L'action nationale, 1 avril 1991, Avril
[" / I //Action NATIONALE «Un peuple eu marelie» i Volume LXXXI, numéro 4, avril 1991 La lutte à la pauvreté: | clés causes aux solutions Yvon Leclerc h 1 I Le Québec: une société distincte à reconnaître et une identité collective à consolider Simon Langlois i Le statut politique et constitutionnel du Québec Rodrigue Tremblay Les francophones du Canada: un cas de nécessaire réciprocité Jean-Luc Dion ! l\u2019Action NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard TURCOTTE Secrétaire: Monique TREMBLAY Comité de rédaction: André GAULIN, Robert LAPLANTE, Alain LARAMÉE, Gérard TURCOTTE et Rosaire MORIN, secrétaire de la rédaction Abonnement:\t\t Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien\t10 numéros 35,00$ 45,00$ 75,00$\t20 numéros 60,00$ 75,00$ Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 - 845-8533 1\u2019Action NATIONALE «Un peuple en marche» Volume LXXXI, numéro 4, avril 1991 TABLE DES MATIERES Nous avons mille ans Pierre Vadeboncœur 471 La lutte à la pauvreté: des causes aux soluti°^n\t4?4 Le Québec: une société distincte à reconnaître et une identité collective à consolider Simon Langlois 482 Le statut politique et constitutionnel du Québec Rodrigue Tremblay\t502 Marc-Y van, t\u2019es passé à côté Guylaine Lanctôt 522 La population active dans un régime de faible fécondité v *\tHervé Gauthier 527 Essais, études et critiques littéraires des années 80 Kenneth Landry 542 Les francophones du Canada: un cas de nécessaire réciprocité Jean-Luc Dion 549 L\u2019assimilation des francophones hors Québec Marc Lavoie et Maurice Saint-Germain 557 Questions d\u2019action nationale Les précurseurs: Anatole Vanier \u2014 Joseph Gauvreau \u2014 Léon Lorrain Rosaire Morin 564 Rosaire Morin 577 L'Action Nationale L\u2019Action Nationale existe pour défendre et promouvoir le fait français au Québec, au Canada et à travers l\u2019univers.Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain et pour faciliter l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes.Champ d\u2019observation L\u2019Action Nationale s\u2019intéresse aussi à la vie des francophones hors Québec.Elle présente des chroniques sur des problèmes internationaux.Elle reflète certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Elle publie des comptes rendus sur des volumes qui contribuent au progrès de la nation.Liberté d\u2019expression L'Action Nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019Action Nationale peut refuser de publier un texte qui ne correspond pas au programme de la revue.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 20 à 25 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Il doit être dactylographié sur papier 81/2 x 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir,? Éditorial Nous avons mille ans Redécouvrir la France, dirais-je.Le Québec a un problème dont il est peu conscient.C\u2019est que sa culture actuelle, à de nombreux égards, s\u2019est faite depuis trente ans sur une espèce de modèle, principalement et profondément américain, qui peut s\u2019exprimer comme suit: selon ce modèle, les idées, les comportements, les moeurs, les points de repère enfin les choses que l\u2019on imite ou dont on s\u2019inspire, ont peu de racines dans le passé, peu de continuité, de sorte que nous sem-blons vivre dans des sociétés dont la culture n\u2019aurait guère plus de cinq ans.Voilà aussi l\u2019envers de la médaille de la Révolution tranquille et de ses liquidations, une révolution qui était néanmoins bien nécessaire.TOUTE notre culture Est-ce qu\u2019une société comme la nôtre, déjà précaire et de relativement peu d\u2019importance, peut se passer à ce point de profondeur historique?ne pas se former davantage d\u2019après des sources, ne se rattacher qu\u2019à elle-même à chaque moment de son évolution improvisée?ignorer l\u2019histoire et des siècles de littérature?ne guère s\u2019éduquer autrement qu\u2019en attrapant les modes elles-mêmes passagères et elles-mêmes improvisées d\u2019une civilisation de la discontinuité?L\u2019état de la langue et la question de son avenir posent ce problème général avec un relief encore plus grand.Peut-on nous imaginer conservant ici la langue française sans la rattacher fortement, par l\u2019éducation, à la France, à la littérature française et québécoise, à une conception suffisamment rigoureuse de la syntaxe et de l\u2019orthographe françaises, et à l\u2019histoire de la civilisation dont la France est le centre?La langue française peut-elle se fonder ici, de 472 cmq ans en cinq ans, sur la morphologie du jouai?sur ses habitudes?sur l\u2019inconscience qu\u2019il traduit?sur son esprit brouillon, lequel correspond d'ailleurs à un esprit plus général de bâclage et d\u2019à-peu-près, si néfastes pour nous: croit-on que nous ferons jamais l indépendance sans un certain sens de la grandeur Et de l\u2019histoire?Et de la volonté?Et de la culture?Il saute aux yeux que nous ne saurions nous représenter seulement nous-mêmes devant le monde.Cela n\u2019a pas de sens.Dans ces conditions, nous ne réussirions même pas à nous persuader de notre propre valeur.Nous ne pouvons réussir en nous privant de 1 assise de mille ans qui est encore la nôtre à cause de la langue et de nos origines.Nous ne semblons pas trop nous en rendre compte, distraits que nous sommes par un américanisme de pacotille.Mais c\u2019était jadis une évidence.Le Québec, c\u2019est mille ans Si nous n \u2019en venons pas à représenter une histoire et une réalité plus larges et profondes que nous-mêmes, tout simplement nous n existerons pas.Nos minorités, d\u2019ailleurs, ne s\u2019y tromperont pas: nous ne leur en imposerons pas suffisamment pour les acculturer.Cela sera le test.On le voit dès à présent.Ce n\u2019est pas seulement un hasard Ni l\u2019effet d\u2019une loi du nombre en continent américain si tant d\u2019immigrants, en dépit des correctifs de la loi 101, optent pour la' langue anglaise.Nous ne sommes pas assez conscients d\u2019être issus d\u2019une des grandes civilisations de l\u2019histoire universelle, à laquelle nous sommes rattachés au moins par la naissance et par une espèce de droit et d héritage.Sans tout cela, nous-mêmes, ce n \u2019est pas assez.Le système d éducation nous a trahis et continue de le faire.Nous ne nous soucions pas assez de traduire dans les faits, dans notre éducation démocratisée, dans notre discours public, les exigences culturelles de notre ascendance.Peut-être même est-ce cela qui, en dernière analyse, de dix ans en dix ans, compromet notre projet, celui de devenir le pays que nous sommes?Je ne pense pas que nous puissions, entre autres choses, nous passer du souvenir de la France, ni de sa réalité, ni de son concours actuel, ni surtout de l\u2019immense courant littéraire, philosophique et artistique qu\u2019elle a porté jusque dans notre siècle.Prétendre parler ÉDITORIAL 473 français dans l\u2019avenir sans lier tout cela ensemble, je crois que c \u2019est de l\u2019illusion.Peut-être même notre mouvement politique dépend-i de la même chose.\\3 Pierre Vadeboncoeur La lutte à la pauvreté Des causes aux solutions Yvon LECLERC Secrétaire général Conseil des affaires sociales Présentation L Action Nationale est en guerre.La guerre à la pauvreté est déclarée.Et la guerre durera des années.Elle durera aussi longtemps que nécessaire.La bataille qui s\u2019engage est décisive.La révolution sociale est obligatoire.Au Québec, une personne sur quatre est pauvre.Cette situation affecte toute la société.Elle produit un gaspillage social et économique intolérable.C\u2019est une question nationale prioritaire.Le combat sera conduit sur divers fronts.Au début, les opérations paraîtront imprécises.Les stratèges interviendront.Les légions syndicales mobiliseront les travailleuses et les travailleurs fortuné(e)s pour mettre en oeuvre un projet de plein emploi.Les troupes Desjardins et les unités coopératives établiront en campagne les chômeurs, les assistés et les miséreux concentrés dans les centres-villes.En un premier temps, le LXXXVe régiment embrigadera tous les collaborateurs préoccupés par le sous-prolétariat qui s\u2019accroît.Le temps est venu d\u2019exposer la situation, d\u2019étudier les causes, de rechercher des solutions durables.Chaque mois, la revue publiera un dossier sur la pauvreté.La question fondamentale: «Comment s\u2019en sortir?» L\u2019analyse de ce jour est présentée par M.Yvon Leclerc le secrétaire du Conseil des Affaires sociales.La Rédaction LA LUTTE À LA PAUVRETÉ 475 iRjen de plus pernicieux, de plus complexe et de plus troublant que la pauvreté telle que la vit le Québec.Traditionnellement, la pauvreté découlait de l\u2019état de l\u2019individu: mauvaise formation académique, faiblesse d\u2019esprit, accident, depression, revers de fortune, etc.Mais en voulant parer à l\u2019infortune individuelle, l\u2019État a engendré de nouvelles causes qui logent maintenant dans l\u2019environnement administratif et politique de l\u2019individu.La prise en charge et le désir naturel de tout individu de participer à la création de la richesse se butent à un enchevêtrement de programmes issus de trois ou quatre niveaux de gouvernement, souvent en concurrence, pas toujours en accord et dont l\u2019individu fait les frais.L\u2019État a réussi à aider certains; mais en «rationalisant» les programmes, il en a restreint l\u2019accès à ceux qui composent facilement avec les formulaires et les complexités bureaucratiques.Certains s en tirent, d\u2019autres s\u2019enfoncent.Deux Québec dans un.Bien sûr, les programmes de la Révolution tranquille ont amélioré la situation de la pauvreté.On peut même avancer que le nombre de personnes pauvres a diminué si on place la barre au niveau du seuil de faible revenu comme défini par Statistique Canada.Mais ces personnes et familles pauvres posent un problème d\u2019éthique à toute la société.Comment une société qui s\u2019enrichit peut-elle tolérer qu\u2019une partie importante de ses citoyens vivant sous le seuil de la pauvreté se regroupent dans des quartiers où sévit la misère, mettant ainsi en péril l\u2019avenir de près d\u2019un quart de million d\u2019enfants1?Pourtant, tout avait été prévu: la Révolution tranquille avait tissé un filet de sécurité qui devait empêcher quiconque de glisser à travers ses mailles.Que s\u2019est-il donc passé durant ces trente ans pour qu\u2019on en soit encore au même point, à peu de chose près?En fait, on a réussi à corriger la pauvreté telle qu\u2019elle apparaissait alors.Les nouvelles formes de la pauvreté se définissent de plus en plus à partir de l\u2019incapacité de participer à la création de la richesse.Les désordres 1.De plus en plus d\u2019analystes et d\u2019économistes se penchent avec compétence sur cette question.Je pense, entre autres, à Pierre Fortin de l\u2019UQAM, à Pierre Paquette de la CSN et à Raynald Langlois de la CEQ dont le remarquable ouvrage S\u2019appauvrir dans un pays riche expose bien ce problème. 476 individuels, familiaux et sociaux ont une corrélation presque totale avec le sous-emploi.De nombreuses études2 ont montré la relation qui existe entre les problèmes multiples de santé et de comportement social d\u2019un individu et le fait qu\u2019il occupe ou non un emploi.Comme si, dans une économie de marché comme la nôtre, il était normal d occuper un emploi et que l\u2019individu qui en est privé se réfugie dans la maladie physique ou mentale pour justifier son incapacité à participer à la création de la richesse.Terrible, ce constat.Et coûteux en terme de gaspillage de ressources humaines.Imaginez: travail équivaut à santé et maladie à sous-emploi! Le palmarès du sous-emploi Difficile d\u2019imaginer, pour les artisans de la Révolution tranquille, que la cause principale de l\u2019appauvrissement de la société des années 80 et 90 proviendrait du sous-emploi.Même que, au moment de la refonte du système d\u2019assistance sociale effectuée par Claude Castonguay, 36,4% des adultes bénéficiaires du régime étaient considérés aptes au travail, alors que ce taux s\u2019élève maintenant à près de 80%.On est donc passé, en vingt ans, de un sur trois à quatre sur cinq.En fait, la situation s\u2019est tellement aggravée que les progrès enregistrés au plan de la santé publique sont maintenant menacés par la détérioration sociale causée par le sous-emploi.À titre d\u2019exemple, le suicide s\u2019est maintenant substitué aux accidents de la route comme principale cause de mortalité chez les jeunes.On aura beau évoquer toutes sortes de raisons qui mettent en cause la structure industrielle, la productivité de la main-d\u2019œuvre ou les politiques économiques, la répétition constante des mêmes informations déprimantes concernant le sous-emploi laisse des séquelles dans notre mémoire collective.Reste que ce genre d\u2019information forge une culture entrepreneuriale et crée un esprit défaitiste.«Trouvez-moi un peuple au monde qui a des proverbes comme quand on est valet, on n\u2019est pas roi ou quand on est né pour un p\u2019tit pain» disait, rage au cœur, monsieur René Lévesque.2.Voir, à ce sujet, les deux études du Conseil des affaires sociales.Deux Québec duns un et Agir ensemble, publiées chez Gaëtan Morin, éditeur, Boucherville tél (514) 449-2369. LA LUTTE À LA PAUVRETÉ 477 C\u2019est ainsi que notre culture économique s\u2019est enrichie de mots comme retard, rattrapage, décalage qui définissent une nouvelle normalité: notre inconscient s\u2019habitue à nous voir évoluer dans les ligues mineures.«En politique comme en communication, l\u2019important, disait encore monsieur René Lévesque, ce n\u2019est pas la réalité, mais la perception de la réalité.» Comme si un deuxième niveau, plus diaphane, mais bien présent, en arrivait à prendre une importance aussi grande que les faits réels.C\u2019est à ce niveau que logent beaucoup des valeurs qui expliquent nos comportements individuels et collectifs.Au cours des trente dernières années, la mise en place des grands programmes de la Révolution tranquille a réussi à extirper une bonne partie de ces attitudes qui freinent les élans.Une garde montante de jeunes entrepreneurs est parvenue, au cours des années 1980, à modifier notre culture économique et à exorciser certains démons.On tentera sans doute d\u2019expliquer le phénomène du sous-emploi par des facteurs comme l\u2019entrée massive des femmes sur le marche du travail; mais les jeunes, par contre, sont moins nombreux à s y présenter.Et les travailleurs se retirent de plus en plus tôt, à 60, 55 ou même 50 ans, privant ainsi la société d\u2019une riche expérience.Toutes les raisons et statistiques qu\u2019on évoque pour atténuer la perception de cette réalité du sans-emploi ne parviennent plus à masquer la réalité.Qu\u2019on en juge.En octobre 1990, le nombre de prestataires du régime d\u2019assurance-chômage s\u2019élevait à 330 0003.Le même mois, le nombre d\u2019adultes bénéficiaires de l\u2019aide sociale et classés aptes au travail s\u2019élevait à 305 0004.Ajoutons-y les découragés (autour de 70 000) et on obtient le nombre de 705 000, duquel il faut retrancher 5 500 prestataires de l\u2019assurance-chômage que leur niveau de prestation situe sous les barèmes de l\u2019aide sociale.Pour un total d\u2019environ 700 000 personnes qui souhaiteraient participer au marché du travail, mais qui demeurent en marge.Globalement, le Québec offre 3 mil 3.\tStatistique Canada, cat.73-001 (données les plus récentes).4.\tMinistère de la Main-d'œuvre, de la Sécurité du revenu et de la Formation professionnelle (données les plus récentes).Une nouvelle forme de pauvreté. 478 lions d\u2019emplois à 3 700 000 personnes adultes qui veulent les occuper.Voilà le problème.Une nouvelle forme de pauvreté Il faut dire que peu de gens avaient vu venir le coup.Après tout, l\u2019indicateur classique de la croissance économique, le produit intérieur brut, ne révélait-il pas que les mesures prises durant les années 60 et 70 pour supporter l\u2019économie livraient la promesse des fleurs?Le hic, c\u2019est que cet indicateur et certains autres du même genre montrent l\u2019évolution des ventes ou des «expéditions», mais pas le nombre de bras et de cerveaux qui y sont employés.Dans un modèle de production de plus en plus technique, on exige une meilleure formation, plus de «testes bien faictes» et moins de bras à tout faire.C\u2019est ici que se trouvent les nouvelles formes de la pauvreté: ceux dont la formation ne répond plus aux exigences techniques des emplois d\u2019aujourd\u2019hui.Voilà l\u2019arène où se livre la lutte à la pauvreté.Dans le coin droit, ceux qui détiennent un emploi qualifié, stable et bien rémunéré; dans le coin gauche, les sans-emplois, de même que ceux qui occupent des emplois non qualifiés souvent précaires et peu rémunérés.Deux Québec dans un.Bien sûr, le développement technologique permet l\u2019amélioration des conditions de vie des travailleurs, mais en même temps il hausse les critères d\u2019admission aux emplois et jette sur le pavé de nombreux travailleurs non qualifiés.Ce phénomène n\u2019est pas nouveau- mais jamais auparavant cette sorte de machine à fabriquer du sous-emploi n aura atteint le niveau d\u2019efficacité qu\u2019on lui reconnaît maintenant.Jamais, non plus, n\u2019aura-t-elle été plus menaçante pour miner la confiance fragile que la garde montante du milieu des affaires affiche depuis quelques années.Jamais, enfin, n\u2019aura-t-elle exigé autant d\u2019efforts et de concertation pour la réduire à l\u2019impuissance.Rien de pire pour déterrer nos vieux démons.Si on se compare.Cette contre-performance du Québec en ce domaine est d\u2019autant plus décevante que d\u2019autres pays parviennent à lutter contre la pauvreté qui découle du sous-emploi et des salaires crève-faim Cela est bien connu.La Suisse, le Danemark, la Norvège et même le Luxembourg et l\u2019Islande nourrissent, comme le Québec, des objectifs de LA LUTTE À LA PAUVRETÉ 479 justice sociale, d\u2019équité et d\u2019égalité des chances.Et ils endiguent l\u2019épidémie du sous-emploi malgré le fait qu\u2019ils ne disposent pas, comme le Québec, de deux réseaux publics de centres de main-d\u2019œuvre, l\u2019un du gouvernement du Canada et 1 autre du gouvernement du Québec, qui rivalisent d\u2019ingéniosité et d\u2019ardeur pour développer des politiques économiques et des programmes de lutte au chômage et à la pauvreté.Peu de pays ont cette chance! Mais est-ce bien une chance?Car ils réussissent là où le Québec échoue.Au moins deux raisons expliquent cet échec.Tout d\u2019abord, certains leviers macro-économiques échappent à tout contrôle du Québec et sont responsables de l\u2019environnement économique dans lequel évoluent les individus.Par exemple, la banque centrale qui fixe le taux d\u2019escompte et détermine la valeur de la monnaie relève de la compétence exclusive du gouvernement fédéral.En outre, ce gouvernement a pris l\u2019habitude de poser des conditions chaque fois qu\u2019il délie les cordons de la bourse.Ce qui est bien normal; sauf que ces conditions ou normes nationales ne s\u2019accordent pas toujours avec celles du Québec.Même qu\u2019elles entravent souvent les politiques économiques du gouvernement québécois.Le domaine de la main-d\u2019œuvre et de la formation comme celui des principaux leviers de développement économique doivent être placés sous la responsabilité du gouvernement du Québec.La Commission Bélanger-Campeau fera sans doute écho à cette demande unanime des mémoires qui, ont été déposés devant elle et au consensus unanime des patrons, des syndicats, des coopératives et des groupes communautaires qui composent notre société.Ensuite, il faut se donner un gouvernement (pas deux!) qui contrôlera les leviers macro-économiques et décentralisera certains programmes nationaux touchant la main-d\u2019œuvre et la promotion industrielle, les adaptera aux réalités des régions et des centres-villes afin de permettre à tout citoyen ou citoyenne, où qu\u2019il vive sur le territoire, de participer à la création de la richesse.Le plein emploi et le développement maximal du potentiel de notre société exigent maintenant que l\u2019on se tourne vers des aires géographiques plus petites, où les individus se regroupent par affinité par intérêt commun et par goût d\u2019agir ensemble.On pourrait tous citer des cas de réussites économiques et sociales réalisées grâce au supplément d\u2019âme et à la concertation qui émergent des complicités 480 locales.Malgré les conditions exogènes défavorables à leur action, plusieurs communautés locales ont réussi à retrouver la voie du développement économique, social et démographique.Qu\u2019on pense à Thetford-Mines, Sacré-Cœur, Lac Drolet, Frontenac, etc.Peut-on imaginer ce qu il adviendrait si les conditions objectives favorisaient le développement de ces communautés?C\u2019est la voie de l\u2019avenir.La santé et l\u2019épanouissement social des habitants du Québec où qu\u2019ils vivent et quelles que soient leurs conditions sociales exigent un nouveau pacte politique et administratif qui place l\u2019emploi pour tous et partout comme objectif obsessionnel de toute réorganisation politique et administrative de l\u2019État.En somme, les programmes gouvernementaux doivent être appliqués par le bon niveau de gouvernement.Cet objectif signifie surtout que 1 examen de la répartition des pouvoirs commence par attribuer au niveau de gouvernement le plus près des citoyens, la municipalité, les leviers indispensables à cette fin.En voulant tout contrôler, tout régenter par le haut, les gouvernements centraux minent la confiance des élus locaux, tentent d\u2019encadrer leur action sur leur milieu comme s\u2019ils étaient des enfants, et sapent ainsi la capacité de leurs citoyennes et de leurs citoyens à prendre charge de leur développement économique et social.Le redressement passe par le rétablissement des conditions objectives qui permettront le développement de l\u2019entrepreneurship local et régional, partout au Québec, et particulièrement dans les zones rurales et urbaines touchées par le sous-emploi.Conclusion Somme toute, malgré la période de croissance économique que l\u2019on vient de vivre, la pauvreté et les inégalités sociales continuent de s étendre et de faire des victimes.Les gouvernements de Québec et d\u2019Ottawa multiplient les programmes de compensation et de redressement sans parvenir à enrayer le fléau.Au contraire, les dédoublements, les normes nationales souvent contradictoires et insensibles aux spécificités locales et régionales, la complexité bureaucratique et la distance entre la conception des programmes et leur application locale montrent, à l\u2019évidence, que notre système politico-administratif contribue à l\u2019aggravation de la pauvreté qui découle du sous-emploi.Trop de national, pas assez de local. LA LUTTE À LA PAUVRETÉ 481 «L\u2019environnement, avant les espaces verts, c\u2019est d\u2019abord les autres hommes» disait Laborit.Bien avant lui, Socrate proclamait: «Je n\u2019ai rien à faire avec les arbres; je n\u2019ai à faire qu\u2019avec les hommes dans la cité.» La guerre au sous-emploi ne doit plus etre une question prioritaire: c\u2019est devenu une affaire d\u2019urgence nationale.Ce n\u2019est donc pas tant les programmes mis en place durant la Révolution tranquille qu\u2019il faut remettre en question que l\u2019idéologie néo-libérale introduite par le courant reaganien des années \u201980 qui fait porter sur l\u2019individu la responsabilité de s\u2019en sortir seul.La bouchée est trop grosse.Il faut, au plus tôt, réformer l\u2019environnement politique et administratif québécois pour rattraper ceux qui tombent à côté du filet de sécurité et sombrent dans la misère.Pour élargir le filet et livrer à la pauvreté une guerre de tous les instants, le Québec doit s\u2019en donner les moyens.Car chaque jour qui passe enfonce les plus démunis dans la pauvreté, réduit leurs chances de s\u2019en sortir et en fait basculer d\u2019autres dans la misère.L actuel régime fédéral ne répond plus à ces exigences.Le patronat et les syndicats récusent la nouvelle Commission de formation professionnelle que la ministre fédérale est en train de créer, sans le Québec.Quittons vite ce bateau qui coule.! Et donnons-nous un pays qui disposera des moyens nécessaires pour accorder à tous ses habitants la chance de poser sa pierre à la construction de l\u2019édifice et de participer à la création de la richesse.? Le Québec: une société distincte à reconnaître et une identité collective à consolider Simon LANGLOIS Professeur Département de sociologie Université Laval Résumé Le partage actuel des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial n\u2019est plus adapté pour répondre aux besoins sociaux nouveaux, nés des mutations et des changements observables dans la société.Il y a un hiatus grandissant entre la constitution et la société.Il faut, de plus, reconnaître que le Québec a des caractéristiques et des aspirations distinctes qui exigent aussi des changements majeurs en matière constitutionnelle.Il est nécessaire de tirer une conséquence claire et sans équivoque de la situation actuelle de la société québécoise: seule la souveraineté complète permettra de fixer un cadre nouveau et approprié dans lequel pourront être effectués des choix politiques neufs, mieux articulés pour répondre aux besoins déjà existants LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.483 ou en émergence et aussi mieux ajustés aux aspirations des québécois.Il faudra ensuite proposer au Canada anglais non pas une association (terme péjoratif associé à la police d\u2019assurance), mais plutôt une alliance entre pays souverains et étroitement unis, une alliance profitable à tous.Le fossé entre la constitution et la société La constitution d\u2019un pays sanctionne une réalité sociologique.Si l\u2019écart entre les deux s\u2019agrandit, c\u2019est le fondement même de la société civile qui vacille.On observe au Canada un divorce croissant, un fossé grandissant entre le pays réel et la constitution qui répartit et aménage les pouvoirs des niveaux respectifs de gouvernement.Le partage actuel des pouvoirs et des responsabilités entre les niveaux de gouvernement fédéral et provincial n\u2019est plus adapté pour répondre aux attentes spécifiques du Québec, c\u2019est un fait connu.Le Québec est devenu et s\u2019affirme maintenant comme une société distincte avec des besoins propres et des aspirations spécifiques, et une majorité grandissante de Québécois a peine à se reconnaître symboliquement dans le Canada tel qu\u2019il s\u2019est lui-même transformé.Mais ce qui a moins attiré l\u2019attention, c\u2019est le fait que les pouvoirs du fédéral et des provinces, tels qu\u2019ils sont actuellement partagés, ne correspondent plus aux besoins nouveaux qui sont nés des changements et des mutations sociales observables dans la société contemporaine.Donnons quelques exemples pour fixer les idées.Les femmes mariées travaillent en proportion grandissante en dehors du foyer et les mères de jeunes enfants ont un profil de plus en plus continu de participation au marché du travail.Il en découle plusieurs conséquences importantes: Comment financer et organiser la garde des jeunes enfants?Comment maintenir le revenu des femmes enceintes ou en congé de maternité?Comment régir les normes de travail (congés parentaux, santé au travail, etc.)