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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1996-02, Collections de BAnQ.

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[" RURALITE MODERNITE IfcSpri Volume LXXXVI, numéro 2, février 1996 Abonnement 1 an 10 numéros Québec, Canada Étudiant, Québec France Autre pays Abonnement de soutien Abonnement à vie 38,00$ 22,00$ 300,00 FF 65,00$ 100,00$ 1 000,00$ Abonnement 2 ans 20 numéros Québec, Canada Étudiant, Québec France Autre pays (Taxes incluses) 70,00$ 40,00$ 500,00 FF 115,00$ ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 1259, rue Berri, bureau 320 Montréal, H2L 4C7 Téléphone : (514) 845-8533 Télécopieur : (514) 286-8165 Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée. Table des matières FÉVRIER 1996 4 8\tÉditorial Le verre à moitié plein Rosaire Morin Souvenirs Jean Éthier-Blais\t127 144 149\tComptes-rendus Lectures Nos annonceurs 26\tLa conspiration contre l\u2019État\t\tLe monde rural \tPierre Vadeboncœur\t167\tForces et faiblesses du 29\tMaladies des temps présents\t\tQuébec rural Claude Lafleur \tMichel Rioux\t171\tLes Etats généraux du 36\tLe plus beau pays Paul-Émile Roy\t\tmonde rural Henri-Paul Proulx 38\tConnivences verbales Marie Cholette\t177\tLa coopération québécoise en terre africaine 39\tLe sens du référendum\t\tAndré-D.Beaudoin \tÉdouard Cloutier\t182\tLe monde rural et la forêt 47\tLe virage informationnel\t\tRosaire Morin \tAlain Laramée\t187\tAgriculture et ruralité 61\tÉducation et nouvelles\t\tMichel Morisset \ttechnologies Christian Payeur\t193\tDe la banlieue au village Hugues Dionne 77\tLa politique régionale Marc-Urbain Proulx\t201\tLe couple ville-campagne Claude Marois 98\tLe Québec des nations Hélène Alexandre\t208\tLes institutions politiques du monde rural 109\tÀ travers l\u2019actualité Rosaire Morin\t\tRoger Guy iï^ÇTgd&M NATIONALE Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.SI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ*E Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement :\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t38$\t70$ Étudiant\t22$\t40$ France\t300 FF\t500 FF Autre pays\t65$\t115$ Abonnement de soutien\t100$\t Abonnement à vie\t1 000$\t Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom___________________Prénom__________________ L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L4C7 Adresse\t\t Code postal\tProfession\t Téléphone\tTélécopieur\t Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 286-8165 SI VOUS ÊTES ABONNÉ\u2019E Deux questions : La première : Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné ?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La seconde : Sur l\u2019étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de le renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6 000 $ par année en timbres, papeterie et temps ! Abonnement :\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t38$\t70$ Etudiant\t22$\t40$ France\t300 FF\t500 FF Autre pays\t65$\t115$ Abonnement de soutien\t100$\t Abonnement à vie\t1 000$\t Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom____________________Prénom____________________ Adresse__________________________________________ Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Relationniste Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Nicole De Sève Comptes-rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Comité de rédaction Shirlée Biron Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Michel Rioux Ronald-E.Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Code postal Profession L'Action NATIONALE Téléphone Télécopieur Supplément postal, L\u2019Action NATIONALE Volume LXXXVI, numéro 1, janvier 1996 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L4C7 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 286-8165 Comité éditorial François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Claire Bonenfant, sociologue, Québec Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, président, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona-Josée Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, éditeur, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Guy Laforest, politologue, Laval Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Conseil de la Famille Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon, professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brôme Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministre, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, rectrice par intérim, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncœur, écrivain, Outremont IL^kMlSanon Éditorial Volume LXXXVI Numéro 2, Février 1996 Directeur Rosaire Morin Le verre à moitié plein Secrétaire Marie-Laure Prunier Relationniste Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Nicole De Sève Éducation Jean-Claude Tardif Le monde est à l\u2019envers.Il marche sur la tête.Le Québec adopte cette nouvelle philosophie.Mais Houdini se meurt et l\u2019illusion disparaît.Le verre des Québécoises et des Québécois est à moitié vide.Le défaitisme est à la mode.Cette maladie est contagieuse.Elle affecte les cerveaux.Elle infecte même tout le sang de l\u2019organisme.Le mal est incurable.Entrevues Shirlée Biron Comité de rédaction Shirlée Biron Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Michel Rioux Ronald-E.Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Les hommes politiques ont attrapé le virus.Ils voient tout en noir.Ils assombrissent la vie.Ils ne sont certains que du pire.Ils croient toujours que les choses vont mal tourner.Ils traduisent l\u2019amertume.Ils sèment l\u2019inquiétude.Ils répandent des bruits alarmants.Ils ébranlent même les optimistes.Jadis, l\u2019attitude pessimiste caractérisait le parti qui siégeait dans l\u2019opposition.À l\u2019heure présente, la cohorte politique qui se cramponne au pouvoir souffre de la même fièvre, de la même indisposition.À Ottawa, un Chrétien atrabilaire et un Martin hypocondriaque, se cramponnent en broyant du noir.Ils sont ensevelis sous le poids de la trudeaumanie et sous l\u2019avalanche de la mégalomanie passée.Ils sont enterrés sous le fardeau des déficits qu\u2019ils ont accumulés, 500 milliards $ dans les 20 dernières années.Ils ne savent plus comment s\u2019en sortir.Ils paniquent.Ils s\u2019affolent.Ils improvisent.Us compressent les dépenses, mais ils engloutissent 12 000 000 000$ et plus pour 4 .L\u2019ACTION NATIONALE Les hommes politiques ne sont certains que du pire.la guerre.Ils administrent le chômage.Ils versent des milliards $ de subventions aux entreprises.Ils privatisent les sociétés d\u2019État.Ils transvasent les problèmes aux provinces.Ils diminuent les transferts de péréquation.Ils compromettent l\u2019avenir.Le verre est à moitié vide.Le pessimisme a aussi frappé l\u2019Assemblée nationale.Les ministres gèrent l\u2019aide sociale, la décroissance et la crise.Ils administrent un régime d\u2019inactivité qui coûte annuellement 30 milliards de dollars à l\u2019économie.Pour tenter de boucler la ceinture, ils mettent tout sur la table.Ils diminuent les prestations sociales et les services de santé.Ils pratiquent des coupures bêtes et méchantes dans l\u2019éducation et la culture.Ils projettent de liquider certains bijoux de l\u2019État.Ils transfèrent des services à l\u2019entreprise privée qui a failli à la tâche.Ils augmentent les taxes.Et ils engouffrent le pays dans l\u2019abîme.Ils n\u2019ont pas l\u2019intelligence de créer la richesse.Ils sont absorbés à détruire.Ils détruisent ce qui a été péniblement bâti pendant trente ans.Ils détruisent, oubliant la priorité de l\u2019emploi.Ils ignorent que la création de l\u2019emploi, c\u2019est la seule formule qui réduirait vraiment les dépenses.L\u2019emploi, c\u2019est le verre à moitié plein.Dans les deux pays, Canada et Québec, l\u2019entreprise privée est en faillite.La rationalisation aboutit à des fermetures fréquentes d\u2019usines et de multiples mises à pied.La compétitivité entraîne les fusions et les regroupements d\u2019entreprises.La recherche du profit multiplie le nombre des chômeurs et des assistés sociaux.Les subventions gouvernementales augmentent les bénéfices des entreprises.La richesse est de plus en plus concentrée.Les riches s\u2019enrichissent.Le nombre des pauvres s\u2019accroît.La pauvreté s\u2019aggrave.Le verre est à moitié vide.L\u2019ACTION NATIONALE .5 Si le Québec Si les Québécois et les Québécoises avaient conscience d\u2019un verre à moitié plein, le gouvernement Bouchard agirait autrement.Il peut encore sauver les institutions établies et la sécurité sociale acquise.Mais est-il capable d\u2019une politique globale?Le gouvernement Bouchard peut-il supprimer la prodigalité, le gaspillage, le coulage, la dilapidation, le tablettage, les chevauchements, les surplus d\u2019employés et les dépenses folles effectuées dans les ministères, les sociétés d\u2019État, les municipalités, les commissions scolaires et les universités ?Des milliards de dollars seraient économisés.Les ministres, pour tenter de boucler la ceinture, mettent tout sur la table.Le gouvernement Bouchard peut-il consentir un effort maximal pour mettre le Québec au travail?Trois cent mille assistés sociaux de moins, c\u2019est quinze milliards de dollars de plus dans l\u2019économie.C\u2019est de l\u2019argent neuf pour le développement.Un air rafraîchissant transformerait les mentalités.L\u2019enivrement du printemps deviendrait la force d\u2019attraction.Le gouvernement Bouchard peut-il imposer les compagnies qui réalisent des profits sans payer un sou d\u2019impôt?Les détournements dans les échappatoires, les fiducies familiales et les paradis fiscaux coûtent des milliards de dollars à l\u2019État.Le gouvernement Bouchard peut-il limiter les abris fiscaux, les contributions politiques, les frais de représentation et les dépenses personnelles déductibles de l\u2019impôt pour les contribuables dont les revenus excèdent les 60 000$ par an?L\u2019État encaisserait des milliards $ d\u2019impôts additionnels.Le gouvernement Bouchard peut-il augmenter les charges fiscales des entreprises?Le taux d\u2019impôt sur les revenus des compagnies est de 8,9% au Québec sur les premiers 200 000$.Il est de 15,5 % 6 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les riches s\u2019enrichissent.Le nombre des pauvres s\u2019accroît.en