L'action nationale, 1 novembre 1994, Novembre
[" L'Action TAUTT VAUT UE VILLAGE TANT VAUT LE PAYS Volume LXXXIV, numéro 9, novembre 1994 rasî >jjp.) !\u2018 -* - flWrr 4Ü>»- Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d'expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L'Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections à son texte.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019index des périodiques canadiens», depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984 et dans «Point de repère» publié par les Services documentaires multimédia (SDM Inc.) et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.ISSN-0001-7469 - ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en pages: Composition Monika Pages couvertures : banque d\u2019images d\u2019Hydro-Québec.1/Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L4C7 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopie: (514) 923-5755 n/jMfkm NATIONALE Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Analyse sociale Robert Comeau Comptes rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Yvon Leclerc Comité de rédaction Louise Dumas Lucia Ferretti Robert Laplante Francine Lalonde Marcel Landry Denis Monière Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Yvon Leclerc Pierre Noreau Christiane Pelchat Janine Thériault Gérard Turcotte Abonnement 10 numéros Québec, Canada France Autres pays Étudiant Soutien 35 $ 240 FRF 50 $ 20 $ 75 $ \t\tTABLE DES MATIÈRES Volume LXXXIV, numéro 9, novembre 1994 1227\t?\tLa nécessaire complexité Pierre VADEBONCŒUR 1231\t?\tLes familles: une priorité Aubert OUELLET 1250\t?\tTant vaut le village Jacques PROUXL 1260\t?\tLes défis de la ruralité Bruno JEAN 1280\t?\tLe chemin de fer en Gaspésie Éthel GREEN 1295\t?\tLa clé des emplois de demain Claude BÉLAND 1307\t?\tUn projet pour l'école Jocelyn BERTHELOT 1324\t?\tLa capacité d'une collectivité Yvon LECLERC 1346\t?\tLe Bourassa de Lisée Paul-Émile ROY 1349\t?\tVictor Barbeau, l'humaniste Jean-Marc LÉGER 1352\t?\tL'assimilation des allophones Charles CASTONGUAY 1357\t?\tMieux vaut le député Andrée FERRETTI \t\t 1225 SI VOUS N'ÊTES PAS ABONNÉ E Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L 4C7 Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement:\t10 numéros Québec, Canada\t35\t$ Étudiant\t20\t$ Autres pays\t50\t$\t\t20 numéros 60$ 35$ 90$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.\t\t Nom\t\tPrénom Adresse\t\tCode postal Téléphone\t\tTélécopieur Profession Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755 SI VOUS ÊTES ABONNÉ E Deux questions: La première: Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La seconde: Sur l\u2019étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de le renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6 000 $ par année en timbres, papeterie et temps ! Abonnement: 10 numéros 20 numéros Québec, Canada\t35 $\t60 $ Étudiant\t20$\t35$ Autres pays\t50 $\t90 $ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession\t Supplément postal, L\u2019Action NATIONALE Volume LXXXIV, numéro 9, novembre 1994\t L'Action NATIONALE 1259, rue Bern, bur.320 Montréal H2L 4C7 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755 Comptes rendus: Histoire de la FTQ (Louis Fournier) Gilles RHÉAUME Le Naufrageur - Robert Bourassa (Jean-François Lisée) Pierre DE BELLEFEUILLE Les grands débats parlementaires (Bélanger, Jones et Vallières) Gilles RHÉAUME La terre promise (Yves Couture) Denis MONIÈRE La francophonie canadienne FCFAC Jean-François PELLETIER Livres reçus Index des auteur(e)s 1994 Index des annonceurs ?\t1358 4\t1359 4\t1361 4\t1362 ?\t1364 4\t1366 M 1369 1384 ?En décembre, paraîtra le 750ième numéro de la revue.L\u2019avenir politique du Québec sera analysé et commenté par les chefs de file du peuple québécois.Le dossier comprendra près de 500 pages.La distribution sera effectuée dans les premiers jours de janvier.Bonne et heureuse année ! 1226 ÉDITORIAL La nécessaire complexité Le 13 septembre, La Presse, dans une manchette énorme (lettres de 4 cm, sur deux lignes superposées), coiffe ainsi la nouvelle des élections de la veille: «VERS LE RÉFÉRENDUM».Ce titre tonitruant et sans rapport premier avec l\u2019événement lui-même est flanqué, à droite, d\u2019une sorte d\u2019exergue imprimé en très modestes caractères, qui, lui, exprime la nouvelle proprement dite: «Le Québec donne une bonne majorité au Parti québécois».Le même jour, d\u2019ailleurs, même air, même concert chez les politiciens fédéralistes et autres premiers ministres.Le Parti québécois n\u2019est pas au pouvoir depuis douze heures qu\u2019on lui pousse dessus pour qu il aille au référendum par le plus court chemin.La manchette de La Presse et l\u2019étrange précipitation des libéraux et autres conservateurs, qu\u2019est-ce que c\u2019est donc?Il vaut la peine de s\u2019attarder un peu sur la signification de l\u2019une et l\u2019autre, qui trahissent une évidente intention.Le PQ serait-il prisonnier de ce qu\u2019il annonce avec candeur depuis un an ou deux, à savoir qu\u2019un gouvernement formé par lui tiendrait un référendum sur la souveraineté dans les dix ou douze mois après les élections?Les adversaires entendent-ils 1227 jouer à fond sur cette annonce?Celle-ci les avantage-t-elle à ce point?Il semble bien que oui.Cela appelle quelques réflexions sur la notion de stratégie.Le PQ a-t-il littéralement fourni au fédéralisme un instrument majeur?La stratégie du PQ devient-elle, entre les mains des fédéralistes, précisément l\u2019élément-clef de leur propre stratégie?Pareille conséquence ne serait pas banale.Il y a un principe stratégique universel, évident par exemple dans l\u2019art militaire: une stratégie annoncée d\u2019avance à l\u2019adversaire et dont il est assuré qu\u2019on ne dérogera pas devient immanquablement la base de la stratégie de celui-ci et son moyen principal.La stratégie de l\u2019un devient ainsi la stratégie de l\u2019autre!.Les auteurs de cette stratégie fixe et publique ne pourront guère s\u2019en retirer: avantage pour l\u2019adversaire, qui saura ses vis-à-vis enferrés dans leur propre projet et incapables d\u2019y rien modifier.Les faits seront devenus d\u2019une idéale simplicité et ne cacheront plus aucune surprise.C\u2019est pourquoi les fédéralistes ne cessent de pousser dans le sens indiqué par le PQ lui-même.D\u2019où la manchette de La Presse.D\u2019où l\u2019unanimité des fédéralistes, Chrétien en tête, qui en sont rendus à exiger de nous livraison de notre propre marchandise.C\u2019est peu de dire que notre stratégie nous échappe : si elle nous échappe, ce n\u2019est pas qu\u2019elle changera, c\u2019est au contraire qu\u2019elle restera la même.Ou alors, peut-on dire encore, voilà une stratégie singulière, une stratégie excluant toute tactique.J\u2019ai peut-être bien tort, mais la politique d\u2019un peuple ne saurait être à ce point univoque, resserrée sur un moyen unique, amenée nécessairement dans un couloir quelles que soient les circonstances.Le Bloc québécois et l\u2019événement électoral inattendu qui a donné à celui-ci sa présente importance constituent un bon exemple 1228 d\u2019imprévu, de multiplicité des voies, de fait décontenançant et imparable pour l\u2019adversaire, d\u2019agent déstabilisateur du fédéralisme, d\u2019utilisation inopinée des circonstances.Il donne une leçon de complexité, complexité des choses, complexité des moyens, complexité surprenante des recours, et il manifeste une certaine généralisation du fait nationaliste, qui est bien ce que Bourassa a combattu le plus (dans son parti et au Québec en général) et ce que le fédéralisme considère comme le plus à craindre.Le nationalisme québécois doit pouvoir affronter toutes les circonstances.Les adversaires ne doivent pas pouvoir prévoir exactement ses multiples démarches.Notre nationalisme doit devenir si fort et si répandu qu\u2019il puisse garder la même constance, la même conscience de ses buts et la même énergie dans des situations diverses et conséquemment dans la nécessité d\u2019adapter ses tactiques momentanées aux données variables de la réalité.Je ne dis pas qu\u2019il ne faille pas envisager le référendum.Evidemment, si nous y allons, la solidarité pour le oui devra être le fait de tous les nationalistes.Mais je plaide néanmoins pour une politique de ruse, dont il ne faut jamais perdre la maîtrise.Nous devons rester les maîtres de nos intentions et jamais celles-ci ne doivent être de celles que l\u2019adversaire escompte à coup sûr.Il n est pas facile, en pratique, d\u2019être aussi habile, mais c est que nous n avons pas suffisamment confiance en nous.Le Québec est en danger et le temps le talonne.Il est nerveux.Il peut glisser et il a peur du glissement.Il mise trop sur l\u2019instant.Il craint de n\u2019être plus le même ensuite.Le nationalisme, depuis quinze ans, a fait de grands progrès, sinon 1 indépendantisme.Rien ne se fera sans 1229 une large assise nationaliste.Sur ce point, nous sommes dans la bonne voie.Le Canada peut difficilement supporter trop d\u2019années d\u2019incertitude et de tiraillements.C\u2019est pourquoi il veut mettre un terme à notre imprévisibilité et à notre cheminement, et il tient à ce que ce soit nous-mêmes qui y mettions un terme.Alors la rentrée dans le giron fédéraliste, signature à l\u2019appui, finirait par se faire, et c\u2019est là tout le sens de la politique du Canada anglais et des gouvernements libéraux et conservateur depuis la Nuit des longs couteaux.Le nationalisme s\u2019est absolument spécialisé en indépendantisme et la stratégie indépendantiste s\u2019est absolument déterminée sur un référendum, lui-même absolument fixé dans le temps.Cela fait pas mal trop d\u2019absolus.Je suis indépendantiste, convaincu qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre salut pour les Québécois que l\u2019indépendance.Pourtant, comment ne pas penser que la politique actuelle est trop étroite, trop mécanique, trop peu astucieuse?Pierre VADEBONCŒUR 1230 Aubert OUELLET* Professeur invité Ecole nationale d\u2019administration publique Les familles: une priorité nationale Une société soucieuse d\u2019assurer à chacun de ses membres des conditions optimales de développement doit tout mettre en oeuvre pour que les familles puissent bien assumer leurs fonctions.La famille est en effet l\u2019institution qui joue le rôle le plus déterminant dans le présent et le devenir de chaque personne.Elle demeure toujours le principal artisan du développement des enfants.Elle conditionne dans une très large mesure l\u2019avenir de chaque personne.Les attitudes, les valeurs et les comportements que la famille transmet à l\u2019enfant vont imprégner toute sa vie.L\u2019influence de la famille n\u2019est pas seulement déterminante dans le développement individuel de chaque personne.Elle joue également un rôle majeur dans le devenir de toute la société.Elle maîtrise l\u2019une des clefs essentielles de l\u2019avenir collectif, car c\u2019est elle qui donne la vie et forme les citoyens et les citoyennes de demain.Elle est la première gardienne de la culture: c est d abord par elle que se transmettent d\u2019une génération à l\u2019autre les valeurs, les traditions et la langue.La famille exerce aussi une influence majeure sur le développement écono- * Aubert Ouellet a dirigé le Secrétariat à la famille du Québec de février 1988 à mai 1991.1231 mique: elle prépare les femmes et les hommes qui seront les travailleurs, les consommateurs, les entrepreneurs et les chefs d\u2019entreprise de demain.Elle éduque ceux et celles qui dirigeront notre société dans quelques années.La famille est donc le pivot du développement individuel et du devenir collectif.Tous les citoyens ont intérêt à ce que cette communauté de base soit forte et performante.Ils doivent s\u2019assurer que les conditions de vie des familles, le soutien aux parents, l\u2019accueil des jeunes enfants soient en tête des priorités nationales.1.La famille: une institution changeante et durable Les familles québécoises se sont transformées à un rythme accéléré au cours des trois dernières décennies.Ces transformations ont touché de nombreux aspects de la vie familiale.Elles se poursuivent d\u2019ailleurs toujours, comme l\u2019indiquent clairement les données du dernier recensement.La famille est le pivot du développement individuel et du devenir collectif.1.1 La composition des familles Voyons d\u2019abord le portrait global des familles.Le tableau 1 présente la répartition des familles1 selon leur composition et le nombre de leurs enfants.On peut voir que huit familles sur dix sont formées d\u2019un couple vivant avec des enfants.Il peut s\u2019agir de familles «intactes», c\u2019est-à-dire d\u2019un couple vivant avec les enfants issus de son union ou avec les enfants qu\u2019il a adoptés.Il peut aussi s\u2019agir de familles recomposées.Dans ces familles, chaque adulte n\u2019est pas le parent naturel ou adoptif de chaque 1.Le terme famille dans le présent article réfère à une cellule formée d\u2019un ou de plusieurs adultes vivant avec un ou plusieurs enfants.Les couples ou les adultes qui ne vivent pas avec au moins un enfant ne sont pas considérés comme une famille.1232 enfant.On y retrouve des enfants issus d\u2019une ou de plusieurs unions antérieures de l\u2019un ou des deux conjoints.On ne connaît pas l\u2019ampleur réelle des familles recomposées.On a tout lieu de croire que leur proportion s\u2019accroît rapidement, en raison du nombre des divorces et des séparations.Tableau 1 Répartition des familles selon le nombre de leurs enfants, Québec, 1986-1991 \t1986 Nombre\t%\t\t1991 Nombre\t%\t\tÉvolution 1986 = 100 Familles biparentales\t961 250\t79,19\t972 290\t78,34\t101,15 1 enfant\t355 470\t29,28\t383 975\t30,94\t108,02 2 enfants\t407 905\t33,60\t416 295\t33,54\t102,06 3 enfants ou plus\t197 800\t16,30\t172 025\t13,86\t86,97 Familles monoparentales\t252 650\t20,81\t268 880\t21,66\t106 42 Parent de sexe féminin\t208 655\t17,19\t220 120\t17,73\t105,49 1 enfant\t123 410\t10,17\t135 835\t10.94\t110,07 2 enfants\t61 415\t5,06\t64 395\t5,19\t104,85 3 enfants ou plus\t23 845\t1,96\t19 890\t1,60\t83^41 Parent de sexe masculin\t44 305\t3,65\t48 760\t3,93\t110,06 1 enfant\t26 960\t2,22\t31 195\t2,51\t115,71 2 enfants\t12 090\t1,00\t13 565\t1,09\t112,20 3 enfants ou plus\t5 235\t0,43\t4 000\t0,32\t76,41 Total des familles\t1 213 855\t100,00\t1 241 170\t100,00\t102,25 Source: Statistique Canada, Recensements 1986 et 1991\t\t\t\t\t Huit familles sur dix sont formées d\u2019un couple vivant avec des enfants.Dans une famille sur cinq, un parent seul assure l\u2019éducation des enfants; ce sont les familles dites monoparentales.Leur nombre s\u2019est accru de plus de 6% entre 1986 et 1991, une croissance presque six fois plus forte que celle qu\u2019ont connue les familles biparentales.Plus de huit fois sur dix, le parent seul est une femme.On note cependant, entre 1986 et 1991, une plus forte croissance des familles monoparentales dirigées par un homme.En ce qui concerne la taille des familles, le mouvement à la baisse amorcé il y a une trentaine d\u2019années se poursuit.Entre les deux 1233 recensements, les enfants de troisième rang et de rang supérieur ont diminué de plus de 13 % dans les familles biparentales et encore davantage dans les autres familles.Tableau 2 Distribution des naissances selon le rang, Québec, 1961-1991\t\t\t\t Année\tRang 1\tRang 2\tRang 3\tRang 4 et + 1961\t26\t22\t16\t36 1966\t34\t24\t15\t27 1971\t43\t29\t13\t15 1976\t48\t34\t12\t6 1981\t47\t36\t13\t4 1986\t47\t37\t12\t4 1991\t46\t35\t13\t5 Source: Bureau de la statistique du Québec\t\t\t\t Les informations contenues au tableau 2 nous permettent de constater combien la répartition des naissances selon le rang s\u2019est modifiée au cours des trois dernières décennies.Trente-six pour-cent des enfants nés en 1961 étaient de quatrième rang ou de rang supérieur.Dès 1976, cette proportion avait été divisée par six.En 1991, les naissances de quatrième rang ou de rang supérieur représentaient cinq pourcent du total.La taille des familles a donc diminué de façon accélérée.1.2 Les cycles de la vie familiale Il n\u2019y a pas seulement la composition des familles qui a changé.Les cycles de la vie familiale ont eux aussi subi de profondes modifications.À ce chapitre, il faut d\u2019abord mentionner que le mariage a beaucoup perdu de sa faveur2.2.Duchesne, L., La situation démographique au Québec, 1991-1992, Bureau de la statistique du Québec, 1992.Dans une famille sur cinq, un parent seul assure l'éducation des enfants.1234 Tableau 3 Évolution des mariages, Québec, 1961-1991\t\t\t Année\tNombre\tÉvolution\t \t\t1961 = 100\t1976 = 100 1961\t35 943\t100,00\t70,53 1966\t44 411\t123,56\t87,15 1971\t49 695\t138,26\t97,52 1976\t50 961\t141,78\t100,00 1981\t41 006\t114,09\t80,47 1986\t33 108\t92,11\t64,97 1991\t28 922\t80,47\t56,75 Source: Bureau de la statistique du Québec.\t\t\t Seulement 38 % des hommes et moins de 43 % des femmes se marieront dans l\u2019avenir.Le nombre de mariages célébrés a commencé à diminuer à compter de 1972.Comme on peut le voir au tableau 3, la chute a été particulièrement marquée depuis 1976, les mariages de 1991 représentant moins de 57 % de ce qu\u2019ils étaient en 1976.Si les tendances observées en 1991 se maintiennent, seulement 38 % des hommes et moins de 43 % des femmes se marieront dans l\u2019avenir, comparativement à 91 % pour les hommes et 86 % pour les femmes en 1971.La situation québécoise est vraiment particulière.Le tableau 4 montre les indices synthétiques de nuptialité de certains États.Le degré de défaveur qui caractérise le mariage au Québec ne se retrouve nulle part ailleurs.On peut voir au tableau 4 l\u2019indice synthétique de nuptialité de certains États.La distance est grande entre les taux québécois et ceux des autres États.Les raisons de ce phénomène demeurent obscures.Est-ce une conséquence des contraintes réelles ou perçues que la législation d\u2019ici impose aux femmes et aux hommes qui contractent un mariage?Est-ce le symptôme d\u2019un malaise entre les hommes et les femmes?1235 Est-ce un refus plus prononcé au Québec qu\u2019ailleurs de s\u2019engager à long terme?Pour l\u2019instant, on ne peut que poser des questions.Tableau 4 Indice synthétique de nuptialité des célibataires dans certains États, 1989,1990 ou 1991\t\t\t État\tAnnée\tIndice synthétique\t \t\tHommes\tFemmes Québec\t1991\t0,381\t0,425 Canada\t1990\t0,631\t0,674 Angleterre-Galles\t1989\t0,629\t0,649 Norvège\t1990\t0,521\t0,551 France\t1990\t0,551\t0,563 Suède\t1990\t0,524\t0,557 Danemark\t1990\t0,562\t0,596 Source: Duchesne, L., La situation démographique au Québec, BSQ, Édition 1993,\t\t\t p.70.\t\t\t Le mariage survient à un âge plus avancé.L\u2019âge moyen au premier mariage s\u2019est accru de plus de deux ans entre 1971 et 1991, tant chez les hommes que chez les femmes.La diminution de la nuptialité a comme conséquence une augmentation du nombre d\u2019unions de fait.Les jeunes choisissent en majorité l\u2019union libre comme prélude ou substitut au mariage3.Les naissances hors mariage se sont donc multipliées, comme on peut le voir au tableau 5.En 1961, les naissances de parents non mariés représentaient moins de 4% de toutes les naissances.En 1971, cette proportion n\u2019était 3.Lapierre-Adamcyk, E.Balakrishan, T.R.Krotki, K.J., «La cohabitation au Québec, prélude ou substitut au mariage?Les attitudes des jeunes Québécoises» dans Couples et parents des années quatre-vingt, sous la direction de Renée B.Dandurand, 1987.1236 Les jeunes choisissent en majorité l\u2019union libre. Évoli\t\tTableau 5 Jtion des naissances selon l\u2019état matrimonial des parents, Québec, 1961-1991\t\t\t\t\t Année\t\tNaissances de parents mariés Nombre\t%\t\t\tNaissances de parents non mariés Nombre\t%\t\tTotal 1961 1966 1971 1976 1981 1986 1991\t\t134 719\t96,33 106 137 94,13 86 072\t91,82 88 461\t90,25 80 431\t84,44 61 600\t72,83 57 630\t59,20\t\t\t5\t138\t3,67 6\t620\t5,87 7\t671\t8,18 9 561\t9,75 14 816\t15,56 22 979\t27,17 39 718\t40,80\t\t139 857 112 757 93 743 98 022 95 247 84 579 97 348 I Source: Bureau de la statistique du Québec.\t\t\t\t\t\t\t En 1991, quatre naissances sur dix survenaient hors mariage.\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2014 1 encore que de 4%.En 1991, quatre naissances sur dix survenaient hors4mariage; si l\u2019on ne tient compte que des naissances de premier rang, c\u2019est plus d\u2019une sur deux.La fécondité a chuté de façon considérable au cours des dernières décennies, comme on peut le voir au tableau 6.L\u2019indice synthétique de fécondité était de 3,77 enfants par femme en\t\t\t\t Indit\tTableau 6 :e synthétique et âge moyen des mères à la naissance de leurs enfants, Québec, 1961-1971\t\t\t\t\t\t Année\tIndice synthétique de fécondité\t\t\tà la Premier enfant\tAge moyen naissance d< Deuxième enfant\tdes mères leurs enfar Troisième enfant\tits Tous les enfants 1961 1966 1971 1976 1981 1986 1991\t3,77 2,72 1,99 1,81 1,62 1,36 1,63\t\t\t24,38 24,36 24,75 25,18 25,50 25,77 26,05\t26,60 26,90 27,49 27,80 28,08 28,30 28,52\t28,83 29,18 29,93 30,01 30,05 30,21 30,35\t38,94 28.50 27,91 27,27 27,41 27.51 27,71 Source: Bureau de la statistique du Québec.\t\t\t\t\t\t\t \t\tJ.\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1237 19614 ; il a atteint son plus bas niveau, soit 1,35, en 1987.Depuis, il a augmenté de façon très sensible pour atteindre 1,63 en 1991.Il est demeuré à peu près stable en 1992 et 1993.On est encore très loin d\u2019une fécondité qui assurerait le renouvellement des générations.Le calendrier des naissances s\u2019est modifié, particulièrement au cours des récentes années.L\u2019âge moyen des mères à la première et à la deuxième naissance a augmenté de près de deux ans depuis 1961 et de près d\u2019un an et demi dans le cas des naissances de troisième rang.Enfin, le divorce fait aussi partie des cycles de vie d\u2019un grand nombre de familles.Le divorce a crû très rapidement depuis la fin des années 1960.Son niveau est à un point tel que si les comportements de 1991 se maintiennent dans l\u2019avenir, un mariage sur deux se terminera par un divorce.On estime d\u2019ailleurs que la majorité des enfants qui naissent aujourd\u2019hui vivront au moins une transformation de leur structure familiale avant d\u2019atteindre l\u2019âge de 18 ans5.Les informations sur les séparations des couples en union de fait sont déficientes.La recherche sur cette question fait grandement défaut.Plusieurs affirment qu\u2019elles sont plus fréquentes que les divorces chez les couples mariés.Si les comportements de 1991 se maintiennent un mariage sur deux se terminera par un divorce.1.3 L\u2019organisation de la vie familiale L\u2019organisation de la vie familiale a aussi changé.L\u2019exercice de l\u2019autorité parentale, ba- 4.\tDans l\u2019après-guerre, il avait atteint son plus haut niveau en 1957 à 4,09.5.\tMarcil-Gratton, N\u201e Lapierre-Adamcyk, E., Les modes de vie des nouveaux adultes et leur impact sur les enfants au Canada, Rapport de recherche soumis au Secrétariat de l\u2019étude de l\u2019évolution démographique et son incidence sur la politique économique et sociale, 1990.1238 Tableau 7 Évolution des divorces, Québec, 1971-1991\t\t Année\tNombre\tÉvolution \t\t1971=100 1971\t5 203\t100,00 1976\t15 186\t291,87 1981\t19 193\t368,88 1986\t18,399\t353,62 1991 \u2014\t20 277\t389,72 Source: Bureau de la statistique du Québec.\t\t L\u2019exercice de l'autorité parentale, passe désormais par la voie de la communication.sée autrefois sur une structure hiérarchique commandant obéissance et soumission, passe désormais par la voie de la communication où l\u2019écoute, l\u2019explication et parfois la négociation tiennent une place majeure.La famille traditionnelle composée d\u2019un père pourvoyeur et d\u2019une mère à la maison est caractérisée par une division rigide des rôles familiaux; ce modèle familial est en voie de disparition.Les nouvelles modalités de l\u2019organisation familiale nécessitent une nouvelle définition des rôles des mères et des pères.Les mères sont maintenant très intégrées au marché du travail.Entre 1976 et 1991, comme l\u2019indique le tableau 8, le taux d\u2019activité des Tableau 8 Taux d\u2019activité des femmes selon l\u2019âge de leurs enfants, Québec, 1976-1991 Age des plus jeunes enfants 1976\t1981\t1986\t1991 28,50\t43,20\t54,70\t60,60 32,20\t45,90\t56,60\t64,60 40,30\t52,00\t60,50\t71,30 35,90\t48,10\t58,10\t67,00 Tous moins de 3 ans Au moins un de 3 à 5 ans Au moins un de 6 à 15 ans Total Source.Statistique Canada.Enquête sur la population active. femmes ayant des enfants de moins de 16 ans est passé de moins de 26% à 67 %.Celui des femmes dont tous les enfants ont moins de 3 ans est passé de 28,5 % à 60,6%.On peut présumer que ce mouvement généralisé de participation au marché du travail des femmes qui ont des enfants mineurs va se poursuivre et peut-être encore s\u2019accentuer dans l\u2019avenir.Malgré leur travail à l\u2019extérieur du foyer, les femmes continuent d\u2019assumer la majorité des tâches domestiques.Cette réalité est maintenant ressentie comme injuste et fait l\u2019objet de négociations dans un grand nombre de familles.Pour leur part, les pères sont confrontés à de nouvelles attentes.Ils doivent devenir de «nouveaux pères» et prendre une part beaucoup plus active dans l\u2019éducation et le soin des enfants.Ils ne sont plus les seuls pourvoyeurs: ils partagent désormais ce rôle avec les mères.Ces dernières doivent aussi faire une plus grande place aux pères à l\u2019intérieur du foyer.L\u2019écart entre les nouvelles attentes et l\u2019héritage culturel lié au rôle de père cause une incertitude certaine, particulièrement chez les pères eux-mêmes6.Pour compléter ce portrait des familles québécoises, il faut dire quelques mots des familles autochtones et des familles immigrées.On observe des différences appréciables chez les familles autochtones, où la taille des familles est généralement plus grande7.La monoparentalité y est plus fréquente et les couples sans enfant y sont beaucoup moins nombreux.L\u2019âge moyen à la maternité demeure très bas.Aussi est-il courant d\u2019être grands-parents avant Chez les familles autochtones, où la taille des familles est généralement plus grande.6.\tVoir Dulac, G., La paternité: les transformations sociales récentes, Conseil de la famille, 1993.7.\tSecrétariat aux affaires autochtones, Monographies autochtones, Québec, 1993.1240 d\u2019atteindre la quarantaine.Les grands-parents ont, dans ces familles, un rôle important dans l\u2019éducation des enfants, étant donné la place occupée par la famille élargie.Les ménages autochtones sont souvent composés de trois et parfois même de quatre générations, à cause notamment de la pénurie de logements.Quant aux familles immigrées, leur portrait est relativement semblable à celui de l\u2019ensemble des familles québécoises, du moins quant à leur taille8.Elles sont par contre confrontées à des problèmes particuliers liés au processus migratoire et à leur intégration économique, culturelle, sociale et linguistique dans leur nouvelle communauté.Malgré tous les changements la famille conserve toutes ses fonctions essentielles.1.4 Les fonctions de la famille Malgré tous les changements qu\u2019elle a connus, la famille conserve toutes ses fonctions essentielles.Elle assure la reproduction des êtres humains.Elle est responsable du développement des enfants.Elle doit procurer à ses membres la protection et la sécurité.On s\u2019attend à ce qu\u2019elle soit un lieu de solidarité et un milieu propice à l\u2019épanouissement des adultes.La famille donne un sens à la vie.Les fonctions des familles ne se sont pas modifiées, mais elles doivent s\u2019exercer dans un contexte différent, ce qui entraîne des difficultés nouvelles.Par exemple, dans l\u2019éducation des enfants, les parents sont confrontés avec des acteurs de plus en plus nombreux qui, consciemment ou non, proposent des valeurs, des normes et des comportements qui viennent parfois en conflit avec ceux qu\u2019ils voudraient voir leurs enfants adopter.La télévision, la radio, le cinéma, les bandes dessinées et les jeux vidéo Mongeau, J., Portrait des familles immigrées au Québec, 1986, INRS-Urbanisation, 1990.1241 sont omniprésents.Ils peuvent être des instruments complémentaires à l\u2019action des parents; ils peuvent aussi devenir des compétiteurs parfois gênants.Par ailleurs, si les familles comportent moins d\u2019enfants, leurs charges ne sont pas nécessairement diminuées.En effet, de plus en plus de familles doivent prendre soin de personnes âgées ou de jeunes adultes.Cette fonction prendra de plus en plus d\u2019importance avec le vieillissement de la population que le Québec connaîtra inévitablement au cours des prochaines années.Beaucoup de personnes âgées ont besoin de soutien et parfois d\u2019une attention constante.En contrepartie, plusieurs personnes âgées ont des disponibilités et une expertise qui peuvent être mises à contribution pour aider à résoudre des difficultés rencontrées dans différents milieux.Cette situation pourrait entraîner de nouvelles formes de solidarité au sein même des familles au cours des prochaines années.Une proportion importante de familles doit également soutenir les enfants pendant un plus grand nombre d\u2019années que dans le passé.Les jeunes adultes vivent de plus en plus une période intermédiaire entre le moment de quitter la famille d\u2019origine et la fondation d\u2019une nouvelle famille.Parce que plusieurs sont confrontés à une situation précaire sur le marché du travail et aussi parce que le nombre d\u2019années d\u2019études tend à augmenter, cette période est de plus en plus longue.Les difficultés économiques obligent même certains jeunes à retourner vivre dans leur famille d\u2019origine après une première expérience en dehors de leur milieu familial.1.5 L\u2019importance de la famille Devant l\u2019ampleur de ces transformations, on se demande si la famille constitue encore une valeur importante pour les Québécois et les Une proportion importante de familles doit soutenir les enfants pendant un plus grand nombre d\u2019années.1242 La famille demeure chez nous une valeur très importante.Québécoises, s\u2019agit-il d\u2019une institution en voie de disparition, comme certains se sont plus à le prédire?Au cours des dernières années, plusieurs sondages9 réalisés sur des questions ayant trait à la famille en arrivent aux mêmes constatations.L avenir de la famille est considéré comme un sujet important par la presque totalité des personnes interrogées.La famille se situe au sommet des préoccupations des Québécois et des Québécoises.Elle demeure en tête de nos valeurs.Le nombre d\u2019enfants désirés est élevé et l\u2019opinion des plus jeunes (17-24 ans) est sensiblement la même que celle des plus âgés (31-44 ans).Bref, la famille demeure chez nous une valeur très importante.C\u2019est à nous tous collectivement qu il appartient de la soutenir et de créer des conditions lui permettant d\u2019assurer sa vitalité et son dynamisme.C\u2019est la raison d\u2019être de la politique familiale.2.Une politique familiale globale, multi-sectorielle et concertée En 1987, le Québec a adopté pour la première fois une politique familiale.Il est un des seuls États en Amérique du Nord à avoir posé ce geste.À plusieurs égards, la politique de la famille du Québec constitue une politique originale par rapport à ce que l\u2019on retrouve ailleurs dans le monde.Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une politique globale en ce qu\u2019elle s\u2019adresse à toutes les familles, quels que soient leurs caractéristiques, leur revenu, leur origine, leur composition ou le nom- Voir notamment les sondages réalisés en 1985, 1988 et 1991 et publiés par le Secrétariat à la famille.La famille et le désir d'enfants, Québec, Gouvernement du Québec, 1992.1243 bre de leurs enfants.Dans plusieurs états, la politique familiale ne s\u2019adresse qu\u2019à certaines familles, par exemple celles qui ont des difficultés particulières ou celles qui sont à faible revenu.Le Québec a opté pour une politique plus universelle.Toutes les familles ayant des enfants à leur charge sont visées par sa politique.C\u2019est aussi une politique qui veut trouver son application dans les multiples secteurs d\u2019activités qui peuvent avoir une influence sur les conditions de vie des familles; c\u2019est une politique multi-sectorielle.Les deux premiers plans d\u2019action10 illustrent cette réalité.Les mesures de ces deux plans triennaux concernent de multiples secteurs d\u2019activités (sécurité du revenu, santé, services sociaux, éducation, travail, habitation, loisirs, sécurité publique, fiscalité, recherche, etc.).La plupart des ministères et plusieurs organismes gouvernementaux ont participé à l\u2019élaboration et à la mise en oeuvre de ces deux premiers plans.Un mécanisme permanent de coordination interministérielle, sous la direction du Secrétariat à la famille, est d\u2019ailleurs en opération depuis l\u2019adoption de la politique familiale en 1987.C\u2019est enfin une politique qui fait appel à tous les acteurs majeurs de la société.Le Québec a affirmé à plusieurs reprises qu\u2019une politique de la famille adaptée aux besoins ne peut être confinée au gouvernement, même si le gouvernement doit y jouer un rôle de leadership indispensable.C\u2019est ainsi que cette politique interpelle les municipalités, les entreprises, les Une politique de la famille adaptée aux besoins ne peut être confinée au gouvernement.10.Secrétariat à la famille, Familles en tête, Plan d\u2019action en matière de politique familiale 1989-1991, Québec, Gouvernement du Québec, 1989, 57 p.et Familles en tête, Plan d\u2019action en matière de politique familiale 1992-1994, Québec, Gouvernement du Québec, 1992, 51p.1244 Les congés de maternité, de paternité et parentaux ont été améliorés dans la Loi sur les normes du travail.syndicats, les écoles, les établissements de santé et de services sociaux, les organismes familiaux et communautaires et les autres agents qui influencent l\u2019évolution de notre société.Il s agit donc d\u2019une politique de concertation.3.Des plans d\u2019action triennaux et des partenaires nombreux Cette politique, elle a principalement trouvé son expression dans deux plans d\u2019action, d\u2019une durée de trois ans chacun.Le deuxième plan, Familles en tête 1992-1994, en est présentement dans sa dernière année.Même si cette politique est encore très jeune \u2014 elle a à peine six ans \u2014, des progrès indéniables et importants ont été réalisés jusqu\u2019à maintenant dans plusieurs secteurs névralgiques de la politique familiale.À titre d\u2019exemples, mentionnons que le soutien financier aux familles a été accru de façon marquée.Les congés de maternité, de paternité et parentaux ont été introduits ou améliorés dans la Loi sur les normes du travail.L\u2019information et le soutien à tous les parents d\u2019un premier enfant sont devenus des réalités dans un grand nombre de centres locaux de services communautaires.Les services de garde ont été considérablement développés.Des efforts sérieux ont été consentis pour améliorer les relations entre l\u2019école et la famille.La tarification familiale, tant dans les services privés que publics, s\u2019est développée un peu partout.Ces progrès, plusieurs y ont contribué.Beaucoup de ministères et d\u2019organismes ont appliqué la politique de la famille dans leurs propres secteurs d activités.Les organismes familiaux et plusieurs commissions scolaires et établissements de santé et de services sociaux ont été des partenaires actifs.À la suite de 1 invitation qui leur était lancée conjointement par le ministre délégué à la Famille et les prési- 1245 dents des deux unions regroupant les municipalités du Québec en octobre 1988, un grand nombre de municipalités se sont dotées d\u2019une politique de la famille ou sont en voie de le faire.Plus récemment, d\u2019autres partenaires se sont ajoutés, notamment les organisations patronales et syndicales.La politique familiale au Québec est donc devenue à plusieurs égards, au cours des dernières années, une véritable entreprise collective, où les partenaires sont nombreux.On peut avoir une idée du nombre et de l\u2019importance des partenaires impliqués en jetant un coup d\u2019œil sur la composition du Bureau québécois de l\u2019Année internationale de la famille1'.Cet organisme, dont la création était annoncée dans le deuxième plan d\u2019action, a été La politique familiale au Québec est devenue une véritable entreprise collective.11.Mis sur pied par le Secrétariat à la famille en octobre 1992, le Bureau est un organisme sans but lucratif, incorporé en vertu de la troisième partie de la Loi sur les compagnies.Son mandat est le suivant: \u2022\tassurer la réalisation d\u2019un programme d\u2019activités, tant au niveau local, régional que national, pour la préparation et la célébration de l\u2019Année internationale au Québec; \u2022\tcoordonner la tenue d\u2019activités thématiques régionales en 1993 et 1994 sur les objectifs à poursuivre en matière familiale d\u2019ici l\u2019an 2000; \u2022\tpromouvoir une participation effective de tous les secteurs aux activités de l\u2019Année internationale de la famille, notamment les familles et les organismes qui les représentent, les organisations syndicales et patronales, les entreprises privées, les organismes publics et parapu-blics, les organisations coopératives, les municipalités, les ministères et les organismes gouvernementaux ; \u2022\tsensibiliser l\u2019opinion publique à l\u2019importance de reconnaître la famille comme l\u2019une des ressources-clé du développement de la société québécoise; \u2022\tsusciter les contributions financières des différents partenaires socio-économiques ; \u2022\tgérer un fonds de subventions destiné à promouvoir et à soutenir la réalisation du programme d\u2019activités; et \u2022\tétablir les bases de l\u2019action à poursuivre à l\u2019égard des familles au-delà de l\u2019Année internationale de la famille.1246 mis sur pied en 1992 pour faciliter la préparation et coordonner les activités de l\u2019Année internationale au Québec.On y retrouve des représentants des municipalités, des organisations syndicales, patronales et coopératives, des commissions scolaires, des associations d\u2019établissements de santé et de services sociaux, des organismes familiaux et du gouvernement.Une organisation similaire au Bureau québécois a été mise sur pied dans toutes les régions du Québec.À ma connaissance, il n\u2019y a pas, dans le monde, un autre état où l\u2019on retrouve une aussi grande concertation d\u2019un aussi grand nombre d\u2019acteurs dans la politique familiale.Au début de l\u2019année 1994, les mécanismes devant conduire à l\u2019élaboration du troisième plan d\u2019action ont été mis en place.Le Secrétariat à la famille a initié ce processus en publiant un document d\u2019orientation12.En mars, les quelque cinquante principaux organismes interpellés par la politique familiale se sont rencontrés, sous la présidence de la ministre déléguée à la Famille, pour amorcer la préparation de ce troisième plan.Les domaines que touchera la plan ont été identifiés.Il s\u2019agit de la prévention, de la conciliation des responsabilités familiales et du travail, du soutien financier et de 1 amélioration du milieu de vie des familles.On en est maintenant arrivé à un consensus sur les principaux défis à relever.Il sera intéressant d\u2019analyser les résultats de l\u2019opération en cours pour connaître à quel point les divers organismes impliqués accepteront de s\u2019engager à modifier leurs politiques et leurs pratiques pour faire une meilleure place aux familles dans notre société.12.Secrétariat à la famille, Familles en tête 1995-1997: les défis à relever, Québec, Gouvernement du Québec, 1994, 143 p.1247 Pour répondre adéquatement aux besoins des familles, le troisième plan devra contenir des mesures concrètes permettant d\u2019améliorer les services aux jeunes enfants et faciliter la tâche de leurs parents.Il faut réorganiser en profondeur les services aux enfants de trois, quatre et cinq ans.Elle n\u2019a vraiment pas de sens la situation actuelle où parents et enfants sont engagés presque quotidiennement dans une course à obstacles où s\u2019entrecroisent gardiennes à domicile, garderies, pré-maternelles à mi-temps, maternelles à mi-temps et maternelles à trois quarts du temps, horaires mal coordonnés et travail à plein temps des deux parents.L\u2019on pourrait sans doute faire beaucoup mieux pour le même coût.Devront également s\u2019y retrouver des mesures conduisant les employeurs et les syndicats à modifier des pratiques faisant partie de la culture profonde de notre organisation du travail, mais mal adaptées aux réalités familiales actuelles.Sera-t-il possible d\u2019assouplir l\u2019application des règles relatives à l\u2019ancienneté pour faire en sorte que, dans le milieu hospitalier par exemple, ce ne soit plus surtout les mères de jeunes enfants qui aient à travailler le soir, la nuit et les fins de semaine, qui soient les dernières à choisir le moment de leurs vacances, qui soient les dernières à obtenir une place de stationnement?Ce sont des pratiques que le monde du travail lui-même devrait changer.Il serait aussi éminemment souhaitable que l\u2019on trouve les ressources nécessaires, au cours de la période couverte par le troisième plan, d\u2019améliorer le remplacement du revenu perdu à l\u2019occasion de la maternité.Présentement, une femme donnant naissance à un enfant peut, dans la meilleure des situations, recevoir des prestations de maternité pendant dix-sept semaines et des prestations parentales pendant dix semaines.Son revenu est remplacé à taux Il faut réorganiser en profondeur les services aux enfants de trois, quatre et cinq ans. Le nécessaire assainissement des finances publiques doit être l\u2019occasion de centrer l\u2019activité sur l'essentiel.inférieur à 60%.On fait beaucoup mieux, en matière de remplacement de revenu, pour les hommes et les femmes qui ont un accident du travail ou un accident d\u2019automobile.Il y a là une anomalie à corriger le plus rapidement possible.Conclusion Le Québec a amorcé au cours des dernières années un virage important en développant une politique articulée pour faire une meilleure place aux familles.Cette politique répond à des besoins incontestables, à un moment où les familles connaissent des transformations importantes, tant dans leur composition, leurs cycles de vie et leur organisation.Cette politique a attiré des partenaires nombreux et diversifiés.Deux plans d\u2019action de trois ans ont été adoptés et mis en œuvre.Un troisième plan est en voie d\u2019élaboration, en cette Année internationale de la famille.Des représentants des principaux acteurs socio-économiques du Québec sont associés à la préparation de ce troisième plan, qui devrait être rendu public au début de 1995.Il faut souhaiter que ce virage amorcé par le Québec plaçant les familles en tête des priorités collectives soit maintenu, malgré la sévérité de la situation des finances publiques.Le nécessaire assainissement des finances publiques doit précisément être l\u2019occasion de centrer l\u2019activité gouvernementale sur l\u2019essentiel et d abandonner l\u2019accessoire.Les familles doivent continuer d\u2019être dans les tout premiers rangs de nos priorités nationales.Nos politiques et nos pratiques, tant dans le domaine privé que public, dans tous les secteurs concernés, doivent contribuer à actualiser cette priorité.?1249 Tant vaut le village, tant vaut le pays Avant de vous présenter le travail qu\u2019accomplit Solidarité rurale, cette coalition de 25 organismes nationaux et électifs du Québec, je voudrais vous expliquer comment est né ce mouvement.Solidarité rurale fut créée aux lendemains de la tenue à Montréal des États généraux du monde rural en février 1991.Ces États généraux avaient été appelés par les délégués au congrès général de 1990 de l\u2019Union des producteurs agricoles du Québec (UPA).Et pour cause.Les agriculteurs et les agricultrices étaient à même de constater la détérioration, voire le déclin de leurs milieux de vie tant au plan social qu\u2019économique.Alors, nous avons mis plus d\u2019une année à préparer ces grandes assises.Si nous avons d\u2019abord mobilisé les membres de l\u2019UPA en leur demandant de tracer un portrait exhaustif de leur village, dès le départ, nous avons embauché une équipe d\u2019universitaires à qui nous avons confié la double tâche de réfléchir et d\u2019analyser le déclin des communautés locales québécoises et de rationaliser nos intuitions.Également, nous avons invité tous les autres partenaires du milieu rural québécois à s\u2019associer à ces États généraux notamment en nous présentant des mémoires.A deux reprises nous avons consulté ces partenai- Jacques A PROULX Président, Solidarité rurale 1250 Le monde rural dont on parle maintenant n\u2019est évidemment pas le monde rural ancien.res, afin de construire ensemble la voie qui nous conduisait à la rencontre des 6, 7 et 8 février 1991.Lors de la réunion des États généraux du monde rural, quelque 1 200 personnes, dont seulement 400 provenaient de l\u2019UPA, ont participé aux discussions sur les enjeux sociaux, économiques, politiques, culturels et environnementaux dressés devant les communautés locales.Cet exercice de réflexion, puis de décision, a notamment connu un grand rayonnement dans la presse nationale comme régionale.Pendant deux jours, le Québec socio-politique a vibré aux rythmes du monde rural.Nos deux jours ont culminé dans la Déclaration du monde rural auxquels tous les organismes aujourd\u2019hui membres de Solidarité rurale ont publiquement et solennellement adhéré.Cette déclaration témoigne de la promesse d\u2019hommes et de femmes ayant choisi, dans un premier temps, de faire échec au déclin de leur communauté et du même souffle d\u2019affirmer leur droit à la différence.Le monde rural Dès ses origines, Solidarité rurale se voulait résolument moderne, contemporaine et tournée vers l\u2019avenir.C\u2019est ainsi que, depuis les États généraux, nous définissons comme suit le milieu rural : «Le monde rural dont on parle maintenant n\u2019est évidemment pas le monde rural ancien, assimilé à l\u2019agriculture.C\u2019est ce monde formé par l\u2019ensemble des communautés humaines de taille relativement petite, implantées dans des territoires à faible densité de population et relativement peu construits, où se retrouvent des personnes occupées à de nombreuses activités, aussi bien du secteur primaire que des secteurs secondaire et tertiaire.C\u2019est ce monde qui, après que le terme lui-même de rural ait 1251 pratiquement disparu de notre vocabulaire, fait maintenant l\u2019objet de nombreuses préoccupations et de nombreuses études, un peu partout dans le monde, en raison de l\u2019importance qu\u2019il revêt pour l\u2019équilibre des sociétés.«Quelle est-ce donc, très sommairement tracée, la problématique générale de ce monde?\u2022\t«Déclin démographique manifesté par la perte de population, surtout la population jeune en âge de se reproduire et de créer de l\u2019activité, et, bien sûr, vieillissement de la population; \u2022\t«Déclin et déstructuration économique, manifestés dans de nombreuses localités par la diminution des activités et des emplois et l\u2019accroissement parfois spectaculaire du chômage et de l\u2019assistance; \u2022\t«Déclin et déstructuration sociale, manifestés par la diminution et l\u2019éloignement des services : éducation, santé, transport, communications, etc., par la perte des leaders et l\u2019affaiblissement des institutions; \u2022\t«Déclin culturel manifesté de multiples façons, mais peut-être de façon plus dramatique dans un certain nombre de communautés, par le développement d\u2019attitudes de dépendance, d\u2019attentisme et de passivité1.» Enfin, et cela caractérise notre époque, l\u2019agriculture et la forêt ne peuvent plus à elles seules assurer la prospérité de ce monde rural.Objectifs de Solidarité rurale Une fois défini le monde rural, ou l\u2019objet de nos études et de notre travail, nous avons taillé notre mandat ou notre façon de faire.1 Henri-Paul Proulx, secrétaire, SOLIDARITÉ RURALE.1252 L\u2019objectif central de Solidarité rurale est de promouvoir la revitalisation et le développement du monde rural, de ses régions et de ses localités, de manière à renverser le mouvement de déclin.L'objectif central de Solidarité rurale est de promouvoir le développement du monde rural.Au plan des orientations, Solidarité rurale propose une approche globale du développement intégrant ses aspects économique, social et culturel, consciente que la seule recherche de la croissance économique qui inspire principalement les grands décideurs n\u2019a pas réglé et ne peut pas régler les problèmes qui confrontent le monde rural et notre société en général.Nous proposons également une approche territoriale du développement où priment les intérêts et les enjeux des territoires et des communautés humaines qui y sont implantées, conscients que la seule approche sectorielle ne peut assurer un développement équitable pour tous les citoyens et toutes les régions et les localités.Cette approche favorise en particulier la diversification des activités économiques et l\u2019implication des populations dans le processus même du développement.Elle ne nie pas pour autant l\u2019importance de l\u2019action sectorielle et la nécessité d\u2019établir des liens entre les deux approches.Nous proposons une approche durable du développement, conscients qu\u2019une recherche de profits et de croissance à court terme qui n\u2019est pas contrebalancée par une préoccupation de durabilité conduit aux déséquilibres que l\u2019on connaît, autant par rapport à l\u2019environnement matériel que socio-économique.Solidarité rurale préconise évidemment ce modèle de développement pour le monde rural en particulier, misant d\u2019ailleurs et cherchant à valoriser ce qu\u2019il a de spécifique au plan de l\u2019environnement naturel, de l\u2019organisa- 1253 tion sociale (économique - sociale - politique) et de la culture.Du point de vue de son mode d\u2019action, Solidarité rurale priorise l\u2019action au niveau régional et local et cherche à faire naître et/ou animer des réseaux de personnes et d\u2019organismes capables de mettre en oeuvre à ces niveaux les orientations définies.Elle ne met pas de côté pour autant des actions au niveau national, des interventions sur de grands dossiers et même des appuis à des initiatives ou à des projets particuliers.L\u2019organisation de Solidarité rurale Du point de vue de l\u2019organisation matérielle, nous avons un petit bureau à Nicolet, au centre du Québec, où travaillent deux personnes payées par les cotisations de nos membres.De plus, plusieurs comités où s\u2019affairent des bénévoles siègent régulièrement sur des sujets ou des réalités aussi diversifiés que la formation de leaders en développement rural, le maintien des services dans les petites localités rurales, les modes de gestion et d\u2019aménagement de la forêt située à l\u2019intérieur et à proximité des localités rurales.Nous avons également formé un «Groupe de réflexion» dont les membres proviennent principalement des universités du Québec, pour poursuivre une étude globale sur la problématique et les voies d\u2019avenir du monde rural québécois.L\u2019une des actions importantes de notre coalition est l\u2019organisation et la tenue de sa conférence nationale annuelle.Certes, lieu de convivialité et de retrouvaille, ce temps fort nous sert à faire le point sur la situation sur le terrain en plus de semer à tout vent de l\u2019espoir.Cet espoir, nous le puisons dans les projets qui nous sont présentés par leurs protagonistes.Comme nous considérons avoir un mandat d\u2019éducation et d\u2019information important, Nous avons formé un « Groupe de réflexion» pour poursuivre une étude sur les voies d\u2019avenir du monde rural québécois.1254 Les gens vivront dans le monde rural, s\u2019il fait bon y vivre.nous organisons des sessions de formation, en plus de publier un bulletin que nous expédions gratuitement à plus de 700 abonnés.Enfin, au nom du monde rural, nous prenons position en nous présentant devant divers forums dont les commissions parlementaires provinciales et fédérales dont les travaux pourraient affecter nos conditions de vie.Tout cela étant dit, nous avons actuellement le sentiment d\u2019être à une croisée de chemin.Nous devons développer notre expertise si nous voulons vraiment agir concrètement dans nos milieux.Nous savons que notre analyse est juste mais nous devons la voir s\u2019épanouir en des actions très concrètes.Les groupes en région nous demandent souvent d\u2019intervenir ou de les conseiller et nous avons du mal à le faire.Très clairement, je crois que nous devons développer notre approche économique afin de vendre aux grandes entreprises notre savoir-faire.Nous avons, entre autres, l\u2019intuition que la concentration économique et industrielle est néfaste à l\u2019ensemble de la société.Et que même lorsque les entreprises croient économiser, elles y perdent.Ici, des travaux de recherche plus approfondis s imposent.En clair, les gens vivront, vieilliront et même reviendront dans le monde rural, s\u2019il fait bon y vivre à tout égard, incluant celui d\u2019y gagner dignement sa vie.Une présence internationale Dans le même ordre d\u2019idée, les gouvernements régionaux comme nationaux de tous les pays, surtout occidentaux, sont paralysés par la problématique rurale.D\u2019une main, ils concentrent leurs services, alors que l\u2019autre tremble craignant l\u2019urbanisation du monde.Mexico, Bombay et même New York ou Chicago sont générateurs de problèmes et surtout de misères.Alors, rien d étonnant a ce que de nombreux organismes internationaux, gouvernementaux 1255 ou non, s\u2019intéressent et s\u2019inquiètent du devenir des milieux ruraux.Tous ces organismes, OCDE, ONU, FAO, FIPA, ont en commun de réunir beaucoup de monde lors de commissions où siègent trop d\u2019experts et pas assez de ruraux.Alors, actuellement, avec des organisations sœurs de France, de Belgique, d\u2019Afrique du Nord, nous cherchons à mettre sur pied un mouvement international dont le mandat serait double: intervenir auprès de ces groupes internationaux au nom des ruraux du monde et partager entre nous nos expertises.Les universitaires doivent emboîter les pas et avoir la générosité de partager leur savoir avec les militants et les militantes que comptent nos groupes.D\u2019ailleurs votre générosité devrait vous conduire pour quelques années à poursuivre des travaux pratiques qui puissent supporter, justement, notre travail militant.Cessez d\u2019étudier nos misères et provoquez l\u2019espoir.Ce mouvement international fonctionnerait selon l\u2019exemple suivant: les Français actuellement mènent des travaux sur les effets déstructurants pour les communautés rurales de la taxation foncière.Ces travaux, d\u2019une part, nous intéressent et, d\u2019autre part, il serait inutile de les reprendre depuis le début; inspirons-nous en.Et ce d\u2019autant que nos équipes sont toutes réduites et un brin pauvres ! Aucune solution pour le monde rural n\u2019est envisageable si elle n\u2019est pas conduite par les ruraux.Conclusion Je conclurai cette courte présentation en affirmant qu\u2019aucune solution pour le monde rural n\u2019est envisageable si elle n\u2019est pas conduite par les ruraux eux-mêmes.Un des drames qui handicape nos communautés est certainement l\u2019attentisme des populations issu bien sûr des tonnes de programmes et de subsides déversés sur nous.Très souvent, hommes de la mer, nous ne savons plus pêcher.1256 Nous devrons, nous les ruraux, recréer, notre cadre de vie sans chercher à être «de la ville».Également, il faut cesser de croire que le milieu rural est agricole, forestier ou minier.Il est un monde qui offre d\u2019immenses possibilités, pourvu que nous sachions user des nouvelles technologies.Jamais il aura été aussi futile de concentrer les humains dans un même endroit pour qu\u2019ils travaillent ensemble.D\u2019ailleurs, cette vision large ou élargie du milieu rural est certes l\u2019idée majeure, qu\u2019apporte Solidarité rurale aux autres organisations du même type.Dans un autre ordre d\u2019idées et d\u2019une certaine manière, notre nombre est notre ennemi comme notre force.Nos milieux de vie sont emballants parce que petits et les gouvernements nous oublient, ou pire nous ignorent, parce que nous sommes peu nombreux.À ce faux paradoxe, il faudra opposer notre droit à la différence.Une société démocratique ne peut pas obliger ses membres à vivre en ville.Par contre, nous devrons, nous les ruraux, innover et créer, ou plutôt recréer, notre cadre de vie sans chercher à être «de la ville».Nos conforts doivent être autres, mais tous aussi épanouissants.Enfin, je vous rappelle huit mots qui soulèvent et me donnent du cœur à l\u2019ouvrage.Ces mots sont le mariage heureux du slogan de Solidarité rurale et de sol et civilisation, son homologue français.Donc, parce qu\u2019«il n\u2019y a pas de pays sans paysans», nous savons que «tant vaut le village, tant vaut le pays».?1257 Les états généraux du monde rural La déclaration du monde rural Préambule Les États généraux du monde rural, réunis à Montréal les 3, 4 et 5 février 1991 : -\tconscients de leur responsabilité face aux Québécoises et Québécois; convaincus que le monde rural est actuellement confronté à une grave crise structurelle dans tous les secteurs de l\u2019activité humaine et naturelle; -\tdécidés à prendre en main le développement général et particulier du milieu rural; -\tprêts à vivre en solidarité d\u2019action dans chacune des régions et entre elles; assurés de parler au nom de l\u2019intérêt particulier et général des citoyennes et citoyens du milieu rural; s\u2019engagent solennellement: à tout mettre en oeuvre dans leur domaine d\u2019intervention respectif pour favoriser la concrétisation du modèle de développement rural tel que défini par l\u2019exercice des États généraux; à respecter les éléments spécifiques qui ont été dégagés et qui sont à la base de l\u2019édification de la nouvelle ruralité.Ces éléments sont les suivants: 1258 \u2022\tla valorisation de la personne \u2022\tla prise en charge, par le milieu, de son avenir \u2022\tle respect et la promotion des valeurs régionales et locales \u2022\tla concertation des partenaires locaux et régionaux \u2022\tla diversification de la base économique régionale \u2022\tla protection et la régénération des ressources \u2022\tle rééquilibrage des pouvoirs politiques du haut vers le bas \u2022\tla promotion de mesures alternatives pour un développement durable.Par cet engagement, nous nous rangeons résolument aux côtés de ceux et celles qui travaillent à inventer et à bâtir une nouvelle société rurale et non pas aux côtés de ceux et celles qui considèrent la désertification de l\u2019espace rural comme une fatalité.?LA SOCIÉTÉ D'ARTHRITE Christiane Quessy Directrice régionale, Rive-Nord, Outaouais 1250, rue Paquin, suite 2, île St-Jean Terrebonne Qc J6W 3Z8 Tel.: 492-8177 Fax: 492-8177 Oui, je veux DONNER.une lueur d'espoir 1259 Quand l'autre Québec aménage son avenir: Les défis d'une ruralité québécoise moderne Au lieu de parler de l\u2019autre Québec, j\u2019aurais pu parler du «Québec profond», comme on dit outre-Atlantique la France profonde; cela m\u2019aurait semblé un emprunt trop facile pour toutefois désigner une même réalité, le monde rural.De fait, cet autre Québec qui s\u2019était sensiblement rapproché du reste du monde québécois par les traits culturels, le niveau et les modes de vie, est en train de s\u2019en distancier de nouveau sous l\u2019aspect de la composition ethnique.Alors que nos grandes villes deviennent «multi-ethniques», le reste du Québec, largement rural, reste fortement homogène et ce n\u2019est pas quelques immigrants en région qui vont changer sa physionomie.Si cette nouvelle différenciation rurale-urbaine risque de redevenir une catégorie utile d\u2019analyse dans les années à venir au moment même où on commençait sérieusement à douter de sa pertinence, elle ne constitue pas la trame du présent article mais elle sert d\u2019entrée en matière pour ajouter, comme s\u2019il en fallait, une pièce à conviction de plus dans notre quête de la ruralité comme réalité sociale bien vivante.En effet, si la chose ne fait pas de doute dans l\u2019esprit des ruraux, la définition de la ruralité cause largement problème dans les sciences sociales, de sorte que le premier défi dont nous Bruno JEAN Professeur Université du Québec à Rimouski 1260 avons à faire face, c\u2019est celui de définir ce qu\u2019est la ruralité elle-même.Une fois qu\u2019on aura convaincu le lecteur de l\u2019existence indéniable de la ruralité, nous nous attaquerons à la tâche évoquée par le titre, soit l\u2019identification des défis auxquels fait face le monde rural québécois.Pour des raisons de clarté, nous proposons de resituer ces défis selon une classification simple mais efficace pour les ordonner, soit les défis démographique, social, culturel, institutionnel (politico-administratif) et environnemental.Une longue écoute et une lecture des revendications des ruraux eux-mêmes, dans plusieurs forums qui se mis en place avec les États généraux du monde rural de 1991 et Solidarité rurale ou la Coalition Urgence rurale dans le Bas Saint-Laurent ou le Collectif rural d\u2019intervention en Abitibi, auront lentement permis l\u2019identification de ces défis et leur mise en forme.Ici, j\u2019agis donc comme le scribe de ce mouvement social, même si j\u2019avoue que je n\u2019ai pas été un reporter fidèle croyant être, par mes recherches sur les mutations ou les restructurations de ce monde rural, en mesure de proposer certains diagnostics.Mettre au clair les défis de la ruralité moderne, c\u2019est en quelque sorte, annoncer, sans le dire, les objectifs et le contenu d\u2019une politique rurale qui nous fait cruellement défaut.La tâche qui nous incombe, ce n\u2019est pas seulement de comprendre lucidement les mutations et le déclin du monde rural québécois, c\u2019est aussi de l\u2019accompagner dans sa lutte pour obtenir les outils propres à assurer, non la gestion de sa mort lente, mais sa renaissance impulsée par ses forces vives et une politique rurale cohérente.Dans la seconde partie de cet article, après la présentation synoptique des défis, on tentera de jeter les bases d\u2019une politique rurale, ou plutôt d\u2019identifier quelques lignes directri- 1261 ces à la base de son élaboration comme de sa mise en oeuvre effective.Un premier défi: définir la ruralité Il faut savoir que dans le monde scientifique, l\u2019identification du monde rural procède par la négative ; c\u2019est ce qui reste une fois identifiées les zones urbaines.Nous proposons ici quelques éléments d\u2019une définition plus objective et positive de la ruralité sur laquelle devrait prendre appui toute politique rurale.L\u2019espace rural se définit comme un mode particulier d\u2019utilisation de l\u2019espace et de vie sociale.Il est ainsi caractérisé par (Jean, 1991): \u2022\tune densité relativement faible des habitants et des constructions faisant apparaître une prépondérance des paysages à couverture végétale ; \u2022\tun mode de vie de ses habitants marqué par leur appartenance à des collectivités de taille limitée et par leur rapport particulier à l\u2019espace; \u2022\tune identité et une représentation spécifiques, fortement connotées par la culture rurale; \u2022\tun usage économique diversifié, peu concentré, à dominance sylvicole et agricole.La ruralité et l\u2019espace qu\u2019elle occupe ne sont donc pas faciles à définir et moins encore à mesurer.Toutefois, on peut retenir quelques critères qui caractérisent les espaces ruraux, selon Dugas et Vachon, 1991 : \u2022\tla prépondérance en surface des usages agricole, forestier ou naturel du sol (l\u2019espace rural ne se limite pas toutefois à 1 espace agro-forestier) ; \u2022\tune gamme de services moins étendue et moins spécialisée que dans 1 espace urbain: L\u2019espace rural se définit comme un mode particulier d\u2019utilisation de l\u2019espace et de vie sociale.1262 La ruralité, c 'est la différence en tant que patrimoine humain et écologique de grande valeur.une organisation et un équipement du territoire à la mesure d\u2019une population dispersée et d\u2019une activité économique faible ou modérée.Pour moi, il y a trois attributs spécifiques qui fondent, outre un environnement bio-physique fort distinctif, la ruralité contemporaine.Premièrement, la