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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1989-09, Collections de BAnQ.

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[" ZIAetion NATIONALE Volume LXXIX, numéro 7, septembre 1989 Retrouver l'essentiel François-Albert Angers Survivre à force d'audace: de la révolution tranquille à la révolution iuterculturelle Ann Laperrière L'éducation familiale, la plus grande aventure qui soit Jean-Pierre Lamoureux Vers un équilibre entre les petites et les grandes entreprises Paul-André Julien l'Action NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard TURCOTTE Secrétaire: Monique TREMBLAY Comité de rédaction: Gérard TURCOTTE, Rosaire MORIN, Nicole BOUDREAU, Monique MUS et Robert LAPLANTE Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 10 numéros 20 numéros 25,00$\t45,00$ 30,00$\t50,00$ 50,00$ Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le «Canadian periodical index» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.ISSN-0001 -7469\tCourrier de la deuxième classe ISBN-2-89070\tEnregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 \u2014 845-8533 l'Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 7, septembre 1989 TABLE DES MATIÈRES Richard Arès, s.j.Rosaire Morin L\u2019Action Nationale, une action canadienne-française Rosaire Morin, Gérard Turcotte Survivre à force d\u2019audace: de la révolution tranquille à la révolution interculturelle Ann Laperrière Retrouver l\u2019essentiel François-Albert Angers L\u2019histoire nationale doit rejoindre le citoyen et susciter son intérêt Richard Leclerc L\u2019éducation familiale, la plus grande aventure humaine qui soit Jean-Pierre Lamoureux Vers un nouvel équilibre entre les petites et les grandes entreprises Paul-André Julien Réflexions sur les maisons du Québec Aurèle Thériault Femmes et francophones: un double défi Micheline Piché Quand ce n\u2019est pas Québec, c\u2019est Ottawa Mouvement Québec Français Limitation des armements Questions d\u2019action nationale Jean Chapdeleine Rosaire Morin 815 817 822 827 842 851 861 874 886 895 901 909 Nos collaborateurs 1989 Carol ANCTIL, 327-332 Pierre ANCTIL, 140-157, 701-718 François-Albert ANGERS, 544-563, André BEAUCHAMP, 266-277, 641-652 Pierre BEAUDRY, 16-26 Madeleine BLANCHET, 395-400, 653-658 Aurélien BOIVIN, 224-240 Jean-Louis BOURQUE, 109-113, 212-215 Odina BOUTET, 166-168, 216-223, 333-337 Guy BOUTHILLIER, 114-116, 417-422 Jean CHAPDELEINE, 901-908 Gaston CHOLETTE, 203-208 Paul-André COMEAU, 564-574 Léon DION, 790-798 Fernand DUMONT, 401-403 Micheline DUMONT, 375-394 Hervé GAUTHIER, 176-185 Philippe GÉLINAS, 526-532 Jacques GRAND\u2019MAISON, 172-175 Jean-Claude GUÉRARD, 78-94, 684-700 Fernand HARVEY, 575-590 Julien HARVEY, 158-163, 719-724 Pierre HARVEY, 755-789 Jacques HENRIPIN, 659-670 Paul-André JULIEN, 861-873 Jean-Pierre LAMOUREUX, 851-860 Ann LAPERRIÈRE, 822-826 Marcel LAFLAMME, 117-119, 281-286 Robert LAPLANTE, 287-291,423-431 Richard LECLERC, 842-850 Jean-Paul LEFEBVRE, 432-442 Jean-Marc LÉGER, 501-513, 725-737 Delmas LÉVESQUE, 4, 107-108 Jean MARCEL, 316-326 Sylvain MASSÉ, 443-461 Claude MORIN, 738-754 Rosaire MORIN, 5-15, 35-45, 120-137,241-263, 338-372, 407-413, 470-498, 516-523, 909-924 R.MORIN, G.TURCOTTE, 542-543, 817-821 Lorraine PAGÉ, 69-75, 634-640 Micheline PICHÉ, 886-893 Michel PLOURDE, 591-612 Bernard RACINE, 462-469 Juliette RÉMILLARD, 27-34 Bruno ROY, 415-416 Aurèle THÉRIAULT, 874-885 Marc TERMOTE, 671-683 Paul TREMBLAY, 48-68, 613-634 Gérard TURCOTTE, 106, 202, 310-311,414, 524-525 G.TURCOTTE, R.MORIN, 542-543, 817-821 Richard Arès, s.j.jL/e père Arès n\u2019est plus.Comme chacun de nous, il devait un jour disparaître.Mais son départ laisse une place vide parmi nous.Personne ne peut l\u2019occuper.Nous ne pouvons même pas lui rendre un juste hommage, tellement sa place est importante dans l\u2019évolution du nationalisme canadien-français.Le Québec a connu peu d\u2019hommes de cette taille.Il est même l\u2019une des plus belles figures de prêtres de notre époque.pensée d\u2019Arès remonte à 1944.Sous forme de questions et de réponses, j\u2019analysais le premier volume de la série «Notre question nationale» que venait de signer le célèbre jésuite.Quatre pages étaient publiées, chaque mois, pendant deux ans, dans la revue des Jeunesses Lauren-tiennes.Richard Arès possédait le sens de l\u2019histoire.Il a été l\u2019un de ces phares flamboyants dont la lumière éclaire l\u2019avenir.Il a lutté avec l\u2019énergie du désespoir pour la liberté et la grandeur de la nation canadienne-française.Il incarnait un nationalisme réfléchi, profond, ouvert, mais axé sur les réalités fondamentales de la collectivité.Il a toujours conservé à son Église une fidélité indéfectible.Il représentait la synthèse vivante du catholicisme et du nationalisme.Sous la plume du père Arès, on retrouve constamment l\u2019idée d\u2019une politique nationale, c\u2019est-à-dire canadienne-française.Sa conférence peut-être la plus audacieuse avait pour titre: «Pour un Québec fort: être fort ou périr, au Québec ou nulle part, maintenant ou jamais».L\u2019œuvre d\u2019Arès a certes contribué à la renaissance du nationalisme au Québec.Elle demeure Photo: Armour Landry Mon premier contact avec la 816 une source d\u2019inspiration qui peut alimenter les esprits en cette période difficile de l\u2019histoire de la nation.Richard Arès a servi par la parole, par les écrits et par ses activités.L\u2019École Sociale populaire, Relations, les Semaines Sociales du Canada, L\u2019Action Nationale, la Commission Tremblay, les États généraux du Canada français, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et nombre d\u2019œuvres ont bénéficié de sa direction ou de ses conseils.Il a vécu plus d\u2019événements que n\u2019en connaissent la majorité des hommes.Il était aussi et surtout membre de la Compagnie de Jésus qu\u2019il représentait à Rome au concile Vatican IL L\u2019homme que j\u2019ai connu était d\u2019une rigueur intellectuelle exemplaire.Il était rationnel, ordonné, cohérent.Dans une conversation, il s\u2019exprimait avec un humour charmant, le sourire en coin et les yeux pétillants de malice.Sa disponibilité était proverbiale.Son œuvre est toujours vivante dans mon esprit.La mort nous l\u2019a enlevé mais elle n\u2019a pas mis un terme à son influence.Le rayonnement de ses idées se prolongera dans le temps.Rosaire Morin L Action Nationale, une action canadienne-française «M Je nom de notre revue ne révèle-t-il pas à lui seul un état d\u2019âme autant qu\u2019un programme?'» «Humble d\u2019allure, mais au titre significatif, cette revue croit répondre à un des plus pressants besoins de l\u2019heure* 2 3 4»: «remettre un peu d\u2019ordre dans notre formulaire patriotique, dans l\u2019espoir d\u2019en introduire du même coup dans les pensées et dans les esprits2», car «il nous faut remettre de l\u2019ordre dans les esprits si nous voulons qu \u2019ily en ait quelque jour dans les faits*».Ces lignes écrites au début du siècle sont encore d\u2019une brûlante actualité à la veille de l\u2019an 2000.«Inutile de refaire ici le tableau des dangers qui nous menacent dans l\u2019ordre moral aussi bien que dans l\u2019ordre politique et dans l\u2019ordre social et économique: dangers qui tiennent d\u2019une part à notre situation de peuple minoritaire, d\u2019autre part, et surtout, à l\u2019anarchie des consciences et au désarroi des idées en tout ce qui touche aux questions fondamentales de notre survivance.Dangers par conséquent antérieurs à la crise actuelle, mais que celle-ci souligne en les accentuant, et qui subsisteront après la tourmente5.» Nous avons donné la parole aux «anciens»; leur façon de dire peut réveiller un peuple qui sommeille.Durant ses onze premières années, L\u2019Action Nationale était connue sous le nom de L\u2019Action Française.Orner Héroux a été le vrai fondateur de la revue et son premier directeur (1917-1921 ).Joseph Gauvreau fut te premier secrétaire de la Ligue des Droits du français dont le nom fut changé en Ligue d\u2019Action française en 1917.Lionel Groulx dirigea la revue de 1921 à 1926 et Esdras Min ville présida aux destinées de la Ligue d\u2019Action Nationale de 1933 à 1941.L Lionel Groulx, L\u2019Action Française, fév.1917, p.33.2.\tJoseph Gauvreau, L\u2019Action Française, janv.1917, p.8.3.\tEsdras Minville, L\u2019Action Nationale, déc.1933, p.227.4.\tId\u201e p.229.5.\tId., p.223. 818 Exprimées en 1933, ces observations sont valables en 1989.«L\u2019action, en effet, si nous voulons que notre race survive, n\u2019est-ellepas aussi nécessaire à l\u2019époque actuelle qu \u2019auxpériodes les plus critiques de notre histoire?Nos droits, nos traditions, notre langue.qu \u2019en restera-t-il dans dix ou vingt ans si pour les maintenir un groupe organisé n\u2019est sans cesse sur la brèche?.Eh bien! nous les rappellerons, nous les restaurerons, nous les défendrons.Et tel est, en trois mots, le rôle de notre revue6 7 8.» En 1917 et en 1989, le rôle de notre revue n \u2019a pas changé.La survivance de la nation canadienne-française n\u2019est pas encore assurée.L\u2019éducation nationale est en veilleuse.Notre travail de semeurs d\u2019idées n\u2019est pas terminé.Il est à peine amorcé.Les ouvriers sont peu nombreux.Le bénévolat n \u2019est pas à ta mode.Mais il est tenace.Depuis 73 ans, la revue vit, en dépit de tous les remous, grâce à la collaboration généreuse de ses collaborateurs.Presse indépendante La liberté d\u2019expression justifie l\u2019existence de L\u2019Action Nationale et de la revue Relations.Les publications où «l\u2019opinion honnête et libre» peut être exprimée sont plutôt rares au Québec.Les publications «ne sont pour la plupart que de dociles instruments aux mains des coteries politiques et des clans financiers»1.«La presse \u2014 ce puissant instrument d\u2019éveil, de redressement et d\u2019éducation des masses populaires, ce gardien des véritables libertés démocratiques \u2014 a cessé d\u2019honorer sa mission pour se mettre au service de quiconque manie des billets de banque*.» «C\u2019est (là) une des raisons pour lesquelles L\u2019Action Nationale s\u2019est organisée: fournir une tribune libre à ceux qui chez nous pensent librement; .être une unité de plus dans la phalange, hélas! bien peu nombreuse des journaux de chez nous qui respectent leur mission et qui, à un esclavage doré et avilissant, 6.\tJoseph Gauvreau, L\u2019Action Française, janv.1917, p.8.7.\tEsdras Minvitle, L\u2019Action Nationale, déc.1933, p.220.8.\tId\u201ep.221. UNE ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE 819 préfèrent les rudes satisfactions de l\u2019indépendance, même la plus besogneuse9.» Une doctrine nationale En 1989, «L\u2019Action Nationale se propose encore d\u2019édifier et de propager une doctrine d\u2019action nationale.Oui, nous disons bien: une doctrine, quoi qu\u2019en doivent penser les contempteurs de notre prétendu nationalisme outrancier'0».Qu\u2019on l\u2019aime ou non, aujourd\u2019hui, «nos gens ne pensent pas nationalement; ils ignorent tout de leurs devoirs envers la collectivité nationale, ne soupçonnent même pas la nécessité pour chacun d\u2019ordonner sa vie au progrès de cette collectivité.Et c\u2019est ce qui explique que notre vie nationale, au lieu de se développer selon une courbe régulière, ne s\u2019exprime qu\u2019en une suite désordonnée d\u2019hésitations, de sursauts, d\u2019abandons et de reprises\"».Or, «dans la vie d\u2019un peuple, tout est mouvement, mais tout se tient et compénètre.Surtout en ces temps de désarroi, d\u2019affolement général, formuler des directives qui soient en accord avec la vérité morale, avec la vérité historique, qui soient des directives de vie et de progrès et non d\u2019erreur et de mort; la tâche on le comprend ne manque ni d\u2019ambition ni d\u2019audace.Mais c\u2019est une tâche nécessaire, une tâche urgente.Nous avons bien la volonté de ne pas nous y dérober'2».Des semeurs d\u2019avenir À cette tâche, l\u2019équipe de la revue travaille inlassablement.Elle est au service du fait français au Québec, au Canada et dans le monde.Cet engagement n \u2019est contre personne.L\u2019amour de ta nation canadienne-française nous impose le devoir de la servir.En l\u2019établissement du programme de rédaction, nous avons recherché les valeurs à défendre et celles qui sont à développer.9.\tId.p.222.10.\tId.,j0.225-226.11.\tId.,/>.226.12.\tId., p.227-228. 820 Nous avons aussi tenu compte du discours des compatriotes qui refusent de reconnaître que les Canadiens-Français possèdent tous les éléments qui constituent une nation.Comment peuvent-ils ne pas accepter la communauté d\u2019origine ethnique, de culture et de langue que nous représentons?Comment peuvent-ils ignorer l\u2019identité distincte qui découle d\u2019une histoire commune, d\u2019un droit civil français, d\u2019une vie sociale différente, d\u2019un système d\u2019éducation unique et d\u2019un patrimoine littéraire et artistique?Cet ensemble d\u2019éléments rend légitime le nationalisme et naturel le droit à la vie pour la nation canadienne-française.C\u2019est à partir de cette réalité vivante que nous avons le droit de vivre, de défendre les valeurs humaines que nous incarnons et de nous développer conformément à notre culture.Les transformations morales, les changements sociaux et les tensions politiques de l\u2019heure nous incitent à croire que nous vivons un des grands moments de l\u2019histoire canadienne-française.La terre entière connaît elle-même des bouleversements sans précédent.Que sera le monde de demain?Dans ce monde nouveau, quelle sera la place de la nation canadienne-française?Solidarité d\u2019abord! Dans cette conjoncture et face aux défis qui nous confrontent, «nous faisons appel à des bonnes volontés et à des dévouements nouveaux.C\u2019est de quoi, jusqu\u2019ici, a vécu L\u2019Action française; c\u2019est de quoi elle devra vivre et grandir'1».«Nous voulons que l\u2019Action française grandisse parce que nous devinons l\u2019immensité de la tâche qui l\u2019attend.Nous devinons les faits qu\u2019il faudrait noter, les gestes qu\u2019il conviendrait d\u2019honorer, les lacunes qu\u2019il importerait de signaler, les pièces et les consignes qu \u2019il est urgent de jeter à la foule'*.» Pour atteindre les objectifs fixés, «nous prions nos amis de nous donner un coup d\u2019épaule.Que ceux qui ont déjà travaillé 13.\tOrner Héroux, L\u2019Action Française, oct.1917, p.293.14.\tId\u201e avril 1917, p.107. UNE ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE 821 redoublent leur effort! Que ceux qui n \u2019ont pas eu le temps ou l\u2019occasion de mettre la main à la pâte réparent le temps perdu! Rien ne vaut le travail volontaire, et il suffirait d\u2019un mouvement d\u2019ensemble pour doubler et tripler notre tirage.C\u2019est la Cause qui en profitera!''» Évidemment, «si on a compris notre œuvre, nos listes d\u2019abonnés vont se couvrir de noms.Chacun de nos lecteurs voudra nous en gagner deux ou trois autres, car ce cera deux ou trois nouveaux chevaliers qu\u2019il aura conquis à la défense de nos droits'6».Bref, «aux côtés de beaucoup d\u2019autres, nous ne voulons que servir à notre tour, dans la parfaite loyauté de nos âmes.Que Dieu nous accorde seulement d\u2019avoir mis un peu plus d\u2019unité dans l\u2019esprit et le cœur des Canadiens-Français, d\u2019avoir fait apparaître plus haut et plus clair le but où doivent tendre nos volontés, et nous estimerons n\u2019avoir perdu ni notre temps ni nos peines'1».Rosaire Morin Gérard Turcotte 15.\tId., oct.1917, p.294-295.16.\tJoseph Gauvreau, L\u2019Action Française, janv.1917, p.9.17.\tLionet Groutx, L\u2019Action Française, janvier 1921, p.33. Survivre à force d\u2019audace: de la révolution tranquille à la révolution interculturelle Ann LAPERRIÈRE sociologue Université du Québec à Montréal D isparaître: tel sera sûrement notre sort si nous nous laissons dépasser par les événements comme les auteurs de ce film semblent l\u2019avoir été.En effet, on n\u2019y parle que de préservation d\u2019une culture, comme si toute culture n\u2019était pas constamment en mouvement.Et quelle est-elle, la culture québécoise d\u2019aujourd\u2019hui?Une culture fort différente de la culture traditionnelle des années cinquante, qui s\u2019est modernisée de façon particulièrement rapide et fort originale en empruntant aux cultures améri- SURVIVRE A FORCE D\u2019AUDACE 823 caine et européennes, qui a trouvé le chemin de son affirmation nationale en se solidarisant avec les discours anti-colonialistes du tiers-monde durant les années soixante, qui est passée par le discours internationaliste de la gauche, puis par le discours libre-échangiste des libéraux.Bref, notre culture est résolument moderne, vivante, ouverte et mouvante.Certes, elle doit répondre aujourd\u2019hui, comme autrefois, à de nouveaux défis.Autrefois, pour nous maintenir vivants dans des conditions matérielles et politiques particulièrement adverses, nous n\u2019avons eu que la revanche des berceaux.Mais aujourd\u2019hui, nous sommes forts des nombreux instruments que nous a donnés notre révolution tranquille, nous sommes l\u2019un des coins les plus prospères du globe et notre culture française n\u2019a rien à envier à sa voisine anglaise et ne peut plus être taxée, comme autrefois, de sous-produit lové sur lui-même.Qui d\u2019entre nous voudrait revenir en arrière?L\u2019intégration d\u2019une immigration nouvelle Ce nouveau défi, c\u2019est celui de l\u2019intégration d\u2019une immigration nouvelle, extrêmement diversifiée et majoritairement non-européenne.L\u2019émission a fort justement souligné qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un défi posé à l\u2019ensemble des pays occidentaux.Ce qu\u2019elle a cependant laissé dans l\u2019ombre, c\u2019est que nous sommes particulièrement bien placés pour y répondre.En effet, si l\u2019Europe de l\u2019Ouest fait face à d\u2019importants problèmes d\u2019intégration de ses travailleurs étrangers, aujourd\u2019hui, c\u2019est essentiellement parce qu'elle n \u2019a jamais eu l\u2019intention de les intégrer, au contraire.Les conditions réservées aux étrangers en Europe, et qui n\u2019ont d\u2019ailleurs cessé de scandaliser les Québécois qui ont pu les observer, en font foi: main-d\u2019œuvre utilisée dans les travaux les plus durs et payée une fraction du salaire des nationaux, logements parfois dépourvus de conditions sanitaires minimales, impossibilité, pendant longtemps, de faire suivre femmes et enfants, impossibilité pratique, pour un bon nombre de ces travailleurs migrants, d\u2019accéder à la citoyenneté en Allemagne et en France et enfin, vexations de tous genres de la part de la population nationale, allant de l\u2019indifférence totale aux agressions physiques les plus brutales. 824 Après avoir visionné Disparaître, il faut lire Tête de Turc.On comprendra que ne sont pas les étrangers qui n\u2019ont pas voulu s\u2019intégrer en Europe de l\u2019Ouest: c\u2019est celle-ci qui leur a fait clairement entendre qu\u2019elle ne voulait d\u2019eux que leur sueur.Comment les auteurs de Disparaître ont-ils pu passer ces faits sous silence?Les étrangers ne peuvent porter seuls tout le poids de l\u2019intégration: encore faut-il qu\u2019on veuille d\u2019eux, qu\u2019on leur fasse une place.Tradition d\u2019accueil Le Québec, comme l\u2019Amérique du nord, a une tradition d\u2019accueil des «étrangers», un terme qu\u2019on n\u2019utilise d\u2019ailleurs pas ici: un pays bâti sur l\u2019immigration ne peut se permettre d\u2019être xénophobe.En dépit de tout ce qu\u2019on peut en dire, les Québécois francophones ont développé des attitudes d\u2019accueil, malgré le rapport Durham, le rôle de «fossoyeur de la nation française» qu\u2019on a voulu faire jouer à l\u2019immigration et qui a nourri méfiance et fermeture.Accueil aux immigrants irlandais au XIXe siècle, et aujourd\u2019hui, accueil exemplaire aux réfugiés: le Québec a reçu à lui seul, ces dernières années, plus de la moitié des réfugiés au Canada, alors qu\u2019il ne représente que 26% de sa population.Cela tient à une tradition humanitaire qui s\u2019est illustrée, entre autres, par la défense populaire des réfugiés turcs et qui s\u2019était déjà traduite par la mise sur pied, par le gouvernement provincial, d\u2019un des systèmes sociaux d\u2019aide aux réfugiés les plus généreux dans le monde occidental, que plusieurs provinces canadiennes ont par la suite copié.Par ailleurs, le Québec a un système de financement particulièrement généreux à l\u2019endroit des écoles ethniques et les institutions anglophones n\u2019y sont guère à l\u2019agonie.Alors, pourquoi ne pas miser sur ces acquis d\u2019ouverture et insister sur nos peurs?On ne construit pas une culture à reculons.Une occasion d'ouverture On ne construit pas non plus une culture en réseau fermé.La nouvelle immigration nous offre une occasion d\u2019ouverture: il s\u2019agit de la bien saisir.Le désarroi des Québécois francophones, à cet égard, tient sans doute au fait que le multiculturalisme SURVIVRE A FORCE D\u2019AUDACE 825 canadien est présenté comme la seule solution éthique aux relations interethniques.Rien n\u2019est plus faux.Dès les années 70, les dangers de ghettoïsation liés au multiculturalisme ont été dénoncés en Angleterre.Le véritable défi n\u2019est pas d\u2019apprendre à tolérer l\u2019autre, mais bien d\u2019échanger avec lui.À cet égard, l\u2019interculturalisme québécois paraît une solution plus audacieuse que la simple multiplication d\u2019institutions ethniques au service des minorités qui ne pourront jamais, au fond, être individuellement bien menaçantes pour la culture dominante (les Italo-québécois ne forment, après tout, que 2% de la population du Québec).Ces institutions ne peuvent, à elles seules, assurer l\u2019intégration des minorités dans la société, leur participation réelle en dehors de l\u2019étroit périmètre des réseaux ethniques.L\u2019interculturalisme va plus loin et propose d\u2019amorcer, dans nos institutions majoritaires, le dialogue avec les représentants des autres cultures, sans peur d\u2019affirmer, de discuter et, pourquoi pas, de modifier éventuellement la nôtre, là où la culture des autres nous amène à aller plus loin.Ils sont nombreux, les Québécoises et les Québécois francophones qui apprécient la solidarité, l\u2019acharnement au travail, l\u2019ingéniosité dans les affaires, etc., des immigrants et qui y retrouvent de quoi revigorer les valeurs «québécoises».Un dialogue ne se fait cependant pas seul, et les minorités devront, elles aussi, surmonter leur peur de perdre leur propre culture, le choc culturel lié à l\u2019immigration et les blessures causées par l\u2019ignorance et la discrimination, consciente ou inconsciente, pour jeter des ponts et dire ce qu\u2019elles apprécient de leur nouveau pays et ce qu\u2019elles peuvent y apporter.En ceci, elles sont beaucoup plus fragiles que nous, en dépit de la connaissance de l\u2019anglais de certaines, que nous voyons comme un signe d\u2019assurance, voire de rejet à notre endroit.S\u2019il est vrai que le rejet du français par les immigrants est fortement encouragé par certains milieux, il est bon de se rappeler que c\u2019est d\u2019abord notre propre indécision quant à l\u2019importance de notre langue qui fait de celle-ci un investissement peu sûr pour des nouveaux venus.Investir dans l\u2019accueil La solution?Investir dans les ouvertures de la culture québécoise, la rendre attrayante pour les immigrants et les mino- 826 rités, en investissant, plus qu\u2019ailleurs, dans l\u2019accueil et le dialogue.Malheureusement, le bilan est loin d\u2019être impressionnant à cet égard.Dans le champ scolaire, crucial, les gestionnaires semblent figés dans l\u2019indécision et les mesures se font lamentablement attendre pendant que les problèmes s\u2019incrustrent et que se joue l\u2019avenir des jeunes: par exemple, les agents de liaison avec les communautés ethniques à Montréal se comptent sur les cinq doigts de la main.Si nous voulons survivre en nous associant les nouveaux venus, nous devons leur assurer qu\u2019ils ne deviendront pas doublement minoritaires en nous fréquentant et donner la preuve que notre propre statut de minoritaires peut nous rapprocher d\u2019eux plutôt que de nous amener à en faire des boucs émissaires: nos nombreuses associations de solidarité avec les immigrants et minorités vont en ce sens.Nous devons les développer.Pour survivre, nous n\u2019avons pas le choix, comme minorité: nous devons être audacieux et nous ouvrir.? Retrouver l\u2019essentiel François-Albert ANGERS économiste Résumé Monsieur Angers vise l\u2019essentiel.Il croit que l\u2019essentiel doit toujours être dans l\u2019esprit et que l\u2019esprit bien éclairé bâtit l\u2019avenir d\u2019une nation.Il juge que la lutte pour l\u2019indépendance n\u2019est plus «nationale» et que le combat pour la langue française est mal engagé.Ce n \u2019est pas par mécontentement que le Québec veut sortir de la Confédération et ce n\u2019est pas non plus au nom du peuple majoritairement francophone que le français doit être la langue des Québécois.Monsieur Angers revient à l\u2019origine: les Canadiens-Français ont fondé le Québec.Depuis l\u2019intervention 828 militaire d\u2019un peuple ennemi, nous sommes devenus un peuple occupé et nous réclamons le droit imprescriptible de ce peuple à disposer de lui-même.Nous ne sommes plus une quelconque «société distincte»; nous sommes la nation fondatrice assujettie par la force à un pouvoir étranger.Cessons de nous battre sur le terrain de l\u2019adversaire et organisons notre pays selon son génie propre.La libération nationale a des ressorts plus dynamiques qu \u2019un projet de sécession.D ans cette série d\u2019articles «architecturaux», conçus par Rosaire Morin pour que L\u2019Action Nationale continue à jouer son rôle d\u2019éclaireur sur la voie de la libération nationale, il m\u2019a demandé l\u2019an dernier de faire le point sur l\u2019évolution de la pensée nationale chez les Canadiens-Français du Québec.Il en est ressorti que nous sommes arrivés à une croisée de chemin, non seulement en raison de la déroute du parti québécois, non seulement parce que la dénatalité menace d\u2019extinction la nation canadienne-française, mais aussi, et peut-être surtout finalement, parce que ces événements nous ont, en quelque sorte, donné un choc et que nous paraissons en train de perdre le sens même de la question nationale.Non seulement, autrement dit, les événements se font menaçants pour nous, mais l\u2019esprit lui-même paraît s\u2019obnubiler de plus en plus.