Ontario et de 16,25% en Colombie Britannique.Aux États-Unis, les entreprises fournissent le tiers des recettes fiscales ; au Québec, les particuliers contribuent pour les trois quarts.Le gouvernement Bouchard peut-il supprimer le travail au noir, percevoir pleinement la taxe de vente et encaisser les impôts avec régularité ?Des milliards de dollars sont en cause.Le gouvernement Bouchard peut-il imposer à 100% les somptueux gains réalisés par les administrateurs lors de l\u2019exercice d\u2019options d\u2019achat d\u2019actions ?Peut-il diminuer la période de report de pertes fiscales?Peut-il interdire les transferts de pertes fiscales d\u2019une compagnie à l\u2019autre?Peut-il abolir l\u2019exemption à vie du gain de capital?Peut-il supprimer les privilèges accordés aux fiducies familiales?Peut-il établir une nouvelle taxe sur les valeurs mobilières?Peut-il établir une taxe accrue sur des biens de luxe : bijoux, fourrures, bâteaux, avions ?L\u2019application de toutes ces mesures fiscales supprimerait le déficit budgétaire, réduirait la dette québécoise et permettrait d\u2019alléger la charge fiscale des particuliers qui est plus élevée au Québec qu\u2019en d\u2019autres pays industrialisés.Conclusion Les grognons cesseraient de grogner.Les désabusés reprendraient confiance.La maussaderie quitterait le pays.La morosité céderait la place à l\u2019espérance.L\u2019image grossie de nos malheurs serait réduite à la réalité.Les pitreries de M.Massé et les grimaces de M.Dion deviendraient des souvenirs du passé.L\u2019État du Québec naîtrait.Les Québécois et les Québécoises connaîtraient à nouveau l\u2019époque du verre à moitié plein.?Rosaire Morin L'ACTION NATIONALE \u2022 7 Souvenirs L\u2019Action nationale publie six allocutions prononcées en diverses circonstances par Jean Ethier-Blais.Elle honore ainsi la mémoire d\u2019un célèbre collaborateur.Ces textes inédits soulignent la qualité de style et la grandeur d\u2019âme du disparu.Jean Éthier-Blais Allocution de Jean Éthier-Blais prononcée à l\u2019occasion d\u2019une rencontre de la Ligue d\u2019Action nationale et de la proclamation du lauréat du Prix Richard-Arès, Claude Corbo, le 24 avril 1993.C\u2019est un grand honneur pour moi, à titre de membre du jury du Prix Richard-Arès, de vous dire pourquoi nous vous avons décerné ce Prix.Il y avait en lice de nombreux livres, dont certains étaient excellents, de haute tenue littéraire, brillant par l\u2019analyse des problèmes contemporains du Québec, libres de toute allégeance politique, des ouvrages de grands savants qui sont aussi des hommes de cœur.C\u2019est pourtant sur le vôtre que s\u2019est faite l\u2019unanimité.Votre livre est un modèle d\u2019intégrité affective.C\u2019est la description du cheminement d\u2019un enfant, et puis d\u2019un homme vers l\u2019acquisition d\u2019une nouvelle patrie, un lieu géographique et intellectuel qui lui permette, sans rien renier de ses origines, de s\u2019épanouir pleinement dans sa nouvelle, dans son étemelle identité.Vous avez parlé au nom d\u2019une minorité de Québécois qui, victimes d\u2019une propagande abusive, se taisent et n\u2019osent pas choisir entre le passé et l\u2019avenir.Le Ministère de l\u2019Immigration du Québec devrait faire traduire votre livre dans toutes les langues parlées ici et le distribuer urbi et orbi.Mais c\u2019est 8 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE là un rêve qui s\u2019éloigne trop des accords Robic-Wiener, de leur lettre et de leur esprit.Je dirai même que ce qui s\u2019appelle rêver en couleurs, c\u2019est cela.Confucius disait qu\u2019un pays était bien gouverné lorsque le langage de ses gouvernants était clair.Votre livre, monsieur le Recteur, donne son vrai sens au mot « immigration », en insistant sur l\u2019importance du préfixe de participation qui fait de l\u2019immigration un acte d\u2019acceptation en profondeur de la civilisation d\u2019accueil par les nouveaux arrivants.Nous vivons au Québec une époque de flottement sémantique, savamment entretenu par les équivoques politiques.Votre livre vient à son heure nous réapprendre le patriotisme.Nos ancêtres ont créé ici une civilisation à laquelle nous tentons d\u2019ajouter des éléments, dans tous les domaines, qui ne déshonorent pas notre passé.C\u2019est cette civilisation, dans une langue universelle, que nous offrons à nos nouveaux compatriotes du monde entier.C\u2019est cette civilisation, dans une langue universelle, que nous offrons à nos nouveaux compatriotes du monde entier.Comme nous, à l\u2019intérieur de notre mode de vie, ils ont des droits.Il est temps qu\u2019ils acceptent aussi d\u2019y avoir des devoirs, dont le premier est de nous accepter tels que nous sommes et de participer à nos côtés, avec nous, dans un esprit de générosité réciproque, à construire le Québec de l\u2019avenir.Dans le domaine littéraire, nous savons que c\u2019est chose possible, qui enrichit notre littérature et la rend encore plus québécoise.Votre livre est un cri du cœur et, si je puis dire, un chant d\u2019amour à notre patrie.Il n\u2019y a que vous qui pouviez l\u2019écrire ainsi, monsieur le Recteur, précisément parce que vous occupez avec éclat une place pré-éminente dans notre société.Il ne me reste qu\u2019à souhaiter que votre exemple soit, dans une langue aussi sûre que la vôtre, suivi par d\u2019innombrables Québécois venus ici, riches de leur passé, trouver avec nous une nouvelle origine, toujours renouvelée.L'ACTION NATIONALE \u2022 9 Allocution de Jean Éthier-Blais prononcée à l\u2019occasion du lancement du 2e tome de la Correspondance de Lionel Groulx, à la Fondation, le 25 mai 1993.* Rien ne révèle plus un homme, jusque dans les replis les plus secrets de son for intérieur, que sa correspondance.Les vrais amateurs d\u2019âme liront Flaubert épistolier longtemps après avoir cessé de lire L\u2019Education sentimentale.Seule la correspondance peut donner l\u2019impresssion, mensongère bien sûr puisque l\u2019homme restera toujours un inconnu à l\u2019homme, d\u2019être allé au fond des choses.Un homme qui écrit son journal le fait pour lui-même d\u2019abord, par une espèce de souci supérieur de rangement; mais il écrit aussi, quoi qu\u2019il en pense, pour la postérité.Il espère projeter de lui-même une image qui, sans être exemplaire, sera le reflet de ce qu\u2019il a été.Personne n\u2019est dupe de la passion de Benjamin Constant ou des longues analyses d\u2019Amiel.Et peut-être que l\u2019un des plaisirs de cette lecture est, précisément, de ne pas être dupe.Et de lire, quand même, avec la sympathique ironie qui convient.Lorsqu\u2019on écrit une lettre, c\u2019est autre chose.On répond à une question, on s\u2019explique, on engage un dialogue.Il y a, quelque part, la présence de l\u2019autre, qui attend qu\u2019on lui réponde.Une lettre réussie est celle qui colle à la conversation et qui, cependant, se suffit à elle-même.J\u2019ai souvent constaté que les correspondances où figurent les deux correspondants sont moins intéressantes et, d\u2019une certaine façon, moins révélatrices, que celles où ne figurent les lettres que d\u2019un seul correspondant.L\u2019attention n\u2019est pas divisée; le portrait de l\u2019homme est plus clair; la zone d\u2019ombre que constitue l\u2019absence du témoin permet qu\u2019on la * Jean Éthier-Blais était le président de la Fondation Lionel-Groulx et du Centre de recherche en histoire de l\u2019Amérique française.10 \u2022 L'ACTION NATIONALE Dans le jeune prêtre, on discerne l\u2019historien de l\u2019avenir et le penseur.remplisse par soi-même.Un nouveau dialogue s\u2019instaure entre l\u2019épistolier et son correspondant muet.C\u2019est un peu le cas ici.Ce deuxième volume de la Correspondance de Lionel Groulx s\u2019étend de 1906 à 1909.Je vous laisse le soin et le plaisir d\u2019en connaître les tenants et les aboutissants dans la Préface.C\u2019est un roman intellectuel.Le jeune abbé est étudiant à Rome, à Fribourg et à Paris.Sont-ce des années de formation?Non, en ce sens que l\u2019étudiant, par le niveau de culture et l\u2019ampleur de l\u2019intelligence est l\u2019égal de ses maîtres.Oui, parce que l\u2019abbé Groulx découvre l\u2019Europe, qu\u2019il remonte à ses origines culturelles, qu\u2019il se découvre l\u2019enfant de cette Mère incomparable.Il raconte cette aventure à ses parents, à d\u2019anciens élèves, à des amis comme Émile Chartier ou le jésuite Bellavance.Dans le jeune prêtre, on discerne l\u2019historien de l\u2019avenir et le penseur, le contemplatif, l\u2019homme d\u2019action, ce mélange qui fait de l\u2019abbé Groulx un être si rare dans notre société.Au nom de la Fondation éponyme, j\u2019ai l\u2019honneur de remercier les responsables de cette édition: Madame Juliette Lalonde-Rémillard, gardienne du souvenir; Madame Gisèle Huot, dont la connaissance de l\u2019époque est insurpassable, toujours au service d\u2019une méthode rigoureuse; enfin, le Professeur Pierre Trépanier, dont je me plais à souligner ici la ferveur d\u2019historien et la fidélité à la dynamique inhérente à la pensée de l\u2019abbé Groulx.Treize autres volumes sont appelés à paraître, ad multos annos et multa opera ! En cette année de détresse pour notre nation, où notre langue est attaquée jusque dans son principe, la parution de cet ouvrage est un symbole de notre permanence.Acceptons-en l\u2019augure.L'ACTION NATIONALE \u2022 1X Allocution de Jean Éthier-Blais prononcée à l\u2019occasion du lancement de l\u2019ouvrage de Madame Élisabeth Gallat-Morin, au Grand Séminaire de Montréal, le 2 juin 1993.Rien n\u2019est plus agréable que d\u2019être le président de la Fondation Lionel-Groulx dans une circonstance comme celle-ci.Nous nous trouvons dans l\u2019un des endroits les plus beaux et les plus sacrés de notre ville et de l\u2019histoire de la Nouvelle-France, devenue Canada et, enfin, par la force des choses, Québec.Nous sommes réunis autour de la musique, de l\u2019histoire et d\u2019un homme que Madame Elisabeth Gallat-Morin a fait ressusciter presque sous nos yeux.Cette historienne de la musique élargit le champ de ses travaux pour en venir à ceux qui font la musique, qui lui permettent de s\u2019épanouir, de jouer dans nos vies le rôle primordial qui est le sien.Aujourd\u2019hui que la musique est pour ainsi dire partout, et dans une ville comme Montréal, singulièrement présente sous tous ses aspects, nous nous imaginons