L'action nationale, 1 mars 1990, Mars
[" /Action NATIONALE Volume LXXX, numéro 3, mars 1990 Comment pent-on être Québécois?Pierre Vadeboncœur Comment réduire l\u2019émigration québécoise?MarcTermote Comment concilier les droits individuels et les droits collectifs?Henri Brun Les coopératives québécoises: une force collective Bernard Denault 1\u2019 Action NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard TURCOTTE Secrétaire: Monique TREMBLAY Secrétaire à la rédaction: Rosaire MORIN Comité de rédaction: Delmas LÉVESQUE, Robert LAPLANTE, Alain LARAMÉE, Rosaire MORIN et Gérard TURCOTTE Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 10 numéros 20 numéros 35,00$\t60,00$ 45,00$\t75,00$ 75,00$ Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.ISSN-0001-7469\tCourrier de la deuxième classe ISBN-2-89070\tEnregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 - 845-8533 rAction NATIONALE Volume LXXX, numéro 3, mars 1990 TABLE DES MATIÈRES Comment peut-on être Québécois?Pierre Vadeboncœur 237 Comment réduire l\u2019émigration québécoise?Marc Termote 249 De la fausse Confédération à l\u2019indépendance Jean-Charles Claveau 261 Comment concilier les droits individuels et les droits collectifs?Henri Brun 274 Langue et concurrence législative au Canada Jacques Leclerc 284 Le français folklore, lettre au premier ministre du Québec Jean-Luc Gouin 306 Les coopératives québécoises: une force collective Bernard Denault\t312 In memoriam: Louis Francœur Bernard Racine 330 À travers l\u2019univers: La Chine et les Chinois Jean Chapdelaine 335 Questions d\u2019action nationale Rosaire Morin 343 Nos collaborateurs 1990 Pierre ANCTIL François-Albert ANGERS Louis BALTHAZAR\tA André BEAUCHAMP Claude BÉLAND Jules BÉLANGER Jules BERGERON\tA Léon BERNIER\tA Christiane BÉRUBÉ Louise BISSON\tA Madeleine BLANCHET Aurélien BOIVIN Nicole BOUDREAU\tA Jacques BOULAY\tMai Gilles BOULET\tF Robert BOURBEAU\tM Jean-Louis BOURQUE\tJ Odina BOUTET Henri BRUN\tM André BZDERA\tF Charles CASTONGUAY Roger CHAMBERLAND Jean CHAPDELAINE\tJ Solange CHAPUT-ROLLAND F Guy CHARTRAND\tF Gaston CHOLETTE Jean-Charles CLAVEAU\tM Édouard CLOUTIER\tJ Dominique COLLIN\tA Paul-André COMEAU\tM Guy CORMIER André D\u2019ALLEMAGNE Robert DEAN Bernard DENAULT\tM Jean-Guy DESFORGES André DESGAGNÉ Léon DION\tA Gilles DORION Jean DORION Fernand DUMONT\tJ Micheline DUMONT Jean ÉTFÜER-BLAIS Philippe FALARDEAU\tF Bernard FORTIN Pierre FORTIN\tA Jean-Claude GAGNON Madeleine GAUTHIER\tA Philippe GÉLINAS Michel GIROUX Réginald GRÉGOIRE Jean-Claude GUÉRARD Pierre HAMELIN Fernand HARVEY Julien HARVEY Pierre HARVEY Jacques HENRIPIN Jacques HOULE André JOYAL Paul-André JULIEN Chantale LABRÈCHE Marcel LAFLAMME Jean-Pierre LAMOUREUX Anne LAPERRIÈRE Bernard LANDRY Simon LANGLOIS Robert LAPLANTE Alain LARAMÉE Jacques LAZURE Michel LE BEL Alonzo LEBLANC Jacques LECLERC\tM Richard LECLERC Yvon LECLERC Jean-Marc LÉGER\tJ Brigitte LEPAGE\tA Delmas LÉVESQUE Jean L\u2019HÉRIAULT\tF Jean MARCEL Gérard MARIER\tA Pierre MAROIS Jean-Louis MARTEL Yves MARTIN Sylvain MASSÉ Guy MASSICOTEE Jacques MAURAIS\tJ Claude MORIN Lisette MORIN >n>\t>\t> S >\t._>>t!>>> Jacqucs-Yvan MORIN Rosaire MORIN\tJ-F-M-A Lorraine PAGÉ Gilbert PAQUETTE Roméo PAQUETTE\tM Roland PARENTEAU Micheline PICHÉ Madeleine PLAMONDON\tA Michel PLOURDE Jacques POISSON Jacques PROULX Bernard RACINE\tF-M André RAYN AULT André RICHARD\tF Guy ROCHER Bruno ROY Jean-Jacques SIMARD\tA AurèleTHÉRIAULT Marc TERM OTE Marc-Adélard TREMBLAY Gérard TURCOTTE\tJ-F Serge TURGEON Pierre VADEBONCCEUR\tM 1990: mois de publication: J: janvier; F: février; M: mars; A: avril; Mai: mai; J: juin; S: septembre; O: octobre; N: novembre; D: décembre.Les auteurs de mars et d\u2019avril 1990 sont annoncés.^ S S < L \\Action Nationale L \u2019Action Nationale existe pour défendre et promouvoir le fait français au Québec, au Canada et à travers l\u2019univers.Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain et pour faciliter l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes.Champ d\u2019observation L\u2019Action Nationale s\u2019intéresse aussi à la vie des francophones hors Québec.Elle présente des chroniques sur des problèmes internationaux.Elle reflète certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Elle publie des comptes rendus sur des volumes qui contribuent au progrès de la nation.Liberté d\u2019expression L\u2019Action Nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019Action Nationale peut refuser de publier un texte qui ne correspond pas au programme de la revue.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 20 à 25 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Il doit être dactylographié sur papier 8l/2 x 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir.? Ce qu\u2019il faut dire aux Canadiens anglais Comment peut-on être Québécois?' Pierre VADEBONCŒUR V u votre curiosité pour le Québec, ou pour sa littérature, ou pour sa politique, je suppose que vous aimeriez connaître un peu davantage le peuple assez paradoxal que nous sommes, nous, Québécois.J\u2019ai dit: vu votre intérêt pour sa littérature, pour sa politique; mais je devrais peut-être ajouter: vu votre intérêt pour votre littérature, pour votre politique.Car en effet, la singularité que vous trouveriez chez nous, en vous paraissant étrange, ne devrait pas manquer de provoquer en vous un certain nombre de questions sur votre propre compte.Par exemple, de petites questions comme celles-ci: «Nous-mêmes, sommes-nous étranges, sommes-nous bizarres?Sommes-nous de curieux spécimens?Sommes-nous plus ou moins invraisemblables?Sommes-nous par conséquent uniques!» En pensant à nous, la fameuse question de Montesquieu: «Comment peut-on être Persan?» est susceptible de venir à l\u2019esprit.Mais pourriez-vous vous l\u2019appliquer?Je crois savoir que de pareilles interrogations sur vous-mêmes vous hantent d\u2019une manière plus ou moins confuse.Peut-être les réponses positives à de telles questions se dérobent-elles toujours devant vous comme des ombres que 1.Texte d\u2019une conférence prononcée les 23 et 26 février dernier devant des étudiants et professeurs des départements de français de l'Université de Colombie britannique à Vancouver et de l\u2019Université de Victoria. 238 jamais vous ne pourriez saisir?Peut-être ces réponses sont-elles toujours projetées vainement par-devant vous par un soleil qui serait derrière, et qui serait le soleil américain?.«Comment peut-on être québécois?» Cette question n\u2019est pas toujours à notre honneur, vous pensez bien.Le Persan de Montesquieu, le Huron de Voltaire, le Sauvage de Huxley, sont, ou paraissent, d\u2019assez curieux animaux.Mais, que voulez-vous, être Persan, c\u2019est le prix assez élevé qu\u2019il faut sans doute payer de nos jours pour n\u2019avoir pas absolument la gloire d\u2019être purement et simplement Américain, c\u2019est-à-dire quelque honorable citoyen patriote de l\u2019Iowa, de l\u2019Illinois, ou de quelque autre partie de l\u2019Amérique intégrée et moyenne.Au sujet des Québécois (les Canadiens-Français), il y a une chose: ils forment une collectivité à propos de laquelle certains ne cessent de poser et de se poser des questions.(Nous-mêmes, pareillement, nous nous interrogeons sans arrêt sur nous-mêmes.) Voilà un fait.C\u2019est indéniable.Et cela dure, je crois bien, depuis toujours.Rappelez-vous Durham.Nous n\u2019avons jamais été intégrés et il y a toujours eu une barrière invisible qui non seulement empêchait les autres de nous recevoir d\u2019emblée, mais qui nous empêchait, nous, de nous répandre, de nous assimiler, de devenir nous-mêmes en devenant autres, en somme, de nous couler entièrement dans une autre forme.Dans une certaine mesure, nous ressemblons à des corps étrangers.Il y a un «problème» québécois.Il y en a toujours eu un.Ce «problème», chez vous, redevient à la mode, paraît-il.Avec persistance et de manière récurrente, il refait surface politiquement, chez vous comme chez nous.Nous sommes.le pays Mais laissons pour le moment les hommes politiques se débrouiller avec cette encombrante réalité.Je ne veux pas ici faire de commentaire politique de la chose.Mon ambition serait beaucoup plus modeste.Je voudrais seulement vous introduire au beau milieu d\u2019une collectivité dont vous tenteriez d\u2019imaginer par mon témoignage les réactions, les perplexités, les possibilités, le désir de liberté, les frustrations, les attentes, le sentiment de la durée et la bizarrerie.La psychologie, en somme.À votre intention, je voudrais explorer indirectement la situa- COMMENT PEUT-ON ÊTRE QUÉBÉCOIS?239 tion québécoise, c\u2019est-à-dire la saisir par ses effets dans la conscience et le comportement des gens, comme on établit la topographie d\u2019un fond marin par des sondages aux ultra-sons.Je ne ferais d\u2019ailleurs pas une description dite objective, exhaustive, «scientifique», systématique, scolaire, universitaire.Je me fierais entièrement à ma propre sensibilité, à mon expérience, à mes antennes, à mes observations.Il s\u2019agit de découvrir la vie et c\u2019est ce que je vous propose.Contrairement à ce que l\u2019on voit plus ou moins chez toutes les minorités issues des vagues successives d\u2019immigration aux Etats-Unis, les Canadiens-Français n\u2019ont jamais cherché à se fondre dans l\u2019anglophonie ambiante ni à former avec elle une société commune par la langue, par les habitudes, par l\u2019identité des intérêts, etc.Pour nous, ce désir d\u2019assimilation n\u2019existe pas.Bien au contraire.Il faut que vous compreniez bien ceci.Historiquement, nous n\u2019arrivions pas dans un pays déjà fait, comme les Algériens en France, les Italiens à New York, les Ukrainiens au Canada.Quand d\u2019autres sont venus, nous étions le pays.Nous le sommes encore.Cela fait une différence.Nous étions un pays, nous sommes quelque chose comme un pays.Un pays, ça n\u2019émigre pas.Ça ne s\u2019assimile pas.Ça n\u2019adopte pas d\u2019autre pays.Ça ne discerne pas dans cet autre pays sa promesse de développement et d\u2019épanouissement propre.La raison en est simple: c\u2019est qu\u2019il n\u2019appartient pas déjà à cet autre pays, comme on dit d\u2019une personne qu\u2019elle appartient à une autre personne par le sentiment, par son être même.Et nous ne sommes pas immigrants.Cela fait une grande différence.Vous pouvez quand même comprendre un peu cette mentalité, cette autonomie profonde.Ceux qui parmi vous sont de descendance anglaise le peuvent sans doute et ils le peuvent de surcroît en comparant ce que je dis à l\u2019espèce de rejet que vous opposez encore à l\u2019idée d\u2019appartenir aux États-Unis malgré la parenté des cultures.Du moins, pour quelque temps encore.Notre refus de nous fondre en quelque autre peuple est probablement plus complet.Je connais bien ce long refus.Ce n\u2019est même pas un refus.Ce n\u2019est même pas une négation.La question ne se pose même pas.Du moins jusqu\u2019à présent.Cette question est en dehors du champ de notre expérience, du moins de notre expérience 240 centrale.Vous êtes pour nous l\u2019extérieur.Il s\u2019agit là d\u2019un autre monde.Malgré des contacts de plus en plus fréquents, de plus en plus intenses, en ce qui nous concerne, avec la culture de masse américaine, et malgré d\u2019innombrables échanges quotidiens avec les anglophones du Canada et du Québec.Peut-être suis-je cependant un cas quelque peu en retard sur l\u2019évolution sociologique superficielle du Québec à cet égard.Cela se peut.Du reste, la description qu\u2019on donne d\u2019une mentalité collective ne peut jamais certes être d\u2019application tout à fait générale.Mais certains comportements, certaines manières de voir et surtout de sentir, pour individuels qu\u2019ils soient comme les miens, en disent souvent plus qu\u2019ils n\u2019en ont l\u2019air sur les traits caractéristiques d\u2019une collectivité.Barrières entre vous et nous Je présume que vous vous posez passablement de questions sur nous.Mais nous ne nous posons pas autant de questions sur vous.Vous nous regardez vivre, vous nous observez, parfois même vous nous guettez.Nous ne vous regardons pas vivre, vraiment; nous ne vous observons pas vraiment.Nous n\u2019avons pas cette direction du regard.C\u2019est une lacune, j\u2019en suis sûr, mais c\u2019est ainsi.Il en va assez différemment pour nous avec les USA.Nous observons les Américains, nous les regardons vivre, nous nous posons des questions sur eux.Et nous leur sommes parfaitement indifférents.Nous sommes plus près, en un sens, des Américains.Mais nous ne constituons pas un problème pour eux.Tout cela est beaucoup plus sain.Vous nous ressemblez plus que les Américains à plusieurs points de vue, mais vous nous êtes évidemment plus extérieurs qu\u2019eux.Voilà encore un paradoxe de la situation.Il y a d\u2019étranges barrières entre vous et nous.Il y a une séparation plus ou moins étanche.Les Américains sont pour nous des étrangers; mais des étrangers prochains, d\u2019une certaine façon, et intelligibles.Vous n\u2019êtes pas à nos yeux complètement étrangers, mais vous êtes pour nous très éloignés.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un éloignement physique.Je ne parle pas seulement de la Colombie britannique, mais tout aussi bien des Maritimes anglophones et de l\u2019Ontario, et même de la partie ouest de Montréal! Je ne franchis jamais cette barrière, je ne traverse jamais cet espace.Le son, le COMMENT PEUT-ON ÊTRE QUÉBÉCOIS?241 sens, curieusement, pour moi ne se rendent pas jusque-là.Au-dessus de cette clôture, des explications s\u2019échangent, mais ces échanges restent tout intellectuels.Ils se veulent assez souvent sympathiques, mais le cœur, le vrai cœur, n\u2019est guère engagé dans cette sympathie-là.Cela est tout à fait particulier.Songez qu\u2019aucun intellectuel anglophone de quelque importance, à gauche, au centre, à droite, nulle part au Québec, n\u2019a soutenu notre lutte de libération nationale des années 70.Ceci est assez extraordinaire et je dirais symptomatique, car d\u2019ordinaire il se trouve toujours quelque intellectuel non concerné pour épouser une cause intéressant la liberté politique d\u2019un groupe, que ce soit au bout du monde ou chez lui.De votre part, rien, nulle part.Je ne blâme pas le moins du monde, je constate simplement.J\u2019étudie ce phénomène comme en laboratoire.Entre vous et nous, le courant, même révolutionnaire, ne passe ni dans un sens ni dans l\u2019autre.Voici quelques exemples qui tendent à prouver cette dernière assertion.De 1960 à 1980, nous avons fait une révolution, dite tranquille, mais complète et incroyablement profonde; un bouleversement, rien de moins.Or cette révolution qui a liquidé ou transformé plusieurs de nos institutions, ruiné beaucoup de nos traditions, changé nos mœurs, ce fut une révolution culturelle au sens fort et une révolution politique, bien qu\u2019avortée, eh! bien, cette révolution, en quelque sorte totale, ne semble pas, sauf erreur, avoir suscité la moindre contrepartie chez vous.Il y a un écran aux frontières entre le Canada et nous.Il s\u2019interpose entre nous et vous, mais entre vous et nous tout autant.Par exemple, ni la CCF, ni le NPD n\u2019ont jamais vraiment passé vers nous ces frontières.L\u2019étonnant, c\u2019est que ces murailles invisibles se révèlent pour ainsi dire à chaque occasion, encore une fois malgré d\u2019innombrables contacts et aussi malgré la politique, qui cherche sans cesse à réduire les antagonismes, à gommer les différences, à définir dans l\u2019abstrait je ne sais quelle unité et malgré même l\u2019influence individuelle qui s\u2019exerce dans nombre de milieux, par exemple celui des affaires ou celui de la politique.Qu\u2019est-ce que c\u2019est donc?Il y a là, dirait-on, quelque chose d\u2019invincible, d\u2019irréductible.J\u2019ai parlé maintes fois avec des anglophones de Montréal de nos communs problèmes d\u2019entente et de cohabitation.La bonne volonté ne manquait ni d\u2019un côté ni de 242 l\u2019autre.Nous nous faisions réciproquement des admissions, des concessions.Tout était parfait, sauf que nous ne nous rencontrions pas vraiment.Le discours, plein de bonnes dispositions, restait comme sans portée.Les anglophones ne viendraient pas militer chez moi, je n\u2019irais pas militer chez eux.Tout était parfait entre nous dans ces conversations.Et parfaitement inefficace.Le Canada anglophone nous est étranger Je ne sais trop comment expliquer cet abîme si difficile à franchir.Un mot a failli passer ici dans mon discours à la place du mot abîme.J\u2019ai presque dit: «Je ne sais comment expliquer cette indépendance.» (Cette double indépendance, en réalité.) Voilà enfin un mot qui exprime quelque chose! Ne pensez pas ici à l\u2019indépendance politique: ce n\u2019est pas ce dont il s\u2019agit précisément à ce moment-ci.Prenez le mot «indépendance» dans son sens psychologique.En moi-même, rien de plus net.Il éclaire bien des comportements.Nous ne sommes pas une minorité en instance d\u2019intégration.(Et quant à vous, vous êtes indépendants de nous de toute éternité.) Nous sommes indépendants.Autrement dit, nous existons.Nous existons; par conséquent nous voulons exister.Nous sommes une entité.Comme vous-mêmes en êtes une.Je ne suis pas hybride.Je ne suis pas né confédéré.Ma société me suffit, ce qui ne veut pas dire que je puisse me passer d\u2019autres cultures, en particulier de celle de la France, ni que les civilisations d\u2019autres pays m\u2019indiffèrent, ou que ma société ne puisse exister en association avec d\u2019autres.Pour moi et pour la société dont je suis membre, ce qui est étranger se définit cependant comme étranger.L\u2019étranger n\u2019est pas l\u2019immédiat, le spontanément rejoint, le naturellement complice, mais tout le contraire, justement.Mais le plus extraordinaire dans cette attitude qui ne dépend pas de notre volonté, mais en quelque sorte de la nature des choses le plus extraordinaire, c\u2019est que le Canada anglophone me soit pas mal plus étranger que les Etats-Unis.Je ne sais même pas ce qui se passe à dix ou vingt rues de chez moi vers l\u2019ouest, par exemple en littérature, en théâtre, en événements mondains, etc.Je suis peut-être jusqu\u2019à un certain point un cas quelque peu anachronique.Je sais bien que beaucoup de francophones lisent maintenant The Gazette et regardent la télévision américaine ou COMMENT PEUT-ON ÊTRE QUÉBÉCOIS?243 canadienne-anglaise.Mais si je suis pour ma part un cas peut-être un peu spécial, il n\u2019en reste pas moins que, The Gazette ou non, CBC ou non, ma société reste globalement sur son quant-à-soi.Cela devient lassant pour les autres à la longue, et les autres, non sans raison, nous le font depuis quelque temps bien savoir.Au Québec, je suis chez moi Essayez pourtant de comprendre que nous formons une société plus présente à mes yeux que toute l\u2019Amérique qui est pourtant cent fois plus importante objectivement.Si vous parlez théâtre, nous jouons, nous faisons un théâtre.Si vous parlez littérature, nous avons, nous commençons d\u2019avoir une véritable littérature, avec des auteurs dont certains sont objectivement très importants.Nous avons des journaux, une télévision, télévision que nous faisons nous-mêmes, soit dit en passant; des spectacles, très nombreux; des institutions financières; toutes sortes d\u2019autres institutions.Nous avons non seulement une langue, mais un langage, c\u2019est-à-dire un ensemble d\u2019habitudes langagières, un ton, un accent, des particularismes, des images, qui font qu\u2019il n\u2019y a entre nous aucune distance et que nous communiquons entre nous le plus complètement et le plus spontanément du monde.Quant à la langue elle-même, vous avez appris combien pour nous elle a de prix.Nous sommes, au sens fort, entre nous.Si nous allons sur la place publique, que ce soit en art ou en politique, c\u2019est nous que nous y rencontrons principalement.Si nous sortons voir des amis, c\u2019est encore nous que nous allons visiter.Écoutez! Notre société n\u2019est pas grande et elle n\u2019en impose pas, c\u2019est certain.Elle a de multiples défauts, de grandes carences.Mais si je reçois certes les messages de l\u2019univers, je reçois en quantités encore plus considérables les messages de ma société.Je les entends.Cette proximité n\u2019est contrebalancée dans la jeunesse que par le rock et par l\u2019audio-visuel américain, comme partout ailleurs en Occident.Est-il possible sur notre continent américain qu\u2019il y ait une île?C\u2019est possible, c\u2019est le Québec.Une île, cela ne signifie pas isolement ni claustration.Mais enfin une île, c\u2019est un lieu jusqu\u2019à un certain point concentrique.J\u2019ai tout à fait conscience d\u2019être de cette façon insulaire et de m\u2019en trouver bien.Car il y a un lieu où je suis 244 chez moi.Et puis l\u2019indépendance, c\u2019est aussi, ne l\u2019oublions pas (est-il nécessaire de le faire remarquer?), c\u2019est aussi une certaine indépendance critique.A cause d\u2019une certaine différence.À cause d\u2019une distance.Et aussi d\u2019une dignité.C\u2019est également ce qui favorise ce qu\u2019on appelle «autre chose»: un autre regard, d\u2019autres comportements, et pas nécessairement le regard et le comportement continentaux.Pas automatiquement, en tout cas.Une réalité vivante et paradoxale Vous verrez chez nous une réalité vivante et paradoxale: qui se défait et qui en même temps se fait; qui descend, qui monte; qui se ferme et qui, également, s\u2019ouvre, etc.Ce sont des mouvements contradictoires et simultanés.Et cela se passe à une vitesse que vous n\u2019imaginez pas.N\u2019allez jamais parier sur nous.Nous nous sommes métamorphosés comme ce n\u2019est pas possible en peu d\u2019années; mais en même temps, nous sommes restés les mêmes fondamentalement.Cette contradiction atteste notre incontestable réalité.Nous avons changé énormément et nous n\u2019avons pas changé.Pareille mobilité sur pareille permanence est la preuve du vivant.Nous avons porté une idéologie politique, l\u2019indépendantisme, pendant vingt ans, puis nous l\u2019avons pratiquement abandonnée pendant dix ans, après le Référendum.Quel virage! Et voici qu\u2019elle semble recommencer.Pendant vingt ans nous avons vécu la politique avec une intensité jamais atteinte en ce siècle, il s\u2019en faut, et rarement égalée aux États-Unis.La passion y était, la lucidité, l\u2019idéal, la raison et toute la gamme des émotions.Et alors, ensuite, une fois que tout a paru fini, une tristesse, une torpeur, dont vous n\u2019avez pas idée.Ce sont là autant de preuves d\u2019existence.Je vous en parle en connaissance de cause, car j\u2019ai vécu tout cela.J\u2019ai vécu ces émotions.J\u2019ai vécu aussi cette raison, étonnante au milieu d\u2019une telle animation.Dans une certaine intensité de la vie politique entraînée vers un but, la raison elle-même a un goût très vif.Notre projet était extraordinairement raisonnable et c\u2019est peut-être pourquoi il semble se relever. COMMENT PEUT-ON ÊTRE QUÉBÉCOIS?245 Le fait d\u2019être ainsi emportés par des mouvements autonomes et distincts par rapport à ceux du continent et par rapport à son conservatisme et à sa domination est quelque chose de si singulier en Amérique qu\u2019il en devient comme inadmissible.Mais en revanche, il est évident que les remises en question auxquelles nous avons assisté au Québec n\u2019étaient possibles sur ce continent que dans un système largement autonome; dans une nation, autrement dit.En moins d\u2019un demi-siècle, songez que tout a été visé: syndicalisme (devenu tôt le plus radical en Amérique); religion, mœurs; beaux-arts; constitution politique, système d\u2019éducation, situation minoritaire, domination d\u2019autrui, etc.Pendant ces quelque quarante ans et même depuis un siècle, aux Etats-Unis, il y a eu de vastes mouvements d\u2019opinion, mais il n\u2019y a pas eu de révolution globale même tranquille.Beaucoup de folie se trouvait aussi dans tout cela chez nous, comme dans n\u2019importe quelle révolution.Beaucoup d\u2019indiscipline.Beaucoup d\u2019erreurs, d\u2019improvisation, d\u2019inconséquence.C\u2019est inévitable.Peut-être y sommes-nous portés plus que d\u2019autres, d\u2019ailleurs, car il semble que nous soyons particulièrement mobiles et prime-sautiers.Au reste, si nous avons tant changé, c\u2019est que nous avions été immobiles pendant trop longtemps et que nous avons été aspirés par les temps actuels comme par une cause souveraine.Pourquoi pas la liberté?La mobilité, la versatilité, sont des attributs de l\u2019indépendance et de la différence, et aussi d\u2019une société point trop massive.Nous formons une petite société.Nous ne sommes pas trop liés par un facteur de cohérence continentale ou canadienne, ni trop assujettis à un autre destin, puisque nous cherchons le nôtre encore.Nous exécutons donc à certains moments d\u2019extraordinaires mouvements, soit par rapport à nos propres croyances antérieures, soit par rapport à ce que le continent veut de nous.Notre destin n\u2019est pas fixé, donc nous ne sommes pas figés non plus.C\u2019est un avantage.Je crois, au surplus, que nous avons de l\u2019imagination.Peu de moyens, beaucoup de retards, des insuffisances, mais de l\u2019imagination.Et nous aimons être libres.Donc libres aussi à l\u2019égard du carcan juridique et constitutionnel; car, en effet, pourquoi pas cette liberté?Et pourquoi cette contrainte?Quelle logique la justifierait?Certainement pas une logique inscrite dans le fait de notre existence 246 et découlant de notre foncière autonomie et volonté propre.Certainement pas une logique venant de nous.Alors, en ce cas, je ne vois pas pourquoi, de notre point de vue, cette logique ne pourrait pas être considérée par nous comme non avenue.Bizarre et aléatoire destinée que la nôtre! Incertaine, compromise, mélancolique.Résignée, non résignée.Contradictoire.Nous regardons tout cela avec détachement et aussi sans détachement.Sollicités de toutes parts par les courants venus d\u2019ailleurs; mais toujours inentamés et comme éternellement au centre de nous-mêmes malgré cent fuites par les tangentes.Voulant certaines choses et ne les voulant pas, par exemple l\u2019indépendance politique.Néanmoins, en toutes circonstances et malgré même nos flirts avec le néant, malgré le désintérêt, les démissions, l\u2019oubli du passé et de l\u2019avenir, nous restons tels qu\u2019en nous-mêmes, à regarder le monde qui nous entoure comme étranger, comme si nous étions foncièrement inassimilables ou tombés de quelque autre planète dans cette Amérique dont nous adoptons pourtant les mœurs de même que les idées à maints égards.Évidemment, tant de contradictions et de si profondes, et tant de diversité dans je ne sais quelle unité néanmoins, cela ne peut être le lot que d\u2019un peuple existant, comme je le répète.Nous existons autant que les Chinois! Nous existons malgré nous.Mais pour peu de temps, à l\u2019échelle chinoise, évidemment.Si nous finissons par sombrer historiquement (ce qui semble en effet très possible), (car nous ne sommes pas un milliard de têtes de pipes), je crains que nous n\u2019emportions dans cette chute historique une cohésion qui, elle, ne disparaîtra pas, de sorte que nous ne pourrions nous fondre sans problème dans un tout qui nous remplirait de ce qu\u2019il est en nous vidant de ce que nous sommes.Nous semblons être voués à l\u2019existence, serait-ce dans le dépérissement et dans les déchéances qui accompagneraient la perte de notre identité, la perte de nos pouvoirs, l\u2019abâtardissement linguistique, l\u2019infériorité de condition, la désorientation, l\u2019abandon de nous-mêmes par nous-mêmes, sans parler de la domination des autres sur nous.De grâce, ne vous étonnez donc pas de notre nationalisme.Il faut le considérer en rapport avec un destin qui nous guette.La France a perdu la guerre de Sept ans, dont l\u2019issue contenait en germe tant de choses: la perte éventuelle, pour la civilisation COMMENT PEUT-ON ÊTRE QUÉBÉCOIS?247 française, dans toute l\u2019Amérique et par conséquent dans le monde, de la primauté de sa langue; l\u2019avenir de sa culture, compromis; compromis aussi le maintien de son propre patrimoine dans les prochains siècles.L\u2019Angleterre, elle, a eu le bonheur contraire.Nous ne sommes pas appuyés comme vous sur une combinaison historique gagnante.Il nous faut faire comme si.Poursuivre notre route Ne nous jugez pas trop durement.Nous sommes mal installés dans l\u2019histoire et cependant, bon gré mal gré, nous y sommes installés.Nous ne pouvons en descendre comme d\u2019un train.Nous ne pouvons sauter dans un autre train.Force nous est de poursuivre le mieux possible notre route dans cette condition-là et non dans une autre.Le mieux possible, dis-je; en existant le plus possible selon ce que nous sommes, puisque c\u2019est la seule façon, et non en existant moins selon cette donnée, puisque ce n\u2019est pas un choix possible.Alors, forcément, avec nos défauts, avec nos lacunes, comme avec nos qualités; avec le réel donc et comme nous sommes; car comment faire autrement?Avec nos partis-pris, avec nos injustices (chaque peuple a les siennes).Avec nos bizarreries, qui vous surprennent parfois.Et dans nos limites.Nous avons à continuer à créer une littérature, des arts, une politique, une économie, une société, d\u2019une manière qui nous est propre, puisqu\u2019on travaille toujours selon soi et qu\u2019il est impossible de faire autrement.Voilà à quoi nous sommes en quelque sorte obligés; mais c\u2019est aussi un avantage que vous n\u2019êtes pas sans soupçonner, je crois, et qui peut-être vous rend un peu jaloux bien que notre situation ne soit pas enviable.Seulement, ne nous demandez pas que tout cela soit uniquement rationnel, ni surtout rationnel selon des interprétations extérieures; car la nécessité n\u2019est pas rationnelle, elle est brutale; et les réponses qu\u2019on improvise pour faire face à cette réalité ont bien des chances d\u2019avoir elles-mêmes moins de raison qu\u2019il ne serait souhaitable.Mais il se peut aussi qu\u2019elles en aient davantage et que le résultat, un jour, par exemple une littérature, finisse par étonner l\u2019univers.Qu\u2019est-ce que cela donne en attendant?Cela donne qu\u2019il y a maintenant dans le monde tout de même quelque chose de plus, quelque chose de spécial de plus: quelques très bons poètes, Saint-Denys Garneau, Anne Hébert, Gaston Miron, entre autres, dont le 248 ton n\u2019est pas celui d\u2019ailleurs; quelques grands artistes, d\u2019abord mal nés comme nous, puis triomphants: Borduas, Riopelle, et d\u2019autres; une littérature, encore un peu insuffisante peut-être, mais comptant déjà nombre de bonheurs et de réussites non douteuses; une poésie populaire chantée, différente de ce qu\u2019on trouve dans les autres pays, nos chansons des dernières trois décennies; et ainsi de suite.Si notre sort dépendait de vous, ce qui n\u2019est pas vraiment le cas, je dirais: laissez-nous vivre.Nous représentons forcément une expérience singulière, une humanité particulière, un humanisme dont quelques traits ne se retrouvent pas partout.A propos de cet humanisme, ne vous êtes-vous jamais avisés de ceci qui est peut-être unique: sur une période de trente ans, nous avons vécu une révolution dirigée même contre un ordre politique et contre une domination sans que cette révolution ait jamais versé dans des mouvements de haine, si l\u2019on excepte, dans la décennie 60, quelques gestes isolés de très jeunes extrémistes dans lesquels nous ne nous reconnaissions pas.Cet humanisme eut un éminent représentant, en qui au contraire nous nous reconnaissions: il s\u2019appelait René Lévesque.Quand il est mort, d\u2019immenses foules sont venues le saluer.Quand son cercueil fut ensuite amené dans la rue, la foule qui était là, silencieuse, ne sachant plus comment exprimer sa grande émotion et son affection, a fait spontanément une chose très gauche et peut-être la plus touchante et humble qu\u2019il m\u2019ait été donné de voir jamais: elle s\u2019est mise à applaudir.J\u2019étais présent.Auparavant, j\u2019avais vu, en défilant devant la dépouille exposée en chapelle ardente, quelqu\u2019un jeter par terre, près du cercueil, une cigarette.? Comment réduire l\u2019émigration québécoise?Marc TERMOTE économiste et démographe professeur à F INRS Résumé Le Québec est la province qui connaît le plus faible taux d\u2019émigration et il ne constitue pas non plus un pôle d\u2019attraction pour les Canadiens des autres provinces.«Le Québec semble déconnecté du reste du Canada.» Monsieur Termote démontre que les Québécois francophones émigrent peu.Les personnes qui ont tendance à quitter le Québec sont les anglophones qui ont adopté l\u2019anglais comme langue d\u2019usage et les immigrants de langue anglaise ou ceux qui ne parlent ni l\u2019anglais ni le français.Elles représentent au moins les deux tiers de l\u2019émigration au Québec.Pour réduire le nombre des départs, l\u2019auteur suggère de sélectionner des immigrants qui ont des chances de rester et de promouvoir leur francisation.Mais «le problème, conclut-il, se situe peut-être moins chez celui qui quitte la maison que chez celui qui la garde». 