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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1995-03, Collections de BAnQ.

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[" Volume LXXXV, numéro 3, mars 1995 «Mon pays, c\u2019est l\u2019hiver» I/Aciion Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d'expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019index des périodiques canadiens », depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984 et dans «Repère» publié par SDM inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Abonnement - 10 numéros Québec, Canada\t35\t$ France\t240\tFRF Autres pays\t50\t$ Étudiant\t20\t$ Soutien\t75\t$\tet\tplus ISSN-0001-7469 - ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320, Montréal, H2L4C7 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopieur: (514) 923-5755 NATIONALE Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Publicité Nicole Pageau Abonnement Louise Ploufe Analyse sociale Michel Rioux Comptes rendus Denis Monière Entrevues Yvon Leclerc Éducation Jean-Claude Tardif Comité de rédaction Louise Dumas Lucia Ferretti Robert Laplante Marcel Landry Denis Monière Michel Rioux Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Yvon Leclerc Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Gérard Turcotte Prix André-Laurendeau Membres du jury: Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier TABLE DES MATIÈRES Volume LXXXV, numéro 3, mars 1995 Le père et son fils Rosaire MORIN Le syndrome de l'indifférence Pierre VADEBONCOEUR Déclaration de la souveraineté Gilles de La FONTAINE L'individu et sa nation Denis MONIÈRE L'urgence de l'histoire Louis CORNELLIER Le français dans le «West Quebec» Charles CASTONGUAY L'anglais à l'Université de Montréal Yvette DELLIAC et Claudette GARIÉPY De petits peuples indépendants Denis MONIÈRE Être jeune Jean-François SIMARD Les enjeux derrière le voile Gisèle BELZILE Présence du Québec au Japon Richard LECLERC Nouvelles pratiques des temps de travail Nicole de SÈVE 4\t389 La réduction de la semaine de travail Michel-Francis LAGACÉ Quand le Québec s'éveillera Paul-Émile ROY À travers l'actualité Rosaire MORIN Comptes rendus: La production de l'actualité de Jean Charron Patrice DU CLOS «La France et le Canada» de Philippe Prévost Jean-Pierre BONHOMME «Le Séminaire de Québec» de Noël Baillargeon Maurice LEBEL Livres et revues reçus Nos annonceurs Nos collaborateurs 4\t404 ?\t410 4\t414 4\t424 4\t426 4\t428 ?\t432 ?\t437 4\t446 290 EDITORIAL Le père et son fils.Daniel Johnson, père «Les Canadiens français ne doivent plus se contenter de miettes ou de fractions de droits.Il faut refaire la Confédération canadienne sur une base vraiment binationale ou se résoudre à en sortir1.» «Les Canadiens français sont fatigués de récriminer; les Canadiens anglais sont ahuris par nos récriminations.Passons donc à l\u2019action !.A moins que le Canada ne se soit donné une constitution nouvelle en 1967, la province de Québec ne verrait pas d\u2019autre alternative que de devenir complètement indépendante du reste du Canada.En 100 ans de Confédération, nous ne sommes même pas parvenus à nous entendre.Comment ne pas parler de la faillite de la Confédération2?» Daniel Johnson, fils «Les Québécois sont déjà souverains, en ce sens qu\u2019ils choisissent le statut politique du Québec en toute liberté.Pour le Parti libéral du Québec, les Québécois conservent en tout temps le droit et le pouvoir de déterminer démocratiquement le statut politique qui leur convient à l\u2019intérieur du Qué-bec(a).«Le référendum porte.sur la pertinence de la séparation du Québec d\u2019avec le reste du Canada plutôt que la liberté des citoyens|b).Il s\u2019agira.de choisir si nous voulons continuer de participer à l\u2019union économique et politique canadienne ou alors nous en séparer.Le choix ne porte donc pas sur notre appartenance au Québec; il porte sur notre participation au Canada10'.291 Le Père «Il en est qui veulent sauver la Confédération même au prix de l\u2019autonomie du Québec.Moi, je suis prêt à sauver l\u2019autonomie du Québec même au prix de la Confédération3».«Que vaut une Confédération qu\u2019il faut replâtrer sans cesse pour l\u2019empêcher de s\u2019effondrer, une Confédération dont on doit prolonger l\u2019existence de six mois en six mois par toutes sortes d\u2019opérations chirurgicales, de piqûres et de transformation de droits ou de paiements4?» «On nous enferme donc dans une camisole de force.Le seul moyen d\u2019en sortir ne saurait être que la rupture brutale.Je n\u2019exagère rien quand je dis que le rapatriement de la constitution ne peut déboucher que sur deux issues: l\u2019intégration lucide, proposée par M.Maurice Lamontagne, ou la séparation5 ! » «Le Canada n\u2019est pas seulement une fédération de dix territoires.Il est aussi la demeure de deux communautés linguistiques et culturelles, c\u2019est-à-dire de deux nations au sens sociologique du terme.On ne peut ignorer ce fait fondamental qu\u2019il y a au Canada non seulement deux langues, mais deux façons d\u2019être et de réagir, deux sociétés dont l\u2019une est en- Le fils «Le fédéralisme, comme système de gouvernement, permet à ses parties de mettre en commun des fonctions étatiques qu\u2019elles rempliraient sensiblement de la même façon si elles étaient indépendantes, d\u2019où des économies importantes pour les contribuables.Par exemple, un Québec indépendant devrait faire fonctionner lui-même une défense nationale et un appareil diplomatique.Cela pourrait être utile s\u2019il voulait se donner une politique étrangère vraiment différente de la politique canadienne, mais comme le Québec n\u2019a jamais semblé contester les orientations de la politique canadienne, la séparation ne ferait que priver les Québécois des économies qui résultent de cette mise en commun de telles fonctions(d).«Notre participation au Canada nous permet d\u2019atteindre un poids économique que nous n\u2019aurions pas autrement.L\u2019usage d\u2019une même devise par une économie de quelque 700 000 000 000 $ confère à celle-ci, cette économie, un poids et une stabilité que n\u2019aurait pas une devise assise sur une économie du quart de cette taille(c).De plus, ni un Québec séparé ni le reste du Canada sans le Québec ne feraient partie du groupe G7, qui est un lieu de pouvoir privilégié10.292 Le Père racinée depuis trois siècles et demi en terre d\u2019Amérique.Et c\u2019est là surtout qu\u2019éclate le besoin d\u2019une nouvelle constitution.Car si la constitution actuelle comporte encore des éléments valables en ce qui concerne l\u2019organisation d\u2019un Canada à dix, il faut bien admettre que cet autre Canada, le Canada à deux, reste largement à inventer6».«Que veut le Québec?Comme point d\u2019appui d\u2019une nation, il veut être maître de ses décisions en ce qui a trait à la croissance humaine de ses citoyens (c\u2019est-à-dire à l\u2019éducation, à la sécurité sociale et à la santé sous toutes leurs formes), à leur affirmation économique (c\u2019est-à-dire au pouvoir de mettre sur pied les instruments économiques et financiers qu\u2019il croit nécessaire), à leur épanouissement culturel (c\u2019est-à-dire non seulement aux arts et aux lettres, mais aussi à la langue française) et au rayonnement de la communauté québécoise (c\u2019est-à-dire aux relations avec certains pays et organismes internationaux)7».«Je veux une nouvelle constitution pour mettre fin au gaspillage éhonté des fonds publics.Il faut mettre de l\u2019ordre dans la constitution actuelle et le fédéral ne devrait pas pouvoir chambarder, pour ses pro- Le fils «La participation du Québec à l\u2019union canadienne permet aux citoyens de bénéficier de la diversité de l\u2019économie canadienne et de sa capacité à corriger les inégalités qui prévalent inévitablement sur un territoire si vaste et si varié1*\u2019.«Les péquistes soutiennent que les échecs de Meech et de Charlottetown démontrent que le fédéralisme canadien est dans l\u2019impasse.C\u2019est faux.Meech et Charlottetown représentent l\u2019échec de deux processus de réforme constitutionnelle, pas du fédéralisme en tant que tel, et encore moins l\u2019échec du Canada\"\".«Les tiraillements entre les paliers de gouvernement ne sont que le lot quotidien des fédérations.C\u2019est pourquoi il n\u2019y a rien d\u2019alarmant à ce que nous continuions de ressentir, comme avant l\u2019élection, plusieurs motifs d\u2019insatisfaction à l\u2019égard du fédéralisme canadien*\".«Il faut garder le sens du réel et de la mesure, tout de même ! Faire la séparation à cause de doléances face au fédéralisme, ce serait s\u2019amputer une jambe pour guérir une entorse.Faut-il briser l'un des pays les plus enviés du monde parce qu\u2019on est insatisfait d\u2019un arrangement constitutionnel\"1.293 Le Père pres fins, tout l\u2019édifice constitutionnel.Je veux mettre fin aux combines, aux réunions clandestines.Je veux des pouvoirs qui s\u2019exercent au grand jour8».«Ce que nous voulons, c\u2019est plus que les pouvoirs que nous accorde la constitution de 1867.«Ce que nous voulons en fait, c\u2019est le droit de décider nous-mêmes ou d\u2019avoir part égale aux décisions dans tous les domaines qui concernent notre vie nationale.«Car enfin, sommes-nous maîtres chez nous quand Ottawa régit tout ce qui concerne la radio et la télévision, média qui sont peut-être à notre époque les instruments les plus efficaces de la culture?.«Sommes-nous maîtres chez nous quand Ottawa pourrait se servir de l\u2019immigration de façon à modifier l\u2019équilibre ethnique, au point de nous rendre minoritaires même dans le propre État du Québec?«Sommes-nous maîtres chez nous quand une décision de la Banque du Canada peut affecter le crédit de nos entreprises, de nos institutions financières et même de l\u2019État québécois?«Sommes-nous maîtres chez nous quand le fisc fédéral vient écumer les profits prove- Le fils «Si le gouvernement tient son référendum rapidement, pour le bien du Québec, je puis assurer les Québécois d\u2019une chose: c\u2019est qu\u2019un rejet de l\u2019indépendance, aussi massif soit-il ne signifiera pas que les Québécois sont satisfaits du statu quo11(k).» «Les gens qui veulent du changement et envisagent autre chose que le statu quo doivent d\u2019abord voter NON au référendum.Deuxièmement, on pourra engager des discussions avec tout le monde au Canada pour ajuster les textes constitutionnels à la réalité.C\u2019est l\u2019option de la séparation, OUI ou NON, qui est sur la table.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un débat où on peut fignoler des révisions constitutionnelles12».Le vrai discours du fils Le Canada est le plus beau pays du monde.Oublions les mésententes.Cessons nos luttes fratricides.Soyons «Canadian» de la tête aux pieds.Ayons confiance en nos partenaires anglo-saxons.Confions-leur notre avenir ! Ils protégeront notre culture, notre langue et notre foi, pour le peu qu\u2019il en reste.Acceptons d\u2019être minoritaires dans un si grand pays.Minoritaires aux Communes, au Sénat et dans les institutions fédérales.Acceptons même que la 294 Le Père nant de l\u2019exploitation des richesses naturelles qui appartiennent à la communauté québécoise et, par le biais de l\u2019impôt sur les sociétés, nous empêcher de planifier notre économie, en fonction de nos besoins particuliers?.«Sommes-nous maîtres chez nous quand l\u2019étatisation est le seul moyen qui nous reste pour rapatrier dans le Québec les impôts provenant de nos entreprises de base?«Sommes-nous maîtres chez nous quand la Cour suprême, dont les juges sont tous nommés par Ottawa, est l\u2019interprète ultime de notre droit français et le seul tribunal auquel nous puissions soumettre nos griefs contre le gouvernement fédéral9?» Vraiment, «après trois siècles de labeur, notre nation a bien mérité de vivre librement.Tant mieux si elle peut se sentir chez elle d\u2019un océan à l\u2019autre.Ce qui implique qu\u2019on lui reconnaisse l\u2019égalité complète.Sinon, il faudra bien faire l\u2019indépendance du Québec.«Canada ou Québec, là où la nation canadienne-française trouvera la liberté, là sera sa patrie10.» Le fils minorité britannique québécoise détienne en otage la majorité francophone.Ne sommes-nous pas frères et soeurs?Soyons tolérants ! Nous le deviendrons si nous maîtrisons tous la langue française.Pourquoi vivre dans la différence?Si le Québec est une province comme une autre, il n\u2019y a plus d\u2019objection à l\u2019uniformité canadienne et au centralisme unitaire.Abandonnons à Ottawa l\u2019orientation de la culture et de l\u2019enseignement! Demandons au gouvernement fédéral de gérer la sécurité sociale et le travail ! Pour l\u2019éternité, confions-lui le développement économique et social ! Les chevauchements seraient terminés.Les débats stériles prendraient fin.Les Québécois qui étaient jadis les Canadiens-Français et les Canadiens deviendraient de vrais «Canadians».C\u2019est le sort qui attend les Québécoises et les Québécois s\u2019ils votent NON.«Canadians», nous serons les maîtres des montagnes Rocheuses et le Québec sera gouverné par une Chambre des communes majoritairement anglophone01.Rosaire Morin 295 Notes: 1.\tDaniel Johnson, Égalité ou indépendance, VLB éditeur, 1990, 25.2.\tDaniel Johnson, Dimanche-Matin, 27 janvier 1963.3.\tDaniel Johnson, Égalité ou indépendance, VLB éditeur, 1990, 113.4.\tDaniel Johnson, Égalité ou indépendance, 71.5.\tDaniel Johnson, Égalité ou indépendance, 71.6.\tDaniel Johnson, Conférence sur la Confédération de demain Le Devoir, 28 novembre 1967, 17.7.\tDaniel Johnson, Quatrième réunion du Comité du régime fiscal, Le Devoir, 28 novembre 1967, 17.8.\tDaneil Johnson, Conférence sur la Confédération de demain, Montréal-Matin, 29 novembre 1967, 2.9.\tDaniel Johnson, Égalité ou indépendance, VLB éditeur, 128-129.10.\tDaniel Johnson, Égalité ou indépendance, VLB éditeur, 131.11.\tDaniel Johnson fils, Assemblée nationale, Journal des débats, volume 34, n° 2, novembre 1994, 28-30, pour tous les textes préalablement reproduits en cette deuxième colonne.12.\tDaniel Johnson, La Presse, 15 décembre 1994.Commentaires : a.\tRemarquez le «à l\u2019intérieur du Québec».Quelle émancipation ! b.\tQuelle confusion ! Comment peut-on opposer la liberté d\u2019un peuple et «la liberté des citoyens»?c.\tLa «participation au Canada» détruit F « appartenance au Québec».C\u2019est l\u2019une des conclusions du 750e numéro de L\u2019Action nationale.d.\tL\u2019ex-vice-président de Power Corporation n\u2019a pas parcouru le «chemin du Roy» avec son Père et le Général et il a oublié l\u2019action internationale de Jean Lesage inspirée par la doctrine Gérin-Lajoie.e.\tPourquoi pas?De petits pays possèdent un poids comparable à celui du Canada: la Suisse, la Suède, l\u2019Autriche, la Norvège.f.\tLes intérêts du Québec ne sont nullement protégés par la participation du Canada au groupe G7.296 g.\tLe Daniel Johnson des années 1960 dénonçait l\u2019invasion fiscale, les empiètements et les chevauchements fédéraux.h.\tMeech et Charlottetown, c\u2019est l\u2019échec de 40 ans de débats constitutionnels.M.Johnson n\u2019a pas la mémoire de son père.i.\tUn esclave est parfois content de son sort.j.\tM.Johnson a perdu le sens de la liberté et la flamme de l\u2019espérance.k.\tEn parlant ainsi, le fils Johnson abuse de notre bonne foi.Il nous berne.Il nous leurre.Il nous trompe.Comme Chrétien en 1982.l.\tAinsi raisonne le député de Vaudreuil dont la reddition ressemble à celle du sieur de Vaudreuil dénommé Pierre de Rigaud de Cavagnal.297 f»! \u2022 ' ¦ -x, & ' '5 - .£¦ '¦i:i -f : l \u2022 » MS üi%i *vhV .Of.v V> - ,i \u2022 ¦; ; wi *\t\u2019\"S s# îsjpfill fl® ______V : B®#: «IS mi #' I mhmâ vÿv SEP\t.Sfe: as Le syndrome de l'indifférence Pierre VADEBONCŒUR ?Ceux qui n\u2019ont pas de sentiment trahissent.Ils trahissent au sens fort, mais plusieurs il est vrai ne le savent pas.S\u2019ils l\u2019ignorent, c\u2019est pour la même raison: ils n\u2019ont pas de sentiment.Ils ignorent pareillement ce qu\u2019ils trahissent.* Si l\u2019on vit dans un monde moral où l\u2019on ne sent plus quelles attaches on répudie, rien ne soutenant plus alors la sensibilité qu\u2019on aurait envers elles, on ne pressent plus rien non plus, on ne devine pas ce qui s\u2019en vient.Les sentiments sont disparus, et la crainte, l\u2019espoir.Par conséquent une certaine conscience du réel, donc la lucidité.Donc la vision.Ceux qui n\u2019ont pas de sentiment ne savent plus rien.* Ils sont libres alors de jouer prétendument de la raison, d\u2019analyser cent aspects des réalités sans tenir compte des vues que la sympathie ferait naître au contraire.Qu\u2019est-ce que la folle du logis?L\u2019imagination?Mais non: bien plutôt l\u2019intelligence abstraite, un certain idéalisme qui l\u2019accompagne, voire l\u2019intelligence purement pratique, toujours en danger de flotter au-dessus 299 de ce avec quoi l\u2019affectivité a au contraire partie liée et dont elle a connaissance immédiate.* On se demande toujours pourquoi certain esprit politicien ou soi-disant pratique nous donne tant l\u2019impression qu\u2019avec lui on a affaire à des sourds, à des butés irréductibles, à des esprits fermés.Il semble impossible de les im-pressioner par les pressants avertissements qu\u2019on leur donne par exemple à propos du peuple québécois.Ils n\u2019entendent rien.Ils ne voient pas.Ils ne saisissent pas.«C\u2019est de l\u2019émotivité», disent-ils.Ils sont inaccessibles.Et alors voilà qu\u2019ils raisonnent de plus belle, pour se protéger par des logiques contre l\u2019accusation de récuser l\u2019évidence.Cela cautionne à leur avis les abstractions qu\u2019ils ont tenues, d\u2019autant plus qu\u2019ils continuent de ne rien voir devant leur nez.* Cela peut s\u2019appeler le syndrome intellectuel de l\u2019indifférence.L\u2019indifférence, par définition, ne peut rien révéler sur son objet, par exemple le pays.* Ce syndrome demeure également inaperçu des personnes qui en sont atteintes.L\u2019indifférence, par définition, ne peut rien révéler sur son objet, par exemple le pays, ni par conséquent sur le fait qu\u2019elle n\u2019est pas consciente de lui.Le syndrome intellectuel de l\u2019indifférence est un système fermé.On ne saurait en sortir.On devient alors prisonnier de ses systèmes d\u2019idées.Alors on ne peut plus créer; autrement dit, l\u2019on ne peut plus constater ce qui est déjà là.* Cependant, l\u2019indifférence conduit à pire encore.C\u2019est par cette porte que s\u2019introduisent 300 aussi l\u2019opportunisme, la tricherie, les accointances, les gangs politiques.L\u2019arrivisme partisan.L\u2019esprit de banquier.Les finasseries.Le mensonge démagogique.Le Parti libéral.* Les puissants commettants et bailleurs de fonds sont des antagonistes plus ou moins remplis d\u2019inimitié.Les puissants commettants et bailleurs de fonds des fédéralistes ne sont pas, par rapport à nous, ce qu\u2019on peut appeler de simples contradicteurs, mais des antagonistes plus ou moins remplis d\u2019inimitié.L\u2019inimitié, remarquez, ne vient pas de nous pour se diriger ailleurs.Elle vient d\u2019ailleurs et c\u2019est nous qui sommes visés.Il serait bon de faire cette lecture des sentiments inavouables et voir d\u2019où ils sortent en effet et qui les entretient.Citez-moi dans la politique des vingt dernières années une seule phrase de haine qui vienne de nous, alors qu\u2019il en est cent qui viennent d\u2019ailleurs! Faites ce compte et vous verrez que c\u2019est une honte, une honte dont on s\u2019entend jamais dire qu\u2019elle s\u2019accompagne de honte.Ni chez lesdits idéalistes, grands démocrates et grands indifférents, qui en sont pourtant témoins comme nous, ni chez les autres.* Nous ne comptons pour rien aux yeux de la coalition spontanée des plus forts.Par notre langue, nous sommes d\u2019ailleurs des étrangers pour l\u2019Amérique.Ils n\u2019entretiennent pas la moindre idée que nous devrions même exister.Cela ne fait pas partie de leurs représentations mentales et n\u2019offre pas de toute façon à leurs yeux d\u2019intérêt.Idéalement nous n\u2019existons pas.Il ne s\u2019agit donc pas de savoir si nous avons quelque légitimité, ni quelles formes concrètes celle-ci pourrait humainement et juridiquement prendre.Ces problèmes n\u2019ont pas non plus d\u2019existence.Mais nos esprits dégagés qui observent cette curieuse réduction ne la remar- 301 quent même pas et donc ils font corps avec ceux qui la soutiennent.* Nous n\u2019avons pas affaire à des adversaires, c\u2019est-à-dire à des tenants d\u2019un choix moral et intellectuel, mais à un énorme syndicat impérialiste auquel s\u2019adjoinrent quelques individus, en mal de se distinguer par une critique dégagée de ce qui s\u2019apprend collectivement.* Nous ne rejetons pas seulement des opinions, des idées froides et elles-mêmes indifférentes.Je sais bien ce que nous rejetons aussi: une attitude, une psychologie navrante, une trahison.On ne voit que trop circuler ça, l\u2019engeance des satisfaits appuyés sur une force immense empruntée à tout ce qui domine et fait chorus contre nous, les isolées.* Qui pourra émouvoir le peuple et lui montrer, à la faveur de cette émotion pleine d\u2019échos, la réalité de ce qui approche?Beaucoup, ceux qui savent parce qu\u2019ils le ressentent, connaissent ce qui existe et aussi ce qui menace.L\u2019indifférence, en outre, cache la domination et nous la cache, mais c\u2019est celle-ci qui est derrière et veut avoir le dernier mot.L\u2019imagination, chez les malins, est morte.Nous avons affaire à un énorme syndicat impérialiste auquel s\u2019adjoinrent quelques individus, en mal de se distinguer.302 Déclaration par les députés de l'Assemblée nationale de la souveraineté du Québec Gilles de La FONTAINE ?Nous, représentants autorisés du peuple du Québec, majoritairement francophone, égalitairement et collectivement autonome, déclarons par la présente son accession à la souveraineté nationale, à titre de pays complètement indépendant.La souveraineté démocratique étant essentiellement le droit inné des sociétés homogènes de s\u2019autodéterminer selon leurs propres conditions et aspirations, soit de faire leurs propres lois, de lever leurs impôts et de conclure leurs ententes avec les autres pays souverains, nous tenons à ce que le premier exercice de la souveraineté du Québec en soit l\u2019affirmation même, solennelle et paisible, dans la présente déclaration.Ce besoin d\u2019autonomie, pour assumer pleinement son propre destin et assurer adéquatement son propre développement, s\u2019est constamment manifesté dans l\u2019histoire du peuple québécois, depuis que la Nouvelle-France est passée sous la juridiction britannique.Avec des résultats parfois substantiels, mais toujours partiels, et sans cesse assujettis à la fusion, égalisante et minorisante dans l\u2019ensemble canadien, britannique et anglophone.Les concessions obtenues de haute lutte, à grand renfort de peine et d\u2019énergie, n\u2019ont tou- 303 jours été accordées qu\u2019en vertu du poids de la masse et du nombre, impossible à assimiler dans l\u2019ensemble canado-britannique.Un poids que le temps, lentement mais inexorablement, tend à rogner pour favoriser l\u2019uniformisation dans le creuset pancanadien.C\u2019est ce que lord Durham souhaitait sans vergogne dans son célèbre rapport de 1839, en suggérant que les luttes des partis politiques assument la relève - et l\u2019oubli - des oppositions raciales et culturelles, de façon à assurer l\u2019éventuelle assimilation dans un régime uniformément britannique et anglophone.C\u2019est ce que l\u2019Acte d\u2019union, ouvertement et vainement, a tenté de faire.Et c\u2019est encore, faut-il dire, ce que la subséquente dite «Confédération», plus subtilement mais non moins sûrement, s\u2019applique toujours à réaliser: un gouvernement central de plus en plus envahissant, dominant des provinces «égales», et le plus souvent complices, sous sa haute juridiction.En optant pour cette façon radicale d\u2019assurer ses aspirations séculaires les plus légitimes, le Québec n\u2019a nullement l\u2019intention de s\u2019opposer à quiconque ni de briser quoi que ce soit.Uniquement et résolument il entend exercer son plein droit de s\u2019autogouvemer démocratiquement, selon les exigences de ses origines, de sa langue et de sa culture particulières, tout en respectant les droits fondamentaux et acquis des autochtones, des anglophones et des citoyens de diverses cultures.Loin d\u2019être une rupture avec nos voisins et partenaires canadiens, la souveraineté est une façon plus libre et efficace de réaliser, dans l\u2019harmonie et l\u2019économie, nos destins respectifs et de collaborer en toute matière d\u2019intérêt commun.La présente déclaration constituera une pure et simple évolution positive si, de part et d\u2019autre, l\u2019idéal démocratique demeure l\u2019inspi- Le Québec entend exercer son plein droit de s'autogouverner démocratiquement.304 ration primordiale des rapports de bonne entente à maintenir, tout en les réaménageant différemment sur une base réaliste de confiance et de respect mutuels.Après plus de quatre cents ans d\u2019implantation en sol d\u2019Amérique, c\u2019est la deuxième fois depuis quinze ans que la population francophone du Canada, majoritaire à l\u2019intérieur de ses frontières québécoises, est démocratiquement consultée sur le statut politique qu\u2019elle considère le plus apte à la sereine préservation et saine promotion de ses langue et culture distinctes.Comme quoi la question, qui se pose toujours, n\u2019a toujours pas reçu sa réponse.L\u2019impatience, la colère et les menaces de représailles de ceux qui, par intérêt plus que par affection, voudraient nous retenir dans leurs rangs ne constituent pour eux aucun droit de veto ni pour nous une obligation d\u2019obtenir leur assentiment préalable.Cette mauvaise humeur vindicative illustre plutôt l\u2019esprit de domination et d\u2019assimilation qui a trop souvent prévalu dans les relations entre le Canada britannique et le Québec français.Qu\u2019il suffise de rappeler, à grands traits, les principaux jalons de ces turbulentes relations, depuis les victorieuses plaines d\u2019Abraham de 1759, en passant par la niveleuse Union de 1840, la raboteuse Confédération de 1867, l\u2019insolent rapatriement constitutionnel de 1982, jusqu\u2019aux retentissants et cuisants échecs récents de Meech et de Charlottetown.En tout honneur et respect pour ses partenaires canadiens, le peuple québécois se croirait indûment humilié, non moins qu\u2019eux, d\u2019avoir à demander leur autorisation pour accéder à l\u2019autodétermination.Pourquoi faudrait-il, pour se dissocier, consulter ceux qui ne l\u2019ont jamais consulté pour s\u2019associer.?En toute conscience et honnêteté, le Québec croit avoir fait le nécessaire auprès de ses associés fédéral et provinciaux - et, à l\u2019évi- 305 dence, sans succès possible -, pour prolonger la survie éventuelle d\u2019un seul pays.Il croit ainsi avoir acquis la raisonnable conviction, après expérience faite, que ces valeureuses notions de fédéralisme évolutif, rentable ou renouvelé, brandies par les partisans du statu quo, ne seront jamais que ce qu\u2019elles ont toujours été: vœux pieux, poudre aux yeux ou impudent mensonge.Soit dit aussi que si le gouvernement du Québec se dissocie de la fédération canadienne, c\u2019est sans rancœur et sans amertume, mais avec l\u2019intime conviction qu\u2019il pourra ainsi, dans un pays souverain, mieux servir les intérêts distincts et légitimes de ses ressortissants.Il ose même espérer sincèrement que, toute hargne résorbée, les deux communautés, volontairement associées, pourront ainsi en venir à mieux servir, à moindre compte et de meilleure humeur, tant leurs intérêts communs que leurs destins respectifs.Restant associés dans un même idéal démocratique et partageant des préoccupations prioritaires analogues, entre autres, en matière d\u2019environnement, de prospérité économique, de minorités culturelles et d\u2019équité entre hommes et femmes, les deux peuples des deux pays ne manqueront pas de sérieuses incitations à la fructueuse collaboration.Ces valeureuses notions de fédéralisme évolutif ne seront jamais que ce qu\u2019elles ont toujours été: voeux pieux, poudre aux yeux ou impudent mensonge.Le peuple et le gouvernement du Québec, pour leur part, contre les vaines aversions et les coûteuses dissensions, sont décidément résolus à privilégier les rapports positifs et les entreprises mutuellement productives.Devenu partenaire libre et à part entière, tout en se sentant solidaire, le Québec n\u2019a pas de vœu plus ardent que de contribuer, avec les pays souverains du monde, au plus grand bonheur de l\u2019humanité, dans un concert croissant de paix universelle.306 L'individu et sa nation le choix entre deux destins, Denis MONIÈRE Le réducteur ou l'universel L\u2019objet de mon intervention est de poser la problématique de la relation entre l\u2019individu et la nation, afin de circonscrire ce qui est à mes yeux l\u2019enjeu fondamental de l\u2019accession à la souveraineté: le choix entre deux destins, le réducteur ou l\u2019universel.Au Québec, on ne naît pas indépendantiste, on le devient.Cet aphorisme traduit l\u2019itinéraire politique de ceux et celles qui aujourd\u2019hui luttent pour l\u2019indépendance du Québec et montre que cette option est le fruit d\u2019une contradiction insoluble dans le cadre politique canadien.Ce choix exprime l\u2019échec de l\u2019expérience de la coexistence équilibrée entre deux peuples.Personnellement, je n\u2019ai aucun préjugé envers le fédéralisme comme système politique, mais je remarque que ce type de système ne convient pas à toutes les situations et qu\u2019il s\u2019avère dysfonctionnel ici comme ailleurs pour résoudre les conflits entre nations.Au Canada, le fédéralisme a été un échec parce qu\u2019il n\u2019a pas su reconnaître et instituer le principe de l\u2019égalité entre les peuples.Il a surtout servi d\u2019instrument de minorisation des Canadiens-français, puisque du tiers de la population canadienne que nous étions en 1867, nous en constituons moins du quart actuellement et nous ne serons plus bientôt que le cinquième.Cette minorisa- 307 tion démographique a de lourdes conséquences politiques.Elle a entre autres favorisé une vision unitaire du Canada qui se définit comme une nation et non comme un conglomérat de peuples et elle a conduit à l\u2019atrophie des seuls champs d\u2019autonomie qui avaient permis à la majorité francophone du Québec de contrôler son destin, soit la langue, la culture, l\u2019éducation et les politiques sociales.On peut certes justifier la nécessité de l\u2019indépendance en faisant le procès du fédéralisme, en montrant ses tendances à la centralisation, à l\u2019uniformisation, en dénonçant ses effets structurels délétères sur le développement économique du Québec, les conflits de juridiction qui nuisent à l\u2019efficacité de la gestion du bien public, les abus du pouvoir de dépenser, ses empiètements dans les domaines de compétences des provinces, les chevauchements de programmes qu\u2019il suscite, les réductions des paiements de transfert, les iniquités dans les subventions, etc.Mais ces arguments ne sont pas fondamentaux; ils ne sont que circonstanciels.Ils traduisent un rapport de pouvoir inégal et s\u2019enracinent à un vice fondamental du fédéralisme canadien qui ne nous permet pas de réconcilier le besoin d\u2019identité collective et le désir de liberté individuelle.Paradoxalement, je suis devenu indépendantiste parce que je ne voulais pas être nationaliste au sens traditionnel du terme, c\u2019est-à-dire parce que je ne voulais pas être condamné à l\u2019obsession du destin collectif, parce que je voulais envisager l\u2019avenir de façon positive et non pas défensive, autrement dit parce que je ne voulais pas être un Canadien-français enchaîné au carcan de la survivance.Le fédéralisme ne convient pas à toutes les situations.Que veut dire être Canadien-français ?Pour répondre à cette question, il faut comprendre les postulats et les règles d\u2019action 308 Que peut faire le minoritaire lorsque le dominant ne respecte pas le contrat imaginaire ?du nationalisme canadien-français qui ont été élaborée au cours de deux siècles de luttes politiques.