L'action nationale, 1 novembre 1986, Novembre
[" /Action NATIONALE Volume LXXVI, numéro 3, novembre 1986 MURALE STATION DE MÉTRO PAPINEAU I I I LU» ^ TT- mm La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard Arès Thérèse Baron René Blanchard Paul-A.Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise C.-Brochu Marcel Chaput Jean-Charles Claveau Claude Duguay Pierre Dupuis Philippe Gélinas Alban Jasmin Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Georges Meyers Denis Monière Jacques-Yvan Morin Anna L.-Normand Jean-Marcel Paquette Charles Poirier Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Léonard Roy André Thibaudeau Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXVI, numéro 3, novembre 1986\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t GÉRARD TURCOTTE:\tLa sens de la continuité\t\t203 MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS:\tDéclaration\t\t205 NICOLE BOUDREAU:\tL\u2019enseignement de l\u2019anglais en première année\t\t210 HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON:\tLa trêve linguistique vit ses derniers beaux jours\t\t.212 ROLAND BÉGUELIN:\tSolidarité du Jura avec les États francophones\t\t215 JEAN-LOUIS BOURQUE:\tLe Québec en attente de constitution .\t217 ODINA BOUTET:\tL\u2019indépendance sans référendum\t\t223 JEAN-D.ROBILLARD:\tLes ingérences du fédéral\t\t232 MARCEL LÉGER:\tLe Québec doit dire non à toute signature\t\t246 MICHEL BROCHU:\tLa participation du Québec aux Jeux olympiques et à l\u2019Exposition universelle d\u2019Australie\t\t248 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS:\tNous avons encore besoin d\u2019une pensée économique nationaliste .\t251 GÉRARD TURCOTTE:\tUne institution centenaire\t\t254 GILLES RHÉAUME:\tLes Patriotes, ces ancêtres inconnus\t\t256 ONIL PERRIER:\tUn anniversaire majeur\t\t265 YVON LAROSE:\tLes procès des Patriotes\t\t269 MICHEL GERVAIS:\tFaut-il privatiser la recherche?\t\t272 MICHEL BROCHU:\tCombien de fleuves au Québec?\t\t275 LÉANDRE FRADET:\tLe chanoine Groulx, un valeureux patriote\t\t278 GÉRARD TURCOTTE:\tDes anniversaires à célébrer\t\t281 GÉRARD TURCOTTE:\tJe me souviens\t\t283 JEAN-GUY YELLE:\tLettre à Monsieur Turner\t\t284 LE DIRECTEUR:\tDans notre courrier\t\t287 LE DIRECTEUR:\tL\u2019Action nationale questionne ses lecteurs\t\t288 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: GÉRARD TURCOTTE Administrateur: JEAN GENEST Secrétaire-adjoint: DONAT PLANTE Photographe: PAUL HAMEL Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) 25,00$\t45,00$ 30.00\t50,00 35.00 «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans l\u2019Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2>ème trimestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 162 L\u2019ACTION NATIONALE 195 LE GROUPE noua valeur (noria) Podium BOTANIX 196 L\u2019ACTION NATIONALE CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 ROBERT DESFORGES, C.A.DESFORGES, GERMAIN, CA.210 ouest boul.Crémazie, bureau 2, Montréal, Qc H2P 2S4 388-5738 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE 197 .nos besoins de protection évoluent.Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L'Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins.Assurance-vie Desjardins âch*V^efev! .V* 198 L\u2019ACTION NATIONALE ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL LE PA YS LE PA YS est le journal du Parti indépendantiste.Il est publié six fois par année.Lancé pour diffuser la parole indépendantiste et continuer le combat de la libération nationale, LE PA YS a besoin de votre soutien pour devenir un grand jour nal.Vous y lirez des analyses fouillées de notre situation nationale et y trouverez des arguments percutants pour expliquer le sens de notre lutte.Le coût d\u2019un abonnement de soutien est de 10$.Je désire m\u2019abonner au journal Le Pays.Vous trouverez ci-joint la somme de 10$.NOM .ADRESSE.TÉL.: .Retournez ce coupon réponse à l\u2019adresse suivante: LE PA YS, Parti indépendantiste, C.P.363 suce.St-Michel, Montréal, H2A 3M1 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois L\u2019ACTION NATIONALE 199 La qualité de notre service est notre principale préoccupation.'électrifficacité a 200 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947 par Lionel Groulx NOM ADRESSE 4 forts numéros par année BULLETIN D'ABONNEMENT Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA 30,00$ 14.00 50.00 30.00 AUTRES PAYS 34,00$ 18,00 54.00 34.00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 relations Un magazine chrétien d\u2019analyse et de réflexion sur l\u2019actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublique \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Église \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d\u2019actualité Abonement 1an(10nos)\t12,50$ à l\u2019étranger\t14,50$ par avion\t20,00$ 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 Non- Adresse_______________________\u2014 code postal L\u2019ACTION NATIONALE 201 LES ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE LANCERONT EN NOVEMBRE 1986 UN VOLUME DE 400 PAGES PAR JEAN-DENIS ROBILLARD: UNE LENTE AGONIE C\u2019EST LE DOSSIER À LA FOIS LE PLUS ÉCLAIRANT ET LE PLUS ÉCRASANT SUR LES DANGERS ET LES RECULS VÉCUS PAR NOTRE NATION FRANÇAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC.LE VOLUME SE VENDRA VINGT DOLLARS DÈS LE 1er NOVEMBRE 1986.TOUTEFOIS ON PEUT L\u2019OBTENIR EN SOUSCRIPTION SPÉCIALE À QUINZE DOLLARS AVANT LE 1er NOVEMBRE \u2014 IL SERA ENVOYÉ AUX SOUSCRIPTEURS DÈS QU\u2019IL SORTIRA DES PRESSES.ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE.82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL, H2X 1X3 (tél.845-8533) 202 L'ACTION NATIONALE LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre\tPrix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF.Synthèse de nationalisme canadien-français de 1917 à 1963.260 pages.2$\t- LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on a fêté le centenaire de sa naissance Seul volume sur sa vie et son travail.Études de: Angers, Arès.Allen, Barbeau, Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix, Rémillard, Dionne, Tétreault, Genest 1968, 288 pages.5$ Volume indispensable et très actuel.Illust.\t________________ LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, Brunet, Filion, Laporte, Laurendeau, P.-E.Trudeau, 1957, 135 pages.2$.\t- LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers, Arès.Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacques-Yvan Morin.1972.148 pages.2$.\t- ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès.Gagnon, Létourneau, Harvey, etc.188 pages, 1976.5$.Illustré.\t- LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme.1976,160 pages 3$\t- LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS.3 volumes (dont celui de février 1968 est épuisé).\t- I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov -déc.1967, 275 pages 3$.\t- II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin, 1969, 640 pages 7$\t- LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS.Par Angers, Arès, Beaupré.Castonguay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud.1975,172 pages.2$.\t- L\u2019ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent.Enquête sur le problème national des Québécois francophones.1962,180 pages.2$.\t- POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DÉFINITIVEMENT FRANÇAIS.Par Angers,.DOCUMENT majeur sur la langue au Québec.1977.2$.\t- LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole.Avril 1977.104 pages 2$ - AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE.Où en est l'Acadie?Et si le Québec se sépare9 Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur leur futur La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle.Nov.-déc.1977.180 pages.3$.\t- L\u2019ACADIE AUX ACADIENS.180 pages 3$\t- LE RÉFÉRENDUM, Juin 1979, 22 pages.6$\t- John Grube BÂTISSEUR DE PAYS.1981.250 pages 12$\t- F -A.Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS.280 pages 5$\t- Jean Genest: JOSEPH-ENA GIROUARD.52 pages Illustré 5$.\t- AVONS-NOUS BESOIN DE L\u2019INDÉPENDANCE?96 pages Illustré 4$\t- 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 LE SENS DE LA CONTINUITÉ 203 Éditorial Le sens de la continuité par GÉRARD TURCOTTE C\u2019est avec beaucoup de fierté que je me retrouve aujourd\u2019hui au sein des continuateurs du remarquable travail accompli par les diverses équipes qui se sont succédé tant à l\u2019Action française, de 1917 à 1929, qu\u2019à l\u2019Action nationale, depuis 1933.Ayant connu la plupart des membres de ces équipes, étant un lecteur assidu de la revue depuis cinquante ans, je considère comme un honneur insigne de m\u2019inscrire dans cette continuité, mais je suis très conscient de la responsabilité que cela comporte.Les principes qui ont animé aussi bien les pionniers de la Ligue des droits du français, en 1912, que ceux qui l\u2019ont transformée en Ligue d\u2019action française en 1920, et en Ligue d\u2019action nationale, en 1933, sont toujours d\u2019actualité, ainsi que les objectifs et les priorités qu\u2019ils s\u2019étaient fixés.Je vous renvoie au manifeste adopté le 5 septembre 1985, publié dans le dernier numéro de la revue.Ce texte est fidèle à toutes les positions de principes antérieures, soit celles de 1913, de 1920, de 1933 et de 1957.Les priorités que s\u2019est données la Ligue pour 1986-87, et qui constitueront les thèmes majeurs de la revue pour les prochains mois, portent sur la lutte linguistique, les problèmes constitutionnels, le regroupement des forces nationalistes et la démographie du Québec.Autant de sujets que n\u2019ont cessé de traiter l\u2019Action française et l\u2019Action nationale, tout au long de leur histoire.C\u2019est donc dans le sens de la continuité que la revue poursuit son oeuvre.Dans le présent numéro, des articles mettent également en évidence les Patriotes de 1837 et 1838.Novembre 1986, mois des Patriotes, donne en quelque sorte le coup d\u2019envol des célébrations du 150e anniversaire de leur épopée.Les pages de notre histoire qu\u2019ils ont écrites de leur sang doivent être exposées tout au long de l\u2019année, afin qu\u2019elles stimulent les patriotes d\u2019aujourd\u2019hui. 204 L\u2019ACTION NATIONALE C\u2019est notre volonté d\u2019attirer régulièrement l\u2019attention de nos lecteurs sur l\u2019anniversaire d\u2019événements historiques, dont le rappel ne peut nous laisser indifférents.Dans le présent numéro apparaît un questionnaire à l\u2019intention de nos lecteurs et lectrices, afin de connaître leur appréciation de la facture actuelle de L\u2019Action Nationale et leurs suggestions pour son amélioration.Le nouveau directeur souhaite vivement recevoir un nombre imposant de questionnaires complétés, car la compilation orientera certainement ses décisions et celles des directeurs de la Ligue pour les prochains mois.Françoise Gaudet-Smet (1902-1986) Une vie de fidélité À l\u2019occasion de sa mort, les hommages et les témoignages à Françoise Gaudet-Smet ont jailli de tous les milieux, aussi touchants et vibrants les uns que les autres.Durant plus de soixante ans, elle n\u2019a cessé de communiquer aux Québécois et Québécoises le goût de vivre et le goût d\u2019agir.Ce qu\u2019elle a semé, avec amour et ferveur, va continuer longtemps à germer, à pousser, à fleurir.Françoise Gaudet-Smet a été journaliste, écrivain, éducatrice, animatrice, éveilleuse, apôtre de la vie terrienne et familiale; elle a touché à tout, innové et créé.Son énergie, son dynamisme et son enthousiasme de jeunesse se sont maintenus jusqu\u2019à ses derniers jours.Ce qu\u2019il faut le plus retenir de cette grande Québécoise, c\u2019est sa fidélité: toute sa vie, elle a été fidèle à son milieu rural, fidèle aux traditions chrétiennes et nationales du peuple québécois.Elle a bien mérité de la PATRIE. DÉCLARATION 205 Déclaration par le MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS Nous formons un peuple distinct! Cette identité distincte, nous l\u2019avons forgée au cours des siècles, sur ce territoire qui nous appartient.Elle marque notre façon particulière de vivre et de concevoir le monde.De tout ce qui nous distingue, un fait plus que tout autre, dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, et placés où nous le sommes, fonde notre différence: c\u2019est notre langue.Le français, c\u2019est le fil conducteur de notre histoire, le ciment de notre cohésion et la manifestation de notre volonté de vivre ensemble.Cette différence, nous entendons la vivre pleinement.Cette différence est menacée.Elle l\u2019était hier, elle l\u2019est aujourd\u2019hui, elle le sera toujours, quoi que nous fassions.Elle l\u2019est, parce que nous sommes les voisins des États-Unis, ce pays d\u2019un quart de milliard d\u2019habitants qui fait peser l\u2019influence de son poids et, par conséquent, de sa langue sur le monde entier, et d\u2019abord sur nous, si proches d\u2019eux et si peu nombreux.Cela, qui était vrai hier, le sera plus encore demain, dans ce monde de libre-échange, de réseaux informatiques et de communications universelles.Cette différence, elle est menacée aussi parce que nous sommes englobés dans un système politique qui s\u2019appelle le Canada, lequel assure aux Anglophones et à leur langue les droits du majoritaire et interdit aux autorités du Québec les moyens de défendre cette différence, comme cela a été prévu dès 1867 et comme cela vient d\u2019être confirmé en 1982.Un peuple sur lequel pèsent des forces adverses et des volontés hostiles; un peuple à qui l\u2019on conteste le droit d\u2019user de tous les moyens indispensables à la défense de sa langue: voilà ce que nous sommes.Voilà pourquoi nous sommes menacés.Mais l\u2019avenir reste ouvert, car s\u2019il y a des forces adverses, il y a aussi des éléments positifs.Ne sommes-nous pas, ici, les plus nombreux?N\u2019avons-nous pas une tradition séculaire de lutte pour notre langue?N\u2019avons-nous pas démontré notre capacité à vivre notre siècle?Ne disposons-nous pas d\u2019une langue qui est langue de progrès et d\u2019ouverture sur un monde multi-ethnique et pluri-continental? 206 L\u2019ACTION NATIONALE Surtout, nous disposons ici d\u2019un solide point d\u2019appui: un État capable d\u2019agir, à la condition que nous lui en insufflions la volonté.C\u2019est grâce à cet État qu\u2019au cours des vingt dernières années, nous avons commencé à donner à notre langue les moyens de sa reconquête.En faisant confiance, pour notre langue, à notre État, nous avons fait comme tant d\u2019autres de par le monde, aussi bien de petits peuples qui revenaient de loin, que les plus grands, bien décidés à maintenir leur position dominante, comme les Canadiens anglais ou les Américains des États-Unis.Le service que l\u2019État seul pouvait rendre à notre langue, nos dirigeants ont mis du temps à en prendre conscience, et ils n\u2019y sont venus que pas à pas: Duplessis en 1937, Lesage en 1961, D.Johnson en 1967.Pour louables qu\u2019ils étaient, ces gestes de nos dirigeants restaient ponctuels, limités, hésitants, et, surtout, entachés de contradictions, comme celui de Jean-Jacques Bertrand et de son funeste Bill 63, comme celui de Robert Bourassa dont la Loi 22 n\u2019a réussi qu\u2019à insatisfaire les uns et à provoquer la riposte des autres.Heureusement, il y eut la Charte de la langue française, cette Loi 101, qui traduisait enfin, après tant de tâtonnements et d\u2019hésitations, notre volonté de sortir le français de sa position d\u2019assiégée pour en faire la langue connue, pratiquée et vécue par tous, et pour ainsi créer, en Amérique du Nord, un véritable foyer de culture distincte, capable d\u2019échapper à la domination continentale de l\u2019anglais.Pour cela, il fallait briser les limites et les préjugés hérités du passé: c\u2019est ce que fait la Charte.C\u2019est une loi pour le français, mais sans unilinguisme français intégral, car la Loi 101 reconnaît formellement les langues de nos frères amérindiens et inuits, encourage la pratique des langues issues de l\u2019immigration, et reconnaît à l\u2019anglais une part dont il n\u2019a même pas besoin pour exister ici.Cette loi touche à de nombreux aspects de notre vie nationale, car elle concerne aussi bien l\u2019État que l\u2019École, aussi bien le visage que les rouages de l\u2019Économie.Tous et chacun de ces aspects sont importants.Liés, ils porteront leurs fruits, mais isolés, ils seront condamnés au triste sort des demi-mesures.La Loi 101 a été votée en août 1977, et elle a déjà permis au français de marquer des points.C\u2019est pourquoi, elle a rencontré DÉCLARATION 207 la faveur populaire.Mais, c\u2019est pourquoi, aussi, elle a suscité l\u2019hostilité de plusieurs.Cette loi est menacée, en effet, par les agissements de ses adversaires.Une propagande adverse en appelle à notre tradition d\u2019inquiétude, à nos habitudes de bonhomie pour nous faire douter de la légitimité de cette loi et pour nous faire lâcher prise.Un discours sirupeux, des propos lénifiants voudraient nous faire croire que tout va bien et que l\u2019avenir nous appartient déjà.Comment cela ne menacerait-il pas un peuple trop souvent enclin à douter de lui-même, dont une longue histoire lui a appris à se contenter de peu et qui est tellement sollicité par les difficultés d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019il n\u2019a pas le temps de s\u2019inquiéter de l\u2019avenir?Cette loi est menacée! Elle est même déjà atteinte, car on lui a fait subir d\u2019importantes amputations, dans ses dispositions favorables au français aussi bien comme langue de l\u2019État et de l\u2019École que comme langue du travail.De plus, le gouvernement actuel s\u2019apprête à l\u2019affaiblir encore plus.La mode actuelle, certes passagère, mais ô combien dangereuse, du «moins d\u2019État» annonce, en effet, une période de mollesse dans l\u2019application de cette loi.Or, la mollesse serait, en l\u2019espèce, la pire des erreurs.La défense, la promotion du français, c\u2019est pour nous une question d\u2019intérêt vital.Voyez les pays qui nous entourent! Ce n\u2019est jamais avec mollesse, c\u2019est toujours avec fermeté, détermination et intransigeance qu\u2019ils défendent leurs intérêts vitaux.Ce qui est nécessaire, bon et juste pour eux l\u2019est sûrement aussi pour nous.C\u2019est parce que nous avons compris cela que, nous du Mouvement Québec français, sommes dans la bataille.Nous, c\u2019est-à-dire les organisations syndicales (Centrale de l\u2019enseignement du Québec, Confédération des syndicats nationaux, Lédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Alliance des professeurs de Montréal), l\u2019Union des producteurs agricoles, l\u2019Association québécoise des professeurs de français, les sociétés d\u2019animation patriotique (Mouvement National des Québécois, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal).Nous l\u2019avons compris à l\u2019époque du Bill 63, et c\u2019est pourquoi nous nous sommes rassemblés pour le combat dès 1971, et que nous avons combattu la Loi 22, cette loi 208 L\u2019ACTION NATIONALE de la chèvre et du chou.C\u2019est parce que nous l\u2019avons compris que nous avons applaudi à l\u2019adoption, en août 1977, de la Loi 101.Et c\u2019est aussi pourquoi nous avons combattu la «clause Canada» contenue dans le «rapatriement» effectué par Trudeau et ses amis en 1982.Nous ne voulons pas d\u2019une demi-Loi 101.Nous voulons une Loi 101 pleine et entière, intégralement appliquée.Parce que cela est indispensable pour donner au français toutes ses chances de vivre et d\u2019espérer.Nous voulons que le français triomphe partout au Québec, dans nos villes, dans nos villages, dans nos rues, pour qu\u2019enfin il n\u2019y ait plus chez nous de ségrégation territoriale.Nous voulons que le français triomphe dans toutes les activités et à tous les niveaux, depuis les sommets où se formule le commandement politique et économique jusqu\u2019aux niveaux où celui-ci s\u2019applique, pour qu\u2019enfin il n\u2019y ait plus chez nous de ségrégation sociale.Nous voulons que le français soit connu, pratiqué et vécu par tous, aussi bien par ceux dont il est la langue maternelle que par les autres, pour qu\u2019enfin il n\u2019y ait plus chez nous de ségrégation entre eux et nous.Du français partout, du français pour tout, du français pour tous: voilà notre objectif.Et voici ce pour quoi, aujourd\u2019hui, nous remontons en ligne: \u2014\tÉtablir le français comme seule langue du commandement législatif et judiciaire.Cela veut dire rétablir les articles 7 à 13 de la Loi 101, déclarés contraires à l\u2019ordre constitutionnel de 1867.\u2014\tOuvrir plus grande la voie de l\u2019École française, en ne permettant pas que l\u2019École des Anglo-Québécois serve d\u2019écran entre ceux qui viennent ici et la société francophone.Cela veut dire rétablir les articles 72 et 73 de la Loi 101, déclarés contraires à l\u2019ordre constitutionnel imaginé en 1982.\u2014\tS\u2019assurer que les Anglophones, qui ont reçu de l\u2019État le privilège d\u2019enseigner dans leur langue, préparent leurs enfants à vivre dans une société française, sans lacunes linguistiques.Cela veut dire veiller à l\u2019application rigoureuse de l\u2019article 84 de la Loi 101. DÉCLARATION 209 \u2014\tPromouvoir, accroître, consolider la part du français dans le visage que présente chez nous l\u2019activité économique et commerciale.Cela veut dire maintenir l\u2019affichage français que prescrit l\u2019article 58 de la Loi 101.\u2014\tSoutenir, appuyer et accélérer le processus de francisation de nos entreprises et renforcer le contrôle démocratique qu\u2019exercent sur ce processus les comités de francisation.\u2014\tVeiller au maintien de ces foyers d\u2019action et de réflexion linguistiques que sont la Commission de protection de la langue française, le Conseil de la langue française et l\u2019Office de la langue française, et s\u2019assurer que ceux-ci disposeront des moyens indispensables à la poursuite de leurs missions.Toutes ces mesures sont nécessaires.Tout ce qui est en deçà est insuffisant.Tout ce qui s\u2019y oppose doit être combattu.Ce que nous voulons: un Québec français.C\u2019est notre raison d\u2019être comme mouvement.C\u2019est notre volonté comme peuple.Nous le voulons pour nous-mêmes, pour échapper à notre condition de minoritaires.Nous le voulons aussi pour les autres.Pour tous ces immigrants qui viennent enrichir notre communauté nationale et qui trouveront ainsi les moyens de vivre pleinement la vie au Québec.Pour le Canada anglais qui, dans sa lutte pour son identité culturelle, a droit de trouver à côté de lui un peuple qui aura su défendre sa langue et sa culture.Pour les Américains des États-Unis qui apprendront ainsi qu\u2019entre voisins d\u2019un même continent le dialogue des langues et des cultures peut se pratiquer aussi d\u2019égal à égal.Nous le voulons enfin pour toutes les langues et pour toutes les cultures qui, partout dans le monde, subissent la même pression que nous et qui puiseront dans nos luttes et dans nos succès la preuve que le combat est nécessaire et que la victoire est possible. 