L'action nationale, 1 mai 1993, Mai
[" I/Acl ion - > I Volume LXXXIII, numéro 5, mai 1993 t,.Jr %¦' \u2022*r.V-f , «6n41 \u2022\t\u2019\u2014- ;\t\\ afSsr?.- t wr*\t\u2018 ïïT\u2019U» Connue 1 \u2019Vid #Iaft»cir^ 7 T \" s.- ''' ~ ' * tK\\ >\t\u201d '\"-j ' Sp^.* T ¦- ~'%l_ \u2022' ^énergie de la nation mit souvent _\t______J\t¦______\u2022___¦_____»\t.S_.J_____ le courant de la moiudrc r ésistance LE DEVOIR Des idées qui inspirent, des opinions percutantes.Les pages ÉDITORIAL et IDÉES tous les jours dans Le Devoir.Le Devoir \u2014 La nouvelle nouvelle La Ligue d'action nationale Pour franchir un seuil décisif La société québécoise traverse une véritable période de mutation.Des problèmes inédits se posent, des difficultés nouvelles apparaissent.Nous aurons besoin d\u2019une vision claire pour mener une action rigoureuse dans le tumulte des événements qui placent à nouveau notre peuple devant la précarité de son sort.Et devant tous les possibles de son aventure.Des défis d\u2019une ampleur sans précédent se posent à nous.Il nous faudra inventer des solutions qui vont nous obliger à faire valoir le meilleur de nous-mêmes et à mobiliser, dans tous les milieux, des énergies créatrices extraordinaires.Dans ce contexte le rôle de la Ligue d\u2019action nationale est plus important que jamais.La mission d\u2019action intellectuelle de ce qu\u2019il ne faut pas hésiter à appeler une institution se confirme et s\u2019enrichit chaque mois davantage dans notre Revue.L\u2019augmentation constante du nombre de ses abonnés (bientôt quatre mille), la diversité des milieux qui l\u2019accueillent et l\u2019enrichissent de nouveaux collaborateurs sont des preuves tangibles que la Ligue et la Revue sont d\u2019importants outils de réflexion collective.Mais le succès même de nos actions nous impose des contraintes de plus en plus dures.Nous ne pourrons plus tenir longtemps avec le seul bénévolat.Nous avons besoin, pour que notre action porte tous ses fruits, de doter la Revue d\u2019une véritable permanence.En 1992 nous avons posé quelques jalons: achat d\u2019équipement, réaménagement du bureau, embauche de personnel occasionnel, etc.Nous voudrions cette année recueillir les fonds qui nous permettraient de rémunérer au moins un responsable à plein temps.C\u2019est l\u2019objectif que je voudrais soumettre à votre générosité pour cette année.Dans l\u2019attente d\u2019une réponse favorable, je vous prie d\u2019agréer l\u2019expression de mes sentiments les plus distingués.Le président Robert Laplante Un peu d\u2019histoire Depuis 1917, «L'Action nationale» a participé à toutes les luttes nationales, sur tous les fronts.Les 72 000 pages de la revue constituent une vaste documentation sur l\u2019histoire contemporaine du Québec.Elles ont marqué l\u2019histoire et la vie de la société québécoise.Depuis 76 ans, «L\u2019Action nationale» oeuvre à la construction d\u2019une société française libre.Son «action intellectuelle» continue et le souffle de son actuel renouveau contribuent au dynamisme et au rayonnement de la culture québécoise et au bouillonnement des idées qui sont à la base de la vie sociale, de la prospérité économique et de l\u2019émancipation politique.Les pionniers Depuis sa fondation, «L\u2019Action nationale» peut se glorifier d\u2019avoir regroupé les chefs de file du Canada français.Des équipes remarquables d\u2019intellectuels ont fait des efforts continus de pensée et d\u2019action pour protéger la vie d\u2019un petit peuple toujours confronté à un destin périlleux.Citons les noms de quelques directeurs qui ont animé la vie de la Ligue et de la Revue! François-Albert Angers, Joseph-Papin Archambault, Richard Arès, René Chalout, Jean Drapeau, Roger Duhamel, Jean Genest, Lionel Groulx, Orner Héroux, André Laurendeau, Arthur Laurendeau, Olivier Maurault, Esdras Minville, Edouard Montpetit, Roland Paren-teau.Antonio Perreault, Philippe Perrier.La revue 1993 «L\u2019Action nationale» demeure une revue critique, désireuse de baliser l\u2019avenir par des analyses rigoureuses cernant au plus près les enjeux de développement de notre société.Elle publie des articles susceptibles de mieux faire comprendre les tendances qui se dessinent derrière les événements et l\u2019actualité.La revue cherche à aller au-delà des constats, à dépasser les diagnostics et à faire naître des réflexions autour de ce que devraient être des pistes de solution.Aucune revue au Québec n\u2019accueille autant de collaborateurs provenant d\u2019horizons aussi diversifiés.Depuis trois ans, plus de 200 auteurs ont participé à la rédaction, bénévolement.Comme nous, ils croient que L\u2019Action nationale constitue un forum privilégié, un lieu de débat indispensable au Québec d\u2019aujourd\u2019hui. Citons quelques noms: Roland Arpin, Louis Balthazar, Yvon Beauchemin, Claude Béland, Jules Bélanger, Diane Bellemare, Jocelyn Berthelot, Robert Bour-beau, Guy Bouthillier, Henri Brun, Jean Campeau, Paul-André Co-meau, Robert Comeau, Fernand Daoust, Léon Dion, Clermont Dugas, Fernand Dumont, Jean Ethier-Blais, Bernard Fortin, Pierre Fortin, Jean-Claude Guérard, Fernand Harvey, Bruno Jean, André Joyal, Paul-André Julien, Andrée Lajoie, Simon Langlois, Robert Laplante, Alain Laramée, Yvon Leclerc, Jean-Marc Léger, Yves Michaud, Denis Monière, Jacques-Yvan Morin, Lorraine Pagé, Michel Paillé, Pierre Paquette, Pierre Patenaude, Michel Plourde, Jacques Proulx, Bruno Roy, Jean-Jacques Simard, Jean-Claude Tardif, Hélène Tremblay, Ro-drique Tremblay, Pierre Vadeboncœur.Vers de nouveaux sommets Au cours de la dernière année, la Ligue a accordé une attention soutenue à la relance de la revue.L\u2019équipe de rédaction a recruté une cinquantaine de nouveaux collaborateurs.Le comité de rédaction reçoit de plus en plus de suggestions d\u2019articles, de propositions de thèmes, etc.De nombreux auteurs soumettent de leur propre initiative, sans que nous les ayons sollicités, des textes de la plus haute qualité.De nombreuses demandes de reproduction d\u2019articles nous parviennent chaque semaine.Ce sont là des signes indéniables de la pénétration de la revue dans notre milieu et de la pertinence de sa mission.Nous pensons, qu\u2019avec votre aide, la revue peut atteindre de nouveaux sommets.Aussi les sommes recueillies lors de la présente campagne devraient nous permettre de la doter des moyens de porter à au moins 5 000 le nombre de ses abonnés.C\u2019est un objectif réalisable.Nous nous devons de l\u2019atteindre pour rendre justice aux efforts de nos auteurs: leurs travaux méritent d\u2019être lus par un plus grand nombre de personnes; le Québec a besoin du dynamisme de tous ses penseurs. Champs d\u2019étude et d'action La revue s\u2019intéresse à tout ce qui fait le devenir de la nation.Voici quelques-uns des thèmes qui retiendront son attention cette année.La grande enquête sur les institutions politiques L\u2019Action nationale a renoué cette année avec sa tradition des grandes enquêtes.Depuis février, chaque numéro comporte un article s\u2019interrogeant sur l'un ou l\u2019autre aspect des réalités institutionnelles d\u2019un Québec indépendant.Ces articles seront réunis dans un ouvrage à la fin de l\u2019année et un texte de synthèse fera le point sur les principaux paramètres du débat.Les enjeux démographiques du Québec contemporain Les faits doivent être connus: natalité, immigration, émigration.Que faire pour modifier les perspectives?Quelles réformes faut-il appliquer pour favoriser les naissances?Quelles sont les actions à promouvoir pour une immigration respectueuse du fait français et des besoins du Québec?La pauvreté et la marginalisation économique Comment corriger la dépendance qui menace le quart de la population?Comment intégrer les jeunes au travail et assurer l\u2019égalité des femmes?Quels changements convient-il d\u2019apporter aux législations sociales?L\u2019organisation du travail peut-elle être améliorée?La crise socioculturelle Le Québec peut-il se développer sans politique culturelle digne de ce nom?Comment les valeurs et les attitudes des Québécoises et des Québécois sont-elles affectées par les forces d\u2019uniformisation continentale?Que doit-on faire pour accroître la francisation de notre société?Par-delà les enjeux proprement linguistiques, l\u2019école intègre-t-elle vraiment à la vie culturelle du Québec?Quel est notre rôle dans le développement d\u2019une Francophonie forte? L\u2019histoire du Québec: 750 numéros de L\u2019Action nationale Voudriez-vous posséder la collection complète de L\u2019Action Nationale, de 1917 à 1993?Le coût est minime: 2000,00$.Nous avons reconstitué 15 collections.Veuillez remplir et retourner à: La Ligue d\u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 514-845-8533 Te 514-923-5755 Le__________________________1993 Je désire recevoir une collection complète Ci-inclus mon chèque à l\u2019ordre de: Ligue d\u2019Action nationale au montant de $_________________________ Nom______________________________________________________________ Profession___________________________Titre_______________________ Entreprise/institution __________________________________________ Adresse___________________________________________________________ Code postal__________________________ Téléphone_______________________Télécopieur______________________ Signature_____________________________ Date______________________ D Je désire recevoir un reçu pour fins d'impôt.Numéro d\u2019enregistrement: 0341362-22-08.Supplément postal.Envoi de publication, enregistrement numéro 1162, L\u2019Action nationale, volume LXXXII1, numéro 5, mai 1993. Abonnement à vie 1000,00$ seulement C est une formule de don qui vous est profitable.Vous recevez L\u2019Action nationale durant toute votre vie et vous pouvez déduire la somme de 1000,00$ de vos revenus 1993.L Action nationale dépose votre don à la Fondation dont le capital est inaliénable et elle verse annuellement à la revue le coût de votre abonnement.Veuillez remplir et retourner à: La Ligue d\u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 514-845-8533 Te 514-923-5755 Le- 1993 J accepte de souscrire à la Ligue d Action nationale la somme de 1000,00$ et je serai heureux de recevoir la revue durant toute ma vie.Ci-inclus mon chèque de 1000,00$ à l\u2019ordre de: Ligue d\u2019Action nationale Nom de l\u2019abonné(e) ________________________________________________ Profession__________________________Titre_________________________ Entreprise/institution____________________________________________ Adresse __________________________________________________________ Code postal _______________ Téléphone_________________________ Télécopieur____________________ Signature___________________________ Date___________________________ D Je désire recevoir un reçu pour fins d\u2019impôt.Numéro d\u2019enregistrement: 0341362-22-08.Supplément postal.Envoi de publication, enregistrement numéro 1162, L\u2019Action nationale, volume LXXXIII, numéro 5, mai 1993. CONFIRMATION DE DON Veuillez remplir et retourner à: La Ligue d\u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 514-845.8533 Téléc.: 982-9047 Le___________________________1993 J\u2019accepte de souscrire à la Ligue d\u2019Action nationale Ci-inclus mon chèque à l\u2019ordre de: Ligue d\u2019Action nationale au montant de $_____________________ Nom_____________.________________________________________________ Profession___________________________Titre_______________________ Entreprise/institution_______________ Adresse _________________________________________________________ Code postal______________________ Téléphone-Télécopieur ___________________ Signature ____________________________Date______________________ D Je désire recevoir un reçu pour fins d'impôt.Numéro d\u2019enregistrement: 0341362-22-08.Supplément postal.Envoi de publication, enregistrement numéro 1162, L'Action nationale, volume LXXX1I1, numéro 5, mai 1993. rsl/VTIOIM/Xl_ SI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ-E 200 personnes reçoivent la revue, chaque mois, sans être abonnées.L'Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend nos valeurs fondamentales et elle fait la promotion de la souveraineté dans une démarche de progrès et dans une perspective universaliste.Si vous n\u2019êtes pas abonné-e, vous pouvez le devenir en nous retournant votre chèque et le formulaire joint ci-dessous.Abonnement Québec, Canada Étudiant Autres pays 10 numéros 20 numéros 35.00\t$\t60,00 $ 20.00 50,00\t90,00 Nom____ Prénom Adresse Téléphone Profession L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Tel.: (514) 845-8533 Télécopieur: 514-982-9047 Les enjeux du développement économique Que penser et comment réagir face aux mutations économiques provoquées par la mondialisation des marchés et par le développement technologique?Comment peut-on éviter la désintégration économique qui menace nos régions?Quel est le rôle de l\u2019État dans une société où la richesse se concentre de plus en plus, où près du quart de la population souffre d\u2019une marginalisation économique aux conséquences dramatiques?La coopération constitue-t-elle encore une véritable voie d\u2019émancipation, un outil au service du développement des personnes et des régions?Le débat politique En quels termes devons-nous promouvoir l\u2019indépendance?Quelles sont les priorités de l\u2019heure?Comment faire pour rappeler efficacement et faire comprendre que le fédéralisme canadien asphyxie notre société, marginalise notre culture et compromet notre avenir?Que signifie le consentement à la minorisation proposée par une partie de nos élites?Les réponses L\u2019Action nationale cherche des réponses originales à ces questions.Elle présente des faits, des idées et des propositions.La revue s\u2019efforce de mettre en valeur les solutions audacieuses et innovatrices. Quelques initiatives En hommage à Richard Arès, la Ligue a lancé le prix Richard-Arès pour promouvoir la culture nationale en encourageant l\u2019expression de la pensée.Elle a aussi honoré François-Albert Angers en établissant le prix Angers pour promouvoir la coopération, par la recherche, l\u2019analyse, l\u2019étude et l\u2019information.Par ses luttes et ses travaux, la Ligue s\u2019est méritée même le respect de personnes qui ne pensent pas comme elle.Elle a multiplié les démarches auprès des autorités publiques.Elle a organisé plusieurs colloques et rencontres sur la question nationale.Par ses interventions continues, elle participe de façon non partisane à l\u2019évolution politique du Québec.La guerre à la pauvreté, la promotion de l\u2019identité québécoise et celle de l\u2019indépendance sont trois objectifs prioritaires et permanents.Mais la campagne de souscription ne se limite pas au maintien des activités actuelles.La période présente oblige notre Ligue à entreprendre des initiatives nouvelles pour favoriser la recherche, l\u2019étude, la diffusion et la vulgarisation de questions nationales qui portent en elles l\u2019avenir d\u2019un pays à portée de main.Besoins urgents Dans la conjoncture présente, un organisme comme le nôtre doit entreprendre des initiatives nouvelles et durables pour promouvoir l\u2019avenir national.À cette fin, de nouvelles ressources sont indispensables.La Ligue a besoin 1.\td\u2019une personne à temps plein pour coordonner le travail bénévole et augmenter l\u2019efficacité des diverses activités: revue, publications, prix, colloques, conférences, relations publiques; 2.\td\u2019une personne à temps plein pour la réalisation des travaux de dactylographie, classification, etc.; 3.\tde microfilms pour documents, de reliure pour collections, etc. Un actif de 500 000$ L\u2019actif de la Fondation s\u2019élève à 440 00 $.Il est le résultat de l\u2019action de 562 personnes qui ont souscrit de petits montants, chaque année, depuis 1970.Au cours des prochains mois, élevons l\u2019actif de la Fondation à 500 000$.Ce capital est inaliénable.11 s\u2019accumule avec les générations.Il est placé dans des obligations ou dans des certificats de dépôts.Les intérêts annuels assurent la parution régulière de la revue et le dynamisme des initiatives de l\u2019équipe.Selon votre revenu Notre appel s\u2019adresse à nos abonnés, à nos amis, aux institutions et aux entreprises.L\u2019appui de nos abonnés nous est assuré.Ils comprennent notre démarche.Que celui qui peut souscrire le fasse! Un don d\u2019un millième du revenu est ce petit ruisseau qui forme les grandes rivières.Nous demandons l\u2019aide à des amis qui ont déjà souscrit ou qui attendaient probablement une sollicitation.Du moins nous l\u2019espérons.Leur solidarité sera appréciée.La question nationale intéresse aussi les milieux du savoir et certaines institutions nationales, sociales et religieuses.L\u2019entraide est une pratique qui complète l\u2019action accomplie en un champ particulier de l\u2019activité humaine.Nous supplions les entreprises et les coopératives, bénéficiaires de notre action, de nous aider afin que nous puissions les appuyer davantage.À ce jour, leur coopération est à peine visible.Certaines entreprises peuvent même nous fournir des pièces d\u2019équipement qu'elles empilent dans des entrepôts. Avantage fiscal Les dons faits à la Ligue sont déductibles de l\u2019impôt jusqu\u2019à concurrence de 20 pour cent du revenu net.Tout solde non déduit peut être reporté à l\u2019année suivante.Le numéro du permis accordé à la Ligue est 0341362-22-08.La Fondation Esdras-Minville Les gouvernements et les entreprises étrangères ne nous subventionnent pas.Il nous faut compter sur nous-mêmes.Les gouvernements inventent les TPS et TVQ, l\u2019inflation hausse les prix et la récession diminue nos revenus.Les années 90 sont une période-cimetière pour les revues libres.La conclusion s\u2019impose Pour assurer la pérennité de la revue, la Ligue a créé la Fondation Esdras-Minville.Le capital est inaliénable et les revenus engendrés sont destinés à soutenir et à subventionner la revue.Le vrai mécénat Le vrai mécénat regroupe des amis dispersés dans l\u2019espace, réunis par un même but et un même goût du pays.L\u2019entraide est la forme la plus démocratique de la volonté du citoyen d\u2019améliorer le tissus de sa vie et de son avenir.Non seulement le mécénat assurera la survie de «L\u2019Action nationale» mais il lui permettra de prendre des initiatives qui contribueront à bâtir ce pays qui est maintenant à portée de main.La gestion Les membres du Conseil d\u2019administration de «L\u2019Action nationale» sont les administrateurs de la Fondation.Supplément postal.Envoi de publication, enregistrement numéro 1162, L'Action nationale, volume LXXXIII, numéro 5, mai 1993. IL9â®M®m\t \t \tTable des matières Volume LXXXIII, numéro 5, mai 1993 557 ?\tComment se détruire! Rosaire Morin 561 ?\tL'autre Québec: le monde rural Marcel Landry 587 ?\tRedécouvrir nos valeurs Juliette L.Bonneville 597 ?\tDécentralisation et développement Clermont Dugas 618 ?\tLa nécessaire ouverture Yvon Leclerc 625 ?\t101 du français, il en faut plus SSJB de Montréal 645 ?\tAndré Laurendeau Jean-François Nadeau 659 ?\tLe prix Arès: Claude Corbo Jean Éthier-Blais, Jean Bellefeuille 667 A\tÀ la défense des petites nations Denis Monière 670 ?\tLouis Laberge de Louis Fournier Érich Laforest 673 ?\tÀ travers l'actualité Rosaire Morin 685 ?\tLa Ligue et la Revue 686 ?\tNos annonceurs Envoi de publication Enregistrement numéro 1162\tL\u2019Action nationale remercie Camille Tremblay, concepteur et Marcel Décary, artiste, pour leurs conseils professionnels dans la nouvelle présentation de la revue.\t 555 NATIONALE Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire de la revue: Rosaire Morin Champ d'observation L'Action nationale s'intéresse aussi à la vie des francophones hors Québec.Elle reflète certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Liberté d'expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction Comité de rédaction: Robert Laplanie, Francine Lalonde, Denis Monière, Comité de lecture: Jean-Jacques Chagnon, Jean-Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, Pierre Noreau Gilbert Paquette, Christiane Pelchat Janine Thériault L'Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Il doit être dactylographié sur papier 8V2 X 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par les Services documentaires multimédia (SDM Inc.) et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex» depuis 1984.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Abonnement: 10 numéros Québec, Canada 35,00$ Autres pays\t50,00$ Étudiant\t20,00 $ Soutien\t75,00 $ À vie\t1 000,00 $ L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 Tel.: 514-845-8533 Télécopieur: 514-982-9047 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an 556 Rosaire Morin ^ L\u2019Action nationale devient un instrument précieux de travail qui permettra, nous l\u2019espérons, de déclencher un vrai projet de société.EDITORIAL Comme l'eau de Val Jalbert, l'énergie de la nation suit souvent le courant de la moindre résistance Comment se détruire! La chûte de Val Jalbert émerveille le touriste.Ses flancs sont escarpés, à pic.Des brisures de terrain enjolivent le paysage.Un vent frisquet souffle lentement dans le feuillage des bouleaux et des érables.En amont, la rivière présente de fascinantes cascatelles qui ne repoussent pas à la rive les chicots meurtris et les souches pourrissantes.L\u2019harmonieuse cascade de Val Jalbert est nourrie par de petits cours d\u2019eau pure et transparente.Mais le débit de la chûte est agité, déchaîné, explosif.Le spectacle est féérique.En aval, les truites dansent de joie.Les petits écureuils se régalent dans les noisetiers.Les oiseaux gazouillent des messages consignés dans les annales du temps.Ils nous font savoir que l\u2019énergie de la nation suit souvent le courant de la moindre résistance.Écoutons leur bavardage.557 De l\u2019Action libérale nationale au Bloc Québécois Une vieille corneille, de sa voix rauque, croasse un télégramme à M.Parizeau.«Souvenez-vous, lui écrit-elle, que les chicanes de famille ont empêché la réalisation du programme de restauration sociale de l\u2019Action libérale nationale.La bisbille dans le choix des candidats aux élections de 1935 et de 1936 a conduit aux empoignades entre Paul Gouin et Maurice Duplessis.Ces altercations ont abouti aux départs des Gouin, Chaloult, Hamel, Grégoire, etc.Seul Oscar Drouin était resté dans la crèche.De grâce, M.Parizeau, intervenez pour que le perpétuel recommencement ne s\u2019éternise pas! Dans une conversation téléphonique, un hibou aux aigrettes de plumes blanchies ulule un avis de prudence au camarade Lucien Bouchard: «Souvenez-vous, lui dit-il, des conflits entre Maxime Raymond et René Chaloult, de la controverse entre Maxime Raymond et André Laurendeau, des querelles entre Maxime Raymond/Édouard Lacroix versus René Chaloult, Philippe Hamel et alias.Rappelez-vous que les mésententes entre le Bloc provincial et le Bloc fédéral et que les disputes à l\u2019intérieur des deux ailes ont abouti à la mort du Bloc populaire.Puisse l\u2019histoire ne pas se répéter!» Une hirondelle récemment revenue de Floride croit bon d\u2019intervenir à son tour.Elle envoie par télécopie une communication historique à tous les souverainistes du Québec.«Plus ça change, plus c\u2019est pareil, leur expose-t-elle.Vous êtes incapables de fraternité.Une victoire ne s\u2019acquiert pas dans la division.Une élection ne se gagne pas dans la discorde.» Et l\u2019hirondelle philosophe de poursuivre: «Vos dissensions vécues dans les comtés de Beauport-Montmorency, Charlesbourg, Joliette, Mercier, Verchères et autres créent des malaises regrettables entre militants, malaises qui se transfor- ÉDITORIAL Pour réaliser ce pays à portée de main, je demande aux militants de cesser d\u2019être frileux 558 meront en tensions entre les deux partis et en guérillas à l\u2019intérieur de chaque groupe.» Et l\u2019hirondelle de conclure: «Pour réaliser ce pays à portée de main, je demande aux militants de cesser d\u2019être frileux, d\u2019abandonner leurs escarmouches mesquines et, tous ensemble, de marcher à la conquête de la souveraineté en ouvrant les portes à d\u2019autres René Lévesque jadis libéral et Lucien Bouchard ci-devant conservateur.L\u2019action politique, écrit encore l\u2019hirondelle, doit connaître une cohérence continue et une identité commune.Le Parti et le Bloc québécois ne peuvent vivre dans des désaccords sans issue et dans des querelles stériles.Pour réussir, les militants doivent travailler dans l\u2019amitié, dans la bonne entente et non pas dans des disputes, des mésententes et des conflits sempiternels.La droiture, la solidarité et la fraternité ne font pas bon ménage avec la bisbille, la chamaillerie, la chicanerie, les controverses, les démêlés, les empoignades, les querelles et les tracasseries que l\u2019on observe depuis un certain temps.» Le message est transmis aux souverainistes.Comprendront-ils qu\u2019ils ne sont que 41 pour cent de la population?Les tablettes de Moïse Un charmant renard argenté est venu ajouter son grain de sel au gazouillis des oiseaux.Cet animal est plus intelligent qu\u2019un grand nombre d\u2019hommes.Il apprenait à ses jeunes renardeaux à travailler.Chacun savait comment bâtir et entretenir son royaume sans assurance-chômage et sans allocation sociale.Vous devez juger les partis selon leurs idées et leur programme d\u2019action Le sage renard, que ma petite fille Marika appelait Moïse, nous laissait deux tablettes d\u2019instructions.La première conseillait l\u2019objectivité.«Un parti politique, écrit-il, est un groupe de personnes qui défend certaines opinions.C\u2019est une fraction de la nation et une partie des orientations.Votre Revue ne peut entrer dans un 559 parti.Elle ne peut ni penser ni agir dans le seul intérêt d'un parti.Toutefois, comme vous vivez sur la terre des hommes, vous ne pouvez pas ignorer l\u2019action politique et vous devez juger les partis selon leurs idées et leur programme d\u2019action.Dans la conjoncture actuelle, vous ne pouvez pas appuyer les partis fédéralistes de messieurs Bourassa et Mulroney, et gardant vos distances, en toute désespérance, vous devez espérer que les Parti et Bloc québécois répondront à vos espoirs si souvent déçus depuis le Parti national d\u2019Henri Bourassa.» La deuxième tablette du renard imposait à la revue une orientation.«Soyez toujours les défenseurs des valeurs fondamentales! Faites la promotion de la souveraineté dans une démarche démocratique de progrès et dans une perspective universaliste.Que les orientations et les priorités de votre revue épousent les problèmes du présent et qu\u2019elles soient adaptés aux défis du proche avenir.Ayez confiance en la solidarité québécoise.Un jour, une nation de langue et de culture françaises aura la liberté de décider de son destin.Elle acceptera alors, avec plus d\u2019empressement, la contribution provenant de multiples groupes ethniques.» Voilà l\u2019avis que nous a transmis le renard Moïse! Il voit quotidiennement couler l\u2019eau des chûtes de Val Jalbert qui suit invariablement le courant de la moindre résistance.C\u2019est là une inclinaison que la nation québécoise ne doit pas imiter.Au lieu de vivre avec facilité, les Québécoises et les Québécois sont confrontés à une bataille quotidienne pour affirmer leur caractère français et leur volonté de décider eux-mêmes de leur avenir.?Montréal, le 30 mars 1993 Faites la promotion de la souveraineté dans une démarche démocratique de progrès et dans une perspective universaliste.560 Marcel ?Landry Directeur Direction Formation et Vie syndicale Union des Productions Agricoles Malgré certaines politiques dites de développement régional, les résultats attendus par les populations rurales ne se sont tout simplement pas matérialisés.L'autre Québec: Le monde rural «De victoire en victoire, nous reculons sans cesse.» P \\#ette boutade de Pierre Dufort, un leader rural du Bas Saint-Laurent, traduit, sous le signe d\u2019une ironie contenue, le riche bilan de nos trente ans de développement régional planifié.Un peu comme le thème de cette rencontre nationale, «L\u2019autre Québec: le monde rural», elle souligne le malaise rural de plus en plus répandu et visible, celui de la déstructuration, de la marginalisation.C\u2019est en quelque sorte le constat d\u2019un milieu rural en marge de l\u2019évolution du Québec, d\u2019un autre Québec aussi exclu du cheminement collectif.Le Conseil des affaires sociales du Québec, au cours des dernières années, les États généraux du monde rural en 1991 et divers mouvements régionaux aussi constatent le déclin du milieu rural.Malgré certaines politiques dites de développement régional, les résultats attendus par les populations rurales ne se sont tout simplement pas matérialisés.On peut certes noter dans les régions à prédominance rurale la consolidation de quelques petits ou moyens pôles régionaux, 561 mais globalement, les milieux ruraux pérécli-tent.Pendant quelques décennies, on a pu se bercer de l\u2019illusion que le déclin rural était un problème de l'Est du Québec, surtout, à cause disait-on, entre autres, de la pauvreté des terres et du climat.Pourtant, on peut voir aussi des signes de déstructuration sur la Côte-Nord, au Sague-nay/Lac Saint-Jean, en Haute-Mauricie, à La-naudière, dans l\u2019Outaouais, en Abitibi.On en trouvera aussi, dans le secteur des Appalaches, d\u2019Ouest en Est du Québec.Qu\u2019on roule sur la 132, entre Québec et Montréal, et là aussi, on verra que «FAutre Québec» gagne du terrain.Et ce n\u2019est pas celui de la prospérité.«Tant vaut le village, tant vaut le pays», ce mot d\u2019ordre et message d\u2019espoir, de devoir, des É-tats généraux, nous interpelle tous.Après les constats, les analyses, les rappels, nous ne pouvons pas nous contenter de regrets.Nous sommes concernés par ce qui va arriver à la ruralité, comme nous le sommes aussi du déclin de nos centres-villes, déversoirs des misères de nos ruraux d\u2019un peu partout, déménagés en ville dans l\u2019illusion d\u2019un mieux-être, d\u2019un travail régulier.Dans les moyens de nous en sortir collectivement ou plutôt de nous réaliser, certaines solidarités doivent être affirmées.Solidarité rurale, solidarité urbaine, solidarité entre ruraux et urbains autour d\u2019un projet commun, autour de valeurs communes, voilà certes des énergies premières à déployer.1.Le dépeuplement rural et l\u2019occupation du territoire Le phénomène de dépeuplement rural n\u2019est pas une question de territoire, de ressources, car le phénomène se répand aujourd\u2019hui, à des rythmes différents dans toutes les régions.Il n\u2019est pas, au sens strict, lié à la qualité des sols, à la richesse relative du sous-sol, à la diversité des Solidarité rurale, solidarité urbaine, solidarité entre ruraux et urbains autour d\u2019un projet commun, autour de valeurs communes, voilà certes des énergies premières à déployer.562 Qu'est-ce qui nous a conduits où nous sommes rendus aujourd\u2019 hui?Ce qui a pour conséquence, non seulement la déstructuration des communautés rurales locales, mais la détérioration d'un patrimoine naturel, social et culturel.espèces, au potentiel forestier, faunique, halieutique.Certes des indices d\u2019épuisement, de ruptures de stocks appréhendées, de baisses des débarquements peuvent entraîner des décisions majeures sur l\u2019activité économique rurale mais ces indices sont plutôt les révélateurs des conséquences issues de choix politiques et économiques, technologiques et idéologiques qui ont, de diverses façons, disqualifié le monde rural.A.Quelques choix problématiques Qu\u2019est-ce qui nous a conduits où nous sommes rendus aujourd\u2019hui?Dans le cadre des États généraux du monde rural, les constats largement partagés par les intervenants communautaires, les élus ruraux les agents économiques concordent: «.Le Québec des régions est en danger.Les jeunes quittent, la population vieillit, le chômage envahit les communautés, la dépendance face à l\u2019État est à un niveau alarmant et l\u2019économie régresse» (mémoire de l\u2019UMRCQ).Ce constat est aussi confirmé par les chercheurs.Citons ici Bernard Vachon, directeur du groupe de recherche en aménagement et développement des espaces ruraux et régionaux (GRADERR) à l\u2019UQAM: «Les relations villes-campagnes et centres-périphéries sont particulièrement sensibles à ces bouleversements, l\u2019évolution favorisant la concentration.Or, la contraction de l\u2019espace économique s\u2019accompagne de la contraction de l\u2019espace habité qui affecte principalement les zones rurales».«Dans un contexte de très faible natalité que partagent dorénavant les milieux ruraux, l\u2019exode vers les centres urbains des jeunes populations se traduit par une diminution et un vieillissement accéléré des populations rurales.» 