?Comment assurer le recyclage des femmes qui sont peu qualifiées, peu scolarisées?Ottawa et Québec se concurrencent pour intervenir en 484 la matière.On a intégré un programme de congé de maternité payé dans l\u2019assurance-chômage administré par le fédéral; Québec donne une allocation pour couvrir la période de carence de 2 semaines; Québec donne aux parents à faible revenu une aide financière pour la garde des enfants et subventionne les garderies; Ottawa examine la possibilité d\u2019établir une politique nationale de garde des enfants; les frais de garde sont déductibles de l\u2019impôt aux deux niveaux de gouvernement.Les interventions sont nombreuses, diverses, non concertées.L\u2019examen des nouveaux programmes gouvernementaux montre que ce partage est loin d\u2019être clair, que chaque niveau de gouvernement intervient selon ses priorités et qu\u2019il y a de l\u2019inefficacité.11 en va de même dans bien d\u2019autres domaines.L\u2019aide aux familles, par exemple.On a deux programmes d\u2019allocations familiales.Depuis 1979, le fédéral donne un crédit d\u2019impôts pour les enfants âgés de moins de 18 ans.Le Québec donne une aide au moment de la naissance et il a un programme pour enfants handicapés.Ou encore le logement.Ottawa a administré en ce domaine une foule de programmes depuis 30 ans, au fil de la conjoncture économique.Le Québec intervient aussi: programme Logirente, remboursement d\u2019impôts fonciers, Corvée-habitation, etc.Même chose pour la main-d œuvre et le travail.Le Québec a créé des Commissions de formation professionnelle pour administrer les sommes allouées par le gouvernement fédéral aux fins de recyclage de la main-d\u2019œuvre.Mais les programmes doivent être approuvés par le fédéral, qui se réserve d\u2019ailleurs le droit d\u2019intervenir dans les entreprises comptant 200 employés ou plus et dans les secteurs où il y a pénurie de main-d\u2019œuvre.Sans parler de la complexité et de la longueur des négociations lors du renouvellement des ententes.Le Québec intervient dans la formation professionnelle: s\u2019il s\u2019agit des jeunes, par le biais de l\u2019école; s\u2019il s\u2019agit des assistés sociaux, à travers les programmes d aide sociale; le fédéral a des programmes pour les chômeurs, pour les employés des grandes entreprises.Le Québec veut impliquer son réseau scolaire dans le domaine de la formation professionnelle et du recyclage de la main-d\u2019œuvre (d\u2019où la création des CFP), mais le fédéral privilégie les subventions directes aux entreprises.Où est la concertation, la cohérence?Cette liste n\u2019est qu\u2019indicative.Il faudrait aussi parler des communications, de la recherche scientifique ou de l\u2019immigration.Dans LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.485 tous les cas, on note la même confusion, duplication absence concertation.Les divers niveaux de gouvernement ont été amenés a intervenir dans le désordre, en dédoublant programmes et administrations de ces programmes.Un sénat non élu, onze gouvernements, plus de 260 ministres, des milliers de fonctionnaires: cela fait beaucoup d\u2019intervenants pour gérer une fédération qui n\u2019a pas su redéfinir ni adapter les champs de juridiction de ses composantes.Tous ces changements nécessitent un nouveau partage des pouvoirs, soit, mais aussi un nouveau cadre juridique et constitutionnel qui permettra au Québec de se réaliser comme société globale.Ce cadre nouveau devra être élaboré d\u2019abord pour corriger le h.aUis entre constitution et société signalé plus haut, mais aussi pour rendre possible l\u2019affirmation de l\u2019identité québécoise.I.La société distincte Les deux creusets Les Canadiens anglais ont probablement raison de reprocher aux Québécois de ne pas percevoir clairement les transformations récentes et les mutations qu\u2019a connues le Canada sans le Quebec et d\u2019avoir encore une perception trop globale des Canadiens.En dehors du Québec, l\u2019origine ethnique des Canadiens est très diversifiée.Les descendants des Britanniques sont minoritaires (43,2%) et on y observe une forte proportion de personnes d\u2019origine multiple, a la suite de mariages interethniques (près du quart de la population) Le quart des Canadiens ont une origine ethnique unique autre que française ou britannique.La situation est fort différente au Québec.Le caractère ethnique du Québec est beaucoup moins prononcé qu\u2019il ne l\u2019est au Canada et l\u2019origine ethnique multiple, beaucoup moins fréquente.La minorité ayant une origine unique autre que française ou britannique est aussi beaucoup plus faible.Le contraste est encore plus frappant, lorsqu\u2019on examine les langues.Rappelons \u2014 pour mémoire \u2014 des faits connus.La langue maternelle est majoritairement l\u2019anglais (80%) au Canada sans le Québec et majoritairement le français (82,8%) au Québec.La langue d\u2019usage est encore plus fortement l\u2019anglais au Canada sans le Quebec (88,7%) et la proportion des individus ayant comme langue d usage une langue autre que le français ou l\u2019anglais est même le double de 486 celle des individus déclarant le français (7,7% contre 3,6%).Enfin moins de 10% des Canadiens se disent bilingues en dehors du Québec (et cela comprend les Acadiens.) contre 34,5% au Québec, Le Canada des deux nations s\u2019estompe.La notion des deux peuples fondateurs ne tient plus, puisque le Canada est devenu un ensemble multiethnique (avec une proportion grandissante de minorités visibles), dont les citoyens ont adopté massivement l\u2019anglais.e creuset est tellement fort qu\u2019il entraîne même une partie des francophones hors Québec à adopter l\u2019anglais.Le Québec s\u2019est aussi plus tardivement, engagé sur la voie du creuset.L\u2019immigration y à ete moins importante, mais les Québécois tentent maintenant d\u2019imposer le français comme langue d\u2019enseignement et langue d\u2019usage sur le territoire, avec un succès encore incertain.Les dix prochaines années seront, de ce point de vue, déterminantes.Le Canada des deux nations rêvé par Henri Bourassa ou eorges Grant n\u2019est plus.La dualité linguistique qui a servi de point d ancrage aux politiques de Pierre Trudeau est aussi en voie de disparaître.Considérons l\u2019origine ethnique française (y inclus l\u2019origine multiple dont une des composantes est française), la langue maternelle et la langue d\u2019usage: le fait français régresse comme une peau de chagrm en dehors du Québec.En lieu et place des deux nations et de la dualité linguistique canadienne, on retrouve maintenant deux sociétés, l\u2019une déjà fortement multiethnique et l\u2019autre, qui tend aussi à l\u2019etre, mais surtout deux sociétés ségrégées qui ont choisi ou décidé de vivre dans une langue majoritaire différente.Pendant ce temps, le Canada français éclatait, ou plutôt l\u2019iden-tite canadienne-française était en train d\u2019être remplacée par des identités régionales francophones: Québécois, Acadiens, Fransaskois Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, et même Franco-Américains! L\u2019industrialisation, l\u2019urbanisation, la scolarisation, l\u2019exposition aux mass-médias ont brisé les cadres traditionnels de la vie et les institutions des francophones hors Québec, expliquant l\u2019assimilation d une partie d\u2019entre eux et la disparition de cette identité commune.Les francophones du Canada se définissent de moins en moins comme Canadiens français et de plus en plus en référence à la fois a leur origine française et à leur appartenance régionale.Ils deviennent donc des «ethniques francophones», d\u2019une certaine façon, definition d\u2019eux-mêmes qu\u2019ils avaient jusque-là refusée, mais qui est LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.487 en train de s\u2019imposer dans la réalité.Ce processus expliquera naissance d\u2019oppositions et de tensions entre les divers groupes de francophones du Canada et les Québécois.L\u2019identité canadienne-française, ou ce qui en reste, se fonde sur des liens de descendance, de filiation, de consanguinité.L identité québécoise n\u2019est pas avant tout ethnique et elle le sera de moins en moins.Pour les Québécois, la langue française est le moyen privilégié permettant l\u2019intégration de personnes de diverses origines a un même ensemble.Le français joue ici le même role que 1 anglais au États-Unis ou au Canada.La langue ne marque pas 1 appartenance à un groupe ethnique précis; elle est le moyen de marquer 1 appartenance à une société globale.Un développement d\u2019institutions parallèles C\u2019est un fait connu que les inégalités entre francophones et anglophones au Canada se sont estompées.Les Canadiens français ne sont plus systématiquement les porteurs d\u2019eau d\u2019autrefois.La reduction des écarts et des différences entre les membres des deux groupes linguistiques s\u2019est effectuée prioritairement par le biais du développement d\u2019institutions parallèles.Voilà l\u2019un des traits originaux de la société canadienne, qui a conduit à l\u2019avènement d\u2019une société distincte au Québec.La «minorité officielle» du Canada ne se limite pas à être en compétition avec la majorité dans les grandes institutions nationales, comme c\u2019est le cas pour les Noirs américains, par exemple; comme elle est concentrée au Québec, elle a créé ses propres institutions: politiques, scolaires, sociales, culturelles, de communications, mais aussi ses propres institutions économiques, principalement durant les années 1970 et 1980.Ce développement d\u2019institutions parallèles a eu tendance à toucher un grand nombre de secteurs d\u2019activités.Les grandes associations savantes et scientifiques ont pour la plupart été dédoublées; il y a deux galas du disque (l\u2019un, francophone; l\u2019autre, anglophone), sans parler des autres manifestations artistiques; il y a deux bibliothèques nationales, deux archives nationales; on compte aussi deux systèmes de Conseils de recherches scientifiques: CRSH, CRSNG et CRS au fédéral et CQRS, FCAR, CRSQ au Québec.Et la liste de ces institutions parallèles pourrait s\u2019allonger.Durant les années soixante-dix et quatre-vingt, le déplacement 488 des activités économiques vers l\u2019Ouest du pays et principalement vers Toronto a favorisé le départ d\u2019une partie de l\u2019élite anglophone ce qui a contribué à faire augmenter l\u2019importance relative des francophones dans le monde des affaires.Ce déplacement a amené les grandes entreprises canadiennes à créer des centres régionaux au Quebec et par conséquent, à confier plus de pouvoir aux francophones afin de couvrir ce marché.Enfin, les grandes entreprises restées au Quebec ont engagé davantage de cadres francophones.Le depart d un bon nombre d\u2019anglophones ayant des postes importants et la montée des francophones dans les entreprises ont modifié la place respective des deux groupes linguistiques dans l\u2019économie du Quebec au profit de ces derniers.Une société globale spécifique Jusqu à présent, on a trop restreint la spécificité du Québec à des questions de langue et d\u2019ethnicité.Or, le Québec est aussi devenu peu a peu une société globale, pour reprendre un concept de la sociologie, avec un ensemble d\u2019institutions spécifiques, une organisation sociale propre, une culture propre et un genre de vie spécifique, des objectifs nationaux et politiques différents, qui en ont fait bien davantage un pays qu\u2019une province, qui en ont fait bien davantage une société civile qu\u2019un groupe ethnique.C\u2019est cette spécificité québécoise qu\u2019il faut reconnaître dans le débat constitutionnel actuel.Les Canadiens perçoivent encore les francophones comme une minorité; les Québécois se perçoivent comme une majorité.La spécificité québécoise s\u2019est affirmée au fil des ans, alors que s\u2019émoussait 1 identité canadienne-française, parce qu\u2019elle a su s\u2019appuyer sur un ensemble d\u2019institutions fortes et sur l\u2019existence d\u2019un État qui a assuré la promotion collective de ses citoyens, mais aussi des institutions pour reconnaître et donner tous les services à sa minorité historique anglophone, pour affirmer le visage français de la société civile québécoise, des institutions pour atteindre des objectifs sociaux donnés (services sociaux, etc.) et des institutions pour accueillir et intégrer les immigrants à la majorité francophone.Comme tous les États du monde, le Québec a établi des règles du jeu pour constituer une société civile originale et spécifique. LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.489 Un décalage politique siècle Henri Bourassa plaidait la tnese aes ucua 1\u201e rJnmwi««anM du fait français dans les institutions du pays.ÇU1U UUju L,lv*1 bo\t1\t1*1 A X même jusqu\u2019à tasser quelque peu l\u2019anglais et en proclamant le Quebec province unilingue française.Les Canadiens français ont ete les premiers à revendiquer la séparation d\u2019avec l\u2019Angleterre; le rapatriement de la constitution est venu tardivement (sans encore briser les liens symboliques avec cette dernière).Même chose avec les symboles nationaux.Les Canadiens français ont longtemps propose au Canada l\u2019adoption d\u2019un hymne national et d\u2019un drapeau canadiens.Ce dernier est arrivé plus de vingt ans après l\u2019adoption du fleur-de-lysé, devenu entre-temps symbole de ralliement au Québec.Quan le Canada anglais s\u2019est mis à envoyer ses enfants dans les écoles d\u2019immersion française, le plus souvent avec la réelle conviction de servir l\u2019unité nationale et dans un geste d\u2019ouverture envers le français le Québec fermait l\u2019accès de ses écoles anglaises aux francophobes et aux nouveaux arrivants.La liste des exemples à l\u2019appui de ce décalage pourrait se multiplier longuement.Les propositions du Québec ou du Canada français ont souvent heurté le reste du Canada.Quand ce dernier a fini par s\u2019y rallier tardivement, le Québec était passé à autre chose.Le dernier exemple, peut-être le plus important, est le refus de reconnaître la société distincte québécoise dans la Constitution.À notre avis, c\u2019est ce décalage qui est la source de l\u2019échec du lac Meech.Or, ce décalage dans les perceptions et les actions augure mal pour de futures négociations avec le Canada dans le cadre actuel.Quand on négocie avec un partenaire, il faut être sur la même longueur d\u2019onde, ne serait-ce que pour s\u2019entendre sur la nature du conflit, que pour identifier les enjeux et les points de désaccord.Or, ce n\u2019est pas le cas entre le Québec et le reste du Canada actuellement.Certains, au Québec, avancent 490 idee d\u2019une négociation à deux, après l\u2019échec de la négociation à onze.Le reste du Canada, et notamment les neuf autres provinces, a refusé ce cadre de négociation, du moins pouvons-nous le prévoir, précisément à cause de ce décalage dans les représentations collectives dont nous venons de faire l\u2019hypothèse.* * * Il y a déjà longtemps que l\u2019on décrit le Québec comme une société distincte, depuis le Rapport préliminaire, de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1965), dont le paragraphe 104 est justement intitulé «la société distincte»\u2019, jusqu\u2019au texte de l\u2019Accord du Lac Meech.Mais on n\u2019a pas encore réussi à en tirer les implications et les conséquences sur le plan constitutionnel, notamment parce que cette perception du Québec comme société distincte globale, comme nouveau creuset, est très floue dans le reste du Canada.On y perçoit le français comme une langue ethnique, à protéger pour des raisons historiques, alors que le Québec revendique plus de pouvoirs pour consolider son identité.Voilà le nœud du problème actuel.II.Balises pour un choix politique et constitutionnel Une forte majorité de Québécois s\u2019entendent pour apporter des changements majeurs \u2014 sinon radicaux \u2014 à la Constitution actuelle.Les discussions en la matière tournent vite à l\u2019examen des mérites et des inconvénients des diverses options constitutionnelles, mais on parle moins des orientations fondamentales qu\u2019il ne faudrait pas manquer aussi d\u2019examiner.Quel type de société voulons-nous bâtir?Pour quel type de société voulons-nous une nouvelle constitution?Ce sont là des questions préalables qui appelleront des réponses au moment de fixer le statut constitutionnel du Québec.Le lien froid de l\u2019argent Plusieurs observateurs ont critiqué le biais économiste ou affairiste du débat sur l\u2019avenir du Québec.Marx est mort (de même que meurent sous nos yeux bien des régimes qui s\u2019en sont réclamés) mais le «lien froid de l\u2019argent» dont il parlait est bien vivant.Il est même en train de devenir fort important dans les pays de l\u2019Est qui LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.491 se tournent vers l\u2019économie de marché.Il n\u2019en va pas autrement dans les débats sur l\u2019avenir du Québec.Le Référendum de 1980 a été marqué par les discussions comptables sur le bilan des échanges, la rentabilité du fédéralisme ou le coût de l\u2019indépendance.Dix ans plus tard, on a résolument placé les travaux de la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec sur le terrain de l\u2019économie, des affaires.Il faut ramener cette perspective à sa juste dimension et ne pas enfermer le débat sur l\u2019avenir du Québec dans cette seule approche.Elle est importante, certes, mais elle n\u2019est pas la seule.Le spectre du dollar à 70 cents a fait peur à bien des gens en 1980.Pourtant, lorsque le dollar a atteint un creux de 69,8 cents américains quelques années plus tard, sous un régime fédéraliste est-il besoin de le souligner, on a prétendu que c\u2019était bon pour l\u2019économie exportatrice et cette année-là, des centaines de milliers de Québécois ont de nouveau passé leurs vacances d\u2019hiver et d\u2019été aux États-Unis.Il faut mettre le débat sur un autre terrain.Quand on discute de l\u2019avenir d\u2019un pays, il faut savoir compter, c\u2019est sûr, mais il faut aussi être capable d\u2019espérer.Il faut savoir ouvrir des voies nouvelles et s\u2019engager dans leur consolidation ou dans leur construction si nécessaire.Il faut savoir compter aussi sur la capacité d\u2019ajustement, sur la compétence à faire face à l\u2019inconnu et au nouveau.D\u2019autres pays nous offrent en ce moment des exemples à suivre, des exemples de situations qui impliquent des changements radicaux: réunification de l\u2019Allemagne de l\u2019Est à l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest, l\u2019adhésion de la Grèce ou du Portugal au marché commun, le passage de la Pologne à l\u2019économie de marché.Il n\u2019en va pas différemment du Québec.Plus de nationalité, moins de nationalisme Le nationalisme a fait beaucoup de dégât, au XXe siècle, et il continue d\u2019en faire dans certains coins du monde.Les étrangers qui nous visitent lorsque notre pays connaît certaines poussées de fièvres nationalistes ne sont pas sans ressentir quelques malaises devant la marée des drapeaux québécois qui envahit nos rues.Ils ne peuvent faire autrement que d\u2019associer ces débordements à d\u2019autres qui ont dérapé ailleurs, s\u2019appuyant au hasard sur une pancarte malheureuse qui donne parfois le ton à leur perception.Le jour du fameux jugement de la cour supérieure sur la loi 101 en décembre 1989, un 492 collègue sociologue allemand m\u2019a fait part de son étonnement lors d une manifestation nationaliste à Montréal, devant une pancarte portée par un manifestant: «Mieux vaut mourir que de parler anglais.» Lui Allemand, moi Québécois nous avions établi nos échanges scientifiques, mais aussi une amitié bien réelle, en parlant précisément anglais, lingua franca permettant de nous rejoindre par-delà nos langues maternelles respectives.Ce nationalisme étroit doit être clairement rejeté.Mais il y a dans le nationalisme une autre face, celle de l\u2019affirmation de soi: «Volonté de puissance chez les grands peuples le nationalisme, chez les petits, est une volonté d\u2019être1.» Le nationalisme québécois a souvent été caricaturé par ses adversaires qui l\u2019ont associé à cette volonté de puissance, alors qu\u2019en réalité il entend d abord exprimer une volonté d\u2019être.Peut-être vaudrait-il mieux, à la suite de Raymond Aron, appeler «nationalité» le sentiment d appartenance à une communauté culturelle, pour le distinguer du nationalisme, ce mot trop chargé de connotations péjoratives?Le mouvement nationalitaire québécois est une puissante force de rassemblement.Il doit aussi accueillir et faire une place aux nouveaux Québécois qui choisissent et choisiront encore le Québec, dans le respect et l\u2019acceptation des institutions et des règles du jeu du pays d accueil, tout comme il doit continuer de reconnaître et de respecter sa minorité anglophone qui est là pour rester.Plus de culture, moins de multiculture Le Canada est un pays sans identité propre.Il a, pendant quelque temps, appuyé son identité sur son caractère biculturel et bilingue.Cette voie est de moins en moins privilégiée pour les raisons évoquées plus haut: une majorité croissante de Canadiens ne se reconnaissent pas dans l\u2019idéologie des deux peuples fondateurs, le fait français se concentre de plus en plus au Québec, sans parler du développement d\u2019institutions parallèles.Le bilinguisme des institutions d\u2019un océan à l\u2019autre imposé par Trudeau n\u2019a pas réussi à souder une nouvelle identité canadienne.Sans identité propre, le Canada s est engagé à fond dans le multiculturalisme au point d\u2019en 1.Jean Boulhiltelte, Le Canadien français et son double, Montréal 1972, 2e édition, 1989, p.54.L\u2019Hexagone, LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.493 faire un absolu incontournable.Le Canada a érigé en politique offi-cielle non seulement le respect, mais aussi la promotion des différences, parce qu\u2019il était lui-même incapable d\u2019offrir une culture originale susceptible de servir de modèle intégrateur.Les Canadiens, d\u2019ailleurs, commencent à se demander si on n\u2019a pas trop mis 1 accent sur les différences et le respect des diverses cultures au Canada, au détriment de la construction d\u2019une identité commune canadienne.Le Québec a choisi une voie différente de la voie canadienne pour affirmer son rapport avec ses immigrants, une voie qui s\u2019apparente davantage à ce qui se fait aux États-Unis ou en France.Il doit poursuivre dans cette direction, en proposant aux nouveaux arrivants l\u2019intégration dans la société d\u2019accueil.Celle-ci leur sera ouverte, et en retour ces derniers l\u2019enrichiront de leur apport.Il ne s\u2019agit pas ici de nier la spécificité culturelle des immigrants, mais plutôt de leur faire une place.Intégration ne signifie pas assimilation pure et simple.La culture exprime d\u2019abord l\u2019idée de partage, 1 idée d un vouloir-vivre en commun.Elle s\u2019appuie sur un héritage, mais elle le transforme et le remodèle sans cesse.C\u2019est ce qui différencie une culture vivante d\u2019une culture morte.La culture n\u2019a pas de frontière, mais elle a des racines.Elle s\u2019alimente de partout, elle s\u2019imprègne du monde, mais elle le retraduit à partir d\u2019un ici concret et non dans l\u2019abstrait.Cette culture-là, qui débouche sur l\u2019universel et qui s\u2019y alimente, le Québec a mis du temps à la construire.Ses artisans ont beaucoup puisé à l\u2019extérieur, principalement en France, en Angleterre et aux États-Unis, destinations privilégiées pour les études, les voyages, les visites de ressourcement.Ont aussi participé à l\u2019élaboration de cette culture québécoise tous ceux qui se sont joints à nous en cours de route, cette fois d\u2019horizons plus divers.Sait-on qu\u2019une partie importante de nos artistes, de nos écrivains et de nos intellectuels sont de souche récente?Les Québécois francophones de vieille souche ont longtemps vécu dans une société tricotée serrée, selon l\u2019expression de Marcel Rioux.Ce sera de moins en moins le cas, dans un Québec déjà plus ouvert sur le monde.Il leur faudra, dans ce contexte nouveau, refuser l\u2019idéalisation du «passé-antiquaire» dont parlait Nietzsche.Le Québec de demain va se construire aussi avec ceux qui étaient jusque-là étrangers à la majorité francophone.Par ailleurs, les nouveaux 494 immigrants devront reconnaître qu\u2019ils s\u2019établissent dans un pays de langue française, dans une société différente du Canada ou des États-Unis.Un projet pour tous Hubert Guindon a bien montré comment les classes moyennes avaient profité de la modernisation du Québec et de l\u2019intervention accrue de l\u2019État.La garde montante et les gens d\u2019affaires ont aussi profité de l\u2019appui de l\u2019État.N\u2019en soyons pas surpris: chaque pays, y compris les États-Unis, a ses façons propres d\u2019appuyer le développement de ses entreprises et de son appareil de production.Le réaménagement des pouvoirs doit aussi se faire, non seulement pour assurer une meilleure formation de la main-d\u2019œuvre au moyen de politiques intégrées, non seulement pour assurer des instruments et des politiques de développement de nos entreprises, il doit se faire aussi pour assurer une meilleure redistribution des revenus, une plus grande justice sociale et économique.__ Nous nous sommes éloignés de cet objectif durant les années 1980.Les pauvres et les travailleurs à faible revenu ont effectué eux aussi des gains réels en termes de niveau de vie, durant les années soixante et soixante-dix.On a assisté durant ces années-là à une réelle diminution de la pauvreté et à une réelle diminution des inégalités économiques dans l\u2019ensemble de la société.Cette tendance s est arrêtée vers la fin des années 1970, malgré le fait que l\u2019État ait continué à redistribuer plus d\u2019argent et à taxer davantage les revenus du travail.En fait, l\u2019intervention accrue de l\u2019État en matière de redistribution n\u2019a fait que neutraliser durant les années 1980 une augmentation des inégalités due à un ensemble de facteurs (fermetures d entreprises, rationalisation de l\u2019emploi, mais aussi divorce, habitudes de vie, etc.).Il y a en ce moment un paradoxe au Québec: l\u2019Etat provincial et le fédéral prélèvent et redistribuent plus d\u2019argent, mais les classes moyennes et supérieures en accaparent une part plus importante, avec comme résultat que les pauvres, les démunis et les travailleurs à faible revenu n\u2019en tirent pas tout le profit qu\u2019ils devraient en avoir.La réforme constitutionnelle doit profiter aux travailleurs organisés, aux entreprises, aux artisans de la culture, soit; elle doit aussi faire une place aux pauvres et aux gens à faible revenu. le QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.495 III.Le statut politique du Québec Le Canada est un pays incapable de modifier sa constitution, un pays qui s\u2019est avéré incapable de l\u2019amender pour y apporter les corrections que nécessitent l\u2019évolution sociale ou un nouvel environnement.Les discussions constitutionnelles y ont été pourtant nombreuses.La première eut lieu en 1897 et depuis 1927, pas moins de 35 conférences constitutionnelles ont été convoquées.Les diagnostics sur la crise canadienne se sont succédé au fil des enquêtes royales et des commissions d\u2019enquête (citons seulement Lowell-Sirois, Laurendeau-Dunton, Pépin-Robarts, Macdonald, auxquelles s\u2019ajoutent la Commission Spicer dont les travaux sont en cours), sans déboucher sur de nouvelles ententes.L\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech a marqué le dernier épisode des tentatives ratées pour donner au Québec un statut dans la constitution canadienne qui tienne compte de ses particularités.Il faut tirer une leçon de toutes ces tentatives ratées, de tous ces rendez-vous manqués, de tous ces échecs en matière constitutionnelle.Le partage actuel des compétences n\u2019est plus fonctionnel pour faire face aux défis nouveaux posés par les changements sociaux profonds observés durant les dernières décennies.Il ne correspond pas non plus aux aspirations qui se sont développées de part et d\u2019autre, et notamment aux aspirations des Québécois.Ces deux constats doivent guider la recherche de solutions et l\u2019élaboration de nouvelles propositions sur le statut politique du Québec.L\u2019option de la souveraineté Le Québec et le Canada ont évolué dans des directions différentes, qui exigent maintenant plus que du bricolage ou du rafistolage constitutionnels ad hoc.Nous voilà en présence de sociétés qui sont à la fois proches l\u2019une de l\u2019autre, mais fort différentes, un peu comme les frères et sœurs qui se retrouvent, à l\u2019âge de cinquante ans, à la fois liés pour l\u2019enfance vécue en commun, mais étrangers les uns aux autres à la suite des décisions qu\u2019ils ont prises tout au long de leur vie.Or, nous sommes en présence de sociétés dans lesquelles les différences sont en voie d\u2019escamoter les liens communs, liens qui sont cependant toujours évoqués avec une certaine nostalgie.S\u2019agissant du statut du Québec, le regard doit se tourner résolument vers le futur.Ce futur doit être pensé en fonction du présent 496 tel qu\u2019il est ou tel qu\u2019il est devenu au fil des ans et des choix que 1 on veut renforcer.La souveraineté du Québec apparaît comme un choix logique qui découle de l\u2019analyse proposée plus haut et comme un choix politique et stratégique pour sortir de l\u2019impasse canadienne.Les opposants à l\u2019option souverainiste du Québec critiquent ce choix en soutenant qu\u2019il va à contre-courant de l\u2019histoire.Certains vont même jusqu\u2019à traiter cette option de retour à la grande noirceur et de recul au XIXe siècle, ou encore la considèrent comme une idée rétrograde et obscurantiste, à l\u2019heure où se construit la communauté européenne, référence obligée de ces commentateurs critiques.Ces critiques sont non fondées et abusives.Réfléchissons un peu sur l\u2019expérience européenne.Se reconnaissant une identité commune, les Européens affirment en même temps leurs particularismes locaux et régionaux.Les régions profiteront du marché commun vraiment ouvert pour affirmer leur particularité, leur identité propre.Voilà un paradoxe apparent sur lequel on n\u2019a pas assez réfléchi: l\u2019ouverture à un ensemble plus large redonne aux citoyens le goût, et les moyens, de reconstruire et de renforcer des identités particulières, plus locales.L\u2019identité européenne qui s\u2019affirme avec plus de force n\u2019efface pas ni ne remplace les identités nationales.Les Français et les Allemands vont rester français et allemands, mais en partageant plus de choses, en acceptant de se faire concurrence encore plus que par le passé, notamment en ouvrant leurs marchés du travail respectifs.Sur bien des plans, ils iront même plus loin que le Canada actuel qui a érigé de nombreuses frontières entre ses provinces.L\u2019engagement dans une communauté supranationale suppose d\u2019abord que chaque pays dispose de moyens pour affirmer sa spécificité, à partir de laquelle ils peuvent s\u2019ouvrir sur l\u2019extérieur.Il en va de même pour le Québec.De l\u2019association à l\u2019alliance Beaucoup de Canadiens perçoivent l\u2019association avec le Canada proposée par les souverainistes québécois comme une façon commode de minimiser les risques de la souveraineté tout en retirant les avantages.Bien des Québécois pensent aussi de même: rêvant de souveraineté, mais craintifs devant les risques qu\u2019elle comporte, ils se donnent comme police d\u2019assurance l\u2019association avec le reste du Canada. LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.497 Il faut revoir cette perception, de part et d\u2019autre.Le Québec ne pourra pas chercher à obtenir à la fois les avantages de l\u2019appartenance à la fédération canadienne et ceux de la souveraineté.Le nouveau lien avec le Canada doit être une alliance avec un voisin qui profitera à tous, et non une police d\u2019assurance.Le mot association est en ce moment très péjoratif au Canada anglais; c\u2019est un terme chargé de connotations qui le rapprochent de la police d\u2019assurance, car la perception que le Québec tire profit du Canada y est largement répandu2.Le mot association doit être abandonné, à notre avis, pour décrire le nouveau lien du Québec avec le Canada.Appelons un chat, un chat, et la souveraineté, la souveraineté.Ceci dit, la position du Québec aura l\u2019avantage de la clarté, ce qui facilitera les discussions avec le reste du Canada.Plutôt que de proposer l\u2019association, le Québec devrait proposer au reste du Canada une nouvelle alliance entre partenaires souverains, ce qui est différent.Des partenaires qui feront des affaires ensemble, qui partageront des politiques, qui rechercheront en commun l\u2019atteinte de certains objectifs.Il y aura un grand travail à faire pour changer la perception et les représentations sociales au Canada anglais, peu enclin en ce moment à envisager les relations avec le Québec sur cette nouvelle base.La souveraineté, un cadre constitutionnel plus approprié pour des choix politiques La souveraineté seule permet de faire des choix, de proposer des alliances.Elle se distingue de la recherche d\u2019une plus grande autonomie parce que cette dernière ne donne pas le contrôle sur la prise de décision.La souveraineté n\u2019est pas une fin en soi.Elle n est pas non plus importante seulement sur le plan symbolique, pour permettre aux diplomates et politiciens du Québec de se promener à l\u2019étranger «avec le flag québécois sur le hood de leur char» pour reprendre les mots de Jean Chrétien.Elle est plutôt un cadre privilégié pour des choix politiques.