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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1989-11, Collections de BAnQ.

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[" If Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 9, novembre 1989 Le français au Québec: une question de vie ou de mort Jules Bélanger line politique démographique Madeleine Blanchet Pour ne pas disparaître: rimmigraiion, une solution à risques?Jean-Louis Bourque L'enseignement de ranglais aux jeunes francophones Lorraine Page l'Action NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard TURCOTTE Secrétaire: Monique TREMBLAY Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 10 numéros 20 numéros 25,00$\t45,00$ 30,00$\t50,00$ 50,00$ Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le «Canadian periodical index» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.Droits La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.ISSN-0001-7469\tCourrier de la deuxième classe ISBN-2-89070\tEnregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X1X3 - 845-8533 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 9, novembre 1989 TABLE DES MATIÈRES Une nation sans État Rosaire Morin, Gérard Turcotte 1045 Une politique démographique Madeleine Blanchet 1056 Pour ne pas disparaître: l\u2019immigration, une solution à risques?Jean-Louis Bourque 1062 Le rôle national de Montréal Yvon Leclerc Le français au Québec: une question de vie ou de mort Jules Bélanger 1076 1090 L\u2019enseignement de l\u2019anglais aux jeunes francophones Lorraine Pagé 1107 La Ligue d\u2019action nationale appréhende le retour à la Loi 22 Delmas Lévesque 1116 À travers l\u2019univers: l\u2019Allemagne Jean Chapdelaine 1119 Questions d\u2019action nationale Rosaire Morin 1127 ABC: Trois constats d\u2019alphabétisation de la culture Jean-Claude Gagnon 1138 Les femmes au tournant du siècle 1880-1940 Micheline Dumont 1139 Nos collaborateurs 1989 Carol ANCTIL, 327-332 Pierre ANCTIL, 140-157, 701-718 François-Albert ANGERS, 544-563, A.C.F.O., 1007 Louis BALTHAZAR, 942 André BEAUCHAMP, 266-277, 641-652 Pierre BEAUDRY, 16-26 Jules BÉLANGER, 1090-1106 Diane BELLEMARE, 972 Christiane BÉRUBÉ, 984 Madeleine BLANCHET, 395-400, 653-658,1056-1061 Aurélien BOIVIN, 224-240 Jean-Louis BOURQUE, 109-113, 212-215,1062-1075 Odina BOUTET, 166-168,216-223, 333-337 Guy BOUTHILLIER, 114-116,417-422 Jean CHAPDELAINE, 901-908, 1118-1125 Gaston CHOLETTE, 203-208 Paul-André COMEAU, 564-574 Léon DION, 790-798 Fernand DUMONT, 401-403 Micheline DUMONT, 375-394,1139 Jean-Claude GAGNON, 1138 Hervé GAUTHIER, 176-185 Philippe GÉLINAS, 526-532,1032 Jacques GRAND\u2019MAISON, 172-175 Jean-Claude GUÉRARD, 78-94,684-700, 996 Fernand HARVEY, 575-590 Julien HARVEY, 158-163,719-724 Pierre HARVEY, 755-789 Jacques HENRIPIN, 659-670 Paul-André JULIEN, 861-873 Jean-Pierre LAMOUREUX, 851-860 Ann LAPERRIÈRE, 822-826 Marcel LAFLAMME, 117-119,281-286 Robert LAPLANTE, 287-291,423-431 Richard LECLERC, 842-850 Yvon LECLERC, 1076-1089 Jean-Paul LEFEBVRE, 432-442 Jean-Marc LÉGER, 501-513,725-737 Delmas LÉVESQUE, 4,107-108, 1115-1117 Jean MARCEL, 316-326 Sylvain MASSÉ, 443-461 Claude MORIN, 738-754 Lisette MORIN, 1034 Rosaire MORIN, 5-15,35-45,120-137, 241-263,338-372,407-413, 470-498, 516-523,909-924,1019, 1127-1137 R.MORIN, G.TURCOTTE, 542-543,817-821,935,1045-1055 Lorraine PAGÉ, 69-75,634-640, 1107-1114 Micheline PICHÉ, 886-893 Michel PLOURDE, 591-612 Lise POULIN-SIMON, 972 Bernard RACINE, 462-469 Juliette RÉMILLARD, 27-34 Bruno ROY, 415-416 Aurèle THÉRIAULT, 874-885 Marc TERMOTE, 671 -683 Marc-Adélard TREMBLAY, 954 Paul TREMBLAY, 48-68,613-634 Gérard TURCOTTE, 106, 202,310-311, 414, 524-525 G.TURCOTTE, R.MORIN, 542-543, 817-821,935,1045-1055 L \u2019Action Nationale L \u2019Action Nationale existe pour défendre et promouvoir le fait français au Québec, au Canada et à travers l\u2019univers.Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.De septembre 1989 à juin 1990, trois thèmes seront développés: -\t37 auteurs invités proposeront des orientations cohérentes pour bâtir le Québec de demain.-\t34 spécialistes participeront à une réflexion sur l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes.-\t66 femmes et hommes de diverses classes sociales analyseront des problèmes épineux et d\u2019actualité bouillante.Champ d\u2019observation L\u2019Action Nationale s\u2019intéressera à la vie des francophones hors Québec.Elle présentera des chroniques sur des problèmes internationaux et sur la question nationale.Elle reflétera aussi certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Elle publiera des comptes rendus sur des volumes qui contribuent au progrès de la nation.Liberté d\u2019expression L\u2019Action Nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation. 1044 Rédaction L\u2019Action Nationale peut refuser de publier un texte qui ne correspond pas au programme de la revue.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 20 à 25 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 10 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Il doit être dactylographié sur papier 81/2 x 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir.[] Une nation sans État j~J e fédéraliste qui lit les 67 000pages publiées depuis 73 ans dans L\u2019Action Nationale devient souverainiste.L\u2019histoire se perpétue dans le présent.Depuis l\u2019Acte de 1867, la nation canadienne-française est asservie par une politique de parti et opprimée par une politique fédérale défavorable.Face à cette double réalité, deux tâches s\u2019imposent: bâtir une nation forte et un Québec fort.Une politique de parti L\u2019histoire est riche de leçons, mais les hommes n \u2019ont pas de mémoire.Un jour, les Anglais ont militairement conquis le Canada.La colonie devait être anglaise et protestante.Les institutions britanniques et le serment du Test étaient imposés.Les ancêtres résistent.Ils se regroupent en un seul parti.Ils obtiennent l\u2019égalité politique en 1774 et le contrôle du pouvoir législatif en 1791.La solidarité leur a même permis de transformer l\u2019Union de 1842 en un gouvernement fédératif.Puis, la Confédération fut inventée.Les dirigeants canadicns-français de l\u2019époque étaient satisfaits.Ils croyaient avoir réalisé «un pacte entre deux races».Ils avaient obtenu l\u2019établissement d\u2019une «fédération» qui accordait des pouvoirs étendus au Québec.Fiers de leur victoire, ils abandonnaient le système des alliances politiques qui les avaient si bien servis durant un siècle.Désormais, ils pouvaient se diviser en deux groupes politiques.Erreur fatale! La libération nationale venait d\u2019enregistrer un mouvement de recul.Au lieu de servir la nation, la politique allait la desservir, surtout dans le champ fédéral.Minoritaires à perpétuité Au parlement canadien, sur les quelque 2 000 députés qui nous ont représentés, on compte à peine 30 Canadiens-Français: Angers, Bourassa, Costigan, Lamarche, Lavergne, Raymond, Riel.Les autres sont des consen\u2019ateurs et des libéraux.Même pas un NPD.Entre les 1046 deux vieux partis, les francophones se divisent.Le ciel est bleu et l\u2019enfer est rouge.L\u2019esclavage du parti a hypnotisé l\u2019élite canadienne-fran-çaise avec le résultat que l\u2019alternance des partis à Ottawa ne nous a donné que des miettes.Il ne pouvait en être autrement.Dans l'un ou dans l\u2019autre parti, nous étions et nous sommes en perpétuelle minorité.Nos représentants sont minoritaires au parlement où notre influence est de plus en plus faible.Le nombre des députés québécois, pas tous de langue française, ne varie pas, mais la députation augmente à tous les dix ans.Les nouveaux députés proviennent du Canada anglais.Il faut se souvenir qu \u2019au temps de la Confédération, le Québec représentait le tiers de la députation.Aujourd\u2019hui, notre proportion est inférieure au quart.En bout de course, le sceau anglais identifie les partis politiques fédéraux et la suprématie de l\u2019élément anglais oblige les députés québécois à se rallier quotidiennement aux volontés de la majorité.Notre infériorité devient presque légendaire au niveau des provinces.En 1867, nous comptions pour le quart.Aujourd\u2019hui, nous sommes devenus un dixième.L\u2019île-du-Prince-Édouard, 124 000h., est une province; Laval, 275 000 h., est une municipalité de banlieue.Terre-Neuve, un dixième du pouvoir, compte deux fois moins de contribuables que la ville de Montréal.Les 4 provinces des Maritimes ont 4 voix au chapitre avec une population de 2,3 millions d\u2019habitants; les 4 provinces de l\u2019Ouest ont 4 votes avec une population de 7,2 millions d\u2019habitants; le Québec a 1 vote avec une population de 6,6 millions d\u2019habitants.Bientôt, avec l\u2019établissement en province des Territoires-du-Nord-Ouest et du Yukon, 71 000 h., nous deviendrons 1 sur 11.D\u2019abord les intérêts du parti Notre infériorité numérique s\u2019accentue.Aussi, les intérêts du Canada anglais sont les premiers servis.Ils priment dans toutes les décisions du parlement.«La loi du plus fort est toujours la meilleure.» Les réclamations du Québec ou de leurs représentants ne concordent pas souvent avec celles du Canada anglais.Le pays est anglais de la province écossaise à la province britannique, à l\u2019exception de la «réserve».Il est anglais de la Chambre des Communes aux commissions parlementaires, du caucus des députés au café du parlement. UNE NATION SANS ÉTAT 1047 Minoritaires au parlement, nous le sommes aussi dans chacun des partis fédéraux.Cette situation est infiniment grave pour le Canada français.Nos députés doivent d\u2019abord servir le parti.Pour le sauver, ils doivent se rallier à la majorité anglaise.Il suffit d\u2019avoir parlé à quelques élus du peuple pour comprendre que la conquête et la conservation du pouvoir relèguent aux calendes grecques la défense des intérêts canadiens-français.J\u2019ai déjà eu l\u2019occasion d\u2019observer la faiblesse des politiciens et la force du pouvoir («Je peux déplacer les pions», «Je suis femme de pouvoir», «Vous ne savez pas ce qu\u2019est le pouvoir»).Ces personnes sont inconsciemment les esclaves et les boucs émissaires de leur parti.Elles jouent le rôle d\u2019intermédiaires et de tambours entre les chefs anglophones et leurs électeurs canadiens-français.Des patriotes silencieux Nombre d\u2019entre elles sont tiraillées entre les obligations envers le parti et leurs devoirs de citoyens canadiens-français.Dans l\u2019intimité, elles l\u2019avouent en toute candeur.Même les ministres, une douzaine sur cinquante, sont bâillonnés par la règle inviolable de la solidarité ministérielle.Ils doivent, même s\u2019ils ont du caractère, se soumettre fidèlement aux décisions de la majorité et défendre des mesures politiques qu \u2019ils condamneraient sévèrement s\u2019ils siégeaient à l\u2019Assemblée Nationale du Québec.Quelques députés m\u2019ont déjà confessé cet aveu.Rares sont les représentants qui expriment leurs propres opinions.Pour avoir trop parlé, Suzanne Blais-Grenier quittait son poste de ministre et les machines électorales l\u2019ont battue à l\u2019élection suivante.Le même sort était réservé au notaire Robert Toupin, ex-dépu-té de Terrebonne.En l\u2019arène politique, il faut se taire ou se démettre.Cette dernière attitude signifie la fin d\u2019une carrière politique.Elle exige de la grandeur.Nos députés, sauf de rares exceptions, n\u2019ont pas le courage de défier leur «chef» pour défendre leur patrie.Quelle que soit leur stature, ils sont impuissants dans un milieu qui les oblige à oublier qu \u2019ils sont Canadiens-Français.Sous cet aspect, rien ne ressemble plus à un parti libéral que le parti conservateur.De cet obscurantisme il découle que l\u2019élément anglophone majoritaire manœuvre seul les ficelles politiques fédérales. 1048 Une exception existe à la règle.Le député québécois peut être nationaliste dans l\u2019opposition.Ses attitudes embêtent le gouvernement et elles obtiennent l\u2019adhésion d\u2019électeurs canadiens-français.Ainsi, on peut conquérir à nouveau le pouvoir.C\u2019est une situation honteuse et intolérable.Depuis toujours, l\u2019opposition reproche au gouvernement des engagements qu \u2019elle ne respectait pas lorsqu \u2019elle était au pouvoir et qu\u2019elle ne réalisera pas lorsqu\u2019elle gouvernera à nouveau.Ce patriotisme d\u2019opposition est stérile.C\u2019est hélas! le seul moment en dehors des campagnes électorales où les députés québécois peuvent concilier leurs convictions nationales et leurs intérêts au parti.«Aujourd\u2019hui, dans la politique fédérale, il n\u2019y a pas de place pour un Canadien français comme tel, mais pour un Canadien tout court, ce qui veut dire, dans la pratique, un Canadien anglais1.» Le fonctionnement est anglais À l\u2019impuissance de nos représentants, il convient de joindre la force indiscutable des fonctionnaires de langue anglaise.Ils détiennent les postes supérieurs de l\u2019administration fédérale.Malgré cent ans de réclamations, notre représentation dans le haut fonctionnarisme demeure banale et faible.L\u2019insuffisante présence française dans les ministères et les sociétés de la Couronne se traduit par une diminution considérable de notre influence.Les experts anglais de la fonction publique orientent la politique selon leur culture.Les priorités des francophones sont à peu près ignorées et celles des Québécois reçoivent une attention inférieure à leur nombre.Les sommes d\u2019argent octroyées au Québec pour la recherche, les chemins de fer, les travaux publics.sont loin de correspondre à nos besoms.La politique fédérale Notre faiblesse au parlement fédéral explique en partie l\u2019échec de la Confédération.Les députés francophones, inspirés par l\u2019esprit de parti, ont failli à la tâche.Un régime établi pour nous, à notre demande, nous a desservis et nous aménage un avenir encore plus difficile.1.Léopold Richer, Notre problème politique. UNE NATION SANS ÉTAT 1049 Envers les minorités françaises Que reprochons-nous au régime confédératif?D'abord de limiter la liberté de la nation canadienne-française.On nous a conscrits pour la liberté des autres en 1914 et 1939.Paradoxalement, les droits du français étaient brimés dans les autres provinces.Les écoles françaises étaient supprimées au Nouveau-Brunswick en 1871, à l\u2019île-du-Prince-Édouard en 1877, au Manitoba en 1890, aux Territoires-du-Nord-Ouest en 1892, en Saskatchewan et en Alberta en 1905, auKeewatin en 1912.Nous avons aussi souvenance du règlementXVII de l\u2019Ontario en 1912, de la suppression du français au Manitoba en 1916, du geste odieux du premier ministre Anderson de la Saskatchewan en 1920.Et nous en passons.pour terminer avec la suppression des droits du français en Alberta et en Saskatchewan en 1988.Ces dénis de justice sont irréparables.Les subventions distribuées présentement aux minorités francophones arrivent trop tard.Plus de 500 000 francophones hors Québec ont cessé de parler français et ils ont adopté l\u2019anglais comme langue maternelle.Une immigration assimilatrice Cette tragédie des transferts linguistiques est la conséquence de l\u2019oppression faite aux francophones dans les autres provinces.Elle est aussi Vaboutissement d\u2019une politique d\u2019immigration qui a littéralement noyé les Canadiens-Français établis hors Québec.Inspiré par Lord Durham, le conquérant organisait au milieu du XIXe siècle un mouvement massif d\u2019immigration britannique dans le but avoué d\u2019angliciser rapidement la population du Bas-Canada.A vec Sifton, la croisade reprenait vers 1900.À vrai dire, la vague d\u2019immigration a été constante.Elle a altéré le caractère national et moral de la population canadienne.Elle a immergé l\u2019élément français dans une mer anglaise.Certains ont même sciemment pensé à nous noyer définitivement en ajoutant à l\u2019élément anglais des groupes d\u2019origine étrangère.Par surcroît, cette politique fut mal gérée: selon Herbert Marshall, statisticien au Dominion, 6 301 320 citoyens sont sortis du Canada de 1851 à 1941, dont plus d\u2019un million de francophones. 1050 Ostracisme dans les services fédéraux Comment, dans le présent article, oublier l'ostracisme qui a frappé de plein fouet le français dans les services fédéraux ?Il a fallu attendre 90 ans avant d\u2019obtenir le timbre et le billet bilingues.Que d\u2019efforts ont été consentis pour faire reconnaître le caractère officiel de la langue française! Néanmoins, le bilinguisme fédéral débute à Ottawa par l\u2019usage de l\u2019anglais, à commencer par le cabinet du premier ministre.Les affiches extérieures et intérieures d \u2019un grand nombre d'édifices fédéraux sont unilingues.Les rapports de plusieurs commissions gouvernementales sont publiés uniquement en anglais.Nombre de rapports traduits en français sont produits avec des délais inacceptables.La langue française est une langue de traduction.L\u2019unilinguisme anglais respecte à peine la «réserve» québécoise et la loi fédérale des langues officielles vise à implanter le bilinguisme au Québec dans les institutions et dans les affaires.Dans les autres provinces, le bilinguisme fédéral a presque cessé d\u2019exister et les soubresauts actuels surviennent trop tard pour qu \u2019on puisse vraiment les apprécier.Une politique centralisatrice À ces malaises s\u2019ajoute une politique fédérale de conception centralisatrice.Les violations flagrantes de l\u2019Acte de 1867 sont multiples.De plus en plus, les provinces dépendent du fédéral.Les ingérences du gouvernement central violent les pouvoirs exclusifs accordés aux provinces.Les usurpations sont survenues dans tous les domaines: commerce, communications, éducation, formation professionnelle, justice, logement, santé, sécurité sociale, transport, travail.Elles prennent les formes les plus diverses: aéroports municipaux, allocations aux aveugles, allocations familiales, apprentissage, assurance-chômage, assurances sociales, Banque des hypothèques, Banque du Canada, bureaux de placement, contrôle des faillites, construction de routes, Cour suprême, enseignement technique, impôt sur le revenu, limitation au droit d\u2019emprunt des provinces, pensions de vieillesse, réaménagement urbain, repos dominical, salaires mini- UNE NATION SANS ÉTAT 1051 mums, secours directs, Société Radio-Canada, subventions conditionnelles démesurées.Ces leçons du passé ne sont-elles pas suffisantes pour nous inspirer les voies de l\u2019avenir?Avons-nous une raison de croire que nos représentants peuvent désormais nous mieux servir?Une nation forte Pour avoir résisté jusqu \u2019à ce jour aux assauts répétés des assimilateurs et des centralisateurs, la nation canadienne-française doit être éternelle.Mais, attendons: sous l\u2019apparence de la robustesse, elle souffre de fragilité.Une nation menacée La culture française est menacée.Les États-Unis ont conquis le Québec sans un seul coup de feu.La civilisation américaine est présente dans nos foyers.Le rock, la télévision, la radio, le cinéma, les magazines, les journaux et le baseball de l\u2019oncle Sam modifient peu à peu notre manière de vivre.Cette assimilation culturelle est plus subtile et dangereuse que l'anglicisation rêvée par les Anglo-Canadiens.Moins directe, mais plus insidieuse que les méthodes anglaises, l\u2019américanisation affecte le vouloir-vivre canadien-français que la Conquête n \u2019avaitpas ébranlé.Elle explique en partie l\u2019échec du Référendum.Comment voulez-vous qu \u2019il en soit autrement?En plus d\u2019être assiégé par les mœurs américaines, le Québec est envahi par les entreprises étrangères.Les Anglo-Canadiens et les Américains possèdent les trois quarts de la valeur des grandes entreprises financières et industrielles du Québec.Jour après jour, nos travailleurs épousent la philosophie de vie de leurs maîtres.En outre, quotidiennement, nous devons côtoyer une masse d\u2019immigrants qui, par notre faute, trouvent avantage à s\u2019intégrer à la communauté anglophone.Alors que leur présence au Québec devrait constituer un enrichissement à notre culture, elle devient un poids qui écrase la nation dans certains quartiers de Montréal.Enfin, derrière la façade prospère de la «garde montante», la «réserve» française demeure frêle et chancelante.La confusion s\u2019est ins- 1052 tallée dans les esprits.Le vent de la liberté politique souffle pour les autres.La nation en est venue à douter d\u2019elle-même et c\u2019est là notre plus grand problème.Nous en sommes à ne pas nous entendre sur les réalités fondamentales de communauté, État, nation, nationalisme, patrie, patriotisme, peuple, société.Nos divisions aboutissent à l\u2019isolement.Nous avons abandonné les minorités françaises et, entre nous, de la croix de Gaspé aux remparts du Long-Sault, nous vivons avec lassitude et indifférence une vie nationale souffrante.Une patrie vivante Si nous désirons remonter la pente et aspirer à la liberté politique, il est essentiel que la collectivité tout entière adhère à une doctrine nationale.Pour devenir propriétaire du territoire occupé depuis 455 ans, il est indispensable d\u2019affirmer avec unité et en toute fraternité un vouloir-vivre collectif inébranlable.Cette volonté collective est le fondement même de l\u2019avenir national.Sans un projet commun et solidaire de la nation canadienne-fran-çaise, il n \u2019y aura pas d\u2019État national.Il n \u2019y aura pas d\u2019épanouissement de la culture française au Québec.La clef est là.Les nationalistes d\u2019hier l\u2019ont affirmé à maintes reprises: «Une nation forte pour un Québec fort!» Pour devenir «une nation forte», nous devons d\u2019abord admettre que cette nation existe.Souvenons-nous des lignes écrites par Pierre Emmanuel: «Le plus grave désastre qui puisse menacer un peuple n\u2019est pas l\u2019anéantissement militaire, c\u2019est l\u2019indifférence de ses membres à la forme de son avenir2.» La forme de l\u2019avenir s\u2019inscrit dans l\u2019histoire.La nation est née et a pris racine au Québec depuis plus de quatre siècles.Elle y est chez elle.Comme l\u2019individu, elle aspire à s\u2019épanouir.Elle doit quitter son état de locataire et devenir propriétaire de l\u2019État québécois.C \u2019est l'é-volution qui peut diminuer l'insécurité et l\u2019incertitude du lendemain qui hante nos esprits en ces longues soirées de novembre.Mais seule une société vivante, éveillée et créatrice peut atteindre l\u2019idéal d\u2019être maître chez soi.Vivre sa propre vie n\u2019est pas une 2.Pierre Emmanuel, Pour une politique de la culture, Éditions du Seuil, Paris, p.22. UNE NATION SANS ÉTAT 1053 utopie.Vouloir sa propre liberté n \u2019est pas un crime.Mais ces ambitions de libération nationale ne deviendront réalités qu \u2019à la condition expresse d\u2019assumer toutes les obliga tions.L\u2019une des premières conditions réside dans l\u2019action de l\u2019élite.L'élite canadienne-française, de la tête aux pieds, doit sortir de son sommeil et réveiller les masses populaires pour bâtir ensemble un Québec fort, un Québec libre.Un Québec fort Un Québec fort! C\u2019était l\u2019espoir de Richard Arès.Cette tâche d\u2019un Québec fort, écrivait le père Arès, «si nous ne l\u2019accomplissons pas, personne d\u2019autre ne le fera à notre place; si nous ne la réussissons pas au Québec, nous n\u2019avons aucune chance de la réussir ailleurs; si nous ne l\u2019entreprenons pas maintenant, il est fort propable que nous ne l\u2019entreprendrons jamais.