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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1994-10, Collections de BAnQ.

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[" Un nouveau GOUVERNEMENT WÎN m&L I/Aeiiun Volume LXXXIV, numéro 8, octobre 1994 Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections à son texte.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984 et dans «Point de repère» publié par les Services documentaires multimédia (SDM Inc.) et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.ISSN-0001-7469 \u2014 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité : 10 numéros par an La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en pages: Rive-Sud Typo Service Inc.Pages couvertures : banque d\u2019images d\u2019Hydro-Québec.L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533-Télécopie: (514) 923-5755 IL9A©Æn(iDnn NATIONALE Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Publicité Nicole Pageau Analyse sociale Robert Comeau Comptes rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Yvon Leclerc Comité de rédaction Louise Dumas Lucia Ferretti Robert Laplante Francine Lalonde Marcel Landry Denis Monière Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Yvon Leclerc Pierre Noreau Christiane Pelchat Janine Thériault Gérard Turcotte Abonnement 10 numéros Québec, Canada France Autres pays Étudiant Soutien 35,00$ 240,00 FRF 50.00\t$ 20.00\t$ 75,00 $ L^AccttMDim NATIONALE SI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ-E Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement :\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t35 $\t60$ Etudiant\t20$\t35 $ Autres pays\t50$\t90$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement \t \tNom\tPrénom \tAdresse\tCode postal L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Bern, bur.320 Montréal H2L 4C7 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur(514)923-5755\tTéléphone\tTélécopieur \tProfession \t SI VOUS ÊTES ABONNÉ-E NATIONALE Deux questions : La première : Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La seconde : Sur l'étiquette comportant votre adresse, la date d'échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de le renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6000 $ par année en timbres, papeterie et temps! Abonnement: 10 numéros 20 numéros Québec, Canada\t35 $\t60$ Etudiant\t20$\t35$ Autres pays\t50 $\t90$ Un reçu pour impôt\tsera émis\tpour toute somme supérieure au tarif de\t\tl\u2019abonnement.Nom\tPrénom\t Adresse\tCode postal\t Téléphone\tTélécopieur\tL\u2019Action NATIONALE \t1259, rue Bern, bur.320 Montréal H2L 4C7 Profession\t Supplément postal, L\u2019Action nationale Volume LXXXIV, numéro 8, octobre 1994 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur(514)923-5755 IL9A@ÆncDnn\tTable des matières \tVolume LXXXIV, numéro 8, octobre 1994 109.3 ?\tUn nouveau gouvernement Rosaire MORIN 1102 ?\tUn beau risque?Claude MORIN mi ?\tLes omissions de M.Goldbloom Luc BOUVIER 1120 ?\tL\u2019immigration en période de récession Rodrigue TREMBLAY 1129 ?\tDans l\u2019enseignement, il nous faut la crème Jules BÉLANGER 1132 ?\tLa situation du français à l\u2019école Gérard LEFEBVRE 1138 ?\tL\u2019investissement dans la famille Claude BÉLAND 1149 ?\tLa privatisation d\u2019Hydro-Québec Henri MASSÉ 1161 ?\tL\u2019action syndicale de la CEQ Jean-Claude TARDIF 1172 ?\tPrécisions d\u2019un auteur contrit Jean-Jacques SIMARD 1173 ?\tLes mépris d\u2019un élégant Pierre VADEBONCOEUR 1175 ?\tLe sénateur hélas ! Pierre VADEBONCOEUR 1091 Le Bloc aux élections québécoises Denis MONIÈRE À travers l\u2019actualité Rosaire MORIN Comptes rendus «L\u2019Acadie par bonheur retrouvée» (Robert Pichette) Jean-Marc LÉGER « Problèmes politiques Canada et Québec » (André Bernard) François ROCHER «À armes égales» (Guy Bouthillier) Pierre DE BELLEFEUITJF « La Francophonie » (Jean-Louis Roy) Jean-François PELLETIER «Conrad Black» (Conrad Black) Ève OUIMET Livres reçus Prix Arès et Angers Nos annonceurs ?\t1176 ?\t1179 ?\t1192 ?\t1194 ?\t1196 ?\t1198 ?\t1199 ?\t1203 ?\t1206 ?1208 1092 ÉDITORIAL UN NOUVEAU GOUVERNEMENT Rosaire MORIN Durham l\u2019avait observé.Les élections viennent de le confirmer.Au Québec, un conflit existe entre deux nations.L\u2019affirmer, c\u2019est être raciste?Ne pas le constater, c\u2019est être aveugle ! Les « Anglais » du Québec ont voté en « bloc » pour le «statu quo», la privatisation, la déréglementation, la couleur de la margarine, l\u2019affaiblissement et l\u2019État.Les «Francophones» ont choisi l\u2019espoir, la renaissance et «l\u2019autre façon de gouverner».Le Parti libéral organisait trop souvent la vie collective en fonction des difficultés de l\u2019heure.Les moindres complications modifiaient des objectifs majeurs.Les problèmes journaliers faisaient oublier le temps futur.Les décisions quotidiennes d\u2019éteindre les feux (allumées par la remise au lendemain des gestes à poser) empêchaient le gouvernement Bourassa-Johnson de concevoir, de préparer et de bâtir l\u2019avenir.1.Le défi de l\u2019emploi La venue au pouvoir du gouvernement Parizeau me fait rêver une autre fois.Ma vie est remplie de rêves.Au temps de ma jeunesse, la déconfiture de l\u2019Action libérale nationale s\u2019est transformée en cauchemar.Le passage du Bloc populaire laisse le souvenir d\u2019une étoile filante.Le «désormais» de Paul Sauvé a été éphémère et sans lendemain.Avec Lévesque, la pensée du réveil n\u2019a pas reflété la seconde vie tant espérée.Dans le monde des réalités, je suis encore un homme qui rêve.Et j\u2019ai fait un rêve éblouissant.1093 Je rêve que Jacques Parizeau réalise le pays du Québec à portée de main.Je rêve toute la nuit à l\u2019amélioration de la condition de vie des Québécoises et des Québécois.C\u2019est pourquoi toutes les réformes proposées aujourd\u2019hui pour la cinquantième fois sont conjuguées au temps présent.Elles doivent se produire au moment même où j\u2019écris.Mon rêve représente un instant idéal entre le passé et l\u2019avenir.Ceux et celles qui n\u2019aiment pas l\u2019usage du temps présent vivent déjà au passé.L\u2019agacement ressenti au temps utilisé mettra en valeur les idées énoncées.La pauvreté Le gouvernement Parizeau a du travail sur la planche.Sous le seuil de la pauvreté vit le quart de la population.Et le nombre des défavorisés, des miséreux, des clochards et des nécessiteux grandit sans cesse.Dans certaines régions et quartiers de ville, on trouve même des enfants de petits poids comme au tiers monde.Le sous-prolétariat est à nos portes.Le chômage dépasse les 12 %.Il frôle les 23 % chez les jeunes et les femmes.Plus de 800 000 Québécoises et Québécois respirent l\u2019assistance sociale et 475 000 travailleurs et travailleuses vivent d\u2019assurance chômage.Sont aptes au travail 90 % de ces personnes.Nombre d\u2019ouvrières et d\u2019ouvriers réclament du travail.Ils ont souvenance des paroles de Félix Leclerc.Ils ne veulent pas mourir.Ils ne veulent pas être payés «à ne rien faire ».La situation du paupérisme est explosive.La colère gronde.La clameur s\u2019amplifie.Les réclamations fusent de partout.On bloque les routes.On occupe des usines, des bureaux.On défie l\u2019autorité.La violence monte.Elle s\u2019exprime de différentes manières.Les vitrines de la rue Sainte-Catherine éclatent un soir de victoire.Les prostituées d\u2019Hochelaga sont pourchassées.La paix sociale est troublée à Amos, Chandler, Drummondville, Matane, Méchins, Port-Cartier, Rouyn, Saint-Clément, Batiscan.Des centaines de paroisses se désagrègent dans l\u2019arrière-pays.Il est pressant d\u2019agir avant qu\u2019il ne soit trop tard.En toute urgence, il faut remettre le Québec au travail.C\u2019est la priorité de l\u2019heure ! Le défi de l\u2019emploi, c\u2019est la première priorité du nouveau gouvernement ! Un régime de chômage M.Parizeau ne doit pas oublier que les grappes industrielles de monsieur Tremblay ne répondent pas au pari de l\u2019emploi.Il doit se souvenir que l\u2019équipe libérale gérait un régime de chômage.Au Québec, 85 % des dépenses consenties pour le travail sont versées en assurance-chômage et en aide sociale, 8 % sont utilisés pour des programmes de formation et 7 % pour 1094 la création de l\u2019emploi.Au lieu de remettre en cause un système qui crée le chômage, on perpétue une forme de cotisations qui indemnisent des personnes qui ne travaillent pas.Ainsi 10 milliards de dollars sont dépensés chaque année en gestion et en prestations sociales et de chômage.Près de 25 milliards $ sont annuellement perdus en salaires, profits, impôts et production.La facture est énomne.Les dépenses sociales augmentent et les revenus de l\u2019État stagnent.Au lieu de financer le chômage, l\u2019État doit utiliser ses ressources pour organiser le travail.Ainsi naît un régime d\u2019assurance-travail et de plein emploi.Toute personne qui a besoin d\u2019une garantie de revenu s\u2019inscrit au régime du travail.Seule celle qui est incapable de travailler reçoit une prestation sociale.La priorité de l\u2019emploi S\u2019il veut combattre la pauvreté, augmenter le revenu personnel et favoriser le progrès économique, le gouvernement Parizeau doit décréter la primauté de l\u2019emploi.Le partage des paniers de Noël doit faire place au partage de l\u2019emploi.La création de 200 000 nouveaux emplois réduit les prestations de deux milliards $ et elle augmente la croissance de l\u2019économie d\u2019au moins deux milliards.Le gagne-pain et la qualité du travail deviennent ainsi l\u2019objectif prioritaire pour tous.Tous les partenaires sociaux (gouvernements, municipalités, commissions scolaires, entreprises, syndicats, coopératives) établissent ensemble un projet de société axé sur le plein emploi et sur la qualité de vie des travailleuses et des travailleurs.Il est certes possible de s\u2019entendre sur une norme sociale de développement.L\u2019une des clés du progrès consiste à maintenir les taux d\u2019intérêts à un bas niveau.À cette fin, le gouvernement utilise tous les moyens qui en garantissent la réduction.C\u2019est une recette miracle qui facilite la réalisation de projets et qui accroît la demande des maisons et des biens durables que les budgets Lévesque-Bourbeau n\u2019ont pas encouragés.C\u2019est une formule idéale pour augmenter les revenus de l\u2019État.Un autre secret de la réussite réside dans la formation professionnelle qui a été négligée et bâclée en ces dernières années.La détérioration de l\u2019enseignement professionnel est telle que 150 000 demandes d\u2019emploi ne sont pas satisfaites, faute de personnes qualifiées.La baisse qualitative de l\u2019emploi multiplie les occupations précaires et peu rémunérées.Un effort continu assure une meilleure adéquation entre les emplois disponibles et les personnes désireuses de revenir ou d\u2019entrer sur le marché du travail.À tous, sont dispensées les connaissances et les habiletés 1095 nécessaires au travail.La formation est accessible, gratifiante pour la personne et adaptée aux exigences du travail.Diverses mesures sont immédiatement appliquées.Les services de placement sont réorganisés, modernisés.Les programmes de transfert de revenu sont regroupés, axés vers le travail et vers les personnes économiquement pauvres.Les contraintes réglementaires, syndicales et professionnelles qui rendent difficile l\u2019intégration des jeunes et des femmes au travail sont supprimées.Création d\u2019emploi La complexité actuelle de l\u2019économie nécessite une politique claire, constante, dynamique et déchiffrable.La mondialisation et le libre échange favorisent d\u2019abord les grandes entreprises.À observer la croissance des multinationales^américaines, on se demande si le monde ne se limite pas aux États-Unis de monsieur Clinton.L\u2019escalade des technologies bouleverse aussi les règles de l\u2019économie et du travail.L\u2019informatique, la robotique et les nouvelles découvertes créent peu de nouveaux emplois.Elles en font même perdre un plus grand nombre, avec le résultat que la productivité augmente plus vite que la production.Cette double dépendance de la mondialisation et de la technologie oblige les PME, les TPE, les consommateurs et consommatrices à pratiquer une nouvelle solidarité.Les Abitibiens mangent des tomates de Guyenne.Les Gaspésiens consomment les produits de leur sol.Les Rimouskois dégustent les crevettes de Matane.Les Montérégiens ingurgitent les breuvages de Lassonde.Les Beaucerons produisent leurs vêtements.Les gens de la Mauricie grignotent les champignons du Témis.Au pays du Québec, chaque ménage remplace hebdomadairement vingt dollars de produits étrangers par des produits fabriqués au Québec.Suite à cette initiative, l\u2019économie québécoise compte 100 000 chômeurs de moins ou 100 000 travailleurs de plus.Le gouvernement est devenu sensible aux besoins du milieu.Il procède à l\u2019analyse des marchés local et régional pour y implanter des entreprises répondant à la demande et capables de concurrencer les produits et services importés.Autrement dit, il faut rebâtir ce que nous avons détruit dans les régions.Il faut construire des boulangeries, des beurrenes, des manufactures de meubles, portes et fenêtres, des conserveries de fruits et légumes, des usines de transformation de poisson et viande, des fabriques de jus, céréales.Conformément à la demande du marché, des chômeurs établissent une PME qui leur procure un emploi.En une autre 1096 ville, des travaux communautaires répondent à des besoins spécifiques.Au service des personnes âgées ou handicapées, des assistés sociaux améliorent leurs conditions de vie avec des suppléments de revenus.Là où les taudis abondent, on en compte 400 000 au Québec, des familles mal logées élaborent un projet coopératif d\u2019habitations à l\u2019accomplissement duquel elles travaillent.Des ateliers coopératifs de production sont créés par les grandes unités coopératives.Dans l\u2019aménagement touristique du territoire, de nombreux projets rentables sont conçus et exécutés.Des hommes d\u2019affaires unissent leurs expériences et leurs capitaux et implantent une entreprise complémentaire à leurs propres établissements.Les grandes entreprises initient au travail et embauchent en permanence des assistés sociaux dans la proportion de un sur 200 de leurs effectifs.En de nombreux secteurs manufacturiers, le Québec connaît une insuffisance de production.Des objectifs précis pour chaque région sont déterminés.Des choix réalistes sont exercés.Les secteurs sont si nombreux que chaque région peut se fixer une vocation conforme à ses ressources et à sa main-d\u2019œuvre.Une attention particulière est apportée aux régions périphériques.On prépare le retour au bercail des hommes et des femmes en fin de carrière.Ces personnes s\u2019intéressent à l\u2019implantation d\u2019une nouvelle entreprise.Elles agissent comme consultants, experts, gestionnaires, voire même administrateurs.On facilite aussi le rapatriement des jeunes travailleurs et diplômés qui ont quitté le territoire en leur offrant des emplois permanents dans leur lieu d\u2019origine.Dans les options qui se présentent, au-delà des vocations régionales, pour chaque milieu, une mission nationale est fixée, mission qui devient le centre d\u2019opérations pour le Québec tout entier.À titre d\u2019exemple, à l\u2019Est du Québec, on confie les ressources maritimes.La région s\u2019occupe et pour toujours de la recherche, de l\u2019exploitation, de la transformation et de la commercialisation de toutes les ressources maritimes.Dans le grand monde des affaires, on s\u2019intéresse davantage aux marchés internationaux; les États-Unis, ce n\u2019est pas l\u2019univers.Face à la compétition mondiale, la recherche est une condition de la réussite et du progrès.Les percées technologiques nécessitent l\u2019accès à toute l\u2019information disponible.Les entreprises acceptent d\u2019en assumer les coûts.Le Québec s\u2019engage dans les domaines où il possède un avantage comparé et une ressource humaine qualifiée.Il développe les secteurs des industries culturelles, des technologies, de l\u2019aérospatiale, des produits pharmaceutiques, 1097 de la bioalimentaire, de la foresterie, de l\u2019ingénierie, de l\u2019aéronautique, de la pétrochimie, de la biomasse, de l\u2019énergie électrique, de l\u2019hydrogène, des économiseurs d\u2019énergies, de l\u2019énergie solaire, des super-conducteurs électroniques, de la fusée à propulsion ionique, des liaisons postales par fusée.En développant son économie, le Québec respecte les valeurs culturelles et humaines de la société québécoise.À titre d\u2019exemples, les subventions sont désormais versées à une caisse des travailleurs pour investissement dans l\u2019entreprise et l\u2019égalité des chances de la femme est reconnue.Après trente ans de discours, la femme ne jouit pas de l\u2019équité salariale ; elle gagne environ 65 % du salaire de l\u2019homme pour une même tâche.2.Le défi du peuplement C\u2019est encore au temps présent que ma réflexion s\u2019exprime.L\u2019avenir se conçoit au moment où l\u2019on parle.La réalité d\u2019aujourd\u2019hui décide de la condition future.« Désormais » signifie qu\u2019à partir de maintenant la nation québécoise bâtit pour demain.Les propositions créatrices ne sont pas formulées au temps futur; c\u2019est dans l\u2019immédiat qu\u2019elles doivent être réalisées.La décentralisation Des faits têtus existent.Les îles-de-la-Madeleine, la Gaspésie, le Bas Saint-Laurent, le Saguenay, le Lac Saint-Jean, l\u2019Abitibi, le Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec couvrent 89 % du pays québécois.Dans cet espace immense, on compte 12 pour cent de la population.Les inégalités de peuplement produisent des lieux inhabités, vides ou peu fréquentés.La désertion est un cancer généralisé.En 1994, dans 40 MRC, on compte moins d\u2019habitants qu\u2019en 1981.Ce déclin est la cause principale des disparités.En Gaspésie, en Abitibi et ailleurs, le revenu d\u2019une famille est inférieur d\u2019au moins dix pour cent à la moyenne provinciale.Heureusement, l\u2019arrière-pays se prend en main.Le redressement n\u2019est pas encore spectaculaire ; il doit le devenir.À cette fin, le gouvernement Parizeau accomplit un virage à 180 degrés.La décentralisation des pouvoirs et des ressources est une condition fondamentale de la prospérité québécoise.L\u2019État du Québec doit décentraliser les pouvoirs et les ressources des services publics à travers le territoire.Il assigne en régions des milliers de fonctionnaires qui trônaient dans la capitale.Il confie aux MRC l\u2019aménagement du territoire et du transport.Il agrandit le réseau ferroviaire.Ainsi l\u2019État, porteur de disparités, devient un facteur de progrès.1098 La relance des régions s\u2019accomplit aussi par les changements de comportement des grandes entreprises.Entraînées dans le tourbillon de la mondialisation et du libre-échange, elles continuent à viser les grands marchés, en décentralisant leur production et leurs richesses dans l\u2019ensemble du territoire, réalisant ainsi des profits inattendus.Bref, l\u2019État et les entreprises rationalisent encore, mais leurs activités sont décentralisées.Les inégalités entre les personnes, les localités et les régions disparaissent.Le gouvernement régional Les maux dont souffrent les régions sont imputables pour une large part aux politiciens incapables de parler et d\u2019agir en même temps.Le gouvernement libéral était affairé aux affaires du jour.Ses recettes brevetées ressemblaient souvent à de la science fiction.Pour ramener Bourassa à la réalité, il fallait sortir dans la rue.Toute la famille devait sortir dans la rue.Les politiques régionales des gouvernements du Canada et du Québec ont échoué.Toutes les réformes, imaginées pour conserver le pouvoir, demeurent sans cesse inefficaces et inachevées.Elles sont même porteuses de disparités.Elles creusent sans cesse l\u2019écart entre les zones riches et les zones pauvres.Elles appauvrissent sans arrêt les régions éloignées.Elles n\u2019arrêtent pas l\u2019exode rural.Elles ne respectent pas les réalités locales.La distance est immense entre le technocrate qui conçoit et le régional dont la pauvreté augmente.Les responsabilités transférées par M.Ryan ont aggravé les difficultés de quelques centaines de municipalités.Dieu-le-père-étemel-qui-siégeait-à-Québec s\u2019est avéré impuissant à protéger la qualité de vie des régionaux.Les hommes politiques parlent d\u2019un partage des responsabilités qu\u2019ils définissent eux-mêmes.Les hauts fonctionnaires qui gouvernent, pour consolider leur pouvoir et leur carrière, concentrent en leurs mains les projets de décentralisation improvisés par les politiciens.Le critère démographique, apanage de la démocratie, défavorise et réduit de plus en plus le pouvoir politique des régions.De façon évidente, le pouvoir régional s\u2019impose.Le rôle des régions est redéfini.Des responsabilités sont effectuées du haut vers le bas.C\u2019est le fondement même d\u2019un nouveau projet de société.Mieux qu\u2019un gouvernement lointain, le pouvoir régional est capable d\u2019assumer le devenir régional.La culture s\u2019incarne dans un lieu géographique étranger à la Capitale.Les régionaux sont au courant, mieux que quiconque, des ressources humaines, naturelles et matérielles de leur milieu.Ils connaissent leurs 1099 besoins d\u2019habitation, de transport, d\u2019environnement, de sécurité.Ils sont uniques.La noblesse les distingue.Un véritable pouvoir régional s\u2019installe au Québec.Le gouvernement du Canada s\u2019occupe de neuf provinces anglaises.Le gouvernement du Québec cesse de pelleter des engagements aux municipalités et aux commissions scolaires, sans diminuer la masse de leurs propres dépenses.Il effectue au contraire vers les régions la cession de responsabilités précises et le transfert des ressources financières requises.Les régionaux sont organisés.Ils élisent au suffrage universel les dirigeants de leur MRC.Le meilleur gouvernement s\u2019avère celui qui est le plus près du contribuable.Il va de soi que les décideurs locaux et régionaux se donnent la formation qui leur permet de devenir des gestionnaires compétents et des porteurs d\u2019avenir.Ils sont, même avant ce recyclage, aussi bien, sinon mieux préparés, que les politiciens de Québec et d\u2019Ottawa.C\u2019est ainsi qu\u2019ils participent à la création de la richesse.Nul doute dans mon esprit : l\u2019arrière-pays fait bien de prendre en main son propre avenir.Les sociétés de développement Des sociétés de fonds de développement sont établies dans chaque région.Les régionaux en assument la direction et la gestion.Ils comprennent que du Parlement, on ne sait pas toujours comment faire.Ils comprennent que d\u2019un Bunker, on ne choisit pas la priorité «prioritaire» du milieu.L\u2019État ne se substitue plus aux décideurs des régions ; il ne leur impose plus des mandataires pour gérer leurs propres affaires.Les sociétés de développement ne se limitent pas à recueillir l\u2019argent de quelques membres ou de quelques sociétés généreuses qui retournent au milieu une partie seulement des épargnes qu\u2019elles y ont recueillies.Elles bénéficient du retour réel des épargnes de la région, de toutes les épargnes, de celles déposées dans les banques, les caisses, les assurances, les fiducies, ces grands réservoirs de capitaux qui financent les grands centres urbains.L\u2019État est intervenu pour qu\u2019il en soit ainsi.Avec le retour de leurs épargnes dans le milieu, le retour des personnes exilées est devenu un mouvement aussi naturel que l\u2019exode.Et ces épargnes canalisées favorisent la réalisation de projets conçus et gérés par les régionaux.Eux seuls sont capables de concilier la jouissance immédiate et les résultats à long terme.Aujourd\u2019hui, les régionaux se font un devoir de n\u2019encourager que les seules entreprises qui respectent le réinvestissement dans leur région.Le Mouvement Desjardins, la Caisse de dépôt et de placement et le Fonds de Solidarité 1100 des Travailleurs jouent un rôle moteur dans l\u2019économie québécoise.Ils saisissent le message et ils respectent religieusement le retour des épargnes dans le lieu d\u2019origine.Le gouvernement garantit les prêts consentis par les sociétés de développement régional, comme il le fait souvent en faveur des banques.Il garantit aussi l\u2019investissement dans les sociétés de développement sous forme d\u2019actions ou de parts sociales.Bref, le redressement socio-économique des régions n\u2019est rendu possible que par la solidarité indéfectible des régionaux avec la coopération de l\u2019État.Un nouvel esprit cimente une fraternité nouvelle.De l\u2019opération «Dignité» à l\u2019incendie des cordes de bois, des routes bloquées à Amos, à Drummondville et à Rouyn-Noranda, des manifestations de Port-Cartier a celle de Chandler, on voit apparaître un nouvel esprit de créativité et de solidarité.Ces manifestations n\u2019ont pas été des «phénomènes éphémères», comme le soulignait dans le temps M.Ryan, le ministre à tout faire.«Le lendemain, les gens du village ont oublié », avait-il déclaré.Au contraire, les villageois se sont souvenus.La conquête du pouvoir L\u2019heure est décisive.Les régionaux ne comptent que sur eux-mêmes.Des manifestations dans certaines villes indiquent une volonté très ferme de se prendre en main.Les États généraux du monde rural ont parlé d\u2019un «rééquilibrage» du pouvoir politique du haut vers le bas.Le Conseil des Affaires sociales (il est disparu parce qu\u2019il parlait trop) réclamait que les individus et les collectivités aient la marge de manœuvre nécessaire pour résoudre leurs problèmes de développement.Le Forum des unions de municipalités affirmait qu\u2019il faut mettre en place des gouvernements locaux, dirigés par des représentants élus au suffrage universel, dotés de responsabilités et de budgets.Les centrales syndicales, des commissions scolaires, des CLSC et nombre d\u2019organismes préconisent une forte décentralisation.L\u2019heure est à l\u2019action.3.Conclusion Espérons que la vie réelle ressemblera à mon rêve.Puisse le gouvernement Parizeau ne pas décevoir l\u2019espoir de la nation ! Le plein emploi doit être une obsession nationale pour tous les Québécois et Québécoises.C\u2019est un choix de société.C\u2019est le projet social de l\u2019époque.La décentralisation, c\u2019est plus qu\u2019un mot mobilisateur.C\u2019est un objectif de justice et d\u2019équité.C\u2019est la clef de la prospérité collective.1101 UN BEAU RISQUE?P ¦\t_ es années-là, l\u2019argumentation souverai- niste me tracassait.Je trouvais qu\u2019il y manquait quelque chose.Les pièges du passé Les débats concernaient beaucoup le passé.La mode était (et sera longtemps) aux «bilans» du fédéralisme.On se demandait s\u2019il avait été néfaste ou bénéfique au Québec et, à la lumière de l\u2019évaluation que chacun s\u2019en faisait, on concluait à la nécessité de remplacer le régime ou de le maintenir.Les avis là-dessus variaient, et varieraient toujours, en fonction des intérêts, des perceptions, des aspirations et des données disponibles.Les calculs de rentabilité et de performance donnaient lieu à des « chicanes de chiffres », plus aptes à embrouiller la population qu\u2019à l\u2019éclairer.On pouvait tout affirmer et son contraire.Un régime politique ne s\u2019évalue pas comme une épicerie, ni à l\u2019aide des analyses coûts-bénéfices qui guident les entreprises.D\u2019autres valeurs, non quantifiables, entrent en ligne de compte.Certes, ce genre d\u2019argumentation mettait en évidence les déficiences et injustices réelles du fédéralisme, mais nos adversaires s\u2019en tiraient trop bien à mon goût: il leur suffisait d\u2019attribuer les lacunes identifiées à une «erreur humaine» Claude MORIN, École nationale d\u2019administration publique 1102 Un régime politique ne s\u2019évalue pas comme une épicerie.de parcours ou à de regrettables fautes anciennes.Ils exonéraient ainsi de tout blâme sérieux le cadre politique lui-même.Ce n\u2019était pas lui le vrai fautif.Tout se résumait à des problèmes de gestion.Là, précisément, se situait le piège.En concentrant leurs attaques sur les défauts anciens ou actuels du régime, beaucoup de souverainistes donnaient l\u2019impression d\u2019être moins des opposants convaincus s\u2019attaquant à la racine du mal, que des citoyens déçus en quête d\u2019un soulageant coup de barre technique ou constitutionnel.Sans qu\u2019ils s\u2019en doutent, cette approche les plaçait sur le terrain de l\u2019adversaire.Leurs critiques du fonctionnement du régime dans tel ou tel dossier sectoriel équivalaient presque, par ricochet, à demander des améliorations ou à solliciter des propositions de «renouvellement».Les tenants du fédéralisme s\u2019empressaient, cela allait de soi, d\u2019en évoquer, mais, bien entendu, sans jamais vraiment les préciser.Pour réformer le régime, pas besoin de se «séparer» affirmaient-ils ; avec un peu de tolérance de part et d\u2019autre, on arriverait sûrement à s\u2019entendre, message qu\u2019une forte partie du public ne En octobre 1972, Claude Morin quittait le poste de sous-ministre des Affaires intergouvemementales qu\u2019il occupait depuis juin 1963.L\u2019année suivante, il optait pour la souveraineté du Québec.Dans un livre à paraître bientôt, il analyse son cheminement personnel et décrit ses impressions sur sa carrière politique ainsi que sur certains grands événements de l\u2019histoire récente, le référendum de mai 1980 par exemple.Dans quelques mois se tiendra, peut-être, un autre référendum.M.Morin a résumé ici des passages de son prochain livre.Ils portent sur l\u2019argumentation souverainiste des années 1972-1973, mais on constatera combien, aujourd\u2019hui, ils demeurent pertinents.1103 demandait pas mieux que de croire.Il restait aux souverainistes le fardeau de la preuve: répliquer à de vagues promesses et démontrer que les hypothèses de solution avancées ne suffiraient pas.Bref, condamner le fédéralisme pour n\u2019avoir pas respecté les attentes passées du Québec ou résolu ses difficultés présentes donnait la chance à ses défenseurs, avec leur version lénifiante des faits et leurs allusions à d\u2019éventuelles corrections de trajectoire, de tabler sur l\u2019espoir.Or, c\u2019est à la nature du régime qu\u2019il fallait s\u2019en prendre.Source des perpétuelles tensions Québec-Canada, elle était impossible à redresser.Non réformable.Le passé et le présent pouvaient aider à la saisir, mais on la comprendrait encore mieux en réfléchissant à l\u2019avenir, c\u2019est-à-dire au fédéralisme qu'on imposerait au Québec et qui conduirait, pour les raisons qu\u2019on va voir, à l\u2019érosion inéluctable de ses outils politiques.Selon moi, cette dimension essentielle demeurait trop absente des débats.Elle apportait pourtant aux souverainistes des arguments beaucoup plus difficiles à réfuter que les autres.Nos adversaires essayaient d\u2019apeurer les Québécois par l\u2019évocation «horrifique» des lendemains de la «séparation».Pourquoi ne leur parlerions-nous pas, à notre tour, de ceux du fédéralisme, déjà inscrites dans sa vocation, discernables dans son histoire et vérifiables dans les faits ?Je m\u2019y employai dans mes interventions publiques.C\u2019est à la nature du régime qu 'il fallait s\u2019en prendre.Source des perpétuelles tensions Québec-Canada, elle était impossible.Les menaces de l\u2019avenir Muni au départ d\u2019amples pouvoirs, le gouvernement central avait, depuis 1867, réussi à s\u2019insérer dans la plupart des compétences provinciales.En cours de route, des décisions de tribunaux encouragèrent \u2014 ou avalisèrent \u2014 le mouvement.Symbole incertain d\u2019une autonomie provinciale à laquelle seul, semblait-il, le Québec tenait, l\u2019éducation restait, au début 1104 U gouvernement central avait réussi à s'insérer dans la plupart des compétences provinciales.des années 1970, relativement hors de la portée d\u2019Ottawa.Une question de temps.Ce que la plupart des gens ne savaient pas encore c\u2019était qu\u2019aucune réforme, n\u2019amènerait Ottawa à abandonner ses tremplins constitutionnels.En 1867, le gouvernement central ne pouvait pas partir pour l\u2019avenir sans eux.