ruralité, c\u2019est la différence en tant que patrimoine humain et écologique de grande valeur.Le monde rural n\u2019est pas une partie résiduelle d\u2019un système en évolution dominé par la ville (Vachon, 1990).Il participe à la croissance globale par les ressources naturelles et humaines qu\u2019il génère et aussi par ses productions spécifiques.De plus, l\u2019espace rural est aussi porteur d\u2019un patrimoine historique et culturel et aussi d\u2019un certain style de vie qui contribuent à enrichir les choix qui s\u2019offrent aux individus qui composent notre société.La ruralité c\u2019est la différence, et cette différence mérite des droits dont le respect assurera sa pérennité.Deuxièmement, un autre attribut de la ruralité, c\u2019est la connaissance intime des lieux, de la localité, du territoire, propres aux populations rurales.La plupart des observateurs s\u2019accordent à présenter les ruraux et les villageois d aujourd\u2019hui comme fermement attachés à la communauté qui fait leur identité.C\u2019est d\u2019ailleurs leur rapport à la localité qui paraît bien être le premier élément d\u2019identification des ruraux, et donc l\u2019un des noyaux de la définition de la ruralité.Finalement, il faut retenir un troisième trait de la ruralité, plus facilement admis dans la littérature scientifique soit l\u2019esprit communautaire des ruraux qui forme une société d\u2019in-ter-connaissance selon l\u2019heureuse expression du sociologue français Henri Mendras (1976).En milieu rural, les gens se connaissent entre eux car ils vivent dans des collectivités territo- 1263 riales de petite taille.D\u2019un côté, on pense que cela encourage le contrôle social, le conformisme et le traditionalisme; de l\u2019autre, ces relations face-à-face, c\u2019est le contraire des relations anonymes des grandes villes.De telles relations personnalisées intègrent les individus à leurs communautés, confortent leur identité personnelle et sociale.Il en résulte des milieux de vie hautement valorisés où le taux de criminalité est bien moins élevé qu\u2019en ville; si des formes de violence plus associées à la ville sont peu répandues en campagne, on y trouve toutefois diverses pathologies sociales qui occupent un grand nombre de travailleurs sociaux.Cet esprit communautaire en milieu rural s\u2019avère un facteur décisif de réussite des projets de développement local, signe d\u2019une renaissance rurale à portée de main de plusieurs petites collectivités rurales du pays.La ruralité est donc une réalité spécifique et dont les attributs spécifiques sont des relations inter-personnelles étroites, une tradition de solidarité, d\u2019accueil et d\u2019entraide, une grande sensibilité au patrimoine, une relation étroite avec l\u2019espace et l\u2019environnement naturel, une grande fierté qui débouche sur des cultures rurales riches et distinctes dans tous les coins du pays.Face à une ruralité dont des pans entiers sont en déstructuration, il fallait détecter dans les possibles points de rupture les défis qu 'ils nous lancent.Les défis de la ruralité contemporaine Face à une ruralité dont des pans entiers sont en déstructuration ou en restructuration, il fallait détecter dans les possibles points de rupture les défis qu\u2019ils nous lancent.En entreprenant un tel exercice, on réalise à quel point les défis sont nombreux et qu\u2019une classification s\u2019impose.Nous avons situé ces défis qui attendent les ruraux sur cinq dimensions elles-mêmes constitutives de la ruralité et d\u2019une politique rurale: la démographie, l\u2019économie, la 1264 société, la culture, le cadre institutionnel et l\u2019environnement.Le défi démographique -\tfreiner l\u2019exode rural favoriser la rétention et le peuplement des régions rurales continuer à occuper le territoire -\tdévelopper des stratégies de repeuplement dans certaines zones -\tmaintenir un équilibre acceptable dans la distribution spatiale de la population Le défi économique réduire le chômage et le sous-emploi soutenir les initiatives locales de création d\u2019emplois -\tcontribuer à la viabilité économique des activités rurales faciliter la mobilisation du capital financier souvent existant sur place valoriser les diverses ressources et potentialités du milieu favoriser les approches de développement économique local développer la capacité d\u2019entreprendre par la revalorisation de la main-d\u2019œuvre (le capital humain) Le défi social -\tcontribuer a la formation et au développement des ressources humaines soutenir la vitalité sociale des petites communautés rurales améliorer le cadre physique des villages ruraux -\tfaciliter le maintien d'une masse critique d\u2019habitants dans les communautés rurales 1265 pour assurer la survie des services, l\u2019entretien des infrastructures et une qualité des relations sociales en campagne Le défi culturel -\tcontribuer au maintien du mode de vie rural -\tvaloriser la contribution originale des ruraux à la culture contemporaine, contribution significative mais souvent ignorée -\tfaire en sorte que les ruraux ne soient pas seulement les consommateurs passifs d\u2019une culture mais aussi les acteurs et le lieu de la production culturelle elle-même Le défi institutionnel (politico-administratif) -\tfournir au monde rural les outils institutionnels favorables à son développement -\tcréer les conditions politiques propres à l\u2019élaboration et la mise en oeuvre d\u2019une véritable politique rurale mieux identifier et répartir les compétences entre les niveaux de gouvernement maintenir l\u2019encadrement institutionnel (transfert de connaissances ou extension, centres de recherches, formation, etc.) de l\u2019agriculture et de la foresterie Le défi environnemental reconnaître le milieu rural comme le lieu significatif de notre patrimoine, et surtout de notre patrimoine naturel assurer la protection du territoire agricole reconnu encourager la conversion à une agriculture durable avec comme base sociale la ferme familiale, mode de gestion des res- Fournir au monde rural les outils institutionnels favorables à son développement.1266 Le destin des régions rurales est affaire de choix à la fois des ruraux mais aussi de toute la société.sources naturelles bien adapté à l\u2019impératif de durabilité mettre en œuvre une stratégie de développement rural durable Dans les exercices de planification stratégique auxquels se sont livrés les leaders socioéconomiques de toutes les régions du Québec ces dernières années, on leur a demandé, pour dresser le bilan de la situation, et partant d\u2019imaginer leur avenir ou les moyens de l\u2019aménager selon leurs attentes, d\u2019identifier par des énoncés clairs, les forces et les faiblesses de leur région (diagnostic sur le présent) d\u2019un côté, et les opportunités et les menaces de l\u2019autre (pronostic sur l\u2019avenir).Depuis quelques années, avec différents groupes d\u2019intervenants en milieu rural et avec mes étudiants, nous avons tenté de compléter cette grille.Des résultats fort intéressants en ont résulté au sens où un diagnostic revient fréquemment au titre des faiblesses : / exode des jeunes des campagnes vers les villes.Les gens ne s\u2019y trompent pas en touchant du doigt le problème centra] du mal-développement rural contemporain.Et on pourrait soutenir que dans une planification d\u2019une politique rurale, on tient ici le meilleur indicateur pour en vérifier son efficience.Car à quoi pourrait servir une politique rurale qui ne pourrait pas mettre hors-jeu une des composantes essentielles entraînant la roue du cercle vicieux de la dévitalisation rurale.Le Québec rural à la croisée des chemins Entre le déclin et la renaissance, le destin des régions rurales québécoises n\u2019est pas seulement affaire de fatalité, il est affaire de choix à la fois des ruraux mais aussi de toute la société.Car la transition dans laquelle nous serions plongés profondément risque de nous faire perdre le sens de l\u2019orientation.Pourtant, la pre- 1267 mière direction à prendre, c\u2019est celle qui nous conduit vers une vision positive du secteur rural.Les travaux récents de l\u2019OCDE (1993) sur cette question nous proposent une image positive de la ruralité prérequise à toute entreprise d\u2019élaboration d\u2019une politique de développement rural.De fait, on peut identifier trois grands potentiels de développement des régions rurales selon le prestigieux organisme, trois grandes forces à classer dans la grille de la planification stratégique: \u2022\tla présence de ressources naturelles et humaines de qualité, en termes d\u2019éducation, de savoir-faire, de santé, d\u2019entreprenariat, etc.; \u2022\tune cohésion sociale des petites communautés rurales leur permettant d\u2019éviter les coûts sociaux qui accompagnent l\u2019urbanisation massive.\u2022\tun patrimoine écologique et historique de grande qualité.Une politique de développement rural : quelques lignes directrices L\u2019élaboration d\u2019une politique de développement rural devrait respecter quelques grandes orientations qui vont justement guider les leaders ruraux, les décideurs et finalement les législateurs dans le processus d\u2019élaboration d\u2019une telle politique; il m\u2019apparaît qu\u2019on devrait tenir compte des trois orientations suivantes: 1) la reconnaissance de la nécessité d une véritable politique de développement rural et qui ne sera pas un simple appendice à la politique agricole.Trop longtemps, les législateurs et les technocrates ont pensé que le développement rural était la nécessaire résultante des politiques économiques sectorielles 1268 La politique rurale devient aussi une nouvelle nécessité.2) en matière d\u2019agriculture et de forêts.Aujourd\u2019hui, cette approche apparaît totalement inefficace à assurer une occupation harmonieuse du territoire, fondement même de la légitimité nationale sur un bout de l\u2019espace terrestre, ou autrement dit un développement territorial équilibré.Quand le monde rural et le monde agricole était synonyme, cela pouvait toujours aller, la politique agricole devenant de facto une politique rurale.Avec le découplage du monde rural et agricole (l\u2019agriculture n\u2019occupe pas tout le territoire et toute la population loin s\u2019en faut, elle ne procure que 13 % des emplois en milieu rural), la politique agricole reste nécessaire mais la politique rurale devient aussi une nouvelle nécessité.Le maintien des campagnes vivantes passe définitivement par une agriculture dynamique mais la revitalisation des campagnes ne peut reposer que sur le seul secteur agricole qui est faiblement générateur d\u2019emplois, lesquels sont par ailleurs à la base de la redynamisation des milieux ruraux.Cette politique doit s\u2019intéresser à la formation et l\u2019installation des jeunes agriculteurs pour un usage optimal des ressources agricoles et le maintien de la vitalité des communautés rurales.Elle doit aussi se soucier de la mise en valeur des autres ressources rurales locales, de l\u2019entretien du patrimoine rural, et de l\u2019aménagement des territoires ruraux en harmonie avec les aspirations des ruraux.cette politique de développement rural suppose une re-définition des rapports villes-campagnes.La thèse d\u2019une urbanisation des espaces et des groupes ruraux apparaît aussi dépassée que celle de la modernisation sépa- 1269 rée du monde urbain et du monde rural.«L\u2019évolution récente n\u2019est pas une pénétration continue ni un rapport unilatéral de la ville vers la campagne, mais un ensemble de flux et de reflux, d\u2019imbrications multiples qui provoquent le renouvellement des sociétés rurales ou accentuent au contraire leur déclin» (HOUÉE, 1989; 213).C\u2019est la politique de l\u2019aménagement du territoire qui est visée ici ; dans le passé, on a vu que les programmes mis en œuvre reposaient sur une vision simpliste du rôle de la ville et des armatures urbaines dans le développement régional, vision qui annonçait déjà l\u2019échec de ces politiques.La taille d\u2019une collectivité exerçant une influence décisive sur le dynamisme socioéconomique et même sur le revenu personnel de ses habitants, on imagine aisément une politique souple et modulée fonction d\u2019une typologie des espaces ruraux et des collectivités rurales.3) une véritable politique de développement rural est une politique négociée avec les partenaires territoriaux pour répondre adéquatement à la diversité des situations locales.Il est manifeste que les problèmes et les besoins sont fort différents entre les diverses régions rurales du pays et selon le type de ruralité.Dans le rural péri-urbain, il faudra le protéger des agressions urbaines; dans les milieux ruraux en déstructuration, il faudra une politique volontariste de développement rural pour sauvegarder le patrimoine existant et maintenir une vie rurale attrayante.La négociation de la politique rurale suppose une articulation entre la démarche descendante des gouvernements et la dé- Une véritable politique de développement rural est une politique pour répondre à la diversité des situations locales.1270 La politique rurale suppose une articulation entre la démarche des gouvernements et la démarche des ruraux.marche ascendante des ruraux.Mais il faudra aussi reconnaître les ruraux comme des acteurs capables de faire les diagnostics de situation, de susciter des réflexions et des propositions d\u2019action négociables avec les instances supérieures, des acteurs aussi capables de saisir les opportunités et de canaliser les ressources disponibles.Une vision du développement rural Dans l\u2019élaboration d\u2019une politique rurale, il faut aussi se donner une vision qui est en fait la projection de la situation optimale mais en tenant compte du diagnostic de la situation en termes de forces, faiblesses, opportunités et menaces.La vision est importante car elle identifie une direction claire.Élaborer une telle vision n\u2019est certainement pas une tâche facile et relève d\u2019un travail collectif.Partant d\u2019une revue de la littérature et de mes travaux, je propose ici une telle vision qui s\u2019énonce comme un ensemble cohérent de propositions.Le développement agricole et rural : une vision \u2022\tla lutte contre le dépeuplement rural (processus d\u2019exclusion des territoires comme des individus) \u2022\tla création d\u2019emplois valorisants et rémunérés équitablement \u2022\tla reconstruction du tissu social en milieu rural \u2022\tla reconquête du marché intérieur \u2022\tla diversification des formes de développement agricole » la valorisation de l\u2019individu force motrice première du développement: responsabilité, solidarité, créativité 1271 \u2022\tla réhabilitation de la ruralité comme milieu de travail valorisant et comme cadre de vie épanouissant \u2022\tle développement durable des ressources agro-écologiques \u2022\tla «solidarité nationale» face au devenir du secteur rural La lutte contre le dépeuplement s\u2019impose dans le contexte actuel de migration des jeunes et du vieillissement de la population rurale.Le seul moyen réaliste pour y parvenir c\u2019est la création d\u2019emplois dans le milieu rural; il en résultera une redynamisation de la vitalité sociale et de la viabilité économique de ces milieux.À l\u2019heure de la mondialisation des marchés, cela reste encore plus vrai: viser à bien servir les marchés intérieurs existants, c\u2019est peut-être se donner des bases solides pour la conquête des marchés.Diversifier les formes de développement agricole, cela veut dire accepter l\u2019existence de plus d\u2019un modèle de développement agricole pour tenir compte des spécificités écologiques et humaines locales; par exemple, la pluri-activité en agriculture devrait être encouragée ou encore des formes de vente directe entre producteurs et consommateurs.Cette diversification assurera, en conséquence, le dernier point de la vision sur l\u2019impératif de la mise en oeuvre d\u2019un développement agricole durable.On aura aussi compris le lien nécessaire de la trilogie responsabilité - solidarité - créativité.Pour ces citoyens responsabilisés, la solidarité coule de source; les problèmes de leur communauté deviennent leurs problèmes et ils vont tout naturellement chercher à examiner avec leurs concitoyens les moyens de trouver des solutions et tenter de les mettre en oeuvre; et ce faisant, ils exerceront fatalement leur créativité et en tireront une satisfaction personnelle et un sentiment d\u2019une dignité individuelle La lutte contre le dépeuplement s'impose à bien servir les marchés intérieurs existants, c\u2019est se donner des bases solides pour la conquête des marchés 1272 Il faut une vision des objectifs que la politique rurale se donnera comme tâche d\u2019atteindre.et collective retrouvée.après des décennies d\u2019assistance qui déresponsabilise les gens comme les communautés face à l\u2019aménagement de leur propre avenir.Les principes de la politique rurale Dans ma logique, il faut une vision mais il faut aussi des principes qui sont aussi des objectifs que la politique rurale se donnera comme tâche d atteindre.Ces principes reposent sur une condition critique, soit la nécessité de penser le développement rural comme une triple harmonisation entre les trois grandes dimensions selon lesquelles s\u2019organisent toute activité humaine: une rationalité économique, une logique sociale et un ensemble de contraintes et d\u2019opportunités écologiques.Il n\u2019est pas aisé de dresser une liste exhaustive des principaux objectifs (voir l\u2019encart qui suit) sachant qu\u2019il y a une séquence logique dans leur atteinte, l\u2019atteinte de certains objectifs découlant de la réalisation préalable aux autres.Les principes d une politique de développement rural maintenir l\u2019occupation du territoire: encourager une présence significative de l\u2019agriculture et de la foresterie (de la pêche ou des mines) sur tout le territoire soutenir la diversification de la base économique régionale par l\u2019exploitation rationnelle et polyvalente des ressources dans une optique de développement durable promouvoir des mesures alternatives pour la protection et la régénération des ressources naturelles assurer le maintien (ou l\u2019accessibilité) des services publics et privés satisfaisants 1273 \u2022\tsonne et la formation (recyclage) des ressources humaines par des interventions appropriées au milieu rural \u2022\tencourager la mobilisation des acteurs socio-économiques, selon leur région d\u2019appartenance, pour mettre en place de nouvelles structures susceptibles d\u2019accroître le revenu des habitants et d\u2019améliorer leurs conditions de vie.\u2022\tsoutenir la coopération entre les municipalités et la concertation entre les partenaires locaux et régionaux \u2022\trééquilibrer les pouvoirs politiques et les compétences administratives du bas vers le bas dans l\u2019optique de la prise en main du développement par les ruraux eux-mêmes \u2022\trevaloriser l\u2019identité rurale, le rôle multiple de l\u2019agriculture et contribuer à la réhabilitation de leurs images Par exemple, maintenir l\u2019occupation du territoire que je mets en haut de la liste (voir l\u2019encart plus haut) peut apparaître à plusieurs comme une résultante positive de la mise en oeuvre des autres principes identifiés ici.Pourtant, je persiste à penser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un principe qui doit être énoncé en premier lieu car la réalisation des autres en dépend aussi.Cela peut sembler une idée généreuse ou triviale mais en fait, derrière un tel principe, il y a une nouvelle vision de la politique verte, si on me passe l\u2019expression, qui reconnaît que la régulation marchande ne peut assurer cette occupation optimale des terres agricoles, et partant une viabilité des systèmes ruraux, et qu\u2019une intervention active des pouvoirs publics est incontournable en matière de gestion du secteur agricole.Si l\u2019agriculture seule ne pourra sauver les campagnes, pas de campagnes vivantes, pourrions-nous dire, sans la présence significative de l\u2019agriculture.Or, c\u2019est l\u2019agriculture qui as- Pas de campagnes vivantes sans la présence significative de l'agriculture.1274 Une politique de développement rural devra viser la coopération entre les municipalités rurales.sure l\u2019occupation permanente du territoire et, par ailleurs, l\u2019abandon des terres a un caractère plutôt irréversible.Que le développement puisse se produire à l\u2019échelon local, à l\u2019échelle de la collectivité locale, voilà une thèse qui a de plus en plus de théoriciens comme de praticiens.Les localités rurales manifestent à la fois une validité politique, comme cadre juridico-administratif capable d\u2019exercer des compétences d\u2019intérêt public, une vitalité sociale, comme l\u2019attestent nombre d\u2019études et le désir des citadins de venir y vivre, une viabilité économique, à cause de l\u2019enracinement des travailleurs comme des entrepreneurs (Matthews, 1976).Voilà donc trois piliers de la communauté locale qui fondent la pertinence d\u2019une approche locale du développement.De plus, une collectivité locale a plus de chances de construire une économie en harmonie avec son environnement, car celui-ci est proche des acteurs économiques locaux sensibles à la reproduction des éco-systèmes dont dépend leur travail et leur qualité de vie.Une politique de développement rural devra aussi viser le renforcement de la coopération entre les municipalités rurales (souvent en compétition ouverte) et leurs élus et la concertation entre la capitale régionale, les petites et moyennes villes et les municipalités rurales encouragées à mettre en oeuvre des réseaux de solidarité profitable pour ces différents partenaires territoriaux.La coopération entre les collectivités locales en milieu rural apparaît de plus en plus nécessaire pour plusieurs raisons: 1) éviter la compétition stérilisante entre elles dans la recherche des investissements exogènes; 2) offrir à leurs citoyens des services que chacune ne peut s\u2019offrir seule étant donné 1 etroitesse de sa base fiscale; 3) se concerter dans l\u2019élaboration des stratégies de développement et d\u2019aménagement rural qui ne peuvent 1275 avoir de sens qu\u2019à l\u2019échelle d\u2019une région définie selon les territoires d\u2019appartenance.Par ailleurs, il me semble qu\u2019on n\u2019a jamais autant parlé de coopération inter-municipale en milieu rural.Pourtant, les réalisations sont bien minces, chaque entité étant jalouse de ses acquis qui, bientôt, seront difficiles à rentabiliser avec l\u2019effritement de la base sociale.Dans ce cadre, la remise d\u2019un certain nombre de compétences administratives à une instance si mal en point fait craindre.la mise en place non d\u2019une démocratie locale revivifiée, mais d\u2019une série de petits goulags municipaux.La place nous manque ici pour commenter plus longuement les différentes propositions de cet énoncé des principes d\u2019une politique de développement rural.Il s\u2019agissait ici de proposer une esquisse pour lancer un débat qui devra rester aux mains des ruraux.\tLe monde rural Conclusion: l\u2019État, le marché et le monde rural À entendre plusieurs observateurs de la scène agricole, l\u2019État omniprésent doit céder la place à un joueur plus à même de bien réguler les activités dans ce secteur.Il s\u2019agit d\u2019une imposture à dénoncer pour montrer plutôt que le marché ne dispense pas de nécessaires choix politiques.Le secteur rural a besoin du marché et de l\u2019État, pas de l\u2019un ou l\u2019autre.Comme les autres, il se passerait bien d\u2019une médecine du «trop d\u2019État» mais pas nécessairement pour «moins d\u2019État», mais sans doute pour «mieux d\u2019État».Autrement dit, si l\u2019État peut se passer du monde rural, le monde rural ne peut se passer de l\u2019État.Le politique constitue une instance qui, justement, peut jouer un rôle décisif dans la mesure où les ruraux, laissés à eux-mêmes, ne peuvent aménager seuls leur propre avenir.\tne peut se passer de l\u2019État.1276 Dans le contexte actuel, les pouvoirs publics se retirent ou veulent se retirer des champs de compétences qu\u2019ils ont investis.Cette démission politique est évidemment jugée inacceptable par les citoyens des régions rurales en difficulté un peu partout au Québec qui sont durement touchées par un tel désengagement de l\u2019État.Car que l\u2019on parle de nouveaux modes de gestion étatique comme la «dévolution» ou encore «l\u2019impartition», les citoyens ne s\u2019y trompent guère.eux qui voient là une démission en douceur.Les populations rurales et agricoles de ce pays ont largement pratiqué le principe de la subsidiarité que certains penseurs sociaux appellent maintenant de leurs vœux comme alternative à l\u2019État-providence (MILLON-DEL-SOL, 1993).Le dispositif de régulation des marchés agricoles, où les partenaires conviennent des règles du jeu dans le cadre d\u2019un État qui s\u2019en porte garant, constitue une bonne application du principe de subsidiarité qui fait confiance aux groupes de proximité et à la société civile pour les différentes tâches d\u2019intérêt général.Le marché ne peut pas accomplir une tâche de l\u2019État, pourtant peu lourde sur le plan budgétaire, soit le fait de se porter garant des mécanismes de régulation de leur activité que se donnent les agriculteurs entre eux.Un autre champ d\u2019action en expansion de la sphère publique, c\u2019est la législation en matière de protection de l\u2019environnement et de santé publique; ici aussi, le retrait de l\u2019État est difficilement pensable.Cette philosophie politique devrait aussi permettre de sensibiliser les populations urbaines de notre pays face aux drames actuels de la population rurale et agricole, et donc au soutien qu\u2019elle nécessite de la part des pouvoirs publics au nom du «devoir d\u2019ingérence», une dimension constitutive du principe de subsidiarité.On rejoint ici un autre principe évoqué dans le 1277 présent rapport, celui de la «solidarité nationale».L\u2019agriculture remplit de nombreuses tâches reliées à la production et à l\u2019entretien des paysages ruraux, un bien commun; pourtant, elle est rémunérée pour une seule tâche, la production de denrées agricoles livrées au marché.On voit mal comme l\u2019État pourrait se soustraire de son mandat de garant de l'intérêt général qui consiste ici à assurer la préservation d\u2019un patrimoine collectif, d\u2019un héritage, que constitue le milieu rural québécois dans toute sa diversité naturelle et humaine.Finalement, il faut éviter le piège d\u2019une certaine vision du développement local en milieu rural, très populaire dans les officines gouvernementales ces temps-ci, qui est une autre manière pour l\u2019État de se défaire de ses responsabilités et laisser les populations rurales s\u2019en remettre à leur propre et triste sort.La montée de la nouvelle philosophie politique de la «subsidiarité» qui définit la tâche de l\u2019État comme uniquement l\u2019exécution des obligations de la vie collective que la société civile ne peut ou ne veut assurer elle-même donne d\u2019ailleurs une chance aux ruraux qui sont en demande d\u2019État, car leur poids démographique et économique est trop faible pour assurer les nombreuses tâches d\u2019intérêt collectif qui leur sont demandées par toute la société civile.Notre propos reposait donc sur une condition critique que nous aurions dû énoncer dès le début, à savoir que les régions rurales ne sont pas condamnés à être des régions perdantes.Il s\u2019en suit que la politique rurale évoquée ici en est une qui dépasse la commande étatique actuelle, soit gérer la défaite, pour embrasser celle émanant de la demande sociale rurale, soit défaire la défaite.?RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Dugas, Clermont et Bernard VACHON, «Le Québec rural des années 1990: son territoire, sa population, sa structure institu- as régions rurales ne sont pas condamnés à être des régions perdantes.1278 tionnelle» dans VACHON, Bernard, Le Québec rural dans tous ses états, op.cit., pp.19-38.HOUÉE, Paul, Les politiques de développement rural.Des années de croissance au temps d\u2019incertitude, Paris, Économica, 1989, 249 p.Jean, Bruno, «La question rurale: les mutations récentes de la ruralité québécoise», dans L\u2019Action Nationale 81 (5), Montréal, mai 1991, pp.596-609.Jean, Bruno, «La ruralité québécoise contemporaine: principaux éléments de spécificité et de différenciation» dans VACHON, Bernard (dir.), Le Québec rural dans tous ses états, Montréal, Éditions du Boréal, 1991, pp.81-105.Mendras, Henri, «Plaidoyer pour une politique de développement rural», Observations et diagnostics économiques, Revue de l\u2019O.C.D.E.(4), 1983, pp.123-144.Mendras, Henri, Sociétés paysannes, Paris, A.Colin, 1976.MiLLON-DELSOL, Chantal, Le principe de subsidiarité, Paris, PUF (Presses Universitaires de France), Coll.Que sais-je?(2793), 1993, 128 p.OCDE, Quel avenir pour nos campagnes?Une politique de développement rural, Paris, OCDE, 1993, 83 p.VACHON, Bernard (sous la direction de), Le Québec rural dans tous ses états.Textes produits aux États Généraux du monde rural, Montréal, Éditions du Boréal, 1991, 309 p.VACHON, Bernard, «Pour un nouveau projet de société rurale» dans Réseau (Le Magazine de l\u2019Université du Québec) 22 (1), septembre 1990, pp.12-16.1279 Le chemin de fer en gaspésie* En mars 1994, le ministre fédéral des Transports, Doug Young, annonçait son intention de comprimer de 100 millions de dollars le budget de fonctionnement de Via Rail, compression décidée par l\u2019ancien gouvernement conservateur.Le ministre s\u2019apprêtait aussi à recommander des réductions, voire des suppressions, du service ferroviaire voyageur partout au Canada, notamment dans les petites villes et les régions rurales.Le ministre informait enfin les médias qu\u2019il n\u2019y avait aucune audience publique sur l\u2019avenir de Via Rail.Dignité rurale du Canada, un groupe populaire de près de 3 000 citoyens, a décidé alors de s\u2019occuper en priorité de ce dossier.L\u2019organisme a immédiatement réitéré sa demande d\u2019un moratoire d\u2019un an sur les compressions, période au cours de laquelle des audiences publiques pourraient jeter les fondements d\u2019une nouvelle politique intégrée de transport ferroviaire.Seul le silence répondit.À la consternation générale.Éthel A GREEN Présidente du Ralliement gaspésien et madelinot * Dignité rurale du Canada et le Ralliement gaspésien et madelinot ont organisé des audiences communautaires, à Bonaventure et à Gaspé, sur l'avenir de Via Rail en Gaspésie.Mme Lucia Ferretti a rédigé la synthèse des rapports et des mémoires dont nous présentons de larges extraits.1280 Le groupe de travail libéral avait conclu à la nécessité d'instaurer une consultation publique pour toute décision concernant Via Rail.D\u2019autant plus aiguë que plusieurs des députés libéraux fédéraux actuels sont de la cinquantaine de députés et sénateurs qui, en 1989, se sont rendus dans une trentaine de municipalités et villes à l\u2019invitation de Dignité rurale du Canada, lors d\u2019audiences locales que ce groupe populaire avait organisées sur le service ferroviaire.Or, dans son rapport de novembre 1989, le groupe de travail libéral formé de ces députés et sénateurs avait conclu non seulement à la nécessité du renforcement du réseau de chemin de fer canadien mais à l\u2019importance d\u2019instaurer une consultation publique pour toute décision concernant Via Rail.Le rapport soulignait aussi 1 obligation légale à laquelle est tenu le gouvernement d\u2019effectuer une étude d\u2019impacts environnementaux lors de changements importants dans l\u2019équilibre des transports au pays.On y affirmait enfin que les conclusions alors dégagées formeraient la base de la politique ferroviaire voyageur d\u2019un éventuel gouvernement libéral, engagement réitéré en 1993.La volte-face des libéraux a conduit le conseil d\u2019administration de Dignité rurale à réagir et, à défaut d\u2019audiences publiques, à organiser des audiences communautaires sur le service ferroviaire.L\u2019organisme a aussi lancé une pétition, signee par plus de 8 000 personnes et encouragé l\u2019envoi de plusieurs centaines de lettres au premier ministre Chrétien, au cabinet, aux députés et aux journaux.Le conseil a décidé aussi de braquer les feux sur une seule ligne afin de sensibiliser les citoyens et susciter un débat public sur la question de sa suppression.La ligne choisie fut Le Chaleur, qui ne fonctionne plus depuis 1990 que trois fois par semaine entre Montréal et Gaspé, malgré l\u2019estime dont jouit dans la région le service voyageur et de fret qu il rend.En collaboration avec le Ralliement gaspésien et madelinot, Dignité rurale a donc organisé des audiences commu- 1281 nautaires sur Via Rail, tenues le 11 mai dernier à Bonaventure et le 12 mai à Gaspé.Les représentants des trois ordres de gouvernements des deux comtés ont été invités à agir comme commissaires, de concert avec des représentants du milieu.Le ministre Young a finalement daigné répondre qu\u2019il déclinait, comme le député libéral fédéral de Bonaventure, Patrick Gagnon.Par contre les deux députés du Bloc Québécois, Paul Crête et Paul Mercier, respectivement critiques en matières de développement régional et de chemin de fer étaient présents, tout comme le député péquiste de Bonaventure, Marcel Landry.