L'action nationale, 1 décembre 1995, Décembre
[" Volume LXXXV, numéro 10, décembre 1995 É Mm JFï* togMuiliiiii ** %r* * ______ Les Archives nationales du Québec Abonnement 1 an\t 10 numéros\t Québec, Canada\t38,00$ Étudiants, Québec\t22,00$ France\t300,00 FF Autres pays\t65,00$ (Taxes incluses)\t Abonnement 2 ans\t 20 numéros\t Québec, Canada\t70,00$ Etudiants, Québec\t40,00$ France\t500,00 FF Autres pays\t115,00$ (Taxes incluses)\t ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité : 10 numéros par an L A CTION NA TI O N ALE 1259, rue Berri, bureau 320 Montréal, H2L 4C7 Téléphone: (514) 845-8533 Télécopieur: (514) 286-8165 La page couverture reproduit des fonds et collections d\u2019archives ; cette photographie nous est fournie par les Archives nationales du Québec.Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent par l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilitent nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans « Périodex» depuis 1984 et dans « Repères» publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985- Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée. TABLE DES MATIÈRES DÉCEMBRE 1995 4\tÉditorial\t84\tLa maison des patriotes \tLe problème Chrétien\t\tOnil Perrier \tRosaire Morin\t86\tCap-aux-Diamants 6\tPensées vivantes\t\tPhilippe Allard \tPierre Vadeboncœur\t89\tLe chemin du retour 8\tLe Québec au 21e siècle\t\tMarie Cholette \tYvon Martineau\t90\tFaits référendaires 17\tLe projet de loi C-96 Francine Lalonde\t\tRosaire Morin 25\tLe défi de l\u2019intégration\t111\tÀ travers l\u2019actualité \tGisèle Belzile\t\tRosaire Morin 40\tLes jeunes et le décrochage\t123\tComptes-rendus : \tNicole de Sève\t\t\u2014 Sur la place publique de \t\t\tÉmile Roberge 50\tVers l\u2019indépendance Gaston Laurion\t125\tLectures 70\tLe français dans le monde\t127\tIndex des auteurs 1995 \tPaul-Émile Roy\t135\tNos annonceurs 75\tTravail en équipe Michel Rioux\t147\tDossier : Les Archives nationales 81\tLe fédéral en anglais\t\tdu Québec \tJean-Paul Perrault\t\tLouis Roy NATIONALE SI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ-E Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.(1I\t_\t¦¦ '\t- - _\t.y?Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement :\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t38$\t70$ Étudiant\t22$\t40$ France\t300 FF\t500 FF Autres pays\t65$\t115$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.\tNom\tPrénom L'Action NATIONALE\tAdresse\tCode postal 1259, rue Berri, bur.320 Montréal\tTéléphone\tTélécopieur H2L4C7 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755\tProfession\t \t\t SI VOUS Ê , - 11! NATIONALE Deux questions : La première :\tillllilllisillilllllllilllll Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné ?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.\t Merci de votre coopération.\t La seconde :\tpiiifiipiiiiiiiiiiyi Sur l\u2019étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de le renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6 000 $ par année en timbres, papeterie et temps ! Abonnement :\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t38$\t70$ Étudiant\t22$\t40$ France\t300 FF\t500 FF Autres pays\t65$\t115$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession «- 5\t, M\t.\ti-.-5 fêBÜi\t Supplément postal, L\u2019Action NATIONALE Volume LXXXV, numéro 10, décembre 1995 Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Relationniste Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Comptes-rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Jean-Pierre Bonhomme Réussites Yvon Leclerc Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Michel Rioux Ronald Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jea'n-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier L'Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L4C7 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755 Comité éditorial François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Claire Bonenfant, sociologue, Québec Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, président, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona-Josée Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal 2 Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Conseil de la Famille Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon, professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brôme Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministre, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, rectrice par intérim, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncœur, écrivain, Outremont 3 YL9lkçiûMm ¦2ES3E3ZmH3 Éditorial Volume LXXXV Numéro 10, Décembre 1995 Directeur Rosaire Morin Le problème Trudeau-Chrétien Secrétaire Marie-Laure Prunier Relationniste Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Comptes-rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Jean-Pierre Bonhomme Réussites Yvon Leclerc Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Michel Rioux Ronald Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Le 30 octobre, le peuple québécois a parlé avec force et sérénité.Devant le verdict, il faut momentanément s\u2019incliner.Le gouvernement du Québec doit gouverner.Il doit exercer la plénitude des pouvoirs constitutionnels que la Constitution lui reconnaît.Parmi les priorités de l\u2019heure, la primauté doit être accordée à l\u2019emploi.L\u2019objectif principal est de viser le plein emploi.C\u2019est la clé de la prospérité économique et de la santé sociale.Mais la question constitutionnelle n\u2019est pas résolue.Elle demeure entière.Les revendications traditionnelles du Québec reçoivent l\u2019appui de tous les partis politiques québécois, malgré des divergences dans l\u2019expression.La réponse du gouvernement fédéral est attendue.La montée irrésistible de l\u2019indépendance réclame des changements majeurs.Si la marchandise n\u2019est pas livrée, si les offres fédérales sont inacceptables, la «prochaine fois» sera pour bientôt.C\u2019est la loi inexorable de la démocratie.À écouter M.Chrétien et les chefs politiques, à lire les journaux du Canada anglais, on se rend compte de la profondeur de la solitude entre les deux Canadas.Alors que de forts consensus sont établis au Québec, le Canada anglais est aussi incapable de répondre à un NON du Québec qu\u2019à un OUI. Le 30 octobre, le peuple québécois a parlé avec force et sérénité.M.Chrétien s\u2019agite.Il vient d\u2019établir deux comités ministériels composés majoritairement d\u2019Ontariens pour résoudre la crise québécoise.C\u2019est là l\u2019attitude aveugle d\u2019un homme dépassé par les événements.L\u2019homme demeure fidèle à la pensée de son maître, Pierre Elliott Trudeau.Le maître et le disciple ont conduit le pays à la faillite.En 1968, le prince Elliott devenait premier ministre.La dette fédérale nette qui n\u2019était que de 23 958 millions $ en 1974 est passée à 238 537 millions $ en 1985, au départ de M.Trudeau.M.Chrétien a même été le premier ministre des Finances à présenter un déficit budgétaire supérieur à dix milliards $ pour les années 1977-1978 et 1978-1979.La lutte au séparatisme avait conduit ces deux hommes à investir dans tous les domaines pour assurer la visibilité du fédéralisme.La même conception d\u2019un régime fédéral fort les avait conduits au coup d État de 1982, au rejet des ententes du lac Meech et de Charlottetown.Leur passé est garant de leur avenir.Leur grenouillage facilitera l\u2019indépendance du Québec.?Rosaire Morin Comme élément de solution, M.Chrétien rêve d\u2019une loi fédérale sur la société distincte et M.Frank McKenna espère que plusieurs provinces imiteront Ottawa et qu\u2019il deviendra possible d\u2019inscrire la réalité distincte du Québec dans la constitution canadienne.Cette reconnaissance agréable à la majorité de la population québécoise en 1990 a perdu depuis le symbolisme dont parle M.McKenna.En 1995, le Québec refuse une telle reconnaissance.Il est un peuple, une nation.5 Les préoccupations nationales des Québécois sont parfois taxées d\u2019esprit passéiste et réactionnaire, et le fait est qu\u2019il a existé jadis telle chose qu\u2019une politique nationale passéiste.Mais l\u2019idée nationale a un autre rôle et un autre sens, exactement contraires à l\u2019esprit rétro.Elle peut être et elle est la source d\u2019un dynamisme considérable et alors, loin d\u2019être passéiste, elle est politique au premier chef, c\u2019est-à-dire tout actuelle, essentiellement tournée vers le futur et, dans bien des cas, le moteur même des volontés.Et démocrate, et progressiste, et sociale-démocrate, comme nous ne cessons de le montrer depuis trente ans.Pensées vivantes, pensées mortes Pierre Vadeboncœur Le sens d\u2019un intérêt collectif et vital est une force indispensable et il l\u2019est universellement, non seulement pour les peuples, mais pour les groupes, pour les minorités, pour les majorités, pour les classes ; en somme pour tout ce qui veut exister.Mais c\u2019est là que certaines mécaniques à penser cessent de saisir quoi que ce soit.Demandez-le au Canada anglais même, aux Amérindiens, à qui vous voudrez.Demandez-le aux Américains.Ou à l\u2019Allemagne présente.Il y a des choses qui ont un nom.Les mouvements d\u2019histoire sont collectifs.Demandez aux Juifs ce que c\u2019est qu\u2019une politique orientée selon leur propre point de vue et pour leurs propres fins.Demandez-leur ce qu\u2019ils pensent du sens identitaire en rapport avec ces fins.Les résistances d\u2019histoire sont collectives.Mais les malins d\u2019ici nous disent que, pour nous, la volonté d\u2019inspiration nationale est sentimentale, anachronique.6 À preuve que la volonté souverainiste est à tous égards une volonté politique et que c\u2019est une volonté moderne, voyez entre autres choses l\u2019opposition qu elle rencontre au Canada : à la racine de l\u2019agitation canadienne, il y a nécessairement des concurrents économiques du Québec qui s\u2019énervent et une droite particulièrement réactionnaire qui veut dominer.Au Canada et aux États-Unis.Il y a des possessions québécoises d\u2019État que cette droite veut briser ou dont elle veut s\u2019emparer, par exemple la Caisse de dépôt et Hydro-Québec, entre autres.Quant aux concurrents, ils préfèrent compter sur leurs gouvernements à eux et ne veulent pas d\u2019État concurrent des leurs.Voici au surplus ce qu\u2019une rationalité étroite ne peut saisir.Ce qui échappe à son attention trop abstraite et trop maigre, c\u2019est ceci : l\u2019extrême amplitude des effets qu\u2019engendre le succès ou l\u2019échec, non d\u2019une pure idée, mais d\u2019une collectivité humaine, c\u2019est-à-dire du vivant.L\u2019idée nationalê est la source d\u2019un dynamisme considérable, le moteur même des volontés.Nos fédéralistes n\u2019entrevoient guère ni d\u2019un côté ni de l\u2019autre ces conséquences multipliées : d\u2019une part, rajeunissantes, libérantes; d\u2019autre part, d\u2019atrophie et de déclin, dynamique descendante obligée de tout ce qui va finir ou péricliter.Ils spéculent sans la moindre imagination.Ils ont l\u2019esprit collé sur des pensées mortes : ils ne pressentent ni ne devinent les suites d\u2019une victoire, d\u2019une cohésion, d\u2019une force québécoise affirmée, ni d\u2019autre pan les suites de la faiblesse, de l\u2019abandon, de la subordination chronique, de la défaite.Ils font dans les idées statiques.L\u2019extraordinaire dynamique positive ou négative découlant des situations dans l\u2019histoire leur échappe.Devant le non tout comme devant le oui, au référendum, ils avaient à cet égard l\u2019esprit fermé.?7 A Hydro-Québec, le mot «branché» est très important.Il traduit à lui seul notre réalignement.Nous voulons dès aujourd\u2019hui brancher le Québec sur le XXIe siècle.Voici comment.Hydro-Québec doit s\u2019ajuster à une nouvelle réalité économique.Notamment par la diversification et une plus grande commercialisation de ses activités.Nous le disons clairement dans le mémoire que nous avons déposé à la Table de consultation du Débat public sur l\u2019énergie.La demande ne justifie plus, dans un avenir ^ çonseti immédiat, de nouveaux mega-projets hydroelectri- d\u2019udtninistration ques au Québec.