L'action nationale, 1 janvier 1995, Janvier
[" Wüi : ¦.» * .JS 4, $mà SUSi V'-\u2019\u2019 V* \u2022 ' 1 A- >\\ ¦MÜ Volume LXXXV, numéro 1, janvier 1995 Voli min 5*5*5 l*SM N«l I »*iifi ^«¦ikL Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d'expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections à son texte.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019index des périodiques canadiens», depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984 et dans «Repère» publié par les Services documentaires multimédia (SDM Inc.) et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.ISSN-0001-7469 - ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.1/Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopie: (514) 923-5755 NATIONALE Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Entrevues Yvon Leclerc Éducation Jean-Claude Tardif Comptes rendus Denis Monière Comité de rédaction Louise Dumas Lucia Ferretti Robert Laplante Marcel Landry Denis Monière Michel Rioux Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Yvon Leclerc Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Gérard Turcotte Prix André Laurendeau Membres du jury: Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Abonnement 10 numéros Québec, Canada 35\t$ France\t240\tFRF Autres pays\t50\t$ Étudiant\t20\t$ Soutien\t75\t$ nationale SI VOUS ÊTES ABONNÉ E Deux questions: La première: Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La seconde: Sur l\u2019étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de le renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6 000 $ par année en timbres, papeterie et temps ! Abonnement:\t10 numéros Québec, Canada\t35 $ Étudiant\t20 $ Autres pays\t50$ 20 numéros 60$ 35$ 90$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession\t L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Bern, bur.320 Montréal H2L4C7 Supplément postal, L\u2019Action NATIONALE Volume LXXXV, numéro 1, janvier 1995 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755 ïï^®tifi(IDm Sl V0US N'ÊTES PAS ABONNÉ-E NATIONALE Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement:\t10 numéros 20 numéros Québec, Canada\t35$\t60$ Étudiant\t20$\t35$ Autres pays\t50 $\t90 $ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.1/Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L 4C7 Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755 3 12 27 43 54 58 63 66 79 86 107 112 \tTABLE DES MATIÈRES Volume LXXXV, numéro 1, janvier 1995 ?\tJean Chrétien a menti Rosaire MORIN ?\tLibres dans un pays choisi Paul-Marcel LEMAIRE ?\tLes enjeux du référendum de 1995 Rodrigue TREMBLAY ?\tL ardente obligation de la souveraineté Jean-Marc LÉGER ?\tLe style de Jacques Parizeau Robert Barbe ris et Marcelle Viger ?\tLe dégoût de la politique partisane Julie VÉZINA et Jean-François SIMARD ?\tSommes-nous tous des immigrants?Paul-Émile ROY ?\tDe fortes migrations internationales?Michel PAILLÉ ?\tLa Caisse de dépôt et placement Philippe GABELIER ?\tLa réussite éducatives des élèves Andréanne LALIBERTÉ ?\tL'avenir du Bloc Denis MONIÈRE ?\tÀ travers l'actualité Rosaire MORIN \t \t1 Comptes rendus: «Honoré Mercier, la politique et la culture» de Gilles Gallichan Jean-François NADEAU «Nationalisme et conflits de droits» de Evelyn Kolish Richard ARTEA U ?\t127 ?\t129 Livres reçus 4\t134 Nos collaborateurs 4\t141 Nos annonceurs ?150 2 Jean Chrétien a menti par Rosaire MORIN A nos lecteurs de France, nous demandons une faveur: pouvez-vous faire parvenir aux Sénateurs de France notre réponse au discours de Jean Chrétien prononcé, devant votre vénérable institution, le 1er décembre dernier?Le méli-mélo Le Premier ministre du Canada reprenait alors une parodie de Sir Wilfrid Laurier.Les Canadiens seraient les descendants des Bretons, des Angevins et des Normands qui ont envahi l\u2019Angleterre au 11e siècle et les descendants des Angevins, des Normands et des Bretons qui au 17e siècle ont colonisé les terres fertiles des rives du St-Laurent.1 M.Chrétien ne connaît pas l\u2019histoire.Au 11e siècle, les Bretons n\u2019ont pas conquis l\u2019Angleterre.Ils y étaient depuis quatre siècles.Les Angevins ne faisaient pas partie de l\u2019armée de Guillaume le Conquérant.Nos ancêtres n\u2019étaient pas les «descendants des Angevins, des Normands et des Bretons» qui avaient envahi l\u2019Angleterre.Ils venaient de la France, de la Normandie, de la Picardie, du Poitou, de la région parisienne.Extrait du discours prononcé le 1er décembre 1994 par Jean Chrétien devant le Sénat, à Paris.3 La moisaïque Pour souligner les caractéristiques fondamentales du Canada, M.Chrétien déclarait: Grâce aux sacrifices et aux efforts consentis par des femmes et des hommes venus des quatre coins de la planète, nous avons réussi à bâtir au Canada une société pluraliste, équitable, fondée sur l\u2019ouverture, la tolérance, la générosité et le partage.2 Notre Premier ministre souligne le caractère cosmopolite de la mosaïque canadienne! Ce qu\u2019il ne dit pas, c\u2019est que le gouvernement fédéral a créé et continue de créer un tel déquilibre démographique que l\u2019élément francophone est en voie de disparition dans huit des dix provinces.Les promoteurs de l\u2019immigration sont plus honnêtes que M.Chrétien.Ils ne cachent pas leurs intentions.Ils poursuivent avec continuité une vaste campagne d\u2019immigration pour immerger l\u2019élément français dans un milieu anglais.A coups de milliards de dollars, le fédéral a financé et finance l\u2019immigration massive d\u2019étrangers en utilisant même les impôts des Francophones qu\u2019il faut submerger.M.Chrétien a raison.Le Canada est une «société pluraliste».Mais il n\u2019est plus une société «équitable».La dualité linguistique L\u2019honorable Chrétien parle de la «dualité linguistique»: Enrichi par sa diversité culturelle, notre pays reste caractérisé par sa dualité linguistique, française et anglaise.La langue française continue de progresser au Canada.Elle (la dualité) a assuré l\u2019épanouissement du million de francophones hors-Québec qui forment la communauté 2.Extrait du discours prononcé le 1er décembre 1994 par Jean Chrétien devant le Sénat, à Paris. acadienne au Nouveau-Brunswick et les communautés francophones partout ailleurs au Canada,3 Puissent nos lecteurs de France faire savoir à leurs Sénateurs que la «dualité linguistique» est irréelle au Canada! En 1995, dans les Parlements et les cours de justice de huit provinces sur dix, l\u2019usage du français est rarissime.Dans les mêmes provinces, à peine un élève francophone sur dix peut fréquenter une école française.L\u2019anglais y est même la langue des fonctionnaires fédéraux, des sociétés fédérales, des gouvernements provinciaux et de l\u2019armée.Hors Québec, le Nouveau-Brunswick et Ottawa, le bilinguisme fédéral cesse d\u2019exister.Au Canada anglais, la langue française régresse.Voici l\u2019évolution du nombre de personnes qui, entre 1931 et 1986, étaient d\u2019origine ethnique française, de langue maternelle ou d\u2019usage française.Importance numérique et relative des francophones hors Québec, Canada, 1931-1986 Année\tOrigine française Nombre\t%\t\tLangue maternelle Nombre\t%\t\tLangue d\u2019usage Nombre 1931\t657 931\t8,77\t540 105\t7,20\t 1941\t788 006\t9,64\t647 466\t7,92\t 1951\t990 969\t9,96\t721 820\t7,25\t 1961\t1 298 992\t10,01\t853 462\t6,58\t 1971\t1 420 760\t9,14\t926 400\t5,96\t675 925 1981\t1 598 215\t9,02\t942 080\t5,26\t666 180 1986\t1 856 330\t10,00\t945 800\t5,04\t672 470 (Recensements du Canada, 1931 à 1986) En 1986, sur 1 856 330 personnes d\u2019origine française, 945 800 ont déclaré que leur langue maternelle était le français, soit 50,9% seulement.Entre 1931 et 1986, 3.Extrait du discours prononcé le 1er décembre 1994 par Jean Chrétien devant le Sénat, à Paris.5 hors Québec, la proportion des personnes de langue maternelle française est tombée de 7,20% à 5,04%.Au foyer, sur 1 856 330 personnes d\u2019origine française, on ne retrouve que 672 470 personnes qui utilisent la langue française, soit une proportion de 36,2 %.M.Chrétien n\u2019en affirme pas moins que la langue française continue de progresser au Canada.En 1991, la population hors Québec de langue maternelle française était ainsi partagée : 1991\tNombre\t% de la province Terre-Neuve\t2 878\t0,5 île-du-Prince-Édouard\t5 894\t4,5 Nouvelle-Ecosse\t37 034\t4,1 Nouveau-Brunswick\t243 565\t33,6 Ontario\t505 401\t5,0 Manitoba\t51 146\t4,7 Saskatchewan\t22 055\t2,2 Alberta\t57 886\t2,3 Colombie-Britannique\t51 745\t1,6 Yukon\t881\t3,2 Territoires Nord-Ouest\t1 466\t2,5 Francos hors Québec\t979 948\t Sauf au Nouveau-Brunswick, les francophones ont été noyés.Dans quatre provinces, le nombre des francophones est inférieur à 50 000 personnes.Le rêve de Durham est devenu une réalité: noyer l\u2019élément canadien-français.L\u2019identité québécoise M.Chrétien n\u2019a pas dit la vérité lorsqu\u2019il déclarait que: cette dualité est au coeur de notre société et de nos institutions.C\u2019est grâce à elle si le Québec a pu se développer dans le respect de son identité. Nos lecteurs de France peuvent dire à leurs Sénateurs que l\u2019avancement du français au Québec n\u2019est pas le fait de la Confédération.La défense et la promotion de la langue ont fait l\u2019objet de luttes continuelles.Le gouvernement fédéral, majoritairement anglophone, sait qu\u2019une minorité finit par adopter la langue de la majorité.Parmi les actes odieux commis, citons la loi C-72 qui généralise l\u2019usage de l\u2019anglais au Québec.Pareille situation équivaut à mettre sur le même pied la minorité et la majorité québécoises.De plus, un tribunal fédéral, majoritairement anglophone, a dicté à la majorité du Québec une politique linguistique contraire à la législation de l\u2019Assemblée nationale.En 1979 et en 1981, la Cour suprême ordonne que les langues française et anglaise soient obligatoires pour l\u2019adoption des lois et qu\u2019elles soient d\u2019usage devant les tribunaux.En décembre 1988, la Cour suprême concluait que la Charte québécoise ne respectait pas les exigences de la liberté d\u2019expression en matière d\u2019affichage.Enfin, par ses ingérences dans les compétences exclusives du Québec, le fédéral intervient dans tous les domaines d\u2019activités, en concurrence avec les lois de l\u2019Assemblée nationale.Cette invasion dans l\u2019organisation de la vie québécoise constitue la constance d\u2019une épée de Damoclès suspendue sur la vie québécoise.Ces faits, M.Chrétien les a cachés aux Sénateurs français.Le poids politique Le Premier ministre du Canada est un tricheur.Il affirmait que la dualité: fait.par exemple, qu 'au Canada, des francophones sont au poste de commande, à tous les niveaux de la société, tant dans le secteur privé que dans le secteur publique,4 4.Extrait du discours prononcé le Ier décembre 1994 par Jean Chrétien devant le Sénat, à Paris. (Il est décevant de lire un français de qualité inférieure sous la plume du Premier ministre du Canada, mais il est encore plus désappointant de constater des fautes élémentaires; exemple: «secteur publique» s\u2019écrit «secteur public » ).Les Sénateurs de France doivent savoir que cette réalité n\u2019est authentique qu\u2019au Québec.Dans les autres provinces, pour accéder à un poste de commande, privé ou public, il faut parler la langue anglaise.Le français est rarement utile.Dans les institutions fédérales, les francophones occupent à peine la moitié des postes supérieurs correspondant à leur nombre.Notre poids politique diminue sans cesse.Notre infériorité numérique a permis au pouvoir fédéral de modifier les compétences du Québec.Notre représentation à la Chambre des Communes est limitée à 75 députés sur 295.Si l\u2019on tient compte de l\u2019existence des partis politiques, en 1995, la délégation québécoise dans le gouvernement Chrétien est raccourcie à une vingtaine de députés libéraux sur 295, dont 99 proviennent de l\u2019Ontario.L\u2019influence politique réelle ne dépasse pas et ne dépassera jamais notre force démographique.Dans les faits, la majorité anglophone cherchera toujours à faire du Canada un pays exclusivement de langue anglaise.La question fondamentale consiste à se demander si les Québécois doivent prendre le risque de confier leur avenir à une majorité de culture et de langue différentes?Car minoritaires au Canada, nous le sommes pour l\u2019éternité.Minoritaires, nous le sommes à la Chambre des Communes; nous le sommes aussi dans les partis politiques traditionnels.Nos députés ont presque toujours été des «bleus» et des «rouges» qui devaient se rallier à la majorité anglophone.La défense du français Notre Premier ministre est léger.Il n\u2019a pas de mémoire.Il a osé affirmer dans son discours à Paris du 1er décembre : 8 C\u2019est cette même dualité qui incite mon pays et mon gouvernement à accorder la plus haute priorité à la défense et à la promotion du français, au Canada et dans le monde.Au coeur d'une société étonnamment multiculturelle, elle porte le Canada à s\u2019ouvrir à la Francophonie internationale et au monde entier.5 Les Sénateurs de France doivent savoir que l\u2019ouverture du gouvernement fédéral à la Francophonie est basée uniquement sur la stratégie de fermer au Québec l\u2019accès à cette même francophonie.Us doivent aussi savoir que «la plus haute priorité à la défense et à la promotion du français au Canada» est une fumisterie énoncée par la décision «de contrecarrer le séparatisme».En 1995, le gouvernement fédéral pratique encore le laisser-faire.Il n\u2019intervient pas pour protéger les droits des francophones à l\u2019enseignement en français, à la gestion de leurs écoles, à l\u2019usage du français devant les tribunaux et les législatures provinciales.Pour apaiser la douleur des francophones hors Québec, il a inventé la distribution de subventions, au lieu d\u2019imposer l\u2019école française et d\u2019en confier la gestion aux francophones eux-mêmes.Jamais le Parlement du Canada n\u2019édicte des lois réparatrices, pour que justice soit faite aux francophones.A cet égard, la politique fédérale a toujours pratiqué l\u2019immobilisme, la passivité, la paralysie.Ce que les Sénateurs de France doivent savoir, c\u2019est que le français avance à reculons.En Colombie-Britannique, le gouvernement se contente de l\u2019intention d\u2019établir une commission scolaire de langue française.En Alberta, il décrète que l\u2019on peut, dans les écoles, enseigner le chinois, l\u2019hébreu, l\u2019allemand, le français et d\u2019autres langues.En Saskatchewan, il adopte, en 1993, la loi 39 pour permettre à un dixième des élèves fransaskois de fréquenter les écoles gérées par les francophones.Au Manitoba, il propose d\u2019accorder la gestion de leurs écoles aux Franco- 5.Extrait du discours prononcé le 1er décembre 1994 par Jean Chrétien devant le Sénat, à Paris. Manitobains qui expriment leur intention de faire partie du secteur scolaire francophone.En Ontario, en 1995, les Franco-Ontariens sont assujettis à la clause «là où le nombre le justifie».Dans l\u2019île-du-Prince-Édouard, les Acadiens francophones attendent avec espoir.En 1995, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse se demande s\u2019il doit établir les «Conseils d\u2019école en français» votés en 1986.À Terre-Neuve, le gouvernement Wells établit une loi scolaire conforme aux exigences de la Charte, mais le comité ministériel étudie si son application est possible.Le multiculturalisme Dans son allocution au Sénat de France, le Premier ministre du Canada a eu un moment de sincérité, lorsqu\u2019il avoua sans ambages: Mesdames et messieurs les Sénateurs de France, je suis convaincu, que sur la voie du multiculturalisme, fort de sa richesse et de sa diversité culturelle, un Canada uni peut et doit se poser en modèle.6 Ce que M.Chrétien n\u2019a pas dit à ce chapitre, et que les Sénateurs doivent connaître, c\u2019est que les politiques multiculturalistes tendent à l\u2019uniformisation d\u2019une culture canadienne, les francophones devenant une minorité identique aux groupes ethniques venus d\u2019ailleurs.Puissent nos lecteurs de France faire savoir aux Sénateurs et à la France toute entière que l\u2019avenir de la francophonie est menacé au Canada.Le seul territoire en Amérique du Nord où la culture française peut s\u2019épanouir, c\u2019est ici au Québec, et nulle part ailleurs.Le peuple québécois existe.Il existe depuis 1534.Il a résisté aux vagues successives d\u2019assimilation.Il a conservé sa façon différente de penser, de juger et de vivre.Il a atteint l\u2019âge de la maturité.Il a droit à la vie.