L'action nationale, 1 décembre 1996, Décembre
[" Volume LXXXVI, numéro 10, décembre 1996 Notre dossier Le problème Canada-Québec par Claude Morin Une vision qui en dit long Pour Hydro-Québec l'environnement de demain se prépare aujourd'hui.mm m Warn Jmm ', : (k Mü Améliorer notre qualité de vie, oui ! Mais pas à n\u2019importe quel prix! Chez Hydro-Québec, nous misons sur le développement durable, la gestion rigoureuse et la mise en valeur de l\u2019environnement pour laisser aux générations futures un monde meilleur.L\u2019environnement et l\u2019energie: deux atouts, une même vision.Q?Hydro Québec L'énergie qui voit loin TABLE DES MATIERES DÉCEMBRE 1996 5 Éditorial La constipation Rosaire Morin 13 Culture, art et société Roland Arpin 37 Mémorandum Gaston Miron.48 Le dilemme de la métropole François Beaulne 53 Les pratiques de thésaurisation Claude Bariteau 67 Le défi du développement Majella Simard 84 La laïcisation de l\u2019éducation Jocelyn Berthelot 99 Le fleudelisé Luc Bouvier 112 Un an après le référendum Michel Gauthier 124 Notre patrimoine La Maison Saint-Gabriel Laurence Lambert 128 Résolutions du Sommet populaire du 19 octobre 1996 136 À travers l\u2019actuafité Rosaire Morin Comptes rendus de lecture 149 Les cahiers d\u2019histoire du Québec Centre de recherche Lionel-Groubc par Jean-Jacques Chagnon 151 L\u2019espace social de Montréal de Pierre Drouilly par Robert Barberis 153\tNouveaux démons de Josée Legault par Simone Sauren 154\tL\u2019Acadie à l\u2019heure des choix de la SAANB par Claire Allard 156 Lectures 159 Index des articles 1996 170 Nos annonceurs 181 Le problème Canada-Québec Claude Morin L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 1 COMITÉ ÉDITORIAL François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Baribeau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, administrateur, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, éditeur, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Jacques Lacoursière, historien Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Guy Laforest, politologue, Université Laval 2 \u2022 L'ACTION NATIONALE Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Lamonde, économiste, Fonds de Solidarité Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Secrétariat à l\u2019action communautaire Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon, professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brome Suzanne Messier, démographe, ministère de l'Éducation Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministe, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, sociologue, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncœur, écrivain, Outremont Monique Vézina, présidente du MNQ L'ACTION NATIONALE \u2022 3 IL^Mnapm NATIONALE Volume LXXXVI Numéro 10, Décembre 1996 Directeur Rosaire Morin Secrétaire de rédaction Laurence Lambert Administratrice Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Nicole De Sève Éducation Jean-Claude Tardif Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau Andrée Ferretti Robert Laplante Denis Monière Jean-François Nadeau Martin Poirier Michel Rioux Ronald-E.Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Nadeau Chistiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Infographie Composition Monika, Québec Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaboraeurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L\u2019index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans «périodex» depuis 1984, dans «Repères» publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve ouest, 1 Oe étage Montréal H3A 3G5 Téléphone: (514) 845-8533 Télécopieur: (514) 286-8165 4 \u2022 LACTION NATIONALE ÉDITORIAL La constipation Rosaire Morin Lat constipation est l\u2019état d\u2019une personne qui va difficilement à la garde-robe.Au printemps, les abeilles souffrent de ce mal.L\u2019humidité de la ruche en est la cause principale.Chez certaines personnes, des matières desséchées et dures s\u2019accumulent dans l\u2019intestin.La difficulté d\u2019évacuation peut être d\u2019origine alimentaire.La sécrétion insuffisante de sucs intestinaux peut en être la cause.Le malaise peut aussi être provoqué par une tumeur intestinale, une névropathie constante ou une maladie cérébrale et médullaires.Cette maladie semble contagieuse.Certains directeurs de caisses populaires et de succursales bancaires ont attrapé le virus.Ils souffrent de céphalalgie.Ils ont des pesanteurs dans le ventre.Ils ont le ventre serré, paresseux.Ils éprouvent des retards à se moderniser.Ils ont de la difficulté avec leur intestin.L\u2019évacuation est lente, difficile.Des faits têtus Dans les dernières semaines, une douzaine