\td\u2019Hydro-Québec Cela nous donne l\u2019occasion, pour ne pas dire la chance, de mobiliser notre expertise et nos ressources pour explorer de nouveaux horizons, pour développer de nouveaux projets, au service de la collectivité québécoise.Bien sûr, nous gardons notre mission de base, qui est de fournir de l\u2019électricité à toutes les clientèles québécoises au meilleur prix possible.Cette mission demeure.Et notre vision aussi, celle d\u2019être reconnue par nos clients comme la meilleure entreprise d\u2019électricité au pays d\u2019ici l\u2019an 2000.Mais, en même temps, pour contrer la décroissance et surtout pour prendre l\u2019avenir d\u2019une façon engagée, Hydro-Québec, ses fournisseurs et ses partenaires, doivent trouver et développer de nouveaux champs d\u2019application pour nos équipements, notre savoir-faire, nos compétences et notre créativité technologique.Brancher le Québec sur le 21e siècle Yvon Martineau 8 Nous voulons dès aujourd\u2019hui brancher le Québec sur le XXIe siècle.Il faut définir des projets qui répondent aux besoins de demain.Les télécommunications, la nouvelle commercialisation du savoir-faire et l\u2019innovation technologique, offrent des perspectives stimulantes.Et à cet égard, il y a ample matière à travailler ensemble.Les télécommunications Après avoir électrifié le Québec, nous devons «l\u2019électronifier».Hydro-Québec veut s\u2019associer à des entreprises privées pour brancher le Québec, le plus tôt possible, sur les grands circuits d\u2019information du XXIe siècle.Cela fait partie de la prochaine étape de la modernisation du Québec.Et, comme elle l\u2019a été dans les années 60, Hydro-Québec peut être, encore une fois, l\u2019un des grands moteurs de notre développement économique.Hydro-Québec possède des atouts exceptionnels, uniques, pour être au coeur de ce développement.Et voyez pourquoi ?D\u2019abord, nous possédons le plus vaste réseau privé de télécommunications au Québec.Il a été créé pour assurer la sécurité et le bon fonctionnement de notre réseau de centrales et de lignes de transport et de distribution.Et un programme d\u2019investissement majeur dans les technologies de l\u2019information a été lancé l\u2019an dernier : plus d\u2019un milliard et demi de dollars d\u2019ici l\u2019an 2000 .Ces investissements, pourquoi ne pas les faire fructifier, les optimiser, dans le partage avec les entreprises?C\u2019est la nouvelle approche que je propose.Nous avons aussi accès, par notre réseau de distribution, à toutes les résidences et à toutes les entreprises du Québec.9 Nous avons développé des systèmes de transactions commerciales qui nous permettent de faire affaires avec tous les foyers et toutes les entreprises du Québec.Ces systèmes commerciaux ont été conçus comme support à notre activité de base, qui est de vendre de l\u2019électricité.Mais aujourd\u2019hui, nous voulons leur trouver d\u2019autres emplois, leur donner de nouvelles vocations et en tirer des profits additionnels.Hydro-Québec et ses partenaires, doivent trouver et développer de nouveaux champs.Enfin, notre grande capacité financière et nos réseaux de contacts internationaux viendront appuyer nos initiatives en télécommunications.L\u2019électronification du Québec, c\u2019est un projet nécessaire et pressant.Car dans le prochain siècle, ceux et celles qui n\u2019auront pas réussi à s\u2019accrocher à ces courants nouveaux risquent de devenir les démunis de l\u2019information, les analphabètes de demain.Ce grand projet, Hydro-Québec ne veut pas le faire seule, mais en partenariat, en accord avec la tradition de la solidarité québécoise.Il se réalisera, ce projet, autour d\u2019une société, Hydro-Québécom, à laquelle le secteur privé, par le biais d\u2019un appel à l\u2019épargne, sera invité à participer éventuellement.La forme exacte que prendra ce partenariat demeure à préciser.Nous voudrons en discuter avec nos partenaires avant de l\u2019arrêter.Chose certaine cependant, la formule retenue devra aussi protéger les consommateurs d\u2019électricité en séparant cette activité de diversification de celles dont les coûts sont considérés dans le calcul des tarifs d\u2019électricité.La nouvelle commercialisation du savoir-faire Voilà pour les télécommunications.Faut-il pour autant conclure de cet engagement qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019avenir dans l\u2019électricité?Non, bien au contraire.Car le monde a d\u2019énormes besoins d\u2019énergie.Et l\u2019électricité et, particulièrement l\u2019hydroélectricité, est 10 et demeurera la grande ressource énergétique de l\u2019avenir.Pour les quatre raisons suivantes : Premièrement, le potentiel hydroélectrique demeure très grand dans le monde et, ne l\u2019oublions pas, deux milliards d\u2019êtres humains n\u2019ont pas encore accès à l\u2019électricité.La Chine, l\u2019Inde, l\u2019ancienne URSS, l\u2019Afrique et l\u2019Amérique du Sud recèlent un immense potentiel.Si la demande d\u2019électricité s\u2019accroît comme prévu, on estime que la moitié de ce potentiel pourrait être mis en valeur d\u2019ici 20 ans.Deuxièmement, l\u2019hydroélectricité est une ressource renouvelable qui permet d\u2019atteindre des objectifs planétaires de réduction des émissions atmosphériques et du réchauffement climatique.Elle nous a permis de réduire de 20% les gaz à effet de serre au Québec, alors même que l\u2019économie continuait à se développer.Elle répond aux exigences du développement durable.Et elle rejoint merveilleusement cet aphorisme que je prête à Saint-Exupéry, «On ne tient pas la terre de ses parents mais on l\u2019emprunte à ses enfants».Hydro-Québec veut brancher le Québec sur les grands circuits d'information du XXIe siècle.Troisièmement, l\u2019hydroélectricité est plus économique que l\u2019électricité produite d\u2019autres sources.Et cet avantage croît avec le temps, comme le prouve notre centrale de Beauharnois, où un programme de réfection, moins coûteux qu\u2019un équipement neuf, prolongera la vie utile des équipements encore d\u2019un demi-siècle.Quatrièmement, le Québec est l\u2019endroit au monde où l'on a le plus investi depuis 30 ans pour développer un savoir-faire dans la construction et la gestion de barrages, centrales, lignes de transport et réseaux de distribution électriques.L\u2019expérience et la compétence d\u2019Hydro-Québec, alliées à celles des entreprises, nous permettent d\u2019entreprendre n\u2019importe quel projet touchant l\u2019électricité.Ces quatre facteurs combinés représentent des possibilités d\u2019affaires innombrables.Déjà, depuis 11 1978, Hydro-Québec International, avec des partenaires, a vendu le savoir-faire québécois en électricité.Il faut maintenant passer à une autre étape, avec de nouveaux partenaires, financiers cette fois.Le potentiel de projets que je viens d\u2019évoquer nous est accessible si l\u2019offre québécoise est aussi intéressante pour les clients que le sont les propositions de nos concurrents.Pour cela, il faut investir et faire investir.Hydro-Québec International est prête à jouer son rôle de catalyseur et, avec les entreprises et le capital québécois, nous avons tout ce qu\u2019il faut pour gagner dans les nouveaux marchés du savoir-faire.L \\électricité demeurera la grande ressource énergétique de l\u2019avenir.L\u2019innovation En même temps qu\u2019Hydro-Québec International était lancée, la société-mère commençait à commercialiser à l\u2019échelle mondiale les nouvelles technologies qu\u2019elle mettait au point.Encore une fois, avec des partenaires industriels.Depuis 10 ans, les investissements de Nouveler ont permis de créer ou de stimuler l\u2019émergence de certains de ces nouveaux partenaires.Hydro-Québec entend continuer à développer les technologies dont elle a besoin et à les transférer à l\u2019industrie.Mais elle veut aussi inviter les entreprises à jouer un rôle plus actif dans l\u2019innovation technologique.Prenons un exemple parmi d\u2019autres : celui de la distribution électrique.Dans ce secteur, un marché immense attend les audacieux et les innovateurs.Car, depuis 50 ans, les matériaux et les équipements de distribution ont peu évolué, si on les compare à n\u2019importe quel autre secteur manufacturier.Où trouve-t-on encore, en Amérique du Nord, des automobiles, des réfrigérateurs, des radios et des maisons fabriqués comme en 1945 ?Et pourtant, on installe toujours les mêmes gros transformateurs inesthétiques, en haut des mêmes 12 Ce que l\u2019on vise, c \u2019est développer au Québec des produits qui soient reconnus comme étant les meilleurs du monde.poteaux de bois.On fixe toujours le conducteur à l\u2019isolateur de la même manière qu\u2019il y a 50 ans.Les réseaux souterrains coûtent toujours beaucoup plus cher que les réseaux aériens et comportent également des installations encombrantes et difficiles à exploiter.Devant ce constat, on peut être certain que de nouveaux équipements et installations, plus esthétiques ou plus discrets, plus performants, à prix compétitifs, seront requis pour répondre aux besoins et attentes de nos clients, qui réclament un environnement non seulement plus sain, mais aussi plus beau.Hydro-Québec a entrepris un exercice majeur de révision de son réseau de distribution où entrent en jeu les municipalités et, possiblement, les promoteurs et d\u2019autres intervenants du milieu.Cela signifie une révision complète de la conception du réseau.Hydro-Québec offrira diverses options aux clients et aux municipalités.Bref, il y là un marché qui attend d\u2019être développé.Un marché énorme.Songez seulement que l\u2019ensemble des réseaux nord-américains sont construits selon des normes semblables aux nôtres.Quel potentiel fabuleux ! Non seulement y a-t-il un marché, il y a aussi une conjoncture favorable.Car les entreprises américaines d\u2019électricité, qui recherchent elles aussi des équipements répondant à des normes plus élevées, n\u2019investissent pas dans la recherche à cause du contexte de déréglementation, alors que les Européens vendent leurs équipements trop chers pour percer le marché nord-américain.Les conditions nous sont donc favorables.Il n\u2019en tient qu\u2019à nous d\u2019en profiter.Hydro-Québec veut exercer son leadership dans ce domaine, en posant des exigences qui répondent aux attentes de la population et aux besoins de notre réseau.Le meilleur service qu\u2019Hydro-Québec peut rendre aux entreprises, c\u2019est d\u2019exiger un rapport qualité/prix 13 toujours plus élevé.Ce que l\u2019on vise, c\u2019est développer au Québec des produits qui soient reconnus comme étant les meilleurs du monde, et à des prix compétitifs.J\u2019invite le Québec à innover dans l\u2019excellence.Et les marchés s\u2019ouvriront.Nous avons encore ici tous les atouts pour faire, dans le marché de l\u2019électricité, la même chose