À la vie normale d\u2019un peuple normal.Dans la mosaïque canadienne, le peuple québé- 6.Extrait du discours prononcé le 1er décembre 1994 par Jean Chrétien devant le Sénat, à Paris.10 cois sera absorbé dans le temps.Il sera emporté par l\u2019épuisement dans le combat.Comme l\u2019ont été la plupart des groupes minoritaires dans le monde.Comme l\u2019ont été 900 000 Francophones assimilés dans la diaspora canadienne.Comme eux, l\u2019îlot français du Québec disparaîtra dans la mer anglophone, s\u2019il n\u2019assume pas lui-même son destin.La chance de choisir sera bientôt donnée aux Québécoises et aux Québécois.Pour ou contre le Québec?Pour l\u2019épanouissement ou l\u2019asservissement?L\u2019indépendance, c\u2019est l\u2019espoir! Le fédéralisme, c\u2019est la lente agonie d\u2019une vie franglaise en dérive vers l\u2019assimilation à moyenne échéance.La France semble ne pas vouloir choisir.Au nom de la non-ingérence dans la non-indifférence, elle assiste de loin aux efforts de survivance d\u2019un petit peuple qui aurait droit à plus de solidarité.11 Libres dans un pays choisi Jamais une victoire électorale, comme celle du 12 septembre dernier, n\u2019aura laissé le militant souverainiste, et même le simple observateur, aussi perplexe.Ce qui devait être le commencement d\u2019une magnifique aventure, se révélait finalement presque comme une défaite; il suffisait de se promener dans Montréal, vers 21 h, sous le ciel gris et pluvieux, pour mesurer l\u2019écho de l\u2019événement: l\u2019indifférence totale du grand public.Est-ce ainsi qu\u2019on commence de créer un pays, me disais-je?Ou ce peuple, même celui qui a voté pour le Parti Québécois, est-il prêt à bâtir un pays?Pour essayer de comprendre ce silence, cet embarras dans la victoire, je me suis reporté à une autre expérience, que j\u2019avais vécue quelque cinq mois plus tôt, au Salon du livre, à Québec.Modestement installé devant le kiosque de mon éditeur, j\u2019y ai rencontré certaines personnes, dont un ouvrier-technicien travaillant dans la fonction publique, une étudiante en communication, un retraité passionné par les photos de célébrités (sic).La plupart de ces curieux partageaient certains points communs, qui se manifestaient dans leurs commen- Auteur de Nous, Québécois.Paul-Marcel ¦4 LEMAIRE* 12 Le marécage constitutionnel et culturel constitue un risque infiniment plus dangereux.taires, leurs manières d\u2019être et surtout leurs silences.D\u2019abord une gêne et un malaise évidents devant mon livre, et surtout devant l\u2019énoncé de son titre; puis, une certaine façon de tourner autour du pot et d\u2019éviter le cœur du sujet, l\u2019avenir du Québec, dont le destin allait se jouer dans les deux ans au plus tard, d\u2019abord par une élection générale, puis par un référendum décisif.Ce qui frappait pourtant le plus, c\u2019était une certaine façon de s\u2019en remettre aux autres: «Croyez-vous vraiment qu\u2019ils (sic) vont se décider?» La formulation de cette fausse question (se décider à quoi?), même l\u2019emploi du «ils» impersonnel pour éviter le nom propre de notre peuple, ont ici une importance très révélatrice.Beaucoup hésitent à penser par eux-mêmes, préfèrent attendre les autres, c\u2019est-à-dire opiner par procuration, sans doute sous la pression d\u2019une «vague qui emporte tout», comme disent après coup les commentateurs politiques.\u2022 Irrésolution ou fuite en avant?Ce refus de prendre position, mais davantage cette impuissance à penser par soi-même, soulève de nombreuses questions, qu\u2019il faut avoir le courage d\u2019exprimer si l\u2019on veut sortir de la confusion actuelle et si l\u2019on croit en l\u2019éducation politique, indispensable chemin de la démocratie.Descartes disait que l\u2019irrésolution, ou l\u2019incapacité de prendre parti, est le pire des maux.Est-ce bien vrai?Bien sûr, il y a souvent au Québec refus de se brancher, recul et attente passive, sinon pleutre, devant les inévitables risques qu\u2019entraîne toute prise de décision.Pendant ce temps, le marécage constitutionnel et culturel où le Québec s\u2019englue depuis des siècles constitue un risque infiniment plus dangereux, car il paralyse ses meilleurs élans et ses projets les plus audacieux.13 Pourtant, cette irrésolution n\u2019est-elle pas la conséquence, le symptôme d\u2019une maladie autrement plus grave: la peur ou l\u2019incapacité de s\u2019exprimer librement, de penser par soi-même, de se faire une idée personnelle sans toujours attendre qu\u2019on nous souffle la bonne réponse?Cette peur a une vieille histoire, des racines qui remontent loin dans notre inconscient collectif.L\u2019autoritarisme traditionnel, de nature religieuse mais aussi scolaire, administrative et politique, lui a servi et lui sert souvent encore de terreau fertile, d\u2019autant plus qu\u2019il se conjuguait à des coutumes fort valables de solidarité communautaire.Cette crainte, pour ainsi dire innée et grégaire, n\u2019explique pas tout.Le règne contemporain de l\u2019opinion, tel qu\u2019il est orchestré par les médias et la plupart des canaux de communication sociale, vient tout à la fois relayer et renforcer ces traditions autoritaires, de sorte que le rêve républicain d\u2019une opinion majoritaire, formée à la base par le véritable dialogue politique, semble s\u2019éloigner de plus en plus.Depuis que les médias, sous le double effet de la technicisation et de la concentration, ont opté le plus souvent pour les informations répétitives en forme de capsules ou de clips spectaculaires, il est devenu difficile pour la masse de s\u2019informer véritablement et de se former des opinions fondées.Il serait donc faux de s\u2019en remettre d\u2019abord aux médias et aux réseaux hautement technicisés de communication pour pousser les Québécois à sortir enfin de leur irrésolution.Nos experts en communication politique auraient avantage à se souvenir que les Québécois se méfient des «gadgets» impersonnels de propagande, genre «cassette préenregistrée», et qu\u2019ils préfèrent nettement le bouche à oreille et la confrontation personnelle, jusqu\u2019à la prise de becs.14 Il est impossible qu 'un peuple abandonne à un gouvernement étranger une part importante de ses pouvoirs et de son développement.Cette impuissance à nous dire à une autre source, cette fois directement institutionnelle et politique, et c\u2019est le régime fédératif dans lequel nous moisissons encore.On oublie trop que ce régime institue d\u2019office deux discours politiques qui prétendent tous deux défendre les intérêts des Québécois.L\u2019idéologie fédéraliste officielle consiste à nous faire croire que ces deux discours, et les actions qu\u2019ils commandent, sont complémentaires, mais ils sont en réalité opposés, dans le cas du Québec, car il est impossible qu\u2019un peuple normalement constitué abandonne à un gouvernement qui lui est majoritairement étranger par la langue, la culture et les intérêts, une part importante de ses pouvoirs et de son développement.Depuis des lustres, les Québécois sont l\u2019enjeu de ces deux discours antinomiques : comment ne pas y perdre son latin, la capacité déjuger froidement les résultats de ce régime, le courage de choisir et d\u2019affirmer son choix?Traditionnellement, les médias du Québec ont fait écho à ce dualisme politique, qui a quelque chose de schizophrénique.Ils ont pratiqué un type de journalisme qui les amenait à donner la parole tour à tour aux deux camps, de façon équilibrée prétendaient-ils, et à les renvoyer dos à dos, laissant le lecteur ou auditeur pantois, désemparé, incapable de se prononcer, à moins qu\u2019il ne puisse s\u2019informer sérieusement ailleurs et échapper aux pressions ambiantes.Cette pratique journalistique trouve son couronnement dans la manie de jouer les censeurs et les modérateurs, toujours prêts à dénoncer, à tort et à travers, le «radicalisme», le militantisme «pur et dur», en somme toute prise de position articulée et courageuse, qui puisse trancher sur la grisaille dominante.Faut-il chercher ailleurs les motivations de cette tendance qu\u2019ont souvent les Québécois de suspendre leur jugement, d\u2019hésiter indéfiniment à 15 prendre parti, au risque d\u2019être la proie du premier démagogue venu?Il serait plutôt puéril de faire appel à un lointain héritage d\u2019ambivalence chez nos ancêtres les Normands.\u2022 Quand un poète s\u2019en mêle Au salon du livre de Québec, je n\u2019avais pas fini de bavarder avec mon dernier interlocuteur quand s\u2019amène le poète Gaston Miron, le verbe haut et goguenard, la chemise ventripotente, le cheveu et l\u2019œil bagarreurs, l\u2019air de toujours mâchouiller un invisible cigare.Le temps qu\u2019il dise devant mon modeste étal: «Voilà un titre qui fait poétique ! », il est abordé par une dame bon chic bon genre, qui lui glisse à l\u2019oreille, la main en cornet, quelque chose comme un secret d\u2019état.La réplique de Miron, qu\u2019elle reçoit manifestement comme une douche d\u2019eau froide, me fait comprendre tout de suite de quoi il s\u2019agit: «Mais, Madame, il ne faut pas s\u2019arrêter au doigt qui pointe, mais à la direction signalée.Je m\u2019en fous du Parti Québécois; l\u2019important, c\u2019est qu\u2019il nous indique quel chemin prendre, et il n\u2019y en a pas d\u2019autre que l\u2019indépendance».Ayant ainsi repris, à sa manière inimitable, le proverbe chinois, Miron se lance dans une de ces harangues coutumières, qu\u2019il a promenées dans tout le Québec et dans le monde, au grand dam de son travail d\u2019écriture, mais pour son plus grand honneur et le nôtre.Le miracle, alors, se produit: la dame consent à l\u2019écouter sérieusement, presque religieusement, pendant qu\u2019un attroupement se forme et boit les paroles du poète, qui se fait tour à tour crieur de foire, comédien pamphlétaire, prophète dénonciateur; il manie le ridicule comme un fleuret, apostrophe, conjure, accule ses auditeurs à faire des choix historiques définitifs.Ce discours passionné trouve sa force argumentaire dans l\u2019actualité.Ainsi, la mainmise Je m\u2019en fous du Parti Québécois; l\u2019important, c\u2019est qu\u2019il nous indique quel chemin prendre.16 Un peuple digne de ce nom n 'abandonne pas ses communications à un gouvernement étranger.par le fédéral sur les télécommunications, que venait tout juste de sanctionner la Cour suprême «centralisatrice et colonisatrice comme ses employeurs», pour reprendre les termes mêmes de Miron, devenait l\u2019occasion de rappeler qu\u2019un peuple digne de ce nom n\u2019abandonne pas plus ses communications à un gouvernement étranger qu\u2019un chef d\u2019entreprise ne confie ses lignes téléphoniques à ses compétiteurs.Démagogie, diront les belles âmes ! Non, éducation politique populaire, dans la rue, sur la place publique, avec la saveur du terroir et la force du face à face.Prendre la parole et la faire prendre aux autres, partout, en toute circonstance, à temps et à contretemps: telle est l\u2019urgence éducative et démocratique qui s\u2019impose à tous ceux qui aiment trop ce pays pour ne pas se sentir responsables.Sans cette mobilisation éducative de tous ceux qui «rêvent du Québec», comme aurait dit Gérald Godin, sans distinction de parti politique, il sera impossible, non seulement de gagner le prochain référendum, mais même de l\u2019organiser.\u2022 Quelques thèmes trop oubliés Il n\u2019est évidemment pas possible de repasser ici toutes les rubriques de l\u2019action éducative.Les dimensions économiques de la souveraineté ont surtout retenu l\u2019attention depuis quelques années, à tel point que l\u2019indépendance apparaît parfois comme une simple forme nouvelle du marché, qui offrirait éventuellement plus d\u2019opportunités aux entrepreneurs.Nul ne peut nier que les facteurs économiques soient très importants dans la construction d\u2019un pays et dans toute stratégie politique, mais peut-on bâtir un pays uniquement avec des arguments économiques?Outre qu\u2019ils sont souvent hautement techniques, rarement irréfutables, ils n\u2019emportent pas l\u2019adhésion du plus grand nom- 17 bre parce qu\u2019ils ignorent toutes ces dimensions affectives, traditionnelles et imaginaires qui façonnent l\u2019appartenance nationale.Par exemple, peut-on espérer, sans illusion, convaincre de la souveraineté la majorité des jeunes, des petits salariés, des retraités, des intellectuels uniquement avec des arguments économiques?L\u2019économisme est peut-être le pire danger qui menace, paralyse même, le mouvement souverainiste.Alors, s\u2019il faut élargir et aérer le débat, pourquoi ne pas soulever certains thèmes qui hantent les antichambres ou les coulisses de la scène politique, parce qu\u2019ils sont le pain quotidien des citoyens, même s\u2019ils n\u2019arrivent pas toujours à les exprimer clairement?Parmi ces thèmes, qui demeurent souvent à l\u2019état de questions inexplorées, figurent les relations entre liberté et État, la place des différences culturelles dans une société souveraine, la nature même de la liberté individuelle.Liberté et État Il importe d\u2019abord d\u2019aider nos concitoyens, de tous âges et de toutes classes sociales, à comprendre que leur liberté individuelle ne s\u2019épanouira, dans sa plénitude, que dans le cadre d\u2019un État souverain.Même si cette vision d\u2019inspiration hégélienne est moins populaire depuis qu\u2019il est de mode de vilipender l\u2019État ou la politique, ou de proclamer la fin de l\u2019histoire parce que tous les humains chantent en choeur les bienfaits du libéralisme, elle n\u2019en demeure pas moins fort importante dans le contexte actuel.Les droits et libertés de la personne humaine sont inséparables d\u2019un État de droit, créé, soutenu et contrôlé démocratiquement par ces mêmes libertés.Les adversaires d\u2019un État québécois souverain prétendent, au mépris de notre histoire et de l\u2019histoire universelle, celle, par exemple, des Peut-on bâtir un pays uniquement avec des arguments économiques ?18 La Charte fédérale des droits constitue un enterrement de première classe des revendications collectives et des pouvoirs judiciaires du Québec.ex-fédérations de l\u2019URSS et de la Yougoslavie, que nos libertés individuelles ont été ou seraient mieux protégées par un État fédératif.Ce mensonge, véhiculé par de nombreux anglophones et certains francophones qui se disent des nôtres, a servi de justification à l\u2019adoption en 1982 de la Charte fédérale des droits, qui constitue un enterrement de première classe des revendications collectives et des pouvoirs judiciaires du Québec; il est encore brandi comme un épouvantail destiné à faire reculer les dangereux fantômes du nationalisme et du racisme, qui ont évidemment élu domicile au Québec.Or, il est temps de dénoncer cette supercherie.Les vrais souverainistes, René Lévesque et tous ses disciples, conscients de ce qu\u2019est un État démocratique, non seulement honnissent toutes les exclusions, mais se battent pour les libertés individuelles et sociales de tous les citoyens.Les pouvoirs politiques, en démocratie, appartiennent avant tout aux individus et à la société qu\u2019ils forment par des liens de proximité, d\u2019histoire et de choix.Or, une société comme celle du Québec, qui abandonne à des institutions fédérales une part importante de ses pouvoirs, se prive, littéralement, de l\u2019exercice efficace de certaines libertés, non seulement celle d\u2019avoir le dernier mot en matière de développement et de justice, mais aussi celle de gérer et de financer, comme elle l\u2019entend, toutes les questions éducatives et culturelles.