d\u2019abonnés ont frappé à notre porte en quête de conseils.Ils avaient subi le choc de personnes constipées.Quelques exemples: - Un imprimeur qui a investi 250 000$ dans son établissement ne pouvait obtenir de sa banque une marge de crédit de 100 000 $ sur L'ACTION NATIONALE \u2022 5 des comptes à recevoir de 200 000$.Le secteur de l\u2019imprimerie est en difficulté, lui a-t-on répondu.Ce gestionnaire de l\u2019argent des autres devrait prendre des purgatifs salins.Un atelier de composition jouissait d\u2019une marge de crédit de 10 000$ accordée sur des comptes à recevoir de 14 000$.Une perte de 1 900$ occasionnée par un client en faillite déclenche une diarrhée.La Caisse réclame le solde dû.Elle s\u2019empare des comptes à recevoir.L\u2019atelier est contraint de fermer ses portes.Trois emplois sont perdus.Le gestionnaire de l\u2019argent des autres devrait prendre des lavements d\u2019eau bouillie.Un homme de profession avait besoin d\u2019une somme de 4 000$ pour régler une transaction importante.Il m\u2019a fallu emprunter personnellement et lui remettre la somme.Le gestionnaire de l\u2019argent des autres devrait prendre une bonne cueillerée de Sénokot ou de Prodiem.Un propriétaire était en retard de trois mois sur ses paiements hypothécaires.Les locataires ont reçu un avis par lettre enregistrée de verser leur loyer à la Caisse.Le propriétaire n\u2019avait pas été informé de la mesure.Trois jours plus tard, une lettre annulait l\u2019avis.Ce gestionnaire de l\u2019argent des autres devrait utiliser des suppositoires de glycerine ou de l\u2019huile de ricin.Une personne de 31 ans qui travaille depuis quatre ans s\u2019est vue refuser un prêt de 1 000$ par sa Caisse.Elle était sociétaire depuis trois ans.L\u2019expérience de son crédit était inexistante.Il m\u2019a fallu personnellement endosser le billet pour l\u2019obtention du prêt.Ce gestionnaire de l\u2019argent des autres devrait recourir à l\u2019Agobyl ou à l\u2019Agarol.6 \u2022 L'ACTION NATIONALE Un atelier de composition devait 10 000$ à une Caisse.Les grandes procédures sont engagées.La Caisse saisit les ordinateurs, les imprimantes et les autres équipements.La propriétaire consent alors une deuxième hypothèque sur sa maison.Elle reçoit la mainlevée.Désespérée, elle met en chômage ses employées.Elle continue seule les activités de composition.Dans trois mois, elle aura payé la Caisse.Ereintée par cette expérience, elle projette de fermer les portes.Le gestionnaire de l\u2019argent des autres a besoin de feuilles de séné et de Normacol.\u2014\tUn abonné a vu son chèque de 38 $ être retourné «NSF».Le solde du livret était de 31.24$.La Caisse a imposé des frais de 18$ au signataire et 5$ à L\u2019Action nationale.Le gestionnaire de l\u2019argent des autres devrait se soigner avec du Caroïd et du Metamucil.\u2014\tUne famille se voit refuser un prêt de 1 000$ par une Caisse.Elle obtient la somme de sa carte VISA Desjardins, mais à un taux de 18% d\u2019intérêt.Le gestionnaire de l\u2019argent des autres devrait être soigné avec de la Doxidan ou du Fibyrax.\u2014\tUne famille sur l\u2019aide sociale ne peut obtenir aucun prêt de sa caisse.Depuis six ans, elle réussit à joindre les deux bouts en empruntant sur ses cartes de crédit obtenues au temps de l\u2019abondance.Une somme de 22 000$ est actuellement due sur les cartes.Les détenteurs versent régulièrement les sommes minimales au temps prescrit.Ils empruntent encore sur leurs cartes pour payer le loyer.Ils empruntent aussi pour faire leur paiement.Ils ne remboursent plus le capital.Ils paient des intérêts sur les intérêts.Ironie du sort, les marges de crédit sont majorées à tous les ans.Ces gestionnaires de l\u2019argent des autres devraient être en prison.L'ACTION NATIONALE \u2022 7 L\u2019Action nationale a dû attendre du 28 octobre au 14 novembre avant de voir sa caisse populaire, où elle transige depuis des décennies, accepter de lui accorder une marge de crédit de 20\t000$ protégée par une obligation de 21\t000$ de l\u2019Université de Montréal.La directrice du crédit a souligné que la marge était consentie uniquement à cause de la garantie.Ce crédit était nécessaire pour assurer le salaire de trois personnes qui travaillent sur le projet de l\u2019épargne.Pourtant la Ligue n\u2019a jamais fait défaut à ses engagements.Elle possède une Fondation dont l\u2019actif dépasse les 400 000 $ et ses comptes à recevoir sont légèrement supérieurs à ses comptes à payer.Les gestionnaires de l\u2019argent des autres ont solennellement déclaré au directeur de la revue que ce qui comptait, c\u2019était les chiffres.Nos 80 000 pages de réflexion sociale ne sont pas reproduites sur du papier monnaie.Les valeurs morales