563 «La perte de la capacité de rétention de ses populations entraîne le monde rural dans un processus de dépérissement marqué par le chômage, la pauvreté, la dégradation des services, l\u2019effritement de la qualité de vie, l\u2019instauration d'un contexte de dépendance et d\u2019assistance.» «Ce qui constitue pour plusieurs la manifestation normale d\u2019un processus d\u2019évolution réglé par les forces d\u2019une économie «efficiente» à l\u2019échelle nationale et internationale a pour conséquence, non seulement la déstructuration des communautés rurales locales, mais la détérioration d\u2019un patrimoine naturel, social et culturel.» «À ce titre, le problème prend, dans certaines régions, l\u2019ampleur d\u2019une question de survie.» Exemple tristement éloquent de cette réalité, la région Gaspésie/îles-de-la-Madeleine.De 1956 à 1986, cette région connaît un bilan démographique négatif, de 115 500 à 112 455.De 1986 à 1991, le résultat est catastrophique: de 112 455 à 105 968 habitants.Au tournant des années 1960-1970, dans le grand «déménagement» planifié, on payait les gens pour les relocaliser, dans les villages et villes de l\u2019Est du Québec ou pour les migrer vers «la Ville».Aujourd\u2019hui, la rationalisation de l\u2019espace par nos nouveaux gourous du bien-être collectif s\u2019accommode de méthodes plus expéditives: on leur coupe les services (écoles, poste, services de santé, chemins de fer, télévision et radio).Ces méthodes sauvages affaiblissent les communautés locales qui voient partir à la suite les petits commerces et services locaux, leurs coopératives et usines, faute d\u2019activités suffisantes.Puis tombent à leur tour, l\u2019église, les associations communautaires, faute de ressources actives pour les animer.L\u2019actualité des derniers mois nous a d\u2019ailleurs fait voir, tantôt à Amos, tantôt à St-Clément, tantôt à À ce titre, le problème prend, dans certaines régions, l'ampleur d\u2019une question de survie Aujourd\u2019hui, la rationalisation de l\u2019espace par nos nouveaux gourous du bien-être collectif s\u2019accommode de méthodes plus expéditives: on leur coupe les services (écoles, poste, services de santé, chemins de fer, télévision et radio).564 St-Camille ces agressions d\u2019institutions publiques pour dépouiller et déstructurer encore plus nos communautés locales.Mais l\u2019État n\u2019est pas le seul porteur de cette logique de concentration.Nos industries agroalimentaires, forestières, minières ont aussi suivi cette logique de concentration.On transformerait les produits agricoles, forestiers, miniers en ville, pour des «économies d\u2019échelle».Il fallait faire ça en grand et en gros! C\u2019était sans compter la crise du pétrole, puis la crise énergétique.Pour réaliser cette concentration, cela signifiait le regroupement d\u2019activités de transformation de plus en plus loin de l\u2019extraction ou de la production primaire.Or, les emplois perdus à ce niveau primaire par les gains de productivité ne se sont pas transposés au niveau secondaire dans nos milieux ruraux.Ils ont été plutôt «transportés» vers les villes.Avec ce processus les communautés rurales ont perdu leur caractère autosuffisant d\u2019antan.À ce sujet, relisons Bruno Jean, professeur à l\u2019UQAR: «Les communautés rurales ont perdu leur indépendance de jadis; plusieurs fonctions économiques, sociales et culturelles du village ont été regroupées dans des villes desservant un espace rural de plus en plus large.À l\u2019époque on parlait d\u2019une régionalisation nécessaire afin d\u2019offrir aux populations locales ces agréments urbains jugés indispensables dans le monde moderne.Les ruraux étaient aussi invités à se défaire d\u2019un «esprit de clocher» rétrograde au profit d\u2019une nouvelle «conscience régionale».Ce qui se passe dans nos campagnes à l\u2019heure de la mondialisation des échanges est donc fortement dépendant de la dynamique urbaine souvent éloignée de plusieurs zones rurales.Dans les études rurales européennes récentes, on a réalisé plusieurs travaux de recherche mettant l\u2019accent sur ce phénomène.565 Dans certains cas, on n\u2019a pas hésité à parler d\u2019une nouvelle domination de la ville sur le monde rural, qui subissait, de plus en plus passivement, une évolution sur laquelle il n\u2019avait plus de prise.» «Si cette domination n\u2019est pas totale, car il y a toujours des phénomènes de résistance, il n\u2019en reste pas moins que l\u2019interdépendance ente la campagne et la ville est plus forte que jamais; l\u2019avenir du monde rural, son propre dynamisme, ne dépend donc plus seulement des ruraux.Ainsi, le développement rural aujourd'hui suppose la reconnaissance de cette interdépendance et l\u2019expression d\u2019une solidarité s\u2019exerçant à l\u2019échelle nationale.» «Par ailleurs, les incidences de cette évolution sont souvent interprétées à l\u2019aide du concept de marginalisation.Celle-ci apparaît comme la conséquence nécessaire de la généralisation de l\u2019économie de marché en agriculture, qui a engendré une sorte de modèle de développement agricole dominant, souvent désigné comme le modèle productivité, qui concentre la production dans certains espaces et disqualifie d\u2019autres espaces ruraux (Jean, 1990).Ce modèle produit donc des espaces ruraux marginalisés ou périphériques.» «La marginalisation du monde rural peut s\u2019entendre sur le plan socio-politique; la faiblesse du poids démographique des campagnes se traduit par la faiblesse de sa représentation politique.»1 Concentration, rationalisation, productivisme, pôles de croissance, voilà certes des expressions très à la mode des dernières décennies pour assurer la prospérité du Québec.La faiblesse du poids démographique des campagnes se traduit par la faiblesse de sa représentation politique.Pourtant les bilans urbains comme les bilans ruraux nous montrent toujours l\u2019existence de communautés rurales déstructurées, de «trous de beigne» urbains aux prises avec des phénomènes de désintégration sociale économique, politique.1.Bruno Jean, «La ruralité québécoise contemporaine: principaux éléments de spécificité et de différenciation, Le Québec rural dans tous ses états, Boréal 1991.566 Pourtant les bilans urbains comme les bilans ruraux nous montrent toujours l\u2019existence de communautés rurales déstructurées, de «trous de beigne» urbains aux prises avec des phénomènes de désintégration sociale économique, politique.Aurions-nous par hasard importé des solutions pas tout à fait adaptées à nos besoins, à notre culture?S\u2019il n\u2019y a pas de diversification économique, on peut donc d\u2019interroger sérieusement sur l\u2019avenir rural.Le résultat démographique de ces choix peut se résumer ainsi: une baisse de population de plus en plus marquée dans certaines portions de territoire rural, et même l\u2019abandon de certaines zones, comme le soulignait la Chambre des notaires aux États généraux2.C\u2019est aussi le vieillissement de la population, le tout amplifié par l\u2019exode des jeunes du milieu rural.C\u2019est aussi l\u2019absence d\u2019immigration en région.Autre résultat, la déstructuration rurale engendrée par le modèle productiviste qui déclasse certains agents, par la centralisation gouvernementale qui concentre les emplois publics au centre et par la cohabitation agricole-urbain mal vécue, qui met en opposition les pouvoirs municipaux et les impératifs agricoles.Comme la population agricole ne représente plus que 15 % de la population rurale, selon le recensement de 1986, on constate que l\u2019agriculture seule ne pourra pas sauver les campagnes.S\u2019il n\u2019y a pas de diversification économique, on peut donc s\u2019interroger sérieusement sur l\u2019avenir rural.Autre conséquence du mal-développement, la perpétuation de la pauvreté dans le tiers des petites municipalités rurales.Selon les études du géographe Clermont Dugas, il y a une relation significative entre la taille de la commu- 2.Tant vaut le village, tant vaut le pays, États généraux du Monde rural, Montréal 1991, page 35.567 nauté et le revenu de ses habitants.«Globalement, les personnes qui vivent dans une communauté de 3000 habitants ou moins ont des revenus qui sont nettement inférieurs à la moyenne nationale, de 30% à plus de 50% selon le cas.»3 Enfin, la disparité des situations rurales entre les régions rurales centrales soumises à la pression envahissante des banlieues, à la déstructuration par invasion et spéculation d'une part, et, d\u2019autre part, les ruralités périphériques déstructurées par l\u2019exode, la prédation des ressources et le déclin socio-économique.B.La réduction des écarts Les vingt dernières années, entre les Opérations Dignité en 1970 et Urgence-Rurale dans le Bas du Fleuve, nous montrent que les luttes pour le développement ne sont jamais gagnées une fois pour toutes.À la fermeture des villages (ou colonies comme on les appelait il n\u2019y a pas si longtemps), les gens de l\u2019Est, tout comme ceux du Saguenay-Lac St-Jean et ceux de l\u2019A-bitibi-Témiscamingue ont mis de l\u2019avant leurs solutions.Ils décidaient d'aménager leur pays autrement que ne l\u2019avaient prescrit les planificateurs gouvernementaux.C\u2019est l\u2019émergence de formules collectives de développement entendues sous les noms de groupements forestiers, de chantiers coopératifs, de sociétés d\u2019exploitations des ressources.C\u2019est aussi le Jal, c\u2019est l\u2019action de Guyenne, c\u2019est la Chaîne Coopérative.Dans ces formules nouvelles ou déjà existantes mais mises à l\u2019heure de nouveaux défis, on aborde l\u2019avenir de la ruralité sous l\u2019angle du développement intégré des ressources.Ce concept, introduit par des chercheurs et fonctionnaires, traduisait en quelque sorte une certaine approche chez C\u2019est ïémergence de formules collectives de développement.C\u2019est le Jal, c'est l\u2019action de Guyenne, c'est la Chaîne Coopérative.C\u2019 était, avant le temps, une des expressions de ce que deviendrait plus tard le développement durable.C'était aussi l\u2019idée, avant l\u2019expression, du développement local.3.«Le Québec rural dans tous ses états», Boréal 1991, page 88.568 des leaders ruraux de travailler à un plan mettant en valeur le milieu global.C\u2019était, avant le temps, une des expressions de ce que deviendrait plus tard le développement durable.C\u2019était aussi l\u2019idée, avant l\u2019expression, du développement local.Cette espèce de grand projet, plus ou moins défini, plus souvent qu\u2019autrement étiré et essoufflé par les contraintes bureaucratiques, portait quand même en lui des éléments importants pour un développement rural: -\tune place et un droit de communauté locale et régionale à établir en plan de développement; -\tune mise en valeur des potentiels naturels, économiques et humains du milieu; -\tune intégration dans la mise en valeur des ressources pour en retirer le maximum de retombées au niveau de chacune des ressources et des interfaces (G.V.tourisme-agroforestier, restauration et hébergement rural, etc.); -\tun partenariat entre l\u2019État et les communauté locales; -\tune mise à contribution des services publics dans les dynamismes locaux.Il y a certes un écart entre la réalité et le projet.Mais peut-être, de ces expérimentations socioéconomiques, reste-t-il quelques pistes pour redynamiser le milieu rural.Les fermetures d\u2019usines, les pertes de services publics, les services postaux coupés se répandent un peu partout.Et bientôt les écoles?Nous constatons aussi de ces initiatives que le développement rural n\u2019est pas acquis une fois pour toutes.Un changement politique, une crise économique, une nouvelle technologie, une crise énergétique, une modification des tendances démographiques peuvent remettre en cause, freiner tout processus de développement rural.Il faut une très grande mobilisation des acteurs du développement pour surmonter ces contraintes, pour rebondir.Les crises économiques, politiques et institutionnelles des der- 569 nières années montrent aussi à quel point la vigilance et la solidarité des ruraux sont nécessaires.Car les phénomènes de marginalisation observés en périphéries se manifestent maintenant en régions centrales.Les fermetures d\u2019usines, les pertes de services publics, les services postaux coupés se répandent un peu partout.Et bientôt les écoles?Il y a vingt ans les villages côtiers de la Gaspésie et du Bas Saint-Laurent voyaient ces phénomènes dans le Haut-Pays et les considéraient presqu\u2019inévitables.Aujourd'hui ils goûtent à cette médecine, au nom de la même rationalité.Qui sera le prochain bénéficiaire de cette rationalisation?Pour réduire l\u2019écart entre le Québec développé et celui qui se sent exclu du développement, avons-nous d\u2019autres choix que l\u2019implication collective et la solidarité?En milieu rural, les rapports sociaux sont particuliers.C.Le rayonnement de la culture rurale Considérons d\u2019abord quelques spécificités de la culture rurale.En milieu rural, les rapports sociaux sont particuliers.«On se parle, car on se connaît.Dans ce milieu, généralement on se fait confiance et on s\u2019entraide.La notion d\u2019entraide est aussi présente dans le développement des petites entreprises comme de la communauté.4» «L\u2019appartenance à un décor, à un coin qui a son histoire, ses habitudes et ses coutumes, cela fait aussi partie des valeurs rurales.» «L\u2019espace est aussi une valeur typiquement rurale.» «S\u2019il se sent frustré quand il est privé de ses grands espaces, le rural, et plus particulièrement l\u2019agriculteur, réagit encore plus mal quand on lui enlève son autonomie.Il est capable d\u2019entraide, il a édifié des associa- te se parle, car on se connaît.Dans ce milieu, généralement on se fait confiance et on s\u2019entraide.4.Tant vaut le village, tant vaut le pays, États généraux 1991, page 59.570 La famille est, à la campagne, à la fois la première source de motivation, le premier foyer d\u2019entraide, la première assurance contre la déshumanisation.Il faut que les enjeux ruraux soient presque devenus des causes désespérées à inscrire à notre «martyrologie» nationale pour qu\u2019on daigne en témoigner.tions coopératives efficaces, il fait confiance au syndicalisme agricole, mais il tient à l\u2019instar de ses voisins garagistes, boulangers, cordonniers, épiciers, à être son propre patron.Pour eux, la liberté s\u2019exerce quotidiennement.»5 (Il en est peut-être des peuples comme du paysan, celui qui fait le pays, celui qui habite le pays; on est peut-être d\u2019autant plus capable d\u2019entraide et de coopération qu\u2019on est capable d\u2019autonomie.Il faut être soi-même pour être capable de rapports aux autres) «Cette culture est largement remise en cause par les mass-média qui présentent une culture définie et standardisée qui exclut le rural comme l\u2019artisan.» «D\u2019ailleurs cette culture ne présente que peu leur grand attachement à la valeur qu\u2019est la famille et à la relation entre l\u2019homme et la femme.La famille est, à la campagne, à la fois la première source de motivation, le premier foyer d\u2019entraide, la première assurance contre la déshumanisation.»6 Cette culture rurale participe aussi, cependant, aux grands courants qui agitent et animent la société.Les mass-média acheminent les grands courants actuels de pensée, fabriquent en milieu rural les mêmes habitudes et attitudes qu\u2019en milieu urbain.Ils y véhiculent les mêmes valeurs et aussi les mêmes désarrois face à l\u2019absence de valeurs, de projets.Cependant ces mass-média sont trop peu souvent porteurs des valeurs issues du milieu rural.Il faut que les enjeux ruraux soient presque devenus des causes désespérées à inscrire à notre «martyrologie» nationale pour qu\u2019on daigne en témoigner.Ou bien que quelqu\u2019un 5.\tIbidem page 60 6.\tIbidem page 60 571 d\u2019ailleurs ne découvre quelque valeur ou réalisation culturelle pour qu\u2019on ne la reconnaisse.Un autre défi important à relever en milieu rural est la cohabitation et l\u2019enrichissement culturel réciproque entre nouveaux arrivants et ruraux de longue durée.Les zones de frottement sont présentes à partir de divergence sur l\u2019importance de l\u2019éducation, de la sauvegarde du patrimoine, de l\u2019aménagement du territoire.Pourtant, une bonne dose de gros bon sens permettrait de voir où on peut s\u2019entendre et s\u2019enrichir mutuellement.Enfin si la culture populaire trouve encore de nombreuses façons de se célébrer, il est un peu plus difficile d\u2019accéder à la diffusion des arts.Aussi il faut favoriser l\u2019expression de la culture rurale.Et ça, ça relève d\u2019abord de la volonté de la ruralité de s\u2019affirmer comme valeur de fond, pour la société, comme porteuse de projet.La ruralité doit occuper son espace, tout son espace.D.Le redressement Les milieux ruraux québécois comptent un peu plus de 1 million d\u2019habitants, soit à peine un sixième des 7 116 288 de citoyens peuplant le Québec7.Pourtant, les rôles essentiels que remplissent les milieux ruraux en termes d\u2019occupation et d\u2019aménagement du territoire, de fourniture de ressources de base (eau, bois, agriculture, pêcheries, mines, énergie), de conservation de ces ressources, de préservation de notre patrimoine faunique et végétal, (la biodiversité pour prendre les mots du temps), ne sont pas assurés tant que nous ne prenons pas collectivement et solidairement les décisions politiques économiques et sociales pour dyna- 7.Liane BÉLANGER, L\u2019Action Nationale, Volume LXXXIII, numéro 1 janvier 1993, «La population du Québec totalise 7 116 288 personnes au recensement de 1991.» (BSQ).Il faut favoriser l\u2019expression de la culture rurale.Et ça, ça relève d abord de la volonté de la ruralité de s\u2019affirmer comme valeur de fond, pour la société, comme porteuse de projet.La ruralité doit occuper son espace, tout son espace.572 L\u2019agriculture occupe une proportion de plus en plus réduite de la population rurale, soit au plus 15 % de cette population.Malgré une productivité agricole 5 fois plus forte qu\u2019au tournant des années 50, l\u2019agriculteur québécois est encore aux prises avec une nsécurité relative de ses revenus.miser ces milieux ruraux.La crise du débat des années quatre-vingts nous a montré la grande vulnérabilité d\u2019une région comme la Côte-Nord.Sa trop grande dépendance d\u2019une exploitation primaire centrée sur le minerai et le bois l\u2019a vidée d\u2019une part importante de sa population lors de la crise du fer et de la fermeture de Rayonnier.Autre constat aussi, les régions qui bougent le plus dans le sens du développement sont celles qui peuvent compter sur l\u2019arrivée ou le retour de jeunes, instruits, formés.La croissance démographique et la mise en valeur de ressources qui amènent des gens en milieu rural contribuent à stabiliser, voire à attirer des services, du moins à maintenir des services de base.En ce sens, il n\u2019y a pas de taille idéale aux entreprises pour revitaliser les milieux ruraux.De la très petite entreprise (T.P.E.) à la moyenne ou grande entreprise, il s\u2019agit de générer et diversifier les occupations.2.L\u2019avenir de l\u2019agriculture des pêches et de la forêt A.L\u2019agriculture L\u2019agriculture occupe une proportion de plus en plus réduite de la population rurale, soit au plus 15 % de cette population comme nous l\u2019avons mentionné plus tôt.L\u2019activité agricole n\u2019est plus dominante en milieu rural.Dans la société québécoise, la classe agricole ne représente plus que 2 % de la main-d'œuvre totale.Cette activité agricole génère cependant près de trois cent mille emplois en incluant l'amont et l\u2019aval de l\u2019agriculture, de la fourniture d\u2019intrants à la consommation.C\u2019est plus de 3,5 $ milliards de produits agricoles et 15 $ milliards d\u2019affaires dans la chaîne agroalimentaire.Au Québec nous exportons pour 1,3$ milliard de produits alimentaires, mais nous en importons pour 1,8 $ milliard.573 Malgré ces chiffres impressionnants, nous constatons qu\u2019une partie des revenus agricoles doivent provenir de programmes de stabilisation des prix ou de soutiens car les producteurs agricoles ne peuvent obtenir le prix correspondant au coût de production.Malgré une productivité agricole 5 fois plus forte qu\u2019au tournant des années 50, l\u2019agriculteur québécois est encore aux prises avec une insécurité relative de ses revenus.La gestion de l'offre, qui apparaissait une approche de gestion de la production en fonction des besoins du marché assurant un juste prix au producteur, risque elle aussi d\u2019être sacrifiée sur l\u2019autel du libre marché, de l\u2019ouverture des frontières.Au profit de qui?Quel paysan, dans quelque pays, va en tirer profit, de cette ouverture des frontières?Autre constat, le coût moyen d\u2019investissement très élevé sur la ferme actuelle.Si nos quarante milles fermes québécoises produisent pour trois milliards et demi de denrées, elles nécessitent dix sept milliards d\u2019investissement.L\u2019actif moyen des fermes est de 422 300$ en 1991, pour générer 1,5 emploi direct.Il faut donc en agriculture 5 dollars d\u2019investissement pour générer 1 dollar de produit.La croissance de la productivité, la spécialisation des productions et les phénomènes de concentration de la production et de la transformation ont aussi entraîné une certaine marginalisation de terres et de territoires, voire l\u2019abandon de ces territoires autrefois productifs.Les quelque soixante cinq mille hectares actuellement utilisés à l\u2019agriculture en Gaspésie représentent à peine 45 % des sols utilisés à des fins agricoles au tournant des années 50.En régions centrales, et près des petites et moyennes villes régionales, c\u2019est l\u2019urbanisation qui a grugé dans les bonnes terres, pour toutes sortes d\u2019usages, et pas toujours très écologiques.Il faut donc en agriculture 5 dollars d\u2019investissement pour générer 1 dollar de produit.En régions centrales, et près des petites et moyennes villes régionales, c\u2019est l\u2019urbanisation qui a grugé dans les bonnes terres, pour toutes sortes d'usages, et pas toujours très écologiques.574 Autre problème, lié à la forte capitalisation, celui de la transférabilité des fermes.La vente de la ferme représente souvent la sécurité pour leurs vieux jours pour la femme et l\u2019homme qui ont consacré une vie à l\u2019agriculture.C\u2019est en quelque sorte leur rente.Compte tenu du retour très bas sur l\u2019investissement, l\u2019achat d\u2019une ferme se fait rarement à sa juste valeur.Et encore faut-il des aides à l\u2019établissement, un financement adapté.Remettre en cause ces supports, c\u2019est en quelque sorte toucher à la pérennité de notre agriculture, et en partie de notre ruralité.Quand accéderons-nous à une seconde ou troisième transformation?Quand diversifierons-nous la mise en valeur des espèces?Quand investirons-nous collectivement les énergies nécessaires à une aquiculture viable?Quand ferons-nous en régions les maillages nécessaires entre l'agriculture et les pêcheries pour une transformation accrue des ressources et.! conséquemment une diversification économique?B.Quelques éléments sur la problématique des pêches Les dernières années nous ont révélé de façon criante les malaises liés à cette industrie alimentaire: surpêche de certaines espèces dans le golfe, rejet de certaines espèces en abondance non mises en valeur, transformation primaire en région, sans grande valeur ajoutée.Comme le soulignait monsieur Alban Arsenault à la Semaine Verte à Radio Canada au printemps 1991, on a prélevé des espèces sans nous soucier de cultiver la ressource, comme on le fait dans les ressources agricoles où on produit, on élève ce qu\u2019on consomme.En pêcherie, on s\u2019est contenté de pêcher, de prélever la ressource.Il faudrait aussi cultiver la mer, développer l\u2019aquiculture, aider la nature.Monsieur Gaston Langlais, industriel et consultant en pêche attirait aussi l\u2019attention des téléspectateurs, lors d\u2019une émission de Radio Canada (Québec) en novembre 1991, portant sur la situation économique et sociale de la Gaspésie, sur le fait que les emplois lucratifs du secteur soient généralement à l\u2019extérieur de la région ou des régions de pêche: chercheurs, consultants, hauts fonctionnaires, spécialistes en marketing, etc.575 Pourtant on parle de plus en plus, dans les stratégies de développement, de décentraliser les emplois de savoir, nécessitant peu d\u2019infrastructures.Aussi, nos industries sont encore concentrées au niveau de première transformation.Quand accéderons-nous à une seconde ou troisième transformation?Quand diversifierons-nous la mise en valeur des espèces?Quand investirons-nous collectivement les énergies nécessaires à une aquiculture viable?Quand ferons-nous en régions les maillages nécessaires entre l\u2019agriculture et les pêcheries pour une transformation accrue des ressources et, conséquemment une diversification économique?Quand apparaissent dans les frigos des supermarchés urbains des crêpes de fruits de mer produites en Gaspé-sie, ça ranime l\u2019espoir.En recherche, développement et transfert technologique, l\u2019engouement des entreprises régionales pour les programmes d\u2019essais et expérimentations aquicoles et halieutiques indique sûrement une volonté de prendre en mains l\u2019avenir de cette industrie.C.La forêt Les récentes secousses vécues par les divers maillons de l\u2019industrie forestière remettent en question dans plusieurs régions la contribution de la mise en valeur des ressources forestières pour assurer l\u2019équilibre du milieu rural.Les exigences du recyclage des papiers et cartons, le passage de l\u2019utilisation du bois en billes (la pitoune) à l\u2019approvisionnement des usines de pâtes et papiers à partir des résidus du sciage, en même temps que les difficultés financières et de marchés de nos papetières ébranlent sérieusement l\u2019activité forestière.Les changements technologiques nécessaires chez les producteurs forestiers privés, changements liés à un déplacement de marché de la pâte au sciage, remettent en question les bases économiques de nombreuses communautés rurales, tout comme Les changements technologiques nécessaires chez les producteurs forestiers remettent en question les bases économiques de nombreuses communautés rurales.576 les changements majeurs en aménagement forestier.Pour de nombreuses collectivités, la ressource forestière est devenue le complément, et même l\u2019alternative à une agriculture désormais insuffisante au maintien du tissu rural.Cette remise en question introduit peut-être le défi d\u2019aller plus loin, en milieu rural, dans l\u2019appropriation de la ressource forestière.L\u2019utilisation polyvalente de la forêt, à des fins d\u2019approvisionnement en matière ligneuse, de récréation, de mise en valeur et de conservation des potentiels fauniques et forestiers prend forme.Des formules comme le Triangle de Bel-lechasse préconisent une utilisation diversifiée de la forêt.Autre piste aussi mise de l\u2019avant, celle de la rétrocession d'une bande de la forêt publique aux producteurs forestiers pour la consolidation de fermes forestières ou agroforestières.Autre piste aussi mise de l\u2019avant, celle de la rétrocession d\u2019une bande de la forêt publique aux producteurs forestiers pour la consolidation de fermes forestières ou agroforestières.Cette idée, chère à monsieur Léonard Otis, sylviculteur, à monseigneur Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski et écologiste spécialisé en foresterie, chemine actuellement dans l\u2019Est et le Nord-Ouest québécois.8 Peut-être ces unités polyvalentes de production et de mise en valeur des ressources contribueraient-elles au maintien de l\u2019activité rurale.Aussi seraient-elles plus garantes d\u2019une mise en valeur durable de leurs potentiels.Dans la revue Métropolis N° 96/97 «Urbanisme végétal», Marie-Claude Robert nous parle d\u2019un écosystème agroforestier à revaloriser: «L\u2019espace rural appelle à un requestionnement global de son développement, dans le sens de sa survie économique, sa mise en valeur environnementale, son intégrité paysagère, et dans l\u2019intégration de la gestion de ses ressources.» 8.Bertrand BLANCHET, La Gaspésie a-t-elle un avenir, Gaspé avril 1991.577 «Pour le domaine forestier, ces enjeux impliquent différentes adaptations des programmes en vue de diversifier les marchés, de développer des débouchés pour les peuplements de familles, l\u2019abandon progressif et substantiel du marché de la pulpe (actuellement en déclin prononcé) pour la forêt privée et l\u2019association de l\u2019aménagement forestier à la création d\u2019activités plus diversifiées misant sur le savoir-faire des populations locales et le développement de modèles de gestion et de mise en valeur plus adaptés au potentiel de l\u2019écosystème forestier, et respectant le paysage régional.»9 3.Quelques avenues pour l\u2019avenir du milieu rural dans le Québec à venir Les acquis, les recettes toutes faites, les solutions magiques à la crise rurale n\u2019existent pas.En Amérique, en Europe, sur les autres continents aussi, la ruralité est «bardassée» par l\u2019évolution, comme une barque sur la mer démontée du profit, de la concentration.Pourtant la ruralité c\u2019est aussi la fonction essentielle de conservation du patrimoine, de la planète habitée et mise en valeur.Mais nous pouvons faire certains choix pour redynamiser le monde rural.Nous pouvons poser certains gestes, adopter certaines stratégies gagnantes.A.Quelques orientations À la clôture des États généraux du monde rural, les participants adoptaient une orientation de fond, porteuse de valeurs et d\u2019actions pour l\u2019édification d\u2019une nouvelle ruralité.Voici un extrait de cette déclaration: «- la valorisation de la personne; Nous nous rangeons résolument à inventer et à bâtir une nouvelle société rurale et non pas aux côtés de ceux et celles qui considèrent la désertification de l'espace rural comme une fatalité.9.ROBERT Marie-Claude, Métropolis, numéro 96/97, Urbanisme végétal.578 In ne définit plus ce qui est et doit être le milieu rural par ses propres repères, mais par des modèles et ormes extérieurs.-\tla prise en charge, par le milieu, de son avenir; -\tle respect et la promotion des valeurs locales et régionales; -\tla concertation des partenaires locaux et régionaux; -\tla diversification de la base économique régionale; -\tla protection et la régénération des ressources; -\tle rééquilibrage des pouvoirs politiques du haut vers le bas; -\tla promotion de mesures alternatives pour un développement durable.Par cet engagement nous nous rangeons résolument aux côtés de ceux et celles qui travaillent à inventer et à bâtir une nouvelle société rurale et non pas aux côtés de ceux et celles qui considèrent la désertification de l\u2019espace rural comme une fatalité.»10 B.Une ruralité qui se réaffirme Un constat important de la déstructuration rurale est l\u2019évacuation de son sens, de sa propre normativité.On ne définit plus ce qui est et doit être le milieu rural par ses propres repères, mais par des modèles et normes extérieurs.Une ruralité qui veut se reprendre en mains doit agir à ce niveau.«La tendance à traiter le local un simple relais des perspectives économiques traditionnelles provoque une fausse enchère de projets entrepreneuriaux soumise à des normativités de plus en plus spécialisées et souvent dysfonctionnelles en regard des territoires ruraux périphériques.» «Il est illusoire d\u2019imaginer des développements locaux qui seraient essentiellement 10.Tant vaut le village, tant vaut le pays, UPA, Lon-gueuil 1991, page 120.579 construits sur cette concurrence de projets individuels et volontaristes.Plutôt de parler d\u2019une politique de la création d\u2019entreprise, il faut envisager une stratégie intégrée de programmes socio-économiques tendant à la mise en mouvement des dynamismes locaux de développement.L\u2019appropriation du développement par les collectivités locales ne peut se réaliser sans cette implication collective des réseaux d\u2019acteurs locaux.Ce qui suppose une volonté collective de prise en main dans les perspectives de développement ascendant et endogène.11» C.\tUne diversification des activités économiques Les constats sur la baisse des activités strictement liées à l\u2019exploration des ressources naturelles et à une première transformation nous amènent à examiner des pistes de diversification.Comme le souligne Marie-Claude Robert dans Métropolis 96/97, page 82.«La survie et le développement du monde rural forcent l\u2019adhésion de l\u2019ensemble des acteurs à un processus de redéfinition des activités et des gestes d\u2019aménagement du territoire dans une perspective régionale de diversification et d\u2019intégration» D.\tLa formation Toutes les stratégies plus ou moins récentes de développement privilégient la formation comme facteur de réussite.Ce n\u2019est pas une solution suffisante, mais certes un élément essentiel de développement.Les constats sur la baisse des activités strictement liées à l'exploration des ressources naturelles et à une première transformation nous amènent à examiner des pistes de diversification.Les milieux ruraux doivent innover, élargir leur base d\u2019activités, trouver des réponses à de nouveaux besoins.11.Hugues DIONNE, De la région-ressource à la région-milieu de vie: à la recherche de nouveaux partenaires, GRIR-UQAC: le partenariat à la rescousse du développement local: discours ou réalité, Chicoutimi 1991.58» C\u2019est dans ce contexte de reprise en main de notre avenir rural, de notre agriculture et selon nos valeurs que s\u2019inscrit la conquête des marchés.L\u2019accès au savoir, l\u2019accès à la formation continue, l\u2019interaction entre les institutions, les entreprises et les collectivités rurales sont certes des clés pour mieux appréhender le réel et agir sur lui.Les exigences de plus en plus grandes de qualité et de savoir dans le moindre produit ou service qu\u2019on offre sur un marché d\u2019usagers ou de consommateurs rehaussent encore plus la valeur des investissements en formation.E.