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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1996-04, Collections de BAnQ.

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[" Volume LXXXVI, numéro 4, Avril 1996 A Dossier y ' des gouvernements '/üsji ù }Ja/îiasnant de l'impôt Une vision qui en dit long Pour Hydro-Québec l'environnement de demain se prépare aujourd'hui.¦\t' -'t Améliorer notre qualité de vie, oui! Mais pas à n\u2019importe quel prix! Chez Hydro-Québec, nous misons sur le développement durable, la gestion rigoureuse et la mise en valeur de l\u2019environnement pour laisser aux générations futures un monde meilleur.L\u2019environnement et l\u2019énergie : deux atouts, une même vision.a* Hydro Québec L'énergie qui voit loin Quelque part au Québec, en ce jour du 24 avril 1996 Cordiales salutations, Notre enquête sur l\u2019épargne prend des proportions inquiétantes.L\u2019analyse de 154 portefeuilles démontre une déportation de l\u2019épargne plus considérable que nous le prévoyions.Si vous possédez le portefeuille d\u2019une banque, d\u2019une compagnie d\u2019assurances, d\u2019une caisse de retraite, d un fonds mutuel ou d\u2019une autre société financière, vous nous aidez en nous le prêtant.Vous pouvez nous le faire parvenir de façon anonyme, comme plusieurs amis 1 ont fait.Nos travaux conduiront à des démarches constructives.Votre coopération sera appréciée.Veuillez agréer 1 expression de nos sentiments distingués.Rosâtre Morin 1259, rue Bern, bureau 320, Montréal H2C 4C7 - Tél.: (514) 845-8533 \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t Table des matières AVRIL 1996 5 Éditorial Le sommet de M.Bouchard Rosaire Morin 7 Le dilemme du journal La Presse Guy Godin 15 L\u2019héritage de Gérard Picard Michel Rioux 21 Études à Cambridge André Marceau 23 Variations sur la «partition» Gilles de La Fontaine 25 Le Québec, une Cisjordanie ?Jacqueline Hogue 28 Réplique à M.Jean Pelletier Pierre Dupuis 31 L\u2019urbanisme québécois Jean-Pierre Bonhomme 38 Faut-il toucher à la loi 101 ?Gaston Cholette 44 L\u2019incompétence de M.Chrétien Louis Roy 52 L\u2019entraide, caractère distinct Yvon Leclerc 69 Les finances de l\u2019éducation Pierre Beaulne 83 Le drapeau de Carillon Luc Bouvier 95 La moitié du chemin Pierre Perreault 103 À travers l\u2019actualité Rosaire Morin 123 Comptes-rendus Le syndrome des plaines d\u2019Abraham d\u2019Eric Schwimmer par Robert Laplante Le vertige de Babel de Pascal Bruckner par Paul-Émile Roy L\u2019avenir de la mémoire de Fernand Dumont par Robert Laplante 125 Lectures 13 2 Nos annonceurs Dossier : 141 La désin vol ture des gouvernements face à l\u2019évitement de l\u2019impôt Michel Bernard, Léo-Paul Lauzon, Martin Poirier Comité éditorial François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Claire Bonenfant, sociologue, Québec Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, président, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona-Josée Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, éditeur, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Guy Laforest, politologue, Laval Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Secrétariat à l\u2019action communautaire Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon.professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brôme Suzanne Messier, démographe, ministère de l'Éducation Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministre, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, rectrice par intérim, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncœur, écrivain, Outremont nationale Volume LXXXVI Numéro 4, Avril 1996 Directeur Rosaire Morin Relationniste Laurence Lambert Secrétaire Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Nicole De Sève Éducation Jean-Claude Tardif Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Jean-François Nadeau Martin Poirier Michel Rioux Ronald-E.Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Mise en pages Mégatexte Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d'un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée. Rosaire Morin s Editorial Le sommet de M.Bouchard Le Premier ministre s\u2019accroche à un fil conducteur dont le tricotage échappe à ses meilleurs amis.Le discours comporte parfois des silences difficiles à expliquer.La parole séduit.Elle enthousiasme les partisans.Elle capte l\u2019intérêt des indifférents et des fédéralistes.Elle réduit monsieur Johnson au silence.Elle augmente la popularité du Chef.Mais elle est inquiétante.La libération sociale semble variable et l\u2019indépendance vacillante.Demeurons à l\u2019écoute.Pour le moment, attendons les résultats de la « Conférence sur le devenir social et économique du Québec ».La rencontre de mars a été un succès.Elle a été la réussite du Premier ministre.Réunir les «Grands» de ce monde était audacieux.L\u2019opération a bien tourné.La morosité de la foule est atténuée.Les gens d\u2019entreprise vivent dans l\u2019attente.Leur verre est redevenu à moitié plein.La petite flamme de l\u2019espérance pointe à l\u2019horizon.Les syndicats ont obtenu l\u2019atteinte du déficit « zéro » en quatre ans.Les patrons ont gagné une loi interdisant les déficits.Madame David n\u2019a pu que sensibiliser les « Grands » au drame social qui se vit au Québec.C\u2019est là le bilan télégraphique de la rencontre de mars.Ce bilan est remarquable.L'ACTION NATIONALE \u2022 5 La Conférence d\u2019octobre devra aller plus loin.D'ici l\u2019an 2000, le projet de société doit supprimer cinquante pour cent des budgets de l\u2019aide sociale et de l\u2019assurance-chômage.Cette suppression ne doit pas se faire par des compressions bêtes et méchantes.Cette supression doit se réaliser uniquement par l\u2019insertion au travail de 400 000 assistés sociaux et de 250 000 chômeurs.C\u2019est là l\u2019objectif que le Sommet d\u2019octobre devrait se fixer.?6 ?L\u2019ACTION NATIONALE Guy Godin* Le dilemme du journal La Presse : sombrer dans le militantisme politique ou reconquérir un lectorat perdu La Presse se trouve devant une déchirante alternative.Et chacun des deux choix qui s\u2019offrent à elle comporte à la fois sa part de sacrifice et sa part de plaisir.Ou bien La Presse élargit davantage encore le fossé qui l\u2019éloigne progressivement d\u2019une grande partie de son lectorat traditionnel en continuant de s\u2019enfoncer dans le militantisme politique lié à l\u2019option résolument fédéraliste de son propriétaire; ou bien La Presse consent à partager honnêtement sa surface éditoriale et rédactionnelle en y faisant une place pour l\u2019expression politique d\u2019une majorité grandissante de Québécois francophones et retrouve alors sa légitimité comme plus grand quotidien français d\u2019Amérique.Cette analyse m\u2019est inspirée par des manchettes récentes indiquant que le président et éditeur de La Presse, M.Roger D.Landry, aurait menacé ses troupes d\u2019une réouverture des conventions collectives, à la suite d\u2019un début d\u2019année * Ancien journaliste, l\u2019auteur œuvre comme cadre universitaire dans le domaine des communications.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 7 catastrophique pour le joyau des médias appartenant au groupe financier de Paul Desmarais.Commentant la baisse observée ces dernières années du tirage moyen du quotidien, qui est passé à 184 000, de 207 000 exemplaires qu\u2019il était en 1989, le Président songerait à des mesures de redressement comme rétablir la semaine de travail de cinq jours, la quasi-totalité des employés bénéficiant actuellement de la semaine de quatre jours.Je considère pour ma part que la crise que traverse actuellement La Presse ne peut se réduire à certaines clauses de conventions de travail, à la hausse du coût du papier, ou à la baisse des revenus de publicité.Il s\u2019agit là d\u2019éléments à considérer bien sûr, mais je me permettrais de suggérer au président et éditeur de La Presse de pousser sa réflexion un peu plus loin.Car même si ses journalistes travaillaient sept jours sur sept, cela ne réglerait en rien le contentieux que nombre de Québécois vivent présentement avec La Presse, et qui les détourne systématiquement de ce quotidien traditionnellement tant aimé et respecté.Plusieurs lecteurs jadis assidus de La Presse s\u2019en détachent présentement.Eux qui y avaient toujours été extrêmement fidèles, pour la qualité de la présentation de ce quotidien, pour l\u2019excellence de son contenu, pour le symbole aussi que représentait ce grand journal au sein de la collectivité québécoise.Son orientation politique étant alors moins frénétiquement traduite qu\u2019aujourd\u2019hui, ils vivaient une relation très nourrissante avec La Presse.La Presse aurait perdu plus de 20 000 fidèles acheteurs par jour.Distanciation idéologique grandissante entre La Presse et une partie de son lectorat Mais pourquoi La Presse aurait-elle perdu plus de 20 000 fidèles acheteurs par jour?Les prises de position adoptées par La Presse lors des quatre dernières consultations populaires pourraient 8 \u2022 L'ACTION NATIONALE expliquer la rupture entre La Presse et son lectorat traditionnel : 1-\tLe samedi 24 octobre 1992, à la veille du référendum sur l\u2019Entente de Charlottetown, le président de La Presse publie un retentissant éditorial intitulé : Pourquoi nous nous devons de dire OUI à l\u2019Entente, «nous» étant bien entendu les Québécois, au nom desquels La Presse prétend s\u2019exprimer.Le lundi suivant, les Québécois votent non en rejetant l\u2019entente proposée à 56,6%.Alain Dubuc affirme dans un éditorial que nous avons déjà un pays.2-\tLe vendredi 22 octobre 1993, quelques jours avant les dernières élections fédérales, l\u2019éditorialiste Alain Dubuc ridiculise l\u2019envoi des troupes de Lucien Bouchard à Ottawa en disant que « les seuls emplois que le Bloc pourra créer, ce sont ceux de ses attachés politiques ».Le lendemain, Marcel Adam en rajoute en écrivant malicieusement à propos du chef bloquiste : Gare au tribun sans humour qui se croit investi d\u2019une mission.Le mardi suivant, au lendemain des élections, La Presse titre grossièrement à la Une : Les Libéraux majoritaires.Pourtant, les Québécois venaient étonnamment de faire élire 54 députés du Bloc sur 75 au Québec.3-\tLe samedi 10 septembre 1994, à la veille des élections au Québec, le président Roger D.Landry poursuit le travail de sape, entrepris la veille par Alain Dubuc, en suggérant de voter pour les Libéraux lorsqu\u2019il affirme dans un éditorial que nous avons déjà un pays et que c\u2019est cette logique qui se profile derrière cette opinion majoritaire des Québécois dans leur rejet de la souveraineté.Le lundi suivant, 44,7 % de l\u2019électorat donne le pouvoir au Parti Québécois en élisant 77 de ses députés.4-\tle samedi 28 octobre dernier, deux jours avant le référendum sur l\u2019indépendance du Québec, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 9 le Président et Éditeur de La Presse se prononce au nom du peuple : Notre choix, rester Canadiens.Le lundi, le projet souverainiste passe à un cheveu de la victoire, alors que 49,4% des Québécois (60% des francophones) endossent l\u2019option proposée par notre gouvernement.La fidélité et l\u2019attachement voués à La Presse par tant de ses lecteurs durant toutes ces années auront donc été trompés, et quatre fois plutôt qu\u2019une.Bien sûr, tous sont au courant de certaines orientations politiques des journaux.Que La Presse, Le Nouvelliste (Trois-Rivières), et La Tribune (Sherbrooke) du groupe Desmarais, ainsi que Le Soleil (Québec) de Conrad Black, reflètent quelque part le choix politique de leurs propriétaires, cela peut se supporter à la rigueur, bien qu\u2019il faudrait privilégier la plus grande indépendance d\u2019esprit possible des journaux.Surtout en matière politique.Mais il y a une limite à l\u2019indécence et au matraquage intellectuel, lorsqu\u2019ils ne reflètent que le seul et unique choix du propriétaire.On peut bien penser ce que l\u2019on veut de Pierre Péladeau, mais il faut lui rendre hommage pour sa décision de ne pas utiliser le Journal de Montréal pour dire au monde comment voter.Donc, ce qui pouvait apparaître un temps à La Presse comme une orientation politique tolérable s\u2019est transformé graduellement en engagement, puis carrément en militantisme agressif.Ces dernières années par exemple, la hargne exprimée à l\u2019égard de l\u2019idée de l\u2019indépendance du Québec s\u2019est développée de manière inversement proportionnelle à la remontée du Parti Québécois dans les intentions de vote, à sa reprise du pouvoir sous la gouverne de M.Parizeau, et à la possibilité de victoire du OUI lors du dernier référendum.C\u2019est ainsi, croyons-nous, que La Presse s\u2019est distanciée graduellement et d\u2019une manière Ce qui pouvait apparaître comme une orientation politique s\u2019est transformé en militantisme agressif.10 \u2022 L'ACTION NATIONALE systématique de la démarche et de la sensibilité d\u2019une grande partie de son lectorat.Jour après jour, éditorial après éditorial, l\u2019acharnement pathologique de M.Alain Dubuc à détruire M.Parizeau, premier ministre démocratiquement élu, est apparu à plusieurs au fil des semaines comme une injure à l\u2019intelligence et au choix du peuple québécois.Nombre de ses lecteurs ne se retrouvent plus dans ce qui était « leur » journal.Les coups de force du samedi Et que dire de ces fameux coups de force du samedi, pour illustrer la distanciation qui s\u2019établit entre La Presse et nombre de ses lecteurs qui ne se retrouvent plus dans ce qui était «leur» journal.En effectuant mes recherches pour la rédaction de ce papier, alors que je tentais notamment de retracer comment le quotidien avait traité le cas de la ministre Marie Malavoy, qui avait démissionné peu de temps après sa nomination, il m\u2019est venu tout à coup une intuition au fil du déroulement du microfilm de La Presse.Il se développa alors en moi comme une conviction intime que «l\u2019affaire Malavoy » serait dévoilée un samedi.C\u2019est donc en souriant que je constate effectivement que le samedi 26 novembre 1994, La Presse révèle à la Une le «scandale» de cette femme, promue ministre par M.Parizeau, qui, pensez-y un peu, arrivée ici il y a quelques décennies, n\u2019avait requis et obtenu la citoyenneté canadienne qu\u2019en octobre 1993, alors qu\u2019elle avait voté entre-temps, contrevenant ainsi à la loi ! Or, dans un éditorial du même samedi, l\u2019on apprend que La Presse détenait l\u2019information depuis déjà deux semaines, mais qu\u2019il fallait procéder à certaines vérifications avant de la publier.A ménager ses scoops de cette manière, La Presse risque bientôt de se faire doubler même par certains heb-dos de province! Remarquez que ces attaques répétées, La Presse le sait, portent fruits longtemps.M.Lucien Bouchard et son entourage L'ACTION NATIONALE «Il n\u2019ont effectivement pas osé braver quelque puissant média en confiant à nouveau un ministère à cette femme d\u2019exception et universitaire de carrière dont la compétence serait tant requise pour agir présentement dans le secteur de l\u2019éducation, par exemple.Chacune de ces agressions se nourrit encore de toute la panoplie de ce que l\u2019on appelle les trucs du métier journalistique : choix des photos, répétition d\u2019un même message, positionnement des nouvelles, amplification, etc., que le lecteur moyen ne perçoit pas toujours.Une autre grave mesquinerie, qui a fait déborder le vase de la tolérance de plusieurs, même parmi les critiques du Premier ministre sortant, est cet éditorial de M.Pierre Gravel, paru encore une fois un samedi, soit le 16 décembre 1995, et intitulé: Parizeau premier ministre : un souvenir à oublier.Plusieurs m\u2019ont confié avoir à ce moment-là trouvé nettement exagéré cet ultime affront fait à un homme qui quittait sa fonction après l\u2019avoir honnêtement exercée.Certains se sont alors dit : même mort, ils vont encore cracher sur sa tombe.Le même jour, dans la même page, Mme Claudette Tougas, dans un éditorial sur le fameux party d\u2019Hydro-Québec, trouve une nouvelle fois le moyen, en sortant complètement de son propos principal, d\u2019associer M.Parizeau à la folie somptuaire à laquelle venait de se livrer la société d\u2019Etat.Autre coup de force, presque un comble : le samedi 3 février, La Presse consacre une page complète à un texte de P.E.Trudeau, l\u2019homme dont l\u2019histoire pourra retenir que c\u2019est lui qui aura creusé le gouffre financier canadien qui bloque l\u2019avenir de notre jeunesse, ce que même l\u2019ancien chef libéral Robert Bourassa reconnaît dans son livre Gouverner le Québec.Ce même jour, La Presse en remet.À la Une, pour s\u2019assurer d\u2019accrocher le lecteur qui n\u2019aurait Chacune de ces agressions se nourrit de toute la panoplie de ce que l\u2019on appelle les trucs du métier journalistique.12 \u2022 L'ACTION NATIONALE Quel est l\u2019intérêt profond de La Presse de vouloir anéantir toute solidarité québécoise et encourager un faussaire de l\u2019histoire.ni l\u2019intérêt ni le temps de lire l\u2019épître de Trudeau, l\u2019on annonce la parution, quelques pages plus loin, du pamphlet.PET, jouant à Zola, lance un «J\u2019accuse» contre Lucien Bouchard.Le pamphlet se résume en un salmigondis d\u2019interprétations historiques où le grand fossoyeur de l\u2019économie canadienne se présente en héros et dans lequel tous les premiers ministres québécois qui se sont succédés depuis le début des années 1960 sont carrément traînés dans la boue.Le texte publié par La Presse reprend les thèmes du documentaire produit à la gloire de PET, chanté par le brave troubadour radio-canadien Jean-François Lépine, diffusé l\u2019an dernier sur les ondes de la SRC et que nous pourrons sans doute nous farcir à nouveau au cours des prochains mois par l\u2019intervention de la nouvelle gardienne de notre patrimoine culturel, Mme Sheila Copps.Que le gouvernement canadien utilise Radio-Canada à ses fins politiques partisanes et cherche à convertir encore davantage notre télévision publique en un instrument de propagande étatique, cela n\u2019a pas de quoi étonner vraiment.Mais que La Presse sorte l\u2019artillerie lourde pour vouloir absolument discréditer à son tour M.Lucien Bouchard, attaquer sa crédibilité, son honnêteté intellectuelle, et vouloir faire en sorte que les Québécois perdent à tout prix confiance en leur nouveau Premier Ministre, laisse complètement éberlué.En ce moment même où il faut nous refaire collectivement une confiance, où il convient de bâtir un espoir nouveau pour les jeunes.Même si Pierre Elliott Trudeau est une personne connue, quel est l\u2019intérêt profond de La Presse de vouloir anéantir toute solidarité québécoise et encourager un faussaire de l\u2019histoire en publiant ce lâche libelle révisionniste, qui attaque même les défunts.Que La Presse se soumette ainsi sans nuance, sans adresse au lecteur, et s\u2019associe de cette L\u2019ACTION NATIONALE -13 manière au désir du prince, devient intolérable et fait douter plusieurs de la pureté des intentions de ce journal comme bon citoyen corporatif.La Presse publierait-elle intégralement un texte de M.Ernst Zundel affirmant par exemple que l\u2019Holocauste n\u2019a jamais eu lieu?Il faut croire désormais que oui.Est-il normal donc qu\u2019un journal établi au Québec, et qui se présente comme le plus grand quotidien français d\u2019Amérique, ne compte parmi son équipe éditoriale aucun tenant de la souveraineté du Québec, qui vienne faire quelque contrepoids à l\u2019artillerie fédéraliste en place?La Presse ne ressemblerait-elle pas ainsi un peu plus à ce que nous sommes en train de devenir collectivement comme peuple?Oui, La Presse se trouve devant un dilemme.La Presse peut toujours me rétorquer que le samedi suivant, soit le 10 février, la réponse intégrale de M.Lucien Bouchard a été publiée avec le même égard, comprenant un rappel à Une.C\u2019est vrai.Mais le journal s\u2019est servi de l\u2019un de ses vieux trucs : dans le haut de la même Une, dans la partie visible du journal en kiosque, devinez qui apparaît tout sourire dans la photo qui transcende celle d\u2019un Lucien Bouchard sombre?Je vous le donne en mille : Jean Chrétien.Vous ne me croyez pas ; allez vérifier.Oui, La Presse se trouve devant un dilemme.C\u2019est à elle de choisir entre la poursuite de son militantisme politique partisan ou la reconquête d\u2019une légitimité perdue.?14 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019héritage de Gérard Picard Michel Rioux* Gérard Picard a laissé à la CSN une marque que les années n\u2019ont pas effacée.Si, aujourd\u2019hui, la grande majorité des militantes et des militants qui s\u2019activent à la centrale ou dans ses syndicats affiliés ne l\u2019ont pas personnellement connu, son héritage est toujours présent.Sans même savoir que c\u2019est à cette source qu\u2019ils s\u2019inspirent, ils sont nombreux à pratiquer l\u2019art de la négociation mis au point par Gérard Picard.Il y a près de quarante ans que Gérard Picard, qui exerçait le métier de journaliste à Québec avant de joindre les rangs de la CTCC-CSN, a quitté la direction de ce mouvement syndical québécois, qu\u2019il occupa de 1946 à 1958.Et pourtant, il y a un héritage qui se retrouve encore dans le quotidien de l\u2019action syndicale à la manière CSN.Un héritage qui s\u2019est transmis un peu comme on le fait dans certaines sociétés, par la tradition orale.Mais qu\u2019est-ce que cette manière Picard, dont Pierre Vadeboncœur a déjà écrit: «Un négociateur exceptionnel.On répétait qu\u2019il n\u2019était jamais à court d\u2019une contre-proposition.J\u2019ai pu, à l\u2019occasion, le voir élaborer des solutions de rechange.S\u2019il faisait face à un mur infranchissable, il allait jusqu\u2019à inventer quelque clause savamment obscure qu\u2019on pourrait peut-être, plus tard, une fois la * Journaliste, Service de l\u2019information de la CSN.L\u2019ACTION NATIONALE .15 convention signée, plaider en arbitrage à l\u2019avantage du syndicat.Pareille recette, c\u2019était là un des secrets qu\u2019il nous confiait parfois, malin, l\u2019œil pétillant, le sourire en coin, heureux encore une fois d\u2019avoir été adroit, mais n\u2019en tirant pas vanité, car c\u2019est un sentiment qu\u2019il ne connaissait pas.» La manière Picard, c\u2019est en premier lieu la finesse, la capacité de prendre les devants dans la négociation, l\u2019intelligence dans l\u2019action, la souplesse nécessaire pour s\u2019ajuster aux changements.C\u2019est cette intelligence, arc-boutée sur des convictions inébranlables, qui lui a permis de traverser les années du duplessisme avec une sorte de sérénité qui ne s\u2019est jamais démentie, en dépit des attaques féroces et des difficultés incroyables qui ont été le lot des organisations syndicales pendant toutes ces années.La manière Picard, c\u2019est en premier lieu la finesse, V intelligence dans l\u2019action.Les Colloques Gérard-Picard Il y a dix ans, alors même que commençaient de s\u2019amorcer des transformations majeures dans les milieux de travail, transformations qui se sont depuis accélérées, la CSN organisait un premier colloque de réflexion visant à prendre la mesure de tout ce qui avait entrepris de bouillonner dans le monde du travail.C\u2019est tout naturellement qu\u2019on donna le nom de Gérard Picard à ces colloques, dont le cinquième s\u2019est tenu à Québec fin janvier 1996.Parce que Gérard Picard avait toujours été ouvert aux expérimentations.Parce qu\u2019il n\u2019hésitait jamais à explorer de nouvelles voies ou à mettre de l\u2019avant des solutions originales, convaincu qu\u2019il était préférable d\u2019être associé aux changements plutôt que de se les voir imposer et de devoir les subir.On avait donné aux quatre premiers Colloques Gérard-Picard des thèmes qui indiquent bien les objectifs recherchés.«Pour aller plus loin», «Pour ne pas se laisser dépasser», «Tracer un 16 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le changement, ça n'est pas reposant, c\u2019est insécurisant.Mais c\u2019est plus prenant d\u2019y participer que de le subir.chemin» et «L\u2019organisation du travail : un enjeu de société ».Le dernier en date avait pour thème « Le travail en mutation : de nouveaux enjeux pour la démocratie».Ce qui fait la marque distinctive de ces colloques, c\u2019est leur structure même.On y retrouve d\u2019un coté des théoriciens à la fine pointe de la recherche et de l\u2019expérimentation, universitaires pour la plupart.Et viennent y témoigner de leurs expériences des travailleuses et des travailleurs impliqués, au quotidien, au cœur de transformations radicales touchant à la fois les modes de production et les mentalités.Captivant, le changement Les syndicats qui acceptent de s\u2019engager dans une voie où ils savent qu\u2019ils devront, bien souvent, inventer au fur et à mesure que se poseront les problèmes, sont conscients que des difficultés énormes les attendent.Cependant, comme le disait le président du Syndicat national des travailleurs d\u2019Abitibi-Price d\u2019Alma, M.Bertrand Harvey, «le changement, ça n\u2019est pas reposant, c\u2019est insécurisant.Mais c\u2019est plus prenant d\u2019y participer que de le subir.» Même son de cloche chez un autre participant, le président du Syndicat de l\u2019Hôpital Charles-Lemoyne, à Greenfield Park, M.Pierre Ouellet.«Évidemment, le risque est grand.Ni notre syndicat qui a mis de l\u2019avant une telle mesure, ni la CSN qui y contribue quotidiennement, ne peuvent aujourd\u2019hui dire à nos membres qu\u2019ils n\u2019y sont pour rien si les choses tournent mal.Mais ce n\u2019est pas nouveau de prendre des risques pour le mouvement syndical, quand il veut assumer pleinement ses responsabilités.Cela est plus exigeant, mais beaucoup plus valorisant.» Quand des syndicats, tant du secteur public que du secteur privé, décident d\u2019entreprendre cette révolution, les difficultés qui se posent sont L\u2019ACTION NATIONALE .17 de tous ordres.Il n\u2019est pas toujours évident que la réceptivité patronale sera à la hauteur des espérances placées par le syndicat dans le renouvellement des attitudes et les déplacements du pouvoir dans l\u2019entreprise ou dans l\u2019institution.Il arrive régulièrement qu\u2019une maîtrise intermédiaire, inquiète du sort qui lui est réservé dans une redistribution du pouvoir, alors que des leviers longtemps détenus lui échappent au profit d\u2019équipes autonomes, mette du sable dans l\u2019engrenage et ralentisse l\u2019introduction des changements.De même, il arrive fréquemment qu\u2019au début de ce processus, des membres du syndicat manifestent leur inquiétude.«Le syndicat se transforme en patron ! », craignent certains.Bertrand Harvey, d\u2019Alma, aborde ce problème de front.«Une telle démarche signifie aussi la fin des certitudes syndicales.Nous devons sans cesse nous remettre en question, particulièrement au niveau du conseil syndical et surtout de l\u2019exécutif.Il n\u2019y a jamais de réponse simple à la célèbre question : « Suis-je en train de faire le travail du patron ?».D\u2019autant plus, ajoute-t-il, que nous croyons que justement une partie du travail qu\u2019effectuaient les cadres auparavant doit revenir aux travailleuses et aux travailleurs.La véritable question devrait donc plutôt être: «Est-ce que j\u2019agis syndicale-ment dans l\u2019intérêt des travailleurs que je représente?» Cette remise en question est continuelle et doit le demeurer: il n\u2019y a pas de réponse une fois pour toujours.» Nous devons donc, à la fois, travailler sur nos objectifs et sur les solutions pour les atteindre.Il devait expliquer par la suite qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019abandonner notre rôle primordial de revendiquer qui est celui du syndicat.«Mais nous devons mesurer les impacts de ces revendications et accepter d\u2019avance de les soumettre à des objectifs supérieurs comme l\u2019emploi, a-t-il confié à l\u2019auditoire attentif.Nous devons donc, à la fois, travailler sur nos objectifs et sur les solutions pour les atteindre; nous ne pouvons laisser à la seule 18 \u2022 L'ACTION NATIONALE direction de l\u2019usine ou de l\u2019entreprise le soin d\u2019y répondre.» La négociation raisonnée Les milieux de travail qui s\u2019engagent sur ces nouvelles avenues pratiquent un type de rapport que des professeurs de l\u2019École de relations industrielles de l\u2019Université de Montréal ont systématisé sous le nom de négociation raisonnée.MM.Jean-Guy Bergeron et Reynald Bourque ont en effet mis au point cette méthode de négociation qui s\u2019étend dans un nombre toujours plus grand de milieux, dans tous les secteurs d\u2019activités.Le syndicat doit travailler à trouver des solutions à des problèmes et non à avoir raison à tout prix.Présent au dernier Colloque Gérard-Picard, le professeur Bourque soutenait que le principal mérite de la négociation raisonnée «est qu\u2019elle permet d\u2019élargir le domaine du négociable en conviant les personnes négociatrices des deux parties à définir clairement leurs visions des problèmes et les intérêts qu\u2019elles ont mandat de défendre, et à rechercher conjointement les solutions susceptibles de résoudre les problèmes identifiés par les parties.» Un autre avantage de cette négociation, selon le professeur Bourque, tient dans le fait qu\u2019elle permet une démarche de négociation continue visant à traiter les problèmes lorsqu\u2019ils surviennent plutôt que de faire de la négociation collective un exercice ponctuel de discussions de problèmes accumulés.C\u2019est ce que pratiquait déjà, de manière intuitive, le syndicat des employés de l\u2019Hôpital Charles-Lemoyne, comme en a témoigné Pierre Ouellet.« Le syndicat doit travailler à trouver des solutions à des problèmes et non à avoir raison à tout prix.En fait, ajoutait-il, je ne crois pas qu\u2019on puisse espérer qu\u2019une démarche de gestion participative ait quelque chance de succès si elle ne s\u2019accompagne pas d\u2019une approche dite \u201craison-née\u201d des problèmes.» L'ACTION NATIONALE \u2022 19 Ambiguïtés, espoirs En clôturant le colloque, le président de la CSN Gérald Larose exprimait son espoir devant les avancées qui peuvent être constatées dans de nombreux milieux de travail.«Un colloque comme celui-ci permet aux membres d\u2019exprimer leurs ambiguïtés et leurs espoirs.Il est important de clarifier nos objectifs et d\u2019identifier les essentiels à sauvegarder dans cette révolution de nos milieux de travail.Car plus largement, la société se réorganise aussi, et nous avons un terrain privilégié à occuper.» ?20 .L\u2019ACTION NATIONALE Études à Cambridge André «Je réponds à la demande du dévoué vérificateur Marceau des comptes de dépenses de Cambridge et je donne ici quelques impressions très personnelles sur l\u2019expérience que j\u2019y ai vécue.Désigné tardivement comme substitut pour remplacer Albert Gobeil, je suis parti pour le Royaume-Uni un peu à reculons, sentant très bien que je priverais ma femme de ma présence pendant dix jours.J\u2019ai très vite découvert un côté très positif inattendu : la qualité des rencontres et le sérieux des conférences auxquelles j\u2019ai assisté avec assiduité, attention et grand plaisir.Tous les cours de la conférence portaient sur des sujets d\u2019actualité dont les principaux tournaient autour de l\u2019euthanasie, l\u2019avortement, la liberté de communication, la famille moderne, le droit à l\u2019autodétermination des peuples, les grèves des millionnaires du baseball et du hockey, l\u2019union européenne, le blanchiment d\u2019argent, le New World Trade Order, etc.Même l\u2019enrichissement sans cause et la réduction de l\u2019indu selon le « common law » ont présenté beaucoup d\u2019intérêt pour un civiliste de petites créances comme moi.J\u2019ai eu, entre autres, comme auditeur voisin immédiat, l\u2019ancien premier ministre Pierre Elliot Trudeau dont la rencontre a allègrement réjoui tous ceux et celles qui sont encore certains d\u2019avoir été nommés juges pour leur seule compétence juridique.L\u2019ACTION NATIONALE .21 De toute évidence, monsieur Trudeau assistait pour la première fois à un cours sur le droit à l\u2019autodétermination des peuples, selon le droit international, et donné par le professeur Yoram Dinstein, l\u2019actuel président de l\u2019Université de Tel Aviv.Ce dernier souligna sans hésitation, en réponse à une question d\u2019un petit juge de l\u2019Ouest Canadien que «If the people of Quebec is no people, there is none on earth».C\u2019est alors que notre ancien premier ministre leva la main pour poser sa question qu\u2019il croyait très salée.