L'action nationale, 1 avril 1986, Avril - Mai
[" L\u2019Action NATIONALE Prix: 8 dollars Volume LXXV, numéro 8-9, avril-mai 1986 TOUTE LA 8e CONFÉRENCE TROIS-RIVIÈRES - AOÛT 1985 «AUTODÉTERMINATION ET MANIPULATION» APERÇUS DE LA 7e CONFÉRENCE BRIVE-LA-GAILLARDE - AOÛT 1982 «LES INSTRUMENTS DE LA SOLIDARITÉ» COMMUNAUTÉS ETHNIQUES DE LANGUE FRANÇAISE La Ligue (T Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-A.Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise C.-Brochu Marcel Chaput Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna L.-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Charles Poirier Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 L\u2019ACTION NATIONALE 673 F ActlOII NATIONALE Prix: 8 dollars\tVolume LXXV, numéros 8-9, avril-mal 1986 Table des matières de la 8^ Conférence MOT DE PRÉSENTATION par Gilles Rhéaume, président de la Conférence des communautés ethniques de langue française.685 MOT DU PRESIDENT DU MOUVEMENT HÔTE par M.Rolland Chaussé président du Mouvement National des Québécois.687 AVANT-PROPOS par M.Rolland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent de la Conférence des communautés ethniques de langue française.689 THÈME ET COMMISSIONS D\u2019ÉTUDE \u2014 TRAVAUX DE LA CONFÉRENCE.691 Bloc 1\t\u2014 EXPOSÉS D\u2019OUVERTURE MOT DE BIENVENUE de M.André Montour, Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie.691 EXPOSÉ INAUGURAL par M.Roland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent de la Conférence des communautés ethniques de langue française.705 TÉMOIGNAGE DE L\u2019ÉTAT JURASSIEN par Roland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent de la Conférence des communautés ethniques de langue française.713 CONFÉRENCE PUBLIQUE de M.Daniel Seiler, professeur de science politique à l\u2019Université de Lausanne: «LA MANIPULATION POLITIQUE: DE L\u2019USAGE DES INDICATIONS ÉCONOMIQUES» 721 674 L\u2019ACTION NATIONALE Bloc 2\t\u2014 RAPPORTS DES DÉLÉGATIONS L\u2019UNION VALDOTAINE par Robert Louvin.RASSEMBLEMENT JURASSIEN par Bernard Mertenat.WALLONIE LIBRE par le Sénateur Jean-Émile Humblet.SOCIÉTÉ NATIONALE DES ACADIENS par le Père Léger Comeau.MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOIS par Gilles Rhéaume.MOUVEMENT ROMAND par Jean-Paul Bovée.SECTION FRANÇAISE DE LA CONFÉRENCE DES COMMUNAUTÉS ETHNIQUES DE LANGUE FRANÇAISE par Martial de LaFournière.734 739 745 749 753 759 765 Bloc 3\t\u2014 RAPPORTS DES ATELIERS ATELIER 1 Autodétermination: dangers, expériences vécues, moyens de défense.ATELIER 2 La jeunesse actuelle face à nos organisations autonomistes et indépendantistes.ATELIER 3 Structures, moyens d\u2019action des mouvements représentés à la Conférence.ATELIER 4 Relations entre les communautés ethniques de langue française et la France.Ce que l\u2019on attend de celle-ci.Bloc 4\t\u2014 ALLOCUTIONS DE CLÔTURE MOT DE REMERCIEMENT de M.Bernard Mertenat, président du Rassemblement jurassien ALLOCUTION de Madame Michèle Zévart, vice-présidente du Comité permanent de la Conférence des communautés ethniques de langue française. L\u2019ACTION NATIONALE 675 PRÉSENTATION DE M.BERNARD LANDRY, CONFÉRENCIER INVITE AU BANQUET DE CLÔTURE par M.Gilles Rhéaume, président du Comité permanent.789 ALLOCUTION de M.Bernard Landry, ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur.791 Bloc 5\t\u2014 RÉSOLUTIONS .797 COMITÉ PERMANENT DES COMMUNAUTÉS.805 COMITÉ ORGANISATEUR DE LA 8e CONFÉRENCE.813 LES PHOTOGRAPHIES SONT DE M.RENÉ CHAMBERLAND Table des matières de la 7e Conférence INTRODUCTION: Quelques aperçus de la 7e Conférence.817 DISCOURS DE RÉCEPTION par Jean Charbonnel, maire de Brive:.822 CONFÉRENCE INAUGURALE par Roland Béguelin, député:.829 L\u2019INDÉPENDANCE DU QUÉBEC par Gilles Rhéaume, président du MNQ:.841 L\u2019ÉVOLUTION DES ACADIENS par Orner Brun, vice-président de la SAN:.847 RÉSOLUTIONS DU CONGRÈS:.851 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois 676 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Secrétaire-adjoint: DONAT PLANTE Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t$25.00\t$45.00 Autres pays\t30.00\t50.00 Abonnement de soutien\t35.00\t Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute\tISSN-0001-7469 correspondance relative au\tISBN-2-89070 service de la revue le numéro- code figurant sur la dernière - adresse d\u2019envoi.\tDépôt légal: Bibliothèque nationale, 2lème semestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 1162 Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard L\u2019ACTION NATIONALE 677 ?n-eV T^ét Assurance-vie Desjardins 678 L\u2019ACTION NATIONALE La qualité de notre service est notre principale préoccupation.&\tL électrrfficacité L\u2019ACTION NATIONALE 679 LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre\tPrix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF.Synthèse de nationalisme canadlen-trançaisde 1917 à 1963.260 pages 2$\t_________________ LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on a (été le centenaire de sa naissance Seul volume sur sa vie et son travail Études de Angers.Arès.Allen, Barbeau, Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix.Rémillard, Dionne.Tétreault, Genest 1968, 288 pages 5$ Volume indispensable et très actuel lllust\t_________________ LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, Brunet, Filion, Laporte.Laurendeau, P-E Trudeau, 1957, 135 pages.2$.\t_________________ LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers, Arès.Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacques-Yvan Morin.1972 148 pages 2$\t_________________ ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès.Gagnon.Létourneau.Harvey, etc.188 pages, 1976 5$ Illustré.\t_________________ LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme 1976.160 pages 3$\t_________________ LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS.3 volumes (dont celui de février 1968 est épuisé)\t_________________ I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov -déc 1967, 275 pages 3$.\t_________________ II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin, 1969.640 pages 7$\t_________________ LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS.Par Angers, Arès, Beaupré, Castonguay, Dorion.Godin, Laurion, Pépin, Renaud 1975.172 pages 2$\t_________________ L\u2019ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent Enquête sur le problème national des Québécois francophones 1962.180 pages 2$\t_________________ POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DEFINITIVEMENT FRANÇAIS.Par Angers, DOCUMENT maieur sur la langue au Québec 1977.2$.\t_________________ LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole Avril 1977.104 pages 2$ _____________________________________________________________________________________ AUJOURD\u2019HUI L'ACADIE.Où en est l'Acadie?Et si le Québec se sépare^ Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur leur futur La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle Nov.-déc 1977 180 pages 3$\t_________________ L\u2019ACADIE AUX ACADIENS.180 pages 3$\t_________________ LE RÉFÉRENDUM, Juin 1979, 22 pages 6$\t_________________ John Grube BÂTISSEUR DE PAYS.1981 250 pages 12$\t__________________ F -A Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS.280 pages 5$\t_________________ Jean Genest JOSEPH-ENA GIROUARD.52 pages Illustré 5$\t_________________ AVONS-NOUS BESOIN DE L\u2019INDÉPENDANCE?96 pages.Illustré 4$\t_____________ 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 680 L\u2019ACTION NATIONALE LE GROPE Rona valeur 'Podium BOTANIX L\u2019ACTION NATIONALE 681 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D'ABONNEMENT NOM ADRESSE .Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tel.: 271-4759 A Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa reforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Eglise \u2022\tLe travail a temps partiel Des soirées publiques\t \u2022 chaque mois un débat\tsur un su|et d actualité\t Abonnement\t 1 an (10 nos)\t12.50S a 1 étranger\t14.50$ par avion\t20.00$ Vom\t Adresse\t \t code postal 8100.St-laurent.Montreal H2P2L9 (514)387-2541 7185 682 L\u2019ACTION NATIONALE LE LAMINOIR NOUS PLASTIFIONS VOS DOCUMENTS FRANÇOIS DUPUIS, RELIEUR RELIURE D\u2019ART & RELIURE BIBLIOTHÈQUE IMPRESSION LUXOR PLAQUES SIGNALÉTIQUES IMPRESSION DE LUXE 251 RUE LARAMÉE HULL, QUÉBEC J8Y2Z4 TÉL.(819)777-0321 OUVERT DE 9h À 17h, DU LUNDI AU VENDREDI Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE 683 revue ^ critère Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy H.Allard, Marc-Fernand Archambault, Claude Gagnon, Lise Noël, Louise Poissant.Dernières parutions: No 34: L \u2019après-crise économique el sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L \u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188p.Noll.Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.No 38: De la guerre \u2014 /, automne 1984, 317 p.No 39: De la guerre \u2014 II, printemps 1985, 258 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tel.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 684 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019équipe d\u2019accueil de la 8e Conférence des Communautés ethniques de langue française LA 8e CONFÉRENCE 685 Présentation par GILLES RHÉAUME, président du Comité permanent de la Conférence des communautés ethniques de langue française.Le rapport de chacune des Conférences biennales des communautés ethniques de langue française constitue une source précieuse d\u2019information sur le Comité permanent lui-même, sa doctrine et son orientation ainsi que sur les mouvements membres, leurs activités et leur évolution.Il nous livre les textes des exposés et travaux sur le thème de la rencontre, les rapports des délégations et les résolutions adoptées.Comme ce fut le cas pour la IVe Conférence tenue à Québec en 1978, la direction de FACTION NATIONALE nous apporte sa collaboration en publiant à titre de numéro spécial de sa revue prestigieuse qui, incidemment, complète sa soixante-quinzième année d\u2019existence, les Actes de notre Ville Conférence qui s\u2019est déroulée à Trois-Rivières, en août 1985.Cette collaboration assure au compte rendu de nos dernières assises une diffusion additionnelle fort appréciée dont nous savons gré à la Ligue d\u2019Action Nationale.En annexe de la présente publication, on trouvera quelques textes concernant la Vile Conférence, dont le rapport complet n\u2019a malheureusement pu être publié pour des raisons tout à fait indépendantes de la volonté du Comité permanent. 686 L\u2019ACTION NATIONALE LA 8e CONFÉRENCE 687 Mouvement hôte de la 8e Conférence des Communautés ethniques de langue française par ROLLAND CHAUSSÉ président du Mouvement national des Québécois.Si la tenue d\u2019un Sommet de la francophonie est impensable sans la présence active du Québec, il en est de même pour la Conférence des communautés ethniques de langue française.Le Québec ne constitue-t-il pas la plus importante communauté française après la France?Aussi le Mouvement National des Québécois est-il considéré à juste titre comme l\u2019un des principaux piliers de la Conférence des communautés ethniques de langue française qui a complété sa quinzième année d\u2019existence.Il a donc quinze ans d\u2019avance sur le Sommet francophone et ses composantes se sont donné rendez-vous à huit reprises, dont cinq fois en Europe et trois fois en Amérique.Pour la deuxième fois, en 1985, à Trois-Rivières, le Mouvement National des Québécois était l\u2019hôte officiel de la Conférence, l\u2019ayant été une première fois à Québec, en 1978.En ces deux occasions, nous avons eu le plaisir et l\u2019honneur d\u2019accueillir des centaines de parlants français comme nous, de partager avec eux notre fierté d\u2019appartenir à la grande famille de la francité, d\u2019échanger nos expériences et de générer de nouvelles initiatives.Nos assises d\u2019août 1985 sur le thème «AUTODÉTERMINATION ET MANIPULATIONS» ont donné lieu à des réflexions et à des prises de conscience qui se sont traduites par l\u2019adoption de résolutions concrètes auxquelles les diverses délégations se sont engagées à donner suite, afin d\u2019assurer un lendemain à leurs fructueuses discussions de Trois-Rivières. 688 L\u2019ACTION NATIONALE M.Roland Chaussé, président du Mouvement national de Québécois LA 8e CONFÉRENCE 689 Avant-propos par M.ROLLAND BÉGUELIN, secrétaire général du Comité permanent de la Conférence des Communautés ethniques de la langue française Les organisations et mouvements populaires unis au sein de la Conférence des communautés ethniques de langue française œuvrent sur un plan politique.Mais cela n\u2019a rien à voir avec les partis.Qu\u2019on soit de gauche, de droite ou du centre, le sort du peuple auquel on appartient revêt la même importance.Et si la défense d\u2019une langue, et si la recherche du degré nécessaire d\u2019autonomie ou d\u2019indépendance sont forcément une affaire politique, qu\u2019il est bon de pouvoir réunir les divers courants à la même enseigne! Nous en tirons notre force et la pérennité de notre action.Je juge remarquable que ladite Conférence, née à Genève en 1971, ait pu être mise sur pied huit fois en quatorze ans.L\u2019habitude est prise, et des liens innombrables se sont noués au cours de ces assises fraternelles.Selon le rythme adopté, on a d\u2019ores et déjà prévu que le dixième congrès aura lieu à Paris en 1989, à l\u2019occasion du deux centième anniversaire de la Révolution française.À tour de rôle, les pays et régions de souche française rivalisent de zèle pour recevoir les délégués en grand nombre, et à chaque fois, le succès n\u2019a d\u2019égal que l\u2019enrichissement mutuel dont bénéficient militants et sympathisants.Nous ne saurions assez faire en sorte que nos combats respectifs s\u2019inscrivent dans la durée.Les velléités, les modes, les courtes fièvres ne sont guère de nature à corriger les structures étatiques jugées défectueuses ou néfastes.Celles-ci tendent à l\u2019immobilisme.Des appareils jaloux de leurs prérogatives, pesants et tentaculaires en constituent l\u2019armature.S\u2019attaquer à cette forteresse, ou vouloir en obtenir ce dont on a besoin, voilà qui pourrait décourager plus d\u2019un citoyen.Nous ne sommes pas 690 L\u2019ACTION NATIONALE de ceux qui jettent le manche après la cognée.Comme avait dit François Mitterand parlant du combat historique mené par les Jurassiens: «À force de vouloir une chose longtemps, on finit par l\u2019obtenir!» Bien sûr, il ne suffit pas de faire la fête ensemble, de lier connaissance, de se parler et de voter des résolutions.Sur le plan idéologique et doctrinal, chaque congrès a donné sa mesure à travers les causeries, les rapports et les colloques soigneusement préparés.