Être fort ou périr, être fort au Québec ou nulle part, être fort maintenant ou jamais, c \u2019est la triple alternative.qu\u2019il me faut reformuler ici, parce que, pour moi, c\u2019est ça la réalité et c 'est ça la vérité3.» Etre fort ou périr Reprenons le discours du célèbre jésuite.«Être fort ou périr.» C\u2019est clair.«Au Québec, étant donné la grandeur des intérêts en jeu et la puissance des groupes en lutte, un État faible ne peut être qu \u2019un État vassal, qu \u2019un État servile, qu \u2019un État socialement injuste, parce qu\u2019incapable de remplir ses devoirs de justice envers tous et d\u2019assurer, en particulier, à la communauté canadienne-française le lot de sécurité et de liberté auquel elle a droit au moins en sa province4.» Un Québec fort s\u2019avère la planche de salut.Ce pays, cet État français à bâtir ne sera pas l\u2019œuvre des Japonais, ni celle des filiales ontariennes et américaines.Les autres groupes ethniques n \u2019édifieront pas pour nous un Québec français et le gouvernement fédéral n \u2019assurera jamais le destin des Canadiens-Français.En définitive, nous ne pouvons et nous ne devons compter que sur nous-mêmes.«Être fort au Québec ou nulle part.» Le discours est lucide.Il n \u2019y a qu\u2019au Québec que les Canadiens-Français peuvent se doter de toutes 3.\tRichard Arès, Du rôle d\u2019un Québec fort, Les Éditions Bellarmin, 1962, p.5.4.\tIbid., p.14. 1054 les institutions nécessaires à la vie d\u2019une nation.Au Québec, nous sommes la majorité.Nous pouvons y contrôler le gouvernement.Nous pouvons l\u2019organiser pour les Québécois.«Partout ailleurs, nous ne le pouvons pas; partout ailleurs, nous sommes condamnés à rester faibles.Que la chose nous plaise ou non: il nous faut être forts au Québec ou nulle part5.» «Être fort maintenant ou jamais.» Dans la conjoncture actuelle, les Canadiens-Français sont à une croisée des chemins.Ils ont besoin d\u2019un État fort capable d\u2019intervenir dans la vie de la société québécoise.Des mesures urgentes et concrètes doivent favoriser le renouvellement de la population et le relèvement des conditions de vie de 300 000 chômeurs et de 700 000 assistés sociaux.Les intérêts canadiens-français S\u2019il est odieux de tolérer la situation d\u2019extrême pauvreté qui se développe au Québec, il est aussi pressant de travailler au redressement et à l\u2019équilibre des forces économiques.Représentant 80 pour cent de la population, les Canadiens-Français possèdent à peine le tiers des richesses et des ressources québécoises.Cette situation est inquiétante.Elle est en partie responsable de l\u2019insécurité collective.Menacés de transmutation, nous avons besoin de l\u2019aide continue de l\u2019État pour retrouver la sécurité et la liberté nécessaires à l\u2019accomplissement de notre destin national.Oh! certes, l\u2019État québécois ne peut tout faire.Il ne peut pas s\u2019occuper des seuls intérêts canadiens-français.Il a la garde du bien commun de toute la société québécoise, de toutes les personnes qui vivent au Québec.Il a, en conséquence, le devoir de rendre justice à tous.De là, son obligation de promouvoir les intérêts supérieurs de la communauté canadienne-française.Un régime démocratique ne peut oublier que le «fait français» est une partie du bien commun que l\u2019État doit protéger.Notre groupe ethnique représente les quatre cinquièmes de la population québécoise et la vie de cette communauté est menacée dans sa culture, dans sa langue et dans l\u2019organisation de sa vie sociale et économique.5.Richard Arès, Pour un Québec fort, Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, 1962, p.6. UNE NATION SANS ÉTAT 1055 Se bâtir un pays Le Québec de notre jeunesse est en train de disparaître.Il connaît une période de bouleversements intenses.Que sera le Québec de l\u2019an 2000?Quelle place accordera-t-on au sens national?Allons-nous plus longtemps sacrifier l\u2019esprit national sur l\u2019hôtel de l\u2019esprit de parti?Les «politiciens (qui) nous ont horriblement dévoyés» continueront-ils à servir d\u2019abord le parti?Le national deviendra-t-il le gouvernail de la politique?Sera-t-il l\u2019inspiration du peuple, la source de la libération nationale?Ces questions sont vitales.La réponse est double.La nation doit être forte et l\u2019Etat doit être puissant.Un État fort pour une nation faible, c 'est une vie politique au service des trusts; une nation forte avec un État faible, c \u2019est la descente dans la rue et des troubles sociaux en perspective.Avons-nous le choix?J\u2019entends encore Arès nous dire: Le Québec doit «Être fort ou périr.Être fort au Québec ou nulle part.Être fort maintenant ou jamais».[] Rosaire Morin Gérard Turcotte Une politique démographique Madeleine BLANCHET présidente Conseil des affaires sociales Résumé L\u2019article de madameBlanchet apporte un complément incontestable aux réflexions exprimées à ce jour, dans la revue, sur le déclin démographique.L\u2019auteure commente d\u2019abord l\u2019hypothèse de l\u2019immigration.Elle observe ensuite le mouvement de la fécondité, puis elle relie l\u2019hésitation des jeunes couples à avoir des enfants à leur instabilité d\u2019emploi ou à la diminution possible d\u2019avancement en leur carrière.Madame Blanchet présente les mesures de soutien que la Suède offre aux familles.Elle propose des mesures propres à assurer du travail à la jeune génération.Elle suggère des services de garde à domicile et en milieu scolaire.Elle espère l\u2019établissement d\u2019une assurance-maternité étendue à huit mois et remboursée à 90 pour cent pour toutes les femmes enceintes.Elle souhaite une hausse substantielle des allocations familiales. UNE POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUE 1057 L régime de faible fécondité dans lequel s\u2019est installé le Québec depuis le début des années 1960 suscite de plus en plus d\u2019inquiétude.Cette inquiétude s\u2019est accentuée depuis que l\u2019écart avec l\u2019Ontario s\u2019est creusé au fil des cinq dernières années.Les conséquences politiques d\u2019une telle situation ont amené le gouvernement du Québec à réagir en tentant de favoriser les naissances, entre autres par l\u2019octroi d\u2019une prime à la naissance d\u2019enfant de troisième rang et plus.La réaction du public, plutôt tiède selon les sondages, incite le gouvernement à maintenir l\u2019immigration comme solution du problème démographique.Mais, dans l\u2019hypothèse où l\u2019on pourrait réussir à faire entrer et à retenir 40 000 immigrants, au lieu des 20 000 actuels, pour-ra-t-on éviter la concentration de ces derniers à Montréal?Pourra-t-on les intégrer rapidement à notre culture?Tout ceci prend du temps et des ressources nouvelles, tant pour accélérer la venue d\u2019immigrants francophones que pour faciliter l\u2019apprentissage du français aux autres.Il faut envisager de nombreuses années d\u2019une lente et patiente intégration.Du reste, les immigrants et les enfants de l\u2019adoption internationale ne fourniront jamais le nombre d\u2019enfants que la fécondité naturelle assure chaque année, soit 85 000 nouveaux Québécois.Il faut donc viser à éliminer graduellement les obstacles internes à la fécondité, celle-ci constituant, on le voit, la façon la plus efficace de renouveler la population du Québec.Stérilisation précoce et unions tardives Depuis longtemps, les démographes s\u2019inquiètent de l\u2019infécondité d\u2019un nombre élevé de femmes au Québec: 30%, c\u2019est énorme (la France n\u2019en compte que 10%).Dans ce contexte, la stérilisation chirurgicale précoce de nombreuses femmes est une arme dangereuse, surtout quand l\u2019on constate le nombre croissant de nouvelles unions vers la trentaine, unions qui pourraient être fécondes.Le corps médical doit être mieux informé des conséquences démographiques de la stérilisation. 1058 Le premier enfant naît souvent si tardivement qu\u2019il est aussi souvent le dernier.Graduellement, l\u2019âge de la mère au premier enfant a grimpé pour atteindre maintenant 28 ans (25 ans en France).C\u2019est que les conditions d\u2019embauche et de travail des jeunes sont devenues si précaires que beaucoup de jeunes femmes hésitent à compromettre leurs chances d\u2019embauche et d\u2019avancement en interrompant leur carrière pour avoir un enfant.La réticence de nombreux employeurs à accepter comme normale l\u2019interruption de travail d\u2019une femme enceinte ou d\u2019une jeune mère traduit bien que notre société est encore au moyen âge pour ce qui concerne l\u2019accueil à l\u2019enfant.La mesure prioritaire par excellence consiste donc à garantir aux jeunes filles et garçons des emplois stables sur lesquels ils puissent compter lorsqu\u2019ils songent à fonder un foyer.Instabilité de l\u2019emploi des jeunes Personne ne contestera que, pour élever des enfants, il faille un revenu stable et même deux revenus si l\u2019on ne veut pas voir diminuer son pouvoir d\u2019achat.Or, non seulement le ralentissement de la création d\u2019emplois s\u2019est-il accentué en 1988, mais les emplois créés sont souvent à temps partiel ou encore, à durée limitée.Ainsi, 16 000 des 20 000 emplois créés occupés par des femmes en 1988 étaient à temps partiel cette année-là.Les femmes jeunes sont les plus touchées par les pertes d\u2019emplois, particulièrement celles de 20 à 24 ans.(Statistiques sur l\u2019emploi au Canada.) Du reste, les jeunes sur qui repose notre avenir démographique sont, surtout depuis la dernière crise, les plus affectés par le chômage et la précarité des emplois.Même une économie en croissance telle que la nôtre ne semble pas en mesure d\u2019assurer à la jeune génération sa part du marché du travail.Faudra-t-il exercer une discrimination positive pour l\u2019emploi des jeunes comme on l\u2019a fait pour les femmes?Les entreprises peuvent-elles favoriser l\u2019embauche des jeunes en leur garantissant un revenu permanent?Ces problèmes affectent la décision d\u2019avoir des enfants dans une société telle que la nôtre.Et on ne peut blâmer les jeunes de retarder le moment de fonder leur famille jusqu\u2019à ce que leur situation financière le leur permette.Ils sont lucides! UNE POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUE 1059 Instabilité des jeunes couples Le mariage est remis en question et l\u2019union libre précède et même remplace le mariage chez un fort pourcentage de jeunes couples.Cela ne signifie pas pour autant que les femmes qui attendent ou élèvent des enfants ne reçoivent plus de soutien affectif de la part de leur conjoint de fait.Mais ces unions durent moins longtemps que les mariages et sont moins fécondes.La proportion de Québécois et de Québécoises qui ne se marieront jamais s\u2019élève à 23% (elle est en moyenne de 15% pour les Canadiens).En outre, l\u2019âge moyen au premier mariage est plus élevé de cinq ans au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.On hésite à se marier une première fois et le mariage est également moins fréquent qu\u2019il ne l\u2019était dans les années 1960.(Tendances sociales canadiennes, été 1989.) Selon Renée Dandurand, de l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture, la période que nous traversons est caractérisée par la crise du mariage plutôt que par la crise de la famille.La sociologue conclut son essai, intitulé Le mariage en question, en affirmant que l\u2019institution publique du mariage pourrait faire place à une forme de partenariat privé entre les femmes et les hommes, qu\u2019on le nomme mariage ou conjugalité.Ce phénomène ne saurait être sans effet sur la fécondité.La fiscalité Souvent décriée comme ne favorisant pas le mariage, notre fiscalité familiale est à revoir de fond en comble.En Suède, par exemple, le budget 1989-1990 comporte d\u2019importantes mesures de soutien aux familles.Les congés parentaux, remboursés à 90% par le gouvernement, seront portés progressivement de 9 à 12 mois, puis à 15 mois et finalement, à 18 mois en juillet 1991.Fait significatif, le budget alloue 7,9 milliardsî pour soutenir les familles, en comparaison avec 5,7 milliardsS pour la défense.L\u2019Etat paie en moyenne 107$ par mois et par enfant en allocations familiales.Les garderies sont fortement subventionnées.Ainsi, les parents ne paient que le cinquième de la somme de 9 500$ qu\u2019il en coûte annuellement en moyenne pour une place en garderie.Il faut dire que 85% des Suédoises ayant un enfant ou des enfants d\u2019âge préscolaire sont sur le marché du travail. 1060 La Suède a misé sur une société accueillante à l\u2019enfant et son taux de fécondité est remonté rapidement depuis cinq ans: de 1,6 qu\u2019il était en 1982, il rejoignait déjà en 1987 celui de la France, à 1,8.Ces deux pays se situent maintenant dans le peloton de tête des pays européens à fécondité relativement élevée, même si celle-ci n\u2019atteint pas la barre du 2,1 le seuil de renouvellement des générations.Ce boom de bébés au pays des Vikings n\u2019est pas dû principalement à la jeune génération, mais surtout aux femmes de plus de 30 ans, déjà sur le marché du travail et qui ont décidé d\u2019avoir (enfin!) leurs enfants.Même phénomène au Québec, où la légère hausse de 2 500 naissances en 1988 s\u2019est faite par la grâce des femmes dans la trentaine, dont c\u2019est généralement le premier enfant.Ce fait confirme les dires de démographes québécois qui affirment que les solutions à la française, surtout axées sur le troisième enfant, sont plus ou moins appropriées à la situation du Québec.Ici, il faut d\u2019abord aider les parents à concilier bébés et boulot.Donc, compenser le manque à gagner qui résulterait de la perte de revenu due à une pause dans la vie de travail.Un gâteau à trois étages On peut comparer la politique familiale à un gâteau à trois étages: Le premier étage comprend les mesures propres à assurer du travail à la jeune génération.Plus les jeunes tardent à obtenir un emploi stable, moins ils auront d\u2019enfants.Le deuxième étage concerne les services de garde diversifiés et souples, incluant la garde au domicile des parents et en milieu scolaire.Quant au troisième étage, il est consacré à l\u2019assurance-maternité pour toutes les femmes enceintes étendue à huit mois et remboursés à 90% pour toutes.Cette mesure remplacerait l\u2019assurance-chômage.L\u2019assurance-maternité serait suivie d\u2019un congé parental facultatif, à temps complet ou à temps partiel.Le glaçage est fait des allocations familiales qui ne représentent plus grand-chose dans le budget familial.Les allocations à la naissance permettent d\u2019orner ce glaçage de quelques cerises, pourvu qu\u2019elles constituent une compensation pour les faits inhérents à la naissance d\u2019un enfant et non une prime de fécondité. UNE POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUE 1061 La recette est là, infaillible, à l\u2019usage de tous les leaders de notre société.Qui voudra mettre la main à la pâte pour aider les jeunes à avoir leurs enfants?Plus d\u2019enfants, un Québec qui se développe, qui entreprend et qui grandit.!] Pour ne pas «disparaître»: l\u2019immigration, une solution à risques?Jean-Louis BOURQUE politicologue Résumé Face au déclin prévisible de la démographie québécoise, l\u2019auteur propose des avenues qui permettraient d\u2019intégrer les immigrants dans notre tissu social.Il souligne la fragilité des Québécois en matière de langue et de culture.Il parle du partage des pouvoirs entre la province et le gouvernement fédéral.Monsieur Bourque présente divers éléments d\u2019une politique qui permettrait de maîtriser l\u2019évolution de l\u2019immigration au Québec.Il insiste sur le choix des immigrants et sur la nécessité d\u2019attirer des francophones ou des «francopho-nisables».À cette fin, il propose l\u2019augmentation de la représentation du Québec dans certaines contrées.Il observe aussi le fonctionnement des COFI qu \u2019il juge insuffisant.Il souhaite que l\u2019immigration soit démontréalisée.En conclusion, il fait appel à la responsabilité individuelle et collective des Québécois en matière d\u2019immigration. POUR NE PAS «DISPARAÎTRE, 1063 L situation démographique du Québec au seuil de l\u2019an 2000 est une véritable bombe à retardement.Selon les données statistiques et en extrapolant les tendances lourdes de notre évolution, nous serions voués en tant que peuple à décliner graduellement, puis à disparaître vers l\u2019an deux mil cent.Deux raisons fondamentales expliquent cette dégradation de la situation démographique.Tout d\u2019abord notre taux de natalité est un des plus bas de l\u2019Occident avec ceux de l\u2019Allemagne de l\u2019ouest, de la Suisse, du Danemark et de l\u2019Italie du nord.Au tournant du XXIe siècle, le nombre des naissances n\u2019équilibrera plus le nombre des décès.Par la suite, la relation naissances/décès se fera de plus en plus déficitaire, si bien que la population décroîtra au rythme de 25% à tous les vingt-cinq ans! En second lieu, l\u2019immigration ne réussit pas à combler notre décroissance démographique, d\u2019autant moins que les immigrants s\u2019intégrent peu à la majorité francophone.Leur concentration démesurée dans la région de Montréal crée de nouveaux problèmes, auxquels on hésite à faire face, car ces immigrants sont loin d\u2019être définitivement stabilisés au Québec.En présentant crûment ce sombre bilan, le documentaire «Disparaître» (11, 12, 13 février 1989) a suscité de vives réactions probablement biaisées par la personnalité même de la présentatrice, madame Lise PAYETTE.Incrédulité, panique, impuissance, mais aussi prises de conscience plus constructives.Il est nécessaire d\u2019imaginer dès maintenant les politiques correctives adéquates.La dénatalité, un problème de société Le phénomène de la dénatalité au Québec n\u2019est pas seulement un problème de chiffres et de statistiques réservé aux spécialistes de la démographie.C\u2019est aussi un grave problème sociologique.Le manque de bébés, à moyen et long terme, signifie un manque de bras et de main-d\u2019œuvre, un manque de cerveaux, un manque de citoyens pour payer les taxes et faire fonctionner l\u2019ensemble de la société.Tout l\u2019organisme social sera ébranlé dans une véritable réaction en chaîne, écoles, collèges, universités, centres de recherche, hôpitaux, usines, commerces, 1064 chantiers, transports en commun, loisirs et divertissements, etc.Le phénomène de la dénatalité engendre inévitablement un sérieux rétrécissement du poids politique du Québec dans la Confédération.De plus, il accentue le problème linguistique et hypothèque gravement la survie d\u2019un peuple et d\u2019une culture qui, jusqu\u2019à ce jour, ont toujours refusé de mourir et de disparaître de l\u2019histoire des civilisations.Le problème est bien identifié; sa nature, sa gravité, ses conséquences sont connues et personne ne les nie.Mais le consensus s\u2019effrite dès qu\u2019il s\u2019agit de décider des moyens à mettre en œuvre et de l\u2019urgence d\u2019agir.Le premier ministre BOURASSA affirme que «c\u2019est le problème numéro un» du Québec, et pourtant il n\u2019y consacre que bien peu d\u2019argent et d\u2019énergie.On pourrait même dire que ses politiques restrictives concernant les garderies, l\u2019éducation, l\u2019immigration et la francisation vont carrément à l\u2019encontre de l\u2019évaluation de cette priorité.Le programme du Parti libéral (1989), «Une richesse à renouveler», est incroyablement