«What about the Palestinians of Golan, would they form a People?» Et le savant professeur de lui répondre : «For sure, Mister Trudeau, they form a real people, and a lot more since we are there.» If the people of Quebec is no people, there is none on earth.Mon célèbre voisin a alors calé dans sa chaise, et deux minutes après la réponse, il se glissa vers la sortie avant la fin du cours et des questions.Cambridge et Oxford sont les deux centres universitaires et intellectuels du Royaume-Uni et ce qui s\u2019y passe a toujours eu une très grande influence sur ceux qui ont détenu le vrai pouvoir chez nous au Canada, à Ottawa ou ailleurs.Ces centres intellectuels existent depuis le moyen âge et il y a là une vingtaine de collèges avec chapelles, gymnases, tennis, etc.Chaque collège et les nombreuses chapelles et églises toutes très belles que j\u2019ai visitées à Cambridge, m\u2019ont vite replongé dans l\u2019intégrisme religieux de ma jeunesse, alors que les conférences et les rencontres de qualité m\u2019ont fait connaître une réalité moderne toute opposée et encourageante.?22 \u2022 L'ACTION NATIONALE Variations sur la «partition» Gilles de La Fontaine* Mot épouvantail brandi par ceux qui se sont apeurés des résultats serrés du dernier référendum.Peur panique pour certains anglo et allo-phones, de se retrouver minoritaires dans une majorité présumée hostile.Et avec l\u2019appui malavisé de quelques irresponsables francophones bien en place, ils se mettent à jouer à la guerre verbale du déchirement du territoire.Guerre aussi bêtement malvenue que honteusement bien connue par les ravages criminels encourus depuis quatre ans par l\u2019ex-Yougoslavie.Réflexe de défense vengeresse qui en dit long sur l\u2019incompréhension méprisante qui l\u2019inspire.On ne veut pas reconnaître au peuple québécois une spécificité socio-culturelle et linguistique de fait, l\u2019autorisant, selon les normes de la démocratie, à s\u2019auto-gouvemer.La rengaine du refus est bien connue : une province comme les autres.Ce qui n\u2019est rien moins qu\u2019une aveugle et insultante négation d\u2019identité collective camouflant à peine une intervention latente de domination et d\u2019assimilation.Il suffit de voir le combat constant (aux résultats jamais acquis et à fonds perdu d\u2019avance) que doivent livrer les minorités francophones des autres provinces.Il est assez facile de prévoir ce * Professeur, Université de Trois-Rivières.L'ACTION NATIONALE \u2022 23 qu\u2019il adviendra du Québec et de sa culture propre, si jamais ses objecteurs fédéralistes aux courtes vues réussissent à en faire vraiment, dans les faits, une province comme les autres.Ce qui n\u2019est pas moins insultant dans l\u2019attitude provocante de ces découpeurs de territoire, c\u2019est leur conviction sous-jacente qu\u2019un Québec souverain serait nécessairement oppresseur de ses minorités.Préjugé gratuit, démenti par l\u2019histoire autant que par les intentions déclarées.On évoque témérairement les cauchemars et les spectres de la Bosnie.Dans la hâte du chantage, on évoque témérairement les cauchemars et les spectres de la Bosnie.Il serait plus sage et mieux avisé d\u2019élever le regard vers l\u2019ex-Tchécoslovaquie, pour voir quel meilleur sens, plus serein et civilisé, peut être donné au mot « partition ».Un sens présent dans son origine latine, et toujours valable, de partage et de répartition.Sans compter le second sens du mot «partition», signifiant l\u2019ensemble harmonieux des diverses parties d\u2019une composition musicale.Encore faudrait-il, pour adopter ces applications plus constructives du terme, attendre que les esprits vindicatifs échauffés se tempèrent et s\u2019éclairent.Assez pour voir et reconnaître que le projet souverainiste n\u2019en est pas un de séparation haineuse et de partition belliqueuse, mais au contraire une solution de meilleure entente, plus respectueuse de la réalité des choses et de l\u2019idéal démocratique.Entente pacifique visant une répartition plus équitable et satisfaisante des juridictions respectives, une mise en œuvre plus efficace des ressources et intérêts communs.?24 \u2022 L'ACTION NATIONALE Jacqueline Hogue* «Le Québec de demain: Une saucisse, une Cisjordanie!» Diane Francis, rédactrice en chef du Financial Post Nous y voilà.La farce sinistre ne fait que commencer.Surenchère de mots à faire frémir, à ajouter au musée des horreurs verbales.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019ils ont donc, ces fédéralistes?Jamais contents.Ils ont pourtant gagné le référendum, il me semble.Et M.Chrétien a tenu ses promesses.Le calme et la prospérité sont-ils revenus?Le chômage a-t-il diminué considérablement?Les industries fonctionnent-elles à plein rendement?Les milliards de Team Canada s\u2019engouffrent-ils dans les coffres d\u2019Ottawa?Les personnes âgées ne craignent plus de voir leur pension diminuer.Non, vraiment, chaque jour, chaque heure apporte sa dose de folie.Cisailles, bistouris et autres instruments à dissection sortent des boîtes des apprentis-sorciers, et s\u2019agitent à bout de bras - ou de langues trop pendues.Pendant la période référendaire, on avait pourtant tout inventé pour faire peur au monde : menaces, catastrophes, cataclysmes.Ne manquait, à l\u2019opéra-bouffe de Barbe-Bleue qu\u2019un penseur, un savant, un intellectuel professeur d\u2019université.Appelé à sauver ce beau navire fédé, qui ne coulait pas - il ne coule toujours * Professeure retraitée.L'ACTION NATIONALE \u2022 25 pas -, notre thaumaturge s\u2019énerve, et avec lui, les suiveux.Pourquoi donc tous ces cris?Seuls les ignorants, ou ceux qui ont la mémoire courte, risquent de mordre à l\u2019hameçon.On n\u2019a trouvé rien de mieux que d\u2019invoquer le droit des citoyens à choisir leur camp : Eastern Townships, West Island, Westmount, McGill University, pour ne nommer que ces porte-parole affolés.Tous ces tenants du morcellement du Québec auraient intérêt à relire l\u2019histoire du Canada, et sa formation étalée sur des siècles d\u2019empiétement.Par exemple, a-t-on demandé l\u2019avis des Canadiens-français le jour où le gouvernement de Londres imposait, les uns après les autres, des territoires déclarés provinces anglaises ?Ottawa a-t-il tenu un référendum national, ou local, entendons québécois, avant de multiplier les représentants de la reine d\u2019Angleterre au pays ?Le Québec a-t-il été consulté sur l\u2019apparition des Territoires du Nord-Ouest?Et si nous remontons le temps, les Loyalistes ont-ils demandé l\u2019autorisation de ces habitants avant de les déloger des terres qu\u2019ils avaient défrichées et cultivées, pour sitôt les refouler dans l\u2019arrière-pays?Découper en piécettes, selon le bon plaisir de qui hurlera le plus fort, le territoire du Québec?Une portion de l\u2019île de Montréal à l\u2019un, une tranche des rives du Saint-Laurent à un autre, un champ de cannabis, une table de bingo, deux villages, trois montagnes, quatre campus?C\u2019est ça, la trouvaille du nouveau ministre qui-veut-faire-souffrir - les - récalcitrants - québécois - qui - ne -savent - pas - apprécier- le - bienfait - infini - d\u2019appartenir-à-la-nation-la-plus-chanceuse-du-monde-entier?Ouf et re-ouf ! Si la British Colombia choisit de s\u2019annexer aux Etats-Unis, ou de former un pays avec les trois provinces de l\u2019Ouest, demandera-t-elle permission au Québec?Et Ottawa sortira-t-il son couteau à Découper en piécettes le territoire du Québec, c\u2019est ça, la trouvaille du nouveau ministre.26 \u2022 L'ACTION NATIONALE Qu\u2019attend-on pour le transformer en un autre couloir de Dantzig ?charcuter pour conserver les rares villages et quartiers de villes francophones?Mais non, puisqu\u2019ils sont en voie de disparition et d\u2019assimilation.Que diront les asiatiques?Se rattacheront-ils à la Chine, au Japon, à la Corée?Science-fiction que tout cela.Ce débat dépasse en mépris, et en agression ouvertement affichée, tout ce qu\u2019a connu et vécu le Québec depuis ses origines.Qu\u2019attend-on pour le transformer en un autre couloir de Dantzig?La barbarie porte parfois cravate et complet veston, et se balade en limousine.Et dire qu\u2019on se moque du Moyen Âge ! ?L'ACTION NATIONALE \u2022 27 Réplique à monsieur Jean Pelletier* 1 Pierre Dupuis* Essentiellement, vous reprochez aux chefs indépendantistes l\u2019échec de M.Chrétien auprès des Québécois et Québécoises, comme le démontrent les sondages répétés.Vous avez dû apprendre dans votre jeunesse que décrire les effets est une chose, mais qu\u2019il importe surtout de remonter aux causes, si l\u2019on veut bien comprendre la réalité des phénomènes de la vie courante.Vous auriez ainsi trouvé réponse à vos questions et explication à vos déboires en politique fédérale lors de la dernière élection fédérale sous les auspices de monsieur Chrétien.Vous avez alors été battu par une jeune dame sans expérience, vous, un vieux routier de la politique, roublard et expérimenté.Ce n\u2019est pas à vous que je vais montrer à faire des grimaces, mais puis-je vous rappeler qu\u2019en politique, surtout fédérale, l\u2019on ne fait pas de cadeau et que tout se paye par retours d\u2019ascenseurs, de faveurs et de prébendes de toutes sortes dans les grands réseaux du pouvoir politico-financier J\u2019ai lu votre lettre reproduite dans La Presse du samedi 16 décembre 1995.* Monsieur Dupuis est médecin-chirurgien à Québec.1.Ancien maire de Québec et chef de cabinet de monsieur Jean Chrétien.28 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le job de garder le Québec tranquille était implicite à la fonction de premier ministre fédéral.fédéral?Aucun des nôtres n\u2019a été choisi chef du PLC pour ses beaux yeux, surtout pas monsieur Chrétien.Il est allé à bonne école, celle de Pierre Trudeau élu chef spécifiquement et explicitement pour « mater le Québec » au grand plaisir du Canada anglais, alors qu\u2019avant lui le job de garder le Québec tranquille était implicite à la fonction de premier ministre fédéral.La nomination d\u2019un premier ministre canadien-français et québécois constituait en fait une infâme fumisterie, flattant l\u2019égo des Canadiens-Français et des Québécois, toujours un peu vaniteux sur les bords, pendant que le premier ministre fédéral québécois faisait à Ottawa la politique de la majorité anglo-canadienne, qui continu à mener le Canada, selon la règle de toute démocratie qui veut que la majorité gouverne pendant que la minorité s\u2019incline.Bien sûr, en vertu du même principe et du besoin d\u2019un Canadien-Français et Québécois de service, d\u2019autres parmi les nôtres accèdent sporadiquement aux échelons supérieurs de la fonction publique fédérale, mais ces personnes agissent à titre personnel et individuel avec le même handicap que le premier ministre qui doit s\u2019incliner devant les contrats à accorder ailleurs qu\u2019au Québec, ainsi que devant les coupures et fermetures effectuées au Québec, toujours selon le même principe que la majorité gouverne et que la minorité s\u2019incline.C\u2019est ainsi que votre maître, soumis à son chef d\u2019alors, a souscrit avec enthousiasme aux coups de Jamac de Pierre Trudeau, lors de l\u2019application de la loi des mesures de guerres en 1970, et surtout lors du rapatriement unilatéral de la constitution de 1982, avec diminution forcée des pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale du Québec.C\u2019est comme ça que monsieur Chrétien, fort de ces coups bas, a accédé au poste de chef du PLC, embrassant en chemin et au passage son bon L'ACTION NATIONALE \u2022 29 ami Clyde Wells.Monsieur Pelletier, ces coups bas ont un prix que votre maître n\u2019a pas fini de payer, non seulement au Québec, où sa cote est au plus bas, mais aussi au Canada anglais où l\u2019on se rend compte que leur poulain n\u2019est pas en mesure de livrer la marchandise promise.Au Canada, le gouvernement en place, même sous la direction d\u2019un premier ministre francophone et originaire du Québec, fait la politique de la majorité anglo-canadienne.C\u2019est pourquoi aussi, les chefs des gouvernements du Québec ne doivent en aucune façon faire à Québec la politique d\u2019Ottawa, mais uniquement baser l\u2019action de leur gouvernement sur des intérêts supérieurs du Québec et du peuple québécois, qui est encore en quête d\u2019un gouvernement national pleinement responsable dans l\u2019ardu et long cheminement vers son émancipation.L\u2019exemple de monsieur Chrétien, qui reprend l\u2019expérience de ses prédécesseurs, démontre encore une fois de façon éloquente la sagesse de ceux des nôtres qui, depuis Louis-Joseph Papineau, ont fait un trait définitif sur l\u2019esprit de parti des partis politiques fédéraux traditionnels, en refusant les grasses récompenses du patronage fédéral réservées aux Canadiens-Français et Québécois de service et aux bailleurs de fonds, ainsi que, bien entendu, à des membres puissants triés sur le volet de Vestablishment anglo-canadien, gravitant tous autour des grands réseaux du pouvoir politico-financier fédéral soutenu par le crédit de tous les autres Canadiens et Québécois.?Le gouvernement en place, même sous la direction d\u2019un premier ministre francophone fait la politique de la majorité anglo-canadienne.30 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE De l\u2019abominable indigence de l\u2019urbanisme québécois Jean-Pierre Bonhomme Journaliste «Je ne veux pas y aller par quatre chemins; l\u2019affaire est trop fondamentale.Dans le domaine-clef et bien concret de l\u2019existence humaine, celui de l\u2019organisation des villes et des villages, le Québec a fait faillite.Et les responsables de cette mauvaise qualité de notre urbanisme citadin et campagnard, de ce piètre aménagement, se trouvent aux deux niveaux de nos gouvernements et dans nos administrations municipales.Ils se trouvent aussi, fort activement, dans les conseils d\u2019administration de nos entreprises privées.Avant de le démontrer, je désire établir un fait : la plupart des publications qui traitent des questions nationales, y compris l\u2019Action nationale - les journaux, aussi - n\u2019abordent que rarement ces choses essentielles, celles qui traitent du confort physique et psychologique des citoyens.L\u2019essentiel, dans la vie, justement, c\u2019est l\u2019orientation que nous devons donner à nos énergies, à nos labeurs.Or nous sommes sur la terre pour communiquer; pour communiquer l\u2019esprit, les sentiments; certes pas seulement pour faire de l\u2019argent.Il en découle qu\u2019il faut, pour transmettre les choses : les connaissances, les idées, les croyances, créer des environnements utiles, solides, et « beaux ».L\u2019ACTION NAnONALE .31 Vitruve, pour donner un sens au bâti, estimait que les choses construites devaient avoir trois qualités : commoditas, firmitas et venustas (la commodité, la solidité et la beauté).Construire de belles villes et de beaux villages, protéger la campagne aussi, donc, pour que le peuple soit heureux.Le Québec a-t-il oublié de pratiquer l\u2019une de ces vertus?La laideur urbaine Si l\u2019on examine la question de près on doit arriver à la conclusion que la laideur urbaine a pris le dessus, chez nous, et que bien peu de gens s\u2019en formalisent, s\u2019en scandalisent.Nous restons passifs.Cela est pénible car on ne peut juger l\u2019esprit d\u2019un peuple, apercevoir son âme, que par l\u2019image de ce qu\u2019il construit; que par la qualité des aménagements centraux des villes et des villages, là où se trouve la représentation symbolique de tout le reste.Il est toujours émouvant, par exemple, de voir avec quel solide instinct les Mexicains valorisent le cœur de leurs villes, leurs zocalos.En s\u2019y promenant on ne doute pas que le Mexique veut vivre.Pourvu que 1\u2019Alena ne brise pas tout cela! Ici, chez nous, au Québec, le cœur des villes et des villages a généralement été dévasté.Je le savais, mais je suis allé à l\u2019Institut d\u2019urbanisme de l\u2019Université de Montréal pour voir si je ne me trompais pas et si je ne regardais pas le Québec avec des lunettes noires.C\u2019est M.Jean-Claude Marsan, l\u2019ancien doyen de la Faculté d\u2019aménagement, qui m\u2019a recommandé d\u2019aller faire mon petit bilan avec le professeur Gérard Beaudet.M.Beaudet est professeur d\u2019urbanisme à l\u2019Institut et il a une pratique privée.Il connaît bien La laideur urbaine a pris le dessus.32 \u2022 L'ACTION NATIONALE les villes québécoises, petites et grandes ; il a assez de distance pour en parler.Cela est le résultat d\u2019une transformation trop rapide du mode de vie québécois.Très peu de villes québécoises, dit-il, ont bien aménagé leurs centres, c\u2019est-à-dire leur lieu de représentation principal.Généralement ces environnements centraux ont été saccagés par des rénovations mal faites, par l\u2019utilisation de matériaux de recouvrement médiocres, par un affichage dévastateur et par la multiplication des parkings centraux (même quand le besoin n\u2019existe pas).Il n\u2019est pas rare, aussi, que les immeubles soient construits à la mauvaise place, hors de proportion avec la place centrale et qu\u2019un curé se construise un garage sur le parterre du presbytère central.Cela, explique le professeur Beaudet, est le résultat d\u2019une transformation trop rapide du mode de vie québécois.La machine urbaine québécoise a tourné trop vite ; elle s\u2019est emballée.(Le Québec, en réalité a mal appris les leçons tirées des excès urbanistiques américains - nombreux dans les années 60 il s\u2019en est mal servi).Il en résulte que la laideur (entendue ici au sens du déséquilibre des formes) s\u2019est propagée; le malheur, indique-t-il, c\u2019est bien que des citadins s\u2019aperçoivent de ces excès, mais que, devant eux ils abandonnent.Il s\u2019agit d\u2019une «démission culturelle».On se contente d\u2019une certaine protection de petites enclaves historiques (les «Vieux» Québec, Montréal, Trois-Rivières, etc.).Le reste de la ville peut être dévasté.Sous prétexte de modernité, indique le professeur, nous avons jeté notre riche trésor urbain aux poubelles.La modernité, c\u2019est le bungalow et, pour les moins nantis, la transformation en faux bungalow de la maison traditionnelle des villes et des villages.Il se pourrait qu'il y a là un problème d\u2019amour et d\u2019estime de soi; il se pourrait, ainsi, que le L'ACTION NATIONALE \u2022 33 Québec ne soit pas tant victime d\u2019un déficit budgétaire que d\u2019un déficit d\u2019âme.M.Beaudet ne me l\u2019a pas dit en ces termes-là - il connaît mieux que moi les sensibilités bureaucratiques et municipales - mais la question se pose.Nous, Québécois, percevons-nous encore le passé et le présent architectural comme si malfaisant qu\u2019il faille le rejeter tout en bloc?Avons-nous cessé d\u2019aimer le bois, les matériaux nobles, les formes équilibrées, les paysages de choix, les belles perspectives urbaines?Tout ce qui rend la vie supportable en somme?Montréal et Québec ne sont pas exemplaires à cet égard.Disons-le de suite.(Malgré le vocabulaire courant, Montréal est une « région » comme une autre).Or le cœur de notre métropole, soit la place d\u2019Armes, lieu de célébration du mythe fondateur de la ville, a été dévalorisé par les ingénieurs du gouvernement du Québec.Les fonctionnaires ont tranché là, en bas de la côte de la Place d\u2019Armes, une autoroute qui sépare la ville en deux et où, pour prendre le métro, les piétons doivent franchir un enfer environnemental (sous un immeuble à pilotis, le Palais des congrès, construit hors contexte par le même gouvernement).Un ministre de l\u2019époque m\u2019avait dit que la réparation du tort causé par l\u2019autoroute Ville-Marie ne l\u2019intéressait pas beaucoup.Et voilà pour la conscience sociale du gouvernement ! Dans la «capitale», Québec, c\u2019est presque pire.La population vit maintenant en périphérie, autour d'un monstre, le centre commercial Laurier.Une caricature des États-Unis ! Le cœur symbolique de la ville est réservé aux touristes ; au diable banlieusard la ville ordinaire! Le Québec est-il ainsi entré en décadence?M.Beaudet ne le sait pas.Il sait toutefois que les citoyens du Vermont, tout à côté, sont capables, eux, de protéger le cœur de leurs villes et de créer Le Québec est-il ainsi entré en décadence ?34 \u2022 L'ACTION NATIONALE des paysages contemporains qui élèvent l\u2019âme sans tout rejeter de ce qui est venu avant.Est-ce parce que le Vermont a un esprit d\u2019indépendance, de résistance, se demande M.Beaudet?Tiens le mot indépendance est lancé ! L\u2019aménagement territorial Est-ce que l\u2019aménagement territorial du Québec serait plus beau, mieux équilibré si le Québec avait été ou devenait indépendant?Ce n\u2019est pas certain.Est-ce que, indépendants, les Québécois auraient eu plus le goût de se prendre en charge collectivement, de protéger leurs acquis?On sait seulement que le désordre actuel s\u2019effectue «dans la Confédération», comme on dit.Pour le moment, en tout cas, il faut sauver les meubles qui restent.Après un affranchissement, pourrions-nous renouer avec nos valeurs humanistes françaises et avec les acquis (réels) du paysagisme britannique ?Au point où nous pourrions réinterpréter à la moderne les valeurs urbaines anciennes et solides ?Pourrions-nous, alors, créer une ville nouvelle qui projetterait, comme auparavant, une image de partage communautaire et de beauté des formes plutôt que celle de l\u2019éclatement?Pour le moment, en tout cas, il faut sauver les meubles qui restent, propose M.Beaudet.Et ce n\u2019est pas facile.La plupart des dirigeants municipaux, signale-t-il, ne résistent pas aux pressions des promoteurs qui cherchent à aménager la ville à leur profit personnel.Les maires.et leurs commettants cèdent tout devant la promesse d\u2019un investissement de court terme; même si cela, par l\u2019éclatement et la dispersion, ruine le riche capital patrimonial séculaire ! En attendant l\u2019indépendance, dit encore M.Beaudet, il faut empêcher les ingénieurs routiers du gouvernement - les plus dévastateurs de L'ACTION NATIONALE \u2022 35 nos concitoyens - de continuer à ruiner les villes et les villages (qui sont encore vivants).Non pas en stoppant toute diffusion de l\u2019habitat, mais en protégeant tout au moins le centre, le cœur des communautés habitées; en sauvant le principal, cette image de nous-mêmes en somme.Cela est tout à fait possible, dit l\u2019expert.Il suffit, par exemple, d\u2019adopter des règlements qui établissent des servitudes dites de non-accès.C\u2019est-à-dire que, par le moyen de règles, on empêchera que les commerces centraux aillent se greffer sur les routes de contournement des villes et des villages.L\u2019activité et la vie, restent ainsi «en ville» et la ville ne meurt pas.On peut prendre d\u2019autres moyens, comme celui, fort intéressant, du programme québécois de revivification des rues principales.De rares communautés québécoises ont pris de pareilles mesures pour protéger leur zones publiques centrales-clef.Saint-Jovite, par exemple a agi avec intelligence.Mais, là aussi, à cause des investissements des promoteurs du Mont-Tremblant, la pression pour l\u2019éclatement est forte.D\u2019intéressantes initiatives à Saint-Hyacinthe, Joliette, Sainte-Foy (Place du campanile), par exemple, ont été prises ; des miettes.Il reste beaucoup trop de pain sur la planche : la route 117 n\u2019est pas le moindre morceau indigeste.On pourrait utilement, aussi, réduire l\u2019impact négatif de l\u2019autoroute de la côte de Beaupré, celle des berges du fleuve et revaloriser le boulevard Sainte-Anne.Même si le mal est fait, que ce lieu d\u2019importance symbolique nationale a été dévasté, on pourrait poser là quelques gestes qui revaloriseraient certains paysages.On ne soulignera jamais assez qu\u2019en cette matière d\u2019aménagement urbain et d\u2019affaires municipales, le gouvernement du Québec a presque toute la souveraineté.Et il n\u2019a pas encore adopté En matière d'aménagement urbain et d\u2019affaires municipales, le gouvernement du Québec a presque toute la souveraineté.36 \u2022 L'ACTION NATIONALE la loi de protection des paysages (le Vermont en a adopté une il y a 30 ans).Chose certaine, croit M.Beaudet - et votre serviteur avec lui - le cours actuel des choses urbaines n\u2019a pas de «bon sens ».Seul l\u2019État a les moyens d\u2019empêcher les entrepreneurs de faire de pareilles erreurs.Il ne faut pas entretenir l\u2019illusion que les entreprises privées donneront du «sens» à notre urbanisme.M.Claude Béland, président du Mouvement Desjardins, donnait, dans l\u2019excellent numéro de janvier de l\u2019Action nationale, des conseils généraux à la jeunesse de la nation.« Il faut créer un changement de mentalité.retrouver cette mentalité de bâtisseur qui nous a si longtemps caractérisés.» disait-il.Oui, mais pas n\u2019importe comment.Pour être crédible, les entrepreneurs doivent prêcher d\u2019exemple.Or c\u2019est le Mouvement Desjardins qui a largement contribué à détruire nos villes et nos villages ; il lui faudra bien le reconnaître un jour.C\u2019est lui qui a bâti ses succursales à la mauvaise place, loin du cœur symbolique, dans les champs périphériques.Et, quand il bâtissait dans le cœur urbain, ce qui lui arrive encore, il implantait une imagerie banlieusarde sans la moindre harmonie avec le patrimoine immobilier dans lequel il s\u2019insérait.La mauvaise imitation des États-Unis, encore une fois.Quand on pense que ce réseau bancaire tient son existence même de l\u2019architecture des églises des places centrales fondatrices ! Le Mouvement Desjardins, rappelons-le, a construit son siège social, un affreux bloc impersonnel, en plein champ d\u2019autoroutes, hors de tout contact avec l\u2019humanité de Lévis ou de Québec; une catastrophe nationale.Oui, il aurait fallu, au contraire, que, symboliquement, notre argent, symbole de notre énergie, soit rapaillé en ville en guise de solidarité.Seul l\u2019État, ainsi, a les moyens d\u2019empêcher les entrepreneurs de faire de pareilles erreurs.Il suffit de vouloir.?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 Faut-il toucher à la «loi 101»?Il faut, non seulement toucher à la loi 101, mais encore faut-il la remanier en profondeur, notamment pour faire en sorte que la pierre angulaire (je cette loi, c\u2019est-à-dire le chapitre sur les droits linguistiques fondamentaux, soit autre chose qu\u2019une série de déclarations solennelles qui n\u2019ont aucune valeur en elles-mêmes devant les tribunaux.Depuis son adoption en 1977, rien n\u2019a été fait pour corriger les nombreuses lacunes de la Charte de la langue française en ce qui a trait à la protection ou à la promotion du français.Au contraire, chaque fois que le législateur y touche, c\u2019est pour lui enlever des plumes, c\u2019est pour contribuer avec les tribunaux à la charcuter, à la dépecer.