À les relire dans les «Actes» édités ensuite par les organisateurs, on se persuade qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une contribution à la science politique ou même juridique, ainsi qu\u2019un précieux enseignement à l\u2019intention des peuples en lutte pour leur survie.Au moment où sont remis à l\u2019imprimeur les textes de la VIIIe Conférence, qui s\u2019est déroulée à Trois-Rivières dans une atmosphère d\u2019invariable optimisme, il nous est venu un grand sujet de satisfaction.En effet, le Sommet de la francophonie, que nos résolutions appelaient de leurs vœux depuis l\u2019année 1979, a pu se tenir à Paris dans de bonnes conditions.C\u2019est un premier pas qu\u2019il nous appartient de saluer.On doit aussi se réjouir que les organisations non gouvernementales, dont nous sommes, aient été consultées lors des séances préparatoires.En vue du prochain Sommet, qui aura lieu à Québec, il nous faudra renouveler avec force la revendication émise plusieurs fois déjà, à savoir que tous les peuples de langue française doivent être représentés.Il n\u2019est pas normal que le Val d\u2019Aoste, la Louisianne et les États cantonaux de Suisse française aient été absents lors de la première rencontre.Nous ne nous lasserons pas de revenir à la charge, tant il est vrai que la joie d\u2019entreprendre une tâche essentielle sera ternie si la famille n\u2019est pas au complet. LA 8e CONFÉRENCE 691 Travaux de la Conférence Précédés, le mercredi 7 août 1985, par une soirée d\u2019accueil réservée à la délégation européenne, M.Gilles Rhéaume, Président du Mouvement National des Québécois et M.André Montour, Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie prennent alors la parole et souhaitent la bienvenue aux représentants^) des différentes communautés présentées.Jeudi 8 août 16h30: Réception à l\u2019Hôtel de ville de Trois-Rivières.20h00: Conférence inaugurale de M.Roland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent.Conférence publique de M.Daniel Seiler,* professeur de science politique à l\u2019Université de Lausanne: «La manipulation politique: de l\u2019usage des indications économiques.22h00: Lancement de la brochure: «Quinze ans au service des communautés ethniques de langue française» en présence de l\u2019auteur, M.Gérard Turcotte.Vendredi 9 août 9h30: Rapports des délégations \u2014 première partie 10h30: Étude en commission 12h00: Dîner à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières 14h00: Rapports des délégations \u2014 deuxième partie 15h00: Étude en commission 16h30: Pause 18h00: Comment ça se passe chez nous: Épluchette de blé d\u2019Inde» *En l\u2019absence de M.Seiler, le texte de la Conférence est livré par M.Roland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent. 692 L\u2019ACTION NATIONALE M.Gérard Turcotte auteur de «Quinze ans au service des communautés ethniques de langue française», remet sa brochure à M.Roland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent de la Conférence. LA 8e CONFÉRENCE 693 Samedi 10 août 10h00: Étude en commission 13h00: Dîner-conférence Conférencier invité: M.Louis Dussault, directeur général du Secrétariat permanent des peuples francophones.19h00: Comment ça se passe chez nous: «LE QUÉBEC \u2014 sa gastronomie et son folklore» Banquet et soirée récréative avec le groupe folklorique Mackinaw Hommage à M.Roland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent Dimanche 11 août 10h00: Rapport des ateliers et mot de la fin par M.Gilles Rhéaume, président du mouvement hôte, le Mouvement National des Québécois.12h30: Banquet de clôture de la Conférence Invité d\u2019honneur: M.Bernard Landry Ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur LA 8e CONFÉRENCE 695 Autodétermination et manipulation Le thème de la VIII Conférence des communautés ethniques de langue française «AUTODÉTERMINATION ET MANIPULATIONS» a été choisi par les membres du Comité permanent de la Conférence, sur recommandation de la délégation québécoise.Il est aisé de comprendre les motivations qui ont poussé les représentants du Québec à le proposer.1980.Référendum au Québec.Les résultats, inutile de les rappeler, laissent au cœur de plusieurs une blessure difficile à résorber.Beaucoup d\u2019amertume dans l\u2019air, un climat empreint de morosité s\u2019installe peu à peu.Le Québec fait face à une démobilisation politique de plus en plus évidente, et qui plus est, une impression.le sentiment d\u2019être habilement manipulés gagne plusieurs militants(es).La volonté que démontre une collectivité à vouloir s\u2019autodéterminer inspire-t-elle une telle crainte qu\u2019elle force les adversaires à tirer les ficelles d\u2019habiles machinations visant à réduire les partisans de cette idée au silence?De là à crier à la manipulation, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Rattaché au thème proprement dit, un contenu qui gravitera autour de cet élément-clé.Si l\u2019on se réfère à certains des sujets abordés en commission d\u2019étude, on sent également la préoccupation des responsables d\u2019orienter les débats en ce sens.Thèmes abordés en commission d\u2019étude: 1.\tAutodétermination: dangers, expériences vécues, moyens de défense 2.\tLa jeunesse actuelle face à nos organisations autonomistes ou indépendantistes 3.\tStructures, moyens d\u2019action des mouvements représentés à la Conférence 4.\tRelations entre les communautés ethniques de langue française et la France.Ce que l\u2019on attend de celle-ci 696 L\u2019ACTION NATIONALE Allocution de bienvenue de M.André Montour, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie LA 8^ CONFÉRENCE 697 Quand le Mouvement national des Québécois a accepté de tenir la VIIie Conférence des communautés ethniques de langue française au Québec, il ne faisait aucun doute dans l\u2019esprit de plusieurs que Trois-Rivières pourrait éventuellement répondre aux exigences que nécessite une pareille entreprise.Quand le Mouvement national des Québécois a suggéré que la Conférence ait lieu à Trois-Rivières, vous ne sauriez vous imaginer la joie et la fierté que nous, Trifluviens, avons éprouvées à accueillir un pareil événement chez nous.Par nature, Trois-Rivières est une ville accueillante, par nature aussi, ses habitants aiment recevoir, partager, échanger et s\u2019amuser.Vous le verrez tout au long de votre séjour ici, nos racines ne se démentent pas.Elles sont profondément ancrées tout au fond de nous-mêmes.Ce sont les racines d\u2019un peuple vivant et chaleureux qui, quand il reconnaît les siens, d\u2019où qu\u2019ils viennent, n\u2019hésite jamais à les saluer, à leur serrer la main, à les intégrer à sa vie quotidienne comme si de longue date ils cheminaient côte à côte.Je parle ainsi de ceux de mon pays, je parle ainsi de ceux de ma région et si j\u2019éprouve tant de plaisir à en dire de si belles choses, c\u2019est que je sais à quel point ils vous ressemblent.Car où qu\u2019il soit, d\u2019où qu\u2019il vienne, l\u2019homme qui se bat pour réserver ce qu\u2019il a de plus vital: sa langue, sa culture, son passé et son avenir, cet homme, nous lui tendons la main, nous lui ouvrons les bras, cet homme, nous partageons avec lui l\u2019angoisse, la peur, l\u2019incertitude.Nous partageons également avec lui la joie, l\u2019esprit de fête, la fraternité, nous lui offrons notre solidarité. 698 L\u2019ACTION NATIONALE >\\\\\\\\ f'* _ L\u2019Acadie chante l\u2019Évangeline LA 8e CONFÉRENCE 699 Réception à l\u2019Hôtel de Ville de Trois-Rivières par M.le maire Gilles Beaudoin M.Rhéaume, M.de La Fournière, Chers amis de la Conférence, En choisissant Trois-Rivières comme site de votre huitième rendez-vous international, c\u2019est un bien grand honneur que vous avez fait à la ville que je représente.C\u2019est un honneur pour les Trifluviens d\u2019aujourd\u2019hui et soyez certains qu\u2019ils en sont conscients.C\u2019est aussi une sorte d\u2019hommage posthume à tous les Trifluviens d\u2019hier, ceux qui se sont enracinés dans la terre d\u2019ici et qui ont bâti une ville française.Il y avait, bien sûr, les pionniers, qui sont venus de France.Ceux de Champagne, comme notre fondateur, M.de Laviolette.Ceux de Perche, comme notre premier gouverneur, Pierre Boucher.Ceux de l\u2019Anjou, comme l\u2019officier René Gauthier de Varennes, qui était le père du plus illustre des Trifluviens, le sieur de LaVérendrye.Après les pionniers, je me dois d\u2019évoquer tous ces colons, ces artisans, les prêtres et ces religieux qui ont doté Trois-Rivières d\u2019institutions françaises.À travers les siècles, ces gens-là ont créé et conservé une certaine façon d\u2019être français en Amérique du Nord.Le plus récent fleuron de cette entreprise est tout récent: c\u2019est la fondation de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, en 1969.Comme vous le constatez, au Nouveau Monde, l\u2019histoire est jeune.Mais la fierté n\u2019a pas d\u2019âge et notre université, qui vous reçoit cette semaine, est une présence importante dont se réjouissent tous les citoyens. 700 L\u2019ACTION NATIONALE Permettez-moi aussi de saluer le comité organisateur de la Conférence, formé de gens de la Société Saint-Jean-Baptiste.Trois-Rivières est d\u2019ailleurs un haut lieu dans l\u2019histoire de la Société.C\u2019est ici que son fondateur, Ludger Duvernay, a commencé sa brillante carrière il y a cent soixante-dix ans.M.Duvernay a d\u2019ailleurs publié le premier organe de presse trifluvien: la Gazette de Trois-Rivières.Pour toutes ces raison, qui sont d\u2019ordre historique, pratique ou sentimental, je vous souhaite un agréable séjour à Trois-Rivières.Bienvenue à tous les congressistes.Félicitations aux organisateurs de la Société Saint-Jean-Baptiste.Merci à l\u2019université qui vous reçoit.Et, je vous en prie, revenez quand bon vous semblera.Vous êtes toujours les bienvenus. LA 8® CONFÉRENCE 701 Allocution de bienvenue du recteur Jacques R.Parent de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières 702 L\u2019ACTION NATIONALE Monsieur le Président du Comité permanent de la Conférence, monsieur Rhéaume, bien connu aussi chez nous comme président du Mouvement national des Québécois, Monsieur le Secrétaire général, monsieur Béguelin, aussi député du Jura, Membres du Comité organisateur de cette huitième Conférence des communautés ethniques de langue française, Monsieur le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, monsieur Montour, Distingués invités, Mesdames et messieurs, Je suis très heureux de vous accueillir à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières et de vous souhaiter une cordiale bienvenue et un bon séjour parmi nous.Vous nous faites un grand honneur en venant ainsi à Trois-Rivières, dans l\u2019une des plus vieilles villes françaises d\u2019Amérique, tenir une Conférence dont l\u2019objectif premier est la reconnaissance et la défense du «fait français» dans le monde.Vous avez déjà pu constater, peut-être à l\u2019occasion de la visite de la ville que vous avez faite ce matin, que Trois-Rivières est de fait l\u2019une des villes les plus françaises du Québec, les immigrants ayant ici pour la plupart résolument choisi de s\u2019intégrer à la majorité francophone.Et si à l\u2019occasion vous avez entendu d\u2019autres langues, c\u2019est peut-être que l\u2019un ou l\u2019autre des étudiants de notre École internationale de français aura désobéi aux directives qui l\u2019enjoignent de ne jamais utiliser sa langue maternelle au cours de son stage d\u2019immersion au cœur même du Québec.Trois-Rivières est donc un témoin vivant de la présence française en Amérique et le geste que vous posez en venant tenir ici votre huitième Conférence nous apparaît comme un geste à la fois de reconnaissance et de solidarité.Nous vous en remercions.Mais Trois-Rivières, c\u2019est aussi une université francophone ouverte sur sa région, certes, mais surtout ouverte sur le monde entier et multipliant depuis quelques années les accords et les ententes de coopération et de développement internationaux, participant ainsi à sa façon à la promotion et au développement LA 8e CONFÉRENCE 703 de la francophonie dans les domaines scientifique, technologique et culturel.Cette attitude d\u2019ouverture témoigne à son tour de la vitalité du peuple québécois qui, malgré ses difficultés des dernières années qui font qu\u2019il n\u2019est pas souverain et qu\u2019il n\u2019est pas non plus partie prenante de façon volontaire à l\u2019accord constitutionnel canadien, s\u2019est donné récemment une politique généreuse de relations internationales.Et les principaux objectifs de cette politique sont précisément d\u2019assurer la participation du Québec à l\u2019évolution scientifique et technologique dans le monde, d\u2019assurer la vitalité et la pertinence du français comme instrument de progrès dans le monde, de favoriser les relations culturelles du Québec avec la communauté internationale et d\u2019accroître, par la formation, l\u2019ouverture du peuple québécois aux réalités internationales.Évidemment, qui mieux que l\u2019auteur même de cette politique, le ministre des Relations internationales, monsieur Bernard Landry, que vous avez eu la bonne idée d\u2019inviter dimanche prochain, pouvait vous parler de ces orientations auxquelles l\u2019Université souscrit volontiers et à la réalisation desquelles elle est déjà engagée en collaboration avec divers partenaires de France, de Belgique, de Madagascar, du Burkina Fasso, du Zaïre, du Sénégal, des Seychelles ou du nord de l\u2019Afrique?C\u2019est donc avec beaucoup de sympathie que nous vous accueillons à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières et que je vous souhaite, au nom de la communauté universitaire, des débats fructueux qui peuvent conduire à de nouvelles ententes et de nouvelles solidarités. 704 L\u2019ACTION NATIONALE M.Roland Béguelin, secrétaire général du Comité permanent et député du Jura. LA 8e CONFÉRENCE 705 Exposé inaugural «Autodétermination et manipulations» par Roland Béguelin 706 L\u2019ACTION NATIONALE Depuis la VIIe Conférence des communautés ethniques de langue française, tenue à Brive-la-Gaillarde en août 1982, les membres du Comité permanent se sont réunis une dizaine de fois, soit en séances plénières (quatre délégués par groupement), soit en séances continentales.Ils ont suivi de près les événements qui ont marqué la vie de nos peuples frères.Sous la présidence de M.Gilles Rhéaume, ils se sont efforcés d\u2019accomplir les tâches prévues dans les statuts et ont porté une attention particulière aux dangers qui pèsent sur la ville de Bruxelles.Tous les mouvements de lutte associés depuis 1971 au sein de notre organisation sont demeurés sur la brèche.Signalons cependant qu\u2019à Paris, l\u2019Association d\u2019amitié et de liaison s\u2019est restructurée, et que dans ce cadre, une section particulière assure la présence de la France parmi nous.Enfin, la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick a cédé sa place à la Société nationale des Acadiens, à laquelle elle appartient du reste en tant que membre collectif.Appelé à fixer le thème de la VIIIe Conférence, le Comité permanent a décidé de revenir au problème fondamental que représente l\u2019exercice du droit d\u2019autodétermination.Lorsqu\u2019il fut abordé, déjà, lors de notre premier congrès tenu à Genève, un orateur avait cité cette phrase juste mais provocante de Jean-François Revel: «Le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes n\u2019est guère que le droit des États à disposer des peuples».Aussi l\u2019une des résolutions adoptées à cette occasion invitait-elle les États à respecter les principes du droit international public fondés sur la Charte de l\u2019Atlantique, sur les Pactes universels et les résolutions des Nations unies, ainsi que sur les applications pratiques enregistrées jusqu\u2019à nos jours.