\tL\u2019innovation Tous les champs de l\u2019activité humaine sont confrontés aujourd\u2019hui à la nécessité de l\u2019innovation.Que ce soit par la création de nouvelles idées de nouveaux produits, par la recherche, l\u2019adaptation ou le transfert à partir d\u2019emprunts extérieurs, les milieux ruraux doivent innover, élargir leur base d\u2019activités, trouver des réponses à de nouveaux besoins.Cette capacité d\u2019innovation et d\u2019adaptation fera aussi une différence entre la stagnation et le développement.Ces nouveaux usages ou produits peuvent être dans la mise en valeur des ressources naturelles (agricoles, forestières, halieutiques, minières, fauniques) comme dans la mise en valeur des services à la communauté ou pour l\u2019extérieur.Encore une fois nous insistons sur les interfaces entre les diverses ressources du milieu.Par exemple, des initiatives telles les «Cuisines régionales», «Qualité Québec» portent en elles le développement de créneaux qui peuvent entraîner des gains significatifs pour les milieux et secteurs d\u2019activités ruraux.On y met en valeur des savoirs, des savoir-faire, et on met à profit plusieurs ressources d\u2019un même milieu.Il y a des notions de valeur ajoutée importantes pour la diversification.F.\tLa conquête des marchés En juin 1992, T UPA annonçait, lors de la conférence sur l\u2019avenir de l\u2019agriculture québécoise 581 organisée par le MAPAQ, son intention d\u2019aller «À la conquête des marchés».Après les interprétations les plus fantaisistes sur ce «virage», il y a lieu de reconnaître le lien organique entre les États généraux du monde rural et cette «Conquête des marchés».Malgré les avantages de notre propre système agroalimentaire et la valeur des outils collectifs dont nous nous sommes dotés, nous constatons que certains marchés nous échappent, que nos milieux ruraux s\u2019effritent.C\u2019est dans ce contexte de reprise en main de notre avenir rural, de notre agriculture et selon nos valeurs que s\u2019inscrit la conquête des marchés.À son dernier congrès général, l\u2019UPA adoptait d\u2019ailleurs une solution d\u2019orientation balisant cette conquête des marchés.Nous croyons qu\u2019elle peut peut-être ouvrir à d\u2019autres: secteurs d\u2019activités rurales, des pistes de réflexions.Ainsi le congrès demande à l\u2019UPA.-\t«De travailler à récupérer des marchés locaux régionaux, nationaux et internationaux et à en conquérir de nouveaux en misant sur les quatre piliers de la politique agricole québécoise; -\tde faire travailler ensemble tous les partenaires de la filière; -\tde mettre en place une concertation basée sur un partage des risques et des revenus; -\td\u2019encourager les projets qui misent sur le concept de valeur ajoutée; -\tde privilégier notre approche collective pour bien répondre aux besoins de commercialisation de nos produits agricoles sans négliger les initiatives individuelles; -\tde miser sur l\u2019innovation et le regroupement pour réduire les coûts de production; -\tde poursuivre le développement d\u2019une société rurale soucieuse de la durabilité de ses ressources; 582 La tentation de l\u2019État de décider à la place des communautés de l\u2019avenir rural et de leur imposer in cadre normatif externe doit faire place à une approche de partenariat, de concertation.-\td\u2019assurer une formation académique et syndicale de haut niveau aux productrices et producteurs pour relever le défi de la conquête des marchés; -\tde prioriser un discours vulgarisateur, clair et précis, sur la situation et les enjeux réels de la conquête des marchés; -\td\u2019impliquer toutes les personnes et organismes concernés dans la recherche de nouvelles formules qui favoriseront le développement de l\u2019industrie agroalimentaire dans toutes les régions du Québec à partir des gens du milieu; -\td\u2019assurer le leadership à l\u2019intérieur de la structure syndicale en élaborant un plan stratégique susceptible d\u2019appuyer les démarches des fédérations et syndicats affiliés; -\tde collaborer de façon dynamique en impliquant notamment l\u2019État dans l\u2019élaboration d\u2019un plan stratégique global afin de donner suite aux orientations du Sommet sur l\u2019agriculture québécoise; -\td\u2019informer périodiquement les productrices et producteurs agricoles sur l\u2019évolution du dossier et, surtout, sur les impacts prévisionnels engendrés par l\u2019objectif de conquête des marchés.»12 Cette orientation, fruit de quelques années de réflexion d\u2019initiatives des milieux syndicaux agricoles québécois, résume à sa façon diverses pistes de développement rural.G.Le rôle de l\u2019État Les crises économiques récentes et l\u2019accumulation excessive des déficits ont gravement miné les possibilités d\u2019intervention de l\u2019État.Cependant, il serait trop facile pour l\u2019État de se désen- 12.La conquête des marchés, un virage qui s\u2019impose, UPA, février 1993.583 gager, au nom de la rationalisation et de la saine gestion des deniers publics.L intervention de l\u2019État doit être un investissement dans le développement, en supportant les dynamismes locaux et régionaux.La tentation de 1 État de décider à la place des communautés de l'avenir rural et de leur imposer un cadre normatif externe doit faire place à une approche de partenariat, de concertation.C\u2019est la mise à contribution des ressources humaines et techniques de l\u2019État au service du développement rural.Les fonds d\u2019aide mis à contribution doivent aussi supporter les dynamismes locaux et régionaux, dans le sens des concertations locales et régionales réelles.H.Le développement local Cette stratégie de développement centrée sur la force de la communauté, suppose la mise à contribution des membres et agents de la communauté locale autour d\u2019objectifs et d\u2019intérêts communs.C\u2019est l\u2019action collective concertée, sur la base de consensus, pour la solution de problèmes communs.Cette stratégie resitue la communauté au cœur de l\u2019action, plutôt qu\u2019en attente de l\u2019extérieur.Nous joignons en annexe un «processus de revitalisation par le développement local», tiré de l\u2019ouvrage de Bernard Vachon et Francine Coal-lier, intitulé: Développement local, théorie et pratique.Conclusion Une solidarité féconde, sur la base de nos valeurs Le 8 février 1993, avait lieu la seconde conférence nationale de solidarité rurale.Cette grande journée de réflexion sur la ruralité regroupait quelque cent soixante personnes en provenance du Québec rural.On peut certainement dégager la nécessité pour les milieux ruraux d'enrichir le devenir de la société à partir de leurs valeurs profondes.584 Des messages des deux éminents conférenciers, Raymond Lacombe, leader agricole français et président de Sol et civilisation, et Claude Béland, président du Mouvement Desjardins, on peut certainement dégager la nécessité pour les milieux ruraux d\u2019enrichir le devenir de la société à partir de leurs valeurs profondes.Nous avons à recréer avec les villes de nouvelles relations d\u2019équilibre, relations bâties à partir de nos solidarités respectives.Nos outils les plus durables dans nos sociétés sont d\u2019ailleurs ceux que nous avons créés collectivement, nos institutions publiques, nos mouvements associatifs.Nos valeurs d\u2019autonomie, de démocratie, de participation collective, de durabilité et de préservation de la vie, de conservation des patrimoines peuvent devenir des ferments pour un projet de société.?Bibliographie Blanchet, Bertrand.La Gaspésie a-t-elle un avenir?Gas-pé, avril 1991.Collectif.Manifeste, le Ralliement gaspésien et madeli-not, Chandler, 23 mai 1991.Collectif.Sous la direction de Bernard Vachon: Le Québec rural dans tous ses états, édition Boréal 1991.Conseil des affaires sociales: Deux Québec dans un, rapport sur le développement social et démographique, Gaétan Morin éditeur 1989.Conseil des affaires sociales: Agir ensemble, rapport sur le développement, Gaétan Morin éditeur 1990.Conseil des affaires sociales: Un Québec solidaire, rapport sur le développement, Gaétan Morin éditeur 1991.DIONNE, Hugues.De la région ressource à la région milieu de vie: à la recherche de nouveaux partenaires, GRIDEQ, UQAR 1991.L\u2019Action nationale, volume LXXXIII, numéro 1, janvier 1993.Métropolis, numéro 96-97: Urbanisme végétal.Tant vaut le village, tant vaut le pays, UPA, Les États généraux du monde rural, 3, 4, 5, février 1991.UPA, La conquête des marchés, un virage qui s\u2019impose, UPA, février 1991.Vachon, Bernard.Le développement rural (notes de session), Solidarité rurale, Nicolet 1992.585 ANNEXE Processus de revitalisation par le développement local ( Événement déclencheur | Prise de conscience la sirustion ne répond plus eux besoins et eux aspirations de le collectivité Haalaurar la canfianca.OévaleepM U |oût f antraprandra.fubE/dat aalidarrtaa.AeeraHra Ua capacàaa fat* fUhauuar la auafi&cation daa panon/wa.Fa ira circular rinfarmaücf».MuhipRar la* faraatiana.Stimula* rnwiüM.Inaiaurar lai canditiana apprapriéaa\tJ Criar un anairannamai* prapica am iniliaûvaa da dâaalappamanC Favariaar ratrrartura da U coltaciiveâ ae manda ajtlâriaur.Aiaptar la fonclianraraart daa injieieiana p« mutimbar la ràmaita daa inrtiativM v\tda davtloppeaai*.Consensus sur les orientations à prendre et sur le formulation d'un projet Atelier de cartographie,\tGRADERR-UQAM 199 Département de géographie, UQAM Tiré de l'ouvrage: Développement local: théorie et pratique.B.Vachon et F.Coailier.586 Juliette L.?Bonneville Directrice générale, Conseil de la Coopération du Québec Redécouvrir nos valeurs et mettre en oeuvre des moyens collectifs Deux avenues solides pour bâtir un Québec nouveau À l'aube du XXIe siècle, alors que les règles du libéralisme donnent lieu à une restructuration de l\u2019activité économique ayant d'importantes répercussions sur la vie de nos quartiers et de nos régions, la coopération constitue plus que jamais le moyen par excellence pour: \u2022\tfavoriser le regroupement des forces dans chaque milieu et à l\u2019échelle du Québec, afin de trouver des solutions adaptées aux situations d\u2019aujourd1 hui et aux besoins fondamentaux des personnes et des communautés; et \u2022\tdévelopper des entreprises saines et compétitives qui contribuent à enrichir le patrimoine collectif.Trouver des solutions adaptées aux situations d\u2019aujourd\u2019hui et aux besoins fondamentaux des personnes et des communautés.C'est à l\u2019atteinte de ces objectifs que les coopérateurs et les coopératrices invitent à travailler ensemble ceux et celles qui partagent les mêmes conceptions de la personne, du développement et de l\u2019entreprise.Extrait du Manifeste du Conseil de la coopération du Québec, 1er mai 1992 EEn adoptant le Manifeste du Conseil de la coopération du Québec lors des Assises des États généraux tenues en mai dernier, le mou- 587 vement coopératif québécois réaffirmait son engagement envers les valeurs de la coopération et sa conviction à l\u2019effet que la formule coopérative est un outil de développement social et économique qui non seulement est encore d\u2019actualité \u2014 et qui le sera toujours parce qu\u2019il vise essentiellement à répondre aux besoins des gens \u2014 mais aussi un outil capable de transformer le visage du Québec, apte à mobiliser et à canaliser les énergies de tous ceux et celles qui veulent contribuer à l\u2019élaboration d\u2019un projet de société.Aujourd\u2019hui, comme jadis, les Québécoises et les Québécois des milieux ruraux comme ceux des villes et des banlieues ont choisi la formule coopérative pour prendre en main leurs affaires, leur économie, le développement de leur milieu, de leur région et de leur «pays».Un héritage imposant À preuve, le mouvement coopératif québécois constitue un héritage des plus imposant.Par leur volonté d\u2019être les propres artisans de leur développement personnel et collectif, les Québécoises et les Québécois ont mis sur pied des réalisations importantes, ont donné naissance à des organisations colossales qui sont à leur service dans divers domaines de l\u2019activité économique.La coopération a été un outil précieux pour l\u2019agriculture: aujourd\u2019hui les producteurs québécois occupent plus de 50 % du marché du lait industriel et près de 50% du marché du lait nature.Dans le secteur agro-alimentaire, les coopératives détiennent, pour l\u2019approvisionnement et la mise en marché, une part de marché supérieure à 60% pour le lait, le porc et la volaille.Elles détiennent aussi près de 20% du marché québécois des fruits et légumes et 35 % de la production mondiale de sirop et produits de l\u2019érable.Les Québécoises et les Québécois ont choisi la formule coopérative pour prendre en main leurs affaires, leur économie, le développement de leur milieu, de leur région et de leur «pays».588 Fortes de plus de 5 millions de membres, les 3 300 entreprises du mouvement coopératif génèrent plus de 55 000 emplois.Parce qu\u2019elle repose sur la solidarité et l\u2019entraide, valeurs culturelles fortement enracinées chez les Québécoises et les Québécois, la coopération a encore sa place dans notre société.Dans le domaine de l\u2019épargne et du crédit, les Québécoises et les Québécois ont réussi à bâtir un réseau d\u2019institutions financières coopératives qui occupe chez nous la première place et qui jouit d\u2019une haute reconnaissance internationale.Le réseau coopératif des caisses Desjardins enregistre au Québec un actif global qui dépasse 48 milliards de dollars.La coopération est aussi présente dans plusieurs autres champs d\u2019activité: dans le domaine de l\u2019habitation, 1 150 coopératives détiennent 23 000 unités de logement; les coopératives funéraires réalisent un chiffre d\u2019affaires annuel de près de 7 millions de dollars; les 150 coopératives de travail procurent un emploi à plus de 7 500 personnes et oeuvrent dans des secteurs aussi variés que les communications, les garderies, la santé, les loisirs, la forêt, les services aux personnes en perte d\u2019autonomie, le transport, etc.Les coopératives en milieu scolaire, les mutuelles, les coopératives de consommation en alimentation, les coopératives de développement régional et les coopératives du Nouveau-Québec sont autant d\u2019entreprises qui appartiennent collectivement à leurs membres, qui appartiennent aux Québécoises et aux Québécois.Fortes de plus de 5 millions de membres, les 3 300 entreprises du mouvement coopératif génèrent plus de 55 000 emplois et, grâce à leur formule originale de participation, offrent l\u2019occasion aux 30 000 dirigeants bénévoles, élus par les membres, de décider des orientations d'une entreprise de leur milieu et de participer ainsi à son développement.Ces bénévoles sont donc des hommes et des femmes qui ont non seulement à cœur leur développement personnel, mais qui sont aussi préoccupés par le développement de tout un milieu.Bien que ces quelques chiffres soient des plus éloquents, ils ne témoignent que partiellement de l\u2019importance du patrimoine que constitue pour le Québec le 589 mouvement coopératif.Sa richesse inestimable tient surtout au fait qu\u2019il donne aux Québécoises et aux Québécois les moyens de devenir de véritables entrepreneurs, maîtres de leurs entreprises et de leur développement.Vers une action solidaire La coopération tient une place importante au Québec.Trop importante pour qu\u2019on ne puisse considérer sa formule comme un outil efficace de développement pour l\u2019avenir.Parce qu\u2019elle repose sur la solidarité et l\u2019entraide, valeurs culturelles fortement enracinées chez les Québécoises et les Québécois, la coopération a encore sa place dans notre société.Alors qu\u2019on s\u2019interroge sur les moyens à mettre en place pour relancer l\u2019économie et bâtir une société prospère, un coup d\u2019œil sur l\u2019histoire peut nous donner un éclairage sur les avenues qui nous ont jadis été profitables et que l\u2019on pourrait de nouveau considérer.Lors des Assises des États généraux de la coopération, le président du Conseil de la coopération du Québec Claude Béland, affirmait «que les plus belles réalisations des Québécoises et des Québec - et les plus durables - sont celles qui résultent de leur action solidaire, du regroupement des forces, soit par l\u2019entremise de leur gouvernement, lorsque c\u2019était nécessaire - soit par eux-mêmes - à travers des associations, des entreprises, des sociétés mises sur pied, non pas au bénéfice de quelques-uns, mais à l\u2019avantage de la collectivité.En somme, nous avons réussi de grandes choses lorsque nous nous sommes préoccupés davantage de réussite collective que de réussite individuelle et que nous nous sommes laissés guider par des visions à long terme».C\u2019est en quelque sorte l\u2019essence du message qui a été lancé par les coopératrices et les coopérateurs lors des États généraux de la coopération.à l\u2019intention de tous ceux et celles qui veulent ensemble bâtir un Québec nouveau.C\u2019est un contrat d\u2019envergure que nul ne pour- Mettre en oeuvre un projet collectif à portée sociale et économique s\u2019appuyant sur ces valeurs fondamentales de la coopération.590 rait concrétiser seul.À cet égard, le mouvement coopératif a sollicité les divers partenaires culturels et socio-économiques en proposant de mener ensemble des actions motivées par le «self-help», l\u2019entraide, la solidarité, la concertation.À toutes fins utiles, ce que les coopératrices et les coopérateurs souhaitent, c\u2019est de mettre en oeuvre un projet collectif à portée sociale et économique s\u2019appuyant sur ces valeurs fondamentales de la coopération.À cet égard, certains peuvent croire que les valeurs coopératives sont démodées.Toutefois, selon les résultats d\u2019une enquête effectuée en 1991 pour le compte du Conseil de la coopération du Québec, ces valeurs apparaissent encore d\u2019une étonnante actualité.La prise en charge du milieu par les gens qui y vivent, l\u2019égalité entre les individus, la démocratie, la solidarité et l\u2019entraide se sont révélées des valeurs auxquelles les Québécoises et les Québécois sont toujours fortement attachés.Ainsi, en plus de constituer un imposant héritage économique, la coopération représente certes aussi un héritage culturel important.Cette formule de développement à visage humain contribue à l\u2019épanouissement des personnes grâce à l'apprentissage découlant de l'action collective.Faisant appel à la concertation et au regroupement des forces et des moyens, ces valeurs sont aussi de plus en plus conformes à de nouveaux courants sociaux.Avec le repli de l\u2019État-Provi-dence, les bouleversements structurels de l\u2019économie et le retour d\u2019une certaine insécurité sociale, de nouvelles solidarités se créent.Ce contexte apparaît pour plusieurs apte à redonner toute sa modernité au projet coopératif.Les gens d\u2019abord L\u2019action coopérative, qui se traduit dans l\u2019activité économique par la mise en oeuvre de la formule coopérative, repose sur des valeurs qui placent la personne au premier plan.Cette formule de développement à visage humain: 591 \u2022\tencourage la recherche de solutions aux problèmes économiques et leur mise en oeuvre par les gens eux-mêmes; \u2022\tdéveloppe le sens des responsabilités et de l\u2019entraide; \u2022\tcontribue à l\u2019épanouissement des personnes grâce à l\u2019apprentissage découlant de l\u2019action collective; (.) Extrait du Manifeste du Conseil de la coopération du Québec, 1er mai 1992 Par les valeurs qui la sous-tendent, la coopération permet d\u2019intégrer la réalité économique et les aspirations sociales.Ainsi, elle met l\u2019économie au service des femmes et des hommes, plutôt que de procéder à l\u2019inverse.L\u2019activité économique devient donc un moyen, non une fin.Cette activité économique est donc mise en oeuvre, non pas pour générer des profits, mais d\u2019abord et avant tout pour répondre aux besoins des gens.La mesure de son efficacité ne tient donc pas du rendement sur le capital investi, mais bien de l\u2019utilisation par les membres des services de leur coopérative.En définitive, la coopération est d\u2019abord un outil pour accéder à un mieux-être individuel et collectif.Toujours selon l\u2019enquête effectuée pour le Conseil de la coopération du Québec en 1991 et visant à connaître la perception de la population à l\u2019égard de la coopération, les Québécoises et les Québécois sont fiers de leurs institutions coopératives.En ce sens, l\u2019entreprise coopérative elle-même représente aussi un précieux héritage.Il ne fait aucun doute que son caractère inaliénable et permanent enrichit notre patrimoine collectif.La coopérative est la combinaison originale d\u2019une association et d\u2019une entreprise qui trouvent leur raison d\u2019être dans la satisfaction des besoins de leurs membres.Par l\u2019association, elle vise à permettre à chaque coopérateur de grandir humainement et so- La coopérative est une association de personnes qui assument collectivement leurs responsabilités d'entrepreneurs.592 cialement; par l\u2019entreprise, elle saisit des occasions de développement.La coopérative est donc: \u2022\tune association de personnes qui assument collectivement leurs responsabilités d\u2019entrepreneurs; \u2022\tune entreprise dont les copropriétaires sont les usagers; \u2022\tune entreprise dont la finalité consiste à maximiser les divers avantages que les membres retirent, à la fois comme entrepreneurs, usagers et citoyens d\u2019un milieu; (.) Extrait du Manifeste du Conseil de la coopération du Québec, 1er mai 1992 Les valeurs et les motivations qui guident les coopératrices et les coopérateurs font de la formule coopérative une véritable formule de développement.Au Québec, depuis quelques années, on parle de concertation, de décentralisation, d\u2019entreprises créées dans le milieu et pour le milieu, d\u2019engagement des gens dans leurs propres affaires, de la nécessité de la permanence des entreprises.La formule coopérative a à son actif des réalisations qui répondent à ces critères.Les valeurs et les motivations qui guident les coopératrices et les coopérateurs font de la formule coopérative une véritable formule de développement.Bon nombre de jeunes ont ainsi décidé de se regrouper en coopérative pour créer leur entreprise et se donner un emploi.Notamment, dans les domaines des arts et des communications, depuis plus de 10 ans, ces jeunes acquièrent le sens des affaires et celui des responsabilités personnelles et collectives.De surcroît, ils ont créé une richesse inaliénable.Le village de Guyenne, où la main-d\u2019œuvre locale ne peut aujourd\u2019hui suffire à combler les emplois créés par la coopérative de travailleurs des Serres pour la production de tomates et la culture de plans de reboisement, constitue un exemple é-loquent de prise en charge et d\u2019engagement.Cette entreprise ne cesse de générer des retom- 593 bées économiques sur les plans de l\u2019habitation, du logement, du transport, de l\u2019alimentation, etc.C\u2019est donc toute une communauté qui voit à ses affaires, qui se prend en main! L\u2019expérience acquise à travers la gestion et l\u2019administration d\u2019une coopérative de travail n\u2019est pas à négliger.Elle permet aux travailleurs de passer d\u2019une mentalité de salarié à celle de propriétaire, d\u2019entrepreneur.Cette expérience offre aussi l\u2019occasion aux travailleurs membres de développer entre eux le difficile exercice de la démocratie et du travail en groupe, de prendre confiance en leurs capacités personnelles.Parce qu\u2019elles sont des entreprises, les coopératives connaissent aussi des difficultés qui les forcent parfois à cesser leurs activités.Cependant, ce sera toujours les membres qui décideront de l\u2019avenir de leur entreprise dans leur milieu et non des gens qui n\u2019y sont pas engagés, et davantage préoccupés par la maximisation du rendement des investissements que par la nécessité de répondre aux besoins d\u2019une communauté.Cependant, injustement la société est souvent plus sévère devant l\u2019échec d\u2019une coopérative que devant celui de toute autre entreprise.Lorsqu\u2019une coopérative ferme ses portes, c\u2019est la formule coopérative qui est remise en cause alors que devant la faillite d\u2019une entreprise à capital-actions, le mode d\u2019organisation économique de cette dernière n\u2019est jamais remis en question! Un outil de développement Les petites et les moyennes entreprises québécoises sont créatrices de nombreux emplois.Comptant aussi que les coopératives naissent et se développent la plupart du temps dans les paroisses, les villages, dans des communautés où les gens ayant les mêmes besoins peuvent se regrouper plus facilement, on convient aisément que le Québec d\u2019aujourd\u2019hui a avantage à Ce sera toujours les membres qui décideront de l\u2019avenir de leur entreprise dans leur milieu.594 La formule coopérative est une formule efficace pour remédier aux problèmes actuels de la société.La coopération est plus qu\u2019une simple formule d\u2019entreprise, c\u2019est un véritable projet de société.développer et à multiplier les entreprises coopératives.Les coopératives étant ainsi une formule efficace pour la création d\u2019emplois et le développement de nos régions.La prise de conscience des besoins des gens de nos milieux, - en regard de l\u2019emploi, du décrochage scolaire, de l\u2019exode des jeunes vers les grandes villes, de la pauvreté, des déficits de nos gouvernements, de la recherche de valeurs qui donnent un sens à la vie -, oblige désormais à imaginer des moyens neufs, des solutions appropriées.La connaissance de ces besoins, liée à la conviction que la formule coopérative est une formule efficace pour remédier aux problèmes actuels de la société, est une incitation à se concerter pour mettre en place des coopératives qui répondent à ces nouveaux besoins.La coopérative, c\u2019est aussi: (¦¦¦) \u2022\tune entreprise dont les règles garantissent aux membres l\u2019égalité dans l\u2019exercice du pouvoir et l\u2019équité dans la répartition des contributions et le partage des résultats; \u2022\tune entreprise qui favorise l\u2019intercoopération pour développer ses affaires et contribuer au développement de son milieu; \u2022\tune entreprise qui fait de l\u2019éducation un de ses mécanismes de fonctionnement essentiels, notamment par le partage de la connaissance et de l'information.Extrait du Manifeste du Conseil de la coopération du Québec, 1er mai 1992 La coopération est plus qu\u2019une simple formule d\u2019entreprise, c\u2019est un véritable projet de société.Faisant appel à la solidarité, à la démocratie, à la reconnaissance de la personne pour ce qu\u2019elle est et, appliquant les règles de l\u2019équité dans l\u2019avoir, elle permet d\u2019atteindre le difficile partage de la richesse.595 Éduquer: enseigner des valeurs Bien qu\u2019il incombe au mouvement coopératif de mettre en œuvre des activités d\u2019éducation à la coopération, les institutions d\u2019enseignement ont, elles aussi, une responsabilité en regard de l\u2019enseignement de la coopération et des valeurs qui s\u2019y rattachent.En tant que forme d\u2019activité économique, la coopération fait aussi partie intégrante de notre activité sociale et de notre histoire.L\u2019enseignement de ses valeurs devrait, sous une forme ou sous une autre, être inclus aux programmes académiques pour contribuer à faire de nos enfants des individus responsables.Les milliards de dollars transigés à travers l\u2019activité économique des coopératives devraient aussi être jugés assez importants pour faire connaître l\u2019apport «différent» de ces entreprises.Cette différence devrait être enseignée à plus grande échelle et reconnue tant à travers les activités économiques des coopératives qu\u2019à travers leurs activités sociale et éducative.Car l\u2019action éducative distingue aussi l\u2019entreprise coopérative.Elle est une condition de réussite, non seulement de la coopérative mais, en raison des valeurs qui motivent les coopératrices et les coopérateurs, une condition essentielle à la réussite d\u2019un réel projet de société.Forme d\u2019entreprise particulière, la coopérative repose sur des valeurs profondément justes et humaines.La primauté des personnes sur le capital, la prise en main ou le «self-help», l\u2019entraide, l\u2019égalité des personnes en nature et en droits, l\u2019équité de traitement des avoirs, des ressources et des résultats en constituent les principales valeurs qui guident l\u2019action des coopératrices et des coopérateurs et en font une forme d\u2019organisation de l\u2019action économique et sociale qui, à l\u2019aube du XXIe siècle, demeure encore originale mais surtout toujours d\u2019actualité.?L\u2019action éducative est une condition de réussite essentielle à la réussite d\u2019un réel projet de société.596 Clermont 4 Dugas Module de géographie Université du Québec à Rimouski La décentralisation a Décentralisation et développement régional Introduction Les disparités socio-économiques entre régions sont une réalité maintenant bien connue.Le phénomène n\u2019est pas nouveau et il a été analysé sous de multiples aspects parmi lesquels le chômage, la pauvreté, les déficiences en services de base, l\u2019émigration de la population et le dépeuplement ont particulièrement été mis en évidence.Les solutions ou tentatives de solution à ces problèmes s\u2019inscrivent habituellement dans l\u2019expression «développement régional» dont le sens n\u2019est pas très précis et qui recouvre une très grande diversité d\u2019interventions.Parmi ces dernières, la décentralisation a toujours occupé une place de choix tout au moins au niveau du discours.C\u2019est cette notion vue dans un contexte de développement régional qui fera l\u2019objet principal de la présente analyse.toujours occupé une place de choix tout au moins au niveau du discours.La lutte aux disparités Autant il semble maintenant admis de tous que le développement régional doit faire l\u2019objet d\u2019une préoccupation majeure de l\u2019État, autant on est partagé sur sa signification et sur la 597 façon d\u2019aborder le problème des disparités.