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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1989-04, Collections de BAnQ.

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[" //'Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 4, avril 1989 Appel aux Québécois et Québécoises Le Mouvement Québec Français L\u2019enseignement de l\u2019histoire Micheline Dumont L\u2019insertion professionnelle et sociale des jeunes Madeleine Blanchet Disparaître?Rosaire Morin L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Collaborateurs: François-Albert ANGERS, Louis Balthazar, André beauchamp, Jules bélanger, Christiane bérubé, Jean-Louis bourque, Odina boutet, Guy bou-thillier, André D\u2019Allemagne, André gaulin, Marcel laflamme, Robert laplante, Alain lara-MÉE, Maurice lebel, Delmas LÉVESQUE, Denis MONIÈRE, Jacques-Yvan morin, Rosaire morin, Michel plourde, Gilles rhéaume.Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien\t1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) 25,00$\t45,00$ 30,00$\t50,00$ 35,00$ «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans VIndex analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».\t ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070\tDépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533\tCourrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 l'Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 4, avril 1989 TABLE DES MATIÈRES GÉRARD TURCOTTE:___________Et de UN-.310 MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS: Québécois, Québécoises.\t312 JEAN MARCEL:\tLe jugement dernier du dernier des jugements.\t316 CAROL ANCTIL:\tNon à l\u2019imposture anti-démocratique ____________________du gouvernement des juges.\t327 ODINA BOUTET:\tComment le peuple du Québec ____________________fut sauvé de la disparition.\t333 ROSAIRE MORIN:\tDes trouvailles dégoûtantes ¦\t___________et des découvertes merveilleuses .\t338 LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE MICHELINE DUMONT:\tL\u2019enseignement de l\u2019histoire_ 375 MADELEINE\tL\u2019insertion professionnelle BLANCHET:\tet sociale des jeunes.395 FERNAND DUMONT: Une mutation de civilisation .\t401 LA POPULATION ROSAIRE MORIN:\tDisparaître?.407 Nos annonceurs 415 Et de UN.T -/a GRANDE MARCHE du 12 mars 1989, à Montréal, organisée par le MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS, à laquelle participèrent quelque cent mille Québécois et Québécoises, passera certainement à l\u2019histoire.Les médias la qualifièrent «la plus grande manifestation populaire du siècle en faveur de la langue française au Québec».On pourra lire dans le présent numéro de la revue F APPEL lancé à cet occasion aux Québécois et Québécoises.Dans le numéro de mai, nous publierons le MANIFESTE que le MQF a présenté au Premier Ministre du Québec au lendemain de cette MARCHE.Ce document indique clairement que la lutte linguistique est loin d\u2019être terminée et qu\u2019il faut la continuer et même l\u2019intensifier dans la solidarité et la dignité.Et de DEUX.Le troisième colloque de l\u2019Université du Québec à Montréal, sur les leaders politiques du Québec contemporain, tenu les 17, 18 et 19 mars 1989, a porté sur André Laurendeau, journaliste, député, chef de parti, directeur de revue, animateur d\u2019un mouvement de jeunesse et président de commission royale d\u2019enquête.Les deux premiers colloques ont porté sur l\u2019ancien chef libéral, Georges-Émile Lapalme, en 1987, et sur l\u2019ancien premier ministre Jean Lesage, en 1988.Ils seront consacrés aux anciens premiers ministres du Québec, Daniel Johnson, en 1990, et René Lévesque, en 1991.Une quarantaine de panélistes, politicologues, d\u2019historiens et d\u2019anciens collaborateurs d\u2019André Laurendeau, ancien directeur de Y ACTION NATIONALE, sont venus témoigner sur la carrière et l\u2019œuvre de l\u2019ancien co-président de la Commission Laurendeau-Dunton.Les travaux de ce Colloque André Laurendeau, seront publiés en volume, comme ce fut le cas pour les deux premiers.Et de TROIS.Le 15 août 1989 marquera le quatrième centenaire de la parution de l\u2019ordonnance de Villers-Cotterets sur la réforme de ET DE UN.311 la justice, stipulant, dans ses articles 110 et 111, que tous les actes et opérations de justice se feraient désormais en français.Par cette ordonnance du 15 août 1539, le roi François 1er substitua le français au latin dans les jugements, actes notariés et régis-tres d\u2019état civil, rendant ainsi la langue française dorénavant obligatoire dans tous les actes officiels en France.Nul doute que cet anniversaire historique sera mis en évidence à la 9e Conférence des communautés ethniques de langue française qui se tiendra à Paris à la fin de juin 1989, de même qu\u2019au Sommet de la francophonie en mai à Dakar.Rappelons que Villers-Cotterets (8 500 habitants), dont le château fut reconstruit par François 1er, est le chef-lieu du département de l\u2019Aisne.C\u2019est de la forêt de Villers-Cotterets que déboucha la première contre-offensive victorieuse du maréchal Foch, le 18 juillet 1918.Gérard Turcotte Directeur Québécois, Québécoises Nous reproduisons le texte de L\u2019APPEL lancé aux Québécois et Québécoises par le Mouvement Québec Français, lors de la Grande Marche du 12 mars 1989- X y ous voici rassemblés à l'appel du Mouvement Québec Français et, comme chaque fois où c'est notre langue qui nous appelle, c'est au-delà et au-dessus de nos attaches particulières que nous nous situons.Et nous sommes ici, aujourd'hui, pour que tout le monde sache que nous sommes décidés à lutter jusqu'au bout pour le Québec français et sa Loi 101.Le Québec français, nous le voulons, parce que nous avons des choses à nous dire, et à dire à ceux et celles qui vivent parmi nous et qui doivent pouvoir partager notre vie.Le Québec français, nous le voulons parce que nous avons des choses à dire, et que le monde attend que nous lui parlions tels que nous sommes.Et, pour que le Québec français se fasse, nous avons besoin de la Loi 101, parce que cette loi est la Charte de notre droit, et le fondement de notre volonté de vivre en français.Oui, vivre en français! Travailler, enseigner, étudier en français, et le faire bien.Vivre en français, et raconter, chanter, dire le monde à notre manière.Vivre en français et bâtir le Québec à notre façon.Faire le Québec français, et s en donner les moyens, voilà bien la chose la plus normale.Et, pourtant, cer- QUÉBÉCOIS, QUÉBÉCOISES 313 tains voudraient nous la refuser.En particulier, c \u2019est ce que fait Ottawa chaque fois qu'avec ses lois, sa Cour, son argent, il s'acharne sur notre langue, morceau par morceau, article par article, mot par mot.Faire le Québec français et s'en donner les moyens, c 'est bien la chose la plus normale.Et, pourtant, c 'est ce que ne comprend pas notre gouvernement, qui laisse notre langue et notre loi glisser sur la pente où les ont mises son manque de courage, son manque de vision, et son manque de fierté.Ça suffitl Nous sommes ici, aujourd'hui, dans ce rassemblement immense, pour dire «nom à la Loi 178, ce tissu de demi-mesures, de contradictions et de ridicules, qui annonce et prépare de nouveaux reculs, de nouvelles humiliations et de nouvelles défaites.Ça suffit! nous somme ici, aujourd'hui, pour dire «non» également à tout ce qu 'Ottawa a entrepris, entreprend ou pourrait entreprendre contre notre Loi 101.En particulier, nous sommes ici pour dire «non» à sa Loi C-72, et à la menace de bilinguisation qu\u2019elle fait peser sur le Québec, notamment sur le monde du travail, là précisément où se joue l\u2019avenir de notre langue.Québécois, Québécoises, où que vous soyez aujourd'hui, entendez-nousl Le temps presse: agissons ensemble, agissons maintenant et datons de ce jour la reconquête de notre Loi 101, de notre langue et de notre avenir.Remettons notre gouvernement dans la voie du Québec français.Reprenons un à un tous les morceaux qu 'on nous a enlevés.Replaçons notre langue sur son socle.Et pour en finir une fois pour toutes avec le temps des menaces et des incertitudes, faisons de l'État du Québec, faisons du peuple du Québec, c'est-à-dire de 314 L\u2019ACTION NATIONALE chacun et de chacune d'entre nous, le dépositaire, le garant, le maître de notre langue.Ainsi, et ainsi seulement, remplirons-nous la promesse solennelle que nous nous sommes faite à nous-mêmes, en adoptant la Loi 101, de faire du français au Québec la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce, des affaires, bref, la langue de notre vie.Disons-leur tout net! Leur Loi C-72 à Ottawa, nous n\u2019en voulons pas.Leur Loi 178, à Québec, nous n\u2019en voulons pas.Et surtout, leur Québec bilingue, nous n\u2019en voulons pas, nous n\u2019en voulons plus, nous n'en voudrons jamais.Nous, c\u2019est simple, c\u2019est clair, c'est net, c\u2019est le Québec français que nous voulons.Celui dont rêvaient nos ancêtres dans leur tristesse et leur humiliation.Celui que nous avons commencé à faire.Celuique nous aurions sans doute déjà assuré si Ottawa n 'était venu brouiller les cartes, et si notre gouvernement québécois avait su être à la hauteur de ses responsabilités.Reprenons l\u2019affaire en main, et plantons le drapeau de notre langue partout.Dans nos villes et dans nos villages, pour qu 'il soit clair que tout le Québec est territoire de langue française.Dans nos usines, dans nos laboratoires, dans nos ateliers, dans nos bureaux, partout, pour qu 'il soit clair que c'est en français que nous travaillons à bâtir le Québec de demain.Dans nos écoles, dans nos hôpitaux, dans nos services.Dans nos rues, dans nos commerces, dans tous nos commerces, pour qu'enfin ceux-ci ne soient plus lieux de vexations et d'humiliations.Le drapeau de notre langue, c'est au cœur de nos vies que nous allons le planter. QUÉBÉCOIS, QUÉBÉCOISES 315 Du français partout, du français pour tout, du français pour tous, voilà le Québec français! Ce Québec français, nous le voulons pous nous tous, Québécois et Québécoises, d\u2019où que nous venions, qui que nous soyons, où que nous allions, mais nous le voulons surtout pour les jeunes, qui y trouveront la voie de leur avenir.Nous le voulons aussi pour tous ceux et celles qui choisissent de vivre parmi nous, et qui trouveront dans notre langue la clé et le cœur du Québec.Nous le voulons enfin pour toutes les langues, toutes les cultures, tous les peuples qui, partout dans le monde, subissent la même pression que nous, et qui trouveront dans nos luttes et dans nos succès la preuve que le combat est nécessaire et que la victoire est possible.La Loi 101 est taillée à la mesure de cette ambition que nous nous sommes fixée à nous-mêmes.Cette loi nous convient.Cette loi nous plaît.C\u2019est en la défendant que nous nous défendons, c\u2019est en la respectant que nous nous respecterons.Vive la Loi 101 ! Vive le Québec! Vive le Québec français! Le Mouvement Québec Français Montréal, le 12 mars 1989 Le jugement dernier du dernier des jugements par JEAN MARCEL N ous avons eu longtemps la naïveté de croire que le conflit majeur qui divisait ce pays qu\u2019on appelle Canada résidait dans la coexistence ou la cohabitation (comme vous voudrez) de deux peuples, de deux langues et de deux cultures dont l\u2019une était représentée par le Québec et le reste de ce qui reste par les autres.Nous devons bien nous rendre à l\u2019évidence à présent, dupés que nous fûmes, et à la lumière des récents événements où des magistrats non élus sont tenus par constitution de se substituer à des législateurs élus, légitimes et légaux, que ce conflit tient en vérité tout entier dans un très simple problème de géométrie dans l\u2019espace: comment faire tenir le plus longtemps possible un chapeau triangulaire équilatéral, c\u2019est-à-dire à trois côtés égaux, sur une tête qui, elle, en a quatre.Autrement dit, ce pays, qui n\u2019en a peut-être pas pour très longtemps \u2014 profitons-en \u2014, est devenu aussi ridicule que ce que je viens de vous en démontrer par théorème.Quoi qu\u2019il en soit, le Canada n\u2019a jamais fait dans le passé figure d\u2019un pays très sérieux.Des locutions d\u2019autrefois, comme «diamants de Canada», «quelques arpents de neige», «terre de Caïn» pour illustrer ce qu\u2019on en pouvait penser, l\u2019enseigneraient à souhait, s\u2019il en était besoin.C\u2019est encore aujourd\u2019hui cependant le lot de sa bien terrible destinée.L\u2019effort, à la fois singulièrement drolatique et pathétique, fourni tous les jours par ses habitants pour l\u2019exalter tout en croyant le soustraire à la vacuité que risquerait d\u2019inspirer son ingrat destin, contribue plus encore LE JUGEMENT DERNIER 317 à l\u2019abaisser qu\u2019à l\u2019asseoir parmi les nations du monde, fussent-elles mieux ou moins bien pourvues que lui par la nature ou certains hasards contraignants de la géopolitique.Puissance moyenne, moyennement peuplé, n\u2019ayant pas même les moyens de sa médiocrité, et croyant les avoir, démesurément grand, monstrueusement froid, tout concourt à l\u2019assigner dans ce «beau milieu» glacé et propret, entre l\u2019histoire et le néant.Mon seul désir est de ne pas y mourir avant qu\u2019il n\u2019ait reçu le prix de son hébétude.Et ce singulier couronnement passe nécessairement, pour moi, par l\u2019opération de son éclatement.Et cette opération même, par notre retrait précipité, si possible avant qu\u2019il ne soit trop tard et que nous ne soyons emportés avec lui dans sa folie.Le bruit que fera sa chute dans l\u2019histoire du monde sera de toute façon à peu près l\u2019équivalent du tapage que pourrait faire une libellule en tentant d\u2019avaler un maringouin.Le jugement dernier Je voudrais tout de même, pour être pris tant soit peu au sérieux, étayer ce jugement un peu bref par une analyse en règle de celui qui firent il y a à peine un mois nos honorables juges.Il tient en quatre-vingt-cinq pages bien pleines et très entières.Si l\u2019on défalque de ce nombre les pages consacrées à donner la liste des intimés, requérants et intervenants, à résumer les jugements antérieurs des tribunaux inférieurs, à rappeler le litige et les accusations dont les intimés faisaient l\u2019objet, à citer dans leur longueur les articles de diverses lois auxquels on fait appel, à poser des questions rhétoriques qui sont le lot de la tradition juridique, à invoquer la jurisprudence et le corps de la doctrine, nonobstant les répétitions, les rappels et les radotages d\u2019usage, le jugement au sens strict tient au total en une page sommaire, mais se réflète le plus clairement dans toute sa splendeur en cette division que l\u2019on appelle «les motifs du jugement» et qui en l\u2019occurrence occupe raisonnablement la demi-page que voici: «La Cour pense qu\u2019il n\u2019a pas été démontré que l\u2019interdiction, par les articles 58 et 69, de l\u2019emploi d\u2019une autre langue que le français est nécessaire pour défendre et améliorer la situation de la langue française au Québec, ni qu\u2019elle est proportionnée à cet objectif législatif.Puisque la preuve soumise par le gouvernement indique que la prédominance de la langue française ne se 318 L\u2019ACTION NATIONALE reflétait pas dans le \u2018visage linguistique\u2019 du Québec, les mesures prises par le gouvernement auraient pu être conçues spécifiquement pour régler ce problème précis tout en restreignant le moins possible la liberté d\u2019expression.Alors qu\u2019exiger que la langue française prédomine, même nettement, sur les affiches et les enseignes serait proportionnel à l\u2019objectif de promotion et de préservation d\u2019un \u2018visage linguistique\u2019 français au Québec et serait en conséquence justifié en vertu des Chartes québécoise et canadienne, l\u2019obligation d\u2019employer exclusivement le français n\u2019a pas été justifiée.» (p.75) Un silence troublant Qu\u2019est-ce à dire, sinon que le jugement qui en découle, annulant les articles 58 et 69 de la Charte de la langue française, est ce qu\u2019il est (et vous en connaissez les conséquences) uniquement en raison de ce fait que «La Cour pense qu\u2019// n\u2019a pas été démontré.» et qu\u2019en conséquence «.l\u2019obligation d\u2019employer exclusivement le français n\u2019a pas été justifiée».C\u2019est donc dire que s\u2019il avait été démontré que., l\u2019obligation d\u2019employer exclusivement le français eût été justifiée.C\u2019est, par renversement, la logique la plus conforme, il me semble.Ainsi donc le jugement proprement dit se dit lui-même dépendre, par motifs, d\u2019une absence de démonstration.Mais qui donc se trouvait pour lors responsable de cette démonstration qui eût entraîné la justification?Dans le préambule aux motifs, le document officiel précise: «En fait, dans son mémoire et dans ses arguments oraux, le procureur général du Québec n\u2019a pas tenté de justifier l\u2019exigence de l\u2019emploi exclusif du français.» (p.74) Ainsi donc (logique oblige), la Cour «pense qu\u2019il n\u2019a pas été démontré que.», parce que le procureur général du Québec n\u2019a pas même tenté de démontrer que.Ainsi donc encore et enfin, le jugement sublime d\u2019une Cour suprême, qui a mis en péril la paix linguistique et la stabilité politique d\u2019un pays, qui a conduit un gouvernement à utiliser une clause dérogatoire abjecte pour adopter une loi qui de toute façon ne satisfait personne et irrite tous les partis en cause, qui a provoqué, par voie de conséquence, l\u2019appel à la désobéissance civile et l\u2019apparition d\u2019un Néron qui joue du violon pendant que ses bureaux brûlent, repose en réalité sur cette simple et fragile constatation LE JUGEMENT DERNIER 319 que le Procureur général du Québec, par le truchement de ses représentants devant la Cour, n\u2019a pas même tenté de faire ce qui lui incombait de par sa fonction.Ce même Procureur général du Québec, dans la personne de Herbert Marx, en lieu de s\u2019acquitter de sa tâche que de toute évidence il ne tenait pas à voir réussir, s\u2019occupait, dans le même temps (qu\u2019on se souvienne), à défrayer à même le Trésor de nos fonds publics les honoraires des procureurs de la partie adverse, en vertu (si l\u2019on peut dire) de la Triple-Alliance de l\u2019hypocrisie; de l\u2019injure et du mensonge.Avouez que la situation ne laisse pas de ressembler au guignol le plus grostesque.Je sais bien, les choses étant ce qu\u2019elles sont et les personnes ce qu\u2019elles disent, qu\u2019on ne pouvait raisonnablement demander à Herbert Marx de défendre la cause de la Charte de la langue française devant le tribunal de la Cour suprême.Son honneur, cependant, s\u2019il en avait eu quelque soupçon, lui eût commandé de démissionner.Il l\u2019a fait trop tard, quand il eut perdu la cause qu\u2019il voulait perdre, sur le coup d\u2019une utilisation pour le moins «bourrassante» de la clause dérogatoire, elle-même assez dérisoire, mais qui allait du moins donner à la population francophone l\u2019ombre de l\u2019illusion d\u2019un demi-gain par le réchappement du droit au «maquillage français» de notre vie publique.Il l\u2019a jugée inacceptable; il a démissionné; il a montré son vrai visage, dont nous garderons soigneusement l\u2019empreinte des deux côtés dans les archives de notre histoire.Merci! Défaut de preuve?Entendons-nous bien: L\u2019accusation à l\u2019endroit du Procureur général du Québec ne vise aucunement, de ma part, à disculper les juges.Ceux-ci, en effet, avaient le devoir de se rendre compte de la gravité de ce qu\u2019ils signifiaient eux-mêmes en affirmant comme ils l\u2019on fait que le procureur en question n\u2019avait pas même tenté de porter son fardeau de preuve.Ils pouvaient et devaient, étant donné surtout les conséquences supputées que j\u2019ai dites plus haut, s\u2019autoriser du précédent de leur célèbre jugement de 1980 dans la cause «Northern Telecom», pour renvoyer la cause, faute de ce que le procureur ait assumé avec honneur son rôle de procureur.Les discussions sur l\u2019inclusion de la liberté linguistique d\u2019expression commerciale dans les libertés fonda- 320 L\u2019ACTION NATIONALE mentales apparaissent bien bénignes à côté de cette négligence criminelle du Procureur général \u2014 aussi, ne vais-je pas les aborder, si ce n\u2019est pour signaler en passant que nos honorables juges eussent pu s\u2019autoriser de la jurisprudence de leurs propres jugements antérieurs et souvent récents pour exclure la liberté linguistique d\u2019expression commerciale du lot sacré des libertés fondamentales.Mais ceci est une autre affaire.On conçoit, certes, que les juges n\u2019aient pas voulu porter seuls l\u2019odieux d\u2019un jugement de si considérable portée politique en se déchargeant contre le Procureur général.La phase désignant celui-ci comme responsable du jugement par incurie est, de l\u2019avis de tous les juristes que j\u2019ai consultés, le moment capital des motifs du jugement.D\u2019un autre côté, les honorables tricor-nés ne pouvaient pas ignorer qu\u2019ils avaient eux-mêmes, en 1987, refusé de juger pour défaut de preuve suffisante la cause du Rio Hotel, plaidée pour justifier, en regard de la même Charte canadienne des droits et libertés, les danses de nues comme relevant du droit à la liberté d\u2019expression.Mais enfin la logique juridique obligeait la Cour, me semble-t-il, autant par droit que par souci de sa crédibilité, à tenir compte de sa propre jurisprudence dans un cas où se trouvait précisément débattu le même droit, présumé protégé par la même Charte.Une cour, fût-elle suprême, a la droit strict, je sais bien, de se dédire, voire de se contredire, mais nous voici avisés désormais qu\u2019il existe bien, dans ce pays tristement décrit plus haut, en matière de justice, deux poids et deux mesures selon qu\u2019il s\u2019agit de la vie d\u2019une «société distincte» ou du trémoussement de nobles fessiers.Nous en prenons acte.D\u2019autant que la suprême Cour en est, en dix ans, à son troisième jugement d\u2019invalidation d\u2019un pan significatif de la plus nécessaire, de la plus vitale de nos lois.C\u2019est à croire que la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 a été faite sur mesure spécifiquement pour ce saint office.Et je me ferai fort de le démontrer un jour.Les juges ont oublié En attendant, je rappellerai pour mémoire deux causes, dont certaines argumentations du jugement qui nous occupe entendent de toute évidence ne pas tenir compte.Il s\u2019agit de la cause de V Alliance de la fonction publique du Canada, où il était LE JUGEMENT DERNIER 321 jugé une fois pour toute, en 1987, que les droits économiques, en l\u2019occurrence le droit de grève, ne se trouvaient pas inclus dans les libertés fondamentales de la Charte.Mais comment, alors, expliquer sans grimace que la liberté d\u2019expression commerciale en fait partie?L\u2019autre cause est celle dite de Fraser contre la Commission des relations de travail de la fonction publique, en 1985, où les juges auraient trouvé ceci, sorti de leur auguste plume d\u2019oie: «(.) il est par ailleurs évident que la liberté de parole ou d\u2019expression n\u2019est pas une valeur absolue ou inconditionnelle.Il faut tenir compte de certaines autres valeurs.» Évidemment, ces autres valeurs ont tous les honneurs de la primauté, lorsqu\u2019il s\u2019agit de garantir les droits du Gouvernement fédéral, fût-ce contre la liberté d\u2019expression politique d\u2019un citoyen comme Fraser qui réclamait le droit de se prononcer contre le système métrique.La valeur d\u2019un peuple Mais la Cour décide du contraire lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019affirmer que le Gouvernement du Québec a le droit d\u2019exiger que la langue de l\u2019affichage commercial public soit, sous certaines conditions, le français.Il aurait suffi alors de tenir compte de ce que les juges ont appelé en 1987 «les autres valeurs» et auxquelles ils semblent tant tenir.En l\u2019occurrence, quelles étaient-elles?En réalité, elles ne sont pas plurielles et se réduisent à une seule, qu\u2019il n\u2019était pas difficile de connaître.La valeur d\u2019un peuple qui, après deux siècles d\u2019occupation et de dénis constants de sa spécificité de langue qui étaient autant de manifestations de mépris, entend par un solide coup de barre et une législation vigoureuse redonner à son expression linguistique la place qui lui revient.C\u2019était pourtant à cette condition, on aurait dû le savoir, que la Confédération canadienne pouvait encore tenir un bout de temps.Il fallait pour ce faire, certes, abroger des droits de conquête de fait, irriter des us et coutumes, bousculer des préjugés bien assis des deux côtés de la clôture \u2014 mais c\u2019était une affaire de temps, le temps de redresser par simple compensation une inégalité scandaleusement séculaire et reconnue de tous, après quoi, j\u2019en suis sûr, les droits linguistiques de la minorité anglophone (déjà singulièrement assurés en maints domaines de la Charte) auraient été gratifiés de notre légendaire magnanimité. 322 L\u2019ACTION NATIONALE La Sainte-Alliance Québec Voilà, s\u2019il avait été tenu, ce qu\u2019aurait pu dire, pour justifier la législation du Gouvernement qu\u2019il était par mission chargé de représenter, le Procureur général du Québec.Au lieu de cela, à quoi avons-nous assisté?