À Liège, deux ans plus tard, les résolutions que nous avions consacrées au Jura et au Québec invoquaient le droit de libre disposition.S\u2019agissant du peuple jurassien, à qui un tel droit venait d\u2019être accordé, la Conférence accusait les autorités suisses de vouloir «manipuler le plébiscite au profit de la domination germanophone» et dénonçait «l\u2019hypocrisie qui consiste à reconnaître un droit que l\u2019État s\u2019emploie ensuite à annihiler dans les faits».Hélas, réunies à Aoste en octobre 1975, la IIIe Conférence en était réduite à constater que cette manipulation avait eu lieu, que le choix démocratique des Jurassiens n\u2019avait pas été res- LA 8e CONFÉRENCE 707 pecté, et que leur territoire se trouvait amputé cruellement et arbitrairement.Et dans son remarquable exposé, le professeur Guy Héraud affirmait, sur un plan général, que «la volonté des peuples fait l\u2019objet de manipulations de la part des pouvoirs établis» et que «les conditions d\u2019un référendum vraiment libre sont rarement réunies».Les médias, ajoutait-il, «agissent de façon aliénante sur la conscience des populations»; «les minorités sont ainsi le plus souvent conditionnées et, par voie de conséquence, votent contre leurs propres intérêts, abdiquant toute dignité, allant jusqu\u2019à nier parfois leur personnalité originale».Terrible constatation, en vérité, mais allaient nous arriver d\u2019autres témoignages.Tenue à Québec au printemps 1978, dans une atmosphère inoublialbe, la IVe Conférence s\u2019était donné pour sujet principal: «Le référendum, expression de la démocratie et instrument d\u2019émancipation».Précédant M.Jacques-Yvan Morin, j\u2019eus alors le redoutable privilège, à partir de l\u2019exemple jurassien, d\u2019avertir les Québécois et de leur annoncer ce qui les attendait.Il y avait d\u2019abord la difficulté, pour un peuple dépendant, de dénouer les liens existants et d\u2019affirmer son «moi» national.La marche en avant présuppose des consultations infructueuses.Pour cette raison, et pour empêcher le recours à la violence, j\u2019avais dit que si un mouvement, quoique minoritaire, est assez fort pour qu\u2019on puisse imaginer qu\u2019il pourrait un jour conquérir la majorité, les voies juridiques permettant un plébiscite ou un référendum doivent rester ouvertes, et que les peuples qui possèdent déjà une autorité (régionale ou provinciale) ont la chance de pouvoir envisager, dans le temps, des votes répétitifs.Quand au problème des manipulations, que nous allons traiter durant trois jours, il était posé en ces termes: «Il nous reste à dire combien il est difficile d\u2019arriver au but quand une souveraineté \u2014 celle dont une communauté ethnique veut s\u2019affranchir \u2014 s\u2019exerce parallèlement aux efforts visant à 1 autodétermination.L\u2019idéal serait que le choix intervienne dans une vacance de tout pouvoir extérieur.Cette situation, on s\u2019en doute, ne se présente pour ainsi dire jamais.Qu\u2019une guerre vienne abolir un lien de subordination entre deux peuples, aussitôt interviennent d\u2019autres influences, d\u2019autres impérialismes et, à la limite, les deux blocs Est-Ouest. 708 L\u2019ACTION NATIONALE Dès qu\u2019une procédure de libre disposition est en vue, qui met en jeu la souveraineté d\u2019un État sur un territoire, on voit se déchaîner des forces multiples tendues vers un seul objectif: la manipulation.Ceux qui, jusque-là, ont été les maîtres, se sont vu forcer la main par un mouvement populaire, un traité ou des pressions étrangères.La chance qu\u2019ils possèdent de conserver leur possession par un vote favorable au statu quo sera donc courue de façon effrénée, avec tous les moyens imaginables.Pour que les «non» à l\u2019indépendance affluent dans les urnes, ils feront flèche de tout bois, diront n\u2019importe quoi, car l\u2019argument, en cette occurrence, n\u2019a pas de valeur morale ni légale: seuls comptent le résultat chiffré, l\u2019addition des «oui» et des «non», la décision majoritaire qui fera loi.Les Jurassiens, qui furent contraints de faire campagne en l\u2019absence de toute commission neutre de contrôle, ont subi les manipulations les plus flagrantes et les plus malhonnêtes.Mises à part les pressions sournoises exercées par le canal des partis, de la hiérarchie administrative, des distributeurs de subventions, de l\u2019armée, les organisations professionnelles, essayons de passer en revue, à titre d\u2019exemple, les arguments ou redites auxquels le peuple en marche vers sa liberté devra faire face.D\u2019abord, il faut s\u2019attendre à une exploitation massive de la veulerie individuelle, des sentiments de crainte qui portent beaucoup d\u2019hommes et de femmes à faire passer leurs intérêts avant les grands desseins collectifs.Qu\u2019on nous comprenne bien! Ces intérêts ne sont nullement menacés par un référendum, à plus forte raison si ce dernier n\u2019entraîne pas de changements immédiats.Mais il suffit de laisser entendre ou d\u2019affirmer qu\u2019«ils pourraient l\u2019être» pour que l\u2019effet de panique soit obtenu.D\u2019où un chantage à la sécurité, lequel se traduit par divers slogans: «On est bien comme on est»; «on sait ce qu\u2019on a, pourquoi changer; c\u2019est vrai, certaines choses pourraient être améliorées, mais un bon tiens vaut mieux que deux tu l\u2019auras».Ainsi, tout ce qui se traîne au niveau de la pusillanimité est récupéré à des fins impérialistes.Cela peut aller jusqu\u2019au mensonge brutal et paralysant.Les gens insuffisamment politisés, les naïfs, les ignorants, les personnes âgées en sont les premières victimes.Dans le Jura, avant le plébiscite du 23 juin 1974, on fit LA 8e CONFÉRENCE 709 croire aux petits vieux qu\u2019ils perdraient le bénéfice de leur assurance vieillesse s\u2019ils votaient «oui», ou même que les banques s\u2019approprieraient leurs livrets d\u2019épargne! Les puissances opposées à l\u2019indépendance, qu\u2019elles soient politiques ou financières, font toujours campagne de façon à faire naître la question suivante dans le cerveau de l\u2019électeur: «Qu\u2019est-ce que je pourrais perdre si mon pays devenait libre?» Après quoi les réponses pleuvent.«Si vous vous séparez, vos charges fiscales augmenteront!» «Où trouverez-vous l\u2019argent pour payer l\u2019administration?» «Attention, votre État ne sera pas viable».Le chantage aux capitaux et à l\u2019économie n\u2019est pas moins insolent: «Si vous votez «oui», d\u2019importantes industries s\u2019en iront, les investissements seront stoppés, le chômage augmentera, etc.».Pour se libérer, les Jurassiens ont dû balayer ces épouvantails et passer à travers les miasmes de l\u2019intoxication.Que dire encore?Les hommes qui auront consacré leur temps à la lutte indépendantiste en sacrifiant leurs forces et leur vie de famille seront taxés de «chercheurs de places», et pour chasser des esprits l\u2019image de la tutelle étrangère, certains propagandistes sans foi ni loi, appliquant la maxime «divide et impera», s\u2019efforceront d\u2019accréditer la thèse selon laquelle, au sein du peuple dominé, un parti s\u2019arrogera dangereusement la prépondérance, ou une région, ou une ville, ou une Église, quand ce n\u2019est pas le mouvement de libération lui-même.Il n\u2019est jusqu\u2019aux sondages d\u2019opinion qui, parfois, serviront à falsifier les tendances et à manipuler le corps des votants.Pouvait-on insister davantage en si peu de lignes?Peindre le diable sur la muraille n\u2019aurait pas été de mise.Des salles enthousiastes, où nous nous mêlions aux militants québécois, on sentait monter un immense espoir, une quasi-certitude qu\u2019il était douloureux de devoir tempérer.Mais le combat politique est un jeu très dur, implacable et sans morale.Ceux qui avaient passé eux-mêmes par l\u2019épreuve du feu se devaient de témoigner, de décrire le mal, de faire des mises en garde et de proclamer aussi que tout est loin d\u2019être joué lorsqu\u2019une première tentative tourne court pour les raisons que nous venons de rappeler.Bien que ses responsables fussent ainsi dûment prévenus, le peuple québécois allait connaître le même sort que les Jurassiens, subir les mêmes menaces, entendre les mêmes mensonges, les mêmes sornettes, et 710 L\u2019ACTION NATIONALE tomber finalement dans les pièges tendus par le pouvoir adverse.11 ne pouvait en être autrement.Mais je m\u2019empresse d\u2019ajouter que vu les difficultés intrinsèques de l\u2019opération, et les vices politiques et juridiques attachés à la pratique de l\u2019autodétermination, le résultat obtenu par les tenants de la souveraineté \u2014 41% des voix \u2014 est impressionnant, révélateur d\u2019aspirations profondes allant bien au-delà de ce chiffre, et porteur, en quelque sorte, de majorités futures à condition que le combat contre la crainte continue d\u2019être livré partout, dans tous les milieux, sans trêve et sans désemparer.Cela étant admis, il faut revenir à des considérations plus générales.On est frappé de voir que le fait même d\u2019agir en connaissance de cause ne permet pas d\u2019échapper aux effets de la mise en condition.Lorsque le projet d\u2019émancipation n\u2019est porté que par un parti ou un mouvement populaire, l\u2019ordre établi représente, pour une partie des ayants droit, une force d\u2019inertie considérable.Mais on peut la vaincre, ainsi que les Jurassiens l\u2019ont démontré de façon exemplaire.Si la tentative est encouragée par un pouvoir étatique, les chances d\u2019aboutir sont bien meilleures, mais encore une fois, l\u2019opinion réelle, celle qui gît au fond de l\u2019âme, peut-être matraquée.Dans une résolution adoptée à Caraquet, en Acadie, la Vie Conférence des communautés ethniques de langue française «dénonce l\u2019attitude de ces gouvernements canadiens qui, lors du référendum québécois, ont bafoué l\u2019exercice du droit de libre disposition en refusant de respecter les lois du gouvernement élu du Québec, notamment par l\u2019utilisation systématique du chantage à la peur et l\u2019injection de plus de cinq millions de dollars en plus du million et demi autorisé».Il existe donc, en toute circonstance, le danger de voir l\u2019impérialisme, la soif de possession ou le cynisme pur et simple déboucher sur des propagandes abusives qui assassinent en quelque sorte le droit de libre disposition au moment même où tel peuple est censé l\u2019exercer.Est-il vraiment impossible que citoyens et citoyennes, dans un cadre national ou ethnique donné, puissent déterminer leur avenir en toute sincérité, sans être trompés, intimidés, détournés finalement de leur objectif par des histoires de croquemitaine?Ne peut-on bannir les ingérences venues de l\u2019extérieur, qu\u2019elles soient de nature politique ou financière? LA 8e CONFÉRENCE 711 Compte tenu de ses préoccupations constantes, et du caractère engagé de son action idéologique, notre Conférence se trouve à l\u2019aise en posant ces questions à l\u2019opinion publique mondiale, aux États, aux Nations unies, aux politiciens et aux juristes dont dépendent les modalités de l\u2019autodétermination.C\u2019est pourquoi nous avons tenu qu\u2019à l\u2019occasion de ce congrès de Trois-Rivières, la science politique et la recherche universitaire mettent la main à la pâte.Ce sera le cas grâce à l\u2019exposé du professeur Daniel Seiler, dont vous aurez connaissance tout à l\u2019heure.En ajoutant travaux, études et méthodes scientifiques aux simples cris des peuples manipulés et aux protestations de leurs porte-parole, on fera un bout de chemin vers le respect du droit de libre disposition.Dans ce domaine, il convient d\u2019agir sans ménager personne.Des prises d\u2019otages au détournement d\u2019avions, en passant par les agressions de toute sorte, les putsch et les crimes de sang, le monde n\u2019échappe pas à la sauvagerie.Nos groupements, fers de lance des communautés françaises, n\u2019ont pas recours à ces méthodes; ils comptent sur «patience et longueur de temps» et suivent les voies légales.Ils n\u2019ont dès lors que plus de poids pour déclarer que les manipulations grossières, sous forme d\u2019épouvantails, montées sciemment lors des scrutins d\u2019autodétermination, sont une forme de gangstérisme politique.Ils demandent qu\u2019on les démasque et qu\u2019on y mette le fer rouge! LA 8e CONFÉRENCE 713 Témoignage de l\u2019État jurassien par Roland Béguelin, secrétaire général du Rassemblement jurassien 714 L\u2019ACTION NATIONALE Ceux qui ont conscience de former un peuple, une entité territoriale bien délimitée par la langue ou même l\u2019histoire, sont tout naturellement soucieux de survivre.Le groupe humain, en cela, réagit comme l\u2019individu si rien de pathologique ne vient troubler son comportement.La souveraineté étatique, c\u2019est alors la maîtrise de soi et de ses propres affaires, le pouvoir d\u2019agir et de légiférer dans l\u2019intérêt général, l\u2019assurance de ne pas assister à la destruction de son patrimoine économique et culturel.En cas d\u2019autodétermination, dans l\u2019abstrait, le choix ne fera pas de doute.Dire que «l\u2019intendance suivra», et que la prospérité «sera largement dépendante du dynamisme des producteurs et de la volonté politique des habitants», voilà qui semble une évidence aux personnes instruites de ces choses.Mais, feront remarquer certains, a-t-on la preuve, ou tout au moins une preuve que les arguments des anti-autonomistes et anti-indépendantistes de tout poil ne correspondent pas à la réalité?Possède-t-on un exemple récent, en zone de pays industrialisés, d\u2019une souveraineté acquise par scission d\u2019un État existant, et dont les conséquences en matière économique, démographique et financière contredisent les propos des pessimistes et des manipulateurs?Ce témoignage existe.Il nous est