Évitons, au passage, la référence au concept flou de «choix de société».Une société ne choisit pas d être, 2.M.Conrad Black, entre autres, véhicule cette perception partout au Canada et ailleurs dans le monde.Il est même allé jusqu\u2019à écrire récemment dans Saturday Night, que le Québec retirait six milliards de son appartenance au Canada.11 avait manifestement oublié d\u2019ajouter que le Québec payait aussi des impôts au palier fédéral. 498 elle existe, marquée par des conflits et des oppositions, avec une histoire et dans un environnement qui lui imposent leurs contraintes; elle existe comme le résultat des actions libres et contraintes de ses citoyens.On peut faire des choix politiques, certes, mais on ne peut pas vraiment choisir ce que sera une société.Quels sont ces choix politiques?Il faut d\u2019abord éviter de dresser une liste d\u2019épicerie remplie de bonnes intentions et de généreuses mesures pour tous, liste qui ne nous mènera pas très loin.Le Québec a besoin de plus de pouvoirs pour trouver ici des solutions aux problèmes qui se posent et pour atteindre des objectifs, décisifs pour son avenir en Amérique.Donnons quelques exemples pour illustrer ce point de vue.Tous les États gèrent leur population.Certains ferment leurs frontières aux étrangers (le Japon), d\u2019autres ne reconnaissent pas la nationalité aux enfants des «travailleurs invités» pourtant nés dans le pays (l\u2019Allemagne), plusieurs États cherchent à limiter la fécondité pendant que d\u2019autres ont des politiques natalistes (la France, par exemple).Le Québec et le Canada ont effectué des choix politiques différents, très différents même, en ce domaine.Le Canada préfère ouvrir plus largement ses portes à l\u2019immigration dans le but d\u2019augmenter sa population, alors que le Québec a une stratégie mixte, axée sur la mise en place d\u2019une politique nataliste (en fait, un embryon de politique, comparée à ce qui se fait en France, par exemple) et sur le maintien de l\u2019immigration.La natalité a baissé, au Québec comme ailleurs dans les sociétés développées, entre autres à cause des exigences de la vie contemporaine moderne.Il faudra changer bien des choses dans la société afin de la rendre plus accueillante aux enfants et afin d\u2019aider les couples qui le veulent à en avoir: politiques de garde, congés parentaux, aide aux familles, garde en milieu de travail, etc.Or, la division actuelle des pouvoirs et des responsabilités entre les deux niveaux de gouvernements empêche ou empêchera le Québec d\u2019adopter des mesures vraiment efficaces pour atteindre les objectifs propres qu\u2019il s\u2019est fixés.Comment aider efficacement les familles avec jeunes enfants par le biais de mesures fiscales,lorsque la moitié de la fiscalité lui échappe?Il en va de même dans le domaine de l\u2019immigration.La situation particulière du Québec en Amérique exige de sa part toute une série LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.499 de mesures pour assurer l\u2019intégration des immigrants à la majorité francophone.Pour y arriver efficacement, le Québec doit contrôler tous les aspects de l\u2019immigration, depuis le choix des immigrants jusqu\u2019aux services qui leur sont offerts dans les années qui suivent leur entrée au pays.Le Québec doit poursuivre une politique claire d\u2019intégration, à l\u2019opposé de la politique du multiculturalisme canadien.Intégration ne signifie pas assimilation, avons-nous écrit plus haut.Au contraire, le Québec sortira enrichi par l\u2019apport des nouveaux arrivants et ceux-ci y trouveront une terre d accueil pour refaire leur vie dans un autre environnement.Ouvrons une parenthèse, au passage.Le Québec doit en particulier être plus ouvert aux immigrants venant de France.Il est scandaleux de noter que les portes du Québec sont en ce moment presque fermées pour les Français qui veulent s\u2019établir chez nous, sous prétexte qu\u2019ils sont souvent trop qualifiés.Cette politique doit changer.Qu\u2019on informe les personnes qui veulent immigrer et qui ont des qualifications déjà «en surplus» au Québec qu\u2019elles auront des problèmes, mais laissons-leur courir le risque de venir au Québec si elles le veulent.Les immigrants sont le plus souvent des gens dynamiques et innovateurs: ces personnes trouveront bien à s\u2019employer, quitte à se réorienter.Il n\u2019est pas normal que le Québec, proche cousin de la France, soit ainsi fermé aux quelques milliers de personnes qui désireraient venir ici.Il en va de même pour les étudiants français, qui peuvent très difficilement obtenir des visas pour venir étudier au Québec.C\u2019est sur le plan des politiques sociales que l\u2019inadéquation entre d\u2019un côté les changements sociaux et, de l\u2019autre, la répartition actuelle des pouvoirs apparaît la plus importante.Les deux niveaux de gouvernement interviennent chacun selon leurs propres priorités, avec comme résultat une absence d\u2019intégration dans les programmes et beaucoup de duplication.Prenons le cas du système de la sécurité du revenu.Nous avons recensé plus de 20 programmes différents, administrés par Ottawa et par le Québec.(Un nouveau programme vient de s\u2019ajouter au moment d\u2019écrire ces lignes: le remboursement par Ottawa de la taxe sur les produits et services.) Quand émerge un nouveau besoin (la garde des enfants, par exemple), ou quand on effectue un choix politique (relancer la natalité, aider les familles), on crée un programme 500 ad hoc.C\u2019est le fédéral qui paie le congé de maternité, mais c\u2019est le Québec qui légifère sur les congés parentaux.Et que dire des politiques d\u2019aide aux familles, qui reçoivent à la pièce chèques d allocations et crédits d\u2019impôts des deux ordres de gouvernement?Plusieurs observateurs ont déjà critiqué les coûts de cette duplication.Nous insisterons ici plutôt sur l\u2019absence d\u2019un partage clair des responsabilités entre les deux niveaux de gouvernement et surtout sur l\u2019absence de concertation entre les programmes.Parce qu\u2019il a des besoins spécifiques et parce qu\u2019il effectue des choix politiques différents (relancer la natalité, par exemple), le Québec doit récupérer le domaine de la sécurité du revenu.On pourra ainsi établir des ponts entre divers programmes (recyclage de la main-d\u2019œuvre, formation professionnelle et soutien du revenu, par exemple).C\u2019est peut-être sur les plans culturel et linguistique que le Québec a effectué des choix politiques qui le distinguent le plus du reste du Canada.Le Québec français a réussi là où le Canada français a échoué, parce qu\u2019il disposait de pouvoirs propres.Ce n\u2019est pas l\u2019État fédéral qui a assuré le développement d\u2019institutions vivantes, fonctionnant en français.Ce dernier a fait des efforts louables pour dispenser des services dans leur langue aux francophones, c\u2019est certain, mais c\u2019est d\u2019abord l\u2019existence d\u2019un pouvoir politique provincial important qui a permis au français d\u2019être plus qu\u2019une langue de minoritaire parlée avant tout dans la famille.L\u2019expérience passée montre que le Québec doit conserver et obtenir le plus de pouvoirs possibles pour adopter des politiques de développement culturel appropriées.Ne pas oublier les cousins canadiens-français La minorité anglophone du Québec pourra compter sur l\u2019appui de tout l\u2019environnement nord-américain pour assurer son développement.Il en va différemment de la minorité canadienne-française.Celle-ci ne devra pas être laissée à l\u2019abandon par le Québec, qui aura à son égard un rôle historique à jouer.Devant un Québec souverain, le Canada va redéfinir radicalement ses politiques officielles de bilinguisme.Dans ce contexte, le Québec devra apporter un soutien accru aux communautés francophones, notamment en matière d\u2019enseignement, de culture et de communication.L\u2019une des principales difficultés qui surgira dans l\u2019établissement de nouveaux rapports avec les Canadiens français sera sans doute la LE QUÉBEC: UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE À RECONNAÎTRE.501 montée des identités francophones régionales, décrites et analysées plus haut.Les francophones des autres provinces ne sont pas des Québécois en exil et les Québécois se sentent de moins en moins Canadiens-français.À la recherche d\u2019un nouveau statut constitutionnel pour eux-mêmes, les Québécois devront aussi prêter attention aux conséquences qu\u2019il impliquera pour leurs cousins francophones qui ne manqueront pas d\u2019être affectés, quelle que soit la solution retenue, comme on l\u2019a vu au moment des discussions sur l\u2019Accord du Lac Meech.Q Le statut politique et constitutionnel du Québec Rodrigue TREMBLAY Professeur de finances internationales Université de Montréal Résumé Le professeur Tremblay commence son exposé en rappelant que le Québec est et demeurera une minorité politique dans le système politique canadien.Il juge illégitime et irréformable l\u2019Acte de 1982.Il considère que le gouvernement fédéral est devenu un monstre fiscal et que ses pouvoirs illimités menacent les compétences du Québec.Cette situation d\u2019ensemble justifie les Québécois de récupérer tous les pouvoirs d\u2019un pays souverain.Bien sûr, l\u2019auteur préconise l\u2019intégration du Québec au reste de l Amérique du Nord et il souligne avec force que le niveau de vie des populations ne dépend pas des gouvernements.Il établit que l\u2019action fiscale du fédéral est à peu près nulle à l égard du Québec.Il démontre que 7 des 12 pays les plus riches ont des populations inférieures à 10 millions d\u2019habitants.Il termine son analyse LE STATUT POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC\t503 en traitant des institutions et des mécanismes à établir pour réaliser le contrôle politique du territoire québécois par des Québécois.«Comme la Grande-Bretagne au sein de la Communauté Économique Européenne, le Québec appuie sans réserve la notion d\u2019un grand marché commun canadien, mais s\u2019accommode plutôt mal de l\u2019intégration politique qui l\u2019accompagne.Les Québécois vont en conséquence tenter de mettre en place un nouvel arrangement avec le reste du Canada qui laissera la porte toute grande ouverte à la circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux.Soit exactement le projet Europe 1991 actuellement en cours».Conrad Black Londres Presse Canadienne La Presse, p.BS 18 novembre 1990 I.Quelques problèmes Le Québec, une minorité politique Le problème central du Québec est le statut de minorité politique des Québécois francophones dans le système politique canadien.L\u2019évolution démographique et les vagues d\u2019immigration ne peuvent dans l\u2019avenir qu\u2019accentuer le statut minoritaire des Québécois francophones à l\u2019intérieur du Canada.Cette «minorisation» du Québec dans le système politique canadien se traduit par une proportion décroissante des deputes québécois à la Chambre des Communes.En 1867, cette proportion était égale à 33,5%.Aujourd\u2019hui, la proportion est égale à 25,4%. 504 L\u2019Acte de 1982 Le problème constitutionnel immédiat du Québec est l\u2019Acte constitutionnel de 1982, lequel a été imposé au Québec par le gouvernement fédéra] et par les provinces anglophones.Le gouvernement du Québec s\u2019est officiellement opposé à cette constitution, et la population du Québec ne fut jamais directement consultée.De plus, la constitution de 1982 comporte des amendements majeurs de l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord de 1867, et ces amendements sont au désavantage du Québec.En particulier, on a retire au Québec son droit de veto en tant que province fondatrice de la confédération canadienne de 1867; et on a confié à la Cour Suprême du Canada, organisme sous le contrôle exclusif du seul gouvernement fédéral, un rôle politique semblable à celui de la Cour supreme des Etats-Unis.Ceci crée une situation extrêmement sérieuse, car c\u2019est de cette façon qu\u2019une foule de pouvoirs des États américains ont été transférés au gouvernement central aux États-Unis.Cette situation constitutionnelle et politique du Québec est illégitime et intolérable.Une Constitution irréformable La Constitution canadienne qui a été imposée au Québec est en pratique irréformable.Ceci a été démontré au cours des trois ans qu ont duré les débats sur les réformes «minimales» contenues dans l\u2019Entente du Lac Meech.Ces obstacles à la réforme de l\u2019Acte constitutionnel de 1982 sont politiques et techniques.Sur le plan politique, de nombreux sondages d\u2019opinion ont démontré que la population du Canada anglais a une vision «américaine» du Canada, en ce sens qu\u2019elle considère le Canada comme un pays de plus en plus unitaire, one nation, one language, et n\u2019accepte pas que le Québec soit autre chose qu\u2019une province comme les autres.Sur le plan technique, l\u2019Acte constitutionnel de 1982 est une camisole de force incontournable, parce que l\u2019article 41 établit la règle de l\u2019unanimité pour tout changement constitutionnel majeur.À titre d\u2019exemple, il est impossible de faire de la Cour suprême du Canada un organisme vraiment fédéral, sans l\u2019unanimité de tous les LE STATUT POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 505 Tableau 1 Les déficits budgétaires du gouvernement fédéral Millions de dollars\tMinistre des finances 1969-\t70 1970-\t71 1971-\t72 1972-\t73 1973-\t74 1974-\t75 1975-\t76 1976-\t77 -1 542 -1 675 -2 009 -5 737 -6 297 1977-78\t-10 426 1978-79\t-12 617 1979-80\t-11500 1980-81\t-13 356 1981-82\t-14 872 1982-83\t-27 816 1983-84\t-32 399 1984-85\t-38 324 1985-86\t-34 404 1986-87\t-30 605 1987-88\t-28 083 1988-89\t-28 900 1989-90*\t-30 500 1990-91*\t-28 500 Ajustement de dette du 29 octobre 1990\t-8.4 1991-92\t-34 000 (-26 80' (prévision de\t l\u2019auteur découlant de la récession)\tM.Wil: Edgar J.Benson John Turner Donald S.MacDonald Jean Chrétien John Crosbie Allan MacEachan Marc Lalonde Michael Wilson \u2022Estimé.Source: Comptes publics du Canada et budgets du Gouvernement du Canada. 506 gouvernements, central et provinciaux.Il serait aussi impossible de faire du Canada une république plutôt qu\u2019une monarchie constitutionnelle sans l\u2019unanimité de tous les gouvernements.Le Québec se retrouve donc prisonnier d\u2019un carcan constitutionnel qui lui a été imposé et qui ne peut être réformé.Il en résulte une situation doublement illégitime et doublement intolérable.Un monstre fiscal Au plan de la croissance économique, le gouvernement fédéral est devenu un monstre fiscal incontrôlé qui impose à l\u2019ensemble des provinces canadiennes un fardeau fiscal improductif qui ralentit leur croissance économique.Depuis 1982, en effet, les déficits budgétaires du gouvernement fédéral ont oscillé autour de 30 milliards de dollars par année (voir le tableau 1, ci-joint).En effet, la dette du gouvernement fédéral devrait atteindre le chiffre de 400 000 000 000 $ à la fin de l\u2019exercice 1990-91, ou au cours des trois premiers mois de l\u2019exercice fiscal 1991-92.Ceci représente 60 000 $ de dette fédérale pour une famille de quatre personnes (deux adultes, deux enfants), et au taux de 12% d\u2019intérêt Une char8e ^intérêts égale 7 200 $ par année par famille québé-coise.Dans un scénario de faible croissance économique, soit 6% de croissance nominale par année (soit 1 pour cent de croissance réelle et 5% d\u2019inflation), et un déficit budgétaire fédéral annuel égal à 6% u produit intérieur brut, il n\u2019est pas impensable alors que la dette federate atteigne une valeur égale à 100% du Produit intérieur brut canadien au cours des vingt prochaines années.I* % déficit fédéral annuel/PIB % croissance économique annuelle -* f 0.06 1 =\tLôÜ6 J\t= 100% Dans un tel cas, tes paiements d\u2019intérêts du gouvernement fédéral pourraient atteindre 40% des dépenses budgétaires, et sérieusement menacer la capacité du gouvernement fédéral d\u2019assurer 1e le statut politique et constitutionnel DU QUÉBEC 507 financement de ses engagements envers la population canadienne.Cette situation représenterait, en effet, un service de la dette ega e à 100 milliards de $ par année sur des dépenses totales de 1 ordre de 250 milliards de $*.Des pouvoirs illimités La Constitution canadienne est défectueuse dans ses fondements mêmes, parce que les pouvoirs du gouvernement fédéral de dépenser et de taxer sont, en pratique, illimités.En effet, le préambule dt l\u2019article 91 de l\u2019AABN établit que le gouvernement du Canada peut passer toute loi concernant «la paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement», tandis que l\u2019article 91(3) établit le pouvoir illimité du gouvernement canadien de taxer de toutes les façons au Canada.Il y a plus.Les articles 56 et 90 de l\u2019AABN permettent au gouvernement fédéral de mettre tout gouvernement «provincial» en tutelle en désavouant les lois de ce dernier jusqu\u2019à un an après leur adoption.Ce pouvoir a d\u2019ailleurs été utilisé au-delà de 120 fois depuis 1867.Cette situation est malsaine pour la croissance économique, parce qu\u2019elle conduit à des dédoublements coûteux de juridictions et de dépenses entre le gouvernement du Québec et celui du Canada.L\u2019exemple le plus criant du dédoublement des responsabilités et ses conséquences néfastes pour la croissance économique du Québec est l\u2019usage que fait le gouvernement canadien de ses lois sur l\u2019environnement pour contrôler le développement des richesses naturelles et énergétiques du Québec.C\u2019est tout le développement d\u2019Hydro-Québec qui est menacé par le gouvernement canadien.II.Domaines de juridiction dont le Québec devrait jouir Puisque nous croyons la Constitution canadienne «irréformable», il nous apparaît logique que le gouvernement du Québec 1.Une telle conclusion repose sur l\u2019hypothèse d\u2019un PIB à terme égal à 1 000 milliards de $, un budget fédéral des dépenses égal à 250 milliards de S et un taux d intérêt nominal égal à 10 pour cent, et une dette publique fédérale égale à 1 000 milliards de dollars. 508 récupère tous les pouvoirs d\u2019un État souverain sur le territoire du Québec.Nous croyons, en effet, que le principe de la souveraineté politique du gouvernement du Québec sur le territoire du Québec relève du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, et la population du Québec est l\u2019instance supérieure à laquelle il revient d\u2019entériner et de concrétiser un tel principe.Cela constituerait la première fois que les Québécois, en 456 ans d\u2019histoire depuis 1534, formerait une société pleinement libre au plan politique.En effet, les Québécois ont vécu sous le régime d\u2019une colonie française pendant 225 ans (1534-1759).Ils vécurent dans une colonie britannique pendant 107 ans (1759-1867), et ils constituent une minorité politique depuis 123 ans dans le système fédéral canadien.Une fois souverain politiquement, et seulement une fois souverain politiquement, le Québec sera en mesure d\u2019accepter de mettre en commun avec les voisins du Canada anglais et des États-Unis des juridictions de type économique, commercial, monétaire et financier afin d\u2019assurer la quadruple mobilité des biens et des services, des capitaux et des personnes.Des ententes, par voie de traités, seraient nécessaires pour le maintien des règles du marché commun existant (marché unique), afin que les provinces maritimes ne soient coupées, ni du Québec, ni de l\u2019Ontario.Il saute aux yeux que de telles règles sont à l'avantage des provinces maritimes et de l\u2019Ontario, de même qu\u2019à celui du Québec2.Le maintien de la stabilité financière et monétaire et la libre circulation des capitaux exigeront aussi des ententes sur le fonctionnement d\u2019une union monétaire Québec-Canada.Peu de changements a la situation actuelle seraient requis, si ce n\u2019est une entente sur la composition d\u2019un Conseil monétaire mixte Québec-Canada, et sur les catégories de titres pouvant figurer au bilan des organismes bancaires.Il convient de remarquer, ici, que le Québec pourrait opter Z Ceux qui prétendent qu\u2019en cas de souveraineté politique du Québec, le marché unique Québec-Canada ne serait pas préservé n\u2019ont pas songé qu\u2019U faudrait aux camions de Canadian Tire, Sears, Eaton.etc., qui partent des entrepôts de Toronto ou de Scarborough, fourmr une facture d\u2019origine à la frontière du Québec! Les entreprises de l\u2019Ontario seront les plus chaudes partisanes du marché unique. LE STATUT POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 509 unilatéralement de continuer d\u2019utiliser le dollar canadien en appliquant les politiques monétaires requises.D\u2019autres ententes, par voie de traités, pourraient être conclues avec les États-Unis concernant l\u2019Accord de Libre-Échange nord-américain, de même qu\u2019avec le Canada, et probablement à compter de 1993, avec le Mexique, lequel s\u2019applique au Québec depuis le 1er janvier 1989.Au plan politique, le Québec pourrait conclure des ententes avec le Canada concernant: 1-\tla double citoyenneté et un passeport commun pour les ressortissants du Québec et du Canada; 2-\tla défense du Golfe Saint-Laurent et la participation aux traités de NORAD et de l\u2019OTAN.Par conséquent, les seules ententes de juridictions partagées entre le Québec et le Canada qui apparaissent souhaitables se limitent aux questions suivantes: \u2014\tau marché commun Québec-Canada; \u2014\tà l\u2019union monétaire Québec-Canada; \u2014\tà l\u2019Accord de Libre-Échange nord-américain; ___à la double citoyenneté et au passeport commun Québec-Canada; \u2014\tà la défense.III.L\u2019identité nationale La souveraineté politique du Québec et 1 intégration économique du Québec au reste de l\u2019Amérique du Nord constitue la formule la plus sûre d\u2019assurer à la fois l\u2019identité québécoise et le niveau de vie des Québécois.En effet, les Québécois constituent moins de 2,5% de la population nord-américaine.L\u2019avenir sera fait d\u2019interdépendance économique et de communications instantanées.Dans ce contexte, la langue et la culture française sont menacées en Amérique du Nord.Sans un contrôle politique du territoire du Québec par les Québécois eux-mêmes, il sera difficile d\u2019empêcher une lente «louisianisation» du Québec au cours des décennies à venir. 510 Au vingt et unième siècle, il existera vraisemblablement trois grands blocs économiques industrialisés dans le monde: la Communauté Economique Européenne, le bloc économique nord-américain et un bloc économique asiatique qui est à se constituer.Le Québec devrait participer pleinement au bloc économique nord-américain.Mais il le ferait en tant que société à majorité francophone, soucieuse de préserver son identité nationale et de défendre ses intérêts économiques légitimes.IV.Le niveau de vie Il convient ici de souligner que le niveau de vie des populations ne dépend pas des gouvernements.Plus souvent qu\u2019autrement, le niveau de vie dans un pays est atteint en dépit des gouvernements et non pas à cause d\u2019eux.Ce sont plutôt les gouvernements qui dépendent des impôts et des taxes qu\u2019ils prélèvent sur les revenus qui sont engendrés par les producteurs au cours de l\u2019activité économique.Tout au plus, les gouvernements peuvent ne pas nuire au progrès économique en ne taxant pas trop lourdement la production et en fournissant les services publics essentiels et l\u2019infrastructure sociale nécessaire.Le régime politique peut favoriser ou défavoriser le progrès économique et le niveau de vie selon qu\u2019il constitue un cadre favorable ou défavorable à l\u2019activité économique.À ce chapitre, l\u2019état national et le fédéralisme politique ne favorisent pas plus l\u2019un que 1 autre le progrès économique et le niveau de vie.Ce sont plutôt les règles de la liberté économique et de l\u2019intégration économique qui sont déterminantes pour le dynamisme et l\u2019efficacité de l\u2019économie.Sous ce chapitre, on ne peut dire avec certitude si le niveau de vie au Québec progressera ou non plus rapidement dans le cadre politique d un état national intégré économiquement au reste de 1 Amérique du Nord, ou dans le fédéralisme politique canadien actuel.Le niveau de vie des Québécois dépend fondamentalement en effet, des richesses naturelles du Québec et de la productivité des travailleurs et des entreprises du Québec, dans l\u2019environnement économique mondial et nord-américain.Aucun niveau de vie ne peut être maintenu artificiellement à long terme par la charité venant de 1 extérieur ou par un régime politique particulier. LE STATUT POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 511 Le maintien et la croissance du niveau de vie québécois exigent le développement des ressources naturelles du Québec, des investissements dans la qualité de l\u2019éducation des jeunes Québécois et des investissements productifs dans la capacité économique et technologique de production, et un environnement économique qui est favorable à l\u2019initiative et à la productivité.En autant que l\u2019économie du Québec est compétitive et intégrée commercialement et financièrement au reste de l'Amérique du Nord, le niveau de vie au Québec non seulement se maintiendra, mais ira en s\u2019accroissant.Comme il a été souligné plus haut, l\u2019abaissement du fardeau fiscal au Québec avec la fusion des administrations fédérale et québécoise sur le territoire du Québec peut permettre de stimuler davantage la croissance économique en rendant le Québec plus compétitif et un meilleur endroit pour la localisation des investissements.Présentement, le gouvernement du Canada ne peut contribuer de façon substantielle au niveau de vie des Québécois, parce que ce qu\u2019il remet d\u2019une main, il le reprend de l\u2019autre, et parce que son inefficacité est un frein au progrès économique.Selon les années, le gouvernement fédéral perçoit plus ou moins de fonds qu\u2019il n\u2019en injecte au Québec.Ce facteur étroitement fiscal ne saurait en aucune façon faire du gouvernement du Canada un facteur essentiel de la croissance économique et du niveau de vie au Québec.La capacité fiscale Au plan fiscal, le Conseil du Patronat du Québec (CPQ) a prétendu publiquement, récemment, que le gouvernement fédéral aurait injecté en 1988, au Québec, un montant net égal à 119 $ par habitant selon une hypothèse, ou à 157 $ par habitant, selon une autre hypothèse.Le problème avec ce genre d\u2019exercice comptable vient du fait qu\u2019il existe trois méthodes de comptabiliser les prélèvements et les dépenses du gouvernement fédéral au Québec, soit la méthode des comptes nationaux, qui minimise le déficit budgétaire fédéral, la méthode des flux financiers, qui minimise les dépenses fédérales à 1 extérieur du Québec, et la méthode des avantages reçus, laquelle minimise les dédoublements de dépenses que fait le gouvernement 512 fédéral avec le gouvernement du Québec.Par conséquent, les bilans comptables ne peuvent qu\u2019être approximatifs et donnent des résultats qui varient selon qu\u2019une méthode ou l\u2019autre est utilisée.Les seules données officielles que les gouvernements publient sur les dépenses et les recettes fiscales du gouvernement du Canada dans chaque province canadienne sont celles qui sont contenues dans les Comptes Economiques provinciaux de Statistique Canada, n° de catalogue 13.213 S.Ce sont les données fiscales les plus sûres sur l\u2019apport net ou le prélèvement fiscal net que le gouvernement fédéral effectue dans chaque province canadienne.Nous reproduisons dans le tableau 2 ci-après les données les plus récentes pour l\u2019année 1986, selon la méthode des comptes économiques provinciaux, laquelle s\u2019apparente à la méthode des comptes nationaux.Cette méthode sous-estime l\u2019ampleur du déficit budgétaire annuel, parce qu\u2019elle ne prend en considération que les transactions du secteur de l\u2019administration fédérale avec le reste de 1 économie, sans considérer les emprunts qu\u2019effectue le gouvernement fédéral auprès des fonds de retraite publics et des sociétés d\u2019Etat.Cette méthode, en contrepartie, sous-estime les bénéfices reçus à partir des dépenses du gouvernement fédéral à l\u2019extérieur du Canada.En 1986, donc, le gouvernement fédéral a enregistré un déficit budgétaire, selon les comptes économiques, égal à 24 407 000 000 $.Ces emprunts lui ont permis de dépenser dans toutes les provinces canadiennes des montants qui ont dépassé d\u2019autant les rentrées fiscales, sous la forme d\u2019impôts ou de taxes.En effet, le gouvernement fédéral a enregistré, en 1986, un excédent de dépenses sur les recettes fiscales dans toutes les provinces et territoires canadiens, sauf en Alberta.Dans le cas de la province de Québec, l\u2019excédent des dépenses sur les recettes a été de 6 215 millions de $.Pour savoir si une province a reçu une entrée nette ou une sortie nette de fonds, il suffit de répartir le déficit budgétaire du gouvernement selon la population de chaque province.Ce montant indique les excédents de dépenses fédérales sur les recettes que chaque province aurait dû recevoir cette année-là en contrepartie des emprunts fédéraux.Le gouvernement ayant emprunté 24 807 millions de $ en 1986, il va de soi que ses dépenses devaient excéder ses revenus.Il ressort du tableau 2 que la province de Québec pouvait LE STATUT POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 513 s\u2019attendre à recevoir un excédent de dépenses fédérales égal à 6 424 millions de $.Or, l\u2019excédent enregistré fut égal à 6 215 millions de $, laissant un déficit net de 209 millions de $.Pour la dernière année disponible, soit 1986, on peut donc affirmer que le transfert des pouvoirs de taxation et d\u2019emprunt du gouvernement du Canada au gouvernement du Québec aurait permis Tableau 2 Déficit budgétaire fédéral et excédents des dépenses sur les recettes fiscales, par province \u2014 1986 Millions de $ Excédents des dépenses Répartition du déficit sur les recettes\tbudgétaire par province fiscales fédérales\tselon la population (emprunts +) 24 807 $ 1.Terre-Neuve\t- 2 571\t562 2.