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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1987-09, Collections de BAnQ.

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[" /Lection NATIONALE Volume LXXVII, numéro 1, septembre 1987 IL Y A 50 ANS: «NOTRE ETATS FRANÇAIS.» (page 5) 20 ans après sa mort, 50 ans après sa profession d\u2019espérance en un État français, Lionel Groulx inspire toujours ceux et celles qui militent pour un Québec français. La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard ARÈS Thérèse BARON André BEAUCHAMP René BLANCHARD Paul-A.BOUCHER Jacques boulay Guy BOUTHILLIER Michel BROCHU Louise c.-BROCHU Marcel CHAPUT Jean-Charles CLAVEAU Claude duguay Pierre DUPUIS Philippe GÉLINAS Alban JASMIN Marcel laflamme Jean-Marc léger Georges meyers Denis MONIÈRE Jacques-Yvan MORIN Anna l-normand Jean-Marcel PAQUETTE Charles POIRIER Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY André thibaudeau L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication natio-naliste du Québec.Fondation Esdras Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la per-manence de la publication de l\u2019Action Nationale.Éditions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533__________________________________________ f Action NATIONALE Volume LXXVII, numéro 1, septembre 1987 TABLE DES MATIÈRES GÉRARD TURCOTTE:\tÉditorial .3 YVON GROULX:\tIl y a 50 ans: «Notre État français.».\t5 NICOLE\t- BOUDREAU:\tLe Québec en pleine mutation .\t7 ANDRÉ BEAUCHAMP:__________En célébrant notre culture.\t14 NICOLE\tUne page d\u2019histoire BOUDREAU:\tet de patriotisme.18 JEAN-LOUIS BOURQUE:____________Regards sur la francophonie .\t21 ROSAIRE MORIN:\tHydro-Québec était-elle nécessaire?.27 RASSEMBLEMENT Le Jura ne survivra qu\u2019au prix JURASSIEN:__________d\u2019une natalité suffisante.\t34 JEAN-CHARLES\tL\u2019homogénéité ethno-culturelle CLAVEAU, M.D.\tdu Saguenay-Lac Saint-Jean (2).\t36 JEAN-DENIS\t- ROBILLARD:__________Ottawa centralisateur .48 ROSAIRE MORIN:\tEn marge de l\u2019actualité nationale\t62 Au fil de l\u2019économie.67 MAURICE LEBEL:\tLes 50 ans de Fides.71 LA DIRECTION:\tDeux nouveaux livres de Marcel Laflamme.75 ROSAIRE MORIN:\tSection économique.77 Des trouvailles et des réussites merveilleuses.79 Des milliers de jeunes condamnés au sous-prolétariat.\t87 Les collaborateurs et collaboratrices de L\u2019ACTION NATIONALE sont seuls responsables des idées et des opinions exprimées dans leurs articles. 2 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: GÉRARD TURCOTTE Administrateur: JEAN GENEST Administrateur-adjoint: DONAT PLANTE Secrétaire: MONIQUE TREMBLAY Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien lan\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) 25,00$\t45,00$ 30.00\t50,00 35.00 «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publie par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans VIndex analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2>ème trimestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 Éditorial ÉDITORIAL 3 par GÉRARD TURCOTTE L ACTION NATIONALE, dont le véritable créateur est le chanoine Lionel Groulx, est une revue nationaliste, publiée par la Ligue d action nationale, depuis bientôt cinquante-cinq ans, mais en réalité depuis soixante-dix ans, si l\u2019on tient compte de ses origines dans L\u2019ACTION FRANÇAISE, fondée en 1917, dont elle a pris la relève en 1933.) Cette exceptionnelle longévité dans ce champ si peu occupé de l\u2019expression de la pensée nationale mérite à elle seule qu\u2019on apporte à TACTION NATIONALE l\u2019appui nécessaire à sa survie, à son expansion et à son rayonnement.Cet appui prend particulièrement la forme d\u2019un abonnement.Sa longévité, TACTION NATIONALE la doit d\u2019abord aux Groulx, MinviUe, Angers, Laurendeau, Genest et à leurs nombreux collaborateurs qui, depuis les années vingt, ont su si bien exprimer et alimenter le nationalisme québécois, sous ses différents aspects.Sa survie, TACTION NATIONALE la doit aussi en grande partie à la fidélité de ses abonnés et lecteurs qui ont régulièrement contribué, et contribueront toujours, à l\u2019équilibre de sa situation financière, notamment par leur contribution annuelle à a Fondation Esdras-Minville, dont les revenus assurent la permanence de sa publication.Notre REVUE survit toujours, sans aucune subvention, alors que tant d\u2019autres disparaissent, malgré, dans bien des cas, d\u2019importantes aides financières gouvernementales et autres.Avec le présent numéro reprennent les activités de la Ligue et de sa revue pour 1987-88.Cette année marque pour nous deux importants anniversaires: le soixante-quinzième de la fondation de la Ligue des droits du français, premier nom du groupement devenu plus tard la Ligue d\u2019action nationale et le soixante-dixième du lancement, de L\u2019Action française, première appellation de la revue.Une réception de La Ligue, prévue pour le 4 L\u2019ACTION NATIONALE début d\u2019octobre, soulignera ces deux anniversaires.Sont également prévus pour l\u2019automne des rencontres avec les médias, pour mieux faire connaître la Ligue et la revue et le lancement d\u2019une vaste campagne d\u2019abonnements et de publicité.D\u2019autre part, une plus grande ampleur sera donnée à la souscription annuelle de la Fondation Esdras-Minville.Le succès de ces diverses activités nécessite la collaboration, non seulement des membres de la Ligue, mais aussi des lecteurs et amis de l\u2019Action Nationale.L\u2019expérience du passé nous démontre que nous pouvons toujours compter sur cette collaboration.C IL Y A 50 ANS: «NOTRE ÉTAT FRANÇAIS.» 5 IL Y A 50 ANS: «Notre État français.» par YVON GROULX, président de la Ligue d\u2019action nationale Le communiqué ci-dessous, émis par la Ligue pour rappeler le 50e anniversaire de «Notre État français, nous l\u2019aurons» du chanoine Groulx, a été publié par plusieurs journaux le jour même de cet anniversaire, soit le 29 juin.La Ligue d\u2019action nationale rappelle aux Québécois que le 29 juin 1987 marque le cinquantième anniversaire du cri prophétique du chanoine Lionel Groulx: «Notre État français, nous l\u2019aurons.» En effet, le 29 juin 1937, dans le cadre du deuxième Congrès de la langue française, le chanoine Lionel Groulx lançait la déclaration suivante qu\u2019il qualifia lui-même de «profession d\u2019espérance»: «Notre avenir nouveau, la jeunesse la plus intelligente, la plus allante, la plus décidée, le porte déjà dans ses yeux.J espère avec tous les espérants d\u2019aujourd\u2019hui.Qu\u2019on le veuille ou non, notre État français, nous l\u2019aurons jeune, fort, rayonnant et beau, foyer spirituel, pôle dynamique pour toute l\u2019Amérique française.Nous aurons aussi un pays français, un pays qui portera son âme dans son visage.» Cinquante ans après cette déclaration et vingt ans après la mort de son auteur, nous n\u2019avons malheureusement pas encore le veritable Etat français que souhaitait ce grand Patriote, ancien président de la Ligue d\u2019action nationale, âme de la prise de conscience nationale du Québec et maître à penser de trois générations de Québécois.La profession d\u2019espérance que prononçait le chanoine Groulx au lie Congrès de la langue française, les Québécois ont toutes les raisons de la réitérer, nonobstant la démission et la 6 L\u2019ACTION NATIONALE désaffection qui habitent et orientent un trop grand nombre de dirigeants et divers secteurs de la population.La désapprobation et l\u2019indifférence des élites de l\u2019époque ont accueilli la déclaration en 1937, mais le Québec est devenu depuis, malgré les sceptiques et les opposants «un pays français», un pays qui veut «porter son âme dans son visage».En 1987, à l\u2019heure de la francophonie internationale, la création d\u2019un État français au Québec demeure plus impérieuse qu\u2019elle l\u2019était en 1937, pour assurer non seulement la survie, mais surtout le développement, le progrès et le rayonnement de la nation québécoise, sans être soumise constamment aux intérêts et aux décisions d\u2019une majorité étrangère.La profession d\u2019espérance du chanoine Lionel Groulx, la Ligue d Action nationale invite tous ses compatriotes à la réitérer avec elle pour qu\u2019un jour prochain, avant la fin du XX^ siècle, les Québécois puissent maîtriser et orienter, selon leurs intérêts et leur génie propre, tous les secteurs de leur vie collective: «Qu\u2019on le veuille ou non, notre État français, nous l\u2019aurons, nous l\u2019aurons jeune, fort, rayonnant et beau, foyer spirituel, pôle dynamique pour toute l\u2019Amérique française.» DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.845-8533 LE QUÉBEC EN PLEINE MUTATION 7 Le Québec en pleine mutation par NICOLE BOUDREAU Note de la rédaction Texte du rapport du Mouvement National des Québécois, présenté par Nicole Boudreau, présidente générale de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, lors de la IXe Conférence des communautés ethniques de langue française, tenue à Bruxelles en juillet 1987.Au Québec, avec l\u2019état actuel des choses, s\u2019il est une question que nous nous posons souvent, c\u2019est bien: «Que sont nos militants devenus?» Ici, à l\u2019étranger, j\u2019imagine que l\u2019on doit souvent se demander: «Mais qu\u2019est donc le Québec devenu?» Pour ceux et celles qui assistaient à la dernière Conférence des communautés ethniques de langue française, qui se tenait à Trois-Rivières, au Québec, en août 85, ceux-là se rappelleront avoir fait connaissance avec le peuple québécois, ce peuple que l\u2019on dit accueillant, chaleureux, peuple de parlants français d Amérique, différent et fier de sa différence.C\u2019est incroyable, ce que les choses peuvent changer en deux ans.Pas le peuple,' bien sûr, lui est toujours le même, ouvert et merveilleux, non: ce qui a changé, c\u2019est son appellation.Désormais, quand vous établirez des hens avec le Québec et surtout avec ses habitants, croyez-le ou non, ce n\u2019est plus au peuple québécois que vous vous adresserez, mais à une vague société distincte, statut que nos gouvernants se vantent de nous avoir obtenu avec l\u2019insertion du Québec à la Constitution canadienne, ce justement contre quoi ont porté les récents efforts du Mouvement National des Québécois.En effet, depuis cette Conférence tenue à Trois-Rivières, beaucoup d\u2019eau a coulé sous les ponts, le peuple du Québec expérimente chaque jour la pénible expérience d\u2019une commu- 8 L\u2019ACTION NATIONALE nauté nationale dépossédée des instruments de son développement.Les données évoluent à une vitesse effarante.Le Québec vit présentement une profonde métamorphose, une mutation qui le rendent méconnaissable à plusieurs égards et cela dans un avenir très rapproché, et qui à notre avis compromettent grandement son caractère français.Le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, qui annonce celui de demain, est bien différent de celui d hier.L espoir qui avait porté notre peuple depuis quelques générations a été sérieusement secoué au lendemain du référendum de libre-disposition de 1980, et dont vous connaissez certainement l\u2019issue et cela, même si la moitié des Francophones avait alors répondu OUI à la fameuse question.Un effort aussi intense, aussi soutenu n\u2019ayant pas abouti au résultat espéré, beaucoup se sont découragés, le désabusement et l\u2019amertume ont gagné nos troupes et ont trop souvent remplacé l\u2019énergie et la combativité.Malgré ce triste constat, les sociétés nationales ne lâchent pas prise pour autant et, loin de baisser les bras, continuent leur action d\u2019éducation populaire entreprise il y a maintenant plus d\u2019un siècle et demi.Mieux vaut se le dire franchement, chez nous toutes les luttes, tous les combats sont à reprendre et ce, dans des perspectives nouvelles.Le Mouvement National des Québécois, en cette rencontre privilégiée de la francophonie, réitère sa conviction profonde, inébranlable et irréversible que seule l\u2019indépendance politique de notre peuple lui permettra d\u2019envisager sereinement l\u2019avenir et surtout conférera à cet avenir un caractère de pérénité et cela dans son essence même: une communauté forte, vivante, dynamique et francophone.Mais, admettons-le, notre situation est grave.Le Québec a un des taux de natalité les plus faibles de tout l\u2019Occident, c\u2019est donc dire que notre population ne se renouvelle pas.Dans cent ans, selon les démographes, les Francophones ne constitueraient plus que 12% de la population du Québec.L\u2019alarme est sonnée! Il faut, par tous les moyens, sensibiliser nos compatriotes à cette inquiétante réalité.Les «Francophones» d\u2019Amérique atteignent les sommets de l\u2019assimilation et cela, au Québec même.Si les naissances, grâce à une politique familiale vigoureuse, n\u2019augmentent pas sensiblement, le peuple du Québec disparaîtra en allant rejoindre au cimetière des nations les collectivités qui n\u2019ont pas pu ou qui n\u2019ont pas su résister à l\u2019assimilation.Voilà où nous en sommes, à la veille de l\u2019an deux mille.Un redressement rapide s\u2019impose.Toute la LE QUÉBEC EN PLEINE MUTATION 9 nation est directement concernée par ce dossier et notre gouvernement aussi, qui selon nous est loin d\u2019être à la hauteur, y va d\u2019une politique à courte vue, nettement insuffisante et peu soucieuse des effets désastreux de l\u2019état actuel des choses.Mais, comment établir les balises d\u2019une bonne politique familiale, alors que notre assemblée nationale ne détient à ce chapitre que peu de pouvoir?Au Québec, on a beau voter les lois es meilleures pour répondre à nos préoccupations, il demeure pratiquement impossible de les appliquer, plusieurs compétences legislatives étant à Ottawa.Cette mise en situation nous conduit immédiatement au cœur du problème québécois.Comment empecher que les arrivants, les immigrants et ces réfugiés politiques que nous voulons accueillir avec générosité, s\u2019intégrent, comme ils le font majoritairement dans le moment, à la langue et a la culture de la minorité anglaise, minorité au Québec, mais majorité au Canada et en Amérique, sinon par l\u2019indépendance politique?Au Québec en 1985, sur 123 000 immigrants qui abandonnaient leur langue d\u2019origine pour en emprunter une autre, plus de 114 000 adhéraient à l\u2019anglais.Nous avons cru comme plusieurs, que la Loi 101, adoptée en 1977, viendrait corriger cette distorsion.Force nous est de constater que la Charte de la langue française, parrainée par le courageux docteur Camille Laurin, n\u2019existe à toutes fins pratiques plus.Les tribunaux contrôlés par Ottawa sont venus systématiquement invalider chacun des chapitres de cette Loi 101 essentielle à notre survie collective.Les Anglophones du Québec et les Allophones aussi, ceux-là même que nous avons accueillis à bras ouverts reunis dans leur association «Alliance Quebec», qui reçoit chaque année des millions de dollars du gouvernement fédéral pour anéantir notre législation linguistique, ne cessent d\u2019accumuler des victoires, et cela avec la complicité à peine voilée de l\u2019équipe gouvernementale dirigée par Robert Bourassa et contrôlée par la minorité anglaise.En somme, afin que vous compreniez ce qui est advenu a la Charte de la langue française, il vous suffit de retenir quel anglais est redevenu tout à fait légal, puisque constitutionnel dans 1 education, dans le travail, dans le commerce dans la justice et au parlement.Croyez-le ou non, à certains égards, nous sommes revenus en arrière de plus de trente ans Exactement comme si la Loi 101, cette loi démocratique et essentielle, je le repète, n\u2019avait jamais existé.Tous les jours, au Qué- 10 L\u2019ACTION NATIONALE bec, près de 30% de nos gens doivent travailler en anglais.Aussi, des dizaines de milliers de personnes constatent avec humiliation à quel point le français est ignoré et méprisé et pourtant, c\u2019est la langue de la majorité.La lutte pour un Québec français est loin d\u2019être achevée: au contraire, elle devient de plus en plus difficile, mais de plus en plus nécessaire.Heureusement, le sentiment populaire, quant à lui, malgré l\u2019apathie et une certaine forme de léthargie post-référendaire, demeure profondément attaché à la langue et à la culture française.C\u2019est sur cette conviction que s\u2019appuie toute la démarche indépendantiste de sensibilisation quant à l\u2019urgence pour notre peuple de se doter d\u2019un pays.La question des pouvoirs est sans aucun doute la plus importante pour une collectivité.Le dossier constitutionnel retient actuellement l\u2019attention de nos Sociétés et aussi d\u2019une partie toujours croissante de notre population, comme je vous le disais précédemment.Le processus de réintégration du Québec à la constitution canadienne est bel et bien enclenché.Il faut rappeler qu\u2019après le référendum de 1980, le gouvernement fédéral, alors dirigé par Pierre Elliot Trudeau, a réussi, sans l\u2019accord du Québec, à rapatrier le texte constitutionnel de Londres à Ottawa.Le Canada Bill, qui remplace le British North America Act de 1867, a eu comme effet direct d\u2019anéantir la Loi 101 et aussi de retirer au Québec des droits séculaires.Le gouvernement québécois d\u2019alors a refusé de joindre la nouvelle constitution.En 1984, les Libéraux ont été défaits par les Conservateurs de Brian Mulroney qui ont recueilli, grâce, dit-on, à l\u2019appui des péquistes, un nombre record de sièges au Québec.Fait sans précédent; fédéralisme renouvelé?Nouvelle vision?Plusieurs, animés d\u2019une naïveté inqualifiable, l\u2019ont pourtant cru.Le gouvernement de René Lévesque a dès lors proposé lui-même un projet d\u2019accord constitutionnel.Vous comprenez maintenant ce que nous voulons dire, quand nous affirmons «que les temps ont bien changé au Québec».Après le départ de René Lévesque de la politique active, des élections générales ont ramené au pouvoir les Libéraux dirigés par Robert Bourassa qui est devenu premier ministre pour une troisième fois.Depuis maintenant quelques mois, le gouvernement du Québec s\u2019est entendu avec Ottawa et les provinces anglophones pour réduire les droits inaliénables de notre peuple.Selon cet accord, que l\u2019on dit historique et que LE QUÉBEC EN PLEINE MUTATION 11 nous rejetons de toutes nos forces, nous ne sommes plus un peuple, mais plutôt une insignifiante «société distincte».Voilà le recul national le plus important que nous ayons connu.Quels sont, en droit international, les pouvoirs d\u2019une «société distincte»?Vous le savez comme nous, nous sommes un peuple, une nation au sens historico-politique du terme.Nous avons un cheminement commun, un territoire auquel nous nous identifions, une culture, c\u2019est-à-dire une façon d\u2019être bien à nous, dont une langue commune qui nous distinguera toujours du reste du continent.Nous ne sommes pas une simple «société distincte», nous sommes un peuple qui, comme tous les peuples de la terre, aspire à la liberté et à l\u2019indépendance! La nouvelle constitution nous est étrangère et elle le sera toujours.Les sociétés nationales ont connu, depuis leur fondation en 1834 par Ludger Duvernay, quatre régimes constitutionnels qu\u2019elles ont toujours rejetés, en ce que leur caractéristique commune visait à assimiler à l\u2019élément anglophone le peuple canadien-français, le peuple québécois.Lors d\u2019une Commission parlementaire récente où le gouvernement, dans un simulacre de consultation, daignait consacrer quelques heures pour entendre des groupes sélectionnés par lui, le Mouvement National des Québécois a déposé un mémoire fort remarqué où est rappelée la trame historique de notre évolution constitutionnelle.Malgré une opposition féroce et constante des principaux groupes de pression du Québec, le gouvernement s\u2019est empressé de bâcler le dossier constitutionnel.Les grandes centrales syndicales, de concert avec les sociétés nationales, les artistes et les écrivains, ont réaffirmé leur profond désaccord avec les démarches entreprises par notre gouvernement en matière constitutionnelle.Mais le temps presse pour les fédéralistes, les grands journaux du Canada anglais l\u2019ont reconnu.«Favorisons l\u2019adhésion du Québec au Canada Bill, jamais les demandes n\u2019ont-elles été aussi faibles» titrait l\u2019influent Globe and Mail de Toronto.Jamais la conjoncture politique pour régler le cas du Québec une fois pour toutes n\u2019a-t-elle paru aussi favorable à la majorité anglaise de ce pays artificiel qu\u2019est le Canada.Dans deux ou trois ans, espèrent les fédéralistes, tout sera consommé, le Québec sera encarcanné dans une structure politique de laquelle il sera bien difficile de sortir, d\u2019autant plus difficile que dans quel- 12 L\u2019ACTION NATIONALE ques générations les Francophones ne seront qu\u2019une des minorités décroissantes du Canada anglais et de l\u2019Amérique.Les peuples francophones d\u2019Amérique ont de lourdes responsabilités sur les épaules.La langue française connaît de sérieux problèmes de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique.Cet automne, se tiendra au Québec le deuxième Sommet de la francophonie.Les Francophones d\u2019Amérique et du monde entier doivent se concerter afin de planifier leur contribution à cette rencontre internationale.Le gouvernement du Québec, avec le premier ministre en tête, prétend représenter les aspirations du peuple québécois en participant à ce Sommet.En réalité, rien n\u2019est plus faux.On assistera, au Québec, à une véritable opération-maquillage où le bilinguisme, qui se généralise pourtant depuis l\u2019arrivée de l\u2019équipe Bourassa, sera camouflé sous des artifices qui tenteront de berner toute la francophonie.Les premiers ministres du Québec et du Canada referont l\u2019exercice des «villages de Catherine de Russie».En montant de toutes pièces des situations qui voudront tromper les perceptions des chefs d\u2019États et de gouvernements des communautés francophones, ce qui nous tient lieu de dirigeants politiques poussera l\u2019audace jusqu\u2019à s\u2019instituer comme grand défenseur de la langue et de la culture française.Une francophonie de façade, voilà ce qui sera affiché, lors de ce sommet.Voilà, en quelques pages, ce qui arrive à ce Québec de la fin du 20e siècle! Ce peuple, comme tous les peuples, s\u2019interroge sur les difficultés qu\u2019il éprouve à une époque où les distances et le temps s\u2019échappent à la vitesse de l\u2019ordinateur.Nous sommes conscients des grands dangers qui menacent l\u2019humanité, comme le nucléaire et la pollution suicidaires.Les années présentes et à venir sont celles de la transformation, de la mutation.Le peuple du Québec, malgré la mode individualiste, ne doit pas chercher ailleurs qu\u2019en lui-même la source qui lui permettra de reprendre et d\u2019achever son combat pour la vie! Il y a quelques années, un film de chez nous titrait: Le Québec est au monde.Le Québec a grandi, il a poussé, il pousse toujours, c\u2019est à un nouveau Québec qu\u2019il nous faut maintenant songer.Le thème de cette IXe Conférence: «L\u2019internationalisation: moyen de lutte!», soit.Nous voulons bien.Nous y LE QUÉBEC EN PLEINE MUTATION 13 croyons.Mais la solidarité aussi et surtout, véritable, celle du coude à coude, celle de la compréhension et du respect mutuels, basés sur la connaissance que nous avons les uns des autres.Qu\u2019est donc le Québec devenu! Vous le savez, maintenant.Le retiendrez-vous?Retiendrons-nous ensemble ce qui nous arrive à chacun, entre les deux années qui séparent nos rencontres?Saurons-nous, malgré les distances qui nous séparent, tisser les liens indispensables pour internationaliser notre lutte?Voilà peut-être le souhait que le Québec ose formuler à la fin de ce rapport, en vous remerciant de votre attention.HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal 14 L\u2019ACTION NATIONALE En célébrant notre culture par ANDRÉ BEAUCHAMP Note de la rédaction Les célébrations de la Fête nationale 1987 au Québec se sont déroulées sous le thème «Le Québec, une culture à développer».Nous croyons important de faire un rappel de ces célébrations en reproduisant le texte de l\u2019homélie prononcée à la messe de la Saint-Jean en l\u2019église de l\u2019Assomption par André Beauchamp, ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Ce texte constitue, à notre avis, la réflexion la plus pertinente que nous ayons entendue à l\u2019occasion de la Saint-Jean 1987.Ce jour est un jour de fête.Bonne fête à vous tous.Bonne fête à nous tous.Félicitations à ceux et celles qui ont préparé cette célébration.On y sent du travail, de la qualité, le goût du pays et de la foi.Merci de m\u2019avoir invité à m\u2019associer à vous pour assumer l\u2019acte si important de porter la parole.C\u2019est autour de la culture que nous sommes conviés, terme qui risque de faire savant, sinon pédant, si on n\u2019en comprend pas le sens profond.Nous savons que dans la colonie du Bas-Canada, vers les années 1830, le contexte social et politique était assez tourmenté.Assez en tout cas pour amener des affrontements directs entre les gens du pays et les représentants coloniaux de l\u2019Angleterre.Pour désigner les nôtres, nous disposons de beaucoup de mots.