Être politiquement libre, c\u2019est aussi pouvoir contrôler efficacement, par des mécanismes de proximité, le pouvoir des élus et des administrateurs; or, ce contrôle est pratiquement impossible dans une structure aussi lointaine et complexe que le régime fédéral actuel.Aucun État, quelle que soit sa constitution, n\u2019est jamais totalement ni définitivement à l\u2019abri de l\u2019arbitraire ou des atteintes à la liberté humaine; mais un État fédératif, comme l\u2019État canadien hautement 19 technocratisé, se prête moins que ne le ferait un Etat québécois souverain à un véritable contrôle démocratique; l\u2019histoire canadienne illustre amplement ce principe démocratique, comme le rappelle brillamment et profondément le film de Falardeau, Octobre.Les différences culturelles Un autre champ de la vie moderne en société et de l\u2019action politique ne peut être abandonné aux adversaires de la souveraineté, qui en font leurs choux gras électoraux: celui des relations interculturelles, du respect des différences culturelles qui affectent les individus et les groupes sociaux.Dans le Québec actuel et futur, l\u2019idéal souverainiste ne peut pas souhaiter absorber ou faire disparaître ces différences culturelles des anglophones, des juifs, des arabes, des latino-américains ou des orientaux de l\u2019Est qui habitent parmi nous; une volonté d\u2019homogénéisation culturelle serait signe de fanatisme ou d\u2019aveuglement politique, mais aussi de piètre estime de notre propre culture francophone.Mais ce respect des différences culturelles des autres amène à réclamer pour les Québécois familiarisés, depuis longtemps ou plus récemment, avec la langue française et la culture collective d\u2019ici, le droit d\u2019intégrer à cette langue et à cette culture toutes les minorités concitoyennes, non pas pour des motifs d\u2019hégémonie ou de supériorité culturelles, mais par souci de la solidarité sociale et du mieux-être de tous les Québécois, sans distinction d\u2019origine.Il faut apporter tout de suite quelques précisions pour ne pas essuyer les foudres de la critique «politically correct».Intégration ne signifie nullement assimilation coercitive, ni méconnaissance de certains droits acquis, chez les anglophones en particulier; de plus, il y a des degrés et des modalités variées d\u2019intégration.20 Il y a au Québec une nation culturelle qui se forme depuis plus de trois siècles.Mais toujours cette intégration respectueuse posera des problèmes de politique et de conscience; d\u2019ailleurs, l\u2019intégration et la lutte, jamais achevées, constituent «les deux faces de Janus» de toute politique, comme l\u2019a bien montré Maurice Duverger1.L\u2019important est de savoir où l\u2019on va, où l\u2019on veut aller, en l\u2019occurrence à quoi et comment sont invitées à s\u2019intégrer les minorités.D\u2019aucuns, y compris, paraît-il2, certains penseurs du Parti Québécois, soi-disant pour éviter d\u2019inutiles conflits, souhaiteraient que les «francophones de souche» cessent de vouloir chercher leur épanouissement culturel dans la future communauté politique, qu\u2019ils consentent à cohabiter sans plus, sur un pied d\u2019égalité, avec les autres communautés, dans ce qui sera demain le «lieu Québec», en d\u2019autres mots que la «nation-culture» le cède à la «nation-rai-son».Si ces cogitations ne sont pas purement fantaisistes, elles révèlent une incroyable dérive.Il y a au Québec une nation culturelle (l\u2019expression est pléonastique) qui se forme depuis plus de trois siècles, un peuple francophone qui n\u2019est pas purement ethnique car aux premiers colons français sont venus s\u2019ajouter nombre d\u2019amérindiens et d\u2019immigrants de diverses provenances.Ce peuple francophone n\u2019a jamais voulu mourir, il veut maintenant s\u2019épanouir pleinement; c\u2019est d\u2019abord à cette fin qu\u2019il désire une société politiquement souveraine, terrain d épanouissement de toutes ses valeurs culturelles, à commencer par l\u2019usage du français, compatibles avec un État laïque et pluraliste.Cet État nouveau fera l\u2019alliance entre une cul- Maunce Duverger, Introduction à la politique, coll.Folio-essais, 1985.Daniel Salée, De la nation-culture et à la nation-raison, in Le Devoir, 9 oct.1994.21 ture collective, celle d\u2019un peuple québécois ouvert et accueillant, et une raison universelle, celle qui préside aux États de droit, aux nations politiques démocratiques, depuis la Révolution américaine et la Révolution française.Nous n\u2019avons pas et nous n\u2019aurons pas à choisir entre une nation-culture et une nation-raison: nous prendrons les deux3.La force de la culture franco-québécoise, loin de s\u2019opposer au respect des différences culturelles dans le nécessaire contrat politique, doit soutenir et inspirer ces différences.Mais, ce même respect, politique et éthique, des particularismes, ceux de la majorité et ceux des minorités, poussé jusqu\u2019à cette limite que dessine la laïcité de l\u2019État et des institutions publiques, nous amène à refuser fermement le multiculturalisme, à la mode de Trudeau ou à celle, ravaudée, du Professeur Charles Taylor4.Outre qu\u2019il entérine les divisions ethniques et la ghettoïsation, ce multiculturalisme contrevient à la vocation proprement politique des minorités et 3.\tVoir Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée, Gallimard, 1987.Si cet essai dénonce à juste titre un certain culturalisme, il tronque la pensée de Renan sur la nation en la ramenant à une conception purement rationnelle et élective.4.\tCharles Taylor, Multiculturalisme.Différence et démocratie.Aubier, 1994.Même si l\u2019auteur concède que le Canada anglais eût dû reconnaître au Québec la clause de «société distincte» lors des discussions sur les possibles accords du Lac Meech, il n\u2019en défend pas moins une conception «libéraliste» des différences culturelles, conception avalisée par la Charte canadienne des droits: tous les individus doivent être culturellement égaux ; la promotion d\u2019une culture collective jusqu\u2019à la formation d\u2019un Québec souverain serait très dangereuse, sinon inacceptable, pour la démocratie.Taylor oublie les contraintes, trop réelles celles-là, que le présent régime fédéral fait peser sur la majorité québécoise, mais aussi sur les minorités du Québec, en particulier les risques de conflits inextricables nés de la double juridiction. des immigrants: faire activement partie d\u2019un ensemble cohérent, c\u2019est-à-dire d\u2019une nation politique.Cette vocation ne peut pas se réaliser en plénitude en dehors d\u2019un État souverain qui seul, comme l\u2019a bien montré Hegel, peut exprimer pleinement la volonté démocratique de tous les citoyens de vivre en harmonie, sous le régime du droit et de la liberté.Le régime fédératif actuel ne permet pas aux minorités culturelles d\u2019exprimer de véritables capacités politiques, parce qu\u2019il les empêche d\u2019appartenir activement à une communauté politique précise.Au nom de quel principe politique pourrait-il justifier le tiraillement entre allégeance canadienne et allégeance québécoise auquel il les contraint actuellement?Au nom de la «nation canadienne», des «deux nations fondatrices»?Ces deux notions ont toujours fait l\u2019objet de contestations, elles n\u2019ont plus de pertinence depuis l\u2019adoption de la Constitution de 1982, dont le Québec n\u2019a pas voulu.Un véritable «fédéralisme» de type moderne et démocratique ne pourrait se constituer qu\u2019à partir de nations déjà reconnues dans leur spécificité culturelle et politique, alors que le fédéralisme canadien s\u2019est bâti sur la négation réelle des différences nationales, puisque, au départ, toutes ces dépendances administratives appelées provinces, même celles qui n\u2019avaient aucune tradition politique, étaient mises sur le même pied.Pour tenter de surmonter ces contradictions inhérentes au fédéralisme canadien, il ne restait plus qu\u2019à proposer une idéologie factice, d\u2019abord aux minorités, puis aux deux majorités culturelles (l'anglophone et la francophone): travaillez tous à l\u2019unité canadienne, en contrepartie d\u2019un droit à une certaine survie culturelle, droit garanti à tous les individus, sans aucune distinction, par la Charte nouvelle.Ce multiculturalisme a des effets pervers sur la 23 nation québécoise, mais aussi sur les minorités culturelles.Il signifie pour elles trois choses, parfaitement vérifiables partout au Canada, y compris à Montréal: renonciation à l\u2019affirmation politique collective de ces minorités, folklorisation progressive de la culture d\u2019origine, assimilation rapide à la culture anglophone, dominante en Amérique du Nord.Cette minorisation politique des groupes culturels et des immigrants, qui se manifeste dans une forme ou l\u2019autre de ghetto géographique ou social, est la pire forme de mépris à leur endroit; elle favorise la désinformation politique et donne carte blanche à la bureaucratie anonyme ou aux lobbies plus ou moins occultes.Elle ne cessera que le jour où ils pourront participer activement à la formation et à l\u2019enrichissement d\u2019une nation politique et d\u2019un pays bien identifié.L\u2019avènement d\u2019un État souverain, en plus d\u2019assurer le développement de la nation francophone, permettra aux minorités culturelles de former avec elle une véritable communauté politique, une nation politique, où l\u2019une et les autres pourront vraiment dialoguer et s\u2019enrichir mutuellement.La liberté de choisir Cet avenir, désirable et parfaitement possible, me pousse à faire quelques remarques provisoires sur la liberté et son mode d\u2019être dans notre société et une certaine mentalité québécoise.Pour beaucoup, la liberté semble se ramener à la capacité de «zapper», de passer sans contrainte d\u2019un canal à l\u2019autre, d\u2019un objet de consommation à l\u2019autre, d\u2019une femme ou d\u2019un homme à l\u2019autre.Passer vite sur les objets, les êtres et les images, sans prendre le temps d\u2019admirer, de questionner, de choisir, d\u2019aimer, tel est le régime apparent de la liberté chez beaucoup d\u2019entre nous.Cette liberté du passage n\u2019est pas que négative, mais elle peut «passer» 24 à côté de l\u2019essentiel.Elle se rattache, en tout cas, de mille manières à notre histoire personnelle et collective.Pour de multiples raisons, qu\u2019il serait trop long d\u2019explorer, une certaine opinion d\u2019ici, même éclairée par ailleurs, se fait de la liberté une idée simpliste et paresseuse.La liberté n\u2019existerait que comme une espèce de passion irrationnelle et fantaisiste, détachée de tout choix et de tout engagement.Cette conception est plus ou moins consciemment frottée de Sartre ou de Nietzsche.Ces deux philosophies, et toutes les chapelles qui ont levé dans leur sillage, ont desservi la démocratie réelle parce que, fascinées par l\u2019affirmation de l\u2019individu, elles ignorent complètement la dimension communautaire de l\u2019existence humaine.Pourtant, ces philosophies ont alimenté ou affamé une partie notable de la classe intellectuelle et de la jeunesse, depuis quelque 40 ans.Leurs héritiers d\u2019aujourd\u2019hui sont plus soucieux de «déconstruire» les traditions québécoises que de les rebâtir sur de solides assises intellectuelles et morales.Il nous faut d\u2019abord neutraliser nos réflexes de colonisés, si nous voulons (re) apprendre la liberté et la pratiquer.C\u2019est la nature même de la liberté humaine qui exige qu\u2019elle passe au choix et à l\u2019action.Soupeser indéfiniment les avenirs «possibles», demeurer dans l\u2019entre-deux ou l'indécision, préférer une position velléitaire, ce n\u2019est pas se montrer libre mais plutôt incapable de liberté.Ce n\u2019est pas un hasard si la revue québécoise qui a le plus contribué à la maturation politique des Québécois s\u2019appelle L\u2019Action nationale.Dans la mesure où l\u2019homme agit, où il mouille et se salit les mains en faveur d\u2019une option précise, estimée préférable à toutes les autres du même ordre, il abandonne cet idéalisme angélique qui séduit tant de belles âmes, à la critique facile, et les met à l\u2019abri des 25 risques de l\u2019action, mais aussi de toutes les réalisations efficaces.Lorsqu\u2019il agit, fût-ce modestement, par exemple en distribuant du courrier de publicité partisane (la propagande n\u2019est pas mauvaise en soi, tout dépend de ce qu\u2019elle propage), le citoyen se montre limité ; il accepte une certaine mort des désirs illimités mais stériles, puisqu\u2019il s\u2019identifie à la réalité d\u2019un choix.Comme «la réalité est supérieure à la possibilité», dirait encore Hegel, la liberté ne s\u2019accomplit pas en ce que l\u2019homme pourrait faire ou aurait pu faire, mais en ce qu\u2019il a effectivement choisi et réalisé.Elle n\u2019est pas suspension du choix, tergiversation ou hésitation infinie d\u2019un choix à l\u2019autre, encore moins refus de se décider pour se garder toutes les portes de sortie.Elle est capacité de choisir avec discernement, lorsque le moment est venu, et de travailler à réaliser ce choix.Or le temps est venu, pour nous Québécois, de choisir le pays du Québec, parce que toutes les autres solutions politiques se sont avérées inefficaces et paralysantes pour la liberté de tous les Québécois, anciens et nouveaux.Laisser passer le train de l\u2019histoire, refuser de choisir l\u2019indépendance, serait renoncer à être libre de façon concrète et créatrice, pour soi et pour les autres, pour aujourd\u2019hui et pour demain.La liberté est capacité de choisir avec discernement, lorsque le moment est venu, et de travailler à réaliser ce choix.26 Les politiques fédérales et les enjeux du référendum Rodrigue\t^ ^95 TREMBLAY ?\t^HH Les reculs constitutionnels du Québec En dedans de 15 ans, deux gouvernements du Québec ont tenu chacun un référendum politique et constitutionnel qu\u2019ils ont tous les deux perdus.Le 20 mai 1980, le gouvernement du Parti Québécois, dirigé par M.René Lévesque, tint un référendum à caractère plébiscitaire dans lequel il demandait «le mandat de négocier» une entente de souveraineté politique et d\u2019association économique avec le Canada.Le résultat fut 59,56% en faveur du NON, et 40,44 % en faveur du OUI.Douze ans plus tard, soit le 26 octobre 1992, le gouvernement du Parti libéral du Québec, dirigé par M.Robert Bourassa, tint conjointement avec le gouvernement du Canada un référendum de ratification du projet de renouvellement de la Constitution du Canada «sur la base de l\u2019Entente de Charlottetown».Le résultat fut 56,6% pour le NON et 43,4 % pour le OUI.(Ajoutons aussi qu\u2019en 1942, les Québécois votèrent NON dans une proportion de 72,9% contre la conscription militaire du gouvernement Mackenzie King.) L\u2019auteur est économiste et ancien ministre dans le gouvernement du Québec.27 On ne peut pas dire que les stratégies référendaires des derniers gouvernements québécois aient été très efficaces.Us ont chaque fois mal évalué les préférences fondamentales de la population.Les conséquences de ces erreurs d\u2019appréciation ont été substantielles.En 1980, en effet, la défaite référendaire du gouvernement Lévesque ouvrit la voie au coup de force constitutionnel que le gouvernement Trudeau et les provinces anglophones imposèrent au Québec avec l\u2019Acte constitutionnel de 1982.En 1992, la défaite référendaire du gouvernement Bourassa confirma le statu quo.Jusqu\u2019à maintenant, personne ne peut donc prétendre que les référendums constitutionnels ont fait progresser le Québec.Le contraire est plus près de la réalité, puisque le Québec a connu un net recul au plan constitutionnel avec l\u2019Acte constitutionnel de 1982.Quels sont ces reculs?