À noter que le député libéral provincial de Gaspé, André Beaudin, a aussi donné son «appui inconditionnel» aux audiences communautaires.Plusieurs préfets, mairesses et directeurs d\u2019organismes régionaux étaient aussi présents.Ces audiences communautaires sur Via Rail furent un franc succès.Plus d\u2019une cinquantaine de mémoires et de témoignages y furent déposés provenant d\u2019organismes représentant des milliers de citoyens de la région.Une dizaine d\u2019autres mémoires nous parvinrent par la poste.Plus de cent observateurs ont suivi les audiences et les médias locaux, québécois et canadiens ont couvert l\u2019événement.Les audiences ont permis de mettre en valeur l\u2019importance du Chaleur pour le développement régional, la qualité de l\u2019environnement, la santé publique et la qualité de la vie.Les audiences ont permis de mettre en valeur l\u2019importance du Chaleur pour le développement régional.1- Le service ferroviaire et le développement régional À la fin de la première journée des audiences, le préfet Jean-Guy Poirier s\u2019est exprimé de la façon suivante: «Le gouvernement fédéral a développé le pays grâce aux chemins de fer.Maintenant, on ferme les régions en éliminant le service ferroviaire.» En effet, de 1282 Les transports sont des outils nécessaires au développement économique régional.1.2.nombreux mémoires présentés par des municipalités, des chambres de commerce, des regroupements de développement économique, des professionnels du tourisme et de la pêche sportive, ont souligné le rôle historique et actuel joué par le service ferroviaire voyageur et de fret, dans l\u2019infrastructure indispensable au développement régional.Des mémoires rédigés par la Chambre de commerce de Gaspé, le Comité d\u2019aide au développement des collectivités de Bonavignon, le Conseil régional de concertation et de développement (CRCD), les villes de Gaspé et de Percé ainsi que des interventions de plusieurs des personnes présentes, il ressort que: Les transports et les communications sont des outils nécessaires au développement économique régional et à l\u2019exportation des ressources.La fermeture de la pêche de poissons de fond et l\u2019avenir incertain des papetières rendent 1 économie de la Gaspésie plus tributaire que jamais du tourisme.Le tourisme est d ailleurs l\u2019axe principal du plan quinquennal de développement régional monté par le CRCD.Pour que le tourisme augmente en Gaspésie, il faut trois choses: prolonger la saison actuelle de 2 ou 3 mois; augmenter le nombre de touristes étrangers; pouvoir compter sur des transports fiables et bien organisés, et en particulier sur le train, capable de défier l\u2019hiver et si attirant pour les Européens.Alors que le regroupement touristique du Bas Saint-Laurent et de la Gaspésie est en train de faire des efforts de promotion considérable à Paris et en Italie, efforts appuyés depuis 1988 par une contribution de 800 000 $ du gouvernement fédéral ; alors que les Américains adoptent eux 4.1283 aussi Le Chaleur avec enthousiasme et que des reportages parus dans des journaux prestigieux vantent le parcours «comme le meilleur voyage côtier en train dans l\u2019est de l\u2019Amérique du Nord» et «la ligne la plus spectaculaire à l\u2019est des Rocheuses» le gouvernement fédéral a décidé de l\u2019éliminer.5.\tEn fait, seuls Via Rail et le gouvernement fédéral ne semblent pas se rendre compte du potentiel du Chaleur.On a noté et critiqué l\u2019absence de promotion du Chaleur de la part de Via Rail, l\u2019absence d\u2019un service de première classe (comme celui que l\u2019on retrouve sur le transcontinental et sur la ligne l\u2019Océan), ainsi que l\u2019absence totale de la ligne Le Chaleur dans l\u2019actuel rapport annuel de la société d\u2019État.Les voyagistes ferroviaires et de pêche sportive se sont également plaints du fait que Via Rail ne veut pas fournir de l\u2019équipement répondant aux besoins, même si on le demande plusieurs mois à l\u2019avance.Des gens d\u2019affaires et des professionnels se plaignaient du fait que l\u2019horaire actuel de trois jours par semaine, sans départ le vendredi ou le dimanche, les empêche de prendre le train aussi souvent qu\u2019ils le voudraient.6.\tLes Villes de Gaspé et de Percé, ainsi que la M.R.C.de Pabok et des groupes de planification économique et d\u2019affaires ont déploré la politique de décommercialisation délibérée suivie par le CN dans les années 1980 à l\u2019égard du tronçon entre Chandler et Gaspé.Des intervenants de partout en Gaspésie ont déclaré qu\u2019ils croyaient fermement que le CN, de façon délibérée, n\u2019offre pas de tarifs ni de services compétitifs, et que si le CN changeait son attitude, une part significative de fret Seuls Via Rail et le gouvernement fédéral ne semblent pas se rendre compte du potentiel du Chaleur.1284 Si le chemin de fer n \u2019existait plus à New-Carlisle, l\u2019impact serait dévastateur.reviendrait au transport ferroviaire, au lieu d\u2019être transporté par camion sur nos routes régionales déjà sur utilités et non sécuritaires.7.Finalement, plusieurs présentateurs ont soulevé la question de la perte directe d\u2019emplois et de la perte connexe en taxes et en salaires qui circule dans l\u2019économie locale.Environ 25 emplois à temps plein et à temps partiel chez Via/CN, représentant approximativement 500 000 $ en salaires bruts, seraient éliminés, ainsi que de nombreux autres emplois connexes, tels que l\u2019entretien, le déneigement, etc.On nous a dit que si le chemin de fer n existait plus à New-Carlisle, l\u2019impact serait dévastateur.2- Le service ferroviaire et l\u2019environnement Environnement Vert-Plus et le Comité de protection de la santé et de l\u2019environnement de Gaspé ont clairement démontré que l\u2019élimination du service ferroviaire voyageur et/ou de fret en Gaspésie aurait des impacts néfastes sur l\u2019environnement.La région ne possède qu\u2019une seule route à deux voies.Cette route, qui est d\u2019ailleurs fortement subventionnée, souffrirait alors d\u2019encore plus de congestion.La pollution par le bruit augmenterait de façon significative dans la plupart des communautés le long de la côte.Les deux groupes ont également soulevé la question de la pollution de l\u2019air et de la perte et de la dégradation d\u2019importantes étendues de terre, en affirmant que ceci produirait encore d\u2019autres effets nocifs inévitables résultant du prolongement et de l\u2019expansion forcée de nos routes.Ces deux groupes, aussi bien que de nombreux autres participants, ont réclamé des exa- 1285 mens environnementaux complets avant que quelque coupure que ce soit du service ferroviaire ne soit autorisée.3- Le service ferroviaire et la santé publique Deux C.L.S.C.(centre local de services communautaires) et la Direction de la santé publique de la Gaspésie ont présenté des mémoires approfondis traitant du lien entre le service ferroviaire et la santé publique en Gaspésie.Ils ont expliqué que l\u2019accès aux soins de santé est toujours problématique pour la population gaspésienne composée de 105 000 personnes dispersées sur 600 km de territoire côtier.Il y a peu de spécialistes dans la région, ce qui oblige les gens à se déplacer jusqu\u2019à Québec et Montréal pour des consultations médicales, pour des traitements et pour des interventions chirurgicales.Le C.L.S.C.de la Pointe croit que la situation va s\u2019aggraver: «Les dernières décisions du M.S.S.S.dans le réseau de la santé et des services sociaux risquent de rendre l\u2019accès aux services spécialisés encore plus précaire.» 30 % des coûts pour les services médicaux des Gaspésiens(nes) sont encourus à l\u2019extérieur de la région.En 1991 et 1992-1993, 22 % de toutes les hospitalisations nécessitées par les Gaspésiens(nes) avaient lieu à l\u2019extérieur de la région, c\u2019est-à-dire une sur cinq.Les personnes âgées des MRC desservies par le train constituent une proportion notable de la population (ex.: 14 % de la population de la MRC Pabok aura plus de 65 ans d\u2019ici l\u2019an 2000).Les présentateurs ont fait valoir que les aînés et les individus ayant différents handicaps ont souvent besoin de soins de santé spéciali- L\u2019accès aux soins de santé est toujours problématique pour la population gaspésienne.1286 Via Rail permet aux malades d\u2019harmoniser leur besoin de repos et de confort avec leur bourse.sés.Ils ont ajouté que la plupart de ces personnes ont un faible revenu.Or, Via Rail permet aux malades d\u2019harmoniser leur besoin de repos et de confort avec leur bourse.En fait, le revenu moyen d\u2019un(e) Gaspé-sien(ne) de 65 ans est de 10 730 $, comparé à la moyenne provinciale de 17 986$.La politique de Via Rail qui permet qu\u2019un malade soit accompagné gratuitement (certificat médical requis) est d\u2019une aide précieuse pour la région.En 1993, Via a fourni des places gratuites à 766 accompagnateurs.Les professionnels des soins de santé sont également très inquiets de voir le transport routier l\u2019emporter sur le transport ferroviaire.Le taux d\u2019accidents mortels de la route en Gaspé-sie est plus grand que la moyenne provinciale.(En 1988-1989, 20,2 Gaspésiens(nes) sur 100 sont morts, comparé à 12,2 dans le reste du Québec).Cette région voit 91 % plus d\u2019hospitalisations reliées aux accidents routiers que la moyenne provinciale.Pour le dire sans ambages, enlever le train tuera littéralement plus de Gaspésiens(nes).4- Le service ferroviaire et la qualité de la vie Les commissaires désirent faire remarquer que les statistiques, les graphiques, les plans stratégiques et la comptabilité ont de 1 importance et sont pertinents à la discussion sur l\u2019avenir de Via Rail.Cependant, comme l\u2019a dit le révérend Peter Kingsbury après avoir raconté l\u2019histoire poignante d\u2019une patiente souffrant de la maladie d\u2019Alzheimer et pour qui le train constituait le seul mode de transport cohérent, «il y a plusieurs raisons militant en faveur du maintien du service ferroviaire en Gaspésie.Mais.les raisons les plus puissantes pour nous.sont celles de la dimension humaine.» 1287 Pendant les deux journées des audiences, les commissaires ont entendu des témoignages personnels tantôt amusants, tantôt tristes, en faveur du maintien du service ferroviaire voyageur.Afin de rendre ce rapport véritablement complet, il faut faire comprendre et faire connaître la signification des messages profondément humains communiqués pendant les audiences.Henry et Janice Miller, absents, voulaient participer aux audiences, mais ils allaient être à cette date-là, à la veille de prendre le train pour la vingt-neuvième fois depuis un an et demi pour une opération et des traitements pour le cancer de la gorge, qui les obligent à voyager jusqu\u2019à Montréal.M.et Mme Miller ont enregistré une cassette vidéo de leur présentation.Janice a parlé pour son mari, qui a perdu l\u2019usage de ses cordes vocales.Elle a dit leur profonde inquiétude à l\u2019égard de l\u2019avenir du train, en expliquant que l\u2019avion était trop cher (environ 500 $ par personne, aller seulement) et que l\u2019autocar était insupportablement inconfortable et de surcroît plus cher que le train.Janice est l\u2019accompagnatrice de Henry, ce qui permet à tous deux de voyager à leur aise pour un prix abordable.De nombreuses personnes âgées ont expliqué que le train constituait leur mode principal de transport pour pouvoir rendre visite à leur famille et à leurs amis.Les aînés ne possèdent que rarement une voiture ou un permis de conduire.La plupart n\u2019ont que leur pension comme revenu et comptent donc sur le train pour combler leurs besoins de transport.Dans le mémoire collectif de neuf groupes sociaux, économiques et communautaires de la MRC Pabok, on a souligné que le transport en commun abordable est indispensable à la qualité de vie dans une région aussi désavantagée économiquement que la Gaspésie.Dans un rapport du Conseil des affaires sociales clas- De nombreuses personnes âgées comptent sur le train pour combler leurs besoins de transport.1288 Des sans-voix souffriront le plus de la perte d\u2019un moyen de transport auquel ils ont droit comme citoyens canadiens.sant les 99 MRC du Québec selon des indicateurs démographiques, économiques, environnementaux et sociaux, la MRC Pabok se trouve parmi les 10 dernières.En ce qui concerne l\u2019indicateur économique, elle est même bonne dernière.Les intervenants membres du clergé ont tous fait état de la nécessité pour le gouvernement d\u2019agir de façon responsable et compatissante.Le père Jude Hughes, aumônier à l\u2019Hôtel-Dieu de Gaspé, a exprimé ses préoccupations de la manière suivante: «Par mon intervention sur ce sujet, je me fais le porte-parole des sans-voix qui souffriront le plus de la perte d\u2019un moyen de transport auquel ils ont droit comme citoyens canadiens.» Le député provincial, André Beaudin, a abondé dans le même sens dans son mémoire: «J estime, quant à moi, que le train constitue non pas un privilège mais un droit fondamental des citoyens canadiens que nous sommes.» 5- Des choix Dans son mémoire convaincant étoffé de chiffres obtenus de Statistiques Canada et de la banque de données InfoGlobe, le père Mathe-son a soutenu qu\u2019une partie significative du déficit fédéral vient du refus des derniers gouvernements de forcer les corporations à payer leur juste part des taxes.Selon les recherches effectuées par le père Matheson, le paiement différé des taxes, les lacunes, les déductions extravagantes et le non paiement tout court coûtent au gouvernement des milliards de dollars.«La liste des corporations qui doivent des taxes et qui en reculent le paiement est longue de plusieurs pages et totalise au cours d\u2019une année assez d argent pour réduire substantiellement la dette nationale.» Le père Matheson remet en question les motifs des gouvernements qui choisissent de 1289 couper les services publics et d\u2019augmenter inéquitablement la part des taxes des citoyens, tout en refusant de recouvrir les taxes de corporations rentables mais qui ne paient pas leur dû public.Dignité rurale a également soulevé la question des choix et des priorités en faisant remarquer que même si le ministre des Transports, Doug Young, ne semble pas s\u2019intéresser à ce que les citoyens ont à dire sur Via Rail, il a récemment consacré beaucoup d\u2019énergie et de temps à l\u2019instauration d\u2019un «mécanisme de consultation efficace», grâce auquel le Canada, les États-Unis et le Mexique pourront discuter des transports.Dignité rurale a aussi fait remarquer que tout en déclarant clairement et publiquement qu\u2019ils désirent abandonner et vendre la plupart de leurs exploitations dans l\u2019est du Canada, le CN et le CP choisissent d\u2019investir massivement dans les routes nord-sud allant aux États-Unis et au Mexique.6- Conclusion Les commissaires désirent tout d\u2019abord féliciter les présentateurs pour l\u2019excellence de leurs mémoires.Nous désirons également souligner le nombre des participants aux audiences.Ceci témoigne du dynamisme impressionnant de la région, de sa détermination à façonner l\u2019avenir et de sa conviction tenace de la nécessité du maintien du Chaleur.Nous notons aussi que plusieurs présentateurs ont parlé non en leur nom personnel, mais comme représentants de leur organisme ou du secteur où ils oeuvrent.(Par exemple, la Fédération des Caisses populaires Desjardins fut le porte-parole de ses 100 000 membres régionaux; le C.L.S.C.Chaleur dessert une clientèle de 19 000 personnes; les Women\u2019s Institutes représentent des centaines de Gaspésiennes, etc.).On voit donc que les 60 mémoires reflè- Le CN et le CP choisissent d\u2019investir massivement dans les routes nord-sud allant aux États-Unis et au Mexique.1290 Le Chaleur fournit un service essentiel et abordable à la population locale.tent véritablement le point de vue de la majorité de la population de la Gaspésie.De ces audiences, il ressort quatre points majeurs: les compressions proposées au service ferroviaire n\u2019ont pas de logique; le processus n\u2019est pas démocratique; le gouvernement fédéral n\u2019a de politique de transport ferroviaire ni pour la région ni pour le Canada; et le transport ferroviaire doit être considéré comme un outil majeur de développement régional.Nous avons appris sans l\u2019ombre d\u2019un doute que les gens voyagent effectivement en train.En 1992, presque 40 000 personnes ont pris Le Chaleur.Ce chiffre est particulièrement impressionnant étant donné que la population régionale dépasse de peu 100 000 personnes.Le Chaleur est un train à double fonction: il fournit un service essentiel et abordable à la population locale, tout en offrant des attraits spectaculaires comme ligne touristique pour ceux qui sont en mesure de voyager en première classe.L\u2019une n\u2019empêche pas l\u2019autre: en effet, il faut maintenir les deux fonctions.On croit que le revenu touristique pourrait être augmenté de façon significative et que ces sommes pourraient et devraient permettre un service de base abordable et confortable pour les Gaspésiens(nes).Comme 1 a conclu le C.R.C.D., couper le service de Via Rail «aurait des impacts négatifs sur certaines orientations que s\u2019est donnée la région pour assurer son développement au cours des cinq prochaines années.Il est donc essentiel pour la Gaspésie que le service de transport ferroviaire de passagers demeure.Ce n\u2019est pas seulement une question de développement économique, de protection du réseau routier ou de l\u2019environnement, mais aussi une question de qualité de vie.» Nous ne rendrions pas toute F ampleur des messages qu on nous a confiés si nous passions 1291 sous silence la colère et la frustration, ainsi que le sentiment de trahison exprimés à l\u2019égard de la façon antidémocratique dont les décisions sur les politiques ferroviaires sont prises par le gouvernement fédéral, quel que soit le parti au pouvoir.Les Gaspésiens(nes) en ont assez.L\u2019intervention faite par la Fédération des Caisses populaires Desjardins de la Gaspésie est typique des déclarations adressées au gouvernement: Pourquoi nous refuser le droit légitime de comprendre vos arguments et votre décision?Pourquoi refuser de nous écouter?Serait-ce un manque de courage politique?.nous avons le droit d\u2019avoir un débat public.Vous avez la responsabilité de venir nous exposer publiquement vos chiffres, vos estimés, vos raisons, bref, votre décision.Les Gaspésiens(nes) ne cherchent pas d\u2019interventions politiques spéciales pour le maintien de leur service ferroviaire.Ils ont déjà reçu de telles faveurs et ils ont compris que chaque fois qu\u2019ils «gagnaient», ils perdaient en réalité des services importants.Ce qui reste en est la preuve.Ils ont également compris qu\u2019un répit temporaire et politique voulait dire qu\u2019ils seraient obligés de reprendre la lutte dans un an ou deux.C\u2019est déjà la quatrième bataille pour la sauvegarde des trains, des gares et des voies ferrées.Comme l\u2019a dit la Chambre de commerce de Gaspé, «encore des luttes à livrer, non pour gagner du terrain mais pour empêcher nos décideurs de nous faire régresser».Les Gaspé-siens(nes) ont autre chose à faire dans la vie: créer des emplois durables et significatifs dans leurs communautés et planifier l\u2019avenir, en pouvant compter sur les infrastructures essentielles aux transports et aux communications.L\u2019objectif des recommandations des commissaires est donc l\u2019obtention d\u2019une politique non seulement pour Le Chaleur et la population Encore des luttes à livrer, non pour gagner du terrain mais pour empêcher nos décideurs de nous faire régresser.1292 de la Gaspésie, mais pour tous les citoyens du Canada.Recommandations à l\u2019intention du gouvernement du Canada et de Via Rail 1.3.4.5.6.Envisager et mettre en pratique un plan vigoureux pour un service ferroviaire national qui répondra fidèlement aux besoins de notre environnement, de nos citoyens et de nos économies régionales.Décréter un moratoire d\u2019un an sur toutes coupures de service ferroviaire voyageur et sur tous abandons de voies ferrées, afin d\u2019avoir le temps pour un examen détaillé et de préparer un plan pour l\u2019utilisation future, efficace et nationale des chemins de fer.Tenir des audiences publiques dans toutes les régions du pays, afin de permettre aux Canadiens(nes) de participer pleinement à ce débat important.Cesser la vente des équipements ferroviaires pendant l\u2019examen.Il coûte bien moins cher de rénover et de moderniser les voitures que d\u2019en construire des nouvelles.Adopter une loi sur Via Rail afin de donner à Via Rail le mandat législatif de fournir un service ferroviaire voyageur sécuritaire, efficace et fiable au Canada, contribuant au développement local des communautés.Modifier la loi régissant Via Rail afin d assurer la présence de représentants des régions du Canada.Fournir les équipements adéquats, le service supérieur et les stratégies actives de commercialisation qui sont essentiels à la 1293 réussite des lignes actuellement sous utilisées mais ayant du potentiel touristique.Suivre les recommandations du rapport 1989 du Groupe de travail du Parti libéral du Canada.? Claude BÉLAND, président du Mouvement des caisses Desjardins «La formation et l'entreprenariat, la clé des emplois de demain» Aujourd\u2019hui, la question de la direction que prend notre société intéresse l\u2019ensemble de la population.Et cela n\u2019est pas étonnant: sous l\u2019effet de la mondialisation des échanges, le monde est entré dans une période de mutations qui font que les solutions anciennes ne conviennent plus aux défis actuels.Un des effets les plus pervers causés par ces nouvelles règles du jeu est la persistance du sous-emploi et l\u2019exclusion d\u2019un nombre toujours plus grand de travailleurs et de travailleuses.La question de l\u2019emploi est sans conteste l\u2019enjeu le plus important auquel nous ayons à faire face aujourd\u2019hui.Devant le chômage endémique, les gens réagissent car, fondamentalement, c\u2019est l\u2019emploi qui assure leur sécurité et, ce faisant, donne la possibilité de s\u2019établir, de fonder une famille, de participer à la vie sociale et économique de leur communauté et, de là, d\u2019édifier une société prospère.L\u2019exclusion prolongée du marché du travail, on le sait, mène à l\u2019exclusion sociale.Plusieurs études ont démontré que c\u2019est dans les régions ou encore dans les quartiers où l\u2019on retrouve une plus grande concentration de personnes sans emploi qu\u2019on retrouve aussi les plus hauts taux de criminalité et de délinquance, de problèmes de santé, de prise en charge des enfants pour protection sociale, etc.La question du chômage 1295 inquiète parce qu\u2019elle n\u2019est pas seulement une question économique mais une question sociale.Il n\u2019est pas étonnant alors que de plus en plus de gens sentent le besoin de serrer les coudes, de partager leurs préoccupations et de chercher avec les autres des solutions.Le Forum pour l\u2019emploi Justement parce que cette situation ne laisse pas indifférent, on a vu ces dernières années, au Québec, naître des regroupements impliquant différents partenaires socio-économiques.J\u2019ai personnellement le privilège de contribuer à quelques-uns de ceux-ci.Je pense, en particulier, à celui du Forum pour l\u2019emploi, un regroupement de chefs de file provenant d\u2019horizons forts divers, du milieu des affaires, des syndicats, du milieu coopératif et financier, du monde de l\u2019éducation et de la formation, du milieu municipal, local et régional et du milieu socio-communautaire, des gens qui, traditionnellement, n\u2019ont pas toujours eu des intérêts convergents, mais qui ont convenu de se réunir pour faire ensemble quelque chose pour relancer l\u2019emploi.Or, à l\u2019occasion d\u2019un grand forum national sur l\u2019emploi qui avait attiré des milliers de personnes, le premier consensus auquel nous en sommes venus, c\u2019est celui de la nécessité de la concertation des partenaires socio-économiques.Nous en sommes venus à la conclusion que nous ne pourrons améliorer la situation qui prévaut au plan de l\u2019emploi si chacun ne cherche qu\u2019à trouver solution à ses problèmes individuels.D\u2019autant plus que nous avons réalisé que le problème qui affecte notre marché du travail n\u2019était pas un problème seulement local ou national, mais qu\u2019il nous fallait nous attaquer à une crise généralisée à l\u2019échelle de la planète.J\u2019en prends pour preuve le rapport que publiait au début de cette année une agence Le premier consensus auquel nous en sommes venus, c\u2019est celui de la nécessité de la concertation des partenaires socioéconomiques.1296 Ces constats ont conduit le Forum à se prononcer en faveur du rapatriement de tous les pouvoirs en matière de formation professionnelle et de gestion de la main-d'œuvre.attachée à I\u2019ONU, Y Organisation Internationale du Travail, selon lequel le monde vit actuellement la pire crise de l\u2019emploi depuis la grande dépression des années 1930.On comptait, au début de cette année, selon cette agence, 120 millions de chômeurs «officiels» dans le monde, auxquels il fallait ajouter plus de 700 millions de personnes sous-employées.Signe des temps peut-être, les ministres des finances et de 1 emploi des pays du G-7 se réunissaient à Détroit récemment pour discuter justement de la question devenue plus préoccupante d\u2019un chômage qui tend partout à rester levé malgré la reprise économique.Un deuxième consensus atteint au sein du Forum pour 1 emploi fut celui de la nécessité de mettre au diapason l\u2019offre et la demande d\u2019emplois.À la suite d\u2019une douzaine de colloques régionaux et du Grand forum national, il a été constaté, avec une certaine stupéfaction, la largeur du fossé qui existe ente le monde de l\u2019enseignement et celui du travail, en même temps que la profonde dévalorisation de la formation professionnelle.Ce qui nous a conduit à nous interroger sur le rôle et la pertinence de nos systèmes d\u2019éducation et sur la relation qui existait entre eux et le monde du travail.Ces constats ont conduit le Forum à se prononcer énergiquement en faveur du rapatriement au niveau du gouvernement du Québec de tous les pouvoirs en matière de formation professionnelle et de gestion de la main-d\u2019œuvre - une position qu\u2019il a ensuite présentée à la Commission Bélanger-Campeau, \u2014 qu il a réitérée a maintes reprises depuis et qui a même été réaffirmée unanimement par le conseil d administration de la Société québécoise du développement de la main-d\u2019œuvre.Le Forum s\u2019est aussi fait le propagandiste de la formation professionnelle en adoptant une charte à ce sujet et en lançant, l\u2019automne der- 1297 nier, une campagne de valorisation de la formation professionnelle et technique.À l\u2019heure où, malgré un taux de chômage toujours supérieur à 12%, plusieurs entreprises manquent de travailleurs spécialisés, il faut faire les efforts nécessaires là où ils s\u2019imposent.Une meilleure formation Nous nous sommes d\u2019ailleurs sentis à l\u2019aise de requestionner les systèmes d\u2019éducation et de formation puisque ce questionnement fait aussi le tour de la planète.Les membres de la Commission internationale de l\u2019éducation pour le XXIe siècle, mise sur pied par l\u2019UNESCO, constatent en effet que partout, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, une série de crises traverse le monde de l\u2019éducation.La révolution technologique, la croissance et la persistance du chômage et de l\u2019exclusion sociale posent un défi majeur à tous les systèmes éducatifs.Nous ne sommes donc pas les seuls, au Québec, à nous interroger et à tenter d\u2019adapter nos institutions à ces difficiles réalités.Dans le but de promouvoir une meilleure formation des personnes et une plus grande collaboration entre les entreprises et les institutions scolaires, un Guide de stages en milieu de travail a aussi été élaboré et publié par le Forum pour l\u2019emploi.Ce document a pour but d\u2019encourager et faciliter la négociation d\u2019ententes de stages entre les institutions de niveaux secondaire et collégial dispensant une formation professionnelle et différents milieux de travail.Car il ne fait pas de doute que la formation pratique en milieu de travail assure un complément très utile à la formation théorique et technique dispensée en institution, en même temps qu\u2019elle multiplie les contacts entre le monde de l\u2019éducation et le monde du travail, ainsi que l\u2019échange d\u2019information entre les deux ni- Promouvoir une meilleure formation des personnes et une plus grande collaboration entre les entreprises et les institutions scolaires.1298 veaux, ce qui ne peut entraîner que des effets positifs.Il fut un temps où les enseignants voyaient d\u2019un mauvais œil que les entreprises approchent de l\u2019école.Ils étaient farouchement jaloux de «leurs contenus» et ne voulaient pas se faire dicter ce qu\u2019il fallait enseigner.Les entreprises, elles, ne se mêlaient pas beaucoup de formation, surtout s\u2019il s\u2019agissait d\u2019étudiants.Et les gens d\u2019affaires fuyaient les gens des milieux d\u2019enseignement, les considérant déconnectés de la réalité.Il y a certes eu évolution à cet égard, mais le «décloisonnement» entre monde du travail et monde de l\u2019éducation doit encore être encouragé.La culture entrepreneuriale Un autre consensus important auquel en sont venus les partenaires du Forum, c\u2019est celui de la nécessité de développer la culture entrepreneuriale.Pour créer des emplois, il faut des entreprises.Et pour créer ou développer des entreprises, il faut des entrepreneurs.Nous ne pouvons plus attendre des grandes entreprises qu\u2019elles absorbent tous les nouveaux venus sur le marché du travail.Au contraire: depuis plusieurs années, on les voit rationaliser leurs opérations et élaguer leurs listes de paie plutôt qu\u2019embaucher de nouveaux employés.Ainsi, lorsque la revue Fortune a présenté son palmarès des 500 plus grandes entreprises américaines, en avril dernier, il s\u2019agissait en fait de la neuvième année consécutive où l\u2019on observait, par rapport à l\u2019année précédente, une baisse du nombre de personnes à l\u2019emploi de ces entreprises.En fait, depuis 1984, les «top 500» ont éliminé un minimum de 200 000 emplois par année.En 1984, les entreprises que l\u2019on retrouvait dans ce classement employaient 14,2 millions de personnes, à la fin de 1993, ce nombre avait baissé à 11,5 millions, une différence, donc, de près de 3 millions.1299 On observe chez nous la même tendance.Ces dernières années, les grandes entreprises présentes au Québec ont aussi éliminé un grand nombre d\u2019emplois (on parle généralement de plusieurs dizaines de milliers de postes au cours de la dernière décennie) alors que la grande majorité des nouveaux emplois créés l\u2019ont été par les PME.L\u2019importance de la PME, et même de la très petite entreprise (car la majorité des PME québécoises comptent 5 employés et moins), pour la création de nouveaux emplois, sera encore déterminante dans les prochaines années.Nous devons donc préparer les jeunes à devenir aussi des «entrepreneurs» et non pas seulement des «employés».On parle beaucoup d\u2019«employabilité»: rendre les gens aptes à l\u2019emploi, c\u2019est bien, mais encore faut-il qu\u2019il y ait des emplois.On devrait parler aussi d\u2019«en-trepreneurabilité», soit rendre les gens aptes à devenir entrepreneurs, à créer leur propre emploi (maillage, emplois autonomes, emplois à domicile, etc.).C\u2019est une nouvelle «culture de l\u2019entreprenariat» que nous devons développer et cela doit débuter à l\u2019école.Un bon travail est encore à réaliser pour la détection et l\u2019encouragement du potentiel entrepreneurial dans le milieu de l\u2019éducation et pour l\u2019appui aux candidats et candidates qui démontrent un intérêt et des aptitudes à ce chapitre, notamment chez les jeunes inscrits aux secteurs professionnels.