À mesure qu\u2019on se rapprocherait du XXIe siècle, plus ce genre de viatique lui deviendrait indispensable.Car l\u2019avenir prévisible ajouterait des justifications fraîches aux habituels motifs fédéraux d\u2019intervention: les défis de la concurrence internationale, les contraintes de l\u2019interdépendance, les besoins de la défense, les standards environnementaux, la rapidité des progrès technologiques, les exigences de la politique étrangère, la fluidité des capitaux, l\u2019émergence de nouveaux pôles économiques, etc.Face à d\u2019aussi implacables mouvements internes et externes, Ottawa ressentirait plus que jamais le besoin existentiel, notamment pour assurer la place et le rôle de l\u2019entité canadienne auprès des autres intervenants internationaux, de se conduire en autorité nationale incontestée et, à cette fin, de détenir les instruments appropriés.En conséquence, pas question pour lui de céder des pans de sa juridiction.C\u2019est plutôt le courant inverse qui s\u2019imposerait.La \u201cNational Unity\u201d Le reste du Canada, qui n\u2019avait jamais consenti ni ne consentirait à modifier, au profit du Québec, un régime lui convenant, souscrirait à cette orientation.L\u2019obligation de protéger et de renforcer la national unity le conforterait dans se rejet de toute tentative québécoise de diminuer les prérogatives de son National Government.En soumettant les provinces à des normes «nationales», Ottawa pourrait à la rigueur se délester de la gestion quotidienne de programmes plus encombrants qu\u2019électoralement payants (le geste pourrait même passer pour de la décentralisation bienveillante !), mais tous les leviers stratégiques du pouvoir devraient lui 1105 appartenir pratiquement sans partage, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019économie, de politique sociale, d\u2019affaires urbaines, de développement régional, de transport, de finance, de communication, d\u2019immigration, d\u2019affaires étrangères, de culture, de main-d\u2019œuvre, etc.Les provinces, Québec compris, se transformeraient ainsi, insensiblement ou presque, en subdivisions du gouvernement central (le fédéralisme «administratif»).Voilà qui résoudrait, d\u2019une manière inattendue, le problème des chevauchements fédéraux-provinciaux ! Dans le réalignement «post-moderne» du pouvoir à l\u2019intérieur du Canada, le Québec aurait donc à affronter une conjugaison de forces bien plus redoutables que celles qui, depuis des générations, menaçaient son autonomie.Non seulement elles lui interdiraient d\u2019espérer une extension de sa marge de manœuvre, mais il subirait des pressions continuelles qui mineraient graduellement ses compétences présentes.La logique du lien fédéral et sa position minoritaire le forceraient à se plier aux obligations édictées par le régime ou, pour le même résultat, à dissiper ses énergies en combats d\u2019arrière-garde aussi accaparants sur le coup que vains à terme.L\u2019avenir prévisible ajouterait des justifications fraîches aux habituels motifs fédéraux d\u2019intervention.Au bout du compte \u2014 c\u2019était le plus important \u2014, la tendance du régime à diluer le pouvoir québécois aurait des répercussions stérilisantes sur les institutions du Québec, ses lois sociales, ses mesures linguistiques, ses politiques culturelles.C\u2019est-à-dire sur l\u2019intégrité et l\u2019identité du peuple québécois.D\u2019une certaine façon, peu importait ce que le fédéralisme canadien avait été ou ce qu\u2019il était devenu.C\u2019était par rapport à l\u2019avenir qu\u2019il promettait d\u2019être dangereux pour le Québec.A cause du carcan qu\u2019il deviendrait.Nonobstant les intentions plus ou moins généreuses de ses fondateurs et les péripéties qui avaient pu jalonner son évolution, sa dynamique innée et les intérêts du Canada anglais guideraient l\u2019ajustement du 1106 Le reste du Canada n \u2019avait jamais consenti au profit du Québec, un régime convenant.régime à ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la «mondialisation».Le fédéralisme en gestation n\u2019était pas un beau risque.Confirmation Revenant régulièrement dans mes prises de position, ces idées, sans les surprendre, attirèrent l\u2019attention d\u2019anciens interlocuteurs d\u2019Ottawa, la plupart haut placés, qui me dirent souhaiter en discuter si l\u2019occasion s\u2019en présentait.Elle survint de temps à autre entre 1972 et 1976, à Ottawa ou Montréal, à la faveur de colloques ou d\u2019autres rencontres.J\u2019étais curieux de savoir ce que ces fédéralistes anglophones opposeraient à ma vision de l\u2019avenir.Les discussions avec eux, plus francs que de mon temps de sous-ministre, furent particulièrement instructives.Aucun de ces interlocuteurs n\u2019essaya de nier ou de minimiser la propension intrinsèque du fédéralisme à réduire le pouvoir québécois.Ils en reconnurent au contraire l\u2019existence et l\u2019effet, alléguant que la tendance à la consolidation du pouvoir central était normale dans tout régime fédéral attentif à faire face aux problèmes contemporains et à ne pas se laisser distancer par les pays de type unitaire où les décisions se prennent plus rapidement vu qu\u2019on n\u2019a pas à y transiger avec des instances «régionales».Les avantages de l\u2019intégration, soutenaient-ils, compenseraient la perte d\u2019autonomie que ces instances auraient à subir.Pour eux, s\u2019opposer à ce mouvement, c\u2019était aller à contre-courant des grandes orientations de l\u2019Histoire, nuire à l\u2019entité canadienne et, par voie de conséquence, rendre un mauvais service aux Québécois qu\u2019ils estimaient mieux «servis» dans le cadre fédéral qu\u2019à l\u2019extérieur.Mais, leur dis-je, qu\u2019arriverait-il si le Québec n\u2019était pas de cet avis, s\u2019il préférait devenir maître de ses affaires et, à l\u2019instar d\u2019autres pays plus petits, faire lui-même face aux défis à venir?1107 On me servit deux types de réponse : \u2014 «Faux problème».Jamais les Québécois ne voudront briser leurs liens avec le Canada (mes interlocuteurs voyaient la souveraineté comme une coupure totale).\u2014«Démarche inutile».Ça ne donnerait pas grand-chose: outre qu\u2019il aurait à subir des coûts de transition, le Québec échangerait la «domination» du fédéralisme pour les contraintes imposées par la communauté internationale : traités, conventions, politiques communes, obligations diverses, etc.Ce qui revenait à nier l\u2019importance du pouvoir politique, opinion assez surprenante chez des gardiens vigilants de celui d\u2019Ottawa.Autre question: si le fédéralisme était maintenu, quelles seraient les possibilités de réformes?L\u2019interrogation me valut des réactions révélatrices de la perspective dans laquelle se situaient ces personnages : \u2014\t«Dépasser le fédéralisme».Conçue pour la société agricole du siècle dernier, l\u2019existence de deux niveaux de gouvernement a conduit à l\u2019érection de «duchés» provinciaux se révélant, une centaine d\u2019années après, être autant de nuisances coûteuses à l\u2019application rationnelle des mesures d\u2019intérêt «national».Ottawa devra développer les moyens de conduire le Canada par-dessus la tête des potentats provinciaux, en s\u2019appuyant directement sur la population.L\u2019idéal serait d\u2019y arriver en modifiant la répartition constitutionnelle des compétences, mais, à la rigueur, cela pourrait en grande partie se faire par le recours adroit aux puissants leviers dont dispose déjà le gouvernement central.\u2014\t«Une règle obligatoire».Si jamais des réformes s\u2019avéraient requises, le principe de l\u2019égalité des provinces jouerait pour éviter la balkanisation du Canada.Seuls seraient retenus les changements applicables à toutes, sans distinction.Inutile, donc, de compter sur une singularisation constitutionnelle graduelle du Québec pouvant un jour se traduire par un quelconque statut particulier.La tendance du régime à diluer le pouvoir québécois aurait des répercussions stérilisantes sur les institutions du Québec.1108 Le fédéralisme en gestation n \u2019était pas un beau risque.\u2014\t«Des réformes, peut-être, mais en échange d\u2019engagements définitifs».Toute concession aux provinces s\u2019accompagnerait nécessairement soit d\u2019un abandon, à Ottawa, de telle ou telle compétence, soit de leur adhésion à des valeurs ou à des règles limitant d\u2019avance la portée de leurs réclamations futures.Pour contrer de nouvelles ambitions politiques de sa part, on exigerait par exemple du Québec qu\u2019il reconnaisse formellement, dans des textes officiels, son attachement aux règles du fédéralisme ou à des valeurs canadiennes excluant d\u2019avance certains types de réclamations.Dans ce give and take, rien ne serait désormais gratuit.Pas de «bar ouvert».\u2014\t«Les Québécois devront se faire une raison».La souveraineté est exclue à cause de leur attachement indéfectible au Canada, le statut particulier est inacceptable au reste du pays et la décentralisation massive est impensable.Les Québécois devront donc cesser de rêver et se résoudre à la seule réforme constitutionnelle qui pourrait, à la rigueur, être tolérée par le Canada anglais : la protection de leurs droits individuels (et non collectifs) comme Canadiens français (et non comme Québécois) par une charte de droits.Avec le bilinguisme institutionnel, c\u2019est le maximum que le reste du Canada consentira.Voilà donc en quoi consistait l\u2019avenir radieux du Québec au sein du fédéralisme futur: une diminution progressive de ses pouvoirs et une bouée de sauvetage pour les individus membres de l\u2019espèce canadienne-française en péril! On ne m\u2019apprenait rien là, mais je n\u2019étais pas mécontent de voir mon argumentation confirmée par des interlocuteurs issus des milieux fédéraux influents.Aucun doute : ces stratèges et hauts responsables étaient persuadés de la nécessité absolue, pour Ottawa, de raffermir son emprise sur l\u2019ensemble canadien et jugeaient de leur devoir élémentaire de continuer à participer de toutes leurs forces à cette entreprise.1109 Conclusion L\u2019expérience que j\u2019avais eu la chance de vivre en 1963 à 1971, et, maintenant, les remarques de fédéralistes éminents sur mes déclarations, la divulgation de leurs soucis patriotiques pro-Canada et les lumières qu\u2019ils me donnèrent sur les intentions de l\u2019establishment d\u2019Ottawa, tout cela prouvait invariablement que l\u2019ennemi à abattre, si l\u2019on peut dire, ou, du moins, à contenir, était le pouvoir québécois, ce pouvoir qui s\u2019exerce par les institutions et, en particulier, le gouvernement du Québec.La prépondérance de l\u2019autre pouvoir, celui d\u2019Ottawa, était à ce prix.?La tendance à la consolidation du pouvoir central était normale dans tout régime fédéral.1110 LES OMISSIONS D\u2019UN RAPPORT Luc ?BOUVIER, professeur au Collège de l\u2019Outaouais Le Rapport annuel 1993 du Commissaire aux langues officielles vient de paraître.Victor C.Goldbloom y affirme en avant-propos qu\u2019il est «au service des citoyens et citoyennes qui estiment que les institutions fédérales n\u2019ont pas répondu comme il se doit à leurs besoins».Dans les faits, le Commissaire est au service des anglophones puisqu\u2019il gère un système qui vise à les protéger au détriment des francophones.La prime au bilinguisme Le Commissaire soutient que «dans l\u2019intérêt des finances publiques, tout autant que dans celui du Programme des langues officielles», «la prime au bilinguisme devrait être supprimée» (p.106).La prime au bilinguisme est une prime à la connaissance : le fonctionnaire possède une qualification supplémentaire, demandée par son employeur, et ce dernier lui octroie une rémunération supplémentaire.À l\u2019opposé, la formation linguistique dispensée par le gouvernement, afin de permettre à ses fonctionnaires d\u2019atteindre le niveau linguistique demandé dans la langue seconde, est une prime à l\u2019ignorance.Il est étonnant que le Commissaire \u2014 qui se soucie des finances publiques \u2014 n\u2019ait pas demandé la suppression de cette formation, le 1111 candidat n\u2019ayant après tout qu\u2019à satisfaire aux conditions du poste.D\u2019autant plus qu\u2019au plan financier, l\u2019économie serait plus importante, de l\u2019ordre de 74,5 millions $ alors que la prime au bilinguisme coûte 50,6 millions $.Si on ajoute à chaque programme les frais d\u2019administration, cela donnerait des économies de 96,7 millions $ pour la formation linguistique contre 63 millions $ pour la prime au bilinguisme.Puisque la prime au bilinguisme est une prime à la connaissance et la formation linguistique, une prime à l\u2019ignorance, on se demande pourquoi le Commissaire ne suggère pas illico la suppression de la seconde.Pour comprendre Victor C.Goldbloom, il faut analyser à qui profitent la prime au bilinguisme et son pendant la prime à l\u2019ignorance.Dans le Rapport annuel 1992 de la Commission de la fonction publique, sur les 64 044 postes bilingues, excluant les postes de direction qui n\u2019ont pas droit à la prime au bilinguisme, 22 303, soit 34,8 %, sont occupés par des anglophones et 41 741, soit 65,2 %, par des francophones.Presque les deux tiers de l\u2019argent versé pour les primes au bilinguisme favorisent les francophones.On comprend que le Commissaire souhaite ardemment sa disparition.À l\u2019opposé, il y a la prime à l\u2019ignorance.Toujours selon le même rapport, en 1992, sur les 1 502 872 heures d\u2019enseignement dispensées, 1 360 821 heures, soit 90,5 %, l\u2019ont été à des anglophones et le reste, c\u2019est-à-dire 142 051 heures ou 9,5 %, à des francophones.En d\u2019autres termes, 90 % de l\u2019argent dévolu à la formation linguistique profite aux anglophones.Cette formation leur permet de détenir des postes pour lesquels ils ne sont pas linguistiquement qualifiés.On comprend mieux que le Commissaire trouve le programme justifiable.Les primes au bilinguisme favorisent les francophones.On comprend que le Commissaire souhaite ardemment sa disparition.Les postes bilingues Les postes bilingues sont intimement liés au droit de tout Canadien d\u2019être servi dans la langue officielle de son choix.Dans les faits, il s\u2019agit d\u2019offrir aux minorités françaises du 1112 90 % de l\u2019argent dévolu à la formation linguistique profite aux anglophones pour on comprend mieux que le Commissaire trouve le programme justifiable.Canada et à la minorité anglophone du Québec des services dans leur langue respective.Normalement, un anglophone du Québec devrait équivaloir à un francophone hors Québec.La réalité est pourtant bien différente.Le tableau 1 présente, dans une première colonne, le pourcentage des postes bilingues, en 1992, par rapport à l\u2019ensemble des postes de la fonction publique fédérale dans une province et territoire; dans la seconde colonne, le pourcentage de la part relative de la population de langue maternelle française \u2014 de langue maternelle anglaise pour le Québec \u2014 en regard de la population totale de chaque province et territoire en 1991 ; dans la troisième colonne, le rapport entre le pourcentage des postes bilingues (1) et le pourcentage de la population francophone \u2014 anglophone pour le Québec \u2014 (2).Le dernier indice est révélateur des buts poursuivis par les politiques de bilinguisme au sein du gouvernement fédéral.Plus le rapport est élevé, plus la minorité obtient des services dans sa langue, plus le chiffre est bas, plus la minorité doit fonctionner dans la langue de la majorité; l\u2019anglais au Canada, le français au Québec.Toutes les provinces anglaises, à une exception près, ont un indice de 3 ou moins.Dans cette catégorie, les 3 % de francophones du Yukon avec un indice maigrelet de 0,4 ne doivent pas s\u2019adresser très souvent en français à un fonctionnaire fédéral.Il faut souligner que la minorité au Canada la plus importante en pourcentage avec 33,4 %, celle du Nouveau-Brunswick, est, à l\u2019exclusion de celle du Yukon, la plus défavorisée, avec un indice de 1,2.Logiquement, elle devrait être la plus favorisée puisque, à cause de son importance, les postes bilingues lui sont essentiels.Les deux provinces de l\u2019île-du-Prince-Édouard et du Québec retiennent l\u2019attention.Pour la première, son 5,7 d\u2019indice s\u2019explique par l\u2019installation d\u2019un service national (Anciens combattants; 809 postes), dont le nombre de postes bilingues a fait basculer les pourcentages étant donné la petitesse de la fonction publique fédérale sur P île (1 914 postes).L\u2019indice québé- 1113 cois de 6,0 ne s\u2019explique pas de la même façon puisque la fonction publique fédérale au Québec, excluant la région de Hull, représente 30 592 postes.L\u2019importance de l\u2019indice ne peut s\u2019expliquer non plus par la nécessité de communiquer avec le siège du gouvernement fédéral installé dans la région de la capitale (Hull-Ottawa).La fonction publique y est bilingue à 63,2 % à Hull et à 53,7 % à Ottawa.Si l\u2019indice québécois de 6 était appliqué au Nouveau-Brunswick, les 7 434 postes de la fonction publique fédérale de la province seraient bilingues; en Ontario, il y aurait 15 615 postes de la fonction publique fédérale ontarienne qui seraient bilingues au lieu de 3 123 actuellement.De deux choses l\u2019une; si l\u2019indice de 6 est nécessaire pour faire survivre la minorité anglaise du Québec, cela veut dire que la politique fédérale sacrifie délibérément les francophones hors Québec puisqu\u2019il ne leur offre pas l\u2019équivalent.Si l\u2019indice de 6 est supérieur à ce qu\u2019il faut pour assurer la survie de la minorité anglaise du Québec, cela signifie que le fédéral poursuit, sous des dehors de bilinguisme, une politique d\u2019anglicisation du Québec.Dans les deux cas, les francophones en paient le prix.La minorité du Nouveau-Brunswick, est la plus défavorisée.Pour comprendre le but de la politique de bilinguisme du fédéral, il faut se rappeler la voie qu\u2019il a empruntée depuis 1867.Dans les faits, le bilinguisme fédéral reste un vœu pieux.C\u2019est au compte-gouttes qu\u2019il est introduit.Pour marquer le soixantième anniversaire de la Confédération canadienne en 1927, le gouvernement fédéral décide d\u2019émettre dorénavant des timbres-poste bilingues; en 1936, apparaissent les billets de banque bilingues; en 1958, la traduction simultanée est introduite à la Chambre des Communes ; finalement, en 1962, le gouvernement fédéral accepte d\u2019émettre des chèques bilingues.Selon Blair Neatby, jusqu\u2019à la fm des années 1960, «[.] les gouvernements fédéraux se contentent d\u2019affirmer pieusement l\u2019égalité statutaire du français et de l\u2019anglais mais se gardent de prendre aucune mesure concrète pour modifier le statu quo.L\u2019anglais reste la langue de travail 1114 En Ontario, il y aurait 15 615 postes qui seraient bilingues au lieu de 3 123 actuellement.de la fonction publique fédérale.Et bien souvent la seule langue de service1».Quand le fédéral vote la Loi sur les langues officielles en 1969 et la Charte des droits et libertés en 1982, c\u2019est pour enrayer la montée de l\u2019idée souverainiste au Québec en faisant croire à l\u2019égalité entre les deux langues, et pour assurer, au Québec, la primauté de la minorité anglaise sur la majorité.L\u2019égalité est fictive: sur les 1 242 plaintes instruites par le Commissaire en 1992, 81,8 % proviennent comme à l\u2019habitude de francophones.Dans certaines régions du Canada, le Commissaire avoue qu\u2019il est inutile d\u2019espérer: « [S ] \u2019il y a moins de plaintes comme par exemple dans l\u2019Ouest canadien, cette baisse doit être attribuée en partie à la frustration ressentie par la clientèle, (ainsi que par le Commissaire et son équipe) devant le peu de progrès accompli par diverses institutions» (p.41).Jean Chrétien vient encore de le réaffirmer.Advenant la souveraineté du Québec, les francophones sont morts : lire en fait, le fédéral ne verra pas à les aider.Toute la politique linguistique fédérale fonctionne selon cette logique : faire croire que les francophones ont les mêmes privilèges afin d\u2019empêcher que la minorité anglophone perde quoi que ce soit de ses privilèges.La langue d\u2019enseignement En matière de langue d\u2019enseignement, pour bien comprendre la technique utilisée par les provinces anglaises pour éviter de se conformer à l\u2019article 23 de la Charte des droits et libertés, il faut se rappeler la voie qu\u2019elles avaient précédemment choisie.Avant 1982, les provinces anglaises excluront ou limiteront considérablement le français comme langue d\u2019enseignement.Voici quelques exemples.Après bien des démêlés, le Manitoba décrète, en 1916, que l\u2019anglais est la seule langue d\u2019enseignement dans les écoles publiques de la province.En 1912, en Ontario, le règlement XVII consacre 1.Blair Neatby, «À propos d\u2019une chronologie».Langue et société, n° 1, automne 1979, p.25.1115 Tableau 1 POSTES BILINGUES DANS LA FONCTION PUBLIQUE FÉDÉRALE\t\t\t \t(D\t(2)\t(3) \t% du total\t% des\tcolonne 1 Provinces\tdes postes\tfrancophones\tsur et territoires\t(1992)a\t( 1991 )b\tcolonne 2e Colombie-Britannique\t2,4\t1,4\t1,7 Alberta\t4,1\t2,1\t2,0 Saskatchewan\t3,3\t2,0\t1,7 Manitoba\t6,9\t4,8\t1,4 Ontariod\t8,2\t4,7\t1,7 Ontario (RCN)\t53,7\t\t Québec (RCN)\t62,3\t\t Québecd\t53,8\t9,0\t6,0 Nouveau-Brunswick\t39,4\t33,4\t1,2 île-du-Prince-Édouard\t23,9\t4,2\t5,7 Nouvelle-Écosse\t6,8\t3,8\t1,8 Terre-Neuve\t1,5\t0,5\t3,0 Territoires Nord-Ouest\t3,1\t2,4\t1,3 Yukon\t1,3\t3,0\t0,4 a- Commission de la fonction publique, Rapport annuel 1992.\t\t\t b- Statistique Canada, Langue maternelle.Le pays, catalogue\t\t\t 93-313.Seules les réponses uniques ont été retenues.\t\t\t c- Indice entre le pourcentage des postes bilingues dans Pensent-\t\t\t ble des postes et le pourcentage des francophones \u2014 des anglo-\t\t\t phones pour le Québec \u2014 par rapport à la population totale.\t\t\t d- Excluant la région de la capitale (Hull-Ottawa).\t\t\t l\u2019anglais comme seule langue d\u2019enseignement après la troisième année élémentaire et restreint l\u2019étude du français à une heure par jour.En 1931, le Saskatchewan School Act proclame l\u2019anglais la seule langue officielle dans les écoles publiques de la province.Selon Blair Neatby, «[à] compter des années [19]50, toutes les provinces à majorité anglophone auront une politique linguistique claire et nette: l\u2019anglais y est la principale, voire la seule langue d\u2019enseignement2».Comme solution finale, elles attendaient patiemment que la 2.Ibid.1116 Le fédéral poursuit, sous des dehors de bilinguisme, une politique d\u2019anglicisation du Québec.minorité disparaisse.Depuis 1982, les provinces vont s\u2019opposer politiquement, judiciairement et administrativement à l\u2019obtention d\u2019écoles pour leur minorité de langue française.Aucune province, à l\u2019exclusion du Québec, 12 ans après l\u2019entrée en vigueur de la Charte, n\u2019offre à sa minorité l\u2019enseignement dans sa langue.Pour illustrer la technique employée par les provinces anglaises, prenons le cas de la Saskatchewan.Les Fransaskois doivent obtenir des commissions scolaires pour leurs 8 premières écoles en 1995.Même si cela se fait, il n\u2019y aura qu\u2019un élève francophone sur 10 de touché.Mais pour être sûr que cela ne se fasse pas trop vite, le gouvernement refuse d\u2019investir dans les écoles francophones, accepte que les commissions scolaires anglophones vendent à prix fort des écoles que les francophones ont déjà payées et refuse que les commissions scolaires francophones perçoivent des taxes.Dans chaque province anglaise, on utilise ainsi des techniques plus ou moins sophistiquées afin d\u2019éviter que les francophones aient leurs écoles.Dans la course contre la mort, les francophones ont déjà perdu puisque le système ne les appuie pas.Au contraire, et le gouvernement fédéral et le Commissariat aux langues officielles camouflent la situation sous des dehors de progrès.Imaginons la réaction du gouvernement fédéral, par la voix de son premier ministre Jean Chrétien et du commissaire Victor C.Goldbloom, si le Québec refusait à sa minorité l\u2019enseignement dans sa langue.Tous deux déchireraient leur chemise publiquement, et systématiquement reviendraient sur le sujet pour stigmatiser le Québec.Jean Chrétien l\u2019a déjà prouvé, en 1977, lorsqu\u2019il était ministre des Finances quand il a bloqué le projet de décentralisation de la fonction publique fédérale en représailles à la loi 101.Mais pour la Saskatchewan en 1994, il se réjouit de la décision du gouvernement.Quant au Commissaire, il participe à cette hypocrisie du système par ses rapports mièvres qui soulignent les faux progrès des provinces anglophones et marquent au fer rouge les supposés reculs des anglophones du 1117 Québec.Jamais le Commissaire ne donne un portrait juste de la situation des francophones hors Québec en matière d\u2019enseignement.Aucune donnée sur le nombre de francophones qui auraient droit à l\u2019enseignement en français, sur le nombre qui l\u2019on réellement, sur le nombre qui sont dans un système scolaire francophone, sur le nombre qui étudient dans des écoles bilingues ou d\u2019immersion, etc.Toutes ces données qui permettraient d\u2019évaluer l\u2019état de l\u2019enseignement dans la langue de la minorité sont absentes.Le Commissaire donne l\u2019impression que ce dont il ne parle pas existe, alors que dans les faits, ce dont il ne parle pas n\u2019existe pas.Ainsi, le Commissaire aux langues officielles se fait l\u2019écho des anglophones du Québec qui revendiquent un accès plus large à l\u2019école anglaise.La limitation existante, faut-il le rappeler, touche les immigrants qui doivent normalement s\u2019inscrire à l\u2019école française.Le Commissaire omet de signaler que la communauté anglophone draine encore plus que sa part des immigrants.Ainsi, en 1994, seulement 74 % des élèves allophones étudiaient en français au Québec.Cela signifie donc que 26 % étudient en anglais.Dans les cégeps, c\u2019est 59 % des allophones qui choisissent l\u2019anglais.Rien d\u2019étonnant que le rapport Termote3 prévoit que, dans un avenir rapproché, Montréal basculera et deviendra majoritairement anglais.Pour une minorité martyre, comme elle aime se définir, qui représente selon le dernier recensement 9% de la population du Québec, c\u2019est quand même une situation enviable, surtout si on la compare à celle des francophones hors Québec.Ainsi le Commissaire s\u2019intéresse aux services sociaux et de santé offerts aux anglophones et il oublie de dire que pour les minorités francophones, c\u2019est tout simplement inexistant.3.Marc Termote, L\u2019Action Nationale, Juin 1994, 754-760.L'anglais reste la langue de travail de la fonction publique fédérale.Et bien souvent la seule langue de service.1118 Conclusion Le Manitoba décrète, en 1916, que l'anglais est la seule langue d\u2019enseignement dans les écoles publiques.Qu\u2019un Victor C.Goldbloom participe de cette opération de camouflage en faveur de la minorité anglaise du Québec, quoi de plus normal, c\u2019est sa communauté.Qu\u2019un Roy Romanow attende la disparition des francophones de sa province, la Saskatchewan, n\u2019étonne guère ceux qui se rappellent sa conception de l\u2019équité telle qu\u2019il l\u2019a illustrée en 1982, lors de la nuit des longs couteaux.Mais qu\u2019un Jean Chrétien s\u2019en fasse le promoteur, cela montre que certains pour s\u2019élever aux yeux anglophones utilisent les leurs comme marchepied.?1119 L\u2019IMMIGRATION MASSIVE EN PÉRIODE DE STAGNATION ÉCONOMIQUE 1.Immigration et la nouvelle réalité économique ?Rodrigue TREMBLAY, économiste Université de Montréal Le gouvernement du Québec annonçait récemment que les niveaux-cibles d\u2019immigration nouvelle pour le Québec seraient les suivants : 1995\t40\t000\timmigrants 1996\t42\t000\timmigrants 1997\t43\t000\timmigrants En 1993, sur un total d\u2019un peu moins de 44 500 immigrants, 34 pourcent des nouveaux arrivants connaissaient le français; l\u2019objectif officiel annoncé pour 1997 serait de 38 pourcent de parlant français parmi les nouveaux arrivants dans une population québécoise qui est à 83 pourcent francophone.Il y a très peu de débats publics sur une des politiques les plus fondamentales pour l\u2019avenir de notre société.La politique d\u2019immigration au Québec, tributaire de celle du Canada, est presque décidée en catimini, avec minimum de consultations et de débats publics.Lorsqu\u2019il y a des consultations gouvernementales, elles se font à huit-clos, principalement auprès des représentants de «l\u2019industrie de l\u2019immigration».L\u2019annonce par le gouvernement du Québec de sa politique d\u2019immigration, en plein été, et alors 1120 La politique d\u2019immigration au Québec, est presque décidée en catimini, avec un minimum de consultations.que l\u2019Assemblée Nationale ne siège pas, en est un exemple frappant.Pourtant la population québécoise et la population canadienne en général sont de plus en plus préoccupées par les retombées économiques et sociales d\u2019une immigration ouverte et massive, qui apparaît de plus en plus en porte-à-faux avec la situation économique et les conditions sociales existantes.Au plan économique, rappelons qu\u2019il y a aujourd\u2019hui au Québec 54 000 emplois de moins qu\u2019il n\u2019y en avait en 1991.Rappelons aussi qu\u2019avant la récession de 1990-92, le taux de chômage au Québec se situait aux alentours de 9 pourcent.Aujourd\u2019hui, il se maintient entre 12,5 et 13,0 pourcent.Pourtant, en 1991, en pleine récession économique, 51 400 immigrants ont été admis au Québec.Nous avions nous-même prédit dès 1990 que l\u2019économie allait croître à un rythme plus lent que dans le passé au cours de cette dernière décennie du siècle, essentiellement parce que le surendettement et la surtaxation des gouvernements allaient freiner la croissance économique.L'arrivée du libre-échange continental en janvier 1989 et une libéralisation commerciale accrue sous l\u2019égide du GATT (l\u2019Accord général sur le commerce et les tarifs), signifient de plus que le Canada et le Québec ne peuvent plus comme auparavant supporter des industries intensives en main-d\u2019œuvre et à bas salaires et qu\u2019ils seront tôt ou tard obligés de limiter l\u2019immigration de travailleurs non-qualifiés, sous peine de voir leur taux de chômage devenir chroniquement élevé.Les mentalités et les attitudes face à l\u2019immigration prennent cependant beaucoup de temps à changer, même que le contexte général a changé.Plusieurs souscrivent encore au mythe de l\u2019immigrant-défricheur, ouvrant de nouveaux territoires à l\u2019agriculture et à la civilisation.En réalité, à cause des transformations profondes qui se sont produites dans la politique canadienne d\u2019immigration depuis 1978, l\u2019immigration d\u2019aujourd\u2019hui est avant tout une affaire urbaine, et elle se concentre massivement dans les grands 1121 centres urbains, tels Toronto, Vancouver et Montréal.Les grandes villes canadiennes deviennent graduellement des copies conformes des mégavilles américaines, de plus en plus invivables, que sont New York, Miami et Los Angeles.Beaucoup de facteurs expliquent ce phénomène, mais la désintégration sociale figure très haut sur la liste.Il est bien connu que des quartiers entiers de ces villes-enfers sont aujourd\u2019hui des \u201cno-man\u2019s lands\u201d sous le contrôle effectif de bandes raciales criminalisées qui terrorisent et victimisent les honnêtes citoyens.Les ministères de l\u2019immigration tant à Ottawa qu\u2019à Québec, et les gouvernements respectifs, semblent prendre beaucoup de temps à s\u2019adapter à la nouvelle situation économique et sociale du Canada.Pour eux, rien ne semble avoir changé, et au lieu d\u2019adapter les flux migratoires annuels à la nouvelle situation économique et sociale, ils adoptent plutôt le motto du capitaine du Titanic «Qu\u2019importe les icebergs, toute vitesse avant ! » Les résultats de cette attitude irresponsable et à courte-vue risquent d\u2019être désastreux en termes de chômage et de détérioration sociale, sinon de pourrissement social, dans les grands centres urbains canadiens au cours des prochaines années.2.L\u2019immigration et la situation économique Dans leurs documents officiels, les gouvernements d\u2019Ottawa et de Québec prétendent que les considérations économiques jouent un rôle important dans l\u2019élaboration de la politique d\u2019immigration.Si c\u2019était le cas, on s\u2019attendrait à ce que les critères d\u2019admissibilité des nouveaux arrivants soient généreux en périodes de prospérité et soient resserrés en périodes de ralentissement économique ou de récessions économiques, puisqu\u2019environ 60 pourcent des immigrants se joignent directement à la force ouvrière.Comme l\u2019illustre les deux tableaux ci-joints, les niveaux d\u2019immigration ont très peu à voir Le Canada et le Québec ne peuvent plus comme auparavant seront obligés de limiter l\u2019immigration de travailleurs non-qualifiés, sous peine de voir leur taux de chômage devenir chroniquement élevé.1122 L\u2019immigration d'aujourd\u2019hui est avant tout une affaire urbaine.avec la situation de l\u2019emploi.