-\tPremièrement, le gouvernement Trudeau profita de la déroute référendaire du gouvernement du Québec pour imposer une Charte des droits et libertés, laquelle confère à un organisme fédéral, la Cour suprême de Canada, énormément de pouvoirs qui relevaient autrefois des parlements provinciaux (arts.1 à 15).-\tDeuxièmement, l\u2019Acte constitutionnel de 1982 enleva au Parlement du Québec le contrôle de la langue dans les écoles du Québec en imposant une clause Canada (art.23).-\tTroisièmement, l\u2019Acte constitutionnel de 1982 constitutionnalisa les droits des peuples autochtones, sans baliser ces droits par une reconnaissance du Québec comme société distincte (arts.35 et 37).-\tQuatrièmement, le gouvernement Trudeau profita de l\u2019Acte constitutionnel de 1982 pour enlever au Québec, en tant La défaite référendaire du gouvernement Lévesque ouvrit la voie au coup de force constitutionnel.28 Dans la plupart des pays civilisés il appartient à la population de sanctionner les modifications à la Constitution.qu\u2019une des quatre provinces fondatrices et foyer d\u2019un des deux peuples fondateurs du Canada, le droit de veto constitutionnel que lui avait été reconnu de facto jusque là (arts.38 et 41).Finalement, un recul pour tous les Québécois et tous les Canadiens: en effet, l\u2019Acte constitutionnel de 1982 introduisit, à l\u2019article 15 (2), un virus très dangereux à la longue pour la liberté individuelle,soit le droit de discriminer (pour le bon motif!).Une telle disposition est de nature à entacher, avec le temps, tous les autres droits individuels énumérés dans la charte, lesquels étaient auparavant contenus dans les statuts juridiques.Une première conclusion s\u2019impose: l\u2019Acte constitutionnel du 1982, que perpétue le statu quo constitutionnel actuel, a considérablement affaibli le Parlement du Québec et sa capacité de promouvoir les intérêts du peuple québécois.Cette réforme imposée fit du Québec une province comme les autres.L\u2019Acte constitutionnel de 1982: une réforme élitiste et bureaucratique La réforme constitutionnelle de 1982 fut conduite dans la plus pure tradition du système parlementaire britannique et de celui de la monarchie constitutionnelle du Canada.Dans cette tradition, en effet, la loi des lois qu\u2019est la Constitution peut être modifiée par les parlementaires et les bureaucrates sans mandat explicite de la population, et au besoin, elle peut être modifiée à l\u2019encontre même des vœux de la population.Dans la plupart des pays civilisés il appartient à la population de sanctionner les modifications à la Constitution.À titre d\u2019exemple, en Australie, en Suisse, en Italie, au Japon, et en 29 Irlande, des référendums doivent être tenus obligatoirement pour sanctionner les modifications à la constitution.En Australie, celles-ci doivent être approuvées par une double majorité, soit une majorité des électeurs et une majorité de l\u2019électorat de quatre des six États.Le gouvernement fédéral ne tint aucun référendum, ni au Québec, ni dans l\u2019ensemble du Canada pour faire entériner l\u2019Acte constitutionnel de 1982.Vu sous cet angle, l\u2019Acte constitutionnel de 1982, tel qu\u2019il s\u2019applique présentement au Québec, est illégitime, et constitue de ce fait une injustice historique.Le premier ministre Trudeau prétendit que parce que son parti politique avait gagné une majorité parlementaire des élections fédérales du 18 février 1980, il pouvait modifier la constitution canadienne à sa guise, même sans détenir de mandat explicite à ce sujet.Deux évènements politiques sont venus contredire cette théorie: primo, jamais le gouvernement Trudeau n\u2019avait publiquement fait état de son intention de retirer des pans entiers de juridiction au Parlement du Québec, contre son gré, même au cours de la campagne référendaire québécoise de 1980, bien au contraire; secundo, quand les électeurs québécois eurent, pour la première fois, la chance de se prononcer sur l\u2019administration Trudeau, ils la répudièrent de façon non équivoque.En effet, lors de l\u2019élection fédérale du 77 septembre 1984, l\u2019électorat québécois répudia massivement le Parti libéral du Canada et lui imposa la pire défaite de son histoire avec 17 sièges contre 58 sièges conservateurs.Le gouvernement Trudeau n\u2019a pas tenu de référendum sur les amendements constitutionnels de 1982, parce qu\u2019il craignait fort de perdre un tel référendum au Québec.Puisque les deux principaux parties politiques à l\u2019Assemblée nationale s\u2019étaient prononcés contre 30 La Commission Laurendeau-Dunton proposa la reconnaissance de l'égalité des deux peuples fondateurs du Canada.ces amendements constitutionnels unilatéraux, il était plus que probable qu\u2019un référendum de ratification aurait été défait au Québec.Mieux valait imposer les changements constitutionnels que de les faire entériner par la population.Par conséquent, personne ne peut prétendre que l\u2019Acte constitutionnel a été entériné démocratiquement par la population du Québec.La stratégie en 3 points du gouvernement Trudeau En 1967, la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme (Commission Laurendeau-Dunton) proposa que le caractère dualiste du Canada soit renforcé par la reconnaissance de l\u2019égalité des deux peuples fondateurs du Canada et par une dévolution de pouvoirs spéciaux au gouvernement du Québec.Il s agissait de faire de la confédération canadienne de 1867 un système fédéral décentralisé dans lequel les deux groupes linguistiques majoritaires au Canada pourraient vivre en harmonie.Cette vision du Canada était aussi celle du premier ministre Lester B.Pearson, un homme d\u2019Etat de grande envergure.Il croyait que les francophones, majoritaires au Québec et minoritaires au Canada, pouvaient survivre, se développer et prospérer au Canada et en Amérique du Nord en général, en autant que le seul gouvernement qu\u2019ils contrôlaient majoritairement, celui du Québec, ne soit point limité à des pouvoirs locaux d\u2019une province comme les autres.Ce constat d\u2019un accommodement Québec-Ottawa ne fut pas seulement celui de la Commission Laurendeau-Dunton, mais il fut repris plus tard par la Commission de l'unité nationale (1977-1979), présidée par John Ro-barts et Jean-Luc Pépin, laquelle recommandait dans son rapport de 1979 que le Québec devait «détenir les pouvoirs nécessaires à la préserva- 31 tion et au développement de son caractère distinct au sein d\u2019un Canada viable».Son rapport ajoutait que «toute solution politique qui ne répondait pas à cette attente signifierait l\u2019éclatement du Canada».Or, l\u2019Histoire enregistrera que le gouvernement libéral de Pierre Elliot Trudeau, élu pour la première fois en 1968, rejeta l\u2019essentiel des recommandations des commissions Laurendeau-Dunton et Pépin-Robarts.L\u2019objectif central de M.Pierre Elliot Trudeau était plutôt d\u2019éviter à tout prix que le gouvernement du Québec ne devienne constitutionnellement le gouvernement majoritaire et national du peuple québécois en Amérique du Nord.Pour atteindre ses fins, le gouvernement Trudeau opposa au concept des deux sociétés linguistiques distinctes au Canada, le concept d\u2019une population canadienne multiethnique et multiculturelle.Le peuple francophone n\u2019était dans cette option qu\u2019une des ethnies et qu\u2019une autre minorité culturelle parmi d\u2019autres.Cette vision d\u2019un peuple francophone à jamais et pour toujours minoritaire et dispersé au Canada constituait bien sûr un rejet de la notion que le Canada, tel que fondé en 1867, reposait sur deux grandes familles culturelles et linguistiques et sur l\u2019égalité des deux peuples fondateurs.La Commission de l\u2019unité nationale recommandait que le Québec devait détenir les pouvoirs nécessaires à la préservation et au développement de son caractère distinct.Afin de réaliser son projet politique, le gouvernement Trudeau mit de l\u2019avant trois grandes politiques interreliées.\u2014 Premièrement, il annonça en 1971 apolitique de multiculturalisme, laquelle prônait le concept d\u2019une population canadienne fondée sur les ethnies.Au risque de balkaniser le Canada et d\u2019atomiser la notion même de l\u2019identité canadienne, et même de transformer le Canada en une Tour de Babel sociale, le gouvernement Trudeau allait orienter ses politiques et 32 ses subventions dans la direction d\u2019un développement et d\u2019une promotion active des ethnies culturelles au Canada.Deuxièmement, le gouvernement Trudeau adopta une nouvelle politique d\u2019immigration en 1978.Dorénavant, l\u2019immigration au Canada ne reposerait plus sur des quotas par pays ou régions géographiques, mais serait ouverte et très peu sélective.Le Canada serait ainsi un microcosme de la planète entière.Cette politique avait comme caractéristique, de plus, de réserver un rôle mineur à la connaissance du français et de l\u2019anglais comme condition d\u2019admission au Canada.(À titre d\u2019exemple, l\u2019Australie exige une connaissance de l\u2019anglais comme condition pour immigrer dans ce pays.) - Troisièmement, le gouvernement se devait de modifier la constitution canadienne, c\u2019est-à-dire l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique de 1867.Pour ce faire, il procéda au rapatriement unilatéral de 1 AABN en 1981.Par la suite, il y incorpora des amendements constitutionnels majeurs, avec l\u2019appui récalcitrant des provinces anglophones, mais contre l\u2019objection formelle du Québec.Le contrat constitutionnel de 1867 entre les deux peuples fondateurs fut rompu.En même temps, il constitutionnalisait la politique du multiculturalisme, enchâssait les droits des autochtones et introduisait officiellement le droit de discriminer dans la constitution.En ce faisant, le gouvernement Trudeau se trouvait à introduire trois bombes à retardement dans le tissu politique et social canadien.Ce sont ces bombes à retardement, de véritables virus politiques, qui exercent présentement leur effets au Canada, vingt ans après leur intro- 33 duction.Ainsi, l\u2019objectif trudeauiste d\u2019une balkanisation culturelle et sociale du Canada semble avoir été pleinement atteint, puisque les Canadiens, lors du recensement de 1991, ont déclaré appartenir à 136 groupes ethniques différents.Concernant l\u2019immigration, le laxisme de la politique canadienne s\u2019est traduit par un triplement des niveaux annuels d\u2019immigration de 1985 (84 000) à 1994 (250 000).Et au plan constitutionnel, les abus qui découlent de la Charte des droits introduite dans l\u2019Acte constitutionnel de 1982 sont objets de scandales quasi quotidiens; tandis que le Québec, qui n a jamais entériné cet Acte constitutionnel, s\u2019apprête à voter dans un ultime référendum en 1995 pour savoir s\u2019il doit se retirer de cette constitution ou s\u2019y résigner.Les erreurs à éviter Lors des débats précédant le référendum constitutionnel du 20 mai 1980, le premier ministre du Canada, Pierre Trudeau, déclara que si le Québec manifestait clairement et démocratiquement sa volonté de quitter la Confédération canadienne et de constituer un pays indépendant, et que tout se faisait dans l\u2019ordre, il ne retiendrait pas le Québec par la force.La volonté du peuple souverain doit donc l\u2019emporter sur toute autre considération.Si la population du Les Canadiens, lors du recensement de 1991, ont déclaré appartenir à 136 groupes ethniques différents.Québec décide d\u2019affirmer démocratiquement son autonomie politique, cette automomie sera reconnue et acceptée.Il importe, en contrepartie, que le gouvernement du Québec et les membres de l\u2019Assemblée nationale permettent à la population québécoise de s\u2019exprimer clairement et précisément sur l\u2019orientation politique et constitutionnelle qu\u2019elle souhaite voir adopter pour le Québec.La question référendaire doit donc offrir des choix constitutionnels véritables à la population, et non pas porter sur un quelconque 34 chèque en blanc que le gouvernement du Québec tenterait d\u2019arracher à l\u2019électorat.En d\u2019autres termes, il faut qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une véritable consultation démocratique par voie de référendum., et non pas par voie plébiscitaire.En effet, dans un référendum, chaque choix est clair et peut être jugé à son mérite.Par contre, dans un plébiscite, c\u2019est le gouvernement qui recherche par un OUI l\u2019autorisation de procéder.La question de confiance dans le gouvernement qui pose la question peut alors devenir prépondérante.Or, au Québec comme ailleurs, la population ne fait généralement pas confiance aux politiciens, et à fortiori pour de grands changements constitutionnels.La première erreur à éviter donc pour le gouvernement du Québec serait de faire du référendum de 1995 «son» affaire, à partir de «sa» question.En d\u2019autres termes, le gouvernement du Québec ne doit pas transformer le référendum constitutionnel de 1995 en une élection référendaire sur lui-même et son chef.Si tel était le cas, le référendum donnerait des résultats sensiblement rapprochés de ceux de l\u2019élection du 12 septembre 1994.La deuxième erreur à éviter serait de présenter un choix entre une souveraineté politique «abstraite» pour le Québec et un statu quo «concret».En effet, on peut douter que les Québécois souscrivent majoritairement à un changement politique et constitutionnel majeur, à moins d\u2019avoir la conviction que leur bien-être et leurs intérêts légitimes seraient mieux sauvegardés dans le nouveau régime.Ce n\u2019est certainement pas parce qu\u2019on leur dira que les fonctionnaires à Québec seront plus «efficaces» que ceux d\u2019Ottawa que la population prendra les risques de modifier son régime politique en profondeur. Dans cette perspective, puisque les citoyens connaissent déjà le statu quo, avec ses avantages et ses désavantages, il est vrai de dire que le fardeau de la preuve repose sur les épaules de ceux qui proposent des changements majeurs.Ils se doivent, en effet, d\u2019indiquer clairement quelle sera l\u2019étendue des changements politiques et constitutionnels contemplés.Si une telle clarté n\u2019existe pas, le dicton qui veut «qu\u2019en cas de doute, abstiens-toi» prévaudra.Par conséquent, la question référendaire devrait offrir à la population des choix clairs et explicites sur les changements constitutionnels qu\u2019elle sera appelée à accepter ou à refuser.Essayer de violenter l\u2019électorat en le plaçant devant une alternative simpliste du «tout ou rien», à prendre ou à laisser, en plus d\u2019être une gageure irresponsable, ne peut que conduire à l\u2019échec.Après tout, un référendum constitutionnel n\u2019est pas un jeu de pile ou face.Bien sûr, si les partisans du fédéralisme canadien prétendent présenter autre chose que le statu quo connu de tous, ils ont aussi le fardeau de la preuve et en démontrer le réalisme et la crédibilité.La question référendaire devrait offrir à la population des choix clairs sur les changements constitutionnels.La troisième erreur à éviter pour le gouvernement du Québec est de croire que l\u2019on peut proposer des changements politiques et constitutionnels fondamentaux sans prendre les engagements nécessaires concernant la période inévitable de transition et sans identifier le contexte économique, financier et social qui suivront les transformations constitutionnelles.Les personnes et les entreprises ont des décisions à prendre quotidiennement pour planifier l\u2019avenir.Toute incertitude et toute imprécision institutionnelle concernant le cadre de F après-référendum, en plus d\u2019être coûteux, conduiraient à l\u2019abstension de plusieurs.Le gouvernement du Québec, seule autorité crédible en la matière, se doit donc d\u2019être clair et précis sur le 36 Le gouvernement du Québec, se doit donc d'être clair et précis sur le contexte post-référendum.contexte post-référendum concernant, entre autres: 1-\tla monnaie légale d\u2019un Québec souverain; 2-\tla mobilité géographique des personnes, des biens et des capitaux; 3-\tla