Être Canadien-français signifie d\u2019abord accepter de fonctionner selon la logique du minoritaire qui peut se résumer ainsi: n\u2019être jamais la source de son destin.L\u2019essentiel de la pensée canadienne-française a été et demeure d\u2019assumer et d\u2019intérioriser la nécessité de la dépendance politique.La pensée canadienne-française postule que la survie et le progrès de la nation dépendent d\u2019une puissance extérieure, soit la Grande-Bretagne au XIXe siècle, soit le pouvoir fédéral au XXe siècle.La politique du minoritaire consiste à conclure un pacte où il obtient la protection en échange de sa soumission à cette puissance extérieure qui la lui accordera par générosité, par sens de la justice (le fameux fair-play britannique) ou encore par intérêt bien compris (mais qu\u2019elle ne comprend pas toujours).Il y a toutefois des conditions pour que cette stratégie réussisse.Les axes de la culture politique du minoritaire doivent être la modération dans les revendications et la résignation dans l\u2019adversité.Il faut accepter son sort, s\u2019accommoder des décisions de la majorité, faire contre mauvaise fortune bon cœur, borner le champ des possibles aux volontés de l\u2019autre et toujours trouver des interprétations favorables à des situations ou à des projets qui désavantagent.Fuir le conflit ou l\u2019affrontement est le mot d\u2019ordre.Il faut plutôt chercher à gagner du temps, retarder les échéances et essayer de se gagner les bonnes grâces de la puissance tutélaire.Mais que vaut ce pacte pour le dominant qui sait que le minoritaire adopte comme valeur fondamentale de son identité le refus d\u2019aller jusqu\u2019à la rupture?Et que peut faire le minoritaire lorsque le dominant ne respecte pas le contrat imaginaire?Rien, sinon compenser son impuissance par l\u2019espoir de jours meilleurs.Il 309 se dira alors qu\u2019il faut accorder au système une autre chance de s\u2019amender.Un tel système intellectuel offre peu de satisfactions concrètes car son efficacité est conditionnée par une volonté extérieure qui a ses propres intérêts et sa propre dynamique.Elle est aussi confrontée aux effets inexorables de la loi du nombre qui affaiblit constamment son pouvoir de négociation.Il en résulte une déception chronique et une fatigue politique, la minorité s\u2019anémiant dans des luttes toujours à recommencer.En ne se percevant qu\u2019à travers l\u2019œil de l\u2019autre, le minoritaire en vient à vouloir lui ressembler pour en finir avec une différence qui l\u2019enferme dans l\u2019incertitude existentielle.Cette logique en conduira plusieurs à repousser leur identité dans la sphère de la vie privée et familiale et à se laisser intégrer et assimiler afin d\u2019échapper au destin de Sisyphe.À quoi bon survivre pour laisser un héritage culturel de plus en plus étriqué et délabré?Le fédéralisme canadien conduit les Canadiens-français à l\u2019alternative suivante: soit choisir de changer d\u2019identité en s\u2019assimilant à la majorité, soit maintenir une double identité et jouer un double jeu.Ainsi écartelé entre deux appartenances, le Canadien-français érige l\u2019ambiguïté en système de valeur et pousse la duplicité au sublime en en faisant un trait fondamental de son identité.Mais la double identité est débilitante et elle nuit à l\u2019épanouissement personnel puisque le minoritaire doit toujours conditionner ses choix à la situation de son groupe.Être Canadien-français signifie appartenir à une minorité ethnique et notre histoire collective nous rappelle que cette appartenance est sclérosante pour les individus parce qu\u2019elle est vouée par définition à la conservation du groupe.La lutte pour la survivance est le seul avenir possible pour un peuple minoritaire et cette situation ne permet pas de participer plei- 310 Le destin du minoritaire ne m\u2019intéresse pas.nement à l\u2019expérience humaine parce qu\u2019elle nous enferme dans une logique de la récrimination et oblige au repli sur soi.Si j\u2019essaie d\u2019imaginer l\u2019avenir du Québec dans le Canada de l\u2019an 2000, je nous vois continuellement obsédés par les courbes démographiques, par la peur d\u2019être encore plus minori-sés par l\u2019arrivée des immigrants, par la surveillance tatillonne de l\u2019état de la langue française.Nous dénoncerons les ingérences fédérales et mobiliserons les ressorts de l\u2019indignation pour protester contre la répartition des contrats et des subventions.Nos comportements politiques seront davantage dictés par notre statut de minorité ethnique que par nos valeurs et nos allégeances idéologiques, car comme tout groupe minoritaire, nous pratiquerons le monolithisme politique afin de conserver une certaine influence dans les centres de décisions.Le destin du minoritaire ne m\u2019intéresse pas, car il m\u2019empêche d\u2019être libre individuellement.Il asservit la conscience à la précarité du groupe, ce qui réduit les marges de liberté, car la condition essentielle de la survie est la cohésion qu\u2019impose la logique du marchandage dans un rapport de subordination.Je n\u2019y vois rien de stimulant, rien qui invite au dépassement de soi ou qui pousse à l\u2019audace créatrice.A ce destin replié, courbé sous les vents de l\u2019histoire et écrasé par l\u2019infériorité numérique, je préfère les risques de vie que m\u2019offre l\u2019indépendance.C\u2019est le sens de l\u2019appartenance, la définition de l\u2019identité qui est l\u2019enjeu majeur du débat référendaire où nous avons à choisir entre le statut de minorité et le statut de peuple.Être souverain 311 Le Canada ne peut pas être mon pays car il ne me permet pas d\u2019être moi-même et restreint ma liberté en m\u2019imposant le statut de minorité.Dans le cadre des institutions politiques canadiennes, je ne peux réconcilier mon individualité et mon appartenance collective car sur le plan politique je suis soumis à la loi d\u2019une majorité où je ne me reconnais pas et qui ne me reconnaît pas dans mon être collectif.Dans les sociétés modernes, c\u2019est le politique qui est le lieu de l\u2019identité collective, qui l\u2019incarne, lui donne sa cohérence et la perpétue.Or, l\u2019État canadien est la négation de cette nécessité.Il sépare ma citoyenneté de mon identité.Il subordonne mon destin à une volonté qui m\u2019est étrangère.Le projet de souveraineté québécoise règle le problème de l\u2019identité en nous donnant un pays où l\u2019individu n\u2019a plus à porter le fardeau du destin collectif.La souveraineté politique permet à la subjectivité de s\u2019accomplir en transférant à l\u2019État la responsabilité de la cohésion et de la persistance du vouloir-vivre collectif.La souveraineté politique, c\u2019est l\u2019accession de mon identité particulière à l\u2019universalité.Je veux être Québécois comme les autres sont Canadiens, Américains, Mexicains, Sénégalais, Allemands, Irlandais, Polonais, Israéliens, Argentins, Norvégiens.L\u2019indépendance ne nous rendra pas meilleurs ou pires que les autres; elle nous permettra simplement d\u2019être comme les autres peuples et de témoigner de nos valeurs à l\u2019échelle universelle.L'État canadien sépare ma citoyenneté de mon identité.Que sera la nation québécoise?L\u2019indépendance politique nous ouvrira les portes de la modernité.Après deux siècles de subordination politique, nous retrouverons tous les pouvoirs indispensables pour construire une société qui nous ressemble et qui réconcilie notre culture et nos institutions.Nous accomplirons notre projet de mettre au monde une nation civique, démocratique et francophone.Cette culture civique sera libérée des avatars de 312 L'intégration, la participation et la solidarité régiront notre développement.la condition du minoritaire et pourra enfin exprimer son potentiel de générosité, de tolérance et d\u2019ouverture.En devenant une nation, nous nous libérerons des réflexes ethniques et nous pourrons fonder l\u2019identité sur le critère de la citoyenneté.En nous libérant des conflits d\u2019appartenance et de loyauté, nous pourrons assumer les défis de l\u2019intégration et du pluralisme.Nous retrouverons les espoirs et les ambitions du mouvement patriotique qui avant d\u2019être écrasé militairement par l\u2019armée britannique participait au mouvement universel de l\u2019émancipation démocratique.Nous pourrons vivre sans méfiance et mesquinerie l\u2019exercice des droits individuels.Libérés des contradictions et des incertitudes entretenues par notre condition minoritaire, nous pourrons aménager de nouveaux rapports avec ceux qui veulent partager notre destin.Les différences de langue et de culture seront intégrées positivement dans le vouloir-vivre collectif.Nous assumerons la responsabilité de la bonne entente et de l\u2019épanouissement de tous les citoyens.Nous voulons construire une nation accueillante, pacifique et respectueuse de la liberté, de l\u2019égalité et de la dignité des individus.L\u2019intégration, la participation et la solidarité régiront notre développement.313 L'urgence de l'histoire ?«Le mépris des origines est mortel pour le progrès.» Régis Debray Il est pour le moins bizarre de constater que, à l\u2019heure où le système scolaire est remis en cause par tout un chacun, la question de l\u2019enseignement de l\u2019histoire soit presque totalement évacuée de la discussion officielle.Il s\u2019agit là, pourtant, d\u2019un phénomène qui se situe au cœur même du problème, et le fait qu\u2019il demeure impensé constitue un symptôme alarmant de l\u2019indigence des pédagogues responsables du branle-bas actuel.Ce qui rend si difficile la tâche de l\u2019enseignant à l\u2019heure actuelle, au cégep et à l\u2019université plus particulièrement, c\u2019est l\u2019absence totale de sens historique, de connaissance, de base en histoire, qui caractérise les étudiants québécois.Il faut bien l\u2019admettre: l\u2019étudiant québécois type d\u2019aujourd\u2019hui ignore tout de ce qui a pu se produire sur cette planète avant 1980.Sauf pour quelques exploits sportifs dont il a parfois eu vent (Guy Lafleur?Ça a l\u2019air qu\u2019il a déjà été bon lui !), c\u2019est le néant.Et personne ne semble s\u2019en formaliser.Les maths?Ah oui, ça c\u2019est important.Mais l\u2019histoire?Bof! Pourtant, comme l\u2019écrivait notre Lorraine Pagé nationale il y a quelques années, «pensons-y un peu, de 314 Louis CORNELLIER Professeur de littérature et directeur à Fin de siècle, supplément socio-culturel du mensuel Lectures Il faut redonner à l\u2019histoire un rôle de premier plan dans la formation des étudiants.quelle matière les jeunes auront-ils davantage besoin dans leur vie d\u2019adulte de tous les jours: de la trigonométrie ou de l\u2019histoire?» (L\u2019Action nationale, janvier 1989).Et cette fois-là, elle avait raison ! Aussi, il n\u2019est pas insignifiant de constater que quelques essais québécois parus tout récemment et qui abordent le sujet de l\u2019enseignement au Québec s\u2019entendent au moins sur ce point: il faut redonner à l\u2019histoire un rôle de premier plan dans la formation des étudiants.Je pense ici à Bruno Roy, auteur de Enseigner la littérature au Québec (XYZ, 1994), qui écrit: «Enfin, s\u2019il ne faut être ni désincarné ni doctrinaire, il faut cependant être historique.» (p.90) A Paul-Emile Roy, auteur de Réforme ou maquillage?(Méridien, 1994) et précédemment de l\u2019excellent Une révolution avortée (1991), qui, dénonçant la soumission du système scolaire aux impératifs techno-économiques, insiste à plusieurs reprises sur ce point: «C\u2019est pourquoi l\u2019histoire ne fait vraiment pas partie du projet éducatif.La rationalité instrumentale n\u2019intègre pas la dimension temporelle.Le temps est d\u2019un autre ordre, celui de l\u2019humain.Si l\u2019on veut placer la culture au centre du projet éducatif, il faut alors faire jouer à l\u2019histoire le rôle qui est le sien, qui est d\u2019être une pourvoyeuse de sens.» (p.72) Et enfin, à Laurent-Michel Vacher qui, dépassant le seul constat, nous a offert son passionnant Histoire d\u2019idées (Liber, 1994), mettant ainsi l\u2019épaule à la roue afin de corriger les lacunes épouvantables des étudiants à ce niveau.Mais ces efforts resteront insuffisants, pour ne pas dire vains, tant et aussi longtemps que les «faiseux» de programme refuseront d\u2019en tenir compte, de les entériner.Et en ce sens, Factuelle tentative d\u2019instaurer dans les cégeps l\u2019approche dite par compétences n\u2019au- 315 gure rien de bon.Car enfin, s\u2019il s\u2019agit de fabriquer des techniciens du savoir pratique, ça va.Mais si l\u2019on considère que la mission éducative a pour but de développer des citoyens responsables et des êtres humains au sens plein du terme, et il semble que nous soyons de moins en moins nombreux dans ce cas, cette approche techniciste devrait nous faire bondir.Au moment où la raison techno-économique semble être en voie de dominer le monde occidental, il peut paraître passéiste de chanter les vertus de ce qu\u2019il faut bien appeler un certain humanisme, mais comme l\u2019écrit Jean-Marc Léger, il faut soutenir le paradoxe : «Nous arrivons à cette situation apparemment paradoxale - et ceci d\u2019ailleurs vaut pour toutes les sociétés industrialisées -où la modernité prétendue est aliénante et conservatrice; c\u2019est l\u2019histoire qui est révolutionnaire et porte les vertus d\u2019innovation.» (L\u2019Action nationale, octobre 1992) Aussi, comprenons-nous bien: il ne s\u2019agit surtout pas de sombrer dans un délire nationaliste à la Maurice Barrés où les «déracinés» sont à vouer aux gémonies.Il s\u2019agit plutôt de comprendre, comme le disait récemment l\u2019essayiste français Pascal Bruckner à Réginald Martel sur les ondes de Radio-Canada, que «la connaissance du passé est le meilleur moyen de s\u2019ouvrir aux autres cultures» et à soi-même, pourrait-on ajouter.De comprendre, donc, que la seule façon de conjurer la prison de l\u2019isolement - intellectuel, social et national - se trouve dans cette nécessaire médiation que l\u2019on appelle l\u2019histoire et dont l\u2019oubli serait tragique.C\u2019est l\u2019histoire qui est révolutionnaire et porte les vertus d'innovation.316 Charles CASTONGUAY mathématicien, Université d\u2019Ottawa La situation linguistique dans le «West Island» et le «West Quebec» Introduction A partir de 1971, les recensements canadiens nous permettent de connaître la dynamique des langues au Québec en ce qui regarde tant la diffusion de leur connaissance que leur pouvoir d\u2019assimilation.C\u2019est de ce double point de vue que nous traiterons ici de l\u2019évolution de la situation linguistique au cours des vingt dernières années dans deux des principales régions de contact entre l\u2019anglais et le français au Québec, soit le West Island et le West Quebec.Ce que nous appelons le West Island regroupe les circonscriptions électorales québécoises de Notre-Dame-de-Grâce, de D\u2019Arcy-McGee, de Robert-Baldwin, de Jacques-Cartier, de Nelligan et de Marquette, soit approximativement la partie de l\u2019île de Montréal au nord du canal Lachine et à l\u2019ouest de l\u2019autoroute Décarie, et des villes de Mont-Royal et de Saint-Laurent.Le West Quebec recouvre les divisions de recensement de Pontiac et de Gatineau, soit les vallées des rivières Gatineau et Outaouais au nord et à l\u2019ouest respectivement de la ville de Hull.Nos deux indicateurs de la situation linguistique ont comme point de départ commun 317 la composition de la population selon la langue maternelle.La même caractéristique servira également à distinguer entre anglophones, francophones et allophones.La composante anglophone est légèrement majoritaire dans le West Island et forme une forte minorité dans le West Quebec.Par ailleurs, ces régions ont connu une évolution démolinguistique différente.Au cours des vingt ans à l\u2019étude, la population anglophone a maintenu son importance tant en chiffres absolus qu\u2019en chiffres relatifs dans le West Quebec: un effectif d\u2019un peu moins de 30 000, comptant pour environ le tiers de la population totale.Au contraire, dans le West Island, la population anglophone, d\u2019un peu plus de 185 000 en 1971, a diminué de quelque 28 000 personnes et n\u2019y forme maintenant qu\u2019une majorité relative: 47 p.100 de la population globale en 1991, par rapport à 61 p.100 en 1971.Nos indicateurs évolueront donc sur des toiles de fond distinctes, l\u2019une à peu près stable, l\u2019autre plus mobile.La composante anglophone est légèrement majoritaire dans le West Island et forme une forte minorité dans le West Quebec.Évolution de la diffusion de l\u2019anglais et du français Notre premier indicateur de la situation linguistique est la connaissance des langues officielles canadiennes.Nous mesurons la diffusion de la connaissance du français au moyen du pourcentage de la population non francophone qui déclare à un recensement donné connaître «assez bien» le français «pour soutenir une conversation».La diffusion de la connaissance de l\u2019anglais est mesurée de façon symétrique au moyen du pourcentage de non-anglophones qui déclarent connaître «assez bien» l\u2019anglais «pour soutenir une conversation».318 La connaissance du français parmi les non-francophones a progressé plus rapidement que celle de l\u2019anglais chez les non-anglophones.Il faut reconnaître qu\u2019il s\u2019agit de mesures aussi floues que subjectives puisqu\u2019à partir de 1971, chaque foyer reçoit et remplit le questionnaire en toute intimité, puis le met à la poste le jour du recensement.De l\u2019aveu même d\u2019analystes de Statistique Canada, les résultats obtenus en réponse à la question sur la connaissance du français et de l\u2019anglais sont «primitive at best».Néanmoins, puisqu\u2019ils sont très largement utilisés sur la place publique, nous en ferons état aussi.Le tableau 1 montre que, de façon générale, la connaissance des deux langues a progressé dans les deux régions depuis 1971 et que, partant de plus bas, la connaissance du français parmi les non-francophones a progressé plus rapidement que celle de l\u2019anglais chez les non-anglophones.Tableau 1 Diffusion de la connaissance de l\u2019anglais et du français, West Island et West Quebec, 1971 et 1991 \tConnaissance de l'anglais parmi la population non anglophone\tConnaissance du français parmi la population non francophone WEST ISLAND\t\t 1971\t67%\t29% 1991\t78%\t57% WEST QUEBEC\t\t 1971\t49%\t22% 1991\t61 %\t41 % Néanmoins, dans les deux régions, la connaissance de l\u2019anglais comme langue seconde demeure en fin de période de 20 points supérieure à celle du français, langue seconde.Compte tenu de la composition linguistique des populations en présence, cela implique que dans les deux régions, le bilinguisme est tou- 319 jours nettement plus répandu parmi la population francophone que parmi la population anglophone.Du point de vue de cet indicateur, l\u2019anglais domine donc encore clairement le français dans les deux régions.Notons que la diffusion de la connaissance du français demeure, à 41 p.100, bien faible en 1991 parmi les non-francophones (essentiellement des anglophones) du West Quebec, malgré la position démographique nettement majoritaire des francophones dans l\u2019Outaouais québécois.Évolution de l\u2019assimilation Notre deuxième indicateur de la position relative du français et de l\u2019anglais est l'assimilation linguistique.Nous mesurons son effet en comparant, pour un groupe linguistique donné, son effectif selon la langue maternelle à celui selon la langue d\u2019usage actuelle, c\u2019est-à-dire selon la langue parlée le plus souvent à la maison au moment du recensement.Il s\u2019agit du solde de l\u2019assimilation, ou de l\u2019assimilation nette.Un groupe profite de l\u2019assimilation lorsque son effectif selon la langue d\u2019usage est plus élevé que son effectif selon la langue maternelle.Dans les deux régions à l\u2019étude, seul le groupe anglophone profite de la sorte de l\u2019assimilation nette, aux dépens des groupes francophone et allophone.Nous emploierons donc aussi le terme anglicisation pour décrire ce mouvement net de l\u2019assimilation.Puisque la question sur la langue d\u2019usage à la maison vise un comportement plutôt objectif et bien mis en contexte, on considère généralement que les données de recensement sur l\u2019assimilation sont assez valides et robustes.En fait, on les présente volontiers comme indicateur optimal de la vitalité d\u2019une langue en contact avec d\u2019autres.Dans les deux régions, le bilinguisme est plus répandu parmi la population francophone que parmi la population anglophone.320 L\u2019anglicisation dans le West Island Le pouvoir d\u2019assimilation de l'anglais dans le West Island est plus élevé en 1991 qu'en 1971.Le tableau 2 montre que le pouvoir d\u2019assimilation de l\u2019anglais dans le West Island est plus élevé en 1991 qu\u2019en 1971, malgré la baisse du nombre d\u2019anglophones (langue maternelle) dans la région.On voit en effet que, si les populations francophone et allophone du West Island ont augmenté de façon appréciable au cours de la période, leurs pertes nettes à l\u2019anglais par voie d\u2019assimilation ont progressé aussi.Si bien, d\u2019ailleurs, que la population de langue d\u2019usage anglaise y demeure presque aussi nombreuse en 1991 qu\u2019en 1971.Du point de vue proportionnel, le taux net d\u2019anglicisation des francophones, soit les pertes nettes du français à l\u2019anglais par rapport à la population de langue maternelle française, est de 6,9 p.100 en 1991 en regard de 6,6 p.100 en 1971.De même, le taux net d\u2019anglicisation des allophones est de 45,6 p.100 en 1991 en regard de 42,7 p.100 en 1971.Quel que soit donc le point de vue qu\u2019on porte sur l\u2019assimilation dans le West Island, la position de l\u2019anglais y paraît encore plus forte -et celle du français encore plus faible - en 1991 qu\u2019en 1971.Tableau 2 Anglicisation nette, West Island, 1971 et 1991 \tTotal\tAnglais\tFrançais\tAutre 1971 Langue maternelle Langue d\u2019usage Solde de l'assimilation\t303 445 303 445\t185 730 205 928 + 20 198\t83 275 77 770 -5 505\t34 440 19 747 - 14 693 1991 Langue maternelle Langue d\u2019usage Solde de l'assimilation\t336 075 336 075\t157 650 197 310 + 39 660\t107 770 100 363 -7 407\t70 655 38 402 - 32 253 321 Une remarque s\u2019impose quant au tableau 2.Pour comparer les données de recensements différents, il faut simplifier les réponses doubles ou multiples.Nous avons simplifié celles de 1991 à peu près de la même manière qu\u2019on l\u2019a fait en 1971.Il convient aussi de garder à l\u2019esprit que les données de 1991 découlent d\u2019un questionnaire sensiblement différent de celui qui a été employé en 1971.Mais nous n\u2019avons trouvé aucune raison d\u2019estimer que ce changement aurait exagéré de façon notable le pouvoir d\u2019assimilation de l\u2019anglais dans les régions à l\u2019étude, en regard du questionnaire et des résultats de 1971.L\u2019anglicisation dans le West Quebec Le même jugement s\u2019applique en ce qui concerne le tableau 3 qui vise la partie ouest de l\u2019Outaouais, où les francophones sont majoritaires.On y constate un léger progrès de l\u2019anglicisation, réalisé surtout aux dépens de la population allophone qui s\u2019y trouve en lente croissance.Tableau 3 Anglicisation nette, West Quebec, 1971 et 1991 \tTotal\tAnglais\tFrançais\tAutre 1971 Langue maternelle Langue d\u2019usage Solde de l\u2019assimilation\t75 300 75 300\t26 970 29 755 + 2 785\t46 510 44 500 -2 010\t1 820 1 045 -775 1991 Langue maternelle Langue d\u2019usage Solde de l\u2019assimilation\t81 120 81 120\t27 711 31 281 + 3 570\t49 654 47 589 -2 065\t3 755 2 250 - 1 505 Notons que le taux net d\u2019anglicisation des francophones du West Quebec demeure, en 1991, à un peu plus de 4 p.100, soit un niveau un peu moins élevé que chez les francophones du West Island.Cet avantage apparent des francophones du West Quebec s\u2019explique non seulement par leur situation majoritaire, mais aussi par la concentration d\u2019une partie non négligeable de leurs effectifs dans des municipalités 322 rurales de la haute vallée de la Gatineau, éloignement qui explique aussi leur taux moins élevé de connaissance de l\u2019anglais en regard de celui des francophones du West Island.En effet, si l\u2019on se limite à des parties du West Quebec où les francophones sont, comme dans le West Island, minoritaires, on retrouve un pouvoir d\u2019anglicisation plus élevé.En particulier, à l\u2019ouest de la ville d\u2019Aylmer, dans le Pontiac rural, le taux net d\u2019anglicisation des francophones est d\u2019environ 10 p.100 en 1971 comme en 1991.Conclusion En 1991, l\u2019anglais domine au moins autant le français dans le West Island et le West Quebec qu\u2019en 1971.Dans l\u2019ensemble, les indicateurs du rayonnement et de l\u2019attraction linguistiques que nous offrent les recensements montrent tous deux qu\u2019en 1991, l\u2019anglais domine au moins autant le français dans le West Island et le West Quebec qu\u2019en 1971.Seuls les recensements nous offrent des informations recueillies de façon régulière auprès d\u2019un très vaste échantillon de la population, et qui peuvent être soumises à des tests de comparabilité rigoureux.Par conséquent, les observations et tendances présentées ci-dessus, surtout celles des tableaux 2 et 3, méritent d\u2019être sérieusement prises en considération par tous ceux qui s\u2019appliquent à bien connaître la situation du français et des francophones dans les régions à l\u2019étude.A l\u2019époque où le gouvernement fédéral songeait à créer des districts bilingues pour mieux protéger les diverses minorités provinciales de langue officielle, je m\u2019étais opposé dans ces pages, les 5 et 6 février 1976, à la création de pareils districts pour «protéger» davantage les populations anglophones dans la région de Montréal et dans l\u2019Outaouais québécois.En effet, l\u2019analyse des données linguistiques du recensement de 1971 montrait alors clairement que, dans ces régions, on devait plu- 323 tôt songer à renforcer la position du français.Le recensement de 1991 indique que cela demeure tout autant le cas dans le West Island et le West Quebec d\u2019aujourd\u2019hui.En somme, pour les quelque 150 000 habitants francophones du Pontiac rural, de la moyenne vallée de la Gatineau et de nombreuses municipalités dans l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal, le comportement linguistique minoritaire qu\u2019impose la domination de l\u2019anglais semble demeurer une condition particulièrement difficile à renverser.324 Yvette DELLIAC ?et Claudette GARIÉPY* L'anglais est en progression à l'Université de Montréal Le cri d\u2019alarme lancé par Michel Moisan, professeur au Département de physique de l\u2019Université de Montréal, concernant l\u2019anglicisation de l\u2019institution, arrive à point nommé pour nous, travailleuses et travailleurs syndiqués, membres de la section locale 1244 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).L\u2019article du professeur Moisan, paru dans Forum1 le 26 septembre dernier, sous la rubrique «Opinion du lecteur», démontre, avec exemples à l\u2019appui, la dégradation du français à l\u2019Université de Montréal.Citons-le: [.] Voilà quelques exemples de l\u2019image que nous projetons à l\u2019extérieur.Sur le plan interne, on note l'apparition de quelques documents bilingues: par exemple la publicité sur le covoiturage disponible en anglais, des annonces bilingues d\u2019assemblée de chercheurs postdoctoraux, sur la porte des toilettes en réparation : «out of order» (on croit rêver), etc.Il convient de s\u2019interroger sérieusement sur les per- * Syndicat des employées et employés de l'Université de Montréal.1 Le journal Forum est édité par la Direction des communications de l\u2019Université de Montréal.325 sonnes travaillant à l\u2019Université depuis plusieurs années et qui ne parlent pas français.Ainsi, en physique nucléaire, trois professeurs de cégep détachés comme chercheurs par le ministère de l\u2019Éducation ne parlent pas français, le plus récent en date étant à l'Université depuis 8 ans, le plus ancien depuis 13 ans.Au niveau du personnel technique, on trouve un technicien en pathologie à l\u2019emploi de l'Université (sur fonds de recherche) depuis 30 ans qui ne parle pas français! Ceci signifie qu\u2019on impose à nos étudiants de travailler en anglais avec eux.Au niveau des études supérieures, la Faculté des études supérieures permet de rédiger un mémoire en anglais, ce qui semble admis.On peut cependant se demander pourquoi on autorise des étudiants francophones à écrire en anglais (si leur français était parfait.).On peut surtout s\u2019interroger sur le fait que certaines soutenances aient lieu en anglais et que dans certains de ces cas l\u2019étudiant connaisse si peu le français qu\u2019il ne comprend pas une question posée en français, ceci après au moins deux ans de présence dans notre institution.[.] L\u2019Université de Montréal exige une connaissance de l\u2019anglais de ses employés dispersés dans les différents départements et services.Qu\u2019en est-il des conséquences directes de cette anglicisation pour les quelque 2 000 employés de soutien majoritairement francophones qui travaillent au sein d\u2019une administration qui s\u2019anglicise et assure de plus en plus des services en anglais à des étudiants, chercheurs et professeurs unilingues anglais, n\u2019ayant aucune obligation d\u2019apprendre le français même s\u2019ils étudient ou enseignent à l\u2019Université de Montréal?Les conséquences sont catastrophiques.Le personnel s\u2019anglicise au même rythme effarant.L\u2019Université de Montréal, comme employeur, exige de façon arbitraire une connais- 326 Les professeurs et les chercheurs font leurs demandes de subvention presque uniquement en anglais aux organismes subventionnaires du gouvernement du Québec ou du Canada.sance de l\u2019anglais de ses employés dispersés dans les différents départements et services.Cette anglicisation a-t-elle un impact direct sur les tâches des employés de soutien?Nous connaissons depuis plusieurs années, à l\u2019Université de Montréal, une hausse de l\u2019exigence de l\u2019anglais pour les employés qui sont en contact avec les professeurs, les chercheurs et les étudiants de maîtrise et de doctorat, puisque, à ces niveaux, le français n\u2019est pas exigé pour étudier à l\u2019Université de Montréal, tandis que ceux du baccalauréat ont un test de français obligatoire à l\u2019admission, et la connaissance du français est une condition pour l\u2019obtention de leur diplôme.La connaissance de l\u2019anglais est également exigée des employés qui n\u2019ont pas à communiquer en anglais à l\u2019intérieur de l\u2019Université, mais qui pourraient éventuellement le faire avec des organismes à l\u2019extérieur du Québec.De plus, comme les professeurs et les chercheurs font leurs demandes de subvention presque uniquement en anglais aux organismes subventionnaires du gouvernement du Québec ou du Canada, là encore, ce sont les employées de bureau qui sont les plus touchées par l\u2019exigence de l\u2019anglais.En effet, elles transcrivent les textes et les résultats de recherches en anglais, de même que les articles qui sont publiés dans les revues scientifiques.Pourtant, dans sa publication L\u2019Université de Montréal vers l\u2019an 2000, l\u2019Université, ne dit-elle pas, en parlant de sa mission de recherche : Reconnue comme la plus grande université d\u2019expression française en Amérique du Nord, l\u2019Université de Montréal se doit d\u2019offrir les meilleures possibilités d\u2019accès, en français, aux résultats de la recherche scientifique et technologique nord-américaine.De mettre en pratique ce qu\u2019elle prétend n\u2019empêcherait pas l\u2019Université de Montréal de 327 poursuivre un de ses objectifs qui est d\u2019accroître son rayonnement international.Pourquoi ne serait-il pas imposé aux professeurs et aux étudiants des 2e et 3e cycles, ainsi qu\u2019aux chercheurs et aux techniciens, une connaissance fonctionnelle du français, c\u2019est-à-dire de niveau secondaire 5?Par ailleurs, c\u2019est ce qu\u2019en fait obligation, aux ordres professionnels, la loi 57, loi modifiant la Charte de la langue française: Les ordres professionnels ne peuvent délivrer de permis qu\u2019à des personnes qui ont de la langue officielle une connaissance appropriée à l\u2019exercice de leur profession.