210 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019enseignement de l\u2019anglais en première année par NICOLE BOUDREAU La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal s\u2019élève avec vigueur contre la légèreté avec laquelle le ministre de l\u2019Éducation, Claude Ryan, a traité de la grave question de l\u2019enseignement de l\u2019anglais dès la première année, lors de sa conférence de presse du mardi 30 septembre.Il a, en effet, lancé l\u2019idée d\u2019une telle possibilité dès l\u2019année scolaire 1987-1988, dans le cadre de l\u2019annonce d\u2019une série de modifications plus ou moins importantes aux régimes pédagogiques du primaire et du secondaire.Ayant lui-même participé, notamment par ses éditoriaux dans Le Devoir, aux plus récents débats publics auxquels a donné lieu, depuis plus de quarante ans, l\u2019enseignement précoce d\u2019une langue seconde, dont l\u2019anglais pour les jeunes francophones, Claude Ryan devrait certainement savoir et être conscient qu\u2019il vient de jeter de l\u2019huile sur le feu, au moment même où des organismes représentatifs des forces vives du Québec, tel le Mouvement Québec français, reprennent la lutte contre les violateurs de l\u2019esprit et de la lettre de la Charte de la langue française.À moins que cette manoeuvre s\u2019inscrive dans un scénario bien planifié, dont la législation des illégaux constituait le premier acte, scénario auquel applaudit Alliance Québec et dont l\u2019objectif plus ou moins caché serait le retour au Bill 63.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal s\u2019est toujours opposée, avec succès d\u2019ailleurs, à plusieurs tentatives d\u2019enseigner l\u2019anglais en première année, notamment de la part de la CÉCM, entre autres lors de la résolution Taddéo, adoptée, avec une seule dissidence, le 25 août 1977.Elle dénonce aujourd\u2019hui avec la même vigueur que dans le passé le projet du Ministre de l\u2019Éducation, non seulement parce qu\u2019il contrecarre l\u2019esprit et les objectifs de la Charte de la langue française, mais parce qu\u2019il rejette les conclusions de deux études majeures, faites, il y a quelques années, l\u2019une sous les auspices de l\u2019UNESCO, selon lesquelles l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde est mieux réussi L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019ANGLAIS EN PREMIERE ANNÉE 211 quand il ne commence pas trop tôt.Les deux rapports concluent qu\u2019il vaut mieux commencer, après le cours primaire seulement, l\u2019étude d\u2019une langue seconde.D\u2019ailleurs, l\u2019Ontario nous donne un exemple frappant à ce sujet.En effet, la loi ontarienne stipule, à l\u2019article 258, paragraphe V, de la Loi sur l\u2019éducation, que l\u2019enseignement de l\u2019anglais dans les écoles françaises de cette province ne devrait commencer qu\u2019en cinquième année du niveau élémentaire.Voyez le paradoxe.Si Claude Ryan donne suite à son projet, le Québec angliciserait sa majorité plus vite que l\u2019Ontario, sa minorité.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ne s\u2019oppose pas à ce que les Québécois et Québécoises apprennent l\u2019anglais à l\u2019école.Elle préconise même que l\u2019enseignement de l\u2019anglais au Québec soit de meilleure qualité, ce qui répondrait aux désirs des parents.Mais, pour assurer cette qualité, elle maintient la position qu\u2019elle a toujours maintenue, soit que l\u2019enseignement de l\u2019anglais ne doit commencer qu\u2019après le cours primaire, alors que les étudiants devraient normalement avoir acquis une bonne connaissance de leur langue maternelle.En conséquence, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal demande au Mmistre de l\u2019Éducation de retirer son projet avant que ne se soulève et s\u2019organise une opposition qui, dans le passé, a toujours réussi à bloquer les tentatives de bilinguiser nos propres écoles. 212 L\u2019ACTION NATIONALE La trêve linguistique vit ses derniers beaux jours* par HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON Il n\u2019existe pas cent moyens de s\u2019assurer de la survie d\u2019une société française dynamique au Québec.Il n\u2019y en a qu\u2019un et c\u2019est le NOMBRE.Tant que les Québécois francophones formeront une confortable majorité sur leur territoire et légiféreront dans le sens de leur développement, cette survie pourra être envisagée.Ce nombre crucial, on peut l\u2019atteindre de deux manières: par la natalité ou par l\u2019immigration.La démocratie n\u2019est pas autre chose que le pouvoir de la majorité, quel que soit le moyen retenu pour réussir à la former.La solution nataliste ne nous permet pas, à court terme, d\u2019entretenir ici la moindre illusion.Autres temps, autres mœurs.Le taux de natalité au Québec est actuellement le plus bas de toutes les provinces canadiennes.Dans une ou deux générations à peine, nous ne serons guère plus de quatre millions pour le déplorer.Même les pays européens dotés d\u2019anciennes et fort généreuses politiques familiales échouent les uns après les autres à motiver les couples à l\u2019égard du «troisième enfant» qui, statistiquement, ferait toute la différence.Et nos politiques familiales en sont encore à l\u2019âge de pierre.Reste la solution de l\u2019intégration automatique des néo-Québécois à la langue et à la culture majoritaire.C\u2019était la solution retenue par la Charte de la langue française qui, via la clause Québec, s\u2019était démarquée des mesures incitatives, efficaces et contestées des législations linguistiques antérieures.Cette loi qui devait s\u2019avérer l\u2019une des plus populaires auprès des Francophones avait jusqu\u2019ici permis au Québec de connaître une appréciable trêve de paix linguistique.Désormais, les immigrants savaient à quoi s\u2019en tenir: s\u2019ils choisissaient le Québec, ils choisissaient en même temps de vivre et de faire éduquer leurs * Article paru dans La Presse du 14 juin 1986. LA TRÊVE LINGUISTIQUE 213 enfants en français.Si l\u2019idée leur déplaisait, ils poursuivaient leur route vers l\u2019une des neuf autres provinces du Canada.La cause semblait entendue.Créée sous les auspices de la démocratie et de l\u2019ouverture à «l\u2019autre culture».Alliance Québec, à ses débuts, n\u2019était pas censée remettre ce principe fondamental en cause.Selon les propos réitérés de son fondateur Eric Maldorff, les membres de son mouvement reconnaissaient non seulement la légitimité, mais encore l\u2019irréversibilité du caractère français de la société québécoise.Tout au plus souhaitaient-ils se réunir pour protéger les droits de leur minorité et pour «épurer» les nouvelles législations de quelques «irritants» mineurs.Bons enfants comme toujours, les Québécois ont longtemps prêté une oreille bienveillante à ces «nouveaux anglophones» de bonne volonté qui battaient leur coulpe pour les péchés de leurs pères.Le statut de minorité au Québec ne comporte d\u2019ailleurs pas que des inconvénients lorsqu\u2019on est conforté par une écrasante majorité au Canada.Soutenue par de généreux fonds fédéraux dits «d\u2019aide aux minorités», Alliance Québec a donc prospéré.Depuis cinq ans, elle a porté victorieusement devant les tribunaux des sujets toujours plus nombreux «d\u2019irritation».Elle a réussi à limer patiemment plusieurs dents d\u2019une législation pourtant généreuse: dans toute autre province canadienne, des mesures symétriques eussent dépassé les attentes les plus folles des minorités françaises qui s\u2019y étiolent sous l\u2019œil attristé du Commissaire aux langues officielles chargé de prononcer annuellement sur leur sort la prière des agonisants.Avec l\u2019arrivée des libéraux à Québec, Alliance Québec se fait toutefois entendre de manière plus insistante encore.L\u2019amnistie générale prononcée en faveur des élèves néo-québécois illégalement inscrits à l\u2019école anglaise lui permet désormais de nourrir l\u2019espoir de voir ses nouvelles demandes agréées par le gouvernement.Devenue gourmande, Alliance Québec vient d\u2019en oublier du coup ses solennelles allégeances de fondation à l\u2019égard du Québec français.Dans une déclaration récente, son président, M.Michael Goldbloom, ne se contente plus de réclamer la clause Canada 214 L\u2019ACTION NATIONALE déjà inscrite au programme du Parti libéral et désastreuse pour les régions limitrophes dont Gatineau-Hull.Il ne réclame rien de moins désormais que le libre choix de l\u2019école anglaise pour tous les enfants dont les parents auront reçu une éducation anglaise dans quelque pays du monde que ce soit.Les membres d'AI-liance Québec, parmi lesquels on compte des sommités universitaires fort versées en démographie, savent trop bien de quoi ils causent pour parler d\u2019inadvertance.Il s\u2019agit bien ici de saper à la base la seule alternative qui reste aux Québécois d\u2019expression française pour tenter d\u2019enrayer le phénomène de leur irréversible minorisation par la dénatalité: les empêcher d\u2019intégrer en bloc les immigrants à leur langue et à leur culture.Le chat ne ronronne plus et ne se frôle plus à nos jambes, il sort désormais ses griffes. SOLIDARITÉ DU JURA 215 Solidarité du Jura r avec les Etats francophones par ROLAND BÉGUELIN La section de la République et Canton du Jura se plaît à saluer d\u2019abord la section québécoise, qui nous reçoit avec tant de chaleur.Le Jura, dernier né parmi les États, nourrit des affinités particulières avec le Québec.Des aspirations, des dangers, des problèmes existentiels, des expériences et des espoirs analogues lient nos peuples sentimentalement.Mais aussi sur d\u2019autres plans.C\u2019est si vrai que des accords ont été signés entre les gouvernements du Québec et du Jura.De ce fait, deux ministres jurassiens se sont joints à notre délégation afin de s\u2019entretenir avec leurs collègues du gouvernement québécois.La section jurassienne, à peine constituée, s\u2019était donné notamment pour tâche de favoriser la naissance de sections de l\u2019Association internationale des parlementaires de langue française dans les cinq autres États francophones de la Confédération suisse.Non sans succès, puisque vient d\u2019être créée une section dans la République et Canton de Genève.Elle est représentée ici par Mme Beck-Henry.C\u2019est une bonne nouvelle.Genève, qui abrite tant d\u2019institutions internationales, se devait d\u2019être présente au sein de notre association.La Suisse, comme vous le savez, a refusé d\u2019adhérer aux Nations unies par le truchement d\u2019un scrutin populaire.Il n\u2019y a pas lieu de s\u2019en réjouir, mais sachez que notre section, par une déclaration publique, s\u2019était engagée clairement et fermement en faveur des Nations unies et de la solidarité entre tous les peuples.Nous nous sommes également manifestés à l\u2019occasion du Sommet de la francophonie.Nous n\u2019avons pas admis qu\u2019en Suisse, les autorités fédérales refusent de siéger, à part entière, à la table de ceux qui, dans le monde, se réclament de la langue française.Nous avons écrit au Conseil fédéral.Avec une rare 216 L\u2019ACTION NATIONALE unanimité, les autorités et la presse de Suisse romande ont manifesté leur indignation, au point que le gouvernement fédéral a fini par envoyer deux observateurs à Paris.Mais cela ne saurait nous satisfaire.En vue du prochain Sommet, qui se tiendra à Québec, nous interviendrons de nouveau, et nous battrons le rappel pour que la Suisse et ses États cantonaux de langue française soient représentés de plein droit selon les formules appliquées au Canada et en Belgique.Que je vous parle encore du Jura.Notre jeune État se soucie d\u2019atteindre les objectifs qu\u2019avait définis par avance le mouvement d\u2019émancipation à l\u2019oeuvre depuis 1947.Il s\u2019agit fondamentalement de garantir les positions du français, langue nationale et officielle des Jurassiens.Dans une Confédération allemande aux trois quarts, le péril est constant.Les minorités latines sont menacées.Le Parlement de la République et Canton du Jura, pour sa part, a chargé le gouvernement de présenter un projet de loi linguistique.D\u2019autres pays nous ont précédés dans cette voie, en particulier le Québec.Ainsi, des modèles nous sont offerts, qui seront à la base de nos travaux.Réglementer l\u2019affichage public, s\u2019assurer que les immigrants s\u2019intégrent dans notre communauté linguistique, se préoccuper des intérêts des consommateurs, voilà qui est légitime, voilà qui est nécessaire.Mais, nous tous, tant que nous sommes, savons que cela ne saurait suffire à assurer la pérennité d\u2019une langue.Le lieu où se joue principalement l\u2019avenir de la langue française, c\u2019est bien sûr l\u2019école.Nous autres, Jurassiens, l\u2019affirmons en connaissance de cause.Je dis l\u2019école française, qui forme les générations montantes, mais j\u2019ajoute \u2014 et c\u2019est capital \u2014 la scolarisation, ceci pour les pays où elle n\u2019est pas encore achevée.Là est le creuset du français universel.Texte d\u2019une allocution prononcée à Québec devant l\u2019Association internationale des parlementaires de langue française. LE QUÉBEC EN ATTENTE DE CONSTITUTION 217 Le Québec en attente de constitution par JEAN-LOUIS BOURQUE, politicologue.1- Nature et importance d\u2019une constitution Le Québec vit présentement dans une drôle de situation au point de vue juridique et politique: il n\u2019a toujours pas adhéré à la nouvelle Constitution du Canada, rapatriée unilatéralement de Londres malgré l\u2019opposition presque unanime de l\u2019Assemblée nationale du Québec, en 1981, voici 5 ans! Est-ce un mal nécessaire?Peut-on longtemps être membre d\u2019un État fédéral sans adhérer à sa Constitution, tout en étant régi par cette Constitution?La première question à laquelle il faut une réponse est celle de l\u2019importance d\u2019une Constitution.Est-ce un exposé de grands principes philosophiques vagues et passe-partout avec lequel tout le monde est d\u2019accord, et, dans ce cas, pourquoi ne pas y adhérer?Est-ce au contraire un document de base qui constitue réellement un pays en décrivant clairement son mode de fonctionnement?Si c\u2019est le cas, et si l\u2019adhésion du Québec semble si problématique, pourquoi rester membre d\u2019une Confédération dont on ne peut accepter le mode de fonctionnement?La Constitution d\u2019un pays, c\u2019est le texte le plus fondamental et le plus important qui soit, parce que c\u2019est celui-là même qui influence directement et quotidiennement la vie des peuples et des sociétés.La Constitution d'un pays renferme les lois, les Chartes et les textes fondamentaux qui déterminent la forme et les limites du gouvernement, qui détermine l\u2019étendue des pouvoirs de l\u2019État et qui définit les principes de la souveraineté nationale, c\u2019est-à-dire pourquoi et comment un peuple a le pouvoir de décider par lui-même de ce qui est bon pour lui.C\u2019est la Constitution qui détermine quelles sont les langues qui sont officielles, à qui on doit payer les impôts et comment; qui s\u2019occupe de l\u2019agriculture, du transport, de l\u2019armée, des vil- 218 L\u2019ACTION NATIONALE les, de la culture et de l\u2019éducation, du commerce, de la monnaie, des relations internationales et de la politique étrangère, de déterminer quels sont les pouvoirs et les devoirs des citoyens, etc.Elle a donc préséance sur toutes les autres lois qui doivent être en accord avec l\u2019esprit et la lettre de cqtte Constitution.Comme un gouvernement gouverne par les lois et leur application, il est limité par les garanties que la Constitution offre aux citoyens.Le contenu d\u2019une Con titution est donc loin d\u2019être sans intérêt et sans importance.On ne peut pas décréter qu\u2019on s\u2019en occupe après les questions de pain et de beurre, de croissance économique, de chômage et de plein emploi ou de développement social.Les solutions à toutes ces questions sont intimement liées aux pouvoirs dont dispose le gouvernement et aux institutions que s\u2019est donné le peuple pour veiller à la qualité des solutions.Ce qui fait la force d\u2019une Constitution, c\u2019est l\u2019adhésion majoritaire du peuple qu\u2019elle régit et protège; ce peuple est souverain dans la mesure où il a le pouvoir d\u2019approuver et de modifier sa Constitution selon certains mécanismes qu\u2019il a acceptés.2- Le problème constitutionnel canado-québécois Que le peuple québécois se sente tenu à l\u2019écart et peu concerné par la question constitutionnelle ne saurait surprendre: comment s\u2019affirme la légitimité d\u2019une Constitution qui prétend régir deux peuples, alors que l\u2019un de ces deux peuples n\u2019a pour ainsi dire pas participé à son élaboration, et qu\u2019aucun de ces deux peuples ne l\u2019a démocratiquement accepté, que le Parlement de l\u2019un de ces deux peuples n\u2019y a jamais adhéré?Toute l\u2019histoire du Canada et du Québec butte sur cette double question: la reconnaissance même de notre existence en tant que peuple libre, complet et maître de ses destinées et la soumission coloniale à une Constitution qui ne nous con' ent pas.Cette question a été au centre même du psycho-drame canadien-québécois incarné pendant vingt ans par le tandem Trudeau-Lévesque et elle le demeurera tant que le Québec n\u2019aura pas compris que son destin national est lié aux choix constitutionnel qui se présente à lui: adopter sa propre Constitution ou accepter et subir celle des autres de façon minoritaire.Autrement dit, le Québec a le choix de devenir un pays indépendant, vlibre, complet et reconnu» ou de demeurer une pro- LE QUÉBEC EN ATTENTE DE CONSTITUTION 219 vince de plus en plus comme les autres, au mieux l\u2019une des cinq régions du Canada où l\u2019on parle (encore) le français, et dont on pourrait exploiter l\u2019aspect de curiosité touristique et folklorique en Amérique du Nord.Il serait abusif de déduire du NON à la question alambiquée du Référendum de 1980 que le Québec a dit OUI à la diminution de ses pouvoirs, OUI au bilinguisme et au multiculturalisme et donc à l\u2019assimilation en douce, et NON à un droit de veto adulte et responsable.Rien ne peut permettre de penser que le gouvernement du Québec ait le mandat de renoncer à ses responsabilités et à ses devoirs envers le peuple québécois, dans la perspective de son cheminement et de son développement historique.Ce gouvernement pourrait-il cependant décider d\u2019adhérer à la Constitution et à une formule d\u2019amendement sans consulter le peuple du Québec?3- Le peuple est absent des grands débats Ceci revient à se demander quelles sont les limites du pouvoir d\u2019un gouvernement démocratiquement élu.La plupart du temps, les électeurs ne savent pas trop pourquoi ils portent tel parti au pouvoir: les raisons peuvent varier d\u2019un groupe à l\u2019autre, d\u2019un citoyen à un autre, à tel point que l\u2019on en arrive à mieux savoir pourquoi on se débarrasse d\u2019un gouvernement que pourquoi on en élit un autre.Deux choses sont alors faussées: la légitimité des initiatives du gouvernement en place: a-t-il véritablement le droit de tout faire «sauf de changer un homme en femme»?; le bon fonctionnement de la démocratie représentative: les dirigeants que l\u2019on choisit pour tel programme, telle tendance ou philosophie politique ont-ils le droit d\u2019en changer en cours de route et d\u2019en arriver à faire les politiques de leurs adversaires?Cette ambiguïté du processus électoral, combinée à l\u2019effet des joutes publicitaires qui tiennent lieu de campagne électorale, permet de comprendre pourquoi les questions les plus fondamentales échappent au peuple qui en réalité devrait être le seul détenteur réel de la souveraineté.Le choix du montant et de l\u2019orientation des dépenses militaires échappe au processus démo cratique des élections, le choix du libre-échange ou du protectionnisme, les choix de politique étrangère et surtout le choix fondamental, celui de sa Constitution, échappent au peuple' 220 L\u2019ACTION NATIONALE 4- Les demandes inacceptables du gouvernement Bourassa Le gouvernement libéral de Robert Bourassa n\u2019a reçu aucun mandat de la population pour intégrer le Québec au Canada, pas plus que René Lévesque n\u2019en avait reçu pour l\u2019en sortir.Monsieur Lévesque était démocrate.Il a préféré consulter la population par voie référendaire.Il aurait pu à toute fin pratique sortir le Québec du Canada en disant que la population qui l\u2019avait élu connaissait son programme et savait qu\u2019elle élisait un gouvernement indépendantiste.La population qui a porté le gouvernement Bourassa au pouvoir l\u2019a fait en sachant plus ou moins comment il piloterait ce dossier capital et vital pour l\u2019avenir du peuple du Québec.Les seuls qui pourraient l\u2019empêcher de signer n\u2019importe quoi sont ceux qui l\u2019ont porté au pouvoir, c\u2019est-à-dire Y establishment financier, plus la minorité anglophone qui expriment bien peu leur point de vue sur ce sujet et qui en minimisent l\u2019importance.Dans un contexte où tout le monde répète que cette question n\u2019est pas prioritaire, qu\u2019elle est plus ou moins importante (même Pierre-Marc Johnson a déjà dit que l\u2019on ne se battait pas dans les autobus pour cette question), alors que bien des immigrants savent qu\u2019elle est vitale et fondamentale parce qu\u2019elle concerne tout le monde, parce qu\u2019elle est la Loi fondamentale des lois d\u2019un pays.Monsieur Bourassa reste sur la défensive.Il ne parle plus de PEUPLE, mais de «société distincte», ce qui est une tautologie.Il tente de sauver les meubles en demandant que soient protégés les quelques pouvoirs secondaires que possède encore le Québec par une limitation du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral.Il essaie de réparer les erreurs des «grands stratèges» péquistes qui, dans leur grande naïveté, ont échangé le droit de veto que le Québec exerçait dans les faits, même sans l\u2019avoir explicitement, contre une mise en état de minorité permanente que les autres provinces ont immédiatement exploitée en mettant au point avec le gouvernement fédéral l\u2019accord qui a permis le rapatriement unilatéral.Ce fut la «nuit des longs couteaux».Le Québec serait-il mieux protégé s\u2019il obtenait de nommer 3 des 9 juges de la Cour Suprême?Comment 3 juges sur 9 pourraient-ils véritablement influer sur les destinées du peuple LE QUÉBEC EN ATTENTE DE CONSTITUTION 221 canadien et de la Confédération canadienne?Combien de juges seront de langue française et de culture québécoise?Est-il pensable d\u2019avoir en plus des 3 juges du Québec, un juge francophone du Manitoba et un de l\u2019Acadie?Les juges pourront-ils sauver ce qui n\u2019est plus dans les textes de la Constitution?La Cour Suprême a déjà déclaré inconstitutionnels certains articles de la Loi 101.Rien ne laisse présager qu\u2019elle protégerait les pouvoirs actuels du Québec, même si les provinces anglaises en acceptaient le principe.Comment Bourassa pourrait-il signer une telle démission?Comment pourrait-il accepter d\u2019être celui qui a livré le Québec pieds et poings liés, alors que, depuis 225 ans, personne n\u2019a jamais osé le faire?5- La volonté tacité du fédéral et du Canada anglais Que veut le Canada, maintenant que le Québec a dit NON à la souveraineté-association dont il était si proche?Que le Québec devienne une province comme les autres, une des cinq grandes régions du Canada avec une administration locale et régionale et qu\u2019il se fonde dans la grande culture canadienne?La vision de l\u2019ancien Premier Ministre Trudeau se résume désormais à peu près à ceci: «One State, One Nation, One Language!» Un État unitaire et centralisateur, le Canada; un peuple, le peuple canadien.