que les Japonais ont fait sur le marché de l\u2019automobile durant les années 70.Ou les Italiens dans le marché du meuble.Assumer un leadership mondial par la qualité du design.En faisant plus petit, plus beau, plus efficace et moins cher.Voici un défi que je lance : \u2014\tfabriquer à un coût compétitif un transformateur qui ne soit pas plus large qu\u2019un poteau de distribution ; \u2014\tconcevoir des disjoncteurs, des sectionneurs, des transformateurs sur socles ou sur poteaux, qui soient plus faciles à installer, plus esthétiques, plus légers et moins volumineux, pour les exporter à coup sûr ; \u2014\timaginer de nouveaux systèmes d\u2019assemblage plus efficaces pour les équipements de distribution, des techniques plus économiques pour cacher les fils, et nous les utiliserons! Nous en ferons la promotion à l\u2019étranger.Notre objectif collectif, ici au Québec, devrait être une redéfinition générale de l\u2019équipement électrique associé au réseau de distribution, en fonction des impératifs modernes, pour nous donner un solide avantage concurrentiel dans le monde, avantage qui favorisera l\u2019industrialisation chez-nous.Il faut que l\u2019électricité soit, pour le Québec, ce que la montre et l\u2019horloge ont été et continuent d\u2019être pour la Suisse : une industrie séculaire, enracinée dans de fortes traditions.Pourtant, quand la montre à quartz est apparue, la Suisse s\u2019est « mise à C\u2019est une affaire de volonté, c\u2019est une question d\u2019énergie.14 l\u2019heure» de la nouvelle technologie.Nous devons faire de même pour garder nos avantages concurrentiels dans le monde.Au Québec, l\u2019industrie électrique doit se «mettre au courant» des nouvelles technologies.Somme toute, la concurrence commande qu\u2019Hydro-Québec prenne - et, je vous le dis, elle a pris - une orientation affaires.En pratique, cette orientation traduit ma vision d\u2019Hydro-Québec : une société d\u2019État R.A.R.E.: Rigoureuse, Audacieuse, Rentable, et Efficace.Et avec l\u2019entreprise privée, Hydro-Québec jouera ainsi son rôle de moteur économique et non pas celui de «vache à lait».Mettre l\u2019atout de la jeunesse dans son jeu Les télécommunications, la commercialisation internationale de notre savoir-faire et de nos produits, et le développement du marché de la distribution électrique.Voilà des projets d\u2019avenir! Et quand on pense avenir, on pense «jeunes».Ce qui me tient à cœur dans ces projets, ce sont les perspectives d\u2019avenir qu\u2019ils ouvrent pour les jeunes, pour nos enfants.C\u2019est pour eux, avec eux et par eux qu\u2019il faut les concrétiser.Il faut investir dans la jeunesse car c 'est l\u2019énergie des jeunes qui permet de concrétiser le changement.Je ne suis pas le premier à déplorer que notre jeunesse soit sous-employée; j\u2019en suis personnellement touché.Et depuis longtemps.Il y a dix ans, j\u2019ai participé à la création de la Société d\u2019investissement Jeunesse, dont l\u2019objectif était d\u2019encourager l\u2019entre-preneuriat chez les jeunes.J\u2019y croyais et j\u2019y crois encore.Il faut investir dans la jeunesse car, si les gens de ma génération ont encore quelques bonnes idées, c\u2019est l\u2019énergie des jeunes qui permet de concrétiser le changement, le renouveau, le progrès.D\u2019ailleurs, une grande partie des entreprises émergentes en informatique et nouvelles technologies à Montréal sont formées de jeunes de moins de 30 ans.Elles sont spécialisées dans les images de synthèse, l\u2019animation en trois dimensions, les agents 15 intelligents, bref tout ce qui est à la fine pointe de l\u2019informatique.Il y a beaucoup d\u2019autres «whiz kids» au Québec qui voudraient partir à la conquête du monde.Que faisons-nous pour eux?A Hydro-Québec, j\u2019ai demandé que l\u2019on crée des programmes de formation, de stages et d\u2019embauche pour les jeunes, pour leur ouvrir nos portes et leur donner la chance de mettre le pied à l\u2019étrier.Et je souhaite vivement qu\u2019il en soit de même dans les entreprises.Cette jeunesse nous autorise tous les espoirs.Et comme nous enseignons aux jeunes de le faire, prenons-nous en main, concevons de nouveaux projets, n\u2019ayons pas peur de voir grand.Car, si Hydro-Québec entend demeurer un grand patrimoine pour le Québec, et un puissant levier de progrès économique et social, ce sera en développant de nouvelles solidarités.Autrefois, un méga-projet pouvait servir de point de convergence à toute une économie.Dorénavant, l\u2019initiative des stratégies et des projets devra venir des entreprises aussi bien que d\u2019Hydro-Québec.Certains l\u2019ont compris.Nous fournissons des outils de développement, l\u2019accès aux marchés et des possibilités d\u2019action à grande échelle.Les entreprises doivent fournir des idées, de l\u2019initiative, de l\u2019innovation.Et ensemble nous réussirons.Prenons-nous en main, concevons de nouveaux projets, n\u2019ayons pas peur de voir grand.Nous savons aujourd\u2019hui que notre grande force en Amérique, c\u2019est notre solidarité collective.Nous en avons des preuves concrètes, tangibles, solides.Le Mouvement Desjardins, le Fonds de solidarité de la FTQ, Hydro-Québec, sont autant de témoignages éloquents de notre vigueur et de notre capacité collectives.Ils nous rappellent ce qu\u2019on peut faire quand on décide, tous ensemble, de bouger, tous ensemble, dans la même direction.C\u2019est une affaire de volonté, c\u2019est une question d\u2019énergie.D 16 Loin d\u2019annoncer le retrait du gouvernement fédéral du domaine de développement de la main-d\u2019œuvre, le projet de loi C-96, loi constituante du ministère du Développement des ressources humaines du Canada (DHRC), y accentue la présence fédérale.Les dédoublements et les inefficacités qui découlent de cette loi accordent au ministre les pouvoirs nouveaux nécessaires pour négocier directement avec des instances ou organismes locaux, en passant par-dessus la tête des provinces, et pour déterminer unilatéralement les orientations, les normes et les résultats attendus.Antoine Dubé*\t,\t.\t.\t.Au cours des derniers jours, un large consensus s\u2019est encore une fois fait entendre au Québec pour dénoncer les visées centralisatrices du gouvernement fédéral et pour réaffirmer la nécessité et l\u2019urgence pour le Québec d\u2019avoir la complète maîtrise d\u2019œuvre des politiques et programmes en matière de main-d\u2019œuvre.Interrogé à la Chambre des Communes par les députés du Bloc Québécois le 5 octobre dernier, le ministre du DHRC Lloyd Axworthy, de concert avec le Premier ministre Jean Chrétien, nous a répondu que «l\u2019opposition ne s\u2019est manifestement pas donné la peine de lire le projet de loi.» Cette arrogance fait aussi insulte à l\u2019intelligence des personnes œuvrant au sein d\u2019organismes tels que la Société québécoise de développement de la main-d\u2019œuvre du Québec Le projet de loi C-96: Le vrai visage du Canada en cas de «NON» Francine Lalonde Paul Crête * Francine Lalonde, députée de Mercier Paul Crête, député de Kamouraska-Rivière-du-Loup Antoine Dubé, député de Lévis.17 (SQDM), l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes (ICÉA), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), le Mouvement action chômage de Montréal et le Front commun des personnes assistées sociales, ainsi qu\u2019à la ministre d\u2019État à la Concertation et ministre de l\u2019Emploi du Québec, Mme Louise Harel, qui ont chacun émis un communiqué pour dénoncer cette offensive du gouvernement fédéral.Les nouveaux pouvoirs du ministre Loin d\u2019annoncer le retrait du gouvernement fédéral du domaine de la main-d\u2019œuvre, le projet de loi C-96 y accentue la présence fédérale.En comparant les principaux articles du projet de loi C-96 aux articles correspondant des lois actuelles, il est saisissant de voir l\u2019ampleur des pouvoirs et des autorisations qui seraient légalement octroyés au ministre du DHRC.L\u2019article 6 stipule que «les attributions du ministre s\u2019étendent d\u2019une façon générale à tous les domaines de compétence du Parlement liés au développement des ressources humaines au Canada.» Le ministre se sert de cet article pour affirmer que le projet de loi ne lui accorde aucun nouveau pouvoir; qu\u2019il ne fait que confirmer les mandats existants en vertu de la compétence du Parlement fédéral ; et qu\u2019il ne vise qu\u2019à donner un cadre légal à la situation existante.C\u2019est là que le bât blesse! Au fil des dernières décennies, le gouvernement fédéral n\u2019a eu de cesse de s\u2019immiscer dans les champs de compétences provinciales et de créer, particulièrement au Québec, de nombreux dédoublements et chevauchements qui s\u2019avèrent excessivement coûteux et inefficaces.Le consensus unanime au Québec en cette matière en est une preuve éclatante.Par ailleurs, les réformes successives de l\u2019assu-rance-chômage au cours des dernières années ont, en plus d\u2019exclure de plus en plus de chômeurs, permis au gouvernement fédéral de se retirer du financement du Régime tout en puisant à même le Compte d\u2019assurance-chômage pour payer de plus en plus ses 18 Le gouvernement fédéral n 'a eu de cesse de s'immiscer dans les champs de compétences provinciales et de créer de nombreux dédoublements et chevauchements.propres initiatives.Le gouvernement fédéral a ainsi progressivement perverti le régime d\u2019assurance-chômage et a largement débordé la responsabilité constitutionnelle qui lui avait été accordée en 1940 au titre de l\u2019assurance-chômage.La prochaine réforme, qui est maintenant prête, comme tout le monde le sait, mais qu\u2019on nous cache pour l\u2019après-référendum, accélérera cette tendance.Lorsque mise en parallèle avec l\u2019établissement du Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux où les provinces, et particulièrement le Québec, écoperont, on constate que le gouvernement fédéral entend se servir des cotisations des travailleuses et des travailleurs ainsi que des entreprises du Québec versées au Compte d\u2019assurance-chômage, lequel accumule actuellement d\u2019importants surplus, pour se donner les moyens financiers d\u2019intervenir, «tassant» ainsi de facto les provinces d\u2019un domaine de compétence qui relève pourtant d\u2019elles.Le projet de loi C-96 mettrait en place le cadre législatif pour que le ministre du DRHC puisse aller de l\u2019avant avec sa réforme de l\u2019assurance-chômage selon les orientations financières déjà définies par le dernier budget fédéral et à la lumière des révélations issues de documents ayant fait l\u2019objet de «fuites» au cours des dernières semaines.Le projet de loi tend à confirmer que les grands paramètres de la réforme à venir de l\u2019assurance-chômage sont eux-aussi déjà bien définis.Le projet fédéral de décentralisation : passer par-dessus la tête des provinces Revenons au projet de loi C-96.Les articles 20 et 21 nous indiquent les véritables intentions du gouvernement fédéral quant à son désir de passer par-dessus la tête des provinces.Que signifient ces articles ?Pour bien saisir leur portée, il faut les interpréter en fonction des lois actuelles (voir le tableau) et des articles 6, 31(3), 71 et 89 du projet de loi C-96.Rappelons que les domaines tombant sous la 19 responsabilité du ministre sont très vastes et que ces articles s'appliquent souvent à l\u2019ensemble de ces domaines, soit : l\u2019assurance-chômage, les programmes de sécurité du revenu pour les enfants et les aînés, les programmes fédéraux actuels de soutien aux provinces dans les secteurs de l\u2019enseignement postsecondaire et du bien-être social, de l\u2019adaptation au marché du travail, du développement social ainsi que des prêts aux étudiants.Le gouvernement fédéral s\u2019apprête donc à mettre en place un cadre légal attribuant au ministre du DRHC les pouvoirs nécessaires pour confier à qui il l\u2019entend, organisme ou personne de son choix, la gestion des politiques et programmes de son ministère.Et cela, sans qu\u2019il doive en débattre avec qui que ce soit.Le ministre aurait ainsi le pouvoir de sous-traiter selon sa «seule et pleine discrétion».Le projet de loi tend à confirmer que les grands paramètres de la réforme à venir de l'assurance-chômage sont eux-aussi déjà bien définis.PROJET DE LOI C-96 Article\tLOI SUR LE MINISTÈRE DE L\u2019EMPLOI ET DE L\u2019IMMIGRATION Article Dispositions générales\tAccords 20.En vue de faciliter la formula-\t7.Le ministre peut, avec tion, la coordination et l\u2019applica-\tl\u2019approbation du gouverneur en tion des politiques et programmes\tconseil, conclure avec une relatifs aux attributions énoncées à\tprovince ou un groupe de l\u2019article 6, le ministre peut con-\tprovinces un accord visant à dure un accord avec une province,\tfaciliter la formulation, la un organisme public provincial,\tcoordination et l\u2019application des une institution financière ou toute\tpolitiques et programmes autre personne ou organisme de\td\u2019assurance-chômage, d\u2019emploi et son choix.