu à l\u2019Académie canadienne-française en décembre 1948 et reçu à la Société Royale du Canada en 1959.Il est président de la Société des Écrivains canadiens en 1955.En 1962, il est titulaire du Prix Duvernay, qu\u2019il avait contribué à fonder.La même année, l\u2019Université d\u2019Ottawa lui accorde un doctorat honorifique.Le Portugal le fait Grand-Croix de l\u2019Ordre du Christ.Roger Duhamel a écrit une quinzaine de volumes dont une dizaine après avoir quitté le journalisme.Il avait d\u2019abord publié des traductions: Le Canada vu par un Américain de W.B.Chamberlin (1943); Les Maîtres militaires du Japon de Hills Lory (1944); L\u2019Énigme russe de W.H.Chamberlin (1946).En 1947, il fait paraître Les Moralistes français, ouvrage révélateur de son amour des classiques et de son goût pour l\u2019analyse psychologique.Les Cinq Grands date de la même année.L\u2019année 26.Le Choix de Roger Duhamel dans l'œuvre de Roger Duhamel, [s.1.], Les Presses Laurentiennes, 1981, plat inférieur. ROGER DUHAMEL (1916-1985) 115 suivante, il donne Littérature.Nous connaissons Bilan provisoire (1958).La décennie 1960 est féconde: Lettres à une provinciale (1962); Aux sources du romantisme français (1964); Lecture de Montaigne (1965); Manuel de littérature canadienne-française (1967); L\u2019Air du temps, recueil de chroniques (1968); enfin, Le Roman des Bonaparte (1969).Le Manuel reste une des meilleure introductions à la littérature québécoise par son insistance sur les grandes lignes, sa concision, la sûreté de ses jugements.L\u2019Air du temps donne une bonne idée de la manière de Roger Duhamel chroniqueur, quand il ne fait pas de critique littéraire.Il peut prendre tous les tons, surtout celui de la sérénité souriante et de l\u2019humour.Parfois la chasse à la sottise amène le moraliste qu\u2019est essentiellement Roger Duhamel à faire preuve de plus de vigueur.L\u2019ironie devient parfois cinglante.Il n\u2019épargne pas ceux qu\u2019il admire et, le plus souvent, le coup porte.Ici il s\u2019amuse aux dépens de Mauriac: «Aussi feint-il de ne pas comprendre que de Gaulle, \u2018méprisant l\u2019argent, s\u2019accommode du système capitaliste, ne manifeste aucun éloignement pour ceux qui l\u2019incarnent\u2019.Que Mauriac se console en songeant qu\u2019il subsiste des mystères dans toutes les religions, que lui-même n\u2019a pas encore résolu de-distribuer ses biens aux pauvres et de se rendre mourir démuni dans une gare, comme Tolstoï.27» Roger Duhamel affectionnait l\u2019historiette et l\u2019anecdote, surtout quand un Grand de ce monde ou quelque tête couronnée en faisant les frais.Ce penchant était d\u2019ailleurs servi par une mémoire fidèle.Il y avait chez lui, si l\u2019on veut, un petit côté Tallemant des Réaux.Exempte de vulgarité, la gaudriole pouvait le divertir.Histoires galantes des reines de France (1978) promène le lecteur d\u2019alcôve en alcôve; le guide est érudit, sait se tenir, parle bien \u2014 et le moraliste n\u2019est jamais loin.À propos de Marie-Amélie, femme de Louis-Philippe: «Il est merveilleux que l\u2019histoire des reines, traversée de tant d\u2019orages, se termine par un exemple.C\u2019est le couchant aux nuances tendres et sereines, c\u2019est la conquête enfin assurée de la paix.28» 27.\tL \u2019Air du temps, Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, p.42.28.\tHistoire galantes des reines de France, Montréal, Presses Sélect, 1978, p.198. 116 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Internationale des rois (1979) présente les familles royales \u2014 dont les chefs ont presque tous été détrônés.Ici aussi le réflexe est autant du moraliste que de l\u2019historien.Comme toujours, l\u2019information est bonne; la langue, impeccable.Le livre se termine sur une image analogue à celle de la fin des Histoires galantes, et dont la répétition révèle sans doute l\u2019état d\u2019âme de l\u2019écrivain vieillissant: «[La] situation marginale [des princes], qu\u2019ils n\u2019ont pas choisie, entretient une nostalgie, comme la douceur d\u2019un beau soir emportant à jamais le deuil de son aurore.29» Mais pour apprécier, comme il le mérite, le talent d\u2019écrivain de Roger Duhamel \u2014 et, du coup, nous faire regretter qu\u2019il n\u2019ait pas consacré plus de temps à son œuvre, \u2014 il faut lire Témoins de leur temps.C\u2019est le dernier ouvrage de l\u2019auteur, si on excepte les morceaux choisis qui sont de 198130.Il y consacre trois cents pages à trois écrivains qu\u2019il aime particulièrement: Chateaubriand, Barrés, Brasillach.Pourquoi ce choix?«Ce qui les rapproche sans jamais les confondre, c\u2019est qu\u2019ils ont contribué, chacun à sa manière, à défendre certaines valeurs permanentes qui défient les passions provisoires et les modes de l\u2019actualité31.» Le fond de la pensée de Roger Duhamel et l\u2019unité de sa vie sont là: des valeurs permanentes à découvrir et à préserver.Il a pour Brasillach une «tendresse complice» et excuse la précipitation de ce dernier à écrire ses mémoires: l\u2019explication se trouve sûrement dans «le sentiment qu\u2019a pris fin à jamais une époque brillante, bruissante de sons et de couleurs, de rêves et de chimères, un peu folle aussi», et dans le désir, «avant que ne tombe la nuit comme le rideau d\u2019une pièce qui n\u2019aura pas de reprise, de fixer des images aussi fugaces que bulles de savon et qui s\u2019estompent déjà aux lueurs frileuses des lampions de la fête brève».Roger Duhamel y revient en conclusion: «Notre Avant-Guerre, c\u2019est celle de Brasillach, de ses amis, c\u2019est aussi dans une bonne mesure la nôtre.Les démentis de l\u2019histoire sont impuissants à 29.\tL\u2019Internationale des Rois, Montréal, La Presse, 1979, p.13.30.\tLe Choix de Roger Duhamel dans t\u2019œuvre de Roger Duhamel, [s.L], Les Presses Laurentiennes, 1981.31.\tTémoins de leur temps, Chateaubriand, Barrés, Brasillach, Montréal, La Presse, 1980, p.7.Pour les autres extraits cités, voir les p.9 et 302. ROGER DUHAMEL (1916-1985) 117 nous la faire renier, puisqu\u2019elle demeure indissolublement liée à cette période éphémère et fiévreuse, hélas sans lendemain, où des hommes de vingt ans aspirent de toute leur âme neuve à retrouver la dignité d\u2019avant la faute, l\u2019intelligence de leur destin, l\u2019honneur de leurs espérances et cette joie imméritée de leur origine divine.» De retour du Portugal, Roger Duhamel retrouve son entière liberté de parole.Il en use avec ménagement.Sauf peut-être dans l\u2019Action nationale, au tirage quasi confidentiel, il se refuse aux combats d\u2019autrefois, pour lesquels il était pourtant si bien armé.Il a peu de goût désormais pour l\u2019âpreté des polémiques.Il choisit de préférence le ton et les sujets du moraliste.Mais de grandes et pressantes questions le sollicitent, qui, pour un temps, le tirent de sa réserve.Avec à l\u2019esprit le cas de Raymond Aron, je dirai que, dans son existence, cette époque est celle de l\u2019observateur engagé.Outre l\u2019écriture, Roger Duhamel reste actif.Il dirige les Éditions La Presse de 1978 à 1981, préside l\u2019Académie cana-dienne-française de 1979 à 1981 et, à partir de 1983, siège au Conseil des Services essentiels.Du côté de l\u2019engagement nationaliste, de retour au pays, il se rapproche de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Il recommence à collaborer à l\u2019Action nationale en septembre 1981 et réintègre les rangs de la Ligue d\u2019Action nationale en 1983.Roger Duhamel se déclare indépendantiste.Seule la souveraineté peut raisonnablement garantir l\u2019identité du Québec.Le grand tout canadien se renforce toujours aux dépens de celle-ci.La défaite nationaliste au référendum l\u2019attriste, bien qu\u2019il y voie «un résultat encourageant, voire impressionnant, qui correspondait à un mouvement de ferveur collective peut-être sans précédent dans notre histoire».Il pouvait en juger, lui pour qui l\u2019évolution du mouvement nationaliste n\u2019avait rien d\u2019étranger depuis l\u2019entre-deux-guerres.Mais le constat s\u2019imposait à lui, nul ne pouvait s\u2019y soustraire à moins de vouloir s\u2019illusionner: «Cet enthousiasme, pour une foule de raisons, est aujourd\u2019hui retombé.» Que faire?Ses convictions indépendantistes inen-tamées (quoi qu\u2019on ait dit), il répond \u2014 et qu\u2019on veuille bien lire attentivement: «[.] lutter pied à pied pour la conquête patiente 118 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019une autonomie qui est le prélude de la liberté véritable et plénière.Rien de plus décevant qu\u2019un rendez-vous manqué.Mais il est viril de savoir en tirer les conséquences.Qu\u2019une autre génération se prépare à accomplir ce que nous avons raté32.» Roger Duhamel avait un autre thème de prédilection.Il était convaincu que la civilisation occidentale \u2014 en particulier la culture française \u2014 ainsi que le catholicisme constituent le sommet de l\u2019histoire de l\u2019humanité.Sur ces grandes réalisations, toujours en évolution parce que toujours vivantes, plane le péril du totalitarisme, du communisme et du matérialisme.Il voyait le carré démocratique fondre, se rétrécir comme peau de chagrin.Il s\u2019en alarmait.Son expérience diplomatique, son sens critique continuellement en éveil l\u2019aidaient à percer le mur des apparences et à débusquer l\u2019adversaire, même dérobé derrière de savants écrans ou enveloppé dans le drapeau des meilleures causes.La crédulité occidentale face à la propagande communiste et la mollesse de sa riposte \u2014 quand riposte il y a \u2014 le consternaient.Ces considérations inspiraient sa chronique sur la politique internationale, que les lecteurs de l\u2019Action nationale appréciaient tant.Roger Duhamel nous a quittés, emportant avec lui ses pensées les plus secrètes, ses affections les plus chères.Mais les lignes que voici nous le livrent sans doute tel qu\u2019en ses dernières années il était, dans la lumière de sa conscience: «Ce qui reste au crépuscule d\u2019une vie?La faim de Dieu, la passion des êtres et la nostalgie de ce qui n\u2019a pas été33.» Plus que son oeuvre d\u2019écrivain, plus que sa carrière de journaliste, l\u2019honneur de Roger Dumamel aura été d\u2019appartenir à cette élite trop peu nombreuse qui a tenté de nous faire accéder à «l\u2019intelligence de notre destin».32.\t«Le rendez-vous manqué», L\u2019Action nationale, avril 1985, p.817-818.33.\tle Choix de Roger Duhamel dans l\u2019œuvre de Roger Duhamel, plat inférieur. SIMPLES COMMENTAIRES POLITIQUES 119 Éditorial Simples commentaires politiques par Me ÉMILE POISSANT Tout récemment, une tornade a passé dans le ciel politique québécois.Comme tous les ouragans, elle a fait des dégâts.Il s\u2019agit de les évaluer, chose d\u2019autant plus difficile que ces dommages affectent tout un peuple, ce peuple qui, depuis plus de deux siècles, cherche à assurer sa survivance en terre d\u2019Amérique.C\u2019est à cette fin de survivance qu\u2019est né et qu\u2019a grandi le Parti québécois, aujourd\u2019hui divisé sur lui-même quant aux moyens d\u2019atteindre le but recherché, alors que la sincérité de tous et de chacun ne peut être mise en doute.Dans un pareil domaine, est-il possible de se débarrasser de toute sentimentalité afin de rester objectif quant aux possibilités et moyens d\u2019atteindre la fin recherchée, soit l\u2019indépendance plus ou moins relative et lointaine du Québec?En mettant fin au régime de l\u2019Union et aux rêves et espoirs d\u2019assimilation de Durham, le pacte confédéral de 1867 fit naître de grandes espérances pour le peuple francophone du Canada.Cependant, avec la multiplication des provinces de langue anglaise et par voie de conséquence une disproportion de plus en plus considérable entre les deux groupes ethniques, ces espoirs se sont transformés en déceptions de plus en plus prononcées.C\u2019est ainsi qu\u2019est née et s\u2019est développée l\u2019idée d\u2019indépendance comme seule garantie de survie de ce peuple minoritaire.En effet, dès 1885, l\u2019affaire Riel et la pendaison de ce dernier dressent le groupe anglo-saxon contre la minorité francophone; en 1890, c\u2019est l\u2019abolition du français au Manitoba; en 1917, c\u2019est la crise de la conscription qui va jusqu\u2019à causer des émeutes au Québec et provoquer au parlement québécois une motion de retrait du Québec de la confédération canadienne; en 1941, c\u2019est le dégagement de la promesse d\u2019absence de service militaire obligatoire, dégagement prôné par la majorité anglophone du pays, alors que près de 75% des Québécois s\u2019y opposent; enfin, en 1981, c\u2019est l\u2019entente clandestine, au détriment du Québec, des neuf provinces anglaises sur une constitution nouvelle. 120 L\u2019ACTION NATIONALE Toutes ces décisions, pour ne pas dire ces abus, de la majorité anglophone à l\u2019égard de la minorité francophone ont provoqué et entretenu des velléités d\u2019indépendance pour aboutir à la naissance du Parti québécois lui-même voué à la réalisation de cet idéal.Malheureusement, le référendum de 1980 a laissé voir que la majorité du peuple québécois, par crainte ou ignorance, n\u2019était pas encore prête à accepter cet idéal d\u2019un Québec maître de sa destinée.Or, elle ne paraît pas l\u2019être encore.C\u2019est ainsi qu\u2019on ne peut expliquer autrement le geste aberrant d\u2019un groupe de nombreux policiers à l\u2019égard du fleur de lis, drapeau officiel du Québec depuis 40 ans, en le descendant de son poste d\u2019honneur; pas plus que certains Gaspésiens de le brûler, tout cela pour des motifs aussi secondaires que ceux d\u2019une augmentation de salaire et de la localisation d\u2019une usine.Comme nous vivons en démocratie, et que le peuple seul doit majoritairement décider de son sort, il s\u2019agit de rallier une majorité par l\u2019éducation appropriée.Or, l\u2019éducation requiert toujours patience et longueur de temps.Aux fins de cette éducation, y a-t-il lieu de profiter d\u2019une prochaine élection générale au Québec pour renouveler ce référendum en en faisant la question essentielle à débattre et décider?C\u2019est là et uniquement sur cette question de procédure que le Parti québécois se divise, au grand risque de nuire à son unique raison d\u2019être, et cela, alors qu\u2019une nouvelle autorité fédérale paraît disposée à examiner avec bienveillance et de plus près le cas particulier du Québec dans la confédération canadienne.Le problème, au fond, ne tient-il pas uniquement à une simplification extrême de ce que représente la souveraineté du Québec?En effet, la souveraineté, ce n\u2019est pas quelque chose d\u2019absolu, mais plutôt quelque chose de très relatif.L\u2019indépendance ne changera pas la situation géographique du Québec, pas plus que la nécessité de ses relations multiples et de toute nature avec ses voisins.En somme, c\u2019est uniquement le pouvoir pour la minorité de se placer sur un pied d\u2019égalité avec la majorité dans un débat à venir, de cesser d\u2019être alors une minorité toujours vouée à la défaite, comme ce fut trop souvent le cas dans le passé.Vu sous cet angle, il ne peut s\u2019agir de s\u2019isoler, pas plus que de «briser le Canada», comme on l\u2019a prétendu, mais tout simplement de créer une nouvelle «association», mot tant décrié lors de la campagne du référendum. SIMPLES COMMENTAIRES POLITIQUES 121 En somme, il s\u2019agirait d\u2019un nouveau pacte, un meilleur modus vivendi entre majorité anglophone et minorité francophone, lesquelles constituent le présent Canada.Pourquoi la confédération actuelle ne pourrait-elle pas faire place à une entente nouvelle de nature à améliorer les relations actuelles des deux groupes, puisqu\u2019ils sont astreints à continuer de vivre l\u2019un à côté de l\u2019autre?À cette fin, cependant, il sera essentiel que l\u2019entente confédérale actuelle fasse place à un accord entre deux entités libres et absolument indépendantes l\u2019une de l\u2019autre, non pas celle de neuf contre une, toute convention à intervenir, de quelque nature et objet que ce soit, étant strictement de nature fédérale, c\u2019est-à-dire se limitant à des pouvoirs bien définis concédés par le Québec aux autres provinces, confédérées ou non.Il est en effet raisonnable de croire qu\u2019une majorité de Québécois entend rester seule maître de tout ce qui constitue son identité propre tout en conservant de bonnes relations avec le reste du Canada.Une orientation politique en ce sens de la part du Parti québécois, si elle réussissait, pourrait avoir un double résultat.D\u2019abord, celui d\u2019accélérer, sinon de compléter, l\u2019éducation populaire québécoise quant au besoin de la souveraineté pour le Québec, à défaut d\u2019entente nouvelle et satisfaisante avec les autres provinces.En second lieu, et surtout, convaincre le gouvernement central et les autres provinces que le Québec n\u2019accepte pas sa situation politique actuelle et qu\u2019il entend y mettre fin, même par une déclaration d\u2019indépendance sans restriction, s\u2019il y a lieu.Au cas d\u2019association, la réalisation n\u2019en sera pas facile, qu\u2019il s\u2019agisse de juridictions de toute nature et étendue, de relations extérieures, commerciales ou autres, et même de droit de retrait ou de veto.Seules la crainte et la menace d\u2019une séparation complète et définitive de la part du Québec pourront en faciliter la réalisation.Chose assez paradoxale, cette crise du Parti québécois, cette division entre souverainetés de divers degrés et nuances, qu\u2019il s\u2019agisse de «modérés» ou d\u2019«orthodoxes», a pour effet de contribuer à l\u2019éducation populaire du Québec quant à la nécessité de changements politiques d\u2019importance pour la vieille province.Pareil résultat bénéfique est cependant conditionnel à toute absence d\u2019exagération de part et d\u2019autre dans la désunion idéo- 122 L\u2019ACTION NATIONALE logique récemment survenue.Quitter le navire alors que le capitaine, pour éviter un écueil, en a seulement ralenti la vitesse vers le port désiré, n\u2019est-ce pas contrecarrer le but ultime et «fondamental» recherché ou tout au moins nuire à sa réalisation?Il y a lieu plutôt de se remémorer l\u2019objurgation d\u2019Honoré Mercier: «Cessons nos luttes fratricides, unissons-nous», et de ne pas lui substituer un quelconque: «Continuons nos luttes fratricides, divisons-nous.» RENÉ LÉVESQUE ET L\u2019ÉVOLUTION DU NATIONALISME 123 II \u2014 René Lévesque et l\u2019évolution du nationalisme québécois par FRANÇOIS-ALBERT ANGERS1 Ayant éliminé du passif propre de René Lévesque, dans un précédent texte, le désastre constitutionnel de 1981, l\u2019atmosphère devient plus claire pour apprécier le rôle de celui-ci dans l\u2019évolution du nationalisme québécois.Il n\u2019en reste pas moins que son départ s\u2019effectue dans un constat d\u2019échec.Les adversaires s\u2019empressent de proclamer une fois de plus la fin du nationalisme au Québec.(Que de fois ils se sont permis d\u2019en faire autant au cours des quarante dernières années, pour devoir chaque fois affronter un nationalisme renaissant de plus en plus fort et militant!).Alors que les militants tendent à s\u2019enfoncer dans une morosité de chambre mortuaire.C\u2019est pour tenter de regarder les choses d\u2019une façon plus lucide et plus équilibrée, comme cela m\u2019est arrivé souvent au cours de ces quarante années, que j\u2019ai décidé de me mettre au présent article.Une des tendances de l\u2019heure actuelle, chez les nationalistes ou les indépendantistes eux-mêmes, c\u2019est de juger l\u2019œuvre proprement nationaliste de René Lévesque en fonction du projet qu\u2019il avait proposé et des espoirs qu\u2019on avait mis en lui.Comme il a échoué dans la réalisation de l\u2019indépendance, fût-ce sous la forme de souveraineté-association, on parle d\u2019un recul ou d\u2019une défaite du nationalisme comme étant le résultat ou le bilan de son action.Ce réflexe de militant frustré, qu\u2019encouragent les commentaires intéressés des adversaires, ne constitue tout de même pas une appréciation raisonnable des fruits d\u2019une action.Ceux-ci se jugent par l\u2019état où ils étaient au début de l\u2019action et l\u2019état où ils sont à la fin.1.Une correction s\u2019impose dans le numéro de septembre 1985.