île-du-Prince-Édouard\t-584\t124 3.Nouvelle-Écosse\t- 3 542\t857 4.Nouveau-Brunswick\t- 2 305\t699 5.QUÉBEC\t- 6 215\t6 424 6.Ontario\t- 1 578\t8 901 7.Manitoba\t- 2 221\t1 044 8.Saskatchewan\t- 1 843\t990 9.Alberta\t+ 2 409\t2 316 10.Colombie britannique\t- 2 008\t2 817 11.Yukon et\t- 1 505\t72+ Territoire du N.-O.Sources: \u2014 Statistique Canada: Comptes Économiques Provinciaux, juin 1988, n° 13-2135, p.55-105.\u2014 Statistique Canada n° 91-001 et 91-210. 514 à ce dernier de s\u2019acquitter pleinement des responsabilités publiques assumées par le gouvernement fédéral.Il est donc faux d\u2019affirmer que les citoyens du Québec vivent de la charité des contribuables du reste du Canada.Cela est cependant vrai pour les citoyens des provinces de Terre-Neuve, de l\u2019île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba, de la Saskatchewan et des Territoires du Yukon et du Nord-Ouest, qui reçoivent des transferts nets importants de revenus fiscaux en provenance de l\u2019Alberta (au premier titre), mais aussi de l\u2019Ontario et de la Colombie britannique3.Dans le cas du Québec, l\u2019action fiscale nette du gouvernement fédéral, selon les données de 1986, est donc à peu près neutre, avec un léger déficit fiscal.Une étude encore plus récente du Conseil des premiers ministres des maritimes vient corroborer les données officielles de Statistique Canada, et cela, pour Tannée fiscale 1989-90.En effet, le conseil des premiers ministres des maritimes a récemment complété une étude sur les prélèvements fiscaux et les dépenses du gouvernement fédéral par province, intitulée «Federal Expenditures as a Tool for Regional Development, May 1990».Il se dégage de cette étude, entreprise selon la méthode des flux financiers pour l année fiscale 1988-89, que c\u2019est au Québec que les dépenses fédérales créatrices d\u2019emplois sont les plus basses.Cela est vrai même si les paiements d\u2019assurance-chômage, les transferts pour la péréquation et les programmes conjoints, et les subventions au développement régional sont pris en considération.Le tableau 3 établit que la province du Québec reçut 2 976$ par habitant en dépenses fédérales de toutes sortes et T 993 $ par habitant en dépenses fédérales créatrices d\u2019emplois en 1988-89.Ceci plaça le Québec au dixième rang, soit au dernier rang des provinces, sur les douze territoires où le gouvernement canadien effectue des 3.À remarquer que la méthodologie de Statistique Canada, qui assigne les taxes directes au niveau des producteurs plutôt qu'à celui des consommateurs qui supportent la plus grande partie du fardeau, exagère les impôts et taxes payés par l\u2019Ontario et l\u2019Alberta. LE STATUT POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 515 Tableau 3 Dépenses fédérales par habitant par province, 1988-89 \tTOTAL #1\tTOTAL #2 \t(Incluant\t(Excluant \tles paiements\tles paiements \tde transfert) (1)\tde transfert) (2) 1.île-du-Prince-Édouard\t6 130 $\t3 184 $ 2.Terre-Neuve\t5 461\t2 281 3.Nouvelle-Écosse\t5 306\t3 307 4.Manitoba\t5 139\t3 571 5.Nouveau-Brunswick\t4 824\t2 464 6.Saskatchewan\t4 168\t3 084 7.Alberta\t3 080\t2 401 8.Colombie-Britannique\t3 017\t2 070 9.Territoires du N.-O.\t2 912\t2 473 10.QUÉBEC\t2 976\t1 993 11.Yukon\t2 868\t1 869 12.Ontario\t2 714\t2 055 CANADA\t3 376 $\t2 676 $ Source: Federal Expenditures as a Tool for Regional Development, May 1990, Council of Maritime Premiers, table 6, page 8.(1)\tLe TOTAL #1 comprend les dépenses des ministères suivants: Environnement, Défense, Pêcheries, Assurance-chômage, Communications, Énergie, Mines et ressources, Éducation post-secondaire, Emploi et Immigration, Agriculture, Vétérans, Conseil de la recherche, Santé et Bien-être, Industrie, Sciences et Technologie, Travaux publics, Régime de pensions du Canada, Transferts fiscaux, Développement régional.(2)\tLe TOTAL #2 exclut les prestations d\u2019assurance-chômage, les transferts fiscaux, les dépenses pour le développement régional, et le régime des pensions du Canada. 516 dépenses.Les montants par habitant dépensés par le gouvernement fédéral en 1988-89 furent de 400 $ inférieurs à la moyenne canadienne, dans un cas, et de 683 $ dans l\u2019autre.Il est difficile de croire, dans un tel contexte, que le retrait du Québec du système fédéral canadien puisse se traduire par une baisse du niveau des dépenses publiques au Québec.Le Québec reçoit moins que la moyenne canadienne, soit 12% de moins selon une hypothèse, et 26% selon une autre hypothèse.Par conséquent, même en tenant compte des arrangements fiscaux particuliers du Québec avec le gouvernement fédéral, tel le dégrèvement égal à 16,5% de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers, ou ceux qui concernent certains paiements de transfert, il est donc tout à fait probable et réaliste de croire que la concentration des impôts et des taxes provenant du Québec, au niveau du gouvernement du Québec, permettra à ce dernier d\u2019assumer toutes les obligations au chapitre des services publics et des paiements de transfert aux individus (assurance-chômage, assistance sociale, pensions de vieillesse, allocations familiales.etc.).Sur ce point, les données de Statistique Canada et ceux du Conseil des premiers ministres des maritimes concordent.Dimension économique L\u2019idée selon laquelle le Québec, avec ses 7 millions d\u2019habitants, serait trop petit pour assumer sa souveraineté nationale, tout en ayant un haut niveau de vie, ne résiste pas à l\u2019analyse4.Nous reproduisons dans le tableau 4 les chiffres de l\u2019OCDE, ajustés pour les parités des pouvoirs d\u2019achat, concernant les niveaux de vie dans les douze principaux pays industrialisés, en 1987.Cette année-là, le Québec occupait le 3e rang au monde en ce qui concerne le niveau de vie, avec un PIB par habitant ajusté pour la PPA égal à 15 986 $ US par habitant et une population égale à 6,6 millions.4.Pour le développement de l\u2019idée d\u2019une complémentarité entre la souveraineté nationale et l\u2019interdépendance économique, voir l\u2019article de l\u2019économiste de réputation internationale, Gary S.Becker de l\u2019Université de Chicago: «Actually, Small-Fry Nations Can Do Just Fine», Business Week, 1er octobre 1990, reproduit dans l\u2019annexe 2.Les études du professeur Robert Summers de l\u2019University of Pennsylvania arrivent à la même conclusion. le statut politique ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 517 Tableau 4 Niveaux de vie ajustés pour la parité des pouvoirs d\u2019achats (PPA) et populations \u2014 1987 Pays\tProduit intérieur brut par habitant ($US)\tPopulation (millions) 1.États-Unis\t18 338\t243,9 2.Canada\t17 211\t26,8 3.QUÉBEC*\t15 986\t6,6 4.Suisse\t15 870\t6,6 5.Islande\t15 508\t0,245 6.Norvège\t15 405\t4,2 7.Luxembourg\t14 705\t0,372 8.Danemark\t13 329\t5,1 9.Allemagne\t13 323\t61,1 10.Japon\t13 182\t122,1 11.Finlande\t12 838\t4,9 12.France\t12 803\t55,6 Source: OCDE.Études économiques de l'OCDE, 1989/90, Norvège, p.117.N.B.: Le taux de change courant du $ canadien en 1987 était de 0,7504 U.S., alors que le taux de la parité des pouvoirs d'achat était égal à 0,8062 U.S.\u2022Calculé par l'auteur à partir des données du Bureau de la Statistique du Québec et avec la parité des pouvoirs d\u2019achat énoncée ci-haut.Le PIB du Québec en 1987 était de 131 014 millions $ CAN, et la population était de 6 608 000 habitants, tandis que pour le Canada dans son ensemble en 1987, le PIB était égal à 549 185 millions $ CAN, et la population était de 25 728 000 habitants.Le PIB par habitant du Québec en 1987 était égal à 19 827 $ CAN, tandis que celui du Canada était égal a 21 3 S.CAN.Convertis par l\u2019indice de la parité des pouvoirs d\u2019achat, les niveaux de vie au Québec et pour l\u2019ensemble du Canada égalaient 15 986 $ US et 17 211 S US, respectivement. 518 Parmi les douze Pays les plus riches en 1987, pas moins de sept (7) pays sur douze avaient des populations inférieures à 10 millions d\u2019habitants.Ceci devrait suffire à contredire la «religion» du fédéralisme politique, que certains professent, selon laquelle seulement les pays à fortes populations peuvent aspirer à un haut niveau de vie.La réalité économique contredit de façon éloquente une telle assertion.Le Québec a la même population que la Suisse (6,6) et est plus grand que le Danemark (5,1), la Finlande (4,9), et la Norvège (4,2).Le cas de la Norvège est intéressant.Ce pays s\u2019est séparé de la Suède en 1905, et même si la Suède a une population deux fois plus grande (8,4), le niveau de vie en Norvège est aujourd\u2019hui plus élevé que celui des Suédois.Il est donc possible de vivre dans un pays à dimension moyenne et de jouir d\u2019un haut niveau de vie.Mentionnons finalement que sur le plan géographique, un Québec politiquement souverain, avec ses 1 356 791 kilomètres carrés, formerait le 18e plus grand territoire politique du monde.Le Québec ne serait donc pas perdu dans le concert des nations5.V.Les institutions et les mécanismes L expérience de la Communauté Économique Européenne au cours des trente-deux dernières années devrait servir de modèle pour les institutions et les mécanismes de coordination liant le Québec et le Canada.Les institutions essentielles, pour un marché commun et une union monétaire, sont au nombre de trois: 1-\tune commission ministérielle mixte, dotée d\u2019un secrétariat permanent, pour administrer les traités préservant le marché commun Québec-Canada; 2-\tun conseil monétaire mixte, assisté d\u2019un comité de direction monétaire, pour superviser la politique monétaire devant prévaloir 5.Nous reproduisons dans l\u2019annexe 1 la balance extérieure du Québec et la balance courante des paiements internationaux du Canada. le statut politique ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 519 dans l\u2019Union monétaire Québec-Canada (voir les détails dans l\u2019appendice qui accompagne le présent texte concernant la structure d\u2019un éventuel CanaFed); 3- un mécanisme mixte et autonome de règlement des différends ou une cour commerciale de justice pour trancher les différends relatifs au fonctionnement du marché commun Québec-Canada (marché unique).La question d\u2019une assemblée commune de parlementaires, nommés ou élus, est prématurée, parce qu\u2019une telle assemblée n\u2019est pas essentielle à l\u2019association économique Québec-Canada.Afin de concrétiser les intérêts économiques communs du Québec et du Canada, une telle assemblée Québec-Canada pourrait être établie dans un avenir plus ou moins lointain, mais elle devrait nécessairement être localisée dans une ville autre qu\u2019Ottawa et autre que Québec.Les villes de Hull ou de Montréal pourraient être des candidates pour accueillir une telle assemblée parlementaire Québec-Canada.Répétons-le, une telle assemblée parlementaire n\u2019est pas requise pour établir les mécanismes d\u2019association économique et monétaire entre le Québec et le Canada.VI.Statut politique et constitutionnel du Québec L\u2019identité québécoise et le niveau de vie québécois peuvent être consolidés et garantis, si le gouvernement du Québec assume la plénitude des pouvoirs d\u2019un État politiquement souverain.Le contrôle politique du territoire est, bien sûr, de nature à consolider 1 identité québécoise, tandis que des politiques économiques sensées et 1 intégration économique nord-américaine sont de nature à garantir le progrès économique et, partant, le niveau de vie.Il convient de bien distinguer ici entre les contraintes du fédéralisme politique et celles du fédéralisme économique, ou de l\u2019intégration économique.Autant l\u2019un peut être contraignant, lourd à porter et coûteux (voir le fédéralisme soviétique), autant l\u2019autre peut être librement accepté et être source d\u2019épanouissement, de liberté et de prospérité (voir la Communauté Économique Européenne).Il faudrait absolument mettre un terme à la confusion qui existe au Québec et au Canada entre le fédéralisme politique et le fédéralisme économique.Les deux ne sont pas synonymes. 520 Les autres formules politiques et constitutionnelles pour le Québec sont, à notre avis, des vœux pieux ou des diversions, dans le contexte constitutionnel actuel, et elles risquent de prolonger et de perpétuer le statu quo politique et constitutionnel du Québec.Le fédéralisme «renouvelé», «réaménagé», «décentralisé» ou «flexible» n\u2019est plus une option souhaitable, crédible ou réalisable pour le Québec, même si elle est légitime à cause de la légitimité des intérêts qui le défendent.Néanmoins, ceux qui avancent cette solution aux problèmes politiques et constitutionnels du Québec ont l\u2019obligation, primo, de bien définir ce qu\u2019ils entendent mettre dans cette «boîte magique» du fédéralisme renouvelé ou réaménagé et, secundo, de démontrer combien de négociations à onze, à l\u2019intérieur de la Constitution actuelle, permettront de la réaliser.La Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel devrait recommander que la décision fondamentale de principe, entre une négociation politique et constitutionnelle à Vintérieur de la Constitution actuelle (statut de province dans un fédéralisme réaménagé) ou à 1 extérieur de la Constitution actuelle (souveraineté nationale et intégration économique), soit tranchée par la population du Québec dans un référendum spécial.Un tel référendum devrait avoir lieu le plus tôt possible en 1991 ou, au plus tard, au printemps de 1992.A cette occasion, les deux grandes options principales, légitimes et réalistes, qui confrontent les Québécois devraient clairement figurer sur le bulletin référendaire, afin que chacune d\u2019entre elles soit évaluée et jugée au mérite.L\u2019absence d\u2019une des deux grandes options politics et constitutionnelles confère à celle qui est absente un statut privilégié, puisqu elle peut demeurer floue et imprécise, voire même magique, alors que celle qui est débattue est étudiée dans les détails.VII.Les principales expériences historiques Le Québec a de la chance, parce qu\u2019il peut profiter de la riche expérience de deux exemples réussis de réconciliation de la souveraineté nationale et de l\u2019interdépendance économique.Depuis 1958, soit depuis le Traité de Rome, la Communauté Economique Européenne a été un grand succès historique.La démonstration est faite: les peuples peuvent rester eux-mêmes, sans avoir besoin de frontières économiques. LE STATUT POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 521 L\u2019exemple de l\u2019Union Monétaire Ouest-Africaine, laquelle existe depuis 28 ans, a démontré que l\u2019on peut avoir aussi une monnaie stable et une banque centrale qui est responsable auprès de plusieurs gouvernements (U.M.O.A.comprend sept pays: la Côte d\u2019ivoire, le Sénégal, le Niger, le Mali, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin).Nous avons nous-même, entre 1970 et 1974, activement participé à la rédaction des statuts renouvelés de cette union monétaire.Nous avons même publié un livre sur le sujet intitulé Afrique et Intégration Monétaire (Éditions HRW Ltée).Nous constatons de plus, avec satisfaction, que les pays européens se dirigent vers une union monétaire européenne qui fonctionnerait selon le modèle de l\u2019Union Monétaire Ouest-Africaine et selon le modèle du Federal Reserve System des États-Unis avec ses douze districts monétaires.Les deux autres exemples pertinents sont ceux de la Suisse et la Norvège.La Norvège, invoquée plus haut, est devenue souveraine en 1905, mais fait partie de la Scandinavie (Conseil nordique) et de la Zone Européenne de Libre-Échange (EFTA).La Suisse est une confédération et fait aussi partie de l\u2019EFTA.La souveraineté et l\u2019interdépendance économique sont donc conciliables dans la dignité et dans la prospérité.De tels problèmes techniques sont loin d\u2019être insurmontables, quand les intérêts économiques, financiers et monétaires des pays sont convergents.C\u2019est, à notre avis, le cas pour les provinces des Maritimes, le Québec et l\u2019Ontario.Il y a donc là les fondements d\u2019un nouvel arrangement politique et économique original qui serait profitable à la fois au Québec et au Canada.Par conséquent, nous en arrivons à la conclusion que ce qui est essentiel pour maintenir et développer l\u2019identité du Québec au cours du vingt et unième siècle, c\u2019est le cadre politique d un Québec politiquement souverain, mais fortement intégré au plan économique, commercial et financier avec le reste de l Amérique du Nord.C est là un objectif double et central, nécessaire pour l épanouissement des Québécois, mais aussi pour des négociations fructueuses avec le Canada anglophone.Q Marc-Yvan, t\u2019es passé à Côté Guylaine LANCTÔT, m.d.T u nous a annoncé une super-réforme, juste avant Noël: ça ne pouvait être autre chose qu\u2019un cadeau; et un beau.Nous avions tellement confiance en toi que tu es devenu notre Père Noël qui nous apporterait ce qu\u2019aucun de nos politiciens ne nous a donné depuis longtemps: une réforme du système lui-même et non des solutions Band-Aid.Ça, c\u2019est l\u2019emballage du cadeau.Je vais même te dire ce que nous espérions trouver dans la boîte: la réduction des coûts de l\u2019assurance-maladie de moitié et, par conséquent, l\u2019annulation de la TPS québécoise prévue pour 1992! C est cela, et rien de moins, que nous espérions trouver.Ça t\u2019étonne?Et, pourtant, tu sais que c\u2019est tout à fait réalisable.De plus, tu as la réputation d\u2019être un fonceur et tu dis n\u2019avoir plus d\u2019ambitions politiques.Tu ne pouvais rater plus belle occasion, pour le Québec, de démontrer dans les faits ce que veut dire notre différence! Ottawa n\u2019a rien trouvé de mieux qu\u2019une lamentable TPS pour fair.e face à son déficit.Toi, avec le plus gros budget de la province, tu pouvais faire preuve de créativité et d\u2019efficacité à la fois et nous rendre fiers d\u2019être Québécois.Dans cette conjoncture, tous les espoirs étaient permis.Nous avons rêvé en couleur.et nous avons trouvé du noir et blanc: les COÛTS demeureront les mêmes et le SYSTÈME restera inchangé. MARC-YVAN, T\u2019ES PASSÉ À CÔTÉ 523 Réduire les coûts de moitié Douze (12) milliards! La plus grosse dépense du budget québécois! Et nous sommes endettés jusqu\u2019aux oreilles! Beau tableau! Nous, les consommateurs, ne sommes ni financiers ni comptables, Marc-Yvan, mais tenons notre budget personnel et familial avec un gros bon sens naturel: nous établissons le montant d\u2019argent dont nous disposons; puis, à partir de là, nous décidons dans quelle voiture nous roulerons; si nous irons en vacances \u2014 et où; combien de fois par mois nous pourrons manger au restaurant; à quel rythme nous renouvellerons notre garde-robe.Et nous mettons 20% de côté pour les imprévus et les économies.Pour nous, c\u2019est cela, un budget.C\u2019est comme cela que nous fonctionnons pour y arriver.Toi aussi, je suppose bien, à la maison.Alors, pourquoi fais-tu différemment en politique?Pourquoi dépenses-tu deux fois plus que tu en as les moyens?\u2014\tParce que ça n\u2019est pas ton argent?\u2014\tMais c\u2019est le nôtre et ça nous dérange que tu le dilapides de la sorte et que tu reviennes en chercher de plus en plus dans nos poches.La TPS de Mulroney, nous l\u2019avons sur le cœur; la tienne, elle ne passera pas.Tiens-le-toi pour dit! Comme nous n\u2019avons pas les moyens d\u2019être malades, soyons donc en santé! Voilà notre devise, Marc-Yvan; elle est tellement simple que nous sommes sûrs que tu y as déjà pensé, toi aussi.D ailleurs, tu as formulé des recommandations dans ce sens: accent sur la prévention, reconnaissance des médecines douces, responsabilité du patient, etc.C\u2019est la bonne voie: celle de la santé! Bravo! Mais qu\u2019as-tu fait pour stopper les dépenses de la maladie?Avec toute ta belle réforme, nous dépensons douze (12) milliards par an.C\u2019est deux fois trop.Nous n\u2019en avons pas les moyens.Sans être des gens d\u2019affaires avisés, notre gros bon sens nous dit: ne pars pas à douze (12) milliards, si tu ne les as pas.Assigne-toi un budget de (6) milliards et fais avec.La récession nous a tous appris cela.Pas toi?11 faudrait peut-être y songer.Tu sais, Marc-Yvan, nous sommes dans le même bateau, toi et 524 nous: nous vivons au-dessus de nos moyens et sommes bien près de couler.Il est temps d\u2019agir.C\u2019est toi que nous avons assigné à cette tâche.Mais, cette fois, tu ne viendras pas chercher d\u2019autre argent dans nos poches.Nous ne nous contenterons pas, non plus, de rafistolage.C\u2019est le système lui-même qui doit être entièrement repensé.Il faut d\u2019abord sortir du système de maladie (assurance-maladie) dans lequel nous sommes pour passer à un système de santé.Changer le système Il est évident qu\u2019avec six (6) milliards au lieu de douze (12) milliards de dollars, tu ne pourras maintenir le même système de maladie que celui qui existe présentement.Tu ne pourras continuer à dépenser des fortunes comme tu le fais pour maintenir une médecine en consommation.Consommation folle de médicaments, de tests diagnostics et de traitements hospitaliers qui, pour la plupart, ne sont pas nécessaires ou pourraient être évités.Sans parler des effets secondaires des médicaments qui, à eux seuls, causent des milliers de morts chaque année et d\u2019innombrables hospitalisations; d\u2019où frais supplémentaires en attendant de prendre encore un autre médicament pour contrecarrer les effets néfastes du précédent.Ça n\u2019en finit plus.C\u2019est cela, le cycle infernal de la consommation médicale.Tu n\u2019es pas sans savoir, Marc-Yvan, que la haute technologie, qui coûte si cher, a eu peu d\u2019effet sur la longévité de vie.C\u2019est l\u2019hygiène et l\u2019amélioration des conditions de vie qui sont responsables du fait que l\u2019on vive plus vieux.Réalises-tu que le réfrigérateur a fait plus pour la santé que la chirurgie à cœur ouvert?Les U.S.A., le pays occidental qui dépense le plus en frais de médecine par individu (600 milliards $ pour 250 millions d\u2019individus) ont un taux de mortalité infantile plus élevé, vivent moins longtemps que les autres et ne sont pas en meilleure santé.Tu as sûrement lu 1 article paru dans la revue The Economist du mois d octobre 1990, intitulé «Warning: doctors can damage your Wealth», avec, en sous-titre: «The costly wonders of modem medicine have not had much effect on life expectancy or the incidence of sickness.Should the billions that rich countries spend on high-technology doctoring be spent on health instead?» MARC-YVAN, T\u2019ES PASSÉ À CÔTÉ 525 C\u2019est cela, changer le système médical Tu as bien suggéré quelques réformes administratives dans les hôpitaux, les CLSC, les urgences.Mais, le vrai problème, celui-là qui coûte cher, tu ne l\u2019abordes pas.Et pourquoi pas?Pourquoi pas?\u2022\tAurais-tu peur de notre réaction à nous, les consommateurs?Il y a de quoi avoir peur: elle sera vive.Depuis tant d\u2019années que tu nous fais consommer sans compter, nous en avons pris l\u2019habitude.et des habitudes, c\u2019est difficile à changer.D\u2019un autre côté, nous commençons à réaliser que c\u2019est NOTRE argent qui passe en frais médicaux et nous commençons à en sentir les conséquences fâcheuses.Nous serons bientôt prêts à devenir des consommateurs avertis et responsables.Quand tu nous démontreras qu\u2019on peut être en meilleure santé et à meilleur marché, nous endosserons ton nouveau système.\u2022\tAurais-tu peur de la réaction des médecins?Ne t\u2019en fais pas, nous aussi, nous aurions peur, à ta place; car ils vont réagir encore bien plus mal que nous.Ils vont se sentir terriblement menacés et inquiets, quand on leur dira de modifier leur pratique médicale; de remplacer la visite au laboratoire par un examen approfondi de leur patient; de remplacer la prescription du calmant par une écoute empathique du patient; de guérir les grippes avec un repos au lit plutôt que par des sirops et des antibiotiques.Ils vont crier au scandale, à la détérioration de la médecine; ils vont menacer de s\u2019expatrier.Mais nous saurons interpréter leur angoisse et leur résistance au changement, étant donné que nous aurons vécu la même chose qu\u2019eux.Et, comme nous, ils finiront par réaliser qu\u2019ils seront bien plus près de leurs patients et leur médecine bien plus conforme à leurs aspirations fondamentales: celles qui ont motivé le choix de leur profession.Ils retrouveront l\u2019amour de la médecine, le respect et la complicité de leurs patients.De plus, ils auront enfin les fonds nécessaires à leur recherche! Petit conseil, en passant, Marc-Yvan: cesse de te mettre les médecins à dos avec des mesures provocantes ici et là.Travaille en collaboration avec eux; tu finiras par réaliser que ce sont 526 de bons gars et de bonnes filles, dans le fond, pour la grande majorité.Implique-les dans tes décisions; tu verras, ils ont de bonnes idées.Prends soin d\u2019eux et d\u2019elles; nous en avons terriblement besoin.Voilà donc les deux éléments fondamentaux du système médical: le consommateur et le praticien.Tous deux résisteront au changement, mais tous deux y viendront quand ils auront compris qu\u2019il y va de leur intérêt à long terme.Il ne semble donc pas y avoir d\u2019obstacles à réformer le système de maladie en un système de santé.Pourquoi ne l\u2019as-tu pas fait?Y aurait-il un autre facteur caché?Dis-nous ton secret, Marc-Yvan, et nous pourrons t\u2019aider à le résoudre, car nous avons déjà une petite idée de ce qu\u2019il peut être.Il y va de notre intérêt à tous.Q La population active dans un régime de faible fécondité Hervé GAUTHIER démographe Bureau de la statistique du Québec* Résumé L\u2019auteur analyse les liens qui existent entre la population active et les conditions démographiques.Il souligne la hausse de la participation des femmes au marché du travail, participation récente du nombre de jeunes dans la population active.Il présente l\u2019évolution de la population active selon divers scénarios démographiques.M.Gauthier montre ensuite le mouvement des migrations interprovinciales et internationales et leur influence sur-la décroissante naturelle de la population québécoise.Il situe les perspectives du vieillissement et ses incidences sur la population active dont la décroissance sera difficilement contournable.*L\u2019auteur assume l\u2019entière responsabilité de ce texte. 528 L population active assure la production des biens et services qui sont disponibles sur le marché officiel.Une partie des biens et services consommés ici proviennent de l\u2019extérieur.Mais ces biens et services doivent être distribués et leur fonctionnement assuré par des travailleurs locaux.En outre, on ne pourrait payer les importations, s\u2019il n\u2019y avait en même temps des exportations qui proviennent d\u2019ici.La vie économique d\u2019une société dépend donc en grande partie de sa population active.Le présent article vise à mettre en évidence certains liens qui existent entre la population active et les conditions démographiques.La population active comprend à la fois les personnes ayant un emploi et les chômeurs.Nous portons une attention particulière à l\u2019influence de la faible fécondité.On sait qu\u2019au Québec l\u2019indice conjoncturel de fécondité a été inférieur à 1,5 enfant par femme dans la première moitié des années 1980 et qu\u2019il se situe présentement autour de ce niveau1.Quatre points seront examinés: la présence d\u2019enfants, l\u2019effectif des générations, la migration et le vieillissement.1.La présence d\u2019enfants La présence d\u2019enfants constitue de moins en moins un obstacle à l\u2019entrée ou au retour des femmes sur le marché du travail.Voici quelques chiffres2: \u2022 Le taux de participation au marché du travail pour les femmes du groupe 25-34 ans, là où la fécondité des femmes est à leur sommet, a grimpé de 23,9% en 1951 à 73,2%, en 1986.Donc, presque trois femmes de ce groupe d\u2019âge sur quatre, au lieu d\u2019une seulement, sont sur le marché du travail: un gain impressionnant.1.