apporté par la République et Canton du Jura, entrée en souveraineté le 1er janvier 1979.Détaché de la France en 1815, par les puissances du Congrès de Vienne, ce territoire fut annexé à l\u2019État bernois de langue allemande contrairement aux vœux de la population.Dès lors, à chaque génération, on a vu naître un mouvement séparatiste ou irrédentiste; la réponse de Berne fut le bannissement, 1 occupation militaire, l\u2019ostracisme, les représailles.En 1947, le Rassemblement jurassien, que vous connaissez bien, ayant repris la lutte en décidant de la mener jusqu\u2019au bout, on s\u2019achemina lentement vers une première consultation populaire en 1959 sur la possibilité d\u2019organiser un plébiscite \u2014 puis vers la victoire jurassienne du 23 juin 1974.Travail de l\u2019Assemblée constituante, puis, deux ans plus tard, mise en place du premier Gouvernement et du premier Parlement: on imagine l\u2019intensité des moments vécus! Le nouvel État entraînait, dans son sillage, l\u2019avalanche des sombres prédictions et des slogans pro-bernois par lesquels le pouvoir dominant, avec des moyens considérables, s\u2019était LA 8e CONFÉRENCE 715 efforcé de réduire à néant vingt-sept ans d\u2019efforts autonomistes.Qu\u2019allait-il se produire?Les observateurs, qu\u2019ils soient journalistes, économistes ou représentants du monde politique, savaient qu\u2019il faudrait une dizaine d\u2019années pour que le Jura libre s\u2019inscrive en tant que tel dans les statistiques.Eh bien, après six ans, c\u2019est partiellement chose faite, et les chiffres connus permettent déjà de tirer des conclusions.Depuis quelques mois, déclarations officielles et conférences de presse se succèdent.On apprend que pour la partie du Jura libérée de la domination bernoise, la séparation a été bénéfique sur tous les plans.Et cela malgré la crise économique mondiale \u2014 elle dure depuis dix ans \u2014 qui a durement touché ce qu\u2019on appelle l\u2019Arc horloger avec, d\u2019un côté la Franche-Comté, et de l\u2019autre la Suisse française.On le sait, le canton de Berne a maintenu sous sa juridiction les districts méridionaux du Jura.11 a violé l\u2019acte de libre disposition du 23 juin 1974.Voilà qui facilite la tâche des observateurs, car il suffit de faire une comparaison entre la «zone libre» et la «zone sous tutelle» pour établir objectivement la valeur des slogans pro-bernois.Que valaient le chantage à la peur, les mises en garde et les références aux intérêts matériels?Mise en place de l\u2019État \u2014 Les Jurassiens, par leurs propres moyens et dans un élan digne d\u2019éloge, ont créé leurs institutions étatiques sans aucune difficulté.Ils se sont donné une Constitution moderne et même «modèle» qui fait l\u2019admiration des juristes et des hommes politiques.Le français y est langue nationale et officielle, ce qui lui assure pérennité et protection.La transmission des pouvoirs s\u2019est faite presque sans à-coups, et l\u2019administration nouvelle a maîtrisé en quelques mois les dossiers transmis par les services bernois.«Les Jurassiens ne seront pas capables de se gouverner eux-mêmes», disaient les partisans de Berne! On s\u2019est aperçu du contraire, et actuellement, la jeune république impressionne par sa compétence, son allant et les initiatives dans lesquelles elle entraîne ses voisins.Démographie \u2014 Le marasme économique a provoqué, un peu partout, une chute de la population encore accrue par le phénomène de dénatalité qui atteint le monde occidental.Grâce à sa souveraineté toute neuve, l\u2019État jurassien a pu limiter les 716 L\u2019ACTION NATIONALE dégâts: le nombre d\u2019habitants s\u2019est maintenu, à quelques centaines d\u2019unités près, alors que la partie du Jura demeurée «bernoise» a dégringolé littéralement en perdant 12,8% de sa population.Et pourtant, au cours de la campagne qui précéda le scrutin d\u2019auto-détermination, les agents de Berne proclamaient: «L\u2019ère de prospérité touche à sa fin.Seule l\u2019appartenance à un grand canton, comme Berne, peut assurer l\u2019équilibre économique.Pas d\u2019aventure!» Volume de l\u2019emploi \u2014 Activité industrielle, diversification, chômage sont à l\u2019ordre du jour dans tous les pays.«Pour la sécurité de l\u2019emploi, disait un slogan bernois, une solution, une seule: votez contre la séparation!» Qu\u2019en est-il dix ans plus tard?La partie du Jura encore soumise à Berne enregistre un résultat catastrophique avec 22,8% d\u2019emplois en moins, alors que 1 État jurassien a subi un recul de 2,8% seulement.M.François Merte-nat, ministre de l\u2019Énergie et des Transports, a déclaré le 19 avril dernier que le Jura-Sud «tire plus d\u2019avantages de la politique menée par l\u2019État jurassien que de celle qui est pratiquée par les autorités bernoises.» Autoroute transjurane \u2014 Dans le cadre de 1 État bernois et de la Suisse, le Jura était demeuré périphérique, marginalisé, négligé.Il avait été le dernier servi lorsqu\u2019il s\u2019était agi, au siècle dernier, d\u2019installer des chemins de fer.Depuis la Seconde Guerre mondiale, les autorités construites par la Confédération, qui privilégiaient les relations avec les pays germaniques, évitaient soigneusement le territoire jurassien.Que celui-ci ait été promu au rang d\u2019État, voilà qui a tout changé, et la «Transjurane» vera le jour d\u2019ici l\u2019an 2000.Elle fera le lien avec le réseau des autoroutes françaises.M.Hans Hürlimann, membre du gouvernement fédéral, a déclaré sans ambages: «Si, en 1960, le canton du Jura avait existé, il aurait eu sa route nationale.» Montée du secteur tertiaire \u2014 Très industrialisé, le Jura dépendant de Berne comptait un secteur tertiaire (les services) très inférieur à la moyenne.Au cours de la campagne plébiscitaire, la propagande bernoise disait: «Rester avec Berne, c\u2019est assurer son avenir, c\u2019est garantir son emploi!» On vient de voir ce qu\u2019il en a été.S\u2019agissant du tertiaire, l\u2019entrée en souveraineté de l\u2019État jurassien a provoqué une montée en flèche.Rapatriement de fonctionnaires, création de nouveaux postes, retour au LA 8e CONFÉRENCE 717 pays de nombreux jurassiens de l\u2019extérieur, ouverture de succursales par les grandes banques et les sociétés d\u2019assurances, tout s\u2019est conjugué pour rétablir un équilibre entre les différents secteurs économiques.Quant au tourisme, il a fait un bond spectaculaire; on vient de très loin pour visiter la nouvelle république dont les militants «ont si bien combattu» et dont l\u2019atmosphère porte à vouloir être libre.Bourses d\u2019étude \u2014 Par une publicité tapageuse, les serviteurs de Berne s\u2019étaient efforcés d\u2019influencer la jeunesse.Ils affirmaient que l\u2019État jurassien \u2014 s\u2019il voyait le jour \u2014 serait incapable d\u2019offrir des bourses à ses étudiants.Aujourd\u2019hui, la République et Canton du Jura est en tête de toute la Confédération pour le versement des bourses d\u2019étude, avec une dépense de 59 francs par habitant (contre 41 francs pour l\u2019État de Berne).Finances publiques \u2014 «Un État jurassien, ce sera l\u2019aventure politique, économique et financière», disaient partout les adversaires de l\u2019indépendance.«Comment équilibrer le budget d\u2019un tel État?Organiser des collectes dans toute la Suisse?» La réponse est venue, cinglante: les finances de la jeune République se portent bien, les comptes sont équilibrés, le Parlement les adopte sans discussion; il y a même un bénéfice de deux millions pour l\u2019exercice 1984, et le Jura libre est présentement le canton le moins endetté de la Confédération.Quant aux impôts, ils sont encore perçus sur la base de l\u2019ancienne loi bernoise, bien que des faveurs aient été accordées aux petits revenus.La loi proprement jurassienne sera adoptée en 1987.Appel d industriels \u2014 Au cours de l\u2019affrontement historique qui amena aux urnes 90% des citoyens et citoyennes, Berne avait tenté de mobiliser à son profit hommes d\u2019affaires et chefs d industrie.Elle obtint l\u2019appui de 86 dirigeants ou cadres, représentant un cinquantaine d\u2019entreprises; leur «groupement» alimenta une publicité antiséparatiste fondée sur l\u2019affirmation selon laquelle le «saut dans l\u2019inconnu» serait «une hérésie politique, économique et financière».Résultat: le contraire s\u2019est produit dans 1 État jurassien, alors qu\u2019en zone demeurée bernoise, la moitié de ces «hommes d\u2019affaires» ont disparu, eux et leurs entreprises, dans la tourmente économique.Le plus important d\u2019entre eux, actuellement à la retraite, a vu son industrie, florissante en 1974, perdre depuis lors 60% de ses effectifs et de sa capacité de production! 718 L\u2019ACTION NATIONALE Politique extérieure et coopération \u2014 Dans le portrait misérable que les adversaires de la souveraineté jurassienne faisaient de l\u2019hypothétique nouvel État, il y avait de quoi susciter, par avance, la pitié universelle.Quelle erreur! Le combat mené depuis 1947 n\u2019était pas ignoré des chancelleries et de la presse internationale.Quoique petit, le Jura jouissait déjà d une certaine notoriété, et c\u2019est dans une telle perspective que la Constitution de la République et Canton du Jura déclare dans son préambule que celle-ci «encourage la coopération entre les peuples et joue un rôle actif au sein des communautés dont elle se réclame».L\u2019article 3 précise qu\u2019«elle est ouverte au monde et coopère avec les peuples soucieux de solidarité».C\u2019est là tout un programme.Après six ans, l\u2019État jurassien jouit de relations extérieures inusitées en Suisse jusqu\u2019ici: coopération avec la République des Seychelles, accord intergouvememental avec le Québec, jumelage avec la Commission française de la culture de l\u2019agglomération bruxelloise, relations étroites avec la Région de Franche-Comté et le Territoire de Belfort, commission parlementaire mixte Jura \u2014 Communauté française de Belgique, initiative couronnée de succès pour la création de la Communauté de travail du Jura (Franche-Comté et cantons suisses limitrophes), jumelage de Delémont avec la ville de Belfort, etc.Le Jura est respecté, et son poids est bien supérieur à son importance territoriale.Faut-il s\u2019étendre encore?Ce n\u2019est pas nécessaire.Les adversaires de l\u2019indépendance, qui misaient sur le matérialisme des individus et voulaient toucher ceux-ci au niveau alimentaire, ces manipulateurs sont maintenant confondus.Dans la mesure où ils étaient subventionnés par le gouvernement bernois, on ne saurait les mettre au bénéfice de la bonne foi.L\u2019an dernier, un fonctionnaire du contrôle des Finances a mis un bâton dans la fourmilière en révélant que l\u2019exécutif bernois, à 1 époque de 1 autodétermination du peuple jurassien, avait puisé illégalement dans des «caisses noires» \u2014 en allemand «Reptilienfonds» \u2014 pour stipendier les propagandistes pro-bernois et peser ainsi, de l\u2019extérieur, sur le résultat du référendum.Pour empêcher ce Bernois honnête de communiquer ses moyens de preuve (pièces comptables et quittances), un membre du gouvernement est aile jusqu\u2019à vouloir le faire mettre en prison sur-le-champ, contrairement à la loi.Cette tentative ayant échoué, le scandale a éclaté, LA 8e CONFÉRENCE 719 et le parlement du canton de Berne a nommé une commission d\u2019enquête dont les conclusions sont attendues avec impatience.Ces exemples pourraient être relativisés s\u2019ils n\u2019étaient pas un cas d\u2019application des méthodes qui, sous toutes les latitudes, servent à saper l\u2019exercice du droit de libre disposition.Ce qui est vrai en Suisse l\u2019est aussi au Canada , en Belgique et partout ailleurs.Mais les aspects positifs de la trajectoire jurassienne doivent eux aussi être rapportés à une règle plus générale.Et pour faire bonne mesure, je vais dire encore deux mots du partage des biens communs.Quand un peuple se sépare d\u2019un État auquel il appartient, pour former un nouvel État, ou lorsqu\u2019un État fédéré décide de sortir de la fédération, il y a lieu d\u2019ouvrir une procédure de partage, comme dans un divorce.En droit international public, les précédents ne sont pas légion, mais ils existent à dire d\u2019experts.Pourtant, les ennemis du Rassemblement jurassien criaient sur tous les toits que s\u2019il se séparait de Berne, le Jura ne retirerait pas un sou, et que, bien au contraire, il devrait indemniser l\u2019État tutélaire et compenser ainsi tous ses «bienfaits».Un appel probernois publié dans la presse disait ceci: «Une fois que vous serez dans les griffes de l\u2019ogre, le rêve d\u2019utopistes et d\u2019hommes de paille qui cherchent à vous berner sera fini.En votant pour l\u2019indépendance, vous devrez payer vos dettes envers Berne!» Avant même d\u2019être juridiquement souverain, l\u2019État virtuel du Jura a exigé l\u2019évaluation de tous les biens du canton de Berne, où qu\u2019ils soient situés.Il a émis une légitime revendication sur sa part de la fortune publique, notamment sur les montants investis dans l\u2019administration centrale (installation et bâtiments sis dans la capitale, hôpital et facultés universitaire, Banque cantonale, Caisse hypothécaire, caisse de retraite du personnel de l\u2019État); Il a réclamé des compensations équitables pour défauts d\u2019investissements en territoire jurassien.Des commissions d\u2019experts se sont mises au travail, ont fixé des critères de répartition, et en novembre 1984, le parlement bernois et le parlement jurassien, siégeant le même jour, ont approuvé le projet de partage.L\u2019État jurassien reçoit ainsi 315,5 millions de francs, ce qui lui permettra de faire des investissements durant une dizaine d\u2019années sans conclure d\u2019emprunts, et de rattraper le temps perdu sous le régime bernois. 