\td\u2019immigration.20 PROJET DE LOI C-96 Article\tLOI SUR LE MINISTÈRE DE L\u2019EMPLOI ET DE L\u2019IMMIGRATION Article 21.Le ministre peut déléguer ses\tPouvoirs et fonctions du ministre 6.Sous réserve de toute autre loi attributions, à titre individuel ou\tfédérale, le ministre peut, par arrêté, collectif, au ministre du Travail,\tdéléguer ses attributions, à titre à la commission ou à toute\tindividuel ou collectif, à des cadres autre personne ou organisme qu\u2019il\tou à d\u2019autres fonctionnaires du désigne.\tministère ou de la Commission, \tles attributions déléguées étant précisées dans l\u2019arrêté.Le gouvernement fédéral s\u2019apprête donc à mettre en place un cadre légal pour confier à qui il l'entend la gestion des politiques et programmes.Les lois qui seraient abrogées par le projet C-96 n\u2019accordent pas autant de latitude au ministre, tant au niveau de la délégation de pouvoirs que des accords possibles.Elles sont d\u2019ailleurs plus spécifiques sur les entités avec lesquelles le ministre peut contracter des accords, donc plus contraignantes.Il est remarquable de constater que le projet de loi C-96 ne contient aucune disposition faisant référence aux compétences provinciales, encore moins à leur respect.Le ministre serait en mesure de négocier directement avec des organismes régionaux et locaux, les municipalités n\u2019étant pas exclues.En effet, même les municipalités pourraient être courtisées et se faire proposer des responsabilités, contractées directement auprès du DRHC, comme l\u2019a déjà illustré le dévoilement par le ministre, au cours de l\u2019été 1995, de sa réforme des centres d\u2019emploi, notamment en matière de guichet électronique.Le projet de loi C-96 ouvre grande la porte à la délégation d\u2019attributions confiées au ministre ou à la nouvelle Commission de l\u2019emploi et de l\u2019assurance du 21 Canada, appelée à remplacer la Commission de l\u2019emploi et de l\u2019immigration, vers d\u2019autres entités que les gouvernements provinciaux et les administrations publiques.En d\u2019autres mots, ce projet de loi ouvre grande la porte à la «privatisation», à la «sous-traitance» et à la multiplication des intervenants.Comme l\u2019affirme Mme Harel, «Ce projet de loi est l\u2019antithèse du consensus québécois en main-d\u2019œuvre, l\u2019antithèse du guichet unique.» De plus, cette délégation d\u2019attributions se ferait vraisemblablement selon les diktats du ministre, lequel serait ainsi en mesure d\u2019établir directement ses propres normes ainsi que les résultats attendus, surtout lorsque l\u2019on pense à la vulnérabilité de certains organismes et groupes.À cet égard, le ministre pourrait faire siennes les « premières normes de formation nationales», rendues publiques par la Commission canadienne de mise en valeur de la main-d\u2019œuvre le 18 septembre dernier, et vouloir les imposer au Québec.Soulignons que dès le départ, le gouvernement du Québec a dénoncé la mise en place de la Commission comme une illustration d\u2019un empiétement de compétences provinciales et qu\u2019il ne participe pas aux travaux de la Commission.Au Quebec, rappelons-le, nous avons notre propre structure de partenariat en cette matière, soit la Société québécoise de développement de la main-d'œuvre du Québec, qui réunit des partenaires issus des milieux patronal, syndical et coopératif, de l\u2019enseignement ainsi que des groupes communautaires.Les bis qui seraient abrogées par U projet C-96 n \\accordent pas autant de Latitude au ministre, tant au niveau de b délégation de pouvoirs que des accords possibles.Le tragique silence du Parti libéral du Québec Il est ironique de voir le chef du Parti liberal du Québec claironner qu\u2019il sent venir d Ottawa un vent de décentralisation favorable aux demandes historiques du Québec.Ou bien il n\u2019a rien compris de ce qui se trame à Ottawa, ou bien il tait volontairement la vérité.Pourtant dans une période pas si lointaine, le gouvernement libéral de Robert Bourassa s était 22 vivement opposé au début des années 1990 à une offensive similaire du gouvernement fédéral.Devant un tel tollé et dans le contexte de l\u2019époque où le Québec pouvait encore exercer un véritable rapport de force, le gouvernement fédéral a alors entrepris un repli stratégique.Si le Parti libéral du Québec n\u2019est pas entièrement «inféodé» aux diktats de M.Chrétien et a encore à cœur les intérêts vitaux du Québec, son chef doit joindre clairement sa voix à ceux et celles qui dénoncent les visées fédérales et soutenir le consensus québécois.La seule alternative possible : se dire OUI Ce projet de Loi ouvre grande La porte à la « privatisation », à la « sous-traitance » et à La multiplication des intervenants.Ce qui se prépare à Ottawa, c\u2019est une offensive tous azimuts contre les demandes maintes fois répétées des partenaires québécois.Ottawa s\u2019apprête à déconcentrer ses activités et non à les décentraliser dans le sens souhaité.Conservant les pouvoirs d orientation, d\u2019établissement des normes et des résultats attendus ainsi que les moyens financiers (Compte d assurance-chômage), le gouvernement fédéra] se prépare à passer par-dessus la tête des provinces pour confier l\u2019administration de certains programmes et initiatives à une multitude de groupes, s\u2019assurant ainsi le plein contrôle de la politique du marché du travail au Québec et plus largement de ce que l\u2019on nomme à Ottawa : le développement des ressources humaines.Nous députés du Bloc Québécois, membres du Comité permanent du développement des ressources humaines, sommes des témoins privilégiés, comme plusieurs de nos collègues le sont dans d\u2019autres domaines, de l\u2019offensive sans précédent que met en marche le gouvernement de Jean Chrétien.Voter NON, c\u2019est la certitude d\u2019exposer le Québec à un affaiblissement.Voter NON, c\u2019est la certitude de voir le gouvernement fédéral faire fi du large consensus québécois.Ce que veut le gouvernement fédéral avec 23 un NON, ce n\u2019est pas le statu quo mais le plein contrôle et la soumission du Québec.Le fédéralisme flexible et évolutif, tant chanté par les ténors fédéralistes comme solution aux demandes du Québec, n\u2019est qu\u2019un mensonge.Affaibli par un NON, il est fort peu probable que le Québec puisse résister à nouveau à un tel assaut.Le gouvernement fédéral se prépare à passer par-dessus la tête des provinces, s\u2019assurant ainsi le plein contrôle.Oui monsieur le premier ministre et monsieur le ministre du Développement des ressources humaines du Canada, nous nous sommes donnés la peine de lire votre projet de loi, comme beaucoup d\u2019autres au Québec, et nous avons parfaitement décodé le sens de votre manœuvre.Pour ces raisons, et pour combien d\u2019autres, il est urgent que le peuple du Québec se donne un OUI.Un OUI libérateur de ces interminables luttes inutiles et coûteuses.Un OUI qui nous permettrait de relever, ensemble et solidairement, les importants défis qui nous confrontent, particulièrement en matière de formation et de création d\u2019emplois, selon nos propres façons de faire et nos propres besoins.?relations Revue d\u2019analyse sociale, politique et religieuse Pour comprendre le fond des choses! ¦ un an (10 nos) : 26$ «deux ans : 47$ ¦ À l\u2019étranger : 27$ taxes incluses Communiquer avec Mme Héléne Desmarais, 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6 Tél.: 387-2541 24 Introduction Nous savons tous que les francophones quittent Montréal pour les banlieues et sont remplacés par des groupes ethniques plutôt enclins à s\u2019intégrer à la majorité nord-américaine de langue anglaise.De plus, nous connaissons la longue tradition d\u2019insécurité linguistique et culturelle des francophones.Ces deux facteurs, l\u2019un d\u2019ordre historique et l\u2019autre plus récent, constituent des éléments majeurs du dossier de la langue, au Québec.Professeures à\tComment ne pas s\u2019inquiéter de cette situation l\u2019école Saint-Luc quand on sait que la survie du Québec français est liée à la réussite de l\u2019intégration de ses immigrants?D\u2019autant plus que ces derniers, lorsqu\u2019ils abandonnent leur langue maternelle, se tournent surtout vers l\u2019anglais.«Le Québec s\u2019achemine vers deux populations indifférentes l\u2019une à l\u2019autre : Montréal deviendra majoritairement allophone, le reste du Québec demeurera à peu près exclusivement francophone.Des crises sociales et linguistiques sont à prévoir.C\u2019est là le résultat d\u2019une mauvaise gestion de la part du Québec en ce qui concerne l\u2019intégration de ses minorités ethniques.» (Jacques Leclerc, Dénatalité et immigration au Québec.) En maintes occasions, différents intervenants issus de tous les milieux ont posé des questions qui sont restées sans réponse.Quelle société voulons-nous offrir à nos enfants ?Quel effort sommes-nous prêts à consentir pour rester une société francophone?On peut se demander quel genre d\u2019école L\u2019école et le défi de l\u2019intégration des immigrants Gisèle Belzile 25 pourrait soutenir une société juste, équitable, accueillante pour les immigrants, mais aussi plus sécurisante pour les Québécois d\u2019origine.Avant la loi 101 Au Québec d\u2019avant la Loi 101, la communauté francophone semblait peu affectée directement par les vagues d\u2019immigration, si l\u2019on excepte le phénomène de sa minorisation galopante, à Montréal.Les nouveaux arrivants, attirés en Amérique du Nord par le rêve américain et persuadés que tout le Canada était anglophone, s\u2019engouffraient dans les écoles anglaises, à la recherche d\u2019une nouvelle identité.Ces écoles devenaient de plus en plus pluralistes et servaient de bassin d\u2019alimentation à la minorité anglophone québécoise.Par contre, les institutions scolaires françaises et catholiques, plus homogènes, avaient moins de contacts avec les ethnies.En matière d\u2019immigration, tous les pouvoirs politiques appartenaient à Ottawa.Toutefois, la prise de conscience du danger