À titre d\u2019exemple, c\u2019est au cours de 1991 et 1992, deux années de récession économique au Québec, que les niveaux d\u2019immigration ont été les plus élevés.D\u2019ailleurs, au cours des neuf années du gouvernement du Parti libéral du Québec, soit de 1986 à 1994, on remarque qu\u2019il est entré 330 707 immigrants au Québec, mais il ne s\u2019est crée en tout que 249 000 emplois.Le chiffre de 330 707 représente presque trois fois la population de l\u2019Ile-du-Prince-Édouard (131 000) et plus de trois fois la population de la ville de Sherbrooke (105 000).Chaque année, le Québec importe par l\u2019immigration l\u2019équivalent d\u2019un nouveau district électoral.Pour l\u2019ensemble du Canada, la situation est semblable.Le gouvernement Chrétien a choisi de fixer les objectifs d\u2019immigration à 250 000 par année, malgré le fait qu\u2019il n\u2019y a pas plus d\u2019emplois au Canada aujourd\u2019hui qu\u2019il n\u2019y en avait en 1990, avant le début de la récession.Mais c\u2019est le gouvernement conservateur de Brian Mulroney qui a battu tous les records d\u2019irresponsabilité dans ce domaine.Il a, en effet, presque triplé les niveaux d\u2019immigration qui étaient de 84 302 en 1985 à 252 857 en 1992, année au cours de laquelle il s\u2019est perdu 100 000 emplois au Canada.Les électeurs canadiens n ont pas jugé qu\u2019une telle administration était à la hauteur, puisqu\u2019ils ont virtuellement annihilé le Parti conservateur du Canada, lors des élections du 25 octobre 1993.Il faut savoir que par rapport à tous les pays et particulièrement aux deux autres pays qui accueillent le plus d\u2019immigrants, soit les États-Unis et l\u2019Australie, le Canada a le plus haut taux d\u2019immigration au monde.Avec 250 000 immigrants par année, le Canada accueille proportionnellement deux fois plus d\u2019immigrants que les États-Unis et l\u2019Australie.À titre d\u2019exemple, pour que l\u2019immigration canadienne soit au même niveau que celui de ces deux pays, il faudrait que les niveaux d\u2019immigration au Canada soient ramenés à 100 000 par année, et à environ 20 000 par année pour le Québec.1123 TABLEAU 1 L\u2019IMMIGRATION AU QUÉBEC ET LA SITUATION DE L\u2019EMPLOI\t\t \tImmigrants\tVariation de l\u2019emploi par rapport à l\u2019année précédente 1980\t22 538\t75 000 1981\t21 063\t29 000 1982\t21 331\t-149 000 1983\t16 374\t42 000 1984\t14 641\t76 000 1985\t14 884\t76 000 1986\t19 459\t57 000 1987\t26 822\t93 000 1988\t25 789\t83 000 1989\t34 171\t30 000 1990\t40 842\t24 000 1991\t51 707\t-68 000 1992\t47 532\t-34 000 1993\t44 385\t7 000 1994*\t40 000\t57 000 1986-94\t330 707\t249 000 * Prévision sur cinq mois, moyenne annuelle.\t\t Sources: Ministère des Affaires internationales, de l\u2019immigration et\t\t des communautés culturelles et Statistique Canada.\t\t \tTABLEAU 2\t L\u2019IMMIGRATION AU CANADA ET\t\t \tLA SITUATION DE L\u2019EMPLOI\t \tImmigrants\tVariation de l\u2019emploi par rapport à l\u2019année précédente 1980\t143 133\t313 000 1981\t128 632\t293 000 1982\t121 166\t-383 000 1983\t89 177\t57 000 1984\t88 239\t257 000 1985\t84 302\t289 000 1986\t99 219\t310 000 1987\t152 098\t330 000 1988\t161929\t384 000 1989\t192 001\t241 000 1990\t214 230\t86 000 1991\t230 781\t-232 000 1992\t252 857\t-100 000 1993\t245 800\t143 000 1994*\t250 000\t151 000 1986-94\t1 798 915\t1 173 000 * prévision sur c\tmq mois, moyenne annuelle.\t Sources : (voir Tableau-1)\t\t 1124 3.Le mythe canadien du « gros pays » Chaque année, le Québec importe par l\u2019immigration l\u2019équivalent d\u2019un nouveau district électoral.Les gouvernements Trudeau et Mulroney à Ottawa ont habilement propagé depuis vingt ans le mythe du «gros à tout prix» afin de grossir la population du Canada.On argumente qu\u2019il faut que le Canada soit gros et gonfle sa population par rapport au voisin américain, même si, en se faisant, le Canada ressemble de plus en plus au États-Unis.À notre avis, une telle attitude ne fait qu\u2019engraisser et conditionner le Canada pour son éventuelle absorption par les États-Unis.En effet, si Toronto et Chicago sont des villes jumelles, ce ne sont pas quelques symboles superficiels comme un monarque britannique sur les armoiries et sur les billets de banque canadiens qui freineront l\u2019annexation éventuelle du Canada aux États-Unis.Il faut tourner le regard vers l\u2019Europe pour trouver un pays bien administré.En effet, le pays européen qui a su garder un maximum d\u2019indépendance politique tout en ayant un des niveaux de vie les plus élevés au monde est la Suisse, dont la dimension démographique est à peu près celle du Québec.Les Suisses n\u2019ont jamais cru que le fait d\u2019être dix fois plus petit que l\u2019Allemagne exigeât qu\u2019il faille se gonfler artificiellement par l\u2019immigration et sacrifier leur stabilité sociale et économique.Ceux qui propagent au Canada le mythe du «gros à tout prix» le font en vertu d\u2019une idéologie dangereuse et pour promouvoir des intérêts politiques partisans.Le Parti libéral du Canada, et son frère cadet le Parti libéral du Québec, sont parmi ceux qui déploient les plus grands efforts de propagande afin de véhiculer le mythe du «gros à tout prix», parce qu\u2019ils ont depuis longtemps fait le calcul qu\u2019ils importaient des votes en recourant à une politique d\u2019immigration ouverte et massive.Cependant, dans ce domaine comme dans d\u2019autres, ce qui profite aux politiciens et aux bureaucrates qui les servent n\u2019est pas nécessairement à l\u2019avantage de l\u2019ensemble de la population.Les conséquences de cette politique sont faciles à constater.Naguère la province canadienne la plus riche, l\u2019Ontario, qui reçoit les plus grands contingents d\u2019immigrants, est devenue depuis quelques 1125 aimées la province qui a le plus haut pourcentage d\u2019assistés sociaux au Canada (12,0 pourcent en 1992, soit 1 287 000 assistés sociaux sur une population totale de 10 705 200 habitants).L\u2019argument selon lequel les infrastructures sociales canadiennes sont sous-utilisées et qu\u2019il est nécessaire d\u2019ouvrir toutes grandes les portes de l\u2019immigration afin de créer des économies d\u2019échelle a de moins en moins de valeur.Les hôpitaux canadiens sont surchargés, les salles d\u2019urgence sont encombrées, les listes d\u2019attente pour admission de plus en plus longues, les écoles des grandes villes sont débordées et surpeuplées, et les services sociaux en général se dégradent et coûtent de plus en plus cher.Mais les principaux coûts économiques d\u2019une immigration ouverte et massive découlent de la désintégration sociale grandissante dans les grandes villes canadiennes.Quels sont les meurtres, viols et autres crimes violents qui découlent de la surpopulation et de la dépersonnalisation grandissante des grandes villes canadiennes depuis que le gouvernement canadien s\u2019est lancé dans sa politique d\u2019immigration ouverte et massive en 1978 ?Ces coûts sont difficilement chiffrables, mais ils existent néanmoins.Les études que les gouvernements commandent pour justifier leur politique ne tiennent habituellement pas compte de ces coûts sociaux et se limitent aux seuls flux financiers nets qui découlent des taxes et des coûts en assurance-chômage et en assistance sociale.Nous sommes enclins à croire que si tous les coûts sociaux, surtout pour des provinces comme l\u2019Ontario et le Québec, étaient pris en considération, les faibles gains financiers nets parfois identifiés à l\u2019immigration se transformeraient en des pertes sociales nettes substantielles.1 Le Canada a le plus haut taux d'immigration au monde.1.En 1991, le Conseil Économique du Canada avait estimé que l\u2019impact économique de l\u2019immigration au Canada était neutre, laissant un maigre flux fiscal net annuel d\u2019environ $13,50 pour chaque Canadien, pour un niveau annuel de 250 000 immigrants.Voir Conseil Économique du Canada.Le nouveau visage du Canada: Incidence économique et sociale de l\u2019immigration.Ottawa, 1991.1126 Les Suisses n 'ont jamais cru que le fait d\u2019être dix fois plus petit que l\u2019Allemagne exigeât qu 'il faille se gonfler artificiellement par l\u2019immigration.4.Le contrôle gouvernemental de l\u2019immigration La plupart des Canadiens ignorent que les gouvernements ont de facto perdu une grande partie de leur contrôle sur l\u2019immigration depuis 16 ans.En effet, en 1978, le gouvernement Trudeau a élargi l\u2019immigration selon les liens de parenté au-delà de la famille immédiate, en acceptant que non seulement les immigrants apparentés de 60 ans et plus puissent être admis, mais toute personne apparentée de tout âge.Avec cette règle élastique, le choix des futurs immigrants se fait de plus en plus par l\u2019immigrant lui-même, puisqu\u2019il peut littéralement choisir parmi sa parenté ceux et celles qu\u2019il veut faire venir au Canada dans son sillage.Depuis cette date, le Canada s\u2019est doté d\u2019un système d\u2019immigration auto-sélectif unique au monde.Ajouter à cela que le Canada a aussi les règles les plus laxes au monde pour l\u2019acceptation des réfugiés, acceptant 57 pourcent de toutes les demandes de statut de réfugié (1992), alors que la moyenne d\u2019acceptation dans les 16 pays démocratiques comparables au Canada est de 14 pourcent, et vous obtenez les résultats que l\u2019on observe: a)\tenviron la moitié des nouveaux immigrants au Canada ne parlent ni l\u2019anglais ni le français, et b)\tles nouveaux immigrants ont trois fois plus de chance d\u2019être illettrés que la population canadienne en général, selon le recensement de 1986.Avant 1978, c\u2019était le contraire, et les immigrants acceptés avaient trois fois plus de chance de posséder une éducation supérieure que la population en général.Conclusion C\u2019est toute une révolution qui s\u2019est produite dans la politique d\u2019immigration du gouvernement du Canada depuis 1978.La plupart des gens ignorent que de tels changements fondamentaux se sont produits, même s\u2019ils sont nombreux ceux qui observent avec inquiétude les 1127 conséquences néfastes de cette politique d\u2019immigration ouverte et massive.La politique ouverte et massive d\u2019immigration du gouvernement du Canada, et à laquelle souscrit servilement le gouvernement du Québec, n\u2019a rien à voir avec des impératifs économiques.Elle est plutôt le reflet de considérations idéologiques et politiques qui n\u2019ont pas réellement fait l\u2019objet de débats publics de fond.Nul doute que la réalité dégradée va de plus en plus se charger d\u2019ouvrir les yeux et les oreilles de ceux et celles qui ne veulent ni voir ni entendre.Pour le Québec, les enjeux sociaux et économiques d\u2019une surpopulation urbaine se doublent d\u2019enjeux linguistiques et culturels pour la survie du Québec comme terre francophone en Amérique du Nord.Si le Canada anglais par ses politiciens et bureaucrates interposés a choisi d\u2019abdiquer toute mesure économique et sociale pour établir les niveaux annuels d\u2019immigration, il appartient au Québec de ne pas le suivre sur cette voie suicidaire.Comme le soulignait fort justement le penseur français Jean-François Revel: «Il est irresponsable d\u2019affirmer que n\u2019importe quelle société, même en récession, peut intégrer n\u2019importe quelle quantité d\u2019immigrés dans n\u2019importe quel laps de temps.»2 Au Canada, on pourrait dire qu\u2019il est irresponsable de croire que l\u2019on peut poursuivre, année après année, la politique d\u2019immigration la plus ouverte et la plus massive au monde, sans qu\u2019il n\u2019en découle un jour de graves problèmes économiques et sociaux.?L\u2019Ontario, qui reçoit le plus gros contingents d'immigrants, est la province qui a le plus haut pourcentage d\u2019assistés sociaux au Canada.2.Le Point, 7 août, 1993.1128 DANS L\u2019ENSEIGNEMENT IL NOUS FAUT LA CRÈME Jules BÉLANGER, professeur de CÉGEP // est urgent d\u2019améliorer la formation des maîtres, dit le ministre.Vous sous-évaluez la formation que nous dispensons, vous caricaturez, protestent les universités.Le ministre a raison, affirment ces professeurs-ci.On veut le retour aux Écoles normales, observent ceux-là.Et ça continue.Chacun tire de son côté, chacun lève le voile sur une partie du problème.Mais, on tourne autour du pot, on semble se refuser d\u2019aller à la racine du problème.On se garde la tête dans le sable.La réalité, celle qui explique la situation dont le ministre s\u2019inquiète avec raison, celle à laquelle il faut absolument s\u2019attaquer, c\u2019est que notre société n\u2019attire pas vers la profession de l\u2019enseignement toutes les ressources qu\u2019elle devrait normalement y attirer.Regardons les choses bien en face.Monsieur le ministre devrait prendre la peine de vérifier auprès des cégeps du Québec quels sont les finissants qui se dirigent vers la carrière de pédagogue.Il se trouve parmi eux, bien sûr, des candidats qui ont tout pour devenir d\u2019excellents éducateurs: le goût, le talent, la personnalité, l\u2019enthousiasme.Mais, à côté d\u2019eux, il y a, malheureusement, un nombre beaucoup trop grand de ces gars et de ces filles qui ont dû renoncer à divers projets de carrière à cause des exigences académiques.Naturellement désireux de se trouver un travail, ils ont opté pour un créneau 1129 de la société, et de l\u2019université, où on veut bien les accepter avec leurs lacunes.L\u2019université, pour des raisons de subventions gouvernementales, a besoin d\u2019inscriptions dans toutes ses facultés et elle s\u2019adapte à la situation, elle réduit ses exigences académiques là où la société le lui permet.C\u2019est là une anomalie de notre société qui va nous coûter très cher, et d\u2019autant plus encore que nous tarderons à la corriger.S\u2019il est une profession qui devrait puiser largement dans la crème de nos finissants de cégeps, c\u2019est bien celle de l\u2019enseignement.Mais, ce n\u2019est pas le cas, malheureusement.Que l\u2019on mesure \u2014 c\u2019est facile \u2014 la proportion de nos cégépiens les plus doués qui s\u2019orientent vers la carrière de l\u2019enseignement.Que l\u2019on compare, par exemple, à l\u2019université, le niveau de maîtrise de la langue chez nos étudiants en pédagogie avec celui de nos étudiants en sciences pures.C\u2019est gênant, c\u2019est embarrassant, mais il faut regarder la réalité bien en face.Une société évoluée, et qui veut continuer d\u2019évoluer, doit attirer vers la profession d\u2019enseignement une grande proportion de ses meilleurs cerveaux, beaucoup plus grande que ce n\u2019est le cas chez nous actuellement.Que l\u2019on confie à des candidats choisis parmi nos meilleurs le soin de nos corps ou la construction de nos ponts, soit ! Que les mesures sélectives et les conditions avantageuses qui entourent ces professions exercent l\u2019attrait que l\u2019on connaît, soit encore ! Mais, comme citoyen du Québec, je veux rêver du jour où les conditions faites à nos enseignants et le prestige que l\u2019on devra reconnaître ensuite à ces professionnels attireront vers cette profession, de façon évidente et continue, la crème de nos finissants de cégeps.Je veux que l\u2019on voit bientôt, dans tous les cégeps, de plus en plus de nos meilleurs élèves se disputer les admissions aux portes des facultés de pédagogie de nos universités, où il y aura, à cause de cette valorisation nouvelle de la profession d\u2019enseignant, nécessaire contingentement.Notre société n\u2019attire pas vers la profession de l\u2019enseignement toutes les ressources qu 'elle devrait normalement y attirer.1130 S\u2019il est une profession qui devrait puiser largement dans la crème de nos finissants de cégeps, c\u2019est bien celle de l\u2019enseignement.Ce sont eux, après tout, les enseignants, qui forment nos étudiants et étudiantes parmi lesquels la société puisera tous ces soigneurs de nos corps, tous ces constructeurs de nos ponts et chaussées, de même que tous ces experts à qui nous voulons faire confiance.La logique veut que tous nos postes d\u2019enseignants soient comblés à même les rangs de nos meilleurs élèves.Quand donc respecterons-nous cette si simple logique ?Je rêve en couleurs?Peut-être, mais je veux continuer à la faire et je ne suis pas seul.Il y a aussi, entre autres, Lee Iaccoca* qui écrit : Je ne cherche pas à accuser les enseignants ou les responsables des écoles.Nous savons tous que nos écoles ne sont qu \u2019un reflet de notre société.Nos meilleurs étudiants ne deviennent presque jamais enseignants.C'est peut-être parce que notre société ne met pas les enseignants sur le même piédestal que d\u2019autres pays; cette profession est pratiquement la moins bien rémunérée de celles qui exigent un diplôme d\u2019études supérieures.Je pense qu 'il est grand temps que nous redéfinissions les objectifs de l\u2019enseignement québécois.Et cette fois, nous ne pourrons pas nous contenter d\u2019une discrète moyenne; nous aurons plutôt intérêt à viser la mention d\u2019honneur.?* Président et directeur général de la société Chrysler, dans L Excellence dans le monde des affaires, hiver 1988, volume 1, n° 2, pp.17 et 27.1131 LE FRANÇAIS ET LA SITUATION EN ÉDUCATION ?Gérard LEFEBVRE Des sources de difficulté externes à l\u2019école I 5 école a un rôle primordial dans l\u2019ap-¦¦¦ prentissage du français par nos jeunes, mais l\u2019école ne peut tout faire toute seule.L\u2019apprentissage d\u2019une langue est avant tout une question de motivation.Il se trouve des personnes qui apprennent une langue simplement par souci d\u2019élargir leur culture.Mais, vous en conviendrez, la plupart des gens apprennent une langue \u2014 et encore plus s\u2019il s\u2019agit d\u2019apprendre à l\u2019écrire \u2014 surtout pour gagner, ou gagner mieux leur vie.On aura beau gémir sur les piètres performances de nos jeunes en français, tant que nous ne pourrons pas leur communiquer un message clair quant à la nécessité absolue de maîtriser leur langue pour obtenir un emploi, bon nombre d\u2019élèves continueront de négliger l\u2019apprentissage du français; en d\u2019autres mots, les tergiversations politiques sur le statut du français au travail influencent énormément la situation du français en éducation.La qualité du français n\u2019est pas des meilleures et plusieurs pointent aussi du doigt l\u2019ère de l\u2019audiovisuel qui a modifié les façons mêmes de concevoir et d\u2019interpréter les messages linguisti- 1132 Les tergiversations politiques sur le statut du français au travail influencent énormément la situation du français en éducation.ques.Or, quand on sait que les jeunes passent plus de temps devant le petit écran qu\u2019il n\u2019en passent à l\u2019école, il n\u2019est pas étonnant de constater que la syntaxe des jeunes soit influencée par ce média.Que penser de la qualité du français de plusieurs émissions de variétés ou d\u2019humour, ou encore de certains téléromans ?Et que dire de la qualité du français diffusé par certaines chaînes de radio fort populaires auprès des jeunes ! Sans compter que les médias francophones (et même les radios étudiantes dans bien des cas) diffusent beaucoup plus de contenu anglais que les médias anglophones ne diffusent de contenu français, ce qui n\u2019est pas sans avoir un impact sur l\u2019apprentissage du français par nos jeunes.Des problèmes internes à l\u2019école Les programmes et les objectifs Ça peut paraître brutal, mais je dirai que les élèves ont appris ce qui leur a été enseigné ! Oui, la population québécoise avait grand besoin de sortir de son mutisme, d\u2019apprendre à s\u2019exprimer, à soutenir une argumentation.La langue n\u2019est-elle pas essentiellement un instrument de communication?Et la plupart du temps, cette communication est orale.D\u2019où la priorité accordée par les programmes de français au discours sous toutes ses formes.Sur ce plan, les jeunes qui ont fréquenté l\u2019école ou le cégep au cours des deux dernières décennies ont accompli des progrès considérables.Mais si tels sont à la fois le besoin et le désir de notre société (c\u2019est-à-dire la communication orale autant qu\u2019écrite), il faudrait cesser de blâmer les élèves et l\u2019école pour les faiblesses en français écrit, du moins tant que le temps consacré à l\u2019enseignement de la langue écrite ne sera pas augmenté.Aujourd\u2019hui, si notre société considère que l\u2019école doit absolument combler les lacunes en syntaxe, en orthographe et en ponctuation, parce que ce sont là des éléments essentiels à la connaissance du français, le Ministère devrait revoir ses priorités, réajuster ses programmes et four- 1133 nir à l\u2019école les moyens de remédier à ces problèmes.Mais, ce faisant, il ne faut surtout pas laisser filer les acquis de nos jeunes du côté du français oral et de la communication en général.Vous me permettrez de souligner que nous avons ici une preuve de plus de la nécessité de tenir un débat public approfondi sur l\u2019ensemble de notre système d\u2019éducation, ce que réclame la CEQ depuis un bon moment.Ça vaudrait beaucoup mieux qu\u2019une commission parlementaire par ci par là, un petit comité de travail sur tel ou tel sujet, des tests de français imposés aux élèves désireux de s\u2019inscrire à l\u2019université.Il nous faut un véritable débat de société et non une discussion publique à partir d\u2019un menu de propositions concocté par un comité, fût-ce un comité de sages mis sur pied par le Ministre.Le matériel didactique Les nombreuses compressions budgétaires (depuis 10 ans \u2014 1 milliards $) ont creusé des écarts entre les besoins et la réalité.De nombreuses commissions scolaires ne peuvent plus fournir une grammaire par élève, il n\u2019y en a qu\u2019une par pupitre dans les classes de français.L\u2019élève ne peut donc la sortir de la classe pour étudier ou faire des travaux.Des classes sont équipées de dictionnaires qui ont plus de 10 ans.Vous devinez l\u2019état.et l\u2019attrait pour un jeune.À cela, il faut ajouter les nombreux manuels possibles pour un même programme (ce n\u2019est pas mauvais en soi) et la fâcheuse habitude qu\u2019ont les différents auteurs d\u2019employer une terminologie différente pour désigner, par exemple, ce que la plupart d\u2019entre nous appelons une proposition, un adjectif, un pronom, un complément, etc.Et que dire de la multitude de cahiers d\u2019exercices plus ou moins adaptés à l\u2019enseignement qu\u2019ils sont censés appuyer.Faut-il nous surprendre de la confusion qui s\u2019installe chez les élèves et leurs parents ?La pauvreté des bibliothèques Par ailleurs, on convient généralement que la lecture constitue l\u2019un des meilleurs moyens d\u2019apprendre la langue écrite.La lecture est la Les élèves ont appris ce qui leur a été enseigné! 1134 Vous me permettrez de souligner la nécessité de tenir un débat public approfondi sur Vensemble de notre système d\u2019éducation.porte d\u2019accès aux différents savoirs, à la culture en général.Or, les bibliothèques scolaires sont de plus en plus dégarnies et doivent de plus en plus compter sur le bénévolat des parents, le personnel de soutien et le personnel professionnel qui animaient les bibliothèques ayant été éliminés au gré des vagues successives de compressions budgétaires.La lourdeur de la tâche Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019analyser toutes les facettes de la tâche ni de tomber dans le misérabilisme, mais de souligner l\u2019importance de l\u2019impact de l\u2019évaluation sur la tâche.«C\u2019est en écrivant qu\u2019on apprend à écrire», dirait La Palice, et il faudrait tout de suite ajouter «à la condition que le professeur puisse corriger les travaux et que l\u2019élève soit en mesure de pallier ses faiblesses».Or, par exemple, selon les procédés d\u2019évaluation actuellement en vigueur, une enseignante du primaire peut être appelée à appliquer, pour la correction d\u2019une composition, une grille d\u2019évaluation comportant 5 critères, subdivisés en 10 éléments, comprenant chacun 5 degrés, dont la moitié doit être pondérée selon que le texte est court, moyen ou long.En multipliant par 25 élèves, imaginez le temps de correction.Et cette enseignante doit aussi préparer ses cours, enseigner et corriger les travaux reliés à plusieurs autres matières, en plus d\u2019assister aux réunions, de communiquer avec les parents, etc.Au secondaire et au cégep; les problématiques sont un peu différentes, mais aussi exigeantes.Peu importe le niveau enseigné, la lourdeur de la tâche fait partie de la situation et n\u2019est pas prise en compte par le ministère de l\u2019Éducation.En effet, les deux seules mesures qu\u2019il annonce pour améliorer la qualité de l\u2019enseignement du français sont des «épreuves», l\u2019une en 3e secondaire, l\u2019autre pour les élèves entrant en cinquième année du primaire.Comme s\u2019il suffisait d\u2019évaluer encore plus pour améliorer l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage du français ! Sans être aussi dramatique que certaines et certains voudraient le laisser croire, la situation 1135 du français en éducation au Québec mérite qu\u2019on la considère sérieusement et qu\u2019on en redresse les travers.Avant tout cependant, il est urgent que se tienne un véritable débat public sur les objectifs de l\u2019enseignement pour clarifier l\u2019importance à accorder à la dimension communication et à la dimension maîtrise de la langue et pour établir un consensus sur le degré de maîtrise souhaité à la fin du primaire, du secondaire et du collégial en ce qui a trait à langue parlée d\u2019une part et à la langue écrite d\u2019autre part.Un tel débat devrait aussi permettre un consensus quant aux moyens à fournir aux écoles et collèges, qu\u2019il s\u2019agisse du temps accordé à cet enseignement, des ressources humaines, du perfectionnement et du matériel didactique nécessaire.De plus, compte tenu de l\u2019importance de la lecture dans l\u2019acquisition de la maîtrise de la langue et l\u2019accession à tous les champs du savoir, il importe que les bibliothèques scolaires puissent renouveler leurs volumes et profiter du personnel requis pour guider les élèves.En d\u2019autres mots, voulons-nous améliorer la situation du français au Québec?Si oui, il y a des choix politiques à faire et ceux-ci auront des enjeux économiques: il faut investir et s\u2019investir pour améliorer la qualité du français parlé et écrit; l\u2019école a une grande responsabilité et pas seulement les professeurs de français, mais tout le personnel.En outre, la société tout entière doit partager cette responsabilité : parents, entreprises, médias d\u2019information.Surtout, le gouvernement doit donner des consignes claires sur le statut du français au Québec.Il ne suffit pas que les élèves soient bons premiers en français à l\u2019école, il faut aussi et surtout que le français soit bon premier, incontestable premier, dans toutes les sphères de la société québécoise.Pour les jeunes, il faut un environnement politique, économique et socioculturel qui les motive à améliorer leur connaissance et leur maîtrise de la langue française.Les bibliothèques scolaires sont de plus en plus dégarnies et doivent de plus en plus compter sur le bénévolat.N\u2019est-ce pas Pierre Bourgault qui disait que «la langue n\u2019est pas que plaisir; c\u2019est aussi une arme dangereuse qu\u2019il faut savoir maîtriser pour ne pas se laisser maîtriser par ceux qui la maîtri- 1136 sent.» C\u2019est pour ça qu\u2019il faut dire oui au renforcement de l\u2019apprentissage du français et accepter de mettre l\u2019accent sur le français écrit, mais sans sacrifier les acquis des dernières décennies.?La lourdeur de la tâche fait partie de la situation et n \u2019est pas prise en compte par le ministère de l\u2019Éducation.1137 L\u2019INVESTISSEMENT DANS LA FAMILLE QUÉBÉCOISE Le sort de la famille préoccupe, et fondamentalement, la famille nous est vraiment chère.En ces dernières années, la défense ou la promotion de la famille n\u2019ont pas souvent donné lieu à de grands rassemblements.Le Québec, comme bien des sociétés dans le monde occidental, a beaucoup valorisé le succès individuel et nous n\u2019avons pas toujours, dans nos modèles et nos décisions, accordé toute l\u2019importance voulue à la vie familiale.?M.Claude BÉLAND, président du Mouvement des caisses Desjardins La société et la famille Il y a 45 ans, l\u2019Assemblée générale des Nations Unies adoptait la Déclaration universelle des Droits de l\u2019Homme qui affirmait déjà que «la famille est l\u2019élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la Société et de l\u2019État.»1 S\u2019inspirant de cette affirmation, l\u2019Union internationale des organismes familiaux rendait publique, il y a quelques mois à peine à Paris, une Déclaration des droits de la Famille qui reconnaissait comme impératif «d\u2019intégrer le fait familial au débat politique, économique, social et culturel» et de «reconnaître les responsabilités qui lient réciproquement les familles et la société »2.1.