nébuleux quant aux mesures concrètes à adopter pour «relever le défi démographique qui est une condition de base de l\u2019épanouissement d\u2019une société».Trois avenues possibles Trois pistes de solutions s\u2019offrent à notre société: a.un mouvement vigoureux en faveur de l\u2019équilibre des valeurs individuelles et des valeurs collectives, des responsabilités sociales et du bien-être personnel; b.une politique de la famille efficace et soutenue; c.une politique d\u2019immigration audacieuse et clairement orientée.Il faut apprendre, ou réapprendre, à accueillir et à intégrer dans notre tissu social de nombreux nouveaux citoyens: nos enfants potentiels et tous ceux qui viennent d\u2019autres pays.C\u2019est une responsabilité sociale, collective, un choix vital, qui suppose des politiques éducatives et des politiques économiques bien orientées pour nous permettre de recevoir ces flots nécessaires de nouveaux venus et de les intégrer harmonieusement à la langue et à la culture de la majorité francophone du Québec.Toute évolution des mœurs, des mentalités et des consciences demande du temps.Si l\u2019on souhaite une efficacité à court terme, c\u2019est de l\u2019amélioration du bilan de l\u2019immigration que l\u2019on peut attendre les meilleurs résultats. POUR NE PAS «DISPARAÎTRE) 1065 Le Québec est un état moderne, un pays jeune (même si la population vieillit) doté de richesses naturelles diversifiées et considérables.C\u2019est une société largement ouverte, pluraliste et tolérante où les valeurs ne sont pas rigides, où la tradition n\u2019étouffe pas les initiatives et l\u2019innovation.Ce sont de précieux atouts.Mais le Québec se sent-il prêt à accueillir la vague d\u2019immigrants dont il aurait besoin pour équilibrer sa démographie?L\u2019immigration n\u2019est-elle pas une solution à risques?L\u2019immigration, source de chômage?Jusqu\u2019en 1960, le Québec français a eu tendance à se méfier de l\u2019immigration.Cette attitude ethnocentrique a beaucoup nui au développement de politiques d\u2019immigration favorables au Québec: Ottawa était le seul maître d\u2019œuvre de l\u2019immigration pan-canadienne.Trop de Québécois considèrent encore l\u2019immigration comme étant responsable de l\u2019augmentation du nombre de chômeurs et de marginaux incapables de participer à la croissance économique et au développement culturel québécois.Compatibilité des immigrants , La culture et les valeurs des nouveaux immigrants sont-elles compatibles avec celles de la majorité québécoise?Sommes-nous «capables» et désireux de les accueillir dans une perspective d\u2019intégration sociale et nationale avantageuse comme ont su le faire les Américains qui ont bâti la force de leur peuple et sa puissance économique, culturelle et financière sur l\u2019apport extraordinaire des immigrants, c\u2019est-à-dire de cerveaux et de bras venus de l\u2019étranger, mais en imposant leurs valeurs et leur culture?Le Québec se sent encore fragile Si les Québécois craignent tant une immigration massive, c\u2019est qu\u2019ils sont conscients de leur fragilité en matière de langue et de culture et qu\u2019ils doutent encore de leur volonté collective d\u2019imposer leurs lois, leurs règles, leurs normes et leurs valeurs.La diversification des langues et des cultures au Québec peut devenir une menace pour les francophones, s\u2019ils ne prennent pas de moyens légaux incontournables pour que la langue et la culture d\u2019ici gardent leur caractère majoritaire et prioritaire par rapport aux autres. 1066 Être une société tolérante, généreuse et ouverte ne veut pas dire se saborder.Prendre sa place ne veut pas dire prendre la place des autres.La nation franco-québécoise peut respecter les différences culturelles sans se renier et sans craindre d\u2019afficher nettement et hautement ses couleurs nationales, son histoire, ses valeurs, ses institutions, ses modes de vie comme le ferait n\u2019importe quel peuple normal du monde.Pour ce faire, il faudrait qu\u2019elle renforce sa confiance en elle-même et qu\u2019elle décide de prendre en main tout ce qui concerne directement son existence même.Plus les Québécois se sentiront insécures quant à leur avenir et leur devenir collectif, moins ils seront capables d\u2019intégrer les nouveaux immigrants à leur culture et à leur mode de vie.Or, si le Québec n\u2019assimile pas les nouveaux immigrants tout en respectant leurs origines culturelles, s\u2019il ne réussit pas à être le ciment intégrateur de toutes ces petites communautés, il risque, à long terme, d\u2019éclater en un multiculturalisme désintégrateur de son identité.L\u2019ambiguïté des pouvoirs Une autre part de l\u2019insécurité du Québec en matière d\u2019immigration provient de l\u2019imbroglio du partage des pouvoirs avec le fédéral.En 1867, les provinces avaient reçu le pouvoir de légiférer en matière d\u2019immigration, mais en pratique, elles ont laissé tout le terrain au pouvoir fédéral.En 1968, le Québec se donne un ministère de l\u2019Immigration.Il restera la seule province à se doter d\u2019un tel ministère, ce qui montre bien que les objectifs des politiques fédérales répondaient aux besoins des autres provinces, mais pas à ceux du Québec.En 1978, les accords Cullen-Couture délèguent au Québec le pouvoir de sélectionner lui-même ses immigrants «indépendants» (ceux qui ne répondent ni à la catégorie de la réunification des familles, ni à celle des réfugiés).En 1985, le nouveau ministère québécois des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration (MCCI) se donne une mission précise, mais ses décisions sont toujours sujettes à approbation par Ottawa, en ce qui concerne les familles et les réfugiés et l\u2019entente de 1978 reste résiliable.En 1987, l\u2019accord du lac Meech semble vouloir constitutionnaliser les pouvoirs du Québec, mais en les assujettissant aux normes fédérales, en particulier en termes de pourcentage du total de l\u2019immigration canadienne, soit 26% plus 5%. POUR NE PAS «DISPARAÎTRE.1067 Malgré les limites de ses pouvoirs, le Québec fut le premier pays à annoncer son intention d\u2019accueillir les boat people fuyant l\u2019Indochine.La réputation d\u2019accueil généreux du Québec n\u2019est plus à faire: de nombreux Irlandais y ont trouvé refuge au siècle dernier et les minorités québécoises (l\u2019anglaise plus que toute autre) sont particulièrement choyées.Devant la détresse des peuples opprimés, le Québec n \u2019hésite pas à ouvrir ses portes.Pourquoi ne le ferait-il pas pour sa propre survie?Du raccourci historique qui précède on peut conclure que le Canada s\u2019est donné les règlements qui conviennent à l\u2019immigration pan-canadienne: il ouvre ses portes aux travailleurs sélectionnés et à leurs familles immédiates; il favorise la réunification des familles et accueille les réfugiés, dans la mesure où ils font la preuve de leur statut de réfugiés et, depuis le 1er janvier 1989, dans la mesure où ils sont munis de papiers en règle avant de fouler le sol canadien.Les compagnies aériennes chargées du contrôle devront rapatrier à leurs frais tous les fraudeurs vers leurs pays d\u2019origine.Le multiculturalisme, impensable au Québec La nature ambivalente du Canada, son caractère bilingue et multiculturel est un obstacle majeur à la mise au point d\u2019une politique d \u2019 immigration qui convienne à toutes les provinces.Inévitablement le Canada se présente comme un pays anglophone, avec une grosse minorité francophone dans une province bilingue.Inévitablement les mécanismes mis au point à Ottawa favorisent l\u2019anglicisation des immigrants.Dans ces conditions, l\u2019immigration massive est une menace pour la survie du Québec francophone et participe à l\u2019érosion de son caractère distinct.Le Québec ne peut accepter de voir sa culture réduite à l\u2019une de ces multiples cultures qui côtoient la culture anglaise dominante.Il doit pouvoir présenter aux immigrants son image réelle, celle d\u2019une société distincte, francophone.Pour que le Québec puisse faire de l\u2019immigration un élément de sa survie et de son développement, il est indispensable qu\u2019il puisse «déterminer librement ses critères de sélection et recruter ses immigrants où il le désire et pour le nombre qu\u2019il désire» (Mémoire de la CEQ présenté à la Commission de la Culture, 1987).LE GOUVERNEMENT DU QUÉBEC DEVRAIT ÊTRE LE SEUL MAÎTRE D\u2019ŒUVRE DE 1068 SA POLITIQUE EN MATIÈRE D\u2019IMMIGRATION ET DE COMMUNAUTÉS CULTURELLES.C\u2019est le seul moyen d\u2019enrayer les contradictions de la dualité canadienne qui jouent contre le Québec français, et les ravages des politiques fédérales de bilinguisation et de multiculturalisme qui minorisent la langue et la culture du Québec.Le nombre des immigrants Si le Canada n\u2019augmente pas rapidement et sur une base volontaire le nombre de ses immigrants, il y sera peut être contraint, mais de façon incontrôlable, dans un proche avenir.L\u2019évolution démographique mondiale risque de développer une forte pression aux frontières et, pour maintenir le contrôle des entrées, il faudra investir considérablement.D\u2019ailleurs, l\u2019augmentation de l\u2019immigration signifie une plus grande capacité de développement social et économique dans un pays qui, somme toute, demeure relativement peu habité.Le Canada pourrait facilement accroître l\u2019immigration jusqu\u2019à 160 000 nouveaux arrivants par année et le Québec, monter son pourcentage actuel de 17,6% en 1987-88 jusqu\u2019au seuil autorisé par l\u2019accord du lac Meech, soit 26% plus 5%, dans la mesure où il accueillerait une forte proportion d\u2019immigrants francophones européens et de fran-cophonisables.Selon l\u2019économiste Georges MATHEWS, une natalité à 1,8 enfant/femme et un solde migratoire de 16 000 immigrants serait de nature à stopper le déclin démographique québécois.En attendant la remontée du taux de fécondité, le chiffre de 40 000 immigrants peut sembler réaliste, mais il faudrait que ce chiffre soit indépendant des quotas fixés pour le reste du Canada, afin que l\u2019immigration ne provoque pas la marginalisation du Québec français.Le choix des immigrants Dans l\u2019état actuel des choses, le Québec peut choisir 54% de ses immigrants.Ce droit lui est reconnu par les accords COUTURE-CUL-LEN (1978) et confirmé par l\u2019accord du lac Meech.Or, parmi ces immigrants, en 1987, 31% étaient des anglophones, 19% des francophones, alors qu\u2019en 1983, 32,7% étaient des francophones et 21% des anglophones.Ces chiffres soulignent une très forte augmentation du nombre des immigrants qui ne parlent que l\u2019anglais, ce qui explique la très grande difficulté à fixer ces immigrants au Québec et la relative faiblesse du solde migratoire.On peut penser que le gouver- POUR NE PAS «DISPARAÎTRE) 1069 nement du Québec n\u2019a pas fait grand-chose pour cibler ses efforts sur les francophones ou tout au moins sur les francophonisables, ceux qui appartiennent au vaste bassin de la latinité et de la francophonie.Attirer des francophones Le quotidienifl Presse, dans une série d\u2019articles intitulée «Franciser ou disparaître» (11,12,13 février 1989), révélait que le ministère de l\u2019Immigration a déjà refusé des milliers de candidats francophones à l\u2019immigration en provenance de France, de Suisse et de Belgique (16 000 sur 17 000 candidatures! !).Comment se fait-il que le Québec persiste à choisir 40% d\u2019anglophones contre 19,4% de francophones employables?On peut s\u2019interroger sur la pertinence des critères utilisés pour leur sélection.«Les exigences sont en effet formulées de telle sorte que les Européens se retrouvent disqualifiés, car ils ne peuvent bénéficier ni du statut de réfugié, ni de la réunification des familles, ni du statut d\u2019investisseur (car ils sont souvent trop jeunes), ni de la miraculeuse promesse d\u2019embauche, sans parler des nombreuses autres filières accessibles à des initiés peu scrupuleux.Le seul autre recours possible des autres catégories pourrait en effet provenir des permis du ministre, mais on nous apprend qu\u2019il ne concerne pas les francophones.» (Catherine BRICE, La Presse, 17 février 1989.) Augmenter la représentation du Québec L\u2019Europe devrait pouvoir nous fournir un fort contingent de jeunes francophones dont l\u2019intégration serait peu coûteuse et la productivité plus rapide.Les francophones des autres provinces et des États-Unis ne devraient pas être négligés: il faudrait augmenter la force d\u2019attraction du Québec en augmentant sa représentation dans les pays cibles.Il y aurait beaucoup à faire auprès des immigrants investisseurs à qui l\u2019on impose beaucoup trop de tracasseries et qui fuient rapidement vers Toronto ou Vancouver.Le Québec devrait pouvoir développer des stratégies d\u2019appoint qui faciliteraient leur entrée sur le sol québécois.Pour attirer des immigrants investisseurs, il faut plus qu\u2019une présence bureaucratique: il faut des délégations de financiers, d\u2019industriels et d\u2019hommes d\u2019affaires qui parcourraient le monde en collaboration avec les fonctionnaires québécois pour proposer des formules d\u2019intégration commerciale, financière et économique (style joint-venture) avantageuses pour les deux parties. 1070 Même si Ottawa garde le contrôle sur les réfugiés et les familles, Québec devrait pouvoir assouplir ses critères d\u2019accueil, simplifier les formalités de l\u2019adoption internationale et envoyer d\u2019avantage de représentants dans les camps de réfugiés pour recruter des «francophonisa-bles».La préparation des immigrants Accueillir l\u2019immigrant chez nous ne doit surtout pas signifier l\u2019aider à passer à la langue majoritaire du pays, l\u2019anglais.L\u2019immigrant qui vient s\u2019installer ici devrait savoir qu\u2019il fait un choix fondamental différent de celui qu\u2019il ferait s\u2019il s\u2019installait aux États-Unis et que le Québec est autre chose qu\u2019un vestibule d\u2019entrée vers les États-Unis ou encore un lieu de transition pour aller s\u2019installer au Canada anglais, une fois la citoyenneté acquise et la langue anglaise assimilée.Certes le Québec est une terre d\u2019accueil et d\u2019asile séduisante et fascinante pour la majorité des citoyens du monde entier, mais c\u2019est un pays qui veut rester français, comme le Danemark est danois, la Suède suédoise, la Finlande finlandaise, etc.Le Québec doit désormais n\u2019avoir plus qu\u2019un seul message qui soit absolument et définitivement clair pour tout immigrant, d\u2019où qu\u2019il vienne: ici, c\u2019est en français que l\u2019on vit, c\u2019est une loi fondamentale du pays.Pour que l\u2019image soit claire, il faudrait que tous les agents d\u2019immigration qui sont en contact avec les immigrants destinés au Québec parlent français et incarnent nettement le visage du Québec francophone.Il faudrait aussi que la naturalisation se fasse au Québec en français, avec un cérémonial qui reflète nettement le caractère distinct du Québec.La francisation des immigrants Un sondage publié dans Le Devoir du lOmars 1987 révélait que 90% des Québécois francophones souhaitent «que tous les immigrants qui s\u2019installent au Québec apprennent obligatoirement le français».L\u2019obligation du français devrait être une condition à l\u2019obtention de la citoyenneté quand elle est octroyée au Québec.Si l\u2019immigrant ne veut pas être intégré à la société francophone, on devrait l\u2019inviter à aller s\u2019installer dans les provinces anglaises du Canada, sans attendre et sans équivoque. POUR NE PAS «DISPARAÎTRE.1071 Depuis 1978, le Québec a fait de louables efforts pour franciser ses immigrants, parallèlement à un énorme travail de francisation de tous les secteurs de l\u2019activité économique, politique, sociale et culturelle (Loi 101).Il va de soi que la poursuite de la francisation des entreprises est une condition indispensable au renforcement de la force d\u2019attraction du français pour fixer les immigrants.C\u2019est une responsabilité du ministère de «s\u2019assurer que la formation linguistique des immigrants contribue à leur intégration au marché du travail».(Loi sur le ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration, nov.1985.) Les Centres d\u2019Orientation et de Formation Les huit Centres d\u2019Orientation et de Formation des Immigrants (COFI) offrent aux immigrants adultes aptes au travail des cours intensifs de français avec allocation et garderies (seulement 250 places en 1988), plus toute une panoplie d\u2019autres cours plus adaptés aux conditions de vie d\u2019autres bénéficiaires.En fait, ces cours touchent à peine 40% des immigrants à franciser (LeDevoir, 13 avril 1989).Les conditions d\u2019admission en excluent une bonne partie, et en particulier les réfugiés.Ces cours sont relativement peu connus et les associations culturelles ethniques y jouent un rôle presque marginal, alors qu\u2019elles devraient en assurer largement la promotion.D\u2019un centre à l\u2019autre la pédagogie est différente et les exigences atteignent rarement le niveau du minimum acceptable.Les connaissances ne sont pas évaluées par un examen qui pourrait être une condition d\u2019accès à la citoyenneté.À ces inconvénients s\u2019ajoute la difficulté de s\u2019adresser à des individus issus de cultures et de civilisations très diverses qu\u2019il s\u2019agit «d\u2019apprivoiser» de façon à faciliter leur adaptation.Une fois sorti du cours, c\u2019est en anglais que l\u2019immigrant montréalais se débrouille au restaurant, dans les magasins, dans la rue.Les COFI sont trop peu nombreux (5 à Montréal, 1 à Québec, Sherbrooke et Hull) et trop centralisés à Montréal.Leurs ressources financières et humaines sont très insuffisantes, leurs locaux vétustes et trop petits.Il y manque une volonté politique nettement affirmée.Même si le premier ministre BOURASSA a rallongé de 7,5 millionsî le mince budget de 21,5 millionsS consacré à l\u2019intégration des immigrants, cette tâche qu\u2019il qualifie d\u2019«existentielle», cela donne un maigre 830$ pour chaque immigrant reçu.Pour le 3e enfant, une famille 1072 bien de chez nous reçoit une allocation très minime de 3 000$.Si on voulait dépenser une telle somme pour intégrer chaque immigrant, il faudrait un budget minimum de 150 millions$! L\u2019orientation «fédéraliste» Historiquement, les premiers cours de français aux immigrants ont été offerts dans le cadre de l\u2019entente de 1968.Encore maintenant, le Programme National de Formation en Établissement (PNFE) finance une grande partie des cours.Trop souvent, le message implicite véhiculé par l\u2019enseignement laisse entendre aux immigrants que s\u2019ils savent assez d\u2019anglais pour travailler, ils n\u2019ont guère besoin de s\u2019initier au français.Or, c\u2019est au niveau de la formation linguistique que se joue l\u2019intégration de l\u2019immigrant.Le programme du Parti québécois (1989) insiste avec beaucoup de pertinence sur le développement de cours de culture québécoise et de langue française en milieu de travail et dans les écoles.Il préconise un programme d\u2019accès aux cours de langue française pour tous les immigrants, sans négliger les catégories qui échappent aux cadres sociaux organisés: les femmes et les réfugiés.Les cours doivent donc être repensés et répondre davantage aux objectifs d\u2019intégration québécoise.Il va de soi que sans une vigoureuse reprise des programmes de francisation des entreprises, tout ce travail d\u2019intégration vitale serait dilapidé, car la priorité de l\u2019immigrant, c\u2019est de se trouver un emploi et non pas d\u2019apprendre le français.Si le Québec n\u2019insiste pas pour faire de la langue française un véritable projet social, on peut penser que la bataille pour le fait français est irrémédiablement perdue.Le défi à surmonter est considérable, compte tenu du contexte environnemental: l\u2019anglais est encore la langue de la majorité possédante et du succès en Amérique du Nord.Sa force d\u2019attraction est énorme.Le nouvel immigrant n\u2019est pas dupe.Il se rend vite compte que les Québécois ne sont ps tous fermement attachés au fait français en Amérique du Nord.L\u2019immigrant qui vient d\u2019Asie du sud-est ou du Proche-Orient a très peu d\u2019affinités avec la culture et les valeurs québécoises.Il comprend mal les revendications nationalistes de la moitié des Québécois et la complexité du contentieux constitutionnel.Il souhaite le maintien du statu quo pour éviter tout problème supplémentaire et sait fort bien que c\u2019est le Canada qui l\u2019accueille, et lui accorde le statut de citoyen.Pour lui, le Québec se contente de le choisir sur papier et de lui propo- POUR NE PAS «DISPARAITRE* 1073 ser un début de francisation bien élémentaire.Il est évident que si on lui propose le choix entre la langue d\u2019ici et celle du continent, il va opter pour cette dernière, ne serait-ce que pour des raisons pratiques.Former des Québécois authentiques Si l\u2019immigration est indispensable, elle doit être orientée de façon à renforcer l\u2019originalité du Québec, et cela ne se fera pas sans une volonté politique fermement appuyée sur un budget réaliste.Il faut former les immigrants qui, demain, accueilleront d\u2019autres immigrants et les intégreront à ce qu\u2019ils sont devenus: des Québécois à part entière.