À cet égard, il y a lieu d\u2019abord de distinguer les disparités régionales des disparités sociales.Les premières qui matérialisent des inégalités entre régions ou entités territoriales des inégalités plus ou moins importantes entre régions ou entités territoriales de tailles diverses peuvent être interprétées comme d\u2019inévitables spécificités territoriales imputables tout autant à la géographie, à l\u2019économie, à l\u2019histoire, à la culture qu\u2019aux décisions politiques.Les espaces les plus défavorisés abritent des individus disposant d\u2019une grande variété de niveaux de bien-être.Ainsi à côté de ceux qui ont des problèmes évidents, se localisent des travailleurs ou des rentiers qui bénéficient d\u2019une bonne qualité de vie.En référence aux disparités sociales les catégories deviennent plus homogènes.Les personnes appartenant au groupe des plus pauvres partagent en gros les mêmes problèmes pour l\u2019obtention des services de base.Ces gens démunis ne sont pas confinés à des milieux particuliers et ils se répartissent dans toutes les localités y compris celles disposant d\u2019un niveau de vie élevé.Si l\u2019impératif de combattre les disparités sociales rencontre une adhésion unanime il n\u2019y a toutefois pas de consensus sur la nécessité d\u2019entreprendre des efforts particuliers pour chercher à atténuer les disparités régionales, même s\u2019il est bien évident que les deux catégories se recouvrent passablement dans un grand nombre de petites localités et font partie d\u2019un même phénomène.Les moyens usuels de lutte aux disparités sociales sont appliqués à toutes les catégories d\u2019espaces, indépendamment de leur niveau de développement.Il s\u2019agit surtout de grands programmes universels gouvernementaux de redistribution comme les pensions de vieillesse, les allocations familiales, l\u2019assistance sociale et l\u2019assurance chômage.Ces programmes ne s\u2019attaquent pas aux racines du mal et ne visent essentiellement qu\u2019à assurer le mi- Ces gens démunis se répartissent dans toutes les localités y compris celles disposant d'un niveau de vie élevé.Ces programmes ne s\u2019attaquent pas aux racines du mal et ne visent essentiellement qu\u2019à assurer le minimum nécessaire de biens et services aux gens les plus dépourvus.598 La planification à l'échelon provincial de l\u2019aménagement du territoire et de l\u2019évolution de la structure du peuplement est inexistante.nimum nécessaire de biens et services aux gens les plus dépourvus au plan économique.Les hésitations ou l\u2019incapacité d\u2019intervenir et même la volonté délibérée de ne rien faire au niveau des facteurs de paupérisation et de marginalité, sont occultées par les politiques dites de développement régional ou bien souvent par les discours qui en tiennent lieu.L\u2019absence d\u2019une politique En dépit de toutes les inéquités, de l\u2019inefficacité, de l\u2019improductivité et des gaspillages que les disparités territoriales peuvent engendrer, il n\u2019y a plus depuis au moins vingt ans dans les instances gouvernementales supérieures québécoises et canadiennes, de volonté affirmée d\u2019essayer de les résorber.Toute la politique de développement régional est orientée vers la croissance économique et la mise en valeur des espaces et des ressources qui présentent les meilleurs potentiels, ou encore les meilleurs avantages comparatifs.Elle se traduit par des interventions économiques et/ou sociales de portée limitée, appliquées de façon ponctuelle indistinctement des carences régionales à corriger.La dimension conjoncturelle, reposant tout autant sur les données économiques que sociales et politiques, a nettement préséance sur la dimension structurelle.La planification à l\u2019échelon provincial de l\u2019aménagement du territoire et de l\u2019évolution de la structure du peuplement est inexistante.Les ministères et organismes d\u2019État opèrent de façon sectorielle, en fonction de leurs propres finalités, sans coordination de leurs actions dans des perspectives régionales et évidemment encore moins dans le souci de corriger les carences des régions les plus défavorisées.Dans son usage courant, le terme «développement régional» signifie actuellement au Québec, une intervention ou réalisation quelconque de différents niveaux d\u2019envergure, initiée par 599 des individus, des entreprises, des organismes publics et différents paliers de gouvernement.C\u2019est pour une bonne part la manifestation du libéralisme à l\u2019état pur.Dans ce contexte tout peut être interprété comme du développement, tels la subvention pour fin de dépollution à la multinationale, la construction d\u2019une prison, le ramassage sélectif des ordures ménagères, la concentration d\u2019entreprises entraînant des pertes d\u2019emplois, l\u2019établissement d\u2019une cour à rebuts qui perturbe l\u2019environnement, aussi bien que la construction de routes, de maisons, et la mise en valeur des ressources naturelles.C\u2019est largement dans cet esprit que le gouvernement du Québec a établi sa nouvelle politique de développement régional et que les élus locaux et intervenants régionaux réclament des réalisations et, à l'occasion de nouveaux pouvoirs.Les ententes cadre de développement signées entre les régions et le gouvernement provincial ne sont que l\u2019officialisation d\u2019accords de financement de projets disparates, conclus entre l\u2019État et les promoteurs.L\u2019absence d\u2019une véritable politique de développement axée sur la correction des problèmes structurels qui freinent le dynamisme des régions, et sur la lutte aux disparités, conduit à la persistance et même à l\u2019aggravation des problèmes socio-économiques dans de nombreuses parties du territoire.La volonté, maintes fois exprimée, de prise en mains par les résidents des régions et les nombreux efforts de concertation et d\u2019intervention qu\u2019ils consentent sont pratiquement sans effet sur les principaux indicateurs de développement et l\u2019amélioration de leurs conditions de vie.Dans un tel contexte et dans le but de provoquer un changement plus sensible et constructif, c\u2019est devenu un lieu commun de réclamer de la décentralisation.Lors des audiences de la commission Bélanger-Campeau sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec, de nombreux organismes régionaux ont fait état d\u2019une telle demande.L'absence d\u2019une véritable politique de développement conduit à la persistance et même à /\u2019 aggravation des problèmes socio-économiques dans de nombreuses parties du territoire.600 La décentralisation: une perspective communautaire nouvelle.Décentralisation comme outil de développement La décentralisation comme moyen de développement régional n\u2019est pas une idée nouvelle au Québec.C\u2019était un objet de préoccupations déjà à la mode dans les années 1960.Dans son plan d\u2019aménagement et de développement, le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est-du-Québec (BAEQ), considérait parmi ses objectifs majeurs la mise en place d\u2019un cadre institutionnel de planification et de participation impliquant un organisme régional de développement.Cette proposition qui ne fut pas entièrement retenue par les gouvernements entraîna quand même une certaine déconcentration et une restructuration administratives.Mais c\u2019était loin de correspondre à ce qui était demandé et les velléités décentralisatrices ont continué à se manifester dans l\u2019Est-du-Québec comme dans les autres régions.En 1977, suite à de nombreux débats et revendications sur le sujet, la décentralisation est finalement devenue une importante matière à analyse, réflexion et consultation au ministère d\u2019État à l\u2019aménagement du Conseil exécutif.L\u2019organisme prépara et diffusa largement une série de neuf fascicules ayant pour thématique générale: La décentralisation: une perspective communautaire nouvelle.Cette campagne gouvernementale de sensibilisation reposait sur le principe d\u2019un nouveau partage de pouvoirs et de responsabilités entre le gouvernement provincial et les gouvernements locaux.La décentralisation envisagée devait donner aux citoyens une plus grande facilité de se doter des services et activités a-daptés à leurs besoins et aspirations.Elle a été présentée dans le fascicule 1, une vue d'ensemble, comme «un appel à la créativité, une assise pour des solidarités nouvelles, une confiance partagée, un esprit de dialogue, un goût de prendre des responsabilités et un respect des 601 différences».Il s\u2019agissait d\u2019un discours très mobilisateur qui a rapidement retenu l\u2019attention et même l\u2019adhésion de nombreux intervenants impliqués dans l\u2019aménagement du territoire et le développement régional.On y a vu les promesses de nouvelles possibilités de développement socio-économique cadrant bien avec les concepts de «prise en mains» et de «développement endogène».L\u2019exercice aboutit finalement à l\u2019adoption en 1979 de la loi 125 sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme qui créait les municipalités régionales de comté et leur imposait de se doter de schémas d\u2019aménagement intégrant, entre autres données, les normes et directives du niveau provincial.Les municipalités recevaient pour leur part l\u2019obligation d\u2019élaborer un plan d\u2019urbanisme avec un ensemble de règlements afférents.La loi donnait ainsi de nouvelles obligations aux municipalités en matière de gestion de l'organisation de l\u2019espace.Les nouveaux conseils de MRC qui remplacent les anciens conseils de comté constituent des lieux de concertation des maires des municipalités urbaines et rurales et des courroies de transmission vers divers organismes et ministères provinciaux.Leurs responsabilités, qui pour le moment se limitent à l\u2019aménagement du territoire, à la gestion des déchets et à l\u2019évaluation foncière, correspondent davantage à de nouvelles obligations imputables à de grandes transformations sociales qu\u2019à un changement de niveau décisionnel.Les schémas d\u2019aménagement qui ne sont souvent que des recueils d\u2019orientations et d\u2019objectifs forts disparates sont nés avec ces MRC.Une décentralisation inattendue Cette décentralisation qui n\u2019était pas celle attendue n'est quand même pas inutile.Elle oblige les municipalités et les petites régions que sont les MRC à mieux s\u2019occuper de la gestion de leur territoire.Elle favorise aussi Les schémas d\u2019aménagement qui ne sont souvent que des recueils d'orientations et d\u2019objectifs forts disparates sont nés avec ces MRC.602 La revendication vient pour l\u2019essentiel de l\u2019adage que l'on n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même.une meilleure conscientisation de la qualité de l\u2019environnement et du cadre de vie et une concertation accrue entre municipalités voisines.Toutefois elle concerne beaucoup plus l\u2019aménagement que le développement et n\u2019apporte pas de nouveaux outils en matière de création d\u2019emplois, de réduction du chômage et d\u2019augmentation du niveau de vie.Elle ne donne pas non plus de nouveaux moyens aux municipalités pour améliorer leurs infrastructures de services.La décentralisation promise ne s\u2019étant pas vraiment concrétisée, les revendications populaires en vue d\u2019une décentralisation de pouvoirs porteuse de développement se sont amplifiées.Cette décentralisation dont le contenu n\u2019a jamais été précisé est surtout vue comme un moyen de corriger les principaux problèmes qui affligent les régions, comme si leur existence dépendait de mauvaises décisions prises dans les instances centrales des gouvernements supérieurs.Il s\u2019agit plus d\u2019une affaire de perception que la résultante d\u2019une analyse en profondeur.S\u2019il est en fait loisible à peu près à n\u2019importe qui de faire état de décisions inappropriées, de lenteurs et d\u2019inefficacité administratives du gouvernement central, il est plus difficile d\u2019identifier des situations de marginalité et des formes de disparités qui lui seraient clairement imputables.Le rôle de la décentralisation sur le développement et la lutte aux disparités semble vu beaucoup plus comme une promesse ou une nouvelle expérimentation que comme un mécanisme dont il est facile de démontrer l\u2019efficacité.On n\u2019a pas encore jusqu\u2019à maintenant été vraiment en mesure d\u2019identifier clairement les pouvoirs que l\u2019on réclame et évidemment encore moins d\u2019en justifier la pertinence.La revendication vient pour l\u2019essentiel de l\u2019adage que l\u2019on n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même.Elle s\u2019associe aussi avec le désir bien légitime de pouvoir gérer ses propres affaires 603 tout en s\u2019inscrivant dans des sentiments régio-nalistes.Elle apparaît comme un corollaire tout à fait naturel de la volonté de prise en mains.On a donc tendance à la relier à la nouvelle approche à caractère fortement idéologique de développement local.Décentralisation et politiques actuelles de développement Le flou qui entoure toute la problématique de la décentralisation, les revendications régionales dans le sens d\u2019une plus grande maîtrise d\u2019œuvre en matière de développement et la volonté clairement affirmée de l\u2019Etat de ne plus combattre les disparités régionales se traduisent dans la dernière politique de développement régional du gouvernement du Québec présentée par le ministre Yvon Picotte en 1992.Sans être le fondement de la nouvelle orientation adoptée par le conseil des ministres, la décentralisation en demeure un principe sous-jacent.Il s\u2019agit cependant d\u2019une opération bien différente de celle revendiquée par des intervenants régionaux.Le gouvernement agit en quelque sorte de la même manière qu\u2019avec la mise en application de la loi 125.Il maintient au niveau central d\u2019importants pouvoirs décisionnels et donne de nouvelles responsabilités aux régions.Dans le présent contexte, c\u2019est celle d\u2019assumer elles-mêmes leur propre développement.C\u2019est une responsabilité très lourde qui dépasse la capacité des régions et qui n\u2019est pas accompagnée des moyens financiers suffisants.L\u2019État se définit tout simplement comme un allié des régions dans leurs efforts de développement.Évidemment c\u2019est le minimum qu\u2019il pouvait faire et le contraire aurait été carrément inacceptable.Tout en gardant en vigueur son plan d\u2019action de 1988 qui s\u2019appuie sur l\u2019orientation générale «basée sur l\u2019affirmation que le développement régional repose essentiellement sur l\u2019initiative des individus et sur leur entrepreneurship et, Il maintient au niveau central d'importants pouvoirs décisionnels et donne de nouvelles responsabilités aux régions.604 En dépit des inégalités identifiées, toutes les régions sont traitées sur le même plan.par conséquent, sur les dynamismes propres à chaque région» (O.P.D.Q.1988), le gouvernement québécois a indiqué en 1992 que son action en matière de développement régional serait une «démarche d\u2019accompagnement du dynamisme des régions».En mentionnant que le développement des régions n\u2019est pas indépendant de celui du Québec, il précise qu\u2019il doit veiller à la cohérence du développement de la province dans son ensemble.C\u2019est évidemment un mandat qu\u2019on ne peut lui contester mais cela peut aussi vouloir dire que le développement régional n\u2019a de la valeur que dans la mesure où il contribue à la croissance de l\u2019économie globale indépendamment des disparités qui peuvent exister et qu\u2019elle peut engendrer.L\u2019essentiel de la réforme passe par la modification de la structure et du rôle des conseils régionaux de concertation et de développement.Leur composition est élargie de façon à englober d\u2019avantage de décideurs régionaux.Comprenant de 20 à 50 personnes, ils réuniront désormais les députés de l\u2019Assemblée nationale, des représentants des élus municipaux, des a-gents de développement socio-économique et des organismes dispensateurs de services comme les cégeps et universités.Leurs fonctions de base seront d\u2019assurer la concertation des intervenants, de donner des avis au gouvernement, de définir une stratégie de développement régional, de conclure des ententes spécifiques avec des organismes et ministères gouvernementaux, d\u2019assurer le suivi et la coordination d\u2019actions et de programmes de développement et de gérer en concertation avec le ministre délégué aux Affaires régionales, un fond régional de développement attribué par le gouvernement (Picotte Yvon, 1992, pages 39-40).Une réforme sans changement En dépit des inégalités identifiées, toutes les régions sont traitées sur le même plan.S\u2019inscri- 605 vant dans une optique de concertation et de partenariat, le gouvernement fait des nouveaux conseils régionaux ses «interlocuteurs» et «associés» au plan régional.La dimension décentralisation de l\u2019opération se limite principalement à l\u2019allocation à chaque région d\u2019un montant forfaitaire annuel moyen de l\u2019ordre de 2 millions de dollars et à l\u2019élaboration d\u2019un plan de développement stratégique dont la mise en application n\u2019est aucunement garantie.Le montant octroyé à chaque région indépendamment de ses faiblesses et de ses besoins, équivaut approximativement à celui du fond géré antérieurement par les bureaux régionaux de l\u2019OPDQ.Faisant en partie suite aux revendications régionales, le gouvernement indique qu\u2019il veut impliquer, valoriser et responsabiliser davantage les intervenants régionaux.Le nouveau concept de «responsabilisation» résume assez bien l\u2019essentiel de la philosophie de l\u2019État.Ce qui à première vue apparaît comme une option normale et légitime équivaut aussi à l\u2019acceptation des inégalités territoriales compte tenu de la grande hétérogénéité des potentiels régionaux de développement.Cela peut également être interprété comme un moyen facile pour l\u2019État de se départir d\u2019une responsabilité qu\u2019il ne veut pas assumer.Tout l\u2019équivoque qui entoure le concept «décentralisation» sert très bien le gouvernement du Québec.Sans qu\u2019il ait à définir une véritable politique décentralisatrice et à prendre des engagements significatifs en ce sens, il lui est possible d\u2019entretenir les espoirs et la confusion dans le domaine en assortissant, par exemple, son discours sur le développement régional de références plus ou moins précises au transfert de responsabilités, à la nécessité de rapprocher le plus possible l\u2019appareil administratif des administrés et à l\u2019importance de miser sur le dynamisme et la créativité des individus.Cela peut également être interprété comme un moyen facile pour l\u2019État de se départir d'une responsabilité qu\u2019il ne veut pas assumer.Pour importante quelle soit, la réforme de la politique de développement régional n\u2019apporte aucun changement substantiel.606 D\u2019autant plus que les décisions importantes ne se prennent pas dans les régions mais au niveau central.Pour importante qu\u2019elle soit, la réforme de la politique de développement régional n\u2019apporte aucun changement substantiel par rapport à ce qui existait antérieurement tant aux niveaux de l\u2019efficacité que des transferts de responsabilités.Pour l\u2019essentiel, chaque ministère et organisme de l\u2019État va continuer à opérer selon sa propre logique sectorielle, en vertu de ses propres finalités et sans soucis des déséquilibres territoriaux.Avec leur maigre deux millions de dollars qu\u2019ils devront dépenser en tenant compte des règles imposées par Québec, les nouveaux conseils de développement pourront difficilement faire mieux que les anciens bureaux régionaux de l\u2019OPDQ.Compte tenu de la volonté clairement exprimée du gouvernement québécois d\u2019être un accompagnateur du dynamisme régional, plutôt qu\u2019un instigateur et un orienteur du développement, on peut s\u2019interroger sur le sens de la tâche d'orientation et d\u2019harmonisation qui incombe au nouveau secrétariat aux Affaires régionales.Sans volonté politique de combattre les disparités régionales, il y a fort à parier que tout le travail qu\u2019il fera n\u2019apportera rien de vraiment nouveau par rapport aux pratiques établies.L\u2019essentiel de la concertation interministérielle reposant dans les régions sur les délégués régionaux, ces derniers se retrouvent avec une responsabilité qui sera très difficile à assumer et ce d\u2019autant plus que les décisions importantes ne se prennent pas dans les régions mais au niveau central.Les limites de la décentralisation Tout en se disant réceptif aux volontés de décentralisation maintes fois exprimées par différents organismes, le gouvernement québécois tient à préciser dans son document «développer les régions du Québec» qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019établir des gouvernements régionaux.Il ne fait pas non plus état de champs de compétence dont il veut se départir avec les moyens appropriés, au bénéfice des municipalités, des muni- 607 cipalités régionales de comté et des régions.Il établit ainsi en quelque sorte les limites de la décentralisation qu\u2019il est prêt à effectuer.Cette orientation n\u2019est pas sans décevoir ceux qui réclament davantage de pouvoirs pour favoriser le développement régional.11 y a toutefois lieu de se demander en quoi et comment une décentralisation plus forte pourrait être avantageuse.Tout en adhérant au principe que les individus et organismes de toutes les régions doivent s\u2019impliquer fortement dans le développement socio-économique de leur territoire, et qu\u2019ils ne doivent pas s\u2019attendre à ce que tout leur parvienne de l\u2019État, il faut aussi reconnaître que ce même État a des responsabilités considérables en matière de développement dont il ne peut se départir.C'est à lui qu\u2019appartient la responsabilité ultime d\u2019établir une distribution équitable des biens et services pour l\u2019ensemble de la collectivité.Par ailleurs, par les taxes et impôts qu\u2019il prélève, par son énorme capacité de dépenser, par ses lois, ses règlements, ses normes, ses contrôles et ses subventions discrétionnaires, par sa gestion des ressources et par ses interventions directes et indirectes dans l\u2019organisation de l\u2019espace, il génère constamment des disparités.Même s\u2019il se voulait neutre en terme de développement économique, il ne Test pas et ne le sera jamais.Qu\u2019il intervienne directement ou pas dans l\u2019économie, il l\u2019influence quand même, tellement sa masse critique est énorme et ses moyens d\u2019action puissants et diversifiés.En raison de la complexité et de la dimension de son administration d\u2019une part, et de l\u2019étendue et de la diversité du territoire sous sa juridiction d\u2019autre part, il n\u2019arrive même pas à produire une distribution spatiale parfaitement équilibrée des services qu\u2019il fournit à la population.Compte tenu de ce rôle de l\u2019État en tant que facteur de disparités, il ne peut être question d\u2019ignorer sa présence dans les stratégies de développement.La prise en mains ou le contrôle Ce même État a des responsabilités considérables en matière de développement dont il ne peut se départir.Il n\u2019arrive même pas à produire une distribution spatiale parfaitement équilibrée des services qu\u2019il fournit à la population.608 Il leur faut les moyens adéquats de production pour influer sur cet ensemble.Or, ces moyens dépassent habituellement les capacités de territoires marginalisés ou en voie de déstructuration.du développement revendiqué par des intervenants régionaux ne peut être envisagée sans la participation de l\u2019État.Il est le seul à pouvoir corriger les fortes distorsions qu\u2019il crée.Il est aussi illusoire de vouloir l\u2019éloigner du domaine du développement économique, parce qu\u2019il génère des inégalités.En raison de ses champs de compétence, tout gouvernement central est en quelque sorte par définition, le pivot de la machine économique.Cette position, si elle est bien exploitée, est avantageuse pour toutes les régions puisqu\u2019elle permet d\u2019utiliser des mécanismes d\u2019ajustement, de rééquilibrage et de redistribution à l\u2019avantage des entités les moins bien pourvues et les plus désavantagées et en faveur de l\u2019optimisation de l\u2019utilisation de toutes les ressources.Elle peut aussi contribuer à atténuer des tensions porteuses d\u2019inefficacité entre milieux trop hétérogènes.À l\u2019heure de la mondialisation La période actuelle de mondialisation de l\u2019économie commande un dépassement des limites du local et du régional.En étendant à l\u2019échelle de la planète le champ de compétition pour les ressources, les gains de productivité et les marchés, elle contribue en outre à exacerber les problèmes liés aux carences structurelles qui freinent le développement de nombreuses régions.Il est difficile d\u2019imaginer dans ce contexte comment ces dernières pourraient a-méliorer leur sort en s\u2019appuyant uniquement sur une augmentation de leurs pouvoirs décisionnels.Leur situation ne découle pas seulement de ce qu\u2019elles peuvent faire ou ne pas faire mais surtout de leur position relative dans un vaste ensemble.Il leur faut les moyens adéquats de production pour influer sur cet ensemble.Or, ces moyens dépassent habituellement les capacités de territoires marginalisés ou en voie de déstructuration.Une vaste région rurale 609 si bien aménagée soit-elle, n\u2019aura jamais le potentiel de compétition économique nationale et internationale d\u2019une grande région métropolitaine.Dans l\u2019optique du développement local, la décentralisation est vue comme le déclencheur et le moyen de stimulation du dynamisme local.De telles relations de cause à effets doivent être considérées avec beaucoup de prudence.C\u2019est une vision très réductionniste de la complexe problématique du développement régional.Tout d\u2019abord, un petit retour dans le passé fait vite voir que le dynamisme n\u2019a pas fait défaut lors de la mise en valeur des régions périphériques.Il a en effet fallu du courage, de l\u2019énergie et de l\u2019imagination pour défricher la terre, effectuer la mise en valeur des ressources, aménager et structurer l\u2019espace et construire les institutions sociales, culturelles et religieuses qui charpentent les collectivités locales et régionales.Dans la plupart des localités rurales, les petites entreprises commerciales et de fabrication étaient en plus grand nombre à la fin des années 1950 qu\u2019actuellement.Les politiques gouvernementales favorisaient alors leur concentration.Les solidarités qu\u2019on aime beaucoup évoquer étaient apparemment au moins aussi fortes sinon plus dans le passé qu\u2019aujourd\u2019hui.Le coopératisme existait bien avant que l\u2019on crée les concepts «développement régional», «développement communautaire» et «a-ménagement du territoire».Tout cela n\u2019a pas empêché les disparités de se maintenir ou de se former et n\u2019a pas évité la marginalisation d\u2019espaces et la déstructuration de vastes secteurs habités.Par ailleurs, le dynamisme d\u2019aujourd\u2019hui comme celui d\u2019hier n\u2019a pas partout la même intensité et la même efficience.Il en est en ce domaine comme pour tous les autres facteurs de développement.L\u2019hétérogénéité est davantage la règle que l\u2019exception.De mêmes lois, normes et réglementations applicables à l\u2019ensemble de la province n\u2019ont pu Le dynamisme d\u2019aujourd\u2019 hui comme celui d\u2019hier n\u2019a pas partout la même intensité et la même efficience.610 Les avantages liés à la structure du peuplement et à la nature des contextes biophysiques seront toujours des éléments déterminants.La question fondamentale est de savoir comment créer ces emplois dans des milieux peu peuplés, en déstructuration, déficients en services et loin des marchés.empêcher la formation d\u2019importantes inégalités socio-économiques.Ces mêmes inégalités évoluent constamment sans qu\u2019il y ait de transformations équivalentes des politiques et mesures gouvernementales en vigueur.Par ailleurs, lors des travaux du BAEQ, on a mis en évidence la forte sous-utilisation des pouvoirs locaux existants en vertu des lois des cités et villes et du code municipal.Même si le gouvernement central a intensifié ses contrôles depuis ce temps, le champ des compétences locales dépasse encore les domaines d\u2019intervention des gouvernements municipaux.Le dynamisme populaire est beaucoup plus qu\u2019une émanation du cadre législatif et réglementaire existant.Son efficacité n\u2019est pas non plus une fonction directe de son intensité.Les conditions dans lesquelles il s\u2019exerce et ses modalités d\u2019expression entraînent une forte différenciation des résultats.Un nouveau partage de pouvoirs entre le central, le régional et le local amènerait sans doute des modifications sensibles dans les interventions mais ne serait pas suffisant pour aplanir tous les facteurs de disparités.Les avantages liés à la structure du peuplement et à la nature des contextes biophysiques seront toujours des éléments déterminants.Un des problèmes majeurs des régions à difficultés économiques et particulièrement celles identifiées de périphériques ou encore de régions ressources réside dans la pénurie d\u2019emplois réguliers et bien rémunérés.Il faut de nouveaux emplois pour combler les déficits qui existent depuis des décennies et pour remplacer ceux perdus dans le secteur de la mise en valeur des ressources.Il en faut également pour satisfaire les nouvelles cohortes de travailleurs qui arrivent sur le marché du travail.Beaucoup de ces emplois doivent aussi être à la mesure des attentes et des capacités des travailleurs fortement scolarisés qui sont formés par les institutions régionales et les universités extérieures.611 La question fondamentale est de savoir comment créer ces emplois dans des milieux peu peuplés, en déstructuration, déficients en services et loin des marchés.La solution dépasse largement les possibilités de la décentralisation.On aura beau donner tous les pouvoirs politiques possible à un ensemble de petites localités forestières et agroforestières des plateaux appalachien ou laurentien, ça ne suffira pas à solutionner leurs problèmes économiques et sociaux.Si compétentes qu\u2019elles soient, les autorités locales et régionales auront toujours peu de poids sur le contexte national et international qui influencent fortement l\u2019économie.Tous ces arguments ne doivent cependant pas conduire à minimiser le rôle de la décentralisation.La centralisation excessive entraîne des inconvénients de toutes sortes qui, tant au pays qu\u2019à l\u2019étranger, ont été maintes fois dénoncés.Il s\u2019agit plutôt de chercher un juste équilibre entre les deux formes administratives et d\u2019identifier des modalités de décentralisation qui feraient réellement avancer la cause du développement régional et contribueraient à la réduction des disparités territoriales.Les conditions d\u2019une décentralisation efficace La décentralisation semble vue par la plupart de ceux qui la revendiquent comme un moyen pour améliorer l\u2019économie.Pour qu\u2019il en soit ainsi, il faudra qu\u2019elle contribue directement à accroître la production, la transformation et la commercialisation dans les régions ainsi que la création d'emplois.Elle devra donc être conçue de façon à favoriser la créativité, l\u2019entrepre-neurship et la formation d\u2019entreprises.Elle devrait aussi impliquer une meilleure diffusion spatiale d\u2019activités économiques et d\u2019infrastructures de base.Créer des entreprises dans de vastes régions rurales en voie de dévitalisation et de déstructu- Pour qu\u2019il en soit ainsi, il faudra qu elle contribue directement à accroître la production, la transformation et la commercialisation dans les régions ainsi que la création d\u2019emplois.La télématique et /\u2019 informatique, vues par certains comme des outils de décentralisation, contribuent fortement à favoriser un tel processus de concentration.612 Il ne peut être question de laisser les régions à elles-mêmes, dans une compétition inégale entre elles et par rapport au marché international.ration représente un défi considérable puisque cela s\u2019inscrit en sens contraire des grandes forces qui régissent l\u2019économie et qui contribuent à affaiblir leur potentiel de production.Non seulement les investisseurs hésitent à y implanter leurs entreprises mais, de plus, la logique centralisatrice qui prévaut actuellement conduit, par le biais des regroupements et des fusions, au déplacement vers les villes d\u2019entreprises en expansion qui y ont été initialement installées.La télématique et 1 informatique, vues par certains comme des outils de décentralisation, contribuent fortement à favoriser un tel processus de concentration.Pour modifier ce courant centralisateur, le concours de l\u2019État est indispensable.11 devra articuler sa stratégie économique en fonction des besoins des régions.En d autres termes, il ne peut être question de laisser les régions à elles-mêmes, dans une compétition inégale entre elles et par rapport au marché international.Cela veut dire qu\u2019en plus de disposer de pouvoirs suffisants pour agir efficacement sur le monde des affaires, les régions devront compter sur une modulation des politiques nationales et la mise en place d'incitatifs appropriés.Cette politique nationale devrait être sous-ten-due par un plan global d\u2019aménagement du territoire, visant à moyen et long termes, un étalement plus équilibré du tissu de peuplement et une redistribution des forces et activités productives.Il faudra aussi voir à ce que les opérations administratives décentralisées soient organisées dans le but d\u2019adapter les normes et les mesures d\u2019assistance aux particularismes locaux et régionaux, de diminuer les contraintes bureaucratiques, de raccourcir les processus décisionnels, de simplifier les démarches, de répondre rapidement aux demandes d\u2019information et sollicitations du milieu, de stimuler la créativité et d\u2019orienter l\u2019entrepreneurship vers les besoins du marché, compte tenu des spécifi- 613 cités locales et régionales et des conjonctures nationales et internationales.Le maintien de la cohérence nationale et la responsabilité de la croissance globale qui appartiennent à l\u2019État sont facilement conciliables avec une telle approche.En plus de favoriser l\u2019équité entre régions, cette dernière contribuera à diminuer les gaspillages générés par les inégalités de développement, notamment, les coûts sociaux et environnementaux de la concentration et les pertes engendrées par la sous-utilisation des équipements de services et des ressources dans les espaces à population dispersée.Des changements dans la gestion du quotidien Le monde rural doit aussi être en mesure d\u2019exercer un meilleur contrôle sur certaines de ses infrastructures de base qui actuellement sont sous la responsabilité d\u2019organismes gouvernementaux et para-gouvernementaux.Ces derniers les gèrent avec des visions sectorielles et des objectifs d\u2019efficacité et de rentabilité qui font souvent fi des besoins réels des milieux concernés.Les logiques de fonctionnement de ces organismes ignorent souvent complètement les particularismes des régions et les conditions structurelles de leur développement.Aussi est-il devenu courant de chercher à balancer des bilans financiers ou à réduire ou éponger des déficits en effectuant des coupures de services en milieu rural.Radio-Québec, Poste-Canada et Via-Rail en sont des exemples éloquents.Dans une optique toute centralisatrice et pour des raisons budgétaires sans aucun lien avec les problèmes des régions, on supprime des services structurants d une importance majeure obtenus habituellement après de longues et pénibles démarches.La décentralisation doit être comprise comme une des actions faisant partie d\u2019une stratégie Le monde rural doit aussi être en mesure d\u2019exercer un meilleur contrôle sur certaines de ses infrastructures de base.Sans aucun lien avec les problèmes des régions, on supprime des services structurants d'une