[.] Actuellement, dans les laboratoires, tout se passe en anglais.On en arrive à des situations aberrantes, où le personnel de soutien doit expliquer, en anglais, au personnel de recherche (étudiants, professeurs, chercheurs) unilingue anglophone les consignes de sécurité ou les mises en garde.Sur les portes de certains de ces laboratoires, les consignes de sécurité sont affichées en anglais seulement, alors qu\u2019en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail elles devraient être compréhensibles par tous.Lorsque l\u2019Université de Montréal accueille des colloques ou d\u2019autres événements scientifiques, ceux-ci sont le plus souvent tenus en anglais; en conséquence, la connaissance de l\u2019anglais est exigée du personnel de soutien qui collabore à la préparation de ces événements.Dans d\u2019autres secteurs encore, les instruments de travail des employés manuels, catalogues, logiciels ou autres, sont, dans bien des cas, en anglais bien qu\u2019ils soient disponibles en français.C\u2019est donc sans raison valable que la connaissance de l\u2019anglais est demandée à tout le personnel de ces secteurs.Autre exemple d\u2019anglicisation: le personnel de soutien qui a à communiquer avec des entrepreneurs ou des fournisseurs établis au Sur les portes de certains de ces laboratoires, les consignes de sécurité sont affichées en anglais seulement.328 S\u2019il n\u2019y a pas un revirement rapide, l\u2019Université de Montréal perdra sa spécificité d\u2019être essentiellement de langue française.Québec, dont la langue de communication est l\u2019anglais, doit le faire dans cette langue, même si la Charte de la langue française oblige ces derniers à franciser leurs entreprises.D\u2019autre part, le rayonnement international de l\u2019Université doit-il se faire au prix de sa spécificité francophone, compte tenu qu\u2019elle ne peut se soustraire à la mondialisation du savoir où la communication se fait en anglais?Nous ne le pensons pas.Promouvoir le français ne voudrait pas dire se couper du reste du monde, mais démontrerait dans les faits qu\u2019il y a une volonté institutionnelle ferme de préserver la spécificité francophone de cette grande institution de haut savoir qu\u2019est l\u2019Université de Montréal.S\u2019il n\u2019y a pas un revirement rapide de cette situation, situation dont sont responsables, par leur négligence et leur laxisme, les dirigeants de cette institution, si ces derniers ne prennent pas des engagements clairs quant à l\u2019usage du français à tous les niveaux, l\u2019Université de Montréal perdra sa spécificité d\u2019être essentiellement de langue française.Il faudrait, dès maintenant, se demander pourquoi elle prétend, toujours dans sa publication .vers l'an 2000, au chapitre de son énoncé de mission, qu\u2019elle veut atteindre, vers l\u2019an 2000, le statut d\u2019une grande université de recherche nord-américaine, et demeurer alors, au Québec et au Canada, l\u2019université de recherche francophone par excellence.Comme le propose le professeur Moisan, et comme nous le demandons depuis plusieurs années, le moment est venu pour une réflexion commune à laquelle tous les intervenants concernés: le gouvernement, la direction de l\u2019Université de Montréal, le corps professoral par le biais de ses syndicats et les travailleuses et travailleurs syndiqués doivent être partie prenante.329 De petits peuples indépendants Dans les années quatre-vingt-dix, la communauté internationale a accueilli de nouveaux États indépendants qui se sont constitués à la suite de l\u2019éclatement des fédérations soviétique, tchécoslovaque et yougoslave.Les médias ont beaucoup parlé de ces nouveaux États en insistant surtout sur les cas problèmes de la Croatie et de la Bosnie.Mais ils ont complètement passé sous silence un autre phénomène, soit la reconnaissance par la communauté internationale de petits peuples européens qui n\u2019étaient pas dans le giron communiste et dont le niveau de vie se situait parmi les plus élevés du monde occidental.Ainsi, ont été admis comme membres de plein droit aux Nations-unies le Liechtenstein en l\u2019an 1990, San Marino en 1992, Monaco et Andorre en 1993.L\u2019expérience de ces micro-États peut être riche d\u2019enseignements pour le débat sur l\u2019avenir politique du Québec et montre qu\u2019il y a toutes sortes d\u2019arrangements possibles qui permettent l\u2019exercice du droit à l\u2019autodétermination pour des peuples qui sont loin d\u2019avoir la superficie et la population du Qué- Ce texte résume le travail de Jorri Duursma, Self-determination, Statehood and International Relations of Micro-States, de l\u2019Université de Leyde, Hollande, 1994. Le Liechtenstein est reconnu comme pays indépendant même s'il n 'exerce pas sa souveraineté dans certains domaines où il a jugé préférable de déléguer par traité ses pouvoirs à un autre Etat.bec.À l\u2019aide de la thèse de doctorat de madame Duursma, nous allons présenter les diverses modalités d\u2019exercice de la souveraineté de chacun de ces États.Le Liechtenstein Ce pays s\u2019étend sur une superficie de 160 kilomètres carrés et compte 29 386 habitants, dont seulement 62% ont la nationalité du Liechtenstein.Le Liechtenstein ne se distingue pas culturellement de ses voisins l\u2019Autriche et la Suisse, puisque l\u2019allemand y est la langue officielle.Comme État indépendant, le Liechtenstein entretient des relations privilégiées avec la Suisse avec laquelle il partage sa souveraineté dans plusieurs domaines: les postes, les douanes et la monnaie.L\u2019union postale avec la Suisse date de 1920 et prévoit que le service des postes et des télécommunications qui exige une lourde infrastructure soit administré directement par la Suisse.Le Liechtenstein s\u2019est toutefois réservé l\u2019impression des timbres-poste et le contrôle sur la radio et la télévision.Les deux pays ont aussi signé un traité d\u2019union douanière en 1924 qui accorde à la Suisse le pouvoir de fixer les réglementations douanières et de négocier des accords avec d\u2019autres États.Ce sont aussi les autorités suisses qui gèrent la surveillance des frontières et ce sont les tribunaux suisses qui jugent les délits.Enfin le traité d\u2019union monétaire signé en 1980 confie à la Suisse la législation sur la monnaie, le crédit et les banques.La monnaie légale du Liechtenstein est le franc suisse.Dans le domaine des relations internationales, la Suisse assure la représentation diplomatique du Liechtenstein, mais celui-ci demeure libre de mettre sur pied sa propre représentation là où il le désire.La Suisse, dans l'exercice de son mandat représentatif, doit res- 331 pecter les volontés du Liechtenstein.Celui-ci participe directement à plusieurs organisations internationales comme la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) où il siège au même titre que les USA et le Canada.Il est membre du Conseil de l\u2019Europe depuis 1978 et des Nations-unies depuis 1990.Il est donc reconnu comme pays indépendant même s\u2019il n\u2019exerce pas sa souveraineté dans certains domaines où il a jugé préférable de déléguer par traité ses pouvoirs à un autre État.Cette délégation d\u2019autorité est considérée comme un acte de souveraineté et chaque restriction de souveraineté peut être annulée après un avis d\u2019un an.San Marino On retrouve une situation semblable dans la république de San Marino qui est enclavée dans le territoire italien.D\u2019une superficie de 61 kilomètres carrés, ce pays comptait, en 1991, 25 863 habitants dont 82 % avaient la nationalité san-marinienne.Un traité d\u2019amitié régit les relations de la République avec l\u2019Italie qui s\u2019est engagée à respecter la liberté et l\u2019indépendance de ce mi-cro-État qui, en retour, lui a promis de ne pas s\u2019allier à d\u2019autres États.Ce traité prévoit aussi que les citoyens des deux États peuvent accéder librement à leur fonction publique respective.San Marino a adopté une politique discriminatoire envers ses propres citoyens en leur interdisant d\u2019exercer les fonctions de juges, cette mesure ayant pour objectif de garantir l\u2019indépendance de la justice dans une si petite société.San Marino a aussi renoncé à la possibilité d\u2019établir des casinos sur son territoire et s\u2019est engagé à collaborer avec l\u2019Italie pour la gestion de la radio et de la télévision.Ce traité peut être dénoncé par les deux États après un avis de six mois.332 San Marino entretient ses propres relations avec 58 États, dont la Chine.Il y a aussi une union postale et une union douanière entre les deux États.La première prévoit que les mêmes tarifs postaux s\u2019appliquent aux deux États et la seconde élimine les tarifs douaniers et impose un tarif unique aux États tiers.La lire est la monnaie légale, mais San Marino peut frapper sa propre monnaie qui a cours en Italie.Le système bancaire est sous contrôle italien.Ces conventions sur les relations financières et monétaires peuvent elles aussi être dénoncées après avis de six mois.La représentation diplomatique de San Marino est assumée par l\u2019Italie dans les pays où San Marino a décidé de ne pas entretenir de relations diplomatiques ou consulaires.La république entretient ses propres relations avec 58 États, dont la Chine.Elle est aussi membre de Fonds monétaire international, de la CSCE, de la FAO, de l\u2019OSM, de l\u2019Unesco, du Conseil de l\u2019Europe et de l\u2019ONU.Toute cette activité internationale représentait, en 1992, 2,8 % de ses dépenses et a fortement contribué à renforcer son statut d\u2019État souverain.Monaco L\u2019auteur soutient que, dans les différents cas examinés, ce n\u2019est pas la différence culturelle qui fonde le droit à l\u2019autodétermination mais le vouloir-vivre collectif.Ainsi, même s\u2019il y a peu de différences culturelles et linguistiques entre les micro-États et leurs voisins, ces peuples persistent à vouloir vivre séparés.Ceci est particulièrement évident dans le cas de Monaco.La principauté de Monaco a une superficie de moins de 2 kilomètres carrés sur lesquels vivent 29 972 personnes.Mais seulement 17 % de cette population a la citoyenneté monégasque.Un traité d\u2019amitié définit les relations entre la France et Monaco et encadre l\u2019indépendance monégasque.La France s\u2019est engagée à 333 défendre l\u2019indépendance, la souveraineté et l\u2019intégrité de Monaco.De son côté, Monaco dans l\u2019exercice de sa souveraineté ne doit pas porter atteinte aux intérêts politiques, navals, militaires et économiques de la France.C\u2019est en vertu de ce traité que la France a demandé à Monaco en 1962 d\u2019ajuster son système fiscal, afin d\u2019imposer les Français résidant sur son territoire comme s\u2019ils résidaient en France.De même, Monaco doit harmoniser sa législation sur le droit de séjour et de résidence des étrangers à celle de la France.Une convention monétaire limite aussi la souveraineté de Monaco en lui imposant la législation française sur le contrôle des changes, les institutions bancaires et le marché financier.Cette convention ne comporte pas de clause de résiliation.Comme dans les autres cas, on retrouve aussi une union postale et une union douanière qui peuvent être dénoncées après avis de six mois.Sur la scène diplomatique, Monaco exerce une souveraineté limitée, car elle ne peut participer qu\u2019aux conférences internationales qui traitent des problèmes scientifiques, moraux ou sociaux et doit se faire représenter par la France lorsqu\u2019il s\u2019agit de questions politiques, militaires ou économiques.En 1993, Monaco avait établi des relations diplomatiques avec 7 États et des relations consulaires avec 53 autres.Elle est membre de l\u2019Unesco et en dépit des restrictions imposées par la France à l\u2019exercice de sa souveraineté, son statut d\u2019État indépendant a été reconnu par la communauté internationale par son admission à l\u2019ONU en 1993.Monaco est membre de l\u2019Unesco et son statut d\u2019Etat indépendant a été reconnu par la communauté internationale par son admission à U ONU en 1993.L\u2019Andorre Ce territoire de 467 kilomètres carrés est enclavé entre la France et l\u2019Espagne.Sa population est de 46 166 habitants dont 24,3 % sont Andorrans.L\u2019Andorre a un système politique 334 En acceptant de lui accorder un siège le 28 juillet 1993, l\u2019Assemblée générale des Nations-unies reconnaissait la principauté comme un Etat souverain.particulier avec à sa tête deux chefs d\u2019État: l\u2019évêque d\u2019Urgell reflétant les liens avec l\u2019Espagne et le Saint-Siège et le coprince qui n\u2019est nul autre que le Président de la République française qui délègue son autorité à un représentant.L\u2019Andorre a procédé en 1993 à une réforme de sa constitution pour transférer les pouvoirs des co-princes à un Conseil général élu, ce qui rendait l\u2019Andorre formellement indépendante de la France.Cette nouvelle constitution a été approuvée par référendum avec 74 % des votes.Il y a deux restrictions importantes à la liberté d\u2019action de l\u2019Andorre sur la scène internationale.Elle ne doit rien entreprendre qui puisse nuire à la sécurité intérieure ou extérieure de la France et de l\u2019Espagne.Elle doit aussi respecter les intérêts fondamentaux de ses deux voisins.La France et l\u2019Espagne assurent la représentation diplomatique de la principauté et défendent les intérêts de ses ressortissants, lorsque l\u2019Andorre décide de ne pas être représentée directement.Ce rôle revient le plus souvent à la France qui accorde aux Andorrans «un passeport de protection» dans lequel leur nationalité est spécifiée.On retrouve comme dans les autres cas une union postale et douanière qui a la particularité d\u2019être tripartite.Toutefois, il n\u2019y a pas d\u2019union monétaire, le franc et la peseta étant les deux monnaies utilisées.En acceptant de lui accorder un siège le 28 juillet 1993, l\u2019Assemblée générale des Nations-unies reconnaissait la principauté comme un Etat souverain, comme une entité politique séparée territorialement de la France et de l\u2019Espagne et ceci en dépit des nombreux domaines où des Etats étrangers avaient des droits d\u2019intervention.Conclusion 335 Ces différents exemples montrent que l\u2019indépendance est compatible avec la coopération entre les peuples et qu\u2019un État peut laisser certaines juridictions à un autre État, sans porter atteinte à sa souveraineté, à la condition d\u2019en décider lui-même librement et de pouvoir résilier ces traités, accords ou conventions.Cette forme de souveraineté à géométrie variable n\u2019a pas empêché la reconnaissance internationale de l\u2019indépendance de ces peuples.Cette étude a aussi montré qu\u2019en droit international il n\u2019y a pas de normes minimales qui régissent le droit à l\u2019autodétermination.L\u2019étendue du territoire, l\u2019importance de la population ou des ressources économiques ne peuvent être invoquées pour empêcher un peuple d\u2019être souverain.Pour cette auteure, il n\u2019est pas non plus nécessaire qu\u2019il y ait des différences culturelles significatives pour qu\u2019un peuple puisse réclamer son indépendance, puisque le droit international a reconnu l\u2019indépendance à des populations peu différenciées culturellement de leurs voisins.L\u2019homogénéité de la composition ethnique de la population n\u2019est pas non plus un critère puisque deux des quatre micro-États reconnus par l\u2019ONU avaient une minorité de nationaux.Le critère fondamental semble être la volonté exprimée de vivre séparé d\u2019un autre entité politique.Lorsqu\u2019un peuple se perçoit comme différent, qu\u2019il dispose d\u2019institutions politiques propres et qu\u2019il veut vivre territorialement séparé des autres entités, il a droit à l\u2019autodétermination.Selon F auteure, lorsque l\u2019autodétermination d\u2019un peuple affecte l\u2019intégrité territoriale d\u2019un État déjà constitué, c\u2019est le droit à la sécession qui devrait l\u2019emporter sur le droit à l\u2019intégrité territoriale.Mais dans le cas de conflit entre ces deux droits, le droit international ne prévoit rien et ce sont les rapports de forces politiques ou militaires qui décident.Elle nous rappelle enfin que le rôle du droit international n\u2019est pas de maintenir le statu quo politique et que les structures des États et des organisations gouvernementales ont toujours été sujettes à changement.L'indépendance est compatible avec la coopération entre les peuples.336 Être jeune, est-ce encore avoir l'avenir devant soi?Jean-François SIMARD ?L\u2019avenir n\u2019est plus ce qu\u2019il était! Décidément, l\u2019avenir n\u2019est plus ce qu\u2019il était! Dans les années 1950, 1960 et 1970, l\u2019avenir était le gage, pour les jeunes dans la vingtaine, de lendemains prometteurs et d\u2019une prospérité économique et sociale soutenue, reliant ainsi la pauvreté à un phénomène en voie de disparition.À cette époque, l\u2019optimisme allait de soi ! Or, tel n\u2019est plus le cas pour les jeunes des années 1990 qui, depuis qu\u2019ils savent lire et compter, n\u2019ont d\u2019autre souvenir de l\u2019actualité économique qu\u2019une suite lamentable et presque ininterrompue de crises économiques, de faillites incessantes, de mises à pied, de taux de chômage effarants et de perspectives d\u2019emploi presque nulles.Ces contre-performances élémentaires conduisent ceux-ci à entretenir l\u2019image d\u2019une société qui les refuse et d\u2019un système économique qui, après leur avoir tant promis, n\u2019a d\u2019autre résultat tangible à leur offrir que l\u2019accroissement de l\u2019injustice, des inégalités sociales et d\u2019une pauvreté chaque jour plus dure à supporter.Discours pleurnichard?Malheureusement, la gravité de la situation, pour des centaines de milliers de jeunes Québécoises et Québécois, n\u2019est plus à démontrer.Le récent avis 337 sur la pauvreté des jeunes Dites à tout le monde qu\u2019on existe du Conseil permanent de la jeunesse témoigne du véritable génocide générationnel qui pointe à l\u2019horizon.En 1993, le taux de pauvreté chez les jeunes de 15 à 29 ans vivant seuls était de 40%.Chez les jeunes parents de moins de 30 ans, ce taux était de l\u2019ordre de 17 %.Les jeunes familles monoparentales vivent, quant à elles, dans la pauvreté dans 84 % des cas.De plus, selon Statistique Canada, le taux de chômage chez les 15 à 24 ans s\u2019établissait, pour 1993, à plus de 19%.Il atteint souvent le double dans moult régions périphériques du Québec.Des données tirées de compilations effectuées par la Direction de la recherche du ministère de la Main-d\u2019œuvre, de la Sécurité du revenu et de la Formation professionnelle confirme qu\u2019il y a actuellement au Québec des milliers de jeunes de moins de 30 ans, aptes au travail, recevant des prestations d\u2019assurance sociale.Devant cet état de fait, est-il nécessaire de rappeler les conséquences tragiques, sur le plan humain et social, d\u2019une telle précarité économique pour l\u2019ensemble de la jeunesse québécoise - et tout particulièrement pour ces jeunes néo-Québécois qui ressentent une double marginalisation: générationnelle et ethnique?L\u2019accroissement fulgurant de la prostitution juvénile, l\u2019accroissement de l\u2019usage des «drogues dures» et de la dépendance à celles-ci, le taux de suicide des 15 à 24 ans (qui est un des plus élevé du monde entier), l\u2019accroissement du taux d\u2019actes criminels réalisés par de jeunes contrevenants, la présence d\u2019une violence généralisée rappellent l\u2019ampleur de la détresse et de la misère qui accable la jeunesse québécoise.Cette pauvreté est d\u2019autant plus difficile à comprendre, à accepter ou à tolérer que, bien que le niveau de vie de l\u2019ensemble de la population québécoise augmente constamment, pa- En 1993, le taux de pauvreté chez les jeunes de 15 à 29 ans vivant seuls était de 40%.338 L'insuffisance du pouvoir d\u2019achat engendre un esprit de résignation et de passivité.radoxalement, celui de sa propre jeunesse ne cesse de se détériorer.Dans nos milieux de vie respectifs, nous sommes tous à même de constater, chaque jour, que ce sentiment d\u2019incompréhension et d\u2019injustice, souvent ressenti de façon confuse, se transforme en agressivité contre soi-même et les autres.Il semble de plus en plus évident - pou-vait-on déjà lire, en 1967, dans le fameux rapport Castonguay - que l\u2019insuffisance du pouvoir d\u2019achat engendre un esprit de résignation et de passivité.Cet esprit se transmet de génération en génération et peut devenir, sur le plan collectif, une entrave au développement.Comme le psychanalyste Éric Fromm a si bien su le décrire, il ne fait pas de doute que les groupes extrêmenent démunis n\u2019arrivent même pas à être désespérés, parce qu\u2019ils n\u2019ont aucune vision d\u2019avenir: ils sont moins violents que ceux qui voient des possibilités d\u2019espérer, mais ils constatent du même souffle que leur espoir est impossible.Pour la jeunesse québécoise, cette prédiction est lentement devenue réalité.Or, que peut-on, je vous le demande, souhaiter de pire à une génération que le « syndrome de la résignation acquise», ce sentiment que plus rien n\u2019est à faire et que le pire reste à venir?Que peut-on souhaiter de pire à une génération, je vous le demande encore, qu\u2019elle finisse une fois pour toutes par croire qu\u2019elle est vraiment une génération sacrifiée, sans ressources suffisantes, condamnée à la loi du chacun pour soi et à une lutte chaque jour plus impitoyable pour sa survie?Je veux parler ici au nom de mes soeurs et de mes frères qui, n\u2019ayant pas encore franchi le quart de siècle, trop brisés et marginalisés par la misère, n\u2019ont plus ni l\u2019énergie ni les moyens de s\u2019exprimer.Malgré la prudence que me commandent mon âge et ma raison, comment ne pas crier à l\u2019abandon et à la trahison de la part 339 d\u2019une société dont l\u2019élite politique croule sous le poids de sa propre autosatisfaction?Alors que des dizaines de milliers de jeunes Québécois se voient systématiquement exclus du circuit économique, faute d\u2019emploi, alors que des centaines de milliers d\u2019autres, jeunes, sans épargnes, otages d\u2019un emploi précaire et peu rémunéré, vivent dans la peur de se voir à leur tour exclus du circuit économique, il n\u2019est pas difficile de comprendre que quiconque dans cette situation réfléchit à son avenir, vit trop souvent dans la peur du lendemain, dans la peur de manquer de nourriture en milieu de mois, dans la peur de ne pas pouvoir payer le loyer qui s\u2019en vient, bref, dans la peur de ne pouvoir satisfaire à ses besoins de base.Lorsque l\u2019avenir est synonyme de peur, d\u2019exclusion ou, tout au plus, avec un peu de chance, de stagnation, alors, il n\u2019y a plus d\u2019avenir, il n\u2019y a plus d\u2019espoir, il n\u2019y a plus que la noirceur! La faillite du système éducatif La condition socio-économique de la jeunesse québécoise s\u2019avère d\u2019autant plus préoccupante que certains signaux laissent présager qu\u2019elle pourrait s\u2019aggraver.Des études réalisées par le Conseil permanent de la jeunesse estiment que les conditions socio-économiques des jeunes Québécois pourraient se détériorer à la suite des conséquences entraînées par les vagues successives de décrochage scolaire qui emportent inexorablement plus du tiers du contingent d\u2019étudiants de niveau secondaire depuis le milieu des années 1980.Toutefois, ce bilan très alarmant ne peut nous faire oublier cette fourchette de 10 à 20% d\u2019étudiants presque analphabètes, même après avoir terminé une scolarisation de cinquième secondaire.Ces «drop-in» - ces étudiants qui ont décroché à l\u2019interne - ont survécu à un système éducatif Des dizaines de milliers de jeunes Québécois se voient systématiquemen t exclus du circuit économique.340 La faillite du système économique se trouve fortement amplifiée par la faillite du système d\u2019éducation.qui a préféré niveler par le bas plutôt que par le haut.Qu\u2019adviendra-t-il de tous ces futurs adultes, diplômés ou pas, qui possèdent aujourd\u2019hui un savoir à ce point rudimentaire qu\u2019il n\u2019est pas à la hauteur des exigences de la société industrielle contemporaine et encore moins de celle de demain?La connaissance est comme la monnaie, estime Jean-Pierre Vélis: avec le temps, elle se dévalue.À l\u2019instar des sociétés occidentales, le Québec a connu une augmentation constante du capital de ses savoirs.Dans ce contexte d\u2019inflation des connaissances scientifiques et technologiques, c\u2019est par dizaines de milliers que de jeunes Québécois, chaque année, - sans même encore le savoir \u2014 se retrouvent d\u2019ores et déjà disqualifiés, complètement hors jeu du marché de l\u2019emploi, parce qu\u2019ils ont reçu une formation générale insuffisante, déjà devenue inutile ! Que dire d\u2019un système éducatif qui, concrètement et au-delà de l\u2019apanage des taux de diplômation, ne réussit pas à former adéquatement plus de la moitié de ses étudiants, sinon qu\u2019il est plus habile à produire l\u2019exclusion qu\u2019à dispenser une formation digne de ce nom?On le voit bien, pour les jeunes plus que toute autre génération encore, la faillite du système économique se trouve, à court terme, fortement amplifiée par la faillite du système d\u2019éducation.La faillite du néo-libéralisme économique et politique Dire que nous vivons dans une société où il existe une interdépendance grandissante entre le développement social et le développement économique est certes une réalité socioéconomique admise par tous.À preuve, ces politiques néo-libérales des dix dernières années qui ont oublié, dans la foulée de coupures et de compressions comptables, aveugles et im- 341 provisées, qu\u2019il y avait, qu\u2019il y a et qu\u2019il aura toujours une relation directe entre la croissance à long terme de la productivité et les investissements ayant pour objet le développement des individus.Une société qui n\u2019investit pas dans sa jeunesse, est, en l\u2019occurrence, une société «foutue» à très brève échéance ! Les jeunes n\u2019en peuvent plus de justifier l\u2019injustifiable! Ils n\u2019en peuvent plus de cautionner la pseudo-rationalité d\u2019une idéologie néo-libérale chaque jour plus stupide.Par exemple, au seul titre des politiques budgétaires gouvernementales et de l\u2019administration des finances publiques, rappelons qu\u2019en présentant son budget 1994-1995, le ministre des Finances, André Bourbeau, indiquait que l\u2019année 1993-1994 allait se terminer avec un déficit - record, faut-il le rappeler, dans l\u2019histoire du Québec - de près de cinq milliards de dollars.Dans les faits, ce déficit et ceux des années antérieures contredisent sur toute la ligne le discours tenu par son gouvernement depuis 1985 - et particulièrement depuis l\u2019inoubliable document publié à peine un an plus tôt, en janvier 1993, Vivre selon ses moyens - discours qui appelait tambour battant une disparition miraculeuse du déficit gouvernemental pour 1996-1997.Or, pendant que le ministre Bourbeau s\u2019amusait gaiement à se contredire et à rappeler qu\u2019il était dorénavant nécessaire de «réviser des échéances» fixées à peine douze mois plus tôt, de déficit fédéral en déficit provincial, de par le monde, les agences de cotation abaissaient la cote de crédit du Québec, amputant du même souffle, 15 à 20 ans à l\u2019avance, la marge de manœuvre de ma génération dans sa future administration des affaires de l\u2019État.En votant massivement contre le Parti libéral du Québec, lors des dernières élections, les jeunes ont démontré clairement qu\u2019ils en ont 342 soupé d\u2019une idéologie libérale rétrograde, où la valeur d\u2019un individu est égale à l\u2019épaisseur de son portefeuille, d\u2019une idéologie qui nous propose d\u2019individualiser les profits tout en collectivisant les pertes, d\u2019une idéologie qui en arrive à créer sur le plan social exactement l\u2019inverse de ce qu\u2019elle propose: l\u2019inégalité, plutôt que l\u2019égalité, la résignation plutôt que [\u2019entrepreneurship, la frustration plutôt que le dynamisme, le cynisme plutôt que la confiance, la marginalisation plutôt que l\u2019intégration, la désillusion plutôt que le rêve ! Pour sortir de l\u2019impasse.On le voit bien, la frustration, l\u2019incompréhension et la violence des uns, le cynisme, la résignation et la nonchalance des autres découlent en grande partie de l\u2019ostracisme économique dont est particulièrement et depuis si longtemps victime la jeunesse québécoise.Mais une droite folle appelle une gauche folle ! En tant que jeunes, pour nous disculper de notre propre indifférence à nous-mêmes, il serait facile de succomber à la tentation de nous limiter à blâmer la social-démocratie mal endiguée des babyboomers pour expliquer notre piètre situation socio-économique.Après tout, la «génération lyrique» n\u2019est-elle pas riche d\u2019une sécurité d\u2019emploi maintenue aux dépens des moins de 30 ans?Au fil des ans, depuis le début des années 1980, les «clauses-orphelins» sont désormais devenues la règle plutôt que l\u2019exception.Devant cet état de fait, les centrales syndicales ont jusqu\u2019à présent protesté du bout des lèvres devant l\u2019émergence de ces nouvelles inégalités salariales.Belle leçon syndicale de justice sociale, pourrions-nous facilement prétendre sans complètement avoir tort ! Comme jeunes, nous pourrions, facilement et avec raison, dénoncer, blâmer, culpabiliser, réclamer, mais tout cela ne suffirait pas à 343 sortir notre génération de l\u2019impasse dans laquelle elle se trouve.Qui plus est, cela ne nous dédouanerait surtout pas pour autant de notre propre responsabilité de nous assumer et de prendre enfin notre vraie place, dans notre société.Pour y parvenir, trois étapes interdépendantes les unes des autres me semblent essentielles à réaliser: prendre conscience de nous-mêmes, raviver l\u2019espoir et reprendre l\u2019initiative sociale et politique.Prendre conscience de nous-mêmes Prendre conscience de nous-mêmes me semble la première étape à partir de laquelle nous pourrons prendre confiance en nous-mêmes, confiance en notre propre capacité de changement.Malgré l\u2019échec du système éducatif évoqué précédemment, il nous faut toutefois rappeler que les collèges d\u2019enseignement général et les universités offrent un enseignement parmi les plus poussés du monde.Les jeunes étudiants et diplômés québécois savent tout de la mécanique quantique, de la comptabilité, de l\u2019électricité, de la psyché de l\u2019être humain.Ils ont tout appris de la plomberie, de la mécanique, de l\u2019informatique, de l\u2019histoire des civilisations.Ils ont tout appris, ou presque, sur tout, sauf, peut-être, sur eux-mêmes en tant que membres à part entière d\u2019une génération.En ce sens, les jeunes intellectuels québécois souffrent du «syndrome du cordonnier».Préoccupés à découvrir l\u2019Univers, nous nous sommes oubliés nous-mêmes, nous avons perdu conscience de notre propre existence et de nos appartenances communes.Bien sûr, culturellement, à l\u2019image de la société qui nous a façonnés, la jeunesse québécoise est très hétéroclite.Pourtant, à bien y regarder, certains dénominateurs émergent: un mépris très répandu à l\u2019endroit de l\u2019action et surtout des acteurs Prendre conscience de nous-mêmes me semble la première étape à partir de laquelle nous pourrons prendre confiance en nous-mêmes.344 La jeunesse des années 1990 est peut-être la génération de jeunes la plus hétéroclite de toute l\u2019histoire du Québec.politiques, une intégration socio-professionnelle lente et difficile à réaliser, une paupérisation économique et culturelle croissante, enfin, un sentiment latent et confus d\u2019angoisse relié à une perception d\u2019absence presque totale de contrôle sur l\u2019avenir.Culturellement, politiquement, spirituellement, linguistiquement, la jeunesse des années 1990 est peut-être la génération de jeunes la plus hétéroclite de toute l\u2019histoire du Québec.Paradoxalement, c\u2019est peut-être aussi celle qui a le plus besoin d\u2019unité pour remédier à l\u2019exclusion de plus en plus généralisée dans laquelle elle se voit confinée.Elle doit, plus que toute autre, se sensibiliser à cette nécessité de contrer collectivement la pauvreté qui la gagne inexorablement comme la gangrène.En ce sens, le pire ennemi de ma génération n\u2019est-il pas en elle-même : l\u2019indifférence à son propre soi ?Les limites à notre développement social ne sont-elles pas dans nos têtes?Quelques pas vers l\u2019inconnu: l\u2019espoir! Une réflexion sur l\u2019espoir peut paraître a priori trop mystique ou philosophique par rapport à la nature de la question que nous nous posons.