À la page 27, nous lisons: «Plus homme d\u2019État, moins pris par la partisanerie, Claude Ryan avait estimé devoir chercher.» Il aurait fallu lire: «Plus homme d\u2019État, moins pris par la partisanerie, Claude Ryan aurait estimé devoir chercher.» \u2014 En effet, il n\u2019est pas question d\u2019affirmer que M.Ryan était un plus grand chef d\u2019État.Au contraire.NDLR. 124 L\u2019ACTION NATIONALE Déjà, ce dernier type de comparaison est ici très complexe, étant donné tout ce qui s\u2019est passé au Québec depuis vingt-cinq ans.Surtout qu\u2019il s\u2019est passé des choses sur divers plans qu\u2019il faudrait toutes analyser pour avoir une véritable vue d\u2019ensemble.Or, ce n\u2019est pas mon intention ici d\u2019aborder tous ces plans, ce qui pour plusieurs cas exigerait un travail de documentation trop exigeant pour le moment.C\u2019est déjà suffisamment complexe au seul plan que je veux envisager, l\u2019essentiel: celui de l\u2019état et du progrès de la pensée nationale.Il faut bien se rappeler, d\u2019abord, qu\u2019il y a 35 ans, soit en 1950, et cela pour tout le demi-siècle qui avait précédé et au début duquel le nationalisme était redevenu militant, ce militantisme se réduisait à une toute petite minorité de la population.Tout le monde ou presque était nationaliste, au sens du caractère distinctif français et d\u2019un certain autonomisme «provincial», mais pour la majorité de la population et de l\u2019élite, tout cela était confit dans l\u2019esprit de résignation pour la «bonne entente», institutionnalisée dans l\u2019intégration canadienne du peuple canadien-français par l\u2019intermédiaire du «rouge» et du «bleu», de l\u2019action politique dans le cadre des deux grands partis canadiens, libéral et conservateur.Au plan politique, et surtout au plan économique, c\u2019était l\u2019acceptation de la domination anglophone, sous condition d\u2019exercice de quelques libertés françaises minimales dans le Québec.Le réveil bourassiste, puis groulxiste, était ce qui caractérisait le nationalisme militant de la petite minorité, honnie par les grands partis, donc par tous les partisans, et une bonne partie des milieux d\u2019affaires canadiens-français.Cela tendait au tiers-parti nationaliste, banni des horizons politiques canadiens depuis 1837.1935, soit il y a cinquante ans, devient là une date importante.Nous sommes au terme de quarante années de régime libéral au Québec, et à peu de choses près aussi à Ottawa.La crise fait rage et aucune politique économique ou sociale n\u2019émerge des programmes politiques des grands partis.Au Québec, on*ne veut pas du socialisme, qui se manifeste dans le reste du Canada.Le sens de nos particularités et de l\u2019action indépendante et adaptée aux idéaux culturels du Québec se développe dans la perspective des pouvoirs exclusifs dont disposent les provinces d\u2019après l\u2019Acte de 1967.(Il n\u2019y a pas encore de conflit RENÉ LÉVESQUE ET L\u2019ÉVOLUTION DU NATIONALISME 125 sérieux entre Québec et Ottawa à ce sujet, Ottawa ayant tendance à rejeter toute responsabilité de cet ordre et à invoquer la compétence provinciale pour se justifier de ne pas intervenir.) Une aile de la jeunesse libérale provinciale se détache du Parti sous la direction de Paul Gouin et rejoint les nationalistes militants, qui ont élaboré une politique de restauration sociale inspirée de la doctrine sociale de l\u2019Église.Il en résulte la fondation du tiers parti dit L\u2019Action libérale nationale.En quelques années, une forte opinion publique s\u2019est mobilisée autour de ce parti nationaliste militant et en 1935, il arrive bon deuxième aux élections, en mesure de former l\u2019opposition officielle face à un gouvernement Taschereau voué à une défaite prochaine par la faiblesse de sa majorité.Astucieux, le chef conservateur Duplessis, relégué au troisième rang, convainc Paul Gouin (ah! ce désir du pouvoir au plus tôt) de faire alliance avec lui, de former l\u2019Union nationale et de lui laisser, vu son expérience parlementaire, la direction du Parti.En 1936, l\u2019Union nationale prend le pouvoir.Fort de l\u2019autorité que confère le poste de premier ministre, Duplessis élimine du cabinet, au départ, les principaux chefs de l\u2019Action libérale nationale et rallie à lui les autres membres du groupe (toujours le goût du pouvoir!).Duplessis, conservateur de tradition, n\u2019était pas au début un vrai nationaliste.Il détestait Groulx et le vrai nationalisme militant, qui était pour lui du «séparatisme».Une fois débarrassé des «purs», il manifestera peu de souci de réaliser un véritable programme de restauration sociale.Battu en 1939 par le chantage libéral fédéral de la démission des ministres anti-cons-criptionnistes si Québec vote Duplessis, il revient en 1944 pour affronter l\u2019offensive fédérale centralisatrice.Il devient alors le champion d\u2019un véritable militantisme nationaliste «autonomiste»; et en 1948, il est vraiment plébiscité par le Québec à cet effet en gagnant tous les comtés du Québec, sauf les comtés anglais.Cette lutte autonomiste incessante, au sujet de laquelle les libéraux provinciaux tirent toujours de l\u2019arrière, assure la prédominance de l\u2019Union nationale jusqu\u2019en 1960.Dans les années \u201950, cependant, même si Duplessis retient la faveur populaire, son identification au nationalisme en regard de ses attitudes sociales semble engendrer dans l\u2019intelligentsia 126 L\u2019ACTION NATIONALE canadienne-française un courant de défaveur du nationalisme.On se retourne vers Ottawa, qui ne demande alors pas mieux que d\u2019acquiescer, pour obtenir des législations sociales.La jeunesse n\u2019apparaît plus nationaliste; et il ne manque pas de thuriféraires pour proclamer le nationalisme désuet, mort et prêt à être enterré.Mais, avant la fin même de cette décennie, comme en réaction contre un anti-nationalisme excessif, les nouveaux mouvements «séparatistes» apparaissent, mais en refusant cette appellation caricaturale pour se dire souverainistes ou indépendantistes.Vint 1960.Duplessis était mort.Sauvé, le grand espoir de l\u2019Union nationale, mourait peu après.Barrette se lançait dans une campagne de ton moins nationaliste, ébloui qu\u2019il était par la promotion de la condition ouvrière qu\u2019il incarnait.Le chef du Parti libéral était Jean Lesage, que soutenait l\u2019intelligentsia de gauche a- ou antinationaliste.Jean Lesage venait effectivement d\u2019Ottawa où, ministre dans le cabinet Saint-Laurent, il avait été le plus virulent démolisseur de Duplessis.À Ottawa, contrairement à la vieille tradition du parti libéral fédéral dont Ernest Lapointe avait été le dernier tenant, il ridiculisait au besoin, avec son collègue, Sarto Fournier, l\u2019idée d\u2019autonomie, la «totono-mie» provinciale \u2014 une sorte d\u2019André Ouellet à l\u2019éloquence plus sonore.Il adhérait en somme complètement à la thèse mise de l\u2019avant par Maurice Lamontagne dans son Fédéralisme canadien, à savoir que le temps des autonomies n\u2019est plus compatible avec la «nouvelle économie» (le keynésianisme) et que le Québec devait se mettre à l\u2019heure de «l\u2019intégration lucide».La prospérité du Canada, donc du Québec, n\u2019exigeait pas moins.Tout cela n\u2019était guère prometteur pour l\u2019avenir du nationalisme québécois.Et pourtant, un revirement subit va se produire au cours du printemps 1960.C\u2019est René Chaloult qui m\u2019a fourni la clé du mystère.Il habitait à Québec, avenue des Braves, presque voisin de Jean Lesage.Celui-ci avait entrepris en mars ou avril une tournée du Québec.Un soir d\u2019avril, je crois, Chaloult, sortant faire une promenade, rencontre Jean Lesage qui en faisait autant.On converse, tout naturellement.de politique.Lesage parle de l\u2019expérience de sa tournée.Et il en vient à la conclusion: «J\u2019ai constaté que la province veut du nationalisme.Nous allons lui en RENÉ LÉVESQUE ET L\u2019ÉVOLUTION DU NATIONALISME 127 donner.» Jusque-là, la campagne libérale avait suivi son cours ordinaire antiduplessiste après Duplessis.Dans son livre Lesage s\u2019engage, paru avant sa tournée, celui-ci continue de mettre tous les torts sur Duplessis du mauvais état des relations fédérales-provinciales et s\u2019engage à faire la paix avec Ottawa sans trop dire à quel prix.En mai 1960, un nouveau programme du Parti libéral est mis en circulation qui se révèle plus nationaliste que les programmes de l\u2019Union nationale.C\u2019est le temps du fameux maître chez nous qui commence.Lesage adopte, comme base de discussion avec Ottawa dans la conférence fédérale-provinciale annoncée pour juillet, les conclusions du Rapport Tremblay, fait sous Duplessis et plus ou moins mis sur les tablettes par celui-ci, un rapport extrêmement critique des politiques que Lesage avait défendues à Ottawa et qui réclame pour le Québec la plus large part d\u2019autonomie qui ait jamais été revendiquée.Etc.Pour une fois, l\u2019électoralisme sert la cause nationale.Et après la victoire, au moment de la conférence fédérale-provinciale, quand les journalistes demanderont à Lesage comment il va faire pour défendre de telles propositions, étant donné son passé, il répondra en avocat: «Quand j\u2019étais à Ottawa, je plaidais la cause du fédéral; maintenant que je suis à Québec, je plaiderai la cause du Québec.» Le Québec entre alors dans une ère d\u2019expansion de la pensée nationaliste, les deux grands partis traditionnels allant, au plan québécois, rivaliser pendant plusieurs années par la surenchère nationaliste.Quand, en 1966, aura commencé dans le Parti libéral du Québec, le freinage du nationalisme par les éléments dirigés d\u2019Ottawa, et que l\u2019opération d\u2019élimination de Lesage sera en marche, Daniel Johnson gagnera l\u2019élection en clamant Égalité ou indépendance.Et quand, en 1970, l\u2019Union nationale aura de nouveau été éprouvée par la mort de Johnson, sonnera le glas de l\u2019Union nationale le trafic que son successeur, Jean-Jacques Bertrand, fera des droits linguistiques français dans son bill 63 du libre choix, qu\u2019inspiraient beaucoup trop de considérations électorales plutôt mal conçues, à partir d\u2019un faux idéal de liberté.Le nationalisme de Lesage en matière de relations fédérales-provinciales était cependant affecté d\u2019un vice qui est à la racine des défaites que le Québec devait continuer de connaître dans la 128 L\u2019ACTION NATIONALE marche de la centralisation fédérale, en dépit de certaines victoires occasionnelles et même spectaculaires, comme celle des rentes du Québec et de la Caisse des dépôts.Duplessis disait carrément «non» aux empiètements fédéraux et refusait totalement de s\u2019y associer à un prix relativement élevé, parce qu\u2019à cette époque Ottawa légiférait sans s\u2019occuper du Québec et sans verser aucune compensation financière.Les refus de Duplessis engendraient ainsi une tension qu\u2019il estimait devoir fatalement se dénouer par une victoire du Québec, les situations inéquitables qui en découlaient ne pouvant se perpétuer indéfiniment.Après quelques années particulièrement pénibles, la méthode avait commencé à se révéler efficace.Vers 1953, Duplessis établissait l\u2019impôt provincial sur le revenu et forçait finalement Ottawa à accorder au contribuable québécois des points d\u2019impôt en déduction de l\u2019impôt fédéral, en compensation.En 1956, le Fédéral dut finalement abandonner son exigence de signature des accords de centralisation fiscale, si les provinces voulaient obtenir les subventions de dédommagement des impôts retenus à Ottawa.La centralisation était maintenue, mais les subventions seraient inconditionnelles, et Québec recevrait sa part, sauf déduction de la part des impôts qu\u2019il percevrait lui-même et qui étaient déjà compensés.En 1957, Ottawa n\u2019osa pas faire perdre au Québec les subventions aux universités que celui-ci refusait: il les accumula dans un fonds spécial, en attendant un règlement du contentieux, qui vint entre Paul Sauvé et Fleming, conservateur, les libéraux fédéraux ayant été battus cette année-là.Pendant tout ce temps, Lesage à Ottawa, et les libéraux provinciaux à Québec, faisaient campagne contre Duplessis, sans souci aucun de rébellion contre les empiètements et les mesures arbitraires d\u2019Ottawa.On s\u2019en prend seulement au fait que Duplessis fait perdre de l\u2019argent au Québec.En acceptant de plaider la cause de l\u2019autonomie provinciale à Québec, Lesage ne révisa pas cette position: il protesterait contre les empiètements, mais à défaut d\u2019être entendu, il signerait quand même les ententes et accepterait l\u2019argent faute de mieux, en se conformant aux normes fédérales. RENÉ LÉVESQUE ET L\u2019ÉVOLUTION DU NATIONALISME 129 Je l\u2019ai écrit bien des fois à l\u2019époque et je le signalais spécialement, en commentant l\u2019arrivée au pouvoir de Jean Lesage.Cette attitude ne pouvait avoir comme conséquence que de donner le feu vert aux empiètements incessants du fédéral, car les Anglo-Saxons ont la conscience satisfaite, lorsque quelqu\u2019un a pu exprimer librement ses objections de principe.S\u2019il a consenti en pratique à accepter le régime établi, le processus peut se continuer sans vergogne.C\u2019est ce qui n\u2019a pas manqué d\u2019arriver.Au surplus, ce comportement a complètement désamorcé le caractère aigu des luttes fédérales-provinciales, si bien que le sens même en a été à peu près perdu.Nous en sommes au point où il n\u2019y a pratiquement plus d\u2019article 92 de l\u2019AABN ni de fonctions provinciales vraiment respectées comme telles.Les attitudes des indépendantistes y ont ensuite aidé, qui n\u2019ont plus vu d\u2019importance à ces luttes, la domination fédérale étant considérée comme une conséquence fatale du régime et tous les problèmes devant se régler par la réalisation de l\u2019indépendance elle-même.C\u2019est à travers tout cela qu\u2019intervient René Lévesque.Son rôle, sur le plan considéré ici, commence à s\u2019affirmer au moment des luttes internes d\u2019un Parti libéral qu\u2019Ottawa essaie de reprendre en mains.Dans ces luttes, il est à la tête de ceux qui proposent des solutions nationalistes nouvelles, capables de permettre au Québec d\u2019échapper définitivement à l\u2019engrenage de la centralisation fédérale progressive.Ses propositions sont défaites à un Congrès du Parti.Comme Paul Gouin dans les années 30, mais d\u2019une façon plus engagée puisqu\u2019il a été ministre dans le cabinet Lesage, il quitte le Parti libéral pour former, avec les mouvements indépendantistes, le Mouvement souveraineté-association, dont sort le Parti québécois.À noter: cette nouvelle alliance s\u2019élève d\u2019un cran très prononcé, si nous la comparons avec le mouvement de 1935.À ce moment-là, ce sont des nationalistes qu\u2019on dira par la suite «traditionnels» qui vont passer de l\u2019état de petite minorité à celui de pensée dominante d\u2019une vaste partie de la population.Cette fois, le nationalisme se politise davantage, en même temps qu\u2019il subit une mutation culturelle, et devient indépendantiste.Jusque-là, le mouvement indépendantiste était resté, corn- 130 L\u2019ACTION NATIONALE me le nationalisme des années 20 à 30, le fait d\u2019une toute petite minorité de la population.Il avait tout de même gagné du galon avec la fondation du RIN, à la suite d\u2019une sorte de divorce idéologique de certains membres de l\u2019Alliance laurentienne.Par cet intermédiaire, allait s\u2019opérer la conversion au nationalisme d\u2019une bonne partie de l\u2019intelligentsia de gauche.«Feu l\u2019unanimité» tend ainsi à se reformer autour du nationalisme.Mais l\u2019idée d\u2019indépendance n\u2019avait pas droit de cité dans l\u2019opinion publique en général.Couverte de quolibets par les adversaires et relégué au rang d\u2019extrémisme par bien des «nationalistes traditionnels», on la tient en général comme quelque peu ridicule, quoique dangereuse parce que séditieuse.Toutefois, en 1966, les divers candidats indépendantistes avaient quand même réussi à obtenir au-delà du 9% du vote.La personnalité charismatique de René Lévesque, combinée à son prestige d\u2019ancien ministre libéral, donc d\u2019homme de parti sérieux, va tout changer.En 1970, le Parti québécois recueille 21% des voix et fait élire sept députés.En 1973, il recueille 31% des voix et n\u2019a cependant que 6 députés, mais l\u2019Union nationale a été éliminée et le Parti québécois est devenu l\u2019opposition officielle.En 1976, il prend le pouvoir, et malgré la perte du référendum en 1980, le retient en 1981.L\u2019indépendantisme s\u2019est établi comme l\u2019option majeure en regard du fédéralisme, pour l\u2019avenir du Québec.Cela est dorénavant forcément accepté dans tout le Canada et pris au sérieux dans le monde entier.Ce fut là une réalisation majeure de l\u2019évolution du nationalisme québécois qui est inscrite dans l\u2019histoire pour toujours et dont on ne saurait dénier le mérite principal à René Lévesque.La suite de l\u2019histoire nous fait assister à l\u2019échec de René Lévesque dans l\u2019entreprise de mener le projet à bon terme.Les causes réelles de cet insuccès après des succès si fulgurants restera toujours un champ clos de discussions interminables à coup d\u2019hypothèses.On peut constater que dès 1975, et pour gagner l\u2019élection de 1976, René Lévesque a cessé de suivre avec autant de force et de conviction, la ligne jusque-là rapidement ascendante du dynamisme de la proposition et de la propagande intensive du thème indépendantiste.Il a cessé de fouetter la ferveur indépendantiste, en partie sous l\u2019influence de conseillers en stratégie électorale et de sa propre peur, semble-t-il, d\u2019un débor- RENÉ LÉVESQUE ET L\u2019ÉVOLUTION DU NATIONALISME 131 dement du sentiment et d\u2019une éventuelle perte de contrôle du mouvement populaire.Par ailleurs, le vote lui-même aux diverses élections, comme au référendum \u2014 où avait tout de même été atteint l\u2019immense, en somme, progrès de faire accepter la négociation de l\u2019indépendance à environ 50% des francophones, \u2014 montraient assez que cette ferveur populaire avait besoin d\u2019être fouettée pour que l\u2019idée continue à progresser en termes de votes de support au pouvoir d\u2019un gouvernement indépendantiste.Il reste qu\u2019on ne saura jamais si l\u2019opération aurait réussi.René Lévesque a-t-il ainsi, par opportunisme électoral, gâté tout ce qu\u2019il avait réalisé et contribué à évacuer pour toujours l\u2019idée et les possibilités d\u2019indépendance du peuple québécois?Même si le Parti québécois allait être réélu à l\u2019élection suivante avec un nouveau chef, n\u2019est-il pas engagé vers une dérivation fatale et finale vers un nouveau fédéralisme?Les adversaires s\u2019appliquent actuellement à donner des réponses affirmatives à de telles questions, mais il importe fort de ne pas tomber dans leur jeu et d\u2019ainsi beaucoup présumer d\u2019un avenir qui est trop rempli d\u2019incertitudes dans un sens comme dans l\u2019autre.De toute façon, il y a les acquis certains pour tout le Canda français qu\u2019a produits cet épisode de notre histoire, avec ses réalisations gouvernementales au Québec sur toute une série des plans que, justement, nous n\u2019avons pas analysé ici.D\u2019autres les ont détaillés depuis la démission de René Lévesque.Et même si on signale à juste titre qu\u2019on ne les évalue bien qu\u2019à partir des événements de 1960 \u2014 comme d\u2019ailleurs il est aussi vrai que tout n\u2019a pas commencé en 1960, \u2014 que serait devenu le courant de 1960 sans l\u2019apport des dix dernières années, où le peuple français du Québec a été véritablement confronté aux pleines possibilités de son identité nationale?C\u2019est sous le choc de l\u2019indépendantisme montant et triomphant que le Canada anglais a commencé à nous prendre au sérieux et à évoluer vers au moins un certain degré de reconnaissance de l\u2019égalité de traitement, alors que le courant de 1960 avait piteusement atterri, sous l\u2019aspect français, dans le fameux bill 63 qui ouvrait la porte à l\u2019hégémonie définitive de l\u2019anglais au Québec même.Il est vrai que Robert Bourassa se vante d\u2019avoir réglé ce 132 L\u2019ACTION NATIONALE problème et il est vrai qu\u2019il aura été le premier à écrire dans une loi que «le français est la langue officielle du Québec».Mais j\u2019ai déjà démontré que c\u2019était un faux-semblant juridique, puisque tout le reste de la loi (bill 22) rendait finalement, sans le spécifier, l\u2019anglais pratiquement aussi officiel que le français.Mieux vaut maintenant attendre les résultats de la prochaine élection pour spéculer davantage sur l\u2019avenir de l\u2019indépendantisme au Québec.On peut s\u2019en tenir, pour le moment, au ferme espoir qu\u2019a exprimé René Lévesque lui-même dans son dernier mot à l\u2019Assemblée nationale, à savoir qu\u2019après avoir goûté ce qu\u2019il a connu au cours des dernières dix années, il a pris davantage conscience de ce qu\u2019il est et développé une plus grande fierté d\u2019être Québécois.Ce qui est incontestable, ce peuple, devenu plus conscient de lui-même, finira bien par trouver un moyen de se donner un pays bien à lui.C\u2019est en effet cela qu\u2019il faut maintenant entreprendre de capitaliser pour le prochain pas en avant de notre nationalisme, au-delà du repli actuel dont René Lévesque et le Parti québécois portent sans doute une large part de responsabilité en raison du manque d\u2019assurance et de courage dont ils ont fait preuve dès 1975 dans la poursuite de l\u2019objectif fondamental du Parti: la souveraineté. L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 133 L\u2019avenir de la recherche forestière au Québec par MICHEL FAMELART' I.Nos forêts sont dans un état lamentable Dimanche le 4 novembre 1984, le réseau anglais de la télévision de Radio-Canada présentait un film d\u2019une heure intitulé The Decline and Fall of the Canadian Forest1 2.Dans le texte du Télé-Presse qui annonçait ce film, on pouvait lire: «La plus importante des ressources du pays, la forêt, est en train de fondre à vu d\u2019œil.Les arbres disparaissent plus vite qu\u2019il ne faut pour les remplacer3.» Le film, qui se voulait avant tout un film de sensibilisation auprès du grand public sur l\u2019état lamentable de nos forêts, jetait la responsabilité de cette situation principalement sur les gouvernements gestionnaires de la forêt et sur les compagnies œuvrant dans l\u2019extraction de la matière ligneuse.Mais le film impliquait aussi le simple citoyen, le consommateur, dans cette responsabilité: un citoyen-consommateur qui, disait-on, demande toujours plus tout en gaspillant énormément, un citoyen-consommateur peu sensibilisé à l\u2019état lamentable de sa forêt.Je ne voudrais pas aujourd\u2019hui entreprendre un débat sur la responsabilité du citoyen en tant que consommateur, à savoir, est-ce bien lui qui est responsable de la demande de plus en plus forte, de la surconsommation, ou n\u2019est-il pas conditionné par une publicité toujours plus envahissante de la part des producteurs?Cette question précise, bien qu\u2019intéressante, sort du présent débat.1.