Étaient-ils des insurgés, des révolutionnaires, des sécessionnistes, des révoltés, des patriotes?À nous de choisir, les mots ne sont pas neutres.Un homme est venu enquêter.À sa grande surprise, il n\u2019a pas découvert une simple fronde, il a découvert un peuple.Un peuple pauvre, parfois misérable, obstiné, acharné à vivre.«Je m\u2019attendais à trouver un conflit entre le gouvernement et le peuple; je trouvai deux nations en guerre au sein d\u2019un même État; je trouvai une lutte non de principes mais de races.» EN CÉLÉBRANT NOTRE CULTURE 15 Pour ce qu\u2019il estimait le bien de ce peuple, Lord Durham a proposé une solution politique car, pour lui, ce peuple était sans histoire et sans culture.Il voulait le faire profiter du bienfait de la civilisation anglaise: «It is to elevate from that inferiority that I desire to give to the Canadians our English character.» Il y avait là une méprise profonde.Nos ancêtres avaient une culture.Une culture souvent simple, peu savante, reposant sur une langue, un territoire, des traditions, des institutions, des symboles, des rites, des croyances, des valeurs, une culture qui disait notre point de vue sur la vie, nos aspirations, nos joies, nos peines.Nous avions une histoire, celle de gens vaincus, mais non anéantis; de gens modestes, mais fiers tout de même; de gens qui en arrachent, mais qui sont heureux.Et nous avions une culture qui en valait bien d\u2019autres.En ce sens, il n\u2019y a pas de culture en soi qui serait vraie et universelle, qui servirait d\u2019étalon pour juger les autres.Si cela était, l\u2019humanité aurait dû être tout entière italienne à la Renaissance, espagnole au 16e siècle, française au 176, anglaise au 19e, américaine maintenant.Il n\u2019y a pas une culture, mais des cultures.Et nous avons à comprendre notre culture, à l\u2019assumer.Le pape Jean-Paul II, dans sa visite à Québec, a eu cette parole heureuse: votre culture est non seulement le reflet de ce que vous êtes, mais le creuset de ce que vous deviendrez.Je ne veux pas m\u2019attarder à décrire ce qu\u2019était notre culture, ni même ce qu\u2019elle est.Nous savons qui nous sommes.Nous savons que notre culture est un héritage précieux, français de langue, catholique de tradition, moderne par nécessité, scientifique, technique, informatisé.Nous sommes, comme disait Marie-Victorin, un phénomène de bouturage.Français plantés en terre amérindienne avec des contacts incessants, accolés depuis l\u2019origine à la culture anglaise avec laquelle nous entretenons interminablement, et d\u2019une manière féconde, un rapport d\u2019admiration et de rivalité, provoqués par une immigration importante qui nous oblige sans cesse de nous dire à nous mêmes et aux autres qui nous sommes et qui nous voulons être.Car il n\u2019y a pas d\u2019héritage, s\u2019il n\u2019y a pas de projet.Si nous abdiquons le projet, larguons l\u2019héritage.C\u2019est le projet qui fait l\u2019héritage.Autrement, faisons du Québec un vaste musée, mur à mur, un Lower Canada village pour touristes attardés. 16 L\u2019ACTION NATIONALE Notre culture est le creuset de ce que nous deviendrons, à la condition que nous ayons l\u2019audace, le courage et la liberté.L\u2019audace d\u2019abord.Le temps est à la morosité.Le temps est au vieillissement.Le temps est au repliement.Or, les cultures traditionnelles sont menacées par l\u2019accélération des nouveautés.Nouveautés techniques, sociales, scientifiques, morales.Le premier réflexe doit être celui de l\u2019accueil, du regard lucide et courageux, qui prend acte, se recycle, accepte de s\u2019émerveiller devant ce qui surgit, même si parfois ça grince dans les engrenages.Nous savons qu\u2019au Québec nous sommes actuellement politiquement désabusés.Le débat politique a occupé l\u2019avant-scène pendant une génération entière.Sans aucunement juger du résultat obtenu, il y a un risque que la fatigue et parfois la déception (tant d\u2019efforts pour si peu) nous ramènent à l\u2019univers du privé, de l\u2019arrivisme individuel, de l\u2019accomplissement de chacun isolément.Dans les époques de repli politique, c\u2019est la culture qui doit prendre le relai.La culture, en ce sens, n\u2019est pas d\u2019abord une caractéristique individuelle, mais un phénomène collectif.Jean-Paul II a déclaré que son pays, la Pologne, a survécu à tant d\u2019oppressions militaires en prenant appui constamment sur sa culture.Notre avenir passe par notre capacité d\u2019intégrer dans notre culture les nouveautés de notre civilisation.Ou nous assimilera cela, ou nous serons assimilés.C\u2019est pourquoi l\u2019audace est indissociable du courage.Il est difficile d\u2019être soi-même face à ses frères et sœurs, à ses collègues, à ses parents.Les femmes de notre milieu qui ont entrepris un combat à finir contre le vieux fond macho des mâles savent combien il faut de ténacité pour instaurer une nouvelle relation entre les hommes et les femmes.Et comment pourrions-nous devenir nous-mêmes comme Québécois sans qu\u2019il nous en coûte quelque chose?Toute notre production culturelle coûte plus cher, parce que le marché est moins grand.Nous avons moins de moyens.Nous devons parfois en faire plus, parce qu\u2019au départ les chances ne nous sont pas favorables.Bien sûr.Et après! De l\u2019audace.Du courage.De la liberté.Non pas la liberté que l\u2019on requiert d\u2019autrui, mais la liberté que l\u2019on se donne à soi-même, celle qui oblige d\u2019aller jusqu\u2019au bout de sa peur et de ses angoisses.Je le dis surtout aux croyants parmi nous.Nous som- EN CÉLÉBRANT NOTRE CULTURE 17 mes en train d\u2019abdiquer notre foi, parce que nous avons constaté des indignations entre la religion traditionnelle de notre jeunesse et les difficultés d\u2019être et de penser de notre temps.Notre foi est en train de s\u2019écrouler, parce qu\u2019elle n\u2019est pas capable de faire face aux problèmes de pensée et de morale qui ont surgi, très souvent et assez prosaïquement, des problèmes de morale sexuelle et des problèmes d\u2019autorité.Je ne dis pas qu\u2019il n\u2019y a pas de crise.Mais je dis que la crise est amplifiée par notre peur d\u2019assumer notre responsabilité dans la foi: «Tout est à vous, dit saint Paul, mais vous, vous êtes au Christ.» Et plutôt que de faire face à la vie actuelle en assumant intégralement l\u2019expérience de notre foi, nous préférons taire la foi, la diluer, la lâcher par la porte d\u2019en arrière au profit d\u2019une religiosité vague et romantique.Il faut accoler le noyau dur de la foi au noyau dur de la vie: la vie, la mort, la justice, le partage, la paix.La foi chrétienne n\u2019est pas d\u2019abord une consultation.Elle est, au contraire, la source constante d\u2019une rébellion au sein de cette vie pour obliger la vie à dire plus qu\u2019elle-même.Et c\u2019est d\u2019ailleurs cela même qui est la culture, à savoir que la culture de l\u2019homme est de dépasser sa nature par le moyen de sa culture.À ce niveau, la foi est la culture de la culture, c\u2019est-à-dire sa contestation pour la mener au-delà de ses limites.Gens du pays, c\u2019est votre tour de vous laisser parler d\u2019amour.Gens du pays, c\u2019est votre tour de parler d\u2019amour.Gens du pays, c\u2019est votre tour de faire l\u2019amour.Faites-le au premier sens du mot, si le cœur vous en dit.C\u2019est la fête des pères.Il faut bien que cela advienne.Mais faites-le au sens profond du terme.Faites dans ce monde-ci advenir la justice, le partage, la joie, ce que Paul VI appelait la culture de l\u2019amour. 18 L\u2019ACTION NATIONALE Une page d\u2019histoire et de patriotisme par NICOLE BOUDREAU Note de la rédaction Le 26 juillet dernier, dans le cadre du 150e anniversaire des événements de 1837-38 et à la suite de la levée récente par l\u2019Assemblée des évêques du Québec des sanctions religieuses qui pesaient contre les Patriotes, la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal procéda à la translation des restes du docteur Jean-Olivier Chénier \u2014 dont elle avait la garde depuis plusieurs années \u2014 au cimetière de Saint-Eustache.Nous reproduisons le texte de l\u2019allocution que prononça, à cette occasion, le présidente générale de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Le patriotisme est en vérité une chose bien étrange.Pour le dictionnaire, la définition du mot est la suivante: «amour de la patrie; désir, volonté de se dévouer, de se sacrifier pour la défendre, en particulier contre les attaques armées.» Holbach, quant à lui, prétend que «le patriotisme véritable ne peut se trouver que dans les pays où les citoyens libres, et gouvernés par des lois équitables, se trouvent heureux, sont bien unis, cherchent à mériter l\u2019estime et l\u2019affection de leurs concitoyens.» Et voilà pourquoi il est malaisé de donner au mot patriotisme et par ricochet au mot patriote une signification unique et universelle.Il doit, j\u2019imagine, exister en chacun de nous une graine de patriotisme, qui s\u2019exprime différemment selon les époques et les circonstances.S\u2019il est une vérité indéniable, par ailleurs, c\u2019est bien que l\u2019esprit patriotique, bien que viscéral chez plusieurs, s\u2019appuie d\u2019abord et avant tout sur la connaissance.La connaissance de ce qui est et la connaissance de ce qui a été.Il n\u2019est pas un pays, il UNE PAGE D\u2019HISTOIRE ET DE PATRIOTISME 19 n\u2019est pas un État au monde qui n\u2019ait comme objectif de favoriser l\u2019émergence ou l\u2019épanouissement du patriotisme de ses citoyens ou citoyennes.Vous ne serez donc pas étonnés aujourd\u2019hui de voir notre organisme, la SSJBM, profiter de cette occasion privilégiée et de la présence de notre ministre de l\u2019éducation, monsieur Claude Ryan, pour rappeler l\u2019importance de l\u2019enseignement de notre histoire nationale en ce qui a trait à l\u2019éclosion du patriotisme de nos jeunes, de ceux et celles qui bâtiront le Québec de demain.Il ne faut certes pas demander à notre jeunesse de se souvenir, si on ne lui enseigne pas ce dont elle doit se souvenir, ce qu\u2019elle doit se rappeler.L\u2019hommage rendu au Patriote Jean-Olivier Chénier aujourd\u2019hui, 150 ans après les tragiques événements de 1837, ne devrait-il pas s\u2019exprimer concrètement par l\u2019assurance de voir son geste, ainsi que celui des autres Patriotes, rappelé à la mémoire collective?Non pas uniquement à l\u2019occasion d\u2019une cérémonie commémorative, geste honorable et nécessaire, mais au quotidien, dans la vie de tous les jours.N\u2019avons-nous pas, tous ensemble, la responsabilité de veiller à ce que le souvenir teinté de respect habite nos esprits, éveille nos consciences et réchauffe nos coeurs?Hélas! bien peu se souviennent encore de l\u2019importance des gestes posés par ces amants de la patrie, ces êtres épris de justice et de liberté.La ville de Saint-Eustache, me semble-t-il, aurait dû aujourd\u2019hui être envahie par des dizaines de milliers de personnes, se massant les unes contre les autres, pour rendre hommage au Patriote Chénier, mort il y a 150 ans pour la patrie.Croyez-moi, le patriotisme n\u2019est pas une valeur désuète et surannée.Ce sentiment transcende les époques, il traverse le temps, au-delà des hommes et des femmes.Aimer sa terre, la terre qui nous a vu naître, ou celle que l\u2019on a choisie, celle dont on reconnaît l\u2019odeur entre mille, aimer ceux et celles qui nous ressemblent ou qui ne demandent qu\u2019à nous ressembler, aimer son peuple, bien souvent plus qu\u2019il ne s\u2019aime lui-même.Se sentir submergé de fierté en contemplant un paysage, une colline, un champ devenu familier, partager la joie et la satisfaction des 20 L\u2019ACTION NATIONALE hommes et des femmes de chez nous qui par des réalisations personnelles contribuent à notre avancement collectif, c\u2019est ça, être patriote.Le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, érigé par ceux et celles d\u2019hier, celui dont nous sommes à juste titre si fiers, pour lequel nous souhaitons et nous voulons le meilleur, pour lequel nous recherchons l\u2019excellence, celle qui doit caractériser tout peuple minoritaire, ce que nous sommes, sur ce vaste continent nord-américain.Ce Québec nouveau, moderne et dynamique, c\u2019est aussi à des Jean-Olivier Chénier que nous le devons.C\u2019est avec beaucoup d\u2019émotion que la SSJBM se souvient aujourd\u2019hui.Puisse le geste symbolique que nous posons servir de déclencheur à la ferveur populaire; puisse le peuple québécois s\u2019inspirer de ses héros; puisse-t-il s\u2019inspirer de Jean-Olivier Chénier et des autres, anonymes très souvent, humbles et effacés, pour développer le sentiment patriotique, le sentiment d\u2019appartenance essentiel à l\u2019édification d\u2019une société heureuse, saine et épanouie.Vive la patrie, vive les Patriotes d\u2019hier, vive leur descendants et vive les Patriotes d\u2019aujourd\u2019hui! REGARDS SUR LA FRANCOPHONIE 21 Regards sur la francophonie par JEAN-LOUIS BOURQUE, politicologue Au-delà du spectacle qui s\u2019annonce prestigieux, au-delà de l\u2019événement que les médias commencent à «couvrir» et dont le protocole complexe excite bien des curiosités, la francophonie se présente comme une dynamique qui a trouvé son nom et qui cherche encore sa forme.Le concept de «francophonie» remonte à plus d\u2019un siècle: en 1878, le géographe français Onésime Reclus le définit comme l\u2019ensemble des pays où l\u2019on parle français.En fait, la réalité de la francophonie ne commence à prendre forme qu\u2019au début des années soixante, au moment où la voix des grands leaders indépendantistes de l\u2019Afrique commence à se faire entendre dans le concert des nations.Sous l\u2019impulsion d\u2019hommes exceptionnels comme Senghor (Sénégal), Bourguiba (Tunisie), Hélou (Liban), Diori (Niger) et Shianouk (Cambodge), la francophonie se précise peu à peu comme une «certaine manière de poser les problèmes mondiaux et d\u2019en chercher les solutions» dans l\u2019esprit de la civilisation française.Elle apparaît comme une sorte de mythe moteur, une idée force capable de susciter des échanges et d\u2019engendrer certaines solidarités en raison de l\u2019usage d\u2019une même langue.Dans le sillage de la vieille Alliance française (1883), de nombreux organismes inscrivent la francophonie dans la réalité: les radios (1955), puis les télévisions, les universités (1961), les parlementaires (1967), puis les maires (1979) de langue française s\u2019unissent en associations.Des organismes comme le Conseil international de la langue française (1967) et surtout l\u2019Agence de coopération culturelle et technique (1970) viennent ancrer la francophonie dans l\u2019action réelle.En l\u2019espace de vingt ans, la francophonie semble vouloir sortir des échanges un peu idéalistes pour concrétiser une sorte de marché commun des biens culturels (surtout radiophoniques et télévisuels) et s\u2019articuler aux grands problèmes internationaux (agriculture et énergie). 22 L\u2019ACTION NATIONALE Versailles: intégration d\u2019un Canada tricéphale En vertu de la reconnaissance de leur statut de «gouvernement participant» par la Charte de l\u2019Agence de coopération culturelle et technique, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont invités comme partenaires à part entière au premier Sommet francophone en février 1986.La véritable naissance politique de la francophonie est alors consacrée à Versailles.Trente-huit chefs d\u2019États, venus des cinq continents, élargissent le réseau de la francité européenne et de ses ex-colonies à un nouveau partenaire-pourvoyeur-de-fonds, un Canada à trois têtes (Ottawa, Québec, Frédéricton).Cette arrivée tardive s\u2019explique à la fois par l\u2019opposition du gouvernement de P.E.Trudeau à l\u2019affirmation internationale du Québec et par la réticence plus ou moins consciente de la France.Il lui est difficile de partager le leadership du mouvement avec ces concurrents sérieux, développés et efficaces qui ne demandent qu\u2019à s\u2019implanter dans ses chasses gardées en Asie et en Afrique, sous prétexte de coopération et de développement international.Pour la francophonie, c\u2019est un enrichissement certain qui lui assure non seulement un prolongement en Amérique, mais également un rayonnement plus large à l\u2019échelle du monde entier.De Versailles à Québec: utopie ou réalisme?Le premier Sommet de la francophonie avait mis sur la table une bonne centaine de projets.Vingt-huit d\u2019entre eux ont été retenus et regroupés en cinq réseaux pour analyse: agriculture, communications, langue, coopération scientifique et énergie.Les résultats de ces études seront dévoilés lors du Sommet, du 2 au 4 septembre prochain.La belle parade des 45 chefs d\u2019États saura-t-elle se traduire en volonté politique efficace et doter des moyens financiers indispensables les projets les plus réalistes et les plus fondamentaux?On peut entrevoir que la radio-télévision, la diffusion des livres, le développement de banques de données, la formation en agronomie et le développement des énergies nouvelles retiendront vraisemblablement l\u2019attention du deuxième Sommet, ce qui devrait n\u2019être qu\u2019un début.Mais que peut faire la francophonie pour hâter les solutions aux problèmes fondamentaux qui confrontent l\u2019humanité: l\u2019endettement des pays du tiers-monde, les conflits raciaux et inter- REGARDS SUR LA FRANCOPHONIE 23 étatiques, la militarisation outrancière du monde, la destruction des éco-systèmes, la lente agonie des peuples et des cultures minoritaires.?Coopération ou néocolonialisme?La communauté des pays francophones porte en elle un certain nombre de paradoxes qui ne facilitent pas la convergence, même s\u2019ils s\u2019expriment dans la même langue.Qui dit «langue commune» ne dit pas forcément «intérêts communs».La France et la Belgique, comme la Grande-Bretagne, n\u2019ont jamais cessé d\u2019entretenir des relations politiques, commerciales et spirituelles avec leurs anciennes colonies.La Grande-Bretagne l\u2019a fait systématiquement dès 1931 à l\u2019intérieur d\u2019un club de pays d\u2019abord regroupés par leur attachement à la couronne britannique.Le Commonwealth se présente plus comme une communauté d\u2019intérêts issue du réseau des anciennes colonies anglaises que comme une association politique ou linguistique: il ne regroupe pas tous les pays anglophones, loin de là.La France et la Belgique, au contraire, ont laissé les relations avec leurs anciennes colonies se transformer de façon plus informelle.C\u2019est en termes de coopération et de prise de conscience linguistique et culturelle que la francophonie s\u2019est peu à peu définie, jusqu\u2019à tout récemment.Or, la coopération entre les pays francophones est une coopération Nord-Sud entre quelques pays riches et développés et de nombreux pays qui figurent parmi les plus pauvres de la planète, particulièrement les pays du Sahel.Leurs préoccupations sont principalement d\u2019ordre économique, accessoirement d\u2019ordre politique et social et dans une très faible mesure d\u2019ordre linguistique et culturel.S\u2019ils peuvent communiquer entre eux en français, ils ne peuvent à peu près pas s\u2019entraider et ils attendent pratiquement tout des pays francophones industrialisés.La coopération risque donc d\u2019aboutir à une forme de re-colonisation déguisée qui entraîne l\u2019exode des cerveaux, un endettement pratiquement insoluble et un accroissement des liens de dépendance économique, technologique et militaire qui finit par réduire les souverainetés politiques de ces États à de symboliques chiffons de papier. 