À cet égard, la Fondation de l\u2019entrepreneurship -un autre regroupement dynamique de partenaires socio-économiques qui vise à combattre le sous-emploi - joue un rôle de premier plan.Ses interventions, ses publications, son action de tous les jours dans ce domaine renforcent elles aussi la concertation à l\u2019égard de la question de l\u2019emploi.Nous ne manquons pas de ressources, au Québec, pour aider au démarrage de petites entreprises et pour les supporter à toutes les C\u2019est une nouvelle « culture de l ' entreprenariat » que nous devons développer.1300 Nous devrons maintenant compter, pour créer des emplois, sur nos propres forces.phases de leur expansion.À titre d\u2019exemple, la revue PME, dans son numéro du mois de mai, présentait un Guide de l\u2019entrepreneur où l\u2019on retrouvait, regroupés dans des tableaux, l\u2019ensemble des organismes offrant des services aux petites et moyennes entreprises, que ce soit pour le démarrage, le financement, l\u2019innovation, la formation, l\u2019exportation, etc.Il y avait ainsi pas moins de 18 pages de tableaux, ce qui témoigne de l\u2019abondance des ressources.Ce n est pas non plus le capital qui manque: un réseau de sociétés régionales d\u2019investissement et de sociétés de capital de risque attend actuellement les projets.Mais il y a sûrement des passerelles entre le monde de l'éducation et tous ces organismes d\u2019appui et de support aux projets d\u2019entreprise qui pourraient être établies.Le projet de société dont le Forum pour 1 emploi s est fait le promoteur et qui vise à concilier développement économique, développement social et développement durable, à travers une démarche axée sur l\u2019emploi, est un projet à long terme.Il faut d\u2019abord que les gens y adhèrent - en fassent un de leurs points cardinaux.D autant plus que les gouvernements ne peuvent plus grand chose au chapitre de la création d\u2019emplois.On pourrait presque dire qu\u2019ils font aujourd\u2019hui partie du problème à cause d\u2019un endettement qui dépasse les bornes de l\u2019acceptable.Nos gouvernants doivent, eux, s attaquer au problème de l\u2019endettement public et c est plutôt pour éviter qu\u2019il y ait relâchement que nous devrons faire pression sur eux.C est dire que nous devrons maintenant compter, pour créer des emplois, sur nos propres forces, nos propres ressources.La «société civile» devra apprendre à s\u2019organiser elle-même et à se concerter pour ce faire.Pour remettre les gens à 1 ouvrage, faire baisser l\u2019incidence de la pauvreté et voir à un partage plus équitable de la richesse collective, chacun d\u2019en- 1301 tre nous devra donc s\u2019y mettre.Non pas qu on puisse s\u2019attendre à infléchir rapidement les tendances fortes qui affectent notre santé économique et sociale, surtout lorsque ces tendances se font sentir à l\u2019échelle de la planète.Mais je suis convaincu que nous pourrons, sur le long terme, améliorer notre situation collective par une meilleure concertation sociale.Conclusion Donc, oui il faut mettre au diapason travail et milieu; oui à la formation et au développement de la culture entrepreneuriale.Mais je conclurais en insistant sur quelques points: 1.Il faut travailler à rétablir les points cardinaux - retrouver l\u2019Orient si on veut orienter efficacement.Proposer un projet généreux, inspiré par la concertation et la solidarité, un projet qui fait place à la contribution de chacun.Rétablir en somme certaines valeurs dont notre société a grandement besoin.Car, il faut bien l\u2019admettre, depuis quelques années, les valeurs de notre société se sont quelque peu ramollies.Alors que notre histoire rappelle que c\u2019est par la solidarité que nous avons ici réussi à reprendre notre place - nos succès des trente dernières années nous ont amenés à croire que nous n\u2019avions peut-être plus besoin des autres et qu\u2019individuellement nous pouvions nous en tirer! L\u2019individualisme s\u2019est subtilement installé chez nous, alimenté par un État Providence qui acceptait généreusement, mais trop souvent à crédit, d\u2019assumer nos obligations.Nous en sommes même venus à croire que nous n avions que des droits ! Nous en sommes venus à croire à la permanence de la prospérité.Or, un jour, même si nous ne voulions pas y croire, nous avons appris que 1 État 1302 manquait de souffle, que la prospérité nous avait faussé compagnie, laissant place à une crise économique persistante.Nous avons été lents à réagir, croyant encore une fois à une crise passagère.Mais la réalité se fait plus convaincante de jour en jour: le chômage ne se résorbera pas sous l\u2019effet des simples lois du marché ; ni par l\u2019intervention de l\u2019État; ni par l\u2019écoulement du temps.Il nous faut agir et nous donner à nous-mêmes un projet soutenu par des valeurs nobles et généreuses - car il est extrêmement difficile de mobiliser les gens, de les engager dans un projet commun quand les points d\u2019ancrage sont mous, quand on ne connaît plus l\u2019emplacement des points cardinaux, quand on se demande: pourquoi faut-il faire le voyage ?À quoi sert-il ?Or, à mon avis, ce projet de société emballant, généraux, inspiré des valeurs humaines fondamentales, doit consister à créer, sur nos territoires, une société prospère - c\u2019est-à-dire une société qui fait travailler et participer tout son monde, qui met chacun a contribution.Le chômage, dans nos milieux, devrait provoquer la même réaction que celle que provoque la maladie: en effet, on ne tolérerait pas, nulle part chez nous, de laisser souffrir ou mourir des malades ! Or, le chômeur est un malade sur le plan social, un exclu qui souffre et qui meurt à la société.Chaque paroisse, chaque localité, chaque milieu devrait se concerter pour que personne ne se sente inutile et pour que chacun et chacune puissent être mis à contribution.Voilà, il me semble, un projet noble et généreux, un point lumineux vers lequel chacun devrait tendre, en concertation avec les autres.D\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas tellement une question de générosité: c\u2019est plutôt une question de bon sens.Nous disons souvent que nous sommes un peuple - un grand peuple - mais nous savons que nous ne sommes pas nombreux.Pour prendre notre place sur ce continent, nous avons besoin de toutes nos forces - nous n\u2019avons pas les moyens de les diluer.Nous n\u2019avons pas les moyens de tolérer - sans réagir - que 22% de notre population soit défranchisée, soit gaspillée et ne soit pas mise à contribution ! Oui, il nous faut agir, d\u2019autant plus que pour faire face à l\u2019avenir, nous ne partons pas de rien.Depuis 20 ans, nos progrès en matière de formation, tel que le révèle l\u2019évolution des taux de diplômation dans nos collèges et nos universités, ont été fulgurants.Dans toutes les régions, le Québec a des gens compétents, capables de rigueur et de travail soutenu.Nous avons aussi, chez nous, une certaine habitude de la concertation, à la fois sur le plan économique et sur le plan social.Il nous reste à prendre les initiatives qui s\u2019imposent aujourd\u2019hui pour mieux aiguiller ces forces sur la voie de projets collectifs qui feront place à la relève, de même qu\u2019à tous ceux et celles qui, à l\u2019heure actuelle, ne voient pas encore la lumière au bout du tunnel.Le problème du décrochage scolaire, entre autres, reste majeur: mais peut-être la redécouverte des points cardinaux permettrait-elle à beaucoup de ces jeunes de rester sur la « route de l\u2019avenir» s'ils voyaient cet avenir, s'ils s\u2019en savaient partie prenante, s'ils savaient aussi pourquoi ils doivent faire le voyage ?1304 Il faut encourager la décentralisation si on veut que l\u2019implication des gens soit réelle.2.3.4.5.Il faut encourager la décentralisation si on veut que l\u2019implication des gens soit réelle et les projets définis ensemble, pris en charge concrètement, sur le terrain, si on veut, finalement, permettre aux gens de devenir des citoyens actifs et responsables.Sans oublier cependant que si on veut que les gens soient responsables, il faut leur donner du pouvoir.En effet, il n\u2019y a que ceux et celles qui n\u2019ont pas de pouvoir qui peuvent se permettre d\u2019être irresponsables.Pour rendre les gens responsables, il faut faire en sorte qu\u2019ils puissent, ensemble, avoir prise sur leur destin.Il faut mettre au diapason le travail et le milieu.Pour y arriver, il faut établir des passerelles solides et actives entre le monde de l\u2019enseignement et le monde du travail.Il faut aussi valoriser la formation - sous toutes ses formes, sans oublier la formation professionnelle.Ne l\u2019oublions pas, il faudra demain dans les entreprises des «solutions finders».Il faut encourager la participation des gens au projet commun.Il faut développer l\u2019esprit d\u2019entreprise.Pour créer de l\u2019emploi, il faut des entreprises.Et pour créer des entreprises, il faut des entrepreneurs.Notre projet de société devrait prendre comme définition d\u2019une société prospère, pas nécessairement le fait d\u2019avoir un gros PIB -Produit Intérieur Brut - mais plutôt le fait d\u2019avoir un grand BIB - un grand Bonheur Intérieur Brut \u2014 c est-à-dire d\u2019être une société où non seulement chacun satisfait ses besoins physiologiques, mais aussi ses besoins de participation, d appartenance et d\u2019accomplissement.1305 Oui, c\u2019est à ce grand défi - emballant parce qu\u2019il est exigeant \u2014 que nous sommes tous conviés.?Oui, c 'est à ce grand défi -emballant parce qu\u2019il est exigeant - que nous sommes tous conviés.1306 Jocelyn BERTHELOT Conseiller au Service de recherche de la CEQ Un projet démocratique pour l'école Un large débat sur l\u2019école semble de plus en plus inévitable.La vision à courte vue et les improvisations successives des dernières années n\u2019ont fait que confirmer l\u2019urgence d\u2019un tel débat social.La révision à la pièce du système éducatif, sans vision d\u2019ensemble, n\u2019a pas d\u2019avenir.Au cours de la dernière décennie, on a vu s\u2019imposer une vision technocratique et utilitaire de l\u2019éducation.La concurrence serait devenue la clef de la qualité promise, comme pour les entreprises.Les écoles primaires et secondaires sélectives, qu\u2019elles soient publiques ou privées, se sont multipliées.On publie annuellement des palmarès où on compare sans sourciller et sans rougir ces écoles sélectives à des écoles de milieux pauvres.L\u2019accroissement des exigences, sans mesure de soutien, a provoqué, par ailleurs, une montée vertigineuse de l\u2019abandon des études.Enfin une multitude de mesures de contrôle a restreint l\u2019autonomie du personnel de l\u2019éducation.Parallèlement, on demandait à l\u2019école d\u2019assumer des responsabilités encore plus grandes, dans un contexte marqué par un accroissement de la pauvreté et des problèmes sociaux dont elle subissait inévitablement les contrecoups.Pour des raisons souvent contradictoi- 1307 res, on n\u2019a cessé d\u2019écorcher l\u2019école et les personnes qui la font.Il faut bien constater que le modèle éducatif qui s\u2019est développé avec la Révolution tranquille ne fait plus consensus.Le moment est venu de repenser le système éducatif de façon plus globale et sur une longue durée, comme l\u2019a fait le Rapport Parent.C\u2019est cette conviction qui a conduit la CEQ à entreprendre une vaste réflexion sur la mission de l\u2019école.Le rapport de recherche, qui vient d\u2019être publié, propose un nouvel horizon démocratique pour l\u2019école et le collège (Ber-thelot, 1994).Il invite à un large débat sur les finalités de l\u2019éducation et sur les mesures à mettre en place pour poursuivre la démocratisation entreprise.Ce projet démocratique s\u2019ancre dans l\u2019histoire et dans un projet de société pour le Québec de demain avant de s\u2019attarder plus précisément à repenser l\u2019école.Un peu d\u2019histoire On peut retracer l\u2019origine du projet démocratique en éducation au début du XIXe siècle, alors que le Parti patriote contrôlait la chambre d\u2019assemblée.Des Patriotes, on ne garde souvent que l\u2019image folklorique de la tuque, de la pipe et du fusil.Il vaut la peine de rappeler leur volonté d\u2019instaurer une véritable école publique laïque.Entre 1820 et 1835, l\u2019éducation a connu une expansion fulgurante au Québec.Mais ce projet s\u2019est buté à l\u2019opposition du pouvoir britannique et s\u2019est évanoui après la révolte de 1837-1838.La lutte se poursuivit néanmoins pendant près d\u2019un demi-siècle entre les héritiers des Patriotes réunis autour de l\u2019Institut canadien et le clergé catholique alors force montante.Les anecdotes sur cette période ne manquent pas.Le moment est venu de repenser le système éducatif de façon plus globale et sur une longue durée.1308 L\u2019Église assura un contrôle presque total de l'éducation francophone.Pour mettre fin aux ardeurs laïques, l\u2019Église eut recours à l\u2019Index, à l\u2019excommunication, au recrutement massif de congréganistes de la mère patrie effrayés par les gains laïques outre-At-lantique.Bref, par un effet de vases communicants, plus les laïcs français marquaient des points, plus les laïcs québécois étaient perdants.L\u2019Église en sortit victorieuse.À compter de 1875 jusqu\u2019à l\u2019aube des années soixante, elle assura un contrôle presque total de l\u2019éducation francophone; un modèle théocratique marqua toutes les facettes de la vie scolaire.Néanmoins, cette domination étouffante ne fut pas aussi totale qu\u2019on a pu le laisser penser.Par exemple, les frères éducateurs ont largement contribué à jeter les bases d\u2019une école secondaire publique.Dès les années 1920, ils se firent les promoteurs d\u2019un enseignement public permettant d\u2019accéder à l\u2019enseignement supérieur, sur le modèle nord-américain du high school.Face à l\u2019opposition virulente du clergé, les frères durent user de stratégie, menaçant même à l\u2019occasion d\u2019affilier leurs institutions à la très protestante université McGill.Ce n\u2019est pas un hasard si l\u2019auteur des célèbres Insolences était un frère.Jean-Paul Desbiens dira d ailleurs de cette longue lutte qu\u2019elle était bien davantage qu'une rivalité.«Je dirais qu'il y avait une rupture de classe, au sens marxiste.Ce n\u2019était pas une rivalité, c\u2019était deux mondes différents.» (1986, p.500) L adoption de la Loi sur la fréquentation scolaire obligatoire, en 1943, une dernière en Occident, a marqué une autre victoire démocratique.Une telle loi avait déjà été adoptée un demi-siècle plus tôt dans de nombreux pays, dès 1882 en France et 1891 en Ontario.Les opposants à ce projet dénonçaient la «conscription scolaire», la menace maçonnique, la violation du «droit naturel du père de famille».Antoine Rivard, personnage important de l\u2019Union 1309 nationale, dira: «nos ancêtres nous ont légué un héritage de pauvreté et d\u2019ignorance, et ce serait une trahison que d\u2019instruire les nôtres» (dans Gérin-Lajoie, 1989, p.29).La loi fut finalement adoptée après avoir obtenu l\u2019appui du Comité catholique.Il faut dire que l\u2019État du Vatican avait lui-même adopté une telle loi.douze ans plus tôt.On connaît mieux le bond en avant qu\u2019a permis la Révolution tranquille.Mais la réforme des années soixante ne s\u2019est pas réalisée d\u2019un coup de baguette magique.Lors de son premier discours à l\u2019Assemblée législative, le premier ministre Lesage déclara sans ambages: «il n\u2019est pas question et il ne sera jamais question sous mon administration de créer un ministère de l\u2019Instruction publique» (dans Tremblay et al., 1989, p.122).Il a fallu une commission d\u2019enquête qui se plaça au-dessus de la mêlée et beaucoup de détermination politique.Le premier projet de loi créant le ministère de l\u2019Éducation et le Conseil supérieur, le bill 60, fut d\u2019abord reporté à la suite de pressions des évêques.Il aurait sûrement connu un enterrement de première classe, n\u2019eut été la vaste tournée entreprise par le ministre Paul-Gérin Lajoie qui a permis de renverser la vapeur, y compris à la CIC, l\u2019ancêtre de la CEQ, qui s\u2019était initialement rangée aux côtés de l\u2019Église.Un nouveau modèle, que résume assez bien le slogan «qui s\u2019instruit s\u2019enrichit», s\u2019imposa.L\u2019égalité des chances et la méritocratie en étaient les fondements.C\u2019est ce modèle qui est désormais en crise.Ce bref survol historique nous rappelle que la démocratie éducative a généralement progressé à petits pas mais qu\u2019elle a aussi connu des reculs.À l\u2019occasion, elle a fait des pas de géants, comme lors de la Révolution tranquille.On peut en retenir un double message d\u2019espoir.C\u2019est en plaçant chacune et chacun sa 1310 Nous sommes les tisserands de la tapisserie où s 'inscrira demain.petite pierre que l\u2019on arrivera à construire ce nouvel édifice que l\u2019on souhaite.C\u2019est aussi en cherchant à faire naître un nouveau projet collectif pour l\u2019éducation qui réponde aux exigences d aujourd hui et de demain que l\u2019on pourra faire avancer l\u2019école sur la voie de la démocratie.Un regard tourné vers l\u2019avenir On ne saurait penser un tel projet d\u2019école sans se tourner vers l\u2019avenir.Les élèves qui entrent aujourd\u2019hui au primaire seront sur le marché du travail jusque vers le milieu du prochain siècle.Cela invite à nous interroger sur le monde dans lequel ils vivront ou dans lequel on voudrait qu\u2019ils vivent.Il ne s\u2019agit pas de jouer au devin.Lorsque l\u2019on regarde aujourd\u2019hui certaines réponses apportées par les futurologues d\u2019hier, on ne peut manquer de sourire.Par exemple, cette vision de l\u2019an 2000 que présentait le magazine américain Life dans une édition de 1965.Papa se rendait travailler en hélicoptère pendant que maman, à la maison, surveillait bébé à l\u2019aide d un radar, laissant le ménage à un robot tout neuf; les enfants, eux, étaient à l\u2019école.devant le téléviseur.On sait depuis que les changements sociaux ont bien davantage transformé la famille nord-américaine que les changements techniques.En fait, demain n est pas fixé.Comme l\u2019écrit poétiquement Jacquard, nous «sommes les tisserands de la tapisserie où s\u2019inscrira demain» (1991, p.104).Si certaines grandes tendances sont irréversibles, le sens que prendront les changements qui s\u2019annoncent est loin d\u2019être déterminé.Il y a d\u2019abord cette mondialisation dont il est si souvent question et qui apparaît en effet inéluctable.Mais la mondialisation n\u2019est pas 1311 qu\u2019économique.À aucun moment de l\u2019histoire, les peuples, les cultures et les personnes n\u2019ont été mis aussi étroitement en relation.À l\u2019intérieur même de plusieurs sociétés, la diversité ethnoculturelle s\u2019accroît et le Québec ne fait pas exception.Nous n\u2019avons d autre choix que d\u2019apprendre à vivre ensemble, d\u2019être à la fois particuliers, ancrés dans une communauté et une nation, tout en nous affirmant davantage universels.Il y a ensuite la remise en cause d\u2019un modèle de développement axé sur le progrès infini et sur les technosciences.L\u2019effet de serre, l\u2019effritement de la couche d\u2019ozone, une population qui devrait atteindre les 12 milliards soulèvent la question même du devenir de l\u2019humanité qui est désormais de la responsabilité humaine.Une nouvelle alliance avec la nature s\u2019impose.Seul un nouveau modèle de développement peut permettre d\u2019éviter le spectre de sociétés duales et l\u2019élargissement de la fracture qui sépare le Nord et le Sud.La démocratie appelle à la responsabilité, à la solidarité et au partage.Les nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication vont continuer de bouleverser nos vies.La robotisation de la production des biens matériels va se poursuivre.L\u2019économie sera de plus en plus une économie de l\u2019information.La nature et la quantité des emplois seront affectées.Le travail se fera plus abstrait.L\u2019organisation du travail pourrait faire davantage appel à l\u2019autonomie et à la responsabilité.On observe encore une plus grande liberté des personnes, une émancipation des normes imposées qui conduit à une diversité accrue des modes de vie et des croyances.Le pluralisme s\u2019impose.Les droits de la personne occupent en conséquence une place croissante, tentant de baliser le permis et l\u2019interdit.La démocratie appelle à la responsabilité, à la solidarité et au partage.1312 L'école a perdu le quasi-monopole qu 'elle détenait antérieurement sur le savoir.Quant à la famille elle se fait aussi plurielle.Elle apparaît désormais davantage comme un pacte temporaire que comme une institution définie par des liens éternels.40 % des enfants québécois naissent hors mariage, les relations parents-enfants sont en redéfinition, le taux d\u2019activité des femmes a presque rejoint celui des hommes.Les jeunes sont parfois désorientés par autant de repères brouillés.Ils sont profondément marqués par les mutations qui ont cours et connaissent les effets des problèmes sociaux.Ils expriment eux-mêmes, de façon précoce, cette liberté accrue dans leur accès à la consommation et au travail, dans leurs relations avec les adultes, dans leur vie sexuelle.Par ailleurs, l\u2019école a perdu le quasi-monopole qu\u2019elle détenait antérieurement sur le savoir.Les médias occupent désormais une place aussi importante que l\u2019école dans la vie des élèves.Les changements qui précèdent ont de nombreuses conséquences sur la nature de l\u2019éducation, sur sa durée.Mais il y a plus.On doit aussi se demander comment l\u2019école peut contribuer à l\u2019avènement d\u2019une société plus démocratique.Un projet démocratique Ce projet démocratique pour l\u2019école et le collège se structure autour de cinq thèmes que nous aborderons brièvement.Les valeurs à privilégier, la formation à donner, l\u2019organisation scolaire à mettre en place, la vie de l\u2019école elle-même et les structures scolaires sont autant d\u2019éléments qu\u2019un véritable débat ne saurait éviter.La trilogie des valeurs démocratiques Les valeurs sont au cœur de l\u2019acte d\u2019éduquer.Ce sont elles qui donnent un sens à la 1313 mission de l\u2019école.Elles sous-tendent une conception de la personne à former, une perspective pour la société à construire; elles devraient inspirer l\u2019ensemble des pratiques éducatives.Souvent, on se contente de les énumérer sans plus; d\u2019autres fois, on perd leur sens dans la multitude.C\u2019est dans la démocratie que s\u2019ancrent les valeurs fondatrices de ce projet pour l\u2019école.La démocratie s\u2019articule autour de deux valeurs fondamentales, la liberté et l\u2019égalité, qui vivent en tension permanente.L\u2019égalité sans la liberté, c'est le totalitarisme; la liberté sans l\u2019égalité, le libéralisme sauvage.Une troisième valeur vient lier les deux précédentes: la fraternité.Ce n\u2019est pas là une grosse découverte, cette trilogie démocratique orne le fronton des institutions publiques françaises depuis 1789.Mais le projet qu\u2019elles supportent est à redéfinir en permanence.Fonder l\u2019école sur cette trilogie, c\u2019est d\u2019abord reconnaître que l\u2019école doit être un lieu d\u2019apprentissage de l\u2019autonomie et un endroit où elle doit exister dans la vie quotidienne des personnes qui y vivent.Cette autonomie se conjugue toutefois avec l\u2019interdépendance, car la liberté de l\u2019un est toujours bornée par la liberté de l\u2019autre.Elle implique que l\u2019on laisse aux élèves une place plus grande dans l\u2019organisation de la vie scolaire, que l\u2019on garantisse l\u2019autonomie professionnelle, que chacun assume les responsabilités qui en découlent.L\u2019égalité pour sa part a un double sens en éducation.Elle est d\u2019abord affirmation de l\u2019égalité des personnes, conviction qui s\u2019exprime dans la lutte contre toutes les formes de discrimination, contre le racisme, le sexisme, le déterminisme biologique.Elle a aussi le sens plus large de l\u2019égalité des chances.Elle invite à soutenir les efforts en vue de combattre les diverses formes d\u2019inégalités face à 1 éducation.L\u2019égalité sans la liberté, c \u2019est le totalitarisme ; la liberté sans l\u2019égalité, le libéralisme sauvage.1314 Quant à la fraternité elle exprime la nécessaire coopération dans la communauté scolaire; elle implique l\u2019entraide, la coopération et la solidarité.Elle est recherche de dialogue et condamnation de toute forme de violence.Elle est aussi recherche de normes communes qui définissent le cadre du vivre ensemble.Il faudrait viser à former des personnes qui partagent une appartenance commune à la société québécoise.Un sujet démocratique à former C\u2019est sur la base de ces valeurs et de la société que l\u2019on souhaite voir advenir qu\u2019il faut définir la formation à donner.Il ne s\u2019agit pas d\u2019élaborer une nouvelle grille-matières ni de revoir chacun des programmes.Il s\u2019agit plutôt de rechercher quelques grands principes permettant de donner une meilleure cohérence à l\u2019ensemble du curriculum.Par exemple, la compartimentation et le cloisonnement des savoirs, le morcellement et l\u2019émiettement des apprentissages finissent par faire perdre de vue l\u2019objectif ultime de l\u2019apprentissage: la connaissance du réel et l\u2019intégration des connaissances.Cela plaide pour un enseignement qui propose aux élèves une vision plus globale du monde qui nous entoure, pour un meilleur équilibre entre les différents champs de formation, pour une approche plus interdisciplinaire.L\u2019ampleur des changements qui s\u2019annoncent invite aussi à un curriculum plus souple qui laisse une plus grande place à l\u2019autonomie professionnelle.Au chapitre des objectifs de formation, il faudrait notamment viser à former: des personnes libres et responsables, capables d\u2019assumer les choix concernant leur propre vie et leur rôle de citoyenne ou citoyen, aptes à poursuivre ultérieurement leur formation tant générale que professionnelle et ce, tout au long de leur vie; 1315 des personnes qui partagent une appartenance commune à la société québécoise, une culture commune fondée sur la langue française, l\u2019histoire, le respect des droits et libertés et de la dignité des personnes ; des personnes soucieuses de justice sociale et sensibles à l\u2019injustice; des personnes capables de comprendre le monde qui les entoure et de juger des grands enjeux contemporains, dotées d\u2019un esprit critique; - des personnes ouvertes sur le monde, préoccupées par la paix, conscientes des dangers qui pèsent sur l\u2019environnement et sur la planète.Bien sûr, les diverses disciplines peuvent chacune à leur façon contribuer à ces objectifs.Il faudra encore que tous les élèves possèdent les outils de base nécessaires qu\u2019il s\u2019agisse de la maîtrise du français, de la mathématique, d\u2019une langue seconde, des capacités d analyse, de synthèse, de résolution de problèmes, d\u2019attitudes tels la rigueur, l\u2019effort, la créativité.Transmettre un savoir est une chose, en assurer l\u2019acquisition en est une autre.C est pourquoi démocratie et pédagogie forment désormais un couple inséparable, d autant plus que les diverses pédagogies sont elles-mêmes porteuses de valeurs.Dans un joli petit livre intitulé Comme un roman, Daniel Pennac affirme que le verbe lire ne se conjugue pas à l\u2019impératif, pas plus que le verbe aimer.Ajoutons que le verbe apprendre ne le supporte pas davantage.Lis, aime, apprends n\u2019ont pas de sens.Malheureusement, la formule dominante est toujours celle du «je parle, donc tu suis».L\u2019enseignante ou l\u2019enseignant n\u2019est pas d\u2019abord un distributeur de savoirs.Il est responsable d\u2019une démarche d\u2019apprentissage qui vise à donner à chaque élève les moyens de L\u2019enseignante ou l\u2019enseignant à la fois un guide, un motivateur, mais aussi un maître.1316 C\u2019est au plus grand nombre qu \u2019il faut assurer la réussite.comprendre; c\u2019est à la fois un guide, un motivateur, mais aussi un maître.L\u2019apprentissage en coopération, la pédagogie différenciée, l\u2019aide par les pairs, sont autant d\u2019approches qui peuvent inciter ce sujet qu\u2019est l\u2019élève à s\u2019engager dans une démarche qu\u2019il est seul en mesure d\u2019accomplir.Assurer la réussite Le défi de 1 école et du collège de demain n est pas mince.C\u2019est au plus grand nombre qu\u2019il faut assurer la réussite.Il faut faire progresser conjointement réussite et qualité dans la perspective d\u2019une scolarisation accrue.L\u2019obtention d un diplôme d\u2019études secondaires et d une qualification professionnelle sont devenus une nécessité si on veut éviter l\u2019exclusion.Il faudra fournir aux élèves tous les services qu exige leur réussite et concevoir une organisation scolaire qui permette de faire face démocratiquement à l\u2019hétérogénéité croissante des élèves.Les résultats de la recherche en éducation et les expériences qui ont cours en Amérique et en Europe invitent à une organisation plus souple faisant appel à l\u2019entraide et à la coopération tant entre enseignantes et enseignants qu entre les élèves, tout en fournissant des services adaptés aux élèves handicapés ou en difficulté.C est dès avant l\u2019école que des mesures préventives sont nécessaires pour assurer la réussite du plus grand nombre, dès le tout jeune âge, comme le suggère le rapport du groupe de travail pour les jeunes, Un Québec fou de ses enfants.L éducation préscolaire a aussi un rôle de prévention et de dépistage.Or, la préscolarisation québécoise est grandement sous-développée, particulièrement lorsqu\u2019on se réfère à la situation européenne.Les études sont nombreuses, en Europe comme en Amérique, à démontrer les conséquences positives de l\u2019éduca- 1317 tion préscolaire sur la réussite ultérieure.Il apparaît donc opportun de faire du préscolaire 5 ans à temps plein le premier échelon du système éducatif et de poursuivre le développement des services à demi-temps pour les enfants de quatre ans de même que les interventions à l\u2019intention des parents de jeunes enfants de milieu pauvre.Au primaire, dans une majorité de pays européens, tout comme au Japon d\u2019ailleurs, on n\u2019a pas recours au redoublement.Les élèves danois suivent même parfois leur groupe d'âge accompagnés de leur enseignante ou enseignant jusqu\u2019en dixième année.Ailleurs, l\u2019école primaire est souvent divisée en deux cycles, toujours sans redoublement.La France vient d\u2019opter pour une telle organisation; les cycles, d\u2019une durée de trois ans, peuvent être raccourcis ou prolongés d\u2019une année, mais une seule fois.L\u2019objectif visé est de réduire les écarts de réussite.Un tel modèle favoriserait une transformation des stratégies d\u2019enseignement et des modalités d\u2019évaluation des apprentissages.Mais il ne pourra éviter d\u2019être précédé d\u2019un large débat concernant le redoublement.L\u2019école secondaire, pour sa part, demeure la cible privilégiée des critiques du système éducatif.On en mange à s\u2019en rassasier, comme on disait jadis de son prochain ou du curé.