À mon avis, il n\u2019en est rien.Car, sans espoir, il serait impossible à l\u2019homme d\u2019envisager toute tentative de changement social.Mais de quel espoir s\u2019agit-il?S\u2019agit-il de l\u2019espoir de ceux qui veulent une plus grande maison ou encore une deuxième voiture?Non ! Ces gens ne sont pas des gens d\u2019espoir, ils sont tout simplement des matérialistes.S\u2019agit-il d\u2019un espoir de bon ton pour fins de discussion dans des salons?Non ! Cela s\u2019apparente davantage à l\u2019hypocrisie qu\u2019à autre chose.S\u2019agit-il alors d\u2019un espoir passif, de l\u2019espoir d\u2019un futur 345 et d\u2019une postérité qui réaliseront les projets les plus ambitieux, régleront les injustices actuelles sans que nous ayons à faire quelque chose?Bien sûr que non ! L\u2019espoir d\u2019un avenir qui se chargerait par lui-même d\u2019accomplir les choses magiquement s\u2019avère un espoir futile, voire dangereux.L\u2019espoir auquel je fais ici référence et auquel j\u2019appelle toute ma génération à s\u2019associer, est un espoir qui repose sur le courage ou, comme l\u2019appelle Spinoza, sur la «force d\u2019âme» de dire «non» à la fatalité et à la résignation, au moment même où bien des facteurs nous incitent à y céder.C\u2019est l\u2019espoir qu\u2019en secouant nos puces, qu\u2019en nous réveillant collectivement et qu\u2019en refusant d\u2019accepter le statut et les conditions d\u2019une génération perdue, qu\u2019en pensant pour agir, plutôt que de réagir sans penser, et qu\u2019en nous mobilisant derrière des choix de société éclairés, nous puissions changer le monde dans lequel nous vivons et avoir prise sur notre développement et sur notre avenir.En ce sens, le progrès social de ma génération dépend dorénavant de sa capacité d\u2019avoir prise sur son propre désespoir ! Le progrès social de ma génération dépend dorénavant de sa capacité d\u2019avoir prise sur son propre désespoir! Reprendre l\u2019initiative Comme le rappelle avec brio Pascal Bruckner dans La Mélancolie démocratique, «nous vivons une situation étrange: à mesure que la démocratie s\u2019étend chez les autres, elle paraît s\u2019éteindre lentement chez nous.» Cette situation, propre à l\u2019ensemble du monde occidental, et à laquelle la société québécoise n\u2019échappe pas, me semble encore plus criante pour ma génération, qui boude systématiquement l\u2019engagement politique.Force nous est de constater, comme le mentionne Jacques Grand\u2019Maison, que des structures démocratiques très poussées n\u2019engendrent pas automatiquement des comportements du même type.346 Reprendre l\u2019initiative, c'est développer des pédagogies politiques qui susciteront une pratique démocratique véritable et féconde.Surtout chez une génération qui vit - encore pour l\u2019instant - dans les acquis de la «Révolution» tranquille et qui ne connaît de révolutionnaire que ce qu\u2019elle a lu dans les livres d\u2019histoire ou appris par la télévision.S\u2019il y a quelques raisons d\u2019estimer l\u2019urgence d\u2019un changement social en notre faveur, il y a de facto quelques raisons d\u2019estimer l\u2019urgence de notre engagement.Dans ce contexte, reprendre l\u2019initiative, c\u2019est en finir avec l\u2019inertie tranquille qui paralyse la jeunesse québécoise depuis plus de vingt ans ; c\u2019est oser prendre la parole, oser bousculer les vieilles gardes et les idées reçues; c\u2019est refuser de gérer la décroissance de notre société; c\u2019est cesser d\u2019être une génération qui vit par procuration, en laissant à d\u2019autres qu\u2019elle-même le soin de décider en son nom ce à quoi quoi elle aspire; c\u2019est devenir leader de nos milieux respectifs, c\u2019est abjurer l\u2019apolitisme plutôt que de le conforter, c\u2019est, tel que Jacques Grand\u2019Maison l\u2019exprime, développer des pédagogies politiques qui susciteront une pratique démocratique véritable et féconde; c\u2019est aussi, comme Vincent Casmao l\u2019entend, devenir des militants du changement et reconquérir la maîtrise de notre dynamisme social; c\u2019est, en définitive, comme jeunes, à l\u2019égard de notre vision actuelle de l\u2019action politique, renverser notre façon de concevoir les choses.347 Les enjeux derrière le voile La condition des femmes et la montée de l'intégrisme L\u2019affaire des foulards, en France, ainsi que ses répercussions dans une école montréalaise, au début de l\u2019année scolaire, ont sensibilisé la population à la question du voile et à la présence d\u2019une communauté musulmane militante en terre québécoise.Des questions se posent encore, cependant.Quel est le véritable sens de ce voile islamique?Devons-nous le tolérer à l\u2019école?Plusieurs opinions ont déjà éclairé notre lanterne.Peut-être serait-il utile, toutefois, de plonger notre regard vers le passé pour mieux comprendre le véritable statut de la femme dans l\u2019Islam, les causes des tensions actuelles et de la montée de l\u2019intégrisme.Depuis sa fondation, l\u2019Islam, cette puissance d\u2019un milliard de musulmans, a influencé la condition des femmes dans la région méditerranéenne, en Afrique et jusqu\u2019en Indonésie.Encore de nos jours, là où les coutumes islamiques sont restées intactes, la dure condition féminine semble immuable.Toute la vie personnelle de la femme y est régie au quotidien par le Coran et la Charia, dans un espace réduit à son seul foyer.1.Un peu d\u2019histoire Avant l\u2019avènement de l\u2019islam, au VIIe siècle, la femme avait perdu presque tous ses 348 Gisèle BELZILE, enseignante à l\u2019école Saint-Luc La femme sera à la fois asservie et protégée.droits.La naissance d\u2019une fille était déshonorante pour le père arabe.La pratique du Wa'd (inhumation des filles vivantes) était un trait révélateur de la négation totale de ses droits.Cependant, en plus du mariage patriarcal, il régnait une grande diversité d\u2019unions sexuelles dont certaines à caractère matrilinéaire.Le plus frappant était l\u2019absence d\u2019un modèle de mariage unique et institutionnalisé.Mais, à la fin de cette période de la Jahiliya, le patriarcat avait fini par s\u2019imposer avec force grâce à la propriété privée et à l\u2019esclavage.Mahomet était de son temps.Ses réformes, en ce VIIe siècle, ont consolidé la suprématie des hommes tout en assurant, toutefois, un minimum de protection aux femmes.A l\u2019origine, l\u2019islam était donc moderniste par rapport aux coutumes des Bédouins : Allah parlait de bonté pour les femmes.Ainsi, le Coran consacrera l\u2019autorité absolue de l\u2019homme sur la famille et interdira toute forme d\u2019autodétermination féminine, considérée comme dangereuse pour l\u2019ordre musulman.Par contre, la polygamie sera limitée à quatre femmes, l\u2019inhumation des filles sera interdite et la femme pourra hériter, bien que partiellement.Désormais, la juridiction islamique déterminera le statut personnel de la femme.La femme sera à la fois asservie et protégée.Si, en Occident, c\u2019est la sexualité qui a été avilie, en Islam, c\u2019est la femme, symbole de désordre.Elle est l\u2019ogre et le diable dans l\u2019imaginaire des contes et des superstitions en même temps qu\u2019elle représente les délices du paradis.Mahomet n\u2019a-t-il pas «constaté que l\u2019enfer est surtout peuplé de femmes»?1 D\u2019après Boudhi-ba, l\u2019opinion de l\u2019imam Ali va dans le même 1.Boudhiba, A., La sexualité en Islam, P.U.F., Paris, 1975, 144.349 sens: «La femme tout entière est un mal; et ce qu\u2019il y a de pire en elle, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mal nécessaire2,» Dans ce contexte, il n\u2019est pas surprenant qu\u2019il y ait tant de différence dans le droit islamique ancien et moderne, entre la sexualité masculine caractérisée par la polygamie et le laxisme, et la sexualité des femmes, ces êtres destructeurs et décrétés inférieurs par Allah ! Cette méfiance se traduira par les divers traumatismes qui seront imposés à la femme: la domination des mâles de sa maison, le mariage arrangé, la défloraison quasipublique, la claustration, le voile, la répudiation, la polygamie, les coups, voire l\u2019excision.au service d\u2019une mauvaise cause, l\u2019aliénation systématique de la femme par le pouvoir masculin.La loi coranique contribue à doter la communauté d\u2019une mentalité «à la fois puritaine et jouisseuse» où la liberté sexuelle de l\u2019homme est grandement privilégiée.D\u2019ailleurs, les jouissances sexuelles ne sont-elles pas vues dans le Coran comme la «préfiguration essentielle des délices du paradis»?Les femmes ne sont pas exclues de ce paradis, mais si des vierges «divinement belles» attendent les Croyants pour un orgasme éternel dans ce harem céleste, aucun amant de service n\u2019est prévu pour les femmes ! Outre son rôle d\u2019objet de jouissance, la femme est réduite à celui de reproductrice.D\u2019où ce culte de la maternité, si important dans la personnalité arabomusulmane.Il faut à tout prix être mère, d\u2019enfants mâles de préférence, pour obtenir un minimum de reconnaissance sociale et de sécurité.Malheur à la célibataire ou à la femme stérile ! Notons que la période de purification de la mère est de quarante jours 2.Id\u201e p.145 350 pour la naissance d\u2019un garçon et de quatre-vingts pour celle d\u2019une fille.Au sein de la famille musulmane, nous avons vu que l'autorité légale appartient aux hommes.2.Le droit d\u2019héritage Au sein de la famille musulmane, nous avons vu que l\u2019autorité légale appartient aux hommes: aïeul, père, époux, frère, oncle ou tuteur.La patrilinéarité fait que les enfants sont insérés dans le clan de l\u2019époux.Même si la fécondité maternelle y est valorisée, les enfants appartiennent à leur père.La croyance au «bâtard» est le signe le plus révélateur de la dépossession des femmes au profit des hommes.La maternité, évidence biologique, est supplantée au bénéfice de la paternité, présomption juridique.3 Le droit à l\u2019héritage pour la femme, introduit par le Coran à raison de la moitié de la part de ses frères, se révèle très difficile d\u2019application dans un contexte patriarcal.En effet, ce droit n\u2019est pratiquement pas appliqué, sauf chez les Touaregs et les Maures, car il brise l\u2019unité tribale et disperse le patrimoine familial.En effet, même limité, l\u2019héritage de la fille risque fort d\u2019émietter les biens du clan.D\u2019où les efforts pour limiter la circulation des richesses et, par conséquent, celle des femmes.Ainsi, pour éviter toute dispersion des biens du clan, on ne permettra à la femme d\u2019hériter qu\u2019à la condition d\u2019épouser un membre de ce groupe.Sinon, elle sortira du groupe familial sans que les biens ne la suivent.Evidemment, puisque l\u2019islam permet le mariage consanguin (même au premier degré), l\u2019endogamie ou système de cousinat sera pratiquée sur une haute 3.Souriau, C\u201e Femmes et politique autour de la Méditer-rannée, Éd.L\u2019Harmattan, Paris, 1980, p.200.351 échelle et stabilisera efficacement le patrimoine.L\u2019oncle paternel aura aussi droit de priorité sur tout autre prétendant quant au mariage de sa nièce avec l\u2019un de ses fils.Il pourra même sévir, si nécessaire.Ainsi, les enfants mâles seront les seuls à se partager l\u2019héritage avec, comme conséquence, l\u2019impossibilité, spécialement pour la fille, d\u2019espérer une union non conforme aux intérêts de sa famille.3.Le voile La tradition du voile existait bien avant l\u2019Islam, dans la classe aisée: il était bien vu pour un riche propriétaire d\u2019imposer le voile à ses femmes, ce qui ajoutait à son prestige.Par l\u2019imposition du voile, «l\u2019islam ne faisait que renforcer le pouvoir de l\u2019homme à l\u2019intérieur de la famille patriarcale, et bientôt, il ne permit plus aux femmes que la possibilité de laisser leurs pieds et leurs mains découverts4.» Mais il ne faut pas s\u2019étonner que ce voile, qui constitue un odieux moyen de répression à des yeux d\u2019Occidentaux, soit source de fierté pour de nombreuses femmes dans certains milieux musulmans.Il y est perçu comme un privilège réservé à celles dont le mari est fortuné.À un tel point que la paysanne, qui va habituellement tête nue à la campagne, se voile si elle va vivre en milieu urbain, s\u2019honorant de ce signe de distinction.Le port du voile est même ressenti par plusieurs femmes comme un instrument d\u2019anonymat commode qui, en outre, leur évite d\u2019être harcelées dans les espaces publics.Paradoxalement, ce qui est de prime abord un acte de pouvoir phallocratique et une mise au rancart de la femme a comme consé- II était bien vu pour un riche propriétaire d\u2019imposer le voile à ses femmes.4.Nawal, Y., Les femmes dans l\u2019Islam, Éd.La Brèche, Paris, 1980, p.37.352 quence de retirer à l\u2019homme la présence féminine tant convoitée, de manière à éteindre son désir.Le regard de l\u2019homme sur la femme devient «illicite».Le mâle est condamné au voyeurisme, en compensation.Après avoir imposé l'incognito à ses femmes par le voile, la société mâle n\u2019a plus qu'à les séquestrer.4.La ségrégation Dans l\u2019islam traditionnel, la sexualité est territoriale.Par exemple, la rue est un espace public et masculin, appartenant à l\u2019univers de l\u2019Umma.La sphère domestique est réservée aux femmes et aux enfants, tout en étant soumise au pouvoir de l\u2019homme.Cette division territoriale concorde avec l\u2019attribution inégalitaire du pouvoir.Après avoir imposé l\u2019incognito à ses femmes par le voile, la société mâle n\u2019a plus qu\u2019à les séquestrer.En effet, note A.Boudhiba, dans les milieux les plus stricts, «une femme qui n\u2019est pas chez elle est a priori suspecte.»5 Ses sorties, naturellement voilées, seront donc restreintes.Souvent, l\u2019épouse doit se limiter à des visites à sa famille ou au bain public, avec la permission du mari et la présence obligatoire d\u2019un chaperon (qui peut être la belle-mère ou un tuteur).La possibilité de rencontrer des mâles est ainsi limitée au strict minimum.Certaines femmes avouent n\u2019être jamais sorties de la maison, sauf en de très rares occasions.D\u2019après le féministe musulman Kacem Amin, la ségrégation des femmes et l\u2019imposition du voile mettrait les mâles à l\u2019abri de leur propre faiblesse.L\u2019oeuvre de Ghazali, ce grand théologien du XIe siècle, illustre cette dimension de l\u2019inconscient musulman, comme en témoigne Mernissi : «Les femmes doivent être contrôlées afin d\u2019éviter que les hommes ne se détournent 5.Boudhiba, A., op.cit., p.240.353 de leurs devoirs religieux [à cause] du pouvoir destructeur, dévorant de la femme6.» Ainsi, la victime devient le bourreau et vice-versa.Responsable de pourvoir aux besoins matériels et sexuels de sa femme, l\u2019homme se doit aussi, pour maintenir l\u2019ordre musulman (patriarcal), de la surveiller et de la discipliner.«La femme est un être qui grandit dans les ornements et les parures et qui est toujours à disputer sans raison.Vous pouvez donc réprimander et battre à votre guise.Elle devra vivre sévèrement cloîtrée et ne prendre aucune part à votre vie extérieure.Ne lui confiez jamais un secret car de sa nature elle est perfide et perverse.Je n\u2019ai jamais laissé à l\u2019homme de calamité plus pernicieuse que la femme7.» La société musulmane cherche à assurer la fidélité absolue de la femme en l\u2019enfermant, en empêchant toute promiscuité avec le sexe masculin.Mais, paradoxalement, cette claustration intensifie la sexualisation des rapports hommes-femmes.Durement coupé du monde des femmes, l\u2019homme est en butte à une recherche constante en vue de satisfaire des pulsions sexuelles.Cette séparation des sexes se révèle tout aussi castatrice pour le garçon que pour la fille.L\u2019enfant apprend à se méfier de l\u2019autre sexe, à le dominer, à le craindre, à le manipuler et à le séduire, ce qu\u2019il fera jusqu\u2019à l\u2019âge mûr.Son épanouissement émotionnel sera perturbé du fait que tous ses échanges avec l\u2019autre sexe sont suspects, donc faussés au départ.6.\tA.Boudhiba, Id., p.11.7.\tDupé, G., La sexualité et l'érotisme dans les religions, Éd.A.Lefeuvre, Nice, 1980, p.55.La société musulmane cherche à assurer la fidélité absolue de la femme en empêchant toute promiscuité avec le sexe masculin.354 On peut comprendre que cette séparation sexuelle ait, comme conséquence normale, le développement de la pratique de l\u2019homosexualité.Même condamnées par la doctrine islamique, les relations homosexuelles semblent «pratique fort courante tant en milieu féminin qu\u2019en milieu masculin», observe A.Boudhiba.Homosexualité, pédérastie, saphisme, voire bestialité dans les campagnes, sont vus comme un pis-aller, une compensation à l\u2019absence de femmes dans le territoire masculin.Dans le mariage musulman, la tâche principale de la femme est d\u2019épargner à l'homme toutes les tâches qui peuvent l\u2019accabler.5.Le mariage Dans le mariage musulman, la tâche principale de la femme est d\u2019épargner à l\u2019homme toutes les tâches qui peuvent l\u2019accabler ou l\u2019importuner.Le Coran confirme les droits du mari : «Les femmes sont votre champ.Cultivez-le de la manière que vous entendrez8.» (chap.II, verset 223) Dans la plupart des pays islamiques, le consentement de la femme n\u2019est pas nécessaire pour la signature du contrat de mariage.Il suffit de celui d\u2019un homme désigné par la loi pour la représenter: c\u2019est généralement le parent mâle le plus proche et son consentement est obligatoire.Ce qui entraîne de fréquents mariages forcés.L\u2019âge du mariage est très précoce chez les filles musulmanes: la majorité d\u2019entre elles se marient avant la puberté ou pendant les quelques années suivantes.Tout se passe comme si l\u2019on se hâtait de marier les filles malgré elles, de façon à éviter toute union fondée sur l\u2019amour car, selon le Coran, l\u2019amour humain détourne de l\u2019amour divin.Le père se hâte de la donner au plus offrant, question d\u2019éloigner le danger de rapport sexuel illicite et d\u2019atteinte à 8.G.Dupé, La sexualité dans les religions, 56.355 sa virginité.L\u2019honneur de la famille est en jeu ! Dès lors, il n\u2019est pas rare de voir le cas de jeunes impubères partager la couche conjugale de vieillards quasi séniles cherchant à se revigorer sexuellement! Le mythe de la virginité est toujours aussi tenace dans la mentalité musulmane.Ce mythe est vécu comme un traumatisme par la jeune fille : la preuve sanglante sera-t-elle concluante, lors de la défloration semi-publique, le soir des noces?La famille du marié va souvent jusqu\u2019à exiger un certificat de virginité, question de ne pas se faire rouler.L\u2019honneur familial, intimement lié à cette virginité, pousse parfois pères, maris ou frères jusqu\u2019au «crime d\u2019honneur», souvent impuni.La cellule familiale est basée sur un rapport de force encouragé par un contexte social et religieux qui pousse le mari à commander son épouse plutôt que de l\u2019aimer.L\u2019homme est le maître.On le craint.Le droit de châtier sa femme en la battant lui est pratiquement incontesté, dans les faits.La parole du Prophète est claire: «Celles dont vous craignez l\u2019indocilité, admonestez-les.Reléguez-les dans les lieux où elles couchent! Frappez-les! Si elles vous obéissent, ne cherchez plus contre elles de voie de contrainte! Allah est auguste et grand9.» Dans les milieux traditionnels, la femme n\u2019est pas admise à table quand le mari invite des amis à la maison.La jalousie du mari le pousse à cloîtrer sa femme dans la maison pour l\u2019empêcher de rencontrer tout homme étranger.Même les noces avaient lieu en deux étapes, autrefois, de façon à éviter tout contact entre les deux familles.Aujourd\u2019hui, la plupart des fa- Dans les milieux traditionnels, la femme n\u2019est pas admise à table quand le mari invite des amis à la maison.9.Y.Nawal, Femmes dans l\u2019Islam, 9.356 milles se réunissent pour la fête au même moment, mais les hommes et les femmes sont dans des salles différentes.Dans la société marocaine, par exemple, le mariage est virilocal: la femme habite donc souvent dans la famille de son mari.Elle doit alors se soumettre à sa belle-mère qui dirige la maisonnée et contrôle les dépenses et les sorties.La cérémonie du baisemain deux fois par jour et l\u2019obligation d\u2019appeler sa belle-mère «Lalla» (maîtresse) expriment cette déférence.L\u2019emprise de la belle-mère sur son fils s\u2019en trouve renforcée.Comme elle a habituellement renoncé à sa sexualité, vu son âge, elle est plus libre et c\u2019est souvent à elle qu\u2019il reviendra de servir de chaperon à sa belle-fille en cas de sortie.L\u2019image de cette femme vieillissante est perçue très négativement, comme en atteste l\u2019un des nombreux proverbes populaires qui la concernent: Ce que Satan réalise en une année La vieille femme femme le réalise en moins d\u2019une heure10.6.La polygamie Pratiquée bien avant l\u2019islam et originant de la pratique de l\u2019esclavage, la polygamie existe encore, bien que paraissant plutôt démodée, au XX' siècle.Cependant, la crainte de l\u2019injustice a poussé le Prophète à limiter à quatre femmes le droit de l\u2019homme à la polygamie : Épousez donc celles des femmes qui vous seront plaisantes par 2, par 3, par 4, mais si vous craignez de n \u2019être pas équitables, prenez-en une seule ou des concubi-nesu.10.\tMemissi, F., Sexe, idéologie, Islam, Éd.Tierce, Paris, 1983, 138.11.\tId., 32.357 La polygamie est un phénomène de classe, car un mari qui doit faire vivre plusieurs femmes équitablement doit être assez fortuné.Toutefois, il arrive que l\u2019homme prenne une deuxième épouse plutôt qu\u2019une domestique qu\u2019il lui faudrait payer.Dans les campagnes, l\u2019homme se remarie plus pour avoir des bras supplémentaires aux champs que par caprice sexuel.Les épouses sont poussées à rivaliser en vue d\u2019obtenir les faveurs du mari, avec la crainte d\u2019un renvoi toujours possible.Cette façon de mettre en valeur le mâle l\u2019empêche, curieusement, de choisir son épouse préférée au moment de son choix.Il est soumis au système de rotation institué par Mahomet lui-même, par esprit de justice.Nous avons vu que le Prophète n\u2019a pas restreint le concubinage.Cette concurrence de femmes choisies, belles et parfois très instruites permet à l\u2019époux une sursatisfaction de sa libido tout en ajoutant à la dévalorisation profonde de l\u2019épouse.Mais dans l\u2019islam d\u2019aujourd\u2019hui, ces pratique de polygamie et de concubinage sont en nette régression, minées par les difficultés économiques.L\u2019homme préfère des mariages successifs plutôt que simultanés.La pratique de l\u2019esclavage est aujourd\u2019hui disparue des coutumes musulmanes.Mais Dupé rappelle que, jusqu\u2019aux années 1930, à Rabat, «se tenait encore un marché d\u2019esclaves à l\u2019encan [où] on vendait surtout des femmes12.» Les Français ont mis fin à ce scandale.Il arrive que l\u2019homme prenne une deuxième épouse plutôt qu \u2019une domestique qu 'il lui faudrait payer.1.La répudiation Tout comme pour la polygamie, la loi coranique accorde exclusivement le droit à la répudiation au mari.Le simple énoncé de la for- 12.Dupé, G., op.cit., p.56.358 Dans le Code marocain, la femme peut quitter son mari, s\u2019il y consent, en lui abandonnant sa dot.mule, prononcé trois fois, suffit au renvoi de l\u2019épouse.Souvent prononcée sous le coup de la colère, la répudiation irréfléchie peut causer beaucoup d\u2019inconvénients à celui qui s\u2019en sert.Il faut noter la fréquence et le caractère révoltant de la répudiation.Souvent sans emploi, sans formation professionnelle, sans ressources financières, la femme doit quitter le foyer sur simple décision du mari.Dans la plupart des pays islamiques, celui-ci n\u2019a jamais à motiver sa décision, même devant le juge qui se contente de prendre acte du désir du mari, sans en discuter le bien-fondé.Dans le Code marocain, la femme peut quitter son mari, s\u2019il y consent, en lui abandonnant sa dot ou en lui versant effectivement une somme d\u2019argent pour racheter sa liberté.Cette technique du kulh\u2018 semble être une des rares traces de survivance de l\u2019indépendance féminine pré-islamique, que les règles musulmanes ont soigneusement éliminée.L\u2019idée que l\u2019enfant appartient à son géniteur est issue de la montée du pouvoir patriarcal.Une période d\u2019attente avant son remariage est imposée par la loi coranique à la répudiée ou à la veuve, même ménopausée.Cette «idda» aura comme effet de garantir la paternité du Croyant tout en restreignant une fois de plus les droits sexuels de la musulmane.8.La prostitution L\u2019enfermement des femmes, la fidélité et la chasteté qui leur sont imposés ont un effet boomerang sur les hommes.La privation les pousse à recourir à la prostitution des femmes inférieures.D\u2019après Boudhiba, elle est si généralisée qu\u2019elle «fait partie de l\u2019équilibre intime des sociétés musulmanes».C\u2019est le seul moyen d\u2019initier les jeunes garçons à la vie sexuelle, 359 devant la rigoureuse impossibilité d\u2019échanges avec l\u2019autre sexe.Avant l\u2019islam, la prostitution était très répandue et acceptée socialement.Pourtant formellement condamnée par le Coran, cette pratique est tolérée dans presque tous les pays islamiques, sauf en Iran, depuis la prise du pouvoir par les mollahs.Au Maroc, la prostitution est même réglementée par l\u2019État qui ne néglige pas de prélever des taxes sur ce «zina».Une fois de plus, on est en présence d\u2019une contradiction entre la théorie et la pratique, entre l\u2019intention coranique et la réalité.Seul un assainissement des rapports entre les sexes pourrait résoudre ce fléau qui afflige non seulement les pays arabo-islamiques, mais aussi tous les pays du monde.9.La réalité contemporaine Au XIXe et au XXe siècle, l\u2019emprise colonisatrice de certaines puissances européennes s\u2019est butée à une farouche détermination des colonisés de préserver leur spécificité arabe et musulmane.Ainsi, au Maroc et en Algérie, on a assisté à un renforcement des pratiques religieuses et des traditions familiales.On a fait apprendre le Coran par cœur à de jeunes enfants.C\u2019est la femme qui s\u2019est vue chargée de la mission de protéger l\u2019identité collective et d\u2019accentuer le conservatisme des structures, devant les valeurs étrangères menaçantes.Aujourd\u2019hui, toutefois, de profondes brèches se font jour dans le système traditionnel.Le processus de déségrégation et d\u2019intégration de la femme dans le marché du travail est en bonne voie.En allant à l\u2019école ou au travail, la femme s\u2019introduit dans l\u2019univers masculin de l\u2019Umma.Les emplois étant rares et le chômage élevé, cette compétition féminine ne manque pas de créer des tensions.Au Maroc et en Algérie, on a assisté à un renforcement des pratiques religieuses et des traditions familiales.360 La loi coranique a confirmé l\u2019autorité de l\u2019homme sur la femme mais il peut de moins en moins la contrôler, dans le monde économique actuel.Ce sont les propres barrières du patriarcat qui sont remises en question.On nage en pleine contradiction.D\u2019une part, la place de la femme est au foyer, où sa «féminité» et sa chasteté sont sauvegardées, loin des mâles prédateurs, pendant que l\u2019homme contrôle strictement ses déplacements.D\u2019autre part, les nécessités économiques la forcent à chercher du travail.Le fossé s\u2019agrandit donc entre les anciennes façons de vivre et les nécessités imposées par le monde moderne.La modernisation entraîne un inconfort, une rupture avec l\u2019ancien système de valeurs, sans toutefois entraîner de réformes sociales compatibles avec le Coran et la Charia.Pour J.-R.Milot, l\u2019emprunt des techniques et des sciences occidentales est souvent devenu un cheval de Troies: il est bien difficile d\u2019emprunter à l\u2019Occident sa technologie sans qu \u2019à la longue les idéologies liées à cette technologie n'arrivent à s'infiltrer graduellement dans la façon de vivre et la façon de penser des musulmans13.Dès lors, toute tentative de s\u2019éloigner des modèles de vie traditionnels est dénoncée comme une trahison envers l\u2019authenticité coranique et une déviance vers l\u2019athéisme.D\u2019où tentatives névrotiques des pouvoirs religieux et patriarcaux en vue de consolider les vieilles structures ébranlées.D\u2019où montée de l\u2019intégrisme.La perspective de la liberté des femmes provoque, chez les intégristes, des phobies de 13.Milot, J.-R., L\u2019Islam et les Musulmans, Éd.Fidès, Montréal, 1993, p.180. désordre, de retour à la Jahiliya.La seule idée du salaire individuel de la femme et de l\u2019émergence de son indépendance contredit brutalement l\u2019héritage islamique médiéval, farouchement patriarcal et qui n\u2019a pratiquement pas changé depuis des siècles.Pour les intégristes, la liberté de la femme est jugée «satanique» car elle mène à la destruction de la famille.Pas étonnant que leur première exigence passe par le retour du voile, ce symbole par excellence de la soumission féminine.Ils n\u2019hésitent pas à recourir aux menaces ou même à l\u2019assassinat, en cas de résistance.Pensons à l\u2019Algérie.10.Conclusion De tout temps, le patriarcat a utilisé la religion comme un instrument pour consolider son emprise et pour mettre au pas la population.Beaucoup plus féministe au départ que le judaïsme, la doctrine coranique est devenue une religion d\u2019hommes, au service de leurs intérêts.On y a puisé l\u2019idée de hiérarchie des sexes plutôt que celle de complémentarité.L\u2019islam n\u2019a pas su s\u2019adapter à l\u2019évolution, s\u2019est figé dans des structures dépassées.Certains pays musulmans, jugés trop perméables aux courants modernistes, connaissent maintenant les pressions ou même les exactions des partisans du retour à un ordre coranique pur et dur.En outre, par le flux migratoire, la croisade intégriste se propage aussi à l\u2019extérieur des zones islamiques, jusque dans les pays occidentaux.Ceux-ci se voient contraints de gérer des coutumes parfois carrément incompatibles avec leurs lois civiles ou criminelles, qu\u2019on pense à la répudiation, à la claustration, à la polygamie ou même à l\u2019excision du clitoris pratiquée couramment même au Canada, nous ont appris récemment les médias.(Cette dernière coutume n\u2019est pas une prescription du Coran mais relève de la période anté-islamique.On la La doctrine coranique est devenue une religion d\u2019hommes, au service de leurs intérêts.362 L\u2019Islam fait peur et c\u2019est la religion qui enregistre le plus de conversions.retrouve dans plusieurs pays musulmans d\u2019Asie et d\u2019Afrique, particulièrement en Égypte, en Éthiopie ou au Soudan.) L\u2019islam fait peur et c\u2019est la religion qui enregistre le plus de conversions, pas seulement dans le tiers-monde, mais aussi en Europe et dans les Amériques» nous apprend Paul Baltaf4 Étrange paradoxe/ Un tel militantisme fait réfléchir.Il ne faut pas sous-estimer cette force.On sait que 60 à 65 % des populations musulmanes ont moins de vingt ans.La montée de ces millions de jeunes qui se voient sans grand espoir d'avenir favorise la renaissance islamique.Pour eux, «la seule issue semble résider dans le recours à l\u2019islam15.Pour J.-C.Barreau, l\u2019intégration des musulmans vivant en terre occidentale serait «une chance pour l\u2019islam», une obligation de réinterpréter et de moderniser les lois islamiques.Le besoin en est urgent16.Aussi, pour que cette transformation se produise, la société d\u2019accueil doit-elle résister aux pressions des intégristes.Elle doit comprendre que le port du voile, par exemple, est un symbole d\u2019oppression et un refus de s\u2019intégrer aux valeurs d\u2019égalité qu\u2019elle a établies.Si l\u2019État cède dans la question du voile, des réactions de rejet et de xénophobie se manifesteront dans la population d\u2019accueil.Si l\u2019État résiste, l\u2019Islam sera obligé de se rallier finalement au monde moderne, de se renouveler par l\u2019intérieur.Ce serait sa chance.Et celle des musulmanes.Car toute réforme, en Islam, ne peut passer à côté du statut de la femme.14.\tBalta, P, Islam, civilisation et société, Éd.du Rocher, Monaco, 1991, p.159.15.\tCharnay, J.-P., L\u2019Islam et la guerre, Fayard, 1986, p.165.16.\tBarreau, J.-C., De l'islam et du monde moderne, Éd.Le Pré aux Clercs, France, 1991, p.129 (Idée).363 Vingt-cinq ans de présence gouvernementale québécoise au Japon (1970-1995)* Ne soyons pas chauvins et ne soulevons pas de questions inutiles.Cependant, exigeons que le ministère des Affaires extérieures, pour lequel les Canadiens de langue française payent autant que les autres Canadiens, ne s'efforce pas de cacher aux étrangers le fait français au Canada.C'est à la fois puéril et malhonnête.Richard ^ LECLERC À Tokyo, à l\u2019ancienne chancellerie, qui est maintenant le siège de la mission de liaison canadienne au Japon, nous avons rencontré un personnel charmant mais exclusivement de langue anglaise.Rien ne pouvait laisser supposer aux Japonais que nous sommes un pays bilingue à part un numéro de Relations et deux numéros de la Revue trimestrielle, perdus parmi plusieurs douzaines de publications de langue anglaise.' * Cet article est dérivé d\u2019une étude réalisée grâce à une subvention de la Fondation du Prêt d\u2019Honneur.I.Hébert, Jacques (1952) Aventure autour du monde.I-VExtrême-orient en feu.p.123.364 Bien qu 'établie en mai 1929, la mission diplomatique de Tokyo ne compte aucun Canadien français parmi son personnel avant 1953.\tn ce 24 juin 1950, un événement politi-que secoue la planète qui se berce dans ¦¦¦ une paix fragile.Les forces nord-coréennes supportées par la Chine venaient de pénétrer chez son voisin du sud allié des États-Unis.Dans cette atmosphère explosive qui ébranle la quiétude du Québec, le jeune Jacques Hébert devenu sénateur au Parlement canadien en 1983, s\u2019embarque pour l\u2019Orient.Sa première étape asiatique est le Japon.Avec son camarade Jean Phaneuf, il entreprend une aventure vécue par peu de Québécois.Arrivés le 27 juillet à Yokohama, les voyageurs s\u2019offrent une traversée du pays du Soleil levant après un saut de trois jours en Corée.Résidents de longue date de l\u2019archipel, les religieux rencontrés à Fukuoka, Nagasaki et Sendai révèlent leur altruisme et les aspects humanitaires de leurs oeuvres.Un apport à la société nippone qui tranche avec les ambitions mercantiles qui animent certains étrangers domiciliés au Japon.Ils découvrent une intense activité philanthropique d\u2019origine canadienne-française perdue derrière le visage anglo-saxon que projette leur pays.Malgré leur statut de peuple fondateur, la place des francophones dans la société canadienne est escamotée dans plusieurs ambassades, ce qui donne l\u2019image d\u2019une nation unilingue où « [.] l\u2019élément français [.] a été depuis longtemps absorbé»2.Bien qu\u2019établie en mai 1929, la mission diplomatique de Tokyo ne compte aucun Canadien français parmi son personnel avant 1953.Jusqu\u2019aux années 1970, peu accèdent à des postes stratégiques et jamais la mission n\u2019a pu compter sur un ambassadeur francophone.