liberté économique des personnes et des entreprises; 4-\tla situation financière et la politique fiscale d\u2019un Québec souverain; 5-\tles mécanismes d\u2019intégration des employés publics fédéraux ; 6-\tle degré d\u2019autonomie des peuples autochtones du Québec, en ce qui concerne leurs traditions et leurs coutumes.7-\tLe régime parlementaire d\u2019un Québec souverain.Si le gouvernement du Québec se contente de demander un chèque en blanc constitutionnel et laisse trop de points d\u2019interrogation, il ne fera que renforcer par défaut l\u2019attrait d\u2019un statu quo, autrement peu attrayant pour le Québec et son avenir.La mécanique et le calendrier pré-référendaires Lorsque la Commission Bélanger-Campeau remit son rapport et formula ses recommandations le 21 mars 1991, elle identifia deux options constitutionnelles pour le Québec.Ces deux options étaient \u2014 soit un renouvellement du système fédéral actuel dans le sens d\u2019un renversement substantiel de la tendance centralisatrice avec le transfert au gouvernement du Québec de compétences exclusives en matières sociales, économiques, culturelles et linguistiques -soitencore la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté pour que le Québec acquière ultimement le statut d\u2019État souverain «une an- 37 née, jour pour jour, après la date du référendum».Or, le rejet formel de l\u2019Accord de Charlottetown lors du référendum du 26 octobre 1992, ne laisse sur la table que le choix entre l\u2019acceptation du statu quo constitutionnel avec son Acte constitutionnel de 1982, ou la mise en branle du mécanisme d\u2019accession du Québec à la souveraineté politique.En dernière analyse, c\u2019est ce choix de principe qui devra être tranché par le référendum constitutionnel de 1995.Le gouvernement du Québec a donc la responsabilité de faire en sorte que les travaux de la Commission Bélanger-Campeau soient complétés dans le nouveau contexte.Il se doit de reconstituer une commission constitutionnelle avec deux objectifs, soit celui de consulter la population sur les craintes qu\u2019elle entretient concernant F après-référendum et sur les engagements que le gouvernement du Québec devrait prendre en la matière; de plus, la commission devrait pouvoir établir concrètement ce que signifierait en pratique pour les personnes et les entreprises une concentration des pouvoirs politiques et constitutionnels au Parlement du Québec.En particulier, une telle commission constitutionnelle devrait pouvoir étudier et analyser la signification d\u2019une attribution au Parlement du Québec des pouvoirs constitutionnels suivants: -\tpouvoir de légiférer sur la langue et la culture; pouvoir de contrôler l\u2019immigration; -\tpouvoir de modifier les symboles de la monarchie britannique; pouvoir de concentrer les taxes et les impôts à Québec; -\tpouvoir d\u2019établir la prépondérance des lois du Québec sur le territoire du Québec; -\tpouvoir pour le Québec de participer à des accords et des traités internationaux.-\tetc.La nécessité d\u2019une coalition nationale au-delà des partis politiques Les évènements des dernières années (échec de l\u2019Entente du Lac Meech en 1990 et rejet de l\u2019Accord de Charlottetown en 1992) veulent que les enjeux du référendum de 1995 au Québec seront plus clairs.La «boîte magique» du fédéralisme renouvelé - notion floue et imprécise, et interprétée différemment selon les intervenants - n\u2019est ni crédible ni réaliste.Les partisans du statu quo constitutionnel seront donc placés dans l\u2019obligation de défendre cette option pour ce qu\u2019elle est et pour ce qu\u2019elle vaut.Cette coalition regroupera les partis politiques fédéraux (PLC, PC, et NPD), avec l\u2019appui du parti libéral du Québec.Ceux et celles qui aspiraient encore voir appliquer l\u2019alternative «fantôme» du fédéralisme renouvelé devront se ranger derrière le statu quo du premier ministre canadien, M.Jean Chrétien.Cette coalition peut au départ compter jusqu\u2019à 45 pourcent de l\u2019électorat.L\u2019autre option constitutionnelle crédible qui sera sur la table sera l\u2019accession du Québec à la souveraineté politique.Les Québécois devront donc choisir leur allégeance politique : ou bien ils se définissent en sujets canadiens de la monarchie constitutionnelle canadienne et reconnaissent la Reine Elizabeth II en tant que chef de l\u2019État, ou bien ils se définissent avant tout comme Québécois et s\u2019identifient à l\u2019État du Québec.Les partisans du Québec d\u2019abord ou du Québec-pays sont nombreux.Ils ne se limitent pas aux partisans d\u2019un seul parti politique.La très grande majorité des Québécois francopho- 39 nés et francophiles ont toujours aspiré à se doter d\u2019un pays à eux, un pays ouvert sur le monde.De toute évidence, le Parti Québécois et le Bloc Québécois constituent la base solide de cette coalition nationale.Cette coalition peut compter au départ sur l\u2019appui d\u2019environ 40 pourcent de l\u2019électorat.L\u2019orientation constitutionnelle et politique du Québec sera ultimement décidée, cependant, par cette portion de 15 pourcent de l\u2019électorat qui est nationaliste, mais qui n\u2019est pas prête à donner quelque chèque en blanc que ce soit à des politiciens ou à des organisations politiques établies.Cet électorat a voté massivement à la fois contre le référendum à saveur plébiscitaire du 20 mai 1980, et aussi contre le référendum sur le projet inachevé de réforme constitutionnelle du 26 octobre 1992.Si les partisans du Québec-pays ne réussissent pas à persuader et à fournir les garanties nécessaires à cet électorat prudent, ils échouiront.Par contre, cet électorat peut aussi voter avec son cœur, si on lui en donne la chance, et peut donc faire pencher la balance en faveur du Québec.Seule une grande coalition de solidarité nationale historique, au-delà des partis politiques traditionnels, est de nature à dégager cette majorité agissante qui peut faire avancer le Québec.Et dans cette coalition, il devrait être évident à tous que le Parti de l\u2019Action Démocratique doit pouvoir jouer un rôle essentiel.Cependant, ce serait se leurrer que de croire qu\u2019une coalition de politiciens sera capable de dégager un consensus national majoritaire.Une coalition élargie devrait nécessairement comprendre, outre des députés, des représentants corporatifs mais aussi des personnes indépendantes.Pour dépasser le camp du Québec-province, le camp du Québec-pays doit attirer au moins les deux-tiers des électeurs prudents et non-alignés.Le défi est de taille.La très grande majorité des Québécois francophones ont toujours aspiré à se doter d\u2019un pays à eux, un pays ouvert sur le monde.40 Les conséquences d\u2019un OUI Il est certes possible que les Québécois votent avec leur coeur et leur tête, et disent OUI au Québec.Si les questions de forme et de fond qui ont été soulevées ci-haut allaient recevoir des réponses satisfaisantes, il est certes possible (malgré les prévisions prématurées de plusieurs!) que les Québécois votent avec leur cœur et leur tête, et disent OUI au Québec.Cela présuppose que le gouvernement du Québec ait eu la sagesse de fournir les garanties nécessaires pour atténuer les causes de l\u2019incertitude.Pour les Québécois francophones, entre autres, cette occasion historique ne se représentera peut-être jamais plus.Un vote positif serait à la fois l\u2019aboutissement d\u2019un processus, après 235 ans de revendications depuis la Conquête britannique en 1759, et le début d\u2019un nouveau processus de négociation avec le Canada anglais, à partir cette fois-ci d\u2019une position de force et d\u2019un mandat démocratique clair.Fondamentalement, un vote positif signifie que le Québec se libère de l\u2019influence de la trilogie des politiques fédérales (multiculturalisme-immigration-constitution imposée de 1982) qui, à terme, mène à la marginalisation politique du Québec.Dans l\u2019immédiat, cependant, rien n\u2019aura changé dans la vie quotidienne des Québécois, sauf que l\u2019administration des affaires publiques sur le territoire du Québec relèvera du gouvernement du Québec, le seul qu\u2019ils contrôlent majoritairement.Les conséquences d\u2019un NON Les conséquences d\u2019un NON risquent d\u2019être encore plus catastrophiques que lors du référendum du 20 mai 1980.En effet, le gouvernement Trudeau ne perdit guère de temps à renier ses engagements «solennels» d\u2019avant-référendum et interpréta les résultats du référendum à sa façon, c\u2019est-à-dire comme signi- 41 fiant qu\u2019il pouvait agir unilatéralement et réduire les pouvoirs du Parlement du Québec.D\u2019un point de vue historique, il est légitime de dire que la population du Québec a été dupée par le gouvernement Trudeau, parce qu\u2019en aucun cas les Québécois ont voté en 1980 pour réduire les pouvoirs du Parlement du Québec.Il faut dire que le comportement du gouvernement Lévesque de l\u2019époque laissa à désirer.Dans son livre intitulé Les Choses comme elles étaient, l\u2019ex-ministre des Affaires intergouvemementales, M.Claude Morin, affirme que le gouvernement Lévesque s\u2019était lancé dans le référendum de 1980, sans même s\u2019inquiéter de la possibilité de le perdre et sans se demander ce qu\u2019il en résulterait.Il va sans dire qu\u2019un gouvernement, quel qu\u2019il soit, n\u2019a pas le droit de jouer à la roulette russe avec l\u2019avenir d\u2019un peuple.Le «gambling» référendaire est à proscrire.Le gouvernement actuel du Québec n\u2019a nullement le mandat d\u2019affaiblir le Québec.En effet,il est vraisemblable que le gouvernement Chrétien, advenant une victoire du NON, soit aussi cynique dans l\u2019interprétation du résultat en 1995, que ne fut le gouvernement Trudeau en 1980.Il trouvera alors prétexte pour renforcer sa vision du fédéralisme centralisateur et le Québec sera ramené à jamais au rang de province comme les autres, parmi les dix, douze ou davantage de provinces, dans l\u2019empire canadien.Les conséquences d'un NON risquent d\u2019être encore plus catastrophiques que lors du référendum du 20 mai 1980.42 L'ardente obligation de la souveraineté, condition jean-Marc de la survivance LÉGER ^ Inscrite dans notre histoire et, surtout, dans notre évolution récente, commandée par notre situation, l\u2019indépendance ne représente pas seulement une aspiration normale et légitime; elle est désormais la condition même de la survie collective.Elle n\u2019est pas uniquement de l\u2019ordre du droit, elle est de l\u2019ordre de la nécessité.Sans elle, la nation québécoise n\u2019est pas seulement privée des instruments essentiels à son épanouissement; elle est promise inéluctablement à l\u2019assimilation.Cette vérité doit être inlassablement proclamée, démontrée, répétée, jusqu\u2019à entraîner la conviction de la majorité de nos compatriotes.L\u2019indépendance, une idée neuve Puisque l\u2019indépendance est fondamentalement une exigence de vie et de créativité, le grand effort national à engager pour y parvenir doit s\u2019exprimer en termes novateurs, généreux et inventifs, se situer dans une perspective de participation et de solidarité, porter un dessein propre à rassembler la majorité des citoyens, utiliser un langage chaleureux, emprunter un itinéraire qui soit pour les Québécois, individus et collectivités, celui d\u2019une prise de parole et d\u2019une prise de pouvoir.Que chacun puisse se sentir à la fois responsable et bénéficiaire de 43 l\u2019affranchissement recherché.Comme la démocratie humaniste qu\u2019elle appelle, qu\u2019elle sécrète, l\u2019indépendance est une idée neuve.Elle seule peut permettre d\u2019aménager une société de progrès et de liberté, de conforter et d\u2019illustrer notre identité et nos valeurs propres, de participer à part entière au dialogue mondial des cultures et des peuples.La nouvelle démarche pour l\u2019indépendance doit faire apparaître celle-ci comme étant de l\u2019ordre de la nécessité et de la rationalité, aussi bien sous l\u2019angle économique et social, que sous l\u2019angle politique et culturel.Il faut qu\u2019elle soit progressivement ressentie par l\u2019ensemble des citoyens comme une étape aussi normale que naturelle et nécessaire dans la démarche historique de la collectivité québécoise.Il convient donc, à certains égards, de «dédramatiser» la notion d\u2019indépendance: ce n\u2019est pas une rupture ni un bouleversement mais une étape, majeure il est vrai, dans l\u2019accomplissement de notre nation, une étape appelée par notre histoire (élément de continuité), une option ouvrant sur l\u2019affranchissement et l\u2019innovation pour les citoyens comme pour la communauté, un choix pleinement accordé aux aspirations et aux caractéristiques de notre époque: émancipation et coopération (élément d\u2019insertion dans l\u2019universel).L\u2019indépendance est désormais la condition même de la survie collective.C\u2019est, en somme, la «révolution tranquille, acte II», qu\u2019il importe d\u2019engager maintenant.Si l\u2019acte I a pu, pour l\u2019essentiel, se jouet-dans le présent cadre constitutionnel (non sans difficultés, non sans tensions ni déceptions), c\u2019est que la plupart des problèmes alors à résoudre, étaient de l\u2019ordre de nos compétences: bâtir une fonction publique, rénover et développer le système éducatif, mettre en place une politique sociale, faire jouer à l\u2019État un rôle d\u2019impulsion dans l\u2019économie, protéger et conforter la langue commune, assainir le fonctionnement 44 Il devient impossible de mettre en oeuvre les éléments d\u2019un redressement sans disposer de la souveraineté politique.du régime des partis et moderniser le système électoral, etc.Déjà, pourtant, dans plusieurs cas, sont tôt apparues les limites de nos compétences et la modicité de nos moyens, ce qui a conféré à nombre de nos grandes initiatives ou de nos grandes réformes un caractère d\u2019inachevé ou de vulnérable.Une nécessité vitale Or, depuis quelques années et assurément pour une très longue période, les problèmes majeurs que la conjoncture mondiale et notre propre évolution posent au Québec, en termes souvent aigus, sont d\u2019une ampleur et d\u2019un ordre tels qu\u2019il devient impossible d\u2019envisager leur solution ou de mettre en œuvre les éléments d\u2019un redressement sans disposer de la souveraineté politique.Ces problèmes sont essentiellement ceux du développement économique et de la maîtrise de la révolution technologique, avec, à court et moyen terme, ceux du chômage et de l'inflation; ce sont ensuite ceux d\u2019une nouvelle politique sociale, efficace et cohérente dont tous les éléments sont interreliés, et qui est largement conditionnée par le développement économique; ce sont encore ceux de la qualité de la vie, de la restauration et de la préservation de l\u2019environnement.Ce sont enfin, et peut-être surtout, ceux des rapports entre l\u2019État et les citoyens, de la redistribution des pouvoirs et de la démocratie de participation, d\u2019une part, ceux du dialogue Nord-Sud, des formes nouvelles de coopération internationale, des conditions des échanges internationaux et de la préservation de la paix, sans omettre celui, toujours actuel et douloureux, des droits de l\u2019homme, d\u2019autre part.Ce seul énoncé indique éloquemment à quel point il est strictement impossible à une nation quelconque d\u2019agir en profondeur et de façon durable dans ces divers domaines, que ce 45 soit pour résoudre ces problèmes sur le plan intérieur ou pour apporter sa contribution à leur solution sur le plan universel, si elle ne dispose pas de la souveraineté politique.Il suffit de rappeler que le développement économique et la révolution technologique, appréhendés dans leur dimension fondamentale, commandent des politiques, des plans, des mesures que seul peut réaliser un État souverain, car ils mettent en cause ou impliquent les compétences relatives notamment aux institutions bancaires, au commerce extérieur, aux accords économiques et financiers internationaux, aux