À la formation d\u2019une Sainte-Alliance Québec qui, dès 1976, avec déjà des moyens auxquels nous-mêmes n\u2019avons jamais eu accès de toute notre histoire, s\u2019était donné pour mission d\u2019entretenir la discorde.Outre ses caisses fabuleuses, qui lui permettent, par exemple, de brûler sans remords ses propres drapeaux (on peut les remplacer bientôt), elle dispose de trois forces d\u2019armes que j\u2019ai déjà évoquées plus haut.Oui, hypocrites de ne pas vous souvenir de l\u2019état dans lequel, il y a peu de temps encore et depuis deux siècles, vous nous avez contraints de mener l\u2019existence d\u2019un peuple clandestin qui ne se reconnaissait dans aucun des miroirs de notre vie publique.Personne alors, chez vous, ne croyait bon de s\u2019indigner devant cette deuxième ville française du monde qui laissait croire que vous en étiez les seuls habitants, alors que vous n\u2019en étiez que les maîtres.Personne non plus, qu\u2019on se souvienne, pour s\u2019insurger contre le règlement XVII de l\u2019Ontario qui abolissait l\u2019enseignement en français.Personne pour protester, lorsque le français fut banni de la vie publique par l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, ou en 1874 par une loi manitobaine.Et quand, secourables samaritains de vocation tardive, vous vous êtes mis à vous intéresser au sort déjà scellé que vous aviez déjà fait à nos minorités d\u2019outre-frontières, c\u2019était encore dans le dessein calculé de ne penser qu\u2019à vous-mêmes et de vous couvrir de la plus odieuse façon du nom de «minorité» afin de préserver vos droits de conquête, vous qui vous partagez le continent avec 250 millions des vôtres qui sont de surcroît les mieux nantis du monde.Injurieux, quand vous pleurnichez sur nos prétendues injustices, alors que vous avez le dos appuyé sur ce nid où fourmillent le klu-klux-klans, les mouvements néo-nazis, les fondamentalismes et les intolérances les plus diversifiés.Vous vous prétendez héritiers des fondateurs de toutes les démocraties, et vous refusez de condamner l\u2019appel à la désobéissance civile contre un gouvernement qui vous est par ailleurs tout dévoué et que vous avez vous-mêmes unanimement élu.Il n\u2019est pas une manifesta- LE JUGEMENT DERNIER 323 tion nationale québécoise depuis 1960 où j\u2019aie pu voir passer la flamme de fanatisme qui illuminait l\u2019autre soir tous les yeux de votre assemblée de Westmount.Menteurs, enfin, quans vous prétendez habiter ce pays, comme vous dites maintenant, «depuis deux siècles».Mais fussiez-vous tard venus, il demeure que ce que vous revendiquez, ce sont héritages de conquérants, et de conquérants de conquête militaire.Les véritables descendants des lendemains de la conquête sont tout au plus 25 000 \u2014 ce qui, en vérité, ne leur confère pas plus de droits réels que n\u2019en accorde la Constitution actuelle.Le gros de votre contingent passe à peine les deux ou trois générations \u2014 ce que j\u2019aurais scrupule à vous rappeler, si votre outrecuidance ne m\u2019y obligeait, car j\u2019estime que ce n\u2019est pas la plus ou moin ancienneté qui fait droit à la liberté.Et un nombre moins négligeable, par voie de génération sinon de transmission de mentalité, se rattache à l\u2019implantation des Loyalistes par la suite de l\u2019Indépendance américaine de 1776 \u2014 ce qui est fort honorable, quand on a rappelé que les Loyalistes fuyaient la liberté même que leur offrait leur propre pays.Héritiers de cette insigne phobie de la liberté (puisque vous y tenez), comment pouvez-vous concevoir quelques sympathie pour la liberté des autres?Il n\u2019est pas étonnant dès lors que ce soit précisément par vos soins et par vos écus (qui sont un peu les nôtres, il faut préciser) que les causes contre la Charte de la langue française peuvent se permettre de grimper jusque devant la Cour suprême.Ce que vous défendez, sous prétexte de droits, ce sont en réalité des intérêtes.Sachez désormais que nous avons aussi les nôtres.Vous étiez des adversaires; le dernier jugement de Cour a fait de vous des ennemis.La belle affaire! Les juges n\u2019avaient qu\u2019à y penser par deux fois sous leurs bonnets à trois cornes.Le geste regrettable du conseiller juridique Je m\u2019en voudrais de clore cet entretien sans vous révéler à quel pot aux roses a pu finalement me conduire la petite recherche nécessaire à l\u2019étude du jugement.Je fus en toute conscience appelé à relire d\u2019abord le jugement de la Cour supérieure du Québec qui faisait l\u2019objet du litige devant la Cour suprême.Quelle n\u2019a pas été ma très grande surprise de lire, tout au terme 324 L\u2019ACTION NATIONALE du jugement signé par le juge Boudreault, un paragraphe assez inhabituel dans la tradition des jugements de cour.Il disait ceci: «En cour de délibéré, le Tribunal a inopinément reçu de la Commission de la protection de la langue française sous la signature de son conseiller juridique principal et secrétaire un envoi de quatre articles que cet avocat aurait publiés sur la Charte de la langue française.Avisés de ce geste inopportun et du fait que le Tribunal n\u2019avait pas lu les articles, les procureurs ad litem n\u2019ont, comme il appert de la correspondance au dossier, pas cru bon d\u2019exprimer leur désaccord devant ce geste que tous ont estimé regrettable.» C\u2019était à ne pas en croire ses yeux.Ainsi donc un conseiller juridique principal d\u2019un organisme créé par la Charte de la langue française, au mépris de toute une tradition juridique et du simple bon sens, s\u2019est autorisé à intervenir dans la décision d\u2019un jugé en cours de délibéré, sous peine d\u2019entrave à la justice ou de mépris de cour.Il fallait, en tout cas, être assez culotté.J\u2019étais, quant à moi, assez intrigué de savoir qui pouvait bien se trouver dans ces culottes-là.C\u2019était simple, il suffisait d\u2019appeler à la Commission de protection de la langue française et d\u2019apprendre que le conseiller juridique principal et secrétaire de la dite Commission en 1985 l\u2019était toujours en janvier 1989.Il fut aussi facile d\u2019en savoir le nom.Les vétérans de la guerre de Troie se souviendront que l\u2019une des deux têtes de Turcs de mon pamphlet de 1973, que je fustigeais alors pour ses idées sottes et pernicieuses sur la question linguistique québécoise du temps, portait, outre sa tête, le nom de Guiseppe Turi.Eh bien, croyez-le ou non, le conseiller juridique principal et secrétaire de la Commission de protection de la langue française, qui l\u2019est toujours à l\u2019heure où je vous parle, qui a tenté en 1985 d\u2019entraver la justice par une intervention que le juge Boudreault a cru devoir stigmatiser dans son jugement en affirmant que «tous l\u2019ont estimé regrettable», c\u2019était encore lui! Décidément, tout m\u2019est à recommencer.Par quelles mystérieuses puissances, un homme que j\u2019ai de mes oreilles entendu conférencer, dès 1977, devant des assemblées où il enseignait la manière de contourner la Loi 101 a-t-il donc pu devenir le conseiller juridique principal et secrétaire de la Commission de protection de la langue française?Et qui pis est, conseiller aussi, en LE JUGEMENT DERNIER 325 matière des questions linguistiques, du premier ministre Bou-rassa.Et, en sous-main, on s\u2019en doute, truchement de la Sainte-Alliance \u2014 ce qui explique que les procureurs d\u2019icelle, comme il est dit dans le jugement Boudreault, «n\u2019ont pas cru bon d\u2019exprimer leur désaccord» lors de sa scandaleuse intervention dans le jugement de la Cour supérieure.Il tentait encore de convaincre récemment la population par des articles et des conférences, et de convaincre le premier ministre lui-même qui allait répétant ses conseils, qu\u2019il était honteux que le Québec soit le seul pays du monde à légiférer en matière d\u2019affichage public ou commercial.L affirmation de la langue nationale Alors qu il ne peut pas ignorer, conseiller juridique principal, qu\u2019il suffit d\u2019une enquête superficielle pour révéler qu\u2019une telle législation existe au Mexique depuis 1988 sans contestation, où 1 espagnol est obligatoire, dit le texte juridique, «à l\u2019exclusion de toute autre langue».De même, en Colombie (1960 et 1964), où sont même interdits les mots ou les formes syntaxiques étrangères non justifiées.De même, en Andorre (1966) pour la protection du catalan.De même en Floride (1981), où une ordonnance se qualifie elle-même «d\u2019anti-bilingue»: elle fut confirmée juridiquement valide par l\u2019autorité juridique, bien qu\u2019elle prohibe aussi «la promotion de toute autre culture que celle des États-Unis».De même, en Hongrie (1986), où un décret stipule que la «dénomination d\u2019un magasin ne peut comprendre que des mots hongrois».En Algérie (1976), en Tunisie (1957), où toute affiche doit etre approuvée par un calligraphe agréé par l\u2019administration municipale.J\u2019en passe et parviens à la seule de toutes ces législations qui soit véritablement scandaleuse et rédigée dans des termes démentiels: elle prescrit qu\u2019«en ce qui concerne l\u2019apposition ou l\u2019inscription à la peinture du nom des rues, ils feront en sorte d\u2019empêcher toute apposition ou inscription autre qu\u2019en langue anglaise».Cette loi est signée par la même Gracieuse Majesté qui a décrété, que je sache, la Charte de la langue française du Québec, et elle s\u2019applique encore aujourd\u2019hui, quarante ans après son entrée en vigueur, à toute l\u2019Irlande du Nord.Étant donné le principe, en droit, de l\u2019indivisibilité de la Couronne, je défie les vierges offensées de la Sainte-Alliance et 326 L\u2019ACTION NATIONALE le sieur Giuseppe Turi lui-même d\u2019entreprendre illico, à même leur pécule, des démarches pour faire abroger cette loi inique, la seule en fait au monde qui le soit aussi manifestement dans sa formulation hystérique.Si ce n\u2019est fait, considérons que le jugement qu\u2019il nous ont par ailleurs valu aux fins de saborder une loi qui nous était salutaire, considérons, dis-je, que ce jugement sera aussi le dernier.On se fera un plaisir de déclarer que la Cour est fermée.Et que l\u2019Apocalypse est ouverte. Non à l\u2019imposture anti-démocratique du gouvernement des juges par CAROL ANCTIL reconnaît pour démocratiques ces gouvernements soi-disant «populaires» que régissent des régimes politiques à parti unique?Que ce soit au nom du peuple, au nom de Dieu ou au nom de la Société juste, des doctrinaires assujettissent le peuple, la justice et Dieu lui-même à une notion le plus souvent désincarnée de l\u2019égalité et cela, au mépris total de toute consultation populaire, au mépris de la liberté, des droits de la majorité et du citoyen réel.Quelle engeance ose qualifier de «démocratique» Factuel régime du gouvernement par les Juges de la Cour suprême du Canada?Type de gouvernement instauré à partir de 1982 par l\u2019imposition \u2014 sans consultation populaire préalable \u2014 de la Charte dite «des droits et libertés» comme ayant autorité absolue sur toute législation fédérale ou provinciale, partout au Canada.Paradoxe du libéralisme politique décrété obligatoire, et sans appel possible, dans «notre» pays.L\u2019égalité avec les étrangers?Dans le cas du récent jugement portant sur l\u2019égalité des droits et l\u2019élargissement de la notion de «discrimination», il y a 328 L\u2019ACTION NATIONALE atteinte grave à l\u2019indépendance des pouvoirs législatifs, à l\u2019intégrité nationale de nos corporations professionnelles et, pire encore, aux pleins droits et privilèges normaux de chaque citoyen du Canada.Sur ce dernier point, en effet, n\u2019importe quel étranger «compétent» peut, depuis la semaine dernière, poser ses gros pieds sur le sol canadien et jouir aussitôt de l\u2019égalité des droits à l\u2019embauche et à tous les droits reconnus aux citoyens canadiens.Comme si, au Canada, le «peuple canadien» n\u2019était plus, une fois pour toutes, qu\u2019un simple agrégat informe composé de n\u2019importe qui et malléable à merci par le moindre frustré, le plus infime lobby doté des moyens d\u2019influence et de pression suffisants pour contrer des lois votées par les représentants de la majorité dans les parlements.À cette allure, les citoyens canadiens pourraient comprendre que leurs impôts ne sont plus nécessaires.Pourquoi, en effet, ne pas cesser de payer ceux-ci afin de clamer l\u2019égalité des droits entre les citoyens de plein droit et les étrangers «compétents» qui n\u2019ont sûrement jamais versé un sou au trésor public canadien?Le gouvernement des juges Autant cesser d\u2019élire «nos» parlements.Ils ne sont plus nécessaires dans ce pays de la démocratie métaphysique.Ce n est plus de la fiction politique que d\u2019entrevoir le jour lumineux où il suffira d\u2019agrandir la Cour suprême du Canada et de l\u2019introniser officiellement législateur suprême du Canada; alors, les lois produites à la chaîne seront-elles en harmonie parfaite avec le nouveau Décalogue \u2014 nouvelle Sharia \u2014 des «Chartes» et autres «Déclarations», toutes plus vertueuses les unes que les autres?Et pourquoi ne pas entrevoir dès aujourd\u2019hui ce jour béni où, magnanimes et généreux comme ils le sont quand il s\u2019agit de trafiquer à rabais les droits inhérents à la citoyenneté, pourquoi nos savant juges ne céderaient-ils pas, de façon exemplaire, devant le reste du monde ébahi, leurs sièges à tous les magistrats étrangers qui arriveraient au pays?Après tout, le vieil adage est toujours valable qui dit: «On est Canadien, ou bien on l\u2019est pas.» Où se situe maintenant la ligne de démarcation entre le territoire national et l\u2019étranger?Pour les citoyens canadiens, c\u2019est clair: hors du territoire canadien, ils sont assujettis aux normes et règlements internationaux imposés aux étrangers d\u2019un bout à NON A L\u2019IMPOSTURE ANTI DÉMOCRATIQUE 329 l\u2019autre de la terre.Mais pour les étrangers qui viennent au Canada, ce n est plus clair du tout: les Juges leur accordent tous nos droits.Où se situe maintenant la frontière entre la logique et 1 absurdité dans ce pays de la déraison raisonnante?Chose certaine, logiquement du moins, les législateurs n étant plus nécessairement élus, puisque nos savants juges sont nommés et non pas élus, la fiction déjà suffisamment grossière du citoyen-électeur-souverain ne sera plus de mise, pas plus que celle de la souveraineté populaire en pays de monarchie constitutionnelle qui nous assujettit depuis plus de deux siècles, nous les Canadiens de souches.Les sondages et les études de Statistique Canada suffiraient pour faire connaître les desiderata du bon peuple canadien au nouveau législateur; les manifestations-bidons des groupes de pressions spécifiques et subventionnés serviront pour la galerie à en faire comprendre les «heavy trends».Nos lois annulées Tout comme la Chine du siècle qui précéda l\u2019arrivée de Mao Tsé Toung au pouvoir en 1949, le Canada de ces derniers temps semble n être plus qu\u2019une vaste Concession étrangère.Tout comme les Chinois de cette sombre période, les Canadiens \u2014 et à fortiori les québécois - ne sont plus du tout maîtres de leurs pays, ni de leurs gouvernements; ils n\u2019ont plus de contrôle sûr sur la mainmise étrangère qui s\u2019abat sur eux de toutes parts.À l\u2019échelle des peuples, des nations et des États démocratiques, nous nous retrouvons victimes de la pire des discriminations anti-démocratiques: ne nous appartiennent plus nos droits exclusifs d\u2019être des citoyens de plein droit dans notre pays, sur notre territoire, dans nos propres institutions.Nos droits et nos lois votés par les élus de la majorité des citoyens sont souvent annulés par cette Cour «suprême» non élue.De plus, cet abus de pouvoir anti-démocratique est négateur de la majorité du peuple, de la suprématie du parlement et de la separation des trois pouvoirs.Cet abus s\u2019exerce selon l\u2019idée aberrante que la majorité des citoyens de ce pays constitue un ramassis de suspects potentiellement coupables de discriminations de toutes sortes et qui doivent être à jamais protégés contre eux-mêmes: c\u2019est là décréter de facto l\u2019irresponsabilité morale 330 L\u2019ACTION NATIONALE des citoyens canadiens et procéder à justifier aux yeux de tous leur mise en tutelle permanente, aujourd\u2019hui par la Cour suprême.C\u2019est décréter la mort de la liberté de la majorité des citoyens du pays au nom de cette tyrannie d\u2019une «justice» pour seuls «minoritaires», y inclus les pauvres étrangers en mal d\u2019emplois et de nos droits acquis.C\u2019est inacceptable! Le clerc de Lauzière «Évitons la tyrannie de la majorité» susurre ces jours-ci, dans les deux langues, le prochain président de Radio-Canada et très compétent \u2014 heureusement pour lui \u2014 Patrick Watson, ci-devant promu nouveau Sherlock Holmes de la Démocratie; «quel beau et bon jugement enfin», scribouille le très démocrate apatride (de type pluri-multi-inter-a-national) Jean-Claude Leclerc du quotidien Le Devoir, le 4 février, avant de renchérir son apologie absolument délirante de l\u2019équité des bons juges protecteurs, et je cite: «Ce jugement aura deux effets importants.Le premier, immédiat, sera d\u2019ouvrir le Barreau (et d\u2019autres professions) aux gens qui en étaient exclus en attendant l\u2019octroi de leur citoyenneté.(Le juge Laforest note qu\u2019on pourrait exiger l\u2019obtention éventuelle de la citoyenneté, encore Que cela pourrait devenir inacceptable si cette condition fait perdre à quelqu\u2019un sa nationalité étrangère.) (Les soulignés sont de moi.) «Les juges ont reconnu, en somme, que le droit de gagner sa vie et celle de sa famille, de faire carrière et de prendre sa place dans la société était important, et qu\u2019un délai à cet égard pouvait faire un tort grave à une personne.Ce tort était d\u2019autant moins justifiable qu 'un étranger peut être loyal à son nouveau pays, alors qu \u2019un canadien né ici, peut avoir un moindre ENGAGEMENT envers sa patrie et ses institutions.L\u2019analyse de la Cour paraît à cet égard très bien fondée.«Ce premier jugement va donner une orientation générale aux députés et aux juges à travers le pays.L\u2019égalité est une valeur fondamentale, inscrite dans la dignité humaine, qui se mesure dans son application pratique.Il ne suffira pas de traiter tout le monde sur le même pied.Une loi inégale pourra être juste si elle tient compte de situations particulières, alors \u2018qu\u2019un traitement identique peut fréquemment engendrer de graves inégalités.\u2019» «Des tendances xénophobes, voire racistes, ne cessent de refaire surface au Canada.Elles ne sont pas mises hors la loi par l\u2019article 15 NON À L\u2019IMPOSTURE ANTI-DÉMOCRATIQUE 331 de la Charte, qui ne vise que les institutions politiques.Mais les parlements étant vulnérables aux pressions, la protection constitutionnelle contre les discriminations injustes reste une garantie essentielle pour les minorités.» Quel plaidoyer courageux en faveur de la mise en tutelle des citoyens de ce pays! Cela illustre tristement l\u2019état actuel d\u2019intoxication des beaux esprits à l\u2019encontre des fondements de la démocratie par et pour la majorité des citoyens de ce pays.Exit, nous dit-on effrontément, le citoyen responsable et son corollaire, le gouvernement responsable devant le peuple.Place à la régression aveugle vers le principe du «monarque éclairé» par juges interposés; principe cher aux monarchies absolues, de droit divin, d\u2019avant les révolutions démocratiques, en Angleterre même en 1689, puis aux États-Unis en 1776-1783 et finalement dans la France 1789.L\u2019expérience de ces trois grandes nations qui nous constituent aussi bien biologiquement que culturellement, politiquement et juridiquement, ne saurait être tenue pour quantité négligeable ici, dans le pays de la «démocratie magistrale».En tout cas, le principe fondamental de la séparation du judiciaire, du législatif et de l\u2019exécutif ne saurait être bafoué plus longtemps sans que n\u2019éclate une crise politique et institutionnelle majeure.C\u2019en est assez! Les Québécois, en particulier, ont-ils besoin de se rappeler que le 15 décembre dernier, cette même Cour suprême du Canada déclarait le Loi 101 inconstitutionnelle, puis, le surlendemain, elle en faisait autant avec le Code du Travail du Québec.Ça n\u2019en finit plus.C\u2019est assez! Et qu\u2019on ne vienne pas nous dire qu\u2019en tant que «francophones» nous avons intérêt, comme «minoritaires», à collaborer avec cette «Cour» au service des délateurs anti-démocratiques partout au Canada.C\u2019est insultant! Il nous reste un pays, le seul où nous sommes depuis toujours majoritaires: c\u2019est le Québec.Sortons du carcan mortel et anti-démocratique de la fédération canadienne.Quant à moi, je veux vivre dans un Québec français, indépendant, où nous construirons une vraie démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs législatifs, exécutif et judiciaire, ainsi que sur la primauté des droits et libertés de la 332 L\u2019ACTION NATIONALE majorité des citoyens.Je veux un pays bien à nous, Canadiens-Français du Québec, dans lequel le citoyen responsable et majoritaire dans son parlement législatif aura le premier et le dernier mot.après Dieu seul, et rien d\u2019autres.Pour faire contrepoids à tous les Jean-Claude Leclerc débridés \u2014 et détachés \u2014 du Québec français, quoi de mieux que de citer Doris Lussier, dans une de ses récentes sorties dans le même journal de la rue Saint-Sacrement: «Quand une nation de six millions de francophones vit entourée de 250 millions d\u2019anglophones \u2014 un îlot dans un océan \u2014, qu\u2019en plus elle est démographiquement menacée dans son nombre par une dénatalité galopante, et qu\u2019elle est, enfin, culturellement assiégée par la pression quotidienne massive des médias américains, il est de toute évidence humainement impossible qu\u2019elle puisse résister victorieusement à l\u2019assimilation si l\u2019État qui l\u2019incarne juridiquement et sociologiquement n\u2019a pas le pouvoir absolu et exclusif de faire les lois et de prendre les moyens qui gardent la langue française en vie, en assurent la qualité et en protègent la quantité.Il faut dire carrément au peuple québécois, et le lui redire: C est l\u2019indépendance ou la mort.Honnis soient les collaborateurs et collaboratrices de la suprême imposture du gouvernement des Juges! Comment le peuple du Québec fut sauvé de la disparition par ODINA BOUTET J e voudrais vous raconter une histoire qui n\u2019est pas encore arrivée, mais qui est remplie de vérités.Un chef améridien sortit un jour de sa lointaine forêt pour s\u2019en aller en ville.Il arriva dans la capitale et s\u2019écria: \u2014 Quelle jolie bourgade! Puis il s\u2019avança jusqu\u2019aux pieds des remparts et aperçut là un homme qui était assis sur un banc et qui pleurait.Il en fut très étonné, car les Améridiens ne pleurent pas.Il s\u2019approcha donc et lui demanda ce qui le mettait en peine.L\u2019homme, vêtu de beaux habits et fier comme l\u2019est un premier ministre, car c\u2019était le premier ministre, ne daigna pas lui répondre et se détourna de lui d\u2019un air méprisant.L Amérindien n\u2019est jamais très pressé, contrairement à l\u2019Inuit, et le nôtre décida de s\u2019asseoir par terre, près du banc.Le premier ministre, qui avait une capitale remplie de vieillards, fut pris de compassion en le voyant s\u2019attarder près de lui comme l\u2019aurait fait un chien, humble et compatissant.Il lui dit: \u2014 Je pleure la disparition de mon peuple.Je n\u2019ai plus que quelques jeunes gens et beaucoup de vieillards.L\u2019Amérindien regarda droit devant lui.Il leva le bras vers sa forêt lointaine et dit: 334 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 J\u2019ai chez moi un peuple abondant et vigoureux.Puis, il se mit debout, se tourna lentement vers le chef blanc de cette jolie bourgade et, bravement, lui demanda: \u2014 Qu\u2019as-tu fait de tes sujets?\u2014 Je leur ai donné chacun un trésor sans fonds et sans limite, un trésor d\u2019une attirance irrésistible, qui fait miroiter la liberté comme un mirage dans le désert.\u2014 Comment appelles-tu ce trésor?\u2014 Je leur ai donné les libertés individuelles.\u2014 Et qu\u2019en ont-ils fait?Le chef amérindien attendit, imperturbable, comme s\u2019il avait deviné la réponse.Le premier ministre, qui ne manquait pas de perspicacité lui non plus, avant compris ce qu\u2019attendait le chef.Mais, plein du désir de soulager son cœur, et découragé de n\u2019avoir plus bientôt personne sur qui exercer son autorité, il avoua: \u2014 Je leur ai donné les libertés individuelles, et ils sont tous partis avec.Le chef répliqua: \u2014 Quel est ce bien, qui serait plus grand que de savoir vivre ensemble, fut-il appelé trésor ou liberté?Et il eut envie aussitôt de retourner dans sa forêt.\u2014 Ne pars pas.Dis-moi pourquoi ton peuple est jeune et vigoureux.Tu as sûrement une recette de vie que nous avons perdue.