mal ce qu\u2019elle pouvait représenter pour nos ancêtres, un refuge sacré, le prétexte à de merveilleuses escapades de l\u2019imagination, la création d\u2019une langue et d\u2019une mythologie.Musique sacrée d\u2019abord, dont Jean Girard, ce Sulpicien auquel Élisabeth Gallat-Morin consacre une biographie est l\u2019un des témoins singuliers, musique qui répondait aux besoins les plus précieux d\u2019expression de tout l\u2019être en présence de la divinité.Nous savons tous à quel point le chant grégorien, avant qu\u2019il ne soit emporté par la vague d\u2019inculture qui, depuis la dernière Grande Guerre a tout écrasé, nous savons à quel point le chant grégorien, si admirablement chanté et récité jusque dans nos plus humbles paroisses, correspondait à l\u2019expression à la fois naïve et profonde de notre être national.12 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Notre folklore a permis à l\u2019imagination québécoise de se manifester en plénitude.Ce grand pan mystérieux et divin de notre histoire s\u2019est abîmé presque tout entier dans le néant.Escapades de l\u2019imagination; nous sommes un peuple de chanteurs et de raconteurs.Notre folklore, venu de France, revigoré par les voix de nos hommes et de nos femmes, a permis à l\u2019imagination québécoise de se manifester en plénitude.De grandes œuvres littéraires, comme Menaud ou la poésie de Miron, en sont issues.Langue et mythologie, enfin.En ce moment, des malheureux, que l\u2019histoire jugera sévèrement, font en sorte que notre langue s\u2019amenuise et, peu à peu, disparaisse.Nos ancêtres, au prix de combien de sacrifices, en avaient maintenu la verdeur.En français, ils avaient créé, à l\u2019aide de la musique, une mythologie, celle des forêts profondes, du feu et de l\u2019eau, du diable qui vole dans les airs en canoë, du soleil et du vent.Tous ces thèmes, ouverts sur le merveilleux, ont été repris par nos chanteurs avec la magnificence que l\u2019on sait.Il faut savoir gré à Madame Élisabeth Gallat-Morin d\u2019avoir, à partir de l\u2019histoire d\u2019un homme, prêtre, missionnaire, musicien, aventurier, reconstitué le petit univers de la Nouvelle-France.Que de péripéties, que d\u2019aventures! Et la musique toujours au centre de l\u2019action, comme une nymphe oréade qui accompagne dans la Grèce des dieux, le voyageur sacré.Et nous, chère Madame, nous vous accompagnerons à chacune des pages de votre livre, quittant parfois le texte pour rêver à ce qui aurait pu être et qui n\u2019a pas été, une autre patrie, jaillie de l\u2019histoire que vous racontez.Hélas, nous ne pouvons refaire l\u2019histoire qu\u2019en admirant les personnages du passé.Le prêtre Jean Girard nous redonnera, dans ces temps tragiques, un peu de cette fierté qu\u2019on nous arrache par lambeaux.Mais comme l\u2019a écrit Verlaine: L\u2019espoir luit sous la paille dans l\u2019étable.La Fondation Lionel-Groulx s\u2019enorgueillit d\u2019être le dépositaire du célèbre Livre d\u2019orgue dont L'ACTION NATIONALE «13 nous devons la parution à Élisabeth Gallat-Morin.Madame, vous avez utilisé les ressources de la Fondation dans la préparation du livre dont nous célébrons la parution ce soir.Je profite donc de l\u2019occasion pour répéter en présence de la présidente de la Société historique de Montréal, aux chercheurs que la Fondation leur est ouverte ; c\u2019est un lieu d\u2019accueil au service des travailleurs de l\u2019intelligence, des amis de la vérité historique.Maison ouverte sur le monde, à l\u2019image de son illustre Fondateur.Allocution de Jean Éthier-Blais prononcée à l\u2019occasion de la remise des Prix Lionel-Groulx et Maxime-Raymond 1993, à Trois-Rivières, le 22 octobre 1993.Au plaisir que je ressens à me trouver ce soir au milieu d\u2019historiens, vient s\u2019ajouter l'honneur de remettre le Prix Lionel-Groulx à Monsieur Paul-André Linteau et le Prix Maxime-Raymond à Madame Colette Beauchamp.En établissant la Fondation qui porte son nom, en fondant votre Institut et la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, Lionel Groulx a réalisé un rêve qui, comme tout ce qui a trait à la personnalité de cet homme de génie, était immense, celui de réunir en un seul faisceau les penseurs de l\u2019histoire, les dépositaires non-historiens de sa pensée et de sa doctrine et tous ces lecteurs qui, dans le monde, s\u2019intéressent au destin de la francité en Amérique.Les Prix que vous décernez ce soir soulignent la générosité et la pertinence de la vision de notre illustre Fondateur.L\u2019histoire de Montréal depuis la mise en place de la fédération canadienne, qu\u2019est-ce sinon, sous forme de microcosme, celle du Québec moderne?N\u2019est-ce pas à Montréal que se joue l\u2019avenir de notre nation?L\u2019abbé Groulx était montréalais dans l\u2019âme; c\u2019est au Mile-End que s\u2019est élaborée sa pensée, c\u2019est à l\u2019Université de Montréal qu\u2019il l\u2019a fait connaître, c\u2019est là qu\u2019il a formé ses disciples, N'est-ce pas à Montréal que se joue l\u2019avenir de notre nation 14 \u2022 L'ACTION NATIONALE Frégault, Séguin, Brunet, c\u2019est à Outremont qu\u2019il a vécu les dernières années de sa vie, c\u2019est dans les murs qu\u2019il a habités que, selon les paramètres qu\u2019il a établis, nous poursuivons, hélas trop modestement, son œuvre.Les funérailles nationales qui furent les siennes, eurent lieu à l\u2019Église Notre-Dame, dans un concours immense de peuple, car son nom évoque, même chez ceux qui ignorent son œuvre écrite, un sentiment d\u2019admiration et d\u2019appartenance.Il reste l\u2019un de nos grands contemporains, comme en fait foi la hargne de ses détracteurs.Comme Marc Bloch ou Lucien Romier, il fut un grand savant; comme Lucien Febvre, il fut aussi un historien de combat.Ce sont là qualités qui ne se pardonnent pas.Judith Jasmin est l\u2019une de nos plus intéressantes contemporaines.Elle appartient à la seconde génération de nos communicateurs, de ceux qui, comme René Lévesque et André Laurendeau, ouverts sur le monde, ont intégré le Québec dans la famille des nations.La force de sa personnalité, le charme qui émanait d\u2019elle, la justesse de ses analyses et, j\u2019ajouterai, la beauté de sa voix et de sa diction, font d\u2019elle un modèle.Élargissant le champ du journalisme quotidien, Judith Jasmin a su dépasser l\u2019événementiel et inscrire ses analyses dans une perspective résolument historique.Son œuvre et sa vie en sont grandies.À la Fondation Lionel-Groulx, dans un climat d\u2019engagement intellectuel, nous tentons, parallèlement à la vision historique de l\u2019Institut, de mettre en relief ce qui nous paraît immortel dans l\u2019œuvre menée pendant un demi-siècle, par notre Fondateur.Comme vous le savez, la Fondation fait paraître la Correspondance de Groulx, modèle d\u2019érudition et de méthodologie ainsi qu\u2019une bibliographie exhaustive de ses écrits ; nous organisons des rencontres portant d\u2019une part sur l\u2019histoire et la littérature, d\u2019autre part sur les relations entre le Québec et la France; les Actes de ces L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 15 entretiens paraîtront; nous prévoyons, dans un proche avenir, l\u2019organisation de colloques internationaux afin qu\u2019en Amérique le nom et l\u2019œuvre de Groulx prennent place là où ils doivent naturellement être, au sommet de l\u2019effort de pensée historique et politique qui est l\u2019une des marques distinctives de notre civilisation.Enfin, à titre personnel (car chaque Président s\u2019assigne une tâche précise) je fais appel à un historien, et peut-être se trouve-t-il parmi nous ce soir, pour qu\u2019il écrive une Vie de Lionel Groulx.Je sais que c\u2019est une entreprise monumentale, à la mesure du sujet, histoire qui recouvrirait notre siècle et lui donnerait sa véritable signification.Il s\u2019agit, par-delà les questions de méthodes, de déboucher sur le vaste horizon de la synthèse, de regrouper autour de l\u2019esprit le plus fécond de notre temps, les grands hommes et les problèmes séminaux de l\u2019époque, de donner un sens à notre hégire nationale.Ce livre sera la clef de notre histoire.Qui aura le courage de l\u2019entreprendre, la constance d\u2019âme pour lui faire prendre forme, l\u2019étendue des connaissances pour le mener à bien?Je termine là-dessus en vous transmettant, selon l\u2019usage, le salut fraternel de la Fondation Lionel-Groulx.Je fais appel à un historien pour qu\u2019il écrive une Vie de Lionel Groulx.Allocution de Jean Éthier-Blais prononcée à l\u2019occasion du lancement de l\u2019Atlas historique de Montréal, à la Fondation Lionel-Groulx, le 22 mars 1994.J\u2019ai l\u2019honneur de vous souhaiter la bienvenue, dans cette Maison où tous les amoureux de l\u2019histoire doivent se sentir chez eux.L\u2019occasion est admirable, qui permet à M.Jean-Claude Robert, spécialiste de l\u2019histoire de Montréal et professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal, en présence de son Recteur, M.Claude Corbo, dont je salue la présence, de présenter son Atlas historique de Montréal.16 \u2022 L'ACTION NATIONALE Un atlas est un lieu de sagesse, ainsi que le sont les actes notariés.La conception de cet ouvrage essentiel a été élaborée dans le cadre de la Fondation Lionel-Groulx et fait partie du programme de nos activités à l\u2019occasion du trois cent cinquantième anniversaire de Montréal.Le Conseil d\u2019administration de la Fondation m\u2019a prié de remercier M.Robert d\u2019avoir bien voulu accomplir cette tâche et surtout, de lui avoir donné l\u2019éclat intellectuel et scientifique qui paraît dans son livre.J\u2019ajoute que cette réussite n\u2019aurait pas été possible sans le concours enthousiaste de son éditeur, Art Global / Libre expression, représenté ici ce soir par MM.André Bastien et Kennoyan.Dans ses Grandes amitiés, Raïssa Maritain raconte comment, enfant, dans sa Russie natale, elle se penchait sur son atlas d\u2019écolière pour rêver au monde.Un atlas est d\u2019abord un livre d\u2019images, qui permet à l\u2019imagination de faire revivre le passé.Les historiens, bon gré mal gré, nous imposent leur vision de l\u2019histoire.Lisez à la suite Y Histoire de la Révolution de Michelet et les Girondins de Lamartine, vous vous croirez dans deux univers différents; pourtant, c\u2019est le même Paris, ce sont les mêmes petits avocats faisant des effets de