\tL.Duchesne, La situation démographique au Québec, édition 1990, tableau 402, à paraître.2.\tLes chiffres utilisés dans cet article, sauf les projections de la population active, proviennent en grande partie d\u2019une étude à paraître au Bureau de la statistique du Québec: La population active au Québec: aspects démographiques. LA POPULATION ACTIVE.529 \u2022\tLe taux d\u2019activité des femmes ayant des enfants a augmenté de 44,5% à 53,0% au cours de la période 1981-1986.Ce sont les femmes ayant de jeunes enfants à la maison qui accroissent le plus leur participation au marché du travail.Ainsi, les femmes qui n\u2019ont que des enfants d\u2019âge préscolaire ont augmenté leur taux d\u2019activité de 12 points de pourcentage, le taux passant de 48,5% à 60,8%.\u2022\tSi on se limite aux femmes ayant de très jeunes enfants (moins de 3 ans), on constate aussi une très forte hausse: entre 1976 et 1989, leur taux fait un bond de 29% à 60%.Le mouvement des femmes vers le marché du travail est extrêmement puissant.L\u2019évolution de la situation des femmes avec celle des hommes sur le marché du travail entre 1981 et 1986 en fournit une preuve supplémentaire.Au cours de cette période, le taux de participation de l\u2019ensemble des femmes au marché du travail passe de 47,4% à 51,3%.C\u2019est une hausse qui peut sembler modeste, mais elle est plutôt remarquable, si l\u2019on tient compte du contexte de crise économique dans laquelle elle est survenue.Au cours de la même période, le taux d\u2019activité des hommes diminue dans l\u2019ensemble de 76,4% à 74,6%.Beaucoup de facteurs interviennent dans ce mouvement: la scolarisation accrue des jeunes filles, le désir d\u2019autonomie des femmes, l\u2019instabilité du couple, le développement des activités tertiaires de l\u2019économie, l\u2019évolution des mentalités, les lois et programmes antidiscriminatoires.La réduction de la fécondité n\u2019est donc qu\u2019un facteur parmi de multiples facteurs.Cependant, il s\u2019agit sûrement d\u2019un facteur nécessaire, car avec 3 ou 4 enfants (ou plus) il est bien difficile de participer au marché du travail.Une femme qui a un ou deux enfants est plus disposée à un retour sur le marché du travail, si elle n\u2019envisage pas d\u2019autres enfants.On ne sait pas trop lequel des deux phénomènes est la cause de l\u2019autre: est-ce la faible fécondité qui détermine la hausse de la participation des femmes au marché du travail ou est-ce cette hausse qui entraîne la diminution de la fécondité?Il y a peut-être une interrelation, les deux phénomènes participant du même désir de mieux contrôler sa destinée et d\u2019améliorer la qualité de sa vie.À tout le moins peut-on avancer que la faible fécondité facilite la participation des femmes au marché du travail. 530 2.L\u2019effectif des générations En favorisant la participation des femmes au marché du travail, la faible fécondité a un effet assez immédiat sur le volume de la population active.La faible fécondité a un autre effet direct, mais à long terme, par son rôle sur l\u2019effectif des générations.Cet effet à long terme de la fécondité sur la population active peut être mis en évidence par la réduction récente du nombre de jeunes dans la population active.L\u2019arrivée de générations moins nombreuses, nées dans les années 1960, a commencé à se répercuter sur la population active à la fin des années 1970 et encore davantage dans les années 1980.Si on considère l\u2019ensemble des jeunes, actifs ou non, la baisse d\u2019effectif entre 1981 et 1986 est de 203 000, soit 16% des 15-24 ans de 1981.Quant au nombre de jeunes actifs, il a diminué de 120 000 dans la même période, soit de 15%.Selon nos estimations, la baisse du nombre de jeunes actifs est due aussi au sous-dénombrement plus élevé au recensement de 1986 qu\u2019en 1981 et à des taux d\u2019activité légèrement plus bas en 1986 chez les jeunes, mais le facteur principal est la réduction du nombre de jeunes.Mentionnons en passant que le taux d\u2019activité des jeunes a monté entre 1986 et 1989, pendant que leur taux de chômage diminuait.Il en a résulté une amélioration du rapport emploi-population chez les jeunes de 53,3 à 57,7 (nombre de jeunes ayant un emploi sur 100 jeunes) au cours de ces années.Dans un contexte économique plus favorable, la diminution du nombre de jeunes a pu favoriser une telle évolution.L\u2019analyse de l\u2019ensemble de la période 1951-1986 montre bien l\u2019importance de l\u2019évolution de la population sur le nombre d\u2019actifs.Au cours de cette période, la croissance de la population a permis à la population active de s\u2019accroître de 93%.De leur côté, les taux d\u2019activité ont entraîné une hausse de 18% du nombre d\u2019actifs.Donc, malgré l\u2019intérêt que représentent les taux d\u2019activité, c\u2019est la croissance de la population qui a été la source principale de l\u2019augmentation du nombre d\u2019actifs. LA POPULATION ACTIVE.531 Tableau 1 Évolution de l\u2019effectif de la population active selon diverses simulations, Québec, 1986-2061 Année\tMigration externe nulle 12\t3\t\t\tImmigration = 40 000/an 1\t2\t3\t\t 1986\t3 379\t3 379\t3 379\t3 379\t3 379\t3 379 1991\t3 456\t3 548\t3 548\t3 496\t3 589\t3 589 1996\t3 513\t3 715\t3 715\t3 622\t3 829\t3 829 2001\t3 541\t3 877\t3 877\t3 722\t4 072\t4 072 2006\t3 514\t3 929\t3 929\t3 769\t4 207\t4 207 2011\t3 437\t3 901\t4 013\t3 766\t4 265\t4 385 2016\t3 300\t3 755\t4 078\t3 704\t4 203\t4 551 2021\t3 118\t3 549\t4 082\t3 594\t4 080\t4 666 2026\t2 935\t3 334\t3 988\t3 479\t3 942\t4 679 2031\t2 774\t3 145\t3 820\t3 381\t3 826\t4 610 2061\t2 034\t2 305\t2 820\t2 954\t3 341\t4 049 Hypothèses de fécondité: 1,5 enfant par femme dans toutes les simulations.Hypothèses de taux d\u2019activité: 1.\ttaux d\u2019activité constants (taux de 1986, concepts de 1971); 2.\ttendance historique; 3.\thausse supplémentaire à la tendance historique.Sources: \u2014\tScénarios F (migration externe nulle) et H (immigration de 40 000 par année et solde externe de 21 000 à 25 000 par année) des projections démographiques du Bureau de la statistique du Québec.\u2014\tProjections de population active de l\u2019auteur. 532 FIGURE 1 Effectif de la population active, selon trois hypothèses d\u2019activité1, 1986-2061 Millions\tScénario démographique F1 1.Fécondité de 1,5 enfant par femme et migration externe nulle.Millions\tScénario démographique H1 Taux d activité constants .Taux: hausse supplémentaire Taux: tendance 1.Fécondité de 1,5 enfant par femme et immigration de 40 000 par année.Source: Tableau 1. LA POPULATION ACTIVE.533 Diminution de la population active Une autre démonstration de l\u2019importance de l\u2019accroissement démographique est fournie par des simulations de population active pour les prochaines décennies.En effet, prenons le cas du scénario démographique qui suppose une fécondité de 1,5 enfant par femme et une migration externe nulle pour l\u2019ensemble du Québec3.Dans ce scénario, seuls les phénomènes démographiques naturels (natalité et mortalité) interviennent; la variation de la population de 15 ans et plus (effectif et structure par âge), dans laquelle se recrutent les actifs, provient donc de ces facteurs naturels.Appliquons à ce scénario démographique des taux d\u2019activité constants (les taux de 1986).Il s\u2019agit, bien sûr, d\u2019une simulation, sans caractère réaliste, mais elle peut servir de point de repère.Cette première simulation, dans laquelle la migration externe de Québec est nulle, va permettre de tester l\u2019influence de l\u2019accroissement naturel de la population de 15 ans et plus.Comme on peut le voir au tableau 1 et sur la figure 1 (courbe 1), dès la période 2001-1006, donc dans une dizaine d\u2019années seulement, l\u2019effectif de la population active se met à diminuer.À partir de 2016, le nombre d\u2019actifs décroît de 5% à chaque période quinquennale.Sur une période de 60 ans, soit de 2001 à 2061, le nombre d\u2019actifs diminue de 43%.Ce n\u2019est pas une petite baisse.On imagine mal qu\u2019une société voie son marché du travail perdre 1,5 million de personnes, sur 3,5 millions, serait-ce en plusieurs décennies, sans qu\u2019il en résulte des problèmes majeurs, et de tout ordre.Cependant, l\u2019évolution de l\u2019effectif de la population active ne dépend pas seulement de la variation naturelle de la population en âge de travailler.Les taux d\u2019activité et la migration ont un rôle important à jouer, aussi.On est donc amené à se demander dans quelle mesure ces deux autres facteurs peuvent empêcher la décroissance à long terme de la population active.3.Scénario F des projections du Bureau de la statistique du Québec (1990). 534 Les taux d\u2019activités Commençons par les taux d\u2019activité; nous verrons le rôle de la migration dans la section qui suit.Si la population de 15 ans et plus, dans laquelle se recrutent les actifs, diminue, il suffira d\u2019augmenter les taux d\u2019activité, disent certains.Qu\u2019en est-il exactement: \u2022\tPour vérifier cette possibilité, nous avons fait une deuxième simulation avec le scénario démographique décrit ci-haut (fécondité de 1,5 enfant par femme et migration externe nulle), mais cette fois les taux d\u2019activité poursuivent leur tendance historique: hausse considérable chez les femmes (tendance vers l\u2019égalisation avec les taux des hommes)4 et légère baisse chez les hommes.Avec cette évolution des taux selon les tendances, l\u2019effectif de la population active continue d\u2019augmenter pendant quelques années (voir sur la figure 1, la courbe 2), puis se met à diminuer à la période 2006-2011, soit à peine 5 ans plus tard qu\u2019avec des taux constants.Et la population active continue de diminuer par la suite, à un rythme semblable à celui de la simulation précédente, puisque entre 2006 et 2061 son effectif se réduit de 41%.En fait, ce résultat n\u2019est guère surprenant, car au rythme où ils augmentent, les taux d\u2019activité féminine vont parvenir à leur potentiel assez rapidement: dans notre simulation, la hausse de la participation des femmes au marché du travail se produit d\u2019ailleurs entre 1986 et 2011, dans la foulée de la tendance historique.Par conséquent, on ne peut compter sur cette hausse, en cours, pour empêcher la décroissance prévue du nombre d\u2019actifs.\u2022\tIl faut donc aller encore plus loin dans la recherche d\u2019une solution par les taux d\u2019activité.Adoptons une hypothèse de très forte participation au marché du travail qui se caractériserait notamment par un recul de l\u2019âge de la retraite.L\u2019activité des groupes de 55 ans et plus peut être relevée, si on parvient à 4.En Suède, les taux d'activité des femmes sont presque à égalité avec ceux des hommes: Bureau international du travail, Annuaire statistique du travail 1989-1990, p.42. LA POPULATION ACTIVE.535 convaincre les travailleurs âgés de demeurer plus longtemps sur le marché du travail.Présentement, la tendance est à l\u2019opposé chez les hommes (les taux féminins sont très faibles à ces âges).Dans le groupe 60-64 ans, la baisse du taux d\u2019activité des hommes est étonnante: de 65,3% en 1981 à 52,5%, en 1986.La grave récession économique de 1982 a pu contribuer à cette chute, mais ce n\u2019est pas la seule explication, car la baisse se poursuit au-delà de 1986.D\u2019après les données de l\u2019enquête sur la population active, le taux d\u2019activité des 55-64 ans a continué de baisser entre 1986 et 1989, passant de 63,3% à 59,4%.Supposons malgré tout que l\u2019on réussisse à augmenter la participation au travail vers la fin de la vie active et que la majorité des hommes et des femmes demeurent au travail jusqu\u2019à 70 ans.Nous supposons en outre que la hausse supplémentaire de l\u2019activité, par rapport à la deuxième hypothèse, se produirait entre 2006 et 2036, de façon à contrecarrer le plus possible l\u2019effet de la variation naturelle de la population en âge de travailler.À terme, il y aurait 70% des hommes et des femmes sur le marché du travail dans le groupe 65-69 ans.On conçoit qu\u2019il faudrait un changement radical des comportements pour arriver à ce résultat.Avec une telle hypothèse, relativement favorable, ainsi qu\u2019avec une participation au marché du travail chez les moins de 55 ans plus forte que dans la simulation précédente, l\u2019effectif de la population active ne commence à décroître qu\u2019à partir de la période 2021-2026 (courbe 3 de la figure 1).C\u2019est donc un gain appréciable par rapport aux situations antérieures.Mais à partir de là, la décroissance s\u2019installe à un rythme assez fort, en raison des hypothèses démographiques, de sorte qu\u2019en 2061, il y a tout de même 31% d\u2019actifs de moins qu\u2019en 2021.On doit donc conclure que la hausse des taux d\u2019activité ne peut qu\u2019avoir un effet limité par rapport à l\u2019accroissement naturel de la population de 15 ans et plus.Le taux d\u2019activité ne peut dépasser une certaine proportion de la population de 15 ans et plus et la hausse du taux d\u2019activité ne se produit qu\u2019une seule fois.Quant à la décroissance naturelle de la population de 15 ans et plus qui résulterait d\u2019une fécondité de 1,5 enfant par femme, elle durerait année après année.Dans une perspective à long terme, la hausse des taux d\u2019activité est une solution partielle à la décroissance engendrée par 536 une aussi faible fécondité: elle retarde l\u2019échéance de la décroissance sans parvenir à l\u2019empêcher.C\u2019est pourquoi, en raison de la limite que pose l\u2019augmentation des taux d\u2019activité comme solution à la décroissance naturelle de la population en âge de travailler, on propose souvent de hausser l\u2019immigration.3.La migration Voici quelques chiffres qui montrent l\u2019importance des migrations dans l\u2019évolution de la population et de la population active québécoise: \u2022\tAu cours de la période de 1981-1986, les pertes interprovinciales, en ce qui a trait à la population active, se chiffrent à 41 630, soit 1,3% de l\u2019ensemble de la population active québécoise.A titre de comparaison, les migrations interprovinciales ont laissé un gain de 72 875 personnes en Ontario, soit 1,5% de sa population active.\u2022\tEn 1986, si on considère le lieu de naissance, on constate que 259 210 personnes de tous âges résidant au Québec sont nées dans une autre province.En contrepartie, 500 260 personnes nées au Québec résident ailleurs au Canada: les pertes nettes s\u2019établissent à 241 050, soit 3,7% de la population de 1986.\u2022\tToujours en 1986, on a dénombré 313 910 Québécois sur le marché du travail qui n\u2019étaient pas citoyens canadiens à la naissance, soit 9,8% de la population active.On voit donc l\u2019importance de l\u2019immigration internationale qui vient en quelque sorte contrebalancer les migrations interprovinciales négatives.Plus récemment, depuis 1985, le solde international est devenu plus considérable que le solde interprovincial, dégageant ainsi un solde total positif.Combien d\u2019immigrants faudrait-il accueillir annuellement pour éviter la décroissance de la population active, dans le cas où la fécondité se maintiendrait à long terme à 1,5 enfant par femme?40 000?Il semble que ce ne soit pas suffisant.Les plus récentes projections démographiques du Bureau de la Statistique du Québec font état d\u2019un scénario avec une telle hypothèse d\u2019immigration, d\u2019où LA POPULATION ACTIVE.537 découle une migration externe nette de près de 25 000, et avec une fécondité de 1,5 enfant par femme5.Avec de telles hypothèses, la population totale se met à décroître dans quelques décennies (à partir de la période 2021-2026).Quant à la population de 15 ans et plus, elle se met à diminuer tout de suite après, à partir de la période 2026-2031.Décroissance naturelle Au cours de la décennie 2040, par exemple, pour l\u2019ensemble de la population, la décroissance naturelle serait de 60 000 par année en moyenne.Quant à la décroissance totale, elle serait de l\u2019ordre de 35 000 personnes par année pendant cette décennie-là, compte tenu de la migration.Il faudrait donc beaucoup plus d\u2019immigrants que le chiffre annuel de 40 000 déjà évoqué.Nous avons répété les simulations de population active avec ce scénario démographique.Avec chacune des trois hypothèses d\u2019activité décrite dans la section 2, la décroissance du nombre d\u2019actifs est reculée d\u2019une période quinquennale (tableau 1 et courbes 4, 5 et 6, de la figure 1), par rapport à la simulation correspondante, à migration nulle.L\u2019hypothèse d\u2019immigration envisagée ici ne réussit donc pas à modifier de façon sensible l\u2019échéance de la décroissance de la population active.Par contre, une fois commencée, la décroissance est beaucoup moins forte que dans le scénario démographique précédent.Mais, entre le début de la baisse et 2061, le nombre d\u2019actifs diminuerait tout de même: de 22%, avec taux d\u2019activité constants ou avec des taux obéissant à la tendance, et de 14%, avec un fort recul de l\u2019âge de la retraite.On aura noté que dans cette dernière simulation, le nombre d\u2019actifs en 2061 serait plus élevé que maintenant.Cependant, pour la société de ce temps-là, c\u2019est la décroissance qui retiendra l\u2019attention, car la décroissance exigera des ajustements, compte tenu d\u2019un niveau 5.Scénario H des projections du Bureau de la statistique du Québec (1990).À noter que la migration externe nette du Québec tient compte de l\u2019immigration internationale de 40 000 par année, de l\u2019émigration internationale de 9 000 et d\u2019un solde interprovincial variant de -6 000 à -9 000. 538 maximum atteint auparavant.La situation qui prévaudra alors ne sera pas comparée à celle d\u2019aujourd\u2019hui, qui paraîtra bien éloignée, et oubliée, mais à celle qui précédera, caractérisée par la décroissance.Avec un niveau très élevé d\u2019immigrants à long terme, l\u2019impact de l\u2019immigration sur la population québécoise serait beaucoup plus important qu\u2019il ne l\u2019a été jusqu\u2019à présent6.Dans les dernières décennies, la migration internationale a servi à combler une partie des pertes au chapitre des migrations interprovinciales.Dans l\u2019avenir, même si le solde interprovincial demeure moins défavorable que dans le passé, il faudra que les gains au niveau de l\u2019immigration internationale soient beaucoup plus importants que ce que l\u2019on a connu, si l\u2019on veut que la migration, dans son ensemble, contrebalance la décroissance naturelle qui résulterait d\u2019une faible fécondité.4.Le vieillissement La diminution du nombre de jeunes actifs a contribué au vieillissement de la population active.Le poids des jeunes de 15-24 ans dans l\u2019ensemble de la population active baisse de près de 5 points de pourcentage entre 1981 et 1986: il passe de 26,0% à 21,3%.Chez les employées de bureau et les usineurs, la proportion de jeunes a diminué de 8 points de pourcentage.Certaines professions dont l\u2019effectif total est en diminution ont fortement réduit l\u2019embauche de jeunes.En fait, dans 6 des 8 groupes de professions dont l\u2019effectif est en déclin entre 1981 et 1986, la diminution totale est équivalente à la baisse du nombre de jeunes dans ces professions.La réduction du nombre de jeunes a donc pu favoriser l\u2019adaptation à des besoins moins grands de main-d\u2019œuvre dans certaines professions.L\u2019âge médian sépare la population active en deux parties égales.En 1986, l\u2019âge médian des actifs est de 35,2 ans pour les hommes et de 33,0 pour les femmes.L\u2019âge médian s\u2019accroît de 0,5 an chez les hommes et de 1,2 an chez les femmes au cours de la période 1981-1986.6.Voir, à ce sujet, les remarques de M.Termote, dans «Ce que pourrait être une politique de migration», L'Action nationale, vol.LXXVHI, n° 5, p.318. LA POPULATION ACTIVE.539 Le vieillissement de la population active, qui commence à être observé, n\u2019est que le début d\u2019un long processus qui devrait se poursuivre pendant quelques décennies.Nos projections révèlent que la proportion du groupe d\u2019actifs de 55 ans et plus, qui est inférieur à 10% en 1986, pourrait doubler et toucher 19 ou 20% d\u2019ici 2 à 3 décennies avec des taux d\u2019activité évoluant selon la tendance observée.Et si, pour faire face à des pénuries éventuelles de main-d\u2019œuvre, on recule l\u2019âge de la retraite de façon importante, la proportion d\u2019actifs de 55 ans et plus pourrait atteindre près de 30% dans quelques décennies.L\u2019incidence du vieillissement Mais ces chiffres sont des moyennes qui s\u2019appliquent à l\u2019ensemble de la population active.Le vieillissement futur variera beaucoup selon les secteurs d\u2019activité et selon les professions.Déjà, on trouve une grande variété de situations.Considérons le facteur «profession».Les professions se caractérisent fortement selon l\u2019âge.C\u2019est ainsi que l\u2019on trouve des professions avec plus de 60% de jeunes de 15-24 ans (commis dans les stations-services, manœuvres dans les services, caissiers, entraîneures et monitrices).A l\u2019opposé, il y a des professions où les travailleurs de 50 ans et plus sont très nombreux (plus de 40% de l\u2019effectif): contremaîtres, cadres, exploitants agricoles, par exemple.Le vieillissement prévu touchera différemment les professions.Les professions caractérisées par un taux de roulement élevé et qui conviennent aux jeunes demeureront fort probablement des professions de jeunes.Par contre, les professions dominées par un effectif très stable, ou en diminution, connaîtront un vieillissement prononcé.Le personnel enseignant est un bel exemple du processus du vieillissement.Le recrutement d\u2019enseignants suit de près l\u2019évolution de la population scolaire: le fort recrutement de la fin des années 1960 et de la première moitié des années 1970 a été suivi d\u2019une chute dans l\u2019embauche.Pas étonnant, dans ce contexte, que les enseignants soient relativement âgés, en moyenne: le groupe «enseignants et personnel assimilé» est le deuxième, après les membres des ordres religieux, en ce qui a trait à l\u2019âge médian, en 1986, et c\u2019est un groupe qui a vieilli plus que l\u2019ensemble des travailleurs 540 entre 1981 et 1986.Le personnel embauché est peu nombreux et n\u2019est pas très jeune: l\u2019âge moyen du personnel embauché en 1988 à temps plein est de 32,5 ans7.Le vieillissement va se poursuivre jusqu\u2019au moment où les départs nombreux vont permettre l\u2019embauche de plus de jeunes.On ne connaît pas bien l\u2019incidence du vieillissement sur la capacité productive des travailleurs.Il y a des avantages certains, car le vieillissement s\u2019accompagne d\u2019une plus grande expérience.C\u2019est ainsi que le vieillissement signifie sûrement une meilleure qualité de l\u2019enseignement.En 1966-1967, dans la période de recrutement massif qui répondait à la croissance de l\u2019effectif scolaire, le personnel enseignant était très jeune: 36% du personnel enseignant avait moins de 25 ans7.La qualité de l\u2019enseignement a pu souffrir de cette jeunesse assez exceptionnelle.Par contre, quels genres de problèmes cause un fort vieillissement de l\u2019effectif d\u2019un groupe productif?Les études à ce sujet sont à peu près inexistantes.On possède toutefois un avis du Conseil des Universités du Québec qui nous renseigne sur l\u2019impact possible du vieillissement du corps professoral des universités sur la recherche et l\u2019enseignement.Voici ce qu\u2019il en dit, en résumé8: Ce problème de vieillissement risque d\u2019entraîner un affaiblissement des programmes d\u2019études avancées et de recherche, une certaine désaffection pour les études de doctorat et, éventuellement, de graves difficultés au moment où il faudra recruter de nouveaux professeurs en plus grand nombre (p.63).D\u2019une façon générale, pour l\u2019ensemble de l\u2019économie, une population active très vieille entraîne une moindre capacité d\u2019adaptation.Non pas que les travailleurs ne soient pas compétents à exercer leur emploi: au contraire, ils ont souvent amélioré leur compétence avec les années.Cependant, la flexibilité de l\u2019ensemble sera moindre.7.\tJ.-C.Bousquet, Les besoins de recrutement de personnel enseignant à temps plein par les commissions scolaires de 1989 à 2011, ministère de l\u2019Éducation du Québec, juin 1990.8.\tConseil des universités, Avis au ministre de l\u2019Éducation sur le maintien et le renouvellement du personnel scientifique dans les universités québécoises, n° 83-18, Sainte-Foy, 1984. LA POPULATION ACTIVE.541 En effet, la mobilité diminue avec l\u2019âge: mobilité entre les professions, entre les secteurs d\u2019activité économique, entre les entreprises, entre les régions.À cet égard, la population active qui atteindrait un vieillissement très avancé aurait des effets négatifs sur l\u2019économie.5.Conclusion En ce qui concerne ses incidences sur la population active, la faible fécondité présente des côtés positifs: elle favorise la participation des femmes au marché du travail, elle contribue à diminuer les pressions sur le plan de l\u2019emploi des jeunes, elle engendre avec le temps une population active plus expérimentée, elle peut rendre l\u2019adaptation moins difficile dans des secteurs industriels dont l\u2019effectif diminue.Ces atouts se manifestent à court ou à moyen terme.À très long terme, cependant, une fécondité très faible, comme c\u2019est le cas présentement, peut entraîner des inconvénients majeurs.Le vieillissement présente des risques importants sur la capacité d\u2019adaptation des diverses composantes de la population active aux besoins changeants de l\u2019économie.Des goulots d\u2019étranglement pourraient résulter de pénuries de main-d\u2019œuvre dans certains secteurs, créant des inefficacités économiques importantes et probablement du chomâge.De façon certaine, il sera très difficile de compenser la forte décroissance naturelle de la population de 15 ans et plus et donc d\u2019éviter la décroissance de la population active.Même avec les hypothèses assez extrêmes de participation au marché du travail (recul important de la retraite) et de migration (niveau élevé d\u2019immigration) envisagées dans l\u2019article, il n\u2019est pas possible de contrecarrer la décroissance naturelle de la population en âge de travailler.O Essais, études et critiques littéraires des années 80 Kenneth LANDRY chercheur Faculté des Lettres, département de Littérature Université Laval Une multiplicité de discours sur la littérature québécoise L\u2019autonomisation des disciplines en sciences humaines et sociales a entraîné, au cours des années, un certain rétrécissement du champ littéraire.Ce phénomène de spécialisation ou de délestage, selon son point de vue, loin de priver la littérature d\u2019un apport indispensable, a permis aux littéraires de se redéfinir et d\u2019occuper presque seuls un des territoires de la culture qui devaient partager autrefois avec des anthropologues, des sociologues, des psychologues, des linguistes, etc., pour qui, maintenant, selon le dicton, «tout le reste, c\u2019est de la littérature».En réalité, ce sont probablement les essayistes qui ont été parmi les plus touché par ce processus de redéfinition des frontières du littéraire, puisque leur place au sein de l\u2019institution littéraire est toujours demeurée problématique.Les cinq tomes du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec sont là pour le prouver.Une faible proportion seulement (environ 30%) des essais publiés au Québec ont été retenus pour fin d\u2019analyse dans le corpus littéraire. ESSAIS, ÉTUDES ET CRITIQUES LITTÉRAIRES DES ANNÉES 80 543 Une classification sans frontière La prose d\u2019idées québécoise des années 80 reflète les mêmes tensions entourant le statut du texte et crée des problèmes d\u2019étiquetage ou de classement.Cette forme personnalisée du discours littéraire pourrait se situer, grosso modo, selon ses caractéristiques particulières, soit dans un registre cognitif (études ou analyses d\u2019une question), soit dans un registre introspectif (une conscience individuelle s\u2019exprimant par l\u2019autobiographie, les mémoires, le journal intime, les souvenirs, la correspondance).Bien entendu, ces deux grandes catégories n\u2019en excluent pas d\u2019autres, comme la polémique (pamphlets et satires), qui fait aussi partie de cette famille nombreuse des écrits personnels en prose.Cependant, c\u2019est précisément à cause de ses registres et langages diversifiés et de sa forme protéenne que l\u2019essai perturbe l\u2019institution littéraire.Les historiens de la littérature, habitués à pouvoir identifier, inventorier, compter et classer ces objets qui font partie du champ culturel qu\u2019ils étudient, sont démunis devant ce corpus étrange où l\u2019on retrouve aussi bien les interrogations d\u2019un Pierre Vadeboncceur (Trois essais sur l\u2019insignifiance, 1983; Essais inactuels, 1987; Essai sur une pensée heureuse, 1989) ou d\u2019un Fernand Ouellette (iOuvertures, 1988), que les réflexions de Nairn Kattan (le Désir et le Pouvoir, 1983; le Repos et l\u2019Oubli, 1985), les Lettres aux journaux (1985) du docteur Ferron ou l\u2019échange de correspondance entre deux professeurs de littérature (la littérature et le Reste (1980), de Gilles Marcotte et André Brochu).L\u2019essai, on le constate, fait fi des frontières, abordant en toute liberté des questions qu\u2019un individu peut se poser.La «littérarité» des textes tient plus à la manière de poser ces questions qu\u2019à la pensée qui se dégage du questionnement.L\u2019aperçu suivant s\u2019intéresse surtout à la dimension littéraire de ce questionnement.Le registre cognitif 11 existe, au Québec, des périodiques consacrés aux autres genres littéraires (poésie, nouvelle, théâtre, fantastique.), mais pas à l\u2019essai.Dans les universités, on préfère s\u2019en tenir aux revues savantes d\u2019«études littéraires», qui présentent des numéros thématiques sur diverses questions en rapport avec la littérature, ainsi que 544 des chroniques consacrées à la production récente québécoise et étrangère.Citons, à titre d\u2019exemple, Voix et Images (UQAM), Études littéraires (Université Laval) ou Études françaises (Université de Montréal).