Écoute un peu mon discours.Il y a si longtemps que je n\u2019ai plus personne pour m\u2019entendre.Laisse-moi te convaincre de me dire comment chez vous on vit ensemble.Et le premier ministre ne tarissait plus d\u2019éloquences et de questions.Le chef fit un signe de la main, et lui dit: \u2014 Si chez moi quelqu\u2019un voulait partir seul avec la liberté, il périrait avec.Mais si tous nous la gardons ensemble, nous vivons avec. COMMENT LE PEUPLE DU QUÉBEC 335 Le premier ministre, qui avait étudié dans les plus grandes universités, comprit qu\u2019on venait de lui présenter un mystère de la forêt.Mais il eut honte de montrer qu\u2019il ne le comprenait pas.Cependant, il insista encore pour savoir comment vivent les sujets jeunes et vigoureux de ce grand chef.La réponse vint ainsi: \u2014 Chez nous, un homme seul en forêt peut vivre quelques jours.Deux hommes peuvent vivre quelques semaines.Toute une famille peut vivre pendant plusieurs mois.Mais, quand plusieurs familles se partagent le territoire, elles se soutiennent, se multiplient et peuvent vivre indéfiniment et former une nation.En toute simplicité, le chef était heureux maintenant d\u2019afficher sa supériorité, devant un premier ministre blanc qui n\u2019avait pas su garder son peuple vivant.Ce dernier, bien qu\u2019humilié, voulut se faire expliquer pourquoi dans la forêt un homme seul peut vivre quelques jours, deux hommes, quelques semaines, et plusieurs familles, indéfiniment.Mais le chef amérindien, qui n\u2019était pas entraîné aux grandes articulations intellectuelles, répondit simplement: \u2014 C\u2019est parce qu\u2019il faut vivre.Et sur ce, il retourna sagement dans sa forêt.Le premier ministre, lui, rentra d\u2019un pas très lent dans son parlement, en méditant sur ce qu\u2019il venait d\u2019entendre.Il rencontra ses ministres, à qui il n\u2019avait pas parlé depuis longtemps, les fit asseoir autour de la grande table, et leur raconta que dans une forêt lointaine un peuple jeune et vigoureux vivait encore ensemble.11 répéta mot à mot ce que le chef amérindien lui avait confié, sans admettre qu\u2019il n\u2019en comprenait pas le mystère.Puis, il interrogea chacun d\u2019eux, espérant secrètement en recevoir des lumières.Les ministres se pointèrent du doigt à tour de rôle, jusqu\u2019à ce que finalement la cadette du cabinet leur fasse remarquer que dans la réponse du chef amérindien il y avait ceci: «C\u2019est parce qu\u2019il faut vivre.» Le ministre de l\u2019Agriculture précisa alors qu\u2019il voyait là une idée de subsistance, ce qui était fort juste, en effet.Alors, le ministre des Forêts se mit à raconter que dans ses voyages il avait 336 L\u2019ACTION NATIONALE vu souvent des Amérindiens, dont la subsistance dépendait des animaux et des produits qu\u2019ils trouvent sur leurs territoires.Mais personne parmi les ministres n\u2019arrivait à comprendre la leçon qu\u2019on leur demandait de tirer.Soudain, le premier ministre, transformé, se leva tout rayonnant et fier de l\u2019intelligence qui lui a valu jadis tant de diplômes universitaires: \u2014 C\u2019est la subsistance qui les garde ensemble.Ils vont là où la subsistance les amène.C\u2019est primitif, c\u2019est simple, mais c\u2019est humain et respectable, comme tout ce qui est humain.Il prit ensuite le ton de la confession: \u2014 Nos sociétés modernes sont en train de mourir de prétention.Puis, de nouveau rayonnant, il conclut son long discours devant un cabinet ébahi: \u2014 Il suffit de mettre la subsistance là où l\u2019on veut amener les gens.Il s\u2019assura que chacun de ses ministres avait bien compris sa morale, et que la subsistance est un appât qui doit précéder la liberté, et que l\u2019on doit aménager ses commodités en fonction de la prospérité, sans quoi la liberté est un piège qui mène au néant.Les ministres n\u2019y ont d\u2019abord rien compris.Il fallut faire des remaniements, adopter des stratégies et se convaincre de tous les grands objectifs qui seraient atteints, grâce aux aménagements que l\u2019on ferait désormais, en plaçant la subsistance là où on souhaitait que les individus s\u2019unissent ensemble.Pas un seul ministère ne fut oublié.On adapta la fiscalité tout entière.Et le premier ministre, qui aimait beaucoup calculer, refit tous les calculs.On canalisa les subsides, les subventions, les prêts.On réorienta les bourses, les allocations.Là où on voulait que les individus se lient ensemble, on aménageait la subsistance.La société en fut peu à peu restaurée, rajeunie.Les espoirs remplacèrent l\u2019indifférence et le découragement.Une nouvelle jeunesse découvrit la joie de l\u2019avenir et de la responsabilité.On COMMENT LE PEUPLE DU QUÉBEC 337 apprit ce qu\u2019est l\u2019autorité dans l\u2019authenticité, et on ne voulut plus se laisser dissiper dans les mensonges des fausses libertés.Et pendant que le premier ministre continuait à moraliser tout le monde, ses ministères devenaient étrangement florissants.Son ministre des Finances s\u2019amena un jour devant lui pour lui dire que la facture sociale avait diminuée du double de ce dont la facture familiale avait augmenté.Les deux hommes se félicitèrent mutuellement.Puis, le premier ministre lui fit une grande confidence: \u2014 Je n\u2019avais jamais compris ce qu\u2019est vraiment l\u2019économie.Elle est humaine.Elle doit être humaine avant d\u2019être quoi que ce soit d\u2019autre.J\u2019ai enfin compris ce qu\u2019est l\u2019économie.Mon rêve est réalisé.Et selon son habitude, il parla, parla, si bien qu\u2019il en mourut et qu\u2019il fallut le remplacer.On lui fit spontanément un monument, sur lequel on inscrivit: «Comme Montcalm, il mourut content, mais pas pour les mêmes raisons.» Cette histoire, qui n\u2019est pas encore arrivée, est cependant faite entièrement de vérités. Des trouvailles dégoûtantes et des découvertes merveilleuses par ROSAIRE MORIN «Construire un avenir qui ne finira jamais, avec l\u2019objectif ultime de remettre aux générations futures un Québec encore plus fort, un Québec qui n\u2019aura pas perdu son âme.» Claude Béland Un rêve En ce jour, j\u2019ai écrit jusqu\u2019aux petites heures du matin.Le sommeil est venu rapidement et un rêve fantastique m\u2019a procuré une délicieuse détente.Un gouvernement honnête, juste et compétent gouvernait les hommes.Sur la planète, il n\u2019y avait plus d\u2019émeute, de conflit, de guérilla, de guerre, d\u2019insurrection et de révolution.Toutes les armes avaient été détruites et les généraux s\u2019étaient faits moines.Les banques avaient distribué les richesses empilées aux 430 millions d\u2019enfants, de femmes et d\u2019hommes qui souffrent de la faim.Les voleurs, les cambrioleurs et les escrocs avaient été enterrés avec les déchets nucléaires et tous les objets pollués et polluants de la technologie moderne. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 339 Les femmes et les hommes avaient trouvé des solutions faciles à tous leurs problèmes.Le bonheur et la joie étaient revenus sur la terre.L\u2019humanité entière avait compris qu\u2019elle avait elle-même créé les problèmes dont elle souffrait.Les jeunes avaient convaincu leurs aînés de modifier leurs attitudes, leurs comportements et leurs modes de vie.La nouvelle façon de vivre assurait un environnement paisible, sécuritaire et propre, propre, propre.Le monde avait résolu ses ennuis.La tour de Babel était détruite.Les anges, les archanges et les chérubins avaient persuadé les Québécois et les Québécoises d\u2019avoir des enfants pour assurer la survivance de la race.Là-dessus, je me suis réveillé.À 6 h 14 du matin, je me suis rendu compteque Benoît Lauzière dirigeait tout croche Le Devoir.J\u2019ai aussi réalisé, à la lecture des journaux du matin, que les financiers à la Desmarais, Molson et Saint-Germain attendaient la première occasion pour augmenter leur fortune.L\u2019ambition, la convoitise, la mégalomanie et la cupidité des grands trompaient encore les pauvres, les clochards, les indigents, les miséreux, les itinérants et les gueux que nous sommes.Heureusement, l\u2019idée de la semence de Félix Leclerc a rallumé la petite flamme d\u2019espérance.Après l\u2019hiver, c\u2019est le printemps et qui veut des tomates au mois d\u2019août doit les planter au mois de Marie.1.La population L\u2019impuissance de la natalité Selon le Bureau de la Statistique du Québec, 84 579 naissances sont enregistrées au Québec en 1986.Il faut remonter aux années trente pour constater un nombre aussi bas, avec une population à moitié moindre.Le taux de natalité par mille personnes est de 12,6 en 1986; dix ans plus tôt, il était de 15,7.L\u2019indice synthétique de fécondité (le seuil de renouvellement d\u2019une population est de 2,1 enfants par femme) a fondu comme neige sous un chaud soleil du mois de mars.Cet indice d\u2019enfant par femme est de 1,390 en 1986; il est en chute libre par rapport à l\u2019indice de 1,805 de 1976.C\u2019est l\u2019un des plus faibles du 340 L\u2019ACTION NATIONALE monde.L\u2019URSS connaît un taux synthétique de 2,40; la France, 1,84; les États-Unis, 1,80; la Suède, 1,79; le Japon, 1,77; le Canada, 1,67.Parmi les pays industrialisés, seules l\u2019Allemagne et l\u2019Italie connaissent une fécondité plus faible que celle du Québec.En cette année de 1986, 47 pour cent des naissances correspondaient au premier enfant; 37 pour cent au deuxième enfant et 12 pour cent au troisième enfant.Les familles de quatre enfants et plus sont en disparition.Que faire?Monsieur Bourassa est conscient que le Québec fait face à un déclin démographique tragique.Que fait-il?Il parle et il agit peu.Que peut-il faire?Aider à la valorisation de la famille et de la femme enceinte?Susciter un aménagement du travail qui permet à la femme de penser à l\u2019enfant qui va naître et à la carrière à poursuivre?Accorder des allocations familiales généreuses?Voir à ce que les congés de maternité soient d\u2019une durée de huit mois à plein salaire?S\u2019assurer que des services de garde de qualité soient accessibles?Oui, c\u2019est cela que monsieur Bourassa doit faire.Il le fera si l\u2019opinion publique l\u2019exige.Le gouvernement décide selon les sondages.Maintenant chaque lecteur sait ce qu\u2019il doit faire.Les Français deviennent Anglais Le gouvernement fédéral n\u2019a jamais aimé l\u2019identification des citoyens selon l\u2019origine ethnique ou la langue maternelle.Dans le passé, à plusieurs reprises, il a tenté en vain de modifier les termes des questions relatives à ces deux caractéristiques.Les protestations fusaient de partout et en telle intensité que les questions n\u2019étaient pas changées.Mais en ces dernières années, des transformations ont été effectuées qui rendent difficiles les comparaisons d\u2019un recensement à l\u2019autre.Notre mollesse n\u2019a pas protesté.La question du dernier recensement sur le groupe ethnique est plus vague que jamais: «À quel(s) groupe(s) ethnique(s) ou culturel(s) appartenez-vous ou vos ancêtres appartenaient-ils?Cochez ou précisez plus d\u2019un, s\u2019il y a lieu.» DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 341 Les réponses relatives aux origines françaises et britanniques sont les suivantes1.Français et Acadien\t5 019 055\t77,8% Français et Britannique\t174 250\t2,7 Français et autres\t77 195\t1,2 Français, Britannique et autres\t39 590\t0,6 Ainsi, 82,3 pour cent des personnes se déclarent du\t\tgroupe fran- çais dont 4,5 pour cent de personnes d\u2019origine française et autre.\t\t Britannique2\t380 265\t5,9% Français et Britannique\t174 250\t2,7 Britannique et autres\t55 235\t0,9 Français, Britannique et autres\t39 590\t0,6 On observe que 5,9 pour cent des Québécois sont d\u2019origine uniquement britannique et que 4,2 pour cent sont partiellement d origine britannique dont 2,7 pour cent se déclarent d\u2019origine britannique et française.Face à ces statistiques, de quoi monsieur Royal Orr et ses amis se plaignent-ils?Les Québécois qui se déclarent d\u2019origine uniquement britannique représentent 5,9 pour cent de la population et 8,9 pour ces des citoyens ont déclaré l\u2019anglais comme langue maternelle, alors que 14,2 pour cent des Québécois ont déclaré 1 anglais comme langue d\u2019usage.Certes, «la langue anglaise n\u2019est pas une maladie», mais la langue française n est pas non plus un cancer incurable et si les francophones du Québec veulent survivre, ils doivent neutraliser ou contrebalancer la force d\u2019attraction de la langue anglaise.S ils ne le font pas, c\u2019est la langue française qui disparaîtra dans le temps.1.\tLa situation démographique au Québec, Édition 1988, Les publications du Québec, Bureau de la statistique du Québec, p.95.2.\tAnglais, Écossais, Irlandais. 342 L\u2019ACTION NATIONALE Le peuplement, l\u2019immigration et les États généraux du Canada français En 1967, 844 des 882 délégués du Québec votaient en faveur de la résolution ici reproduite.Qu\u2019avons-nous fait depuis?«Le peuplement et l\u2019immigration «Résolutions concernant le peuplement «Le Québec doit se donner une politique de peuplement planifiée et une politique d\u2019immigration qui enrichissent la culture et l\u2019économie de la Nation.«Le Québec doit posséder des pouvoirs exclusifs pour planifier le peuplement de son territoire.«Le Québec doit avoir une compétence exclusive pour ce qui est de la mise en œuvre d\u2019une politique sociale favorisant le relèvement du taux de natalité.«Le Québec doit posséder des pouvoirs exclusifs sur tout ce qui a trait aux mouvements migratoires des citoyens du Québec.«Pour enrayer l\u2019assimilation des Canadiens-Lrançais au milieu anglophone, à l\u2019extérieur du Québec, les mesures suivantes doivent être prises: «1° rendre le Québec fort afin d\u2019accroître son rayonnement au Canada français; «2° exiger que les minorités françaises de l\u2019extérieur du Québec 22 ans après La planification est faite au jour le jour.3 immigrants sur 5 s\u2019intégrent encore au Québec anglais.Aucun effort n\u2019a été accompli pour posséder des pouvoirs exclusifs.La compétence est encore partagée.La politique familiale débute à peine.Aucune démarche n\u2019a été accomplie pour obtenir ces pouvoirs exclusifs.Lévesque et Bourassa ont boudé les Lranco-Cana-diens hors Québec.Cette réciprocité dont parlait M.Lévesque a été DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES obtiennent le traitement dont jouit la minorité anglaise du Québec;\trefusée à Charlottetown.«3° encourager de toutes les façons le retour au Québec des Canadiens-Français d\u2019outrefrontière;\tAucune façon n\u2019a été tentée.«4° établir un réseau français de télédiffusion à travers le Canada;\tLe réseau de Radio-Canada est presque seul présent «là où le nombre le justifie».«5° diriger vers le Québec un plus grand nombre d\u2019étudiants provenant des groupes minoritaires français;\tLa Colombie britannique agit en ce sens.«6° conclure des accords culturels entre le Québec et les Canadiens-Français des autres provinces;\tLes ententes actuelles pourraient être multipliées plusieurs fois.«7° établir l\u2019unilinguisme français au Québec.\tNous en sommes loin.«Afin de mettre un terme à l\u2019émigration des jeunes Canadiens-Français vers les États-Unis, les mesures suivantes doivent être prises:\t «1° la mise en oeuvre d\u2019une politique d\u2019immigration qui attire ou retienne ces jeunes au Québec; «2° la maîtrise de l\u2019économie québécoise par les Québécois;\tUne telle politique n\u2019a pas été vraiment élaborée.Consolidated-Bathurst, Commerce, Bélair, Qué-bécair, Molson, etc.«3° l\u2019élévation du niveau de vie et le recyclage de la main-d\u2019œuvre au Québec;\tUn tiers des Québécois vit sous le seuil de la pauvreté. L\u2019ACTION NATIONALE 344 «4° la création de nouveaux emplois et de nouvelles industries et l\u2019accessibilité des postes de commande pour les Canadiens-Français; «5° la reconnaissance du français comme langue de travail au Québec; «6° le développement de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement au Québec.«Résolutions concernant l\u2019immigration: «Le Québec doit légiférer en matière d\u2019immigration afin d\u2019assurer le développement de la Nation.À cette fin, les mesures suivantes doivent être prises: «1° la création immédiate d\u2019un ministère québécois de l\u2019Immigration; «2° l\u2019attribution au Québec d\u2019une compétence exclusive sur le recrutement des immigrants nécessaires au développement du pays; «3° le contrôle de l\u2019admission des immigrants en territoire québécois; «4° le conclusion d\u2019accords internationaux avec les pays étrangers en matière d\u2019immigration; «5° l\u2019institution de la citoyenneté québécoise; Dans les entreprises anglophones, la promotion des nôtres est celles de 1960.Peu de progrès, si ce n\u2019est un ralentissement récent.Nous sommes en bonne voie, à la condition de ne pas dormir.C\u2019est fait, mais la faiblesse des ressources est déplorable.Le partage actuel avec le Fédéral limite l\u2019action du Québec.Pauvres réfugiés.Pauvre madame Robic.Nous sommes au point neutre.Un rêve. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 345 «6° l\u2019attribution au Québec de Une illusion, la compétence exclusive sur l\u2019accueil aux immigrants désireux de s\u2019établir au Québec et sur le contrôle médical des immigrants en transit.La déportation des réfugiés Un jour, il n\u2019y a pas si longtemps, madame Jeanne Sauvé recevait la médaille F.Nansen remise pour l\u2019humanité et la générosité démontrées par les Canadiens envers les réfugiés.Cet honneur nous a monté à la tête.Depuis, pleuvent les ordonnances d\u2019expulsion et les avis d\u2019interdiction de séjour.80 000 réfugiés dont près de la moitié vivent au Québec craignent la déportation.Des millions de dollars sont garpillés dans cette croisade.La loi est la loi, affirme la ministre.Ce qui est bête et méchant, c\u2019est que le Canada accepterait 99 pour cent de ces réfugiés s\u2019ils avaient demandé le statut d\u2019immigrants.Ce qui est brutal et barbare, c\u2019est que le Canada acceptera 150 000 nouveaux venus en 1989, alors que nous exilerons des dizaines de milliers de personnes établies en ce pays depuis plusieurs mois, parfois depuis plusieurs années.Je connais une famille chilienne qui vit à Montréal depuis près de deux ans.Elle est l\u2019objet d\u2019une ordonnance d\u2019expulsion.L\u2019homme et la femme travaillent.Leurs deux enfants de 4 et 7 ans seront aussi déportés.Des Turcs inoffensifs et laborieux ont été jugés de «vrais faux réfugiés» et ils ont été bannis.Des Haïtiens dont la vie est menacée en leur pays seront également expulsés; certains d\u2019entre eux sont établis au Québec depuis 1984.Nombre des exilés seront persécutés en leur pays.À titre d\u2019exemple, citons le cas de Hussein Hoballah retourné au Liban.Dans leur sagesse, les juges ont décidé que sa «crainte.est le fait de fuir l\u2019état de guerre civile au Liban».La guerre ne menace plus suffisamment la vie d\u2019un combattant rival.Quelle humanité! Nous, les défenseurs du droit des personnes, ne respectons pas les personnes qui demandent l\u2019asile pour des motifs politiques ou économiques.Nous n\u2019avons aucune préoccupation de la peur qui hante un réfugié.Nous ne nous arrêtons plus à l\u2019incerti- 346 L\u2019ACTION NATIONALE tude de ces personnes en attente d\u2019un statut.Nous ne pensons plus aux tortures et aux répressions que peuvent subir les expulsés.Nous oublions même que ces hommes et ces femmes sont des travailleurs qui pourraient contribuer à la prospérité de notre propre pays.Maintenant, ce qui compte, c\u2019est la règle et le droit d\u2019asile au Canada est limité.Le Canada a inventé de nouvelles méthodes «humanitaires».À une période d\u2019administration inopérante succède une étape d\u2019une efficacité repoussante.La nouvelle Loi et les règlements constituent une épée de Damoclès sur les têtes de 80 000 réfugiés et ils freinent l\u2019hospitalité à des personnes dont la vie est menacée à cause de leurs opinions ou de leurs activités politiques.Le droit fondamental de chaque être humain de demander l\u2019asile et de l\u2019obtenir ne fait pas partie de notre politique d\u2019immigration.Le Canada n\u2019assume plus les responsabilités humanitaires qui lui avaient méritées la médaille F.Nansen.Il refuse à tout nouveau venu le droit élémentaire de se familiariser avec les règles du pays avant de comparaître devant un tribunal qui décidera de son admission.Il refuse le droit à l\u2019immigré de choisir un avocat compétent pour le représenter.Il détient l\u2019immigré sur le fallacieux prétexte qu\u2019il pourrait ne pas se présenter à son enquête.Même les criminels ne subissent pas un traitement aussi cruel.Le Canada, jadis terre d\u2019accueil et de liberté, expulse les réfugiés sans obtenir des garanties de sécurité des pays dans lesquels ils sont refoulés.Notre sentiment humanitaire a perdu le sens de la charité, de la compassion, de l\u2019accueil, de l\u2019hospitalité et de l\u2019amour.Serons-nous capables de juger dorénavant les réfugiés avec bienveillance et générosité au lieu de les définir selon un article de règlement?En cette matière, le décideur sera l\u2019opinion publique.2.La question nationale Un peu d\u2019histoire Le 2 avril 1737, le Conseil d\u2019État permet aux sieurs Cugnet, Taschereau, Olivier de Vezain, Simonet et Gamelin l\u2019ouverture des mines du Saint-Maurice. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 347 Le 6 avril 1686, De Troyes fait ériger une croix au pied du Long-Sault en mémoire de l\u2019exploit de Dollard et de ses compagnons que nous ne fêtons pas comme il conviendrait.Le 9 avril 1682, Robert Cavalier de la Salle prend possession des terres qu\u2019il venait de découvrir et il leur donne le nom de Louisiane.Les Américains ont oublié cet événement.Le 17 avril 1620, naît sainte Marguerite Bourgeoys.À cette dame on doit, entre autres, la fondation de la Congrégation Notre-Dame et la construction de la chapelle de Notre-Dame-de-Bonsecours.Le 19 avril 1660, trois compagnons de Dollard meurent à l\u2019Ile-des-Sœurs.Nicolas Duval est tué par les Iroquois et Biaise Juillet et Mathurin Soulard se noient dans le fleuve au cours de la bataille.Le 21 avril 1760, Murray oblige tous les Français à quitter la ville de Québec.Hommes, femmes, vieillards et enfants se retirent dans un pays dévasté avec les effets qu\u2019ils pouvaient emporter.Le 24 avril 1885, le général Middleton attaque les 50 Métis retranchés à l\u2019Anse-aux-Poissons.On se souvient que les Métis demandaient justice; ils réclamaient 100 000 acres de terre comme indemnité, alors qu\u2019on venait d\u2019en concéder 20 millions d\u2019acres au Pacifique.Le 25 avril 1849, des émeutiers de langue anglaise brûlent les bâtisses du parlement, à Montréal.Ils n\u2019avaient pas aimé la réplique du docteur Wilfrid Nelson: «Je déclare à ceux qui nous appellent, mes amis et moi, des traîtres, qu\u2019ils ont menti par la gorge.Je dis à ces messieurs en pleine figure que ce sont eux et leurs pareils qui font les révolutions.» Le 26 avril 1870, les Canadiens (français) repoussent 200 Fénians qui tentaient un coup de force dans les Cantons de l\u2019Est.Le 28 avril 1760, le général Lévis met en pièce la troupe de Murray qui comptait 5 000 soldats et 22 canons.Les Français n\u2019avaient que trois pièces de campagnes et 312 boulets.Cette victoire française de Sainte-Foy fut la dernière gagnée en terre canadienne.sous le régime français. 348 L\u2019ACTION NATIONALE La langue française Le taux de bilinguisme au Québec est plus élevé que partout ailleurs au Canada.C\u2019est dans la région métropolitaine de Montréal que le bilinguisme connaît son apogée.Près de 50% de la population, 1 377 945 personnes, ont déclaré pouvoir soutenir une conversation en français et en anglais.Les unilingues français représentent 40,9 pour cent de la population métropolitaine.Dans la région métropolitaine, 10 pour cent des personnes sont unilingues anglaises et 19 pour cent de la population déclare que l\u2019anglais est la langue parlée à la maison.La force d\u2019attraction de la langue anglaise est supérieure à celle de la langue française.Le nombre des Québécois qui n\u2019utilisent que la langue anglaise à la maison est deux fois plus élevé que celui des Québécois d\u2019origine britannique.Devant de tels faits, je crois que nous nous enlisons dans un débat symbolique, celui de l\u2019affichage, et que nous oublions trop souvent les dangers réels qui menacent la langue française au Québec.Il m\u2019apparaît urgent d\u2019insister davantage sur la langue du travail et sur la qualité de l\u2019enseignement du français dans les écoles.Si la langue française doit demeurer sur le trottoir des usines et des bureaux de St-James Street, les travailleurs de ces lieux finiront par adopter la langue de Shakespeare.Les transferts linguistiques seront inévitables.Toute langue qui n\u2019est pas utile disparaît dans le temps.Le tiers des travailleurs francophones utilisent au travail la langue anglaise.Cette réalité est nettement plus dangereuse et préjudiciable à la langue française qu\u2019une pancarte bilingue.La qualité de l\u2019enseignement du français dans les écoles doit aussi être inscrite à l\u2019ordre du jour.Lorsque les universités doivent établir des tests de français avant d\u2019accepter les étudiants, c\u2019est que nous en sommes au déclin de la langue.L\u2019étudiant qui ne possède pas la grammaire, la syntaxe et l\u2019orthographe de sa langue peut-il en maîtriser l\u2019esprit et le génie?À l\u2019essentiel, il faut revenir.Ma position ne s\u2019oppose pas au débat sur l\u2019affichage.Elle souligne la nécessité d\u2019une approche globale en matière linguisti- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 349 que.II est impensable de se limiter au seul aspect symbolique de 1 affichage, 1 affichage, c\u2019est en quelque sorte un drapeau que 1 on arbore.Mais les réalités de la nation, sa culture, sa langue, son histoire, ses traditions, constituent la raison de pavoiser.Ne l\u2019oublions dans aucun combat.Ne l\u2019oublions surtout pas à la veille de 1 invasion américaine.L\u2019influence de l\u2019anglais des yan-kees sera plus assimilatrice et subversive qu\u2019une affiche bilingue, français/anglais ou français/chinois.C\u2019est la culture elle-même qui est menacée.La langue française dans les universités La pauvreté de la langue française est telle que les universités francophones ont décidé d\u2019imposer des tests de français avant d\u2019inscrire un étudiant.Nous en sommes là.Le malaise est plus profond que je ne croyais.Il m\u2019avait été donné de travailler avec quelques jeunes MBA incapables d\u2019écrire une lettre sans faute.Il m\u2019est arrivé de corriger des textes de professeurs qui contenaient six à sept fautes de grammaire et d\u2019orthographe par page.Mais je ne croyais pas que le mal était généralisé.La réalité est cruelle: un grand nombre de détenteurs de baccalauréat, de maîtrise et de doctorat ne peuvent écrire convenablement en français.