À sa défense, il faut dire qu\u2019elle subit plus que toute autre institution éducative les contrecoups de la violence et de l exclusion sociales; elle est aussi davantage l\u2019objet de stratégies et de pratiques élitistes qui conduisent à une hiérarchisation fort peu démocratique entre les écoles secondaires, qu\u2019elles soient publiques ou privées.Il importe de bien marquer les distinctions qui s\u2019imposent entre les deux cycles du secondaire, entre l\u2019école obligatoire commune d\u2019une part et l\u2019objectif visé pour le plus grand Au deuxième cycle, c\u2019est généralement le début des choix professionnels.nombre d\u2019autre part, le diplôme d\u2019études secondaires ou d\u2019études professionnelles.En ce qui concerne le premier cycle, on observe un peu partout une tendance nette à en rapprocher la mission de celle de l\u2019école primaire; dans certains pays, la distinction entre les deux est même très mince, le redoublement n\u2019intervenant qu\u2019en fin de cycle.La réforme ontarienne fournit un bon exemple de cette tendance.On vient de mettre fin aux groupements homogènes qui existaient en 7e, 8e et 9e année.Le curriculum a été revu et on propose de le regrouper autour de quatre champs de savoir afin de favoriser l\u2019interdisciplinarité et une pédagogie du projet.On observe le même mouvement aux États-Unis dans les «middle schools».L\u2019apprentissage en coopération et le travail d\u2019équipe apparaissent comme des façons démocratiques de prendre en compte la diversité des élèves.Dans la même veine, la France a opté pour la pédagogie différenciée et pour 1 introduction de périodes consacrées à l\u2019élaboration de projets interdisciplinaires.Au deuxième cycle, c\u2019est généralement le début des choix professionnels.Si une diversification plus grande peut être recherchée par 1 introduction d\u2019options en quatrième secondaire, il faudrait s\u2019assurer que celles-ci se situent dans une perspective de formation de base et non dans la perspective d\u2019une diversification des écoles comme on peut le craindre de certaines propositions, ou encore pour répondre aux exigences de l\u2019enseignement collégial.L\u2019école secondaire doit demeurer une école commune et c\u2019est sur la formation de base que doit s\u2019édifier la formation ultérieure, non l\u2019inverse.Afin d assurer une souplesse organisationnelle, on pourrait, comme en France, prévoir des modules obligatoires qui pourraient être consacrés à des activités d\u2019enrichissement 1319 ou de récupération, à l\u2019intérieur d\u2019un programme commun.Quant aux groupements hétérogènes, ils s\u2019avèrent beaucoup plus difficiles à mettre en place à ce niveau.La réussite du plus grand nombre exigera des services accrus pour venir en aide aux élèves rencontrant des difficultés.Mais une organisation scolaire plus souple ne saurait se confondre avec l\u2019intégration généralisée des élèves handicapés ou en difficulté.C\u2019est en prenant en compte les intérêts de l\u2019ensemble des élèves que l\u2019équipe-école devra décider de la nature des services répondant le plus adéquatement aux besoins particuliers des élèves, et cela ne saurait exclure le recours à des classes spéciales.En ce qui concerne la formation professionnelle, il est inadmissible que plus de 30% des jeunes quittent l\u2019école sans diplôme et sans qualification.S\u2019il faut tout faire pour conduire le plus grand nombre jusqu\u2019au DES, il faudra aussi un filet de sécurité pour ceux qui n\u2019y arrivent pas.L\u2019enseignement collégial, pour sa part, ne pourra manquer de s\u2019ouvrir à une proportion croissante des jeunes.Cela aura d\u2019importantes conséquences sur sa mission; le cégep se situera de plus en plus en prolongement de l\u2019enseignement secondaire; il n aura d autre choix que d\u2019affirmer davantage son autonomie face aux exigences universitaires.C\u2019est dans une perspective d\u2019éducation permanente qu\u2019il faut inscrire désormais cette formation de base.Les compressions budgétaires ont durement frappé l\u2019éducation des adultes ces dernières années.Il est pourtant urgent que l\u2019on considère l\u2019éducation comme faisant partie de toutes les étapes de la vie.Une communauté éducative Le quatrième grand axe d\u2019un projet démocratique concerne l\u2019école elle-même.Quand on La réussite du plus grand nombre exigera des services accrus pour venir en aide aux élèves rencontrant des difficultés.1320 Il y a beaucoup à faire pour que chaque école devienne une véritable communauté éducative.prête l\u2019oreille aux nombreuses critiques adressées à la vie quotidienne de l\u2019école, on constate qu\u2019il y a beaucoup à faire pour que chaque école devienne une véritable communauté éducative.Il faut donner plus de prise au personnel et aux élèves sur l\u2019action éducative.Une professionnalisation des enseignantes et des enseignants passe par un plus grand contrôle sur l\u2019évaluation, par des programmes plus souples, par du temps permettant la concertation entre collègues et par un modèle de gestion différent.Les élèves aussi peuvent faire davantage pour leur école, assumer des responsabilités plus grandes, contribuer de diverses façons à la réussite éducative.Les études tant françaises qu\u2019américaines sur le sujet révèlent hors de tout doute qu\u2019une plus grande responsabilisation, alliée à une gestion participative, a, au-delà de son caractère démocratique propre, un impact positif sur la démocratisation de l\u2019enseignement.Une telle culture collégiale n\u2019est toutefois pas simple à développer étant donné les pratiques actuelles de gestion et l\u2019isolement professionnel.La construction d\u2019une véritable communauté éducative exige que les rôles de chacun soient revus et que le personnel y occupe une place centrale.Cela en vaut la peine, car le projet démocratique qui précède ne connaîtra de suite que s\u2019il est pris en charge localement autour d\u2019un dialogue démocratique.Ce dialogue, il faudra l\u2019élargir aux parents et à la communauté locale.C\u2019est toute la société qui doit se faire éducative.Comme le dit la maxime «Il faut tout un village pour éduquer un enfant».Il faudra également que l\u2019on mette à la disposition des élèves les services dont ils ont besoin.On se plaint de l\u2019école fourre-tout qui oblige à traiter en classe un ensemble de problèmes sociaux.L\u2019école ne peut ignorer les pro- 1321 blêmes que vivent les élèves, mais ce n\u2019est pas au personnel enseignant à les prendre en charge en classe.L\u2019école doit devenir un centre de services pour l\u2019enfance et la jeunesse où l\u2019ensemble des services professionnels dont ils ont besoin seraient disponibles.Finalement, je ne ferai que mentionner la question des structures.La recherche de l\u2019égalité des chances et de l\u2019égalité des droits dans une société pluraliste invite à revoir les structures scolaires confessionnelles et le financement public de l\u2019enseignement privé.Un débat s\u2019impose Un large débat s\u2019impose sur l\u2019avenir de l\u2019école québécoise.La perspective étroite qui a prévalu jusqu\u2019à maintenant a démontré ses grandes faiblesses.Le récent rapport du comité des sages, présidé par le recteur de l\u2019UQAM, Claude Corbo, ne saurait non plus inspirer un véritable débat de société.La définition des profils de formation ne peut se passer, en amont, d\u2019un débat sur les finalités de l\u2019école et, en aval, d\u2019une recherche des mesures à mettre en place pour assurer leur réussite par le plus grand nombre.Les propositions qui précèdent veulent prolonger l\u2019effort de démocratisation entrepris avec la Révolution tranquille.Elles soulèvent autant de questions qu\u2019elles apportent de réponses.Elles doivent être collectivement débattues, confrontées à d\u2019autres projets en vue de dégager un nouvel horizon pour 1 ecole québécoise.?RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES BERTHELOT, J.(1994).Un horizon démocratique pour l\u2019école et le collège.Québec.CEQ, CO-15, 246 p.Un large débat s'impose sur l'avenir de l\u2019école québécoise.1322 Desbiens, J.-P.(1986).De l\u2019école des frères au cégep.Recherches sociographiques, Vol.27, N° 3, 495-528.GÉRIN-Lajoie, P.(1989).Combats d'un révolutionnaire tranquille.Montréal : Centre éducatif et culturel.Jacquard, A.(1991).Voici le temps du monde fini.Paris: Seuil.Tremblay, A., Blais, R.et Simard, M.(1989).Le ministère de l'Éducation et le Conseil supérieur: antécédents et création, 1867-1964.Québec: Presses de l\u2019Université Laval.1323 Comment on réduit la capacité d'action d'une collectivité nationale* Lors d\u2019une rencontre privée, quelque temps après la transaction qui devait faire passer La Laurentienne dans le giron du Mouvement Desjardins, son président, monsieur Claude Béland nous confiait avoir reçu de nombreux commentaires au sujet de cette acquisition.«Vous n\u2019y pensez pas, lui a-t-on dit, le Mouvement Desjardins va devenir trop gros pour une coopérative ! » Comme si une coopérative devait absolument rester petite et ne jouer qu\u2019un rôle majeur dans l\u2019économie.À l\u2019annonce de la transaction, les pages économiques de certains journaux ont même avancé que Desjardins n\u2019avait sans doute pas eu le choix: l\u2019Inspecteur-général des institutions financières lui avait probablement forcé la main.On a même évoqué l\u2019opération sauvetage ! Tout pour essayer de saper le mérite de la stratégie du Mouvement Desjardins dans cette affaire.Comme si la seule idée de vouloir renforcer le rempart économique que des gens d\u2019ici Yvon A LECLERC * L\u2019auteur vient de publier un essai intitulé «Battre le chômage» aux éditions Septentrion, 1300 Maguire, Sillery, GIT 1Z3.Tél.: (418) 688-3556.Préface de Bernard Landry.1324 s\u2019étaient donnés pour réaliser leur projet de société paraissait sacrilège ! Il faut reconnaître que cette acquisition amenait une banque à charte chez Desjardins et lui permettait désormais de concurrencer les autres banques sur leur propre terrain.«Que vont dire les autres banques?» demandait-on presque à mi-voix, l\u2019œil effarouché, au président du Mouvement.«S il avait fallu que Alphonse Desjardins recule devant cette levée de boucliers dissimulant mal nos vieilles peurs, nos angoisses ataviques devant les puissances de l\u2019argent comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019affronter le Malin lui-même», de reprendre le président du Mouvement dans un grand éclat de rire.D\u2019où peut bien provenir ce curieux héritage qui freine, ralentit ou hypothèque le développement du Québec?Pour le comprendre, il faut remonter loin derrière car les traditions, les attitudes et les valeurs qui nous habitent au-jourd hui, comme Rome, ne se sont pas bâties en un jour.S\u2019agissant de l\u2019emploi et du sous-emploi, comment expliquer que le Québec qui, historiquement a disposé d'avantages concurrentiels qui auraient dû le placer en meilleure position que 1 Ontario, tire de l\u2019arrière depuis plus d\u2019un siècle?Comment expliquer que les traditions culturelles de la population québécoise contiennent un bagage de proverbes résignés comme «quand on est valet on n\u2019est pas roi» ou «quand on est né pour un p\u2019tit pain»?Comment expliquer l\u2019usage de tournures linguistiques aussi étranges que «pas pire» lorsqu\u2019on demande comment ça va, ou «ça m\u2019fait rien» à une question qui devrait mériter un oui ou un non ?Essayons de trouver réponse à travers un bref survol de quelques événements historiques 1325 qui ont particulièrement touché la population québécoise.Un peu d\u2019histoire Au lendemain de la conquête, en 1760, la métropole anglaise se rendait compte qu\u2019elle avait gagné une bataille mais pas la guerre.Elle se retrouvait avec 60 000 habitants bien implantés le long des berges du Saint-Laurent.Elle savait aussi qu\u2019elle ne pourrait procéder à une déportation massive comme l\u2019avait fait Charles Lawrence en Acadie, quelques années plus tôt.Et puis, à quoi bon, puisqu\u2019en 1760, la métropole française abandonnait une colonie en pleine crise économique.Il était de plus en plus évident, surtout depuis 1755, que la France ne pourrait plus soutenir ni financièrement, ni militairement, sa colonie qui passait, morceau par morceau, à la couronne britannique.La cession a été ratifiée par le traité de Paris, le 10 février 1763.Ce traité consacrait la disparition de toutes frontières posées par la colonisation française, hormis la Louisiane que la France avait cédée à l\u2019Espagne quelques années auparavant.C\u2019était le libre-échange avant l\u2019heure! Désormais, l\u2019Amérique du Nord était britannique.Le traité prévoyait également que les «anciens Canadiens» pouvaient vendre leurs biens à des sujets britanniques et émigrer en toute liberté durant les dix-huit mois suivant la signature du traité.La proclamation royale Mais Londres n\u2019a pas attendu si longtemps avant de s\u2019inquiéter du sort de ces récalcitrants français qui ne semblaient pas vouloir quitter leurs terres.À peine huit mois plus tard, en octobre 1763, la Proclamation royale assénait aux anciens colons français un coup dont ils auront bien du mal à se relever et qui hypo- 1326 L'édit royal rétrécissait l'espace économique réservé aux habitants de la colonie.théquera leur développement économique pour les 200 prochaines années.L\u2019édit royal créait, en effet, «the province of Quebec», sorte d\u2019enclave qui rétrécissait considérablement l\u2019espace économique réservé aux habitants de la colonie.En territoire certes, mais aussi en valeur commerciale, en coupant l\u2019accès des «Canadiens» à l\u2019immense réservoir de fourrures de l\u2019Ouest qui constituera, pour vingt ans encore, l\u2019objet économique principal de l\u2019Amérique du Nord.Seulement pour marquer l\u2019importance de ce commerce, rappelons que lorsque le Québec Act, en 1774, eut ré-annexé les Grands Lacs à la demande des 200 marchands anglais de Montréal, 30 d\u2019entre eux faisaient déjà un chiffre d\u2019affaires d\u2019environ 1 000 000 de$ alors que 12 000 agriculteurs ne parvenaient pas à produire pour la moitié de cette somme.Du reste, en 1770, le commerce des fourrures représentait encore 76 % de la valeur des exportations de la «province».C\u2019était là manière sournoise mais efficace d\u2019exclure les habitants de cette enclave de la possibilité d\u2019accumuler le capital nécessaire à la constitution d\u2019une bourgeoisie d\u2019affaires.C\u2019était aussi une façon éprouvée d\u2019habituer une population à limiter ses aspirations et à se satisfaire de peur.En 1764, alors qu\u2019ils contrôlaient encore la connaissance de leur milieu géographique, les marchands canadiens fournissaient encore 43,2 % de la valeur des expéditions.En 1782, ce pourcentage était tombé à 21 %.En somme, ne pouvant ni les déporter ni les assimiler en raison de leur nombre trop élevé, la nouvelle métropole a donc choisi de contourner les habitants de l\u2019ex-colonie française, de les inférioriser, de les cantonner dans des rôles subalternes et de les refouler sur leurs terres pour y vivre d\u2019une agriculture de subsistance.1327 Pour comprendre la situation dans laquelle se trouvaient nos ancêtres, on doit prendre en considération le rôle primordial de la métropole dans une entreprise coloniale.Elle fournit les hommes, les techniques, les capitaux, les marchandises et les marchés.Que les règles changent et c\u2019est toute la vie économique de la colonie qui s\u2019en trouve modifiée.La classe dirigeante française qui vivait du commerce, de l\u2019armée et de l\u2019administration a été, d\u2019un seul coup, décimée et remplacée par des Britanniques.Les dirigeants français, qui se sont entêtés à vivre ici après la conquête, ont été confinés à des rôles d\u2019exécutants et d\u2019interprètes des directives de la nouvelle métropole et de ses administrateurs dans la colonie.Dur rappel à la réalité pour une colonie qui cheminait sur la voie de l\u2019indépendance à un rythme semblable à celui des treize états américains du sud.Situation difficile à vivre que celle de se contenter d\u2019emplois de subsistance, principalement reliés à l\u2019agriculture, sans pouvoir même espérer accéder aux décisions politiques susceptibles d\u2019améliorer son sort.En fait, c\u2019est toute la direction de la vie économique du pays qui venait de changer de mains et d\u2019intérêts.C\u2019est par des décisions d\u2019ordre économique que le vainqueur de la bataille des plaines d\u2019Abraham a réussi à obtenir la capitulation (dans tous les sens du terme) des habitants de l\u2019ex-colonie française.L\u2019abolition du Serment du Test, les dispositions favorables du Quebec Act et même la création de la chambre d\u2019assemblée par le Constitutional Act ont pu laisser planer l\u2019espoir d\u2019une reconquête de certains leviers de développement mais aussi longtemps que ces leviers ne concernaient pas la vie économique, ce n\u2019était qu\u2019illusion.On le comprendra beaucoup plus tard.Les dirigeants français, ont été confinés à des rôles d\u2019exécutants 1328 La guerre d\u2019indépendance des états américains a forcé la métropole anglaise à modifier sa stratégie.Pour l\u2019heure, contentons nous de reconnaître que la vie des descendants des colons français sur les rives du Saint-Laurent s\u2019est déroulée en marge des grandes décisions économiques, sans bourgeoisie d\u2019affaires, et refoulée vers des emplois de subsistance.Il aura fallu attendre la Révolution tranquille et la création de certains outils de développement pour que les habitants du territoire de «the province of Quebec» recouvrent en partie la possibilité de prendre des décisions d\u2019ordre économique.Ce n\u2019est pas faute d\u2019avoir essayé que l\u2019assimilation n\u2019a pas réussi.Nos ancêtres ont profité d\u2019une conjoncture favorable grâce à la guerre d\u2019indépendance des états américains qui a forcé la métropole anglaise à modifier sa stratégie et à leur reconnaître des concessions qui ont soutenu leur survivance.En 1810, même après l\u2019établissement des loyalistes dans les townships, les Canadiens représentent encore 90% des 250 000 habitants de la colonie du Bas-Canada.À partir de 1815, cependant, débute une immigration anglaise massive qui portera les Canadiens à vouloir s\u2019affirmer davantage par crainte de l\u2019assimilation.Du reste, cette résistance à l\u2019assimilation des Canadiens inquiétait les dirigeants et les marchands britanniques de la colonie et leur faisait regretter de leur avoir concédé, par le «Constitutional Act» de 1791, une «chambre d\u2019assemblée».Même si elle détient peu de pouvoirs réels, cette chambre offre néanmoins aux Canadiens l\u2019occasion de se retrouver et, faute de mieux, à faire obstruction.C\u2019est d\u2019ailleurs la constatation que les Canadiens, loin de s\u2019assimiler, croissaient en nombre et cherchaient continuellement à s\u2019affirmer, qui amena les dirigeants britanniques à proposer à Londres de réunir le Haut et le Bas-Canada en un seul pays.Des projets furent déposés en 1810 par le juge Sewel et en 1822 par 1329 le gouverneur Dalhousie.Tous deux ont avorté.Il en fut autrement en 1841.La tentative d\u2019insurrection des patriotes de 1837-1838 a fourni aux marchands anglais de Montréal et aux dirigeants de la colonie l\u2019occasion d\u2019en découdre avec les Canadiens et de river leur clou une fois pour toutes.L\u2019historien Denis Vaugeois, évoquant l\u2019Acte d\u2019union, n\u2019hésite pas à affirmer qu\u2019il s\u2019agissait là d\u2019une «nouvelle conquête».Car au delà des questions comme la représentation des députés au parlement ou la langue des débats, c\u2019est encore une fois une décision économique qui a fait le plus mal, qui a laissé les séquelles les plus profondes.La fusion des deux dettes Cette décision, c\u2019est celle de fusionner les revenus et les dettes des deux Canada.Dans son livre «L\u2019union des deux Canada, nouvelle conquête?», l\u2019historien Vaugeois cite Thomas Chapais: «Or, à ce moment, le Bas-Canada n\u2019avait qu\u2019une dette insignifiante, estimée par le gouverneur à 95 000 louis, tandis que la dette du Haut-Canada était d\u2019au moins 1 200 000 louis, pour laquelle il fallait payer environ 56 000 louis d\u2019intérêts.Lord Durham avait écrit dans son rapport en parlant du Haut-Canada: «Cette province est chargée d\u2019une dette de plus d\u2019un million de louis; le revenu entier, de 60 000 louis environ, peut à peine suffire au paiement de l\u2019intérêt».La fusion des deux dettes, imposée par la raison du plus fort, laissera des séquelles profondes qui finiront par présenter la résignation comme allant de soi.En fait, la bourgeoisie d\u2019affaires anglaise de Montréal et le gouverneur du Bas-Canada, tous deux complices de leurs concitoyens du Haut-Canada, voyaient Vaugeois, évoquant l\u2019Acte d\u2019union, n \u2019hésite pas à affirmer qu\u2019il s'agissait là d\u2019une «nouvelle conquête ».1330 d\u2019un œil favorable la fusion des deux Canada, qui aurait raison des Canadiens-français.Faut-il alors se surprendre que plusieurs d\u2019entre eux aient émigré vers les États-Unis?Selon l\u2019historien Yves Roby, entre 1784 et 1844, la population canadienne-française augmentait de 400 % pendant que la superficie des terres occupées ne croissait que de 275 %.On sait que, depuis les années 1820, les Canadiens-français se trouvaient à l\u2019étroit sur leurs fermes et devaient trouver ailleurs des débouchés pour survivre.Selon le rapport d\u2019un comité de l\u2019Assemblée législative créée en 1849 pour enquêter sur l\u2019immigration vers les États-Unis, environ 40 000 auraient franchi la frontière entre 1839 et 1849 attirés par la prospérité que connaissaient ce pays depuis 1842.Il ne faut pas croire, cependant, que tous habitaient sur une ferme ou s\u2019adonnaient à l\u2019agriculture.Plusieurs, en effet, se regroupaient dans des hameaux et des villages et vivaient des produits dérivés de la ferme: industries du bois, moulins à farine, tanneries, brasseries, tabac, etc.Et il le fallait car déjà, à partir de 1840, le machinisme agricole s\u2019implantait progressivement: la batteuse à la place du fléau, la faucheuse à la place de la «petite faux», le râteau à cheval, etc.La batteuse faisait en quatre ou cinq jours le travail ce que le fléau abattait en 80 à 90 jours.La vie économique du milieu du siècle dernier connaît deux transformations structurelles majeures qui auront un effet certain sur le destin du Bas-Canada et de son voisin de l\u2019Ouest.Tout d\u2019abord, aux Canada comme aux États-Unis, les activités de transformation en usine vont marquer de plus en plus le pas sur les activités marchandes.Et, pratiquement en même temps, la vapeur et l\u2019acier deviennent les bases de la production industrielle reléguant le bois au second rang.Il va sans dire que les 1331 régions riches en fer et en charbon deviendront les nouveaux lieux de croissance.Les villes côtières perdirent peu à peu de leur importance au profit de villes du mid-west comme Pittsburg ou d\u2019États comme le Minnesota.Et l\u2019Ontario.Avantagée par un système de canaux (en partie défrayé par le Bas-Canada) et de chemins de fer, le Haut-Canada, devenu l\u2019Ontario après 1867, participe à cette explosion industrielle bien davantage que les provinces de l\u2019Est et que le Québec.Qu\u2019on en juge: à la fin du siècle, la valeur de la production totale du Québec était estimée à 150 000 000$; l\u2019agriculture y contribuait pour 65 %, les forêts pour 25 %, les industries de transformation pour 4 %, la pêche et les mines pour 2 % chacun.Le Québec demeurait donc agricole, sauf pour Montréal où se développait le commerce.Mais alors que l\u2019activité marchande reposait largement sur une culture d\u2019ouverture à de nouveaux marchés, l\u2019activité industrielle engendrait un fort courant protectionniste.Le premier trouvait assise à Montréal et l\u2019autre à Toronto.En réaction, naissait un courant libre-échangiste qui a d\u2019ailleurs donné lieu à l\u2019une des plus curieuse alliance tactique de l\u2019histoire du Québec.Les marchands anglais de Montréal se sont en effet joint aux «Rouges» du Québec, sorte de gauche anticléricale et très progressiste, héritière des patriotes de 1837-1838, pour prôner l\u2019annexion aux États-Unis.Il faut bien comprendre que les Rouges rêvaient encore à un pays indépendant, alors que les marchands souhaitaient un espace commercial le plus large possible, sans frontières ni tarifs douaniers.Mais aussi, dans l\u2019esprit des marchands, l\u2019annexion équivalait à noyer dans une mer anglo-saxonne les Canadiens-français qui résistaient toujours à l\u2019assimilation.Que ces deux L\u2019annexion équivalait à noyer dans une mer anglo-saxonne les Canadiens-français.1332 Le peuplement de l'Ouest canadien par une immigration massive.groupes, aux intérêts diamétralement opposés, s\u2019unissent pour faire signer une pétition dans le but de favoriser le libre-échange et l\u2019annexion aux États-Unis révèle toute la force et l\u2019importance de l\u2019activité économique dans une société.Signé finalement en 1854, le traité de Réciprocité vivra jusqu\u2019à 1866, année où il tomba sous le pic des démolisseurs: les industriels protectionnistes principalement localisés dans la pointe sud de l\u2019Ontario.Ce sont finalement les protectionnistes qui ont eu gain de cause.En bonne partie, d\u2019ailleurs, à cause d\u2019une remontée générale de 1 économie et de l\u2019apport considérable de capitaux en provenance de Londres qui rendaient le Canada un peu moins dépendant de son voisin du sud.C est dans cette nouvelle conjoncture que se trouve la genèse d\u2019un Canada a mare usque ad mare nourri par la «National Policy» mise de l\u2019avant par John A.MacDonald.La «National Policy» Conçue durant les années 1860, mais élaborée principalement durant les années 1870, cette National Policy reposait sur trois volets.Tout d\u2019abord, l\u2019imposition de tarifs douaniers pour hausser le prix des produits concurrents fabriqués au sud de la frontière.Ce volet présentait l\u2019intérêt de faire entrer des revenus dans les coffres du gouvernement puisque la taxe d\u2019accise constituait, à cette époque, la plus importante recette fiscale.Ensuite, la poursuite des moyens de communication est-ouest, surtout par le chemin de fer et les canaux, afin de favoriser l\u2019expansion du pays vers l\u2019Ouest.Et enfin, le peuplement de l\u2019Ouest canadien par une immigration massive afin de tirer parti de cet immense territoire propice à la production de céréales.Quel sera l\u2019effet de cette National Policy sur le développement économique du Québec?1333 La ruée vers l\u2019ouest.En cela, la National Policy ne faisait que suivre le développement économique du continent tout entier qui se déplaçait vers cette région jusqu\u2019alors pratiquement inexplorée.Cela signifiait aussi que les capitaux et la main-d\u2019œuvre qualifiée prenaient le même chemin.Ce sont donc surtout l\u2019Ontario du sud et les Prairies qui ont profité de ces transformations majeures de l\u2019économie marchande à l\u2019économie industrielle basée sur les métaux et le charbon.Mais ce qui perturba le plus la vie économique du Québec, c\u2019est la formidable expansion de l\u2019agriculture de l\u2019Ouest canadien qui concurrençait de plus en plus celle d\u2019ici.Rappelons qu\u2019au tournant du siècle, l\u2019agriculture constituait environ 65 % de la valeur des expéditions.Hormis certaines régions situées près des zones urbaines et des marchés, de très nombreuses fermes québécoises épuisées par 200 ans de culture, ne pouvaient plus rivaliser avec les terres neuves de l\u2019Ontario et de l\u2019ouest.Le chemin de fer rendait en outre ces produits facilement accessibles aux marchés de l\u2019Est, ce qui contribuait encore plus à «sortir» les agriculteurs québécois du marché.À la même époque, la population des États américains de la Nouvelle-Angleterre vivaient, à l\u2019égard du Mid-west américain, un attrait encore plus grand que celui vécu au Canada.Ce «go west, young man» donna lieu à un essaimage de la population sur l\u2019ensemble du territoire américain.Ce qui plaçait les entreprises de textile et de chaussures qui proliféraient dans cette région américaine depuis la fin de la guerre de Sécession, dans une situation de pénurie de main-d\u2019œuvre.Ces industriels se tournèrent alors vers les pays exportateurs de main-d\u2019œuvre, soit l\u2019Irlande et surtout le Québec.Le Québec s\u2019était quand même donné des entreprises de transformation dont plusieurs se Ce qui perturba le plus la vie économique du Québec, c'est la formidable expansion de l\u2019agriculture de l\u2019Ouest canadien.1334 370 000 Canadiens-français ont traversé la frontière.\tspécialisaient, elles aussi, dans le textile et la chaussure.Mais leur nombre était nettement insuffisant pour absorber l\u2019immense bassin de main-d\u2019œuvre engendré par l\u2019une des plus fortes progression démographique au monde.Plu-1 sieurs, très nombreux, n\u2019eurent d\u2019autre recours I que 1 exil pour survivre alors que d\u2019autres, tout aussi nombreux, y trouvaient une façon d\u2019améliorer leur sort.En fait, depuis la rébellion de 1837-1838 et jusqu\u2019à la fin du siècle, environ 370 000 Canadiens-français ont traversé la frontière 1 pour s établir dans six États américains de la Nouvelle-Angleterre.Seulement pour les deux I décennies de 1880 à 1900, on estime à plus de 210 000 personnes l\u2019émigration nette vers le sud.