À l\u2019Université de Sherbrooke, on publie des «Cahiers d\u2019études littéraires et culturelles».Les maisons d\u2019éditions universitaires font connaître les meilleures thèses en littérature dans leurs collections: «Vie des lettres québécoises» et «Essais», au Centre de recherche en littérature québécoise, à Laval; «Lignes québécoises», à Montréal; «Cahiers du CRCCF», à l\u2019Université d\u2019Ottawa.À Sherbrooke, les Éditions Naaman ont aussi publié ce genre d\u2019études et des recueils collectifs conçus d\u2019abord pour un marché étranger, comme le Québécois et sa littérature (1984).L\u2019Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC) a parrainé quelques ouvrages collectifs, issus de colloques: l\u2019Imprimé au Québec.Aspects historiques (18e-20e siècles) (1983) et l\u2019Institution littéraire (1986).D\u2019autre part, d\u2019importants travaux d\u2019érudition commencent à paraître sous forme d\u2019études spécialisées sur un auteur, un genre ou une période en littérature québécoise.Ces travaux s\u2019effectuent au moment où les programmes de littérature des cycles supérieurs se développent dans la plupart des universités québécoises.Autre phénomène récent: des organismes subventionnaires mettent des fonds publics à la disposition d\u2019équipes de recherche en littérature et les résultats pourront contribuer soit à renouveler la problématique d\u2019un genre (le Phénomène IXE-13, 1984), soit à créer de nouveaux instruments de recherche (le DOLQ), soit à explorer des domaines négligés précédemment par les historiens de la littérature, comme la formation littéraire (J.Melançon, C.Moisan et M.Roy, le Discours d\u2019une didactique, 1988).A l\u2019Université de Montréal, Laurent Mailhot et Benoît Melançon publient la première anthologie des Essais québécois 1837-1983 (1984), alors qu\u2019à l\u2019Université d\u2019Ottawa, sous la direction de P.Wyczynski, F.Gallays et S.Simard, ont fait paraître un vaste ensemble d\u2019études sur l\u2019Essai et la Prose d\u2019idées au Québec (1986).Cependant, ces travaux collectifs ne doivent pas faire oublier les patientes recherches individuelles qui aboutissent à des essais érudits comme l\u2019Institution du littéraire au Québec (1989), de Lucie Robert ou Mythe et Reflet de la France (1987), de Sylvain Simard. ESSAIS, ÉTUDES ET CRITIQUES LITTÉRAIRES DES ANNÉES 80 545 Ces travaux d\u2019envergure et d\u2019autres, comme l\u2019étude de Guildo Rousseau, l\u2019Image des États-Unis dans la littérature québécoise (1775-1930) (1981) ou celui de Richard Giguère, Exil-Révolte et Dissidence, Étude comparée des poésies québécoises et canadienne (1925-1955) (1984) permettront de ré-examiner les fondements de nos histoires littéraires traditionnelles.Signalons aussi le travail magistral de Patricia Smart sur l\u2019étendue de la culture patriarcale en littérature québécoise: Écrire en la maison du père (1988).Malgré leur caractère savant et la rigueur de leurs méthodes de recherche, ces essais, dont certains sont écrits à la première personne, illustrent jusqu\u2019à quel point le discours sur la littérature s\u2019ouvre maintenant à de nouvelles réalités, telles le féminisme, les études comparées et la présence de cultures étrangères au Québec.D'autres essayistes D\u2019autres essayistes visent sensiblement les mêmes objectifs, tout en préférant le recueil d\u2019articles à la thèse.Leurs rétrospectives ont l\u2019avantage de réunir en volume des textes qui n\u2019ont pas la prétention de «vider» une question, mais plutôt de l\u2019explorer d\u2019un point de vue personnel.On pourrait presque parler de la «signature» dans ce cas, puisque les auteurs reproduisent des écrits connus des gens du milieu littéraire et parus précédemment dans des revues ou journaux.Pensons à: Y a-t-il un intellectuel dans la salle?(1984) d\u2019André Belleau; Libre cours.Essais 1962-1983 (1983), de Marcel Bélanger; la Lettre aérienne (1985), de Nicole Brassard; la Table d\u2019écriture.Poétique et modernité (1984), de Philippe Haeck; Comparaison et Raison.Essais sur l\u2019histoire et l\u2019institution des littératures canadienne et québécoise (1987), de Clément Moisan; Lecture politique du roman québécois (1984), de Jacques Pelletier; l\u2019Écologie du réel.Mort et naissance de la littérature québécoise (1988), de Pierre Nepveu; enfin, le recueil Entre la sainteté et le terrorisme (1984), de Victor-Lévy Beaulieu, qu\u2019on pourrait intituler «Comment devenir écrivain».Ce recueil offre des points de comparaison avec le cheminement des six écrivaines qui signent la Théorie, un dimanche (1988).L\u2019essai au féminin gagne des adeptes pendant les années 80, alors qu\u2019on publie une série de réflexions sur les rapports du féminisme à l\u2019écriture: Féminité, Subversion, Écriture (1983), édité par Suzanne Lamy et Irène Pagès regroupe des textes d\u2019une vingtaine d\u2019auteurs.Des ouvrages comme les Lettres d\u2019une autre (1984), de 546 Lise Gauvin, Quand je lis, me m\u2019invente (1984), de Suzanne Lamy ou Entre raison et déraison (1987), de France Théoret abordent une thématique similaire.Petit à petit, une critique féministe s\u2019installe.Les Éditions du Remue-Ménage, qui ne publient que des écrits de femmes, font paraître Stratégies du vertige.Trois poètes: Nicole Brossard, Madeleine Gagnon, France Théoret (1989), de Louise Dupré.Les monographies d\u2019écrivains, dans le genre traditionnel de «l\u2019homme et l\u2019œuvre», demeurent toujours populaires, surtout quand elles sont bien documentées.Retenons, à titre d\u2019exemples, les biographies suivantes: Entre la neige et le feu.Pierre Baillargeon, écrivain montréalais (1982), d\u2019André Gaulin \\ André Laurendeau (1983), de Denis Monière; Fleury Mesplet (1734-1794) (1985), de Jean-Paul de Lagrave; Guy Delahaye et la Modernité littéraire (1987), de Robert Lahaise et Nelligan 1879-1941, (1987), de Paul Wyczynski.Pour compléter cet aperçu des essais portant sur la littérature, signalons un ouvrage qui a soulevé des protestations de la part des gens du milieu universitaire et journalistique lors de sa parution.Il s\u2019agit du Destin littéraire du Québec (1982), de Gérard Tougas, lui-même historien de la littérature, qui insiste sur la précarité de l\u2019avenir réservé à «la deuxième littérature de langue française du monde».N\u2019en déplaise au professeur Tougas, la production littéraire au Québec depuis la publication de cet essai controversé offre un contrepoids à ses affirmations alarmistes.Le registre introspectif La dernière décennie a vu les essais et les études sur la littérature se multiplier d\u2019une façon constante, mais elle a aussi été l\u2019occasion d\u2019essais réflexifs, de retours de conscience sur elle-même, chez des écrivains qui choisissent de prendre la parole à la première personne.Françoise Van Roey Roux, la première, a signalé l\u2019existence de ce courant dans la Littérature intime du Québec (1983).Depuis, les écrits introspectifs n\u2019ont cessé de se multiplier à un rythme parfois surprenant: autobiographies, mémoires, souvenirs, journaux intimes et correspondances occupent une place de plus en plus prépondérante dans ce genre d\u2019essais.Les souvenirs autobiographiques de Gabrielle Roy, la Détresse et l\u2019Enchantement (1984), la Culotte en or (1980), de Roger Lemelin et Ma vie comme rivière ESSAIS, ÉTUDES ET CRITIQUES LITTÉRAIRES DES ANNÉES 80 547 (1981-1988) de Simonne Monet-Chartrand ont tous une caractéristique commune: recréer l\u2019atmosphère de toute une époque.D\u2019autres tentent la même expérience, sur des périodes plus restreintes, par le biais d\u2019un journal intime: Jean-Louis Major, Entre l\u2019écriture et la parole (1984); Louise Maheux-Forcier, le Sablier (1984); Madeleine Ouellette-Michalska, la Tentation de dire (1985); André Carpentier, Journal de mille jours (1988); enfin, Nicole Brossard, Journal intime (1984).Les mémoires suscitent aussi beaucoup d\u2019intérêt, surtout à cause du rôle joué par l\u2019auteur sur la scène politique ou culturelle: Attendez que je me rappelle (1986) de René Lévesque et Mémoires d'un autre siècle (1987) de Marcel Trudel brossent des tableaux attachants de leurs milieux respectifs.On publie aussi des ouvrages qui répondent au goût du public pour des confidences d\u2019écrivains.Ces «confessions» littéraires meublent d\u2019abord le contenu des journaux et revues avant de se retrouver en volume.Retenons surtout les entrevues de Jean Royer, en cinq tomes: Écrivains contemporains.Entretiens: Donald Smith, l\u2019Écrivain et son œuvre (1983) et Gérald Gaudet, Voix d\u2019écrivains.Entretiens (1985).La critique littéraire Il serait difficile de nier l\u2019importance qu\u2019acquiert la critique littéraire au fil des ans dans la création d\u2019une tradition de lecture au Québec.Chaque journal a un ou plusieurs critiques attitrés.Pendant les années 80, Le Devoir, La Presse, Le Soleil et Le Droit assurent une «couverture» des événements littéraires et présentent, sous forme de recensions, la production courante.Les revues de critique littéraire commentent aussi la production, en prenant soin de créer et de transformer, au besoin, des rubriques consacrées à chacun des genres.La revue de l\u2019actualité littéraire, Lettres québécoises, demeure exemplaire à cet égard, mais Nuit blanche, Nos livres et Québec français s\u2019intéressent aussi aux nouveautés littéraires au fur et à mesure de leur parution.Il est devenu pratiquement impossible pour un auteur québécois de passer complètement inaperçu, étant donné le nombre grandissant de commentateurs dans les périodiques.La réception des œuvres donne lieu, dans certains cas, à des recueils d\u2019articles qu\u2019on appelait autrefois des «mélanges littéraires», où les critiques font, à 548 leur manière, une rétrospective de la production.Pensons à: les Livres parlent (1984), de Claude Beausoleil; la Visée critique (1988), d\u2019André Brochu; Entrée en matière(s) (1988), de Guy Cloutier; Littérature et Circonstances (1989), de Gilles Marcotte.À en juger d\u2019après la réception des œuvres, la littérature québécoise se porte bien, du moins dans les revues et journaux.Avant de reprendre la route vers les années 90, ce petit coup d\u2019œil dans le rétroviseur permet de repérer quelques-unes des œuvres représentatives du territoire de l\u2019essai qui ont marqué la dernière décennie.Avouons que cette production récente fournit déjà assez de matière pour une deuxième «anthologie de l\u2019essai québécois»0 Les francophones du Canada: un cas de nécessaire réciprocité Jean-Luc DION, ing.Université du Québec à Trois-Rivières Résumé Le professeur Dion formule des propositions concrètes pour établir des relations harmonieuses et permanentes avec les francophones hors Québec.Il réclame un traitement de réciprocité pour la minorité française établie au Canada anglais et pour la minorité britannique du Québec.Ces minorités jouiraient de la double nationalité et de divers droits et avantages.Des modalités d\u2019applications sont suggérées pour améliorer le système d\u2019enseignement et les services de la télévision et de la radio.L\u2019auteur recommande au gouvernement d\u2019appliquer diverses mesures d\u2019ordre politique, culturel et économique.Il croit qu\u2019un Quebec indépendant «pourra désormais assumer pleinement son rôle historique en Amérique du Nord». 550 J\u2014^ans peu de temps, les Québécois auront choisi leur «chemin de l\u2019avenir» qui passe logiquement et nécessairement par le plein exercice de leur souveraineté.Il n\u2019y a rien là que de parfaitement normal.Entre-temps, les adversaires de l\u2019affirmation québécoise vont répéter ad nauseam les mêmes rengaines usées que depuis des décennies.Ils vont même recourir au chantage pour tenter de maintenir le pays sous la gouverne canadienne.Un des arguments fallacieux que les fédéralistes affectionnent est celui de l\u2019«abandon» des minorités francophones du Canada: comme si le sort que leur avait fait le Canada était tellement enviable, avec des taux d\u2019assimilation atteignant 70% ! Le rare groupe qui manifeste une vigueur remarquable est le peuple acadien dont la solidarité légendaire a permis la survivance, essentiellement au Nouveau-Brunswick, malgré les conditions faites par le système canadien.La minorité ontarienne est certes importante, mais ne peut guère vivre sa culture, dispersée comme elle est, avec des moyens culturels généralement faibles.Or, pour les partisans du Québec souverain, il n\u2019a jamais été question d\u2019abandonner nos compatriotes minoritaires du Canada.J\u2019ai toujours pensé qu\u2019il serait lâche de se désintéresser du sort de ces communautés qui doivent constituer des pôles de rayonnement de la culture française et québécoise, dans la mesure où nous leur en donnerons les moyens.D\u2019autre part, il faut bien dire que le Québec constitue en quelque sorte l\u2019ultime port d\u2019attache nord-américain pour les francophones qui tiennent à conserver et faire vivre leur culture.Il faut donc envisager d\u2019une façon concrète, et enfin sérieuse, les moyens de soutenir ceux des francophones du Canada, et même d\u2019ailleurs en Amérique, qui admettent l\u2019importance vitale d\u2019un rattachement culturel et polyvalent au Québec.Il faut bien dire qu\u2019une minorité culturelle qui ne se rattache à aucune «métropole» voit sa raison d\u2019être singulièrement réduite.Dans son éditorial du 26 novembre 1990, madame Lise Bisson-nette, directrice du Devoir, a placé le problème dans une bonne perspective.Elle a fait allusion aux nécessaires ententes Québec-Canada pour raffermir les liens entre les Québécois et leurs frères de l\u2019extérieur, quelle que soit notre décision collective, mais sans proposer de moyens concrets. LES FRANCOPHONES DU CANADA 551 Pour une réciprocité concrète et justice Je voudrais ici proposer ce qui me semble un moyen concret, et peut-être dans son essentiel le seul véritable, de solutionner ce problème.Problème qui se pose également et se posera certainement avec autant d\u2019acuité pour les anglophones du Québec indépendant.Il s\u2019agit d\u2019une solution de justice, de réciprocité et de respect mutuel: trois termes qu\u2019on doit considérer d\u2019une égale importance, quand il s\u2019agit de la communauté francophone du Canada et de la communauté anglophone du Québec.En bref, pour resserrer les liens et assurer un traitement équitable des minorités locales, il s\u2019agit d\u2019offrir à la minorité francophone du Canada la nationalité québécoise, et à la minorité anglophone du Québec la nationalité canadienne, en plus de la leur.Ce seraient les minorités désignées.Cela implique un certain nombre de règles précises dont l\u2019observance doit assurer l\u2019harmonie des relations Québec-Canada dans ce domaine.Cette proposition est faite dans une perspective d\u2019harmonie et d\u2019échanges mutuellement profitables et soutenus entre les deux pays.Les divers énoncés qui suivent visent à exprimer l\u2019essentiel de la proposition, sans entrer dans les détails d\u2019application qu il faudra préciser le cas échéant.La question amérindienne doit être traitée distinctement.La double nationalité On présume que le Québec aura auparavant offert aux minorités francophones du Canada d\u2019excellentes conditions d\u2019immigration.Il devrait en être sensiblement de même pour la minorité anglophone du Québec.Mais on peut prédire qu\u2019un nombre relativement faible s\u2019en prévaudra, dans la mesure où l\u2019on aura de part et d\u2019autre un comportement civilisé.Voici maintenant les grandes lignes du système de double nationalité.1° Au moment où le Québec et le Canada parviennent au statut d\u2019États distincts, il est offert simultanément aux membres de la minorité francophone du Canada et de la minorité anglophone du Québec nés dans l\u2019un ou l\u2019autre pays d\u2019avoir la citoyenneté des deux pays. 552 2\tLa proportion de citoyens québécois et de citoyens canadiens ayant la double nationalité doit en tout temps être la même a quelques centaines ou quelques milliers d\u2019individus près, et ne pourra jamais dépasser 10% (ou une valeur voisine) de la population de l\u2019un ou de l\u2019autre pays.Il est d\u2019importance capitale que cette proportion soit inscrite dans la constitution de chaque pays pour éviter des querelles et contestations interminables.3\tLe statut de l\u2019une ou de l\u2019autre minorité linguistique ayant la double nationalité doit être défini de façon identique dans la constitution des deux pays et ses droits concrets assurés d\u2019une façon démontrable dans les faits.4\tCette double citoyenneté doit assurer des avantages et des obligations de diverses natures qui soient tout à fait comparables dans les deux pays: mêmes proportions d\u2019écoles et d\u2019universités, de stations de radio et de télévision et autres installations culturelles, etc.5\tChaque pays assume constitutionnellement les frais des services offerts à sa minorité désignée: enseignement, distribution des signaux de radio et de télévision, etc.6\tLes deux pays organisent conjointement des programmes de bourse d\u2019études et d\u2019échanges permanents d\u2019étudiants, de travailleurs, etc., dont les contingents sont formés en moyenne de 33% de membres de la minorité désignée, par exemple.7\tLa première allégeance d\u2019un citoyen ayant la double nationalité doit etre au pays dans lequel il vit habituellement.Chaque pays doit avoir naturellement des attitudes et des politiques qui évitent de placer ces citoyens en situation de conflit d\u2019intérêt ou d allégeance.Ces arrangements particuliers entre les deux pays doivent être considérés comme des facteurs de paix et d\u2019harmonie.De plus, considérant le fait qu\u2019il y a aux États-Unis plus de 10 milhons de descendants de Québécois, le Québec devrait également offrir la citoyenneté québécoise à ceux qui en feraient la demande en pouvant prouver leur origine. LES FRANCOPHONES DU CANADA 553 Quelques modalités d\u2019application Comité paritaire permanent Dans tous les cas, la quantité et la qualité des services offerts aux deux minorités doivent être comparables.Afin de veiller a l\u2019application équitable de l\u2019accord passé entre les deux pays, on formera un comité paritaire permanent constitué de sept membres, dont un président.Ce dernier serait alternativement un Canadien et un Québécois désigné par son gouvernement, avec un mandat renouvelable bisannuellement.Chaque pays nomme trois membres dont deux de la minorité désignée et un de l\u2019Assemblée nationale du Québec ou de la Chambre des communes du Canada, nommés annuellement pour deux ans, avec mandat renouvelable une fois.Le rapport annuel du comité est étudié par ces derniers organismes qui y donnent suite.Le comité se réunit alternativement dans l\u2019un et l\u2019autre pays.Le financement du comité est assuré par chaque gouvernement en proportion de sa minorité désignée.Système d\u2019enseignement \u2014\tChaque minorité désignée doit avoir des institutions d\u2019enseignement dans sa langue à tous les niveaux, en nombres proportionnels à son importance respective et doit en avoir le contrôle, en conformité avec les lois du pays.___ Le financement de ces institutions par chaque pays doit être le même que pour les institutions de ses citoyens «réguliers».___ Les programmes d\u2019enseignement dans les institutions des minorités désignées doivent être harmonisées aux programmes de la majorité, sans en dépendre entièrement.\u2014\tLa langue de la majorité doit être un sujet d\u2019enseignement obligatoire et de qualité, à compter de la première année du cours primaire, jusqu\u2019à la fin du cours secondaire.___ Il faudra faire en sorte que la minorité désignée joue un rôle privilégié dans l\u2019enseignement de sa langue et son rayonnement culturel dans les institutions de la majorité. 554 Services culturels Radio et télévision \u2014\tLes membres des minorités désignées doivent disposer d\u2019un nombre de stations de radio et de télévision proportionnel à leur importance numérique, installés dans les régions où ces minorités les requièrent.\u2014\tLe soutien financier de chaque pays au développement du réseau de radio et de télévision de sa minorité désignée doit être comparable en proportion à celui qu\u2019il donne à ses réseaux nationaux.\u2014\tLes diverses chaînes nationales de radio et de télévision d\u2019un pays doivent être normalement accessibles dans l\u2019autre, par la coopération des réseaux des deux pays.\u2014\tLa transmission des signaux de radio et de télévision destinés à la minorité désignée de chaque pays est assurée gratuitement par ce dernier, ou selon d\u2019autres modalités négociées.Particularités du soutien québécois Diverses autres mesures concrètes devraient être mises en vigueur par l\u2019État québécois.Au plan politique \u2014\tDeux sièges d\u2019observateurs avec droit de parole seront réservés à l\u2019Assemblée nationale du Québec à des représentants élus de la communauté québécoise et francophone du Canada, ainsi que des États-Unis, le cas échéant1.Ils pourront normalement participer à tous les travaux de l\u2019Assemblée nationale.Les modalités d\u2019élection seront à définir.\u2014\tL\u2019Assemblée nationale du Québec convoquera une commission parlementaire annuelle sur l\u2019État des communautés québécoises et francophones nord-américaines.Ses travaux pourraient être coordonnés par une «direction permanente des relations avec les communautés francophones»2.1.Une proportion semblable figure dans le mémoire présenté par le Conseil de la Vie Française en Amérique à la Commission Bélanger-Campeau, en novembre 1990.2.Ibid. LES FRANCOPHONES DU CANADA 555 \u2014\tLes réseaux de radio-télévision et les journaux québécois maintiendront des correspondants permanents dans tous les principaux centres de concentration de la minorité québécoise au Canada.Au plan culturel \u2014\tLe Québec maintiendra un programme permanent de subvention et de soutien à la diffusion au Canada des publications québécoises (journaux, revues, disques, etc.).La communauté québécoise du Canada sera appelée à jouer un rôle privilégié dans ce domaine.Inversement, ce programme devra favoriser la diffusion au Québec des productions culturelles de cette communauté.\u2014\tLes réseaux de radio-télévision et les journaux québécois maintiendront des correspondants permanents dans tous les principaux centres de concentration de la minorité québécoise au Canada.\u2014\tLe Québec apportera un soutien technique et financier aux productions radio-télévision de la minorité québécoise du Canada et à leur diffusion, tant au Canada qu\u2019au Québec.\u2014\tLe Québec maintiendra des programmes réguliers permettant des séjours prolongés d\u2019études et de travail au Québec destinés aux membres de la communauté québécoise du Canada, tout particulièrement les jeunes.Un volet de ces programmes pourra s\u2019adresser aux autres communautés francophones d\u2019Amérique.Au plan des relations économiques \u2014\tLes membres de la communauté québécoise du Canada pourront jouer un rôle d\u2019intermédiaires privilégiés dans nos relations avec le Canada, particulièrement dans le domaine des relations économiques.\u2014\tOn doit considérer les hommes d\u2019affaires de la communauté québécoise au Canada comme les mieux placés, tant pour assurer la distribution des produits québécois que pour régler des échanges mutuellement profitables entre les deux pays.Conclusion Avec son accession à l\u2019indépendance, le Québec pourra désormais assumer pleinement son rôle historique en Amérique du Nord. 556 Ayant les moyens d\u2019un État normal et développant au maximum toutes ses compétences, il pourra établir des relations fécondes avec les diverses communautés francophones qui espèrent des formes variées de relations et de soutien à leurs activités.En proposant particulièrement à la communauté francophone du Canada la nationalité québécoise, assortie d\u2019organismes permanents basés sur la réciprocité Québec-Canada, le Québec fera facilement plus pour elle qu\u2019il n\u2019a jamais fait.Comme États civilisés en bons termes, les deux pays devraient trouver normal d\u2019harmoniser les conditions de vie faites à leurs minorités désignées.? L\u2019Assimilation des francophones hors Québec Marc LAVOIE et Maurice SAINT-GERMAIN Professeurs agrégés Département de Science économique Université d\u2019Ottawa Résumé Le présent article a pour but de mesurer avec exactitude l\u2019ampleur du phénomène de l\u2019anglicisation chez les personnes de langue maternelle française hors Québec, d\u2019en tracer l\u2019évolution au cours des dix dernières années, et de faire une comparaison avec la francisation des personnes de langue maternelle anglaise au Québec.On constate de façon générale que l\u2019anglicisation hors Québec est toujours aussi forte, et que de façon spécifique les Acadiens de la région acadienne du Nouveau-Brunswick résistent mieux à l\u2019assimilation que les Anglo-Québécois hors de Montréal. 558 Depuis le début des audiences de la commission Bélanger-Campeau, des énormités n\u2019ont cessé de se dire à propos des francophones vivant à l\u2019extérieur du Québec.Ainsi on a entendu André Ouellet prétendre qu\u2019il y avait deux millions de francophones hors Québec; un auteur a même déclaré qu\u2019ils ne constituaient qu\u2019un cadavre encore chaud; certains ont dit que le taux d\u2019assimilation en Ontario était de 85%; on a aussi entendu claironner un taux de 15%.Il nous semble nécessaire de mettre un peu de rigueur dans ces questions.Le nombre de francophones hors Québec Pour ce qui est des chiffres absolus, Statistique Canada indique que, à la suite de son recensement de 1986, on estime à 842 815 le nombre de personnes qui ont le français pour langue maternelle (un million, si on inclut ceux qui déclarent le français et l\u2019anglais comme langue maternelle).D\u2019autre part, 575 095 personnes sont francophones, c\u2019est-à-dire, selon la définition même du Petit Robert, parlent habituellement le français (à la maison, selon la question de Statistique Canada).La différence entre ces deux nombres est en grande partie causée par l\u2019anglicisation.Ainsi, lorsque M.Ouellet parle de deux millions de francophones, ou il abuse son auditoire, ou il se réfère aux francogènes, créatures éthérées du Secrétariat d\u2019État, définies comme des personnes qui ont eu un ancêtre francophone, et destinées à gonfler artificiellement une population sur le déclin démographique.L\u2019assimilation linguistique L\u2019assimilation linguistique est un phénomène que l\u2019on peut chiffrer depuis 1971.Malheureusement, les changements fréquents à la formulation des questions portant sur la langue font qu\u2019il est difficile de comparer les réponses obtenues aux différents recensements fédéraux.On peut néanmoins comparer les réponses reçues dans le cadre d\u2019un même recensement.Notre collègue Charles Castonguay a, en particulier, émis la très prolifique hypothèse que la cohorte des 35 à 44 ans permet de mesurer le taux d\u2019assimilation actuel d\u2019un groupe linguistique, tandis que la cohorte des 45 à 54 ans permet L\u2019ASSIMILATION DES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 559 de mesurer l\u2019assimilation qui s\u2019effectuait dix ans auparavant1.Les personnes plus jeunes, en particulier la cohorte des 25 à 34 ans, n\u2019ont pas toujours complété leur choix linguistique (à travers la formation des couples, par exemple), si bien que les données relatives à ces personnes ne sont pas définitives.Dans le tableau ci-joint nous avons comparé les taux d\u2019anglicisation des minorités de langue maternelle française hors Québec, pour les deux cohortes des hommes de 35-44 ans et de 45-54 ans, avec ceux de la minorité de langue maternelle anglaise du Québec.Ces chiffres proviennent de données spéciales que nous a fournies Statistique Canada dans le cadre d\u2019une étude plus vaste.Les taux relatifs aux femmes seraient légèrement plus faibles.On constate, en regardant tout d\u2019abord l\u2019ensemble du Canada hors Québec, que le taux d\u2019assimilation n\u2019a pas diminué en dix ans: 40,2% pour les 45-54 ans et 40,1% pour les 35-44 ans.Malgré tous les efforts entrepris par le gouvernement fédéral au cours des vingt dernières années, l\u2019effritement du français hors Québec est toujours aussi marqué.Variations régionales Si on regarde maintenant les régions une à une, on constate de fortes variations dans les taux d\u2019anglicisation, ce qui contribue peut-être à expliquer les perceptions très diverses que des personnes réfléchies semblent avoir des communautés francophones hors Québec.Ainsi, dans les trois provinces les plus à l\u2019ouest, les taux d\u2019anglicisation avoisinent les 75%.Au Manitoba, patrie du chanteur Daniel Lavoie, les taux d\u2019assimilation approchent les 60%.La situation n\u2019est guère plus reluisante dans les trois provinces les plus à l\u2019est, où ces mêmes taux frisent ou dépassent les 50%.Restent l\u2019Ontario et le Nouveau-Brunswick.Cette dernière province se subdivise en deux régions nettement distinctes: d\u2019un côté la région acadienne, où les taux d\u2019anglicisation 1.Voir Charles Castonguay, «Les transferts linguistiques au foyer», Recherches sociographiques, n° 3, 1976.La même méthode est adoptée par Réjean Lachapelle, «La démolinguistique et le destin des minorités françaises vivant à l\u2019extérieur du Québec», Mémoires de la société royale du Canada, 5e série, tome 1, 1986. 