Éviter l'obscénité Dans la foulée de ces constatations (ou hypothèses pour les esprits plus obnubilés), il me demande maintenant d\u2019exposer mes vues sur la façon dont nous pourrions sortir de cette situation, «sans tomber dans l\u2019obscénité».Curieuse formulation, le lecteur en conviendra! Mais nous sommes invités à nous arrêter sur sa signification avant d\u2019aller plus loin, car l\u2019auteur s\u2019est refusé aux précisions, estimant que nous étions assez grands pour nous débrouiller seuls. RETROUVER L\u2019ESSENTIEL 829 Comme il y a en jeu, dans le problème, une question de natalité (donc de sexualité, mot qu\u2019il ne faut pas éviter d\u2019évoquer si on veut être considéré comme moderne, tellement il est de mise partout), il serait assez facile de se laisser aller à des propos badins ou prudentiels, selon l\u2019humeur du moment, dans le sens traditionnel de P«obscène».Mais ce serait d\u2019autant plus simpliste que pour les gens modernes, «y a rien là»! Ce serait plutôt le contraire qui serait «obscène»: par exemple, de vouloir réduire le nombre des avortements parce que nous avons besoin de plus d\u2019enfants.Non! Rosaire Morin avait en tête beaucoup d\u2019autres considérations, je ne dirai pas plus profondes (car selon Freud, et aussi bien l\u2019Église catholique, mais dans un sens plus surnaturalisé, la sexualité est au cœur de nos accomplissements, soit positifs, soit négatifs), mais plus vastes.Bien sûr, il avait à l\u2019esprit qu\u2019on peut facilement passer pour «obscènes», chez les féministes, en demandant aux femmes d\u2019installer la préoccupation collective de l\u2019avenir de la nation dans leurs décisions de planification familiale.Mais il pensait sûrement aussi à la propagande qui reprend pour classer tout sentiment nationaliste parmi les «obscénités».Dans la même veine, il devient «obscène» de montrer quelque réticence à l\u2019arrivée au Québec de faux réfugiés; et alors combien plus de songer à une réglementation du nombre total des immigrants, y compris les réfugiés, en fonction d\u2019une capacité nationale d\u2019absorption mesurée sur le droit de vivre de notre culture.Il y a aussi les «obscénités» qu\u2019engendre une conception simpliste de la démocratie.En définitive, d\u2019ailleurs, l\u2019antinationalisme systématique en dérive.On a considéré comme obscène que j\u2019ose prétendre qu\u2019en matière d\u2019auto-détermination de la nation canadienne-française, seuls les Canadiens-Français devraient normalement être consultés, ou que seuls leurs votes devraient être considérés comme déterminants.Et ainsi de suite.On pourrait épiloguer longtemps sur un tel sujet, d\u2019autant plus qu\u2019il comporte ses incohérences et ses inconsistances.Ce n\u2019est pas mon propos d\u2019aujourd\u2019hui, sauf que Rosaire Morin m\u2019a invité à tâcher d\u2019éviter les «obscénités» afin que les lecteurs consentent au moins à me lire.Mais comment y arriver sans aboutir à un exposé farci des euphémismes dans lesquels s\u2019estiment obli- 830 gés de se retrancher ceux qui veulent rester des nationalistes «décents», euphémismes dont la «société distincte est le plus flagrant échantillon à l\u2019heure actuelle.L\u2019essentiel est dans l\u2019esprit Un bon moyen d\u2019y parvenir consiste sans doute à rester dans les généralités; à ne pas aborder les problèmes trop concrets, comme justement cette réglementation de l\u2019immigration si urgente en fonction de critères protecteurs de l\u2019avenir de notre héritage culturel.S\u2019il en reste encore quelque chose après les brassements pas toujours mesurés (c\u2019est déjà un euphémisme!) de la Révolution tranquille.Je me résouds d\u2019autant mieux à ces silences; à ne pas considérer le redressement de notre situation nationale sous l\u2019angle des mesures concrètes indispensables, que cela ne me paraît plus l\u2019essentiel à l\u2019heure actuelle, comme ce l\u2019était davantage il y a trente ou soixante ans.Le véritable essentiel est toujours dans l\u2019esprit; et c\u2019est de l\u2019esprit bien éclairé que peut ensuite efficacement découler tout le reste.Or je l\u2019affirmais précédemment, l\u2019esprit s\u2019obnubile au Québec, ce qui fait que nos combats perdent de la force et de l\u2019ardeur que nous y mettions autrefois, parce que nos convictions s\u2019appuient de plus en plus sur des euphémismes de ce que nous sommes plutôt que sur la réalité fondamentale, essentielle de notre identité.Sur le terrain de l\u2019adversaire Je ne veux pas m\u2019arrêter aux causes multiples de cet état de chose.J\u2019en constate simplement le résultat.Nos luttes, même pour l\u2019indépendance, ne sont plus «nationales»: ce sont celles d\u2019un Québec supposément mécontent de la façon dont il est traité dans la Confédération canadienne parce qu\u2019il est quelque peu différent \u2014 constats auxquels sont susceptibles de s\u2019associer aussi bien les Anglo-Saxons du Québec (qui sont Québécois au même titre que quiconque), puisque ce n\u2019est plus qu\u2019une question territoriale, et les Néo-Canadiens anglophones ou francophones aussi pour les mêmes raisons.Bientôt, il n\u2019y aura plus de Canadiens-Français, mais seulement des Québécois.Notre lutte pour l\u2019indépendance se présentera, se présente déjà comme une volonté de sécession que l\u2019on veut désirée par tous; non pas une RETROUVER L\u2019ESSENTIEL 831 lutte de libération d\u2019un peuple assujetti et colonisé (quelle exagération en effet qu\u2019une telle prétention, pense-t-on tout de suite en lisant cela!).Mais à la face même du monde entier comme à celle de la conscience profonde qui peut affaiblir la rigidité des dirigeants canadiens, il y a toute la différence du monde entre les deux positions quant à la reconnaissance de la justesse de nos prétentions et réclamations.Décidément, nous ne tenons plus le gouvernail d\u2019une main ferme; nous sommes à la dérive du sens.De même la lutte pour l\u2019exclusivité officielle de la langue française est celle d\u2019un peuple «majoritairement francophone» (même la Loi 101 véhicule malheureusement cet euphémisme), qui réclame seulement en vertu de sa situation de majorité et de son caractère unique en Amérique du Nord (donc menace justificatrice d\u2019une protection du français); de là la demande de la priorité d\u2019un droit collectif sur les chartes des droits et libertés individuels.(À noter que dans le reste du Canada, tout le monde se soumet à l\u2019anglais sans protester et sans qu\u2019il y ait besoin d\u2019une loi pour l\u2019exiger, et sans qu\u2019on y voie de conflit entre droit collectif et droits individuels.Pourquoi?) Réduite à ce niveau minimum du langage, où nous acceptons en somme de nous battre sur le terrain de l\u2019adversaire \u2014 alors que notre cause est autrement plus forte, comme nous le verrons \u2014, nos chances de gagner sont d\u2019autant plus réduites que la force du nombre est en voie de nous échapper, en commençant d\u2019abord par se relativiser.Les «sécessionnistes» et les «majorités tyranniques», dont nous donnons la chance à nos adversaires de prétendre être victimes, ne sont pas particulièrement sympathiques dans l\u2019opinion mondiale.Dans la réalité de notre vraie position, nous aurions, tout au contraire, pour devenir très sympathiques, comme l\u2019a prouvé l\u2019intervention de Charles de Gaulle, qui a évoqué, non la cause des Québécois, mais celle des Français canadiens.Sauf que pour des raisons diverses de diplomatie et de stratégie politiques \u2014 pour la «bonne entente» d\u2019abord, puis pour éviter un langage trop prétendument «outrancier», vu comme nuisible à des négociations efficaces \u2014, nous avons pris l\u2019habitude des euphémismes.Et dans cette habitude, avec le temps qui passe, avec les générations qui oublient d\u2019autant plus que les événements s\u2019éloignent et qu\u2019elles ne sont pas stimulées au souvenir, 832 avec l\u2019ignorance de plus en plus générale de notre histoire, ce qui était euphémisme finit par être confondu avec la réalité, elle-même perdue de vue.Voilà où nous en sommes de plus en plus.Nous sommes les seuls fondateurs du Québec Selon la vraie réalité, nous ne sommes pas un groupe humain qui se serait trouvé associé, par les hasards réguliers de l\u2019histoire, avec d\u2019autres groupes arrivés avec nous en terre canadienne et qui s\u2019en trouveraient fondés à attendre de nous, comme nous d\u2019eux, le partage d\u2019un territoire à égalité de droit en fonction des seules chartes des droits et libertés de la personne.Nous sommes un peuple qui a fondé le pays, du Québec au moins, à lui seul (la théorie des deux peuples fondateurs est sans fondement pour le Québec) dans les cadres d\u2019un Empire français; et dont te cours régulier de l\u2019histoire a été interrompu par l\u2019intervention militaire d\u2019un peuple ennemi.NOUS SOMMES DEVENUS DEPUIS CE MOMENT UN PEUPLE OCCUPÉ; ET NOUS LE SOMMES TOUJOURS, MÊME SI C\u2019EST À UN DEGRÉ MOINDRE AUJOURD\u2019HUI QU\u2019EN 1760.Le droit à l\u2019autodétermination C\u2019est là le fait fondamental, la donnée essentielle de notre existence nationale et de la charte de nos droits, qui sont par suite régis, AVANT LES CHARTES DES DROITS ET LIBERTÉS INDIVIDUELS, par le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, aujourd\u2019hui reconnu par les Nations-Unies avec la même force que les chartes universelles des droits de l\u2019homme.Et déjà au XVIIIe siècle, au moment de la Conquête, le droit international admis ne reconnaissait pas, dans le droit de conquête, celui de priver un peuple civilisé de ses institutions fondamentales.De cela, les juristes de la Couronne britannique eux-mêmes ont témoigné, entre 1763 et 1774, contre la validité de la Proclamation royale de 1763 qui voulait angliciser et protestantiser le Québec'.I Cf.Les droits du français au Québec, François-Albert Angers, Éditions du Jour, 1971. RETROUVER L\u2019ESSENTIEL 833 C\u2019est le fondement de droit qui amena l\u2019instauration de l\u2019Acte de Québec, puis la création du Québec français de 1791, de même que la création de la province française de Québec dans la Confédération de 1867.Le Québec y était bien province (si l\u2019on ne veut pas dire État) française dans un Canada anglais, où les droits de l\u2019anglais au Québec, en guise d\u2019échange de bons procédés, étaient strictement limités aux droits conférés au français dans les institutions fédérales (article 133).De sorte qu\u2019étant donné les progrès du droit des peuples depuis la Conquête, les limitations aux droits du Québec sur la tangue inscrites dans la Constitution canadienne de 1982 constituent une véritable clause de violation du droit des peuples à l\u2019auto-détermination.Le Québec est toujours occupé Naturellement, d\u2019aucuns vont sursauter, comme chaque fois que j\u2019ai dit de telles choses précédemment, en lisant que je prétends le Québec être toujours OCCUPÉ.Mais ce n\u2019est que la stricte vérité.Qu\u2019est-ce en effet qu\u2019un peuple occupé?C\u2019est un peuple qui, généralement vaincu dans une aventure militaire, s\u2019est vu imposer par la force un gouvernement dirigé par des éléments étrangers.Certes, depuis l\u2019occupation brutale de l\u2019immédiat après-conquête, on nous a concédé graduellement des institutions plus ou moins libérées de la domination immédiate du Conquérant et de ses successeurs, la majorité anglo-canadienne.Mais quelle est celle de ces Constitutions dans laquelle nous avons pu décréter exactement ce que nous voulions?Il n\u2019en est aucune! Car la véritable liberté de disposer de soi ne doit pas être confondue avec une certaine latitude de discuter, de négocier et de se contenter de compromis plus ou moins honorables faute de mieux.La liberté.c\u2019est LA LIBERTÉ.Cela peut vouloir dire rester associés à d\u2019autres, mais dans la pleine latitude de n\u2019y entrer qu\u2019à des conditions mutuellement avantageuses et librement consenties.Nous n\u2019avons jamais joui d\u2019une telle liberté depuis 1760, donc NOUS SOMMES TOUJOURS OCCUPÉS.D\u2019ailleurs, cette situation a cessée en ces dernières années, d\u2019être hypocritement dissimulée sous de beaux discours.Notre situation de peuple occupé a éclaté au grand jour quand la Constitution de 1982 a été établie sans le consentement du Québec et sans qu\u2019on 834 entreprenne alors d\u2019ouvrir des négociations pour aménager la sortie du Québec d\u2019une constitution dans laquelle son gouvernement, même plus, son Assemblée nationale, ont refusé de vivre de plein consentement.Elle éclate encore davantage devant le sort du fameux accord du Lac Meech, qui constitue en fait une sorte de capitulation du Québec, tellement ses exigences pour rentrer dans la Constitution sont insuffisantes et même mal foutues, dangereuses.Pourtant, elles ne satisfont pas encore l\u2019élément conquérant et se heurte à des oppositions probablement irréductibles, toujours en laissant le Québec assujetti à une Constitution qu\u2019il a rejetée.Nous devons vivre soumis aux desideratas de la majorité canadienne; non pas comme une nation libre de se réaliser selon sa propre vision des choses.Si ce n\u2019est pas là de l\u2019occupation, qu\u2019est-ce que c\u2019est?Des droits imprescriptibles Comme les pages passent, je m\u2019en tiendrai, au cours de cet article, à ce premier aspect de l\u2019essentiel qu\u2019il faut retrouver.Comme il concerne la liberté politique d\u2019un peuple, il est premier, puisque sans lui, sans une recherche de la libération qui nous l\u2019assurerait, tout le reste devient secondaire puisque vraisemblablement de moins en moins réalisable avec le temps.Il faudrait que ce fait fondamental de notre histoire cesse d\u2019être occulté; que ce soit le point d\u2019appui premier de nos déterminations et de nos revendications; que nous ne cessions de le corner aux oreilles de nos maîtres ou de ceux qui sont associés à eux, sur le ton approprié à la place de chacun, afin de bien les saisir de nos véritables droits et de leur dimension de portée universelle devant laquelle ils ont l\u2019obligation morale de céder.Je tiens à noter que cette prise de conscience n\u2019a en soi aucune portée proprement politique.Nous sommes devant un FAIT générateur de DROITS imprescriptibles.Les conséquences qu\u2019il comporte, on peut en faire ensuite ce qu\u2019on voudra.Ces droits imprescriptibles fondent notre dignité d\u2019être humain dans le mouvement mondial.Tous, nous avons avantage à nous en revêtir, quoi que nous envisagions d\u2019en tirer, pour pouvoir en négocier les concrétisations en hommes libres, conscients de ce qu\u2019ils sont; et non sur la base des euphémismes qui équivalent à RETROUVER L\u2019ESSENTIEL 835 nous placer en position de faiblesse, comme des êtres dépourvus de leurs droits premiers d\u2019appartenance.C\u2019est tout d\u2019abord un statut et un style d\u2019action qui sont en cause et qui informent toute notre démarche, en lui donnant l\u2019assurance nécessaire au succès qui semble nous faire tant défaut.Sous l\u2019armure de cette réalité, nous ne sommes plus un groupe quelconque obligé de reconnaître à tout autre groupe des droits égaux sur le destin du territoire québécois.Nous ne sommes plus seulement une quelconque «société distincte» tentant de faire valoir sa différence en marchant sur les pieds des autres.Nous sommes une NATION FONDATRICE, malheureusement assujettie par la force à un pouvoir étranger, et qui RÉCLAME DE PLEIN DROIT NATUREL \u2014 devenu droit positif au plan international même \u2014 SA LIBERTÉ de peuple à administrer SON PAYS selon son génie propre.C\u2019est ce que font naturellement tous les pays du monde, sans que l\u2019on songe à les accuser par là de violer les droits et libertés des autres citoyens d\u2019origines diverses qui ont été admis à venir vivre avec eux.Quant à l\u2019élément conquérant, il doit accepter de se retirer physiquement ou moralement.Moralement, c\u2019est-à-dire accepter de vivre selon la loi normale du pays en descendant de la tribune dominatrice de son DROIT DE CONQUÊTE, qui n\u2019a plus de nos jours aucune légitimité reconnue dans le concert des nations.Quant à cela, le Québec n\u2019a pas à se sentir gêné par les reproches qu\u2019on prétend lui faire sur le traitement de ses minorités.Dans les limites des pouvoirs qui lui ont été restitués au fil des diverses constitutions, il a laissé le Conquérant se créer une situation de minorité privilégiée, que la Loi 101 a avalisée et légalement reconnue; et cela non seulement pour les descendants du peuple conquérant, mais pour tous ceux qu\u2019il a assimilés depuis la Conquête, dans une tentative évidente et presque avouée pour noyer le peuple conquis dans un flot d\u2019immigrants anglicisés.L\u2019invasion des compétences exclusives Cette reprise de conscience de ce que nous sommes influencera fortement toutes nos attitudes, de quelque tendance qu\u2019elles 836 soient, dans nos débats actuels et futurs.On n\u2019entendrait plus après cela, je l\u2019espère, un Gil Rémillard, ministre dans le gouvernement de Québec, déclarer qu\u2019il n\u2019y a pas de problèmes à confier des pouvoirs au Québec, puisqu\u2019en définitive «nous reconnaissons que toute décision finale relèvera normalement d\u2019Ottawa».Nous reviendra sans doute le sens de ce qu\u2019on appelait «l\u2019autonomie provinciale» plus ou moins perdu par suite d une erreur de stratégie des indépendantistes, qui remettaient tout le règlement des problèmes de ce genre «après l\u2019indépendance».Comme l\u2019aventure indépendantiste a été ratée, nous nous retrouvons aujourd\u2019hui Gros Jean comme devant avec un pouvoir fédéral qui a tout envahi, presque sans résistance du Québec.Peut-être Robert Bourassa et Gil Rémillard, ainsi reconditionnés, se rendraient-ils compte de l\u2019énormité, d\u2019ailleurs quasi absurde au plan du langage, de la clause du Lac Meech qui avalise, contre une compensation financière, l\u2019invasion par Ottawa, des compétences «EXCLUSIVES» des provinces.Et un juriste comme Gérald Baudoin de trouver cela très bien, puisqu\u2019après tout le Fédéral a déjà envahi sans vergogne les pouvoirs provinciaux.Où est allé, chez ce juriste, le sens des droits et de la défense des droits?Depuis quand est-il devenu de mise qu\u2019un juriste considère que les droits fondamentaux se vendent légitimement à prix d\u2019argent?Alexandre Taschereau a dû se retourner plusieurs lois dans sa tombe.Que sont donc devenus nos libéraux d\u2019antan?Imposition de la langue du Conquérant Mais la question de la plus brûlante actualité encore, c\u2019est celle de la langue.Elle aussi, dans le combat que nous menons, commence à souffrir de nos euphémismes.Nous faisons le jeu de l\u2019adversaire quand nous consentons d\u2019en débattre avec lui sur le terrain de l\u2019opposition entre les droits de la personne et les droits collectifs.Ce débat n est en rien pertinent au véritable problème qui se pose au Québec.Tous les pays normaux du monde ont une langue officielle qui est celle que tout le monde, immigrants comme autochtones, utilisent dans les affaires publiques, les opérations ordinaires du commerce, dans 1 affichage habituel, etc.Dans tous ces pays RETROUVER L\u2019ESSENTIEL 837 normaux, cela est accepté automatiquement, tellement cela relève du bon sens.La Cour européenne des droits de l\u2019homme de Strasbourg a déjà précisé dans un jugement que le libre choix de la langue dans un pays est une absurdité qui ne saurait conduire qu\u2019à la confusion.C\u2019est l\u2019évidence même.Je le signalais d\u2019ailleurs précédemment; cela vaut exactement au Canada, pour l\u2019anglais, sans que personne y trouve à redire.Alors que se passe-t-il au Québec, pays français, qui est obligé de légiférer pour imposer ce mode de conduite parce que, contrairement même au droit constitutionnel du Canada, à l\u2019exception de l\u2019article 133 de l\u2019A.A.B.N., l\u2019anglais s\u2019est installé outrageusement partout?La réponse est simple.Il y a eu Conquête et Domination étrangère.Le Conquérant a voulu imposer sa langue partout, au point pour la plupart des Anglais du Québec d\u2019avoir vécu, jusqu\u2019à récemment, deux siècles dans un pays français sans même se donner la peine d\u2019en apprendre la langue.Usant tout simplement de leur pouvoir dominant pour accaparer la vie économique et imposer même aux Canadiens-Français de communiquer et travailler avec eux en anglais.Le problème du français au Québec, ce n\u2019est donc nullement un problème de droits et libertés de la personne.C\u2019est un problème qui relève de l\u2019exercice du droit d\u2019un peuple à son autodétermination et au rétablissement de sa langue dans sa position légitime de langue du pays.Cela aussi, il ne faut pas l\u2019occulter pour quelque motif de politesse ou de délicatesse que ce soit, car les Anglo-Canadiens ne sont ni gênés, ni préoccupés de leur impolitesse et de leur indélicatesse fondamentales et constantes à notre égard, même parfois sous des dehors amicaux.Il faut le corner à leurs oreilles sans en démordre que leur revendication de droits historiques ou acquis n\u2019est qu\u2019un comportement de conquérant déguisé en champion de droits inexistants autrement que par une justification du droit de conquête.Il faut le dire et le redire hautement et sans cesse pour les acculer à la honte, à la face du monde, vu que \u2014 et il faut leur en donner crédit par rapport à d\u2019autres peuples dominateurs plus intraitables \u2014 ils sont susceptibles d\u2019éprouver un tel sentiment si leur image de peuple fair play est obscurcie.La chose est simple.Quand ils ont le culot d\u2019invoquer ces droits historiques, il faut les pousser au pied du mur et leur 838 demander quels sont les fondements historiques de ces prétendus droits.Ils vont vous parler d\u2019abord des deux cents ans et plus qu\u2019ils habitent au Québec.Mais il faut alors leur demander en vertu de quelles circonstances se sont produits ces deux cents ans de cohabitation avec nous.S\u2019il n\u2019y avait pas eu la Conquête et leurs comportements de conquérant, tout particulièrement pendant le siècle qui a suivi, l\u2019anglais aurait-il acquis au Québec la situation privilégiée qu\u2019il occupe aujourd\u2019hui?Il est bien évident que non! Telles sont les réalités du problème de la langue au Québec.Ce dont il s\u2019agit avant de discuter des droits et libertés des personnes en regard d\u2019autres langues que le français, c\u2019est d\u2019abord de rétablir la situation du français comme langue du pays.Cela prime la charte des droits et libertés de la personne; et ne vient d\u2019ailleurs nullement en conflit avec elle.Le conflit qu\u2019on y voit et qu\u2019on invoque vient du refus de reconnaître le droit du peuple canadien-français à disposer de lui-même et à organiser son pays selon son génie propre.Il n\u2019y a rien à dire au-delà! Que s\u2019établisse le plus vite possible la langue française par le respect intégral de la Loi 101.Et lorsque le rétablissement sera effectué \u2014 et il ne dépend que des anglophones et de leur comportement que cela soit vite fait \u2014, alors on pourrait voir comment doivent s\u2019harmoniser certains droits et libertés réels des personnes en matière linguistique.En réalité, on les trouvera largement et généreusement respectés.Les Néo-Québécois Vous me direz: \u2014 Oui! mais il n\u2019y a pas seulement les descendants des Conquérants.Il y a aussi tous les Néo-Canadiens qui, de bonne foi, ont cru venir dans un pays anglais et s\u2019y sont intégrés.\u2014 Oui, il y a ceux-là! Mais allez-vous prétendre que parce que les Anglo-Canadiens ont parfaitement réussi, dans le mépris de nos droits réels, constitutionnellement reconnus au surplus, une opération de dilution d\u2019une majorité francophone sous le couvert de leur pouvoir de domination \u2014, allez-vous prétendre que le succès de leur opération nous a déchu de nos droits?Cette reconnaissance du fondement d\u2019un droit «historique» acquis par la force serait, en tout cas, plus germanique que britannique. RETROUVER L\u2019ESSENTIEL 839 D\u2019ailleurs, là encore le Québec est sans reproche.Dans l\u2019effort de redressement tenté par la Loi 101, le Québec a reconnu à tous les Québécois non britanniques et déjà intégrés à la langue anglaise, le droit de bénéficier des mêmes privilèges que la minorité britannique conquérante.Qui peut dire mieux?Quant à faire accepter avec bienveillance la réforme par ces populations, il faut les initier à notre histoire.Pour la plupart, ils seront très sensibles aux aspects de l\u2019assujettissement auquel nous avons été soumis.Bon nombre de ces gens viennent de pays qui ont connu la même expérience de la part d\u2019envahisseurs turcs, russes, germains, quand ce n\u2019est pas anglais, français, américains.Et ils ont été des résistants beaucoup plus violents que nous pendant des centaines d\u2019années.Ils sont généralement nationalistes comme nous par rapport à leurs pays.Et mon expérience à la Société Saint-Jean-Baptiste m\u2019a fait voir que quand ils connaissent bien notre situation, ils sont beaucoup plus intensément motivés que nous par la justice de notre cause.La réalité de notre problème linguistique, quand on la dépouille des euphémismes dans lesquels on l\u2019enveloppe, est donc bien autre chose, et de plus fondamental, que celle d\u2019une province «majoritairement francophone», qui fonde ses droits selon un principe démocratique qui est loin d\u2019être à toute épreuve.Non seulement il justifie les autres de revendiquer le remplacement du français dès que nous ne serions plus la majorité, mais au surplus, pour le présent, les chartes des droits et libertés sont là justement pour empêcher l\u2019exercice sans limites du fonctionnement majoritaire.Le droit d\u2019un peuple à disposer de lui-même est bien autre chose puisque, dans des limites raisonnables bien sûr, il transcende à la fois le principe de la majorité et les droits et libertés individuels.Une orientation axée sur l\u2019essentiel J\u2019arrête ici mes réflexions qui pourraient en appeler bien d\u2019autres.Les premières conséquences concrètes qu\u2019elles comportent, c\u2019est d\u2019appeler un redressement des aptitudes dans le combat que nous menons.Et un redressement salutaire en soi puisqu\u2019il nous replacerait dans le droit fil des réalités historiques de notre identité, selon lesquelles notre position est beaucoup plus 840 forte que celle où nous nous plaçons actuellement.Salutaire aussi parce que la dérive dans laquelle il me paraît que nous sommes engagés actuellement nous conduit, me semble-t-il, à une défaite finale.Le plan sur lequel se poursuit de plus en plus le combat à l\u2019heure actuelle, tant sur le statut politique du Québec que sur celui de la langue au Québec, ne peut pas engendrer de motivations assez fortes pour nous unir dans le sens des objectifs que nous poursuivons: une plus large liberté d\u2019action du gouvernement du Québec, sinon la souveraineté totale (j\u2019adopte ici un langage qui peut faire l\u2019unanimité); et la réalisation concrète de l\u2019article 1 de la Loi 101: le français vraiment seule langue officielle au Québec, le français langue du Québec.L\u2019effort dit démocratique que nous poursuivons pour que la souveraineté du Québec devienne le vœu de tous les Québécois ne se matérialisera jamais pour des raisons que j\u2019exprimais, entre autres sommairement, dans mon article de l\u2019an dernier sur la question nationale.Et nombre de Canadiens-Français qui en sont conscients se disent qu\u2019il ne vaut pas la peine de s\u2019atteler à une tâche que de telles exigences rendent impossible.La recherche d\u2019une sécession n\u2019inspire pas.L\u2019idée de libération nationale a d\u2019autres ressorts.Elle est aussi beaucoup plus gênante pour l\u2019interlocuteur anglo-canadien.Sur le plan de la langue, le conflit entre droits individuels et droits collectifs est bien abstrait pour la plupart des Candiens-Français, comme de tout autre groupe populaire.Et les spécialistes se chargent de compléter la confusion en se divisant joyeusement entre eux dans le débat.Ce débat a divisé même le Parti québécois lui-même.Et il est de notoriété publique que sans la fermeté de Camille Laurin, René Lévesque lui-même, qu\u2019agitait des scrupules démocratiques type XIXe siècle, aurait donné une autre allure à la Loi 101, parce qu\u2019il était plus sensible à l\u2019idée des «droits acquis» des anglophones.La prise de conscience plus nette que les Canadiens-Français sont bien chez eux au Québec; que l\u2019histoire du Québec est celle d\u2019un pays français combattu par une domination surtout anglo-canadienne; que l\u2019Angleterre elle-même avait reconnu ce fait et fourni les instruments pour le réaliser; tout cela pourrait donner plus de cœur au ventre, même à madame Lise Bacon, pour vouloir un Québec véritablement RETROUVER L\u2019ESSENTIEL 841 français; en même temps qu\u2019elle oppose aux prétentions anglophones une fin de non-recevoir autrement plus percutante et incontournable.Mais alors se pose la question que Paul-André Comeau et moi-même avons posée l\u2019an dernier et qu\u2019on retrouve dans le numéro de juin de L\u2019Action Nationale.