«Dans 100 ans, si les tendances se maintiennent, seulement 12 à 15% des Québécois descendront des personnes qui vivent aujourd\u2019hui au Québec» (Jacques HENRIPIN).Les 85 à 88% d\u2019autres Québécois seront les descendants de nos immigrants francisés.La francisation ne se limite pas à l\u2019apprentissage de la langue.Elle suppose le développement d\u2019activités d\u2019intégration comme le parrainage et le compagnonnage, et toutes les activités d\u2019échanges culturels susceptibles de rapprocher les Québécois de leurs immigrants: informations sur les pays d\u2019origine, cours de langue des minorités plus diversifiés pour les Québécois, programmes d\u2019égalité des chances au niveau du gouvernement, des municipalités et des entreprises, lutte contre la discrimination, etc.Le programme du Parti québécois (Chapitre 7) est particulièrement clair à cet égard: il suggère des mesures précises qui couvrent l\u2019ensemble du problème.Démontréaliser l\u2019immigration La concentration disproportionnée des immigrants dans la région montréalaise est une cause du demi-échec de la francisation: 90% des immigrants s\u2019installent à Montréal.Le MCCI souhaiterait que 50% se fixent en dehors de Montréal, mais ne propose aucune solution.Or cette concentration démesurée pose des problèmes scolaires, des problèmes de cohabitation et parfois même de racisme qui risquent de prendre de l\u2019ampleur.La clientèle de certaines écoles de Montréal est déjà à plus de 50% composée d\u2019immigrants allophones et celle de certains cégeps le sera d\u2019ici cinq à dix ans.Pour que Montréal ne devienne ps un «mélange fascinant de plusieurs minorités» (Sheila FINES-TONE, dans l\u2019émission «Disparaître»), pour qu\u2019elle garde un visage 1074 de métropole francophone, il faudra plus que l\u2019affichage extérieur en français! En collaboration avec les municipalités et les corps intermédiaires, le MCCI pourrait faire miroiter les avantages d\u2019une installation à l\u2019extérieur de Montréal où des opérations de parrainage ont fort bien réussi lors de l\u2019intégration de réfugiés indochinois.Davantage d\u2019immigrants investisseurs devraient être attirés dans les autres villes, attirant à leur tour un plus grand nombre de travailleurs.«Un modeste programme de démétropolisation d\u2019une fraction de l\u2019immigration (réfugiés surtout) mériterait d\u2019être tenté en privilégiant les régions créatrices d\u2019emploi et en tenant compte des possibilités de parrainage» (Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Mémoire présenté à la Commission de la culture, 1987.) Garder les immigrants chez nous Pour que les immigrants se sentent à l\u2019aise chez nous et y restent, les média et tous les Québécois lucides doivent entreprendre un large mouvement de sensibilisation à l\u2019urgence de les accueillir, de les intégrer harmonieusement dans le creuset d\u2019une culture-mère assez forte pour ne pas refuser leurs apports.C\u2019est une démarche de dialogue et de solidarité fraternelle qui devrait contribuer au renforcement de la francophonie, si nécessaire au maintien de la diversité des cultures mondiales.Trente-cinq mille nouveaux immigrants par année sont autant de consommateurs de biens et services.De nouveaux emplois pourraient être créés pour animer les organismes inter-culturels, et retenir chez nous les jeunes qui quittent le Québec pour les pays du Tiers-monde, l\u2019Europe ou les Etats-Unis.Bien accueillir nos immigrants, c\u2019est bâtir la société québécoise de demain et réagir contre un sentiment d\u2019impuissance et de démission trop répandu.Une responsabilité individuelle et collective L\u2019immigration ne saurait être la seule solution au problème de la décroissance démographique: c\u2019est une importante solution de complément, en même temps qu\u2019une responsabilité de solidarité internationale.Il est certain que si le Québec continue à voir disparaître par avortement l\u2019équivalent d\u2019une ville comme Montmagny chaque année (22 000), le sens de la responsabilité sociale y est malade.Allons-nous laisser «les autres» prendre en charge notre continuité historique et de- POUR NE PAS «DISPARAITRE, 1075 mander aux immigrants de faire à notre place ce en quoi nous n\u2019aurions plus la force de croire?Il est temps que l\u2019ensemble de la population se sente concernée par le problème et commence à repenser ses choix pour mieux bâtir la société de demain.Pour assimiler et intégrer nos immigrants, il nous faut plus que les pouvoirs d\u2019une loi assujettis au contrôle fédéral: il nous faut le pouvoir ultime de l\u2019octroi de la citoyenneté.La Loi 101 a fait beaucoup pour inverser un courant linguistique qui semblait inexorable.Mais elle ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes linguistiques du Québec.Une grande Charte de la Population, la création d\u2019un ministère de la Population avec deux grandes directions principales, celle de la Famille et celle de l\u2019Immigration, permettraient de mieux faire face au problème en lui reconnaissant son importance vitale.Mais les lois les meilleures, même si elles pouvaient s\u2019affirmer comme intouchables par les tribunaux, ne peuvent suffire si chacun ne se sent pas interpellé de façon directe, en son âme et conscience, par la nécessité d\u2019accueillir la vie et de la protéger, individuellement et collectivement.Pour ne pas «disparaître», il faut que tous les Québécois prennent véritablement conscience de ce qu\u2019ils sont, qu\u2019ils «se crachent dans les mains» comme disait Félix LECLERC, et se mettent résolument à l\u2019œuvre pour empêcher que les forces destructrices prennent le pas sur les espoirs et sur la vie de notre pays.Le problème de l\u2019immigration est un problème terriblement humain parce qu\u2019il nous interpelle dans notre capacité à nous ouvrir aux autres avec patience, tolérance, générosité, amour et compassion.Accepter l\u2019autre, c\u2019est s\u2019accepter soi-même, c\u2019est s\u2019aimer assez pour être capable d\u2019aimer les autres.L\u2019égoïsme individuel et possessif ne peut que nous conduire à notre déclin collectif.Notre salut national, comme celui de tous les peuples de la terre, réside dans le respect des fondements mêmes des droits universels de l\u2019homme: liberté, fraternité, égalité.!] Le rôle national de Montréal Yvon LECLERC secrétaire général Conseil des Affaires sociales Résumé Notre collaborateur, monsieur Leclerc, occupe un poste privilégié d\u2019observation.Il commence son article par un survol de la démographie montréalaise.Il photographie le centre-ville: 125 000 assistés sociaux et 75 000 chômeurs répartis en certains quartiers qui deviennent de plus en plus pauvres.Le phénomène de la paupérisation est inévitablement l\u2019une des causes qui explique l\u2019hésitation de l\u2019immigrant à s\u2019intégrer à la majorité francophone.L\u2019auteur insiste sur la nécessité d\u2019intensifier la recherche et le développement pour favoriser l\u2019essor de la haute technologie et de ses composantes.Il favorise la révision des pouvoirs des structures administratives montréalaises.Il espère une Corvée-Habitation dans Montréal et il propose que l\u2019on s\u2019attaque à la promotion sociale des montréalais les plus démunis. LE RÔLE NATIONAL DE MONTRÉAL 1077 L cas récent du choix de la localisation de l\u2019agence spatiale illustre parfaitement l\u2019incohérence qui entoure la définition de Montréal.Pour les uns, ceux d\u2019Ottawa, choisir Saint-Hubert, c\u2019est choisir Montréal.Pour les autres, Montréal, c\u2019est avant tout une île, une ville ou même un centre-ville.Faut bien admettre que Saint-Hubert, c\u2019est la porte à côté, que l\u2019île Jésus est à quelques brasses de l\u2019île de Montréal, que Longueuil est plus près de Place des Arts que Dorval et que toutes ces localités semblent bien près l\u2019une de l\u2019autre, vues de la montagne ou du haut du mât du stade.Pourtant, des nuances administratives et géopolitiques existent dans cette définition de Montréal.Certaines prennent même l\u2019allure d\u2019obstacles qui pourraient bien hypothéquer le développement du Québec tout entier, si on n\u2019y prend garde dès maintenant.En fait, la question de l\u2019avenir de Montréal se pose ainsi: la répartition de la population dans la région métropolitaine et les divisions administratives ou géopolitiques actuelles permettent-elles à la ville de Montréal de jouer son rôle dans le développement du Québec?Montréal.De quoi parle-t-on?Il y a d\u2019abord la région administrative de Montréal.Un peu gêné par le fait qu\u2019une seule des dix régions du Québec regroupe près de 60% de sa population totale, le gouvernement a décidé de la subdiviser ou d\u2019en faire trois.La région de Montréal a alors donné naissance à la Montérégie, sur la rive sud, à Laurentide-Lanaudière sur la rive nord et à l\u2019archipel, au centre.Sauf que Statistique Canada ne l\u2019entend pas de la même façon.Pour cet organisme, Montréal fait partie de la région métropolitaine de recensement qui recouvre la partie urbanisée de la couronne montréalaise.On parle alors d\u2019un territoire s\u2019étendant de Mirabel à Belœil et de Beauharnois à Saint-Sulpice.Ce territoire, plus petit que plusieurs des MRC du Québec, a vu passer sa population de 2 750 000 en 1971, à 3 017 000 en 1986.Je tiens à remercier messieurs Robert Filion, Lawrence Desrosiers et madame Myriam Massabki de leur collaboration au présent texte. 1078 Quant à /\u2019/7e de Montréal, référence souvent utilisée pour désigner la métropole, sa population est passée de 1 959 000 en 1971 à 1 870 000 en 1976, à 1 760 000 en 1981 et à 1 753 000 en 1986.Elle compte 28 municipalités réunies dans une structure administrative de coordination de certains services communs, la Communauté urbaine de Montréal.Et puis la ville de Montréal.De 1 214 000 habitants qu\u2019elle comptait en 1971, elle a glissé sous la barre du million en 1981 pour remonter à 1 015 500 en 1986.À noter qu\u2019elle ne doit son retour dans le club du million qu\u2019à l\u2019annexion de Pointe-aux-Trembles, en 1982.Sinon, elle stagnerait aux environs de 975 000 habitants.Ce survol démographique et administratif de Montréal et de sa couronne urbaine serait incomplet sans une analyse des mouvements migratoires de cette trame urbaine.On constate que la population se stabilise entre 1981 et 1986, alors qu\u2019elle se déplaçait en grand nombre entre 1971 et 1981.Ce détail, on le verra, n\u2019est pas sans importance pour notre propos.Observons-le de plus près.Entre 1971 et 1981, la ville de Montréal a perdu près de 20% de sa population et l\u2019île de Montréal, 10,5%.Première constatation: une bonne partie des migrants quittant la ville de Montréal choisissent de s\u2019établir dans l\u2019une des quelque 27 autres municipalités de l\u2019île, alors que les autres traversent les ponts, au nord ou au sud.L\u2019examen de ces migrations, par groupes d\u2019âge, révèle que ce sont les personnes âgées entre 15 et 34 ans en 1971 devenues, en 1981, les 25 à 44 ans qui se sont surtout déplacées.Les 25 ans, par exemple, comptent pour 40% de ces départs.Cette deuxième constatation est au cœur du débat.Elle signifie que la partie la plus mobile de la population, celle qui prend pays en prenant racine, quitte la ville de Montréal pour s\u2019établir ailleurs, consacrant de plus en plus la ville-centre dans sa vocation de lieu de travail.On ne s\u2019étonnera alors pas que les localités sises de l\u2019autre côté des ponts s\u2019enrichissent de ces résidants qui délaissent la ville de Montréal.Le centre-ville, lieu de travail Le portrait est clair.D\u2019un côté une ville-centre, Montréal, qui devient de plus en plus lieu de travail et centre de services; elle a connu un exode important de sa population active au cours des quinze dernières années.De l\u2019autre côté, une couronne de municipalités et villes- LE RÔLE NATIONAL DE MONTRÉAL 1079 GRAPHIQUE 9 : Illustration des mouvements démographiques par cohorte d\u2019âge dans le bassin du « Grand-Montréal \u2022 Pourcentage 3e variation des cohortes d âge de 1971 à 1981 \u2014- Rixi'ondeslaufenMes - Lanaudière(total) ______ Region de La Moniérérjie (total) -Région cJu Muritreal mcnopolitain (les communautés en diminution) Groupe d'âge u 4 s de t97i vs le _!!L-L4_Ljl groupe d'âge Enlance et correspondant adolescence en 1981 i9 10- 14 20-24 15- 19 I 20-24 25 - 29 | 30-34 25-29 35-39 Fm de l enlance début de l âge adulte jusqu â la lin de la période la plus pro- pice â la reproduction 30-34 40 - 44 35 - 39 40 - 44 I 45 - 49 I 50 - 54 I 45 - 49 50-54 I 55-59 | 60 - 64 | Population vieillissante Source : CONSEIL DES AFFAIRES SOCIALES Charles Côté, sociologue.Extrait de Deux Québec dans un, rapport sur le développement démographique et social, Gaétan Morin éditeur, 1989.dortoirs qui offrent, au fur et à mesure que s\u2019accroît leur population, des services qui ressemblent à ceux qu\u2019on trouve dans la ville-centre.Misant sur les frontières naturelles que constituent le fleuve et la rivière des Prairies, ces villes répondent tout simplement à la demande de leurs contribuables en leur procurant des loisirs et des services commerciaux.Résultat?Création des orchestres symphoniques de la Mon-térégie, de Laval, du Montréal métropolitain, de Joliette.Tant mieux pour la vie culturelle, pour les musiciens et pour la qualité de la vie des résidants des villes de la couronne.En même temps, fermeture du magasin Simpson et efforts frénétiques des autres grands magasins du centre pour inviter la clientèle nomade qui travaille dans les tours à bureaux à venir magasiner chez eux à l\u2019heure du midi et après le bureau.Sinon, cette clientèle se dirigera vers les centres commerciaux construits partout dans cette couronne dense et riche entourant la ville-centre.Les modifications des habitudes de vie provoquées par l\u2019étalement urbain force la ville-centre à se singulariser, si elle veut continuer de satisfaire ses résidants et ceux de la banlieue.La ville-centre sera-t-elle seule à offrir l\u2019OSM, les Expos, les Canadiens et les boutiques spécialisées dans les produits haut de gamme?Les grosses affaires dans la ville et l\u2019épicerie en banlieue? 1080 Mais pourquoi donc s\u2019attarder à ces mouvements démographiques?Les habitants de la couronne montréalaise ne participent-ils pas quand même à la vie de la métropole?Pourquoi faire tant d\u2019histoires avec ces mouvements de personnes, alors que la ville de Montréal contient encore le noyau de population la pl us dense de la conurbation montréalaise?La réponse passe par l\u2019analyse des grandes fonctions d\u2019une métropole.A ce sujet, de nombreux auteurs nord-américains rappellent que les villes ont été et continuent d\u2019être le levain qui a forgé la puissance de l\u2019Amérique du Nord.Ils ajoutent que les grandes villes métropolitaines assument des fonctions de civilisation qui leur sont réservées en propre.Particulièrement, une ville comme Montréal, fer de lance du développement de notre société.Parmi ces grandes fonctions, notons l\u2019amélioration des conditions de vie des citoyens à faible revenu, l\u2019intégration des populations nouvelles et la fonction recherche et développement.L\u2019amélioration des conditions de vie Le marché montréalais de l\u2019emploi suggère l\u2019image d\u2019une vaste «pompe aspirante-foulante» qui aspire les personnes sans emploi ou en quête de promotion et refoule vers la couronne les plus instruits, les plus entreprenants ou tout simplement les plus chanceux qui se sont déniché un emploi.Quant aux autres, les moins bien formés, les plus dépendants, ils viennent habiter les logements bon marché de la ville et grossir les rangs des plus démunis.Nombreux, ils trouvent réconfort dans le fait qu\u2019ils ne sont pas les seuls dans cette situation.«Quand je me compare, je me console.» Sans compter que ceux qui sont partis, entre 1971 et 1981, ont fait augmenter le nombre relatif des personnes dépendantes habitant la ville-centre.Conséquences?Au recensement de 1986, la ville de Montréal comptait 125 000 assistés sociaux (le quart de tous ceux du Québec) et environ 75 000 chômeurs, soit 14% de sa population active.Cette année-là, le revenu moyen des ménages montréalais était de 26 388$, alors que celui du Québec s\u2019élevait à 31000$.Certains quartiers comme Centre-Sud, Pointe-Saint-Charles, Saint-Henri, Villeray-Estet Hochelaga-Maisonneuve affichaient un revenu moyen inférieur à celui de la plus pauvre des municipalités régionales de comté du Québec (moins de 20 000$ par an).Et pour couronner le tout, le pourcen- LE RÔLE NATIONAL DE MONTRÉAL 1081 tage de la population totale de la ville vivant sous le seuil de la pauvreté était de 31,5%, alors qu\u2019il est de 20,5% pour l\u2019ensemble du Québec.Soyons clair: Montréal est une ville qui s\u2019appauvrit.Si l\u2019on ajoute à ce sombre tableau quelques-unes des constatations rapportées dans l\u2019étudel du Conseil des affaires sociales sur le développement démographique et social, les quartiers où se concentrent les populations les plus dépendantes montrent un niveau de scolarisation et un état de santé qui réduisent encore leurs chances de s\u2019en sortir.En outre, 26% seulement de la population qui réside dans la ville sont propriétaires de leur logis, contre 62% à Toronto.Un propriétaire n\u2019a-t-il pas plus d\u2019intérêt à embellir sa maison qu\u2019un locataire?Pendant ce temps, la politique de désinstitutionnalisation du réseau des affaires sociales jette à la rue des centaines de personnes qui deviennent des sans-abri, la délinquance augmente et rajeunit, les soupes populaires se multiplient, etc.Les visages de la pauvreté se diversifient et les pouvoirs publics ne sont pas étrangers à ce phénomène.Le plus navrant, c\u2019est que les organismes communautaires qui tentent de sortir ces populations de leur dépendance socio-économique vivotent de subventions consenties du bout des lèvres par les gouvernements, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une faveur ou d\u2019une aumône.Alors qu\u2019il existe une armée de fonctionnaires, chargés de rendre ces populations «employables», relevant d\u2019une dizaine de ministères répartis sur quatre et cinq paliers de gouvernement qui ne parviennent pas à corriger la situation.La tour de Babel! A se demander si certains d\u2019entre eux n\u2019ont pas intérêt à maintenir un tel Capharnaum.Enfin, deux rapports2 récents sèment le doute sur la capacité de la ville à aider ces populations dépendantes à s\u2019en sortir: «Si l\u2019économie de la région de Montréal, exprimée en terme de création d\u2019emplois, se porte relativement bien, il en va tout autrement pour l\u2019économie de la ville de Montréal et ses quartiers.1.\tDeux Québec dans un, Conseil des affaires sociales, Gaétan Morin Éditeur, 1989.2.\tMontréal au pluriel, Rapport de la commission du développement économique sur l\u2019économie locale, Montréal, juin 1989.Carte de la défavorisation, Conseil scolaire de l\u2019île de Montréal, février 1989. 