Émigration nette car l\u2019émigration totale, I qui incluait les travailleurs saisonniers, ferait I grimper ce chiffe, selon les époques, à plus du I double.Conséquence ?En 1901, le Québec comptait une population de 1 648 898 personnes et 1 les descendants de Canadiens-français établis en Nouvelle-Angleterre seulement s\u2019élevaient, selon l\u2019historien Yves Roby, à 573 000.Il s\u2019agit là d\u2019un chiffre conservateur car selon le recensement américain de 1900, 810 105 Canadiens-français vivaient aux États-Unis à cette date, dont 808 000 en Nouvelle-Angleterre.Les autres avaient entendu 1 appel du «go west» américain et s\u2019étaient établis dans la région de l\u2019Illinois.Si on appliquait à ces émigrants le même comportement démographique que les familles demeurées ici, ces Canadiens-français de la diaspora auraient fait passer le Québec contemporain à environ 9 500 000 d\u2019habitants, selon l\u2019hypothèse conservatrice, et à 10 500 000 selon le recensement américain.Dans un cas comme dans l\u2019autre, la situation du Québec n\u2019aurait pas été la même tout au long des 100 1335 dernières années car l\u2019évolution de la tradition démocratique de ce pays aurait pu déjouer, par le scrutin, certaines décisions de la majorité anglophone qui allaient contre ses intérêts.Car, alors que les Canadiens-français étaient encore majoritaires en 1840, ils n\u2019étaient plus de 40% de la population canadienne en 1872.Et c\u2019est grâce à un taux de natalité le plus élevé du monde occidental que ce pourcentage n\u2019a pas connu une chute plus rapide jusqu\u2019à ce jour.Faut-il rappeler que les deux dernières décennies du XIXe siècle correspondent au moment le plus fort de l\u2019application de la National Policy de sir John A.MacDonald?Si l\u2019historien Vaugeois a pu affirmer que l\u2019Acte d\u2019Union de 1841 constituait une deuxième conquête, on peut certes avancer que la National Policy a été, pour les descendants des fils de La Rochelle, une «troisième conquête».Celle qui les a écartés définitivement de la possibilité de jouer le rôle qui revient à une majorité dans son pays.Il y en aura d\u2019autres, tout aussi insidieuses et néfastes, mais sans le caractère brutal de l\u2019Acte d\u2019union ou insidieux de la National Policy.Car, progressivement, les Canadiens-français ont cessé, depuis le milieu du XIXe siècle, d\u2019être majoritaires dans l\u2019ensemble du pays.Et, même s\u2019ils le demeuraient chez eux, ils étaient complètement encerclés, menottés et vassalisés par des institutions politiques et économiques mises en place depuis 1867.Il ne restait plus qu\u2019à s\u2019assurer que ces institutions évolueraient dans le sens souhaité par le gouvernement de la nouvelle majorité.Ce qu\u2019elle n\u2019a pas manqué de faire tout au long du XXe siècle.Le Canada du XXe siècle et le Québec L\u2019esprit de la National Policy à l\u2019égard des Canadiens-français et des Québécois flotte encore dans la capitale fédérale.Jetons un coup d\u2019œil sur deux domaines de l\u2019administration L\u2019esprit de la National Policy flotte encore dans la capitale fédérale.1336 fédérale inspirés directement de la national Policy et qui ont eu un effet prépondérant sur la structuration industrielle du Québec: la canalisation de la Voie maritime du Saint-Laurent et l\u2019établissement de la ligne Borden.La canalisation de la voie maritime du Saint-Laurent Depuis les tout débuts de la colonie, le transport des matières premières et des marchandises se faisait par voie maritime.Le Saint-Laurent constituait à cet égard une voie d\u2019accès exceptionnelle avec plus de 1 000 km de navigation.Jusqu\u2019aux rapides de Lachine.En fait, les rapides de Lachine se sont toujours dressés sur le chemin des explorateurs qui ont dû portager pour les contourner et poursuivre leur route.Montréal est née de cette barrière naturelle qui a toujours imposé une rupture de charge dans le transport maritime.Par conséquent, l\u2019industrialisation reliée au transport maritime devait tout naturellement se faire au pied des rapides.Ce qui fut le cas jusqu\u2019au début du XIXe siècle.Car depuis 1818, et surtout à compter de 1825, sous la pression combinée des marchands et des industriels du Haut-Canada, de grands travaux de dragage ont amené la création d\u2019un réseau de canaux de cinq à huit pieds de profondeur qui permettait d\u2019acheminer des marchandises de Montréal à Détroit par le canal Lachine (1825), le lac Saint-Louis et celui des Deux-Montagnes, les canaux de Chute-à-Blondeau, de Grenville et de Carillon, la rivière Ou-taouais, le canal Rideau (1832), le lac Ontario, le canal Welland (1833) et enfin, le lac Érié.Mais c\u2019était encore insuffisant.Les échanges entre le Haut-Canada et l\u2019Angleterre, déjà importants sous l\u2019Union, ont augmenté sensiblement avec la National Policy.Le réseau était devenu insuffisamment pro- 1337 fond et son parcours trop long : il fallait creuser à neuf pieds les canaux existants et réduire le détour par la rivière Outaouais.Ainsi, la production agricole de l\u2019Ouest canadien et les produits manufacturés dans le centre-ouest américain pourraient atteindre Montréal et de là, l\u2019Atlantique, à des coûts de transport réduits.Cette phase de travaux se termina en 1848.Il aura fallu attendre plus de cent ans pour entreprendre la phase suivante, celle qui a conduit à la voie maritime que l\u2019on connaît aujourd\u2019hui.Mais alors que le réseau de canaux servait jusqu\u2019ici de voie d\u2019accès vers l\u2019océan, c\u2019est pour approvisionner les grandes aciéries américaines du lac Érié que les travaux ont repris dans le Saint-Laurent.En fait, c\u2019est la richesse des gisements de fer de la Côte nord qui a incité les États-Unis, conjointement avec le Canada, à creuser une voie de 27 pieds de profondeur du lac Supérieur jusqu\u2019à Québec.Terminée en 1959, la nouvelle autoroute marine a effectivement servi au transport du minerai de la Côte nord vers les aciéries américaines.Quoique ce ne fut pas là sa fonction première.Ces grands travaux de dragage ont placé les ports de Montréal, de Québec et de Sept-îles sur le même pied que les ports du lac Érié.En effet, alors qu\u2019elle devait ouvrir les Grands lacs aux navires océaniques, la voie maritime a produit l\u2019inverse : elle a d abord permis aux grands navires qui sillonnent ces eaux, les « lakers », d\u2019accéder au Saint-Laurent.En exagérant à peine, on pourrait affirmer que ces grands travaux de dragage ont placé les ports de Montréal, de Québec et de Sept-îles sur le même pied que les ports du lac Érié, enlevant du même coup tout avantage stratégique aux ports du Saint-Laurent.Mais surtout, la canalisation du fleuve a accordé un laisser-passer définitif aux industriels qui voulaient s\u2019établir autour des Grands lacs.Certaines activités industrielles comme la construction navale, par exemple, n\u2019auraient ja- 1338 Le gouvernement fédéral n 'a rien prévu pour amortir les effets négatifs causés au Québec par la « délocalisation » industrielle.mais pu s\u2019implanter en amont du canal Lachine sans la canalisation du Saint-Laurent.Montréal et les villes portuaires du Saint-Laurent ont perdu, de ce seul fait, tout avantage concurrentiel sans aucune compensation de la part du gouvernement fédéral.C\u2019est de cette époque, principalement, que remonte cette formule si souvent invoquée comme argument final à toute discussion: «What is good for Ontario is good for Canada».Or, pendant ce temps, l\u2019activité industrielle s enracinait en Ontario au détriment, faut-il le dire, du Québec et des Maritimes.Non pas que la canalisation du Saint-Laurent constituait un problème en soi; les Québécois auraient eu mauvaise grâce de s\u2019y opposer.Mais parce que le gouvernement fédéra], qui a financé ces travaux avec les impôts de tous les Canadiens, n\u2019a rien prévu pour amortir les effets négatifs causés au Québec par la «délocalisation» industrielle qu\u2019elle a entraînée et la création de milliers d\u2019emplois en Ontario qu\u2019elle a favorisée.Surtout que cette perte d\u2019un avantage concurrentiel du Québec est directement attribuable à une décision du gouvernement fédéral.Pourquoi, par exemple, ne pas avoir dragué le Saint-Laurent plus profondément en aval de Montréal afin de rendre à cette ville l\u2019avantage naturel qu\u2019elle détenait avant les grandes opérations de dragage et permettre ainsi à des navires de fort tirant d\u2019eau de se rendre jusqu\u2019au port de Montréal?L\u2019avantage stratégique de la plus grande ville du Québec a ainsi été annulée par une décision politique qui n\u2019a rien prévu pour en compenser la perte.Mais en y pensant bien, pourquoi ce gouvernement qui a toujours favorisé le Haut-Canada et l\u2019Ontario avec la fusion des deux dettes et plus tard avec la National Policy aurait-il agi autrement avec la voie maritime du 1339 Saint-Laurent?La bourgeoisie d\u2019affaires de Toronto pouvait-elle souhaiter que la sidérurgie, qui pouvait désormais s\u2019installer autour des Grands lacs, s\u2019établisse au Québec?C\u2019est d\u2019ailleurs le même esprit qui a inspiré une autre décision qui a coûté très cher au Québec: la National Oil Policy.La ligne Borden Cette même idéologie a mené le gouvernement fédéral à établir, dans le domaine pétrolier, une sorte de ligne frontière coupant le Canada en deux, à la rivière des Outaouais.Du coup, il traçait une ligne totalement artificielle empêchant les produits pétroliers de circuler librement à travers un même pays.Une telle pratique n\u2019aurait jamais dû prendre place dans une fédération.Tout a commencé avec la découverte d\u2019un premier gisement de pétrole à Leduc, en Alberta, en 1947.Peu à peu, les forages ont fait augmenter le niveau des réserves jusqu\u2019à près de sept millions de barils, en 1965.Or, déjà à partir des années 1956, les producteurs de l\u2019Ouest, coincés entre le pétrole de l\u2019Ouest américain et celui du golf Persique et du Véné-zuéla, connaissaient des problèmes d\u2019écoulement et de rentabilité.Les ventes suffisaient à peine à maintenir un degré suffisant d\u2019exploration et de recherche pouvant garantir la viabilité de ce secteur industriel.Alerté, le gouvernement fédéral institua une Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019énergie (Commission Borden) dont le mandat consistait à proposer un nouveau partage des marchés afin d\u2019assurer l\u2019accès de l\u2019industrie pétrolière de l\u2019ouest aux grandes zones commerciales nord-américaines.Jusque là, une partie de l\u2019Ontario, le Québec et les Maritimes s\u2019approvisionnaient entièrement avec du pétrole brut importé.En 1958, 1340 selon le rapport Borden, 64,5 % du ravitaillement des raffineries montréalaises provenait du Vénézuéla et 35,2 % du Moyen Orient.Même les Prairies et la Colombie britannique n\u2019avaient cessé d\u2019importer leur pétrole des États-Unis qu\u2019au milieu des années cinquante.De sorte que la capacité de production des puits de l\u2019ouest qui s\u2019élevait à plus de 900 000 barils par jour en 1958, devait se limiter à 461 000 barils.Cette situation plaçait le Canada devant le paradoxe d\u2019être le seul pays producteur de pétrole à restreindre sa production, d\u2019une part, et à recourir à l\u2019importation pour combler les deux-tiers de ses besoins, d\u2019autre part.Le gouvernement canadien voulait favoriser sa production nationale.Or, comme il ne pouvait recourir au contingentement, il lui fallait réserver une part du marché intérieur au pétrole de l\u2019ouest.Il décida donc que les maritimes et le Québec continueraient d\u2019être approvisionnés par le brut importé alors que l\u2019Ontario et l\u2019Ouest le seraient par les produits canadiens acheminés vers Samia par le pipeline interprovincial qui sera construit à cette fin.La frontière entre les deux marchés a été fixée à la rivière des Outaouais : c\u2019est la Ligne Borden du nom du président de la Commission qui en a recommandé le tracé.À partir de 1963, aucun pétrole importé ne pouvait franchir cette ligne en direction de l\u2019Ontario.Et pour s\u2019assurer que les multinationales plutôt réfractaires respecteraient cette frontière, le gouvernement fédéral s\u2019est donné le cadre législatif approprié en créant l\u2019Office national de l\u2019énergie.En s\u2019ingérant ainsi dans les règles du marché, Ottawa contournait une nouvelle fois les avantages naturels du port de Montréal.Avec la ligne Borden, le pétrole en provenance du golfe Persique et du Vénézuéla n\u2019avait plus accès aux raffineries de Sarnia, alors en pleine expansion.Ainsi naquit la Na- 1341 tional Oil Policy qui replongeait le Canada dans les politiques protectionnistes de John A.Mac-Donald et qui coûterait très cher à l\u2019économie québécoise.Car il faut savoir que, jusqu\u2019à l\u2019institution de cette politique, l\u2019industrie du raffinage, au Canada se concentrait largement à Montréal, n\u2019en laissant qu\u2019une faible partie à Sarnia, en Ontario.La nouvelle politique a donc créé de toute pièce une industrie du raffinage en Ontario puisque le brut importé ne pouvait plus franchir la ligne Borden.Le nouveau centre de raffinage ontarien devait s\u2019approvisionner en pétrole de l\u2019Ouest.Et au fur et à mesure qu\u2019augmentait la capacité de raffinage de Samia, celle de Montréal devait s\u2019adapter à un nouveau marché considérablement réduit: celui du Québec et des Maritimes.Mais là encore, le marché allait changer avec l\u2019augmentation de la capacité de raffinage dans les provinces de l'Atlantique.Résultat?Une détérioration relative de la possibilité de raffinage de Montréal non seulement sur le marché canadien en général et sur le marché de l\u2019Est, mais également sur le marché québécois où la production des raffineries existantes en 1966 présentait un déficit de 15 000 000 de barils pour répondre à la consommation annuelle courante.Ensuite, c\u2019est l\u2019espoir du développement relié à la pétrochimie et à ses multiples dérivés qui prenait la route de l\u2019Ontario.À toutes fins utiles, la ligne Borden a fait perdre au Québec la possibilité de se doter d\u2019un important réseau d\u2019entreprises de transformation reliées à la pétrochimie, là où précisément se trouvent les emplois, nombreux et bien rémunérés.Et enfin, autre conséquence importante de cette politique nationale, depuis l\u2019instauration de la ligne Borden jusqu\u2019à la crise du pétrole de 1973: la question des prix.Durant toute cette L\u2019espoir du développement relié à la pétrochimie prenait la route de l\u2019Ontario.1342 Le gouvernement fédéral supprimait la ligne Borden pour garantir aux producteurs de l'ouest l'écoulement de leur surplus.période, le prix du brut importé livré à Montréal était inférieur à celui de l\u2019Ouest livré à Sarnia.Ce qui eut pour conséquence que les multinationales qui importaient du brut à Montréal ont pratiqué deux politiques de prix: l\u2019une pour les marchés internationaux et l\u2019une pour Montréal.Les prix à Montréal se situaient à mi-chemin entre le prix international et celui du brut vendu à Sarnia.En dollars courants, cette politique aura coûté aux environs de 100 000 000$ annuellement aux consommateurs québécois selon deux spécialistes de la question, MM André Marier et Bernard Cloutier.En somme, durant toute la période où cette politique de prix a été en vigueur, l\u2019économie québécoise, et particulièrement les entreprises qui utilisaient le pétrole comme matière première, ont payé plus cher leur approvisionnement en brut.Or, c\u2019est précisément durant cette période que la pétrochimie québécoise aurait pu se développer et à des prix plus concurrentiels que celle de Sarnia.Il aura fallu attendre la flambée des prix orchestrée par les pays de l\u2019OPEP, en 1973, avant d\u2019assister à un revirement complet du gouvernement fédéral en matière d\u2019énergie pétrolière.À l\u2019automne 1973, le premier ministre Trudeau annonce que le Canada vise, avec sa nouvelle politique, 1 autosuffisance en produits pétroliers avant la fin de la décennie 1970.Pour ce faire, il projette de faire construire un oléoduc entre Samia et Montréal ; ce qui a pour effet d\u2019abolir la ligne Borden.«Ainsi, disait-il, nous aurons non plus deux politiques pétrolières, mais une seule.Les provinces de l\u2019Ouest auront un débouché garanti pour leurs excédents de production et les provinces de l'Est seront assurées de leur approvisionnement».On doit décoder de cette nouvelle politique que ce n était pas uniquement par souci d\u2019assurer le Québec en approvisionnement pé- 1343 trolier que le gouvernement fédéral supprimait la ligne Borden mais aussi pour garantir aux producteurs de l\u2019ouest l\u2019écoulement de leur surplus.Encore une fois, une politique économique nationale aura été défavorable à l\u2019économie du Québec.À première vue, la ligne Borden a pu sembler favorable au Québec qui pouvait continuer de s\u2019approvisionner en pétrole brut, à bon marché, provenant des pays arabes et du Vénézuéla mais ce n\u2019était qu\u2019un écran de fumée.Le consommateur québécois qui a pu se procurer de l\u2019essence à la pompe à bon prix durant quelques années s\u2019est fait berner et en paie aujourd\u2019hui la note.C\u2019est en Ontario que les emplois directs et indirects se sont créés et c\u2019est à Montréal que le chômage s\u2019est installé avec la fermeture des raffineries et l\u2019anémie du secteur pétrochimique.Grâce à la National Oil Policy.Et à nouveau, Ottawa, par son orientation protectionniste, aura contraint le Québec à se replier sur son territoire.Comme en 1763, avec la Proclamation royale.Quand on ne contrôle pas son destin national.! Le cours des politiques de développement allait favoriser le plus fort.Conclusion En somme, une série de grandes décisions historiques impossibles à contester ont conditionné tout un peuple à intérioriser son indignation et son impuissance.Décisions qui ne seraient jamais intervenues si Ottawa avait respecté le cheminement commun des deux peuples fondateurs du Canada.Il en fut autrement et il ne faut guère s\u2019en étonner.Le rapport de force était inégal et il devenait évident, à partir de 841, (et consacré ensuite par 1867) que le cours des politiques de développement allait favoriser le plus fort.Il a fallu attendre 200 ans, depuis 1760, pour qu\u2019un gouvernement décide d\u2019utiliser son pouvoir afin de remettre les pendules à l\u2019heure 1344 et rendre à la communauté établie le long du Saint-Laurent une capacité d\u2019action qui lui permettrait d\u2019accéder à la modernité.C\u2019est depuis lors que le Québec moderne s\u2019est mis en marche et qu\u2019une part de plus en plus grande de ses citoyens et citoyennes a retrouvé confiance en ses capacités.C\u2019est cette part de nous-même qui a applaudi à 1 achat de la banque Laurentienne par le Mouvement Desjardins.Cette même part qui jubile lorsqu\u2019une institution comme une banque à charte est rachetée par une autre institution qui nous appartient plutôt que d\u2019aller gonfler la capacité d\u2019action de l\u2019autre majorité qui verra toujours à placer son intérêt avant le nôtre.Cette même part de nous-même qui comprend aussi que l\u2019œuvre d\u2019affranchissement n\u2019est qu\u2019à moitié complétée.? Le Bourassa de Lisée, une œuvre révélatrice Paul-Émile ¦4 ROY Les deux livres de Jean-François Lisée, Le Tricheur et Le Naufrageur, sont impressionnants par leur format: plus de douze cents grandes pages serrées, mais plus impressionnants encore par leur contenu : le récit détaillé de l\u2019histoire politique récente du Québec.De véritables archives comme on ne croirait pas qu\u2019il soit possible d\u2019en réunir.Il a fallu un acharnement incroyable pour arriver à ramasser toute cette documentation, à la classer, à la laisser parler.Et au centre de tout cela, un homme, un premier ministre qui a présidé aux destinées du Québec à un moment décisif.Il est difficile, pour le citoyen ordinaire, de se faire une juste idée de la vie politique.Nous sommes pourtant à l\u2019époque des communications, et les informations pleuvent sur nous.Justement, nous sommes ensevelis sous des montagnes de messages de toutes sortes, et il nous est impossible de suivre le fil des événements.La perspective d\u2019ensemble nous manque.On peut même penser que des politiciens formulent certaines affirmations discutables, commettent certains actes blâmables, confiants que les électeurs ne saisiront pas très bien ou oublieront rapidement.Ils profitent du clair-obscur qu\u2019engendrent les informations partielles et parfois contradictoires, l\u2019impossibilité de 1346 vérifier les engagements précédents, l\u2019incertitude d\u2019avoir en mains toutes les données du problème, etc.C\u2019est à cette corruption de l\u2019information que le livre de Lisée remédie.Nous pouvons vérifier si certaines impressions que nous avions étaient fondées ou non.Tous les faits importants sont ici réunis, et il nous est possible de saisir le sens de leur déroulement.C\u2019est en ce sens que cet ouvrage est révélateur.Il nous rappelle ce qu\u2019un tel a dit à tel moment, ce qui s\u2019est passé dans telle circonstance.On ne peut plus affirmer n\u2019importe quoi sur ces sujets.L\u2019auteur, il me semble, interprète très peu.Il rapporte.Il explique, il fait parler les figurants.Ceux qui le critiquent ne doivent pas se contenter d\u2019impressions vagues mais contester les faits, s\u2019ils le peuvent.A mesure que l\u2019on avance dans cette lecture, on prend conscience d\u2019une réalité qui s\u2019impose de façon irrésistible: ces hommes politiques, ces députés, ces ministres, ces consultants, ils ne sont pas là pour le peuple, ils ne sont pas là pour promouvoir et défendre la volonté populaire, ils sont là pour le parti.Us n\u2019obéissent pas à leur conscience, ils obéissent au chef, servilement.Et d\u2019ailleurs, Bourassa le dit très bien, c\u2019est lui le seul responsable, c\u2019est lui qui interprète et porte le destin du Québec.Le peuple ne sait pas où est son bien.Les gens du rapport Allaire, les membres de la commission Bélanger-Campeau, la majorité des citoyens qui s\u2019expriment par des sondages sont tous considérés comme des mineurs dont l\u2019opinion n\u2019a aucun poids.Le chef a son idée, et c\u2019est lui qui décide ! Le lecteur est consterné.Bourassa a gaspillé un capital politique énorme dont jouissait le Québec.Il a paralysé la volonté populaire.Il l\u2019a empêchée systématiquement de s\u2019exprimer.Je ne comprends toujours pas comment ses collaborateurs ont pu rester à ses côtés alors qu\u2019il 1347 se contredisait, reniait sa signature, laissait tout aller.C\u2019est un chapitre de l\u2019histoire du Québec d\u2019une tristesse incroyable, d\u2019une bassesse inimaginable.Il faut être reconnaissant à Lisée d\u2019avoir brossé cet immense tableau dont personne ne peut récuser la valeur documentaire et la lumière qu\u2019il projette sur une période sombre.On se met à penser que tout le monde devrait lire cette somme, mais ses dimensions mêmes rendent cette tâche impossible.Peut-être serait-il plus que souhaitable d\u2019en dresser un condensé d\u2019une centaine de pages afin que les lecteurs moins patients puissent quand même s\u2019en approprier le contenu.Ce qui est certain, c est que la tournure des événements qui se sont déroulés au Québec et au Canada depuis une dizaine d\u2019années démontre à l\u2019évidence que la démocratie chez nous est bien malade, et que le premier remède à lui apporter est d offrir à la population tous les renseignements qui lui permettront de mieux comprendre les grands enjeux politiques qui la concernent.?1348 Jean-Marc LÉGER Victor Barbeau, rhumaniste A quelques jours de son centième anniversaire, Victor Barbeau nous a quittés dans la plus grande discrétion le 19 juillet.Même physiquement affaibli, il était resté parfaitement lucide jusque dans les derniers jours, s\u2019intéressant aux divers aspects de l\u2019activité québécoise et internationale.Véritable humaniste, l\u2019un des derniers peut-être dans notre milieu, il avait su constamment préserver un délicat équilibre entre la distance et l\u2019engagement.Il répondait parfaitement à la définition que Malraux donnait un jour de l\u2019intellectuel : tout homme dont une idée engage et ordonne la vie.Dans le cas de Barbeau, cette idée centrale, inspiratrice de son oeuvre et de ses combats, était double: l\u2019avancement culturel des siens, d\u2019abord par la reconquête de leur langue, et leur affranchissement économique à travers notamment la pratique de la coopération.Professeur de langue française et de littérature française à l\u2019École des Hautes études commerciales pendant de nombreuses années (il disait: «professeur de langue étrangère»), il fit de la défense et de la valorisation de notre langue l\u2019un des axes de sa vie, dans son enseignement comme dans son oeuvre écrite, articles et ouvrages («Le ramage de mon pays», «Le 1349 français du Canada», etc.).Fondateur et animateur de l\u2019Académie canadienne-française (devenue l\u2019Académie des lettres du Québec), il en a aussi créé les «Cahiers» dont il fut l\u2019infatigable rédacteur pendant de nombreuses années.Journaliste tour à tour à la Patrie, à la Presse, au Devoir, au Nouveau Journal, il illustrait avec brio une langue qu\u2019il maîtrisait autant qu\u2019il savait la défendre.En plus des ouvrages plus haut signalés, il a notamment publié «L\u2019avenir de notre bourgeoisie», «Les Cahiers de Turc» (essais de critique littéraire), «Libre examen de la démocratie», et des souvenirs sous le titre «La tentation du passé».Il a été à l\u2019origine de l\u2019ouvrage collectif «Ville, ô ma ville», publié lors du troisième centenaire de Montréal et en a rédigé le principal chapitre.Préoccupé par la dépendance économique des siens, il s\u2019engage avec ardeur et générosité dans la voie de la coopération dont il se fit l\u2019apôtre à travers tout le Québec.Il fut à l\u2019origine de la création de la Familiale, première coopérative de consommation du Québec et de l\u2019Alliance des coopératives.Il fut par ailleurs professeur de «coopératisme» pendant quelques années à l\u2019Université Laval.Avec Lionel Groulx, il eut d abord des rapports difficiles, tenant, comme il le dirait plus tard lui-même, à une insuffisante analyse de l\u2019œuvre et de la pensée de Groulx.Il en devint ultérieurement l\u2019un des plus fidèles soutiens.Au reste, en 1968, Victor Barbeau rendit à l\u2019historien un des plus émouvants hommages que celui-ci ait reçus: «Sans l\u2019abbé Groulx, j\u2019en serais encore à me chercher une patrie.J\u2019avais besoin de lettres de naturalisation et c\u2019est lui qui me les a données».(L\u2019Action nationale, juin 1968).Il faudra trouver au cours des mois prochains la formule propre à perpé- 1350 tuer le souvenir d\u2019une personnalité hors du commun et qui commande à moult égards la gratitude des siens.Et plus que la gratitude, la fidélité exigeante à son enseignement.?1351 Le point sur l'assimilation des allophones Des comptes rendus contradictoires en apparence ont suivi la publication par le Conseil de la langue française de mon étude sur l\u2019assimilation au cours de la période 1971-1986.La confusion vient de l\u2019orientation linguistique divergente des allophones, c\u2019est-à-dire de la population de langue maternelle ni anglaise, ni française.Ceux qui sont nés au Québec s\u2019anglicisent davantage qu\u2019en 1971.Au contraire, parmi l\u2019immigration récente, la plupart des allophones qui changent de langue se francisent.Le tout se solde par une progression plutôt lente de la francisation de la population allophone dans son ensemble.Dans le cadre de la réflexion actuelle sur le niveau d\u2019immigration souhaitable au Québec et compte tenu des dernières prévisions démographiques portant sur l\u2019avenir linguistique à Montréal, il importe de bien cerner ces différents aspects de l\u2019assimilation des allophones.Comme d\u2019habitude, nous entendons par là l\u2019adoption de l\u2019anglais ou du français comme langue d\u2019usage à la maison.Si l\u2019on ne considère que la population ayant soit le français, soit l\u2019anglais comme langue maternelle ou comme langue d\u2019usage, le Québec est à plus de 85 p.100 francophone.Par conséquent, pour maintenir l\u2019équilibre ac- Charles ¦4 CASTONGLA Mathématicien, Université d\u2019Ottawa 1352 Les démographes jugent qu 'il faudrait que la part du français dans l'assimilation des allophones soit de 85 p.100 contre 15 p.100 pour l\u2019anglais.tuel entre le français et l\u2019anglais, les démographes jugent qu\u2019il faudrait que la part du français dans l\u2019assimilation des allophones soit de 85 p.100 contre 15 p.100 pour l\u2019anglais.Globalement, nous nous trouvons encore presque aux antipodes de ce partage idéal.Dans mon étude, j\u2019estime que la part du français dans 1 assimilation de l\u2019ensemble de la population allophone progresse bien lentement, passant de 30 p.100 en 1971 à 34 p.100 en 1986.Et même si le nouveau questionnaire introduit au recensement de 1991 a gonflé l\u2019assimilation en faveur du français, la part du français demeure inférieure à 40 p.100.C\u2019est dire qu\u2019au dernier recensement, une majorité claire des allophones assimilés, soit un peu plus de 60 p.100, déclaraient encore l\u2019anglais comme langue principale au foyer.Certes, le passé pèse lourd dans ce bilan.Beaucoup des allophones anglicisés en 1986 ou 1991 étaient déjà énumérés comme tels en 1971.Mais il y a eu aussi beaucoup de nouveaux cas d\u2019anglicisation depuis 1971.En particulier, si la part du français dans l\u2019assimilation des allophones nés au Québec était d\u2019un tiers en 1971, elle n\u2019est plus que de 25 p.100 depuis 1981.L\u2019ancien régime du libre choix de la langue d\u2019enseignement et l\u2019importance de l\u2019anglais comme langue de travail, de loisirs, de 1 électronique et des communications, tout cela a porté fruit.La francisation n\u2019a donc progressé que parmi les immigrants.Marc Termote a démontré que cette tendance a démarré dès la Révolution tranquille.De fait, la part du français dans l\u2019assimilation des immigrants a franchi le seuil de 50 p.100 auprès des allophones arrivés au Québec au cours de la période 1971-1975.Dans ma récente étude, je montre que la cause principale de cette francisation accrue réside dans un changement survenu dans l\u2019origine de l\u2019immi- 1353 gration allophone.À partir de la période 1971-1975, justement, celle-ci provient majoritairement des pays de la francophonie, au sens large, ou de pays de langues latines.Les lois 22 et 101 semblent avoir eu pour effet de hausser encore d\u2019une quinzaine de points la part du français, si bien que la francisation relative tourne désormais autour de 65 ou 70 p.100 parmi chacune des cohortes arrivées en 1976-1980, 1981-1985 et 1986-1991.J\u2019ai également démontré qu\u2019à toutes fins utiles, la scolarisation obligatoire en français semble expliquer à elle seule la quasi-totalité de ce dernier progrès réalisé auprès des trois dernières cohortes à partir de 1976-1980.L\u2019effet de la francisation de la langue de travail paraît avoir été beaucoup moins déterminant.Il importe aussi de retenir que la part du français dans l\u2019assimilation des allophones semble avoir plafonnée à environ 70 p.100 depuis la cohorte arrivée en 1976-1980, soit à un niveau encore inférieur à 85 p.100.Cela veut dire qu\u2019en termes relatifs, l\u2019assimilation favorise toujours l\u2019anglais, y inclus parmi les allophones arrivés après les lois 22 et 101.Voyons maintenant pourquoi, même avec les données plus favorables au français que Statistique Canada a obtenues au moyen de son nouveau questionnaire de 1991, la part du français ne dépasse pas encore 40 p.100 de l\u2019assimilation parmi l\u2019ensemble de la population allophone.Nous avons dit que la part du français dans l\u2019assimilation des allophones nés au Québec a chuté à 25 p.100.Or, les allophones nés au Québec s\u2019assimilent davantage que ceux qui ont immigré.Et si la population immigrante se renouvelle, il en va de même pour celle qui est née au pays.Par ailleurs, parmi les allophones ayant immigré au Québec avant la fin de la Révolu- La francisation relative tourne désormais autour de 65 ou 70 p.100 parmi chacune des cohortes arrivées en 1976-1980, 1981-1985 et 1986-1991.1354 En termes relatifs, l'assimilation favorise toujours l\u2019anglais, y inclus parmi les allophones arrivés après les lois 22 et 101.tion tranquille, la part du français se situe également à 25 p.100.Ces immigrants d\u2019avant 1966 et les natifs du Québec comptent ensemble pour un peu plus de la moitié de la population allophone recensée en 1991.La part de l\u2019anglais dans l\u2019assimilation de cette bonne moitié est donc de 75 p.100, soit plus élevée que la part du français parmi les immigrants d\u2019après 1976.Tous ces facteurs font en sorte que sur l\u2019ensemble des nouveaux cas d\u2019assimilation d\u2019allophones déclarés au Québec depuis 1971 -et même depuis 1981 \u2014 on compte à peu près autant d\u2019anglicisés que de francisés.Dès lors, le lent progrès global de la part du français n\u2019étonne plus.Le pouvoir d\u2019assimilation de l\u2019anglais au Québec fait ainsi preuve d\u2019une telle inertie qu\u2019on peut rester songeur quant au moment où la part du français dans l\u2019assimilation de l\u2019ensemble des allophones atteindra le seuil de 50 p.100.Quant à la possibilité qu\u2019elle se hisse jusqu\u2019à 80 p.100, le plafonnement à 70 p.100 de la part du français parmi les trois cohortes quinquennales arrivées depuis 1976 suggère qu\u2019un tel objectif est hors d\u2019atteinte dans l\u2019état actuel des choses.Dans cette optique, la baisse du poids des francophones prévue pour le Québec et Montréal en vertu de la sous-fécondité et de l\u2019immigration n\u2019arrangera certainement rien.Il y a là matière à réflexion en ce qui concerne la planification de l\u2019immigration à venir mais, aussi, 1 ensemble des conditions nécessaires au maintien d\u2019un Québec français.?1355 Assimilation linguistique des allophones, Québec,\t\t\t\t1991 Statut migratoire\tTotal\tAnglicisés et\tPart de\tPart du \t\tfrancisés\tl'anglais\tfrançais Nés au pays ou ayant\t\t\t75%\t25% immigré avant 1966\t304 000\t134 000\t\t Immigrants 1966-1970\t42 000\t16 000\t58%\t42% Immigrants 1971-1975\t43 000\t17 000\t45%\t55% Immigrants 1976-1991\t193 000\t53 000\t31 %\t69% Total\t582 000\t220 000\t61 %\t39% NOTE: Nous reproduisons à nouveau ce texte paru en septembre, une faute majeure s\u2019étant glissée.1356 Andrée FERRETTI Mieux vaut le député* Non seulement ne m\u2019effraie pas l\u2019élection d\u2019un nombre plus important que prévu de députés libéraux, mais, toute indépendantiste que je sois, je m\u2019en réjouis.Compte tenu de la débilité quasi généralisée de la presse québécoise, je préfère, en effet, que 1 opposition parlementaire soit forte (du moins en nombre).Cette situation enlèvera toute légitimité à la classe médiatique, vendue aux intérêts de ses patrons ou composés d échoués sur les récifs de la pensée et, même, de la simple obtention de diplômés universitaires, pour s\u2019ériger en opposition officielle.Bref, je crains moins la démagogie des élus libéraux que l\u2019ineptie de la majorité des journalistes de notre presse, particulièrement lorsqu\u2019elle se coiffe d\u2019un P majuscule.?Texte refusé par «Le Devoir».1357 COMPTES RENDUS Louis Fournier, Histoire de la FTQ 1965-1992, Québec-Amérique, Montréal, 1994, 293 pages.C\u2019est avec avidité et curiosité que nous avons entrepris la lecture de ce dernier ouvrage de Fournier qui vient compléter celui entrepris par Léo Roback et Émile Boudreau, paru en 1988, et intitulé L\u2019Histoire de la FTQ, des tout débuts jusqu\u2019en 1965.Nous n\u2019avons pas été déçu ! La lecture de ces pages ne cesse de permettre à quiconque l\u2019entreprend la fréquentation dans 1 action des principaux personnages et des grands événements qui ont marqué 1 histoire sociale et politique du Québec du dernier quart de siècle.