«D\u2019une question à 1 autre, avons-nous comme peuple la volonté de survivre?» (Paul-André Comeau) «Il faut revenir à l\u2019idée d\u2019une Nation forte à construire pour préparer l\u2019avènement d\u2019un État fort.Mais cela, se trouve-t-il encore au Québec assez d\u2019hommes et de femmes qui le veulent d\u2019une façon efficace?» J\u2019ajouterai ceci.Nous ne pouvons pas compter faire reconnaître nos droits de diriger nationalement le destin de ce pays, si nous ne sommes plus prêts à remplir le pays par la marche progressive d\u2019une population croissante.Un peuple qui se meurt démographiquement ne peut être que la proie des populations plus dynamiques que lui.Les immigrants qu\u2019il peut appeler à son secours pour combler les vides de ses carences (il faudrait relire ici l\u2019histoire de la décadence de l\u2019Empire romain) n\u2019assisteront pas à son dépérissement en s\u2019y intégrant, mais en faisant monter la pression de leur propre ethnicité pour le remplacer.? La question nationale L\u2019histoire nationale doit rejoindre le citoyen et susciter son intérêt Richard LECLERC, Ph.D (candidat) Résumé L\u2019auteur affirme que la promotion de l\u2019histoire québécoise peut créer un véritable esprit national.L\u2019école doit transmettre aux générations actuelles certains idéaux et les valeurs de la civilisation française.Elle doit assurer la socialisation et l\u2019épanouissement de l\u2019identité québécoise.L\u2019enseignant devient alors l\u2019outil suprême pour conscientiser au patriotisme la jeu- L\u2019HISTOIRE NATIONALE DOIT REJOINDRE LE CITOYEN 843 nesse canadienne-française.Pour atteindre cette fin, il doit interpréter et expliquer les faits avec dynamisme.Pour les masses populaires, le cinéma, la radio et la télévision doivent renouveler la mémoire collective et les liens historiques qui rassemblent les membres de la nation.L\u2019auteur identifie certains programmes qui nous font comprendre les réalités de la civilisation québécoise et qui suscitent la fierté de nos racines.Dynastie et Dallas ne sont pas cités.X\u2014/\u2019objectif basilaire de cet article est de présenter quelques principes sur la promotion et la diffusion de l\u2019histoire nationale du Québec.Ce texte entend proposer une réflexion d\u2019ensemble esquissée sur les voies qu\u2019a adoptées la société québécoise ou qui s\u2019offrent à elle pour propager et créer un véritable esprit national, au moyen des acquis collectifs et historiques accumulés par le peuple francophone d\u2019Amérique.Le but complémentaire de cet écrit est de susciter des pistes de discussions et de recherches sur le rôle que doivent occuper la promotion et la diffusion de l\u2019histoire nationale auprès des citoyens québécois, tant à l\u2019intérieur du processus d\u2019apprentissage régulier (i.e.l\u2019école) que par le biais d\u2019acquis expérientiels (i.e.télévision).Par la diffusion de l\u2019histoire nationale, il faut entendre l\u2019ensemble des moyens retenus pour propager et communiquer la mémoire collective aux générations actuelles de Québécois.Ce processus s\u2019effectue par l\u2019entremise des canaux de socialisation propres à toute nation.Dans notre société, comme dans bien d\u2019autres, c\u2019est le système scolaire et les médias qui sont les deux principaux instruments par lesquels des connaissances se répandent et s\u2019intégrent au sein de la population. 844 Le rôle de l\u2019école À l\u2019aube de l\u2019an 2000, la diffusion de l\u2019histoire nationale repose sur deux puissants instruments, l\u2019un formel et l\u2019autre informel.Le premier lieu de diffusion et d\u2019initiation à l\u2019histoire, pour la plupart des citoyens québécois, demeure sans aucun doute l\u2019école.Les institutions d\u2019enseignement ont eu un rôle important à jouer dans ce processus depuis le début du XXe siècle.Les combats acharnés conduits par de fervents nationalistes, comme Lionel Groulx (1878-1967), ont contribué à influencer les hautes autorités du Département de l\u2019Instruction publique pour qu\u2019ils intègrent l\u2019enseignement de l\u2019histoire aux programmes d\u2019études.Déjà ces citoyens avaient perçu que l\u2019école constituait un puissant outil d\u2019initiation et de diffusion de l\u2019histoire nationale.Quant à la promotion, elle incombe à diverses forces sociétales (ex.groupes de citoyens, partis politiques, gouvernements, etc.), qui appuient et soutiennent par diverses expressions la diffusion des connaissances historiques.L\u2019action de l'enseignant Depuis l\u2019aube du XXe siècle, la place et la forme que doit occuper l\u2019histoire nationale furent maintes fois discutées.De tels débats sont étonnants pour un peuple apparemment sans histoire et sans culture aux dires de Lord Durham (1792-1840).Lionel Groulx et ses disciples furent les premiers à vouloir institutionnaliser l\u2019histoire nationale.Pour Groulx, l\u2019idée principale et commune qui ressort de son discours, c\u2019est qu\u2019il considère l\u2019enseignant et le système scolaire comme un puissant agent de diffusion et de promotion de l\u2019histoire nationale.Le rôle de cette institution, et des émetteurs humains qui le composent, est de transmettre par l\u2019entremise de l\u2019enseignement formel certains idéaux et valeurs de la civilisation française d\u2019Amérique aux futures générations.Le chanoine voyait en la personne de l\u2019enseignant l\u2019outil suprême pour conscientiser la jeunesse canadienne-française au patriotisme, à l\u2019esprit national et au catholicisme.Il considérait que le maître était le pivot qui régénérera cette fierté d\u2019être francophone et catholique.Il devait, pour se faire, être lui même investi de ces attributs, afin de communiquer aux nouvelles L\u2019HISTOIRE NATIONALE DOIT REJOINDRE LE CITOYEN 845 générations l\u2019idéologie nationale.Suivant Groulx, l\u2019ensemble du système scolaire devait être orienté vers ce dessein, tout en privilégiant dans l\u2019enseignement le patriotisme et le catholicisme.La qualité de l'enseignement Les regroupements nationalistes, avec à leur tête le chanoine Groulx, avaient une vision particulière de la nation canadienne-française et tentèrent de lui imprimer, dès la première moitié du XXe siècle, certaines orientations idéologiques, dans l\u2019intention première de sauvegarder les particularismes de ce peuple.Pour ces citoyens, la restauration nationale passait par une revalorisation de notre langue, de notre foi et de notre histoire, cela par l\u2019entremise des institutions d\u2019enseignement.Par le biais de l\u2019histoire, l\u2019école devait être le canal par excellence pour diffuser la fierté nationale aux générations montantes.Pour faciliter la promotion de l\u2019histoire nationale, son enseignement doit dépasser la simple énumération de dates et d\u2019événements en proposant au récepteur une interprétation et une explication dynamiques des faits.De nos jours, les établissements scolaires, ainsi que les médias, constituent les pierres angulaires de la diffusion de l\u2019histoire nationale.L\u2019école primaire et secondaire, le collège, l\u2019université, ainsi que la télévision, représentent des lieux ou des véhicules privilégiés, où les Québécois acquièrent des informations sur leur conscience historique.Ce processus ne doit pas s\u2019arrêter à la collecte de renseignements sur un fait ou une période, mais doit plutôt permettre au citoyen d\u2019utiliser cette communication visuelle, orale ou écrite dans sa vie de contemporain.L\u2019école est le lieu privilégié L\u2019école et le noyau familial constituent pour les individus deux filières fondamentales de socialisation.À sa naissance, l\u2019Homme n\u2019étant pas biologiquement social, «il doit apprendre les modèles de la société dans laquelle (il) est appelé à vivre'».1.ROCHER, Guy (1969), Introduction à la sociologie générale, Volume I: L\u2019Action sociale, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, p.105. 846 C\u2019est dans son milieu qu\u2019il développera des liens et des contacts avec sa communauté.Même si la famille constitue une aire d\u2019influence incontestable dans la trame de socialisation de la personne, c\u2019est vraiment à l\u2019école que cette fonction sera optimisée.Mais en fait, qu\u2019est-ce qui inspire un tel constat?Le jeune citoyen fréquentera cette institution durant l\u2019âge scolaire et selon qu\u2019il décidera de poursuivre des études supérieures, sa formation s\u2019achèvera vers l\u2019âge de vingt ans.Durant toutes ces phases d\u2019apprentissage, l\u2019élève passera la majorité de son temps dans un milieu exogène à sa famille.Dans un tel contexte, l\u2019école représente le lieu privilégié pour la diffusion des connaissances relatives à l\u2019histoire nationale, propre à assurer la socialisation et l\u2019épanouissement de l\u2019identité québécoise.Ce processus doit permettre à l\u2019élève, par l\u2019étude des expériences passées, de développer sa pensée et de lui offrir des connaissances qui lui donneront des outils pour interpréter le fonctionnement, ainsi que la réalité québécoise, au sein de la francophonie nord-américaine.D\u2019ailleurs, comme l\u2019a déjà signalé Esdras Minville (1896-1975): «Le premier effort doit tendre à communiquer à nos compatriotes le sens de la continuité historique, ou si on préfère, le sens de leurs responsabilités personnelles en regard de l\u2019histoire et de ses enseignements.«Cela suppose, il va sans dire, que tous possèdent d\u2019abord une idée exacte de l'importance du \u2018fait français\u2019 en Amérique tel qu\u2019on peut l\u2019observer de nos jours, mais aussi tel qu\u2019il a été à toutes les époques de notre histoire.«[.] pour découvrir tout ce qu\u2019il est nécessaire non seulement d\u2019apprendre \u2014 les grands faits du passé valent par les leçons qui s\u2019en dégagent \u2014 mais de communiquer à la jeunesse \u2014 c\u2019est l\u2019esprit qui compte \u2014 pour lui rendre le sens de ses responsabilités personnelles vis-à-vis de ceux qui l\u2019ont précédée et de ceux qui la suivront2.» 2.MINVILLE, Esdras (1959), Invitation à l\u2019étude, Montréal, Éditions Fides, p.60-65. L\u2019HISTOIRE NATIONALE DOIT REJOINDRE LE CITOYEN 847 Une diffusion dynamique L\u2019enseignement de l\u2019histoire ne doit pas viser à transmettre une masse encyclopédique de données et d\u2019événements statiques et abrutissants, que l\u2019élève aura tôt fait d\u2019oublier le lendemain de l\u2019examen officiel.On doit plutôt tendre vers la diffusion dynamique et attrayante des fondements intrinsèques de l\u2019esprit québécois au moyen de référentiels historiques, qui doivent être dans la mesure du possible «vécus» par des récepteurs issus de notre histoire récente.Comme le révèle à juste titre l\u2019historienne Johnson (1979): «Connaître son histoire d\u2019une façon vivante, c\u2019est comprendre quel était notre pays il y a quatre siècles; c\u2019est suivre les explorateurs dans leurs immenses aventures; c\u2019est appréhender les malheurs de la menace iroquoise; c\u2019est comprendre les enjeux de la traite des fourrures; [.] c\u2019est comprendre les visées assimilatrices de l\u2019Angleterre; c\u2019est analyser l\u2019influence du clergé dans la survivance nationale; c\u2019est suivre l\u2019éclosion de l\u2019idée nationale chez nos premiers hommes politiques [.].C\u2019est comprendre les données de notre conscience collective3.» Il est utile, pour octroyer une vitalité à l\u2019histoire, de conférer aux grands documentaires, la plupart produit par l\u2019Office national du film (ONF), une place de choix dans la panoplie des outils didactiques dont dispose le personnel enseignant.Dans un tel contexte, la présentation du film Le confort et l\u2019indifférence réalisé par Denys Arcand permettrait à des élèves de comprendre de manière concrète et directe l\u2019esprit du référendum de 1980, tout en replaçant cet événement dans la trame socio-politique québécoise passée et contemporaine.D\u2019une génération à une autre, on constate qu\u2019il s\u2019effectue une transmission de la connaissance générale.La diffusion de l\u2019histoire ne diffère pas de cette logique, c\u2019est pourquoi l\u2019institution scolaire doit en être le principal canal d\u2019émission.Après avoir été conditionné par cette composante intégrale du processus de socialisation, l\u2019élève ne peut qu\u2019être influencé par les 3.JOHNSON, Micheline (1979), L\u2019histoire apprivoisée, Montréal, Boréal Express, p.28. 848 modèles historiques qui en découlent.Chaque nouvelle génération en sera imprégnée, ce qui aura des conséquences positives sur la diffusion objective et uniformisée de la mémoire collective au sein de l\u2019ensemble de la société québécoise.L\u2019apport des médias L\u2019école constitue le lieu privilégié de diffusion de l\u2019histoire; toutefois, cette contribution n\u2019est qu\u2019éphémère, sachant que les citoyens ne sont pas d\u2019éternels écoliers.Pour ce faire, des moyens exogènes au système scolaire permettent la transmission de l\u2019histoire nationale.Ce qui aide à perpétuer et à renouveler chez le grand public la mémoire collective et les liens historiques qui les rassemblent.Le cinéma, la radio, puis la télévision, ont constitué tour à tour de puissants instruments de transmission informelle qui appuient singulièrement l\u2019œuvre des enseignants et des programmes d\u2019études.Des œuvres cinématographiques, ainsi que des émissions radiophoniques, comme Les Plouffe et Un Homme et son péché, les téléséries de Radio-Canada, champion des grandes fresques historiques québécoises, comme Les Belles Histoires des Pays d\u2019en Haut, Le temps d\u2019une paix, D\u2019Iberville et Duplessis, sont des exemples frappant de productions dont la valeur et la puissance pédagogiques ne sont pas à négliger.Le caractère populiste et le médium utilisés favorisent une diffusion à grande échelle de ces séries télévisées qui véhiculent un fond et une vérité historiques indéniables.La place octroyée par le missionnaire-colonisateur monseigneur Antoine Labelle (1834-1891), dans les Belles histoires, le contexte socio-économique entourant le krach de 1929 dans Le temps d\u2019une paix, en sont d\u2019excellents exemples.Ces émissions ont toujours suscité l\u2019attention de la population québécoise, en détenant le haut du pavé en matière de cote d\u2019écoute, tout en exposant de manière dynamique et romancée des références fondamentales à l\u2019interprétation de l\u2019histoire de ce peuple nord-américain.Cette histoire transmise par le petit écran a la particularité de ne pas être statique dans un univers unidimensionnel, mais plutôt vivante dans un monde manifeste. L\u2019HISTOIRE NATIONALE DOIT REJOINDRE LE CITOYEN 849 Les téléromans historiques ont comme point commun de s\u2019appuyer sur des personnages mythiques qui idéalisent une époque.Cette tendance mystificatrice ne doit pas être rejetée, sachant qu\u2019elle renforce la compréhension des contextes socio-politique et économique en vigueur à des périodes passées.Comme aucun cours magistral ne pourrait le faire, le recours au mythe, raisonnablement employé, constitue le meilleur serviteur pour la promotion et l\u2019apprentissage des fondements de l\u2019histoire, en attirant un public nombreux.Par ailleurs, des efforts peuvent également être faits pour présenter d\u2019une manière plus conventionnelle l\u2019histoire nationale, sans pour autant tomber dans une présentation qui pourrait facilement devenir soporifique pour le récepteur profane.Il faut savoir animer l\u2019histoire, comme a su le faire avec succès l\u2019équipe des séries télévisées: Le 30-60 et Le 60-80 diffusées régulièrement en reprise à l\u2019antenne de la société d\u2019état Radio-Québec.À la manière d\u2019un lecteur de nouvelles, l\u2019historien François Ricard propose en fonction d\u2019un thème renouvelé à chaque émission une synthèse active et complète de l\u2019histoire récente du Québec.Dans son enseignement télévisuel, l\u2019animateur fait appel à des invités chevronnés, universitaires ou acteurs de l\u2019histoire contemporaine, afin de transmettre le contenu de son exposé.L\u2019ensemble de cette présentation est appuyé par de nombreux documents cinématographiques qui ajoutent de la couleur à l\u2019émission, tout en suscitant l\u2019attention du téléspectateur pendant trente minutes.Conclusion La diffusion et la promotion de l\u2019histoire doivent permettre de stimuler la réceptivité des citoyens.Elles doivent lui octroyer un référentiel propre à lui donner des pistes indispensables pour une lecture rigoureuse du contexte socio-politique actuel et futur.L\u2019histoire trouve ainsi sa véritable justification dans ce qu\u2019elle apporte au citoyen contemporain en lui permettant de maîtriser l\u2019avenir en escomptant sur l\u2019expérience du passé.Cette 850 tendance est d\u2019ailleurs confirmée par les buts sous-tendant aux programmes québécois d\u2019histoire nationale tant en enseignement secondaire qu\u2019en enseignement collégial.Un des objectifs de formation du nouveau programme d\u2019histoire du Québec pour le secondaire (quatrième année) correspond à cette fonction utilitaire de l\u2019histoire.Ainsi, lorsqu\u2019il achèvera son cours, «l\u2019élève devra avoir pris conscience de son rôle de citoyen responsable de l\u2019avenir de la collectivité4».Par ailleurs, le cours collégial Histoire du Québec de 1867 à nos jours (330-951-75) doit quant à lui «viser avant tout à la connaissance et à la conscience des principaux problèmes collectifs du Québec actuel dans leurs perspectives historiques».Ferment de la cause nationale, la diffusion et la promotion de l\u2019histoire nationale se doivent d\u2019emprunter une méthode dynamique et concrète, apte à susciter l\u2019intérêt du récepteur.L\u2019aspect dominant de ce processus est de démontrer et de faire percevoir aux citoyens les mœurs, les motivations et les idéaux de nos ancêtres, avec comme ambitions de comprendre les réalités de la civilisation québécoise et de susciter la fierté de nos racines.?4.QUÉBEC, Ministère de l\u2019Éducation (1986) Le Secondaire: Cahier de renseignements, Québec, Direction générale des programmes, p.44. Vie sociale L\u2019éducation familiale, la plus grande aventure humaine qui soit Jean-Pierre LAMOUREUX secrétaire général Conseil de la famille Résumé L\u2019auteur souligne les transformations majeures qu\u2019ont vécues les familles québécoises en ces vingt dernières années.Il indique ce que le gouvernement du Québec entend faire.Il affirme que la société doit agir en fonction des familles. 852 Les attentes des parents sont nombreuses, particulièrement dans le secteur de l\u2019éducation.C\u2019est pourquoi une politique familiale doit tenir compte de l\u2019adaptation nécessaire du système scolaire aux changements de comportements.Dans les autres secteurs, l\u2019éducation familiale devra aussi être accentuée.La famille demeure pour les jeunes générations la base de la société.C\u2019est une tendance que l\u2019on observe chez les jeunes.Il me fait particulièrement plaisir de m\u2019adresser aux lecteurs de L\u2019Action Nationale.Vous êtes manifestement sensibles et sensibilisés à la situation des familles et vous désirez sans doute partager des points de vue et des connaissances qui favoriseront davantage le soutien aux parents actuels et la préparation des parents à venir.Je travaille au Conseil de la famille en tant que Secrétaire général.C\u2019est l\u2019organisme officiel créé depuis seulement octobre dernier par la Loi n° 94 qui est chargé de conseiller la ministre responsable, et partant le gouvernement, sur toute question d\u2019intérêt familial.Son mandat est par conséquent fort vaste et calqué en quelque sorte sur l\u2019ampleur souhaitée de la politique familiale du gouvernement du Québec.Cette politique est relativement jeune, pas tout à fait nouvelle par ailleurs, puisque de nombreuses mesures ou programmes gouvernementaux existent depuis plusieurs années en faveur des familles.Ils n\u2019étaient pas tous intégrés dans une politique d\u2019ensemble, cependant, ce à quoi la politique familiale adoptée cherche à remédier en particulier.C\u2019est par le document intitulé La politique familiale.Énoncé des orientations et de la dynamique administrative (décembre 1987) que le gouvernement annonce ses intentions en vue d\u2019apporter un soutien aux parents.La situation des familles le justifie amplement, vous vous en doutez bien. L\u2019ÉDUCATION FAMILIALE 853 C\u2019est une nécessité qui fait l\u2019unanimité en raison précisément des transformations sociales majeures qui se sont produites au Québec, je dirais en Occient, et qui se sont répercutées sur les familles au cours des 25 dernières années.Les conséquences que ces changements provoquent sont importantes.Transformations familiales majeures Parmi ces changements, notons la participation massive et irréversible des deux parents sur le marché du travail.Notons aussi la modification des comportements matrimoniaux des hommes et des femmes du Québec.Si le mariage religieux a été longuement considéré comme le seul type d\u2019union acceptable, particulièrement chez les francophones catholiques, les comportements actuels tendent à démontrer que le mariage n\u2019est plus considéré indissoluble et ne représente plus la seule forme d\u2019union possible, la cohabitation étant devenue de plus en plus fréquente.Il n\u2019y a donc plus un seul modèle familial, ni une seule façon de prendre charge des enfants.Le nombre de divorces a augmenté à un rythme effarant depuis la première année complète d\u2019application de la Loi sur le divorce, en 1969, sans compter le nombre de séparations qu\u2019on ne peut quantifier.Depuis ce temps, on estime à plus d\u2019un million de personnes, parents et enfants, celles qui ont été impliquées dans des séparations et des divorces au Québec.Au cours de la même période, il y a eu une augmentation sensible du nombre de familles monoparentales, qui, en 1988, représentent plus de 20% de l\u2019ensemble des familles; la très grande majorité de ces familles monoparentales a une femme comme chef.Il faut aussi observer l\u2019augmentation du nombre de familles recomposées.Enfin, le Québec a connu une chute dramatique de la fécondité.Depuis près de 20 ans maintenant, la fécondité québécoise se situe en-dessous du seuil de renouvellement des générations, ce qui provoque des inquiétudes profondes sur le plan politique, économique, social et culturel.Nous observons donc, dans le concret, que la vie familiale est mise à rude épreuve.Il y a de moins en moins de naissances, les familles sont de plus en plus petites, les parents ne veulent pas 854 rater l\u2019éducation de leur unique ou de leurs deux enfants, l\u2019harmonie conjugale demande des conciliations constantes et la vie coûte cher si l\u2019on veut profiter de tout ce qu\u2019elle peut offrir.Il faut, en conséquence, être aidé collectivement; ensuite, être préparé à être parent et avoir une bonne dose de confiance en soi et en son conjoint pour accepter d\u2019avoir des enfants dans les années 90.D\u2019autant plus que l\u2019opinion publique est bien sévère à propos des responsabilités parentales qui seraient plus ou moins bien assumées.Le gouvernement peut-il?C\u2019est ainsi que, fort des recommandations du Comité de la consultation sur la politique familiale intitulé Le soutien collectif recommandé pour les parents québécois publié en 1985, le gouvernement veut-il: a)\treconnaître la famille comme valeur collective fondamentale; b)\tcontribuer à la cohésion et à la stabilité de la famille qui constitue la cellule de base de notre société et le lieu premier d\u2019apprentissage et de socialisation des personnes; c)\tsoutenir les parents à titre de premiers responsables de la prise en charge des enfants, tout en évitant de se substituer à eux.