mâchoire, c\u2019est la même guillotine.Un atlas permet de reconstituer la ville, de mesurer les distances, de replacer les faits dans leur contexte.Il interdit à l\u2019historien de se mentir à lui-même et ramène constamment le lecteur à la réalité de sa lecture.Il ne rêvera pas à partir des belles formules de Michelet ou de Lamartine, mais depuis une image reçue par le regard.Un atlas est un lieu de sagesse, ainsi que le sont les actes notariés.On ne lui échappe pas.Comme le dieu Atlas, il supporte le ciel sur ses épaules.Il sert donc de lien entre les puissances de la terre et celles de l\u2019infini spirituel.Nous qui sommes Montréalais de naissance et d\u2019adoption, dont les ancêtres ont donné vie à cette ville, l\u2019ont agrandie et embellie, souvent aussi hélas dénaturée, nous devons être reconnaissants L'ACTION NATIONALE \u2022 17 à M.Jean-Claude Robert de nous faire connaître la morphologie de notre ville.Elle est comme un enfant qui grandit sous nos yeux, depuis l\u2019établissement du système fluvial jusqu\u2019à la transformation de l\u2019économie urbaine.Jusqu\u2019au niveau de scolarité qui n\u2019y échappe pas.Comme le dit fort justement Jean-Marc Léger dans sa Préface, la géographie vient à la rencontre de l\u2019histoire.C\u2019est cette symbiose qui rend si intéressant l\u2019atlas de M.Jean-Claude Robert, qu\u2019on appellera sans doute désormais le «Robert», comme l\u2019autre, et qui le rendra indispensable aux historiens et aux géographes, tous issus de cette merveilleuse complémentarité.Je lisais récemment Notre grande aventure, ce chef-d\u2019œuvre de notre illustre Fondateur.Comme il aurait aimé le « Robert » ; combien de fois n\u2019y serait-il pas revenu, lui cartographe dans l\u2019âme, qui a suivi au centimètre près le déroulement géographique de l\u2019Amérique, lui pour qui Montréal était le lieu privilégié de notre destin.Jorge Luis Borges, qui inventa des planètes, des pays, des civilisations et des langages, s\u2019appuie toujours pour rendre véridiques ses merveilleuses inventions, sur un atlas, inventé lui aussi, bien entendu.Les écrivains montréalais n\u2019auront pas besoin d\u2019inventer.Ils n\u2019auront qu\u2019à s\u2019étendre sur un tapis, comme Raïssa Maritain et Borges et tant d\u2019autres avant eux et après eux, la tête dans les mains et à suivre l\u2019histoire de notre ville, et son déroulement magique, le nez collé sur le « Robert ».C\u2019est un beau et grand livre, qui nous fait regretter de ne pas pouvoir vivre encore trois siècles pour en connaître la suite.Allocution de Jean Éthier-Blais prononcée au lancement de la revue Les Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle, le 11 novembre 1994.Le temps est le régulateur des passions.S\u2019il ne fait pas tout oublier, il permet aux hommes de se voir tels qu\u2019ils furent, à un moment donné de leur La géographie vient à la rencontre de l\u2019histoire.18 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le temps permet aux hommes de se voir tels qu'ils furent, à un moment donné de leur existence.existence donc de se relativiser.C\u2019est sans doute pourquoi l\u2019homme moderne, si féru de son rôle temporel, prisonnier de son introspection, a inventé le temps historique.Comme la justice, ce temps a deux poids deux mesures.Il oscille entre le passé et l\u2019avenir et ne rend pas de verdict absolu.Il sait recouvrir le passé de son ombre bienfaisante et ne réserve que pour l\u2019avenir les zones de sa lumière.Je crois que c\u2019est dans cet esprit que nous nous réunissons ce soir.Il s\u2019agit pour nous, non pas de faire la synthèse d\u2019une époque mais de tenter rapidement de donner un sens, à traits larges et brossés peut-être sans art, à ce passé immédiat de notre race, dont notre présent est issu et qui n\u2019a pas fini de hanter l\u2019esprit du futur.Ce sens, nous le trouvons dans la vie de deux hommes, heureusement bien présents parmi nous, qui, en quelque sorte se déployent historiquement par-delà la foi qui les anime, se sont consacrés à nous, je veux dire les Pères Lévesque et Lacroix, et dans le souvenir d\u2019un troisième, l\u2019abbé Groulx, dont nous pouvons commencer à reconnaître sans susciter de ces jugements à l\u2019emporte-pièce qui ressortissent à l\u2019ignorance ou au racisme antiquébécois, la permanence de l\u2019autorité intellectuelle et morale.Mon Très Révérend Père (R.P.Lévesque), je ne donnerai pas le ridicule de faire votre éloge.Cet éloge, il est dans votre vie.En lisant les derniers chapitres de vos Souvenances, comme sans doute nombre de vos lecteurs qui n\u2019ont pas eu l\u2019honneur d\u2019être de vos disciples, j\u2019ai vibré devant le portrait qui se dégage de ces pages.Je vous avais suivi, jeune dominicain, riche de l\u2019enseignement thomiste, ami du Père Chenu, déjà dévoré par le besoin d\u2019étendre aux hommes la liberté dans la vérité, prêtre au sens profond de ce mot (et comme vous avez bien su expliquer l\u2019interpénétration en vous des vies active et contemplative), maître à penser de deux belles générations d\u2019idéalistes L\u2019ACTION NATIONALE .19 chrétiens, au service parfois latitudinaire, toujours vibrant, de la Cité; j\u2019avais reconnu en vous le protecteur des arts et des lettres.Il y a, à l\u2019intérieur des réussites exceptionnelles, des vocations manquées.Il y en a une en vous, mon Très Révérend Père, c\u2019est celle de mécène.Vous auriez dû naître héritier d\u2019un empire financier.Vous auriez su répandre sur le monde, et en particulier sur les artistes, sans lesquels ce monde est insensé, la puissance créatrice de l\u2019argent.Vous n\u2019aviez rien, puisque vous avez fait vœu de pauvreté.Pourtant Jean Dallaire, Thérèse Brassard, Marie-Claire Blais ont créé un univers pictural et littéraire qui porte témoignage de la générosité de votre nature et de la perspicacité de votre goût.Le Souverain Bien s\u2019était défait en votre personne de l\u2019un de ses attributs essentiels, l\u2019amour de la Beauté.Mgr Olivier Maurault, François Hertel, le Père Georges-Henri Lévesque, il y a là une filiation, le maintien d\u2019une tradition qu\u2019il faut souligner, car elles font partie du sens matriciel que l\u2019Église québécoise donnait autrefois à sa mission.Je reviendrai tout à l\u2019heure sur l\u2019exaltation de cette mission.A une époque où semblait interdite l\u2019expression d\u2019idées qui ne correspondissent pas à la pratique la plus basse du régime (ce qu\u2019on a appelé sur le mode enfantin qui nous caractérise, la grande noirceur, et qui correspond grosso modo au désert idéologique Taschereau-Duplessis, indissociables frères siamois) vous avez mis en place, à l\u2019Université Laval, une école de réflexion sociale dont le renom s\u2019est vite répandu dans le monde entier.Ce faisant, vous vous êtes élevé au-dessus des contingences spécifiquement nationales que, par abus de langage, on appelle ici nationalistes et avez appris à vos élèves à s\u2019intéresser à la doctrine pour elle-même, à réfléchir sur des sujets amples et précis, à ne tenir compte que de l\u2019Idée.Ce faisant, vous adhériez à la pensée nationale, attribuant à la juste cause que vous défendiez dans l\u2019honneur une puissance de 20 \u2022 L'ACTION NATIONALE À partir du mo ment où nous vivons dans ce pays, il faut y vivre.convaincre qui ne pouvait que se heurter à long terme à l\u2019étonnante vigueur de rejet, à l\u2019impavidité conquérante qui caractérisent le comportement de nos partenaires canadiens, dans leurs rapports avec la minorité nationale que nous sommes.À partir du moment où nous vivons dans ce pays, il faut y vivre.Votre action constitue l\u2019un des plus éloquents témoignages de cette ardeur d\u2019ouverture et de compréhension de l\u2019autre, qui a toujours caractérisé notre nation.A votre Commission éponyme, là où vous avez pris une vue d\u2019ensemble de notre glacis culturel, de concert avec Vincent Massey, sous l\u2019égide de Louis Saint-Laurent, vous avez travaillé à l\u2019épanouissement de notre civilisation.En effet, elle a appris à s\u2019épanouir et le Conseil des Arts du Canada, issu de votre réflexion, a joué, volens nolens, un rôle de premier plan dans cette affirmation nationale.Nos ennemis n\u2019ont jamais réussi à détourner tout-à-fait contre nous les acquis de votre audacieuse réflexion culturelle.Objectivement, nous pouvons le dire, vous avez fait œuvre nationale et ce qui, dans l\u2019esprit de certains, devait être utilisé pour parfaire jusque dans l\u2019acte créateur notre assimilation feutrée, a au contraire servi à cimenter l\u2019identité québécoise.Je disais tout à l\u2019heure que l\u2019histoire était régulatrice des passions.Elle n\u2019est pas non plus insensible aux appels des petites nations soumises à la dure aliénation de l\u2019esprit.C\u2019est pourquoi, mon Très Révérend Père, j\u2019ai vibré en lisant la conclusion de vos Souvenances.Cet humanisme universel que vous appelez de vos vœux, cette poursuite acharnée de la vérité dans la plus totale liberté (chacun connaît votre célèbre réplique à vos détrateurs : La liberté aussi vient de Dieu) ne sont-ce pas les idéaux que nous poursuivons tous aujourd\u2019hui, dans un climat de fervent et sain nationalisme.A ce nationalisme, vous avez enseigné l\u2019im-portance et l\u2019amour de l\u2019autre; à ce nationalisme, L'ACTION NATIONALE \u2022 21 vous avez apporté une dimension qui lui était jusqu\u2019alors inconnue et dont nous percevons aujourd\u2019hui les ramifications bénéfiques; à ce nationalisme, vous reconnaissez la vocation à la patrie.Vous avez repris ces nobles idées dans le dernier numéro des Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle.À ce nationalisme, vous avez apporté une dimension qui lui était jusqu'alors inconnue.Le maître d\u2019œuvre de ces Cahiers est le Père Benoît Lacroix.Le Père Lacroix, si connu, si admiré, si aimé, est d\u2019abord un médiéviste.Permettez-moi, d\u2019entrée de jeu, mon Révérend Père, d\u2019associer à votre nom celui d\u2019un de mes professeurs d\u2019autrefois, le Père Antonin Papillon, autre médiéviste, lui aussi objet de dilection de ses disciples, bien que sa carrière n\u2019ait jamais atteint la pleine lumière.Spécialiste de Charlemagne, période ingrate, il initia quelques-uns d\u2019entre nous à la pensée d\u2019Alcuin, dit Flaccus Albinus ainsi qu\u2019aux enchantements de la cour de Berthe au grand pied.Vous qui êtes homme de mémoire et de continuité vous comprendrez l\u2019émotion que peut ressentir un écrivain parlant de l\u2019un de ses maîtres à l\u2019âge de celui-ci au moment où il l\u2019enseignait.Vous avez, comme nombre de savants, mené une double vie.D\u2019abord, au milieu des vôtres, de vos pairs, celle d\u2019un spécialiste de la culture du Moyen-Age.Quand tournons-nous le regard vers ces immenses forêts, si giboyeuses, où une grande partie de la vie du Moyen-Age s\u2019est écoulée?Elles nous sont devenues, dans notre ignorance, impénétrables, soucieux que nous sommes du seul immédiat événementiel.Vous avez conservé, au milieu d\u2019un peuple prétentieux et ignorant, le lien avec ce passé qu\u2019un jour peut-être nous voudrons retrouver, mais ne sera-t-il pas trop tard?Quel cataclysme nous guette?Vous appartenez, mon Révérend Père, à cette sorte d\u2019hommes qui construisent les murs de la maison.Jamais vous n\u2019avez varié dans vos choix, prêtre, professeur, 22 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Vous appartenez, mon Révé rend Père, à cette sorte d\u2019hommes qui construisent les murs de la maison.écrivain, un homme dont la modestie a toujours été irréprochable, au service des autres.Vos ouvrages sont destinés à quelques savants, comme vous.À cet égard, vous faites partie d\u2019une élite restreinte et j\u2019imagine qu\u2019entre vous, lorsque vous vous retrouvez, existe un langage secret, une connivence, un certain sourire.Sans ces hommes, comme vous de réflexion et de travail, qui échappent aux modes pour se consacrer à la célébration de la pure pensée, de la vérité historique dans ce qu\u2019elle a de moins fugace, que serions-nous?La maison spirituelle se lézarderait.Ceci dit, ni vous ni personne ne pouviez empêcher l\u2019effondrement de la civilisation auquel nous assistons : l\u2019Europe (cette Europe qui nous a tous formés, à laquelle nous avons voué un culte de Julie, cette Mater Europa) qui retourne aux vomissures de sa sauvagerie immanente, l\u2019Afrique aux prises avec les problèmes de frontières que lui a laissées le colonialisme, le déferlement sur la planète des sous-cultures.Dans Refus global, Borduas et ses amis, à l\u2019instar des surréalistes, ont prophétisé tout cela et préconisé le retour à l\u2019aventure spirituelle.N\u2019est-ce pas ce que vous avez vous-même fait, mon Révérend Père, en tentant de sauvegarder la mémoire de notre peuple, cette mémoire qui nous fait si étrangement défaut?Dans vos livres, dans vos articles de la Revue dominicaine, dans la mise en place des œuvres de Saint-Denys-Gameau, se retrouve la générosité de votre intelligence et de votre cœur, unis.Aujourd\u2019hui, puisqu\u2019il s\u2019agit des Cahiers, dont la facture et le contenu suscitent déjà l'accueil des connaisseurs, et à la réussite desquels nous associons le nom de M.Stéphane Stapinsky, je dis hautement que c\u2019est à vous que nous les devons.Je propose que sur la page-titre, votre nom figure désormais avec la mention : Fondateur, qui va si bien à l\u2019action que vous menez depuis près d\u2019un siècle dans notre société.Tous vos anciens élèves, vos L'ACTION NATIONALE \u2022 23 amis, ceux sur qui vous avez exercé votre action personnelle se joignent à moi, où qu\u2019ils se trouvent, pour exprimer au Fondateur-Directeur des Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle notre reconnaissance émue.Cette cérémonie est placée, il va sans dire, dans la lumière du souvenir de l\u2019abbé Groulx, qui figure de façon pré-éminente, avec le Père Georges-Henri Lévesque, sous la tutelle, si j\u2019ose dire, du Père Benoît Lacroix, dans le deuxième numéro des Cahiers.Je ne ferai pas l\u2019éloge de ce grand homme, ce qui, chez moi, risquerait de devenir une manie.Je vous renvoie tout simplement au dernier numéro de VAction nationale, où Andrée Ferretti a tracé de lui un portrait d\u2019une sensibilité et d\u2019un à-propos historique rares.Qu\u2019aujourd\u2019hui, dans ce couvent, nous nous réunissions, tous tels que nous sommes, dans l\u2019esprit qui a présidé au destin de ce grand homme, en dit long sur l\u2019évolution de la pensée dans notre patrie, ce qu\u2019il appelait notre petite patrie, dont nous voulons qu\u2019elle devienne grande et unique.A cet égard, notre réunion est le symbole d\u2019une remarquable réussite intellectuelle.Ceci m\u2019amène, pour terminer, à faire ce à quoi l\u2019histoire contemporaine nous a peu habitués; je dirai, en quelques mots, l\u2019admiration qu\u2019inspire à l\u2019observateur amoureux de l\u2019histoire et sans préjugés, le déroulement de notre geste religieux.Les trois hommes dont nous célébrons ce soir le génie créateur, la ferveur, l\u2019imagination spirituelle, le don de soi, ces trois bâtisseurs, ce sont des prêtres, attachés à la doctrine, soucieux de rendre Dieu inséparable de leur destin d\u2019homme.Ce sont des hommes comme eux qui, au premier chef, ont bâti ce pays, lui ont donné ce qui lui reste de sa mission civilisatrice.Ils nous ont enseigné magistralement et, depuis leur départ massif des salles de cours, la déréliction s\u2019est installée dans la poursuite de la connaissance.Il nous faudrait un Érasme pour Notre réunion est le symbole d'une remarquable réussite intellectuelle.24 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019élite québécoise vit encore de l'apport de ses anciens maîtres.fustiger le misérabilisme qui occupe toutes les places.L\u2019élite québécoise vit encore de l\u2019apport de ses anciens maîtres.Pas plus qu\u2019un autre, je ne suis passéiste ni un immigré de l\u2019intérieur.En ces matières, il faut être fataliste et stoïque.Mais ce que notre passé nous enseigne, c\u2019est qu\u2019il a existé ici, pendant plus de trois siècles, des hommes et des femmes, qui ont assumé le destin de leurs compatriotes et à qui nous devons de n\u2019avoir pas disparu dans le néant du Grand Tout américain.Ils nous ont appris à nous approfondir dans l\u2019être identitaire sans nous replier sur nous-mêmes ; à rejeter le carcan matérialiste dont nous sentons l\u2019étau se resserrer sur notre société, car il attendait son heure ; à donner libre cours à notre esprit créateur; à faire surgir au Québec cette extraordinaire architecture religieuse, et souvent civile, dont les exemples s\u2019élèvent partout, au moindre détour de la route.Ils nous ont enseigné la largeur de vue, la foi dans l\u2019avenir (qu\u2019on appelait providentiel, que nous souhaitons aujourd\u2019hui plus uniment à la mesure des hommes que nous sommes), l\u2019amour du sol natal.Ils ont évangélisé les peuples, ont porté partout dans le monde la richesse de notre sensibilité, la rigueur de notre intelligence lorsqu\u2019elle ne s\u2019applique pas à nous-mêmes, notre créativité inépuisable.Les dominicains au Japon et en Afrique, les Jésuites en Chine, les Pères blancs au sud du Sahara, les Oblats dans l\u2019Arctique, voilà une épopée morale dont l\u2019abbé Groulx s\u2019est fait le chantre.Il ne s\u2019agit pas de revenir au passé, mais, loin de l\u2019enfouir dans le noir de l\u2019oubli, de le célébrer et d\u2019en tirer des leçons.Le Père Georges-Henri Lévesque, le Père Benoît Lacroix, l\u2019abbé Lionel Groulx ne se dresseront pas seuls devant le jugement de l\u2019Histoire.Dès aujourd\u2019hui, nous sommes nombreux, une innombrable foule, à les accompagner devant ce tribunal, à rendre hommage à leur action, à leur dire notre reconnaissance, à les acclamer « cum hymnis et canticis ».?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 25 La conspiration contre l\u2019Etat Le désengagement de l\u2019État : l\u2019État obéit maintenant au doigt et à l\u2019œil.Le capital international n\u2019a plus de frein.Les gouvernements se défont de leurs avoirs, les soldent à l\u2019entreprise privée: aéroports, ports, ponts (simples éléments de la politique de Chrétien).Ils renoncent à la gestion du bien public, la passent à l\u2019entreprise privée: parcs nationaux, autoroutes (politique projetée de Bourassa).Comme concurrents, ils bradent leurs propres biens, vont abandonner à l\u2019entreprise de larges services qu\u2019ils contrôlent encore, parlent même ici, par exemple, de liquider partiellement (puis totalement?) l\u2019Hydro.Et puis, leurs moyens de communication (donc d\u2019influence, donc de présence dans la population), ne les liquideront-ils pas bientôt aussi?Quand les gouvernements n\u2019auront plus ni biens, ni présence propre sur les ondes, quand ils seront devenus des pantins ridicules comme dans les républiques de bananes, quand ils auront renoncé pour de bon à leurs possessions matérielles diverses et à une grande partie de leurs pouvoirs immédiats et réels, que restera-t-il de leur poids?Que restera-t-il de l\u2019État?Qu\u2019en subsistera-t-il devant l\u2019économie privée développée à l\u2019infini dans le monde, toute-puissante, indépendante, non responsable au peuple ni aux peuples.L\u2019Etat, c\u2019est quoi?Le désengagement de l\u2019État, de quoi s\u2019agit-il ?Il s\u2019agit, à terme, de l\u2019étranglement de l\u2019État.Ce à quoi l\u2019on assiste, est-ce donc le dépérissement de l\u2019État réalisé par le capitalisme?L\u2019État est-il en train de disparaître aux mains des propriétaires de tout ?Pierre Vadeboncœur 26 \u2022 L'ACTION NATIONALE Des puissances privées semblent vouloir asservir l\u2019Etat, le reléguer à la limite au rang d'un roi qui règne mais ne gouverne guère.Où est le cœur de cette conspiration ?Comme Dieu, est-il partout?L\u2019Occident pose la question de l\u2019État depuis des siècles.La problématique complexe de l\u2019État fut au centre de la pensée politique de l\u2019Europe.Le gouvernement y fut considéré comme problème et non seulement comme un fait.Il s\u2019agissait de le contenir, certes, mais de le soutenir aussi.Poser la question de l\u2019État en ces termes, c\u2019est reconnaître l\u2019éminent statut de celui-ci et non seulement le danger qu\u2019il représente.L\u2019État, son rang, son autorité constituent des notions fortes de la pensée d\u2019Occident (marxisme utopique et anarchisme exceptés).Il n\u2019y est pas question uniquement d\u2019endiguer les excès possibles du pouvoir.Or, nous voici dans un curieux détour : soudain des puissances privées semblent vouloir asservir l\u2019État dans tous les pays dits libres, l\u2019émasculer, lui enlever nombre de