250 V A JTX.première vue, la question à laquelle nous allons tenter de répondre dans notre bref article peut sembler saugrenue.Le Québec est en effet, de toutes les provinces canadiennes, celle que l\u2019on quitte le moins.Alors, pourquoi vouloir agir sur un niveau d\u2019émigration déjà si bas?En outre, même si l\u2019on voulait essayer de réduire la faible propension des Québécois à quitter la province, comment pourrait-on s\u2019y prendre, alors que l\u2019on vit dans une société où le droit à l\u2019émigration (tant vers le reste du Canada que vers le reste du monde) est reconnu comme un droit fondamental de la personne?Il est vrai que les Québécois ont, en général, très peu tendance à émigrer vers une autre province canadienne ou vers un autre pays.Par contre, certains groupes de Québécois manifestent une très forte propension à émigrer: il s\u2019agit des anglophones et des immigrés.Or, l\u2019émigration de ces deux groupes peut avoir des implications considérables sur les plans de la politique linguistique et de la politique d\u2019immigration et, d\u2019une façon générale, pour l\u2019avenir démographique et linguistique du Québec.C\u2019est pourquoi on est en droit de se demander s\u2019il n\u2019y aurait pas lieu de tenter d\u2019influencer, par des interventions politiques indirectes, la forte propension de ces groupes à l\u2019émigration.L\u2019objectif de l\u2019article est donc de caractériser l\u2019émigration québécoise, en tentant de cerner, de localiser les groupes pour lesquels l\u2019émigration peut poser un problème, et ce faisant, de dégager quelques pistes de réflexion sur les possibilités d\u2019influencer indirectement le comportement migratoire de la population.Les Québécois émigrent peu.La population québécoise manifeste une très faible propension à aller s\u2019établir dans une autre province du Canada ou dans un autre pays.Commençons par l\u2019émigration interprovinciale plus facile à estimer.Selon le recensement de 1986, des 6 438 000 personnes qui résidaient au Québec en 1981, un peu plus de 130 000 habitaient dans une autre province cinq ans plus tard, soit 2%, ce qui correspond à une moyenne annuelle de 4/10 d\u2019un pour cent.C\u2019est le chiffre le plus bas depuis au moins 20 ans: en 1966-1971, la moyenne annuelle était de 6/10 d\u2019un pour cent, en 1971-1976, de COMMENT RÉDUIRE L\u2019ÉMIGRATION QUÉBÉCOISE?251 5/10 d\u2019un pour cent, et en 1976-1981, période d\u2019émigration exceptionnellement élevée, de 7/10 d\u2019un pour cent.Non seulement la période récente est-elle celle où les Québécois quittent le moins le Québec pour une autre province, mais en outre, quelle que soit la période envisagée, de toutes les provinces canadiennes, c\u2019est le Québec qu\u2019on quitte le moins.L\u2019Ontario, qui, en ce qui concerne la faiblesse de la propension à émigrer, vient au deuxième rang après le Québec, a toujours eu des moyennes annuelles supérieures à celles du Québec.En 1976-1981, qui avait cependant marqué un sommet pour le Québec (avec 0,7%), l\u2019Ontario avait connu un taux annuel moyen de 0,9%, le record étant détenu par la Saskatchewan, avec 2,2%.Ces très faibles moyennes quinquennales peuvent évidemment cacher de fortes variations annuelles.En général, cependant, le taux annuel de sortie est très stable, lorsqu\u2019il s\u2019agit du Québec, sauf et ce n\u2019est guère surprenant en période de tension politique et linguistique.Ainsi, en 1969-1971 (crise linguistique et événements d\u2019octobre 1970), pendant deux années de suite le taux d\u2019émigration vers le reste du Canada a été de 1,2%, et en 1977-1978 (victoire électorale du Parti québécois et loi 101), il a été de 1,1%.Un tel niveau «exceptionnel» est à peine plus élevé que la moyenne de la période, et surtout il reste nettement plus bas que les moyennes obervées dans les autres provinces.Il faut souligner en outre qu\u2019après ces à-coups conjoncturels, on retrouve très vite le (très bas) rythme de croisière qui caractérise le comportement migratoire de la population québécoise dans ses relations avec le reste du Canada.Si le reste du Canada ne semble guère attirer le Québécois «moyen», cela ne signifie pas que le Québec soit un pôle d\u2019attraction pour les habitants du reste du Canada: ceux-ci ont une propension à venir s\u2019installer au Québec encore moins forte que celle des Québécois à s\u2019installer dans une autre province.Bien que l\u2019immigration en provenance du reste du Canada ne fasse pas l\u2019objet du présent article, il importe quand même de souligner cette caractéristique fondamentale des échanges migratoires entre le Québec et les autres provinces, à savoir le fait que le Québec semble déconnecté du reste du Canada, et réciproquement.Tout se passe comme si le Québec ne faisait pas partie de l\u2019espace d\u2019action des habitants du reste du Canada (sauf s\u2019ils sont de langue française), et comme si le reste du Canada ne faisait pas partie de l\u2019espace d\u2019action des 252 Québécois (sauf si, comme nous le verrons, ils sont anglophones ou immigrés).En l\u2019absence d\u2019observations directes, il est très difficile d\u2019estimer l\u2019importance de l\u2019émigration internationale: par définition, les personnes qui n\u2019habitent plus le pays ne peuvent pas être comptées, lors d\u2019un recensement.Statistique Canada estime que, depuis les années 1980, environ 7 à 8 000 personnes quitteraient chaque année le Québec pour aller s\u2019établir dans un pays autre que le Canada.Il n\u2019est pas exclu que le chiffre réel soit supérieur (Termote et Gau-vreau, 1988: 17-18).L\u2019émigration internationale pourrait donc représenter environ un quart de l\u2019émigration vers le reste du Canada.Au total, bon an mal an, le Québec aurait donc perdu par émigration, chaque année depuis le début de cette décennie, environ 25 000 personnes au profit du reste du Canada et environ 7 000 personnes au profit des autres pays, ce qui représente environ la moitié d\u2019un pour cent de la population totale du Québec.On pourrait donc considérer le phénomène comme négligeable, si ce n\u2019était de la très forte concentration de l\u2019émigration dans quelques groupes particuliers.Sauf les anglophones.Comme on vient de le voir, depuis le début de la décennie 1980, à peine 4/10 d\u2019un pour cent des Québécois choisissent chaque année d\u2019aller habiter ailleurs au Canada.Mais les disparités linguistiques autour de cette moyenne sont impressionnantes.Pour la période 1981-1986, la dernière période pour laquelle nous disposons de données, et aussi la période où l\u2019émigration fut la plus faible depuis longtemps, on a observé autour de la moyenne annuelle de 0,4% un taux d\u2019émigration interprovinciale de 0,2% pour le groupe de langue maternelle française, de 2,2% pour le groupe de langue maternelle anglaise, et de 0,7% pour le groupe de langue maternelle autre que française ou anglaise.Comme ce n\u2019est pas la langue maternelle, mais plutôt la langue d\u2019usage («la langue la plus souvent parlée à la maison») qui normalement influence le comportement migratoire, nous avons ventilé la propension à émigrer vers le reste du Canada, en distinguant à la fois selon la langue maternelle et la langue d\u2019usage. COMMENT RÉDUIRE L'ÉMIGRATION QUÉBÉCOISE?253 Les résultats d\u2019une telle ventilation des données sont particulièrement éloquents pour notre propos, qui est rappelons-le d\u2019examiner comment on pourrait réduire l\u2019émigration des Québécois.En 1976-1981, près des deux tiers des émigrants vers le reste du Canada étaient de langue maternelle anglaise, mais plus des trois quarts avaient l\u2019anglais comme langue d\u2019usage; en 1981-1986, plus de la moitié avaient l\u2019anglais comme langue maternelle, mais près du tiers parlaient l\u2019anglais «à la maison».Cela illustre bien le rôle que peut jouer un transfert linguistique (c\u2019est-à-dire le fait de ne pas utiliser sa langue maternelle comme langue d\u2019usage) dans la décision migratoire.Examinons brièvement l\u2019influence d\u2019un tel transfert.En 1976-1981 tout comme en 1981-1986, les Québécois de langue maternelle anglaise ou de langue maternelle autre que française ou anglaise, qui avaient choisi le français comme langue d\u2019usage, n\u2019ont manifesté pratiquement aucune vélléité d\u2019émigrer vers le reste du Canada (leur probabilité d\u2019émigration est quasiment nulle).Bien mieux, leur probabilité d\u2019émigrer est même inférieure à celle des Québécois de langue maternelle française ayant gardé le français comme langue d\u2019usage! Les seuls groupes qui témoignent d\u2019une forte propension à quitter le Québec pour le reste du Canada sont les membres du groupe de langue maternelle anglaise qui gardent l\u2019anglais comme langue d\u2019usage et ceux du groupe «autre» qui ont adopté l\u2019anglais ou qui ne parlent ni l\u2019anglais ni le français à la maison.Ces deux groupes représentent, selon les périodes, entre les deux tiers et les trois quarts de l\u2019émigration du Québec vers le reste du Canada, le solde étant dû pour l\u2019essentiel à des Québécois francophones qui s\u2019installent dans la région frontalière de l\u2019Ontario (particulièrement dans la région de la capitale fédérale).Quant à l\u2019émigration internationale, s\u2019il est déjà très difficile d\u2019évaluer son niveau global, il est encore plus malaisé d\u2019estimer sa répartition par groupe linguistique.Certaines indications tendent à montrer que les membres du groupe anglais auraient une propension au moins deux fois plus élevée que celle des deux autres groupes à quitter le Québec pour un pays autre que le Canada (Termote et Gauvreau, 1988: 22).En outre, il semble bien qu\u2019un pourcentage considérable des immigrants internationaux deviennent, peu de temps après leur arrivée au Québec, des émigrants interna- 254 tionaux.D\u2019une façon générale, le Québec semble d\u2019ailleurs éprouver de sérieuses difficultés à garder ses immigrants.Et sauf les immigrants Il existe un moyen relativement facile d\u2019estimer la capacité du Québec de garder ses immigrants: il suffit de comparer le nombre total d\u2019immigrants «reçus» au Québec pendant une certaine période au nombre de personnes qui, à un recensement subséquent, ont déclaré avoir immigré au Québec pendant la même période.Ce petit calcul permet de constater que le «taux de présence» des immigrants est faible, quoique en augmentation.Ainsi, selon le recensement de 1986, 28% des immigrants arrivés pendant la période 1976-1986 n\u2019étaient plus au Québec en 1986; en d\u2019autres termes, après une durée moyenne de résidence de cinq ans, plus du quart avaient quitté le Québec.En 1981, le chiffre correspondant était de 30%, et en 1971 de 37%.Les cinq premières années après l\u2019arrivée des immigrants semblent être cruciales en ce qui concerne la capacité du Québec de garder ses immigrants.En effet, les mêmes calculs que ceux qui ont été faits précédemment montrent qu\u2019après une durée moyenne de séjour de dix ans, 40% ont quitté le Québec, alors que, comme nous venons de le voir, 30% n\u2019étaient plus au Québec après une durée moyenne de séjour de cinq ans.On peut donc avancer qu\u2019après les cinq premières années de séjour, la probabilité de perdre un immigrant est considérablement réduite.La question est maintenant de savoir ce qu\u2019il est advenu des immigrants que l\u2019on ne retrouve plus au Québec après quelques années.Tout d\u2019abord, il ne faut pas oublier que le recensement ne parvient pas à dénombrer toutes les personnes vivant sur un territoire; or, les immigrants internationaux sont particulièrement difficiles à recenser.Il y a aussi une perte par mortalité, mais celle-ci est apparemment minime.En effet, les immigrants internationaux ont une structure par âge relativement jeune et, surtout, ils sont sélectionnés à partir d\u2019examens médicaux très sévères, de telle sorte que peu devraient décéder dans les premières années après leur arrivée.On peut estimer que la mortalité et surtout le sous-dénombrement pourraient représenter environ 10% du total des immigrants arrivés au Canada entre 1976 et 1986. COMMENT RÉDUIRE L\u2019ÉMIGRATION QUÉBÉCOISE?255 Après avoir ainsi tenu compte du sous-dénombrement et de la mortalité, on peut alors conclure que, sur les quelque 190 000 immigrants internationaux entrés au Québec dans les dix années précédant le recensement de 1986, environ 20% auraient quitté le Québec pour s\u2019installer soit dans une autre province du Canada, soit dans un autre pays, et ce en moyenne cinq ans après leur arrivée! Cela représente près de 40 000 personnes qui, il ne faut pas le négliger, sont passées à travers un long et coûteux processus de sélection.On peut s\u2019interroger sur l\u2019efficacité d\u2019un processus qui entraîne une déperdition de 20% sur cinq ans.Cette perte se fait pour partie au profit des autres provinces: un certain pourcentage de ces 40 000 immigrants qui ont émigré en moyenne cinq ans après leur arrivée au Québec est allé s\u2019installer dans le reste du Canada.Il semble cependant que, du moins à court terme, peu d\u2019immigrants internationaux fassent une telle émigration interprovinciale.On a en effet pu observer (Baillargeon et Benjamin, 1989: 22) que parmi les quelque 200 000 émigrants vers le reste du Canada de la période 1976-1981, à peine 2 000 étaient des immigrants internationaux de la même période, mais près de 10 000 avaient immigré au cours de la période 1971-1976; des données semblables ne sont pas disponibles pour le recensement de 1986.Il faudrait donc conclure que, contrairement à une image assez répandue, très peu d\u2019immigrants internationaux «ne font que passer par le Québec pour pouvoir entrer au Canada», puisque sur les 100 000 immigrants internationaux de 1976-1981, seulement un peu plus de 2 000 seraient repartis (après un séjour de deux ans et demi en moyenne) pour une autre province, à peine 2%.Par contre, 10% partent après une durée moyenne de séjour de cinq ans.S\u2019il n\u2019y a que 2 000 immigrants sur 100 000 qui vont, après un court séjour au Québec, s\u2019installer dans une autre province, par contre il reste les 15 à 20 mille autres immigrants dont on ne retrouve pas la trace au Canada, et qui sont donc nécessairement partis s'installer dans un autre pays (ils sont éventuellement rentrés dans leur pays d\u2019origine).Cela fait une moyenne d\u2019environ 3 000 par an, soit le tiers de l\u2019émigration internationale du Québec.Le scénario semble donc être le suivant.Sur 100 immigrants internationaux qui entrent au Québec, il nous en reste environ 70 après cinq ans, et au moins une vingtaine auraient émigré dans les 256 premières années après leur arrivée, la grande majorité de ces derniers étant soit rentrés chez eux, soit partis vers un autre pays.Lorsque la durée de séjour au Québec s\u2019allonge, plutôt que de faire une émigration internationale, les immigrants auraient tendance à quitter le Québec pour une autre province du Canada.En d\u2019autres termes, et en simplifiant quelque peu, une augmentation de l\u2019immigration internationale semble faire augmenter à court terme (deux ans) l\u2019émigration internationale et à moyen terme (cinq ans) l\u2019émigration interprovinciale.On ne connaît pas le profil linguistique de ceux qui quittent le Québec pour le reste du monde, mais on connaît celui des immigrants internationaux qui quittent pour aller s\u2019installer dans une autre province du Canada: près des deux tiers des immigrants internationaux qui ont émigré vers le reste du Canada entre 1981 et 1986 ont déclaré l\u2019anglais comme langue d\u2019usage (en 1976-1981, c\u2019était les trois quarts).On est donc en droit de se demander pourquoi un pourcentage si élevé des immigrants internationaux repartent si vite vers l\u2019étranger et, s\u2019ils ne sont pas repartis chez eux ou dans un autre pays, pourquoi après quelques années de séjour ils quittent le Québec pour une autre province.Si, comme on vient de le voir, la dimension linguistique semble importante dans la capacité pour le Québec de garder ses immigrants, cela signifie-t-il que selon leur origine, et plus précisément selon leur origine culturelle et géographique, certains immigrants seraient moins susceptibles que d\u2019autres d\u2019émigrer une fois arrivés au Québec?Comme on le verra, la réponse est loin d\u2019être évidente.Dans leur intéressante étude sur le «taux de présence» des immigrants au Québec, Baillargeon et Benjamin (1989: 40) ont calculé le taux de présence en 1986 des immigrants arrivés entre 1976 et 1986 (donc avec une durée moyenne de séjour de cinq ans), selon le pays de naissance de ces immigrants.Sur l\u2019ensemble des immigrants de cette période, 28% n\u2019étaient pas recensés comme présents au Québec en 1986.Contrairement à ce que l\u2019on aurait pu croire, la perte était supérieure parmi les ressortissants des pays considérés comme des réservoirs d\u2019immigrants francophones: la perte était de 30% parmi les immigrants nés en Belgique, de 40% parmi ceux de Suisse, et de 43% parmi ceux de France.Le taux de COMMENT RÉDUIRE L\u2019ÉMIGRATION QUÉBÉCOISE?257 présence des immigrants nés à Haïti (75%) était à peine supérieur à la moyenne.Les seuls pays qui avaient un taux de présence nettement supérieur à la moyenne étaient, dans l\u2019ordre décroissant, le Guatemala, l\u2019Iran, l\u2019Espagne, le Pérou, le Salvador, le Chili, le Kampuchea et l\u2019Allemagne.À l\u2019autre extrême, plus de la moitié des immigrants nés au Royaume-Uni et à Hong-Kong avaient quitté en moyenne cinq ans après leur arrivée au Québec.Si l\u2019on considère que ces taux de présence constituent un bon indice de la capacité du Québec de garder ses immigrants, il faudrait en conclure que ce n\u2019est pas nécessairement en faisant venir plus d\u2019immigrants en provenance des pays francophones que le Québec parviendra à faire baisser le nombre de ses émigrants, mais bien le contraire! Après cette accumulation de chiffres, de pourcentage et de taux, accumulation sans doute fastidieuse mais nécessaire pour étayer nos conclusions politiques, il importe maintenant de dégager les principales implications politiques de nos résultats et de tenter de répondre à la question de départ: comment réduire l\u2019émigration québécoise?Implications politiques On aurait pu s\u2019attendre à ce que, dans une discussion sur les moyens de réduire l\u2019émigration québécoise, nous ayons introduit des considérations d\u2019ordre économique.L\u2019image qui vient en effet spontanément à l\u2019esprit est que le nombre de personnes qui quittent une région est lié aux conditions économiques qui régnent dans cette région.La conclusion politique est alors évidente: pour réduire l\u2019émigration à partir du Québec, il faut améliorer la situation économique de ses habitants.Nous avons eu l\u2019occasion, dans un précédent article publié dans la présente revue (Termote, 1989: 679), de montrer que, du moins dans le cas du Québec, les causes de l\u2019émigration n\u2019étaient guère économiques, et que c\u2019était le contexte socio-politique, bien plus que la conjoncture économique, qui affectait le comportement migratoire de la population.Plus précisément, la variable cruciale pour expliquer l\u2019évolution de l\u2019émigration québécoise est de nature linguistique, et non économique.Ceci ne signifie évidemment pas qu\u2019il n\u2019y a pas non plus une certaine émigration économique, mais 258 celle-ci ne peut qu\u2019être très faible puisque, comme nous venons de le voir, en dehors des périodes de tension linguistique et politique, la propension des Québécois à émigrer est minime, sauf précisément parmi les anglophones.Les deux principales conclusions que l\u2019on peut dégager de notre analyse sont les suivantes: l\u2019immigration internationale et l\u2019anglicisation font tous deux augmenter l\u2019émigration.Dans la mesure où le Québec se francise, et à supposer que le niveau d\u2019immigration internationale reste constant, le nombre d\u2019émigrants devrait donc baisser.À cela s\u2019ajoute l\u2019impact du vieillissement de la population.On sait que la majorité des émigrants se retrouvent dans les classes d\u2019âge jeunes.Le fait que, à cause essentiellement de la chute rapide de la fécondité depuis un quart de siècle, la population québécoise vieillira très rapidement dans les prochaines années, devrait donc, toutes autres choses étant égales par ailleurs, avoir pour effet de réduire l\u2019émigration, tant interprovinciale qu\u2019internationale.On se trouve donc devant deux forces qui jouent en sens opposé.D\u2019un côté, la baisse du pourcentage, sinon du nombre, d\u2019anglophones, ainsi que le vieillissement de la population québécoise, devraient entraîner une baisse de l\u2019émigration.De l\u2019autre côté, une augmentation de l\u2019immigration internationale, comme celle que l\u2019on observe depuis quelques années, devrait avoir pour effet d\u2019augmenter le nombre d\u2019émigrants.Comme il serait plutôt absurde de vouloir accélérer le vieillissement démographique pour réduire l\u2019émigration, il reste deux possibilités: promouvoir la francisation, surtout parmi les immigrants, et sélectionner des immigrants qui ont plus de chances de rester.Voyons ce que pourrait impliquer chacune de ces deux approches, qui ne sont évidemment pas mutuellement exclusives.Nous avons pu observer qu\u2019environ 10% des émigrants vers le reste du Canada sont des personnes de langue maternelle autre que le français et l\u2019anglais, qui n\u2019ont pas choisi le français comme langue d\u2019usage, alors que celles qui avaient adopté le français restaient presque toutes au Québec.La francisation de ce groupe de langue maternelle «autre» devrait donc aider à réduire l\u2019émigration vers le reste du Canada, mais l\u2019impact sur cette émigration ne pourra qu\u2019être marginal et lent à se manifester. COMMENT RÉDUIRE L'ÉMIGRATION QUÉBÉCOISE?259 Sans doute est-ce en agissant sur l\u2019immigration internationale que l\u2019on peut espérer obtenir à court terme et moyen terme les effets les plus tangibles sur l\u2019émigration.11 n\u2019est pas normal qu\u2019après un processus long et coûteux de sélection, à peine arrivés au Québec, environ 15%, sinon plus, des immigrants internationaux rentrent chez ou ailleurs s\u2019installer dans un autre pays; et que parmi ceux qui n\u2019ont pas quitté dans les toutes premières années après leur arrivée, un pourcentage considérable (environ 10%) émigre vers le reste du Canada dans les quelques années suivantes, le temps -apparemment - d\u2019apprendre l\u2019anglais (puisque la grande majorité des immigrants internationaux du Québec qui émigrent vers une autre province ont adopté l\u2019anglais comme langue d\u2019usage).Prenant pour acquis que le Québec aura besoin d\u2019un niveau soutenu d\u2019immigration internationale s\u2019il veut éviter une décroissance trop rapide du nombre de ses habitants, il s\u2019avère alors très important, pour empêcher que l\u2019on continue de perdre, quelques années après leur arrivée, 20% à 25% de ceux que l\u2019on fait venir, de mettre tout en œuvre pour que les immigrants s\u2019intégrent le plus vite possible dans la communauté québécoise.La francisation est une étape importante, mais non suffisante de cette intégration.Comme la francisation des immigrants n\u2019est pas chose facile et prend du temps, on pourrait être tenté de donner la préférence à des immigrants venant de pays francophones, l\u2019hypothèse étant que ceux-ci devraient s\u2019intégrer plus facilement et donc être moins portés à émigrer.L\u2019expérience passée montre cependant que cette hypothèse ne se vérifie pas, les immigrants nés dans un pays européen francophone ayant manifesté une propension à quitter le Québec plus élevée que celle de la moyenne.Puisque même des immigrants ayant au départ un profil aussi favorable du point de vue de la capacité d\u2019intégration finissent par quitter en grand nombre le Québec peu de temps après leur arrivée, on est en droit de se demander si le problème du manque d\u2019intégration - et en corollaire celui de l\u2019émigration des immigrants - est lié au profil des immigrants, ou s\u2019il ne faut pas plutôt s\u2019interroger sur la capacité du Québec d\u2019intégrer ceux qui viennent s\u2019y installer.Pour réduire l\u2019émigration, on devrait obtenir de meilleurs résultats par une plus grande ouverture à l\u2019égard des nouveaux 260 venus (mais une ouverture qui irait de pair avec une plus grande rigueur dans le processus de francisation) que par une redéfinition du profil «idéal» de l\u2019immigrant.Le problème se situe peut-être moins chez celui qui quitte la maison que chez celui qui la garde.Références bibliographiques BAILLARGEON, Mireille et Claire BENJAMIN, 1989.Taux de présence de l\u2019immigration au Québec: analyse et commentaires.Montréal, Ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration, 50 p.TERMOTE, Marc, 1989.«Les migrations interprovinciales.Évolution, causes et perspectives».L'Action Nationale, volume LXXIX, n° 6, 671-683.TERMOTE, Marc et Danielle GAUVREAU, 1988.La situation démolinguistique du Québec.Québec, Conseil de la langue française, 292 p.Q De la fausse Confédération à l\u2019indépendance Jean-Charles CLAVEAU, m.d.Résumé Monsieur Claveau a des racines et de la mémoire.Il observe le perpétuel conflit des races auquel Durham faisait allusion.À partir de faits, il rappelle que la guerre coloniale demeure inachevée.Il démontre que les Canadiens-Français occupent de plus en plus le territoire québécois.L\u2019intégration et l\u2019assimilation des nouveaux venus sont et seront le renfort de la survivance française et de l\u2019épanouissement national.Devant l\u2019impossibilité d\u2019assurer l\u2019égalité à la nation canadienne-française l\u2019indépendance demeure la seule issue.«Plus encore, un Québec souverain va éventuellement favoriser une association avec le Canada qui sera plus valable et plus avantageuse que les liens actuels arbitrairement établis.» 262 Aux États-Unis, au Brésil, en Argentine ou au Mexique, les colonies d\u2019Amérique se sont libérées de leur mère-patrie, l\u2019Angleterre, le Portugal ou l\u2019Espagne.Au Canada, les choses se sont déroulées autrement.Après la capitulation de Montréal, la colonie française des bords du Saint-Laurent est passée aux mains de l\u2019Angleterre.La révolte des treize colonies américaines de 1775 à 1783 a abouti à l\u2019exode vers le Canada des coloniaux américains loyaux à la couronne britannique.L\u2019affrontement séculaire des coloniaux anglais et français pour la conquête du pays s\u2019est continué par suite de la cohabitation forcée des deux peuples rivaux sur le même territoire devenu britannique.C\u2019est toujours la même guerre coloniale qui se poursuit aujourd\u2019hui, mais d\u2019une façon différente.L\u2019héritage colonial n\u2019est pas encore liquidé.I\u2014/es gens de notre génération ont appris qu\u2019ils vivaient dans la Confédération canadienne.Or, cela n\u2019est pas exact.Le Canada né en 1867 est plutôt une fédération, à savoir «l\u2019union de plusieurs États en un seul État fédéral».En fait, une confédération, c\u2019est «l\u2019union de plusieurs États qui s\u2019associent tout en sauvegardant leur souveraineté», selon le Petit Robert.11 y a là plus qu\u2019une simple question de sémantique.Tout se passe comme si le Canada était un pays à la recherche du statut politique conforme au nom qu\u2019il porte.Un visage anglais Alors que le Canada anglais s\u2019accommode fort bien du système fédéral actuel qui n\u2019enlève rien à son pouvoir dominant, le Québec français saisit mieux les limites et les contraintes apportées à son existence dans la pseudo-confédération canadienne où, minorité de 25%, il ne jouit pas d\u2019une souveraineté véritable, pas plus que d\u2019une égalité politique réelle.En fait, mises à part certaines exceptions, le visage du Canada est essentiellement celui du Canada anglais et souligne à peine la réalité du Québec français. DE LA FAUSSE CONFÉDÉRATION À L\u2019INDÉPENDANCE 263 En diplomatie, au Parlement fédéral, dans la Marine et dans l\u2019Aviation, dans les affaires, en éducation, en recherche, dans les activités sportives internationales, bref à peu près dans tous les domaines d\u2019activités au pays, comme à l\u2019étranger, c\u2019est le visage et la réalité du Canada anglais qui se manifestent ou sont présentés comme si le Québec français n\u2019existait pas ou à peine.Même au Conseil des ministres à Ottawa, le français reste à la porte de ce cénacle du Canada anglais.Les Canadiens-Français ne se reconnaissent pas la plupart du temps dans ces hommes publics qui ne reflètent nullement le Québec français et sa «société distincte».Le perpétuel conflit C\u2019est pourquoi notre fausse confédération ne parvient pas à dissimuler le mal profond qui la ronge à la suite de la cohabitation dans l\u2019inégalité de deux peuples différents au sein d\u2019un même pays formé des vestiges des anciennes colonies française et britannique.Pourtant, dans son rapport préliminaire en 1965, la Commission Laurendeau-Dunton1 avait bien diagnostiqué le mal canadien, en parlant «d\u2019un conflit entre le Québec français et le Canada anglais, entre le groupe majoritaire au Canada et le groupe majoritaire au Québec».Plus encore, la Commission avait même dit que son mandat était, entre autres «de recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe selon le principe de l\u2019égalité entre les deux peuples qui l\u2019ont fondée»2.L\u2019histoire récente révèle toutefois que le message n\u2019a pas été entendu.La notion d\u2019égalité des deux peuples n\u2019a pas été retenue.Le Canada anglais rejette carrément l\u2019idée même de cette égalité.Le Québec n\u2019a donc pas le choix et ses dernières tentatives d\u2019émancipation se sont soldées, tour à tour, par la prise du pouvoir du Parti Québécois en 1976, suivi de l\u2019échec référendaire du 20 mai 1980.Le rapatriement de la Constitution canadienne de 1982 par Pierre Elliott Trudeau, sans l\u2019accord du Québec, n\u2019a réglé en rien 1.Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1965.2.Ibidem. 264 le conflit entre le Canada anglais et le Québec français.Tout au plus, le rapatriement a démontré ce que l\u2019on savait déjà, à savoir qu\u2019Ottawa avait remplacé Londres comme capitale officielle du Canada et de sa colonie intérieure québécoise.Certains diront que l\u2019Accord du Lac Meech si cher à Brian Mulroney et à Robert Bourassa, tous deux Québécois, est un pas dans la bonne direction.D\u2019autres soutiendront qu\u2019une «société distincte» sans les pouvoirs appropriés est un leurre, sinon une fumisterie pure et simple pour le Québec.Du reste, on est fort loin ici de la souveraineté des États d\u2019une confédération véritable.Enfin, plusieurs admettent déjà que, avec ou sans Accord du Lac Meech, le contentieux Canada-Québec va demeurer entier de toute façon.Il faut bien reconnaître, en réalité, que «les protagonistes du drame, le Québec français et le Canada anglais», pour reprendre les termes mêmes de la Commission Laurendeau-Dunton3, seront là demain comme hier, bien en place, l\u2019un en face de l\u2019autre, comme à la guerre, pourrait-on dire.C\u2019est toujours l\u2019héritage colonial avec ses séquelles que le Canada anglais et le Québec français n\u2019ont pas encore réussi à liquider.Pour tout dire, rien n\u2019a vraiment été réglé dans le conflit qui divise les deux peuples de ce pays.La bataille des Plaines d\u2019Abraham du 13 septembre 1759 n\u2019aura été, somme toute, qu\u2019un incident de parcours dans notre histoire commune faite de victoires et de défaites.La plupart des peuples connaissent pareilles mésaventures au cours de leur cheminement.La Pologne et l\u2019Irlande pourraient nous en dire long à cet égard, sans parler d\u2019Israël ni de Chypre qui demeurent aussi des exemples de l\u2019actualité contemporaine.Le Québec et le Canada n\u2019échappent donc pas à ces accidents de l\u2019histoire.La guerre coloniale inachevée À y regarder de plus près, on peut voir que le conflit qui opposa jadis la France et l\u2019Angleterre en terre d\u2019Amérique n\u2019est pas encore terminé.En fait, les descendants des deux camps ont tout simplement pris la relève de leurs ancêtres.La métropole française 3.Ibidem. DE LA FAUSSE CONFÉDÉRATION À L\u2019INDÉPENDANCE 265 ayant choisi de se retirer sur ses terres de l\u2019hexagone, il restait sur place les coloniaux de la Nouvelle-France appelés à cohabiter, bon gré malgré, avec les coloniaux britanniques venus se réfugier en pays conquis.La guerre coloniale du 18e siècle s\u2019est transportée dans l\u2019arène politique entre les descendants québécois des sujets français de Louis XIV et les rejetons britanniques des Loyalistes américains de George III.Cette vieille guerre coloniale plus que tricentenaire pour la maîtrise de cette partie nordique de l\u2019Amérique n\u2019a pas encore trouvé son dénouement.Sur les débris de l\u2019Amérique française, nos ancêtres ont construit péniblement, pierre sur pierre, le Québec actuel devenu le dernier bastion de la vie française en Amérique, toujours à la poursuite de son destin particulier.Après la perte des treize colonies américaines en 1783, les Loyalistes britanniques, mal à l\u2019aise dans la nouvelle république émancipée, se sont réfugiés en Ontario et dans les provinces maritimes, pour y établir une autre terra britannica, à même les territoires conquis au dépens de nos ancêtres.C\u2019était de bonne guerre, surtout pour ceux qui se souvenaient qu\u2019on avait expulsé les Acadiens près de trente ans plus tôt pour être sûr qu\u2019ils ne dérangeraient plus les nouveaux maîtres des lieux.La déportation comme l\u2019assimilation sont des moyens différents, mais également utilisés pour se débarrasser d\u2019un ennemi encombrant.Des Loyalistes à la «garde montante» Les Loyalistes se sont installés dans la région des Eastern Townships appelée aujourd\u2019hui Estrie.Plus ou moins repoussée dans leurs derniers retranchements le long de la frontière américaine par les habitants des rives du Saint-Laurent, les descendants de ces Loyalistes tentent désormais de survivre dans un milieu autrefois anglophone et devenu francophone à plus de 90%.On ne compte plus les églises ni les cimetières protestants désaffectés qui témoignent en ce coin de pays du recul des compatriotes de Sir Alexander Galt4.4.Homme politique d\u2019origine britannique (1817-1893), il fut un des Pères de la Confédération et député de Sherbrooke. 