croissant de la minorisation des francophones, les « troubles de St-Léonard » et la montée du nationalisme ont finalement créé un sentiment d\u2019urgence et ouvert la voie à la Loi 101 ainsi qu\u2019au rapatriement de certains pouvoirs en immigration.Montréal deviendra majori tai rem ent allophone, le reste du Québec demeurera à peu prés exclusivement francophone.Une mentalité à changer Toutefois, le renversement de situation provoqué par l\u2019obligation faite aux immigrants de fréquenter l\u2019école française n\u2019a pas été accompagné d\u2019une véritable politique d\u2019intégration et du changement de mentalité qui auraient été nécessaires à la réussite de cette entreprise.En effet, les francophones manquent de confiance en eux-mêmes et se culpabilisent facilement d\u2019imposer le français aux autres.Pourtant, le respect 26 Avant la loi 101, Us nouveaux arrivants, persuadés que tout U Canada était anglophone, s engouffraient dans les écoUs anglaises.se gagne et les francophones doivent travailler à se faire respecter.Les francophones, majoritaires au Québec, ont la responsabilité sociale d\u2019intégrer leurs nouveaux arrivants.Ceci est particulièrement vrai dans les écoles pluriethniques.Trop longtemps, il y eut une absence lamentable de vision chez nos dirigeants tant scolaires que politiques, on se contentait de gérer le quotidien, sans penser au lendemain.Pourtant, l\u2019apprentissage du français et la pratique de cette langue par les allophones relèvent de la responsabilité de toutes les composantes de l\u2019école et de la société.Les enseignants ont l\u2019impression de l\u2019assumer seuls.De nombreuses années durant, pendant que nos commissaires réglaient leurs « comptes », au Ministère de l\u2019Éducation comme à la CÉCM, on jouait à se renvoyer la balle.\u2014\t« Il n\u2019appartient pas au Ministère de l\u2019Éducation de répartir plus judicieusement les classes d\u2019accueil au sein des écoles, afin d\u2019éviter les concentrations d\u2019immigrants.Cette responsabilité relève des commissions scolaires», a affirmé un ministre de l\u2019Éducation, lors d\u2019une tournée de consultation.\u2014\t«Ce n\u2019est pas à l\u2019école de régler les problèmes de la société; adressez-vous à d\u2019autres instances», a soutenu à son tour un haut cadre de la CÉCM.\u2014\t« Il faut empêcher à tout prix que la clientèle de notre école diminue », ont ajouté les directeurs de l\u2019école.De plus, il apparaît que cette absence de politique cohérente permet à des directeurs d\u2019école de prendre des initiatives questionnables, voire scandaleuses et racistes.Par exemple, le directeur de l\u2019école Saint-Luc déclarait à la SRC, le 30 mai 1995, que, vu la médiocrité du français de nos jeunes Québécois, il était «souhaitable de regrouper les allophones dans 27 une école» et d\u2019éviter qu\u2019il y ait trop de Québécois dans l\u2019école afin d\u2019y préserver la qualité de la langue parlée ! Comment s\u2019étonner que les nouveaux arrivants ne nous considèrent pas comme la majorité à laquelle ils devraient normalement s\u2019intégrer ?Plusieurs d\u2019entre eux soutiennent que, sans la loi 101, leurs enfants ne seraient pas à l\u2019école française.Certains recherchent des moyens d\u2019échapper à cette loi.D\u2019autres, méconnaissant la culture québécoise et française, la qualifient de «dépassée», quand ils ne la réduisent pas tout simplement à une culture folklorique de cabane à sucre, de ceinture fléchée.L\u2019apprentissage du français et la pratique de cette langue par les allophones relèvent de la responsabilité de toutes les composantes de l\u2019école et de la société.Des effets indésirables La qualité des programmes de français ainsi que la compétence des futurs maîtres ont déjà fait les manchettes des journaux.Il est possible, a-t-on appris, d\u2019obtenir un diplôme de 5e secondaire en français sans savoir écrire correctement.Il est aussi possible et même fréquent, serions-nous tentés d\u2019ajouter, de réussir le même exploit sans parler ou presque cette langue, dans plusieurs écoles pluriethniques.En effet, malgré les règlements qui imposent le français durant les cours et les activités, plusieurs de nos élèves ne l\u2019utilisent presque jamais.Ils avouent que, pour eux, le succès passe par la langue anglaise et par les milieux anglophones.-\t«Dès qu\u2019un travail se fait en équipe, il est plutôt exceptionnel que la démarche se fasse en français», affirment des enseignants.-\t« On me traite de \u201ctéteuse\u201d parce que je veux parler français dans la cour de récréation», raconte une jeune francophone de l\u2019école, qui changera d\u2019école, l\u2019an prochain.-\t«J\u2019ai passé 10 mois à l\u2019accueil.Depuis que je suis dans le secteur régulier, je n\u2019ai personne avec qui \u201cpratiquer\u201d mon français ! » avoue ce 28 Il est possible d'obtenir un diplôme de 5e secondaire en français sans savoir écrire correctement.grand garçon iranien de 5e secondaire qui ira.à Dawson College, l\u2019an prochain.Dans la tête du nouvel arrivant, l\u2019école reflète exactement l\u2019image de la société qui l\u2019accueille.Or, dans cette micro-société qu\u2019est l\u2019école, si les francophones ne représentent qu\u2019une ethnie comme les autres, à cause de leur faible proportion, quelle force d\u2019attraction réussira à convaincre leurs camarades allophones que le français est la langue d\u2019intégration souhaitable?Leur vécu quotidien vient carrément contredire le modèle qu\u2019on voudrait leur proposer.Pour eux, l\u2019anglais possède un tel attrait que le français, parlé par un trop petit nombre d\u2019élèves, ne réussit pas à s\u2019imposer comme' langue de communication.Comment, par exemple, dans une classe, deux, trois ou quatre élèves francophones parmi une trentaine, peuvent-ils imposer leur langue à leurs camarades d\u2019origines diverses?Tout au long des siècles, l\u2019histoire nous a démontré que la loi du nombre a toujours finalement prévalu.On ne peut blâmer nos jeunes allophones qui ne sont nullement responsables des incohérences du système.À cause de celles-ci, peu de nos élèves ont la chance de côtoyer régulièrement des Québécois, de connaître la culture québécoise, de visiter le Québec.Dans certaines écoles, on les amène à Ottawa, lors de journées d\u2019activités de connaissance du milieu! La CÉCM a choisi de concentrer de nombreuses classes d\u2019accueil dans un secteur géographique déjà très anglophone, alors que d\u2019autres écoles, situées dans des quartiers très francophones, n\u2019en possèdent aucune.Une des conséquences de cette trop forte concentration ethnique dans certaines écoles est d\u2019éloigner la clientèle francophone et, par conséquent, de fausser encore plus l\u2019image que se font du Québec les jeunes allophones.La plupart de ceux-ci 29 ont l\u2019impression que les Québécois francophones ne sont qu\u2019une minorité comme les autres, au Québec comme dans leur école.Cette impression détermine certaines attitudes négatives ou même parfois méprisantes à l\u2019égard des Québécois francophones ou de la langue française.Bien sûr, la majorité de nos élèves est trop polie et bien élevée pour se comporter ainsi.Il reste que ces incidents se produisent parfois devant toute une classe et que certains vont même jusqu\u2019à applaudir.Il s\u2019en suit que le climat peut devenir malsain, surtout pour le jeune francophone, témoin frustré ou humilié.Il faut reconnaître que le racisme ou la xénophobie peuvent exister autant chez ceux qui arrivent que dans la société qui les accueille.Aucune société n\u2019est à l\u2019abri de tensions.A plus forte raison quand s\u2019y produisent des brassages de populations et de valeurs.\u2014 «Je ne me sens pas très à l\u2019aise dans Test\u201d.Je préfère être avec les miens, dans mon quartier et mon école multiethniques, car ici, personne ne fait attention à ma couleur», avoue cette jeune immigrante.Bien sûr, le ghetto sécurise, serions-nous tentés de répondre.Mais cette fausse sécurité prépare bien mal le jeune à son avenir dans la société québécoise.Par contre, une meilleure intégration à cette société lui permettrait d\u2019élargir son identité sociale et son appartenance culturelle et de rendre sa vie plus heureuse, plus productive.Il pourrait ainsi enrichir cette société et «la renforcer (.) contre l\u2019intolérance qui naît de l\u2019insécurité collective»1.Malgré les règlements qui imposent le français durant les cours, plusieurs de nos élèves ne iuti lisent presque jamais.Ils avouent que le succès passe par la langue anglaise.1 Claude CORBO, Le Devoir, 21 septembre 1991 30 La CÉCM a choisi de concentrer de nombreuses classes d'accueil dans un secteur géographique déjà très anglophone.Écoles françaises de la P.S.B.G.M.Nous savons tous que la catholique CÉCM et la protestante PSBGM se cramponnent à leur statut confessionnel en se rabattant sur l\u2019article 93 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 1867.Nous savons aussi que la Protestant School Board of Greater Montreal profite de ce statut pour accueillir, maintenant, près de 40% de sa clientèle dans sa section française, formée surtout d\u2019allophones.Cette situation est inquiétante.En effet, l\u2019apprentissage d\u2019une langue sous-tend l\u2019intégration au groupe culturel concerné, dans tous ses aspects : son histoire, ses coutumes, sa mentalité, ses valeurs, le type de relations pratiquées au sein de ses institutions, dans la famille, dans le couple, etc.L\u2019intégration complète de l\u2019immigrant doit dépasser la simple intégration de fonctionnement.Elle doit devenir, pour être réussie, participation à la société d\u2019accueil et même, aspiration à être membre de cette société.La connaissance de la société québécoise est donc nécessaire pour y pénétrer.Et la culture québécoise ne peut s\u2019enseigner : elle ne peut que se transmettre2.Comment alors, dans ces conditions, pouvons-nous confier à une commission scolaire anglophone le soin d\u2019intégrer les immigrants à notre culture?On peut se demander si nos élus ont conscience de la situation.Nécessité d\u2019une intervention Les professeurs se plaignent que leurs classes sont trop bondées, qu\u2019ils perdent trop de temps à faire du vocabulaire, que la qualité de leurs cours s\u2019en trouve allégée.Cependant, il semble inutile de demander 2 J.-C.CORBEIL, CLF, Colloque de l\u2019Alliance des Professeur(e)s de Montréal, (idée), 12 mars 1990.31 des mesures spéciales, comme un nombre accru d\u2019heures d\u2019enseignement du français, par exemple, tant que les décideurs refuseront d'organiser l\u2019école et la société pour que le français y devienne la langue de tous les jours.Shahira Fawzi, enseignante en classe d\u2019accueil, explique les conditions de réussite du processus d\u2019apprentissage de la vie québécoise : «Pour apprendre une langue, il faut d\u2019abord apprendre à l\u2019aimer, connaître ceux qui la parlent et l\u2019identifier à des personnes qu\u2019on a appris à aimer.Pour ce faire, le jeune devrait se retrouver dans un environnement francophone et participer à des activités stimulantes et signifiantes avec de jeunes Québécois de son âge.Il faudrait que le français soit pour lui une nécessité, un moyen de promotion sociale et scolaire Les jeunes allophones ont l\u2019impression que les Québécois francophones ne sont qu \u2019une minorité comme les autres, au Québec comme dans leur école.Tant que les décideurs n\u2019auront pas le courage d\u2019assurer un certain leadership pour garantir un milieu francophone à ces enfants, ce « simulacre d\u2019intégration » se perpétuera : ces jeunes connaîtront plus ou moins le français, mais ne l\u2019utiliseront pas dans leur vie de tous les jours.Et une langue qui n\u2019est pas la langue de la vie finit par mourir, tout doucement.