Être servi en français Commençons par l\u2019article 5, selon lequel «les consommateurs de biens ou de services ont le droit d\u2019être informés et servis en français».Le droit d\u2019être servi en français par un membre d\u2019un ordre professionnel est devenu somme toute impraticable depuis la décision du juge Raymond Bemier, de la Cour des sessions de la paix, dans l\u2019affaire du docteur J.Carl Sutton, Jr.Cette décision - la réalité dépasse ici la fiction - a été * Ex-président de l'Office de la langue française, et ex-président de la Commission de protection de la langue française.Gaston Cholette* 38 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE entérinée par le gouvernement de Pierre-Marc Johnson.En effet, le nouvel article 30.1 est ainsi libellé : « Les membres des ordres professionnels doivent fournir en français et sans frais de traduction, à toute personne qui fait appel à leurs services et qui leur en fait la demande avant qu\u2019ils ne le rédigent, tout avis, opinion, rapport, expertise ou autre document la concernant».Les consommateurs de produits sont-ils mieux protégés par la loi 101 ?Il est pour le moins étrange qu\u2019au Québec un francophone qui souhaite être servi en français par un membre d\u2019un ordre professionnel en soit réduit à le réclamer expressément et sans perdre une seule seconde, faute de quoi il risque d\u2019être débouté par le tribunal devant lequel il doit établir hors de tout doute raisonnable qu\u2019il a bel et bien exigé, en bonne et due forme, à tous les moments opportuns, d\u2019être respecté dans sa condition de francophone.Ainsi l\u2019article 5 de la Charte de la langue française n\u2019est pas d\u2019ordre public puisque l\u2019on peut y renoncer, même implicitement et sans s\u2019en rendre compte.L\u2019étiquetage des produits Les consommateurs de produits sont-ils mieux protégés par la loi 101?L\u2019article 51 de cette loi dispose que «toute inscription sur un produit, sur son contenant ou sur son emballage, sur un document ou objet accompagnant ce produit, y compris le mode d\u2019emploi et les certificats de garantie, doit être rédigée en français ».Selon le ministère de la justice (du moins de 1981 à 1986, à l\u2019époque où j\u2019étais le président de la Commission de protection de la langue française), seul le rédacteur de ces inscriptions peut être poursuivi et seul le fabricant est présumé responsable de cette rédaction.Or les fabricants qui contreviennent à la loi sont exclusivement, en définitive, des étrangers qui n\u2019ont pas d\u2019actifs au Québec et contre qui un jugement ne pourrait pas être exécuté.Aucune poursuite n\u2019a jamais été intentée en L'ACTION NATIONALE .39 vertu de l\u2019article 5.1.Somme toute, compte tenu de cet article, aucune personne qui distribue, fournit, loue, vend, offre en vente ou détient pour offrir en location ou en vente un produit « incriminé » ne peut être poursuivie.Le gouvernement du Québec, qu\u2019il ait été formé par le Parti libéral ou le Parti québécois, n\u2019a jamais corrigé cette lacune, même s\u2019il connaît bien les remèdes appropriés.Sur cette question de l\u2019étiquetage des produits, la «loi 22» était meilleure que la «loi 101».La loi devrait interdire expressément à quiconque de fabriquer, de distribuer, de louer, de vendre ou autrement disposer des produits dont les inscriptions, les contenants, les emballages et les documents ou objets d\u2019accompagnement ne sont pas en français.En France En France, la loi du 4 août 1994 relative à l\u2019emploi de la langue française renforce le dispositif que la loi du 31 décembre 1975 avait mis en place pour assurer au consommateufMe droit de comprendre ce qui est écrit sur les produits et dans leurs documents d\u2019accompagnement: le montant des amendes a été considérablement relevé; les contrôles sont exercés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, qui peut déposer les dossiers au Parquet en vue de poursuites judiciaires éventuelles; enfin des associations peuvent se porter partie civile et intenter des procès.Sur recommandation de la Délégation générale à la langue française, le Garde des Sceaux et le ministre chargé de la Francophonie ont déjà agréé cinq de ces associations.La Délégation générale à la langue française leur fournit une subvention pour les aider à effectuer leur travail.Plusieurs procès ayant abouti à des condamnations ont eu lieu récemment.Ainsi la France, que l\u2019on a toujours considérée moins combative que le Québec dans la lutte en Le consommateur a le droit de comprendre ce qui est écrit sur les produits.40 \u2022 L'ACTION NATIONALE La France est en réalité en avance dans la protection des droits linguistiques des consommateurs.faveur du français, est en réalité en avance dans la protection des droits linguistiques des consommateurs.Au Québec, non seulement les pouvoirs publics ont-ils renoncé en pratique à l\u2019action judiciaire dans ce domaine, mais depuis le 31 juillet 1974 ils ont retiré ce pouvoir aux citoyens par la Loi sur la langue officielle et la Loi des produits agricoles et des aliments.Auparavant, tout individu pouvait saisir les tribunaux en vertu de cette dernière loi et du Règlement sur les aliments.Les poursuites étaient intentées conformément à la Loi modifiant la Loi des poursuites sommaires.Le Québec aurait intérêt à s\u2019inspirer de l\u2019exemple de la France ! Ceux qui croient, comme René Lévesque en 1977, qu\u2019un Québec souverain ne serait pas obligé de légiférer dans le domaine linguistique devraient réfléchir sur le fait que la France, qui est la quatrième puissance mondiale, se soit sentie obligée de le faire.Dans sa loi du 4 août 1994, la France est allée plus loin que dans celle de 1975, qui portait principalement sur la protection des consommateurs dans le domaine linguistique.Celle de 1994 porte également sur les contrats en général ; les manifestations, colloques ou congrès organisés en France; les publications et les revues; l\u2019enseignement, les examens et les concours ; les émissions et les messages publicitaires des organismes et services de radiodiffusion sonore ou télévisuelle.Elle comporte même une disposition extrêmement importante, qu\u2019on ne trouve malheureusement pas dans la Charte de la langue française.En effet, l\u2019article 20 de la loi française est ainsi libellé : « La présente loi est d\u2019ordre public.Elle s\u2019applique aux contrats conclus postérieurement à son entrée en vigueur.» L\u2019absence d\u2019une disposition semblable constitue la plus grande faiblesse de la loi 101.L'ACTION NATIONALE \u2022 41 Travail en français Le droit fondamental des travailleurs d\u2019exercer leurs activités en français est-il bien protégé par la loi 101 ?Bien entendu, les programmes de francisation ont largement contribué à améliorer la situation dans ce domaine.Dans le cadre d\u2019un article comme celui-ci, il n\u2019est pas possible cependant de porter un jugement circonstancié sur cette question et de faire des recommandations qui exigeraient de longs développements.Quant aux articles 45, 46 et 47 de la loi, qui portent sur les congédiements, les refus d\u2019embauchage ou de promotion fondés sur des raisons injustifiées d\u2019ordre linguistique, ils ne répondent pas vraiment aux besoins existants.La protection qu\u2019ils devraient assurer s\u2019impose d\u2019une façon particulière dans le cas de travailleurs qui ne font pas partie d\u2019un syndicat ou dont l\u2019employeur n\u2019a pas de certificat de francisation.Il faudrait que le droit du travailleur au français soit aussi bien défini et aussi bien protégé que le droit au salaire minimum.Enfin, il faut cesser de croire que le but visé par le législateur, qui est de faire du français la langue de l\u2019État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires, se réalisera uniquement par la voie de la persuasion.Va-t-on un jour arrêter de se conduire comme si on allait provoquer la colère des dieux et comme si le ciel allait tomber sur la tête des Québécois, du seul fait que le gouvernement « oserait recourir à l\u2019action judiciaire pour se faire respecter?Il importe à cet effet de remettre sur pied la Commission de protection de la langue française, qui a été abolie en décembre 1993 par le gouvernement libéral.L\u2019Office de la langue française, qui a hérité du mandat de cette commission, ne peut pas jouer efficacement deux rôles incompatibles, c\u2019est-à-dire celui de partenaire des Il faudrait que le droit du travailleur au français soit aussi bien défini et aussi bien protégé que le droit au salaire minimum.42 \u2022 L'ACTION NATIONALE entreprises et celui d\u2019enquêteur chargé des questions se rapportant au défaut de respect de la loi.Dans le présent article, je n\u2019ai fait que traiter rapidement certains aspects de la loi 101.Il y aurait une foule d\u2019autres lacunes à signaler et une foule d\u2019autres suggestions à faire pour améliorer la situation.Je l\u2019ai déjà fait longuement et à plusieurs reprises, notamment dans certains journaux et dans les rapports annuels de la Commission de protection de la langue française pour les exercices financiers de 1983-1984 à 1985-1986.Je serais bien content si les circonstances ne m\u2019obligeaient pas à y revenir sans cesse.?L'ACTION NATIONALE .43 L\u2019incompétence de monsieur Jean Chrétien a de quoi inquiéter les investisseurs A force de critiquer le Premier ministre Jean Chrétien à cause de ses positions constitutionnelles, on peut venir à omettre d\u2019évaluer ses déclarations du strict point de vue de la compétence politique.Or, sa récente intervention publique à propos du développement économique de Montréal et de l\u2019opportunité de désigner un superministre fédéral pour la métropole révèle des faiblesses époustouflantes quant à sa capacité de comprendre l\u2019économie canadienne et d\u2019exercer son propre rôle de responsable politique.Selon M.Chrétien, «ce n\u2019est pas le gouvernement qui va résoudre les problèmes de Montréal, qui sont liés à la très grande nervosité des investisseurs» face à l\u2019incertitude politique causée par le projet souverainiste1.Du même élan, l\u2019ancien ministre des Finances du Canada attribuait la piètre performance de Mirabel au fait que le gouvernement du Québec n\u2019a jamais complété l\u2019autoroute 13 devant relier Mirabel à Dorval.Louis Roy 1.Le Devoir, 10-11 février 1996, p.A-3; La Presse, 10 février, p.A-3.44 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les causes du déclin Le début du déclin de Montréal par rapport à Toronto date de l\u2019après-guerre.Obnubilé par sa lutte féroce contre les séparatistes, M.Chrétien oublie que le début du déclin de Montréal par rapport à Toronto date de l\u2019après-guerre et que, dès la fin des années cinquante, la capitale ontarienne détrônait Montréal en tant que métropole financière du Canada.Le déplacement vers l\u2019ouest de l\u2019économie canadienne s\u2019accélérera au cours des années soixante du fait de décisions stratégiques du gouvernement fédéral en matière de développement économique et d\u2019infrastructure de transport.En plus de la construction de la Voie du Saint-Laurent, dont l\u2019ouverture en 1959 a permis au transport maritime de ne plus s\u2019arrêter à Montréal, Ottawa a privilégié l\u2019Ontario par l\u2019imposition, en 1961, de la ligne Borden séparant le Québec du reste du Canada en matière de livraison de pétrole et défavorisant l\u2019industrie pétrochimique de l\u2019Est de Montréal au point d\u2019entraîner la fermeture de la presque totalité des raffineries au début des années 80, au bénéfice de Samia, en Ontario.Signé en 1965, le Pacte de l\u2019auto favorisera également la concentration de l\u2019industrie automobile canadienne en Ontario, au point que Alain Dubuc, éditorialiste de La Presse, affirmera à son sujet, le 22 novembre 1986: «Mais c\u2019est un marché de dupes.Dans ce jeu de partage industriel entre les deux provinces, le Québec s\u2019est carrément fait avoir et a perdu des dizaines de milliers d\u2019emplois».Le déclin relatif de Montréal ne commence donc pas avec le mouvement souverainiste.Plutôt qu\u2019une cause du déclin de Montréal, le séparatisme apparaît comme une réaction aux politiques économiques du gouvernement fédéral favorisant le développement de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest du Canada au détriment du Québec et affaiblissant Montréal en tant que métropole canadienne.Ce n\u2019est pas par hasard si le Parti québécois a fait élire ses premiers députés dans l\u2019Est de Montréal.L'ACTION NATIONALE \u2022 45 Les souverainistes ont été légitimement et démocratiquement portés au pouvoir afin de poursuivre les efforts d\u2019émancipation du Québec face à des décisions fédérales qui ne concédaient plus d\u2019autres avantages au peuple québécois au sein du Canada que ceux liés à la péréquation et aux prestations de chômage.La «nervosité» des investisseurs, que le Premier ministre canadien ne cesse d\u2019alimenter par des déclarations irréfléchies sur la partition du Québec, tient beaucoup plus au déclin accéléré de Montréal et surtout à la perte de son statut de métropole du Canada.Etre la métropole d\u2019un pays qui contrôle pleinement ses ressources et ses politiques économiques est la meilleure façon d\u2019attirer les sièges sociaux des grandes entreprises et d\u2019influencer leurs décisions d\u2019investissement.Les sièges sociaux qui ont quitté Montréal pour Toronto recherchaient d\u2019abord la proximité des pouvoirs politiques et financiers qui façonnent le développement.C\u2019est pourquoi ils se sont déplacés au rythme même de la concentration du pouvoir au niveau fédéral, de ses décisions en faveur de sa nouvelle métropole et de ses politiques économiques défavorisant le Québec.Des faits têtus Il y a de quoi s\u2019inquiéter quand l\u2019industrie aéronautique voit le gouvernement fédéral revenir sur sa décision d\u2019acquérir une nouvelle flotte d\u2019hélicoptères au détriment des entreprises montréalaises qui avaient décroché une part significative de ce contrat.Il y a de quoi s\u2019inquiéter lorsque l\u2019obtention du contrat d\u2019entretien des CF-18 soulève un tollé dans l\u2019Ouest canadien et que la valeur de ce contrat ne cesse de diminuer d\u2019année en année.Il y a de quoi s\u2019inquiéter lorsque le choix de Montréal pour le siège de la Commission de l\u2019environnement de l\u2019ALÉNA provoque une nouvelle montée aux barricades où certains se sont Être la métropole d\u2019un pays qui contrôle pleinement ses ressources et ses politiques économiques est la meilleure façon d\u2019attirer les sièges sociaux des grandes entreprises.46 \u2022 L'ACTION NATIONALE permis d\u2019attaquer les réalisations québécoises en matière d\u2019environnement et d\u2019épuration des eaux.Il y a de quoi s\u2019inquiéter lorsque le gouvernement fédéral ne se résout à accorder un statut de Centre bancaire international à Montréal qu\u2019à la condition d\u2019accorder le même statut à Vancouver et d\u2019en restreindre les avantages afin de ne pas s\u2019attirer les foudres de Toronto.L\u2019industrie pharmaceutique peut s\u2019inquiéter avec raison de la lutte que le Caucus ontarien du Parti libéral du Canada mène contre la protection des brevets afin de favoriser les produits génériques de l\u2019Ontario.Après avoir investi des centaines de millions dans la région montréalaise, les grandes entreprises pharmaceutiques voient venir avec inquiétude la révision de la loi C-22, que le Parlement fédéral a reportée à l\u2019année 1997, de crainte d\u2019affronter le Québec au cours de la période référendaire.M.Chrétien attribue la contre-performance de Mirabel à l\u2019absence d\u2019un lien autoroutier supplémentaire.Il y a de quoi s\u2019inquiéter lorsqu\u2019Ottawa favorise à outrance Canadian Airlines, implanté dans l\u2019Ouest, au détriment d\u2019Air Canada, malgré l\u2019évidente intégration de ce fleuron de l\u2019industrie de Winnipeg au sein du géant American Airlines et de ses conséquences tout à fait prévisibles sur les emplois canadiens.Il y a eu de quoi s\u2019inquiéter quand, peu de temps après l\u2019ouverture de Mirabel, Transports Canada a commencé à autoriser de plus en plus de vols internationaux à Toronto, puis abandonné, en 1986, l\u2019obligation faite aux compagnies aériennes étrangères de desservir Mirabel pour obtenir un droit d\u2019atterrissage à Toronto, puis encore lorsqu\u2019Ottawa a soutenu le développement de l\u2019aéroport de Pearson, encore à Toronto, tout en maintenant le système bi-aéroportuaire de Montréal, déjà reconnu pour son inefficacité.Les compagnies aériennes ont encore de quoi être nerveuses devant la méconnaissance de l\u2019industrie du transport aérien dont M.Chrétien fait la démonstration lorsqu\u2019il attribue la contre-performance de Mirabel à l\u2019absence d\u2019un lien L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 autoroutier supplémentaire dédié quasi exclusivement à cet aéroport, ajoutant du même souffle que le gouvernement fédéral, responsable des autorisations d\u2019atterrissage des vols aériens, n\u2019a plus rien à faire pour corriger ses propres erreurs stratégiques dans le développement du système aéroportuaire canadien.Que penser d\u2019un Premier ministre qui ne sait pas encore que son gouvernement est responsable des négociations internationales portant sur les droits d\u2019atterrissage?Comment peut-il ignorer que c\u2019est son propre ministère qui impose à ADM, la corporation des Aéroports de Montréal, l\u2019obligation de maintenir l\u2019exclusivité des vocations entre Mirabel et Dorval ?Car cette obligation constitue la principale clause du bail par lequel Transport Canada a accepté la dévolution de la gestion des aéroports à ADM.Par cette clause, les vols internationaux n\u2019ont le droit d\u2019atterrir qu\u2019à Mirabel et les vols transfrontaliers vers les autres villes du continent nord-américain ne peuvent décoller que de Dorval.Tout le problème des correspondances entre les vols internationaux et les vols transfrontaliers tient à cette clause, que ADM a été forcé d\u2019accepter et de maintenir malgré toutes les pressions des compagnies aériennes, dont Air Canada, à cause, d\u2019une part, des résistances des villes de la banlieue nord de Montréal, et d\u2019autre part, mais principalement, à cause des coûts impliqués par la fermeture de l\u2019une ou l\u2019autre des aérogares.Comment se fait-il que ce Premier ministre, disant qu\u2019il ne «pleurera pas » sur la fermeture de l\u2019une des aérogares, invite les autorités politiques (dont il ne croit pas faire partie) à prendre les décisions appropriées, sans dire que, selon le rapport d\u2019ADM de 1993, des investissements de 650$ à 800$ millions (accès des passagers à l\u2019aérogare, traitement des bagages, aire de stationnement 48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Quelqu\u2019un pourrait-il dire à M.Chrétien que le peuple élit des politiciens justement pour diriger les bureaucrates.des avions, centres d\u2019entretien, mise en veilleuse de Mirabel, etc) seront nécessaires pour que Dor-val devienne capable de recevoir tous les vols actuels (plus de 9 millions de passagers) et tous ceux espérés pour l\u2019avenir?Considère-t-il que Montréal ne fait déjà plus partie du Canada, qu\u2019il n\u2019en est plus responsable et que le fédéral ne contribuera pas à la nécessaire relance du système aéroportuaire montréalais?Ne pleurera-t-il pas sur les milliards gaspillés advenant la fermeture de l\u2019éléphant blanc dont il a lui-même voté la construction du temps où il était ministre du gouvernement de son mentor, M.Pierre E.Trudeau?La politique des bureaucrates Si M.Chrétien ne sait pas comment fonctionne l\u2019industrie du transport aérien, au moins pourrait-il s\u2019informer du mode de fonctionnement d\u2019un gouvernement démocratique.Il est clair qu\u2019il en ignore certains principes fondamentaux lorsqu\u2019il justifie son refus de désigner un superministre pour Montréal en déclarant qu\u2019il n\u2019y a pas lieu «de changer la structure d\u2019un gouvernement pour des choses comme celles-là parce que ça peut créer tout simplement un nouveau groupe de bureaucrates».Quelqu\u2019un pourrait-il dire à M.Chrétien que le peuple élit des politiciens justement pour diriger les bureaucrates, et non pas pour semer l\u2019inquiétude chez les investisseurs par des déclarations d\u2019incapacité et d\u2019incompétence.Le mépris de la population envers les politiciens vient justement de cette perception, ici validée, que les élections ne servent à rien, que les politiciens ne sont que des paravents occultant le pouvoir des mandarins sur la chose publique, que les politiciens sont généralement incompétents et que, tant qu\u2019à ne pas être dirigés par des personnes élues démocratiquement, il vaudrait mieux privatiser tous les ministres et renvoyer politiciens et bureaucrates dans le secteur privé, sans pension de luxe.L'ACTION NATIONALE \u2022 49 Si M.Chrétien ne se sent pas capable de diriger ses bureaucrates ni de proposer autre chose que « de faire de son mieux avec les programmes actuels», peut-être devrait-il songer à céder sa place à quelqu\u2019un d\u2019autre.M.Paul Martin, bien que je sois tout à fait en désaccord avec ses orientations en matière de programmes sociaux, a au moins les apparences d\u2019une plus grande compétence.Par ailleurs, le Canada anglais pourrait en profiter pour se donner des représentants légitimes.Il commence à être gênant de voir la politique canadienne dominée par des personnalités politiques originant du Québec et cherchant à faire oublier ces origines par des déclarations intempestives et des menaces irréfléchies dont toute la population québécoise fera nécessairement les frais au plan économique.Conclusion Car enfin, la communauté anglophone de Montréal a souffert elle aussi du déclin de la métropole montréalaise au profit de Toronto.Toutes les entreprises montréalaises et québécoises ont écopé des décisions défavorables à Montréal et de la stagnation relative de l\u2019ex-métropole du Canada, pas seulement les entreprises de la garde montante francophone.Il ne sert à rien, pour la communauté montréalaise, de se faire accroire que tout le problème vient de la loi 101.Le départ d\u2019une partie importante de la communauté anglophone et des communautés allophones, notamment les jeunes, est causé essentiellement par des facteurs économiques et sociaux : faiblesse de la création d\u2019emplois, affaiblissement relatif de la compétitivité des entreprises, faibles espoirs de promotion sociale dans une métropole devenue grosse ville régionale, perception que Montréal n\u2019est plus là où ça se passe.Face à ces problèmes, M.Chrétien déclare que «ce n\u2019est pas au gouvernement fédéral de les Il ne sert à rien de se faire accroire que tout le problème vient de la loi 101.50 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE résoudre».Autant dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019espoir pour Montréal de ce côté-là de l\u2019Outaouais.Au moins le peuple québécois, dans son ensemble, peut-il espérer que le gouvernement de M.Bouchard, doté d\u2019un ministre de la Métropole aussi compétent que M.Ménard, assumera pleinement sa responsabilité nationale de faire de Montréal la métropole du Québec, le moteur de son économie, le théâtre de sa créativité culturelle, le laboratoire de ses innovations, le cœur de son réseau de libre échange commercial, son principal lieu de formation et d\u2019emploi, sa grande ville pluraliste et francophone, sa passerelle vers le monde.et la plaque tournante de son système aéroportuaire.?L'ACTION NATIONALE .51 L\u2019entraide, un caractère distinct de la société québécoise La société québécoise a connu une évolution de la notion d\u2019entraide qui l\u2019a conduite de la charité à la sécurité du revenu en passant par l\u2019assistance publique, le secours direct et l\u2019aide sociale.En cours de route, elle a vu le rôle de l\u2019État augmenter progressivement et la relation d\u2019aide se transfo-mer et se professionnaliser.Un bref retour en arrière permet de mieux saisir cette évolution et de comprendre pourquoi l\u2019entraide se présente aujourd\u2019hui comme un trait distinctif de notre société.Yvon Leclerc* La famille et la paroisse Du début de la colonie jusqu\u2019au début du XXe siècle, l\u2019assistance aux personnes a toujours relevé de la famille et de la paroisse.Elle repose sur des traditions et des coutumes inspirées de la doctrine sociale de l\u2019Église et non sur des lois de la société civile.Selon cette doctrine, l\u2019assistance aux infortunés de la vie élève à la dignité d\u2019un acte religieux ce qui accorde au geste une grande valeur spirituelle.Dès son arrivée au pays, par exemple, Mgr de Laval met sur pied dans chaque paroisse, un comité des pauvres formé de bénévoles laïcs sous la présidence du curé.C\u2019est ainsi que chaque famille, chaque seigneurie, et même chaque bourg considérait de son devoir de pourvoir à l\u2019entretien de ses * Conseiller au ministère des Affaires municipales.52 \u2022 L'ACTION NATIONALE Cet usage, fondé sur l\u2019entraide et la solidarité produit un sentiment d\u2019indépendance et de fierté qui a longtemps été la caractéristique de cette société.infirmes et de ses pauvres.Définie comme un devoir primordial et sacré de l\u2019individu et de la famille, l\u2019acceptation de cette responsabilité se traduisait par la présence au foyer familial de membres de plusieurs générations, vieillards et proches parents, infirmes et orphe-1 ins.Parfois même, on allait jusqu \u2019 à donner le gîte et le couvert à des étrangers complètement démunis.1 Cet usage, fondé sur l\u2019entraide et la solidarité produit, dans le Québec rural des XVII, xvill et XIXe siècles, un sentiment d\u2019indépendance et de fierté qui a longtemps été la caractéristique de cette société.Ce sentiment se fonde sur le droit civil français - rétabli en 1774 - qui définit les droits et les devoirs de la famille envers ses proches.Ce code attribue même, en vertu de la loi, la responsabilité entre les membres d\u2019une famille, sur une ou plusieurs générations.Il influence également les initiatives sociales en matière d\u2019assistance, elles-mêmes inspirées par l\u2019Église.Dans une étude préparée en 1939, Esdras Minville soutient que le climat qui découle de ces pratiques a influencé les modes ultérieurs d\u2019organisation de l\u2019assistance sociale au Québec.Si l\u2019on veut s\u2019expliquer la physionomie particulière du régime social dans la province de Québec, il faut dégager deux notions absolument capitales dans l\u2019enseignement catholique : celles de justice sociale et de charité, car le caractère et le régime des œuvres sociales sont ici l\u2019expression concrète d\u2019une doctrine et non le fait d\u2019une simple évolution historique.2 1.\tRapport du Comité d\u2019étude sur l\u2019assistance publique (rapport Boucher) instituée en 1961 et dont le rapport a été déposé en juin 1963.(Autres commissaires : Claude Morin et Marcel Bélanger) Québec, 1963, p.28.2.\tMinville, Esdras.La législation ouvrière et le régime social dans la province de Québec, étude préparée pour la Commission royale des relations entre le Dominion et les provinces, (Rowell-Sirois) appendice 5, p.45, Ottawa, 1939.Cité dans le rapport Boucher, p.28.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 53 Les premiers subsides Ce qui n\u2019empêche pas les gouvernements coloniaux de soutenir, à l\u2019aide de subsides, les comités paroissiaux d\u2019assistance ainsi que les institutions religieuses qui accueillent des enfants «trouvés», des personnes «dérangées dans leur esprit» ou des infirmes.Le gouvernement constitutionnel versera même des subsides à une association, la Société bienveillante de Québec, fondée en 1789, pour accorder de l\u2019aide à domicile.Mais c\u2019est à titre supplétif et de façon bien timide qu\u2019il agit ainsi; il faudra attendre la moitié du XIXe siècle, pour voir le gouvernement étendre sa politique de subsides aux municipalités et ce n\u2019est qu\u2019au début du XXe qu\u2019il se dotera du cadre législatif nécessaire pour soutenir plus systématiquement l\u2019assistance sociale.Il faut se rappeler que l\u2019élargissement du rôle de l\u2019État, en ce début de XXe siècle, fait suite aux mutations sociales et économiques qui ont eu cours durant les décennies précédentes : explosion démographique et industrialisation, première guerre mondiale, urbanisation rapide et transformations des modes de production, etc.Apparaissent alors des problèmes de délinquance, de chômage, d\u2019éclatement des familles et de déracinement des personnes.L\u2019organisation sociale fondée sur la famille se maintient en milieu rural alors que la vie urbaine, débordée par l\u2019ampleur de ces mutations sociales, exige un mode d\u2019intervention mieux adapté à ces nouvelles réalités.Voilà pourquoi le gouvernement du Québec adopte, en 1921, la Loi de l\u2019assistance publique qui cherche à systématiser le soutien gouvernemental aux institutions de bienfaisance.Première intervention structurée de l\u2019État dans le domaine du bien-être, cette loi signifie la fin du régime de subventions aléatoires en vigueur depuis le régime français et lui substitue une formule de financement L\u2019élargissement du rôle de l\u2019État, en ce début de XXe siècle, fait suite aux mutations sociales et économiques.54 \u2022 L'ACTION NATIONALE À compter de cette époque, la notion d\u2019assistance sociale sera liée de plus en plus au travail et à l\u2019emploi.statutaire et tripartite des institutions où le gouvernement, les municipalités et les établissements contribuent pour un tiers chacun.C\u2019est la taxe dite «le sou du pauvre».La conception de cette loi s\u2019inspire de la pensée sociale de l\u2019Église (Quadra-segimo Anno) et met l\u2019accent sur la responsabilité privée, tant celle des familles que des paroisses et des associations confessionnelles.La crise Peu de temps après, cette formule de financement se heurte à la crise économique de 1929.D\u2019abord, la répartition des dépenses ne correspond à la capacité financière ni des petites municipalités ne disposant pas du personnel requis, ni des établissements hospitaliers urbains débordés par l\u2019accueil des indigents provenant des municipalités rurales environnantes.Ensuite, la montée de l\u2019indigence et les longues files d\u2019attente des chômeurs démontrent l\u2019importance d\u2019ajouter à l\u2019aide financière aux institutions celle de l\u2019aide directe aux personnes.On constate enfin que la charité privée ne suffit plus à prendre charge des problèmes créés par un régime économique sur lequel elle n'exerce aucun contrôle.« On accepte désormais que /\u2019 indigence ne soit plus imputée uniquement à des facteurs personnels mais à des facteurs économiques et urbains et que sa solution relevait des pouvoirs publics.»3 A compter de cette époque, la notion d\u2019assistance sociale sera liée de plus en plus au travail et à l\u2019emploi.Pour étudier cette nouvelle situation, le gouvernement met sur pied, en 1930, la Commission des assurances sociales du Québec (Commission 3.Poulin, Gonzalve.L'assistance sociale dans la province de Québec, 1608-1951.Annexe II du Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels (commission Tremblay) Québec, Éditeur officiel, 1955, p.76.L'ACTION NATIONALE \u2022 55 Montpetit) qui remet son rapport final en 1933.Les recommandations des sept volumes, malgré leur pertinence, ne sont que partiellement suivies car la mentalité de l\u2019époque est encore réfractaire à l\u2019intervention de l\u2019État dans le domaine social.Parmi celles qui sont retenues, on trouve l\u2019assistance à domicile dispensée par les agences sociales diocésaines qui sont progressivement reconnues (et financées) comme institutions «sans murs» d\u2019assistance publique.En 1937, le législateur québécois adopte une loi prévoyant le versement d\u2019allocations aux mères nécessiteuses dans le cadre plus global d\u2019une politique de la jeunesse.Et surtout, le temps mis à sortir de la crise fait évoluer les mentalités.Le taux de chômage élevé, l\u2019urbanisation croissante, l\u2019effritement des solidarités familiales traditionnelles font apparaître une nouvelle notion de l\u2019assistance publique.L\u2019Église conserve un rôle majeur mais accorde à l\u2019État une place de choix qui se traduit, en 1936, par la création du Département québécois de la Santé et du Bien-être social qui regroupe l\u2019assistance publique avec les services de santé pour assurer une meilleure coordination de son action.Pendant ce temps, le gouvernement fédéral ne reste pas inactif.Déjà, en 1919, il crée un ministère de la Santé pour prendre la responsabilité de domaines comme la quarantaine et l\u2019inspection des immigrants, certains hôpitaux, etc, mais en faisant l\u2019impossible pour se ménager la collaboration des provinces et en soulignant le caractère exceptionnel de son intervention.En 1927, il institue un programme conjoint de pension pour les personnes de 70 ans et plus qu\u2019il amendera, en 1937, pour y ajouter une allocation aux aveugles.L\u2019Église conserve un rôle majeur mais accorde à l\u2019Etat une place de choix qui se traduit, en 1936, par la création du Département québécois de la Santé et du Bien-être social.L\u2019assurance-chômage Il aura fallu attendre la deuxième guerre pour que l\u2019un des deux gouvernements se décide à 56 \u2022 L'ACTION NATIONALE C\u2019est la première fois, en effet, qu\u2019on retient le principe d\u2019une aide financière sans qu\u2019il y ait déficience naturelle ou indigence déclarée.intervenir pour soutenir les sans emploi autrement qu\u2019en les dirigeant vers les mesures destinées aux indigents.Et c\u2019est Ottawa qui en prit l\u2019initiative car Québec vit encore des contradictions internes qui l\u2019incitent à n\u2019envisager l\u2019intervention de l\u2019État qu\u2019avec la plus grande réserve.Preuve en est que le gouvernement du Québec n\u2019adhère à la loi de l\u2019Assurance-chômage qu\u2019en 1951, dix ans après son adoption aux Communes.Cette loi traduit une nouvelle philosophie en matière d\u2019intervention sociale.C\u2019est la première fois, en effet, qu\u2019on retient le principe d\u2019une aide financière sans qu\u2019il y ait déficience naturelle ou indigence déclarée.On voit ainsi apparaître la notion de sécurité des individus comme un droit social mais sous la forme d\u2019une assurance plutôt que sous celle de l\u2019assistance.Ce n\u2019est pas un hasard si la loi sur l\u2019assurance-chômage est votée à la période de relance industrielle qui suit l'effort de guerre.L'assurance est vue comme une mesure préventive contre les risques d\u2019une perte d\u2019emploi si une nouvelle crise économique devait surgir.Et une telle philosophie d\u2019intervention se développe en période de prospérité.En fait, ces idées sont largement inspirées du rapport Marsh publié en 1943 et reflètent les courants de pensée de l\u2019époque.On suggère de nouvelles façons d\u2019harmoni-ser le développement économique et le développement social.On délaisse la notion de bien-être social pour se tourner vers la sécurité sociale.Quelques années plus tard, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations-Unies viendra confirmer la légitimité de ces orientations.L'adoption de la loi sur l\u2019Assurance-chômage a forcé Ottawa à recourir à un amendement constitutionnel pour intervenir dans une compétence jusque là réservée aux provinces.S\u2019engouffrant dans cette brèche, Ottawa présente un projet de loi L'ACTION NATIONALE .57 sur l\u2019assurance-santé, en 1943, et crée un ministère de la Santé et du Bien-être social, en 1944.Or, toutes ces dispositions sont prises avec en toile de fond le rapport Rowell-Sirois (1940) qui propose un net renforcement du rôle du gouvernement central déjà augmenté au nom de l\u2019effort de guerre.Faut-il rappeler que cette tendance a provoqué une réaction de défense du gouvernement du Québec, attitude qui l\u2019a conduit à refuser sa collaboration à plusieurs projets à financement conjoint.Très conservateur et coincé par sa réserve traditionnelle à l\u2019égard de l\u2019intervention de l\u2019État, le gouvernement du Québec de cette époque subit les initiatives d\u2019Ottawa dans le domaine social et se montre réticent à en partager les coûts.Il en découle un embrouillamini de compétences constitutionnelles qui ne cesse de se raffiner depuis.Le Québec du début des années soixante offre un grand nombre de services et programmes sociaux mais leur administration se pratique sans caractère d\u2019ensemble malgré l\u2019avis en ce sens formulé par le rapport de la commission Tremblay (1955).Tel sera le défi des années soixante.Le rapport Boucher Les années soixante se présentent comme un vaste chantier où tout est remis en question : éducation, richesses naturelles, développement économique et, bien sûr, les politiques sociales.Quelques commissions d\u2019études ou d\u2019enquêtes proposent des mesures concernant la famille, les centres hospitaliers et les allocations familiales.Mais c\u2019est le rapport de la Commission d\u2019étude sur l\u2019assistance publique, publié en 1963, qui inspirera le plus les décisions prises durant cette décennie.Les 71 recommandations qu\u2019il contient se présentent comme une nouvelle stratégie en matière de bien-être qui substitue la notion de justice sociale aux principes de la charité publique.