\tDéclaration universelle des Droits de l'Homme, a.16.3.2.\tDéclaration des droits de la famille, VIOF, 6 février 1994.1138 La famille est l\u2019élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la Société et de l\u2019État.Ces deux déclarations reconnaissent le rôle central joué par la famille dans la société d\u2019aujourd\u2019hui.On lui doit protection, selon les mots de 1948, on a envers elle des responsabilités, comme on l\u2019a dit plus récemment.Je crois que nous serons tous d\u2019accord sur ces principes.La famille est la cellule première de toute société.C\u2019est par elle que les nouveaux venus s\u2019inscrivent dans le monde, qu\u2019ils apprennent la confiance en soi, la solidarité, la responsabilité et l\u2019ensemble des attitudes qui les rendront capables d\u2019autonomie et d\u2019initiative le temps venu.Si la société a besoin, en tout domaine, du concours actif de citoyens formés, responsables et solidaires, c\u2019est dans la famille, cette première école de la vie, qu\u2019elle les trouve.Aujourd\u2019hui, alors que les modèles ont changé et que la continuité de l\u2019identité individuelle ou familiale n\u2019occupe plus nécessairement le sommet de notre échelle de valeurs, la famille est comme le pari de la raison et de l\u2019espoir, gagné par ceux qui sont convaincus que le monde a une vocation étemelle.Elle accompagne la marche de notre société \u2014 et, je dirais, de l\u2019Humanité tout entière \u2014 vers un destin qui doit être, demain encore, fait de responsabilité, de liberté, de justice et d\u2019entraide.Une vie familiale heureuse apporte aux femmes, aux hommes et aux enfants, l\u2019envie, la force et les moyens d\u2019espérer malgré le tumulte d\u2019un monde en pleine transformation.C\u2019est le poète français Paul Éluard qui, prenant à contre-pied le proverbe qui énonce «qu\u2019il faut de tout pour faire un monde», écrivait «Il ne faut pas de tout pour faire un Monde, il faut du bonheur et rien d\u2019autre».Ce bonheur, c\u2019est sûrement auprès des siens, dans la chaleur des liens familiaux, qu\u2019il peut trouver un peu de sa substance.J\u2019ai souvent dit qu\u2019il fallait revoir notre façon de faire nos comptes nationaux et prendre en considération, dans le calcul du rendement de notre collectivité, non seulement le PIB, le PNB et autres balances commerciales, mais aussi le BNB, le Bonheur national brut.Il me semble à cet égard qu\u2019un indicateur primordial doit être 1139 celui de la mesure de l\u2019état de santé de la famille, cette cellule essentielle dont la vitalité, si elle était toujours assurée, apporterait un supplément d\u2019âme à notre société.Faisons donc le vœu que la famille devienne une grande priorité de notre projet collectif, qu\u2019elle devienne en quelque sorte la pierre d\u2019assise de cet édifice que nous appelons «progrès » ou « développement».Il ne s\u2019agit pas, je crois, de chercher à établir de nouveaux privilèges pour les parents, au détriment de ceux et celles qui n\u2019ont pas d\u2019enfants.Il ne s\u2019agit pas non plus de vouloir faire tomber du ciel les millions que les gouvernements n\u2019ont plus.Seulement, si nous reconnaissons l\u2019importance de la famille, il s\u2019agit de lui faire la vie facile plutôt que de lui mettre des bâtons dans les roues, en faisant en sorte que les hommes et les femmes qui décident de mettre au monde des enfants et de les amener jusqu\u2019à l\u2019âge adulte ne soient pas, en plus des responsabilités supplémentaires qu\u2019ils assument, désavantagés dans le partage de notre richesse collective.Comme toutes les générations qui nous ont précédés, nous avons aussi besoin d\u2019héritiers, nous avons aussi besoin de la fougue de la jeunesse, de son enthousiasme et de son idéalisme pour arriver à nous dépasser.Aujourd\u2019hui encore il faut que les enfants soient bienvenus, que les conditions objectives favorisant leur accueil soient mises en place pour que ceux et celles qui peuvent les mettre au monde s\u2019y sentent réellement invités.Mais aussi, parce qu\u2019une famille dure et prend de l\u2019âge, la responsabilité familiale, c\u2019est aussi, pour beaucoup d\u2019enfants, prendre soin de parents plus âgés.Là aussi se posent des gestes infiniment précieux pour l\u2019ensemble de la société et cette responsabilité doit être reconnue et supportée.Les familles et les responsabilités qu\u2019on y exerce prennent aujourd\u2019hui des formes très variées.Plusieurs facteurs, dans notre monde en mutation, en influencent le devenir.Je n\u2019ai pas la prétention de connaître tous les problèmes et La famille est la cellule première de toute société.1140 I Aujourd\u2019hui encore il faut que les enfants soient bienvenus, que les conditions objectives favorisant leur accueil soient mises en place.toutes les solutions, mais l\u2019observation quotidienne de notre réalité sociale et économique me suggère quelques remarques et quelques interrogations sur la réalité familiale contemporaine.La famille et la question de l\u2019emploi Il est certain que la situation économique qu\u2019a connue le Québec au cours des dernières années n\u2019a pas facilité la vie des familles.Combien d\u2019entre elles ont connu une séparation ou du moins une crise aiguë dans un contexte de chômage et de perte d\u2019emploi.De nos jours encore, emploi signifie dignité, avenir, stabilité, possibilité de choisir et projets d\u2019avenir, au nombre desquels se trouve celui de fonder une famille.Quand on demande aux jeunes s\u2019ils aimeraient avoir des enfants, ils répondent oui ; mais quand on leur demande pourquoi ils n\u2019en ont pas, plusieurs répondent qu\u2019ils attendent d\u2019avoir un travail stable et régulier.Le Secrétariat à la famille du Québec nous apprenait l\u2019année dernière que 52 % des Québécoises et des Québécois pensent que les besoins économiques du foyer créent énormément ou beaucoup de difficultés aux familles, contre 38 % en 1985.Il faut dire que l\u2019an dernier nous étions encore dans la foulée de la récession, que les entreprises annonçaient presque quotidiennement des mises à pied et qu\u2019une telle situation ne peut qu\u2019amener son lot de difficultés aux familles.Les dernières statistiques sur le chômage nous apprennent que le Québec avait encore, en janvier 1994, un taux de chômage de 12,9 %.Si on ajoute les 450 000 ménages qui dépendent de l\u2019aide sociale, on se retrouve avec un fort contingent de ménages qui dépendent de l\u2019assistance publique.Les statistiques sur la pauvreté sont aussi peu reluisantes : le Québec, où un peu moins d\u2019une personne sur 5 vit sous le seuil de pauvreté, bat des records au Canada à ce chapitre.C\u2019est près de 270 000 familles québécoises qui ne gagnent pas le minimum jugé essentiel.On ne peut 1141 qu\u2019imaginer, derrière tous ces chiffres, la situation difficile vécue par les trop nombreuses familles touchées par le chômage forcé et la pauvreté.Vous serez d\u2019accord avec moi pour dire que ce n\u2019est pas ce qu\u2019on vise, comme société, en tant que situation faite aux familles.Combien d\u2019entre elles, actuellement, vivent une véritable crise à cause de la situation de l\u2019emploi chez nous ?Bien sûr, le problème du chômage n\u2019est pas que québécois.Il y a actuellement près de 35 millions de chômeurs dans les pays membres de l\u2019OCDE.Le marché du travail est en mutation dans tous les pays industrialisés.Mais ce n\u2019est pas une raison pour accepter la situation sans réagir, pour devenir fatalistes et attendre le miracle des jours meilleurs.Heureusement, il y a, partout, au Québec, des gens qui se concertent et qui posent des gestes visant à infléchir cette tendance à la pénurie d\u2019emplois chez nous.Par exemple, l\u2019appui concret au développement local est sans conteste un moyen privilégié pour redonner espoir à ceux et celles qui veulent vivre et gagner leur vie ici.La campagne Qualité-Québec est un autre des moyens mis de l\u2019avant pour multiplier les emplois disponibles chez nous.Par nos comportements de consommateurs, en achetant les produits fabriqués au Québec, nous sommes capables, collectivement, d\u2019avoir une influence sur le dynamisme des entreprises d\u2019ici, celles qui emploient les hommes et les femmes qui souvent sont pères et mères de famille.Le travail que beaucoup sont à faire, dans ce cas, en est un de mentalités à changer.Chacun et chacune peut comprendre qu\u2019en portant attention à ses choix, comme le font de plus en plus de Québécois, on peut garder au travail un plus grand nombre de ses concitoyens, faire baisser, avec le temps, les taux de chômage beaucoup trop élevés que nous connaissons.La question de l\u2019emploi est réellement centrale pour le bien-être des familles québécoises.Souhaitons aussi que la refonte des programmes de soutien à l\u2019emploi, à laquelle viennent de La question de l\u2019emploi est réellement centrale pour le bien-être des familles québécoises.1142 s\u2019atteler nos gouvernements, stimulera le marché du travail et donnera tous les moyens nécessaires aux gens sans travail pour réintégrer la vie active.L\u2019importance de la formation L\u2019emploi passe aussi par la formation.Si nous entrons, comme on le dit, dans une «nouvelle économie », il est essentiel de veiller à ce que nous ayons les compétences et les aptitudes nécessaires pour les nouveaux emplois qui seront créés.À cet égard, nos gouvernements devront être vigilants et encourager, voire presque obliger les entreprises à former leur personnel.On se demande s\u2019il ne vaudrait pas mieux des mesures coercitives en cette matière, plutôt que des «récompenses» sous forme de crédit d\u2019impôt pour les entreprises qui voient à la formation de leurs employés ?Le système actuel de crédit d\u2019impôt à la formation avantage les grandes entreprises, qui peuvent ainsi réduire leurs impôts provinciaux, alors que dans bien des cas elles auraient fait pratiquement la même formation en l\u2019absence de ce crédit3.Ne vaudrait-il pas mieux instaurer une sorte de « taxe à la non-formation» pour s\u2019assurer que chaque entreprise qui participe à la vie économique au Québec, fasse sa part pour obtenir et conserver une main-d\u2019œuvre qualifiée ?Une telle taxe à la formation, même si c\u2019est s\u2019attaquer à cet enjeu de façon plus «négative», serait peut-être au fond moins dommageable pour les finances publiques que l\u2019actuelle taxe sur le capital qui « taxe » annuellement le capital et la croissance des entreprises de chez nous.L\u2019enjeu ici est suffisamment important pour que nous prenions des moyens énergiques pour nous assurer que nous ne paierons pas demain pour nos hésitations et notre manque d\u2019engagements aujourd\u2019hui.3.Mouvement Desjardins, 1992, 1,7 millions de dollars.1143 Les entreprises et la famille Pour favoriser l\u2019essor de la famille, les employeurs, au Québec, ont aussi un rôle important à jouer.Parce qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une responsabilité collective que partagent aussi les entreprises et parce que ces dernières ont tout à gagner à essayer d\u2019harmoniser le plus possible le rôle de parent avec celui de travailleur ou travailleuse.Les employés sont dans de meilleures dispositions lorsqu\u2019ils sont par ailleurs des parents capables d\u2019assumer les tâches supplémentaires que leur confèrent leurs responsabilités familiales, et cela sans être pénalisés dans leur milieu de travail pour la souplesse ou la disponibilité qu\u2019ils n\u2019ont pas toujours si on les compare à leurs confrères ou consœurs sans enfants.Ces parents au travail qui sentent autour d\u2019eux un appui réel dans leur rôle de parents sont sans conteste plus enthousiastes ou motivés au travail, moins souvent absents parce que arrivés au bout du rouleau.Des horaires de travail plus souples, des congés spéciaux sans pénalités pour vaquer aux urgences, la possibilité de travailler un moins grand nombre d\u2019heures par semaine lorsque désiré, l\u2019implantation de garderies en milieu de travail.sont quelques-unes des formules existantes et appliquées un peu partout par des employeurs qui ont accepté de considérer que vie de travail et vie de famille ont des incidences l\u2019une sur l\u2019autre et qu\u2019il vaut la peine d\u2019essayer de les faire coexister du mieux qu\u2019on peut.Je ne crois pas que les entreprises qui se sont engagées dans ce sens le regrettent aujourd\u2019hui.Fiscalité et travail Notre système fiscal est bâti de telle façon que, pour beaucoup de familles, le travail à l\u2019extérieur des deux parents n\u2019est pas une affaire de choix.De plus en plus souvent, deux salaires sont nécessaires pour rencontrer toutes les dépenses encourues par la famille.Au coins de la dernière décennie, un plus grand nombre de Des employeurs ont accepté de considérer que vie de travail et vie de famille ont des incidences l\u2019une sur l\u2019autre et qu 'il vaut la peine d\u2019essayer de les faire coexister.1144 Nous sommes incapables, collectivement, de permettre à tous ceux et celles qui le voudraient, d\u2018être des parents à « plein temps ».femmes ont joint le marché du travail, mais cela n\u2019aurait servi, en moyenne, qu\u2019à maintenir à un même niveau le pouvoir d\u2019achat des familles, à empêcher qu\u2019il ne soit grugé de façon trop importante.Il devient donc impossible, pour de nombreux ménages, de penser qu\u2019un conjoint demeure à la maison pour prendre soin des enfants alors que l\u2019autre travaille à l\u2019extérieur pour rapporter le seul salaire qui fait vivre toute la famille.Si nous en sommes rendus à cette impossibilité de choisir, est-ce dû seulement à la détérioration du marché de l\u2019emploi, ne serait-ce pas aussi parce que notre système fiscal est incapable d\u2019aménagements pour rendre la vie possible aux familles avec un seul revenu?Nous valorisons les enfants, nous savons que la présence des parents joue un rôle important pour leur équilibre et leur développement mais nous sommes incapables, collectivement, de permettre à tous ceux et celles qui le voudraient, d\u2019être des parents à «plein temps».Il y a là quelque chose d\u2019un peu paradoxal.Les frais de garde La façon dont est consentie la déduction des frais de garde des enfants se fait aussi au détriment des familles dont un des parents demeure au foyer.En ne permettant qu\u2019aux familles dont les deux parents travaillent à l\u2019extérieur de pouvoir profiter de cette mesure fiscale, on se trouve, pour reprendre les mots de Me André Lareau dans son étude réalisée pour le Conseil de la famille en 1993, à ne pas reconnaître l\u2019actif économique que représente pour la société le parent à la maison.Ne serait-il pas plus juste de revoir cette mesure pour répartir autrement l\u2019enveloppe budgétaire qui serait ainsi récupérée?Par exemple, en accordant plutôt à tous les parents une somme forfaitaire non imposable pour chaque enfant, somme qu\u2019ils pourraient décider d\u2019utiliser comme ils l\u2019entendent, selon leurs besoins.Ou encore en utilisant une partie des sommes 1145 ainsi récupérées pour la mise sur pied d\u2019un programme universel de garderie.Il me semble que la diversité des situation familiales exige un peu plus de souplesse de la part de notre système fiscal.Que les familles soient contraintes à certains comportements à cause d\u2019un système un peu trop rigide pénalise de façon certaine ceux et celles qui ne peuvent se mouler au système.L\u2019impôt, les taxes et la famille Tout le monde s\u2019entendra pour dire qu\u2019une fiscalité équitable devrait, d\u2019une façon générale, permettre aux ménages avec enfants de payer moins d\u2019impôt que ceux qui n\u2019en ont pas.Il est injuste que les parents, en plus des responsabilités supplémentaires qu\u2019ils assument, soient aussi pénalisés sur le plan financier.Car plus de dépenses obligées, pour un même revenu, cela veut dire moins de biens consommés, moins de loisirs, moins de capacité d\u2019épargner, moins de possibilités de recourir aux abris fiscaux et de payer moins d\u2019impôt.Nos gouvernements, provincial et fédéral, ont mis sur pied des mesures destinées aux familles.Au Québec seulement, c\u2019est 2,5 milliards $ qui ont été dépensés en 1993 à ce chapitre.Par contre, certaines autres mesures fiscales, comme le recours grandissant aux taxes à la consommation, désavantagent nettement les familles dans le partage du fardeau fiscal et viennent annuler ou diminuer de beaucoup l\u2019effet réel des réductions d\u2019impôt accordées aux personnes ayant des enfants ou des parents à charge.De plus, la plus grande partie de l\u2019aide va aux familles à faible revenu.Cela est, bien sûr, tout à fait légitime car il est normal que nous songions à aider avant tout les familles qui en ont le plus besoin.Car, aussitôt dépassé le seuil à partir duquel les familles commencent à payer de l\u2019impôt, le montant total de l\u2019aide décroît très rapidement, ou, encore, le taux marginal d\u2019imposition augmente très vite.Le soutien du gouvernement fédéral cesse même complètement lorsque les familles ont un revenu un peu La diversité des situations familiales exige plus de souplesse de la part de notre système fiscal.1146 Une fiscalité équitable devrait, permettre aux ménages avec enfants de payer moins d\u2019impôt que ceux qui n \u2019en ont pas.supérieur au revenu moyen gagné au Canada.C\u2019est-à-dire qu\u2019elles sont alors imposées de la même façon que les familles de même revenu qui n\u2019ont pas d\u2019enfants.Peut-on parler d\u2019équité dans un tel contexte ?Notre système fiscal s\u2019est construit petit à petit, par addition et soustraction de mesures au fil des ans.Il est peut-être normal que certaines contradictions se soient infiltrées dans la logique du système, avec le temps.On sait que les lois ont parfois un peu de retard sur la réalité qu\u2019elles sont censées réglementer.On sait aussi que le visage sociologique de la famille a beaucoup changé depuis 15 ou 20 ans.Les nombreux divorces ou séparations, la multiplication des familles monoparentales, des familles reconstituées sont des phénomènes relativement nouveaux par leur ampleur.Toutes ces raisons, ajoutées aux difficultés que vivent nos gouvernements, peuvent expliquer les ratés de nos politiques à l\u2019égard de la famille.Une chose est sûre : il ne faut pas avoir peur de se faire entendre pour espérer changer les choses et rétablir un équilibre qui s\u2019est rompu à quelques endroits.Car la famille n\u2019est peut-être pas une réelle préoccupation pour tous nos concitoyens et tous nos décideurs.Pourrait-on souhaiter une plus grande équité fiscale pour les ménages avec enfants, si la situation des familles ne reçoit pas toute l\u2019attention voulue, si nos choix de société font abstraction de cette cellule de base qui n\u2019aurait qu\u2019à exister par elle-même sans rien demander à personne, en s\u2019accommodant tout simplement de l\u2019air du temps ?Conclusion Je crois pour ma part qu\u2019un peuple qui progresse, un peuple qui regarde résolument vers l\u2019avenir et qui a confiance en lui, non seulement n\u2019a pas peur de mettre des enfants au monde, mais encourage leur venue.Il fait de la famille, la cellule première de sa société.Il l\u2019encourage et la soutient.Cet encouragement ne doit pas s\u2019exprimer seulement dans de grandes et nobles 1147 intentions, mais dans une foule de mesures concrètes, de politiques, d\u2019attitudes encouragées qui se généralisent et qui font de la fonction parentale quelque chose de valorisant pour ceux et celles qui s\u2019y engagent.Il oriente la fiscalité en ce sens puisque, par définition, la fiscalité c\u2019est un moyen efficace de stimuler certaines lacunes sociales et économiques.Nous avons d\u2019abord à mettre la famille à l\u2019agenda politique.Nous tous partageons déjà des préoccupations pour l\u2019avenir de la famille.Soyons donc des ambassadeurs dans nos milieux respectifs, dans nos interventions publiques, partout, de sorte que la famille demeure à l\u2019ordre du jour, non seulement en 1994, mais pour les années à venir.Car, on peut certainement dire que lorsque la famille va, tout va.Car la famille est la première communauté, le foyer des valeurs qui fondent une société.C\u2019est par la famille que la vie s\u2019enrichit et se continue, que s\u2019apprennent l\u2019amour, l\u2019amitié, la confiance en soi et en les autres, le partage, la solidarité, la responsabilité, l\u2019entraide, autant de valeurs dont nos milieux ont grandement besoin.La famille, c\u2019est l\u2019étoffe d\u2019un pays : il faut se donner les moyens de la tisser serrée.?Un peuple qui progresse, un peuple qui regarde résolument vers l\u2019avenir et qui a confiance en lui, non seulement n\u2019a pas peur de mettre des enfants au monde, mais encourage leur venue.1148 Un jeu qui nous vaudra la chandelle Henri ?MASSÉ, secrétaire général de la FTQ LA PRIVATISATION D\u2019HYDRO-QUÉBEC D uisque le courage en politique et l\u2019à-propos en économie semblent aujourd\u2019hui se réduire à la simple et unique volonté de démanteler tout ce que nous nous sommes donné, collectivement, au fil des ans, il ne faut pas s\u2019étonner qu\u2019Hydro-Québec, un «dinosaure» des temps préhistorique de la croissance, vieux d\u2019à peine cinquante ans, se retrouve encore une fois sur la sellette.Parce que ça va mal, parce qu\u2019en haut, on a jeté la serviette, parce qu\u2019on s\u2019y est fermé les yeux et bouché les oreilles (surtout lorsque nous parlions de création d\u2019emplois, de formation de la main-d\u2019œuvre, de stratégies industrielles, etc.) les détenteurs du pouvoir, face au gouffre du déficit des finances publiques, croient pouvoir tout exorciser en criant «privatisation».Parce que, vérité de sorcier, tout est tellement mieux fait par le privé ! Bien sûr, en trame de fond, il y a LES crises budgétaires, et LES déficits de NOS gouvernements, qui n\u2019ont rien trouvé de mieux que le pelletage de factures dans la cour du voisin pour donner l\u2019illusion qu\u2019ils vidaient la leur.En bout de ligne, cependant, c\u2019était bel et bien nos poches qu\u2019ils vidaient; avec les privatisations en cours, c\u2019est avec nos pantalons qu\u2019ils veulent payer leurs pelles.Ottawa liquide Air Canada et Petro-Canada, installe des bureaux de poste dans des pharma- 1149 des et des dépanneurs, tronçonne le réseau ferroviaire, sous-contracte même le service des libérations conditionnelles.Québec vide alors sa cour: on démantèle le ministère du Tourisme pour former une Société «aux mains de l\u2019industrie » ; en plein hiver, on ferme des chemins en Gaspésie pour se désengager de l\u2019entretien du réseau routier, et on refile la facture aux municipalités; les systèmes informatiques du gouvernement devront conjuguer le «privé» de chacun de nous avec le «privatisé» à la mode; les laboratoires sortent des hôpitaux du réseau pour aller nicher dans des officines privées ; et si pour oublier tout ça, vous décidiez d\u2019aller vous reposer dans un parc provincial, à la pêche ou encore à la chasse, alors dépêchez-vous, car ils sont eux aussi sur la liste des soldes de fm de régime.Le pelletage continue, et la cour des villes, villages et municipalités s\u2019emplit.On multiplie les sociétés «para-municipales», on sous-con-tracte à qui mieux-mieux.On confie au privé l\u2019un le stationnement, l\u2019autre parcomètres ou contraventions et, pourquoi pas, le réseau d\u2019aqueduc?Et comme la législation québécoise leur interdit des déficits d\u2019opérations, les villes et municipalités s\u2019en lavent les mains.Fuite en avant ou course aux enchères, les prochaines campagnes électorales ressembleront drôlement à de gigantesques ventes de garage.Un pas en avant, deux pas en arrière Ottawa installe des bureaux de poste dans des pharmacies et des dépanneurs, on ferme des chemins en Gaspésie pour se désengager de l\u2019entretien du réseau routier.Si Hydro-Québec n\u2019a que cinquante ans, les Québécois et Québécoises en rêvaient déjà bien avant 1944.Les besoins de l\u2019électrification rurale pour la colonisation étaient criants dans les années \u201820 et \u201830.De nombreuses commissions d\u2019enquête et des éditoriaux virulents dénonçaient et pourfendaient les « trusts » de l\u2019électricité, du gaz ou du charbon, qui s\u2019enrichissaient outrageusement par magouilles politiques et arnaques financières, sur fond de misère populaire.La nationalisation de la Montréal Light, Heat and Power Co., en 1944, apparut comme une véritable libération: d\u2019un coup, les tarifs ont 1150 La nationalisation de la Montréal Light, Heat and Power Co., en 1944 apparut comme une véritable libération.baissé de 13 % à Montréal, même si Hydro vendait alors également.du gaz.Il fallut attendre un autre vingt ans et la Révolution tranquille pour sortir de la noirceur.Il n\u2019est cependant pas inutile de rappeler ici, pour la suite de l\u2019histoire, quelques-unes des idées maîtresses qui ont animé ceux et celles qui ont porté Hydro-Québec sur les fonds baptismaux: \u2022\tHydro-Québec se devait d\u2019être une entreprise publique de services, dont l\u2019objectif devait être de fournir de l\u2019énergie au meilleur coût et ce, sur l\u2019ensemble du territoire québécois ; \u2022\tHydro-Québec aura un actionnaire unique, le gouvernement du Québec.Elle doit avoir sa propre autonomie financière, et verser ses dividendes, le cas échéant, au trésor de la province.