À partir de ces principes de base, le gouvernement n\u2019entend pas réglementer ni le fonctionnement ni la forme des familles.Il cherche davantage à coordonner l\u2019action des quelque 18 ministères et organismes gouvernementaux qui ont à voir avec la famille et celle des réseaux publics, particulièrement le réseau scolaire et celui de la santé et des services sociaux qui sont en relation directe avec les familles.Il sollicite également la contribution d\u2019autres acteurs sociaux fort importants pour la vie familiale que sont, par exemple, le monde du travail qui doit faire une meilleure place aux employés-parents et le monde municipal qui est responsable de l\u2019aménagement de plusieurs commodités liées à la vie quotidienne des enfants et des familles.Agir en fonction des familles Le but visé consiste à amener tous les secteurs de notre société à penser et à agir en fonction des familles et de leurs res- L\u2019ÉDUCATION FAMILIALE 855 ponsabilités.Car, il est logique de croire que les parents seront plus confiants en eux-mêmes, auront davantage le goût d\u2019avoir des enfants et seront plus en mesure d\u2019assumer avec compétence l\u2019éducation des enfants s\u2019ils se sentent et s\u2019ils sont mieux soutenus dans leurs rôles et dans leurs responsabilités, si la société toute entière fait une meilleure place aux enfants, si chacun de nous, individuellement, dans notre propre famille et dans notre vie professionnelle, valorise ce que les parents apportent comme contribution sociale indispensable à notre collectivité.La famille a une influence marquante sur l\u2019économie, parce qu\u2019elle est le lieu de la succession des générations et de l\u2019éducation première et qu\u2019elle forme les futurs producteurs et consommateurs.La famille a des interférences multiples avec les services d\u2019éducation, de santé et de loisir, avec les services sociaux, les services culturels, avec la justice et le droit, avec l\u2019habitation et l\u2019environnement, etc.Elle interpelle aussi la condition féminine et l\u2019avenir des jeunes.La famille détient également la clef du devenir démographique du Québec.11 est un peu malheureux que la préoccupation familiale s\u2019accentue à cause de l\u2019intérêt émergent de la situation linguistique et démographique du Québec, mais c\u2019est une occasion favorable dont il faut tirer profit et qui ne doit pas échapper à des personnes comme vous.On voit donc facilement que la politique familiale que veut implanter le gouvernement du Québec est véritablement de nature «horizontale» et qu\u2019elle transcende en quelque sorte les responsabilités sectorielles, ouvrant ainsi un vaste champ d\u2019intervention que je vous invite à investir le plus rapidement et le plus intensivement possible.Les attentes des parents en éducation La politique familiale doit avoir, en particulier, un écho concret dans l\u2019important secteur de l\u2019éducation.Les parents sont et doivent demeurer les premiers responsables de l\u2019éducation de leurs enfants.C\u2019est le Code civil qui leur assigne ce rôle.En conséquence, ils investissent la majeure partie de leur vie à mener leurs enfants à l\u2019âge adulte, alors que ceux-ci pourront prendre la relève et devenir parents à leur tour. 856 C\u2019est d\u2019abord dans la famille que s\u2019apprennent les gestes sociaux déterminants, que se façonne l\u2019identité et que se construit la personnalité de chacun.Toutefois, l\u2019école, les enseignants et les enseignantes, par leur intervention quotidienne, conditionnent grandement le devenir des enfants et des adolescents.Les parents veulent être assurés que l\u2019école va vraiment prolonger l\u2019éducation et la culture qu\u2019ils veulent transmettre à leurs enfants (quelquefois, l\u2019école va compenser pour leurs faiblesses) et qu\u2019elle les place dans des situations éducatives susceptibles de compléter leur propre action.Les parents demandent que l\u2019école soit non seulement un lieu de transmission des connaissances, mais également un lieu de croissance personnelle et sociale de leurs enfants.Les parents veulent pouvoir suivre de près les progrès de leurs enfants et être associés aux décisions qui se prennent à leur sujet.Ils veulent participer à la définition des grandes orientations de l\u2019école, pour faire en sorte que les enfants puissent bénéficier d\u2019influences cohérentes.Ils souhaitent aussi que les jeunes entendent davantage parler de la famille d\u2019aujourd\u2019hui à l\u2019école.Si l\u2019on trouve important de les préparer à la vie future de citoyens, à poursuivre leurs études ou à exercer un métier, n\u2019est-il pas tout aussi fondamental pour la formation dite intégrale d\u2019initier progressivement les élèves aux responsabilités parentales, aux joies et aux défis de l\u2019éducation des enfants, au partage des tâches.puisque la très grande majorité d\u2019entre eux seront parents un jour?Les parents attendent également du système scolaire qu\u2019il leur apporte le support, la formation et l\u2019information nécessaires, non seulement pour qu\u2019ils puissent prendre une part active à la vie de l\u2019école, mais pour les aider dans l\u2019exercice de leurs responsabilités de parents.Car, être parent, c\u2019est un métier qui s\u2019apprend et se réapprend, qui nécessite de constants ajustements, qui évolue au rythme des stades de la vie familiale.Dans le contexte de la vie de la famille nucléaire telle que nous la connaissons depuis un certain nombre d\u2019années, et en regard de l\u2019apparition de nouvelles structures familiales ne correspondent pas à la famille traditionnelle, les parents ne peuvent plus, dans bien des cas, s\u2019inspirer des modèles établis.Des L\u2019ÉDUCATION FAMILIALE 857 parents en nombre croissant s\u2019interrogent sur les bonnes attitudes à adopter envers leurs enfants, souhaitent mieux les connaître, mieux les comprendre, mieux grandir avec eux selon les différents âges qu\u2019ils traversent.Ils demandent à être aidés pour jouer leur rôle d\u2019éducateurs et doivent, en cela, pouvoir compter sur des ressources diversifiées et facilement accessibles.Le système d\u2019éducation doit faire partie de ces ressources à côté des CLSC, des Églises, des groupes communautaires et des organismes familiaux.La politique familiale en éducation Enfin, les structures familiales d\u2019aujourd\u2019hui requièrent du système scolaire une adaptation de son fonctionnement (pensons à l\u2019horaire de l\u2019école, au transport, aux repas du midi, aux activités parascolaires.) et le développement de services accrus en terme de services de garde qui répondent aux besoins des parents, à tous les jours.En matière de services éducatifs, les priorités de la politique familiale du Québec doivent porter sur l\u2019éducation des jeunes aux réalités familiales, la préparation des enseignants et des enseignantes, le soutien de formation pour aider les parents dans leur rôle d\u2019éducateurs, les besoins d\u2019information et de participation des parents en regard de l\u2019évolution de leurs enfants, la participation institutionnelle des parents et l\u2019ouverture de l\u2019école en regard des besoins des familles et de la communauté locale.De façon encore plus fondamentale, vous l\u2019avez deviné, ce qui est demandé au système scolaire, mais plus en particulier à chaque école, c\u2019est de prendre conscience de la réalité très diversifiée des familles d\u2019aujourd\u2019hui, des familles bien concrètes qui leur confient leurs enfants ou leurs adolescents et d\u2019amorcer les adaptations requises dans le respect des responsabilités respectives.J\u2019ai développé plus en profondeur les intentions de la politique familiale dans le secteur de l\u2019éducation scolaire, car il m\u2019a semblé que la majorité d\u2019entre vous êtes de ce milieu et que ce milieu constitue un terrain très fertile pour des partisans, je dirais pour des missionnaires de l\u2019éducation familiale, laquelle n\u2019est pas assez reconnue, évidemment. 858 L\u2019éducation familiale dans les autres secteurs Par ailleurs, on doit constater que tous les autres secteurs d interventions gouvernementale ou communautaire sont à mon avis également concernés par l\u2019éducation familiale.Je pense à l\u2019éclairage familial nécessaire aux interventions dans le réseau de la santé et des services sociaux en terme de périnatalité, de lutte à la violence, de soutien aux familles vulnérables.Je songe à la prise en compte de la dimension familiale dans la dispensation des services judiciaires et dans la protection de la jeunesse.J\u2019entrevois le développement de perspectives familiales dans l\u2019habitation et l\u2019environnement, dans les activités de loisirs et de la culture où les responsables municipaux peuvent agir pour augmenter la qualité de vie des enfants et des parents.J\u2019intuitionne déjà comment de meilleures connaissances des réalités familiales d\u2019aujourd\u2019hui et de demain peuvent fonder des modalités de soutien financier plus adaptées aux parents qui ont charge d\u2019enfants.J\u2019entrevois toutes les études à mener pour illustrer les besoins des parents de concilier les tâches du travail rémunéré avec leurs responsabilités parentales et les difficultés engendrées par l\u2019éducation des enfants.Cette liste non exhaustive des secteurs où le support aux parents devrait s\u2019accentuer illustre bien la riche diversité des champs d\u2019application éventuels de l\u2019éducation familiale.Au cours des deux dernières années, divers collaborateurs de L\u2019Action Nationale ont démontré la pertinence de cette éducation par la profondeur de leurs analyses et le sérieux de leurs intérêts.La famille est la cellule de base de la société En fait, je plaide pratiquement pour la naissance nécessaire d\u2019une science familiale qui serait le point de rencontre des applications multiples et interreliées de la psychologie humaine et sociale, de la sociologie, de l\u2019anthropologie, de l\u2019économie, de la démographie, de la médecine, du droit, de la pédagogie, de l\u2019architecture, de l\u2019écologie.La famille est la cellule de base de notre société, mais on a oublié cette réalité pendant de nombreuses années, la famille ayant perdu de son attrait pour les chercheurs, étant considérée L\u2019ÉDUCATION FAMILIALE 859 par les uns comme une institution en voie de disparition, par les autres comme une réalité de droite.On ne doit donc pas s\u2019étonner des soubresauts assumés par la famille, même du discrédit qu\u2019elle a dû subir devant la montée de l\u2019affirmation des droits individuels.La famille se maintient malgré tout et on est à redécouvrir ses qualités fondamentales et les rôles indispensables qu\u2019elle assume.Je n\u2019ai donc pas à vous convaincre de l\u2019urgence des sciences familiales et de l\u2019éducation familiale pour fonder les décisions gouvernementales, illustrer les situations familiales nouvelles, éclairer les interventions sociales, valoriser les rôles parentaux et surtout soutenir la compétence parentale.L\u2019éducation familiale L\u2019éducation familiale est justement en mesure de fournir par des activités de recherche les assises scientifiques des connaissances familiales et par une pédagogie concrète, l\u2019adéquation des actions auprès des parents et des enfants dans tous les secteurs de vie familiale.De plus, et je le dis presque en boutade, il faut envisager de faire l\u2019éducation familiale de la population et des décisionnaires politiques pour que la famille reprenne la place qu\u2019elle mérite dans notre société.Elle a été prise pour acquise pendant trop longtemps: il faut maintenant collectivement réapprendre à la respecter.Il faut par exemple éduquer la population pour une meilleure redistribution des ressources collectives vers les parents à partir des citoyens qui n\u2019ont pas d\u2019enfants.Il faut que notre organisation sociale, qui dépend en grande partie des attitudes et des comportements de chacun d\u2019entre nous, fasse une meilleure place aux enfants.Les enfants sont dérangeants, mais il faut accepter d\u2019être dérangés, cesser d\u2019être intolérants, les laisser vivre, jouer et rire.Réservons notre intolérance à la violence et à la pollution pour laisser de l\u2019espace aux enfants qui sont notre avenir et aux parents qui s\u2019en occupent.Dans le discours public, il serait temps qu\u2019on fasse preuve, par exemple, d\u2019un optimisme de bon aloi face à l\u2019avenir de la 860 famille, car elle en a un si l\u2019on examine les valeurs identifiées par les jeunes.Ceux-ci veulent vivre la famille, ils ont le goût d\u2019en assumer les responsabilités si on consent l\u2019effort de les y préparer.Ils veulent avoir des enfants, fonder un foyer stable, conscients qu\u2019ils sont des bienfaits escomptés.On leur fait cependant tellement de pression et on est tellement exigeant envers les futurs parents qu\u2019ils ont peur, hésitent et limitent leurs aspirations.Ce sont pourtant les jeunes qui feront la famille de demain, celle qu\u2019il importe de préparer avec le plus de sévérité possible.Conclusion Dans ce discours public ambiant dont nous sommes tous responsables, il ne faut pas d\u2019une part se lamenter continuellement sur le sort des familles dans le monde moderne ni abonder dans le sens de ceux qui prétendent qu\u2019il est irresponsable d\u2019avoir des enfants aujourd\u2019hui.Il ne s\u2019agit pas de proclamer que tout va bien, mais de prodiguer des encouragements et d\u2019outiller les parents pour assumer leurs responsabilités.Les parents ont le droit d\u2019être appuyés dans leurs tâches qui dépassent leurs propres intérêts personnels.On doit leur permettre d\u2019assumer leur quotidien, d\u2019avoir une vie familiale plus heureuse et de développer dans leur foyer une qualité des relations familiales satisfaisante, puisque ce sont elles qui vont déterminer la presque totalité des qualités humaines des enfants.? Vers un nouvel équilibre entre les petites et les grandes entreprises Pierre-André JULIEN Économiste Université du Québec à Trois-Rivières Résumé L'auteur observe la multiplication des petites entreprises durant la dernière décennie.Il révèle qu\u2019entre 60% et 80% des nouveaux emplois proviennent d\u2019entreprises ayant moins de 200 employés.Les industries québécoises les plus dynamiques ont été l\u2019imprimerie, la machinerie et les produits métalliques, entre 1975 et 1982. 862 M.Julien situe l\u2019évolution de la petite entreprise dans la mutation de l\u2019économie.Comparées aux grandes entreprises, les PME s\u2019adaptent plus facilement à l\u2019accélération des changements.Elles atteignent plus rapidement l\u2019utilisation optimale des nouvelles technologies.Pour plusieurs régions, elles constituent actuellement le seul espoir.Elles possèdent des chances de compétition à certaines conditions: écoute du changement, innovation, efficacité et participation des travailleurs.T ^\u2019importance en nombre des petites entreprises (PE)1 n\u2019est plus à rappeler.D\u2019autant que depuis plus de quinze ans maintenant, dans les pays industrialisés, elles se multiplient, créent la plus grande partie des nouveaux emplois et sont le plus souvent à la base du renouveau économique des régions ou villes auparavant en perte de vitesse.Pourtant on sait que ce nombre, jusqu\u2019à il y a peu de temps encore, stagnait et la part des petites entreprises dans la production globale déclinait systématiquement.Au point que, par exemple entre 1944 et 1973, durant toute la période de forte croissance économique des pays développés que Jean Fourastié a appelée «les trente glorieuses», de très nombreux économistes, dirigeants d\u2019entreprises, responsables politiques, n\u2019avaient pas hésité à avancer l\u2019idée selon laquelle ces PE représentaient une structure archaïque, condamnée en partie par l\u2019évolution du capitalisme et qui devait être reléguée au magasin des accessoires.1.Par petite entreprise, nous entendons généralement des entreprises de moins de 50 employés.Plus loin, lorsque nous parlerons des PME, celles-ci comprendront aussi les entreprises ayant entre 50 et 200 employés. VERS UN NOUVEL ÉQUILIBRE 863 La multiplication des PE Durant la dernière décennie, la multiplication des PE entraînait le renversement de la tendance séculaire à la concentration.En essayant de séparer la part du mythe et de la réalité, il semble évident que les années 70 ont marqué le tournant de ce grand changement.L\u2019Italie avait été la première au milieu des années 60, en annonçant ce qui allait se généraliser ailleurs, au-delà de la structure industrielle, de la taille du marché et de son dynamisme.Cette création de petites entreprises se répercutait du côté de la création d\u2019emplois.En fait, depuis plus de dix ans, dans la plupart de nos pays, entre 60% et 80% des nouveaux emplois proviennent d\u2019entreprises ayant moins de 200 employés, et plus particulièrement de celles ayant moins de 50 employés.De plus, les petites entreprises ont fait mieux que les grandes du côté de la production, sinon des investissements, alors qu\u2019aupa-ravant, la productivité apparaissait nettement comme une fonction croissant avec la taille.Beaucoup de raisons peuvent expliquer ce nouveau dynamisme de la petite entreprise.La première est l\u2019expansion du secteur des services, c\u2019est-à-dire là où il est plus facile de partir une entreprise, car cela demande relativement peu de capital.Mais c\u2019est aussi vrai dans le secteur manufacturier.Dans ce dernier secteur, il ne faut pas penser que les nouvelles PE ou les nouveaux emplois créés par l\u2019expansion de celles-ci ne l\u2019ont été que dans les industries traditionnelles, à intensité de main-d\u2019œuvre élevée, mieux abrités ou plus épargnés par la crise, tels l\u2019alimentation et l\u2019habillement.Au Québec, l\u2019imprimerie, la machinerie et les produits métalliques ont été les plus dynamiques entre 1975 et 1982, au contraire des productions liées à l\u2019agriculture2.Il en est de même dans d\u2019autres pays2.2.J.-C.Thibodeau et P.-A.Julien, «Les P.M.E.manufacturières dans la tourmente économique, de 1975 à 1982», Revue d\u2019économie industrielle, 36, 2e trimestre, 1986, p.14-25.Ce comportement anti-conjoncturel de la PE est confirmé par W.Sengerberger et G.Loveman, «Smaller units of employment.A synthesis report of industrial reorganisation in industrialised countries.».Institut International des Études sur le Travail, Genève, DP/3/1987 (rev.1988), p.15 et 16. 864 Enfin, ce comportement semble le fait de régions dont l\u2019économie n\u2019a pas été monopolisée par les grands établissements, régions pas trop urbanisées, mais pas trop rurales.En France, Geneviève Duché et Suzanne Savey ont montré que les régions qui connaissaient les plus forts taux de développement du point de vue PIB et création d\u2019emploi étaient celles où la part des PME manufacturières (en particulier les petites entreprises de moins de 100 employés) dans la valeur ajoutée régionale était la plus forte, soit dans l\u2019Ouest, le Sud-Ouest ou le Languedoc, c\u2019est-à-dire là où l\u2019économie avait peu ou pas assez de passé industriel3 4 5.Au Québec, on parle de «miracles économiques» en Beauce, dans les Bois-Francs et l\u2019Estrie, soit des régions bien à l\u2019écart de la grande région traditionnellement industrialisée de Montréal*.1.La petite entreprise et la mutation de nos économies Une première grande raison de ce retournement de tendance réside dans la fin du modèle traditionnel de régulation basé principalement sur la consommation de masse et ainsi sur la production de masse par la grande entreprise.En effet, on sait que dans les économies industrialisées, la demande devient de plus en plus diversifiée et les marchés de plus en plus éclatés face à des besoins mouvants; ceci constitue une tendance dure, structurelle et non transitionnelle.Autrement dit, consommation de masse ne signifie plus uniformisation.Cette segmentation s\u2019explique par les changements rapides de goûts des consommateurs, c\u2019est-à-dire par la volativité d\u2019une partie grandissante de la demande, par la croissance des coûts 3.\tPar exemple en Suède: voir L.Lindmark, «Small film in a new context in Sweden», cahier de recherche n° 42, Université d\u2019Umëa, 1982; OCDE, «Employment in small and large firms: where have the jobs come from?», in Employment Outlook, Paris, septembre 1985.4.\tG.Duché et S.Savey, «Le rôle de la PME dans la mutation du mode de production capitaliste», dans P.-A.Julien, J.Chica et A.Joyal, La PME dans un monde en mutation, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 1986.5.\tP.-A.Julien, «La PME et le développement micro-régional», Revue canadienne des sciences régionales, 10, 2, été 1987, pp.133-146. VERS UN NOUVEL ÉQUILIBRE 865 des produits transformés et des inventaires obligeant à minimiser le temps requis entre les commandes et les ventes et, enfin, par les propres efforts de différenciation de l\u2019industrie.Mais à la base de tout ceci on trouve l\u2019amélioration importante du revenu personnel disponible (du moins dans les zones d\u2019abondance de nos économies) permettant de passer d'une consommation «de quantité» à une consommation «de qualité» et ainsi «de variété»6.En d\u2019autres mots, dans nos économies avancées les consommateurs ont de plus en plus les moyens (et même le temps) de se payer «la différence».Évidemment, une économie basée sur des milliers de petites entreprises est beaucoup plus apte à s\u2019adapter à la personnalisation croissante des marchés et à l\u2019accélération du changement.Du fait de leur meilleure insertion dans un pays, dans une région, voire dans une ville, les PE sont plus à même de vivre dans tous ses aspects cette évolution rapide.Une économie où ces entreprises sont très présentes peut constituer par le fait même un système profondément «auto-adaptatif», permettant de multiplier les expériences de toutes sortes et de favoriser la concurrence en fonction des besoins.À l\u2019opposé, les systèmes hyper-centralisés, tant dans la production que dans la sphère politique sont beaucoup plus difficiles à faire bouger, beaucoup moins flexibles.Le travail a profondément changé De plus, on sait que depuis trente ou quarante ans, le travail a profondément changé.L\u2019éthique traditionnelle qui avait permis le taylorisme (et le travail à la chaine dans la grande entreprise) a été remise en question.Au point que le motif économique (soit le gain d\u2019un revenu pour pouvoir subvenir à ses 6.Voir à ce sujet, par exemple, M.Rosen, «A study of market segmentation and target marketing», Hotting Apparel Industry Review, cité par J.Zeitlin et P.Totterhill, Reversing Industrial Decline.Industrial Structure of Policy in Britain and her Competitors, New York, St.Martins Press, 1989, p.162.Ce phénomène avait déjà été étudié en particulier par T.Scitovsky, L\u2019économie sans joie, Paris, Calmann-Lévy, 1978.Voir aussi P.-A.Julien et B.Morel, La belie entreprise.La revanche des PME en France et au Québec, Montréal, Éditions du Boréal, 1986. 866 besoins) qui permettait de compenser le caractère souvent inhumain de cette «organisation scientifique du travail» cède de plus en plus le pas dans l\u2019ordre d\u2019importance aux autres motifs, dont le motif sociologique, donnant un certain statut social ou de reconnaissance par la société, ou le motif psychologique, offrant la possibilité de se sentir utile tout en développant ses possibilités créatrices et son sens des responsabilités7.Or les PE, du moins en principe, du fait d\u2019une organisation peu formalisée et d\u2019une faible spécialisation du travail et de la production, sont beaucoup plus à même de pouvoir répondre à ces nouvelles aspirations.Les grandes entreprises, pour leur part, doivent mettre en place tout un train de réformes de plus en plus éloignées du taylorisme traditionnel, allant de l\u2019enrichissement des tâches aux «cercles de qualité» et à la «démocratie industrielle».Mais ces réformes doivent faire face à toutes sortes de difficulté dues en particulier à la complexité de gérer la grande dimension.Cette complexité demandera toujours une certaine centralisation, beaucoup de contrôles et un système d\u2019information formalisé et relativement rigide.Les petites entreprises, lorsqu\u2019elles n\u2019essaient pas d\u2019imiter les grandes, permettent aux employés de prendre de l\u2019initiative et de s\u2019impliquer dans l\u2019évolution de la firme.Si elles le veulent, elles peuvent fonctionner beaucoup plus facilement comme un système de «démocratie industrielle» du point de vue organisation du travail.Les nouvelles technologies Quant aux nouvelles technologies informatisées, celles-ci sont par définition (du fait de leurs possibilités de miniaturisation et de production flexible) beaucoup plus ouvertes que les anciennes aux besoins des petites firmes ou de la production de petites séries.D\u2019ailleurs, plusieurs études ont démontré que les 7.Voir à ce propos les multiples analyses des psychologues industriels sur la fin de l\u2019éthique traditionnelle du travail et les nouvelles aspirations actuelles des travailleurs. VERS UN NOUVEL ÉQUILIBRE 867 nouvelles technologies de petite taille atteignent beaucoup plus rapidement leur optimum d\u2019utilisation que les grandes8.Z.Acs et son groupe ont même montré que certaines technologies comme les machines outils à contrôle numérique (MOCN) favorisaient le développement de la PME au détriment de la grande entreprise9.D\u2019autres études démontrent que la pénétration des nouvelles technologies informatisées dans les PME est de plus en plus rapide et même plus rapide dans certains secteurs que dans la grande entreprise10.Lorsque les coûts sont trop élevés, on assiste à une offre de services partagés ouverte aux PE.La complexité de nos systèmes Enfin la complexité de nos systèmes politiques et économiques et la difficulté croissante des grandes institutions à y faire face amènent celles-ci à se décentraliser au profit des régions et des gouvernements territoriaux.Cette décentralisation permet par exemple de diviser les contrats autrefois centralisés et auxquels le plus souvent seules les grandes entreprises pouvaient répondre ou de diversifier ceux-ci en fonction de besoins différents selon les régions et leur environnement.Ainsi on recourt de plus en plus à des technologies sociales à échelles humaines ou à des solutions plus adaptées et à risques moins élevés pour la société\".8.\tR.Rothwell, «The role of small firms in the emergence of new technologies», Omega, 12, 1, 1984, p.19-20; J.Zeitlin et P.Totterdill, «Markets technology and local intervention: the case of clothing», in Zeitlin et Totterdill, op.cit.9.\tZ.J.Acs, D.B.Audretsch et B.Carlsson, «Flexible technology and firm size», miméo, Wissenschaftszentrum Berlin für Socialforschung, mai 1988.10.\tP.-A.Julien et M.Alarie, «Le taux de pénétration des nouvelles technologies informatisées dans deux secteurs de l\u2019économie québécoise», rapport préparé pour le compte du Conseil de la science et de la technologie du Québec, 1989; Agence de l\u2019informatique, L\u2019état de /\u2019informatisation de la France, Paris, Économica, 1986.11.\tS.J.Hallet et G.A.Hess, «Human scale technology: a new approach to solving urban problems», The Futurist, 16, 3, juin 1982, p.26-31. 868 Une économie prenant fortement appui sur la décentralisation des décisions politiques ne peut que favoriser la PE pour répondre de manière plus efficace au changement accéléré créé par la mutation de nos économies.Ceci s\u2019explique à cause de la souplesse d\u2019un système décentralisé soutenant la mise sur pied de nouvelles entreprises plus adaptées aux besoins changeants et la fermeture d\u2019autres incapables de suivre.2.Les limites de la grande taille Une deuxième grande raison expliquant le dynamisme des PE provient du ralentissement même du dynamisme de la grande entreprise ou du moins de ses difficultés à répondre aux effets négatifs générés par sa taille pourtant de plus en plus grande suite aux nombreuses fusions qui se poursuivent.Comme nous l\u2019avons dit, durant les trente premières années de l\u2019après-guerre, les moyennes et grandes entreprises industrielles les plus performantes ont été littéralement aspirées par une dynamique de croissance interne de renforcement de leur potentiel par les investissements propres en capacités diverses.Par ailleurs, ces mêmes entreprises ont tendu à se regrouper, par rachats, par fusions, s\u2019engageant de la sorte dans une dynamique de croissance externe qui a débouché sur la constitution des grands groupes industriels nord-américains, japonais ou européens.Comme on le sait, cette politique de la grande taille n\u2019est pas terminée.Mais la logique qui la sous-tend est de plus en plus remise en question.Cette logique expliquait qu\u2019une taille supérieure entraînait une efficacité supérieure.Elle reposait sur trois grands effets, bien connus en économie industrielle: effet d\u2019échelle (technique et de gestion), effet d\u2019apprentissage, effet de champ ou de variété12.Les économies d\u2019échelle L\u2019argument des économies d\u2019échelle a été toutefois fortement nuancé depuis quelques années.Tout d\u2019abord, les économies d\u2019échelle techniques ne furent vérifiées statistiquement, au 12.Y.Morvan, Fondements d\u2019économie industrielle, Paris, Économica, 1986. VERS UN NOUVEL ÉQUILIBRE 869 travers du facteur d\u2019échelle, que dans les activités industrielles très capitalistiques (raffineries, cimenteries, etc.) et de process.En revanche, dans les industries plus «légères», le fameux effet d\u2019échelle, avec sa «loi des deux tiers»'3 ne se vérifia guère: de fait, plus l\u2019activité peut être divisible, plus l\u2019on peut échapper au problème des économies d\u2019échelle technologiques, conserver un certain niveau de productivité, et substituer de la main-d\u2019œuvre au capital; en conséquence, plus la petite entreprise a des chances de conserver sa compétitivité.D\u2019ailleurs, à ces économies, on a opposé plusieurs coûts d\u2019échelle, tels les coûts dus à l\u2019indivisibilité et l\u2019irréversibilité des capacités de production: d\u2019où des risques énormes, se traduisant par des «coûts de capacité», des «coûts de sortie» des «coûts de réorientation»14 ou des «coûts de transformation»,15 bref des coûts d\u2019inertie importants.16 Mais, au-delà des économies d\u2019échelle techniques, l\u2019argument des économies d\u2019échelle de gestion s\u2019avère encore plus fallacieux.En dehors des faibles résultats des recherches qu\u2019une telle assertion a pu nourrir, «les faits» suffisent amplement à l\u2019infirmer: confirmant notamment ce qu\u2019avaient énoncé les spécialistes de gestion des systèmes complexes, les «limites de l\u2019organisation» (bien décrits, par exemple, par les «lois de Parkinson» ou «le principe de Peter»), se sont pleinement révélées17.Au demeurant, la dérive bureaucratique, génératrice notamment 13.\tLa «loi des deux tiers» montre que les coûts n\u2019augmentent en moyenne que de deux tiers avec un doublement de la production.14.\tM.Marchesnay, «Analyse dynamique et théorie de la firme», thèse de doctorat d\u2019État, Paris, 1969.15.\tJ.P.Gould, «Adjustment costs in the theory of investment of the firm», Review of Economic Studies, 36, 1969.16.\tP.-A.Julien et C.Lafrance, «Toward the formalization of \u2018Small is Beautiful\u2019.Societal effectiveness versus economic efficiency», Futures, juin 1983, pp.211-221.17.\tCEDAC, De nouvelles théories pour gérer l'entreprise, Paris, Économica, 1988. 