266 Et puis, les riches héritiers anglais et écossais du Golden Square Mile montréalais, sentant arriver l\u2019émergence d\u2019un pouvoir québécois authentique, ont laissé la place à la nouvelle «garde montante» dont parle aujourd\u2019hui Jacques Parizeau.Leur départ a été accompagné du déplacement vers Toronto du pouvoir économique anglophone désireux de s\u2019établir en lieu sûr, en territoire incontestablement ami, au cœur de la nouvelle métropole financière des bords du lac Ontario.À vrai dire, on ne laisse pas sa poudrière près de la ligne de feu, encore moins en territoire ennemi.Sans doute, il reste un dernier carré de résistance anglophone qui ferraille durement dans la partie ouest de l\u2019île de Montréal, mais la place est tout de même investie.D\u2019ailleurs, il s\u2019agit ici de reprendre un territoire occupé qui appartenait jadis aux Québécois de vieille souche française.C\u2019est ainsi que, depuis plus de deux siècles, se poursuit par les descendants des deux peuples et leurs alliés cette même guerre coloniale pour la possession et la maîtrise d\u2019une partie du territoire canadien.Chacun des peuples vise tout naturellement à la domination d\u2019un territoire pour répondre aux exigences de son vouloir-vivre collectif avec, comme conséquence inévitable, que la victoire de l\u2019un signifie la défaite de l\u2019autre, son affaiblissement graduel et sa disparition.L\u2019intégration et l\u2019assimilation L\u2019intégration et l\u2019assimilation des éléments étrangers font partie des objectifs conscients ou inconscients de chaque peuple pour y parvenir.Toute la démarche que poursuivent le Canada anglais et le Québec français pour être maîtres chez eux répond au comportement inné des peuples dans leur désir profond et enraciné d\u2019avoir un espace territorial qui leur ressemble et qui est le reflet d\u2019eux-mêmes à l\u2019intérieur de leurs frontières propres.Cela est dans l\u2019ordre normal des choses, dirait le grand ethnologue autrichien Konrad Lorenz, prix Nobel de médecine en 1973.Dans un pays neuf comme le Canada où deux peuples ont été «forcés» de vivre ensemble sur le même territoire, chacun d\u2019eux a tenté de se donner l\u2019espace géographique et politique qu\u2019il a eu le pouvoir et la capacité de s\u2019approprier.Ni plus, ni moins.Certes, dans ce genre de confrontation ethnique pour se rendre maître du DE LA FAUSSE CONFÉDÉRATION À L\u2019INDÉPENDANCE 267 terrain, on ne compte pas les morts, ni les blessés comme sur les champs de batailles traditionnelles.Les victoires et les défaites sont essentiellement d\u2019ordre démographique.Elles sont mesurées en statistiques pour évaluer le progrès ou le recul des uns et des autres.Depuis 1851 en particulier, il est possible de suivre sur le terrain la guerre de tranchées pour la conquête du territoire québécois qui nous intéresse davantage ici.Ainsi, à cette époque, des comtés nettement anglophones tels que Sherbrooke (85%), Stanstead (88%), Missisquoi (80%), Argen-teuil (69%), ou Shefford (57%) se sont progressivement francisés en moins de cinquante ans pour renforcer les positions du Québec français.Egalement, depuis le milieu du siècle dernier, des comtés où l\u2019élément de langue anglaise était relativement important comme Bonaventure (51%), Gaspé (39%), Mégantic (46%), Drummond (30%), Lotbinière (26%) ou l\u2019agglomération de Québec elle-même (38%) ont cédé sous la pression du groupe de langue française pour devenir une population presque marginale, en voie d\u2019assimilation ou de disparition à peu près complète dans bien des cas.La francophonie hors Québec D\u2019un autre côté, il apparaît de plus en plus évident que le Québec a perdu la bataille de sa diaspora dans le camp canadien, comme il a perdu celle de la Franco-Américanie.Mises à part certaines régions limitrophes de l\u2019Ontario et du Nouveau-Brunswick majoritairement francophones et considérées, en fait, comme des prolongements linguistiques du Québec, la vie française se meurt à petit feu dans l\u2019ensemble du Canada.Il en est ainsi à Maillardville, à la Rivière La Paix, à Gravelbourg, à Saint-Boniface, à Windsor (Ontario), à Summerside ou à la Baie Sainte-Marie (French Shore), sans parler de Port-au-Port.D\u2019une décennie à l\u2019autre, l\u2019assimilation progresse sans espoir pour ces gens vivant dans un milieu qui les dévore inexorablement.Le Canada anglais a donc bien en main le pays canadien hors Québec, sur lequel il exerce une suprématie incontestée qui ne laisse guère de place à la vie et à la culture françaises dans toutes ces régions essentiellement anglophones.En particulier, la conquête de l\u2019Ouest canadien a été une très grande victoire du Canada anglais 268 dont le succès est indiscutable, si les moyens pour y parvenir le sont moins.Les anglophones du Québec Par ailleurs, le Canada anglais à son tour est en train de perdre la bataille de ses îlots minoritaires dispersés à travers le Québec à la suite du développement industriel des cent dernières années.A Shawinigan, à Arvida (Jonquière), à Rouyn-Noranda, à Valleyfield, à Riverbend (Alma), à Chandler, à Baie Comeau ou à Sorel, les anglophones sont soit en voie d\u2019assimilation, soit partis ou en instance de départ vers des cieux plus conformes à leur mentalité culturelle.Dans l\u2019agglomération montréalaise, l\u2019on a vu que les anglophones se sont regroupés dans l\u2019ouest de l\u2019île, où ils sont en position de force et constituent un foyer de résistance redoutable.Cependant, il ne faut pas oublier que la lutte demeure farouche dans la ville de Maisonneuve.En 1851, par exemple, dans le sillage de la conquête britannique, la population de Montréal était devenue majoritairement anglophone et comptait 31 000 citoyens d\u2019origine britannique sur 57 000 habitants, soit plus de 54% de la population totale.Ce fait à lui seul révèle les difficultés considérables de l\u2019entreprise pour les Montréalais de langue française de l\u2019époque qui ont réussi, malgré tout, le pari de transformer leur grande ville en une métropole toujours majoritairement de langue française à plus de 65% au recensement de 1986.Certes, la bataille de Montréal n\u2019est pas terminée, mais elle est bien engagée et en bonne voie d\u2019être gagnée.Avec l\u2019appui des allophones que les Québécois ont appris désormais à considérer comme des alliés nécessaires, précieux et enrichissants, la victoire du Québec français dans l\u2019agglomération métropolitaine est à portée de la main.Toutefois, il ne faut pas oublier que 40% des anglophones et 50% des allophones, aujourd\u2019hui, particulièrement à Montréal, ne parlent pas encore français.Il est donc essentiel que le français soit la langue commune de tous les citoyens de la Métropole de quelque origine qu\u2019ils soient, à l\u2019école, au travail comme dans la vie publique.La bataille du Québec français déjà remportée en province ne sera pas gagnée autrement à Montréal.Le gouvernement du Québec doit en être bien conscient comme tous les Canadiens-Français. DE LA FAUSSE CONFÉDÉRATION À L\u2019INDÉPENDANCE 269 Les jeux sont faits Aujourd\u2019hui, en 1989, les jeux sont pour ainsi dire faits.Le Canada anglais et le Québec français embrigadés plus ou moins consciemment au niveau de chaque individu dans le long conflit séculaire commencé par leur mère-patrie respective, la France et l\u2019Angleterre, achèvent l\u2019un et l\u2019autre de se tailler leur part du domaine.Ce domaine est la partie du territoire canadien où ils ont réussi, au cours des ans, à s\u2019implanter et à s\u2019imposer, selon le rapport de forces des camps en présence.Chacun des deux camps tient ses positions dans son territoire respectif que les frontières actuelles du Québec délimitent déjà pour l\u2019essentiel.Tel est le résultat de cette confrontation historique dont le naufrage de l\u2019île-aux-Œufs en 1711, la déportation des Acadiens en 1755, la défaite de Montcalm en 1759, les Troubles de 1837-1838, l\u2019Acte confédératif de 1867, l\u2019élection du Parti québécois en 1976 et l\u2019échec référendaire de 1980 n\u2019auront été, en fait, que des épisodes plus marqués.L\u2019Accord du lac Meech lui-même, qu\u2019il soit accepté ou rejeté, ne sera qu\u2019un autre épisode de ce conflit.A la vérité, aussi longtemps que le Québec français et le Canada anglais seront des sociétés majoritaires dans leur coin de pays, bien en place politiquement et maîtresses des leviers de commande, la lutte séculaire va se continuer pour le meilleur et pour le pire.C\u2019est un véritable combat à finir, une sorte de guerre d\u2019usure que la cohabitation des deux peuples au sein d\u2019un même pays consécutive à la conquête de l\u2019un par l\u2019autre a rendu inévitable.Le Canada ne peut échapper à ce destin historique où la survie de chacun des deux peuples est en jeu.Des renforts enrichissants Au moment où la diaspora canadienne d\u2019origine française fait plus d\u2019enfants de langue anglaise que de langue française, comme le rapporte M.Joy5, il est réconfortant de constater que le Québec peut désormais compter sur des gens dont les ancêtres en d\u2019autres temps ont combattu dans les rangs de l\u2019armée britannique pour 5.Languages in conflict, Richard, J.Joy (1967). 270 soumettre notre peuple à la couronne anglaise.Ainsi, les descendants des Fraser, des Warren, des Murdock, des McLean, des Blackburn, des McLeod ou des McNicoll ont peut-être aidé à conquérir le Québec ou à le garder britannique, mais ils lui ont apporté une vitalité extraordinaire en mêlant leur sang à celui des Tremblay, des Gagnon, des Simard, des Gauthier, des Roy ou des Côté.Leurs descendants sont des Canadiens-Français à part entière qui contribuent à la vigueur de la patrie commune.Également, des Allemands, tels les Bhérer, les Wilhelmy, les Ébacher, les Glackmeyer, les Grothé, les Inkel, les Koenig, les Piuze, les Troesler ou les Wagner6 venus pour la plupart combattre les rebelles américains au 18e siècle se sont intégrés de façon exemplaire à notre population.Ils l\u2019ont enrichie de leur apport germanique particulier et leurs descendants partagent aujourd\u2019hui le destin du Québec dont ils sont les fils au même titre que ceux dont les ancêtres étaient originaires de Normandie, de Picardie, du Poitou ou de l\u2019île-de-France.Voilà des renforts dont le Québec français avait grand besoin, alors que le Canada anglais s\u2019enrichissait à son tour de quelques millions d\u2019immigrants disséminés à travers le pays.Les manœuvres politiques Comme on l\u2019a dit, les jeux sont faits: chacun des camps occupe maintenant l\u2019essentiel de son territoire et se livre à des manœuvres tactiques de consolidation sur le terrain.Dans la capitale outaouaise, où la bureaucratie anglophone exerce son emprise, cette dernière peut compter sur la collaboration d\u2019un bon nombre de Québécois.Certains sont à Ottawa pour gagner leur vie.Cela se comprend.D\u2019autres veulent être au service du pays dont ils sont toujours les citoyens sans pour autant se considérer comme des transfuges.Au temps de Rome, nombreux étaient les légionnaires gaulois ou ibères qui préféraient la capitale de l\u2019Empire à un lointain chef-lieu de province.Dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas lieu de se surprendre si beaucoup de ceux qui s\u2019intéressent au pouvoir ont choisi la vraie capitale, celle qui compte, c\u2019est-à-dire Ottawa.Personne n\u2019ignore que les attraits du pouvoir sont rarement négligeables et souvent irrésistibles.6.Whilhemy, Jean-Pierre, Les mercenaires allemands au Québec, 1984. DE LA FAUSSE CONFÉDÉRATION À L\u2019INDÉPENDANCE 271 Cependant, à Québec comme à Ottawa, les hommes politiques en place ne sauraient échapper à leurs responsabilités publiques devant l\u2019Histoire.Ainsi à Québec, Robert Bourassa est appelé à prendre des décisions qui engagent le présent et l\u2019avenir collectifs.L\u2019histoire le jugera à ses œuvres comme elle a jugé ceux qui l\u2019ont précédé.Elle dira si le premier ministre actuel favorise l\u2019émancipation du Québec pendant qu\u2019il en a la possibilité ou contribue plutôt à son asservissement irréversible à un pouvoir fédéral entre les mains du Canada anglais et de sa bureaucratie toute-puissante.Elle dira si, sous la conduite d\u2019un tel chef, le Québec a renforcé ses positions pour la maîtrise de son destin ou, au contraire, a effectué un recul politique, économique et culturel dans sa lutte historique pour son existence même.Enfin, au moment où le Québec français et le Canada anglais se font face pour ce qui paraît être l\u2019ultime engagement de leur confrontation séculaire, il est bon de se demander ce qui pourrait advenir de tout cela.L\u2019un ou l\u2019autre des résultats suivants: soit la libération nationale des Canadiens-Français pour réaliser leur désir enraciné de souveraineté politique nécessaire à l\u2019épanouissement national (ce serait le couronnement de la conquête de son territoire pour assurer son destin); soit l\u2019intégration progressive dans l\u2019ensemble canadien suivie de la dissolution de son identité nationale distincte (ce serait la fin de la vie française en Amérique du Nord et la mort du rêve d\u2019être maître chez soi).L\u2019absorption dans le giron américain ne sera qu\u2019un épiphénomène.Voilà les deux voies qui s\u2019offrent au Québec français.De la Confédération à la liberté La fausse Confédération canadienne, celle du Québec français et du Canada anglais, conduit à une impasse libératrice ou mortelle.Elle est incapable d\u2019assurer l\u2019égalité des deux peuples partenaires comme le souhaitait jadis feu Daniel Johnson et comme le recommandait la Commission Laurendeau-Dunton en 1965.Or, sans l\u2019égalité politique des deux peuples, il n\u2019y a pas d\u2019harmonie réelle, fructueuse et durable pour eux.Cette Confédération qui n\u2019en est pas une a été édifiée sur un rapport de forces qui favorise depuis plus de deux siècles le Canada anglais, héritier de la conquête britannique au détriment du Québec français.Il semble bien que seule l\u2019indépendance du Québec puisse 272 permettre non seulement la survie du Québec français, mais encore celle du Canada anglais lui-même.Plus encore, un Québec souverain va éventuellement favoriser une association avec le Canada qui sera plus valable et plus avantageuse que les liens actuels arbitrairement établis.Au moment où le Canada anglais et le Québec français sont à terminer l\u2019un et l\u2019autre la conquête de leur espace territorial marqué à leur image et à leur ressemblance, ces derniers vont-ils continuer leur guerre coloniale inachevée ou, au contraire, négocier un cessez-le-feu sur la base du territoire occupé par chacun des camps en présence?Alors que les États-Unis mus par leur grand projet continental plus que bicentenaire se préparent, tel le Raminagrobis de la fable, à les bouffer l\u2019un et l\u2019autre, le Québec va-t-il comprendre que la souveraineté de Terre-Québec est une nécessité vitale afin de liquider l\u2019héritage colonial qui le garde en tutelle comme un mineur à la merci du Canada anglais?Attendra-t-il plutôt que le Canada anglais montre le chemin de la porte à un Québec français hésitant à se prendre en mains comme il convient?À la vérité, l\u2019avenir du Québec et du Canada passe d\u2019abord par la souveraineté québécoise qui donnera au Québec le pouvoir exclusif sur son territoire de faire des lois, de lever des impôts et d\u2019établir des relations avec le monde extérieur.Telle est la souveraineté politique pour un peuple maître de son destin.Toute autre formule politique est boiteuse et insuffisante.Elle donne lieu à des querelles juridiques, administratives et culturelles interminables dans lesquelles le Québec est continuellement en position désavantageuse.Désormais, la capitale canadienne n\u2019aura plus rien à dire dans les affaires qui concernent le Québec, que ce soit au sujet de la langue, de l\u2019immigration, de l\u2019économie, des relations internationales, de l\u2019éducation, des forces armées, de la justice, de l\u2019agriculture, de la recherche et du développement ou de tout autre sujet.Seul Québec aura autorité sur les citoyens porteurs du passeport québécois et interviendra dans les affaires québécoises.On ne verra plus de fonctionnaires ni d\u2019agents canadiens qui ne connaissent rien de la réalité québécoise représenter «nos intérêts» à l\u2019étranger.L\u2019histoire invite les deux pays à ce genre de projet.Libérés de l\u2019héritage colonial dont la reine d\u2019Angleterre demeure encore DE LA FAUSSE CONFÉDÉRATION À L\u2019INDÉPENDANCE 273 aujourd\u2019hui le symbole officiel en dépit du rapatriement de la constitution, le Québec et le Canada pourront voir avec un œil neuf les relations à établir dans leur propre intérêt.L\u2019exemple de la Communauté économique européenne (CEQ) pourrait servir de modèle.Dans la CEE, chacun des peuples est égal juridiquement à son voisin à travers l\u2019Etat qui en incarne la réalité politique nationale.L\u2019association économique et politique qui se construit là-bas se fait entre partenaires souverains et égaux juridiquement, malgré l\u2019inégalité évidente du poids démographique et du pouvoir économique, sinon de la force politique de chacun.Ainsi, le petit Danemark, avec 5 000 000 habitants, et la puissante Allemagne fédérale voisine, avec 61 000 000 de citoyens, en témoignent éloquemment.Dans le concert de l\u2019Europe et du monde, chacun fait entendre sa voix.Alors que l\u2019Europe est en train de se muer en une confédération d\u2019Etats souverains et associés, le Québec français et le Canada anglais auraient intérêt, semble-t-il, à voir de plus près comment leur propre mère-patrie, la France et l\u2019Angleterre, parviennent à concilier la souveraineté politique de leurs peuples et l\u2019association de leurs intérêts économiques.Entre la fausse Confédération à l\u2019intérieur de laquelle se prolonge une vieille querelle coloniale dont les Canadiens-Français paient les frais au risque de leur vie même et l\u2019établissement d\u2019un Québec souverain, plus vigoureux et ouvert au monde, il n\u2019y a plus d\u2019hésitation.N\u2019attendons pas qu\u2019un Québec fatigué de lutter et épuisé par cette guerre d\u2019usure pour son affirmation nationale ait troqué la langue de Molière pour celle de Shakespeare.L\u2019heure qui s\u2019annonce ne sonnera pas deux fois.«Vive le Québec! Vive le Québec libre!»0 Comment concilier les droits individuels et les droits collectifs?Henri BRUN Professeur de droit constitutionnel Université Laval «Ce n\u2019est certes pas une simple règle d\u2019interprétation législative confiée à la Cour Suprême, ce qu\u2019est la cause de \u2018société distincte\u2019 de l\u2019Accord du Lac Meech, qui pourrait à elle seule suffire à rassurer la collectivité québécoise.» On peut parler des droits de la personne de différents points de vue.On peut le faire d\u2019un point de vue philosophique ou encore politique.On peut parler aussi des droits de la personne selon le droit naturel, mais on peut également centrer son attention sur le droit positif, c\u2019est-à-dire sur les droits de la personne dont les cours de justice sont en mesure d\u2019assurer une mise en œuvre efficace dans un régime constitutionnel où la règle de droit encadre le vouloir des gouvernants. COMMENT CONCILIER LES DROITS INDIVIDUELS 275 Droits de la personne, droit positif et Chartes des droits Du point de vue du droit positif, les droits de la personne sont essentiellement des droits individuels, c\u2019est-à-dire des droits civils et politiques, par opposition aux droits collectifs que sont les droits sociaux, économiques ou culturels.Il en est ainsi de par la nature des choses; c\u2019est que les premiers peuvent être mis en œuvre grâce à une intervention judiciaire qui, au nom de l\u2019individu, arrête l\u2019action des gouvernants, alors que les seconds exigent au contraire une intervention des gouvernants au nom de la collectivité ou d\u2019une collectivité.Les droits à l\u2019égalité, à la liberté et à la justice, qui résument ce que sont les droits individuels de la personne, peuvent en effet s\u2019exprimer efficacement par le biais de jugements de cours qui condamnent les règles de droit qui portent atteinte à l'une ou l\u2019autre de ces valeurs.Alors qu\u2019en revanche, la mise en œuvre d\u2019un droit à l\u2019éducation, à l\u2019environnement ou à la santé postulent au contraire un vouloir politique exprimé à l\u2019aide de mesures financières et normatives qui ne peuvent relever du pouvoir judiciaire.C\u2019est pour cette raison, d\u2019abord et avant tout, que les Chartes des droits de la personne que nous retrouvons dans le droit positif canadien et québécois portent essentiellement sur les droits individuels de la personne.Du moins en est-il ainsi pour leur partie juridiquement efficace, celle dont on peut poursuivre la mise en œuvre devant les tribunaux.La Charte québécoise, par exemple, comprend un chapitre consacré à certains droits économiques et sociaux, mais ce chapitre est demeuré plus ou moins lettre morte, et, en ce sens, il ne fait pas tellement partie de notre droit positif.Autrement dit, les Chartes des droits ne sont efficaces en droit positif que dans la mesure où elles visent les droits individuels.Enoncer dans une Charte le droit au travail n\u2019améliore pas plus le sort des chômeurs qu\u2019énoncer le droit à la sécurité culturelle n\u2019est de nature à rassurer les Québécoises et les Québécois sur leur avenir.L\u2019émergence récente des droits de la personne par le biais des Chartes exprime donc un choix en faveur des droits individuels.Ces droits individuels existaient déjà dans notre droit avant l\u2019avènement des Chartes.Mais leur sort ultime était jusque-là confié au pouvoir législatif du parlement, fédéral ou provincial selon le cas.Les droits de la personne, autrement dit, relevaient alors en dernier ressort du 276 politique, à savoir de la démocratie parlementaire, et non du judiciaire.L\u2019avènement des Chartes, surtout de la Charte canadienne en 1982, a eu pour effet d\u2019enchâsser ces droits individuels dans la Constitution, de sorte qu\u2019il appartient désormais aux cours de justice et non plus aux parlements de décider finalement si l\u2019action des gouvernants enfreint les droits de l\u2019individu à la liberté, à l\u2019égalité ou à la justice.Les Chartes nous ont fait passer subitement d\u2019un régime constitutionnel de tradition britannique, fondé sur le principe de la suprématie législative ou parlementaire, à un régime de type américain caractérisé par la suprématie judiciaire.Le tout sans grand débat, sans préparation et sans réaménagement institutionnel, malgré l\u2019importance fondamentale du changement opéré.Cette mutation constitutionnelle n\u2019est pas en elle-même condamnable.En transférant le pouvoir ultime aux tribunaux elle ne fait somme toute qu\u2019insister davantage sur cette idée fondamentale, bien chrétienne, voulant que ce soit la personne à l\u2019échelle individuelle qui importe par-dessus tout.Le bien-être collectif ne devrait pas permettre que l\u2019individu puisse être écrasé; rien ne devrait justifier la torture.La constitutionnalisation des droits de la personne rappelle donc à nouveau aux gouvernants que leur action ne doit jamais négliger les exigences de l\u2019intégrité humaine, ce qui, bien sûr, n\u2019a rien d\u2019intrinsèquement contre-indiqué.Charte des droits et progrès social Pourtant, il ne faudrait pas perdre de vue que ces droits de la personne constitutionnalisés par les Chartes ne sont toujours que des droits négatifs, qui peuvent empêcher, arrêter ou annuler l\u2019intervention des gouvernants, mais qui ne sont gages d\u2019aucun progrès social.Cette situation résulte, nous l\u2019avons vu, du fait que la mise en œuvre des droits de la personne par les tribunaux ne peut se faire efficacement que de cette façon négative.Or la constitutionnalisation des droits de la personne, en étendant en la matière le domaine du judiciaire au détriment du politique, ne fait qu\u2019accentuer cette situation.Plus les droits de la personne sont intégrés au droit positif par la judiciarisation, plus ils sont voués à ne s\u2019exprimer que par le mode négatif d\u2019un droit de veto des cours de justice sur l\u2019action des gouvernants.S\u2019il faut craindre le «gouvernement des juges», c\u2019est COMMENT CONCILIER LES DROITS INDIVIDUELS 277 d\u2019abord pour cette raison, et ensuite seulement parce que ses titulaires ne sont pas élus.Les Chartes des droits peuvent donc servir à empêcher le pire: à ce titre elles sont précieuses.Si elles peuvent contribuer à protéger l\u2019individu contre la torture, elles sont cependant impuissantes à améliorer le sort des minorités, des défavorisés, des handicapés.Si l\u2019on croit que le degré de civilisation d\u2019une société se mesure au souci qu\u2019elle manifeste à l\u2019endroit de ses éléments les plus démunis, il faut admettre qu\u2019une Charte des droits n\u2019élève en rien ce degré.Qu\u2019il s\u2019agisse du sort des jeunes, des vieux, des pauvres, des autochtones, des femmes ou des malades, aucune Charte n\u2019ajoute quoi que ce soit.Toute intervention en faveur de ces groupes risque au contraire de faire subir des atteintes aux droits individuels, atteintes qui toutefois n\u2019auront souvent pas grand-chose à voir avec la torture.Les Chartes des droits de la personne sont en fait de la nature d\u2019un régime thérapeutique ou d\u2019un système immunologique.Il faut donc savoir en user avec retenue, sans quoi elles sont condamnées à produire des effets inverses de ceux qu\u2019ont recherche.Utilisés dans un climat d\u2019excitation avocassière ou de vedettariat judiciaire, les droits de la personne deviennent vite les droits de ceux qui en ont le moins besoin, mais qui en ont les moyens.Ils créent paradoxalement une société rugueuse, faite de droits, mais absente d\u2019obligations, où il fait bon vivre en présence de son avocat.Pour éviter la banalisation sinon le détournement des droits de la personne, il faut donc que ceux-ci soient définis et appliqués avec circonspection.Il importe au plus haut point de bien savoir, dans chaque cas, de quoi il s\u2019agit au juste.Car, plus souvent qu\u2019autre -ment, l\u2019action qu\u2019on veut empêcher, ou la règle de droit qu\u2019on veut casser au nom d\u2019un droit de la personne, poursuivent elles-mêmes, en fait, des buts qui rejoignent d\u2019autres droits de la personne.Les droits de la personne ne doivent pas devenir l\u2019instrument d\u2019une idéologie libérale se satisfaisant du seul fait de l\u2019inaction des gouvernants.Nos Chartes des droits prévoient trois moyens de procéder à cet équilibrage entre droits individuels et droits collectifs: la définition intrinsèque des droits, la clause générale d\u2019interprétation des droits et, enfin, la dérogation expresse aux droits. 278 La définition des droits de la personne La définition des droits des Chartes devrait découler de l\u2019identification de l\u2019objectif que leur enchâssement semble avoir voulu atteindre.Cette approche téléologique des droits a été plusieurs fois promue par la Cour suprême.En pratique, cependant, il semble que ce soit plutôt le principe simple de l\u2019interprétation libérale qui ait surtout guidé les juges.Ces derniers donnent en effet aux droits la définition la plus large qu\u2019il soit raisonnablement possible de leur donner.L\u2019article 7 de la Charte canadienne énonce le droit au respect des principes de justice fondamentale.La question s\u2019est posée de savoir si cette justice fondamentale renvoie seulement à la procédure de mise en œuvre du droit ou si elle permet aussi de contrôler la teneur substantive du droit.Bien qu\u2019il ait été parfaitement clair que pour les auteurs de l\u2019article 7 l\u2019expression «justice fondamentale» ne visait que le droit procédural, la Cour suprême a décidé le contraire, sciemment.Ce qui fait que tous les tribunaux du pays sont maintenant autorisés à se demander, au sujet de toute règle de droit ou action gouvernementale, si cette dernière est juste.Rien de moins! Il n\u2019est donc pas tout à fait correct de prétendre, comme le font souvent les juges, que le fardeau judiciaire découlant des Chartes leur a été entièrement imposé.La Cour suprême, de même, a jugé que la liberté d\u2019expression, énoncée à l\u2019alinéa 2b) de la Charte canadienne et à l\u2019article 3 de la Charte québécoise, comprend le droit de faire de la publicité commerciale.Une recherche attentive des finalités généralement recherchées par une liberté d\u2019expression consignée dans la Constitution d\u2019un pays aurait pu il nous semble conduire à une autre conclusion.La Cour a plutôt préféré suivre en cela la jurisprudence américaine et le principe de l\u2019interprétation libérale.Sur cette question comme sur plusieurs autres concernant les droits de la personne, la Cour suprême du Canada s\u2019est un peu comportée comme si ses décisions étaient susceptibles d\u2019être cassées par la Cour suprême des États-Unis.Ce qui dérange le plus dans ces définitions débridées des droits de la personne, ce n\u2019est pas tellement le fait que le pouvoir judiciaire s\u2019en trouve augmenté: c\u2019est plutôt, en réalité, l\u2019idéologie qu\u2019elles incarnent, de façon consciente ou inconsciente.Ces défini- COMMENT CONCILIER LES DROITS INDIVIDUELS 279 tions des droits consacrent en effet, dans une certaine mesure, l\u2019idée que les droits de la personne protègent non seulement la personne elle-même, mais encore les droits économiques des personnes.Or cette façon de voir, qui ne peut qu\u2019accentuer l\u2019incidence intrinsèquement stérilisante des Chartes au plan du progrès social, ne correspond pas du tout à l\u2019intention des auteurs des Chartes.On a choisi délibérément de ne pas inclure dans la Charte canadienne le droit à la libre jouissance de la propriété et, dans le cas de la Charte québécoise, ce droit n\u2019existe que «dans la mesure prévue par la loi».Certains arrêts très récents de la Cour suprême laissent peut-être présager, il est vrai, une évolution des tendances à cet égard.La Cour a ainsi jugé que le droit à l\u2019égalité de l\u2019article 15 de la Charte canadienne ne visait que les règles de droit porteuses de distinctions produisant des effets défavorables pour les personnes qui font partie de groupes défavorisés.Elle a décidé aussi que le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de l\u2019article 7 protégeait les personnes physiques et non pas les corporations.L\u2019interprétation des droits de la personne L\u2019idée de définir largement les droits de la personne pourrait se concevoir si elle se complétait, sur le terrain, d\u2019un processus menant à une interprétation nuancée et circonstanciée de ces droits.Or tel n\u2019est pas le cas, bien au contraire.Les Chartes canadienne et québécoise comportent toutes deux des clauses qui, à première vue, peuvent apparaître comme des indications données aux juges d\u2019interpréter les droits de la personne en tenant compte dans chaque cas des valeurs poursuivies par les règles de droit qui se trouvent à produire involontairement des effets négatifs sur quelque droit de la personne.La Cour suprême, malheureusement, traite ces clauses comme s\u2019il s\u2019agissait de moyens donnés aux gouvernants de contourner volontairement les droits de la personne.Elle considère, en effet, que toute atteinte aux droits individuels, si involontaire soit-elle en réalité, est une infraction ou une violation de ces derniers.Et en conséquence, et en toute logique dans son illogisme, elle fait porter sur les seuls gouvernants l\u2019entier fardeau de faire la preuve du caractère raisonnable des règles de droit qui produisent des effets sur les droits individuels à la liberté, l\u2019égalité ou la justice. 