\u2022\tHydro-Québec, par ses activités, devra viser à optimiser ses retombées sur le développement économique du Québec.Alors, pourquoi revenir en arrière, pourquoi privatiser Hydro-Québec ?Une douce folie récurrente On a déjà, à quelques reprises, suggéré de privatiser Hydro-Québec, pour toutes sortes de raisons, de la rancune politique au Salon bleu, au jeu de la carotte et du bâton entre le gouvernement et sa source de dividendes.Aujourd\u2019hui, le message vient du monde des affaires qui s\u2019en fait au mieux le promoteur, au pire un messager d\u2019intérêts encore moins avouables.En privatisant Hydro-Québec, en tout ou en partie, le gouvernement du Québec pourrait réduire tant son déficit que la taille de sa dette, consacrer ses ressources à mieux soutenir les industries de pointe, tout en s\u2019assurant, par les vertus intrinsèques de l\u2019entreprise privée, de fournir des services de qualité, à leur coût réel du marché.Hydro-Québec serait plus efficace et performante, puisqu\u2019elle n\u2019aurait plus à rencontrer des objectifs socio-économiques et politiques, devenant ainsi moins vulnérable aux près- 1151 sions du public, et plus particulièrement de la part des autochtones et des environnementalis-tes.Sa direction en serait d\u2019autant plus facile qu\u2019elle n\u2019aurait plus à rencontrer que les seuls critères de la rentabilité et de la profitabilité.L\u2019idée aurait du sens si d\u2019un côté le portrait était si noir à Hydro-Québec, et d\u2019un autre, si la privatisation d\u2019Hydro pouvait réellement s\u2019avérer la panacée universelle à tous nos maux.La mariée est trop belle Hydro-Québec est un «beau parti», et a de quoi susciter toutes les convoitises.Il faut ici reconnaître que c\u2019est là la conséquence d\u2019un choix de société pris il y a trois décennies : privilégier la filière hydroélectrique comme source première de production.D\u2019autres, à la même époque, avec des considérations de rentabilité à court terme très \u201cprivate sector\u201d, ont joué du nucléaire ; allez regarder leurs bilans financiers.Après, de 1988 à 1990, des années de très faible hydraulicité (53 %), des années pour lesquelles HQ n\u2019a pas versé de dividendes à son actionnaire, après une diminution marquée de l\u2019activité économique qui n\u2019est pas sans avoir influé sur la demande d\u2019énergie, après les efforts voulus et consentis en programmes d\u2019économie d\u2019énergie et d\u2019efficacité énergétique, Hydro-Québec tient encore le cap.En misant sur la planification de l\u2019équilibre énergétique, la diversification de ses activités, le développement économique régional, et en visant le meilleur rapport qualité-prix pour ses usagers, autant résidentiels, institutionnels qu\u2019industriels, Hydro-Québec poursuit son engagement de performance, avec l\u2019ambition de devenir la meilleure entreprise d\u2019électricité au Canada en l\u2019an 2000.Cela tranche drôlement avec la morosité actuelle des échos qui nous viennent du privé ! Hydro-Québec a vendu, en 1992, pour 6 750 millions de dollars d\u2019électricité.N\u2019ayant pu verser un seul sou de dividendes au gouvernement pour cet exercice, Hydro-Québec a quand même contribué au trésor québécois pour L\u2019objectif devait être de fournir de l\u2019énergie au meilleur coût et ce, sur l\u2019ensemble du territoire québécois.1152 quelque 600 millions de dollars tout simplement en taxes (quelque 9 % de son revenu brut !).Les «bonnes années», Hydro verse quelque 200 millions en dividendes à son unique actionnaire.Bout à bout, ça fait déjà un assez bon rendement, économiquement et socialement parlant.Hydro-Québec, par ses activités, devra viser à optimiser ses retombées sur le développement économique du Québec.Les ratios financiers d\u2019Hydro-Québec sont souvent montrés du doigt par le «privé» comme peu orthodoxes selon les critères établis par les grandes firmes d\u2019évaluation comme Moody\u2019s ou Standard and Poor\u2019s.Rien d\u2019étonnant, puisqu\u2019on ne peut comparer des patates avec des pommes.Hydro-Québec est une société à investissements élevés, et non pas à frais d\u2019exploitation élevés.La principale charge d\u2019Hydro-Québec demeure les intérêts débiteurs, quelque 35 % de son revenu total en 1992 (2,4 milliards).Hydro-Québec, pour la réalisation de ses ouvrages, a besoin de beaucoup de capitaux ; cependant, et c\u2019est là une spécificité de la filière hydro-électrique, ses frais d\u2019exploitation sont moins élevés, n\u2019ayant pas à acheter de matières premières pour sa production.En bout de ligne, même si son ratio d\u2019autonomie financière apparaît faible, cela n\u2019affecte aucunement sa performance quant à la réalisation de bénéfices substantiels (bénéfice net de 724 millions en 1992.Alors, combien pour Hydro ?Jouons le jeu.S\u2019il fallait fractionner la valeur d\u2019Hydro-Québec en actions, quelle valeur y accorder ?Que « vaut » Hydro-Québec ?Dans le scénario d\u2019une privatisation à 49 %, l\u2019Association des manufacturiers du Québec avançait une émission de quelque 10 milliards de dollars d\u2019actions publiques, ce qui nous amène à une valeur totale d\u2019une vingtaine de milliards pour Hydro.Hydro-Québec elle-même évalue ses immobilisations et actifs à quelque 45 milliards S selon les estimations de ses vérificateurs apparaissant au rapport annuel de 1992.1153 Une étude récente, et des plus captivantes, de la division «valeurs mobilières» de RBC-Dominion (en fait, la Banque Royale, fort peu suspecte et sympathies pour le Québec !) nous suggère plutôt d\u2019évaluer l\u2019actif de la production et de transport de l\u2019électricité d\u2019Hydro (à l\u2019exclusion d\u2019autres actifs) sur sa valeur de remplacement.Cette valeur de remplacement, après étude de la croissance des immobilisations par mégawatt, est passée, en 1992, à 2 millions $ par mégawatt.Acheter aujourd\u2019hui une autre Hydro-Québec nous coûterait, au bas mot quelque 55 milliards de dollars.À cela, il faut ajouter la cerise que convoitent également les partisans de la privatisation d\u2019Hydro.Le contrat passé il y a plus de vingt ans avec la province de Terre-Neuve pour l\u2019achat de l\u2019énergie produite par Churchill Falls (Labrador) Inc.(CFL) au prix conventionné de 0,3 cents le kilowatt (par rapport à 4,6 cents au coût évité actuel d\u2019Hydro-Québec) vaut à lui seul un bénéfice actualisé de 10 à 11 milliards de dollars.Quant à la valeur de remplacement de ces installations, c\u2019est un autre 10 à 11 milliards de dollars qu\u2019il faudrait comptabiliser.Il y a là de quoi attirer tous les boulimiques du profit facile qui hantent notre fameux Québec Inc.! En 1992, Hydro-Québec a contribué au trésor québécois pour quelque 600 millions de dollars.Le Québec peut-il bénéficier de la privatisation d\u2019Hydro-Québec?Allons directement au vif du sujet.Hydro-Québec est-elle un boulet pour le gouvernement du Québec, son seul actionnaire, son «endosseur» unique pour ses emprunts, et surtout celui dont la cote de crédit détermine automatiquement celle d\u2019Hydro-Québec.Au départ, les revenus générés par la vente d\u2019une partie ou du tout d\u2019Hydro ne sont pas récurrents; les «dividendes» annuels seraient partagés ou inexistants, et les sommes perçues par le gouvernement à titre de «frais de garantie des emprunts» depuis 1992 (0,5 % des emprunts, environ 150 millions de $ en 1992) ne seraient plus perçus.Une bonne partie des reve- 1154 Hydro-Québec évalue ses immobilisations et actifs à quelque 45 milliards $.nus récupérés par la vente devront servir à augmenter le seuil de capitalisation minimal de 25 à 50 % pour rencontrer les exigences du marché privé.Mais pire, rien ne nous garantit que s\u2019il fallait espérer une soudaine rentrée d\u2019argent dans les coffres du gouvernement, ces sommes seraient dépensées de façon aussi «productives » que si elles demeuraient à Hydro-Québec ! Avec un gouvernement qui s\u2019assoit sur les seuls bingos, loteries et casinos comme moteurs de «développement économique», il y a de quoi s\u2019inquiéter.Les actionnaires de la nouvelle Hydro-Québec, dont le gouvernement québécois s\u2019il reste sur les rangs, devront évidemment payer chacun leur écot: le revenu des actionnaires serait imposé au taux fédéral de 29 % moins un certain rabais.Il n\u2019est pas exclu que le trésor québécois veuille également faire de même.Ces nouveaux «propriétaires» devront également verser à la province, comme souvent ailleurs au Canada, une redevance d\u2019utilisation des ressources hydrauliques.Privée de la garantie gouvernementale, Hydro-Québec devrait également payer plus cher pour obtenir des fonds pour son développement.L\u2019impact sur les tarifs d\u2019électricité serait également lourdement ressenti par sa clientèle.Pour rivaliser avec les autres sociétés de services publics cotées en bourse et offrir des rendements équivalents, Hydro-Québec devrait alors verser en dividendes environ 1,45 milliards par an (8 fois plus qu\u2019elle n\u2019en a versé au gouvernement en 1989).Dans la totalité des hypothèses de privatisation envisagées dans les études que nous avons consultées, les hausses de tarif sont inévitables, de 15 à 22 % ou même de 30 %.Mais qui pourrait bien acheter Hydro-Québec?Le gouvernement du Québec n\u2019a jamais «acheté» Hydro-Québec.Hydro-Québec s\u2019est payée elle-même au fil des ans à partir de dividendes non répartis, pris à même la facture mensuelle de chaque foyer québécois.Le 1155 «hic», c\u2019est que même collectivement, aujourd\u2019hui, nous n\u2019avons plus les moyens de nous racheter nous-mêmes.Comme le soulignait l\u2019économiste Daniel Larouche, dans la revue Commerce du mois d\u2019août 1993, même une privatisation partielle d\u2019Hydro de l\u2019ordre de 17 milliards (sur une valeur réelle supérieure à 45 milliards) serait démesurée : «Dix-sept milliards, c\u2019est deux fois et demie la somme totale investie dans le Régime d\u2019épargne-actions du Québec pendant ses 14 ans d\u2019existence; c\u2019est l\u2019équivalent de toutes les émissions publiques d\u2019actions faites au Canada de 1989 à 1992.C\u2019est 5 % de la valeur totale des 1480 titres cotés à la Bourse de Toronto.» Échelonnée sur 10 ans, la privatisation d\u2019Hydro-Québec équivaut à la mise sur le marché de deux Petro-Canada tous les trois ans ! En fait, seuls des groupes financiers étrangers, disposant de fonds suffisants, pourraient se porter acquéreurs d\u2019Hydro.Le ridicule, c\u2019est qu\u2019ils le feraient sûrement avec le même argent qu\u2019 Hydro devrait leur rembourser avant terme pour équilibrer son «autonomie financière», selon les normes du secteur privé.Cette expropriation nationale serait une farce tragique.Comme nous l\u2019avons déjà amplement démontré et dénoncé, dans d\u2019autres secteurs comme celui de la santé, par exemple, parler de privatisation dans le cas d\u2019Hydro-Québec constitue en soi un euphémisme, de la poudre aux yeux pour mieux faire passer la pilule intellectuelle, parler de financement par les deniers publics d\u2019une prise de contrôle par des intérêts privés.Même si nous disposions collectivement des capitaux pour financer cette prise de contrôle, en sommes-nous réellement rendus à la nécessité de vendre nos bijoux pour payer l\u2019épicerie?Si on sort du dogmatisme creux des discours sur la privatisation, il y a quelque chose qui cloche dans l\u2019application pratique des idées prônées par les vendeurs du temple que sont Le Hir, Bélanger et consorts.Acheter aujourd'hui une autre Hydro-Québec nous coûterait, au bas mot, quelque 55 milliards de dollars.1156 Le contrat avec Terre-Neuve vaut à lui seul un bénéfice actualisé de 10 à 11 milliards de dollars.On pourrait également spéculer sur les conséquences à moyen et à long terme de cette opération : réduction de notre autonomie de décision, pressions accrues des lobbies privés du nucléaire (déjà très agressifs à en juger par l\u2019achat massif de publicité dans nos quotidiens par la Commission de l\u2019énergie atomique du Canada), ceux du charbon et du pétrole (des prix plus élevés de l\u2019hydroélectricité rendraient ces ressources plus concurrentielles.et rentables), remise en cause de la politique d\u2019achat de biens et services québécois, abandon des considérations «socio-économiques» tels les investissements structurants, la création d\u2019emploi, l\u2019uniformité de la tarification dans toutes les régions, etc.pour ne considérer que le seul rendement, etc.Que dire aussi du déménagement hors du pays ou même la perte éventuelle d\u2019une expertise que tous nous envient, la perte de maîtrise en recherche et développement et ses impacts sur la formation d\u2019une main-dœuvre qualifiée, et quoi encore ! Hydro-Québec se trouve dans une position de force en terme de recherche dans les secteurs de pointe comme la pile à longue durée, rechargeable rapidement, avec son Institut de recherche de Varennes.Cette percée technologique viendrait révolutionner tout le secteur des transports, tant publics que privés, à l\u2019échelle de la planète ! On n\u2019a qu\u2019à constater le resserrement des normes chez nos voisins du Sud quant à l\u2019utilisation de combustibles fossiles polluants.Pourquoi alors vendre cette expertise unique au secteur privé?Pourquoi, en toute logique, ne tentons-nous pas de réinjecter plutôt les retombées de telles découvertes dans notre bas de laine collectif?Si ce n\u2019est pas pour l\u2019argent, alors pourquoi?L\u2019entreprise privée, pour redresser une capitalisation déficiente, émet des actions sur le marché afin de lui injecter du capital frais.lorsqu\u2019elle en a besoin pour sa survie.Ça c\u2019est 1157 la théorie.Or, Hydro-Québec, société d\u2019État, n\u2019en a pas besoin.Société garantie par l\u2019État, Hydro-Québec peut emprunter à des taux inférieurs à ceux consentis au secteur privé.Grande consommatrice de capitaux, Hydro a privilégié le long terme pour ses emprunts, a intégré ses frais de crédit dans les coûts de réalisation et d\u2019amortissement de ses immobilisations, et elle a évité d\u2019avoir recours à son avoir propre pour son financement.Cela aussi, c\u2019est de la théorie, mais c\u2019est aussi une formule pratique dont l\u2019efficience a largement été démontrée par les performances d\u2019Hydro-Québec.Alors pourquoi ?Une société privée n\u2019a que ses actionnaires à servir et engraisser Il est peut-être temps de crever certaines vessies qu\u2019on veut nous faire prendre pour des lanternes.La première veut que l\u2019entreprise privée garantisse une plus grande efficacité économique et que les lois du marché mènent forcement à la performance.C\u2019est, pour utiliser un langage modéré, loin d\u2019être vrai ! Une entreprise privée, en situation de monopole, peut fort bien faire montre d\u2019une très grande inefficacité et quand même satisfaire ses actionnaires en refilant la facture à ses clients.Les Lamarre, Malenfant, et autres Reichman n\u2019ont de leçons à donner à personne.Soit dit en passant, le groupe Lavalin a voulu démontrer, avec la «simili-privatisation» de l\u2019hôpital Bellechasse, les capacités du secteur privé à «bien gérer».Aurait-il été plus sage de s\u2019occuper d\u2019abord du feu dans leur propre maison plutôt que de courir à la grange ?Au Royaume-Uni, la privatisation et le démantèlement du réseau national ont fait grimper les tarifs de 15 %, selon l\u2019expert britannique Andrew Holmes, tout en imposant une gestion des ressources énergétiques qui pousse à la consommation plutôt qu\u2019à l\u2019économie d\u2019énergie.Quand on est «en affaires», pourquoi inviter ses clients à consommer moins ?Avec un gouvernement qui s\u2019assoit sur les seuls bingos, loteries et casinos comme moteurs de « développement économique », il y a de quoi s\u2019inquiéter.1158 Hydro-Québec s\u2019est payée elle-même au fil des ans à partir de dividendes non répartis, pris à même la facture mensuelle de chaque foyer québécois.La deuxième veut que la qualité du produit et du service soit fatalement associée au secteur privé.Rien de plus faux ! Par exemple, Hydro-Québec, avec une moyenne globale de 5,3 jours de formation par employé en 1993, compte parmi les entreprises qui investissent le plus en formation de leur personnel (la moyenne canadienne est sous la barre des deux heures-année).L\u2019indice de satisfaction de la clientèle (tant pour le résidentiel que pour les secteurs commercial, institutionnel et industriel) a atteint, en 1993, l\u2019indice de 8,6 sur une échelle de 10.Quant au taux de satisfaction de la population en général à l\u2019égard de l\u2019ensemble des activités d\u2019Hydro (qualité et fiabilité du service, protection de la santé et de la sécurité publique, recherche et technologie, programmes d\u2019économie d\u2019énergie, etc.), cet indice est passé de 62 % en 1990 à 93 % en 1993.La marche est haute pour n\u2019importe quelle entreprise du «privé».Ne touchez pas à Hydro-Québec Aux côtés ou derrières les chantres de la privatisation bien visible, nous trouvons en arrière-plan toute un kyrielle de mouettes qui aimeraient bien tirer en douce leur frite du casseau.On assiste à la multiplication des projets de cogénération ou de production privée d\u2019énergie dont la pertinence économique et le profil environnemental sont plus que discutables.Tous ces projets ne peuvent être condamnés en bloc, mais manifestent trop souvent de l\u2019irritation dans certains secteurs qui risquent de perdre un champ lucratif relevant en exclusivité du secteur public.Hydro-Québec ne se fait pas que des amis, loin de là, et parfois elle mérite bien quelques rappels à l\u2019ordre.Les contrats secrets avec les alumineries, ce n\u2019était vraiment pas la trouvaille du siècle.Dans le cadre de l\u2019établissement d\u2019une véritable planification intégrée des ressources, Hydro-Québec a peut-être irrité certains puristes qui ont diagnostiqué chez elle le «syndrome du castor» multipliant les barrages.1159 Une société privatisée n\u2019aurait pas, cependant, l\u2019obligation faite par législation de tenir une consultation publique sur son Plan de développement, consultation à laquelle participent au-delà d\u2019une cinquantaine d\u2019intervenants de tous les horizons ; nommez donc une entreprise privée qui intégrerait une telle démarche dans sa planification?Mais, dans le fond, ce qui démange, frotte et pique une certaine classe politique et un certain milieu économique, c\u2019est avant tout le fait qu\u2019Hydro-Québec est la négation de leur credo néo-libéral quotidien.Ça les horripile de devoir constater qu\u2019une société d\u2019État, qu\u2019une entreprise publique de services publics peut atteindre des sommets de performance.?Échelonnée sur 10 ans, la privatisation d\u2019Hydro-Québec équivaut à la mise sur le marché de deux Petro-Canada tous les trois ans! 1160 Jean-Claude ?TARDIF, conseiller à la CEQ L\u2019ACTION SYNDICALE DE LA CEQ EN ÉDUCATION La CEQ poursuit son action syndicale selon trois volets: l\u2019action revendicative correspond notamment à la négociation des conditions de travail et de salaire et à l\u2019application des conventions collectives; l\u2019action professionnelle est orientée vers le métier ou la profession et varie selon les secteurs d\u2019activité; l\u2019action sociopolitique se situe dans le champ des droits, des lois et de tout ce qui compose un projet de société.Ces trois catégories n\u2019épuisent pas la multiplicité des champs d\u2019intervention de la Centrale, mais ils ont l\u2019avantage d\u2019opérer un découpage utile si l\u2019on veut analyser la logique d\u2019action syndicale et les tendances à l\u2019œuvre.Le présent article traite de la dimension professionnelle de l\u2019action syndicale de la CEQ en éducation, depuis une trentaine d\u2019années et, en particulier, du rapport entre la CEQ et l\u2019État.1 Nature de l\u2019action professionnelle Par action professionnelle, dans le secteur de l\u2019éducation, j\u2019entends cette forme d\u2019action syndicale qui repose sur la promotion de l\u2019éducation comme valeur, la défense de l\u2019école publique comme service et l\u2019amélioration des 1.Ce texte est extrait d\u2019une thèse déposée à l\u2019Université Laval et pour laquelle l\u2019auteur a obtenu un doctorat en science politique en septembre 1993.1161 conditions d\u2019exercice du métier pour les travailleuses et travailleurs de l\u2019éducation.Dans l\u2019histoire du syndicalisme, cette forme d\u2019action est associée à deux types d\u2019organisation : le syndicalisme de métier et le corporatisme.Dans le premier cas, il s\u2019agit d\u2019organiser les travailleurs sur une base professionnelle par grands corps de métier et de protéger l\u2019accès à un tel métier.Dans le second cas, c\u2019est un peu la même chose qui s\u2019applique aux professions, généralement les professions libérales.Profession réfère, selon le dictionnaire, à une «occupation déterminée dont on peut tirer ses moyens d\u2019existence» (Le Robert, 1973) mais, sous l\u2019influence de l\u2019anglais, il a eu tendance à désigner «des activités d\u2019un certain prestige en raison de leur caractère intellectuel ou de la position sociale élevée de ceux qui les exercent: attribuer à une activité de travail donnée le titre de profession équivaut alors à lui accorder une dignité particulière» (Office des professions du Québec, 1976).Au Québec, il y a des corporations depuis 1874.Les avocats et les notaires figurent parmi les premiers à avoir formé une corporation.En 1946, la Corporation des instituteurs et institutrices catholiques de la Province de Québec (CIC), l\u2019ancêtre de la CEQ, a opté pour la formule corporatiste.En Amérique, plus qu\u2019en Europe, le corporatisme professionnel a conféré à ceux qu\u2019il régit un ensemble de pouvoirs susceptibles d\u2019être exercés de façon autonome: 1.\tLe pouvoir de contrôler l\u2019accès à la profession qui, tout en assurant la compétence des membres, peut avoir pour effet d\u2019éviter que l\u2019offre de services dépasse largement la demande: 2.\tle pouvoir de réglementer les conditions d\u2019exercice de l\u2019activité en cause: publicité, compétence, déontologie, discipline, etc.; 3.\tle pouvoir d\u2019imposer des tarifs d\u2019honoraires qui assurent une stabilité des revenus ; 4.\tle pouvoir de réprimer la pratique illégale qui assure, à moyen terme, la stabilité des fron- 1162 tières du champ d\u2019exercice exclusif (Office des professions du Québec, 1976).La CIC a, en fait, été une corporation hybride pour la simple et bonne raison qu\u2019elle était composée de syndicats, formés en vertu de la Loi des syndicats professionnels, dont le mandat était de négocier les conditions de travail de leurs membres et de les défendre contre l\u2019arbitraire patronal.À titre d\u2019exemple, la CIC a tenté à diverses reprises mais sans succès de se doter d\u2019un code de déontologie.Puis, en 1967, elle a entrepris de se transformer progressivement en centrale syndicale, projet qui s\u2019est concrétisé en 1974.Pourtant, la CEQ n\u2019a pas abandonné sa mission professionnelle et, selon les époques et les courants idéologiques présents à l\u2019interne, celle-ci a pris diverses formes.Le présent article cherche à identifier des éléments d\u2019explication du rapport à l\u2019État dans l\u2019action professionnelle, telle qu\u2019elle a été vécue à la CEQ depuis les années soixante.Pour faire cet examen, j\u2019aurai recours aux décisions de congrès et de conseils généraux de la Centrale, aux mémoires, à la reconstitution des événements (Tardif, 1990), aux travaux élaborés par des équipes de la Centrale à l\u2019occasion du Congrès d\u2019orientation de 1982 et du Congrès sur les structures et les services de 1992, de même qu\u2019à un certain nombre de recherches sur le même sujet (Clermont-Laliberté, 1981; Anadon, 1987).Quelques rappels historiques Dans les années soixante, la CIC a cherché à participer activement au processus de réforme scolaire et, par conséquent, elle voyait dans les propositions du Rapport Parent l\u2019espoir de faire reconnaître l\u2019action de ses membres.Déjà en 1962, la CIC s\u2019était dotée d\u2019un Service pédagogique et sept permanents seront embauchés à ces fonctions dont le futur président, G.-Raymond Laliberté.En 1965, les religieuses et les religieux adhèrent à la CIC, ce qui porte à 44 000 le nombre de membres et confère à l\u2019or- 1163 ganisation son caractère représentatif en éducation.En 1964, si la CIC reçut favorablement les recommandations du Rapport Parent, sur l\u2019éducation, elle s\u2019opposa à la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation en raison de la trop grande centralisation des pouvoirs qu\u2019il supposait.Lorsqu\u2019arrivèrent les directives ministérielles sur le plafonnement des salaires le 14 octobre 1966, non seulement la CIC refusa l\u2019intervention gouvernementale dans les affaires des commissions scolaires et dans la négociation collective des enseignantes et des enseignants, mais en plus elle n\u2019était pas prête à riposter.Ses moyens étaient limités et sa pratique reposait davantage sur l\u2019action professionnelle que sur l\u2019action syndicale.Elle n\u2019était pas en situation de mener des actions visibles au niveau national ni d\u2019affronter, avec des chances de succès, une politique d\u2019État sur la place publique.Elle entreprit cependant une véritable campagne de presse.Le président multiplia les interventions publiques, profitant de toutes les tribunes possibles pour dénoncer l\u2019action gouvernementale et l\u2019intrusion de l\u2019État dans les relations de travail.Il reconnaissait la responsabilité de l\u2019État dans l\u2019éducation.Trois rencontres eurent lieu, en novembre 1966, entre la CIC et le ministre de l\u2019Éducation, lesquelles furent suivies d\u2019un échange de correspondance.Pour ajouter plus de pression, à l\u2019occasion du Conseil général de la CIC, octobre 1966, il fut résolu de demander aux représentants de la CIC de se retirer du Comité du plan de développement scolaire et de demander aux syndiqués une contribution supplémentaire au fonds de grève.Le 12 décembre 1966, le président de la CIC adressa au ministre de l\u2019Éducation une missive par laquelle il l\u2019invitait à une discussion télévisée sur les normes ministérielles.Le ministre déclina l\u2019invitation.On connaît la suite.Plusieurs grèves furent déclenchées un peu partout, une loi spéciale fut adoptée et l\u2019espoir de participer, de plein droit, à la réforme scolaire s\u2019évanouissait en partie.Rappelons que la CIC La CIC s'opposa à la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation en raison de la trop grande centralisation des pouvoirs qu\u2019il supposait.1164 participait à une cinquantaine d\u2019organismes consultatifs liés à l\u2019éducation en 1967.Elle était déjà au cœur du système de gestion étatique en matière scolaire.Mais le Bill 25 allait opérer une fracture.L\u2019issue sera l\u2019action politique.Nous n\u2019aborderons pas cet aspect dans le cadre de cet article.La CIC en 1967 était déjà au cœur du système de gestion étatique en matière scolaire.Ce genre de fracture est le fait, dans les organisations démocratiques, de luttes de tendances.Comme l\u2019a démontré L.-Clermont-Laliberté, trois tendances sont présentes à la CEQ.À la fin des années soixante, la tendance professionnelle était en déclin alors que la tendance syndicaliste était au pouvoir.Mais une tendance sociopolitique émergeait et allait gouverner l\u2019organisation pendant la décennie soixante-dix (Laliberté, 1975).Ceci ne veut pas dire cependant que l\u2019action professionnelle a été mise en veilleuse.Elle a changé de forme.Tout en se retirant, en 1972, de la plupart des comités consultatifs, y compris du Conseil supérieur de l\u2019éducation, la CEQ n\u2019en poursuit pas moins ses interventions et la présentation des mémoires sur les questions liées à l\u2019éducation.Ainsi, sur les 47 mémoires produits par la CEQ entre 1970 et 1980, 15 touchent des questions relatives à l\u2019éducation: structures scolaires, formation et perfectionnement des maîtres, enseignement en milieu défavorisé, éducation des autochtones, accès au CEGEP et à l\u2019université, etc.C\u2019est après l\u2019avènement au pouvoir du P.Q., en 1976, et à l\u2019occasion du lancement d\u2019une série de rapports d\u2019études et d\u2019énoncés de politiques en éducation que la CEQ déploya à nouveau son action du côté professionnel.Une équipe-école fut formée à la Centrale et un réseau de responsables des question éducatives et professionnelles fut mis sur pied.En décembre 1981, le ministre de l\u2019Éducation, Camille Laurin, adresse une longue lettre publique aux enseignantes et aux enseignants du Québec intitulée «L\u2019enseignante et l\u2019enseignant, des professionnels».Le ministre souhaite voir revivre une corporation pour les enseignantes et les enseignants.Il suggère même l\u2019adoption de 1165 normes de pratique et d\u2019un «Code d\u2019éthique».Son plaidoyer vise à condamner «le modèle industriel du minutage » et à le remplacer par «la définition d\u2019une tâche globale».«Enfin, j\u2019ai voulu indiquer au passage, qu\u2019il nous faudra certainement réviser certaines clauses de nos conventions collectives, pour les ajuster aux exigences d\u2019une école devenue le pivot du système, avec son projet éducatif, et pour les mesurer à l\u2019aune d\u2019un acte pédagogique reconnu, plus que jamais, comme un véritable acte professionnel» (Laurin, 1981).Cependant, les règles budgétaires vont continuer de déterminer les ressources du système et le ministre de l\u2019Éducation s\u2019est déjà accaparé un ensemble de pouvoirs pédagogiques qui étaient auparavant de la responsabilité des commissions scolaires ou des enseignantes et enseignants2.Dans son discours sur le budget du 10 mars 1981, le ministre des Finances, Jacques Parizeau, prévoit une période difficile en raison de la situation économique pénible, des taux d\u2019intérêt élevés et de l\u2019intention du gouvernement fédéral de réduire ses paiements de transfert aux provinces.Il annonce des «compressions budgétaires», après avoir écarté l\u2019augmentation du déficit, des taxes et des impôts.L\u2019objectif déclaré du gouvernement devient une réduction des dépenses réelles sans baisse des services rendus à la population3.La solution passe alors, aux yeux du gouvernement, 2.\tSur le sujet on aura intérêt à se référer à deux documents publiés par la CEQ : Propos sur un discours ministériel.Contre-réforme et appel au corporatisme, Québec, CEQ, février 1982, 16 p.(D-8085); Une école différente pour une société différente à bâtir maintenant, Québec, CEQ, février 1982, 15 p.(D-8086).3.\tVoir à ce sujet: Les compressions budgétaires dans les secteurs de l\u2019Éducation et des Affaires sociales.Rapport des délibérations de la rencontre publique tenue à Montréal le 12 juin 1981 dans le cadre des conférences socio-économiques, Québec, 1981, p.18-27.1166 Les conventions constitueront un des derniers remparts contre la dégradation que l\u2019on veut imposer aux services publics d\u2019éducation.par deux mesures privilégiées: l\u2019accroissement de la productivité et la réduction des salaires (Gow, 1984).Avec les premières tentatives de réforme du gouvernement Lévesque, en 1978 et 1979, la CEQ a cru un moment que l\u2019éducation reprendrait sa place à l\u2019ordre du jour au plan social et politique.Elle s\u2019est vite rendue compte que les perspectives offertes, soit la réduction des budgets alloués à l\u2019éducation, la disparition de certaines rigidités reliées aux conventions collectives et l\u2019augmentation de la productivité du système, n\u2019étaient guère reluisantes.Elles faisaient porter sur le dos des travailleuses et des travailleurs de l\u2019enseignement la responsabilité de la détérioration du système et le coût des réformes et elles annonçaient une mise en veilleuse des acquis et de l\u2019objectif de démocratisation et d\u2019accessibilité des années soixante.C\u2019est pourquoi la CEQ fit désormais le lien entre le développement de l\u2019école publique et l\u2019amélioration des conditions de travail de ses membres.Ainsi, dès septembre 1982, le président Charbonneau rappelle à tous les membres de la CEQ la fonction élargie d\u2019une convention collective dans les secteurs public et parapublic : «Les conventions que nous signerons seront nos conditions de travail pour plusieurs années et constitueront un des derniers remparts contre la dégradation que l\u2019on veut imposer aux services publics d\u2019éducation» (Charbonneau, 1982).D\u2019une certaine façon, le fait de protéger la qualité des services publics et défendre les intérêts des usagères et des usagers n\u2019est pas très étranger aux objectifs d\u2019une corporation.En principe, la poursuite de tels objectifs devrait se faire en concertation avec l\u2019État en tant que responsable politique du système d\u2019éducation.Ce qui est particulier, dans le cas de la CEQ, c\u2019est qu\u2019elle oppose à l\u2019État une autre vision de l\u2019école, une autre stratégie pour le développement de l\u2019éducation au Québec.Dans un premier temps elle a cherché à sec-torialiser ses interventions: l\u2019enfance en diffi- 1167 culté d\u2019adaptation et d\u2019apprentissage, l\u2019éducation des adultes, les milieux pluriethniques, la formation professionnelle.Dans un deuxième temps, elle a cherché des alliés.C\u2019est ainsi qu\u2019au printemps 1986, elle s\u2019est associée au Ministère de l\u2019Education du Québec (MEQ) et à la Fédération des commissions scolaires catholiques du Québec (FCSCQ) pour organiser les Etats généraux de l\u2019éducation.Elle a ainsi réuni 6 000 personnes pendant une semaine afin de débattre des objectifs et des problèmes du système scolaire.Trois consensus se sont dégagés des États généraux : 1.