-anglais; une culture: la culture américaine; une langue, avec une tolérance de bilinguisme et de multiculturalisme pour donner aux Québécois et à la diaspora francophone en voie d\u2019extinction une voie d\u2019extinction acceptable.Monsieur Mulroney cherche un «règlement honorable» pour le Québec, «dans la paix et la dignité».Que propose son gouvernement aux Canadiens?Il n\u2019est pas pressé de le dire! Que veulent les provinces canadiennes-anglaises?Fortes de leur pouvoir, le problème ne les intéresse guère: le Québec n\u2019a qu\u2019à devenir une province bilingue, c\u2019est-à-dire de plus en plus anglophone.(Comment 2% de Francophones résisteraient-ils à 98% d\u2019Anglophones en Amérique du Nord?) Ce n\u2019est même plus un «carré de sucre à côté d\u2019un hectolitre de café!» Le Québec devrait accepter de recevoir des réfugiés et des immigrants unilingues anglophones (des Tamouls, par exemple) qui chercheront à s\u2019intégrer à la majorité canadienne et serviront les intérêts de la minorité anglophone du Québec contre les intérêts de la majorité francophone en appuyant l\u2019affichage unilingue anglais, 222 L'ACTION NATIONALE le système d\u2019éducation parallèle, les journaux, la radio et la télévision anglaises.Le Québec devrait accepter de perdre certains de ses pouvoirs dans les domaines de juridiction partagée.Le Québec devrait accepter de voir son développement contredit par le pouvoir énorme de dépenser du gouvernement fédéral.Le Québec devrait accepter de voir Radio-Canada noyer systématiquement Radio-Québec sous l\u2019énormité de ses moyens financiers.Québec devrait se contenter d\u2019accepter les décisions du CRTC en matière de contingentement des émissions francophones sur les ondes des radios québécoises.Le Québec, renvoyé dans les ligues mineures, acceptera-t-il de ne plus jouer dans les ligues majeures7 Mais au fond, le Québec est-il libre d\u2019adhérer ou de ne pas adhérer à la Constitution canadienne?Y est-il soumis tant qu\u2019il n\u2019y a pas souscrit?Tout donne à penser que OUI, puisqu\u2019elle est en vigueur et qu\u2019au nom de cette Constitution, la Cour Suprême a pu déclarer inconstitutionnelle certains morceaux des lois québécoises.6- La solution au dilemme: l\u2019indépendance du Québec L\u2019adhésion du Québec est-elle nécessaire pour qu\u2019on puisse passer à l\u2019étape suivante, la réforme de cette vieille Constitution?Si le Québec adhère, en tant que province soit une sur dix ou même en tant que région soit une sur cinq, quel poids politique aura-t-il pour influencer la réforme envisagée?Il sera nettement soumis au vote démocratique dont il aura accepté les règles du jeu.Il aura accepté sa soumission.Si le Québec n\u2019adhère pas, cela portera-t-il à conséquences?Aura-t-il part aux négociations de modification de la Constitution?À titre de quoi?de consultant?d\u2019observateur?de membre sans droit de vote?Il sera soumis, mais contre son gré à des modifications décidées sans lui.Il sera contraint à la soumission.Par qui?Par quoi?Et si la soumission s\u2019avère trop coûteuse, pourra-t-il tirer les conséquences du fait qu\u2019il n\u2019a pas signé la Constitution, ne plus s\u2019y soumettre et déclarer sa non-dépendance, c\u2019est-à-dire son Indépendance et faire sa propre Constitution?Le peuple seul a la réponse.Encore faudrait-il qu\u2019on lui pose la bonne question! 223 L\u2019indépendance sans référendum par ODINA BOUTET Sur le chemin de l\u2019indépendance, une ligne de conduite se dégage des expériences des autres et des nôtres.Il nous est loisible de mettre à profit des connaissances qui vont assurer notre avance maintenant.Ce n\u2019est pas le fait que des hommes se soient effondrés, après certaines tentatives, à la direction du Parti québécois, qui a le plus d\u2019importance pour nous.N\u2019oublions pas que, dans nos efforts pour sortir du fonctionnement politique du fédéralisme canadien, de ses partis et de ses mécanismes, nous sommes des néophytes, des petits nouveaux.L\u2019idée de faire l\u2019indépendance du Québec, en se basant uniquement sur le système démocratique des partis et du Parlement québécois, va s\u2019enrichir d\u2019un savoir que nous devons d\u2019abord accumuler, pour nous en faire un répertoire à consulter et analyser ensuite.De cette connaissance politique nouvelle, puisée en dehors des horizons restreints de la pensée fédérale-provinciale et de ses tiraillements organisés, nous allons tirer des décisions qui vont guider nos pas.Nos relations, qui s\u2019étendent désormais plus ouvertement avec les Communautés ethniques de langue française, vont nous permettre d\u2019accueillir généreusement l\u2019opinion de professeurs et d\u2019hommes politiques qui n\u2019auraient pas trouvé ici, au début du siècle, un meilleur accueil que celui qui avait été réservé à André Siegfried.Le blocage, que le système politique canadien fait sur les esprits, avait utilisé une fois de plus sa peur, pour mobiliser les é, uvantails et les ombres.L\u2019expérience des autres De ces hommes qui peuvent désormais être mieux entendus chez nous, il y a M.Daniel Seiler, professeur en sciences politiques à l\u2019Université de Lausanne en Suisse.Il a tenu, devant les participants à la 8^ conférence des Communautés ethniques de langue française, à Trois-Rivières, en août 1985, des propos extrêmement intéressants.L\u2019Action Nationale, dans son numéro 224 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019avril-mai 1986, les rapporte en entier.Retenons immédiatement de ses observations des conclusions d\u2019ordre pratique qu\u2019il faudrait garder en vue, si nous voulons qu\u2019un gouvernement québécoise pose un jour les jalons de l\u2019indépendance.Relisons, bien attentivement, les extraits suivants: «11 faut savoir que les grandes révolutions, les indépendances et autodéterminations ne sont jamais sorties des urnes électorales! Si le référendum avait existé, les États-Unis seraient restés colonies de sa très Gracieuse Majesté, la Russie serait capitaliste, la Belgique serait hollandaise et la France offrirait à Reims et à Versailles des pompes monarchiques qui n\u2019auraient rien à envier à celles de Westminster ou de Buckingham Palace!» (L\u2019idée maîtresse de l\u2019auteur, dans ces propos et ceux qui vont suivre, est que la population est mise devant le fait accompli et que, dans les cas où elle aura à se prononcer, elle n\u2019aura plus qu\u2019à ratifier une situation, sans avoir à faire l\u2019effort contre sa peur de l\u2019inconnu: d\u2019abord l\u2019action, le vote ensuite!) «Lorsque, d\u2019aventure, il y a un appel aux urnes, il s\u2019agit de plébiscites où le peuple est convié à ratifier des décisions déjà prises en son nom! Ainsi, en 1905, le gouvernement norvégien proclama l\u2019indépendance qu\u2019il fit ratifier par une population enchantée que le pas hasardeux fût sauvé sans qu\u2019elle eût à se prononcer avant! Les Islandais attendirent durant un siècle une indépendance politique totale acquise par étapes: parlement local en 1874, autonomie interne en 1904, union personnelle \u2014 c\u2019est-à-dire indépendance de fait \u2014 en 1918, et enfin proclamation de la République en 1944, Seule la dernière étape fut soumise à plébiscite.» «Il y a là une sorte d\u2019équivalent politique du principe d\u2019inertie.Les historiens de la Révolution \u2014 Soboul ou Vovelle \u2014 s\u2019entendent pour constater qu\u2019elle fut l\u2019œuvre d\u2019une minorité plus ou moins suivie par des populations attentistes.Les mêmes conclusions peuvent être avancées pour les deux Révolutions anglaises, la Révolution américaine ou la Révolution d\u2019Octobre.On sait que la France entière ne fut résistante qu\u2019à la Libération.» «C\u2019est pourquoi les plébiscites organisés ex post donnent des résultats inverses de ceux des référendums organisés ex ante: entre-temps, le changement à ratifier est devenu l\u2019ordre établi!» L\u2019INDÉPENDANCE SANS RÉFÉRENDUM 225 Un peu de sang-froid On ne doit pas passer trop rapidement sur de pareilles observations.Non seulement elles ont sur la démocratie un éclairage de grande signification, mais elles comportent des leçons d\u2019ordre pratique pour les activités politiques.Nos pieuses dévotions envers la démocratie, soigneusement alimentées par ceux qui nous gouvernent et y trouvent notre docilité, devraient se départir de trop de naïveté.La démocratie est un moyen, ce n\u2019est pas une fin.C\u2019est un moyen qui se justifie dans le temps, qui a ses commodités et ses avantages.Mais ce n\u2019est pas une religion, elle n\u2019est pas divine et elle n\u2019est pas sans fautes.Le contraire serait impossible, car elle fonctionne par l\u2019organisation de populations qui n\u2019ont d\u2019éducation et de vertus que celles qui sont les plus faciles à chaque tempérament.L\u2019admiration que nous avons pour certaines de ces populations n\u2019est le plus souvent que le fruit de leur belle apparence et de notre propre ignorance.Ainsi, pour des décisions aussi importantes que l\u2019indépendance d\u2019un pays, la souveraineté d\u2019un peuple et sa liberté de mouvement à l\u2019intérieur d\u2019une constitution politique, force nous est de constater que la démocratie fonctionne après coup et non pas avant, chez des peuples que nous trouvons très démocratiques aujourd\u2019hui.Quelques-uns de ces mêmes peuples ne se gêneraient pas pour nous refuser le droit d\u2019en faire autant pour nous-mêmes, si nous devions leur soumettre notre droit.Mais tel n\u2019est pas le cas et nous allons voir pourquoi.La force des choses Ici même, au Canada, la nouvelle constitution politique, dite rapatriée, n\u2019est pas autre chose que le fruit d\u2019un complot nocturne, duquel le Québec a été intentionnellement écarté, puisqu\u2019il se faisait contre lui.Cet accroc fait aux belles apparences a temporairement gêné les «grands démocrates» canadiens, mais leur partialité a été plus forte que leur remords et ils n\u2019y ont rien changé.Pendant ce temps, notre pieuse fidélité québécoise à la démocratie se scandalisait de n\u2019y voir qu\u2019une faute, ignorant que c\u2019était une coutume.Car le complot tramé contre le Québec fai- 226 L\u2019ACTION NATIONALE sait suite à une promesse contraire, au cours d\u2019un respectable référendum, trahi lui aussi par la même démocratie canadienne.L\u2019Histoire de ce pays est remplie d\u2019événements où la démocratie ne vient qu\u2019après le fait accompli.Hâtons-nous de comprendre que, dans les cas de force, la démocratie ne s\u2019applique qu\u2019après coup, et non pas avant ni pendant.Sommes-nous capables d\u2019envisager les choses de cette façon?Ce qui justifie l\u2019action, quand elle a lieu à un certain niveau du pouvoir et qu\u2019elle revêt une certaine ampleur, c\u2019est la force.L\u2019action est alors une réplique à la nature, rien de moins qu\u2019à la nature, car la nature humaine est une force, tandis que la démocratie n\u2019est qu\u2019une convention.Or, nous savons que les «grands démocrates» canadiens ne respectent pas nécessairement les conventions: même la plus haute cour de justice canadienne n\u2019y peut rien, quand, par exemple, les hommes politiques ne respectent pas une convention où le pouvoir de veto du Québec était reconnu.Ce genre de situation nécessite une réplique, sans quoi l\u2019impuissance est mortelle: le Parti québécois a commencé à se désagréger par la suite, l\u2019esprit s\u2019est affaibli et la direction s\u2019est mise à errer.Quelle réplique fallait-il donner au Canada?Je dirais que, maintenant, sachant ce que nous savons, l\u2019occasion de faire l\u2019indépendance était alors meilleure que lors du référendum.Le niveau de la faute du Canada envers le Québec justifiait, plus qu\u2019il ne faut, la réplique.Non seulement le Canada avait fauté contre la démocratie québécoise au moment du référendum, mais il rendait improbable une justice canadienne envers le Québec.Les modalités d\u2019une proclamation d\u2019indépendance québécoise, dans cette situation, étaient fort simples: déclaration d\u2019indépendance d\u2019abord et appel au vote de la population par la suite au moment opportun.Voilà quelle était la réplique qui convenait à la nature des choses.Nous avons une expression populaire qui dit: il n\u2019est jamais trop tard pour bien faire.Quand monsieur Seiler dit que la population de Norvège était enchantée de n\u2019avoir pas à se prononcer sur son indépendance avant qu\u2019elle fût proclamée par son gouvernement, il ne dit pas qu\u2019elle était différente de toutes les autres, mais simple- L\u2019INDÉPENDANCE SANS RÉFÉRENDUM 227 ment pareille.Pourquoi en demander plus, à la population du Québec, que ce qui est requis des populations les plus fières et les plus démocratiques de l\u2019occident?Les étapes Notre bon jugement doit porter sur le moment opportun où il convient de proclamer l\u2019indépendance du Québec.Pour s\u2019y préparer, il faut utiliser toutes les ressources de l\u2019intelligence humaine.La capacité d\u2019établir dans les esprits, tant adverses que partisans, la fatalité d\u2019une pareille action exige un ensemble d\u2019adresses où se fondent la détermination inébranlable, les ménagements les plus diplomatiques et, surtout, la conviction répandue partout que notre gouvernement se tient prêt à proclamer l\u2019indépendance du Québec à la première occasion favorable.Dans la population québécoise, la confiance exige des dirigeants qui ne manquent pas de la détermination inébranlable, qui ne choquent pas inutilement, parce qu\u2019ils savent utiliser les ménagements diplomatiques, et qui manifestent leur force de dissuasion, après l\u2019avoir définitivement recouvrée dans l\u2019intention de proclamer l\u2019indépendance au moment opportun.Chez les adversaires, leur victoire lors du référendum et leur complot contre le Québec se retournent aussi définitivement contre eux, de sorte qu\u2019ils devront désormais user eux-mêmes de véritables ménagements envers le Québec, sachant que l\u2019indépendance est prête et que plus leur provocation sera grande, plus la proclamation de l\u2019indépendance sera imminente.La démocratie doit également jouer pour nous le même rôle que celui dont se satisfont les peuples que nous reconnaissons comme de grands démocrates.Respectons en elle ses qualités, mais n\u2019en écrasons pas notre peuple avec des exigences angéliques et ne retardons pas ad vitam æternam une vie démocratique réelle à laquelle il a droit.Car les formes démocratiques sont trompeuses, quand le calcul logistique du dominateur canadien a séparé les pouvoirs et les juridictions pour faire du peuple québécois un éternel dominé.Cette démocratie n\u2019est pas pour nous, elle est contre nous.Notre démocratie ne sera complète que le jour où le nombre 228 L\u2019ACTION NATIONALE de nos voix pourra «logistiquement» nous réunir, là où le Canada nous a séparés, sous prétexte de nous unir à d\u2019autres.Le caractère du parti Dans cette démarche pour nous réunir démocratiquement, il convient de parler du Parti Québécois.Il a eu derrière lui, dans ses meilleurs jours, un mouvement populaire très fort, qui l\u2019a poussé vers le pouvoir.Les temps ont changé.Il faudra refaire ce mouvement populaire et nous devrons mieux savoir quoi faire du pouvoir et quoi faire du parti.Le but ultime de l\u2019indépendance sera atteint si nous savons mieux définir les rôles de chacun et associer ensemble le parti, le gouvernement et le peuple, dans la compréhension de ce qui est réservé à chaque palier de la représentation.Par exemple, nous n\u2019aurons pas longtemps de mouvement populaire pour pousser le parti en avant, si ce dernier n\u2019est pas assez indépendant du gouvernement pour soutenir des buts plus lointains, pendant que le gouvernement doit mettre l\u2019accent sur ses devoirs ponctuels et les exigences de la conjoncture du moment.Ainsi, le gouvernement n\u2019a pas à annoncer tous les jours qu\u2019il va bientôt faire l\u2019indépendance, tandis que le parti, lui, doit le faire par ses membres, pour que la chose soit prête dans l\u2019esprit de tous.C\u2019est aussi de cette façon que le parti va créer le courant populaire qui ira grossissant et qui assurera le succès démocratique du mouvement.Cette différence dans les rôles et le mauvais fonctionnement d\u2019une structure qui n\u2019en tenait pas suffisamment compte, nous en connaissons les piètres résultats.Devant le sérieux d\u2019une mission comme celle qui a été confiée au Parti québécois, il va falloir que ses dirigeants acceptent de donner au parti plus d\u2019importance et plus d\u2019indépendance, face au gouvernement.Cela n\u2019empêche pas que règne une intelligence politique entre les deux, que l\u2019un n\u2019embête pas l\u2019autre inopportunément et qu\u2019un organisme de concertation soit prévu entre les deux pour que règne un esprit commun.Le succès et la crédibilité de l\u2019organisation, par ceux qui veulent nous mener vers l\u2019indépendance, sera précisément ce qui donnera confiance à notre peuple.Alors, il ne se sentira plus seul et il croira qu\u2019il peut être souverain et jouir de sa démocratie.Il L\u2019INDÉPENDANCE SANS RÉFÉRENDUM 229 saura qu\u2019il peut s\u2019organiser! Tandis que le contraire est plutôt démoralisant.L\u2019organisation qui prépare l\u2019indépendance est, en ce sens, quelque chose de sacré et ceux qui réussiront à créer autour d\u2019eux ce climat de confiance en auront compris les exigences.Distraits par un jeu Retenons bien les éléments du succès.Ne regrettons pas les étapes qui nous ont instruits d\u2019une expérience nouvelle et ajoutons-y le savoir qui nous vient d\u2019ailleurs.Les autorités canadiennes, qui nous ont enfermés dans leur constitution et qui nous ont bornés à leur petit jeu politique, devront maintenant admettre que nous avons plus à apprendre de notre propre ouverture sur le monde que de la leur.Ne perdons pas de temps à ressasser les victoires et les défaites.Laissons cela aux commentaires et aux nouvelles du jour.Le bon peuple est faible, et il aime savoir qui gagne et qui perd dans la partie.Il se passionne pour les hommes forts et il suit les courants gagnants.Il vote en masse pour les partis qui ont le vent dans les voiles.Mais le jeu politique canadien est fait de telle sorte que l\u2019actualité soit remplie de l\u2019intérêt des acteurs, gagnants et perdants, mais bien peu de celui du peuple québécois.Or, quand le peuple québécois est réduit et séparé en individus, rémunérés comme canadiens et montrés sous les couleurs canadiennes, il est bien difficile de trouver dans l\u2019actualité les intérêts d\u2019un peuple québécois.Il n\u2019y a plus de peuple, il n\u2019y a que des individus.Il s\u2019est effrité dans les libertés individuelles et il n\u2019y a pas d\u2019actualité pour sa personnalité et ses représentations.Non seulement les événements sont rapportés d\u2019un point de vue canadien, mais rien ne donne à penser aux Québécois dans quel sens iraient leurs intérêts.On se borne à la partie qui se joue entre des hommes et des partis, non pas entre des intérêts qui ne sont pas nommés ni évoqués explicitement.Les partis accaparent, superficiellement, la place et les intérêts supérieurs du peuple disparu derrière eux.Quand le Parti québécois a remis devant l\u2019actualité l\u2019existence d\u2019un peuple québécois, avant de se muer en pseudofédéraliste, il a donné à voir des points de vue québécois à la 230 L'ACTION NATIONALE population.Quand il a pris le pouvoir en 1976, les journalistes anglophones s\u2019attendaient à ce qu\u2019il instaure une agence de presse québécoise.Eux en avaient compris le rôle, habitués qu\u2019ils sont à utiliser un réseau de presse canadienne pour des points de vue canadiens.De la façon dont les partis politiques et les gouvernements fonctionnent au Canada, il n\u2019y a de sensible que le combat pour le pouvoir.Seuls les Anglophones peuvent y voir leurs intérêts communs, dans la mesure où les Francophones restents dominés, derrière une lutte de partis et de gouvernements dont la surface démocratique cache une partialité anglophone instinctive et permanente.Peu importe pour eux d\u2019être dans un parti ou dans un autre, ils ont toujours la majorité.Mais tel n\u2019est pas le cas pour les Francophones, qui se livrent quand même, et désespérément, à ce jeu.C\u2019est cette futilité que l\u2019actualité nous déguise, occupés que nous sommes à regarder le spectacle de ceux qui gagnent et de ceux qui perdent sur la scène.Nous n\u2019avons pas accès à nos intérêts sur cette scène et nous perdons même l\u2019idée que nous pourrions en avoir, ce qui est plus grave.Qui fera l\u2019indépendance?Nous n\u2019avons pourtant aucune qualité extraordinaire qui pourrait nous permettre de nous priver des moyens ordinaires dont se servent les autres peuples.Disposons-nous donc à proclamer l\u2019indépendance, comme l\u2019ont fait les autres peuples qui sont aujourd\u2019hui des démocrates reconnus.Organisons un parti politique qui puisse fonctionner selon les exigences d\u2019une pareille mission, et, préparons la population à soutenir, dans toutes les étapes, un mouvement d\u2019esprit aussi essentiel pour elle, pour sa vie démocratique et souveraine, avec un discours qui soit vraiment positif.Ne perdons pas de vue que le parti qui prépare l\u2019indépendance dans l\u2019esprit de la population est plus important que le gouvernement, qu\u2019il faut protéger ce parti contre son propre gouvernement si nécessaire, que c\u2019est non seulement l\u2019instrument qui assure l\u2019appui démocratique, mais aussi celui qui va garantir le coup de force de l\u2019indépendance au moment choisi. L\u2019INDÉPENDANCE SANS RÉFÉRENDUM 231 Nul ne sait que sera le gouvernement qui proclamera l\u2019indépendance.11 ne faut présumer de rien en politique.Le fait que le Parti libéral du Québec ait actuellement une lourde hypothèque anglaise, à cause de ce qu\u2019il doit à l\u2019appui populaire des Anglophones, ne doit pas nous tromper sur l\u2019opportunisme du pouvoir.Il a déjà perdu cet appui antérieurement et il pourrait le perdre encore et venir chercher celui des indépendantistes, de qui il obtiendrait de nouveau le pouvoir.Les raisons de faire l\u2019indépendance du Québec sont bonnes pour n\u2019importe lequel gouvernement.Le Parti libéral est cerné, d\u2019une part par les Anglophones et d\u2019autre part par le nationalisme québécois.S\u2019il accorde aux Anglophones ce qu\u2019ils lui demandent, il éveille le nationalisme qui va le renverser, tandis que s\u2019il refuse aux Anglophones, ce sont eux qui l\u2019abandonnent.Il devra un jour se ranger du côté du plus fort.Quand le parti de l\u2019indépendance aura fait son travail et que l\u2019idée de l\u2019indépendance du Québec sera bien ancrée dans l\u2019esprit de la population, c\u2019est le peuple qui détiendra le pouvoir sur les partis.Il sera alors vraiment souverain.Les partis devront s\u2019y soumettre pour en obtenir le pouvoir.C\u2019est lui qui décidera ce que les partis doivent lui offrir, de la façon dont il aura été éveillé à ses propres besoins.Une idée donnée fait son chemin, quand elle est soutenue et bien fondée.Le jour où elle sera installée tout naturellement jusque derrière la tête des Québécois, il ne sera pas facile à personne de l\u2019en déloger ni de passer à côté.Nous en connaissons de mieux en mieux les fondements, soyons prêts pour les modalités. 