\t2.Jacques Hébert, op.cit., 123.365 Ces injustices qui se répercutent à l\u2019étranger contribuent à la naissance de deux familles au sein des milieux libéraux québécois.La première favorise le développement d\u2019un gouvernement québécois fort et centré sur son territoire, comme moyen d\u2019émancipation pour les Canadiens français.De ses rangs la Révolution tranquille naît.Des motifs similaires poussent le groupe du futur premier ministre Pierre Elliott Trudeau, auquel Jacques Hébert est affilié, à vouloir corriger les iniquités en agissant directement sur l\u2019État fédéral.C\u2019est l\u2019idée d\u2019un pays bilingue où les francophones sont à l\u2019aise d\u2019un océan à un autre qui chemine.Deux visions inconciliables du Canada se cristallisent, parallèlement aux transformations socioéconomiques qui soulèvent le Québec.L\u2019exposition universelle d\u2019Osaka La sécularisation des relations Québec-Japon Jusqu\u2019en 1970, l\u2019engagement au Japon des enfants de la Nouvelle-France se limite au travail apostolique.Dans les territoires de mission, les religieux s\u2019identifient rarement comme citoyens du Québec.Ils sont d\u2019abord des ambassadeurs de l\u2019Église universelle.Leur mère patrie n\u2019a jamais pu profiter directement de leur présence outre-mer pour appuyer son rayonnement international, préoccupation qui est absente du discours politique traditionnel.Dans le courant des bouleversements qui affectent la société québécoise, durant les années 1960, l\u2019Église n\u2019est pas épargnée par la remise en question de son rôle dans un État laïque en essor.Elle est désertée par ceux qui n\u2019y trouvent plus de sens à vivre dans un cadre moral rigide.De nombreux religieux retournent à la vie civile.Quelques-uns, en raison de leurs connaissances du milieu japonais, s\u2019impliquent 366 Le 22 novembre 1967, un arrêté en conseil engage le Québec dans sa première activité officielle au pays du Soleil levant.activement dans la sécularisation des relations nippo-québécoises.Leurs compétences sont d\u2019un grand secours, car peu de Québécois sont familiarisés avec le Japon.Le premier ministre Daniel Johnson (1915-1968), motivé par l\u2019intérêt suscité par Expo 1967, assure le Prince Takamatsu (1905-1987), lors de sa visite à Montréal commémorant la journée du Japon, que son gouvernement participera à l\u2019Exposition universelle d\u2019Osaka en 1970.Ce vœu se concrétise par l\u2019adoption, le 22 novembre 1967, d\u2019un arrêté en conseil qui engage le Québec dans sa première activité officielle au pays du Soleil levant.Avec la montée du sentiment nationaliste qui stimule l\u2019émancipation du Québec, l\u2019administration unioniste élue en juin 1966 veut utiliser les tribunes internationales pour dire au Canada et à la planète que le peuple québécois existe.Elle affirme son autonomie face au gouvernement Trudeau élu en 1968.Loin d\u2019être un caprice, l\u2019action sur la scène japonaise se justifie par des raisons économiques.Contrairement au solde commercial Japon-Canada qui favorise ce dernier, le Québec importe davantage qu\u2019il n\u2019exporte vers l\u2019archipel, d\u2019autant plus que la production expédiée possède une faible valeur ajoutée.Pour le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce, qui songe à l\u2019ouverture d\u2019une délégation dans la capitale nippone, l\u2019Exposition de 1970 est une occasion unique pour faire connaître le Québec et son potentiel économique en Asie.Plus qu\u2019une opération de relations publiques d\u2019envergure, Osaka est une étape dans le processus de reconnaissance que le Québec tente d\u2019obtenir des nations où le Canada ne démontre pas de sollicitude à l\u2019égard de ses intérêts.Pour contrebalancer cette apathie, un réseau de missions à l\u2019étranger se développe.Le Japon est le premier territoire d\u2019Asie à goû- 367 ter la diplomatie à la québécoise.En raison de l\u2019Exposition universelle d\u2019Osaka, dès 1968, le gouvernement amorce l\u2019élaboration de sa stratégie de pénétration de l\u2019archipel.Inconnu en dehors des cercles catholiques, le Québec doit présenter le portrait d\u2019un État moderne et vigoureux, apte à relever les défis que son partenaire lui propose.La diplomatie québécoise: À l\u2019ombre du mont Fuji et des Rocheuses L\u2019enthousiasme suscité par les expositions de Montréal et d\u2019Osaka, conscientise les Québécois à l\u2019influence grandissante du Japon dans l\u2019échiquier mondial.Soucieux de réduire le déficit commercial, le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce délègue un conseiller économique à Expo 1970.Durant son mandat, Raymond Beaugrand prépare le terrain aux exportateurs, rencontre des investisseurs potentiels et précise la meilleure façon d\u2019assurer la visibilité du Québec dans l\u2019archipel.Après l\u2019Exposition, le fonctionnaire dresse un portrait de l\u2019état des relations.Il en conclut que les échanges stagneront si le gouvernement ne prend pas de mesures concrètes pour catalyser le potentiel qu\u2019offre les deux pays.La création d\u2019un bureau économique est la solution idéale pour perpétuer le travail entamé à Osaka.Pour une période d\u2019essai de trois ans devant débuter à l\u2019automne 1970, Beau-grand préconise l\u2019ouverture d\u2019une maison du Québec à Tokyo pour renforcer les rapports existants.Ce placement dans l\u2019avenir se justifie par l\u2019essor du commerce transpacifique qui attire des États nord-américains à établir des représentations dans la capitale nippone.368 L 'administration Bourassa n \u2019octroie à la représentation que le rôle de promouvoir les intérêts économiques du Québec.Des promesses électorales qui favorisent l\u2019essor de liens avec le Japon Le développement de relations nippo-québécoises s\u2019inscrit dans les desseins politiques de Robert Bourassa, soucieux de donner un essor économique sans précédent au Québec.Selon les promesses électorales de 1970, l\u2019exploitation du potentiel hydroélectrique et minier du Nord du Québec constitue la clé de cette prospérité devant créer 100 000 emplois.En l\u2019absence de capitaux suffisants, le gouvernement effectue un emprunt de 10 G¥ (32 682 010$) auprès d\u2019institutions nippones pour financer le mégaprojet.Ce geste est historique.Le Québec est un des premiers États à emprunter des devises japonaises depuis la fin de la guerre.En septembre 1972, pour souligner l\u2019événement, le ministre des Finances, Raymond Gameau, se rend à Tokyo pour remercier les bailleurs de fonds pour la confiance qu\u2019ils expriment.Dans la perspective du programme économique libéral, il devient impératif d\u2019ouvrir une délégation à Tokyo pour établir la crédibilité du Québec auprès des investisseurs japonais.Leur participation financière est nécessaire pour que se concrétisent les ambitions du premier ministre.En raison de ses priorités et de son allégeance au système fédéral, l\u2019administration Bourassa n\u2019octroie à la représentation que le rôle de promouvoir les intérêts économiques du Québec, afin de compléter le travail fragmentaire de la diplomatie canadienne.Cette dernière raison autorise le maintien d\u2019une présence officielle au Japon, car il arrive que le gouvernement fédéral ne peut concilier la défense des intérêts québécois avec les priorités nationales.Bien que la balance commerciale du Québec est déficitaire, le Canada bénéficie d\u2019un solde positif dans ses échanges avec le Japon, 369 jusqu\u2019en 1984.Les provinces de l\u2019Ouest par leur exportation neutralisent les déficits régionaux.Leurs livraisons de matières premières contrebalancent l\u2019entrée massive de produits japonais sur les marchés lucratifs des provinces centrales.Malgré les demandes de l\u2019Ontario et du Québec pour corriger la situation, le Canada n\u2019a pas avantage à renégocier ses accords commerciaux pour satisfaire ces requêtes qui risquent d\u2019affaiblir la santé économique de la nation.Comme principale conséquence de ce choix politique et malgré le maintien d\u2019une mission permanente, en 1991 le Québec profite faiblement de l\u2019augmentation des exportations canadiennes au Japon.Cette conjoncture, qui prévaut déjà en 1970, pousse les Affaires intergouvemementales à placer la création du bureau nippon dans ses priorités.À l\u2019hiver 1972, le gouvernement demande à Normand Bemier de préparer sur place l\u2019ouverture de sa représentation.Le 5 septembre 1973, le Conseil des ministres crée la maison du Québec à Tokyo.À partir du 1er octobre, son mandataire dans la capitale japonaise agit comme conseiller économique ayant le titre de chef de poste.Attaché au ministère de l\u2019Industrie et du Commerce, il relève des Affaires intergouvemementales dans l\u2019exercice de ses fonctions diplomatiques.Les 6 et 7 mars, l\u2019événement est souligné avec faste et constitue une occasion pour rapprocher les hommes d\u2019affaires québécois et japonais susceptibles de nouer des liens.Durant deux jours, la rencontre Tokyo 1974 offre à la délégation de 200 personnes dirigée par le ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, Guy Saint-Pierre, un avant-goût succinct de la réalité nippone.Des séminaires sur les possibilités d\u2019investissements au Québec et des contacts multilatéraux sont organisés.Jamais un gouver- Le 5 septembre 1973, le Conseil des ministres crée la maison du Québec à Tokyo.370 nement canadien n\u2019a investi autant dans une opération aussi grandiose.Malgré le spectacle éphémère qui vise à impressionner les Japonais, le bureau doit composer pendant plusieurs mois avec des ressources limitées qui contrastent avec celles consacrées pour Tokyo 1974.Au moment de l\u2019événement médiatique, le chef de poste ne dispose pas de locaux permanents.Il loge dans la succursale de la Banque de Montréal.Ce n\u2019est qu\u2019en octobre 1974 que la mission emménage à l\u2019édifice Sanno Grand situé à proximité des grands centres décisionnels de l\u2019archipel.En dépit des moyens de fortune à sa disposition, le délégué s\u2019acharne à défendre les intérêts économiques du Québec.Grâce à son dynamisme, le Québec accroît sa visibilité.Durant la première moitié de 1974, 160 articles de journaux et de magazines s\u2019y intéressent.Des industriels québécois participent à des missions exploratoires, tandis que d\u2019autres exposent leurs meubles et leurs fourrures dans des foires à Tokyo et à Osaka.Normand Bernier doit composer avec les orientations du gouvernement libéral qui limite sa présence au rôle d\u2019un commis-voyageur.Pour réduire l\u2019excédent commercial, l\u2019approche retenue cherche à attirer sur le territoire des investisseurs japonais et d\u2019une façon moins intense à promouvoir les produits québécois dans un pays qu\u2019on estime hermétique aux importations3.Cette présence coïncide avec la réorganisation du ministère des Affaires intergouvemementales qui se voit confier la responsabilité de 3.Shepherd, Harvey.Quebec Mission to Japan Aims to Reduce Negative Trade Balance.Globe and Mail.5 mars 1974, p.Bl.TSUJI, M.N.Three Months Experience in Tokyo Proves Rewarding for Provincial Official.Globe and Mail.6 mars 1974.p.B3.371 coordonner l\u2019action extérieure de l\u2019État québécois.Une direction Afrique, Asie et Océanie est créée au sein de la Direction générale des relations internationales.À la suite des changements introduits par la Loi du ministère des Affaires intergouvemementales (S.Q.1974, c.15), sanctionnée en décembre 1974, le bureau de Tokyo accède au rang de délégation.Malgré l\u2019étendue des champs d\u2019action qu\u2019accorde le titre, la mission poursuit dans les faits son mandat traditionnel.En mai 1975, le ministre Gérard D.Lévesque prévoit l\u2019élargissement de ses activités aux secteurs scientifique, technique et touristique.Contrairement à la délégation générale établie en France, navireamiral de la diplomatie québécoise, la représentation de Tokyo dispose d\u2019un mandat étroit qui se borne aux dossiers économiques et aux transferts technologiques.Couvrant non seulement le Japon, mais toute l\u2019Asie, c\u2019est une porte ouverte sur une région en expansion.Bien que louable en Occident, l\u2019approche affairiste de la délégation est attentatoire dans une nation qui gratifie un savant mélange de contacts humains dans les relations commerciales.En évacuant les échanges culturels et éducatifs, le gouvernement Bourassa ne profite pas de sa visibilité pour faire connaître la réalité québécoise.En raison de son idéologie, l\u2019Administration ne saisit pas l\u2019occasion pour renverser la perception floue qu\u2019ont certains Japonais à l\u2019égard du Québec, c\u2019est-à-dire un îlot francophone, minoritaire et trouble-fête au sein de l\u2019Amérique du Nord.Plutôt que de démontrer la contribution de son peuple à l\u2019enrichissement de la société canadienne, les libéraux préfèrent conserver la paix avec l\u2019État fédéral qui accepte difficilement l\u2019expression des sentiments nationalistes à l\u2019étranger.Ce mandat est compliqué par le fait que le Québec ne bénéficie pas dans l\u2019archipel d\u2019une Le Japon n \u2019entretient pas avec le Québec des liens dépassant ceux accordés à un État non-souverain.reconnaissance officielle, comme celle accordée par l\u2019Élysée.Le pragmatisme et la volonté d\u2019éviter les querelles diplomatiques qui marquent les relations entre le Canada et la France font que le Japon n\u2019entretient pas avec le Québec des liens dépassant ceux accordés à un État nonsouverain.Soucieux de préserver l\u2019harmonie avec la majorité des Canadiens, le gouvernement nippon n\u2019a que des contacts discrets avec l\u2019administration québécoise, ce qui ne l\u2019empêche pas de s\u2019intéresser à l\u2019évolution de la situation politique intérieure.Cet abstentionnisme se reflète dans les liens officiels, qui se limitent à une seule entente de coopération technique, signée en novembre 1985, entre le Québec et la préfecture d\u2019Akita.L\u2019épanouissement des relations nippo-québécoises Le 15 novembre 1976, l\u2019élection d\u2019un parti indépendantiste au Québec bouleverse l\u2019échiquier politique canadien.Élu avec le mandat d\u2019être un bon gouvernement, le Parti québécois promet la tenue d\u2019un référendum sur l\u2019avenir constitutionnel.La nouvelle administration dirigée par René Lévesque, qui ne cache pas ses convictions sociales-démocrates et souverainiste, suscite l\u2019inquiétude dans les milieux financiers qui craignent l\u2019instabilité.Avec l\u2019arrivée au pouvoir du gouvernement péquiste, les effectifs et les budgets de la délégation augmentent pour maximiser la présence québécoise au Japon.Au-delà du discours, des ressources sont allouées pour soutenir et élargir les échanges existants.Les nouveaux champs d\u2019activité conférés à la mission amènent la création de postes de conseillers et d\u2019attachés spécialisés.Dans l\u2019horizon de l\u2019indépendance, le Ministère prépare la transition en élargissant le mandat des délégations établies.Pour se dé- 373 marquer du parapluie canadien, la mission de Tokyo s\u2019active à faire connaître aux Japonais le point de vue gouvernemental dans plusieurs dossiers domestiques.Afin de créer un mouvement de sympathie envers le Québec, des activités sont organisées pour rapprocher les deux pays.C\u2019est une période d\u2019effervescence où les fonctions de la délégation débordent la dimension économique.La mission se voulant le véritable porte-parole du peuple québécois, elle dresse une liste de ses ressortissants vivant au Japon.La rédaction de l\u2019histoire de cette présence est envisagée.Le projet périclite, car des communautés religieuses craignent que leur travail soit récupéré par les souverainistes à des fins de propagande.Ce bouillonnement est savamment contrôlé pour éviter le débordement sur la place publique des différends entre Québec et Ottawa.Cette apparente harmonie vise à ne pas effrayer les investisseurs qui craignent l\u2019instabilité politique comme la peste.En dépit de l\u2019élargissement des responsabilités de la délégation, les mandats commerciaux et financiers demeurent ses priorités.Les accords industriels privés dans les secteurs de la biotechnologie, de la pharmaceutique, de l\u2019optique et de l\u2019électronique occupent son personnel.Ces ententes permettent l\u2019acquisition de technologies japonaises pour appuyer l\u2019essor des exportations québécoises à valeur ajoutée.Cette préoccupation correspond avec les orientations de l\u2019énoncé de politique économique Bâtir le Québec.L\u2019administration Lévesque, plus que tout autre gouvernement, exprime le désir de diversifier la base industrielle du Québec, trop liée aux matières brutes.Ses orientations contemporaines constituent une innovation dans le discours politique et s\u2019inscrivent dans le mouvement de modernisation amorcé en 1960.374 Bâtir le Québec favorise l'épanouissement économique par l\u2019augmentation et la diversification des ventes à l\u2019étranger.Depuis la Révolution tranquille, les partis politiques qui se succèdent à la tête de l\u2019État s\u2019entendent sur le fait que l\u2019intervention gouvernementale est nécessaire pour assurer le progrès socioéconomique du Québec.Le gouvernement dispose des moyens pour aider les entreprises à affronter la compétition internationale.En favorisant la naissance de forces économiques nationales et dynamiques, c\u2019est le levier qui s\u2019offre aux francophones pour se positionner dans l\u2019ensemble nord-américain et assurer leur survivance.La stratégie proposée dans Bâtir le Québec favorise l\u2019épanouissement économique par l\u2019augmentation et la diversification des ventes à l\u2019étranger.Pour atteindre ce but, il faut orienter, vers des secteurs de pointe prometteurs, une économie arrimée sur l\u2019exportation décroissante des richesses naturelles.Avec une industrie compétitive, dirigée vers la production de biens à valeur ajoutée, l\u2019objectif est réalisable en misant sur des alliances technologiques et financières avec des partenaires extérieurs.Dans cette optique, l\u2019émergence d\u2019une structure industrielle maillée tablant sur la sous-traitance des PME et la maîtrise d\u2019œuvre de grandes firmes comme Bombardier, est souhaitable.Cette association offre aux PME des moyens pour s\u2019adapter à l\u2019évolution technologique et affronter la concurrence mondiale.C\u2019est dans ce contexte que la délégation contribue à dynamiser l\u2019économie québécoise.Elle œuvre au rapprochement avec le Japon dans des secteurs où la complémentarité est bénéfique aux partenaires, par le biais d\u2019accords industriels (agroalimentaire, amiante, biotechnologie, recyclage des déchets et robotique).Bien que le Québec ait pignon sur rue à Tokyo depuis 1973, ce n\u2019est qu\u2019au début de la décennie 1980 que la délégation prend sa vi- 375 tesse de croisière.Durant les premières années, l\u2019insuffisance de ressources affectées au dossier, le manque de connaissances sur la réalité nippone au sein du gouvernement et l\u2019absence de coordination ralentissent le travail.Le poids des échanges avec la francophonie relègue à l\u2019arrière-plan le Japon qui reçoit une attention mitigée au siège social des Affaires intergouvemementales, en comparaison avec l\u2019intérêt manifesté par les ministères à vocation économique.En 1980, cette situation est évidente, alors qu\u2019il devient nécessaire de corriger les problèmes de fonctionnement qui minent les relations bilatérales, au risque de perdre la confiance des interlocuteurs japonais.Plus d\u2019affaires, moins de politique Sans délaisser les aspects culturels et éducatifs sous le second mandat péquiste (1981-1985), l\u2019Administration redouble d\u2019énergie pour accroître les relations économiques avec le Japon.Au Québec, la situation dicte une réorientation des activités hors frontière.Par référendum, la population vient d\u2019opter pour le maintien de la province au sein du régime fédéral, plutôt que d\u2019autoriser le gouvernement Lévesque à négocier une nouvelle entente constitutionnelle avec le Canada.Le choix démocratique exprimé le 20 mai 1980, modifie les responsabilités et le symbolisme octroyés à la délégation de Tokyo.La récession de 1982 occupe l\u2019agenda du gouvernement qui poursuit le programme Bâtir le Québec pour sortir l\u2019économie du marasme.Le commerce international devient une priorité pour un territoire où 40 % du produit intérieur brut est imputable aux ventes à l\u2019étranger.Face à cette problématique, les entreprises doivent prendre le virage technologique et exporter davantage.Pour atteindre ces buts, on entend maximiser les retombées économiques géné- Le commerce international devient une priorité pour un territoire où 40 % du produit intérieur brut est imputable aux ventes à l\u2019étranger.376 Le ministère du commerce extérieur est instauré le 16 décembre 1982.rées par les délégations, ce qui apaise les critiques qui se lèvent quant à l\u2019utilité de la diplomatie québécoise dans un contexte de restrictions budgétaires et d\u2019allégeance au Canada.En juin 1982, un plan d\u2019action international est présenté par le ministère des Affaires intergouvemementales pour soutenir la relance.Ce document, qui esquisse les attentes du Québec dans un monde en évolution, souligne qu\u2019il faut bonifier les échanges économiques et technologiques avec l\u2019archipel, notamment dans les secteurs des communications, de l\u2019énergie, de l\u2019environnement et des mines.Pour parvenir à ces desseins, les deux peuples doivent apprendre à mieux se connaître.En vue de relever ces défis, le ministère du Commerce extérieur est instauré le 16 décembre 1982.À l\u2019échelle planétaire, il veille à la prospection des investissements, à l\u2019expansion des marchés et à la ratification d\u2019accords industriels.L\u2019organisme est structuré autour de l\u2019Office québécois du commerce extérieur, constitué en 1980, au sein du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce.Avec ces changements, les conseillers économiques et les attachés commerciaux en fonction à l\u2019étranger passent sous sa juridiction.Plus d\u2019affaires, moins de politique devient la devise d\u2019un État marqué par la crise économique et la démobilisation engendrée par la défaite de l\u2019option souverainiste.Sous la gouverne de Bernard Landry, le Japon devient un élément essentiel de la politique de commerce international.À l\u2019automne 1983, le dixième anniversaire de la délégation de Tokyo est célébré par une Semaine du Québec, à laquelle participe le chansonnier Gilles Vigneault.C\u2019est la belle époque où l\u2019on dispose d\u2019un personnel dynamique qui oeuvre avec acharnement à faire une place aux Québécois dans l\u2019archipel.Durant cette période, le Québec s\u2019ouvre à l\u2019Asie et en 377 particulier au Japon, un partenaire qui ne peut être ignoré.La décennie 1980 est celle où l\u2019on prend conscience des enjeux sous-jacents à cette présence.L\u2019accession de Bernard Landry à la tête des ministères du Commerce extérieur et des Relations internationales contribue à l\u2019évolution des mentalités.Son enthousiasme pour les dossiers économiques tranche avec les préoccupations politico-diplomatiques de ses prédécesseurs, ce qui permet de cerner le potentiel qu\u2019offre le Japon.Pour donner une crédibilité aux dossiers bilatéraux, des visites ministérielles fréquentes s\u2019imposent pour démontrer l\u2019importance qu\u2019occupe l\u2019archipel.Que ce soit Jean Garon, qui fait la promotion des denrées agroalimentaires ou Rodrigue Biron, qui souhaite que les constructeurs d\u2019automobiles s\u2019établissent sur le territoire pour alléger le déficit commercial, les ministres péquistes s\u2019activent sur le terrain.Ce phénomène est relevé dans les secteurs ayant des implications pour le développement du Québec.Dans le domaine scientifique, on tente d\u2019arrimer des institutions qui peuvent se fortifier par leur complémentarité.Les secteurs prioritaires sont l\u2019aéronautique, la biotechnologie, l\u2019énergie et l\u2019environnement.La politique du gouvernement Lévesque envers le Japon ne se limite pas à des aspects commerciaux.Elle s\u2019inscrit dans une approche globale qui favorise des rapports diversifiés.À l\u2019invitation du ministère japonais des Affaires étrangères, René Lévesque effectue, du 29 septembre au 2 octobre 1984, une visite au pays du Soleil levant.L\u2019ancien journaliste connaît déjà cette région pour y avoir séjourné durant le conflit coréen.Cette tournée historique d\u2019un chef d\u2019Etat québécois en Corée, au Japon et en Chine témoigne de l\u2019importance 378 prise par l\u2019Asie dans l\u2019économie mondiale.Ce voyage démontre la volonté des dirigeants pé-quistes d\u2019intégrer l\u2019Orient dans la sphère d\u2019échanges du Québec, tout en prouvant à une population désillusionnée qu\u2019ils oeuvrent à rétablir la prospérité collective.Avec la présence de Bernard Landry, de fonctionnaires, d\u2019hommes d\u2019affaires et d\u2019universitaires, ce voyage s\u2019inscrit dans les efforts investis pour relancer l\u2019économie québécoise.Dans cet esprit, le Japon, premier créancier mondial et client du Québec en Asie, est un partenaire convoité pour la réalisation de projets conjoints d\u2019investissements.Durant ce séjour, qui le mène à Kyoto et à Tokyo, le premier ministre rencontre des parlementaires et des journalistes.Il participe à un déjeuner-conférence donné en son honneur par la Fédération des organisations économiques (Keidanren).À ses hôtes, il fait valoir que le Québec est désireux de fortifier ses liens économiques avec l\u2019Asie, tout en voulant mieux s\u2019y faire connaître.René Lévesque constate que ce travail est amorcé.Le chef d\u2019État en profite pour niveler les inexactitudes répandues au Japon par certains émissaires nord-américains à l\u2019égard de la réalité québécoise.Il retrace l\u2019évolution de son peuple depuis la Révolution tranquille jusqu\u2019au rêve de la souveraineté réalisé avec l\u2019appui populaire.C\u2019est pour lui l\u2019occasion d\u2019affirmer qu\u2019il dirige une société démocratique où les investisseurs bénéficient d\u2019un climat politique stable.René Lévesque souligne que la spécificité culturelle de son peuple ne l\u2019empêche pas d\u2019être ouvert sur le monde, d\u2019offrir des produits renommés, des ressources naturelles abondantes et des travailleurs compétents.L\u2019électricité, offerte à des tarifs inférieurs à ceux en vigueur dans l\u2019archipel, constitue un attrait pour les 379 entreprises énergivores.Il invite les grands de l\u2019automobile à établir sur le territoire des usines en vue de profiter du savoir-faire québécois dans l\u2019aluminium.Au-delà des considérations rationnelles, ce choix est justifié pour des raisons commerciales et politiques, car plus de 30 % de leurs livraisons canadiennes sont destinées au Québec.Reflet de la volonté politique d\u2019appuyer des transferts technologiques fructueux, des ententes sont ratifiées le 2 octobre à Tokyo.Ces accords correspondent aux attentes du gouvernement, qui favorise l\u2019essor des biotechnologies et la diversification des sources énergétiques du Québec.L\u2019Institut Armand-Frappier et la Fondation pour la recherche sur les protéines se concèdent des droits exclusifs pour commercialiser dans leur pays les produits de leur associé.Par ailleurs, ils s\u2019engagent à collaborer à des projets conjoints de recherche.Dans le secteur énergétique, Gaz métropolitain obtient de Gaz d\u2019Osaka le droit de vendre sur son territoire une gamme étendue d\u2019appareils gaziers manufacturés par son partenaire.Au cours des années de pouvoir du Parti québécois, plusieurs missions ministérielles et commerciales visitent le Japon.En parallèle, des liens culturels, éducatifs et scientifiques sont noués pour la première fois.En moins d\u2019une décennie, le gouvernement renforce sa présence dans l\u2019archipel même si, comme le reconnaît le ministre des Relations internationales, il reste beaucoup à faire pour stabiliser ces rapports dans les secteurs nonéconomiques.Ces intentions culminent, en juin 1985, lorsque Bernard Landry innove en dévoilant une politique de relations internationales qui réaffirme la légitimité des compétences de l\u2019État québécois dans ce domaine.Bien que ce document ne bouleverse pas la configuration des liens existants, le gouvernement dispose 380 En juin 1985, Bernard Landry innove en dévoilant une politique de relations internationales qui réaffirme la légitimité des compétences de l\u2019État québécois dans ce domaine.d\u2019un énoncé d\u2019action à l\u2019égard de son précieux partenaire.Aux relations commerciales, il entend ajouter les échanges scientifiques et les transferts technologiques, tout en favorisant le rapprochement des peuples québécois et japonais.Le retour à la mission économique traditionnelle En décembre 1985, l\u2019élection du Parti libéral relègue aux oubliettes les aspects novateurs de la politique extérieure.Même si l\u2019administration Bourassa semble épouser la philosophie de l\u2019énoncé Landry, en vérité elle renoue avec une diplomatie digne d\u2019un État fédéré.Le nouveau ministre des Relations internationales (Gil Rémillard) précise que les activités à l\u2019étranger seront conformes aux intérêts du Québec, dans un contexte d\u2019appartenance au Canada et en fonction des restrictions budgétaires.L\u2019année suivante, le titulaire du Commerce extérieur et du Développement technologique met en veilleuse la diversification des rapports avec le Japon, que son collègue embrasse, mais que les affaires constitutionnelles et francophones contraignent de repousser aux calandes grecques.Pour Pierre MacDonald, le gouvernement doit encourager les échanges économiques et privés, sans éveiller nos partenaires au caractère distinct de la société québécoise.[.] nos prédécesseurs immédiats avaient décidé, dans leurs rapports avec [le Japon], d\u2019insister sur ce qui distinguait le Québec du reste de VAmérique au lieu de promouvoir les talents et les attraits qui font de nous des Nord-Américains.D'expérience, j\u2019ai découvert qu\u2019il est de loin plus constructif et plus efficace de présenter et d\u2019expliquer le Québec et ses carac- 381 téristiques à partir de ce que nos interlocuteurs connaissent déjà de l\u2019Amérique4.A l\u2019Assemblée nationale, le ministre avoue que le Québec est «virtuellement absent» de ce marché et que seul «une oeuvre de longue haleine» permettra d\u2019y accroître les exportations.Quelques mois après avoir établi ce constat, Pierre MacDonald déclare que l\u2019Amérique du Nord et l\u2019Europe sont des débouchés privilégiés pour les entreprises québécoises.Il décline l\u2019urgence immédiate de relever le défi asiatique5.Cette attitude ambiguë, où les gestes contredisent le discours, résulte de la disette budgétaire qui paralyse les ambitions des politiciens.Ce contexte motive l\u2019attentisme face au Japon, au profit de régions où l\u2019expérience commerciale du Québec est démontrée et rentable à court terme.À l\u2019automne 1988, Paul Gobeil, le nouveau patron des Relations internationales, fait ratifier la fusion de son ministère avec celui du Commerce extérieur.Au-delà de la rationalisation, la création du ministère des Affaires internationales, dont l\u2019appellation est évocatrice de sa mission, parraine l\u2019infléchissement de la politique extérieure aux prérogatives économiques.Désormais, les activités à l\u2019étranger seront arrimées à ce choix qui laisse peu de place aux échanges improductifs et qui répond à la philosophie libérale.Reposant sur la réalité géopolitique qui privilégie les partenaires habituels, le Japon constitue une priorité secondaire, même si le ministre reconnaît sa puissance économique et l\u2019utilité d\u2019y nouer des liens.4.\tPierre MacDonald, Débats de l\u2019Assemblée nationale, Commission permanente de l\u2019économie et du travail, l'rjuin 1987, p.CET-3174.5.\tLejeune, Jean-Pierre.Pierre MacDonald: Exportons nos talents.Commerce.Mars 1988, 90 (3).pp.87-90.Le ministre Pierre MacDonald décline l'urgence de relever le défi asiatique.382 Avec le Japon, une relation mercantile, qui s'appuie sur trois axes, est souhaitée.