« Le système scolaire montréalais est directement confronté à ces questions.(.) Il doit faire le choix de l\u2019intégration complète des enfants des communautés allophones».soutenait Claude Corbo dans une excellente analyse dont tous les intervenants devraient s\u2019inspirer3 4.Tout le monde admet que l\u2019école publique est le lieu d\u2019intégration par excellence.S\u2019y produisent des échanges riches et variés, s\u2019y tissent des liens sociaux, intellectuels, affectifs qui feront de ces jeunes des adultes épanouis et bien adaptés au milieu dans 3\tMagazine de l\u2019Alliance des professeurs et professeurs de Montréal, février 1992.4\tClaude Corbo, Le Devoir, 21 septembre 1991.32 lequel ils seront appelés à évoluer.D\u2019où l\u2019importance d\u2019éviter de les circonscrire aux seules valeurs et traditions de leur milieu d\u2019origine, sans lien véritable avec celles de la société où ils ont choisi de vivre.D\u2019où l\u2019importance de favoriser une authentique immersion des jeunes immigrants dans un milieu réellement francophone.Et c\u2019est ce qui manque le plus dans les ghettos scolaires.Le cas des écoles monoethniques Le problème, c\u2019est que c\u2019est souvent l\u2019État qui «subventionne des obstacles à l\u2019intégration ».Examinons le cas des écoles séparées juives, arméniennes, grecques ou même musulmanes de Montréal.Les membres de ces communautés tiennent à leurs écoles séparées car, selon eux, la qualité de l\u2019enseignement y est très élevée, meilleure même que celle des écoles du réseau public québécois.L 'intégration de l\u2019immigrant doit devenir, pour être réussie, participation à La société d\u2019accueil et même, aspiration à être membre de cette société.Nous pensons que cette ségrégation s\u2019avère l\u2019un des moyens les plus efficaces d\u2019élever des barrières autour de ces communautés et, ce faisant, de les tenir davantage à l\u2019écart de la société québécoise à laquelle elles risquent bien peu de s\u2019identifier.Pourtant, tout le monde s\u2019accorde à dire que ces enfants feront leur vie au Québec.Le maintien du statut ethnique de ces institutions contredit de manière flagrante la mission intégratrice de l\u2019école québécoise.Cette situation déplorable est cautionnée, depuis de nombreuses années, par le gouvernement québécois qui accorde de généreuses subventions à ces établissements scolaires comme à toute école privée.Des questions se posent.Rend-on vraiment service à ces enfants ?Est-ce la meilleure façon pour une société de se préparer un avenir harmonieux et exempt d\u2019intolérance?Bien sûr, il y a, derrière ce type de décision, la générosité et la tolérance habituelles des Québécois.33 Mais l\u2019État n\u2019a-t-il pas le devoir d\u2019agir avec plus de prudence et de clairvoyance?Par contre, pouvons-nous reprocher aux groupes ethniques leurs établissements scolaires musulmans, juifs, etc, quand nous sommes empêtrés nous-mêmes dans le système confessionnel où la Constitution actuelle nous enferme ?C\u2019est la mise en place, par l\u2019État, de structures scolaires linguistiques qui est en cause ici.L\u2019école québécoise doit être laïque et ouverte à tous.Une langue qui n \u2019est pas la langue de la vie finit par mourir, tout doucement.Multiculturalisme et bilinguisme Aux USA Les Américains ont compris que le culte excessif du bilinguisme et du multiculturalisme entraîne des effets néfastes et des risques de conflits raciaux et ethniques.C\u2019est ce qui arrive quand des gens bien intentionnés, certes, cristallisent les différences, font la promotion et la célébration des origines ethniques distinctes5.Dans le Time du 9 mars 1992, Richard Brookhiser met en garde ses compatriotes contre les risques d\u2019importer le modèle canadien aux USA: « The main lesson (the Americans) should take from their neighbor\u2019s troubles is not to import them.Multiculturalism and bilinguism, once planted, grow like the vine kudzu».Plusieurs États américains ont dû se voter, on le sait, des lois linguistiques.Ils ont voulu éviter que, chez eux, la langue espagnole ne prenne trop d\u2019ampleur et que l\u2019on aboutisse à des tensions entre les Américains et une communauté hispanophone non intégrée.Nos voisins ont fait le pari que l\u2019usage d\u2019une langue commune permettra d établir une meilleure 5 A.SCHLESINGER, Time, 8 juillet 1991.34 compréhension et facilitera le partage de valeurs communes, gage de paix sociale.En France D\u2019où l\u2019importance de favoriser une authentique immersion des jeunes immigrants dans un milieu réellement francophone.En France, «le ralliement de tous les acteurs politiques (excepté le Front national) à la notion d\u2019\u201cintégradon\u201d est très récent.» Pendant «15 ans d\u2019errements en matière d\u2019immigration», on a tenté de construire une société multiculturelle, fondée sur la juxtaposition de communautés conservant leurs valeurs et leur culture.«Cette approche.s\u2019est révélée catastrophique dans ses résultats non seulement sociaux.mais aussi politiques» récupérés habilement par Le Pen6.SOS-Racisme y effectue alors un virage à 180 degrés.Le vieux thème du «droit à la différence» disparaît.On clame maintenant le «droit à l\u2019intégration » autour de valeurs communes.Désormais, on reconnaît à l\u2019État français des devoirs en tant qu\u2019agent intégrateur.Il ne doit pas tolérer «des pratiques contraires à l\u2019intégration», telles l\u2019excision, les comportements intégristes, la domination homme-femme, l\u2019imposition du voile, le mariage forcé, la polygamie.L\u2019État devrait permettre, par exemple, aux jeunes Musulmanes de se libérer de « la loi du père» et de choisir librement leur vie de femme, en dépit de leur culture d\u2019origine.L\u2019école a donc un rôle majeur à jouer dans l\u2019apprentissage de valeurs et de coutumes compatibles avec les lois civiles de l\u2019État.Au Québec Depuis l\u2019ère Trudeau, des centaines de millions de dollars ont été investis dans le multiculturalisme.Très vite, cette politique pan-canadienne fait son chemin chez les communautés culturelles du Québec et même dans les écoles pluriethniques où elle prend 6 E.CONAN, L\u2019Express, 8 novembre 1991.35 souvent, de façon déguisée, le nom d\u2019interculturalisme.Les multiculturalistes pensent qu\u2019il faut encourager les gens à continuer de s\u2019identifier à leur pays d\u2019origine, même s\u2019ils sont nés ici.Ils croient qu\u2019au nom du respect dû aux différentes cultures, on doit s\u2019abstenir d\u2019intégrer les nouveaux arrivants.Pourtant, comme Claude Corbo, nous pensons qu\u2019au Québec, «le respect dû aux cultures commence par le respect dû à la culture québécoise.» Dans les écoles de la CÉCM, on a mis sur pied des comités destinés à la promotion des communautés culturelles et à la bonne entente.On a répandu les nouveaux « ismes » à la mode : multiculturalisme, interculturalisme, transculturalisme, tout en refusant de voir l\u2019inquiétude des gens devant le peu de succès de l\u2019intégration des nouveaux arrivants.Pourtant, cette inquiétude est légitime et ne doit en rien être assimilée au racisme, comme certains voudraient faire croire.Alors qu\u2019en France, on décidait de créer un Ministère de l\u2019Intégration, ici on utilisait le Ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration pour subventionner les organisations ethniques, dans l\u2019optique multiculturaliste.C\u2019est ainsi que le gouvernement québécois finançait tantôt la construction ou la rénovation d\u2019un temple religieux, tantôt la construction d\u2019un centre culturel ethnique.On peut se demander sérieusement s\u2019il appartient à l\u2019État de jouer ce rôle.Ne devrait-il pas orienter son action de façon plus articulée, plus cohérente, vers l\u2019intégration de ses ethnies, au lieu d\u2019y faire obstacle lui-même?À l\u2019instar de Claude Corbo, nous pensons que le pire service que l\u2019on puisse rendre à un immigrant, c\u2019est de l\u2019empêcher de s\u2019intégrer à la société qui l\u2019accueille.C\u2019est d\u2019en faire un être «assis entre deux chaises», sorti de son milieu d\u2019origine et, en même temps, étranger aux valeurs de son pays d\u2019adoption.C'est souvent l\u2019État qui « subventionne des obstacles à l\u2019intégration ».36 Pouvons-nous reprocher aux groupes ethniques leurs établissements scolaires musulmans, juifs, etc., quand nous sommes empêtrés nous-mêmes dans le système confessionnel?Un être tiraillé par « un écartèlement culturel souvent dramatique».Par exemple, la jeune musulmane voilée sent bien qu\u2019elle n\u2019a pas les mêmes droits que les autres Québécoises de son âge, ce qui n\u2019est pas sans la marquer profondément.Il n\u2019est pas vrai que la société d\u2019accueil doive renoncer à ses valeurs fondamentales pour se faire plus accueillante.La reconnaissance de l\u2019autre doit-elle passer par la négation de soi ?De même, l\u2019acquittement de ses responsabilités en matière d\u2019intégration ne signifie pas absence d\u2019ouverture et de sensibilité envers la personne à intégrer.Et la meilleure façon de protéger notre société contre l\u2019intolérance et le racisme n\u2019est-elle pas de rendre le Québec fort et sûr de lui, afin qu\u2019il ne se sente pas menacé ?Conclusion Le Québec fait de grands efforts pour bien accueillir ses immigrants.L\u2019État a le devoir de faciliter non seulement leur insertion mais aussi leur intégration à la vie d\u2019ici.Par contre, ceux-ci ont l\u2019obligation de respecter et même de chercher à comprendre les aspirations culturelles, sociales et politiques du peuple québécois pour pouvoir les partager éventuellement.Ils seront alors en mesure de participer pleinement à la construction d\u2019une société originale, pluraliste, ouverte, moderne et française.Et, comme le soulignait Robert Vandycke, sociologue à l\u2019Université de Montréal, «le Québec ne peut espérer rester français que si s\u2019exerce pleinement sur son territoire la loi d\u2019une majorité francophone déterminée, appuyée sur une culture et des institutions clairement françaises.» L\u2019intégration est un processus « bi-direcdonnel ».Si la société québécoise a la responsabilité de se faire accueillante et de fournir des mesures de soutien aux nouveaux venus, elle doit aussi leur préciser ses attentes.Pour leur part, les Néo-Québécois devraient 37 faire le choix de participer activement à leur nouvelle société.Trop souvent, cette absence de volonté de participation masque un désir premier d\u2019adhérer plutôt à la culture nord-américaine, version anglaise.Les groupes ethniques doivent donc s\u2019attendre à fournir «le même effort de compréhension» qu\u2019ils réclament de la société d\u2019accueil.Ainsi que le propose Madame N.Pageau-Goyette, présidente de la Chambre de Commerce du Québec, il faut «ne plus être gêné de dire aux membres des communautés culturelles et aux immigrants ce que l\u2019on attend d\u2019eux, leur communiquer nos valeurs, les inciter à participer à notre dynamisme collectif».L usage d\u2019une langue commune permettra d\u2019établir une meilleure compréhension et facilitera le partage de valeurs communes, gage de paix sociale.Le gouvernement a un rôle primordial à jouer dans la création d\u2019un climat favorable à des relations harmonieuses.Tant qu\u2019il n\u2019aura pas une politique d\u2019intégration claire, tant que l\u2019ambiguïté du statut du français sera maintenue au travail et dans les écoles, au Québec, l\u2019inquiétude persistera.Et l\u2019inquiétude est parfois porteuse de fruits amers.Une politique d\u2019intégration réussie ne fera que des gagnants : nos élèves se sentiront québécois, la société montréalaise sera davantage à l\u2019abri de tiraillements et le Québec tout entier ne pourra que bénéficier de cette harmonie.C\u2019est pourquoi nous proposons : -\tque le MEQ voie à définir une véritable politique scolaire au Québec, basée sur des structures linguistiques plutôt que confessionnelles, en réponse aux nouveaux besoins surgis depuis quelques années.