ne sont pas déposables en garantie à cette caisse populaire.Les attitudes et faits relatés plus haut démontrent que certaines caisses ont oublié les principes fondamentaux de la coopération.C\u2019est contre l\u2019usure que nous nous révoltons.Des sociétaires de caisses nous rapportent qu\u2019ils paient 11 % sur leur marge de crédit, 18 sur leur carte Visa et 21% sur un compte «en rouge», en plus d\u2019un menu varié de frais onéreux.C\u2019est contre ces pratiques usurières que nous protestons.Les caisses ont adopté les us et coutumes des banques.Elles axent leurs activités sur le profit, sur les intérêts économiques.Elles oublient leur mission première.Elles s\u2019éloignent de plus en plus de la classe des pauvres.Elles négligent les besoins sociaux de leur milieu.Elles ressemblent aux succursales des banques.8 \u2022 L'ACTION NATIONALE Desjardins Chez Desjardins, la compétitivité est devenue la règle.Le plus haut rendement est l\u2019objectif.M.Gilles Soucy, l\u2019économiste en chef, le déclarait à La Presse le 5 octobre dernier.«Les investisseurs se préoccupent seulement du rendement et du risque».Les caractéristiques coopératives disparaissent.L\u2019esprit et les principes de la coopération sont absents dans les services Desjardins de crédit, d\u2019assurances, de banque, de fiducie, de fonds mutuels, de courtage, de crédit industriel, d\u2019investissement, de cartes de crédit, de location, d\u2019immeuble.Ces services ressemblent à ceux des banques.Leurs placements en obligations et en actions financent probablement des gouvernements et des entreprises en d\u2019autres provinces et pays, à l\u2019instar de leurs six fonds mutuels qui n\u2019investissent que 24,10% au Québec.Ils avaient placé 2,98% dans les obligations du Québec et 18,65% dans celles du gouvernement du Canada dont le rendement est inférieur.Dans les services financiers Desjardins, la formation coopérative est en pleine récession.L\u2019in-tercoopération est même devenue une fiction.L\u2019éducation coopérative est plus que déficiente.Les principes de la coopération sont ignorés par 98% des dirigeants et 99% des cinq millions de sociétaires.Est-il possible d\u2019adapter les idéaux d\u2019Alphonse Desjardins aux exigences de l\u2019an 2000 ?Ou devrons-nous tout simplement les enterrer et vivre désormais avec la réalité que Desjardins, c\u2019est une banque ordinaire avec tous les services ordinaires d\u2019une banque?Dans un tel contexte, nous n\u2019aurions plus à déplorer la structure des charpentes fédératives; les pratiques capitalistes Desjardins seraient évaluées comparativement à leurs concurrents.LACTION NATIONALE \u2022 9 Avant de s\u2019engager, plus profondément, en un tel détournement, les Caisses Desjardins doivent se remettre en question.Elles canalisent présentement le tiers des dépôts bancaires québécois.Elles placent plus de la moitié de cet argent en des prêts hypothécaires et près du quart en des prêts à la consommation.Elles détournent ainsi des milliards de dollars qui, autrement, pourraient contribuer au développement social du Québec.Si elles renoncent à leur vocation sociale, à l\u2019implication dans le milieu, au redressement des centres de pauvreté, c\u2019est-à-dire à l\u2019appui continu aux petites coopératives, elles détournent alors des milliards de dollars qui autrement alimenteraient l\u2019industrie et le commerce au pays du Québec.Le chemin de Damas Avec quatre-vingts milliards de dollars d\u2019actif, le Mouvement Desjardins ne doit pas se contenter d\u2019offrir des services et des produits.Il doit occuper une position dominante dans le développement du Québec.Face au déclin social, Desjardins doit s\u2019impliquer concrètement dans le financement d\u2019initiatives locales et durables: logement, centre communautaire, petite industrie, commerce complémentaire, aménagement touristique, rénovation, service collectif.Il doit animer, insuffler de la vie, inspirer, agir.Il doit appuyer financièrement et techniquement les coopératives de travail qui représentent des instruments d\u2019émancipation pour les travailleuses et les travailleurs.Il doit financer les coopératives agricoles, forestières, de consommation et de production.Il doit financer les projets d\u2019économie sociale.De petites coopératives dans des secteurs de production peuvent et doivent être créées pour faci- 10» LACTION NATIONALE liter l\u2019insertion sociale et professionnelle de personnes qui ne pourraient autrement connaître des conditions de vie normale.Les champignons de Saint-Louis du Ha! Ha! et les escargots de Charlevoix doivent être multipliés en des formes diverses aux quatre coins du Québec.L\u2019intervention directe de la coopération