ses rôles, affaiblir sa présence, s\u2019emparer d\u2019une large partie de ses biens, donc d\u2019une partie de son assise matérielle, de son prestige et de ses moyens d\u2019insertion dans les populations, réduire considérablement sa prise sur les affaires, le reléguer à la limite au rang d\u2019un roi qui règne mais ne gouverne guère.Vendre des biens et des pouvoirs publics au bazar, réduire au minimum la sécurité sociale, exténuer la fonction publique, lâcher tout pour le marché, chanter devant les financiers: l\u2019État, cessant plus ou moins d\u2019être l\u2019État, ne se rebiffe pas, ne discute pas, il se plie, par consentement d\u2019ailleurs universel: la puissance économique joue-t-elle les États les uns contre les autres, de manière que tous soient impuissants?Les révolutions sont rarissimes et les Machiavel connaissent l\u2019improbalité des moyens efficaces de refus chez les peuples.Les sociétés supporteront la pauvreté, voilà tout.Bien sûr, la faute L'ACTION NATIONALE .27 n\u2019est pas entièrement celle des financiers : il y a l\u2019automation, il y a la concurrence des bas salaires du tiers-monde, et que sais-je?Mais cela ne change rien au sens politique de l\u2019événement: dans ces bouleversements, l\u2019État est en train de se faire avoir.Y a-t-il une alternative?Comment le savoir?Je ne suis qu\u2019un profane.Mais on peut remarquer qu\u2019en matière de passif des États même les plus grands, les efforts sont tous dirigés contre les débiteurs, c\u2019est-à-dire les peuples, aucun contre les créanciers actuels ou potentiels, c\u2019est-à-dire les financiers.Toutes ces politiques visent à pressurer les populations, aucune à mettre ces derniers à la raison, ni même à négocier avec eux, en y mettant quelque pression, des atténuations du fardeau, ou des extensions de délais non compensées, ou le relâchement des exigences de rentabilité pour les prêts présents et futurs.Il faut croire que les États, un peu partout, sont déjà à genoux.D\u2019ailleurs, quant aux Etats bien secondaires comme les nôtres, que peuvent-ils?.La conspiration contre l\u2019État est aussi une conspiration contre la démocratie.Là, notamment, c\u2019est le Québec, tout simplement, qui est visé comme pays, comme entité politique, comme future nation libre.La démocratie à notre égard, chez nos adversaires, surtout depuis le référendum, vole en pièces.?En matière de passif des États, les efforts sont tous dirigés contre les peuples, aucun contre les créanciers.28 L'ACTION NATIONALE Maladies des temps présents Michel Rioux* Pendant longtemps, on a associé santé et sécurité au travail aux accidents multiples et spectaculaires qui frappent les travailleurs de la construction, écrasés par des poutres d\u2019acier, aux travailleurs forestiers littéralement broyés par la chute d\u2019arbres énormes, ou encore aux doigts et aux mains coupés par des scies circulaires dans les scieries.On meurt encore trop souvent au travail.En dépit des efforts des syndicats depuis plus de vingt ans.En dépit aussi des lois qui sont venues civiliser un peu les impératifs de production, trop souvent à la source de ces accidents du travail.On est aussi davantage attentifs, dans les entreprises et dans les institutions, aux diverses agressions chimiques et bactériologiques dont peuvent être victimes travailleuses et travailleurs.Combien de luttes syndicales ont été faites à l\u2019enseigne d'une meilleure qualité de l\u2019air?C\u2019est véritablement au quotidien que, dans les syndicats, les questions de santé et de sécurité au travail sont prises en compte, exigeant sans aucun doute des militantes et des militants le plus de temps et d\u2019énergie.Sur ce front, les organisations syndicales ont fourbi leurs armes, leur expertise s\u2019est affinée et les résultats obtenus en témoignent.La santé mentale Si des milliers de travailleuses et de travailleurs souffrent encore de fractures, de muscles étirés, de maux de dos chroniques dus à leur travail, d\u2019autres types de maladies apparaissent qui constituent un * Journaliste, Service de l\u2019information de la CSN.L\u2019ACTION NATIONALE .29 défi tant pour les employeurs que pour les syndicats et, même, pour les compagnies d\u2019assurance.Ces maladies sont toutes reliées à la santé mentale.Le problème est de taille: l\u2019Association canadienne de la santé mentale estime qu\u2019un travailleur sur vingt subira une dépression au cours d\u2019une année.Les coûts annuels engendrés par ces dépressions seraient au minimum de 300 millions $ au Canada.Au Québec, on estime que plus de 160 000 travailleurs vivraient, chaque année, un épisode de dépression justifiant un retrait du travail.Les assureurs Groupe Vie Desjardins-Laurentienne confirment que les réclamations liées à la dépression et à l\u2019épuisement professionnel ont augmenté rapidement depuis l\u2019apparition de la dernière récession, au début des années 1990.Preuve supplémentaire de l\u2019ampleur du phénomène, les réclamations reliées aux maladies de ce type représentaient de 2 à 3 % de l\u2019ensemble des réclamations.Pour certaines compagnies, elles représentent aujourd\u2019hui quelque 45% des réclamations qui leur sont adressées.Il a bien fallu qu\u2019il se passe quelque chose pour que soit constatée une progression pareille.Or, l\u2019hypothèse qui semble aujourd\u2019hui la plus retenue chez ceux qui se sont penchés sur ces questions relie ces nouveaux phénomènes aux transformations globales qui ont marqué l\u2019évolution de la société et les rapports des individus au travail.L\u2019Association canadienne de la santé mentale estime qu\u2019un travailleur sur vingt subira une dépression au cours d\u2019une année.La santé ! Quelle santé ?On s\u2019entend maintenant pour dire que la santé, c\u2019est plus que l\u2019absence de maladie.L\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), dans la Déclaration d\u2019Alma-Ata adoptée en 1978, fournit une définition de la santé qui peut aider à saisir les éléments en cause : «La santé est un état complet de bien-être physique, mental et social et 30 \u2022 L'ACTION NATIONALE La santé, c\u2019est plus que l'absence de maladie.ne consiste pas seulement en l\u2019absence de maladie ou d\u2019infirmité, elle est un droit fondamental de l\u2019être humain, et l\u2019accession au niveau de santé le plus élevé possible est un objectif social extrêmement important qui intéresse le monde entier.» Que tous les acteurs sociaux se trouvent concernés par ce qui se passe ne fait aucun doute.D\u2019une manière générale, les syndicats sont relativement bien organisés et préparés pour négocier et faire respecter leur convention collective de travail, pour défendre et mettre de l\u2019avant les intérêts de leurs membres, s\u2019occuper de leur santé et de leur sécurité au travail.Ces nouvelles réalités les interpellent cependant de manière pressante.Dans une conférence qu\u2019il prononçait en mai 1995, le vice-président de la CSN Marc Laviolette faisait état de discussions avec des représentants syndicaux de différentes régions du Québec.Ces discussions avaient mis en évidence de nombreux problèmes avec lesquels sont aux prises les membres des syndicats et devant lesquels les représentants syndicaux se sentent quelque peu démunis.Qu\u2019il s\u2019agisse de problèmes de toxicomanie, de dépression, de diverses atteintes à la santé mentale, d\u2019appauvrissement et d\u2019endettement, de problèmes conjugaux, de suicide, de souffrance morale découlant de situations d\u2019isolement ou de solitude, la conjoncture actuelle a fait augmenter le nombre et souvent la gravité des cas qui se présentent dans les milieux de travail.Il faut tenter de comprendre ce qui se passe dans la société pour qu\u2019un éclairage soit apporté à cette problématique.À cet égard, une étude effectuée de 1987 à 1993 par le Ministère de la santé et des services sociaux sur l\u2019état de santé des Québécoises et des Québécois se révèle fort éclairante.Les constats de cette Enquête Santé Québec sont dramatiques.L\u2019ACTION NATIONALE .31 L\u2019indice de détresse psychologique, qui est associé aux états dépressifs, à l\u2019anxiété et à divers symptômes du même ordre a connu une montée très préoccupante en cinq ans.En 1987, 19% de la population vivait un niveau élevé de détresse psychologique.En 1995, cette proportion atteignait 27%.C\u2019est à partir d\u2019une grille de 14 questions portant sur la fréquence de divers symptômes reliés aux états dépressifs, aux états anxieux, aux troubles cognitifs et à l\u2019irritabilité qu\u2019est mesuré cet indice de détresse psychologique.Selon cette recherche, ce sont les plus jeunes et les femmes qui montrent les indicateurs les plus élevés.Un groupe en particulier se retrouve dans une situation très sérieuse : les jeunes femmes de 15 à 24 ans, dont 40,8% entrent dans la catégorie de niveau élevé de détresse psychologique.La situation économique des personnes a aussi un effet sur leur indice de détresse psychologique.Ainsi, chez les très pauvres, cet indice atteint 46 % alors qu\u2019il se situe à 20% chez les personnes plus riches.Les personnes qui occupent un emploi stable ont un indice moins élevé, soit 25%; par contre, chez celles frappées par le chômage et la précarité du travail, l\u2019indice de détresse psychologique grimpe à 31 %.Il y a donc des constats qui s\u2019imposent: le marché de l\u2019emploi qui se désintègre, la pauvreté qui augmente, surtout chez les jeunes, la dégradation des services publics et la destruction progressive de notre filet de sécurité sociale sont autant d\u2019aspects d\u2019une crise qui affecte au plus profond notre bien-être individuel et collectif.Le statut socio-économique en cause Après avoir observé sur une certaine période une population de travailleuses et de travailleurs, un spécialiste de ces questions, le sociologue 32 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les indices de maladie et de mortalité suivent, comme un escalier sur un graphique, le statut socioéconomique québécois Marc Renaud, a introduit une notion qu\u2019il appelle gradient de santé.Selon cette notion, on peut constater que les indices de maladie et de mortalité suivent, comme un escalier sur un graphique, le statut socio-économique de cette population.Ainsi, plus on est élevé dans la hiérarchie des revenus, moins grande est la mortalité et plus longue se trouve l\u2019espérance de