\tM.Michel Famelart, de l\u2019Institut botanique de l\u2019Université de Montréal, est un spécialiste de l\u2019écologie.2.\tThe Decline and Fait of the Canadian Forest.Film présenté au réseau anglais de Radio-Canada (C.B.C., canal 4, 5 et 6), dimanche, le 4 novembre 1984, à 22 h 00.3.\tDimanche, 20 h 00: The Decline and Fall of the Canadian Forest.Télé-Presse du 3-9 novembre 1984, p.4, Supplément produit par La Presse, Montréal. 134 L\u2019ACTION NATIONALE II.Rôle important des citoyens dans la gestion de leur forêt Mais lorsqu\u2019on vient nous dire que le simple citoyen est peu sensibilisé à l\u2019état lamentable de notre forêt, je ne puis qu\u2019exprimer un profond désaccord.Et c\u2019est précisément par ce biais que je veux amorcer ma réflexion sur l\u2019avenir de la recherche forestière au Québec.Je m\u2019emploierai à démontrer l\u2019importance primordiale de la place du citoyen dans la réflexion qui se fait sur SON PATRIMOINE, son patrimoine qu\u2019est cette ressource naturelle, la forêt.Je m\u2019emploierai à démontrer l\u2019importance de sa participation À PART ENTIÈRE dans ce débat, sa participation À PART ENTIÈRE aux décisions qui seront prises quant aux modes de gestion de SA forêt, quant aux politiques forestières et aux priorités de recherche en ce domaine.Le débat et la réflexion sur la forêt ne peut plus se faire en vase clos, comme ce fut le cas jusqu\u2019à présent.A.Quelques exemples récents de l\u2019implication de citoyens Ainsi, depuis au moins cinq ans, des intervenants de différents milieux, de différentes professions et de différentes régions du Québec ont amorcé une réflexion sur l\u2019état de la forêt québécoise et sur la gestion de cette richesse naturelle.Ils ont senti le besoin de mettre sur pied des mécanismes de concertation, des mécanismes fort simples d\u2019ailleurs, correspondant à leur peu de ressources financières.Ces citoyens utilisèrent plus particulièrement la voie et les mécanismes des audiences publiques sur l\u2019environnement, une procédure extrêmement saine et de toute première importance en régime démocratique.Ils utilisèrent ce moyen à la fois pour sensibiliser l\u2019opinion publique et aussi pour faire avancer le débat tant sur le plan scientifique que sur le plan politique.Parmi ces événements marquants, je tiens à mentionner en particulier l\u2019audience sur le programme de pulvérisation aérienne contre la tordeuse des bourgeons de l\u2019épinette, tenue en 1982, l\u2019audience sur le programme de pulvérisation aérienne de phytocides en milieu forestier, tenue en 1983 et la toute dernière audience tenue au cours de l\u2019été et de l\u2019automne 1984 au sujet d\u2019un «nouveau» programme d\u2019épandage aérien contre la tordeuse.Ces groupes de citoyens et de citoyennes furent aussi fort actifs en dehors des audiences.On leur doit entre autres, et je ne L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 135 veux ici mentionner que quelques activités à titre d\u2019exemple, un colloque sur la «Biologie forestière, théorie et pratique» tenu au Département des Sciences biologiques de l\u2019Université de Montréal, en janvier 1984, et organisé conjointement par le Comité d\u2019action pour la protection de l\u2019environnement (C.A.P.P.E.) de l\u2019Association des étudiants de biologie de l\u2019Université de Montréal et par la Société d\u2019analyse et d\u2019intervention pour le développement des Sciences biologiques (S.A.I.D.S.B.), colloque où participèrent le ministre de la Science et de la Technologie, M.Gilbert Paquette et le ministre de l\u2019Environnement, M.Adrien Ouellette.On leur doit la tenue d\u2019un colloque éco-santé ayant comme thème l\u2019utilisation des produits toxiques en forêt, en agriculture et à la maison, tenu à Rivière-du-Loup en avril 1984 et organisé par le Centre d\u2019étude des produits toxiques (C.E.P.T.)4; on leur doit la parution d\u2019un numéro spécial sur la forêt de la toute récente revue Contretemps éditée par la Coopérative d\u2019information et de recherche écologiste du Québec (C.I.R.E.Q.)S et on leur doit finalement la présente série de conférences sur la forêt organisée par le Mouvement écologiste et alternatif de l\u2019Université du Québec à Montréal (M.E.A.U.Q.A.M.) dans le cadre de la semaine des sciences.Ces intervenants, préoccupés par l\u2019état piteux de la forêt québécoise, ont senti le besoin de se regrouper d\u2019une façon un peu plus formelle.Ainsi, en mai et juin dernier, ils jetaient les bases d\u2019une association qui s\u2019est appelée le «Regroupement pour un Québec vert» (R.Q.V.) et qui est, faut-il le préciser, une «association québécoise d\u2019intervenants en milieu forestier», dont je suis, aujourd\u2019hui, le porte-parole.Cette association regroupe des professionnels de la santé \u2014 médecins, toxicologues \u2014, des professionnels des sciences naturelles \u2014 biologistes, botanistes, entomologistes, écologues \u2014, des représentants des travailleurs du papier et de la forêt, des intervenants du milieu du loisir de plein-air, de l\u2019interprétation de la nature et des représentants des simples citoyens préoccupés par l\u2019état de leur forêt, des «écologistes» et des environnementalistes.4.\tDemain ?Colloque éco-santé sur: l\u2019utilisation des produits chimiques toxiques en forêt, en agriculture et à la maison.Compte rendu du colloque préparé par le Comité d\u2019études sur les produits toxiques.Rivière-du-Loup, juillet 1984, 182p.5.\tContretemps.Dossier forêt.Vol.1, N° 1, été 1984. 136 L\u2019ACTION NATIONALE La participation de ces divers intervenants, malgré les moyens fort modestes dont ils disposent, a fait avancer de beaucoup le débat et la réflexion sur la forêt et sur la gestion forestière, a transporté cette réflexion sur la place publique, l\u2019a rehaussée par l\u2019apport de sang neuf, d\u2019idées nouvelles, tout simplement par son dynamisme.À l\u2019avenir, des débats d\u2019une telle importance touchant notre patrimoine commun comme la forêt, l\u2019eau, ne pourront plus se faire sans l\u2019apport des citoyens.B.Une préoccupation qui n\u2019est pas nouvelle.Mais ici, je me dois d\u2019ajouter, avant de poursuivre, que cette sensibilisation et cette préoccupation ou ces tentatives de sensibiliser la population aux problèmes de notre forêt québécoise ne sont pas récentes.Ainsi, Marie-Victorin, fondateur de l\u2019Institut botanique de l\u2019Université de Montréal et du Jardin botanique de la Ville de Montréal, écrivait au sujet du pin blanc, déjà en 1935, dans sa célèbre Flore laurentienne: «L\u2019une de nos plus précieuse essences forestières le Pin blanc a joué un rôle de premier plan dans la vie économique du Canada français.Durant tout le XIXe siècle, l\u2019abattage et le flottage de ce précieux bois ont occupé une véritable armée de bûcherons.Cette grande industrie forestière a donné naissance à nombre d\u2019autres, en même temps qu\u2019elle a rendu possible la colonisation.L\u2019ère du Pin blanc est aujourd\u2019hui passée: à l\u2019exploitation intensive est venu s\u2019ajouter une maladie parasitaire causée par une Rouille.» Un peu plus loin dans le même ouvrage, Victorin disait, au sujet du pin rouge cette fois: «Sans être aussi abondant que le pin blanc, il est cependant d\u2019une importance considérable.Cette importance sera encore plus grande quand la forêt canadienne sera aménagée scientifiquement, car il est comparativement exempt d\u2019insectes et de maladies cryptogamiques.» Je trouve extrêmement triste, aujourd\u2019hui, en 1984, la lecture de ces textes et du constat que faisait un scientifique à l\u2019époque car, après une cinquantaine d\u2019années \u2014 qui ne sont que du court terme pour une forêt de pins \u2014, nous sommes toujours devant le même constat.Victorin nous donnait, dès 1935, des pistes de recherches et d\u2019aménagement scientifique de la forêt, lorsqu\u2019il suggérait L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 137 l\u2019utilisation du pin rouge.Mais Victorin était un botaniste, pas un ingénieur forestier: on ne l\u2019a pas écouté.Ce que je trouve encore plus triste, c\u2019est que le constat que faisait Victorin s\u2019est empiré: nous, qui approchons de l\u2019an 2000 \u2014 il ne reste même plus le temps de voir pousser un jeune sapin jusqu\u2019à l\u2019âge adulte \u2014, nous pourrions, pour parler de l\u2019épinette et du sapin, reprendre le texte de Victorin en le modifiant très légèrement de la façon suivante: «Parmi les plus précieuses de nos essences forestières le sapin et l\u2019épinette ont joué un rôle de premier plan dans la vie du Québec moderne.Durant tout le XXe siècle, la récolte et la transformation de ces précieuses essences ont occupé une véritable armée de travailleurs de la forêt.Les grandes industries du bois de sciage et celle de la pâte à papier ont donné naissance à nombre d\u2019autres industries en même temps qu\u2019elles ont rendu possible le développement économique de nombreuses régions du Québec.L\u2019ère du sapin et de l\u2019épinette est aujourd\u2019hui passée: à l\u2019exploitation intensive est venue s\u2019ajouter une maladie épidémique, la tordeuse des bourgeons de l\u2019épinette6.» III.La gestion forestière actuelle: l\u2019affaire d\u2019un monopole Il ne faut pas se le cacher, les citoyens en tant qu\u2019intervenants dans le domaine forestier font face à un bloc monolithique constitué principalement des gestionnaires de la forêt \u2014 au Québec le ministère de l\u2019Énergie et des Ressources (M.E.R.) \u2014 et des compagnies de bois de sciage et des grandes papetières.A.Les cris d\u2019alarmes des citoyens sont enfin pris au sérieux Ce consortium a longtemps nié les allégations des citoyens sur l\u2019état lamentable de notre forêt.Mais force fut de l\u2019admettre publiquement.J\u2019aimerais citer quelques exemples.Dans le Rapport de conjoncture sur la recherche forestière au Québec 7 on 6.\tFlore laurentienne.Frère Marie-Victorin.Imprimerie de LaSalle, Montréal, 1935, 917 p.7.\tLe secteur forestier.Bilan et perspectives.Rapport de conjoncture sur la recherche et le développement.Le groupe de travail pour la préparation d\u2019un rapport de conjoncture sur la recherche et le développement dans le secteur forestier au Québec.Gouvernement du Québec, août 1983, 235 p. 138 L\u2019ACTION NATIONALE peut lire, dans l\u2019introduction de la description de l\u2019état de la forêt du Québec (annexe III-A), le passage suivant: «Parmi les facteurs biologiques, l\u2019Homme est de loin le plus important.L\u2019impact de ses activités est considérable.Les exploitations qu\u2019il a pratiquées ont, le plus souvent, profondément modifié le couvert végétal et ce, au risque même d\u2019épuiser la ressource.Ces bouleversements ont pu agir aussi de façon significative sur le développement de certains insectes (Tordeuse) voir même sur celui de certaines maladies cryptogamiques.» Je voudrais laisser à votre réflexion quelques autres extraits de ce document préparé par une équipe composée principalement d\u2019ingénieurs forestiers.Je puise ces extraits dans (annexe III\u2014A et annexe III\u2014B) Coup d\u2019œil sur les principaux problèmes forestiers, rédigé par M.Louis-Jean Lussier.Voici ces extraits: \u2014\tau sujet des forêts d\u2019Abitibi: «forte surexploitation des bois propres au sciage (au moins deux fois la possibilité de la forêt).» \u2014\tpour le Lac-Saint-Jean: «Surexploitation du bois propre au sciage (entre 1,5 et 2 fois la possibilité).» \u2014\tpour le Bas Saint-Laurent et la Gaspésie: «Forte surexploitation des bois résineux propres au sciage (environ 2 fois la possibilité).» ou encore, pour la même région: «Les forêts mûres n\u2019occupent guère que 10 à 15% du territoire.» \u2014\tpour la Beauce, l\u2019Estrie, la vallée du Saint-Laurent et l\u2019Outaouais: «Forêt fortement dégradée dans l\u2019ensemble.» «Les bois d\u2019œuvre de qualité (caryer, frêne, orme, noyer) ont pratiquement disparu.Aujourd\u2019hui, ce sont les résineux qui sont surexploités avec, comme résultats, une prolifération d\u2019espèces encore peu utilisées par l\u2019industrie (bouleau gris, peuplier, érable rouge, bouleau blanc).» \u2014\tenfin, pour la Gatineau et le Témiscamingue: «Liquidation des bois feuillus de qualité et du Pain blanc.» «Les fortes concentrations de pin blanc et de pin rouge sont réduites à l\u2019état de vestige par suite de leur surexploitation.» Ce que, rappelons-le, Marie-Victorin avait constaté déjà en 1935. L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 139 Tout récemment, c\u2019était au tour du président de l\u2019Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, M.Poirier, d\u2019avouer publiquement cet état de fait (La Presse\\ Le Devoir8 9, 8 août 1984): «La forêt québécoise est moribonde, affirme le président de l\u2019Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, lors du congrès forestier international tenu à Québec en août dernier, alors qu\u2019il commentait un document que venait de rendre public le ministère de l\u2019Énergie et des Ressources.Le document dit qu\u2019il y a des choses qu\u2019on a laissé faire dans le passé et qu\u2019on ne peut plus accepter.».B.L\u2019insouciance et l\u2019ineptie des gestionnaires traditionnels Pourquoi cette dégradation de notre forêt?Écoutons à ce sujet ce que disait le président de l\u2019Ordre, dans la même interview.Ceci sera sans doute révélateur.N\u2019oublions pas que c\u2019est le président de l\u2019Ordre qui parle, de l\u2019Ordre des spécialistes de la forêt: «On connaît mal la qualité de notre forêt.On dit qu\u2019elle est moribonde, mais on n\u2019a encore que des données partielles sur les secteurs où elle est encore en bon état.Souvent nos données sont insuffisantes pour en déterminer l\u2019utilisation.On ignore si le bois de ces secteurs est sain et de dimension suffisantes pour en faire du bois de sciage ou de bonne qualité pour en faire des pâtes et du papier.Est-il accessible à des coûts économiques?C\u2019est pour cette raison que le ministère a décidé de dresser un bilan beaucoup plus dynamique de notre forêt.» C\u2019est là déjà tout un programme de recherche qu\u2019esquisse le président de l\u2019Ordre.C\u2019est là aussi une indication des causes de l\u2019état lamentable de notre forêt: avec quelle insouciance, avec quelle désinvolture, avec quel manque d\u2019imagination nos gestionnaires et nos forestiers ont administré notre patrimoine forestier! Lorsqu\u2019on connaît si mal notre forêt, comme l\u2019admet M.Poirier, comment le gestionnaire peut-il allouer aux compagnies ravageuses d\u2019arbres les territoires de coupes?Sur quels critères se base-t-on?Comment peut-on contrôler les coupes et 8.\tSelon le président de l\u2019ordre des ingénieurs forestiers: La forêt québécoise est moribonde.La Presse, mercredi le 8 août 1984, p.D-4.9.\tSelon un document du M.E.R.: la forêt québécoise est moribonde.Le Devoir, mercredi le 8 août 1984, p.9. 140 L\u2019ACTION NATIONALE les types de coupes des compagnies?En un mot, comment peut-on gérer adéquatement la forêt?Or, les points que soulevait le président de l\u2019Ordre portent tous sur des aspects practico-pratiques, touchant uniquement l\u2019extraction de la matière ligneuse à des coûts toujours plus rentables afin d\u2019avoir un plus grand profit.Rien sur la recherche fondamentale, rien sur la recherche de base en biologie forestière qui est PRIMORDIALE pour toute bonne connaissance de la forêt et, par conséquent, pour toute gestion saine de la forêt.Personnellement, j\u2019associe tant l\u2019état dégradé de notre forêt et sa surexploitation que le peu de connaissances en biologie forestière que nous avons à ce consortium formé du Ministère de l\u2019Énergie et des Ressources (anciennement le Ministère des Terres et Forêts), d\u2019une part, des Compagnies d\u2019autre part, et, aussi, des gens qui gravitent autour de ces deux groupes, soit les gens de la Faculté de Foresterie et de Géodésie de l\u2019Université Laval \u2014 la seule au Québec qui a le privilège de former des ingénieurs forestiers \u2014 et les gens de l\u2019Ordre des ingénieurs forestiers du Québec.Nous sommes en présence d\u2019un consortium MONOLITHIQUE qui exerce un MONOPOLE sur NOTRE forêt et dont les buts premiers et prioritaires sont l\u2019exploitation de la matière ligneuse et sa rentabilité la plus poussée afin d\u2019obtenir les meilleurs profits à court terme.IV.La recherche dans le secteur forestier A.État actuel: mainmise d\u2019un monopole Voyons maintenant, à l\u2019aide de deux exemples, l\u2019influence de ce consortium sur le secteur de la recherche forestière au Québec.1.Contrôle des ressources Je tire du Rapport de conjoncture que je citais précédemment (annexe V)7, les différentes sommes d\u2019argent investies dans la recherche pour l\u2019année 1981-82 (voir tableau I).Le ministère de l\u2019Énergie et des Ressources dépense un peu plus de 3 millions de dollars, le secteur industriel, quelque 10 millions.Au secteur L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 141 universitaire, c\u2019est l\u2019Université Laval, avec sa faculté de foresterie et de géodésie qui a la part du lion, un peu plus d\u2019un million, 426 mille dollars étant alloués au Centre de recherche sur les pâtes et le papier de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.On n\u2019indique «aucune donnée disponible» pour les autres universités du Québec, ce qui se comprend fort bien: à peu près aucune subvention et aucun contrat ne leur sont attribués.Je me permets d\u2019attirer votre attention sur la comparaison suivante.Les derniers chiffres disponibles au moment de la rédaction du présent texte nous indiquent que le M.E.R.a consacré, en 1981-82, 3 millions pour la recherche; on sait, d\u2019autre part, qu\u2019il a engagé, en 1983-84, la firme de consultants A.Marsan, uniquement pour défendre son programme d\u2019épandage aérien de pesticide contre la tordeuse des bourgeons de l'épi -nette, et cela pour la somme de 1,5 million de dollars! C\u2019est la moitié du budget de recherche du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources pour 1981-82, c\u2019est un demi million de plus que celui de la faculté de foresterie! Combien de véritables projets de recherches scientifiques aurait-on pu réaliser avec cette somme, même dans le cadre d\u2019une véritable étude d\u2019impact sur l\u2019environnement.2.Contrôle des programmes L\u2019autre exemple de l\u2019influence et de la force de ce groupe monolithique sur le développement de la recherche dans le secteur forestier au Québec est tiré du document Le virage technologique, Bâtir le Québec \u2014 Phase 2 (1982).On peut lire le passage suivant: «Dans le but d\u2019explorer plus en profondeur les voies d\u2019avenir du secteur forestier, un groupe de travail composé de 12 membres représentant le gouvernement, les industries et le milieu universitaire a été créé et doit soumettre au cours de l\u2019année 1982 un rapport de conjoncture sur la recherche dans le secteur forestier au Québec.Le rapport étudiera notamment les principaux aspects de la recherche industrielle, universitaire et gouvernementale dans ses données scientifique, technique, socio-économique et politique.L\u2019analyse couvrira également les caractéristiques de la recherche, les ressources qui y sont consacrées, les champs d\u2019intervention privilégiés, les points forts et les principales lacunes des efforts actuels.Des recommandations suivront concernant les voies d\u2019action possibles pour l\u2019avenir, en 142 L\u2019ACTION NATIONALE Sommes d\u2019argent consacrées pour la recherche dans le secteur forestier en 1981-82\t Secteur gouvernemental Ministère de l\u2019Énergie et des Ressources\t3 092 000,00 Secteur industriel Compagnies et centres de recherches financés par les compagnies et les gouvernements\t10 000 000,00 Secteur universitaire Faculté de Foresterie et de Géodésie de l\u2019Université Laval\t1 253 000,00 Centre de recherche sur les pâtes et papier de l\u2019U.Q.T.R.\t426 000,00 Autres institutions universitaires\t0 Sommes allouées à la firme A.Marsan pour l\u2019étude d\u2019impact 1982-83\t1 500 000,00 identifiant notamment les avantages comparatifs dont jouit le Québec» (page 140).Ce travail, commandité à la fois par le ministère de l\u2019Énergie et des Ressources et par le ministère de la Science et de la Technologie, ne vit le jour qu\u2019au début de 1984; c\u2019est le rapport que j\u2019ai déjà cité à quelques reprises10.Je veux actuellement attirer votre attention sur la composition de ce groupe de travail constitué de douze personnes.Il comprend d\u2019abord neuf ingénieurs forestiers venant du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources, de la faculté de Foresterie et de Géodésie de l\u2019Université Laval et des compagnies; parmi les trois membres non ingénieurs, l\u2019un est attaché à la faculté de Foresterie et l\u2019autre vient d\u2019une papetière.L\u2019unique membre extérieur au consortium est le délégué du ministère de la Science et de la Technologie. L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 143 B.