À l\u2019université francophone, ils ont d\u2019abord étudié dans des manuels rédigés en anglais.Cette pratique n\u2019a pas amélioré leurs connaissances en une langue qu\u2019ils maîtrisaient mal au sortir du Cegep.C\u2019est vraiment avec consternation que j\u2019ai accueilli la nouvelle que toutes les universités francophones du Québec avaient adopté l\u2019usage de tests de français que toute personne doit réussir avant de pouvoir s\u2019inscrire à l\u2019université.Déjà, 1 Université Laval impose une telle exigence depuis septembre 1987.L\u2019Université de Sherbrooke a emboîté le pas en septembre 1988 et l\u2019Université de Montréal exigera des tests de français à l\u2019automne 1989.L\u2019Université du Québec à Montréal utilise de tels examens dans certains départements et elle ordonnera leur généralisation dès 1992.D\u2019ici 1992, les universités Laval et Sherbrooke ne refuseront pas les personnes qui ratent le test de français.Elles les admettent conditionnellement.Laval leur propose un cours de rattra- 350 L\u2019ACTION NATIONALE page en français.Sherbrooke fait subir un test après un an.Mais, en 1992, les tests de français deviendront obligatoires pour l\u2019admission dans toutes les universités francophones du Québec.Un échec au test signifiera le refus de l\u2019étudiant.D\u2019ici là, espérons pour le moins deux réformes: un apprentissage de qualité de la langue française à tous les niveaux de l\u2019enseignement primaire, secondaire et collégial et l\u2019implantation de manuels en français dans toutes les facultés universitaires.Au collégial, l\u2019alerte vient d\u2019être sonnée.Le Conseil des collèges vient de demander au ministre de l\u2019Enseignement supérieur de faire du redressement de l\u2019enseignement du français au collégial «une priorité absolue».Le Conseil demande de créer «un cours de base obligatoire» pour assurer aux étudiants la maîtrise de l\u2019écriture.Sa réussite constituerait «une condition d\u2019inscription aux cours de français subséquents.En ce cours, l\u2019accent sera mis sur «des travaux pratiques», «sur la rédaction et la correction systématiques des textes écrits par les élèves».Le Conseil recommande aussi au ministre «de voir à ce que les objectifs terminaux de l\u2019apprentissage du français, qui figureront dans le plan d\u2019action, soient formulés en termes clairs, opérationnels et mesurables, en tenant compte des objectifs de l\u2019enseignement secondaire et des attentes des universités et du monde du travail en cette matière».Le Conseil recommande, enfin, qu\u2019on tienne compte du français dans tous les cours.Et les manuels anglais dans les universités francophones?Qui osera s\u2019attaquer à ce problème?Les minorités françaises Hors Québec, la statistique relève 840 960 Franco-Canadiens.424 720 vivent en Ontario; 225 590 sont domiciliés au Nouveau-Brunswick et 190 650 se répartissent dans les huit autres provinces.En dépit des nombreux transferts linguistiques dus principalement à l\u2019agression des francophones anglais, le recensement dénombre deux fois plus de francophones hors Québec qu il n\u2019enregistre de sujets d\u2019origine britannique domiciliés au Québec. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 351 Pourtant, la différence est grande entre le traitement accordé aux minorités françaises des autres provinces et aux minorités anglaises du Québec.Les francophones ont droit à Quelques services en français «là où le nombre le justifie»; les anglophones bénéficient au Québec de tous les services en anglais.C\u2019est la minorité la mieux traitée sur notre planète.Je ne reviendrai pas sur cet aspect; la chronique de mars était assez explicite sur le sujet.On ne peut toutefois en dire autant du sort dévolu aux francophones des provinces anglaises.Le mois prochain, le directeur de la FFHQ, Aurèle Thériault, nous entretiendra des conditions de vie de nos compatriotes des autres provinces.Un résumé en style télégraphique vous est offert en ce jour.Au Canada anglais, même les services fédéraux ne sont dispensés en français que «là où le nombre le justifie».Dans les services et ministères des gouvernements provinciaux, le français est utilisé selon la règle du nombre au Nouveau-Brunswick et en Ontario.Au Manitoba, quelques formules bilingues circulent dans certains bureaux.L\u2019île-du-Prince-Édouard a établi un bureau régional bilingue pour la région d\u2019Évangéline.Dans les autres provinces, le français est presque à l\u2019index.Terre-Neuve en fait la promotion pour les touristes.Dans le domaine de la justice, Ottawa a signé des ententes avec l\u2019Ontario, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan qui récoltent quelques millions de dollars pour concéder du français dans les causes criminelles.Aucun droit n\u2019est garanti à la minorité française en Alberta, Colombie-Britannique, et Terre-Neuve.Dans les causes civiles, seuls le Nouveau-Brunswick et le Manitoba acceptent l\u2019usage des deux langues officielles.Dans les législatures, les députés peuvent parler en français au Nouveau-Brunswick et en Ontario.Au Manitoba, il faut prévenir l\u2019orateur 24 heures avant le discours qui ne sera pas traduit.La Nouvelle-Écosse ne traduit aucun discours prononcé en français.En Saskatchewan et en Alberta, des lois abolissant les droits de la minorité française ont été adoptées au cours de la dernière année.En Alberta, le gouvernement a proclamé l\u2019anglais seule langue officielle. 352 L\u2019ACTION NATIONALE Dans le domaine culturel, on est loin, mais très loin, des moyens de communications accordés aux anglophones du Québec.En Ontario, la presse francophone se résume au Droit de Conrad Black et à une dizaine de journaux hebdomadaires.Outre Radio-Canada, les Franco-Ontariens n\u2019ont que la chaîne française de TV Ontario, exception faite des postes disponibles le long de la frontière québécoise.Au Nouveau-Brunswick, les Acadiens jouissent de 5 journaux hebdomadaires, d\u2019un quotidien qui vit dangereusement, d\u2019une station de Radio-Canada.Dans le reste, c\u2019est l\u2019oasis culturel.Dans le domaine de l\u2019enseignement, les écoles élémentaires et secondaires ne sont garanties qu\u2019au Nouveau-Brunswick et elles sont assujetties à quelques restrictions en Ontario.Dans les autres provinces, c\u2019est la loi du nombre, la lutte quotidienne et les batailles judiciaires continues.L\u2019Université française de Moncton est présente au Nouveau-Brunswick.En Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, quelques programmes d\u2019enseignement supérieurs sont offerts.Les francophones de la Colombie-Britannique reçoivent des bourses pour venir étudier au Québec.Rien de comparable avec les nombreuses institutions d\u2019enseignement que les anglophones du Québec contrôlent eux-mêmes.Les services de santé sont bilingues en Ontario là où 10 pour cent de la population est française.Dans une douzaine d\u2019hôpitaux du Nouveau-Brunswick, on peut être soigné en français.Dans les 7 autres provinces, un francophone a autant de chance de gagner la 6/49 que d\u2019être traité en français.La situation des minorités françaises au Canada nécessite une entraide et une fraternité qui n\u2019existent pas à l\u2019heure actuelle.Le gouvernement du Québec n\u2019appuie pas les minorités francophones des autres provinces conformément à leurs besoins et selon leurs orientations.Les associations et les organismes québécois se préoccupent très peu des problèmes des minorités et lorsqu\u2019ils interviennent, ils jugent selon leurs propres vues.De leur côté, chaque groupe minoritaire conduit le combat de la survivance dans un isolement presque total.Il survient même des querelles intestines fort déplorables entre minorités et avec le Québec français.Des relations étroites doivent pourtant DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 353 s\u2019établir.Pour qu\u2019elles soient durables et efficaces, il convient que la solidarité soit établie sur la réalité vécue dans chaque milieu et que les orientations et actions entreprises en faveur d\u2019un groupe corresponde aux attentes de ce groupe.Autrement, il vaut mieux se taire.La nation acadienne Le message de la Société nationale des Acadiens du Nouveau-Brunswick est un exemple de la solidarité à vivre entre francophones.À la veille de la comparution d\u2019Alliance-Québec aux audiences du Nouveau-Brunswick sur l\u2019entente du Lac Meech, monsieur Michel Doucet, président de la SNANB, déclarait privilégier «les droits collectifs plutôt que les droits individuels en ce qui concerne les minorités.» Dans cette optique, la SNANB «estime que le gouvernement du Québec a le droit de promouvoir le fait français, même si cela signifie l\u2019utilisation de la clause \u2018nonobstant\u2019 et la prédominance de la société distincte dans l\u2019entente du Lac Meech».La SNANB «croit par ailleurs que le Lac Meech devrait non pas comporter la promotion de la dualité canadienne \u2014 comme le recommande Alliance Québec \u2014, mais plutôt la promotion de la francophonie canadienne».«Nous ne croyons pas, ajoute monsieur Doucet, que l\u2019anglais soit menacé au Québec.Contrairement aux francophones, les anglophones de ce pays n\u2019ont jamais eu à se battre pour obtenir des écoles, des postes de télévision et des stations de radio.» «S\u2019il devait y avoir un front commun des minorités au Canada, a dit monsieur Doucet, ce ne serait pas celui des minorités francophones et de la minorité anglo-québécoise.Ce serait celui des minorités francophones avec la majorité francophone du Québec, qui constitue elle-même une minorité en Amérique du Nord et au Canada.» Voilà un discours qui respecte entièrement le Québec français! L\u2019appui qui nous est accordé est celui dont nous avions besoin.Mais le Québec appuie-t-il l\u2019Acadie selon les besoins de l\u2019Acadie?C\u2019est le revers de la médaille et la fraternité exige la réciprocité dans la pensée et dans l\u2019action. 354 L\u2019ACTION NATIONALE Monsieur Doucet, sans le proposer formellement, esquisse l\u2019idée d\u2019un front des minorités francophones du Canada qui inclurait les francophones du Québec.L\u2019idée de relations continues entre compatriotes est excellente, opportune et essentielle.Comment organiser et structurer un organisme qui défendrait le fait français au Canada, dans le respect de chaque milieu?Voilà un défi à assumer! Que tous ceux et celles qui sont intéressés par un tel projet nous le fassent savoir! Car, au fond de notre problème, ce n\u2019est pas Alliance Québec qui est responsable de notre sommeil collectif.Ce n\u2019est pas l\u2019Association for the Protection of English in Canada qui est responsable de notre anglicisation.Ce n\u2019est pas le parti Confederation of Regions qui est responsable de la démission nationale d\u2019une certaine élite francophone.Au contraire, tous ces organismes nous tiennent éveillés.Nous sommes nous-mêmes, par notre inertie, par notre individualisme, responsable de notre asservissement et de notre servitude.3.Le problème économique Le tiers-monde québécois À l\u2019approche de Noël, un clochard est mort à Montréal, gelé sur un banc.L\u2019événement est passé inaperçu.Les problèmes des pauvres, des itinérants, des clochards, des assistés sociaux et des indigents font rarement les manchettes.Les personnes les plus faibles appartiennent à un monde sans voix, sans pouvoir.Plus d\u2019un million d\u2019enfants, de femmes et d\u2019hommes vivent au Québec de la misère.Aux antipodes, on retrouve les milliardaires, les millionnaires, les riches et les bourgeois.Ces parvenus font partie de la classe dirigeante, dominante et dominatrice.Leurs attitudes et leurs comportements n\u2019ont rien de commun avec les mentalités et les habitudes de vie des personnes économiquement défavorisées et de celles qui vivent dans la clochardisation.Entre ces deux mondes, il y a un mur infranchissable.Au pays de l\u2019abondance, la compréhension de la misère est difficile.La pauvreté est un état impénétrable et incompréhensible pour DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 355 ceux qui possèdent.Afin de soulager leur conscience, par compassion, ils offrent de temps à autre une obole, un 0,25$.Le geste paraît éloquent.Ce qu\u2019ils oublient, c\u2019est que la vraie misère, ce n\u2019est pas de ne rien avoir: c\u2019est de n\u2019être «rien» et de n\u2019être «rien» pour tout le monde.Aujourd\u2019hui, les pauvres ont mal dans leur «être»; ce n\u2019est pas leur «avoir» qui crée leur désespérance: à observer les gens qui défilent devant eux, ils se sentent de trop.Et ainsi, le Québec vieillit avec un tiers de la population qui s\u2019appauvrit.L\u2019incapacité à saisir et à mesurer la vraie misère aboutit à la paupérisation, au sous-prolétariat.Les causes de la pauvreté sont décrites sous toutes les facettes.La littérature sur le sous-développement est abondante.Les effets sont même analysés, mais les études stoppent habituellement avant les solutions.Alors que les riches songent d\u2019abord à s\u2019enrichir, des femmes et des hommes qui désireraient une autre vie descendent toujours plus bas vers l\u2019indigence.Ils perdent peu à peu leur autonomie, le sens de l\u2019initiative et de la responsabilité.Les raisons de vivre s\u2019affaiblissent.C\u2019est là un drame angoissant et tragique que connaît la société québécoise.La première richesse du pays réside dans sa population.Tous les Québécois et Québécoises ont droit à une vie normale.Comment redresser les conditions des personnes défavorisées?Comment les amener à prendre leurs responsabilités de citoyens?Comment rebâtir leur confiance?Comment faire comprendre aux ministres qui fréquentent l\u2019opéra qu\u2019ils doivent aussi visiter les taudis?Que faut-il dire aux politiciens qui font construire des autoroutes pour qu\u2019ils fassent bâtir des logements salubres et à prix très modiques?et qu\u2019ils mettent en œuvre de véritables programmes d\u2019emploi durable et rénumérateur?L analyse des réalisations sociales des dernières années laisse plutôt l\u2019impression que nous sommes gouvernés par des amateurs.qui attendent que l\u2019opinion publique parle.car le décideur, c\u2019est maintenant l\u2019opinion publique. 356 L\u2019ACTION NATIONALE Le libre-échange, c\u2019est le commencement.Les grands de ce monde clament que ce n\u2019est pas le libre-échange qui a causé les récentes fermetures.Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019il ne les a pas empêchées.On peut aussi affirmer que c\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui incite les grandes entreprises à la normalisation, à la standardisation, à la rationalisation.Ces «vertus» économiques aboutissent au regroupement, à la fusion, à la création de grands empires capables d\u2019agir à l\u2019échelle mondiale.C\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit à la fermeture de Gillette à Ville Saint-Laurent et à la perte de 300 emplois.C\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit à la fusion des magasins Simpson et Baie d\u2019Hudson et à la perte de 900 emplois.C\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit à la fusion des brasseries Molson et O\u2019Keefe (Australie) et à la perte de 500 emplois.C\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit à l\u2019absorption de Wardair par Canadien International, à la perte de 350 emplois et à la récente majoration des tarifs.C\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit Imperial Oil à acheter Texaco Canada et à fermer un grand nombre de stations de service.C\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit l\u2019usine américaine Warnaco à la fermeture de ses deux magasins de Montréal et à la perte de 140 emplois.C\u2019est aussi l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit Desmarais à vendre la Consolidated-Bathurst à Stone Containers.C est l\u2019esprit du libre-échange qui a conduit à la vente du groupe Com-merce/Bélair.C\u2019est l\u2019esprit du libre-échange qui a incité la Banque Nationale du Canada à prendre le contrôle de Lévesque, Beaubien et de Geoffrion, Leclerc.Là-dessus, la FTQ a lancé un cri d\u2019alarme.«Nous sommes déjà profondément bouleversés et touchés par la question de la langue et de notre identité nationale et voilà que nous sommes menacés de toutes parts dans notre vie économique de tous les jours» ont déclaré les porte-parole de la FTQ.Le président, Louis Laberge, ajoutait: «Il est urgent que les gouvernements cessent d\u2019assister à tout ce branle-bas comme des touristes en terre étrangère.Nous avons besoin, la population du Québec et du Canada a besoin, de réponses quant aux moyens que les gouvernements entendent mettre en place pour arrêter cette saignée nationale.» DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 357 L\u2019un des moyens suggérés par la FTQ consiste à «redonner à Investissements Canada les pouvoirs que détenait l\u2019ancienne Agence de tamisage des investissements étrangers».C\u2019est là un point de départ.Mais d\u2019autres précautions s\u2019imposent.Le Canada s\u2019est associé de très près au déclin de l\u2019empire américain.Le krach financier de Wall Street du 19 octobre 1987 démontre la fragilité de l\u2019économie des États-Unis.Notre foi dans la capacité américaine ne doit pas être aveugle.Nos voisins jonglent avec les complexités d\u2019une balance commerciale fort déficitaires, de dépenses militaires colossales et d\u2019une dette nationale aventureuse.Sur le plan économique, il est clair que le géant commercial du XXe siècle est en train de laisser la place à la CEE et à la prospérité du Japon et de la Corée.Consolidated-Bathurst «Quand on a de l\u2019argent, on ne s\u2019inquiète pas.C\u2019est quand on n\u2019en a pas qu\u2019on s\u2019inquiète».Ces paroles de Paul Desmarais ont été prononcées à Bruxelles, lors d\u2019une réunion d\u2019hommes d\u2019affaires à laquelle monsieur Bourassa participait.Elles révèlent la philosophie et la conception de vie d\u2019un grand financier.Elles permettent même de comprendre la transaction de la Consolidated-Bathurst.À l\u2019ère du capitalisme rentable, l\u2019homme d\u2019affaires pouvait difficilement résister à la tentation de vendre la perle de son empire au prix de l\u2019or.La Consolidated est la quatrième papeterie du Canada.Elle emploie 15 611 personnes, dont 9 000 au Québec.Selon les résultats préliminaires, elle a réalisé 240$ millions de bénéfices en 1988.Mais Stone Container Corporation a offert 2,6$ milliards pour les actions en circulation de la Consolidated.Power, qui détient 40 pour cent du capital, est heureux d\u2019encaisser la jolie somme d\u2019un milliard de dollars.Le montant représente 2 1/2 fois la valeur comptable et 10 fois le revenu net.L\u2019action cotée en bourse à 14$ a été vendue 25$.Tel un joueur de «poker», monsieur Desmarais informe la Caisse de dépôt et placement à la dernière minute.L\u2019organisme gouvernemental suggère alors que Consolidated-Bathurst étudie 358 L\u2019ACTION NATIONALE la possibilité d\u2019acheter Stone Container.La Caisse de dépôt était prête à s\u2019associer à une telle transaction.Mais monsieur Desmarais avait une idée fixe et depuis belle lurette.Il propose d\u2019acquérir Domtar.L\u2019offre défavorise la Caisse de dépôt et la Société générale de financement.L\u2019écart dans l\u2019évaluation des actions en jeu est de 300$ millions en faveur de Power.La vente n\u2019a pas lieu.En fait, il est heureux qu\u2019il en ait été ainsi; Québec aurait perdu le contrôle sur Domtar et Power aurait pu la revendre à des intérêts américains.Maintenant, qu\u2019on le veuille ou non, les Québécois paieront le prix de la transaction.La Stone Container est surendettée.Elle tentera probablement d\u2019inscrire une large partie de la dette dans le bilan de Consolidated-Bathurst.Elle fractionnera les actions de l\u2019entreprise québécoise pour rembourser ses dettes et, nous les caves, avec nos épargnes, nous permettrons à une compagnie américaine de pénétrer le marché québécois.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, nous financerons la prise de contrôle d\u2019un géant québécois qui sera incapable d\u2019investir dans le développement à court terme, devant payer en lieu et place la dette du bailleur de fonds.Bref, la transaction, bonne pour monsieur Desmarais, est très négative pour le Québec.La maîtrise de notre économie en prend un coup.La mésaventure survient dans un secteur des ressources naturelles dont l\u2019importance grandit avec le dépérissement des forêts.Elle est d\u2019autant plus déplorable que les gouvernements du Canada et du Québec ont contribué des centaines de millions de dollars à la réussite de la Consolidated-Bathurst.Les permis à rabais d\u2019approvisionnement, les faveurs multiples et les substantielles subventions pour la modernisation des usines deviennent du capital américain.Que l\u2019avenir serait différent, si le gouvernement du Québec avait converti en actions dans l\u2019entreprise toutes les faveurs, tous les privilèges et tous les octrois consentis! Ces actions auraient pu être faites à l\u2019ordre de l\u2019État ou à l\u2019ordre des travailleurs.Mais nous ne sommes pas assez intelligents pour agir ainsi.Si nous avions converti en actions les multiples aides accordées, le Québec compterait aujourd\u2019hui une entreprise de pâtes et papier qui regrouperait la Consolidated, la Stone et la Dom- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 359 tar.Ce groupe industriel serait capable de rivaliser à l\u2019échelle mondiale.Nous occuperions une position de force sur les marchés internationaux et nous aurions conservé chez nous le contrôle d\u2019un secteur fondamental de notre économie.Mais cette dimension est perdue avec la Consolidated.Espérons que les contrats d\u2019approvisionnement qui seront renouvelés cette année pour les onze usines de la Consolidated comporteront des conditions favorables à l\u2019économie québécoise.La clé est encore dans les mains du gouvernement.Face à l\u2019avenir, si nous voulons éviter d\u2019autres défaites de cette nature, il est nécessaire de réaliser une politique préventive en matière de regroupement des entreprises.L\u2019État doit aider à maintenir et à renforcer la maîtrise des entreprises québécoises dans les secteurs principaux de l\u2019économie.Il doit utiliser les leviers de la Caisse, de la SGF et de toutes les entreprises publiques et privées pour susciter la formation de grands groupes capables de pénétrer le marché mondial, et non seulement américain.Ainsi nous éviterons d\u2019autres prises de contrôle étrangères.Commerce/Bélair En cette chronique, il faut revenir à nouveau sur la vente de Commerce/Bélair.C\u2019est un coup bas pour l\u2019économie francophone.Pendant des années, au nom du nationalisme, des milliers de citoyens se sont assurés dans ces deux compagnies, comme dans l\u2019ensemble des entreprises de chez nous.J\u2019ai souvenance des discours patriotiques de Ben Benoît, alors président de Commerce, prononcés à l\u2019école Meilleur et dans les «vapdas» des COJC.L\u2019entraide, la solidarité et la fraternité allaient bâtir une économie canadienne-française forte et prospère.Les épargnes des Québécois seraient investies au Québec.L\u2019homme était excellent orateur.Quel revirement d\u2019orientation d\u2019une génération à l\u2019autre! Des personnes ont été trompées.S\u2019il en est ainsi, des personnes ont trompé.Oh! certes, nous vivons à une autre époque.Les frontières sont ouvertes.La mode est aux grands empires.Les principes sont enterrés.L\u2019appât du gain est la loi des riches.Mais ces changements de mentalités et de modes de vie vont-ils détruire toutes les valeurs?La nécessité d\u2019une économie canadienne-française forte est-elle disparue avec les anciens?Une économie 360 L\u2019ACTION NATIONALE canadienne-française prospère n\u2019est-elle plus le gage d\u2019une culture rayonnante?Il devient de plus en plus évident que la question nationale n\u2019a plus aucune valeur pour les hommes qui ne connaissent que la règle du profit.Pourquoi assumer des risques, si l\u2019on peut récolter 250$ millions de la Nationale Nederlanden N.V.?Qu\u2019importe si les bénéfices enrichissent les actionnaires des Pays-Bas et si les épargnes des Québécois doivent être placées dans l\u2019Ontario, au Michigan ou en Hollande?Telles sont les conséquences de la vente de Commerce.L\u2019exportation de nos économies est assurée.Vérifiez dans trois ans le portefeuille des actions et des obligations de Commerce/Bélair et vous verrez qui a raison.L\u2019un des fleurons de l\u2019assurance au Québec vient de passer en des mains étrangères.Les deux entreprises vendues représentaient 10 pour cent du marché québécois.Elles encaissaient plus de 250$ millions de primes en 1988.Leur actif s\u2019élevait à plus de 400$ millions.Le profit atteignait les 30$ millions.Tout cela est passé à des mains étrangères et la position des francophones revient à ce qu\u2019elle était en 1960.Nous avançons en arrière.C\u2019est un recul brutal.Notre situation est fragile.Il ne faudrait pas connaître beaucoup de reculade semblable.Espérons que le ministre Fortier, qui dormait pendant cette transaction, sortira de son sommeil et qu\u2019il décrétera un plafond de 25 pour cent de propriété étrangère pour toute société d\u2019assurance, même si la loi fédérale n\u2019impose aucune limite de cette nature.Il doit bien y avoir moyen d\u2019établir des contrôles sur la propriété et sur les investissements des entreprises d\u2019épargne.La déportation de l\u2019économie à l\u2019extérieur de la région d\u2019origine n\u2019est pas plus tolérable que l\u2019exportation des mêmes épargnes à l\u2019extérieur du Québec.L'appétit insatiable des banques Les banques sont imbriquées dans les assurances sur la vie, dans les assurances générales, dans les sociétés de fiducie et dans le commerce des valeurs immobilières.Leurs administrateurs sont présents dans plus de 1 500 grandes entreprises qui contrôlent l\u2019économie canadienne. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 361 Elles ambitionnent maintenant de se lancer dans l\u2019informatique.Déjà, pour leurs propres opérations, elles avaient investi près de 5$ milliards dans ce secteur.Elles songent désormais à rentabiliser ces investissements.En juin 1988, en catimini, l\u2019Association des banquiers canadiens a soumis un mémoire au ministre d\u2019État aux Finances, Torn Hockin.Le document avait pour titre «Pouvoirs des banques en matière des services informatiques».Il exprime avec clarté «la volonté et le besoin des banques de se livrer à une vaste gamme d\u2019activités de traitements des données et de gestion de l\u2019information».La gamme est vaste.Les banques veulent offrir en informatique «une gamme complémentaire de produits et de services connexes, dont des logiciels d\u2019exploitation, du matériel, des liaisons, des services de télécommunication, l\u2019accès à des données ou à des bases de données de tiers et de clients, la conception de logiciels d\u2019application destinés aux clients, le traitement de données de tiers, de clients ou de banque et l\u2019intégration de programmes de clients de tiers ou de banque, en vue de fournir à nos clients des renseignements ayant une valeur ajoutée.Les banques devraient aussi être autorisées à vendre des services de consultation dans ce domaine, car elles disposent des compétences de spécialistes qui pourraient se révéler très utiles à de nombreuses personnes».L\u2019ABC demande aussi que les institutions financières aient le pouvoir d\u2019acquérir, dans le domaine de l\u2019informatique, des sociétés de services, de conseil, de traitements des données, de réseaux, de commutation, de services de réparation ou d\u2019entretien de matériel ou de réseau.Bref, nos six banques vont s\u2019accaparer d\u2019ici cinq ans de toutes les grandes entreprises existantes en informatique.Nul doute en mon esprit.Le gouvernement accordera les pouvoirs et l\u2019argent de nos dépôts achètera les grandes entreprises d\u2019informatique.Vive la liberté! Vive la libre concurrence! Les «grands» occupent toute la place.La capacité de raffinage au Québec Nous sommes «forts».Nous pouvons conquérir le monde, mais nous ne pouvons pas conserver ce que nous avons.Un exemple entre autres: le raffinage. 