vie en bonne santé.Ce gradient a été observé dans tous les pays du monde.Il est présent pour toutes les causes de mortalité et se révèle valable tant pour les problèmes de santé physique que mentale.Il semble donc, selon Marc Renaud, y avoir «quelque chose» associé à la position dans la hiérarchie qui prédispose à la maladie et à la mort prématurée et que la médecine ne peut guérir.Par exemple, une étude menée auprès de fonctionnaires britanniques a montré que sur une période de dix ans, les hommes âgés de 40 à 64 ans mouraient en nombre trois fois plus élevé parmi les travailleurs manuels que parmi le personnel professionnel.Ce constat de Marc Renaud est confirmé par des études récentes qui font la preuve que certains aspects de l\u2019organisation du travail comme l\u2019autonomie décisionnelle, la possibilité d\u2019exercer ses compétences et l\u2019absence de stress élevé favorisent une meilleure santé.Il va de soi que plus on monte dans la hiérarchie, plus on bénéficie de ces facteurs de santé.Il n\u2019est donc pas sans intérêt de constater que l\u2019Enquête Santé Québec révèle que plus de 70% des travailleurs de moins de 25 ans ont un faible niveau d\u2019autonomie professionnelle, alors que chez ceux qui ont plus de 25 ans, c\u2019est la moitié des travailleurs qui se retrouvent dans cette situation.Par contre, 30% des cadres et des professionnels ont un faible nouveau d\u2019autonomie.Dans un ouvrage publié en 1992 et intitulé Pour donner un sens au travail, Michel Vézina et L'ACTION NATIONALE .33 ses collaborateurs écrivent que «l\u2019environnement de travail est un déterminant majeur de la santé mentale d\u2019une personne et il est à l\u2019origine d\u2019une partie importante des maladies dites de civilisation.» La place du travail Une période de flottement économique comme celle que nous traversons n\u2019est pas sans apporter des changements majeurs dans nos rapports avec le travail.Certains ont un travail ; d\u2019autres en occupent un de façon temporaire ou précaire; d\u2019autres, enfin, trop nombreux, n\u2019ont pas de travail et ne peuvent voir comment, à court ou moyen terme, ils peuvent espérer en trouver un.Tout cela provoque un stress dont le Bureau international du travail disait, dans un rapport publié en 1993, qu\u2019il était le résultat d\u2019une inadaptation, d\u2019un déséquilibre entre nos besoins et notre potentiel et ce que l\u2019environnement de travail exige de nous.«Nous avons besoin d\u2019assumer des responsabilités, mais notre environnement ne nous en offre pas assez ou, au contraire, nous en impose de trop lourdes.Il en va de même du travail : nous pouvons tantôt en être privés, en se retrouvant en chômage, tantôt être surchargés.Un dénominateur commun à tous ces déséquilibres est que nous ne maîtrisons pas notre situation, » peut-on lire dans ce rapport du BIT.L\u2019environnement de travail est un déterminant majeur de la santé mentale d\u2019une personne.Encore une fois, les assureurs, de plus en plus sollicités, apportent une explication en avançant que l\u2019épuisement professionnel s\u2019expliquerait par le stress qui augmente trop.Compte tenu des rationalisations dans les entreprises, il est possible que les employés qui demeurent en poste soient trop souvent oubliés.Ils vivent un stress plus grand, s\u2019inquiétant eux-aussi au sujet de leur emploi.Car celles et ceux qui restent tout en voyant partir leurs compagnons de travail s\u2019interrogent : A quand mon tour?Dans certains milieux, on a 34 \u2022 L'ACTION NATIONALE même identifié un nouveau type de malaise qu\u2019on désigne sous le nom de « syndrome du survivant ».L\u2019épuisement professionnel s\u2019expliquerait par le stress qui augmente trop.Un danger Tous les signes confirmant l\u2019importance grandissante de ces nouvelles maladies dans le quotidien des hommes et des femmes d\u2019ici ne suffisent cependant pas.Quant on examine de près les grands postes de dépenses du Ministère de la santé et des services sociaux du Québec, force est de constater que le virage en santé mentale a servi à délester les budgets.Près de sept ans après la mise en place de la Politique de santé mentale, l\u2019écart entre les sommes consacrées à la santé mentale et celles consacrées aux services de santé physique s\u2019est élargi au détriment de la première.Selon la CSN, en effet, si les dépenses en santé mentale avaient suivi le même rythme de dépenses que celles en santé physique entre 1988 et 1993, une somme supplémentaire de 60 millions $ aurait été injectée au chapitre de la santé mentale.Ce sont tous ces constats qui amenaient le vice-président de cette centrale, M.Marc Laviolette, à déclarer que « tout cela nous enseigne qu\u2019il y a beaucoup à faire pour transformer la société, pour changer les conditions économiques et sociales qui sont à la source des inégalités.» ?L'ACTION NATIONALE .35 Le plus beau pays Un refrain qu\u2019on entend souvent ces dernières années est celui-ci : C\u2019est criminel de briser un beau pays comme le Canada.Vous comprenez, un territoire qui s\u2019étend des Rocheuses à Terre-Neuve ! Un territoire grand comme un continent ! Étouffer un peuple, le maintenir dans la sujétion, dans le déni de soi, dans la suspicion, cela ne compte pas.Ce n\u2019est pas le peuple, ce ne sont pas les gens qui sont concernés dans ce refrain, c\u2019est la géographie.On se penserait revenu à quelques milliers d\u2019années en arrière.L\u2019être humain n\u2019est rien, la géographie est tout ! Le pays n\u2019est pas pour l\u2019individu mais l\u2019individu pour le pays ! Ce Canada dont on parle, qu\u2019on présente comme le plus beau pays au monde, comme celui où il fait si bon vivre, regardez comment il traite ceux qui l\u2019ont fondé, les Canadiens français.Voyez comment on a interdit l\u2019enseignement du français dans les provinces de l\u2019Ouest, comment aujourd\u2019hui encore, dans certaines provinces, les Canadiens français ne peuvent pas administrer leurs propres écoles.Il n\u2019est pas surprenant que dans ce pays paradisiaque, les Canadiens français s\u2019assimilent à une vitesse vertigineuse.Oui, le Canada est un pays merveilleux, si l\u2019on tient compte qu\u2019un pays ce n\u2019est qu\u2019une question de géographie et de ressources naturelles, si le sort des personnes n\u2019entre pas en ligne de compte.Ce que nous serinent trop de fédéralistes sous-entend que le Canada, ce n\u2019est pas d\u2019abord des personnes, des êtres humains, des communautés, mais une institution.Et dans cette institution, la démocratie, le gouvernement par le peuple doit s\u2019exercer par une majorité qui détient le pouvoir, le droit, la vérité.Une de ces vérités, c\u2019est que les Paul-Émile Roy 36 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Québécois sont incapables de se gouverner.Il faut que quelqu\u2019un pense pour eux, agisse pour eux ! Quand on lit les journaux, quand on écoute la radio, qu\u2019on regarde la télévision, on est surpris de constater jusqu\u2019à quel point le Canada veut penser pour le Québec, décider pour lui, prendre des initiatives à sa place.Le Canada veut que le Québec reste dans le Canada, qu\u2019il enrichisse le Canada au point de vue commercial, culturel, mais qu\u2019il cesse d\u2019être lui-même, qu\u2019il se fonde dans le grand tout.Quelle perspective emballante pour les Québécois! ?L'ACTION NATIONALE .37 Connivences verbales Pays d\u2019Iroquois, de Mic-Mac, de Hurons pays d\u2019esprits régnant sur la nature pays d\u2019Inuits debout dans le voilier des glaces langues d\u2019érables à sucre, de cèdres et de bouleaux langues des longs portages du pays marché, navigué à cœur fendre langues habitées de présences d\u2019oralité d\u2019échanges secrets Marie Cholette* Pays d\u2019ostensoirs et d\u2019eau bénite encensoirs des brouillards agités sur le Saint-Laurent pays de Marie de l\u2019Incarnation des langues nues autochtones habillées par elle de chaudes catalognes de grammaires pays de froid et d\u2019endurance des neiges entourant les épaules des épinettes et des sapins pays des Menaud agiles sur les billots des mots des femmes patientes à recoudre les amours à peupler les berceaux Sous l\u2019anglais glaciaire gisent des mots français oubliés des mots d\u2019avenir inconnus aller à la source de la langue française des langues amérindiennes et retrouver les artéfacts des anciennes connivences verbales puis reconstruire les ponts sur lesquels désormais les emprunts de nos langues échangeant en virevoltant leur compagnie librement danseront ?* Écrivaine et terminologue à l\u2019Office de la langue française.38 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le sens du référendum Édouard Cloutier* IVlaintenant que la poussière est retombée, il importe d\u2019interpréter soigneusement le sens du référendum du 30 octobre dernier.Pour ce faire, nous examinerons à la fois le déroulement de la campagne référendaire, à l\u2019aide des sondages, et les votes eux-mêmes.On trouvera au tableau ci-joint les résultats des 23 sondages qui ont été rendus publics durant la période référendaire.On constatera, à la lecture de ce tableau, une progression générale du OUI et une régression générale du NON au cours de la campagne, évolution qui s\u2019est traduite par un renversement des intentions de vote en faveur du oui.On a habituellement attribué ce renversement de tendance à l\u2019arrivée du chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, comme leader de fait du camp du OUI.Une façon de vérifier l\u2019impact de l\u2019arrivée de monsieur Bouchard consiste à examiner les intentions de vote antérieures et postérieures à divers événements - dont son arrivée - qui ont marqué le déroulement des échanges référendaires.Si l\u2019on exclut les événements survenus après le début de la soirée du jeudi, 26 octobre, dernier jour où des sondages ont été effectués, quatre événements ont ponctué le déroulement de la campagne, selon la plupart des observateurs: (1) le 24 septembre, Claude Garcia, président-directeur général de la Standard Life Insurance Co.et l\u2019un des dirigeants officiels du camp du NON, a émis une déclaration * Edouard Cloutier est professeur au Département de science politique de l\u2019Université de Montréal.L'ACTION NATIONALE .39 qui a été reprise par l\u2019ensemble des médias selon laquelle le NON devait non seulement gagner le référendum mais aussi écraser