232 L\u2019ACTION NATIONALE Les ingérences du fédéral par JEAN-D.ROBILLARD À titre d\u2019introduction, nous citerons Jean-Jacques Bertrand qui représentait le Québec comme premier ministre, lors de la deuxième journée de la conférence fédérale-provinciale de 1969.Il avertit le gouvernement central, au cours de la discussion sur la répartition des pouvoirs, que son «manque de responsabilité, tant dans le partage des impôts que dans son intrusion fiscale, en particulier dans le domaine de la santé conduit directement à la ruine du régime fédéral».(12 février 1969.) Ainsi, Ottawa s\u2019arroge des droits propres au Québec; et cela n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui; effectivement, en 1884: Dans un article intitulé: «Le Québec souverain deviendra un pays normal» (Ici-Québec, vol.2, no 14), on nous apprend que le député de Trois-Rivières, Arthur Turcotte, écrit: «Ottawa empiète sur nos droits, Ottawa centralise systématiquement, Ottawa attente tous les jours à l\u2019autonomie de la province; et nous, Canadiens-Français, allons-nous rester insensibles en face de ces attentats répétés?» 1917: Le fédéral s\u2019ingère dans l\u2019impôt direct.(Afin de présenter un dossier plus complet, nous citerons presque intégralement Pierre de Bellefeuille qui présente brièvement la triste litanie de nos infructueuses relations fédérales-provinciales dans l\u2019Action Nationale de mars 1985, aux pages 686 et 687.) 1927: Le gouvernement central met la main sur les pensions de vieillesse.1932: Le fédéral s\u2019empare du domaine hautement culturel de la radio \u2014 invasion qui s\u2019étendra plus tard à la télévision \u2014 et se réserve le droit exclusif de la réglementer.1936: Ottawa crée la Banque fédérale des hypothèques, alors que le prêt hypothécaire relève du code civil du Québec.1941: Le gouvernement central envahit un domaine social exclusivement réservé aux provinces: l\u2019assurance-chômage. L\u2019INDÉPENDANCE SANS RÉFÉRENDUM 233 La même année, sous le prétexte de la guerre, Ottawa s\u2019empare des droits de taxation, droits réservés aux provinces, selon la Constitution de 1867.Il ne les restitua jamais.Une simple lettre de M.Godbout, premier ministre du Québec, suffit pour cette opération illégale.(Léandre Fradet, secrétaire «Les Amis de Lionel Groulx», l\u2019Action Nationale, janvier 1985, p.557.) 1942: Le même auteur de la citation précédente ajoute: «Après des promesses faites seulement aux nôtres, pendant près de 25 ans» et malgré le vote quasi unanime des Canadiens-Français qui s\u2019y opposent, Ottawa impose la conscription.Où est l\u2019esprit fédératif en toutes ces impositions?1945: Ottawa empiète sur le domaine provincial des allocations familiales.La même année, la fédéral s\u2019insère dans le domaine provincial du logement en créant la Société centrale d\u2019hypothèque et de logement.1947: Ottawa enlève au Québec d\u2019importants pouvoirs de taxation.Le Québec refuse des accords qui lèsent ses droits.1949: Le gouvernement central amende la constitution et se réserve le droit exclusif de la modifier, contrairement aux usages dans les autres pays fédéraux.Pendant cette même année, les appels au Conseil privé de Londres sont abolis, mais le gouvernement central nomme seul les juges qui auront à se prononcer sur les conflits Québec-Ottawa.1950: Le fédéral crée un ministère des Mines, dans un domaine de compétence provinciale.1951: Première ingérence fédérale dans le domaine de l\u2019éducation: les subventions aux universités.1952: De nouveau, Ottawa enlève au Québec d\u2019importants pouvoirs de taxation.1957: Ottawa récidive pour la troisième fois.Toujours cette même année, le fédéral légifère dans un domaine de compétence exclusivement provinciale, l\u2019assurance-santé. 234 L\u2019ACTION NATIONALE 1958: Ingérence du gouvernement central dans la voirie, de compétence provinciale.C\u2019est à la suite de cette nouvelle intrusion que Maurice Duplessis s\u2019écriait avec colère: «Ottawa nous vole notre butin.» (Ici-Québec, vol.2, no 14.) 1959: Le fédéral crée l\u2019Office national de l\u2019énergie, dans un domaine \u2014 les richesses naturelles \u2014 de compétence provinciale.1966: Ingérence d\u2019Ottawa dans l\u2019éducation des adultes.1967, 26 juillet: Il y a aussi la façon raffinée, presque inconsciente, comme le ver dans la pomme.Pierre Bourgault la dénonce dans La Presse en ces termes: «Les Canadiens-Anglais violent impunément les Québécois dans presque tous les domaines, ils se mêlent de nous imposer des façons de penser ou de vivre; ainsi la reine-mère d\u2019Angleterre vient de s\u2019ingérer dans nos affaires intérieures, en vantant les bienfaits de la Confédération, lors de son passage au Nouveau-Brunswick.» 1970,\t13 novembre: Jean Lévesque écrit dans ses Antipropos-.«Les menées centralisatrices du palier fédéral qui rompent ainsi d\u2019ailleurs le sens du Pacte de 1867, menacent de plus en plus l\u2019autonomie que doit connaître le Québec pour pouvoir vivre sa vie.Tantôt Ottawa empiète dans le domaine du revenu; tantôt il prétexte le mieux-être de tous les Canadiens pour élargir son champ de compétence dans le domaine social; le champ de la culture et de l\u2019éducation même, pourtant bien dévolu par la constitution aux paliers provinciaux, subit les ardeurs envahissantes d\u2019Ottawa».1971: Ingétence d\u2019Ottawa dans les questions municipales, qui sont de compétence exclusivement provinciale.1971,\t18 avril: Gilles Tanguay, président de la Corporation des ingénieurs du Québec, demande au fédéral, à l\u2019occasion du congrès annuel de son organisme, de respecter les lois du Québec.«Il est regrettable de constater que certains ministères fédéraux, certaines compagnies de la couronne n\u2019hésitent pas à transgresser ouvertement la disposition d\u2019une loi provinciale dans un domaine exclusivement du ressort de l\u2019État du Québec.» Ces cas sont assez fréquents et la CIQ doit traduire les responsables devant les tribunaux disciplinaires, ce qui devient LES INGÉRENCES DU FÉDÉRAL 235 assez onéreux.Tout cela serait évité si les lois du Québec étaient scrupuleusement observées sur son territoire.C\u2019est cette loi qui permet la pratique de cette profession dans notre province et qui stipule que tous les plans et devis de génie soient signés et scellés par un ou des ingénieurs membres de la Corporation.1971, 2 juillet: Dans Le Devoir, Lucien Saulnier dénonce une nouvelle intrusion du pouvoir central: 1-\tOttawa a franchi une nouvelle étape dans sa «crise de centralisation», en créant un département d\u2019État aux affaires urbaines.2-\t«Ottawa ne peut jamais s\u2019empêcher de mettre son nez dans les domaines de juridiction provinciale ou municipale.» 3-\tCette nouvelle intrusion du fédéral dans un domaine qui ne le concerne pas conduira à de nouvelles batailles constitutionnelles.en plus d\u2019occasionner une fois de plus un dédoublement des services municipaux et provinciaux.4-\tHistoriquement, Ottawa a toujours eu le don de créer de nouveaux problèmes lorsqu\u2019il se mêlait de questions qui ne le concernaient pas.M.Saulnier a cité l\u2019exemple de l\u2019habitation devenue «un désastre depuis 1940», année où cette question est devenue de juridiction fédérale.5-\tLes maires Marcel Laurin de Ville Saint-Laurent et Yves Ryan de Montréal-Nord n\u2019ont pas caché eux aussi leur opposition.6-\tCe dernier a déclaré qu\u2019Ottawa aurait mieux fait de fournir aux municipalités les outils qu\u2019elles réclament depuis des années, plutôt que de créer une nouvelle superstructure fédérale qui fera double emploi avec les villes, tout comme divers services, notamment dans les domaines de l\u2019immigration, du travail, de l\u2019habitation et de la main-d\u2019œuvre font déjà double emploi avec ceux du Québec.1973: Michel Brunet, historien, écrit: «Les Québécois savent depuis longtemps qu\u2019Ottawa, grâce à son pouvoir illimité de dépenser \u2014 E.Trudeau s\u2019amuse régulièrement à le leur rappeler \u2014 peut indirectement étendre sa compétence à des domaines que la Constitution ne lui confie pas en distribuant de l\u2019argent aux 236 L\u2019ACTION NATIONALE individus et aux institutions qui normalement devraient recevoir cette aide financière de l\u2019État provincial.» Un peu plus loin, Brunet continue: «Les provinces qui refusent de se rendre complices de ces empiétements du gouvernement fédéral sont ainsi privées de revenus qui leur appartiennent.» De 1947 à 1970, le Québec a perdu plusieurs centaines de millions, tout simplement parce qu\u2019il a demandé à Ottawa de respecter non seulement la lettre, mais l\u2019esprit de notre Constitution fédérale.1975, 7 juin: Yves Michaud décrit en éditorial, dans Le Jour, les problèmes concrets que nous occasionne Ottawa: 1-\tDans la Justice comme dans les Affaires sociales, en matière d\u2019immigration, de Main-d\u2019œuvre, de Santé, d\u2019Agriculture et jusque dans les secteurs sacro-saints des Affaires Culturelles et de Communications, le gouvernement d\u2019Ottawa a pris depuis cinq ans une telle avance, un tel leadership que le gouvernement du Québec n\u2019est plus rendu qu\u2019à exercer des fonctions mineures de sous-traitance des volontés et des décisions du pouvoir central.2-\tRevenons plus particulièrement à la Justice: Jérôme Choquette réclame pour le gouvernement du Québec une compensation financière équivalente aux avantages accordés à d\u2019autres provinces «pour les services rendus à icelles par la très respectée GRC.Il s\u2019agit d\u2019une bagatelle d\u2019au moins 60 millionsS soustraits aux contribuables québécois par le refus du gouvernement central d\u2019obtempérer aux multiples demandes de remboursement faites par le gouvernement du Québec.» Résultat: maintien de l\u2019intransigeance fédérale.1976: Jacques Brossard, juriste, émet ses idées sur le faux fédéralisme et démontre comment Ottawa détruit l\u2019autonomie du Québec: 1-\tles lois fédérales en matière de sécurité sociale et de santé se multiplient, même si la législation sociale relève des provinces; 2-\til en est de même des lois touchant l\u2019assurance-chômage et l\u2019emploi, alors que le droit du travail ne concerne que les provinces; LES INGÉRENCES DU FÉDÉRAL 237 3-\tle fédéral s\u2019occupe d\u2019éducation, de recherche, de culture; il est tellement riche; pourtant ces domaines appartiennent exclusivement aux provinces; 4-\tOttawa affecte sérieusement ce qui regarde les richesses naturelles, l\u2019urbanisme et l\u2019environnement des provinces par le biais de quelques-unes de ses compétences ou de ses pouvoirs; 5-\t625 milles carrés de territoire québécois et un nombre considérable d\u2019édifices publics ne nous appartiennent plus.1976,\t4 novembre: Le Devoir cite Jean-Paul L\u2019Allier: «La véritable menace du Canada ne provient pas de notre besoin de survivre, mais d\u2019un gouvernement fédéral centralisateur assoiffé de pouvoir.» 1977,\t29 janvier: «Trudeau réclame un référendum national» titre La Presse.Ainsi, quand une question ne concerne qu\u2019une province, en l\u2019occurrence le Québec, le gouvernement fédéral y met son nez! Claude Forget, député libéral provincial, s\u2019est chargé de répondre à E.Trudeau (Le Devoir, 24 février 1977).Cette politique était d\u2019une provocation si criante que même les libéraux du Québec ne l\u2019acceptaient pas.Est-ce assez fort?1978,\t14 avril: M.Joe Clark soutient à son tour qu\u2019en s\u2019immisçant dans le champ de juridiction des provinces, sans consultation préalable nécessaire, le gouvernement Trudeau est en train de miner l\u2019unité canadienne.1978, 17 mai: Gilbert Paquette, député de Rosemont, représentant le ministre du Travail et de la Main-d\u2019œuvre du Québec, adresse la parole aux Conseillers d\u2019Orientation à l\u2019occasion de leur colloque annuel.Il y affirme que le principal obstacle à centrer les efforts du Québec dans le secteur de la main-d\u2019œuvre, c\u2019est l\u2019intrusion du fédéral; en voici quelques preuves: 1-\tc\u2019est par l\u2019enseignement professionnel que le fédéral s\u2019introduit furtivement dans les programmes de main-d\u2019œuvre: rappelons la loi de l\u2019instruction agricole (1913), la loi de l\u2019enseignement technique (1919), la loi de l\u2019enseignement professionnel (1931); 2-\til y a eu aussi la loi sur les bureaux de placement (1918) et la loi sur les bureaux provinciaux de placement; 238 L\u2019ACTION NATIONALE 3-\tla loi sur Passurance-chômage: cette fois, c\u2019est une intrusion directe; 4-\tOttawa crée en 1966 le ministère de la Main-d\u2019œuvre et de l\u2019Immigration; or, par ce ministère et au nom de la croissance économique, le fédéral envahit des champs d\u2019activités qui jusqu\u2019à présent étaient du ressort du Québec; voici quelques exemples: a)\tle programme de «formation et expérience de travail» pour les jeunes; b)\tle programme visant à former les jeunes apprentis, programme qui fut annoncé dans un télex du ministre fédéral Cullen au ministre Jacques Couture en avril 1977; ce programme en est un en quelque sorte d\u2019apprentissage déguisé; 5-\td\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas nouveau, cette intrusion; on le sent bien, particulièrement dans le texte de l\u2019arrêté en Conseil 421, lorsque, en 1968, le Québec décide de créer une Direction générale de la main-d\u2019œuvre: «Attendu que le gouvernement fédéral a créé un ministère de la Main-d\u2019œuvre et de l\u2019Immigration; Attendu que ce ministère déploie chez nous une activité intense.» (L\u2019Orientation professionnelle, vol.14, nos 3-4.) 6-\tles restrictions au régime d\u2019assurance-chômage ont pour effet de transférer des milliers de chômeurs sur l\u2019assistance-sociale du Québec, sans compensation financière.1978, 15 août: M.Marc Lalonde témoigne devant les membres de la commission mixte sur la Constitution, commission composée de représentants du Sénat et des Communes.Il affirme que le gouvernement fédéral est déterminé à aller de l\u2019avant avec certaines modifications à la Constitution, que les provinces soient d\u2019accord ou non.1978, 23 août: M.William R.Lederman, professeur de droit à la Queen\u2019s University de Kingston, déclare que le gouvernement fédéral n\u2019a pas le droit qu\u2019il revendique, celui d\u2019agir unilatéralement pour changer le rôle fondamental du sénat et celui du chef de l\u2019État, le gouverneur général.1979: Dans le document «Le Québec à l\u2019heure du choix», on mentionne à la page 23 que «surtout depuis le deuxième conflit LES INGÉRENCES DU FÉDÉRAL 239 mondial, le parlement fédéral a tendu à s\u2019intégrer de plus en plus, pour les motifs les plus divers, dans des domaines réservés à la compétence des provinces».1979, avril: L\u2019Information Nationale nous présente une liste bien incomplète des intrusions du fédéral: «C\u2019est ainsi qu\u2019à l\u2019heure présente le gouvernement central a acquis une autorité dans les domaines de la culture, de l\u2019habitation, de la politique sociale, de l\u2019aménagement régional, des communications, des affaires urbaines, de l\u2019environnement, des loisirs, de la consommation, du travail etc.Il est même présent dans le secteur de l\u2019éducation, domaine pourtant clairement provincial.Ce mouvement de centralisation s\u2019est accentué au cours des vingt dernières années.» Cette soif du pouvoir est telle que le gouvernement fédéral doit rechercher mille et une excuses de toutes sortes pour expliquer son comportement.Jacques Brossard, juriste, aligne les prétextes utilisés par le fédéral pour s\u2019attribuer tous les pouvoirs: 1-\tla théorie des dimensions nationales qui lui permet de légiférer dans n\u2019importe quel domaine, lorsque le Parlement fédéral considère que cela est à l\u2019avantage général du Canada; 2-\tla théorie de la compétence implicite lui permet d\u2019empiéter dans les domaines théoriquement réservés aux provinces si l\u2019exercice efficace de ses propres compétences le requiert; 3-\tle principe de la prépondérance des lois fédérales lui accorde la préférence, lorsqu\u2019il y a conflit réel entre ses compétences et celles d\u2019un État provincial; 4-\tla détention de la compétence résiduelle lui permet d\u2019acquérir les pleins pouvoirs dans toutes les matières qui n\u2019avaient pas été prévues de façon explicite en 1867, comme ce fut le cas de la radiodiffusion et de l\u2019aéronautique; 5-\tle pouvoir déclaratoire lui permet de modifier unilatéralement la sphère de sa compétence exclusive relativement aux ouvrages et entreprises, en les déclarant être à l\u2019avantage général du Canada et en les soustrayant ainsi à l\u2019application des lois provinciales; il possède en outre des pouvoirs d\u2019expropriations excessivement étendus; 240 L'ACTION NATIONALE 6-\tle pouvoir de dépenser lui permet d\u2019utiliser ses revenus de la façon qu\u2019il l\u2019entend, y compris, dans les faits, en empiétant au besoin sur les domaines des provinces; 7-\til peut décréter l\u2019état d\u2019urgence et assumer les pleins pouvoirs, s\u2019il juge lui-même qu\u2019il y a danger réel ou appréhension de guerre ou d\u2019insurrection, ce qui lui permet d\u2019empiéter dans n\u2019importe quel domaine de compétence provinciale.(L\u2019Accession à la souveraineté et le cas du Québec, P.U.M.1976, p.219-220.) Donc, le régime dit «fédéral» n\u2019a rien de fédéral: il est tout-puissant dans tous les domaines.1979, juillet: L\u2019Information Nationale nous apprend que Claude Ryan lui-même affirme qu\u2019il n\u2019est pas du ressort d\u2019une société de la Couronne \u2014 Air Canada \u2014 de donner son appui à un groupe fédéraliste, le «Pro-Canada Foundation», en lui versant 50 000$.Ce mouvement s\u2019opposera au gouvernement du Québec lors du référendum.De quoi cette société se mêle-t-elle?Qui l\u2019a autoritée à utiliser ainsi impunément les fonds publics?1979, 2 novembre: Dans le cahier spécial de La Presse, à la page 7, on écrit: «En instituant son contrôle des prix et des salaires, malgré l\u2019opposition du Québec et avec l\u2019autorisation de la Cour suprême, le gouvernement fédéral s\u2019est ingéré directement dans les négociations collectives et la fixation des prix, deux domaines que jusqu\u2019alors l\u2019on avait cru réservés aux provinces.On connaît les difficultés particulières que ces nouveaux empiétements fédéraux ont créés au Québec, notamment en envenimant le climat social.Mais les empiétements du pouvoir central ne se limitent pas au secteur social.» 1979, 3 novembre: Mario Fontaine de La Presse commente les réactions d\u2019Ottawa à la suite de la déposition du Livre blanc sur la souveraineté-association: 1- Même si le député libéral Claude Forget déclare que la participation du gouvernement fédéral à la campagne référendaire présente un danger très réel, M.Trudeau veut s\u2019en mêler.(Autrement dit, l\u2019indépendance du Québec, ça ne regarde que les Québécois, même si des Canadiens des autres provinces ne sont pas d\u2019accord.) \u2014 Au fait, le Québec doit apporter beau- LES INGÉRENCES DU FÉDÉRAL 241 coup à ce grand pays pour qu\u2019on veuille absolument et à tout prix le garder dans la Confédération; et comme ce n\u2019est pas nos beaux yeux ni la langue française qui intéressent les Anglo-Canadiens, il doit s\u2019y trouver des richesses naturelles et d\u2019autres valeurs qui se calculent monétairement, seul langage compréhensible du conquérant.2-\tJean Chrétien déclare devant les caméras de CBC: «It\u2019s the war ! » 1980, 14 mai: Ottawa continue à se mêler des affaires du Québec: 1-\tMe Pierre-Olivier Boucher, directeur général du financement des partis politiques, présente une requête en injonction contre des entreprises qui ont accepté des annonces du gouvernement fédéral.2-\tCette publicité favorise directement l\u2019option du NON.3-\tÉvidemment, le juge Gérald McCarthy de la Cour supérieure rejette la requête.pour vice de forme.4-\tJean Chrétien, rayonnant, annonce: «Ottawa continuera à dire \u2018Non, Merci\u2019».1982, 21 octobre: Et combien nous a coûté toute la publicité trompeuse payée par le Centre d\u2019information sur l\u2019unité canadienne?centre qui fut très actif pendant la période préréférendaire et référendaire au Québec et qui était rattaché durant ce temps au ministère de la Justice dirigé par M.Jean Chrétien.Le Devoir nous renseigne à ce sujet: 1-\tLe coût de l\u2019ensemble des programmes du Centre s\u2019élevait à 8,9 millionsS en 1979-80; puis à 25,7 millionsS l\u2019année suivante, soit un coût total de 34,6 millionsS pour les deux années.Ces dépenses indiquent bien que le gouvernement central n\u2019a rien négligé au chapitre de la propagande.2-\tLes frais de voyage payés aux députés se montent à 1,5 millionsS en 1979-80 et à 3,4 millionsS l\u2019année suivante; une progression de 129,8%.3-\tÀ cela il faut ajouter les indemnités de déplacements des ministres et des secrétaires parlementaires: 1 330 984$ en 1980-81.Ainsi, à titre d\u2019exemple, Marc Lalonde, Mme Judy Erola et deux secrétaires parlementaires dépensaient à eux 242 L\u2019ACTION NATIONALE seuls 69 305$ en 1980-81.Un autre exemple: M.Marcel Lessard, titulaire du ministère de l\u2019Expansion économique régionale, avait voyagé pour 48 146$, alors que son successeur, M.Pierre DeBané, affichait, deux ans plus tard, des frais de déplacement de 94 485$.1983, 10 juin: Le Devoir titre à la une: «La clause Canada prévaut sur la clause Québec.» Voilà le jugement rendu par la cour d\u2019appel du Québec, présidée par le juge Amédée Monet, qui avait comme collègues les juges Marc Beauregard et Gérald McCarthy.On sait que les juges sont nommés par Ottawa.Sans commentaire! 