dans le milieu, c\u2019est la meilleure méthode pour résoudre 1300 petits problèmes par année.Quand on gère 1300 caisses d\u2019épargne, on peut accomplir annuellement 1 300 petites réalisations, créant 26 000 emplois directs et 26 000 emplois indirects.Au bout de dix ans, l\u2019espérance apparaîtrait à l\u2019horizon et Desjardins aurait répondu aux attentes de son fondateur.Si les cinq millions de sociétaires étaient cinq millions de coopérateurs, les 80 milliards $ d\u2019épargne coopérative deviendraient une réalité agissante, vivante, concrètement active et axée sur la création d\u2019emplois.En dix ans, le Mouvement Desjardins perdrait peut-être cinquante millions de dollars, mais il encaisserait cinquante milliards de dollars en nouvelles épargnes.En une période dépressive, alors que les gouvernements moroses sont incapables d\u2019assumer les défis du présent, Desjardins doit préparer l\u2019avenir.Il doit répondre aux nouveaux besoins de la société.Le défi Le Mouvement Desjardins devra innover, imaginer, inventer, mobiliser.Il devra mobiliser le milieu, les entreprises, les syndicats, le gouvernement.Si les Caisses populaires n\u2019entrent pas dans l\u2019amélioration des conditions de vie des jeunes, des pauvres et des femmes en difficulté, elles deviennent, par le jeu de l\u2019imbrication de leurs structures, des instruments de concentration de la richesse.L\u2019ACTION NATIONALE «Il Le défi est grand.L\u2019adaptation à l\u2019an 2 000 des idéaux d\u2019Alphonse Desjardins n\u2019est pas facile.Ce ne sera pas une révolution tranquille.Les dirigeants des Caisses font maintenant partie de la bourgeoisie.Et ils n\u2019aiment pas la critique.Au Québec, la libre expression est fragile.Il faut penser comme les mécènes.Mais nous aimons la fragilité et nous continuerons à dire ce que nous pensons, comme nous le pensons.Parce que nous croyons à la coopération.Parce que nous y tenons.I J 12» L'ACTION NATIONALE Culture, art et société: trilogie ou trinité?\u2014-1 Introduction Roland Arpin* - 1 vJu\u2019attendre d\u2019un gestionnaire, lorsqu\u2019il s\u2019agit de réfléchir à une question aussi subtile et complexe que le rapport entre la culture, les arts et la société?N\u2019est-ce pas là justement le domaine de l\u2019artiste, dont il lui appartient de parler lui-même?Nous sommes ici sur un terrain meuble: la culture; un terrain maléable et riche qui se laboure bien mais qui se fragmente également.La culture n\u2019est pas un simple domaine de l\u2019aventure humaine; il s\u2019agit d\u2019une dimension de l\u2019existence.Par ailleurs, les arts, indissociables de la culture, ne sont pas un simple secteur d\u2019activités.Je récuse l\u2019idée que l\u2019artiste produit pour lui-même sans égard à la diffusion de son oeuvre et à son public; je récuse également l\u2019idée que l\u2019art qui se fait, l\u2019art actuel, soit nécessairement un art de contestation et de rupture.Il y a des différences considérables entre la rupture et la relecture.D\u2019ailleurs, la pratique actuelle de nos artistes démontre leur volonté d\u2019intégration: les ateliers ouverts, les symposiums, les colloques sont autant d\u2019invitations à partager la culture qui se fait.Il s\u2019agit là d\u2019une forme de convivialité non négligeable.Je récuse tout autant le mépris doctrinaire qui s\u2019exprime trop souvent à Directeur générai - Musée de la civilisation de Québec.L'ACTION NATIONALE «13 l\u2019endroit de ce qu\u2019on appelle avec complaisance, sinon avec mépris, l\u2019art d\u2019agrément ou d\u2019accompagnement.Si cela est encore nécessaire, l\u2019histoire de l'art est là pour nous rappeler qu\u2019il appartient au temps de séparer le bon grain de l\u2019ivraie.Il y a encore place heureusement dans notre monde pour un art qui établit un rapport harmonieux à la nature, qui place l\u2019intelligence et la créativité des hommes et des femmes au coeur des merveilles de la création, un art qui est le produit d\u2019une démarche évolutive, d\u2019une réflexion continue, pas nécessairement crispée et angoissée, un art qui s\u2019inscrit dans la seule chose qui soit véritablement constante: le changement.L\u2019artiste n\u2019est pas obligatoirement en rupture avec la société dans laquelle il vit.Il ne dénonce pas nécessairement le système de production, il ne prétend pas représenter la totalité de l\u2019interprétation du monde, il demande tout simplement qu\u2019on reconnaisse sa place et sa contribution et qu\u2019on soutienne son action, comme on le fait pour tout autre citoyen, qui contribue au développement durable.Paradoxalement, l\u2019artiste est à la fois aimé et craint par la société dont il émerge.Sa liberté intérieure, son