À la suite de l\u2019élection générale de septembre 1989, le premier ministre confie à John Ciaccia le portefeuille des Affaires internationales qui consolide l\u2019orientation affairiste amorcée par son prédécesseur.Dans cette optique, en mai 1990, il se rend au Japon pour promouvoir les investissements dans les secteurs de pointe, comme la pharmaceutique.Cette direction est évidente à la lecture de la politique d\u2019affaires internationales, dévoilée en 1991, où l\u2019économie détient la prééminence sur les autres domaines d\u2019intervention.Les activités non rentables et politiquement sensibles, comme la diffusion de la réalité québécoise, sont délaissées en dépit d\u2019une volonté timide de maintenir des rapports élargis.Avec le Japon, une relation mercantile, qui s\u2019appuie sur trois axes, est souhaitée.Il faut d\u2019abord s\u2019assurer que des entreprises nippones injectent des fonds sur le territoire.Les industries du magnésium, des nouveaux matériaux et de la biotechnologie sont privilégiées, car le gouvernement veut concentrer son action dans quelques sphères prometteuses.De ces secteurs, il faut tirer parti de la technologie japonaise pour accroître la compétitivité de l\u2019économie québécoise.Finalement, le ministère entend soutenir la promotion des exportations vers l\u2019archipel.Toutefois, cette activité n\u2019est pas au premier rang des priorités.Sous les administrations libérales, les intentions économiques motivent 81 % des visites ministérielles menées au pays du Soleil levant.Près de la moitié de ces voyages sont effectués par le titulaire de l\u2019Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie.Durant la période péquiste, 58 % des déplacements officiels appartiennent à cette catégorie chérie par les libéraux.Reflet de l\u2019approche multilatérale du gouvernement Lévesque, les missions menées au Japon sont diversifiées.383 Le ministre Daniel Johnson fils s\u2019y rend à quatre reprises en 1986 et en 1987 pour rencontrer des représentants gouvernementaux, ainsi que des décideurs oeuvrant dans les secteurs de l\u2019automobile, de la chimie, de la métallurgie et des services bancaires.En octobre 1987, des ententes sont ratifiées avec trois institutions financières (Banque Fuji, Banque industrielle du Japon et Banque de Tokyo), pour faciliter les échanges commerciaux et technologiques.Comme ses prédécesseurs, il loue le savoir-faire québécois, tout en proposant des partenariats et en incitant les Japonais à investir au Québec.Avec la vigueur du yen, la conjoncture est propice à l\u2019implantation d\u2019usines outre-mer, pour les multinationales voulant diminuer leurs coûts et conserver leur segment des marchés mondiaux.Le ministre profite de ces séjours pour dire que l\u2019administration Bourassa offre un environnement amical aux entreprises, grâce à la réduction des interventions dans l\u2019économie, ainsi que par la simplification de la réglementation et de la fiscalité québécoises.En décembre 1991, le ministre de l\u2019Industrie, du Commerce et de la Technologie, Gérald Tremblay, présente sa stratégie des grappes industrielles.Ce concept reprend les objectifs du gouvernement péquiste pour bonifier la production et les exportations à valeur ajoutée.S\u2019appuyant sur les forces nationales, la concrétisation de la politique fait appel à l\u2019expertise étrangère.Pour se faire, le Ministère encourage les entreprises à ratifier des accords industriels avec des firmes japonaises dont les fruits contribueront à l\u2019application de la vision ministérielle.Cette visibilité de haut niveau cache un recul tangible de la présence québécoise dans l\u2019archipel.Les statistiques commerciales sont là pour le prouver.Le Japon est un mince souci pour le gouvernement libéral qui privilégie la Le Japon est un mince souci pour le gouvernement libéral qui privilégie la croissance des échanges avec ses partenaires traditionnels.croissance des échanges avec ses partenaires traditionnels.Dans un contexte où le Québec est perçu régulièrement comme le nœud du problème constitutionnel canadien, l\u2019importance moindre accordée au rayonnement culturel et éducatif s\u2019avère nuisible à ses intérêts.Malgré la vigueur injectée dans la coopération universitaire rentable, les années Bourassa entraînent le repli des acquis mis en œuvre par le gouvernement Lévesque.Le responsable des Relations internationales, Gil Rémillard, effectue en février 1987, une visite au Japon pour rapprocher les institutions des deux pays.Il en profite pour faire connaître la position de son Administration sur l\u2019avenir politique du Québec.Le gouvernement japonais, désireux de faire connaissance avec Robert Bourassa, lui transmet une invitation officielle par l\u2019entremise du ministre.Ce séjour, d\u2019abord prévu pour octobre 1990, est reporté indéfiniment à cause des dossiers domestiques et prééminents qui occupent le chef d\u2019État.Encore une fois, le Québec laisse passer une chance unique pour s\u2019illustrer au Japon.Comme dans l\u2019ensemble du gouvernement, l\u2019austérité règne dans les organisations impliquées au Japon.En plus d\u2019atténuer leur efficacité, cette situation intensifie la dépendance du Québec vis-à-vis des programmes et des initiatives fédérales.Même si la représentation de Tokyo acquiert le statut de délégation générale, ce changement est nul en raison du retranchement de ressources humaines et pécuniaires qui l\u2019affecte après 1990.Au sein de l\u2019appareil gouvernemental, les rapprochements institutionnels avec l\u2019archipel sont rarissimes.Dans la plupart des cas, ces relations sont irrégulières et se confinent à des échanges culturels et d\u2019informations.Les musées et les salles de spectacle publique qui ac- 385 cueillent à l\u2019occasion des artistes japonais sont dynamiques dans ce secteur.C\u2019est du côté des ministères à vocation économique que les contacts sont les plus soutenus et éprouvés.Cela démontre encore une fois que l\u2019économie est la principale préoccupation du gouvernement dans ses relations extérieures.Que ce soit par la place occupée dans les politiques sectorielles ou par les ressources imparties au suivi des dossiers bilatéraux, le Japon fait l\u2019objet d\u2019une attention particulière dans ces organismes, contrairement à ce qui prévaut dans les autres domaines d\u2019intervention.S\u2019affirmer et prendre sa place au soleil En cette fin du XXe siècle, la mondialisation des relations entre les États n\u2019est plus du ressort de la futurologie, c\u2019est une réalité avec laquelle tous doivent apprendre à vivre.Si le Québec veut demeurer dans le peloton des grandes nations industrialisées, sa croissance doit reposer sur sa capacité collective d\u2019innover et de participer pleinement aux circuits commerciaux internationaux.Le succès économique actuel et ultérieur du Québec repose sur sa capacité d\u2019exporter et d\u2019affronter la concurrence mondiale par le biais de l\u2019extension géographique des exportations.Plusieurs entreprises sont alléchées par le potentiel qu\u2019offre le marché japonais.Toutefois, aussi longtemps que les Québécois auront une connaissance nébuleuse du pays du Soleil levant, il ne lui sera pas facile d\u2019y développer des liens durables et fraternels.Bien que des relations élargies à l\u2019ensemble des nations de l\u2019Asie-Pacifique sont souhaitables, les réalités économiques et politiques imposent au Québec des choix dans le partena- La mondialisation des relations entre les États est une réalité avec laquelle tous doivent apprendre à vivre.386 Premier partenaire commercial en Asie et second dans le monde, le Japon est une puissance qui ne peut être ignorée.riat en devenir.Dans cette perspective de rapprochement, ils doivent développer avec le Japon des rapports aussi sincères que ceux établis avec les États-Unis et l\u2019Europe, non seulement en matière économique, mais dans le plus de domaines possible.Ce travail de longue haleine permettra d\u2019y assurer une présence crédible et efficace.Une des façons d\u2019atteindre cet objectif passe par la promotion d\u2019activités au pays du Soleil levant qui mettent l\u2019accent sur les rapports éducatif, culturel et scientifique.Premier partenaire commercial en Asie et second dans le monde, le Japon est une puissance qui ne peut être ignorée.En matière d\u2019éducation, nos nations disposent de ressources modernes et complémentaires qui permettent de renforcer des liens qui ne peuvent que contribuer à la prospérité et à la compréhension mutuelle.Fort du privilège qu\u2019il a d\u2019intégrer les apports culturels de l\u2019Amérique du Nord et de l\u2019Europe, le Québec doit prendre part à ce partenariat en offrant ce qu\u2019il a de mieux pour obtenir ce qu\u2019il y a de mieux.Toutefois, les connaissances des Japonais à l\u2019égard de la réalité québécoise étant limitées, le gouvernement du Québec, en collaboration avec les organismes intéressés, doit veiller à son rayonnement.La coopération éducative et scientifique entre les partenaires, bien qu\u2019elle ait progressé depuis 1970, le Québec n\u2019a que peu bénéficié de ce mouvement.Dans ce contexte, il faut favoriser une meilleure diffusion de l\u2019information auprès des intervenants susceptibles d\u2019élargir le potentiel commercial, technologique et culturel que représente l\u2019axe Québec-Japon.Des actions concrètes doivent être prises par le Québec pour appuyer le rayonnement de la francophonie dans l\u2019archipel, afin de compléter les activités des autres pays francopho- 387 nés.Cette avenue serait bénéfique pour l\u2019essor des échanges économiques, tout en appuyant le développement de nouveaux marchés pour les produits éducatifs et culturels dont la diffusion est souvent limitée au territoire national et à la francophonie.Sans une stratégie d\u2019action à long terme et des ressources suffisantes, le Québec ne doit pas songer à l\u2019équilibre du déficit commercial et au rapprochement multilatéral avec son partenaire.Sans une stratégie d\u2019action à long terme et des ressources suffisantes, le Québec ne doit pas songer à l\u2019équilibre du déficit commercial et au rapprochement multilatéral avec son partenaire.388 Des nouvelles pratiques d'aménagement des temps de travail Nicole de Sève Conseillère syndicale à la CEQ ?Des caissières de grandes surfaces sont embauchées exclusivement à temps partiel, avec des horaires très mobiles.Des employées de services de nettoyage travaillent très tôt le jour ou très tard la nuit et crèvent littéralement pour effectuer dans une demi-journée un travail qui demanderait une journée complète.Des vendeuses de boutiques, mobilisées certains jours de la semaine doivent avoir du chic pour respecter la réputation de la maison, même si c\u2019est pour ranger les vêtements sur les cintres ou nettoyer touchent un salaire de misère.Des infirmières, usées par le stress permanent, le travail de nuit, l\u2019alternance des pauses ont recours au temps partiel pour s\u2019aménager, tant bien que mal, des conditions de travail un peu plus supportables.À côté d\u2019elles, des employées de banque négocient avec leur employeur des formules de partage d\u2019un poste de travail.Des infirmières expérimentent la semaine de quatre jours.Des avocates quittent de grands cabinets privés pour des fonctions aux horaires plus réguliers.Des employées de bureau vivent depuis plusieurs année déjà, l\u2019horaire flexible.Des professionnelles demandent et obtiennent de travailler à domicile tout en étant reliées à l\u2019ordinateur de leur employeur.389 Toutes ces expériences ont une chose en commun, l\u2019aménagement du temps de travail est en profonde mutation.Deux tendances se côtoient: d\u2019une part, des pratiques d\u2019entreprises qui tendent vers une segmentation de plus en plus forte de la main-d\u2019œuvre et, d\u2019autre part, les aspirations individuelles à un meilleur équilibre entre le temps de travail, le temps personnel et la vie familiale.Ces dernières sont révélatrices d\u2019un des plus grands changements qui s\u2019opère dans la culture du travail et qui interpelle le mouvement syndical, à savoir: partir du particulier, du spécifique, du vécu quotidien, pour remonter au général.Ce changement conduit à l\u2019obligation de traduire les besoins des personnes en mesures concrètes qui touchent autant l\u2019entreprise que la famille et modifient les structures sociales et les habitudes culturelles.Travailler.En 1941, 23 % des femmes, âgées de 15 ans et plus, font partie de la population active.Trente ans plus tard, ce pourcentage atteint 34%.Aujourd\u2019hui, 56% d\u2019entre elles sont sur le marché du travail.Elles représentent 44 % de la main-d\u2019œuvre active.Les deux tiers sont âgées entre 25 et 44 ans.Si la tendance se maintient, on estime que d\u2019ici l\u2019an 2000 les nouveaux arrivants au sein de la main-d\u2019œuvre seront majoritairement (80 %) des femmes et des membres de groupes ethnoculturels minoritaires, dont une bonne proportion de femmes1.Comment peut-on expliquer qu\u2019un nombre croissant de femmes se trouvent une activité de travail alors que le nombre de postes de 1.Secrétariat à la condition féminine.La politique en matière de condition féminine, Gouvernement du Québec, 1993, 39.L\u2019aménagement du temps de travail est en profonde mutation.390 Au Québec, sur les 465 000 personnes qui, en 1993, ont travaillé 30 heures ou moins par semaine, il y avait 315 000 femmes.travail, lui, diminue?Plusieurs raisons concourent à cette croissance, parmi lesquelles la nature des emplois occupés par les femmes mais aussi la manière spécifique par laquelle les femmes s\u2019inscrivent sur le marché de l\u2019emploi.Selon Statistique Canada, elles occupent 75 % des emplois à temps partiel.Au Québec, sur les 465 000 personnes qui, en 1993, ont travaillé 30 heures ou moins par semaine, il y avait 315 000 femmes.Si on pousse un peu plus loin l\u2019analyse et que l\u2019on ne considère que les heures effectivement travaillées, «21 % des Québécois passent moins de 30 heures par semaine chez leur employeur».Parallèlement à cela, on observe : une hausse des heures supplémentaires de travail, la première augmentation depuis 1989, dernière année de prospérité avant la descente de la récession.Et c'est une minorité des employés déjà en poste, à temps plein, qui font l'essentiel des heures supplémentaires.Le travail «à temps supplémentaire », comme on l'appelle couramment, équivaut à plus de 62 000 emplois permanents au Québec2.ou chômer un peu, beaucoup, passionnément?Le taux officiel du chômage au Québec est très élevé: 13,1 % en 1993, c\u2019est-à-dire une personne sur huit parmi la population active.En chiffres absolus, c\u2019est un demi-million de Québécoises et de Québécois qui se cherchent un emploi.Chez les femmes, le nombre de celles qui reçoivent des prestations de la sécurité du revenu (aide sociale) ou de l\u2019assurance-chômage a 2.BERGER, François.«Le partage des emplois est un échec», La Presse, 12 février 1994.391 progressé, depuis 1981, à un rythme plus rapide que celui des femmes en emploi.De plus, 65 % des personnes ayant une incapacité sont en chômage ou sont inactives.La proportion des personnes en emploi, parmi les personnes ayant une incapacité, est de 19,8 % pour les hommes et, 9,7 % pour les femmes.Moins de 10% de la population ayant une incapacité travaille à temps plein, pendant plus de 40 semaines.Nous assistons actuellement à une diminution du volume de l\u2019emploi, donc à une offre d\u2019emploi rétrécie, et à une demande d\u2019emplois toujours insatisfaite.À titre d\u2019exemple, en 1991, le Québec a perdu 68 000 emplois par rapport à 1990 (une baisse de 2,2 %), alors que la création d\u2019emploi en 1989 avait été de 30 000 et de 24 000 en 1990.Pour tous les groupes d\u2019âge, les emplois à temps plein ont connu une baisse de 3,5 % (-92 000 emplois), comparativement à une hausse de 5,8% (24 000) pour le travail à temps partiel3.Parallèlement à cette diminution du volume d\u2019emploi, plusieurs pressions sont exercées sur les salariées et salariés pour accepter des diminutions de leur temps de travail salarié.Parmi les motifs régulièrement invoqués, trois ressortent particulièrement, soit la compétitivité de l\u2019entreprise, la mobilité et la flexibilité du personnel.Chez Bell Canada, afin d\u2019éviter les mises à pied, les ouvriers ont négocié au cours de la dernière année une réduction de leurs heures de travail rémunérées tout en acceptant des congés additionnels non payés.Le gouvernement ontarien a adopté une législation en 1994, imposant jusqu\u2019à 12 jours de congé annuels non rémunérés aux travailleuses et travailleurs du secteur public, afin de réduire son 3.Le Marché du travail, 1992.392 fardeau budgétaire sans faire baisser le nombre des emplois.Une autre stratégie actuellement en expansion consiste à centrer l\u2019entreprise autour d\u2019un noyau de salariés permanents et de l\u2019extérioriser au maximum, les intermédiaires étant de plus en plus utilisés comme moyens de pression sur le personnel en place.Il n\u2019y a pas que dans l\u2019entreprise privée que de telles pratiques existent.Ainsi, actuellement, la fonction publique québécoise recourt à des agences de placement de personnel qui lui procurent une main-d\u2019œuvre payée à 6,49$ l\u2019heure pour effectuer les mêmes tâches que les fonctionnaires en place.Finalement, les multiples possibilités découlant de l\u2019informatisation du travail rendent possible le développement d\u2019une nouvelle forme de travail à domicile, le télétravail.Selon Bell Canada, 33 millions de travailleurs avaient, depuis 1992, déserté les centres-villes en Amérique du Nord pour installer leur bureau dans leur résidence.Au Canada, 19% des foyers abritaient, en 1992, une petite entreprise ou l\u2019équivalent.En Ontario et au Québec, on estime à 1,7 million le nombre de ménages possédant un bureau à leur domicile.Trois grandes catégories se dégagent chez ces nouveaux travailleurs à domicile.La première regroupe surtout des professionnelles et professionnels, des travailleuses et des travailleurs autonomes et des propriétaires de très petites entreprises.La deuxième comprend des employées et des employés d\u2019entreprises conventionnelles à qui l\u2019employeur permet de travailler à domicile, soit de manière occasionnelle ou à temps plein.Ces personnes ont très souvent accès à leur entreprise par les télécommunications.Finalement, la troisième catégorie concerne les personnes qui travaillent à la mai- 393 son le soir ou les fins de semaine et celles qui ont un second emploi à domicile4.Ce qui ressort de ces quelques exemples de remodalisation du monde de l\u2019emploi, c\u2019est qu\u2019il emprunte trois directions différentes, créant «une économie en forme de trèfle5».La première est composée d\u2019employées et d\u2019employés formant le cœur des grandes compagnies qui sont bien rémunérées, qui possèdent la sécurité d\u2019emploi.La deuxième est celle où on retrouve les travailleuses et les travailleurs autonomes, aux contrats à durée déterminée, et la troisième, formée d\u2019un nombre croissant de personnes qui occupent des emplois routiniers ou en voie de déqualification, dont le salaire et les avantages sociaux sont inférieurs et qui vivent une constante insécurité d\u2019emploi.La réduction des temps de travail La précarisation d\u2019une frange importante de la main-d\u2019œuvre relève d\u2019une stratégie à long terme et s\u2019étend à toutes les catégories d\u2019emploi.Elle heurte de front la réduction et l\u2019aménagement des temps de travail qui sont une revendication fondamentale des organisations syndicales, et ce, depuis leurs débuts.Depuis la Ligue des 9 heures, fondée en 1872, pour obtenir la réduction à 9 heures de la journée de travail, à la première législation fédérale en 1906, qui interdit le travail le dimanche, à l\u2019exception des travaux d\u2019urgence ou à caractère humanitaire, il n\u2019y a pas une décennie où la question de la réduction de l\u2019année, de la 4.\tCLAUTIER, Laurent.«Les «télétravailleurs» s'informatisent», La Presse, 19 avril 1994.5.\tCette expression est empruntée à Judith Maxwell, économiste et ex-directrice de l'ancien Conseil économique du Canada, citée par la Presse Canadienne, «Seulement 60 p.cent des Canadiens travaillent encore de 9 à 5», La Presse, 16 mars 1994.394 semaine ou de l\u2019horaire quotidien de travail ne n\u2019est à l\u2019ordre du jour.Aujourd\u2019hui encore, elle est au cœur des réflexions syndicales comme en témoignent l\u2019expérience de la semaine de quatre jours vécue par des infirmières affiliées à la CEQ, le colloque de la CSN en 1993 et un sondage réalisé par la firme Multi-Réso auprès de membres de la FTQ en juin 1994.Ce dernier est particulièrement révélateur des changements survenus dans notre société.Ainsi, à la question «Afin de créer des emplois et même si cela pouvait signifier une baisse de vos revenus, seriez-vous favorables à la réduction du temps de travail?», 63 % des syndiqués interrogés ont répondu oui (25 % très favorables, 38 % assez favorables).À court terme, 42 % sont prêts, dès maintenant, à réduire leurs heures de travail et 58 % dans l\u2019avenir.Parmi les raisons invoquées à l\u2019appui de ce choix, 26% signalent la création d\u2019emploi et 24% la qualité de la vie6.Certes, l\u2019aménagement du temps de travail soulève bien des inquiétudes.Mais notre semaine de 35 heures, c\u2019est la moitié d\u2019une semaine de travail au début du siècle.C\u2019est un progrès.Travailler de 9 à 5 n\u2019est plus la norme.L\u2019extension des heures d\u2019ouverture des commerces, des institutions bancaires et financières, des services personnels et des services de santé obligent ces entreprises à composer avec une variété de formules d\u2019horaires pour satisfaire les besoins de la clientèle.Diminuer encore plus le temps de travail sans s\u2019appauvrir ou permettre qu\u2019il se module autrement doit devenir une réalité essentielle en cette fin de siècle.La résolution de cette question est d\u2019au- 6.SOUMIS, Laurent «La moitié des syndiqués FTQ prêts à des concessions salariales pour partager le travail», Le Devoir, 30 juin 1994.395 tant plus fondamentale qu\u2019une forte proportion de femmes, qui constituent 44% de la main-d\u2019œuvre active, pratique déjà des formes multiples d\u2019aménagement du temps de travail.Leur comportement face au travail salarié est révélateur de changements sociaux beaucoup plus profonds que ceux que les discours économiques laissent entrevoir.Elles optent pour le travail à temps partiel parce que c\u2019est la seule formule qui leur est offerte?Parfois, et les statistiques citées à ce sujet sont éloquentes.A cause des responsabilités parentales?Souvent.Concilier travail et vie familiale La participation des femmes au marché du travail est venue briser le modèle unique d\u2019aménagement du temps de travail.Pourquoi?Parce que l\u2019articulation entre vie familiale et vie professionnelle remet en cause la division traditionnelle du travail, à savoir temps travaillé à temps non travaillé.En vertu de cette division, les salariés travaillent X heures par jour, Y semaines par année et bénéficient de Z journées de repos ou de maladie.À certaines occasions bien précises, ces personnes pourront bénéficier de congés rémunérés de maternité, de paternité, d\u2019adoption ou en cas de décès d\u2019un proche et de congés non rémunérés pour responsabilités parentales.La vie s\u2019articule autour de l\u2019emploi.Sauf qu\u2019il n\u2019y a pas de rupture entre la vie professionnelle des femmes et leur vie familiale.Elles sont toujours en situation de travail, bénévoles dans le privé des familles et salariées sur le marché de l\u2019emploi.C\u2019est presque un euphémisme de parler dans leur cas de succession de plages de travail.Chaque jour, elles doivent déborder d\u2019imagination pour concilier vie privée, vie familiale et vie professionnelle.Car, malgré les progrès réalisés, force est de L\u2019articulation entre vie familiale et vie professionnelle remet en cause la division traditionnelle du travail.396 Au Québec, 63 % des femmes ayant des enfants à la maison ont un emploi rémunéré auquel s\u2019ajoutent, en moyenne, 4,4 heures de travaux domestiques par jour.constater que le partage des responsabilités parentales est encore un objectif à atteindre pour la majorité d\u2019entre elles.Mais, dans la mesure où la participation de plus en plus importante des femmes au budget du ménage n 'a pas été compensée par un investissement comparable des hommes dans la vie familiale, il serait peu sociologique d'en rendre responsable la seule dynamique des rapports privés entre les hommes et les femmes.En fait, la structure même du marché du travail et la culture organisationnelle s\u2019avèrent des facteurs surdéterminants dans le maintien de ces inégalités1.En effet, lorsque les femmes obtiennent un emploi, commence l\u2019obligation de conjuguer le travail salarié, la planification des naissances, les responsabilités parentales, l\u2019aménagement des horaires de tout ce beau monde et l\u2019incohérence des services publics et privés.Au Québec, 63 % des femmes ayant des enfants à la maison ont un emploi rémunéré auquel s\u2019ajoutent, en moyenne, 4,4 heures de travaux domestiques par jour.Elles sont toujours en situation de travail ou «sur appel».Quand l\u2019un se termine, l\u2019autre commence.Il leur arrive même de combiner les deux.Qui n\u2019a pas observé le comportement des mères pendant l\u2019heure des repas?Elles s\u2019empressent de faire les courses nécessaires aux besoins de la famille.Ou encore, elles profitent des pauses pour rejoindre l\u2019école afin de résoudre un problème soulevé par un des leurs.Cette course contre la montre ne se limite pas à la période de la petite enfance.Quiconque est mère d\u2019adolescentes et d\u2019adolescents sait que cette période 7.DESCARIES, Francine et CORBEIL, Christine.Travail et vie familiale : une difficile articulation pour les mères en emploi, UQAM, mars 1994.397 est cruciale et exige souvent une présence encore plus grande auprès des jeunes.Finalement, la disponibilité des femmes envers les personnes s\u2019étend aussi aux aînés.Selon la publication américaine Economie Facts, 40 % des personnes de plus de 40 ans fournissent des soins à des parents âgés.Quant à celles qui doivent s\u2019adapter à la danse des horaires, celle des quarts de travail et des fins de semaine au boulot, leur rythme de vie devient parfois endiablé, mais pas toujours rock\u2019n\u2019roll.Plus encore, si les femmes québécoises ont gagné le droit au travail salarié, force est de constater que la société n\u2019a pas su s\u2019adapter à leur présence.Un sondage mené par deux firmes de consultation privée, en 1991, révèle que seulement 30% se soucient des besoins des femmes au travail et seulement 25 % ont des programmes visant à favoriser la conciliation des responsabilités parentales et professionnelles.Au Québec, selon l\u2019Office des services de garde à l\u2019enfance, il n\u2019y avait que 144 garderies en milieu de travail en 1991, soit 17 % de l\u2019ensemble des garderies existantes.Faut-il se surprendre que dans un tel contexte plusieurs mères choisissent de travailler à temps partiel et près du lieu de résidence?En effet, plus du quart des travailleuses en emploi sont à temps partiel, comparativement à moins de 10% chez les hommes.Et plus le nombre d\u2019enfants augmente, plus elles sont nombreuses.Lorsque la décision s\u2019impose de déterminer qui, des deux parents, restera à la maison pour s\u2019occuper des enfants, la réponse varie très peu.Une fois l\u2019étude du revenu familial complétée ainsi que celle des dépenses engendrées par les frais de garde et celle des sommes rattachées au fait de travailler, la balance penche plus souvent du côté des femmes.Car où Si les femmes québécoises ont gagné le droit au travail salarié, force est de constater que la société n\u2019a pas su s\u2019adapter à leur présence.398 L\u2019organisation du travail et l\u2019aménagement des horaires de travail sont encore conçus dans plusieurs secteurs comme si les personnes n 'avaient aucune autre activité.trouver une garderie pour les moins de 5 ans, sans y engloutir tous ses maigres revenus?Que faire des jeunes pendant les longs congés scolaires?Pourtant, si ce n\u2019était de l\u2019emploi des femmes, 20% des familles québécoises auraient sombré sous le seuil de pauvreté en 1990 et ce nombre augmente chaque année.Certes, il y a actuellement les congés de maternité, de paternité ou d\u2019adoption.Sauf qu\u2019il y a encore des femmes qui maquillent leur état de grossesse pour conserver leur emploi le plus longtemps possible.Le temps des corsets n\u2019est pas périmé! Le taux de remplacement du salaire par l\u2019assurance-chômage est le plus faible comparé à l\u2019ensemble des pays industrialisés.Les congés pour responsabilités parentales, lorsqu\u2019ils existent, ne sont pas rémunérés.Dans plusieurs entreprises québécoises, les personnes qui prennent l\u2019un ou l\u2019autre de ces congés ne sont pas remplacées à leur travail.Quant à l\u2019organisation du travail et au premier chef l\u2019aménagement des horaires de travail, ils sont encore conçus dans plusieurs secteurs d\u2019activité économique comme si les personnes n\u2019avaient aucune autre activité.Finalement, les distances qui séparent le lieu de travail et la résidence tendent à s\u2019étirer, entraînant de longs trajets qui allongent la journée de travail.Le développement des parcs industriels en périphérie des grandes villes rend difficile ou impossible aux travailleuses de profiter de la période du midi pour effectuer les multiples achats nécessaires aux besoins des familles.C\u2019est pourquoi, dans plusieurs de ces milieux, les femmes préfèrent une réduction minimale de la pause du midi compensée par un arrêt plus précoce du travail quotidien.La redistribution des temps de travail et des revenus Aujourd\u2019hui, de quoi parle-t-on?De travail à la carte, d\u2019horaire libre ou flexible et d\u2019un 399 éventail de mesures d\u2019aménagement du temps selon les milieux de travail et les situations spécifiques.Ce qu\u2019il faut saisir de ces comportements, c\u2019est qu\u2019on ne peut appliquer à tout le monde la même durée de travail, en même temps, ni la même modulation de ce temps.Il va falloir comprendre et s\u2019adapter aux besoins des individus au lieu de décider que ce qui est bon pour un groupe, l\u2019est forcément pour tout le monde.Cet élément est crucial aujourd\u2019hui car la division stricte de l\u2019existence en trois branches étanches ne correspond plus à la réalité.En effet, de moins en moins de personnes se conforment au modèle jeunes-études, âge adulte-activité de travail et vieillesse-retraite.L\u2019expérience a démontré que la rigidité de l\u2019emploi, celle des horaires de travail, de l\u2019agenda de la semaine de travail, est une contrainte réelle à la prise en compte des responsabilités familiales.Pour contrer cela, les femmes développent des stratégies personnelles qui ont pour effet de changer le rapport traditionnel au travail et d\u2019ébranler aussi l\u2019organisation sociale de la vie de tous les jours.Cela étant dit, rien ne peut justifier la promotion du travail à temps partiel, à demi-salaire et sans protection sociale, qui conduit à une demi-retraite.Il faut de toute urgence réviser la fiscalité, repenser les politiques salariales et hausser le salaire minimum, développer des formules de compensation du salaire perdu par une diminution des temps de travail, et développer une réelle politique de congés rémunérés pour responsabilités parentales.S\u2019il est vrai que le travail à temps plein pour tout le monde, comme nous l\u2019avons toujours connu, c\u2019est fini, il faut développer des aménagements de temps de travail qui correspondent non plus aux impératifs de la production mais aux besoins des personnes, qu\u2019elles soient aux études, aient charge de famille ou Il va falloir comprendre et s'adapter aux besoins des individus.400 Si on interdisait le travail à temps supplémentaire, on libérerait déjà des plages de travail susceptibles d\u2019êtres converties en postes à temps plein.encore qu\u2019elles s\u2019approchent de leur retraite.Ce temps libéré pourrait être redistribué entre plus de personnes qui, de ce fait, obtiendraient un emploi.Plusieurs personnes posent comme objection à la réduction des heures de travail le fait que cette stratégie, lorsqu\u2019elle a été appliquée, n\u2019a pas réduit le chômage.C\u2019est évident.Dans un contexte de mondialisation des marchés et de faillite de nos gouvernements, bien peu est mis en oeuvre pour accélérer la création d\u2019emplois.Mais si on interdisait le travail à temps supplémentaire, pour ne commencer que par là, on libérerait déjà des plages de travail susceptibles d\u2019êtres converties en postes à temps plein et occupés par des personnes à statut précaire ou en recherche d\u2019emploi.En fait, aucune mesure visant à améliorer le rapport que les personnes entretiennent avec le travail salarié ou à modifier les conditions dans lesquelles s\u2019exercent ce travail et l\u2019organisation dudit travail ne peut être évaluée isolément.L\u2019équité en matière d\u2019emploi L\u2019autre élément sur lequel il faut se pencher et qui découle aussi de l\u2019entrée des femmes sur le marché du travail, c\u2019est la transformation du rapport salarial.Du salaire familial, versé aux hommes par les entreprises, on est passé au deuxième salaire, celui que l\u2019on qualifie d\u2019appoint, celui des femmes, qui évidemment ne représentait souvent que la moitié de celui des hommes et qui aujourd\u2019hui équivaut à 70%.L\u2019achèvement de cette transformation sera l\u2019atteinte pour les femmes de l\u2019équité salariale, qui viendra consacrer le droit, pour toute personne, de recevoir un salaire personnel basé non pas sur son appartenance sexuelle mais sur la valeur réelle de l\u2019emploi occupé.401 Pour y arriver, il faudra aussi briser le processus de la ségrégation sexuelle des emplois.La participation des femmes au marché du travail s\u2019effectue selon un double processus: d\u2019une part, on leur laisse la place dans des secteurs d\u2019activité qui sont en voie de déqualification (la production manufacturière et le travail de bureau en sont des exemples) et, d\u2019autre part, lorsqu\u2019elles percent dans certains domaines d\u2019activités, ceux-ci ont tendance à se déqualifier (médecine familiale, droit de la famille).C\u2019est pourquoi il faut lier les revendications d\u2019accès à l\u2019égalité en emploi, d\u2019équité salariale et d\u2019aménagement du temps de travail.C\u2019est un tout ! La première, l\u2019accès à l\u2019égalité en emploi, ne peut à elle seule contrer le piège de la déqualification du travail, illustrée par le salaire.La deuxième, l\u2019équité salariale, ne règle en rien le piège de la disparité causée par une répartition inégale du travail des femmes.Et ni l\u2019une ni l\u2019autre ne sauraient suffire à contrer ce que j\u2019appelle la dualisation rose de l\u2019emploi: d\u2019un côté, une infime frange de femmes, avec une sécurité d\u2019emploi et un niveau de rémunération potable et, de l\u2019autre, une majorité de femmes oscillant entre la pauvreté des mesures de sécurité du revenu et l\u2019emploi à la pièce.Il faut aussi des politiques sociales pour appuyer une organisation du travail qui favorise la prise en compte des besoins sociaux.On a beau affirmer que le travail à temps partiel est causé en partie par les responsabilités parentales ou familiales, si les efforts mis à redéfinir l\u2019aménagement du temps de travail ne sont pas appuyés par la mise en place, notamment, de mesures d\u2019équité en emploi, d\u2019une refonte de la fiscalité, de l\u2019augmentation de services de garde, et par l\u2019introduction de congés rémuné- II faut des politiques sociales pour appuyer une organisation du travail qui favorise la prise en compte des besoins sociaux.402 rés pour responsabilités parentales, ces efforts resteront lettres mortes.Nous avons le choix.Nous pouvons aborder l\u2019organisation du travail en termes traditionnels et assister à la dualisation rose de l\u2019emploi ou placer au cœur de nos préoccupations la redistribution de l\u2019emploi pour toutes et tous.Pour ma part, je choisis la deuxième option.Nous pouvons placer au coeur de nos préoccupations la redistribution de l'emploi pour toutes et tous.403 La réduction de la semaine de travail C\u2019est paradoxal, mais on peut estimer qu\u2019il n\u2019y a pas de liberté sans travail.Cela veut dire que la personne humaine se définit à partir de ce qu\u2019elle fait, construit, produit.Cela signifie aussi que la liberté ne consiste pas seulement pour une personne à ne rien faire, mais à faire ce qui lui permet d\u2019être elle-même, ce qui lui permet de se découvrir, de se développer, de se réaliser comme on dit.Il y aurait donc une relation étroite entre le travail et la liberté, si la notion de travail est bien comprise.Regardez où en est cette notion aujourd\u2019hui! On a confondu travail et emploi.L\u2019emploi où l\u2019on gagne sa vie, son salaire, n\u2019est pas toujours, n\u2019est pas souvent, le travail le plus intéressant ni même le plus important du citoyen d\u2019aujourd\u2019hui.Combien de fois entend-on: si j\u2019en avais les moyens, je cesserais de travailler pour enfin faire ce que j\u2019aime, c\u2019est-à-dire que si je n\u2019étais pas obligé de travailler pour obtenir un salaire, je ferais le travail qui me plaît vraiment.Le droit au travail, c\u2019est le droit à la vie décente plus que l\u2019obligation d\u2019avoir un emploi.Quand on parle du travail, il ne s\u2019agit pas de la conscription.La révolution industrielle devait libérer l\u2019humain par le travail de la machine.Son résultat a plutôt été de rendre la Michel-Francis LAGACÉ docteur en études françaises, Université de Sherbrooke 404 Plus la production est efficace, moins on a besoin d\u2019employés.personne esclave d\u2019un employeur pour tirer sa subsistance d\u2019un salaire.On nous promettait la société des loisirs grâce à l\u2019augmentation de la production, à l\u2019automatisation de la production et au développement du secteur tertiaire.Où en sommes-nous?La production a tellement augmenté que la demande ne suffit plus.La productivité est telle qu\u2019il faut deux fois moins d\u2019employés.Que fait-on?On met à pied les travailleurs devenus de trop et on empoche les profits.Mais où est passé l\u2019idéal de l\u2019amélioration de la condition humaine1 ?Le néo-libéralisme2 effréné voudrait nous faire croire que plus les entreprises feront de profits sur notre dos, plus nous achèterons et plus nous créerons de la demande pour de la production, donc pour de l\u2019emploi.La vérité, c\u2019est que plus la production est efficace, moins on a besoin d\u2019employés.Moins il y a de monde qui travaille, moins il y a d\u2019acheteurs, et plus l\u2019écart se creuse entre ceux qui profitent et ceux qui se ruinent parce qu\u2019ils n\u2019ont pas le choix d\u2019acheter le nécessaire.Quant au reste, tôt ou tard, il ne sera plus en demande (ce qui obligera les entreprises à fermer, laissant d\u2019autres travailleurs sur le carreau tout en offrant un poste-retraite dans d\u2019autres c.a.aux administrateurs téméraires) ou ne le sera que par les riches (ce qui nous fait une belle jambe !) Par ailleurs, le secteur secondaire (production de biens) occupe de moins en moins de place3.Le secteur tertiaire, celui des services, 1.