24 L\u2019ACTION NATIONALE De toute façon, la coopération internationale au sein de la francophonie est fortement teintée aux couleurs de la France.Pour des raisons économiques, financières, commerciales, culturelles, spirituelles et historiques, c\u2019est la France qui a modelé, à travers le Fonds d\u2019assistance et de coopération, bientôt imitée par l\u2019Agence canadienne de développement international.Il est clair que les intérêts des pays francophones industrialisés sont presque diamétralement opposés à ceux des pays du tiers-monde: l\u2019ouverture de nouveaux marchés, le développement scientifique, le rayonnement linguistique et culturel et la place du français dans le commerce et les institutions internationales retiennent toute leur attention.La langue et la civilisation françaises ont pour eux une portée toute différente de celle que leur reconnaissent les peuples africains et asiatiques.Entre pays si divers par leurs schèmes de pensée, leurs cultures et leurs priorités, le dialogue peut-il ne pas rester superficiel ou utopique?Plus intéressantes et de beaucoup plus profitables pour toutes les parties impliquées, les relations non gouvernementales, moins intéressées, s\u2019avèrent pour le moment les plus constructives.Les relations directes entre organismes privés ou corporations professionnelles offrent l\u2019avantage de ne pas avoir pour objectif de promouvoir «l\u2019intérêt national» avant celui des populations concernées.Elles n\u2019ont pas à se soucier de défendre un prestige auprès des élites locales.Elles sont probablement les meilleurs atouts de la francophonie comme rêve d\u2019une communauté de parlants français qui transcende les systèmes politiques, les races et les idéologies par une filiation spirituelle unique, précieuse et universelle: la civilisation française.En s\u2019institutionnalisant de plus en plus sur le plan politique, la francophonie saura-t-elle soutenir ces multiples relations directes et efficaces, tout en les respectant?Le Québec à l\u2019heure de la francophonie Depuis le premier Sommet de 1986, le Canada et surtout le Québec ont donné un élan indiscutable à la francophonie.Il y a quelque chose de très ambigu dans le fait de voir le Canada prendre en main tout le travail effectué par les Québécois et s\u2019attribuer un certain leadership au sein de la francophonie, alors qu\u2019il gruge les pouvoirs du Québec en matière linguistique et ne lui REGARDS SUR LA FRANCOPHONIE 25 reconnaît même pas le droit exclusif de légiférer en matière de langue et de culture.Les relations extérieures francophones, le commerce extérieur francophone doivent passer par Ottawa.Le Canada, pays bilingue (pour les francophones), se déclare apte à parler au nom d\u2019un peuple minoritaire qu\u2019il s\u2019entête à ne pas vouloir reconnaître comme peuple! Le premier ministre du Canada, dominium membre du Commonwealth à majorité anglophone, est-il crédible, lorsqu\u2019il prétend défendre les intérêts de la francophonie dans le monde?N\u2019y a-t-il pas conflit d\u2019intérêts?Par contre, le Québec, petit État francophone menacé dans sa sécurité culturelle et son identité profonde, privé des pouvoirs nécessaires pour assurer son plein développement et son plein épanouissement, semble réveiller la conscience vive de la francophonie.Plongé au cœur de l\u2019Amérique, il vit au double rythme de l\u2019anglophonie et de la francophonie.Il sait ce qu\u2019est le combat d\u2019un peuple et d\u2019une culture minoritaire, toujours à reprendre dans une vigilance permanente.Pourtant, le Québec ne sera pas partenaire à part entière au Sommet du Québec: c\u2019est le Canada qui reçoit et qui parle au nom de toutes les provinces, y compris au nom du Québec, pour toutes les questions politiques et économiques.La francophonie québécoise risque donc d\u2019être fortement canadianisée (sic) et menée dans un style Commonwealth centré sur les questions de commerce international et de gros sous pour lesquelles «l\u2019intérêt national» vu par Ottawa aura finalement le dessus sur toute autre considération.L\u2019avenir de la francophonie L\u2019avenir de la francophonie est lié à la volonté politique de ses dirigeants d\u2019investir pour la réalisation des projets susceptibles de resserrer les liens entre tous les peuples francophones.Mais la francophonie s\u2019inscrit dans un monde de compétition où les États nations ne se font généralement pas de cadeaux et luttent principalement pour la défense de leurs intérêts nationaux.Il faut souhaiter que l\u2019existence et le développement de la francophonie permettent au monde entier de mieux comprendre que l\u2019équilibre des civilisations est au moins aussi important que l\u2019équilibre des armements.Il y a une manière d\u2019apprivoiser la nature et d\u2019offrir des éléments d\u2019identification qui enrichit les 26 L\u2019ACTION NATIONALE données de chaque pays sans pour cela standardiser les caractères nationaux.La francophonie saura-t-elle utiliser les lois de la jungle économique pour maintenir les valeurs originales d\u2019un certain mode d\u2019être essentiel à l\u2019humanité?La francophonie connaîtra-t-elle, à l\u2019échelle mondiale, les difficultés que rencontre le Québec à l\u2019échelle nord-américaine?Vouloir une économie francophone, un commerce francophone, une technologie francophone, est-ce réaliste dans un monde où les forces transnationales sont de plus en plus anglophones, dans un monde où le français est en régression constante?Le matérialisme et le nivellement des individus constituent une menace sérieuse au bonheur de l\u2019homme sur la guerre et dans ce sens, la francophonie pourrait devenir un catalyseur extrêmement utile, un paravent contre la standardisation et l\u2019uniformisation des hommes. HYDRO-QUÉBEC ÉTAIT-ELLE NÉCESSAIRE?27 Hydro-Québec était-elle nécessaire?par ROSAIRE MORIN Dans les décennies 30 et 40, le dr Philippe Hamel luttait avec fermeté contre la dictature des trusts.Au nom de l\u2019intérêt national, il réclamait la nationalisation de l\u2019électricité.Pour lui, ce monopole était une organisation de brigandage à l\u2019abri de la loi.Les compagnies d\u2019électricité paralysaient à leur profit la vie économique des Québécois.Une campagne soutenue d\u2019opinion était organisée.Elle fut à l\u2019origine de la création d\u2019Hydro-Québec.Un départ sensationnel Le 14 avril 1944, le gouvernement du Québec créait la Commission hydraulique de Québec dont le départ fut remarqué.Elle diminuait aussitôt les tarifs domestiques et commerciaux de 13% et les tarifs d éclairage de rues de 30%.Durant les vingt-trois premières années de la société, aucune augmentation ne fut décrétée.Dès ses premières années, Hydro-Québec gravissait les échelons du succès.Au contraire des compagnies privées d\u2019électricité, elle offrait un service de qualité à la population de trois territoires éloignés: l\u2019Abitibi, la Gaspésie et la région minière de Chibougamau.En 1953, elle commençait l\u2019aménagement de la rivière Bersimis.À l\u2019aube des années 60, l\u2019épopée des rivières Manicouagan et aux Outardes coïncidait avec la construction de la centrale de Carillon.En 1961, la centrale de Beauharnois était parachevée et l\u2019année suivante, le nouveau siège social était inauguré.Des câbles sous-marins reliaient la côte Nord et la Gaspésie.D\u2019importantes lignes de transport à 315 kV acheminaient l\u2019énergie des nouvelles centrales.Pour l\u2019époque, ces travaux étaient d\u2019envergure. 28 L\u2019ACTION NATIONALE Une seconde campagne La merveilleuse réussite d\u2019Hydro-Québec attirait l\u2019attention.Des Québécois comprenaient que l\u2019électricité devenait une clé de voûte pour l\u2019avenir économique et industriel de la province.Dans ce contexte, une seconde campagne de nationalisation était lancée.Elle prenait la relève des mémorables luttes des années 40.Les COJC du Québec demandaient à leurs membres de faire pression pour que «les ressources hydrauliques du Québec soient exploitées avec efficacité à l\u2019avantage de tous les Québécois».Nombre de groupes locaux intervenaient dans le même sens.Des mouvements nationaux emboîtaient le pas.C\u2019est ainsi que l\u2019on retrouvait ensemble l\u2019UCC, la CSN, la FTQ et la Fédération des SSJB du Québec.Les réclamants voulaient mettre à la raison le trust de l\u2019électricité.Les méfaits de ce monopole étaient abondamment cités.Près de quarante compagnies d\u2019électricité constituaient une structure morcelée qui aboutissait à des gaspillages intolérables.La gestion des réservoirs inquiétait.La planification dans la production et dans la distribution de l\u2019électricité était impossible.Le service désuet et les tarifs élevés dans les régions à faible population maintenaient plus arriérés ces territoires, à mesure que les régions plus favorisées prospéraient.Tels étaient les principaux arguments des partisans de la nationalisation.Les Canadiens-Français demandaient que les compagnies d\u2019électricité possédées par des capitalistes étrangers profitent à l\u2019ensemble de la collectivité.Une seconde nationalisation était dans l\u2019air.Jean Lesage comprit le message.Le thème des élections de 1962: «Maîtres chez nous» devenait le symbole de la libération économique.Dans un contexte favorable, René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles, prenait rapidement la tête de la parade.Il devenait le continuateur d\u2019une campagne de trente années.Il se mit à parcourir le Québec de l\u2019est à l\u2019ouest, du nord au sud.Les objectifs se précisaient: abaissement et uniformisation des tarifs, centralisation du service sous une seule gestion et nécessité d\u2019un plan pour répondre au défi industriel et à la croissance de la consommation électrique. HYDRO-QUÉBEC ÉTAIT-ELLE NÉCESSAIRE?29 Une réussite merveilleuse L\u2019acquisition, le 1er mai 1963, de dix compagnies d\u2019électricité permettait à Hydro-Québec d\u2019atteindre une taille respectable.Désormais, l\u2019entreprise pouvait assumer de gigantesques défis.Ses ressources et son savoir-faire lui permettaient d\u2019acquérir une expertise unique au monde au bénéfice des Québécois.C\u2019était l\u2019ère des grands projets.Des réalisations techniques importantes couronnaient les chantiers de Manie-Outardes et de la baie James.Citons quelques premières mondiales: le transport de l\u2019énergie à 735 kilovolts, le plus grand barrage à voûtes et contreforts à Manie 5, le plus grand barrage-poids évidé à Manie 2, le plus haut mur d\u2019étanchéité à Manie 3, la plus imposante centrale souterraine à LG2.Des travaux de construction de barrages, de lignes et de centrales furent constamment réalisés pour répondre aux besoins prioritaires des Québécois.Aujourd\u2019hui, le réseau de transport compte plus de 31 000 kilomètres de circuits, le réseau de distribution compte environ 90 000 kilomètres de circuits et le système de télécommunication parcourt 259 000 kilomètres.Au nombre des faits saillants des vingt dernières années, notons l\u2019inauguration d\u2019un centre de conduite du réseau construit à la fine pointe du progrès, la signature d\u2019un contrat avec Churchill Falls Labrador Corp., l\u2019inauguration d\u2019une centrale du même nom et la création de l\u2019Institut de recherche d\u2019Hydro-Québec.Cet Institut de renommée mondiale a été créé pour répondre aux besoins de l\u2019entreprise et lui assurer une base scientifique nécessaire.Au cours des années, il a effectué des percées technologiques à travers le monde.Il a réalisé de nombreux projets de recherche, de développement et de démonstration de technologies de pointe.Ces activités se déroulent principalement dans la gestion et l\u2019analyse de réseaux hydrauliques et dans des applications industrielles de l\u2019électricité.Avec les années, Hydro-Québec a acquis une taille gigantesque.Le personnel de 9 900 employés de 1963 est passé à 19 000 en 1987.L\u2019actif de 2 milliardsS s\u2019élève maintenant à 30,5 milliardsS.Les ventes d\u2019électricité de 26 milliards de kWv de 1963 atteignent 144,1 milliards de kWh en 1986.Le revenu des ventes se chiffre à 4,6 milliardsS en 1986, comparé aux 269 millionsS de 1963.Le nombre d\u2019abonnement atteint les 2,8 mil- 30 L\u2019ACTION NATIONALE lions de clients en 1987, soit le double du nombre de 1963.Hydro-Québec a aussi affirmé sa présence sur les marchés américains.En 1986, les ventes à l\u2019exportation s\u2019élèvent à 26,9 milliards de kWh et le revenu de ces ventes représente environ 650 millions?.En outre, pour ouvrir la porte vers les marchés du Sud, Hydro-Québec a acquis de la Cedars Rapids Transmission Company un corridor et une ligne de transport qui se prolongent jusqu\u2019à l\u2019État de New York.Sur les marchés mondiaux, elle est présente par Hydro-International.Elle poursuit la prospection des marchés pour l\u2019exportation de son savoir-faire et de ses services.À travers ces multiples activités, Hydro-Québec est demeuré à l\u2019avant-garde des courants sociaux.Elle excelle dans le domaine des ressources humaines.Elle affirme le droit des femmes à l\u2019égalité et à la reconnaissance de leurs talents et de leur créativité.À sa clientèle, elle cherche à offrir un produit de qualité adapté à leurs attentes.Elle est toujours préoccupée de la qualité du milieu: elle a appris avec le temps à construire sans détruire et à replacer ce qu\u2019elle déplaçait.Elle aide en outre des organismes culturels, artistiques, humanitaires et sociaux qui sollicitent son appui.Un instrument de développement Hydro-Québec est la pièce maîtresse de la politique énergétique du gouvernement.Elle est aussi perçue comme un instrument de développement économique.Elle crée des retombées importantes par ses gigantesques investissements.Elle injecte dans l\u2019économie québécoise des milliards de dollars, soit des montants d\u2019argent équivalant à environ 80 pour cent de ses revenus québécois.L\u2019établissement dès 1964 d\u2019une politique d\u2019achat de biens et de services québécois a créé des milliers d\u2019emplois au Québec et a favorisé la croissance de plusieurs industries.Cette politique a également permis l\u2019expansion rapide du génie conseil québécois.Les grandes firmes Lavalin, SNC et Monenco ont pris leur essor à Manie et à la baie James.Dans l\u2019avenir, afin d\u2019assurer sa croissance et pour jouer un rôle actif dans l\u2019économie québécoise.Hydro-Québec s\u2019engage dans des activités reliées au secteur de l\u2019énergie.En association avec d\u2019autres entreprises, elle commercialise des technologies HYDRO-QUÉBEC ÉTAIT-ELLE NÉCESSAIRE?31 mises au point.Dans cette perspective, elle a acquis une participation dans Electrolyser Inc.pour produire de l\u2019hydrogène et de l\u2019oxygène.Elle s\u2019est associée avec Air Liquide Canada Limitée dans un projet de démonstration industrielle de production d\u2019hydrogène liquide.Elle a effectué d\u2019importants investissements dans les firmes ArgonAL Inc.et HydrogenAL Inc.Par sa filiale Nouveler, elle développe au Québec une industrie de l\u2019efficacité énergétique et des énergies nouvelles.Elle commercialise des programmes de destruction des BPC et de décontamination des huiles.Elle a aussi lancé le projet ALCID pour développer les commandes et les automatismes des postes.Elle a conclu une entente avec Électricité de France pour l\u2019utilisation du savoir-faire en matière de rayonnement infrarouge.Elle collabore avec la Société nationale ELF Aquitaine pour développer des accumulateurs à haute concentration d\u2019énergie.Mais, d\u2019une façon directe, Hydro-Québec favorise l\u2019industrialisation du Québec.La production abondante d\u2019une électricité à bon marché a facilité la mise en valeur de nos ressources minières et forestières.Elle a attiré des compagnies grandes consommatrices d\u2019électricité comme les industries électro-métallurgiques et électro-chimiques.En aidant au progrès du service domestique, elle a aussi permis le développement de la fabrication d\u2019appareils électriques.De plus, Hydro-Québec a mis sa force financière et ses vastes ressources techniques à la disposition des petites, moyennes et grandes entreprises.Elle a établi plusieurs programmes pour faciliter les applications de l\u2019électricité aux besoins industriels.Ces programmes peuvent aider à réduire les coûts de production, à augmenter la productivité, à améliorer la qualité des produits et les conditions de travail.La création d\u2019emploi Dans ce domaine, Hydro-Québec a joué un rôle de premier plan.Elle a servi de terrain d\u2019expérience pour le management francophone jadis jugé bon pour la gérance d\u2019une épicerie.Il faut se rappeler que les Francophones n\u2019avaient pas accès aux postes de direction dans les entreprises anglophones d\u2019électricité.Cette absence généralisée dans les grandes entreprises de l\u2019époque rendait difficile la formation, chez nous, de grands adminis- 32 L\u2019ACTION NATIONALE trateurs.Avec Hydro-Québec, la montée de gestionnaires francophones est venue corriger un complexe d\u2019infériorité historique.Avec ses 19 000 employés hautement spécialisés, Hydro-Québec est l\u2019un des principaux fournisseurs d\u2019emplois.Dans toutes les régions, elle embauche des professionnels francophones.Dans la réalisation de son programme actuel d\u2019équipement, elle devrait maintenir une équipe de 22 000 employés permanents et temporaires, en plus de soutenir en moyenne plus de 23 000 emplois chez les firmes et fournisseurs québécois de biens et services La politique d\u2019emploi d\u2019Hydro-Québec offre aux jeunes des chances d\u2019avancement réelles.Les diplômés de toutes les disciplines sortis de nos écoles, surtout depuis 25 ans, ont eu l\u2019occasion d\u2019acquérir de l\u2019expérience dans les postes supérieurs.Depuis l\u2019avènement d\u2019Hydro-Québec, un grand nombre des nôtres ont pu parfaire leur formation.Ils ont constitué des équipes représentant un réservoir de techniciens, d\u2019ingénieurs et d\u2019administrateurs de grande classe.En plus d\u2019assurer aux nôtres les postes de commande qui jadis nous échappaient, l\u2019hydroélectricité est devenue une grande école de chefs préparés pour prendre la direction d\u2019industries qui allaient naître chez nous ou qui passaient entre nos mains par suite de la mobilisation croissante de nos capitaux d\u2019épargne.Un service public rentable Depuis sa création, Hydro-Québec est une entreprise publique créée par une loi spéciale.Son mandat est défini par sa loi constitutive.La société a «pour objet de fournir de l\u2019énergie et d\u2019œuvrer dans le domaine de la recherche et de la promotion relative à l\u2019énergie, de la transformation et de l\u2019économie de l\u2019énergie, de même que dans tout domaine relié à l\u2019énergie».Son capital-actions, ses biens, ses meubles et immeubles sont la propriété de l\u2019État québécois.L\u2019entreprise est un service public rentable, même si son objectif est de fournir aux consommateurs un service essentiel à bas prix.Dans l\u2019accomplissement de son mandat, la Société assume parfois des risques économiques que l\u2019entreprise privée ne serait pas prête à envisager.Néanmoins, la qualité de sa ges- HYDRO-QUÉBEC ÉTAIT-ELLE NÉCESSAIRE?33 tion lui permet de contribuer, bon an mal an, plus de 300 millions de dollars aux municipalités et à l\u2019État québécois.Un symbole national L\u2019histoire d\u2019Hydro-Québec se confond avec les aspirations de tout un peuple.Peu d\u2019entreprises exercent une influence aussi considérable auprès de notre collectivité.Dans la foulée des grands travaux, Hydro-Québec devenait un symbole de fierté et de réussite pour les Francophones du Québec, Bersimis, Manie, Churchill Falls, baie James, lignes à 735 kV, achat préférentiel, politique de langue, excellence de l\u2019Ireq, tels sont les éléments qui créaient une véritable relation d\u2019amour entre le peuple et Hydro-Québec.Des Francophones étaient habiles à gérer leurs richesses collectives.Les Québécois de langue française étaient émerveillés par les prouesses de leur société d\u2019État capable d\u2019efficacité, d\u2019innovation et de premières mondiales.C\u2019est avec enthousiasme qu\u2019ils pouvaient chanter la «Manie».Hydro-Québec leur apparaissait encore un outil exceptionnel de promotion.À coup sûr, il n\u2019est pas exagéré d\u2019affirmer qu\u2019Hydro-Québec a été le principal outil de l\u2019affirmation des aspirations des Québécois qui veulent prendre en main leur propre destin.Des Francophones avaient conquis la maîtrise de l\u2019énergie électrique au Québec.Si Hydro-Québec n\u2019avait pas existé, la révolution tranquille n\u2019aurait certes pas été ce qu\u2019elle fut.Mais Hydro-Québec était née.Elle réflétait et parfois précédait l\u2019évolution et l\u2019expression de la société québécoise.À travers Hydro-Québec, les Francophones prenaient conscience de leurs possibilités, de leurs forces, de leurs ambitions et de leur devenir.Grâce aux réussites de leur société d\u2019État, ils prenaient confiance en eux-mêmes et ils s\u2019engageaient dans des domaines jusqu\u2019alors réservés aux étrangers.Délivrés du complexe d\u2019infériorité qui les avaient trop longtemps marqués, ils partaient à la conquête de la place qui leur appartient dans le commerce et l\u2019industrie.Bref, malgré tous ses péchés, Hydro-Québec est si essentielle à la vie québécoise qu\u2019il faudrait l\u2019inventer, si elle n\u2019avait pas été créée. 34 L\u2019ACTION NATIONALE Le Jura ne survivra qu\u2019au prix d\u2019une natalité suffisante par LE RASSEMBLEMENT JURASSIEN Note de la rédaction Selon des démographes, dans cent ans le Québec français serait à l\u2019agonie.Les descendants des Québécois et Québécoises d\u2019aujourd\u2019hui ne représenteraient que 15% de la population actuelle.Le Québec français ne pourra survivre qu\u2019au prix d\u2019une natalité suffisante.C\u2019est d\u2019ailleurs la situation qui prévaut au Jura, comme le démontre la déclaration ci-dessous du Rassemblement jurassien.Le problème de la natalité pèse actuellement sur le monde occidental.Après une période d\u2019expansion consécutive à la Seconde Guerre mondiale, les pays jouissant d\u2019un niveau de vie élevé ont vu décroître le taux des naissances au point que la survie de l\u2019espèce n\u2019est plus assurée.Les démographes estiment que pour remplacer simplement la population d\u2019un pays, chaque femme doit mettre au monde 2,1 enfants, en moyenne.Par foyer, cela représente un taux bien supérieur.Or, les tableaux publiés en 1981 donnaient les chiffres suivants: Espagne 1,99; France 1,96; Angleterre 1,82; Autriche 1,71; Suède 1,63; Pays-Bas 1,57; Italie 1,56; Suisse 1,53; Allemagne de l\u2019Ouest 1,42.Et depuis lors, la dégringolade s\u2019est poursuivie.Avec un taux qui dépasse à peine un enfant par foyer, la nation allemande (Autriche et Suisse allemande comprises) est en train de disparaître, affirment les experts américains.Tous les dix ans, hommes et femmes parlant l\u2019allemand, qui ne se trouvent qu\u2019en Europe, diminuent de 4,5%.L\u2019absence de jeunes générations aura en outre, d\u2019ici quelques dizaines d\u2019années, des effets catastrophiques, la pyramide des âges ne permettant plus d\u2019équilibrer les systèmes mis en place au nom du progrès social. LE JURA NE SURVIVRA QU\u2019AU PRIX.35 Au sein de la Confédération suisse, qui se trouve en très mauvaise position, le Jura faisait encore bonne figure il y a quelques années, avec un taux de natalité légèrement inférieur à celui de la France.Pourtant, dans ce dernier pays, où l\u2019on constate qu\u2019un taux de 1,9 ne permet pas le renouvellement de la population, le gouvernement vient d\u2019annoncer un train de mesures susceptibles d\u2019aider les familles à élever trois enfants, au moins.Mais il faut voir la réalité en face: le «suicide des Européens par dénatalité», selon les termes de Raymond Aron, ne décolle pas des difficultés matérielles.En Suisse, il a été prouvé que la classe ayant le moins d\u2019enfants est celle des fonctionnaires fédéraux, lesquels bénéficient des sécurités professionnelles les plus étendues.Non.Le refus d\u2019avoir des enfants, signe de décadence, est fonction d\u2019un état d\u2019esprit.Les dernières statistiques montrent que chez nous, la courbe continue de descendre.Or, à quoi aura-t-il servi de lutter pour libérer le Jura \u2014 et ce n\u2019est pas fini \u2014, s\u2019il faut voir les Jurassiens tendre numériquement vers zéro?Comment conserver une économie prospère et un niveau social décent, quand la demande fléchit et que la classe active s\u2019étiole par suite d\u2019une sous-natalité?Allons! L\u2019enfant, c\u2019est l\u2019avenir et c\u2019est la joie! Que tous ceux qui en ont la possibilité se disent: oui, d\u2019accord, un de plus! Rassemblement jurassien: Le président: Bernard Mertenat le secrétaire général: Roland Béguelin. 