870 de l\u2019effet de «graisse» de l\u2019organisation), a été dénoncée par les spécialistes (March, Cyert, Simon).'8 L\u2019effet d\u2019apprentissage L\u2019argument des économies d\u2019échelle est donc fort criticable ou du moins mérite de sérieuses mises en garde.D\u2019ores et déjà, on peut percevoir qu\u2019il existe des activités pour lesquelles la petite taille peut être considérée comme l\u2019indice d\u2019une compétitivité supérieure et d\u2019une vulnérabilité inférieure \u2014 et d\u2019autres activités où l\u2019inverse se vérifiera.Il en va de même de l\u2019argument des effets d\u2019apprentissage ou d\u2019expérience.Comme le soulignent les développements les plus récents de la théorie des entreprises, il n\u2019est pas assuré que l\u2019expérience acquise soit constitutive d\u2019une barrière à l\u2019entrée, et d\u2019une absence de concurrence de la part d\u2019entreprises plus jeunes (et supposées plus petites).Une entreprise jeune pourra acquérir ou imiter les méthodes les plus «rationnelles».Une entreprise plus petite pourra éviter les freins bureaucratiques et compenser une moindre rationalisation (différenciation) par une implication (intégration) supérieure.L\u2019effet de champ ou de variété L\u2019argument des économies de champ obéit à d\u2019égales objections.Reprenant la notion de synergie due à Igor Ansoff,19 il est avancé que la grande entreprise accroît sa puissance et son efficacité en diversifiant judicieusement ses activités, de sorte que son pouvoir de marchés (y compris dans ses relations amont et aval) s\u2019en trouve accru.Il est vrai que, de tout temps, les risques de dissynergie, liés à des diversifications excessives ou maladroites, ont été soulignés.20 Mais les «années terribles» sont venues confirmer la nature de ces risques.18.\tI.Scitovsky parlait déjà de ces «coûts informationnels» en 1958, dans «Two concepts of external economies», in A.Agarwala et S.Singh (éd.).The Economies of Underdevelopment, New York, St.Martin.Voir aussi M.Marchenay, R.Pérez et R.Reix (éd.), Entreprise, gestion et compétitivité, Paris, Économica, 1984.19.\t1.Ansoff, Stratégies du développement de l\u2019entreprise, Paris, Hommes et techniques, 1984.20.\tVoir Y.Morvan, op.cil. VERS UN NOUVEL ÉQUILIBRE 871 En d\u2019autres mots, taille optimale ne veut pas dire nécessairement la plus grande taille.Dans certains cas, on peut même parler de «déséconomies de la concurrence», lorsque les grandes firmes s\u2019entendent entre elles pour contrôler le marché comme Hirst et Zeitlin l\u2019ont mesuré pour plusieurs industries britanniques21.3.Vers un nouvelle équilibre PE/GE Ces limites de la grande firme explique pourquoi plusieurs grandes firmes recherchent de plus en plus la flexibilité particulière des PE.En effet, parmi les stratégies adoptées par la grande entreprise pour renforcer ou restaurer sa compétitivité face à la «crise» et pour augmenter sa flexibilité, on assiste non seulement à une réduction importante de ses capacités de production, mais aussi à une tendance croissante à «l\u2019évitement».Ainsi des entreprises de plus en plus nombreuses confient une part de leurs activités à des petites et moyennes entreprises sous-traitantes.Mais ce recours accru à la sous-traitance (toutefois fort différent selon les pays22) ne se limite pas aux seules activités de production: nombreuses sont les grandes entreprises qui confient leurs activités tertiaires à de petites sociétés, telles l\u2019informatique, l\u2019entretien des locaux, le gardiennage, etc.23 De plus les petites entreprises recherchent certains avantages de la grande taille, d\u2019une part par les groupements d\u2019achats (en particulier dans le commerce de détail), le franchissage, le «groupement d\u2019exportation», et, d\u2019autre part, par des liaisons de complémentarité, comme c\u2019est le cas dans les réseaux d\u2019entreprises (résaux informationnels) des «districts industriels» italiens.On assiste donc à un nouveau rééquilibrage entre la petite et la grande entreprise selon les marchés et les besoins.Par exemple, dans le marché de l\u2019alimentation, en Amérique du Nord, on 21.\tHirst et Zeitlin, op.cil.22.\tSengenberger et Loveman, op.cil., p.44; Bucaille et Costa de Beauregard, op.cil., p.43.23.\tA.Hannaut et A.Torre, «L\u2019évolution de la stratégie d\u2019externalisation des services par les entreprises industrielles», LATAPSES-CNRS, Nice, mars 1985, L.A.301. 872 voit à nouveau la multiplication des petits points de vente souvent spécialisés (boucheries, nourriture fine.) à côté d\u2019hyper-surfaces aux produits standards; mais ces «boutiques», à l\u2019encontre de ce qui se passait avant les années 50, sont reliés entre elles à travers des groupements d\u2019achats.Alors que les grandes surfaces intermédiaires apparues dans les années 50 et 60 connaissent de plus en plus de difficultés24.Cet éloge de la petite entreprise doit toutefois être tempéré.D\u2019abord, on peut se demander, quand les restructurations industrielles seront réalisées et les technologies nouvelles intégrées; quand les grandes entreprises auront surmonté leurs principales contradictions, si la PE ne «retournera» pas à sa place qui, pour encore beaucoup d\u2019économistes traditionnels, est d\u2019être au service des oligopoles.Pourtant, comme plusieurs l\u2019ont montré, la part de la sous-traitance pour les PE, sauf au Japon et en Allemagne, est relativement faible.D\u2019ailleurs, pour plusieurs régions, la petite entreprise constitue actuellement le seul espoir: face aux déséquilibres spatiaux engendrés par les restructurations industrielles, à l\u2019heure où de nombreux sites industriels connaissent les revers du gigantisme industriel des années de forte croissance, seules les petites entreprises paraissent à même de recréer une dynamique locale.Il importe donc de prendre conscience de cette donnée et de mettre en oeuvre des actions visant à favoriser non seulement la création et le développement de ces entreprises, mais plus encore leur maillage.Car c\u2019est par une multiplication des interdépendances entre ces petites unités entre elles et des entreprises moyennes et grandes, que l\u2019on aura des chances de parvenir à créer ou recréer un tissu industriel régional.C\u2019est dire combien la réflexion en matière de politique industrielle doit passer désormais par la prise en compte à un niveau intermédiaire entre l\u2019analyse macro-économique et l\u2019analyse micro-économique, des réseaux d\u2019échanges entre petites et grandes entreprises au sein des filières de production d\u2019une part, et des régions, d\u2019autre part.24.Ce phénomène ne semble pas encore le cas en Europe, où le processus d\u2019implantation des grandes surfaces, qui a commencé beaucoup plus tard qu\u2019en Amérique du Nord et qui n\u2019a pas fait disparaître de nombreuses «petites boutiques», n\u2019est pas terminé. VERS UN NOUVEL ÉQUILIBRE 873 Conclusion Bref, entre le rejet de la PE et son éloge, il y a l\u2019analyse de ses forces et de ses faiblesses, et en particulier de sa capacité non seulement à faire face à la mutation, mais surtout à en profiter.La PE pourra se développer malgré la crise ou grâce à elle à la condition qu\u2019elle soit à l\u2019écoute du changement, qu\u2019elle soit innovatrice sur ses marchés et efficace dans ses productions, qu\u2019elle sache tenir compte de l\u2019ouverture croissante des frontières nationales et internationales, et qu\u2019elle profite de sa première richesse que sont ses employés en les faisant participer au changement.? Réflexions sur les maisons du Québec Aurèle THÉRIAULT directeur général Fédération des Francophones Hors Québec Introduction Le sujet de la francophonie intéresse les Québécois d\u2019une façon constante depuis le passage du général de Gaulle.Quelle est la place que te Québec détient dans l\u2019univers francophone?Quelles relations le gouvernement du Québec a-t-il établi avec les francophones qui vivent aux limites de ses frontières?A-t-il développé avec les Franco-Canadiens et avec les Acadiens des mécanismes de coopération et de solidarité?Les Québécois et les Québécoises ont-ils établi des liaisons RÉFLEXIONS SUR LES MAISONS DU QUÉBEC 875 avec les Francophones Hors Québec pour consolider le fait français au Québec et dans les provinces anglaises?Tel est l\u2019objet de la chronique qui donne la parole aux minorités françaises du Canada et de l\u2019Amérique.La Rédaction Résumé Monsieur Thériault examine l\u2019action des Maisons du Québec établies à Moncton, Ottawa, Toronto et Edmonton.Il constate que le gouvernement du Québec est d\u2019abord préoccupé par tes retombées économiques et politiques de ses relations extra-territoriales.Il affirme que le Québec ne possède pas de politique cohérente à l\u2019égard de la francophonie canadienne.Il signale que les engagements du ministre Gil Rémillard n\u2019ont pas été respectés, à tel point que le Québec ne peut désormais se prétendre le défenseur du fait français au Canada.La politique de non-indifférence et de non-ingérence ne servira même pas le Québec à long terme.En terminant, l\u2019auteur mentionne l\u2019appui que les francophones hors Québec ont apporté à la Loi 178.D epuis 20 ans, les cadres institutionnels, législatifs et juridiques ont constitué un véhicule important pour la francophonie, mais somme toute insuffisant.La promotion du français peut et doit également passer par un accroissement des activités communautaires et par une coopération accrue entre organismes de tous genres.Un des scénarios récurrents est celui où le Québec déborde ses frontières pour assumer le difficile rôle de leader de la francophonie.Le Québec s\u2019est déjà doté de bon nombre d\u2019outils 876 dans l\u2019espoir de raffermir sa position.Aujourd\u2019hui, nous nous proposons d\u2019en examiner un en particulier, soit le réseau de Bureaux du Québec.Établis à Moncton, Ottawa, Toronto et Edmonton, ces bureaux, également appelés Maisons du Québec, permettent au gouvernement québécois de promouvoir ses intérêts en favorisant des liens de réciprocité avec les autres gouvernements ou communautés.Certains se demandent si le Québec devrait implanter des bureaux de même nature dans toutes les provinces.Que doit-on en penser?Nous admettons volontiers que notre réflexion portera presque exclusivement sur le volet francophone des Maisons du Québec.Afin d\u2019évaluer les retombées d\u2019un accroissement du réseau sur la vitalité des communautés francophones hors Québec, il convient d\u2019avancer une hypothèse simplificatrice en postulant que la mission première des maisons est la promotion de la francophonie.Toutefois, une analyse sérieuse de la question ne saurait évacuer les objectifs diversifiés des bureaux qui, ne l\u2019oublions pas, demeurent au service des intérêts québécois et non pas de la francophonie de la diaspora.Nous devons donc reconnaître les préoccupations économiques, sociales et politiques du Québec dans ses relations extra-territoriales pour ensuite cerner l\u2019importance du soutien à la francophonie par rapport à l\u2019ensemble des activités du réseau.L\u2019avènement des bureaux Nous ne surprendrons personne en prétendant que les relations intergouvemementales ou inter-étatiques ne sont jamais le fruit d\u2019un dévouement altruiste de la part d\u2019un gouvernement, mais d\u2019intérêts bien définis.Or, l\u2019avènement d\u2019un Bureau du Québec dans toutes les provinces se justifierait d\u2019abord et avant tout dans la perspective des besoins du Québec, des conditions de son développement et des prospectives de son avenir.Bien sûr, la promotion de la francophonie a été dans le passé et continuera d\u2019être une des nombreuses activités qui sous-tendent les intérêts du Québec.À priori, il semble y avoir là un foyer d\u2019intervention potentiellement bénéfique aux communautés francophones hors Québec.Cependant, nous sommes loin d\u2019être convaincus de l\u2019importance du soutien à la francophonie dans la liste des priorités du Québec. RÉFLEXIONS SUR LES MAISONS DU QUÉBEC 877 C\u2019est à Toronto, en 1973, que le premier Bureau du Québec vit le jour.C\u2019est dans l\u2019espoir de favoriser les relations commerciales qu\u2019on inaugura cette mini-ambassade à vocation essentiellement économique.Les interventions au niveau de la francophonie n\u2019étaient alors que d\u2019ordre très général et secondaire.Les bureaux d\u2019Edmonton et de Moncton furent quant à eux mis sur pied au début des années \u201980, toujours afin de représenter les intérêts commerciaux, culturels et politiques du Québec auprès des autres provinces.À la différence des maisons d\u2019Alberta et de la ville reine, celle du Nouveau-Brunswick fut établie dans un contexte particulier, à la demande même des Acadiens et des Acadiennes qui espéraient ainsi «intensifier les relations entre le peuple québécois et le peuple acadien».Pour la première fois, la représentation permanente du gouvernement québécois dans une autre province était traversée de la question de l\u2019identité nationale des francophones.Sont venues s\u2019ajouter par la suite des ententes cadres formelles de coopération avec les gouvernements provinciaux, où le Québec déploie une aide technique et financière visant à contribuer à l\u2019épanouissement de la langue française en dehors du Québec.Si bien qu\u2019aujourd\u2019hui, le développement des liens avec les associations et les communautés francophones constitue un des rôles essentiels des bureaux, du moins, si l\u2019on s\u2019en remet aux énoncés d\u2019objectifs.Mais l\u2019expérience nous montre que le soutien financier est beaucoup plus timide que l\u2019ampleur de ces objectifs et que l\u2019activité actuelle des bureaux est loin de satisfaire les attentes investies dans le Québec en tant que leader de la francophonie en Amérique du Nord.L\u2019action politique quasi-inexistante des bureaux en matière linguistique reflète l\u2019attitude réservée du gouvernement québécois face à l\u2019inertie des autres provinces face aux minorités francophones.Stratégie du Québec Examinons d\u2019abord la stratégie des Maisons du Québec en matière de promotion de la francophonie.Il faut comprendre que le réseau de bureaux constitue les yeux, les oreilles et les mains du Secrétariat aux Affaires intergouvemementales canadiennes (S.A.I.C.) et que dès lors, son implication dans la fran- 878 cophonie s\u2019insère dans un cadre d\u2019objectifs plus vaste.L\u2019ensemble des moyens utilisés ou envisagés semble à priori assez diversifié et touche certains secteurs vitaux tels l\u2019éducation, la culture, les communications et le commerce.Un certain nombre d\u2019organismes et d\u2019institutions profitent certes des programmes du secrétariat.Un exemple récent est la subvention de 16 000 dollars du gouvernement québécois au journal Le Gabotteur de Terre-Neuve «dans le but de l\u2019aider à faire son travail de promotion de la langue française».Mais au mieux, cette aide demeure hautement technique et est structurée à partir d\u2019une logique qui ne répond pas nécessairement aux vrais besoins des francophones hors Québec.De plus, c\u2019est par l\u2019intermédiaire des gouvernements provinciaux que le secrétariat agit le plus souvent, au lieu d\u2019entrer directement en contact avec les communautés.Bref, les pressions politiques pourtant si nécessaires se font rares, voir inexistantes.Le problème fondamental, c\u2019est que la stratégie d\u2019intervention est soumise à des préoccupations plus globalisantes qui exigent un haut niveau de cordialité et de confiance entre les gouvernements, rendant ainsi toute intervention publique nuisible pour les intérêts du Québec.La stratégie actuelle du Québec nous semble claire.Les programmes d\u2019aides à la francophonie doivent s\u2019effectuer dans le respect des compétences provinciales et le Québec doit éviter à tout prix de s\u2019immiscer dans les questions de nature purement locale.Les raisons sont toutes aussi limpides: la présence du Québec à l\u2019extérieur de ses frontières est motivée par des prospectives de réciprocité multidisciplinaires; promouvoir le Québec et ses ressources d\u2019un côté, bénéficier des avantages offerts par les autres provinces de l\u2019autre.La promotion de la francophonie devient de facto un outil de visibilité du Québec beaucoup plus qu\u2019un support réel aux francophones hors Québec.La stratégie de non-ingérence politique dans laquelle cette promotion s\u2019insère est à son tour un moyen d\u2019alimenter et consolider ses échanges économiques et politiques.Où est donc l\u2019appui moral dont nous parle si souvent le Québec?Les Maisons du Québec laisseront savoir aux gouvernements provinciaux que leurs initiatives face à l\u2019usage du français, si minces soient-elles, sont bien reçues au Québec.Malheu- RÉFLEXIONS SUR LES MAISONS DU QUÉBEC 879 reusement, si la scène publique est le théâtre de mots d\u2019encouragement et de félicitations, elle est rarement le lieu privilégié de dénonciations.Le gouvernement québécois a fait un choix politique clair en préférant exercer ses pressions à huis clos.Si cette stratégie est loin d\u2019aider les communautés francophones hors Québec, il n\u2019est pas évident qu\u2019elle soit, à long terme, la plus avantageuse au fait français à l\u2019intérieur même du Québec.Éliminer les contradictions À la lumière de ce qui vient d\u2019être dit, l\u2019idée d\u2019implanter des Maisons du Québec dans toutes les provinces peut être envisagée de deux façons.Si le Québec juge nécessaire d\u2019établir des bureaux afin de promouvoir ses intérêts socio-économiques, c\u2019est au Québécois et aux Québécoises d\u2019en juger la pertinence.Mais si les programmes d\u2019aide à la francophonie continuent d\u2019être soumis à des priorités plus générales, les communautés francophones hors Québec ne pourront attendre davantage du réseau de bureaux.Par contre, si le Québec désire sérieusement assumer un rôle de leader, les maisons pourraient, à l\u2019occasion, devenir des outils servant à consolider cette province en tant que foyer principal de la francophonie, à condition qu\u2019il mette de l\u2019ordre dans ses objectifs.Toutefois, nous doutons que la clé d\u2019une action efficace se trouve actuellement dans le réseau.C\u2019est d\u2019abord et avant tout une politique d\u2019aide à la francophonie véritablement cohérente qui fait défaut au Québec.Premièrement, aussi longtemps que la promotion de la francophonie sera véhiculée à travers des structures aménagées en fonction d\u2019un vaste ensemble d\u2019intérêts, on ne pourra espérer une intensification du discours politique du Québec à l\u2019égard des autres provinces.Ensuite, le gouvernement du Québec devra avoir le courage d\u2019enrayer les conflits d\u2019objectifs qui sapent la légitimité de sa politique d\u2019aide à la francophonie.S\u2019il continue d\u2019entretenir des relations cordiales avec ses partenaires provinciaux indépendamment de leur comportement face aux minorités francophones, ce n\u2019est pas le fonctionnement actuel des bureaux qui assurera une plus grande cohésion en matière d\u2019aide à la francophonie. 880 Engagements non respectés Rappelons-nous bien ceci.Ce n\u2019est pas la communauté francophone hors Québec qui a hissé le gouvernement québécois au rang de leader de la francophonie en Amérique.Elle n\u2019a par ailleurs jamais formulé de revendications démesurées quant au soutien du Québec.De fait, les attentes des francophones se sont plutôt basées sur des promesses antérieures du gouvernement du Québec qui les a laissés dans l\u2019expectative en s\u2019engageant dans des sentiers qu\u2019il devait ensuite quitter sans avertissement.Transportons-nous un moment au printemps 1986.Gil Rémillard alors ministre québécois des Relations internationales présentait, lors d\u2019un discours au Mont-Gabriel, les conditions d\u2019adhésion du Québec à la Fédération canadienne.L\u2019ensemble des revendications se fondait sur trois objectifs: rendre la Loi constitutionnelle de 1982 «acceptable pour le Québec, la bonifier au profit de l\u2019ensemble de la Fédération canadienne et améliorer la situation des francophones hors Québec».C\u2019est en qualifiant ce dernier aspect de «particulièrement important» que le ministre s\u2019engageait, par exemple, à préciser «au paragraphe 3B de l\u2019article 23 de la Charte que l\u2019expression «établissement d\u2019enseignement de la minorité» comprend le droit à la gestion».Trois ans plus tard, le Québec se désiste et modifie sa position pour n\u2019accorder «qu\u2019un droit de regard» aux minorités dans la gestion des écoles.Lorsque les Franco-Albertains demandèrent à la Cour suprême de se pencher sur la question, le Québec prit place du côté des requérants, mais plaida pour que les gouvernements provinciaux continuent de garder le plein contrôle sur les moyens d\u2019aménager la participation des minorités dans la gestion.Peut-on ensuite accuser les Franco-Albertains d\u2019être excessifs dans leurs attentes, quand ils prétendent que le Québec les a abandonnés?Il ne s\u2019agit pas d\u2019un événement isolé.Lorsqu\u2019en avril 1985 la Saskatchewan décida d\u2019adopter toutes ses lois en anglais et que la traduction française se ferait au bon plaisir de son gouvernement, Robert Bourassa parla de «léger progrès».Le premier ministre du Québec se rangea du côté de son homologue Grand Devine en disant comprendre la prudence avec laquelle ce der- RÉFLEXIONS SUR LES MAISONS DU QUÉBEC 881 nier manipulait le dossier linguistique.Les Fransaskois, pour leur part, voyaient là une violation fondamentale de l\u2019esprit de l\u2019Accord du Lac Meech et une «suppression sans équivoque de droits existants» antérieurement, puisque l\u2019article 110 de la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest obligeait toujours la Saskatchewan au bilinguisme législatif et judiciaire, tel que l\u2019avait confirmé le jugement de la Cour suprême du 25 février 1988.Un choix très clair s\u2019offrait dès lors au gouvernement du Québec.Appuyer la communauté fransaskoise dans sa démarche ou jouer sa carte politique en appuyant les «efforts» de la Saskatchewan.Le premier ministre du Québec opta pour la deuxième attitude expliquant que les sursauts émotionnels suscités par les débats linguistiques appelaient à la prudence et ajoutant qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention de procéder plus rapidement avec les droits des anglophones au Québec.Ici encore, la déception des francophones hors Québec fut vive, pas uniquement parce que le Québec refusait de répondre à leur appel, mais surtout parce qu\u2019il retirait la main qu\u2019il leur avait précédemment tendue en 1986.Il est certes malheureux d\u2019entendre aujourd\u2019hui les différentes associations francophones scander la «malhonnêteté du Québec», sa «trahison», son «égoïsme» ou encore son hypocrisie.Ceci ne renforce en aucune manière la solidarité des francophones.Mais, dans les circonstances actuelles, nous devons leur donner raison, quand ils déclarent qu\u2019«en aucun cas le Québec peut se prétendre le défenseur du fait français au Canada», comme l\u2019avaient fait entendre le ministre Gil Rémillard en 1986, puis le premier ministre Bou-rassa, lors du dépôt du projet de Loi 178 en décembre 1988.La question qu\u2019on se pose d\u2019emblée est de savoir si le Québec se soucie vraiment des préoccupations des francophones de l\u2019extérieur de la province.L\u2019expérience nous a démontré que les Québécois et les Québécoises sympathisent avec les francophones hors Québec, mais qu\u2019ils/elles saisissent mal la réalité quotidienne des communautés francophones, d\u2019où leur inertie face à la question.Ils/elles ne semblent pas non plus faire le lien entre le français au Québec et la vitalité de cette langue dans le reste du Canada, pas plus d\u2019ailleurs que le gouvernement du Québec qui n\u2019a pas su encore articuler une politique reconnaissant cette corrélation. 882 Au lieu, le premier ministre Bourassa s\u2019acharne à dire qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019intervenir dans les dossiers linguistiques des autres provinces, mais continue d\u2019affirmer que le Québec doit être la figure de proue de la francophonie nord-américaine.Le fait que nous nous soyons écartés de la question principale, c\u2019est-à-dire l\u2019élargissement du réseau des Maisons du Québec, reflète sans doute l\u2019inaptitude des bureaux à cerner les véritables problèmes de la francophonie.Dans sa structure actuelle et en l\u2019absence d\u2019une politique cohérente du gouvernement du Québec, le réseau offre peu d\u2019outils tangibles aux francophones hors Québec.Le difficile rôle de leader: la stratégie actuelle du Québec De toute évidence, les francophones hors Québec ont de plus en plus de difficulté à percevoir le Québec comme le défenseur du fait français dans l\u2019ensemble du Canada.Non seulement la stratégie du Québec s\u2019harmonise mal à leur démarche, mais il est de moins en moins évident qu\u2019elle puisse consolider le fait français à l\u2019intérieur même du Québec.L\u2019appui moral de cette province aux communautés francophones est doublé d\u2019une politique de non ingérence.Afin que ces deux objectifs puissent cohabiter, le Québec se voit dans les faits appuyer les gouvernements provinciaux, lorsque ceux-ci montrent un semblant de générosité et s\u2019abstient de se ranger derrière le discours des associations francophones.On peut soupçonner le premier ministre du Québec d\u2019éviter d\u2019appuyer les francophones hors Québec de peur de diminuer son pouvoir de négociation avec sa propre minorité.