362 L\u2019ACTION NATIONALE En 1981, le Québec comptait sept raffineries dont la capacité s\u2019élevait à 590 200 barils par jour; en 1987, trois entreprises raffinent 310 000 barils par jour.Le déclin a été progressif.Remontons un peu dans le temps.En 1971, le Québec assume 34,47 pour cent du raffinage effectué au Canada.Que s\u2019est-il passé?Quatre raffineurs ont basculé en d\u2019autres régions.En 1982, Texaco Canada (74 500 barils par jour) ferme ses portes et le raffinage au Québec dégringole à 23,50 pour cent de la production canadienne.En 1983, BP Canada Ltée (71 000 b/j) disparaît dans la tourmente et notre part glisse à 15,91 pour cent.En 1987, la capacité de raffinage effectué au Québec chute à 15,12 pour cent.La rationalisation avait déjà commencé et, tout naturellement, tout doucement, d\u2019une année à l\u2019autre, le Québec écopait.Les trois raffineries qui poursuivent leurs activités au Québec sont Ultramar Canada Inc.(103 000 b/j à Saint-Romuald), Pétro-Canada (87 000 b/j à Montréal) et Shell Canada Ltée (120 000 b/j à Montréal-Est).Leur capacité de production nous oblige à importer.The Safeguard Life Assurance Company De son Head Office, la première compagnie d\u2019assurance canadienne-française, La Sauvegarde, adresse à ses clients retraités une lettre bilingue.Narcisse Ducharme et Henri Bourassa doivent désirer revenir sur terre pour botter au derrière leurs successeurs, Henri Leblond et Benoît Lauzière.Une telle gaucherie méritait un commentaire.Au président de Safeguard, j\u2019ai fait parvenir la lettre que voici: Mon cher Président, «Ab imo pectore, ab irato; de minimis non curat \u2018The Safeguard\u2019.Salus populi suprema lex esto! Est modus in rebus.Honoris causa, pro patria semper, \u2018English spoken for never?Why not deutsch?espafiol?italiano?\u2019 Pro patria semper! Supremum vale!» DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 363 Inutile de dire qu\u2019aucune réponse ne m\u2019est parvenue.Il serait heureux que tous ceux et celles qui recevront une lettre «bilingue» d\u2019une entreprise québécoise fasse connaître leur déplaisir à qui de droit.4.L\u2019environnement La pollution nous contamine Il est urgent de passer à l\u2019action.Le Québec reçoit des États-Unis d\u2019importantes quantités de sulfates et de nitrates qui contaminent les lacs, les ressources piscicoles et les forêts.Une bonne nouvelle.Le président des États-Unis affirme que «le temps des études est fini» et William Reilly, responsable de l\u2019Agence américaine de protection de l\u2019environnement, annonce une loi sur les pluies acides.«Le problème, dit-il, est devenu très grave et l\u2019on doit s\u2019en occuper dès maintenant.» Après la loi, une entente avec le Canada est à l\u2019ordre du jour.Un espoir.Le ministre fédéral de l\u2019Environnement, monsieur Lucien Bouchard, a exprimé avec fermeté sa volonté d\u2019agir.Il veut «un engagement assorti d\u2019un échéancier obligatoire, et avec des niveaux de réduction quantifiés».Il fixe un échéancier de sept ou huit ans pour obtenir la réduction de 50% des émissions toxiques.Nos meilleurs vœux! Un autre élément de confiance.La majorité des municipalités régionales de comté ont adopté une politique de protection des berges qui dépassent les exigences du ministère de l\u2019Environnement.La végétation reprendra ses droits sur les berges des cours d\u2019eau et enrayera l\u2019érosion agricole qui représente plus de la moitié de la charge polluante dans le centre de la province.Mais il ne faudrait pas que les gouvernements du Canada et du Québec se contentent de l\u2019action américaine et de l\u2019intervention des MRC.Des problèmes graves de pollution menacent la santé des personnes et la qualité de l\u2019environnement au Québec.Les faits sont connus.30 000 lacs sont contaminés.600 sites de déchets constituent un danger permanent.Les BPC de Saint-Basile et d\u2019ailleurs risquent de provoquer des sinistres.Les montagnes de pneus de Saint-Amable, de Franklin et d\u2019autres lieux demeurent un péril constant. 364 L\u2019ACTION NATIONALE Au-delà de l\u2019amoncellement contaminé hérité du passé, il est d\u2019une extrême importance d\u2019arrêter et de prévenir toute pollution présente et future.Les industries doivent produire des biens de consommation sans infecter l\u2019air, l\u2019eau et le sol et les consommateurs doivent utiliser ces biens sans corrompre leur environnement.Il est aussi valable de demander la diminution de la consommation nucléaire dans toute la mesure du possible.Un jour, on ne sait quand, il faudra payer la note.Déchets et scories Trois bonnes nouvelles.La première: Montréal expédie en Angleterre tous ses BPC pour les voir détruire au cours des prochains mois.La seconde: Montréal et les villes de la communauté urbaine organisent une vaste chasse aux déchets toxiques, le premier samedi de juin.Des résidus domestiques dangereux dorment au fond des caves, des hangars et des armoires.Ils seront détruits avec toute la sécurité requise.La troisième bonne nouvelle: L\u2019expérience pilote sera suivie par l\u2019implantation de dépôts pour les déchets domestiques dangereux.En un premier temps, les postes de pompiers serviront de points de dépôts.Les citoyens pourront y apporter leurs matières dangereuses: poisons, pesticides, peintures, solvants, engrais, produits pharmaceutiques, etc.Ces produits que l\u2019on dépose habituellement dans les sacs verts nuisent au traitement des eaux usées de la métropole, lorsqu\u2019ils n\u2019aboutissent pas dans le fleuve.Certains produisent même des émanations menaçantes.Trois périls à souligner.Le premier réside dans l\u2019étude de l\u2019établissement d\u2019un dépotoir de déchets nucléaires faiblement radioactifs près de la frontière canado-américaine.On y entreposerait les matières radioactives provenant des déchets et des équipements des centrales nucléaires, des usines d\u2019armes atomiques, des hôpitaux, des industries pharmaceutiques, des mines, etc.Il faut être vigilant.Le second péril est typiquement québécois.Sur l\u2019autoroute 30, entre Sainte-Julie et Sorel, la compagnie Erco a déversé comme matériaux de remblayage des centaines de milliers de tonnes de scories radiactives.Des centaines de milliers de tonnes DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 365 sont empilées sur les terrains de la compagnie sans que l\u2019on sache ce qui en adviendra.Le troisième péril: le discours du gouvernement.La lutte à la pollution n\u2019a pas dépassé le domaine des paroles.Le ministère de l\u2019Environnement du Québec a coupé 43 postes dans le budget qui s\u2019est terminé le 31 mars 1989.Ce ministère possédait un faible budget de 300$ millions, dont 260$ millions seulement sont consacrés à l\u2019immense problème de la pollution.Ce fait démontre l\u2019absence de volonté du gouvernement de régler une situation explosive.Comme le gouvernement administre par sondages, il est important que la population réclame des mesures' énergiques et radicales pour prévenir une catastrophe éventuelle.Causer des dommages graves à l\u2019environnement est un geste criminel qui devrait être sévèrement puni.La réglementation actuelle doit être mieux utilisée et elle doit être améliorée en plusieurs de ses dispositions pour être plus efficace.Les sanctions décrétées doivent être adéquates et appliquées.L\u2019eau potable Le Québec est l\u2019une des régions du monde qui compte le plus de cours d\u2019eau.Comment expliquer que l\u2019eau du robinet contient de l\u2019aluminium à Laval, du fer à Trois-Rivières-Ouest, du plomb à Pierrefonds?Comment expliquer qu\u2019il faille faire bouillir l\u2019eau à Repentigny et en nombre de municipalités, notamment pendant l\u2019été?30 000 lacs du Québec sont pollués.Les eaux souterraines sont aussi contaminées par plusieurs matières, dont les pesticides et les nitrates qui résultent de la fertilisation à l\u2019azote.Mais entendons plutôt le témoignage d\u2019un scientifique.Le dr Albert Nantel, directeur du Centre de toxicologie du Québec, remet en question la qualité de l\u2019eau du fleuve comme source d\u2019approvisionnement en eau potable.Il questionnne aussi la sécurité actuelle du traitement de l\u2019eau par nombre d\u2019usines de filtration qui utilisent la technologie du chlore.À son avis, plusieurs villes devront s\u2019alimenter à des sources nouvelles et éloignées de leur territoire. 366 L\u2019ACTION NATIONALE Le dr Nantel, toxicologue réputé, affirme que les normes du ministère de l\u2019Environnement sont déficientes sur le contôle du chloroforme produit par les usines de filtration et les réseaux de distribution.En outre, ces usines ne nous protègent pas adéquatement contre les méfaits du traitement chimique et contre les milliers de micro-polluants toxiques présents dans les eaux brutes.Elles n\u2019extraient pas de l\u2019eau potable tous les métaux lourds, les pesticides et les milliers de contaminants industriels déversés dans le fleuve et ses affluents.Les eaux brutes du fleuve et de ses affluents agricoles contiennent de plus d\u2019importantes quantités de matières organiques et de bactéries.Le chlore utilisé pour blanchir ces eaux tue les bactéries, mais engendre des trihalométhanes et du chloroforme, produits de grande toxicité pour le foie.À moins de mesures énergiques, le problème s\u2019aggravera.Les pollueurs d\u2019ici polluent davantage et les pollueurs ontariens et américains contaminent les Grands Lacs qui corrompent notre majestueux Saint-Laurent.Ainsi, les eaux propres d\u2019aujourd\u2019hui peuvent devenir les eaux contaminées de demain.Le marché de l\u2019eau embouteillée va prendre de l\u2019expansion.Le temps est venu de prendre les moyens pour servir aux citoyens une eau potable de qualité.La dépollution du Saint-Laurent et de ses affluents s\u2019impose dans les meilleurs délais pour que le fleuve redevienne une source d\u2019approvisionnement sûre.Bref, toute cette question de la sécurité de l\u2019eau doit faire l\u2019objet d\u2019une analyse complète.En tout temps, le Québécois doit jouir d\u2019une eau de qualité, potable et en quantité suffisante.5.L\u2019autre pays Quelques projets L\u2019exploitation des réserves pétrolières d\u2019Hibernia représente un projet de 8,5$ milliards que le gouvernement Mulroney a approuvé.Le développement des sables bitumineux à Oslo, en Alberta, est appuyé par Ottawa et il représente un investissement de 4,3$ milliards. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 367 En Saskatchewan, à Lloydminster, l\u2019usine de traitement du pétrole lourd signifie un investissement de 1,2$ milliard subventionné par Ottawa.Les retombées du pipeline de gaz naturel de l\u2019île-de-Vancouver sont prévues à 485$ millions sur l\u2019île de Vancouver.Les études ne cours ne sont pas terminées.Pendant ce temps, le Québec recevra probablement le cadavre de l\u2019Agence spatiale, les contrats étant déjà distribués.Une leçon de la Belgique En Belgique, les Flamands représentent 57 pour cent de la population; les Wallons, 33 pour cent et les germanophones, 10 pour cent.Depuis toujours, les Wallons minoritaires subissaient un sort identique à celui des Canadiens-Français.À titre d\u2019exemple, citons l\u2019expulsion des francophones de l\u2019Université de Louvain, en 1970.Les tensions linguistiques, culturelles et économiques étaient quotidiennes.En ces dernières années, des négociations constitutionnelles ont abouti à une réforme majeure des institutions politiques.Les changements apportés ont provoqué un commentaire laconique de monsieur Bourassa; c\u2019est «une question sémantique chatouilleuse qui peut créer un peu d\u2019anxiété».L\u2019état unitaire s\u2019est transformé en un régime fédéral fortement décentralisé.La nouvelle constitution conserve à l\u2019État central les structures existantes depuis un siècle et demi.Elle lui accorde la compétence sur l\u2019armée, la monnaie, la justice et la conduite des relations internationales.Le parlement central est doté des divisions linguistiques qui ont été établies.Quatre nouvelles assemblées législatives ont été formées.Elles ont juridiction sur la culture, la radio, la télévision, l\u2019éducation, la santé, le développement économique, l\u2019aménagement du territoire et les accords internationaux dans les champs de leur compétence.Les pouvoirs résiduaires ont été accordés aux assemblées législatives et non au pouvoir central.Le personnel diplomatique des Flamands et des Wallons fait partie du corps diplomatique belge.Il bénéficie des privilèges diplomatiques. 368 L\u2019ACTION NATIONALE Dans les Flandres, la langue est flamande.Les Flamands se sont donné un seul gouvernement dont le siège est à Bruxelles.Dans la Wallonie, la langue est française.L\u2019assemblée s\u2019est établie à Namur.Elle a établi ses propres structures.Elle possède déjà un réseau d\u2019une dizaine de délégations réparties sur trois continents.Bruxelles, la capitale du royaume, est une ville bilingue.Elle possède un statut analogue aux Assemblées flamande et wallone.Elle respecte la parité introduite entre Flamands et Wallons.Les observateurs trouvent que la paix sociale et linguistique est revenue au royaume et que la nouvelle fédération permettra à la Belgique de connaître une prospérité accrue.Les négociateurs belges sont-ils plus intelligents que nos fédéralistes canadiens?Gary Filmon, le défenseur des minorités Le premier ministre du Manitoba est un bouillant défenseur des minorités.Son ardeur enflammée a retiré la motion d\u2019appui à l\u2019entente du Lac Meech pour protester contre la Loi 178 qui brimait, selon sa compréhension, les droits de la minorité anglophone du Québec.Toutefois, ce chevalier protecteur des faibles n\u2019est pas sans reproche.À l\u2019époque où il était le chef de l\u2019opposition au Manitoba, il a conduit une croisade contre la reconnaissance des droits des Franco-Manitobains.Il s\u2019est opposé avec fougue au projet de loi du gouvernement de Howard Pawley qui voulait rétablir certains des droits odieusement enlevés à la population francophone du Manitoba, depuis 1890.Son opposition a été bête et méchante.Les députés conservateurs ont refusé d\u2019être présents à l\u2019Assemblée législative pour voter contre le projet de loi.Les cloches du parlement ont appelé en vain les députés durant l\u2019hiver 1984.Une telle obstruction est repoussante en un régime démocratique.Le résultat du barrage antiparlementaire obligea monsieur Pawley à abandonner son projet de loi au feuilleton.Monsieur Filmon appartient à la catégorie des fanatiques intolérants et sectaires.Même si l\u2019article 23 de la loi manitobaine de 1870 établissait le français et l\u2019anglais langues officielles de la DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 369 législature et des cours de justice, monsieur Filmon, défenseur de la minorité anglaise du Québec, écrivait en 1985 que «le français n\u2019a pas été déclaré langue officielle du Manitoba en 1870, ni par la suite jusqu\u2019au projet législatif du NPD de 1983.On ne peut donc justifier l\u2019octroi d\u2019un statut spécial au français sous le prétexte que des droits historiques auraient été abrogées arbitrairement» (Langue et Société, numéro 16, septembre 1985, p.14).L\u2019affirmation est pour le moins fausse et mensongère.L\u2019homme n\u2019est pas de bonne foi.Dans le même article, à la page 14, monsieur Filmon affirme que «l\u2019article 23 de l\u2019Acte de 1870 avait une portée très limitée, car il a été plus souvent violé qu\u2019observé».Voilà un nouveau traité d\u2019équité et de justice.Une loi qui est violée n\u2019oblige pas monsieur Filmon à réparer les injustices et les dommages commis.Le premier ministre du Manitoba a deux prises contre lui, lorsqu\u2019il réclame l\u2019équité pour les minorités anglophones du Québec.Les gouvernements passés et présents de sa province n\u2019ont pas une histoire glorieuse en matière de la protection des droits des minorités franco-manitobaines.Monsieur Filmon est l\u2019héritier d\u2019une tradition d\u2019étroitesse, de fanatisme, d\u2019intolérance et de sectarisme.Il est le fossoyeur et l\u2019entrepreneur funèbre des minorités francophones du Manitoba.M.Filmon, ayez la décence de vous taire.Les missiles nucléaires En 1983, monsieur Trudeau, de désagréable mémoire, avait conclu un accord avec les États-Unis pour leur permettre de faire six essais par année du missile de croisière.Récemment, le gouvernement Mulroney a permis l\u2019essai d\u2019un missile de croisière rafraîchi, super rapide et pratiquement invisible.Un attaché de presse a déclaré que le Canada n\u2019avait pas la possibilité de refuser la demande américaine, puisqu\u2019il était lié par l\u2019entente de 1983.Ou l\u2019attaché ne connaît pas son dossier, ou il a menti.L\u2019entente de 1983 venait à échéance l\u2019an dernier et le gouvernement Mulroney l\u2019a renouvelé pour cinq ans.Sa responsabilité est donc entière.Son jugement est fardé.Il ne tient nullement compte des relations amicales qui se sont établies entre les États-Unis et 370 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019URSS.Il méconnaît les ententes réciproques de désarmement.Il oublie que la technologie militaire a été modernisée à sa pleine capacité.Il néglige le fait que l\u2019essai du nouveau missile compromet les relations canado-soviétiques et que des tensions et une absence de confiance vont naître dans l\u2019esprit de Moscou.Ottawa s\u2019implique dans le développement d\u2019une nouvelle arme stratégique qui est appelée à occuper une place centrale dans la rivalité Washington/Moscou.Ces missiles de croisière sont invisibles, même à la détection des radars.Ils représentent l\u2019arme ultime de la dissuasion nucléaire.Ils sont le prélude de plusieurs générations de missiles qui vont devenir supersoniques, furtifs, précis et à têtes multiples.Ils doivent éventuellement remplacer les armes nucléaires basées sur terre.Le gouvernement du Canada a consenti des essais que les pays de l\u2019Alliance avaient refusés.Notre servilité à l\u2019égard de Washington est consommée et la crédibilité canadienne est fortement ébranlée devant les pays de l\u2019Est et même devant ses amis de l\u2019Alliance.Au lieu de préparer la guerre pour obtenir la paix, Ottawa devrait dénoncer la fabrication de toute arme nucléaire.Il devrait oeuvrer pour réduire les armes atomiques de tout calibre.Il devrait résilier toute participation canadienne à toute activité qui encourage la production d\u2019armes nucléaires.Mais le gouvernement de monsieur Mulroney n\u2019est pas intéressé à promouvoir la paix dans le monde.Le seul projet d\u2019achats de sous-marins nucléaires demeure une épée suspendue sur la colombe canadienne.Des sanctions dérisoires contre l\u2019apartheid Les beaux discours de monsieur Mulroney aux Nations-Unies ressemblent aux promesses d\u2019ivrognes.Le premier ministre peut-il sérieusement déclarer que «le Canada peut être fier de ce qu\u2019il a fait dans sa lutte contre l\u2019apartheid»?Qu\u2019avons-nous fait?Le Canada a menacé de rompre ses relations diplomatiques et commerciales avec l\u2019Afrique du Sud, si Pretoria ne démantelait pas l\u2019apartheid.Ce propos ne coûtait pas cher et n\u2019a rien rapporté.Avons-nous posé d\u2019autres gestes?En juillet 1985, avec tambours et trompettes, le Canada imposait des sanctions commer- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 371 ciales limitées contre l\u2019Afrique du Sud.Quelles ont été les conséquences?11 a fallu attendre un an avant que monsieur Clark déclare que le gouvernement fédéral n\u2019achèterait plus de biens sud-africains.Dans sa bonté naïve, le gouvernement avait laissé aux hommes d\u2019affaires la liberté d\u2019observer volontairement plusieurs des sanctions.Qu\u2019est-il survenu?Les importations canadiennes d\u2019Afrique du Sud ont fait un bond de près 70 pour cent, l\u2019année dernière.Les Canadiens ont importé plus de 149$ millions de biens d\u2019Afrique du Sud en 1988, en comparaison avec 89$ millions en 1987.C\u2019est Statistique Canada qui le dit.Les chiffres doivent être vrais.Voilà ce que nous avons fait pour protester contre le système raciste de l\u2019apartheid en Afrique du Sud.Des paroles et des profits.Pourtant, le sympathique monsieur Joe Clark semble convaincu.Récemment, il présidait à Harare, au Zimbabwe, la conférence des ministres des affaires extérieures des pays du Commonwealth qui délibérait sur les problèmes du sud de l\u2019Afrique.À cette occasion, il déclarait: «Les prix que doivent payer en vies humaines et économiquement les voisins de l\u2019Afrique du Sud sont énormes.Pourtant, ces pays ont un immense potentiel économique susceptible de subvenir aux besoins de toute l\u2019Afrique, mais au lieu de miser sur ce potentiel, la minorité blanche d\u2019Afrique du Sud fait tout pour paralyser le système» (Le Devoir, 7 février 89, p.8).Le ministre des Affaires extérieures du Canada ajoutait que les récents développements en Afrique du Sud ne permettaient pas de croire que le gouvernement de Pretoria soit disposé à abolir l\u2019apartheid.Quelques jours plus tard, monsieur Mulroney parlait encore de la fierté, alors que j\u2019éprouve du dépit et de la honte à observer l\u2019hypocrisie du Canada dans le sort réservé à la population noire de l\u2019Afrique.Au lieu de leadership, nous assistons à la mascarade de politiciens irresponsables.Les Jeux de la francophonie Les Jeux de la francophonie auront lieu à Casablanca et à Rabat, au Maroc, du 8 au 22 juillet prochain.Au-delà de trente pays y participeront. 372 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019occasion était d\u2019or pour concrétiser la notion de société distincte conçue au Lac Meech.Les règles des Jeux permettaient au Québec d\u2019inscrire sa propre délégation.Le bon sens le voulait aussi.Mais cette denrée est rare dans le cervelet de nos politiciens.Pourtant, un précédent récent existait.Il n\u2019y a pas si longtemps, en 1985, aux Jeux de la Côte-d\u2019Ivoire, le Québec avait présenté une équipe distincte d\u2019athlètes avec uniforme spécifique et drapeau à la fleur-de-lys.Au Maroc, le Québec déléguera 120 athlètes sur 240.Des athlètes unilingues anglais et des entraîneurs unilingues anglais participeront aux Jeux de la francophonie.Dans les sports d\u2019équipe, les athlètes québécois porteront les couleurs de la délégation canadienne; les jeunes du Québec ne peuvent pas affronter une équipe qui arboreraient l\u2019unifolié et les couleurs du Canada.Imaginez l\u2019image projetée sur la scène internationale.Dans les compétitions individuelles, les Québécois(e)s porteront les couleurs du Québec.Vous voyez la subtilité.Nous sommes des individualistes.Vive la liberté des individus! La société collective, c\u2019est le Canada.Une consolation de dernière concession: les fédérations québécoises choisiront et entraîneront les athlètes québécois.Ah! si nous étions l\u2019Alberta! Leurs représentants peuvent siéger aux réunions de l\u2019OPEP. SECTION LIONEL-GROULX «A vons-nous comme peuple la volonté de survivre et de porter dans un autre millénaire l\u2019héritage que nous ont légué ces fils de paysans et ces femmes venues de France et d\u2019ailleurs?» Paul-André Comeau La nation canadienne-française En cette section, vingt articles sur la question nationale seront présentés.Les auteurs dissiperont certains équivoques qui sont en train de nous embaumer.Ils appartiennent au groupe limité d\u2019intellectuels qui peuvent \u2014\tclarifier les notions relatives à l\u2019identité nationale; \u2014\tanalyser les forces et les faiblesses de la nation; \u2014\tprévoir l\u2019évolution probable; \u2014\tet proposer des orientations cohérentes.Textes publiés \u2014\tQue devient la question nationale?, François-Albert Angers, novembre 1988, p.811-830 \u2014\tAvons-nous comme peuple la volonté de survivre?, Paul-André Comeau, novembre 1988, p.831-841 374 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tUne population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, p.844-855 \u2014\tDe la culture militante à la culture inquiète, Fernand Harvey, décembre 1988, p.891-906 La situation linguistique au Québec en 1988.Peut-on espérer sortir de ces ambiguités?, Michel Plourde, décembre 1988, p.907-928 \u2014\tL\u2019éducation au Québec, Paul Tremblay, janvier 1989, p.48-68 \u2014\tL\u2019éducation nationale dans les écoles, Lorraine Pagé, janvier 1989, p.69-75 \u2014\tDes groupes ethniques aux communautés culturelles, Pierre Anctil, février 1989, p.140-157 \u2014\tL\u2019accueil des immigrants et des réfugiés, Julien Harvey, février 1989, 158-163 \u2014\tLa qualité de la vie, André Beauchamp, mars 1989.\u2014\tUne mutation de civilisation, Fernand Dumont, avril 1989.\u2014\tL\u2019enseignement de l\u2019histoire, Micheline Dumont, avril 1989.\u2014\tL\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes, Madeleine Blanchet, avril 1989.Textes à paraître \u2014\tL\u2019économie canadienne-française, avril 1989.\u2014\tL\u2019organisation du travail, Gérald Larose, avril 1989.\u2014\tLa pauvreté au Québec, Rosaire Morin, mai 1989.\u2014\tLa vie des minorités françaises, Aurèle Thériault, mai 1989.\u2014\tLe Québec dans la francophonie, Jean-Marc Léger, mai 1989.