pouvoir de remise en question des valeurs établies sont des forces reconnues en même temps que des sources d\u2019inquiétude.De grandes œuvres littéraires ou musicales ne sont-elles pas nées dans des prisons, voire dans des camps de concentration nazis?Victor-Lévy Beaulieu, insiste sur la fonction de diffusion de l\u2019art: « [.] Ce n\u2019est pas ce que l\u2019on fait sortir de soi dans la poésie des autres qui est important, mais le fait d\u2019avoir enfin une oreille pour l\u2019entendre.» {L\u2019Héritage, p.116).L\u2019artiste est un citoyen et un travailleur à part entière, dont la première fonction est le réenchantement du monde toujours menacé de perdre son âme par l\u2019envahissement du matérialisme et du libéralisme économique.Réenchanter le monde n est pas une responsabilité dévolue à des naïfs et des rêveurs, car cette responsabilité commande de regar- 14 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019artiste demande tout simplement qu'on reconnaisse sa place et sa contribution.Les arts ne vivent pas dans un enclos fermé.der autour de soi, de briser sans cesse l\u2019écale des apparences et de dépasser le monde du rire faux et des joies feintes.Culture, art et société Culture, art et société: trilogie ou trinité?La trilogie évoque, dans le domaine du théâtre, un ensemble et une suite alors que la trinité, un terme religieux, évoque la mystérieuse existence d\u2019une réunion de trois divinités en une seule.Si, par association des mots, je me suis posé la question de la trilogie et de la trinité, en prenant bien soin en cours de rédaction de juxtaposer au titre un point d\u2019interrogation, c\u2019est que je perçois de plus en plus clairement, au fil des ans, que dans la culture, tout comme dans la science, nous assistons très fréquemment à des fusions, des juxtapositions, des cohabitations, qui appartiennent tant à la trilogie qu\u2019à la trinité.L\u2019architecture se fait sculpture, la danse se fait théâtre, le théâtre se fait musique.Les matériaux se marient de façon audacieuse: le verre cohabite avec l\u2019aluminium, les produits composites rehaussent les bois nobles, les costumes empruntent à des matériaux synthétiques et la musique tire des sons de l\u2019électronique, de la nature ou d\u2019objets destinés initialement à de toutes autres fins.Tantôt en succession, donc en trilogie, tantôt en harmonie et en symbiose, donc en trinité, les arts ne vivent pas dans un enclos fermé et ne se réfèrent pas à des lieux sacrés et inaccessibles; ils éclatent de tous leurs feux et cherchent à conquérir, à leur façon, l\u2019espace maintenant ouvert par les astronautes et la distance supprimée par les internautes.Le créateur, la créatrice ne sont pas des appendices de la société, ils en sont des membres à part entière qui, au fil des siècles, expriment et reflètent la différence des cultures.Un peuple sans artiste et sans créateur, cela n\u2019existe pas.Les historiens, les anthropologues, les sociologues retournent sans cesse aux oeuvres des créateurs dont les traces reflètent les rê- L'ACTION NATIONALE *15 ves, les angoisses, les aspirations de la société ambiante.Depuis les grottes de Lascaux jusqu\u2019aux oeuvres présentées dans les musées d\u2019art contemporain, un long fil conducteur relie la création artistique.Arts et culture On peut disserter longuement sur le rapport entre les arts et la culture.Je repique cette belle définition de la revue Impressions', du cégep du Vieux-Montréal: «La culture s\u2019hérite, s\u2019acquiert, se construit, s\u2019accumule et se transmet; elle est communication.On la prend, on l\u2019adapte, on l\u2019adopte, mais on ne l\u2019abandonne pas.» La question est inépuisable, particulièrement à notre époque où l\u2019élasticité de la notion même de culture risque d\u2019en faire un fourre-tout.Ne parle-t-on pas de culture commune pour qualifier le niveau des connaissances que devrait atteindre chaque citoyen?Ne parle-t-on pas de culture économique, alors même que ce domaine semble dominé par des pratiques éthiques à géométrie variable?Ne dit-on pas la culture de l\u2019oreille, pour qualifier le développement de l\u2019ouïe et la culture de l\u2019oeil pour le développement de la vision?Les gourous de la gestion n\u2019ont-ils pas inventé l\u2019expression «la culture d\u2019entreprise» pour désigner une organisation respectueuse de certaines valeurs?Il faut que les artistes s\u2019approprient la culture, sinon dans sa totalité, à tout le moins dans la partie qui leur est exclusive.Je signale au passage que le groupe de travail que j\u2019ai présidé et qui avait pour mandat de proposer un projet de politique culturelle à la ministre de l\u2019époque a retenu comme titre «Proposition pour une politique de la culture et des arts1 2».En accordant une place particulière aux arts, 1.