720 L\u2019ACTION NATIONALE Certes, un tel moment est loin de compenser toutes les pertes de substance qu\u2019ont values au Jura cent soixante ans de domination bernoise.Mais démonstration est faite qu\u2019on ne s\u2019en va pas les mains vides.Si le Québec se rendait entièrement souverain, il pourrait émettre des prétentions semblables à l\u2019égard de la Confédération canadienne.Sur la base de ce qu\u2019a obtenu la République et Canton du Jura, et compte tenu de la population respective, cela représenterait, pour la province du Québec, une somme d\u2019environ 18 milliards de dollars canadiens.C est très appréciable! Sans doute nos amis québécois voudront-ils entreprendre des études à ce sujet.Pour clore cette conférence sur les manipulations à partir d\u2019indications économiques, je voudrais insister sur le fait qu\u2019en matière de libre disposition, rien n\u2019est jamais joué une fois pour toutes.Il s\u2019agit d\u2019un droit imprescriptible, que l\u2019on ne peut pas exercer souvent, mais auquel il est permis de recourir en tout temps.Parlant le 1er juillet 1983 à la foule des Jurassiens venus l\u2019accueillir, le premier ministre du Québec disait: «Je sais que pour atteindre votre objectif, vous avez dû vous y reprendre à deux fois, avec un intervalle de quinze ans.J\u2019espère que pour mon pays, il ne faudra pas attendre si longtemps!» Abstraction faite des contingences politiques, souvent passagères, que signifient ces paroles?Elles rappellent que le droit de libre disposition, qui est fondamental, n\u2019est lié ni aux flux et reflux de la politique partisane, ni aux calculs électoraux, ni aux soucis du moment, ni aux sondages superficiels effectués à tort et à travers, ni aux passages à vide, et que les manipulations elles-mêmes, aussi funestes soient-elles, ne détruisent pas les possibilités qu\u2019a un peuple de déboucher une nouvelle fois sur le processus d\u2019autodétermination quand les circonstances le permettent et quand il le veut fermement.Dix ans, quinze ans, trente ans, ce n\u2019est rien à l\u2019échelle de l\u2019histoire, et les porteurs d\u2019idéal \u2014 nous en sommes tous \u2014 ne sont jamais ni découragés, ni rebutés.Vive la liberté de toutes nos communautés et de tous les peuples! LA 8e CONFÉRENCE 721 La manipulation politique: de l\u2019usage des indications économiques par Daniel Seiler, professeur en sciences politiques à l\u2019université de Lausanne 722 L\u2019ACTION NATIONALE n sT COMMENT ÇA SE PASSE CHEZ NOUS! Initiation à l'épluchette de blé d\u2019Inde LA 8e CONFÉRENCE 723 Le rôle du politologue n\u2019est pas d\u2019entrer dans des considérations idéologiques ou même morales.Il se doit de jeter sur la chose publique «Le retard éloigné» dont parle Claude Lévi-Strauss, ce afin d\u2019en analyser et d\u2019en comprendre les mécanismes.En dévoilant des mécanismes, souvent occultes, le politologue contribue néanmoins à clarifier les termes du débat politique et assure ainsi \u2014 comme l\u2019écrit mon collègue Philippe Braud del\u2019Université de Rennes \u2014 «une forme supérieure du respect des personnes.Pour leur permettre de mieux disposer d\u2019elles-mêmes et de choisir plus consciemment leurs combats»'.Ici, nous entrons dans le vif du sujet, car qu\u2019est-ce que la manipulation si ce n\u2019est un processus d\u2019occultation \u2014 de poudre aux yeux \u2014 des mécanismes politiques dans le but d\u2019empêcher les personnes de pouvoir disposer d\u2019elles-mêmes! Chemin faisant, il nous faudra aborder le cas du référendum de 1980, rendez-vous manqué du Québec avec l\u2019Histoire.Rude tâche en vérité! Pour le comparatiste que je suis, le comportement des tenants du non \u2014 singulièrement du gouvernement fédéral \u2014 lors des campagnes préréférendaire et référendaire de 1980, constitue un exemple parfait de manipulation politique sans pareil, du moins dans les démocraties occidentales.Il est indispensable de l\u2019aborder spécialement dans ce pays et dans cette assemblée.Pour l\u2019homme que je suis, la tâche est moins aisée.En effet, je m\u2019étais installé au Québec en soixante-quinze et l\u2019ai quitté en août quatre-vingts; j\u2019ai vécu intensément les événements qui vont de la victoire du 15 novembre 1976 à la défaite de quatre-vingts, et il ne fallait pas être grand clerc ni politologue pour augurer du ressac qui s\u2019ensuivrait.La propagande fédéraliste clamait qu\u2019en cas de victoire du oui, on assisterait à l\u2019exode des immigrants les plus qualifiés; je ne sais si je suis qualifié, mais la victoire du non fut aussi cause de départs \u2014 mais de départs discrets car on n\u2019accable pas l\u2019ami, le frère affligé.Comme le chantait le poète Jean-Baptiste Clément: «C\u2019est de ce temps-là que je garde au cœur une plaie ouverte».Difficile en de telles conditions de garder la distance «politologi-que», le regard éloigné du scientifique.C\u2019est pourquoi, en dépit des sollicitations de certaines revues, je n\u2019ai que très rarement 724 L\u2019ACTION NATIONALE abordé la question québécoise \u2014 un chapitre dans mon petit «Que Sais-je?» sur les autonomistes2 \u2014 et jamais le funeste référendum de 1980.Cinq ans ont passé et on peut au moins tenter l\u2019expérience.Cependant, j\u2019éprouve l\u2019impression désagréable pour un politologue \u2014 elle serait délicieuse pour un homme politique \u2014 que le «clan des fédéraux» se composait uniquement de «salauds» dans l\u2019acceptation philosophique que Jean-Paul Sartre donnait à ce terme! Quant aux quelques «braves gens de bonne volonté» \u2014 je pense à Madame Solange Chaput-Rolland \u2014 renfort du PLQ, le fait qu\u2019ils fussent abusés par les précédents me paraissait d\u2019une évidence aveuglante! C\u2019est toujours mon impression.Or, les règles de la méthode scientifique nous enseignent que la réalité ne se dépeint pas en noir et blanc, que la vérité \u2014 si tant est qu\u2019elle existe dans l\u2019ordre des choses humaines \u2014 n\u2019est pas manichéenne: le réel est grisaille, «l\u2019homme n\u2019est ni ange, ni bête», etc.Je m\u2019efforcerai donc de tempérer une subjectivité certaine au moyen de considérations méthodologiques plus objectives, d\u2019ordre sociologique, historique et statistique.Nous aborderons successivement: la mobilisation, l\u2019ethnocentrisme, l\u2019idéologie économique et la «quanto manie», et pour finir le sentiment national.Je voudrais, en dépit de ce long préliminaire, introduire une remarque liminaire.En effet, les amis français, romands, valdôtains, ne sont que peu au fait des manœuvres menées par le gouvernement Trudeau dans le cadre de la campagne référendaire québécoise de 1980.Ils retrouveront les uns la trame du discours probernois tenu à l\u2019encontre de l\u2019indépendance jurassienne, d\u2019autres songeront au Van den Boeynants \u2014 VdB \u2014 version 1968, mais il s\u2019agissait d\u2019un débat politique normal, même s\u2019il recelait maints coups bas et débordait de démagogie facile! En revanche, dans le cas du Québec, les coups bas furent portés par le gouvernement légal du Canada s\u2019appuyant totalement sur l\u2019appareil d\u2019État et s\u2019alimentant à même les fonds publics.La seule analogie qui pourrait exister, c\u2019est avec le Jura, où la technique britannique de la partition \u2014 ex-Irlande \u2014 a été appliquée, rompant l\u2019unité territoriale historique du peuple jurassien. LA 8e CONFÉRENCE 725 Quels sont les faits?Le cadre juridique instauré par les soins du ministre québécois Robert Burns était excellent: il a fait ses preuves lors du référendum organisé en 1975 par le gouvernement Wilson pour décider du maintien ou du retrait de la Grande-Bretagne dans la Communauté économique européenne.Ayant eu l\u2019occasion de suivre ce référendum britannique sur place, nous pouvons attester de sa qualité technique.Il a permis non seulement un débat d\u2019une haute qualité qui aida les citoyens à se forger librement une opinion en connaissance de cause, mais encore, il a empêché que l\u2019argent ne pèse trop lourdement sur la décision populaire.Les mêmes conditions auraient pu prévaloir au Québec.De fait, le débat parlementaire sur la question à poser, retransmis in extenso par les médias et largement suivi par l\u2019opinion, se révéla d\u2019un très haut niveau de part et d\u2019autre des travées du Salon bleu de l\u2019Assemblée nationale.Les instituts de sondage s\u2019étant accordés \u2014 une fois n\u2019est pas coutume \u2014 pour donner l\u2019avantage aux partisans du mandat de négocier la souveraineté-association avec Ottawa, les «fédéraux» arrivèrent dare-dare à la rescousse des libéraux assiégés au Québec, dans une charge qui évoque les «Westerns» de la grande époque! D\u2019emblée, le ton fut donné par l\u2019un des cavaliers: «Nous, on n\u2019a pas l\u2019habitude de vendre des idées, on vend des hommes!» On vit fleurir dans tout le Québec d\u2019énormes panneaux publicitaires vantant les mérites du Canada; ils émanaient d\u2019un organisme para-officiel servant à promouvoir l\u2019identité canadienne et leur présence était, évidemment, «fortuite», l\u2019argent ainsi répandu n\u2019étant pas comptabilisé dans les dépenses du Comité en faveur du non.Ensuite, les petits écrans furent inondés de publicité au profit des diverses agences du Gouvernement fédéral jusque et y compris celles qui jouissent d\u2019un monopole, d\u2019une solidité à toute épreuve: le ministère de l\u2019Économie régionale, les postes \u2014 pourtant exécrables \u2014 et même les douanes! Enfin \u2014 et j\u2019en passe \u2014 les bénéficiaires des allocations sociales de l\u2019État fédéral \u2014 mères de familles, retraités \u2014 reçurent, joint à leur chèque, un joli papillon où s\u2019étalait en grands caractères «Non merci, ça se dit bien!» \u2014 «Non merci» était l\u2019un des slogans du Comité du non \u2014 et en petits caractères, le lecteur attentif comprenait qu\u2019il 726 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019agissait d\u2019une fort opportune campagne contre l\u2019alcoolisme que le destin faisait voisiner avec le référendum! Bien sûr, tout ce scénario s\u2019accompagnait «du discours de la peur» que les Jurassiens surtout, mais aussi les Wallons, connaissent bien.1.Mobiliser Venons-en maintenant à mon premier point: la mobilisation.Il faut savoir que les grandes révolutions, les indépendances et auto-détermination ne sont jamais sorties des urnes électorales! Si le référendum avait existé, les États-Unis seraient restés colonies de sa très Gracieuse Majesté, la Russie serait capitaliste, la Belgique serait hollandaise et la France offrirait à Reims et à Versailles des pompes monarchiques qui n\u2019auraient rien à envier à celles de Westminster ou de Buckingham Palace! Lorsque, d\u2019aventure, il y a un appel aux urnes, il s\u2019agit de plébiscites où le peuple est convié à ratifier des décisions déjà prises en son nom! Ainsi, en 1905, le gouvernement norvégien proclama l\u2019indépendance qu\u2019il fit ratifier par une population enchantée que le pas hasardeux fût sauvé sans qu\u2019il eût à se prononcer avant! Les Islandais attendirent durant un siècle une indépendance politique totale acquise par étapes: parlement local en 1874, autonomie interne en 1904, union personnelle \u2014 c\u2019est-à-dire indépendance de fait \u2014 en 1918, et enfin proclamation de la République en 1944.Seule la dernière étape fut soumise à plébiscite.Une exception: le Jura.Le rassemblement jurassien est parvenu contre vents et marées, en s\u2019y reprenant à plusieurs fois et au prix d\u2019une partition, à faire triompher l\u2019indépendance par voie référendaire.Il y a là une sorte d\u2019équivalent politique du principe d\u2019inertie.Les historiens de la Révolution \u2014 Soboul ou Vovelle \u2014 s\u2019entendent pour constater qu\u2019elle fut l\u2019œuvre d\u2019une minorité plus ou moins suivie par des populations attentistes.Les mêmes conclusions peuvent être avancées pour les deux Révolutions anglaises, la Révolution américaine ou la Révolution d\u2019Octobre.On sait que la France entière ne fut résistante qu\u2019à la Libération.3.Ces grands événements historiques opposent deux camps de LA 8e CONFÉRENCE 727 convaincus \u2014 mobilisés, disons-nous en science politique \u2014 également minoritaires devant une majorité qui se répartit entre des spectateurs intéressés mais attentistes et des indifférents qui ne songent qui à survivre, qui à traiter au mieux ses petites affaires.Le recours au référendum consiste, lors d\u2019enjeux historiques, à confier la décision de faire pencher la balance d\u2019un côté ou de l\u2019autre à ceux des citoyens qui n\u2019ont pas d\u2019opinion ou, quand ils en ont une, à ceux qui n\u2019ont pas envie de l\u2019exprimer.Cette procédure favorise toujours le camp qui milite en faveur du statu quo.C\u2019est pourquoi les plébiscites organisés ex post donnent des résultats inverses de ceux des référendums organisés ex ante: entre-temps, le changement à ratifier est devenu l\u2019ordre établi! Ainsi s\u2019expliquent d\u2019étranges revirements comme l\u2019entrée triomphale des troupes franquistes dans Barcelone-la-Rouge, haut lieu de la cause républicaine, ou comme ces foules parisiennes qui, en 1944, acclamèrent le général de Gaulle après avoir, la même année, fait un triomphe à Pétain! Pierre Bourdieu \u2014 titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France \u2014 considérait, dans sa critique des sondages, que la majorité des individus interrogés n\u2019avaient pas d\u2019opinion sur la question posée.L\u2019un des ses disciples \u2014 Daniel Gaxie, professeur à l\u2019Université d\u2019Amiens \u2014 constate dans son livre «Le cens caché» que seuls les plus favorisés par la fortune, ou par la culture \u2014 comme les fils d\u2019instituteurs en France \u2014 étaient aptes à saisir les mécanismes et les enjeux du processus politique, avec un contrepoids de taille: l\u2019insertion dans un réseau associatif et syndical4.Découverte corroborée par les travaux du sociologie et historien Charles Tilly qui, dans un ouvrage important («From Mobilization to Révolution»), insiste sur le rapport entre la force de l\u2019identité catégorielle \u2014 nationale p.ex.ou sociale \u2014 et l\u2019intensité des liens sociaux.Ainsi s\u2019éclaire la singularité jurassienne où cette communauté de petite taille, répartie sur un territoire restreint, bénéficie en outre d\u2019un tissu social solide que n\u2019ont pas entamé cent soixante ans d\u2019une présence bernoise souvent oppressive.La thèse de Jean-Pierre Loi-sel \u2014 soutenue à Paris I \u2014 met ainsi en évidence le rôle déterminant, dans la mobilisation jurassienne, de ces lieux de convi-vance irremplaçables que sont les cafés et même les fanfares.Mais quid du Québec?Sa population égale celle de la Suisse ou de la Suède; elle dépasse donc celle du Danemark ou de la 728 L\u2019ACTION NATIONALE Norvège, et son territoire, tant par la taille que par les ressources naturelles qu\u2019il recèle, n\u2019a pas d\u2019équivalent en Europe de l\u2019Ouest.La comparaison peut se faire non plus avec le Jura, mais avec les grandes et moyennes puissances.La même remarque vaut pour la Wallonie, dont la population est du même ordre que celle du Danemark ou de la République d\u2019Irlande.Société plus que communautés, au sens où Tonnies entendait ces deux termes, ces pays sont confrontés à l\u2019anomie \u2014 desserrement du tissu social \u2014 et à la démobilisation.Le grand économiste américain Mancur Oison considère que le calcul économique coût/bénéfice pousse l\u2019individu au refus de l\u2019engagement.Il ne reste plus alors aux forces du statu quo qu\u2019à peser sur un puissant levier: la peur du changement.Les exemples historiques connus, du Québec ou du Jura, montrent que ce discours se pare volontiers des couleurs de l\u2019apocalypse.2.Sortir de l\u2019isolement intellectuel Y a-t-il une parade?Oui: la décentration que fournit la comparaison.Le psychologue Piaget écrivait que les «deux tendances les plus naturelles de la pensée spontanée (.) sont de se croire au centre du monde (.) et d\u2019ériger en normes universelles les règles ou même les habitudes de sa conduite.