Écrit dans une langue accessible, tout en ne blessant ni la précision ni la compréhension, cet ouvrage constitue une mine d\u2019informations touchant la vie syndicale au Québec depuis la Révolution tranquille.Tout y passe ! Rapidement, mais tout en respectant l\u2019essentiel.En effet, l\u2019auteur a su faire preuve d\u2019un esprit de synthèse remarquable tant par son contenu que par son étendue.Le cheminement des rapports avec les autres centrales, les liens avec les partis politiques, les grands débats publics comme la question linguistique et l\u2019avenir du Québec et les lois sociales ne sont que quelques exemples de la trame de fond de l\u2019histoire d\u2019un syndicat dont la nature et le rayonnement méritent d\u2019être mieux connus.Au plan méthodologique, il importe de souligner l\u2019intéressante bibliographie contenue dans le livre et la chronologie qui permet en quelques minutes de traverser le temps.La liste des syndicats membres de la FTQ qui se retrouve à la fin de ces pages fait prendre conscience au lecteur de l\u2019importance numérique et sociale de cette organisation.Nous nous permettons de souhaiter que la FTQ, en collaboration avec la CSN, la CEQ et l\u2019UPA, encourage et soutienne la rédaction d\u2019un ouvrage sur le rôle premier qu\u2019ont joué les organi- 1358 sations ouvrières dans les luttes linguistiques depuis maintenant 25 ans.Une telle entreprise ferait connaître les tenants et les aboutissants d\u2019une oeuvre de sensibilisation populaire et d\u2019action sociale, celle du combat en faveur du français, où les syndicats, dont la FTQ, ont toujours été à la ligne de feu ! Un tel livre viendrait harmonieusement compléter cette histoire de la FTQ.Les figures de proue de la centrale, comme Louis Laberge, Fernand Daoust, Jean Gérin-Lajoie et Clément Godbout, pour ne citer que ceux-là, sont présentés dans ce livre comme des personnages en action, à l\u2019œuvre, constamment sur la brèche, ne souhaitant que l\u2019amélioration des conditions de vie de leurs membres et l\u2019obtention de plus en plus de pouvoirs pour le Québec.Pour toutes ces raisons, c\u2019est sans aucune hésitation que la lecture de cet ouvrage est ici recommandée.Gilles RHÉAUME Jean-François Lisée, Le naufrageur - Robert Bourassa et les Québécois -, 1991-1992 Sous deux titres différents (voir la recension du Tricheur dans notre numéro de juin 1994), il s\u2019agit d\u2019un même ouvrage dont le tome second raconte par le menu la difficile gestation de l\u2019entente de Charlottetown et son rejet par référendum.Le travail de l\u2019auteur est exhaustif, mais pourtant deux mystères demeurent: -\tle mystère Bourassa; -\tle mystère des nationalistes cocus contents.Dans le cas de celui qui, une fois de plus, est ancien premier ministre, le mystère, c\u2019est de savoir pourquoi il a triché et naufragé.Le comment ne fait pas mystère.On n\u2019a qu\u2019à lire Lisée.Mais le pourquoi échappe à son extraordinaire enquête.Le pourquoi restera peut-être sans réponse.Il y a bien sûr des réponses faciles, par exemple celle qui consiste à dire que Bourassa voulait à tout prix garder le Québec dans la fédération canadienne.L\u2019ennui, c\u2019est qu\u2019il s\u2019est révélé un bien mauvais fédéraliste qui, non content de saborder les revendications du Québec, a exacerbé la crise constitutionnelle en donnant à ses interlocuteurs canadiens-anglais des réponses grossièrement fausses au fameux «what does Québec want?».Et si Bourassa était un fédéraliste inconditionnel, pourquoi a-t-il laissé son âme damnée Jean-Claude Rivest et d\u2019autres mem- 1359 bres de son entourage, tel Pierre Anctil, concocter le rapport Allaire, le rapport Bélanger-Campeau et la loi 150, de façon à orienter le parti libéral vers le souverainisme, à telle enseigne que beaucoup de gens, même chez les adversaires politiques, de Lucien Bouchard à Bernard Landry, ont cru que Bourassa allait «faire l\u2019indépendance » ?Bourassa affirme aujourd\u2019hui qu\u2019il a assumé le destin du Québec.Il l\u2019a en effet assumé, mais tout seul, et ce n\u2019est pas à son honneur.On apprend avec des frissons dans le dos que, durant cette période, le Conseil des ministres n\u2019abordait presque jamais la question constitutionnelle.Ses ministres sont coupables de l\u2019avoir laissé faire, mais la plupart d\u2019entre eux, tenus à l\u2019écart, n\u2019avaient même pas voix au chapitre.Comment expliquer qu\u2019un homme politique trahisse onze engagements solennels?Comment expliquer que dès le début d\u2019une nouvelle négociation, il refuse la compétence en matière de langue que Joe Clark lui offre?Comment expliquer qu\u2019il confie à Clyde Wells, celui parmi cette bande de gueulards qu\u2019on aurait les meilleures raisons de taxer d\u2019indianophobie, le soin de négocier pour lui le volet autochtone, alors que le Québec est la province qui présente le meilleur dossier dans ce domaine?Les cyniques, ceux qui disent que Bourassa n a pas triché, qu\u2019il s\u2019est tout simplement montré rusé - avec quel résultat! -rigoleront doucement.Il n\u2019y a pas de mystère, diront-ils.Bourassa jouissait de l\u2019exercice du pouvoir comme d\u2019un vice solitaire.Ce qu\u2019il décidait n\u2019avait pas d\u2019importance.Seul comptait le pouvoir.Malgré le gâchis, je respecte trop l\u2019homme pour voir en lui un nouveau Néron.Je maintiens qu\u2019il y a un mystère Bourassa.Il y a aussi le mystère des nationalistes cocus contents.De façon plus ou moins sordide, on peut expliquer la servilité des ministres de Bourassa et de ses députés (seulement deux d\u2019entre ceux-ci, Jean-Guy Saint-Roch et Guy Bélanger, ont refusé de le suivre dans l\u2019abjection).Mais peut-on expliquer comment il se fait qu\u2019en 1992, pendant que Bourassa rampait - l\u2019affaire Wilhelmy n\u2019a laissé aucun doute là-dessus \u2014 nos sociétés nationales comme le Mouvement national des Québécois et la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal n\u2019ont pas mobilisé l\u2019opinion?Elles ont peut-être, tout au plus, émis des communiqués de presse.Des tire-pois.Ce second mystère est plus troublant encore que le premier, puisque ici les facteurs humains comme la solidarité et les avanta- 1360 ges personnels n\u2019interviennent pas.La société québécoise traverse-t-elle une crise de leadership plus profonde qu\u2019on ne le croyait?Revenons à Lisée.L\u2019intérêt de ses deux longs tomes tient en bonne partie à sa langue inventive.Un exemple parmi cent autres qu on pourrait relever: voici comment Lisée désigne trois comités mis sur pied en 1992 par le parti libéral: le Comité qui ne sait pas où il va, le Comité qui n\u2019existe pas et le Comité qui n\u2019embarque pas.On ne saurait mieux dire.Et voici une phrase joliment frappée: «Bourassa construit sur du sable.Cela fait souvent de jolis châteaux.Demain, la marée monte.» Réal Bélanger, Richard Jones et Marc Vallières, Les grands débats parlementaires 1792-1992, Les Presses de l\u2019Université Laval, Sainte-Foy, 1994, 487 pages.Plusieurs manifestations et quelques publications sont venues souligner le bicentenaire des institutions parlementaires du Québec.Trois professeurs du département d\u2019histoire de l\u2019Université Laval ont réuni leurs efforts pour nous présenter une synthèse des principaux débats qui ont caractérisé la vie parlementaire durant ces deux siècles.Ce recueil magnifiquement présenté, avec sa facture agréable à regarder et solide au plan matériel, facilitera et favorisera les travaux scolaires, collégiaux et universitaires des prochaines générations estudantines.Sans nul doute que le choix des textes a exigé des signataires de l\u2019ouvrage et des autres auteurs de la recherche, une grande patience doublée d\u2019un jugement sûr devant la multitude des textes disponibles.C\u2019est sous six grands titres que la synthèse a été opérée: 1) Les constitutions: la place du Québec, avec 50 pages, deux subdivisions selon les époques et 14 thèmes, 2) les institutions, avec 145 pages, deux subdivisions, 8 sous-titres et 48 thèmes, 3) les questions économiques, avec 103 pages, 2 subdivisions, 7 sous-titres et 36 thèmes, 4) I éducation, avec 33 pages, 5 subdivisions et 11 thèmes, 5) les questions sociales, avec 75 pages, 9 subdivisions et 26 thèmes et, finalement, 6) les questions culturelles et linguistiques avec 54 pages, 2 subdivisions et 7 thèmes.Il faut ajouter à ces pages des orientations bibliographiques comprenant une trentaine de titres, une très utile section intitulée Biographies et qui comprend une courte mais révélatrice notice sur près de 200 de nos parlementaires dont on peut retrouver un extrait de discours dans le 1361 volume.Il est ainsi possible à quiconque de repérer aisément un texte soit d\u2019un parlementaire particulier, soit encore de consulter, tout aussi aisément, les principales interventions sur un sujet donné.Yves Couture, La terre promise, Montréal, Liber, 1994,219 p.Les sciences sociales en arrachent avec le nationalisme qui a suscité une multitude d\u2019interprétations.Les marxistes ont tenté de l\u2019expliquer par les intérêts économiques des classes, les fonctionnalistes par le besoin d\u2019identité et d\u2019intégration des individus, les culturalistes par les différences culturelles des peuples.Yves Couture a choisi de l\u2019interpréter à travers les catégories forgées par la sociologie de la religion et il cherche à identifier ce qu\u2019il y a de commun entre le fait religieux et le fait politique.Reprenant une vieille thèse utilisée par Raymond Aron pour critiquer les communistes, Couture soutient que le nationalisme serait une forme de religion séculière qui a remplacé la recherche de l\u2019absolu divin par l\u2019absolutisation du politique.L\u2019auteur soutient que dans le néo-nationalisme québécois, l\u2019État a remplacé l\u2019Église comme pôle de l\u2019identité collective.Il veut démontrer qu\u2019au delà du discours de rupture du néo-nationalisme à l\u2019égard du nationalisme traditionnel, il y a une parenté de pensée, une forme de continuité, de permanence, une survivance d\u2019attitudes religieuses dans le discours des indépendantistes qui ont sacralisé le politique et qui ont présenté le changement de statut politique comme la voie royale vers la Terre promise.Mais la logique millénariste n\u2019est pas le propre du mouvement nationaliste, car elle se retrouve dans toute idéologie qui vise le changement par l\u2019action collective.Si on suit le raisonnement de l\u2019auteur, il faut inclure dans le modèle millénariste toute forme de pensée qui rêve d\u2019un avenir meilleur et qui cherche à transformer la réalité par un processus politique.Tous les mouvements sociaux utilisent les mythes et le symbolique pour orienter l\u2019action.Il faut croire à une idée pour agir et tenter d\u2019influer sur le cours de l\u2019histoire.La seule autre attitude possible est la contemplation et l\u2019acceptation de son sort.Si on adopte cette attitude, on retourne à la religion.Dès lors, la logique de Couture n\u2019est pas très discriminante et perd de son efficacité heuristique.Au lieu de distinguer, elle confond tout.Et pourtant il me semble y avoir une différence radicale entre la croyance religieuse et la croyance politique; cette 1362 dernière peut être invalidée par l\u2019épreuve de la réalité alors que c\u2019est impossible pour la première.Dans ce genre d\u2019exercice intellectuel, on force souvent la réalité pour la faire entrer dans le moule des concepts.À trop vouloir trouver des similitudes entre le religieux et le politique, on en vient à oublier les différences.De plus cette analyse pèche par une globalisation abusive en mettant sur le même pied des mouvements indépendantistes aussi différents que le FLQ, Parti Pris et le Parti québécois.Il faut tout de même constater que ce ne sont pas les tendances radicales ou révolutionnaires qui l\u2019ont emporté dans 1 évolution du nationalisme québécois et en tirer les conséquences pour l\u2019analyse.Il est certes vraisemblable qu\u2019on ne se débarrasse pas soudainement comme par enchantement de sa socialisation religieuse et que les schèmes de pensée du Québec traditionnel ont persisté même chez ceux qui critiquaient la religion et se proclamaient en rupture totale avec le passé.Mais tous les intellectuels indépendantistes n ont pas été des zélateurs de la révolution et on ne peut mettre sur le même pied Pierre Vallières et René Lévesque qui ne pêchait pas par excès de ferveur nationaliste et n\u2019était pas porté à faire de la souveraineté un absolu.De nombreux intellectuels affirmaient aussi dans les colloques des années soixante et soixante-dix que l\u2019indépendance était souhaitable mais difficilement réalisable.Ce souverainisme sceptique n\u2019est pas un terreau propice à l\u2019absolutisation.Il manque aussi à l\u2019auteur une perspective comparative.Pourquoi la valorisation de l\u2019État au Québec serait-elle assimilable à une mystique religieuse, alors qu\u2019elle ne faisait qu\u2019imiter ce qui se pratiquait ailleurs en Angleterre, en France, au Canada, en Suède, etc.?S\u2019agit-il d\u2019un trait caractéristique propre au nationalisme ou ne doit-on pas relier ce phénomène à la modernisation de l\u2019économie capitaliste?Sans être entièrement fausse, la thèse de Couture est fragile.L analogie entre religion et politique est insuffisante pour saisir la complexité du nationalisme.Si l\u2019analyse de Couture semble fructueuse pour comprendre la pensée révolutionnaire du Québec des années soixante et soixante-dix, elle vacille lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019expliquer l\u2019échec du mouvement révolutionnaire et l\u2019hégémonie du nationalisme modéré.Elle achoppe aussi sur le phénomène de la double allégeance politique et sur l\u2019ambivalence qui caractérise la culture politique du Québec, ce qui limite forcément les ravages de l\u2019absolutisme politique.Denis MONIÈRE 1363 Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, «La francophonie canadienne, un espace à reconnaître : pour une politique de rapprochement entre le Québec et les communautés francophones et acadiennes du Canada», Québec, 1993, 46 pages.Dans ce document, les auteurs cherchent à identifier des espaces de convergences qui permettraient un rapprochement entre les communautés francophones et acadiennes du Canada d une part, et la population du Québec d\u2019autre part.On constate pour commencer, un manque de communication.C\u2019est qu\u2019un fossé semble s\u2019être développé entre le Québec et les communautés francophones et acadiennes du Canada (anciens francophones hors-Québec).Cette situation s\u2019explique par une gouvernementalisation/bureaucratisation accrue des divers échanges.Et tandis que le Canada s\u2019est vu de plus en plus comme étant formé de deux majorités (les francophones du Québec et les anglophones du reste du Canada) et de deux minorités (les anglophones du Québec et les francophones ailleurs au Canada), cette façon de voir les choses a encouragé le développement de la notion de non-ingérence.Celle-ci a fait que le Québec, surtout lorsqu\u2019avec un gouvernement fédéraliste à ses commandes, hésite à soutenir la francophonie canadienne par peur de voir s\u2019immiscer dans sa politique linguistique interne les gouvernements des provinces anglophones.C\u2019est pourquoi on y dénonce un relâchement de ces relations, relâchement qui s\u2019est opéré notamment depuis l\u2019avènement de la Révolution tranquille: «L\u2019affirmation québécoise s\u2019installant alors progressivement provoqua l\u2019éclatement de l\u2019identité de la nation canadienne-française.C\u2019est ainsi que s\u2019est amorcé graduellement l\u2019éloignement des différentes communautés» (page 19).On voudrait ressusciter cette nation canadienne-française.L analyse est empreinte d\u2019une certaine nostalgie.Néanmoins, des propositions concrètes sont avancées pour que le fossé se rétrécisse.Par exemple, on propose une «organisation politique des rapports entre le Québec et les communautés francophones et acadiennes».Mais on dit comprendre que «le Québec peut difficilement les aider par la voie du discours et des actes politiques sans hypothéquer ses relations avec ses partenaires provinciaux» (page 15).1364 Aussi, on insiste pour dire qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule francophonie canadienne, et que si le Québec le voulait vraiment il pourrait jouer son rôle de catalyseur de cette francophonie.Toutefois, si dans un premier temps on y affirme que le visage français du Québec est assuré, par la suite on explique le contraire.La démonstration n\u2019est pas exempte de contradictions.Ainsi, dès le premier paragraphe, on fait état du fait français à l\u2019ouest, à l\u2019est et au nord (au Groenland?) du Québec.On remarquera également l\u2019absence quasi totale d attention accordée au fait français au sud du territoire québécois.Ce silence, à propos du million de parlants français aux Etats-Unis, en dit long.En fait, il exprime une perception que tous ne partagent pas au Québec, à l\u2019effet que le bilinguisme institutionnel canadien soit une «réalité sociale» d\u2019un océan à l\u2019autre.La francophonie nord-américaine «hors-Canada» devient alors quantité négligeable et négligée parce que non-institutionnelle.Or, on avait précisément identifié la gouvernementalisation des rapports entre les communautés comme un élément important de la détérioration des relations.Si on évite de dire qu\u2019il est impératif que le Québec demeure dans le cadre de la fédération canadienne, comme on le faisait toujours avant, c est sans doute pour faire preuve d\u2019ouverture.On y dit en effet que «Le Québec veut et peut, dans une large mesure, s\u2019approprier les leviers lui permettant de gérer librement sa société» (page 8).Mais en tournant ainsi autour du pot du statut politique du Québec, on escamote les enjeux de fond, de sorte que la démonstration demeure incomplète et ne va pas au-delà des bonnes intentions discursives.On peut comprendre que l\u2019indépendance du Québec ne soit pas le choix premier des communautés francophones et acadiennes du Canada, mais une réflexion devra s\u2019amorcer un jour ou l\u2019autre afin de trouver comment le Canada et le Québec, une fois pays, pourront s\u2019entendre diplomatiquement sur la base de leurs faits français respectifs.Ce n\u2019est pas dans ce document-ci que le lecteur trouvera matière à discussion à ce niveau.Jean-François Pelletier 1365 LIVRES ET REVUES REÇUS Bélanger, Réal, Richard Jones, Marc Vallières, Les grands débats parlementaires, Presses de l\u2019Université Laval, 1994, 488 p.Bernard, André, Problèmes politiques, Canada Québec, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 1993, 180 p.Centrale de l\u2019enseignement du Québec, Options, Nos 8, 9 et 10, L\u2019Organisation du travail, Québec, CEQ, 160 p.Centrale de l\u2019enseignement du Québec, Exclus ou déserteurs, 1993, 152 p.Dalcourt, André, Les grands leaders charismatiques, Québec/Amérique, 1994.Dion, Léon, Les intellectuels et le temps de Duplessis, tome II, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1993, 452 p.Dubé, Jean-Eudes, Du banc d\u2019école au banc fédéral, Montréal, Guérin, 1993, 248 p.Dumond, Fernand, Genèse de la société québécoise, Montréal, Boréal, 1993, 354 p.Fournier, Louis, Histoire de la FTQ, Québec/Amérique, 1994.Germain, Jean-Claude, Le Feuilleton de Montréal, tome 1, 1642-1792, Montréal, Stanké, 1994, 460 p.Godin, Gérald, Traces pour une autobiographie: écrits et parlés II, 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institutionnalise-t-elle la pauvreté?Le plein emploi et la pauvreté\tmars\t301-312 Balladur, Édouard La France et la langue française\tmai\t659-664 Balthazar, Louis La souveraineté comme recours\tjuin\t770-776 ultime Barbéris, Robert L\u2019histoire au service de la propagande\tmars\t296-300 Beauchamp, André Qualité de vie\tseptembre\t986-1002 Béland, Claude L\u2019investissement dans la famille\toctobre\t1138-1148 La clé des emplois de demain\tnovembre\t Bélanger, Jules Il faut que roule le Chaleur\tseptembre\t979-985 Dans l\u2019enseignement il nous faut la\toctobre\t1129-1131 crème Bellavance, Lionel - Gardner, François La SSJB du Centre du Québec\tmai\t688-692 Bellefeuille, (De), Pierre René Lévesque de Claude Fournier\tmars\t403-405 Le devoir de résistance de P.Vallières\tmai\t723-724 Le tricheur de Jean-François Lisée\tjuin\t901-903 À armes égales de Guy Bouthillier\toctobre\t1196-1197 Le naufrageur de R.Bourassa\tnovembre\t1359-1361 Berthelot, Jocelyn\tnovembre\t1307-1323 Un projet pour l\u2019école Blier, Bernard Détracteurs de l\u2019école à vos devoirs\tjuin\t824-839 Bouvier, Luc Les omissions de M.Goldbloom\toctobre\t1111-1119 1369 Caldwell, Gary - Harvey, Julien Une culture publique commune au\tjuin\t786-794 Québec Cantin, Serge La vigile du Québec\tfévrier\t214-227 Carrier, Mario - Noreau Pierre Analyse des mobilisations régionales\tjanvier\t62-71 à partir du cas abitibien Castonguay, Charles L\u2019assimilation des allophones\tseptembre\t939-942 Chalifoux, Jean-Pierre L\u2019Atlas de Montréal de J.C.Robert\tseptembre\t1070-1072 Côté, Denise Décrochage scolaire\tfévrier\t275-278 Chanlat, Alain Le managérialisme\tfévrier\t152-184 Dehaybe, Roger Pour donner un avenir à une\tavril\t449-454 francophonie en péril Dugas, Clermont Fermetures de bureaux de poste\tseptembre\t967-978 Dumont, Fernand Vers l\u2019indépendance de Jean-Marc\tjanvier\t126-127 Léger Dumont, Micheline Des religieuses, des murs et des\tavril\t483-508 enfants Éthier-Blais, Jean Génèse de la société québécoise de\tjanvier\t122-126 Fernand Dumont Ferreti, Andrée Un bonheur de lecture: Lionel Groulx\tjuin\t840-850 Gagné, Jean-Charles Les Gaspésiens ne sont pas respon-\tavril\t538-542 sables de leur mal-développement Gardner, François - Bellavance, Lionel La SSJB du Centre du Québec\tmai\t693-698 Gendron, Édith - Nadeau, Richard Chrétien : affront et dénégation\tjuin\t859-860 1370 Giguère, Rita - Lepage, Ginette Portrait culturel et enjeux de\tmai\t635-659 développement Green, Éthel Le chemin de fer en Gaspésie\tnovembre\t1280-1294 Guillou, Michel Le français, langue scientifique\tavril\t439-448 Harvey, Julien - Caldwell, Gary Une culture publique commune au\tjuin\t786-794 Québec Jean, Bruno Les défis de la ruralité\tnovembre\t1260-1279 Joyal, André Nos PME face à la mondialisation\tmars\t325-340 Pour en finir avec la pauvreté\tseptembre\t950-966 Laberge, Henri La CEQ et la question nationale\tseptembre\t1024-1046 Lacombe, Danyèle La gestion scolaire pour les\tfévrier\t228-240 Franco-Albertain Lafond, Georges Hydro-Québec privatisation?\tjuin\t809-823 Lamoureux, Christine Politiciens et crise de légitimité\tseptembre\t943-949 Laplante, Robert La coopération forestière et le\tjanvier\t43-61 développement de l\u2019Abitibi Laplante, Robert - Provost Charles Avenor et l\u2019avenir du reboisement\tmai\t699-704 Laramée, Alain Attention ! le trait d\u2019union nous\tjanvier\t86-91 menace Laurin, Louise Faire avancer la langue\tmars\t364-378 Lauzon, Léon Paul Une solution aux déficits pour une\tjanvier\t28-42 fiscalité équitable Continuer à privatiser Hydro-Québec\tmai\t616-634 1371 Lebel, Maurice Le Roman de la Francophonie de A.\tseptembre\t1068-1069 Maugey Leclerc, Jacques La mort des langues\tjanvier\t92-108 Leclerc, Yvon Grandeur et misère de la lutte à la\tjuin\t861-868 pauvreté La capacité d\u2019une collectivité\tnovembre\t1324-1346 Lefebvre, Gérard La situation du français à l\u2019école\toctobre\t1132-1137 Léger, Jean-Marc Le chemin ardu vers la souveraineté\tfévrier\t146-151 Le siècle de l\u2019abbé Groulx de Jean\tmars\t405-407 Éthier-Blais Le statut international du français,\tavril\t455-462 conquête permanente Le Centre Lionel Groulx lance un\tmai\t693-698 appel L\u2019Acadie par bonheur retrouvée de R.\toctobre\t1192-1193 Pichette Victor Barbeau, l\u2019humaniste\tnovembre\t1349-1352 Lepage, Ginette - Giguère, Rita Portrait culturel et enjeux de\tmai\t635-658 développement Marceau, Richard Louis-Joseph Papineau\tfévrier\t241-255 Vues d\u2019un québécois exilé\tjuin\t776-785 Massé, Henri La privatisation d\u2019Hydro-Québec\toctobre\t1149-1160 Maurais, Jacques L\u2019unilinguisme peut-il se justifier?\tmai\t665-678 Monière, Denis L\u2019État de la nation\tjanvier\t72-85 L\u2019intimité du pouvoir de J.Boucher\tjanvier\t121-122 Ondes de choc à Ottawa\tfévrier\t256-260 La Caisse de résonnance\tmars\t385-388 Le Québec en jeu de Gérard Daigle\tmars\t408-409 Un budget sournois\tavril\t546-549 1372 Nous Québécois de Paul-Marcel Lemaire Une opposition efficace Les spécialistes des sciences sociales de Stephen Brooks et Alain G.Gagnon Le comportement de Radio-Canada L\u2019intransigeance canadienne Le glossaire acadien de P.Poirier Les habits neufs de la droite culturelle de Jacques Pelletier L\u2019hystérie canadienne Le Bloc aux élections québécoises La Terre promise de Y.Couture Morin, Claude Un beau risque Morin, Rosaire Le développement urbain À travers l\u2019actualité Tous ensemble, coopérons seuls À travers l\u2019actualité Les PME À travers l\u2019actualité Le peuple doit voter pour l\u2019indépendance À travers l\u2019actualité La culture québécoise À travers l\u2019actualité Le drapeau du Québec Il faut détruire À travers l\u2019actualité Un nouveau gouvernement À travers l\u2019actualité À travers l\u2019actualité Nadeau, Jean-François De la prudence de Guy Laforest Gouverner ou disparaître de Pierre Vadeboncoeur L homme rapailié de Gaston Miron Le Québec à l\u2019âge ingrat de M.R.Sauvé avril\t562-563 mai\t705-708 mai\t725-727 juin\t851-858 juin\t877-881 juin\t895 juin\t899-901 septembre\t1047-1050 octobre\t1176-1178 novembre\t octobre\t1102-1110 janvier\t3-8 janvier\t109-120 février\t143-145 février\t261-273 mars\t293-295 mars\t389-402 avril\t425-431 avril\t550-560 mai\t579-582 mai\t709-722 juin\t749-753 septembre\t921-924 septembre\t1051-1069 octobre\t1093-1101 octobre\t1179-1191 novembre\t février\t274-275 mars\t407-408 avril\t561-562 avril\t563-565 1373 Identités collectives et civilisations de Martin Masse Les cahiers d\u2019histoire du Québec du centre de recherche Lionel Groulx Nadeau, Richard - Gendron, Édith Chrétien : affront et dénégation Noreau, Pierre Le Parti libéral du Québec de V.Lemieux Noreau, Pierre - Carrier Mario Analyse des mobilisations régionales à partir du cas abitibien Ouellet, Aubert Les familles : une priorité Ouellet, Ferdinand U agriculture et indépendance Ouimet, Ève Conrad Black de C.Black Paquette, Gilbert L\u2019autoroute électronique: vers quel avenir Paradis, Philippe - Simard Denis Pour de nouvelles institutions politiques Payeur, Christian Une autre façon de faire en éducation La CEQ et l\u2019organisation du travail Péladeau, Pierre La puissance économique du Québec Pelletier, Jean-François La Francophonie de J.L.Roy La francophonie canadienne FCFAC Pepin, Marcel Il faudrait que cela cesse Picard, Jocelyne Prévenir et contrer la violence à l\u2019école mai\t727-728 juin\t897-899 juin\t859-860 juin\t895-897 janvier\t62-71 novembre\t1231-1249 septembre\t1003-1023 octobre\t1199-1202 juin\t795-808 janvier\t9-27 avril mai\t525-538 679-687 mars\t320-324 octobre novembre\t1198 1364-1365 juin\t869-876 mars\t354-363 1374 Pilon, Jacinthe L\u2019usage du français au travail\tfévrier\t197-204 Pilote, Bernard Les CRC : agents de développement\tavril\t509-524 culturel Pordan, Ladislas Analogies historiques surprenantes:\tavril\t477-482 Hongrie-Québec Proulx, Jacques Tant vaut le village\tnovembre\t1250-1260 Provost, Charles - Laplante Robert L\u2019avenir du reboisement\tmai\t699-704 Rhéaume, Gilles L\u2019histoire de la FTQ de L.Fournier\tnovembre\t1358 Les grands débats parlementaires de Bélanger, Jones et Vallières Rocher, François La bataille du Québec\tmai\t729-732 Problèmes politiques Canada et\toctobre\t1194-1195 Québec de Robert Pichette Roy, Paul-Émile La littérature québécoise au CEGEP\tmars\t379-384 La Bourassa de Lisée\tnovembre\t1346-1348 Rouillon, Fernand L\u2019état du français dans les\tavril\t432-438 organisations internationales Saint-Germain, Maurice La fonction publique d\u2019un Québec\tmars\t341-353 souverain Saint-Prot, Charles La littérature et le devenir du Québec\tseptembre\t930-938 Simard, Denis - Paradis, Philippe Pour de nouvelles institutions\tjanvier\t9-27 politiques Simard, Jean-François Réflexions sur le Québec\tmai\t583-607 d\u2019aujourd\u2019hui et de demain Simard, Jean-Jacques La mondialisation du Québec\tavril\t463-476 1375 Précisions d\u2019un auteur contrit\toctobre\t1172 Simard, René Dites à tout le monde qu\u2019on existe.\tmai\t608-615 Shooner, Pierre Monsieur Gilbert A.La Tour\tavril\t543-545 Tardif, Jean-Claude L\u2019école que la CEQ veut faire avancer\tfévrier\t204-213 L\u2019action syndicale de la CEQ\toctobre\t1161-1171 Termote, Marc L\u2019évolution prévisible de la\tjuin\t754-769 population francophone du Québec Tremblay, Rodrigue L\u2019immigration en période de récession\toctobre\t1120-1128 Trudel, Rémy - Vézina, Julie Le système de santé au Québec\tmars\t313-319 Vadeboncœur, Pierre Destin et destination\tseptembre\t925-929 Les mépris d\u2019un élégant\toctobre\t1173-1174 Le sénateur hélas !\toctobre\t1174-1175 La nécessaire complexité\tnovembre\t1227-1230 Vézina, Julie - Trudel, Rémy Le système de santé au Québec\tmars\t313-319 1376 ni aus fi .V*>, -rz W*.-i Dans un décor de rêve nous retrouvons la chaude atmosphère d'une véritable auberge française.La cuisine gastronomique française avec spécialités normandes, la bonne cave à vin et le bon service contribuent à classer l'Auberge des Cèdres dans la catégorie quatre fourchettes par « Tourisme Québec ».IDÉAL pour \u2022 Mariages \u2022 Réunions \u2022 Anniversaires \u2022 Party de bureau \u2022 Etc.Autoroute des Laurentides (vers le Nord) \u2014?Sortie 45 Route 117 Lesage* Shawbridge* Mont Rolland\u2022 Ste-Adcle# ® Boul.Les Hauteurs Hôtel Pigalle\tvers St-Hippolyte LAC L ACHICAN 305ravenue 26, 305e avenue, Lac L'Achigan, St-Hippolyte )0R 1P0 Réservations : (514) 563-2083 NOS COLLABORATEURS 1994 François-Albert Angers Louis Balthazar Robert Barberis André Beauchamp Claude Béland Jules Bélanger Lionel Bellavance Jocelyn Berthelot Bernard Blier Jean Bruno Gary Caldwell Serge Cantin Mario Carrier Charles Castonguay Jean-Pierre Chalifoux Alain Chanlat Denise Côté Pierre DeBellefeuille Roger Dehaybe Clermont Dugas Fernand Dumont Micheline Dumont Jean Éthier-Blais Andrée Ferretti Lucia Ferretti Jean-Charles Gagné François Gardner Édith Gendron Rita Giguère Éthel Green Michel Guillou Julien Harvey André Joyal Henri Laberge Danièle Lacombe Georges Lafond Christine Lamoureux Robert Laplante Alain Laramée Louise Laurin Léo-Paul Lauzon Maurice Lebel Yvon Leclerc Jean-Marc Léger Ginette Lepage Richard Marceau Jacques Maurais Denis Monière Rosaire Morin Jean-François Nadeau Richard Nadeau Pierre Noreau Ferdinand Ouellet Gilbert Paquette Philippe Paradis Christian Payeur Pierre Péladeau Jean-François Pelletier Marcel Pépin Jocelyne Picard Jacinthe Pilon Bernard Pilote Ladislas Pordan Jacques Proulx Gilles Rhéaume Fernand Rouillon Paul-Émile Roy Maurice Saint-Germain Charles Saint-Prot Pierre Shooner Denis Simard Jean-François Simard Jean-Jacques Simard René Simard Marc Termote Jean-Claude Tardif Rémy Trudel Pierre Vadeboncœur Julie Vézina L\u2019Action nationale ouvre ses pages à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.1378 Nous retournons à la source.Nous réaffirmons notre objectif premier: offrir à la population québécoise le meilleur service au moindre coût possible.a Hydro-Québec Le meilleur de nous-mcmes FONDATION DU PRÊT D\u2019HONNEUR \u2014 1944-1994 50 ans au service des étudiants c3 -O ü O * 3 C C4) 3 -C g § 'S' œw> >
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