\tTout programme de recherche doit impliquer une vision de la forêt Avant de vous parler de la recherche à faire dans le secteur forestier et de la gestion de cette recherche, je crois opportun de vous donner ma vision de la forêt québécoise.Pour moi, la forêt est avant tout un milieu de vie au sens écologique du mot.La forêt est aussi une ressource naturelle fragile, non automatiquement renouvelable.La forêt est une ressource polyvalente: elle doit être considérée à la fois \u2014\tcomme source de matière ligneuse pour l\u2019industrie du sciage, de la pâte et du papier; \u2014\tpour ses aspects sociaux et récréatifs; \u2014\tet surtout pour son rôle et son importance environnementale.Tout plan de gestion de la forêt devra être fait en tenant compte de cette polyvalence de la forêt et de sa fragilité, c\u2019est-à-dire en respectant l\u2019environnement, les systèmes écologiques et la biologie forestière.C.\tEsquisse sommaire des grandes lignes de la recherche forestière Ce n\u2019est qu\u2019à partir d\u2019une vision de ce qu\u2019est la forêt québécoise qu\u2019on peut commencer à tracer les grandes lignes de ce qui devrait être la recherche en secteur forestier.J\u2019en donne quelques grands éléments: 1.\tSecteur primordial et fondamental: la connaissance de la biologie forestière \u2014 Cartographie écologique du Québec méridional.\u2014 Étude de la dynamique des écosystèmes forestiers.2.\tSecteur de l\u2019extraction de la matière ligneuse \u2014 Pratique sylvicolte de cueillette et de reboisement.\u2014 Maximisation de l\u2019utilisation de la récolte: utilisation de la biomasse excédentaire; recyclage.10.Le virage technologique.Bâtir le Québec \u2014 Phase 2.Programme d\u2019action économique 1982-1986.Gouvernement du Québec, Ministère des Communications 1982, 140 p. 144 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 Programme de récupération, de prérécupération et de stockage du bois atteint par les maladies; programmes de transport, recherches de solutions pour pallier la pénurie de bois dans certaines régions industrielles.3.\tSecteur aménagement et protection de la forêt \u2014 Amélioration génétique des plantes, particulièrement par la culture in vitro.\u2014 Protection des arbres: étude de l\u2019écologie et de la biologie des insectes pathogènes, des champignons pathogènes et des diverses maladies des arbres.\u2014 Revision des méthodes traditionnelles de coupes, particulièrement les coupes à blanc sur de grandes superficies, tout en recherchant d\u2019autres méthodes de coupes respectueuses des écosystèmes forestiers et permettant le renouvellement naturel de la forêt.4.\tSecteur du plein-air, des loisirs et aspect social de la forêt \u2014 Étude des impacts économiques des activités de loisirs et de plein-air en milieu forestier.\u2014 Étude des impacts sociaux de ces activités.\u2014 Et surtout étude des modalités de gestion et d\u2019aménagement forestiers qui permettront de conserver la fonction écologique et la vocation récréative de la forêt.Cette esquisse très sommaire d\u2019un programme de recherche implique la mise sur pied d\u2019une structure originale et démocratique pour la gestion de la recherche et pour la gestion de la forêt québécoise, organisme qu\u2019on pourrait appeler Conseil québécois de la forêt.Je reviendrai, en conclusion, sur ce point particulier.V.Qui fera la recherche?A.La situation actuelle: une chasse gardée Abordons maintenant la question de savoir qui devrait faire cette recherche.Dans le rapport de conjoncture déjà cité, le groupe des douze membres concluait, lorsqu\u2019il examinait les structures de recherche dans le secteur forestier au Québec, qu\u2019à peu près toute la recherche était concentrée dans la région de L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 145 Québec, soit principalement au ministère de l\u2019Énergie et des Ressources et à la faculté de Foresterie; on suggérait, alors, soit d\u2019accroître la capacité de recherche intra-muros (intra-muros signifiant au M.E.R.et à la faculté de Foresterie), soit de regrouper l\u2019expertise en créant un Institut de la recherche sur la forêt, institut qui fonctionnerait en étroite collaboration avec la faculté de Foresterie de l\u2019Université Laval.D\u2019autre part, les douze, en examinant la situation de la recherche dans les autres institutions universitaires du Québec, concluaient en disant: «Il y a là un potentiel important, mais les autres facultés et organismes universitaires démontrent peu d\u2019intérêt pour la recherche dans le secteur forestier.» Je trouve cette attitude extrêmement méprisante.Car, s\u2019il y a effectivement très peu de recherches touchant le secteur forestier qui se font dans les autres universités québécoises, ce n\u2019est pas par manque d\u2019intérêt, bien au contraire, mais à cause de cette chasse gardée qu\u2019est tout le secteur forestier, chasse gardée que contrôle fort bien le consortium des intéressés et plus particulièrement, dans le cas de la recherche, la faculté de Foresterie de l\u2019Université Laval.B.Le Québec doit savoir utiliser son potentiel de chercheurs et de forces vives En limitant presque uniquement ses programmes de recherches forestières au ministère de l\u2019Énergie et des Ressources et à la faculté de Foresterie de l\u2019Université Laval, le Québec se prive d\u2019un potentiel énorme de chercheurs et de compétences qui œuvrent dans d\u2019autres universités.Non seulement se prive-t-il d\u2019un potentiel énorme mais, surtout, il se prive d\u2019une saine émulation entre les chercheurs, émulation qui suscite les discussions et les analyses critiques des idées, qui suscite la créativité et l\u2019initiative.Combien de chercheurs pourraient être mis à contribution dans d\u2019autres universités, combien de groupes de recherche ne pourrait-on mettre sur pied, particulièrement dans les départements de biologie et de sciences naturelles, pour travailler sur des aspects de l\u2019entomologie forestière, de la phytopathologie, de la mycologie, de la physiologie de l\u2019arbre, de la biologie forestière et de son écologie! Tout particulièrement de la biologie fores- 146 L\u2019ACTION NATIONALE tière et de son écologie! Il faut absolument que d\u2019autres universités soient impliquées dans la recherche et l\u2019enseignement de la foresterie, qui développeront d\u2019autres perspectives que celle de l\u2019exploitation forestière traditionnelle; il faut que d\u2019autres universités aient la possibilité de s\u2019impliquer, tant par la recherche que par l\u2019enseignement, dans les secteurs de la gestion écologique de la forêt et des aspects récréatifs qu\u2019offre le milieu forestier.Ce qui implique aussi et nécessairement la mise sur pied non seulement de projets de recherche, mais aussi de nouveaux cours.VI.Un conseil québécois de la forêt Les programmes de recherche et les mécanismes de gestion qu\u2019on mettra en place dépendront évidemment de notre vision de la forêt et de son écologie.Je voudrais donc, avant de conclure, vous faire part de ma vision de l\u2019écologie, en vous citant un extrait d\u2019un travail du sociologue Jean-Guy Vaillancourt11 que je trouve fort approprié et que je fais mien: «L\u2019écologie, c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019étude scientifique des relations complexes qui existent entre les animaux, les plantes et leur milieu ambiant.Celle-ci (l\u2019écologie), analyse donc les interactions dynamiques entre l\u2019environnement et les êtres vivants.Elle montre, par exemple, comment la qualité de la vie et le nombre de ces êtres vivants sont influencés par la quantité et la qualité des ressources naturelles disponibles dans un milieu donné.Elle (l\u2019écologie) est aussi une sagesse, une façon éthique de concevoir l\u2019insertion de la vie sous toutes ses formes, y compris la vie humaine dans son environnement au sens le plus large du terme.Cette \u2018science de l\u2019habitat\u2019 nous fait prendre conscience, à nous les humains, non seulement de notre grande dépendance vis-à-vis des ressources de la nature, mais surtout de notre impact massif, et très souvent négatif, à son égard».En réalité, cette vision de la forêt en tant que ressource renouvelable et polyvalente est loin d\u2019être une utopie, elle découle simplement d\u2019un problème d\u2019éthique: au lieu de laisser une 11.Éthique de l\u2019environnement.Jean-Guy Vaillancourt.Dans la revue Critère, N° 37, printemps 1984, p.103. L\u2019AVENIR DE LA RECHERCHE FORESTIÈRE AU QUÉBEC 147 forêt moribonde après l\u2019avoir surexploitée, comme c\u2019est le cas actuellement, nous nous devons d\u2019utiliser la forêt pour l\u2019amélioration de notre bien-être, tout en veillant à la laisser EN MEILLEUR ÉTAT pour les générations futures.L\u2019héritage que nous avons reçu doit être utilisé, mais aussi remis en meilleur état à nos enfants et à nos petits-enfants.Il devrait d\u2019ailleurs en être de même pour tout notre environnement, terre, air, eau.Ceci dit, je ne puis imaginer qu\u2019une seule façon de redonner à la recherche dans le secteur forestier tout le dynamisme qu\u2019elle doit avoir pour contribuer au sauvetage de la forêt québécoise: c\u2019est par la mise sur pied d\u2019un organisme de concertation responsable de la gestion forestière au Québec.Cet organisme serait constitué des représentants de divers milieux intéressés par la forêt, tant de représentants des intervenants traditionnels de la forêt que de représentants des professionnels de la santé, des sciences de la nature et de la biologie, des milieux du travail, du plein air et des loisirs et aussi des simples citoyens intéressés à leur forêt.Ce n\u2019est qu\u2019à cette condition, par la participation effective d\u2019intervenants de divers milieux, dans la gestion, dans la recherche, dans la surveillance et dans la consultation, que la forêt québécoise pourra être sauvée et se revitaliser. 148 L\u2019ACTION NATIONALE Les peuples agricoles (suite) par RENÉ BLANCHARD Le territoire agricole Un territoire ne doit pas être ni trop, ni trop peu peuplé.Il ne doit pas être envahi à l\u2019aveuglette, sans plan, ni analyse des ressources du milieu.Une densité minimum et optimum est aussi essentielle à l\u2019homme qu\u2019elle l\u2019est dans toutes les organisations inférieures d\u2019insectes ou d\u2019animaux, qu\u2019il s\u2019agisse des abeilles ou des meutes.Un niveau idéal existe donc et il faut de plus en plus en prendre une conscience claire si l\u2019on veut éviter des dénivellements de niveau de vie entre les populations, ou encore des coûts énormes en équipements publics.La force d\u2019un peuple se mesure à l\u2019occupation productive du territoire Et le seul être en mesure de bien occuper un territoire est le cultivateur.C\u2019est pour cela qu\u2019il mérite un statut privilégié.Mieux que des forces d\u2019occupation, que les industries concentrées dans les villes et les citadins écrasés les uns sur les autres, le véritable occupant c\u2019est celui qui cultive la terre, l\u2019aménage, l\u2019entretient, qui provoque la création des réseaux routiers, des multiples villages et des régions.Le cultivateur crée le pays et le maintient.La meilleure armée d\u2019un peuple est son bataillon de cultivateurs.Un peuple n\u2019est réellement chez lui que lorsque ses paysans cultivent eux-mêmes, en toute liberté, le sol national.Toutes les autres formules sont fragiles.Et ces politiciens qui placent des aéroports sur des terres fer tiles et font disparaître des paroisses n\u2019ont rien compris ou ont trop bien compris! La base indispensable de notre survie, c\u2019est une solide rura-lité.Et ceux qui prennent les moyens de la bien établir, de la défendre et de l\u2019assurer, sont les véritables nationalistes. LES PEUPLES AGRICOLES (SUITE) 149 Caractère du cultivateur L\u2019homme et la femme de la campagne combinent des caractères variés.La constance et la résistance dans l\u2019effort sont les premiers traits évidents.Celui qui cultive la terre ou élève des animaux peut travailler plus longtemps, avec plus d\u2019application et d\u2019intérêt que toute autre classe de travailleurs.Il n\u2019abat pas le travail, il l\u2019épouse.Il circule dans le travail comme dans un élément naturel.Levé le premier, il est souvent le dernier à abandonner la tâche quotidienne.Il paie son autonomie chèrement.Il ne doit rien à personne, mais il a le sentiment correct que beaucoup de ceux qui le regardent de haut lui doivent beaucoup.Sa fierté est tout intérieure.Elle s\u2019exprime mal, parfois avec gêne.Une vieille mentalité encombre encore nos campagnes, qui consiste à voir la vie des villes comme supérieure.Ce mirage est cause de la désertion de plusieurs fils de cultivateurs, combien injustifiée.Souvent, il suffit de réfléchir en profondeur aux éléments qui forment la vie des villes et celle des campagnes, pour découvrir qui a aujourd\u2019hui le meilleur partage, alors que la vie à la campagne se compare facilement avec celle de la ville.L\u2019amour de la terre a été au Québec une vérité émouvante.Les meilleurs de nos cultivateurs aimaient et aiment encore leur terre comme eux-mêmes.Transmettre le domaine aux descendants les plus capables a été une préoccupation courante chez nos ancêtres.C\u2019est de l\u2019authentique patriotisme, accompagnant le culte de la famille et des ancêtres.Le privilège des agriculteurs Les dernières décennies nous ont beaucoup appris sur l\u2019humanité.Nous savons maintenant que les progrès technologiques n ont rien changé à la nature de l\u2019homme.Les guerres ont fait renaître l\u2019esclavage, réapparaître les pires tares de l\u2019humanité.Les populations fragiles des villes conquises, dirigées vers des camps de concentration, sont disparues dans des conditions atroces après avoir été dépouillées de toute dignité, vidées de substance, exterminées atrocement. 150 L\u2019ACTION NATIONALE Dans ces hécatombes, seuls les paysans ont survécu.Même dans les pires conditions, les forces ne se perdent pas au contact de la terre.L\u2019agriculteur européen a été le seul vainqueur de ces dernières guerres, comme de toutes les guerres.Au-dessus des folies idéologiques et raciales, il a préservé les sources vitales et la terre généreuse.Il a permis aux nations, une fois les folles armées évanouies, de remonter de l\u2019abîme.Il est demeuré le maître de la vie.Sa stature morale et physique lui a permis de conserver, à travers les pires épreuves, son indépendance et sa stabilité.La source de la force Le cultivateur est le maître du sol et de la vie parce qu\u2019il en est le serviteur.S\u2019il est le maître de la terre, c\u2019est qu\u2019il est d\u2019abord façonné par elle, par ses exigences, par son rythme, par sa substance.Tous les outils de la ferme sont dessinés par les conditions du sol.Il en va de même quand il s\u2019agit de l\u2019élevage.Le meilleur éleveur, celui qui tire le meilleur rendement de ses bêtes, est celui qui comprend le mieux le processus de la vie qui les habite, qui respecte leur nature propre, qui s\u2019en fait de véritables alliés.Quand l\u2019homme veut semer avec succès, il doit d\u2019abord préparer un milieu qui convienne à la semence.C\u2019est le but des labours, du dépierrage, du binage, du hersage, du roulage, du traitement physique et chimique des sols, de l\u2019engraissement, du drainage et de l\u2019irrigation.D\u2019année en année, c\u2019est le calcul constant pour rendre au sol les constituants minéraux soutirés par les plantes, notamment, azote, phosphore, potassium, manganèse.Ces tâches indispensables sont profondément humaines.Elles demandent souvent de l\u2019abnégation.La manipulation du fumier n\u2019est pas le plus dur travail, mais celui qui répugne le plus.Mais c\u2019est la réalité de la condition de l\u2019homme.La sagesse, l\u2019équilibre ne viennent pas à l\u2019homme par la fuite des désagréments liés à sa condition, mais par l\u2019acceptation calme et raison-née de l\u2019univers dont il fait partie. LES PEUPLES AGRICOLES (SUITE) 151 L\u2019artisanat rural Les outils et appareils servant à manipuler la terre et ses produits se sont compliqués au fil des générations.Si leur fabrication ne relève plus du milieu rural, leur entretien ne peut se faire efficacement que par des artisans locaux.Il faut, pour rendre le milieu rural sûr, efficace et productif, un réseau de petites entreprises connexes: meunier, garagiste, mécanicien, soudeur, forgeron, ateliers de réparation, ferronnerie, boutiques, dont les propriétaires sont familiers avec la classe agricole et les travaux de ferme.L\u2019artisanat rural est nécessaire à la force, à l\u2019indépendance et à la vitalité de la vie des campagnes.Malheureusement, la concentration industrielle et urbaine fait disparaître ces éléments essentiels à la stabilité de la population rurale.Le cultivateur ne doit pas être le seul être productif dans son milieu.Il a besoin de support, d\u2019entourage, de commodités que ne compense pas complètement le rendement de la machinerie moderne.Le progrès technologique que marque le travail agricole ne doit pas faire oublier que le milieu rural, pour être attrayant, sécurisant, humain, doit demeurer équilibré et complet.Si le milieu rural devient un désert sur le plan scolaire, religieux, artisanal, commercial, culturel et récréatif, il perdra ses meilleurs sujets, vieillira prématurément et verra la valeur et la qualité des exploitations diminuer rapidement.C\u2019est le danger encore mal décelé qui guette actuellement nombre de régions agricoles au Québec.La difficile planification de l\u2019agriculture La propriété du sol au cours des siècles est passée de collective à individuelle.En solutionnant les problèmes épineux de l\u2019appartenance collective, droits de parcours, d\u2019usage, de chasse, de pêche, de ramassage, l\u2019homme a fait naître les problèmes inhérents à la propriété foncière individuelle.Les âpres contestations, les «chicanes de clôtures», de droits de passages, de servitudes, de creusage de cours d\u2019eau, d\u2019entretien de chemins, sont histoire de générations et ont été de 152 L\u2019ACTION NATIONALE traditionnelles mines d\u2019or pour les plaideurs et la plus constante source d\u2019ennuis pour les gouvernements ruraux.Au cours de l\u2019histoire, le cultivateur a appris à aimer la terre.Elle symbolise sa richesse, son indépendance, sa sécurité.On lui sacrifie, parfois par excès, la solidarité familiale, l\u2019amitié et même l\u2019honnêteté et l\u2019honneur.Mais n\u2019eût été de cette passion, le Québec aurait-il été systématiquement agrandi et peuplé avec autant de vigueur, région par région, selon un modèle strict, celui de la ferme familiale?Dans un tel contexte, il n\u2019est pas facile pour les hommes publics, aux heures de nécessaires changements, \u2014\tde poser des mesures qui font obstacle à l\u2019absolutisme de la propriété privée; \u2014\tde déterminer, par exemple, un zonage qui protège les sols cultivables; \u2014\tde fixer des quotas de production qui empêchent la déstabilisation des prix; \u2014\tde déterminer, même par mesures incitatives, l\u2019usage des sols à des productions complémentaires; \u2014\tde réduire la liberté d\u2019accroître ou de concentrer des élevages spécialisés dans des environnements ou le long de cours d\u2019eau, où finalement ils feront problèmes; \u2014\tde choisir des modes de représentation pour la classe agricole; \u2014\tde garder une nécessaire neutralité devant la force de pression exercée par des groupes de producteurs.Au moment où le monde est occupé et pris en charge par deux systèmes de production radicalement opposés: le socialisme collectiviste et le libéralisme capitaliste, le départage est difficile et délicat entre les avantages et les inconvénients de diverses formules.Seul un accroissement de la culture, en son sens le plus large, permettra de trouver les modèles sociaux les plus cohérents avec les progrès technologiques et les finalités de la vie humaine.L\u2019indépendance du cultivateur assure sa primauté Malgré le progrès des échanges, des transports et du corn- LES PEUPLES AGRICOLES (SUITE) 153 merce, à toute époque, en tous lieux, le cultivateur est le premier et le seul homme assuré de manger à sa faim.Regroupés ou isolés, les fermiers forment la seule classe sociale indépendante de toutes les autres et capable de se donner les structures nécessaires à toute dynamique sociale.Une ferme familiale est une merveille d\u2019équilibre, d\u2019organisation et de bon sens.Elle se fonde sur le courage au travail, sur la persévérance et l\u2019intelligence de la vie, sur le sens de la famille, de la tradition et de l\u2019histoire.Un cultivateur doit savoir les rudiments de la plupart des métiers: charpentier, maçon, mécanicien, électricien, vétérinaire, etc.Il doit vivre intensément dans le présent, mais tout autant dans l\u2019avenir.Il lui faut prévoir et calculer plus et mieux que tout autre travailleur spécialisé.Le travail de la ferme ne jouit pourtant pas du prestige des fonctions «libérales», parce qu\u2019il n\u2019est ni nouveau, ni à la mode, ni théorique, ni dominateur, ni prestigieux.Dans nos sociétés bourgeoises, le bon praticien agricole passe malheureusement après le spécialiste bardé d\u2019un «haut savoir» périssable et coûteux.Mais advienne l\u2019épreuve, la crise cyclique de l\u2019histoire, le premier surclassera facilement le second par l\u2019ensemble de ses connaissances, par son coup d\u2019oeil, par son flair, par ses réflexes, par son aisance instinctive.La grande ville, une faillite humaine À quoi est dû cette ruée de véhicules chargés d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants qui chaque fin de semaine fuient les grandes villes avec frénésie?On dirait une fourmilière sur laquelle on aurait mis le pied, une catastrophe éminente, une grande migration animale.Quel est cet instinct profond qui provoque cet exode des orgueilleux conquérants du macadam?Du plus riche au plus pauvre, le besoin physique d\u2019un peu de verdure, d\u2019un peu d\u2019air pur, d\u2019un plan d\u2019eau si modeste soit-il, fait refluer les urbains comme des noyés dans l\u2019oxygène de la campagne.Il s\u2019agit d\u2019une réaction de salut contre le déséquilibre, la maladie nerveuse, la dépression chronique, la pression insoutenable du décor hideux, de la pollution, du bruit, du sordide artificiel de la concentration urbaine. 