\tredonner de la stabilité au système; 2.\trenforcer la formation de base ; 3.\tmaintenir la participation et le partenariat à l\u2019exclusion de toute forme de dépendance.Deux mots clés expriment les résultats des discussions et la synthèse des travaux de ces assises: «valorisation» et «concertation».Valorisation d\u2019abord de l\u2019école publique, de l\u2019enseignement qui y est dispensé et de ses arti-sanes et artisans.Concertation entre les partenaires ensuite pour résoudre les multiples problèmes et conflits qui traversent le système.Ce concept de concertation est galvaudé dans les rangs syndicaux.On connaît les hésitations auxquelles il a donné lieu, en 1978, lorsque le gouvernement du Parti québécois a proposé la tenue de sommets socio-économiques.Dans l\u2019esprit de certains, il réfère à la compromission, aux concessions, ce qui est contraire à la tradition syndicale de combat.Dans l\u2019esprit d\u2019autres personnes, il consiste en une stratégie particulière, une manière d\u2019agir, visant l\u2019atteinte plus générale des deux grandes missions du syndicalisme: action revendicative et changement social.Selon les époques, à la CEQ notamment, la tendance est passée par la concertation (de 1960 à 1970) ou par le refus de participer (de 1972 à 1978).Cette politique duale a caractérisé l\u2019action professionnelle à la CEQ.En l\u2019absence de participation les lieux se font plus rares ou moins dynamiques et cela peut entraîner un certain repli.À ce propos, les résultats de la con- La CEQ oppose à l\u2019État une autre vision de l\u2019école, une autre stratégie pour le développement de l\u2019éducation au Québec.1168 La Centrale doit intervenir là où c\u2019est nécessaire pour influencer la transformation de la réalité professionnelle à partir des besoins.sultation menée en 1991 par un groupe d\u2019étude en disent long sur la perception de la majorité des membres par rapport à l\u2019action professionnelle : «Notre puritanisme serait à l\u2019origine de notre incapacité d\u2019être en contact ou d\u2019être présents dans les lieux où les orientations se dessinent.Nous avons de la difficulté à admettre l\u2019évolution des situations: d\u2019où le maintien de position figées» (GESS, 1992).Au terme de leur démarche les membres du groupe de travail recommandent à la CEQ de «reconnaître le caractère essentiel de la défense des intérêts professionnels des membres» et ils recommandent aux affiliés et aux membres de : «reconnaître que la Centrale doit intervenir là où c\u2019est nécessaire pour influencer la transformation de la réalité professionnelle à partir des besoins clairement identifiés et sur la base des orientations et des politiques retenues par les instances» (GESS, 1992).Cette orientation a cours à partir du début des années quatre-vingt, quoi qu\u2019elle demeure davantage une position de principe.On n\u2019a pas établi de stratégie à privilégier par rapport à l\u2019État : concertation et intégration ou opposition et indépendance.Principales tendances à l\u2019œuvre La CEQ semble avoir mis en veilleuse la préoccupation professionnelle dans les périodes où elle avait à affronter l\u2019État sur le terrain de la négociation, tandis qu\u2019elle consacrait davantage d\u2019énergie sur cette question lorsque la négociation lui offrait un répit ou lorsqu\u2019elle se soldait plus aisément par une entente signée.Cette affirmation ne rend pas compte, cependant, d\u2019une tendance plus générale, ces dernières années.Depuis les États généraux sur la qualité de l\u2019éducation, en 1986, suivis d\u2019un Colloque sur la qualité du français en 1988 et de l\u2019opération sur la réussite scolaire en 1991, la CEQ a pris l\u2019offensive face à l\u2019État, incitant même son ministre de l\u2019Éducation, au printemps 1992, à reconnaître la pertinence des interventions de la 1169 CEQ, à adopter un plan d\u2019action pour la réussite scolaire et à signer avec la Centrale un protocole pour sa mise en application.Ce faisant, l\u2019État contribue indirectement à légitimer l\u2019action de la Centrale, tandis que la Centrale assure qu\u2019elle mettra tous ses efforts à contribution pour la réalisation de cette politique publique.Ici plus que jamais l\u2019on nage en pleine relation contradictoire.C\u2019est derrière son statut d\u2019employeur que le Conseil du trésor a fait cette concession à la CEQ.En même temps, il engageait le ministre de l\u2019Éducation et, par conséquent, l\u2019État politique dans une gestion politique tripartite (CEQ-MEQ-FCSQ) d\u2019un enjeu central: la réussite et la persévérance scolaires de la majorité des jeunes.Cette intensification des liens entre la CEQ et l\u2019État correspond à une certaine institutionnalisation du syndicalisme québécois qui a pris naissance au début des années quatre-vingt et qui s\u2019est approfondie dans le processus de négociation quasi permanente de la dernière décennie.En même temps, cette institutionnalisation a débordé l\u2019action revendicative pour s\u2019insérer au cœur de l\u2019acte professionnel, jadis étranger au syndicalisme, sinon le lot d\u2019un certain corporatisme de repli et de défense de la profession.Si la CEQ a pris une certaine initiative dans ce sens, l\u2019histoire de l\u2019émergence de la Fédération des Infirmières-Infirmiers du Québec (FIIQ) en est une manifestation concrète pour la profession infirmière.Au lieu d\u2019y voir un syndicalisme corporatiste, je propose plutôt d\u2019y déceler le retour vers un certain équilibre dans les préoccupations plurielles des membres, sinon l\u2019émergence d\u2019une sensibilité accrue aux questions liées au métier ou à la profession.Le hasard fait en sorte que ce sentiment est de plus en plus partagé chez divers groupes sociaux en perte d\u2019autonomie professionnelle ou dont le métier ou la profession sont en perte de notoriété (métiers spécialisés, professions liées aux sciences sociales, bibliothécaires, etc.).Cet intérêt émerge également d\u2019une certaine frange du patronat qui cherche à redynamiser les collectifs de travail avec des prati- 1170 Les transformations survenues depuis une décennie déstabilisent les cultures de travail et l\u2019action syndicale et «font surgir de nouvelles normes sociales et des pratiques que le syndicalisme se doit de prendre en compte ».ques orientées vers les ressources humaines.Il n\u2019est donc pas étonnant de constater que les transformations survenues depuis une décennie déstabilisent les cultures de travail et l\u2019action syndicale et «font surgir de nouvelles normes sociales et des pratiques que le syndicalisme se doit de prendre en compte» (Tixier, 1990).?Références Anadon, Marta E.(1987).Une proposition d\u2019école à tendance contre-hégémonique : le discours de la CEQ, 1970-1980, Thèse de doctorat en sciences de l\u2019éducation, Québec, Université Laval, 257 p.Charbonneau, Yvon, (1982).Message du président.Une année à passer debout! Québec, CEQ, septembre (D-8137).Clermont-Laliberté, Louise (1981).Dix ans de pratiques syndicales, CEQ 1970-1980, Québec, CEQ, 106 p.(D-7917) Gow, James lain (1984).«La réforme institutionnelle de la fonction publique de 1983: contexte, contenu et enjeux», Politique, n° 6, automne 1984.Groupe d\u2019études sur les structures et les services (GESS), (1992).Relever le défi du changement.Rapport du Groupe d\u2019étude sur les structures et les services (GESS), Québec, CEQ, 304 p.Laliberté, Louise (1975).Culture politique de la CEQ, Québec, Université Laval, Laboratoire d\u2019études administratives et politiques, VII, 405 p.Laurin, Camille (1981).«L'enseignante et l\u2019enseignant, des professionnels», Le Devoir, 12 août 1982, p.24.Office des professions du Québec (1976).L\u2019évolution du professionnalisme au Québec, S.L., Office des professions du Québec.Tardif, Jean-Claude (1990).Contribution à l\u2019histoire de la CEQ, Québec, CEQ, 147 p., annexes (D-9556 et D-9556-1).Tixier, Pierre-Éric, (1990).«Cultures du travail et action syndicale», CFDT-Aujourd\u2019hui, n° 99, décembre, p.116-126.1171 PRÉCISIONS D\u2019UN AUTEUR CONTRIT Dans un article publié récemment en ces pages («La mondialisation du Québec», avril 1994), j\u2019évoquais «un passeport», en terminant, parmi les éléments susceptibles d\u2019intégrer les diverses composantes ethniques de la société québécoise, en pensant nommément aux immigrants reçus.Un ami et lecteur d\u2019obédience souverainiste (comme, je crois, L\u2019Action nationale en compte un certain nombre) en a conclu que je me «branchais» enfin du bon bord, ouvertement, veille d\u2019une imminente élection pré-référendaire.Eh, bien \u2014 je tortille, là ! \u2014 pas tout à fait.D serait trop long d\u2019expliquer pourquoi, mais dans le contexte où j\u2019ai rédigé ce texte, il y a quatre ans et sur commande privée, le symbole du passeport n\u2019illustrait qu\u2019une hypothèse « technico-juridique » à explorer.En pleines pages de L\u2019Action nationale, il prend évidemment le sens d\u2019un engagement politique.Malheureusement, les hasards de l\u2019édition ont voulu que le manuscrit original sorte tel quel avant que je n\u2019aie eu l\u2019occasion de le corriger pour la circonstance.Bref \u2014 et pour peu que quiconque s\u2019en soucie \u2014 l\u2019auteur de ces lignes n\u2019est pas davantage «branché» aujourd\u2019hui qu\u2019hier sur la question constitutionnelle.Déformation professionnelle d\u2019un sociologue du Québec, peut-être?Je suis comme Madame La Poune, trop attaché à mon « public » pour ne pas en partager les exaspérantes ambiguïtés.?Jean-Jacques SIMARD 1172 LES MÉPRIS D\u2019UN ÉLÉGANT* Pierre ?VADEBONCOEUR, écrivain Jean-Louis Roux, si le Québec devient indépendant, cessera de respirer, comme Mordecai Richler.Le cas de Richler surprend cependant moins que celui de Roux.Richler méprise, calomnie, sème la haine, insulte le plus bassement possible.Il est à la hauteur.«Les truies.», dit-il, etc.De tous les mépris, Richler pratique le plus méprisable: le mépris d\u2019une collectivité entière, et précaire, et isolée.Mais c\u2019est banal.Cela s\u2019est déjà vu.C\u2019est du racisme ordinaire.Richler est un raciste ordinaire.Roux est bien différent.C\u2019est un type subtil, d\u2019une politesse extrême, un civilisé, quoi, cela se voit Le raffinement La culture, quoi.Or, dit Jean-Louis Roux, si le Québec devient indépendant, «ou on vit avec ou on s\u2019en va».Roux, lui, s\u2019en irait En somme, si le Québec passe aux mains des Québécois, c\u2019est la nausée, on déménage.Comme racisme, ai le voit c\u2019est spécial.Que dit Pygmalion ?Selon un journaliste, il dit que «ce qui le pousserait à s\u2019exiler, c\u2019est la langue de Hi Ha Tremblay».Une nation de Hi Ha * Article refusé par Le Devoir en juillet dernier.1173 Tremblay ?Oui, parfaitement, une nation de Hi Ha tremblay ! Aujourd\u2019hui, au moins, c\u2019est encore vivable, à cause du fédéral.Puis ce n\u2019est pas Jean-Louis Roux, c\u2019est la nation qui s\u2019en va.C\u2019est moins grave.D\u2019ailleurs, il y a Ottawa.La civilisation par conséquent peut continuer.J\u2019admets bien que la langue de Hi Ha Tremblay est navrante.Cependant, Roux oublie une chose.Le Québec est étonnant.Il est l\u2019inventeur d\u2019un racisme jamais vu.applaudi par les gens admirables qui nous entourent: c\u2019est le racisme qu\u2019on retourne contre soi-même.C\u2019est un racisme irréprochable et hautement approuvé celui-là.C\u2019est un mépris de soi acclamé par les haines.En un mot, Roux n\u2019est pas loin de Richler.Mais en tout bien tout honneur, car on est la fine fleur.On ne se commet pas avec le racisme.On a de la classe.De la finesse.De l\u2019élégance.On est libéral.On est un type vraiment bien.On est pour l\u2019homme universel.On est tout ce qu\u2019il y a de plus présentable.On glisse simplement son mépris pour les siens dans le mépris avec lequel ils sont regardés par d\u2019autres.C\u2019est on ne peut mieux vu.?1174 LE SÉNATEUR HÉLAS! Pierre ?VADEBONCOEUR Je n\u2019avais jamais imaginé que les mots «le sénateur Jean-Louis Roux» pourraient un jour s\u2019écrire, si ce n\u2019est dans une pièce de boulevard.Mais voilà, c\u2019est fait.Marchand aussi s\u2019était casé; Jacques Hébert également, bon acteur pour son compte, fauteur d\u2019un bordel de tous les diables chez les gérantes et grand héros d\u2019un jeûne qui finit en queue de poisson.Les gens qui n\u2019ont plus de carrière mais qui ont encore besoin d\u2019argent finissent là, dans ce sénat, à mi-chemin entre la comédie et la déroute, comme dans le théâtre pessimiste de ce siècle, ou entre les faveurs et la tragédie finale, ce qui est encore une fin digne du théâtre de la dérision.Qu\u2019il le veuille ou non, Jean-Louis Roux portera le titre d\u2019honorable.Ce mot ambigu évoque dangereusement Shakespeare.En outre, le Sénat représente, figées comme cette institution, les grandes réalités dramatiques du théâtre historique : la force de la Réaction, la domination des intérêts, la permanence des lois qui les préservent, la solidité de l\u2019empire, l\u2019amitié mielleuse des conquis, la morgue condescendante de leurs maîtres, ainsi que les diverses cupidités qui composent sans en avoir l\u2019air la feinte dignité de cette assemblée de comédiens à la retraite.Roux se trouvera sur ce plateau, parmi des personnages faux mais enfin réels, dans un décor mensonger mais enfin véritable.C\u2019est pourquoi Jean-Louis Roux, devenu lui-même personnage de théâtre, curieux châtiment, s\u2019appellera désormais sénateur.?1175 SUR LA COLLINE PARLEMENTAIRE LE BLOC AUX ÉLECTIONS QUÉBÉCOISES La création d\u2019une aile souverainiste sur la scène fédérale a dans les années quatre vingt suscité la controverse.Le débat ne portait pas tellement sur la nécessité stratégique de cette entreprise mais sur les risques qu\u2019elle comportait.On s\u2019entendait pour dire que le monopole des partis fédéralistes à Ottawa nuisait à la promotion des intérêts du Québec et obligeait les souverainistes à se battre à armes inégales.L\u2019absence d\u2019un parti souverainiste aux élections fédérales empêchait les partisans de la souveraineté de s\u2019exprimer conformément à leur option et entretenait l\u2019incohérence politique des Québécois.Mais pour de nombreux souverainistes, le combat sur la scène fédérale suscitait plus d\u2019appréhension que d\u2019espoir, car ils craignaient surtout les discordances idéologiques et les rivalités entre personnalités que pourrait faire naître la coexistence de deux partis souverainistes.Les partisans de la création d\u2019un tel parti souverainiste faisaient valoir pour leur part que ces risques pouvaient être minimisés si le Parti québécois avaient l\u2019hégémonie, c\u2019est-à-dire s\u2019il contrôlait cette organisation dans les comtés et s\u2019il avait prise sur son orientation.Il fallait que la division des rôles soit claire, que le PQ ait le rôle moteur et que le parti souverainiste à Ottawa joue un rôle d\u2019appui.Si ces conditions étaient respectées, la présence des souverainistes sur la scène fédérale s\u2019avérait très efficace pour la réalisation de la souveraineté, car elle permettait aux souverainistes siégeant à Ottawa d\u2019utiliser les institutions fédérales comme une caisse de résonnance et d\u2019y diffuser les thèses souverainistes ; sur la scène québécoise, elle permettait de neutraliser la légitimité des fédéralistes au Québec.1176 Depuis l\u2019entrée du Bloc au Parlement canadien, on peut dire que cet aspect de la stratégie a été confirmé et a produit des résultats positifs.Mais il reste à évaluer la fonction du Bloc dans le contexte des élections québécoises qui servent de répétition générale à un éventuel référendum sur la souveraineté.Comme on le sait, les conditions optimales de l\u2019efficacité de cette stratégie ne se sont pas réalisées dans la mesure où le Bloc a été créé par des politiciens conservateurs et libéraux dans le contexte de l\u2019échec du lac Meech et qu\u2019il a mis sur pied une structure organisationnelle indépendante du PQ.Certes l\u2019influence du PQ est très forte au sein du Bloc, mais ce dernier n\u2019a pas de lien organique avec le Parti québécois et peut développer une ligne de conduite automne.L\u2019intervention du Bloc dans la campagne électorale québécoise offre des avantages indéniables, car elle augmente la visibilité du camp souverainiste et accroit sa crédibilité.Elle fait contrepoids aux interventions des politiciens fédéralistes et maintient un certain équilibre dans le débat.Mais comme on a pu le constater au début de la campagne électorale, elle peut aussi engendrer une impression de confusion et donner des armes aux adversaires si elle ne s\u2019accompagne pas d\u2019une concertation préalable.Plus il a de ténors, plus il y a de risque de fausses notes, surtout lorsqu\u2019un parti rallie un grand nombre de fortes personnalités et qu\u2019il jouit d\u2019une confortable avance dans les sondages.Il faut alors compter avec les risques de la vanité ou des aléas des déclarations impromptues qui font apparaître des nuances d\u2019opinions qui sont rapidement transformées en contradictions par les médias.Même si dans les faits, les divergences sont minimes, elles seront montées en épingle par nos adversaires qui ont toujours profité de la confusion.Il était sans doute inévitable que cela se produise, mais il faudra à tout prix éviter que cela se reproduise dans une campagne référendaire.Il est impossible au moment où nous rédigeons ce commentaire d\u2019évaluer les effets de cette discordance au sujet du processus d\u2019accession à la souveraineté et sur l\u2019interprétation du mandat d\u2019un gouvernement péquiste, mais on peut présumer que la confusion sert plus la cause du statu quo que celle du changement politique.Pour réaliser la souveraineté, il faut compter sur le ralliement de nombreux courants d\u2019opinion et sur diverses sensibilités politiques, mais il faut aussi éviter la cacophonie et accepter qu\u2019il y ait un seul chef d\u2019orchestre : le programme du Parti québécois.Celui-ci a été longuement discuté par la base du parti, il est le fruit d\u2019un long 1177 mûrissement où les nuances ont pu s\u2019exprimer et les arbitrages réalisés.Une fois le programme adopté, le sens de la démocratie exige qu\u2019on en respecte les lignes directrices.Il peut certes y avoir des ajustements de détails en cours de campagne, mais il ne devrait pas y avoir de divergences sur les principes de base.Le succès de la souveraineté dépendra de la maturité politique que démontreront ses porte parole.L\u2019avenir dure longtemps, dit-on, et ceux qui sont appelés à jouer un rôle de premier plan ne manqueront pas d\u2019occasion de faire valoir leurs talents et leurs idées dans la construction du pays.Mais pour que cela soit possible il faudra tirer dans la même direction et mettre une sourdine aux susceptibilités personnelles.?Le 16 août 1994 Denis MONIÈRE 1178 À TRAVERS L\u2019ACTUALITÉ Rosaire MORIN Canada oriental Dans les années 1920, on parlait déjà de la faillite de la Confédération.Plusieurs intellectuels réfléchissaient au nouveau régime politique qu\u2019aurait à choisir le Québec.Certains d\u2019entre eux parlaient d\u2019un Canada oriental qui regrouperait le Québec et les Maritimes.L\u2019idée a été abandonnée.mais Greg Hargrove du parti Confederation of Regions croit que « si le Québec devenait souverain, il absorberait les provinces atlantiques.ce serait tout français ici».Le pauvre homme, il a peur, il a la frousse.«Nous ne sommes que 750 000, si vous avez 6 millions de touristes québécois qui viennent ici, cela va influencer énormément la façon dont nos gens d\u2019affaires pensent.Nous vivons à côté d\u2019un voisin qui a 6,7 millions de francophones, nous allons être submergés s\u2019ils décident de se séparer et de s\u2019infiltrer ici».(Le Journal de Montréal, 10 juin 1994) La hausse des taux d\u2019intérêt Jean Chrétien est sur le sentier de la guerre.Il ne veut pas parler de constitution.Mais il dénonce sans cesse les séparatistes, «les responsables de la hausse catastrophique des taux d\u2019intérêt».Le pauvre homme ! Il n\u2019a pas compris qu\u2019à crier «au loup», il sème la panique.Ses ministres, plusieurs premiers ministres provinciaux et lui-même, Jean Chrétien, sont les «responsables» de l\u2019affolement des marchés financiers.Les cambistes entendent leur grogne, leur murmure.Le référendum à venir sera jugé en temps et lieu, non pas deux ans à l\u2019avance, et il sera jugé comme l\u2019ont été Meech et Charlottetown.La hausse actuelle des taux d\u2019intérêt au Canada est d\u2019abord un jugement sur l\u2019endettement public et sur l\u2019incompétence de nos gouvernements à gérer les affaires publiques.C\u2019est aussi une répercussion de la faiblesse du dollar US.Aux Etats-Unis, la reprise est déjà avancée et l\u2019on craint un retour de l\u2019inflation et un ralentissement de la croissance.Ces phénomènes expliquent que le dollar US était à son plus bas niveau en 50 ans, le 27 juin dernier.Ils 1179 expliquent les ventes importantes de titres, d\u2019actions et d\u2019obligations, libellés en dollars américains.Ces ventes ont fait chuté la valeur de la devise américaine de plus de 7 % par rapport au yen et de 6 % par rapport au mark.Pauvre monsieur Chrétien ! Il ne sait pas compter.Avec son programme d\u2019infrastructures, il augmente la dette nationale de 80 cents par dollar dépensé.Et cela, en grande partie, pour un amphithéâtre pour le tennis, un colisée pour le hockey, un gazoduc pour quelques restaurants, etc.Lucien Bouchard dans un cimetière À Wainfleete, Ontario, Canada, Linda Smith et sa fille Marsha blâment le chef du Bloc québécois.Ils ont transformé la pelouse de leur maison en un cimetière.Lucien Bouchard est représenté en Ange de la Mort.Il fauche les tombes des dix provinces et des deux territoires.L\u2019aigle américain lui fait face.Il est déguisé en vautour.Il attend le moment opportun pour se jeter sur ce qui survivra du Canada de jadis.Les pierres tombales sont fabriquées de contreplaqué.Deux dates y sont inscrites: 1867-1994.Le début et la fin du Canada.Trois petits singes s\u2019amusent autour des tombes.Ils personnifient la majorité silencieuse.La fille Marsha juge que les Canadiens sont trop tolérants.Elle craint que «les Américains vont venir tout prendre».Naturellement, M.Bouchard est traité de traître par les Smith.Si vous passez par Wainfleete, ne manquez pas de visiter cet étrange cimetière, symbole de la liberté accordée au Québec.(Le Journal de Montréal, 15 juin 1994, 3) Lucien Bouchard, un bouffon Le député conservateur, Brooke Taylor, a demandé au premier ministre libéral, John Savage, d\u2019inscrire formellement l\u2019opposition de la Nouvelle-Écosse aux récentes tournées de M.Bouchard pour promouvoir la souveraineté.«Si ce bouffon, déclare-t-il, réussit et parvient à ses fins, il affaiblira, et peut-être détruira notre grand pays.Je pense personnellement que c\u2019est ce qu\u2019il est \u2014 un traître».La tolérance n\u2019est pas la vertu de ce député néo-écossais.(La Presse, 2 juin 1994) Lloyd Atkinson est inquiet M.Lloyd Atkinson est l\u2019économiste en chef et le vice-président exécutif de la Banque de Montréal.C\u2019est un homme influent.Il fréquente les grands de ce monde.Il vient de déclarer entre autres que le Parti québécois créerait «énormément de peur» dans les marchés financiers s\u2019il interprétait une victoire aux élections 1180 provinciales comme un mandat pour commencer à négocier l\u2019indépendance : «Les propos (sur l\u2019indépendance) \u2014 dans les marchés \u2014 vont créer pas mal d\u2019inquiétude, énormément de peur probablement et beaucoup d\u2019incertitude.Cela va non seulement maintenir nos taux d\u2019intérêt beaucoup plus élevés, mais il est aussi fort possible qu\u2019on assiste à une volatilité démesurée.en ce qui a trait au dollar.Tout ce que je peux dire c\u2019est qu\u2019il existe potentiellement un énorme danger d\u2019effrayer le marché.Si on devait faire face à des hausses supplémentaires des taux d\u2019intérêt, on pourrait se retrouver avec une croissance bien plus faible en 1995 et à une montée du taux de chômage ».M.Atkinson, nous sommes immunisés contre la peur.Vous nous avez prédit tous les malheurs si Meech échouait et si nous refusions Charlottetown.Voulez-vous nous expliquer les répercussions de ces deux refus sur l\u2019économie québécoise ?M.Atkinson, on ne vous croit plus.Bombardier a peur «Bombardier craint pour ses 11 000 employés locaux et pour le Québec, dans l\u2019éventualité de la mise en marche du projet de souveraineté du Parti québécois.Rappelant que Bombardier exporte 95 p.cent de ses produits, M.Beaudoin (président du Conseil et chef de la direction) estime que les gains économiques pour les citoyens seraient illusoires, au mieux très minces, avec la souveraineté.Par contre, les risques et les coûts seraient bien réels».Le président a ajouté que Bombardier devrait envisager de produire ailleurs, si les trois partenaires de l\u2019ALENA (Mexique, États-Unis, Canada) ne voulaient pas admettre le Québec comme nouveau signataire de l\u2019accord.» (La Presse, 22 juin 1994) Certes, M.Beaudoin a droit à ses opinions.La liberté existe au pays du Québec.Et la dignité y est encore une valeur fort appréciée.Lorsqu\u2019une entreprise a encaissé des centaines de millions de dollars en subventions et faveurs, son président devrait savoir que cette manne providentielle d\u2019Ottawa et de Québec provient des impôts des Québécoises et des Québécois.Cher monsieur Beaudoin, vouloir déménager vos pénates ou nous menacer de le faire, c\u2019est trahir la main qui vous a nourri.Ah ! si nos gouvernements avaient eu l\u2019intelligence de verser à la Caisse des travailleuses et des travailleurs de Bombardier les centaines de millions que M.Beaudoin administre.1181 Eaton a peur John Craig Eaton préside le conseil d\u2019administration de Eaton\u2019s of Canada Ltd qui possède les magasin de ventes au détail T.Eaton Co.Ltd fondés par son grand\u2019père, Timothy, il y a 125 ans.M.Eaton est une personne influente.Il a déclaré : «L\u2019économie du Québec s\u2019en ressentira s\u2019il devient indépendant.Mais nous aussi nous en souffrirons si le Québec devient un pays souverain.Tandis que le reste du monde s\u2019enrichit, nous avons encore consacré nos énergies à régler un vieux dossier, le Québec.Cela nous nuit.Cela nuit à notre économie d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.» (Journal de Montréal, 17 juin 1994).Et monsieur Eaton de critiquer le chef du Bloc québécois qui n\u2019assume pas son rôle de leader de l\u2019Opposition à la Chambre des Communes.Sacré M.Eaton ! Il s\u2019enrichit.Les Québécois l\u2019enrichissent.Mais le Québec n\u2019est qu\u2019un «vieux dossier».Wal-Mart Wal-Mart, c\u2019est une grande entreprise américaine.Elle vient d\u2019acquérir 21 magasins québécois.Dans ses premières démarches, elle a trébuché, elle a offensé Sa Majesté la langue française.Implantée depuis quelques mois seulement, Wal-Mart a rapidement compris le sens de ses propres intérêts.Son porte-parole, Edward Gould, vient de déclarer: « Tant que le Québec existera, on y trouvera des magasins Wal-Mart, que la province appartienne ou non au Canada.Non seulement nous croyons fermement au potentiel de la province de Québec, mais nous appuyons ces dires par un investissement de plusieurs millions de dollars.Un référendum sur la souveraineté du Québec ne retardera pas les projets de Wal-Mart».Et M.Gould d\u2019ajouter que l\u2019entreprise convertira toutes ses opérations en français au Québec : «Tout y passe, du système de contrôle des inventaires aux reçus et aux factures.Nous faisons un réel effort pour fonctionner totalement en français, dans toutes nos opérations, au Québec».(La Presse, 5 juillet 1994).Et Wal-Mart a compris ce que nombre d\u2019entreprises de chez-nous ne discernent pas encore.Il annonce des ententes avec des entreprises québécoises pour l\u2019achat de biens et de services.Le démocrate Dufour M.Ghislain Dufour, un président perpétuel et un fédéraliste invariable, est revenu une autre fois avec sa marotte d\u2019un seuil de 66 % des votes favorables à l\u2019indépendance.Il demande que des 1182 modifications soient apportées à la loi sur les consultations populaires.Ce cher monsieur Dufour oublie que la Confédération a été imposée par les leaders politiques de l\u2019époque, par un vote de 24 contre 23, sans aucune consultation du peuple.Ignore-t-il que Terre-Neuve est entrée dans la Confédération à la suite d\u2019un deuxième référendum gagné avec 52 % des votes ?Pourquoi n\u2019a-t-il pas protesté contre le résultat du traité de Maastricht que les Français ont accepté, même si la majorité était inférieure à un pour cent?En démocrate qu\u2019il est, pourquoi ne dénonce-t-il pas tous ces référendums ratifiés par 50 % plus un vote dans tous les pays démocrates ?Faut-il rappeler à monsieur Dufour qu\u2019un référendum à 51 % signifie l\u2019appui de plus des deux-tiers des Québécois francophones ?Pourquoi une majorité, qui a toujours respecté les droits des minorités, devrait-elle accepter une minorisation perpétuelle, parce que 17 pour cent de sa population lui refuse massivement l\u2019émancipation politique?La démocratie n\u2019est pas variable et, dans notre régime politique, on ne refuse pas le pouvoir à des gouvernements élus malgré l\u2019opposition de la majorité des électeurs.Claude Castonguay Depuis trente ans et plus, Claude Castonguay travaille à la promotion du fédéralisme.Il côtoie maintenant le «Club des fédéralistes fatigués».Il vient d\u2019écrire une lettre au quotidien torontois, Globe and Mail, dont La Presse a publié un extrait: «Comme Québécois fier de ma langue, de mon héritage et de ma culture, je trouve la situation actuelle humiliante et de plus en plus inacceptable».M.Castonguay affirme «qu\u2019il ne pouvait plus défendre un pays qui ne s\u2019accepte pas avec ses différences».Il ajoute « que le Canada est dans un cul-de-sac et trouve inutile ce discours sur les coûts élevés de la séparation».Ce témoignage doit être diffusé.