importance majeure.614 L\u2019État ne peut se départir de sa responsabilité de redistribution.d\u2019interventions multisectorielles orientées vers la lutte aux disparités régionales.Il faut donc au départ une volonté gouvernementale ferme de réduire les disparités.Cette volonté doit se traduire par un contrôle ou au moins une concertation de tous les organismes ayant des incidences sur le développement.Il faut éviter que la planification et les orientations d'un ou de quelques-uns, comme c\u2019est le cas maintenant, viennent paralyser ou annuler les interventions des autres.L\u2019ensemble des interventions gouvernementales territorialisées devrait être fait de façon cohérente et en fonction d\u2019orientations nationales et régionales complémentaires.Quelques soient les formes que prendra la décentralisation, les régions seront toujours en position inégale par rapport aux possibilités de développement.Les multiples problèmes structurels qui affectent les plus défavorisées ne disparaîtront pas instantanément avec l\u2019arrivée de nouveaux pouvoirs.L\u2019efficacité de chaque administration locale et régionale ne sera toujours qu\u2019à la mesure de ses potentiels qui, étant différents vont continuer à générer les disparités.Dans un tel contexte, l\u2019État ne peut se départir de sa responsabilité de redistribution.Il devra donc par les nombreux moyens qui sont en son pouvoir, chercher à favoriser une répartition spatiale plus équitable de l\u2019activité économique.Il est aussi impératif d\u2019améliorer l\u2019harmonisation et l\u2019efficacité de l'appareil gouvernemental.Les rigidités, les duplications, l'immobilisme, les lenteurs, les contraintes et les gaspillages caractéristiques de l\u2019administration centrale exercent des effets néfastes sur l\u2019économie et contribuent à freiner le dynamisme et l\u2019innovation tout en occasionnant des coûts importants à l'entreprise privée comme à l\u2019ensemble des individus.Ce sont en grande partie ces problèmes qui sont à l\u2019origine des revendications en faveur de la décentralisation.Toute- 615 fois, cette dernière ne pouvant remplacer le rôle majeur exercé par le pouvoir central sur l\u2019économie, il importe alors que l\u2019action de ce dernier devienne plus performante.La souplesse et 1 efficacité souhaitée dans les instances régionales devraient logiquement avoir leur contrepartie au niveau national.Il faudrait que l\u2019allègement du système au bénéfice des régions contribue à 1 amélioration de son efficience.La portée de toute forme de décentralisation sera toujours fonction des finalités poursuivies par ceux qui la conçoivent et ceux qui la réalisent.Pour être avantageuse aux régions et surtout aux plus démunies, elle doit être plus qu \u2019un simple éclatement territorial du pouvoir central ou une simple déconcentration de l\u2019appareil existant.Il faut qu\u2019elle amène des changements réels dans la gestion du quotidien mais surtout dans la lecture des problèmes et la façon d\u2019y faire face.Si elle doit être porteuse de dynamisme et de créativité, elle doit être autre chose qu\u2019un nouvel encadrement territorial contribuant surtout à alourdir et à accroître les contrôles existants.Dans cette seule perspective, mieux vaut peut-être l\u2019encadrement d\u2019un gouvernement lointain à qui bien des choses échappent.C\u2019est davantage dans un esprit de concertation, de coopération, d\u2019appui et de soutien aux initiatives du milieu que devrait prendre forme cette décentralisation.Mais cela suppose une orientation au niveau central, qui privilégie l\u2019initiative, l\u2019imagination et la formation à la propension à vouloir tout contrôler.Conclusion C est surtout comme une émanation et une expression de la culture, des caractéristiques, des capacités, des besoins et de la volonté des régions que la décentralisation politique et administrative serait susceptible de favoriser des changements positifs.Mais un tel aboutissement repose sur un ensemble de préalables tant H faut quelle amène des changements réels dans la gestion du quotidien mais surtout dans la lecture des problèmes et la façon d'y faire face.616 La décentralisation ne devrait toujours être considérée que comme un des nombreux moyens d'action.au niveau régional que central qui ne sont pas encore en place.Beaucoup de réflexions s imposent encore de la part de tous les intervenants dans ce dossier avant d\u2019en arriver à une solution acceptable.Le potentiel de solidarités nouvelles, de responsabilisation, de dynamisme et de développement que contient le concept de décentralisation risque fort de s\u2019affaiblir si les enjeux en cause ne sont que la recherche de nouveaux pouvoirs pour les instances locales et régionales et un moyen de se débarrasser pour le gouvernement central.Le succès de toute démarche décentralisatrice dépend avant tout du degré d\u2019efficacité recherché et d\u2019un souci de doter les espaces différenciés que sont les régions des meilleurs outils susceptibles de favoriser leur développement.En regard du développement régional, la décentralisation ne devrait toujours être considérée que comme un des nombreux moyens d\u2019action.Quelques soient ses modalités d\u2019application et de fonctionnement, elle ne saurait remplacer le rôle prépondérant du pouvoir central comme régulateur de l\u2019économie.Il importe donc de la concevoir en ce sens.?Bibliographie Office de planification et de développement du Québec, Québec à l\u2019heure de l\u2019entreprise régionale; Plan d\u2019action en matière de développement régional, Québec, Service des communications de l\u2019ÔPDQ, 1988, 90 pages.Picotte Yvon, Développer les régions du Québec, gouvernement du Québec, 1992, 47 pages.Secrétariat à l\u2019aménagement et à la décentralisation, La décentralisation: une perspective communautaire nouvelle, fascicule 1, une vue d\u2019ensemble, Québec, Ministère du conseil exécutif, 1978, 30 pages.617 La nécessaire ouverture 11 y a les jours de célébration.Puis les jours de déprime, d\u2019inquiétude, d\u2019angoisse même.Comment y parviendra-t-on?Un jour, il faudra 50 % du vote.Et les points qui manquent, nonobstant les plus nobles idéaux politiques, il faut les espérer davantage sur la Côte-de-Beaupré qu\u2019à Parc Extension.Soyons réalistes.Les efforts consentis par les dirigeants du Parti québécois depuis René Lévesque jusqu\u2019à Jacques Parizeau auprès des «communautés» culturelles (quelle expression!) et des anglophones du Québec n\u2019ont pas produit les résultats attendus.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il faut cesser d\u2019essayer mais pour franchir la barre des 50 %, il faut aussi regarder ailleurs.Or, à observer les tendances actuelles des organisations électorales au sein du mouvement souverainiste, il faut s\u2019inquiéter.Prenons le cas, justement, de la Côte-de-Beaupré, depuis près de trois ans.Acte premier: Louis Duclos.La Côte-de-Beaupré et l\u2019île d\u2019Orléans abritent une population à 99,9 % francophone qui a voté «oui» à 49,6% en 1980 et «non» à 69,6% en 1992.À Québec, le comté de Montmorency est représenté par un député du Parti québécois depuis août 1991 et à Ottawa, par un député ?Yvon Leclerc À observer les tendances actuelles des organisations électorales au sein du mouvement souverainiste, il faut s\u2019inquiéter.618 conservateur depuis 1984.Dans ce berceau francophone que l\u2019on pourrait croire gagné à la cause souverainiste se produit pourtant un clivage politique qui compromet les chances d\u2019élargissement de la base militante que l\u2019on espérait au lendemain de l\u2019échec de l\u2019accord du Lac Meech et avec la fondation du Bloc québécois.L\u2019histoire remonte à l\u2019automne \u201990 au moment de l\u2019annonce que Louis Duclos, ex-député libéral fédéral du comté de 1973 à 1984, se préparait à joindre les rangs du P.Q.et pourrait même briguer les suffrages à l\u2019investiture de ce parti prévue pour avril 1991.Débutent alors les hostilités: une lutte à finir entre les quatre candidats admis à la convention.En fait, la lutte se déroule à trois contre un: le candidat à battre est Duclos.Même les quelques signaux discrets de monsieur Parizeau («Arnenez-en des Duclos» avait-il lancé lors d\u2019une entrevue au journal Le Soleil) n\u2019ont pas réussi à ébranler l\u2019ardeur des combattants.Au point que parti bon premier, il termine dernier, à une seule voix du troisième rang.La lutte a creusé et laissé des plaies profondes, lentes à cicatriser.Les démons ont la dent dure.La méfiance naît de la confiance abusée.Les analystes ont alors prétendu que l\u2019ex-dépu-té libéral fédéral avait laissé trop peu de temps entre l\u2019annonce de son adhésion au P.Q.et celle de se porter candidat du même parti laissant poindre ainsi une certaine forme d\u2019opportunisme.C\u2019était faire bon marché de la lutte qu\u2019il avait menée contre le rapatriement unilatéral de la constitution, seul contre son parti et son chef, dix ans plus tôt.Du reste, il ne faut pas oublier la résistance des militants d\u2019un parti à confier leur sort à un transfuge provenant d\u2019un autre parti.Et a fortiori lorsque cet homme politique a été leur adversaire durant plus de dix ans! Fut-ce pour la bonne cause.Par ailleurs, peut-on tenir rigueur à des militants sincères de s\u2019interroger sur l\u2019authenticité de l\u2019engagement des leaders politiques à servir la cause de la souveraineté alors même qu\u2019ils 619 ont vécu l\u2019étapisme, le beau risque et autre affirmation nationale.La méfiance naît de la confiance abusée.On pourra donc toujours trouver des excuses à l\u2019insuccès de Louis Du-clos mais comment justifier le même discours pour Jean-François Simard, deux ans plus tard?Acte deux: Jean-François Simard.Car en septembre 1984, au moment de la défaite de Louis Duclos et du Parti libéral aux mains des Conservateurs, Jean-François Simard avait à peine 17 ans.Il s\u2019intéresse pourtant déjà à la chose publique et participe aux activités de l\u2019Association des jeunes du Parti libéral du Canada, formation politique où militait son grand-père.Passionné par la politique, il se fait vite remarquer.À 18 ans, il est vice-président de son association de comté; à 19 ans, élu vice-président de l\u2019association des jeunes du PLC, il en devient président à 21 ans.Plus tard, au moment de la Commission Bélanger-Campeau, le cinéaste Jacques Godbout le remarque et l\u2019invite, en compagnie de deux autres jeunes politiciens, à participer à son film «Le mouton noir».Déjà, en février 1990, constatant les difficultés qu\u2019éprouvait l\u2019accord du Lac Meech, Jean-François Simard prévenait, dans un article paru dans les grands quotidiens, que si cet accord ne passait pas, il opterait pour l\u2019indépendance.À cette date, tous les députés actuels du Bloc québécois étaient encore membres du gouvernement ou de l\u2019opposition! En juin, avec l\u2019échec de l\u2019accord, il démissionne de son poste, imité par la majorité des membres de son exécutif.Dès lors, il milite aux côtés de Gilles Duceppe dans Laurier-Sainte-Marie et participe à la fondation du Bloc québécois avec Lucien Bouchard.Le geste connaît une portée telle que le caricaturiste du Globe and Mail le présente, en compagnie des membres de son ex-exécutif, sous les traits des New Kids on the «Blocs».Depuis, il écrit de nom- Personne ne peut mettre en doute la solidarité de son engagement à promouvoir la cause de la souveraineté du Québec.620 breux articles dans des journaux et revues et combat l\u2019entente de Charlottetown.Chose claire, personne ne peut mettre en doute la solidité de son engagement à promouvoir la cause de la souveraineté du Québec.Personne, donc, ne s\u2019est étonné de le voir briguer l\u2019investiture du Bloc québécois dans le comté où il est né.Pourtant, durant les quatre mois de la campagne à l\u2019investiture dans le comté de Beau-port-Montmorency-Orléans, l\u2019adversaire de Simard a prétendu qu\u2019il ne pouvait être un vrai souverainiste puisqu\u2019il était encore un Libéral, qu\u2019il était le «poulain» de Duclos, que si Sheila Copps était devenue chef du PLC, il serait resté au Parti libéral du Canada (comme si Meech n\u2019avait jamais existé.), etc.Bref, Simard était présenté comme un suppôt de «Duclos» et celui-ci, comme le frère de Méphisto.En somme, toute la stratégie de l\u2019adversaire de Simard reposait sur des suppositions, des faussetés, des malhonnêtetés intellectuelles qui n\u2019avaient d\u2019autres buts que d\u2019attiser les vieilles rancunes partisanes afin d\u2019écarter le jeune candidat de 26 ans de la course.Comment attirer les nouvelles adhésions, les nouveaux votes si l\u2019on ne se complait que dans le «tricoté serré»?Bien plus.Dans sa croisade, l\u2019adversaire de Simard a reçu l\u2019appui sournois mais très actif du bureau de comté du député du Parti québécois de Montmorency.Comment attirer les nouvelles adhésions, les nouveaux votes si l\u2019on ne se complait que dans le «tricoté serré»?Évidemment, une telle stratégie ne laisse pas les militants indifférents.Chez ceux qui possèdent une culture politique élaborée, on a écouté ce discours rapetissant avec une certaine pointe d\u2019humour.D\u2019autres pourfendaient ces nouveaux chevaliers de l\u2019intolérance en invoquant la nécessité du rassemblement.Chez beaucoup d\u2019autres, enfin, dont la culture politique est plutôt conjoncturelle, les arguments fallacieux et mensongers devenaient des vérités politiques.On leur présentait Jean-François Simard comme un dangereux révisioniste dont il fallait 621 absolument contrecarrer les visées pour éviter que le Bloc québécois ne tombe aux mains de la «clique libérale».Ce qui devait arriver arriva: les croisés de la purification souverainiste ont eu gain de cause et Simard fut devancé par un nez au fil d\u2019arrivée.Il faut bien dire que dans une convention pour le choix d\u2019un candidat d\u2019un parti, il y a toujours un gagnant et un ou des perdants.Il se tient parfois des propos sur l\u2019un ou l'autre candidat qui feraient rougir les plus aguerris d'entre eux.C\u2019est presque inévitable.Mais ce qu\u2019il faut dénoncer avec force, c\u2019est la manière avec laquelle certains militants se drapent dans le manteau de la souveraineté exclusive et refusent tous ceux qui n\u2019ont pas milité avec René Lévesque au MSA.À ce compte-là, point d\u2019ouvriers de la onzième heure car à coup sûr, cette heure-là ne viendra jamais! Sur la Côte-de-Beaupré, par exemple, le discours d\u2019exclusion qu\u2019ont tenu le député du Parti québécois et le candidat du Bloc a creusé encore le fossé qui existait déjà entre les militants, séquelles de l\u2019investiture du Parti québécois de 1991.Si bien que ce comté qui présente toutes les caractéristiques pour s\u2019offrir un député du Bloc et reconduire le député du Parti québécois pourrait bien ne jamais élire l\u2019un et perdre l\u2019autre.Pour ne pas avancer en arrière Pourtant, chaque fois que le mouvement souverainiste a fait des gains significatifs, c\u2019est lorsqu\u2019il a accueilli un leader politique provenant d\u2019une formation politique adverse.Le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN) et le Rassemblement national (RN) avaient récolté ensemble 10% à l\u2019élection de 1966.Avec l\u2019arrivée de René Lévesque, le mouvement souverainiste est passé à près de 24 %, en 1970, à 30 % en 1973 et à un peu plus de 40% en 1976.Dans une certaine mesure, le passage de Rodrigue Biron au Parti québécois a sûrement profi- Ce qu\u2019il faut dénoncer avec force, c\u2019est la matière avec laquelle certains militants se drapent dans le manteau de la souveraineté exclusive.622 Le problème, c\u2019est que le discours n\u2019est pas suivi partout avec la même ouverture d\u2019esprit.té, lui aussi, au mouvement souverainiste que la plupart des observateurs s\u2019accordent à situer aujourd\u2019hui à environ 45 % de l\u2019électorat.Toutefois, depuis l\u2019échec de l\u2019accord du Lac Meech et surtout de celui de Charlottetown, on sent qu\u2019une coalition est possible.On 1 a vu pour le référendum du 26 octobre.Sauf qu'un référendum n\u2019est pas une élection.Outre deux partielles, à Québec et une à Ottawa, toutes remportées par les souverainistes, on ne dispose d\u2019aucun test pour éprouver la solidité de la coalition qui a permis de gagner le référendum d\u2019octobre dernier.Sur papier, l\u2019exploit devrait pouvoir se répéter.À moins que par sa propre turpitude l\u2019élan souverainiste ne se brise, que les militants ne se chamaillent et que le cancer ne le ronge de l\u2019intérieur avant même qu\u2019il ne touche le but.Ce cancer, c\u2019est le manque de confiance que l\u2019on témoigne à l\u2019endroit des ouvriers de la onzième heure.Pourtant, on espérait beaucoup du Bloc québécois qu\u2019il élargisse la base militante en accueillant d\u2019ex-membres de formations politiques traditionnelles.Avec le départ des Lapierre et Rocheleau, les candidatures qui pourraient symboliser l\u2019ouverture du Bloc à d autres formations que le Parti québécois se font rares.Or, en se drapant du manteau souverainiste-de-lon-gue-date, le mouvement souverainiste s\u2019isole dans sa superbe, se roule en boule, se recroqueville et le Bloc québécois que l\u2019on voyait balayer très large deviendra le décalque, à Ottawa, du Parti québécois à Québec.Ce n'est pas si mal, mais pas assez.Ce n\u2019est pas ce que souhaitent les leaders souverainistes.Ce n\u2019est surtout pas ce dont a besoin le mouvement souverainiste pour franchir les étapes cruciales qui viennent: les élections à Ottawa et à Québec ainsi qu\u2019un référendum qui exigera plus de 50 % des voix exprimées.Nos leaders souverainistes, à Québec comme à Ottawa, sont franchement démocrates et héri- 623 tiers de l\u2019idéal politique de monsieur Lévesque.Une société doit se réjouir de pouvoir compter sur de tels timoniers aussi bien que sur la présence d'une base militante active et organisée.Le problème, c\u2019est que le discours n\u2019est pas suivi partout avec la même ouverture d\u2019esprit et que les intendants, comme dans la maison d\u2019Ulysse durant son odyssée, cherchent à prendre le contrôle du parti au nom d\u2019idéaux beaucoup moins nobles.Entre la base militante et les dirigeants, la communication doit s\u2019appuyer sur un coffre à outils qui assurera que les messages témoignant de la nécessaire ouverture soient repris, véhiculés, répandus afin de refouler les vieux démons de la traditionnelle parti-sanerie.Il paraît évident que les leaders souverainistes devront redoubler de vigilance, autant dans le discours d\u2019ouverture et d\u2019accueil que dans les orientations à donner aux militants des comtés.Il leur incombe, en effet, de s\u2019assurer que les orientations fondamentales du mouvement souverainiste soient appliquées et respectées.Le laisser-faire n\u2019est pas un gage de démocratie.Être candidat ne donne pas le droit de dire des bêtises! L\u2019histoire regorge de mouvements politiques amples et généreux qui ont couru à leur perte, minés de l'intérieur.On n\u2019a qu\u2019à se rappeler la triste fin de l\u2019Action libérale nationale, avant la Dernière guerre.Ce n\u2019est pas si loin et plusieurs s\u2019en souviennent.Plus que jamais nos leaders politiques portent la responsabilité de notre destin collectif.?Plus que jamais nos leaders politiques portent la responsabilité de notre destin collectif.624 Chronique du MNQ 1DU FRANÇAIS, IL EN FAUT PAS MOINS! L'Action nationale publie ci-dessous de larges extraits du manifeste rendu public, le 11 mars dernier, par le président général Jean Dorion, au nom de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.N ul ne conteste les progrès accomplis par le français au Québec au cours des dernières décennies, surtout de 1970 à 1986.Mais les indicateurs plus récents sont rares et révèlent souvent un plafonnement ou un déclin, ce qui nous mène aux vraies questions: ces progrès passés sont-ils suffisants, se poursuivent-ils présentement et, surtout, survivraient-ils à un éventuel affaiblissement de la législation linguistique?Les objectifs de la Loi 101 La Loi 101 avait été faite pour tous les Québécois, pas seulement pour les francophones.On ne peut répondre correctement à ces questions qu\u2019en évoquant les objectifs que visait la Charte de la langue française.La Loi 101 avait été faite pour tous les Québécois, pas seulement pour les francophones.Par cette loi, on voulait s\u2019assurer qu\u2019avec le passage du temps, et en vertu d\u2019un processus commun à tous les pays d\u2019immigration, le groupe linguistique majoritaire demeurerait majoritaire et le serait 625 même toujours davantage, par l'adjonction à la majorité, à plus ou moins long terme, des descendants d\u2019immigrants.Cette préoccupation démo-politique était dominante dans le débat linguistique des années soixante et du début des années soixante-dix.C\u2019est pour y répondre que la Charte de la langue française a voulu faire du français non pas une mais la langue officielle du Québec.Le droit de vivre en français Le peuple québécois a le droit de vivre en français, tel est le postulat qui sous-tendait toute l\u2019économie de la Loi 101.Jusqu\u2019en 1760, il avait d\u2019ailleurs toujours vécu en français.C\u2019est la Conquête qui lui avait imposé le bilinguisme institutionnel.Ce bilinguisme institutionnel, parce qu\u2019il rendait le français facultatif plutôt qu\u2019indispensable pour beaucoup de ceux qui sont venus s\u2019installer au Québec, a été la source de graves problèmes, dont l\u2019incapacité pour la majorité de vivre pleinement dans sa propre langue et d\u2019intégrer les immigrants comme le firent les autres peuples issus de la colonisation européenne des Amériques.Le bilinguisme institutionnel avait créé deux Québec, souvent antagonistes, là où il aurait dû n\u2019y en avoir qu\u2019un seul.Le droit de vivre en français, mais aussi le droit d\u2019intégrer les immigrants, le peuple québécois en a longtemps été privé, mais il n\u2019y a jamais renoncé: c\u2019est ce qu\u2019a voulu proclamer la Loi 101 en abrogeant le bilinguisme institutionnel.Une loi qui crée l\u2019ouverture Accueillie par la majorité francophone comme une véritable mesure de libération, la Loi 101, loin de sonner l\u2019heure d\u2019un repliement sur soi, inaugura, par la sécurité linguistique qu\u2019elle apportait, une période d\u2019ouverture aux autres peut-être sans précédent dans le Québec français: qu\u2019on se rappelle que le 16 novembre Le peuple québécois a le droit de vivre en français.Le bilinguisme institutionnel avait créé deux Québec, souvent antagonistes.La Loi 101 inaugura une période d\u2019ouverture aux autres peut-être sans précédent dans le Québec français.626 La minorité pouvait garder sa langue, mais elle devait accepter que le Québec fonctionne en français.1978, par une déclaration de son ministre de l\u2019Immigration, le Québec devenait le premier État en Occident à annoncer son intention d\u2019accueillir les réfugiés vietnamiens du cargo Haï Hong, dont personne ne voulait.Dans les mois qui suivirent, à l\u2019appel du ministre Jacques Couture, plus de mille groupes de parrainage de réfugiés devaient se constituer dans plus de deux cents villes et villages de tout le Québec.Cette époque est aussi celle de la naissance des programmes d\u2019enseignement des langues d origine (PELO), de l\u2019amnistie des réfugiés haïtiens, etc.Le respect de la minorité «Le français doit devenir la langue commune de tous les Québécois», écrivait le Dr Laurin dans son Livre blanc; «ce premier principe en appelle un deuxième, qui ne constitue pas un repentir, encore moins quelque concession machiavélique: le respect des minorités»1.Cette attitude plaçait le Québec aux premiers rangs parmi les États de notre planète pour le traitement accordé à une minorité historique.La communauté anglophone se voyait reconnaître le contrôle d\u2019un réseau complet d\u2019enseignement, de la maternelle à l\u2019université, d\u2019un réseau de services de santé et de bien d\u2019autres instruments propres à assurer sa survie et qui font l\u2019envie de toutes les minorités francophones des provinces canadiennes.Cette exception à la règle de l\u2019unilinguisme français des institutions publiques, elle était consentie aux personnes qui faisaient alors partie de cette communauté; elle ne devait d\u2019aucune façon être invoquée pour contrer le droit de la majorité de vivre en français ou empêcher l\u2019intégration dans le Québec français 1.La politique québécoise de la langue française, mars 1977, p.22.627 de tous les futurs immigrants, quels que soient leur langue ou pays de provenance.Bref, la minorité pouvait garder sa langue, mais elle devait accepter que le Québec fonctionne en français.Or, la plupart des Anglo-québécois refusent toujours d\u2019admettre ce dernier principe, hélas, comme le montrent tous les sondages, par exemple, celui effectué par CROP, en avril 1991.Il révèle que 74 % s\u2019opposent à la législation visant à faire du français la langue du travail; 89 % sont contre le français langue d\u2019enseignement aux immigrants et 90 % contre le français seule langue officielle du Québec2.Le démantèlement de la Loi 101 Ce refus du nouvel ordre des choses, les groupes de pression anglo-québécois, et en particulier Alliance Québec, avec l\u2019aide active du gouvernement fédéral, l\u2019ont exprimé par de nombreux recours aux tribunaux.Les tableaux suivants illustrent la démolition en règle que ces recours ont fait subir à la Charte de la langue française.Langue des lois et des tribunaux Articles visés \u2014 Les articles 7 à 13 font du français la seule langue officielle de la législation et de la justice.Des aménagements pratiques sont prévus en faveur des citoyens anglophones, mais non pour les personnes morales (entreprises, etc.).Décision de cour \u2014 3 décembre 1979.La Cour suprême décrète que le Québec doit adopter ses lois en deux versions officielles, anglaise et française.Toute personne, a le droit d\u2019utiliser l\u2019anglais ou le français devant les tribunaux, y compris une personne morale (entreprise).3 décembre 1979.La Cour suprême décrète que le Québec doit adopter ses lois en deux versions officielles.2.Le Devoir, 29-4-91.628 15 août 1983.La Cour supérieure décrète que pour avoir droit à un rapport en français, il faut en faire la demande avant de recevoir le service médical.\tConséquences \u2014 Affaiblit le statut du français comme seule langue officielle du Québec.Entre autres conséquences, les entreprises ont moins besoin du français pour leurs affaires légales.Des jugements, émis au Québec dans des causes impliquant des francophones, peuvent être rendus en anglais.Langue des services professionnels Article visé \u2014 L\u2019article 30 prévoit, entre autres, que les professionnels doivent fournir leurs services (ex.: rapports médicaux) en français.Décision de cour \u2014 15 août 1983.La Cour supérieure décrète que pour avoir droit à un rapport en français, il faut en faire la demande avant de recevoir le service médical.(En décembre 1983, la Loi est amendée en conséquence).Conséquences \u2014 Victime d\u2019une appendicite, un patient sera-t-il en mesure de faire cette demande?La fera-t-il s\u2019il croit qu elle risque d\u2019indisposer le médecin?31 août 1984.La Cour d'appel décrète que le règlement imposant des tests de français aux candidats est discriminatoire.\t* * * Article visé \u2014 En vertu de l'article 35, pour exercer certaines professions, les candidats doivent démontrer leur connaissance du français à l\u2019Office de la langue française.Décision de cour \u2014 31 août 1984.La Cour d\u2019appel décrète que le règlement imposant des tests de français aux candidats est discriminatoire.Conséquences \u2014 En décembre 1983, en réaction aux procédures qui devaient aboutir à ce jugement, le Québec modifiait l\u2019article 35: les professionnels ayant fait leurs études secondaires au Québec sont maintenant exemptés de tests.629 Langue de travail Article visé \u2014 Selon l\u2019article 41, l\u2019employeur doit communiquer en français avec son personnel (communications écrites seulement).Décision de cour \u2014 22 mars 1984.La Cour d\u2019appel décrète que l\u2019employeur n'a cette obligation que si l\u2019employé exige au préalable qu on communique avec lui en français.Conséquences \u2014 Quel non-syndiqué osera exprimer cette exigence?Et à plus forte raison quel immigrant?Affaiblissement considérable du droit de travailler en français et du rôle du français langue de travail comme instrument de francisation des immigrants.Langue du commerce Article visé \u2014 En vertu de l\u2019article 53 (devenu articles 52 et 53 en 1983), les brochures, circulaires et catalogues commerciaux doivent être rédigés en français.Décision de cour \u2014 4 avril 1984.La Cour supérieure invalide un règlement adopté en vertu de cet article par l\u2019Office de la langue française, qui avait pour effet de limiter la distribution de telles publications dans une forme bilingue.Conséquences \u2014 Les circulaires bilingues ont refait leur apparition partout.Là encore, on limite le droit fondamental des Québécois de vivre en français et on dissuade les non-francophones d\u2019apprendre le français.* * * Article visé \u2014 Selon l\u2019article 55, les contrats d\u2019adhésion doivent être rédigés en français.Décision de cour \u2014 6 juillet 1983.La Cour provinciale statue qu\u2019un contrat rédigé dans une autre langue que le français au Québec n\u2019est pas nul.Conséquences \u2014 L entreprise qui vous impose un contrat d adhésion en anglais ne court plus 6 juillet 1983.La Cour provinciale statue qu\u2019un contrat rédigé dans une autre langue que le français au Québec n'est pas nul.630 26 juillet 1984.La Cour supérieure, appliquant la Charte canadienne des droits de 1982, ouvre l\u2019école anglaise à toutes les familles dont un membre (père, mère, enfant) a reçu l\u2019enseignement en anglais n\u2019importe où au Canada («clause Canada»), de risque sérieux (risque de nullité).Elle s expose tout au plus à payer une amende négligeable, s\u2019il y a plainte et si le plaignant prouve qu\u2019il n\u2019était pas consentant, ce qui est très difficile.* * * Article visé \u2014 L\u2019article 58 décrète que, sauf certaines exceptions, l\u2019affichage commercial doit être en français seulement.Décision de cour \u2014 15 décembre 1988.La Cour suprême décrète que cette disposition est contraire à la liberté d\u2019expression.Conséquences \u2014 L\u2019affichage bilingue dissuade les non-francophones d\u2019apprendre le français, nuit à la qualité du français publicitaire et affaiblit le français comme langue de travail.Par la loi 178, le Québec a maintenu l\u2019affichage unilingue à l\u2019extérieur des commerces, en invoquant la clause nonobstant.Langue de l\u2019enseignement Article visé \u2014 En vertu de l\u2019article 72, tout enfant doit recevoir l\u2019enseignement en français à moins que l\u2019un de ses parents n\u2019ait reçu l'enseignement en anglais au Québec («clause Québec»).Décision de cour \u2014 26 juillet 1984.La Cour supérieure, appliquant la Charte canadienne des droits de 1982, ouvre l\u2019école anglaise à toutes les familles dont un membre (père, mère, enfant) a reçu l\u2019enseignement en anglais n\u2019importe où au Canada («clause Canada»).Conséquences \u2014 Cette charte canadienne, imposée de force au Québec, laisse le français sans protection contre d\u2019éventuelles migrations inter-provinciales plus importantes que maintenant.Elle permet de plus à certains parents de contourner la Loi en envoyant un enfant étudier quelque temps dans une autre province ou dans une école privée au Québec, ce qui donne à toute la famille accès à l\u2019école anglaise au Qué- 631 bec.Depuis son adoption, la Charte canadienne a permis à plus de 21 000 élèves qui n\u2019auraient pas été autrement admissibles de s\u2019inscrire à l\u2019école anglaise au Québec.