36 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019homogénéité ethno-culturelle du Saguenay-Lac Saint-Jean (2) par JEAN-CHARLES CLAVEAU, m.d.Par-delà les patronymes En plus des familles à patronyme français dont on vient de parler et qui ont des ancêtres d\u2019origine écossaise et amérindienne, il existe aussi de nombreux citoyens d\u2019origine britannique ou d\u2019autre origine souvent bien assimilés à la communauté régionale par la langue, la culture et la religion.L\u2019exploitation du bois, l\u2019ouverture des industries papetiè-res, la construction des usines hydro-électriques et la mise sur pied d\u2019une première aluminerie ont attiré ici de petits groupes d\u2019immigrants d\u2019Europe qui ont fourni la main-d\u2019œuvre requise aux nouvelles entreprises.Les problèmes économiques et politiques du vieux continent, tels que la défaite de l\u2019Allemagne du Kaiser Guillaume II, la Révolution russe en 1917 et le démembrement de L\u2019Empire austro-hongrois à la suite de la Première Guerre mondiale de 1914-18, ont souvent été les facteurs responsables d\u2019une telle migration.Dans d\u2019autres cas, des raisons familiales ou personnelles ont plutôt joué.En 1880, en 1912 ou en 1919 comme en 1940, en 1946 ou en 1956, ces immigrants d\u2019origines diverses venus au Saguenay arrivaient dans un pays jeune, sinon encore assez neuf.Souvent, ils étaient seuls, trouvaient du travail, puis épousaient des filles du pays, ce qui facilitait leur intégration à leur nouveau milieu.Parfois, il s\u2019agissait de couples étrangers à la recherche d\u2019une nouvelle vie dans ce pays du Nord en pleine croissance de l\u2019Eldorado américain.Les Anglophones d\u2019origine, quant à eux, venaient au Royaume du Saguenay faire carrière habituellement dans une des grandes industries implantées sur nos rives à Jonquière L\u2019HOMOGÉNÉITÉ ETHNO-CULTURELLE DU.37 (1909), à Kénogami (1912), à Port-Alfred (1917), à Arvida (1925), à Riverbend (1926), à Desbiens (1926), à Dolbeau (1927) et à Isle Maligne (1942).C\u2019est cette présence anglophone peu nombreuse, mais influente qui a été à l\u2019origine des enclaves de langue anglaise établies jusqu\u2019à tout récemment dans les villes industrielles de la région.En particulier, l\u2019ouverture d\u2019une aluminerie à Arvida en 1925 a attiré une nouvelle vague d\u2019immigrants dont un certain nombre se sont établis ici de façon permanente, alors que d\u2019autres ont laissé plus tard, pour aller vivre sous d\u2019autres cieux.Cette génération d\u2019immigrants a eu plutôt tendance à s\u2019intégrer à la minorité anglaise d\u2019Arvida, dont la langue était celle des patrons de la grande entreprise construite entre Chicoutimi et Jonquière.C\u2019était l\u2019époque où l\u2019anglais s\u2019imposait comme la langue des grandes industries du Saguenay-Lac Saint-Jean, ce qui ne manquait pas d\u2019influencer la langue de travail dans ces milieux et de donner le ton à une certaine partie de la population sensible au prestige et au pouvoir de l\u2019argent.La francisation des entreprises au cours des dernières décennies par suite du mouvement d\u2019affirmation du peuple québécois a changé cette tendance en favorisant l\u2019apprentissage du français par les Néo-Saguenéens.Aujourd\u2019hui, les fils ou les petits-fils des immigrants de l\u2019époque sont bien intégrés, sinon assimilés au milieu français de la région.Au sujet des quelque 9 700 Saguenéens et Jeannois d\u2019une autre origine que française dénombrés au recensement de 1981 (Tableau II), il convient de faire quelques remarques supplémentaires.Les chiffres fournis par Statistique Canada ne permettent pas de préciser davantage l\u2019origine ethnique de ces concitoyens de la région comme les recensements antérieurs le faisaient.L\u2019origine britannique, par exemple, est globale et n\u2019indique pas si cette origine est anglaise, écossaise, galloise ou irlandaise. 38 L\u2019ACTION NATIONALE Il est certain que parmi les personnes pouvant être enregistrées d\u2019origine ethnique ou raciale britannique, comme des Blackburn, des Murdock ou des Murray l\u2019ont probablement été, il se trouve aussi des Otis, des Nepton, des Sheehy, des Munger, des Pearson, des Waltzing, des Rhainds, des Ainsley, des Reid, des Robertson, des Charlton, des Hovington, des Parker, des Carter ou des Smith qui n\u2019ont de britannique que le nom qu\u2019ils portent et le sang anglais, irlandais, écossais, jerseyais et parfois amérindien qui coule dans leurs veines.Ils sont aussi québécois que leurs autres compatriotes de vieille souche française.De même, pour les quelque 4 000 personnes recensées comme étant d\u2019une origine ethnique autre que française ou britannique, il est dommage que les statistiques ne précisent plus, comme autrefois, le pays d\u2019origine de ces personnes ou de leur ancêtre paternel.Ces renseignements seraient sûrement utiles pour évaluer le brassage de populations que l\u2019immigration engendre nécessairement dans le pays d\u2019accueil, d\u2019autant plus que ce brassage est ordinairement bénéfique pour le pays hôte et témoigne aussi de sa capacité d\u2019absorption des nouveaux venus.Ce dernier point est essentiel, si un pays ou un peuple comme celui du Québec entend garder le contrôle démographique de la patrie qu\u2019il habite depuis près de quatre siècles et être maître de sa destinée.Un peuple qui oublie la loi du nombre risque fort d\u2019être submergé avec le temps.Parmi les Saguenéens de diverses origines, une bonne partie d\u2019entre eux sont les descendants de la 3e ou de la 4^ génération émigrés ici.Sans vouloir faire une énumération exhaustive de ces derniers, on peut nommer, au passage, les Rasmussen, les Ellef-sen, les Dahl, les Pettersen et les Olsen d\u2019origine danoise ou norvégienne, les Yacola d\u2019origine finlandaise, les Karmis et les Var-varesso(s) d\u2019origine grecque, les Fong d\u2019origine chinoise, les DeMoor, les Harmégnies, les Catoule et les Delwaide d\u2019origine belge, les Bhérer, les Croft et les Brubacher d\u2019origine allemande, les Desantis, les Mior, les Torressan, les Simonato, les Verdone et les Scodeller d\u2019origine italienne, les Haddad, les Abraham, les Gimaël, les Ferris, les Nemey, les Maziade et les Ajmo d\u2019origine libanaise ou syrienne, les Schuld d\u2019origine hollandaise, les L\u2019HOMOGÉNÉITÉ ETHNO-CULTURELLE DU.39 Resendes et les D\u2019Almeida d\u2019origine portugaise, les Venick d\u2019origine tchécoslovaque, les Tchernoff d\u2019origine russe, etc.Ces familles et bien d\u2019autres d\u2019origine raciale différente que nous cotoyons régulièrement sont aussi saguenéennes francophones que leurs voisines.L\u2019intégration et même l\u2019assimilation de celles-ci, souvent dès la deuxième génération, sont déjà entières et seul leur patronyme familial les distingue de leurs concitoyens québécois de souche plus ancienne.Les Néo-Saguenéens Pour en terminer sur l\u2019origine ethnique de notre population, disons un mot des immigrants d\u2019hier devenus les Néo-Saguenéens d\u2019aujourd\u2019hui.Ces derniers appartiennent à la génération des arrivants, des nouveaux venus à vivre en ce pays.Ils ont connu et connaissent encore, parfois, certains problèmes d\u2019adaptation à une terre devenue une nouvelle patrie pour eux et leurs enfants.Plusieurs ont dû, comme d\u2019autres auparavant, s\u2019exiler par suite de difficultés politiques ou autres dans leur pays ancestral.Leur arrivée sur notre sol n\u2019a pas fait oublier chez certains d\u2019entre eux les mauvais souvenirs de leurs expériences passées.Le milieu universitaire et collégial, le monde de l\u2019industrie et du commerce et l\u2019institution hospitalière ont été les secteurs où un grand nombre de ces Néo-Québécois ont pu mettre leurs talents à contribution.L\u2019adaptation à un autre pays est parfois complexe, car il y a toujours à apprendre sur son nouveau milieu de vie.C\u2019est l\u2019adaptation à la langue, au travail et à la communauté environnante.L\u2019entrée des enfants à l\u2019école favorise ordinairement l\u2019intégration des arrivants, car celle-ci véhicule les valeurs, la culture et les traditions d\u2019une société.Alors, les enfants deviennent souvent un lien privilégié entre familles voisines que le désir et la possibilité de faire connaissance rapprochent plus facilement.C\u2019est ainsi que chacun peut découvrir et apprécier la richesse humaine de nouveaux voisins venus du Viêt-nam, de Bolivie, du Liban, d\u2019Allemagne, du 40 L\u2019ACTION NATIONALE Chili, de Hongrie, du Portugal ou d\u2019Haïti.Malgré tout, ces nouveaux venus sont peu nombreux.Selon le recensement de 1981, on trouve 1 895 citoyens de la région qui sont nés à l\u2019étranger.Ce chiffre représente moins de 0,75% de la population du Saguenay-Lac Saint-Jean.Naturellement, les enfants de ces citoyens d\u2019origine étrangère qui sont nés ici ne sont pas inclus dans cette statistique, car ces enfants sont des citoyens canadiens de naissance.Quant aux gens nés hors du pays, ils sont, en réalité, nos nouveaux concitoyens, les Néo-Saguenéens de la première génération dont on parle ici.La plupart d\u2019entre eux habitent dans le secteur Chicoutimi-Jonquière-La Baie et la majorité de ceux-ci ont émigré chez nous depuis 1965.Si le recensement ne donne plus l\u2019origine ethnique des citoyens autres que britanniques et français, comme on l\u2019a souligné plus haut, il donne des indications sur certains pays ou continents.Ainsi, on peut constater que 410 personnes de la région sont originaires d\u2019Asie.Il est probable que plusieurs parmi eux sont des réfugiés de la mer \u2014 les boat people des agences de presse \u2014 en provenance du Sud-est asiatique ou des victimes de la guerre du Liban.Nos journaux en ont parlé à cette époque1.La fréquentation de connaissances originaires du Viêt-nam, du Cambodge ou du Laos laisse croire, cependant, qu\u2019un bon nombre de ces réfugiés ont laissé la région depuis le recensement de 1981 pour aller dans la Métropole chercher un travail qu\u2019ils n\u2019obtenaient pas ici.La première partie de notre étude a porté sur l\u2019origine ethnique de la population régionale.Si l\u2019homogénéité ethnique de cette population est un fait évident et reconnu, il a existé un certain brassage de populations qui s\u2019est effectué avec les éléments nouveaux au cours des années, comme dans tous les pays qui accueillent des immigrants.1.Progrès-Dimanche, le 20 janvier 1980, p.5 et le 9 mars 1980, p.11 (La Société Historique du Saguenay). 41 La présence d\u2019une faible minorité d\u2019origine britannique (1,9%) n\u2019a guère affecté cette homogénéité, malgré la pression énorme du contexte nord-américain anglophone environnant.L\u2019isolement géographique de la région, le caractère particulier de notre peuple et la fécondité exceptionnelle de nos compatriotes \u2014 40 à 50 naissances par 1 000 habitants \u2014 jusque vers le milieu du présent siècle ont été des facteurs déterminants de cette évolution démographique.Une telle évolution s\u2019est manifestée aussi au niveau de la langue.III- La langue maternelle En 1981, la population régionale se partageait de la façon suivante selon la langue maternelle: Tableau III Langue maternelle\tNombre française\t278\t020 anglaise\t3\t530 autres\t1\t305 Pourcentage 97,5% 1,2% 0,4% Le tableau III démontre que la population de langue maternelle française est de 2,3% plus élevée que la population d\u2019origine française.En effet, au tableau II, on remarque 271 540 habitants d\u2019origine française ou 95,2% de la population régionale, contre 278 029 de langue maternelle française, ou 97,5%.Il s\u2019agit là d\u2019un gain de près de 6 500 individus qui ont été intégrés ou assimilés à la culture du milieu ambiant.Quand on compare le nombre d\u2019habitants de langue maternelle anglaise ou autre que française, soit 4 835 au tableau III, à celui des citoyens d\u2019origine britannique et autre, soit 9 700 au tableau II, il existe une différence de 4 925.C\u2019est là un transfert linguistique indicateur de la tendance à l\u2019assimilation des gens d\u2019une autre origine que française.Une analyse plus approfondie de tous ces chiffres et des facteurs en cause serait nécessaire pour tirer des conclusions définitives sur ce point. 42 L\u2019ACTION NATIONALE Mais l\u2019usage généralisé du français à travers la région, sauf dans certains secteurs sous l\u2019autorité fédérale comme la base de Bagotville sur laquelle nous reviendrons plus loin, nous oriente dans ce sens.Du reste, le phénomène de l\u2019assimilation n\u2019a rien d\u2019éton-nant, car il s\u2019inscrit dans l\u2019évolution normale de groupes raciaux étrangers dans tout pays qui les reçoit.L\u2019assimilation est une question de temps, une affaire de quelques générations habituellement, sauf exception.Au Brésil, en Argentine comme aux États-Unis, en France ou au Canada, le même phénomène d\u2019assimilation se produit avec des variations dues à l\u2019importance, à la concentration et à certaines caractéristiques nationales des groupes ethniques concernés.Au Saguenay-Lac Saint-Jean, l\u2019omniprésence du fait français et l\u2019homogénéité de la population entraînent par voie de conséquence la nécessité presque absolue de parler français pour éviter d\u2019être isolé et pour pouvoir communiquer avec l\u2019entourage.Le recensement de 1981 confirme ce point de vue d\u2019autant plus justifié que 248 005 habitants, ou 87,9% de la population de la région, ne parlent que la langue de Molière.En fait, il n\u2019y a que 535 Saguenéens et 55 Jeannois, formant un total de 590 citoyens, qui soient unilingues anglais, ce qui représente moins de 0,25% de l\u2019ensemble de la population.Également, il faut ajouter que 125 autres citoyens ont déclaré ne pouvoir parler ni français, ni anglais.Les chiffres de 1981 démontrent donc que 715 habitants seulement sont incapables de parler français sur une population totale dépassant 285 000 individus.D\u2019un autre côté, l\u2019obligation de connaître le français dans une région comme la nôtre et, également, la situation très minoritaire du peuple québécois dans le contexte canado-américain anglophone expliquent naturellement le bilinguisme d\u2019une certaine partie de la population. L\u2019HOMOGÉNÉITÉ ETHNO-CULTURELLE DU.43 En réalité, on dénombre 34 135 personnes qui sont bilingues, ou 11,9% de notre population.Par ailleurs, si l\u2019on accepte que les 3 530 citoyens de langue maternelle anglaise notés au tableau III sont des Anglophones de fait, quelle que soit leur origine ethnique, il faut conclure que la grande majorité d\u2019entre eux, soit 2 940 ou plus de 83%, sont bilingues.Comme il a été dit plus haut, il n\u2019existe que 590 citoyens à se déclarer unilingues anglais.Mise à part la qualité elle-même de la langue qui ne sera pas abordée dans la présente étude, un autre volet sera considéré.C\u2019est celui de la langue parlée à la maison, en regard de la langue maternelle déclarée officiellement.Le tableau III indique la répartition de la population selon la langue maternelle, c\u2019est-à-dire la première langue apprise dès l\u2019enfance et encore comprise par l\u2019individu.Le recensement de 1981 va plus loin en précisant la langue parlée au foyer ou à la maison à partir du critère de la langue maternelle.Cela permet de déterminer les citoyens qui, à la suite d\u2019un mariage mixte, d\u2019un changement de milieu ou d\u2019une autre raison, tel le désir de faire connaître une seconde langue à leur famille, déclarent parler dans leur vie quotidienne à la maison une autre langue que leur langue maternelle.Le recensement est révélateur à ce point de vue.Ainsi à Chicoutimi, sur 535 citoyens qui se réclament de langue maternelle anglaise, 130 parlent anglais à la maison, contre 400 qui disent parler français.Donc, 76% des Anglo-Chicoutimiens, si l\u2019on peut s\u2019exprimer de cette façon, parlent français chez eux.Le français est devenu leur langue quotidienne.Il en est de même pour les 320 Chicoutimiens qui ont une langue maternelle autre que le français ou l\u2019anglais.190 parmi eux s\u2019expriment à la maison dans leur langue maternelle, 10 parlent anglais et 1201e français, ou 37%.Sans doute, s\u2019agit-il ici de Néo-Saguenéens de la première génération qui ont choisi à 37%, peut-on présumer, de s\u2019intégrer à la langue du milieu, le français. 44 L\u2019ACTION NATIONALE Un autre point à souligner concerne les Chicoutimiens de langue maternelle française qui sont au nombre de 58 740, soit 97,9% de la population de la ville s\u2019élevant à 60 064 en 1981.Il se trouve chez ces derniers 530 citoyens qui parlent anglais à la maison.Ce chiffre représente à peine 0,9%, mais il mérite d\u2019être souligné dans une ville qui est très francisante, celle-ci n\u2019ayant jamais connu la présence comme telle d\u2019une grande entreprise industrielle à direction anglophone comme d\u2019autres villes de la région et ayant toujous été a capitale religieuse et éducative du diocèse.Faut-il ajouter aussi que Chicoutimi est la plus importante ville du Québec à ne posséder ni école, ni paroisse, ni organisme de langue anglaise.Enfin, la «Reine du Nord», pour reprendre une expression à la mode il n\u2019y a pas si longtemps, compte 20 concitoyens unilingues anglais et 45 autres qui ne parlent aucune des langues officielles de ce pays.8 735 de ces citoyens, cependant, sont bilingues, ce qui représente 12,4% de la population chicou-timienne.Des villes comme Jonquière, Alma, Roberval ou Dolbeau ont globalement une image linguistique comparable à celle de Chicoutimi, avec des différences reliées à l\u2019influence plus ou moins grande de l\u2019industrialisation dans ces villes.Un examen sommaire des statistiques sur la question de la langue maternelle et la langue parlée à la maison le laisse croire.Ville de La Baie, cependant, mérite qu\u2019on y regarde de plus près.Avec une population de 20 000 habitants, soit trois fois moins que celle de Chicoutimi ou Jonquière, Ville de La Baie a une population de langue maternelle anglaise de 785 personnes.De celles-ci, 630 ou 80% parlent anglais à la maison.Aussi, 385 citoyens de Ville de La Baie sont unilingues anglais, ce qui représente 71% de toutes les personnes unilingues anglaises de l\u2019agglomération Chicoutimi-Jonquière-La Baie.Cet îlot de langue anglaise au cœur du Saguenay-Lac Saint-Jean francophone est probablement relié à la présence de la base d\u2019aviation de Bagotville.Tout indique, en effet, que la politique de francisation qui a transformé la langue des grandes entrepri- L\u2019HOMOGÉNÉITÉ ETHNO-CULTURELLE DU.45 ses du Québec depuis une vingtaine d\u2019années n\u2019a pas touché la langue de travail des militaires de la base de Bagotville, territoire fédéral qui échappe, semble-t-il, aux contraintes et aux influences culturelles saguenéennes environnantes.À cet égard, une étude sur l\u2019usage du français dans l\u2019aviation militaire canadienne mérite d\u2019être menée pour connaître l\u2019utilité et le rôle de l\u2019autre langue officielle dans la force aérienne de ce pays.En Belgique et en Suisse, en tout cas, comme nos hommes politiques fédéraux, provinciaux et municipaux le savent, les bases d\u2019aviation militaire fonctionnent dans la langue de la région où elles sont implantées, c\u2019est-à-dire en français, en allemand ou en flamand.C\u2019est la façon des Suisses et des Belges de respecter leurs communautés linguistiques et de servir leur pays.Au Canada, se pourrait-il que le français ne soit pas assez «officiel», même au Québec, pour être utilisé comme langue normale de travail et de commandement dans l\u2019aviation militaire?La question vaut d\u2019être posée dans un pays bilingue et une région où 97,5% de la population est de langue maternelle française.IV- La religion Lin troisième élément à considérer dans l\u2019étude de la population régionale concerne la religion des citoyens.Avec la langue, la religion est une des caractéristiques habituelles de nombreux peuples de la planète.Ainsi, les Italiens sont traditionnellement catholiques, les Norvégiens sont luthériens, les Marocains sont musulmans, les Grecs sont orthodoxes et les Chinois sont bouddhistes.Au Saguenay-Lac Saint-Jean, la population s\u2019est développée, on l\u2019a vu, tel un prolongement du pays de Charlevoix, en y apportant langue, religion et traditions.Le recensement de 1981 montre que notre population est divisée selon les dénominations religieuses suivantes du tableau IV: 46 L\u2019ACTION NATIONALE Tableau IV Religion Nombre Pourcentage 97,1% 1,3% 0,7% catholique protestante autre ou sans religion 276 805 3 800 2 255 Ce dernier tableau révèle une homogénéité religieuse presque superposable à ce qui est noté au point de vue de la langue maternelle au tableau III.Sans doute, l\u2019influence catholique qui était omniprésente il y a quelques décennies à peine n\u2019est-elle pas aussi grande de nos jours, mais son empreinte demeure très visible et bien vivante.Dans la région comme ailleurs au Québec, la religion catholique transmise par nos ancêtres français fait partie de l\u2019héritage de l\u2019ensemble des Québécois.Quant aux 2 255 citoyens qui ont déclaré appartenir à d\u2019autres confessions religieuses ou n\u2019en pratiquer aucune, il faut noter quelques centaines d\u2019adhérents à des religions dites «non chrétiennes orientales» en jargon fédéral, soit musulmane, bouddhiste ou hindouiste.On compte aussi 20 concitoyens de religion juive.Aucun d\u2019eux, cependant, ne demeure à Chicoutimi, la ville fondée en 1842 par Peter McLeod II, protestant de descendance écossaise et amérindienne dont la lignée est devenue catholique et française.V- Conclusion Notre étude sur l\u2019homogénéité ethno-culturelle de la région à partir des statistiques du recensement de 1981 a voulu apporter un peu de lumière sur cette question.L\u2019origine ethnique, la langue maternelle et la religion de la population recensée ont fourni les trois éléments de base du travail. L\u2019HOMOGÉNÉITÉ ETHNO-CULTURELLE DU.47 Si nous nous sommes attardé à l\u2019origine ethnique des citoyens de la région, c\u2019était pour faire ressortir, en plus d\u2019une certaine diversité existante, un caractère qui, sans être propre à notre région, est bien notable pour peu qu\u2019on le recherche.Il s\u2019agit du métissage ou du mélange des populations.Cela fait partie de notre héritage.Comme en Grande-Bretagne, où l\u2019héritage angle, saxon, danois, normand, celtique et autres a produit l\u2019Anglais que nous connaissons, ainsi, le mélange français, écossais, amérindien, irlandais, anglais, norvégien, danois, italien et autres a donné les Saguenéens et les Jeannois d\u2019aujourd\u2019hui.Ce brassage d\u2019hommes et de femmes d\u2019origines diverses a modifié et enrichi l\u2019homogénéité ethno-culturelle régionale sans la changer fondamentalement.Nos sincères remerciements vont à M.Roger De LaSablon-nière, de la Bibliothèque de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, pour les documents fournis, et à M.Car Beaulieu, historien, pour ses conseils. 