«A l\u2019habitude de considérer le bien-être social Les années soixante se présentent comme un vaste chantier où tout est remis en question.58 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le rapport Boucher suggère de considérer le bien-être comme faisant corps avec la croissance économique et le progrès social.comme un monde en soi sans lien avec les autres ministères et le secteur privé, le rapport Boucher suggère de considérer le bien-être comme faisant corps avec la croissance économique et le progrès social.»4 Et pour réaliser ce mandat, le rapport Boucher recommande au gouvernement du Québec de «poursuivre et intensifier ses efforts pour que le gouvernement du Canada se retire des programmes conjoints d\u2019assistance sociale et compense, par un élargissement du champ de taxation, les charges accrues qui en découleraient.»5 Cette recommandation du rapport Boucher ne fait que reprendre l\u2019orientation fondamentale qui soutient toute la Révolution tranquille : dans tous les secteurs, l\u2019État du Québec doit jouer un rôle moteur et préférer les programmes qu\u2019il contrôle entièrement aux programmes à frais partagés avec le gouvernement fédéral.Paradoxalement, c\u2019est le rapport Boucher qui est à l\u2019origine du Régime d\u2019assistance publique du Canada adopté en 1966, à Ottawa.Le mot-clé de cette époque est : politique globale ou intégrée.Voilà qui paraît incompatible avec une responsabilité administrative partagée et avec un grand nombre de lois et de programmes sans coordination entre eux.En 1969, le gouvernement donne suite aux recommandations 9, 10 et 11 du rapport qui proposent d\u2019assurer une meilleure cohésion administrative des programmes d\u2019assistance en adoptant la Loi sur l\u2019aide sociale, en 1969, qui intègre ces programmes, les rend universels, en centralise l\u2019administration sauf pour la ville de Montréal.Pour la première fois 4.\tMongeau, Serge.Évolution de l'assistance au Québec, Montréal, Éditions du Jour, 1967, p.98.5.\tRapport du Comité d\u2019étude sur l\u2019assistance publique (rapport Boucher), Québec, juin 1963, p.216.L'ACTION NATIONALE .59 dans l\u2019histoire de l\u2019assistance au Québec, le législateur établissait le droit à l\u2019assistance pour toute personne en besoin, quelle que soit la nature du besoin, (recommandation 7) René Lévesque Affirmant au journal Le Devoir du 30 novembre 1965, que le rapport Boucher était sa bible, le ministre de la Famille et du Bien-être social, René Lévesque, déclarait à la conférence fédérale-provinciale sur la pauvreté du 7 au 10 décembre 1965 : «Notre objectif devrait donc être de nous attaquer à la fois aux conséquences de la pauvreté, peu importe comment elle est définie, et à toutes ses causes.De cette façon, nous conjuguerions efficacement les mesures à courte, à moyenne et à longue portées.C\u2019 est la perspective dans laquelle le Québec se situe.»6 Il faudra cependant attendre le rapport de la Commission d\u2019enquête sur la santé et le bien-être social (commission Castonguay) pour proposer des liens avec d\u2019autres missions gouvernementales et envisager une politique d\u2019ensemble.Instituée en 1966, cette commission publie, jusqu\u2019en 1972, vingt-huit études qui vont inspirer les gouvernements successifs des vingt années subséquentes.Ses recommandations conduisent à la création du ministère des Affaires sociales qui regroupe les secteurs de la santé, des services sociaux, de la famille et du bien-être social.Désormais, le ministère devient l\u2019instigateur, l\u2019organisateur, le coordonnateur, le gestionnaire et l\u2019évaluateur de l\u2019ensemble des programmes placés sous sa responsabilité.Il déborde même sa compétence administrative ministérielle pour établir une René Lévesque déclarait : «Notre objectif devrait donc être de nous attaquer à la fois aux conséquences de la pauvreté et à toutes ses causes.» 6.Lévesque, René.Conférence fédérale-provinciale sur la pauvreté, 7 au 10 décembre 1965, pp.26-27.60 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019inactivité apparaît comme la cause principale de la désespérance vécue par le grand nombre de personnes sans emploi.meilleure cohésion avec d\u2019autres domaines comme par exemple, l\u2019harmonisation des barèmes de l\u2019assistance avec le taux du salaire minimum, avec le régime des allocations familiales et avec les coûts du logement.Plus tard, en 1979, Québec instaurera le premier régime de supplément de revenu de travail au Canada, le SUPRET, afin d\u2019inciter les personnes à salaires modiques à maintenir leur emploi, créant ainsi une distance entre le revenu gagné et le revenu d\u2019assistance.Toutefois, le regroupement des différents secteurs ne produit pas tous les résultats attendus.Il crée une bureaucratie considérable et ne parvient pas à diminuer les coûts de système, même si, hors de tout doute, la santé et le bien-être de la population se soient améliorés.Le problème se situe ailleurs, au niveau des déterminants de la santé et du bien-être.Les nouvelles technologies, les changements dans les pratiques commerciales internationales, la délocalisation de la production, autant de facteurs qui bouleversent le marché du travail et qui rendent de plus en plus difficile l\u2019accès à l\u2019emploi.L\u2019exclusion grandit et crée des problèmes de santé et de comportement social pendant que la misère se localise dans les centres urbains et dans les arrière-pays.Aujourd\u2019hui comme à l\u2019époque de la Grande dépression, l\u2019inactivité apparaît comme la cause principale de la désespérance vécue par le grand nombre de personnes sans emploi.Il faut sans doute y voir la raison qui conduit le gouvernement, dès 1978, à détacher la Direction générale de l\u2019aide sociale du ministère des Affaires sociales et à l\u2019intégrer au ministère de la Main-d\u2019œuvre.L\u2019aide sociale devenant progressivement de l\u2019assistance-chômage, il était devenu logique de l\u2019intégrer aux politiques de main-d\u2019œuvre.Mais là encore, on rencontre des problèmes d\u2019arrimage avec les programmes fédéraux.Le L'ACTION NATIONALE .6l gouvernement du Québec a toujours éprouvé beaucoup de réticences à reconnaître l\u2019action du gouvernement fédéral dans le champ de la main-d\u2019œuvre.Depuis le rapport Boucher, les gouvernements successifs ont tous réclamé le retrait du gouvernement fédéral des programmes de développement de la main-d\u2019œuvre.Les années quatre-vingts La crise économique qui secoue le début des années quatre-vingts a des conséquences importantes sur le marché de l\u2019emploi.Cependant, la hausse de la clientèle de l\u2019aide sociale qui accompagne cette crise n\u2019est pas entièrement attribuable à des causes économiques.Par exemple, alors que le taux du salaire minimum est gelé de 1981 à 1984, les prestations d\u2019aide sociale continuent d\u2019être pleinement indexées, trimestriellement, ce qui conduit, entre autres, le ministre des finances de l\u2019époque, monsieur Jacques Parizeau, à proposer un Livre blanc sur la fiscalité qui contenait en germe plusieurs dispositions que l\u2019on retrouvera plus tard dans la réforme de la sécurité du revenu qui entrera en vigueur le 1er août 1989.Depuis le rapport Boucher, les gouvernements successifs ont tous réclamé le retrait du gouvernement fédéral des programmes de développement de la main-d\u2019 œuvre.La réforme Paradis-Bourbeau En plus d\u2019établir la parité des barèmes entre les 18-30 ans et leurs aînés, cette réforme vise trois objectifs.Elle favorise l\u2019incitation et le maintien au travail des familles à faibles revenus par un programme d\u2019aide aux parents pour leurs revenus de travail (APPORT).Elle favorise la réintégration au marché du travail des personnes aptes à le faire par la formation et leur participation au programme d\u2019actions positives pour le travail et l\u2019emploi (APTE).Et enfin, elle instaure un programme de soutien financier plus généreux pour les personnes dites non employables.Les intentions de la réforme se heurtent très tôt à des difficultés provenant, entre autres, de la surestimation de la capacité 62 .L'ACTION NATIONALE du marché de l\u2019emploi à intégrer tous les bénéficiaires disponibles.Il est important de rappeler que ces difficultés avaient été prévues par les organismes communautaires qui se sont fait entendre à l\u2019occasion de la discussion de la loi 37 en commission parlementaire.Nombreux et bien documentés, ces organismes avaient prévenu le gouvernement de l\u2019illusion de sa démarche et prévu une correction majeure à courte échéance s\u2019il persistait dans son intention.Une clientèle en mutation Progressivement, depuis les années soixante-dix, le régime s\u2019est engorgé.Les réformes successives des vingt dernières années n\u2019ont pu éviter des changements importants dans la clientèle de l\u2019aide sociale.Le plus grand concerne sans doute la nature même de la clientèle qui provoque une redéfinition du programme lui-même.On se rappelle qu\u2019à compter de la Grande dépression, le « secours direct » commence à se définir en fonction de la perte d\u2019emploi.A partir de 1941, le régime de l\u2019assurance-chômage prend à son compte la clientèle des personnes sans emploi et ce, durant toute la période des Trente glorieuses, soit les 30 ans qui ont suivi la deuxième guerre mondiale.Progressivement, depuis les années soixante-dix, le régime s\u2019est engorgé.Qu\u2019on en juge.En mars 1971, un peu plus d\u2019un an après l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019aide sociale, on compte 523 800 personnes bénéficiaires du programme dont 76 300 ménages dont le chef est considéré apte au travail et 133 200 dont le chef est considéré inapte à travailler.En mars 1987, au moment où le gouvernement amorce les travaux devant conduire à l\u2019adoption de la loi sur la Sécurité du revenu, le Québec compte 649 600 personnes à l\u2019aide sociale; soit 286 622 ménages dont le chef est jugé apte au travail et 103 700 dont le chef ne L'ACTION NATIONALE .63 l\u2019est pas.On note qu\u2019entre 1971 et 1987, le nombre de ménages s\u2019accroît beaucoup plus rapidement que le nombre total de personnes inscrites à l\u2019aide ce qui montre bien les modifications de la composition des ménages.À travers cette augmentation de la clientèle, on constate - et les chiffres de 1995 le confirment - une relative stabilité du nombre de ménages dirigés par une personne jugée inapte, ce qui est logique puisque leur proportion demeure stable dans l\u2019ensemble de la population.Par ailleurs, une composante conjoncturelle s\u2019ajoute : le nombre de chefs de ménages aptes au travail et faisant appel à la sécurité du revenu croît durant cette période et dépasse le nombre de ménages dont le chef est jugé inapte.En octobre 1995, quatre ménages sur cinq, à la sécurité du revenu, étaient dirigés par un personne apte au travail.Le régime de l\u2019assurance-chômage ne suffit plus à jouer le rôle pour lequel il a été créé.On constate donc que le régime de l\u2019assurance-chômage ne suffit plus à jouer le rôle pour lequel il a été créé, soit d\u2019assurer un revenu de transition entre deux périodes de travail.D\u2019autant que ce même régime se trouve devant le parlement canadien pour y subir une transformation majeure qui devrait réduire encore davantage cette mission première qui lui avait été confiée.Au demeurant, on se retrouve aujourd\u2019hui avec deux régimes : l\u2019assurance-chômage et l\u2019assistance-chômage, régimes qui se définissent, plus encore aujourd\u2019hui qu\u2019hier, par rapport à l\u2019emploi ou à l\u2019absence d\u2019emploi.La clientèle de la sécurité En outre, un coup d\u2019œil sur la composition de la clientèle de la sécurité du revenu laisse aussi voir des mouvements importants.Quant au nombre de personnes, d\u2019abord.En 1971, le nombre total de personnes inscrites à l\u2019aide de dernier recours s\u2019élevait à 523 800 alors qu\u2019il se situe à 64 \u2022 L'ACTION NATIONALE Près de 40 % des jeunes invoquent la perte d\u2019emploi ou la fin des prestations d\u2019assurance-chômage pour entrer à la sécurité du revenu.799 472 personnes en octobre 1995 et que les prévisions du ministère de la Sécurité du revenu situent ce nombre à 814 700 pour janvier 1996.Si on en exclut les quelque 250 000 enfants, on constate un accroissement constant et continue au cours des cinq dernières années.On passe de 388 840 à 550 683 adultes, entre août 1990 et octobre 1995, et selon l\u2019estimé de janvier 1996, à 559 000 personnes.Parmi cette clientèle, ajoutons que 27 860 personnes (5,1 %) détiennent un diplôme d\u2019études collégiales et 23 042 autres (4,2%), un baccalauréat universitaire.Ce qui n\u2019empêche pas le fait que le quart, à peine, des adultes de 18 à 64 ans déclarent un niveau de scolarité de 12 années et plus alors que dans l\u2019ensemble de la population du Québec, on en compte 50%.Chez les jeunes de 30 ans et moins, 83,4% ne détiennent aucun diplôme de fin d\u2019études secondaires, ce qui explique que 56 % de ceux qui participent à une mesure d\u2019employabilité sont inscrits au rattrapage scolaire.7 Toujours en octobre 1995, on dénombrait 16 845 jeunes de 18 et 19 ans, 57 065 de 20 à 24 ans et 68 882, de 25 à 30 ans.Il s\u2019agit donc de 142 792 jeunes de 30 ans et moins qui représentent près de 18% du total des personnes inscrites à la sécurité du revenu.Chez les jeunes de 18-30 ans, notons que plus de 92 % sont réputés aptes à travailler et qu\u2019ils représentent le tiers des inscrits à la sécurité du revenu.La même source indique que près de 40% des jeunes invoquent la perte d\u2019emploi ou la fin des prestations d\u2019assurance-chômage pour entrer à la sécurité du revenu.Notons enfin que les 7.Lanctôt, Pierre et Lemieux, Nicole.Profil des jeunes de moins de 30 ans.aptes au travail, à l'aide de dernier recours.Ministère de la sécurité du revenu, Québec, mai 1995.L'ACTION NATIONALE .65 jeunes sont plus vulnérables à la conjoncture économique et aux pertes d\u2019emplois que leurs aînés; ne serait-ce qu\u2019en vertu d\u2019une clause comme le «dernier arrivé, premier sorti» que l\u2019on rencontre dans la plupart des conventions collectives.Du côté des femmes, ce n\u2019est pas tant leur nombre par rapport aux hommes qui les caractérisent que leur statut.Ainsi, 60% d\u2019entre elles ont charge d\u2019enfants contre 24% chez les hommes.Elles comptent pour 30% des cheffes de famille monoparentales inscrites à la sécurité du revenu alors qu\u2019elles sont 6% dans l\u2019ensemble de la population.8 Les personnes nées hors Canada inscrites à la sécurité du revenu ont connu une hausse spectaculaire, entre 1975 et 1994, passant de 4,5% à 13,4% de l\u2019ensemble des ménages.Cette hausse s\u2019est faite en différentes étapes.Entre 1980 et 1985, par exemple, leur inscription à la sécurité du revenu a crû de 149 % par rapport à l\u2019ensemble des ménages (49 %) ; ils représentent alors 6,7% des ménages inscrits.Durant la période de reprise économique qu\u2019on observe entre 1985 et 1990, le nombre de ménages nés hors Canada augmente de 19% alors que l\u2019ensemble des ménages connaît le phénomène inverse et diminue de 19%, ce qui entraîne une hausse de leur part relative de 7 à 10%, en 1990.Depuis 1990, le nombre de ménages nés hors Canada s\u2019est accru plus rapidement (88%) que l\u2019ensemble des ménages (38%) et leur part relative est maintenant de 13,4%, en 1994.Bien que plus scolarisée que l\u2019ensemble des personnes inscrites à la sécurité du revenu, elles éprouvent plus de difficultés à s\u2019insérer sur le Les femmes comptent pour 30% des cheffes de famille monoparentales inscrites alors qu elles sont 6 % dans l\u2019ensemble de la population.8.Motard, Louise et Lanctôt, Pierre.Profil des femmes inscrites à l\u2019aide de dernier recours, Ministère de la sécurité du revenu, Québec, octobre 1995.66 \u2022 L'ACTION NATIONALE marché du travail en raison d\u2019obstacles comme la langue et la culture du travail au Québec.9 La proportion des personnes de 55 ans et plus inscrites a diminué constamment entre 1975 et 1994, passant de 29% à 15%.La proportion des personnes de 55 ans et plus inscrites à la sécurité du revenu a diminué constamment entre 1975 et 1994, passant de 29% à 15%.En terme absolu, le nombre de ménages dont le requérant a plus de 55 ans est passé de 58 254 en mars 1975 à 69 086 en mars 1994, soit une augmentation de 19%.10 Pendant ce temps, la progression de l\u2019ensemble des ménages se chiffrait à 139% et celle des personnes nées hors Canada, par exemple, à 612%.La diminution de la part relative des personnes de 55 ans et plus parmi les requérants de la sécurité du revenu pourrait s\u2019expliquer par la possibilité qu\u2019elles ont de recevoir une rente de la Régie des rentes à partir de l\u2019âge de 60 ans et la présence du programme fédéral d\u2019allocation au conjoint.À noter également le pourcentage élevé des personnes de ce groupe d\u2019âge qui sont inscrites au programme Soutien financier par rapport à l\u2019ensemble des personnes inscrites à la sécurité du revenu : 41 % contre 20%.Le programme Soutien financier est de création récente (Loi 37) et accueille environ 20% des ménages inscrits à la sécurité du revenu.L\u2019analyse des caractéristiques sociodémographiques de ces personnes montre que leur moyenne d\u2019âge est de 45 ans, qu\u2019elles vivent seules, en chambre, en pension ou en famille d\u2019accueil et que deux sur trois reçoivent des prestations depuis plus de dix ans.L\u2019état de santé joue ici un grand rôle : une personne sur trois présente une déficience intellectuelle, une sur trois connaît des problèmes de 9.\tGagné, Yrène et Lanctôt, Pierre.Profil des personnes nées hors du Canada, aptes au travail, à l'aide de dernier recours.Ministère de la sécurité du revenu, Québec, juin 1995.10.\tLanctôt, Pierre et Lecarpentier, Michel.Profil des personnes de 55 ans ou plus, aptes au travail, à l\u2019aide de dernier recours.Ministère de la sécurité du revenu, Québec, juin 1995.L'ACTION NATIONALE .67 santé mentale et une sur deux, des problèmes de santé physique.1112 Conclusion La clientèle de la sécurité du revenu connaît une hausse continue depuis les deux dernières décennies, sauf pour quelques années, entre 1986 et 1990.En 1971, l\u2019aide de dernier recours visait pour les deux-tiers des personnes présentant des contraintes sévères à l\u2019emploi.Ces personnes sont restées à l\u2019aide en proportion continue.A ce groupe stable se sont ajoutées davantage de personnes aptes au travail.Si bien que 20 ans plus tard, quatre personnes sur cinq touchant la sécurité du revenu sont réputées aptes à travailler, ce qui impose de repenser le régime de la sécurité du revenu en conséquence.L\u2019autre régime, celui de l\u2019assurance-chômage, ne suffit plus à soutenir le revenu des personnes sans emploi et les effets du débordement se font sentir au régime de la sécurité du revenu.Les perspectives soulevées par les modifications envisagées au régime de l\u2019assurance-chômage viennent amplifier les appréhensions des travailleurs saisonniers et de tous ceux qui doivent se contenter des petits boulots.Ces derniers redoutent le recours à la sécurité du revenu car ils savent que ce régime ne favorise pas aussi facilement sa sortie que son entrée.Une réforme globale s\u2019impose et le rapport Bouchard-Fortin nous offre de belles pistes de solution.?Quatre personnes sur cinq touchant la sécurité du revenu sont réputées aptes à travailler.11.\tLandry, Francine et Leblond, Normand.Profil des personnes inscrites au programme Soutien financier de l\u2019aide de dernier recours.Ministère de la sécurité du revenu, Québec, octobre 1995.12.\tLanctôt, Pierre et Lecarpentier, Michel.Profil des personnes de 55 ans ou plus, aptes au travail, à l'aide de dernier recours.Ministère de la sécurité du revenu, Québec, juin 1995.68 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les finances de l\u2019éducation à la dérive Un contexte difficile Nous voilà à l\u2019ère des enveloppes fermées.Désormais, en matière de gestion des dépenses de programmes du gouvernement, tout dépassement de coûts à un poste doit être résorbé par des réductions équivalentes à d\u2019autres postes.Pour 1995-1996, les grands réseaux de l\u2019éducation, de la santé et des services sociaux ont dû composer avec des budgets gelés au niveau de l\u2019année dernière.Même si aucune augmentation salariale n\u2019était prévue, les augmentations de coûts en lien avec la variation des clientèles, l\u2019alourdissement du service de la dette, les avancements statutaires dans les échelles et autres éléments ont dû être résorbés par des coupures de montants équivalents un peu partout.Pour les prochaines années, le gouvernement projette non seulement le gel des enveloppes, mais en outre une réduction des dépenses de programmes de 500 millions de dollars par année.A cela s\u2019ajoute, pour 1997-1998, la possibilité d\u2019une réduction additionnelle des dépenses de programmes de 750 millions pour compenser les coupures dans les transferts du fédéral.Ce cadre budgétaire très contraignant découle de l\u2019engagement pris parle gouvernement d\u2019équilibrer le solde des opérations courantes d\u2019ici Pierre Beaulne Économiste à la CEQ L'ACTION NATIONALE .69 deux ans.Manifestement, de tels objectifs, qui représentent une réduction de près de 5% des dépenses de programmes, ne pourront être atteints qu\u2019à travers des chambardements substantiels dans le mode de dispensation des services.Déjà, le secteur de la santé est engagé dans une vaste opération de redéploiement des services.Dans l\u2019éducation, ce qui est visé par le gouvernement employeur, ce sont des économies sur la masse salariale des enseignants, principale composante des dépenses.Pourtant, avant de s\u2019attaquer aux services de première ligne, d\u2019autres possibilités d\u2019économies doivent être examinées plus sérieusement qu\u2019elles ne l\u2019ont été jusqu\u2019à présent.On peut penser, entre autres, aux économies qui pourraient découler d\u2019un regroupement des quelque 152 commissions scolaires.Une économie d\u2019au moins 60 millions de dollars pourrait être réalisée grâce aux économies d\u2019échelle que procurerait le rattachement d\u2019une trentaine de commissions scolaires de petite taille avec les autres.La suppression des structures hiérarchiques ou administratives redondantes dans les divers réseaux devrait aussi être considérée attentivement, même si cette question est susceptible de heurter les intérêts des bureaucraties en charge de la gestion.Tout en cherchant à améliorer la qualité des services et la qualité de vie au travail, on peut aussi penser que des économies non négligeables peuvent être réalisées en revoyant l\u2019organisation du travail.Le texte qui suit retrace l\u2019évolution des mesures d\u2019austérité dans le secteur public, plus spécifiquement celles visant l\u2019éducation, dans le but de montrer que depuis une quinzaine d\u2019années les salariées et salariés ont été mis à contribution plus souvent qu\u2019à leur tour.Apparemment, cela n\u2019a pas suffi pour résoudre les problèmes d\u2019équilibres budgétaires.Peut-être faudrait-il aussi chercher des explications et des solutions du côté du financement des services publics.Ce qui est visé par le gouvernement employeur, ce sont des économies sur la masse salariale des enseignants.70 \u2022 L'ACTION NATIONALE À la différence des autres régions canadiennes, le financement de l\u2019éducation au Québec repose essentiellement sur les épaules du gouvernement provincial.Celui-ci assure les trois quarts du financement direct de l\u2019éducation, comparativement à 49% dans le reste du Canada.Alors qu\u2019ail leurs la contribution des gouvernements locaux représente 27,6% du financement, elle ne compte que pour 5% au Québec.De même, le financement provenant de sources privées représente 11,2% dans le reste du Canada, comparativement à 9,3% au Québec.Dans le réseau primaire-secondaire, le gouvernement du Québec assume 85 % du financement, comparativement à 58 % dans le reste du Canada1.Les mesures du gouvernement péquiste, de 1981 à 1985 En 1980, le budget de l\u2019éducation avait fait un bond de l milliard, soit 25 % d\u2019augmentation.C\u2019est en 1981 qu\u2019ont commencé les coupures.Il faut rappeler qu\u2019en 1980, le gouvernement du Québec avait dû gonfler son budget pour l\u2019éducation de quelque 600 millions de dollars à la suite du transfert aux municipalités de l\u2019assiette de l\u2019impôt foncier scolaire amorcé en 1979.En outre, cette année-là, le gouvernement avait été amené à réviser son niveau de financement des commissions scolaires après s\u2019être aperçu que le coût d\u2019une année scolaire était systématiquement sous-estimé de 350 millions depuis 1976.En conséquence, le budget de l\u2019éducation avait fait un bond de 1 milliard en 1980, soit 25% d\u2019augmentation.Coïncidence ou pas, le déficit avait aussi grimpé de 1 milliard cette année-là.À noter, ces réaménagements dans la structure de financement n\u2019impliquaient que très peu de ressources additionnelles.En revanche, ces changements rendaient le 1.Revue trimestrielle de l\u2019éducation, automne 1994, printemps 1995, Satistique Canaca, 81-003.L'ACTION NATIONALE \u2022 71 financement de l\u2019éducation beaucoup plus sensible aux aléas de l\u2019évolution des finances publiques du Québec.En effet, à la suite de la réforme de la fiscalité municipale, la part du financement local de l\u2019enseignement primaire-secondaire a chuté d\u2019environ 20% à moins de 5%.En 1981, confronté à la perspective d\u2019une croissance excessive des dépenses, qui ne dépendait pas exclusivement ni même essentiellement du secteur de l\u2019éducation, le gouvernement avait soumis un budget comportant des compressions de 1 milliard, dont 500 millions dans l\u2019éducation et la santé.Assez ironiquement, à l\u2019occasion d'une rencontre entre le gouvernement, ses partenaires patronaux et les centrales syndicales tenue au printemps 1981, Yves Bérubé, alors président du Conseil du trésor, laissait clairement entendre que toutes les difficultés disparaîtraient si les salaires des employés du secteur public étaient alignés sur ceux du secteur privé.Celui-ci prétendait, sur la base d\u2019enquêtes-maison faites par le Conseil du trésor, que les salariées et salariés du secteur public gagnaient 10% de plus que ceux du privé et que l\u2019alignement sur le privé procurerait des économies de 1 200 millions de dollars.«Une telle économie, disait-il, aurait éliminé tout le problème des compressions budgétaires, nous n\u2019en aurions jamais parlé, nous ne serions même pas à cette table pour en discuter2 ».Que faut-il penser aujourd\u2019hui de telles affirmations quand on sait que les salaires des employés du secteur public traînent de l\u2019arrière sur ceux des autres salariés québécois dans une proportion de 3 %, selon les indications du dernier rapport de l\u2019Institut de La part du financement local de l\u2019enseignement primaire-secondaire a chuté d\u2019environ 20% à moins de 5 %.2.Les compressions budgétaires dans les secteurs de l'éducation et des affaires sociales.Rapport des délibérations de la rencontre publique tenue à Montréal le 12 juin 1981 entre des présidents de centrales syndicales, des partenaires patronaux et des ministres du gouvernement du Québec, p.21.72 \u2022 L'ACTION NATIONALE recherche et d\u2019information sur la rémunération (IR IR)?Le gouvernement imposait une coupure des salaires de 20% au début de 1983.L\u2019année suivante, alors que la récession frappait de plein fouet l\u2019économie nord-américaine, c\u2019est aux dépenses de rémunération qu\u2019on s\u2019attaqua.Le gouvernement imposait aux employés du secteur public les fameux décrets, dont l\u2019aspect le plus frappant était la coupure des salaires de 20% au début de 1983 destinée à récupérer les ajustements qui avaient été convenus pour 1982.En fait, la portée de ces décrets était beaucoup plus profonde.Toute la structure salariale du secteur public était abaissée, proportionnellement plus fortemement pour les « hauts salariés » comme les enseignants et les professionnels, puis sous-indexée de 1,5% pendant deux ans.Les avancements d\u2019échelons étaient annulés pour un an.Quelque 425 millions de dollars étaient aussi récupérés par le biais d\u2019un accroissement de la tâche des enseignants.En outre, la loi 68 imposait une sous-indexation permanente de 3% des prestations de retraite, tout en modifiant le partage des contributions entre employeurs et employés.Au total, le gouvernement estimait que cet ensemble de mesures procurerait des économies totalisant 2,3 milliards sur trois ans.Comme le signalait le document Les finances publiques du Québec : vivre selon nos moyens, publié en 1993 : «Il s\u2019est agi d'un redressement majeur qui a permis de réduire à terme les bases budgétaires d\u2019un montant de l\u2019ordre de un milliard de dollars3.» Dans les commissions scolaires, la forte progression des coûts par élève enregistrée dans la seconde moitié des années 1970 à cause de la progression des salaires, de l\u2019abaissement du rapport élèves-enseignant et de la baisse rapide du 3.Les finances publiques du Québec : vivre selon nos moyens, ministère des Finances, janvier 1993, p.64.L'ACTION NATIONALE .73 nombre d\u2019élèves, subissait du fait des décrets une inflexion dramatique.Le salaire moyen des enseignants québécois qui s\u2019était hissé au fil des ans au niveau de celui des enseignants ontariens et même un peu plus, commença à glisser.En 1985, le décalage s\u2019établissait déjà à 11,5%.Aujourd\u2019hui il atteint 21 %4.Très vite aussi, la part des dépenses d\u2019éducation dans les dépenses totales du gouvernement subit une forte érosion.Elle chuta de 27,1% des dépenses totales en 1982-1983 à 24,9% en 1985-1986, principalement en raison de la faible progression des dépenses pour l\u2019enseignement primaire et secondaire.Au cours de ces trois années, alors que les dépenses totales du gouvernement augmentaient de 24%, celles du ministère de l\u2019Éducation n\u2019augmentèrent que de 12,1 %, en dépit d\u2019une stabilisation de la clientèle scolaire.Aujourd\u2019hui, les dépenses d\u2019éducation ne représentent plus que 22,2% des dépenses totales du gouvernement.(9,4 milliards de dollars sur 42,5 milliards).Aujourd\u2019 hui, les dépenses d\u2019éducation ne représentent plus que 22,2 % des dépenses totales du gouvernement.Le déclin de l\u2019effectif scolaire à temps plein au secteur des jeunes des commissions scolaires a été important tout au long des années 1970, passant d\u2019environ 1,5 million d\u2019élèves en 1972-1973 à 1,1 million au tournant des années 1980.En 1982, on dénombrait 1,066 million d\u2019élèves.Le creux a été atteint en 1988 avec 1,027 million d\u2019élèves.Depuis, l\u2019effectif scolaire s\u2019est stabilisé autour de 1,030 million d\u2019élèves.Au secteur des adultes des commissions scolaires, en revanche, l\u2019effectif a progressé régulièrement de 1 13 536 étudiants en 1982 à 223 651 en 1992.Dans le secteur collégial, les clientèles étudiantes à l\u2019enseignement ordinaire et à l\u2019enseignement des adultes, temps plein et temps partiel, ont progressé régulièrement de 230 343 personnes en 1983-1984 à 4.Indicateurs de l\u2019éducation, édition 1994, MEQ, p.27.74 \u2022 L'ACTION NATIONALE 253 756 personnes en 1992-1993.Enfin, dans le secteur universitaire, les clientèles ont aussi augmenté continuellemnt, passant de 214 342 personnes en 1983 à 256 565 personnes en 19925.L\u2019ampleur de ces compressions était estimée à 3,7 milliards sur cinq ans.Cette médecine de cheval a-t-elle réglé les problèmes budgétaires du gouvernement?Bien peu, semble-il, s\u2019il faut se fier au bilan dressé en 1986 par le nouveau gouvernement libéral dans L\u2019urgence d\u2019un redressement, un document-choc sur les finances publiques visant à alerter la population à propos d\u2019une impasse budgétaire annuelle estimée à 1,5 milliard de dollars et destiné à préparer le terrain pour une autre vague de compressions des dépenses.