À l\u2019heure de la concertation ministérielle, le Québec considère qu\u2019il est plus profitable de transiger directement avec les gouvernements qu\u2019avec les associations à la base, particulièrement dans le contexte de la ratification de l\u2019Accord du Lac Meech.Dans le cadre d\u2019une telle stratégie, les bureaux du Québec servent principalement de soutien bureaucratique aux rencontres interministérielles.Autre pierre angulaire de la stratégie québécoise: assumer le fait français à l\u2019intérieur de ses propres compétences.L\u2019émer- RÉFLEXIONS SUR LES MAISONS DU QUÉBEC 883 gence de l\u2019état civil comme outil de promotion linguistique lors de la Révolution tranquille a certes contribué à l\u2019essor de la francophonie, mais a du même coup concentré cet essor presque exclusivement au Québec.En misant uniquement sur les moyens législatifs, la promotion de la francophonie se voit emprisonnée à l\u2019intérieur des sphères juridiques conférées aux gouvernements.Afin de ne pas compromettre ses relations avec sa minorité anglophone, le Québec a décidé de continuer d\u2019agir à l\u2019intérieur de ses frontières et de n\u2019offrir aux francophones hors Québec qu\u2019un appui moral.Aujourd\u2019hui, cet appui a un arrière-goût de trahison qui facilite la tâche des autres gouvernements.Ceci étant dit, il faut sérieusement remettre en question son statut de défenseur actif de la francophonie en Amérique du Nord.Le Québec est-il prêt, oui ou non, à assumer le difficile rôle de leader?Une stratégie renouvelée La communauté francophone hors Québec n\u2019a jamais été dépendante de la bonne volonté du Québec.Elle ne lui doit ni sa force ni sa vigueur et, si elle a su survivre pendant plus de deux siècles, c\u2019est surtout grâce à sa propre vitalité et à ses activités à la base.C\u2019est en comptant sur de minces acquis et en continuant de lutter qu\u2019elle prépare l\u2019avenir.Lorsque le Québec déclare qu\u2019il fera de la promotion de la francophonie une de ses priorités, les francophones hors Québec assument qu\u2019ils pourront bénéficier de son appui en temps de crise.Mais quand le gouvernement du Québec se désiste au moment critique, il se trouve du même coup à déstabiliser les communautés francophones qui misaient sur les promesses des politiciens québécois.Pourtant, incarner le rôle de leader de la francophonie n\u2019équivaut pas au suicide politique, comme certains semblent le penser.Certes, cela requiert quelques sacrifices et un peu de courage, mais somme toute un demi courage, quand on songe à ce que le Québec pourrait en retirer à long terme.Comme nous l\u2019avons déjà souligné, aucun État n\u2019intervient jamais à l\u2019extérieur de ses frontièrs par simple générosité.Les programmes d\u2019aide à la francophonie servent tout aussi bien le Québec que les bénéficiaires.Plus important encore, ils s\u2019insè- 884 rent dans une stratégie plus large à laquelle ils sont soumis et dans laquelle ils étouffent.Au lieu de penser en fonction de l\u2019avenir du français au Canada, le Québec préfère pour l\u2019instant construire sa politique en fonction de priorités ponctuelles, figées dans le temps et l\u2019espace.Bref, le gouvernement de monsieur Bourassa n\u2019a toujours pas démontré concrètement qu\u2019il saisissait l\u2019indéniable corrélation entre la vitalité de la francophonie au Québec et dans le reste du Canada.Toute médaille a deux faces Récemment, la communauté francophone hors Québec a démontré qu\u2019elle comprenait cette relation en appuyant le projet de Loi 178 au Québec.Certains diront qu\u2019il s\u2019agissait là d\u2019une erreur, d\u2019autres y voient un acte de naïveté, puisque le Québec n\u2019a pas renvoyé la politesse.Selon nous, il ne s\u2019agit ni d\u2019une erreur, ni de la naïveté, mais d\u2019un choix autonome.Bien sûr, il est difficile de revendiquer un élargissement des droits pour les minorités francophones d\u2019un côté et d\u2019appuyer une restriction de ceux de la minorité anglo-québécoise de l\u2019autre.Mais cette prise de position n\u2019est pas contradictoire pour autant.Comme on l\u2019a déjà si souvent mentionné, comment peut-on espérer que le français soit fort dans le reste du Canada s\u2019il ne l\u2019est pas au Québec?Dans la lutte pour la protection des minorités linguistiques, il faut savoir différencier la particularité de leur situation respective.Des deux langues officielles du Canada, il n\u2019y en a qu\u2019une de menacée: c\u2019est le français.Le Québec aurait avantage à reconnaître que l\u2019inverse est tout aussi vrai, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne peut espérer demeurer à l\u2019abri des courants d\u2019assimilation si les communautés francophones hors Québec se voient dépouillées par leur gouvernement.Concrètement, cela implique de démystifier la règle oh combien sacré de non-ingérence qui gèle le Québec, intensifier l\u2019appui politique aux minorités francophones et se préparer à recevoir un tollé de critiques de la part du Canada anglais! Ces conditions une fois satisfaites, le réseau de Bureaux du Québec pourrait peut-être servir d\u2019agent de relais utile.Mais les maisons ne seront au mieux qu\u2019un reflet de la volonté du Québec et continueront d\u2019être d\u2019abord et avant tout un outil de visibilité de cette province. RÉFLEXIONS SUR LES MAISONS DU QUÉBEC 885 En résumé, nous croyons que le gouvernement du Québec, quelle que soit la stratégie qu\u2019il utilisera dans le futur, devra cesser à tout prix de tendre la perche aux francophones hors Québec pour ensuite la leur soutirer au moment critique.? Le développement au Canada français Femmes et francophones: un double défi Micheline PICHÉ Résumé Madame Piché est rédactrice en chef de la revue FEMMES D\u2019ACTION.Ce magazine est produit par la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises.L\u2019auteure analyse la situation des femmes au Canada.Elle observe les défis que vivent les femmes de la francophonie canadienne qui se retrouvent dans un état de double infériorité.Elle cite l\u2019exemple FEMMES ET FRANCOPHONES: UN DOUBLE DEFI 887 des démarches que doivent effectuer les femmes francophones du Manitoba pour obtenir des services en français.Dans la dernière partie du texte, madame Piché met en valeur l\u2019action de la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises.F ^ ourquoi parler de développement?Dans ce pays, il ne sévit ni la guerre, ni la famine! Les femmes ont droit de vote, accès à l\u2019éducation, font partie du marché du travail et toute forme de discrimination à leur égard est interdite! Ce constat est d\u2019usage chez certaines personnes qui ne voient d\u2019ailleurs plus l\u2019utilité de l\u2019action féministe.Parce qu\u2019en surface les problèmes d\u2019accès à l\u2019égalité sont résolus.La situation exemplaire de quelques femmes au pouvoir, de cheffes de grandes entreprises, de scientifiques devrait, semble-t-il, suffire, même si on les compte, par rapport à l\u2019ensemble, sur les doigts de la main.Qu\u2019en est-il donc pour la majorité des femmes au Canada et celles de la francophonie canadienne en particulier?Il est vrai que des progrès notables ont été accomplis aux niveaux tant juridique, social, qu\u2019économique.Et c\u2019est principalement grâce au lobby de groupes de sensibilisation et de pression féministes que l\u2019avancement de la condition des femmes a marqué des points.Mais, en dépit des gains, seule une minorité peut prétendre avoir atteint une égalité de fait plutôt que de principe.Que ce soit dans leurs relations interpersonnelles, familiales, au niveau éducationnel ou dans leur domaine d\u2019emploi, ces femmes ont pu se tailler la place de leur choix.Elles sont respectées, autonomes et leur contribution à l\u2019évolution de la société est significative.Elles font partie des quelques privilégiées qui souvent ont été encouragées par pères et mères, élevées dans un milieu favorisant leur plein épanouissement et l\u2019égalité des choix.Munies d\u2019une force intérieure, confiantes en leurs capacités, les difficultés semblent avoir glissé sur elles comme l\u2019eau sur le dos d\u2019un canard. 888 L\u2019égalité des chances?Mais la majorité des femmes n\u2019ont pas reçu, en venant au monde, cette égalité des chances.Pour la plupart, notre socialisation, notre éducation, notre environnement nous dirigent dès le départ vers d\u2019autres avenues.Les possibilités qui y sont offertes \u2014 les seules auxquelles nous croyons avoir droit à cause de notre sexe \u2014 nous confinent dans des occupations économiquement et socialement peu valorisées simplement parce qu\u2019elles sont occupées par des femmes.Le fait qu\u2019il y ait aujourd\u2019hui des femmes dans des sphères d activités auparavant réservées aux hommes provoque-t-il un effet d\u2019entraînement pour l\u2019ensemble de la population féminine?Ouvre-t-il vraiment les portes à chacune?.Est-ce parce que l\u2019égalité entre les sexes est inscrite dans la Charte canadienne des droits et libertés et que la Loi canadienne sur les droits de la personne interdit la discrimination fondée sur le sexe et assure aux femmes un salaire égal pour un travail d\u2019égale valeur que cette reconnaissance existe dans la réalité?Le développement des femmes au Canada est indéniablement lié à l\u2019application des lois visant l\u2019équité dans tous les secteurs de nos vies.Il est vraiment urgent que de plus en plus de femmes puissent utiliser leur plein potentiel et participent aux décisions qui orientent notre avenir comme société.Mais ce qui est tout aussi crucial, c\u2019est que l\u2019ensemble des femmes de tous les âges se reconnaissent ce droit au respect, à la dignité et à l\u2019égalité pour ensuite le faire reconnaître.Les travailleuses au foyer, par exemple, qui orientent leur vie en fonction du bien-être de leur famille, partagent-elles «réellement» avec leur conjoint le salaire qu\u2019il perçoit?Les collaboratrices qui travaillent dans l\u2019entreprise familiale se reconnaissent-elles comme partenaires à part égale?Les femmes sur le marché du travail reçoivent-elles un salaire équitable; les retrouve-t-on dans toutes les professions; y ont-elles vraiment accès?À ces questions, plus d\u2019une étude tant à l\u2019échelle provinciale qu\u2019à l\u2019échelle nationale démontre que l\u2019égalité pour l\u2019ensemble des femmes demeure un «équilibre délicat»1.La dépendance économique des femmes au foyer, le revenu inférieur et la ségrégation professionnelle de celles qui font partie de la population FEMMES ET FRANCOPHONES: UN DOUBLE DÉFI 889 dite «active» témoignent du chemin qu\u2019il reste à parcourir.Si les structures judiciaires aident à résoudre les inégalités, encore faut-il que changent les mentalités.«À l\u2019aube des années 90, les femmes font face à des barrières de plus en plus subtiles dans leur recherche d\u2019une plus grande autonomie et d\u2019une plus grande équité1 2» disait récemment Marie Lavigne, présidente du Conseil du statut de la femme du Québec.Les femmes, elles-mêmes, ont-elles les moyens de pouvoir faire reconnaître leur droit au respect, à la dignité et à l\u2019égalité?Le travail des groupes œuvrant à l\u2019amélioration de la condition féminine est tout aussi essentiel en 1989 qu\u2019il l\u2019était il y a vingt ans.Et les femmes de la francophonie canadienne?En fait, à travers le Canada, les femmes à la «base» \u2014 celles pour qui souvent l\u2019action féministe est empreinte de préjugés défavorables \u2014 commencent tout juste à reconnaître les injustices systémiques dont elles sont tributaires.Un exemple frappant de cette situation est celui des femmes de la francophonie canadienne.Leur alliance à des groupes féministes plus politisés est très récente et même inégale d\u2019une province à l\u2019autre.Bien qu\u2019elles partagent d\u2019emblée les conditions de vie de l\u2019ensemble des Canadiennes et des Québécoises, leur état comme groupe minoritaire les rapproche de celui des autochtones et des immigrantes.Les femmes francophones de milieux minoritaires se retrouvent dans un état qualifié de «double infériorité»3, comme le cite une étude réalisée en 1981 par la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises.Ces femmes font face à des cloisons doublement étanches.Il y a quelques années, une psychologue, Jeannine Corbeil, écrivait: «Les femmes ont des comportements de membres de groupes minoritaires en ce qu\u2019elles se 1.\tUn équilibre délicat: l\u2019égalité des femmes au Canada dans les années 1990, Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme, Ottawa, 1987.2.\tMarie Lavigne, La Gazette des femmes.Conseil du statut de la femme, Québec, janv., fév.1989, p.2.3.\tFemmes et francophones: double infériorité.La contribution cachée des femmes au développement de leur milieu, Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises, Ottawa, 1981. 890 laissent définir par l\u2019Autre, veulent lui plaire à tout prix, ont peur de dire ce qu\u2019elles pensent ou ce qu\u2019elles veulent, ont peur d\u2019être jugées, de faire des erreurs, d\u2019initier des actions, de prendre des risques, en somme de prendre entre leurs mains la responsabilité de leur vie4.» LE SENTIMENT D\u2019APPARTENANCE À UN GROUPE CULTUREL FORT, MÊME MINORITAIRE, DONNE AUX FEMMES LA FIERTÉ ET LE COURAGE DE FAIRE RECONNAÎTRE LEURS PROPRES DROITS.Comme collectivité, les francophones du Canada ont encore aujourd\u2019hui à défendre leurs droits, à lutter pour le maintien ou l\u2019obtention de services dans leur langue, même lorsque «le nombre le justifie».Bref, à excuser leur existence.Il est alors difficile de développer une fierté d\u2019être et une confiance en soi comme personne et comme groupe social et culturel.Seuls le repliement sur soi et l\u2019attachement aux valeurs traditionnelles leur ont permis de survivre.Les femmes francophones, longtemps gardiennes de la langue (et de la foi), ont donc surtout œuvré au maintien de leur culture.Ce n\u2019est que lorsque cette dernière jouit d\u2019une certaine sécurité que les femmes francophones sont en mesure de prendre conscience des conditions de vie de la population féminine dans leur ensemble et de s\u2019ouvrir aux autres.C\u2019est ainsi que dans les provinces où les francophones sont avantagés d\u2019un certain nombre de services (Ontario, Manitoba, Nouveau-Brunswick), les femmes ont commencé à analyser leur situation et à faire valoir leurs besoins.Le sentiment d\u2019appartenance à un groupe culturel fort, même minoritaire, donne aux femmes la fierté et le courage nécessaires pour faire reconnaître collectivement leurs propres droits.Car il en faut, puisque la dualité femmes et francophones au Canada nuit à leur avancement comme groupe au sein de notre société.On le remarque par l\u2019absence dans la majorité des provinces de services en français tels: refuges pour femmes victimes de violence conjugale, soins dans le domaine de la santé mentale et physique, soutien psycho- 4.«Les paramètres d\u2019une théorie féministe de la psychothérapie», dans Santé mentale au Québec, novembre, 1979. FEMMES ET FRANCOPHONES: UN DOUBLE DÉFI 891 logique, garderies, aide juridique, centre de ressources, formation scolaire et professionnelle adéquate et autres.L\u2019exemple de la violence conjugale au Manitoba Sait-on, par exemple, ce qu\u2019il faut d\u2019efforts à un groupe politiquement engagé comme Réseau au Manitoba pour obtenir la mise sur pied d\u2019un refuge pour femmes victimes de violence conjugale?Alors qu\u2019il existe dans cette province neuf refuges tous financés par le gouvernement manitobain, aucun ne dessert la population francophone dans sa langue.Dans un dossier intitulé À la frontière du silence5 et préparé par Réseau, l\u2019auteure de la recherche, Gilberte Proteau, souligne que pourtant ce gouvernement a accepté depuis 1981 d\u2019offrir des services en français à sa population francophone et que les services pour la famille sont prioritaires.On y souligne aussi les raisons qui justifient l\u2019absence de demandes de services en français de la part des femmes en particulier.Lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de requêtes, il n\u2019y a pas de services.Pourtant, selon ce dossier, le gouvernement fédéral a fait plusieurs expériences révélatrices qui démontrent que les demandes viennent «après» l\u2019offre de service.Une demande de service en français dans le cas des victimes de violence requiert un courage surhumain.«Il est déjà assez difficile d\u2019aller à contre-courant pour obtenir un service en français quand les choses vont bien, qu\u2019on n\u2019est pas pour risquer de se faire renvoyer d\u2019un employé à un autre pour une question de langue quand les choses vont mal.C\u2019est humiliant, à la fin, d\u2019être toujours obligés de quêter des services dans sa langue6.» La sensibilisation des femmes francophones à la réalité de la violence conjugale au sein de leur communauté est un phénomène assez récent, car les liens collectifs y sont très forts et la femme violentée a longtemps préféré se taire plutôt que de briser ce lien et de s\u2019exiler.À la frontière du silence marque la cinquième étape d\u2019un projet qui a débuté en 1984.Au cours de ces 5.\tÀ ta frontière du silence.Les femmes franco-manitobaines violentées et les services à leur disposition.Réseau, Saint-Boniface, Manitoba, 1988.6.\tIbid., p.15. 892 cinq ans, Réseau a eu comme travail de faire reconnaître l\u2019existence même de la violence conjugale au sein de sa communauté et parallèlement à justifier sa demande de service destinée à une clientèle féminine et en français auprès du gouvernement.En somme, la question du développement à l\u2019intérieur de ce vaste pays est loin de battre au même rythme.La réalité des femmes francophones du Manitoba en est un exemple.Les Canadiennes-Françaises auront-elles toujours à faire face à ce double «défi»?La lutte pour l\u2019amélioration du statut social et économique de la population féminine canadienne est aussi celle des femmes de milieux minoritaires.L\u2019action de la Fédération des femmes canadiennes-françaises Le travail concerté des groupes d\u2019action féministe est donc nécessaire pour que s\u2019opèrent des changements au niveau politique.Et en milieu minoritaire, il est particulièrement important de pouvoir rejoindre les femmes dans leurs milieux.C\u2019est cette dualité qui conduit le travail d\u2019un organisme comme la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises.Cette dernière, dont l\u2019existence remonte à 1914, a suivi de près l\u2019évolution des femmes de milieux minoritaires, puisque son orientation est issue de leurs préoccupations.Au bénévolat d\u2019hier, alors que l\u2019action était curative (soulager les démunies), succède une approche préventive (s\u2019assurer à long terme du mieux-être des femmes).L\u2019amélioration du statut économique et social de ces dernières est devenue le cheval de bataille de cet organisme.Les activités et actions de la Fédération nationale répondent à ce double mandat.D\u2019un côté, elle s\u2019engage dans des dossiers, tels les services de garde préscolaires, la santé mentale, l\u2019Accord du Lac Meech.Elle agit comme porte-parole de la communauté féminine francophone.De l\u2019autre, elle offre des sessions de formation et d\u2019information dans toutes les régions du pays afin de permettre aux femmes de se sensibiliser à divers aspects de la condition féminine: l\u2019importance du regroupement, la situation des travailleuses au foyer et des collaboratrices, l\u2019équité en matière d\u2019emploi, les droits des femmes, etc.Ces sessions, offertes à des bénévoles, bénéficient d\u2019un encadrement professionnel tenant compte des particularités des régions et de la clientèle. FEMMES ET FRANCOPHONES: UN DOUBLE DEFI 893 C\u2019est une démarche cruciale pour mettre fin à l\u2019isolement des femmes, les éveiller à leur rôle comme partenaires dans la société et leur donner les outils dont elles ont besoin.Car c\u2019est par l\u2019affirmation de soi et de son pouvoir comme personnes issues souvent du dialogue et du partage comme vécu lors de rencontres (conférences et ateliers) que les changements s\u2019opèrent graduellement.De la prise de conscience individuelle à une conscience collective et même universelle des conditions de vie des femmes, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Cette conscientisation des femmes de milieux minoritaires est une entreprise de longue haleine.Pourtant, qui sait si le féminisme ne deviendra pas un support important au respect et à la survie de la francophonie canadienne? Section La Prospérité Hommage à la mémoire de Gaston BEA U DR Y Cette section de L\u2019Action Nationale, en collaboration avec le Conseil d\u2019expansion économique, vous présente les nouvelles de la revue et de la Ligue, les mots d\u2019ordre du Mouvement Québec français, des documents historiques.Des chroniques seront aussi publiées: \u2022\tÀ travers l\u2019univers Jean CHAPDELEINE \u2022\tQuestions d\u2019action nationale Rosaire MORIN Comptes rendus de volumes Quand ce n\u2019est pas Québec, c\u2019est Ottawa Guy BOUTHILLIER Porte-parole du Mouvement Québec Français n voit que, depuis vingt ans que notre peuple a décidé au plus profond de lui-même de s\u2019engager dans la voie du Québec français, il se trouve toujours quelqu\u2019un, quelque part, pour chercher à nous ramener dans l\u2019ornière du Québec bilingue.Aux premiers rangs de ces adversaires, il y a Ottawa, dont on a vu l\u2019hiver dernier que le jugement de sa Cour suprême a déjà conduit à un premier retour vers le bilinguisme dans l\u2019affichage, et dont on voit actuellement que le gouvernement s\u2019emploie à pousser plus avant sa charge contre l\u2019organisation linguistique que nous voulons donner au Québec.Et pour ces nouvelles offensives, qui sont d\u2019autant plus dangereuses qu\u2019il va les faire porter sur de nouveaux terrains jusqu\u2019alors à l\u2019abri de ses 896 coups, il s\u2019est donné une toute nouvelle arme, la Loi C-72, extrêmement dangereuse pour nous, aussi bien par son contenu, c\u2019est-à-dire par les perspectives qu\u2019elle ouvre et les moyens qu\u2019elle assure au fédéral, que par le discours mensonger qui l\u2019accompagne, et dont le moins grave n\u2019est pas qu\u2019il a pour effet d\u2019entretenir l\u2019incompréhension, quand ce n\u2019est pas l\u2019hostilité, entre les francophones du Québec et ceux du Canada.Cette arme, nous l\u2019avons dénoncée ici même en août dernier et derechef en octobre.Et contre la menace qu\u2019elle fait peser sur nous, nous avons fait entendre, le 12 mars dernier, la voix de la rue.Mais si Ottawa ne s\u2019en servait pas, ce n\u2019est pas qu\u2019il l\u2019avait mise au rancart, ni qu\u2019il avait enfin compris que le meilleur allié du Canada anglais, c\u2019est un Québec résolument français: c\u2019est tout simplement qu\u2019il retenait son coup, en attendant le moment propice.C\u2019est maintenant chose faite: et nous voici aux prises avec la première offensive menée au nom de la Loi C-72.Et démagogue en matière de langues comme lui seul sait l\u2019être, il a choisi, pour avancer son premier pion, le secteur de la santé et des services sociaux, c\u2019est-à-dire précisément ce domaine que lui a si imprudemment ouvert, faut-il le rappeler, le gouvernement Bourassa en adoptant, en décembre 1986, la Loi 142.Cette loi, sous des dehors sympathiques, est dangereuse, comme nous l\u2019avions dit ici même le 10 décembre 1986, et répété à M.Robert Bourassa dans notre télégramme du 19 décembre 1986.Et c\u2019est sans doute parce que celui-ci avait fini par le comprendre qu\u2019il en retardait l\u2019application.Mais c\u2019était oublier qu\u2019Ottawa et Alliance Québec étaient là, l\u2019un veillant, l\u2019autre geignant, que les élections approchent, et que le gouvernement croit avoir à se faire pardonner de ne pas avoir tout cédé tout de suite dans l\u2019affaire de l\u2019affichage.Et c\u2019est ainsi que le gouvernement vient de consentir à l\u2019entente Robic-Weiner.Une mauvaise loi Le M.Q.F.dénonce cet accord parce qu\u2019il concerne une loi qui est mauvaise.1.Ce problème (si tant est qu\u2019il existe et qu\u2019il est plus urgent que pour les francophones de Montréal), on aurait pu QUAND CE N\u2019EST PAS QUÉBEC, C\u2019EST OTTAWA 897 s\u2019en occuper par simple voie administrative.Cette affaire, on aurait pu s\u2019en occuper en apportant des solutions pratiques à des problèmes particuliers.Mais, non! On a préféré en faire l\u2019occasion d\u2019une reconnaissance solennelle et législative de la langue anglaise, en oubliant qu\u2019en agissant ainsi, on contribuait à donner au Québec un caractère bi-lingue et bi-communautaire: ce qui ne pourra pas ne pas avoir des conséquences à terme, sur le plan des politiques linguistiques d\u2019abord, mais aussi, mais surtout sur le plan de l\u2019identité du Québec, aussi bien aux yeux des Québécois eux-mêmes que des gens de l\u2019extérieur.Cela, M.Weiner, qui n\u2019est pas sot, l\u2019a bien compris, dont les journaux nous rapportent que c\u2019est précisément en soulignant l\u2019importance sur le plan des principes d\u2019un accord par ailleurs modeste qu\u2019il jubilait, notamment devant les membres d\u2019Alliance Québec, réunis en congrès le 26 mai dernier, à qui il était allé porter cette bonne nouvelle, et dont on comprend mieux maintenant pourquoi ils peuvent se dispenser de la formalité d\u2019avoir à se donner un président.2.En plaçant ainsi les deux langues sur un même pied, on contribue à peser, dans le sens des habitudes que l\u2019on sait, sur les mentalités, les perceptions et les pratiques linguistiques.L\u2019anglophone est aussi conforté dans sa tradition d\u2019unilinguisme, tandis que le francophone est invité à méditer sur l\u2019omniprésence de l\u2019anglais (quand il ne l\u2019est pas aussi, surtout s\u2019il est du type «parfait bilingue», à ajuster son propre comportement chaque fois qu\u2019il se trouvera dans un établissement «anglophone»).Mais surtout, c\u2019est l\u2019immigrant allophone qui est ainsi une fois encore poussé un peu plus avant sur la pente, souvent naturelle pour lui, de l\u2019anglais.«Ici, on soigne en anglais» se dira-t-il en s\u2019adressant dans la langue dont il sait déjà trois mots plutôt que dans celle dont on ne lui en a encore appris que deux.«Être soigné en anglais, c\u2019est un droit: je m\u2019adresserai donc à eux d\u2019abord dans cette langue» dira le soignant francophone devant toute personne s\u2019exprimant dans un français hésitant ou qui semblerait venue d\u2019ailleurs.On voudrait enlever à l\u2019immigrant une autre motivation d\u2019apprendre le français (et quelle motivation on vient de lui enlever: la langue de la santé!), on voudrait lui présenter le français comme superflu, qu\u2019on ne s\u2019y prendrait pas autrement! 898 Cela est grave, comme est grave tout ce qui, dans la conjoncture actuelle, contribue à pousser l\u2019immigration vers la communauté anglophone, tout ce qui contribue à maintenir séparés les uns des autres (avant que de les dresser les uns contre les autres?) francophones et allophones.Voici donc qu\u2019au nom de Végalité théorique des langues, on réduit encore un peu plus les chances du français d\u2019être la langue de la fraternité entre Québécois et immigrants.On le voit: ce n\u2019est pas un hasard si c\u2019est entre un ministre chargé du multiculturalisme et une ministre hier encore responsable de l\u2019immigration que cet accord a été passé.L\u2019immixtion d\u2019Ottawa Mais si le M.Q.F.intervient dans cette affaire, c\u2019est aussi parce qu\u2019il y a une circonstance aggravante: l\u2019immixtion du gouvernement fédéral.Ainsi, ce que le gouvernement Bourassa n\u2019aurait jamais dû faire, même seul, voilà qu\u2019ils se mettent à deux pour le faire.L\u2019entente Robic-Weiner permet, en effet, à Ottawa de s\u2019introduire dans un domaine qui lui était jusqu\u2019alors inaccessible.Il y prend pied avec son argent, avec ses fonctionnaires \u2014 deux d\u2019entre eux vont «surveiller» l\u2019opération \u2014, le tout sous la houlette et avec l\u2019aimable sourire de M.d\u2019Iberville Fortier.Et pour quoi faire, nous dit l\u2019entente?D\u2019abord, constituer sur tout le territoire un réseau de «coordonnateurs» anglophones (fournis par les soins d\u2019Alliance Québec?), chargés de demander, d\u2019exiger, c\u2019est-à-dire de donner mauvaise conscience.Ensuite, distribuer partout un guide pour orienter vers les services en anglais, c\u2019est-à-dire éloigner des services en français.Ensuite encore, établir dans chaque établissement la liste de ceux et celles qui sont capables de servir en anglais, sorte de tableau d\u2019honneur du bilinguisme (prélude à de futures primes au bilinguisme?).Enfin, dans certaines régions, enseigner l\u2019anglais à ceux et celles parmi le personnel qui souhaiteraient recevoir cet enseignement.Bref, voici le personnel de nos services sociaux convié au culte du bilinguisme.Cela est grave pour le Québec français.Grave parce que, au lieu d\u2019agir seul, ou encore d\u2019agir selon la formule de Saint-Andrews, on agit avec Ottawa, devenu, par la grâce de cet QUAND CE N\u2019EST PAS QUÉBEC, C\u2019EST OTTAWA 899 accord, l\u2019interlocuteur obligé de notre aménagement linguistique, sur notre territoire, dans un domaine de compétences aussi fondamentalement provinciales que celui de la santé et des services sociaux.Grave aussi parce que nous sommes devant ce qu\u2019on appelle pudiquement un précédent, et que ce premier pied de la Loi C-72 dans la porte de notre législation linguistique annonce de nouvelles interventions.Du reste, M.Weiner l\u2019a promis, et il a même promis \u2014 à ses amis d\u2019Alliance Québec \u2014 qu\u2019il le ferait «sous peu».Dans quel domaine?