1082 D'après le recensement de 1986, le taux de chômage dans la ville de Montréal était de 14%, 41,4% plus élevé que pour les populations habitant la région, à l\u2019extérieur de la ville de Montréal.Examinons la situation de la ville de Montréal.En 1981, seuls les quartiers de planification Sainte-Marie et Saint-Jacques, englobant 42 205 personnes affichaient des taux de chômage dépassant 15%.En 1986, le taux de chômage dépassait 15% dans 23 quartiers sur 54 comprenant une population de 408 700, soit 40,3% de la population de la ville.Dans six de ces mêmes quartiers comprenant 94 405 personnes, le taux de chômage dépassait 20%»3.En somme, répétons-le, Montréal s\u2019appauvrit.Cette ville qui devance toutes les grandes villes nord-américaines, sauf San Diego, pour la création d\u2019emplois au cours des cinq dernières années, compte de plus en plus de chômeurs et d\u2019assistés sociaux.Un peu comme si les résidants de la ville de Montréal étaient les derniers à se mettre à la table.Il est évident que l\u2019explosion de la construction des tours à bureaux dans le centre-ville masque un problème social de plus en plus visible.Cette ville possède l\u2019insigne privilège de créer de la richesse.pour les autres et d\u2019abriter la pauvreté dont les autres ne veulent pas.Il faut revoir une telle stratégie de développement: car dans ces conditions, le défi deviendra de plus en plus difficile à relever.L\u2019intégration des populations nouvelles Une autre grande fonction nationale de civilisation jouée par la métropole, c\u2019est l\u2019intégration des populations nouvelles qui viennent s\u2019établir à Montréal.Cette fonction consiste à susciter l\u2019adhésion des populations nouvelles à la langue et à la culture de la majorité francophone et à les faire participer à la création de la richesse du pays.Aussi longtemps que le nombre de nouveaux arrivants ne dépassait pas les 12 000 à 15 000 personnes par an, les mécanismes mis en place par le gouvernement au cours des quinze dernières années parvenaient à maintenir la proportion des francophones dans la ville de Montréal et à l\u2019augmenter dans l\u2019ensemble du Québec.Mais dès lors que les gouvernements de Québec et d\u2019Ottawa souhaitent augmenter sensiblement le nombre d\u2019immigrants et que ceux-ci continuent de s\u2019é- 3.Montréal au pluriel, p.9. LE RÔLE NATIONAL DE MONTRÉAL 1083 tablir en masse sur l\u2019île et dans la ville de Montréal, c\u2019est tout le Québec qui pourrait se retrouver avec un problème sur les bras.Car Montréal pourra-t-il jouer le rôle d\u2019intégration des immigrants?Du reste, cet objectif de hausser le quota d\u2019immigrants à 45 000 par année s\u2019inspire de la nécessité de maintenir la population du Québec à son niveau actuel pour compenser la disette des naissances.Cette perspective place donc l\u2019immigration dans une fonction de peuplement et non dans une fonction de compensation pour les emplois boudés par les Québécois et les Québécoises.Cette perspective démographique, peu présente au moment où F Assemblée nationale faisait voter la Loi 101, hante maintenant les esprits.Examinons deux aspects de cette fonction nationale d\u2019intégration des populations nouvelles qui posent problème pour Montréal: celui de leur communauté d\u2019identification et celui de leur participation à la baisse du revenu moyen de la ville.Hésitation des immigrants En premier lieu, on s\u2019en souviendra, la population immigrante s\u2019établit dans les îles de Montréal et Jésus dans une proportion de près de neuf sur dix et dans la ville de Montréal à raison d\u2019un sur deux.Se pose alors le problème du modèle d\u2019identification devant lequel se retrouve l\u2019immigrant.Même si on l\u2019incite à s\u2019intégrer à la majorité francophone, même si on l\u2019oblige à inscrire son enfant à l\u2019école française, rien ne le force, à priori, à s\u2019intégrer à l\u2019une ou l\u2019autre communauté de Montréal.Or, une bonne partie de cette communauté est composée de résidants dont un sur quatre, mutatis mutandis, est en chômage, vie de l\u2019aide sociale ou dépend d\u2019une institution publique, comme un centre hospitalier de soins prolongés, pour satisfaire ses besoins de première nécessité.L\u2019immigrant qui veut refaire sa vie, qui rêve d\u2019un second départ trouve-t-il dans cette communauté le modèle d\u2019identification qui correspond à son rêve?Au fait, doit-on s\u2019étonner de l\u2019hésitation des immigrants à s\u2019intégrer à la communauté francophone, puisqu\u2019ils ne côtoient pratiquement jamais les représentants de la réussite professionnelle et sociale de cette communauté?Ceux-ci traversent les ponts, matin et soir, habitent les municipalités cossues de l\u2019île ou s\u2019entassent dans les édifices en hauteur qui s\u2019enroulent autour de la montagne et dans les nouveaux condos issus de la gentrification du centre-ville.Quand bien même le 1084 gouvernement du Québec érigerait un COFI à tous les coins de rue, obtiendrait-il un meilleur taux d\u2019intégration des immigrants?Il est permis d\u2019en douter.Paupérisation de certains quartiers Mais il y a pire.Deuxième aspect du problème montréalais de l\u2019immigration: sa participation à la baisse du revenu moyen et à l\u2019augmentation du taux de chômage de la ville.Non seulement se rassemblent-ils sur l\u2019île de Montréal et sur l\u2019île Jésus, mais encore, ils contribuent à l\u2019appauvrissement de certains quartiers où ils se concentrent en masse.Même si cette situation ne peut se généraliser à tous les quartiers, il faut constater, chiffres à l\u2019appui, que des quartiers comme Côte-des-neiges Nord, Villeray Ouest ou Plateau Mont-Royal Ouest se sont appauvris au cours des dernières années.Par exemple, 14% de la population de Côte-des-neiges Nord, 8,5% de celle de Villeray Ouest et 6,5% de celle du Plateau Mont-Royal Ouest, sont constituées d\u2019immigrants établis là entre 1981 et 1986.Or, «dans les secteurs où se concentrent particulièrement les nouveaux immigrants (Côte-des-neiges, Saint-Michel, Mile-End, Park-Extension), le taux de chômage a doublé entre 1981 et 1986»4.Ces quartiers comptent parmi les plus pauvres de la ville avec un revenu moyen des ménages allant de 17 800$ à 21 700$.Cependant, tout à côté, à Côte-des-neiges Sud ou au centre-ville, le pourcentage d\u2019immigrants débarqués entre 1981 et 1986 s\u2019élève respectivement à 5,65% et à 8,9% et le revenu moyen des ménages, à 36 000$ et à 33 400$.C\u2019est là qu\u2019on rencontre, entre autres, les professeurs d\u2019université et les professionnels et gens d\u2019affaires immigrants.Ce qu\u2019il faut retenir, c\u2019est qu\u2019il existe une immigration qui entrave les capacités de développement de Montréal et qu\u2019elle se trouve concentrée dans certains quartiers de la ville.Car il ne faut pas oublier que le choix du Québec, vis-à-vis de l\u2019immigration, place cette fonction dans une perspective de peuplement et non dans celle d\u2019occuper les emplois vacants boudés par les 4.Montréal au pluriel, juin 1989, p.10. LE RÔLE NATIONAL DE MONTRÉAL 1085 habitants du pays.Or, la provenance de nos immigrants s\u2019établit,grosso modo, comme suit: 30% de réfugiés, 30% de réunification de famille et 40% qui choisissent librement de venir vivre au Québec.Et c\u2019est dans ce dernier groupe que se trouvent ceux qui s\u2019intégrent le plus facilement.Si l\u2019on veut éviter la paupérisation de certains quartiers de Montréal, il convient donc de permettre aux immigrants faisant partie de la catégorie des indépendants et s\u2019exprimant en français de venir en plus grand nombre.Connaissant déjà la langue de la majorité, ils s\u2019intégrent plus facilement.Quant aux autres groupes d\u2019immigrants, si l\u2019on veut qu\u2019ils constituent une richesse et non une charge pour le pays hôte, on doit accorder plus de support aux établissements d\u2019accueil et de formation aux immigrants pour leur permettre rapidement de travailler et de s\u2019intégrer à la culture dominante.Sinon, c\u2019est la ville de Montréal et par-delà, l\u2019ensemble du Québec, qui devront en assumer les conséquences.Et le prix.Chose certaine, en l\u2019absence de support et de services additionnels ainsi que d\u2019une meilleure sélection, l\u2019objectif de 40 000 à 45 000 immigrants par année fixé par Québec paraît nettement utopique.L\u2019étude de Michel Paillé5 avance même un maximum de 20 000 immigrants au-delà duquel la fragile équilibre linguistique de l\u2019île de Montréal serait rompu.Ajoutons que la situation de la pauvreté à Montréal est déjà suffisamment grave sans qu\u2019on l\u2019aggrave encore.Car en cette matière, il n\u2019y a qu\u2019une seule langue: celle de l\u2019emploi et de la réussite sociale.La fonction recherche et développement La fonction la plus importante d\u2019une grande ville, celle qui, finalement, la distingue et la consacre dans son rôle de leader national du développement, c\u2019est la recherche scientifique.Le niveau de vie du Massachussets, par exemple, est largement attribuable à l\u2019effort investi dans la recherche à Boston.Ainsi en sera-t-il du Québec et de Montréal.Que l\u2019on songe, par exemple, à l\u2019impact d\u2019une découverte comme celle de Bombardier, à la mise au point du CL-215, à la relance de l\u2019exploration minière par les actions accréditives, etc.Mais tout cela est 5.Michel Paillé, Conseil de la langue française, juin 1989. 1086 bien connu et des organismes comme le C.D.Howe Institute ne cessent de nous le rappeler.Bien connu également le peu de crédits dirigés par Ottawa vers Montréal et le Québec pour les fins de la recherche.Et cela, malgré l\u2019existence du potentiel et des équipements requis.Un seul exemple.L\u2019Université de Montréal compte l\u2019un des centres d\u2019études démographiques les plus avancés, les mieux équipés du Canada.En tous cas, certainement le plus au point en ce qui concerne la population française du continent.Or, la question de l\u2019avenir démographique du Québec hante tellement les esprits qu\u2019on en parle maintenant dans les salons.On pourrait alors croire que le centre d\u2019études démographiques croule sous le poids des subventions de recherche! Allez-y voir.(Il est vrai, diront les méchantes langues, que l\u2019avenir du Québecet de Montréal n\u2019a pas le même poids à Ottawa, que celui de Toronto et de l\u2019Ontario!) Quant au gouvernement du Québec, il n\u2019accorde guère plus d\u2019attention à cette institution.Bien connus enfin les efforts de la ville pour étendre son rôle international, attirer des sièges sociaux et développer les infrastructures industrielles nécessaires pour accueillir le développement technologique.Mais Montréal doit faire beaucoup plus encore.Elle doit favoriser l\u2019essor de la haute technologie, des communications, de l\u2019aéronautique, de la microélectronique, de l\u2019informatique, de la biotechnologie, du design, du commerce international.Elle doit aussi raffermir le développement des industries culturelles et promouvoir au maximum l\u2019industrie du tourisme.Montréal doit faire davantage.Particulièrement, à cause de l\u2019étalement de sa population active sur l\u2019île et sur les deux rives et aussi du rôle unique qu\u2019elle joue dans l\u2019intégration des immigrants, cette ville est condamnée à l\u2019excellence.À perpétuité.Elle doit offrir ce qu\u2019il y a de meilleur dans tous les domaines.Dans la recherche scientifique, bien sûr, mais aussi dans les services financiers, de soins aigus, d\u2019éducation, de culture, etc.En somme, pour devenir attrayante et attirer des citoyennes et des citoyens qui vont développer Montréal plutôt que de s\u2019en servir, celle-ci doit, en plus d\u2019offrir des services aux plus démunis, offrir également des projets de développement stimulants et emballants. LE RÔLE NATIONAL DE MONTRÉAL 1087 Conclusion Avant de crier à la faillite et de réclamer l\u2019aide de tout le monde et de son père, New York était devenue le principal refuge des plus démunis et une ville d\u2019immigrants.Et elle était bien loin de jouer, aux États-Unis, le rôle de Montréal par rapport au Québec! Consolons-nous, notre ville n\u2019a pas encore atteint le niveau où se trouvait la ville américaine, il y a une dizaine d\u2019années.Mais elle n\u2019en est pas loin.Il faut réagir comme New York a réagi.Il faut remonter la pente à l\u2019instar de la métropole américaine.Il faut réagir avant qu\u2019il ne soit trop tard, car il est devenu évident que Montréal éprouve de plus en plus de difficultés à garder la tête hors de l\u2019eau et à remplir les fonctions nationales qu\u2019on attend d\u2019elle.C\u2019est un rôle qu\u2019elle ne peut assumer seule; et le reste du Québec ne peut l\u2019abandonner à des fonctions dont il est, lui aussi, responsable.D\u2019Ottawa il ne faut pas trop attendre, car ce gouvernement est partagé dans son rôle d\u2019équilibre avec Toronto et le reste du Canada.Pourvu qu\u2019il ne nuise pas aux efforts de développements de Montréal et ne les freine pas.Et qu\u2019il lui accorde ce qui lui revient, entre autres, dans les budgets de recherche.On a qu\u2019à rappeler que la quote-part de Montréal et du Québec, comparée à celle de Toronto et de l\u2019Ontario, s\u2019élève respectivement à 13% contre 60%.Sans parler des 250 millions de dollars promis dans la foulée du rapport Picard, en 1986, et dont quelques-uns seulement ont été versés depuis.Dans sa vocation d\u2019excellence, Montréal doit recevoir des crédits de développement et non des crédits d\u2019assistance sociale.Et rien que sa part, sans plus.Mais toute sa part! De Québec, il faut attendre beaucoup plus.Ce gouvernement détient la responsabilité de la protection et de l\u2019épanouissement du peuple français d\u2019ici.En vertu du rôle national qu\u2019il fait jouer à sa métropole, Québec pourrait: 1) réviser les pouvoirs des structures administratives qui régissent la région métropolitaine de Montréal, afin de répartir le fardeau fiscal sur les épaules de la majorité des utilisateurs quotidiens des services de Montréal.Pourquoi, par exemple, le résidant de Montréal devrait-il payer seul l\u2019entretien des rues de la ville que les citoyens des autres municipalités de l\u2019île ou des rives nord et sud empruntent tous les jours?Les gouvernements de Québec, de Montréal et des villes de 1088 la couronne l\u2019ont d\u2019ailleurs bien compris, puisqu\u2019il est de plus en plus question de créer un Organisme régional de transport (ORT) pour assurer une meilleure répartition des coûts du transport en commun.Pourquoi alors faire exception pour l\u2019entretien des rues?Plus globalement, le principal organisme de régulation financière que les Montréalais et les autres résidants de l\u2019île se sont donné, c\u2019est la Communauté urbaine.Sur un budget annuel d\u2019un milliard de dollars, autant que celui de la ville de Montréal, la CUM en dépense près de 80% à trois postes budgétaires: l\u2019environnement, la police et le transport en commun (dont 35% payé par Québec).Ne pourrait-on pas charger un tel organisme, élargi aux villes de la couronne urbaine (Laval, Repentigny, mais aussi, Longueuil, Brassard, Boucherville, etc.) d\u2019un mandat de développement économique?En fait, tout ce débat se ramène à une idée toute simple.Puisqu\u2019on a divisé l\u2019indivisible, c\u2019est-à-dire qu\u2019on a forgé une ville administrative distincte d\u2019une ville socio-économique beaucoup plus grande; qu\u2019on a accordé des pouvoirs administratifs et financiers à ces structures et enfin, que ces structures administratives constituent des gouvernements dotés de pouvoirs de taxation qui défendent et soutiennent des intérêts divergents, il faut donc revoir les pouvoirs de chacun en fonction du bien commun de l\u2019ensemble sous peine de le payer chèrement.Tôt ou tard.11 faut donc rééquilibrer l\u2019ensemble afin que la ville-centre ne soit pas la seule à écoper; 2) favoriser l'habitation dans Montréal.Il est vrai que la ville n\u2019a pas suivi le rythme d\u2019implantation des équipements collectifs qui font la différence entre une ville attrayante pour les familles, les jeunes et les moins jeunes.Pendant un quart de siècle, cette ville a été dirigée par un maire qui croyait que le progrès se réalise par les jeux du cirque, comme à l\u2019époque de Juvénal.Le retard à combler pour améliorer les conditions de vie des Montréalais est énorme; mais rien n\u2019est impossible.Deux exemples le prouvent.Corvée-Habitation, instaurée pour lutter contre la crise économique du début des années 1980, a réussi à ramener à Montréal de nombreux banlieusards qui trouvent que les ponts sont trop encombrés aux heures de pointe.De même, l\u2019Opération 20 000 logements a réussi à éviter un exode beaucoup plus grand de Montréal vers la banlieue, au cours des dix dernières années.Mais pour habiter Montréal, les jeunes ménages des années 1990 exigeront, beaucoup plus encore que leurs aînés, des arbres, des parcs LE RÔLE NATIONAL DE MONTRÉAL 1089 et des aires de repos.La qualité de la vie est pour eux d\u2019autant plus importante qu\u2019ils savent qu\u2019elle existe ailleurs.Mais Québec, Ottawa et Montréal savent aussi qu\u2019il existe de nombreux terrains ou édifices qui appartiennent à l\u2019un ou l\u2019autre des gouvernements et qui pourraient être convertis, ici en parcs, là en condominiums, et là en logements sociaux.Cette Corvée-Habitation 1990 s\u2019impose de toute urgence et elle s\u2019appuie sur une concertation sans précédent des différents niveaux de gouvernement.Dans l\u2019intérêt de Montréal et du Québec tout entier; 3) s\u2019attaquer à la promotion sociale des plus démunis de Montréal.Cette lutte passe d\u2019abord par la formation, le recyclage et ce que l\u2019on appelle maintenant «l\u2019employabilité».Avant la création d\u2019emplois.Juste avant.Mais il s\u2019agit d\u2019une étape absolument indispensable qui exige une concertation généreuse et totale de tous les organismes et ministères.C\u2019est à cette condition, et à cette condition seulement, que l\u2019on réduira de façon radicale le nombre de citoyennes et de citoyens dépendants.C\u2019est aussi à cette condition que l\u2019on enverra aux immigrants l\u2019image d\u2019un peuple volontaire qui a placé son fauteuil non seulement dans le sens de l\u2019histoire, comme disait Valéry, mais aussi dans le sens de l\u2019avenir.En somme, pour faire jouer pleinement à Montréal son rôle national et international, il faudra réviser les pouvoirs des structures administratives qui régissent la région métropolitaine de Montréal, favoriser l\u2019habitation et s\u2019attaquer à la promotion sociale des plus démunis.Et pour donner le goût de Montréal, rien comme les manifestations culturelles, l\u2019imagination, la fantaisie et l\u2019originalité de nos créateurs.Si on leur demandait ce qu\u2019ils en pensent.!] Le français au Québec: une question de vie ou de mort Jules BÉLANGER professeur Résumé Monsieur Bélanger peut se permettre de faire le procès de l\u2019école: sa qualité de professeur et son passage au «Conseil supérieur de l\u2019éducation» lui ont acquis un poste d\u2019observation qui lui permet d\u2019éclairer le débat sur l\u2019enseignement du français dans nos écoles et sur la formation d\u2019un citoyen canadien-français.Dans son article, le professeur Bélanger expose les causes de la déficience de l\u2019apprentissage du français.Il relève certaines erreurs commises par les planificateurs de la nouvelle école québécoise.Il dénonce la fièvre ou la crise «joualine».Il démontre qu \u2019une langue, c\u2019est une façon de penser.Il recommande au ministère de l\u2019Éducation, aux commissions scolaires et aux enseignants de revenir à l\u2019essentiel, c\u2019est-à-dire apprendre aux jeunes francophones à LIRE, ÉCRIRE ET PARLER.Il explique que l\u2019élève faible en français est habituellement faible en tout.Il émet des propositions concrètes pour guérir le malaise actuel. LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1091 L détérioration de la langue française dans nos écoles au cours de ce dernier quart de siècle a été longtemps, trop longtemps, camouflée.Comme dans le cas de la viande ou autre denrée avariée, il vient un moment où même les plus sceptiques doivent admettre que quelque chose laisse grandement à désirer.Quand, à peu près partout, on se pince le nez, il devient difficile de continuer à affirmer que ça sent bon.Il y a quinze ou vingt ans, celui ou celle qui osait se plaindre de la piètre qualité de la langue dans nos écoles passait pour un puriste, un rêveur, un passéiste, un broyeur de noir ou un chialeux.Aujourd\u2019hui, l\u2019évidence s\u2019est imposée suffisamment: on reconnaît de façon générale que l\u2019école québécoise est, à ce chapitre, aux prises avec un très gros problème.Etudiants, professeurs, parents, administrateurs d\u2019écoles et d\u2019universités, employeurs, tous l\u2019admettent maintenant: trop de nos diplômés d\u2019écoles et de collèges ont raté l\u2019apprentissage qu\u2019on a toujours jugé et que l\u2019on juge encore minimal de leur langue maternelle.L\u2019argument principal des défenseurs à tout crin d\u2019un système qui handicape ainsi des milliers de nos jeunes Québécois et Québécoises était celui-ci: quand on scolarise une population de façon massive, il est normal qu\u2019une certaine portion de cette clientèle soit faible en français.Or, cet argument ne tient que très partiellement, car même nos élèves les plus forts, nos plus brillants, ceux et celles qui avaient évidemment tout ce qu \u2019 il faut pour apprendre à maîtriser leur langue maternelle, sont trop souvent handicapés eux aussi.Donc.Nous pensons que les lecteurs de! 'Action Nationale sont de ceux à qui il est inutile de présenter des preuves de ce triste constat national.C\u2019est pourquoi, nous omettrons ici d\u2019étaler cette démonstration et nous tenterons plutôt de cerner quelques-unes des causes qui ont produit la situation pénible et problématique dans laquelle toute notre société cherche enfin à se dépêtrer1.Cette recherche des causes pourrait être utile dans la mesure où elle nous conduirait à proposer des solutions au problème.Nous tenterons d\u2019y arriver.1.Pour le lecteur qui douterait encore de la gravité du problème, nous signalons qu'il s\u2019en trouve une certaine démonstration dans un ouvrage publié en mai dernier: L\u2019école détournée, par Louis Balthazar et Jules Bélanger, Éditions du Boréal, Montréal, 215 pages. 