\tAmorce de réponse : il est disparu noyé dans l'obsession de la compétitivité.Prenant encore une fois l\u2019ombre pour la proie, on a substitué la course pour être le meilleur, le premier, le seul, à la course pour rendre le monde meilleur.2.\tÀ la mode sous prétexte que l\u2019impérialisme d\u2019État n\u2019a pas fonctionné.Une aberration n\u2019en corrige pourtant pas une autre.3.\tGrâce encore à l\u2019augmentation de la productivité.405 s\u2019est développé.En plus, il existe maintenant un nouveau secteur, le quaternaire, celui des échanges d\u2019information, celui de la télématique et de l\u2019informatique qui rendra lui aussi de fiers services, mais qui emploiera encore moins de monde parce que des systèmes de plus en plus complexes géreront de plus en plus d\u2019opérations avec de moins en moins de supervision humaine.Est-ce donc à dire qu\u2019il faut rejeter le progrès?Au contraire, c\u2019est juste qu\u2019il faudrait tirer les conséquences du progrès et en tenir les promesses.Reprenons depuis le début.Ce qui s\u2019est passé est simple.La révolution industrielle a créé la société de consommation.Cette société, basée sur la production et la consommation, fait en sorte que tous les citoyens doivent pouvoir acheter pour faire fonctionner le système.En conséquence, nous sommes obligés de vendre notre force de travail en l\u2019échange de la possibilité de consommer4.En créant cette société faisant de l\u2019entreprise le moteur de l\u2019économie, il fallait automatiquement en tirer le corollaire qui est la responsabilité de l\u2019entreprise5.Soumis à l\u2019entreprise pour le travail et la rémunération, nous sommes esclaves si nous ne profitons pas en contrepartie de la distribution des bénéfices productifs généraux.Il ne s\u2019agit pas ici que d\u2019argent6.Tout gain de productivité plutôt que de don- Tout gain de productivité devrait donner lieu à une réduction de la semaine de travail, compensée par une augmentation du nombre d\u2019employés.4.\tRien là de neuf depuis Marx.5.\tL\u2019entreprise ne peut plus prétendre être une affaire individuelle ou privée, dans la mesure où elle participe d\u2019un système qui fait de sa production, en amont, la condition de survie de l\u2019employé et, en aval, l\u2019objectif de consommation qu\u2019elle lui impose.En termes simples, la société de consommation a fait en sorte que, pour vivre, il faut consommer et que, pour consommer, il faut travailler.En ce sens, tout acteur de tel système social a une responsabilité sociale.6.\tIl y a, en plus de la plus-value en capital, une plus-value invisible en temps qui ne nous est distribuée que si l'on réduit la semaine de travail.406 ner lieu à des licenciements (punir les ouvriers d\u2019avoir trop bien travaillé) devrait donner lieu à une réduction de la semaine de travail, compensée par une augmentation du nombre d\u2019employés.C\u2019est quand même incroyable que la semaine de travail n\u2019ait pas diminué depuis trente ans, alors que la productivité a fait des bonds prodigieux.Le problème n\u2019est pas du tout qu\u2019il n\u2019y a pas de travail, que les gens ne produisent pas assez ou qu\u2019ils ne sont pas innovateurs.Le problème est que les magnats de la finance et de l\u2019industrie gèrent une société de l\u2019ère de l\u2019information comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une société primitive de type esclavagiste.Dans la mesure où les patrons des entreprises ont une rémunération, que les actionnaires voient leur capital accru par des taux raisonnables et non pas faramineux, tout profit, tout gain de productivité n\u2019a de raison d\u2019être que libérer l\u2019humain du travail contraignant, c\u2019est-à-dire réduire la semaine de travail et augmenter le nombre d\u2019employés.D\u2019autre part, le secteur quaternaire suppose une façon différente de considérer les relations sociales et économiques.Il ne doit plus être question de rapports de productivité quantitatifs, mais qualitatifs.On devrait transférer ces concepts à la qualité de vie des travailleurs.Vous rappelez-vous le concept de qualité totale qui faisait fureur à la fin des années 1980?C\u2019était une belle couverture pour signifier l\u2019asservissement de l\u2019employé aux objectifs de l\u2019entreprise.Pourtant, on pourrait reprendre l\u2019idée et parler de qualité totale dans la société.Une entreprise de qualité offre des emplois de qualité dans des conditions de qualité, tout cela, dans une société gérée par des gouvernants dont la préoccupation première est la qualité de vie de leurs concitoyens7.7.Et cela signifie: engagement à la justice sociale, à la démocratie participative, à la protection de l\u2019environnement, à la santé et au développement culturel.407 Selon les paramètres actuels, le chômage ne diminuera jamais.L\u2019amélioration des techniques et le développement du secteur quaternaire jetteront de plus en plus d\u2019ouvriers à la rue.Et ce n\u2019est pas en nous obligeant à travailler comme des forcenés que l\u2019on créera de l\u2019emploi.Regardez les gens qui travaillent! C\u2019est la génération des pigistes.Ils font des semaines de cinquante et soixante heures.Le travail est morcelé, sous-payé, et les bénéfices en sont encore accaparés par la frange des plus riches qui se font fort de paupériser la classe moyenne.L\u2019idéal de la personne humaine n\u2019est pourtant pas le travail contraint, mais le travail libre.Améliorer le sort de l\u2019humain n\u2019est pas le faire travailler davantage, mais le faire travailler moins et dans de meilleures conditions.Que l\u2019on cesse de confondre travail et emploi ! Revenons à l\u2019association du début entre liberté et travail.Quand on dit que l\u2019humain se définit par le travail qu\u2019il fait, cela englobe tout le travail qu\u2019il fait, tout ce qu\u2019il produit, autant le bricolage de fin de semaine, la peinture du mercredi soir, la lessive hebdomadaire, le soin de ses enfants et les attentions à l\u2019être aimé que l\u2019emploi rémunéré.On aurait tort de croire que le travail rémunéré, l\u2019emploi, soit la mesure de la personne humaine.La mesure de l\u2019être humain, c\u2019est la culture, ce que l\u2019on est par ce que l\u2019on fait et que l\u2019on aime faire.Ce travail-là nécessite des loisirs.La civilisation des loisirs n\u2019apparaîtra jamais si les profiteurs conservent leurs privilèges et si l\u2019on idolâtre la semaine de quarante heures.J\u2019ose donc plaider dès maintenant pour une semaine beaucoup plus courte8.Qu\u2019on ne vienne pas nous dire qu\u2019il faut attendre la ri- L\u2019amélioration des techniques et le développement du secteur quaternaire jetteront de plus en plus d\u2019ouvriers à la rue.8.Dans de nombreux milieux, 20 heures suffisent déjà.Pourquoi s\u2019obstiner à atteindre 40?408 Seules des lois et notre vigilance peuvent obliger les entrepreneurs à plus de responsabilité sociale.chesse collective9! Elle est déjà là, mais mal répartie ! Notre objectif ne doit pas être de nous enchaîner davantage à l\u2019emploi, mais plutôt de travailler moins et mieux, de rémunérer mieux tout en créant de nouveaux postes par la réduction des heures travaillées par chacun.Il est de bon ton aujourd\u2019hui de rétrécir le rôle du gouvernement et de négliger la gestion de la responsabilité sociale.Il nous faudra pourtant retrouver le souci des autres et la solidarité.Cela demande du temps.Les chômeurs déprimés par leur recherche constante d\u2019emploi et les pigistes débordés par leur multitude de contrats sous-payés n\u2019ont plus le temps de vivre pour vrai, pour eux et pour ceux qui leur sont chers.Il ne faut pas s\u2019imaginer que les entrepreneurs abandonneront d\u2019eux-mêmes le penchant à accumuler les bénéfices des gains de productivité au détriment des employés et de l\u2019emploi général de la société.Seules des lois et notre vigilance peuvent les obliger à plus de responsabilité sociale10.9.\tÉditorial de Jean-Robert Sansfaçon, Le Devoir, 26 octobre 1993.10.\tBien sûr, on ne peut pas s'attendre à ce que des lois réduisent les heures de travail des médecins, des journalistes et des enseignants à la pige.Les lois peuvent le faire pour les ouvriers.Elles peuvent, par ailleurs, créer des conditions plus justes.Et, si le cadre législatif fait en sorte que l\u2019on ne puisse obliger quelqu\u2019un à travailler plus de trente heures, pour employer un exemple optimiste, ces travailleurs autonomes ne tarderont pas à s\u2019ajuster au rythme général de la société.Quand leurs conjoint, parents et amis travailleront moins et vivront mieux, ils voudront partager du temps avec eux.Ils ne s\u2019obstineront pas longtemps et, surtout, pas majoritairement à se ruiner la santé pour des bénéfices financiers somme toute peu importants quand on considère tous les avantages du temps pour soi et avec les autres.409 Quand le Québec s'éveillera Paul-Émile ROY De toutes les anciennes colonies d\u2019Amérique, le Québec est presque la seule qui n\u2019ait pas fait son indépendance.D\u2019abord colonie de la France, puis de l\u2019Angleterre, il est maintenant dominé par un Canada qui le considère comme son bien et ne lui reconnaît pas le droit de décider de son destin.Quand les voix du Canada anglais proclament que le Québec n\u2019a pas le droit de quitter le Canada sans l\u2019autorisation du reste du Canada, elles supposent que le Québec n\u2019est pas un membre d\u2019une fédération, mais une partie d\u2019un empire privée de toute autonomie, une colonie.Là est la raison de la confusion qui empoisonne la vie politique au Canada.Depuis 1867, le Québec a toujours pensé qu\u2019il faisait partie d\u2019une Confédération, il a fait le jeu de la Confédération, mais le reste du Canada a toujours considéré le Québec comme une colonie, de l\u2019Angleterre d\u2019abord, et ensuite du Canada.L\u2019indépendance ne ferait que mettre un terme à cette confusion qu\u2019elle rendrait un grand service à l\u2019histoire politique et rendrait possible une saine collaboration entre le Québec et le reste du Canada.Depuis 1760, le Québec se bat pour la défense de ses droits, ou tout simplement pour avoir le droit d\u2019exister.On pourrait dire qu\u2019il ne 410 Le reste du Canada a toujours considéré le Québec comme une colonie, de l\u2019Angleterre d\u2019abord, et ensuite du Canada.fait pas son histoire, mais qu\u2019il lui arrive toutes sortes d\u2019histoires.En 1760, ce ne sont pas vraiment les «Canadiens» qui dirigent les opérations.La guerre de Sept Ans est un conflit entre Européens, et sa partie américaine, la guerre de la Conquête, est un épisode des relations entre Français et Anglais.Les «Canadiens» en subiront les conséquences mais ils ne sont pas les premiers figurants de ce conflit.Au moment de la Révolution américaine, la métropole britannique ménage les «Canadiens» pour les garder dans son giron.Le régime de l\u2019Union, en 1840, est imposé aux «Canadiens», tout comme celui de la Confédération, en 1867.Cela finit par modeler une psychologie collective! Nous sommes habitués à endurer, à nous soumettre, à nous faire raconter toutes sortes d\u2019histoires, à nous faire passer les sapins les plus invraisemblables.En 1980, Trudeau s\u2019engage à tenir compte des revendications des Québécois s\u2019ils votent non au référendum.Les Québécois lui font confiance et il rapatrie la Constitution dans les conditions que l\u2019on sait.Au lendemain de la gifle du lac Meech, soixante-dix pour cent des Québécois appuient Bourassa quand il promet de tenir un référendum sur l\u2019indépendance du Québec, mais une fois de plus les Québécois sont floués.Le référendum promis par Bourassa ne se fera pas.Les Québécois forment un peuple étrange dont l\u2019identité politique n\u2019est pas précise ni reconnue.Tous ces débats récents sur la société distincte, sur l\u2019affichage bilingue, sur le rapatriement de la Constitution sont d\u2019une fourberie indescriptible.On dit n\u2019importe quoi aux Québécois pour distraire leur attention, les faire patienter, les manipuler.S\u2019ils expriment la moindre velléité de se tenir debout, on agite devant eux les épouvantails du racisme, du fanatisme, de l\u2019intolérance; on les accuse de tous ces travers alors que ce sont eux qui en ont été 411 victimes depuis deux siècles.Les Québécois se taisent, ils encaissent, ils s\u2019accommodent, ils s\u2019en fichent.Ils restent eux-mêmes envers et contre tous.Ce peuple nonchalant et insouciant va son chemin dans une inconscience qui confine parfois à l\u2019hébétude.«Ce sentiment d\u2019identité, écrivait déjà Vadeboncœur, dans Indépendances, nous perdra s\u2019il ne nous sauve».Notre attachement à la liberté, notre légèreté, notre anarchisme, notre obstination à suivre nos caprices, notre refus de nous soumettre aux normes des autres, tout cela, qu\u2019avait déjà noté Charlevoix chez les Canadiens du Régime français, finira par entraîner notre perte si nous ne décidons pas un bon jour de nous prendre en main.Tout simplement parce que nous ne nous intégrerons pas à un autre ensemble, parce que nous ne serons jamais casés.Nous nous mettrons plutôt en marge.Nous laisserons les autres s\u2019occuper de nos affaires et occuper les lieux.Ce qui fait la force du peuple québécois est aussi ce qui fait sa faiblesse.Son indépendance intérieure le pousse à s\u2019accommoder de tout, à laisser les autres décider à sa place.Mais cette indépendance, il finira par la perdre s\u2019il ne lui donne pas une forme politique, s\u2019il laisse toujours les autres organiser la société en fonction de leurs besoins et de leurs choix.Ce sentiment d\u2019identité nous perdra s\u2019il ne nous sauve.Quoi qu\u2019il en soit, il faut bien admettre, quand on considère l\u2019histoire des Québécois depuis deux siècles que, malgré leur insouciance et leur manque de détermination, ils ont fait montre d\u2019une grande force.Une force tranquille, têtue.On pourrait dire une force qui sommeille.Quand elle s\u2019éveillera, on sera surpris des œuvres qu\u2019elle produira.Au moment de la Révolution tranquille, elle s\u2019est un peu arrachée à la somnolence, et on a vu toute la société reprendre vie.Malheureusement, des experts se sont empressés de lui administrer de 412 Le premier effet de l\u2019indépendance sera de libérer la force latente de la Révolution tranquille, et plus implicitement, de toute l\u2019histoire du Québec.fortes doses de soporifiques.(Imaginez ce qui serait arrivé, au lendemain de Meech, si Bou-rassa avait tout simplement encadré le vouloir-vivre des Québécois!) Quand le réveil sonnera à nouveau, il faut espérer que cette fois rien ne nous arrêtera.Quand les Québécois comprendront qu\u2019ils peuvent vivre et agir sans demander de permission à personne, qu\u2019ils seront en possession de tous leurs moyens, qu\u2019ils seront dans un pays qui est le leur, quand ils prendront conscience que rien ne leur est interdit, quand ils cesseront d\u2019avoir peur, on verra fleurir une vie nouvelle.Nous nous étonnerons de constater que nous aurons vécu si longtemps au ralenti et nous nous étonnerons d\u2019avoir été si patients, si pusillanimes.L\u2019énergie politique des trente dernières années est inséparable d\u2019un mouvement d\u2019affirmation, d\u2019une volonté d\u2019indépendance qui se sont manifestés autour des années 1960.Le premier effet de l\u2019indépendance sera de libérer la force latente de la Révolution tranquille, et plus implicitement, de toute l\u2019histoire du Québec.Elle provoquera l\u2019extériorisation de cette liberté intérieure qui n\u2019a jamais trouvé les formes dans lesquelles elle aurait pu s\u2019exprimer.Quand le Québec deviendra indépendant, il ne sera plus une partie du Canada, il ne sera plus une province; il sera un peuple parmi d\u2019autres peuples; il ne sera plus une minorité dans une immense masse anglo-saxonne, il sera un peuple comme la Suède, comme la Belgique, comme la Suisse.Nous serons nous-mêmes et en même temps partenaires de la culture française, anglaise, américaine.Quand le Québec sera indépendant, il aura l\u2019impression de sortir de l\u2019adolescence pour entrer dans la vie adulte, ou encore de s\u2019éveiller après une longue hibernation.413 À TRAVERS L'ACTUALITÉ par Rosaire MORIN L\u2019accueil de la France Jacques Parizeau est allé à Paris.Les chefs de file de la France appuient la démarche québécoise qu\u2019ils qualifient de légitime.Édouard Balladur, premier ministre de France A Jacques Parizeau qui venait de demander de recommander au futur président qui sera élu en mai «d\u2019aborder avec sympathie le nouveau pays qui apparaîtra: Le premier ministre (Jacques Parizeau) vient défaire des recommandations.Je ne doute pas qu'elles seront suivies.La France et les Français ne pourront jamais avoir avec le Québec et les Québécois une relation ordinaire'.Jacques Chirac, maire de Paris et candidat à la présidence de la France: La France devrait être la première à reconnaître la situation.Si ce référendum est négatif, il n\u2019y a pas de problème.S\u2019il est positif je pense qu \u2019un certain nombre de pays notamment francophones, dont la France devraient tout naturellement reconnaître la réalité d'une décision populaire, une décision qui est l\u2019expression d\u2019une souveraineté populaire1 2.1.\tLe Devoir, 27 janvier 1995, A l et 12.2.\tLe Devoir, 27 janvier 1995, A.12.414 Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de la France La France salue l\u2019énergie que vous avez mis dans ce débat et l\u2019esprit démocratique que vous avez su y faire prévaloir.La grande concertation qui va jusqu 'au tréfonds du peuple québécois, est l\u2019illustration de cette volonté démocratique\\ Bernard Brigouleix, porte-parole de Matignon Quel que soit le futur président de la République, à partir du moment où les Québécois souverainement se seraient prononcés pour la souveraineté, cela créerait une nouvelle situation internationale dont la France serait la première à prendre acte.C'est tellement normal.A partir du moment où il y aurait une décision du peuple québécois souverain, qui pourrait s\u2019y opposed ?Catherine Colonna, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères de la France Le peuple québécois sait, nous l\u2019avons rappelé récemment et je crois que chacun des interlocuteurs de M.Parizeau l\u2019a fait, que nous avons de la sympathie pour cette démarche.On ne saurait être plus clair3 4 5.La grandeur de la petitesse Jean Chrétien, premier ministre du Canada: Le maire de Paris ne devrait pas faire de commentaire sur la séparation du Québec, puisque celle-ci traîne dans les sondages comme Jacques Chirac6 7.Un politicien d'expérience qui est bien conseillé ne répond pas à des questions hypothétiques, surtout dans ce genre de situation1.Pour un premier ministre quelle diplomatie ! 3.\tLe Devoir, 29 janvier 1995, A.14 4.\tLe Devoir, 27 janvier 1995, A.12.5.\tLe Devoir, 29 janvier 1995, A l.6.\tLe Devoir, 27 janvier 1995, A.12.7.\tLe Devoir, 27 janvier 1995, A.5.415 Benoît Bouchard, ambassadeur du Canada en France: La souveraineté ne reçoit en France l\u2019appui que de quelques «loose cannons» dont ferait partie le président de l\u2019Assemblée nationale, Philippe Séguin.et M.Parizeau fait passer les intérêts des souverainistes avant ceux du Québec en rencontrant des dirigeants politiques qui, d\u2019évidence, ne seront plus en poste dans six mois.* Pour un ambassadeur, quelle désobligeance ! Daniel Johnson chef de l\u2019Opposition officielle et chef du Parti libéral du Québec: Je n\u2019ai saisi d\u2019aucune façon que la classe française plaide pour l\u2019indépendance du Québec.Les Français font de la diplomatie de façon absolument remarquable ; ils ont inventé la non-ingérence et la non-indifférence pour dire qu\u2019ils ne s\u2019en mêlent pas.8 9 Jean Chrétien Le premier ministre du Canada parle, parle, jase.Il déclarait récemment qu\u2019une déclaration de souveraineté du Québec n\u2019aurait aucune valeur sur le plan constitutionnel.Ottawa ne la reconnaîtrait pas.Aucun article de la constitution ne prévoit le départ d\u2019une province.Mais le droit international accorde le droit à l\u2019autodétermination à toute nation.Le Québec, membre de la fédération canadienne, a le privilège de décider s\u2019il veut continuer à faire partie de la Confédération.Son adhésion a été votée par le parlement du Bas-Canada, 27 députés contre 22.Jamais le peuple du Québec n\u2019a été à l\u2019époque consulté.McDonald lui-même a refusé de faire approuver la Confédération par le peuple.Il a avoué lui-même que la mesure aurait été battue.Par surcroît, le coup d\u2019État de 1982 a de fait isolé le Québec.Sans le consentement de l\u2019Assemblée nationale du Québec, le Parlement fédéral a rapatrié la Constitution, imposé une charte des droits, promulgué des amendements constitutionnels et établi un mode d\u2019amendement futur.Jamais le Québec n\u2019a sanctionné ce geste totalitaire.Pour 8.\tLe Devoir, 25 janvier 1995, A.2.9.\tLe Devoir, 27 janvier 1995, A.5.416 le droit à l\u2019autodétermination, les partis fédéraux (libéral, NPD, conservateur) l\u2019ont admis.Même Trudeau, le plus centraliste et le plus légaliste des centralisateurs, en a admis la légitimité.Les propos de Jean Campeau Norman Webster accuse Jean Campeau d\u2019avoir tenu des «propos farfelus».C\u2019est effrayant, écrit-il dans Le Devoir du 8 février 1995, c\u2019est le sommet de l\u2019irresponsabilité, une garantie de chaos économique qui mène directement au scénario envisagé par Patrick Monahan ».Cet auteur envisage «une période de grande agitation.Et M.Webster reprend le refrain du bonhomme Sept-Heures: «vente massive des obligations canadiennes, chute énorme de la valeur du dollar canadien, hausses rapides dans les taux d\u2019intérêt et crise constitutionnelle, politique et économique d\u2019une proportion encore jamais vu par les Canadiens».Mais qu\u2019a dit de si terrible M.Campeau pour mettre en colère M.Webster?Le ministre des Finances a parlé d\u2019une «juste répartition de la dette» du Canada.Cette dette, «ce n\u2019est pas notre dette, c\u2019est celle du Canada».Il a rappelé que «les souverainistes du Québec ont toujours indiqué qu\u2019un Québec souverain assumera sa juste part de la dette fédérale et ce, même si plusieurs experts ont déjà souligné qu\u2019au strict plan du droit international, le Québec souverain n\u2019aurait pas à assumer la dette fédérale».Il a réaffirmé que le calcul du partage de la dette devra tenir compte de l\u2019actif et du passif détenus par le gouvernement fédéral au Québec : « 10 % des actifs canadiens sont sur notre territoire.Il faut en tenir compte dans le partage de la dette».Le ministre des Finances affirme ensuite que 10 % des dépenses militaires et 17 % des investissements en recherche et développement du gouvernement fédéral ont été réalisés au Québec.Il rappelle enfin que les études menées par la commission Bélanger-Campeau avaient permis d\u2019établir à quelque 18,5 % la part de la dette canadienne que le Québec devrait prendre sous sa responsabilité.Les irresponsables sont les Chrétien-Johnson-Martin-Webster qui prédisent des calamités advenant la souveraineté.«Le Québec serait écrasé sous le poids de la dette».Dans la Confédération, le Québec est déjà écrasé par la progression de la dette fédérale sur laquelle il n\u2019a aucun contrôle.Chaque année, les Québécoises et les Québécois paient à Ottawa 35 000 000 000 $ d\u2019impôt et de taxes dont le quart est imputé au 417 service de la dette.Libre, le Québec aura au moins la maîtrise de ses finances et de sa dette.Un sondage au Canada anglais Du 31 janvier au 4 février 1995, la maison Léger et Léger a réalisé un sondage auprès de 1 000 Canadiens vivant dans une province autre que le Québec.Les deux tiers des Canadiens hors Québec croient que les Québécois «ont le droit de décider par référendum s\u2019ils veulent ou non cesser de faire partie du Canada».Si le vote au référendum est positif, 48 % des Canadiens pensent que le Canada «devrait reconnaître la souveraineté du Québec et maintenir une association économique avec le Québec souverain».Si le NON l\u2019emporte, 78 % des Canadiens veulent «maintenir la situation actuelle» et 72% affirment que «le gouvernement du Canada ne devrait pas offrir plus de pouvoirs au Québec».Lorsque M.Johnson promettra la lune, s\u2019il reparle encore d\u2019amendements constitutionnels favorables au Québec adve-nant une victoire du NON, il faudra lui rappeler que l\u2019English Canada refusera toute revendication québécoise, comme il le fait depuis trente ans.Il faudra lui rappeler que 7 provinces représentant 50 % de la population canadienne devront accepter tout changement constitutionnel.Le français à l\u2019Université de Montréal Le syndicat des employées et employés de l\u2019Université de Montréal dénonce l\u2019affichage unilingue des consignes de sécurité dans les laboratoires.De plus, il regrette une anglicisation importante: «On ne se surprend plus d\u2019entendre parler en anglais dans les laboratoires: les étudiants entre eux, les étudiants et les professeurs».En outre, l\u2019Université de Montréal n\u2019exige plus, à l\u2019embauche, une connaissance suffisante du français de la part de ses professeurs, comme le font les autres universités francophones du Québec.Comment un professeur ne parlant pas français pourra-t-il apprécier la qualité du français de ses étudiants lors des évaluations?Le bulletin «Le français, ça s\u2019impose» signale qu\u2019à l\u2019intérieur de la Faculté de médecine, dans ses départements et services, «les communications internes parlées et écrites (mémos, notes de service) se font en anglais», principalement.Durant l\u2019année 1994, 23 plaintes ont été faites auprès de l\u2019Office de la langue française.La situation est alarmante.418 L\u2019Itinéraire Ce bulletin est rédigé et publié par des itinérants au coût de 1,00$ dont la moitié va au vendeur itinérant.En parcourant la publication de février 1995, on apprend à ne pas confondre certaines réalités.Ce n\u2019est pas le pauvre qui est anormal, c\u2019est la pauvreté.Des garçons et filles, qui n\u2019ont rien dans les mains et rien dans les poches, présentent une revue que les bourgeois devraient lire de la première à la dernière ligne.Derrière le froid qui met leur santé à terre., les pauvres de nos rues vivent la privation, la faim, mais ils souffrent davantage du stress, de l\u2019isolement, de la honte, de la révolte, de la dépression.Lorsque 15 000 hommes et femmes vivent sur le trottoir, il n\u2019est pas surprenant d\u2019observer un dépérissement physique et mental.Ce sont au départ des personnes normales qui vivent des situations anormales.Elles connaissent la faim, le froid, l\u2019alcool, la dope, la prostitution.Et puis après?Collectivement, nous sommes les premiers responsables de leurs misères.