À vous de choisir: ils sont maintenant tous dans son collimateur.La langue du travail?La langue de la signalisation routière, pour faire plaisir aux touristes, comme dirait Michel Gratton, et comme le demande souvent la Gazette?L\u2019enseignement de l\u2019anglais \u2014 et en anglais \u2014 aux réfugiés et immigrants d\u2019âge adulte, comme semble l\u2019accepter Claude Ryan?Quoi qu\u2019il en soit de ces conjectures, une chose est d\u2019ores et déjà acquise: il y aura un «Conseil consultatif canadien des langues officielles», que le gouvernement fédéral va bientôt créer, histoire de contrer notre Conseil de la langue française.Madame Bacon n\u2019a pas «eu» le Conseil, à l\u2019époque de la Loi 140?Nous ferons mieux, répond Ottawa: nous allons le doubler, c\u2019est-à-dire le neutraliser.Alerte! Messieurs les députés.Ce qui nous est venu d\u2019Ottawa cet hiver et ce printemps n\u2019est pas bon.Ce qui s\u2019annonce pour l\u2019été ne l\u2019est pas plus.Le Mouvement Québec Français s\u2019adresse à nos députés à la Chambre des communes.Ceux-ci, qui n\u2019ont assurément pas été élus pour affaiblir l\u2019organisation linguistique du Québec, doivent prendre conscience de ce qui se passe, et de ce qui se prépare.Qu\u2019ils suivent de plus près cette affaire de la Loi C-72.Qu\u2019ils écoutent ce qui se dit et observent ce qui se fait autour de cette loi.Et, pour guider leur réflexion, pourquoi ne mesurent-ils pas la sollicitude d\u2019Ottawa pour la langue anglaise au Québec à l\u2019aune de ce qui se passe pour le français à Radio-Canada et à l\u2019Office national du film, à l\u2019Agence spatiale, dans les Forces armées, ailleurs aussi, et d\u2019abord au sein des communautés francophones du Canada anglais?Mais la responsabilité ultime, c\u2019est à Québec qu\u2019elle loge.C\u2019est pourquoi le Mouvement Québec Français demande à nos 900 députés de l\u2019Assemblée nationale, comme il le demandera à sa manière à ceux qui seront candidats aux prochaines élections, de prendre les moyens qu\u2019il faut pour empêcher que la Loi C-72 ne vienne perturber l\u2019organisation linguistique du Québec français.Plus particulièrement, le M.Q.F.se permet de rappeler à M.Gil Rémillard que celui-ci avait vu le danger, qu\u2019il avait cherché à obtenir un accord-cadre, et que cet accord se fait toujours attendre.Il se permet également de rappeler à M.Claude Ryan que ce qui se passe ne permet pas de plastronner, et qu\u2019il lui incombe de s\u2019interroger sur une loi fédérale dont l\u2019application menace l\u2019avenir d\u2019une langue dont il est le gardien politique.Enfin, le M.Q.F rappelle à tous, et tout particulièrement à M.Weiner, qu\u2019à se faire de la liberté la conception que certains semblent s\u2019en faire, et qu\u2019à utiliser celle-ci pour pousser les avantages de la langue anglaise auprès de l\u2019immigration, on prépare à tous des lendemains sans fraternité, et à la langue française des lendemains sans avenir.? À TRAVERS L\u2019UNIVERS Limitation des armements Jean CHAPDELEINE Introduction Jean Chapdeleine nous reviendra dans chaque publication.Ce diplomate de carrière vous fera faire le tour de la terre.«À travers l\u2019univers» vous amènera en Russie, en Allemagne, en Chine.Le premier article porte sur l\u2019utopie des armements.L\u2019auteur se souvient d\u2019Hiroshima et de Nagasaki.En quatre jours, 200 000 vies humaines avaient été annihilées.L\u2019om- Une chronique, préparée début d\u2019été pour publication en septembre, ne peut être à la fine pointe de l\u2019actualité; on peut espérer qu\u2019elle aidera à la comprendre. 902 bre de ces horreurs explique probablement le choix de monsieur Chapdeleine qui débute sa chronique en écrivant sur «l\u2019équilibre de la terreur».La Direction T -/e désarmement, c\u2019est une utopie, même à moyen terme.De toute façon, une chronique n\u2019est pas le lieu de l\u2019histoire d\u2019une utopie, ni même de l\u2019histoire tout court.Aussi loin qu\u2019on regarde en arrière.on parle de limitation des armements.Les vainqueurs de Versailles, en 1918, avaient désarmé l\u2019Allemagne, mais étaient restés armés.En 1936, Hitler rentrait, réarmé, en Rhénanie.En 1945, l\u2019Allemagne était de nouveau à bas, mais cette fois les vainqueurs étaient déjà à couteaux tirés.Personne ne désarma, au contraire, et bientôt, on ré-arma l\u2019Allemagne, les deux Allemagnes.À la Société des Nations, dans l\u2019entre-deux-guerres, on avait beaucoup discuté de désarmement.À la nouvelle Organisation des Nations Unies, on recommença, d\u2019abord pour harnacher l\u2019atome, puis le reste.Peine perdue; le climat était défavorable; les Nations Unies ont laissé tomber.Et le monde en est resté avec l\u2019«équilibre de la terreur».Pas si mal, puisque ce régime a quand même réussi à éviter, pendant 45 ans, que la planète n\u2019explosât.Clémenceau n\u2019avait-il pas dit qu\u2019il aimait tellement l\u2019Allemagne qu\u2019il en voulait toujours deux?Beaucoup mieux que la dernière fois, mais à quel coût?Tout ce qui va à l\u2019armement, aussi bien dans le monde libre, que derrière le rideau de fer, c\u2019est autant de bien-être perdu pour les populations de la terre.Un fusil, une pièce d\u2019artillerie, une bombe atomique, ça se chiffre: alimentation déficiente; santé précaire; une automobile de moins, ou une laveuse, ou une habitation.La recherche de limiter l\u2019armement n\u2019est donc pas peine perdue, sans compter que le succès, toujours limité, diminue la LIMITATION DES ARMEMENTS 903 puissance des appareils, aussi bien à l\u2019Est qu\u2019à l\u2019Ouest, qui ont un intérêt, un intérêt de maintenir et d\u2019accroître leur puissance dans l\u2019État.Pas facile à réussir, mais l\u2019effort pour le bien commun a une valeur en soi.Et c\u2019est pourquoi l\u2019homme essaiera toujours.«Vingt fois sur le métier.».L\u2019ère Staline-Brejnev Jusqu\u2019à la mort de Staline, l\u2019horizon était bouché.Krus-chev améliore un peu le climat, mais après la crise des missiles à Cuba, bien près du point de non-retour \u2014 ce l\u2019était sûrement pour lui, \u2014 un espoir pouvait naître, et grâce à l\u2019initiative de Nixon, et de son Secrétaire d\u2019État, Kissinger, des accords furent réussis dans le secteur des armes atomiques stratégiques.Et le monde s\u2019installa dans l\u2019ère Brejnev.Durcissement, pour ne pas dire sclérose à l\u2019Est \u2014 les aventures en Afrique, l\u2019Afghanistan \u2014, mais reconnaissance de ne pas pouvoir aller trop loin, d\u2019autant plus que le flanc Est, la Chine, après la rupture entre les deux Empires, n\u2019était plus sécuritaire, et que les États-Unis, en reprenant langue avec la Chine, avaient corrigé l\u2019erreur de la rupture de 1949 \u2014 encore un bon coup de l\u2019équipe Nixon-Kissinger.Pendant tout ce temps, l\u2019Ouest, l\u2019Europe et l\u2019Amérique, bien arrimés dans l\u2019OTAN, et sous le parapluie nucléaire américain, connaissaient une période de prospérité sans précédent, malgré les coûts substantiels pour leur bien-être de garder haut la garde militaire.Et la prospérité croissait encore plus à l\u2019autre bout du monde, au Japon, puisque ce pays, un vaincu de 1945, était beaucoup moins mis à contribution, pour sa défense, que l\u2019Allemagne, déjà réintégrée largement dans le complexe défensif de l\u2019OTAN, et dans la communauté économique européenne, la CEE.En termes de PNB (produit national brut), l\u2019Ouest consacre en moyenne 3!/2% de son PNB à la défense; plus pour les États-Unis, le Canada venant en queue (2%), avec le Luxembourg; même un pays neutre, la Suède, dépense l\u2019équivalent de 31/2 97o.Pour la Russie, les chiffres sont infiniment supérieurs, quelque part entre 13% et 19%; et ceci pour un PNB par tête bien inférieur à ce qu\u2019il était à l\u2019Ouest, même avant l\u2019envolée économique 904 des États-Unis, du Canada et de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, effet du Plan Marshall de l\u2019après-guerre et du développement de la CEE depuis.L\u2019équilibre de la terreur À travers les mouvements politiques et économiques, à l\u2019Ouest comme à l\u2019Est, une constante demeure dans ce monde qui vit à l\u2019ombre de l\u2019atome: le besoin de sécurité dans ^équilibre de la terreur».Mais cet équilibre a un seuil.Il n\u2019est pas nécessaire, au contraire, que deux pays, les États-Unis et l\u2019URSS, aient les moyens de détruire plusieurs fois la planète; une fois suffit! Ils auraient avantage, l\u2019un comme l\u2019autre, conjointement, à limiter leurs arsenaux.Idem pour leurs alliés: l\u2019OTAN d\u2019une part, les membres du Pacte de Varsovie d\u2019autre part.Les transferts de ressources, d\u2019inventions, bénéficieraient à la population partout, chez eux, et dans le reste du monde aussi.C\u2019est là le début de la recherche pour limiter l\u2019armement.Déjà, même quand l\u2019URSS s\u2019enlisait dans la sclérose Brej-nevienne, des efforts furent tentés au niveau le plus élevé de l\u2019«équilibre de la terreur», celui des missiles porteurs à longue distance, intercontinentale, des bombes les plus destructrices: deux accords ABM en résultèrent entre les États-Unis et l\u2019URSS.Mais la recherche continue pour de nouveaux armements et de nouvelles protections et ne peut être arrêtée: à titre indicateur, l\u2019esquisse de projet américain, sous Reagan, de «guerre des étoiles», dont le but serait d\u2019étendre un écran protecteur sous le ciel des États-Unis qui empêcherait l\u2019arrivée de missiles dévastateurs.Problème immédiat: si l\u2019opération réussissait, les États-Unis, sous leur parapluie, garderaient-ils un intérêt aussi prononcé à participer à la défense de l\u2019Europe de l\u2019Ouest contre l\u2019hécatombe; garderaient-ils des troupes et des armes en Europe, otages d\u2019une guerre possible; et l\u2019Europe de l\u2019Ouest, alternativement, ne chercherait-elle pas au moins la neutralisation: la «finlandisation»?L\u2019Europe de l\u2019Ouest L\u2019Europe de l\u2019Ouest: au moment où on célèbre les quarante ans de l\u2019OTAN, le Pacte protecteur américano-européen, avec participation en Europe des États-Unis, avec troupes et un arse- LIMITATION DES ARMEMENTS 905 nal diversifié, n\u2019est-il pas menacé?Et il y a des variantes de situation radicales entre les participants européens.L\u2019Angleterre et la France ont chacune une force de frappe atomique, dans le cas de la France entièrement indépendante dans son utilisation, même si elle a été aidée dans sa conception par les États-Unis, principalement à bord de leurs sous-marins nucléaires (ce sont les missiles les moins vulnérables au cas d\u2019attaque-surprise, puisque toujours en mouvement).Les autres membres de l\u2019OTAN n\u2019ont rien de ce genre, sauf la protection américaine, mais ils sont, selon le cas, plus ou moins sujets à attaque.L\u2019Allemagne, elle, est le champ de bataille tout désigné, si le pire devait arriver: la guerre en Europe.Pire encore, elle serait, l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest comme l\u2019Allemagne de l\u2019Est, le premier point de chute des missiles nucléaires à courte portée (les SNF de 500 klms de portée ou moins): le commencement de l\u2019escalade nucléaire, qui reste en Europe une garantie qu\u2019on ne se rendra pas là, mais qui fait partie du système de défense de l\u2019OTAN.Au départ, avec les missiles intercontinentaux, la politique était de tout ou rien; l\u2019«équilibre de la terreur» à l\u2019état pur.Puis, avec les missiles tactiques, vint une seconde phase, de la réplique graduée, plus dangereuse encore pour l\u2019escalade.Car le nucléaire, dans le rapport inégal des forces sur place en Europe: prépondérance de l\u2019Est dans tous les autres secteurs, nombre de troupes, de chars, de blindés, de canons, et même d\u2019avions, sur place, est l\u2019élément qui rétablit l\u2019«équilibre de la terreur», même si, paradoxalement, c\u2019est l\u2019arme qui ne doit pas être employée, et même qui ne peut être employée, puisqu\u2019elle serait le premier pas vers l\u2019hécatombe intercontinentale.Où s\u2019arrête-t-on?C\u2019est là la question primordiale dans ce qui ne serait qu\u2019un jeu de l\u2019esprit, n\u2019était que la sanction d\u2019une erreur d\u2019évaluation ou de jugement de la part des dirigeants d\u2019un camp comme de l\u2019autre, c\u2019est en un mot la fin du monde.Enfermez deux scorpions dans un bocal, a dit Churchill, et vous avez une description de la situation: l\u2019un attaque et pique l\u2019autre; ce dernier se défend de la même façon, et ils meurent tous les deux.Et il faut bien penser que le danger est permanent, puisque la surenchère existe dans les deux sens.Toute riposte à une attaque, ou même à une attaque présumée, peut mettre en marche 906 l\u2019engrenage qui finit par broyer tout et tous.L\u2019état de notre monde est dangereux.Tenter l\u2019adversaire est dangereux.Ne pas le tenter peut l\u2019encourager à prendre des risques.C\u2019est le duel de volonté entre Kruschev et Kennedy, lors de la crise des missiles à Cuba en 1962.En territoire quasi-américain, ça pesait dans la balance.Mais l\u2019Europe, c\u2019est plus près de la Russie, et dans notre monde quasi-instantané, c\u2019est quand même plus loin des États-Unis: la tentation de «Fortress America», pour les États-Unis, et de la «guerre des étoiles».La réduction des armements Mais revenons au pratique, et au quotidien: réduire les armements, puisqu\u2019il y en a trop pour les besoins de la sécurité; que, non seulement ils augmentent le danger d\u2019un éclat, mais ils diminuent aussi la capacité et la possibilité de bien-être sur la planète.C\u2019est l\u2019ère où nous vivons, depuis l\u2019arrivée au pouvoir de Gorbachev en URSS, face aux États-Unis de Reagan, et plus récemment du président George Bush.Les initiatives se sont multipliées.Au lieu de lignes Maginot, c\u2019est la guerre de mouvement en rase campagne.Aux accords ABM, pour l\u2019intercontinental, sont venus s\u2019ajouter en décembre \u201987 ceux sur les missiles à moyenne portée, les euro-missiles (1 000 à 5 000 kms); en gros, l\u2019élimination des missiles Pershing à l\u2019ouest, et de leur équivalent à l\u2019est, les B-20, B-21 soviétiques.Ce qui laisse ouverte la 3e «option 0»: les missiles à courte portée (moins de 500 kms).Depuis, Genève verra cette année la poursuite des négociations START sur les armements stratégiques entre les États-Unis et l\u2019URSS: questions de réduction et de surveillance contrôlée.On y discutera aussi dans un plus ample forum d\u2019un accord international pour l\u2019élimination des armes chimiques; et encore là, surveillance contrôlée, garantie essentielle.Enfin, à Vienne, commencera bientôt la Conférence européenne (les neutres aussi, tout comme les États-Unis et le Canada) sur la réduction des armements conventionnels: hommes, chars, blindés, artillerie, avions de combat, et même lanceurs de missiles, dont certains, comme les canons et les avions d\u2019ailleurs, sont capables de porter et de lancer des charges nucléaires. LIMITATION DES ARMEMENTS 907 La stratégie de l\u2019OTAN Les armements conventionnels sont le point fort, comparativement à l\u2019OTAN, des forces du Pacte de Varsovie, au premier chef, l\u2019URSS, sur place en Europe, tandis que l\u2019Amérique est loin, que la stratégie de l\u2019OTAN a toujours voulu compenser par les armes nucléaires à moyenne portée d\u2019abord, et maintenant qu\u2019elles sont éliminées, par celles tactiques à courte portée, qui étaient au sommet de l\u2019agenda de l\u2019OTAN, à sa réunion du 40e anniversaire en mai 89.Pas que l\u2019URSS manque de ce genre d\u2019armes.Tous les estimés indiquent que le rapport Pacte de Varsovie-OTAN ici est de l\u2019ordre de 14 contre 1, et que le «bonbon» Gorbachev d\u2019en éliminer 500 sans quid pro quo, ne réduirait l\u2019arsenal soviétique dans ce domaine que de 5%.On comprend bien ici la quasi-crise à la réunion de printemps de l\u2019OTAN, du 40e anniversaire, en mai.Dans un engagement entre les forces des deux alliances, les premières victimes, et les seules, si l\u2019attaque est neutralisée, seraient inévitablement des Allemands, de l\u2019Est et de l\u2019Ouest, puisqu\u2019ils sont au centre du champ de bataille.Et ici interviennent les facteurs politiques.Il y a dix ans, quand la question se présenta d\u2019implanter en Europe les nouveaux missiles à moyenne portée, les Pershing face aux missiles équivalents, B-20, B-21, à l\u2019Est \u2014 question de la réplique mesurée, plutôt que le tout ou rien des missiles intercontinentaux \u2014, l\u2019OTAN réussit à faire face; la République Fédérale allemande tint bon.Et depuis, ces missiles ont été retirés, et détruits, de part et d\u2019autre.Dans le climat de détente inspiré par les initiatives de Gorbachev, il était beaucoup plus difficile de convaincre la RFA d\u2019endosser le projet de modernisation des missiles à courte portée, les Lance.Le chancelier Kohl et sa coalition ont un problème d\u2019opinion publique, la montée du vote de la droite nationaliste et des Verts, et des élections en \u201990; son ministre des Affaires étrangères, M.Hans-Dietrich Genscher, du parti libéral-démocrate, l\u2019ajout qui donne la majorité au gouvernement du Chancelier Kohl, au Parlement de Bonn, était intraitable, et imbougeable.L\u2019obstacle fut contourné, en dernière heure, par une initiative des plus heureuses, qui déplace et reporte le problème sans le résoudre sur le fonds: 1) les États-Unis ont la responsabilité et le 908 pouvoir de mettre au point les successeurs des Lance, vers 1992; 2) entre temps, on concentrera les efforts, à la conférence sur les armements conventionnels, sur la réduction des troupes, et les États-Unis proposent une réduction de 10% de leurs effectifs en Europe, parallèlement à une réduction semblable de celles de l\u2019URSS, sur le même territoire; 3) les armements éliminés, proportionnellement: chars, blindés, artillerie, seraient non seulement enlevés de la région Atlantique-Oural, mais détruits; 4) les armements affectés incluraient aussi les avions et les hélicoptères, réduction de 15% en deçà du niveau présent de ceux de l\u2019OTAN.Et, finalement, les négociations à Vienne devraient être terminées en dedans d\u2019un an et les réductions effectuées pour 92 ou 93 \u2014 très optimiste! \u2014, mais ce qui permettrait de s\u2019attaquer aux armements nucléaires tactiques pour la date fatidique prévue pour leur emplacement.Et sur ce, l\u2019OTAN finit sa réunion en contentant tout le monde, même M.Gorbachev, qui s\u2019empressa d\u2019en prendre acte et de s\u2019en féliciter, quand il visita Bonn une semaine plus tard, début juin.Il y a progrès; on se dirige dans la bonne direction.Reste que Gorbachev, et la «perestroika», conditions du progrès, ne roulent pas toujours sur le velours en URSS.Mais voilà le sujet d\u2019une autre chronique! ? Questions d\u2019action nationale Rosaire MORIN Un peu d\u2019histoire Le 2 septembre 1755, John Winslow, commandant anglais à Grand\u2019Pré, publie le fameux document qui décrète l\u2019expulsion des Acadiens.Voici quelques extraits de cet acte monstrueux dont il ne faut plus parler, afin de ne pas nuire à l\u2019unité nationale.«Le lieutenant-colonel John Winslow, commandant des troupes de Sa Majesté.aux habitants du district de la Grand\u2019Prée, rivière des Mines, rivière aux Canards, lieux adjacents, y compris les vieillards, les jeunes gens et les adolescents.Son Excellence désirant que chacun soit mis au courant des intentions de Sa Majesté nous a ordonné de vous les communiquer telles qu\u2019Elle les a reçues: 910 En conséquence, j\u2019ordonne et enjoins strictement par les présentes à tous les habitants des districts sus-nommés et tous autres districts, tant vieillards et jeunes que garçons de dix ans, de se trouver à l\u2019église de la Grand\u2019Prée, le vendredi 5 courant, à trois heures de l\u2019après-midi afin que nous puissions leur faire part des instructions que nous avons ordre de leur communiquer.Je déclare qu\u2019aucune excuse sous aucun prétexte, ne sera admise, et ce, sous peine de confiscation des biens et effets à défaut d\u2019autre fortune.Donné à Grand\u2019Prée, le 2 septembre de la 29e année du règne de Sa Majesté A.D.1755.\u2014 John Winslow.» Pendant la lecture de ce document inqualifiable, les Anglais brûlent l\u2019église et 253 maisons à Peticoudiac.Le 5 septembre, à l\u2019église de Grand\u2019Pré, 418 Acadiens étaient réunis.Ils croyaient qu\u2019on voulait les forcer à prêter le serment du Test.L\u2019église étant gardée par les soldats, Winslow fait traduire par un interprète l\u2019adresse qu\u2019il avait préparée.Voici la dernière partie de cette révoltante communication: «Grâce à la bonté de Sa Majesté, j\u2019ai reçu l\u2019ordre de vous accorder de prendre avec vous votre argent et autant de vos effets que vous pourrez emporter.Je comprends que cette déportation doit vous causer de grands ennuis.J\u2019espère que dans quelque partie du monde où le sort va vous jeter, vous serez des sujets fidèles, paisibles et heureux.» Et les ancêtres furent embarqués les jours suivants.Personne ne fut épargné.Les vieillards décrépits, les malades, les infirmes, les mères portant leurs nouveaux nés dans leurs bras, tous étaient impitoyablement poussés par des soldats sans pitié.Ainsi débuta l\u2019exode de 8 000 Acadiens.Au pays d\u2019Évangeline, on se souvient.Dans les écoles du Québec, on a oublié.Une femme dépareillée Cette expression «femme dépareillée» qualifiait Marie Rol-let, l\u2019épouse de Louis Hébert.L\u2019expression n\u2019était que de louanges.En 1989, il y a encore au Québec des Marie Rollet.L\u2019une d\u2019elle réside à Saint-Étienne-des-Grès; Danièle Saint-Amour incarne la vigilance et sonne l\u2019alerte.Elle agit.Elle écrit à Simon Durivage, Claude Saucier, Jeannette Bertrand, Jacques Moisan, Jacques Morency, Louis QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 911 Bergeron, Jean-Luc Mongrain et autres animateurs de télévision et de radio pour protester contre l\u2019emploi de certains mots anglais.Elle veut entendre «allure» au lieu de «look», «joute» au lieu de «match», «vedette» au lieu de «star», «spectacle» au lieu de «show», «emploi» au lieu de «job», «patron» au lieu de «boss», «arrêt» au lieu de «stop», «bonjour» au lieu de «bye».Et ses interventions ne sont pas stériles.Elle a obtenu plusieurs victoires, notamment avec l\u2019utilisation des mots «fin de semaine» pour remplacer l\u2019anglicisme «weed-end» utilisé à Paris.Devant l\u2019usage des anglicismes, madame Saint-Amour s\u2019indigne.«Bon sens, s\u2019exclame-t-elle, qu\u2019est-ce que ça nous prend pour réagir?Que tout le dictionnaire anglais soit dans le dictionnaire français?» Dans sa lettre, elle se demande «ce qui nous arrive.Sommes-nous à ce point, écrit-elle, désintéressés de notre culture qu\u2019on ne se rend même pas compte de tous les mots anglais qui pénètrent nos oreilles quotidiennement.».Madame Saint-Amour ne fait pas qu\u2019écrire.Elle agit.Pour protester contre les circulaires bilingues, elle n\u2019achète plus chez Zellers, Provigo, Steinberg ni aux pharmacies Jean Coutu.Elle encourage des commerces qui affichent uniquement en français, non seulement à l\u2019extérieur, mais aussi à l\u2019intérieur.Voilà une action pacifique qui fait réfléchir! Si tous et toutes les francophones du Québec réagissaient ainsi, les circulaires de Zellers et autres seraient écrites en français et la langue française serait la langue des Québécois.Nos hommages à madame Saint-Amour et à tous les femmes dépareillées! La Terre de chez nous a 60 ans Depuis 60 ans, la «Terre de chez nous» diffuse une information de qualité sur l\u2019agriculture.Elle a été l\u2019instrument de communication dont s\u2019est servi l\u2019UCC pour organiser et renseigner les cultivateurs.Elle demeure le canal privilégié que l\u2019UPA (nom de fille: UCC) utilise auprès de ses producteurs.La «Terre de chez nous» conserve un haut degré de crédibilité auprès de ses lecteurs et des producteurs agricoles.Semaine après semaine, elle relate des faits, elle commente tout ce qui bouge dans le monde agricole et elle réflète les attentes et les besoins de ses membres.Elle informe, elle renseigne. 912 Hommage à «La Terre de chez nous»! Félicitations pour la qualité! Nos meilleurs vœux de longévité! Le Québec a besoin de vos lumières.Le fédéral, c\u2019est le fédéral Aujourd\u2019hui, vous ne lirez que deux brefs commentaires.Ils traduisent la réalité du bilinguisme au Canada.Sur les 15 cadres de l\u2019Agence spatiale, on ne retrouve qu\u2019un seul Canadien-Français, le Dr Larkin Kerwin.Les vice-présidents sont anglophones, Mac Evans et Gary Lindberg.Les directions sont toutes confiées à des anglophones.En outre, une offre d\u2019emploi publiée par l\u2019Agence dans les journaux ne requiert le bilinguisme que pour deux des onze postes de cadres disponibles.L\u2019unique connaissance de l\u2019anglais est requise pour les neuf autres postes de techniciens d\u2019expérience.Réjouissons-nous! Alleluia! Le Canada est bilingue.Depuis deux ans, au Conseil des Forces armées, il n\u2019y a pas un seul francophone.Selon le rapport de 1988 du ministère de la Défense nationale, on ne compte que cinq francophones sur 32 cadres supérieurs du ministère de la Défense et des Forces armées.Deux de ces francophones sont des civils et deux autres sont des attachés militaires qui œuvrent à Paris pour l\u2019Otan.La politique du bilinguisme est une réussite extraordinaire.Au sein de la Confédération, les Canadiens-Français sont traités avec équité, justice et générosité.à la mode du loup qui mange les moutons.Normick Perron Inc.La rationalisation commandée par le libre-échange et la mondialisation de l\u2019économie a abouti à la perte de la Conso-lidated-Bathurst, du Groupe Commerce, de la maison Catelli.Un malheur n\u2019arrive jamais seul.Un bijou de la «garde montante», Normick Perron, vient d\u2019être vendu à James Maclaren Industries, propriété de Noranda Inc.Noranda, c\u2019est une très grande entreprise: plus de 6 mil-liardsS d\u2019actif.Elle exploite des mines et usine les produits qui en dérivent aux quatre coins du Québec et en d\u2019autres terres lointaines.Mais les «boss» vivent au Commerce Court West à Toronto. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 913 Les décisions y sont prises.Les profits y sont accumulés.Nous fournissons la main-d\u2019œuvre et les entreprôts.C\u2019est là notre sort.Pourtant, il y avait un espoir à l\u2019horizon.Normick Perron aurait pu survivre si le gouvernement avait facilité l\u2019établissement d\u2019une usine à papier Perron.Et il y avait aussi Tembec qui rêvait de se développer, de se diversifier et de bâtir en Abitibi un complexe identique à celui qu\u2019on exploite depuis 15 ans au Témiscamingue.Mais Rexfor et le syndicat de Tembec n\u2019ont pas la puissance de Noranda.auprès du gouvernement du Québec.Espérons que l\u2019approvisionnement annuel de 300 000 tonnes de copeaux garanti à Tembec sera respecté, malgré la réserve de la nouvelle Loi des forêts, la Loi 150.Pauvres nous, un pas en avant et, ensuite, «Avancez en arrière», comme dans les tramways de jadis.Imperial Oil \u2014 Texaco Par l\u2019intermédiaire du Bureau du directeur de la concurrence, le gouvernement fédéral a approuvé la fusion des géants Esso-Texaco.Cette décision augmente démesurément la part du marché de la première société pétrolière du pays.Mais le verdict ne tient nullement compte des revendications du gouvernement québécois.L\u2019objectif d\u2019autosuffisance énergétique que le Québec tente d\u2019atteindre depuis une douzaine d\u2019années «n\u2019est pas un critère qui a été retenu dans la décision».Au contraire, le gouvernement fédéral juge qu\u2019il n\u2019y a plus de marché québécois des produits pétroliers, mais seulement un marché Québec-Ontario.L\u2019autosuffisance est jugé un objectif pour les deux provinces centrales ensemble.Ainsi les raffineries de l\u2019Ontario pourront écouler leurs surplus au Québec au cours des prochaines années.Le décret est sombre pour les Québécois: «aucune raffinerie n\u2019est prévue au cours de la prochaine décennie» pour le Québec.Le même gouvernement fédéral investira toutefois plus de 5 milliardsS dans les projets pétroliers de l\u2019Alberta, de la Colombie britannique et de Terre-Neuve.La seule protection que nous aurons contre les abus d\u2019Imperial, de ses deux raffineries ontariennes et des autres pétrolières canadiennes résidera dans l\u2019importation provenant des États-Unis.Le fédéralisme rentable est ontarien. 