48 L\u2019ACTION NATIONALE Ottawa, centralisateur par JEAN-DENIS ROBILLARD La centralisation des pouvoirs à Ottawa diminue forcément les pouvoirs des provinces et, par voie de conséquence, ceux du Québec.Les autorités politiques de la capitale fédérale risquent-elles d\u2019augmenter leur puissance sur le dos des provinces?Et pour ce faire, le fédéral aurait-il tendance à favoriser une politique de centralisation?Avant de répondre à ces questions, il serait bon de préciser les causes de ce mouvement centralisateur, causes que l\u2019on peut énumérer et expliquer de la façon suivante: 1\t\u2014 L\u2019accroissement des pouvoirs et de l\u2019influence du gouvernement central répond aux aspirations de la communauté canadienne-anglaise qui voit dans ce gouvernement national l\u2019instrument de son progrès comme société; préjugé favorable que les Québécois sont loin de partager.2\t\u2014 Le gouvernement central a su profiter des diverses situations de crise pour envahir des champs de compétence provinciale: dépression économique des années 30, guerre de 1939, nécessités sociales de l\u2019après-guerre, chômage, inflation, énergie, etc.; tout fut prétexte à des interventions fédérales avec l\u2019assentiment de la majorité; le Québec subissait cette loi de la majorité bien malgré lui.3\t\u2014 Le texte même du British North America Act a facilité l\u2019expansion du gouvernement central en lui conférant tous les pouvoirs non explicitement attribués aux provinces.La chose paraît normale à la majorité canadienne, pas à nous.4\t\u2014 Le gouvernement fédéral a pu augmenter ses pouvoirs grâce à des ressources fiscales et financières supérieures à celles des provinces, alors que la Constitution limite les provinces à ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler l\u2019impôt direct.(La Presse, 9 novembre 1979.) La rencontre du lac Meech, suivie de la signature officielle du Québec le 3 juin .1987 à Ottawa, nous fera-t-elle oublier un OTTAWA, CENTRALISATEUR 49 passé qui risque fort de renaître selon les humeurs de la politique du gouvernement central, puisque le Québec vit encore dans la même vieille maison, seule l\u2019enseigne a été changée?Après les poignées de mains, les échanges hypocritement émouvants, les félicitations et les tapes sur les épaules \u2014 jusqu\u2019où ne pourrait-on pas aller pour se créer du capital politique?\u2014, que reste-t-il de tout ce théâtre?Illusions, imprécisions, brume.À l\u2019Assemblée nationale, lors de la première période de questions qui a suivi cette signature historique, Robert Bourassa ne pouvait donner aucune réponse précise aux questions posées par les membres de l\u2019opposition, affirme M.Jean Garon.Le pouvoir de dépenser permet au gouvernement central de contraindre le Québec à des objectifs nationaux souvent contraires à ceux de cette province.Le Québec s\u2019est fait défoncer par le Canada sur le plan linguistique.On nous a défait la Loi 101, morceau par morceau.et tout ce beau monde, aujourd\u2019hui, souhaite du fond du cœur la promotion du français au Québec?Allons donc! La promesse de Trudeau n\u2019a pas été remplie par les Conservateurs, comme on se plaît à le répéter; le Québec n\u2019est pas entré dans un Canada nouveau, parce qu\u2019on n\u2019a pas voulu donner à cette province la véritable place qu\u2019elle devrait y occuper.En effet, le plein pouvoir fut-il donné à l\u2019Assemblée nationale de confectionner des lois qui répondent aux besoins propres des Québécois?NON.Voilà, tout le reste ne devient que foutaise.Comme le dit Claude Morin {Le Devoir, 4 juin 1987), le quatrième point du nouvel article 2 de la Loi constitutionnelle de 1867 annule pour ainsi dire tout ce qui a été reconnu pour le Québec, puisqu\u2019on affirme que «le présent article (le nouvel article 2) n\u2019a pas pour effet de déroger aux pouvoirs, droits et privilèges du Parlement ou du gouvernement du Canada ou des législatures ou des gouvernements des provinces, y compris à leurs pouvoirs, droits ou privilèges en matière de langue».Ça nous fait une belle jambe! Non satisfait, Ottawa rajoute au point 16: «L\u2019article 2 de la Loi constitutionnelle de 1867 n\u2019a pas pour effet de porter atteinte aux articles 25 ou 27 de la Charte canadienne des droits 50 L\u2019ACTION NATIONALE et libertés, à l\u2019article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 ou au point 24 de l\u2019article 91 de la Loi constitutionnelle de 1867.» (Le Devoir, 4 juin 1987).Les mêmes débats se continueront donc, les tiraillements et les batailles de virgules perdureront jusqu\u2019à bout de ressources; alors, tous se tourneront vers la Cour suprême, où nos trois juges québécois seront évidemment battus d\u2019avance par les six juges des provinces anglophones.Voilà un autre gâchis, après celui de la nuit des longs couteaux.Voilà les «énormes gains» concédés de justesse par les premiers ministres anglophones sous le regard ému de Brian en quête de votes québécois.Loin donc de célébrer cet événement dans la joie, il faut y craindre un grave danger pour notre avenir collectif.Le passé de ce gouvernement central et centralisateur est garant de l\u2019avenir! Voyons donc plus en détail ses faits et gestes: 1927: établissement de la pension de vieillesse.1932: création de la Canadian Radio Broadcasting Commission.1934: fondation de la Banque du Canada.1938, février: L\u2019Action Nationale lançait un cri d\u2019alarme: «L\u2019État fédéral, depuis quelques années, s\u2019achemine, et rapidement, vers le centrisme.» 1\t\u2014 Que la fédération pût devenir un instrument politique destiné à comprimer, puis à absorber graduellement les autonomies provinciales, «nous affirmons que telle chose n\u2019est jamais entrée dans la pensée de la majorité des Pères de la Confédération».2\t\u2014 Jamais les Canadiens-Français ne fussent entrés, pour leur part, dans un État qui eût avoué des intentions centralisatrices.3\t\u2014 Les Canadiens-Français sont conscients des exigences profondes de leur pays et de leur province; mais ces réformes doivent s\u2019effectuer non dans le sens d\u2019une centralisation des pouvoirs à Ottawa, mais dans une large et urgente décentralisation.4\t\u2014 Les Canadiens-Français ne sont pas entrés dans la Confédération pour y être étouffés, mais pour y vivre et y mieux vivre.5\t\u2014 Province française poursuivant un idéal de culture fran- OTTAWA, CENTRALISATEUR 51 çaise, le Québec ne peut le rester sans une certaine autonomie législative et administrative, en particulier dans l\u2019ordre économique et social.6 \u2014 Puis, suit une liste de plusieurs exemples dont, entre autres, la centralisation administrative des ports nationaux.1941: plan national d\u2019assurance-chômage.1942: ententes fiscales de guerre avec toutes les provinces.1943: rapport March sur la sécurité sociale.1944: loi des allocations familiales.1945, décembre: L\u2019Action Nationale récidive sur le sujet: 1\t\u2014 La «Loi des mesures de guerre» élaborée en 1914 par le gouvernement Borden et reprise en 1939 par le gouvernement King concentre dans les mains des ministres des pouvoirs dictatoriaux.2\t\u2014 La guerre est terminée depuis plusieurs mois et la «Loi des mesures de guerre» est toujours en vigueur.Pourquoi cette contradiction dans les termes?Tout simplement, parce que l\u2019autorité incontestée est une drogue à laquelle on s\u2019habitue très vite, tout simplement parce que nos gouvernements fédéraux ne peuvent accepter que la période d\u2019urgence soit révolue et qu\u2019il leur faille consentir à lâcher prise.3\t\u2014 Les centralisateurs savent bien qu\u2019une fois la période d\u2019émotivité fiévreuse passée, ils ont leurs coudées franches pour poursuivre leur œuvre de destruction systématique.Ce qui explique les gains à peu près constants qu\u2019ils se voient assurés depuis 1867.1946: a)\tconférence fédérale-provinciale sur le rétablissement d\u2019après-guerre au cours de laquelle le gouvernement fédéral avoua officiellement sa ferme intention de conserver ses revenus de temps de guerre; b)\tlois de la citoyenneté canadienne.1947: nouvelles ententes fiscales avec la plupart des provinces.1949: a) institution d\u2019une commission royale d\u2019enquête présidée par 52 L\u2019ACTION NATIONALE Vincent Massey sur les arts, les lettres et les sciences, suivie de l\u2019intervention directe dans le domaine culturel déjà largement occupé et de l\u2019intervention déguisée dans l\u2019enseignement supérieur (Le Devoir, 12 septembre 1963); b)\tréorganisation de la Cour suprême du Canada qui, quoique création du gouvernement d\u2019Ottawa, est à proprement parler un tribunal national appelé à juger en dernière instance toutes les causes du pays; c)\tamendement constitutionnel donnant au parlement fédéral le droit de modifier seul la constitution canadienne en ce qui concerne les pouvoirs attribués au gouvernement central; dans tous les autres États fédéraux du monde, le parlement central ne peut amender aucune partie de la constitution sans le concours des autres assemblées législatives du pays; d)\tconférence fédérale-provinciale organisée par le gouvernement central sur la réforme constitutionnelle dans le but évident de se faire reconnaître une plus grande autorité.1950: amendement constitutionnel permettant au gouvernement d\u2019Ottawa d\u2019établir un nouveau système de pensions de vieillesse.1951: aide fédérale aux universités.1952: a)\tnomination d\u2019un citoyen canadien, Vincent Massey, comme vice-roi; b)\tnouvelles ententes fiscales avec toutes les provinces, sauf avec le Québec.1957,18 novembre: le chanoine Groulx écrit: «Est-il encore possible au Canada de ramener les institutions fédérales à leurs principes originels?Je n\u2019en sais rien.Il serait vain toutefois de nous le cacher; des impondérables et des tendances extrêmement redoutables travaillent en sens contraire.Plus que jamais les Canadiens-Français doivent se persuader que rien ne saurait prévaloir contre leur droit à la vie et contre le droit du Québec à sa nécessaire liberté».(LeDevoir, 12 septembre 1963.) 1963,12 septembre: Jean-Marc Léger interviewe René Chalout pour Le Devoir : OTTAWA, CENTRALISATEUR 53 1\t\u2014 George-Étienne Cartier convenait, à la fin de ses jours, que c\u2019est simplement par opportunisme et par nécessité (on avait besoin du Québec pour bâtir cette communauté des colonies anglaises d\u2019Amérique à partir de préoccupations économiques et politiques) que Macdonald et les autres «pères» anglais ont accepté de justesse la thèse de la fédération; mais cette fédération, ils l\u2019ont voulue fortement centralisée et aussi près que possible de l\u2019union législative.2\t\u2014 Dans cette perspective, la fédération devait fatalement être pour les Canadiens-Français un instrument d\u2019assimilation.3\t\u2014 D\u2019ailleurs, n\u2019eût été l\u2019audience de George-Étienne Cartier et l\u2019intervention d\u2019une partie de la hiérarchie, les nôtres auraient sans doute rejeté le projet de pseudo-fédération.4\t\u2014 Antoine-Aimé Dorion a combattu cette fédération avec énergie et prédit qu\u2019il serait difficile à la nation canadienne-française de s\u2019épanouir dans un pareil État.5\t\u2014 Wilfrid Laurier, bien avant de devenir premier ministre, prédisait lui aussi que cette fédération «sera le tombeau de la race française en Amérique».6\t\u2014 Depuis 96 ans, Ottawa a constamment tendu: a)\tà accroître ses compétences et ses ressources fiscales au détriment de celles des provinces; b)\tà accentuer la centralisation, ce qui est parfaitement conforme aux tendances et au tempérament de l\u2019élément anglo-canadien.7\t\u2014 À la faveur des deux guerres mondiales et de la crise économique des années 1929-36, le pouvoir central a intensifié ses assauts et a fait de grands bonds en avant dans la voie de la centralisation.8\t\u2014 L\u2019offensive centralisatrice s\u2019est déroulée parfaitement, obéissant à un dessein précis, avec, de-ci de-là, un temps d\u2019arrêt pour ne pas trop effrayer surtout le Québec, «parfois même avec un recul apparent.pour mieux sauter».9\t\u2014 Création de l\u2019impôt direct sur le revenu, lors du premier conflit mondial.10\t\u2014 Nanti de ressources nouvelles extrêmement abondantes, Ottawa intervient dans le domaine social, qui relève du premier 54 L\u2019ACTION NATIONALE chef des États provinciaux, par la création des allocations de retraite.1969,12 février: Claude Ryan, dans un éditorial du Devoir, traite de la péréquation: «Mais entre la péréquation et une centralisation insidieuse pratiquée pendant longtemps par Ottawa, il existe une marge que les provinces ne semblent plus disposées à oublier aussi facilement que par le passé.» 1972: Camille Laurin explique, dans une petite brochure, pourquoi il est devenu Souverainiste.(Témoignage de Camille Laurin, Les éditions du Parti québécois, p.48-49.) 1\t\u2014 Il cite Claude Morin: «Nous sommes loin de l\u2019ancienne technique de centralisation en vertu de laquelle le gouvernement central entrait ouvertement dans des domaines clairement identifiés comme étant de compétence provinciale.Ce type de centralisation était trop visible et soulevait des hurlements politiques.La nouvelle technique est plus souple, plus habile.» 2\t\u2014 Par le biais des responsabilités étendues qu\u2019il s\u2019attribue, le gouvernement central s\u2019attaque à des problèmes qui concernent l\u2019avenir.3\t\u2014 Ainsi, on peut asseoir l\u2019intervention fédérale sur une sorte d\u2019approbation implicite de la population.4\t\u2014 Un gouvernement consacrant des énergies à des problèmes auxquels la population a été sensibilisée peut réussir à créer l\u2019image d\u2019un gouvernement dynamique et conscient de ses responsabilités.5\t\u2014 C\u2019est ainsi qu\u2019Ottawa se crée de nouveaux besoins et qu\u2019utilisant ses immenses ressources, il est entré dans mille domaines: affaires urbaines, croissance des villes, transport urbain, criminalité, allocation du sol, taxation municipale.Loisirs: sport et animation sociale pour la jeunesse.Aménagement du territoire dans les milieux urbains et ruraux, mise en valeur des ressources du sol et du sous-sol, voies de communication interurbaines.Culture: formation des adultes, communications, recherche scientifique.Implantation industrielle, etc.1973: Claude Morin écrit dans «Le Combat québécois», Boréal OTTAWA, CENTRALISATEUR 55 Express, 1973, p.130: «Nous sommes depuis plus d\u2019un siècle témoins d\u2019un profond mouvement qui de plus en plus conduit à la centralisation à Ottawa des véritables leviers du pouvoir politique.» 1976,31 juillet: l\u2019économiste Rodrigue Tremblay, directeur du département des Sciences économiques de l\u2019université de Montréal, titre un texte de La Presse: «Le Québec face à la centralisation fédérale».1\t\u2014 Le 12 juillet 1976, la Cour suprême du Canada entérine majoritairement le droit unilatéral du gouvernement fédéral de s\u2019approprier des pouvoirs provinciaux, lorsqu\u2019il estime qu\u2019il y a urgence.Cela ouvre la voie toute grande à une centralisation encore plus accrue des pouvoirs en faveur du gouvernement fédéral.2\t\u2014 «Cette décision vient enlever toute illusion à ceux qui auraient pu encore croire que le Québec pouvait jouir de pouvoirs exclusifs garantis dans le cadre de la constitution canadienne, pour assurer le développement harmonieux de sa société.» 3\t\u2014 De plus, il n\u2019est pas nécessaire qu\u2019une crise existe vraiment: il suffit que le gouvernement fédéral «pense qu\u2019une telle crise existe»! 4\t\u2014 La décision de la Cour suprême équivaut à concéder au gouvernement fédéral le pouvoir de modifier unilatéralement la constitution canadienne.5\t\u2014 Voilà un tour de force «qui démontre bien combien est forte la propension de la Cour suprême à renforcer la centralisation au Canada au profit du gouvernement fédéral».1976,13 décembre: lors de la réunion des dix premiers ministres des provinces, René Lévesque confie aux journalistes que la tendance du gouvernement fédéral, depuis plus de 10 ans, consiste à s\u2019attribuer, se confirmer ou s\u2019arroger toute une série de compétences inédites.De plus, au cours des 30 dernières années, le Québec s\u2019est toujours opposé à la centralisation des pouvoirs et des ressources entre les mains d\u2019un gouvernement où ses représentants sont et seront toujours minoritaires. 56 L\u2019ACTION NATIONALE 1978,\tété: la revue Ici-Québec (vol.2, n° 14, p.13) mentionne que le gouvernement fédéral n\u2019a jamais respecté la répartition des pouvoirs accordés au Québec: 1\t\u2014 Ottawa a violé la constitution canadienne \u2014 car le Pacte de 1867 avait réservé exclusivement certains domaines à la juridiction des États provinciaux \u2014, a centralisé à outrance sans jamais tenir compte des besoins réels des Québécois.2\t\u2014 Tous les premiers ministres du Québec ont lutté en vain contre la centralisation fédérale.1979,\t9 novembre: dans un supplément spécial, La Presse publie la nouvelle entente Québec-Canada proposée par le gouvernement du Québec.Au sujet de la centralisation du gouvernement fédéral, on écrit: 1\t\u2014 Dès les premières années du nouveau régime confédératif (1867), Ottawa s\u2019immisça dans des domaines que le Québec considérait de sa compétence.2\t\u2014 Au cours de la crise économique des années 30, deux solutions s\u2019offraient à la Commission Rowell-Sirois: a)\trépartir les compétences entre les paliers de gouvernement; b)\tréaménager les ressources fiscales entre ces différents paliers pour permettre aux gouvernements provinciaux de s\u2019acquitter de leurs responsabilités constitutionnelles.Les commissaires ont choisi d\u2019accentuer le caractère centralisé de la fédération.Bien sûr, le Québec jugea ce nouveau fédéralisme tout à fait inacceptable.3\t\u2014 Cette tendance centralisatrice toujours présente s\u2019amplifia beaucoup après la guerre de 1939 et surtout au cours des dernières années.1981,15 avril: Jacques-A.Choinière, ingénieur de Sainte-Foy, fait paraître dans La Presse un article qui décrit la stratégie d\u2019assimilation de P.-E.Trudeau.Selon l\u2019auteur, «Lord Durham II» fait tout en son pouvoir pour «centraliser davantage le Canada afin d\u2019enlever au Québec les moyens économiques de se développer selon ses moyens». OTTAWA, CENTRALISATEUR 57 1981,\t6 novembre: parmi les nombreuses réactions qui ont suivie la fameuse nuit de la trahison, Luc Larivée, président de la C.E.C.M.et porte-parole du NON dans le comté de Maisonneuve lors de la campagne référendaire de 1980, soutient que s\u2019il avait pu se douter, à l\u2019époque, que les thèses du premier ministre Trudeau mèneraient un jour à une réduction des pouvoirs au Québec par une centralisation plus grande, «jamais je n\u2019aurais été dans la campagne du NON» (La Presse).Le même jour, dans le même journal, René Lévesque soutient que l\u2019imposition d\u2019un droit de circulation et d\u2019établissement constituait une nouvelle centralisation des pouvoirs économiques entre les mains du gouvernement fédéral.1982,\t6 février: Louis Falardeau, du journal La Presse, traite d\u2019une des conséquences du NON: Ottawa menace de plus en plus l\u2019autonomie du Québec.1\t\u2014 Dans les semaines qui suivirent le 20 mai, il devint évident que M.Trudeau entendait tenir ses promesses référendaires en imposant sa conception centralisatrice du fédéralisme.2\t\u2014 Profitant de la faiblesse du Québec provoquée par la disparition de la menace indépendantiste, le fédéral va tenter d\u2019étouffer le Québec, chef de file de la résistance à la centralisation, en refermant deux tenailles: l\u2019une, constitutionnelle; l\u2019autre, économique.a)\tLa tenaille constitutionnelle s\u2019est refermée avec succès le 5 novembre 1981 (la nuit des longs couteaux).b)\tDès l\u2019été 80, un mois après le référendum, la tenaille économique fait son apparition: Jean Chrétien ajoute à l\u2019ordre du jour, à la rencontre fédérale-provinciale, le désir d\u2019Ottawa d\u2019obtenir des pouvoirs sur l\u2019économie.1982, 27 octobre: dans La Presse, Jules Béliveau nous apprend que les évêques eux-mêmes critiquent la nouvelle constitution.Mgr Augustin-E.Burke, évêque de Yarmouth, souligne que la nouvelle constitution, qui aurait dû conduire le peuple canadien vers une plus grande libération, lui fait plutôt sentir le joug d\u2019un pouvoir centralisateur plus grand qu\u2019auparavant. 58 L\u2019ACTION NATIONALE 1982,\tnovembre: Michel Vastel, dans l\u2019Actualité, consacre un article à Michael Pitfield, conseiller de M.Trudeau et artisan du nouveau Canada centralisé.Il lui attribue d\u2019avoir travaillé au fédéralisme centralisé.