1983, 20 août: Même si majoritairement les Québécois désiraient luer indépendance, Ottawa s\u2019objecterait; il garderait donc de force un peuple sous sa tutelle; c\u2019est beaucoup plus que de l\u2019ingérence, c\u2019est de la dictature, du totalitarisme.«Le Québec sera subversif s\u2019il opte unilatéralement pour l\u2019indépendance.» (Le Devoir.) 1-\tDevant le comité spécial du Sénat chargé d\u2019étudier les implications d\u2019une agence de sécurité nationale, le solliciteur général du Canada, M.Robert Kaplan, affirme que si un chef de gouvernement s\u2019apprête à déclarer l\u2019indépendance de sa province au Canada sans consulter le reste du pays, et sans proposer une forme de négociation, son geste pourrait être considéré comme subversif et contraire à la sécurité de l\u2019État canadien.2-\tPire encore, le fait de prôner le principe de l\u2019indépendance unilatérale pour un parti politique est une forme de subversion et les protagonistes d\u2019une telle solution sont susceptibles de constituer une menace à la sécurité de l\u2019État et pourraient faire l\u2019objet d\u2019enquêtes et de surveillance de la part de l\u2019agence de sécurité nationale.3-\tÀ ce sujet, dans La Presse, Jean-Guy Dubuc ajoute que Ted Finn, le futur directeur de l\u2019agence, a affirmé que «le premier ministre d\u2019un gouvernement qui prônerait l\u2019indépendance unilatérale serait considéré comme une menace pour l\u2019État, même s\u2019il utilisait des moyens démocratiques pour parvenir à ses fins.Ainsi le premier ministre du Québec pourrait être espionné par les fédéraux». LES INGÉRENCES DU FÉDÉRAL 243 1984, 27 juillet: Le Devoir, à la une: «NON à la clause Québec, la Cour suprême la juge incompatible avec la charte des droits.» Ainsi, on continue à grignoter la Loi 101.Voilà une autre atteinte aux pouvoirs de légiférer de l\u2019Assemblée nationale.1984, 1er août: Denis Monière, dans «Lettres au Devoir», réagit à ce jugement: 1-\tPour la première fois en 1981, Ottawa, en se liguant avec les autres provinces canadiennes, a volé des pouvoirs à l\u2019Assemblée nationale sans son consentement, bien sûr! Absolument rien maintenant n\u2019empêche le gouvernement central et les autres provinces de dépouiller progressivement l\u2019État du Québec de ses autres pouvoirs, qu\u2019ils soient de nature linguistique, économique ou autre.2-\tCe jugement crée une situation juridique qui pourra durer aussi longtemps que la Constitution elle-même; c\u2019est donc dire que si dans 20 ou 50 ans, par exemple, l\u2019économie du Québec redevenait prospère et si elle amenait des Canadiens d\u2019autres provinces à venir s\u2019installer au Québec en plus grand nombre, le Québec ne pourrait pas diriger les enfants de ces Canadiens vers l\u2019école française, et cela même si l\u2019identité culturelle de certaines régions du Québec était menacée.1984, septembre: La revue Relations publie un texte de Julien Harvey sur les interventions fédérales au Québec: 1-\tNous avons assisté à une guerre de subventions aux municipalités, guerre que le Parti libéral promet de reprendre.2-\tNous avons vu une des plus sérieuses initiatives financières du Québec, la Caisse de Dépôt et de Placement, compromise par le projet de la loi fédérale S-31.3-\tNous avons vu le gouvernement fédéral, en mars dernier, tenter de régler la question du gouvernement des autochtones par-dessus la tête des provinces.4-\tNous avons vu Ottawa gagner de vitesse le gouvernement du Québec pour acheter les îlets de Mingan en faveur de Parcs-Canada.5-\tTout au long de l\u2019été, nous avons vu la double célébration du 450e anniversaire de l\u2019arrivée de Cartier \u2014 fédérale dans le Vieux Port de Québec, provinciale à la Haute-Ville \u2014 corn- 244 L\u2019ACTION NATIONALE promettre à la fois le succès financier et l\u2019image touristique du pays par une absurde compétition sur le même terrain.6-\t.et il y aura dorénavant, à Saint-Malo, une place du Québec et une place du Canada! 7-\tLe jugement de la Cour suprême du 2 juillet dernier concernant l\u2019incompatibilité des articles 72 et 73 de la Charte québécoise de la langue française (Loi 101) avec la Charte canadienne des droits et libertés dit s\u2019adresser à un des «constituants», c\u2019est-à-dire la province de Québec; pourtant, le Québec a explicitement refusé d\u2019être un de ces «constituants», lors du rapatriement de la Constitution.«Il y a là une violation fédérale qui rejoint le droit et qui est par conséquent d\u2019autant moins acceptable.» 8-\tJohn Turner, chef du Parti libéral canadien, promet de mettre en marche dès le 1er octobre 1984, des stages de formation professionnelle dans les entreprises avec un budget initial de 100 millionsS, mais qui atteindrait bientôt le milliard! Or, comme on le sait, le Québec a déjà formulé et annoncé pour septembre 1984 ce même projet avec un budget de 30 millionsS.Quand on considère les conséquences du nouvel envahissement, sur le plan de l\u2019entreprise, des syndicats, des relations avec le domaine spécifiquement provincial de l\u2019éducation, on ne peut éviter la stupeur.1985,\t3 août: Après avoir bien travaillé pour le NON référendaire, Paul Tellier, sous-ministre de l\u2019Énergie, sous le gouvernement libéral, reçoit sa récompense par le gouvernement conservateur: il accède au poste de greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet.Ainsi, les deux grands partis fédéraux viennent de démontrer leur ressemblance, quand il s\u2019agit d\u2019ingérence dans les affaires du Québec.(Le Devoir.) 1986,\t3 mai: Si encore cette intrusion nous apportait les bienfaits souhaités.Jean-Paul L\u2019Allier, dans Le Devoir, nous précise le changement promis solennellement par Trudeau en 1980.Ce fameux changement annoncé arrive.Il est là.Il devait améliorer la place du Québec au sein de la Confédération.On observe que ce changement est en sens contraire de ce que l\u2019ex-premier ministre avait laissé entendre en s\u2019engageant comme il l\u2019avait fait dans le débat référendaire. LES INGÉRENCES DU FÉDÉRAL 245 Conclusion: Comme l\u2019écrivait Julien Harvey dans l\u2019édition de septembre 1984 de Relations, la première conséquence de ce jeu des centralisateurs d\u2019Ottawa, est de nous diviser entre nous; et la seconde consiste à nous placer «dans une situation mentale inextricable et dans une situation sociale analogue» (Gordon W.All-port, The Nature of Prejudice.Garden City, 1958).«À force de rencontrer deux drapeaux sur le même terrain, réclamant des fidélités trop souvent opposées, on finit par considérer les feuilles d\u2019érables ou les fleurs de lys comme des mauvaises herbes!» Enfin, comme les deux paliers de gouvernement sont continuellement et consciemment en lutte sur le même terrain, «il devient de moins en moins possible d\u2019être sincèrement fédéraliste et sincèrement québécois». 246 L\u2019ACTION NATIONALE La nouvelle Constitution canadienne: Le Québec doit dire non à toute signature par MARCEL LÉGER Pour le gouvernement du Québec et dans la dynamique actuelle, signer, c\u2019est enfermer le Québec dans un carcan.Après que le Québec fut considéré comme une nation et les Québécois comme un peuple, voilà qu\u2019on nous fait régresser, même pas vers le statut de société distincte, mais vers celui d\u2019un nombre, d\u2019un vague 25%, habitant une des régions semblables aux autres du Canada; les Maritimes, l\u2019Ontario, l\u2019Ouest et le Québec, c\u2019est du pareil au même.Si, avec son plus ou moins 25%, le Québec peut empêcher toute centralisation du régime à Ottawa, 75% d\u2019Anglophones, de même que le gouvernement fédéral seul, peuvent aussi bloquer toute velléité d\u2019émancipation des Québécois et tout projet de partage des pouvoirs en faveur du Québec.En fait, le gouvernement du Québec commence actuellement par la fin.L\u2019adhésion du Québec à une nouvelle constitution devrait être le couronnement d\u2019une refonte du système fédéral qui accorderait une autonomie beaucoup plus large au Québec et qui reconnaîtrait l\u2019existence du peuple québécois, donc de son droit inaliénable à l\u2019autodétermination.Il n\u2019en est pas question dans les conditions concoctées dernièrement par les représentants du Québec.Adieu les compétences essentielles en développement économique, en main-d\u2019œuvre, en immigration, en commerce et en relations internationales.Cela, selon le gouvernement libéral, on y verra plus tard.C\u2019est-à-dire, une fois que la majorité anglophone aura obtenu ce qu\u2019elle veut, soit l\u2019adhésion symbolique à rabais du Québec au rapatriement et à l\u2019acte de 1982.Une fois cela fait, on passera à des choses plus sérieuses.Le Québec se sera définitivement rangé en adhérant au nouveau Canada conçu par Pierre LE QUÉBEC DOIT DIRE NON A TOUTE SIGNATURE 247 Elliott Trudeau.La réforme du système fédéral, dans le sens des intérêts du peuple québécois, sera remis aux calendes grecques.Le Québec se sera encarcané lui-même dans une nouvelle camisole de force pour des décades.Pour le Canada anglais, alors, il ne saura plus être question, non seulement de la souveraineté, mais même d\u2019une plus grande autonomie pour le Québec.C\u2019est peut-être ce que désirent secrètement les leaders Mul-roney, Turner, Broadbent et Bourassa.Éteindre pour des années la flamme de l\u2019indépendance en signant l\u2019adhésion du Québec à la Constitution fédérale de 1982 et en proclamant l\u2019attachement indéfectible des Québécois au système fédéral canadien.Le projet constitutionnel de Bourassa, plafond négociable pour les autres, plancher inacceptable pour tout Québécois qui se respecte, doit être mis en échec.POUR LAISSER OUVERTES TOUTES LES VOIES DE L\u2019A VENIR LE Q UÉBEC NE DOIT PA S SIGNER.Signer, c\u2019est s\u2019abaisser, c\u2019est reculer, c\u2019est s\u2019enfermer, c\u2019est renoncer à nous-mêmes.C\u2019est indigne et inacceptable pour un peuple. 248 L\u2019ACTION NATIONALE La participation du Québec aux Jeux olympiques d\u2019été de Corée et à l\u2019Exposition universelle d\u2019Australie par MICHEL BROCHU Il est peu connu que la réglementation des Jeux olympiques est d\u2019une grande souplesse.Elle permet, par exemple, la formule de présentation d\u2019un sport de démonstration, comme ce sera le cas pour le patinage artistique et acrobatique aux Jeux d\u2019Hiver de Calgary, en 1987.Pour les sports de démonstration qui obtiennent un succès confirmé, ceux-ci peuvent devenir, ultérieurement, une discipline olympique de plein droit.Signalons, de plus, que quelques véritables sports d\u2019équipe ne sont pas encore au programme des Jeux olympiques, même au titre de sport de démonstration.Parmi ces sports se détache la crosse, d\u2019origine amérindienne, qui, de ce fait, est le plus ancien sport d\u2019équipe d\u2019Amérique du Nord.Ce sport d\u2019une agilité et d\u2019une élégance suprêmes, a été adopté, dès les débuts, au Collège des Jésuites de Québec, fondé en 1635.Après la longue parenthèse jésuite du XIXe siècle, ce sport a été remis à l\u2019honneur aux trois collèges (jésuites) de Montréal, de même qu\u2019à ceux de Québec, de Sudbury, de Saint-Boniface et d\u2019Edmonton.Ce sport a également été pratiqué dans les autres collèges classiques avec un certain décalage chronologique, mais avec ferveur, pendant la première moitié du XXe siècle.La crosse n\u2019a pas été qu\u2019un sport de collège: ce fut un sport professionnel d\u2019été, naturellement, non seulement au Québec, mais dans plusieurs centres de la Nouvelle-Angleterre colonisés LA PARTICIPATION DU QUÉBEC 249 par la population québécoise et aussi dans d\u2019autres États américains.Ce sport a connu une retombée assez rapide principalement après 1970.La réforme complète du système d\u2019éducation préconisée par la commission Parent en 1965 a entraîné comme conséquence non directement voulue, mais néanmoins brutale, la chute et la disparition de plusieurs sports de collège: la crosse a été la victime principale de cette réforme qui a bouleversé la conception des collèges et de leur emploi du temps, même dans le domaine du sport.La crosse professionnelle a périclité aussi, mais pour des raisons indépendantes, sans doute liées au développement des émissions sportives télévisées, de plus en plus suivies, consacrées au rugby et au baseball.Il s\u2019agit là d\u2019une double évolution regrettable qui pourrait être partiellement rectifiée, si le Gouvernement du Québec s\u2019appliquait sérieusement à la question.Posons, tout d\u2019abord, que tout État est le dépositaire de la totalité de son patrimoine proprement national, dans tous les domaines de l\u2019architecture à l\u2019orfèvrerie, en passant par les sports que l\u2019on peut considérer nationaux, comme c\u2019est le cas manifeste au Québec pour la crosse, en tant que sport d\u2019été et pour la raquette en tant que sport d\u2019hiver.Le Québec est donc responsable de son patrimoine sportif et, à ce titre, il a le devoir de défendre la crosse et de remettre ce grand et très beau sport à l\u2019honneur.Parmi les actions possibles ou envisageables, je voudrais cependant signaler les deux principales, à mon sens.I.- Perspective des Jeux olympiques Le Québec aurait le plus grand intérêt à subventionner une double équipe de bons joueurs de crosse (de niveau amateur élevé), afin de présenter la crosse comme sport de démonstration aux prochains Jeux olympiques de Séoul, en 1988, et à Paris (?) en 1992. 250 L\u2019ACTION NATIONALE On a vu, plus haut, que la porte était ouverte à une telle initiative.Les joutes de démonstration susciteront, à n\u2019en pas douter, un réel intérêt de la part des sportifs de quelques pays.Si tel était le cas, cela pourrait servir la cause de l\u2019admission de la crosse comme discipline à part entière aux Jeux olympiques.Outre cette mission olympique, le Québec aurait avantage à utiliser au mieux sa double équipe pour redorer le blason de la crosse à l\u2019intérieur de ses frontières et à faire connaître ce sport dans une sélection de villes d\u2019Europe et des Amériques.II.- Perspective de l\u2019Exposition universelle de 1989, en Australie Le Québec a déjà commencé à préparer ses plans de participation à la prochaine Exposition universelle: la crosse devrait y être prévue comme sport de démonstration quotidien avec la participation de volontaires d\u2019autres pays et surtout du pays d\u2019accueil de l\u2019Exposition.Pour la réalisation de cet objectif, le Pavillon du Québec devrait être jouxté d\u2019un terrain destiné entre autres à la crosse.Cette contribution serait d\u2019autant plus originale, qu\u2019à ce jour, aucun pays n\u2019a jamais disposé d\u2019un terrain de sport où ses joueurs puissent évoluer pendant une Exposition universelle.Au cours de la prochaine Exposition universelle d\u2019Australie, le Québec doit mettre en valeur les aspects du patrimoine qui lui appartient spécifiquement et la crosse, sport premier de la Nouvelle-France, est un des plus beaux fleurons de ce patrimoine et mérite hautement d\u2019y être présent et magnifié. NOUS AVONS ENCORE BESOIN 251 Nous avons encore besoin d\u2019une pensée économique nationaliste par FRANÇOIS-ALBERT ANGERS L\u2019École des Hautes Études Commerciales de Montréal a terminé, le 10 octobre dernier, l\u2019année de célébration de son 75e anniversaire.Nous célébrerons dans les prochains mois le 100e anniversaire de fondation de la Chambre de Commerce de Montréal.Deux événements qui sont étroitement interreliés, puisque c\u2019est celui-ci qui a, en particulier et plus spécialement, contribué à la fondation de celle-là par ses pressions auprès du gouvernement Gouin de Québec.C\u2019est une pensée nationaliste renaissante qui présida à ces événements, car la Chambre de Commerce de Montréal était elle-même née d\u2019une séparation d\u2019avec le Board of Trade, où se trouvaient réunis jusque-là, ensemble, hommes d\u2019affaires canadiens-français et hommes d\u2019affaires de langue anglaise à Montréal.On voulait ostensiblement créer un corps qui, au Québec, s\u2019occuperait plus spécifiquement, sans encombres éthni-ques, de promouvoir le développement économique de la société canadienne-française par les Canadiens-Français eux-mêmes, majoritaires au Québec.C\u2019était le début d\u2019une période où, après avoir repris pied dans le commerce de gros, selon les observations d\u2019Étienne Parent, les Canadiens-Français, selon ce qu\u2019observe cette fois Érol Bouchette, relevaient également la tête dans le domaine industriel et financier.Vingt ans après la fondation de la Chambre, devant les progrès déjà réalisés et les visions justes d\u2019avenir qu\u2019entretiennent certains hommes particulièrement clairvoyants, est conçu le projet d\u2019une école universitaire d\u2019enseignement commercial, capable de former les cadres supérieurs qu\u2019il faudra pour créer et diriger les entreprises selon les lignes du progrès qui s\u2019annonce alors.Sans gêne aucune, l\u2019École des Hautes Études Commerciales naîtra donc dans la perspective de cette pensée nationaliste avouée.Orientée en cela par la pensée d\u2019Édouard Montpetit 252 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019abord, puis d\u2019Esdras Minville, l\u2019École se développera ensuite en manifestant un vif souci, non seulement de développer chez les jeunes une pensée économique et une compétence technique ou professionnelle, mais aussi une sensibilisation aux problèmes économiques et sociaux du milieu québécois qui font obstacle au progrès de la collectivité.Tous les grands espoirs qu\u2019on avait mis dans l\u2019École n\u2019allaient cependant pas se réaliser au cours des générations qui suivirent immédiatement.En termes d\u2019évolution vers une société canadienne-française plus autonome économiquement, elle contribua surtout à préparer une relève qui pourra éventuellement, dans des circonstances favorables, se manifester avec plus de force.Entre temps, c\u2019est la menace évoquée par Érol Bouchette \u2014 et dont nos gouvernants n\u2019ont pas tenu compte \u2014 qui se manifeste: faute d\u2019avoir créé les institutions de soutien financier nécessaires au développement, la marée du capital américain, qui s\u2019avançait vers nous au début du siècle, viendra submerger toutes les réalisations de la période 1880-1910.Les Canadiens-Français se retrouveront, 25 ans plus tard, même avec leurs comptables et leurs administrateurs plus compétents, dans une situation d\u2019infériorité économique aggravée.L\u2019École, pendant ce temps, continuera tout de même à jouer le rôle qui lui avait été assigné en éclairant la route par l\u2019orientation de ses recherches et de son enseignement, en vue d\u2019établir les solutions politico-économiques qui permettraient de rectifier le cours des choses.Tout a-t-il été dit et fait à ce sujet?Quand j\u2019observe la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd\u2019hui, elle me fait étrangement penser à la période 1880 à 1910.Il y a eu résurgence d\u2019activité économique chez les Canadiens-Français à la suite des événements des dernières années, y compris la fuite des entrepreneurs anglophones qu\u2019aurait engendrée le règne du Parti québécois.On en a d\u2019abord fait un cas de dénonciation des méfaits économiques de l\u2019indépendantisme.Maintenant, la plupart des observateurs constatent sans commentaires qu\u2019il y a eu allègement de la pression d\u2019une présence étrangère qui barrait l\u2019entrée aux entrepreneurs canadiens-français.Il y a aussi la robotique qui fait que les grandes entreprises sont de moins en moins génératrices d\u2019emplois.On assiste donc à un foisonnement de petites et moyennes entreprises où les Canadiens-Français se retrouvent NOUS AVONS ENCORE BESOIN 253 beaucoup plus à l\u2019aise.Sans compter que certains étaient déjà de taille à combler les vides, et même à prendre les devants, dans la grande entreprise.Certes, nous sommes beaucoup mieux préparés, comme Canadiens-Français, en fait d\u2019institutions financières capables de soutenir un tel mouvement à notre avantage.Nous avons nos Caisses populaires qui flottent autour des 25 milliards; une Caisse de dépôt d\u2019une puissance comparable; une Société générale de Financement qui a réalisé, avec 60 ans de retard, l\u2019équivalent de ce que proposait Bouchette.Et il y a au surplus, en raison du coût élevé du chômage, des subventions gouvernementales aux entreprises créatrices d\u2019emplois.Dans le cas de la SGF, il est actuellement question de privatisation.Je n\u2019ai pas d\u2019objections fondamentales à la privatisation, mais dans ce cas particulier, étant donné la fonction spéciale de l\u2019institution, qui est de penser nettement selon un certain nationalisme, il faudrait tout de même que la privatisation ne soit pas trop sauvage et que le contrôle de l\u2019institution ne devienne pas susceptible de passer à des mains étrangères.Mais tout cela, dans notre temps, n\u2019empêche pas que les mises en garde de Bouchette aient conservé leur sens dans des perspectives nouvelles.Les États-Unis sont toujours là.En 1900, c\u2019était la masse de leurs capitaux disponibles comparée à notre pauvreté qui constituait une menace à laquelle, malheureusement, nos gouvernements n\u2019ont pas consenti à se sensibiliser.Aujourd\u2019hui, c\u2019est la tornade des mergers qui n\u2019ont de cesse, tant qu\u2019ils n\u2019ont pas tout happé sur leur passage.Pour ne pas nous retrouver à l\u2019orée des années 2000 comme à celle des années 1900, il nous faut toujours une pensée nationaliste; une pensée qui aura le souci d\u2019élaborer des schémas théoriques et des programmes d\u2019action qui permettront autant que possible à la société québécoise de contrôler les avenues de son développement économique et social par des Québécois et pour des Québécois. 