(.) la première condition d\u2019une systématisation objective est une décentration par rapport au point de vue propre dominant au départ.C\u2019est cette décentration qu\u2019assure l\u2019attitude comparative .»6 La décentration réalisée par la comparaison permet de lutter contre toutes les ethnocentrismes, tous les racismes, tous les préjugés.J\u2019ai eu la bonne fortune de vivre au moins deux ans dans des pays aussi différents que la Belgique, l\u2019Irlande, la Québec, la Suisse.Tous se trouvaient affrontés à un problème d\u2019identité et tous se croient cas unique, seuls confrontés à un débat dont les termes sont pourtant si terriblement similaires.Cet ethnocentrisme n\u2019est pas innocent! Toute problématique d\u2019autodétermination implique une relation duale de subordination entre le minoritaire, dominé qui explore la possibilité de devenir majoritaire chez lui, et le dominant soucieux de maintenir les choses en l\u2019état.Le dominé est inclus dans la société civile du dominant; il est régi par l\u2019État de celui-ci, adhère à des valeurs communes qui LA 8e CONFÉRENCE 729 lui ont été imposées, est imprégné des mêmes mythes et stéréotypes, même quand ces derniers servent à l\u2019inhiber.Un exemple de cette inhibition.Au début du printemps, J.K.Galbraith, commentant les efforts que le gouvernement français consentait pour la restructuration et la modernisation du tissu industriel, déclara en substance ceci: «Pourquoi vous lancer dans la technologie de pointe?Vous Français, le monde vous aime pour vos vins, vos fromages, vos parfums et le talent de vos couturiers.Développez ces secteurs et cessez de vouloir rivaliser avec les États-Unies ou le Japon!» Cette interview d\u2019un prestigieux économiste d\u2019outre-Atlantique illustre à merveille un mythe forgé et partagé par les Anglo-Saxons et les Germains pour décrire l\u2019ethnie française: celui du Français intelligent et brillant mais aussi léger, inconstant, superficiel; en définitive pétillant et acidulé comme ces deux nouvelles variétés que les eaux minérales Perrier viennent de créer à l\u2019usage exclusif du marché américain.J\u2019ai retrouvé ce même stéréotype, intact, employé pour désigner les Wallons-légers-qui-ne-travaillent-pas-assez, les Québécois-pas-doués-pour-les-affaires, comme leurs cousins romands.En revanche, si ces stéréotypes font rire les Français, nombre de Québécois, de Romands ou de Wallons croient se reconnaître dans ce portrait peu flatteur.Minorisation oblige! Autre stéréotype: la réfraction territoriale ou mapisme.Tant de Wallons convaincus de leur faiblesse croient qu\u2019un État n\u2019est pas viable à moins de dix millions d\u2019habitants, tandis que nombre de leurs cousins québécois, imbus de leur incapacité, croient qu\u2019il faut en compter le double et s\u2019étaler d\u2019un océan à l\u2019autre! 3.Des chiffres et non des lettres Ces stéréotypes sont largement utilisés pour convaincre le minoritaire qu\u2019il est incapable de marcher seul comme un grand.Qu\u2019importe si de plus petits que lui marchent seuls! Ils lui sont assenés à coup de statistiques et d\u2019indications économiques.Ces données ne peuvent que servir à manipulation.En effet, elles sont fragmentaires.Peut-on réduire le niveau de vie au revenu national par tête d\u2019habitant?Elle sont inutilisables de façon honnête dans un large débat politique.La seule mesure plus ou moins compréhensible du grand public est la moyenne.Or, c\u2019est 730 L\u2019ACTION NATIONALE cette mesure que l\u2019ancien Président du Conseil Paul Reynaud rendait responsable de la mort d\u2019un pauvre homme qui, ne sachant pas nager, s\u2019était baigné dans une rivière dont la profondeur moyenne était d\u2019un mètre! Pour être interprétable en statistique, une moyenne doit toujours être accompagnée de l\u2019écart-type qui renseigne quant au degré de dispersion de la distribution.L\u2019eût-il su, l\u2019infortuné baigneur ne se serait pas noyé.Mais \u2014 et c\u2019est là que le bât blesse \u2014 interpréter des écarts-types n\u2019est pas à la portée du tout-venant qui croit comprendre les moyennes.La réalité ménage ainsi des surprises: le partage du patrimoine de l\u2019ancien territoire bernois vient de se révéler bien plus favorable à la jeune République jurassienne que ses militants les plus enthousiastes ne l\u2019auraient espéré! En définitive, l\u2019usage politique des indications économiques constitue l\u2019une des nombreuses manifestations de ce que Louis Dumont nomme l\u2019idéologie économique7.Celle-ci, outre les effets de mode et de snobisme qu\u2019elle entraîne, nous amène à ne plus voir la réalité qu\u2019à travers les lunettes déformantes de 1 économie.A-t-on le droit de séparer ainsi l\u2019économique du contexte social qui l\u2019englobe, et spécialement du politique?Comme l\u2019écrit le grand anthropologue Louis Dumont, il est particulièrement difficile \u2014 et j\u2019ajouterais il est vain \u2014 de séparer les aspects politiques et économiques.«Rien de surprenant à cela puisque nous observons dans notre propre culture l\u2019émergence toute récente du point de vue économique de l\u2019intérieur du point de vue politique»*.L\u2019idéologie économique, comme toute idéologie, est mystificatrice.En vérité, que nous dit la science économique dans le débat sur l\u2019autodétermination?Que seules deux ou trois mégapuissances peuvent s\u2019affirmer indépendantes.C\u2019est-à-dire qu\u2019elles pourraient prétendre à l\u2019autarcie moyennant des sacrifices certains.Quant aux autres puissances de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le Nord \u2014 ou le centre \u2014 on les qualifie d\u2019interdépendantes.C\u2019est-à-dire que l\u2019autarcie leur est devenue impossible sous peine de catastrophe économique: elles sont imbriquées dans une division internationale du LA 8e CONFÉRENCE 731 travail qui les met à la merci de leurs importations et de leurs exportations.La marge de manœuvre dont elles disposent se trouve limitée par l\u2019espace économique auquel elles appartiennent.Par exemple le premier gouvernement Mauroy a appris à ses dépens ce qu\u2019il en coûte de pratiquer une politique de relance lorsque les pays voisins font de la déflation.Cependant, pour limités qu\u2019ils soient, les pays du «nord» apparaissent comme privilégiés dans le concert planétaire: la grande majorité des États du monde sont dépendants.4.Un choix politique Dans le monde de 1985, prétendre à l\u2019indépendance absolue est un leure, parfois une folie.En revanche, conquérir sa souveraineté, c\u2019est-à-dire l\u2019indépendance politique, constitue un objectif réaliste à la portée de tous les peuples qui en nourrissent l\u2019espérance et qui possèdent une volonté politique d\u2019entamer un combat parfois long et hasardeux.Combat politique à mener plus contre soi-même que contre «l\u2019autre».Par ailleurs, l\u2019existence d\u2019un appareil d\u2019État autonome voué au service exclusif d\u2019une communauté offre d\u2019indéniables avantages économiques.On songe aux créations d\u2019emplois mais aussi au développement des sièges sociaux d\u2019entreprises qui sont obligés d\u2019agir «de l\u2019intérieur», donc d\u2019acquérir la personnalité juridique dans le droit du pays.De plus en plus, les spécialistes s\u2019accordent pour reconnaître des fonctions économiques à l\u2019État9.Même le marxisme, si volontiers coupable de réduction à l\u2019économisme, reconnaît l\u2019influence considérable des appareils étatiques.Ainsi Robert Fossaert les situe dans l\u2019infrastructure, suprême consécration de la part d\u2019un marxiste.En définitive, l\u2019autodétermination n\u2019est pas une question d\u2019avantages économiques, c\u2019est une question de sentiment.Les artisans principaux de la conscience québécoise sont les poètes, les romanciers, les chansonniers, les dramaturges qui ont magnifié le pays au point qu\u2019il a déjà \u2014 en esprit \u2014 cessé d\u2019être une «belle province» pour se souvenir.À la limite, on pourrait inverser ce slogan du Parti national écossais: «mieux vaut être un riche Écossais qu\u2019un pauvre Britannique.Ne vaut-il pas mieux être pauvre, mais digne et maître chez-soi, que riche et dominé!» Le peuple qui aurait le courage 732 de braver le risque de la récession économique ne possède-t-il pas suffisamment de ressources humaines pour redresser la situation?Ce fut le cas de la Belgique à qui l\u2019indépendance conquise en 1830 coûta l\u2019accès au puissant empire colonial néerlandais.Trente ans plus tard, elle rachetait à son ancien maître, endetté, les droits de péage sur l\u2019Escaut.Pourtant, en 1830, le monde des affaires et de la finance s\u2019était montré quasi unanime pour prédire l\u2019avenir le plus sombre au nouvel État! En revanche, un peuple qui se complaît dans une attitude d\u2019assisté ou, pour reprendre une expression de Pierre Vallière, de «colonisé de luxe», ne se voue-t-il pas à terme à subir les rigueurs du développement économique inégal?La subordination politique entraîne la dépendance économique générateur du déclin.1 ; Comme le disait le général de Gaulle, «l\u2019intendance suivra».Elle suit toujours pour qui le veut.NOTES 1.\tPh.BRAUD, La Science politique, Paris, PUF, p.124.2.\tD.-L.SEILER, Les partis autonomistes, Paris, PUF, 1982, pp.104-115.3.\tCfr.Ch.TILLY, From Mobilization to Revolution, Boston, Addison-Wesley, 1978.4.\tD.GAXIE, Le cens caché, Paris, le Seuil, 1978.5.\tM.OLSON, La logique de l\u2019action collective, Paris, PUF, 1979.6.\tJ.PIAGET, Épistémologie des sciences de l\u2019homme, Paris, NRF, 1964.7.\tL.DUMONT, Homo Aequalis, Paris, NRF, 1977.8.\tIbid., p.33, Nos en italique.9.\tPour un débat actuel et de fond sur l\u2019action de l\u2019État cfr, A.KAZANC1GIL (dit.), L\u2019État au pluriel, Paris, Economicaet UNESCO, 1985.10.\tR.FOSSAERT, La Société, 6 tomes, Paris, Le Seuil, voir i.e.t.3, Les appareils.11.\tCommantant les raisons qui ont déterminé son engagement dans le combat jurassien, Jean-Pierre Beuret, ministre de l\u2019Économie publique de la République et Canton du Jura a déclaré: «Nous nous moquions complètement de payer plus d\u2019impôt; la seule chose qui comptait pour nous, c\u2019était la patrie jurassienne, la langue.», L\u2019Hebdo, N° 30, 25 juillet 1985.12.\tLe même article de l\u2019«Hebdo», comparant le canton de Neufchatel et celui de Jura, géographiquement proches, montre que le premier a acquis une avance de dix ans sur le second en mettant en œuvre plus tôt des politiques anti-crises que le Jura n\u2019a pu mener faute d\u2019être déjà un État et que Berne n\u2019a pas pu ou n\u2019a pas voulu adopter. COMMISSION D\u2019ÉTUDE: initiation à la science moderne d\u2019animation des ateliers LA 8^ CONFÉRENCE 733 ,, M i rSM. 734 L\u2019ACTION NATIONALE Rapport de M.Robert Louvin, représentant de l\u2019Union valdôtaine Il m\u2019échoit aujourd\u2019hui l\u2019agréable devoir de vous saluer au nom de l\u2019Union valdôtaine.Pour la plupart des membres de notre délégation, l\u2019expérience que nous vivons en ces jours est le premier contact avec le monde francophone d\u2019Amérique.La chaleur de l\u2019accueil que les amis québécois nous ont réservé, nous a immédiatement rendu ce milieu très familier: je vous remercie de la part de tous les val-dôtains qui se trouvent ici aujourd\u2019hui.Cette ambiance amicale, fraternelle, rend très facile la tâche, qui m\u2019a été confiée, de vous présenter notre rapport officiel.Depuis notre dernière rencontre à Brive-la-Gaillarde, beaucoup d\u2019événements se sont produits dans notre région.Ceux d\u2019entre vous qui ont déjà connu notre communauté et l\u2019Union valdôtaine savent que notre mouvement rassemble, depuis 1946, les autonomistes valdôtains.Force politique qui détient la majorité relative des conseillers au sein du Conseil de la Vallée (notre parlement régional), l\u2019Union valdôtaine est le pilier d\u2019angle de la coalition qui gouverne la Région autonome de la Vallée d\u2019Aoste.C\u2019est donc surtout par l\u2019action de nos représentants au Conseil de la Vallée et au gouvernement régional que nous œuvrons pour le maintien du caractère francophone de notre peuple et pour le renforcement de notre autonomie régionale.Notre action politique a subi, dans les premiers mois de 1983, un coup très dur qui nous a fait partiellement reculer par rapport aux positions conquises au cours des années précédentes.Un enquête de la magistrature italienne a en effet paralysé pendant plusieurs mois l\u2019activité du gouvernement régional.Cette enquête, que les juges n\u2019ont pas encore achevée malgré l\u2019urgence qu\u2019il y a d\u2019en connaître les résultats, n\u2019a pas cessé de produire ses effets néfastes.Quand on parle des manipulations des États au détriment du droit à l\u2019autodétermination, on LA 8e CONFÉRENCE 735 03 O Q.O =r m- 736 L\u2019ACTION NATIONALE ne peut oublier celles qui peuvent être perpétrées grâce à la prétendue indépendance de la magistrature.Malgré ces difficultés, nous avons repris notre chemin.Nous nous sommes battus pour la création des lycées techniques de langue française, qui devront représenter le premier noyau d\u2019une école véritablement valdôtaine.La reconnaissance des baccalauréats français que monsieur Paul-Marie Couteaux a bien voulu signaler ce matin, est venue couronner nos efforts.De même, après de longues années d\u2019insistantes pressions, l\u2019État italien a ratifié l\u2019accord entre les universités de Chambéry et de Turin pour la reconnaissance réciproque des licences en matière de langue et de littérature étrangères.L\u2019Office de la langue française, que l\u2019administration régionale a institué en 1982, est en train de s\u2019organiser.Les temps ne sont pas mûrs pour relancer un grand projet portant sur l\u2019autodétermination de notre peuple.Entre-temps nous avons présenté des propositions importantes pour la modification du Statut spécial de la Vallée d\u2019Aoste, qui est notre constitution régionale.Notre autodétermination, nous la vivons donc jour après jour à travers nos choix politiques, dans la bataille pour le maintien de la langue française de plus en plus menacée et dans la défense de notre autonomie que les autorités italiennes essaient de vider de