emprunts à l\u2019étranger, à la participation aux grands forums économiques et politiques mondiaux, au pouvoir de conclure et d\u2019appliquer des conventions et des traités bilatéraux et multilatéraux.Sans la souveraineté, un État (qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas un État dans cette situation mais une région ou une province) ne peut tout au plus, en ces domaines majeurs, que prendre des mesures d\u2019accompagnement des politiques déterminées par le pays auquel il est soumis.Pareil état de choses ne peut manquer d\u2019avoir, à terme, des effets redoutables pour une communauté dépendante, car d\u2019un côté le champ des relations internationales ne cesse de s\u2019étendre (y compris l\u2019éducation, la culture, la science, la technologie, le travail, la santé, etc.) de l\u2019autre, l\u2019interdépendance de tous les domaines d\u2019activité ne cesse de croître.Le développement économique et la révolution technologique, commandent des politiques, que seul peut réaliser un Etat souverain.L\u2019impossible partage des pouvoirs Il faut bien voir en effet que les conditions requises pour la mise en œuvre des grandes politiques de développement économique et technologique, par exemple, sont si amples et si diverses et que leurs effets à moyen et long terme sont tels, que c\u2019est la société entière qui est rejointe, pour le meilleur ou pour le pire.Pour nous en tenir à deux énoncés tout simples, 46 de constatation quotidienne, le développement économique est étroitement lié à la qualité de la main-d\u2019œuvre, donc à tout ce qui est enseignement technique et formation professionnelle; de même, l\u2019informatisation progressive de la société va entraîner des effets sociaux, culturels, voire éthiques, insoupçonnés et aura de profondes répercussions sur tout le système d\u2019enseignement, sur les valeurs et sur les comportements culturels, sur les modes de communication et, plus largement, sur l\u2019organisation sociale en général.En d\u2019autres termes, non seulement la maîtrise du développement économique et de la révolution technologique suppose, pour toute société, les pouvoirs de décision et les moyens d\u2019action reliés à l\u2019indépendance nationale mais de plus, et complémentairement, l\u2019État qui, parce que souverain, détient ces pouvoirs et ces moyens, sera de fait - s\u2019il ne l\u2019est pas de droit -l\u2019autorité responsable du système d\u2019enseignement comme de la planification globale du développement des ressources humaines, aussi bien que des orientations maîtresses de la politique sociale et de la politique culturelle.Nous le vivons d\u2019ailleurs déjà au Canada en général, et au Québec en particulier, depuis quelques années, avec le financement et la prise en main de la formation professionnelle par le gouvernement central et avec les conditions de plus en plus contraignantes qu\u2019il pose au financement partiel de l\u2019enseignement postsecondaire et de l\u2019assistance sociale dont il s\u2019apprête à devenir le co-gestionnaire avec les provinces, avant de s\u2019imposer d\u2019ici peu comme le maître-d\u2019œuvre.La réforme annoncée par le Ministre Axworthy et ses implications en sont la plus récente illustration.L\u2019un des phénomènes les plus significatifs et les plus lourds de conséquences de notre temps, c\u2019est précisément l\u2019interdépendance 47 grandissante de tous les secteurs majeurs de l\u2019activité humaine, ce qui rend de plus en plus difficile et de moins en moins significative la répartition des compétences, par exemple en régime fédéral, où ne cesse de s\u2019étendre une sorte de «zone grise», avec le primat de fait du gouvernement central.Cette évolution, qui s\u2019observe dans tous les pays mais qui est particulièrement frappante dans les états fédéraux (dont la notion même se trouve remise en cause) ne peut évidemment qu\u2019avoir des effets dramatiques pour le Québec.La souveraineté, inéluctable C\u2019est pourquoi «l\u2019acte II» de la révolution tranquille ne peut être que celui de la prise en charge intégrale de son destin par le peuple québécois; davantage, sans cet «acte II», le premier n\u2019aurait plus guère de sens et ses acquis ne tarderaient pas à être remis en cause.Avec le risque évident que le grand élan des années 1960 à 1980 ne perde à postériori toute signification et, pour reprendre un propos impitoyable de Thierry Maulnier, n\u2019aille terminer sa course «dans l\u2019immense cimetière des métamorphoses avortées».De tout cela, découlent à l\u2019évidence (une évidence qui devrait être fulgurante) deux leçons.La première, c\u2019est qu\u2019une société distincte, qui entend à la fois préserver et affirmer son identité et ses valeurs propres et s\u2019inscrire dans le mouvement du progrès économique et scientifique ne peut strictement pas y parvenir si elle ne détient pas les grands leviers de décision que seule garantit l\u2019indépendance.La seconde, c\u2019est que la distinction et la répartition des compétences entre deux ordres de gouvernement, dans un régime fédéral, aura de moins en moins de signification et que l\u2019État central, parce qu\u2019il est, lui, détenteur de la souveraineté et des pouvoirs majeurs d\u2019arbitrage, sera con- Les gouvernements provinciaux ou régionaux deviendront fatalement des instances décentralisées d\u2019application et d'exécution des orientations et des politiques définies par le gouvernement central.48 La prise en main de son propre destin représente le plus éminent, le plus riche des projets de société.duit de fait à être le maître du jeu dans tous les domaines importants et que les gouvernements provinciaux ou régionaux deviendront fatalement des instances décentralisées d\u2019application et d\u2019exécution des orientations et des politiques définies par le gouvernement central.L\u2019invocation de la constitution et le partage théorique des juridictions ne pourront rien contre cette énorme transformation suscitée et accélérée par l\u2019évolution économique, technologique et social et singulièrement favorisée par les ressources du gouvernement central.Aussi, est-ce à partir d\u2019un constat exigeant et lucide qu\u2019il faut préparer le nouveau discours sur l\u2019indépendance et définir la démarche à engager en vue du référendum.Ce discours devra être à la fois réaliste et rationnel, imaginatif et prospectif, chaleureux et fraternel ; la démarche sera planifiée (importance de l\u2019échéancier), progressive, adaptée aux diverses catégories de la population et aux diverses régions, mobilisatrice.Proposer un grand dessein Même si l\u2019accession à la souveraineté, c\u2019est-à-dire la prise en main de son propre destin, représente le plus éminent, le plus riche des projets de société, celui qui conditionne tous les autres, cette constatation reste aujourd'hui trop théorique pour la majorité des citoyens, qui attendent en quelque sorte une démonstration préalable de la «faisabilité» et de la «rentabilité» de l\u2019indépendance.Mais bien plus encore, on attend implicitement de celle-ci qu\u2019elle soit porteuse d\u2019avenir: la jeunesse surtout éprouve, avec raison, le besoin de sortir de la morosité, d\u2019échapper à la grisaille et à la médiocrité.La souveraineté doit lui rendre l\u2019élan, la confiance, le sentiment de pouvoir concourir à la fois à l\u2019essor du Québec et à son devenir propre.49 De là, résulte la nécessité de réussir à illustrer et à incarner en quelque sorte l\u2019indépendance au regard de la majorité des citoyens par un grand objectif, qui réponde à une aspiration profonde et à un besoin évident et qui ne puisse être atteint précisément que par la pleine souveraineté nationale.Dans le même temps, il faut faire inlassablement et refaire la démonstration du caractère non-fonctionnel du régime fédéral, de l\u2019énorme gaspillage auquel il conduit, du danger enfin, chaque jour plus évident, du centralisme uniformisateur.Il importe d\u2019être éminemment sensible aux multiples manifestations du désir, chez un nombre grandissant de nos concitoyens, d\u2019une autre vie, d\u2019une vie plus riche, plus pleine, plus significative.Cela va bien au-delà de la conservation et de la défense de l\u2019environnement, si important que ce soit.La qualité de la vie, ce n\u2019est pas seulement celle de la vie physique mais de toutes les dimensions de la vie humaine, y compris la participation directe aux débats et aux décisions engageant l\u2019organisation et l\u2019avenir de la cité et l\u2019aménagement du milieu.Il y a là un phénomène majeur de notre temps, qui ira s\u2019amplifiant, et qui traduit sans doute le refus fondamental des citoyens devant le proche péril de l\u2019uniformité tyrannique et des formes nouvelles, d\u2019autant plus redoutables que plus subtiles d\u2019hégémonie.Aussi, apparaît-il essentiel que le grand dessein de l\u2019indépendance se révèle comme le lieu et le moyen d\u2019une démocratie nouvelle, authentique, humaniste, autour des notions de consultation, de participation, de décentralisation, de solidarité et permette par là de conférer à notre combat ses dimensions personnaliste et humaniste.La générosité, la prévision, l\u2019invention doivent être les nécessaires et salutaires compagnes d\u2019une libération collective qui ne saurait se concevoir sans elles.Le grand dessein de l\u2019indépendance se révèle comme le lieu et le moyen d\u2019une démocratie nouvelle, authentique, humaniste.50 Participation et solidarité Il faut faire la démonstration, ardente et sereine à la fois, de la nécessité inéluctable de l \u2019indépendance comme condition de progrès.L\u2019entreprise de persuasion de l\u2019opinion publique sur un thème aussi vital, sur un objectif aussi nécessaire que la souveraineté nationale (et, reconnaissons-le, aussi délicat et difficile à faire «passer» dans de larges secteurs de l\u2019opinion) appelle une préparation très approfondie et extrêmement poussée, tant en ce qui concerne le contenu que la présentation du discours.Il faut dès maintenant y consacrer l\u2019effort maximum de manière à pouvoir faire la démonstration, ardente et sereine à la fois, de la nécessité inéluctable de l\u2019indépendance comme condition de progrès, voire de survie, comme condition d\u2019être tout simplement; bref, démontrer que la raison nous y porte au moins autant que le sentiment nous y incline.Pour avoir sa portée, pour rejoindre et «accrocher» l\u2019opinion, le discours doit être enraciné dans un projet de société et ouvrir les portes du XXIe siècle.Compte tenu de l\u2019ensemble des transformations en cours dans tous les ordres et de leurs effets probables, quel type de société, quelles formes d\u2019organisation et d\u2019équilibre de cette société, faut-il proposer, rechercher pour la communauté québécoise au tournant du siècle?Il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019évoquer en termes généraux la démocratie sociale mais de présenter un projet majeur où se rejoignent les exigences de progrès, d\u2019autonomie, d\u2019épanouissement des individus et des collectivités aux divers niveaux.Ce pourrait être une démocratie de participation et de solidarité avec tout ce que l\u2019entreprise implique de nouvelles et vivifiantes conceptions quant aux régions (et d\u2019abord en repenser la notion) et aux municipalités, à l\u2019étendue de leurs pouvoirs et de leurs moyens, au mécanisme de représentation à l\u2019échelle de la région et de la municipalité, aux apports de ces diverses collectivités entre elles et avec l\u2019État.La souveraineté natio- 51 nale doit apparître comme l\u2019instrument normal, nécessaire, unique de l\u2019épanouissement des hommes et des femmes d\u2019ici, de la participation des collectivités locales et régionales au devenir national.L\u2019enjeu est la survie Nous devons tous n\u2019avoir désormais, Québécois, qu\u2019une seule et haute préoccupation, nous ne devons nous reconnaître qu\u2019une seule mission: gagner le référendum, c'est-à-dire nous donner un pays au sens vrai et plein de l\u2019expression et, par là même, nous donner l\u2019ultime chance de durer, de survivre, de nous développer.Cette préoccupation doit en être une de chaque instant, devenir «quasi» une obsession: à ce prix seulement, il sera possible de l\u2019emporter.La question véritable ne porte plus sur le degré d\u2019autonomie mais sur l\u2019existence même de notre collectivité, de la nation canadienne-française dans son expression québécoise.Nous infliger à nous-mêmes une deuxième défaite, ce serait consentir à disparaître, signer froidement notre acte de décès.Aujourd\u2019hui, la seule possibilité du salut collectif réside dans l\u2019indépendance.Tout l\u2019effort doit tendre vers ce seul objectif, tout le reste doit y être subordonné.Ne nous en laissons distraire par rien ni pour quelque raison que ce soit.Il n\u2019est de chance de gagner cet ultime combat que par la mobilisation du peuple québécois tout entier, et celle-ci ne sera possible que si on sait le rejoindre à la fois dans ses préoccupations légitimes de développement, de participation et de sécurité et dans le rêve de dignité qu\u2019il porte en lui.Ce peuple est fondamentalement souverainiste: il faut le lui révéler à lui-même.Et cette prise de conscience résultera de l\u2019immense porte-à-porte chaleureux, Nous devons nous donner un pays au sens vrai et plein de l'expression et, par là même, nous donner l\u2019ultime chance de durer, de survivre, de nous développer.52 fraternel, qu\u2019il faut engager à l\u2019échelle du Québec entier.Sensibiliser, convaincre, mobiliser, dans tous les milieux, dans toutes les régions, voilà ce qui permettra de gagner le référendum.Et nous sommes contraints de remporter cette victoire, l\u2019alternative étant l\u2019irrémédiable déclin, jusqu\u2019au crépuscule.Entre le pays à portée de main et le sort avilissant de la «province», serait-il encore possible d\u2019hésiter?Il nous revient le difficile mais exaltant honneur de transformer la fatalité qui paraissait peser sur nous en destin et d\u2019assumer ce destin avec la conviction et l\u2019élan d\u2019un peuple libre.Entre le pays à portée de main et le sort avilissant de la « province », serait-il encore possible d'hésiter?53 Le style de Jacques Parizeau En trente ans d\u2019observation ou de participation à la vie politique québécoise, il ne nous est pas arrivé souvent d\u2019être totalement d\u2019accord avec un homme politique.Eh bien, cela est survenu le mercredi, 14 septembre 1994, lors de la première conférence de presse de Jacques Parizeau à titre de premier ministre.Notre admiration sans réserve résulte d\u2019un ensemble de facteurs qui tiennent au style de Jacques Parizeau, à sa maîtrise de la langue française et de la langue anglaise, à la cohérence de sa pensée indépendantiste, à la détermination de son engagement.Il nous a semblé voir un nouveau Parizeau entré de plain-pied dans la dignité et la responsabilité d\u2019un nouveau rôle, celui de chef d\u2019Etat.Dans ces circonstances et étant donné la prestance de l\u2019homme politique, nous est apparu futile et dérisoire ce psychologisme pseudopolitique qui consiste à affubler Jacques Parizeau des qualificatifs dépréciatifs de triomphaliste (il est interdit d\u2019être content d\u2019avoir gagné), de vaniteux ou, le dernier en date, de cynique.Après dix ans de désert et d\u2019enlisement dans les marécages d\u2019un fédéralisme impossible à renouveler, l\u2019espoir renaît à voir Jacques Robert \u20224 BARBERIS, Marcelle VIGER 54 Il nous a semblé voir un nouveau Parizeau entré de plain-pied dans la dignité et la responsabilité d\u2019un nouveau rôle, celui de chef d\u2019État.Parizeau exprimer dans les deux langues avec une égale précision la pensée cohérente, forte et déterminée d\u2019un indépendantiste voué à la réalisation de la souveraineté du Québec.Et quel contraste par rapport à un premier ministre du Canada qui ne parle qu\u2019approximativement les deux langues officielles du Canada! Quel contraste par rapport au chef du futur comité du Non, Daniel Johnson, qui, habitué à dire «non» au Conseil du Trésor, attrape des laryngites à force de se contredire ! Contrairement à l\u2019éteignoir Robert Bou-rassa qui pendant des années a manipulé et saboté la démocratie québécoise comme l\u2019a magistralement décrit Jean-François Lisée, Jacques Parizeau suscite l\u2019enthousiasme et donne le goût de se réengager.Le texte de sa déclaration était en lui-même remarquable particulièrement par l\u2019éloge qui était fait de l\u2019attitude ouverte des Québécois(es) en réplique à l\u2019accusation ridicule de repli sur soi.Mais c\u2019est pendant la période de questions que nous avons vu du grand Parizeau.