\tNora HAMDI, «Pour une culture hétérogène et évolutive», juin 1995.2.\tPrésentée en juin 1991 à la ministre des Affaires culturelles, Liza Frulla Hébert, et rendue publique dès sa présentation.La culture s\u2019hérite, s\u2019acquiert, se construit, s'accumule et se transmet.1 6 \u2022 LACTION NATIONALE dans le titre même du projet de politique, il ne s\u2019agissait pas pour nous de faire un clin d\u2019œil aux artistes.Nous tenions tout simplement à mettre en exergue une dimension fondamentale de la culture: la place prépondérante de la création qui se traduit dans les gestes multiples et techniques du peintre, du sculpteur, de l\u2019interprète, de la danseuse, mais aussi le moment fugace, l\u2019insaississable inspiration, qui sont à l\u2019origine de la création, même si personne, pas même 1 artiste lui-même, ne peut en rendre compte avec précision et certitude.La culture dépasse de beaucoup le monde des arts et de la création esthétique.Bien sûr, la culture dépasse de beaucoup le monde des arts et de la création esthétique mais il faut insister sur le métier de créateur dans notre société.Je ne reprendrai pas le refrain du nombre impressionnant de personnes qui vivent directement ou indirectement des arts et de la culture.Je n\u2019insisterai pas sur le fait que les arts sont un segment important de l\u2019économie, en particulier lorsqu\u2019on parle des industries culturelles.Nous vivons dans une société dite fonctionnelle.Certains mots en décrivent bien l\u2019idéologie et les tendances dominantes.On y parle de la performance de la main-d\u2019œuvre, du monde du travail efficace et compétitif, du développement de l\u2019employabilité, de l\u2019importance du service «juste à temps», de la réorganisation, de la mobilité des travailleurs et quoi encore?À côté de ce monde de l\u2019économie en mouvement perpétuel s\u2019en développe un autre qu\u2019on découvre sur la rue Sainte-Catherine, le soir venu: le monde des exclus, des perclus et des reclus.Que voulez-vous que ces gens fassent de l\u2019efficacité, de la rapidité de la production, de la flexibilité dans 1 évolution du travail, de la compétition et de l\u2019ouverture au monde?Ils ont perdu sinon l\u2019usage de la parole, à tout le moins le pouvoir d\u2019en user, pour infléchir leur situation.Qui donc parlera pour eux, à part quelques travailleurs sociaux de plus en plus rares?Sûrement pas les politiciens déroutés par L'ACTION NATIONALE *17 cette misère dont ils ne savent trop quelle place elle doit tenir dans leurs vastes plans de réingénierie sociale; sûrement pas les banquiers et assimilés; sûrement pas les intellectuels qui vivent hors de cette réalité.Il y a bien quelques curés pour s\u2019inquiéter de la misère des pauvres mais qui les écoute?Loin de moi l\u2019idée que l\u2019artiste et le créateur, soit mandaté pour dénoncer la misère et porter plus que d\u2019autres le fardeau des injustices sociales et du mauvais partage de la richesse, mais l\u2019art possède une capacité non négligeable de dénonciation - ce qui est bien différent de la rupture avec la société \u2014, qui est en même temps une force redoutable, lorsqu\u2019elle est mise au service de la solidarité.Dans nombre de pays, des artistes, des écrivains, des philosophes, ont payé le prix fort pour la mise en oeuvre de cette idée simple et puissante.La grande force de l\u2019artiste consiste dans la liberté qui lui est accordée, de puiser dans les richesses culturelles et dans l\u2019héritage du monde, pour leur donner une seconde vie.L\u2019intelligence et l\u2019inventivité des hommes et des femmes, la dimension libératrice de l\u2019invention technologique, des lieux humanisés par la main de l\u2019homme, les territoires encore vierges qui permettent le ressourcement dans la nature, les richesses de l\u2019histoire et de l\u2019archéologie, les conquêtes et les avancées de la science sont autant d\u2019éléments d\u2019un héritage universel et inépuisable dans lequel l\u2019artiste puise continuellement.Mais l\u2019artiste n\u2019empile pas de telles richesses et n\u2019engrange pas ses récoltes.Il leur jette un regard neuf, un regard de feu, pour les consumer et les transmuer en quelque sorte.Il n\u2019est de véritables artistes que ceux qui transcendent et qui transforment l\u2019univers matériel, qui explorent l\u2019univers spirituel et qui font éclater les apparences pour en faire découvrir le sens profond.Nous sommes ici bien loin d\u2019une définition revancharde et manichéenne de l\u2019art.L\u2019art qui exprime tantôt la joie, tantôt l\u2019espoir, l\u2019espérance