560 sont très faibles (8%); de l\u2019autre, le reste du Nouveau-Brunswick, très anglophone, où ces mêmes taux sont identiques à ceux des autres provinces.On notera que les taux d\u2019anglicisation de la région acadienne sont à peine supérieurs aux taux de francisation de la population de langue maternelle anglaise de Montréal (environ 5%), dont on aurait peine à dire qu\u2019elle constitue un cadavre.De fait, les Acadiens de la région acadienne du Nouveau-Brunswick résistent beaucoup mieux à l\u2019assimilation linguistique que ne le font les Anglo-Québécois vivant hors de Montréal, ces derniers subissant des taux de francisation de l\u2019ordre de 14 à 17%.Venons-en maintenant à l\u2019Ontario, que nous avons subdivisé en plusieurs sous-régions.Pour l\u2019ensemble de cette province, les taux d\u2019assimilation sont autour de 40%, soit la moyenne du Canada hors Québec.Ce taux provincial semble aussi aller en augmentant, étant passé de 39,3% à 41,3% entre 1981 et 1986.Les chiffres diffèrent cependant grandement selon la région étudiée.Ainsi dans l\u2019Est rural ontarien, la région limitrophe du Québec lorsqu\u2019on emprunte l\u2019autoroute pour se rendre de Montréal à Ottawa, les taux d\u2019assimilation de 15% sont comparables à ceux de la population anglo-québécoise vivant à l\u2019extérieur de Montréal.Cependant, à Ottawa même, les taux d\u2019anglicisation doublent à 30% et semblent en hausse malgré ou à cause de l\u2019omniprésence de la fonction publique fédérale.La situation de la langue française semble aussi se détériorer de façon comparable dans le Nord ontarien.Le reste de l\u2019Ontario, qui comprend une partie substantielle des personnes de langue maternelle française, mais réparties sur un territoire essentiellement anglophone, montre des taux d\u2019anglicisation comparables à ceux de l\u2019Alberta, soit 67%.Ainsi, nonobstant l\u2019existence de quelques villages encore profondément francophones, ou de centres urbains où la francophonie semble encore économiquement viable comme à Saint-Boniface, seules les régions limitrophes du Québec paraissent destinées à un avenir francophone.À quelques exceptions près, les francophones des autres régions ou provinces du Canada sont voués à l\u2019assimilation, malgré le soutien financier que leur procure généreusement le Secrétariat d\u2019État au nom de l\u2019unité nationale.L\u2019asphyxie, malgré la respiration artificielle, est proche.En particulier, nous avons vérifié que seulement 53,4% des familles hors Québec dont la mère est de langue maternelle française voient tous leurs enfants parler le L\u2019ASSIMILATION DES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 561 français à la maison.Au Manitoba, ce chiffre chute à 34%, et au sud de l\u2019Ontario, il tombe à 25%.La région acadienne du Nouveau-Brunswick surtout, l\u2019Est et peut-être même le Nord ontariens sont des régions où la francophonie est bien vivante.Quoi qu\u2019il arrive sur le plan politique et constitutionnel, les francophones de ces régions frontalières sont autonomes et bien organisés et devraient bénéficier du dynamisme de la langue française au Québec.Q 562 Taux d\u2019assimilation des minorités linguistiques (%), 35-44 et 45-54 ans, hommes 1986 Région\t34-44 ans\t45-54 Taux d\u2019anglicisation\t\t \t\t \t\t Terre-Neuve\t66,7\t60,0 île-du-Prince-Édouard\t57,9\t59,0 Nouvelle-Ecosse\t43,8\t49,7 Nouveau-Brunswick\t11,5\t11,5 Région acadienne\t8,0\t8,0 Reste du Nouveau-Brunswick\t56,6\t63,3 Ontario\t41,3\t39,3 Ontario Est\t25,1\t22,4 Ontario Nord\t28,4\t21,6 Reste de l\u2019Ontario\t66,5\t68,4 Ontario Est-rural\t15,2\t15,8 Ottawa Carleton\t30,2\t26,1 Manitoba\t58,0\t56,2 Saskatchewan\t85,5\t73,0 Alberta\t72,4\t71,2 Colombie-Brit.\t78,9\t81,9 T.N.-O.et Yukon\t73,2\t52,6 Canada hors Québec\t40,1\t40,2 Taux de francisation\t\t Québec\t10,4\t8,4 Montréal\t5,4\t4,3 Québec hors\t17,3\t14,3 Montréal\t\t Section La prospérité Hommage à la mémoire de Gaston BEAUDRY Cette section de L\u2019Action Nationale, en collaboration avec le Conseil d\u2019expansion économique, vous présente les nouvelles de la revue et de la Ligue, les mots d\u2019ordre du Mouvement Québec français, des documents historiques.Des chroniques seront aussi publiées: \u2022\tÀ travers l\u2019univers Jean CHAPDELAINE \u2022\tQuestions d\u2019action nationale Rosaire MORIN \u2022\tComptes rendus de volumes Questions d\u2019Action Nationale Rosaire MORIN Le rapport Allaire Le rapport a l\u2019air de Bourassa.Au Québec, il n\u2019y a qu\u2019un seul homme qui peut à la fois être fédéraliste et souverainiste.Cet homme, c\u2019est le premier ministre.Avec un discours souverainiste, il veut bâtir un régime fédéral Terre-Neuve-Colombie-Britannique-Québec-île-du-Prince-Édouard dans une interdépendance économique pour tout le monde.Lorsqu\u2019il parle, M.Bourassa tente de satisfaire son père, son fils et l\u2019âne.S\u2019il se tait, il songe à ce qu\u2019il doit dire pour garder le pouvoir.Car il veut le pouvoir pour le pouvoir.Et le rapport Allaire en est l\u2019expression.Le rapport est un fourre-tout.Le premier objectif du «Québec libre de ses choix», c\u2019est l\u2019établissement d\u2019un nouveau fédéralisme ou d\u2019une confédération réelle.Pour y parvenir, on partage le gâteau.Si les morceaux sont jugés trop gros, la négociation les réduira aux volontés du Canada anglais.Car, ce n\u2019est sûrement pas un design made in French qui gagnera le référendum usque ad mare du magicien Mulroney.Il faut le dire clairement: M.Bourassa n\u2019est pas indépendantiste.Il est fédéraliste, mathématicien, calculateur, équilibriste, pour ne pas dire jongleur.S\u2019il fait l\u2019indépendance, ce sera parce que le Canada anglais lui aura montré la porte de sortie.Et quelle indépendance aurions-nous?et pour réaliser quel projet de société?Or, l\u2019indépendance, ce n\u2019est pas une forme de vie collective dans laquelle un peuple s\u2019engage comme dans un pis-aller.Ce n\u2019est pas un instrument QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 565 de chantage pour forcer une négociation avec des partenaires qui ne reconnaissent ni nos différences, ni notre identité.Ce n\u2019est pas une mesure de remplacement à la suite d\u2019une négociation manquée.L\u2019indépendance, c\u2019est la liberté, c\u2019est la maîtrise de son destin.Un projet en l\u2019air Le rapport Allaire n\u2019est pas une proposition du Québec.C\u2019est l\u2019essai équivoque d\u2019un parti politique pour sauver les meubles et éviter des divisions prévisibles.C\u2019est un test qui voulait satisfaire les libéraux fédéralistes et souverainistes.Les premiers jugent le rapport négociable et les seconds l\u2019acceptent comme un tout.Chacun y trouve ce qu\u2019il veut.Sacré Ryan! De quoi vient-il se mêler, avec son «catéchisme» et son «concile de Trente»?Mais laissons les libéraux à leurs chicanes.Entre nous, les propositions du Parti libéral sont utopiques.M.Bourassa qui refuse la constitution de 1982 veut imposer aux 9 autres provinces un régime politique que les deux tiers des Canadiens refusent.Quelle naïveté et quelle ruse à la fois! L\u2019unanimité et la règle 7/50 régissent les modifications constitutionnelles.L\u2019unanimité est impossible.M.Clyde Wells a déjà parlé: «Si Meech n\u2019était pas acceptable, cela l\u2019est encore moins.Si nous ne pouvons pas nous entendre sur un compromis, je peux seulement présumer que nous finirons par être deux pays.» (Le Devoir, 5 février 1991.) La ruse, elle réside dans le personnage Bourassa.Les négociations s\u2019engagent.On discute, on parlotte, on placote, on bavarde.Le temps passe.On s\u2019entend sur un Meech Plus, comme on avait convenu d\u2019un Meech Pygmée, il y a quatre ans.Vous allez m\u2019objecter le calendrier et le référendum de décembre 1992.Mais qui rédigera la question?Quelles seront les forces en présence?L\u2019heure qui passe ne reviendra pas.Et, d\u2019ici là, la dette du Canada augmentera de 80 milliards $ et le Québec comptera 100 000 chômeurs et assistés de plus.M.Gil Rémillard M.Gil Rémillard est bon professeur, mais c\u2019est un politicien qui parle pour parler.Lors de la signature de l\u2019entente Canada-Québec en matière d\u2019immigration, il déclarait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019«un premier pas pour une nouvelle vision de notre fédéralisme», d\u2019un 566 «modèle des futures ententes à négocier entre les deux niveaux de gouvernement».C\u2019est ça, la souveraineté du parti libéral.Mais, ô malheur pour M.Rémillard, séance tenante, Benoît Bouchard, mon candide ministre, le rabroue publiquement: «On ne peut pas débattre de la Constitution canadienne pièce par pièce» déclare-t-il.Le Mouvement Desjardins Le Mouvement Desjardins grandit, même si le député De Noce a fermé son compte.Le 6 décembre, trois nouvelles caisses étaient fondées: la Caisse d\u2019économie Desjardins des employés de Laval, la Caisse populaire île-des-Sœurs et la Caisse populaire Desjardins de Wemindji, en territoire cri, à la Baie James.Les États généraux 21 ans après la prorogation des États généraux du Canada français, un témoignage d\u2019appréciation est exprimé qu\u2019il me fait plaisir de reproduire: «.Plus près de nous, les États généraux du Canada français, en 1966, faisaient appel aux citoyens et citoyennes qui trouvaient déplorable et dangereux l\u2019état de la culture française au Canada.Ces états généraux ont été à l\u2019origine de toutes les législations linguistiques québécoises, des petits mouvements du gouvernement fédéral en faveur d\u2019un statut réel de la langue française.Certains vont jusqu\u2019à affirmer que le mouvement progressif des Québécois vers leur émancipation trouve ses racines dans cet événement.» La Terre de Chez Nous, 28 janvier 1991, p.5.Merci de ce témoignage! Il est ici valable de rappeler que les 1 600 délégués des États généraux du Canada français avaient voté en faveur de 37 pouvoirs exclusifs que le Québec devrait détenir.Nous revenons aujourd\u2019hui à la case de départ.L\u2019âme de la culture Le 2 novembre 1990, M.Claude Béland, président du Mouvement Desjardins, prononçait une allocution au Congrès de l\u2019Association québécoise des professeurs de français.Voici quelques extraits de ce remarquable discours: «La langue française est [.] QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 567 l\u2019élément le plus central, le plus vital de notre culture et de notre identité comme peuple, c\u2019est-à-dire de notre façon d\u2019être, de sentir, de voir, de comprendre, de se souvenir, de se réjouir, de se développer et de s\u2019organiser.«C\u2019est donc par ce véhicule privilégié qu\u2019est la langue française d\u2019ici que prend forme notre vision du monde à nous, Québécois, Québécoises, notre identité comme collectivité.Une identité précieuse qui se distingue, non seulement de celle des quelque 250 millions d\u2019anglophones de ce continent, mais également des autres francophones du monde.Et cette identité nous est d\u2019autant plus précieuse qu\u2019elle vit, ici en Amérique, dans un contexte difficile qui nous rappelle chaque jour sa fragilité.«Cette fragilité, elle tient aussi à la persistante et injuste inégalité des chances qui fait que, 25 ans après le rapport Parent, deux fois plus d\u2019anglophones que de francophones d\u2019ici accèdent à des études universitaires.Dans une récente recherche effectivement, le Conseil supérieur de l\u2019éducation a établi que, sur 100 enfants de langue maternelle anglaise qui entrent en maternelle, 44 accèdent à l\u2019université contre 29 chez les allophones et 23 seulement chez les francophones.«Cette fragilité tient enfin à l\u2019effet combiné de la dénatalité et de l\u2019impact culturel d\u2019une immigration qui joue en défaveur des francophones d\u2019ici.Notre poids démographique, déjà peu considérable, diminue en effet constamment en raison d\u2019un taux de natalité qui est actuellement inférieur au minimum requis pour assurer le strict maintien de la population actuelle.Cette situation est aggravée par l\u2019arrivée massive d\u2019immigrants dont la concentration dans la seule région montréalaise \u2014 actuellement, les non-francophones y augmentent cinq fois plus rapidement que les francophones \u2014 est en passe de créer un déséquilibre dangereux.Et il ne faut pas compter sur l\u2019obligation pour les enfants d\u2019immigrants d\u2019apprendre le français pour redresser la situation.Selon des données récentes, en effet, 73% des enfants d\u2019immigrants qui terminent leur secondaire en français vont aux cégeps anglophones et ensuite aux universités anglophones McGill et Concordia.Le poids de moins en moins lourd de la société québécoise francophone dans l\u2019ensemble canadien incite peu, il faut dire, les allophones et les immigrants à se lier à celle-ci.«Voilà donc en quelque sorte l\u2019état d\u2019âme actuel des Québécois 568 et des Québécoises.Cet état de vulnérabilité dans lequel se trouve actuellement la langue française au Québec est par conséquent aussi celui dans lequel se trouve, aujourd\u2019hui, l\u2019identité même du peuple québécois.» Les grenouilles vont crever Nos gouvernements aiment compliquer les affaires.Le lait nature est provincial et le lait transformé fédéral.Les arachides salées sont taxées et les non salées ne le sont pas.Le yougourt est assujetti à la TPS à l\u2019unité, mais il n\u2019est pas imposé en 4 contenants reliés.A l\u2019heure où il augmente le tarif des lettres, le fédéral impose sa TPS sur les timbres.Pour encaisser quelques milliards $ additionnels, les gouvernements imposent la TPS et la TPQ sur des milliers de biens et de services, avec trois cents pages d\u2019exceptions.Ils engagent quelques milliers de fonctionnaires pour gérer la loi.Ils obligent les entreprises et les services à dépenser des milliards $ en leur qualité de fiduciaires des taxes fédérales et provinciales.Il aurait été si simple d\u2019ajouter une seule ligne au rapport d\u2019impôt: «taxe sur la consommation, multiplier votre revenu net par Y% = $ » Il aurait suffi par la suite d\u2019émettre des chèques de compensation aux contribuables les plus démunis.Mais cette mesure était trop simple, trop honnête, trop transparente et trop rationnelle.Le développement régional La commission Bélanger-Campeau a entendu plus de 250 mémoires.Trois réclamations étaient répétitives: le rapatriement des pouvoirs, la proclamation de la souveraineté et l\u2019établissement de centres régionaux de décisions.L\u2019Action Nationale a abondamment commenté les deux premières revendications.Elle a accordé une faible importance à la décentralisation vers les régions.L\u2019information qu\u2019on nous communique en cette matière est irrégulière et plutôt mince.Les régionaux ne répondent pas vite aux offres de collaboration.Ce commentaire n\u2019est pas un blâme, mais une invitation à nous transmettre des renseignements sur la situation présente et sur les réclamations exprimées. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 569 Par le biais de la commission Bélanger-Campeau, nous avons pris connaissance d\u2019une revendication presque unanime: une forme de gouvernement régional est demandée.L\u2019arrière-pays et les centres-villes éprouvent de sérieuses difficultés.De Québec, on ne peut répondre aux besoins particuliers de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent, du Lac-Saint-Jean, de l\u2019Abitibi.Des règles uniformes décrétées par l\u2019Assemblée nationale ne répondent pas aux problèmes et aux besoins des régions.Les programmes de développement régional ont hélas oublié d\u2019obtenir la participation des populations locales.Le monde rural L\u2019UPA a sonné l\u2019alarme.La campagne québécoise se transforme.Les changements sont majeurs.Ils modifient les valeurs.Les ruraux deviennent des citadins.La population rurale agricole représente à peine 2 pour cent de la population québécoise et l\u2019exode semble ne pas devoir prendre fin.600 villages sont menacés de fermetures prochaines.Le dépeuplement des campagnes est une hémorragie nationale.Il faut intervenir.Les États généraux du monde rural ont parlé.«Le monde rural vivra et il vivra debout» déclarait le président de l\u2019UPA à l\u2019issue des assises.Le mois prochain, il sera question des éléments de redressement qui apparaissent et de la concertation permanente qui s\u2019annonce.Des modèles de développement seront ici présentés.Comme dirait mon petit-fils Mathieu: «À la prochaine!».300 petites municipalités M.Daniel Johnson, le président du Conseil du Trésor, veut appliquer une coupure de 815 millions $ au Programme d\u2019assainissement des eaux du Québec.Les projets d\u2019usine d\u2019épuration qui dépassent 2 150 $ par habitant seront désormais exclus.Ainsi, le ministre met à l\u2019index 314 petites municipalités incapables d\u2019entreprendre des projets envisagés.Ces municipalités sont condamnées une autre fois à demeurer des zones de seconde classe.Éventuellement, leurs eaux polluées contamineront les cours d\u2019eau des municipalités qui ont bâti leurs usines d\u2019épuration.Quel jugement! Quelle vision d\u2019avenir! 570 Benoît le candide Le ministre est confus.Il l\u2019avouait lui-même: «Je suis, disait-il, un Québécois confus, un Canadien confus, un ministre confus.» Ce pauvre M.Bouchard attire la compassion.Il étale ses états d\u2019âme sur la place publique.Il semble sincère et honnête.Mais quelle candeur! quelle naïveté! Il vient de servir un avertissement aux Canadiens-Anglais: «Réveillez-vous» leur clame-t-il.Au Winnipeg Free Press, il déclarait que la survie du Canada est en jeu.«Je crois, disait-il, que c\u2019est très sérieux, beaucoup plus sérieux que nous pensions.» Et il ajoutait: «Si nous ne sentons aucune réaction de la part du Canada anglais (à propos de la position constitutionnelle du Québec), si nous sentons que la porte est fermée, nous risquons d\u2019assister à la marche du Québec vers sa souveraineté.» À quel jeu se prête Benoît le candide?Partisan du «oui» au référendum de 1980, il serait encore pour le «oui» et il travaille pour le «non».Radio-Canada Le Canada est en faillite.Son premier ministre panique.Il autorisait récemment Radio-Canada à fermer 11 stations de télévision régionales.1 100 personnes ont perdu leur emploi.Matane, Rimou-ski et Sept-îles seront desservies par Québec.C\u2019est un recul inadmissible.L\u2019arrière-pays recule dans le temps.CJBR de Rimouski était implantée en 1954.Pourquoi Radio-Canada l\u2019a-t-il acquis en 1977?La station française de Toronto est abolie.Les 40 000 auditeurs du bulletin «L\u2019Ontario ce soir» devront se satisfaire de nouvelles leur parvenant d\u2019Ottawa.C\u2019est un dur coup pour les Franco-Ontariens.Cette coupure bête et sauvage détruit les efforts accomplis pendant de nombreuses années pour servir les Franco-Ontariens de Toronto, Timmins, Windsor, Hearst et autres centres du Nord ontarien.Les députés francophones n\u2019ont pas beaucoup de pouvoir.Une autre fois, ils ont accepté la discipline du parti.Leurs explications sont maladroites.J\u2019écoutais cette bonne amie, Monique Vézina, déclarer: «Il y a des choix à faire, nous avons préféré maintenir les QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 571 programmes sociaux et de développement régional.C\u2019est à Radio-Canada de se financer.» Ces paroles sont trompeuses.Ma chère Monique, il y avait d\u2019autres choix à faire.Une coupure de 12 milliards $ dans la défense nationale aurait été douze cents fois plus significative.Une réduction de 3% des taux d\u2019intérêts aurait diminué le coût de la dette de 10 milliards $.L\u2019intégration au travail de 500 000 chômeurs aurait augmenté les revenus de l\u2019État et diminué ses coûts sociaux.La correspondance et les correspondants De nombreux abonnés nous écrivent.Nous sommes heureux de leurs commentaires, de leurs suggestions.Nous ne pouvons pas toutefois répondre à toutes leurs propositions.Des initiatives suggérées sont intéressantes.Mais notre capacité d\u2019exécution a des limites.Les dirigeants de la Ligue et de la Revue sont des bénévoles.Qu\u2019ils soient travailleurs ou retraités, ils connaissent vite les frontières du possible et de l\u2019impossible.Néanmoins, c\u2019est avec plaisir que nous accueillons les réflexions et les remarques de nos abonnés.Plusieurs nous font aussi parvenir des textes pour publication.Cet intérêt est apprécié.Il nous gêne à la fois.Notre programme de rédaction connaît une expansion inattendue.Nous demandons dix textes pour un numéro.Nous en recevons treize ou quatorze.Vous comprenez alors notre embarras.Nous devons choisir et ce n\u2019est jamais facile.Pour les textes dépassant 4 pages, il serait souhaitable que les auteurs communiquent avec nous, au préalable, pour convenir du sujet et de l\u2019heure de tombée.L\u2019incertitude économique L\u2019un de nos lecteurs, Jacques Boucher, nous fait parvenir un texte sur «la force d\u2019attraction des esprits rétrogrades».Nous en reproduisons un paragraphe: «.l\u2019incertitude et l\u2019hostilité constituent un contexte peu propice à la négociation.Sauf qu\u2019on semble oublier que le niveau d\u2019activités commerciales des gouvernements représente un pourcentage très faible de la valeur des activités commerciales interprovinciales, et que dans l\u2019ensemble, les relations commerciales interprovinciales se font entre des individus qui n\u2019ont que faire de l\u2019hostilité qui peut prévaloir entre gouvernements.Autrement dit, je mets sérieusement 572 en doute le fait qu\u2019un climat d\u2019hostilité entre gouvernements puisse se répandre sur les relations commerciales qu\u2019entretiennent les gens d\u2019affaires.Si c\u2019était le cas, on en subirait les conséquences depuis longtemps, car les lois sur la langue, et même Meech, ne suscitent que de l\u2019hostilité de la part des Canadiens anglais.Le commerce, et le profit qui en résulte, c\u2019est une chose; la politique, c\u2019est autre chose.Ce qui peut indisposer le monde des affaires, c\u2019est la longueur des discussions des politicologues et des politiciens d\u2019arrière-garde sur des outils commerciaux comme la valeur présente et future du dollar ou du taux d\u2019intérêt et non pas un présumé climat d\u2019hostilité.» Le Canada aux enchères La fermeture des stations de Radio-Canada fait partie d\u2019une image qui pâlit.Des milliers de Canadiens étaient fiers des grandes sociétés d\u2019État que le temps avait bâties.Mais monsieur Mulroney détruit tout sur son passage.Sur la Côte-Nord, il a fermé l\u2019Iron Ore.A Ottawa, il a procédé à la vente d\u2019Air Canada, il a amputé la moitié de Via Rail et il s\u2019apprête à brocanter Petro-Canada.Rien de surprenant qu\u2019il ait permis la réduction de Radio-Canada.Déjà, il a procédé à la vente d\u2019une trentaine de sociétés d\u2019État.Les baggies Ma visite à Tadoussac, en octobre dernier, devient un événement important dans ma petite vie.Elle m\u2019a appris à regarder autour de moi.Ainsi, pour connaître la carte géographique de l\u2019Ontario, je n\u2019ai nul besoin de traverser la frontière; il me suffit d\u2019examiner, dans ma petite épicerie de Trois-Rivières-Ouest, le lieu de provenance des produits qui me sont offerts.Alors, l\u2019Ontario défile devant moi: Brantford, Don Mills, Guelph, Hamilton, Leamington, Mississauga, Paris (Ont.), Peterborough, Port Williams, Scarborough, Toronto, Trenton, Winosa.Je ne sais pas au juste où chacune de ces villes se situent sur la carte ontarienne.Le fait a peu d\u2019importance.Ce qui est certain, c\u2019est que les industriels d\u2019outre-frontières reçoivent notre argent, paient leurs travailleurs, encaissent les bénéfices et qu\u2019ils ne viennent jamais acheter dans nos épiceries, qu\u2019ils ne déposent jamais dans aucune Caisse populaire et qu\u2019ils ne lisent ni Le Devoir, ni Relations, ni mime L\u2019Action Nationale. QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 573 Speak White Mais une autre leçon se dégage de ma visite à Tadoussac.Il n\u2019est pas nécessaire de s\u2019inscrire à un Institut linguistique et de payer de fortes sommes pour apprendre l\u2019anglais.Depuis octobre, j\u2019ai familiarisé mon oreille avec des mots anglais en lisant les étiquettes des produits de mon Métro-Richelieu de Trois-Rivières-Ouest.Je ne sais pas toujours ce qu\u2019ils signifient, mais je vous le dirai bientôt, à la fin de cette petite section.Pour le moment, mon vocabulaire s\u2019enrichit: All, Baby, Bar, Beef, Beverages, Bisto, Bounty, Bran, Brand, Broth, Brother, Camay, Caress, Chicken, Chunky, Clamato, Clams, Clover, Cocktail, Corn, Cracklin, Cream, Crispix, Crunch, Delsey, Dove, Farm, FBI, Flakes, Foods, Froot, Frosted, Fruitful, Garden, Hi-Dri, Honey, HoneyComb, Irish, Ivory, Juice, Just, Kirspieds, Kleenex, Leaf, Lever, Loops, Lux, Magig, Marshmallow, Motts, Muslex, Noodle, Nut, Oat, Oyster, Paxo, Pep, Pepperidge, Pops, Prego, Quaker, Red, Rice, Right, Rose, Scotties, Scottowels, Shrimp, Snack, Sockeye, Solid, Spring, Squares, Stars, Sugar, Swan, Swanson, Tomato, Tuna, Welch, Wheats, White.Ces mots anglais ne sont pas traduits pour la très grande majorité.Les enfants et les grandes personnes les voient.Ces mots apparaissent en gros dans la marque des produits.Leur image demeure.Notre visage est anglais.Mais si vous ne savez pas ce que ces mots signifient, vous n\u2019avez même pas besoin d\u2019un interprète.Si vous êtes patient ou patiente, vous n\u2019avez qu\u2019à lire les renseignements qui apparaissent sur les enveloppes ou les boîtes des produits en question.Après quelques dizaines de lectures, vous recevrez un certificat vous qualifiant «bilingue parfait».Lisez avec moi l\u2019information des «Kitchen Catchers».D\u2019un côté, vous avez le texte anglais; de l\u2019autre côté, le texte français.Lisons le texte anglais: «Kitchen Catchers with Odour-Suppressing CLADGARD.Not recommended for food storage.