«Car, malgré les sacrifices demandés aux employés du secteur public et à l\u2019ensemble des contribuables», peut-on lire, «de nouveaux programmes de dépenses ont été mis sur pied, annulant une bonne partie des efforts de rationalisation.Ainsi, de 1981-1982 à 1985-1986, le gouvernement a entrepris de nouvelles dépenses pour un montant de 1,6 milliard, ce qui représente près de la moitié des compressions budgétaires effectuées au cours de cette période.» L\u2019ampleur de ces compressions était estimée à 3,7 milliards sur cinq ans6.Les mesures du gouvernement libéral, de 1986 à 1994 Prenant le relais, le gouvernement libéral s\u2019activera à mener une politique systématique de désengagement de l\u2019État, tant par des réductions d\u2019impôt que par des compressions des dépenses.Cette politique, poursuivie jusqu\u2019en 1990 dans un contexte de forte croissance économique, entraînera 5.\tIbid., p.103 et Statistiques de Véducation, édition de février 1994, MEQ, p.19.6.\tLes finances publiques du Québec : l'urgence d'un redressement, ministère des Finances, mars 1986, p.31.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 75 une diminution des dépenses de 25,4% du PIB en 1985 à 22,4% en 1989.11 faut dire que le mouvement était déjà amorçé depuis 1984.En effet, le budget de 1983-1984 ciblait encore un taux de croissance des dépenses totales au même rythme que le PIB.À compter de 1984, toutefois, on commence à cibler un taux de croissance des dépenses à un niveau situé entre le taux de croissance du PIB et celui de l\u2019inflation, en vue de réduire la taille de l\u2019État dans l\u2019économie.Les prescriptions de l\u2019économie de l\u2019offre («supply side economics7») commencent à se concrétiser dans le budget Duhaime de 1985 qui consacre l\u2019aplatissement de la courbe des taux d\u2019imposition.Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement libéral va renchérir en annonçant l\u2019abaissement immédiat du taux d\u2019imposition maximun à 28%, alors que le budget Duhaime avait prévu une diminution de 33 % à 30%.Par la suite, des réductions d\u2019impôts à répétition seront annoncées année après année.Selon nos estimés, effectués à partir d\u2019une compilation de l\u2019impact des mesures fiscales consignées dans l\u2019annexe «A» des divers budgets, le niveau des revenus autonomes aura été abaissé cumulativement de 1,9 milliard de dollars de 1986 à 1990.Au cours de ces cinq exercices budgétaires, le gouvernement s\u2019est privé de 5,5 milliards de revenus autonomes.Cela, faut-il préciser, se produisait alors même qu\u2019on dénonçait à tour de bras les réductions des transferts du fédéral.De 1986 à 1990 le gouvernement s\u2019est privé de 5,5 milliards de revenus autonomes.Faut-il s\u2019étonner aussi si ce laxisme fiscal a été accompagné d\u2019une politique de restriction 7.L\u2019économie de l\u2019offre : l\u2019envers du keynesianisme qui préconise la stimulation de la demande globale, notamment par un interven-tionisme étatique plus poussé.Il s\u2019agit plutôt de stimuler l\u2019offre par une plus grande incitation au travail et à l'entrepreneurship des agents privés, particulièrement par un allègement de la fiscalité.En conséquence, les dépenses publiques doivent être ajustées à la baisse pour correspondre aux revenus fiscaux ratatinés.76 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE sévère des dépenses afin de préserver les équilibres budgétaires ?Selon un bilan dressé dans Les finances publiques du Québec : vivre selon nos moyens8, l\u2019effet cumulatif des compressions réalisées de 1986 à 1992 totalisera 3,5 milliards de dollars.Si l\u2019on ajoute les compressions réalisées en 1993 et 1994, on arrive à un total de 7,3 milliards sur 9 ans, soit 810 millions par année en moyenne.Les initiatives prises reposeront sur l\u2019un ou l\u2019autre des éléments suivants : la politique de rémunération, le contrôle de l\u2019effectif gouvernemental, la sous-indexation des ressources allouées, la révision des programmes, la tarification et la décentralisation.L\u2019effet cumulatif des compressions réalisées de 1986 à 1992 totalisera 3,5 milliards de dollars.À partir de 1985-1986, les dépenses de fonctionnement des ministères seront à toutes fins pratiques gelées.Plus tard, avec la loi 198 adoptée en 1993, le gouvernement s\u2019est donné des cibles de réductions de l\u2019effectif de la fonction publique : 20% chez les cadres, 12% chez les autres personnels.Dans le domaine de l\u2019éducation, la forme privilégiée pour effectuer des compressions a consisté à ne pas indexer, ou même à réduire, les enveloppes des personnels autres que les enseignants ainsi que les enveloppes pour les autres dépenses de fonctionnement.On comprend facilement qu\u2019après plus de dix ans de telles pratiques, la marge pour dégager des économies additionnelles a pratiquement disparu de ce côté.Des économies directes sur l\u2019effectif enseignant n\u2019étant pas possibles, parce que les conventions collectives déterminent le nombre moyen d\u2019élèves par enseignant, on a plutôt procédé indirectement en substituant des enseignants à temps partiel ou occasionnel aux enseignants à temps plein.Comme le signale la publication Statistiques de 8.Vivre selon nos moyens., op.cit., p.69.L'ACTION NATIONALE \u2022 77 l\u2019éducation, édition 1994: «Depuis 1983, le nombre d\u2019employés et d\u2019employées à temps plein des commissions scolaires a diminué d\u2019environ 6,8 p.100, alors que celui des employés et employées à temps partiel a été presque multiplié par trois.Ce phénomène est observable particulièrement chez le personnel enseignant, dont l\u2019effectif à temps plein est passé de 64 676 à 58 394 et chez le personnel à temps partiel, passé de 2 684 à 9 6729.» Par ailleurs, en 1990-1991, le gouvernement a procédé à la décentralisation aux commissions scolaires des subventions de fonctionnement des équipements, une opération qui revenait à pelleter au niveau local le financement de quelque 272 millions de dollars de dépenses liées à l\u2019entretien des équipements.En même temps, bien entendu, un relèvement du plafond de la taxation par les commissions scolaires a été autorisé (0,35$/100$ d\u2019évaluation).On a même trouvé le moyen, en 1993, de pelleter par en avant dans le temps quelque 203 millions en modifiant les règles de partage entre les années scolaires et les années budgétaires des subventions aux commisions scolaires et aux universités, une astuce comptable qui avait déjà été exploitée en 1979.Depuis 1983, le nombre d\u2019employés à temps plein des commissions scolaires a diminué d\u2019environ 6,8 p.100.Des économies dans les dépenses seront aussi réalisées par le biais de la tarification, ce qui englobe les revenus de droits et permis, amendes et contraventions, revenus de tarification des centres d\u2019accueil, des centres hospitaliers, des commissions scolaires et des universités à l\u2019exclusion des frais de scolarité, loyers perçus à l\u2019égard de logements subventionnés.Le rendement de la tarification passera de 1,6 milliard de dollars en 1985-1986 à 3,3 milliards en 1991-199210.Des économies 9.\tStatistiques de l éducation, édition de février 1994, MEQ, p.78.10.\tMEQ, op.cit., p.49 et Crédits 1993-1994, renseignements supplémentaires, p.183.78 \u2022 L'ACTION NATIONALE supplémentaires à ce chapitre seront réalisées à compter de 1993 par le biais de la désassurance des services dentaires (28 millions) et des services optométriques (20 millions) ainsi que l\u2019imposition d\u2019un ticket modérateur sur les médicaments pour les personnes âgées (53 millions).Également, à compter de 1990- 1991,1e moratoire sur le niveau des frais de scolarité dans les universités qui existait depuis 1969 a été levé, si bien que ceux-ci ont triplé depuis lors.Les frais de scolarité au Québec demeurent encore inférieurs à ce qui se pratique ailleurs au Canada (par exemple 1 528$ à l\u2019Université du Québec en 1993-1994 comparé à 2 025$ à l\u2019Université de Toronto), mais on sent que le gouvernement a de la difficulté à résister à la tentation de les relever.Les frais de scolarité au Québec demeurent encore inférieurs à ce qui se pratique ailleurs au Canada.Avec l\u2019approfondissement de la récession économique, après 1990, les mesures de réduction des dépenses vont s\u2019intensifier: 939 millions de dollars en 1991, 823 millions en 1992, 1 754 millions en 1993, 2 062 millions en 1994, 1 950 millions en 1995.Les impôts vont aussi être relevés systématiquement à compter de 1990, avec une exception en 1994, année électorale.Dans les années récentes, les finances de l\u2019éducation seront soumises à une double influence.D\u2019un côté, la montée du chômage occasionnée par la récession entraînera une augmentation des clientèles et donc des dépenses.Dans les Crédits 1994-1995, le gouvernement estimait à 368 millions de dollars l\u2019effet cumulatif de la conjoncture sur les dépenses d\u2019éducation découlant des hausses de clientèles entre 1990 et 1994.De l\u2019autre côté, les compressions vont s\u2019accentuer.Une part importante des mesures de réduction des dépenses est réalisée ou projetée par le biais des compressions salariales appliquées à l\u2019ensemble des employés du secteur public.En 1991, une économie escomptée du gel des salaires pour les six premiers mois de 1992.En 1992, des économies L'ACTION NATIONALE \u2022 79 escomptées des propositions d\u2019étalement des augmentations négociées.En 1993, des économies escomptées du gel des salaires et de la coupure de 1% des traitements imposés par la loi 102.En 1994, des économies découlant de l\u2019effet récurrent du gel des salaires et de la ponction de 1 % sur la masse salariale.En outre, des resserrements de tout ordre sont appliqués aux autres postes de dépenses: réduction des dépenses d\u2019administration, réduction des allocations particulières, réduction des allocations aux sièges sociaux, réductions paramétriques, reports d\u2019investissements, réduction de l\u2019enveloppe de la formation générale des adultes, réduction du financement de l\u2019éducation populaire, réductions paramétriques des prêts et bourses, réduction des effectifs du ministère, etc.En 1995, comme en 1994, les mesures de réduction des dépenses autres que la non-indexation totalisent annuellement environ 167 millions pour l\u2019ensemble des réseaux de l\u2019éducation.Ce montant représente, en définitive, le coût annuel de la reconduction des programmes en excluant toute forme d\u2019indexation des salaires et des autres dépenses.Il compense notamment l\u2019alourdissement du service de la dette et les intérêts, les coûts de système pour les personnels et les ajustements pour les variations de clientèles.En 1995, les mesures de réduction des dépenses totalisent annuellement environ 167 millions.L\u2019orientation du gouvernement péquiste : 1995.Héritant d\u2019un déficit de 5,7 milliards de dollars largement attribuable aux effets de la récession économique, le nouveau gouvernement péquiste reprendra l\u2019essentiel du plan financier du gouvernement libéral au regard des dépenses, lequel prévoyait le gel des dépenses de programmes à l\u2019horizon 200011.Une modification importante a 11.Budget 1994-1995, Annexe « B », p.10.80 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les dépenses publiques au chapitre de l\u2019éducation au Québec en pourcentage du PIB ont chuté de 9,3 % en 1981 à 8,8% en 1992.toutefois été apportée en ce qui a trait au mode de gestion, à savoir l\u2019introduction d\u2019enveloppes fermées pour les réseaux de l\u2019éducation et de la santé, ce qui a pour effet de transformer leur budget en système de vases communicants.Dans le cadre actuel des budgets gelés, cela signifie, par exemple, que pour ouvrir un nouveau collège dans l\u2019Ouest de Montréal au coût de 18 millions, il faut mettre à contribution tous les autres collèges.Cela signifie aussi que pour compenser l\u2019accroissement du service de la dette subventionnée de ces réseaux, qui atteint 1,5 milliard, il faut réduire les dépenses dans les autres catégories, particulièrement les dépenses de rémunération qui représentent environ 60% du total.Comme l\u2019orientation du gouvernement consiste non seulement à geler les budgets, mais aussi à les réduire dans l\u2019espoir d\u2019équilibrer rapidement le budget, on comprend que les pressions sur les salariés s\u2019intensifient singulièrement.Rendement des compressions Les compressions budgétaires, on le sait, visent à freiner le rythme de croissance des dépenses.Quelle a été l\u2019efficacité de ces mesures?D\u2019après les Indicateurs de léducation12 les dépenses publiques au chapitre de l\u2019éducation au Québec en pourcentage du PIB ont chuté de 9,3 % en 1981 à 8,8% en 1992.Cette statistique, malgré son intérêt, comporte plusieurs inconvénients.Elle fluctue en raison inverse de l\u2019état de l\u2019économie.Ainsi, en 1989, alors que l\u2019économie était florissante, les dépenses d\u2019éducation par rapport au PIB ne représentaient que 7,3%.Cette statistique est aussi conditionnée par le niveau de richesse collective.Parmi toutes les provinces 12.MEQ, op.cil., pp.15-29 et Revue trimestrielle de Véducation, été 1995, Statistique canada, p.67.L\u2019ACTION NATIONALE « 81 canadiennes, c\u2019est Terre-Neuve, la province la plus pauvre, qui a le ratio le plus élevé des dépenses d\u2019éducation au PIB: 10,9%.La dépense par élève, et plus particulièrement la dépense par élève en dollars constants, fournit une mesure plus adéquate des ressources consacrées à l\u2019éducation.Selon les Indicateurs de iéducation, la dépense par élève en dollars constants de 1976 dans le secteur collégial est passée de 2 928$ en 1981-1982 à 2 852$ en 1992-1993, une diminution de 2,5 %.Selon le Cahier explicatif des crédits du MEQ pour 1992-1993, le per capita en dollars constants de 1982 pour l\u2019enseignement primaire et secondaire public et privé a augmenté de 2 922$ en 1982 à 3 177 $ en 1988 avant de redescendre à 2 994$ en 1992.Depuis 1988, la diminution atteint 5,8 %13.Toujours selon les Indicateurs de l\u2019éducation, la dépense par élève des commissions scolaires au Québec excédait celle de l\u2019Ontario de 770$ en 1981, un écart de 27%.En 1992, la dépense par élève des commissions scolaires au Québec s\u2019élevait à 5 752$, comparativement à 6 412$ en Ontario, soit 10% de moins.En fin de compte, tous ces indicateurs confirment l\u2019affaiblissement des efforts collectifs dans le domaine de l\u2019éducation.?13.Cahier explicatif des crédits, 1992-1993, MEQ, tableau 3, p.13.82 \u2022 L'ACTION NATIONALE Du tricolore canadien au fleurdelisé québécois* Le drapeau de Carillon Luc Bouvier Professeur Pendant que les francophones de l\u2019Amérique du Nord arborent le tricolore français comme signe de leur spécificité, une bannière, appelée le drapeau de Carillon, s\u2019exhausse au rang de mythe et, après modifications, deviendra le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Cœur et finalement le fleurdelisé.Sa découverte En mars 1882, Ernest Gagnon affirme que Louis de Gonzague Baillargé (1808-1896), avocat, homme d\u2019affaires et philanthrope de Québec, « [a]yant lu dans une vieille chronique qu\u2019un drapeau apporté de Carillon et suspendu à la voûte de l\u2019église des Récollets, à Québec, avait été sauvé de l\u2019incendie de cette église en 1796», entreprend des recherches afin de le retracer.En novembre ou décembre 1847, il rencontre le dernier survivant des récollets, le frère Louis Martinet dit Bonami (1764-1848) dans sa résidence de la rue Saint-Vallier près de l\u2019Hôpital général.Relevant à peine d\u2019une attaque de paralysie, - il mourra le 7 avril suivant -, le frère lui demande de revenir une * La première partie de cet article a été publiée en mars 1996, p.123-134.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 83 autre fois.Vers la mi-janvier 1848, Baillargé retourne chez le frère Bonami qui lui raconte l\u2019histoire du drapeau de Carillon : Le Père Berey [1720-1800], supérieur des Récollets, était un des aumôniers des troupes qui combattirent sous le commandement de Montcalm.Lorsqu\u2019il revint au monastère, après la campagne de 1758, il rapporta avec lui un drapeau troué et déchiré qui, disait-on au couvent, avait vu le feu de Carillon.Ce drapeau fut suspendu à la voûte de l\u2019église des Récollets, la partie qui s\u2019attache à la hampe ou hallebarde étant retenue aux extrémités par des cordes.Le 6 septembre 1796, un incendie qui avait d\u2019abord consumé une maison de la rue Saint-Louis, vint réduire en cendres le couvent et l\u2019église des Récollets.Le feu ayant pris par le clocher de l\u2019église, le toit brûla avant le reste de l\u2019édifice.Pendant qu\u2019avec l\u2019aide d\u2019un autre Frère, le frère Louis sauvait un coffre rempli d\u2019objets qu\u2019il y avait jetés pêle-mêle, et comme ils traversaient la nef de l\u2019église, le vieux drapeau dont les attaches avaient manqué sous l\u2019action du feu, vint tomber à leurs pieds.Le Frère Louis le saisit en passant, et, rendu dehors, il le mit à la hâte dans le coffre1.C\u2019est de ce même coffre relégué au grenier de la résidence du frère Louis que Baillargé l\u2019exhume en cet mi-janvier de 1848.Tous les faits reliés à la découverte du drapeau sont véridiques.Carillon fut une victoire française.Le 8 juillet 1758, Montcalm et ses 3 500 soldats défont le major général James Abercromby fort pourtant de la plus grosse armée jamais réunie, à l\u2019époque, en Amérique du Nord : 15 000 hommes.La disproportion entre les deux armées va renforcer le côté miraculeux de la victoire française.Tous les faits reliés à la découverte du drapeau sont véridiques.1.Ernest Gagnon, « Le drapeau de Carillon », la Revue canadienne, mars 1882, p.129-139.84 .L'ACTION NATIONALE Il s\u2019agirait donc d\u2019une bannière arborée par la milice canadienne.Selon une légende rapportée par Mgr Baillargeon, «la Vierge était apparue au-dessus des combattants et [.] toutes les balles tirées par les Anglais allaient s\u2019anéantir dans les plis de sa robe, sans atteindre les Français2.De là à y voir une confirmation de la présence de la mythique bannière, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Mais rien ne le prouve.Aucun des régiments qui participèrent à cette bataille (La Sarre, Languedoc, Berry, Royal-Roussillon, Guyenne, Béarn, La Reine) n\u2019avait un drapeau de régiment qui se rapprochait de la bannière en question.Il s\u2019agirait donc d\u2019une bannière arborée par la milice canadienne.Pourtant, sur le plan de la bataille de Carillon retrouvé dans les manuscrits du maréchal de Lévis, si les drapeaux des régiments sont signalés, aucune indication ne vient confirmer que la milice canadienne en arborait un elle aussi3.Le père Berey, qui fut le dernier supérieur des Récollets, a bien été aumônier militaire, mais, à la bataille de Carillon, selon Casgrain, c\u2019était l\u2019abbé Piquet qui l\u2019était4.Le frère Bonami a bien été le dernier récollet.En ce qui a trait à l\u2019incendie de l\u2019église des Récollets, l\u2019événement est bien réel, mais aucun document n\u2019atteste de la présence du drapeau.Il serait resté suspendu au plafond de 1758 à 1796, même si l\u2019église a aussi servi aux protestants et sans que les nouveaux maîtres du pays y trouvent à redire.Pourtant, Sir Guy Carleton avait reçu instruction de Londres en 1775 de retirer toutes les représentations des armes de France des églises et des cours de justice.2.\tRené Robitaille, Le Drapeau de Carillon réalité historique ou légende, Québec, Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, août 1983,34 p.3.\tCollection des manuscrits du maréchal de Lévis, tome IV.Lettres et pièces militaires, ordres, mémoires, plans de campagne et de défense 1756-1760, Québec, Imprimerie L.-J.Demers, 1891, voir les plans en fin de volume.4.\tH.-R.Casgrain, La Guerre du Canada 1756-1760, tome premier, Québec, Imprimerie L.-J.Demers, 1891, p.425.L\u2019ACTION NATIONALE .85 Un dessin de l\u2019intérieur de l\u2019église des Récollets de Richard Short, daté de 1761, ne laisse voir aucun élément qui suppose la présence de drapeaux ou bannières dans l\u2019église5.Au défilé de la Saint-Jean Trente-trois ans après son premier article sur le drapeau de Carillon, Ernest Gagnon, sous le pseudonyme de Pierre Sailly, soutient qu\u2019il a écrit l\u2019article de la Revue canadienne « sous la dictée de M.L.-G.Baillargé.La vieille chronique, mentionnée par lui, m\u2019est inconnue.Jamais M.Baillargé n\u2019a voulu me permettre de dérouler et de voir son drapeau de Carillon6».C\u2019est en effet «son drapeau de Carillon ».Il en prend un soin jaloux.Le drapeau participe, pour cette seule fois déployé, au défilé de la Saint-Jean-Baptiste à Québec, le 27 juin 1848.Puis, jusqu\u2019à la mort de son propriétaire, officiellement personne ne voit le drapeau.Baillargé, excentrique personnage aux dires de ses contemporains, le garde précieusement chez lui.Cela ne l\u2019empêche pas, semble-t-il, de se départir de certains morceaux.Ainsi, en mai 1941, la bannière est déployée, en toute intimité, afin d\u2019authentifier un morceau du drapeau de Carillon propriété de J.-P.Suzor, petit-fils du lieutenant-colonel Suzor (1834-1866).Camille Roy, recteur de l\u2019Université Laval, Aimé Labrie, secrétaire général, Paul-Emile Gosselin et Honorius Provost, sous-archiviste, confirment que «le dit fragment correspond en toute évidence avec le drapeau tant pour la couleur et la nature du tissu, que par les dessins représentés ; 5.\tCharles P.de Volpi, Québec, recueil iconographique, Longman Canada, 1971, planche 19.6.\tPierre Sailly [pseudonyme de Ernest Gagnon], «Le prétendu drapeau de Carillon », la Revue canadienne, octobre 1915, p.304-309.Jusqu\u2019à la mort de son propriétaire, officiellement personne ne voit le drapeau.86 .L'ACTION NATIONALE À chaque Fête nationale, Baillargé permet que le drapeau de Carillon défile mais bien « enroulé sur sa hampe, recouvert d\u2019un fourreau de toile».le fragment a été détaché à l\u2019endroit du diadème et de la couronne d\u2019étoiles qui ornent la tête de la madone peinte sur une face du drapeau».«La place d\u2019où le fragment avait été détaché est bien visible et la partie qui manque est légèrement plus étendue que le morceau identifié.On a donc pu en faire cadeau à d\u2019autres7».Le 31 mai 1973, un autre morceau du drapeau est mis à l\u2019enchère à l\u2019Encan des livres de Montréal8.Ce morceau faisait partie du fonds Pierre-Édouard Leclère (1798-1866), surintendant de police lors des Troubles de 1837-1838.Ces «patriotiques larcins», pour reprendre les termes de Hormidas Magnan9, ont été commis entre 1848, date de la découverte du drapeau, et 1866, date de la mort des propriétaires.À chaque Fête nationale, Baillargé permet que le drapeau de Carillon défile mais bien «enroulé sur sa hampe, recouvert d\u2019un fourreau de toile10».Il exige qu\u2019on vienne le cueillir en corps et accompagné d\u2019une fanfare qui joue Partant pour la Syrie, puis après 1870 La Marseillaise.Au moins une fois, en 1866, le drapeau de Carillon reçoit, à l\u2019aller et au retour, les honneurs d'un salut de la part de la garnison régulière stationnée à l\u2019hôpital militaire rue Saint-Louis.Le 5 juin 1854 à l\u2019église Notre-Dame de Québec, la bannière est de la translation des restes mortels des braves de 1760.Mais Baillargé refuse que le drapeau défile à Montréal pour le cinquantenaire de la société arguant, devant ses collègues de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, qu\u2019il n\u2019est pas le « dépositaire» mais le «propriétaire de ce vénérable 7.\tArchives du Petit Séminaire de Québec, 159A-138.8.\tCatalogue n° 48, l'Encan des livres de Montréal, p.53.9.\tLes Origines de nos drapeaux et chants nationaux, Québec, 1929, p.42, 10.\tH.-J.-J.-B.Chouinard, Annales de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, volume IV, Québec, la Cie d\u2019imprimerie du « Soleil », 1903, p.562.L'ACTION NATIONALE \u2022 87 drapeau» [Gagnon Ib], Dans son travail de mythification de la bannière, Baillargé reçoit l\u2019aide d\u2019écrivains.Ainsi le poème Le Drapeau de Carillon d\u2019Octave Crémazie, publié en 1858, contribue fortement à publiciser la bannière et par conséquent à l\u2019édification du mythe.Le 28 octobre 1890, la relique est présentée au Comte de Paris en visite au Québec alors qu\u2019il est reçu à l\u2019Université Laval11.Le 21 juillet 1885, il est de la procession qui marque le retour de campagne au Nord-Ouest du 9e bataillon12.Propriété du Séminaire et de l\u2019Université Laval Ironiquement, à la mort de Baillargé en 1896, aucun de ses héritiers n\u2019est intéressé à la bannière de Carillon, comme en fait foi la déclaration d\u2019Octave Lemieux, juge de paix, faite le 12 décembre 1901 dans le but de confirmer la propriété de l\u2019Université Laval et du Séminaire de Québec sur le drapeau de Carillon13.Ce document, c\u2019est l\u2019Université Laval qui en est l\u2019inspiratrice afin que son droit de propriété du drapeau ne puisse être contesté.Au début de décembre 1901, la nouvelle que le drapeau de Carillon apparaîtra pour la première de la pièce de Laurent-Olivier David Le Drapeau de Carillon sème l\u2019émoi à Québec.F.Baillargé, neveu de l\u2019ancien propriétaire, avait laissé entendre que le nouveau propriétaire du drapeau, le Séminaire de Québec, acceptait de prêter la bannière.Le 9 décembre 1901, les membres du Conseil du Séminaire, réunis d\u2019urgence, refusent d\u2019accéder à la Dans son travail de mythification de la bannière, Baillargé reçoit l\u2019aide d\u2019écrivains.11.\tErnest Gagnon, Le Comte de Paris à Québec, Québec, 1891, Typographie C.Darveau, p.45-47.12.\tGeorge Beauregard, Le 9e bataillon au Nord-Ouest, Québec, Gingras, 1886, p.98.13.\tArchives du Séminaire de Québec, 159A-138.88 \u2022 L'ACTION NATIONALE C\u2019est une relique vraiment nationale qu\u2019il faut absolument conserver au prix des plus grands sacrifices.demande alléguant le « triste état14» de la relique.« Le drapeau n\u2019est pas en état d\u2019être déployé, si ce n\u2019est qu\u2019avec des précautions qu\u2019il ne faut pas s\u2019attendre au théâtre.C\u2019est une relique vraiment nationale qu\u2019il faut absolument conserver au prix des plus grands sacrifices15».Les zouaves pontificaux de Québec à qui revient l\u2019honneur de porter la relique à chaque Fête nationale depuis 1901, finissent par croire qu\u2019ils sont les seuls à avoir ce droit.Le 22 septembre 1929, le recteur de l\u2019Université Laval prête «aux gardes de Québec et même du dehors, le dit drapeau de Carillon pour une manifestation au monument Montcalm pour commémorer le 170e anniversaire de la mort de ce général16».Les zouaves s\u2019insurgent, nul, sauf eux, n\u2019a le droit de porter la relique.Le 8 octobre 1929, Amédée Gosselin se fait confirmer par Hormidas Magnan, gendre d\u2019Octave Lemieux, qu\u2019aucune clause de ce type n\u2019existe.Finalement, la relique participe le 13 juillet 1958 au bicentenaire de la bataille de Carillon au Fort Ticonderoga (New York).Cette grande sortie marque l\u2019apogée de la bannière.Par la suite, elle tombera tranquillement dans l\u2019oubli, balayé par la Révolution tranquille et remplacé par le fleurdelisé, officiellement drapeau du Québec depuis 1948.Description Du drapeau de Carillon, quatre descriptions existent.La première est celle de Louis de Gonzague Baillargé, dont Ernest Gagnon se fait l\u2019écho en 1882 [Gagnon la].Cette description remonte 14.\tLettre de M.Mathieu à M.Baillargé, 9 décembre 1901.Archives du Séminaire de Québec, 159A-135.15.\tLettre de M.Mathieu à M.David, 9 décembre 1901.Archives du Séminaire de Québec, 159A-135.16.\tAmédée Gosselin, «Ad memoriam »,Archives du Séminaire de Québec 159A-138.L'ACTION NATIONALE \u2022 89 donc à 1848, au moment de la découverte du drapeau.À la mort de Baillargé, en 1896, le drapeau est examiné par les autorités du Séminaire de Québec et de l\u2019Université Laval, son nouveau propriétaire.Assistaient à l\u2019examen Emest Gagnon, secrétaire du Ministère des Travaux publics, J.-C.-K.Laflamme, professeur à l\u2019Université Laval, George Saint-Michel, dessinateur au Ministère des Travaux publics et dont les dessins de la relique sont conservés aux archives du Séminaire ( 159A-138), un photographe de la maison Livemois de Québec dont les clichés sont conservés à la section des cartes et gravures des Archives nationales du Québec.Cette deuxième description attribuée à Mgr Laflamme est fournie par Emest Gagnon en 1915 [Gagnon lia].Le 15 février 1982, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, «afin de donner suite à sa politique de mise en valeur de notre Patrimoine national» demande que soit restauré et exposé le drapeau de Carillon.Le Séminaire se rend à la demande du Centre de restauration et de conservation du Québec et accepte que le drapeau soit déroulé pour examen le 16 septembre 1982.La troisième description est celle qu\u2019en fera René Robitaille alors conseiller général et responsable du Comité de la sauvegarde du patrimoine de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec [Robitaille], En 1988, le Musée du Séminaire de Québec, propriétaire du drapeau, accepte qu\u2019il soit restauré.La tâche est confiée à l\u2019Institut canadien de conservation sous la responsabilité de Ela Keyserlingk, restauratrice principale.La quatrième description se retrouve dans le Rapport de traitement de l\u2019Institut canadien de conservation17.Le 15 février 1982, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec demande que soit restauré et exposé le drapeau de Carillon.17.Institut canadien de conservation, Traitement du drapeau de Carillon pour le Musée du Séminaire de Québec, rapport de traitement coordonné par Ela Keyserlingk, restauratrice principale, Ottawa, 1992, 23 p.90 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019orientation des éléments picturaux du drapeau montrent bien qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une bannière religieuse.«Le drapeau mesure 213 centimètres de largeur sur 307 cm de longueur.Il se compose de trois pans de soie beige d\u2019armure unie mesurant 70 centimètres de largeur chacun, cousus les uns aux autres par la lisière.Le long de la lisière supérieure du drapeau est cousue une cravate en lin, encollée et peinte [en rouge], de 5,8 centimètres de largeur.Les trois autres lisières extérieures du drapeau sont protégées par un ruban en soie bleue d\u2019armure unie de 3,8 centimètres de largeur, replié de façon à couvrir l\u2019arête» [ICC].Dans la première description, il est dit que le «fond en est vert très pâle (il a dû être bleu ciel autrefois)» [Gagnon la].Ainsi s\u2019expliquent que le fleurdelisé et ses ancêtres, le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Cœur, seront bleu ciel.Dans la deuxième description, on affirme que la couleur de la bannière était « [probablement le blanc, blanc crème ou jaune pâle» [Gagnon lia].La controverse L\u2019orientation du drapeau a aussi soulevé la controverse.La cravate cousue à la lisière supérieure et l\u2019orientation des éléments picturaux du drapeau montrent bien qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une bannière religieuse, à suspendre verticalement.Pourtant, Baillargé, son découvreur, a tenu mordicus à en faire un drapeau de régiment, suspendu horizontalement, plus en accord avec le fait qu\u2019il aurait connu le feu de Carillon.Il fait dire à Gagnon dans son premier article que «M.Viger et quelques autres ayant exprimé l\u2019opinion que l'image de la Vierge indiquait une bannière de confrérie et non un drapeau de régiment, ils furent invités par M.Baillargé à venir juger des choses de visu.Après avoir examiné l\u2019écusson, puis, sur le côté et non sur le haut de l\u2019étendard, le fourreau garni d\u2019œillets où passait le galon qui tenait le tissu attaché à la hampe, ils durent se rendre à l\u2019évidence, et ils ne se doutèrent plus que ce ne fût bien L'ACTION NATIONALE » 91 là un drapeau de régiment » [Gagnon la].