280 Ces clauses, qui veulent que les droits de la personne ne soient pas interprétés dans l\u2019abstrait, posent en effet un critère de raison-nabilité: elles permettent que les droits de la personne se trouvent limités par des règles de droit, dans une mesure qui soit raisonnable et justifiable dans une société libre et démocratique.Or la Cour suprême, si étonnant que cela puisse paraître, considère ce critère de raisonnabilité comme étant l\u2019équivalent d\u2019un critère de nécessité.Elle exige des gouvernants la preuve que les lois et règlements qui affectent les droits individuels sont nécessaires et non pas seulement raisonnables.Ce faisant elle confie aux tribunaux un pouvoir que les auteurs des Chartes ne leur ont jamais attribué.Les concepts de nécessité et de raisonnabilité sont fondamentalement différents l\u2019un de l\u2019autre: une règle de droit peut fort bien être raisonnable sans être nécessaire.L\u2019incidence négative des droits de la personne sur le progrès social s\u2019en trouve encore une fois augmentée d\u2019autant.Dans certaines décisions récentes il est vrai, la Cour suprême n\u2019a pas appliqué rigoureusement ces principes déviants dont elle se plaît pourtant à réitérer périodiquement la teneur.Ce laxisme est heureux, car il n\u2019est tout simplement pas possible, généralement, de faire la preuve que telle mesure législative est nécessaire.Cette situation, en revanche, est de nature à permettre à la Cour de décider ce qu\u2019elle veut dans chaque cas.La dérogation expresse Les Chartes canadienne et québécoise des droits contiennent aussi des clauses qui permettent aux législatures de déroger expressément aux droits de la personne qu\u2019elles énoncent.Manifestement, il ne s\u2019agit plus ici de faire faire par les tribunaux l\u2019équilibrage entre les droits de la personne et les autres règles de droit, c\u2019est-à-dire entre les droits individuels et les droits collectifs.La dérogation expresse, au contraire, permet au parlement de faire triompher sa volonté, quel qu\u2019en soit l\u2019impact sur les droits individuels.Pour certains il s\u2019agit là d\u2019une aberration.Tel n\u2019est pas notre avis, tout au moins dans le contexte canadien, et a fortiori dans le contexte québécois.Le Canada est la fédération de dix provinces, fort différentes les unes des autres.Au sein du pouvoir central issu de cette union, il appert qu\u2019on oublie souvent cette réalité première.Lorsqu\u2019elles ont formé la fédération, ces provinces ont choisi de conserver les COMMENT CONCILIER LES DROITS INDIVIDUELS 281 pouvoirs qui leur étaient nécessaires pour continuer de se développer à leur manière en certains domaines.Or l\u2019enchâssement des droits de la personne dans des Chartes constitutionnelles a pour effet, en substituant la suprématie judiciaire à la suprématie législative, d\u2019uniformiser et de centraliser les valeurs sociales à l\u2019échelle d\u2019un Canada uni et non plus fédéré.La raison en est que le pouvoir judiciaire ne connaît pas du tout au Canada la décentralisation fédérative que connaissent les pouvoirs législatifs et exécutifs.Il n\u2019y existe au contraire qu\u2019une hiérarchie judiciaire, fortement dominée par l\u2019exécutif fédéral, et à la tête de laquelle se situe la Cour suprême du Canada, institution purement fédérale siégeant à Ottawa.Dans un tel contexte, conserver aux provinces le pouvoir ultime de rétablir la démocratie parlementaire aux fins de l\u2019équilibrage des droits individuels et des droits collectifs dans les domaines de compétence provinciale relève de l\u2019instinct de survie plutôt que de l\u2019aberration.Si l\u2019on tient compte de l\u2019activisme manifesté jusqu\u2019ici par la Cour suprême en matière de droits de la personne, il ne s\u2019agit pas du tout ici de savoir si les provinces peuvent par dérogation expresse pratiquer allègrement la torture, mais bien plutôt de savoir si elles peuvent encore protéger certaines valeurs sociales et culturelles propres.Ce qui vaut pour l\u2019ensemble des provinces prend évidemment un relief singulier dans le cas du Québec.La vulnérabilité culturelle du Québec fait de l\u2019existence des clauses de dérogation dans nos Chartes des droits des éléments essentiels de l\u2019équilibre minimal qui doit exister dans un tel cas entre les droits individuels et les droits collectifs.L\u2019option contraire n\u2019exprimerait de la part de la collectivité québécoise rien d\u2019autre qu\u2019une résignation suicidaire.Comment une minorité fragile pourrait-elle choisir d\u2019abandonner ce qu\u2019elle a de plus précieux: pouvoir, sur des questions vitales, décider démocratiquement comme une majorité plutôt que de s\u2019en remettre au bon vouloir d\u2019autrui?La Cour suprême semble avoir compris le sens de cette institution qu\u2019est la dérogation expresse.Elle n\u2019a pas cherché à en rendre l\u2019usage difficile.En revanche, la volonté de certains de faire disparaître le mécanisme de la dérogation expresse ne manque pas de laisser planer le doute sur la sécurité du Québec au sein de la fédération canadienne. 282 Conclusion La question la plus difficile que pose la présence de Chartes des droits de la personne est certainement celle de l\u2019équilibre à réaliser entre les droits individuels et les droits collectifs.Les Chartes donnent prépondérance aux premiers et en confient la garde aux cours de justice.Rien, pourtant, ne justifie que ces derniers se soient attribués un mandat en blanc pour l\u2019accomplissement de cette tâche d\u2019équilibrage.Du point de vue du droit, les concepts utilisés par les Chartes ne fondent pas l\u2019existence d\u2019un mandat judiciaire sans bornes.Du point de vue de la politique, il est tout simplement dangereux de faire dépendre le développement social d\u2019un bon vouloir non démocratique s\u2019exprimant par veto.La Cour suprême du Canada, au sommet de cette hiérarchie judiciaire, s\u2019avère d\u2019ailleurs, quant à elle, d\u2019une faible fiabilité pour ce qui est de sa sensibilité aux valeurs socio-culturelles fondamentales des collectivités qui composent la fédération canadienne.D\u2019une part, elle se soucie d\u2019une certaine politique nationale, qu\u2019elle s\u2019est donné pour mission de promouvoir.D\u2019autre part, elle se préoccupe beaucoup de son image, ce qui l\u2019amène à l\u2019écoute des tendances qui prévalent dans une certaine intelligentsia canadienne.Au total, il ne serait guère possible de soutenir sérieusement aujourd\u2019hui que les valeurs confiées aux bons soins de la Cour suprême se trouvent de ce fait placées à l\u2019abri des modes du jour.En contexte de Chartes, la réponse à la question de l\u2019équilibrage des droits individuels et des droits collectifs passe nécessairement à notre avis par l\u2019affirmation du principe de la retenue judiciaire: les tribunaux ne devraient se permettre de condamner une loi qu\u2019en cas de déséquilibre tout à fait manifeste entre l\u2019importance de l\u2019objectif social poursuivi par cette loi et l\u2019importance de l\u2019impact négatif qu\u2019elle produit sur les droits individuels.En raison du lourd tribut politique qu\u2019elle implique, la dérogation expresse n\u2019est quant à elle qu\u2019une issue de secours, que justifient le contexte fédératif canadien, et surtout la situation toute singulière du Québec au sein de cette fédération en Amérique du Nord.Dans ce dernier cas, ce n\u2019est certes pas une simple règle d\u2019interprétation législative confiée à la Cour suprême, ce qu\u2019est la clause de «société distincte» COMMENT CONCILIER LES DROITS INDIVIDUELS 283 de l\u2019Accord du lac Meech, qui pourrait à elle seule suffire à rassurer la collectivité québécoise.? Langue et concurrence législative au Canada Jacques LECLERC Résumé L\u2019auteur relate les débuts du bilinguisme au Canada.Il souligne les effets de l\u2019article 133 de l\u2019AANB et les conflits linguistiques qui en ont découlé.Il rappelle les contrecoups de la Cour suprême qui a imposé au Québec la clause «Canada» et rendu inopérante la clause 58 de la Charte de la langue française qui prescrivait l\u2019usage exclusif du français dans l\u2019affichage.M.Leclerc mentionne les traitements accordés à la langue française en Saskatchewan et en Alberta et il s intéresse à la promotion du français pour les francophones hors Québec.Il prévoit aussi que des conflits d interprétation naîtront de l\u2019Accord du lac Meech, s\u2019il était ratifié; il se pourrait que cette entente protège surtout I anglais au Québec.Les lecteurs auront intérêt à prendre connaissance du concept de l\u2019égalité des langues au Canada.M.Leclerc écrit que «l\u2019anglais est plus égal que le français» et que le Québec a droit à une protection particulière conformément au principe de langue et concurrence législative au canada 285 la «discrimination positive» ou de «l\u2019inégalité compensatoire».L question linguistique a toujours été un thème dominant dans l\u2019histoire canadienne.En effet, dès l\u2019arrivée des Britanniques, la langue a été l\u2019objet de conflits qui n\u2019ont pas souvent favorisé la cohésion nationale.Les conflits se sont transposés sur les plans constitutionnel et législatif.Le système fédéral canadien tel qu il a été conçu a encouragé les chevauchements juridiques, alors que le concept d\u2019égalité théorique des langues a engendré des effets pervers qui démontrent que les politiciens canadiens ont négligé systématiquement les véritables mesures de protection linguistique.Le début du bilinguisme institutionnel La question linguistique a été un thème dominant dans 1 histoire canadienne dès 1763, au moment du Traité de Paris qui cédait le Canada à l\u2019Angleterre.La Proclamation royale du 7 octobre 1763 conférait toute latitude au premier gouverneur anglais, James Murray, pour faire du Québec une véritable colonie britannique en favorisant l\u2019immigration anglaise et l\u2019assimilation des francophones, en implantant la religion officielle de l\u2019État (l\u2019anglicanisme) et en instaurant de nouvelles structures politiques et administratives conformes à la tradition britannique.Or, devant l\u2019impossibilité de faire fonctionner la colonie avec les lois anglaises et la langue anglaise plus de 98% de la population ne parlaient que le français , le parlement britannique a fini par battre en retraite en promulguant l\u2019Acte de Québec en 1774.Bien qu\u2019aucune disposition ne concernât la langue, le bilinguisme est demeuré un fait acquis dans les domaines de 1 administration et de la justice.Toutefois, le mécontentement de la population anglophone conduisit à l\u2019adoption de l\u2019Acte constitutionnel de 1791 et partagea le Canada en deux territoires: le Haut-Canada dont la population ne dépassait pas 10 000 habitants, et le Bas-Canada dont la population atteignait 150 000 habitants à 93% francophones.L\u2019Assemblée législative du Haut-Canada écarta progressivement l\u2019usage du fran- 286 çais et l\u2019abolit définitivement en 1839.Malgré des débats acrimonieux, l\u2019Assemblée du Bas-Canada poursuivit seule la tradition du bilinguisme au parlement, dans l\u2019administration et la justice.Après les émeutes de 1837-1838, la Constitution de 1791 fut suspendue et remplacée par l\u2019Acte d\u2019Union de 1840 qui réunissait les deux provinces afin de rendre minoritaires les francophones et hâter leur assimilation.L\u2019article 41 de la loi impériale abolissait le français comme langue de la législation et décrétait l\u2019anglais seule langue officielle.Devant le tollé de protestations et la quasi-impossibilité de faire fonctionner l\u2019appareil de l\u2019État, le parlement britannique abrogea 1 article 41.C\u2019est ainsi que la tradition du bilinguisme législatif, judiciaire et administratif s\u2019est poursuivie jusqu\u2019à la création de la Confédération en 1867.Les effets asymétriques de l\u2019article 133 de l\u2019AANB La promulgation de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 1867 réunissait l\u2019Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, et créait la Confédération canadienne.L\u2019État fédéral mis en place est alors apparu un compromis acceptable pour les communautés anglophone et francophone.La Loi constitutionnelle de 1867 (AANB) ne contenait qu\u2019un seul article à caractère linguistique: l\u2019article 133, qui stipulait que chacun avait le droit d\u2019utiliser l\u2019anglais ou le français au parlement du Canada et à la législature de la province de Québec.Ainsi, des quatre provinces canadiennes, seul le Québec se voyait imposer le bilinguisme à son parlement et dans les tribunaux, alors qu\u2019on comptait une importante minorité francophone dans chacune des trois autres provinces.L\u2019Ontario a même interdit l\u2019enseignement du français dès 1885, puis en 1912; en 1897, la province a imposé sans problèmes l\u2019unilinguisme anglais dans les tribunaux Au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, le français ne fut pas reconnu pendant plus d\u2019un siècle.Entre 1870 et 1949, six autres provinces entrèrent dans la fédération.Créé en 1870, le Manitoba adopta en 1880 une loi faisant de l\u2019anglais la seule langue officielle des lois et de la justice pendant que la langue d\u2019enseignement restait l\u2019anglais.La Colombie britannique fit son entrée dans la fédération en 1871, l\u2019île-du-Prince-Edouard en 1873 et Terre-Neuve en 1949; aucune de ces provinces LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 287 n\u2019a légiféré en matière de langue et aucune n\u2019a, par conséquent, reconnu le français sur son territoire; elles ont préféré laisser évoluer le rapport des forces en présence en faveur de l\u2019anglais.Quant à l\u2019Alberta et à la Saskatchewan qui ont été érigées en province en 1905, elles ont abrogé unilatéralement l\u2019article 100 de la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest, lequel reconnaissait l\u2019usage du français et de l\u2019anglais au parlement et dans les tribunaux.À la suite d\u2019un jugement de la Cour suprême du Canada en février 1988, qui statuait que l\u2019article 110 demeurait encore en vigueur, la Saskatchewan (loi 2) et l\u2019Alberta (loi 60) ont pu adopter de nouvelles lois qui, à toutes fins utiles, ravalaient l\u2019une des deux langues officielles au rang de ce qu\u2019est toujours une «langue autochtone» dans le monde des Blancs.Voilà, en résumé, l\u2019histoire des droits linguistiques au Canada; elle explique les luttes séculaires des francophones qui ont dû se défendre pour conserver leur identité en Amérique du Nord.Les chevauchements du système fédéral Contrairement à des pays comme la France, l\u2019Italie, la Suède ou la Norvège, qui ne possèdent qu\u2019un seul gouvernement, le Canada constitue une fédération de 10 provinces et compte 11 gouvernements, c\u2019est-à-dire un gouvernement central et 10 gouvernements provinciaux avec chacun son exécutif, son parlement, sa fonction publique et ses institutions.Certains pouvoirs sont exclusifs au gouvernement fédéral, d\u2019autres sont exclusifs aux gouvernements provinciaux, mais plusieurs de ceux-ci chevauchent les deux paliers de gouvernement.Relèvent de la compétence exclusive du gouvernement fédéral des domaines comme la défense, la monnaie, la navigation, les aéroports, les poids et mesures, les brevets d\u2019invention, le recensement, les postes, les Amérindiens et les réserves, l\u2019immigration, les pénitenciers, la constitution en corporation des banques, les relations internationales, la radio-télévision, etc.Parmi les pouvoirs attribués aux provinces, mentionnons les richesses naturelles (comme les mines, les minéraux, le gaz naturel ou le pétrole), les droits civils et de propriété, l\u2019éducation, l\u2019administration des hôpitaux, les services sociaux, les institutions municipales, les relations de travail, etc. 288 Dès que les champs de juridiction sont clairement partagés, les conflits sont plutôt rares.Tout se complique lorsque le gouvernement central peut exercer des pouvoirs dans des domaines non prévus dans la Constitution et lorsque certains domaines relèvent d\u2019une double juridiction, fédérale et provinciale: la culture, l\u2019agriculture, la justice, les biens de consommation, etc.Les possibilités de court-circuitage sont plus fréquents si le gouvernement fédéral peut intervenir directement ou indirectement dans les champs de juridiction provinciaux par le biais de lois générales et de réglementations diverses.Précisons que les sources de financement dont dispose le gouvernement central lui permettent de réglementer, par exemple, l\u2019assurance-chômage, les pensions de vieillesse.En fait, les chevauchements entre les deux paliers de gouvernement et la concurrence législative en matière de langue fait partie du système politique canadien.La concurrence législative Si chacun des gouvernements fédéral et provinciaux dispose de ses propres compétences législatives, celles-ci sont toutefois limitées par les garanties constitutionnelles qui lient tous les gouvernements.L article 133 de 1 Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique ne liait au bilinguisme que le parlement fédéral et la législature du Québec, et ce, sans que les dispositions constitutionnelles de 1867 ne renvoient à quelque notion de langue officielle que ce soit.Ce n\u2019est qu\u2019en 1969 que le parlement canadien a promulgué la Loi sur les langues officielles qui donnait un statut officiel à l\u2019anglais et au français, mais seulement dans le cas des organismes et institutions relevant de la juridiction fédérale.L\u2019article 2 se lisait comme suit: «L'anglais et le français sont les langues officielles du Canada pour tout ce qui relève du parlement et du gouvernement du Canada; elles ont un statut, des droits et des privilèges égaux quant à leur emploi dans toutes les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada.» Cet article a été introduit à l\u2019article 16 de la Loi constitutionnelle de 1982.On consacre ainsi dans la Constitution le concept d\u2019égalité juridique des langues, mais pas pour le pays lui-même.Le Canada n est pas un pays officiellement bilingue: c\u2019est un État fédéral bilingue.La loi constitutionnelle ne concerne que les domaines LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 289 de juridiction fédérale.Cela signifie que tous les gouvernements peuvent adopter des lois linguistiques, mais la jurisprudence a établi que l\u2019aspect linguistique d\u2019une activité peut être réglementé dans la mesure où celle-ci est reliée aux compétences respectives, tant fédérales que provinciales, et aussi dans la mesure où elles ne contreviennent pas aux dispositions constitutionnelles.Ainsi, toute province peut légiférer sur la langue des raisons sociales, mais uniquement lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019entreprises constituées en vertu d\u2019une loi provinciale, non en vertu d\u2019une loi fédérale.Par exemple, une banque à charte fédérale n\u2019est soumise à aucune législation linguistique provinciale portant sur les raisons sociales; par contre, une loi provinciale peut obliger une telle banque à utiliser le français comme langue de travail, parce que les relations de travail relèvent des provinces.Néanmoins, aucune province ne peut régir la langue de travail des entreprises relevant de la compétence exclusive du gouvernement du Canada: l\u2019administration publique fédérale, le transport aérien, la navigation, les cours de justice fédérales, etc.Pour le reste, les provinces peuvent adopter les lois qu\u2019elles désirent sous réserve des textes constitutionnels qui garantissent certains droits linguistiques au Canada.Toutefois, en raison des chevauchements possibles entre les paliers de gouvernement, des conflits surviennent parfois entre une loi fédérale et une loi provinciale.Dans ce cas, c\u2019est la loi fédérale qui l\u2019emporte; dans le domaine particulier de la langue, les faits démontrent que seul le Québec voit casser ses lois.La guerre des Chartes Les garanties constitutionnelles sont promulguées dans la Loi constitutionnelle de 1982 dont fait également partie la Charte canadienne des droits et libertés.Cette nouvelle Constitution est lourde de conséquences, parce qu\u2019elle a été adoptée par neuf provinces anglaises et le gouvernement fédéral, et ce, sans le consentement du Québec.Comme exemple de dissension nationale et de concurrence législative, on ne peut trouver mieux: un gouvernement fédéral à majorité de langue anglaise qui, avec l\u2019appui de neuf provinces de langue anglaise, demande à un parlement étranger de langue anglaise, celui de Londres, de réduire, sans son consente- 290 ment, les compétences du seul gouvernement de langue française en Amérique du Nord.Au Canada, l\u2019anglais et le français ont un statut égal, mais l\u2019anglais est plus égal que le français.Cette intervention du gouvernement fédéra] est exceptionnelle dans l\u2019histoire contemporaine canadienne et elle a eu comme résultat de faire casser une loi adoptée légitimement par un gouvernement provincial.En effet, la Cour suprême a elle-même reconnu que l\u2019article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982 avait été adopté pour empêcher le Québec de recourir à l\u2019unilinguisme territorial avec sa Charte de la langue française (ou loi 101).L\u2019article 73 de la Charte de la langue française prévoyait que seuls les enfants dont le père ou la mère avaient reçu un enseignement en anglais au Québec avaient le droit de fréquenter l\u2019école anglaise au Québec.Or, le 26 juillet 1984, la Cour suprême du Canada a déclaré que la «clause Québec» était rétroactivement inconstitutionnelle, parce qu\u2019elle était contraire à la Charte canadienne des droits enchâssée dans la Loi constitutionnelle de 1982.L\u2019article 23.2 de la Charte canadienne oblige toutes les provinces canadiennes à donner un enseignement en français ou en anglais à tout enfant dont les parents ont reçu un enseignement en français ou en anglais au Canada.Ainsi, la «clause Canada» a définitivement remplacé la «clause Québec» dans la loi québécoise.Un autre exemple de la concurrence législative concerne l\u2019article 58 de la Charte de la langue française qui prescrit l\u2019usage exclusif du français dans l\u2019affichage public et la publicité commerciale.En décembre 1984, la Cour supérieure du Québec a invalidé l\u2019article 58 de la loi en raison de la liberté d\u2019expression consacrée dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne et en raison de la Charte canadienne des droits.En décembre 1988, la Cour suprême du Canada a rendu inopérant l\u2019article 58 de la loi québécoise; selon le jugement, le Québec pouvait imposer l\u2019usage du français, mais ne pouvait interdire l\u2019anglais dans le discours commercial.Il fallait s\u2019attendre à ce que, inévitablement, la plus haute cour du pays se prononce dans le sens de la promotion de la dualité linguistique prônée par le gouvernement fédéral, parce qu\u2019elle ne peut que refléter la direction dans laquelle s\u2019orientent les rapports de forces au Canada.Et les rapports de forces au Canada favoriseront toujours la dominance de l\u2019anglais.L\u2019effet le plus dévastateur de la Charte canadienne des droits LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 291 a été d\u2019imposer des contraintes au Québec et de lui nier le droit de contrôler lui-même le seul territoire où les Canadiens-Français sont majoritaires.Cette réduction de la marge de manœuvre du Québec diminue la puissance du français au Québec, tout en ne l\u2019augmentant pas dans les faits au Canada anglais.De plus, l\u2019article 23 de la Charte canadienne est venu empêcher le Québec de se doter d\u2019une protection efficace de type territorial en matière d\u2019enseignement.Il s\u2019agit là d\u2019une véritable opération de sabotage de la part du gouvernement fédéral à l\u2019endroit du Québec: la Constitution canadienne prive désormais la majorité francophone de l\u2019apport normal d\u2019immigrants interprovinciaux «francophonisables» et élargit l\u2019accès à l\u2019école anglaise au Québec.En réalité, la guerre des Chartes a eu pour effet de mettre en pièces tous les articles majeurs de la législation linguistique québécoise.C\u2019est tout dire de la force politique du Québec en cette matière et de la justice distributive qui prévaut, lorsqu\u2019il s\u2019agit des législations québécoises.Afin de se soustraire aux rapports de forces dont il est victime, la seule issue dont dispose le Québec est de recourir à la clause dérogatoire inscrite dans la Constitution canadienne, comme il l\u2019a fait, après le jugement de la Cour suprême, avec la loi 178 du 22 décembre 1988 (Loi modifiant la Charte de la langue française).Cependant, une telle initiative coûte cher à la province française! Pour avoir utilisé la clause dérogatoire de la Constitution dans le but de se soustraire partiellement au jugement de la Cour suprême, le gouvernement du Québec a vu se dresser contre lui tout le Canada anglais qui craint que le Québec abuse de la clause de la «société distincte» si elle était inscrite dans la Constitution.On accuse même le Québec d\u2019avoir créé les conflits entre les communautés linguistiques du Canada.Dans la mesure où seules les provinces anglaises auraient utilisé cette clause dérogatoire à la Charte des droits, il n\u2019y aurait eu aucun remous; mais que le Québec ait recours à cette clause pour se protéger et voilà que tout le régime politique canadien est remis en cause! D\u2019ailleurs, on parle de plus en plus de retirer cette clause de la Constitution; parions que le Québec ne pourra rien faire pour empêcher un tel amendement constitutionnel qui, selon l\u2019avis dominant, se fera selon la règle majoritaire des deux tiers des provinces. 292 La Saskatchewan et l\u2019Alberta Les provinces de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta constituent d\u2019autres exemples intéressants de concurrence législative.Toutefois, contrairement au Québec qui, plus souvent qu\u2019autrement, voit casser ses lois, ces deux provinces anglaises s\u2019en sont mieux tirées.Cela démontre le sens de la justice distributive au Canada en matière de langue.La législature de la Saskatchewan n\u2019avait adopté jusqu\u2019à récemment qu\u2019un seul article sur la langue (Statuts de la Saskatchewan): il permettait l\u2019instruction en français dans certains districts reconnus.Toutefois, en février 1988, la Cour suprême du Canada avait conclu que l\u2019article 110 de la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest (adoptée en 1986) demeurait en vigueur au moment où la Saskatchewan est devenue province en 1905 et que, la loi n\u2019ayant jamais été abrogée, l\u2019usage de l\u2019anglais et du français devait être permis dans les débats de l\u2019Assemblée législative, ainsi que dans les cours de justice.En avril 1988, le parlement provincial de la Saskatchewan a adopté la loi 2 (Loi relative à l\u2019usage du français et de l\u2019anglais en Saskatchewan) permettant l\u2019unilinguisme anglais au parlement et devant les tribunaux, tout en tolérant le français.Comme en Saskatchewan, l\u2019Alberta avait aboli l\u2019usage du français en 1892 à la suite d\u2019un amendement unilatéral à l\u2019article 110 de la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest.Là aussi, tout le monde avait oublié «l\u2019incident» jusqu\u2019à ce qu\u2019un député francophone fût rappelé à l\u2019ordre pour avoir posé une question dans sa langue maternelle (7 avril 1987).La Cour suprême a jugé, en février 1988, que la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest, qui prévoyait l\u2019utilisation du français et de l\u2019anglais à l\u2019Assemblée législative dans les lois et dans les tribunaux, aurait dû s\u2019appliquer aux provinces de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta, lorsqu\u2019elles ont été créées en 1905.Le parlement albertain a adopté la loi 60 (Loi linguistique) en juin 1988, qui stipule que l\u2019anglais est la langue des lois de la province; toute en permettant l\u2019usage du français, le parlement peut décider, par simple résolution, d\u2019adopter et de faire imprimer ses lois uniquement en anglais.Un député francophone pourra utiliser sa langue maternelle à la condition de demander la permission au LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 293 président de la Chambre deux heures à l\u2019avance et de fournir une traduction de son intervention.On peut s\u2019interroger sur le fait que la Cour suprême soit intervenue plus de 80 ans plus tard en Saskatchewan et en Alberta, mais cinq ans seulement après la promulgation de la loi 101 au Québec.Tout le monde avait oublié la loi de 1886 en Saskatchewan et en Alberta, avec le résultat que les deux provinces sont devenues anglaises à plus de 98%.En fait, les Canadiens-Français ont effectivement le droit d\u2019utiliser le français au parlement et dans les tribunaux, mais dans ce dernier cas, un accusé n\u2019a pas nécessairement le droit d\u2019être compris en français.Ce qui équivaut à dénier le droit accordé.Paradoxalement, les gouvernements de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta avaient signé, quelques mois auparavant, un accord constitutionnel qui leur attribuait le rôle de protéger la caractéristique fondamentale du Canada: «l\u2019existence de Canadiens d\u2019expression française, concentrés au Québec, mais présents aussi dans le reste du pays, et de Canadiens d\u2019expression anglaise, concentrés dans le reste du pays, mais aussi présents au Québec».Ces faits démontrent que les deux langues officielles au Canada ne le sont pas au même degré.Alors que l\u2019anglais n\u2019est pas menacé par le français dans l\u2019Ouest, les gouvernements provinciaux traitent l\u2019une des deux langues officielles comme on traite presque toujours les «langues autochtones» qui doivent se contenter de droits symboliques accordés au compte-gouttes.On peut se demander également pourquoi seul le Québec se fait casser ses lois linguistiques sans autre porte de sortie que le recours à la clause dérogatoire périmée après cinq ans.L\u2019Accord du lac Meech Les conflits de juridiction en matière de langue ne sont pas près de s\u2019apaiser au Canada.L\u2019accord constitutionnel conclu le 3 juin 1987 entre les 11 premiers ministres, l\u2019Accord du lac Meech, en est l\u2019une des meilleures illustrations.Le parlement fédéral et toutes les provinces ont le rôle de protéger la dualité canadienne, c\u2019est-à-dire les «Canadiens d\u2019expression française, concentrés au Québec, mais présents dans le reste du Canada» et les «Canadiens d\u2019expression anglaise concentrés dans le reste du pays, mais aussi 294 présents au Québec»; ce qui lie nécessairement le Québec au bilinguisme canadien.Quant à l\u2019Assemblée nationale et au gouvernement du Québec, ils «ont le rôle de protéger et de promouvoir le caractère distinct de la société québécoise»; ce qui ne lie ni le gouvernement fédéral ni aucune province, à l\u2019exception du Québec.Comment, en cas de conflit de juridiction, concilier la promotion du caractère distinct du Québec et la promotion de la dualité canadienne, notamment les droits de la minorité anglophone?