À la question: «Vous avez dit: «Si le non l\u2019emporte, le Québec n\u2019en sortira pas affaibli.Voulez-vous expliquer?», il a pris une longue respiration et a répondu avec un style véritablement gaullien.Il a d abord associé de manière savoureuse et humoristique ses longues années dans l\u2019opposition à la vie contemplative où on a le temps de se délecter de questions hypothétiques.Il a ensuite fait remarquer poliment mais fermement qu\u2019il était maintenant au pouvoir (donc dans ce que les théologiens appellent «la vie active») et que là, ayant beaucoup à faire, il n\u2019avait pas le temps d\u2019étudier les questions hypothétiques qui seront «remisées au vestiaire».Enfin, après cette légère pointe d\u2019agressivité, il affirma qu\u2019il avait bien l\u2019intention de tout faire pour gagner le référendum.55 Est aussi digne du plus grand intérêt sa réponse à la question suivante: «Quelle différence y a-t-il entre 1976 et 1994?» En 1976, dit-il substantiellement, nous avons été élus pour être un bon gouvernement.Et le référendum demandait un mandat de négocier pas de réaliser.En 1994, nous avons le mandat de bien gouverner mais aussi de tout mettre en oeuvre, comme gouvernement, pour gagner un référendum qui donnera le mandat clair, non pas de négocier, mais de réaliser la souveraineté.C\u2019est très différent et avec la campagne qu\u2019ont faite nos adversaires, c\u2019est notre mandat.A la lumière de cette réponse et de la biographie de Laurence Richard (Jacques Parizeau, le bâtisseur), on comprend comment l\u2019étapisme a dû le faire souffrir.Mais le «bon soldat» est maintenant le premier ministre du Québec.Et ce chef de gouvernement que fait-il ?Il donne la parole à la militante Lisette Lapointe pour montrer l\u2019estime qu\u2019il porte aux militants du Parti québécois.Il conseille à tout le monde de lire le programme du Parti québécois (alors que René Lévesque, en accédant au pouvoir, prit très très tôt ses distances par rapport aux militants et au programme du parti); il conseille de lire les chapitres sur les droits des anglophones et des autochtones à propos desquels il s\u2019engage à être «irréprochable» tout en lançant une fléché a la loi fondamentale du Canada de Trudeau qui n\u2019accorde pas les mêmes droits aux francophones hors-Québec.On lui demande s\u2019il va bloquer le fonctionnement du fédéralisme.«I do not oppose the system.I want to get out of the system» répond-il tout en souhaitant bonne chance aux Canadiens anglais qui, par exemple, veulent réformer «leur système de sécurité sociale».Aux Québécois non encore acquis à la souveraineté mais voulant plus de pouvoirs En 1994, nous avons le mandat de bien gouverner mais aussi de réaliser la souveraineté.56 pour le gouvernement du Québec dans un fédéralisme renouvelé, il demande de se rendre compte qu\u2019après Meech et Charlottetown, avec Chrétien et Johnson et un Canada anglais buté, il n\u2019y a pas de renouvellement du fédéralisme possible.Ce sera donc un choix clair entre le statu quo et la souveraineté.Au journaliste qui lui suggère d\u2019abandonner son échéancier référendaire à cause des pourcentages du vote, il répond: «We won», «Nous avons gagné».Et c\u2019est bien vrai, n\u2019est-ce pas! Nous avons gagné! Et nous avons le triomphe modeste comme il se doit.En conclusion, redisons le plaisir, la joie, la satisfaction, le bonheur que nous a procurés cette magnifique performance du premier ministre du Québec.Quel contraste avec Robert Bourassa, ce mélange de couleuvre, de lièvre et de renard, animal étrange produit de la génétique fédéraliste, d\u2019un fédéralisme qui se maintient par la peur! L\u2019immense espoir qui recommence à animer le Québec forcera toutes les Hélène Jutras à remiser leur pessimisme au vestiaire.57 Lettre ouverte à Michel Philibert, président du conseil permanent de la jeunesse L'art de se tirer dans les pieds! Récemment, le président du conseil Permanent de la Jeunesse, Michel Philibert, faisait part, dans une entrevue accordée au quotidien La Presse, de son «dégoût de la politique partisane».Voici la réponse de deux jeunes qui, depuis quelques années, militent activement au sein d\u2019une formation politique.Monsieur Philibert, Que notre génération ait perdu confiance dans une pratique politique partisane qui suppose de changer plusieurs fois d\u2019idée sur un même sujet pour demeurer dans un même parti, qu\u2019elle soit lasse d\u2019une politique spectacle qui confond le jeu à l\u2019enjeu, qu\u2019elle se sente étouffée par des lignes de parti qui limitent à sa plus simple expression l\u2019autocritique et la créativité, qu\u2019elle ne se retrouve pas dans le discours véhiculé par l\u2019élite politique actuelle, bref, qu\u2019elle perçoive la pratique politique partisane comme une caricature de la démocratie et que dans ces perspectives, elle soit, comme vous le dites Julie \u20224 VÉZINA*, Jean-François SIMARD** * Julie Vézina détient un baccalauréat en communications de l\u2019Université Laval.** Jean-François Simard a été président de l'aile québécoise des Jeunes Libéraux du Canada.Il a démissionné de ces fonctions au lendemain de l\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech.Il entreprend un doctorat en sociologie à l\u2019Université Laval.58 vous-même «dégoûtée de la politique partisane», voilà un premier constat sur lequel nous nous rejoignons.Toutefois, lorsque dans la même foulée, en pleine campagne électorale, fort de votre autorité morale comme président du Conseil Permanent de la Jeunesse, sans subtilités et en ne prenant pas garde d\u2019apporter les nuances qui s\u2019imposent, vous découragez et dénigrez l\u2019engagement partisan des jeunes en politique, lorsqu\u2019à l\u2019avance vous supposez l\u2019échec et l\u2019insuccès de ceux-ci dans leurs tentatives de réforme, lorsque vous confortez l\u2019idée que le processus démocratique ne peut plus être influencé par l\u2019implication des jeunes, lorsque vous acceptez complaisamment de «composer avec la précarité de l\u2019emploi» plutôt que de vous y attaquer de toutes vos forces, lorsque vous signifiez que «le mieux-être de notre génération passe simplement par la stimulation de l\u2019économie», lorsque vous nous dites qu\u2019il n\u2019y a plus rien à attendre de l\u2019action des partis politiques, alors, M.Philibert, nous ne sommes plus d\u2019accord avec vous ! Car, par le fait même, vous entretenez et diffusez une vision négative de la capacité des jeunes d\u2019imposer le changement, de renouveler et de redynamiser idées, équipes et pratiques politiques.Par le fait même, vous nous dites qu\u2019il est inutile de se battre pour prendre en main notre avenir collectif, vous attaquez le moral de celles et ceux qui militent, d\u2019une manière partisane, pour l\u2019émancipation sociale et économique de leur génération.Par le fait même, en refusant d\u2019imaginer et d\u2019encourager une société où les jeunes, à travers leur engagement partisan, auront leur mot à dire, vous encouragez la résignation, la morosité démocratique et la médiocrité sociale.Par le fait même, vous réactualisez la mentalité du «né pour un petit pain».Par le fait même, vous nuisez, plus 59 que vous n\u2019aidez les jeunes à s\u2019assumer politiquement et à trouver leur place au cœur de leur société.Quel que soit leur âge, M.Philibert, nous n\u2019avons que faire de leaders qui abdiquent devant le défaitisme ! À notre avis, la politique partisane n\u2019est pas une abstraction métaphysique dénuée de tous rapports avec la réalité ! Bien au contraire, elle n\u2019est que le reflet, au quotidien, de ceux et celles qui s\u2019y activent, qui y militent, qui s\u2019en occupent.En ce sens, nous avons la pratique politique que nous méritons! Laisser à d\u2019autres le soin de s\u2019occuper des affaires publiques est la pire attitude que l\u2019on puisse adopter sur un plan individuel.Il en va de même dans une perspective générationnelle et sociétale.Si, comme jeunes, nous laissons la pratique politique partisane à des gens qui règlent leur conduite au gré des circonstances, alors nous serons les témoins passifs d\u2019une scène politique criblée d\u2019opportunistes.Si, comme jeunes, nous abandonnons la pratique politique partisane à des gens qui, par leurs comportements, leur insouciance et leur incompétence, font obstacle au progrès et au développement de notre collectivité, alors nous nous faisons otages d\u2019une politique rétrograde et moyenâgeuse.Si, comme jeunes, nous laissons la pratique politique partisane à des gens qui élèvent au rang de la vertu le mensonge, l\u2019avilissement et la souillure, alors nous sommes complices et responsables de cette corruption et de ce népotisme que nous dénonçons tant.Si, enfin, comme jeunes, nous laissons la pratique politique partisane à des gens sans idéaux, alors nous aurons une politique marquée au sceau de la médiocrité et de l\u2019obscurantisme.En définitive, ne pas s\u2019occuper de politique partisane sous prétexte qu\u2019elle nous dégoûte, c\u2019est nous constituer nous-même prisonnier d\u2019une pratique politique qui condamne notre société à la ruine ! Laisser à d\u2019autres le soin de s\u2019occuper des affaires publiques est la pire attitude que l\u2019on puisse adopter.60 Ne pas s\u2019occuper de politique c 'est nous constituer nous-même prisionnier d\u2019une pratique politique qui condamne notre société à la ruine! Comme le dit l\u2019expression, il nous faut penser pour agir plutôt que de réagir sans penser! Notre génération doit maintenant comprendre que la seule et unique façon de changer la scène politique, c\u2019est de l\u2019investir! Mais, cela dit, peut-on sérieusement encourager les jeunes à l\u2019action politique partisane, sans pour autant nier leur frustration à l\u2019égard de cette même action?À notre avis, le dégoût exprimé par une majorité de jeunes à l\u2019égard de la partisanerie politique n\u2019est pas, en soi, une attitude strictement négative, dans la mesure où celle-ci constitue une étape dans «l\u2019apprentissage politique» de notre génération.En effet, si cette frustration vis-à-vis l\u2019état actuel de la partisanerie politique suscitait parmi nous une telle soif de changement des moeurs politiques qu\u2019elle nous permettait de reformer et de repenser la pratique politique en profondeur, selon nos aspirations, alors cette frustration n\u2019en serait que positive, pour ne pas dire indispensable pour nous permettre d\u2019aller au-delà de nous-mêmes et de changer notre monde ! Par contre, si cette frustration nous bloquait, si plutôt que de nous donner l\u2019occasion de nous ouvrir et de nous dépasser collectivement, elle nous renfermait sur nous-même, alors, ce serait un sentiment destructif, qui nous enlèverait toute possibilité de nous approprier notre propre développement et d\u2019avoir prise sur notre propre avenir.L\u2019urgence et l\u2019ampleur de la tâche qui attend notre génération nous obligent à rejeter de toutes nos forces ce type de réaction qui serait ni plus ni moins que suicidaire.Plutôt que de la nier ou de l\u2019ignorer il nous faut apprendre, comme jeunes, à travailler avec notre propre frustration et nous en servir à notre avantage, pour nous grandir plutôt que nous détruire, tout en sachant donner à la démo- 61 cratie, par notre présence, sa véritable force de changement social ! Comme jeunes, M.Philibert, individuellement et collectivement, nous ne pouvons plus nous dérober face à nos responsabilités civiques et politiques au sens partisan du terme.Refuser l\u2019engagement politique partisan, refuser de faire des choix - et par conséquent refuser le droit à l\u2019erreur - opter pour la non-ingérence et la langue du silence, devenir une génération aphone, c\u2019est, comme partisan du changement dont vous êtes, M.Philibert, vous tirer vous-même dans les pieds, c\u2019est vous condamner vous-même et, par conséquent, toute notre génération à la marginalisation, à l\u2019impuissance et peut-être même à la mort! Si les jeunes de notre âge n\u2019ont plus le courage et le goût de changer le monde, a priori leur monde politique, alors qui l\u2019aura?Si les jeunes de notre âge n 'ont plus le courage et le goût de changer le monde, a priori leur monde politique, alors qui l\u2019aura ?62 Paul-Émile ROY ?Sommes-nous tous des immigrants?J\u2019entendais récemment l\u2019animateur d\u2019une émission télévisée sur les relations entre les groupes ethniques et les Québécois, à Montréal, mettre un terme à la discussion en affirmant: «Nous sommes tous des immigrants».Cela signifie que le dernier arrivant est un Québécois comme les autres, que nous avons tous les mêmes droits, etc.Et en un sens, cela se comprend; tous les hommes sont égaux, en principe, en droit.Mais dans les faits, l\u2019égalité n\u2019existe pas.Nous ne sommes pas égaux en intelligence, en âge, en force physique, en sexe.Ce qui caractérise l\u2019homme, c\u2019est bien plus la différence que l\u2019égalité.Je ne suis pas un Chinois, et cela entraîne beaucoup de conséquences.Je n\u2019ai pas en Chine les droits qui sont reconnus aux Chinois qui y habitent.Et cela est tout à fait normal.Nous sommes tous des immigrants?Les premières nations ont immigré en Amérique il y a vingt ou trente mille ans.Mes ancêtres y sont arrivés il y a trois ou quatre siècles.Depuis, ils ont défriché la forêt, fondé des paroisses, des villes, créé des industries.Puis hier, ce matin, arrivent des nouveaux-venus.Ce sont tous des immigrants?Une telle formulation tranche dans le vif.Si nous sommes tous des immigrants, il n\u2019y a plus d\u2019autochtones, il n\u2019y a 63 plus de communauté nationale, plus de pays.C\u2019est une manière de nier l\u2019histoire, de refuser tout ce qui a été fait dans l\u2019histoire.Il est beaucoup plus juste de dire que le pays est formé de gens qui sont ici depuis des milliers d\u2019années et d\u2019autres depuis quelques siècles, et enfin d\u2019autres depuis quelques décennies.Arrivent les immigrants qui se joignent à cette société qu\u2019ils ne connaissent pas encore.Ils ont choisi un pays qui n\u2019est pas leur patrie, qui sera peut-être celle de leurs enfants, mais la décence la plus élémentaire exige qu\u2019ils ne nient pas l\u2019existence de cette société qui les accueille, et qu\u2019ils ne s\u2019imaginent pas que le Québec ne commence qu\u2019avec leur arrivée.Quand on écoute les propos de nombre de ces immigrants, et souvent de ceux qui sont à leur service, on a l\u2019impression que les Québécois qui sont ici depuis quelques siècles ne sont qu\u2019un groupe ethnique parmi d\u2019autres.Il s\u2019agit d\u2019établir des relations interculturelles entre toutes ces ethnies comme si le Québec commençait aujourd\u2019hui.Cette perspective est fausse et frustrante parce qu\u2019elle nie non seulement l\u2019histoire, mais la communauté nationale elle-même qu\u2019on voudrait remplacer par une société de groupes ethniques.Dans cet esprit, on oublie que Montréal n\u2019est pas constitué que des nouveaux groupes ethniques, que ces quartiers de Montréal où sont concentrés les groupes ethniques ne sont pas tout Montréal, que la ville de Montréal n\u2019est pas le Montréal métropolitain ni le Québec.Il ne s\u2019agit pas ici de manifester quelque animosité que ce soit envers les groupes ethniques.Bien au contraire.Il s\u2019agit de réfléchir sur les moyens d\u2019assainir le climat pour permettre aux immigrants de s\u2019intégrer sereinement à la société qui les accueille.Pour y arriver, il faut que le Québec se dote d\u2019une politique d\u2019immigration précise et accueillante.Il faut aussi que Le pays est formé de gens qui sont ici depuis des milliers d\u2019années et d'autres depuis quelques siècles, et enfin d\u2019autres depuis quelques décennies.64 Les nouveaux-venus doivent être bien reçus, mais doivent à leur tour respecter la communauté qui les reçoit.les citoyens québécois ne s\u2019effacent pas devant les nouveaux-venus qui doivent être bien reçus, mais qui doivent à leur tour respecter la communauté qui les reçoit.