évidemment contre le Québec.1983,\t2 juin: le 17 avril 1982, le Canada Bill voté quelques jours auparavant par le parlement de Westminster devenait la Loi Constitutionnelle de 1982.Le Devoir consacre un cahier spécial à cette occasion.1\t\u2014 Gil Rémillard, professeur de droit à l\u2019université Laval de Québec, fait allusion indirectement au centralisme d\u2019Ottawa: a)\ten ayant recours pour une dernière fois au vieux mécanisme colonial, il est certain qu\u2019on a pu passer outre plus facilement à la dissidence du Québec; b)\til est difficile de comprendre comment un pays démocratique comme le Canada a pu amender aussi substantiellement sa Constitution sans la consultation du peuple québécois; c)\taucun gouvernement impliqué tant au niveau fédéral que provincial n\u2019avait reçu le mandat spécifique de ses électeurs de procéder à de tels amendements à la Constitution; d)\tl\u2019article un de la Charte prévoit qu\u2019une règle de droit fédéral peut restreindre tous les droits fondamentaux dans les limites du raisonnable.2\t\u2014 Jacques-Yvan Morin, vice-premier ministre et ministre des Affaires intergouvemementales du Québec, souligne à son tour, mais cette fois franchement, l\u2019attitude centralisatrice du gouvernement fédéral: a)\tles récents événements constitutionnels ont eu le mérite de révéler le véritable visage de ce pays, qui sait imposer sa volonté unilatérale à la minorité francophone, lorsque ses intérêts sont en jeu, comme il l\u2019a déjà fait; b)\tle Québec devra maintenant régler la question de son adhésion au Canada Bill avant de songer au reste.Autrement, il serait exposé, sans protection suffisante, à être entraîné dans un processus de révision qui s\u2019oriente nettement vers la centralisation des pouvoirs à Ottawa. OTTAWA, CENTRALISATEUR 59 1984,\t22 août: à la 25e conférence annuelle des premiers ministres provinciaux à Charlottetown, René Lévesque affirme, dans Le Devoir, que le mouvement de centralisation entamé par Ottawa repose sur des assises institutionnelles et administratives qui dépassent les personnalités ou les partis politiques en place.Il ajoute que le cadre constitutionnel actuel est inacceptable pour le Québec.1985,\tnovembre: Marcel Laflamme, Ph.D., expose dans l\u2019Action Nationale le projet politique québécois.Lorsqu\u2019il décrit la dégradation du Canada, il mentionne, entre autres, que: 1\t\u2014 le Fédéral véhicule une culture anglo-saxonne américaine et entraîne ainsi le Québec sur cette pente; 2\t\u2014 «Le phénomène de la centralisation à Ottawa détruit les fondements mêmes de la Confédération».1986,\t8 mars: La Presse canadienne nous apprend dans La Presse qu\u2019Ottawa n\u2019envisage pas de négocier à la pièce.et que même sous un nouveau gouvernement, la politique de centralisation ne change pas.1\t\u2014 Deux jours avant, le ministre québécois des Affaires intergouvemementales, M.Gil Rémillard, confirmait que Québec n\u2019inclurait plus automatiquement la clause «nonobstant» pour soustraire chacune de ses lois à la Charte fédérale des droits.2\t\u2014 Selon M.Crosbie, le gouvernement fédéral n\u2019estime pas que la balle est dans son camp dans le dossier constitutionnel, en dépit de cette récente concession du Québec.3\t\u2014 M.Crosbie ajoute: «À l\u2019époque, M.Trudeau avait la main haute sur la Constitution, il ne faut pas se surprendre que ce soit la même chose aujourd\u2019hui.» 1986,14 juin: voici la journée de la confession, des aveux; pour ce qui est du repentir?.Dans Le Devoir, l\u2019ex-secrétaire d\u2019État, M.Serge Joyal, député libéral de Papineau, M.André Ouellet et M.Michel Robert, ancien président du Comité pro-Canada pendant le débat référendaire, affirment vouloir réparer les torts et remplir la promesse de Trudeau au référendum, à savoir garantir la place qui revient au Québec dans le Canada.donc condamner la centralisation du gouvernement fédéral. 60 L\u2019ACTION NATIONALE 1986.17\tjuin: Paul-André Comeau s\u2019empresse de commenter dans un éditorial du Devoir ce revirement subit.1\t\u2014 «Il aura donc suffi d\u2019à peine 45 minutes aux militants du Parti libéral du Canada pour effacer, par une simple résolution, quinze ans et plus d\u2019une opiniâtre opposition à toutes les formes du nationalisme québécois.» 2\t\u2014 Le virage à 180 degrés de la presque de l\u2019ancienne équipe gouvernementale laisse pantois, pour le moins.3\t_ Voilà plus de vingt ans que toute la nomenklatura libérale a d\u2019abord engagé une offensive vigoureuse contre les porte-parole du nationalisme traditionnel, puis livré un combat sans merci contre les tenants de la thèse du souverainisme.4\t_ il ne faut pas tout de même gommer d\u2019un seul trait cette lutte constante, méthodique.5\t\u2014 Cette démarche laisse un arrière-goût électoraliste.1986.18\tjuin: dès le lendemain, dans Le Devoir, Solange Chaput-Rolland saisit l\u2019occasion, à son tour, d\u2019exprimer à tout le moins sa surprise, à la suite de ce volte-face: 1\t_ «Votre repentir étonnera les nationalistes qui, comme moi, trouveront cynique le virage qui vous incite à renier aujourd\u2019hui ce que vous pratiquiez hier.» 2\t\u2014 «Est-ce la défaite qui vous a mûris ou l\u2019espoir d\u2019une prochaine victoire électorale qui vous pousse subitement à renouer avec ces affreux nationalistes dont vous vous êtes moqués durant plus de dix ans?» 3\t\u2014 «Le Canada demeure le pays de ceux qui ne voulaient pas le rétrécir pour en faire un tout dévoué aux seuls intérêts du gouvernement fédéral».centralisateur.Conclusion: Voilà donc un autre grain (le centralisme d\u2019Ottawa) du chapelet de reproches que les nationalistes récitent au gouvernement fédéral.Ne nous berçons pas d\u2019illusions, si nous croyons encore à cette erreur qu\u2019on appelle Confédération.Cent dix ans d\u2019essai aboutissent à l\u2019échec que les Québécois patriotes constatent OTTAWA, CENTRALISATEUR 61 actuellement.Ce goût pour la centralisation à tout prix de la part d\u2019Ottawa biaise toutes les réponses à nos demandes spécifiques.Comme l\u2019écrivait André Laurendeau, le 13 janvier 1958: «Les positions canadiennes-françaises et anglo-saxonnes sont carrément antagonistes et il ne se peut pas qu\u2019il en soit autrement.» Terminons par quelques phrases de Sir Wilfrid Laurier: «Chacun comprend que les atermoiements ne feront jamais notre situation meilleure, que les concessions nous engloutiront peu à peu.Voilà déjà trois siècles que nous sommes colonie, faut-il attendre trois autres siècles?» Cette citation prend toute son importance du fait qu\u2019elle fut écrite, peut-être avec un peu de remords, au soir de la vie de l\u2019homme qui fut mêlé aux événements d\u2019une période critique et qui avait eu «l\u2019occasion de constater l\u2019arrogance, l\u2019intransigeance, le fanatisme des Anglais.Il avait compris.C\u2019est pourquoi, il n\u2019a pas voulu partir sans indiquer à ses frères canadiens-français la route à suivre.Ce fut son testament.» (Jacques Laurentien, Le Devoir, 22 janvier 1963.) 62 L\u2019ACTION NATIONALE En marge de l\u2019actualité nationale par ROSAIRE MORIN Nous sommes 5 milliards Le 11 juillet dernier, vers 11 heures du matin, la population mondiale dépassait le cap des cinq milliards d\u2019habitants.Sur la terre des hommes, un enfant naît à toutes les 2,4 secondes, 144 à toutes les minutes, 8 640 à l\u2019heure, 207 360 par jour.En un mois, les nouveau-nés correspondent à la population totale du Québec francophone, anglophone et multiethnique.Au rythme actuel des naissances, la population mondiale augmente d\u2019un milliard à tous les douze ans.En l\u2019an 2000, six milliards d\u2019habitants peupleront la terre.À la fin du 21e siècle, dix milliards d\u2019humains se partageront de façon inégale les richesses mises à leur disposition.À l\u2019inverse du bon sens, les pays riches et industrialisés voient leur population décliner au cours du prochain siècle.Dans les pays pauvres et en voie de développement, la population monte en flèche.La conséquence: 75% des personnes vivant dans les pays en développement ne bénéficient que de 20% des ressources de la planète.Par surcroît, la pauvreté de ces contrées défavorisées croît avec la croissance de la population.Elle se traduit en chômage, sous-alimentation, insalubrité, maladies infectieuses, misère.Les plus riches du monde Alors que 340 millions de personnes réparties dans 84 pays ne consomment pas le minimum vital de calories et de protéines, quelques centaines de personnes contrôlent SIX CENT QUATRE-VINGT-QUATRE MILLIARDS CENT MILLIONS DE DOLLARS US (684 100 000 000$ US).En effet, les administrateurs de 15 entreprises ont centralisé entre leurs mains ces richesses et ce pouvoir.Leurs influences et leur imbrication dans EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 63 des centaines d\u2019entreprises quadruplent sûrement les ressources matérielles sur lesquelles ils exercent une maîtrise absolue pour grandir leur fortune et leur empire.Voici la liste de ces 15 groupes industriels: General Motors\tautomobile\tÉtats-Unis\t102,8 milliards US Exxon\tpétrole\tÉtats-Unis\t69,9 milliards US Royal Dutch-Shell\tpétrole\tPays-Bas\t64,8 milliards US Ford Motor\tautomobile\tÉtats-Unis\t62,7 milliards US IBM\tordinateurs\tÉtats-Unis\t51,3 milliards US Mobil\tpétrole\tÉtats-Unis\t44,8 milliards US British Petroleum\tpétrole\tGrande-Bretagne\t39,9 milliards US General Electric\télectronique\tÉtats-Unis\t35,2 milliards US ATT\ttélécommunications\tÉtats-Unis\t34,1 milliards US Texaco\tpétrole\tÉtats-Unis\t31,6 milliards US IRI\tholding industriel\tItalie\t31,6 milliards US Toyota Motor\tautomobile\tJapon\t31,6 milliards US Daimler-Brenz\tautomobile\tRFA\t30,2 milliards US Du Pont\tchimie\tÉtats-Unis\t27,1 milliards US Matsushita\télectronique\tJapon\t26,5 milliards US Et la croisade continue.\t\tPlus les riches\ts\u2019enrichissent.plus les pauvres s\u2019appauvrissent.Le déclin démographique francophone Le poids démographique du Québec décroît sans cesse.La population québécoise, qui représentait 28,8% de la population canadienne en 1961, tombait à 25,8% en 1986.Au cours des mêmes 25 années, la population de l\u2019Ontario passait de 34,4% à 35,9%.En maintenant l\u2019actuel taux d\u2019infécondité, pour garder la population québécoise à 7 millions d\u2019habitants, il faudrait adopter une stratégie d\u2019immigration massive.Or, remplacer les berceaux vides par des bateaux d\u2019immigrants venus d\u2019Afrique, d\u2019Asie et des Amériques Centrale et du Sud aurait des conséquences fâcheuses.Avec cette hypothèse, dans cent ans, les descendants des Québécois d\u2019aujourd\u2019hui représenteraient à peine 15% de la population québécoise.85% de la population de l\u2019an 2087 seraient alors constitués d\u2019immigrants, de filles et de fils d\u2019immigrants.Le Québec français serait à l\u2019agonie.Il serait remplacé par un melting pot multiculturel et anglais.Les nouveaux venus imposeraient leur langue, leur culture, leurs coutumes et 64 L\u2019ACTION NATIONALE leurs usages.Nos droits seraient comparables à ceux du député Léo Piquette.Si l\u2019on ne veut pas que nos petits-enfants aient à vivre dans une telle conjoncture, il est temps de se décider et de modifier en conséquence nos bases humaines et spirituelles de la vie.Aussi longtemps que la conscience collective préfère la 6/49 et la coupe Stanley aux valeurs du passé, aux exigences de l\u2019avenir et aux réalités familiales, aussi longtemps la vie française au Québec est menacée dans le renouvellement même de sa population.La société distincte du Lac Meech doit se décider collectivement à faire elle-même ses propres enfants.Il n\u2019y a pas d\u2019autre solution.Cette orientation ne nie pas les vertus d\u2019une immigration sélective et adaptée à nos besoins.Elle s\u2019oppose toutefois à l\u2019immigration massive.Elle convie la majorité des couples québécois à avoir deux enfants.Elle souhaite qu\u2019un bon nombre de familles aient trois enfants.Une telle fécondité assurerait la survivance des Francophones.Sachant que la revanche des berceaux appartient au passé, il faut tout de même espérer que l\u2019enfant au Québec fasse désormais partie du plan de vie des familles et que la famille de ce fait devienne nécessaire à l\u2019enfant.Au-delà de la transformation nécessaire des mentalités, il est important que les gouvernements éliminent les politiques qui travaillent contre la famille et la fécondité.Certaines pratiques fiscales sont odieuses.L\u2019accès à l\u2019habitation familiale est parfois inabordable.L\u2019organisation du temps de travail des femmes est à repenser.L\u2019établissement des garderies doit tenir compte des besoins réels et de l\u2019incapacité financière des familles économiquement faibles.Les écoles elles-mêmes doivent planifier différemment le temps de l\u2019enseignement.Les allocations de maternité doivent répondre aux réalités de la vie.Nombre d\u2019adaptations concrètes doivent répondre aux exigences de la fécondité et faciliter ainsi les changements nécessaires dans les modes de vie et dans les structures d\u2019accueil de la société.Trente mille élèves ratent l\u2019examen d\u2019histoire Au Québec, l\u2019enseignement de l\u2019histoire est d\u2019une dimension très faible.Depuis cette année, en 4e année secondaire, la EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 65 réussite à l\u2019examen en histoire du ministère de l\u2019Éducation est nécessaire à l\u2019obtention du Diplôme d\u2019études secondaires.Or, en mai dernier, environ 45% des élèves ont coulé l\u2019examen.Le fait semble sans importance.On nous laisse savoir que le MEQ va majorer la totalité des notes.Cet accident de passage est une occasion pour insister sur la qualité de l\u2019enseignement de l\u2019histoire et sur la nécessité de l\u2019enseigner à tous les niveaux primaires et secondaires.Trop de jeunes ignorent leurs racines.Trop de jeunes croient que Cartier est un pont et Papineau, une rue.Un jugement en français au Québec Au cours du mois de septembre, la Cour supérieure du Québec entendra cinq avocats de la région de Montréal, représentés par Me Lomer Pilote, qui soutiennent qu\u2019ils subissent des inconvénients du fait de «l\u2019incertitude d\u2019obtenir un jugement officiel dans la langue du justifiable».Ils demandent à la Cour supérieure d\u2019ordonner aux Procureurs généraux du Québec et du Canada d\u2019obliger les juges à émettre leurs jugements dans la langue des parties, ou tout au moins d\u2019en fournir une version officielle.Ce droit était reconnu par la Loi 101, mais les articles en cause ont été déclarés inconstitutionnels par la Cour suprême du Canada.L\u2019article 16 de la Loi 22 adoptée en 1974 sera-t-elle confirmée?Il prévoyait que le ministère de la Justice doit faire traduire en français les jugements prononcés en anglais.Avancerons-nous en arrière, comme dans les tramways de jadis?Nous le saurons bientôt.Léo Piquette doit parler ANGLAIS En Alberta, au Parlement, le député de Plamondon-Lac-Labiche, Léo Piquette, a osé poser en français une question qu\u2019il n\u2019a d\u2019ailleurs pas eu le temps de terminer.Il s\u2019est fait dire qu\u2019il avait violé le droit de ses collègues de se faire entendre en français.Le débat a pris des proportions inattendues.Après plusieurs jours de tâtonnement, le Comité des privilèges de la législature albertaine a demandé au député Piquette de s\u2019excuser 66 L\u2019ACTION NATIONALE publiquement pour avoir utilisé le français devant le Parlement de la province.Cet incident n\u2019est pas survenu au siècle dernier.Il a été vécu en avril 1987.À l\u2019automne, lors de la prochaine session législative, un vote sera pris sur la recommandation du Comité et si le député Piquette ne s\u2019excuse pas, il s\u2019expose à une amende, à l\u2019emprisonnement, ou à une suspension de son droit de siéger et de voter.Devant l\u2019incident, le ministre responsable des Affaires canadiennes, Gil Rémillard, déclarait que le Québec n\u2019a pas à s\u2019immiscer dans les affaires de l\u2019assemblée législative alber-taine.Voilà une interprétation peu courageuse du bilinguisme au Canada, voilà une vision assez ténébreuse du fédéralisme de ce ministre! Le Lac Meech a ses limites.Deux municipalités de l\u2019Ontario se déclarent unilingues Alliance for the Preservation of English in Canada est parti en guerre.L\u2019organisme est farouchement opposé au bilinguisme officiel hors Québec.Il entend approcher toutes les municipalités de l\u2019Ontario et il leur demande de s\u2019opposer au French Language Service Act qui oblige les ministères et les institutions provinciales ontariennes à offrir des services en langues française et anglaise, là où les Francophones représentent au moins 10% de la population.Le président d\u2019Alliance, Ron Leitch, avocat de Toronto, est vraiment parti en croisade.Il a convaincu le conseil municipal de Matilda, 60 km au sud d\u2019Ottawa, d\u2019adopter une résolution pour déclarer la municipalité unilingue anglophone.Au début de juillet, le conseil municipal d\u2019Elizabethtown, 100 km au sud d\u2019Ottawa, votait unanimement une résolution qui proclamait la municipalité unilingue, qui exigeait le retrait du French Language Service Act et qui réclamait en outre un référendum provincial sur le bilinguisme.Devant de telles attitudes répétitives, comment peut-on expliquer que des Francophones québécois croient encore à l\u2019illusion du bilinguisme au Canada? AU FIL DE L\u2019ÉCONOMIE 67 Au fil de l\u2019économie par ROSAIRE MORIN Centre bancaire international de Montréal Le corbeau tient en son bec un fromage.mais Toronto, le renard puissant, intervient et manipule si bien le parlement que Montréal n\u2019aura pas la jouissance du fromage rêvé.Promis par le ministre René de Cotret, annoncé dans le budget du ministre des Finances, Michael Wilson, le projet de loi déposé en février 1987 n\u2019a pu être adopté avant l\u2019ajournement de la Chambre des Communes, le 30 juin dernier.Jusqu\u2019à la dernière minute, le renard Toronto a rusé et roulé les politiciens.La Ville de Toronto, la Communauté urbaine de Toronto, la Chambre de Commerce du Toronto métropolitain et plusieurs personnalités importantes de Toronto ont formé un front commun contre le projet.Le 29 juin, la veille de l\u2019ajournement du parlement, la Ville de Toronto publiait une pleine page d\u2019annonce dans le Globe and Mail.Elle y dénonçait avec vigueur le projet de loi sur les centres bancaires.Le titre de la page est indicateur: «The Great Toronto Bank Robbery».Dans un fédéralisme renouvelé, où le Québec est accueilli avec fierté et honneur, il est bien normal que Montréal ne partage pas avec Vancouver l\u2019établissement d\u2019un centre bancaire international, simple centre de dépôt ou de prêts aux non-résidants canadiens, alors qu\u2019un État québécois établit un Centre financier international.Mais, lorsqu\u2019on est un corbeau, on se contente de l\u2019être et on cède finalement son fromage au gourmand renard.C\u2019est ainsi que le Québec vit depuis 110ans.Pétromont Pétromont vivra-t-il?ne vivra-t-il pas?L\u2019incertitude demeure toujours.Le gouvernement fédéral cédera-t-il aux pressions de certaines pétrolières qui voudraient utiliser le pipeline Sarnia-Montréal pour transporter du pétrole léger importé à Montréal vers Sarnia? 68 L\u2019ACTION NATIONALE On sait que ce pipeline doit transporter des liquides de gaz naturel vers Montréal.Modifier cette utilisation signifie la fin de l\u2019industrie pétrochimique à Montréal.Sans l\u2019approvisionnement en éthylène et en propylène, à prix concurrentiel, Pétromont et les entreprises en aval disparaîtront éventuellement.Le projet d\u2019y fabriquer des produits destinés aux industries des plastiques, des textiles, des peintures, des vernis, des savons et des caoutchoucs synthétiques demeurerait un rêve illusoire.Ce secteur d\u2019activités représente quelque 20 000 emplois.La compagnie Impériale Esso réussira-t-elle à renverser le pipeline vers Sarnia et à alimenter son complexe pétrochimique ontarien?Texaco remportera-t-elle l\u2019enjeu en faveur de sa raffinerie de Sarnia qui a besoin de pétrole léger?Les vertus du fédéralisme sauveront-elles pour quelque temps l\u2019industrie pétrochimique du Québec?Comme il est inconfortable de n\u2019être pas maître dans sa maison! Bell Canada Le loup mange les moutons.Le CRTC ordonnait à Bell Canada de donner deux mois de service gratuits à ses abonnés, parce que la compagnie avait encaissé des bénéfices trop élevés, en 1985 et en 1986.La somme s\u2019élève à 206 millionsS.Mais, lorsqu\u2019on s\u2019appelle BELL, on peut s\u2019opposer à toute décision contraire à l\u2019intérêt de l\u2019entreprise.Peu importe le bien de six millions d\u2019abonnés.Les opinions de l\u2019Association des consommateurs du Canada, de l\u2019Organisation nationale antipauvreté et des autres organismes de consommateurs ne peuvent influencer une si grande compagnie.Bell s\u2019est présentée devant la Cour fédérale et a obtenu le désaveu de la décision du CRTC.L\u2019organisme fédéral demande maintenant à la Cour suprême du Canada la permission d\u2019en appeler du jugement de la Cour fédérale.D\u2019ici quelques années, les abonnés sauront s\u2019ils peuvent être remboursés.En attendant, le loup mangera les moutons.Cadillac Fairview La compagnie de développement immobilier la plus renta- AU FIL DE L\u2019ÉCONOMIE 69 ble du Canada, Cadillac Fairview, a signé une entente en juillet pour être achetée par la société JMB Realty Corp.de Chicago.Le montant de la vente s\u2019élève à 2,6 milliardsS.Les grandes entreprises canadiennes se vendent couramment aux Américains.Coca-Cola Ltée Coca-Cola Ltée, propriété à part entière de The Coca-Cola Company d\u2019Atlanta, en Géorgie, fera sous peu un appel public à l\u2019épargne des Canadiens.Les souscripteurs mandatés sont Dominion Securities, Wood Gundy et McLeod Young Weir.En plus de boire de cette liqueur douce, les Québécois francophone achèteront des actions offertes pour financer une filiale américaine.Dome Petroleum Dome Petroleum a accepté l\u2019offre de 5,2 milliardsS faite par Amoco, compagnie américaine.Elle refuse de dévoiler à la Banque de Montréal les offres faites par TransCanada Pipelines et Imperial Oil.Le différend est rendu devant la Cour d\u2019Alberta et le gouvernement des juges, dans sa sagesse détachée de la démocratie, fera bientôt savoir si l\u2019économie de notre pays devient plus canadienne par l\u2019une des plus importantes prises de contrôle effectuées par des Américains.Moulins Maple Leaf Canadien Pacific a accepté de vendre la totalité de ses actions ordinaires en circulation dans les Moulins Maple Leaf à la société Hillsdown Holdings PLC pour la somme de 361$.Hillsdown est une société du Royaume-Uni dont les actions sont inscrites à la Bourse de Londres.La vente est normale: la même Reine, Elizabeth II, règne encore sur l\u2019empire et sur le Québec.Reynolds L\u2019aluminerie Reynolds de Baie-Comeau évacue chaque jour plus de 120 kilos de polluant cancérigène HP A.De l\u2019usine de carbone, les HPA contenus dans les huiles et les graisses de rebut prennent le chemin de l\u2019égoût industriel de Reynolds et s\u2019écoulent jusqu\u2019à la Baie-des-Anglais qui s\u2019ouvre sur le fleuve Saint-Laurent.Le ministère de l\u2019Environnement est inquiet, mais son intervention est timide et, à l\u2019heure actuelle, inefficace. 