même, tantôt la douleur et l\u2019angoisse, tantôt la fraternité et la L\u2019art possède une capacité non négligeable de dénonciation.18» L\u2019ACTION NATIONALE Le poète qui avait signé autrefois un pacte avec les ténèbres doit maintenant interpréter la lumière.solidarité.L\u2019art, capable de réunir les extrêmes depuis les sonates de Debussy jusqu\u2019aux symphonies apocalyptiques de Mahler, depuis les miniatures de l\u2019art byzantin jusqu\u2019aux oeuvres vertigineuses des muralistes mexicains.Pablo Neruda1, parlant du métier de poète, termine ainsi son admirable réflexion: «La poésie est le penchant naturel de l\u2019homme et elle 1 ui a inspiré la liturgie, les psaumes, et aussi le contenu des religions.Le poète s\u2019est mesuré aux phénomènes de la nature et dans les premiers âges de l\u2019humanité, il s\u2019est donné le titre de prêtre pour préserver sa vocation.De la même façon, à l\u2019époque moderne, pour défendre sa poésie, il reçoit son investiture de la rue et des masses.Le poète civil d\u2019aujourd\u2019hui reste l\u2019homme du plus vieux sacerdoce.Lui qui avait signé autrefois un pacte avec les ténèbres doit maintenant interpréter la lumière.» Ce rapport de l\u2019art à l\u2019univers n\u2019est pas statique, pas plus que ne l\u2019est l\u2019univers lui-même.En réinterprétant le monde, Copernic et Galilée ont mis à nu des vérités scientifiques en apparence immuables, qui avaient été élevées au rang de dogmes au fil des ans.Ces deux savants ouvraient ainsi des perspectives infinies aux sciences, notamment à l\u2019astronomie et à la physique.De telles mutations ne sont pas exclusives au monde scientifique.Les développements technologiques fulgurants dont bénéficient aujourd\u2019hui les créateurs et les créatrices ne sont pas moindres.«Aucune activité humaine ne semble pouvoir se soustraire à l\u2019influence de la technologie.Notre langage en est le témoin.Ne parlons-nous pas d\u2019analphabétisme informatique, d\u2019autoroutes informatiques, de maisons intelligentes, de robots autoreproductibes, de bébés éprouvettes, de télématique rose2?» 1.\tPablo NERUDA, J\u2019avoue que j\u2019ai vécu, Gallimard, Folio, 1974, p.399.2.\tGroupe de Lisbonne, Limites à la compétitivité, Boréal, Montréal 1995.L'ACTION NATIONALE «19 Nous sommes à des années lumières de la «ru-ralité» et de la culture campagnarde.Dans les veines de nos artistes circule bien autre chose que de l\u2019eau d\u2019érable! Même si on peut s\u2019inquiéter de la concentration des populations dans les grandes villes, dont on dit qu\u2019elles devraient regrouper plus de 60% des humains en l\u2019an 2025, force nous est de constater que la ville est aujourd\u2019hui une source d\u2019inspiration pour les artistes.Ce qui n\u2019est pas entièrement nouveau si nous nous référons à des gens comme Roger Lemelin, Denys Arcand, Ludmilla Chiriaeff, Robert Charlebois.En somme, rural et urbain se retrouvent chez nos chanteurs, nos paroliers, nos écrivains.Ce qui constitue une forme de métissage parmi plusieurs autres.Je me permettrai ici de faire une parenthèse pour souligner que les grands événements annuels, les festivals en particulier, font une place à plusieurs formes d\u2019art: le cinéma, la musique classique ou populaire, même l\u2019humour et le folklore sans que l\u2019équivalent n\u2019existe pour les arts visuels.À quand la biennale des arts visuels de Montréal ou de Québec?L\u2019ouverture au monde et la conquête de nouveaux publics passent par les grands événements, les partenariats audacieux, les découvertes de l\u2019art sous toutes ses formes par le grand public.Robert Lepage vit en orbite par rapport aux créateurs cinématographiques des années 50.Les chorégraphes actuels sont plongés dans la multicréa-tion et la polyvalence des moyens.Les matériaux qui s\u2019offrent au sculpteur, les sons nouveaux produits par l\u2019électronique, la possibilité de travailler dans le gigantesque ou le microscopique, sont autant de voies nouvelles qui intègrent des créateurs dont plusieurs ne veulent plus et ne peuvent plus être logés dans une catégorie traditionnelle; ce qui plonge les bureaucrates de la culture dans la plus profonde perplexité.Déjà, dans les années 1600, Shakespeare entrevoyait Rural et urbain se retrouvent chez nos chanteurs, nos paroliers, nos écrivains.Notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.20 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE ces mutations lorsqu\u2019il écrivait dans sa comédie As you like it: «Le monde entier est une scène Hommes et femmes, tous n\u2019y sont que des acteurs, Chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties, Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.» Le