1092 Des causes Avant de tenter d\u2019identifier la ou les causes de notre mal, demandons-nous pourquoi nous avons tant tardé à admettre que nous avions là un problème sérieux.Il faut se souvenir qu\u2019au début de notre révolution tranquille, il y avait beaucoup de choses en branle, qu\u2019il y avait bien du remue-ménage dans ce Québec en ébullition.On admettait assez facilement que certains aspects de notre société pouvaient bien souffrir un peu à cause de tous ces ajustements à faire.Les penseurs de la nouvelle école avaient beau jeu à dire et soutenir que les problèmes constatés ne séviraient qu\u2019un moment et qu\u2019il valait bien la peine de tolérer certains à-coups pour permettre l\u2019avènement des jours heureux qui allaient largement compenser les pertes déplorées.Ces gens défendaient leurs théories et on leur faisait confiance.N\u2019étaient-ils pas tous, ou à peu près, des gens instruits.?Certains témoins de la détérioration en cours exprimaient parfois leur inquiétude, mais on leur signifiait que cette impatience révélait leur incompréhension de la nouvelle école.D\u2019autres s\u2019inquiétaient en silence et persistaient à espérer que le mal ne serait que passager.De plus, pendant des années, administrateurs, professeurs et parents étaient continuellement aux prises avec de nouveaux programmes, de nouvelles méthodes aux promesses quasi-magiques, de nouvelles directives, de nouveaux comités de-ci et de-là à mettre en place, à gérer et à animer.Il y avait tant de chats à fouetter que la cause du français fut sinon noyée, du moins englobée et entraînée dans le courant rapide et impétueux du renouveau dont on n\u2019attendait, quelque peu naïvement, que des effets heureux.Et puis, les gouvernements tenaient à défendre la belle image du Québec.On avait tellement investi d\u2019argent et d\u2019énergies dans le nouveau système scolaire: il ne fallait pas trop laisser voir que l\u2019on avait fait des erreurs.Ainsi, on ne tolérera pas un taux d\u2019échecs réels trop élevé.C\u2019est facile à contrôler, il s\u2019agit de normaliser les résultats scolaires.Dès que le taux d\u2019échecs dépassait la norme jugée acceptable, on corrigeait tout simplement la situation en haussant les notes de tout le monde.L\u2019opération prendra le nom de normalisation et elle calmera pour un temps un certain nombre d\u2019esprits inquiets.Tout le monde ne sera pas mis au fait de cette opération dès ses débuts.Le public pourra facilement penser que les résultats scolaires publiés correspondent à la réalité. LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1093 Vers l\u2019universalité Et l\u2019on admettra au secondaire, au collégial et à l\u2019université des élèves n\u2019ayant pas le minimum de maîtrise de leur langue normalement requis pour y être admis.L\u2019élève sait qu\u2019il est faible, mais va-t-il protester contre sa propre promotion?La population en général se dit: «Puisqu\u2019on les admet, ils ont probablement le minimum voulu.» Mais ce que la population ne sait pas bien, c\u2019est que les collèges et les universités ont grand besoin de têtes de pipes pour maintenir ou accroître le niveau de leurs subventions gouvernementales et qu\u2019à cause de cela leurs administrateurs n\u2019ont guère envie de protester contre la minable préparation des clientèles en cette discipline clef de tout apprentissage qui se fait à travers des livres écrits en français et des professeurs qui parlent cette même langue.Ce que la population ne sait pas bien non plus, c\u2019est que nos collèges, par exemple, en sont venus, à force d\u2019accommodements, à donner à ces élèves trop faibles en français des cours de rattrapage qui pouvaient remplacer certains cours obligatoires du programme régulier.Ainsi, les élèves les plus faibles, ceux qui auraient le plus besoin du minimum de contenu prévu au programme du cours de cégep, sont dispensés d\u2019une partie, parfois du quart, parfois du tiers, de cette matière.Et ils débarquent à l\u2019université avec ce handicap.Or, l\u2019université, pour les mêmes raisons, organise des cours de grammaire et d\u2019orthographe qui n\u2019ont rien du niveau universitaire.II faut pour cela du temps à l\u2019horaire, des professeurs et de l\u2019argent.Ensuite, on déplore la maigreur des budgets des universités et on se demande comment certains diplômés de nos universités peuvent afficher de telles incompétences.On oublie que bon nombre d\u2019entre eux maîtrisent très péniblement, pour employer un euphémisme, la langue dans laquelle ils ont eu à étudier et on oublie qu\u2019ils savent à peine rédiger un texte où s\u2019enchaînent trois idées.Une méprise nationale Il est bien normal de se demander pourquoi l\u2019apprentissage de la langue s\u2019est détérioré de la sorte chez nous.Reconnaissons d\u2019abord que ce n\u2019est pas là un problème exclusif au Québec: le même mal sévit dans de nombreux pays.Aussi, à cause de cela, un autre danger nous guette.La tentation est grande de nous dire: «Nous ne sommes pas les seuls.» Et, à partir de cette constatation qui a quelque chose de 1094 rassurant, nous nous sentons moins pressés d\u2019agir.Pourtant, ce n\u2019est pas parce que le feu est pris dans tout le village qu\u2019il est raisonnable de se dire: «Le feu n\u2019est pas plus avancé dans ma maison que chez le voisin; voyons d\u2019abord ce qu\u2019ils vont faire, eux!» Parmi les raisons qui pourraient expliquer, et non justifier, la détérioration de l\u2019apprentissage de la langue maternelle, il faut retenir, nous l\u2019avons noté plus haut, notre décision nationale de démocratiser rapidement l\u2019école, il y a quelque vingt-cinq ans.Excellente décision que celle d\u2019instruire la population, mais erreur nationale que de le faire en laissant tomber l\u2019essentiel de l\u2019éducation.Or, c\u2019est ce qu\u2019on a fait chez nous.On a oublié et dans certains cas, vraisemblablement, on n\u2019a jamais compris que la langue n\u2019est pas qu\u2019un moyen de communication.Ainsi, combien de fois n\u2019a-t-on pas entendu cette attristante remarque: «Ah, du moment qu\u2019on se comprend entre nous, ça suffit!» Que des élèves non encore formés parlent ainsi, passe encore.Mais que des éducateurs endossent ce discours pédagogique suicidaire, c\u2019est grave.Il y a une vingtaine d\u2019années, des émissaires mandatés par le ministère de l\u2019Éducation ont parcouru les écoles du Québec pour proférer devant les professeurs des propos aussi irresponsables et dommageables que ceux-ci: «Ne vous en faites pas trop avec la faiblesse des élèves à l\u2019écrit.L\u2019important, c\u2019est l\u2019oral.» Ces gens et leurs mandats ont causé un tort considérable au Québec tout entier.N\u2019oublions pas que bon nombre des élèves d\u2019alors, aux dépens de qui on a appliqué cette débile pédagogie, sont aujourd\u2019hui professeurs dans nos écoles.Si, au moins, les dégâts ainsi causés à la nation avaient été quelque peu compensés par une sensible amélioration de la langue parlée par nos jeunes.! Nulle démonstration ne s\u2019impose ici: il suffit d\u2019avoir des oreilles et de vouloir entendre.On a méconnu la nature de la langue Les planificateurs de la nouvelle école québécoise ont commis de graves erreurs.Tellement graves que l\u2019on pourrait se demander s ils n\u2019ont pas, par la suite, usé de tout le prestige dont ils jouissaient encore pour retarder au moins jusqu\u2019à leur mort le désaveu public de ces immenses dégâts nationaux.Ce fut une grave erreur que de négliger la valeur formative de l\u2019apprentissage de l\u2019écriture.Ce fut une grave erreur que de considérer la langue tout simplement comme une matière LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1095 parmi les autres matières inscrites au programme, ou bien comme un simple outil de communication.Ce fut encore une grave erreur que de faire une nette distinction entre langue et pensée.On ne peut pas apprendre à penser sans apprendre une langue et on ne peut pas apprendre véritablement une langue sans apprendre à penser.Toute pensée est d\u2019abord formulée dans un langage, au moins mentalement.Tant que ce langage n\u2019est pas clair, la pensée est floue elle aussi.Dans un perpétuel processus de réciprocité et d\u2019interaction, la langue est à la fois pour la pensée son véhicule essentiel, son moule et son matériau.On a oublié cela et il faudra, un jour ou l\u2019autre, revenir à la réalité.C\u2019est en s\u2019exprimant, ne fût-ce que mentalement, que l\u2019on pense.Prétendre avoir une pensée claire quand on s\u2019exprime confusément, c\u2019est se faire grande illusion.«L\u2019orateur ne pense pas avant de parler», nous dit le philosophe Merleau-Ponty, «ni même pendant qu\u2019il parle; sa parole est sa pensée.La parole et la pensée.sont enveloppées l\u2019une dans l\u2019autre, le sens est pris dans la parole et la parole est l\u2019existence extérieure du sens2.» Le mathématicien, sociologue et moraliste britannique Bertrand Russell ne pense pas de façon différente, lorsqu\u2019il affirme: «Le langage sert non seulement à exprimer la pensée, mais encore à susciter des pensées qui, sans lui, ne pourraient exister3.» Lisons sur ce rôle trop souvent sous-estimé du langage, les propos suivants d\u2019un autre philosophe, Paul Chauchard: «Orgueilleux de notre pensée humaine, nous ne voyons dans le langage qu\u2019un moyen de l\u2019exprimer et effectivement l\u2019intelligence humaine a su créer ce langage, mais en fait si l'intelligence humaine a pu se développer, si dans chaque enfant elle s'épanouit, si nous sommes vraiment des hommes et non des supersinges, si nous sommes cultivés, capables de pensées abstraites, d\u2019écriture, de calcul, de science, si nous jugeons nos actes, si nous avons un idéal formulé, ou une conscience morale épanouie et non sentiment obscur, en un mot si nous pensons vraiment, nous le devons au langage.La forme la plus haute de la pensée s\u2019est étroitement unie au langage, elle nous apparaît comme langage intérieur: notre fonctionnement cérébral verbalisé peut se détacher de l\u2019action; il n\u2019est pas possible de penser normalement pour un homme cultivé sans le langage4.» 2.\tPhénoménologie de ta perception, Paris, Gallimard, 1945, p.209-212.3.\tCité dans Neil Postman, Enseigner, c'est résister, Paris, Le Centurion, 1981, p.191 4.\tLe langage et la pensée, Presses Universitaires de France, Coll.«Que sais-je», no 1096 Une façon de penser Toute langue est donc une façon particulière de penser.Apprendre sa langue, c\u2019est déjà philosopher.La grammaire n\u2019est autre chose qu\u2019une logique.On ne se trompait pas, autrefois, en parlant d\u2019analyse logique pour qualifier l\u2019exercice de décomposition d\u2019une phrase et d\u2019identification de ses éléments.C\u2019est sur sa langue que doivent se porter les premiers efforts d\u2019analyse et de synthèse d\u2019un étudiant.On aurait donc tort de parler de langue en termes d\u2019ornementation, comme si bien écrire sa langue, raffiner son style relevaient surtout de l\u2019esthétisme pur, détaché de toute pertinence pratique.Bien au contraire, écrire correctement, connaître les nuances de sa langue, c\u2019est étaler toutes les subtilités d\u2019une pensée, c\u2019est savoir s\u2019exprimer avec précision et netteté, c\u2019est disposer de toute une gamme de couleurs sur sa palette.Mais l\u2019orthographe, dira-t-on, voilà qui relève de l\u2019arbitraire.Ce n\u2019est guère au nom de la logique qu\u2019on écrit, par exemple «foi», «fois» ou «foie».D\u2019accord! Mais il est à peu près impossible de concevoir une langue qui ne serait pas soumise à un certain nombre de règles établies par l\u2019usage, susceptibles de changer, certes, mais susceptibles aussi d\u2019assurer une certaine continuité, une certaine discipline linguistique.Or, on ne peut concevoir de règles ni de discipline sans un certain arbitraire.Pourquoi des feux jaunes en Amérique et oranges en Europe, la circulation à gauche dans un pays et à droite dans un autre?Écrire sa langue correctement est une indispensable discipline.La compétence qu\u2019elle procure est inestimable, mais il y a plus: le fait de l\u2019acquérir, le processus lui-même de son apprentissage constituent pour l\u2019esprit un entraînement hautement comparable à celui que se 698, Paris, 1968, p.120.Dans la conférence d\u2019ouverture prononcée à l\u2019occasion du colloque sur l\u2019apprentissage du français organisé par la C.E.Q.en janvier 1988, Le français: une langue en exil, p.4, Fernand Dumont affirme: «Les individus, les sociétés s\u2019expriment selon toutes sortes de signes et de symboles épars dans la vie quotidienne, entremêlés aux comportements les plus ordinaires.La langue est la mobilisation de ces signes et de ces symboles.Elle les porte à la lumière de l\u2019esprit, à l\u2019imaginaire et à l'intelligence.Elle n\u2019est pas le compte rendu plus ou moins exact de ce qui aurait pris forme sans elle; elle représente la faculté de rassemblement, la puissance créatrice de la personne et de la culture.» LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1097 donnent les corps pendant des centaines d\u2019heures dans tous les gymnases fréquentés par nos contemporains.Serait-il excessif de demander qu\u2019on accorde autant d\u2019importance à l\u2019entraînement de la pensée qu\u2019à celui des corps?Une cause subsidiaire: la fièvre «joualine» Nous avons connu au Québec ces années pas très lointaines au cours desquelles avait surgi, dans le décor national ou nationaliste, cette triste clique d\u2019énergumènes échevelés, allergiques à toute contrainte, qu\u2019elle fût sociale, morale ou grammaticale, et qui proclamait, avec un certain succès hélas, la valeur libératrice et constructive du langage que «jouai» on appela.Langue sans grammaire, langue désarticulée, emmêlée, floue, pâteuse et paresseuse.De nombreux Québécois furent alors induits en erreur par ces beaux parleurs qui eurent la vedette un jour et ils se laissèrent enjôler par la tentation de la facilité et du narcissisme béat.On les incitait à être satisfaits et même fiers de toutes ces blessures et cicatrices qu\u2019avaient infligées à la langue de nos pères deux siècles de pénibles combats contre un empire avidement assimilateur.Au nom de la fierté et de la prise en main de soi-même, on les invitait à proclamer comme leur langue d\u2019avenir ce cri confus et misérable qui, au lieu de permettre à notre peuple, si rudement malmené par l\u2019histoire, d\u2019exprimer et d\u2019affirmer ses droits, ses revendications et ses légitimes ambitions, ne pouvait que sombrer lamentablement dans le cahos d\u2019une endémique Babel de la pensée et de l\u2019expression.Ces inventeurs de la roue affirmaient sans vergogne que le jouai devait être pour les Québécois la langue idéale et nationale.Notre culture ayant germé ici, comme par génération spontanée, nous devions parler une langue née chez nous elle aussi.Donc, couper les communications avec les siècles de lente gestation, de maturation, d\u2019histoire et de civilisation dont nous sommes issus.Quelle bêtise! Pour ces gens, les Québécois n\u2019ont rien à aller chercher dans la littérature des dix siècles à travers lesquels ont été pétris leurs ancêtres.Certes, notre langue québécoise est riche de particularismes et de nuances qui nous expriment et auxquels il faut tenir.Mais c\u2019est du français.C\u2019est une langue que nous avons adaptée et enrichie chez nous, au Québec, mais c\u2019est une langue universelle, une langue dont les racines et les possibilités dépassent de beaucoup les limites que, 1098 consciemment ou non, voulaient lui imposer les fantaisies patriotardes des beaux jours du «jouai».La crise joualisante est heureusement du passé, mais elle a sûrement laissé des séquelles et elle a contribué pour une bonne part à cette indifférence démobilisante qui affecte encore nos écoles, lorsqu\u2019il est question de correction et de maîtrise de la langue.Phénomène plutôt attristant: on peut constater que souvent les élèves du primaire parlent mieux que ceux du secondaire.Ceux-ci, alors, semblent avoir choisi de négliger leur langue pour s\u2019affirmer davantage.S\u2019affirmer en rejetant les normes qu\u2019ils connaissent.Le phénomène pourrait bien s\u2019apparenter à celui qui nous fait entendre certains adultes instruits qui, visiblement dans le but de s\u2019approcher de monsieur tout-le-monde, de «faire peuple», jalonnent généreusement leur discours de sacres, parfois gauchement, comme des fumeurs improvisés qui ne savent pas comment tenir leur cigarette.On a négligé l\u2019essentiel: savoir lire, écrire et parler Apprendre sa langue à l\u2019école, c\u2019est d\u2019abord apprendre à lire, à relier logiquement les mots et les phrases, à identifier le sens d\u2019une phrase et le contenu d\u2019un paragraphe, de même que les liens établis entre les divers paragraphes d\u2019une page.C\u2019est savoir dégager l\u2019idée-maîtresse d\u2019un texte.C\u2019est aussi et surtout se donner, pour toute la vie, libre accès à ces richesses inestimables, à ces amis innombrables que sont les livres.Comme il est significatif et gratifiant pour un professeur, ce sourire ravi illuminant le visage de l\u2019adolescent qui vient de saisir le sens intime d\u2019une page ou d\u2019un poème et qui avoue, émerveillé: «Mais on dirait que cet auteur me connaît,.il a si bien exprimé ce que je voulais dire depuis longtemps!» C\u2019est là malheureusement une habileté fort peu répandue, même chez les étudiants d\u2019université.La culture télévisuelle nous a amenés à privilégier le «flash», la perception globale par opposition à la perception analytique propre à la langue.Pourtant, n\u2019est-il pas encore éminemment valable de savoir lire, de savoir retenir ce qu\u2019on a lu et de pouvoir en dégager l\u2019essentiel?Apprendre sa langue, c\u2019est encore apprendre à écrire, c\u2019est-à-dire à exprimer une pensée selon le processus décrit plus haut.Ecrire, c\u2019est plus que communiquer, c\u2019est aussi s\u2019exprimer soi-même et s\u2019épanouir. LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1099 Il est bien évident qu\u2019on ne fait plus assez d\u2019exercices d\u2019écriture dans nos écoles.Comment veut-on qu\u2019un élève moyen évolue vraiment dans la maîtrise de sa langue si, dans toute une année du cours secondaire, il ne consacre que sept ou huit heures à écrire, à rédiger?Enfin, c\u2019est par la parole qu\u2019on s\u2019exprime le plus totalement, le plus harmonieusement; c\u2019est grâce à elle que l\u2019intelligence se traduit par le corps, c\u2019est-à-dire par l\u2019interaction de la voix, des gestes, de toute la personnalité.11 est navrant de constater combien péniblement s\u2019expriment les produits de nos écoles, combien souvent ils en restent au «tsé, veu dire».N\u2019a-t-on pas négligé dans nos écoles les exercices d\u2019élocution et d\u2019art dramatique?Pourquoi ne pas restaurer à l\u2019occasion les épreuves orales?Le plus puissant outil d\u2019apprentissage Connaître sa langue, savoir s\u2019exprimer, c\u2019est un outil universel de compétence, de communication et de multiples possibilités d\u2019action auprès des autres, auprès de la société dans son ensemble.C\u2019est «le plus puissant outil d\u2019apprentissage qui soit» affirme le pédagogue américain Ernest Boyer qui ajoute que «l\u2019apprentissage de la langue doit être la première des priorités de l\u2019enseignement secondaire aux États-Unis5».Mais la connaissance de sa langue est plus encore qu\u2019un outil, c\u2019est la source de profondes satisfactions personnelles et de grandes joies, celles qu\u2019on a d\u2019avoir enfin exprimé ce qui tient à cœur, celles de l\u2019artiste, en définitive.La langue est un art à la portée de tous.Plus encore, l\u2019expression linguistique est souvent une véritable thérapie.D\u2019avoir dit enfin certaines choses, d\u2019avoir trouvé «les mots pour le dire», opère souvent comme une véritable délivrance.11 y a plusieurs milliers d\u2019années, le vieux Salomon à la sagesse proverbiale parlait déjà de cette joie si naturelle à l\u2019homme: «Joie pour l\u2019homme qu\u2019une réplique de sa bouche; combien agréable une réponse opportune6!» 5.\tCitation tirée de l\u2019allocution prononcée par Claude Ryan, ministre de l'Éducation due Québec, devant les présidents et directeurs généraux des commissions scolaires, à Montréal, le 8 février 1986.6.\tProverbes, 18, 4. 1100 Par contre, se voir limité dans sa capacité de s\u2019exprimer est une privation qui neutralise et stérilise les plus beaux potentiels et engendre souvent frustration, dégoût et même violence.