tout contenu.Les relations que nous avons instaurées, et que nous entretenons avec vous tous ont pour nous une importance capitale.Elles sont une sève vitale qui alimente nos idéaux; elles nous fournissent des idées et des modèles qui inspirent constamment notre action.Mais il serait absurde de prétendre que les moyens et les buts des uns puissent s\u2019adapter presque automatiquement au combat mené par les autres.Alors que pour le Québec l\u2019objectif primordial est celui de briser le lien fédéral, les Valdôtains sont persuadés que la transformation de l\u2019État italien en une fédération représente un pas de l\u2019avant très important pour la survie de notre identité politique et culturelle. LA 8e CONFÉRENCE 737 Nous respectons les options politiques des mouvements et des organisations qui adhèrent à la Conférence et nous demandons en même temps que les nôtres soient repectées.Cela est d\u2019autant plus important depuis que notre «famille» s\u2019est agrandie et que l\u2019éventail des situations où agissent nos mouvements s\u2019est encore élargi.Aucun d\u2019entre nous n\u2019a le droit de s\u2019ériger en juge du comportement d\u2019autrui; nous avons par contre le devoir de nous aider mutuellement, de renforcer la coopération culturelle et politique entre peuples de langue française dans le respect de leur autonomie et de leur originalité.Nous sommes venus à Trois-Rivières avec l\u2019intention de consolider l\u2019entente qui régnait entre nous lorsque nous avons fait nos premiers pas ensemble.Que ceux qui ont devancé les autres sur le chemin de l\u2019autodétermination tendent la main à ceux qui souhaitent suivre leur exemple.L\u2019œuvre n\u2019est pas accomplie à tout jamais au moment où l\u2019on dit «oui» à la liberté; ce choix doit se répéter chaque jour de notre vie.Le vrai succès est dans la fidélité à nos propres raisons d\u2019être.Si un vœu doit être formulé à ce moment, c\u2019est bien celui que l\u2019on retrouve l\u2019humilité qui a marqué le début de notre solidarité réciproque.Différents par le nombre, par les moyens dont nous disposons, par les succès remportés ou par les échecs que nous avons dû essuyer, nous sommes pourtant tous égaux dans la conscience que nu! d\u2019entre nous ne peut relever tout seul le défi culturel et scientifique des temps modernes.Si cette conférence ne renforçait pas notre collaboration et ne devenait pas un instrument permanent d\u2019échanges culturels et de solidarité politique, le rêve d\u2019indépendance de chacun de nous perdrait toute sa signification à l\u2019échelle de l\u2019histoire.Nous sommes cependant persuadés qu\u2019on pourra jeter ici les bases de cette nouvelle étape.L\u2019unité culturelle des peuples de langue française dans le respect de leur diversité retrouvera un nouvel élan et une nouvelle vitalité. 738 L\u2019ACTION NATIONALE GENS DE MON PAYS Josée Delaune interprète la chanson de Vigneault LA 8e CONFÉRENCE 739 Rapport de M.Bernard Mertenat, président du Rassemblement jurassien La lutte continue: r l\u2019Etat jurassien aux côtés du Rassemblement jurassien L\u2019histoire d\u2019un pays s\u2019écrit par son peuple, à travers les événements qui jalonnent son existence et un peuple conscient de sa mission sait qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019inéluctable dans son destin.Le peuple jurassien est un peuple en marche.En cette fin du vingtième siècle, en dépit des effets débilitants de la civilisation matérialiste et d\u2019un individualisme grandissant, il écrit des pages très riches de son histoire et forge son avenir avec fermeté et conviction.Quels sont dès lors les événements qui ont marqué la vie jurassienne depuis la dernière Conférence, tenue à Brive-la-Gaillarde en août 1982?Que devient l\u2019État jurassien après six ans et demi de souveraineté?Que devient le Jura méridional, retombé sous tutelle bernoise?Quels sont les rôles assumés par le Rassemblement jurassien dans l\u2019ensemble du Jura historique, en vue de la réunification?La Suisse officielle vit en état de péché à l\u2019égard du Jura, pour n\u2019avoir pas empêché Berne de récupérer les districts méridionaux du Jura, en dépit du plébiscite majoritaire du 23 juin 1974.Le pouvoir fédéral, pourtant garant de la Constitution, a assisté passivement à cette manipulation scandaleuse et unique dans la Confédération suisse: la volonté des Jurassiens, exprimée démocratiquement, n\u2019a pas été mise en application par les autorités bernoises. 740 L\u2019ACTION NATIONALE La lutte continue dès lors.Un événement capital s\u2019est produit fin 1982, à Moutier: la prise du pouvoir par une majorité autonomiste.Fruit d\u2019un travail persévérant des militants et de l\u2019entrée en politique du mouvement de jeunes «Le Rauraque», ce renversement de la majorité pro-bernoise en terre prévôtoise, berceau millénaire du Jura, a des répercussions positives incalculables sur le moral des troupes autonomistes du Jura entier.Cette victoire s\u2019inscrit dans la stratégie du Rassemblement jurassien, qui tend à faire passer en mains séparatistes le pouvoir dans les communes du Jura méridional.La survie des districts du Sud est à ce prix; elle englobe des valeurs absolues telles que la défense du français et du patrimoine culturel jurassien.À plus long terme, cette stratégie doit contribuer à créer une situation contraignante pour les législateurs, les obligeant à créer les dispositions constitutionnelles propres à refaire l\u2019unité du Jura.Le village de Vellerat, qui poursuit courageusement son combat contre Berne, agit en pleine conformité avec ces objectifs.L\u2019année 1984 a été animée par le Rassemblement jurassien comme Année du dixième anniversaire du plébiscite victorieux du 23 juin 1974.Divers projets, tels que manifestations, publications, dont plusieurs en collaboration avec le Gouvernement, furent réalisés.Cette année fut un temps fort pour les militants et pour tout le peuple jurassien.En juillet 1983, le Jura eut l\u2019honneur d\u2019accueillir le Premier ministre du Québec, M.René Lévesque, accompagné de plusieurs de ses ministres.Tour à tour, le Gouvernement de la République et Canton du Jura et le Rassemblement jurassien ont célébré avec leurs hôtes l\u2019amitié et la fraternité vivantes unissant le Québec et le Jura.À cette occasion a été signée une convention intergouvemementale de coopération entre les deux États.La crise économique qui a frappé durement le monde occidental, n\u2019a pas épargné le Jura.Elle a mis en évidence 1 incurie du pouvoir bernois dans le Jura méridional.Cette crise a provoqué une chute démographique tragique de près de 13% de la population des districts du Sud en dix ans, ce qui équivaut à la disparition de la ville de Moutier. LA 8e CONFÉRENCE 741 Dans le nouveau canton, au contraire, le dynamisme des activités de I État a contribué à limiter les effets du marasme économique.Les études statistiques d\u2019une équipe d\u2019universitaires jurassiens soulignent l\u2019écart dramatique qui marque, après peu d années, 1 évolution économique et démographique du Jura méridional demeuré bernois par rapport au nouveau canton.Ces constatations, établies sur des bases statistiques irréfutables, démasquent une fois de plus la monstrueuse tromperie de Berne qui, à l\u2019époque des plébiscites, proclamait que voter pour le statu quo, c était la sécurité alors que voter pour la naissance d\u2019un État jurassien, c\u2019était l\u2019aventure! Le Rassemblement jurassien poursuit sa tâche avec conviction et puise dans ces études récentes des éléments nouveaux pour sa stratégie.Il coordonne les forces dans la lutte et contribue à cultiver l\u2019idéal de réunification.Il rappelle sans cesse que l\u2019exercice des droits et des devoirs de citoyen, dans la République et Canton du Jura qu\u2019il a mis en route, est lié au devoir de militer pour la restauration de l\u2019unité de la patrie jurassienne.Cet État jurassien, voulu par le Rassemblement, devient peu à peu l\u2019État de combat attendu par les militants.La concertation entretenue entre les autorités jurassiennes et le Rassemblement jurassien établit la complémentarité des rôles en vue de la réunification.Nous voici bien loin des rêves de ceux qui, en 1979, \u2014 il y en a encore aujourd\u2019hui \u2014 ne manquaient pas une occasion de susciter le désaccord entre les autorités du nouveau canton et le Rassemblement jurassien! Le Parlement et le Gouvernement jurassiens, ayant consacré leurs premières forces à la mise en route de l\u2019État, ayant réglé le premier partage des biens avec Berne, ont posé des gestes politiques qui ne trompent pas sur leur volonté de contribuer à la réunification.C\u2019est ainsi qu\u2019une Commission parlementaire, chargée d étudier les modalités de transfert de la commune de Vellerat du canton de Berne à celui du Jura, a déposé, en 1984, des conclusions très fermes.Elle rappelle, fondée sur de solides études 742 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019experts constitutionnalistes, la légitimité de la revendication de Vellerat, qui découle du droit de libre dispostion exercé légalement par le peuple jurassien le 23 juin 1974.Il en découle que le Parlement charge le Gouvernement jurassien de revendiquer la commune de Vellerat sans marchandage.En 1983, le Parlement jurassien décida de s\u2019adjoindre un observateur de Moutier, qui représente aussi, symboliquement, le Jura méridional à l\u2019Assemblée législative de la République et Canton du Jura.Peu après, il a mis sur pied une Commission parlementaire de la réunification.Les cris et les protestations, vains, de la Berne cantonale et de la Berne fédérale, donnent une mesure assez exacte de l\u2019importance de la démarche! Le Gouvernement bernois déclare qu\u2019une telle ingérence viole clairement le principe de la fidélité confédérale.Il en appelle au Conseil fédéral qui, sommé d\u2019examiner «cette grave perturbation des rapports de bon voisinage entre États confédérés», renonce à intervenir! Les ministres du Gouvernement jurassien n ont jamais manqué au devoir de fidélité au Jura.À maintes occasions, ils ont affirmé les exigences absolues du projet de réunification, parfaitement compatibles avec les objectifs de 1 État.Dernier à s\u2019être exprimé en public, le président du Gouvernement jurassien M.Jean-Pierre Beuret, a déclaré dans un discours prononcé à Moutier le 23 juin 1985 à l\u2019occasion de la Fête de l\u2019Unité: «Tôt ou tard le Jura sera réuni, parce que notre revendication s\u2019inscrit dans la logique de l\u2019Histoire.» On le constate, l\u2019encouragement de l\u2019État jurassien dans la lutte pour la réunification va croissant.Nous ne doutons pas que, ces efforts joints à ceux du Rassemblement jurassien, contribueront à raccourcir le temps qui nous sépare du moment où devra céder encore une fois le carcan juridique interne afin que le droit des gens triomphe et permette le règlement définitif de la Question jurassienne.L\u2019histoire du Jura a un sens, une direction donnée par les événements comme la prise de majorité autonomiste à Moutier, ou l\u2019engagement progressif de l\u2019État jurassien.Il n\u2019y a pas d\u2019exemple de sens contraire. LA 8« CONFÉRENCE 743 Mais rappelons que rien n\u2019est inéluctable.Le Rassemblement jurassien le sait, et poursuivra sa mission jusqu\u2019à la réalisation de ses objectifs.Il sait aussi apprécier les ressources qu\u2019il puise dans les échanges enrichissants vécus au sein de la Conférence des communautés ethniques de langue française.Une magnifique délégation jurassienne est présente ici, à Trois-Rivières.Je vous demande de voir en elle un témoignage de solidarité envers les peuples frères, et la volonté du Rassemblement jurassien d\u2019assumer son devoir dans la Communauté.Je souhaite, avec la dé;égation jurassienne, que les communautés soeurs trouvent dans ce rapport quelques éléments encourageants sur les chemins de leur propre destin et de leurs espoirs. 744 L\u2019ACTION NATIONALE M.Gilles Rhéhaume et M.Bernard Mertenat LA 8e CONFÉRENCE 745 Rapport du sénateur Jean-Émile Humblet, représentant de Wallonie libre Un royaume créé en 1830 pour mettre fin à l\u2019une des situations iniques créées par le Traité de Vienne.Les Jurassiens connaissent cela également.Une Belgique comptant aujourd\u2019hui 9.850.000\thabitants.5,650,000 en Flandre dont 5% d\u2019étrangers, 3.250.000\ten Wallonie dont 14% d\u2019étrangers, 950,000 là la population décline, 950,000 à Bruxelles, dont 25% d\u2019étrangers.À propos de l\u2019évolution en Wallonie et à Bruxelles depuis notre dernière rencontre, je voudrais mettre l\u2019accent sur la manière dont a été géré un état belge, en principe doté de structures pré-fédérales grâce aux réformes constitutionnelles de 1970 et 1980.Ces réformes ont mis en place des assemblées législatives et des gouvernements pour la région wallonne, pour la région flamande, pour la Flandre plus les Flamands de Bruxelles, pour la Wallonie, plus les francophones de Bruxelles et même pour la communauté de 62,000 germanophones de nos marges de l\u2019Est.Tandis que Bruxelles demeure institutionnellement en l\u2019air ou au frigo et que les compétences résiduaires appartiennent à l\u2019État central, l\u2019essentiel des ressources publiques reste aux mains de cet État central, contrairement à ce qui se passe dans des États qui pourtant ne sont pas exemplaires, (Suisse, République République fédérale d\u2019Allemagne, Yougoslavie).Les chiffres parlent d\u2019eux-mêmes: 78,16% de l\u2019ensemble des recettes publiques pour le pouvoir central, 4,47% pour la région et la communauté flamande, 3,36% pour la région wallonne, la communauté française Wallonie-Bruxelles et la communauté allemande, 1,45% pour les neuf provinces et 12,5% seulement pour les communes.Rapidement, deux autres chiffres: 10% de Wallons dans la diplomatie de l\u2019État belge, 85% de Flamands sur les 5,000 emplois à l\u2019aéroport de Bruxelles, dit aéroport national, où l\u2019on projette encore pour des milliards d\u2019investissements.Il y a peut-être pire que cela.Par les politiques scientifiques, les politiques de l\u2019enseignement, les politiques de commerce 746 L\u2019ACTION NATIONALE extérieur, le gouvernement central empiète sans cesse sur les compétences de la région wallonne.Et alors que dans l\u2019intérêt de la Flandre, cinq secteurs de l\u2019économie dont la sidérurgie et les charbonnages, relèvent de l\u2019État central et de son financement.En 1983, celui-ci a refilé, imposé à la région wallonne, le poids du financement de la sidérurgie, capitale pour la Wallonie, mais laissé à l\u2019État central la charge des dettes des charbonnages flamands.L\u2019État belge triche et les Wallons sont aveugles.La crise économique et les mutations de sociétés conduisent, en