\u2014\tLe poids des Canadiens-Français et du Québec dans la Confédération, Claude Morin, juin 1989.\u2014\tLa conjoncture politique, Pierre Harvey, juin 1989.\u2014\tLa question nationale, Léon Dion, juin 1989. L\u2019enseignement de l\u2019histoire par MICHELINE DUMONT, Université de Sherbrooke «Le passé n \u2019est rien, sinon ce qui de l\u2019avenir vit en lui et qui n \u2019est rien de plus qu \u2019une grande leçon de choses.» Philippe Couture (Victor Lévy-Beaulieu) L\u2019Héritage, 24 janvier 1989.i\u2014/\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale n\u2019a pas été obligatoire chez nous durant une dizaine d\u2019années.Il semble que notre collectivité ne se remettra jamais de cette erreur pédagogique, ou administrative, ou politique.Cette décision de notre réforme scolaire est invoquée régulièrement pour expliquer la morosité actuelle du nationalisme.Et pourtant.Il semble que nos intellectuels aient la mémoire bien courte.Je soutiens au contraire que cette décision n\u2019a eu qu\u2019un effet secondaire sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire en particulier et sur notre conscience collective en général.Ces propos pourront surprendre.Aussi je m\u2019en explique à l\u2019instant.L enseignement de l\u2019histoire s\u2019est toujours trouvé au cœur de nos préoccupations nationales.On a tour à tour voulu l\u2019instaurer, le diffuser, le restaurer, le dénoncer, le canadianiser, le démystifier, le laïciser, le regretter, le réintroduire, et quoi encore?En 1969, Marcel Trudel le pointait du doigt pour stigmatiser notre double solitude.«Si le Canada est plus que jamais menacé de scission, écrivait-il en conclusion d\u2019une enquête sur 376 L\u2019ACTION NATIONALE les manuels, il faut en chercher la cause pour une bonne part dans la façon dont les citoyens d\u2019aujourd hui ont appris 1 histoire de leur pays1.» L\u2019étude avait été commandée dans la foulée des grandes enquêtes pancanadiennes sur le biculturalisme et le bilinguisme, juste avant l\u2019arrivée de Pierre-Elliot Trudeau à Ottawa.La vérité, c\u2019est qu\u2019à l\u2019époque où cette enquête avait été conduite, on souffrait au Québec d\u2019une overdose d\u2019enseignement d\u2019histoire du Canada et que c\u2019est au niveau primaire que s\u2019effectuait cet enseignement.«Sept années de primaire où revenait pendant une heure chaque semaine, le même récit de martyrs et d\u2019édifiants colons.Puis, juste au moment où l\u2019élève croyait s\u2019en être tiré, hop! il recommençait le tout au secondaire.Et après une brève incursion en histoire générale, avant le grand départ pour la vraie vie, pour les rares rescapés de l\u2019école supérieure, on s\u2019empressait de revenir à La civilisation française et catholique au Canada, histoire de s\u2019assurer que le message était bien appris2 3.» Or, n\u2019oublions pas que les écoliers des années cinquante et soixante à qui ces programmes et les manuels qui les accompagnaient avaient été imposés étaient les premiers enfants de l\u2019école obligatoire et qu\u2019ils étaient les enfants du baby boom.Il faut retenir cette vérité fondamentale: ce sont les plus grosses cohortes scolaires de notre histoire collective qui ont subi ces manuels et ces programmes, qui ont appris à détester 1 histoire nationale à l\u2019école.«Pas étonnant, écrit une spécialiste de l\u2019enseignement de l\u2019histoire, que le Québec ait voté non au référendum5!» Or en critiquant cette interprétation grandiose et religieuse de notre passé collectif, le Rapport Parent, le nouveau ministère 1.\tMarcel Trudel, L'histoire du Canada.Enquête sur tes manuels.Ottawa, 1969, p.169.L\u2019enquête avait eu lieu vers 1965-67.2.\tLouise Charpentier, «Qu\u2019avons-nous enseigné?» dans Bulletin de Liaison de la Société des professeurs d\u2019histoire du Québec.Vol.25, n° 3 (oct.1987), p.31.Ce numéro du 25e anniversaire de la SPHQ est un excellent instrument pour faire le point sur 25 ans d\u2019enseignement de l\u2019histoire.Louise Charpentier a rédigé une magistrale analyse sur Le programme et les manuels d\u2019histoire de la réforme de 1948.Université de Sherbrooke, 1983.3.\tIbidem, p.U. L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 377 de l\u2019Éducation, les premiers départements d\u2019Histoire de nos universités (sous la houlette vigilante de Michel Brunet), le Comité catholique lui-même (qui a officiellement condamné les manuels des écoles primaires en janvier 1967) ont vraisemblablement davantage contribué à transformer le statut de l\u2019histoire dans les programmes d\u2019enseignement que l\u2019établissement de son optiona-lité en 1968.Toujours est-il qu\u2019après une très brève période (au regard de l\u2019histoire, la période 1968-1974 est brève), l\u2019enseignement de l\u2019histoire est redevenu obligatoire pour les élèves du Secondaire IV; que le dynamisme des professeurs d\u2019histoire a été revigoré par ce combat à mener; que le Livre vert sur l\u2019éducation en 1977 a fini par imposer un bloc de cinq matières de sciences humaines au secondaire, dont un cours d\u2019histoire générale en Secondaire II et un cours d\u2019histoire du Québec et du Canada en secondaire IV; que de nouveaux programmes ont été longuement préparés avec la collaboration d\u2019une bonne partie des enseignants (leur préparation s\u2019est étalée sur cinq ans et leur implantation vient à peine de s\u2019achever); qu\u2019il existe une pléthore de manuels scolaires pour enseigner ces programmes.Contrairement à l\u2019idée reçue, je voudrais démontrer que, par rapport à la situation de 1960, le bilan est positif dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire.Cela serait-il possible?Voyons plutôt.Le niveau primaire C\u2019est à ce niveau d\u2019enseignement que les gains sont les moins visibles.La décision du Comité catholique, en 1967, a été sans appel.L\u2019enseignement de l\u2019histoire a disparu des écoles primaires.Un programme intégré a été lancé en 1971: Orientation nouvelles des sciences humaines à l\u2019élémentaire.Des cahiers ont été préparés.Pas moins de six séries de manuels ont tenté de percer le marché.Des dizaines de journées pédagogiques ont été organisées.Peine perdue: l\u2019implantation de ce nouveau programme n\u2019a jamais vraiment décollé.Les institutrices n\u2019ont pas saisi, à ce qu\u2019il semble, ce qu\u2019on attendait d\u2019elles.La seule leçon qu\u2019elles avaient retenue était qu\u2019il était incorrect d\u2019enseigner l\u2019histoire et la géographie au primaire.Et puis, de toutes manières, elles n\u2019avaient pas beaucoup le temps.Ce temps a-t-il été perdu?Pas vraiment.Les enseignants ont assimilé une nouvelle 378 L\u2019ACTION NATIONALE méthodologie face à l\u2019enseignement des sciences humaines avec les enfants.Dix ans plus tard, un nouveau programme était prêt en 1982: Les sciences humaines au primaire.Il s\u2019agit d\u2019une approche intégrée, construite autour de trois concepts fondamentaux: le concept de temps, le concept d\u2019espace et le concept de société.Dans le cadre de ce programme, des thèmes «historiques» sont prévus.Ce sont: 2e année: C\u2019était comment avant?3e année: Au temps d\u2019autrefois (Cadre local) 4e année: Images d\u2019autrefois (Cadre régional) 5e année: Les gens du Québec *Les premiers occupants *Les explorateurs *Les pionniers *Les gens de mon pays 6e année: Les Canadiens d\u2019hier à aujourd\u2019hui * Peuples fondateurs *La vie au temps de nos arrière-arrière-grands-parents *Les arrivants du 20e siècle *Les Canadiens de nos jours Une série de manuels est disponible: la collection Éveil à la réalité pour le premier cycle et la collection Exploration de la réalité au second cycle4.Le matériel relatif à la perspective historique compte pour le tiers du programme et contient des enseignements d\u2019histoire.Certains pourront penser que c\u2019est peu.Mais fort heureusement, l\u2019unanimité pédagogique et didactique est totale pour souhaiter que les anciens récits pieux et émus disparaissent des manuels scolaires.Et fort heureusement, une décade d\u2019abstension totale a complètement éliminé les relents de Guy Laviolette qui auraient pu tramer ici ou là.Les institutrices partent avec un matériel complètement neuf.Il semble que la volonté d\u2019implanter véritablement le programme soit enfin réalisée.La pédagogie historique pour les enfants a abandonné la culture des «dates» et des «héros» et c\u2019est tant mieux.4.Par Ginette Lambert et Jean-Luc Picard, publié au Centre éducatif et culturel. L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 379 Le niveau secondaire Depuis 1982, deux nouveaux programmes sont imposés.Histoire générale en Secondaire II et Histoire du Québec et du Canada en Secondaire IV.On notera au passage cet intitulé.Depuis l\u2019époque du Farley-Lamarche, dont VHistoire du Canada a nourri les élèves privilégiés des collèges classiques, le manuel d\u2019histoire a subi passablement de dénominations: 1956:\tPlante/Martel\tMon pays 1959:\tFilteau\tLa civilisation française et catholique au Canada 1968:\tVaugeois/ Lacoursière\tCanada-Québec: Synthèse historique 1972:\tLacoursière/ Bouchard\tNotre histoire: Québec-Canada 1972:\tLefebvre\tHistoire du Canada à partir du Québec actuel 1974:\tBilodeau/Morin\tHistoire nationale (fascicules d\u2019histoire thématique) 1977:\tCachat\tL'aventure française en Amérique: un défi 1980:\tAllard et al.\tHistoire nationale du Québec Cette liste en dit long sur les détours sémantiques de la conscience nationale.Or, la liste des nouveaux manuels qui correspondent aux nouveaux programmes est tout aussi éloquent: Secondaire II: Histoire générale Guy DAUPHINAIS, De la préhistoire au siècle actuel.Montréal, Éditions du renouveau pédagogique inc., 1986.Bernard DEFAUDON et Normand ROBIDOUX, Histoire générale.Montréal, Guérin, 1985.Michèle FRASER et Claude BLOUIN, Défis et progrès.Histoire générale.Montréal, Les Éditions HRW Ltée, 1985.Michel GOHIER et Luc GUAY, Histoire et civilisation.De la préhistoire à nos jours.Montréal, Lidecinc., 1985.Lorraine LÉTOURNEAU, L\u2019histoire et toi.Montréal, Librairie Beauchemin Ltée. 380 L\u2019ACTION NATIONALE Secondaire IV: Histoire du Québec et du Canada Claude BOUCHARD et Robert LAGASSÉ, Nouvelle-France Canada Québec.Histoire du Québec et du Canada.Montréal, Librairie Beauchemin Ltée, 1986.Gérard CACHAT, À la recherche de mes racines.Montréal, Lidec inc., 1984.Jean-François CARDIN, R.BÉDARD, E.DEMERS et R.FORTIN, Le Québec: héritages et projets.Montréal, Les Éditions HRW Ltée, 1984.François CHARBONNEAU, Jacques MARCHAND et Jean-Pierre SANSREGRET, Mon histoire.Montréal, Guérin, 1985.Louise CHARPENTIER, René DUROCHER, Christian LA-VILLE et Paul-André LINTEAU, Nouvelle histoire du Québec et du Canada.Montréal, Les Éditions du Boréal Express, 1985.Danielle DION-McKINNON et Pierre LALONGÉ, Notre histoire.Montréal, Éditions du renouveau pédagogique inc., 1984.Cette seule diversité témoigne des interrogations existentielles et collectives qui sous-tendent l\u2019enseignement de l\u2019histoire.Elle témoigne aussi du dynamisme des enseignants qui les ont rédigés.Ces manuels ne sont pas d\u2019un calibre identique, mais il n\u2019est pas dans l\u2019objectif du présent article de les départager.En histoire nationale, le contenu politico-juridique des anciens programmes a été abandonné au profit d\u2019une approche beaucoup plus globale qui fait une large place à des thèmes économiques, sociaux et culturels5.En histoire générale, le contenu est axé principalement sur la civilisation matérielle.Les programmes sont copieux, c\u2019est vrai.Mais personne jusqu\u2019ici n\u2019a réussi à résoudre la quadrature du cercle que constitue le mariage d\u2019une grille horaire décente avec les objectifs polyvalents que la société assigne à l\u2019école.5.La remarque de Lorraine Pagé dans son article «Histoire nationale et jeunesse», L'Action Nationale, janv.1989, p.70, est inexacte.De même que son commentaire sur le matériel didactique. L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 381 Plus de 600 professeurs d\u2019histoire bardés de diplômes enseignent ces programmes.Ils sont réunis dans une association, La Société des professeurs d\u2019histoire du Québec, qui a été fondé en 1962 et compte plus de 400 membres.Ils publient une revue Traces et organisent chaque année un congrès où les problèmes les plus importants, pédagogiques, historiques, didactiques, politiques sont débattus.Ils organisent depuis 1978, avec la collaboration de la Fondation Lionel-Groulx et plusieurs commanditaires, un «Concours Lionel Groulx».En 1986, un nombre record de 856 élèves ont participé à ce concours qui couronne une dizaine de lauréats chaque année.Lors du premier palmarès, en 1978, il me semble que le ministre de l\u2019Éducation d\u2019alors, Jacques-Yvan Morin, a versé quelques larmes.Les thèmes du concours ont été les suivants: 1978: Lionel Groulx historien d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui?1979: Maurice Duplessis le chef?1980: Louis Riel, patriote ou rebelle?1981: Louis-Joseph Papineau et le mouvement insurrectionnel au Bas-Canada.1982: Daniel Johnson, un homme, une époque, 1944-1968.1983: L\u2019aube de la société industrielle au Québec (1867-1896).1984: Le Saint-Laurent et l\u2019aventure française en Amérique (le thème du concours le moins populaire!).1985: Les ouvriers et le syndicalisme (1944-1966).1986: La révolution tranquille: 1960-1968.1987: Le Québec d\u2019Honoré Mercier.1988: La rébellion dans le Bas-Canada.1989: Une réponse des Canadiens-français à Lord Durham.Les élèves du secondaire aiment-ils l\u2019histoire?Bien sûr que non.Pourquoi l\u2019aimeraient-ils?Pas plus qu\u2019ils n\u2019aiment la chimie, le français ou l\u2019éducation physique.Ils n\u2019aiment pas l\u2019école, c\u2019est tout, et cela est une question qui n\u2019a rien à voir avec l\u2019identité collective.Surtout, ils ont quinze ans! Les élèves de Secondaire IV de cette année sont nés en 1974.Pour eux, la révolution tranquille est aussi lointaine que pour nous, gens de cinquante 382 L\u2019ACTION NATIONALE ans, le régime Taschereau, alors que nous avions 15 ans en 1950.Ils avaient 2 ans en 1976, 6 ans au référendum, 11 ans quand René Lévesque s\u2019est retiré.À 11 ans, n\u2019étiez-vous pas préoccupés comme eux d\u2019aller jouer avec vos amis sans vous douter le moins du monde qu\u2019il y avait quelque part une question nationale?Ils ignorent, comme d\u2019ailleurs plusieurs millions de Québécois, qu\u2019il existe une revue appelée L\u2019Action Nationale! La réussite du cours d\u2019histoire nationale est obligatoire pour l\u2019obtention du Diplôme d\u2019Études Secondaires.Vous en parlerez à Benoît Dionne (ou à d\u2019autres comme lui) qui enseignent à des groupes de décrocheurs à qui ne manque que ce cours, et qui se sont déjà présentés trois fois à l\u2019examen.Ce processus ne produit pas des amateurs d\u2019histoire, croyez-moi! Les professeurs seraient-ils tous incompétents?Allons donc.Ils sont fatigués, ah ça oui! Mais quand je vois ce qu\u2019ils réussissent à faire dans les conditions qui sont les leurs! La baisse des clientèles scolaires les oblige à enseigner plusieurs programmes, et parfois plusieurs matières.Ils rencontrent parfois entre 185 et 210 élèves quotidiennement.Ils sont menacés par le Dumping et les nouveaux venus n\u2019enseignent que rarement dans leur spécialité.Le niveau de leur compétence est considérablement augmenté depuis 1960, mais vraisemblablement diminué depuis dix ans à cause des contraintes démographiques et syndicales.La tâche est également plus difficile dans les milieux où le nombre d\u2019élèves d\u2019origine étrangère est considérable.Mais malgré tout, ils écrivent des manuels (cf.liste précédente); préparent des expériences; organisent des activités et des ateliers au congrès de leur association.Et en plus, ils se battent: pour obtenir plus de minutes, pour rendre l\u2019histoire obligatoire en Secondaire V, pour faire abolir le sacro-saint examen du Ministère, cause de tous leurs maux.Cet examen comptait 54 pages en juin 1987.Oui.Vous avez bien lu: 54 pages.Même un lecteur de L\u2019Action Nationale n\u2019y aurait pas résisté.Il y a quelque chose qui cloche dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire au secondaire, c\u2019est bien cet examen imposé à toute la province qui limite les initiatives des enseignants.Mais il semble que ce soit une utopie de réclamer son abolition. L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 383 Y a-t-il suffisamment de matériel didactique?Outre les manuels cités plus haut, on trouve des guides pédagogiques, des livres du maître, des séries de cassettes, quelques films, des cahiers d\u2019exercices (huit séries distinctes dont il s\u2019est vendu 214 775 copies de 1975 à 1985)6, une série de 50 cartes murales en couleurs, plusieurs vidéos piratés sur les réseaux d\u2019État, et, dans les armoires de chaque local d\u2019histoire, sous des couches de poussière, tout un matériel oublié, laissé par les sédiments suc-cesssifs des vagues pédagogiques qui ont déferlé dans nos écoles depuis 1965.Je peux me tromper, mais je crois que nous ne manquons pas de matériel didactique.Ce qui n\u2019empêche pas qu\u2019il se trouve des profs trop fatigués pour ouvrir la porte du placard.Si on compare les clientèles de deux périodes données, on obtient le tableau suivant, qui se passe de commentaires.Nombre d\u2019élèves présents aux examens d\u2019histoire du Canada D.l.P.1 le année\tM.E.Q.Secondaire IV Date\tNombre\tDate\tNombre approximatif\t% de la clientèle du secondaire IV* 1948\t2 231\t1968\t46 000\t62% 1949\t2 405\t1969\t53 000\t65% 1950\t2 665\t1970\t52 000\t60% 1951\t2 667\t1971\t45 000\t47% 1952\t2 891\t1972\t48 000\t46% 1960\t17 412\t1973\t42 000\t39% 1961\t20 124 1962\t26 790\t*secteur général et professionnel Source: Procès-verbaux du Comité Catholique.( 1948-1952) R.A.P.Q., 1962, p.75 et 178 Source: B.Deshaies «Quelle place fait-on à l\u2019histoire dans l\u2019organisation de l'enseignement secondaire au Québec?» Conférence donnée à Québec, le 10 mai 1974.Les chiffres sont tirés d\u2019un graphique, d\u2019où leur manque de précision.6.Robert Martineau, «Les cahiers d\u2019exercices.un cheval de Troie dans la classe d\u2019histoire?» Bulletin de Liaison de la SPHQ, vol.23, n° 6 (oct 1985) p.20. 384 L\u2019ACTION NATIONALE Il est sans doute scandaleux que le tiers, puis les 2/5 des élèves n\u2019aient pas reçu d\u2019enseignement de l\u2019histoire.Il l\u2019est certainement bien davantage qu\u2019un nombre aussi considérable de jeunes ne se rendent PAS au niveau secondaire et soient exclus de quelque enseignement que ce soit.Et surtout, ne venez pas me parler des collèges classiques! Au premier cycle, la clientèle variait de 12 000 à 16 000 entre 1955 et I960\u2019.Et je compte les filles, les religieuses et les frères! Au niveau collégial Quand le réseau collégial s\u2019est constitué, en 1968, le programme comportait 13 cours optionnels, dont 5 en histoire canadienne.Cette proportion est passée à 9 sur 19 en 1975.Jusqu\u2019en 1980, un des cours les plus populaires était Le Québec de 1867 à nos jours.Ce cours semble en ce moment supplanté par Histoire des relations internationales de 1914 à nos jours.En 1978, une loi a été votée à l\u2019Assemblée nationale pour rendre obligatoire un cour de Civilisation québécoise au niveau collégial.Après plusieurs années de négociations, le ministère a abandonné l\u2019idée de mettre cette loi en opération.Car, qui aurait cédé sa place dans la grille horaire?Il semble également que le coût de l\u2019opération et l\u2019absence de volonté politique aient été à l\u2019origine de cet échec.À partir de 1990, la banque de cours sera réduite à huit, dont 2 en histoire canadienne: 1.Les fondements historiques du Québec contemporain; 2.Histoire du Canada.Il est très difficile, dans le cadre du présent article, de donner un panorama du statut de l\u2019histoire dans les programmes, compte tenu de la variété extrême de situations d\u2019un collège à l\u2019autre.La majorité des collégiens et collégiennes qui choisissent l\u2019histoire provient de cette voie académiquement stigmatisée: les «sciences humaines sans maths».Les profils d\u2019entrée de l\u2019université ont ici un pouvoir décapant qu\u2019aucune mesure pédagogique ne pourrait contrer.L\u2019histoire peut aussi servir de «cours supplémentaire» à tous les programmes du général ou du professionnel».Dix collè- 7.Fédération des collèges classiques, Recensement de l\u2019enseignement classique.1957.Document n° 5. L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 385 ges sur 45 ont une grille de cours qui orientent les choix des collégiens et collégiennes.Les autres pratiquent le système de «cafétéria».Chose certaine, les cours d\u2019histoire du Québec et du Canada n\u2019ont plus la cote de popularité, principalement à Montréal où ils sont écartés par la clientèle d\u2019origine étrangère.Il y a en ce moment près de 140 professeurs d\u2019histoire, la plupart munis d\u2019une maîtrise, qui boudent la Société des professeurs d\u2019histoire, mais se réunissent dans leur regroupement officiel appelé la Coordination provinciale de l\u2019enseignement de l\u2019histoire.L\u2019an dernier, près de 30 000 cours d\u2019histoire ont été choisis par approximativement 15% de la clientèle totale du réseau.Mais dans le bloc des sciences humaines, l\u2019histoire ne constitue pas une discipline très populaire.Elle est déclassée par la philosophie, forte de ses 4 cours obligatoires, mais aussi par la psychologie (88 069 cours), la sociologie (37 712 cours), l\u2019économie (41 454 cours), l\u2019administration (59 350 cours), qui sont pourtant des matières optionnelles tout comme l\u2019histoire*.Le Concours Lionel-Groulx était proposé également aux élèves du niveau collégial, mais il a attiré un nombre dérisoire de participants.Les collèges classiques constituaient naguère le terreau principal où se décelaient les préoccupations historiques et nationales.Il semble que cette époque soit bel et bien révolue.Par ailleurs, elle est bien révolue également, l\u2019époque où, au collège, on dissertait sur: «Par la croix, la charrue et l\u2019épée!» Sur cet aspect, le progrès actuel est indiscutable.Et les chiffres, encore une fois, viennent éclairer différemment les souvenirs émus des collèges classiques.Les quelque 15 000 élèves qui choisissent l\u2019histoire à la fin des années 1980 et dont le % semble si dérisoire en regard de la clientèle totale du niveau collégial surpassent de beaucoup les élèves des humanités des collèges classiques.En additionnant les classes de Belles-Lettres et de Rhétorique, on obtient 3 116 en 1952, 3 306 en 1954 et 4 456 en 19588 9! 8.\tD.G.E.C., Nombre d\u2019inscriptions au cours par discipline pour les sessions A-87 et H-88.9.\tL \u2019enseignement secondaire au Canada, vol.XXXII, n° 3; vol.XXXIII, n° 5, Bulletin de la Fédération des collèges classiques, vol.III, n° 5. 386 L\u2019ACTION NATIONALE Le niveau universitaire C\u2019est certainement à ce niveau d\u2019enseignement que les changements sont le plus spectaculaires.On compte au moins dix départements d\u2019Histoire qui réunissent au-delà de 200 professeurs.De ce nombre, près de la moitié enseignent l\u2019histoire du Québec et/ou du Canada.Mais il faut ajouter un nombre inconnu de chargés de cours.Ils sont réunis dans plusieurs sociétés et regroupements, participent chaque année à une demi-douzaine de congrès et autant de colloques et se font une lutte impitoyable pour l\u2019obtention des fonds de recherches.Ils se décernent entre eux des prix (Prix Lionel-Groulx, Guy-Frégault, Michel-Brunet), pour s\u2019en tenir aux prix québécois spécifiques à l\u2019Histoire.Mais comme chacun sait, l\u2019histoire n\u2019est plus la seule discipline à exercer son magistère souverain sur la nation.Des milliers d\u2019étudiants et d\u2019étudiantes en histoire se retrouvent chaque année à l\u2019université et, si on en croit le dernier Répertoire de thèses publié par la Société historique du Canada, 834 étudiants et étudiantes de 2e et 3e cycles sont en train de compléter une thèse de maîtrise ou de doctorat.Les professeurs d\u2019université sont responsables de la majorité des publications en histoire et alimentent plusieurs revues spécialisées en articles scientifiques.Les bibliographies sont sans cesse à refaire.La multitude des cours offerts et «choisis» (mais peut-on parler de choix véritable?) dans chaque université défie toute analyse.Chose certaine, les intitulés de cours illustrent l\u2019éclatement actuel de la nature, de la méthode et de l\u2019objet de l\u2019histoire, de même que l\u2019avènement du pluralisme dans l\u2019interprétation.Elle semble bien lointaine, l\u2019époque où on opposait les écoles dites «de Montréal» et «de Québec».Il n\u2019est pas possible de mettre en rapport les mouvements de cette clientèle universitaire avec les mouvements démographiques, trop de facteurs influant sur cette distribution.On peut peut-être malgré tout souligner que c\u2019est la période 1975-1980 qui a vu les plus grosses cohortes d\u2019étudiants en histoire, en nombre absolu, et que ces groupes correspondent justement aux années où l\u2019enseignement de l\u2019histoire n\u2019était pas obligatoire à l\u2019école! L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 387 Les motivations des jeunes qui fréquentent les départements d\u2019Histoire ne sont pas connues.On sait toutefois que l\u2019histoire constitue le plus souvent un deuxième choix et qu\u2019il se trouve dans les départements de forts contingents d\u2019exclus des programmes de droit, d\u2019administration et de psychologie.Devant le peu de débouchés réels qu\u2019offre la spécialisation dans cette discipline, il faut faire l\u2019hypothèse que leurs motivations se partagent entre un peu d\u2019amour pour l\u2019histoire, un intérêt certain pour la politique et des atomes plus ou moins crochus avec la «conscience nationale».Mais la formation méthodologique et scientifique qui est dispensée à l\u2019université ne correspond peut-être plus à ce qui est sous-entendu, lorsque les intellectuels s\u2019intéressent à l\u2019enseignement de l\u2019histoire.C\u2019est que cette préoccupation dissimule une profonde ambiguïté.Aussi, au-delà du bilan somme toute positif qui vient d\u2019être tracé, convient-il de poursuivre notre réflexion.Les ambiguïtés de l\u2019inquiétude actuelle Que les intellectuels de maintenant s\u2019inquiètent de l\u2019enseignement de l\u2019histoire, c\u2019est une vérité de La Palice.Dans la présente série d\u2019articles, la plupart des collaborateurs ou collaboratrices ont commis un petit couplet sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire, et sur la fatidique période 1968-1974 où cet enseignement n\u2019était pas obligatoire.Soit.Mais j\u2019aimerais qu\u2019on s\u2019arrête un peu à quelques réflexions paradoxales.Il se publie, depuis quelques années, de nombreuses études sur l\u2019analyse idéologique des manuels d\u2019histoire.Une récente bibliographie américaine rassemble plus de 500 titres, et on trouve des recherches semblables dans tous les pays.Marc Ferro a publié récemment un petit ouvrage, Comment on enseigne l\u2019histoire aux enfants à travers le monde entier'0, qui illustre à l\u2019envi le parti-pris idéologique qui sous-tend tous les manuels d\u2019histoire, où que ce soit dans le monde.L\u2019histoire, comme Ferro l\u2019a bien montré dans un autre ouvrage, est sous surveillance'1.La société québécoise a dénoncé avec énergie l\u2019interpré- 10.