«Kitchen Catchers» is a trade mark owned by and «Glad» is a trade mark under license by First Brands (Canada) Corporation, Scarborough, M1B 3V4».La traduction française vous donne le mot correspondant français.Que voulez-vous de plus?Ah! il est vrai qu\u2019il y a quelques 574 exceptions.Les mots anglais suivants ne sont pas traduits: «KITCHEN CATCHERS», «FIRST BRANDS» et «GLAD» et la «Corporation» est traduite par «Société Inc.».La Loi 101 et le Mouvement Québec Français ne sont pas intéressés à ces détails.C\u2019est dommage, parce que la vie se compose de mille détails.Les vrais «baggies» Colgate Palmolive de Toronto nous offre de vrais «baggies».Je n\u2019ai pas trouvé ce mot dans Larousse, ni dans Robert.First Brand de Scarborough étale ses «Glad», ses «Cling Wrap» et ses «pleated sandwich bags».Dow Brands Canada vous propose ses «Stretch\u2019n Seal» et ses «Handi-Wrap» printed in the USA.Voilà des achats qui exportent le fruit de votre travail.Vous payez des salaires à des travailleurs ontariens et de l\u2019assistance sociale à des Québécois.Reynolds de Montréal vous offre du papier d\u2019aluminium, de la pellicule-plastique et du «Plastic Wrap».Alcan, une grande multinationale, expose son papier d\u2019aluminium et sa «mince feuille emballée».Alcan et Reynolds sont deux entreprises québécoises anglophones, mais elles participent à différentes activités de la vie québécoise, en plus de contribuer au développement économique du milieu.Nos préférences sont nettement indiquées.La Fédération des Moissons La puissance économique et la «stabilité économique» de M.Bourassa n\u2019ont pas résolu l\u2019écart entre les pauvres et les autres.Le libéralisme économique est un échec qui sera consacré 20 ans après la faillite du communisme.Au Québec, une famille sur cinq consacre la moitié de son revenu pour payer le logement.60 pour cent des familles monoparentales, la plupart dirigées par une femme, vivent sous le seuil de la pauvreté.Un enfant sur cinq ne mange pas à sa faim.Dans des quartiers comme Hochelaga-Maisonneuve, le taux d\u2019enfants chétifs est égal à celui de la Chine et du Maroc.Les pauvres ne peuvent obtenir de travail permanent.Leurs emplois sont précaires et les conditions de travail, difficiles.Dans un tel contexte, peut-on se surprendre de certaines conséquences: drogue, prostitution, délinquance? QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 575 Pour soulager la misère, des centaines d\u2019organismes font appel à la générosité, à la charité, au bénévolat.Moissons est l\u2019une de ces œuvres méritoires.Elle récupère près de 10 millions $ de nourriture par année qu\u2019elle dépose dans les assiettes des plus démunis.Il s\u2019agit de produits mal étiquetés, légèrement altérés ou dont l\u2019échéance de péremption ne permet pas la vente.Ainsi, à Montréal seulement, 10 000 repas par jour sont distribués.Cette œuvre est financée à 50% par Centraide.La moitié de ses employés sont des bénévoles.De nombreux fournisseurs collaborent à cette cueillette d\u2019aliments.Le Mouvement Desjardins est le leader de cette initiative avec ses filiales Culinar, Vachon, Stuart, Lido et Grissol.Les francophones hors Québec Les francophones hors Québec s\u2019interrogent.Ils ont constitué un groupe de travail «Dessein 2000».Ils entendent situer l\u2019espace qu\u2019ils occupent au sein de la communauté canadienne.Ils visent surtout à préciser la place qu\u2019ils doivent occuper dans l\u2019avenir.Us ont la volonté de «développer un discours de bâtisseurs».Ils remettent en question leurs relations avec les gouvernements et la francophonie.Ils recherchent «un espace bien à eux, un espace qu\u2019ils pourraient, au moins dans une certaine mesure, sinon contrôler, du moins gérer.Il s\u2019agit probablement d\u2019un espace qui n\u2019a rien à voir avec le territoire, la géographie, mais tout à voir avec l\u2019attitude, la confiance en soir et en ses capacités.» Dans la recherche de son avenir, les francophones hors Québec se sont un moment isolés du Québec.Une muraille les séparait de la francophonie québécoise, pourtant la première société avec laquelle ils pourraient bâtir des partenariats dans tous les domaines.Leur ouverture était fermée, même avec leurs amis.Un rapprochement semble se dessiner et il est heureux qu\u2019il en soit ainsi.Pour sa part, depuis toujours, L'Action Nationale s\u2019est intéressée à la vie française dans les autres provinces.Elle a publié plus de 2 000 pages sur les problèmes des francophones hors Québec.Les commentaires ont presque toujours été favorables à leur épanouissement.Depuis juin 1989, nous avons publié une centaine de pages sur les minorités.Aucune note discordante, aucune remarque négative; j\u2019exprime aujourd\u2019hui la première réserve.La FFHQ, l\u2019ACFO, la 576 Fédération des femmes canadiennes-françaises ont apporté une collaboration qui aurait pu être agrandie.Mais les autres groupes nous ont ignorés malgré plusieurs appels à leurs dirigeants.Nous serions même satisfaits de recevoir des nouvelles sur leurs problèmes, sur leurs réussites, sur leurs luttes quotidiennes.Il est vrai que nous ignorons la condition de vie des francophones hors Québec.Mais comment pouvons-nous les mieux connaître, si la plupart d\u2019entre eux refusent de nous parler?Les coopératives forestières Les coopératives forestières, c\u2019est une force montante.Elles comptent 47 coopératives en activité et 3 369 membres.Elles réalisent un chiffre d\u2019affaires de 170 millions $, dont 82 millions $ dans la coupe du bois.Les revenus dans le secteur du sciage ou de la transformation du bois se chiffrent à 57 millions $.Les coopératives travaillent activement dans le reboisement: 55 millions de plants en 88-89.L\u2019ère est à la diversification des activités.Plusieurs exemples le démontrent.A Guyenne, en Abitibi, les Serres coopératives qui produisent des plants pour le reboisement en forêt publique ont construit de nouvelles serres pour produire des tomates destinées au marché du Nord-Ouest québécois et du Nord de l\u2019Ontario.D\u2019autres coopératives du Nord-Ouest ont une participation dans la papetière Tembec.Les coopératives du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont coactionnaires avec Donohue d\u2019une usine de panneaux de bois à Chambord.A Girardville, la coopérative forestière qui fournit des plants à Domtar songe à acquérir une scierie et à produire des huiles d\u2019aiguilles d\u2019épinettes noires pour le marché de la parfumerie.Q Les précurseurs: Anatole Vanier \u2014 Joseph Gauvreau Léon Lorrain Rosaire MORIN / F J___écrire l\u2019histoire de la Ligue n\u2019est pas une tâche facile pour un «homme ordinaire».C\u2019est une agréable corvée, mais il est regrettable d\u2019être bousculé par le temps dans l\u2019accomplissement de ce travail.J\u2019ai un peu l\u2019impression d\u2019écrire dans le désordre de la loto.J\u2019avais l\u2019idée d\u2019abandonner, mais on me demande de continuer.Les prochaines chroniques seront consacrées à la petite histoire de L\u2019Action Française, la première période de notre Ligue, 1917-1928.Depuis octobre, les articles ont parlé du premier numéro de la revue, des auteurs de la première période, de l\u2019origine de la Ligue des Droits du français, du fondateur de la Ligue: le P.Papin Archambault, de l\u2019homme-doctrine de la Ligue: Lionel Groulx et du premier directeur de la revue: Orner Héroux.Aujourd\u2019hui, nous présentons Anatole Vanier, Joseph Gauvreau et Léon Lorrain, trois des quatre membres fondateurs, le quatrième étant le célèbre jésuite Papin Archambault.Anatole Vanier Anatole Vanier est né à Montréal le 13 mars 1887.En 1911, il est admis au Barreau et il est élu président de l\u2019ACJC de Montréal.Deux ans plus tard, le 11 mars 1913, il participe à la réunion de 578 fondation de la Ligue.Pendant plusieurs années, il occupe la fonction de secrétaire.Il demeure actif dans la Ligue jusqu\u2019en 1959; il est alors âgé de 72 ans.Ses rapports annuels relatent avec détails les activités du mouvement.M.Vanier prêche par la parole et l\u2019écrit.Sous les auspices des Conférences de l\u2019Action Française, il prononce de nombreuses causeries pour contribuer au réveil populaire.Il collabore à la revue avec régularité.L\u2019Action Française publie 34 de ses textes.Il y est question de l\u2019État français du Québec, de doctrine, d\u2019unité nationale, de bilinguisme, du français dans les entreprises, d\u2019immigration, du Labrador, de politique intérieure, d\u2019agriculture, d\u2019apostolat.M.Vanier mène la «petite guerre», à la manière de Pierre Homier.Il poursuit dans leurs derniers retranchements le gouvernement fédéral et les compagnies qui attentent aux droits du français.Il pourchasse les politiciens.Avec une ténacité infatigable, il lutte contre l\u2019anglomanie.Il réclame le timbre bilingue, le drapeau canadien.Il invite ses compatriotes à préparer l\u2019État du Québec, advenant la «dislocation de l\u2019État fédéral».En sa qualité de secrétaire de la Ligue, il entretient une volumineuse correspondance.Il écrit à nombre de ministres.Les sujets sont diversifiés: conscription, bilinguisme, enseignement scolaire, moralité publique, divorce, droit des femmes, constitution, séparatisme, relations avec la France.Il écrit à MacKenzie King, Robert Borden, Alexandre Taschereau, Ernest Lapointe, Henri Bourassa, Georges Pelletier, Armand Lavergne, Mgr Ernest Beaupin, Mgr François-Xavier Ross, Mgr Guillaume Forbes.Il faudra revenir sur l\u2019analyse de sa pensée exprimée à travers sa correspondance.Avocat, il exerce d\u2019abord sa profession avec Me P.-B.Mignault, l\u2019un des grands juristes de l\u2019époque, puis avec son frère, Guy Vanier.Il enseigne à la Faculté des Sciences sociales, économiques et politiques de l\u2019Université de Montréal, de 1940 à 1951.Il joue aussi un rôle actif à la Ligue d\u2019Action Nationale, où on le retrouve secrétaire en 1932 et 1933, avant de devenir président de 1941 à 1954.M.Vanier a participé à plusieurs mouvements éducatifs et patriotiques.Il fut l\u2019un des fondateurs du Comptoir coopératif qui précède l\u2019avènement de l\u2019UCC.De 1917 à 1922, il est secrétaire de la Ligue patriotique des intérêts canadiens, organisme qui s\u2019est opposé LES PRÉCURSEURS 579 à la loi de la conscription.Il collabore à l\u2019Union catholique d\u2019études internationales, au Comité des Amitiés catholiques françaises à l\u2019étranger, au Conseil de la vie française en Amérique, au Comité montréalais de la Ligue du dimanche, au Centre d\u2019information nationale.Anatole Vanier, précurseur de l\u2019Action Nationale, fut un modèle de ténacité constante.Joseph Gauvreau Le docteur Joseph Gauvreau est présent à la réunion de fondation du 11 mars 1913.Il est le premier secrétaire de la Ligue dont il demeure directeur jusqu\u2019en 1923.Il écrit quelques articles; six sous sa signature: présentation de la revue, programme d\u2019action pour la Saint-Jean-Baptiste, célébration de la fête de Dollard.Comme secrétaire de la Ligue, il ne se satisfait pas de la rédaction des procès-verbaux; il entretient une correspondance suivie: plus de 500 lettres.C\u2019est un orateur éloquent.Il prononce des dizaines de conférences par année pour réveiller la fierté nationale.Il est le propagandiste par excellence de la revue; en des discours enflammés, il recrute les abonnements par blocs de 25 et 50 par assemblée.Le père Papin Archambault dira de lui: «Il nous fallait un secrétaire, cheville ouvrière de l\u2019œuvre.Notre choix n\u2019hésita pas.Il se porta sur le plus ardent du groupe, le plus en vue aussi par sa position sociale, le docteur Gauvreau.Son acceptation, d\u2019ailleurs, pressentie à l\u2019avance, avait été posée comme condition essentielle de la fondation de la ligue» {Action Française, janv.1921, 36).Le dr Gauvreau est né à Rimouski, le 27 août 1870.Il fréquente le séminaire de Rimouski et l\u2019Université Laval.Il pratique la médecine à Rimouski de 1896 à 1909.Dans un accident de voiture, il perd le bras gauche.Il abandonne la pratique médicale.Il s\u2019installe à Montréal.Il est nommé registraire du Collège des Médecins, poste qu\u2019il occupe jusqu\u2019en 1937.En marge de ses activités à la Ligue, il devient vice-président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Il est le premier président de l\u2019École sociale populaire de Montréal.Il est membre fondateur du Cercle universitaire de Montréal.Il est l\u2019auteur de plusieurs travaux de médecine vulgarisée: mortalité infantile, tuberculose, goutte de lait, cure marine, tempérance, 580 allaitement maternel.Il signe plusieurs notices biographiques de médecins réputés.En 1926, il reçoit le Prix David pour sa Biographie de Michel Sarrazin.La même année, il est créé «Chevalier de l\u2019Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem» par le pape Pie XI.A travers toutes ses activités, il participe à la lutte pour la tempérance, il travaille à l\u2019établissement de l\u2019hôpital universitaire de Laval et il devient l\u2019un des premiers membres du Bureau médical de l\u2019Institut Bruchési de Montréal.L\u2019homme est pittoresque, vibrant, dérangeant et aussi généreux que bouillant.Léon Lorrain Léon Lorrain participe à la fondation de la Ligue, le 11 mars 1913.Il fait partie du Bureau de publicité de la Ligue et, à ce titre, il traduit et rédige les textes d\u2019annonces, de prospectus.que des entreprises francophones et anglophones lui soumettent.Il quitte la Ligue en 1917.Il est remplacé par monsieur l\u2019abbé Lionel Groulx.Il collabore à la revue jusqu\u2019en 1952.Dans L\u2019Action Française, il écrit seize articles sur le français parlé, les anglicismes, la concision de la langue, la lecture, la langue du client, l\u2019art oratoire.Avec ses collègues Homier, Gauvreau et Vanier, il se réunit une fois la semaine «sous l\u2019escalier» du Monument National.Pierre Homier (Jospeh-Papin Archambault) dira de ces rencontres: «Que d\u2019heures intéressantes nous avons passées dans cet antre obscur, où n\u2019atteignaient pas les vains bruits de la rue.L\u2019esprit de Lorrain fusait comme ces étoiles qui traversent soudain le ciel» {L\u2019Action Française, janv.1921, 40).M.Lorrain participe activement aux Conférences de l\u2019Action Française, même après avoir quitté la Ligue.Dans ses interventions, il traite de sujets patriotiques.À titre d\u2019exemples, en 1918, il parle de la valeur économique du français; en 1919, il traite de la démographie du Canada français et à Ottawa, il aborde le problème de «trois anglicismes».En 1921, il fait partie du jury du Concours d\u2019art dramatique organisé par la Ligue et il produit dans la revue une étude remarquable sur le commerce canadien-français.En 1924, il accepte de devenir membre du Conseil technique de la Langue française formé par la Ligue. LES PRÉCURSEURS 581 Léon Lorrain est né en 1885.Il a commencé sa carrière dans le journalisme.Il succède à Olivar Asselin à la direction du Nationaliste où écrivent Orner Héroux, Armand LaVergne, Jules Fournier.De 1910 à 1914, on le retrouve au Devoir.De 1914 à 1923, il est le secrétaire de la Chambre de commerce de Montréal.De 1923 à 1963, il est le secrétaire général de la Banque Canadienne Nationale.À travers ces diverses responsabilités, il enseigne à l\u2019École des Hautes Études commerciales de 1917 à 1950.Bref Voilà les principaux personnages qui ont fondé la Ligue et la revue: Joseph-Papin Archambault, Lionel Groulx, Orner Héroux, Anatole Vanier, Joseph Gauvreau et Léon Lorrain.Ces précurseurs ont laissé un héritage intellectuel qui fera l\u2019objet de nos prochaines chroniques.Notes Chronique de février 1991: Lionel Groulx quitte L\u2019Action Française «.À partir de 1926, alors que pour recueillir ma vieille mère infirme, j\u2019ai pris maison, sur le conseil de Mgr Gauthier, l\u2019Université \u2014 après la querelle que vous savez \u2014 s\u2019est déterminée à me payer un salaire: 2 400 $, ce qui n\u2019était pas exorbitant pour tenir maison.En retour, je renonçais à la direction de L\u2019Action Française, qui me donnait mes moyens de vie et je m\u2019engageais à donner tout mon temps à l\u2019Université» (Mes mémoires, Lionel Groulx, tome 4, 174).Chronique de novembre 1990: L\u2019ombre des pseudonymes Dans la chronique de novembre 1990, à la page 1326, il est noté que le père Rodolphe Dubé, S.J., utilisait le pseudonyme «François Hertel» pour signer ses articles dans L\u2019Action Française.Mais avant lui, l\u2019abbé Georges Courchesne avait employé le même pseudonyme.Cette précision est de l\u2019abbé Groulx: «De Bourbonnais ou de Manchester, il (abbé Courchesne) m\u2019envoie des 582 articles que je lui arrache pour L\u2019Action Française qui vient de voir le jour.Il en signera quelques-uns du pseudonyme de \u2018François Her-tel j car il fut le premier à l\u2019utiliser» (Lionel Groulx, Mes Mémoires, tome 4, 241).Les 6 textes signés «François Hertel» dans L\u2019Action Française sont de la plume du futur archevêque Courchesne; les sujets traités et le style ne laissent aucun doute.? Deux nouveaux prix La Ligue d\u2019Action Nationale annonce la création de deux prix annuels: le Prix Richard-Arès et le Prix François-Albert-Angers.«La Ligue est fière de rendre hommage au Père Richard Arès et au professeur François-Albert Angers qui, par leur inlassable travail d\u2019éducation sociale, économique et nationale, ont contribué d\u2019une manière incomparable à l\u2019évolution de la société québécoise au cours des cinquante dernières années».C\u2019est en ces termes que le président de la Ligue, monsieur Rosaire Morin, a confirmé l\u2019entente intervenue.En effet, les lauréats de chacun des deux prix se verront remettre une bourse de 2 000$, par la Compagnie de Jésus, dans le cas du Prix Richard-Arès, et par le Mouvement Desjardins dans le cas du Prix François-Albert-Angers.Le Prix Richard-Arès sera attribué à un ouvrage publié au Québec, et qui témoigne de l\u2019engagement de l\u2019auteur à éclairer ses concitoyens sur les grandes questions d\u2019intérêt national.Quant au Prix François-Albert-Angers, il sera attribué chaque année à l\u2019auteur ou aux auteurs de la meilleure contribution ayant pour but de promouvoir la coopération par l\u2019analyse, l\u2019étude, l\u2019information ou l\u2019animation, peu importe le medium utilisé.Les candidatures seront reçues jusqu\u2019au 31 décembre 1991 pour chacun des deux prix, et soumises à un jury.Le jury du Prix Richard-Arès est formé de Madeleine Blanchet, Jean-Éthier Blais, Fernand Dumont et Julien Harvey.Le jury du Prix François-Albert-Angers est composé de Madeleine Gauthier, Jeannine McNeil, Yvon Daneau et Pierre Marois.On peut se procurer les règlements, et obtenir toutes autres informations concernant les prix, à l\u2019adresse suivante: Ligue d\u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 Pour information: Léo Jacques (418) 643-4695 Gérard Turcotte (514) 845-8533 PRIX RICHARD-ARES Origine Ce prix est créé par la Ligue d\u2019Action Nationale en hommage au Père Richard Arès qui, par ses multiples écrits sur notre question nationale, a contribué d\u2019une manière exceptionnelle, à stimuler et à enrichir la réflexion de nos compatriotes, à approfondir et à clarifier les options fondamentales qui s\u2019offrent à notre peuple.Objectifs généraux La création du Prix Richard-Arès a pour objectifs essentiels de promouvoir la culture nationale, de susciter un intérêt accru pour la question nationale en encourageant l\u2019expression de la pensée nationale.But spécifique Le Prix Richard-Arès sera attribué à un ouvrage publié au Québec et qui témoigne de l\u2019engagement de l\u2019auteur à éclairer ses concitoyens sur les grandes questions d\u2019intérêt national.Nature du prix Le lauréat se verra remettre une bourse de 2 000$ offerte par la Compagnie de Jésus.Règlements 1.\tLes candidatures seront reçues jusqu\u2019au 31 décembre 1991 et, par la suite, jusqu\u2019au 31 décembre de l\u2019année pour laquelle le Prix est attribué.2.\tL\u2019auteur ou l\u2019éditeur désireux de participer doit faire parvenir cinq exemplaires d\u2019un ouvrage paru au cours de l\u2019année, au secrétariat du Prix, à l\u2019adresse suivante: Prix Richard-Arès Ligue d\u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal \u2014 H2X 1X3 3.\tLe prix sera remis chaque année, au cours du mois de mars.4.\tLe jury est formé de personnes désignées par la Ligue d\u2019Action Nationale.Pour 1991, les membres sont: Madeleine Blanchet, Fernand Dumont, Jean-Éthier Blais et Julien Harvey.5.\tLa recommandation du jury prend effet quand elle est confirmée par la Ligue. PRIX FRANÇOIS-ALBERT-ANGERS Origine Ce prix est créé par la Ligue d\u2019Action Nationale en hommage à François-Albert Angers.Outre qu\u2019il a été l\u2019un des chefs de file du mouvement nationaliste depuis cinquante ans, monsieur Angers a consacré sa vie professionnelle à l\u2019enseignement et à la recherche, en vue de contribuer au développement de l\u2019économie canadienne-française et québécoise, notamment par le système coopératif.Objectif La création du Prix François-Albert-Angers s\u2019inscrit dans une démarche visant à promouvoir l\u2019économie du Québec par la coopération, tout en favorisant l\u2019élaboration d\u2019un projet de société.But spécifique Le Prix François-Albert-Angers sera attribué chaque année à l\u2019auteur, ou aux auteurs, de la meilleure contribution de l\u2019année ayant pour but de promouvoir la coopération par la recherche, l\u2019analyse, l\u2019étude, l\u2019information et l\u2019animation.Nature du prix Le lauréat se verra remettre une bourse de 2 000$ offerte par le Mouvement Desjardins.Règlements 1.\tLes dossiers de candidatures seront reçus jusqu\u2019au 31 décembre 1991 et, par la suite, jusqu\u2019au 31 décembre de l\u2019année pour laquelle le Prix est attribué.2.\tLe prix sera remis chaque année, au cours du mois de février.3.\tToute personne, ou tout groupe, désireux de soumettre une candidature, pourra se procurer un formulaire à cette fin, ainsi que les règlements détaillés au secrétariat du Prix, à l\u2019adresse suivante: Prix François-Albert-Angers Ligue d\u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal \u2014 H2X 1X3 4.\tLe jury est formé de personnes désignées par la Ligue d\u2019Action Nationale.Pour 1991, les membres sont: Yvon Daneau, Madeleine Gauthier, Pierre Marois et Jeannine McNeil.5.\tLa recommandation du jury prend effet quand elle est confirmée par la Ligue. NOUS COMPTONS SUR VOUS Depuis 75 ans, L\u2019ACTION NATIONALE analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx à nos jours, L\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Faites une ACTION.NATIONALE et recrutez un nouvel abonné.Remplir le coupon et retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, Québec, H2X1X3 - Téléphone (514) 845-8533 Nom_____________________________________ Prénom__________________________________ Adresse_________________________________ Ville___________________________________ Code postal_____________________________ Téléphone: Bureau_____________ Résidence Profession Abonnement\t1 an (10 numéros)\t2 ans (20 numéros) \t35,00$\t60,00$ Autres pays\t45,00$\t75,00$ Abonnement de soutien\t75,00$ et plus\t Étudiants\t20,00$\t On peut se procurer les numéros de la revue Grâce aux nombreux collaborateurs qui se sont joints à L\u2019ACTION NATIONALE, tous les numéros publiés depuis janvier 1988 ont suscité un vif intérêt, tant par les sujets traités que par la compétence et le prestige de leurs auteurs.On peut se procurer des exemplaires de ces numéros, au coût de cinq dollars l\u2019unité, en s\u2019adressant à L\u2019ACTION NATIONALE, tél.845-8533, 82 Sherbrooke ouest, Montréal, H2X 1X3.Quatre numéros spéciaux, qui constituent des dossiers de grande actualité, méritent particulièrement d\u2019être signalés: celui de janvier-février 1988, sur la situation linguistique au Québec, traitée notamment par Jacques-Yvan Morin et Gaston Cholette; celui de mai 1988, consacré à la situation présente et à l\u2019avenir de la population du Québec, préparé par Jacques Henripin et Yves Martin, avec la collaboration de spécialistes chevronnés; celui de juin 1989 sur la situation présente et l\u2019avenir du nationalisme canadien-français auquel ont collaboré dix-sept personnalités dont les énoncés méritent d\u2019être lus et vécus; celui d\u2019avril 1990 sur la jeunesse, signé de quinze personnalités québécoises.La plupart des numéros des années antérieures, soit depuis 1933, sont également disponibles.Q Rappel Avez-vous fait parvenir votre souscription à la Fondation Esdras-Minville?Sinon, il est toujours temps de le faire.Libellez et adressez votre chèque à: LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest, rue Sherbrooke Montréal H2X 1X3 Vous recevrez un reçu qui rend votre don déductible des impôts fédéral et provincial.Nous déposerons votre don à la FONDATION ESDRAS-MINVILLE.DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.: 845-8533 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London - Ontario N6B 2R3 AVIS DE RECHERCHE LA FONDATION DU PRÊT D\u2019HONNEUR tente présentement de retracer ses anciens boursiers.Elle lance un appel aux quelque 5 200 personnes qui se sont partagé des prêts totalisant 3 millions, entre 1945 et 1971, et tous ceux qui ont profité de ce service par la suite.Depuis l\u2019instauration d\u2019un régime public de prêts et bourses au début des années 1970, la Fondation s\u2019est orientée vers l\u2019attribution de bourses de recherche pour ceux qui entreprennent des études postdoctorales.Les anciens bénéficiaires sont invités à contacter la Fondation du Prêt d\u2019Honneur: 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, H2X 1X3\t(514) 843-8851.FONDATION DU PRÊT D\u2019HONNEUR DON ?chèque\tQ Visa O Master Card # carte___________________________________ date d\u2019expiration_________________________ Nom:_________________ Prénom:_____________ Adresse:__________________________________ Code postal:_________ Téléphone: _________ Ce que les Ducharme attendent de Grande-Baleine Des retombées économiques.Depuis toujours, l\u2019industrie de la construction est un secteur important de l\u2019activité économique.L\u2019aménagement du complexe Grande-Baleine fournira aux frères Ducharme, comme à de nombreux autres travailleurs et travailleuses de cette industrie, l\u2019occasion de façonner à nouveau l\u2019avenir du Québec.Les quelque 47 000 emplois soutenus par le projet Grande-Baleine débordent largement du secteur de la construction.Ils touchent des milliers de personnes de tous les métiers et professions, que ce soit dans le domaine du transport, des biens manufacturés ou des services techniques et administratifs.Chaque dollar payé par un client d\u2019Hydro-Québec génère au moins 76 cents de retombées au Québec.Déjà, depuis plus de 15 ans, des centaines d\u2019ingénieurs et de spécialistes ont étudié le projet Grande-Baleine afin d\u2019évaluer sa faisabilité technique, d\u2019en mesurer l\u2019impact sur le milieu et de proposer des mesures pour protéger l\u2019environnement.Pour obtenir de plus amples renseignements, composez le 1 800 ÉNERGIE, quel que soit votre indicatif régional.NOTRE PROPRE ENERGIE a Iro-Québec Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JE AN-BAPTISTE du Centre du Québec SSJB HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et Québécoises et de ses sociétés affiliées Mouvement National des Québécois et Québécoises 2207, rue Fullum Montréal H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Que.H2V 3R6 Tel.: 271-4759 relations\t Le magazine québécois de\t l'actualité sociale, politique et\tABONNEMENT religieuse.\t1 an (10 nos): 20,35$ Notre monde est trop malin, disait\t(TPS incluse) l\u2019économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.\tà l\u2019étranger: 24,00$ Dans un monde fébrile et désenchanté,\t le souci de la justice et l\u2019espérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe,\tRELATIONS mais un guide de survie.\t25, rue Jarry ouest Chaque mois, l'équipe de Relations\tMontréal QC vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.\tH2P 1S6 Nos collaborateurs 1990-1991 Omar AKTOUF Pierre ANCTIL François-Albert ANGERS Louis BALTHAZAR André BEAUCHAMP\tJean-Piene DUPUIS Philippe FALARDEAU Michel FICHET Pierre FORTIN Carole GALAISE Jules BÉLANGER Léon BERNIER Louise BISSON Jean-Éthier BLAIS Aurélien BOIVIN\tHervé GAUTHIER Madeleine GAUTHIER Philippe GÉLINAS Jean-Luc GOUIN Réginald GRÉGOIRE Gérard BOUCHARD Jacques BOULAY Gilles BOULET Robert BOURBEAU Jean-Louis BOURQUE\tDenis GRENON Jean-Claude GUÉRARD Pierre HAMELIN Fernand HARVEY Julien HARVEY Odina BOUTET Guy BOUTMLLIER Henri BRUN André BZDERA Robert CHAMBERLAND\tJacques HENRIPIN André JOYAL Marcel LAFLAMME Guylaine LANCTÔT Kenneth LANDRY Jean CHAPDELAINE Solange CHAPUT-ROLLAND Guy CHARTRAND Roland CHAUSSÉ Gaston CHOLETTE\tSimon LANGLOIS Ann LAPERRIÈRE Robert LAP LAN TE Gaston LAURION Marc LAVOIE Jean-Charles CLAVEAU Édouard CLOUTIER Paul-André COMEAU Daniel CÔTÉ Jean-Marc DALPÉ\tJacques LAZURE Michel LE BEL Jacques LECLERC Yvon LECLERC Jean-Marc LÉGER Sylvie d\u2019AUGEROT-AREND Gilles de la FONTAINE Bernard DENAULT Jean-Luc DION Léon DION\tVincent LEMIEUX Brigitte LEPAGE Jean L\u2019HÉRIAULT Ligue d\u2019Action Nationale Michel LORD Gilles DORION Jean DORION Clermont DUGAS Fernand DUMONT Micheline DUMONT\tDoris LUSSIER Yves MARTIN Georges MATHEWS Jacques MAURAIS Julie MERCIER Claude MORIN Rosaire MORIN Denis MORISSETTE Lise NOËL Edmond ORBAN Laurent OUIMET Michel PAILLÉ Roméo PAQUETTE Roland PARENTEAU Yvon PERON Madeleine PLAMONDON Jacques POISSON Gilles PRONOVOST Jacques PROULX Bernard RACINE Marc RENAUD André RICHARD Maurice SAINT-GERMAIN Jean-Jacques SIMARD Aurèle THÉRIAULT Marc TERMOTE Marc-Adélard TREMBLAY Rodrigue TREMBLAY Gérard TURCOTTE Pierre VADEBONCŒUR Pierre-André WILTZER c. La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Rosaire morin Vice- présidents: René blanchard Claude duguay Conseillers: Yvon GROULX Léo JACQUES Pierre lamy Robert laplante Secrétaire- trésorier: Gérard turcotte Membres: André beauchamp Christiane bérubé Nicole BOUDREAU Guy BOUTHILUER Michel brochu Louise-C.brochu Hélène chénier J.-Charles claveau Pierre dupuis Lucia FERRETTI Philippe gélinas Jean GENEST Denise JULIEN Jacques HOULE Marcel laflamme Alain laramée Yvon LECLERC Ex-président: Jean-Marc léger Delmas LÉVESQUE Jacques MARTIN Georges MEYERS Denis monière Jacques-Yvan MORIN Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Hélène p.baillargeon Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY L.-Philippe ST-MARTIN André thibaudeau Pierre trépanier Membres honoraires: Jacques boulay Thérèse baron Membre émérite: Anna L.normand L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, L\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assumant la permanence de la publication de L'Action Nationale.Éditions de L\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, L\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 L\u2019Action Nationale 75e année «Qu\u2019on nous permette d\u2019énoncer ici, après bien d\u2019autres, un desideratum.Pourquoi les élèves de nos collèges classiques, qui ne se destinent pas au sacerdoce, se croient-ils tenus, à mesure qu\u2019ils franchissent le seuil du collège, d\u2019aller encombrer les professions dites libérales?Au lieu d\u2019y végéter misérablement, combien d\u2019entre eux ne feraient-ils pas, après les quelques études supplémentaires ad hoc, d\u2019excellents agriculteurs, négociants, industriels, ingénieurs.Ils seraient tout d\u2019abord \u2014 et je crois bien que la preuve en est déjà faite \u2014 les meilleures élèves des diverses écoles énumérées plus haut.On les verrait ensuite, les uns grands fermiers, chefs de culture, initiateurs de tous les progrès dans nos belles campagnes, d\u2019autres mener le commerce, d\u2019autres l\u2019industrie, d\u2019autres le génie civil, et dans toutes ces branches se montrer supérieurs à leurs fonctions et par là exercer autour d\u2019eux une influence profonde.» Édouard Lecompte, S.J.L\u2019Action Française, avril 1917, p.99."]
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