154 L\u2019ACTION NATIONALE Le crime du modèle social proposé à l\u2019homme au 19ième siècle est la création de ses mégalopoles, surtout au détriment de ces millions de cultivateurs arrachés à un mode de vie sain et traditionnel, mais laissés sans organisation et sans politique rationnelle.C\u2019est ce déracinement d\u2019une classe sociale maintenue pauvre et peu scolarisée, que l\u2019on a attirée comme «cheap labor» dans les villes et les usines sans leur offrir une forme de vie acceptable.C\u2019est aussi vrai pour ici au Québec, comme au Canada et comme aux États-Unis.Par la saignée migratoire vers les États-Unis, le Québec a perdu le tiers de sa population au début du siècle.D\u2019une société vivant rudement mais sainement, on a créé des groupes de déracinés, d\u2019épaves, dont les enfants, au lieu de jouer dans les champs, jouaient parmi les poubelles ou dans les cours de taudis.L\u2019état d\u2019esprit instable, hargneux, insatisfait qui s\u2019est installé dans la population est en grande partie le résultat du laisser-faire des hommes publics.Certes, l\u2019industrialisation était nécessaire, puisque l\u2019agriculture avait trop de bras.Mais on aurait pu avec un peu de prévoyance, de sens politique, de fraternité, intégrer moins sauvagement les ruraux à la vie urbaine, et surtout aménager celle-ci convenablement.On aurait pu faire ici, dès les débuts, ce qu\u2019on fait présentement en aménagement urbain, sans avoir à payer tous les malaises sociaux qui s\u2019en sont suivis.Le Québec et son sol Tous les types de sols ont reçu la visite des hommes.Le sol québécois n\u2019est ni le meilleur, ni le pire.Sa caractéristique, c\u2019est qu\u2019il ne donne rien gratuitement.Il répond à l\u2019exploitation intelligente, à la ténacité, au travail.Il est de bonne santé morale et physique.Il fournit toutes les matières industrielles et minières, toutes les énergies et ressources, tous les matériaux de construction et d\u2019aménagement humain.Il n\u2019est ni pathogène, ni insalubre, ni démoralisant.Inséré dans le complexe sol-climat du Québec, l\u2019être humain LES PEUPLES AGRICOLES (SUITE) 155 n\u2019a pas d\u2019ennemi plus fort que lui-même.Mais l\u2019effort d\u2019acclimatation doit être constant.Grâce à la technique moderne, l\u2019agriculteur québécois profite aujourd\u2019hui d\u2019un équipement qui lui permet une utilisation maximale de toutes les ressources, comme ce fut le cas jadis dans les autres grands foyers de civilisation.Le Québec, grâce à son monde agricole, à sa culture rurale, peut aujourd\u2019hui s\u2019élever à une conception politique d\u2019ensemble.Toutes les données nécessaires sont entre ses mains, grâce à l\u2019équilibre stable et rationnel acquis au contact du sol.Les peuples déracinés La perte d\u2019un sol national avec lequel on entretient un contact collectif qui assure la survie et rassure la vie est une tragédie humaine.La tragédie du peuple juif et les tragédies qu\u2019il a engendrées viennent de ce qu\u2019il a perdu son sol national il y a deux mille ans et qu\u2019il n\u2019a jamais réussi ou recherché à former ailleurs un établissement homogène, politique, stable.Ce peuple a cru peut-être qu\u2019un sol national n\u2019était pas essentiel à son existence et à sa sécurité.L\u2019histoire s\u2019est chargée de rétablir les choses.Le prix payé a été amer.Les colonies sionistes implantées et maintenues au prix d\u2019énormes capitaux et de sacrifices ne sont pas des colonies industrielles, mais des colonies agricoles prospères, même établies sur un sol et dans un climat difficiles et exigeants.Mais les dirigeants politiques, tenaces et têtus, du peuple juif, ont compris qu\u2019entre un jeune cultivateur fier et hardi conduisant un tracteur et remuant la terre de son pays, et son pauvre père, Juif errant de Varsovie ou de Pologne, traqué et déraciné, il n\u2019y a pas de commune mesure.L\u2019un porte l\u2019espoir de son peuple, alors que l\u2019autre en vivait périodiquement le désespoir! Une nation qui n\u2019a pas de base terrienne est compromise dans son équilibre.Sa survie est aléatoire.La vitalité des peuples vient d\u2019un contact suivi et stable avec le sol: elle y prend racines.L\u2019agriculture demeure le fondement de tout le reste.Une évolution qui ignore ce fait n\u2019augure rien de bon. 156 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019avenir Si la culture mécanisée est un bienfait, particulièrement pour notre agriculture, les cultures sans sol, rendues également possible par l\u2019énergie et la mécanisation, sont aussi des progrès incontestables pour la classe agricole.Grâce à la serre éclairée par des fluorescents, où poussent des légumes et des fruits et des plants dont les racines plongent dans des solutions nutritives, grâce également à des poulaillers et à des porcheries entièrement chauffés et mécanisés, on peut aujourd\u2019hui atteindre l\u2019autonomie et l\u2019autodétermination alimentaire et provoquer une demande accrue pour des céréales que nos sols peuvent aujourd\u2019hui produire.Autant de marchés nouveaux, d\u2019industries nouvelles, d\u2019emplois nouveaux qui engendrent une industrie agro-alimentaire moderne et confiée à des mains expertes et à des cerveaux bien préparés.Certes, il faut adopter, révolutionner l\u2019enseignement agricole, modifier parfois les mentalités.Tout cela est possible et faisable à brève échéance.L\u2019agriculture au Québec, grâce à la recherche scientifique et à l\u2019enseignement des techniques agricoles, peut permettre à une population agricole de vivre dans de bonnes conditions et de jouir d\u2019un statut social enviable.Les erreurs à éviter Notre aventure en terre d\u2019Amérique est une preuve d\u2019intelligence et de débrouillardise.Nos ancêtres ont dépensé des trésors d\u2019ingéniosité et de courage.Avec des moyens de fortune, ils ont réussi à coloniser presque tout le Québec.Il faut maintenant nous prémunir contre les terribles erreurs qui ont été faites ailleurs, où on a dégradé le sol au point de le rendre stérile et inutilisable.Les cas de misère dans certains points du monde ne sont pas étrangers à une mauvaise gestion du sol arable, au déboisement inconsidéré, à un gaspillage des sols productifs, à des luttes raciales.Pour être en mesure de promouvoir la coopération internationale, de réaliser un jour un gouvernement mondial, il faut LES PEUPLES AGRICOLES (SUITE) 157 activer les choses et proposer des solutions économiques et politiques favorables aux partages des ressources, des technologies.Le Québec doit assumer sa part dans ce travail d\u2019éducation collective en développant rationnellement son agriculture.Annexe Le jugement de l\u2019historien (période 1960 à 1976) par JEAN HAMELIN, Histoire du Québec (p.490).Prof, à l\u2019Université Laval.«Le secteur agricole continue, à un rythme plus rapide que dans le reste du Canada et aux États-Unis, le déclin qui l\u2019afflige depuis déjà plusieurs décennies.Entre 1961 et 1974, près de la moitié des fermes au Québec disparaissent; même si la superficie des exploitations qui demeurent tend à s\u2019accroître, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019au cours des années 1960 la superficie totale des terres dites \u2018en culture\u2019 diminue de 20%.La région très fertile de la plaine de Montréal, qui fournit plus de la moitié des produits agricoles de la province et qui se classe en tête pour la production du lait, du beurre, du fromage, de la viande de boucherie, des légumes, du tabac, etc., est sérieusement en proie aux menaces simultanées d\u2019urbanisation et de spéculation qui ont déjà enlevé à la culture d\u2019énormes superficies.Il n\u2019y a pas eu de Révolution tranquille dans le domaine de I agriculture, ni sous le régime de Jean Lesage, ni sous les gouvernements qui l\u2019ont suivi.Depuis plusieurs années, la politique gouvernementale favorise le regroupement des fermes, considérant qu\u2019un grand nombre d\u2019exploitations étaient \u2014 et demeu-rent \u2014 non rentables.Ainsi, en 1966, la moitié des fermes ont des ventes se situant entre 50$ et 2 500$ et, en 1971, seulement un quart des fermes ont une production d\u2019une valeur supérieure 158 L\u2019ACTION NATIONALE à 10 000$.Aussi, le gouvernement fédéral a-t-il lancé un programme d\u2019aide aux régions rurales, alors que le provincial a établi le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec pour tenter de résoudre les problèmes ruraux et agricoles dans le bas-du-Fleuve, en Gaspésie, et aux îles-de-la-Madeleine.Mais les gestes posés jusqu\u2019ici n\u2019ont guère ralenti l\u2019exode rural ni le déclin de l\u2019agriculture, et le Québec doit importer de plus en plus les produits agricoles dont il a besoin.De leur côté, les cultivateurs québécois ont souvent manifesté leur mécontentement en marchant sur les Parlements de Québec et d\u2019Ottawa, en bloquant les routes, en menaçant de ralentir leur production de denrées essentielles, comme le lait, en votant pour des partis d\u2019opposition, ou tout simplement en vendant leur exploitation au plus offrant, qu\u2019il soit un spéculateur à la recherche de profits rapides ou un citadin en quête d\u2019une maison de campagne.» (Suite de la page 192) Si toutes les écoles du Québec mettaient sur pied un programme de récupération, plus de 70 000 tonnes de papier pourraient annuellement être acheminées vers les usines de recyclage, comme papier Cascades Inc.et Papeterie Reed, qui bénéficieront directement du projet amorcé par la polyvalente Le Boisé de Victoriaville.Ce centre de récupération, artisanal à ses débuts, a pris de plus en plus d\u2019ampleur, particulièrement depuis 1984.La décision des municipalités de cette région des Bois-Francs de modifier leur service de ramassage des ordures ménagères fut primordiale pour permettre la récupération et la réussite du projet.C\u2019est de cette collaboration que la nature des coopératives trouve un sens.Le mouvement Desjardins s\u2019implique dans des projets du genre, afin d\u2019inciter la population en général à être plus sensible et d\u2019amener d\u2019autres institutions à lancer des projets similaires.Le but des coopératives est d\u2019appuyer des projets d\u2019où les «recettes» créeront un vaste mouvement d\u2019éducation à la participation et amèneront à la créativité économique du Québec.C\u2019est aussi dans le but de créer une qualité de vie meilleure que les coopératives ont vu le jour.Des valeurs plus humaines de collaboration et de participation alimentent très bien le mouvement Desjardins et c\u2019est dans cette optique qu\u2019il vise a améliorer le contexte socio-économique de notre province. BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 159 Bâtir une complicité avec les jeunes par GASTON STRATFORD' Fondée par des jeunes, la Société Saint-Jean-Baptiste du diocèse de Sherbrooke était encore pour eux, il y a une génération, un point de ralliement.MM.Marcel Bureau et Roméo Paquette m\u2019ont confié qu\u2019au moment où ils avaient joint ses rangs, ils n\u2019avaient pas 30 ans.Or, aujourd\u2019hui, la Société Saint-Jean-Baptiste, comme beaucoup d\u2019autres organisations, manque de relève.C\u2019est pourquoi, avec M.Marcel Laflamme, ils m ont demandé, le 23 janvier dernier, de préparer la présente conférence pour vous sensibiliser aux problèmes et aux aspirations de la jeunesse et pour vous proposer un défi emballant susceptible de rallier des jeunes.Cette conférence, j\u2019avais déjà commencé à la préparer sans le savoir il y a six ans, quand je me mis à étudier la mission dont les francophones sont porteurs en Amérique.Mon engagement, je le poursuis depuis lors, et aujourd\u2019hui plus que jamais à titre de président du Mouvement Renouveau Politique.Un jeune homme de 34 ans à qui je demandais son avis en lui parlant de mon projet de conférence répudia le nom de la Société Saint-Jean-Baptiste, qui projetait, selon lui, une image démodée.«Il correspond à l\u2019époque révolue des personnes âgées, me dit-il.Il réveille la religiosité d\u2019autrefois, mêlée à la défense des Canadiens-Français contre les Anglais.Il évoque l\u2019inutile nostalgie des anciens défilés avec leur petit saint Jean-Baptiste et son mouton.» Tout de son témoignage laissait percevoir la SSJB comme une institution déphasée par rapport à l\u2019évolution sociale.Cette vision, je suis loin de la partager.Je crois, au contraire, que la Société Saint-Jean-Baptiste se doit de porter résolument son nom, si elle veut arriver à transmettre son message de 1.Conférence donnée à Sherbrooke, en mai 1985, au 46e Congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke. 160 L\u2019ACTION NATIONALE façon qu\u2019il rejoigne à nouveau des jeunes.Qui est saint Jean-Baptiste, sinon cet homme qui fut, à l\u2019âge adulte, le précurseur du christianisme?Il regroupa des disciples, il prêcha la conversion intérieure et annonça la venue prochaine du Messie.Je crois que la Société dont il est le patron pourrait remplir un rôle analogue au Québec, en préparant l\u2019avenir, c\u2019est-à-dire en annonçant le PROJET DE SOCIÉTÉ dont d\u2019autres nations pourront s\u2019inspirer par la suite pour résoudre leurs propres antagonismes: classe contre classe, génération contre génération, sexe contre sexe, race contre race, région contre région.Ce PROJET qui s\u2019élabore présentement, ici même à Sherbrooke, se fonde sur la SPIRITUALITÉ et se matérialisera dans l\u2019ENTRAIDE.Or, un tel projet suppose la réconciliation nationale entre les générations, car une société qui serait incapable de conjuguer la passion et l\u2019intelligence de sa jeunesse avec la sagesse et le savoir-faire de ses aînés n\u2019aurait aucun avenir.Le défi que je propose paraîtra très dur à certains d\u2019entre vous.Quelques-uns auront peut-être l\u2019impression que je suis contre eux.Bien au contraire, je suis avec vous et je me fais l\u2019interprète de la mission pour laquelle vous avez travaillé toute votre vie et pour laquelle vous êtes encore essentiels.Le vieillissement des membres de la SSJB ressemble à celui des fidèles à la messe.Une cinquantaine de jeunes avaient été invités à la dernière réunion plénière des évêques du Québec, les 9 et 10 mars derniers.Vous savez ce qu\u2019ils ont exprimé?Leur désir d\u2019avoir une place dans l\u2019Église, de s\u2019y sentir chez eux et de savoir qu\u2019on leur fait confiance.Quant à la société en général, ils la voient corrompue, ils trouvent ses valeurs inhumaines et ils dénoncent le système socio-économique conçu pour combler les attentes des profiteurs! Il faut donc que les jeunes pardonnent aux aînés l\u2019état misérable du monde dans lequel ces derniers les ont plongés sur le plan spirituel.En contrepartie, les aînés doivent passer pardessus leurs préjugés pourtant compréhensibles pour redonner leur confiance à ceux qui les suivent.Personnellement, je suis parvenu à pardonner à mes parents de m\u2019avoir élevé dans un contexte qui m\u2019est longtemps apparu absurde, et eux, de leur côté, n\u2019ont pas cessé de me faire confiance bien que mon cheminement les ait souvent déroutés. BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 161 Changer de petites choses La Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke s\u2019est donné pour mission de se vouer au développement de la nation cana-dienne-française.Mais la poursuite de cet objectif requiert qu\u2019au cours des prochaines années elle se rapproche des jeunes, ces jeunes qui veulent changer de petites choses autour d\u2019eux, puisqu\u2019il semble que les grands projets les rebutent actuellement.«Les jeunes ont-ils démissionné?» s\u2019informait Radio-Québec, à l\u2019émission Droit de parole, en février 1984.Pas du tout, assure le Conseil régional de développement de l\u2019Estrie dans son rapport sur la situation de la jeunesse, rendu public le 13 février 1985: il s\u2019agit plus chez les jeunes, d\u2019après les participants, d\u2019une remise en question de leur mission que d\u2019une démission.Les jeunes ne demandent pas mieux que de s\u2019engager, mais ils sont exigeants.Ils s\u2019inscrivent en faux contre certaines règles du jeu actuelles.Ils aspirent à un cheminement différent de celui de leurs devanciers, mais ils sentent qu\u2019ils entrent dans un monde dans lequel ils ont peu de prise.Ils réclament des actions concrètes propres à améliorer leurs milieux de vie, et ils sont prêts à s\u2019impliquer, comme ces quatre étudiants de première année à l\u2019Université qui ont monté un répertoire des composantes économiques et touristiques de Sherbrooke.Un appui de la SS JB à ce genre d\u2019initiatives lui apportera des membres dynamiques, entreprenants.Le second souffle ne viendra pas des grands débats constitutionnels, contrairement à ce que d\u2019autres groupes ont cru, mais du développement de nos autonomies locales, de nos petites patries.Il faudra encourager et soutenir les groupes populaires, les bonnes œuvres, les coopératives et les initiatives de toutes sortes que les jeunes voudront démarrer.Jeter des ponts entre les générations Sur les plans culturel et économique, le fossé actuel entre les générations et l\u2019écart entre les classes tendent à diviser les jeunes en deux catégories: \u2014\tles forts: imaginatifs, créateurs, débrouillards, cultivés, dotés d\u2019un haut niveau de connaissances techniques; \u2014\tles faibles: désabusés, assistés, disqualifiés, incultes, inadaptés au système. 162 L\u2019ACTION NATIONALE En dehors de l\u2019adaptation culturelle, point de salut.Or, une personne ne peut avoir que des défauts ou des qualités.En réalité, cette catégorisation n\u2019est ni étanche, ni inéluctable.Le contraste pourra être atténué en jetant des ponts entre les générations et entre les classes.Pendant que les jeunes s\u2019inquiètent de leur avenir incertain, leurs aînés, eux, se soucient de leur sécurité.Les jeunes ne demandent pas nécessairement à devenir riches, lorsqu\u2019ils cherchent à régler leur problème d\u2019emploi.Ils ne veulent pas non plus se sacrifier.Ils désirent travailler dans un contexte de qualité de vie et dans un climat de confiance qui leur permettraient de s\u2019émanciper.Luc Mathieu relate son expérience d\u2019infirmier dans une sorte d\u2019équipe volante sans continuité ni statut véritable et dépourvue de sentiment d\u2019appartenance à l\u2019institution.«En autant qu\u2019on a un emploi, on y va.Je ne marche pas!» proteste à son tour Maryse Morneau.«On a payé pour être ce qu\u2019on est aujourd\u2019hui.» Depuis leur naissance, les jeunes Québécois n\u2019ont manqué à peu près de rien sur le plan matériel.Ils ont grandi au sein d\u2019un État-Providence et ils se sont servis.Trop de parents ont troqué les activités paroissiales pour la télévision couleur devant laquelle les enfants se retrouvent aussi seuls qu\u2019avec leur «walkman».«Mon père a commencé à travailler à 13 ans comme bûcheron, raconte Alain Doyon.Il a trimé.Moi, j\u2019ai toujours mangé à ma faim.Je m\u2019attendais à avoir le gros char à 19 ans.Mais aujourd\u2019hui, les adultes ne veulent pas lâcher ce qu\u2019ils ont si durement gagné.» Liée aux terribles illusions qui ont marqué son enfance, la misère d\u2019Alain est moins physique que ne le fut celle de son père, mais plus morale.Qui s\u2019instruisait était promis à s\u2019enrichir.Toutefois, avec la concurrence d\u2019un marché du travail insuffisant, «même en terminant mes études, ça miroite plus.» S\u2019engager dans le développement local Les générations dominantes cherchent des solutions à partir de modèles qui correspondent mal à l\u2019émergence de nouvelles valeurs morales, spirituelles, sociales et économiques.Les jeunes recherchent l\u2019harmonie, cultivent la tolérance et mettent l\u2019accent sur la connaissance de soi.Ils veulent recevoir une formauon qui BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 163 colle aux réalités.Ils souhaitent allier plus de justice sociale à la liberté individuelle.Ils se préoccupent de la protection de l\u2019environnement.Ils rêvent de reconstituer une famille traditionnelle1.Dans ce contexte, les idéaux nationaux et nationalistes, par exemple, ont perdu de leur efficacité mobilisatrice.Quant au discours politique actuel: «la subvention à.» et «l\u2019aide à.», il entretient le mythe social-démocrate dont l\u2019appareil s\u2019étend jusqu\u2019à se scléroser et à devenir improductif.Les programmes gouvernementaux d\u2019aide aux jeunes servent généralement après quelques semaines de travail à les faire passer du rang d\u2019assistés sociaux à celui de chômeurs.Ils sous-tendent des enjeux électo-ralistes à court terme.Les solutions ne viendront pas des gouvernements.Elles prendront leur source dans les communautés locales.Le rôle des gouvernants consistera à accepter ce renouveau, cette explosion de dynamisme, et à lui céder la place.S\u2019ils refusent, il faudra en élire d\u2019autres qui auront le mandat et la volonté de le faire.Les jeunes prendront une part active au développement social, économique et politique du Québec, s\u2019ils s\u2019intégrent d\u2019abord dans le développement local.