À la mort de son premier propriétaire, Gagnon rectifie les faits : le « fourreau en toile, contemporain du drapeau lui-même, a été primitivement recouvert d\u2019une couche de peinture rouge.Il était destiné à recevoir la hampe de support, et celle-ci devait être horizontale, étant donné l\u2019orientation des dessins dont le haut est toujours tourné du côté de la hampe.- Ses grandes dimensions, son mode de suspension, la disposition des dessins, tout fait croire que nous avons affaire ici à une bannière religieuse plutôt qu\u2019à un drapeau militaire.Sur ce point aucun doute possible» [Gagnon lia].En 1882, Gagnon affirme que le drapeau «porte les marques du passage de deux ou trois balles et [qu\u2019]il paraît avoir été lacéré par plusieurs coups de sabre» [Gagnon la].Le drapeau avait donc connu le feu de Carillon, il en était resté marqué.Il rétablit les faits en 1915 : « Les trous de boulets et de balles, qu\u2019on a quelquefois voulu y voir, sont de simples déchirures, l\u2019œuvre du temps et d\u2019un enroulement défectueux» [Gagnon lia].La description la plus fiable des motifs de la bannière, aujourd\u2019hui plus ou moins discernables, est celle de Gagnon en 1915.«Sur un côté, une madone a été peinte à l\u2019huile.Sa robe est rouge, son manteau est bleu.L\u2019Enfant-Jésus se repose sur son bras gauche, et sa droite est ramenée vers les pieds de l\u2019enfant.Autour de sa tête est une couronne d\u2019étoiles, peintes de la même manière que les fleurs de lys des quatre coins de la bannière.Sous ses pieds, un croissant peint, lui aussi, comme les fleurs de lys.Au-dessous l\u2019inscription refugium peccatorum, en grandes capitales, se lit sur une bande également peinte.[.] Les fleurs de lys qui occupent les quatre coins du tissu sont plus pâles que le fond général de la bannière ».Ce sont ces quatre fleurs de lys qui apparaîtront sur le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Cœur, pour Les trous de boulets et de balles, qu on a quelquefois voulu y voir, sont de simples déchirures.92 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE finalement, une fois redressées, orner le fleurdelisé québécois.« Sur le revers de la bannière, on voyait les armoiries de France, timbrées d\u2019une couronne royale : écu ovale, à fond d\u2019azur chargé de trois fleurs de lys d\u2019argent posées 2 et 1 » [Gagnon lia].La bannière religieuse dite de Carillon date du XVIIIe siècle.La bannière religieuse dite de Carillon date du XVIIIe siècle comme le confirme l\u2019expert en textiles Jean-Michel Tuchscherer: «Le Drapeau de Carillon est sans aucun doute un document exceptionnel du XVIIIe siècle» [Robitaille].Quant aux armoiries sous la madone, aujourd\u2019hui effacées, elles sont fort probablement, comme l\u2019affirme la tradition, celles de Charles, marquis de Beauhamois (1671-1749), gouverneur de la Nouvelle-France de 1726 à 1747 : D\u2019argent à une fasce de sable, surmontée de trois merlettes du même.D\u2019une part, seul le gouverneur avait le droit d\u2019inscrire ses armoiries personnelles sur une bannière aux armes de France et, d\u2019autre part, seul Beauhamois a eu comme supports des aigles.La bannière a donc fort probablement été fabriquée entre 1726, date de l'arrivée du marquis en Nouvelle-France, et le 29 mai 1732, date où il deviendra commandeur de l\u2019ordre de Saint-Louis avec droit d\u2019entourer son écu de la devise, qui n\u2019apparaît pas sur le drapeau : Bellicae virtutis praemium.Le mythe Aux lendemains des Troubles de 1837-1838 et de l\u2019acte d\u2019Union de 1841, une vague de découragement déferle sur la population bas-canadienne.Certains de ses chefs les plus éminents vont officiellement prôner l\u2019anglicisation telle que planifiée par le nouveau régime.Ainsi, Étienne Parent, qui a défendu pendant de nombreuses années la nationalité canadienne dans son journal le Canadien, suggère à ses «compatriotes [.] [de] ne point lutter follement contre le cours inflexible des événements» et espère que l\u2019«assimilation, sous le nouvel état de choses, se fera graduellement L\u2019ACTION NATIONALE .93 et sans secousse18».D\u2019autres n\u2019accepteront pas cet avenir bloqué, cette mort lente.Dans cette optique, le rappel des hauts faits qui ont marqué le régime français nourrit la fibre nationale et partant assure, en partie du moins, la survie de cette société distincte.L'Histoire du Canada, de François-Xavier Gameau, en réponse au «peuple sans histoire » de Durham, et dont le troisième tome est publié l\u2019année de la découverte du drapeau, participe de ce mouvement.Baillargé, par son drapeau, participe à cette reconquête de l\u2019estime de soi du peuple bas-canadien.L\u2019étonnant, c\u2019est qu\u2019il ait choisi de le faire par l\u2019entremise d\u2019un objet dont il limite les apparitions d\u2019une part et les scénarise d\u2019autre part afin que le mythe naisse, s\u2019amplifie et délaisse l\u2019objet au profit de l\u2019idée.Puisque tous les faits qui entourent la découverte de la relique sont véridiques, la présence du drapeau à la bataille de Carillon ne devrait pas soulever de doute.Mais les omissions, sinon les mensonges, de son découvreur, le secret dont il s\u2019est entouré ont semé le doute.Ce qui a permis au mythe de naître devient un siècle plus tard responsable de sa disparition.Mais que la bannière ait été présente ou non à Carillon n\u2019a plus guère d\u2019importance.Elle a joué son rôle : elle a servi à créer, un siècle presque jour pour jour après sa découverte, le drapeau québécois actuel.Sa couleur bleue, qui n\u2019a jamais été sienne, et ses fleurs de lis, sont devenues les marques distinctives du peuple québécois.?La bannière a servi à créer, un siècle presque jour pour jour après sa découverte, le drapeau québécois actuel.18.Cité par Guy Bouthillier et Jean Meynaud, Le Choc des langues au Québec 1760-1970.Montréal, les Presses de l\u2019Université du Québec, 1972, p.148.94 \u2022 L'ACTION NATIONALE La moitié du chemin Pierre Perreault mais quand on approche du grand âge, que je situe plus ou moins à 70 ans pour me laisser encore un peu de répit, peut-être s\u2019agit-il d\u2019une impardonnable naïveté, même s\u2019il faut aussi que vieillesse se passe et que la vieille dame indigne qui se cache en chacun de nous prenne la clé des champs à l\u2019occasion.mais la poésie, sous toutes ses formes, qu\u2019elle jeunesse des quatre fers ou qu\u2019elle vieillisse plus ou moins mal, j\u2019ai fini par m\u2019en rendre compte à l\u2019usage, provoque toujours une certaine gêne autant parmi ceux qui se donnent la peine ou à qui on impose de l\u2019écouter ou même, tout simplement, de la lire dans le grand secret.qu\u2019à celui-là même sans penser à mal qui la commet.aussi bien j\u2019éviterai, par subterfuge, ce soir, d\u2019en parler et de vous affliger de commentaires savants ou inspirés sinon pour vous raconter quelques petites anecdotes et vous faire comprendre un peu ce qui en cette occurrence me cause malaise.Quand on est jeune la poésie est une tentation à laquelle on peut se permettre de ne pas résister même si elle n\u2019est pas toujours sans conséquence car il faut bien que jeunesse se passe.L'ACTION NATIONALE .95 j\u2019ai dans ma petite vie, qui n\u2019a rien à voir avec celle de Radio-Canada, filmé toutes sortes de poètes et de poésies et particulièrement les poètes qui n\u2019écrivent pas et les poésies qui ne se lisent pas et je pense, bien sûr, aux poètes de l\u2019île-aux-Coudres qui ne se prennent surtout pas pour des poètes ce qui leur facilite peut-être la poésie.j\u2019ai même poussé, à quelques reprises, l\u2019audace et la témérité jusqu\u2019à mettre à contribution de mes caméramages des poètes en écriture, en train d\u2019écrire, en acte de partager leurs écritures toutes fraîches, à peine nées, encore humides.chaque fois, il faut bien l\u2019avouer, j\u2019ai frôlé le désastre.d\u2019abord dans La bête lumineuse où Stéphane-Albert, le tendre, écrit et lit (quelle témérité !) à la cohorte de ses amis, à la horde des chasseurs qui ne pratiquent pas l\u2019émotion, un hommage ému et chaleureux à son ami Bernard le cuisinier de la chasse, qui préfère naviguer la dérision.l\u2019épaisseur du silence qui s\u2019ensuit m\u2019a moi-même bouleversé sur place et me dérange à chaque visionnement comme si le silence était encore infranchissable après tant d\u2019années déjà- comment, en effet, se relever du poème par effraction qui vantardise une chasse qui nourrit et une amitié depuis belle enfance qui alimente les querelles de prestige et relève tous les défis du discours ?Stéphane-Albert penche la tête devant le silence qu\u2019il provoque car il a bien compris qu\u2019il est interdit de franchir les frontières de l\u2019inavouable qui désarçonne.l\u2019épaisseur du silence qui s\u2019ensuit m\u2019a moi-même bouleversé sur place 96 \u2022 L'ACTION NATIONALE mais la poésie a-t-elle un autre usage?mais la poésie a-t-elle un autre usage ?cependant même l\u2019insolence de Philippe, qui s\u2019évertuait il y a un instant à l\u2019empêcher de prendre en main la parole, se cherche une contenance et ne peut s\u2019empêcher d\u2019être émue, en dépit de ses irrévérences.et au bout d\u2019un moment d\u2019éternité il avoue sans fioritures, tout simplement, en peu de mots : c\u2019est beau! et retombe le lourd silence de plomb qui accable de sa chape les pocailles de la chasse et de l\u2019insolence.comment finir par s\u2019en sortir de ce piège de l\u2019émotion et de la poésie?au bout d\u2019un long silence incalculable, Philippe, pour libérer le temps présent maillé dans le filet des mots déjà oubliés et de l\u2019émotion qui bat de l\u2019aile, demande à Stéphane-Albert, maladroitement, car il a perdu sa superbe, s\u2019il a écrit son poème dans les marécages de la chasse (il parle de muskeg) où ses copains l\u2019ont abusé en lui faisant croire que l\u2019orignal, la bête lumineuse de son attente, était à l\u2019orée.répondait à l\u2019appel du guide indien.s\u2019approchait de ses trajectoires tremblantes.c\u2019est alors que le rire des chasseurs parvient à faire éclater le silence.anéantit le poème.et Stéphane-Albert s\u2019écroule devant le tranchant de la dérision.la tête dans les mains.les larmes aux yeux.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 97 comment opposer le poème vulnérable à la dérision sans merci?de la même façon que ses amis étaient, sans l\u2019avouer, bouleversés par le poème, il est lui-même terrassé par leurs ricanements sans songer qu\u2019il ne s\u2019agit pas pour eux tellement de le ridiculiser, de le railler, de le mépriser mais tout bêtement d\u2019avaler la salive qui leur serre la gorge.ce qu\u2019ils n\u2019avoueront jamais d\u2019ailleurs.ce que Stéphane-Albert ne soupçonne même pas, ce pourquoi il en pleure de force.cependant qu\u2019ici et là dans le campe du Michomiche retombent quelques plumes de l\u2019ange qui s\u2019éloigne avec son silence.à toutes ailes.ne laissant derrière lui que des malentendus qui font la sourde oreille.démontrant une fois de plus que le poème est un intrus et que sa présence est insoutenable dans un campe en bois rond parmi les bottes lacées d\u2019une chasse qui refuse de s\u2019avouer vaincue.de même, un jour, Michel Gameau, dans une cabane de pêcheur, près de Blanc-Sablon, au fond de la baie de Brador où Cartier raconte que, déjà en 1534, là se faict grant pescherie, lisant son poème sur Jacques Cartier justement après avoir traversé l\u2019Atlantique sur le Blanchon et sur les traces, si on peut dire, de ce pilote du roi chargé de découvrir un avenir en Terres-neuves.comment opposer le poème vulnérable à la dérision sans merci ?98 \u2022 L'ACTION NATIONALE il reste quelque part des paradis secrets où le poème pourrait faire son nid.on l\u2019écoute bravement.presque religieusement.puisqu\u2019il s\u2019agit justement de ce capitaine qui nous a devancé et, pour ainsi dire, fondé en terre d\u2019Amérique, du magnifique comme il l\u2019écrit magnifiquement.Cartier qui m\u2019ancêtre .celui qui me sert encore quand je suis chez nous à vivre dans l\u2019ailleurs d\u2019où je suis et nous voilà repoussés dans Tailleurs.le poème nous acculant à notre étrangeté.nous accablant de ses interrogations.nous replongeant en peu de mots dans nos doutances et nos approximations.comme si Cartier nous avait devancé de ses certitudes.irrémédiablement.comme si nous n\u2019étions pas encore sur le point de le rejoindre dans les découvrances.et le même silence infranchissable, dans cet ailleurs ou dans ce nulle part où nous mangeons le homard familier, aussi familier à Blanc-Sablon que les roteux du samedi soir au Forum, cet ailleurs qui nous sert de refuge plus souvent qu'autrement.Cartier connaissait-il le homard?comme quoi cependant il reste quelque part des paradis secrets où le poème pourrait faire son nid.peut-être.et voilà Michel.entre ciel et terre.entre ciel et mer.suspendu.comme entre deux envolées.envolé comme l\u2019ange.sans paroles puisqu\u2019il a parlé au delà du langage.en poésie.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 99 et il n\u2019arrive pas à revenir sur cette terre de Brador.et il s\u2019attarde encore dans cet ailleurs d\u2019où je suis.même si le poème a déjà dit son dernier mot.comment réintégrer le homard de l\u2019instant propice?et il nous regarde timidement.de toute sa rondeur.les bras ballants le long des cordages.comme s\u2019il avait commis un sacrilège.souriant maladroitement.visiblement gêné.comme nous d\u2019ailleurs, ses compagnons de mer depuis bientôt un bon mois.la gorge serrée de ce même petit malaise indéfinissable.et il ajoute.comme quelqu\u2019un qui tombe du ciel, sachant fort bien que le naturel ne revient pas au galop quand on a chevauché le poème, quand on s\u2019est pris pour l\u2019ange, tout bêtement après le long silence.de toute sa candeur de poète et d\u2019innocence.c\u2019est ça! et une fois de plus le poème s\u2019éloigne en battant de l\u2019aile et nous voilà réinvestit dans le petit quotidien de nos petites vies et de la grande allure et du voyage dans le jour après jour.enfin délivrés du poème ! j\u2019ai moi-même, à mon tour, vécu à cet égard une expérience troublante, ayant eu l\u2019occasion de lire à La nuit de la poésie de 1980, à l\u2019UQAM, un poème des Irréconciliabules, que nous lançons bien modestement ce soir pour éviter si possible le désastre appréhendé, et intitulé on demande des poètes de chair et de sang le naturel ne revient pas au galop quand on a chevauché le poème 100 .L'ACTION NATIONALE si je réclamais des poètes qui préfèrent la neige à l\u2019écriture et déjà ce disant je comprends que j\u2019agresse le silence qui m\u2019entoure ce soir et déjà ce jour-là.cependant mes amis m\u2019ont raconté par la suite que le poème avait été applaudi chaleureusement même si je réclamais des poètes qui préfèrent la neige à /\u2019 écriture mais je n\u2019ai rien entendu en vérité.de ce fracas.il reste que, quelques semaines plus tard, toujours en 1980, devant une salle bondée, je ne sais plus laquelle, à Québec, j\u2019ai relu le même poème avec la même conviction il me semble.on m\u2019a conspué ! j\u2019ai dû m\u2019interrompre ! je suis sorti penaud avec mes feuilles délibérées ! au vent de la honte ! et j\u2019ai tout entendu, autant les sifflets dans la salle que le silence dans ma tête ! on m\u2019a enlevé les mots de la bouche en quelque sorte! voilà peut-être pourquoi le poème se cache.parce qu\u2019il inquiète.parce qu\u2019il trouble.parce qu\u2019il agresse.parce qu\u2019il gêne.parce qu\u2019il n\u2019est jamais tout à fait à sa place.et il ne tient qu\u2019à un fil, le poème.il n\u2019en tient qu\u2019à celui qui l\u2019écoute et à l\u2019instant propice.celui qui l\u2019écrit ne faisant jamais que la moitié du chemin.voilà pourquoi, comme le disait si bien Aragon qui pourtant n\u2019était pas peu fier.L\u2019ACTION NATIONALE .101 personne mentends-tu n\u2019écrit (le mot) poète après son nom dans les annuaires des téléphones voilà pourquoi autant aller prendre une bouchée et boire un verre, s\u2019il en reste.et parler d\u2019autre chose.en espérant que mes Irréconciliabules aillent jusqu\u2019à vous par le secret d\u2019un autre sentier et que vous acceptiez de faire la moitié du chemin ?102 L\u2019ACTION NATIONALE A travers l\u2019actualité Rosaire Morin Le Parlement en flammes En 1845, une indemnité est accordée aux Anglais du Haut-Canada pour les pertes encourues pendant l\u2019insurrection de 1837-1838.Aucun trouble n\u2019est signalé.Les Canadiens du Bas-Canada se contentent de réclamer justice (nous réclamons toujours).Enfin, quatre ans plus tard, le 25 avril 1849, le gouverneur Lord Elgin signe une indemnité de 500 000 $ en faveur des Canadiens du Bas-Canada pour les pertes encourues pendant l\u2019insurrection de 1837-1838.Les personnes condamnées par la Cour et celles qui s\u2019étaient avouées coupables n\u2019étaient pas indemnisées.À la Chambre des députés, le débat est violent.Sir Allan McNab traite les Canadiens-Français de rebelles et d\u2019étrangers.Le docteur Wilfrid Nelson, chef des patriotes de Saint-Denis, répond d\u2019une voix remplie de colère: «Je déclare à ceux qui nous appellent, mes amis et moi, des traîtres, qu\u2019ils ont menti par la gorge.Je dis à ces messieurs en pleine figure que ce sont eux et leurs pareils qui font les révolutions.» La foule présente dans les galeries s\u2019agite.Les Canadiens applaudissent.Les Anglais sifflent.Des coups de poings et de cannes sont échangés.Après plusieurs jours et nuits de débats, la loi est votée avec une majorité de vingt-cinq voix.Vingt-quatre députés de langue anglaise ont appuyé le projet de loi (il y avait, en ce temps-là comme aujourd\u2019hui, des Anglophones francophiles).Le L'ACTION NATIONALE \u2022 103 jour où Lord Elgin sanctionne le bill d\u2019indemnité, il est chahuté, insulté et menacé de mort par des émeutiers de langue anglaise.Il est reconduit à son domicile sous la protection de l\u2019armée et sous une salve de pierres et d\u2019œufs pourris.Le même soir, les émeutiers s\u2019assemblent sur le Champ de Mars.Ils pénètrent dans la Chambre d\u2019assemblée et ils lancent des pierres aux députés qui s\u2019enfuient.Ils brisent les fauteuils et les bureaux.Ils mettent le feu au Parlement.L\u2019édifice est une perte totale.La bibliothèque de 22 000 volumes est détruite.Lafontaine est brûlé en effigie.Les émeutiers tentent même d\u2019incendier sa maison.Après cet excès de fanatisme, il fut décidé que le Parlement serait transféré à Toronto, puis à Québec, en alternance à tous les quatre ans.Ainsi le Québec a choisi sa capitale.Albert Jacquard L\u2019ingénieur Albert Jacquard possède une renommée internationale.Il a épousé la cause des sans-abri.Il est allé jusqu\u2019à occuper l\u2019hôtel George V à Paris avec 200 itinérants.En novembre dernier, il était de passage à Montréal pour promouvoir son dernier livre : « La matière et la vie».C\u2019est dans le journal L\u2019Itinéraire publié par des itinérants que j\u2019ai pris connaissance des propos de ce compagnon de l\u2019abbé Pierre.M.Jacquard n\u2019est pas un conformiste.Lisez deux extraits de son allocution : Le danger, à long terme, c\u2019est de croire réellement à la fameuse loi du marché, à l\u2019équilibre monétaire, etc., et d\u2019enfermer toute l\u2019humanité dans ce carcan du raisonnablement économique.Je crois qu\u2019avec le temps, l\u2019humanité va étouffer à cause des banquiers qui s\u2019amusent à engranger des «bidoux», à fracasser des records de profits et qui viennent nous dire que la solution à tous nos maux, Albert Jacquard : Je crois qu\u2019avec le temps, l\u2019humanité va étouffer à cause des banquiers qui s\u2019amusent à engranger des « bidoux ».104 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Si des changements énormes ne sont pas entrepris, le système s\u2019effondrera.c\u2019est d\u2019être en compétition les uns avec les autres.Le système actuel est tel que, qu\u2019on le veuille ou pas, un riche s\u2019enrichit - sauf vraiment s\u2019il fait des sottises énormes - et un pauvre ne peut que s\u2019appauvrir.Et depuis des siècles, le fossé entre les deux s\u2019agrandit.Si des changements énormes ne sont pas entrepris, le système s\u2019effondrera.On en est près.On est en état de faux équilibre.Quand vous faites refroidir de l\u2019eau, vous arrivez à 0 degré, à -1, -2 degrés, c\u2019est toujours de l\u2019eau.Mais il suffit d\u2019un tout petit choc pour que tout d\u2019un coup ça cristallise et que ça devienne de la glace.J\u2019ai l\u2019impression que la richesse actuelle des pays néo-libéraux, c\u2019est ça.L\u2019action communautaire L\u2019avenir du Québec appartient aux groupes communautaires.C\u2019est ce que Michel Chartrand déclarait à Denise Bombardier le samedi 8 mars.Sur ce point, je pense comme Michel.Sur bien d\u2019autres sujets aussi.Je crois de moins en moins au salut par les partis politiques.Ces derniers sont trop influencés par la dictature économique.Ils butinent de fleurs en fleurs, par compromis, par concessions, par négociations.Les groupes organisés protègent leurs intérêts.Et leurs intérêts ne correspondent pas toujours au bien supérieur du peuple.Il y a au Québec au moins 20 000 groupes populaires, volontaires, bénévoles.Le gouvernement en reconnaît 6 000.Il y a, disait Michel Chartrand, deux milles groupes de femmes bénévoles.Et «le salut, ajoutait-il, viendra par les femmes.Nous autres, les hommes, nous avons prouvé que nous étions incapables ».Puissent ces groupes de femmes et tous les groupes communautaires demeurer libres, indépendants des gouvernements! La récupération les guette.La L'ACTION NATIONALE \u2022 105 politique surveille.La bureaucratie veille.Elle neutralise, elle immobilise, elle paralyse.Avant de partir, M.Parizeau a établi un «secrétariat à l\u2019action communautaire autonome».L\u2019intention est excellente.L\u2019expérience peut être décevante.Le Secrétariat doit «faciliter l\u2019accès des organismes communautaire aux ressources gouvernementales».C\u2019est nécessaire et c\u2019est dangereux.C\u2019est dangereux, parce que l\u2019attente de la ressource conduit souvent au silence et aussi parce que l\u2019attente est parfois longue et conditionnelle.L\u2019accréditation est assujettie à un protocole.Pour être libre de parler et d\u2019agir, il faut n\u2019avoir pas d\u2019intérêt à protéger.A titre d\u2019exemple, le directeur de L\u2019Action nationale ne peut pas dire tout ce qu\u2019il pense.S\u2019il osait s\u2019exprimer en toute liberté, la revue perdrait tous ses annonceurs, à commencer par le Mouvement Desjardins.La base de l\u2019action communautaire doit rester dispersée, désintéressée, vigilante.Elle doit agir dans tous les milieux, à la dimension des besoins.Elle forme la conscience populaire.Elle agit sur les mentalités, sur les comportements.Elle prépare ainsi la révolution qui s\u2019impose.Elle peut s\u2019exprimer par une Fédération des Femmes du Québec, parce qu\u2019il faut un porte-parole.Mais ce porte-parole doit toujours parler au nom de la masse populaire, ce qui n\u2019est pas toujours facile et ce qui sera de plus en plus difficile.Montréal, une ville bilingue La présidente du Conseil de la langue française a été heureuse de déclarer dès sa nomination que Montréal n\u2019est pas une ville bilingue.Montréal, a-t-elle dit, est une ville française.Et à Montréal, le français est fragile.Le maire Bourque devrait le savoir.Il devrait oublier ses requêtes de statut de ville bilingue et d\u2019adoucissements à la Loi 101.S\u2019il connaissait l\u2019histoire récente de Montréal n\u2019est pas une ville bilingue.Montréal est une ville française.106 \u2022 L'ACTION NATIONALE Montréal, il n\u2019attribuerait pas les retards de la Ville au statut du français ou au débat sur la souveraineté.Montréal a perdu son titre de métropole bien avant le référendum de 1980.Monsieur le Maire a-t-il oublié que la canalisation du Saint-Laurent favorisait Toronto au détriment du port de Montréal ?Monsieur le Maire se rappelle-t-il les interventions successives du gouvernement fédéral en faveur de Toronto?Monsieur le Maire ignore-t-il que la domination de l\u2019Ontario sur l\u2019économie canadienne nuit constamment à la Ville de Montréal ?Malgré la Charte des droits et libertés, on ne parvient pas à enrayer la discrimination à l\u2019égard des femmes.Le déclin de la métropole montréalaise est antérieur au PQ.La faute n\u2019est pas uniquement à Ottawa.Québec n\u2019a pas protégé sa Métropole.Et la Ville elle-même a été assez mal administrée en ces cinquante dernières années.La Ville n\u2019a pas réagi pour remplacer les industries qui disparaissaient comme la fourrure, le textile, le meuble, le vêtement.La Ville n\u2019a pas traversé avec succès les deux dernières récessions.La Ville n\u2019a pas été capable de contrer l\u2019émigration de la population vers les banlieues et d\u2019établir un plan de développement financier, commercial et industriel.La Ville n\u2019a même pas un véritable plan global d\u2019urbanisme.Si la Ville est administrée par des incompétents, il ne faut pas en blâmer la langue et la souveraineté.L\u2019équité salariale Claudette Carbonneau est vice-présidente de la CSN.Dans Nouvelles CSN du 16 février, un appel est lancé pour l\u2019équité salariale en faveur des femmes.L\u2019Action nationale appuie sans réserve les propos de madame Carbonneau : Malgré les dispositions comprises dans la Charte des droits et libertés, en vigueur depuis 20 ans, on ne parvient pas à enrayer la discrimination L'ACTION NATIONALE .107 à l\u2019égard des femmes.Les statistiques sont là, elles parlent d\u2019elles-mêmes.Scolarisation, syndicalisation, ou statut d\u2019emploi, rien n\u2019y fait, on retrouve toujours un écart entre les salaires des femmes et ceux des hommes.Cette question est capitale pour les femmes.Leur situation économique en dépend, aujourd\u2019hui comme demain, car les sommes qui sont soustraites actuellement de leur salaire se répercutent sur leurs prestations d\u2019assurance-chômage, sur leurs revenus à la retraite, leurs allocations de congés de maternité, etc.Déplorant la faiblesse de l\u2019avant-projet de loi présenté, madame Carbonneau souligne le manque de volonté politique d\u2019astreindre les employeurs, y compris l\u2019État, à réaliser l\u2019équité salariale.Et la vice-présidente de conclure : Le budget Martin vient de confirmer la tendance centraliste du gouvernement Chrétien.Les femmes ont assez attendu.Somme toute, une telle loi représente un compromis.Rappe-lons-le, bien que la Charte interdise ce type de discrimination depuis 20 ans, les employeurs n\u2019en ont pas pour autant modifié leurs structures salariales.Une loi permettrait par contre aux femmes de pouvoir enfin être payées en fonction de la valeur de leur travail.La décentralisation Le budget Martin vient de confirmer la tendance centraliste du gouvernement Chrétien.L\u2019an dernier, le budget présentait le «Transfert social canadien» comme une mesure provisoire dont l\u2019objectif était de transférer éventuellement aux provinces les pouvoirs sur l\u2019aide sociale, l\u2019éducation et la santé.En 1996, le TSC redevient un régime permanent qui ne sera jamais inférieur à un transfert de 11 milliards$.L\u2019objectif de Paul Martin est « de préserver et de renforcer nos programmes sociaux en vue du siècle prochain».Des « normes nationales » décrétées par Ottawa 108 .L'ACTION NATIONALE Mme Sheila Copps, dans un discours à l\u2019emporte-pièce, s\u2019écriait : Il faut un million de drapeaux pour sauver le Canada.devront être respectées, sans quoi gare aux sanctions financières.La Colombie britannique l\u2019a appris à ses dépens.Le budget du 6 mars annonçait aussi la création d\u2019un Fonds de recherche sur les services de santé, un domaine de juridiction provinciale.M.Martin relançait même le projet de relier à l\u2019autoroute de l\u2019information toutes les écoles et toutes les bibliothèques du Canada.Imaginez la stratégie de propagande qui se prépare.Savez-vous qu\u2019on a fait dessiner par des élèves du cours primaire des milliers de drapeaux canadiens et qu\u2019on les a exposés pendant une semaine dans le «hall» du complexe Guy-Favreau, en février 1996?Voilà la façon fédérale de repenser le rôle de l\u2019État! Par mesure d\u2019efficacité, on propose maintenant l\u2019établissement d\u2019une commission nationale des valeurs mobilières.Le budget parlait d\u2019un système commun d\u2019inspection des aliments, d\u2019une amélioration des suppléments de revenu aux familles, de nouvelles mesures pour aider les jeunes décrocheurs à trouver un emploi, d\u2019un système unique de perception des recettes fiscales, de remplacer la TPS et les taxes de vente provinciales par une taxe nationale unique.Voilà autant d\u2019empiétements sur les pouvoirs exclusifs du Québec ! Le «flag su\u2019Phood» Jean Chrétien nous a souvent parlé du «flag su\u2019l\u2019hood».Mme Sheila Copps a entendu la voix du maître.Elle a aussi souvenance du discours du prince Elliott qui recommandait d\u2019utiliser les symboles.Dans un discours à l\u2019emporte-pièce, d\u2019une voix tonitruante, le 29 février, à la Chambre des Communes, elle s\u2019écriait : Il faut un million de drapeaux pour sauver le Canada.De Sherbrooke à Saint-Boniface, de Moncton à Marieville, honorons notre pays en L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 109 célébrant la Saint-Jean-Baptiste pour tous les Canadiens.Comme c\u2019est émouvant, attendrissant et excitant.d\u2019entendre cette grande dame faire un tel effort intellectuel dans une langue qui n\u2019est pas la sienne.Elle se mélange toutefois dans la géographie.Le Québec est déjà partagé?La frontière est à Marieville?Et le Canada aurait perdu les Rocheuses?Les douaniers sont installés à Saint-Boniface?Et la Vice-première ministre de demander, avec toute son éloquence d\u2019enregistrer la propriété d\u2019un drapeau canadien auprès de la ligne 1-888-drapeau.J\u2019ai appelé pour enregistrer mon «fleurdelisé».La première ministre terminant sa brillante intervention : Oublions l\u2019irritant du bilinguisme sur les boîtes de Com Flakes.Prenons du recul, comme l\u2019astronaute Marc Gameau qui a pu, depuis son satellite, apprécier la grandeur du Canada.Travailles avec les lignes aériennes, les compagnies d\u2019autobus et de train afin que les gens visitent Montréal au lieu de Miami.Fini le libre-échange ! Les Canadiens anglais font venir faire l\u2019amour aux Québécoises et aux Québécois! C\u2019est là le désir enflammé de Mme Copps.Mais l\u2019amour n\u2019est plus possible.Stéphane la colombe prépare les conditions du divorce.Hôpital général de Québec Nouvelles CSN de février nous apporte une heureuse nouvelle.A l\u2019Hôpital général de Québec, une réorganisation du travail a chassé « la routine et la morosité» pour faire place au «plaisir de travailler».Le syndicat et l\u2019employeur ont réinventé le travail.L'horaire coulé dans le ciment est disparu.Les soins imposés à la même heure font partie des souvenirs.Les 377 résidents de ce centre de soins de longue durée décident eux-mêmes À l\u2019Hôpital général de Québec, le syndicat et V employeur ont réinventé le travail.110 \u2022 L'ACTION NATIONALE de l\u2019heure de leur bain et de leurs activités de groupe, selon leurs besoins.Des équipes de travail ont été formées.L\u2019infirmière, l\u2019ergothérapeute, la