254 L'ACTION NATIONALE Une institution centenaire par GÉRARD TURCOTTE François-Albert Angers, dans son allocution de circonstance au moment de recevoir un doctorat honoris causa de l\u2019Université de Montréal, et Cyrille Felteau dans le journal La Presse, ont souligné la célébration prochaine du centenaire de la fondation de la Chambre de commerce de Montréal.Tous deux ont mis en évidence les objectifs des fondateurs, soit de mettre sur pied un nouvel organisme voué à la défense et à la promotion des intérêts économiques des Canadiens-Français.Tout en insistant sur l\u2019importance de la fondation de cette institution devenue centenaire, j\u2019aimerais, à mon tour, apporter certaines précisions sur ses origines.Sait-on que la Société Saint-Jean-Baptiste est à l\u2019origine de cette fondation?C\u2019est en effet Joseph-Xavier Perrault, alors membre du Comité de régie de la Société, et qui en deviendra plus tard le président, qui lança au début de 1886 l\u2019idée de mettre sur pied une Chambre de commerce canadienne-française.Peu de Canadiens-Français faisaient alors partie du Board of Trade de Montréal, titulaire d\u2019une charte depuis 1822.À cette période, les Canadiens-Français n\u2019étaient toujours pas invités à siéger sur les grands conseils d\u2019administration, bien que plusieurs fussent alors d\u2019importants hommes d\u2019affaires.Pensons à Jean-Baptiste Rolland.Charles-Séraphin Rodier, Louis-Joseph Forget, Victor Hudon, Louis Beaubien, Louis Tourville, Joseph-Odilon Dupuis, tous membres et dirigeants de la Société Saint-Jean-Baptiste d\u2019alors.Il ne faut pas oublier non plus Hor-midas Laporte, qui conduisait au succès l\u2019épicerie en gros Laporte, Martin et Cie, fondée en 1991, et dans laquelle il avait introduit la participation des employés aux bénéfices.Il faut également mentionner la présence de Louis-Adélard Sénécal, qui incarnait le type d\u2019homme d\u2019affaires moderne, de même que Rosaire Thibodeau, qui fondait en 1886 la Royal Electric Company, première compagnie de transformation du charbon en électricité. UNE INSTITUTION CENTENAIRE 255 À cette liste déjà imposante pourraient s\u2019ajouter des dizaines d\u2019autres noms de Canadiens-Français influents du temps qui ont marqué, dans la deuxième partie du siècle dernier, l\u2019évolution économique de Montréal.C\u2019est dire que les éléments ne manquaient pas pour jeter les bases d\u2019une Chambre de commerce authentiquement canadienne-française.Aussi, Joseph-Xavier Perrault gagna-t-il rapidement à son projet plusieurs de ses amis, tous actifs au sein de la Société Saint-Jean-Baptiste, dont L.-O.David, président en 1887; Hor-midas Laporte, président en 1905; Thomas Gauthier, président en 1910; Jérôme Perrault, président en 1913 et de nombreux autres.Jacques Grenier, président de la Société en 1875, échevin de Montréal et président de la Banque du Peuple, accepta de présider à l\u2019organisation provisoire et, quelques mois plus tard, J.-M.Dufresne accéda à la présidence au moment de la fondation officielle de la Chambre de commerce du district de Montréal.Il était bon, je crois, de faire ce rappel historique, car les hommes qui ont fondé et développé la Société Saint-Jean-Baptiste comptaient non seulement parmi les plus dévoués, mais parmi les plus éminents de leur époque.Si certains noms ne disent plus rien à la génération actuelle, ils conservent leur pleine valeur pour les amateurs d\u2019histoire.Ces hommes agissaient à titre de bénévoles, par pur altruisme, par pur patriotisme, et ne se sont pas bornés à prononcer des discours: ils ont pris des initiatives heureuses et parfois hardies dans tous les domaines, notamment culturel et économique.Nous bénéficions encore aujourd\u2019hui du travail de ces hommes. 256 L'ACTION NATIONALE Les Patriotes, ces ancêtres inconnus par GILLES RHÉAUME Un peuple qui a comme devise «Je me souviens» devrait, en principe tout au moins, faire preuve d\u2019une mémoire collective exemplaire.Curieusement, chez nous, une véritable allergie vis-à-vis du passé semble se généraliser de plus en plus.Les esprits alertes ne réussissent pas à comprendre une attitude pourtant suicidaire.Notre situation de peuple colonisé peut expliquer ce genre de dédain des faits et gestes des générations précédentes.C\u2019est la honte du vaincu qui se couvre le visage, c\u2019est purement et simplement le rejet de soi et de sa ressemblance.La lecture des ouvrages de Jacques Berque et d\u2019Albert Memmi est nécessaire si on se bute à de telles conclusions.De plus, il faut bien reconnaître que l\u2019enseignement de l\u2019Histoire est le parent pauvre de l\u2019Éducation.Il n\u2019existe aucun autre endroit au monde où l\u2019enseignement de l\u2019Histoire nationale a connu depuis vingt ans des allures aussi moribondes.Est-il normal que pour plusieurs, non seulement chez les jeunes, le nom de Papineau évoque d\u2019abord, voire uniquement, une grande artère du cœur de Montréal et non pas Louis-Joseph Papineau, le chef patriote de la lutte indépendantiste qui, au milieu du siècle dernier, ébranla sérieusement le colonialisme britannique en Amérique du Nord?L\u2019hypothèque de cette ignorance institutionnalisée est lourde au moment où nous devrions saisir davantage le sens et la portée du témoignage des Patriotes.Il faut que nous nous souvenions.L\u2019effort de souvenance est indispensable.Afin de nous sortir d\u2019un tunnel insupportable, sans air et sans lumière, il faut apprendre ou se rappeler les grandes lignes de la révolution indépendantiste de 1837-1838.Alors, l\u2019amnésie ne sera que temporaire, c\u2019est même elle que nous finirons par oublier.Avec le XIXe siècle, une formidable soif de liberté s\u2019est répandue dans notre pays.Notre peuple a ressenti le pressant besoin de se dégager de la tutelle du Conquérant, avec une solidarité qui a frôlé l\u2019unanimité.Un avertissement s\u2019impose.Quiconque relira cette époque verra certaines de ses idées reçues subir l\u2019épreuve du temps.Les Patriotes, ce sont les Canadiens; la feuille d\u2019érable est leur emblème.Surprise.Aujourd\u2019hui, cette symbolique LES PATRIOTES, CES ANCÊTRES INCONNUS 257 nationale a été récupérée par Ottawa.Toutefois, une leçon importante transpire de cette expérience.Le système confédéral manie fort bien la subtilité; en défendant le Canada politique, il impressionne beaucoup des nôtres qui demeurent attachés au Canada historique.Mais n\u2019anticipons pas et plongeons tête première au pays de nos arrières-grands-parents.La période des Patriotes couvre dans son dénouement les années 1830, précisément trois quarts de siècle après que notre pays fut détaché de la France pour être accroché à la couronne britannique, dans le cadre du Traité de Paris qui mit fin à la guerre européenne engendrée par la vacance du trône d\u2019Autriche.Depuis la rupture de 1763 jusqu\u2019au XIXe siècle, notre peuple, en moins de trente ans, vécut quatre régimes politiques différents: l\u2019occupation militaire aux lendemains de la Défaite, alors que les officiers anglais faisaient la loi, ensuite, la Proclamation royale par laquelle le nouveau souverain affirma son autorité, l\u2019Acte de Québec, en 1774, afin d\u2019empêcher les Canadiens de s\u2019allier aux Américains dans leur lutte pour l\u2019indépendance.Les premières années de liberté de nos voisins du Sud ont eu pour conséquence de voir arriver chez nous les Loyalistes qui, par milliers, ont préféré quitter la nouvelle république pour vivre au Canada, territoire britannique limitrophe.L\u2019installation de ces immigrants est à l\u2019origine des Eastern Townships.Leur qualité de sujets anglais d\u2019une loyauté à toute épreuve leur permit de réagir fortement contre les coutumes de leur pays d\u2019accueil.La majorité des loyalistes s\u2019est rendue sur les terres de l\u2019Ontario actuelle.Il fallut donc inventer un régime gouvernemental satisfaisant à la nouvelle conjoncture.En 1791, avec l\u2019Acte constitutionnel, Londres vient séparer les restes de la Nouvelle-France en deux entités politiques distinctes, le Haut et le Bas-Canada dotés d\u2019une dynamique institutionnelle des plus tyrannique.Le pouvoir est entre les mains du gouverneur nommé par l\u2019Angleterre, assisté d\u2019un exécutif et d\u2019un conseil peuplés de ses créatures.Le gouverneur, une espèce de gauleiter, dirige toutes les affaires publiques.Le financement de toute cette structure provient du gouvernement de Londres.Les impôts directs n\u2019existant pas, le budget de l\u2019État n\u2019a comme revenu intérieur que le fruit de certaines taxes.En marge de tout cela, il existe bien une chambre dont les membres sont élus par le peuple.Dans les faits, l\u2019Assemblée législative n\u2019a aucun pouvoir.Toutes ses décisions doi- 258 L\u2019ACTION NATIONALE vent recevoir l\u2019aval du gouverneur et de ses conseillers, qui peuvent, quand bon leur semble, refuser d\u2019appliquer la volonté populaire pourtant exprimée par le Parlement.Les institutions britanniques en pays conquis comportent toujours ce genre de magouilles où l\u2019illusion règne majestueusement.Bien sûr, nos ancêtres ont pu voter pour la première fois, mais leurs députés n\u2019avaient qu\u2019un seul droit, celui de se lamenter d\u2019une situation misérable, sans pouvoir y remédier.Le Bas-Canada, avec sa population francophone de plus de 90%, est donc mené par une clique coloniale pour qui ces Canadiens sont moins que rien.Par définition, un territoire occupé subit les soubresauts de la vie politique de la Métropole.En Angleterre, le roi est constitutionnel, c\u2019est-à-dire que son comportement est prescrit par le gouvernement.Les ministres décident de la politique coloniale qui n\u2019est évidemment pas leur principale préoccupation.Il faut s\u2019intéresser à l\u2019histoire de la Grande-Bretagne, si on désire découvrir toutes les facettes de notre cheminement.Il en est ainsi d\u2019un peuple qui n\u2019est pas maître de ses affaires.Il est condamné à piétiner, à ne pas se réaliser pleinement.Il ne reste plus donc à nos ancêtres qu\u2019à élire des députés.Ce qu\u2019ils et elles feront (les femmes ont voté aux élections de 1792) à plusieurs reprises, jusqu\u2019à la révolution de 1837-1838.Le Parlement des Patriotes est bien différent de celui que nous connaissons maintenant, au plan physique du moins, car l\u2019Assemblée nationale n\u2019a pas plus de pouvoir véritable qu\u2019au temps de Papineau.Avec l\u2019Acte constitutionnel, il n\u2019y a ni Premier ministre ni Chef de l\u2019opposition dans l\u2019enceinte parlementaire.La majorité de l\u2019Assemblée ne forme pas le gouvernement.Les responsables de l\u2019administration publique ne répondent pas de leur gestion devant les représentants du peuple.La période de questions n\u2019existe pas.La députation peut toutefois élire un président des délibérations, appelé Orateur, qui incarne face au Gouverneur la volonté populaire.Que peut donc une telle chambre des députés?C\u2019est ici que le mouvement patriote prend sa source, dans cette mince marge de manœuvre.Nous avons vu que c\u2019est le roi d\u2019Angleterre qui fournit les sommes d\u2019argent nécessaires au fonctionnement de l\u2019état bas-canadien.Les députés insisteront pour que l\u2019Assemblée législative discute et dispose du budget.Après maintes et maintes suppliques, cette prérogative leur est accordée en 1818.C\u2019est sur ce point d\u2019appui que LES PATRIOTES, CES ANCÊTRES INCONNUS 259 Papineau et son parti ont basé toute leur lutte parlementaire.À un moment donné, le Parlement refuse de voter les subsides de l\u2019administration, bloquant ainsi tout l\u2019appareil gouvernemental.Le gouverneur furieux en réfère à Londres qui, après «réflexion», tranche en faveur de son émissaire.C\u2019est le texte des résolutions Russell, du nom du ministre des colonies de l\u2019époque.Plusieurs fois, quand il n\u2019en est pas satisfait, le gouverneur abroge le Parlement et appelle des élections.Infailliblement, le peuple reporte en majorité la formation politique de Louis-Joseph Papineau avec ses Patriotes qui recommencent de plus belle à exiger la justice et la liberté.En plus de son aile parlementaire, le mouvement patriote était composé de plusieurs groupes.En 1834, Ludger Duvernay, député et éditeur de journaux, avec une poignée de Patriotes, eut l\u2019idée géniale d\u2019associer le peuple à la lutte parlementaire pour la reconnaissance de ses droits les plus élémentaires.Apparurent comme cela, le 24 juin, en tant que fête nationale des Canadiens, la Société Saint-Jean-Baptiste, une société nationale, et Saint-Jean-Baptiste comme patron national.Depuis, chaque année, la fête nationale vient interpeller nos compatriotes, afin de les sensibiliser à leurs devoirs nationaux.Les premiers dirigeants de la SSJB ont été les chefs de file, lors des «troubles» de 1837-38.Leur souci est de rejoindre les masses, afin de les informer pour ensuite les amener vers une implication concrète dans le sens de l\u2019intérêt national.Les jeunes ont conjugué leurs efforts à ceux de leurs parents pour renverser le régime inique.Ils se sont regroupés sous le nom de «Fils de la liberté», s\u2019inspirant ainsi des Sons of freedom de la révolution américaine.Le message de cette colonne de jeunes indépendantistes traverse le siècle pour nous atteindre.La jeunesse patriote a tout risqué, certains ont tout perdu.Les mères, les filles, les épouses et les sœurs ont été au cœur du combat.On retrouve les femmes de 1837 partout, à chaque page de cette histoire.À la ferme, sur les routes et dans les champs, les femmes sont à l\u2019œuvre.Une société secrète, les Frères chasseurs, vient compléter l\u2019organigramme.Cette «patente» avant le mot était fort crainte par les autorités.On ira jusqu\u2019à croire qu\u2019ils sont plusieurs centaines de milliers à en être membres.Ses ramifications nombreuses, notamment dans les campagnes, lui assurent un rayonnement des plus efficace.Pendant un certain temps circula même une monnaie nationale 260 L\u2019ACTION NATIONALE émise au nom de la République du Bas-Canada.Quant au drapeau des Patriotes, plusieurs le connaissent encore aujourd\u2019hui, puisqu\u2019il a été utilisé par le Front de libération du Québec.Ce tricolore, facilement confondu avec les couleurs italiennes, apparaît à une époque que l\u2019Histoire universelle retient comme celle du «réveil des nationalités».En Europe et en Amérique du Sud surgit comme du centre de la terre le cri des nations qui veulent naître.Les 92 résolutions, c\u2019est le programme des Patriotes qui rassemble tous les griefs de ce temps, qui préconise l\u2019érection d\u2019une République et qui veut remettre les pouvoirs à la population.Quant on songe que la fonction publique, la magistrature, le commerce et les affaires, le monde industriel naissant, étaient concentrés sous la férule d\u2019une minorité étrangère, il est aisé de s\u2019imaginer combien le cœur du peuple battait au même rythme que celui des Patriotes.La structure sociale de ces années est basée essentiellement sur la paroisse, pierre angulaire de toute l\u2019organisation cana-dienne-française.Seule institution ayant survécu à la conquête, l\u2019Église catholique a nécessairement dû composer avec le Conquérant.De nobles résistances, à ce chapitre, gagnent à être connues.Bravant l\u2019autorité, pourtant particulièrement réfractaire à la foi catholique, des hommes et des femmes de Dieu ont réussi à sauvegarder et aussi à faire progresser notre système scolaire, ainsi que les services de santé.La langue française et la religion catholique étaient les objets du mépris que les Britanniques vouaient à nos compatriotes.C\u2019est autour du curé que notre peuple a grandi.Son influence est inimaginable à l\u2019esprit de cette fin de XXe siècle.Face aux Patriotes, l\u2019Église a fini par réprimander sévèrement les disciples de Papineau, dont le cousin germain, Mgr Lartigue, deviendra le premier évêque de Montréal, en 1836.Il faut remarquer que le mandement de l\u2019évêque de Montréal, probablement écrit par Ignace Bourget, alors secrétaire de Monseigneur avant qu\u2019il ne lui succède, est décrété en 1837 seulement, et qu\u2019en 1838 la hiérarchie ecclésiastique s\u2019est abstenue d\u2019intervenir.Mais, ces remontrances de l\u2019évêque ont profondément marqué un peuple aussi catholique que le nôtre.Jusqu\u2019à ces dernières années, on parla couramment des Patriotes comme étant des «excommuniés».Cette sentence religieuse a touché les gens à leur point le plus sensible.11 faut honnêtement souligner aussi l\u2019esprit de solidarité qui a poussé certains mem- LES PATRIOTES, CES ANCÊTRES INCONNUS 261 bres du clergé à appuyer officiellement le mouvement patriote.Comment passer sous silence cette généreuse Mère Gamelin, fondatrice des Soeurs de la Providence, dont le frère, le dénommé Tavernier, fonda les «Fils de la liberté»?Nous voilà maintenant rendus à l\u2019automne 1837.Dans les officines gouvernementales on s\u2019inquiète fort de la conjoncture.La population soutient le Parti patriote de Papineau.Le peuple n\u2019en peut plus d\u2019un système qui l\u2019accule à la misère et à la honte.De la grande région de Montréal se lève un vent de révolte qui, rapidement, peut englober tout le pays.Les assemblées publiques, malgré les interdictions, se répandent sur le territoire.Il faut écraser ce mouvement en frappant un grand coup.Plusieurs des chefs doivent connaître incessamment les limites de la «tolérance» à l\u2019anglaise.Un plan de campagne est avancé par les autorités.La vallée du Richelieu est une des régions prospères du pays.Les Patriotes y sont actifs.Il faut surprendre la tête du mouvement en attaquant les Patriotes, en les prenant dans un étau.Des troupes partiront de Sorel, après s\u2019y être rendus par bateau, en provenance de Montréal; d\u2019autres soldats viendront par l\u2019autre bout de cette rivière qui, en Europe, serait facilement un fleuve.C\u2019est à Saint-Denis qu\u2019eurent lieu les premiers affrontements.Les Patriotes n\u2019ont pas d\u2019armes, ils ne sont pas préparés à la guerre.Ils font face à un ennemi expérimenté à la tête duquel un officier qui a même fait la bataille de Waterloo, en 1815, où Napoléon fut vaincu par les Anglais.Une poignée contre une armée.Malgré cela, les Patriotes ont eu raison des Habits-Rouges à Saint-Denis.Cette victoire est importante.Elle symbolise, encore aujourd\u2019hui, toute l\u2019ardeur patriote.Quelques jours plus tard, à Saint-Charles, toujours sur les bords du Richelieu, cette fois, les Anglais ont gagné.Les nombreuses victimes patriotes, mortes au champ d\u2019honneur, n\u2019ont pas eu droit à la sépulture religieuse.Ensuite, place à la répression.Elle fut sans merci, violente et sans relâche.Sur une simple déclaration du Gouverneur, des têtes sont mises à prix, des hommes sont condamnés à mort.Plusieurs des Patriotes prennent le chemin de l\u2019exil.Sans oublier le docteur Chénier qui, avec ses braves, à Saint-Eustache, a dû subir les affres d\u2019une armée déchaînée.De nombreuses morts, souvent sauvagement administrées, attristent des familles, une région, un pays tout entier.La mémoire collective de cette époque enregistra pour longtemps ce que veut dire l\u2019expression de «peuple conquis». 262 L\u2019ACTION NATIONALE À Londres, les bruits venant du continent américain finirent pas déranger l\u2019Albion.Afin de savoir et de soigner le mal de ces colonies, afin aussi de sauver du temps au gouvernement anglais, qui ne connaissait guère ce dossier, on délégua Lord Durham, personnalité politique gênante pour le gouvernement, pour mener une enquête aux Canadas.Son nom est passé à l\u2019Histoire par le biais de son Rapport.Pour lui, les Canadiens sont sans culture.Il faut les assimiler; c\u2019est la seule façon de régler le problème.Comment?Tout simplement en modifiant les structures actuelles de la façon à les marginaliser, à les noyer dans une majorité anglophone.Il recommande une confédération des possessions britanniques de l\u2019Amérique du Nord.Il évoque également l\u2019Union pure et simple des deux entités présentes.À l\u2019occasion du couronnement de la reine Victoria, il commue la condamnation à mort de huit Patriotes en un exil aux Bermudes.C\u2019est le deuxième exil de nos héros.Le premier étant celui qui a suivi les batailles dont nous avons parlé plus haut.Mais attention, Lord Durham a des ennemis en Angleterre et le jeu de la politique partisane anglaise continue à tourner.Durham est semoncé, puis relevé de ses fonctions.Il n\u2019avait pas le pouvoir de modifier les condamnations, même si, pour lui, c\u2019était le meilleur moyen d\u2019entreprendre une œuvre de réparation.Il s\u2019en retourne donc dans son pays, laissant derrière lui les germes d\u2019une deuxième catastrophe.Certains de ses jugements sont révélateurs.Il reconnaît les abus impardonnables de la clique au pouvoir.Il a perçu le fond du problème: tant que les Canadiens-Français n\u2019auront pas leur pays, le problème ne sera pas réglé.Le peuple n\u2019accepte pas plus la tyrannie.Depuis leur exil, les Patriotes ont gardé des rapports avec le pays.Les Frères-Chasseurs, la fameuse société secrète, entre autres, poursuit son travail d\u2019embrigadement afin de se préparer au soulèvement qui, avec l\u2019aide des Américains, réussira.Au sein de la direction patriote les avis sont partagés.Papineau lui-même est attaqué par certains de ses proches.Les plus excités l\u2019emportent.On recommence, on libère le pays.C\u2019est ainsi que 1838 se distingue de 1837.En 1838, c\u2019est une offensive qu\u2019ont voulu lancer les Patriotes, alors qu\u2019en 1837, ils se sont défendus.Déclaration d\u2019indépendance, camps militaires, vol d\u2019armes, escarmouches aux frontières, etc.Dans la région de Beauharnois et aussi dans celle de Laprairie, l\u2019activité fut très intense.Encore une fois, les LES PATRIOTES, CES ANCÊTRES INCONNUS 263 Patriotes sont décimés par l\u2019armée coloniale.La répression est généralisée.Plus de 1 200 arrestations, feu aux fermes et profanations des églises, tout y passe.Les Patriotes sont jugés dans des conditions épouvantables.Près d\u2019une centaine de ceux-ci ont été condamnés à être pendus sur la place publique.Cinquante d\u2019entre eux virent leur peine changée en exil pour l\u2019Australie.Douze furent donc pendus, devant une foule désespérée.Malgré de nombreuses démarches pour obtenir la clémence des Anglais, les Patriotes moururent la corde au cou.Ne rappelons que la mémoire du Chevalier de Lorimier, dont le testament s\u2019est rendu jusqu\u2019à nous et demeure l\u2019une des pages les plus émouvantes de notre histoire.L\u2019amour qu\u2019il a porté à sa patrie fut à la mesure de son idéal.Quant aux exilés, les notes de certains d\u2019entre eux nous permettent de connaître les souffrances qu\u2019ils subirent tout au long de l\u2019interminable traversée, de même que pendant leur résidence forcée en terre étrangère.La chanson populaire «Un Canadien errant» exprime aussi les peines de l\u2019exil.Londres dut en conclure de la nécessité de trouver une solution aux problèmes canadiens.Dans le Haut-Canada, il y eut également des secousses.Le family compact régnait en monarque absolu sur ce territoire.Les réformistes prirent les armes.Leur lutte est importante.Ces progressistes appuyaient les Canadiens du Bas-Canada dans leurs revendications nationales.Beaucoup de révolutionnaires moururent également dans le Haut-Canada.Ils partagèrent le sort de nos patriotes, lors de l\u2019exil en Australie.