À l\u2019exemple de l\u2019article 133 de l\u2019AANB de 1867 et de l\u2019article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982, l\u2019Accord du lac Meech de 1987 donne l\u2019impression de protéger le français au Québec, alors que sa portée réelle vise, comme l\u2019histoire le démontre, à protéger l\u2019anglais au Québec.En effet, cette reconnaissance de la société distincte pourra-t-elle porter atteinte à la Charte canadienne des droits et libertés, c\u2019est-à-dire à la promotion de la dualité canadienne?Dans l\u2019éventualité où cet accord constitutionnel serait ratifié par toutes les provinces avant juin 1990, le Québec se trouverait piégé de toute façon, car rien n\u2019empêcherait les tribunaux de continuer à interpréter la Constitution canadienne dans le sens de la protection de la langue anglaise au Québec et, par voie de conséquence, de la réduction du rôle du français en cette province.Ainsi, la Cour suprême pourrait statuer que le caractère de la «société distincte» du Québec doit être interprété comme une société bilingue composée d\u2019une majorité francophone et d\u2019une minorité anglophone.Selon toute vraisemblance, les tribunaux continueraient de renforcer les facteurs démographiques, économiques, culturels et politiques qui tendent à marginaliser et à minoriser le Québec au sein de la fédération.Conformément à la tradition, il ne faudrait pas compter sur les tribunaux pour concéder aux Canadiens-Français du Québec des droits que la majorité anglo-canadienne ne leur aurait pas concédés volontairement.On n\u2019a qu\u2019à constater le ressac anglophone après que le gouvernement du Québec eut adopté la loi 178 et invoqué la clause dérogatoire pour se soustraire au jugement de la Cour suprême.Le Nouveau-Brunswick et le Manitoba refusent maintenant de ratifier l\u2019accord, alors que Terre-Neuve est déterminée à résilier son approbation en soumettant à sa législature une motion à cet effet.Même LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 295 si personne au Canada ne sait ce que signifie le concept de «société distincte», le Canada anglais craint que le Québec se serve de cette coquille vide pour «brimer» les droits inaliénables des Anglo-Québécois en voulant se protéger.Comme si la Cour suprême pouvait attribuer aux francophones des droits auxquels la majorité du pays n\u2019aurait pas consenti! L\u2019histoire est là pour démontrer que le Canada anglais n\u2019a jamais accepté que le Québec se protège «trop» sur le plan linguistique.Le concept d\u2019égalité des langues au Canada Le concept d\u2019égalité des langues au Canada a été développé par le gouvernement fédéral, alors que pour les provinces, ce serait plutôt le principe de l\u2019inégalité qui prévaudrait.D\u2019après l\u2019article 16 de la Charte des droits et libertés (1982), le français et l\u2019anglais sont les langues officielles du Canada; ils ont un statut, des droits et des privilèges égaux.En vertu de cette déclaration, le gouvernement canadien a fondé l\u2019égalité des droits linguistiques sur une base individuelle.Le droit à la langue est un droit strictement individuel et l\u2019égalité des langues est basée sur l\u2019égalité des individus devant la loi.Peu importe où ils résident sur le territoire, les Canadiens d\u2019expression anglaise ou française ont, en principe, les mêmes droits en regard du gouvernement fédéral; la vision fédérale veut que les Canadiens-Français, aussi bien au Québec que hors Québec, s\u2019identifient avec le Canada et y exercent leurs droits sur un pied d\u2019égalité.Toutefois, la réalité dénie souvent ce droit à la langue dans la mesure où, le nombre ne le justifiant pas toujours, les offres actives en français demeurent souvent déficientes sinon inexistantes.Et comme ces droits théoriques ne s\u2019étendent ni à la province ni à la municipalité, les francophones peuvent avoir l\u2019impression réelle de n\u2019en avoir aucun.Tous les textes de lois fédéraux ont une tendance à promouvoir une vision symétrique des langues officielles, vision selon laquelle les francophones et les anglophones sont considérés comme des groupes égaux.Cette conception abstraite des droits linguistiques distingue, d\u2019une part, des «Canadiens d\u2019expression française, concentrés au Québec, mais présents dans le reste du Canada» et, d\u2019autre part, des «Canadiens d\u2019expression anglaise, concentrés dans le reste du pays, mais aussi présents au Québec».Il s\u2019agit d\u2019un dua- 296 lisme idéologique qui laisse croire que le Canada compte deux majorités au sein desquelles on compte des minorités qu\u2019il est nécessaire de protéger.L\u2019application de ce principe apparemment généreux consiste à prendre des moyens pour protéger les minorités francophones des provinces anglaises et la minorité anglophone du Québec.Cependant, une telle vision des choses fait fi de la réalité.Elle laisse croire, d\u2019abord, que les Canadiens-Français du Québec constituent une majorité au Canada, ensuite, que les deux groupes linguistiques sont égaux.Or, tel n\u2019est pas le cas: les francophones constituent la minorité du Canada avec 25% de la population canadienne et 2% de l\u2019ensemble anglo-américain, et, de ce fait, ils ne sauraient être égaux.On semble oublier que c\u2019est le français qui est menacé au Canada, non l\u2019anglais.La réalité voudrait que le Québec bénéficie d\u2019une protection particulière de la part du gouvernement fédéral; or, de façon paradoxale, c\u2019est la communauté anglophone qui, en tant que minorité au Québec, a droit à cette protection fédérale.La politique linguistique fédérale part du postulat que la communauté francophone du Québec est une majorité et que la communauté anglophone est une minorité.C\u2019est le monde à l\u2019envers: lorsque les locuteurs d\u2019une langue majoritaire (comme les anglophones du Québec) se réclament des droits de locuteurs minoritaires, ils annulent ainsi toute protection à la véritable langue minoritaire (le français) qui, attribuée à la fausse majorité, n\u2019a plus besoin de protection linguistique.Cette situation paradoxale a toujours faussé le débat linguistique au Canada, car Canadiens-Français et Anglo-Québécois se réclament à la fois des droits majoritaires et minoritaires, et ce, avec tous les court-circuitages qu\u2019une telle ambiguïté favorise, c\u2019est-à-dire les effets pervers de l\u2019égalité théorique.Les effets pervers de l\u2019égalité théorique Il faut, certes, féliciter les initiatives du gouvernement central dans ses efforts pour promouvoir le fait français au Canada, mais il faut également le mettre en garde contre les effets secondaires, ou «effets pervers», de ses politiques linguistiques fondées sur une règle théorique d\u2019équité.Par son idéologie égalitariste, le gouvernement fédéral du LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 297 Canada se trompe de cible: la majorité devient minorité et la minorité devient majorité.En inversant les rôles dévolus à la langue dominante et à la langue dominée, on réduit inévitablement toutes les mesures de protection.On se leurre également, lorsqu\u2019on croit que des droits égaux accordés à des groupes inégaux donneront des situations égalitaires.On se trompe aussi sur les techniques de protection utilisées: on accorde des droits individuels aux Canadiens-Français, alors qu\u2019il faudrait donner des droits collectifs, droits que l\u2019on n\u2019a jamais voulu reconnaître au Canada; on croit que la démocratie est liée aux droits individuels et qu\u2019elle est incompatible avec les droits collectifs.On donne des droits aux individus, alors qu\u2019il faudrait donner des droits à la langue; or, seuls les droits collectifs et territoriaux permettent de protéger efficacement une langue.Le gouvernement canadien croit que l\u2019unité du pays passe obligatoirement par la propagation du bilinguisme institutionnel dans chacune des provinces.La politique linguistique canadienne ne tient pas compte de la dynamique des langues et des techniques de protection efficaces.On semble ignorer que des droits égaux accordés à des groupes inégaux aboutiront forcément à des résultats inégalitaires.On ignore que la reconnaissance des droits linguistiques individuels contribue à l\u2019insécurité d'un groupe minoritaire.On ignore que seuls les droits collectifs territoriaux ont quelque chance de réussir dans le domaine de la protection linguistique; en témoignent les mesures adoptées en Belgique, en Suisse, mais aussi en Finlande, en Yougoslavie et au Danemark (archipel Féroé).On ignore que la justice pour les langues ne passe pas par l\u2019uniformité des statuts, mais au contraire par la diversité juridique de ces statuts et des mesures asymétriques à l\u2019avantage de la langue minoritaire sur le plan national.On ignore enfin que la politique d\u2019uniformité des statuts linguistiques au Canada peut entraîner des résultats contraires dans les provinces anglophones et au Québec.Dans les provinces anglaises, la langue de la majorité n\u2019est pas menacée; le Québec demeure un cas spécial, car la langue de la majorité est menacée.Les mesures extensives de protection accordées aux minorités francophones des provinces anglaises se révèlent préjudiciables au français au Québec, lorsqu\u2019on les applique aux anglophones de cette province.De la même façon, appliquer les mêmes critères restrictifs aux anglophones du Québec et aux minorités francophones hors Québec 298 entraîneraient des effets destructeurs pour ces dernières.On n\u2019a pas compris que le français doit être protégé partout au Canada, y compris au Québec.La mise en œuvre d\u2019une politique d\u2019égalité théorique peut favoriser l\u2019affaiblissement du français au Québec, sans pour autant entraîner une amélioration sensible du sort des Canadiens-Français hors Québec.Rappelons-le, les mesures de protection fondées sur les droits individuels contribuent le plus souvent à l\u2019insécurité du groupe minoritaire, parce que de telles mesures favorisent la concurrence des langues et l\u2019absorption du groupe minoritaire par le groupe majoritaire.Dans le domaine de la protection des langues minoritaires, seules les politiques territoriales favorisant l\u2019établissement de frontières linguistiques unilingues le plus possible imperméables ont des chances de réussir.Les véritables mesures de protection linguistique On peut se demander pourquoi les francophones, où qu\u2019ils soient au Canada, n\u2019ont jamais été satisfaits des mesures de protection qu\u2019ils ont obtenues.C\u2019est que l\u2019ensemble du Canada n\u2019a jamais considéré qu\u2019il existait une minorité canadienne (francophone) dont il fallait protéger la langue, non les individus.On n\u2019a jamais compris au Canada que la véritable protection linguistique passe par des mesures asymétriques à l\u2019avantage du groupe minoritaire.Dans les situations où deux groupes sont inégaux, comme les anglophones et les francophones au Canada, il faut recourir à des inégalités compensatoires (ou discriminations positives) à l\u2019avantage du groupe minoritaire pour lui procurer un statut égalitaire dans les faits.On n\u2019a jamais compris ce principe élémentaire au Canada, avec le résultat que le Québec francophone s\u2019est toujours fait piéger.11 faut que, comparativement aux autres provinces canadiennes, le français obtienne plus de droits que l\u2019anglais au Québec pour contrebalancer la puissance de cette langue en Amérique du Nord.Par voie de conséquence, l\u2019anglais devrait avoir moins de droits au Québec que le français dans les autres provinces; or, c\u2019est le contraire qui se produit avec le résultat que l\u2019on maximise les droits des anglophones et l\u2019on minimise ceux des francophones.Pourtant, ce sont ces derniers qui sont menacés. LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 299 Le cas du Québec minoritaire dans la fédération Ainsi, s\u2019il veut protéger et promouvoir sa «société distincte», le Québec doit exercer sa pleine juridiction dans le domaine de la langue et de la culture, c\u2019est-à-dire être complètement maître de la politique linguistique sur son territoire.Aucune de ses attributions en ce domaine ne devrait être supprimée, diminuée ni transférée à une autre autorité sans son consentement.Les éventuelles modifications constitutionnelles ne doivent plus permettre que le Québec joue simplement le rôle que lui dicterait la Cour suprême du Canada.Le Québec ne doit pas passer son temps à plaider et à se faire interpréter par la majorité anglaise du Canada.La Constitution canadienne doit garantir au Québec le contrôle de sa langue et de sa culture sur son territoire, ainsi que celui de son immigration.En somme, il faut éliminer la concurrence législative.Il serait normal aussi que le gouvernement fédéral lui-même s\u2019engage à protéger et à promouvoir, dans son champ de juridiction, la «société distincte» du Québec.Il faudra en arriver un jour à ce que les deux paliers de gouvernement adoptent des politiques linguistiques communes et compatibles aux besoins du Québec; on ne voit pas pourquoi le gouvernement fédéral, à l\u2019exemple de la Suisse et de la Yougoslavie, ne pourrait pas harmoniser sa politique linguistique avec celle du Québec.Au lieu de continuer de saboter les politiques de protection linguistique adoptées par le Québec, le gouvernement fédéral pourrait, au contraire, les soutenir, conformément au principe de la «discrimination positive» ou de «l\u2019inégalité compensatoire».Autrement dit, il faudrait que les gouvernements apprennent à ramer dans le même sens et que le fédéral accepte également de protéger le français au Québec.Àl\u2019intérieur de son champ de juridiction, le gouvernement central devrait, lui aussi, s\u2019octroyer Y obligation de protéger la «société distincte», mais sans la subordonner au Québec au multilinguisme et à la dualité linguistique.De plus, en vertu du principe de l\u2019inégalité compensatoire, le gouvernement du Québec devrait se voir octroyer Yobligation de protéger le caractère distinct de sa société, et ce, sans la subordonner à la dualité linguistique.Il n\u2019est pas possible de vouloir que le Québec affirme résolument son caractère de société distincte et de favoriser en même temps la dualité canadienne et le bilinguisme généralisé.En fait, il faut cesser de considérer le 300 Québec comme une majorité provinciale qui n\u2019a pas besoin de protection.Le Québec constitue l\u2019essentiel de la minorité canadienne et, en ce sens, il a droit à une protection particulière.Il ne saurait se réduire à une province comme les autres.On semble ignorer enfin que la meilleure façon de faire accepter au Québec son statu quo politique, c\u2019est de lui assurer un territoire relativement imperméable aux pénétrations de l\u2019anglais.Or, pour ce faire, il faut que le Québec garde un pouvoir de décision quasi exclusif en matière de langue et de culture.Aussi longtemps que le Québec pourra craindre l\u2019envahissement de l\u2019anglais au risque de ne jamais devenir maître chez lui, la Confédération est menacée d\u2019éclatement.On en est arrivé au point où les Québécois se disent moins préoccupés que jamais par le reste du Canada, tandis que le reste du Canada admet de plus en plus qu\u2019il ne trouverait pas dramatique la séparation du Québec.Les Canadiens-Français hors Québec Les stratégies d\u2019intervention en faveur du français hors Québec sont nécessairement différentes de celles qui sont appliquées au Québec.Certaines pratiques linguistiques utilisées ailleurs dans le monde (Belgique, Suisse, Finlande, Hongrie, Yougoslavie, URSS) pourraient être adaptées au Canada anglais.Ainsi, les francophones hors Québec peuvent utiliser le pouvoir fédéral comme un allié et exiger leurs droits dans les domaines des écoles, des médias, de la justice et des services gouvernementaux en français.Pour cela, ils doivent se doter de structures leur permettant de transmettre leurs plaintes rapidement au Commissaire aux langues officielles du Canada et éviter que le fardeau ne tombe sur les épaules des individus.Sur le plan provincial, les francophones du Nouveau-Brunswick et ceux de l\u2019Ontario, par exemple, pourraient obtenir beaucoup plus qu\u2019ils ne reçoivent présentement.Il y a encore loin de la coupe aux lèvres, car les services provinciaux en français sont, la plupart du temps, inadéquats quand ils ne sont pas tout simplement inexistants.Quant aux services municipaux et aux services de santé en français, rares sont les communautés francophones qui peuvent s\u2019en prévaloir, si elles ne sont pas localement majoritaires.La plus grande difficulté des Canadiens-Français hors Québec LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 301 réside dans leur dispersion géographique; à part le Nouveau-Brunswick, ils sont presque toujours répartis sur de vastes étendues de territoire.Néanmoins, on retrouve plusieurs municipalités, notamment au Nouveau-Brunswick, en Ontario et au Manitoba, où les francophones sont parfois majoritaires ou minoritaires dans des proportions assez considérables (plus de 20%, par exemple).Lorsque les francophones sont suffisamment concentrés sur le territoire d\u2019une municipalité, ils pourraient obtenir des droits territoriaux à l\u2019exemple de ceux que l\u2019on retrouve dans certains pays.Ainsi, en Finlande où les Suédois ne constituent que 7% de la population, l\u2019État permet à ce groupe minoritaire de constituer des municipalités officiellement bilingues (finnois-suédois) dès que la minorité forme 10% de la population locale; les Suédois peuvent même obtenir des municipalités unilingues suédoises, si les Finnois comptent pour moins de 10% de la population.Les municipalités officiellement bilingues accordent des droits collectifs considérables: services municipaux en suédois, affichage dans les deux langues, suédois comme langue de travail, écoles en suédois, etc.On ne voit pas pourquoi les francophones hors Québec ne pourraient pas bénéficier de tels droits territoriaux accordés à la fois par les municipalités, par les gouvernements provinciaux, par le gouvernement fédéral, sinon ces droits n\u2019ont pas de portée réelle.Ce sont là des formules que l\u2019on retrouve dans de nombreuses localités en Yougoslavie.Le partage du pouvoir dans les municipalités pour les francophones hors Québec serait une solution efficace, parce que cela leur permettrait de jouer un rôle réel sur le plan régional ou local; l\u2019exemple de certains pays démontre que seules les solutions de ce type assurent une protection véritable aux minorités faibles.Cette solution serait réalisable au Canada pour peu que les divers paliers de juridiction fédéral, provincial, municipal en arrivent un jour à une certaine concertation.Par contre, une telle solution pour les anglophones du Québec équivaudrait à une surprotection qui défavoriserait la majorité francophone.De plus, dans la mesure où cela est possible, les francophones hors Québec doivent exiger de contrôler le plus possible leurs institutions, scolaires ou autres.L\u2019une des solutions relativement efficaces pour des groupes minoritaires dispersés consiste à les doter de leurs propres réseaux administratifs parallèles, que ce soit à propos des municipalités, des écoles, des services sociaux, des 302 services de santé, des médias, etc.Le principe est d\u2019acquérir, partout où cela est possible, la dualité administrative unilingue et d\u2019éviter la bilinguisation qui équivaut à l\u2019absorption du groupe minoritaire par le groupe majoritaire.En fait, l\u2019expérience de certains autres pays nous enseigne que les petites minorités dispersées sont mieux protégées par des administrations locales que par de grands ensembles gouvernementaux (provincial, fédéral); par exemple, les lois finlandaises ou yougoslaves appliquées en Ontario donneraient une protection réelle aux francophones.L\u2019autonomie locale donne également plus de pouvoir aux minorités dispersées qu\u2019une égalité juridique ou constitutionnelle qui risque de demeurer symbolique à un palier supérieur.Toutefois, cette mesure n\u2019est efficace que si les autorités locales sont soumises à des lois cadres.Les francophones hors Québec doivent être conscients que la protection linguistique passe par le partage du pouvoir politique et économique, même au plan local.Le culte de la langue des ancêtres et l\u2019idéologie de la fierté de la langue ne pèse pas lourd dans la vitalité de cette langue.D\u2019ailleurs, certains des dirigeants au sein de la Fédération des francophones hors Québec semblent avoir compris; ils remettent maintenant en question les politiques de bilinguisme du gouvernement fédéral.Cependant, les leaders des différentes communautés francophones ne s\u2019entendent pas toujours sur la démarche politique à suivre.La structure politique du Canada fait en sorte que les intérêts varient selon les provinces; à part la langue, il n\u2019y a pas d\u2019intérêt commun, par exemple, entre un francophone du nord du Nouveau-Brunswick et un francophone de l\u2019Alberta, et il y en a encore moins entre un francophone du Québec et un francophone de la Colombie britannique.C\u2019est ce qui explique que la promotion du bilinguisme peut être perçue comme positive dans l\u2019Ouest, mais négative au Québec.Les francophones hors Québec sont souvent fiers, lorsque les Québécois s\u2019affirment sur le plan de la langue, mais ils sont également déchirés dans la mesure où cette affirmation risque de se retourner contre eux.Des politiques linguistiques harmonisées L\u2019examen de certaines politiques linguistiques dans le monde nous invite à remettre en question les politiques d\u2019aménagement linguistiques telles qu\u2019elles existent au Canada.Ainsi, alors qu\u2019au LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 303 Canada les différentes politiques linguistiques du fédéral et des provinces sont souvent sectorielles, improvisées, contradictoires et concurrentielles les unes par rapport aux autres, parfois même réactionnaires, la Yougoslavie nous donne l\u2019exemple de politiques d\u2019aménagement linguistique concertées, complémentaires et harmonisées entre les républiques et le gouvernement central, et ce, dans le respect des droits des minorités faibles.Présentement, seuls les gouvernements du Canada, du Québec et du Nouveau-Brunswick ont élaboré une politique linguistique globale et cohérente.Le seul problème, c\u2019est que celle du Canada et celle du Québec sont incompatibles parce que concurrentielles.Quant aux politiques linguistiques des autres provinces, elles demeurent souvent sectorielles (Ontario, Manitoba), parfois réactionnaires (Alberta et Saskatchewan), voire inexistantes (Colombie britannique, Terre-Neuve).Il faudra songer un jour à harmoniser toutes ces politiques, mais sans recourir, comme on l\u2019a fait dans le passé, à des coups de force pour saboter les politiques de la seule province française, et sans toujours passer par les tribunaux pour casser des lois adoptées par cette seule et même province.Il faudra harmoniser les politiques linguistiques en contrecarrant plutôt celles des provinces anti-françaises comme l\u2019Alberta et la Saskatchewan.Certes, la protection linguistique a ses limites.Même dans les pays très généreux en ce domaine, les mesures de protection ne peuvent empêcher totalement l\u2019assimilation des minorités, sauf lorsque l\u2019on sépare les langues sur le territoire (comme en Belgique, en Suisse ou en Finlande [archipel d\u2019Aaland]).En effet, toute politique linguistique fondée sur la séparation territoriale des langues se révèle très efficace.Or, la tradition canadienne n\u2019a jamais favorisé une telle approche, parce qu\u2019elle limite nécessairement le droit à la langue chez la majorité nationale.Depuis 1763, l\u2019anglais a toujours joui de prérogatives partout au Québec.On n\u2019a jamais accepté que le français bénéficie de droits compensatoires aux dépens de l\u2019anglais.On croit plutôt à une égalité théorique et symétrique, qui a pour effet de maximiser les droits des anglophones et de minimiser ceux des francophones.Même la coquille vide de la «société distincte» est mal perçue au Canada anglais.Il faut que le gouvernement fédéral cesse de vouloir donner à tout prix l\u2019image d\u2019un pays uniforme, d\u2019un pays doté de deux langues officielles (sur le plan fédéral) traitées de la même façon 304 partout, d\u2019un pays qui compte des minorités provinciales et non des minorités canadiennes que l\u2019État fédéral doit protéger, d\u2019un pays qui se fait le défenseur d\u2019un bilinguisme théorique, d\u2019un pays qui croit que la justice passe par l\u2019uniformité des statuts juridiques, d\u2019un pays qui, dans les faits, se présente comme anglophone avec une importante minorité francophone concentrée dans une province bilingue.En réalité, le Canada pourrait se doter de lois cadres qui lient tous les gouvernements, mais en tenant compte à la fois des besoins de la «société distincte» du Québec et de ceux des francophones hors Québec.Cela signifie l\u2019abandon des statuts d\u2019uniformité pour toutes les provinces y compris le Québec, l\u2019élaboration de mécanismes prévoyant des mesures d\u2019inégalités compensatoires pour le Québec et les francophones hors Québec, l\u2019adoption de protection territoriales accordées à la langue, et non aux individus.Méconnaître ces principes fondamentaux, c\u2019est ignorer les véritables mesures de protection linguistique.Malheureusement, comme dans d\u2019autres pays, la question linguistique au Canada n\u2019a jamais été un facteur de cohésion nationale, mais plutôt un élément déstabilisateur qui sert à diviser le pays.Dans le domaine de la protection linguistique, le Canada a toujours fait preuve d\u2019indécision et d\u2019immobilisme.Qu\u2019à cela ne tienne, nous sommes habitués de vivre les lents pourrissements et le psycho-drame linguistique permanent.Références bibliographiques BASTARACHE, Michel, et al.Les droits linguistiques au Canada, Montréal, Les Éditions Yvon Blais inc., 1986, 576 p.CARATINI, Roger.La force des faibles, Paris, Larousse, 1986, 399 p.CASTONGUAY, Charles.«Assimilation et bons sentiments» dans La Presse, Montréal, 15 avril 1987.COMMISSAIRE AUX LANGUES OFFICIELLES.Rapport annuel 1988, Ottawa, Approvisionnements et Services Canada 1989, 339 p.CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE.Le projet de loi fédéral C-72 relatif au statut et à l\u2019usage des langues officielles au LANGUE ET CONCURRENCE LÉGISLATIVE AU CANADA 305 Canada, Québec, Service des communications du Conseil de la langue française, 1988, 40 p.DION, Léon.Pour une véritable politique linguistique, Québec, Gouvernement du Québec, 1981, 52 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Québec: un naufrage complet?», dans La Presse, Montréal, 22 septembre 1989.ROY, Michel.«Le vrai défi», dans La Presse, Montréal, 18 novembre 1987.Q Lettre ouverte au premier ministre du Québec Le français folklore Résumé Monsieur Gouin constate que le français recule au pays du Québec et que l\u2019anglais s\u2019installe dans nos petites têtes de colonisés.Il rappelle certains gestes politiques posés par le gouvernement du Québec en ces dernières années: entraves aux activités de la Commission de Protection de la langue française, amnistie aux allophones inscrits illégalement aux écoles anglaises, services sociaux et de santé en anglais, financement des procureurs d\u2019Alliance-Québec pour combattre la Loi 101, entente du lac Meech soumise à la caractéristique fondamentale du bilinguisme, recul du français avec la Loi 178.L\u2019auteur rêve de liberté.L propos suivant ne se veut aucunement partisan.Il y est strictement question de culture et de l\u2019hypothétique survie de la langue que parleront mes enfants.Incidemment, je désire dessiner quelques-uns des prodromes actuels à ces lendemains qui déchantent dans la lâcheté du silence. LE FRANÇAIS FOLKLORE 307 Le français recule Depuis que vous avez pris le pouvoir, monsieur Bourassa, il y a quatre ans, votre laisser-aller, du reste fort actif, devant la dégradation du fait français au Québec, s\u2019est manifesté de façon on ne peut plus claire.Presque du jour au lendemain les rues de Montréal et de nombreuses autres municipalités ont repris les couleurs d\u2019avant le respect établi par la Charte de la langue française déposée en 1977.Les contrevenants se sont multipliés, et le gouvernement est lui-même devenu un délinquant en cautionnant l\u2019illégalisme généralisé.Partout et de mille façons, le français recule.Il est en outre devenu coutumier de retrouver des produits de toutes sortes présentés en anglais.Toronto utilise les Etats-Unis comme paravent afin de légitimer un retour à l\u2019unilinguisme anglais sur quantité de produits de consommation «exportés» au Québec.Il y a même une boutique de vêtements bien (?) québécoise (Ernest) qui étiquette exclusivement shirts, socks et leather clothes de cette langue d\u2019ailleurs.Dénicher un emploi intéressant pour un Québécois non bilingue devient de plus en plus hasardeux.Exiger l\u2019anglais pour accéder à certains postes des Affaires internationales, soit; l\u2019exiger pour vendre des hamburgers rue Saint-Laurent à des gens qui ne veulent pas apprendre la langue officielle du Québec, c\u2019est trop! Or, même LE DEVOIR, jadis nationaliste et d\u2019une pusillanimité sans précédent depuis quelques années, demande le bilinguisme dans ses offres d\u2019emploi.Les exemples fusent à satiété.À la frontière En Outaouais, par exemple, par-devers le bilinguisme déjà illégal, c\u2019est souvent l\u2019unilinguisme anglais qui prend la vedette.Les commerçants, et une large part de la population profondément endormie, se cachent derrière le bilinguisme «culturel» pour justifier des affiches et des biens de consommation à l\u2019anglaise: «On n\u2019y peut rien, ça vient de Toronto ou bien.des Etats.» Bref, Toronto et New York imposent, la Commission de Protection de la Langue Française dispose.L\u2019assimilation se révèle singulièrement prononcée lorsque, spontanément, des gens considèrent que l\u2019anglais 308 ou le français, so what?, c\u2019est du pareil au même.On se targue, par ailleurs, d\u2019être tolérant.Pendant ce temps, la Capitale de ce pays officiellement bilingue revient à un unilinguisme anglais digne des années \u201950.Les quelques rares espaces où le bilinguisme était de mise à Ottawa, depuis à peine 15 ans, disparaissent complètement.L\u2019Outaouais et le Pontiac (là où certains édiles municipaux ne parlent même pas français) se laissent littéralement dévorer vifs, phagocytés par la langue de l\u2019Amérique sous le couvert de l\u2019«ouverture» à l\u2019Autre.Le français est menacé Notre langue (celle de 2% de la population nord-américaine) recule et, au mieux, stagne au Canada en et hors Québec.Or c\u2019est un poncif d\u2019affirmer que le français n\u2019est une menace pour personne en Amérique et au Canada et que sa présence doit être raffermie au Québec.C\u2019est pourtant ici, au Québec, qu\u2019on doit tolérer des Stop.à tous les coins de rue, qu\u2019on doit, au nom de nos 9,6% d\u2019anglophones, se faire humilier tantôt par les publicités bilingues des Magasins M et du fleuron (!) québécois Provigo, tantôt par notre propre gouvernement qui nous faisait parvenir en fin d\u2019été dernier The voter\u2019s manual sous la même forme.Ce même gouvernement oblige les citoyens à défrayer l\u2019interurbain pour livrer leurs doléances à la CPLF, dont l\u2019unique bureau se trouve à Montréal et, contrairement à la plupart des autres organismes gouvernementaux, on ne peut l\u2019atteindre par le service 800.Le Québec recommence à se bilinguiser sous votre férule et votre encouragement, monsieur Bourassa, alors que le Canada reste enfoncé plus que jamais dans l\u2019irrespect des francophones hors Québec; pour les anglophones, le english Canada, c\u2019est normal et un Québec français inacceptable et carrément illégal.Partout le français plie l\u2019échine sous le mépris de la majorité anglo-saxonne et, plus gravement encore hélas, sous celui de l\u2019inconscience de bien des francophones, alors que l\u2019unilinguisme français au Québec est une simple question de survie.Le linguiste Hanse notait avec grande pertinence que «mettre les deux langues sur le même pied, ce serait mettre les deux pieds sur la même langue».Disposez deux francophones in a box avec 98 anglophones, puis mélangez et le Québec français va s\u2019éteindre.Mais telle est la subtilité du Hara-Kiri à la québécoise: Je t\u2019aime à en mourir. LE FRANÇAIS FOLKLORE 309 Que faites-vous?Il semble, à l\u2019heure actuelle, que seule une minorité d\u2019irréductibles constate que l\u2019anglais au Québec s\u2019installe dans une plaie qu\u2019on s\u2019amuse à laisser ouverte.On confond si aisément, dans notre petite tête de colonisés, la tolérance et la destruction de soi.Cette confusion contamine jusqu\u2019à l\u2019esprit de la direction du Festival des films du monde de Montréal, quand ce ne sont pas les chanteurs qui font in par la chanson en deux langues.Le mépris de soi franchit chaque jour de nouvelles frontières.Notre langue et notre culture, appuyées sur votre indifférence, monsieur Bourassa, s\u2019appauvrissent progressivement mais sûrement depuis quelques années.Et que faites-vous devant ce suicide en douce?Je vous le rappellerai: Prologue: Couper les ailes à la Commission de protection de la langue française.Organisme apolitique, vous l\u2019avez sommé d\u2019entériner votre vision courte, favorisant avec force le repli de notre langue dans notre propre pays.Cet organisme, ayant mandat de faire respecter la Charte de la L.F., est pourtant aveugle devant l\u2019illégalité devenue «réglementaire».Vous avez préféré poursuivre devant les tribunaux les «contrevenants», tel Hans Marotte, qui, en désespoir de cause, se sont vus incités à faire respecter eux-mêmes la loi par les moyens du bord, parce que le gouvernement ne l\u2019applique pas.Vous êtes à cet égard le chef d\u2019un gouvernement qui ne respecte pas la loi, et qui punit ceux qui ont à coeur de l\u2019honorer.Depuis 1985, en effet, et à l\u2019encontre de la loi 101 que vous n\u2019avez pas appliquée, le bilinguisme et l\u2019unilinguisme anglais ont pignon sur rue au Québec sans coup férir.En décembre 1988, vous octroyez un autre deux ans de grâce aux illégaux pour se conformer à cette demi-loi 178, qui confirme par ailleurs à nouveau la régression de notre langue.Bilan: 5 ans d\u2019anglicisation tous azimuts avec votre bénédiction, puis bilinguisation feutrée, mais certaine ensuite.1er acte: Le ministre Claude Ryan amnistie les allophones qui ont décidé illégalement d\u2019opter pour l\u2019école anglaise.Vive l\u2019immigration anglaise! 310 2e acte: Loi 142 sur les services sociaux et de santé offerts en anglais.De tout temps, les anglophones ont bénéficié du droit (plus justement, du privilège) d\u2019être soigné en anglais au Québec.Mais les largesses de l\u2019État actuel à l\u2019égard de notre minorité n\u2019ont vraisemblablement pas de limites.Pendant ce temps, «37% des 89 organismes de santé reconnus anglophones au Québec ne disposent pas de plan d\u2019accès à des services en français» (LE DEVOIR, 9 septembre 1989).Mourir dans la dignité en anglais au Québec, c\u2019est un «droit».Mourir en français, c\u2019est tout au plus statistiquement probable.Mais ce n\u2019est pas suffisant, disiez-vous aux allophones, le 25 août dernier, lors d\u2019une réunion publique à Montréal.«C\u2019est du progrès et il y en aura plus dans l\u2019avenir!» Thank you sir.3e acte: Le gouvernement paie, à même MES impôts et MES taxes, les procureurs d'Alliance-Québec qui traînent la loi 101 devant les tribunaux.MON gouvernement fouille dans MES poches pour aider une minorité hyperchoyée à pourfendre NOS propres lois.À quand les subsides pour la «Ligue des droits du criminel» de façon à permettre à celui-ci de voler, détruire et tuer impunément?4e acte: L\u2019entente du lac Meech.Une «société distincte» absolument pas définie dans le texte, soumise en dernière instance à la caractéristique fondamentale du bilinguisme au Canada (Article 2, §1, alinéa a, de l\u2019entente).De la pâture aux tribunaux qui permet au gouvernement, encore et toujours, de déléguer ses pouvoirs à d autres et d outre-Outaouais.Différer sur l\u2019essentiel: voilà votre credo et votre courage politique, monsieur Bourassa.Finale: Loi 178.Confirmation légale du recul du français au Québec.Il faut aller plus loin encore, nous disait par surcroît M.Ryan, le 29 août, en Outaouais.Après la loi 101, hautement respectueuse de la minorité et dans sa lettre et dans son esprit, après les assouplissements répétés, après les tribunaux qui l\u2019ont triturée à la rendre méconnaissable et quasi-caduque, après son «inapplication» préméditée et concertée, après l\u2019extrême et servile «assouplissement» de la loi 178, il faut en effet .assouplir à nouveau, clame le repré- LE FRANÇAIS FOLKLORE 311 sentant du gouvernement, alors que partout ici, en Outaouais, abdique et se dépossède notre légitime francité.Vous auriez comme projet la mort lente mais irréversible de la francophonie en Amérique, que vous n\u2019agiriez point autrement.Notre langue et notre culture sont en péril.Or vous multipliez les interventions en faveur du puissant et assimilateur anglais et vous affaiblissez délibérément notre identité.Est-ce l\u2019aveuglement, l\u2019ignorance, l\u2019aboulie qui vous font agir de la sorte?Monsieur le premier ministre, le temps qui passe ne reviendra pas.L\u2019heure qui va sonner ne sonnera pas deux fois.Pressez le pas pour me rejoindre.Je rêve de Jura suisse, de Wallonie et de France où, si souvent, je me suis senti chez moi plus encore qu\u2019à Montréal, en Pontiac ou en Outaouais.Pardonnez ma faiblesse de croire à un pays où démocratie ne rime point avec colonie, et tolérance avec cette mourance qui semble expectorer.