À entendre certains militants de l\u2019inter-culturalisme, il faudrait que les Québécois se mettent à étudier la langue, l\u2019histoire, la religion, la culture des nouveaux-venus.Cela est en fait impossible car il y a bien une centaine d\u2019ethnies nouvelles à Montréal.Et s\u2019il est bien que les Québécois s\u2019intéressent aux nouveaux-venus et à leur culture, ce qui est urgent et absolument nécessaire, c\u2019est que les immigrants apprennent l\u2019histoire, la langue de la communauté qui les reçoit, et s\u2019initient à sa culture.Je crains qu\u2019une certaine mentalité, une certaine philosophie interculturelle ne nuise à l\u2019intégration des immigrants et ne produise, ce qui serait l\u2019effet contraire de ce qui est recherché, une tension entre les groupes ethniques des immigrants et la communauté nationale.On ne gagnera rien en tous cas à fausser la réalité, à faire usage d\u2019un langage qui ment.Le premier pas vers le règlement d\u2019un problème, c\u2019est d\u2019en clarifier les données.La confusion entraîne toujours des conflits.Si les mots ont un sens, il est clair qu\u2019on ne peut pas dire que nous sommes tous des immigrants.Cette vérité n\u2019enlève rien à personne.Elle précise seulement une donnée de notre vie en société.65 Panacée à nos problèmes démographiques?De fortes migrations internationales Certaines perceptions sur l\u2019évolution des sociétés semblent résister à tout et deviennent des clichés largement répandus.Malgré toutes les nuances que l\u2019on apporte pour les infirmer ou, à tout le moins, les replacer dans leurs justes perspectives, elles courent toujours.Il en est ainsi de quelques arguments démographiques qui servent à justifier de hauts niveaux d\u2019immigration dans l\u2019ensemble canadien comme au Québec.À l\u2019instar de nombreuses personnes, M.Jean-Manuel Weisz considère qu\u2019il nous faut viser des niveaux d\u2019immigration très élevés parce que «la population québécoise est vieillissante», parce que «le poids démographique du Québec au sein de la fédération canadienne ne cesse de décroître» et parce que «le Québec est loin d\u2019assurer le renouvellement de ses générations»1.Bien que ces trois tendances lourdes reflètent adéquatement l\u2019évolution démographique du Québec depuis déjà quelque temps, elles sont de bien faibles arguments pour justifier une forte immigration internationale.Lors de la publication du dernier Enoncé de politique en matière d\u2019immigration et d\u2019inté- Michel 4 PAILLÉ démographe, Québec 1 Jean-Manuel Weisz, « Quelques idées fausses à propos de l\u2019immigration», Le Devoir, 28 juillet 1994, p.A-7.66 gration2, le gouvernement du Québec accordait au volet démographique de sa politique d\u2019immigration l\u2019importance qui lui revenait en publiant aussi une précieuse étude dans laquelle il simulait notre avenir démographique en fonction de divers niveaux d\u2019immigration3.Nous disons bien «simulait» et non «prédisait».La nuance est de taille car il s\u2019agit d\u2019exercices mesurant les divers effets de différents niveaux d\u2019immigrants que l\u2019on pourrait maintenir au cours des prochaines décennies et non pas de scénarios cherchant à prévoir ce que sera notre avenir.L\u2019exercice a une forte valeur pédagogique en ce sens qu\u2019il aide à comprendre l\u2019importance relative des divers facteurs en cause, notamment le nombre annuel d\u2019immigrants.Mais, étant donné que l\u2019état actuel de notre démographie est largement tributaire de l\u2019importante chute de notre fécondité - fécondité qui se trouve en deçà du seuil de renouvellement des générations depuis un quart de siècle -, nous évoquerons également les effets de deux indices de fécondité sur les mêmes caractéristiques démographiques4.Plutôt que d\u2019examiner ce qui pourrait être notre sort dans 100 ou dans 150 ans, un horizon embrassant une seule génération, soit 30 ans, suffira.Avec un minimum de chiffres et d\u2019hypothèses, nous examinons quelques effets dé- 2.\tMinistère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration, Au Québec pour bâtir ensemble.Énoncé de politique en matière d\u2019immigration et d\u2019intégration, Montréal, 1990, xii-87 pages.3.\tMinistère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration.Rôle de l\u2019immigration internationale et l'avenir démographique du Québec, Montréal, 1990, 79 pages.4.\tDans un bref article, nous n'avons considéré qu\u2019un seul indice de fécondité.Voir Michel Paillé, «Pour justifier de hauts niveaux d\u2019immigration: Des arguments démographiques gonflés».Le Devoir, 17 août 1994, p.A-9.67 mographiques de deux niveaux d\u2019immigration et de deux indices de fécondité sur la période 1986-20165.Notre objectif n\u2019est pas de faire état de craintes et d\u2019appréhensions sur d\u2019éventuelles conséquences des politiques canadienne et québécoise en matière d\u2019immigration.Au contraire, nous voulons tout simplement montrer que les objectifs démographiques visés par de hauts niveaux d\u2019immigration sont pour le moins ténus.S\u2019il y a de bons motifs pour justifier une immigration élevée et soutenue, il faut les chercher ailleurs que dans les avantages démographiques que l\u2019on pourrait en tirer.Le nombre d\u2019immigrants a peu d\u2019effets sur l\u2019âge moyen de la population Au recensement de 1986, la population québécoise était âgée en moyenne de 34,4 ans.Comme suite à la dénatalité, elle vieillit et atteignait un âge moyen de 35,7 ans en 1991.En cinq ans seulement, l\u2019âge moyen a donc augmenté de 1,3 an.Les données du tableau 1 montrent que l\u2019âge moyen de notre population continuera d\u2019augmenter, peu importe le nombre d\u2019immigrants que l\u2019on accueillera et peu importe notre indice de fécondité.En l\u2019an 2016, il dépassera sûrement 40 ans.Selon les simulations démographiques, notre population aurait en moyenne 43,4 ans en 2016 si la fécondité baissait à nouveau jusqu\u2019à 1,4 enfant par couple6 et si l\u2019immigration internationale était réduite elle aussi au niveau 5.\tD'examiner la génération 1986-2016 plutôt que celle couvrant la période 1991-2021 ou 1995-2025 ne change rien à la valeur pédagogique de l\u2019exercice.6.\tNous préférons cette expression à «enfant par femme», qui laisse supposer que le renouvellement des générations serait la responsabilité des épouses seulement. moyen que nous avons maintenu pendant 40 ans (1950-1990), soit 26 000 personnes par année.Tableau 1 Âge moyen de la population du Québec en 2016, selon deux niveaux d\u2019immigration et deux indices de fécondité7 \tNiveau d\u2019immigration\t Indice de fécondité 1,4 enfant 1,8 enfant\t26 000 43,4 ans 41,6 ans\t55 000 42,6 ans 40,9 ans Mais une importante augmentation de l\u2019immigration saurait-elle empêcher un tel vieillissement?Avec des niveaux d\u2019immigration qui augmenteraient régulièrement pour atteindre 55 000 ressortissants étrangers par année à partir de 2011, l\u2019âge moyen de la population du Québec atteindrait 42,6 ans en 2016.C\u2019est donc dire qu\u2019une immigration internationale qui ferait plus que doubler en quelques lustres pour s\u2019y maintenir ensuite8 ralentirait le vieillissement de la population québécoise de moins de 10 mois seulement (0,8 an).De plus, le petit avantage obtenu en 2016 avec une plus forte immigration internationale serait perdu en moins de cinq ans même si l\u2019on maintenait à 55 000 le nombre d\u2019immigrants internationaux.En effet, l\u2019âge moyen dépasserait malgré tout les 43,4 ans avant 2021.Mais peut-on penser que des niveaux d\u2019immigration contrastés conduiraient à des ré- 7.\tFMCC1, Rôle de l\u2019immigration internationale.(op.cit.), p.48.8.\tCe serait là une situation tout à fait nouvelle car le Québec n'a accueilli autant d\u2019immigrants en une même année qu\u2019en 1957. sultats très différents dans un contexte démographique où la fécondité serait plus élevée?Voyons donc ce qui se produirait avec les mêmes niveaux d\u2019immigration internationale, niveaux jumelés à un indice de fécondité en hausse jusqu\u2019à 1,8 enfant par couple.Avec un tel indice de fécondité, l\u2019âge moyen de la population passerait à 41,6 ans avec 26 000 immigrants et à 40,9 ans si les niveaux d\u2019immigration était haussés jusqu à 55 000 personnes annuellement.Là encore le «ralentissement» du vieillissement serait faible avec une différence de moins de 9 mois (0,7 an), différence qui s\u2019efface en moins de cinq ans après 2016.C\u2019est donc dire que peu importe l\u2019indice synthétique de fécondité, des niveaux d\u2019immigration internationale très contrastés ne ralentissent pas pour la peine le vieillissement de la population.Cela n\u2019étonne guère quand on note que les immigrants admis au Canada entre 1951 et 1981 n\u2019ont réduit l\u2019âge moyen de la population canadienne au recensement de 1981 que de 6 mois9.Bien que cette démonstration a été faite à l\u2019aide de l\u2019âge moyen de la population, nous serions arrivé à un constat similaire si nous avions fait usage, par exemple, de la proportion de personnes de 65 ans et plus comme indicateur du vieillissement.On remarquera enfin que d\u2019après le tableau 1 une différence de seulement 29 % entre les deux indices de fécondité que nous avons retenus donne de meilleurs résultats qu\u2019une différence de 115 % entre les deux niveaux d\u2019immigration internationale utilisés.En effet, peu importe le nombre d\u2019immigrants que le Québec accueillerait d\u2019ici 2016, le vieillissement de la 9.Roderic Beaujot, Population Change in Canada: the Challenges of Policy Adaptation, Toronto, McClelland & Stewart Inc., p.120.Des niveaux d'immigration internationale très contrastés ne ralentissent pas pour la peine le vieillissement de la population.70 Il vaut mieux opter pour des politiques cherchant à s'adapter au vieillissement plutôt que de tenter en vain de renverser cette tendance.population exprimé par l\u2019âge moyen ralentirait d\u2019au moins 1,7 an si l\u2019indice de fécondité des Québécois atteignait 1,8 enfant au lieu de retomber à 1,4 enfant.À l\u2019instar du Conseil du statut de la femme, qui a déjà donné son avis sur l\u2019évolution démographique du Québec, nous croyons qu\u2019il vaut mieux opter pour des politiques cherchant à s\u2019adapter au vieillissement plutôt que de tenter en vain de renverser cette tendance lourde inéluctable.Une approche qualitative face à nos problèmes démographiques vaudrait mieux que l\u2019approche quantitative actuelle, d\u2019autant plus que «les conséquences anticipées du vieillissement ne seront pas aussi graves que l\u2019on présume»10.Le poids démographique du Québec dans la Confédération Depuis l\u2019avènement de la Confédération canadienne en 1867, le Québec a régulièrement perdu de son importance relative, sauf pendant les années 1930 et 1940.Formant un peu plus de 32% de la population canadienne de 1871, le Québec ne comptait que pour 28 % en 1971.Lors du dernier recensement effectué en 1991, notre population représentait à peine le quart de la population du Canada, soit 25,3 %.Les simulations démographiques publiées par le MCCI en 1990 montrent que notre poids dans la population canadienne ne pourrait être, au mieux, que maintenu d\u2019ici l\u2019an 2016.Mais deux conditions sont nécessaires pour maintenir ainsi le poids du Québec dans la population canadienne: que le Canada admette beaucoup 10.Conseil du statut de la femme, Avis du Conseil du statut de la femme sur les orientations gouvernementales face à l\u2019évolution de la situation démographique du Québec, Québec, 1992, p.10.71 d\u2019immigrants et que le Québec en accueille plus que sa part.Le tableau 2 montrent en effet qu\u2019avec 30% des 200 000 immigrants internationaux que le Canada, par hypothèse, accueillerait, le Québec maintiendrait le poids démographique qu\u2019il avait au recensement de 1991.Mais ces deux conditions impliquent que le Québec admette 60 000 personnes par année pendant quelques décennies, une situation qu\u2019il n\u2019a jamais connue ne serait-ce que pour une seule année.Tableau 2 Importance de la population du Québec au sein du Canada en 2016, selon deux niveaux d\u2019immigration pour le Canada11 \tProportion d\u2019immigrants au Québec\t Immigrants pour le Canada 200 000 par année 140 000 par année\t18% 23,3 % 23,6 %\t30% 25,3 % 25,1%\t| Mais si le Canada réduisait ses niveaux annuels d\u2019immigration internationale à 140 000 personnes, le poids du Québec dans la population canadienne pourrait glisser très légèrement à 25,1 %.Pour se maintenir ainsi au-dessus du quart de la population canadienne, il faudrait que d\u2019ici 2016 le Québec reçoive 30 % des immigrants qui viendraient élire domicile au Canada, soit 42 000 à chaque année.Contrairement à des effectifs annuels de l\u2019ordre de 60 000, des entrées annuelles de 42 000 ressortissants étrangers ont déjà été atteintes et dépassées dans notre histoire.11.MCCI, Rôle de l'immigration internationale. -a in u u / CJ \"O ¦C O 4 S S.^ « c_> r~ 3 -â £ E 145 (*§>) Desjardins Pierre Allard Comptable agréé 980, rue Saint-Antoine Ouest Bureau 308 Montréal (Québec) H3C 1A8 Téléphone : (514) 874-0838 Télécopieur : (514) 875-9668 ALIMENTATION Alimentex Inc.HENRI-LOUIS GAGNON, président-directeur-général C'est tout naturel ¦ Aliments de santé \u2022\tLivres naturistes \u2022\tExtracteurs à jus .Suppléments alimentaires \u2022\tPrescriptions naturopatiques 1188, 1\"' Avenue, Québec G1L3K8 (418) 529-7988 - Fax: (418) 529-6939 SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL Depuis le temps, \u2014& GESTIONNAIRES CONSEILS J.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 550, rue Sherbrooke ouest, Montréal H1X3G8 (514) 735-3436 - Fax: (514) 843-9491 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 1065, rue de Bleury, Montréal H2Z1N1 (514) 861-3491 - Fax: (514) 866-7056 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514) 899-5377 ipMR\tsyndica* des employés î Af)\tde ma9asin9 et de bureaux de la SAQ 1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 Tél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) ¦% )n\"qi FONDATION Y QUEBECOISE DU CANCER 2075, rue de Champlain, Montréal (Québec) H2L 2T1 Téléphone 527-21 94 146 r TIQUE WJENIR JEBEC J.R.M.Sauvé Au moment de quitter la politique active, Robert Bourassa déclara que l'indépendance du Québec était un non-sens géopolitique, ce à quoi d'autres politiciens font maintenant écho.Réfutant cette remarque, l'auteur explique ce qu'est réellement la géopolitique et en quoi elle diffère des sciences politiques et de la politique proprement dite, de même que du droit et en particulier, du droit international.Il définit le statut géopolitique du Québec en fonction de constantes qui ont fait leurs preuves et compare ce statut avec celui d'autres Etats et régions du monde aptes à presenter des analogies valables.ISBN 2-7601-3753-8 {352 p.) 24,95 $ GEOPO 4* ET t DU Q rfk- mcwtesùt 'A ,., 'î OCUficz, c-/u-.MM'-àeszd'¦ jtéofctodiïüt \\ gÊOPOLlTlQui; i i (ÿo&é.dA Distributeur exclusif: A.l).(,.Ici.: V : ' 4*.n * - tt $ Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 4,95$ 5^49504825 "]
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