70 L\u2019ACTION NATIONALE Ronalds-Reynolds L\u2019agence Foote, Cone and Belding Advertising de Chicago a acheté 100% des actifs de Ronalds-Reynolds and Company de Toronto, qui réalise la publicité de plusieurs entreprises québécoises.Cette acquisition survient après l\u2019achat par Foote, Cone and Belding de 50% des actions de Publicité Michel Provost et Associés.Il y a un an, l\u2019entreprise de Chicago avait acquis l\u2019agence NCK de Toronto et l\u2019agence Continental Public Relations.Les Québécois seront-ils mieux traduits par Chicago ou par Toronto?Sun Life Un jour, Sun Life déménageait son siège social de Montréal à Toronto.Mais ce transfert n\u2019a rien changé.Sur le marché des assurances de personnes, cette entreprise anglophone s\u2019accapare toujours de la première place pour les primes souscrites au Québec.Il serait intéressant de savoir si la compagnie a au moins investi au Québec francophone une somme équivalent au 460 millionsS de primes encaissées au Québec en 1986.Il nous est impossible de répondre à la question, le portefeuille de l\u2019entreprise n\u2019étant pas disponible pour nous.même au Département des assurances du Québec. LES 50 ANS DE FIDES 71 Fides: Cinquante ans de présence à notre culture par MAURICE LEBEL Historique 1937-1987 Éditions Fides \u2014 Jean-Rémi Brault, Bibliographie des Éditions Fides 1937-1987.Montréal, Fides, 1987, 302 pages.Fides a célébré avec éclat, comme il se devait, en mars dernier, le cinquantenaire de sa fondation et de son activité créatrice.Ainsi que le souligne la superbe affiche de couleur publiée à cette occasion, cette maison d\u2019édition de Montréal compte à son crédit 984 auteurs, 59 traducteurs et 147 illustrateurs; ils ont produit 1935 titres originaux répartis en 151 collections.Fides se spécialise tout particulièrement dans l\u2019histoire et la littérature du Canada français, la littérature de jeunesse, les ouvrages de didactique, de pédagogie, d\u2019érudition, d\u2019exégèse, de morale, de pastorale, de spiritualité, sans oublier les moyens de communication sociale.I Cinquante ans de Présence à notre culture 1937-1987: tel est le titre du Cahier spécial de 70 pages qui a paru dans Le Devoir du samedi 14 mars \u201987.Il porte sur les sujets suivants, dont tout chercheur ne pourra manquer de faire son miel: La renaissance culturelle des années trente.La passion ordonnée de la lecture.La congrégation de Sainte-Croix.Aux quatre vents de l\u2019histoire.L\u2019évolution religieuse du Québec.La transmission du patrimoine littéraire.Les circuits intégrés de la communication.La multiple splendeur de l\u2019image.Sur toute la gamme.Hommage au père Paul-Aimé Martin, c.s.c., fondateur et animateur (1937-1977) de la maison, à Maurice Dubé, c.s.c., directeur général des Éditions (1978-1983) et à madame Micheline Tremblay c.s.c., qui dirige depuis 1983 la destinée des Éditions Fides.Cahier abondamment illustré, truffé de chroniques, de dates, d\u2019encarts, de renseignements, de statistiques.Il fait revivre un 72 L\u2019ACTION NATIONALE passé récent, encore tout chaud, que les jeunes de 20 ans, trop souvent portés à croire que le monde a commencé avec eux, auraient tout intérêt à connaître et que les gens de 50 ans et plus se rappellent avec fierté, nostalgie et reconnaissance.II Historique des Éditions Fides 1937-1987est un collectif dû à la plume de Guy-Marie Bertrand, c.s.c., Roland M.Charland, c.s.c., Ghislaine Roquet, c.s.c., Henri-Paul Sénécal, c.s.c.Une fort élégante brochure de 60 pages, présentée sur papier glacé et ornée d\u2019illustrations claires et nombreuses.Elle comprend quatre parties respectivement intitulées Fides 1937-1962; 1962-1977; 1977-1983; 1983-1987.Suit la table des illustrations et des photographies.«J\u2019aime ce qui naît» se plaisait à répéter Paul Valéry.Il aurait pu ajouter: «et ce qui grandit».Le lecteur aura tôt fait d\u2019éprouver ce vif sentiment en lisant d\u2019affilée cet Historique.Tout a commencé par le premier numéro de Mes Fiches (1937-1969), car la Maison Fides est née de ce périodique qui visait à «promouvoir l\u2019humanisme intégral et l\u2019ordre social chrétien par le moyen de publications et de documents, et par une organisation chrétienne des lectures».Fides a essaimé au Brésil, aux États-Unis, en France, au Canada (Alberta et Manitoba), a fondé, entre autres, l\u2019École des bibliothécaires de l\u2019Université de Montréal (1937), la revue Lectures (1946-1966), deux revues pédagogiques, L\u2019Élève et le Maître, Notre Temps (1953-1956), hebdomadaire culturel et social.Fides a même eu pignon sur rue boulevard Dorchester pendant 15 ans (1964-1979), occupant alors un immeuble de sept étages; de quoi faire sécher d\u2019envie ou de jalousie les autres éditeurs de Montréal.Et puis, survint la récession, suivie de la relance en cours qui se poursuit méthodiquement depuis cinq ans.La direction de cette grande maison d\u2019édition est assurée, depuis août 1983, par madame Micheline Tremblay, c.s.c., bardée de diplômes en éducation, en philosophie, en théologie, voire d\u2019une maîtrise en administration des affaires de l\u2019École des Hautes Études Commerciales de Montréal.Cet Historique est une intéressante et vivante rétrospective qui rappelle objectivement un demi-siècle de présence à notre culture. LES 50 ANS DE FIDES 73 III La Bibliographie des Éditions Fides 1937-1987, dressée et présentée par Jean-Rémi Brault, est un imposant et solide ouvrage de documentation et de référence qui fait honneur tout ensemble à son auteur et à la maison d\u2019édition elle-même.Ce fort volume de 302 pages, dont Gilles Boulerice a dessiné l\u2019élégante maquette de la couverture et Helvetigraf a assumé la composition et la mise en pages, témoigne hautement de la fidélité de Fides à l\u2019objectif initial de son fondateur, le père Paul-Aimé Martin, c.s.c., et de ses collaborateurs pendant 50 ans, qui était et est encore de répandre l\u2019humanisme intégral.J.-R.Brault écrit dans sa Présentation: «Le grand nombre d\u2019ouvrages publiés dans les divers secteurs des sciences religieuses s\u2019inscrivent dans une trajectoire de fidélité aux objectifs initiaux.Au service surtout de l\u2019Action catholique durant la décennie 1940, Fides a graduellement élargi le champ de ses préoccupations.Mais la politique éditoriale de cette maison d\u2019édition ne s\u2019est pas confinée au secteur strictement religieux.Fidèle aux objectifs humanistes qui, dès 1937, étaient sous-jacents à la publication de Mes Fiches, Fides a offert, tout au long de ses cinquante années, une variété impressionnante de collections aussi bien en sciences sociales, économiques et politiques qu\u2019en littérature et en histoire.A une époque où les presses universitaires n\u2019exitaient pas au Canada français, les Éditions Fides ont joué un rôle important, en acceptant de publier des ouvrages savants de qualité, et ont inauguré des collections devenues prestigieuses.» On ne saurait mieux dire.Le volume comprend, outre la liste des ouvrages dressée année par année, de 1937 à 1986 inclusivement, la liste des auteurs et celle des titres, puis la liste des auteurs d\u2019avant-propos, d\u2019introductions, de préfaces, de présentations.Suivent trois listes: celles des collections, des illustrateurs et des traducteurs.Bibliothécaires, chercheurs et lecteurs y trouveront une mine de renseignements précieux.Il ne faudrait pas s\u2019étonner, cependant, de trouver coquilles et omissions dans un ouvrage de ce genre où fourmillent tant de noms propres, de titres de livre et de collections.Se tromper est humain, errare humanum est.Même Le Robert est fautif.Ainsi, dans la liste des auteurs ne figurent point Pierre Chiminelli et Josée Ranger.De même, parmi les préfaciers, je ne vois point les noms de Léon 74 L\u2019ACTION NATIONALE Désy et d\u2019E.M.Brassard; parmi les illustrateurs manquent Odette, Marcel Plamondon, Jean Leonard, A.M.Brody.Quelques coquilles: Beck (p.190) et Bech (p.222), René (p.184) et Renée (p.257) Durocher, Fulvio (p.175) et Fulvia (p.296) Testa, Aslanian (p.170) et Aslonian (p.293), Gilbert Chivard (p.49) au lieu de Chinard, Francine Coutune-Lebel (p.231) au lieu de Couture, Luiz (p.196) et Luis (p.255), Michaud (p.160) et Michaux (p.295), Q.Decker (p.199) et R.Decker (p.214).Mais ce sont là, je me hâte de le dire, des vétilles qui n\u2019enlèvent rien à la haute qualité de cette Bibliographie.Si je les ai relevées en la feuilletant avec soin, ce n\u2019est point pour les monter en épingle, mais plutôt par amour de la vérité, de l\u2019excellence et de la perfection, qualités chères à nous tous.Il eût été si facile de m\u2019en tirer à la légère avec un superlatif flatteur mais mensonger! Loin de chercher noise à son auteur et à la maison, il révèle de part et d\u2019autre la même recherche de l\u2019absolu et de l\u2019idéal.En bref, cette Bibliographie marque une date importante dans notre histoire culturelle et révèle des qualités remarquables d\u2019achèvement. DEUX NOUVEAUX LIVRES DE MARCEL LAFLAMME 75 Deux nouveaux livres de Marcel Laflamme La publication des ouvrages «Une société en quête d\u2019excellence» et «La dimension spirituelle de notre projet de société» constitue les douzième et treizième volumes de l\u2019auteur pour la période (1976-1987).Les deux recherches visent à édifier une société à notre mesure.Le premier livre, «Une société en quête d\u2019excellence», présente un ensemble de réflexions et de témoignages sur nos pratiques socio-économiques indiquant une réalisation progressive de nos aspirations socio-économiques: une économie plus autochtone, solidaire, participative, humaniste, petit et moyen formats et respectueuse de l\u2019environnement.Par la méthode des cas, sont illustrées quelques-unes des situations offrant autant de pistes aptes à instaurer un projet économique original et conforme à notre culture spécifique.Il sera question alors de l\u2019excellence organisationnelle (Papiers Cascades), de la participation des travailleurs (Produits Cellulaires Waterville Inc.), de nouvelles orientations syndicales (le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec), de la concertation régionale (le sommet socioéconomique de l\u2019Estrie), de l\u2019écologie (Récupération Bois-Francs), etc.Le second livre, «La dimension spirituelle de notre projet de société», indique que notre projet de société consiste en un développement intégral sur tous les plans: matériel, intellectuel, technologique et spirituel.Oui, nous pouvons devenir grands aussi au niveau spirituel.La société de consommation prévalante a entraîné une crise de finalité, une crise d\u2019identité, une crise de l\u2019homme lui-même.Comment faire refleurir la joie, l\u2019espérance et l\u2019équilibre chez le peuple québécois?S\u2019appuyant sur l\u2019humanisme chrétien profond chez notre peuple, l\u2019ouvrage indique le cheminement et démontre que l\u2019incarnation d\u2019un projet de société emballant est fort possible à moyenne échéance.Nous croyons que la solution à nos problèmes est en nous, en nos racines, en nos organisations, en nos localités.Ainsi, notre petit peuple 76 L\u2019ACTION NATIONALE pourrait tracer la voie à de nombreuses autres nations qui cherchent à façonner une société différente de celles que préconisent New York ou Moscou.Une société en quête d\u2019excellence, par Marcel Laflamme et collaborateurs, Éditions de la Société nationale des Québécois du Centre-Québec, 177 pages; et La dimension spirituelle de notre projet de société, par Marcel Laflamme, Éditions Paulines, 221 pages. SECTION ÉCONOMIQUE 77 SECTION ÉCONOMIQUE Hommage à la mémoire de Gaston Beaudry La Prospérité En cette section de L\u2019Action Nationale, Rosaire Morin traite de l\u2019avenir collectif des Canadiens-Français.Le champ d\u2019analyse sera toutefois limité aux thèmes qui suivent: 1.\tl\u2019accroissement de la population francophone du Québec face au déclin démographique qui s\u2019annonce; 2.\tl\u2019intégration humaine et productive de 800 000 assistés sociaux et de 400 000 chômeurs; 3.\tl\u2019insertion sociale et professionnelle de 500 000 jeunes québécois vivant en difficultés; 4.\tla croissance économique des Canadiens-Français face à l\u2019essor des entreprises étrangères; 5.\tle développement du milieu par le milieu illustré par le récit de trouvailles et de réussites merveilleuses qui méritent d\u2019être connues; 6.\tle rappel d\u2019actualité au fil des événements. 78 L\u2019ACTION NATIONALE f Assurance vie Desjardins Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.° L'Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins.viiuijuv.\tuv.iu * IV- .nos besoins de protection évoluent. DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES.79 Des trouvailles et des réussites merveilleuses par ROSAIRE MORIN Dans un monde surexcité et à l\u2019écoute de nouvelles sensationnelles, il est rafraîchissant d\u2019observer les expériences heureuses vécues autour de soi.En une période d\u2019essor technologique et de productivité accrue, il est agréable de constater que des gens du peuple sont encore capables d\u2019un travail ordinaire accompli avec efficacité et humanisme.Alors que l\u2019État envahisseur distribue à tous vents des prestations aux entreprises et aux individus, il est réconfortant d\u2019apercevoir des personnes qui bâtissent elles-mêmes leur propre avenir.Cette chronique se veut une brise adoucissante.Elle félicite les artisans de leurs réussites.Elle vise un effet d\u2019entraînement qui serait bénéfique à des personnes en difficulté.Coopérative de fabrication «Les Cuirs Valois» Les Cuirs Valois, c\u2019est l\u2019histoire intéressante d\u2019un groupe de femmes (douze femmes et 2 hommes)! En janvier 1983, à Acton Vale, la fabrique «Cuirs Acton» ferme ses portes.Les ex-employés font face au cauchemar du chômage.Les chances de retrouver un emploi dans leur secteur sont très minces.Deux hommes et douze femmes, dont Madeleine Ménard, ancienne comptable et contrôleur de Cuirs Acton, songent à relancer l\u2019entreprise.Chaque personne investit 1 000$.Le monde capitaliste doute de la réussite et les ressources financières nécessaires deviennent inaccessibles.C\u2019est alors que le groupe se tourne vers la formule coopérative.Grâce à l\u2019intervention de la Chambre de Commerce d\u2019Ac-ton Vale, la Coopérative reçoit une aide de 55 000$ du projet «Relais», qui facilite le retour au travail de personnes recevant des prestations d\u2019assurance-chômage ou de bien-être social.L\u2019Office de planification et de développement du Québec a aussi accordé la somme de 23 000$.Les Cuirs Valois ouvrent leurs portes le 24 octobre 1983. 80 L\u2019ACTION NATIONALE La Coopérative Les Cuirs Valois est une entreprise spécialisée dans la confection de vêtements de cuir de qualité: peau de porc, suède, cuir de vache et d\u2019agneau teints dans une variété de 25 couleurs.Les employés créent et produisent plus de 100 modèles de vêtements et divers accessoires: sacs à main, cravates et ceintures.La Coopérative réalise un chiffre d\u2019affaires qui dépasse le demi-million$.Elle emploie 14 personnes-propriétaires et 16 employées couturières.Un projet de travail le soir créerait une dizaine d\u2019emplois supplémentaires.Vingt-cinq distributeurs de commerce en gros offrent les vêtements Valois à travers le Québec.Les ventes sont concentrées dans les Cantons de l\u2019Est et le magasin adjacent à l\u2019atelier d\u2019Acton Vale écoule une partie de la production.Au travail, le climat est formidable.Les employés sont à la fois les propriétaires.Ils tiennent à la réussite de la Coopérative.Une grande attention est apportée à la qualité et aux tendances de la mode.La polyvalence est de rigueur et réduit les coûts.À titre d\u2019exemple, le patroniste travaille sur la machine à coudre, si elle ne fait pas de patrons et les personnes de bureau aident au magasin dans les fins de semaine.La formation du personnel est prioritaire.La patroniste a suivi des cours de graduation.La comptable a fréquenté le Cegep et l\u2019Université.La gérante a obtenu un certificat en administration.Chaque employé doit posséder les connaissances de son métier.Une industrie qui marchait jadis sept mois par année et qui avait fermé ses portes fonctionne maintenant douze mois par année, depuis la relance.L\u2019avenir semble prometteur.La Coopérative possède une excellente renommée.Reconnue l\u2019entreprise de l\u2019année au Gala Valoris de la Chambre de Commerce, elle est finaliste aux Mer-curiades 87.Actuellement, des travaux d\u2019agrandissement et d\u2019immobilisation sont en cours.Après avoir consolidé sa présence dans les Cantons de l\u2019Est.Les Cuirs Valois se lancent à la conquête du marché métropolitain.Boulot Vers À Montréal, rue Moreau, une initiative valable entreprend sa quatrième année d\u2019activité.Boulot Vers est une entreprise DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES.81 sans but lucratif.L\u2019organisme travaille à l\u2019insertion sociale de jeunes décrocheurs.La moyenne d\u2019âge des jeunes accueillis est de 20 ans.La plupart ont quitté l\u2019école en 2^ ou en 3e secondaire.Six jeunes sur dix vivaient d\u2019assistance sociale et les quatre autres recevaient des prestations d\u2019assurance-chômage.Leurs habiletés sont limitées à des travaux de courte durée.Quelque vingt-cinq organismes de jeunesse recommandent à Boulot Vers des jeunes qui ont réalisé l\u2019impasse dans laquelle leur vie est engagée.Une sélection est faite selon des critères établis.Il est important que la recherche d\u2019un travail soit une réelle motivation chez chaque stagiaire.Pour un jeune, la durée d\u2019un stage varie de quatre à six mois.Bon an mal an, quinze stagiaires travaillent à la fabrication de meubles intérieurs et de modules extérieurs de jeu pour les garderies et les commissions scolaires.Les ventes des produits fabriqués ont atteint les 100 000$ en 1986.C\u2019est un chiffre à augmenter considérablement, mais sans jamais diminuer la qualité de la formation.Les jeunes vivent dans le contexte du travail de groupe en usine avec toute l\u2019interrelation que le fait représente.Au-delà de l\u2019apprentissage de l\u2019ébénisterie, les jeunes apprennent à prendre confiance en eux-mêmes.Ils développent une conscience sociale et professionnelle.Ils acquièrent l\u2019habitude de la ponctualité et de l\u2019assiduité.Ils comprennent mieux le fonctionnement d\u2019une entreprise, son rôle et ses exigences.La semaine de formation et de travail est de quarante heures.La rémunération s\u2019accroche au salaire minimum, soit six à sept fois plus que la prestation d\u2019aide sociale à un jeune.Le dernier mois du stage est principalement consacré à l\u2019identification des points forts et des points faibles de chaque stagiaire.Les connaissances et les habiletés acquises sont évaluées.Une préparation spéciale est accordée en vue de la recherche d\u2019un emploi.Un système de parrainage est même établi.Les résultats de l\u2019expérience sont concluants.Pour l\u2019année 1986, 42 jeunes ont bénéficié de la formation dispensée.Dix jeunes ont été dirigés pour support et assistance vers des organismes appropriés.Cinq jeunes ont décidé de poursuivre leurs études 82 L\u2019ACTION NATIONALE pour obtenir éventuellement la certification de la 5e année secondaire.Vingt-sept jeunes ont trouvé un travail régulier qui, selon l\u2019expérience, s\u2019avère permanent: ébénisterie, construction, manutention, dessin, vente, secrétaire, commis de bureau, chauffeur, etc.Ces jeunes sont sortis du trou.Leur vie ne sera jamais plus pareille.Boulot Vers a amélioré substantiellement leur passage sur la terre des hommes.RécupérAction Marroniers Inc.RécupérAction Marronniers est un organisme sans but lucratif établi à Ville-Saint-Laurent.C\u2019est l\u2019un des 38 centres de travail adapté pour personnes handicapées.Ces centres emploient plus de 1 500 personnes atteintes de déficience physique ou mentale.L\u2019entreprise existe depuis cinq ans.Elle procure du travail à trente-deux personnes, dont vingt-six souffrent de débilité mentale légère.Une rémunération raisonnable est accordée à ces travailleurs.En fin d\u2019année, à même les surplus réalisés, des bonis sont versés aux employés.Après un stage dont la durée varie selon la capacité d\u2019apprentissage de chacun, la personne handicapée accède au marché du travail.Voilà une excellente formule d\u2019insertion sociale et professionnelle.RécupérAction Marronniers est spécialisée dans la récupération du papier.Près de deux cents entreprises collaborent à l\u2019initiative.Deux camions recueillent, chaque mois, 500 tonnes de papier.Ces rebuts, après avoir été triés, sont vendus à des usines de recyclage.L\u2019entreprise occupe une superficie de 12 000 pieds carrés.L\u2019espace actuel est insuffisant et un agrandissement est devenu nécessaire.Le volume d\u2019affaires dépasse les 600 000$ par année.La direction s\u2019oriente vers l\u2019autofinancement.Subventionné à 70% en sa première année d\u2019opération, l\u2019organisme se satisfait présentement d\u2019un octroi correspondant à 30% de son budget.Ces résultats sont excellents, si l\u2019on considère que les employés souffrent d\u2019un handicap qui diminue la productivité de 25 à 50%, en comparaison de travailleurs en pleine santé.Certes, une aide plus considérable faciliterait l\u2019expansion de l\u2019entreprise et l\u2019embauche d\u2019un plus grand nombre de personnes handicapées.Toutefois, le gouvernement ne comprend pas DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES.83 encore qu\u2019il sauverait de l\u2019argent à moyen terme, s\u2019il permettait à des personnes déficientes de développer leurs habiletés et de s\u2019intégrer au marché du travail.Nos gouvernants travaillent à court terme, à l\u2019instar des pompiers sur les lieux d\u2019un incendie.La prévention sociale ne gagne pas d\u2019élections.Mais la récupération de 6 000 tonnes de papier par année présente des avantages additionnels à la valorisation des personnes.Entre autres, elle évite la coupe de 200 000 arbres.C\u2019est une immense forêt que RécuperAction Marronniers reproduit à tous les douze mois.L\u2019industrie de la récupération et du recyclage vous procure en finalité un papier hygiénique fort utile.Elle vous produit aussi des boîtes de toutes sortes, pour vos céréales et pour vos souliers.Réjouissons-nous du franc succès des Marronniers.Service à la communauté de Rousseau Inc.Le Service à la communauté Rousseau est un organisme communautaire à but non lucratif.Il existe depuis 1981.Son siège social est établi à Rawdon.Il couvre aussi les municipalités de Beaulac, Chertsey, Entrelacs, Saint-Alexis, Saint-Alphonse, Sainte-Béatrix, Saint-Calixte, Saint-Côme, Saint-Donat, Saint-Esprit, Saint-Jacques, Sainte-Julienne, Saint-Lin et Sainte-Marcelline.L\u2019organisme possède une banque d\u2019environ cent soixante-quinze volontaires qui viennent en aide aux personnes âgées ou handicapées qui sont dans l\u2019impossibilité d\u2019effectuer certains travaux à domicile.Un grand nombre de volontaires sont des étudiants, des chômeurs ou des assistés sociaux.Un léger dédommagement et accordé pour les services rendus à domicile.Les administrateurs assument leurs responsabilités bénévolement.Les services offerts vont du déneigement à la peinture, au lavage de plafonds et de murs, à la préparation du jardin, au posage des châssis doubles.Les volontaires fendent parfois du bois et le cordent.Selon les besoins, ils préparent les repas, travaillent à l\u2019entretien ménager, tiennent compagnie, aident au lever et au coucher.Les tâches sont multiples.De septembre 1985 à novembre 1986, 809 services ont été rendus pour un total de 7 560 heures de travail volontaire chez 294 personnes âgées et 233 personnes handicapées. 