physiothérapeute et les personnes préposées aux bénéficiaires et à l\u2019alimentation travaillent ensemble.Les employés de l\u2019entretien s\u2019organisent aussi en équipe autogérée.La discipline de jadis a fait place à un climat de confiance.Une grille de l\u2019évaluation des services a été établie.La qualité des services est supérieure.Les résidents ont l\u2019air plus heureux et les employés aussi.Mais, il faut le dire, il n\u2019a pas été facile d\u2019inventer un mode de travail qui contente les malades et le personnel.Puisse cette expérience être vécue en d\u2019autres milieux où tous les employés ont hâte que se termine la semaine.Les Fonds des travailleurs Le budget Martin limite les entrées aux Fonds des travailleurs.C\u2019est une politique antiouvrière.Le budget Martin limite les entrées aux Fonds des travailleurs.Ce n\u2019est certes pas une stratégie pour développer l\u2019emploi.On sait que le Fonds de solidarité a déjà créé ou conservé 37 000 emplois en quelques années d\u2019activités.C\u2019est une politique anti-ouvrière.Clément Godbout, président de la FTQ rappelait qu\u2019« environ 50% des cotisants n\u2019ont que ces économies dans le Fonds de solidarité en vue de leur retraite et voilà qu\u2019on diminue de 30% leurs cotisations possibles.Ca limitera, ajoute M.Godbout, les entrées de fonds alors qu\u2019on a un besoin criant de création d\u2019emplois.Le Fonds aurait atteint les deux milliards dans 18 mois sans ces limitations ».Pierre Paquette, secrétaire de la CSN, est révolté d\u2019observer les coupures faites aux Fonds des travailleurs, alors que les neuf milliards de dépenses fiscales des entreprises ont été totalement épargnés de tout impôt.L'ACTION NATIONALE \u2022 111 Le travail au noir Depuis plusieurs années, le ministère du Revenu Québec perd un milliard de dollars en revenus annuels pour le travail au noir qui opère en plein jour.C\u2019est là une situation qui perdure.Le ministère a effectué des études savantes.Il sait que le bénéficiaire de l\u2019aide sociale âgé de moins de 25 ans est le portrait modèle du travailleur au noir.Ces jeunes vont chercher un supplément de revenu pour vivre presque normalement.Peut-on les blâmer?Personne ne les embauche.Leur débrouillardise les conduit au travail au noir.Ce qui n\u2019est pas normal, c\u2019est l\u2019inertie du ministère qui ne prend pas les moyens pour intégrer la jeunesse québécoise au marché du travail.L\u2019intégration à l\u2019emploi et l\u2019insertion sociale demeurent des thèmes de discours et de dissertation.Si l\u2019employabilité devenait la réalité, le nombre des travailleurs au noir diminuerait considérablement.Le bénéficiaire de l\u2019aide sociale âgé de moins de 25 ans est le portrait modèle du travailleur au noir.Le ministère du Revenu sait aussi que le contribuable qui embauche le travailleur au noir appartient à la classe moyenne, possède un diplôme d\u2019études supérieures et jouit de revenus élevés.Si ce contribuable qui enfreint la Loi devait payer l\u2019impôt et les taxes dont il a voulu se soustraire, le régime illégal ne fonctionnerait plus longtemps.si une honnête amende était imposée.Il y a un autre aspect à corriger.Pour devenir plombier ou électricien, un apprenti doit travailler des milliers d\u2019heures au salaire minimum, la plupart du temps.Devenu patron, les taux horaires frisent les 40$, et parfois davantage.Il en est ainsi dans nombre de métiers.Le coût trop élevé incite à l\u2019embauche d\u2019un travailleur au noir.Les Mairesses Mon pays du Bas-Saint-Laurent compte en pourcentage le plus de mairesses, soit 15 pour cent des élus lors des élections municipales de novembre 112 \u2022 L'ACTION NATIONALE dernier.Sur 155 premiers magistrats municipaux, 20 sont des femmes.La Côte-Nord arrive en deuxième position avec 13 pour cent.La Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine et l\u2019Estrie suivent avec 12 pour cent.La remontée est intéressante, mais non suffisante.Les femmes doivent participer au pouvoir.Si elles sont absentes des paliers de décisions, Légalité des chances n\u2019existera jamais.Ron Irwin Ce ministre fédéral des Affaires indiennes parle beaucoup.Il déclarait à la sortie d\u2019une réunion du cabinet : Vous émettez une hypothèse fondamentalement fausse en disant que les territoires des Premières Nations font partie du territoire québécois.Je ne suis pas d\u2019accord.Les femmes doivent participer au pouvoir.Et le ministre de demander à Lucien Bouchard comment il s\u2019y prendrait - autrement que par la force - pour maintenir l\u2019intégrité territoriale d\u2019un éventuel Québec souverain, non seulement en ce qui a trait aux autochtones, mais aussi aux régions qui auraient majoritairement voté NON à la séparation lors d\u2019un référendum.Le vendredi 9 février, le ministre déclarait que toute tentative de la part de Québec d\u2019asseoir son autorité sur les zones autochtones contre leur gré tournerait au « bain de sang ».Le lendemain, c\u2019était au tour de la colombe Stéphane Dion d\u2019enjoindre M.Bouchard de s\u2019engager à ne pas recourir à la force pour retenir les éléments récalcitrants.Ma Caisse populaire est bilingue Ma Caisse m\u2019envoie une circulaire bilingue: «Services offerts» - «Services offered».D\u2019un côté, on parle de «Service de l\u2019épargne - Service de crédit - Service de reconnaissance.» De l\u2019autre L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 113 côté de la feuille, il faut lire «SAVINGS SERVICES - LOAN SERVICES - OTHER SERVICES - RECONNAISSANCE SERVICE - BUSINESS HOURS».Jadis, les protestations s\u2019élevaient contre les circulaires bilingues des grands magasins.Et les entreprises même américaines s\u2019excusaient du geste et promettaient de ne pas recommencer.Voilà que ma Caisse pratique le bilinguisme simultané! Il y a quelque temps, c\u2019était la convocation à l\u2019assemblée annuelle qui était bilingue.Le répondeur nous répondra peut-être dans les deux langues en un avenir rapproché, comme dans certaines facultés de l\u2019Université de Montréal.Je suis le seul à protester?S\u2019il en est ainsi, le français deviendra une langue pour faire l\u2019amour, comme le disait un jour Claude Béland, le président du Mouvement Desjardins.Le droit à V autodétermination est le privilège d\u2019un peuple, d'une nation.Mon ami Stéphane Mon ami Stéphane déclarait l\u2019autre jour, en substance : Si le Canada est divisible, le Québec est divisible et ce droit doit être reconnu à toutes les régions et à toutes les municipalités du Québec qui veulent demeurer au Canada.Cher Stéphane, tu oublies tes notions de droit international.Le droit à l\u2019autodétermination, ce n\u2019est pas le droit du deuxième rang de Saint-Arsène de se séparer du Québec.Le deuxième rang fait partie de la municipalité.Le droit à l\u2019autodétermination est le privilège d\u2019un peuple, d\u2019une nation.Le peuple du Québec a droit à la liberté, au libre choix de son avenir politique.Les citoyens du deuxième rang de Saint-Arsène font partie du peuple québécois.Tout comme les Québécois de langue anglaise.Ces derniers n\u2019ont pas le droit à l\u2019autodétermination.Ils constituent le prolongement de la majorité canadienne-anglaise en territoire québécois.Ils ne sont pas un peuple distinct.114 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ils sont des citoyens québécois, avec égalité de droits.Bien plus, des privilèges leur sont accordés.Les Québécois de langue anglaise sont membres du peuple québécois, même si un grand nombre de leurs compatriotes vivent en réserve.Stéphane ajoutait aussi qu\u2019une majorité simple n\u2019était pas suffisante pour décréter l\u2019indépendance.Pour modifier la constitution en 1982 et diminuer les pouvoirs du Québec, le peuple ne fut même pas consulté.Dans tous les pays démocratiques, la majorité simple est la règle des référendums.Le traité européen en est le plus illustre exemple.Ici, le parti au pouvoir à Ottawa règne glorieusement même si la majorité des Canadiens votent contre lui.L\u2019exemple le plus récent: 68,7 % des Canadiennes et des Canadiens ont voté contre le Parti libéral aux élections de 1993, mais Jean Chrétien trône à Ottawa comme un prince du Moyen-Age.L\u2019indépendance de l\u2019Irlande a été obtenue au prix du morcellement de son territoire.La partition musicale Stéphane parle de «partition».La partition, c\u2019est musical.Mais le démembrement, ce n\u2019est pas toujours pacifique.L\u2019Irlande du Nord en est l\u2019exemple.L\u2019indépendance de l\u2019Irlande a été obtenue au prix du morcellement de son territoire.L\u2019Angleterre avait imposé le démembrement pour protéger les protestants du Nord majoritaires dans six cantons.Ces protestants étaient des Anglais immigrés en Irlande.Soixante-quinze ans après l\u2019indépendance de l\u2019Irlande, l\u2019entente et la fraternité ne sont pas revenues au pays de l\u2019Ulster et l\u2019armée anglaise demeure incapable de maintenir l\u2019ordre et la paix.L\u2019Angleterre s\u2019entête et le conflit perdure.Des Anglophones du Québec nous accusent de racisme.Pourtant, ce sont eux qui réclament le démembrement du Québec sur une base ethnique, comme en Ulster.Stéphane devrait comprendre L'ACTION NATIONALE \u2022 115 que le partage selon l\u2019ethnie est une aberration.Dans tous les pays, il y a des groupes minoritaires.Les Québécois forment un peuple, une nation.Ils ont droit à la liberté politique.Si des municipalités anglophones, comme le dit Stéphane, peuvent s\u2019autodéterminer politiquement, ce serait l\u2019éclatement de tous les pays.Déjà, la situation est anormale.La majorité des Québécois de langue française, plus de 60%, favorisent l\u2019indépendance.Cette majorité est tenue en otage par la minorité anglophone.Que certains membres de cette minorité nous menacent de « partage territorial», c\u2019est plus qu\u2019irritant, c\u2019est provocateur.Le mouton de la Saint-Jean rugit.La colombe Stéphane Le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales est fidèle à Jean Chrétien.Plus Stéphane Dion parle, plus on comprend que le Premier ministre l\u2019ait choisi.Et Stéphane parle.Plus souvent qu\u2019à son tour.À Ottawa, les journalistes l\u2019ont baptisé du surnom « Kid Micro ».Et le Kid devient la coqueluche des fédéralistes «durs et purs».Il est aussi «ratoureux» que son chef.Ecoutez-le.Une grosse erreur.durant le référendum fut de demander aux autres Canadiens de se tenir tranquilles, de dire que c\u2019est un débat qui concerne uniquement les Québécois.En fait, quand vous faites cela, vous amener les Québécois à penser comme des séparatistes.(Stéphane Dion, émission Ottawa : Inside Out, réseau CBC Newsworld) Stéphane Dion : La reconnaissance du Québec comme société distincte ne vaudrait à la province aucun pouvoir additionnel.Et la colombe d\u2019affirmer à Vancouver le 2 mars dernier que La reconnaissance du Québec comme société distincte ne vaudrait à la province aucun pouvoir additionnel et n\u2019enlèverait donc rien aux autres Canadiens.116 \u2022 L'ACTION NATIONALE Cher Stéphane, tu rêves en couleur.Le Québec est un pays à portée de main.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une requête pour un statut spécial ou des privilèges particuliers.Toutes les provinces canadiennes sont évidemment distinctes Tune de l\u2019autre.Mais en raison de sa langue différente, le Québec se distingue d\u2019une façon fondamentale qui rend nécessaire qu \u2019on lui porte une attention spécifique.La reconnaissance du Québec comme société distincte aurait l\u2019effet de rassurer la majorité francophone de la province et lui permettrait de contribuer de façon plus positive au Canada.(Le Devoir, 3 mars 1996, A.3) Et l\u2019orateur d\u2019inviter les Canadiens à se réconcilier dans leur cœur avec le Québec.Quel pathos! Quel galimatias! Croit-il ce jeune ministre que les Québécois font se satisfaire d\u2019un statut sans pouvoir?Depuis quand la langue représente-t-elle la seule différence ?La majorité francophone serait rassurée par une déclaration d\u2019amour?Elle oublierait la domination ontarienne sur l\u2019économie québécoise?Elle accepterait la politique centraliste du fédéral?Elle se soumettrait au gouvernement de la Cour suprême?Elle renoncerait à la liberté?Cher Stéphane, tu rêves en couleur.Le Québec est un pays à portée de main.Il sera bientôt libre.M.Chrétien explose Le 15 février, le premier ministre Jean Chrétien venait de participer à une cérémonie à l\u2019occasion du Jour du drapeau canadien.Après avoir quitté l\u2019estrade, entouré de gardes du corps et de policiers, M.Chrétien marchait à travers une foule formée en majorité d\u2019écoliers et de quelque 30 opposants à la réforme de T assurance-chômage.Il se retrouve soudain face à un protestataire bruyant.Il empoigne alors l\u2019individu par la nuque et la mâchoire et il le projette vers deux policiers.Un agent maintient au sol le manifestant, Bill L'ACTION NATIONALE .117 Clennett.Quelques pas plus loin, le premier ministre tente de projeter au sol le porte-voix d\u2019un manifestant.Aux journalistes qui l\u2019interrogent, M.Chrétien répond une première fois : «Je ne sais pas ce qui est arrivé » et, par, la suite, il se contente de dire : «Pas de commentaire».Mais la vice-première ministre Sheila Copps est plus loquace: «S\u2019il y a un coupable dans cette affaire, je ne pense pas que ce soit le premier ministre.L\u2019idée qu\u2019un fauteur de troubles séparatistes soit une victime est un peu trop difficile à avaler».Pauvre madame Copps! Elle voit des séparatistes partout.Elle en voit dans son café.Elle en rêve.Le témoignage du député libéral John Nunziata est aussi expressif : Le premier ministre a bien agi.Dans mon cas, je lui aurais donné un coup de poing sur la figure.De toute évidence, les manifestants étaient des séparatistes.Ils étaient en train de chambarder ce que je considère un événement presque sacré, la cérémonie du drapeau, et je n\u2019accepte pas qu\u2019ils aient le droit de parole.Pauvre madame Copps! Elle voit des séparatistes partout.Elle en voit dans son café.Elle en rêve.La bonne entente, c\u2019est pour nous.La tolérance, c\u2019est pour nous.?118 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comptes-rendus Éric Schwimmer (avec la collaboration de Michel Chartier) Le syndrome des Plaines d\u2019Abraham Montréal, Boréal, 1995 Robert En conclusion de l\u2019article qui lui a valu la Laplante première mention honorable du Prix André-Laurendeau 1995 de l\u2019Action nationale, Danièle Cyr définit ainsi ce qui lui apparaît comme l\u2019impératif moral le plus important pour la construction de l\u2019avenir du Québec : «Le seul vrai devoir des Québécois, c\u2019est d\u2019examiner intelligemment les vrais modèles et de se demander avec courage et lucidité quelles seront, pour nous et nos descendants, les conséquences de nos agirs présents.» C\u2019est par une meilleure connaissance et une plus grande familiarité avec ces modèles de petits peuples qui se sont émancipés que va se construire et s\u2019affermir la confiance en soi nécessaire pour franchir le prochain seuil.Son article esquisse d\u2019ailleurs des comparaisons stimulantes avec plusieurs petits pays dont l\u2019histoire et les expériences devraient nous inspirer.C\u2019est dans le prolongement de cette lecture qu\u2019il faut aborder Le syndrome des Plaines d\u2019Abraham.L\u2019ouvrage a reçu une certaine attention lors de la période référendaire mais, pourrait-on dire, c\u2019est vraiment maintenant, à la lumière des résultats que l'on sait, qu\u2019il prend à la fois tout son sens et sa plus grande pertinence.L\u2019ethnographe Schwimmer examine la situation québécoise en l\u2019éclairant des expériences, qu\u2019il connaît bien, de l\u2019Indonésie, des Papous de Nouvelle-Guinée et des Maoris de Nouvelle-Zélande.Il confronte notre situation politique à divers modèles de luttes L'ACTION NATIONALE \u2022 119 d\u2019émancipation nationale.La lecture est nourrissante.Le plus grand mérite de l\u2019ouvrage est sans aucun doute de fournir un cadre clair, reposant sur une présentation et une utilisation remarquables des notions cardinales et toute analyse des questions nationales.Schwimmer présente simplement mais de manière rigoureuse les concepts de minorisation, de cycle de tolérance, d\u2019intégration et de citoyenneté dans les divers types d\u2019états, en particulier dans les états plurinationaux et multiculturels.Très peu d\u2019ouvrages réussissent à faire cela en restant au plus près des situations concrètes des pays qui sont mis en comparaison.«L\u2019un des enseignements de ce livre est que la souveraineté comme état d\u2019esprit ne sera acquise que lentement, avant, mais aussi après, la déclaration formelle, et que la victoire du \u201coui\u201d au référendum ne saurait être qu\u2019une étape dans le processus de libération.» C\u2019est pour cela qu\u2019il faut le lire maintenant, parce que, l\u2019ouvrage le montre bien, c\u2019est maintenant que le Canada va jouer à fond de train de tous les mécanismes de la minorisation, usant et abusant de tous les registres de l\u2019insinuation pour maquiller la «tyrannie de la majorité » derrière des discours de tolérance et de vertu démocratique.Il faut le lire pour déjouer et rompre avec les ruses du «self defeating» qui hantent la psychologie des peuples minorisés.Il faut lire ce livre pour comprendre le rôle que va jouer l\u2019ineffable Stéphane Dion au cours des prochains mois.Il faut le lire pour bien comprendre les ressorts de son messianisme et les assises psychologiques des conduites par procuration que lui fournissent sont titre et la « considération » que lui accordent les Canadians.Il faut lire cet ouvrage pour comprendre les contorsions de Daniel Johnson et les manœuvres de légitimation que vont déployer tous les Alain Dubuc et Roger D.Landry de la Province.?L\u2019un des enseignements de ce livre est que la souveraineté comme état d\u2019esprit ne sera acquise que lentement.120 .L'ACTION NATIONALE Pascal Bruckner Paul-Émile Roy Le vertige de Babel, cosmopolitisme ou mondialisme Arléa, Diffusion Le Seuil, Paris, 1994, 62 p.Ce texte a d\u2019abord été publié dans la revue Esprit, en décembre 1992.Il est heureux qu\u2019il soit repris dans ce petit livre, car il nous offre une réflexion très stimulante sur le mondialisme et sur le nationalisme.L\u2019auteur établit une distinction très nette entre le mondialisme et le cosmopolitisme.Alors que ce dernier est le goût du pluriel, l\u2019autre est une force d\u2019uniformisation qui étreint toute la planète.Le mondialisme « constitue cette sous-culture universelle chargée de remplacer les autres, ce pot-pourri à base de fast food, d\u2019uniformité vestimentaire.» (p.19).«Il est une pompe aspirante qui avale rites, folklores, légendes, comme si le divertissement hollywoodien ou dysnien était l\u2019aboutissement et la fin de toutes les histoires de la planète » (p.20).Ce qui l\u2019inspire, c\u2019est «ce consumérisme dévorateur qui met un signe égal entre toutes les civilisations parce que toutes lui sont fondamentalement égales » (p.21).On voit donc comment le mondialisme, tel qu\u2019il se présente actuellement, est foncièrement opposé aux nationalismes.Il nie « les différences entre cultures au nom d\u2019un universel pauvre : celui des loisirs et de la consommation» (p.23).L\u2019auteur critique cet «universel pauvre» qui se présente comme un cosmopolitisme alors qu\u2019il n\u2019est qu\u2019«un zapping culturel», une forme «d\u2019allergie à la diversité».Le cosmopolitisme suppose «la connaissance de sa propre culture nationale» (p.43).Pour aller vers les autres, il faut d\u2019abord avoir une patrie, une identité.«Je suis d\u2019autant plus apte au cosmopolitisme qu'inscrit dans une L'ACTION NATIONALE \u2022 121 terre, une langue particulière qui seront mes tremplins pour rejoindre autrui» (p.44-45).On est jamais citoyen du monde, mais d\u2019un Etat qui protège nos droits.L\u2019auteur soutient qu\u2019on est jamais citoyen du monde, mais d\u2019un Etat qui protège nos droits, qui nous donne un statut dans une nation et dans le monde.Il donne de la nation cette belle définition : «Cet ensemble singulier à travers lequel j\u2019accède à l\u2019universel, un contrat entre individus dans le cadre d\u2019un esprit général lui-même hérité d\u2019une tradition de vie en commun » (p.54).Pour Bruckner, il ne faut pas opposer l\u2019universel et l\u2019enracinement.Il faut plutôt les penser ensemble comme se fécondant l\u2019un par l\u2019autre.?La réflexion de Bruckner, qui porte sur le mondialisme, est spécialement attentive à la vie politique et culturelle de l\u2019Europe, mais elle est aussi d\u2019un grand intérêt pour nous, au Québec et au Canada, dans le contexte actuel.Bruckner prône un engagement critique à sa propre nation.Il met en garde contre un universalisme vague qui entraînerait la négation des particularismes nationaux.Pour que les peuples se comprennent, il faut qu\u2019ils commencent par se connaître et s\u2019accepter eux-mêmes.Il faut qu\u2019ils connaissent leur propre histoire s\u2019ils veulent comprendre quelque chose à celle des autres.«Qui veut goûter à tout, dit-il, hausser sa personne à la taille de l\u2019univers, ne rien choisir pour ne rien sacrifier, se condamne à l\u2019écartèlement et pour finir à la stérilité » (p.48).122 \u2022 L'ACTION NATIONALE Fernand Dumont Robert Laplante L\u2019avenir de la mémoire, Les conférences publiques de la CEF AN Nuit Blanche Éditeur, Québec 1995 La Chaire pour le développement de la recherche sur la culture française en Amérique du Nord (CEFAN) de l\u2019université Laval a inauguré, en mars 1994, un programme de conférences publiques avec une intervention de Fernand Dumont.Le but de ces conférences est de « faire connaître et partager le savoir des grands intellectuels sur les formes culturelles de nos sociétés, en particulier celle du Québec».La parution du texte de la conférence suffira à convaincre que ce but est atteint.Par-delà son contenu lui-même, par-delà les thèses qu\u2019il avance, l\u2019ouvrage procure en effet un immense plaisir: celui de nous faire partager le travail de la pensée.Et ce n\u2019est pas là le moindre mérite de Fernand Dumont de réussir à nous faire éprouver le cheminement de sa réflexion.Ne se contentant pas seulement de nous présenter une synthèse de son œuvre, Dumont prend le risque de soumettre une interrogation pour ainsi dire à chaud, dans la tension de la quête, de sa quête du sens et d\u2019une espérance.Ce court texte est d\u2019une densité extraordinaire.Il est livré dans une langue claire et riche.L\u2019exposé est mené avec une érudition maîtrisée qu\u2019on sent davantage qu\u2019elle ne s\u2019affiche et dont le questionnement atteint son véritable but : il donne à penser.Dumont a la générosité de prendre un risque, celui de l\u2019utopie et d\u2019y convier son lecteur non pas avec l\u2019autorité du spécialiste mais bien plutôt avec la retenue du penseur et l\u2019inquiétude du citoyen devant l\u2019avenir de la Cité.Cette utopie, celle de surmonter les ruptures introduites par la modernité, de trouver dans les L'ACTION NATIONALE « 123 fractures mêmes, un nouveau fondement à la vie commune, à la démocratie elle-même, dans un espace qui serait celui d\u2019une tradition renouvelée.Une tradition dont l\u2019exposé de Dumont précise les contours.Point de nostalgie, aucune envie de revenir en arrière : restaurer la tradition renvoie désormais à un travail de mémoire qui «consistera autant à promouvoir qu\u2019à accueillir».Un travail qui devrait porter dans deux directions complémentaires : le recentrement de l\u2019école sur les questionnements producteurs du sens de la continuité et la restauration de la participation politique.Deux immenses tâches qui ne sont ici qu\u2019esquissées mais auxquelles Dumont nous convie d\u2019une manière invitante et lucide.Le consentement à l\u2019amnésie collective ne pourrait conduire qu\u2019à la tyrannie.Sans un effort pour le renouvellement des formes et des fondements de la mémoire collective «c\u2019est le pouvoir anonyme qui, succédant à la mort des coutumes, remplacera les citoyens dans la responsabilité de conférer un sens à l\u2019histoire».On reconnaît bien là le combat de Dumont pour qui penser a toujours voulu dire approfondir le sens des appartenances et celui des fidélités dans l\u2019espace de l'émancipation.Avec lui, nous appremons que «se préoccuper de l\u2019avenir de la mémoire n\u2019est pas un divertissement d\u2019esthète ou d\u2019intellectuel nostalgique mais la volonté de garantir l\u2019avenir de la liberté.» ?Le consentement à l\u2019amnésie collective ne pourrait conduire qu\u2019à la tyrannie.124 L'ACTION NATIONALE Lectures Nous avons reçu : Brossard, Jacques, L\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec, PUM, 1995, 850 p.Brunet, Michel, Le Québec à la minute de vérité, Guérin, 1995, 290 p.Burelle, André, Le mal canadien, Fides, 1995, 239 p.Cajolet-Laganière, Hélène et Martel, Pierre, La qualité de la langue au Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, Imprimerie d\u2019édition Marquis, 1995, 167 p.Cardin, Jean-François, Couture, Claude, Histoire du Canada, Presses Université Laval, 1996,397 p.Charney, Ann, Héros inconfortables, Stanké, 1996, 187 p.Dickason Olive, Les premières nations du Canada, Septentrion, 1996, 511 p.Dumont, Fernand, Raisons communes, Boréal, 1995, 255 p.Dutil, Robert, La juste inégalité, Québec-Amérique, 1995,287 p.Fecteau, Jean-Marie, Gilles Breton et Jocelyn Lé-tour neau, La condition québécoise, Enjeux et horizons d\u2019une société en devenir, VLB Editeur, 1995,291 p.Fournier, M., Les français au Québec, Septentrion, 1995, 380 p.Freeman, Alan, Grady Patrick, Québec Canada, les enjeux de la division, HMH, 1995, 247 p.Gagnon, Alain-G., Québec : état et société, Québec/ Amérique, 1994, 509 p.Gagnon, Alain-G.et Noël, Alain, L\u2019espace québécois, Québec/Amérique, 1995, 304 p.L'ACTION NATIONALE .125 Gingras, Guy, Prévenir le décrochage scolaire, Lidec, 1995, 91 p.Graveline, Pierre, Une planète nommée Québec, VLB Éditeur, 1996, 346 p.Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, T.2, Septentrion, 1996, 446 p.Laforest, Guy, De l\u2019urgence, Boréal, 1995, 200 p.Latouche, Daniel, Plaidoyer pour le Québec, Boréal, 1995,244 p.Lenihan, Donald G., Canada, la voie médiane, Québec/ Amérique, 1995, 195 p.Monière, Denis et Roch Côté, Québec 1996, Fidès, 1995,\t455 p.Paquette, Pierre, Un Québec pour l\u2019emploi, Saint-Martin, 1995, 145 p.Pelletier, Jacques, Le poids de l\u2019histoire, Nuit blanche, 1995, 346 p.Peters, Guy et Savoie, Donald J., Les nouveaux défis de la gouvernance, Presses Université Laval, 1996,\t306 p.Royer, Jean, La main cachée, L\u2019Hexagone, 116 p.Sanders, Wilfrid, Jack et Jacques, Éditions Comeau & Nadeau, 1996, 97 p.Sarra-Bournet, Michel, Le Canada anglais et la souveraineté du Québec, VLB Éditeurs, 1995, 220 p.Séguin, Maurice, Une histoire du Québec - vision d\u2019un prophète, 1995, 210 p.Thérien, Gilles, Figures de l\u2019indien, Typo, 1995, 394 p.Tremblay, Manon, Pelletier, Marcel, Le système parlementaire canadien, Presses Université Laval, 1996, 370 p.Thwaites, James, Travail et syndicalisme, Presses Université Laval, 1996, 405 p.126 \u2022 L'ACTION NATIONALE BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Les 4 numéros de 1995-1996 : -\tQuébec : le pouvoir de la ville et la ville du pouvoir (automne 1995) -\tY-a-t-il une nouvelle histoire du Québec ?(hiver 1996) -\tBilan du référendum (printemps 1996) -\tHistoires du monde : Allemagne, Japon, Italie, France (été 1996) Votre chèque de 30 $ à l\u2019ordre de AQHP AQHP, UQAM, C.P.8888, Suce.Centre-ville, Montréal, H3C 3P8 Téléphone: (514) 987-8427 DU JUS DE RAISIN 100% PUR DU PASTIS SANS ALCOOL NI SUCRE au vrai goût de pastis comme Pernod ou Ricard Deux produits importés de France 9100 place MONTGOLFIER, MONTRÉAL H2M 2A1 (514)388-4731 CENTRE GÉNÉALOGIQUE AD.ENR.André Dionne, B.A.Arbres généalogiques Titres d'ascendance Recherches historiques 484 Limoilou Laval (Québec) H7G 3X8\t669-3293 L'ACTION NATIONALE \u2022 127 PASSEZ À L'HISTOIRE! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d'ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d'époque.Alors.\tiTirrn Passez à l'histoire\t^ imwaMi .et abonnez-vous!\tLAP AUX UIAMANTS JE M'ABONNE POUR VOUS ABONNER Pour 1 an ?(4N\u201c 30$), pour 2 ans ?(8N\u201c 55$) (taxes incluses) NOM__________________________________________ ADRESSE______________________________________ VILLE______________________PROV._____________ CODE POSTAL__________________________________ TÉL: (\t)- (Vous recevrez le prochain No: Mars, juin, septembre ou décembre) Par téléphone: Guy Côté (418)656-5040 Par télécopieur: Guy Côté (418)656-7282 Par la poste: C.P.609, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4S2 Abonnement à la Revue d'histoire de l\u2019Amérique française (revue trimestrielle):\t\t \tCANADA\tÉTRANGER Individus et institutions\t50$\t54$ Étudiants (avec pièce justificative)\t26$\t30$ Abonnements de soutien comprenant un don de 60$ à l\u2019INAF pour lequel est émis un reçu pour fin d\u2019impôt.\t110$\t114$ 261, av.Bloomfield Montréal\tH2V3R6 Tél.: (514) 278-2232\t Tout abonnement comprend la cotisation de membre à l'Institut d'histoire de l\u2019Amérique française\t\t Pour aider à lire le présent et à imaginer l\u2019avenir Les Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle revue semestrielle (printemps-automne) organe du Centre de recherche Lionel-Groulx abonnement annuel : 35 $; le numéro : 19,95 $ Diffuseur : Les Publications du Québec.Téléphone : (514) 948-1222 ou 1-800-465-9266.128 \u2022 L'ACTION NATIONALE ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL Mensuel national de l\u2019actualité pédagogique publié 10 fois l'an de septembre à juin 25$ par année ou 42$ pour deux ans : taxes incluses Envoyez vos noms et adresses et votre chèque ou mandat-poste à: Journal LES ENSEIGNANTS 1316, Domaine du Moulin l\u2019Ancienne-Lorette, Québec G2E 4N1 Téléphone ou télécopieur: (418) 872-6966 disponible en kiosques ou à nos bureaux: 1212 Panet, Montréal, Qué., H 2 L 2Y7, tél.: 523-5998 LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE A A relations Revue d\u2019analyse sociale, politique et religieuse Pour comprendre le fond des choses! iun an (10 nos) : 26$ «deux ans : 47$ ¦ À l\u2019étranger : 27$ taxes incluses Communiquer avec Mme Héléne Desmarais, 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6 Tél.: 387-2541 L'actualité du monde de l\u2019éducation et de la culture.Abonnez PÉDAGOGIE LITTÉRATURE LANGUE ET SOCIÉTÉ C.P.9185, SAINTE-fOY (QUÉBEC) G1V 461 L\u2019ACTION NATIONALE .129 Abonnement 1 an 10 numéros Québec, Canada\t38,00$\tL\u2019Action nationale Les 80 000 pages publiées par la revue depuis 79 ans constituent une contribution effi- Etudiant, Québec\t22,00$\tcace au développement du France\t300,00 FF\tQuébec.Autre pays Abonnement\t65,00$\tPrix Richard-Arès de soutien\t100,00$\tLe prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture na- Abonnement à vie\t1 000,00$\ttionale.\t\tPrix F.-Albert Angers Le prix Angers vise à susciter Abonnement 2 ans 20 numéros Québec, Canada\t70,00$\tun intérêt accru pour la coopération.Prix André-Laurendeau Etudiant, Québec\t40,00$\t France\t500,00 FF\tLe prix reconnaît les meilleurs Autre pays\t115,00$\tarticles publiés dans la revue (Taxes incluses)\t\tau cours de l\u2019année.