(La Presse, 10 juillet 1994, A.1) Et le Vermont Le gouverneur du Vermont, Howard Dean, a clairement indiqué le 17 juin dernier qu\u2019il poursuivrait «sans problème ses échanges commerciaux avec un éventuel Québec souverain.Présent à la Conférence des premiers ministres de l\u2019Est du Canada et des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre, le gouverneur Dean a déclaré qu\u2019il conserverait «les forts liens économiques et culturels qui nous unissent au Québec, quoi qu\u2019il advienne sur le plan politique».(Le Journal de Montréal, 17 juin 1994) 1183 Des ventes de garage Le Jardin zoologique du Québec, l\u2019Aquarium du Québec et Les Jardins de Métis sont condamnés.Le 22 juin, le ministre de l\u2019Environnement et de la Faune veut «accélérer les mesures de rationalisation à la suite de la fusion des ex-ministères MLCP/MENVIQ».L\u2019objet est de supprimer 72 postes, mais on n\u2019a pas tenu compte des retombées économiques et fiscales de ces trois sites qui appartiennent au patrimoine.On offrira à des organismes du milieu la prise en charge des installations.Mais, au préalable, on n\u2019a pas consulté les partenaires naturels.Certes, la fermeture au 30 septembre du Jardin zoologique et de l\u2019Aquarium du Québec représentera une diminution regrettable d\u2019activités dans la Capitale, mais l\u2019amaigrissement des Jardins de Métis sera encore plus nuisible à l\u2019économie gaspésienne.Ces Jardins demeurent une attraction touristique.Ils font partie du patrimoine gaspésien.Ils constituent un parc floral de grande qualité et d\u2019une richesse patrimoniale.Les vendre au premier venu, serait-il un libéral de vieille souche, voilà ce qu\u2019on appelle des ventes de feu.La farce du Musée pour rire À la Place des arts, pour 100 000 dollars de déficit, on ferme le Café de la Place.Nos artistes ne se sont pas battus pur conserver ce lieu de création artistique.Pour le Musée du rire qui a fermé ses portes après avoir englouti 13,5 millions de nos impôts, grâce à l\u2019appui de Daniel Johnson et malgré l\u2019opposition des fonctionnaires, les grosses légumes de l\u2019humour québécois se sont mobilisées et elles ont propulsé à leur tête l\u2019ex-premier ministre, Pierre-Marc Johnson.L\u2019empire Desmarais souscrira un million de dollars au cours des cinq prochaines années.Certes le rire a une valeur thérapeutique.S\u2019il jaillit de l\u2019esprit, il fait partie de la culture.Mais de là à verser des millions pour immortaliser nos drôles et leur offrir un panthéon, il y a une limite à ne pas franchir.Il est à espérer que les quelques millions qu\u2019on sollicitera bientôt au nom de la culture seront plutôt orientés vers nos musées, nos orchestres symphoniques, nos troupes de théâtre et de danse, qui souffrent des compressions qu\u2019on leur impose.S\u2019il fallait que le gouvernement verse encore trois ou quatre millions au Musée du rire, il conviendrait d\u2019en changer le nom et de le désigner sous le vocable du Musée du ridicule.1184 L\u2019impôt sur une pension alimentaire Madame Suzanne Thibodeau, une mère divorcée, refusait de payer l\u2019impôt sur une pension alimentaire versée par son exconjoint pour l\u2019entretien de leurs deux enfants.La Cour d\u2019appel fédérale a donné raison à madame Thibodeau.C\u2019est une question de justice que le gouvernement fédéral est incapable de comprendre.Il vient de porter la cause en appel, alors qu\u2019il aurait dû modifier la loi de l\u2019impôt pour respecter l\u2019esprit du jugement et se conformer aux exigences de la justice sociale.Le gouvernement Chrétien a préféré maintenir une mesure antifamiliale qui impose les pensions alimentaires versées pour le bénéfice des enfants.Quand on sait que 80 pour cent des familles monoparentales sont soutenues par une femme qui, généralement, vivote sous le seuil de la pauvreté, on s\u2019étonne du jugement de nos hommes politiques qui refusent de reconnaître le jugement de la Cour d\u2019appel.La langue de la Cour d\u2019Appel À Ottawa, tous les arrêts de la Cour suprême sont rendus en français et en anglais.À Québec, où le français est la langue officielle, la Cour d\u2019Appel rend ses arrêts en français ou en anglais, peu importe que les parties soient francophones ou non.Cette situation est intolérable.Elle a été portée à mon attention par un Juge.Mon correspondant me fait parvenir l\u2019arrêt de la Court of Appeal no 500-10-000214-906 (505-01-005868-8940).Le \u201cCoram: The honorable Louis Lebel, Morris J.Fish, Henry Steinberg, J.A.\u201d, dans la cause de Gaétan Potvin \u201caccused\u201d v.Her Majesty the Queen, respondent.L\u2019opinion du juge Fish, qui exprime les motifs de la Cour, est écrite en langue anglaise.Mon correspondant, et j\u2019ai toutes les raisons de le croire, me souligne que la cause Potvin n\u2019est pas un cas unique et que nombre de jugements sont rendus par la Cour d\u2019Appel en langue anglaise.Le nouveau gouvernement devrait corriger cette situation anormale.Un autre jeu linguistique Les jeux linguistiques intéressent.En voici un autre présenté par l\u2019Office de la langue française : Redonnez leurs accents et trémas aux bonnes lettres, accroitre, acre, affeterie, agreee, agrès, aieul, aigu, aigue, alene, allô, ambiguité, âpre, assidûment, avenement, s\u2019avérer, bâillon, breche, chale, chalet, chapitre, chassis, chatain, chateau, chene, chenet, ciguë, cime, clôture, croitre, epitre, evenement, faite, fléché, gaine, goitre, gout, grace, gracieux, grege, grele, hôpital hos- 1185 pitalier, hospitalité, huitre, hyene, jeune, khâgne, khôl, maturité, meche, meme, mur, naitre, paitre, pecher, pene, piqûre, poele, poeme, pole, pupitre, psychiatre, pylône, renâcler, rot, rôti, surcroit, tatillon, tete, teter, theatre, toit, traitre, treve, troene, uretre, zone.Le jeu corrigé est reproduit à la fm de cette chronique.La SSJB de la Mauricie La SSJB de la Mauricie fête ses 60 ans d\u2019action.L\u2019action est positive, continue et efficace.La Société rayonne dans son milieu par diverses activités.Elle œuvre depuis toujours à la promotion du drapeau fleurdelisé et elle invite les commerçants à l\u2019arborer à la porte de leur établissement.Elle suscite diverses initiatives pour améliorer la qualité du français.Sous le thème «Quand 7 millions de gens.», elle a célébré la Saint-Jean 1994 dans 90 sites de son territoire, ralliant les «460 000 gens de la Mauricie ».Cette année, elle a participé au « Salon du livre de Trois-Rivières», à «l\u2019exposition Albert-Tessier» et aux diverses activités de l\u2019Année internationale de la famille.Lors de sa dernière réunion annuelle, elle a renouvelé son engagement de promouvoir la souveraineté.Elle a débuté une réflexion sur la réforme électorale du Québec: représentation proportionnelle, élection du chef du gouvernement au suffrage universel, décentralisation et démocratisation des pouvoirs de décisions, harmonisation de la carte électorale avec les régions administratives.Elle a réclamé le plein emploi, l\u2019accessibilité et la gratuité des programmes sociaux, la décentralisation de l\u2019État et un plan de développement global, endogène et durable.Nos hommages aux dirigeants et aux membres de la SSJB de la Mauricie et nos félicitations à la nouvelle présidente, madame Chantale Turcot.Le Mouvement estrien Le «Mouvement estrien pour le français » est bien vivant.Il défend la langue française.Il s\u2019oppose à toute tentative politique d\u2019institutionnaliser le bilinguisme au Québec.Il travaille à faire du français la langue d\u2019usage, de travail et des communications au Québec.Le dernier colloque qu\u2019il organisait a été une parfaite réussite.Les participants ont convenu que le Québec minoritaire dans le système fédéral deviendra bilingue et qu\u2019alors le français n\u2019aura plus de pertinence.Plusieurs allocutions furent prononcées dont la valeur mérite d\u2019être reproduite.Plus de 150 personnes ont participé à la journée ; on remarquait entre autres Jean Dansereau, Clermont Domingue, Henri Dorion, Jean-Marie Dubois, Andrée 1186 Ferreti, Gérald Larose, Camille Laurin, Lola Le Brasseur, Gérard Lefebvre, Pierre Patenaude, Jean Vigneault.Il serait intéressant que de telles rencontres aient lieu dans toutes les capitales régionales.SOQUIA, une vache à lait Le gouvernement Johnson avait l\u2019idée de privatiser SOQUIA.Puisse le gouvernement Parizeau se souvenir que cette entreprise a pour objectif de «contribuer au développement de l\u2019industrie agro-alimentaire et des pêcheries commerciales »! À ce jour, le gouvernement a investi une somme totale de 69,3 millions $ dans SOQUIA.Depuis sa fondation, SOQUIA a retourné 55 millions S au ministre des Finances; sa valeur aux livres s\u2019élève à 96 millions $.SOQUIA est une maudite bonne vache à lait.L\u2019État doit la bien nourrir.Il ne peut la vendre à des maquillons dont l\u2019objectif est de réaliser des profits, et non de développer l\u2019agriculture.SOQUIA, c\u2019est le souffle de vie du «Centre de distribution de médicaments vétérinaires», du «Centre d\u2019insémination artificielle du Québec», du «Centre d\u2019insémination porcine du Québec» et de la «Société québécoise des pêcheries».SOQUIA, c\u2019est aussi l\u2019appui apporté à une quinzaine d\u2019entreprises créatrices d\u2019emplois dont le développement n\u2019aurait pas été et ne serait pas possible autrement.SOQUIA possède 40 pour cent de Abattoir Coquelicot Inc., 40 pour cent de Nutribec, 35,4 pour cent de Culinar, 35,0 pour cent de Leblanc et Lafrance, 34 pour cent de Cofranca Import-Export, 30 pour cent de Les entreprises Champost, 29 pour cent de Les Fruits bleus Inc., 25 pour cent de Aliments Carrière, 23 pour cent des Composts du Québec, 19 pour cent de Nutri-Oeuf, 15 pour cent des Aliments Chatel.Et SOQUIA, dans la conjoncture économique, pourrait être davantage génératrice de l\u2019emploi et de l\u2019économie ! Le libre-échange M.Elliot Feldman a agi comme conseiller juridique du Québec à Washington de 1989 à 1993.Il déclarait le 11 juin dernier que les fonctionnaires d\u2019Ottawa ont établi un commun dénominateur entre les provinces plutôt que de défendre les positions soutenues par Québec et protégeant son intérêt spécifique comme partie à l\u2019entente.Cette attitude a été observée dans tous les dossiers qui ont fait l\u2019objet de débats à Washington depuis cinq ans.M.Feldman révélait aussi que l\u2019Ontario et l\u2019Alberta ont des avocats sur place pour défendre leurs positions, alors que le Québec a adopté la 1187 position de la chaise vide.Il ajoutait que « si le Québec dit oui à un référendum sur la souveraineté, il peut invoquer la théorie de \u201ccelui qui gouverne\u201d dite aussi théorie du \u201cSuccessor State\u201d et déclarer qu\u2019il accepte les termes du Canada dans l\u2019ALENA et prendre ainsi sa place au sein du traité sans revenir à la case départ».Pour obtenir un tel résultat, il faut au moins le vouloir.La politique du laisser-faire de MM.Bourassa-Johnson est la négation même d\u2019une volonté.Le Mexique avant le Fonds de solidarité Le premier ministre désigné, Daniel Johson, vient de vendre Sidbec aux Mexicains, après avoir vendu le Mont-Saint-Anne au club Resort-Désourdy.La société ISPACT Mexicana SA a remporté la vente aux enchères.Elle est une société filiale du Groupe multinational dont le siège social est en Indonésie.Ainsi une société étrangère contrôlera Sidbec, une industrie qui exploite nos richesses naturelles.Elle transforme le minerai de fer en boulettes.Elle utilise l\u2019électricité qu\u2019on lui fournit à un coût inférieur au prix payé par le contribuable.L\u2019exploitation de nos richesses minières par les étrangers, dénoncée avec fermeté par Jean Lesage, est pratiquée par le gouvernement Johnson.On a préféré l\u2019Indonésie au Fonds de Solidarité du Québec qui avait fait une offre conjointement avec, trois partenaires québécois.Au-delà des conditions révélées et d\u2019une promesse d\u2019investissement au cours des cinq prochaines années, rien ne garantit l\u2019avenir.Un jour, notre minerai pourrait être transformé à l\u2019autre bout du monde, je n\u2019en serais pas surpris.À la radio, lundi soir, un représentant d\u2019ISPACT annonçait une réduction des effectifs de 15 %, alors que les négociations en vue de l\u2019entente finale ne sont pas encore terminées.Que nous réserve l\u2019avenir ?Il est plus que probable qu\u2019ISPACT transformera notre produit là où il fera le plus de profit, là où la main-d\u2019œuvre est faiblement rémunérée.Kingston-la-ville-à-l\u2019école française-sans-toilette Après des décennies de lutte, les francophones de Kingston ont failli obtenir une école secondaire normale.Les fonds publics avaient été votés pour l\u2019établissement du Centre scolaire communautaire Marie-Rivier.L\u2019édifice avait été acheté pour 4,3 millions de dollars.On projetait d\u2019y intégrer le centre culturel Frontenac pour établir la liaison entre le milieu scolaire et les activités sociales de la communauté.Hélas ! le rêve devait une fois de plus se dissiper ! Le Conseil municipal de Kingston a décidé de 1188 bloquer le projet.On a prétexté que le centre scolaire allait à l\u2019encontre du plan d\u2019urbanisme.Le site était en zonage industriel.Ainsi le prévoyait le plan d\u2019urbanisme que l\u2019on déposait et qui fut adopté séance tenante, déclarant du fait que le centre était en zonage industriel.Pauvre Ontario ! Après tant de luttes françaises, les conseillers scolaires francophones sont encore obligés de compter sur un conseil scolaire anglophone.En 1994, les francophones ne contrôlent toujours pas la gestion de leurs écoles.Elles sont encore assujetties aux conseils scolaires anglophones.Manitoba français Les « Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba » organisent le plus grand salon du livre français de l\u2019Ouest canadien les 20 et 21 octobre prochain, au Collège universitaire de Saint-Boniface.Les frais d\u2019inscription sont de 110 $ pour deux tables.Toutes les personnes intéressées à exposer ou à visiter peuvent s\u2019adresser à (204) 888-7961.Le Jura libre Les politiciens du Jura viennent d\u2019avancer à reculons.Ils viennent de signer une entente que Roland Béguelin aurait dénoncée.L\u2019Accord Berne-Jura consacre la reconnaissance politique de la frontière tracée au cœur du Jura le 16 mars 1975.L\u2019Assemblée interjurassienne n\u2019aura aucun pouvoir.Elle devra se contenter de suggestions.Pour les Jurassiens du Sud, les projets conçus avec le Jura-Nord seront jugés et appliqués par l\u2019ancien canton de Berne qui disposera des propositions qui émaneront de l\u2019Assemblée inteijurassienne.On entend imaginer facilement le résultat des propositions qui favoriseraient la réunification.Les retrouvailles entre les Jura du Sud et du Nord sont compromises pour longtemps.Les politiciens du Jura-Nord ont trahi les espoirs des Jurassiens qui désiraient affranchir le peuple jurassien de la tutelle bernoise.Cette avance à reculons est un exemple de ce que l\u2019Assemblée nationale ne devra pas accepter.Un peu d\u2019histoire Octobre 1970: C\u2019est la crise, la panique, le recours aux mesures de guerre, l\u2019arrestation, l\u2019emprisonnement sans mandat, la suppression des libertés civiles.Et le responsable, Robert Bourrassa, a présidé au destin du Québec pendant 15 ans.Octobre 1984: Le gouvernement René Lévesque prend le virage du «beau risque».Six ministres du cabinet démissionnent dont Jacques Parizeau.1189 Le 4 octobre 1807, à Boucherville, naît Louis-Hippolyte Lafontaine.Défenseur de la langue française, il sera le premier à s\u2019engager dans des cabinets de coalition, brisant ainsi l\u2019unité du parti Patriote.Le 5 octobre 1962, Jean Lesage inaugure la délégation générale du Québec à Paris gérée à la petite semaine par le régime Bourassa-Johnson.Le 5 octobre 1970, c\u2019est le début de la crise d\u2019octobre qui m\u2019aura valu d\u2019être réveillé en pleine nuit à deux reprises.Le 7 octobre 1763, George III émet une proclamation royale pour confirmer la conquête de territoire en Amérique.Depuis, le colonialisme nous a paralysés.Le 7 octobre 1786, Louis-Joseph Papineau naît à Montréal.Le 10 octobre 1864, la conférence de Québec réunit les «Pères de la Confédération» qui imposeront aux Canadiens-Français un régime politique qui nous prescrit à perpétuité le statut du peuple minoritaire.Le 10 octobre 1964, c\u2019est le «samedi de la matraque».À Québec, lors de la visite de la reine Élizabeth, la police intervient brutalement et impitoyablement pour disperser une foule qui protestait contre la venue de la Reine.Le 11 octobre 1968, débute le congrès qui aboutira à la formation du Parti québécois.Le 14 octobre 1967, René Lévesque quitte le Parti libéral ; le 14 octobre 1968, il sera élu chef du Parti québécois.Le 16 octobre 1970, le gouvernement Trudeau proclame la Loi des mesures de guerre.Plus de 400 personnes sont arrêtées sans mandat; elles sont soupçonnées de sympathie au FLQ (ne pas confondre avec le FLQ : Fédération libérale du Québec).Le 20 octobre 1887, Honoré Mercier convoque à Québec la première conférence interprovinciale.Le 22 octobre 1692, Madeleine de Verchères pose l\u2019acte d\u2019héroïsme qui la rendra célèbre.Le 23 octobre 1837, 5 000 personnes participent à Saint-Charles à l\u2019assemblée des six comtés.Elles adoptent des résolutions qui furent jugées séditieuses par le gouverneur.Le 24 octobre 1929, le krach boursier ébranle le monde occidental.Le 26 octobre 1992, 57 pour cent des Québécoises et Québécois disent NON à l\u2019entente de Charlottetown.Pour des raisons diamétralement opposées, cinq provinces anglaises votent majoritairement NON et la majorité de la population canadienne refuse de ratifier l\u2019entente.Le 28 octobre 1993, le philosophe et comédien Doris Lussier meurt à l\u2019âge de 75 ans.1190 Jeu corrigé accroître, âcre, afféterie, agréée, agrès, aïeul, aiguë, alêne, allô, ambiguïté, âpre, assidûment, avènement, s\u2019avérer, bâillon, brèche, châle, châssis, châtain, château, chêne, ciguë, clôture, clôturé, croître, épître, événement, évènement, faîte, flèche, goût, grâce, grège, grêle, hôpital hospitalité, huître, hyène, jeûne, khâgne, khôl, maturité, mèche, même, mûr, naître, paître, pécher, pêcher, pêne, piqûre, poêle, poème, pôle, pylône, renâcler, rôt, rôti, surcroît, tête, téter, théâtre, traître, trêve, troène, urètre.?Source: Sctrick, Jane, Mieux, Garnier, Paris.1191 COMPTES RENDUS Robert Pichette, «L\u2019Acadie par bonheur retrouvée», Moncton, Éditions l\u2019Acadie, 1994, 270 p.Voici le compte rendu établi avec bonheur, sur un mode alerte, avec le sens de l\u2019événement et le souci de la précision, d\u2019une grande aventure contemporaine peu connue : les retrouvailles de la France et de l\u2019Acadie, grâce au général de Gaulle.Quel francophone, a fortiori quel Canadien-français, quel Québécois français y pourrait être insensible ?Signalons d\u2019entrée de jeu que ce n\u2019est pas là une œuvre littéraire.Le propos de l\u2019auteur était de témoigner qu\u2019un événement considérable: il nous livre une sorte de grand reportage.L\u2019initiative est d\u2019autant plus heureuse qu\u2019elle s\u2019est réalisée à la veille du Congrès mondial des Acadiens.Sous le titre «L\u2019Acadie par bonheur retrouvée», (formule du Général de Gaulle, dans son allocution d\u2019accueil de la délégation acadienne) M.Robert Pichette raconte en quelque 270 pages le roman (c\u2019en fut un, à divers égards) de ce renouement, en le situation dans l\u2019histoire et dans l\u2019évolution récente de l\u2019Acadie.Lui-même acadien, l\u2019auteur, qui fut haut-fonctionnaire du Nouveau-Brunswick et, en particulier, conseiller culturel puis chef de cabinet de l\u2019ancien Premier ministre Louis Robichaud, a mené une véritable enquête pour être en mesure de raconter cette aventure hors du commun.Après un rappel des principales étapes de l\u2019histoire douloureuse et courageuse du peuple acadien, l\u2019ouvrage consiste essentiellement dans la chronique minutieuse, détaillée, fervente, de la visite en France, en janvier 1968, de quatre personnalités acadiennes, chefs de file dans leur milieu, et du prélude mouvementé de l\u2019événement.Il s\u2019agissait, il est vrai, d\u2019une visite sous tous rapports singulière et sans précédent, puisque ces quatre représentants (Léon Richard, Gilbert Finn, Adélard Savoie et Euclide Daigle) étaient venus en France à l\u2019invitation du général de Gaulle et étaient les hôtes de l\u2019Élysée.Ce fut une extraordinaire aventure, due certes à l\u2019ardente sympathie du Général pour le peuple acadien (« rameau très cher de 1192 notre vieille et Nouvelle-France ») mais d\u2019abord à l\u2019action opiniâtre, audacieuse et habile, d\u2019un petit «lobby» pro-acadien, le même mutatis mutandis que le lobby pro-québécois, dans lequel se détache un homme brillant et généreux, convaincu et convaincant, qui tient selon les jours et les lieux du guérillero et du diplomate, toujours habile et intrépide, Philippe Rossillon.Certains lecteurs se rappelleront peut-être que son zèle pro-québécois et son efficacité dans la promotion de notre cause lui valurent d\u2019être pris à parti par quelques imbéciles, notamment des parlementaires fédéraux, qui obtinrent la caution de Pierre-Elliott Trudeau : le gouvernement d\u2019Ottawa se donna le ridicule de déclarer «persona non grata» notre ami Rossillon, qui en rit encore.Dans la foulée des nouveaux accords de coopération France-Québec qui suivirent la retentissante visite du général de Gaulle, et firent l\u2019objet de la mission du ministre de l\u2019Éducation, Alain Peyreffite, en septembre 1967, Philippe Rossillon, passionné depuis longtemps par l\u2019odyssée et par la fidélité des Acadiens, suscita chez les dirigeants de la Société nationale de l\u2019Acadie l\u2019idée d\u2019une lettre au chef de 1 État français.Cette lettre valut aux quatre signataires une invitation à venir passer deux semaines en France, le couronnement devant être une audience du Général.C était un fait sans précédent que des représentants d\u2019une organisation non-gouvernementale fussent invités directement par un chef d\u2019Etat.Soigneusement préparée par P.Rossillon, le diplomate Bernard Dorin, le parlementaire Xavier Deniau (tous partisans tant de la Francophonie naissante que de la cause du Québec en France) et quelques autres, cette visite devait aboutir à un véritable accord de coopération France-Acadie ou plus justement à un programme substantiel d\u2019aide de la France au développement culturel, économique et social de l\u2019Acadie, limitée (malheureusement mais alors inévitablement) à sa portion néo-brunswickoise, la plus importante, il est vrai.Ces quatre dirigeants de la SNA furent reçus pendant dix jours avec les égards réservés d\u2019ordinaire aux représentants officiels d\u2019un État important.Ce qui importe surtout, c\u2019est la caution illustre apportée par de Gaulle à la cause acadienne, c\u2019est un ensemble de décisions qui allaient se traduire par des mesures concrètes dès les années suivantes (entre 1968 et 1992, environ 18 millions de dollars), c est, surtout, une reprise de confiance en soi de la part des Acadiens, de tous les Acadiens, dans l\u2019ensemble des Maritimes et des Acadiens de la diaspora.La lecture de l\u2019ouvrage de Pichette, qui est riche d\u2019anecdotes et de témoignages, apporte un nouvel éclairage ou un éclairage complémentaire sur les positions, les inquiétudes et les interventions 1193 d\u2019Ottawa, sur les réactions de la presse anglophone et sur celles de la presse francophone du Québec devant les retrouvailles, voulues par Paris, de la France et de l\u2019Acadie et la mise en œuvre d\u2019une coopération originale entre un grand pays et une partie de ses enfants, longtemps oubliés en Amérique du Nord.L\u2019ouvrage a le ton et l\u2019allure d\u2019une enquête journalistique ou plutôt d\u2019un grand reportage, appuyé sur force entretiens et sur de multiples textes.On regrettera quelques coquilles et quelques fautes qu\u2019une relecture plus attentive aurait permis d\u2019éviter, de même que quelques erreurs historiques comme de voir dans l\u2019Agence de coopération la suite de la Conférence du Ministère de l\u2019éducation ou de situer à Kinshasa la première conférence des pays de langue française.Mais ne boudons pas notre plaisir.Il y a là un ouvrage sans prétention littéraire qui constitue un précieux document sur un moment décisif de la renaissance du peuple acadien et de sa nouvelle vitalité : le Québec et le monde francophone ne sauraient être indifférents à un événement d\u2019une telle importance.Et cela fournit une occasion de plus de mesurer la hauteur de vues, le sens de l\u2019histoire, la générosité et le réalisme du général de Gaulle, de même que de marquer notre gratitude envers cette équipe de Français qui pendant quelque trente ans (et aujourd\u2019hui encore) ont singulièrement payé de leur personne pour la cause du Québec, celle de l\u2019Acadie et celle de l\u2019ensemble francophone.Jean-Marc Léger André Bernard, Problèmes politiques Canada et Québec, Sainte-Foy, Presses de l\u2019Université du Québec, 1993, XIV, 178.Le politologue bien connu André Bernard nous propose un court ouvrage au titre évocateur.Problèmes politiques Canada et Québec.Contrairement à la première impression donnée par le titre, ce livre ne porte pas essentiellement sur l\u2019étemelle ( ?) querelle qui oppose une bonne partie des Québécois au reste du Canada.La quatrième page de couverture indique plus clairement le contenu de l\u2019ouvrage et les questions posées par l\u2019auteur.«Les autorités politiques sont-elles encore suffisamment crédibles aux yeux de l\u2019électorat?; La population est-elle satisfaite de la gestion des finances publiques ?; Les politiques sociales satisfont-elles les aspirations de toutes les couches de la population ?; Les gouvernements appliquent-ils les mesures souhaitées par la majorité en matière d\u2019immigration?de natalité?; Les relations Québec-Canada peuvent-elles satisfaire les 1194 diverses tendances dans l\u2019opinion?La séparation est-elle une solution?».Voilà des questions que tout citoyen un tant soit peu intéressé à l\u2019avenir de la Cité se pose de temps à autres.On se doute bien qu\u2019André Bernard, en si peu de pages, ne cherche pas à trancher définitivement dans un sens ou dans un autre.Son ambition est plus modeste : « Les problèmes examinés dans ce livre prennent souvent l\u2019allure de dilemmes.Chacune des façon de les régler paraît très coûteuse et la décision de ne pas les régler le semble tout autant.Les autorités recherchent assurément les solutions les moins coûteuses, de leur point de vue, mais les solutions qu\u2019elles retiennent sont rarement celles que préfèrent les personnes qui leurs sont opposées.C\u2019est ce que tente de montrer l\u2019analyse proposée dans les pages qui suivent» (XIV) L\u2019ouvrage compte cinq courts chapitres, chacun traitant l\u2019une des problématiques ci-haut énumérées.L\u2019auteur dresse de manière concise les principales tendances qui se dégagent par rapport aux problèmes identifiés en évitant de prendre partie ou de marquer ses préférences.Il laisse au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions et de s\u2019inscrire dans le courant de pensée qui correspond le mieux à ses préférences.Par exemple, le chapitre portant sur la crise des finances publiques dresse un tableau de l\u2019ampleur de la dette des gouvernements fédéral et provinciaux et présente l\u2019ensemble des points de vue quant à son importance, invoquant les questions relatives aux taux d\u2019intérêt, aux avoir des obligataires, au débouché offert aux épargnes, aux besoins financiers du secteur public, à l\u2019actif du secteur public, au produit intérieur brut, à la peur de l\u2019inflation et des emprunts.Il poursuit ce chapitre en faisant un tour d\u2019horizon des différents cadres d analyse mis de l\u2019avant pour expliquer la crise des finances publiques et le termine en invoquant les différentes «solutions» proposées par les uns et les autres pour sortir de l\u2019impasse.La même approche est reprise pour chacune des questions traitées : mise en perspective, explications et voies de solution.Le principal mérite de l\u2019ouvrage est d\u2019avoir réussi à exposer, avec une économie de mots et dans un style à la portée de tous, les multiples points de vue et les principaux arguments qui se font entendre sur des questions, faut-il le répéter, fort complexes.Il aurait par ailleurs été souhaitable que l\u2019auteur nous indique pourquoi ces questions méritent particulièrement qu on s\u2019y arrête.Bien sûr, il pourrait nous répondre que l\u2019actualité démontre hors de tout doute que les principaux débats publics portent sur les problèmes liés à la légitimité des gouvernants, aux finances publiques, à la crise de l\u2019État-providence, aux transformations démographiques et à la question constitution- 1195 nelle.Mais à ces questions auraient pu tout aussi bien s\u2019ajouter celles du régionalisme, des Autochtones, de l\u2019évolution des rapport entre l\u2019État et les citoyens depuis l\u2019adoption des Chartes des droits et libertés, etc.Il s\u2019agit d\u2019un livre de vulgarisation, avec les qualités et les défauts propres au genre.André Bernard a choisi de limiter aux maximum les références, préférant souligner au passage quelques ouvrages utilisés.Il aurait été utile, pour quiconque aurait voulu en savoir plus long d\u2019inclure une bibliographie thématique qui aurait donné l\u2019occasion aux lecteurs désireux d\u2019en savoir davantage d\u2019orienter leurs recherches.La «neutralité» affichée par l\u2019auteur, tout en faisant confiance au jugement du lecteur, fini par l\u2019empêcher de distinguer entre l\u2019ivraie et le bon gain.Ceux qui auraient espérer y trouver une analyse détaillée des tenants et aboutissants des problèmes retenus ainsi qu\u2019une critique exhaustive des différentes approches privilégiées pour faire face aux multiples défis qui sont identifiés dans ce livre seront déçus.Pour les autres que ces questions intéressent et qui cherchent à s\u2019y retrouver dans le merveilleux monde des arguments contradictoires, ce livre saura sûrement les éclairer.François Rocher v / Guy Bouthillier, A armes égales, Editions du Septentrion, 1994.Essai ?Monographie ?Plaidoyer ?Témoignage ?L\u2019ouvrage, qui est tout cela à la fois, vient à point nommé nous rappeler que «notre peuple est de ceux qui disparaissent de l\u2019Histoire quand ils perdent leur langue ».Il apporte la réponse à un certain snobisme montréalais qui sous-estime l\u2019enjeu du combat pour le français, en écho au snobisme parisien qui se moque des efforts du ministre Toubon pour lutter contre l\u2019américanomanie et les empiétements de l\u2019anglais en France même.Ce combat est vital.En dernière analyse \u2014 Bouthillier en fait la démonstration \u2014 il s\u2019identifie à la lutte pour l\u2019indépendance.Rappelant l\u2019action d\u2019hommes comme André d\u2019Allemagne, Marcel Chaput, Pierre Bourgault, Hubert Aquin et Fernand Ouellette, Bouthillier écrit: « La langue aura ainsi été pour eux la rivière qui leur a fait découvrir le fleuve de l\u2019indépendance.Une fois sur ce fleuve, ils constateront avec quelle force le courant, que viennent renforcer tant d\u2019autres sources, les conduit vers le grand océan de l\u2019humanité.» Les Anglos \u2014 permettez-moi d\u2019appeler un chat un chat \u2014 aussi bien ceux du Québec que ceux d\u2019Ottawa, n ont pas d autre 1196 but, en s\u2019efforçant de démolir la loi 101, que de protéger leur pouvoir, assouvir leur arrogance et favoriser notre assimilation.On n\u2019a pu entendre en leur sein que quelques voix discordantes, par exemple celle du pasteur Gregory Baum, qui «représentait, dans ce concert d\u2019unanimité, une hérésie telle qu\u2019elle reste lettre morte ».C\u2019est aussi bien dans l\u2019intimité des consciences que sur la scène politique, mondiale comme québécoise, que Guy Bouthillier envisage le combat pour la langue française.Rappelant ses années d\u2019études à Loyola et à McGill, il évoque nos petites insouciances, nos concessions bonasses, parfois peut-être nos lâchetés, sur lesquelles la puissante minorité anglophone jetait le pont de sa domination.Il décrit la ténacité de ces maîtres dont la force réside surtout dans le fait qu\u2019à l\u2019instar de lord Durham, ils ne doutent jamais d\u2019eux-mêmes, de leur supériorité évidente.Certains se rendent sans combattre.Une tranche importante de nos propres élites se convainc elle aussi de la supériorité britannique.Guidé par ceux qu\u2019André Laurendeau appelait les «rois nègres», notre peuple a souvent choisi de faux chefs qui, de Laurier à Trudeau, pour ne nommer que ceux-là, déposaient nos armes devant le conquérant.