(Source: Ministère de l\u2019éducation, 1993).Langue des institutions publiques Article visé \u2014 L\u2019article 113f permet le fonctionnement bilingue des municipalités, commissions scolaires, services de santé et services sociaux qui fournissent leurs services à des personnes en majorité d\u2019une langue autre que française.Décision de cour \u2014 24 août 1990.La Cour supérieure affirme, entre autres, que le bilinguisme peut s\u2019appliquer même là où les anglophones sont minoritaires, si les personnes de plusieurs langues autres que le français sont majoritaires.Conséquences \u2014 Revient à considérer les allo-phones comme des anglophones, ce qui est contraire à l\u2019esprit de la loi, qui vise au contraire à franciser les allophones.Quinze articles stratégiques de la Loi 101 ont donc été invalidés ou interprétés d\u2019une façon très restrictive.Dans ces derniers cas, les valeurs dominantes du gouvernement fédéral, obsédé par l\u2019idée de bilinguisme et de libre choix, et qui nomme tous les juges, semblent avoir joué un rôle important dans les décisions de certains d\u2019entre eux.Ainsi, en ce qui concerne la langue du travail, le texte de la Loi 101 affirme clairement que l\u2019employeur doit rédiger en français ses communications écrites à ses employés (article 41) mais que là où il les rédige à la fois en français et dans une autre langue, il peut continuer à le faire (article 89).Un juge en a conclu que cela voulait dire qu\u2019un employeur qui les rédigeait en anglais seulement pouvait aussi continuer à le faire dans cette seule langue, interprétation contraire au texte même de la Loi et qui vidait celle-ci de Mais les recours juridiques ne furent pas le seul instrument de démolition de la Loi 101 : s\u2019y ajoutèrent des campagnes incessantes d'Alliance Québec, financées à coup de millions par le Gouvernement canadien.632 toute signification, mais qu\u2019aucun autre tribunal n\u2019a récusée jusqu\u2019ici!3 Mais les recours juridiques ne furent pas le seul instrument de démolition de la Loi 101.s y ajoutèrent des campagnes incessantes d\u2019Al-liance Québec, financées à coup de millions par le Gouvernement canadien, pour culpabiliser l\u2019opinion publique québécoise et faire pression sur Québec.Une partie des amendements apportés à la loi en décembre 1983 résultent de ces campagnes.Par suite de ce travail de démolition, le Québec se trouve donc doté d\u2019un instrument fortement abîmé et diminué pour promouvoir le droit de son peuple de vivre en français et pour intégrer ses immigrants.Or, cette double tâche exige plus d\u2019efforts aujourd\u2019hui qu\u2019en 1977, et cela à cause de trois facteurs principaux: d\u2019abord la modification de la composition ethno-linguistique de la population de l\u2019île de Montréal; ensuite, la relativité et la fragilité des gains effectués par le français comme langue de travail, à Montréal surtout, et finalement la pénétration croissante de l\u2019anglais dans toutes les sphères d\u2019activité, par suite de l\u2019internationalisation de notre économie.La part des francophones a chuté de 3,8%, passant de 61,8 % à 58% de la population de l\u2019île.La situation démolinguistique dans l\u2019île de Montréal En septembre dernier, Statistique Canada publiait les résultats du recensement de 1991 concernant la langue maternelle.Pour l\u2019île de Montréal, ces chiffres indiquent que, de 1986 à 1991: - La part des anglophones n\u2019a pas connu la chute vertigineuse que l\u2019on imagine parfois, passant de 20,36 % en 1986 à 19,94 % 3.Cf Cour d'Appel, SCFP contre Centre d\u2019accueil Miriam, jugement du 22-4-84, Opinion du juge Nichols.633 YtM-y ¦jxyxv: îk (k Montréal-Parti to knguenratemdki, 198(41991 S«i**|ue Canda rtpcraaw/pies frantau 1986:61.8% - 1991 5!V.m*l.1916:20.4% 1991:19.9% pole dtl\u2019wjliis 0.4% \u2022utra 19M: 17,1% \u2022 1991:271%\tpan du farçui3.!% en 1991, soit une baisse de quatre dixièmes d\u2019un pourcent.-\tla part des allophones est passée de 17,8 % à 22,1 %, en hausse de 4,3 %.-\tla part des francophones a chuté de 3,8 %, passant de 61,8 % à 58 % de la population del\u2019île.Une telle diminution de 3,8 %, si elle devait se répéter aux deux prochains recensements, ramènerait la part des francophones à 50,4 % de la population de l\u2019île de Montréal en l\u2019an 2001, c\u2019est-à-dire dans 8 ans.Certes, on dira que l\u2019île ne peut pas être dissociée de la grande région métropolitaine (où le recul du français est deux fois plus lent et où l\u2019on trouve toujours, pour dix résidents, sept francophones); mais plus d\u2019un résident du Montréal dit «ethnique» vit, travaille et magasine dans son quartier.Or, il existe de vastes secteurs de l\u2019île de Montréal où l\u2019on entend rarement parler français, alors que l\u2019anglais y pénètre de toute la force de ses moyens économiques et culturels.Bien sûr on a raison de souligner que les Québécois de langue maternelle française ne Il existe de vastes secteurs de l\u2019île de Montréal où l\u2019on entend rarement parler français.634 L'intégration des immigrants dans notre peuple francophone reste l\u2019un des plus beaux défis que le Québec ait eu à relever dans son histoire.sont pas les seuls à utiliser le français; un grand nombre d\u2019allophones ont appris notre langue; mais en l\u2019absence d\u2019une population d\u2019accueil francophone, un incitatif majeur de cet apprentissage ne disparaîtra-t-il pas?En résumé, les résultats du recensement de 1991 confirment les prévisions passées de plusieurs démographes: dans l\u2019île de Montréal, les personnes de langue maternelle française formeront moins de la moitié de la population d\u2019ici dix ans.Cette perspective ne nous effraie pas: l\u2019intégration des immigrants dans notre peuple francophone reste l\u2019un des plus beaux défis que le Québec ait eu à relever dans son histoire.Mais encore ne faut-il pas lui en enlever les moyens, qui sont en grande partie d\u2019ordre législatif dans une métropole où tant d'autres facteurs: langue de travail, produits culturels, échanges internationaux, jouent en faveur de l\u2019anglais.La langue du travail Ainsi, les indicateurs de la situation linguistique au Québec (éd.1992) permettent de constater la modestie, à bien des égards, des progrès accomplis par le français comme langue de travail, tant en ce qui concerne les francophones que les non-francophones.Dans la région métropolitaine de Montréal, dans le secteur privé, on n\u2019a constaté, entre 1979 et 1989, qu\u2019une hausse de un pour cent (de 62 à 63%) de la part des francophones travaillant 90 % ou plus de leur temps en français.Notons que cela veut dire que 37 % de la main-d\u2019œuvre francophone du Montréal métropolitain est privée du droit de travailler essentiellement en français, et que cette situation est stagnante depuis dix ans! Par ailleurs, toujours selon les Indicateurs, 55 % des anglophones de tout le Québec travaillent surtout (50% du temps ou plus) en 635 anglais, de même que 37 % des allophones (p.56).Tout cela porte à s\u2019interroger sur l\u2019impact obtenu par la Loi 101 en matière de langue de travail.Il est vrai que le jugement du 22 mars 1984 de la Cour d\u2019appel sur l\u2019article 41 a vidé de son sens, surtout pour les travailleurs non-syndiqués des petites entreprises, l\u2019un des éléments les plus importants de la loi (cf.p.11).De plus, l\u2019obtention par une entreprise d\u2019un certificat de francisation est très loin de vouloir dire, contrairement à une légende tenace, que tout le monde y travaille en français.Bien plus, dans 195 sièges sociaux et 55 centres de recherche, la langue de fonctionnement est essentiellement l\u2019anglais, ce qui n\u2019empêche pas les entreprises concernées d\u2019obtenir leur certificat de francisation, en vertu d\u2019une dérogation prévue aux articles 143 et 144 de la loi; certains peuvent toujours parler ici d\u2019une situation inévitable, mais on ne peut certainement pas parler de francisation.Dans les autres entreprises, l\u2019extrême indulgence qui imprègne la politique de francisation menée par l\u2019OLF est illustrée par les faits suivants: 1-\tDepuis quinze ans que les programmes de certificats de francisation existent, aucune des quelque 4 200 entreprises de 50 employés et plus qui leur ont été soumises n\u2019en a appelé des exigences de son programme, ce que chacune aurait eu le droit de faire.2-\tAucune ne s\u2019est jamais fait retirer son certificat de francisation.La perfection n 'étant pas de ce monde, même dans les entreprises, cela donne à réfléchir.La démarche gouvernementale Des facteurs lourds comme l\u2019évolution démolinguistique dans l\u2019île de Montréal, la difficulté Dans 195 sièges sociaux et 55 centres de recherche, la langue de fonctionnement est essentiellement l'anglais.636 de franciser le monde du travail, l\u2019internationalisation de nos activités créent donc une conjoncture nouvelle, marquée par des exigences accrues, si le Québec veut mener à bien sa politique de francisation.C\u2019est pourtant dans ce contexte plus exigeant que jamais, alors que nous ne disposons que d\u2019un instrument démantelé, que le gouvernement du Québec vient d\u2019entamer une démarche qui risque de conduire à la situation suivante: \u2014\tmoins d\u2019enfants d\u2019immigrants dans les écoles françaises \u2014\tmoins de français dans l\u2019administration municipale, hospitalière et des services sociaux \u2014\tmoins de français dans l\u2019affichage et la signalisation routière.Nos demandes Il faut reconstituer l\u2019instrument démantelé et le parfaire.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal sollicite donc l\u2019appui des Québécoises et des Québécois dans le cadre d\u2019une campagne qui poursuit les objectifs suivants: 1- Redonner à tous et à toutes le droit de travailler en français.a)\tQue soit réaffirmé dans un nouveau texte de loi l\u2019obligation de l\u2019employeur de rédiger en français ses communications écrites à tous ses employés.Pour la bonne intelligence de tous les juges, nous demandons que le texte actuel de l\u2019article 41 soit modifié en précisant que telles communications ne peuvent pas être émises dans une autre langue si elles ne le sont pas en français.b)\tQu\u2019à cet égard la loi soit déclarée d\u2019ordre public, afin que les non-syndiqués jouissent aussi du droit de travailler en français.Que la Commis- 637 Redonner à tous et à toutes le droit de travailler en français. sion de protection de la langue française puisse intervenir pour faire respecter l'usage du français dans l\u2019entreprise sans attendre les plaintes tout comme la Commission des normes du travail peut imposer à l\u2019employeur le respect de ses obligations, sans égard à la présence ou à l\u2019absence de plaintes.c)\tQue l\u2019employé ne soit plus tenu de prouver, en cas de litige, qu\u2019il a demandé à travailler en français, mais qu\u2019il incombe à l\u2019employeur de faire la preuve que l\u2019employé a demandé à travailler dans une autre langue.d)\tQue l\u2019OLF soit doté des moyens d\u2019exercer un suivi auprès des entreprises dotées d\u2019un certificat de francisation.e)\tQue les programmes de francisation soient étendus aux entreprises de 10 employés et plus, celles où une large part des immigrants obtiennent leur premier emploi.2-\tFaire du français la langue officielle des baux et des contrats d\u2019adhésion.Que nul bail ou contrat d\u2019adhésion ne soit valide s\u2019il n\u2019est pas rédigé dans la langue du Québec.3-\tMaintenir et accentuer le visage français du Québec par l\u2019affichage unilingue français à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur des commerces et par le maintien d\u2019une signalisation routière unilingue française.Les exceptions prévues dans la loi avant l\u2019adoption de la Loi 178 en faveur des établissements ethniques seraient maintenues.L\u2019affichage unilingue est un rappel quotidien de la primauté que le Québec accorde à sa langue; voilà un résultat que l\u2019affichage bilingue n\u2019obtiendrait jamais.René Lévesque, qui fut longtemps réticent à Maintenir et accentuer le visage français du Québec par l\u2019affichage unilingue français à l'intérieur comme à l\u2019extérieur des commerces et par le maintien d\u2019une signalisation routière unilingue française.638 l\u2019idée d\u2019imposer l\u2019affichage unilingue français, en avait finalement bien compris la nécessité.Il écrivait aux dirigeants d\u2019Al-liance Québec, en novembre 1982: «À sa manière, chaque affiche bilingue dit à l\u2019immigrant: il y a deux langues ici, le français et l\u2019anglais, on choisit celle qu'on veut.Elle dit à l\u2019anglophone: pas besoin d\u2019apprendre le français, tout est traduit».Par ailleurs, un sondage SORECOM (juil-let 1985) indique que 71,9% des francophones et 53,3 % des allophones attribuent à l\u2019affichage unilingue français une tendance «à utiliser moi-même plus de français au travail».Nous récusons l\u2019idée d\u2019exceptions en faveur des petits commerces car leurs enseignes forment la majorité du paysage des rues commerciales.Nous récusons l\u2019idée d\u2019un «test» de trois ans de l\u2019affichage bilingue; la clause nonobstant nous vaut un pénible débat de société à tous les cinq ans et c\u2019est déjà beaucoup trop.Permettre l\u2019affichage en anglais, même avec une version française obligatoire entraînerait la bilin-guisation générale de l\u2019affichage à Montréal et détériorerait la qualité du français en encourageant la publicité conçue en anglais puis traduite.Pour les mêmes raisons, nous nous opposons au retour à une signalisation routière bilingue.L\u2019argument de la sécurité, après quinze ans de signalisation unilingue française, est faux et vient de gens pour qui tout est toujours plus important que le français.Assurer à la jeunesse québécoise une éducation en français.4- Nous demandons au gouvernement de réinvoquer la clause «nonobstant» pour maintenir l\u2019affichage unilingue français.Assurer à la jeunesse québécoise une éducation en français.639 a)\tS\u2019il est une idée qui avait fait l\u2019unanimité des communautés ethniques, à l\u2019époque où fut votée la Loi 101, c\u2019était bien celle de ne pas créer deux catégories d\u2019immigrants: ce serait un moyen de faire détester l\u2019école française obligatoire et d\u2019augmenter l\u2019immigration en provenances des pays anglophones.b)\tQue l\u2019obligation prévue dans la loi actuelle concernant la fréquentation de l\u2019école primaire et secondaire en français soit étendue au niveau du cégep.Le cégep correspond à une phase importante de la socialisation des étudiants.Or, on constate que depuis 1986, une part croissante des étudiants allophones qui finissent leur secondaire en français opte pour le cégep anglais.Cette part, qui était tombée de 25 % en 1983 à 16% en 1986, est malheureusement remontée à 21 % en 1989, puis à 24 % en 1990.(A titre de comparaison, le pourcentage des jeunes francophones diplômés du secondaire français qui choisissaient le cégep anglais au cours de ces quatre années tournait autour de 2 %)4 5-\tRedonner aux Québécois le droit à des services professionnels en français.(Depuis le jugement rendu sur l\u2019article 30 de la loi, le fardeau d\u2019exiger un rapport en français repose sur le client).6-\tFaire du français la langue exclusive de fonctionnement de tous les organismes publics et municipalités, à la seule exception de celles ayant une véritable majorité anglophone, et non une majorité non-franco-phone composite.Que le fonctionnement 4.Indicateurs, p.39.Redonner aux Québécois le droit à des services professionnels en français.Redonner au français le statut véritable de langue officielle du Québec.640 de ces organismes et municipalités devienne unilingue français là où une telle majorité anglophone n\u2019existe plus.7-\tRedonner au français le statut véritable de langue officielle du Québec.Cela suppose l\u2019abrogation de l\u2019article 133 de la Constitution canadienne, ce que permettra la souveraineté du Québec.En attendant ce jour heureux et, souhaitons-le, prochain, nous demandons au gouvernement d\u2019établir l'u-nilinguisme français dans toutes ses activités qui ne relèvent pas de l\u2019article 133.8-\tProclamer le droit de tous à la connaissance du français.Augmenter en conséquence les ressources allouées aux COFI pour permettre aux immigrants et aux non-francophones un apprentissage efficace du français et une sensibilisation accrue à la culture québécoise.L\u2019avenir du français au Québec et à Montréal La situation actuelle du français reste loin d\u2019être satisfaisante, en ce qui concerne par exemple la langue du travail ou encore en ce qui concerne le degré d'adhésion au français et à la culture qu\u2019il véhicule chez les jeunes allophones.Les partisans du rétablissement de la Charte de la langue française sont souvent taxés d\u2019alarmisme.On nous rappelle que le français se porte à de nombreux égards bien mieux qu'il y a vingt ou vingt-cinq ans; que, par exemple, 75,5% des enfants allophones fréquentaient l\u2019école française en 1990, contre 35,5 % en 1980; que la connaissance du français chez les anglophones est passée de 35 % en 1971 à 54 % en 1986; que les immigrants d\u2019arrivée récente s\u2019orientent davantage vers le français que leurs prédécesseurs, etc.Ces progrès et bien d\u2019autres, attribuables surtout à la Loi 101, sont très réels et ils ne manquent pas d\u2019impressionner.Mais, à la réflexion, leur énoncé ne répond nullement aux trois questions que nous posions au début du présent texte et qui sont les vraies questions à se poser quant à l\u2019avenir du français au Québec: 641 1-\tCes progrès, aussi grands soient-ils, sont-ils suffisants?2-\tSe poursuivent-ils en ce moment?3-\tSont-ils irréversibles, quoi qu\u2019il arrive de la Loi 101?En ce qui concerne la première question, nous croyons avoir démontré que la situation actuelle du français reste loin d\u2019être satisfaisante, en ce qui concerne par exemple la langue du travail ou encore en ce qui concerne le degré d\u2019adhésion au français et à la culture qu\u2019il véhicule chez les jeunes allophones qui sont porteurs d'une large part de l\u2019avenir du Québec.Beaucoup d\u2019entre eux vivent dans des quartiers et dans des écoles d\u2019où les jeunes francophones de souche sont presqu\u2019entièrement absents.Or, notre culture reste fragile et exerce auprès des jeunes allophones moins d\u2019attrait que sa concurrente anglo-américaine.À titre d\u2019exemple, une toute récente enquête du Groupe de recherche sur la jeunesse québécoise, du département de communications de l\u2019Université de Montréal révèle que les jeunes allophones fréquentant l\u2019école française consacrent en moyenne 65 % de leur temps d\u2019écoute à la télévision de langue anglaise.Ce pourcentage est de 34 % chez leurs camarades de langue maternelle française5.Il n\u2019est pas question pour nous, contrairement à ce que certains esprits concluent parfois un peu vite, d\u2019empêcher les allophones d\u2019écouter ou de lire quelque média que ce soit et encore moins de les dissuader de parler leur langue maternelle entre eux.Il s\u2019agit plutôt, premièrement, de créer dans la société québécoise les conditions qui amèneront les allophones à reconnaître que le français, et non l\u2019anglais, est la langue commune au Québec et que c\u2019est ce que veulent les Québécois; or, l\u2019affichage bilingue II n\u2019est pas question pour nous, d\u2019empêcher les allophones d'écouter ou de lire quelque média que ce soit et encore moins de les dissuader de parler leur langue maternelle entre eux.5.Les adolescents montréalais et la télévision de langue française, 1992, p.84.642 Les progrès accomplis par le français, jusqu\u2019en 1986, sont largement attribuables à l\u2019impact pratique et symbolique d\u2019une législation qui a su, tant qu'on en a conservé l'intégrité, exprimer la volonté des Québécois de construire ici une société francophone.français-anglais, par exemple, ne permet pas d\u2019atteindre un tel résultat, compte tenu de tous les autres facteurs qui jouent en faveur de l\u2019anglais.Il s\u2019agit deuxièmement, puisqu\u2019il est démontré que les langues dites «ethniques» survivent rarement à plus de deux générations de présence en sol nord-américain, de faire en sorte que, lorsque les descendants d\u2019immigrants délaisseront l\u2019usage de leur langue d\u2019origine, ils le fassent en faveur du français plutôt que de l\u2019anglais parce qu\u2019il sera devenu clair pour eux, depuis longtemps, que le français est la langue du Québec.Pour ce qui est de l\u2019évolution actuelle (c\u2019est-à-dire, par exemple, postérieure à 1986) de la place du français, la plupart des indicateurs des années très récentes ne sont pas disponibles, et pour cause.Néanmoins, on ne peut qu\u2019être préoccupé par la baisse, d\u2019une rapidité sans précédent, de la part des francophones (langue maternelle) dans l'île de Montréal, depuis 1986 ou par le pourcentage croissant des jeunes allo-phones éduqués en français qui se dirigent ensuite vers le cégep anglais.Ce dernier phénomène est particulièrement inquiétant car il semble indiquer une régression de la confiance que mettent ces jeunes dans l\u2019utilité d'une formation acquise en français.Pour l\u2019instant, le progrès des transferts linguistiques vers le français, chez les allophones, reste extrêmement lent.Les «bonnes nouvelles» qu\u2019on pensait trouver dans les chiffres dévoilés à ce sujet par Statistique Canada, en janvier dernier, se sont avérées être de fausses nouvelles (on avait parlé d'une hausse de 30 % à 37 %, entre 1986 et 1991, de la part des allophones québécois choisissant le français, parmi tous ceux qui délaissent l\u2019usage de leur langue maternelle à la maison en faveur de l\u2019une ou l\u2019autre des deux langues officielles du Canada.Statistique Canada a, par la suite, précisé que la hausse était en fait beaucoup plus modeste6.6.Le Devoir, 14-1-93 643 Quant à la troisième question, nous tenons pour certain que les progrès accomplis par le français, jusqu\u2019en 1986, sont largement attribuables à l\u2019impact pratique et symbolique d\u2019une législation qui a su, tant qu\u2019on en a conservé l\u2019intégrité, exprimer la volonté des Québécois de construire ici une société francophone.Or cette législation, par la tactique du grignote -ment employée contre elle, a été réduite à ne devenir, à bien des égards, que l\u2019ombre de ce qu\u2019elle devait être.Les nouveaux assauts qu\u2019on prépare contre elle ont au moins le mérite de nous faire prendre conscience de ce que nous avons déjà perdu et de ce que nous avons le droit de retrouver.Voilà pourquoi la Société croit maintenant le moment propice pour lancer un appel à la réflexion et à la mobilisation de tous ceux et toutes celles qui estiment que, plus que jamais, dans le contexte de la nouvelle démographie montréalaise et de la mondialisation de l\u2019économie, le français au Québec, et à Montréal surtout, il en faut plus, pas moins.?Le français au Québec, et à Montréal surtout, il en faut plus, pas moins.644 J.-François A Nadeau étudiant à la maîtrise en Science politique, Université Laval André Laurendeau, 56 ans, journaliste, homme politique, dramaturge, romancier et animateur de télévision.Itinéraire de la pensée d'André Laurendeau (1912-1968) Le 15 mai 1968, au cours d\u2019une conférence de presse, André Laurendeau s\u2019effondre.Il meurt le 1er juin, sans jamais avoir vraiment repris conscience, à l\u2019hôpital général d\u2019Ottawa.André Laurendeau, 56 ans, journaliste, homme politique, dramaturge, romancier et animateur de télévision, était, depuis juillet 1963, coprésident de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.C\u2019est jusqu\u2019à l\u2019extrême limite de ses forces qu\u2019il s\u2019est dépensé aux travaux de cette commission.La richesse de son journal, publié en 1990, le montre bien1.André Laurendeau avait lui-même réclamé la tenue de cette commission par l\u2019entremise des pages du Devoir, quotidien dont il était le rédacteur en chef.La Révolution tranquille et la montée des mouvements indépendantistes lui avaient commandé l\u2019urgence de passer à l\u2019action afin de trouver une façon d\u2019intégrer ce Québec en changement au sein d\u2019un nouveau 1.André LAURENDEAU, Journal tenu pendant la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, VLB, Éditeur/Septentrion, 1990, 385 p.645 fédéralisme canadien.Indiquons que Laurendeau, pour des raisons que nous évoquerons plus loin, se refusait à l\u2019hypothèse de l\u2019indépendance du Québec.Jusqu\u2019à la fin des années 1980, très peu d\u2019attention a été portée à l\u2019analyse de la pensée de Laurendeau.Sa mort prématurée, l\u2019élection de Pierre E.Trudeau à la tête du Parti Libéral du Canada et la montée de la ferveur indépendantiste (1968, c\u2019est l\u2019année où le P.Q.est lancé), contribuèrent à jeter de l\u2019ombre sur sa mémoire.En vingt ans, seul Denis Monière lui a consacré un effort de réflexion vraiment majeur2.Mais voilà qu\u2019à partir de 1988 des colloques et des ouvrages sont consacrés coup sur coup à André Laurendeau.L'échec référendaire de 1980, le «beau risque», le désenchantement face à l\u2019idée indépendantiste et le retour de politiques enclins à une conception dualiste du Canada, ont favorisé, selon nous, cette résurgence.Aujourd\u2019hui, l\u2019idée d\u2019un Canada dualiste pourrait peut-être, sous la poussée des Allairistes, reprendre du service en politique active.L\u2019intérêt d\u2019étudier la pensée de Laurendeau s\u2019accroit considérablement.Le rédacteur en chef du Devoir fut en effet l\u2019incarnation la plus moderne et la plus achevée de la pensée dualiste du nationalisme canadien-français.Voilà peut-être ce qui a conduit un Jean Éthier-Blais à poser son regard sur la pensée de Laurendeau dans un article paru dans le numéro de décembre 1992 de L\u2019Action Nationale.Avant tout littéraire, Jean Éthier-Blais est, selon ses propres dires, «mauvais politicologue».Nous lui donnons volontiers raison là-dessus; non point cependant sur l\u2019analyse qu\u2019il livre de la pensée d\u2019André Laurendeau.Il me semble 2.Denis MONIÈRE, André Laurendeau et le destin d'un peuple, Québec/Amérique, Montréal, 1983 347 p.Le rédacteur en chef du Devoir fut en effet /\u2019 incarnation la plus moderne et la plus achevée de la pensée dualiste du nationalisme canadien-français.646 à-propos de remettre un certain nombre de choses en perspective.Dans un premier temps, nous voulons dresser ici un portrait succinct de l\u2019itinéraire intellectuel d\u2019André Laurendeau jusqu\u2019à la coprésidence de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.Dans un second temps, nous observerons les différences de conception du Canada qui existaient au sein même de cette fameuse commission.Finalement, nous entendons montrer en quoi l\u2019échec de la pensée de Laurendeau dans cette commission nous permet de mieux comprendre le présent.Laurendeau est nourri dès son plus jeune âge aux sources du nationalisme ambiant de l'époque.I.Itinéraire d\u2019une vie intellectuelle Qui était André Laurendeau?Esquissons à grands traits les moments importants de sa pensée.Fils unique d\u2019une famille de la petite bourgeoisie montréalaise, Laurendeau est nourri dès son plus jeune âge aux sources du nationalisme ambiant de l\u2019époque: celui d\u2019Henri Bou-rassa en premier lieu, mais surtout celui de l\u2019abbé Lionel Groulx par la suite.Son père, Arthur Laurendeau, profondément religieux, est un fervent disciple d\u2019Henri Bourassa qui adhérera, au cours des années vingt, aux idées de Lionel Groulx, alors le maître à penser de L\u2019Action Française et futur âme de L\u2019Action Nationale.Arthur Laurendeau dirigera cette dernière revue pendant quelques années.André Laurendeau, étudiant à l'Université de Montréal, assiste aux cours donnés par le prêtre-historien, auteur de Notre maître, le passé.Le filiforme jeune homme à la santé fragile qu\u2019est Laurendeau développe sa pensée sous les vents d\u2019un nationalisme essentiellement conservateur.Ce nationalisme, appuyé sur une tradition d\u2019Ancien régime, s\u2019oppose à tout héritage issu de la Révolution française.Il prône l\u2019attachement à la foi catholique, à la langue française et à un passé mythique.L\u2019effort de marche en avant vers le libéralisme en 1837-38 est occulté par ce nationalisme.Héritier en par- 647 tie de l\u2019ultramontanisme du siècle précédent, il propage par surcroît une certaine forme d\u2019antisémitisme et de xénophobie.L\u2019action de ce nationalisme est surtout réactive.En 1932, à la faveur de la crise économique, Laurendeau fonde, avec d\u2019autres anciens du Collège Sainte-Marie, les Jeune-Canada.Par des tracts, des cahiers, des causeries à la radio et des assemblées publiques, ils reprennent, avec toute la fougue de leur jeunesse, les grands thèmes du nationalisme conservateur.À l\u2019automne de 1935, Laurendeau se rend en Europe pour un voyage d\u2019étude de deux ans.Malgré une correspondance particulièrement abondante, la distance le rend beaucoup moins actif au sein des Jeune-Canada.Ce voyage en Europe lui fait rapidement découvrir de nouveaux horizons intellectuels.Laurendeau découvre la gauche catholique.Rencontres avec Emmanuel Mounier, Jacques Maritain, Nicolas Berdiaeff.Il entend entre autres le socialiste Léon Blum, le communiste Marcel Cachin ainsi que l\u2019écrivain André Gide.Laurendeau mène des enquêtes: séjour en Alsace, en Bretagne et en Belgique en vue d\u2019étudier des parallèles avec la situation au Canada français.Il lit beaucoup: Dostoievsky, Marx, Engels, Aristote, saint Thomas, Nietzche,.Un fossé se creuse peu à peu entre sa pensée et celle des nationalistes conservateurs du Canada français.Les articles rédigés par Laurendeau à ce moment le soulignent bien.Il faut relire par exemple ses commentaires dans L\u2019Action Nationale sur la guerre civile espagnole.Contre presque tout ce qui s\u2019écrit au Québec à ce sujet, Laurendeau émet de sérieuses réserves quant à la valeur du franquisme3.Dans sa correspondance familiale, Laurendeau écrit à plusieurs reprises qu\u2019il est un homme de la gauche, un socialiste autant qu\u2019un nationaliste4.3.\tAction Nationale, janvier 1937.4.\tFonds André-Laurendeau, lettre à ses parents, 23 décembre 1936, 2/B,229.Laurendeau écrit à plusieurs reprises qu\u2019il est un homme de la gauche, un socialiste autant qu'un nationaliste 64X L\u2019engagement de Laurendeau durant la guerre va nettement dans le sens d\u2019un Canada décentralisé.Frapper le Québec, cadre politique du Canada français, c\u2019est nous frapper [les Canadiens français] au coeur et à la tête.Dès son retour d\u2019Europe, André Laurendeau remplace son père à la direction de L\u2019Action Nationale.Son ambition est de moderniser le nationalisme canadien-français.La revue change.Laurendeau brise aussi l\u2019isolationnisme qui caractérisait les nationalistes cana-diens-français: il engage le dialogue avec de jeunes intellectuels de la gauche anglophone afin de discuter de la politique étrangère du Canada5.Outre notre jeune «retour d\u2019Europe», le groupe est composé de François-Albert Angers, Gérard Filion, Georges E.Cartier, Madeleine Parent, Neil Morrison, Alec Grant, George Laxton et Frank Scott.Tous sont opposés à la guerre qui s\u2019annonce.Ils rédigent en commun un document intitulé «Pour une politique canadienne en cas de guerre prochaine / Toward a Canadian Foreign Policy in the Event of War».C\u2019est Scott qui traduit le document.Il est à noter, comme le fait la biographe de Scott, que le préambule du document reconnaissait le Canada comme formé de deux groupes officiels: pour un dualiste comme Laurendeau, cela laissait beaucoup de raisons d\u2019espérer de ses interlocuteurs anglophones.L\u2019engagement de Laurendeau durant la guerre va nettement dans le sens d\u2019un Canada décentralisé tandis que celui de Scott, bien qu\u2019il soit également opposé à la conscription, penche pour une centralisation des pouvoirs que lui inspire des vues socialistes.La guerre contribue à établir que le conception du fédéralisme canadien de Laurendeau n\u2019était pas en adéquation avec celle de son futur vis-à-vis à la commission BB: F.R.Scott.En 1940, vingt ans avant la Révolution tranquille, Laurendeau utilise déjà le vocable «d\u2019É-tat du Québec»6.Le Québec doit être autonome 5.\tSandra DJWA, The Politics of the Imagination: A Life of F.R.Scott, Douglas & McIntyre, Vancouver/Toronto, 1987, p.183.6.\tAndré LAURENDEAU, «Alerte aux canadiens français!», Action Nationale, novembre 1940.649 considérant qu'il est le «château-fort de notre nationalité».Inquiet des conséquences que pourraient provoquer l\u2019empiètement du fédéral, il écrit: «Frapper le Québec, cadre politique du Canada français, c\u2019est nous frapper [les Canadiens français] au cœur et à la tête.»7 Laurendeau tient toujours à son rêve d\u2019un Canada dualiste où chacune des deux communautés pourrait pleinement se réaliser dans l\u2019égalité.Cette conception dualiste du Canada motive son action comme secrétaire de la Ligue de Défense du Canada puis comme leader du Bloc Populaire.Elle repose en grande partie sur une conception de l'histoire des francophones d\u2019Amérique qui, si elle doit certainement à Groulx, s\u2019inspire manifestement beaucoup plus des enseignements sur le Canada qu\u2019il a reçus du professeur André Siegfried en Europe8.Laurendeau siégera comme député du Bloc à Québec de 1944 à 1948.À partir de 1947, André Laurendeau est éditorialiste au quotidien Le Devoir.Dans les pages du quotidien fondé par Henri Bourassa et aussi dans celles de LAction Nationale, il mène la lutte contre l\u2019obscurantisme du régime Duplessis.Durant les années 1950, Laurendeau cherche à concilier les visions modernes et libérales, telles qu\u2019on les propose à Cité libre, avec une pensée communautariste issue de son engagement nationaliste.Cette pensée-synthèse a plusieurs fois été décrite sous le vocable de néo-nationalisme.Dans un ouvrage récent sur Laurendeau, D.J.Horton utilise quant à lui le vocable de «nationalisme social»9.7.\tIbid., p.185.8.\tVoir discours prononcé à la radio en faveur du candidat Aurélien Quintin, le 24 juin 1946.Fonds André-Laurendeau P2/A, 633.9.