-\tque le gouvernement crée, comme en France, un ministère de l\u2019Intégration, chargé de mettre sur pied une politique globale d\u2019intégration des nouveaux arrivants.-\tque cette politique soit établie en étroite relation avec celle du MEQ.38 Le vieux thème du « droit à la différence » disparaît.On clame maintenant le « droit à l'intégration » autour de valeurs communes.\u2014\tque, par une politique de régionalisation de l\u2019immigration, les autorités gouvernementales établissent une meilleure répartition des nouveaux arrivants au sein du territoire québécois, afin que ces derniers aient une vision plus juste de la réalité québécoise.\u2014\tque la proportion d\u2019élèves allophones accueillis au sein d\u2019une école soit telle qu\u2019elle favorise raisonnablement leur intégration à la majorité françophone.\u2014\tque cet accueil se fasse, dans la mesure du possible, dans des écoles situées dans des quartiers francophones.\u2014\tque l\u2019obligation pour les nouveaux immigrants de fréquenter une institution scolaire francophone soit étendue au secteur collégial.\u2014\tque l\u2019effort de francisation des entreprises et de promotion du français comme langue de travail soit mieux soutenu par le gouvernement du Québec.\u2014\tque le gouvernement étende la francisation des lieux de travail à toutes les entreprises du Québec, et non seulement à celles de 50 employés et plus.\u2014\tque le Québec modifie les critères de sélection des immigrants, de façon à ouvrir ses portes à un taux plus élevé de francophones.?ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL Mensuel national de l'aetualité pédagogique publié 10 fois l\u2019an de septembre à juin 25$ par année ou 42$ pour deux ans : taxes incluses Envoyez vos noms et adresses et votre chèque ou mandat-poste à: Journal LES ENSEIGNANTS 1316, Domaine du Moulin L'Ancienne-Lorette, Québec G2E 4N1 Téléphone ou télécopieur: (418)872-6966 39 On en parle moins.On en parle différemment.Mais un fait demeure.Les jeunes garçons décrochent encore et toujours.Les jeunes et le décrochage En 1994, nous avions avancé l\u2019idée que le décrochage scolaire des jeunes garçons pouvait être ou un cri d\u2019alarme, ou une attitude apprise du décrochage de plusieurs adultes masculins devant les responsabilités affectives et familiales, bref, devant la vie en général.Nous avions beau aligner les profils socioéconomiques de ces jeunes, la situation de monoparentalité de leurs familles, il n\u2019en demeurait pas moins que placées dans les mêmes conditions que les garçons, les filles s\u2019en sortaient mieux.Nous avions déclaré ces jeunes orphelins de pères vivants et cherché à faire ressortir le drame de leur crise identitaire.Nicole de Sève conseillère syndicale à la CEQ Nous ne déchargions pas les jeunes de leurs responsabilités personnelles devant la réussite éducative.«A leur refuser leur part de responsabilité dans leurs propres problèmes, on ne fait que renforcer leur apathie, leurs décrochages, leurs dépendances, leur paralysie, leur attentisme passif.Tout en prolongeant indéfiniment l\u2019adolescence.C\u2019est la façon la plus efficace de les rendre irresponsables alors qu\u2019ils souffrent précisément de ne pas avoir d\u2019authentiques rôles et responsabilités.1» Nous posions toutefois une question : comment, devant l\u2019absence de modèles significatifs, pouvaient-ils se forger un horizon d\u2019avenir ?1 Sous la direction de Jacques Grand\u2019Maison, Le drame spirituel des adolescents, profils sociaux et religieux.Cahiers d\u2019études pastorales.10 Fides, 1992, p.97-98.40 Les jeunes garçons décrochent encore et toujours.Nous n\u2019avons pas changé d\u2019avis.Nous avons seulement poursuivi notre réflexion.Dans ce deuxième article sur le même sujet, nous voulons introduire un autre phénomène qui, à notre avis, peut apporter un éclairage supplémentaire sur cette question.Il s\u2019agit de l\u2019attitude des jeunes envers le travail.Les filles décrochent moins que les garçons.Pourtant, la course aux obstacles qui leur est imposée perdure.Il faut croire que les défis ne font pas baisser les bras de la majorité de ces filles.Plusieurs études l\u2019ont démontré, la décision de quitter l\u2019école avant l\u2019obtention du diplôme est rarement une décision spontanée et les raisons qui fondent ce choix sont multiples.Chez les garçons, il appert que le désir de travailler vienne au deuxième rang des motifs, le besoin d\u2019argent exerçant une pression suffisamment forte pour inciter des jeunes garçons à quitter l\u2019école2.C\u2019est ce rapport particulier au travail dont nous voulons discuter aujourd\u2019hui.La fréquentation scolaire Au Québec, la fréquentation scolaire des adolescentes et des adolescents ainsi que celle de jeunes adultes montre une nette tendance à la hausse entre 1975 et 1991, passant de 32% à 42%.C\u2019est à partir de 1987 que le taux de fréquentation des femmes a dépassé celui des hommes, soit 37% en regard de 36% pour atteindre, en 1991, respectivement 43% et 42%.Mais.«Au Canada, 28% des garçons abandonnent avant d\u2019avoir terminé leurs études secondaires, comparativement à moins de 19% chez les filles.3» Ici, une nuance s\u2019impose: plusieurs jeunes décrocheurs reviennent aux études par le biais 2\tRoyer, Égide, Moisan, Sylvie, Payeur, Christian, Vincent, Suzanne, L\u2019ABC de ta réussite scolaire.CEQ- Éditions Saint-Martin, 1995, p.25.3\tStatistiques citées par Royer, Égide, op.cit.p.27.41 de 1 éducation des adultes et obtiennent finalement leur diplôme d\u2019études collégiales.Si le goût de travailler rapidement influence le comportement des jeunes, nous pourrions supposer qu ils s inscriront dans les filières professionnelles leur permettant d\u2019accéder au marché du travail, sans avoir à s engager dans des études universitaires longues et coûteuses.Il n\u2019en est rien.«Au secteur collégial on note que depuis 1984, le rythme de décroissance de la formation professionnelle est de 4% par année.Même si 1990 a vu une légère augmentation des inscriptions en enseignement professionnel, on est loin d\u2019 avoir comblé le fossé qui s\u2019est creusé de 1984 à 1989.Pour cette dernière période, on note une perte nette de 12 232 inscriptions, soit 18% de l\u2019effectif inscrit à l\u2019enseignement régulier dans nos cégeps.En informatique, en électrotechnique et en techniques administratives, la déperdition de 1984 à 1989 va de 26% à 60 %A» Si la tendance se maintient dans 10 ans, 65% des filles auront une éducation post-secondaire contre 35% pour les garçons.«L\u2019accessibilité à la formation professionnelle et technique est encore affectée par le caractère très conventionnel des choix d\u2019orientation scolaire et professionnel des gars et des filles.Ainsi au secondaire, 57% des filles inscrites en formation professionnelle se retrouvent dans un seul des 23 secteurs de formation, celui de l\u2019administration, du commerce et du secrétariat.Au collégial, la moitié des diplômés masculins du secteur technique se retrouve en technique physique, secteur prometteur pour l\u2019accès à l\u2019emploi, alors qu\u2019une infime minorité de filles y obtiennent un diplôme.4 5 » Malgré tout, même diplômées dans des filières conventionnelles, les jeunes femmes chôment moins que les garçons.4\tFAC, La formation professionnel au collégial.Actes du Colloque.Éditions agence d\u2019ARC.Discours d\u2019ouverture, p.29.5\tCEQ, Pour l'avenir de l\u2019éducation.Mémoire de la Centrale de l\u2019enseignement du Québec présenté à la Commission des États généraux sur l\u2019éducation.Août 1995, p.41.Chez les garçons, il appert que le désir de travailler vienne au deuxième rang des motif, le besoin d\u2019argent exerçant une pression suffsamment forte pour inciter des jeunes garçons à quitter l\u2019école.42 Les jeunes et l\u2019emploi Aujourd\u2019hui les jeunes savent très bien qu\u2019ils sont un objet de consommation, qu\u2019ils sont des consommateurs potentiels et virtuels.«On peut se demander si la société qui prétend prioriser ces jeunes ne les abandonne pas pratiquement à eux-mêmes, tout en en faisant un marché-cible pour les industries du showbiz, du sport, de la bière et des modes vestimentaires.6» Pour répondre aux multiples sollicitations dont ils sont l\u2019objet, les jeunes doivent trouver l\u2019argent nécessaire.Pour plusieurs, la solution devient alors le travail salarié.La fréquentation scolaire des adolescentes et des adolescents ainsi que celle de jeunes adultes montre une nette tendance à la hausse entre 1975 et 1991.Contrairement à ce que l\u2019on entend et lit, la situation des jeunes s\u2019est améliorée au cours des dernières années et leur taux de chômage a diminué.Selon Diane-Gabrielle Tremblay, le taux d\u2019activité des jeunes 15-19 ans a augmenté fortement de 1975 à 1987, semblant marquer un changement important dans ce groupe.Ce changement peut s\u2019expliquer par le développement du temps partiel dans les services qui, depuis 1975, a plus que doublé chez les jeunes7.En effet, en 1994, le pourcentage des jeunes 15-19 ans en emploi à temps plein atteignait 32,5% comparativement à 67,5% à temps partiel.Quant à leur taux de chômage, il était de 20,4%.Statistique élevée s\u2019il en est, mais elle s\u2019explique par la faible qualification de cette main-d\u2019œuvre.De plus, ce taux décroît chez les autres strates de jeunes, tombant à 15,9% chez les 20-24 ans et à 13,4% chez les 25-29 ans8.Le déclin démographique du Québec a aussi permis d\u2019améliorer la situation des jeunes.C\u2019est parce que le nombre de jeunes diminue que le taux 6\tSous la direction de Jacques Grand\u2019Maison, op.cit.p.49.7\tTremblay, Diane-Gabrielle, Économie du travail Éditions Saint-Martin, p.138.8\tStatistique tirée du document d\u2019information et d\u2019animation préparé par le Forum pour l\u2019emploi dans le cadre du colloque Action Emploi Jeunesse.Mars 1993, p.47.43 de chômage diminue.Mais la baisse de la population jeune dans la population active ne touche essentiellement que les jeunes hommes; les jeunes femmes continuent leur progression au sein de la population active.Elles représentent actuellement près de la moitié des jeunes actifs sur le marché du travail.Certes, les jeunes assument une part plus importante du chômage qu\u2019ils ne le devraient, compte tenu de leur représentation dans la population active, mais leurs périodes de chômage sont moins longues que celles de leurs aînés, environ de deux à trois semaines inférieures blesse,\tchez eux le chômage se conjugue à une certaine dégradation des conditions d\u2019insertion dans la vie active, bref à un mauvais départ dans la vie.Si la tendance se maintient dans 10 ans, 65 % des filles auront une éducation post-secondaire contre 35 % pour les garçons.