«L\u2019inquiétante dégradation que connaît l'expression verbale et écrite n'est pas de nature à favoriser la démocratisation de la culture ni à nourrir notre besoin de communication.Cela peut au contraire devenir un facteur d\u2019incommunicabilité voire de violence.Quand on ne peut pas s'exprimer avec son esprit et une langue, on a facilement recours aux onomatopées, aux jurons, puis aux poings.Dans les assemblées de contestation étudiante, les slogans pour une action violente viennent souvent des étudiants qui ont le plus de difficulté à s\u2019exprimer7.» Voilà pourquoi l\u2019étude de la langue maternelle, de «sa» langue, n\u2019est pas une discipline comme les autres.Voilà pourquoi on peut et doit affirmer que la langue maternelle est le cœur de l\u2019éducation.Voilà pourquoi on peut affirmer que la principale cause de la détérioration de la langue chez nous est d\u2019avoir honteusement et bêtement mésestimé son rôle fondamental dans l\u2019école et dans toute entreprise d\u2019éducation.Faible en français, faible en tout Et l\u2019on n\u2019a pas fini de déplorer, dans tous les domaines et recoins de la vie québécoise, les conséquences néfastes et durables d\u2019une telle aberration.De façon générale, un élève qui ne maîtrise pas sa langue éprouve de graves difficultés dans toutes les disciplines du programme scolaire.Et c\u2019est tout à fait compréhensible.Le message ne passe pas; comment peut-il être capté?Lire ou entendre des propos de géographie, de physique, de chimie, d\u2019histoire ou d\u2019écologie ne correspond qu\u2019à une vague bouillie pour l\u2019enfant qui n\u2019a pas saisi le minimum du fonctionnement de sa langue.Un jour, un professeur de français, qui essayait de mettre le doigt sur la difficulté spécifique empêchant un cégepien de comprendre le sens d\u2019une phrase, lui demanda discrètement s\u2019il n\u2019avait pas fait erreur en identifiant le sujet principal de la phrase.Le professeur s\u2019entendit répondre par une autre question, toute timide et combien triste: «Mais, qu\u2019est-ce que vous voulez dire par \u2018sujet\u2019.?» Or, cet étudiant avait à son horaire des cours de philosophie, des cours de psychologie, peut- 7.Maurice Champagne, La violence au pouvoir, p.221-222. LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1101 être un cours de mathématiques et un cours de techniques administratives.Et dans tous ces cours, on osait proposer des livres et des textes écrits en français! Les étudiants ainsi handicapés sont généralement des étudiants normaux par ailleurs.Certains d\u2019entre eux désirent vraiment faire des études, mais on les a laissés filer pendant des années sans exiger d\u2019eux cet apprentissage minimum de leur langue qui leur est aujourd\u2019hui si nécessaire.C\u2019est le drame pour eux.C\u2019est aussi le drame pour leurs collègues qui ont déjà acquis le minimum en question.Car le professeur, pour s\u2019ajuster à la classe, devra diluer son cours et reprendre, au moins de temps en temps, des notions du niveau secondaire et aussi du niveau primaire; il devra répéter, expliquer encore et répéter encore des contenus acquis depuis longtemps par les élèves qui ont cheminé plus normalement.Voilà donc autant d\u2019heures de moins pour progresser dans la matière au programme.Voilà donc aussi plus d\u2019ingrédients qu\u2019il n\u2019en faut pour diluer une atmosphère de classe et lui ravir tout ce qui aurait dû la situer quelque part au-dessus du niveau précédent.Stérilisation de ces potentiels d\u2019enthousiasme qui attendent légitimement dans les classes ce renouveau qui va les stimuler, les aviver.Drame aussi pour la société, car le professeur ne fera pas de miracle et ses élèves, titulaires d\u2019un DES ou d\u2019un DEC, seront moins bien équipés que la société serait en droit l\u2019attendre, moins bien équipés que ne le promettaient les programmes officiels et que ne le proclament leurs diplômes.Montrer à pêcher plutôt que de donner un poisson C\u2019est pour avoir tenté d\u2019attraper trop de lièvres à la fois que l\u2019école a si souvent raté «le lièvre» du français.Et pourtant, c\u2019était celui que l\u2019on devait viser d\u2019abord.C\u2019est celui-là que l\u2019on devrait assurer à l\u2019élève qui, pour diverses raisons, semble n\u2019en pouvoir attraper qu\u2019un seul.Une intervenante devant le Conseil supérieur de l\u2019éducation réclamait un jour l\u2019addition de nouveaux cours au programme scolaire afin de permettre à des élèves particulièrement démunis d\u2019apprendre au moins où et comment trouver des services essentiels tels la Régie des loyers, la Bureau de la protection du consommateur, celui des services de garde à domicile, les services des CLSC, etc.On lui proposa d\u2019investir plutôt du temps additionnel dans l\u2019apprentissage de la lecture.Les élèves dont elle se préoccupait pourraient ainsi en arriver à 1102 trouver dans le bottin téléphonique toutes les adresses dont ils ont besoin et beaucoup plus encore, et dans le bottin et ailleurs.C\u2019était la sagesse du proverbe chinois: «Donnez un poisson à un homme, vous le nourrissez pour un jour; enseignez-lui à pêcher, vous le nourrissez pour sa vie.» La dame brûlait du désir d\u2019aider des jeunes qu\u2019elle aimait.Comme elle, de nombreuses personnes bien intentionnées ont, au cours des vingt dernières années, suggéré d\u2019ajouter à l\u2019horaire scolaire des activités susceptibles d\u2019aider les écoliers.La liste ne finit plus des bonnes choses à proposer à notre jeunesse.Et les semaines thématiques se multiplient: il y a tant de thèmes valables qu\u2019on manque de semaines! Un grand nombre de ces suggestions ont été reçues.Or, comme la semaine est demeurée à cinq jours ouvrables, beaucoup d\u2019enfants n\u2019ont pas eu le temps d\u2019apprendre à lire et ils éprouvent des difficultés, même pour consulter le bottin téléphonique.Un régime scolaire déficient Comme il est étonnant d\u2019entendre gloser sur les causes possibles des difficultés des élèves en telle ou telle matière au programme scolaire.Ce sont les méthodes qui font défaut.Non, ce sont les professeurs.Non, ce sont les directions d\u2019école.! Et rarement s\u2019arrête-t-on au fait brutal que l\u2019enfant ou l\u2019adolescent ne sait pas lire ou a beaucoup de difficulté à lire.On imite l\u2019autruche, et on le fait à l\u2019échelle nationale.Ouvrons-nous donc les yeux et reconnaissons courageusement que, si nos élèves savaient convenablement lire et écrire, comme il se doit au terme d\u2019études primaires ou secondaires, une très grande partie de leurs difficultés dans toutes les matières au programme seraient ipso facto aplanies.Ouvrons-nous les yeux et reconnaissons que nous nous sommes imposé un régime masochiste qui grève à la base nos forces vives.Nous avons installé ou laissé s\u2019installer chez nous un régime scolaire qui a déjà privé plusieurs générations de nos jeunes de la connaissance minimale de leur langue dont ils ont absolument besoin pour faire leur chemin dans la vie.Répétons-le: des milliers de jeunes diplômés qui étaient tout à fait capables d\u2019apprendre leur langue ne l\u2019ont pas apprise et ils en souffrent grandement aujourd\u2019hui.Le Québec tout entier en souffre maintenant.Sur le marché du travail et dans les universités, on se casse la tête à chercher des solutions à cette carence généralisée.Le trésor pu- LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1103 blic investit des millions, en cours de rattrapage et autres palliatifs, pour tenter de réparer les torts causés par notre erreur nationale.Ne pouvons-nous pas affirmer que notre catastrophai taux de chômage serait tout autre si l\u2019on avait su éviter cette erreur?Pensons à ceux de nos jeunes qui, après avoir appris à penser, à s\u2019exprimer et à défendre leurs idées et leurs projets, réussissent à merveille à se créer des emplois, en industrie et ailleurs.Pensons aux Japonais, ces fervents de l\u2019école studieuse et rigoureuse chez qui le taux de chômage est de un pour cent.Aux remèdes Et quels sont les remèdes à notre mal?Que pouvons-nous faire?Il faut, pour remédier à la situation, des mesures inspirées par la conviction que la langue est beaucoup plus qu\u2019une matière scolaire parmi les autres et qu\u2019elle «doit devenir le guide qui nous mène au cœur de notre société, l\u2019instrument critique de bien d\u2019autres déficiences qui ne lui sont étrangères qu\u2019en apparence, le pouvoir de reconquérir d\u2019autres domaines où elle est absente»8.Il faut se trouver plus de temps pour la langue.Plus de temps et aussi, indirectement, plus d\u2019argent.Il faut en arriver à faire écrire les élèves souvent.Or, pour cela, il faut penser à la correction des copies.Et nous voici bien proche du cœur du problème.Les professeurs de français, comme les autres, rencontrent beaucoup d\u2019élèves et il leur faut du temps pour corriger de nombreuses copies, même quand il s\u2019agit de textes très courts.Finie l\u2019époque où les professeurs, religieux et religieuses, passaient leurs soirées et leurs fin de semaine à corriger des copies.D\u2019où la nécessité de faire certaines distinctions qui n\u2019ont pas suffisamment été faites depuis le Rapport Parent, à savoir que le temps nécessaire à la correction n\u2019est pas le même pour un professeur de français et pour un professeur de menuiserie ou de badminton.C\u2019est en grande partie faute de cette distinction sur le plan très pratique du calcul de la tâche des enseignants que nos élèves écrivent maintenant si peu et, partant, si mal.8.Fernand Dumonl, Le français, une langue en exil, p.20. 1104 Quelque brillant planificateur des années \u201960 a dû se dire, et le dire à d\u2019autres ensuite, qu\u2019on pourrait sauver des sous en oubliant qu\u2019il faut aux professeurs de français un temps considérable pour la correction, si, comme il se doit, ils font écrire leurs élèves.Et on a effectivement sauvé des sous, puisqu\u2019on a engagé ainsi, pendant des années, moins de professeurs qu\u2019il en aurait fallu normalement.Mais, à quel prix social, Grand Dieu! Que ce soit au secondaire ou au collégial, le professeur qui enseigne le français à cent cinquante élèves a beau limiter à une page de texte de composition demandé, il recueille néanmoins cent cinquante pages à corriger.Or, on sait combien il importe que l\u2019étudiant constate sur sa copie les signes de l\u2019attention personnelle du professeur: les remarques, les appréciations, les suggestions d\u2019amélioration.C\u2019est là un contact vital entre le maître et l\u2019élève.Et il importe que l\u2019exercice soit répétitif.Naissent alors une motivation soutenue et un apprentissage sérieux de la langue.On n\u2019a pas donné aux professeurs de français la possibilité de s\u2019acquitter convenablement de cette partie essentielle de leur tâche.Ils ont dû réduire le nombre des devoirs à corriger ou bien procéder à des corrections à vol d\u2019oiseau.Et on connaît le résultat de ce compromis «antipédagogique».La tâche des professeurs Il y a eu au Québec une sorte de lâche conspiration du silence autour de la tâche des professeurs de français.Comme si l\u2019idée d\u2019intégrer à leur tâche normale davantage de temps pour la correction relevait du pur caprice, on a gommé la question.Eux-mêmes ont bien fait un certain nombre de représentations: elles se sont généralement perdues dans la cohue des problèmes du renouveau.La réponse pratique à leurs demandes fut toujours à peu près celle-ci: faites votre possible, comme tout le monde.Les administrateurs d\u2019écoles et de cégeps ne disposent pas des pouvoirs leur permettant d\u2019apporter une solution convenable à ce problème fondamental.Les normes régissant les tâches des professeurs viennent d\u2019en haut, de Québec où règne Dieu le Père.Les syndicats auraient pu s\u2019attaquer au problème.Ils ne l\u2019ont pas ou à peu près pas fait.Pourquoi?Parce qu\u2019il y aurait eu discrimination.La mode était à l\u2019égalité, à l\u2019égalité partout.Donc, le même nombre d\u2019heures de cours au professeur de français et au professeur de badminton.C\u2019est un sujet tabou dans les écoles et les cégeps que de par- LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 1105 1er de différence de tâche; c\u2019est être bourgeois, c\u2019est être opposé à l\u2019égalité des droits, c\u2019est s\u2019opposer au partage équitable que d\u2019oser affirmer que la correction du français requiert plus de temps que celle de certaines autres matières.«Parler de différence de tâches, c\u2019est briser l\u2019unité syndicale9.» Il y a là une irresponsabilité sociale dont la stupidité est à peine croyable et dont toute la nation paye les frais depuis des années et ne fait que commencer à mesurer les néfastes conséquences pour l\u2019avenir.Mais, est-ce un espoir à l\u2019horizon?Nous voulons le croire.L'Avis du Conseil de la langue française publié en septembre 1987 contient, entre autres recommandations, celle de réduire le nombre d\u2019élèves auxquels un professeur de français doit enseigner.Nous sommes en face d\u2019un problème qui affecte toute notre société et il faut, pour y apporter des solutions valables, plus que des souhaits, des études, des enquêtes et des temporisations.Il faut une volonté ferme de la tête de la société qui passera ensuite dans les membres.C\u2019est dans cet esprit que la présidente de l\u2019Alliance des professeures et professeurs de Montréal a écrit, au sujet des recommandations du Conseil de la langue française: «La première et principale recommandation du Conseil nous semble aller de soi: il faut que le système scolaire dans son ensemble reçoive pour mission prioritaire d\u2019assurer aux jeunes une formation en français.On est même en droit de se surprendre qu\u2019un rôle aussi fondamental ne soit déjà inscrit dans les lois!10» Prescription-conclusion Résumons donc le traitement que nous prescrivons pour ce mal qui accable toute notre société: d\u2019abord, du temps pour apprendre, du temps pour des exercices de français, des exercices répétitifs, car nos élèves ne sont pas des logiciels auxquels il suffit de donner, une fois pour toutes, le signal voulu.Du temps aussi pour les professeurs de français afin qu\u2019ils puissent faire écrire leurs élèves et corriger leurs copies.9.\tLouise Corriveau, «Tensions el tendances dans les cégeps aujourd'hui», Recherches sociographiques, vol.XXVII, n° 3, p.415 10.\t«L\u2019avis du Conseil de la langue française: un bon diagnostic.aux remèdes maintenant!», L\u2019Action nationale, vol.LXXVII, no 4, décembre 1987, p.303. 1106 Ensuite, mettons fin à ce mensonge institutionnalisé qu\u2019est la normalisation des résultats scolaires.Mettons-y fin au moins pour le français.Enfin, décrétons officiellement la pendaison pour haute trahison, au moins en effigie, de ces tristes personnages qui ont, dans les débuts de notre révolution tranquille, parcouru le Québec avec la mission de convaincre nos enseignants de ne pas s\u2019en faire avec le français écrit.Ils ont trahi la nation.Dans la même série d\u2019exécutions nationales, incluons ces minables publicistes qui n\u2019hésitent pas à lancer dans nos foyers, pendant des mois, à jet presque continu, des expressions aussi peu respectueuses de notre langue que «Dis-moi c\u2019est quoi ta toune?» ou bien «A é bonne ra(w)re».Nous ne permettons pas que l\u2019on malmène sur les ondes de la télévision des personnages que nous considérons respectables.Pourquoi y laissons-nous ainsi bafouer quotidiennement Sa majesté notre langue?Il faut d\u2019urgence que le peuple québécois décide de se lever comme un seul homme pour exiger le respect de la langue française, cœur de notre «québécitude».Ce jour-là, les jeunes Québécois aimeront leur langue «comme le plus beau symbole de leur envie de dire et de faire.Certes, ils auront toujours à défendre ce patrimoine précaire; mais cette obligation deviendra un honneur, ce qui n\u2019est pas la joie la moins précieuse.Dans tous les domaines où ils devront œuvrer, ils prendront exemple sur ce qu'ont réussi à faire d\u2019une langue misérable nos écrivains, nos poètes, nos chansonniers, certains de nos scientifiques et de nos entrepreneurs: transformer la survivance en gestes créateurs.» Si, au contraire, le Québec et ses quelque cinq millions de francophones ne prennent pas les mesures qui s\u2019imposent pour redresser la situation actuelle en ce qui touche le respect, l\u2019apprentissage et la pratique de la langue française, rendons-nous à l\u2019évidence, ils acceptent de se laisser assimiler à plus ou moins longue échéance par leurs voisins de l\u2019ouest et du sud dont la langue est autre et qui sont au nombre de 250 millions.C\u2019est une question de vie ou de mort pour les Québécois et les Québécoises en tant que tels.[] 11.Fernand Dumont, Ibid. L\u2019enseignement de l\u2019anglais aux jeunes francophones: au mieux inutile, au pire dangereux Lorraine P AGÉ présidente Centre de l\u2019enseignement du Québec Résumé Madame Pagé souligne que «l\u2019enseignement des langues maternelle ou seconde» est «un acte culturel et social qui s\u2019inscrit dans un contexte politique».Elle rappelle l\u2019expérience de 18 000 élèves britanniques qui, pendant dix ans, ont fait l\u2019apprentissage du français comme langue seconde.Vous aurez intérêt à lire les résultats de la recherche.L\u2019auteure cite aussi les conclusions de plusieurs chercheurs qui s\u2019inquiètent de l\u2019enseignement hâtif d\u2019une langue seconde.Elle propose que l\u2019enseignement de l\u2019anglais aux jeunes francophones ne débute qu\u2019à partir du secondaire «de la même façon que cela se fait dans les pays unilingues où règne une très grande prudence». 1108 P X our la dixième fois en vingt ans la sempiternelle question resurgit: «Ne devrait-on pas enseigner l\u2019anglais aux jeunes francophones dès leur plus jeune âge?» Cette fois-ci, c\u2019est à la suite du jugement de la Cour suprême du Canada qui, au printemps dernier, confirmait la juridiction pleine et entière du Québec sur l\u2019établissement des programmes scolaires.De fait, le Protestant School Board of Greater Montreal invoquait ses prérogatives constitutionnelles pré-confédératives pour contester - au nom de son statut confessionnel protégé - le pouvoir du ministère de l\u2019Éducation du Québec de l\u2019empêcher de dispenser des cours d\u2019anglais dès la 1ère année aux enfants qui fréquentent ses écoles françaises.Le paradoxe est saisissant et l\u2019anachronisme presque surréaliste: en plus de mettre en évidence la vétusté totale de la protection constitutionnelle présumément religieuse, il souligne à quel point l\u2019établissement de structures scolaires linguistiques est devenu une urgence nationale.Demander au PSBGM de gérer des écoles françaises et le charger de franciser les immigrants, c\u2019est comme demander au renard de garder les poules.Trois faits têtus sur l\u2019enseignement des langues Mais par-delà ces réflexions spontanées, il en vient quelques-unes plus profondes.Elles concernent des mythes, de fausses croyances et de faux débats.Un certain nombre de faits méritent d\u2019être mis en lumière et certains fondements de notre société réitérés.Il en est trois que je tiens à préciser d\u2019emblée: 1.\tL\u2019enseignement des langues maternelle ou seconde n\u2019est pas qu \u2019 une démarche éducative.C\u2019est également un acte culturel et social qui s\u2019inscrit dans un contexte politique.2.\tIl n\u2019existe pas de symétrie au Québec entre le statut du français, langue officielle, et de l\u2019anglais, langue seconde.La langue officielle est un bien commun national, c\u2019est la langue commune de la nation.Le fait donc qu \u2019on l\u2019enseigne dès la 1ère année dans les écoles L\u2019ENSEIGNEMENT DE L'ANGLAIS 1109 anglaises ne peut d\u2019aucune façon servir de prétexte à l\u2019enseignement de l\u2019anglais en lere année dans les écoles françaises.Les deux langues n\u2019ont pas le même statut; elles ne peuvent avoir le même traitement.3.Il est totalement faux et erroné de prétendre que «plus on apprend une seconde langue en bas âge, mieux on l\u2019apprend».Ce mythe, savamment répandu, ne résiste pas à l\u2019analyse des faits hi à l\u2019expérience vécue, on le verra plus loin.Tout au plus cela est-il partiellement valable pour une minorité d\u2019enfants lorsqu\u2019ils sont placés dans des conditions exceptionnelles.Pour l\u2019écrasante majorité des enfants - au Québec plus qu\u2019ailleurs - l\u2019apprentissage précoce d\u2019une langue seconde se ferait au détriment de la langue nationale.On se plaint déjà, à cor et à cri, de la qualité de l\u2019apprentissage du français; on ne peut du même souffle en revendiquer l\u2019amélioration et.la détérioration.Une leçon à retenir d\u2019une recherche britannique Ceux qui rêvent de voir tous les petits francophones québécois apprendre l\u2019anglais dès l\u2019âge de six ans feraient bien de réfléchir sur les conclusions de l\u2019une des enquêtes les plus sérieuses jamais faites sur le problème de l\u2019apprentissage précoce d\u2019une langue seconde et dont les résultats ont été publiés en Grande-Bretagne.Au terme d\u2019une expérience-pilote extrêmement rigoureuse menée auprès de 18 000 élèves répartis dans 125 écoles primaires - expérience qui, c\u2019est un gage sérieux, s\u2019est échelonnée sur 10 ans -, la National Foundation for Educational Research in England and Wales publiait son rapport final.Les principales conclusions, pour nuancées qu\u2019elles soient, sont claires et nettes: 1.11 n\u2019y apasd\u2019«âge idéal» pour entreprendre l\u2019étude d\u2019une langue seconde.Les groupes d\u2019élèves anglais à qui la NFER a fait commencer l\u2019apprentissage du français à huit ans ne le maîtrisaient pas mieux, au terme de l\u2019expérience, que ceux qui avaient commencé les cours à 11 ans.«11 n\u2019apparaît pas évident, écrivent les auteurs du rapport, que les enfants plus jeunes seraient plus aptes que leurs aînés à apprendre une langue seconde.Si l\u2019on doit tirer une conclusion, c\u2019est plutôt le contraire qui serait vrai.C\u2019est la quantité de temps consacrée à l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde qui est le principal facteur de réussite, non pas l\u2019âge auquel débute cette période d\u2019apprentissage.» 1110 2.\tL\u2019expérience a indiqué qu\u2019au moment où ceux qui ont commencé l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde à huit ans arrivant au secondaire, environ la moitié d\u2019entre eux ont l\u2019impression d\u2019«en avoir assez», qu\u2019ils en arrivent à développer un sentiment d\u2019échec et qu\u2019ils font même preuve d\u2019hostilité envers le fait d\u2019avoir à suivre d\u2019autres cours de langue seconde, en l\u2019occurrence le français.3.\tLe rapport de la NFER - de même que les observations des directeurs d\u2019écoles qui ont suivi l\u2019expérience de près - montrent que les enfants qui apprennent une langue seconde au niveau élémentaire peuvent arriver à la parler assez couramment, mais que leurs résultats dans la lecture et l\u2019écriture de cette langue sont «désappointants».4.\tAutre conclusion qui comporte bien des enseignements pour le Québec: en Angleterre, les élèves des petites écoles rurales ont mieux réussi en français que ceux des grosses écoles urbaines; plus encore, les premiers groupes continuaient de mieux réussir par la suite, deux ans après être entrés au secondaire.Cela prouve que l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde requiert la formation de petits groupes, plus d\u2019attention de la part de l\u2019enseignant, un meilleur climat, etc.5.