\tDonald J.HORTON, André Laurendeau: French-Canadian Nationalist 1912-1968, Oxford University Press, Toronto, 1992, p.231.650 Le séparatisme canadien-français des années 1930, ne convenait plus à la pensée plutôt à gauche du Laurendeau d\u2019après 1935.Laurendeau et l\u2019indépendantisme En 1935, alors que Laurendeau était encore un membre actif des Jeune-Canada, il voyait comme un idéal à atteindre la création d un État national des Canadiens français.Laurendeau reprenait alors à son compte dans son Notre nationalisme le rêve d\u2019une «Laurentie» déjà développé par l\u2019enquête de l\u2019Action française de Groulx en 1922.Les enseignements d\u2019André Siegfried durant son séjour à Paris contribuèrent fortement à le détacher du «séparatisme».Siegfried soutenait que l\u2019indépendance du Canada était le résultat de deux dépendances: celle envers les États-Unis et celle envers l\u2019Angleterre, qui auraient, à elles deux, la singulière particularité de créer un Canada relativement indépendant10! Il faut aussi comprendre que le séparatisme canadien-français des années 1930, issu d\u2019une pensée très à droite, ne convenait plus à la pensée plutôt à gauche du Laurendeau d\u2019après 1935* 11.Le renouveau indépendantiste que connaît le Québec au début des années 1960 - un indépendantisme «québécois» cette fois - s\u2019inspire du mouvement de décolonisation mondial.La «décolonisation» appliquée au cas du Québec semble bien simpliste à l\u2019éditorialiste du Devoir.«La différence entre le maître européen et l'Africain ou l\u2019Asiatique saute aux yeux, et en même temps elle est profonde: qu\u2019il s'agisse de la couleur de la peau, de niveau de vie, de civilisation passée, de la religion.Ces hommes se sont sentis méprisés comme nous ne l'avons jamais été.Ils sont pauvres comme nous ne 10.\tAndré LAURENDEAU, lettre à ses parents, Paris, 15 mai 1936, P2/B,229.11.\tDostaler O\u2019Leary, ancien Jeune-Canada, fait paraître en 1937 un essai séparatiste très inspiré du fascisme de Mussolini: Séparatisme: doctrine constructive.Éditions des Jeunesses Patriotes, Montréal, 1937, 215 p.651 l\u2019avons jamais été», écrit-il en 196112.Cela n\u2019empêche pas Laurendeau de demeurer à l\u2019écoute des indépendantistes.Pour lui aussi plusieurs changements sont absolument nécessaires.Mais c\u2019est renouveler le fédéralisme canadien dans la perspective de l\u2019égalité entre les deux sociétés principales du Canada qui lui semble le projet politique le plus réaliste et le plus souhaitable selon sa perspective cana-dienne-française.L'indépendantisme de la «décolonisation» et du principe du «droit à l\u2019autodétermination» lui semble un leurre.Conscient de la nécessité d\u2019agir, il propose lui-même la création d\u2019une commission d\u2019enquête.La commission fut créée sous le gouvernement Pearson.Laurendeau acceptera d\u2019en être un des deux présidents: «J\u2019y crois.Je plonge», écrira-t-il.Observons l\u2019affrontement des deux visions dominantes du fédéralisme canadien qui traversèrent cette commission et qui aboutit à l\u2019échec de celle de Laurendeau.II.La commission sur le bilinguisme et le biculturalisme Guy Laforest a déjà entamé une analyse des différences de pensée politique au sein de la commission B.B.entre F.R.Scott et André Laurendeau13.Certains documents des archives de la commission nous permettent d\u2019enrichir son analyse.Rappelons-le, la commission B.B.devait faire rapport auprès du gouvernement fédéral pour 12.\tAndré LAURENDEAU, «Séparatisme et décolonisation», publié dans P.BOURGAULT, Écrits polémiques 1960-1981: la politique, VLB Éditeur, 1982 p.23.13.\tGuy LAFOREST, «L\u2019accord du lac Meech: la recherche d\u2019un compromis entre André Laurendeau et F.R.Scott», Trudeau et la fin d\u2019un rêve canadien, Septentrion, 1992, pp.81-119.Laurendeau acceptera d\u2019en être un des deux présidents: «J\u2019y crois.Je plonge», écrira-t-il.652 que le fédéralisme canadien se développe selon l\u2019idéal de l\u2019égalité entre ses deux principales sociétés.Il semble que Laurendeau ait eu le haut du pavé dans les travaux de la commission dès son lancement, en juillet 1963.Mais peu à peu, le personnage de F.R.Scott prend de l\u2019importance.Pris à parti par les indépendantistes, victime de violents maux de tête et de dos, Laurendeau ne semble plus capable, après 1965, de maintenir son ascendant intellectuel sur les travaux de la commission.Qui était F.R.Scott?Jean Éthier-Blais en fait un instrument d\u2019un Canada anglais carnivore et particulièrement affamé.Il nous décrit Scott comme «l\u2019intellectuel de la grande bourgeoisie, sans doute en ligne droite des Conquérants» et il ajoute que «le seul fait qu\u2019il fut en rapport avec les chefs de la «gauche» soulignait le mépris dans lequel il nous [les Canadiens français] tenait.» Réduire F.R.Scott à un simple petit Canadien anglais, bourgeois et francophile, «ancré dans sa supériorité native», ce n\u2019est pas rendre justice au personnage qu\u2019il fut.F.R.Scott n\u2019est pas un conquistadore canadien-anglais.Sa pensée est texturée, articulée.Il a traduit Anne Hébert, Saint-Denys Gameau et est lui-même l\u2019auteur d\u2019une oeuvre poétique importante.Son attitude intellectuelle n\u2019était pas celle d\u2019une marionnette mais d\u2019un être autonome ayant longuement mûri sa pensée.Doyen de la Faculté de Droit de l\u2019Université McGill, Scott avait pensée de Scott et de Laurendeau, durant les travaux de la commission, permet de tirer des conclusions importantes.Une analyse posée de la eu, par ses nombreux engagements sociaux et sa vaste culture, l\u2019occasion d\u2019étayer solidement sa pensée.Au cours des années 1950, il mena une chaude lutte au duplessisme devant les tribunaux.Dans son genre, Scott fut un homme de grand mérite.Une analyse posée de la pensée de Scott et de Laurendeau, durant les travaux de la commission, permet de tirer des conclusions importantes.Pourquoi s\u2019en priver?653 Deux visions À un congrès tenu à 1 \u2019 Université Laval en 1961, André Laurendeau semblait avoir une bonne compréhension théorique des deux principales conceptions de la nation présentes au cœur du débat politique canadien14.Dans sa communication, il avait d\u2019abord mis en relief deux avenues principales: au sens où la nation est une «entité» culturelle et sociologique, le Canada est formé de deux nations; au sens où la nation est une «entité» politique et juridique, le Canada constitue une seule nation.Canadien-français, l\u2019éditorialiste du Devoir concevait la première, le dualisme canadien, comme humainement plus forte et plus riche.Pour se traduire en pratique, cette vision impliquait une institutionnalisation du dualisme au Canada et un fédéralisme décentralisé.Conscient que le Canada anglais adopte plutôt une conception politico-juridique de la nation s\u2019opposant à celle du Canada français, Laurendeau espère un dialogue qui mènerait à l\u2019égalité des deux principaux groupes du Canada dans les relations politiques et sociales.La conception qu\u2019a Laurendeau du Canada français le conduit à chercher un interlocuteur valable pour négocier l\u2019égalité entre les deux groupes, sur son terrain intellectuel du dualisme.Quatre ans plus tard, Laurendeau est confronté à la pratique au sein de la commission BB.Au sein de la commission, le juriste Frank Scott a une pensée politique presque à l\u2019opposé de celle de Laurendeau.Le 11 août 1965, Scott livre sa pensée dans un document confidentiel de la commission intitulé «A View of Canada»15.Pour Scott, la constitution de 1867 est globalement une réussite.11 n\u2019y a pas de raisons Au sens où la nation est une «entité» culturelle et sociologique, le Canada est formé de deux nations.14.\tAndré LAURENDEAU, «Le Canada, une nation ou deux?.», Le Canada, expérience ratée.ou réussie'?, P.U.L., 1962, pp.71-84.15.\tFrank SCOTT, «A View of Canada», 15 p.Fonds Commission Laurendeau-Dunton, P2/C.727.654 Laurendeau est, dans son approche, sociologue et communautarien tandis que Scott adopte un point de vue institutionnaliste et individualiste.de modifier à ce moment la constitution si ce n\u2019est que pour y ajouter un «Bill of Rights» à l\u2019américaine.La conception de la justice de Scott le pousse également à favoriser un bilinguisme intégral, d\u2019un océan à 1 autre.Le rôle d\u2019Ottawa, particulièrement en matière d\u2019économie, doit être renforcé devant la menace que représentent les États-Unis.Scott interprète le mandat de la commission dans son sens le plus étroit: précisément celui qui ne pouvait que déplaire au Laurendeau en quête de l\u2019égalité et de la reconnaissance complète des deux principales sociétés au Canada.Mais à 1 encontre de ce que pense Jean Éthier-Blais, André Laurendeau demeurait foncièrement ouvert face à Scott, et cela malgré les profondes différences de pensées.11 essayait, en véritable intellectuel, de comprendre autant que de convaincre16.Le 23 août 1965, Léon Dion adresse à Laurendeau un mémoire confidentiel intitulé «Deux optiques».Il y analyse les différences entre la pensée du coprésident et celle de Scott17.Dion y montre que Laurendeau est, dans son approche, sociologue et communautarien tandis que Scott adopte un point de vue institutionnaliste et individualiste.Il apparaît ainsi à Dion que «.contrairement [.] à M.Scott, M.Laurendeau n\u2019est pas loin de considérer le gouvernement du Québec comme le seul garant de la culture française au Canada.» L\u2019humanisme de Scott lui interdit d\u2019appliquer le concept de majorité et de minorité à des groupes culturels.Il préfère concevoir les problèmes sociaux du point de vue de l\u2019individu.Partant des positions énoncées ci-haut, Scott avait le désir de limiter le champ d\u2019action de la commission.Un peu 16.\tDans une lettre à F.R.Scott, Laurendeau analyse avec finesse leurs points communs et divergents.Août 1965.Fonds Commission Laurendeau-Dunton, P1/A.70.17.\tLéon DION, «Deux optiques», 23 août 1965.Fonds Laurendeau-Dunton, P2/C, 810.655 comme l\u2019avait souhaité, devant la commission à ses débuts, un certain Pierre E.Trudeau18.En plusieurs points, la pensée de Scott se rapproche de celle de Pierre E.Trudeau.Sur la conception de la justice, sur le bilinguisme et sur le rôle du gouvernement fédéral, la pensée est presque similaire.Le rédacteur de Cité libre avait d\u2019ailleurs suivi attentivement les enseignements de Scott à l\u2019Université McGill.III.Laurendeau, Trudeau et nous Comme le fait remarquer Michael Oliver, on a bien souvent opposé René Lévesque à Pierre E.Trudeau ces dernières années.Mais si on veut observer quelle tangente a pris le Canada depuis 1965, on gagne beaucoup plus à opposer Laurendeau à Trudeau19.Les deux hommes a-vaient l\u2019un pour l\u2019autre beaucoup de respect, même s\u2019ils étaient parfaitement conscients que leurs conceptions du fédéralisme divergeaient.Laurendeau critiqua longuement «les exagérations d\u2019ordre polémique» de la préface de Trudeau dans La grève de l\u2019amiante.Il reprocha également à Trudeau son style «méprisant»20.De son côté, Trudeau était attentif aux écrits de Laurendeau.Laurendeau possédait un «esprit raffiné, un des plus justes que je connaisse», écrivait Trudeau21.Dans les péripéties constitutionnelles depuis Meech, jamais Trudeau n\u2019a écorché la mémoire de Laurendeau.Il a occis aussi bien Bourassa, Lévesque et Johnson que Dans Meech et plus encore dans le rapport Allaire qui s\u2019ensuivit, c\u2019est le dualisme de Laurendeau qui, tant bien que mal, essayait de renaître.18.\tPierre E.TRUDEAU.Fonds Laurendeau-Dunton, P2/C,723.19.\tMichael OLIVER, «Laurendeau et Trudeau: leurs opinions sur le Canada», L'engagement intellectuel: mélanges en l\u2019honneur de Léon Dion, Presses de l\u2019Université Laval, 1991, pp.339-368.20.\tAndré LAURENDEAU à Pierre Trudeau (1967), Fonds André Laurendeau, P2/A,2.21.\tPierre E.TRUDEAU, Le fédéralisme et la société canadienne-française, «note de bas de page 29», HMH, 1967, p.181.656 Parizeau; jamais nommément Laurendeau.Pourtant dans Meech et plus encore dans le rapport Allaire qui s\u2019ensuivit, c\u2019est le dualisme de Laurendeau qui, tant bien que mal, essayait de renaître.Le mois de juin 1968 marque une coïncidence historique singulière dans l\u2019histoire du Canada et du Québec: tandis que Laurendeau meurt, Trudeau devient premier ministre.Pierre Elliot Trudeau étouffa la Commission Royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme jusqu\u2019à ce qu\u2019elle rende l\u2019âme en 1971.Déjà en 1968, Léon Dion jugeait que le combat de Laurendeau était perdu22.Avec Trudeau, c est la vision libérale de F.R.Scott qui triomphe au Canada.Conclusion Par la force et la finesse de ses raisonnements, autant que par son engagement intellectuel modèle, André Laurendeau a montré qu'il était vain de s\u2019en remettre à l\u2019espoir du dualisme au Canada pour voir grandir la société québécoise sereinement.Le changement constitutionnel survenu en 1982 marque la mort du dualisme au Canada; l\u2019échec de Meech en donne la confirmation; l\u2019entente constitutionnelle du 28 août 1992, l\u2019assurance ultime.Trudeau et Scott l\u2019ont emporté sur Laurendeau.De bout en bout.Au début des années 1960, deux choix s\u2019offraient à l\u2019esprit de Laurendeau: l\u2019indépendance ou le dualisme.Aujourd\u2019hui, la «troisième voie» des Allairistes pourrait en fait n\u2019être rien d\u2019autre que la voie du dualisme qu\u2019avait choisis Laurendeau.Miser sur le dualisme aujourd\u2019hui, alors que Laurendeau avait à l\u2019époque infiniment plus de chances de gagner, est-ce habile?Penser réussir malgré l\u2019esprit de 22.Léon DION, «Brides de souvenirs d\u2019André Laurendeau», Penser l\u2019éducation: nouveaux dialogues avec André Laurendeau, Boréal, Montréal, 1989, p.53.657 1982, malgré le spectre de Meech, malgré la déroute de Charlottetown, est-ce sensé?Nous ne le croyons pas.Est-ce dire que l\u2019indépendance du Québec constitue le seul choix désormais logique?Avec encore ses allures des années 1960, ce mouvement a su s\u2019engluer de telle façon dans des idées comme la «décolonisation» et le «droit à l\u2019autodétermination», idées davantage inspirées par le romantisme que par la modernité, qu\u2019un coup de barre est désormais plus que nécessaire pour lui éviter la fossilisation intellectuelle.Quand se produira-t-il?Un coup de barre est désormais plus que nécessaire pour lui éviter la fossilisation intellectuelle.658 L'Action nationale a créé le prix Richard-Arès pour promouvoir la culture nationale en encourageant l\u2019expression de la pensée.Claude Corbo, lauréat du Prix Richard-Arès L\u2019Action nationale a créé le prix Richard-Arès pour promouvoir la culture nationale en encourageant l\u2019expression de la pensée.En 1991, Paul-Émile Roy a reçu le prix pour son ouvrage «L\u2019éducation une révolution avortée» publiée aux Éditions du Méridien.Pour l\u2019année 1992, le jury se composait de Fernand Dumont, Jean Éthier-Blais et Julien Harvey.43 volumes ont été présentés.A l\u2019unanimité, Claude Corbo a été proclamé le lauréat de l\u2019année pour l\u2019ouvrage «Mon appartenance» publié par VLB éditeur.Ce recueil d\u2019essais est un témoignage d\u2019attachement et d\u2019enracinement indéfectibles à la terre québécoise.Monsieur Corbo est né à Montréal en 1945 d\u2019un père d\u2019origine italienne et d\u2019une mère québécoise de souche.Il possède un doctorat en philosophie.À 24 ans, il enseigne à l\u2019U-QAM l\u2019histoire de la pensée politique et il a occupé depuis diverses fonctions administratives.Depuis 1986, il est recteur de l\u2019UQAM.Lors de la remise du prix chez VLB éditeur, Jean Éthier-Blais a présenté le lauréat et le provincial Jean Bellefeuille, J.J., l\u2019a remercié pour son «essai sur la condition québécoise».Allocution de Jean Éthier-Blais Monsieur le Recteur, C\u2019est un grand honneur pour moi, à titre de membre du jury du Prix Richard-Arès, de vous 659 dire pourquoi nous vous avons décerné ce Prix.Il y avait en lice de nombreux livres, dont certains étaient excellents, de haute tenue littéraire, brillant par l\u2019analyse des problèmes contemporains du Québec, libres de toute allégeance politique, des ouvrages de grands savants qui sont aussi des hommes de cœur.C\u2019est pourtant sur le vôtre que s\u2019est faite l\u2019unanimité.Votre livre est un modèle d\u2019intégrité affective.C\u2019est la description du cheminement d\u2019un enfant, et puis d\u2019un homme vers l\u2019acquisition d\u2019une nouvelle patrie, un lieu géographique et intellectuel qui lui permette, sans rien renier de ses origines, de s\u2019épanouir pleinement dans sa nouvelle, dans son étemelle identité.Vous avez parlé au nom d'une minorité de Québécois qui, victimes d\u2019une propagande abusive, se taisent et n\u2019osent pas choisir entre le passé et l\u2019avenir.Le Ministère de l\u2019Immigration du Québec devrait faire traduire votre livre dans toutes les langues parlées ici et le distribuer urbi et orbi.Mais c\u2019est là un rêve qui s\u2019éloigne trop des accords Robic-Wiener, de leur lettre et de leur esprit.Je dirai même que ce qui s\u2019appelle rêver en couleurs, c\u2019est cela.Confucius disait qu\u2019un pays était bien gouverné lorsque le langage de ses gouvernants était clair.Votre livre, monsieur le Recteur, donne son vrai sens au mot «immigration», en insistant sur l\u2019importance du préfixe de participation qui fait de l\u2019immigration un acte d\u2019acceptation en profondeur de la civilisation d\u2019accueil par les nouveaux arrivants.Nous vivons au Québec une époque de flottement sémantique, savamment entretenu par les équivoques politiques.Votre livre vient à son heure nous réapprendre le patriotisme.Nos ancêtres ont créé ici une civilisation à laquelle nous tentons d\u2019ajouter des éléments, dans tous les domaines, qui ne déshonorent pas notre passé.C\u2019est cette civilisation, dans une langue universelle, que nous offrons à nos nouveaux compatriotes du monde entier.Comme nous, à l\u2019inté- Votre livre est un modèle d\u2019intégrité affective.C\u2019est la description du cheminement d'un homme vers l\u2019acquisition d'une nouvelle patrie, sans rien renier de ses origines, de s'épanouir pleinement dans sa nouvelle, dans son éternelle identité.660 Cette continuité a connu de très profondes mutations: de Français, les gens d\u2019ici sont devenus Canadiens, puis Canadiens-français , puis Québécois, gagnant en intensité culturelle ce qu\u2019ils semblaient perdre en extension géographique.rieur de notre mode de vie, ils ont des droits.Il est temps qu\u2019ils acceptent aussi d\u2019y avoir des devoirs, dont le premier est de nous accepter tels que nous sommes et de participer à nos côtés, avec nous, dans un esprit de générosité réciproque, à construire le Québec de l\u2019avenir.Dans le domaine littéraire, nous savons que c\u2019est chose possible, qui enrichit notre littérature et la rend encore plus québécoise.Votre livre est un cri du cœur et, si je puis dire, un chant d\u2019amour à notre patrie.Il n\u2019y a que vous qui pouviez l\u2019écrire ainsi, monsieur le Recteur, précisément parce que vous occupez avec éclat une place pré-éminente dans notre société.Il ne me reste qu\u2019à souhaiter que votre exemple soit, dans une langue aussi sûre que la vôtre, suivi par d\u2019innombrables Québécois venus ici, riches de leur passé, trouver avec nous une nouvelle origine, toujours renouvelée.Extrait de l\u2019allocution de Claude Corbo La continuité humaine à laquelle le père Arès a consacré sa vie et son œuvre est bien réelle.Cette continuité a connu de très profondes mutations: de Français, les gens d\u2019ici sont devenus Canadiens, puis Canadiens-français, puis Québécois, gagnant en intensité culturelle ce qu\u2019ils semblaient perdre en extension géographique.La mutation s\u2019est manifestée aussi par d\u2019autres ruptures, dont la perspective aurait profondément bouleversé nos ancêtres: la séparation, passablement à l\u2019amiable, de l\u2019Église et de l\u2019État, l\u2019exode irréversible vers les villes, la plongée dans une économie industrielle et de services, la migration hivernale vers le soleil, et tant d\u2019autres changements qui nous apparentent à nos voisins du sud.Pourtant, au-delà de ces métamorphoses, il subsiste ici, en Amérique, cette société, cette nation même, si distincte, si unique, une communauté humaine pareille à nulle autre par sa 661 langue française et son parlementarisme britannique, par son code civil d\u2019origine française et son droit criminel d\u2019origine anglaise, par une trajectoire historique et politique peu commune, et par la voix originale de ses créateurs de toutes disciplines.Cette société est capable d\u2019enrichir à sa manière propre le patrimoine commun de l\u2019humanité; elle est capable aussi d\u2019infléchir, ne fût-ce que d\u2019une infime courbure, le trajet de l\u2019aventure humaine.Cette i-dentité québécoise, c\u2019est mon héritage composite de petit-fils de modestes immigrants italiens et de fils d\u2019une mère d\u2019ici; c\u2019est ma volonté de la partager en la rendant accueillante à ceux venus d\u2019ailleurs; c\u2019est mon appartenance indéfectible.Je vous remercie d\u2019en avoir honoré l\u2019expression écrite.Cette société est capable d\u2019enrichir à sa manière propre le patrimoine commun de l\u2019humanité; elle est capable aussi d\u2019infléchir, ne fût-ce que d\u2019infime courbure, le trajet de l\u2019aventure humaine.Allocution de Jean Bellefeuille, S.J., Supérieur provincial Le Prix Richard-Arès a été fondé pour reconnaître, chaque année, un ouvrage, publié au Québec, qui témoigne de l\u2019engagement de l\u2019auteur à éclairer ses concitoyens sur les grandes questions d\u2019intérêt national.Et quand je vois l\u2019auteur de Mon appartenance.Essais sur la condition québécoise reconnaître, dès le départ, son humiliation et sa lassitude devant la violence faite à la Loi 101, par la Cour suprême du Canada, le 15 décembre 1988, a-lors qu\u2019un peuple vit d\u2019optimisme, de fierté et d\u2019énergie, eh bien! je me dis que le but du prix est atteint, parce que .Richard Arès aurait signé ces lignes.Se reconnaissant tricoté aussi de laines étrangères, étant petit-fils d\u2019immigré italien au Québec, M.Corbeau dira son attachement à la langue d\u2019ici, sans laquelle lui et sa culture seraient sourds, muets et aveugles, sans laquelle le Québec ne pourrait poursuivre sa contribution à l'aventure de l\u2019espèce humaine.662 C\u2019est la raison pour laquelle (je le cite) «il faut savoir nous enrichir de ceux et celles qui ont choisi de lier ici leur destin au nôtre», c\u2019est la raison pour laquelle il a librement choisi la voie de l\u2019intégration, «la seule raisonnable, rationnelle et valable qui s\u2019offre aux sociétés d\u2019accueil, comme le Québec, à l\u2019égard des allo-phones, que l\u2019immigration - toujours nécessaire et toujours justifiée - leur amène».Hostile au multiculturalisme, il ne fait en réalité que montrer ce que nos gouvernements sont en train de découvrir, par la force des choses, c\u2019est-à-dire qu\u2019on ne respecte la culture d'accueil et les cultures d\u2019appoint, qu\u2019on ne prépare la paix sociale, que par la voie de l\u2019intégration, qui modifie peu à peu les cultures en contact.Reconnaissant qu\u2019il sera toujours difficile de conserver l\u2019identité du Québec, c\u2019est vers l\u2019école, à tous ses niveaux, que le recteur de l\u2019UQAM se tourne pour assurer le contact culturel ouvert.Remarquant avec humour que sir Wilfrid Laurier nous a définis, il y a longtemps, comme «des Britanniques parlant français», il admet la haute valeur des institutions que nous avons reçues des Britanniques, et que nous a-vons adaptées à notre situation.Après avoir reconnu le lien indispensable entre la culture et l\u2019économie, l\u2019auteur reconnaîtra bravement que l\u2019identité québécoise ne vient pas de notre richesse, mais que tout en étant moins riches que les Américains nous constituons une façon unique de vivre la condition humaine.Tout en étant moins riches que les Américains nous constituons une façon unique de vivre la condition humaine.Tout ceci constitue vraiment un «essai sur la condition québécoise», un essai que tous: amérindiens, anglophones, allophones, francophones, liront avec intérêt.Et, l\u2019on permettra sans doute au Provincial des Jésuites, de remercier M.Corbo, d\u2019avoir rappelé que la culture québécoise a été transmise à son père, par le Collège Sainte-Marie, et à lui-même par le Collège Jean-de-Brébeuf.?663 Les livres Livres reçus Bélanger, Yves, Nicolke Desbiens et Pierre Fournier, «Les défis économiques du désarmement, vers la reconversion des économies militaires», VLB éditeur, 1992, 189 p.Bourque, Jean-Louis, «Demain, la république, Le projet du Québec profond», Les éditions La Liberté, 1992, 222 p.Caouette, Charles-E., «Si on parlait d\u2019éducation, Pour un nouveau projet de société», Montréal, VLB éditeur, 1992, 267 p.Cloutier, Édouard, Jean-H.Guay et Daniel La-touche, «Le virage, l\u2019évolution de l\u2019opinion publique au Québec depuis 1960 ou comment le Québec est devenu souverainiste», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 184 p.Corbo, Claude, «Mon appartenance, Essais sur la condition québécoise», Montréal, VLB éditeur, 1992, 121 p.Daigle, Gérard et Guy Rocher, «Le Québec en jeu», Montréal, Les presses de l\u2019université de Montréal, 1992, 811 p.DeBellefeuille, Pierre, «L\u2019ennemi intime», Montréal, L\u2019Hexagone, 1992, 194 p.Dollier de Casson, François, «Histoire du Montréal», Ville LaSalle, Éditions HMH, 1992, 342 p.664 Dufour, Christian, La rupture tranquille, Boréal, 1992, 172.Ferretti, Andrée et Gaston Miron, «Les grands textes indépendantistes, écrits, discours et manifestes québécois 1774-1992», Montréal, L\u2019Hexagone, 1992, 504 p.Fournier, Louis, «Louis Laberge, Le syndicalisme c\u2019est ma vie», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 438 p.Gadoury, Lorraine, «La Noblesse de Nouvelle-France, Familles et Alliances», LaSalle, Hurtubise HMH, 1992, 208 p.Gagnon, Alain-G.al., «Allaire, Bélanger, Campeau et les autres, Les Québécois s\u2019interrogent sur leur avenir», Montréal, Québec/Amérique, 1991, 602 p.Gagnon, Alain-G.et François Rocher, «Répliques aux détracteurs de la souveraineté du Québec», Montréal, VLB éditeur, 1992, 509 p.Goulet, Denis et André Paradis, «Trois siècles d\u2019histoire médicale au Québec, Chronologie des institutions et des pratiques (1639-1939)», Montréal, VLB éditeur, 1992, 530 p.Grand\u2019Maison, Jacques, «Le drame spirituel des adolescents, profils sociaux et religieux», Montréal, Fides, 1992, 245 p.Grand\u2019Maison, Jacques, «Vers un nouveau conflit des générations, Profils sociaux et religieux des 20-35 ans», Montréal, Fides, 1992, 400 p.Helly, Denise, «L\u2019immigration pour quoi faire», Québec, IQRC, 1992, 230 p.Laforest, Guy, «Trudeau et la fin d\u2019un rêve canadien», Sillery, Septentrion, 1992, 267 p.Landry, Yves, «Les filles du roi au XVIIe siècle, Orphelines en France pionnières au Canada», Montréal, Leméac, 1992,436 p.665 Leclerc, Yves, «Le simple bon sens, Comment sortir de la crise constitutionnelle», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 108 p.Marsolais, Claude-V., «Le référendum confisqué, histoire du référendum québécois du 20 mai 1980», Montréal, VLB éditeur, 1992, 271 p.Monière, Denis et al., «L\u2019Année politique au Québec 1991», Montréal, Le Devoir, Québec/Amérique, 1992, 439 p.Monière, Denis, «Le combat des chefs», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 288 p.Monière, Denis, «L\u2019indépendance», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 156 p.Morin, Jacques-Yvan et Josée Wœhrling, Les constitutions du Canada et du Québec du régime français à nos jours, Montréal, Les Éditions Thémis, 1993, 978 p.Morin, Michel, «Souveraineté de l\u2019individu», Montréal, Les Herbes Rouges, 1992,121 p.Orban, Edmond, «Fédéralisme, Super état fédéral?Association d\u2019états souverains?», Montréal, Hurtubise HMH, 1992, 172 p.Perrault, Pierre, «Pour la suite du monde, récit», Montréal, Hexagone, 1992, 294 p.Pinard, Guy, Montréal, son histoire, son architecture, Montréal, 1992, Méridien, 512 p.Rocher, François, Bilan québécois du fédéralisme canadien, Montréal, VLB éditeur, 1992,413 p.Royer, Jean, «Dans la maison des littératures, Les vingt ans de la rencontre québécoise internationale des écrivains», Montréal, Hexagone, 1992, 127 p.Taylor, Charles, «Rapprocher les solitudes, é-crits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada», Ste-Foy, Les presses de l\u2019Université Laval, 1992, 234 p.Tessier, Robert et Jean-Guy Vaillancourt, «Gestion de l\u2019environnement, éthique et société», Montréal, Fides, 1992, 312 p.666 Compte-rendus À la défense des petites nations Alain Finkielkraut, Comment peut-on être Croate?Paris, Gallimard, 1992, 151 p.Les nationalistes québécois prennent souvent pour acquis l\u2019appui de la France à l\u2019éventuelle accession du Québec à l\u2019indépendance.On peut difficilement imaginer qu\u2019en raison de nos liens historiques et de notre langue commune, la France puisse nous laisser tomber au moment crucial de notre reconnaissance internationale.On compte sur la solidarité française pour entraîner le soutien des autres pays de la Communauté européenne.On ne peut croire que le pays qui a été l\u2019instigateur de l\u2019État-na-tion et le promoteur des valeurs démocratiques puisse adopter des politiques qui ne soient pas cohérentes avec ces principes.Mais ce raisonnement oublie peut-être trop facilement qu'il y a d\u2019autres motifs qui fondent la rationalité des États en matière de politique étrangère.Le livre de Finkielkraut vient nous rappeler pertinemment que la politique française peut obéir à la raison d\u2019État et se montrer peu empressée de soutenir le principe du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.L\u2019auteur dénonce l\u2019attitude des médias, de l\u2019intelligentsia et de la classe politique française qui par antinationalisme primaire se sont désintéressés des problèmes soulevés par l\u2019accession de la Slovénie et de la Croatie à l\u2019indépendance et qui ont soutenu implicitement la politique impérialiste de la Serbie.Il montre comment les grandes nations qui se désignent elles-mêmes comme des nations historiques tendent à nier aux petits peuples le droit d\u2019exister par eux-mêmes.L\u2019effondrement des fédérations soviétique, yougoslave et tchékoslovaque a fait apparaître la force du sentiment d\u2019appartenance de petits peuples qui avaient été sacrifiés aux exigences des grandes puissances.Cette effervescence 667 nationaliste a suscité la mauvaise humeur, la méfiance et le dédain de la très grande majorité des intellectuels français qui ne peuvent admettre dans leur schéma idéologique que l\u2019on puisse préférer la nation à la fédération, la sécession à l\u2019union.L\u2019auteur reproche à la diplomatie française d\u2019avoir défendu le statu quo ante et d\u2019avoir mis sur le même pied l\u2019agresseur serbe et les nations agressées, cet amalgame justifiant l\u2019inaction de la France contre la guerre de conquête serbe.Pour la première fois depuis 1945, la France s\u2019est faite complice par son indifférence d\u2019une conquête territoriale en Europe même.Il estime que si la pensée française s\u2019est purgée du communisme, elle en a gardé les réflexes intellectuels, «le refus du monde pluriel» (p.20).C\u2019est au nom, explique-t-il, d\u2019un universalisme abstrait, d\u2019un parti pris idéologique pour les grands ensembles qu\u2019on en vient à penser qu\u2019il y a des peuples qui font l\u2019histoire et qui ont droit à la liberté et d\u2019autres peuples qui sont captifs parce qu\u2019ils sont petits et doivent rester sous le joug d\u2019une nation dominatrice.Aux yeux de ces censeurs libéraux, le désir de liberté des petits peuples est même suspect de barbarie, de régression ethnique, de fascisme et de totalitarisme.Et lorsque ces petits peuples veulent s\u2019auto-dé-terminer démocratiquement afin de s\u2019ouvrir au monde et de participer directement à l\u2019universalité, sans être le jouet d\u2019une puissance tutélaire et que cette dernière utilise la force pour effectuer la purification ethnique et accroître son espace national, ces mêmes intellectuels semblent fascinés par le statu quo et préfèrent détourner leur regard ou se donner bonne conscience en classant les protagonistes du conflit dans la catégorie des tribaux, ce qui leur permet de renvoyer les adversaires dos-à-dos et de les rendre également responsables des atrocités commises contre les populations civiles.Fin-kielkraut dénonce ce qu\u2019il appelle le nouvel esprit de Munich où les puissances euro- 668 péennes ont choisi de fermer les yeux devant le génocide en Bosnie-Herzégovine et de capituler devant l\u2019agression serbe.C\u2019est au nom des valeurs démocratiques que Finkielkraut prend le parti de défendre le droit à l\u2019indépendance des petites nations parce qu\u2019elles garantissent la diversité qui est elle-même une condition de la liberté: Mais s\u2019il est vrai que les nations par delà leurs différences climatiques, historiques ou culturelles doivent être soumises aux mêmes règles démocratiques, la démocratie de son côté a besoin d\u2019un corps, d\u2019un sol, d\u2019une cité particulière pour être autre chose que le pouvoir de changer de chaîne ou de choisir entre plusieurs marques de déodorants, (p.22).Tant que la nation ne se réduit pas à un particularisme ethnique et