À cet égard, l\u2019élection d\u2019un fort contingent de députés du Bloc québécois à Ottawa \u2014 plus des deux tiers des sièges québécois à la Chambre des communes \u2014 porte à tout le moins une grande valeur symbolique et, qui sait, elle annonce peut-être, hypothèse optimiste, une évolution des mentalités.Elle marque à coup sûr le rejet du «beau risque» (mettre de côté notre aspiration à l\u2019indépendance pour collaborer avec Ottawa), une des idées les plus absurdes qui aient traversé nos débats nationaux.L\u2019enjeu de notre combat est mondial.Bouthillier cite de Gaulle (tous les « gaullistes » d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019en souviennent-ils ?) qui déclarait en novembre 1967 : «Le fait que la langue française perdra ou gagnera la bataille au Canada pèsera lourd dans la lutte qui est menée pour elle, d\u2019un bout à l\u2019autre du monde ».Bouthillier règle leur compte à ceux des nôtres qui sont tout fiers d\u2019être considérés fluently bilingual.«Le français est leur langue maternelle, mais ils ne le parlent plus avec naturel : peu à peu, il s\u2019est ossifié.En matière de langues, ils ont cru additionner: en réalité, ils n\u2019ont fait que soustraire.Ils sont partis à la conquête de l\u2019anglais ; n\u2019est-ce pas plutôt celui-ci qui achève de les conquérir?» Ainsi, l\u2019assimilation gruge nos effectifs, non seulement dans les autres provinces, mais au Québec même.Malgré la lutte acharnée qu\u2019Ottawa nous livre sur tous les fronts, malgré le libre échange qui suscite de nouveaux dangers, 1197 Bouthillier ne perd pas l\u2019espoir, «Nous devons agir maintenant, conclut-il.Chacun et chacune d\u2019entre nous doit le faire doublement, c\u2019est-à-dire d\u2019abord pour sa propre part de la lutte, et ensuite pour celle de nos frères et sœurs qui n\u2019ont pas encore pris leur place à nos côtés, parce qu\u2019ils doutent du pays jusqu\u2019à douter d\u2019eux-mêmes et qu\u2019ils doutent d\u2019eux-mêmes jusqu\u2019à douter du pays ».La verve de Bouthillier, porte-parole du Mouvement Québec Français, est bien connue.Elle prend corps dans ce livre écrit avec brio.Pierre de Bellefeuille Jean-Louis ROY, «La francophonie : le projet communautaire », Montréal, HMH Hurtubise, 1993,200 pages.Le livre est une collection de discours prononcés par le diplomate Jean-Louis Roy, à diverses occasions.«Mais chacun trouve son complètement, son aboutissement dans le dernier chapitre, ce bilan sous forme de rapport d\u2019étape établi à la fin de 1992» (p.17).C\u2019est pourquoi il est difficile de cerner la thèse générale de l\u2019auteur, ses arguments principaux et les étapes de son raisonnement.En quelque sorte, il s\u2019agit d\u2019une apologie de l\u2019Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) et une jusüfication de son utilité, parce que, dans ce genre de discours, on ne peut jamais aller très loin dans l\u2019analyse critique.Et comme le tout prend la forme d un rapport d\u2019étape, il ne fallait pas s\u2019attendre à ce que le principal responsable s\u2019attarde longuement sur les problèmes que l\u2019ACCT n\u2019arrive pas à solutionner.On y apprend notamment que « La langue française appartient au club sélect des douze langues parlées par plus de 100 millions d\u2019hommes» (p.24), ce que l\u2019on savait déjà.C est donc dire qu au-delà des apparences, on reste malheureusement sur sa faim.Aussi, on y souligne à de nombreuses reprises que « l\u2019ACCT est le seul organisme intergouvememental de la francophonie ».C est donc dire que celle-ci n\u2019y est abordée que dans sa dimension institutionnelle, ce que ni le titre, ni l\u2019endos ne laissait entrevoir.L\u2019emploi du terme «communautaire» ne se limite qu\u2019aux instances gouvernementales, et la communauté n\u2019en est alors une que de fonctionnaires, aussi éclairés soient-ils.Il s\u2019agit en quelques sorte d\u2019une avan-lanche de statistiques qui veulent confirmer l\u2019importance et la valeur de l\u2019action de l\u2019ACCT, en plus de fournir quelques chiffres sur la situation de la langue française dans le monde, ce qui se fait ailleurs.Ainsi, on apprend peu de choses nouvelles, d\u2019autant plus que cer- 1198 tains paragraphes, des pages entières même, reviennent à plus d\u2019une reprise.Par exemple, la même citation de Lester THUROW {Head to Head), est présentée aux pages 40, 79 et 188.Toutefois, elle l\u2019est de façon différente d\u2019une fois à l\u2019autre, ce qui pose des problèmes importants de rigueur méthodologique.Autre exemple de faiblesse ; on affirme que «Au Nord, lorsque l\u2019économie ralentit ou entre en récession, ce sont les médias qui sont en premier touchés, et quelques fois mortellement » (p.84).Malheureusement, des chiffres récents infirment catégoriquement cette analyse qui n\u2019est pas soutenue par des sources clairement identifées.Il est vrai qu\u2019à l\u2019endos de l\u2019ouvrage on peut lire que celui-ci se veut «loin des architectures théoriques», mais on se demande alors à qui pourrait bien être utile cette juxtaposition de thèmes répétitifs.L\u2019emphase est exclusivement portée sur la dimension institutionnelle et gouvernementale de la francophonie, ce qui ne peut que laisser entendre que les liens entre les sociététs elles-mêmes n\u2019ont que très peu progressé, ce qu\u2019il faut peut-être expliquer.Mais pour cela, il faudra s\u2019en remettre à quelqu\u2019un d\u2019autre que le directeur de la principale institution en cause, à moins que celui-ci ne s\u2019y penche une fois son mandat achevé.À cause de tout ceci, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019imaginer la francophonie que comme un regroupement de têtes couronnées plutôt qu\u2019une réelle communauté des peuples, ce qui n\u2019était probablement pas le but recherché par l\u2019auteur.Toutefois, la force du livre, celle de certains discours, est de mettre en lumière l\u2019urgence de ramener l\u2019Afrique sur la voie du développement et de l\u2019alphabétisation.Il s\u2019agit d\u2019une préoccupation qu\u2019on sent réelle chez l\u2019auteur, et que celui-ci communique efficacement.Comment peut-on envisager une francophonie intercontinentale en santé si la grande majorité de ses composantes est littéralement en voie de «dé-alphabétisation», comme dit l\u2019auteur?C\u2019est pourquoi on insiste sur le nécessaire renforcement du droit au développement.Enfin bref, il faut considérer que la position de l\u2019auteur l\u2019empêche de présenter l\u2019ACCT autrement qu\u2019à travers ses réussites, ce qui ne peut que laisser incomplet le tableau.Jean-François Pelletier Conrad BLACK, Conrad Black par Conrad Black, Montréal, Québec-Amérique, 1993.La parution de l\u2019autobiographie de Conrad Black a suscité bien des controverses.En fait, elle marque un événement médiatique important au pays.Conrad Black, l\u2019entrepreneur, y dévoile toute la 1199 trajectoire de ses acquisitions dans le domaine des communications.Ce qui causa autant de remue-ménage est son commentaire sur le Canada et sur la classe dirigeante qui le soutient.Sa vision du Canada est sombre mais empreinte de réalisme.Black a érigé l\u2019un des plus grands empires dans le domaine des médias de masse.Aujourd\u2019hui, PDG de Hollinger inc., il considère que cette réalisation ne fut pas une mince tâche.C\u2019est, de défi en défi, que Black parvient au sommet.S\u2019intéressant d\u2019abord à la reconstruction d\u2019Argus vouée aux tracteurs et au pétrole, il optera rapidement pour le minerai de fer, puis pour la commercialisation journalistique.Ce n\u2019est qu\u2019à partir de 1983 qu\u2019il se consacrera entièrement au domaine médiatique.Suite à l\u2019acquisition de jounaux locaux et nationaux, il s\u2019attardera à la commercialisation de journaux transatlantiques.Il parvient à s\u2019immiscer dans le monde médiatique de Londres, de l\u2019Australie, d\u2019Israël et de bien d\u2019autres États.En 1993, Hollinger est l\u2019une des plus grandes industries de la presse mondiale.Black contrôle plus de 250 journaux dont Southam, Le Soleil, le Quotidien et le Droit.Sachant tirer profit de tout ce qu\u2019il entreprend, il vise une diversification sectorielle et géographique de son empire, tout en maintenant une croissance équilibrée de ses actifs.De ses séjours à la Faculté de Droit de l\u2019Université Laval et au Centre d\u2019études canadiennes-françaises à l\u2019Université Mc Gill, prend corps l\u2019essence de sa pensée sur la situation du pays.Ayant rencontré et connu les deux solitudes, il en conclut que le Canada est un État original pourvu de grandes richesses culturelles.«.nous avions au Canada la chance d\u2019unir les deux plus grandes cultures de l\u2019Occident» (p.31).Cependant, l\u2019avenir du pays est en péril et les rendez-vous constitutionnels semblent incapables d\u2019y remédier.À cet effet, Black déclare que la survie du Canada dépend à la fois des rapports interculturels reliant les Anglo-canadiens aux Franco-canadiens et de la gestion des droits de chacun.En 1971, ü dépose un mémoire au Comité du Sénat sur la Constitution et la situation politique canadienne.Ce dernier n\u2019a pas entraîné l\u2019effet attendu.Dans son autobiographie, il rapporte que le long discours complexe exprimant tous les aspects problématiques du pays ne parvient pas à trouver preneur.«.Nous aurions mieux fait de suivre David qui nous recommandait de dire simplement que le Canada, tel qu\u2019il était constitué était un fiasco» (p.77).Depuis, rien n\u2019a réellement été accompli.L\u2019étape de la réconciliation n\u2019a pas encore été franchie.Pire encore, il soutient que la décision fédérale de laisser de côté les discours constitutionnels au profit d\u2019une discussion économique 1200 ne fait qu\u2019envenimer la situation.Il déclare que la fragmentation du système politique canadien, autant dans ses juridictions qu\u2019en régions, n\u2019est pas propice à la concertation.De plus, ce ne sont pas ces ententes économiques qui sauront régler le problème pancanadien, puisque les projets de cet ordre ne pourront jamais être légitimés d\u2019un océan à l\u2019autre sans un renouvellement équitable de la raison d\u2019être de l\u2019État.La vie politique canadienne depuis Victoria, Meech et dernièrement Charlottetown, est devenue superficielle.«Le système canadien avait enfin.atteint un état de totale absurdité.Le peuple avait manifesté son désir de voir arrêter le cirque et remplacer les clowns.» (p.480).Depuis la dernière épopée, Black a observé le comportement populaire dans son rejet de la classe politique.Le peuple canadien semble exprimer son désaccord par réflexe.Devant les échecs constitutionnels, les Canadiens semblent prêts à remettre le destin de l\u2019État à plus tard.Les élites gouvernantes se retrouvent alors discréditées par l\u2019attitude populaire.En relatant l\u2019expérience Mulroney, il remarque que si les États démocratiques ont les gouvernants qu\u2019ils méritent, il n\u2019est pas évident que le sort qui lui fut réservé fut conforme aux réalisations de cet être si bien intentionné face à la réconciliation nationale.D\u2019après Black, Mulroney fut le meilleur premier ministre qu\u2019ait eu le Canada depuis l\u2019équipe de St-Laurent.En fait, en matière de réalisations, il observe que le libre-échange fut le couronnement de Mulroney.Il indique que ce dernier fut victime des attentes de la population.Il fut piégé par ses propres tentatives d\u2019unir le peuple.En fait, depuis les années 60, le peuple canadien vogue au gré des attentes et des déceptions.Black soutient qu\u2019un peuple doit avoir des attentes, mais celles-ci doivent s\u2019ajuster à la volonté générale.Il reprend l\u2019allégorie de Earle Bimey pour expliquer la situation paralysante dans laquelle se retrouve le Canada.Bimey compare l\u2019État à un adolescent dépourvu du sens des responsabilités, préoccupé par sa quête d\u2019autonomie et d\u2019identité.Comme l\u2019adolescent, l\u2019État traverse une étape où tout est remis en question.Cette période s ouvre avec 1 ère du séparatisme québécois.Le Québec remettait alors enjeu son appartenance canadienne sous l\u2019égide du PQ mené par Lévesque.Black souligne que le nationalisme québécois était, au départ, le meilleur motivateur qui soit.Le Québec était alors l\u2019une des rares régions dotées d\u2019une mission, d\u2019un but à atteindre.Par contre, il affirme que ce nationalisme a vite tourné aux discours assomants du séparatisme.Black interprète la première victoire électorale du PQ comme étant un rejet des politiques linguistiques de Bourassa.1201 ment dévié une fois le référendum perdu.Black pense que le spectre de l\u2019indépendance est un blocage à l\u2019unité nationale.Reconnaissant que les derniers essais constitutionnels n\u2019étaient pas à point, il suggère tout de même d\u2019attendre, car le jour du Canada uni viendra.Il rappelle que sans les Francophones, les Canadiens ne se démarquent pas tellement des Américains.Le sort de l\u2019État n\u2019est pas qu\u2019entre les mains des Québécois.Il conseille aux Canadiens de reconnaître l\u2019apport important des Francophones.Il incite les Québécois à peser le pour et le contre d\u2019une telle séparation.Même s\u2019il ne croit pas vraiment en la volonté québécoise d\u2019assumer seule sa destinée, il indique que sans le Québec, le Canada survivra.« Le Canada accueillera le Québec et à défaut du Québec, les États-Unis.L\u2019Amérique du Nord sera divisée géographiquement ou linguistiquement (p.90).Il conclut sa réflexion sur l\u2019impasse canadienne en déclarant que ce n\u2019est pas du ressort fédéral de pourvoir à tout imperfection sociale.Son défi est de savoir créer un entendement général sur le respect des droits et libertés.Sur ce point.Il indique que plus on s\u2019attarde à l\u2019énonciation de ces droits, plus ceux-ci deviennent vides de sens et plus le discours s\u2019alourdit dans l\u2019ambiguité.Black aspire à l\u2019organisation d\u2019un Etat uni et fort.Il considère que la situation confuse dans laquelle se retrouve le Canada est alarmante.Finalement, son autobiographie paraît criante d\u2019espoir et de défis.«En élargissant et en explorant mes propres horizons, je n\u2019ai pas déserté mon pays.j\u2019attends que s\u2019allume dans l\u2019éparpillement canadien une étincelle de fierté nationale et de renouveau» (p.491).Eve OUIMET 1202 LIVRES ET REVUES REÇUS Assemblée intern, des parlementaires de langue française, Bulletin Amérique, Aiple, 1994 Association québécoise d\u2019histoire politique, Bulletin, 1994, 58 p.Bélanger, Réal, Richard Jones, Marc Vallières, Les grands débats parlemantaires, Presses de L\u2019Université Laval, 1994,488 p.Bernard, André, Problèmes politiques, Canada Québec, Québec, ^ Presses de l\u2019Université du Québec, 1993, 180 p.Centrale de l\u2019enseignement du Québec, Options, Nos 8, 9 et 10, L\u2019Organisation du travail, Québec, CEQ, 160 p.Centrale de l\u2019enseignement du Québec, Exclus ou déserteurs, 1993 152 p.Dalcourt, André, Les grands leaders charismatiques, Québec/Amérique, 1994.Dion, Léon, Les intellectuels et le temps de Duplessis, tome II, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1993,452 p.Dubé, Jean-Eudes, Du banc d\u2019école au banc fédéral, Montréal Guérin, 1993, 248 p.Dumond, Fernand, Genèse de la société québécoise, Montréal 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et aménagement, les secteurs de base, 1981, 516 p.5.\tLe travail, Montréal, 1982,454 p.6.\tPropos sur la conjoncture des années 1925-1938, 1984, 620 p.7.\tPropos sur les finances publiques, les relations internationales, 1984,720 p.8.\tSyndicalisme, législation ouvrière et régime social, 1986, 620 p.9.\tLes étapes d\u2019une carrière, causeries.et textes, 1988,484 p.10.\tVisions d\u2019histoire du Canada et du Canada français, 1992, 546 p.11.\tLe nationalisme canadien-français, 1992, 572 p.Morin, Jacques-Yvan et José Woehrling, Les constitutions du Canada et du Québec du régime français à nos jours, Montréal, Thémis, 1993, 978 p.Pelletier, Jacques, Les habits neufs de la droite culturelle, VLB Editeur, 1994.Poulin, Pierre, Histoire du mouvement Desjardins, tome II, Québec/Amérique, 1994.Robidoux, Léon-A., Pensées et anecdotes des grands de ce monde, Guérin, 1994, 512 p.Roy, Bruno, Les racines de l\u2019ombre, XYZ Éditeur, 1994 1204 Sauvé, Mathieu-Robert, Le Québec à l\u2019âge ingrat, 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témoigne de l\u2019engagement de l\u2019auteur à éclairer ses concitoyens sur les grandes questions d\u2019intérêt national.Nature du prix Le lauréat se verra remettre une bourse de 2 000 $ offerte par la Ligue d\u2019action nationale.PRIX FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Origine Ce prix est créé par la Ligue d\u2019Action nationale en hommage à François-Albert Angers.Outre qu\u2019il a été l\u2019un des chefs de file du mouvement nationaliste depuis cinquante ans, monsieur Angers a 1206 consacré sa vie professionnelle à l\u2019enseignement et à la recherche, en vue de contribuer au développement de l\u2019économie canadienne-française et québécoise, notamment par le système coopératif.Objectif La création du prix François-Albert Angers s\u2019inscrit dans une démarche visant à promouvoir la coopération au Québec.Ce prix sera attribué, à tous les trois ans, à l\u2019auteur, ou aux auteurs de la meilleure contribution ayant pour but de promouvoir la coopération par la recherche, l\u2019analyse, l\u2019étude et l'information.Nature du prix Le lauréat se verra remettre une bourse de 2 000 $ offerte par le Mouvement Desjardins.Règlements L Les candidatures seront reçues jusqu\u2019au 31 décembre de l\u2019année pour laquelle le prix est attribué.2.\tL auteur désireux de participer doit faire parvenir six exemplaires d\u2019un ouvrage paru au cours de l\u2019année, au secrétariat du prix, à l\u2019adresse suivante: Prix Arès et Angers Ligue d\u2019Action nationale 1259 rue Bern, bureau 320 Montréal, H2L 4C7 3.\tLe prix sera remis au cours du mois de mars.4.\tLe jury du prix Arès est formé de personnes désignées par la Ligue d\u2019Action Nationale.Pour 1994, les membres sont: Fernand Dumont, Jean Ethier-Blais et Julien Harvey.5.\tLe jury du prix Angers est formé de personnes désignées par la Ligue d\u2019Action nationale.Pour 1997, les membres sont: Yvon Daneau, Madeleine Gauthier, Pierre Marois et Jeannine McNeil.6.\tLa recommandation du jury prend effet quand elle est confirmée par la Ligue.1207 Ne jetez jamais un numéro de U Action nationale Sou venez-vous toujours que L\u2019Action nationale accepte tous les exemplaires qu\u2019on lui offre, particulièrement les numéros 1917- 1918-1944 1951 à 1961 - 1968 Ne jetez jamais un numéro de U Action nationale Nous acceptons aussi L\u2019Âme des livres et l\u2019Almanach de la langue française 1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L 4C7 Téléphone (514) 845-8533, télécopieur (514) 923-5755 1208 Nous retournons à la source.Nous réaffirmons notre objectif premier: offrir à la population québécoise le meilleur service au moindre coût possible.a Hydro-Québec Le meilleur de nous-mêmes /1ifi\\ SOCIETE NATIONALE D'ASSURANCE 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal H3A 3G5 (514) 288-8711 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins 1210 L\u2019UNION\t I II\tCANADIENNE\t mV JW\tCOMPAGNIE d\u2019assurance\t Société membre du groupe\tunidal Siège social:\tPlace d\u2019affaires: 2475, boul.Laurier,\t625, Président Kennedy Sillery G1T 104\tBureau 625 Téléphone: (418) 651-3551\tMontréal H3A 1K9 Télécopieur: (418) 651-9301\tTéléphone: (514) 847-8000 \tTélécopieur (514) 847-8080 Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, bout.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal H3B 1S6\tTél.: (514) 879-3900 «L'IMPRIMEUR» I LES ATELIERS GRAPHIQUES MARC VEILLEUX INC.Production et ventes 203, Des Pionniers Ouest Cap Saint-Ignace (Québec) GOR 1H0 (418) 246-5666 Télécopieur : (418) 246-5564 Bureau de Montréal (514) 848-9766 Télécopieur : (514) 848-0160 \"L\u2019IMPRIMEUR» 1211 .-KO* « \u2022 *\tHeures d'ouvertures Lundi - mardi : 10 heures à 15 heures Mercredi - jeudi : 10 heures à 18 heures Vendredi : 10 heures à 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTREAL \t1255, rue Berri, Montréal H2L 4C6 Tél.: 849-3581 - Fax : 849-7019 \tService des prêts »\t1259, rue Berri, bureau 230, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 849-3581 - Fax : (514) 849-7019 ¦ ¦ISi\tGHISLAIN BEAULIEU, directeur général é *SSJB S.S.J.B.DU CENTRE DU QUÉBEC 449 Notre-Dame, Drummondville (819)478-2519.Plus de 33 500 membres au Coeur du Québec.HOMMAGES de la SSJB de Montréal Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: 527-9891 Télécopieur : 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées 1212 IDEES M 0 N T R É A L , 19 9 4 Un rendez-vous avec le quotidien.Le devoir 1213 \t\t \tSemb Saq\tSyndicat des employés \t\tde magasins et de bureaux de la SAQ D epuis le temps, ^\t©\t\t1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 Tél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) ALIMENTATION Alimentex Inc.HENRI-LOUIS GAGNON, président-directeur-général C\u2019est tout naturel m Aliments de santé ¦\tLivres naturistes ¦\tExtracteurs à jus m Suppléments alimentaires ¦\tPrescriptions naturopatiques 1188, 1è,e Avenue, Québec G1L3K8 (418) 529-7988 - Fax: (418) 529-6939 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 1065, rue de Bleury, Montréal H2Z1N1 (514) 861-3491 - Fax: (514) 866-7056 449, rue Hériot\tTél.: (819) 477-6321 Drummondville J2B 1B4\tFax: (819)474-5691 Jutras & Associés\t AVOCATS\t Germain Jutras\tNormand Jutras Suzanne Paradis\tLouis Savoie Chantal Grondin\tMarie-Pierre Jutras Christine Jutras\tSylvain St-Onge ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514) 899-5377 GESTIONNAIRES CONSEILS J.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 550, rue Sherbrooke ouest, Montréal H1X3G8 (514) 735-3436 - Fax: (514) 843-9491 >NTQI FONDATION ?QUEBECOISE DU CANCER 2075, rue de Champlain, Montréal (Québec) H2L 2T1 Téléphone : 527-2194 1214 NOUVELLES PARUTIONS ¦ Développement culturel et mondialisation de l\u2019économie Un enjeu démocratique VIE PRIVÉE & Démocratie À L\u2019ÈRE DE L\u2019INFORMATIQUE Marc Raboy, Ivan Bernier, Florian Sauvageau el Dave Atkinson Réflexions inédites sur ierôle de l\u2019État en matière culturelle.Michel Venne Nous sommes fichés.Sommes-nous pour autant fichus?Le téléspectateur : glouton ou gourmet?Québec 1985-1989 La question du Québec anglais Jean-Paul Baillargeon, dir.Première cartographie de l\u2019écoute de la télévision des Québécois.Gary Caldwell L\u2019heure juste sur l'état du Québec anglophone traversé par la culture politique néolibcralc Demandez-les à votre libraire INRS-IQRC 14, rue Haldimand, Québec (Québec) G1R 4N4 Téléphone: (418) 643-4695 \u2022 Télécopieur: (418) 646-3317 1215 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président honoraire Président Vice-président Secrétaire Trésorier Conseillers Ex-officio Membres honoraires Thérèse Baron, Christiane Bérubé, Jacques Boulay, Hélène Chénier, Jean-Marcel Paquette, Juliette Rémillard.Membres émérites : Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Marcel Laflamme, Georges Meyers, Anna-L.Normand.L\u2019Action nationale Les 75 000 pages publiées par la revue depuis 77 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard Arès et François-Albert Angers Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 -Télécopieur: (514) 923-5755 François-Albert Angers Robert Laplante Alain Laramée Delmas Lévesque Claude Duguay Marie-Noëlle Ducharme Danielle Gagné Yvon Leclerc Jacques Martin Rosaire Morin Membres André Beauchamp René Blanchard Nicole Boudreau Sylvain Boudreauh Guy Bouthillier J.-Charles Claveau Jean-Claude Dupuis Pierre Dupuis iMcia Ferretti Philippe Gélinas Jean Genest Yvon Groulx Léo Jacques Lysiane Laberge Francine Lalonde Pierre Lamy Colette Lanthier Isabelle Le Breton Jean-Marc Léger Denis Monière Jacques-Yvan Morin Jean-François Nadeau Pierre Noreau Gilbert Paquette Roméo Paquette Mène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Louis-Philippe St-Martin Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Gérard Turcotte 1216 NOS COLLABORATEURS 1994 François-Albert Angers Louis Balthazar Robert Barberis André Beauchamp Claude Béland Jules Bélanger Lionel Bellavance Bernard Blier Luc Bouvier Gary Caldwell Serge Cantin Mario Carrier Charles Castonguay Jean-Pierre Chalifoux Alain Chanlat Denise Côté Pierre DeBellefeuille Roger Dehaybe Clermont Dugas Fernand Dumont Micheline Dumont Jean Éthier-Blais Andrée Ferretti Jean-Charles Gagné François Gardner Édith Gendron Rita Giguère Michel Guillou Julien Harvey André Joyal Henri Laberge Danièle Lacombe Georges Lafond Christine Lamoureux Robert Laplante Alain Laramée Louise Laurin Léo-Paul Lauzon Maurice Lebel Yvon Leclerc Gérard Lefebvre Jean-Marc I^éger Ginette Lepage Richard Marceau Henri Massé Jacques Maurais Denis Monière Claude Morin Rosaire Morin Jean-François Nadeau Richard Nadeau Pierre Noreau Ferdinand Ouellet Eve Ouimet Gilbert Paquette Philippe Paradis Christian Payeur Pierre Péladeau Jean-François Pelletier Marcel Pépin Jocelyne Picard Jacinthe Pilon Bernard Pilote Ladislas Pordan François Rocher Fernand Rouillon Paul-Émile Roy Maurice Saint-Germain Charles Saint-Prot Pierre Shooner Denis Simard Jean-François Simard Jean-Jacques Simard René Simard Marc Termote Jean-Claude Tardif Rodrigue Tremblay Rémy Trudel Pierre Vadeboncoeur Julie Vézina L\u2019Action nationale ouvre ses pages à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.1217 COLLOQUE La participation des Canadiens français à la deuxième guerre mondiale 6-7-8 et 9 octobre 1994 Collège militaire royal de Saint-Jean Université du Québec à Montréal 1994 et 1995 marquent le cinquantenaire de la fin de la deuxième guerre mondiale.En effet, les années 1944-1945 sont le théâtre d\u2019opérations militaires d\u2019envergure de la part des Alliés contre la Forteresse Europe.Nos livres d\u2019histoire en parlent très peu et rares sont les études francophones sérieuses sur le sujet.C\u2019est ce silence que nous avons voulu interroger par le biais d\u2019un colloque scientifique international.En prenant comme point de départ la participation des Canadiens français à la deuxième guerre mondiale, nous voulons nous interroger sur ce que nous avons retenu de ces événements et sur le sens que nous avons voulu leur donner.Cette problématique s\u2019articule en trois volets : les événements, leurs représentations, leurs interprétation.?1218 «La participation des Canadiens français à la deuxième guerre mondiale, mythes et réalités» est organisé par Marcel Bellavance, directeur du département des Sciences sociales du Collège militaire royal de Saint-Jean, Robert Comeau, professeur au département d\u2019Histoire de l\u2019Université du Québec à Montréal, Serge Bernier, directeur du Service historique de la Défense nationale, Norman Hillmer, professeur à l\u2019Université de Carleton, Claude Beauregard, historien au service historique de la Défense nationale et Béatrice Richard, étudiante au doctorat au département d\u2019Histoire de l\u2019Université du Québec à Montréal.\u2022 Le 6 et 7 octobre, le colloque se tiendra au Collège militaire de Saint-Jean, à la salle 3066, du Pavillon de Léry et les 8 et 9 octobre, à l\u2019Université du Québec à Montréal, à la salle AM-050.\u2022\tCoûts d\u2019inscription :\t25,00 $ (régulier) 15,00 $ (étudiant) \u2022\tPour renseignements :\tMonsieur Robert Comeau Tél.: (514) 987-8427 Fax:(514)987-7813 1219 æmmgsmBm Se servir de son imagination, de son talent, de sa passion, de sa volonté, de son inspiration pour créer.Pour insuffler la vie à une oeuvre musicale, un poème, un tableau, un personnage, une sculpture, une comédie, un bijou.Cela fait vibrer, émeut, bouleverse, émerveille le monde.et votre caisse Desjardins, votre complice dans la réalisation et la diffusion de vos oeuvres.La caisse populaire Desjardins L'incroyable force de la coopération. 770227 227009 977022722700929 "]
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