\tSi l\u2019introduction précoce du français dans les programmes des 125 écoles élémentaires d\u2019Angleterre soumises à l\u2019expérience de la NFER n\u2019 pas exercé d\u2019«influence significative» sur l\u2019ensemble du rendement scolaire des enfants, la chose a toutefois présenté des «effets négatifs» pour ce qui est de l\u2019enseignement des langues étrangères au niveau secondaire: d\u2019une part, le français s\u2019en est trouvé indûment privilégié par rapport à d\u2019autres langues (allemand, espagnol, etc.); d\u2019autre part, un nombre accru d\u2019élèves arrivaient au secondaire avec encore plus de préjugés à l\u2019égard des langues étrangères, convaincus que «ce n\u2019était pas pour eux», vraisemblablement parce qu\u2019ils avaient été traumatisés à un degré ou un autre par une expérience trop précoce et insatisfaisante.En conclusion, les auteurs de cette recherche de dix années estiment qu\u2019il est préférable de ne pas étendre davantage l\u2019enseignement du français dans les écoles élémentaires d\u2019Angleterre et du pays de Galles.L\u2019expérience-pilote de la NFER, qui est un organisme semi-public fonctionnant en étroite collaboration avec le ministère de l\u2019Education britannique, avait pour but de determiner s il était L'ENSEIGNEMENT DE L'ANGLAIS 1111 «pédagogiquement souhaitable» de généraliser l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde (le français en l\u2019occurrence) à l\u2019élémentaire.Les 18 000 élèves soumis à l\u2019expérience durant dix ans ont été divisés en plusieurs groupes, dont ceux qui commençaient le français à huit ans, ceux qui le commençaient à onze ans, etc., et ont été suivis pour une bonne partie d\u2019entre eux jusqu\u2019à l\u2019âge de 16 ans.Dix ans de recherche, un énorme échantillon représentant diverses couches sociales, quelles précautions et quel admirable sérieux de la part de responsables scolaires anglais! Que dire, par contre, de l\u2019inconséquence de nos autorités scolaires à nous, au Québec, qui se sont lancées sans la moindre étude, sans le moindre projet-pilote, dans l\u2019aventure risquée de l\u2019enseignement précoce de l\u2019anglais, pour des raisons ouvertement politiques et pour céder aux pressions de groupes de parents mal informés! Le rapport de la NFER devrait au moins en faire réfléchir quelques-uns.D\u2019autant plus, d\u2019ailleurs, que l\u2019Angleterre ne connaît pas ce problème très québécois d\u2019une langue maternelle fragile, constamment menacée.Les recherches de J.B.Carroll et de Charles Castonguay Par ailleurs, les conclusions de la NFER sont corroborées par plusieurs autres études, notamment celle de J.B.Carroll, chercheur en psycho-pédagogie aux universités Harvard et Princeton, qui estimait lui aussi que c\u2019est uniquement dans l\u2019apprentissage de la prononciation et non en grammaire ni en vocabulaire que le jeune enfant devance l\u2019adulte ou l\u2019adolescent; le chercheur trouve «simpliste» le préjugé populaire voulant que quelqu\u2019un qui «prononce mieux» maîtrise mieux une langue donnée.Carroll insistait lui aussi sur le fait que c\u2019est le temps consacré à une langue et non l\u2019âge auquel débute l\u2019apprentissage qui est important.La réalité est que nous vivons, au Québec, dans un contexte où la langue dominante n\u2019est pas celle de la majorité.Quand dans un pays unilingue on propose l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde, on suppose déjà que le contexte socio-économique, linguistique, familial et culturel est d\u2019abord unilingue, ce qui n\u2019est pas le cas pour le Québec.Aucune politique des langues ne doit négliger cette mise en garde fondamentale, au risque de favoriser l\u2019assimilation de la langue fran- 1112 çaise déjà très avancée dans les régions de Montréal et Hull (là où sont concentrés les 2/5 de la population francophone du Québec).Nous vivons, au Québec, une situation de diglossie qui rend déjà très pénible l\u2019enseignement du français à des élèves à qui on apprend très tôt que «English is money».Ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019on leur donnera le goût de vivre en français, puisque tout l\u2019environnement constitue une constante menace d\u2019acculturation.En conséquence, le simple bon sens - c\u2019est humiliant d\u2019avoir à le rappeler - ne nous dicte-t-il pas qu\u2019il faut d\u2019abord assurer la maîtrise par tous de la langue nationale avant d\u2019introduire à l\u2019élémentaire l\u2019enseignement d\u2019une langue étrangère?À l\u2019appui de cette thèse, voyons ce qu\u2019en dit le professeur Charles Castonguay qui reprend à son compte les avis de spécialistes aussi réputés que les professeurs Stern et Carroll: «Il peut y avoir d\u2019autres retombées négatives du fait de l\u2019enseignement hâtif d\u2019une langue seconde, à part celle bien connue de l\u2019interférence linguistique et conceptuelle avec la langue maternelle et, par ricochet, avec les autres matières scolaires.La plus redoutable pour le Québec en ce moment serait une évolution vers le bilinguisme social, dernière étape avant l\u2019assimilation linguistique: Jusqu\u2019à quel point le bilinguisme social est-il possible?.Qu\u2019arrive-t-il, lorsqu\u2019une communauté, comme telle, dispose de deux systèmes différents de communications?Un examen très fouillé de l\u2019expérience linguistique canadienne depuis la Confédération confirme la loi empirique que deux langues de force inégale ne peuvent coexister en contact intime et que la plus faible des deux doit inévitablement disparaître.» Une autre recherche convergente À ceux qui considéreraient que je vois les choses en noir, je citerai aussi le «Rapport de l\u2019enseignement de l\u2019anglais à l\u2019élémentaire» préparé par Denis Tremblay, Jean-Paul Martinez et Yvon Bouchard de l\u2019Université du Québec à Rimouski.Cette étude fort complète en arrivait aux conclusions suivantes: L\u2019enseignement de l\u2019anglais ne doit commencer qu\u2019au début du niveau secondaire sous réserve d\u2019un dépistage démontrant que l\u2019élève a acquis et maîtrisé sa langue maternelle.Une recherche de grande envergure où seraient impliquées toutes les disciplines œuvrant dans le domaine de l\u2019éducation doit être instituée afin de vé- L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019ANGLAIS 1113 rifler si les conditions d\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde sont les mêmes ou si elles différent dans un contexte bilingue ou unilingue.Tant qu\u2019une recherche scientifique ne sera pas élaborée, l\u2019enseignement de l\u2019anglais ne doit se faire qu\u2019à partir du secondaire de la même façon que cela se fait dans les pays unilingues où règne une très grande prudence.Un système de structures mentales L\u2019apprentissage de l\u2019anglais doit débuter au niveau secondaire, car la langue maternelle comme instrument de pensée n\u2019est pas seulement une acquisition de phonèmes entendus et imités sur un modèle idéal: elle est aussi un système de structures mentales très complexes (dans des conditions idéales) avant d\u2019entreprendre l\u2019apprentissage des structures d\u2019une deuxième langue.À l\u2019appui de cette affirmation essentielle, j\u2019évoquerai enfin Jacques Cellard, du Monde de l\u2019Éducation, qui traitant de «l\u2019anglicisation de la jeunesse française» souligne fort à propos: «L\u2019apprentissage d\u2019une langue étrangère n\u2019a (.de justification qu\u2019après celui de la langue nationale, et pour autant que les ressources de celle-ci sont déjà correctement maîtrisées.Àplus forte raison si l\u2019on considère que l\u2019une de ces langues étrangères, l\u2019anglais, est devenue un élément obligé de l\u2019enseignement et que le véritable apprentissage ne commence qu\u2019avec une seconde langue étrangère, la concurrence entre les deux enseignements (du français et des langues) pourrait un jour devenir telle qu\u2019elle ne ferait plus que des perdants.» Le contexte politique Je ne nie pas l\u2019engouement qu\u2019ont certains parents ou responsables scolaires pour l\u2019enseignement précoce de l\u2019anglais.Les marchands de bilinguisme font florès et l\u2019utopie se vend bien.Or, le bilinguisme n\u2019est pas une valeur en soi et il ne devrait pas être question de le présenter comme une panacée.Au niveau individuel, il est avantageux à certaines conditions, il est parfois nécessaire et très souvent utile.Mais pour l\u2019ensemble d\u2019un peuple, c\u2019est un état anormal et pathologique, il est source d\u2019infériorité.Étape transitoire dans le passage d\u2019un unilinguisme à un autre, c\u2019est une des caractéristiques les plus évidentes d\u2019un peuple en train de perdre sa culture et son identité. 1114 Et que l\u2019on ne m\u2019invoque surtout pas la présumée menace que «les Anglais vont devenir plus bilingues que nous».Lorsque deux peuples vivent côte à côte, que l\u2019un d\u2019eux est unilingue et l\u2019autre bilingue, c\u2019est le peuple unilingue qui assimile et qui domine.C\u2019est le peuple unilingue qui a les moyens d\u2019imposer sa langue comme langue normale de toutes les relations entre ces deux peuples.C\u2019est le peuple unilingue qui crée, pendant que l\u2019autre copie et traduit.Il n\u2019est évidemment pas question de confiner les Québécois francophones à un ghetto hostile à toute ouverture aux cultures étrangères.La géographie même nous interdit de devenir une enclave formée aux relations socio-économiques avec le continent nord-américain, mais on ne peut accepter que l\u2019enseignement des langues étrangères se fasse au détriment de notre vie collective dans ce qu\u2019elle a de plus précieux: son intégrité linguistique, son identité culturelle, voire sa propre survie.Conclusion Il importe donc de donner aux étudiantes et étudiants d\u2019excellentes conditions pour l\u2019apprentissage de l\u2019anglais, langue seconde, tout le long du secondaire, à côté d\u2019un certain nombre d\u2019autres langues étrangères, tels l\u2019espagnol, l\u2019italien, l\u2019allemand, qui seraient disponibles.Mais il est parfaitement justifié, aux plans tant scientifique que pédagogique et socio-politique, de supprimer l\u2019enseignement précoce de l\u2019anglais parce que c\u2019est en pratique inutile et probablement dangereux.Au moment où les données du tout récent recensement démontrent que les «bilingues» du Canada sont surtout les francophones du Québec, que la moitié des Anglo-Québécois sont incapables de s\u2019exprimer en français et qu\u2019une majorité d\u2019immigrants au Québec ne parlent pas notre langue, la question de l\u2019enseignement précoce de l\u2019anglais aux jeunes dans les écoles françaises apparaît hors d\u2019ordre et totalement non pertinente.Mais s\u2019il fallait vraiment discuter de ce sujet, la véritable question ne serait-elle pas plutôt: «Au lieu de commencer à enseigner l\u2019anglais en 4e année, ne devrait-on pas, tout compte fait, débuter au secondaire?»(] Section La Prospérité Hommage à la mémoire de Gaston BEA U DRY Cette section de L\u2019Action Nationale, en collaboration avec le Conseil d\u2019expansion économique, vous présente les nouvelles de la revue et de la Ligue, les mots d\u2019ordre du Mouvement Québec frança des documents historiques.Des chroniques seront aussi publiées: \u2022\tÀ travers l\u2019univers Jean CHAPDELAINE \u2022\tQuestions d\u2019action nationale Rosaire MORIN \u2022\tComptes rendus de volumes La Ligue d\u2019action nationale appréhende le retour à la Loi 22 Delmas LÉVESQUE Président de la Ligue d\u2019action nationale F J__Jn 1970, Robert Bourassa prenait le pouvoir en grande partie parce que le peuple canadien-français était révolté de la proclamation légale, par le bill 63, du libre choix de la langue dans l\u2019enseignement; et cela pour la première fois dans notre histoire.Au cours d\u2019un premier mandat, il tergiversa sur la question de la langue, au lieu de régler le problème comme il l\u2019avait promis pendasnt la campagne électorale.Devant la montée de l\u2019indignation populaire, il promit, pendant la campagne électorale de 1973, de faire de la question de la langue sa principale priorité au cours d\u2019un second mandat.Cette promesse aboutit en 1974 au bill 22.Dans cette loi, un article 1 disait le français être la langue officielle du Québec.Bourassa, depuis ce temps, n\u2019a cessé de se vanter d\u2019avoir été le premier à conférer un tel caractère au français du Québec.Mais ce n\u2019était que du trompe l\u2019œil.Ce que le bill 22 faisait réellement, c\u2019était - selon d\u2019ailleurs le programme du Parti libéral -d\u2019établir, pour la première fois encore dans notre histoire, un régime légal du bilinguisme à peu près généralisé au Québec.Après cet article 1 qui reconnaissait un peu plus spécifiquement au français un caractère officiel qui lui avait été confirmé dès l\u2019Acte de Québec de 1774, le bill 22, outre la confirmation aux anglophones du droit à leurs écoles, LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 1117 consacrait 15 articles à énumérer des droits nouveaux à l\u2019anglais au plan légal.Le libre choix était ainsi reconnu à l\u2019anglais dans un vaste domaine qui le rendait aussi officiel que le français à toutes fins pratiques.Cette façon hypocrite de réaliser le bilinguisme officiel, en laissant croire faussement que le français était seul officiel, souleva de nouveau l\u2019indignation populaire.Et aux élections de 1976, Bourassa et le Parti libéral étaient défaits comme Jean-Jacques Bertrand et l\u2019Union nationale en 1970.En 1977, Camille Laurin et le Parti québécois inscrivaient la Loi 101 dans le répertoire des lois du Québec et en faisaient un pays légalement français.Mais en 1985, Robert Bourassa est revenu et n\u2019a eu de cesse depuis de travailler dans le sens d\u2019une restauration du bilinguisme.Une première tentative, par le projet de loi 140, proposait de démanteler les organismes de protection et de promotion de la langue française créés par la Loi 101.Elle a engendré tout de suite une levée de boucliers qui a fait comprendre au premier ministre qu \u2019il ne pourrait pas aisément toucher à la Loi 101 pour réaliser le bilinguisme légal auquel son aile anglophone veut revenir.Le projet de loi 140 fut retiré, mais depuis ce temps-là le gouvernement libéral a entrepris de procéder hypocritement en votant des lois parallèles à la Loi 101 pour nous ramener au régime du bill 22.Il y a eu depuis la Loi 142 qui a rétabli le libre choix de la langue dans tous le régime de santé du Québec.Puis la Loi 178 qui a rétabli le libre choix de la langue dans le régime d\u2019affichage à l\u2019intérieur des établissements commerciaux.Et au cours de la présente campagne électorale, Robert Bourassa vient de promettre aux anglophones une loi qui établirait le libre choix de la langue dans tout le régime des services sociaux.Sur l\u2019affichage à l\u2019extérieur des établissements, Robert Bourassa affecte de rester ferme; mais en fait il se contente de dire qu\u2019il ne prévoit pas l\u2019abolition de la Loi 178 «dans un avenir prévisible».Or dans deux ans, la clause «nonobstant» qui assure la constitutionnalité de cette loi deviendra caduque; et le libre choix de la langue dans 1 affichage extérieur redeviendra automatiquement légal à moins que 1 Assemblée nationale ne vote de nouveau une loi pour la remettre en vigueur.En relisant la Loi 22, on retrouvera la liste des domaines - et d\u2019autres en plus sans doute puisque les anglophones n\u2019étaient pas non plus satisfaits de la Loi 22 - pour lesquels on peut s\u2019attendre à de nou- 1118 velles lois particulières de libre choix de la langue, si le Parti libéral est reporté au pouvoir le 25 septembre prochain.La Ligue d\u2019action nationale dénonce le procédé hypocrite de ce rétablissement du bilinguisme officiel au Québec par étapes, alors qu il est évident que la population du Québec dans son ensemble tient au respect intégral de la Loi 101.Elle avertit la population du grave danger pour l\u2019avenir du français au Québec que représente le maintien du Parti libéral au pouvoir.Et ceci tant qu\u2019il n\u2019aura pas fait des promesses claires et formelles de cesser ses manœuvres de dégradation progressive de la Loi 101; qu\u2019il n\u2019aura pas entrepris de restaurer la Loi 101 dans son intégrité originelle et d\u2019en assurer la validité constitutionnelle par l\u2019usage de la clause nonobstant.!) À TRAVERS L\u2019UNIVERS L\u2019Allemagne Jean CHAPDELAINE i\u2014/e 8 mai 1945,1 amiral Doënitz, laissé en charge par Hitler quand il se suicida le 30 avril, se rendait sans conditions.L\u2019État allemand n\u2019existait plus.Les principaux Alliés, l\u2019U.R.S.S., les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France restaient en charge chacun de sa zone d\u2019occupation; les autres Alliés, dont le Canada, pouvaient rentrer chez eux, et se consacrer aux bonnes œuvres.Par les accords de Yalta, bientôt confirmés à Potsdam, le Reich était amputé d\u2019une grande partie de la Prusse, et la frontière entre la Pologne et l\u2019Allemagne de l\u2019Est (zone d\u2019occupation par l\u2019U.R.S.S.) était fixée à la ligne des deux rivières, l\u2019Oder et la Neisse.Berlin, la capitale du Reich, îlot à l\u2019intérieur de la zone russe, était régie par un quadrumvirat des Quatre, où chacun cependant avait son secteur\u2019.On vit bientôt que la réunification de l\u2019Allemagne était une utopie: le désaccord était entier entre l\u2019U.R.S.S.d\u2019une part, et les trois autres, d\u2019autre part.Le quart de l\u2019ancien Reich, à l\u2019est, sous occupation * Depuis, des arrangements sont intervenus entre la RFA et la RD A.Contre de généreux subsides, la RDA émet, bon an, mal an, quelques 40 000 visas de sortie vers la RFA.Ce sont principalement des parents, des retraités qui en profitent.À demander ce visa, un travailleur risque non seulement le refus, mais la perte de son emploi.Cette année\u2019 la brèche ouverte par la Hongrie dans le rideau de fer avec l\u2019Autriche aura vu se déverser des milliers de «vacanciers», immigrants de qualité et d\u2019avenir.La RFA, dans sa constitution, considère tout «allemand» comme ayant droit à son passeport. 1120 par l\u2019U.R.S.S., avait Berlin en otage.Quelque 8 millions de réfugiés étaient passés à l\u2019Ouest, dès la fin de la guerre, et chaque année des dizaines de milliers les suivaient en provenance de la zone d\u2019occupation russe, jusqu\u2019à ce qu\u2019enfin, en \u201961, les frontières déjà bouclées bien plus tôt, fussent scellées par l\u2019érection du mur de Berlin.Reconstruction politique De part et d\u2019autre des embryons d\u2019États furent constitués à partir de 1946, la République démocratique allemande (RDA) à l\u2019est, capitale: Berlin-Est; et à l\u2019ouest, tout d\u2019abord en janvier \u201947, la bi-zone: U.S.A.et Grande-Bretagne; moins d\u2019un an plus tard la zone française rejoignait les 2 autres, avec Bonn comme capitale administrative.Entre-temps, dès 1946, des élections s\u2019étaient déroulées à l\u2019Ouest, toujours sous statut d\u2019occupation; dans les anciennes provinces, les Lânder, on pensait fédéralisme.Une Assemblée constituante se réunit en \u201948, qui élabora une constitution, et en avril \u201949, la Loi fondamentale était proclamée, pour entrer en vigueur en septembre.La Haute-Commission tripartite se réservait certains pouvoirs extérieurs: Affaires étrangères, contrôle de l\u2019armement, défense et le statut de Berlin, mais la République fédérale allemande (RFA) recevait les pleins pouvoirs de gouvernement intérieur.En août \u201949, Konrad Adenauer, chef du parti chrétien-démocrate (CDU), était élu chancelier par l\u2019Assemblée nouvellement élue, la Chambre-basse (Bundestag).Il le restera, après réélection, jusqu\u2019en 1963.Le parti socialiste (SPD) formait l\u2019opposition principale.La Chambre-haute (Bundesrat) était constituée de représentants nommés par les Lânder - fédéralisme toujours.Reconstruction économique Les questions constitutionnelles ont leur importance: organisation de l\u2019Etat, mais pendant ces trois années, celles du pain quotidien, en avaient pour le moins autant.La relance de l\u2019économie et la réintégration des millions de réfugiés furent facilitées par les crédits octroyés par les trois Alliés de l\u2019Ouest, et, à partir de 1948, beaucoup plus importants, par ceux du Plan Marshall, grande initiative des Etats-Unis pour la reconstruction des pays éprouvés par la guerre en Europe; ces crédits furent refusés par l\u2019U.R.S.S.et les pays sous sa coupe: l\u2019Europe de l\u2019Est.La même année \u201948, la réforme de la monnaie (Deutsche Mark L\u2019ALLEMAGNE 1121 - DM = U.S.0,25$) contribua puissamment1 à cette relance, sans oublier la puissance de travail et l\u2019ardeur au travail de toute la population.Ce qu\u2019on appelle le miracle allemand repose sur ce trépied.L\u2019ombre au tableau Et tout ceci à une époque où l\u2019horizon international restait des plus chargés.En 1948, l\u2019U.R.S.S.prenait de force la Tchécoslovaquie, instaurait le blocus de Berlin, qui ne fut levé qu\u2019en juin 1949, un an après, contré, pour une grande part par la force d\u2019âme des Berlinois,
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