84 L\u2019ACTION NATIONALE Le Service favorise de plusieurs façons la prise en charge et l\u2019insertion sociale des personnes handicapées ou âgées.Il suscite certaines initiatives pour augmenter leur revenu, si nécessaire.Il vise à mettre sur pied et à développer un service de transport bénévole et volontaire.Il entend promouvoir la condition humaine, sociale et économique des personnes handicapées et âgées du comté de Rousseau.Ce réseau de services multiples bénéficie d\u2019un budget d\u2019environ 5 000$ par année.Voilà un bénévolat unique et irremplaçable! Coopérative forestière de Petit-Paris La Coopérative forestière de Petit-Paris investit 3,5 millionsS pour relancer une usine de sciage et de rabotage à Milot.Elle acquiert un terrain, elle construit une usine et elle achète les équipements nécessaires.Le projet créera 200 emplois.Cent membres travailleront en forêt et près d\u2019une centaine en usine.La Société de développement des coopératives garantit 825 000$ de prêt nécessaire à la capitalisation.L\u2019Office de la planification et de développement du Québec participe aussi à cette relance par le versement d\u2019une subvention de 550 000$.Coopérative ouvrière de production Haut Plan Vert Cette coopérative du Lac-des-Aigles entre dans sa troisième année d\u2019existence.Neuf personnes sans emploi se regroupent pour bâtir une entreprise qui leur assurera un travail permanent.Ils se lancent dans la production de semis forestiers.Les débuts sont difficiles et le financement est d\u2019un accès presque impossible.La part sociale de chaque membre et de 5 000$.Cinq sociétaires ont endossé un prêt de 50 000$.Ils sont probablement les coopérateurs québécois les plus impliqués financièrement.La Caisse populaire de Saint-Jean de Dieu et la Fédération des caisses populaires du Bas-Saint-Laurent ont aussi participé au financement du projet.Un complexe de six serres a été bâti durant les journées froides de novembre 1985.Depuis, la production de semis est régulière.Un second volet s\u2019est ajouté à la première activité.La coopération a obtenu des contrats de reboisement.Les membres ont suivi des cours de sécurité et de premiers DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES.85 soins relatifs au reboisement, aux fongicides, aux pesticides et aux fertilisants.Ils ont dû acquérir les connaissances et l\u2019expertise de la construction, du reboisement et de la production des semis.Le salaire est nettement plus élevé que les revenus de jadis.La motivation au travail est forte.Nul doute que cette coopérative ouvrière connaîtra un franc succès.Sa réussite pourrait inspirer d\u2019autres personnes à ne compter désormais que sur elles-mêmes.Fédération des coopératives québécoises en milieu scolaire Depuis novembre 1983, une nouvelle Fédération regroupe un grand nombre de coopératives étudiantes.Elle met 1 accent sur l\u2019éducation à la gestion et à la coopération en organisant des programmes de formation.Elle représente les coopératives associées auprès des divers intervenants.Elle diffuse de l\u2019information à ses membres.Elle suscite le développement des coopératives en milieu scolaire.À l\u2019heure actuelle, une cinquantaine de coopératives sont implantées aux niveaux universitaires et collégial et une trentaine œuvrent dans les écoles secondaires.Ces coopératives exercent leurs activités dans les secteurs des livres et de la papeterie, dans la micro-informatique et dans l\u2019exploitation de dépanneurs, de cafétérias, de boutiques de vêtements et d\u2019écoles de conduite.L\u2019ensemble de ces coopératives étudiantes réalisent un chiffre d\u2019affaires qui atteint les 35 millionsS.La coopérative étudiante, voilà une école de formation supérieure qui prépare les jeunes à la vie de demain! Il est souhaitable qu\u2019un tel organisme soit implanté dans chaque école, dans chaque Cegep, dans chaque faculté universitaire.La vie coopérative Beaucoup de personnes croient encore que les Caisses populaires sont les seules et véritables coopératives québécoises.Sans minimiser leur importance, il faut savoir que le Québec compte 1951 coopératives dont 1445 engagées dans la consommation, 163 dans la production et 343 dans le travail.Même si ces forces ne sont pas suffisamment regroupées et répandues, elles n\u2019en constituent pas moins un tissu social irremplaçable au service des personnes qui ont le plus besoin d\u2019aide, d\u2019entraide et de solidarité 86 L\u2019ACTION NATIONALE Il est réconfortant d\u2019observer le développement coopératif de la dernière année.En 1986-87, 208 nouvelles coopératives sont nées au Québec.Cent trente-trois groupements s\u2019inscrivent dans le secteur de la consommation: 102 dans l\u2019habitation, 14 en milieu scolaire, et les autres dans la câblodistribution, le monde agricole, le taxi, les services récréatifs, les garderies, l\u2019artisanat, l\u2019aqueduc, les coopératives funéraires.Soixante-quatorze coopératives de travailleurs ont été créées au cours de la dernière année.C\u2019est un espoir d\u2019avenir meilleur! De plus en plus, des personnes désireuses de se créer un emploi ont recours à la coopération.Ensemble, elles peuvent plus facilement améliorer leurs conditions de vie.Au cours de la dernière année, les travailleurs se sont regroupés dans tous les domaines: production agricole et sylvicole, communications, radio-communications, services-conseil, santé.En 1987-88, espérons que les travailleurs s\u2019engageront plus à fond dans la fabrication de produits en demande sur les marchés.Quelques questions L\u2019État a-t-il une capacité illimitée de régler tous les problèmes et de fournir tous les services?La société québécoise peut-elle porter longtemps le lourd fardeau de prestations sociales de toutes sortes dont les retombées consistent en une diminution de la production et de la consommation?Comment conjurer la menace de suppression d\u2019emplois que le développement technologique présente?Est-il impensable et impossible d\u2019utiliser les milliards versés en prestations sociales de chômage pour les remettre aux mêmes personnes, à la condition formelle qu\u2019elles oeuvrent à des travaux utiles et profitables?Peut-on concevoir un régime d\u2019assurance-travail qui garantit à celui qui y contribue un travail convenable et suffisamment rémunéré? DES MILLIERS DE JEUNES CONDAMNÉS.87 Des milliers de jeunes condamnés au sous-prolétariat par ROSAIRE MORIN « Voilà ce que c\u2019est que la misère.On a beau s\u2019en moquer, avoir un corps de cheval pour la supporter, un courage d\u2019esclave pour le travail, elle vous avilit, elle donne le droit aux butors qui ont de l\u2019argent de vous insulter et de vous plaindre'.» George Sand Au Québec, malgré des richesses abondantes et un majestueux forestier, malgré un coffre-fort rempli de riches minerais et une puissance hydraulique convoitée, des garçons et des filles vivent dans la pauvreté et la misère.L\u2019opulente société québécoise a produit, toute proportion gardée, le plus grand nombre de jeunes défavorisés qu\u2019ait connu un pays industrialisé.Un jeune sur trois vit sous le seuil de la pauvreté.L\u2019avenir les inquiète et le présent les frappe.Les gouvernements sont incapables de cerner le problème.De toute évidence, ils demeurent impuissants à le résoudre.Des jeunes vivent dans l\u2019horreur de la misère Éblouis par les splendeurs de la terre des hommes, la majorité des riches n\u2019aperçoivent pas le monde des jeunes qui vivotent, sans avenir, sans espoir, sans rêves, obligés de vivre au jour le jour et préoccupés du lendemain.Pourtant, plus de cinq cent mille jeunes âgés de 15 à 29 ans ont quitté les études et connaissent le pénible fardeau de n\u2019avoir rien à faire.Leur subsistance est assurée par des prestations d\u2019assistance familiale, d\u2019aide sociale ou de chômage.Ces mesures procurent à peine une nourriture suffisante, des vêtements convenables et une maison habitable.Trop de jeunes n\u2019ont plus aucune espérance.«L\u2019habitude du désespoir, disait Camus, est pire que le désespoir lui-même2.» Près de 500 000 jeunes travailleurs ont des revenus inférieurs au seuil de la pauvreté.De ces jeunes, Balzac dirait: «Là règne la misère sans poésie; une misère économe, concentrée, râpée.Si elle n\u2019a pas de fange encore, elle a des taches; si elle n\u2019a 88 L\u2019ACTION NATIONALE ni trous ni haillons, elle va tomber en pourriture3.» Ce triste spectacle de centaines de milliers de jeunes qui en arrachent pour joindre les deux bouts rappelle les lignes suivantes de Sartre: «Le chômage,.la misère et la faim ne sont pas des idées.Ce sont des réalités de tous les jours qui sont vécus dans l\u2019horreur4.» D\u2019importantes poches de pauvreté L\u2019ensemble de la jeunesse québécoise démunie fait partie de ce «20% de la population (qui) possède environ 3,7% des revenus avant impôt contre 5,5% pour la moyenne des pays industrialisés5».Notre situation particulière s\u2019explique par divers facteurs.«Au point de vue régional, d\u2019importantes poches de pauvreté perdurent malgré les efforts gouvernementaux existants.En périphérie, plusieurs zones de dépeuplement s\u2019affaiblissent sous l\u2019effet conjugué des phénomènes tant démographiques, culturels et sociaux, que proprement économiques.Dans les centres-villes de Québec et de Montréal, la concentration d\u2019assistés sociaux que l\u2019on y retrouve risque de voir leur sort s\u2019aggraver sous l\u2019effet des pressions accrues de la demande en besoins résidentiels6.» Sur l\u2019île de Montréal, l\u2019extrême misère ne côtoie pas l\u2019extrême richesse comme dans la plupart des grandes métropoles.Ici, des secteurs privilégiés se sont développés.Citons West-mount, Hampstead, Ville Mont-Royal et certains coins d\u2019Outre-mont, d\u2019Ahuntsic, de Rosemont.À l\u2019heure actuelle, les familles riches s\u2019établissent de plus en plus dans la banlieue.Du sommet de leurs somptueux édifices, les cent millionnaires montréalais peuvent certes éprouver une légitime fierté à l\u2019endroit de leur ville, s\u2019ils regardent leurs nouveaux gratte-ciel de construction récente, mais ils n\u2019ont pas de quoi s\u2019enorgueillir, s\u2019ils observent les mansardes et les taudis du centre-ville et de certains quartiers.J\u2019invite toutes ces personnes à visiter ces logements insalubres qui engendrent la maladie.La porte du sous-sol traversée, on se retrouve dans une pièce où s\u2019entremêlent un poêle à deux ronds, la vaisselle, la lingerie, un vieux matelas et divers articles.En regardant les filles et les garçons qui vivent dans ces maisons délabrées, on remarque leurs traits amaigris, la pâleur de leurs 89 joues et leur apparence maladive.En leur parlant, on apprend qu\u2019ils ont contracté des dettes dont la somme est supérieure à la valeur des biens de la famille.Ce contexte difficile de vie est imposé au quart de la jeunesse québécoise.Dans de nombreuses villes et municipalités, la pauvreté est concentrée dans des secteurs géographiques bien déterminés.Elle explique en partie l\u2019infinie désespérance du millier de jeunes qui se suicident chaque année.La pauvreté est troublante pour la conscience Des sociologues de salons acceptent la pauvreté comme un mal inévitable dans la cité.Ils ont lu Michael Harrington, qui affirme que les pauvres sont pauvres «parce qu\u2019au moment de naître ils se sont trompés de parents, de région, de secteur industriel, de groupe ethnique.Cette erreur commise, peu importe qu\u2019ils soient par la suite des modèles de volonté et de vertu, ils n\u2019ont pour ainsi dire aucune chance de pénétrer dans l\u2019autre Amérique7».Aujourd\u2019hui, il est presque criminel d\u2019ainsi raisonner.«Toute société qui considère la pauvreté comme un mal nécessaire, qui refuse de se reconstruire sur des principes qui rendent cette pauvreté impossible, est destinée à disparaître.Et rapidement encore8!» Pour sa part, le philosophe et sociologue Fernand Dumont ajoute la dimension sociale du problème.Pour monsieur Dumont, «être pauvre, c\u2019est non seulement manquer des biens considérés comme essentiels par sa société, mais c\u2019est aussi manquer de participation sociale.C\u2019est alors que le procès mis en route par la pauvreté moderne dépasse le pauvre lui-même pour s\u2019élargir à la condition quotidienne de chacun d\u2019entre nous: il met en cause l\u2019expression sociale des besoins et des aspirations dans la société contemporaine9».Ceux qui acceptent cette notion s\u2019inquiètent de la pauvreté qui les entoure, de la pauvreté du quartier le plus pauvre, de la pauvreté des centres éloignés que la technologie a oubliés.Ils songent surtout aux plus pauvres d\u2019entre les pauvres, à tous ceux qui ne participent d\u2019aucune façon à la vie sociale et à la prospérité de leur milieu.Ils jugent alors qu\u2019être ainsi pauvre au milieu de la richesse est une situation intolérable pour les défavorisés et troublante pour la conscience de la société. 90 L\u2019ACTION NATIONALE Comment reconnaît-on un pauvre?Mais, au fait, quels jeunes peut-on qualifier de pauvres?Ce sont les filles et garçons qui ne peuvent manger qu\u2019un repas convenable par jour.Ce sont tous ceux et celles qui doivent quêter du linge auprès de leurs amis et de leur parenté.Ce sont les malades qui ne peuvent se procurer les médicaments nécessaires au rétablissement de leur santé.La pauvreté, pour un jeune, c\u2019est aussi habiter un logement trop petit, surchauffé ou pas chauffé.C\u2019est être obligé d\u2019abandonner l\u2019école pour gagner quelques piastres afin d\u2019aider une mère malade.C\u2019est se priver d\u2019objets de première nécessité que doit posséder chaque personne.C\u2019est vivre dans l\u2019insécurité et sans l\u2019espoir d\u2019un demain meilleur.C\u2019est la pente vers la délinquence.Pour son temps, Balzac avait défini les traits caractéristiques d\u2019un pauvre: il est «sans un liard, sans espérance, sans pain, sans pension, sans femme, sans enfants, sans asile, sans honneur, sans courage, sans ami, et, pis que cela! sous le coup de lettres de change' °.» Mais la pauvreté la plus cruelle ne réside pas dans l\u2019absence de biens matériels.Les jeunes filles et les jeunes garçons qui ne peuvent pas participer à la vie sociale de leur milieu parce qu\u2019ils sont dans l\u2019impossibilité matérielle de le faire souffrent davantage de cette incapacité.Ils vivent isolés et coupés de la réalité.J\u2019ai déjà rencontré des jeunes de 16 et 17 ans qui n\u2019étaient jamais sortis plus loin que les cinq ou six pâtés de maisons qui environnaient ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler leur domicile.Des problèmes multiples affrontent ces jeunes.Ils sont sans expression sociale.Ils n\u2019ont aucun canal par lequel ils peuvent exposer leurs problèmes et faire valoir leurs revendications.Sans voix pour se faire entendre, sans moyen d\u2019action pour se faire une place, ils ne peuvent briser les chaînes d\u2019oppression qui les retiennent dans des conditions de vie qui frôlent la dégradation.Ils ont l\u2019impression d\u2019avoir le monde entier contre eux.Leur solitude effraie leur esprit de vingt ans.L\u2019inquiétude de l\u2019avenir les empêche de vivre normalement.Ces jeunes sont tourmentés au plus profond d\u2019eux-mêmes.Ils sont blessés dans leur dignité humaine.Vivant un mode de vie qui leur est particulier, ils développent des coutumes qui leur sont propres.Ils vivent dans un monde de sous-prolétariat qui risque DES MILLIERS DE JEUNES CONDAMNÉS.91 de se perpétuer de génération en génération.Seuls les plus agressifs, et ils ne sont pas nombreux, réussissent à franchir la muraille de la misère pour s\u2019établir dans l\u2019aisance bourgeoise.Lorsque le plus grand nombre de ces jeunes moralement paralysés «renoncent à considérer leur destin personnel comme quelque chose dont ils sont comptables, les destins du siècle fléchissent et mènent le monde aux faillites.Car cette démission en annonce d\u2019autres et les permet11».Une lutte à finir contre la pauvreté chez les jeunes L\u2019ensemble de la situation vécue par les jeunes faisait l\u2019objet d\u2019une réflexion profonde du politicologue Léon Dion: «C\u2019est sans doute là, écrivait-il, l\u2019une des principales manifestations de la crise actuelle de société; la jeunesse, cette formidable ressource humaine est grandement sous-utilisée.Il est tragique de constater qu\u2019une société qui, dans un contexte difficile, connaîtra au cours des deux prochaines décennies de profondes mutations dans sa culture, son économie, sinon sa politique, se prive à ce point du concours de la jeunesse, ce levain d\u2019idéal et d\u2019imagination créatrice qui, pourtant, devrait remplir un rôle moteur dans la mise au point d\u2019innovations libératrices dans tous les domaines12.» Dans cet esprit, la société québécoise doit organiser une lutte à finir contre la pauvreté qui affecte les jeunes et toute la population.La discrimination contre les jeunes existe à un état aigu.Elle grandit à un rythme angoissant.La multiplication excessive des mendiants devient même un péril pour la paix sociale.Toutes les nuances que l\u2019on apporte et toutes les justifications dont les adultes se couvrent pour s\u2019excuser ne font pas disparaître les dangers qui menacent la société.Ce ne sont pas les promesses qui peuvent donner satisfaction aux jeunes qui ont faim.Si les riches ne peuvent pas modérer leurs appétits et faciliter la création d\u2019une société humaine pour tous, il est à craindre l\u2019explosion éventuelle d\u2019une crise sociale qui renversera sur son passage des valeurs authentiques, des biens utiles, des oeuvres nécessaires et des institutions essentielles.Combattre la pauvreté, ce n\u2019est pas travailler à l\u2019augmenter.Pourtant, c\u2019est la rivalité du moment.Les jeunes chômeurs et assistés sociaux doivent payer davantage pour tous les services et 92 L\u2019ACTION NATIONALE pour tous les produits de consommation.La majorité des jeunes travailleurs vivent sous le seuil de la pauvreté.Non syndiqués, ils ne reçoivent pas les augmentations de salaires des groupes organisés.Néanmoins, ils doivent acquitter leur pain, leur beurre, leur logement, leurs vêtements au prix majoré par la société des riches.Les jeunes démunis doivent payer pour toutes les améliorations d\u2019une société de loisirs dont ils ne jouissent pas.Ils doivent payer la hausse des prix due au système des cartes de crédit qu\u2019ils ne peuvent obtenir.Ils doivent verser aux fabricants et aux commerçants les intérêts payés aux banques qui ne prêtent pas aux pauvres.Ils souscrivent aux usuriers des sommes considérables.Sans le vouloir, les jeunes gonflent les bénéfices accordés aux grands de la finance.Ils paient surtout en privations, en pauvreté et en misères les largesses d\u2019une minorité de personnes qui s\u2019enrichissent davantage.Les privilèges d\u2019être plus riches ou plus puissants s\u2019exercent trop souvent au préjudice des jeunes.et des personnes moins influentes.Des conditions préalables Dans la lutte à la pauvreté, les intentions ne font pas défaut.Le malheur réside dans le fait que les efforts considérables déployés demeurent fragmentaires, dépourvus de cohésion et sans continuité réelle.On n\u2019a même jamais défini d\u2019une façon précise les objectifs d\u2019une authentique insertion sociale et professionnelle des jeunes.On n\u2019a pas prévu l\u2019ensemble des moyens et des étapes à devoir réaliser.À cette tâche d\u2019élaborer des solutions durables pour régler définitivement l\u2019existence normale de personnes humaines il faut soumettre des propositions concrètes et réalisables.II importe d\u2019y associer les jeunes eux-mêmes.Les solutions valables nécessitent leur participation active.L\u2019intégration à la société ne peut s\u2019accomplir autrement.L\u2019amélioration matérielle du sort des jeunes, leur intégration dans la société et la fin de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme constituent la base d\u2019une vie sociale juste.La concentration de plus en plus réalisée de la richesse s\u2019oppose carrément aux réformes sociales à apporter.Il y a longtemps que l\u2019on a oublié les magistrales leçons d\u2019Esdras Minville: «En dépit des doctrines individualistes qui imprègnent si profondément nos mœurs, écrivait monsieur Minville, le meilleur état d\u2019une société DES MILLIERS DE JEUNES CONDAMNÉS.93 n\u2019est pas celui où de gigantesques sommes superflues s\u2019amoncellent entre les mains d\u2019un petit nombre, cependant que la pauvreté et l\u2019indigence sont le partage de la multitude, mais bien celui où, comme disait le philosophe grec, une médiocre aisance est la règle, où la misère ne se fait sentir nulle part, parce que tous les citoyens, quels que soient leur classe et leur milieu, participent à la propriété de l\u2019ensemble13.» Cette notion de l\u2019organisation de la vie sociale s\u2019oppose diamétralement au système actuel qui contribue à enrichir les riches et à appauvrir les pauvres.Cette observation était traduite avec force par Jacques Dofny: «Jamais, disait-il, l\u2019histoire n\u2019a connu autant de riches, jamais non plus elle n\u2019a connu autant de pauvres.» Il terminait même sa conférence avec une certaine brutalité.«Imaginons d\u2019ailleurs un instant, ajoutait-il, que la pauvreté disparaisse complètement et nous pouvons mesurer sans peine quel désastre ceci représenterait pour beaucoup d\u2019institutions ou de positions bien établies.Si la pauvreté ne fait pas le bonheur de toutes les classes, pour certaines, elle y contribue14.» 1.\tGeorge Sand, Correspondance avec Alfred de Musset, IX, 26 juin 1934, Éd.du Rocher.2.\tAlbert Camus, La peste, p.200, Éd.Gallimard, 1952.3.\tHonoré de Balzac, Père Goriot, Ouvres diverses, t.II, p.852, Éd.Louis Conard, 1940.4.\tJean-Paul Sartre, Situations, t.III, p.210, Éd.Gallimard, 1949.5.\tConseil de planification et de développement du Québec, Les inégalités socio-économiques et le marché du travail, p.9, 1983.6.\tIdem, p.11.7.\tMichael Harrington, The Other America, p.23-24.8.\tJean Lesage, La Presse, 20 septembre 1966.9.\tFernand Dumont, Le Devoir, 9 septembre 1965.10.\tHonoré de Balzac, Cousine Bette, La Comédie humaine, t.VI, p.432, 1949.11.\tDaniel-Rops, Ce qui meurt et ce qui naît, t.I, p.8, Collection Présences, Éd.Ploncop., 1937.12.\tLéon Dion, Le Devoir, 1er août 1983.13.\tEsdras Minville, La politique qu\u2019il nous faut, A.C.J.C., 1932.14.\tJacques Dofny, «La guerre à la pauvreté de Louis Beaupré», Cité libre, automne 1967, Éditions du Jour. 94 L\u2019ACTION NATIONALE CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 Don d\u2019un ami SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE 95 LE GEOLE noua epa i/ateur fiîbiîâ) \"!Podium BOTANIX 96 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947 par Lionel Groulx NOM ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions 4 forts numéros par année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT CANADA AUTRES PAYS 30,00$ 14.00 50.00 30.00 34,00$ 18,00 54.00 34.00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 relations Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d\u2019actualité Un magazine chrétien d\u2019analyse et de réflexion sur l\u2019actualité sociale et culturelle Des dossiers Les négociations dans le secteur public et parapublic 1 La réforme scolaire 1 Les nouveaux ministères dans l\u2019Église ¦ Le travail à temps partiel Abonnement 1 an (10nos) à l\u2019étranger par avion 12,50$ 14,50$ 20,00$ Non .Adresse.code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 De concert avec la Parce qu\u2019elle est consciente de vos obligations qui évoluent 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