«L\u2019idée de réfléchir et d\u2019agir sur un environnement local est tout à fait logique et rassurante, confirme Lynda Giroux.Car c\u2019est autour d\u2019un noyau qu\u2019un fruit parvient à maturité.» À la recherche d\u2019un travail valorisant, le jeune s\u2019appuiera sur les ressources et les possibilités locales, immédiates et à sa portée.C\u2019est alors qu\u2019il aura besoin de l\u2019expérience et du vécu de ses aînés.L\u2019inverse est aussi vrai: l\u2019aîné a besoin des jeunes pour se sentir utile et se renouveler.Il n\u2019est pas question que le jeune aille unilatéralement vers son aîné, mais que chacun aille l\u2019un vers l\u2019autre dans une étroite relation de confiance.«On est capable de relever des défis dans un climat de confiance» soutient Marc Huot.Intégrer des jeunes aux structures existantes Autrefois, il aurait suffi de fonder une section de jeunes pour recruter et former la relève.Aujourd\u2019hui, il s\u2019agit plutôt 1.À propos de cet attachement à la famille stable, 1MAJ 85 cite une enquête menée par SORECOM sur les valeurs des jeunes de 16 à 20 ans, pour le compte du MEQ.Idées et pratiques alternatives mentionne le même constat inattendu, dans un rapport de l\u2019OCDE publié à Paris en 1983. 164 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019intégrer les différentes générations aux structures existantes ou bien d\u2019en inventer de nouvelles qui leur permettront de se tailler une place.Je suggère ici un nouveau type de force motrice: de petits «commandos» mixtes composés à la fois de jeunes et d\u2019aînés.Les demandes et les idées des premiers seront alors considérées par les seconds, parce qu\u2019elles s\u2019inscriront dans des projets élaborés conjointement.Ces commandos ne remplaceront pas cependant l\u2019intégration de nouvelles recrues dans les structures existantes.Je sais que les dirigeants actuels de la Société Saint-Jean-Baptiste remplissent leurs fonctions avec dévouement depuis plusieurs années et qu\u2019ils ont à cœur de continuer.«On a des personnes qui sont ancrées là» me disait Armand Demers, à la réunion du Comité des jeunes, le 13 mars dernier.«Il y en a qui sont assis sur leur siège.C\u2019est leur vie, la Société Saint-Jean-Baptiste.S\u2019ils la lâchent, ils ont l\u2019impression qu\u2019ils vont mourir.» Il est certain que des personnes devront céder leur poste pour l\u2019avenir de la Société qu\u2019elles ont bâtie de leurs efforts.Autrement, il n\u2019y aura pas assez de relève pour qu\u2019elle survive.Par contre, au lieu de «lâcher», elles devraient s\u2019engager dans les commandos pour y parrainer des nouveaux venus, les encourager, les guider et les conseiller à la manière de personnes ressources.Il est absolument essentiel que chaque section et chaque secteur élisent des jeunes dans leurs conseils respectifs.Dans certains cas, il faudra pour y arriver pressentir des candidats qui n\u2019ont encore jamais fait partie de la Société.Ceux-ci seront invités à y adhérer afin d\u2019y exercer immédiatement une fonction de direction.J\u2019ai une certaine idée qui découle des réactions à mes causeries préliminaires à cette conférence, sur ce qu\u2019il va vous falloir comme courage, comme énergie mentale et comme résolution, pour vouloir la réussite de la Société Saint-Jean-Baptiste plus encore que la vôtre propre.Donner un sens à sa vie À mon avis, si cet effort ne fait qu\u2019agréger des égoïsmes individuels en égoïsmes collectifs, il perpétuera néanmoins le système actuel qui correspond à peu près à la loi de la jungle et qui donne l\u2019impression à tant de jeunes d\u2019être de trop dans un monde absurde.Puisque mon propre engagement trouve son BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 165 sens dans ma préparation à l\u2019éternité, je propose que votre complicité avec les jeunes se donne pour premier but d\u2019organiser l\u2019entraide au service de besoins communautaires.Pour que la foi ait véritablement un sens aujourd\u2019hui, il faut que la volonté de Notre Père soit faite aussi sur la terre! Qu\u2019est-ce qui fait monter le nombre de décrocheurs et de suicidés?Les conditions de vie et d\u2019étude ou plutôt l\u2019absence d\u2019un sens à sa vie?Je craignais de m\u2019aventurer trop loin sur ce terrain glissant dans l\u2019expression des besoins et des aspirations des plus jeunes que moi.Mais ce sont ceux que j\u2019ai consultés qui m\u2019ont demandé de parler du sens de la vie, car si on leur a reproché les actes qu\u2019ils ne faut pas faire, ils attendent souvent les témoignages de nos motivations pour faire mieux.Mon rôle ici-bas est comparable à celui d\u2019un coureur de relais qui passe le témoin à un plus jeune après l\u2019avoir lui-même reçu d\u2019un aîné.Vous voyez combien le risque est grand de recruter des gens de mon âge pour une institution vénérable comme la Société Saint-Jean-Baptiste.Le défi, c\u2019est celui d\u2019évoluer, de changer, d\u2019accueillir la diversité, mais celle-ci donne naissance à l\u2019imagination, source de développement.Ou bien la jeunesse s\u2019imposera par les courants d\u2019idées qu\u2019elle inspirera ou bien elle brillera par son absence.Beaucoup d\u2019enfants se sentent seuls, tout seuls, assis, muets et impuissants devant le spectacle quotidien des divertissements ou des misères que leur débitent la télévision, le cinéma et les journaux, jusqu\u2019à ce que leurs parents acceptent de leur laisser la place qui leur revient dans les événements de la famille, de la paroisse, du quartier, de la municipalité, de la région.Les jeunes doivent être sensibilisés à la nécessité de prendre part à la vie de leur milieu et lorsqu\u2019ils le feront, ils devront pouvoir trouver suffisamment de compréhension pour inventer eux-mêmes leur propre avenir.Une expérience personnelle Permettez-moi de raconter une expérience personnelle.À cause des coupures budgétaires et des remaniements administratifs qu\u2019elles ont entraînés, les effectifs du Service de l\u2019information dont j\u2019ai la responsabilité à l\u2019Université de Sherbrooke sont tombés de 7 à 2 personnes.Je me suis alors tourné vers les 166 L\u2019ACTION NATIONALE étudiantes et les étudiants en recherche documentaire et en rédaction française, à qui j\u2019ai offert de venir travailler avec moi en échange de crédits universitaires.En fait, je leur confie des travaux pratiques individuels dont l\u2019accumulation jusqu\u2019à 15 jours ouvrables par trimestre équivaut pour eux à un cours régulier.Avec ces jeunes qui veulent apprendre en se rendant utiles, je suis constamment sur le qui-vive.Je dois présenter mes objectifs, motiver mes décisions, renouveler l\u2019intérêt, expliquer, diriger, corriger.Je demande à mes étudiants de faire ce que je fais moi-même et je donne dans la relation tout ce que je peux, quotidiennement, franchement, avec amour du métier et confiance en eux.Ils changent l\u2019image du Service.Nous prenons des risques, mais nous sommes actifs, créateurs, en vie.Avec les jeunes, il faut se donner sans compter.Autrement, ils se sentiront trompés.J\u2019applique la même énergie dans ma participation à la présente assemblée, parce que j\u2019ai la foi en moi, mais aussi en vous, comme en Dieu et en notre patrie.Identifier et accompagner des projets En laissant allumer le flambeau du patriotisme non partisan, la SSJB du Diocèse de Sherbrooke, qui avait l\u2019air rétrograde, a en réalité préservé sa mission, donc son avenir.Aujourd\u2019hui, il faut redonner l\u2019étincelle de vie aux membres et aux idées.Ce souffle créateur est le même qui anima les fondateurs de la Société.Engageons-nous, nous aussi, sans réserve pour une cause supérieure que tout le monde acceptera dans la conscience d\u2019accomplir une mission d\u2019importance décisive et dans la joie de coopérer: bâtissons une complicité avec les jeunes! Le défi que je vous propose est celui d\u2019une race à naître sur les rivages de la coopération.Pour rallier les nouveaux jeunes, il faut que l\u2019idéal leur paraisse possible.L\u2019idéal doit donc être réalisable ici à partir de maintenant.Il s\u2019agit d\u2019une action utile, familiale, communautaire, paroissiale, coopérative, écologique.Tous ceux et celles qui veulent faire quelque chose d\u2019utile dans leur entourage doivent pouvoir le faire grâce à l\u2019appui des «Saint-Jean-Baptiste».L\u2019amour de la patrie se réalisera ainsi au cours des prochaines années dans une multitude de petites patries.J\u2019invite BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 167 tous les membres de la Société à identifier et à accompagner les moindres projets utiles au développement local.Je connais un jeune travailleur social de Sherbrooke dont l\u2019imagination déborde.Il s\u2019appelle Claude St-Jarre.Parmi ses nombreuses idées de projets, je voudrais attirer votre attention sur le regroupement des personnes qui ont le goût et le temps de penser et réfléchir à l\u2019avenir.Claude propose de créer un Centre de l\u2019intelligence pour mettre cette faculté en chômage au service du développement de nos capacités et de notre créativité.Il suggère, entre autres, de mettre sur fiches les questions que les gens se posent et les projets auxquels ils songent.Il aimerait ouvrir et animer un endroit où ils pourraient s\u2019écouter et dialoguer en l\u2019absence de toute hiérarchie.J\u2019emprunte aussi à Claude St-Jarre l\u2019idée d\u2019organiser un colloque sur le sens de la vie: «Que voulez-vous qu\u2019il soit?À quoi ressemblerait une société qui le refléterait?» Enfin, la voie coopérative m\u2019apparaît aujourd\u2019hui la plus prometteuse, lorsqu\u2019elle prend la région comme cadre de relance et de restructuration économiques.La nouvelle Coopérative de développement de l\u2019Estrie a pour but d\u2019atteler l\u2019ensemble de nos 160 coopératives à une tâche commune.Elle vise notamment à promouvoir de nouvelles entreprises où les jeunes travailleurs et travailleuses auront leur place.Lors du Sommet socio-économique de janvier dernier, le ministre de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec s\u2019est engagé à verser deux dollars pour chaque dollar investi par les intervenants du milieu.Membres de la Société Saint-Jean-Baptiste, vous qui faites également partie d\u2019une coopérative (d\u2019épargne et de crédit pour la plupart), saurez-vous monter dans le train?ou laisserez-vous les jeunes se débrouiller tout seuls?Cette autre question que Claude St-Jarre adresse au réseau des groupes écologiques de l\u2019Estrie peut également vous être posée: «Qu\u2019est-ce qui a besoin d\u2019être fait, qui n\u2019est pas fait et que nous devrions et pourrions faire en coopération?» En lisant les notes préliminaires de ma conférence, une femme qui était au service de sa vieille mère malade a tout de suite identifié un projet.«Si chacun faisait un petit inventaire de ce qui serait utile dans son milieu, plusieurs projets naîtraient à l\u2019intérieur de la communauté.Maman prend le minibus du 168 L\u2019ACTION NATIONALE transport en commun.S\u2019il y avait un jeune pour aider le chauffeur à transporter les personnes âgées, il pourrait être rétribué par la communauté ou bien grâce à un surplus que paieraient les usagers.» Anne-Thérèse Dubois en a parlé au travailleur social qui suit sa mère.Elle espère qu\u2019il sensibilisera l\u2019hôpital et la Corporation municipale de transport de Sherbrooke.Elle croit qu\u2019il faut BÂTIR UNE COMPLICITÉ ENTRE TOUS LES ÊTRES HUMAINS.En résumé, je propose: 1° d\u2019intégrer des jeunes dans les structures existantes, c\u2019est-à-dire dans les conseils de chaque section et de chaque secteur, au Conseil diocésain, au Comité féminin diocésain et parmi les délégués aux assemblées de secteurs et au Congrès annuel; 2° de créer des commandos comprenant des personnes des différentes générations afin de bâtir ensemble des projets utiles.Au début, il y aura sans doute plus d\u2019aînés et ce sera normal, mais ils essaieront de traiter d\u2019égal à égal dans le respect et la confiance; 3° d\u2019encourager et de soutenir des projets qui fournissent aux jeunes l\u2019occasion de mettre leurs ressources et leurs talents au service du développement économique régional.Une femme de 50 ans, professeure de psychologie, affirme que les détresses des jeunes sont bien réelles, même si elles diffèrent de celles que leurs aînés ont vécues.«Saurons-nous les voir et les entendre pour agir en conséquence, demande-t-elle, malgré qu\u2019en vieillissant la vue baisse et l\u2019ouïe s\u2019affaiblisse?» Si j\u2019ai pu toucher votre conscience, vous répondrez OUI à cette question et vous saurez passer de la parole aux actes sur une base de solidarité, de générosité et de partage entre les générations.Annexe I Le point de vue d\u2019un groupe de jeunes Compte rendu du groupe-conseil du 11 février 1985, de 16 à 18 heures, à la salle 214 du Pavillon John-S.-Bourque de l\u2019Université de Sherbrooke.Sont présents: Marie Delorme, Alain Doyon, Marc Huot, Luc Mathieu, Gaétan Morin, Maryse Morneau, Pascale Therriault, BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 169 Claude St-Jarre, Lyne Chevrier (rédactrice), Francine Jinche-reau (animatrice) et Gaston Stratford (hôte).Récemment, M.Gaston Stratford a été invité à donner une conférence sur les jeunes au Congrès diocésain de la Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke, le 5 mai 1985.Ayant rédigé des notes préliminaires sur le sujet, M.Stratford a voulu vérifier l\u2019opinion des jeunes en organisant un groupe-conseil sous le thème: «Bâtir une complicité avec les jeunes.» Est-ce qu\u2019une alliance est possible entre jeunes et aînés sur le marché du travail?Sommes-nous bien accueillis?Quelles sont nos craintes?Quelles sont nos solutions?Voilà autant de questions suscitées par les dix jeunes adultes réunis le 11 février dernier.Nous vous présentons un compte rendu synthétique reflétant les diverses opinions émises, ainsi que les suggestions proposées.Sur le marché du travail, il appert, selon certains, que la complicité entre jeunes et aînés est presque impossible, parce que les ponts entre générations sont rompus.En plus d\u2019un manque de communication flagrant, les employeurs hésitent à nous faire relever des défis.Ils ne nous font pas confiance.S\u2019ils nous encadrent, c\u2019est pour mieux conserver leur place et ainsi nous garder au bas de l\u2019échelle.Parce que nous sommes qualifiés, nous ne voulons pas d\u2019un travail à la manufacture et nous n\u2019acceptons pas d\u2019être mal rémunérés.Mais la rareté du travail oblige à prendre ce qui se présente.Les emplois désirés sont pratiquement inaccessibles.Ainsi, même si nous sommes forts par nos énergies et nos idées, nous devenons faibles parce qu\u2019on ne nous offre pas les moyens de nous réaliser pleinement.Il y a aussi le problème du corporatisme professionnel qui constitue une véritable chasse gardée.Ce système aride en décourage plus d\u2019un, car il rend le marché du travail très fermé aux jeunes.L\u2019intransigeance venant des aînés est reliée à plusieurs facteurs.D\u2019une part, ils ont travaillé énormément pour acquérir ce qu\u2019ils possèdent et ils ne peuvent le céder facilement, s\u2019ils encourent un risque.D\u2019autre part, ils n\u2019ont pas joui d\u2019une scolarité 170 L\u2019ACTION NATIONALE aussi élevée que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui.Le résultat: ils sont détrônés intellectuellement par eux mais, en retour, ils possèdent l\u2019expérience et les ressources financières.Pour que les ponts puissent se nouer à nouveau, il faudrait que les aînés allient leurs atouts à l\u2019imagination, à la création et à l\u2019ingéniosité des jeunes, sources de tout développement.Il revient à chaque génération d\u2019aller simultanément l\u2019une vers l\u2019autre.Toutefois, ici, il n\u2019est pas question que les aînés nous traitent comme des pauvres et qu\u2019ils considèrent faire des oeuvres charitables.Les valeurs se doivent d\u2019être modifiées.On ferait alors appel à la COGESTION, c\u2019est-à-dire qu\u2019il n\u2019y aurait pas de hiérarchie sociale.Une autre solution pour remédier aux problèmes du marché du travail a aussi été abordée: le TEMPS PARTAGÉ.Il permettrait à plus de gens de travailler.Mais il semblerait que cette alternative ne trouve aucun appui auprès des aînés (gouvernements et compagnies).Parce que la réunification des ponts nécessite des jeunes ET des aînés, la pierre angulaire de notre développement deviendrait réalité dans une nouvelle valeur: le COOPÉRATISME où la spiritualité et l\u2019amour auraient leur importance.Le coopératisme viserait essentiellement à faire vivre les gens AVEC les autres et non pas (comme dans notre système actuel) CONTRE les autres d\u2019une manière très compétitive et centrée sur l\u2019égoïsme individuel.Le coopératisme s\u2019épanouirait sous la forme de groupes restreints, de petits noyaux communautaires.Nous, les jeunes, ne voulons pas devenir les nouveaux riches.Nous voulons acquérir un minimum vital et non pas ramasser plus pour pouvoir écraser le prochain.Au lieu de perpétuer cette loi de la jungle, nous voudrions amoindrir la concurrence économique (entre individus), car l\u2019économie se doit d\u2019être au service.C\u2019est pourquoi il y a lieu de voir des changements profonds au niveau économique dont l\u2019emploi devient la source motrice fondamentale.Il faut inventer la «démocratie économique» qui consisterait, pour le citoyen, à exercer son DROIT de travailler avec RÉMUNÉRATION.Nos misères Aujourd\u2019hui, face au marché du travail, nos misères sont BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 171 bien différentes de celles vécues par nos parents.Beaucoup d\u2019entre eux ont eu la chance de choisir un emploi à la mesure de leurs besoins et de leurs capacités tout en ayant le loisir de s\u2019épanouir pleinement.Mais nous, les jeunes, devons donner du 200%, prouver à tous les aînés qu\u2019ils peuvent nous faire confiance et qu\u2019ils doivent nous léguer une charge de responsabilités auxquelles nous saurons faire face.Le problème est que nous n\u2019avons même pas d\u2019ouverture sur le marché du travail.Évidemment, la seule chose que nous demandions se résume à un emploi en fonction de nos compétences acquises.Parce que nous avons toujours vécu dans l\u2019abondance, nous nous tournons maintenant vers de nouvelles valeurs dans le contexte actuel: la spiritualité, l\u2019amour et le sens de la vie.Mais pour apprendre à mieux réfléchir, nous devons d\u2019abord assumer notre minimum vital par le biais d\u2019un emploi.Il devient presque inutile de souligner que la réalité du marché actuel ne correspond nullement à ce qu\u2019on nous a fait miroiter, étant adolescents: l\u2019abondance et la facilité à obtenir un emploi sont maintenant choses du passé.Le seul moyen d\u2019accéder à un emploi intéressant prend forme dans le coopératisme entre jeunes et aînés.L\u2019un ne peut se définir sans l\u2019autre.Les jeunes représentent la continuité et la nouveauté, tandis que les aînés traînent derrière eux la richesse de leurs expériences et les ressources indispensables à notre cheminement.Quant à savoir si nous, les jeunes, avons des projets, les idées fusent: créer un Centre de gestion humaine, un Centre de définition de l\u2019avenir, un Centre de santé globale (avec concertation pour éviter la fragmentation), un Laboratoire gérontologique, une Banque de projets, etc.Après discussion, bâtir une complicité avec les jeunes semble plus envisageable, mais dans le respect et la confiance, en traitant d\u2019égal à égal.Ce qui n\u2019existe pas encore maintenant.Pour terminer, nous avons besoin de l\u2019expérience des aînés pour nous bâtir un avenir et pour ne pas répéter leurs erreurs tout en poursuivant leurs bonnes actions.Lyne Chevrier 1985-03-11 172 L\u2019ACTION NATIONALE Annexe II L\u2019avis du conseil régional de développement La présente note vise à mettre en relation le projet de conférence sur la complicité avec les jeunes (préparé en vue du Congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste [SSJB] de Sherbrooke) et l\u2019avis émis par le Conseil régional de développement de l\u2019Estrie (CRDE) sur la situation de la jeunesse2.Après étude et comparaison des deux textes, il ressort six idées communes.Premièrement, dans l\u2019esprit du thème «Bâtir une complicité avec les jeunes», le projet de conférence informe la SSJB que son second souffle viendra de l\u2019encouragement prodigué aux bonnes œuvres, aux coopératives, aux groupes populaires, ainsi qu\u2019aux initiatives de toutes sortes.Parallèlement, le CRDE affirme qu\u2019il faut encourager, mais aussi soutenir les initiatives des jeunes dans leurs efforts pour faire démarrer de nouveaux projets.D\u2019une part comme de l\u2019autre, on semble beaucoup croire au pouvoir de la jeunesse.Le Conseil prétend qu\u2019écouter et comprendre les attentes des jeunes lui donnera droit à leur dynamisme, à leur capacité d\u2019innovation, à leur originalité et à leur implication.De même, selon le texte de la conférence, un appui de la SSJB aux initiatives des jeunes Estriens lui apportera des membres dynamiques et entreprenants.En troisième lieu, on retrouve dans les documents deux notions qui frappent par leur ressemblance et leur complémentarité.Alors que l\u2019avis du CRDE montre la volonté des jeunes de trouver un cadre social qui puisse leur faire une place, le deuxième texte indique qu\u2019il faut intégrer les différentes générations aux structures déjà existantes ou en inventer de nouvelles qui leur permettront de se tailler une place.Autre élément commun, la conviction d\u2019un renouvellement de valeurs chez les jeunes.L\u2019idée transparaît dans l\u2019écrit pour la 2.