effet, beaucoup d\u2019entre eux à se sécuriser dans la belgitude et bien des Bruxellois à se complaire dans les fonctions liturgiques, nationalistes et monarchiques, qui se célèbrent dans leur ville capitale.Parallèlement, aucun progrès n\u2019a été fait pour faire de Bruxelles une ville libre.Pire, l\u2019unitarisme se redresse même s\u2019il s\u2019affuble du nom de fédéralisme provincial, un pseudo fédéralisme qui s\u2019appuierait sur les neuf provinces artificielles créées en 1830.Hélas! Bien rares sont les Wallons vraiment partisans de la prise d\u2019indépendance et ils arborent plus que volontiers sur leurs cars, sur leurs autos, le «C» de la Catalogne, ou le «BR» de la Bretagne que le «W» de chez nous.Le nombre d\u2019autonomistes wallons au Parlement, Chambre et Sénat réunis, peut désormais se compter sur les doigts d\u2019une seule main et peut-être, après les proches élections du 13 octobre, n\u2019en comptera-t-il plus un seul?Et pourtant, et il y a un deuxième volet de mon exposé, il y a des raisons d\u2019être optimiste.D\u2019abord au mois de juillet dernier, la sonnette d\u2019alarme.C\u2019est du jargon, mais c\u2019est un système qui a permis à 75% des députés francophones d\u2019arrêter un projet de loi du gouvernement central.C\u2019est la première fois que ça s\u2019est passé à propos d\u2019un détail en matière d\u2019enseignement où il y avait une irrégularité.Pour la première fois, on a pu dire, sur la base de la constitution, on ne peut pas laisser aller les choses.Et c\u2019est le fait qu\u2019on a eu recours à la sonnette d\u2019alarme qui a imposé des élections deux mois plus tôt que prévu.Et en réalité, pas du tout ou très peu, les conséquences d\u2019erreurs d\u2019un ministre médiocre dans la politique de maintien de l\u2019ordre lors d\u2019outrances nationalistes à l\u2019occasion de célébrations sportives, commerciales au cours desquelles les hordes britanniques se sont distinguées à l\u2019inverse de tout «fair play», ce qui n\u2019étonnera personne ici non plus. LA 8e CONFÉRENCE 747 Facteur positif: cette sonnette d\u2019alarme ne vient-elle pas démontrer la capacité des Wallons, même minoritaires, d\u2019obtenir des choses s\u2019ils disent non! Deuxième élément: premier parti de Wallonie et d\u2019ailleurs de la communauté Wallonie-Bruxelles, soit 37% du corps électoral pour la Wallonie, le Parti socialiste manifeste une certaine prise de conscience wallonne, se déclare fédéraliste mais radical et place sur ses listes aux élections européennes l\u2019année dernière, le maire de Fouron, José Happart, symbole de notre résistance wallonne.Troisième élément positif: il n\u2019y a plus en Belgique de partis uniques, sans trop de partis nationaux.Ils sont tous ou flamands ou wallons ou francophones tout au moins.Quatrième élément positif: l\u2019action politique wallonne.L\u2019action wallonne directement politique marquée de 1976 à 1984 par des morcellements successifs tend modestement à reprendre la voie d\u2019une réunification avec la création du Parti wallon le 23 juin dernier.Cinquième élément positif: la prise de conscience du besoin de retour à ses racines et à son histoire.On en a parlé hier et aujourd\u2019hui.Pour s\u2019ouvrir à l\u2019universel et construire l\u2019avenir, cette prise de conscience s\u2019est manifestée par la publication il y a dix-huit mois, du manifeste de la culture wallonne signé par 400 professeurs d\u2019université, écrivains et artistes.Et à ce propos, l\u2019un de nos chansonniers, Julos Beaucarne, écrit: «On me demande d\u2019introduire ce numéro consacré à la chanson en Belgique».Ce pays de presque Flandre.Les radios en général ne diffusent que de la musique et des chansons en langue anglaise.C\u2019est pas Montréal, hein! C\u2019est pas à Montréal.Nous vivons la vie des autres.L\u2019anglais est la langue de l\u2019argent.C\u2019est pour cela que notre combat pour la langue française est battu en brèche par les média qui sont une nouvelle forme de pouvoir.«Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es».Économiquement, nous sommes à la merci d\u2019un pouvoir central quasi flamand, et culturellement nous devenons de bons Américains au sens U.S.A.Consommateurs idéaux des produits outre-atlantique.Nos radios parlent d\u2019un groupe né à New York hier.Mais si un groupe est né à Founille et Berdouille avant-hier, 748 L\u2019ACTION NATIONALE on en parlera dans un demi-siècle.C\u2019est pour cela que nous sommes obligés de mettre en œuvre toutes les ressources de nos imaginations pour remettre sur la carte des langages pas encore uniformisés, le wallon et le français.Le grand rouleau compresseur de la mono-culture sonore est en route.Sixième élément positif: dans un domaine particulier dont l\u2019importance sociologique n\u2019est pas niée, quelles que soient les opinions philosophiques des uns et des autres, est né un groupe de pression appelé «Église Wallonie», qui revendique pour les catholiques wallons comme pour ceux de Corse, comme pour ceux de Catalogne ou comme pour ceux du Québec, une structure ecclésiale qui leur soit propre et où ils ne soient plus «mino-risés», avec cinq évêques wallons dans une conférence épiscopale belge qui en compte dix-sept.Voilà quelques hirondelles, mes chers amis, pour annoncer un printemps, printemps qui fasse éclore un travail à long terme et qui permette de dire clairement que l\u2019objectif ne peut plus être de réaménager la Belgique pour la sauver, mais de libérer la Wallonie et de libérer Bruxelles d\u2019un système belge grâce auquel la Flandre en tandem là aussi avec des compagnies multi-nationales domine notre peuple.Ce sont les hommes de ce peuple qui, depuis qu\u2019ils ont conquis les libertés communales au Moyen-Âge, depuis qu\u2019ils ont fondé New York au 16e siècle, se sont illustrés dans tant de domaines.Mais à qui ont-ils affaire comme interlocuteurs?Tous les responsables politiques flamands ne cessent de répéter: «On ne négociera plus sur Fouron».En bonne allemand, c\u2019est du diktat.«On ne négociera plus sur la périphérie bruxelloise».«On ne «régionalisera» que ce qui nous plaît à nous Flamands, et vous continuerez à payer pour le port de Bruges.» Alors, que faire?Quel est le défi aujourd\u2019hui pour les Wallons?Rester des mendiants vis-à-vis de l\u2019État belge?Se contenter des miettes que laissent les patrons de l\u2019État belge?Accepter le sort de colonie?Suivre les voies de la servitude?Ou changer, être adulte, vouloir être région d\u2019Europe à part entière?Refuser la dépendance?Compter sur ses propres forces et sur votre solidarité? LA 8e CONFÉRENCE 749 Rapport du Père Léger Comeau, président de la Société nationale des Acadiens et Vice-recteur de l\u2019Université Sainte-Anne L\u2019année 84-85 fut un bon cru en terme d\u2019épanouissement du peuple acadien.Est-ce que les fêtes du centenaire de notre drapeau ont su raviver les forces intrinsèques que caractérisent notre peuple?Poser la question c\u2019est peut-être déjà y répondre.Nous disons autres temps, autres moeurs.À cela nous ajoutons, «autres temps, autres mœurs, même peuple!» La vitalité et la vivacité qui nous caractérisent sont pour nous porteuses de continuité.Mais cette continuité n\u2019est pas exempte de vulnérabilité.Vivre son «acadienneté» comme vivre sa francité, c\u2019est accepter de vivre dangereusement, toujours menacé.Cette menace perpétuelle ne doit pas être démobilisante, mais bien plutôt le stimulus nécessaire à l\u2019éveil permanent.Par ailleurs le défi des années 80 et de l\u2019an 2000, c\u2019est de permettre aux différents nationalismes francophones qui nous habitent de se transformer en outils modernes de développement.Pour ce faire, nous avons à démontrer que la francité rapporte économiquement, scientifiquement, et technologiquement.Et ce disant, nous nous devons tout de même de consolider nos échanges culturels et notre solidarité politique.Le peuple acadien en est rendu à un stade où, s\u2019il parle moins d\u2019autonomie, il la fait peut-être un peu plus.Nous assistons depuis quelques années à la mise sur pied de nouveaux organismes acadiens qui s affranchissent d\u2019anciennes structures bilingues.Mentionnons les différents conseils économiques, associations d\u2019enseignants, regroupements de jeunes, de travailleurs sociaux, de conseillers scolaires, d\u2019agriculteurs, des jeux d\u2019Acadie, et bientôt d\u2019association de municipalités acadiennes et autres. 750 L\u2019ACTION NATIONALE Vails LA 8e CONFÉRENCE 751 Cet apprentissage de l\u2019autonomie dans les faits entraîne chez nous plus d\u2019assurance, donc de confiance du peuple.C\u2019est en ce sens par exemple que la Société nationale des Acadiens ne craint plus d\u2019affirmer le spécifique acadien dans des structures qui jusqu\u2019à présent nous échappaient.Deux exemples: le Conseil des premiers ministres des Maritimes avec qui nous avons ouvert un dialogue soutenu, et Parcs Canada où nous avons maintenant un comité consultatif acadien.Comme autre expression de cette autonomie, nous pensons au consensus dégagé dans plus de 250 mémoires acadiens présentés auprès du Comité consultatif sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick.Les mémoires acadiens ont presque tous revendiqué la dualité dans les ministères et la régionalisation comme lieu d\u2019expression privilégié du pouvoir.L\u2019Acadie d\u2019aujourd\u2019hui est donc plus éduquée et se sent plus compétente pour gérer ses propres affaires, et le crie très haut.Par ailleurs, la mise en branle de neuf projets de radio communautaire constitue une étape importante du devenir acadien.Cette prise de parole électronique deviendra un de nos principaux outils d\u2019affirmation et de résistance.Une multitude d\u2019autres dossiers se développent de front à savoir le développement touristique, l\u2019association acadienne pour l\u2019administration de l\u2019éducation, l\u2019implantation réelle d\u2019un Radio-Canada français en Nouvelle-Écosse, l\u2019amplification des fêtes de Grand-Pré, le développement d\u2019écoles acadiennes en Nouvelle-Écosse et à l\u2019île du Prince-Édouard, la production d\u2019un manuel scolaire commun aux trois provinces pour l\u2019automne 87.Par ailleurs, le développement d\u2019un quotidien pour l\u2019ensemble des Acadiens du Nouveau-Brunswick progresse lentement mais sûrement.Sur des plans plus individuels, mentionnons que l\u2019Acadien Paul LeBlanc a gagné un Oscar pour les costumes et maquillages du film «Amadeus» de Milos Forman, et que monsieur Gérard Laforest est le premier Acadien à avoir été nommé juge de la Cour Suprême du Canada.Sur le plan de nos relations avec vous, les communautés ethniques de langue française, le momentum se maintient et prend même de l\u2019ampleur malgré nos faibles moyens.Nous avons tout 752 L\u2019ACTION NATIONALE de même réussi à décrocher un petit montant de notre ministère canadien des Affaires extérieures afin d\u2019alimenter nos relations avec vous.La France reste jusqu\u2019à présent notre principal coopérateur.Près d\u2019une centaine d\u2019Acadiens se rendent en France à chaque année dans le cadre de ces échanges.Depuis deux ans nous avons réussi à développer des échanges privilégiés avec la Communauté française de Belgique.L\u2019intérêt particulier que nous portons à cette communauté provient du fait que nous avons de part et d\u2019autre un vécu bilingue plein d\u2019enseignements à partager.Nous espérons pouvoir en faire autant avec le peuple jurassien à moyen terme.Nous avons, de plus, échangé une quinzaine de jeunes Acadiens avec une quinzaine de jeunes Louisianais cette année.Nous comptons nous rapprocher des Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre.Le développement le plus spectaculaire dans nos relations avec d\u2019autres peuples francophones est celui qui se vit avec le peuple québécois, notre voisin limitrophe.L\u2019ouverture prochaine d\u2019une maison de l\u2019Acadie au Québec constitue pour nous un pas important dans l\u2019épanouissement de notre «acadien-neté».La campagne majeure de financement qui doit faciliter cette représentation de l\u2019Acadie au Québec risque d\u2019être déterminante pour nous.L\u2019objectif, qui vise à créer un Fonds de Fiducie de plus d\u2019un million de dollars pour nous rendre plus autonome financièrement, est primordial.Nous aurions beaucoup d\u2019autres choses à vous dire.Plus que jamais, nous avons le vent dans les voiles.Nous sommes convaincus qu\u2019une Acadie forte ne peut que renforcer l\u2019épanouissement de chacune de vos communautés.Plus qu\u2019une Acadie de 300,000 Acadiens des Maritimes, nous espérons pouvoir interpeller les 3,000,000 d\u2019Acadiens dispersés dans le monde.Pour ce faire, l\u2019appui de chacune de vos communautés devient prépondérant.L\u2019Acadie a été, est, et sera. LA 8« CONFÉRENCE 753 Rapport de M.Gilles Rhéaume, président du Mouvement national des Québécois Afin de permettre à ceux et celles parmi vous qui ne connaissent pas le Mouvement national des Québécois de mieux saisir le rôle de notre association, j\u2019aimerais vous en présenter brièvement les buts et objectifs.Le MNQ est une fédération qui groupe 14 Sociétés nationales implantées sur l\u2019ensemble du territoire.Plus de 150,000 personnes sont associées à la vie de nos organisations.Les Sociétés Saint-Jean-Baptiste, aussi appelées Sociétés nationales des Québécois, ont été fondées il y a plus de 150 ans, par le journaliste patriote Ludger Duvernay avec pour mission d\u2019alimenter la conscience nationale du Canada français.À cette époque, le Parti patriote, indépendantiste avant la lettre, souhaite la constitution d\u2019une république française sur les bords du Saint-Laurent.Depuis ce temps, les Sociétés n\u2019ont jamais cessé de répéter, à temps et à contretemps, que les francophones d\u2019ici constituent un peuple qui se doit d\u2019aspirer à la pleine jouissance des droits inhérents à toute communauté nationale.À la fin des années soixante, la fédération reconnaît la nécessité et l\u2019urgence de réaliser l\u2019indépendance.Toutes nos ressources et toutes nos énergies se veulent alors une contribution à la lutte nationale de notre peuple.Plusieurs événements se sont produits depuis la Conférence de Brive-la-Gaillarde, tenue en 1982.Nous nous devons de relever d\u2019abord que les séquelles négatives des résultats référendaires sont maintenant choses du passé.Une lecture lucide et positive du scrutin du 20 mai 1980 s\u2019impose désormais.Nous pouvons maintenant analyser objectivement ces résultats et affirmer que malgré le chantage, l\u2019intimidation et la manipulation, la moitié des francophones du Québec a répondu «OUI» à la fameuse question. 754 L\u2019ACTION NATIONALE
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