À qui profite la pauvreté?Déporter Webster?Ce cher Norman Webster voudrait que le ministère de l\u2019Éducation du Québec «commence à enseigner de façon plus équilibrée l\u2019histoire canadienne» (Le Devoir, 4 janvier 1995).Fort bien, mais pourquoi Norman Webster cache-t-il que dans les écoles du Canada anglais, et cela depuis 1963, on enseigne que c\u2019est la France qui est l\u2019auteur de la déportation des Acadiens?Incroyable, mais vrai ! Ainsi, Edgar Mclnnis, professeur à l\u2019Université de Toronto, explique dans son ouvrage «Canada, a Political and Social History»: «Not Britain but France, by ruthless and agressive policy, which used the Acadians with complete disregard of the risk that it drew upon them, was the real author of the expulsion.» Et c\u2019est publié à New York, Chicago, San Francisco, Toronto et Londres, par Holt, Rinehart and Winston.Alors, il ne nous reste qu\u2019à déporter M.Webster en Nouvelle-Calédonie, et nous écrirons que c\u2019est Toronto qui a fait le coup.François Gendron, docteur en histoire 419 Norman Webster, un pacifique Norman Webster est un pacifique agressif et belliqueux.Dans sa chronique du 4 mars 1994, il rappelle l\u2019erreur de David Peterson, l\u2019ancien ministre de l\u2019Ontario qui avait osé faire un rapprochement entre les souverainistes et les nazistes.Il souligne toutefois que les gouvernements québécois briment les droits des minorités.Ah ! qu\u2019ils sont à plaindre ces pauvres anglophones québécois.Ils représentent la minorité la mieux traitée au monde.Aucune comparaison n\u2019est possible avec le traitement accordé aux francophones des autres provinces.De ces victimes des provinces anglaises, M.Webster n\u2019en parle pas.Il préfère dans le même article commenter l\u2019ouvrage de l\u2019Ontarien William Gardner, «Crak-Up», Canada and the Coming Showdown with Quebec».Si le Québec déclare unilatéralement l\u2019indépendance, «l\u2019auteur prédit une guerre civile sanglante.Il y aurait un conflit semblable à la terrible guerre civile aux États-Unis, au XIXe siècle.Le gouvernement fédéral envahirait le Québec pour aider les citoyens qui ne voudraient pas se séparer; les séparatistes québécois réagiraient avec des actes de terrorisme ; même les Américains inquiets ayant leurs biens au Canada, pourraient intervenir avec soldats et avions».Ces propos rapportés par M.Webster sont insidieux.Il ne les approuve pas, mais il parlera de «négociations féroces», du droit de veto du Canada sur la dette, du manque de pétrole au Québec, des relations commerciales difficiles, de la fragilité des frontières, du sort des minorités francophones hors Québec.S\u2019il n\u2019est pas violent, Norman écrit comme s\u2019il l\u2019était.Par surcroît, il nous accusera de la rage.Le Conseil du Patronat Le président du Conseil national du patronat français, M.Jean Gandois, déclarait, lors de la récente visite du premier ministre, Jacques Parizeau, «que les gens d\u2019affaires étrangers ne se montreraient pas plus hésitants à investir au Québec au lendemain d\u2019une éventuelle souveraineté» (Le Devoir, 1er février 1995).M.Ghislain Dufour ne partage cette opinion.Il base son jugement sur un sondage conduit auprès de 424 dirigeants d\u2019entreprises.305 d\u2019entre eux ont répondu.Les présidents de Alcan, Bell, Bombardier, Canadien national, Imasco, etc., se sont exprimés.Bénéficiaires de faveurs fédérales et gestionnaires de l\u2019argent des «autres», ils sont satisfaits d\u2019un régime qui les enrichit au détriment des masses populaires.Sur leurs opinions, sur les 420 réponses de 305 d\u2019entre eux, le Conseil du patronat affirme que 88 % des gens d\u2019affaires québécois voteront NON au référendum.Ces 305 grands personnages ne représentent sûrement pas les 175 000 chefs de PME qui sont les vrais créateurs d\u2019emplois au Québec, les grandes entreprises étant responsables depuis dix ans de la mise à pied de plus de 40 000 employés.Les dénonciations de ces 305 grands magnats de la finance et des affaires n\u2019impressionnent plus.Ils ont semé la trouille et la frousse pendant des décennies.Je préfère croire le discours du Patronat français.Je préfère M.Gandois à M.Dufour.Aux Acadiens et francophones hors Québec Des Acadiens et francophones hors Québec demandent aux Québécois de voter NON.Victimes et brimés dans leurs droits par la majorité anglophone de leurs provinces, ils ne se rendent pas compte que le Québec, province comme une autre, livre le combat perdu de la survivance.Pour s\u2019épanouir, les Québécoises et les Québécois doivent être maîtres de leur avenir.Dans les lignes qui suivent, nous reproduisons le témoignage d\u2019un chef de file du Manitoba, Maurice Gauthier, qui comprend mieux nos positions que la SAANB.Les Manitobains et le référendum du Québec par Maurice Gauthier, domicilié au Manitoba: Certains commentaires faits au cours de la dernière assemblée annuelle de la Société franco-manitobaine et les informations qu \u2019on nous a données, à la suite de l\u2019assemblée récente de la Fédération des communautés francophones et acadienne, m'incitent à offrir, sans prétention, certains commentaires qui pourront peut-être aider notre réflexion commune : 1.\tNous ne pouvons pas, ici, être souverainistes.La protection de certaines lois fédérales est importante pour nous.2.\tNous ne devons pas nous mêler de la campagne référendaire qui s\u2019amorce.3.\tIl nous faut dire aux Québécois que nous comprenons très bien qu\u2019il leur appartient, et à eux seuls, de décider de leur destin.4.\tIl faut répéter aux Québécois que nous sommes de leur sang et que, quoi qu\u2019ils décideront, ils devront demeurer conscients de qui nous sommes, de la fragilité de notre situation 421 linguistique et culturelle, et de leur responsabilité envers les communautés de parlants français du Canada.5.\tDans notre réflexion, il nous faut savoir que sans aucun doute, les Québécois savent que leur démarche inquiète les francophones ailleurs au Canada.6.\tIls disent les statistiques tout comme nous.Ils sont conscients de la diminution constante de nos effectifs.Il nous faut donc accepter, je pense, que les Québécois se sentent eux aussi menacés dans leur langue et leur culture.Ils ne se sentent pas à l\u2019abri de l\u2019assimilation chez eux.7.\tLes expériences d\u2019amendements constitutionnels de Victoria en 1970, de Meech en 1990 et de Charlottetown en 1992 ne leur inspirent pas confiance quant à de nouveaux partages de pouvoirs dans un avenir prévisible.8.\tIls ont été témoins de notre expérience de 1983 ici au Manitoba, lorsque nos hommes et femmes politiques à la Législature, ont refusé de s\u2019entendre sur un amendement qui nous aurait garanti certains droits.9.\tIls savent aussi bien que nous que tout ce que nous avons obtenu, nous avons dû l\u2019arracher à force d\u2019insistance et de combats, et jamais à cause de la générosité ou de la compréhension de nos gouvernements.10.\tIls savent également que si nous avons insisté pour obtenir la gestion de nos écoles, c\u2019est tout simplement parce que nous savons que l\u2019on est jamais aussi bien servi que par soi-même, et que nous sommes convaincus que les anglophones ne comprennent pas nos besoins et ne les comprendront peut-être jamais.Je pense enfin que si nous devions nous engager dans le débat référendaire québécois, ce n 'est pas au Québec que nous devrions nous adresser, mais ce devrait plutôt être à nos concitoyens anglophones.Il faudrait leur rappeler que c\u2019est à eux, par l\u2019entremise des gouvernements, qu\u2019il revient de poser des gestes concrets et rapides, pour convaincre les Québécois qu \u2019ils ont vraiment leur place dans ce Canada que nous souhaitons tous garder intact.Il est important de faire comprendre et accepter à nos concitoyens anglophones que, quoi qu\u2019ils pensent et quoiqu'ils disent, le Québec n 'est pas une province comme les autres, que le Québec est différent, qu \u2019il est unique de par sa langue, de par sa culture, de par sa façon de penser et d\u2019agir.Il est différent tout comme nous sommes différents de nos concitoyens anglophones ici au Manitoba, et que c\u2019est parce que nous 422 sommes différents que nous insistons, par exemple, de gérer nos écoles.Mais il est bien tard.L\u2019injustice scolaire date de 1916 alors que les Franco-Manitobains composaient environ 10% de la population de la province.Aujourd'hui ce nombre est tombé sous les 5% et les parlants français, sous les 3 %.Les Québécois voient cette tendance et sont de plus en plus sceptiques.Avec raison.Une lettre d\u2019amour\t- Avec douze fautes.Le 7 février 1995\tcherchez-les.M.Morin, Suite à votre offre d\u2019abonnement à l\u2019Action National, je vous avise de ne plus jamais m\u2019envoyer une telle sollicitation.(Je reçois cette sollicitation à mon bureau à l\u2019Université d\u2019Ottawa.) Je suis Canadienne.Je suis Franco-ontarienne.Si ce n\u2019est pas suffisant comme raisons pour n\u2019avoir aucun intérêt à encourager votre publication, en voici une autre: J\u2019en ai plein le dos de la crise d\u2019adolescence du Québec.Vous voulez l\u2019indépendance.Vous voulez vous retrouver tous ensembles, tous pareils (blancs et français) dans votre petit coin de pays.Je comprends que ce soit rassurant pour les gens unilingues qui n\u2019ont pas d\u2019autres places où aller (surtout les Québécois et Québécoises qui en plus, parlent tellement mal leur français qu\u2019ils ou qu\u2019elles ne pourraient se trouver du travail en dehors du Québec).Pour les personnes mieux éduquées l\u2019indépendance comporte moins de risques.Si ça ne marche pas elles auront toujours d\u2019autres options.On s\u2019essuie les pieds et on continue.Quand aux indépendantistes.L\u2019approche de Parizeau en dit long sur l\u2019honnêteté douteuse des artisans de la «séparation?» ou de la «souveraineté?».Pour ce qui en est des partisans de l\u2019indépendance.leur manque de vision me désole.Quel gâchis vous pouvez faire avec vos vues étroites.S\u2019il n\u2019en tient qu\u2019à mon abonnement pour que votre journal survive.il peut bien disparaître.Vous m\u2019en verrez ravie.Jocelyne Allard-Gostlin 423 COMPTES RENDUS CHARRON, Jean, La Production de l\u2019actualité, Éditions Boréal, Québec, 1994, 446 pages.La relation entre la presse et les politiciens intéresse beaucoup de personnes parce que la presse est un élément important de notre système démocratique.Comment les journalistes et les politiciens arrivent-ils à coopérer dans un système qui est à première vue conflictuel?Quelles sont les stratégies de ces acteurs?Telles sont les problématiques que Charron tente d\u2019expliquer dans ce livre qui montre comment les journalistes et les politiciens poursuivent des objectifs qui sont à la fois concurrentiels et complémentaires.Pour arriver à démontrer cette relation, l\u2019auteur a fait des entrevues auprès de 42 journalistes et de 21 membres du personnel politique (qui compte des ministres, des députés et des attachés de presse).Cette analyse est articulée de façon à montrer les stratégies des politiciens, les rhétoriques des journalistes, les stratégies des journalistes et finalement la gestion des conflits entre les deux groupes.L\u2019auteur présente les journalistes et les politiciens à l\u2019intérieur d\u2019un système où chacun est dépendant de l\u2019autre et où l\u2019action de chacun a une visée stratégique.Pour Charron, la stratégie principale des politiciens est de faire en sorte d\u2019accéder à la visibilité qu\u2019offrent les journalistes tout en contrôlant leur autonomie.Les politiciens arriveraient à leur fin par le jeu de l\u2019exclusivité de la nouvelle qu\u2019ils peuvent mettre à la disposition des journalistes.Ils essaient aussi de faire en sorte que les sources politiques soient les seules à pouvoir fournir l\u2019information aux journalistes à cause de la spécialisation du milieu politique et des différents ministères.Le milieu politique sait tirer profit des contraintes organisationnelles des journaux, comme les échéanciers et la pression du pupitre.Le politicien cherche donc à maintenir ou à augmenter la dépendance des journalistes à l\u2019égard de leurs sources.424 Pour les journalistes, leur stratégie principale consiste à se dégager de l\u2019emprise de leurs sources.Les journalistes font en sorte de se trouver un réseau d\u2019informateurs à l\u2019extérieur du réseau parlementaire ou tentent de se spécialiser afin de contrer les stratégies des politiciens.Ils essaient aussi de décoder le message politique et de l\u2019interpréter pour ne pas être de simples courroies de transmission entre les politiciens et le public.Une autre tactique, qui est employée par les journalistes de la tribune en particulier, c\u2019est la mise en commun des ressources afin de décoder le message politique.Cela se fait tout en gardant une différenciation entre les journalistes, mais cela permet de se sortir de la stratégie des politiciens.Dans cette relation qu\u2019on serait tenté de qualifier, à première vue, de conflictuelle, il existe une forme de coopération dans la mesure où chacun des acteurs a besoin de l\u2019autre.Le journaliste a besoin du politicien pour reproduire la nouvelle et le politicien a besoin du journaliste pour accéder à l\u2019espace public.Cependant, il arrive qu\u2019il y ait des conflits entre les deux groupes.Bien que chacun a des moyens de contrer l\u2019autre et que les conflits sont peu profitables (le politicien par le boycott et le journaliste par la non-parution de nouvelles), c\u2019est souvent le journaliste qui a le dernier mot, parce que c\u2019est lui qui permet l\u2019accès à l\u2019espace public.En cas de conflit, les politiciens devront donc céder et oublier le conflit afin de ne pas nuire à la relation avec les journalistes.L\u2019auteur conclut son livre en nous disant que les deux groupes pensent que l\u2019autre a un avantage sur lui et qu\u2019il «serait hasardeux de déclarer un groupe vainqueur au détriment de l\u2019autre».Le fait d\u2019allier la coopération et le conflit fait en sorte que ce sont deux groupes de puissance égale qui s\u2019affrontent et qui coopèrent à la fois.L\u2019auteur est lui-même conscient des limites de sa recherche, celle-ci ne portant que sur un seul cas.Cependant, on peut affirmer que cette recherche est très utile pour la compréhension d\u2019un acteur très important de la vie démocratique québécoise.Elle nous permet de mieux comprendre cette «production de l\u2019actualité».Patrice DUCLOS 425 Philippe Prévost, La France et le Canada (1918-1944), Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1994, 490 p.Les relations entre la France et le Canada (les deux Canada plus précisément) ne sont jamais vraiment très objectives.On les regarde toujours avec les filtres des émotions et des préjugés.Les histoires franco-canadiennes et franco-québécoises n\u2019ont jamais été assez roses pour qu\u2019on veuille les regarder bien en face.Mais Philippe Prévost, un Français de France, comme on dit, un juriste érudit, a rédigé une thèse à l\u2019Université de Paris sur «les relations franco-canadiennes».C\u2019est cette thèse qu\u2019une petite maison d\u2019édition du Manitoba (Les Éditions du Blé), subventionnée par le gouvernement fédéral nous a-t-on dit, a fait paraître en un volume de 500 pages.Voilà donc une tentative d\u2019objectiver les choses.Eh bien les choses ne sont pas très drôles.Mises à part les épisodes qui concernent l\u2019implantation des collèges Stanislas et Marie-de-France, où on voit surgir l\u2019âme française, les rapports sont relativement secs et parfois stériles.M.Prévost est direct.Au sujet du nerf de la guerre, par exemple, les choses sont claires.«Sur le plan économique, en dépit de l\u2019installation de nombreuses sociétés françaises au Canada et de sociétés canadiennes en France, la balance commerciale demeure toujours, aujourd\u2019hui comme hier, autour de un p.cent des échanges globaux des deux pays, et tout espoir d\u2019amélioration semble vain.» Depuis la chute de Québec, nous rappelle l\u2019auteur en guise de fond de scène, le clergé, seule institution qui restait en Laurentie, conscient que la France «ne chercherait jamais à revenir en Amérique du Nord.a assuré l\u2019Angleterre de son total loyalisme et de celui de ses fidèles», une loyauté «absolue» qui ne s\u2019est pas démentie lors de l\u2019insurrection de 1837, par exemple.Pourquoi ce désintéressement de la France?C\u2019est que, voyez-vous, le «triangle» commercial que Colbert avait voulu établir entre le Canada, les Antilles et Paris s\u2019est soldé par un échec ! Voilà tout.Depuis lors, la politique de la France à l\u2019égard du Canada est la même.Ne pas intervenir dans la colonie britannique canadienne car cela compliquerait les relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne.Foin donc des idéalistes qui rêvent au rapprochement avec une mère patrie aussi terre-à-terre.426 L\u2019étude de Me Prévost est certes utile.Elle nous rappelle, dans le détail, et d\u2019un point de vue distant, toute la litanie grenouillante des incursions «canadiennes» et celles de «la Province» sur les terrains minés de la capitale française.On sait, ici, comme il nous le rappelle, que plusieurs aventures industrielles et commerciales se sont soldées par des échecs.Et que les expériences n\u2019ont pas souvent été motivée par le désir de conforter la collectivité franco-canadienne.On n\u2019a qu\u2019à penser à l\u2019aventure Michelin en terres brunswickoises antisyndicales.En fait, indique l\u2019auteur, les échecs pourraient avoir eu pour cause l\u2019absence de volonté politique des gouvernements.Bon.On sait que le commerce n\u2019est pas une affaire d\u2019idéalistes.M.Prévost, du reste, est pragmatique.La France, dit-il, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un conseil d\u2019administration, a intérêt à ne pas indisposer le Canada; elle doit «le mettre dans le jeu».Celui-ci, explique-t-il, «est ce petit poids qui peut faire pencher la balance» (dans les relations avec Washington par exemple).Et, si la France veut peser sur les affaires du monde, elle doit «avoir une politique canadienne».C\u2019est celle-ci: «Aide au Québec et aux minorités francophones, spécialement acadiennes, sans pour autant braquer Ottawa, incitation à l\u2019immigration des hommes et des capitaux, afin de préserver et si possible de développer ces points d\u2019appui essentiels que constituent ces «taches françaises» dans le Nouveau Monde, à l\u2019orée du troisième millénaire.Le statu quo absolu en d\u2019autres termes.Et De Gaulle là-dedans?Le Général a bel et bien enrichi les relations culturelles avec le Québec mais, à partir des années 1970, «la volonté et les moyens ont fait progressivement défaut, en sorte qu\u2019actuellement les relations entre les deux pays sont revenues au niveau modeste qui est généralement le leur».La lecture de «La France et le Canada», ainsi, de mon point de vue, est intéressante pour la tête, mais donne des frissons dans le dos des émotions.Jean-Pierre BONHOMME 427 Noël Baillargeon, Le Séminaire de Québec de 1800 à 1850.Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1994.416 pages 22 xh x 15 cm, 41 illustrations, 5 tableaux et 1 hors-texte.L\u2019abbé Baillargeon, docteur ès lettres (Laval), ancien professeur de géographie et d\u2019histoire au Séminaire de Québec, vient de faire paraître aux Presses de l\u2019Université Laval Le Séminaire de Québec de 1800 à 1850, qui constitue le volume IV de l\u2019histoire de cette institution plus de trois fois centenaire.Cet ouvrage de 416 pages est orné d\u2019illustrations nettes et bien choisies, comprend un modèle de bibliographie (p.371-388) et un index inestimable (p.389-403).Il est fort maniable et de consultation facile.Je ne puis résister au plaisir de citer, en guise d\u2019introduction, la légende consécutive à l\u2019illustration de la couverture: «Charles Huot; Cour intérieure du Séminaire, huile sur toile.Musée de l\u2019Amérique française, 1991.105.Photo: Denis Chalifour.La «petite cour» entre l\u2019aile du Petit Séminaire et l\u2019évêché vers 1905.Au fond, l\u2019ancien secrétariat de Mgr Plessis où, en 1852, se donnèrent les premiers cours de l\u2019Université Laval».Il suffit de jeter un coup d\u2019œil sur la table des matières (p.405-410), bien aérée et détaillée, pour saisir la charpente du livre.Il repose sur un plan logique, progressif et solide.Comme en tout il ne faut jamais perdre de vue l\u2019homme - «Ah! quel malheur ce serait pour l\u2019homme d\u2019oublier l\u2019homme!», s\u2019écriait déjà Bossuet au moment du sacre de Mgr de Laval à Paris en 1658 -, l\u2019auteur commence par l\u2019homme, par le personnel, les enseignants, les bâtisseurs, les pionniers.Il leur consacre à bon droit les deux premiers chapitres où figurent neuf prêtres et messeigneurs portant le rabat; il distingue parmi eux trois figures de proue: Jérôme Demers, John (rebaptisé Jean) Holmes et Louis-Jacques Casault qui deviendront les maîtres d\u2019œuvre de l\u2019Université Laval.Les chapitres trois, quatre et cinq sont consacrés au patrimoine, qui comprenait alors les fiefs de Coulonge, de Saint-Michel et de Sault-au-Matelot, Maizerets ou la Canardière, les seigneuries de Beaupré, de l\u2019île-aux-Coudres, voire de l\u2019île-Jésus, en vue de Montréal.Ce patrimoine, il faut le mesurer, le classer, le recenser, le défricher, le cultiver, le peupler, y faire vivre des gens et en tirer des revenus.Car le travail et l\u2019argent sont le nerf de la culture, de l\u2019éducation et de l\u2019enseignement, des arts, des lettres et des scien- 428 ces.C\u2019est l\u2019histoire de Sillery, du Vieux-Québec, de Québec à l\u2019île-aux-Coudres et à Baie-Saint-Paul que fait revivre l\u2019auteur en trois chapitres.Sans oublier l\u2019île-Jésus.Il y est question, entre autres, de droit de grève, de bornage, de mesurage, de chasse et de pêche, de fermes et de moulins à farine ou à scie, de contestations, da basse marée, de domaines, de pêches aux marsouins, de construction de chemins et de routes, de voyers, de battures, de concessions de terres et de ventes, de pinèdes et de réserves forestières.Autant dire que le lecteur n\u2019a pas le temps de s\u2019ennuyer à parcourir les 150 pages hautes en couleur qui traitent de ces divers sujets.Le chapitre six (p.185-220) est consacré au Grand Séminaire.On manquait alors de prêtres, on en manque aujourd\u2019hui, on en manquera demain.Tellement la moisson est abondante et les moissonneurs sont peu nombreux.Les ordonnances des évêques du temps partagent la même inquiétude que le public.Chaque époque, comme chaque être, est unique.L\u2019important est de semer à tout vent.Tous les pays, à commencer par le nôtre, sont des pays de mission.Nous sommes tous des missionnaires.L\u2019Esprit souffle où et quand II veut.Voici trois phrases empruntées au célèbre rapport de Lord Durham : Je ne connais pas au monde de curés dont la pratique des vertus chrétiennes et l\u2019observance scrupuleuse des devoirs d\u2019état soient plus universellement reconnues et aient produit plus de bien .Connaissant les besoins et la mentalité de ceux qui les entourent, ils ont été les champions et les dispensateurs de la charité, les gardiens des moeurs du peuple.En l\u2019absence d\u2019institutions civiles permanentes, l\u2019Église catholique a présenté l\u2019unique ressemblance de la stabilité, et manifesté les seuls appuis de la civilisation et de l'ordre, (p.199) Le lecteur ferait bien aussi de lire dans ce chapitre ce qui concerne notamment le prêt à intérêt, la formation du clergé orientée vers le ministère paroissial, le gallicanisme et l\u2019enseignement de l\u2019anglais.Le Petit Séminaire fait l\u2019objet des cinq chapitres suivants (p.221-366).Noël Baillargeon y étudie tour à tour le régime interne ou scolaire, le journal L\u2019Abeille, les heureuses initiatives des abbés Casault et Demers, les programmes d\u2019études, les humanités, la philosophie, les mathématiques et les sciences, voire les arts d\u2019agrément, y compris les distributions de prix et les exercices publics.C\u2019est la partie qui m\u2019a, avec le patrimoine, le plus vivement intéressé ; je vais faire mon miel des douze feuillets de notes 429 que j\u2019ai remplis au cours de ma lecture.L\u2019enseignement du français, de l\u2019anglais, l\u2019étude de la grammaire, des textes et de la littérature, des humanités, la prépondérance du latin et le retour du grec, la rhétorique, la géographie et l\u2019histoire, voire l\u2019architecture, les voyages outre-mer de plusieurs professeurs, le musée d\u2019histoire naturelle, les cours de mathématiques, de physique et de sciences naturelles: tout y est passé en revue, analysé et commenté.Il y est question aussi, bien sûr, des activités parascolaires: théâtre, musique, dessin, concours, débats, discussion, exercices publics, distributions de prix, fanfare, orchestre, choeur de chant; le sport et la culture physique n\u2019étaient pas encore à la mode, semble-t-il, ils ont certes repris le temps perdu depuis lors.Ce demi-siècle d\u2019histoire, on le voit par ce qui précède, se distingue par la clarté et la densité, la précision et la sobriété, la composition et le style.Il est marqué aussi au coin de la culture et de l\u2019érudition.Je parierais que l\u2019ouvrage a été peaufiné par un puriste ou un styliste de qualité.Tous les mots portent.L\u2019auteur fait beaucoup plus que vider son carquois de fiches.Loin de ployer sous le fardeau, il les domine et les maîtrise, restant maître à bord, il les possède beaucoup plus qu\u2019il n\u2019en est possédé; il laisse parler les faits qui sont les idées, mais l\u2019inverse est faux.Il poursuit des recherches sur l\u2019histoire du Séminaire de Québec depuis plus de 30 ans, et c\u2019est le quatrième volume qu\u2019il lui consacre; il se révèle en parfaite possession de ses moyens et de son savoir.Archiviste dans l\u2019âme et historien de métier, ce jeune octogénaire mène une vie intellectuelle exemplaire, active et féconde.Il se révèle un véritable intellectuel dans l\u2019acception propre du terme, c\u2019est-à-dire un consacré qui cherche et lit, étudie et écrit, en présence de Dieu, comme l\u2019a défini le père A.D.Sertillanges, o.p., dans son ouvrage classique, La Vie intellectuelle.Sou ouvrage est une contribution instructive et intéressante, agréable à lire et scientifique, à l\u2019histoire d\u2019une maison d\u2019éducation et d\u2019enseignement, qui est beaucoup plus qu\u2019«une corporation sans aucun rapport de filiation ou de dépendance à l\u2019égard de quelque établissement que ce soit» (p.367).Cette institution, fondée par Mgr François de Montmorency-Laval en 1658, est aussi un SME, Séminaire des missions étrangères, comme on peut encore lire les trois lettres à la porte d\u2019entrée.Si elle n\u2019est plus le propriétaire d\u2019un vaste patrimoine, elle en conserve, cependant, l\u2019histoire et en cultive la nostalgie.430 Le Séminaire de Québec de 1800 à 1850 a paru avec le double concours du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et du ministère de la Culture et des Communications du Québec.Il fait honneur à son auteur et rend un hommage bien mérité au Séminaire de Québec.Car c\u2019est lui, et non le gouvernement du Québec, qui a pris l\u2019initiative de créer l\u2019Université Laval.Le Séminaire de Québec s\u2019est honoré d\u2019abord en la fondant en 1852, puis en la coiffant à bon droit du nom du premier évêque de la Nouvelle-France, enfin en lui donnant pour devise cette humble profession de foi d\u2019un intellectuel croyant: Deo favente baud pluribus impar.Maurice LEBEL 431 LIVRES ET REVUES REÇUS Association québécoise d\u2019histoire politique, Bulletin, 1994, 58 p.Audet, Elaine, Pour une éthique du bonheur (Chroniques de l\u2019imposture), Éditions du remue-ménage, 1994, 237 p.Baillargeon, Noël, Le Séminaire de Québec de 1800 à 1850, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1994, 410 p.Bélanger, Paul R., Michel Grant, Benoît Lévesque, La modernisation sociale des entreprises, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1994, 318 p.Bélanger, Réal, Richard Jones, Marc Vallières, Les grands débats parlementaires, Presses de l\u2019Université Laval, 1994, 488 p.Bemier, Marc-François, Éthique et déonthologie du journalisme, Presses de l\u2019Université Laval, 1994, 288 p.Berthelot, Jocelyn, Une école de son temps.Éditions Saint-Martin, 1994, 288 p.Boudreau, Alexandre J., À l\u2019assaut des défis, Éditions d\u2019Acadie, 1994, 137 p.Boudreau, Claude, La 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limitée.442 437 EN FRANÇAIS DANS II TEXTE Robert Dubuc \u2022\tUn outil pratique et simple pour mieux maîtriser le vocabulaire et certaines structures du français.\u2022\tLes anglicismes les plus courants expliqués et corrigés.\u2022\tDes pictogrammes pour faciliter le repérage de l'information cherchée.\u2022\tDes exercices amusants pour contrôler l'acquisition des connaissances.264 p., 29,95 $ LINGUATECH ÉDITEUR INC.C.P.92012, Place Portobello, Brassard (Québec) J4W 3K8 Tél.et téléc.: (514) 443-9851.Commandes par télécopieur acceptées.Avec les hommages de Groupe vie Desjardins-Laurentienne EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE Robert Dubuc «mute* édDeur 438 LU E S MONTRÉAL, 199 5 Un rendez-vous avec le quotidien.LE DEVOIR 439 Heures d'ouverturea Lundi - mardi : 10 heures à 15 heures Mercredi - |eudi : 10 heures à 18 heures Vendredi : 10 heures 8 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTRÉAL 1255, rue Bern.Montreal H2L 4C6 Tel, : 349-3581 -Télec.: 849-7019 Service des prêts 1259, rue Bern, bureau 230, Montréal H2L 4C7 Tel.: (514)849-3581 - Télec.(514)849-7019 GHISLAIN BEAULIEU, directeur général A S S J B DU CENTRE DU QUÉBEC 446 Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519.Plus de 33 500 membres au Coeur du Québec.I^iiiiaimiig SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: 527-9891 Télécopieur 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées 440 Nous retournons à la source.Nous réaffirmons notre objectif premier: offrir a la population québécoise le meilleur service au moindre coût possible Hydro-Québec Le meilleur de nous-mêmes 441 Pierre Allard Comptable agréé 980, rue Saint-Antoine Ouest Bureau 308 Montréal (Québec) H3C 1A8 Téléphone : (514) 874-0838 Télécopieur : (514) 875-9668 GESTIONNAIRES CONSEILS J.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 550, rue Sherbrooke ouest, Montréal H1X3G8 (514) 735-3436 - Fax: (514) 843-9491 ALIMENTATION Alimentex Inc.HENRI-LOUIS GAGNON, président-directeur-général C\u2019est tout naturel \u2022\tAliments de santé \u2022\tLivres naturistes \u2022\tExtracteurs à jus \u2022\tSuppléments alimentaires \u2022\tPrescriptions naturopatiques 1188, 1è,e Avenue, Québec G1L3K8 (418) 529-7988 - Fax: (418) 529-6939 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 1065, rue de Bleury, Montréal H2Z1N1 (514) 861-3491 - Fax (514) 866-7056 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514) 899-5377 \t\t \tSemb\tSyndicat des employés \t\t \tSaq\tde magasins \t\tet de bureaux de la SAQ D epuis le temps,\t\t1065, rue Saint-Denis \t\\\t\tMontréal H2X 3J3 Tél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, bout.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 442 COOPERER RM 13 S\u2019associer, se marier, se regrouper, s\u2019entraider, mettre en commun, partager, c\u2019est ça coopérer.A deux, en amoureux, entre actionnaires d\u2019une PME, à vingt réunis en conseil d\u2019administration.des forces, la coopération.Le Mouvement des caisses Desjardins fait lui aussi sa part en vous offrant une gamme complète de services financiers et un vaste réseau, à la mesure de vos aspirations.la réalisation des grandes choses passe par l\u2019union Des jardins L'incrovablc lorec de la coopération.443 J4'i\\\tSOCIÉTÉ Æ- I l ï\ti NATIONALE M\t1 1 ! ¦\t1 D'ASSURANCE 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500.Montréal H3A3G5\t (514)288-8711\t Le CAP sur l'excellence Notre nouvelle presse 5 couleurs donnera fière allure à vos couvertures IMPRIMEUR ACM Vine CAP SAINT IGNACE Téléphone : (418) 246-5666 Télécopieur : (418) 246-5564 MONTRÉAL Téléphone : (514) 848-9766 Télécopieur : (514) 848-0160 IMPRESSION SOIGNEE DE VOS LIVRES, PERIODIQUES ET BROCHURES.444 Entreprendre, c\u2019est agir ensemble.Nous sommes la banque des gens d\u2019action.Des gens d\u2019affaires.Nous sommes au cœur des réalisations de ceux qui ont l\u2019esprit d\u2019initiative.Partenaires pour entreprendre.Et réussir.BANQUE NATIONALE Notre banque nationale 445 NOS COLLABORATEURS 1994-1995 François-Albert Angers Richard Arteau Louis Balthazar Robert Barberis André Beauchamp Claude Béland Jules Bélanger Lionel Bellavance Jocelyn Berthelot Bernard Blier Luc Bouvier Gary Caldwell Serge Cantin Linda Cardinal Mario Carrier Charles Castonguay Jean-Pierre Chalifoux Alain Chanlat Denise Côté Pierre de Bellefeuille Roger Dehaybe Clermont Dugas Fernand Dumont Micheline Dumont Jean Ethier-Blais Andrée Ferretti Philippe Gabelier Jean-Charles Gagné François Gardner Édith Gendron Rita Giguère Ethel Green Michel Guillou Julien Harvey Bruno Jean André Joyal Henri Laberge Danyèle Lacombe Georges Lafond Adrianne Laliberté Christine Lamoureux Colette Lanthier Robert Laplante Alain Laramée Brigitte Larocque Louise Laurin Léo-Paul Lauzon Gilles Lebeau Maurice Lebel Jacques Leclerc Yvon Leclerc Gérard Lefebvre Jean-Marc Léger Paul-Marcel Lemaire Ginette Lepage Georges Lessard Richard Marceau Henri Massé Jacques Maurais Normand Maurice Denis Monière Claude Morin Rosaire Morin Jean-François Nadeau Richard Nadeau Pierre Noreau Ferdinand Ouellet Eve Ouimet Michel Paillé Gilbert Paquette Philippe Paradis Christian Payeur Pierre Péladeau Jean-François Pelletier Marcel Pépin Jean-Paul Perreault Jocelyne Picard Jacinthe Pilon Bernard Pilote Ladislas Pordan Jacques Proulx Gilles Rhéaume François Rocher Fernand Rouillon Paul-Émile Roy Maurice Saint-Germain Charles Saint-Prot Pierre Shooner Denis Simard Jean-François Simard Jean-Jacques Simard René Simard Jean-Claude Tardif Marc Termote André Thibault Benoit Tremblay Henri Tremblay Rodrigue Tremblay Rémy Trudel Pierre Vadeboncœur Julie Vézina Marcelle Viger 446 LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Membres André Beauchamp René Blanchard Nicole Boudreau Sylvain Boudreaull Guy Boulhillier J.-Charles Claveau Jean-Claude Dupuis Pierre Dupuis Lucia Ferretti Philippe Gélinas Jean Genest Yvon Groulx Léo Jacques Lysiane Laberge Francine Lalonde Pierre Lamy Colette Lanthier Jean-Marc Léger Denis Monière Jacques- Yvan Morin Jean-François Nadeau Pierre Noreau Gilbert Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Louis-Philippe St-Martin Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Gérard Turcotte Président honoraire Président Vice-président Secrétaire Trésorier Conseillers Ex-officio François-Albert Angers Robert Laplante Alain Laramée Delmas Lévesque Claude Duguay Marie-Noëlle Ducharme Danielle Gagné Isabelle Le Breton Yvon Leclerc Jacques Martin Rosaire Morin Membres honoraires Thérèse Baron, Christiane Bérubé, Jacques Bou lay, Hélène Chénier, Jean-Marcel Paquette, Ju liette Rémillard.Membres émérites: Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Marcel La-flamme, Georges Meyers, Anna-L.Normand.L'Action nationale Les 75 000 pages publiées par la revue depuis 78 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard-Arès et François-Albert Angers Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.1259, rue Berri, bur.320, Montréal, H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopieur: (514) 923-5755 ,™i;.~ - ?Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 4,95$ ~v \"V 5^48540825 "]
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