que la souveraineté nationale concorde avec la défense des libertés civiques, c\u2019est la nation qui est l\u2019entité politique qui assure les conditions les plus propices à l\u2019exercice d\u2019une citoyenneté authentique.Ceux qui réclament le dépassement du sentiment national préconisent en fait la substitution du consommateur au citoyen (p.54).Dans le cadre des empires ou des grands ensembles économiques, l\u2019individu n\u2019existe que comme consommateur ou entrepreneur.Sa liberté de citoyen s\u2019en trouve atrophiée car il n'a plus le sentiment d\u2019appartenance qui le pousse à se sentir responsable du bien public et qui suscite l\u2019engagement dans le débat public: Le modèle de la cité n\u2019étant plus applicable et celui de l\u2019empire n\u2019étant pas démocratique, c\u2019est la nation et, jusqu\u2019à preuve du contraire, la nation seule qui permet la participation de tous à la vie politique, p.38.La leçon philosophique de Finkielkraut pourrait se résumer ainsi: rejeter le cadre national c\u2019est préparer des lendemains amers pour la vie démocratique.669 Ilya aussi une leçon politique que les nationalistes québécois pourront tirer de la lecture de ce livre.Pour être reconnu comme nouvel Etat souverain, il ne suffit pas d\u2019avoir une pratique exemplaire de la démocratie, de respecter les droits des minorités, de décider démocratiquement d'accéder à l\u2019indépendance, encore faut-il que la communauté internationale nous soit favorable.Et à cet égard, les États établis préfèrent le statu quo au changement.Pour contrer cette tendance, il faut pouvoir compter sur des alliés fiables sur la scène internationale.A cet égard, il serait peut-être plus prudent de ne pas se bercer d\u2019illusions, de ne pas penser que les solidarités dites naturelles joueront automatiquement et de préparer le terrain en constituant des réseaux de soutien dans les milieux qui font l\u2019opinion.Denis Monière Fournier, Louis, Louis Laberge, Le syndicalisme c\u2019est ma vie, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1992, 444 pages.Les leaders syndicaux ont joué un rôle considérable dans l\u2019histoire du Québec.Ils ont dû surmonter de nombreux défis à cause de l\u2019antisyndicalisme de Maurice Duplessis et de Robert Bourassa.C\u2019est dans cette perspective que Louis Fournier nous présente une oeuvre biographique d\u2019un personnage qui a marqué définitivement l\u2019histoire de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec: Louis Laberge.Fournier nous amène à découvrir la vie de Louis Laberge à travers les grands événements.Dans un premier temps, il explique les différentes étapes qui l\u2019amènent à militer à l\u2019intérieur d\u2019un syndicat ainsi que quelques aspects de sa vie sociale et sentimentale.Ensuite, il énumère les différentes batailles que Laberge a entreprises comme président de la FTQ.De la grève des employés de l\u2019usine d\u2019embouteillage Seven Up en 1968 à la création du Fonds de 670 solidarité, en passant par le court séjour à la prison d\u2019Orsainville, chaque événement dominant de la vie de Laberge est expliqué avec précision.Enfin, il nous résume la fin de son règne comme président de la centrale syndicale.Malgré son expérience comme journaliste et écrivain, Louis Fournier démontre un manque flagrant d\u2019objectivité.Je ne veux pas dénigrer l\u2019ensemble du livre car chaque étape de la vie de Louis Laberge - il a été cherché l\u2019information en interviewant une soixantaine de personnes qui, de près ou de loin, ont travaillé avec Laberge - est présentée d\u2019une manière originale et structurée.Cependant, là où il y a une grande faiblesse, c\u2019est qu\u2019à chaque personnage interviewé, Louis Fournier leur a trouvé un sobriquet ou un synonyme particulier.Ce qui, à mon avis, est tout à fait inutile et déplacé.Ainsi, à chaque fois que Fournier parle de Louis Laberge, il écrit: «Ti-Louis» ou le «vieux lion»; Fernand Daoust devient le «grand Fernand»; Claude Blanchet le «businessman de gauche»; Jean-Guy Frenet l\u2019«intellectuel à la barbe rousse» et c\u2019est ainsi pour l\u2019ensemble des personnages.On le sait, Fournier a travaillé au Fonds de solidarité comme vice-président des communications.Ce fonds a été mis sur pied par la FTQ.On y voit déjà l\u2019intérêt qu\u2019il porte à cette centrale.Fournier nous présente donc Louis Laberge et la FTQ comme étant les acteurs les plus importants de l\u2019histoire du syndicalisme québécois et même canadien.Le problème est le suivant: en tentant de prouver sa thèse, à savoir le degré d\u2019importance dans l\u2019histoire du Québec de Laberge et de la FTQ, Fournier a préféré dénigrer les autres centrales (CSN et CEQ) ainsi que leurs membres les plus influents.Louis Laberge devient «un vieux sage du mouvement ouvrier» (p.360) pendant que Michel 671 Chartrand est «le grand-prêtre du radicalisme populiste» (p.182) et que Marcel Pépin et Yvon Charbonneau ne sont guère mieux.Dans une même ligne de pensée, il considère la CSN comme étant une centrale syndicale trop de gauche et que leur mode de négociation, à savoir un syndicalisme de confrontation, est dépassé comparativement à la FTQ qui emploie un syndicalisme de concertation.Enfin, selon moi, Louis Fournier aurait pu utiliser un langage moins familier, cesser de faire des comparaisons entre les centrales syndicales, mais surtout identifier les grands combats de Louis Laberge et les exploiter.Dans ces conditions, il aurait démontré facilement l\u2019importance dans l\u2019histoire québécoise de Louis Laberge et de la FTQ sans y dénigrer les autres représentants syndicaux qui ont, eux aussi, à leur façon, marqué l\u2019histoire.Érich Laforest 672 Rosaire 4 Morin À travers l'actualité La Ligue d\u2019action nationale La Ligue tenait son assemblée annuelle le 12 mars dernier.Robert Laplante, docteur en sociologie, accède à la présidence; Alain Lara-mée, docteur en communication, occupe le poste de vice-président; Delmas Lévesque, sociologue, agira comme secrétaire; Gérard Turcotte, personnalité éminemment connue et Claude Duguay, professeur aux Hautes Études Commerciales, seront responsables de l\u2019administration.Mesdames Marie-Noëlle Ducharme et Danielle Gagné ont été élues au Conseil d\u2019administration, remplaçant messieurs Pierre Trépanier et Jean-Claude Dupuis, démis de leurs postes d\u2019administrateurs.Les autres membres du Conseil sont René Blanchard, Jacques Martin et Yvon Groulx.Messieurs François-Albert Angers et Rosaire Morin siègent aussi au Conseil en leur qualité d\u2019anciens présidents.Il est ici valable de noter que quatre membres du Conseil sont âgés de moins de 40 ans.Une cure de rajeunissement! Nos félicitations et nos meilleurs vœux aux élus! Un drôle de contrat social Le verre du président du Conseil du Trésor est à moitié vide.L\u2019homme est accablé sous le Le 30 mars 1993 673 poids de l\u2019assistance sociale et du chômage qui coûte près de 10 milliards $.Pour lui, l\u2019avenir est sans issue.Son objectif quinquennal est de réduire les services pour pouvoir payer les prestations qui augmentent.Quelle perspective! Le pays serait à la dérive.Il serait impossible de passer de l\u2019inactivité à la réelle productivité, c\u2019est-à-dire d\u2019imaginer des projets pour mettre le Québec au travail.Des milliers de produits sont importés que nous pourrions ici produire.Des centaines de services peuvent être développés.La conquête des marchés extérieurs offre encore un potentiel incommensurable.Et le projet de société?M.Johnson n\u2019y songe pas.Ou si peu.Sa vision se limite à geler les salaires, sans tenir compte des disparités qui affectent plus de la moitié des employés de l\u2019État qui sont moins payés que dans le secteur privé.M.Johnson songe à améliorer la qualité des services offerts par l\u2019État et à augmenter la productivité dans les établissements.Comment le fera-t-il?Quelles seront ses normes de travail?Augmentera-t-il le nombre d\u2019élèves dans une classe au détriment de l\u2019apprentissage?Diminuera-t-il le nombre d\u2019enseignants, de psychologues, d\u2019orienteurs sans évaluer les conséquences sur la scolarité?Songera-t-il à augmenter le nombre de patients par infirmières?Quelle sera sa recette pour faire disparaître la médecine de guerre dans nos urgences?Récompensera-t-il la diminution des services par une augmentation des salaires?Vous me direz probablement que les questions sont négatives.Mais au fait, pas tellement.L\u2019essentiel est oublié.Le projet de société est inexistant dans l\u2019esprit de ce gouvernement.L\u2019occasion était belle d\u2019exprimer des idées dynamiques, de proposer des actions stimulantes et de concevoir un rôle nouveau que l\u2019État aurait eu à assumer.La réforme inachevée de l\u2019éducation, la réorganisation du travail et l\u2019adaptation des services sociaux et de santé à des conditions nouvelles présentent vraiment des L\u2019occasion était belle d\u2019exprimer des idées dynamiques, de proposer des actions stimulantes et de concevoir un rôle nouveau que l\u2019Etat aurait eu à assumer.674 C\u2019est une présence sociale au sein de la collectivité québécoise.C\u2019est un capital inaliénable qui appartient à ses membres.Quand le patron est propriétaire du journal qui nous emploie, on est contraint, malgré soi, de ne pas partir en guerre contre les opinions du «boss».défis autrement emballants que le désengagement progressif du gouvernement dans les activités de la société.Desjardins Le mouvement vient de tenir ses grandes assises annuelles.Desjardins, c\u2019est 1 325 caisses, 1 400 guichets automatiques, 38 490 employés, 56,5 $ milliards prêtés aux gens d\u2019ici.Desjardins, c\u2019est un mouvement qui réussit.C\u2019est une formule qui répond aux besoins des personnes.C\u2019est un regroupement qui contribue au développement du milieu.C\u2019est une présence sociale au sein de la collectivité québécoise.C\u2019est un capital inaliénable qui appartient à ses membres.Desjardins, c\u2019est 4 653 337 Québécoises et Québécois.Power Corporation M.Paul Desmarais appartient à une grande famille québécoise.Il est un homme puissant.Il est un financier averti et un homme d\u2019affaires compétent.Il reçoit en ses salons les grands de ce monde.Sa puissance s\u2019exprime entre autres par ses journaux.Les entreprises qu\u2019ils contrôlent possèdent La Presse, Le Nouvelliste, La Tribune, La Voix de l\u2019Est et un grand nombre de journaux hebdomadaires.L\u2019influence de M.Desmarais vient de grandir.Power investira 180$ millions dans le groupe Southam pour hisser à 18,6% les actions qu\u2019elle détient dans cette société.Il aura un statut de partenaire égal avec le groupe Hollin-ger de Conrad Black qui détiendra lui aussi 18,6% des actions de Southam.M.Desmarais disposera de trois sièges au conseil d\u2019administration et il pourra acquérir 23,5 % des actions de Southam ayant droit de vote et toutes les actions acquises en vertu de son droit de premier refus sur les actions détenues par Hollin-ger.675 Réflexions: quand on travaille pour un patron, on s\u2019efforce de ne pas trop le contrarier, de ne pas lui déplaire.Quand le patron est propriétaire du journal qui nous emploie, on est contraint, malgré soi, de ne pas partir en guerre contre les opinions du «boss».Pour obtenir une promotion, il faut être bon garçon, ne pas indisposer la hiérarchie et demeurer sage.C\u2019est une règle non écrite qui s\u2019applique tous les jours.C\u2019est un peu pour cela qu\u2019il est inquiétant de voir des monopoles s\u2019installer dans la presse.La liberté d\u2019expression en est affectée, quoi qu\u2019on dise.Gratuité des études collégiales La ministre de l\u2019Enseignement supérieur, madame Robillard, réfléchit à haute voix.Des fuites calculées laissent entendre que la gratuité des études serait affectée, selon certaines conditions.Et dame rumeur évoque des motifs comptables.Il s\u2019en suit une agitation dans le réseau collégial.L\u2019inquiétude grandit.Un climat de tension s\u2019installe.L\u2019une des valeurs fondamentales de notre système d\u2019éducation serait modifiée.Déjà, la proportion des jeunes qui atteignent le cégep est faible et l\u2019on connaît le taux élevé des étudiants qui quittent leurs études sans diplôme.Il convient aussi de rappeler que la majorité des cégépiens travaillent plus de quinze heures par semaine et qu\u2019ils prennent trois ans plutôt que deux pour compléter leurs études.En conséquence toute augmentation des frais aurait des impacts négatifs sur la scolarité.Les petits commerçants Notre gouvernement a cru créer des emplois en autorisant l\u2019ouverture des commerces le dimanche.La mesure a favorisé les grandes entreprises, celles qui occupent de grandes surfaces.Les «grands» en profitent, mais les PME qui appartiennent à des individus ou à des fa- II est inquiétant de voir des monopoles s\u2019installer dans la presse.La liberté d\u2019expression en est effectée, quoi qu'on dise.676 Le déficit de l'année représente un trou béant de 69 500 $ par minute ou de 4,3 $ millions par heure.milles (elles représentent 80 % des commerces) n\u2019ont pas augmenté leurs chiffres d\u2019affaires, alors que les frais d\u2019exploitation supplémentaires dépassent les revenus générés.C\u2019est là le témoignage de commerçants établis en dehors des centres urbains et commerciaux.Sans compter les conséquences sociales d\u2019une règle unique qui affecte le mode de vie des propriétaires des petites entreprises, alors que les grandes corporations fonctionnent par personnes intermédiaires.Mulroney s\u2019en va-t-en-vacances «J\u2019ai livré la marchandise» disait M.Mulroney en annonçant sa démission.Il a livré le Canada à l\u2019empire américain avec son libre-échange, sa déréglementation et l\u2019ouverture aux capitaux étrangers.Il a vendu 23 sociétés de la couronne à des amis du parti.En sept ans, il a gouverné de telle façon que la dette du pays est passée de 206$ à 450$ milliards.Le déficit de l\u2019année représente un trou béant de 69 500 $ par minute ou de 4,3 $ millions par heure.Au rythme d\u2019endettement de 100$ millions par jour, le Canada connaîtra bientôt une crise monétaire aussi grave que celle vécue par l\u2019Argentine.Et cette crise ne sera pas résorbée par la TPS et par des taux d\u2019intérêts qui augmenteront bientôt.Hibernia Hibernia, c\u2019est une histoire à dormir debout.Le projet était lancé avant les dernières élections fédérales.En 1990, la licence de production était émise.Un consortium était formé.Mobil avait acquis 28,1 % des parts; Gulf, 25 %; Pé-tro-Canada, 25% et Chevron, 21,8%.Quatre grandes pétrolières entreprenaient des travaux dans les champs de pétrole au large de Terre-Neuve.Mais des conditions majeures étaient accordées.Le fédéral s\u2019engageait à assumer 25 % des coûts de production.Le montant prévu à 677 cette fin s\u2019élevait à 1,04$ milliard.Cette subvention ne suffisait pas.Le gouvernement de M.Mulroney s\u2019était également engagé à offrir des garanties de prêts correspondant à 40 % des frais de construction jusqu\u2019à concurrence de 1,66$ milliard.Promesse était faite de ne plus souscrire l\u2019argent des contribuables dans cette aventure.Mais ce qui devait arrivé est survenu et les promesses se sont volatilisées.Le gouvernement de M.Mulroney, à la veille d\u2019une autre élection, vient d\u2019acquérir 8,5 % des actions pour compléter le trou créé par le départ de Gulf, propriété de l\u2019empire Reichmann dont le déclin est sonné.Ottawa vient donc d\u2019investir 350$ millions pour sauver des actifs périssables.En plus, il a financé la nouvelle part acquise par Murphy jusqu\u2019en mars dernier.Par surcroît, il accorde des déductions et des crédits d\u2019impôt à Murphy, Mobil et Chevron, des pétrolières milliardaires, pour réduire leur impôt sur le revenu et il leur prête de l\u2019argent sans intérêt pour leur assurer des avantages au cas où elles ne pourraient pas se prévaloir de ces déductions et crédits.Ainsi Chevron et Mobil pourront recevoir chacune pour 40 $ millions de prêts sans intérêt du gouvernement fédéral; Murphy, plus chanceux ou plus quêteux, pourra recevoir 52$ millions.Voilà des transactions ténébreuses que nous payerons de nos impôts.Hibemia, implanté au cœur d\u2019une zone de pêche et de reproduction du poisson, un jour prochain, sera fermé.Il a été conçu à une époque où l\u2019on prévoyait que le baril de pétrole atteindrait les 70$, alors que son prix se situe actuellement à 18$ le baril.Tout compte fait, il serait préférable qu\u2019un vent de 125 milles à l\u2019heure soulève une vague de 100 pieds de haut pour engloutir la plate-forme de forage d\u2019Hibernia, sans toutefois entraîner de perte d\u2019équipage.Au moins, les contribuables ne paieraient plus d\u2019impôt pour ce canard boiteux.Tout compte fait, il serait préférable qu\u2019un vent de 125 milles à Vheure soulève une vague de 100 pieds de haut pour engloutir la plate-forme de forage d'Hibernia, sans toutefois entraîner de perte d\u2019équipage.678 Qu'attendent les politiciens pour relancer l\u2019emploi?À l\u2019heure actuelle, ils organisent le chômage.La lutte contre les chômeurs Déjà, j\u2019ai dénoncé le projet C-113.Même si la Loi est passée, je crois devoir réaffirmer ma position.Certes, le ministre Valcourt qui a la tête dure n\u2019entendra pas.Il est sourd.Mais d\u2019autres comprendront que le projet de loi ne répond pas aux besoins des chômeurs qui sont sans emploi.Des milliers de citoyennes et de citoyens seront sans revenu.Leurs conditions de vie se détérioreront.Une majorité de ces personnes privées d\u2019assurance-chômage devront avoir recours à l\u2019aide sociale.Est-ce là le projet de société auquel aspirent les Québécoises et les Québécois?II y aurait sûrement eu une possibilité d\u2019une loi plus juste, plus équitable pour ces personnes qui sont victimes de la récession et de la fermeture des entreprises.Qu\u2019attendent les politiciens pour relancer l\u2019emploi?À l\u2019heure actuelle, ils organisent le chômage.L\u2019Hôtel-Dieu de Montréal Il faut revenir sur ce dossier aussi longtemps que le ministre Marc-André Côté n\u2019aura pas changé d\u2019opinion.Il est valable de rappeler ici que la Coalition pour le maintien de l'Hôtel-Dieu au centre-ville de Montréal a présenté un projet concret.Un plan d\u2019urbanisme appuyait la proposition.Il a été démontré que la rénovation et l\u2019agrandissement de l\u2019Hôtel-Dieu sur son site actuel représente la meilleure solution, même si l\u2019on ne tient compte que de l\u2019aspect financier.Il en coûterait en effet 60 $ millions de moins que le projet gouvernemental si l\u2019on décidait de bâtir un hôpital à Rivière-des-prai-ries et de rénover l\u2019Hôtel-Dieu.Par surcroît, trois cents lits seraient obtenus de plus pour Montréal et diminueraient d\u2019autant la pénurie dont tous se plaignent.Sans compter que l\u2019on maintiendrait une institution scientifique de première qualité et que l\u2019on éviterait de vider davantage le centre-ville.679 Urgence- Amos-région Une revue mensuelle voit les événements passer sans pouvoir intervenir.Elle se doit toutefois de rappeler les faits principaux et elle peut le faire avec le recul que le quotidien ne connaît pas.À Amos, le 8 janvier, sous un froid de -20, 6 000 personnes sont descendues dans la rue.Les commerces, les entreprises, les écoles a-vaient fermé leurs portes.Des affiches vertes, couleur de l\u2019espérance et de la vie, s\u2019étalaient dans toutes les vitrines.Seuls l\u2019urgence de l\u2019hôpital et le service de l\u2019ambulance étaient maintenus.Pendant la manifestation, les cloches des églises sonnaient à toutes volées.Les ambulanciers et les pompiers activaient leurs sirènes.Deux énormes feux de balles de foin dégageaient de la chaleur.La route de la baie James a été bloquée pendant cinq heures.Une vingtaine de camions et de remorques barraient les routes conduisant vers Rouyn-Noranda, Val d\u2019Or et Montréal.Une population criait tout haut son indignation.Elle protestait contre la décision du ministère des Transports du Québec de transférer le bureau d\u2019Amos du MTQ à Val d\u2019Or, dans le comté du ministre Savoie.C\u2019était la goutte d\u2019eau qui faisait déborder le verre.Les gens de l\u2019Abitibi, à l\u2019instar des autres régions, en ont ras le bol d\u2019assister impuissants à la fermeture des écoles, des bureaux de poste, des postes de télévision, des divisions administratives des ministères, etc.À Amos, le 8 janvier, on parlait du pillage systématique des ressources forestières, de l\u2019absence d\u2019industries de transformation, de l\u2019exode des jeunes, d\u2019un système de transport inadéquat, d\u2019un réseau routier mal entretenu, d\u2019une concentration continue vers les grands centres, du déclin de l\u2019arrière-pays.Bravo, gens d\u2019Amos! Votre solidarité est un geste qui invitera à la réflexion nos hommes politi- Votre solidarité est un geste qui invitera à la réflexion nos hommes politiques.Répétez-le aussi souvent et aussi longtemps que Québec ne vous aura pas entendu.680 ques.Répétez-le aussi souvent et aussi longtemps que Québec ne vous aura pas entendu.Le bureau de poste de Saint-Clément «La dévitalisation des régions, il faut que ça cesse» clamaient les citoyennes et les citoyens de Saint-Clément, en décembre et janvier derniers.La disparition des services (chemin de fer, Radio-Canada, etc.) aboutit à l\u2019exode des personnes qui entraîne la disparition des entreprises.C\u2019est pourquoi les gens de Saint-Clément ont reconduit aux limites de la municipalité les représentants de la Société des postes qui venaient fermer le bureau de poste, le 5 décembre dernier.Ce fut le début de l\u2019occupation de ce lieu qui constitue le centre nerveux du village avec l\u2019église et l\u2019école.Pendant des semaines, la population a aménagé son bureau de poste pour qu\u2019il soit vivable.On y retrouvait une télévision en couleur, un ventilateur, des cafetières, des fours à micro-ondes, un réfrigérateur, etc.Comme la société des postes a fait couper le téléphone, les citoyens ont utilisé des appareils cellulaires, des téléphones sans fil; on a même réussi à relier le bureau de poste au téléphone d\u2019une maison voisine.La résistance des gens de Saint-Clément a été entendue aux quatre coins du Québec.Elle est significative.Dans la non-violence, elle fait appel à la désobéissance civile pour s\u2019opposer à l\u2019exode des services vers les grands centres, afin de conserver un milieu de vie viable et agréable.Dans la non-violence, elle fait appel à la désobéissance Déplacements vers Ottawa et Toronto Montréal change lentement.Jour après jour, à la file indienne, le pouvoir économique se déplace vers Ottawa et Toronto.On connaît l\u2019orientation de L\u2019Action nationale.Nous préférons en tout temps encourager les entreprises d\u2019ici.Notre compteur postal est la propriété de Pitney Bowes; il ne peut en être autrement.Le monopole leur a été accordé.Savez-vous que civile pour s\u2019opposer à l\u2019exode des services vers les grands centres, afin de conserver un milieu de vie viable et agréable.681 pour recharger notre compteur, nous devons appeler le 1-800, à Toronto.Pour obtenir une bouteille d\u2019encre nécessaire à la photocopieuse, nous devons signaler 1-800, à Toronto.Pour loger une plainte auprès de Voyageur, nous devons composer le 1-800, à Ottawa.Ce sont là de petits faits pris individuellement, mais multipliés par le nombre d\u2019usagers, ces petits faits se transforment en pertes d\u2019emplois pour les Québécoises et les Québécois.Personne ne proteste et les déplacements se poursuivent sans bruit.L\u2019économie déménage vers Toronto au nom de la rationalisation.Ottawa, une capitale anglaise Dans la capitale, la langue française n\u2019a pas ses lettres de noblesse.Le plan directeur de la ville, les ordres du jour des comités et du conseil et d\u2019autres documents publics sont écrits en anglais seulement.La traduction simultanée n\u2019est pas offerte aux réunions des sous-comités de la Ville.Le Conseil scolaire de langue française d\u2019Ottawa-Carleton n\u2019a pas de représentant au conseil d\u2019administration de la bibliothèque municipale.Tels sont les renseignements que nous fournit un lecteur domicilié dans la capitale du Canada anglais.Si vous avez d\u2019autres faits, nos lecteurs seraient heureux d\u2019en prendre connaissance.Gloucester, une victoire Gloucester, en banlieue d\u2019Ottawa, compte 103 000 habitants dont 30% sont de langue française.Le Conseil de ville vient de voter contre la création d\u2019un comité consultatif (bénévole) sur les services en français, sous le prétexte que cette mesure dilapiderait les fonds publics.Le Conseil a aussi refusé d\u2019approuver une proposition qui aurait permis la désignation bilingue d\u2019un certain nombre de postes à l\u2019Hôtel de ville, parce que le projet serait supposé-ment discriminatoire.Personne ne proteste et les déplacements se poursuivent sans bruit.L\u2019économie déménage vers Toronto au nom de la rationalisation.682 Par bonheur, en avril (c\u2019est la période des éliminatoires du hockey, du début des Expos et de la série télévisée Shehaweh avec Marina Orsini), les quatre conseillers anglophones de Gloucester passeront une bonne partie des réunions du conseil municipal avec des écouteurs aux oreilles, parce que le maire Claudette Cain et les conseillers Richard Cantin et René Danis ont décidé de s\u2019adresser en français avec l\u2019installation du service de traduction simultanée, auquel s\u2019objectaient trois conseillers anglophones sous le prétexte qu\u2019il faudra offrir le même service aux Libanais et aux Portugais.Drôle de dualité culturelle! Un peu d\u2019histoire Le 7 mai 1837, à Saint-Ours, c\u2019est la première d\u2019une série de grandes assemblées de protestation contre la politique britannique et les résolutions Russell.Le 7 mai 1936, c\u2019est le début des séances du Comité des comptes publics convoqué à la requête de Maurice Duplessis pour faire la lumière sur l\u2019administration Taschereau.En ce temps-là, les «culottes à Vautrin» ont été jugées un scandale.Le 15 mai 1809, c\u2019est la prorogation subite de la session par le gouverneur Craig qui reprochait aux députés l\u2019expulsion du député Hart et le «bill» rendant les juges inéligibles.Le 18 mai 1909, le journaliste Olivar Asselin frappe Alexandre Taschereau à sa sortie de la séance.Le 20 mai 1937, une loi est adoptée aux fins de faire prévaloir le texte français sur le texte anglais, dans les lois de la province, lorsque ces textes diffèrent.Le 20 mai 1980, c\u2019est le référendum sur la souveraineté-association: 59,56% des électeurs votent «non».Le 25 mai 1909, le journaliste Olivar Asselin est condamné à quinze jours de prison pour avoir frappé Alexandre Taschereau.?683 NATIONALE Nos collaborateurs 1993 Robert Auclair Jules Bélanger Liane Bélanger Jean Bellefeuille Louis Bernard Jocelyn Berthelot Juliette L.Bonneville Désirée Bourbonnais Guy Bouthillier Guy Cameron Laurier Caron Hermel Cyr Pierre de Bellefeuille Gaston Deschênes Laurent Deshaies Clermont Dugas Alain Dumas Jean Éthier-Blais Jean-Luc Gouin Pierre Graveline André Joyal Pierre-André Julien Henri Laberge Érich Laforest Marcel Landry Camille Laurin Yvon Leclerc Gilles Lesage Doris Lussier Claude Morin Rosaire Morin Jean-François Nadeau Louis O\u2019Neill Edmond Orban Hélène Pelletier-Baillargeon Paulo Picard Michel Plourde Gilles Rhéaume Bruno Roy Paul-Émile Roy Sylvain Simard Jean-Claude Tardif Miville-M.Tremblay 684 La Ligue d'Action Nationale NATIONALE MEMBRES André Beauchamp, Nicole Boudreau, Sylvain Boudreauolt, Guy Bouthillier, J.-Charles Claveau, Jean-Claude Dupuis, Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, Philippe Gélinas, Jean Genest, Léo Jacques, Marcel Laflamme, Francine Lalonde, Pierre Lamy, Yvon Leclerc, Jean-Marc Léger, Denis Monière, Jacques-Yvan Morin, Pierre Noreau, Gilbert Paquette, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume, Jean-Jacques Roy, Louis-Philippe St-Martin.Pierre Trépanier Président honoraire: Président: Vice-président: Secrétaire: Vice-trésorier: Trésorier: Conseillers: Ex-officio: François-Albert Angers Robert Laplante Alain Laramée Delmas Lévesque Claude Duguay Gérard Turcotte René Blanchard, Marie-Noelle Ducharme, Danielle Gagné, Yvon Groulx, Jacques Martin Rosaire Morin Membres honoraires: Thérèse Baron, Christiane Bérubé, Jacques Boulay, Hélène Chénier, Jean-Marcel Paquette, Juliette Rémillard.Membres émérites: Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Georges Meyers, Anna-L.Normand.L\u2019Action Nationale Les 72 000 pages publiées par la revue depuis 76 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard-Arès et François-Albert Angers Le prix Arès a pour objectifs de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Le 80ième anniversaire Le Comité du 80ième anniversaire de la Ligue convoque les forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire à l\u2019élaboration d\u2019un projet de société.Fondation Esdras-Minville Cette société recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 \u2014 Télécopieur: (514) 982-9047 685 Générale QUIMPEX Importation & distribution de produits alimentaires de FRANCE \u2014 PASTIS SANS ALCOOL à diluer \u2014 JUS DE RAISIN 100% pur et naturel (non fait de concentré) \u2014 MOUTARDE à L'ANCIENNE (recette bourguignonne) 9100, Place de Montgolfier Montréal H2M 2A1\tTél.: (514) 389-5167 ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL LES ENSEIGNANTS Mensuel national de l'actualité pédagogiques paraissant 10 fois l'an de septembre à juin ABONNEMENT INDIVIDUEL 1 an: 25$ / 2 ANS: 42$ / 3 ANS: 60$ 1an: 30$ (abonnement de soutien) /toutes taxes incluses) BULLETIN D'ABONNEMENT à retourner à: PÉRIODICA C.P 444, Outremont, Québec, H2V 4R6 \u2014 514-5468 (Écrire ci-dessous, en lettres moulées, s.v p.) Nom.Adresse.Ville.Code postal.Téléphone .686 /\u2022m SOCIETE NATIONALE D'ASSURANCE 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal, H3A3G5 (514) 288-8711 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins 687 \tHeures d'affaires Lundi - mardi: 10 heures à 15 heures Mercredi-jeudi: 10 heures à 18 heures Vendredi: 1 0 heures à 16 heures \tLA CAISSE POPULAIRE \tDE SAINT-JACQUES DE MONTRÉAL ¦\t1255, rue Berri, Montréal H2L 4C6 FAX: 849-7019 \u2014 Tél.: (514) 849-3581 \tGHISLAIN BEAULIEU, directeur général HOMMAGES de la SSJB du Centre du Québec HOMMAGES de la SSJB de Montréal Avec les hommages du Mouvement national des Québécoises et Québécois et de ses sociétés affiliées 2207, rue Fullum, Montréal H2K 3P1 (514) 527-9891 \tWjBÊ Sico - Crown Diamond -Mulco - NuBrite - Cuprinol -Sterling - Kyanite\tW Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boulevard René-Lévesque Ouest, Bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 AUTSSTOCK 8288, boul.Pie IX, Montréal H1Z 3T6 593-8300 \u2014 593-6405 6S9 ALIMENTATION Industries Lassonde Inc.Boissons et jus divers 170, 5e Avenue, Rougemont JOL 1M0- 514-469-4926 ALIMENTATION Alimentex Inc.HENRI-LOUIS GAGNON, président-directeur-général C'est tout naturel \u2022\tAliments de santé \u2022\tLivres naturistes \u2022\tExtracteurs à jus \u2022\tSuppléments alimentaires \u2022\tPrescriptions naturopatiques 1188, 1ère Avenue, Québec G1L 3K8 529-7988 Téléc.: 529-6939 ASSURANCES Poitras, LaRue & Rondeau Inc.Courtier d'assurances 3925, rue Rachel, bur.: 200 Montréal H1X3G8 Tél.: 899-5377 AVOCA Jutras & Associés Germain Jutras, LL.L.Normand Jutras Suzanne Paradis - Louis Savoie 449, rue Hériot, Drummondville, J2B 1B4 819-477-6321 - Téléc.: 47 4-5691 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 1065, rue de Bleury, Montréal H2Z1N1 861-3491 - Téléc.: 866-7058 GESTIONNAIRES CONSEILS J.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 105, Thornton, Montréal H3P1H7 735-3436 - Téléc.: 843-9491 INFOGRAPHIE Composition Monika Livres et magazines 1293, de la Sapinière, St-Rédempteur G6K 1A8 418-831-7851 - Téléc.: 418-831-5214 AVOCAT Philippe Gélinas, c.r.10, St-Jacques, bureau 812, Montréal H2Y 1L3 845-3229 Voyages Club Aventure Robert Plante 1221, rue St-Hubert, suite 101 Montréal (Québec) H2L 3Y8 286-9290 - Téléc.: 289-9776 690 Les personnes désirant participer à la campagne peuvent se procurer des panneaux balcon, des auto-collants et d'autre matériel au siège social de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 (514) 843-8851 On peut aussi devenir membre de la Société ou l'aider financièrement en complétant le formulaire ci-dessous et en le retournant à la Société avec un chèque ou mandat-poste.OUI, JE DEVIENS MEMBRE SSJBM, 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2014 (514) 8*3-8851 Cotisation régulière: 10$ (étudiant/e: 5$ membre à vie: 200$\t___ Je fais un don\t___ Total Nom:.Prénom: Adresse: Code:___ App.: Ville: .Tél.Occupation:.Date de naissance:.___________ H ?F ?691 FETE NATIONALE DU QUEBEC ÉDITION 1993 LA FÊTE NATIONALE DU QUÉBEC Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 692 Nous retournons à la source.Nous réaffirmons notre objectif premier: offrir à la population québécoise le meilleur service au moindre coût possible.Hydro-Quebec Le meilleur de nous-mêmes NATIONALE 770227 227009 Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 977022722700932 "]
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