«La jeunesse: un devenir à construire!», Sherbrooke, le 20 novembre 1984, 28 p.Cet avis a été rendu public le 13 février 1985. BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 173 SS JB lorsqu\u2019il est dit que les générations dominantes cherchent des solutions à partir de modèles qui correspondent mal à l\u2019émergence de nouvelles valeurs morales, spirituelles, sociales et économiques.Quant au Conseil, il déclare que les valeurs des jeunes sont marquées par un sentiment de désorientation.Ils souhaitent un système de valeurs plus approprié aux réalités d\u2019aujourd\u2019hui.Cinquièmement, il y a partage d\u2019opinion concernant la compréhension à l\u2019égard de la jeunesse.Pour le CRDE, il apparaît évident que les solutions aux problèmes des jeunes ne pourront s\u2019actualiser que dans la mesure où l\u2019on sera capable comme société d\u2019être attentif à leurs besoins, de comprendre leurs expectatives.Et d\u2019après le projet de conférence, lorsque les jeunes participeront à la vie de leur milieu, ils devront pouvoir trouver suffisamment de compréhension pour inventer eux-mêmes leur propre avenir.Enfin, l\u2019avis du CRDE et le texte pour la SSJB expliquent que l\u2019intégration de la nouvelle génération doit avant tout s\u2019effectuer au niveau local.Sur ce point, le Conseil annonce que le principal défi pour la société vis-à-vis des jeunes consiste à leur fournir l\u2019occasion de mettre leurs ressources et leurs talents au service du développement économique régional.Cette déclaration rejoint celle qui se trouve dans le projet de conférence, à savoir que les jeunes prendront une part active au développement social, économique et politique du Québec, s\u2019ils s\u2019intégrent d\u2019abord dans le développement local.Un élément à ajouter Maintenant que les différents liens qui unissent ces deux documents ont été énumérés, il convient de compléter le texte de la conférence avec un nouvel élément présenté par le CRDE.Dans son chapitre sur la crise de valeurs des jeunes, le Conseil relate un événement qui s\u2019est déroulé en février 1984.Lors de l\u2019émission Droit de parole, les participants devaient répondre à la question: «Les jeunes ont-ils démissionné?» C\u2019est la réponse à cette interrogation qu\u2019il serait intéressant d\u2019ajouter.Les jeunes ont fait savoir qu il s\u2019agissait plus d\u2019une remise en question de leur mission que d\u2019une démission.Ils éprouvent le besoin d\u2019un certain recul face aux «règles du jeu» actuelles. 174 L'ACTION NATIONALE Conclusion L\u2019avis sur la situation des jeunes concorde de façon presque extraordinaire avec l\u2019écrit qui sera présenté au Congrès de la SS JB de Sherbrooke.Par conséquent, il serait recommandé de joindre ces deux documents, devenus quasi indissociables.De plus, puisque les deux organismes se préoccupent de la jeunesse, pourquoi ne travailleraient-ils pas en étroite relation?Après tout, l\u2019union fait la force.Maryse Morneau 1985-03-14 Annexe III Une finissante et l\u2019emploi La note qui suit vient compléter la conférence sur la complicité avec les jeunes que doit présenter M.Gaston Stratford le 5 mai 1985, au Congrès de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB).Après la lecture d\u2019un publireportage dans un cahier spécial de La Presse du samedi 2 février 1985, voici mon point de vue de finissante sur l\u2019emploi au Québec.Le cahier, intitulé Salon international de la Jeunesse, présente seulement sept pages sur ledit Salon.Les treize autres pages sont essentiellement axées sur les programmes gouvernementaux d\u2019aide à la jeunesse.Tous les programmes sont expliqués avec force détails.De prime abord, on se dit que le Gouvernement du Québec fait réellement un effort pour aider les jeunes à se créer un emploi.Mais, après réflexion, la situation est tout à fait autre.En observant bien, on s\u2019aperçoit que les emplois créés sont peu nombreux, peu valorisants et non permanents.De plus, cette situation étatique, face à l\u2019emploi chez les jeunes, installe une relation de dépendance de la part des industries petites, moyennes et grandes à cause des subventions accordées.En effet, les grandes entreprises et les PME n\u2019engagent plus aucun jeune, s\u2019il ne se présente pas dans le cadre d\u2019un programme subventionné.Si ce sujet a suscité mon attention, c\u2019est que j\u2019ai mis à BÂTIR UNE COMPLICITÉ AVEC LES JEUNES 175 l\u2019épreuve le fait avancé précédemment.J\u2019ai posé ma candidature à la municipalité où j\u2019habite.Un poste était ouvert au Service de 1 information.Le soir de ma rencontre avec l\u2019employeur en question, je reçois un appel qui se résume à ceci: «Nous sommes désolés, mais nous ne pouvons accepter votre demande.Toutefois, si vous bénéficiez d\u2019un bon d\u2019emploi ou que vous êtes admissible à un programme subventionné, revenez nous voir et nous vous engagerons aussitôt.» Après cette expérience, je me suis mise à me questionner et j\u2019en arrive au raisonnement suivant.Le Gouvernement se sert des jeunes d\u2019une façon exclusivement politique.En payant pour un publireportage dans La Presse, par exemple, il ne fait que mousser ses programmes d\u2019aide à la jeunesse dans l\u2019intention de pousser les jeunes à voter pour lui lors des prochaines élections.D\u2019un autre côté, cette utilisation politique ne règle stratégiquement pas le problème, car les programmes de subventions aident une MINORITÉ de jeunes et sclérosent l\u2019embauche dans tous les secteurs d\u2019emploi.Dans le publireportage, le Gouvernement laisse également croire que tous ou presque peuvent bénéficier des multiples programmes qui sont supposément pensés dans l\u2019intention de correspondre à tous les types de jeunes (ex.: jeunes touchant des prestations de chômage, jeunes finissants universitaires, etc.).Mais tel n\u2019est pas le cas, puisque, soulignons-le, les emplois créés sont non seulement à court terme, mais encore nettement insuffisants.La solution à ce problème consiste à faire en sorte que des organismes comme la SSJB et les coopératives provoquent un changement de mentalité et le démontrent publiquement en offrant des emplois aux jeunes sans attendre l\u2019aide gouvernementale.En publiant la liste des nouveaux emplois créés, cette intervention qui constitue probablement le seul moyen de s\u2019en sortir ferait l\u2019effet d\u2019une bombe.Ainsi, en donnant l\u2019exemple, les entreprises se remettraient à réengager des jeunes sans dépendre de l\u2019appui de l\u2019État.Ce virage implique d\u2019une part que nous retournions peut- 176 L\u2019ACTION NATIONALE être vingt ans en arrière, mais d\u2019un autre point de vue, les programmes subventionnés coûtent très cher aux contribuables et, surtout, leur efficacité est mise en doute.Quant à l\u2019Année internationale de la jeunesse, faut-il y croire?Les jeunes peuvent se prendre en main, avoir de l\u2019initiative et un sens du progrès qui s\u2019exprime avec vigueur et se manifeste avec éclat.Mais tout ce potentiel reste irréalisable à cause du marché du travail qui leur est fermé.En fait, l\u2019Année internationale de la jeunesse n\u2019existe qu\u2019au travers de l\u2019appareil d\u2019État.En effet, sans un coup de barre énergique de la part des organismes et des entreprises, nos dirigeants politiques et plus spécifiquement les gestionnaires de l\u2019économie continueront de disposer seuls des mécanismes et leviers financiers qui laissent la jeunesse dans de biens mauvais draps.Comment il a été mentionné précédemment, je recommande aux SSJB, en autres, d\u2019ouvrir la porte aux jeunes en leur offrant des emplois stables où ils pourront s\u2019épanouir pleinement.Lyne Chevrier 1985-04-17 LE QUÉBEC DEVANT L\u2019INDÉPENDANCE NATIONALE\t177 Le Québec devant l'indépendance nationale, ou le choix des certitudes par MICHEL BROCHU Toute situation politique vécue au niveau des États ou des Nations est nécessairement accompagnée de certitudes qui sont vérifiables quotidiennement dans la vie de ces entités.Ces situations politiques peuvent être de toute nature: elles sont qualitativement positives ou négatives, très rarement neutres et chaque situation entraîne avec elle, comme corollaire et comme conséquence, des certitudes de caractère défini.Ainsi, l\u2019occupation de la France, de la Belgique, de la Hollande, du Luxembourg, de la Norvège et d\u2019autres pays par les armées allemandes de 1940 à 1945 a apporté aux populations des pays concernés la certitude de la censure des moyens d\u2019information, celle de la privation de plusieurs libertés essentielles, celle enfin de la mise en tutelle des États envahis, selon toutefois des modalités qui ont pu varier.Ce sont des certitudes négatives, irréfragables, indiscutables, parce qu\u2019elles ont été vécues par des dizaines de millions d\u2019habitants, pendant plusieurs années.Une certitude politique est donc un fait (ou une série de faits) qui s\u2019impose de lui-même, en raison de son existence même.Les peuples ou les nations souverains qui ont perdu leur indépendance connaissent, par expérience, les certitudes de l\u2019Indépendance nationale perdue et les certitudes amères de leur mise en tutelle.Ces peuples, par définition, n\u2019accepteront pas leur mise en sujétion et résisteront passivement et activement pour la reconquête des certitudes positives de leur indépendance: cela explique l\u2019ampleur et la pugnacité de la Résistance française et norvégienne pendant la dernière Grande Guerre.Le cas de la Nouvelle-France est spécifique, car celle-ci était le prolongement, en Amérique française, de la France d\u2019Europe et sa population avait les certitudes et les assurances communes 178 L\u2019ACTION NATIONALE aux populations françaises de l\u2019époque: assurance d\u2019être gouvernée selon les règles de la Coutume de Paris, assurance d\u2019une hiérarchie administrative, militaire, industrielle et commerciale entièrement française, oeuvrant en langue française et selon les normes habituelles pratiquées en France.Les événements tragiques de 1759-1760 firent basculer cet état de choses équilibré et normal et les 60 000 habitants de la vallée du Saint-Laurent se retrouvèrent minorisés et au bas de l\u2019échelle, face à des administrateurs, à des militaires à des commerçants, puis à des industriels anglais qui travaillaient dans leur langue et selon leurs normes, à la prospérité de l\u2019Angleterre et à celle de leurs affaires.La seule hiérarchie véritable qui échappa à l\u2019emprise des Anglais fut le domaine religieux, mais la religion n\u2019est qu\u2019une partie de la vie d\u2019un peuple.Cette hiérarchie n\u2019échappa cependant pas, comme en témoigne l\u2019Histoire, aux pressions indues de l\u2019occupant anglais, comme ce fut outrageusement le cas, lors de la rébellion de 1837.Fondamentalement, après 3 siècles, les données du problème pour les Québécois sont demeurées les mêmes qu\u2019en 1759-1760.Les postes clés dans les domaines de la haute administration des forces armées, de la haute finance et de la grande industrie sont toujours majoritairement aux mains des Anglo-Saxons.Les Québécois dirigent naturellement quelques grandes industries et des affaires prospèrent, comme le Mouvement Desjardins et Hydro-Québec, cependant, fors ces exceptions aux plus hauts niveaux, où sont prises les décisions, les Québécois ne sont ni présents, ou si peu, ni consultés, ou si peu, et conséquence annexe, mais des plus importantes, les plus hauts salaires leur échappent dans une très forte proportion.Non, l\u2019oppression est ici subtilement invisible et indolore: 10 000 cadres moyens de langue française souffrent-ils vraiment du salaire 2 à 3 fois plus élevé de leurs patrons anglo-saxons?Les Québécois vivent donc sous une tutelle libérale, au sens étymologique du mot, tutelle dénuée de ces bavures susceptibles d\u2019attirer l\u2019attention d\u2019Amnesty International, tutelle dont plusieurs ne perçoivent plus l\u2019anomalie profonde au XXe siècle. LE QUÉBEC DEVANT L\u2019INDÉPENDANCE NATIONALE 179 C\u2019est pourquoi il n\u2019est pas inutile d\u2019inventorier les certitudes qui découleraient, pour le Québec, de l\u2019Indépendance Nationale à conquérir.\u2014 Dans les domaines où le Québec est, en théorie, souverain, comme l\u2019éducation, les affaires municipales et la toponymie, en pratique, son action est contrariée ou dédoublée, de façon importune ou inopportune, par les initiatives du Gouvernement du Canada, dans ces secteurs donc, l\u2019Indépendance donnera au Québec la certitude absolue qu\u2019il y sera totalement souverain.\u2014 Dans le domaine du français, qui doit être la langue officielle et unique, le peuple et le Gouvernement québécois ont nourri l\u2019illusion qu\u2019il était possible de légiférer en pleine souveraineté, dans ce domaine au moins, et d\u2019y être entièrement maître.Les faits et la réalité d\u2019une autre légalité démontrent cruellement le contraire.Les adversaires de la Loi 101, allant même jusqu\u2019à utiliser les propres lois québécoises pour démolir pans par pans cette loi qui devait être salvatrice pour la langue française.C\u2019est là le plus parfait exemple de la certitude de tutelle linguistique imposée par un autre État.L\u2019Indépendance, dès sa proclamation, permettra de régler définitivement ce problème, sans contestation possible devant ou par les tribunaux de divers niveaux.Ce sera la certitude absolue et définitive d\u2019un problème réglé sur lequel personne ne pourra plus revenir.Dans tous les domaines où le Québec n\u2019a pas de responsabilités: administration des ports, postes et télécommunications, forces armées, l\u2019Indépendance lui assurera la certitude de la maîtrise de ces grands secteurs de la vie publique.Le domaine des relations internationales est, dans l\u2019état actuel des choses, interdit au Québec: celui-ci n\u2019a donc aucun représentant, dans aucun des grands organismes internationaux qui ont leur siège à Berne, Bruxelles, Genève, Montréal, New York, Paris, Rome et Washington.La participation aux activités d\u2019Organisations à caractère socio-culturel, comme l\u2019Agence de Coopération technique et culturelle des pays francophones, est sans signification, car il s\u2019agit d\u2019un organisme sans pouvoir de décision. 180 L\u2019ACTION NATIONALE Dans ce domaine capital, l\u2019Indépendance donnera au Québec la certitude de participer de plein droit à tous les organismes des Nations Unies et à des organisations à caractère économique comme l\u2019O.C.D.E., ou la Banque mondiale, ou le Fonds monétaire international.Concrètement, cela signifiera plusieurs milliers de postes de responsabilité pour des universitaires et des diplômés québécois aus sein des futures représentations québécoises à l\u2019UNESCO, à la FAO, à l\u2019OMN, à l\u2019OMS, etc.En outre, il est à peine connu des Québécois que chaque organisme international réserve à chaque pays membre un quota défini de postes au sein de ses services, ou au titre d\u2019experts et de consultants.Là aussi, il y aura la certitude de plusieurs centaines de postes aujourd\u2019hui inaccessibles.Dans le domaine des relations économiques internationales, il est avéré que le Québec n\u2019a pas son entière liberté de mouvement.Deux exemples sensibles suffiront à le prouver.En ce qui concerne l\u2019électricité, la grande ressource renouvelable du Québec, celui-ci ne peut vendre 1 KW hors de ses frontières sans avoir l\u2019autorisation de la Commission canadienne de l\u2019Énergie; or, il n\u2019est pas évident que les décisions de celle-ci correspondent aux intérêts du Québec.Il est concevable, par exemple, que cette Commission empêche l\u2019Hydro-Québec de vendre de l\u2019électricité à la France, au bénéfice de l\u2019Ontario, concurrent industriel direct du Québec, et le Québec n\u2019aurait qu\u2019à s\u2019incliner.Le second exemple touche aux minerais uranifères, dont on sait l\u2019intérêt et l\u2019importance.Dans ce domaine, également, le Québec ne peut vendre 1 milligramme d\u2019uranium sans avoir l\u2019aval du Gouvernement du Canada.Pour ce cas encore, les intérêts du Québec et du Canada peuvent diverger et, en l\u2019occurrence, ce sera toujours l\u2019option canadienne qui l\u2019emportera, paralysant ainsi toute initiative du Québec.Telles sont les certitudes négatives auxquelles est affronté le Québec dans son état de sujétion à un autre Gouvernement.L\u2019évidence montre que la seule voie pour atteindre aux cer- LE QUÉBEC DEVANT L\u2019INDÉPENDANCE NATIONALE 181 titudes contraires d\u2019une indispensable liberté d\u2019action en matière de relations économiques internationales est, pour le Québec, la pleine Indépendance nationale.Pour tout dire en un mot, le Québec a le choix entre les certitudes de la tutelle ou le choix des certitudes positives, attributs de la Souveraineté.Pour adhérer au premier choix, il suffit aux Québécois de se laisser immerger dans la lâcheté et l\u2019indignité (c\u2019est la terrible théorie du fauteuil roulant volontaire).Pour le choix des certitudes positives, il faudra le sens de l\u2019honneur, de la détermination et du courage, du courage et du courage, car c\u2019est si confortable, un fauteuil! (c\u2019est l\u2019énergique théorie du coup de rein dans le fauteuil roulant et du «Lève-toi et marche1».) Pour tous les pays, l\u2019Indépendance nationale constitue un absolu auquel il ne peut renoncer que sous la contrainte (cas actuels des pays baltes et de la Pologne) ou, alors, dans l\u2019ignominie de la lâcheté, à s\u2019autodéterminer.1.Relire l\u2019article prémonitoire et dramatique de Louise Brochu, où l\u2019on voit, en filigrane, Baptiste, représentant le peuple québécois, cloué volontairement\u2019sur son fauteuil roulant parmi des hommes debout, représentant leur nation libre (L\u2019Action nationale, mars 1979). 182 L\u2019ACTION NATIONALE Le mouvement coopératif québécois face aux défis des années 80 par RAYMOND BLAIS Le mouvement coopératif québécois a prouvé par le passé qu\u2019il était capable d\u2019inscrire à son actif des réalisations extraordinaires.Je le crois personnellement capable de relever de très grands défis.Mais il y a des conditions préalables très exigeantes à satisfaire.Quelles sont-elles, en supposant que nous puissions passer le test de la maturité coopérative, c\u2019est-à-dire démocratique, nécessaire à cette discussion qui doit impliquer d\u2019abord le monde coopératif?Ces conditions m\u2019apparaissent fondamentalement les mêmes que celles de ses succès passés.J\u2019en retiens cinq.LA PREMIÈRE et de loin la plus importante est la capacité du mouvement coopératif de reconnaître ses faiblesses intrinsèques, ses incohérences, ses inconséquences et ses contradictions internes.Si cette volonté et cette capacité d\u2019autocritique introspective sont inexistantes, qu\u2019on ferme alors immédiatement le dossier «mouvement coopératif» et qu\u2019on laisse à chaque secteur structuré le soin de s\u2019organiser lui-même, selon ses propres plans de développement.Il s\u2019agirait en somme de décréter le statu quo et de renoncer à corriger nos lacunes collectives.La situation actuelle du mouvement coopératif québécois invite naturellement à une discussion de fond, à laquelle je souhaiterais personnellement la participation du milieu universitaire.IL DOIT ENSUITE amplifier ses programmes de perfectionnement à l\u2019adresse de tous ceux qui sont impliqués dans son action: ses membres, ses administrateurs, son personnel de gestion, et même les communautés dans lesquelles il poursuit son œuvre.Il devra réaliser plus complètement son objectif numéro un, c\u2019est-à-dire son objectif humain, s\u2019il veut être en accord avec son temps et surtout avec son principe moteur, car la coopération, ne l\u2019oublions pas, est d\u2019abord une question de foi dans l\u2019homme.À ce titre, le mouvement coopératif devrait en prin- LE MOUVEMENT COOPÉRATIF 183 cipe être très à l\u2019aise dans une ambiance de perfectionnement humain.LA TROISIÈME condition de succès futur du mouvement coopératif sera sa capacité d\u2019utiliser ses ressources humaines mieux formées dans le marketing du message coopératif, en faisant de chaque opérateur un promoteur de la coopération.Là-dessus, il existe une profonde dichotomie entre l\u2019image et la réalité coopératives, considérées sous l\u2019angle des relations entre le mouvement coopératif et le grand public.