\tMarc Ferro, Comment on raconte l\u2019histoire aux enfants à travers le monde entier, Paris, Payot, 1981.11.\tMarc Ferro.L\u2019histoire sous surveillance.Paris, Calmann-Levy, 1985. 388 L\u2019ACTION NATIONALE tation clérico-nationaliste de l\u2019enseignement de l\u2019histoire et on lui a substitué progressivement une interprétation que certains ont qualifiée de nouvelle12.Mais ne dénoncerons-nous pas cette interprétation dans une ou deux générations?Nous devons nous poser la question.Et il me semble fort étrange que les intellectuels qui sont tellement à l\u2019affût pour pointer du doigt les petites modulations de l\u2019identité collective, ne soient pas sensibles au paradoxe qu\u2019il y a à vouloir en même temps réclamer de l\u2019enseignement de l\u2019histoire qu\u2019il forme l\u2019esprit critique et qu\u2019il nourrisse l\u2019identité nationale.Henri Moniot a très bien exposé ce paradoxe dans sa présentation de l\u2019ouvrage Enseigner l\u2019histoire: Des manuels à la mémoire: «Car l\u2019enseignement de l\u2019histoire a deux natures et deux prétentions contradictoires.Il y a deux versions successives au cœur des plaidoyers en sa faveur, une où il semble servir l\u2019intérêt des élèves, une autre où il semble servir l\u2019intérêt des adultes.(.) Dans la première de ses rationalisations, l\u2019enseignement de l\u2019histoire propose des connaissances pour la construction desquelles, par principe, tous les groupes sont examinés à la même aune, il développe l\u2019esprit critique et l\u2019aptitude à s\u2019informer, il prépare à une certaine intelligence du mouvement des sociétés.Personne autonome et futur citoyen, l\u2019élève en sera mieux armé pour des décisions individuelles et communes encore à venir.Dans la seconde, l\u2019enseignement de l\u2019histoire socialise les enfants, fonde leurs identifications sur des récits particuliers, les attache affectivement à des groupes, leur fais sentir où sont leurs causes d\u2019appartenance et les bonnes causes en général.(.) Cette curieuse duplicité est un secret de polichinelle.Voilà une vérité sue en fait de tous, mais régulièrement oubliée, maquillée ou tue.C\u2019est que les deux argumentations se minent réciproquement, alors qu\u2019on voudrait au contraire capitaliser sans gêne les prestiges et les ressorts des deux références à la fois et pallier les faiblesses de chacune par les avantages de l\u2019autre13.» 12.\tCharpentier, Durocher, Laville, Linteau, Nouvelle histoire du Québec et du Canada.Montréal, Boréal, 1985.13.\tHenri Moniot, «Présentation», à Enseigner l'histoire.Des manuels à la mémoire.Berne, Peter Lang, 1984, p.5-6. L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 389 Quand on parle d\u2019enseignement de l\u2019histoire, il faut être conscient de cette ambiguïté.Mais il faut aussi réaliser que la conscience nationale ne se construit pas exclusivement à l\u2019école et qu\u2019elle s\u2019enracine bien davantage dans la gestion politique de la culture, de la langue, du patrimoine, de notre situation de minoritaire, des fêtes nationales, de ce qu\u2019on a appelé ^affirmation nationale», et que ce n\u2019est pas à l\u2019école que ces décisions se construisent.À cause de ses liens inextricables avec le pouvoir, avec la conscience collective, l\u2019enseignement de l\u2019histoire reste donc toujours «sous surveillance».Elle est, chez nous, la seule discipline scolaire à avoir fait l\u2019objet d\u2019une loi spéciale de l\u2019Assemblée nationale.Avec le français, et depuis peu les sciences, elle partage l\u2019honneur de se voir consacrer régulièrement des articles dans les quotidiens et les revues.Des journalistes en mal de copie se scandalisent périodiquement de l\u2019état d\u2019ignorance des jeunes sur des informations de type encyclopédique.Mais coupables de l\u2019ignorance de leurs élèves, les profs sont également responsables de leur influence.À l\u2019automne de 1970, les autorités politiques établissaient une enquête pour éclairer les cas de «politisation» soupçonnés dans les polyvalentes et les cégeps.Les profs d\u2019histoire figuraient au premier rang des accusés.En 1980, des professeurs se sont vu interdire de faire référence au referendum! Personne, cependant, ne s\u2019est jamais avisé de mettre au pilori le rôle politique joué par les mathématiques dans le processus de contrôle social et de sélection académique des clientèles scolaires.Mais ne nous leurrons pas.Les objectifs sociaux, nationaux ou politiques qu\u2019on assigne à l\u2019histoire sont désormais multiples: unité de la nation, légitimité de l\u2019État démocratique, vérité et objectivité (?) du passé, identité des groupes particuliers, intelligibilité des mécanismes de la vie économique et politique, et quoi encore?À ma stupéfaction, j\u2019ai même lu récemment les propos d\u2019un universitaire qui proposait aux profs d\u2019histoire le projet de «nous créer des mythes collectifs positifs»14! Tous ces objectifs-là, cependant, ne sont pas spécifiques à l\u2019histoire: ils colorent 14.Gérard Bouchard, «Pour une récupération et une ouverture de la culture québécoise» dans Bulletin de Liaison de la SPHQ, vol.25, n° 1, p.13-15. 390 L\u2019ACTION NATIONALE tous les enseignements.Tous simplement, ils semblent plus visibles en histoire.Quant aux programmes officiels, ils formulent des objectifs beaucoup plus neutres.(Voir Annexe.) Or, ce qu\u2019il faut comprendre, c\u2019est que tous ces beaux discours n\u2019ont rien à voir avec ce qui se passe dans les classes.Ces fonctions de l\u2019histoire, elles se produiront tôt ou tard à travers la politique, les médias, le marketing de telle ou telle idée, les bulletins de nouvelles, les émissions du Point ou de Caméra 89 et les sites historiques de Parc Canada.Dans cet orchestre tonitruant, l\u2019humble professeur d\u2019histoire joue du picolo.Il ne saurait rivaliser avec la force d\u2019évocation d\u2019un film, avec la puissance dramatique d\u2019un bulletin de nouvelles, avec l\u2019astuce d\u2019une campagne publicitaire.Son rôle n\u2019est pas de diffuser un message donné, il est justement avant tout de préparer l\u2019élève à affronter ce mitraillage d\u2019informations disparates avec des instruments efficaces.* * * «La conception de l\u2019avenir n\u2019en est qu\u2019une supposition, produite par la mémoire du passé» écrivait Hobbes en 1772.Commentant cet aphorisme, l\u2019historien Edward Carr écrivait: «Notre vision de l\u2019avenir influence notre conception du passé's.» J\u2019avoue que je préfère ce point de vue et que c\u2019est ma vision de l\u2019avenir qui m\u2019a permis de dresser un bilan positif de l\u2019enseignement de l\u2019histoire: de meilleurs programmes, de meilleurs manuels, des professeurs plus nombreux, mieux formés, dont plusieurs sont mobilisés par leur travail, surtout plus de jeunes (mais pas encore assez, c\u2019est entendu) à l\u2019école, et plus d\u2019historiens et d\u2019historiennes que jamais, qui consacrent leur vie à la recherche historique.Si la jeunesse actuelle ne s\u2019intéresse pas, malgré tout cela, à l\u2019enseignement de l\u2019histoire, c\u2019est peut-être tout simplement parce qu\u2019elle n\u2019est pas contente du monde où on l\u2019a fait naître.15.Edward Carr, Qu\u2019est-ce que l\u2019histoire?Paris, La Découverte, 1988, p.41.P.S.Je remercie Louise Charpentier, Luigi Trifiro, Louisette Pothier, Daniel Lépine et Jean-Luc Picard, dont les informations m\u2019ont été précieuses pour documenter l\u2019article.J\u2019assume toutefois toutes les interprétations, évidemment. L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 391 ANNEXE Les objectifs de formation des programmes scolaires en histoire Les Sciences humaines au Primaire (1982) Conclusion De cette analyse des grandes perspectives du nouveau programme se dégage un certain nombre de principes fondamentaux qui commandent et éclairent l\u2019enseignement des sciences humaines au primaire.\u2022\tL\u2019enseignement des sciences humaines porte sur l\u2019étude des réalités dans leur globalité et leurs relations.\u2022\tL\u2019enseignement des sciences humaines part du vécu des enfants et s\u2019y réfère constamment.\u2022\tL\u2019enseignement des sciences humaines vise à aider les enfants à développer leur compréhension du monde plutôt qu\u2019à accumuler des connaissances particulières.Un enseignement conçu sur la base de ces principes \u2022\téveille les enfants aux concepts de temps, d\u2019espace et de société; \u2022\tles initie aux rudiments de l\u2019histoire et de la géographie du Québec et du Canada; \u2022\tles habilite à réfléchir par eux-mêmes sur le réel, avec méthode et sens critique; \u2022\tles incite à adopter et à développer des attitudes positives à l\u2019égard de leur environnement et de leur collectivité.Ces principes ne doivent pas rester des énoncés théoriques dont on convient rapidement et qu\u2019on oublie très vite.Ils ont inspiré la rédaction du programme, ils doivent maintenant imprégner son application en classe en inspirant l\u2019organisation de la démarche d\u2019enseignement, le choix des moyens pédagogiques et la réalisation de l\u2019évaluation. 392 L\u2019ACTION NATIONALE Histoire générale (1982) 2.4 Objectifs de formation Le programme d\u2019histoire générale propose d\u2019atteindre des objectifs de formation qui relèvent du domaine cognitif, mais aussi du domaine affectif.La connaissance historique ne saurait en effet se dissocier de l\u2019expression des valeurs, tant présentes que passées.Cependant, en raison des multiples variantes de la pratique pédagogique, c\u2019est à l\u2019enseignant que revient l\u2019initiative de faire ressortir la dimension affective correspondant au contenu d\u2019ordre cognitif.Ainsi, à la fin du programme d\u2019histoire générale, l\u2019élève devrait: 1.\tAvoir acquis des concepts et des habiletés relatifs à l\u2019étude de l\u2019évolution des sociétés.2.\tÊtre initié à la démarche historique.3.\tÊtre sensibilisé aux réalisations humaines et à la valeur de cet héritage.4.\tPouvoir se situer dans l\u2019évolution du monde occidental.5.\tAvoir pris conscience de la diversité des conditions matérielles et socio-culturelles qui influencent le mouvement social.6.\tÊtre sensibilisé à la complexité et à la relativité des phénomènes sociaux.7.\tFaire preuve d\u2019ouverture d\u2019esprit à l\u2019égard des valeurs étrangères à la société à laquelle il appartient.8.\tÊtre sensibilisé à l\u2019interdépendance grandissante des différentes sociétés.9.\tAvoir développé son intérêt pour l\u2019histoire.Histoire du Québec et du Canada 2.4 Objectifs de formation Le programme d\u2019histoire du Québec et du Canada propose d\u2019atteindre des objectifs de formation qui relèvent du domaine cognitif, mais aussi du domaine affectif.L\u2019étude du passé ne L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE 393 saurait en effet se dissocier de l\u2019expression des valeurs et des attitudes qui expliquent la diversité des comportements sociaux.Toutefois, en raison des multiples variantes de la pratique pédagogique, c\u2019est à l\u2019enseignant que revient l\u2019initiative de faire ressortir la dimension affective inhérente au contenu cognitif du programme.Ainsi, à la fin de l\u2019étude du programme d\u2019histoire du Québec et du Canada l\u2019élève devrait: 1.\tAvoir compris les principales conditions politiques, sociales, économiques, culturelles et religieuses qui ont façonné le Québec dans le contexte canadien.2.\tAvoir accru ses habiletés intellectuels relatives à la démarche historique.3.\tÊtre sensibilisé à la nécessité, aux principes et aux limites de l\u2019analyse historique des phénomènes sociaux.4.\tÊtre sensibilisé à la diversité des appartenances sociales et à la réalité des solidarités et des conflits.5.\tAvoir développé la capacité d\u2019analyser ses valeurs personnelles et celles de son environnement social.6.\tAvoir développé une attitude d\u2019ouverture et de respect à l\u2019égard des valeurs autres que les siennes.7.\tAvoir pris conscience de son rôle de citoyen responsable de l\u2019avenir de la collectivité.CAHIERS DE L\u2019ENSEIGNEMENT COLLÉGIAL 1988-1989 HISTOIRE OBJECTIFS DE LA DISCIPLINE \u2014 L\u2019histoire contribue à la formation fondamentale de l\u2019étudiant-e en tant qu\u2019instrument d\u2019interrogation scientifique à partir de l\u2019observation des faits dans leur évolution structurelle et conjonturelle, en tant qu\u2019instrument de conscientisation apte à faire comprendre les paramètres des grandes problématiques et en tant qu\u2019instrument d\u2019identification et d\u2019appartenance. 394 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 L\u2019histoire est dialogue du passé et du présent et vise à favoriser chez l\u2019étudiant-e la découverte de ses origines, la conscience de son appartenance à une évolution humaine et de sa participation à un héritage culturel.\u2014 L\u2019histoire cherche à connaître le comportement de l\u2019homme dans sa totalité, sa globalité et sa continuité.Par sa méthode scientifique d\u2019observation, d\u2019analyse, et de synthèse, l\u2019histoire permet de saisir la complexité des phénomènes dans leurs interactions, et de développer la capacité de jugement, 1 esprit critique et le sens du relatif.\u2014 L\u2019histoire soulignant le poids respectif de l\u2019individu, de la société et des déterminismes qui influent sur eux révèle que l\u2019homme est un agent majeur de l\u2019évolution historique. L\u2019insertion professionnelle et sociale des jeunes1 par MADELEINE BLANCHET, Présidente du Conseil des Affaires sociales Is sont 1 663 000 jeunes de 15 à 29 ans à former un nouveau Québec social dont les caractéristiques ne se limitent plus à la seule notion d\u2019âge.Car on parle maintenant d\u2019une culture de l\u2019adolescence: l\u2019univers social des jeunes s\u2019est distancié de celui des adultes dans les intérêts culturels, les modes vestimentaires, les lieux de loisirs, la musique et jusque dans les croyances et les valeurs.On a dit des jeunes qu\u2019ils forment une génération sacrifiée, marginalisée par rapport au reste de la société et pour le reste de leur vie.Qu\u2019au mieux les plus scolarisés s\u2019en tireraient, tandis que les autres feraient face toute leur vie à un problème d\u2019insertion professionnelle et sociale.Est-ce bien vrai?Force nous est de constater que l\u2019accès au monde du travail ne sera plus pour ces jeunes ce qu\u2019il a été pour leurs aînés, les enfants du baby-boom.Cela n\u2019est toutefois pas dû aux caracté- *\u2022 Mes remerciements s\u2019adressent à M.Yvan D\u2019Amours, du Conseil des Affaires sociales, à M.Pierre Derome, du Conseil permanent de la jeunesse du Québec, ainsi qu\u2019à M.François Houle du ministère d\u2019État à la jeunesse, pour leur collaboration dans la recherche de documentation et leurs précieux commentaires. 396 L\u2019ACTION NATIONALE ristiques propres aux jeunes, mais plutôt aux caractéristiques du monde du travail.Une étude récente du Conseil économique du Canada révèle que le chômage le plus difficile à résorber, ce que les économistes appellent le chômage «structurel» \u2014 celui qu\u2019on ne peut attribuer aux fluctuations normales de l\u2019activité économique \u2014 s\u2019est aggravé en raison du rythme accéléré des grandes mutations économiques des 30 dernières années.Le chômage de longue durée s\u2019est accru et il diminue plus lentement au Québec et dans les provinces où la base industrielle n\u2019est pas aussi diversifiée que celle de l\u2019Ontario.Rappelons que le taux de chômage désaisonnalisé atteint 8,9°7o au Québec, contre 4,8% en Ontario.Mutations dans le monde du travail Le Conseil économique souligne également que la croissance du secteur tertiaire a été plus rapide que celle des entreprises des biens, ce qui a créé une demande de compétences que de nombreux chômeurs ne possèdent pas.Or, le commerce de détail, rappelle-t-il, et les autres entreprises de services où les emplois sont faiblement rémunérés comptent depuis longtemps une forte proportion de femmes et de jeunes.Malgré la scolarisation plus poussée de la jeune génération, son insertion professionnelle (et sociale par conséquent) se trouve limitée par ces changements survenus dans le monde du travail et devant lesquels ils se sentent impuissants.Parmi les solutions qu\u2019envisage le Conseil économique du Canada il y a, premièrement, le recrutement d\u2019un plus grand nombre de travailleurs âgés; et deuxièmement, le recyclage des emplois à faible qualification par l\u2019amélioration de la rémunération, des avantages sociaux et les perspectives de promotion.La deuxième solution avantagerait les jeunes (et les femmes), tandis que la première aggraverait le chômage des jeunes et leur marginalisation.Pourquoi ne pas, au contraire, avoir une politique de discrimination positive vis-à-vis des jeunes (dont la moitié sont des jeunes femmes)?Notre société a bien adopté avec succès, une politique de discrimination positive vis-à-vis l\u2019emploi des femmes en général. L\u2019INSERTION PROFESSIONNELLE ET SOCIALE 397 Discrimination positive Discrimination positive veut dire priorité à l\u2019embauche des jeunes et à la valorisation de leur formation en cours d\u2019emploi.Ce qui a été une réussite chez les femmes pourrait l\u2019être chez les jeunes.Ainsi pourraient-ils et elles participer pleinement au développement du Québec.Et non seulement au développement économique, mais aussi au développement démographique.Dans son avis sur la politique familiale remis au gouvernement en avril 1988, le Conseil des Affaires sociales signalait qu\u2019un grand nombre de jeunes couples retardaient leur projet de mettre au monde les enfants qu\u2019ils désiraient en raison d\u2019un revenu insuffisant, lui-même lié aux difficultés qu\u2019ils rencontraient à s\u2019assurer un poste de travail permanent plutôt que temporaire du travail à temps plein plutôt qu\u2019à temps partiel.On ne peut certes les blâmer d\u2019agir ainsi: ils font preuve d\u2019un sens des responsabilités qui les honore.Les conséquences de cette décision sur le nombre de naissances s est vite fait sentir.Celles-ci sont passées de 97 498 en 1980 a 83 486 en 1987.Et la baisse des premiers et deuxièmes enfants est plus spectaculaire que celle des troisièmes.On ne peut pas invoquer la chute des valeurs religieuses ni la contraception comme les causes premières de ce déclin.En fait, le marché du travail est le premier responsable du déclin récent et c est à ce problème qu\u2019il faut s\u2019attaquer, si l\u2019on veut redresser la courbe démographique.Mais cela ne peut être le seul objectif poursuivi, bien qu\u2019il soit primordial.Car on ne peut prendre le risque d\u2019augmenter le nombre d\u2019enfants négligés ou stressés émotionnellement.Développement démographique, social et économique Un deuxième objectif relié au développement social et à 1 harmonie social serait donc de valoriser le rôle de parent-travailleur, tout en fournissant à ces parents le soutien nécessaire: services de garde diversifiés et flexibles, mais aussi horaires lexibles, temps partagé.Voilà une bonne façon de diminuer le nombre d\u2019enfants négligés et stressés émotivement.Voilà la vraie solution aux problèmes démographiques que connaît notre oc dé- Et il n\u2019est pas vrai que le développement économique 398 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019en trouvera handicapé ou retardé.L\u2019expérience de nombreux pays prouve et démontre amplement que les formules qui augmentent le bonheur au travail et à la maison sont gagnantes.Ainsi de nombreux jeunes ne demeureraient plus au rancart d\u2019une société qui semble les considérer inaptes à participer à son progrès.Les jeunes pourraient s\u2019affirmer et s\u2019épanouir à leur tour et participer pleinement au développement économique, démographique et social du Québec.De plus, j\u2019aimerais faire un plaidoyer pour une démographie douce.Éviter les chocs démographiques, tels que celui du baby-boom, ne peut qu\u2019être favorable à l\u2019harmonie dans les rapports sociaux et à l\u2019équité dans le partage du marché du travail, car il ne faut pas oublier que la génération du baby-boom monopolise les emplois, privant aussi largement les jeunes de ce droit qu\u2019ont eu leurs aînés.Mais peut-on contrôler les séismes tels que celui du baby-boom de l\u2019après-guerre?Chômage et lutte contre le chômage Avec un taux de chômage de 14,9% chez les jeunes de 25 ans, le marché du travail n\u2019est pas toujours très accueillant pour les jeunes.Et beaucoup sont contraints à créer leur emploi ou leur propre entreprise.Débrouillards, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer en affaires.Les programmes gouvernementaux ne manquent pas pour les encourager à bâtir leur propre carrière.Le parcours est parfois tumultueux: difficulté d\u2019emprunter auprès des institutions financières, mauvais choix du créneau, mais l\u2019expérience serait toujours positive, malgré toutes les difficultés.Accès à l\u2019éducation supérieure Mais le nombre des jeunes diminue.D\u2019ici 20 ans, il y aura 20 000 étudiants de moins dans les universités (1 000 par année).Conséquence de la dénatalité.Afin que les jeunes puissent bénéficier d\u2019une éducation supérieure accessible à tous, il faudra maintenir des frais de scolarité raisonnables à l\u2019université.Ceci permettrait d\u2019eviter un trop fort endettement.Beaucoup hésitent à fonder une famil e au moment où ils y aspirent le plus, en raison de leur endettement. L\u2019INSERTION PROFESSIONNELLE ET SOCIALE 399 D\u2019une étude publiée récemment par Statistique Canada, il ressort que le fossé s\u2019élargit entre les jeunes et les travailleurs plus âgés: près du tiers des emplois occupés par les travailleurs de 16 à 24 ans tombaient dans la catégorie salariale la plus faible contre seulement 16% en 1981.Ces chiffres, écrivent les auteurs du rapport, illustrent l\u2019accélération d\u2019un phénomène qui a commencé à se faire sentir dans les années 70.(Picotte et Wahnele.) En 1987, le taux de chômage chez les jeunes du Québec était de 14,9% (13,9% au Canada et 9,8% en Ontario).Bien que ce chiffre soit bien inférieur à ce qu\u2019il était quelques années auparavant, il reste beaucoup plus élevé que le taux de chômage des adultes, qui est de 9,1%.D\u2019autre part, le chômage chez les jeunes dans certaines régions du Québec et dans Montréal même est très élevé, atteignant 25%, et même 30%.1 ,eSt dair que des milliers de jeunes éprouvent de grandes îfficultes à faire la transition de l\u2019école au travail.Chaque année, pourtant, plus de 60 000 jeunes entrent sur le marché du travail immédiatement après avoir quitté l\u2019école, sans avoir terminé leurs études secondaires, ni fréquenté le CEGEP.Or, le taux de chômage chez les jeunes décrocheurs n\u2019ayant pas terminé leur 12e année est le double de ceux qui possèdent un diplôme universitaire ou même un diplôme d\u2019études collégiales.Malgré cette corrélation étroite et bien connue entre le niveau d\u2019instruction et l\u2019emploi, 30% des jeunes Québécois abandonnent leurs études secondaires.Or, ils se trouvent mal prepares a affronter un marché du travail où l\u2019apparition des nouvelles technologies a fait disparaître de nombreux emplois non spécialisés.C\u2019est principalement dans les industries de services qui utilisent une grande quantité d\u2019information et qui exigent un niveau eleve d\u2019initiative et de compétence personnelle que l on constate une croissance de l\u2019emploi.h ,C^pe\"dant> C°mme la génération qui les a précédés, celles des baby-boomers, occupe la majeure partie des emplois à temps partiel et des emplois protégés par les conventions collectives les jeunes se retrouvent souvent dans l\u2019impossibilité d\u2019occuper un emploi à temps plein.En outre, beaucoup de jeunes passent par des cycles répétés de chômage au cours d\u2019une même année et se retrouvent ainsi assistés sociaux. 400 L\u2019ACTION NATIONALE Aussi, malgré une baisse des taux de chômage dans leur ensemble, les jeunes de certains milieux et de certaines régions du Québec restent exposés à de graves problèmes.Si personne n\u2019intervient, ces problèmes risquent de se poser de façon encore plus aiguë pour la prochaine génération de décrocheurs du secondaire.Car la transition de l\u2019école au travail survient à un moment critique dans la vie des jeunes.Elle coïncide avec la transition de l\u2019enfance à la maturité et d\u2019une situation de dépendance à une situation d\u2019indépendance.On ne peut passer sous silence les coûts élevés des dépenses d\u2019assurance chômage et d\u2019assistance sociale.Le fardeau de la dépendance est énorme au Québec, où 10% de la population dont 27% de jeunes vivent de l\u2019assistance sociale.Mais il y a des coûts moins tangibles et plus inquiétants encore.Les jeunes qui ont des difficultés d\u2019insertion professionnelle sont davantage exposés à des problèmes de santé tant mentale que physique.Ils sont plus exposés à l\u2019abus d\u2019alcool, a la prostitution, à la drogue et au crime.Les dommages causés à la société par ces comportements autodestructeurs sont énormes.Une enquête récente de Madeleine Gauthier de l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture traite des attitudes des jeunes chômeurs.