«Le taux de chômage de l\u2019ensemble de la population peut, selon certains, influer sur la motivation des jeunes en ce qui concerne l\u2019école.En effet, on incite beaucoup les jeunes à investir dans leur scolarité pour plus tard, c\u2019est-à-dire à faire des choix et des sacrifices pour favoriser leurs études et ainsi accroître leurs chances de trouver un emploi.Pour accepter un tel contrat, encore faut-il être certain que celui-ci sera rentable.Devant une situation économique difficile et un grand nombre de chômeurs, il semble plus difficile pour les jeunes de croire que le jeu en vaut la chandelle.Cela peut amener un certain nombre d\u2019entre eux à quitter l\u2019école pour profiter dès maintenant de la vie plutôt que d\u2019investir dans un avenir qui leur apparaît bien peu certain.» Car le drame de plusieurs décrocheurs est là.Au rêve de quitter l\u2019école et se décrocher une petite job, parce que cela ne sert à rien et qu\u2019ils ne s\u2019y retrouvent pas, la dure réalité leur oppose son cauchemar : on les retrouve surreprésentés parmi les travailleurs découragés qui n\u2019ont pas d\u2019emploi ou ont cessé d\u2019en chercher 9\tTREMBLAY, Diane-Gabrielle, op.cit.p.140.10\tRoyer, Égide, op.cit.p.35.44 En 1994, U pourcentage des jeunes 15-19 ans en emploi à temps plein atteignait 32,5 % comparativement à 67,5 % à temps partiel.un : 60% des chômeurs ont des études secondaires partielles ou pas d\u2019études post-secondaires11.De plus en plus d\u2019employeurs exigent un secondaire V complété et réussi, même pour placer la marchandise sur les tablettes.Une étude de Statistique Canada, citée par le journal Le Soleil du 12 mars 1995, révélait «que les diplômés du secondaire sont proportionnellement plus nombreux que les décro-cheurs à avoir occupé un emploi qui ne dépassait pas 20 heures par semaine.Trois adolescents sur quatre travaillent à temps partiel, comparativement à 26 % chez les 20-24 ans.Quant aux étudiants, ils sont un sur trois à concilier études et travail.» Et, de poursuivre l\u2019article, « certains adolescents abandonnent leurs études pour travailler à temps plein, renonçant ainsi à la possibilité de s\u2019instruire pour prendre des emplois peu ou non spécialisés et peu rémunérés.Si, au début, ils jugent leur emploi très lucratif, ces jeunes verront leurs perspectives d\u2019emploi vraisemblablement très limitées en raison de leur manque d\u2019instruction.» Des réseaux qui ne tiennent plus.Il n\u2019en fut pas toujours ainsi.Pendant longtemps, les jeunes qui quittaient l\u2019école avant d\u2019avoir complété à tout le moins leur secondaire (et parfois même le primaire), allaient rejoindre leur père à l\u2019usine, aux chantiers, à la ferme ou au bateau ou devenaient apprentis dans l\u2019entreprise familiale.Pour leur part, les filles devaient aider leur mère, contribuer au revenu familial, se marier et avoir des enfants.Celles qui poursuivaient leurs études restaient célibataires.Selon une étude du Bureau de la statistique du Québec, publiée en septembre 1994, près de la moitié des femmes de 65 ans et plus, titulaires d\u2019un diplôme universitaire, n\u2019étaient pas mariées.Chez les 40-45 ans, ce taux atteignait 19%.11 Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, No.71-529, catalogue 97.45 À l\u2019inverse, la scolarité des hommes fut un facteur favorable au mariage, les moins scolarisés d\u2019entre eux restant célibataires.Cette tendance s\u2019atténue mais de façon générale, plus une québécoise est scolarisée, plus elle reste célibataire.12 La tendance chez les jeunes garçons à rejoindre un membre de la famille au travail n\u2019est pas complètement disparue.Contrairement à l\u2019idée répandue, le réseau d\u2019emploi ne joue pas que dans les familles aisées ou au sein des professions libérales.Combien de jeunes ont obtenu leur premier emploi dans une usine parce qu\u2019un parent ou un proche de la famille y travaillait déjà.«Je vais me trouver un job, mon oncle va me faire rentrer».En fait, il semble que le cheminement scolaire des garçons est plus influencé par les conditions du milieu (profession des parents, activité principale de la mère, etc.) que le cheminement des filles»13.Pourquoi?Parce que les relations sociales sont les voies par lesquelles circule l\u2019information.Une recherche française a démontré que «le tiers des jeunes ayant cité la famille comme moyen par lequel ils ont obtenu leur premier emploi n\u2019avaient aucun diplôme (contre le quart de l\u2019ensemble des jeunes).Leurs pères travaillaient plus souvent « à leur compte», comme agriculteurs, artisans ou commerçants.Pour ces jeunes, l\u2019embauche dans l\u2019entreprise familiale a pu représenter un rempart contre l\u2019exclusion14.Cette recherche mentionnait aussi que d\u2019une part la famille apparaissait comme le seul moyen pour les garçons d\u2019accéder aux emplois indépendants, plus particulièrement d\u2019agriculteurs et que d\u2019autre part, les ouvriers et ouvrières non qualifiés étaient surreprésentés parmi ceux qui avaient trouvé On incite beaucoup les jeunes à investir dans leur scolarité pour plus tard, et ainsi accroître leurs chances de trouver un emploi.12\tBureau de la statistique du Québec, Les hommes et les femmes : une comparaison de leurs conditions de vie.Septembre 1993.13\tRoyer, Égide et al.op.cit.p.27.14\tMASRRY, Catherine, Les jeunes et l\u2019emploi : force et faiblesse des liens forts.Problèmes économiques, 3 mars 1993.46 Pendant longtemps, les jeunes qui quittaient l\u2019école avant d\u2019avoir complété à tout le moins leur secondaire (et parfois meme le primaire), allaient rejoindre leur père à l\u2019usine, aux chantiers, à la ferme ou au bateau.leur premier emploi par la famille (36% des garçons et 22% des filles).Cette différenciation des comportements nous ramène au fait que «c\u2019est la culture qui définit pour chaque sexe les modèles de développement, les valeurs à atteindre, les hiérarchies à respecter»15.En d\u2019autres mots, la notion de réseau chez les filles tient peu, soit qu\u2019elles ne peuvent espérer être embauchées dans des emplois masculins, à cause de la ségrégation professionnelle qui perdure, soit parce que les emplois occupés par leurs mères sont peu propices au développement d\u2019un réseau de contacts professionnels.Pour elles, la réussite tient à l\u2019excellence de leurs notes, leur entêtement à faire reconnaître leur expertise et au perfectionnement.Bref, être plus pour être reconnue tout simplement.Les femmes et les jeunes filles savent qu\u2019elles doivent redoubler d\u2019efforts pour être embauchées, pour obtenir des conditions de traitement égales à celles de leurs collègues et surtout pour gravir les échelons hiérarchiques qui permettraient, à celles qui le désirent, d\u2019utiliser l\u2019ensemble de leur potentiel dans l\u2019organisation pour laquelle elles travaillent.La réalité du marché du travail leur rappelle chaque jour que «malgré tous les progrès enregistrés par les femmes en matière d\u2019emploi elles demeurent confrontées à des inégalités qui se situent à trois niveaux « inégalité dans l\u2019accès à l\u2019emploi et à certaines catégories d\u2019emploi en particulier (embauche) ; inégalités dans les conditions de travail : durée de travail et de l\u2019emploi, inégalités salariales et enfin inégalités dans les possibilités de carrière ou de mobilité professionnelle.16» 15\tLe CAMUS cité par Marie-Lise BRUNEL, L\u2019identité de sexe et de genre.La question de l\u2019identité.Qui suis-je.Qui est l\u2019autre.Collectif sous la direction de Christiane GOHIER et Michael SCHLEIFER.Les Éditions Logiques 1993.p.163.16\tTremblay, Diane-Gabrielle, op.cit.p.201.47 L\u2019orientation professionnelle et la résistance au changement Selon la sociologue Madeleine Gauthier, « les garçons rêvent de travailler dans les grandes industries.alors que dans la réalité, ces industries n\u2019existent plus.Leurs rêves sont des rêves d\u2019une autre époque.17» Même si cette catégorie professionnelle regroupe toujours environ trois millions de personnes et représente tout de même le quart de l\u2019emploi au Canada, on observe, depuis plusieurs années une réduction significative des effectifs dans les secteurs primaires, les industries de transformation et les usines.Pour leur part, les filles s\u2019adaptent mieux aux transformations du marché du travail et à la configuration des emplois, car ceux-ci s\u2019inscrivent dans la foulée des métiers qu\u2019elles ont connus.En effet, au cours de la dernière décennie, les secteurs d\u2019emplois traditionnellement féminins, les services, ont registré la plus forte hausse du volume d\u2019emploi.Ils représentent près des deux tiers de l\u2019ensemble de l\u2019activité économique.Cette tendance, loin de s\u2019estomper, risque de se maintenir, voire de se développer.Quant aux professions scientifiques, techniques et libérales, elles sont en croissance et la représentation des femmes y augmente constamment.Certes, il est vrai que notre économie ne réussit pas à créer suffisamment d\u2019emplois pour faire face au nombre de demandeurs d\u2019emplois, mais il faut aussi se demander si les jeunes demandeurs sont prêts à entrer dans des sphères d\u2019activités qui leur sont non-traditionnelles.Car plusieurs de ces jeunes ont conservé une culture qui privilégie le secteur industriel, axée sur «les travaux lourds»18.Cette situation En 1994, près de La moitié des femmes de 65 ans et plus, titulaires d\u2019un diplôme universitaire, n\u2019étaient pas mariées.Chez les 40-45 ans, ce taux atteignait 19 %.17\tLEMIEUX, Louise, « Les filles sont moins perdantes que les garçons ».Le Soleil, 8 mars 1995.18\tII convient de signaler que parmi les deux professions les plus fréquentes chez les hommes, celle de chauffeur de camion de toute nature côtoie celle de la vente dans les commerces ! 48 Une recherche française a démontré que « le tiers des jeunes ayant cité la famille comme moyen par lequel ils ont obtenu leur premier emploi n \u2019avaient aucun diplôme (contre le quart de l\u2019ensemble des jeunes).est largement tributaire de la division sexuelle du travail, de la surévaluation de la valeur sociale du travail masculin et de la sous-évaluation du travail féminin.Les jeunes ont été marqués par la dévalorisation constante des emplois féminins, exprimée autant par le statut social relié à ces emplois qu\u2019aux salaires dévolus aux travailleuses de ce secteur d\u2019activités.Ces quelques considérations nous obligent à mesurer les progrès accomplis par notre société quant à l\u2019évolution des mentalités à l\u2019égard de la ségrégation professionnelle, de l\u2019influence de l\u2019héritage professionnel des parents chez les garçons et du support apporté aux jeunes face à leurs choix de carrières.Une chose est certaine, la crise des jeunes est aussi une crise de sens et à ce titre, la valeur, la place et la culture du travail doivent être questionnées de manière à pouvoir accompagner les jeunes qui, confrontés à une école qui leur paraît vide d\u2019intérêt, s\u2019embarquent dans l\u2019expérience du travail salarié au bout de laquelle ils rencontrent plus de désenchantement que de satisfactions.?Maison nationale des Patriotes Centre d\u2019interprétation sur l\u2019histoire des Patriotes 1837-1838 \u2022\tVisites guidées \u2022\tBoutique de souvenirs
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