À la grande différence que les patriotes souhaitaient, quant à eux, la délivrance de leur peuple d\u2019une mainmise coloniale.Le gouvernement anglais choisit l\u2019union politique de ces deux possessions canadiennes.Ce régime fut aussi ignoble que celui qui l\u2019avait précédé.Plus nombreux et moins endettés, les gens du Bas-Canada ont dû accepter une représentation parlementaire égale et une fusion de budget.Le projet d\u2019union ne plut guère au peuple.Les élites traditionnelles, à quelques exceptions près, rejetèrent cette autre forme d\u2019oppression.Cependant, l\u2019Action d\u2019Union reçut la sanction royale au grand dam de nos ancêtres qui, pendant vingt-cinq ans, n\u2019ont vu que leur impuissance s\u2019institutionnaliser.De façon très sommaire, nous avons survolé un des chapitres les plus trépidants de notre Histoire nationale.Les Papi- 264 L\u2019ACTION NATIONALE neau, de Lorimier, Chénier et Duvernay, ainsi que les Nelson, les Viger et les milliers d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants qui, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, ont éprouvé les malheurs de l\u2019époque, doivent retenir l\u2019attention de tous, mais principalement de celles et de ceux qui aujourd\u2019hui, alors que les nuages embrouillent l\u2019horizon, prétendent vouloir mener à terme l\u2019objectif central des Patriotes de 1837 et de 1838: l\u2019indépendance politique de notre pays et de notre peuple.Vive la Liberté! UN ANNIVERSAIRE MAJEUR 265 1837-1987: Un anniversaire majeur.Qu\u2019on va oublier?par ONIL PERRIER Les Québécois sont-ils à ce point démotivés et distraits qu\u2019ils vont oublier le 150e anniversaire des Patriotes?On le dirait bien, à voir le peu d\u2019empressement qu\u2019on met, même dans les milieux nationalistes, pour commencer à penser à le préparer! C\u2019est pourtant un anniversaire au moins deux fois plus important que le 350e de Jacques Cartier en 1984, lequel a été préparé par cinq ans de réflexions, de négociations et de démarches, de recherches de fonds et.d\u2019une promotion extraordinairement flamboyante.Et nous, que faisons-nous pour honorer le souvenir de ces centaines de vrais Patriotes qui ont donné leur vie et de ces milliers d\u2019hommes et de femmes qui ont perdu leurs biens.pour que notre patrie cesse de se faire écraser par une clique d\u2019exploiteurs?Rien ou à peu près rien.Le scandale (car scandale il y a) vient de cet immense manteau d\u2019ignorance qu\u2019on a étendu sur notre peuple depuis quelques décennies: les concepteurs des programmes scolaires ont agi de telle sorte qu\u2019on n\u2019enseigne plus d\u2019histoire au primaire.ou si peu.Et quand on le fait, c\u2019est avec si peu d\u2019enthousiasme: on dirait que c\u2019est devenu péché que d\u2019insuffler aux jeunes l\u2019amour de la patrie! Et les historiens?Sous prétexte d\u2019objectivité, la plupart ont tellement bien neutralisé et aseptisé le passé que les jeunes ne savent plus si ça vaut la peine de vivre: pas de projet.pas de pays à développer, pas d\u2019héritage culturel à faire valoir.Alors, aussi bien disparaître en ne faisant plus de petits! Vite, la drogue! Et pourquoi pas le suicide?Ou encore, en attendant son «déclin», vive l\u2019American Way of life'. 266 L\u2019ACTION NATIONALE Trêve de pessimisme! Dans la vallée du Richelieu, voici une idée de ce que le Comité de la Fête des Patriotes a entrepris, avec ses faibles moyens, pour préparer ce 150e.On a invité plus de 25 municipalités, 5 commissions scolaires et 6 sociétés d\u2019Histoire à une série de rencontres de réflexion.Les deux tiers de ces organismes ont délégué des représentants, de sorte qu\u2019on a pu élaborer les grandes lignes d\u2019un programme s\u2019étendant sur 6 mois, de mai à novembre 1987.Ce programme couvre la région qui va de Sorel à Chambly et de Saint-Hyacinthe à Varennes.Nous espérons que toutes ces localités, et pas seulement Saint-Denis et Saint-Charles, prendront conscience qu\u2019il s\u2019est passé beaucoup d\u2019événements chez elles dans ces années-là et donc qu\u2019elles forment, pour ainsi dire, «le Pays des Patriotes»: une région qui est fière de son passé et qui désire l\u2019exploiter à partir de 1987 pour attirer chez elle de nouveaux visiteurs.D\u2019autant plus que Saint-Denis verra s\u2019ouvrir l\u2019été prochain la nouvelle Maison nationale des Patriotes, un centre d\u2019interprétation où l\u2019on fera comprendre et aimer leur histoire.Les travaux de restauration de cette maison, financés par le M.A.C.et l\u2019O.P.D.Q., doivent commencer en octobre et se terminer au début de l\u2019été 1987.* * * Voici donc les grandes lignes du programme suggéré pour le 150e, dans notre région du Richelieu: \u2014\td\u2019octobre à avril: série d\u2019articles dans les hebdos sur les Patriotes, sur le 150e, sur les événements qui se sont déroulés dans chaque localité dans les années 1837-1838; \u2014\tde janvier à mai: activités dans les écoles (surtout du 19 au 22 mai); \u2014\tdimanche, le 24 mai: ouverture du 150e, dans toutes les localités par la cérémonie de la plantation du MAI (arbre de la liberté), avec le concours des enfants; \u2014\tde mai à octobre: fêtes locales où l\u2019on posera un geste en l\u2019honneur des Patriotes de cet endroit (plaque, monument, etc.); UN ANNIVERSAIRE MAJEUR 267 \u2014\tle 24 juin: fête nationale du Québec, avec un thème touchant l\u2019influence des Patriotes sur le développement de la démocratie du pays; \u2014\ten août: fête d\u2019envergure nationale à Saint-Denis, avec l\u2019ouverture de la Maison nationale; (NJ.\u2014 D\u2019autres fêtes de grande envergure auront lieu à Saint-Charles, à Chambly, à Saint-Ours, si on obtient l\u2019aide nécessaire;) \u2014\tseptembre et octobre: visites organisées à Maison nationale, pour les écoliers; \u2014\tle 22 novembre: journée des Patriotes: hommage solennel, au monument de Saint-Denis; clôture du 150e dans la région.* * * Signalons que pour mener à terme un programme aussi ambitieux, nous avons commencé à susciter la formation de comités locaux ou commissions du 150e et que nous irons solliciter l\u2019aide du ministère du Loisir, dans le cadre des manifestations populaires.Inutile de dire que cette demande presse et qu\u2019elle aura plus de succès si elle est faite par un organisme national.Nous voulons par ailleurs inviter tous les grands médias à inclure dans leur programmation d\u2019été et d\u2019automne 1987 une série de reportage ou d\u2019émissions sur les Patriotes.Nous avons invité la troupe Parminou à créer une courte pièce sur les Patriotes pour sensibiliser les jeunes du secondaire et le grand public.Par ailleurs, en collaboration avec les Patriotes du Pays, nous reprenons les démarches auprès de l\u2019Assemblée des évêques du Québec pour mener à terme la question de la réhabilitation des Patriotes, sur le plan religieux.Sur le plan civil, notons-le, leur réhabilitation a été sanctionnée, quant à nous, par le décret du 6 octobre 1982, document fort important qui aurait dû recevoir bien plus d\u2019écho.* * * Pour conclure, une observation et un souhait.À mesure que nous avançons dans cette préparation et dans le dossier de la Maison nationale, nous sommes stupéfaits de l\u2019importance majeure du phénomène des Patriotes: ce fut un 268 L\u2019ACTION NATIONALE véritable «tremblement de terre».qui a modifié toute l\u2019histoire du pays.Et nous sommes d\u2019autant plus choqués de constater qu\u2019on a constamment caché ces faits à nos concitoyens, au lieu de les mettre bien en évidence.Le souhait, évidemment: que tous les Québécois qui ont du cœur se réveillent et fassent de la célébration du 150e leur priorité absolue pour les mois qui viennent! Autrement, nous allons passer aux yeux du monde entier pour le peuple le plus ingrat et le plus arriéré! LES PROCÈS DES PATRIOTES 269 Les procès des Patriotes en 1838 par YVON LAROSE Chaque année, le jour du 23 novembre, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal commémore la victoire militaire remportée à Saint-Denis-sur-le-Richelieu par les Canadiens de 1837 sur les troupes anglaises.Défaits par la suite, les Patriotes furent jugés et condamnés par les autorités anglaises, une première fois au printemps et une seconde fois, pour récidive, à l\u2019automne de 1838.Comment se comporta l\u2019appareil judiciaire dans ces moments exceptionnels?Et quel rôle joua l\u2019autorité militaire anglaise?Ces procès se déroulèrent-ils dans la plus stricte légalité?L\u2019histoire dit que dans la semaine précédant les confrontations, le gouverneur du Bas-Canada, Lord Gosford, avait procédé à une prudente épuration de la magistrature de Montréal: 71 magistrats «suspects» furent remplacés par 27 autres «dévoués» à l\u2019Angleterre.L\u2019épuration du 13 novembre fut aus: sitôt suivie, le 16, par l\u2019émission de 26 mandats d\u2019arrestation dans le district de Montréal, pour crime de haute trahison ou menées séditieuses.Le mécontentement populaire prenait donc rapidement de l\u2019ampleur.Après la sanglante bataille de rue du 6 novembre 1837, à Montréal, entre les bureaucrates anglais et les Fils de la Libertés canadiens, la situation s\u2019était maintenant suffisamment dégradée pour faire place à la lutte armée.Les affrontements débutèrent avec la bataille du 23 novembre, à Saint-Denis, et se terminèrent le 1er mars 1838 avec la reddition des Patriotes à l\u2019armée américaine, près de la frontière.Au total, 501 personnes se retrouvèrent derrière les barreaux à Montréal contre seulement cinq à Québec.Le 5 avril, 340 suspects avaient déjà été libérés sous caution.Une trentaine d\u2019autres allaient suivre, ce qui ramena le nombre de détenus à 140. 270 L\u2019ACTION NATIONALE Un casse-tête juridique La loi martiale, proclamée dans le district de Montréal le 5 décembre 1837, fut révoquée le 27 avril 1838.Grâce à cette révocation, les délits étaient maintenant placés sous l\u2019autorité des tribunaux civils.Les autorités anglaises eurent alors à faire face au dilemme suivant: comment constituer des corps de jurés impartiaux?«Choisir des jurés canadiens, c\u2019était assurer l\u2019acquittement, écrit l\u2019historien Gérard Filteau.Ne prendre que des Anglais c\u2019était vouer tous les accusés innocents et coupables à la potence; quant à un jury mixte, celui-ci ne pourrait jamais s\u2019entendre.» Les conseilleurs du nouveau gouverneur Lord Durham trouvèrent une solution pour le moins inusitée à ce casse-tête juridique.Ils proposèrent tout simplement d\u2019amnistier tous les détenus, sauf les 24 présumés chefs de l\u2019insurrection.Étaient également exclus de l\u2019amnistie les 10 suspects accusés d\u2019avoir trempé dans le meurtre de l\u2019officier George Weir et du citoyen Joseph Chartrand.C\u2019est ainsi qu\u2019en l\u2019absence des 16 Patriotes réfugiés aux États-Unis, les huit chefs de l\u2019insurrection détenus à Montréal accepteront la proposition et signeront, le 26 juin 1838, un aveu de culpabilité qui les condamnera tous à l\u2019exil aux Bermudes.Ces chefs avaient pour noms Bouchette, Nelson (Wolfred), Desrivières, Masson, Gauvin, Marchessault, Goddu et Viger (Bonaventure).L\u2019Ordonnance d\u2019Amnistie, proclamée le 28 juin 1838, interdisait aux huit exilés et aux 16 Patriotes réfugiés aux États-Unis (dont Louis-Joseph Papineau, Robert Nelson et Georges-Étienne Cartier), «de séjourner ou de revenir dans la Province, sous peine de mort, sauf permission».Tous les autres pourraient «moyennant des cautionnements allant de 1 000 à 5 000 livres librement retourner dans leurs foyers, et y demeurer sans aucune molestation».Jugeant ces mesures excessives, le Parlement de Londres allait réagir sans tarder.Le 10 août, au cours d\u2019un débat sur l\u2019Ordonnance d\u2019Amnistie du 28 juin, Lord Melbourne annonça qu\u2019il allait conseiller à Sa Majesté de désavouer l\u2019Ordonnance en entier.Le 9 octobre suivant, on promulguait le Désaveu et le Bill d\u2019indemnité au Bas-Canada.Le Parlement anglais contestait le choix de la Bermude comme lieu d\u2019exil (la Bermude n\u2019était pas LES PROCÈS DES PATRIOTES 271 une colonie pénale), les condamnations nombreuses et sans culpabilité et l\u2019interdiction, sous peine de mort, de revenir dans la Province.Une répétition tragique D\u2019après Gérard Filteau, «l\u2019échec du 1er mars ne découragea pas les Patriotes.Leur tentative de fonder une république canadienne avait failli faute de discrétion et de préparation.Ils décidèrent immédiatement de se réorganiser».Malheureusement pour eux, la semaine du 2 au 9 novembre 1838 fut une répétition des tragiques événements de l\u2019hiver précédent.Plusieurs centaines de cultivateurs et de journaliers, armés de fourches, de couteaux et parfois de fusils, furent engagés dans quelques escarmouches avec l\u2019armée anglaise forte de quelques milliers d\u2019hommes bien entraînés et bien équipés.La loi martiale avait été proclamée le 4 novembre dans le district de Montréal.Une cour martiale fut installée le 27, et les séances commencèrent dès le lendemain.En tout, 1 200 Patriotes se retrouvèrent cette fois derrière les barreaux.La plupart des détenus furent libérés sans procès, avec ou sans caution, mais 108 furent traduits en cour martiale.Confronté à une situation différente de celle du printemps précédent à cause de nombreux cas de récidive, le gouverneur Colborne décida de mater le mouvement révolutionnaire une fois pour toutes en faisant des exemples.Composé uniquement d\u2019Anglais, un tribunal militaire fut formé le 27 novembre et instruisit 14 procès.Sur 108 accusés, neuf furent acquittés, 27 obtinrent une libération sous caution, deux furent bannis, 58 furent déportés en Australie et 12 furent condamnés à être pendus.Analysant ces événements, Gérard Filteau conclut que le seul reproche que l\u2019on puisse faire à toute la procédure, c\u2019est de n\u2019avoir pas permis aux accusés de faire conduire leur cause par des avocats.Plusieurs avocats canadiens s\u2019étaient offerts, mais on les avait écartés au cri «Des rebelles ne peuvent pas défendre des rebelles».Ce furent donc deux avocats anglais qui vinrent au secours des accusés. 272 L\u2019ACTION NATIONALE Faut-il privatiser la recherche?par MICHEL GERVAIS L\u2019été 1986 aura été fertile en développements susceptibles d\u2019affecter considérablement la recherche universitaire.Notons les travaux préparatoires à la Commission parlementaire sur le financement des universités, la publication du rapport Gobeil qui traite, entre autres, de plusieurs organismes de recherche et de la tâche des professeurs ainsi que l\u2019annonce des règles proposées pour la mise en oeuvre de la politique d\u2019appariement du gouvernement fédéral à l\u2019égard des conseils subventionnaires.Le ministre Ryan a par ailleurs confié au Conseil des universités le mandat d\u2019évaluer les programmes du FCAR, tandis qu\u2019à Ottawa le nouveau président du CRSNG mettait sur pied un groupe de travail chargé de revoir toute la structure des programmes de cet organisme.Au CRSH, on le sait, le processus de refonte des programmes est déjà amorcé, suite à l\u2019acceptation du rapport Crocker.Enfin, le débat sur les frais de scolarité a progressé pendant que les jeunes libéraux remettaient en cause la permanence des professeurs.En voilà assez pour insécuriser les chercheurs les plus sereins! A travers toutes ces remises en cause, on perçoit facilement certaines tendances générales.En ce qui concerne les gouvernements, ce qui sous-tend tous les réexamens, c\u2019est une volonté claire de réduire les déficits budgétaires, de rationaliser les activités et d\u2019accroître les retombées économiques des dépenses publiques.Dans ce contexte, la privatisation est à l\u2019ordre du jour.Essentiellement, il s\u2019agit de confier au secteur privé la responsabilité de certaines activités jusqu\u2019ici prises en charge par les gouvernements.Mais l\u2019expression recouvre plus largement toute forme de retrait de l\u2019État au profit d\u2019une participation plus grande des individus et des entreprises.Ce mouvement général n\u2019est pas sans affecter la recherche universitaire.On peut signaler, au premier chef, la politique FAUT-IL PRIVATISER LA RECHERCHE?273 d\u2019appariement décrétée par le gouvernement fédéral pour les grands organismes subventionnaires canadiens, mais aussi l\u2019importance accrue accordée aux programmes de subvention impliquant une participation de l\u2019entreprise.Si, par certains aspects, ces changements sont intéressants et prometteurs, ils soulèvent par ailleurs plusieurs questions, et il faut s\u2019inquiéter de certaines de leurs conséquences.Une première question à se poser est celle du réalisme de ces politiques.Par exemple, la cible de 155 millions de dollars fixée pour la contribution du secteur privé à la recherche universitaire en 1990-1991 est-elle accessible, compte tenu de la structure industrielle du pays?On peut en douter.Cette politique d\u2019appariement n\u2019est-elle pas un miroir et une façon déguisée pour le gouvernement de limiter sa contribution à la recherche universitaire et une façon claire de réduire son apport à la recherche fondamentale et à la recherche libre, notamment dans le secteur des sciences humaines?Nombreux sont ceux qui le pensent.Il faudra en tout cas examiner de très près les premiers résultats de l\u2019application de cette politique.N\u2019y a-t-il pas aussi un lien trop étroit établi entre la privatisation et la commercialisation des résultats de la recherche?Le texte publié récemment par le ministère fédéral des Finances laisse entendre que l\u2019appui du secteur privé favorisera le transfert des résultats de recherche en vue d\u2019applications commerciales.Cela peut s\u2019entendre relativement bien dans certains secteurs des sciences expérimentales et des sciences appliquées, mais est tout à fait incompatible avec la majorité des activités dans le secteur des sciences humaines, lesquelles sont justement les plus négligées et les plus sous-financées.Il est assez clair que le concept de privatisation doit être mieux étudié et mieux articulé, et que ses limites doivent être clairement identifiées pour que l\u2019évolution à venir ne mette pas en danger les progrès réels et importants réalisés au cours des dernières décennies.À cet égard, ce dont nous avons le plus besoin n\u2019est pas un retour en arrière, mais bien un élan réfléchi vers l\u2019avant, élan appuyé sur les bases solides mises en place depuis un quart de siècle. 274 L\u2019ACTION NATIONALE Il faut rappeler que l\u2019objectif premier de l\u2019activité universitaire est la formation des personnes qui feront ensuite bénéficier la société, pendant trente ou quarante ans, du potentiel intellectuel développé à l\u2019université.Cela est vrai des programmes de formation comme de la recherche universitaire qui associe les étudiants au développement des connaissances, leur permettant ainsi d\u2019acquérir un haut niveau de compétence et de capacité d\u2019innovation.L\u2019investissement dans la recherche universitaire est un investissement dans le capital humain d\u2019un pays et il y a là une responsabilité dont aucun État ne saurait se décharger. COMBIEN DE FLEUVES AU QUÉBEC?275 Combat* de fleuves au Québec?par MICHEL BROCHU C\u2019est, semble-t-il, la première fois qu\u2019est posé une question qui, pour la plupart, spécialistes ou non de nomenclature géographique, est réglée depuis le XVie siècle.Le Saint-Laurent, en effet, fut le fleuve-roi de l\u2019Amérique française, le grand axe de pénétration, de rayonnement et de consolidation de l\u2019empire français d\u2019Amérique du Nord, et il a semblé à tous qu\u2019il était le seul à pouvoir porter l\u2019attribut de fleuve, avec le Mississipi et, bien plus tard, le Mackenzie.Il a, par la suite, paru logique aux explorateurs, aux cartographes et aux administrateurs de la Nouvelle-France que tous les affluents du Saint-Laurent prissent le générique de rivière, même pour les cours d\u2019eau se jetant dans la partie océanique du Saint-Laurent, c\u2019est-à-dire le golfe.Ultérieurement et par ampliation, au cours des siècles qui ont suivi, et cela jusqu\u2019au XX^, l\u2019habitude a été prise d\u2019attribuer le générique de rivière à tous les cours d\u2019eau se jetant dans la baie James, dans la baie d\u2019Hudson et dans la baie d\u2019Ungava (le détroit d\u2019Hudson ne recevant que des cours d\u2019eau de faible longueur et de faible débit).Il convient de se demander si cette appellation systématique de rivière attribuée, à l\u2019éventuel détriment du terme fleuve, n\u2019est pas trop exclusive.Un réexamen pour les cours d\u2019eau du Québec se jetant à la mer (moins le Saint-Laurent et ses affluents directs) est justifié par le fait que les principaux cours d\u2019eau européens se jetant dans le domaine atlantique ou méditerranéen portent tous traditionnellement le générique de fleuve.Or, si des fleuves comme le Danube, le Rhin et le Rhône ont une longueur et un débit supérieurs aux plus grand cours d\u2019eau du Nouveau-Québec (la Grande Rivière de l\u2019Est et la Grande Rivière) ceux-ci et au moins 10 autres se déversant dans les eaux septentrionales du Québec sont de dimensions égales ou même 276 L\u2019ACTION NATIONALE nettement supérieures à des fleuves comme l\u2019Èbre, l\u2019Elbe, la Tamise, le Tage, la Seine ou la Vistule.On peut que conclure que les nombreux cours d\u2019eau du Nord-Ouest (baie James et mer d\u2019Hudson) et du Nord-Est du Québec (baie d\u2019Ungava) remplissent toutes les conditions pour être appelés fleuve; c\u2019est le cas des cours d\u2019eau suivants: de la baie James à la baie d\u2019Ungava: Harricana#, Broadback#, Nottaway#, Rupert#, la Grande Rivière de l\u2019Est# (Eastmain), la Grande Rivière#; la Grande-Rivière-à-la-Baleine##, la Petite-Rivières-à-la-Baleine##, Kogaluk##, Inoucdjouac##, Povugni-tuk##, l\u2019Arnaud###, le fleuve aux Feuilles###, Koksoak###, George###, à la Baleine###.Il faut ajouter le fleuve aux Esquimaux (ou Hamilton ou Churchill) qui a son embouchure sur la côte atlantique du Labrador.Sur la côte nord du golfe Saint-Laurent, entre le méridien de la pointe ouest de l\u2019île d\u2019Anticosti et le détroit de Belle-Isle, on peut dénombrer 3 fleuves, soit: la Romaine, le Natashquan, le Petit Mécatina.