À lire et à relire, car on apprend beaucoup sur eux.En conclusion, si la jeune génération ne peut s\u2019intégrer a la population active, la perte d\u2019un tel potentiel aura des consequences graves sur les plans démographique et social.Or, l\u2019investissement nécessaire pour créer des passerelles entre les études et le travail s\u2019amortirait de lui-même grâce à la contribution de ces jeunes travailleurs à l\u2019économie.Ceci est prioritaire tout comme la discrimination positive lors de l\u2019embauche.Ainsi, notre société reconnaitraît-elle le rôle essentiel que les jeunes ont à jouer pour l\u2019avenir de notre nation.Une génération sacrifiée?Cela dépend de la décision de ceux qui détiennent les postes de commande et qui ont entre 40 et 60 ans.Ils n\u2019ont pas connu le chômage, ni même de problèmes d\u2019insertion professionnelle ou sociale; poseront-ils les gestes appropriés pour corriger la situation?La réponse leur appartient. Une mutation de civilisation par FERNAND DUMONT À revenir des années en arrière, à considérer les bouleversements qui ont affecté nos sociétés, un homme de mon âge pourrait repeter la phrase de Michelet commençant à écrire l\u2019histoire de son siecle: «L\u2019allure du temps a changé.Le temps a doublé de pas d une manière étrange.» Au point, ajouterai-je, que nous sommes desemparés, lorsque nous tentons de dégager les lignes de force de ces changements étonnants.Remarquons tout d\u2019abord que la mutation qui a bouleversé la société québécoise a concordé avec des mutations semblables des sociétés occidentales.Je lisais ces jours derniers l\u2019ouvrage que mon collègue Henri Mendras vient de publier sur l\u2019évolution de la société française depus 1945: j\u2019y ai reconnu à peu près tous es traits de notre propre histoire récente.Soulignons rapidement quelques points de repère.m .L\u201cidéologies- encore mobilisatrices il y a peu, sont en som-!' °n,parle\u2019]!est vrai- d\u2019un renouveau du néo-libéralisme- en réalité, il ne s\u2019agit pas du remplacement d\u2019une idéologie par une ~'!|de 13 dlsclualification des vues d\u2019ensemble au profit de 1 Etat administrateur, de l\u2019Etat gérant.En même temps, on assiste aussi a une crise de la participation, de l\u2019allégeance aux grandes institutions: aux Eglises, aux syndicats, notamment.Pour Radio-Canada, janvier 1989. 402 L\u2019ACTION NATIONALE Les rapports entre les classes sociales se modifient radicalement, même si on continue en certains cercles d\u2019user d un langage qui ne convient plus à la réalité.Pendant longtemps, on répartissait les classes selon deux pôles: la bourgeoisie et le peuple, avec un entre-deux, les classes moyennes, partagées entre des éléments de situations et de conscience empruntés aux extremes opposés.Avec la croissance du secteur tertiaire, des occupations de services et de gestion, les classes moyennes ont non seulement grossi leurs effectifs: elles ont développé des aspirations, toute une symbolique de la vie sociale qui contaminent désormais les autres classes au point d\u2019en brouiller les frontières.1 se pourrait que ces classes moyennes, par leur insistance sur la qualité de la vie, le bien-être, l\u2019individualisme, soient le creuset des nouvelles valeurs qui explique ce déclin des grandes ideologies, la crise des grandes institutions dont je parlais à l\u2019instant.Si les distinctions entre les anciennes classes sociales s effilochent, nos sociétés n\u2019en deviennent pas pour autant plus égalitaires.Par exemple, des chercheurs d\u2019ici ont montré qu il y a deux Québec: un Québec en croissance, qui réunit 54% de la population; l\u2019autre, en état de désintégration, rassemble 46% de la population.À quoi il faudrait ajouter une série d\u2019indices sur les exclus des valeurs que l\u2019on croit communément courantes: je rappelle seulement, à titre d\u2019exemple, qu\u2019une personne sur quatre est un «analphabète fonctionnel», que 40 000 jeunes quittent l\u2019école chaque année avant d\u2019obtenir le certificat de secondaire V Le cas du Québec n\u2019est pas singulier: dans tous les pays d Occident, des enquêtes, des livres nous révèlent que les marginaux du progrès se multiplient.Les valeurs prédominantes des classes moyennes entravent la prise de conscience de ces nouvelles formes de l\u2019inégalité.D\u2019où le décalage entre les propos des pouvoirs et les problèmes nouveaux qui surgissent.Certes, on parle beaucoup des droits de la personne: mais on désigne ainsi le plus souvent des individus dépouillés abstraitement de leurs appartenances.Oui, «l\u2019allure du temps a changé».Cependant, la tache demeure la même: dévoiler ce qui se cache sous les changements de surface, dénoncer les problèmes dissimulés sous la satisfaction du progrès.L\u2019essoufflement des idéologies, la crise des grandes institutions sont en ce sens le phénomène le plus grave. UNE MUTATION DE CIVILISATION 403 avec quel appui allons-nous pouvoir nous représenter le destin de nos sociétés, si ne reste plus que la gestion paisible du niveau de vie croissant des privilégiés? SECTION LA PROSPÉRITÉ Hommage à la mémoire de GASTON BEA UDR Y La population du Québec, redressement possible Cette section de L\u2019Action Nationale vous présente des etudes sur le problème démographique du Québec.Des démographes des économistes et des hommes «ordinaires» ana ysent les faits e proposent des solutions à un problème national qui peut devenir tragique.Nombre d\u2019articles traitent du développement dont l\u2019état de santé est étroitement lié à la croissance démographique.Si notre generation est incapable de redresser les tendances prévisibles, nos petits-enfants n\u2019auront pas le choix: ils devront s assimiler.Textes publiés La population \u2014 Dossier sur population la situation présente et l\u2019avenir prévisible de là du Québec, Équipe Jacques Henripin, mai 1988, p.218-382 _ Une population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, p.844-855 LA POPULATION DU QUÉBEC, REDRESSEMENT POSSIBLE 405 \u2014\tVieillissement et dépenses de l\u2019État: deux nouvelles études, Hervé Gauthier, février 1989, p.176-185 \u2014\tUne société sans enfants est une société sans histoire, Rosaire Morin, juin 1988, p.395-432 La famille \u2014\tLe problème de la dénatalité pose celui de la pauvreté de notre morale collective, Jacques Grand\u2019Maison, février 1989, p.172-175 \u2014\tLes allocations pour enfants et la politique des naissances au Québec, principes directeurs et proposition concrète de réforme, Pierre Fortin, décembre 1988, p.931-951 \u2014\tLa conciliation du travail et de la famille, Marcel Laflamme, mars 1989.Le développement \u2014\tLe développement régional, une responsabilité locale, Jean-Claude Guérard, janv.1989, p.78-94 Textes à paraître La famille \u2014\tRéflexions sur la famille québécoise, Simon Langlois, mars 1989.\u2014\tLa politique familiale du gouvernement du Québec: planification, coordination, décentralisation, Alain Laramée, avril 1989.\u2014\tLes politiques familiales du gouvernement du Canada, Jean-Paul L\u2019Allier, juin 1989.Les migrations \u2014\tL\u2019avenir des groupes ethniques au Québec, Pierre Anctil, mai 1989.\u2014\tLes migrations interprovinciales, évolution, causes, perspectives, Marc Termote, juin 1989.\u2014\tLes immigrants investisseurs vers les régions, Jacques Proulx, avril 1989. 406 L\u2019ACTION NATIONALE Le développement \u2014\tLe plein emploi, coût du chômage et de l\u2019aide sociale, assurance-travail, Robert Laplante, mars 1989.\u2014\tL\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes en difficulté, Jean-Pierre Lamoureux, mars 1989. Disparaître?par ROSAIRE MORIN T -/es talents de Lise Payette et la plume de Jean-François Mercier ont réalisé un film fort intéressant.La projection de ce documentaire à la télévision, le dimanche, 12 février, a été plus utile au Québec que la diffusion des séries Dallas et Dynastie.Une telle émission devrait être reproduite à plusieurs reprises.Elle situe le problème démographique du Québec dans une réalité assez juste et en un langage vulgarisé que le bon peuple comprend.Mes commentaires s\u2019éloigneront de la critique négative de Jean-Claude Leclerc, dans Le Devoir du 14 février.Comme il lui arrive quelquefois, monsieur Leclerc a entendu ce qu\u2019il voulait comprendre.Il devrait, pour reprendre son expression, refaire son devoir.Ses jugements sont sans appel.Ils ressemblent à ceux de la Cour suprême.Ils ne sont pas toujours justifiés.Leclerc invoque la «science-fiction» pour «faire peur au monde».Il «se serait attendu à plus de rigueur» «du manifeste alarmiste».La crainte de «refaire leurs devoirs».Là-dessus, j\u2019oublie Leclerc.J\u2019oublie aussi son patron, monsieur Lauzière.Ces deux hommes-là sont parfaits et universels.J\u2019aimerais tant être comme eux.Heureusement, la Providence ne l\u2019a pas voulu.J\u2019admets sans discussion que le titre «Disparaître?» est teinté de scepticisme.mais celles et ceux qui ont étudié le problème démographique sont vraiment inquiets et ils s\u2019interrogent sur l\u2019avenir démographique de la nation canadienne-française.Oh! certes, certaines nuances manquaient.La faiblesse de la politique familiale au Québec n\u2019a pas été suffisamment mise en 408 L\u2019ACTION NATIONALE évidence.Le film aurait dû insister davantage sur la nécessité de baser notre capacité d\u2019accueil sur la croissance de la natalité.L\u2019évolution économique du Québec est un autre élément de base qui doit être utilisé pour quantifier le nombre d\u2019immigrants à recruter.Le suicidaire multiculturalisme n\u2019a pas été dénoncé avec assez de force.L\u2019immigrant qui choisit le Québec doit accepter de vivre dans une société française où la culture deviendra québécoise avec l\u2019interaction des communautés culturelles, mais où la langue française demeurera le dénominateur commun.Voilà pour mon commentaire.Mais le film est formidable, et voici ce que j\u2019y ai vu et entendu.Le déclin démographique Pouvons-nous arrêter le déclin démographique, telle est la question fondamentale qui est sous-jacente dans le scénario.Le fond de scène est impressionnant.150 000 Tremblay, ça se fête depuis toujours.Pour toujours?Ce n\u2019est pas certain.«Tremblay, réveillons-nous.Nous sommes à la croisée des chemins entre la survie et l\u2019extinction.À devenir universels, nous pouvons perdre notre identité.» Mais disparaître, c\u2019est bien loin de nos préoccupations.L\u2019auteur explique.On ne s\u2019est jamais senti aussi fort.Nous deviendrons maîtres chez nous, disait Jean Lesage.Le Québec est le bastion francophone de l\u2019Amérique du Nord.Sa population est la plus jeune en Occident.Son niveau de revenu est le troisième du monde.Ses réalisations dépassent ses frontières.Le peuple a même rêvé de devenir un pays.Pourtant, le déclin est à nos portes.Jean-François Mercier constate.Le nombre d\u2019enfants diminue constamment.C\u2019est la chute la plus rapide de tout l\u2019Occident.Le Québec passe rapidement de la chaise haute à la chaise berçante.La population est un des peuples qui vieillira le plus rapidement.20 pour cent des personnes âgées vivent sous le seuil de la pauvreté.L\u2019économie québécoise n\u2019est plus aussi prometteuse qu\u2019elle l\u2019était.En 1989, nos dépenses en éducation sont 30 fois plus élevées qu\u2019en 1950 et les dépenses de santé ont été multipliées 67 fois en ces 40 dernières années.Ces changements de l\u2019eau en vin ne se feront plus. DISPARAITRE?409 La politique familiale Et l\u2019information suit sur la politique familiale.La législation sociale de la France est brièvement illustrée.Les allocations familiales sont plus généreuses que les nôtres et elles ne sont pas imposables.Les garderies sont ouvertes toute la journée et un demi-tarif est consenti pour les familles de trois enfants.Le salaire est presque complet pendant les congés de maternité.L\u2019école maternelle est ouverte toute la journée et elle accueille les jeunes dès l\u2019âge de trois ans.En des conditions de vie favorables à la famille, la France est le pays de l\u2019Occident le moins touché par la baisse de la fécondité qui se situe à 1,84 enfant par femme.Le film souligne, chiffres à l\u2019appui, que le système québécois est loin derrière les conditions offertes par la France.Une famille québécoise qui gagne 14 000$ par année de plus qu\u2019un couple français doit vivre avec 5 000$ de moins, compte tenu des impôts et des frais de garderie.La solution de l\u2019immigration La solution de l\u2019immigration est alors longuement abordée.À Montréal se retrouvent 90 pour cent de tous les immigrants du Québec.On y compte 150 000 personnes des communautés visibles.C\u2019est peu.et c\u2019est beaucoup à la fois.En certains quartiers, ils forment déjà une majorité.Mais l\u2019ennui, c\u2019est le départ massif des immigrants qui nous quittent pour le Canada anglais.De 1966 à 1987, 506 000 nouveaux venus sont arrivés et 312 000 sont repartis.Le film présente aussi des dangers d\u2019un ordre différent.Là-dessus, des débats s\u2019élèveront toujours.Ce qui a été vécu en Allemagne, en Angleterre, en France, à Miami et à Toronto est cité.La relation n\u2019est pas inutile.La solution de l\u2019immigration n\u2019est pas un remède de tout repos.Les difficultés que d\u2019autres pays ont connues peuvent être évitées si nous sommes assez intelligents pour en tenir compte.C\u2019est, j\u2019imagine, l\u2019intention des auteurs du film.Avec eux, faisons route.Pour rebâtir l\u2019Allemagne dévastée, on a fait appel à l\u2019immigrant travailleur.Si l\u2019économie faiblissait, on invitait les nouveaux venus à retourner dans leur pays d\u2019origine.Mais, un jour, l\u2019immigrant a décidé de rester.Plus d\u2019un million de Turcs ont 410 L\u2019ACTION NATIONALE perdu le goût de la terre natale.L\u2019Allemane compte aujourd\u2019hui trois millions de chômeurs.De fortes tensions s\u2019élèvent.Les Allemands sont si jaloux des immigrants que les portes du pays leur sont maintenant fermées.L\u2019Angleterre a connu une immigration massive des Antilles, des Indes et du Pakistan.Des chocs violents sont survenus et le pays fait face à un racisme grandissant.L\u2019école est le champ de bataille de l\u2019enjeu culturel.En certains milieux, les jeunes sont confrontés à l\u2019étude de plusieurs langues dans un même semestre.Le besoin existe d\u2019affirmer prédominante la culture britannique.Le système d\u2019éducation est en pleine confusion.Les tenants du multiculturalisme entendent donner à tous la même éducation.Les oppositions naissent et personne n\u2019avait prévu la violence qui explose, les batailles de rues et les conditions de vie des ghettos anglais.Depuis déjà plusieurs années, l\u2019Angleterre a fermé ses portes à l\u2019immigration.Elle reçoit trois fois moins d\u2019immigrants que le Canada.Le seuil de la tolérance a été dépassé.Le film montre aussi que la France n\u2019a pas été épargnée.Les tensions raciales de Marseille, à titre d\u2019exemple, font l\u2019objet de plusieur commentaires.La dernière vague des immigrants a fait déborder le verre.13 pour cent de Nord-Africains y sont établis.Dans la rue, les Marseillais disent que les Arabes leur ont volé la ville.À la grandeur du pays, il n\u2019y a pas que le Front national qui parle du danger de voir la France devenir une république islamique.L\u2019islam est déjà la deuxième religion de la France.Le pays a pratiquement fermé ses portes à l\u2019immigration et on prend maintenant la précaution de ne pas grouper les immigrants, afin de leur permettre de mieux s\u2019intégrer.Miami devient une ville espagnole avec la venue massive des Cubains qui y ont amené la prospérité.Mais des Américains disent avoir perdu la ville.Pour eux, elle est devenue le centre de l\u2019Amérique du Sud.À Miami, il faut savoir l\u2019espagnol.L\u2019influence de cette langue est devenue si grande que l\u2019État de la Floride a décrété que l\u2019anglais était la langue officielle.Monsieur Leclerc ironise avec facilité.«Seul Toronto aurait découvert l\u2019art de prospérer avec des immigrants propres, anglicisés et ambitieux.» Je lui retourne la balle.«On reste abasourdi DISPARAÎTRE?411 devant pareils simplismes.» Certes, le film aurait pu présenter d\u2019autres modèles d\u2019intégration.Mais Toronto présente l\u2019image d\u2019une ville qui a su imposer son style à l\u2019immigrant, et non l\u2019inverse.À titre d\u2019exemple, les 156 000 Chinois que l\u2019on y retrouve s\u2019assimilent en public à la culture anglaise, et c\u2019est en privé qu\u2019ils protègent leur culture et leur langue.11 en est ainsi de toutes les communautés.Même si chacune a son village, tous les immigrants sont torontois et parlent l\u2019anglais.À Toronto, l\u2019immigration = money.Face à l\u2019immigration Le film signale avec raison que le Québec vit dangereusement, face à l\u2019immigration.Même si nous n\u2019avons pas de passé raciste meurtrier, nous ne sommes pas immunisés contre cette maladie.Si des communautés culturelles comme l\u2019Allemagne, l\u2019Angleterre, la France et Miami se sentent menacées, n\u2019est-ce pas qu\u2019une petite communauté comme la nôtre peut craindre de disparaître?Le refus d\u2019accueil d\u2019autres pays et le renom même du Canada font que nous sommes l\u2019une des contrées les plus intéressantes.Les immigrés nous choisissent.Le Québec héberge 35 000 réfugiés.Il a été ému par les misères de ces personnes.Aujourd\u2019hui, certains indices présagent certains dangers.Il suffit d\u2019entendre les réclamations qui naissent.Elles sont pour la plupart justifiées.La discrimination raciale dans le travail, le taxi, le logement et la fonction publique n\u2019a pas de raison d\u2019être.Mais la façon de réclamer et de protester inquiète assez souvent.Et nous en sommes au début de nos surprises.L\u2019auteur rappelle que certains quartiers appartiennent déjà aux immigrants.Les leçons recueillis en d\u2019autre pays devraient nous inciter à éviter l\u2019erreur de la concentration des immigrants d\u2019une même culture en un même milieu.Si de grandes cultures se sentent menacées, le Québec peut devenir Marseille.Ça pourrait et ça devrait arriver, si nous laissons des ghettos s\u2019établir.Déjà, certaines personnes commencent à penser que les immigrants prennent nos emplois.C\u2019est le début du seuil de l\u2019intolérance.N\u2019oublions pas, dit le père Julien Harvey dans le film, que nous sommes une minorité et que nous avons toujours survécu 412 L\u2019ACTION NATIONALE dans la lutte.À ce jour, les Québécois ont voulu faire de l\u2019immigration un geste humain, cordial et libre.Mais les immigrants, affirme un autre intervenant, peuvent prendre une place qui est encore la nôtre.Ils peuvent décider ce que sera le Québec de demain et quelle sera la langue du Québec.La langue française est le dénominateur commun L\u2019auteur, Jean-François Mercier, affirme que le problème de la langue est un problème de survie.Au Québec, l\u2019anglais est encore la langue qui attire le plus et l\u2019immigrant la préfère, si elle accorde les meilleures conditions de vie.De fait, la bataille du français n\u2019est pas encore gagnée et la vraie bataille se gagnera ou se perdra à l\u2019école.À Montréal, 40 pour cent des étudiants des écoles secondaires et polyvalentes proviennent des communautés culturelles.Dans certaines écoles, on réclame le multiculturalisme.Le scénario relève aussi les tensions linguistiques soulevées par la Loi 69 de monsieur Bertrand et par les Lois 22 et 178 de monsieur Bourassa.Le 18 décembre 1988, une marche a débuté à l\u2019intérieur de chacun avec le ralliement du Centre Paul-Sauvé.Vigneault a même dit qu\u2019on est imbécile, si on ne s\u2019imagine pas qu\u2019un jour on peut ne plus parler français au Québec.Les immigrants ne nous aideront sûrement pas à nous sauver.Ils arrivent ici dans un univers multiculturel., alors qu\u2019il faut commencer par être quelqu\u2019un avant d\u2019être tout le monde, poursuit notre célèbre chansonnier.Il me reste un pays à prédire, un pays à faire.un pays à comprendre.un pays à changer, un pays à bâtir, chantera-t-il.À la croisée des chemins Bref, le film montre que le Québec est à la croisée des chemins.Il peut aller d\u2019un côté ou de l\u2019autre.Le passage de Confucius au sirop d\u2019érable n\u2019est pas garanti.Pour qu\u2019il le soit, tout immigrant doit accepter les valeurs qui sont les nôtres.Des intérêts communs qui ne sont pas seulement économiques peuvent seuls construire un pays en français, avec une population de vieilles racines qui a la goût de rester chez elle, tout en vivant ses valeurs à l\u2019échelle universelle. DISPARAÎTRE?413 Les Tremblay de l\u2019an 2000 ont bien des chances de changer encore, et la nation aussi.Tous ces changements ne semblent pas nous préoccuper.Les femmes d\u2019aujourd\u2019hui peuvent-elles se remettre à faire des enfants?Ce n\u2019est pas demain qu\u2019elles vont avoir envie de battre des records dans ce domaine, dit Lise Payette.Aussi, faut-il que le Québec se mobilise et qu\u2019il présente des conditions familiales idéales, s\u2019il veut briller dans le firmament de l\u2019Occident.Tel est ce que j\u2019ai vu et entendu le dimanche, 12 janvier, à Radio-Canada.Monsieur Leclerc et moi, nous avons regardé le même film, mais avec des lunettes différentes.L\u2019un est presbyte; l\u2019autre est myope. Le bilan du fédéralisme La Société Nationale des Québécois Richelieu-Yamaska a publié récemment un document de plus de 300 pages qui démontre à sa façon ce que le Québec est devenu au lendemain du référendum.Pour éviter d\u2019être taxé de partisan, ce document a été constitué de divers articles de journaux et de périodiques.Différents intervenants, issus des milieux politiques et journalistiques, ainsi que certains analystes financiers précisent concrètement, chacun dans son secteur, comment le Québec demeure toujours un éternel perdant dans le système fédéraliste canadien.Ce document qui couvre près de huit années, ainsi que les quatre gouvernements qui se sont succédé durant cette période, tant à Ottawa qu\u2019à Québec, fait l\u2019éloquente démonstration que ce ne sont pas les individus qui sont vraiment en cause, mais bien le système lui-même.Les auteurs sont bien conscients que ce document n\u2019est pas exhaustif, mais ils entendent le mettre à jour et le rééditer annuellement.On peut se procurer cette publication, au coût de six dollars, en s\u2019adressant à la Société Nationale des Québécois Richelieu-Yamaska, 1745 Girouard ouest, Saint-Hyacinthe, J2S 3A2, tél.773-8535. Hydro-Québec et l'environnement les êtres humains se doivent d'utili- assurer la protection, la mise en ser, de transformer, d'aménager et valeur et la pérennité.L environnement est un bien collectif que SjjÊ de gérer de manière concertée afin d'en 1 .L'ËLECTRIFFICACITÊ a IflSSSS La Québécoise mm Promutuel-vie PROMUTUEL UNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE-VIE PLEINE DE PROMESSES 7 SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS S\u2019UNISSENT À 42 SOCIÉTÉS MUTUELLES D\u2019ASSURANCE GÉNÉRALE POUR CONSTITUER UN IMPORTANT RÉSEAU DE DISTRIBUTION DE PRODUITS D\u2019ASSURANCE-VIE AU SERVICE DU QUÉBEC ET DES QUÉBÉCOIS Y////// POUR LA COLLECTIVITÉ LA QUÉBÉCOISE PROMUTUEL-VIE JULESFUGÈRE\tRENÉ DAIGNEAULT PRÉSIDENT\tDIRECTEUR GÉNÉRAL 134, RUE SAINT-CHARLES SAINT-J EAN-SUR-RICHELIEU (QUÉBEC) J3B2C3 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal\t ?US GROUPE T.C.G.(Québec) Inc.\tMONTRÉA L (514) 334-7230 TELEX\t05-825693 TÉLÉCOPIE (514)334-5070 JOHN MEUNIER INC.6290, PÉRINAULT, MONTRÉAL, QUÉ.H4K 1K5 Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et de ses sociétés affiliées 515, rue Viger est bureau 440 Montréal H2L 2P2 (514) 284-2522 CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste\t\tPhotocomposition \t\tet montage: 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario\t\tAtelier LHR N6B2R3\t\t514-659-9712 Téléphone: 418-658-9966 Télex:\t051-31726 Télécopieur:\t658-6100 GUY BERTRAND AVOCAT Tremblay, Bertrand, Bois, Mignault, Duperrey et Lemay 1195, avenue Lavigerie, bureau 200 Sainte-Foy (Québec) G1V 4N3 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D'ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Etudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tel.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l'actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l'économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l\u2019expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l\u2019équipe de Relations vous invite à dépasser l\u2019anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l\u2019étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P2L9 La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Delmas Lévesque Vice- présidents: René Blanchard Denis Monière Secrétaire- trésorier: Gérard Turcotte Ex-président: Yvon Groulx Directeurs: Richard ARÈS Thérèse BARON André BEAUCHAMP Paul-A.BOUCHER Jacques BOULAY Guy BOUTHILLIER Michel brochu Louise C.-BROCHU Marcel CHAPUT Jean-Charles CLAVEAU Claude duguay Pierre DUPUIS Philippe GÉLINAS Jean GENEST Jacques houle Marcel laflamme Jean-Marc LÉGER Georges MEYERS Jacques-Yvan MORIN Anna L-NORMAND Jean-Marcel PAQUETTE Roméo PAQUETTE Charles poirier Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY André thibaudeau L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la permanence de la publication de l\u2019Action Nationale.Éditions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 "]
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