le OUI ; (2) le 3 octobre, Laurent Beaudoin, président-directeur général de Bombardier et porte-parole de prestige pour le NON, a annoncé qu\u2019advenant une victoire du OUI, Bombardier devrait songer à déménager une partie de ses affaires hors le Québec, déclaration qui aussi eu un énorme retentissement ; (3) le 7 octobre, lors d\u2019un grand rassemblement du OUI à l\u2019Université de Montréal, Jacques Parizeau a annoncé qu\u2019advenant la victoire du OUI, Lucien Bouchard deviendrait le négociateur en chef du Québec dans les pourparlers concernant le partenariat entre le Québec souverain et le Canada ; (4) le 17 octobre, le ministre canadien des finances, Paul Martin, a déclaré qu\u2019un million d\u2019emplois seraient remis en question advenant une victoire du OUI.La période de temps écoulée entre le second et le troisième événement (du 3 au 7 octobre) est trop courte pour permettre d\u2019analyser de façon séparée l\u2019effet de chacun de ces événements.En fait, un seul sondage, mené par Léger et Léger, est survenu à ce moment et il a englobé de façon indifférenciée les deux événements.Nous devons donc considérer ces deux événements comme étant survenus simultanément, de sorte qu\u2019il nous reste trois moments dans le temps (24 septembre, 3-7 octobre et 17 octobre) qui servent à diviser la campagne référendaire en quatre périodes distinctes.Pour chacune de ces quatre périodes, les scores moyens obtenus par le OUI et par le non sont les suivants : 40 \u2022 L'ACTION NATIONALE Avant Garcia\t39% OUI\t45 % NON Entre Garcia et Beaudoin-Bouchard\t43 % OUI\t45 % NON Entre Beaudoin-Bouchard et Martin\t43 % OUI\t44 % NON Après Martin\t46 % OUI\t41 % NON Paul Martin a déclaré qu'un million d\u2019emplois seraient remis en question advenant une victoire du OUI.Ces données ne concordent pas avec les analyses les plus répandues selon lesquelles c\u2019est l\u2019arrivée de Lucien Bouchard à la direction de facto du camp du OUI (coïncidant avec sa nomination comme négociateur en chef le 7 octobre) qui aurait marqué le début de la poussée du OUI, dont la campagne aurait jusque-là eu peine à prendre son envol.Au contraire, le OUI semble avoir enregistré des progrès significatifs avant l\u2019arrivée officielle de Lucien Bouchard, progrès concomitants aux très fortes réactions suscitées par l\u2019énoncé de Garcia souhaitant l\u2019écrasement du OUI.De plus, l\u2019arrivée de Lucien Bouchard ne semble pas avoir affecté ni le score du OUI ni le score du non, comme une rapide comparaison entre la seconde et la troisième période l\u2019indique.Par ailleurs, après la mise en cause d\u2019un million d\u2019emplois par Martin, le OUI a fait un saut de 3 points et le NON a reculé d\u2019autant, créant ainsi un écart de 5 % entre les deux camps.On peut donc arguer que l\u2019arrivée de Lucien Bouchard n\u2019a pas, en tant que telle, constitué le point tournant de la campagne, campagne dont les fluctuations sont plutôt marquées au coin des réactions populaires négatives à l\u2019égard des déclarations d\u2019hommes d\u2019affaires porte-parole du NON.Une fois identifié ce qui rend compte de la dynamique de la campagne, il faut expliquer comment le score de 46% OUI - 41 % non enregistré dans les sondages en fin de campagne s\u2019est traduit L'ACTION NATIONALE \u2022 41 en score de 49,4% OUI et 50,6% NON dans les urnes.Les gens habituellement au fait de ces questions expliquent l\u2019écart entre les scores de sondages et les scores d\u2019élections en supposant que les «indécis» des sondages ont voté dans un rapport de 3 à 1 en faveur du NON.Même si une telle répartition correspond en fait à ce qui semble s\u2019être produit au cours des dernières consultations électorales et référendaires, je trouve cette procédure insatisfaisante pour le dernier référendum.En théorie, les électeurs qui décident à la dernière minute sont en effet réputés être entraînés par le mouvement qui prévaut à ce moment-là dans les intentions de vote.Pour que cela se produise, on doit donc pouvoir détecter un momentum pendant les derniers jours précédant le scrutin.L\u2019examen de sondages contemporains démontre que de tels momentums se sont produits en faveur du Parti Libéral du Québec aux élections de 1989 et 1994 et en faveur de l\u2019option fédéraliste aux référendums de 1980 et 1993.Or, les sondages tenus en toute fin de la dernière campagne référendaire indiquent plutôt un déplacement des voix en faveur du OUI.On doit par conséquent tenir compte des événements qui se sont produits entre le 26 octobre, dernier jour des sondages, et le 30 octobre, jour du scrutin, pour comprendre comment des intentions de vote majoritairement accordées au OUI se sont traduites dans un vote qui a favorisé, même si légèrement, le NON.De façon spécifique, on doit évoquer les discours télévisés du Premier ministre Chrétien et du Chef de l\u2019Opposition Bouchard ainsi que le rassemblement du OUI tenu à l\u2019Aréna de Verdun le jeudi soir, 26 octobre.Enfin, le grand ralliement du NON tenu à la Place du Canada dans la journée du vendredi, et télédiffusé en direct, a manifestement amené de l\u2019eau au moulin de l\u2019option fédéraliste.42 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Mais c\u2019est en fait l\u2019incroyable taux de participation (93,52%) au référendum qui fournit vraiment la clé de l\u2019énigme.Dans un système électoral comme le nôtre où le vote n\u2019est pas obligatoire, un tel niveau de participation ne peut s\u2019expliquer sans évoquer des circonstances absolument exceptionnelles.On peut évoquer d\u2019entrée de jeu trois de ces circonstances.L\u2019objet du référendum de 1995, à savoir la mise en œuvre de la souveraineté (avec un possible partenariat), était intrinsèquement beaucoup plus dramatique que ceux de 1980 et 1993.Et, contrairement à 1980 et 1993, on s attendait à ce que le résultat du scrutin soit extrêmement serré.Enfin, la liste électorale a été l\u2019objet de révision jusqu\u2019au mercredi précédant le vote.Même ces trois facteurs ne suffisent toutefois pas à expliquer une participation aussi exceptionnelle au scrutin.Pour que presque chaque personne apte à voter ait en fait exercé ce droit, il faut que les deux camps, celui du oui et celui du NON, aient réussi à mobiliser le maximum absolu de leur support potentiel.Le nez-à-nez référendaire s\u2019expliquerait donc en définitive par le fait que les deux options jouissaient simultanément d\u2019un momentum le 30 octobre, le camp du oui sur la lancée d'une progression mise en branle pendant la campagne et le camp du NON dans un sprint désespéré de fin de course qui a trouvé en partie sa source dans le grand rassemblement du vendredi consacré à la sauvegarde du Canada.La progression du oui, on l\u2019a vu, s\u2019est faite en réaction au discours des hommes d\u2019affaire.Cette observation prend tout son sens quand on la combine à deux facteurs qui ont généralement échappé aux analyses les plus répandues.Tant le Parti Québécois que le Bloc ont fait porter la campagne référendaire sur la nécessité de maintenir au Québec un éventail et un niveau de programmes sociaux significativement supérieurs à ceux L'ACTION NAnONALE \u2022 43 annoncés par le Gouvernement canadien via la réforme Axworthy, ou à ceux nouvellement comprimés par les gouvernements provinciaux Conservateurs de l\u2019Alberta et de l\u2019Ontario.Par ailleurs, en contraste absolu avec 1980, tout ce que le Québec compte de progressiste, à savoir les syndicats, les mouvements pour la défense des démunis de toutes sortes, le mouvement des femmes, les divers regroupements de religieuses et religieux préoccupés par le sort des laissés-pour-compte, tout ce monde s\u2019est mobilisé en faveur du OUI.C\u2019est essentiellement parce que le combat du OUI a revêtu une connotation sociale populaire très importante que le OUI a réussi à convaincre de voter des gens qui ne participent habituellement pas aux scrutins, assurant de la sorte une forte progression de son option.Cette mobilisation des indifférents d\u2019antan rend aussi parfaitement compte de l\u2019exceptionnel taux de participation au vote référendaire.En définitive, la souveraineté a vu croître ses appuis en bonne partie parce que les gens les plus mal pris dans la société québécoise ont cru que l\u2019avènement d\u2019un pays québécois était plus susceptible de leur être favorable que la réorganisation à la canadienne des programmes sociaux.Tout ce que le Québec compte de progressiste, s\u2019est mobilisé en faveur du OUI.Si cette analyse est exacte, cela signifie que la façon dont se poursuivra l\u2019organisation des services gouvernementaux sous la direction de Monsieur Bouchard sera tout à fait déterminante dans la perception que développeront éventuellement les classes populaires de la nécessité de faire la souveraineté.La solidarité constitutionnelle devra sans nul doute s\u2019incarner dans la solidarité sociale.?44 .L\u2019ACTION NATIONALE ir, Os Os E 3 TD B o> U '4> '0> ITj OS Os O U Xi O -*-* O o o a» U S o a o O X) '4> 3 a Cfl 0> ¦o o o -> o XJ vi S O O w C L'ACTION NATIONALE .45 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \to\t\t\t\t\tO O\t\t\t\tS \tU\t\t\t\t\t\t\t\t\tOO \trt3\t\t\t\t\t\t\t\t\t04 \t¦H\t\t\t\t\t\t\t\t\t«J- 04 (J\tP\t\t\t\t\ta\t\t\t\t 3\t\t\tO\t\t\t\tO\t\tO\t O\to o\tO\t\to\to\t\to\tg\t\t C/3\tco co\t\t\too\tO\t§\ts£> (N\tr-\to- 04\ti \t.u ?> S >5 S?vî\t«J >3\ttj a O\ttJ >3 >3 «U\t>3 >> *U\t*§\t3 P.\t\tC § «U\t~3 1 \tCX.Q\tû.\t\tÛ.\ta.\tV.\tex.\tco\tQ\t \t43\tJ\tS\t\ta\t¦ç\t\ttu -4\ttu *0\tO *\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t C/3 g» #\too\t\t\tCO\t\t(N\tCO\t¦^f\tv£>\t04 1 =\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t g #\t\t\t\t\t\t04\t(N\tO\t?\t Z c ^ O\t\t¦tr\t\tTfr\t\t\t\t\t\t \u20225# O ?\tco\tOn co\tco\t44\tto\t46\ttn\t«\t3\t47 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t c\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t o\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \u201c\tTï\t\t_\t_\t\tV)\t04\t«r-,\tas\tco c\tco so\tO\too On\t\to\t8\to- O\t-\to\t8 JZ\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 'W\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\ttu\t\t \t\t\t\t\t\t\t\tU\t\t \t\t\t\t\t\t§\t\ttu U\t\ts \t\t\t\t\t\t\t\t1\t\t*8 \t\t\t\t\t\t\t\t H\t\ta\tu i >v ¦a\t\"a v 0Û vu J 3 O» ¦a\t~o g cd\t\"o._3\t
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