\t\tFondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070\t\tFondation Dépôt légal :\t\tGaston-Beaudry Cette fondation facilite des Bibliothèque nationale\t\ttravaux de recherche sur la Périodicité :\t\tquestion économique.10 numéros par an L'ACTION NATIONALE 1259, rue Berri, bureau 320 Montréal, H2L 4C7 Téléphone : (514) 845-8533 Télécopieur: (514) 286-8165 130 .L\u2019ACTION NATIONALE LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Président honoraire François-Albert Angers Président Robert Laplante Vice-présidente Danielle Gagné Secrétaire Jean-François Nadeau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Yvon Leclerc Gilles Rhéaume Ex-officio Rosaire Morin Secrétariat Directrice Marie-Laure Prunier Claire Caron Yves Fortin Laurence Lambert Olyve Pelletier Relationniste principal Jean-Paul Champagne Relationniste Louise PloufFe Membres Pierre Allard René Blanchard Nicole Boudreau Guy Bouthillier Jean-Jacques Chagnon Jean-Charles Claveau Claude Duguay Jean-Pierre Dupuis Pierre Dupuis Jean Genest Pierre Lamy Colette Lanthier Alain Laramée Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Jacques Martin Denis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Gilben Paquette Paul-Emile Roy Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Jacques Boulay Hélène Chénier Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Jean-Marcel Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Juliette Rémillard Membres émérites Louise-C.Brochu Michel Brochu Marcel Laflamme Georges Meyers Anna L.Normand L\u2019ACTION NATIONALE .131 INDEX DES ANNONCEURS 138\tAction nationale 139\tAllard Pierre, CA 135\tAssurance vie Desjardins-Laurentienne 136\tBanque Nationale 133\tBell Canada 127\tBulletin d\u2019histoire politique 128\tCahiers d\u2019histoire du Québec 137\tCaisse populaire Saint-Jacques de Montréal 128\tCap-aux-Diamants 127\tCentre généalogique A.D.134\tDevoir, Le couverture 2 Hydro-Québec 127\tGénérale Quimpex, La 135\tGaz Métropolitain 129\tJournal Les Enseignants 135 Laboratoire Dr Renaud 139 Lamond & Fils Ltée 137\tMouvement national des Québécoises et Québécois 139 Poitras, Larue & Rondeau Inc.129 Québec français 129 Relations 128\tRevue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française 139 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 138\tSociété nationale d\u2019assurance 137 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 137 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 139\tTassé & Associés Limitée 129\tVie ouvrière 132 Apprenez à surfer Bell présente ABC @ Internet ABC @ Internet est un cours d'introduction à Internet offert par la Télé-université.Cette formation d'une durée de dix heures vous montrera comment vous brancher, naviguer et interagir dans Internet.De plus, vous recevrez tous les logiciels nécessaires, en français, afin d'apprendre à surfer confortablement.Sur les ondes de CANAL Télé-enseignement (câble 23) et de Radio-Québec (les samedis, 10 h).Inscription et renseignements \u2022 Montréal: (514) 522-3540 \u2022\tQuébec: (418) 657-2262 \u2022\tAilleurs: 1800 665-4333 Université du Quebec Télé-université 133 IDÉE J\t1 MONTRÉAL, 1995\t Un rendez-vous avec le quotidien.LE DEVOIR 134 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L\u2019AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 Gaz Métropolitain LA FORCE DE L'ENERGIE Avec les hommages de Assurance vie Desjardins-Laurentienne 135 Entreprendre, c\u2019est agir ensemble.Nous sommes la banque des gens d\u2019action.Des gens d\u2019affaires.Nous sommes au cœur des réalisations de ceux qui ont l\u2019esprit d\u2019initiative.Partenaires pour entreprendre.Et réussir.BANQUE NATIONALE Notre banque nationale 136 Heures d'ouvertures Lundi-mardi : 10 heures à 15 heures Mercredi - jeudi : 10 heures à 18 heures Vendredi : 10 heures à 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTREAL 1255, rue Berri, Montréal H2L4C6 Tél.: 849-3581 - Télec.: (514) 849-7019 Services de prêts 1259, rue Berri, bureau 230 Montréal H2L 4C7 Tél.: 849-3581 - Télec.: (514) 849-7019 GHISLAIN BEAULIEU, directeur général S.S.J.B.DU CENTRE DU QUÉBEC 449 Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519 Plus de 33 500 membres au Coeur du Québec.MIIII8HIIIM \u2022é» 55 JB T SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: 527-9460 Télécopieur : 527-9460 ESft Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées 137 Ne jetez jamais un numéro de L'Action natinale Souvenez-vous toujours que l'Action nationale accepte tous les exemplaires qu'on lui offre, particulièrement les années : 1917 -1918 -1944 -1951 à 1968 - octobre 1994 Nous acceptons aussi l'Ame des livres et l'Almanach de la langue française 1250, rue Berri, bureau 320, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE Une filiale de Groupe National d\u2019Assurance Membre du Groupe Optimum 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal H3A 3G5 (514) 288-8711 138 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tel.: 1 800 567-9771 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d'assurances 3925, rue Rachel est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514) 899-5377 Pierre Allard\t comptable agréé\t ¦| 980, rue Saint-Antoine ouest\t I Bureau 308\t 1 Montréal, H3C 1A8\tTél.: 514-874-0838 H \tTe.: 514-875-9668 H LA SOCIÉTÉ DES ALCOOLS DU QUÉBEC INDISPENSABLE\tAFMB syndicat des employes DANS UN QUÉBEC SOUVERAIN.Via0 de magasins .PRÉSENT DANS 55 PAYS\tet de bureaux de la SAQ Depuis le temps, 1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 Tél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal, (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 139 Dossier La désinvolture des gouvernements face à l\u2019évitement des impôts par les compagnies Michel Bernard Léo-Paul Lauzon Martin Poirier Cette étude a été rédigée par messieurs Michel Bernard et Léo-Paul Lauzon, professeurs au Département des sciences comptables de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), avec la collaboration de monsieur Martin Poirier, étudiant à la maîtrise en science économique et bachelier en sciences comptables à l\u2019UQAM.Les auteurs de cette étude teinnent à remercier mesdames Diane Dulac, Sylvie Fortin et Céline Lepage, bachelières en sciences comptables à l\u2019UQAM, et madame Martine Lauzon, étudiante au baccalauréat de psychologie à l\u2019UQAM.Ces dernières ont notamment contribué à la collecte et au traitement des données. Introduction Le manque de courage politique de nos gouvernements face aux compagnies devient scandaleux en période de coupures dans les services publics.Par exemple, le gouvernement du Québec s\u2019apprête à couper 75 millions de dollars dans l'éducation collégiale alors que des centaines de millions de dollars d'impôts sont reportés indéfiniment ou sont dirigés dans des paradis fiscaux.Notre étude prouve qu\u2019un impôt minimum de 20% tel qu'il existe ailleurs rapporterait des centaines de millions de dollars.Le gouvernement, s'appuyant sur l\u2019utopie de la supériorité du secteur privé, ne trouve pas mieux que de privatiser les revenus publics en sachant qu'une grande partie de ces revenus privés échapperont à l'impôt.Il s\u2019agit d\u2019une attitude irresponsable qui affaiblit la structure sociale.Des reportages récents ont montré que les entreprises invoquent continuellement la lourdeur fiscale pour déroger aux normes de sécurité sur les chantiers de construction ou pour refuser de réduire le recours au temps supplémentaire au bénéfice d\u2019un plus grand nombre d\u2019emplois.Les compagnies paient-elles réellement trop d'impôts ou s\u2019agit-il d'une entreprise de conditionnement idéologique?Notre étude démontre qu'un grand nombre d\u2019entreprises, environ 45%, paient des montants d\u2019impôts à un taux inférieur à 20%, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 143 alors que le taux statutaire combiné des grandes corporations devrait être aux alentours de 40%.À l\u2019heure où les gouvernements recherchent toutes les issues possibles à la crise budgétaire, il devient crucial de déterminer la contribution réelle de chaque catégorie sociale à l\u2019effort fiscal.Lorsqu\u2019on parle d\u2019équité fiscale, on s\u2019en remet trop facilement au taux théorique statutaire d\u2019impôt de 40% des grandes corporations plutôt qu\u2019aux montants réellement payés.Dans une société complexe, les mesures gouvernementales ont toujours des effets imprévus qui rendent la planification de plus en plus difficile.Un de ces effets imprévus est l'ampleur du phénomène de report d\u2019impôt occasionné par les mesures de stimulation économique introduites dans les lois fiscales canadiennes et québécoises, et le recours ouvert aux paradis fiscaux qui détourne stérilement des revenus canadiens vers des pays conciliants.Cette étude veut contribuer à saisir l\u2019ampleur du phénomène de report d'impôt et cerner l\u2019effet de l\u2019introduction d\u2019un impôt minimum.Nous savions déjà que plusieurs entreprises rentables ne paient pas d\u2019impôts mais notre étude vise simplement à documenter le phénomène chez les grandes entreprises et de signaler l\u2019importance des montants en cause.L\u2019étude lève un peu d\u2019incertitude sur l\u2019effet d\u2019un impôt minimum en montrant par exemple la proportion des entreprises qui ne paient pas un minimum de 20% d\u2019impôts réels.Le ministère des finances a cessé, à partir de 1988, de publier des données concernant les compagnies rentables qui ne paient pas d'impôts.Voulait-on cesser de s\u2019avouer l'inavouable que montrait un tableau comme celui présenté à la page suivante?144 \u2022 L'ACTION NATIONALE Tableau 1 Sociétés rentables qui n\u2019ont pas payé d\u2019impôts Année\tNombre de compagnies\tBénéfices échappant à l\u2019impôt, en dollars 1980\t62 619\t9 966 000 000 1981\t70 710\t12 113 000 000 1982\t83 076\t10 504 000 000 1983\t79 196\t13 300 000 000 1987\t93 405\t27 100 000 000 Nous avons utilisé les informations financières contenues clans les rapports annuels de 767 entreprises canadiennes.Nous avons, pour les fins de cette étude, utilisé les informations financières contenues dans les rapports annuels de 767 entreprises canadiennes ouvertes pour l\u2019année financière terminée en 1992.Une demande de rapport annuel a été envoyée à toutes les entreprises faisant partie de la liste publiée chaque année par le Canadian Business.Il est impossible d\u2019obtenir sur une grande échelle les chiffres des PME privées.Nos chiffres portent sur l\u2019année 1992 à cause du délai nécessaire pour réunir les données mais une comparaison avec 1985 montre que la tendance est stable.Le phénomène devrait être semblable pour les années plus récentes car seules des modifications importantes dans les lois fiscales, telle l\u2019introduction d\u2019un impôt minimum, ou un changement drastique dans les politiques d'investissements des entreprises pourraient modifier fondamentalement le phénomène.Nous avons ensuite éliminé les entreprises qui ont subi une perte avant impôts, de même que celles qui, de par leur nature, sont susceptibles de payer un taux d'impôt moindre ou nul, telles les sociétés d\u2019Etat, les coopératives, les caisses de retraite et les sociétés en commandite.Le tableau de la page suivante présente le nombre d\u2019entreprises appartenant à chacune de ces catégories, ainsi que le nombre d'entreprises retenu.L'ACTION NATIONALE .145 Tableau 2 Entreprises recensées et retenues Échantillon initial\t767 ENTREPRISES RETRANCHÉES\t Entreprises qui ont subi une perte\t260 Sociétés d\u2019État\t44 Coopératives\t19 Caisses de retraite\t4 Sociétés en commandite\t2 TOTAL, entreprises retranchées\t329 Entreprises retenues\t438 Les entreprises restantes sont donc des compagnies commerciales qui ont réalisé des profits pour l'année étudiée, et qui devraient donc normalement payer leur juste part d\u2019impôts.La présente étude permettra d\u2019évaluer la participation réelle des entreprises canadiennes au financement public.La surprenante proportion des compagnies qui ne paient pas 20 % d\u2019impôts réels.Notons immédiatement l\u2019ampleur du phénomène : parmi les 438 entreprises couvertes et analysées par notre étude, nous avons trouvé que deux cents d\u2019entre elles, soit 46% ont payé réellement moins de 20% de leur profit en impôts sur le revenu en 1992.La frontière de 20% a été retenue pour mesurer l'effet qu\u2019aurait l\u2019introduction d\u2019un impôt minimum de 20%.Ce taux de 20% correspond grosso modo à la moitié du taux officiel de 40%, et a été retenu aux États-Unis pour les fins de l'application d\u2019un impôt minimum.Nous rappelons que toutes les entreprises retenues dans notre étude ont réalisé des profits et que si 200 entreprises ont réussi à payer moins de 20% d\u2019impôts c\u2019est qu\u2019elles ont réussi à reporter les Toutes les entreprises retenues dans notre étude ont réalisé des profits.146 \u2022 L'ACTION NATIONALE impôts relatifs à ces bénéfices.Nous étudions donc plus précisément ces 200 entreprises pour lesquelles le phénomène du report d\u2019impôt a joué davantage.Le tableau 3 présente sommairement les résultats obtenus.51 entreprises n\u2019ont payé aucun impôt malgré la présence de 282 millions $ de bénéfices avant impôts.Notons tout d\u2019abord que 30 entreprises sur 200, soit 6,8% de notre échantillon, ont obtenu un remboursement global d\u2019impôts de 126 millionsS, malgré un bénéfice total de 200 millionsS.On note également que 51 entreprises n'ont payé aucun impôt malgré la présence de 282 millionsS de bénéfices avant impôts.Sur ces 200 compagnies, 72 soit 16,4% d\u2019entre elles ont payé moins de 10% d\u2019impôt.Ainsi, des bénéfices avant impôts de 2,2 milliards $ n\u2019ont donné lieu qu\u2019à un versement réel de 130 millionsS d'impôts.Finalement, 47 entreprises ont payé entre 11 et 20%, ce qui fait que des bénéfices avant impôts de 3,37 milliards $ ont occasionné seulement 492 millionsS de recettes fiscales réelles en 1992.En résumé, on observe que chez les 200 compagnies sur 438 qui ont payé moins de 20% d'impôt le taux réel des impôts payés fut de 8,2%, soit environ 495 millionsS sur 6 milliardsS de profits avant impôt.En référence à une étude semblable que nous avons réalisée en 1985, la tendance se maintient à l\u2019exception près que le pourcentage d\u2019entreprises ne payant qu\u2019entre 0% et 10% d'impôts est passé de 24,3% à 28,1% de 85 à 92.Les chiffres de 1992 ne sont donc pas exceptionnels.Il faut noter que le phénomène du report d\u2019impôt n\u2019est en rien le résultat d\u2019une évasion fiscale.(L\u2019annexe 1 explique brièvement le phénomène du report de l'impôt) Il s\u2019agit bel et bien d\u2019avantages consentis par les lois de l\u2019impôt aux compagnies et probablement en bonne partie l\u2019effet imprévu d\u2019une loi qui est devenue au fil des années un véritable tonneau percé.D'ailleurs les discours politiques en faveur d'un impôt minimum témoignent du fait L'ACTION NATIONALE .147 que les gouvernements considèrent cette situation indésirable dans le contexte actuel.11 est difficile de conclure à partir de notre échantillon car il est impossible d\u2019établir son degré de représentativité face à l\u2019ensemble.Toutefois, à 438, le nombre d\u2019entreprises étudiées est important, et l\u2019échantillon n\u2019est pas biaisé en faveur des entreprises bénéficiant spécifiquement du phénomène de report d\u2019impôt.Soulignons que les 438 entreprises analysées sont parmi les plus grandes au Canada.On peut dire que le phénomène est d'une telle ampleur que les gouvernements sont légitimés de considérer la mise sur pied d\u2019un impôt minimum.Les 438 entreprises analysées sont parmi les plus grandes au Canada.Tableau 3 Proportion des compagnies qui paient moins de 20 % d\u2019impôts réels.Catégorie d'imposition et pourcentage des 438 compagnies analysées\tNombre d'entre- prises\tBénéfice avant impôts\tImpôts payés (remboursement)\tTaux d'imposition moyen Celles qui ont reçu un remboursement.(6,9%)\t30\t200 406 657\t(126 095 023)\t(62,9) % Celles qui n\u2019ont rien payé.(11,7%)\t51\t281 815 871\t0\t0,0% Celles qui ont payé entre 1 et 10% (16,4%)\t72\t2 205 957 915\t129 711 024\t5,9% Celles qui ont payé entre 11 et 20% (10,7%)\t47\t3 374 897 392\t491 618 362\t14,6% Total (45,7 %)\t200\t6 063 077 835\t495 234 363\t8,2% L'annexe 2 poursuit l\u2019étude des 200 entreprises ayant payé moins de 20% d\u2019impôt plus en détail.Pour étayer le phénomène nous révélons le nom des entreprises ayant réalisé les plus gros bénéfices et qui ont profité des reports d\u2019impôts.148 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Au Québec, les vingt plus importants reports d\u2019impôts forment ensemble un montant de 7,0 milliards $.Quelques championnes du report d\u2019impôt Certains pourraient nous opposer que le phénomène du report des impôts ne mérite pas l'attention puisque les entreprises reportent leurs impôts aux années suivantes et finissent par les payer.D\u2019abord il faut dire que 1 $ d\u2019impôt reçu dans 10 ans n\u2019équivaut qu\u2019à verser 46 cents aujourd\u2019hui en tenant compte d\u2019un taux d\u2019intérêt de 8 %.Ce dollar d\u2019impôts reçu dans 5 ans équivaudrait à 68 cents aujourd\u2019hui.Mais nous avons mentionné précédemment que les compagnies réussissent à reporter cumulativement d\u2019année en année le paiement d\u2019une partie de leurs impôts.Si tel est le cas, nous devrions observer de gros montants d\u2019impôts reportés au passif des compagnies.C\u2019est ce que l\u2019on observe en effet.Voyons aux tableaux 4, 5 et 6 les proportions que cela peut parfois prendre.Un calcul, portant sur les vingt plus importantes au Canada, arrive au chiffre impressionnant de 14,8 milliards $ de report d'impôts.Au Québec, les vingt plus importants reports d'impôts forment ensemble un montant de 7,0 milliards $.Notre étude portait sur 438 entreprises canadiennes rentables.Un échantillon plus large de 767 entreprises incluant celles qui ont réalisé des pertes situe le montant des impôts reportés nets à 27 milliards de dollars.Tableau 4 Montant des impôts reportés \tNombre d\u2019entreprises\tMontant d'impôts reportés Impôts reportés\t437\t30 019 294 696 Impôts reportés débiteurs\t89\t( 2 924 574 995) Impôts reportés nuis\t241\t0 TOTAL\t767\t27 094 719 701 L ACTION NATIONALE \u2022 149 Voici les vingt entreprises canadiennes analysées dans notre étude qui ont présenté au bilan l'impôt reporté le plus important (montants en milliers de dollars).Tableau 5 Les vingt plus grands reports d'impôts au Canada (D\u2019après notre échantillon de 767 entreprises) ENTREPRISE\tAvoir net\tImpôts reportés\tEn % de l\u2019avoir net BCE INC\t11 078 000\t2 181 000\t19,7% CANADIAN PACIFIC LTD\t6 286 300\t1 930 600\t30,7% COMPAGNIE PETROLIERE IMPERIALE LTEE\t6 636 000\t1 577 000\t23,8 % ALCAN ALUMINIUM LTEE\t4 226 000\t955 000\t22,6% SHELL CANADA LTEE\t2 997 000\t846 000\t28,2% PANCANAD1AN PETROLEUM LTEE\t1 674 700\t813 900\t48,6% NORANDA INC\t4 123 000\t706 000\t17,1 % INCO LTEE\t2 043 668\t610 667\t29,9% WESTCOAST ENERGY INC\t1 020 918\t569 197\t55,8% NORCEN ENERGY RESOURCES LTD\t1 310 353\t490 476\t37,4% COMPAGNIE SEAGRAM LTEE\t6 483 000\t484 000\t7,5% PETRO-CANADA\t2 643 000\t467 000\t17,7% AMOCO CANADA PETROLEUM COMPANY LTD\t- 232 000\t453 000\t-195,3% ALBERTA ENERGY CO LTD\t907 100\t438 600\t48,4 % HOME OIL COMPANY LTD\t399 900\t438 600\t109,7% DO FA SCO INC\t1 369 000\t393 800\t28,8 % CHRYSLER CANADA\t1 129100\t387 800\t34,3 % INTERPROV.PIPE LINE SYSTEM INC\t458 900\t373 500\t81,4% XEROX CANADA INC\t610 908\t349 943\t57,3% THE THOMPSON CORPORATION\t3 821 596\t349 497\t9,1 % TOTAL, 20 COMPAGNIES\t58 986 443\t14 815 580\t25,1 % 150 \u2022 L ACTION NATIONALE Voici les vingt plus grands impôts reportés de compagnies québécoises (montants en milliers de dollars).Tableau 6 Les vingt plus grands reports d\u2019impôts au Québec.(D'après notre échantillon de 767 entreprises) ENTREPRISE\tAvoir net\tImpôts reportés\tEn % de l\u2019avoir net BCE INC\t11 078 000\t2 181 000\t19,7% CANADIAN PACIFIC LTD\t6 286 300\t1 930 600\t30,7% ALCAN ALUMINIUM LTEE\t4 226 000\t955 000\t22,6% COMPAGNIE SEAGRAM LTEE\t6 483 000\t484 000\t7,5% COMPAGNIE TELEPHONE ANGLO-\t963 445\t338 643\t35,1% CANADIENNE\t\t\t QUEBECOR INC\t643 609\t273 060\t42,4% DOMTAR INC\t929 000\t118 000\t12,7% I MASCO LTEE\t3 057 800\t116 200\t3,8% LAFARGE CANADA INC\t774 231\t97 239\t12,6% GROUPE VIDEOTRON LTEE\t449 600\t75 273\t16,7% LAURENTIENNE FINANCIERE INC\t397 737\t68 441\t17,2% CIMENT ST-LAURENT INC\t323 130\t65 375\t20,2% POWER CORP DU CANADA\t2 236 659\t55 042\t2,5% CASCADES INC\t430 223\t45 511\t10,6% TELEGLOBE INC\t573 600\t41 200\t7,2% TEMBEC INC\t280 255\t34 862\t12,4% COMPAGNIES MOLSON LTEE\t923 690\t32 154\t3,5% PROVIGO\t340 400\t26 000\t7,6% DOMINION TEXTILE INC\t378 088\t22 623\t6,0% IVACO INC\t422 274\t19 830\t4,7% TOTAL, 20 COMPAGNIES\t41 197 041\t6 980 053\t16,9% L ACTION NATIONALE \u2022 151 Le cas d\u2019Inco Limitée Si l\u2019on se fie exclusivement à l\u2019état des résultats de la compagnie Inco Limitée pour l'année 1992, on se doit de conclure que cette entreprise paie une part d\u2019impôts raisonnable sur ses bénéfices.Pourtant, cette évaluation sommaire est fort trompeuse, comme le démontre le tableau suivant (en milliers de dollars) : Tableau 7 Données extraites des états financiers d'inco ANNÉE\t1992\t1991\t1990\tTOTAL Bénéfices avant impôts\t26 964\t139 219\t809 023\t975 206 Impôt exigible\t(59 326)\t(64 549)\t229 942\t106 068 Impôt reporté\t84 581\t81 108\t33 610\t199 299 Charge d'impôt\t25 255\t16 560\t263 552\t305 367 Taux d'imposition apparent\t93,7 %\t11,9%\t32,6%\t31,3% Taux d\u2019imposition effectif\t(220,0) %\t(46,4)%\t28,4 %\t10,9% Bien que l'entreprise semble avoir payé 31,3% de ses bénéfices en impôts au cours des trois dernières années, la réalité est tout autre.En reportant pour 199,3$ millions d\u2019impôts, Inco n\u2019a effectivement payé que 10,9% d\u2019impôts sur ses bénéfices pour ces trois années.Pour les années 1991 et 1992, Inco a reporté tellement d\u2019impôts qu\u2019elle a finalement reçu un remboursement du fisc pour chacune de ces années, d\u2019un montant total de 123,9$ millions, malgré des bénéfices de 166,2$ millions.C\u2019est donc dire que le fisc, loin de lui siphonner ses profits, a en fait presque doublé le bénéfice avant impôts de cette compagnie grâce à de généreux remboursements.Inco n\u2019a effectivement payé que 10,9 % d'impôts sur ses bénéfices pour ces trois années.Ce qui rend les impôts reportés intéressants pour les compagnies, c\u2019est qu'ils peuvent, dans les faits, être reportés indéfiniment.Au cours des trois 152 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les impôts reportés au bilan de la compagnie Into ont augmenté de 217,3$ millions, soit une augmentation de 55,3 % années étudiées, les impôts reportés au bilan de la compagnie Inco ont augmenté de 217,3 $ millions, soit une augmentation de 55,3%, alors que les actifs totaux n\u2019ont augmenté que de 11,9%.Les impôts reportés ne représentaient que 20,6% de l'avoir des actionnaires en 1990, contre 29,9% en 1992.Au cours des 10 dernières années, soit de 1983 à 1992, les impôts reportés d\u2019Inco ont augmenté de 153,7 %, soit 9,7 % par année.Les impôts reportés sont donc habituellement reportés indéfiniment, et sont dans les faits rarement payés.Plusieurs particuliers rêveraient de pouvoir en faire autant.Les catégories d\u2019industries bénéficiant le plus des reports d\u2019impôts Le tableau 8 présente les montants d'impôts reportés par industrie, de même que l'impôt reporté moyen et l\u2019impôt reporté en pourcentage de l\u2019avoir des actionnaires.Tableau 8 Les reports d'impôts selon les catégories d'industries INDUSTRIE\tNombre de compagnie s\tImpôts reportés au bilan\tImpôts reportés moyens\tEn % de l\u2019avoir net Fabrication de produits industriels\t89\t1 090 481 197\t12 252 598\t8,7% Fabrication de produits de consommation\t79\t876 060 117\t11 089 369\t6,9% Pétrole, gaz et produits chimiques\t73\t6 480 689 933\t88 776 574\t24,6% Pâtes et papiers, mines et métaux\t98\t2 937 920 478\t29 978 780\t16,5% Communications et haute technologie\t74\t1 108 789 287\t14 983 639\t8,8% Institutions financières\t145\t(841 234 946)\t-5 801 620\t-1,5% Distribution en gros et au détail\t53\t346 718 455\t6 541 858\t4,9% Gestion et divers\t115\t1 217 855 248\t10 590 046\t7,3% L\u2019ACTION NATIONALE .153 L\u2019industrie pétrolière présente les impôts reportés les plus importants en raison de la générosité du fisc, qui permet un amortissement accéléré sur les dépenses d\u2019exploration et d\u2019exploitation.L\u2019industrie minière présente aussi des impôts reportés élevés pour les mêmes raisons.Une entreprise d'exploration minière ou pétrolière qui engage des coûts pour découvrir de nouveaux gisements, ou pour recueillir davantage d\u2019informations sur un gisement potentiellement exploitable, peut actuellement déduire ces coûts en entier dès la première année.Pourtant, ces coûts visent à créer pour l\u2019entreprise un actif, intangible mais bien réel.L\u2019industrie pétrolière présente les impôts reportés les plus importants.L\u2019information recueillie suite aux études sismiques et aux forages d\u2019essai rehaussent la valeur des concessions pétrolières et minières, et peut même être revendue à d\u2019autres entreprises à profit.Certaines petites entreprises ne font d'ailleurs que de l\u2019exploration, revendant à profit par la suite l'information recueillie.La logique permet aux entreprises minières et pétrolières d\u2019augmenter continuellement la valeur de leurs concessions, tout en réalisant des pertes fiscales est douteuse.Lorsqu\u2019un propriétaire d\u2019un immeuble engage des dépenses pour en augmenter la valeur, celles-ci doivent être capitalisées et ne peuvent être déduites pour fins fiscales que sur plusieurs années.Une équité de traitement exigerait que cette règle s\u2019applique aussi aux compagnies minières et pétrolières.Ces deux industries, qui représentent 22% des entreprises, regroupent à elles seules 35% des impôts reportés.Pour ces deux industries, les impôts reportés représentent respectivement 24,6% et 16,5% de l\u2019avoir des actionnaires, et les impôts reportés moyens sont parmis les plus élevés.Seule l\u2019industrie des services publics présente des impôts reportés plus élevés, non pas en raison d\u2019une 154 \u2022 L'ACTION NATIONALE générosité spécifique du fisc, mais plutôt en raison de la grande taille de ces entreprises et de l\u2019importance des investissements en immobilisations.Nous observons donc que, de toutes les industries, les compagnies pétrolières et minières sont particulièrement choyées.L\u2019impôt minimum se fait toujours attendre Tour à tour messieurs Chrétien et Parizeau avaient parlé d\u2019un impôt minimum en période électorale.Par exemple, un taux minimum de 20% d\u2019impôt signifie que les entreprises ne pourraient reporter à plus tard le premier 20% d\u2019impôts sur leurs bénéfices courants.Voyons ce que cela donne pour nos 200 compagnies qui ont réussi à payer moins de 20% d\u2019impôts sur le revenu.Tableau 9 Impact d'un impôt minimum de 20 % \tBénéfices avant impôts\tImpôts payés (remboursements)\tTaux d\u2019imposition 30 compagnies\t200 406 657\t(126 095 023)\tNégatif 51 compagnies\t281 815 871\t0\tNul 72 compagnies\t2 205 957 915\t129 711 024\t1 à 10% 47 compagnies\t3 374 897 392\t491 618 362\t11 à 20% Total, 200 compagnies\t6 063 077 835\t495 234 363\t8,2% Impôt minimum de 20%\t6 063 077 835\t1 212 615 567\t20,00% Recettes additionnelles\t\t717 381 204\t Évidemment ce chiffre de 717 millions $ ne veut rien dire dans l\u2019absolu puisque nos données n'incluent pas toutes les compagnies canadiennes, mais il démontre que l'impôt minimum aurait un effet sérieux sur les recettes des gouvernements.Sur 438 compagnies qui ont fait des bénéfices, L'ACTION NATIONALE \u2022 155 nous avons observé que 200 soit 45 % d'entre elles ne paient pas ce minimum de 20%.Notre échantillon est assez grand pour dire qu\u2019au moins 40% des entreprises canadiennes seraient affectées par la mesure de l\u2019impôt minimum de 20%.Les paradis fiscaux Il faut retenir aussi que notre étude ne traite pas des sommes que le fisc ne perçoit jamais à cause de l\u2019existence des paradis fiscaux.Les montants en cause sont impossibles à évaluer étant par définition classés artificiellement dans les revenus d\u2019entreprises étrangères.Les 30 000 habitants des îles Caïmans, avec leurs 28 000 compagnies, sont sûrement les gens les plus entreprenants de la terre.Parmi notre échantillon d\u2019entreprises, Foster Brewing Group Canada Inc.(FBG Canada) fait partie de ces compagnies qui ont payé en 1992 moins de 10% d\u2019impôts sur leurs bénéfices.En fait, avec seulement 2 000$ d\u2019impôts payés sur plus de 31 millionsS de profits, le taux d'imposition de cette compagnie pour l\u2019année 1992 se situe Les médias ont fait état de quelques bizarreries témoignant de l\u2019existence du phénomène.L\u2019archipel des Bermudes avec ses 60 000 habitants compte 9 500 compagnies dont 1 300 dans l\u2019assurance.Ce sont sûrement les habitants les plus assurés de la terre.Pourtant cette tendance à l\u2019assurance s\u2019explique mal puisqu\u2019ils arrivent troisième au monde pour le PNB par habitant.Les 30 000 habitants des îles Caïmans, avec leurs 28 000 compagnies, sont sûrement les gens les plus entreprenants de la terre.Il faut dire pour éclairer le phénomène que le taux d\u2019impôt de ces paradis est rarement au-dessus de 10%.Les Barbades imposent les compagnies internationales à 2%.Les conseils de direction artificiels de ces compagnies incorporées dans des paradis fiscaux sont généralement formés de personnes bien rémunérées associées aux fiscalistes et comptables qui organisent les incorporations.156 \u2022 L'ACTION NATIONALE Sur 119 filiales étrangères appartenant ci nos six grandes banques, 57 sont localisées dans les Antilles.aux alentours de 0,0065%.Comme la presque totalité de ses revenus sont des dividendes non-imposables provenant d'une filiale incorporée aux Barbades, FBG Investments (Barbados) Inc., la société FBG Canada ne paie des impôts que sur des revenus d\u2019intérêts de 9 000$.Par négligence ou désintéressement, FBG Canada n\u2019a pas daigné transférer ces 9 000$ de revenus aux Barbades, sans quoi elle n\u2019aurait pas payé un sou d'impôts au fisc canadien.La compagnie FBG Canada est, selon les dires de son président1, un «véhicule financier à but spécifique pour les opérations brassicoles de sa société mère».Bel euphémisme.Il faut aussi classer parmi les bizarreries la tendance de l\u2019industrie bancaire canadienne à ouvrir des filiales dans les Antilles.Le tableau 10 de la page suivante montre que sur 119 filiales étrangères (à l'extérieur du Canada et des États-Unis) appartenant à nos six grandes banques, 57 sont localisées dans les Antilles.Tant le premier ministre Jacques Parizeau2 que l'ex-ministre québécois du revenu Yves Séguin3 ont blâmé l\u2019utilisation par les grandes corporations de filiales étrangères situées dans des paradis fiscaux, pour fins de réduction de l'impôt sur le revenu.Selon M.Séguin, le fait de permettre aux entreprises canadiennes de ne pas déclarer leurs bénéfices réalisés dans des filiales étrangères encourage les grandes corporations à s\u2019installer dans des paradis fiscaux.1.\tRapport annuel 1992 (traduction).2.\t\tv\\\tfN\t©\t\t\t U\t\t\t\t\t\t\tN0\t\tCN\t\tfN\tPN\t X £\t\t\t\t\t1\t«N\t1\t\t1\t\t\t\t « C\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t O\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\u201e\to\to\tO\to\tfN\to\t\t\t\t\t\t \t\tu~\\\to\tO\to\tNO\t©\t©\t\t\tNO\t\t \t\t\t\tO\to\t00\t©\t©\t\t\ten\tl/N\tCN *-> w\t\tO\t\trf',\tNO\tfN\t\t.\t\t\t\t\t\t\t \ttN\t\t\tr-\tfN\t00\t\trO\t\t\t\t\t \t\ti/n\tN\"\t00\tcO\t\u2014¦\tCN\tPO\t\t\tvr\\\tCN\t' 5\tO\tO\to\to\to\to\to\to\to\t\to\t00\t00 « sa\t\ten\trq\trq\ten\tCS\tT\u20141\trr\trq\tso\t\t\ten \ten\tO\tnî-\t¦sf\t'sf\ten\ten\ten\trq\ten\t\t\t ©\tITN\tCS CS\to\tso rq\to o\trq O\ten rq\tO\trq o\ten\t00\to\t00 a\tNT\ten\tm\trq\trq\t\t\t\t\t\t\tso\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\trq\t\trq a \u2014\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\tZ\t\t\t\t\tZ\t\t\t\tco\t\t \t\tO\t\t\t\t\to\t\t\t\t\t\t \t\tH < as O\t\t\t\t\tH < os O\t\t\t\tZ o \u2022< CL\tco tu\t s\t\ta.OS\tCl\tÛ\tCL\t\tos\t\tO\t\to\tc\t O Z\tH -U >- O os tU Z tu LU U Z ¦ £\t-J CO S tu -J O ce f\u2014 tu Cl Z O\tas O U co OS O f\u2014 CO tu > Z\ta.os O U _J < H CL < U y tu\tO U OS < f\u2014 CO H OS O Z Z \" O OS tu Z tu CL\tH J t2 u ce D O co CO tu os tu\tÛ h- _) CO tu U os D o\tU co tu ce tu s tu cs Cl X s\tC- o U co tu es H t\tg Z O < û- S o u ¦O \tco\tO\tC/5 Z\tCO ce\ttu H\tU
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