# baie James; ## mer d'Hudson; ### baie d\u2019Ungava.Les affluents de tous ces fleuves périphériques du Québec, comme c\u2019est le cas pour ceux du Saint-Laurent, doivent porter le générique de rivière quels que soient, par ailleurs, la longueur et le débit de ces cours d\u2019eau souvent supérieurs à eux des fleuves moyens d\u2019Europe: c\u2019est le cas des rivières Caniapiscau et aux Mélèzes, affluents de la Koksoak, de l\u2019Outaouais et du Saint-Maurice, affluents du Saint-Laurent.Il est à noter que ce critère de navigabilité n\u2019est pas entré en ligne de compte pour l\u2019attribution du générique de fleuve, car à part le Saint-Laurent et le Saguenay, son affluent, aucun cours d\u2019eau n\u2019est navigable sur plus de 100 km sans obstacle naturel à partir du niveau de la mer.Ce paramètre n\u2019est pas non plus entré en ligne de compte pour aucun des fleuves mondiaux reconnus: s\u2019il est vrai que plusieurs d\u2019entre eux sont navigables sur de grandes distances sans obstacles naturels importants, certains ne sont accessibles aux COMBIEN DE FLEUVES AU QUÉBEC?277 navires de haute mer que sur moins d\u2019une centaine de kilomètre, le Congo, le Tage et l\u2019Èbre sont dans ce cas.Pour les fleuves du Nouveau-Québec, leur navigabilité s\u2019arrête soit à leur embouchure (baies James et d\u2019Hudson), soit à quelques dizaines de kilomètres en amont (baie d\u2019Ungava).Le double critère retenu a été essentiellement celui d\u2019une longueur égale ou supérieure à 100 km et celui de l\u2019embouchure du cours d\u2019eau considéré dans le domaine marin: (golfe Saint-Laurent, mer et détroit d\u2019Hudson, baies James et d\u2019Ungava).En réalité, pour ne pas provoquer une trop forte rupture dans l\u2019habitude prise d\u2019appeler rivière tous les cours d\u2019eau du Québec, seuls ceux qui ont nettement plus de 100 km de long ont été proposés ici pour recevoir l\u2019appellation de fleuve.Conclusion D\u2019après ce qui précède, on peut considérer que le Québec possède, outre le Saint-Laurent, au moins 18 fleuves caractérisés et que ceux-ci devraient, sur les cartes officielles et dans les Atlas, prendre le générique de fleuve.Si cela ne pose pas de problème particulier pour les fleuves Arnaud George, Koksoak, Nastapoca, Kogaluk, l\u2019adaptation semblera plus difficile pour des nouvelles appellations comme le Grand-Fleuve, le Grand-Fleuve-de-l\u2019Est, le Grand-Fleuve-à-la-Baleine, le Fleuve-à-la-Baleine.L\u2019important à retenir est que plusieurs des cours du Québec, en plus du Saint-Laurent, possèdent les caractères de fleuves (longueur supérieure à 100 km et embouchure dans le domaine marin) et ont, de ce fait, vocation à être désignés comme fleuve.La parole est maintenant à la Commission de Géographie du Québec. 278 L\u2019ACTION NATIONALE Le chanoine Lionel Groulx, un valeureux patriote par LÉANDRE FRADET Il y a des gens qui se prennent souvent pour d\u2019autres; d\u2019aucuns jugent généralement autrui selon ce qu\u2019ils sont.En serait-il ainsi de Jacques Hébert qui eut l\u2019insolence de qualifier odieusement d\u2019imbécile le noble et illustre fils de l\u2019Église québécoise et de la Nation française d\u2019Amérique, le chanoine Lionel Groulx, notre gloire nationale?Lors de l\u2019émission de télévision, Le Point, du 27 juin dernier, à Radio-Canada, au cours d\u2019une rétrospective de la carrière publique du maire Jean Drapeau \u2014 en disant cet imbécile de chanoine \u2014 l\u2019outrecuidant Jacques Hébert n\u2019insulta-t-il pas ipso facto le maire de la métropole laurentienne?Ce dernier étant admirateur, pour ne pas dire disciple du grand humaniste et éducateur émérite que fut notre maître à penser.N\u2019insulta-t-il pas aussi l\u2019Université de Montréal, où fut exposée la dépouille mortelle du chanoine, dans le grand hall de cette institution; de même que les quelque six mille personnes et hauts dignitaires qui assistèrent aux obsèques d\u2019État de ce grand personnage en l\u2019église Notre-Dame, de Montréal, en 1967, et officiées par le Cardinal Paul-Émile Léger qui prononça le panégyrique?Jacques Hébert insulta également le gouvernement québécois de l\u2019époque, qui décréta que le jour des funérailles soit un jour de deuil national, que le drapeau national fleurdelysé soit en berne.De plus, il insulta les personnalités de toutes couches sociales, les journalistes, éditorialistes de toutes idéologies, tant français qu\u2019anglais, qui rendirent hommage posthume au très regretté disparu.Il insulta aussi son ami et protecteur Pierre Elliott Trudeau qui écrivit personnellement une missive à la louange de notre historien national, en réponse à notre demande au gouvernement fédéral d\u2019émettre un timbre-poste commémoratif du centenaire de naissance du grand Lionel Groulx, en 1978.Davantage, il insulta la nation, quatre générations de nos compatriotes qui furent de fervents admirateurs de ce chef de file, de ce héros national. LE CHANOINE GROULX, UN VALEUREUX PATRIOTE 279 «C\u2019est qu\u2019il existe des élites morales et intellectuelles qui constituent la seule richesse durable des nations.Personne ne gagne à les mépriser, personne ne s\u2019honore à les abaisser.» (Dixit Roger Duhamel.) Lionel Groulx, en plus de milliers de conférences et de cours, publia quelque trente-cinq volumes, plus de vingt brochures et opuscules, deux romans à thèse nationaliste.À 68 et 69 ans (en 1946 et 1947), il fonda respectivement l\u2019Institut et la Revue d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française de renommée internationale; il fonda la première chaire d\u2019histoire du Canada, à l\u2019Université Laval, de Montréal; il forma une pléiade d\u2019historiens érudits.«Cet imbécile de chanoine» conseilla moultes sommités du monde universitaire, des sociologues, des politiques, qui allaient le consulter.André Laurendeau ne le qualifia-t-il pas de «l\u2019un de nos maîtres de l\u2019heure»?Lionel Groulx, conférencier remarquable et recherché, porta la parole aux quatre coins de l\u2019Amérique française; jusqu\u2019en France.Délégué officiel de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Institut scientifique franco-canadien, il enseigna à la Sorbonne, à l\u2019Institut catholique de Paris et à quelques universités de province.En 1931, il obtint le Prix de l\u2019Académie française pour l\u2019ensemble de ses œuvres.«Pionnier redoutable du nationalisme canadien-français, Lionel Groulx a eu et surtout mérité à peu près tous les prix possibles: médailles, décorations, doctorats honorifiques; prix d\u2019excellence en langue française, grecque, latine, anglaise, et en histoire moderne avec la médaille Léo Parizeau (1963) \u2014 (Réf.: Père Benoit Lacroix, o.p.\u2014 Collection Classiques canadiens).Lionel Groulx: philosophe, prophète, penseur profond et fécond, éducateur national, remueur d\u2019idées, historien-sociologue, romancier.Voici l\u2019opinion exprimée par Olivar Asselin (qu\u2019à coup sûr l\u2019on ne peut taxer d\u2019enthousiasme de commande) dans sa magistrale étude intitulée L\u2019abbé Groulx (1923): «Avec la clairvoyance, la qualité maîtresse de l\u2019œuvre de l\u2019abbé Groulx, c\u2019est la vie.Pareil don d\u2019évocation ne s\u2019était rencontré chez aucun de ses devanciers.Il sait voir et il sait rendre.\u2014 Historien de civilisation \u2014 (.) Dès maintenant, la critique se 280 L\u2019ACTION NATIONALE doit de reconnaître dans l\u2019œuvre de l\u2019abbé Groulx, le plus bel élément de l\u2019actif intellectuel canadien-français.Sans attendre cette refonte qu\u2019il annonce de son œuvre, je salue en lui un maître de la recherche historique, un maître de style, un maître de la vie spirituelle, un maître de réflexion et d\u2019énergies patriotiques».Si le même personnage, Lionel Groulx, eût été un fédéraliste notoire et complaisant, eût fait l\u2019apologie du fédéralisme, etc., Jacques Hébert l\u2019aurait-il qualifié d\u2019imbécile?Lionel Groulx mourut la plume à la main; jusqu\u2019à la dernière seconde de sa vie fructueuse, laborieuse, il fut à l\u2019œuvre.Le jour même de son décès, on lançait son dernier livre, Constantes de vie.11 fut constant toute sa vie, fidèle à lui-même, loyal envers sa nation (qu\u2019il aima tant!), ses compatriotes, sa patrie laurentienne, l\u2019État français d\u2019Amérique, loyal envers Dieu et l\u2019Église catholique.«Heureuses les nations qui ont de tels phares, ne fût-ce qu\u2019une fois par siècle», s\u2019exclame le Père Jean Genest, s.j., dans le numéro spécial juin-1968, de la revue l\u2019Action nationale.Son œuvre fut grande, humaniste, monumentale; l\u2019insolence intempestive, odieuse, de Jacques Hébert, monumentale! Un jour, la Nation érigera des monuments à la gloire du valeureux patriote du 20e siècle qui nous montra les chemins de l\u2019avenir, qui fut la conscience nationale; mais peut-être point à Jacques Hébert que nous croyions mort, ne nous souvenant point qu\u2019il fût sénateur, n\u2019eût été la nouvelle de son jeûne.Les amis de Lionel Groulx le secrétaire DES ANNIVERSAIRES À CÉLÉBRER 281 En 1987 Des anniversaires à célébrer par GÉRARD TURCOTTE Chaque année marque des anniversaires d\u2019événements qui méritent d\u2019être soulignés.On peut sans doute y trouver prétexte à la nostalgie ou au panégyrique, mais on peut aussi s\u2019en servir pour relire le passé en vue de préparer l\u2019avenir.Il n\u2019est pas trop tôt pour relever quelques anniversaires de 1987, dont plusieurs devraient donner lieu à des célébrations populaires susceptibles de raviver la fierté, le nationalisme et le militantisme actuellement latents chez de nombreux Québécois et Québécoises.\u2014\t345e anniversaire de la fondation de Montréal (1642); \u2014\t150e anniversaire des Patriotes (1837); \u2014\t145e anniversaire de la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec (1842); \u2014\t135e anniversaire de la mort de Ludger Duvernay (1852); \u2014\t80e anniversaire de la fondation de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, pour regrouper les diverses associations féminines (1907); \u2014\t75e anniversaire du premier Congrès de la langue française (1912); \u2014\t75e anniversaire de la fondation de la Ligue des droits du français (1912); \u2014\t70e anniversaire de la fondation de la revue L\u2019Action française (1917); \u2014\t70e anniversaire de la manifestation dans les rues de Montréal contre la conscription (1917); \u2014\t60e anniversaire de l\u2019opinion d\u2019un comité du Conseil privé de Londres, déclarant que le Labrador appartenait à Terre-Neuve (1927); \u2014\t50e anniversaire de la célèbre déclaration du chanoine Lionel Groulx: «Notre État français, nous l\u2019aurons» (1937); \u2014\t50e anniversaire du deuxième Congrès de la langue française (1937); 282 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\t50e anniversaire de fondation du Conseil de la vie française en Amérique (1937); \u2014\t45e anniversaire de la fondation du Bloc populaire par Maxime Raymond (1942); \u2014\t45e anniversaire du plébiscite sur la conscription (1942); \u2014\t40e anniversaire de la fondation de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec (1947); \u2014\t35e anniversaire de la mort d\u2019Henri Bourassa (1952); \u2014\t35e anniversaire du troisième Congrès de la langue française (1952); \u2014\t30e anniversaire du Congrès de la refrancisation organisé par le Conseil de la vie française, sous la présidence de Paul Gouin (1957); \u2014\t30e anniversaire de fondation de l\u2019Alliance laurentienne par Raymond Barbeau (1957); \u2014\t20e anniversaire de la mort du chanoine Lionel Groulx (1967); \u2014\t20e anniversaire de l\u2019historique «Vive le Québec libre» du Général de Gaulle (1967); \u2014\t20e anniversaire du premier député indépendantiste, François Aquin, à siéger à l\u2019Assemblée Nationale (1967); \u2014\t20e anniversaire du lancement du Mouvement souveraineté-association par René Lévesque (1967); \u2014\t20e anniversaire de la publication du premier volume du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton (1967); \u2014\t20e anniversaire des deuxièmes grandes assises des États généraux du Canada français (1967); \u2014\t10e anniversaire de l\u2019adcption d la Loi 101 (1977). JE ME SOUVIENS En novembre Je me souviens 283 6\tnovembre 1837 Les FILS DE LA LIBERTÉ sont attaqués par les membres du DORIC CLUB de Montréal.7\tnovembre 1864 Antoine-Aimé Dorion, maire de Montréal, publie son manifeste contre la Confédération canadienne.10 novembre 1960 Parution des INSOLENCES DU FRÈRE UNTEL, qui marque en quelque sorte le début de la révolution tranquille.12 novembre 1837 Toute assemblée et tout défilé sont interdits à travers le Bas-Canada.15\tnovembre 1976 Prise de pouvoir du Parti québécois.16\tnovembre 1837 Première arrestation de Patriotes à Montréal 19 novembre 1967 Fondation du Mouvement Souveraineté-Association.22\tnovembre 1837 Papineau fuit aux États-Unis.23\tnovembre 1837 Victoire des Patriotes à Saint-Denis.23 novembre 1967 Les États généraux du Canada français réunissent 2 500 délégués à Montréal.25 novembre 1837 Défaite des Patriotes à Saint Charles. 284 L\u2019ACTION NATIONALE Lettre à Monsieur Turner par JEAN-GUY YELLE Auriez-vous l\u2019obligeance de me faire parvenir le texte officiel de la résolution que vous avez dernièrement fait adopter par votre parti sur le droit de véto à reconnaître à l\u2019État du Québec?Je vous félicite et vous remercie pour le courage d\u2019une telle démarche qui vise à nous redonner ce que le tandem Trudeau-Chrétien nous a fait perdre en abusant de la naïveté et du non-sens politique du tandem Lévesque-Morin.Déjà, au lendemain du référendum, Claude Ryan avait souhaité «un changement d\u2019interlocuteurs tant à Ottawa qu\u2019à Québec».Ce qui fut fait.Malheureusement, je ne décelais pas en Mulroney-Bourassa, quant à moi, un langage encore suffisamment clair et concret sur cette question primordiale.Le premier se cantonnant dans une grandiloquente promesse de réintégration du Québec à la Constitution «dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme»; le second appuyant sa demande sur la reconnaissance du Québec comme «société distincte» dans le préambule de la Constitution.Des mots.encore et toujours des mots! Puis-je aussi vous féliciter, monsieur Turner, pour un autre point sur lequel aussi vous avez pris vos distances quant à votre prédécesseur, à savoir de ne pas avoir de «lieutenant québécois».Bravo, monsieur Turner! En somme, c\u2019est là vous faire et nous faire assez confiance pour être capables de nous parler et de nous comprendre directement sans tiers interposé.Félicitations enfin, monsieur Turner, pour l\u2019excellente qualité de votre français.Là-dessus, vous me rappelez un autre grand Canadien anglophone, le conservateur Robert Standfield.Rien d\u2019étonnant, alors, de vous voir aujourd\u2019hui, avec la reconnaissance d\u2019un véto au Québec, dans la foulée de la théorie «des deux nations principales».Versus l\u2019antinationalisme maladif de Trudeau.Vous vous inscrivez aussi dans la ligne de votre prédécesseur au parti libéral, le regretté Lester Pearson, avec son opting out qui reconnaissait dans les faits que le Québec «n\u2019est pas une province comme les autres», contrairement à ce que prétendait Louis St-Laurent. LETTRE À MONSIEUR TURNER 285 Pour de vieux autonomistes comme moi, c\u2019est réconfortant de voir de telles attitudes (par surcroît et paradoxalement venant de Canadiens anglophones!), c\u2019est-à-dire des façons réelles et efficaces de reconnaître le caractère spécifique du Québec comme un État national, en tant que berceau et foyer principal de la nation canadienne-française et seul gouvernement où nous sommes majoritaires et qui reste encore sous notre contrôle depuis les temps héroïques de l\u2019Amérique française.Les mots sont importants et il ne faut pas s\u2019en leurrer, sous peine d\u2019en venir à perdre les réalités qu\u2019ils désignent.Et la «réalité» de notre histoire depuis 1867 (après être repartis deux fois à zéro en 1760 et en 1840), c\u2019est que sans le Québec il n\u2019y aurait probablement jamais eu de Fédération canadienne et que, réciproquement, sans régime fédératif au Canada, il n\u2019y aurait fort probablement plus de viabilité pour la nation canadienne-française.Réduite à un «groupe culturel» genre de nos frères franco-américains, plus ou moins prospères, plus ou moins folklorisés.mais néanmoins sans emprise réelle et continue sur son destin collectif.En terminant, monsieur Turner, puis-je humblement mais fermement vous inciter et vous demander, pour la plus grande clarté du débat constitutionnel en cours, de ne pas hésiter à employer quatre mots, aujourd\u2019hui oubliés depuis l\u2019ère Trudeau-Lévesque, et à les repopulariser chez nous dans le vocabulaire politique courant: 1)\tCanadiens-Français, 2)\tnation, 3)\tÉtat, 4)\tindépendance.Je m\u2019explique: c\u2019est l\u2019expression «nation canadienne-française'» qui convient pour désigner les descendants des colons français de la vallée du Saint-Laurent.Et non pas «Canadiens francophones» à la Trudeau, ni «Québécois» à la Lévesque, ni «peuple fondateur» ni encore moins «société distincte» à la Pierre-Marc Johnson! Et pour parler du territoire ou du «pays» du Québec, c\u2019est le seul mot «État» qui soit adéquat.Merci à un autre grand libéral et autonomiste de l\u2019avoir lâché le premier, l\u2019Honorable Jean Lesage.N\u2019hésitez pas, monsieur Turner, en français, à parler de 28o l\u2019action nationale l\u2019État du Québec, plutôt que de la traditionnelle et incorrecte expression «Province de Québec».Le mot «province», en effet, désigne en français «une division administrative», comme les provinces de l\u2019Empire romain ou encore celles de la France monarchique.Enfin, ne pas considérer, en français, le mot «indépendance» comme synonyme de souveraineté.Le Canada est un pays indépendant de type fédératif, a.v.le gouvernement fédéral et les dix gouvernements fédérés (les «provinces») sont souverains chacun dans les domaines de leurs compétences.Surtout, monsieur Turner, n\u2019allez pas croire qu\u2019il ne s\u2019agit là que de caprices linguistiques ou d\u2019affichage français.Non, ces quelques mots résument et contiennent toutes les luttes et l\u2019histoire de notre «petit peuple».Le régime fédératif a été imposé, en 1867, par G.E.Cartier à John McDonald comme «minimum requis pour assurer la survie de sa nation», selon ses propres mots devant la Reine Victoria, régime confirmé comme tel par la si ite, contre le même assimilateur et centralisateur de McDonald, par le Conseil privé. DANS NOTRE COURRIER 287 Dans notre courrier Plusieurs lecteurs joignent souvent au paiement de leur abonnement quelques mots d\u2019appréciation ou des suggestions qui démontrent leur intérêt à la revue.Nous les en remercions.En voici des extraits.\u2014\tJe m\u2019ennuie des articles de fond de François-Albert Angers, ainsi que des commentaires de Patrick Allen sur l\u2019actualité.J.S.(Chicoutimi) \u2014\tIl manque à la revue, depuis assez longtemps déjà, des collaborateurs réguliers, réputés et connus, qui attireraient sans doute de nouveaux abonnés.L.D.(Québec) \u2014\tLa régularité de la publicattion de L\u2019Action nationale, au début de chaque mois, m\u2019a toujours impressionné.Ce qui n\u2019est pas courant dans le domaine des revues et magazines.O.D.(Montréal) \u2014\tQuoi faire pour mieux faire connaître L\u2019Action nationale, qui existe pourtant depuis plus de 50 ans, soit depuis 1933, succédant alors à L\u2019Action Française, fondée en 1917 et qui a été publiée jusqu\u2019en 1929?Pourquoi ne la trouve-t-on pas dans les kiosques un peu partout au Québec?N\u2019est-elle pas la seule revue nationaliste?J.L.(Québec) \u2014\tIl me fait plaisir de vous envoyer un chèque de 25$ pour payer mon réabonnement personnel (86-87) à l\u2019indispensable «Action nationale».Au Directeur ainsi qu\u2019aux collaborateurs et collaboratrices, j\u2019offre mes félicitations et mes remerciements pour leur grand dévouement.Sans vous, rien ne marche.Avec vous, tout tient! Soyons unis pour un Québec libre! R.C.(Arthabaska) 288 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Action nationale questionne ses lecteurs Questionnaire à compléter et à retourner à: Le directeur L\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest rue Sherbrooke Montréal, Québec H2X 1X3 1-\tDepuis combien de temps lisez-vous l'Action nationale?Combien de personnes lisent votre numéro de la revue?2-\tÊtes-vous satisfait de son format actuel?Si NON, quel format privilégieriez-vous?3-\tL\u2019ACTION NATIONALE doit-elle continuer à s\u2019adresser à une certaine élite intellectuelle ou se transformer progressivement en une revue plutôt populaire?4-\tLes questions d\u2019actualité sont-elles suffisamment traitées dans la revue?5-\tQuels articles du numéro d\u2019octobre vous ont le plus intéressé?6-\tQuels sujets la revue devrait-elle retenir en priorité pour ses prochaines publications?7-\tQuels sont vos commentaires sur le Manifeste de la Ligue paru dans le numéro d\u2019octobre?8-\tSouhaiteriez-vous que La Ligue d\u2019Action Nationale invite les lecteurs de la revue à un colloque qui se terminerait par un dîner-conférence, avec un orateur de marque?.y assisteriez-vous? Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS % de* région* suivant*» La Société Nationale de F£*t «ht Québec' ta S.N.Q.de la région des Hautes-Rivières La S.N.Q.de la région de rOutaoual» La S N Q de la région Saguenay Lac St-Jeaa La S.N.Q.de la région de F Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent la S.N.Q.de la région Richelieu-YsmasVs Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d'assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation a La Solidarité ne profite qu\u2019a vous! La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siege social: Quebec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi, Laval-des-Rapides, Longueuil, Montreal, Quebec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivieres.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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