À bien y réfléchir, au-delà de nos intuitions personnelles ou de certains clichés et lieux communs qui me viendraient spontanément à l\u2019esprit, le mouvement coopératif, il faut l\u2019avouer, possède peu d\u2019informations sur la perception générale qu\u2019a de lui le grand public.Il s\u2019agit quant à moi dorénavant d\u2019une lacune importante qu\u2019il faudra combler avant même d\u2019échafauder des plans et projets concrets de développement coopératif pour le futur.LA QUATRIÈME condition sera la capacité ou encore la volonté collective des coopérateurs d\u2019utiliser au mieux, dans leurs propres intérêts, les possibilités offertes par l\u2019ensemble des réseaux d\u2019entreprises qui constituent potentiellement le mouvement.C\u2019est par le moyen de leur collaboration que les coopérateurs devront se donner un mouvement.Il est certain que jusqu\u2019à présent les différents secteurs coopératifs n\u2019ont pas toujours utilisé complètement les possibilités que leur offre l\u2019ensemble des réseaux d\u2019entreprises qu\u2019ils ont constitués pour le meilleur service de leurs membres.Je répète que nous ne sommes pas encore un «mouvement» au sens plein du terme.Il nous faut avoir l\u2019humilité et le courage de le reconnaître, avant même d\u2019essayer de décider de la devenir.ENFIN, et je termine là-dessus, qu\u2019il s\u2019agisse de la mise au point d\u2019un projet de perfectionnement humain de marketing, de l\u2019idée coopérative, de l\u2019articulation et de la concertation de certaines actions à l\u2019échelle de tous les secteurs organisés, de la réconciliation dans l\u2019action de ces derniers avec les groupes populaires et les secteurs non structurés, dans toutes ces sphères d\u2019activité, le mouvement coopératif québécois aura besoin de l\u2019apport du milieu universitaire. 184 L\u2019ACTION NATIONALE Un hymne national québécois par GUY HUARD Lettre à Monsieur Clément Richard, Ministre des Affaires Culturelles, Gouvernement du Québec, Québec.Cher Monsieur le Ministre, Plus je vois de rassemblements de Québécois, que ce soit lors de fêtes populaires, lors de ralliements, lors de congrès et rencontres à caractère social, que ce soit au niveau du loisir, de l\u2019éducation, de la culture, de la politique ou autres, plus je trouve qu\u2019il nous manque un élément essentiel à nos retrouvailles entre régions du Québec, à nos retrouvailles entre générations, à notre identification comme citoyens de factions et d\u2019allégeances diverses, à notre orientation comme peuple: et c\u2019est un HYMNE NATIONAL.Quand je regarde les jeunes générations présentes et plus particulièrement les enfants, je me rappelle que lorsque j\u2019étais jeune, chaque matin à l\u2019école ou au collège nous nous ralliions à notre Patrie en chantant l\u2019hymne «Ô Canada».Ce n\u2019était pas extraordinaire, mais c\u2019était là comme un pilier d\u2019appartenance ou un phare d\u2019engagement qui inconsciemment nous pénétrait et nous moulait dans la réalité de la Patrie.Et pour les enfants de la génération présente, du Québec particulièrement, ils n\u2019ont plus rien pour chanter leur Patrie.Pour plusieurs d\u2019entre nous, adultes, qui avons délaissé l\u2019hymne «Ô Canada» pour des raisons que vous partagez, je ressens avec les années un vide qui demande d\u2019être comblé.Nous avons comme un besoin naturel de chanter notre Patrie, et présentement, ici au Québec, nous n\u2019avons pas l\u2019hymne qui nous permettrait de le faire de façon adéquate.Regardez comment se terminent nos rassemblements populaires après les quelques discours d\u2019usages.Généralement, c\u2019est la dispersion dans le silence ou la lancée de quelques quolibets de UN HYMNE NATIONAL QUÉBÉCOIS 185 circonstance.puis c\u2019est le vide.Rien pour ramasser la mobilisation du moment et donner un sens de continuité à toutes ces énergies réunies.Rien pour donner corps à tous ces rêves évoqués, ces espoirs soulevés, ces énergies éveillées.C\u2019est le vide et la quasi-démobilisation rapide.jusqu\u2019à la prochaine fois.Un hymne national a toujours l\u2019effet d\u2019un appel à vivre pour une cause réelle qui est un pays, un peuple; appel qui puisse aller jusqu\u2019aux armes s\u2019il le faut, une invitation à l\u2019absolu.Et ceci m\u2019amène à parler de critères de qualité d\u2019un tel hymne: j\u2019en inscris quelques-uns ici: A éviter:\t\u2014 la mièvrerie (qui colorerait négativement notre engagement); \u2014\tl\u2019absence de profondeur (aux niveaux musical et textuel).À privilégier: au niveau musical, \u2014\tune allure martiale (il s\u2019agit de rallier des forces, d\u2019être lancé de l\u2019avant); \u2014\tune musique vivante et énergique (se tendre plutôt que relaxer); \u2014\tune musique qui se prête à une exécution de foule (par opposition à une musique pour spécialistes); : au niveau du texte, \u2014\tun sens de l\u2019histoire; \u2014\tun sens de fierté de ce qui a été; \u2014\tun sens de confiance dans le présent et l\u2019avenir; \u2014\tun sens d\u2019engagement qui demeure toujours présent.Comme procédé d\u2019enclenchement, je proposerais, en un premier temps, le lancement d\u2019un concours à être ouvert à toute la population pour la composition d\u2019un tel hymne.Le concours pourrait être ouvert pour quelques mois, et ensuite un jury serait à mettre sur pied pour juger des œuvres sur leurs mérites et non en raison d\u2019une renommée ou popularité artistique temporaire.Une récompense monétaire ou honorifique serait à prévoir.Le concours serait à répéter s\u2019il ne donnait pas dans un 186 L\u2019ACTION NATIONALE premier temps le résultat escompté en valeur musicale, littéraire ou historique.Par la suite, les cinq meilleures pièces devraient être mises à l\u2019épreuve du temps en les livrant au public pour quelque deux ans.La population, par l\u2019usage, manifesterait le choix qu\u2019elle préconise, en délaissant à l\u2019usage celle dont elle se fatigue, et en retenant celle qui lui convient.Si je prends l\u2019exemple de la chanson «Gens du Pays» de Vigneault, il est clair que ce morceau musical n\u2019a pas l\u2019étoffe d\u2019un hymne national, même si on s\u2019en est servi pour un certain temps comme pièce d\u2019identité québécoise.Nous en sommes fatigués, car il n\u2019a pas la texture qu\u2019il faut pour un hymne.En résumé, nous avons comme peuple laissé un passé de soumission, nous vivons un présent d\u2019engagement, vers une libération et nous nous tournons vers un avenir de réalisation.Pour tout cela, nous avons besoin, comme tout peuple, d\u2019un cri de ralliement, d\u2019un signe d\u2019identité qui surpassent les époques et qu\u2019ont tous les peuples.C\u2019est d\u2019un HYMNE NATIONAL.Je vous propose donc, en tant que Ministre des Affaires Culturelles, de combler ce vide qui pour moi, simple citoyen, est ressenti à chaque fois qu\u2019une occasion de chanter ma Patrie se présente.Le malheur, c\u2019est que je n\u2019ai pas de chant spécifiquement pour ma Patrie québécoise.À mon avis, il est temps de poser un jalon en ce sens, un jalon qui survivra au gouvernement et aux partis politiques, un hymne national qui ralliera et les générations présentes et les générations à venir.Je vous crois la personne présentement désignée pour mettre en œuvre un tel projet, et j\u2019ajoute que ça pourrait être une occasion «d\u2019immortaliser» votre passage comme ministre des Affaires Culturelles du Québec.J\u2019apprécierais de connaître votre réaction. LE FONDS DE RÉCUPÉRATION DES JARDINS 187 Le Fonds de récupération Desjardins par DANIEL PEAK, Un.de Sh.Le développement économique: une priorité Le ralentissement économique général qu\u2019à connu l\u2019Amérique du Nord, plus particulièrement depuis le début de la décennie 80, a amené les provinces et le Canada à faire du développement économique une priorité.D\u2019une part, les changements sociaux et technologiques ont considérablement modifié les orientations du développement économique et, par conséquent, les approches pour le stimuler.D\u2019autre part, le développement économique au Québec est une tâche des plus exigeante, car les moyens de le stimuler ont beaucoup changé, ces dix dernières années.De façon générale, environ 75% des nouveaux emplois créés, dans un milieu donné, le sont pour des entreprises existantes; 25% pour des implantations en province de l\u2019extérieur.C\u2019est donc à partir de l\u2019entrepreneurship local que se créent les emplois, car non seulement l\u2019économie semble-t-elle profondément affaiblie, mais les gouvernements semblent eux-mêmes avoir de la difficulté à intervenir efficacement.Ils ont peu de ressources financières pour entreprendre d\u2019appuyer, de façon déterminante, des efforts de relance économique.«Ce n\u2019est pas seulement l\u2019économie immédiate qui est atteinte, mais plus profondément l\u2019espoir en l\u2019avenir.Jamais, sans doute, les gens qui ont aujourd\u2019hui moins de quarante ans n\u2019ont vu devant eux un horizon aussi étroit.» Une solution: les coopératives.Les coopératives ont de tout temps contribué au développement ou à l\u2019amélioration générale de la vie des collectivités.Dans ce contexte, le «Fonds de récupération Desjardins» s\u2019est créé.Le rôle de Desjardins est justement de collaborer à une reprise de confiance de la collectivité et d\u2019encourager des projets 188 L\u2019ACTION NATIONALE qui aideront à démontrer «qu\u2019il y a encore des voies à explorer».On ne doit pas rester assis sur ses lauriers et attendre que l\u2019État trouve une solution miracle pour faire fructifier l\u2019économie.C\u2019est l\u2019initiative privée, tant personnelle que collective, qu\u2019il s\u2019agit de faire naître dans notre société; les gouvernements ont peu de marge de manœuvre et leur propre encouragement n\u2019est pas étranger au climat de morosité dans la population.Le mouvement Desjardins ne se veut pas le responsable exclusif de la relance économique.Suivant l\u2019image d\u2019une institution financière «différente», elle veut «faire sa part» et créer un environnement favorable pour la relance économique globale.Avant d\u2019en arriver au projet de «Fonds de récupération Desjardins» la coopérative se veut d\u2019identifier un champ particulier où faire partir son action.Approches «socio-environnementales» Étant donné que l\u2019économie du Québec repose sur le domaine de ses ressources naturelles, il est opportun de considérer ce premier champ d\u2019intervention.À l\u2019intérieur du domaine des ressources naturelles, le secteur de la récupération et du recyclage a été retenu pour différents motifs: \u2014 La protection de l\u2019environnement a longtemps été considérée comme un problème secondaire.Les citoyens et les entreprises étaient plutôt indifférents à la récupération des rebuts, alors que certains pays en faisaient leur spécialité, notamment le Japon, la Suède et l\u2019Allemagne.Au Québec, les ressources naturelles étaient jugées abondantes et illimitées et de plus, les coûts énergiques étaient très bas.Mais au cours des dix dernières années, les facteurs énumérés se sont complètement modifiés: L\u2019environnement est devenu une préoccupation importante non seulement au Québec et au Canada, mais partout dans le monde.Les gouvernements et les citoyens sont maintenant plus conscients des problèmes de l\u2019environnement comme la pollution, la rareté des ressources naturelles, etc.Alors que l\u2019on croyait les richesses naturelles quasi inépui- LE FONDS DE RÉCUPÉRATION DES JARDINS 189 sables, certaines régions du Québec sont déjà déficitaires dans un domaine que l\u2019on a toujours considéré comme le plus important; la forêt.«.il est reconnu qu\u2019il est plus rentable, sur le plan économique, de transformer en pâte à papier».\u2014 Les coûts énergétiques ont grimpé de façon catastrophique.Or, il est reconnu que la quantité d\u2019énergie requise pour transformer une tonne de produits recyclés en produits finis est inférieure à la quantité d\u2019énergie requise pour fabriquer les mêmes produits finis à partir de matières brutes comme le bois, le minérai de fer, etc.Création du «Fonds de récupération Desjardins» Maintenant que nous connaissons les racines du problème qui ont amené Desjardins à se pencher du côté de l\u2019environnement, on ne peut plus facilement justifier son implication dans le recyclage des rebuts.La promotion d\u2019un tel projet socio-économique a nécessité une approche quelque peu différente dans son mode de financement, soit: l\u2019appel à l\u2019implication personnelle des membres du mouvement Desjardins et une contribution de la coopérative elle-même.En référence à cette possibilité d\u2019inviter les membres à s\u2019associer directement au financement des projets socio-économiques, un Fonds a été lancé: le Fonds de récupération Desjardins.Les membres ont consenti à sacrifier l\u2019intérêt sur chaque tranche de 100$ qu\u2019ils ont déposée dans le Fonds et cela, pour une période de 5 ans.Le Fonds est donc alimenté par le dépôt des membres, ensuite par l\u2019intérêt produit par le Fonds de récupération à la Caisse centrale.Lancement d\u2019un premier projet; recyclage des rebuts La récupération des rebuts de toutes sortes est à l\u2019état embryonnaire au Québec, mais présente un potentiel important, sur les plans tant écologique qu\u2019économique: protection des ressources naturelles, création d\u2019emplois et rentabilité.Desjardins s est penché du côté de Cascades Inc.de Kingsey Falls pour apporter 1 expertise dans la réalisation du projet de recyclage.Desjardins n\u2019est pas l\u2019entrepreneur de ce projet.Sa responsabilité consiste à financer et à inviter la population à s\u2019associer 190 L\u2019ACTION NATIONALE activement à sa réalisation.Cela ne vient que renforcer les buts de la coopérative et son rôle dans l\u2019amélioration du bien-être économique.Les coopératives «enseignent au gens qu\u2019ils dépendent tous les uns des autres, qu\u2019ils ont tous besoin du prochain et que le progrès social requiert un effort commun».Suivant cette «éthique coopérative», le groupe Cascades, tout en fournissant aussi un financement significatif, apporte des garanties de remboursement des Fonds avancés par les membres et s\u2019engage à retourner 20% des bénéfices avant impôt à Desjardins, pendant une période de 10 ans.Les frères Bernard, Laurent et Alain Lemaire de papier Cascades sont responsables de la gestion du projet.Le but du projet est d\u2019élaborer sur une grande échelle la récupération des rebuts et d\u2019instaurer une usine de désencrage.En 1983, Cascades Inc.recyclait plus de 80 000 tonnes métriques.Aujourd\u2019hui, elle recycle près de 150 000 tonnes de papier-rebut.Cette croissance phénoménale de l\u2019entreprise, Cascades est un bon exemple d entrepreneurship québécois.Mais avant de donner des détails sur l\u2019apport socio-économique du papier Cascades et du mouvement Desjardins dans le milieu, je vais m\u2019attarder sur la nature de la récupération des rebuts, les coûts associés et les problèmes du secteur.La récupération: définitions Il existe au Québec un secteur commercial de la récupération dans différents domaines: papier, verre, métal, etc.Dans le domaine du papier, ce secteur récupère principalement les rebuts des grandes entreprises, les imprimeries (particulièrement les quotidiens), les grosses entreprises (particulièrement les édifices à bureaux), les magasins (les chaînes d\u2019alimentations), etc.Le secteur commercial est actuellement le plus important et approvisionne diverses entreprises, dont notamment le groupe Cascades.En 1983, ce secteur ne récupérait que de l\u2019ordre de plus ou moins 20% des rebuts.Le problème réside dans l\u2019implantation d\u2019un réseau de récupération.Les grandes entreprises papetières au centre, installées au Québec, ne supportent pas de réseaux de récupération auprès de LE FONDS DE RÉCUPÉRATION DESJARDINS 191 la population, pour utiliser de façon systématique de grandes quantités de rebuts.Ce n\u2019est que dernièrement qu\u2019un programme de récupération à grande échelle a été mis sur pied au Québec.Les trois principales causes historiques qui amenaient une attitude de non-participation à la récolte des rebuts à la source sont les suivantes: 1-\tles coûts historiques relativement bas de l\u2019approvisionnement en fibres vierges à partir du bois dans l\u2019industrie du papier, par exemple; 2-\t1 inquiétude au niveau de la stabilité de leur approvisionnement en matières premières à partir de rebuts; 3-\tla nécessité d\u2019investir dans des usines de désencrage, en ce qui concerne le papier fabriqué à partir du bois (le coût de base d\u2019une usine de désencrage est de l\u2019ordre de 5 millionsS).D\u2019autres problèmes.Afin d\u2019instaurer un réseau de récupération à la source des rebuts, il est nécessaire d\u2019assurer la synchronisation des éléments suivants: 1-\tdes utilisateurs de rebuts recyclés (les différentes industries papetières, alumineries, etc.); 2-\tdes usines de désencrage qui transforment les rebuts en produits de première qualité, dans le cas de papier journal; 3-\tla sensibilisation de la population, pour qu\u2019elle effectue un tri sommaire de ses rebuts et une entente entre les éboueurs et les municipalités, pour le transport des rebuts; 4-\tet enfin, une assistance très présente des centres de récupérations qui effectuent le tri des rebuts et assurent leurs ramassage auprès des particuliers et des petites et moyennes entreprises.Les rebuts: leurs coûts de disposition et l\u2019environnement Il est peut-être bizarre de s\u2019attarder sur le sort qu\u2019on devrait donner à nos rebuts, mais c\u2019est un fait que le coût de leur cueillette par les éboueurs et le coût de leur disposition dans des sites 192 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019enfouissement ou des incinérateurs occasionnent de gros déboursés de la part des municipalités.Ces coûts sont très importants.Par exemple, les coûts d\u2019enfouissement seraient à eux seuls de l\u2019ordre de 30$ la tonne.De plus, nous sommes très conscient de l\u2019impact environnemental dû aux méthodes d\u2019élimination des rebuts.Les sites d\u2019enfouissement et les incinérateurs occasionnent de la pollution, et de nos jours, ce dernier point mérite de plus en plus d\u2019attention auprès des citoyens.La roue commence à tourner: un exemple fondé sur la coopération Les premières expériences de centre de récupération à la source indiquent que leur rentabilité est possible, mais dépend d\u2019abord des débouchés pour le papier journal, à volume et prix garantis; et également de la récupération de l\u2019ensemble des autres rebuts, dont notamment les autres sortes de papier, le verre et les cannettes.Nous connaissons tous l\u2019effort qui a été implanté dernièrement pour la récupération des cannettes vides.Pour l\u2019instant, nous ne pouvons que constater un échec et cela, à cause des problèmes des canaux de récupération dans le système et d\u2019un manque de collaboration de la part des commerçants et vendeurs de cannettes.L\u2019idée coopérative était présentée, mais on dirait bien que c\u2019est plus facile à dire qu\u2019à faire.Mais le dossier n\u2019est pas clos: il ne faut pas oublier que, malgré la détermination et la volonté de leurs promoteurs, ils ont besoin d\u2019un support au niveau de l\u2019expertise tant technique qu\u2019administrative.Un bon exemple de projet appuyé par le mouvement Desjardins est celui de la récupération amorcée par un groupe de jeunes de la région des Bois-Francs.Plus de 10 000 étudiants de tous les coins du Québec, des niveaux primaire et secondaire, participeront à une vaste opération de sensibilisation et d\u2019éducation au recyclage du papier.«Les jeunes ont compris la récupération plus vite que les vieux, explique l\u2019un des promoteurs du projet, M.Normand Maurice.Le ministre de l\u2019environnement suit les jeunes dans ce dossier-là, il ne les devance pas.» Dans ce projet, le mouvement Desjardins a accepté de contribuer la somme de 50 000$.(Suite à la page 158.) Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* région* suivante» t\ti La Société Nationale de f£*t du Québec^® La S.N.Q.de la région de* Haute*-Rivière*^ La S.N.Q.de la région de rOutaouats La S.N.Q.de ia région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de La région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yatnacka ÜUiHSJHÎ UNE INSTITUTION D'ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS La Société Nationale de T£« du Québec La S.N.Q.de la région de* Haute*-Rivière*^ La S.N.Q.de la région de rOutaouats La S.N.Q.de ia région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de ?Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yatnacka Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d'assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siege social: Québec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi, Laval-des-Rapides, Longueuil, Montreal, Québec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivières.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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