«le français, faut /\u2019c/ore.»Q Un citoyen peu fier de sa québécitude, Jean-Luc Gouin Les coopératives québécoises: une force collective Bernard DENAULT directeur de la recherche Institut de recherche et d\u2019enseignement pour les coopératives Université de Sherbrooke Résumé M.Denault établit un bilan sommaire des coopératives québécoises.Il souligne le développement des caisses Desjardins, des coopératives agricoles, d\u2019habitation, de travailleurs.Il rappelle certains échecs qu\u2019ont connus les coopératives.L\u2019auteur cite les propos de M.Angers pour un coopératisme «assez fort pour permettre le contrôle de l\u2019économie par les Canadiens-Français».Toutefois, «la clef du succès réside en un seul point fondamental: une vraie mentalité coopérative chez les coopérateurs».En conclusion, M.Denault démontre que la vitalité coopérative, avec ses forces et ses faiblesses, a fait des progrès considérables en ces 30 dernières années et que les coopératives demeurent une propriété collective inaliénable. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 313 Les coopératives québécoises: une force collective?Le modèle coopératif s\u2019avère particulièrement approprié pour le contrôle collectif des moyens de production.Il conjugue à la fois la volonté d\u2019efficacité économique à la volonté de gestion démocratique dans un souci de partage équitable des ressources humaines et financières.Il doit donc répondre aux lois de l\u2019économie de marché et démontrer, comme toute entreprise, une rentabilité fondée sur une gestion rigoureuse et efficace; contrairement à 1 entreprise capitaliste, il n\u2019attribue pas le contrôle aux seuls propriétaires majoritaires de capitaux, mais à l\u2019ensemble des sociétaires participants dont le pouvoir est réparti en fonction de leur participation.Ce qui lui donne une certaine fragilité à un double point de vue.Au plan de son fonctionnement interne, car pour réaliser ses objectifs économiques, il suppose des énergies collectives qui sont difficiles à mobiliser: participation active et continue des membres, fondée sur une éducation permanente, qualité et rapidité de l\u2019information, équilibre de la structure décisionnelle qui doit être efficace tout en respectant le processus démocratique, équilibre entre 1 extension et la concentration des services offerts à l\u2019ensemble des membres1.Fragile aussi au plan de son insertion sociale, car si le modèle coopératif semble bien inscrit dans le développement des sociétés post-industrielles, il a gardé de ses origines une dimension contre-culturelle et implicitement contestataire qui lui donne des airs de marginalité.C\u2019est à partir de ces deux traits fondamentaux de la coopérative, entreprise et association, que se mesure le mieux 1 impact du modèle coopératif comme instrument de prise en mains de leur éco- 1.Il peut être bon de rappeler les principes fondamentaux de la coopération: l\u2019adhésion libre et volontaire (sans discrimination raciale, politique, ni religieuse), le contrôle démocratique (un membre, une voix), l\u2019intérêt limité sur le capital, la répartition équitable des surplus entre les membres, l\u2019éducation des membres et du public, el l\u2019inter-coopération (intra et extrasectorielle).Les 4 premiers pnncipes touchent le fonctionnement de la coopérative, alors que les 2 autres concernent plus le développement coopératif.Un autre principe pratiqué par de nombreuses coopératives, et inscrit dans la loi québécoise, est celui de la dévolution désintéressée de l\u2019actif net qui veut qu'en cas de dissolution, l\u2019actif net d\u2019une coopérative soit distribué à d\u2019autres coopératives. 314 nomie par les Québécois.Car il est indéniable que la coopération a constitué une force qui a permis de rallier les énergies collectives et de nous donner les moyens d\u2019une plus grande autonomie.Mais ce succès évident, à première vue, comporte aussi des zones grises qui le relativisent et incitent à nous interroger sur la viabilité future de la coopération.Mon propos sera structuré en deux temps: un bilan sommaire du développement coopératif actuel au Québec comme force d\u2019appropriation collective de l\u2019économie, et l\u2019impact de l\u2019idéologie coopérative dans la culture québécoise.J\u2019en tirerai quelques conclusions dans la perspective d\u2019un développement futur du coopératisme.Un bilan positif: des histoires de succès économique Aujourd\u2019hui, le monde coopératif québécois se présente comme un tableau dont les volumes et les configurations sont très diversifiés.Deux secteurs aux masses imposantes, fortement institutionnalisés: le secteur financier et agro-alimentaire.Un ensemble de secteurs, plus petits financièrement, plus ou moins institutionnalisés, dont certains ont connu un développement récent: dans le secteur de la consommation, l\u2019alimentation, l\u2019habitation, les coopératives en milieu scolaire, certaines coopératives de service, et les coopératives de travailleurs dans le secteur de la production.Le secteur financier En 1988, le Québec comptait 1 343 caisses populaires regroupant 4,3 millions de membres2.Les actifs de la Confédération des caisses populaires et d\u2019économie Desjardins du Québec se chiffraient à 34 247 milliardsS, comprenant des dépôts de 31,5 milliards$ et des prêts de 29 milliardsS.Elle employait 27 000 personnes et comprenait 18 346 dirigeants élus.En deux ans, l\u2019actif a augmenté de 8,6 milliardsS et il a plus que doublé depuis 1982, où il était de 15,7 milliardsS.3 En 1989, Desjardins est devenu l\u2019employeur le plus important du Québec.2.\tSoit 4 019 242 membres individuels et 310 824 personnes morales.La Confédération des caisses populaires et d'économie Desjardins, 57^ rapport annuel, 1988, p.46.3.\tIbid. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 315 Le Mouvement Desjardins regroupe onze fédérations au sein de la Confédération et 15 institutions ou corporations diverses permettant d\u2019assurer une multiplicité de services financiers dans les domaines du courtage, de l\u2019assurance, de l\u2019investissement industriel, de l\u2019habitation, du traitement de cartes, du transport de valeurs.Le mouvement est aussi impliqué dans l\u2019éducation coopérative, dans le développement international, dans l\u2019éducation des jeunes par le truchement de bourses d\u2019études, sans parler de nombreuses contributions visant à supporter diverses activités socio-culturelles dans l\u2019ensemble du Québec4.Tableau 1 Le développement des caisses Desjardins 1915-1988 Année\tNombre de caisses\tNombre de membres\tActif (milliers)\t(milliers de $)\t 1915\t91\t14\t1 900* 1930\t179\t45\t11 179 1950\t1 084\t600\t223 914 1972\t1 276\t2 821\t3 131 725 1982\t1 465\t3 800\t15 771 870 1986\t1 368\t4 147\t25 646 000 1988\t1 343\t4 330\t34 247 000 * Estimation Sources: Suzanne LALANDE, «Le Mouvement Desjardins», Forces, 72, 1985, p.102.La Confédération des caisses populaires et d\u2019économie Desjardins, Rapport annuel, 1988, p.46.4.Voir la brochure Le Mouvement Desjardins, éditée par la Confédération, 1987, 32 p. 316 La coopération agricole «Le degré d\u2019autosuffisance alimentaire du Québec est passé de 47% à près de 75% durant la dernière décennie.La part des agriculteurs québécois de la production canadienne a grimpé de 11,3% à 24,1% depuis une quinzaine d\u2019années5.» Les coopératives agricoles ont joué un rôle déterminant dans ce développement.En 1987, les ventes globales des 117 coopératives agricoles se chiffraient à 3,26 milliardsS.De ce volume, la Coopérative Fédérée de Québec représente plus du tiers avec des ventes de 1 243 milliardsS.Son volume de ventes, l\u2019année précédente, équivalait à celui de Bombardier.La Fédérée, qui emploie 3 000 personnes, est la plus grosse entreprise agro-alimentaire du Québec dans les secteurs de l\u2019approvisionnement à la ferme et de la transformation des produits agricoles.Elle est la 3e en importance au Canada, après la Saskatchewan Wheat Pool et la Federated Co-operatives de Saskatchewan6.Le deuxième secteur important est celui de la production laitière: il représente un chiffre d\u2019affaires d\u20191,3 milliardsS (1986), dont 771 millions pour Agropur, la plus grande entreprise canadienne dans le secteur laitier et la 6e en importance de toutes les coopératives canadiennes.Elle fabrique 1 200 produits diversifiés et effectue 40% de ses ventes en dehors du Québec7.Alliées à la Fédérée, les 7 grandes coopératives laitières8 fournissent 64% de toute la production laitière du Québec, dont 68% du lait de transformation et 53% du lait de consommation, employant près de 6 000 personnes dans 42 usines9.Les coopératives agricoles détiennent environ 40% du marché de l\u2019approvisionnement, «tandis qu\u2019un tiers des porcs et 60% des poulets qui sont abattus au Québec le sont dans des institutions 5.\tJ.PROULX, Magazine P.M.E., juillet-août 1987, p.21, cité dans, Le Conseil de la coopération du Québec, Mémoire présenté au Ministre de /\u2019Industrie et du Corn-mer ce, M.Daniel Johnson, novembre 1987, p.15.6.\tGouvernement du Canada, Secrétariat aux coopératives, Les 50 plus importantes coopératives (non financières) au Canada 1987, 1 p.7.\tLe Conseil de la coopération du Québec, op.cit., p.17.8.\tAgropur, Purdel, Agrinove, Nutrinor, Coopérative Agricole de la Côte Sud, Agro-dor, Chaîne Coopérative du Saguenay.9.\tCoopérative Fédérée de Québec, Au service de/\u2019agriculteur, une entreprise orientée vers l\u2019avenir, s.l.n.d., p.14 (Chiffres de 1986). LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 317 coopératives»10.De même, la coopérative «Les Producteurs de Sucre d\u2019Érable du Québec» est le premier exportateur mondial de son produit.Comme Desjardins, ces coopératives ont, elles aussi, une implication importante dans leurs milieux respectifs, à travers l\u2019action de leurs membres et par le soutien financier qu\u2019elles apportent à diverses activités sociales de leurs milieux respectifs.Tableau 2 Ensemble des coopératives non financières, Québec, 1985-1987 \tTypes:\tProducteurs\tTravailleurs\tConsommateurs\tTotal N.coop.\t1985\t148\t89\t907\t1 144 \t1986\t155\t129\t1 066\t1 350 \t1987\t156*\t138**\t1 118***\t1 402 N.\t1985\t40 128\t5 331\t544 575\t590 034 membres\t1986\t42 687\t6 290\t588 769\t637 746 \t1987\t40 615****\t6 164\t634 340\t681 119 Chiffre\t1985\t3 026 405\t82 321\t464 874\t3 573 600 d'affaires\t1986\t3 076 034\t99 695\t515 250\t3 690 979 (,000$)\t1987\t3 285 022\t120 542\t561 097\t3 966 661 Masse\t1985\t220 993\t27 953\t41 537\t290 483 salariale\t1986\t233 599\t35 452\t51 933\t320 984 (,000$)\t1987\t263 075\t40 443\t58 357\t361 875 *\tAgro-alimentaire (117), taxi (19), autres (20).** Foresterie (47), impression et édition (5), autres (86).*** Alimentation (159), habitation (700), scolaires (69), services funéraires (31), autres (149).\u2022\tCes chiffres doivent être considérés de façon relative; par exemple, ils incluent 4 161 producteurs d'érable, dont 90% sont aussi membres des grandes coopératives agricoles.Source: Gouvernement du Québec, ministère de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie, Direction des coopératives, 1988.10.Le Conseil de la coopération du Québec, Le gouvernement et le mouvement coopératif au Québec: la problématique de leurs relations, Mémoire présenté au Ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, M.Daniel Johnson, novembre 1986, p.10. 318 Les autres secteurs coopératifs Moins institutionnalisés, ces secteurs ont une histoire plus récente.On compte 700 coopératives dans le secteur de l\u2019habitation, regroupant près de 19 000 membres, qui se consacrent à l\u2019exploitation de logements en très grande majorité; en 1978, on comptait 42 coopératives et 4 769 membres.Les coopératives de travailleurs ont elles aussi connu un essor récent: en incluant les coopératives de taxi, elles étaient au nombre de 157 en 1987 avec 7 500 membres et un chiffre d\u2019affaires de 127 millionsS.De ce nombre, 47 sont des coopératives forestières dont l\u2019histoire remonte à 1938; mis à part ce noyau, l\u2019essor de ces coopératives date d\u2019un peu plus de 10 ans.Enfin, dans le secteur de la consommation, mentionnons les coopératives d\u2019alimentation, 135 000 membres regroupés en 159 coopératives; 69 coopératives en milieu scolaire offrent des services de librairie et papeterie à leurs 370 000 membres, et 31 coopératives funéraires comptent 70 000 sociétaires.Une indéniable vitalité Ces grands pans esquissés par les statistiques, toujours trompeuses malgré leur précision apparente, témoignent indéniablement d\u2019une vitalité du modèle coopératif au Québec depuis plus de cent ans.Un dernier point de comparaison suffira à nous en convaincre.Deschênes, faisant le bilan du «mouvement coopératif» en 1905, l\u2019établit comme suit: deux caisses populaires, deux coopératives agricoles, quatre coopératives de consommation, une trentaine de mutuelles incendies et une cinquantaine de sociétés de secours mutuels dont certaines remontent à la fin du 18e siècle11.On peut dire que les objectifs que s\u2019était fixés Alphonse Desjardins ont été réalisés.Si c\u2019est le problème de l\u2019usure qui avait incité Desjardins à s intéresser à trouver un système de crédit approprié «aux classes laborieuses», ses objectifs s\u2019inscrivaient dans une vision nationaliste beaucoup plus large: lutter contre l\u2019imprévoyance, 1 esprit d\u2019extravagance, le goût du luxe et des habitudes 11.Gaston DESCHÊNES, «Le premier siècle du mouvement coopératif», dans Claude BEAUCHAMP (Dir.), Le développement des coopératives au Québec d\u2019ici l\u2019an 2000, Revue du C.I.R.I.E.C., vol.13, 1 et 2, 1980-81, p.19. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 319 coûteuses et hausser le niveau de vie de ces classes en leur inculquant l\u2019habitude de l\u2019épargne.Mais il importe surtout de favoriser l\u2019agriculture, le développement régional, la création d\u2019entreprises locales en leur donnant des moyens de financement venus du milieu, et, ultimement, assurer l\u2019émancipation économique des Canadiens-Français face au capitalisme anglais et américain.12 Dans un discours de 1911, Desjardins l\u2019exprimait clairement: «La signification de ce mouvement, c\u2019est l'organisation sage et ordonnée des forces productives des masses populaires.C'est leur émancipation économique, c'est le peuple conscient de sa force qui groupe ses énergies, les discipline par une volonté ferme et persévérante, créant ses propres institutions où il sera maître (.); c\u2019est le peuple devenant son propre banquier (.) prenant pour base du régime la cellule paroissiale, image de la famille agrandie évoluant lentement mais sûrement dans ce cadre restreint mais fécond13.» Je ne saurais dire si l\u2019esprit de l\u2019extravagance et le goût du luxe sont moins poussés qu\u2019au début du siècle: il faudrait voir ce que Desjardins entendait par ces expressions, mais les Québécois ont un taux d\u2019épargne parmi les plus forts des pays industriels.Le mouvement Desjardins a été incontestablement un des piliers de la relative émancipation économique des francophones, notamment depuis les années d\u2019après-guerre.Les analystes du capitalisme le considèrent comme un des piliers majeurs du monde financier québécois.«Dans l\u2019ensemble, le secteur financier québécois a gagné beaucoup de terrain aux dépens de la bourgeoisie canadienne-anglaise depuis 1960.Avec le Mouvement Desjardins et la Caisse de dépôt, en plus des institutions financières \u2018privées\u2019, l\u2019axe financier (sens retreint) québécois devient de plus en plus complet et autocentré14.» C\u2019est grâce à ses institutions membres que Desjardins s\u2019est imposé dans de nombreux secteurs financiers, l\u2019assurance (Le 12.\tYves ROBY, Alphonse Desjardins et les caisses populaires, 1854-1920, Montréal, Fides, p.34-47.13.\tAlphonse DESIARDINS, Discours aux Franco-Américains, Lowell (Mass.) le 8 juillet 1911, cité dans Le Mouvement Desjardins, op.cit., p.2.14.\tPierre FOURNIER, «Les nouveaux paramètres de la bourgeoisie québécoise» dans P.FOURNIER (Dir.), Le capitalisme au Québec, Montréal, Éditions coopératives Albert St-Martin, 1978, p.171. 320 Groupe Desjardins, Assurances générales, Assurance-vie Desjardins, La Sauvegarde), les services financiers avec Fiducie du Québec, ou encore la Société d\u2019investissement Desjardins qui, depuis 1974, a amorcé l\u2019intégration verticale de plus de 20 sociétés ou entreprises québécoises auxquelles Desjardins participe à des degrés divers.On peut penser que cette implication va s\u2019accentuer considérablement à la suite des changements opérés à la loi de l\u2019épargne et du crédit, le 15 mars 1989.Le Devoir titrait alors: «Tout devient possible pour le nouveau Desjardins15.» Bien que moins éclatante, cette vitalité se manifeste aussi avec force dans le secteur agro-alimentaire et, à des degrés divers, dans les secteurs de l\u2019habitation, des coopératives de travailleurs, des coopératives scolaires et de certaines coopératives de jeunes.Les quelques statistiques citées sont partielles16, mais elles suffisent à esquisser l\u2019importance d\u2019un développement.Mais il y a toujours dans l\u2019utilisation des chiffres une construction de l\u2019esprit.L\u2019histoire de la coopération québécoise est aussi une histoire de conflits, d\u2019oppositions et d\u2019échecs.La structuration du pouvoir au sein du Mouvement Desjardins ne s\u2019est pas faite sans tiraillements, comme en témoigne, entre autres, la scission de la «petite» Fédération de Montréal en 1945, réintégrée à la Confédération en 198117.La faillite des Pêcheurs Unis qui regroupaient la moitié des pêcheurs professionnels du Québec, l\u2019échec des Caisses d\u2019entraide économique, la décroissance du secteur de la consommation dans l\u2019alimentation et la disparition de la Fédération des magasins coop18, ainsi que la dissolution de la Fédération des Caisses d\u2019établissement, en 1988, constituent des pertes.En six ans, de 1983 à 1988, si le chiffre 15.\tClaude TURCOTTE, Le Devoir, samedi 25 mars 1989, B,l.16.\tLe lecteur intéressé pourra aussi consulter: O.P.D.Q., Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières et Le Conseil de la coopération du Québec, Profil du mouvement coopératif au Québec, Québec, Éditeur officiel, 1979, 327 p.et R.BASTIEN, G.ROY et O.HAMELIN, Les coopératives au Québec: problématique et potentiel de développement, O.P.D.Q., 1980, 150 p.17.\tJacques LAMARCHE, La saga des caisses populaires, Montréal Éd.La Presse, 1985, p.125-126.18.\tNicole GIROUX et Marie-Claire MALO, «Quand l\u2019État s\u2019approprie le projet coopératif: réflexions sur le cas des coopératives de consommation au Québec» dans Coopératives et Développement, vol.20, 1, 1988-89, p.79-89. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 321 des ventes d\u2019Agropur a augmenté, le nombre de sociétaires a baissé notablement, de 7 046 à 5 18219, à cause de la concentration des fermes.Sans parler de l\u2019affaiblissement du Conseil de la Coopération du Québec et de la disparition de sa revue Ensemble!, en 1983.Une vitalité ambiguë?La croissance des chiffres d\u2019affaires, des actifs, du nombre de membres atteste d\u2019une vitalité entrepreneuriale et économique, mais atteste-t-elle avec autant de force une vitalité coopérative au sens d\u2019un partage généralisé des valeurs coopératives, d\u2019un regroupement dynamique des forces coopératives tant sociales qu\u2019individuelles?En d\u2019autres termes, qu\u2019en est-il de la dynamique associative produite par l\u2019association volontaire et démocratique des coopérateurs et coopératrices?Dans son ouvrage publié en 197420, François-Albert Angers dégage les grandes lignes d\u2019un coopératisme qui soit assez fort pour permettre le contrôle de l\u2019économie par les Canadiens-Français.Il rappelle l\u2019anecdote du club Fleur de Lys de Montréal qui, de façon provocante, l\u2019avait invité à expliquer comment il pouvait prétendre que les Québécois puissent atteindre leur autonomie sans privilégier la solution politique.Sa réponse était apparue non moins provocante: par la prise en mains de l\u2019économie au moyen de la coopération, une force calme et lente qui, par sa structure même, suppose une propriété collective et inaliénable assurant un pouvoir démocratique sur le marché: «Si la majorité des consommateurs est francophone dans un territoire donné, toute l'économie qui se développe sous le signe de la coopération sera automatiquement sous contrôle francophone sans qu\u2019il soit nécessaire d\u2019en parler, de développer des thèses nationalistes ou de le crier sur les toits21.» M.Angers souligne les conditions de base nécessaires à un tel développement: la puissance financière, mais surtout le contrôle des 19.\tAgropur, 49e Rapport annuel 1986-87, p.3, 50e Rapport annuel 1987-88, p.4.20.\tFrançois-Albert ANGERS, La coopération.De la réalité à la théorie économique, Montréal, Fides, 2 tomes, 1974, 227 et 411 p.21.\tIdem, t.1, p.202. 322 marchés, ce sont là «en définitive les deux éléments extrinsèques à l\u2019action humaine et à sa qualité, qui concourent aux réalisations économiques d\u2019envergure»22.Développant son argumentation, il dégage une autre condition, socio-culturelle, celle-là: «Mais il est bon de le signaler, car c\u2019est justement dans la mesure où le coopérativisme opère une socialisation relative, par voie de libre adhésion, de l\u2019activité économique du Québec, qu\u2019il peut être en mesure, dans le régime actuel, de faire ce que le gouvernement lui-même ne peut pas faire ou réussir facilement.Le régime coopératif, qui développe la mentalité du faire soi-même, fournit un cadre de réalisation économique à cette mentalité par la coopérative et ses intégrations.La clef du succès réside en un seul point fondamental: une vraie mentalité coopérative chez les coopérateurs23.» M.Angers rappelle ainsi un principe fondamental de la vitalité coopérative, celui de l\u2019intercoopération, c\u2019est-à-dire d\u2019une synergie collective des individus et des groupes, tant au plan de la structure des marchés et de l\u2019économie qu\u2019à celui des structures coopératives elles-mêmes et des individus qui en font partie.C\u2019est-à-dire une interaction étroite des forces coopératives dans le champ économique en vue de son contrôle démocratique et en lien avec une mentalité coopérative des coopérateurs, conséquences d\u2019une éducation coopérative, autre principe fondamental issu de l\u2019expérience des pionniers.Sans aller jusqu\u2019à prôner la république coopérative à l\u2019instar de certains penseurs européens du 19e siècle, et sans nécessairement partager la théorie de la primauté de la consommation, il est clair que l\u2019intégration des forces coopératives au Québec présente des points faibles.Le secteur de la consommation est faible, et, même s\u2019il a connu une certaine expansion dans les années 1970, il s\u2019est considérablement détérioré depuis la crise économique de 1981-82: l\u2019échec de la Fédération des magasins Coop en est un témoignage flagrant.22.\tIdem, p.200.23.\tIdem, p.204-205. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 323 Le domaine de l\u2019agro-alimentaire présente aussi des problèmes d\u2019intégration structurelle.La propriété même des fermes n\u2019est pas coopérative: cette unité de base de la production obéit à des modes de propriété et d\u2019exploitation de type capitaliste.Ce sont les domaines de la transformation des produits et de leur mise en marché qui sont coopératifs, mais les marchés eux-mêmes ne sont pas contrôlés par les coopérateurs, du moins, pas de façon significative.Le secteur laitier connaît actuellement des difficultés importantes occasionnées par la question des prix et du transport du lait, difficultés qui risquent d\u2019affecter le développement des coopératives24.Le secteur des produits de l\u2019érable offre aussi un exemple récent de ces problèmes.C\u2019est la multinationale américaine Borden qui a acheté cette année la production d\u2019environ 1 000 producteurs membres des 3 coopératives incorporées sous l\u2019ancienne loi des syndicats coopératifs; et encore n\u2019a-t-elle consenti qu\u2019à acheter 60% de la production.Les 3 000 autres producteurs de la coopérative «Les producteurs de sirop d\u2019érable du Québec» ont pu résister, non sans rencontrer eux aussi des problèmes de marché qu\u2019ils espèrent solutionner par leur intégration récente à la Fédérée25.Paradoxalement, ce sont dans quelques secteurs moins institutionnalisés que se sont exercées certaines influences en faveur d\u2019un marché de consommateurs.L\u2019habitation coopérative, qui a connu une croissance très importante depuis dix ans grâce notamment à l\u2019actiôn gouvernementale, offre à ses sociétaires des logements à des prix inférieurs au marché.Une étude a montré qu\u2019à Sherbrooke, où le secteur coopératif est fort, cela a eu un effet d\u2019entraînement sur l\u2019ensemble du marché.Un autre effet de la vitalité coopérative, rappelé par M.Angers, est celui de la régionalisation: le contrôle démocratique et populaire de l\u2019économie suppose le dynamisme du développement régional au plan de la production, de l\u2019offre d\u2019emploi, de la consommation, à l\u2019encontre de la tendance «métropolisante» et internationale des conglomérats capitalistes.Même s\u2019il est trop tôt pour en mesurer 24.\tClaude TURCOTTE, «Menacées, les coopératives laitières entament une vaste rationalisation», Le Devoir, vendredi 27 octobre 1989, p.15.25.\tRencontre avec M.André-Paul Laroche et Gaston Rioux, respectivement président et directeur général de la coopérative, le 2 novembre 1989. 324 les effets, car il s\u2019agit d\u2019une expansion récente, Benoît Lévesque et son équipe ont observé que le développement des coopératives de travail s\u2019opérait davantage en régions qu\u2019au centre.Ils ont même détecté une tendance inversement proportionnelle à celle des entreprises manufacturières: alors que celles-ci sont implantées dans une proportion de 68% dans la région de Montréal et de 32% en périphérie, les coopératives de travail le sont à 22% au centre et à 78% en périphérie26.Rien encore pour pavoiser, car le mouvement touche beaucoup le travail précaire et occupe un volume réduit dans une production globale restreinte, mais on peut en escompter des effets socio-économiques positifs, surtout si la tendance s\u2019accentue.À cette faiblesse structurelle, il faut ajouter les difficultés de la concertation coopérative.L\u2019histoire du Conseil supérieur de la coopération, fondé en 1940, devenu depuis le Conseil de la Coopération du Québec, reflète ces difficultés.Ce Conseil visait à favoriser les concertations et développer l\u2019esprit coopératif.La surreprésentation, en son sein, des coopératives institutionnalisées au détriment des secteurs en développement a rendu difficile sa fonction mobilisatrice au point de remettre pratiquement en cause son existence même.Des réajustements effectués ces deux dernières années laissent espérer des lendemains meilleurs, mais encore incertains.La socialisation aux valeurs coopératives Qu\u2019en est-il, enfin, de ce point non moins fondamental que constitue la «vraie mentalité coopérative chez les coopérateurs»?Posons la question autrement, pour échapper à l\u2019interminable débat de la vraie et de la fausse coopération: les orthodoxies sont habituellement génératrices d\u2019intolérance.Avoir une mentalité coopérative, cela suppose une conviction assez forte pour engendrer des attitudes, des comportements, des «habitus» qui soient en accord avec les valeurs coopératives.Ce domaine, essentiellement culturel, est très délicat à interpréter, et les mentalités se prêtent fort mal à la mesure.26.B.LÉVESQUE, A.CÔTÉ, O.CHOUINARD el J.L.RUSSELL, Profil socioéconomique des coopératives de travail au Québec, Montréal, UQAM et Comité provincial des coopératives de production, de travail et pré-coopératives, 1985, p.37 ss. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 325 Le tableau est composé, ici aussi, de masses diversifiées, sauf que les contours sont très estompés.Il y a, bien sûr, au Québec de nombreuses coopératrices et de nombreux coopérateurs animés de la conviction coopérative, jeunes et vieux, dans les grandes coopératives comme dans les petites, travailleurs, cadres, consommateurs, etc.Mais la question est de savoir si cette mentalité est assez partagée et répandue pour constituer une force collective qui réussisse à s\u2019imposer publiquement.J\u2019émets l\u2019hypothèse que cette socialisation constitue une zone faible de la vitalité coopérative.Il y a dans notre culture populaire, quotidienne, habituelle, bien peu de modèles concrets de coopérateurs.À ma connaissance, très partielle, notre littérature et notre théâtre sont dénués de personnages de coopérateurs.Nos téléromans populaires: «Le temps d\u2019une paix», «L\u2019or du temps», «Lance et compte», «Des dames de cœur», etc., jusqu\u2019au tout dernier: «L\u2019or et le papier», nous parlent des passions d\u2019hommes et de femmes impliqués dans l\u2019agriculture, le commerce, le sport, le marché financier, la production industrielle, en un mot, dans une vie quotidienne typiquement régie par des rapports capitalistes de production.La connaissance de notre histoire coopérative est diffusée dans des milieux restreints et spécialisés, quelques livres et revues à faible diffusion, quelques vidéos pour les quelques chercheurs et étudiants de la chose coopérative.Notre éducation formelle ne nous parle qu\u2019incidemment de la coopération.Doit-on se réjouir qu\u2019un manuel important sur l\u2019économie du Québec traite maintenant en un chapitre de la coopération, alors qu\u2019il en parlait en deux paragraphes, il y a dix ans?La coopération n\u2019est pas encore passée dans les mœurs.Depuis que le Québec «sait faire» et s\u2019est pris en mains, il a bâti son avenir et pris le virage technologique selon le modèle dominant de l\u2019économie capitaliste.Si l\u2019analyse des relations de l\u2019État avec les coopératives au Québec s\u2019avère positive à plusieurs égards, elle révèle aussi que l\u2019État québécois a traité le développement coopératif de façon marginale, et utilisé les coopératives comme des instruments de ses politiques globales27, notamment dans le secteur des 27.Voir les différents articles sur le Québec, dans Bernard DENAULT (Dir.), Les 326 coopératives de travail utilisées pour pallier le chômage engendré par la récession économique de 198128.Dans un important article sur cette question des rapports État-coopératives au Québec29, Benoît Lévesque explique la faillite de la Fédération des magasins Coop par deux raisons majeures.Si l\u2019intervention du gouvernement péquiste dans le domaine de la distribution alimentaire se justifiait par des raisons de nationalisme économique, le modèle de développement proposé était «calqué sur la logique de fonctionnement du grand commerce capitaliste»30 et «répondait à une stratégie de développement par expansion et centralisation selon le modèle succursaliste de sorte que la fonction économique et la fonction associative indispensables à la vitalité de toute coopérative étaient dissociées»31.La deuxième raison était que «l\u2019État avait privilégié la fonction coopérative par défaut»32 et il cite Jean-Claude Guérard: «Il y avait peut-être davantage de nationalisme économique que de coopératisme dans le soutien qu'apportaient le gouvernement et le mouvement coopératif aux Cooprix et à leur Fédération, si bien que le jour où les concurrents devinrent Provigo et Métro plutôt que Dominion et Steinberg, certains se sont demandé pourquoi ils continueraient à favoriser Cooprix33.» relations État-coopératives, Actes du colloque international tenu à Sherbrooke du 31 mai au 4 juin 1987, Sherbrooke, Institut de recherche et d\u2019enseignement pour les coopératives de l'Université de Sherbrooke, 2 tomes, 1989, 910 p.28.\tAlain BRIDAULT, «Visa le noir tua le blanc?L\u2019État et l\u2019avenir des coopératives de travail» dans Coopératives et Développement, 17, 2, 1985-86, p.45 à 58.29.\tBenoît LÉVESQUE, «Les relations État-coopératives (1960-1987): anciens et nouveaux compromis», dans B.DENAULT (Dir.), Les relations., déjà cité, p.843 à 877.Cet article se trouve aussi dans la revue Coopératives et Développement, 20, 1, 1988-89, p.159 à 191.30.\tCitation de Claudine MARENCO et Marie-Claire MALO, par Benoît LÉVESQUE, loc.cit., p.862.31.\tB.LÉVESQUE, Ibid.32.\tIbid.33.\tJean-Claude GUÉRARD, cité par Jean-Robert SANSFAÇON, «Nostalgiques s\u2019abstenir», Le Devoir économique, vol.2, n° 5, 1986, p.13. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 327 Exemple typique de l\u2019ambiguïté des rapports avec l\u2019État, qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas propre au Québec, qui témoigne de la prédominance culturelle du modèle capitaliste.Les valeurs coopératives Cette prédominance et sa contrepartie, la faiblesse du modèle coopératif, s\u2019expliquent par de multiples facteurs.L\u2019apprentissage d\u2019une culture se fait surtout par la pratique: cooperando fit cooperator, pour ainsi dire.C\u2019est aussi en coopérant qu\u2019on devient coopérateur.Or nos expériences coopératives sont relatives et partielles.Si 4 millions de Québécois sont sociétaires de Desjardins, cela ne fait pas autant d\u2019individus qui ont la mentalité coopérative.Les comportements habituels exigés du sociétaire sont objectivement très capitalistes: dépôts, retraits, emprunts, etc.Ce n\u2019est pas là que se construit le sens de l\u2019appartenance et de l\u2019identité.Considérant la complexité du mouvement et de sa structure de pouvoir, même la participation démocratique reste épisodique et peu susceptible d\u2019engendrer la mobilisation d\u2019une ferveur coopérative.Elle la supposerait plutôt.À peu de chose près, il en est de même de l\u2019autre organisation complexe qu\u2019est la coopération agricole.Non pas que les valeurs coopératives ne soient pas reconnues et affirmées au sein de ces deux ensembles, au contraire.Depuis 1963, existe chez Desjardins l\u2019Institut coopératif dont la fonction propre est l\u2019éducation coopérative; Agropur a édifié une structure étendue d\u2019animation régionale qui vise à faciliter la mobilisation et la participation.Mais l\u2019existence même de ces structures témoigne de la difficulté que constitue l\u2019éducation coopérative au sein de ces grandes organisations.De même que le récent congrès de Desjardins sur les valeurs coopératives et les changements de la composition du conseil d\u2019administration de la Confédération, pour n\u2019y inclure que des «coopérateurs», témoignent autant d\u2019une volonté d\u2019affirmation coopérative que d\u2019une difficulté antérieure à la réaliser.11 est sûr que l\u2019apprentissage concret se fait mieux lorsque les unités de socialisation sont plus petites, exercent une action continue et touchent la vie quotidienne.Mais ces coopératives, théoriquement plus efficaces comme agents de socialisation, touchent un nombre plus restreint de personnes, en très grande majorité adultes et disposent de ressources moins importantes. 328 Je terminerai en évoquant rapidement deux autres types de facteurs non négligeables, à mon avis.Les premiers viennent de la rupture des liens avec le terreau socialiste dans lequel avait germé l\u2019idéal coopératif de l\u2019Europe du 19e siècle: contrairement à la Suède, souvent citée comme exemple, les modèles importés au Québec se sont révélés plus conservateurs, moins manifestement contestataires et donc plus acculturables au capitalisme34.Le second type de facteurs est relié aux caractéristiques générales de la société québécoise.Contrairement au début du siècle, nous ne sommes plus dans des conditions d\u2019homogénéité culturelle où la concertation des agents de socialisation favorisaient une forte intégration de la culture.Dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, comme c\u2019est le cas des sociétés post-industrielles en général, les agents de socialisation sont multiples et diversifiés et la culture, éclatée; les sentiments d\u2019appartenance se construisent moins en fonction d\u2019une collectivité globalisante, mais à travers des processus de solidarité partiels, groupes de travail, groupes de voisinage, groupes de pression, associations, partis, etc.Ce qui rend d\u2019autant plus difficiles les grandes solidarisations collectives.Conclusion La vitalité coopérative, avec ses forces et ses faiblesses, n\u2019épuise pas la vitalité collective des Québécois.Cette vitalité plus englobante a elle aussi ses points forts et ses points faibles, comme toute force collective.C\u2019est un fait que les Québécois ont réalisé des progrès notables dans le champ économique, depuis 30 ans.Les instruments de ce progrès ont été à la fois coopératifs et à la fois capitalistes tant au plan des capitaux, de l\u2019expertise, des avancées technologiques que de la formation professionnelle.Le coopérateur fervent s\u2019en réjouira, même s\u2019il doit souhaiter que la part coopérative soit plus grande.Il ne faut pas trop se leurrer sur l\u2019autonomie économique du Québec, où l\u2019influence des multinationales et des capitaux étrangers 34.Benoît LÉVESQUE, «Coopératives et socialisme au Québec», dans C.BEAU-CHAMP (Dir.), Le développement des coopératives au Québec., déjà cité, p.83 à 99. LES COOPÉRATIVES QUÉBÉCOISES 329 reste forte, et le restera vraisemblablement.Mais c\u2019est à bon droit que l\u2019actuel président du Mouvement Desjardins, M.Claude Béland, présente son organisme comme une propriété collective inaliénable des Québécois.C\u2019est en fait un des points forts de la coopération, même si ce point ne s\u2019applique pas aux fermes agricoles.En contexte de libre-échange et de piratage organisationnel, cela peut représenter un atout considérable.Après avoir manifesté le succès entrepreneurial des grandes coopératives dans les secteurs traditionnels, et la vitalité récente de nouveaux secteurs comme l\u2019habitation, les travailleurs, le milieu scolaire, j\u2019ai souligné une faiblesse, importante à mes yeux: la relative marginalité culturelle des valeurs coopératives.Marginalité qui se reflète dans la culture globale et, à un moindre degré, chez les coopérateurs eux-mêmes.Le fait aussi que cette socialisation touche fort peu les jeunes, notamment au plan des apprentissages concrets.Cela est une menace pour la vitalité coopérative future.Pour ceux qui souhaitent un développement dynamique de la coopération, cela représente un défi fondamental.Un défi ne vient jamais seul.Du côté de la vie associative, le développement des coopératives et de leurs structures fédératives pose des défis majeurs pour l\u2019exercice du pouvoir démocratique et la mobilisation des membres.De même que la mobilisation intercoopérative.Enfin, le modèle coopératif présente un défi considérable dans sa capacité de répondre à des besoins sociaux nouveaux en lien avec le désir d\u2019autonomie, la capacité d\u2019innovation et la mobilisation collective de couches importantes de la population québécoise.Jusqu\u2019ici, cette capacité s\u2019est davantage concrétisée dans des secteurs coopératifs en émergence que dans les secteurs traditionnels.C\u2019est un défi important que les deux secteurs réussissent l\u2019alliance de leurs forces respectives pour que l\u2019idéal coopératif puisse avoir un impact collectif important et significatif pour l\u2019ave-nir.Q In memoriam: Louis Francœur Bernard RACINE L Mémorial du journalisme québécois pour 1989 a été décerné à feu Louis Francœur, pionnier du journalisme électronique au Québec.Le prix, créé en 1988 par le Conseil de Presse, à l\u2019occasion de son 15e anniversaire, était adjugé pour la seconde fois, ayant été décerné en 1988 à André Laurendeau, rédacteur en chef du Devoir, de 1957 à 1962.Le lauréat du prix a été proclamé le 27 novembre dernier, au cours d\u2019une cérémonie tenue en la salle Raymond-David, de Radio-Canada, à Montréal, à l\u2019issue de l\u2019assemblée générale annuelle du Conseil de presse du Québec.Le Mémorial vise à perpétuer le souvenir de journalistes émérites et, dans les mots mêmes du Conseil de presse, «constitue une reconnaissance et un hommage aux journalistes qui ont fait progresser la liberté et la qualité de l\u2019information au Québec».Le légendaire journaliste Louis Francœur était né à Montréal, le 3 avril 1895.Après des études au collège Saint-Laurent, il entre, en 1913, chez les Cisterciens, à l\u2019abbaye de Maredsous, en Belgique.Lors de l\u2019invasion de la Belgique par les Allemands, en 1915, Louis est envoyé en Allemagne, où il est interné durant quatre années, dont il profite pour apprendre la langue du pays.11 revient au Québec, où il séjourne quelques mois en 1919, avant de retourner en France, l\u2019année suivante.Il abandonne alors la vie religieuse, mais demeure à Paris comme publicitaire des Éditions Beauchesne et secrétaire de rédaction de Lumen, revue d\u2019enseignement. IN MEMORIAM: LOUIS FRANCŒUR 331 Il rentre au pays en 1923, devient courriériste parlementaire à Québec et à Ottawa, pour les journaux La Patrie et Les Débats.Il se marie en 1924 à dame Adèle Gervais.De ce mariage est né un fils Jacques, devenu journaliste et éditeur de journaux.Lors de la fondation, à Québec, en 1929, de l\u2019hebdomadaire politique Le Journal, il en devient le premier directeur, poste qu\u2019il occupe jusqu\u2019en 1934.Il est déjà le type du journaliste chevronné qui sait tout faire dans un journal, jusqu\u2019au métier de linotypiste.Pendant cette période, il tâte de la politique.En 1931, il est candidat conservateur dans le comté de Montmorency où il affronte nul autre que le premier ministre libéral Alexandre Taschereau.En 1933, le Parti conservateur du Québec, qui cherche un successeur à son chef Camillien Houde, lui offre le poste, qu\u2019il refuse.Aux élections fédérales de 1935, il se présente, contre le libéral Fernand Rinfret, dans le comté de Saint-Jacques, sous les couleurs d\u2019un parti éphémère: le Parti Restauration.Il est battu à chaque scrutin.Vers cette époque, en compagnie de quelques autres pionniers de l\u2019Union nationale, il compose le célèbre Catéchisme des électeurs qui, largement distribué à Québec, aidera à la défaite de Taschereau.Il est ensuite successivement rédacteur en chef de L'Illustration et de l\u2019édition du dimanche de La Patrie, professeur à l\u2019École de tourisme de l\u2019Université de Montréal et membre, en 1937, de l\u2019Office d\u2019initiative de Montréal et, l\u2019année suivante, directeur des services de recherches et d\u2019urbanisme de la Commission métropolitaine de Montréal.Radio-Canada l\u2019engage comme commentateur, lors de la visite du roi George VI, en 1939, et découvre son grand talent de traducteur éclair.Il ne quittera plus Radio-Canada qui le garde et l\u2019utilise pour traduire les discours des hommes politiques.Sa connaissance de l\u2019allemand lui permettra même, en une occasion, de traduire un discours de Hitler à la radio.On lui confie ensuite l\u2019animation de «La situation ce soir», émission portant sur la guerre et qui va le rendre célèbre.D\u2019abord diffusée le samedi soir, l\u2019émission prend éventuellement l\u2019antenne cinq soirs la semaine, à 19 h 00.L\u2019érudition de Francœur en fait aussi l\u2019étoile d\u2019un programme questionnaire, «S.V.P.», diffusé le dimanche soir.Ce sont ses années dorées.Personne ne sait à ce moment qu\u2019il 332 n\u2019est pas toujours fier de commenter les nouvelles alors fortement teintées de propagande.Mais le destin frappe le 29 mai 1941.En ce jeudi, Louis Francœur, avec quatre compagnons, dont trois collègues de Radio-Canada, visite un ami au lac Guindon, près de Sainte-Agathe.Au retour, peu avant 19 h 00, l\u2019auto file à bonne vitesse, car le groupe est en retard.Dans une longue pente, sur la route de gravier qui mène à Sainte-Agathe, un fermier a oublié un «quartier de bois» qu\u2019il a utilisé pour immobiliser sa voiture et laisser reposer son cheval dans la côte.L\u2019abbé Wilfrid Morin donne un coup de roue pour éviter l\u2019obstacle et la voiture s\u2019engage sur l\u2019accotement mou, fonce sur un arbre et capote.Le pianiste Léo-Pol Morin et l\u2019annonceur Fernand Leclerc sont tués sur le coup.L\u2019abbé Morin expire quelques heures plus tard à l\u2019hôpital Saint-Luc de Montréal où ont été transportés les trois blessés.Louis Bourgoin, professeur de chimie à l\u2019École polytechnique, reçoit son congé de l\u2019hôpital quelques jours plus tard, mais Louis Francœur est blessé au ventre et ses blessures se sont infectées.Ce soir-là, les auditeurs de «La situation ce soir» entendent l\u2019annonce: «A cause de circonstances incontrôlables, la causerie de M.Louis Francœur, qui passe normalement à cette heure, ne sera pas entendue ce soir.» Ni plus jamais d\u2019ailleurs, et toute la province suit les bulletins de santé à la radio.Le matin du dimanche 2 juin, le célèbre animateur et journaliste succombe à ses blessures, à l\u2019âge de 46 ans.Son épouse et son fils Jacques sont à son chevet.La province tout entière est stupéfaite en apprenant la nouvelle.Les témoignages affluent de partout.La dépouille mortelle est exposée à l\u2019Institut des sourdes-muettes, à Montréal.Les funérailles ont lieu mercredi, le 4 juin, en présence d\u2019un grand nombre d\u2019artistes et d\u2019une centaine de journalistes, sa deuxième famille, comme il aimait à les appeler, venus de tous les coins de la province pour lui rendre un dernier hommage.On a évalué à 50 000 personnes la foule qui se pressait aux abords de l\u2019église Saint-Jacques, pour voir Louis Francœur entrer dans la légende.Il n\u2019avait jamais prévu que son métier de journalisme le rendrait célèbre, ce métier dont il avait écrit: «Pour l\u2019actualité, non pour l\u2019immortalité.» Un autre journaliste, Jean-Louis Gagnon, a dit de lui: «Parnassien si l\u2019on veut, il avait aussi un côté rabelaisien.Car il était sensible à tous les plaisirs et son humour bien nourri IN MEMORIAM: LOUIS FRANCŒUR 333 atténuait suffisamment son amertume pour qu\u2019on lui ait fait, au lendemain de sa mort, la réputation d\u2019un bon vivant».0 Section La prospérité Hommage à la mémoire de Gaston BEAUDRY Cette section de L\u2019Action Nationale, en collaboration avec le Conseil d\u2019expansion économique, vous présente les nouvelles de la revue et de la Ligue, les mots d\u2019ordre du Mouvement Québec français, des documents historiques.Des chroniques seront aussi publiées: \u2022\tÀ travers l\u2019univers Jean CHAPDELAINE \u2022\tQuestions d\u2019action nationale Rosaire MORIN \u2022\tComptes rendus de volumes À TRAVERS L'UNIVERS La Chine et les Chinois Jean CHAPDELAINE L République populaire de Chine vient de fêter ses quarante ans.Ce n\u2019était pas dans la joie: les événements récents (Place Tien-anmen) ont jeté une grande ombre sur ces fêtes bien peu partagées.Mais que sont quarante années dans la vie d\u2019un peuple (sauf pour ceux de cette génération), de beaucoup le plus nombreux de la terre, plus d\u2019un milliard, et déjà organisé en État 2 000 ans avant notre ère?Si nombreux qu\u2019on ne peut penser Chine, sans ajouter «les Chinois».La plupart des 21 provinces de la Chine ont des populations substantiellement supérieures à celle du Canada tout entier.Premiers souvenirs Enfants, on nous demandait des sous, et du «papier d\u2019argent» pour l\u2019Œuvre de la Sainte-Enfance, pour aider à baptiser les petits Chinois abandonnés par leurs parents.(Ce devait être surtout, sinon exclusivement, de petites Chinoises: mais nos maîtres ne faisaient pas de ces indiscrètes distinctions qui auraient appelé de subtiles explications sociologiques.) Plus tard, des confrères de collège, entrés chez les jésuites, partirent sur les traces de saint François Xavier, un des premiers jésuites du XVIe siècle, et le premier missionnaire en Chine, puis au Japon.Chez nous, les rares Chinois lavaient, empesaient et repassaient les chemises dans chaque quartier.À la sortie du collège, il y avait guerre en Mandchourie, au nord de la Chine, envahie par le Japon; ce n\u2019était pas la première.C\u2019est tout. 336 Depuis, nous avons beaucoup appris, et nos universités comptent de nombreux experts, sinologues, soviétologues, etc., de la plus haute qualité.Mais revenons à nos Chinois.Un peu d\u2019histoire La Chine a toujours été un pays fermé sur lui-même, croyant se suffire dans sa supériorité présumée; quelques missionnaires étaient tolérés, mais n\u2019en menaient pas large; de même pour les commerçants étrangers, d\u2019ailleurs.Jusqu\u2019à la Guerre de l\u2019Opium (traité de Nankin, 1842), la Chine n\u2019entretenait de relations officielles avec les pays étrangers que de suzerain à vassal; en 1842, des concessions étrangères furent établies à Changhaï; et Hong Kong fut cédée à bail à l\u2019Angleterre.Le drame du retour plane, 1997.Avec ce siècle finit l\u2019Empire mandchou, et fut instaurée la république; et ce fut l\u2019anarchie.Guerres civiles entre «seigneurs de la guerre»; puis ensuite, entre le gouvernement du Kuo-Min-Tang de Tchang-Kai-Chek, héritier spirituel de Sun-Yat-Sen, et les forces révolutionnaires communistes de Mao-Tsé-Toung, le tout compliqué encore plus par la guerre de Mandchourie avec le Japon (1931), la reprise de la guerre encore avec le Japon (1937), la guerre mondiale (1939), l\u2019entrée en guerre des États-Unis après l\u2019attaque de Pearl Harbour par le Japon (décembre 1941).En 1945, le Japon abattu par la bombe atomique après que les Nazis d\u2019Hitler eurent succombé sous les coups conjugués de l\u2019armée soviétique à l\u2019Est, et de l\u2019invasion des Alliés de l\u2019Ouest sous commandement américain, restait à conclure la guerre civile en Chine.Les communistes de Mao-Tsé-Toung en quatre ans forçaient Tchang-Kai-Chek et son gouvernement bien mal en point à se réfugier à Taïwan (île de For-mose), et le 1er octobre 1949, était proclamée la République populaire de Chine.Ce n\u2019était pas encore la paix.Plus d\u2019un milliard de Chinois, c\u2019est explosif.Et un Empire de ce poids, par le simple effet du nombre, et je passe sur les atavismes et les contraintes des idéologies (le communiste triomphant en Europe, Staline; et en Chine, Mao-Tsé-Toung), c\u2019est lourd sur l\u2019échiquier mondial.La reconnaissance de la RPC par les principaux États du monde, l\u2019Empire soviétique excepté, naturellement - tous communistes, c\u2019est à voir -, fut encore retardée par la guerre de Corée LA CHINE ET LES CHINOIS 337 (juin 1950-juillet 1953), l\u2019invasion de la Corée du Sud par l\u2019armée de la Corée du Nord, que les forces des Nations Unies, sous leadership américain, réussirent enfin à contenir malgré l\u2019intervention d\u2019armées de «volontaires chinois».La République populaire de Chine (RPC) Pendant dix ans, jusqu\u2019en 1958, la Chine suivit le modèle soviétique, mais toujours avec des réserves de part et d\u2019autre; Staline avait mis du temps à lâcher Tchang-Kai-Tchek avant 1949; les communistes chinois avaient réussi sans le concours de l\u2019Armée rouge, fait unique; l\u2019hégémonie soviétique n\u2019allait pas de soi avec un partenaire aussi nombreux et imposant, d\u2019autant plus que, à l\u2019encontre des Soviétiques, la force des Chinois avait une base rurale plutôt qu\u2019ouvrière.Le bond en avant des communistes chinois, lancé alors, fut un désastre, et en 1959, c\u2019était la rupture entre les deux partenaires: la fin du modèle soviétique.Enfin, en 1971, dix ans plus tard, les Américains comprirent et Kissinger organisa la visite du président Nixon à Pékin.D\u2019autres, plus perspicaces, dont le générai de Gaulle, avaient vu clair bien plus tôt: la Chine n\u2019était pas, ne pouvait être, gouvernée de Moscou; un chargé d\u2019affaires fut nommé à Pékin d\u2019abord, puis, en avril 1964, un ambassadeur, Lucien Paye.Les dix années d\u2019après 1965, pendant que le monde occidental, Japon inclus, cherchait, et réussissait tant bien que mal, à établir des rapports normaux avec la Chine, le pays était en prise à une lutte de pouvoir entre les personnalités et les diverses tendances idéologiques de ses dirigeants.La Révolution culturelle, après les «cent fleurs» (1966), fut la contre-attaque de Mao contre les «gra-dualistes» dont Deng-Xiao-Ping était, on le voit plus clairement aujourd\u2019hui, la principale figure (et il a survécu plus longtemps!).La Révolution culturelle, ce fut le chaos: aux millions de morts et autres victimes de la guerre qui amena la RPC (1945-1949), elle en ajouta des dizaines de millions, morts ou déplacés dans leur vie de tous les jours (Deng devint un ouvrier-tourneur).Des centaines de milliers d\u2019étudiants durent devenir des ouvriers agricoles.Et à l\u2019avenant.À noter que, si des millions deviennent des «déchets de l\u2019histoire», les hauts dirigeants, de toutes les époques, se voient accor- 338 der des facilités de survie bien hors du commun; le seul grand disparu de l\u2019époque fut Lin-Piao, mort dans un «accident» d\u2019avion (1971); on dit qu\u2019il allait chercher refuge, pour mieux repartir, à Moscou.C\u2019est bien différent - autre différence - de la folie sanguinaire d\u2019un Staline; mais Khrouchtchev, son successeur, mourut dans son lit.Depuis 1973, c\u2019est la ré-ascension de Deng; un autre cran d\u2019arrêt, bien court, entre le décès de Chou-en-lai en janvier 1976 et celui de Mao en septembre de la même année.Depuis lors, après un intermède, le procès du «gang des Quatre» (dont la veuve de Mao, condamnée à mort, mais graciée), Deng, dont le seul titre officiel est celui de Président de la Commission militaire du Parti -il a été aussi vice-premier ministre - a été le patron depuis maintenant dix ans, gradualiste, pragmatique toujours, jusqu\u2019aux événements du dernier printemps.Deng a 85 ans; ce sera le dernier des héritiers de «la longue marche», 1934-1935, de l\u2019Armée populaire de libération.Deux mots de deux grands communicateurs peuvent ranimer l\u2019espoir.De l\u2019échauffourée de la place Tiananmen, l\u2019ex-président Reagan a observé: «On ne peut massacrer une idée»; et on peut rappeler, comme André Fontaine le faisait récemment dans Le Monde, le mot de Clémenceau, plus terre-à-terre, mais plus imagé: «On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s\u2019asseoir dessus.» Les bons mots de l\u2019histoire ont toujours plusieurs auteurs, sans doute tous apocryphes: ce dernier est aussi attribué à Dean Inge, The Red Dean of Westminster.Relations internationales Pendant près de vingt ans après la conquête du pouvoir, la République populaire reste ostracisée par l\u2019Ouest, et isolée, même dans le monde communiste, surtout après la rupture avec Moscou, menaçant Taïwan et les îles près du littoral sous sa dépendance, tout comme elle avait jeté ses volontaires dans la guerre de Corée.Taïwan représentait toujours la Chine aux Nations Unies, dont la grande majorité des participants ne reconnaissaient pas la Chine populaire, encouragés, même menacés par les États-Unis, pour maintenir le front commun.Ce monde irréel revient à un meilleur sens des réalités avec l\u2019arrivée au pouvoir du président Nixon en 1968. LA CHINE ET LES CHINOIS 339 Depuis, avec des hauts et des bas, compliqués par la lutte pour le pouvoir entre les dirigeants communistes chinois à l\u2019intérieur du parti, des liens substantiels se sont tissés avec les pays de l\u2019Ouest, y compris le Japon, et au premier chef, les États-Unis.Pour que la Chine se modernise, c\u2019est de l\u2019Ouest que peuvent venir les ressources technologiques, financières, humaines même.Un seul exemple: des quelque 100 000 étudiants chinois à l\u2019étranger, plus de la moitié sont aux États-Unis, et une bien petite minorité dans les pays du bloc communiste.Depuis près de 20 ans, fin de la Révolution culturelle, mais surtout depuis dix ans, avec l\u2019arrivée de Deng à un pouvoir quasi incontesté, la Chine a connu une envolée économique sans précédent, due à l\u2019ouverture au monde, la décollectivisation de l\u2019agriculture, la libéralisation des petites industries rurales et le développement d\u2019une forme avouée de capitalisme dans les «zones économiques spéciales».De 1979 à 1989, le PNB chinois a, en gros, doublé, avec comme conséquence une nette amélioration du niveau de vie, mais il n\u2019est que d\u2019environ 300 milliards de dollars, moins de 300$ par habitant.Ce n\u2019est pas idyllique: l\u2019agriculture a ses reculs, la Chine est redevenue importatrice de grains - 10 millions de tonnes par an.La grande industrie du secteur public a amélioré ses performances, mais malgré les zones spécialisées, il reste quelque 50 millions de chômeurs.C\u2019est énorme en chiffres absolus; mais, proportionnellement, à peine plus que dans beaucoup d\u2019autres pays, même dans la Communauté économique européenne.La République populaire a repris sa place aux Nations Unies, et est membre permanent du Conseil de sécurité avec les Quatre autres Grands (États-Unis, USSR, France, Grande-Bretagne).Sa politique extérieure en a été une de compréhension et de collaboration, pas toujours sans nuage, cependant; par exemple, la prolifération du nucléaire, la fourniture de missiles à des pays du Tiers-Monde, entre autres l\u2019Iran, pendant la guerre entre ce pays et l\u2019Irak, ont jeté des ombres sur les bons rapports avec les États-Unis.Jusqu\u2019à Tienanmen.Avec l\u2019URSS Avec l\u2019URSS, la Chine a trois griefs fondamentaux, dont la correction est la condition à une amélioration des relations: rectifications de frontières dans le Nord-Est; la menace de l\u2019armée sovié- 340 tique, et de son appareil de guerre, imposant pour le moins, le long de leur immense frontière commune; et l\u2019expansionnisme «impérialiste» de l\u2019URSS en Asie: Afghanistan, Viêt-nam (au Cambodge tout spécialement), l\u2019Inde même, dont les rapports avec l\u2019URSS sont contrebalancés par ceux de la Chine (et des États-Unis) avec le Pakistan.La Chine, à l\u2019extrémité de sa frontière à l\u2019Ouest, retrouve non seulement l\u2019URSS, mais aussi l\u2019Afghanistan, l\u2019Inde (le Cachemire) et presque le Pakistan.Avec la nouvelle politique d\u2019ouverture, et de retenue, de l\u2019URSS de Gorbatchev, des satisfactions substantielles ont été accordées à la Chine, sur tous ces points, qui ont permis et facilité le succès de la visite de Gorbatchev à Beijing le printemps dernier: quelques rectifications de frontières sur les rivières de la frontière du Nord-Est, mais il en reste au contentieux; de bons mots, c\u2019est un début, sur l\u2019appareil militaire aux frontières., des réductions en Europe pourraient présager du même à l\u2019Est, plutôt que d\u2019un transfert des forces en Europe vers les frontières orientales; enfin, et encore plus significatif, le retrait de l\u2019armée soviétique de l\u2019Afghanistan, celui de l\u2019armée vietnamienne du Cambodge, sans laisser pour compte le repli de l\u2019URSS et de ses troupes cubaines d\u2019Afrique du Sud-Ouest et d\u2019Éthiopie au Nord-Est.Depuis cinq ans, les tensions ont diminué entre États dans le monde.La Chine y a contribué du fond de son Empire, comme Gorbatchev de celui de l\u2019Empire russe.11 est loin, le temps où l\u2019un et l\u2019autre se disputaient sur la justesse de leur interprétation de la pensée de Lénine.Lénine en est à rejoindre Marx au Panthéon de la préhistoire.Une vague de renouveau Il y a des problèmes plus urgents.Une vague de renouveau, à Moscou, comme à Pékin, les a signalés à l\u2019attention du monde.En Russie, c\u2019est la montée du nationalisme dans les États membres, que ce soit les Baltes, les Grégoriens, les Azerbaïdjanais et même l\u2019Ukraine; et on n\u2019a pas encore trop entendu parler des musulmans; le cordon sanitaire créé par Staline à l\u2019Ouest a subi des transformations surprenantes, en Pologne, en Hongrie d\u2019abord, et plus récemment en Allemagne de l\u2019Est, en Bulgarie, en Tchécoslovaquie, et enfin en Roumanie.En Chine, à part le Tibet, le problème est beaucoup moindre: la Chine est beaucoup plus homogène. LA CHINE ET LES CHINOIS 341 Mais dans les deux cas, c\u2019est la faillite du communisme comme forme de gouvernement qui est en jeu; son incapacité totale à gérer l\u2019économie, et même le politique, le souligne.Gorbatchev a tenté d\u2019attaquer les deux problèmes, le politique et l\u2019économique.Son succès, car un certain succès il y a, reste des plus mitigé.Il a beaucoup plus de chemin à faire qu\u2019il n\u2019en a encore parcouru.La Chine a attaqué l\u2019économie et avec plus de succès, mais les problèmes, qui sont d\u2019organisation, sont si intimement liés qu\u2019il n\u2019en font qu\u2019un, et le politique vient de recommencer à s\u2019appuyer sur les baïonnettes.Un certain succès économique donne le goût des libertés politiques.C\u2019est directement sur ce problème que Deng a achoppé.Et ce furent les événements de juin sur la Place Tienanmen, la répression brutale par les gérontocrates du parti; et l\u2019insuccès politique met en danger le progrès économique, plus rapide qu\u2019en URSS, qui s\u2019esquissait depuis dix ans.Deng a perdu plus que des plumes, cette année; ce serait moins grave, si ce n\u2019était que de lui.L\u2019âge, disait de Gaulle, est un naufrage.Mais dans ce naufrage pourrait s\u2019engouffrer la Chine.De Gaulle quitta le pouvoir en 69, après l\u2019explosion populaire de mai \u201968.Mais il laissait une succession économique, et politique, prospère et des successeurs aguerris.La machine fontionnait.On n\u2019en peut dire autant de la Chine.De toute façon, les comparaisons sont oiseuses entre deux mondes de traditions et de cultures aussi différentes.Où ira la Chine?Où ira la Chine?«Quand la Chine s\u2019éveillera»! avait écrit Alain Peyrefitte.Son dernier essai s\u2019intitule L\u2019empire immobile, mais c\u2019était la Chine des 18e et 19e siècles.Dans la communication quasi instantanée de cette fin du millénaire, le monde est condamné, si l\u2019on peut dire, au mouvement.Espoir! Espoir que laissait entrevoir Deng lui-même récemment - il avait été bien silencieux depuis les événements de mai «S\u2019il y a eu des erreurs.» Mais une longue côte reste à remonter pour retrouver la confiance, non seulement du monde extérieur, mais des Chinois eux-mêmes, après la mitraille de Tienanmen.Le politique est en arrêt: on fait la «rééducation des étudiants»; et le progrès économique est ralenti par la réduction des crédits en provenance de l\u2019étranger, du Japon et d\u2019ailleurs. 342 Homme marqué non seulement par ce fiasco, mais par l\u2019âge, 85 ans, Deng prend de la distance: il a démissionné de son poste clef de président de la Commission militaire du Parti.Mais il reste aux affaires.À preuve, c\u2019est encore lui que l\u2019amiral Scowcroft, conseiller pour les affaires de sécurité du président Bush, a rencontré lors de la mission secrète qu\u2019il fit en Chine à l\u2019été: on ne l\u2019a su que tout récemment; c\u2019est lui aussi qui reçut l\u2019ex-président Nixon, et Kissinger, son secrétaire d\u2019État, lors de la mission officieuse qu\u2019ils effectuèrent chacun à Beijing cet automne; et de nouveau Scowcroft un peu plus tard.Sagement, les dirigeants des États-Unis acceptent qu\u2019un État comme la Chine ne puisse être mis en quarantaine.Tienanmen reste condamnable et condamné.Mais la Chine doit être aidée à se sauver de ses démons.Ses dirigeants Jiang Iemin, chef du Parti, Li-Peng, premier ministre, grandiront-ils à la stature requise pour résoudre les problèmes, ou du moins progresser vers des solutions?Pour l\u2019instant, ils sont prudents; c\u2019est déjà beaucoup.Pour la suite, l\u2019avenir le diraO Questions d\u2019action nationale Rosaire MORIN Le sommeil du colonisé La libération nationale d\u2019un peuple dépend de la solidarité et de la volonté collectives.Il a fallu 10 ans aux Polonais pour se libérer, 11 mois aux Hongrois, 10 semaines aux Allemands, 9 jours aux Tchécoslovaques, 8 heures aux Roumains.Depuis la victoire de Lévis à Sainte-Foy, il y a 250 ans, les Canadiens-Français ont conservé le souvenir de la victoire de Wolfe.Nous sommes collectivement satisfaits de vivre une vie de colonisés.Nous obéissons aux désirs des anglophones qui ont conquis notre pays par les armes et qui l\u2019occupent encore.Nous faisons confiance aux autres plus qu\u2019à nous-mêmes.La libération nationale, c\u2019est pour les autres peuples.Le droit à l\u2019autodétermination, c\u2019est pour les pays de l\u2019Europe de l\u2019Est.La liberté, c\u2019est pour tout le monde, sauf pour nous-mêmes.Nous sommes bien dans la maison des autres.Le déclin démographique Le Québec devient de plus en plus minoritaire.Allons-nous attendre l\u2019inévitable avant de nous réveiller?Les faits sont là, irréfutables.Résumons-les rapidement. 344 Population, Québec et Canada, certaines années (en milliers) Année\tCanada\tQuébec\t% du Québec 1941\t11 506,7\t3 331,9\t28,9 1951\t14 009,4\t4 055,7\t28,9 1961\t18 238,3\t5 259,2\t28,8 1971\t21 568,3\t6 027,8\t27,9 1981\t24 343,2\t6 438,4\t26,4 La décroissance est constante et elle continue.En 1990, la proportion du Québec tombe à 26%.Le ministère de la Santé et du Bien-Être social vient de faire connaître les données de l\u2019étude démographique Esquisse du Canada de demain.En l\u2019an 2000, la population québécoise représentera 24,5% de la population canadienne.Notre poids étant à la baisse, peut-on espérer que la force politique du Québec sera à la hausse?La même pente affecte les Canadiens-Français.Nous représentions 30% de la population canadienne jusqu\u2019aux années 50.Aujourd\u2019hui, notre part est réduite à 23%.Près de 90% des francophones vivent au Québec et 95% des anglophones sont établis dans le reste du Canada.Allons-nous attendre d\u2019être noyés par les immigrants anglicisés par la CEPGM pour réagir?Savons-nous nager?Cela n\u2019est pas certain.Pendant que nous le pouvons encore, rêvons à la libération nationale.Plus nous retarderons notre décision, plus il sera difficile de connaître la liberté.La majorité des Canadiens-Français de Legal, nous parlerons d\u2019eux dans cette chronique, ne souhaitent plus la création d\u2019une nation canadienne-française ou québécoise.Ils se sont anglicisés avec les années, à l\u2019exception d\u2019une poignée de patriotes qui revendiquent le droit à l\u2019école française jusqu\u2019à la Cour suprême anglophone du Canada.La CECM et la CEPGM Dans chaque numéro de la revue, nous parlons de l\u2019intégration des immigrants, de la nécessité de les franciser et de la survivance française menacée à Montréal par l\u2019anglicisation continue des minorités culturelles. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 345 Un fait dangereux passe constamment sous silence.La Commission des écoles protestantes du Grand Montréal (CEPGM) francise un nombre important de jeunes immigrants.Est-ce possible?Une commission anglaise, dont la culture est anglaise, dont la langue de travail est l\u2019anglais et dont la majorité des commissaires sont unilingues anglais, est responsable de la francisation d\u2019élèves immigrants dans un secteur français.Cette tendance grandit avec les années.En 1977, la CEPGM comptait 1 451 élèves dans son secteur français, à peine 1 pour cent des jeunes inscrits dans les secteurs français des deux commissions scolaires.En septembre 1988, le secteur français de la CEPGM dénombrait 11 222 élèves, soit 12,3 pour cent du nombre d\u2019élèves fréquentant les secteurs français de la CEPGM et de la CECM.Le Conseil scolaire de l\u2019île de Montréal prévoit que cette proportion s\u2019élèvera à 16 pour cent dès 1994.Il y a pas eu dénombrement des élèves immigrants qui fréquentent le secteur anglais de la CEPGM.Les «illégaux» n\u2019ont sûrement pas tous été enregistrés.Les faits connus sont déjà troublants.Ne vous y trompez pas! Les jeunes anglophones ne s\u2019inscrivent pas au secteur français de la GEPGM.La majorité des élèves inscrits sont des filles et des fils d\u2019immigrants.Ils ne sont pas non plus de foi protestante.Ils sont francisés à l\u2019anglaise et nous laissons pourrir cette situation sans maugréer, sans rouspéter, sans protester.Et un jour, nous déplorerons l\u2019anglicisation des jeunes immigrants.Pendant ce temps, le secteur français de la CECM se traîne les pieds.Ses effectifs sont passés de 115 259 à 79 973 de 1977 à 1988.Ah! certes, la baisse de la natalité et l\u2019émigration vers les banlieues du Sud, du Nord, de l\u2019Ouest et de l\u2019Est, expliquent la diminution du nombre d\u2019élèves.Cette réduction aurait été moins élevée, si la CECM avait davantage attiré les jeunes des diverses communautés culturelles.La volonté n\u2019y est pas.La fameuse «question sur les écoles séparées» que l\u2019on a retirée du sondage indiquait l\u2019indécision de l\u2019institution scolaire montréalaise à assumer son rôle vital d\u2019intégration des élèves immigrants.L\u2019idée même de mesurer le seuil de tolérance de la population était contraire à la vocation d\u2019insertion sociale de la CECM.Les paroles ne suffisent plus dans ce dossier. 346 Des décisions s\u2019imposent et les ressources suffisantes doivent être mises en place.De grâce, monsieur Pallascio, ne m\u2019accusez de démagogie! Je sais que vous ne le ferez pas.Vous êtes trop démocrate! L\u2019agriculteur et l\u2019UPA Au dernier congrès de l\u2019UPA, le président Jacques Proulx a prononcé une allocution qui devrait être reproduite en entier.Le manque d\u2019espace nous oblige à ne présenter que trois extraits.«Faisons ensemble, disait monsieur Proulx, un petit exercice de vision pour lequel il n\u2019est pas besoin d\u2019avoir des lunettes.Elevons-nous quelques instants au-dessus de notre planète.Chaque jour 35 000 enfants meurent de faim ou par des causes reliées à la faim; chaque jour les États dépensent le triple d\u2019argent qui serait nécessaire pour alimenter ces innocents; cet argent est \u2018garoché\u2019 essentiellement dans l\u2019armement et dans l\u2019encouragement aux profits honteux des plus riches; chaque jour des millions d\u2019arbres sont détruits inutilement; chaque jour des millions d\u2019êtres humains se demandent s\u2019ils vont survivre le lendemain.» A ceux qui passent leur temps à prêcher «le démantèlement de ce qui fonctionne correctement», monsieur Proulx pose les questions: «Et pour plaire à qui s\u2019il vous plaît?Pour satisfaire quels rapaces?Pour sauver qui?Ceux qui souffrent, ceux qui crèvent, ceux qui travaillent à la sueur de leur front?Non, ceux-là ne les intéressent pas! Que l\u2019on prenne garde; le Québec est sur la mauvaise pente.Chez nous aussi, les plus riches deviennent indécemment encore plus riches et la classe moyenne est en train de glisser vers la pauvreté.Le rapport \u2018Deux Québec dans un\u2019 devrait être le livre de chevet de tous ceux qui décident dans ce pays.» Dans le contexte actuel, pour résoudre les problèmes des agriculteurs dont nous parlerons dans une prochaine chronique, M.Proulx fait appel à la solidarité.«Quant à nous tous, à vous de partout à travers le Québec, agriculteurs, agricultrices, forestiers, notre tâche pour décider de nos affaires, est gigantesque.Une vision est porteuse d\u2019avenir, cela ne se bâtit pas avec des mots seulement et vous en savez quelque chose.Un peu à la manière de Churchill lorsqu\u2019il est arrivé au pouvoir en 1940, ma seule promesse pour les deux ans à venir, c\u2019est de vous dire: \u2018Il faudra de la sueur, de QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 347 l\u2019effort et encore de la sueur!\u2019 Mais le jeu en vaut la chandelle et, dans notre profession, rien n\u2019a jamais été acquis facilement.» Ces dernières paroles peuvent s\u2019adresser à tous nos collaborateurs, à tous nos lecteurs, à tous les nationalistes.Les Canadiens-Français sont condamnés à lutter à perpétuité.Marine Industrie Marine fermera ses portes.Déjà, la Vickers est disparue.Le gouvernement avait acquis cette entreprise pour rationaliser les chantiers maritimes.Quel succès! Un auteur de roman fiction pourrait bâtir un scénario fort intéressant à partir de l\u2019expérience de monsieur Lynwood Farr, ancien président de la Vickers, et de ses démêlés avec la SDI et la SGF.De grands commis de l\u2019État seraient capables de faire faillite avec une petite épicerie du coin.Mais l\u2019histoire de la Marine est plus navrante que l\u2019inhabileté de ses dirigeants.Cette entreprise est la propriété de l\u2019État.Le gouvernement est incapable d\u2019en rentabiliser les opérations.Il adopte la solution simpliste de la fermeture.Il est incapable de prévisions, d\u2019imagination, d\u2019initiative, de recyclage, de formation professionnelle.Il y a pourtant 10 000 produits que nous importons et nous pourrions, certes, en fabriquer un certain nombre dans ces usines que l\u2019on vendra probablement à des intérêts étrangers.Mark Hot Le 15 décembre, Mark Hot, jadis canadienne-française, depuis un an propriété de Venmar Lisi, fermait ses portes à Longueuil et mettait à pied 150 employés.La compagnie mère poursuivra la fabrication des produits Mark Hot à Smith Falls, Ontario.La FTQ demande aux travailleurs de ne plus acheter d\u2019appareils de chauffage et de ventilation fabriqués par Mark Hot.Si le boycottage était appliqué réellement, l\u2019appel de monsieur Laberge serait valable.Mais on connaît les résultats obtenus dans le passé.L\u2019exemple de la Sun Life illustre bien le mirage du boycottage.Cette compagnie s\u2019est classée pendant dix ans et plus au premier rang des compagnies d\u2019assurance pour les primes souscrites au Québec, après avoir transféré son siège social de la rue Metcalfe à Toronto. 348 Le déménagement de Mark Hot ne serait pas survenu, si les subventions accordées dans le passé avaient été versées au Fonds des travailleurs qui auraient souscrit des actions dans l\u2019entreprise.La FTQ et la CSN devraient étudier l\u2019impact d\u2019une telle mesure sur l\u2019avenir même de leurs membres.La Consolidated Bathurst qui a bénéficié de centaines de millions de dollars en privilèges de toutes sortes serait demeurée dans le patrimoine québécois.Il en est ainsi d\u2019un grand nombre d\u2019entreprises bénéficiaires d\u2019aide de l\u2019État qui décident, un bon matin, de s\u2019établir au-delà des frontières québécoises.Deux entreprises déraillent L\u2019industrie ferroviaire du Québec vient de perdre deux entreprises établies depuis 60 ans.La Fonderie CSF et la Forge CSW ferment leurs portes.Ainsi en a décidé la compagnie mère, Hawker Siddeley.400 travailleurs se retrouvent sans emploi.Les compagnies canadiennes de chemin de fer ne sont pas tenues d\u2019acheter des matériaux produits au Canada.C\u2019est la règle du libre-échange.Le libre-échange Cet accord devait être «historique».C\u2019était «l\u2019affaire du siècle»! «C\u2019est le jack pot.» avait soutenu monsieur Mulroney.L\u2019an 1 est passé.Nos gouvernements n\u2019ont pas fait le bilan des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis.Pourquoi ce silence?Habituellement, les politiciens se félicitent même d\u2019une demi-victoire.Vous avez souvenance de l\u2019affirmation de monsieur Mulroney: 250 000 emplois seront créés au pays en 10 ans par le libre-échange.Au Québec, 14 000 nouveaux emplois ont été créés en 1989; avant le libre-échange, en 1988, le chiffre était de 71 000.Il n\u2019y a pas de quoi applaudir.Mais les faits sont plus graves.Au Québec, la CSN a publié une liste de fermetures d\u2019usines; 6 000 pertes d\u2019emplois ont été occasionnées par le libre-échange et la liste est loin d\u2019être exhaustive.On n\u2019a plus les jack pots d\u2019autrefois.Le silence sur le bilan de l\u2019an 1 peut aussi s\u2019expliquer par le déficit de la balance commerciale du secteur manufacturier canadien.C\u2019est la première fois en 13 ans que cette balance est déficitaire.Le miracle du libre-échange ne s\u2019est pas produit.S\u2019il est vrai QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 349 que les droits de douane ont diminué de 1 pour cent sur certains produits, il est aussi exact que le dollar canadien a augmenté de 2 cents US et que les taux d\u2019intérêt canadiens sont de 2 à 3 pour cent plus élevés que les taux américains.Comme jack pot, on a déjà vu mieux.Le silence des gouvernements du Canada et du Québec se comprend assez facilement.Le premier objectif du traité proclamait «la sécurité d\u2019accès au vaste marché américain».Or les Américains ont adopté des mesures protectionnistes contre des produits canadiens dont l\u2019acier, le bois d\u2019œuvre, la crème glacée, les framboises, le homard, le porc, le sucre, le yogourt.Drôle de réciprocité, n\u2019est-ce pas?L\u2019exportation de l\u2019électricité devait se faire selon l\u2019offre et la demande.Le traité du libre-échange n\u2019a pas empêché la Central Maine Power Company d\u2019annuler un contrat d\u2019électricité de 5,3 mil-liardsS conclu avec Hydro-Québec.L\u2019accord est une police d\u2019assurance avec des clauses d\u2019exception.On peut aussi dire que le tribunal binational prévu pour régler les conflits commerciaux entre les deux pays n\u2019a rien réglé.Il s\u2019est avéré inefficace, donc inutile.Au cours de la première année, un seul grief a été jugé, celui de la protection du saumon et du hareng sur la côte ouest.Dans sa sagesse, le tribunal a reconnu le mérite de la plainte américaine.Il a réduit à 80 pour cent le déchargement au Canada du poisson pêché en eaux canadiennes avant son exportation.Les deux pays contestent la décision.Le tribunal n\u2019a rien réglé et les politiciens placotent encore.L\u2019an 1 du traité indique-t-il l\u2019avenir prévisible des rapports commerciaux Canada-États-Unis?Notre gouvernement du Québec a-t-il mis en place les mesures de recyclage requises par les conditions nouvelles imposées par le libre-échange?6 000 emplois perdus La CSN publiait récemment un premier bilan sur le libre-échange.Nous croyons utile de le reproduire.«Pour celles et ceux qui vivent dans la vraie vie et qui ne se racontent pas d\u2019histoires, le libre-échange c\u2019est autre chose.Pour près de 6 000 travailleurs et travailleuses du Québec, c\u2019est leur em- 350 ploi qui a été irrémédiablement perdu.Les chiffres qui suivent portent sur une période de dix mois, de novembre 1988 à septembre 1989: Entreprise\tEndroit\tDate annoncée\tEmplois perdus Textile et vêtements\t\t\t Wamaco\tMontréal\tjanv.1989\t140 Dominion Textile\tSherbrooke\tfév.1989\t170 Dominion Textile\tTrois-Rivière\tfév.1989\t55 Dominion Textile\tBeauharnois\tfév.1989\t200 Dominion Textile\tGranby\tfév.1989\t250 Chemises Forsyth\tMontréal\tfév.1989\t50 Chemises Forsyth\tSaint-Jean\tfév.1989\t120 Marimac\tSherbrooke\tmai 1989\t237 1 222 Chaussures\t\t\t Jarman\tLachine\tnov.1988\t50 Chaussures Taurus\tContrecœur\tjanv.1989\t100 150 Transformation alimentaire\t\t\t Weston\tLongueuil\tnov.1988\t360 Kraft\tMontréal\tjanv.1989\t290 Chocolat Lowney\tSherbrooke\tfév.1989\t466 Hostess, Frito-Lay\tLaval\tavril 1989\t110 La Belle Fermière\tMontréal\tavril 1989\t80 1 3Q6 Produits pharmaceutiques\t\t\t Allegan\tMontréal\tdéc.1988\t62 Johnson & Johnson\tMontréal\tjuil.1989\t86 148 QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 351 Entreprise\tEndroit\tDate annoncée\tEmplois perdus Métallurgie\t\t\t Gilette\tMontréal\tnov.1988\t590 Inglis\tMontmagny\tfév.1989\t?M.A.N.Ashton\tSaint-Laurent\tjuil.1989\t21 \t\t\t805 Produits électriques et électroniques\t\t\t Northern Telecom\tAylmer\tdéc.1988\t680 Canadian Marconi\tVille Mont-Royal\tmars 1989\t300 Northern Telecom\tSaint-Laurent\tjanv.1989\t250 Léviton Mfg\tMontréal\tjuil.1989\t175 Unisys Canada\tSaint-Laurent\taoût 1989\t230 \t\t\t1 635 Papier et produits d\u2019emballage\t\t\t Emballage Sommerville\tSaint-Laurent\tfév.1989\t180 Consumers Packaging\tVille Saint-Pierre\tjuin 1989\t460 Lawson Mardon Graphics\tLaval\tsept.1989\t60 \t\t\t700 Nombre total d\u2019emplois perdus:\t\t\t (nov.1988 à sept.1989)\t\t\t5 966 Ce tableau a été produit dans Nouvelles CSN de décembre, p.12-13.Certes, monsieur Ghislain Dufour déclarerait solennellement que ces fermetures d\u2019usines n\u2019ont rien à voir avec le libre-échange.La rationalisation était nécessaire.Il fallait, dirait-il, fusionner, regrouper pour une plus grande productivité.Par hasard, les regroupements s\u2019effectuent presque toujours à l\u2019avantage d\u2019une compagnie mère américaine.Par surcroît, un grand nombre de ces filiales ou entreprises ont bénéficié de subventions gouvernementales.Ah! si ces privilèges étaient accordés aux ouvriers et ouvrières, à un fonds des employé(e)s, à une société de développement, que de mises à pied seraient évitées.Pensez-y, messieurs de la CSN et de la FTQ. 352 Le Fonds de solidarité L\u2019entreprise poursuit sa marche avec assurance.Déjà, près de 300 millions$ sont au service de l\u2019économie québécoise.Les investissements protègent des emplois ou en créent de nouveaux par milliers.Les cours de formation économique et de formation technique donnés aux travailleurs augmentent leurs capacités et leur potentiel.Au nombre des derniers placements, signalons l\u2019investissement de 1,5 million$ chez Dettson de Sherbrooke, fabricant d\u2019appareils de chauffage de grande qualité.1 millions a été investi dans une compagnie de composantes informatiques, Mux Lab de Saint-Laurent, qui exporte en Europe, en Asie, aux Etats-Unis.Le Fonds a financé les Cercueils Saint-Laurent de Saint-Juste-du-Lac, la seule industrie du village.Il a contribué au démarrage d\u2019une nouvelle usine, Les Composantes de l\u2019Est, dans l\u2019Est de Montréal.Il a acquis du capital-actions dans Équipement municipal CBC de Longueuil pour faciliter la mise en marché d\u2019un nouveau véhicule collecteur de débris.Il a investi 2 millionsS dans Lambert Somec de Québec, entreprise de construction commerciale et industrielle qui emploie 800 personnes.Le Fonds de solidarité a des projets prometteurs.II créait en 1988 des fonds régionaux dans la région de Québec, dans l\u2019Estrie, dans la Mauricie-Bois-Francs-Drummond et à Montréal.Le Fonds Emploi-Montréal a été créé en collaboration avec la Ville de Montréal et les corporations de développement économique communautaire de Hochelaga-Maisonneuve, Centre-Sud et Pointe-Saint-Charles.Déjà, quelques millions de dollars ont été investis, des dizaines d\u2019entreprises sont organisées et des centaines d\u2019emplois sont créés.Le fédéral est partout La centralisation des pouvoirs à Ottawa est continue.Un autre exemple se produira bientôt.L\u2019indépendantiste Lucien Bouchard entend déposer un projet de loi pour créer une Agence canadienne d\u2019évaluation en environnement.Désormais, Ottawa évaluera seul les impacts environnementaux des projets publics ou privés dès qu\u2019un aspect relèvera de la compétence fédérale.Si la juridiction est partagée, le gouvernement de monsieur Mulroney veut se donner le pouvoir de conclure des ententes d\u2019harmonisation pour éviter QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 353 l\u2019examen en double des mêmes projets.Dans ces ententes, il sera prévu qu\u2019Ottawa ne délègue aucune autorité aux provinces, si son argent, ses organismes ou ses compétences sont concernés.L\u2019étude est en cours.Québec ne proteste pas.L\u2019invasion surviendra.Ainsi on grignote la capacité du Québec à organiser la vie des Québécois et des Québécoises selon leur propre volonté.Il faut toujours vivre au rythme du Canada anglais.Le Québec n\u2019est nulle part Au Québec, 30 000 immigrants sont demandeurs d\u2019un statut de réfugiés.Certains d\u2019entre eux sont établis chez nous depuis plusieurs années.La plupart travaillent et un grand nombre sont intégrés au Québec français.Au lieu de leur accorder une amnistie et de les accepter comme réfugiés, le gouvernement fédéral a décidé de vérifier chaque demande, une par une.Les audiences quasi judiciaires nécessitent la présence d\u2019un avocat, d\u2019un arbitre, d\u2019un commissaire, d\u2019un agent et souvent d\u2019un interprète.Au rythme actuel, il s\u2019écoulera environ six ans avant que le ministère fédéral de l\u2019Immigration ait terminé d\u2019analyser les dernières demandes.L\u2019opération coûtera au-delà de 100 millions?pour le Canada.Ce n\u2019est certes pas du fédéralisme rentable que d\u2019organiser une telle croisade.Pendant ce temps, 30 000 immigrants québécois sont en suspens.Ils attendent qu\u2019une décision soit prise.Ils sont accrochés à une certaine espérance.Ils dépendent du jugement de quelques fonctionnaires.Ils vivent au jour le jour, sans savoir ce qui les attend.S\u2019ils quittent le Canada, on leur promet d\u2019étudier leur demande d\u2019immigration avec célérité.Dans cette opération anti-humanitaire, monsieur Bourassa n\u2019a pas donné de coup de poing sur la table.Il n\u2019a pas élevé la voix.Il n\u2019a pas exigé que les immigrants qui travaillent ou qui ont des parents québécois qui peuvent les aider soient admis sans aucune forme de procès.Il n\u2019a pas exigé que des permis de séjour soient accordés aux conjoints et aux enfants demeurés au Salvador ou au Nicaragua ou en des pays où les droits de la personnes sont menacés.Il n\u2019a pas dénoncé l\u2019inefficacité des services fédéraux dans ce dossier des réfugiés.Il n\u2019a pas agi, il n\u2019a même pas parlé. 354 La SSJB de la Mauricie Le Fleuron, bulletin de décembre, nous fait connaître le plan d\u2019action de cette Société.Dans le domaine national, les initiatives sont diverses: fête du drapeau, concours d\u2019histoire, journée des Patriotes, fête nationale, gala de la langue française, actions contre les circulaires bilingues, visite chez les Franco-Américains, conférences de Pauline Julien, Gérald Godin et Louis O\u2019Neill.«La Société Saint-Jean-Baptiste s\u2019affirme de plus en plus comme une présence régionale» et nous nous en réjouissons.Nos meilleurs vœux! Le français en Alberta Une nouvelle nous parvient de Legal, petit village de 1 000 habitants situé en Alberta.On y discute du droit des francophones à obtenir une école française.Croyez-le ou non, c\u2019est la Cour suprême du Canada (tribunal anglophone) qui décidera s\u2019il doit y avoir une école française à Legal.Elle déterminera ce que signifie «si le nombre le justifie».La Commission scolaire attend le jugement avant de prendre une décision.La subtilité est raffinée.On ne discute pas du droit des francophones.Ce droit est garanti par l\u2019article 23 de la Charte des droits, mais la garantie, ajoute-t-on aussitôt, n\u2019existe que «si le nombre le justifie».En attendant, les élèves francophones n\u2019ont qu\u2019à s\u2019inscrire dans une classe d\u2019immersion qui consommera leur anglicisation.L\u2019Action Nationale en avril En avril, la revue publiera un dossier sur la jeunesse.Voici la table des matières de ce document: Une jeunesse à la limite de deux mondes Le profil des jeunes ou leur vrai visage Le poids démographique de la jeunesse Les jeunes Néo-Québécois Les jeunes Amérindiens D'une génération à l\u2019autre La vie familiale des jeunes Les valeurs sociales et nationales des jeunes Jean-Jacques SIMARD Jacques LAZURE Jacques HENRIPIN Anne LAPERRIÈRE Dominique COLLIN Gérard MARIER Léon BERNIER Louis BALTHAZAR QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 355 La langue des jeunes L\u2019instruction en 1990 Le travail et le revenu des jeunes Le marché du travail La création d\u2019emploi L\u2019intégration des jeunes au travail Les jeunes chômeurs Les jeunes handicapés Le suicide chez les jeunes L\u2019insertion des jeunes dans la société Des initiatives heureuses La déclaration universelle des droits Pour un projet de société! La jeunesse, quelle jeunesse! Nicole BOUDREAU Réginald GRÉGOIRE Louise BISSON Jules BERGERON Jean-Claude GUÉRARD Madeleine GAUTHIER Pierre FORTIN Pierre HAMELIN Madeleine PLAMONDON Simon LANGLOIS Robert LAPLANTE Chantale LABRÈCHE Brigitte LEPAGE Léon DION Certes, vous reconnaissez l\u2019importance du sujet et la qualité des auteurs.Pourquoi ne pas retenir immédiatement le nombre d\u2019exemplaires que vous désirez?Vos commandes nous aideraient à prévoir le tirage supplémentaire.L\u2019exemplaire: 12,00$ 10 volumes 100,00$ Ecrivez à L\u2019Action Nationale, 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X2 514-845.8533 Un peu d\u2019histoire 1er mars 1633.Richelieu nomme Champlain son lieutenant en toute étendue du fleuve Saint-Laurent.2\tmars 1699.D\u2019Iberville entre dans le Mississipi.3\tmars 1702.D\u2019Iberville visite le fort élevé à Mobile, Louisiane, par Bienville.4\tmars 1663.Mort de Guillaume Couillard.5\tmars 1648.Édit royal réorganisant le Conseil d\u2019administration du pays.6\tmars 1673.Le meurtrier Dessessards est condamné à la peine capitale.7\tmars 1768.Mort à Paris de Le Moyne de Bienville. 356 8\tmars 1870.Mgr Taché revient de Rome pour négocier au nom du gouvernement avec les rebelles de la Rivière-Rouge.9\tmars 1848.Mandement de Mgr Bourget en faveur des orphelins irlandais.10\tmars 1636.M.de Montmagny est nommé gouverneur du Canada.11\tmars 1848.Second ministère Lafontaine-Baldwin.12\tmars 1672.Bégine Basset et l\u2019abbé Dollier de Casson tracent les premières rues de Montréal.13\tmars 1670.Fondation de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson.14\tmars 1835.Antoine-Olivier Berthelet donne une maison à madame Gamelin, fondatrice des SS.de la Providence.15\tmars 1878.Un «pont des Chapelets» à Notre-Dame-du-Cap.16\tmars 1649.Martyre de Jean de Brébeuf.17\tmars 1810.Le journal Le Canadien est saisi.18\tmars 1687.LaSalle est assassiné.19\tmars 1627.Saint Joseph est choisi comme patron du Canada.10 mars 1686.De Troyes part pour la Baie d\u2019Hudson.21\tmars 1663.Décret pour obliger les colons à s\u2019établir auprès d\u2019un fort ou d\u2019un manoir.22\tmars 1687.Deux prisonniers canadiens-français s\u2019emparent d\u2019un navire anglais.23\tmars 1670.Prise de possession des bords du lac Érié.24\tmars 1853.Trente vaisseaux en construction à Québec.25\tmars 1651.Le père Chaumonot rejoint les Hurons à l\u2019île d\u2019Orléans.26\tmars 1814.Salaberry est honoré.27\tmars 1757.Voltaire écrit à son ami Moncrif «à propos de quelques arpents de glace au Canada».28\tmars 1693.À Port-Royal, Phipps manque à sa parole.29\tmars 1632.Québec est rendu à la France par le traité de Saint-Germain-en-Laye.30\tmars 1644.Maisonneuve repousse 200 Iroquois qui avaient envahi la Place d\u2019Armes.31\tmars 1656.Les Hospitalières de Saint-Joseph établissent un hôpital à Montréal.Ce calendrier de mars n\u2019est pas publié pour les dates.À travers les événements, on voit que ce pays a été bâti par les Français.Ils ont découvert le pays jusqu\u2019à la Louisiane.Ils ont organisé une société.Ils ont fondé des institutions.Ils ont lutté contre l\u2019Iroquois QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 357 et les Anglais.L\u2019occupation militaire du Canada est la conséquence de la défaite de la France en terre européenne.La dernière bataille militaire en terre canadienne s\u2019est scellée par la victoire de Lévis à Sainte-Foy.Ne l\u2019oublions pasO INVITATION La section Papineau-Masson est heureuse de renouer avec une ancienne tradition de la Société Saint-Jean-Baptiste, en vous offrant une FIN DE SEMAINE DE RESSOURCEMENT SPIRITUEL.Elle s\u2019adresse à tous les croyants et croyantes qui se soucient de l\u2019avenir du Québec, et plus particulièrement aux jeunes.Date: Du vendredi soir 23 mars au dimanche midi 25 mars Lieu: La maison-mère des Sœurs de la Providence 5655, rue de Salaberry, Montréal H4V 1V5 (près de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur) Animatrice: Sœur Marie-Jeanne Arsenault, S.B.C.Prédicateur: P.Julien Harvey, S.J.La retraite nous aider à mieux nous engager à la suite de Jésus-Christ, pour nous-mêmes et pour le plus grand bien de notre pays.Selon notre devise, nous devons «Rendre le peuple meilleur»; notre foi peut nous aider à le faire.Comité d\u2019organisation: Yves St-Denis 1-613-632-7576.Thérèse Richard 281-6280.Paul Grenier 474-1624.«Si la situation est dramatique aujourd\u2019hui, il y aura un espoir.Moi, j\u2019ai mis beaucoup d\u2019espoir dans la prière».Cardinal Léger. INFORMATIONS GÉNÉRALES A)\tAfin de permettre à un plus grand nombre de militants(tes) de participer à la fin de semaine de ressourcement spirituel, le comité organisateur a établi deux catégories de participants(tes).I-\tParticipants(tes) hébergés(es) Nombre de places limité (50) Coût du logement et des repas 32,00$ par jour, total 64,00$ II-\tParticipants(tes) non hébergés(es) Coût des repas seuls, total 30,00$ B)\tLes participants(tes) qui désirent prendre le souper à 17h30 avant le début des activités, vendredi soir 23 mars, devront payer un montant additionnel de 6,00$ non inclus dans les frais susmentionnés.C)\tLe prédicateur rencontrera personnellement ceux et celles qui le désireront.D)\tDans le but de faciliter l\u2019accès de la Maison des Sœurs de la Providence, aux participants(tes) non hébergés(es) nous suggérons aux sections de la SSJBM d\u2019organiser un service de covoiturage pour leurs membres respectifs.Cette collaboration serait grandement appréciée par les militants(tes), et aussi par le comité organisateur.COUPON D\u2019INSCRIPTION Nom:.Adresse: .Tél.: .N.B.Un chèque au montant de 10,00$ est requis avec votre inscription pour réserver votre place.Ce montant est déductible du coût total de la session.Remarque: Le coupon d\u2019inscription et le chèque doivent parvenir à l\u2019adresse suivante avant le 18 mars 1990.Paul Grenier 2670 Côte Saint-Philippe Mascouche, Qué.J7K 3C3 4e COLLOQUE 1990 SUR LES LEADERS POLITIQUES DU QUÉBEC CONTEMPORAIN COLLOQUE DANIEL JOHNSON (1915-1968) 23, 24 et 25 mars 1990 Université du Québec à Montréal Pavillon Hubert-Aquin 400, rue Sainte-Catherine est Salle A-M050 (Métro Berri-UQAM) Le nombre de places étant limité, vous êtes prié de retourner votre bulletin d\u2019inscription le plus tôt possible.Les personnes désireuses d\u2019assister à une seule séance devront débourser, sur place, une somme de 10,00$.La priorité sera accordée aux personnes inscrites pour toute la durée du colloque.Étudiants: 10,00$ Autres: 35,00$ Faites votre chèque à l\u2019ordre de l\u2019Université du Québec à Montréal.Retournez à: Robert Comeau Colloque Daniel Johnson Département d\u2019histoire Université du Québec à Montréal Case postale 8888, succursale A Montréal (Québec) H3C 3P8 Renseignements: (514) 987-4154 (514)987-8427 I BULLETIN D\u2019INSCRIPTION I Nom .Adresse .Ville .Province .Occupation Code postal .Téléphone NOUS COMPTONS SUR VOUS Depuis 73 ans, L\u2019ACTION NATIONALE analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx, à nos jours, L\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Faites une ACTION.NATIONALE et recrutez un nouvel abonné.Remplir le coupon et retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, Québec, H2X1X3 - Téléphone (514) 845-8533 Nom____________________________________________________ Prénom_________________________________________________ Adresse__________________________________________________ Ville__________________________________________________ Code postal____________________________________________ Téléphone: Bureau____________ Résidence________________ Profession_____________________________________________ Abonnement\t1 an (10 numéros)\t2 ans (20 numéros) 35,00$\t60,00$ Abonnement de soutien\t75,00$ et plus Étudiants\t20,00$ ICI HYDROQUÉBEC .M L\u2019environnement c\u2019est tout naturel L\u2019environnement est un bien collectif que les êtres humains se doivent d\u2019utiliser, de transformer, d\u2019aménager et de gérer de manière concertée afin d\u2019en assurer la protection, la mise en valeur et la pérennité. wSS lllfllfl La Québécoise mhn Promutuel-vie PROMUTUEL UNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE-VIE PLEINE DE PROMESSES 7 SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS S\u2019UNISSENT À 42 SOCIÉTÉS MUTUELLES D\u2019ASSURANCE GÉNÉRALE POUR CONSTITUER UN IMPORTANT RÉSEAU DE DISTRIBUTION DE PRODUITS D\u2019ASSURANCE-VIE AU SERVICE DU QUÉBEC ET DES QUÉBÉCOIS A POUR LA COLLECTIVITE LA QUÉBÉCOISE PROMUTUEL-VIE JULES FUGERE PRÉSIDENT RENÉ DAIGNEAULT DIRECTEUR GÉNÉRAL 134, RUE SAINT-CHARLES SAINT-JEAN-SU R-RICHELIEU (QUÉBEC) J3B2C3 Avec les hommages de Assurance*vie Desjardins SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 SSJB HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et de ses sociétés affiliées 2207, rue Fullum Montréal H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Fax: (514) 527-9460 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Etudiants (avec piece justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tel.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l\u2019actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l'économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l'expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l'équipe de Relations vous invite à dépasser l\u2019anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Eglise.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l\u2019étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P2L9 Rappel Avez-vous fait parvenir votre souscription à la Fondation Esdras-Minville?Sinon, il est toujours le temps de le faire.Libellez et adressez votre chèque à: LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest, rue Sherbrooke Montréal H2X 1X3 Vous recevrez un reçu qui rend votre don déductible des impôts fédéral et provincial.Nous déposerons votre don à la FONDATION ESDRAS-MINVILLE.DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tel.: 845-8533 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London - Ontario N6B 2R3 La Ligue d?Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Delmas Lévesque Vice- présidents: René blanchard Claude duguay Secrétaire- trésorier: Gérard turcotte Ex-président: Yvon GROULX Membres: Thérèse baron André beauchamp Christiane bérubé Nicole boil Y Paul-A BOUCHER Nicole BOUDREAU Jacques boulay Guy BOUTHIT I IFR Michel brochu Louise-C.brochu Marcel chaput Jean-Charles CLAVEAU Pierre dupuis Philippe géunas Jean genest Léo JACQUES Jacques houle Marcel laflamme Pierre lamy Robert laplante Alain laramée Jean-Marc léger Jacques martin Georges meyers Denis MONIÈRE Jacques-Yvan morin Anna-L.normand Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Hélène pelleuer- BAILLARGEON Charles poirier Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques roy Louis-Philippe ST-MARTIN André thibaudeau L\u2019Action Nationale Revue d information nationale, dont les origines remontent à 1917, L\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assumant la permanence de la publication de L'ActionNationale.Éditions de L\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, L Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X1X3 (514)845-8533 t'1 ¦ Ma reel He n r y r Ue des Mar on n iers Mont r éaI HIT 2W3 L\u2019Action Nationale a 74 ans et trois mois i i Le bilinguisme «Regardons un peu.la façon d\u2019agir du gouvernement fédéral.Il admet le principe du bilinguisme.Il décide même, pressé par d\u2019énergiques revendications, de le pratiquer.Et il publie des cartes postales bilingues.Jusque-là, tout est bien, mais voici où nous nous faisons proprement rouler.Ces cartes postales, le ministère des postes ne les met en circulation que dans les centres français, et il continue à ne fournir dans les centres anglais que des cartes exclusivement anglaises.Est-ce juste?Ainsi entendu, le bilinguisme ne devient-il pas une arme contre nous?n\u2019est-il pas un paravent trompeur derrière lequel se déchire, comme un vulgaire \u2018chiffon de papier\u2019, la charte de nos droits?» Pierre Homier, L\u2019Action Française, mars 1917, p.84-85."]
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