914 Kraft Canada Le siège social de cette grande entreprise est encore à Ville Mont-Royal, mais le bureau du président Bob Morrisson est déménagé en douce à Don Mills, en Ontario.Le centre de décision vient d\u2019être transféré sans bruit, à pas feutrés.Mais Morrisson n\u2019est pas inquiet.Ses produits continueront à remplir nos paniers à provisions.Le chiffre d\u2019affaires de 300 millionsS au Québec augmentera encore.Elles sont si bonnes, les fraises Kraft.mais pas si bonnes que les Vachon.La Vickers ferme ses portes La Vickers est établie à Montréal depuis 1911.Le 31 décembre 1989, elle fermera ses portes.392 travailleurs perdront leur emploi.À peine une douzaine seront transférés dans les usines du propriétaire.Le propriétaire, c\u2019est le Groupe MIL que l\u2019on désignait jadis sous le nom de Marine Industrie.À peu près tout le monde sait que la Société Générale de Financement détient 65 pour cent des actions du Groupe MIL.Cette faillite étonne.Il n\u2019y a pas si longtemps, le Groupe MIL se portait acquéreur de la Vickers et des Chantiers Davie.Les promesses de développement étaient mirobolantes.Comment peut-on expliquer la fermeture?Quel est le prix de l\u2019aventure?Baptiste a le droit de savoir.Nouvelles sur l\u2019environnement Depuis notre dernière chronique, divers événements se sont produits et certaines révélations ont été faites qui affectent la qualité de vie des Québécois.Certains faits têtus seront ici cités.En cette période fertile de promesses, il est opportun de comparer le discours avec la réalité.L\u2019espérance ne suffit plus en terme écologique.Saint-Basile Pour aujourd\u2019hui, oublions les plus acides, les lacs pollués et les milliers de tonnes de déchets.Débutons par l\u2019incendie survenue à Saint-Basile-le-Grand le 23 août 1988.Les 163 conteneurs de BPC sont encore dans l\u2019entrepôt. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 915 L\u2019influence de monsieur Bourassa auprès du gouvernement de l\u2019Alberta est plus faible que celle qu\u2019il possède auprès de la Reine de l\u2019Angleterre.En effet, l\u2019usine de déchets toxiques de Swan Hills, dans le Nord de l\u2019Alberta, a refusé de recevoir et de détruire ces matières dangereuses qui seront peut-être acheminés à Pontypool au pays de Galles par des navires de la ligne soviétique Baltic, à moins qu\u2019une injonction ne survienne à nouveau.La meilleure hypothèse suppose un délai d\u2019au moins 5 mois avant l\u2019élimination de ce danger public.À Saint-Basile-le-Grand, les sols contaminés par l\u2019incendie du 23 août 1988 ne sont pas encore ramassés.On recherche un site d\u2019enfouissement.Et dire qu\u2019on a déjà dépensé plus de 50 millionsS pour ce désastre dû à la négligence de nos gouvernants.Il y a sûrement quelqu\u2019un qui fait de l\u2019argent quelque part.Shawinigan Les BPC sont toujours entreposés à Shawinigan.Rien ne presse.Attendons qu\u2019une catastrophe survienne avant de les transporter vers un incinérateur.Dans l\u2019attente, par accident, 6 000 litres de BPC ont été déversés dans la rivière Saint-Maurice, à la hauteur de Shawinigan.Des employés tentaient de changer les BPC de contenants.Hélas! une conduite servant à l\u2019opération s\u2019est brisée au-dessus d\u2019un canal qui se jetait dans la rivière.C\u2019est la deuxième fois en 1989 que l\u2019usine Belgo de Baie Shawinigan déverse des BPC par accident.Espérons qu\u2019il n\u2019y aura pas de troisième fois.Saint-Amable Plus de trois millions de carcasses de pneus sont toujours entassées à Saint-Amable.S\u2019il fallait qu\u2019un incendie se déclare dans cette montagne de pneus, des hydro-carbures aromatiques polycycliques (HAP) pourraient être libérées pendant des mois et de façon continue.Ces molécules cancérigènes sont aussi toxiques que les dioxines.Le panache de fumée qui se dégagerait pourrait toucher la métropole et contaminer des milliers de kilomètres carrés.Est-il possible d\u2019être aussi casse-cou?Qu\u2019attendent les gouvernements pour agir? 916 Un dépotoir à Laval En 1985, la ville de Laval expropriait pour la somme de 314 000$ un terrain de la Corporation Equitas, propriété de Jean-Noël Lavoie.Après contestation d\u2019Equitas, Laval convenait de verser la somme de 1,8 millions.Or, ce terrain est reconnu aujourd\u2019hui sous le nom de dépotoir Saint-Jude.Il est bourré de déchets dangereux.Les eaux qui en sortent sont toxiques et cancérigènes.Elles coulent sous de nombreuses résidences adjacentes.Elles pourraient éventuellement contaminer le voisinage et menacer la rivière des Prairies.L\u2019entente de la ville avec Equitas a été approuvée par le juge Léon Nichols de la Chambre d\u2019expropriation du Québec.Le jugement a été rendu le 31 mars 1989.Le juge a soustrait du prix fixé une somme de 301 000$ pour l\u2019aménagement du dépotoir toxique à des fins résidentiels.Pourtant, ce site a été jugé très dangereux par Daniel Arbour et Associés, filiale de Lavalin.Par surcroît, le dépotoir est situé dans une plaine écologique sujette à inondation.En une telle zone, il ne devrait jamais être question de développement.Mais quand on a des amis.tout est facile.Désastre à Mercier À Bilthoven, aux Pays-Bas, le Ministère de l\u2019Environnement du Québec déposait une étude sur la progression des toxiques dangereux qui s\u2019échappent de la lagune de Mercier et sur la déconfiture de l\u2019usine de dépollution après quatre années de fonctionnement.Il faut voyager loin pour avoir de l\u2019information.Après quatre ans de pompage d\u2019eau contaminée, 3 millions de mètres cubes d\u2019eau ont été extraits.Mais on n\u2019a soutiré que 20 des 800 tonnes de contaminants versés dans la lagune avec la bénédiction du gouvernement du temps.Il s\u2019en suit que du baryum et des phénols, produits cancérigènes, ont été retrouvés dans des puits situés jusqu\u2019à un kilomètre au sud de Sainte-Martine.À plus ou moins long terme, seront privés d\u2019eau potable les citoyens de Saint-Paul et de Saint-Urbain de Châteauguay.La contamination affecte même le lait des vaches de Mercier.Une substance toxique s\u2019en dégage.La concentration de pentachlorophénol est sept fois supérieure à celle que l\u2019on relève dans le lait des autres régions québécoises. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 917 Cette catastrophe a déjà coûté 20 millionsS et aucune solution tangible n\u2019est appliquée à ce jour.Coops de Pointe-Saint-Charles Le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal paieront plus d\u2019un million de dollars pour décontaminer deux terrains cédés aux Coops Clair de Lune et Les Naufragés de Pointe-Saint-Charles.Le sol des terrains Grand Trunk et Augustin-Cantin étaient contaminés par des métaux lourds, des huiles et des rejets industriels.On devra «décaper» jusqu\u2019à un mètre de terrain sur toute la surface du site Grand Trunk et un demi-mètre sur la superficie du terrain Augustin-Cantin.84 logements coopératifs devaient être bâtis depuis déjà un an sur ces terrains.La construction sera bientôt entreprise.Carrière Miron De l\u2019arsenic, du cyanure et DDT, entreposés depuis plusieurs années dans une voûte de la Ville de Montréal, auraient été enfouis en février dernier dans la carrière Miron, à Montréal.Telle est l\u2019affirmation qu\u2019a soutenue le Syndicat des cols bleus de la ville.La nouvelle a été niée.Mais la fumée annonce presque toujours un feu.Les pesticides enfouis seraient pour la plupart des produits interdits par la loi depuis 1976 en raison de leur haute toxicité.Golf à Pile Pinard À l\u2019intérieur du parc provincial des îles-de-Boucherville, sur l\u2019île Pinard, un golf sera implanté, même si ce territoire est zone verte et qu\u2019il appartient au ministère du Loisir, de la Chasse et la Pêche.Le golf déplacera même des cultivateurs.Le promoteur a commencé le remblaiement dans une partie de l\u2019île et les eaux qui la baignent.Le permis du ministère de l\u2019Environnement a été émis après le début des travaux.Trafic de l\u2019huile Le gouvernement du Québec a appris par le Globe and Mail l\u2019existence d\u2019un trafic clandestin d\u2019huile.Des compagnies américaines et canadiennes diluaient des millions de gallons de produits toxiques, y compris des BPC, dans des essences et des 918 huiles.Le produit mélangé était ensuite brûlé dans des fournaises, sans que les propriétaires sachent les risques qu\u2019ils encouraient en raison des émanations possibles de dioxines et de furanes ainsi engendrées.Le journal torontois affirmait que ce commerce opérait en Ontario et au Québec.Les compagnies économisaient les coûts à encourir pour la destruction de leurs produits toxiques.Depuis, le gouvernement fédéral a fermé 125 de ses 175 postes frontaliers à l\u2019importation de pétrole américain et le ministre Lucien Bouchard a ordonné l\u2019ouverture d\u2019une enquête criminelle.Les «mélangeurs» avaient moins de difficultés à franchir la frontière que les réfugiés qui veulent s\u2019établir chez nous.Senneterre L\u2019Abitibi n\u2019est pas une poubelle! La population de la région et une cinquantaine de municipalités riveraines de la route 117 s\u2019opposent à l\u2019entreposage à Senneterre des déchets dangereux provenant des quatre coins de la province.Une chaîne humaine a même tenté d\u2019intercepter les camions de Sanexen et la Cour d\u2019appel du Québec a momentanément interdit de construire un incinérateur à côté de l\u2019entreprôt.La population s\u2019oppose à l\u2019utilisation de techniques polluantes et non sécuritaires.Elle n\u2019accepte pas que l\u2019on transporte sur de longues distances des matières dangereuses.Conformément à la Convention mondiale de Base, signée par le Canada le 22 mars 1989, elle demande de «traiter les déchets dangereux le plus près possible de leur point de production».Mais le gouvernement qui a accordé à Sanivan un quasi monopole dans le traitement et l\u2019élimination des BPC hésite maintenant, déclare un moratoire et reviendra probablement à la case de départ après les élections.Ainsi le commande la démocratie.Les pollueurs du fleuve Au cours des cinq prochaines années, les entreprises industrielles les plus polluantes pourront continuer à polluer le fleuve Saint-Laurent.Après ce délai, elles devront réduire de 90 pour cent leurs rejets industriels dans le fleuve.Telle est la politique QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 919 actuelle des politiciens actuels.Je vous gage ma chemise que la plupart de ces entreprises polluantes infecteront, contamineront et empoisonneront encore notre majestueux Saint-Laurent dans dix ans d\u2019ici.Je vous parie aussi mon pantalon que les frais liés aux opérations de nettoyage qui seront effectuées seront payés par les consommateurs pollués, et non par les pollueurs qui ont fait des profits avec des opérations polluantes.Les principales entreprises polluantes du fleuve sont: Albright & Wilson Amérique à Varennes, Alcan à Alma, Jon-quière, La Baie, Melocheville, Alcools de Commerce à Varennes, Aluminerie de Bécancour à Bécancour, CIL à Bécancour, Compagnie Price d\u2019Alma, Beaupré et Jonquière, Consoliated-Bathurst à La Baie et Trois-Rivières, Daishowa à Québec, Dominion Textile à Saint-Timothée, Donohue à Clermont, Elkem Metal Canada à Beauharnois, F.F.Soucy à Rivière-du-Loup, Héroux à Longueuil, Hoechst Canada à Varennes, Industries de Préservation du Bois à Tracy, Industries PPG Canada à Beauharnois, Kemtec Gulf à Montréal-Est, Kruger à Trois-Rivières, Locweld à Candiac, Mosanto Canada à La Salle, N.L.Chem Canada à Varennes, Norand à Montréal-Est, Papier Journal Domtar à Donnacona, Papier Québec et Ontario à Baie-Comeau, Papiers Fins Domtar à Beauharnois, Papiers Perkins à Candiac, Pétro-Canada, Pétrochem à Pointe-aux-Trembles, Pétromont à Varennes, Pratt & Whitney à Longueuil, Produits forestiers à Trois-Rivières, Produits chimiques Expro à Saint-Timothée, Produits Nacan à Boucherville, QIT Fer et Titane à Saint-Joseph-de-Sorel, Reynolds Canada à Cap-de-la-Madeleine, Rio Algom, Division Aciers Atlas à Tracy, Service TMG mine Niobec à Saint-Honoré, Shell Canada à Montréal-Est, Sidbec Dosco à Contrecœur, Société d\u2019Aluminerie Reynolds à Baie-Comeau, Tioxide à Tracy, Ultramar à Saint-Romuald, Union Carbide à Montréal-Est et Zinc Electrolytique du Canada à Valleyfield.Je ne veux pas être plus catholique que le pape, mais vous avez trop de doigts dans une main pour identifier les grandes entreprises francophones qui polluent le Saint-Laurent.En polluant notre fleuve, de grandes entreprises étrangères ont fait et feront des profits qu\u2019ils distribuent à leurs actionnaires domiciliés pour la plupart aux États-Unis et au Canada anglais. 920 Les dioxines et les furanes des papetières D\u2019ici 1994, les papetières pourront rejeter des pâtes contenant des organochlorés dont des dioxines et des furanes.Neuf papetières utilisent encore un procédé de blanchiment au chlore pour leurs pâtes.Elles devront à compter de 1994 limiter leurs rejets à 1,5 kilo de matières contaminées par tonne de production.Quel tonnage de rejets sera permis?Les normes émises ne le prévoient pas.Quant aux dioxines et foranes, leurs niveaux devront être inférieurs aux seuils détectables.Nous voilà rassurés.On nous empoisonnera lentement après 1994.D\u2019ici là, l\u2019usine de pâtes et papiers de La Tuque continuera de cracher 62,32 grammes de dioxines et de furanes par année.La Domtar de Lebel-sur-Quevillon éjectera 14,69 grammes de ces produits et la Donohue Saint-Lélicien pourra rejeter 8,31 grammes.Les dioxines et les furanes affectent sérieusement la faune et la flore.Quelques grammes seulement polluent pour des décennies des cours d\u2019eau.Le gouvernement le sait.Tout récemment, il demandait à la population de ne pas consommer les barbottes du Saint-Maurice, entre La Tuque et Saint-Étienne-des-Grès, en raison de leur contamination.Contre le laisser-faire des cinq prochaines années et contre l\u2019insuffisance des normes qui deviendront alors en force, nous ne pouvons rien faire.Le grand parleur Clifford Lincoln a fait disparaître de la Loi de l\u2019environnement les dispositions qui permettaient à quiconque de poursuivre un pollueur si, malgré le respect des normes, ses rejets avaient pour conséquence de porter atteinte à l\u2019environnement.Désormais, quels que soient les dommages imposés à la santé humaine et aux écosystèmes, les pollueurs sont à l\u2019abri de toute poursuite.Je viens d\u2019écrire que «nous ne pouvons rien faire».Ce n\u2019est pas tout à fait exact: nous payerons la plus forte partie des correctifs que les papetières devront apporter, tout comme nous avons payé la modernisation de leurs usines en leur versant de généreuses subventions, sans les obliger au respect du milieu et des personnes. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 921 Navigation sans pilote La revision des normes de navigation sur le Saint-Laurent présente des dangers.Le gouvernement fédéral veut certes améliorer la compétitivité de l\u2019industrie maritime, mais il joue avec le feu avec son projet d\u2019abolir le pilotage obligatoire sur une zone qui va de Cap-aux-Oies à l\u2019Ile Blanche, entre Québec et les Escoumains.Il prend aussi un risque hasardeux en rendant plus accessible le certificat de pilotage et en élargissant les critères pour dispenser certains navires du pilotage obligatoire.Il faut savoir que l\u2019impact du déversement dans cette partie du Saint-Laurent d\u2019un pétrolier de 100 000 tonnes serait un désastre écologique nettement supérieur à l\u2019échouement de l\u2019Exxon Valdez, par exemple.Les marées transporteraient toute cette huile en amont, la retourneraient en aval et la ramèneraient.Faut-il qu\u2019une catastrophe survienne avant de comprendre?Peines minimales Le professeur Jean Hétu révèle dans une étude, «Catastrophes écologiques et incidences juridiques», que les pollueurs ont payé depuis 1984 une moyenne de 667$ en amendes imposées par les tribunaux québécois.De 1984 à 1988, les pollueurs ont été condamnés sous 252 chefs d\u2019accusations pour un montant total de 168 125$.La très grande majorité des pollueurs s\u2019en tire avec l\u2019amende minimale.C\u2019est ainsi qu\u2019en octobre 1988, une société a été condamnée sous neuf chefs d\u2019accusation pour avoir violé l\u2019article 54 de la Loi sur la qualité de l\u2019environnement relatif à la gestion des déchets.L\u2019amende totale fut de 100$, soit 20$ pour le premier chef d\u2019accusation et 10$ pour chacun des autres.Nous sommes loin, très très loin du pollueur-payeur.Les produits pétroliers Le gouvernement fédéral veut réduire les émanations d\u2019oxyde de carbone causées par la combustion des produits pétroliers qui sont en grande partie responsables de l\u2019effet de serre.Toutefois, il n\u2019élabore pas les politiques nécessaires pour atteindre l\u2019objectif souhaité.Au contraire, il dépense quelque 5 milliards$ pour faciliter la réalisation de quatre mégaprojets. 922 En Alberta, le gouvernement fédéral favorise le projet OSLO de sables bitumineux et celui de la raffinerie de Lloyd-minster.Au large des côtes de Terre-Neuve, le champ pétrolier Hibernia sera exploité.Sur la côte ouest, un gazoduc reliera l\u2019île de Vancouver au continent.C\u2019est une drôle de façon de combattre la pire des pollutions, celle qui affecte le plus la couche d\u2019ozone.La couche d\u2019ozone Le journal Nature publiait récemment les travaux de chercheurs.La couche d\u2019ozone située au-dessus de l\u2019Arctique subit actuellement un sort analogue à celle de l\u2019Antarctique.Trois pour cent de l\u2019ozone situé au-dessus de l\u2019Arctique seraient déjà disparus.Les chercheurs ont utilisé des ballons-sondes lancés dans l\u2019atmosphère au-dessus de la Suède.Les appareils de mesure ont détecté un déficit en ozone aux altitudes de 22,5 km et 25,7 km.James Friend, professeur de chimie à l\u2019Université Drexel de Philadelphie, croit que le processus de détérioration de la couche d\u2019ozone est enclenché.«À chaque fois que l\u2019homme perturbe la configuration de la couche d\u2019ozone, je pense que nous devons être inquiets» affirme le chercheur D.J.Hofmann de l\u2019Université de Wyoming.L\u2019ozone est une sorte d\u2019oxygène à très haute altitude.Elle empêche les rayons ultra-violets de nous atteindre, nous protégeant ainsi contre les cancers de la peau.Malgré l\u2019évidence d\u2019un danger fatal, les hommes continue à utiliser dans les aérosols les chlorofluocarbures responsables de la lente destruction de la couche d\u2019ozone.Le ministère de l\u2019Environnement Le budget consacré à l\u2019environnement est un mirage, une illusion.Le gouvernement n\u2019est vraiment pas sérieux.Plus de 75 pour cent du budget de ce ministère est consacré à l\u2019assainissement des eaux et du solde restant quelques millions de dollars ont payé des réfection de barrages et des factures du genre de Saint-Basile.Le budget a été augmenté de 30 pour cent, répète l\u2019écho.Ce 30 pour cent représente 28 millionsS dont 8 millionsS QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 923 serviront à détruire les BPC de Saint-Basile et 8 autres millionsS financeront la construction des fosses à fumier pour les agriculteurs dont l\u2019installation n\u2019est pas conforme aux normes.Ils seront difficilement rattrapables, parce que les pollueurs refusent de payer la facture et l\u2019État n\u2019a pas l\u2019argent nécessaire pour s\u2019engager dans l\u2019opération d\u2019envergure qui s\u2019impose.Les industries polluantes combattent toute loi anti-pollution.Le Conseil du Patronat du Québec déclarait récemment que «le gouvernement doit en premier lieu établir des normes, en collaboration avec les entreprises et les experts».Le CPQ affirmait aussi que «les objectifs de qualité de l\u2019environnement ne doivent pas compromettre la capacité concurrentielle des entreprises québécoises.Il ne faudrait donc pas interdire arbitrairement l\u2019utilisation de certains produits homologués nécessaires à la production industrielle».Par surcroît, l\u2019organisme patronal déclare à l\u2019article 12 de son mémoire: «Il incombe à la collectivité d\u2019assumer les coûts imputables aux correctifs rendus nécessaires par suite de l\u2019évolution des sciences environnementales.» Vraiment, monsieur Dufour n\u2019a rien compris.Il va jusqu\u2019à soutenir l\u2019hypothèse que «le gouvernement.doit respecter l\u2019entente (environnementale) jusqu\u2019à son terme même si la situation a changé depuis sa conclusion».Enfin, l\u2019organisme patronal qui s\u2019oppose à l\u2019État-Providence et qui désire la diminution des mesures de sécurité sociale, réclame que «le gouvernement doit, par des encouragements fiscaux, stimuler l\u2019assainissement et la protection de l\u2019environnement».Bref, le pollué doit payer pour les dégâts du pollueur.Le pollueur doit recevoir des déductions fiscales de toutes sortes.Le discours est bête et méchant.Pour contrer d\u2019une façon réelle la hausse continuelle de la pollution, il faudrait que les grandes entreprises investissent au moins 100 fois plus que présentement.Il faudrait aussi qu\u2019elles arrêtent de quémander à l\u2019État des abattements fiscaux et des subventions pour dépolluer.Une gestion saine et sans pollution permettra des économies considérables.Les maladies causées par la pollution diminueront.Seront substantiellement réduits les frais des médecins et des spécialistes en médecine qui analysent la feuille de la branche d\u2019un arbre 924 sans voir ni l\u2019arbre, ni la branche.Les absences du travail seront à la baisse et l\u2019efficacité des travailleurs haussera d\u2019une façon importante.Le traitement des eaux coûtera des dizaines de millions de moins.Les produits agricoles seront d\u2019une qualité supérieure.L\u2019industrie de la pêche connaîtra un second souffle.Bref, la diminution de la pollution sera une source d\u2019économies nouvelles.Au-delà de ces considérations qui devraient convaincre monsieur Dufour et ses amis, une question est fondamentale: les problèmes environnementaux menacent-ils, oui ou non, notre vie ou notre qualité de vie?Si la réponse est affirmative, les raisons d\u2019ordre économique ne peuvent rendre notre planète inhabitable.? L \u2019Action Nationale a soixante-treize ans Il y a 73 ans, le 18 mai 1917, Mgr Georges Gauthier, évêque auxiliaire de Montréal, déclarait au congrès du «Win the War»: «.Herein, lies the great obstacle to National Unity, and I repeat we are not responsible for it.If the Catholic, French majority of Quebec treated the English, Protestant minority as French Canadians are treated in some other parts of the Dominion, we would see the \u2018torch of war\u2019 blazing from the hills of Westmount to the very shores of the Pacific.We have been patient, we are so, still.» L\u2019Action Française, octobre 1917, p.317. ~~~ ' .- v-te» , - PROTÉGER L'ENVIRONNEMENT.C'EST TOUT NATUREL Conformément à sa Politique d'environnement, Hydro-Québec favorise l'utilisation polyvalente de ses équipements et propriétés à des fins communautaires ou privées.Cette utilisation secondaire, à condition qu'elle ne nuise pas aux activités et équipements d'Hydro-Québec, permet de mieux intégrer ses installations aux milieux récepteurs.Ainsi sont aménagés, à même les emprises de lignes, des jardins communautaires ou privés, des pistes de ski de randonnée et de vélo, des aires de stationnement et d'entreposage et des parcs linéaires.Hydro-Québec favorise également l'utilisation polyvalente des plans d'eau et de ses propriétés riveraines : aires de pêche, passes migratoires, parcs linéaires, quais, prises d'eau potable, navigation de plaisance et sentiers d'interprétation de la nature.L'utilisation polyvalente des équipements et propriétés d'Hydro-Québec permet d'en optimiser les retombées sociales et économiques et de mettre en valeur l\u2019environnement.a L'ÊLECTRIFFICACITÉ BfllflBfl La Québécoise mm Promutuel-vie PROMUTUEL UNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE-VIE PLEINE DE PROMESSES 7 SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS S\u2019UNISSENT À 42 SOCIÉTÉS MUTUELLES D\u2019ASSURANCE GÉNÉRALE POUR CONSTITUER UN IMPORTANT RÉSEAU DE DISTRIBUTION DE PRODUITS D\u2019ASSURANCE-VIE AU SERVICE DU QUÉBEC ET DES QUÉBÉCOIS POUR LA COLLECTIVITÉ LA QUÉBÉCOISE PROMUTUEL-VIE JULES FUGÈRE PRÉSIDENT RENÉ DAIGNEAULT DIRECTEUR GÉNÉRAL 134, RUE SAINT-CHARLES SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU (QUÉBEC) J3B2C3 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et de ses sociétés affiliées 2207, rue Fullum Montréal H2K3P1 Tél.: (514) 527-9891 Fax:(514)527-9460 CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur el publiciste\t\tPhotocomposition \t\tet montage: 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario\t\tAtelier LHR 514-659-9712 N6B2R3\t\t Téléphone: 418-658-9966 Télex:\t051-31726 Télécopieur:\t658-6100 GUY BERTRAND AVOCAT Tremblay, Bertrand, Bois, Mignault, Duperrey et Lemay 1195, avenue Lavigerie, bureau 200 Sainte-Foy (Québec) GIV 4N3 ^fgjB HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal\t 5IG1 GROUPE T.C.G.(Québec) Inc.\tMONTRÉAL (514) 334-7230 TELEX\t05-825693 TÉLÉCOPIE (514) 334-5070 JOHN MEUNIER INC.Spécialiste du traitement d\u2019eau 6290, PÉRINAULT, MONTRÉAL, QUÉ.H4K 1K5 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN O'ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Etudiants (avec piece justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V 3R6 Tél.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l'actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l'économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté le souci de la justice et l'expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l\u2019équipe de Relations vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Eglise.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l\u2019étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P2L9 DIAGNOSTIC Michel Plourde Ex-président du Conseil de la langue française Vice-recteur adjoint à l'enseignement à l'Université de Montréal La politique linguistique du Québec 7 977- 7 98 7 Un petit livre qui en dit long sur la situation de la langue au Québec.La «Charte de la langue française» n\u2019aura-t-elle été qu\u2019un symbole?Quels ont été ses effets réels?Quelle force a-t-elle maintenant?Comment envisager l\u2019avenir?Michel Plourde fait le point.142 pages 9,95$ « Très bien documenté, cet ouvrage informe tout citoyen sur ce qu\u2019il n 'a jamais osé demander sur la loi 101 ou sur ses droits.Dans le labyrinthe des lois, des clauses, des chartes, citoyennes et citoyens pourront s\u2019y retrouver pour comprendre les enjeux du présent.» Yvan Lamonde, Le Devoir, 7 mai 1988 «.petit livre passionné et passionnant, écrit de manière concise et honnête.» Jacques Dumais, Le Soleil, 19 mai 1988 «.ce livre est à la fois une excellente analyse des politiques linguistiques et une présentation lucide des options possibles et des tendances probables à venir.» Éric Darier, British Journal of Canadian Studies, vol.3, n° 2, 1988 Cet ouvrage est disponible en -
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