grand romancier tchèque, Milan Kundera, reprend cette idée lorsqu\u2019il souligne que notre vie est semblable a celle de 1 acteur qui joue jour après jour dans une pièce de théâtre en croyant qu\u2019il joue toujours dans la même pièce.Ce n\u2019est pas le cas, dit-il, 1 auditoire change et, plus encore, le décor change de façon imperceptible, avec le résultat que nous jouons peu à peu dans une autre pièce sans nous en apercevoir.Une piste fertile mérite ici d\u2019être ouverte: c\u2019est celle de l\u2019éclatement et du décloisonnement des langages.Une piste fertile mérite ici d\u2019être ouverte: c\u2019est celle de l\u2019éclatement et du décloisonnement des langages et de la naissance des «multilangages».Les règles du classicisme, les certitudes du siècle des lumières qui pouvait codifier dans sa grande Encyclopédie depuis la manière de fabriquer une aiguille jusqu\u2019à la maniéré de fabriquer un canon, se sont fissurées avec l\u2019arrivée de penseurs comme Marx, Darwin, Freud, qui préfiguraient le dialogue des sciences, de l\u2019histoire et de la philosophie et la démarche pluridisciplinaire pour 1 étude des grands problèmes plutôt que l\u2019hégémonie d\u2019une seule voie, fût-ce la philosophie, qui occupait jusque-la tout le terrain.N\u2019est-ce pas aujourd hui 1 une des plus grandes richesses des artistes et des créateurs que ce décloisonnement des langages et des disciplines.La fertilisation croisée a fait ses preuves en son temps dans le domaine de l\u2019agriculture et de 1 élevage; «la pensée croisée» engendrée par la démarche multidisciplinaire est de nature elle aussi à donner de puissants hybrides dans la création artistique comme dans les sciences humaines.L\u2019effet cumulatif, sur la création artistique, des emprunts aux langages philosophique, littéraire, L'ACTION NATIONALE \u2022 21 scientifique; l\u2019exploitation des nouveaux moyens qu\u2019offre le son pour enrichir l\u2019image; l\u2019utilisation du mode virtuel pour pallier les inconvénients de la distance ou la non-accessibilité de certaines oeuvres ou documents d\u2019archives; la présence de techniques facilitant la production en tridimensionnel: voilà autant de voies qui favorisent non seulement la création d\u2019œuvres plus riches, mais plus encore, l\u2019accès à des œuvres essentiellement nouvelles, véritables composites qui préfigurent le prochain millénaire dont le milieu de la création et de la culture ne saurait être que le portier.Arts, culture et réseaux Comment réfléchir aux rapports entre la culture et la société sans parler de l\u2019effet réseau qui en augmente la portée de façon exponentielle.Faut-il rappeler que le vaste territoire que nous habitons nous a imposé d\u2019être des précurseurs dans l\u2019organisation en réseaux?Aujourd\u2019hui, dans un monde qui a inventé le mot «réseautage» pour définir les gigantesques toiles d\u2019araignée planétaires qui relient l\u2019économie, la science, la communication, la pensée, on ne crée aucun effet de surprise en disant que les réseaux structurent le monde.Il serait à peine excessif de déclarer: hors des réseaux point de salut! Je ne remonterai pas à ces réseaux que, chez nous, coureurs des bois, missionnaires et Amérindiens s\u2019étaient créés et qui quadrillaient un territoire si vaste qu\u2019on arrivait rarement à le parcourir en entier.Je rappellerai cependant la création du réseau routier, qui est aujourd\u2019hui un acquis.Découvrir, pousser toujours plus loin, brûler les forêts, y planter des villages et des villes, tels sont des gestes qui, posés durant cent ans et plus, ont ouvert des horizons vers le Nord et vers l\u2019Ouest.Ouvrir des routes, c\u2019est ouvrir des villes et des villages, c est \u2014 dans notre tradition religieuse -, relier la vie familiale par les clochers Ouvrir des routes, c\u2019est relier la vie familiale par les clochers d\u2019églises.22 \u2022 L'ACTION NATIONALE De tout temps, tuer le messager a été plus facile qu'écouter ce qu\u2019il avait à dire.d\u2019églises qui furent autant de lieux où, spontanément et dans un souci éducatif et esthétique, des artistes offrirent à leurs concitoyens ces grands catéchismes en image, tantôt inspirés par leur foi et leur talent, tantôt interprétés et reproduits d\u2019artistes européens.Le rapprochement entre le réseau de nos églises et les lieux de culture ne peut être escamoté lorsque nous recherchons nos sources culturelles, car il y a telle chose que les puissantes racines qui fondent la grande culture et telle autre chose que ces milliers de radicelles, qui sont à l\u2019origine de la mémoire collective.Mais notre réseau le plus important, c\u2019est celui qui s est donné comme mission d\u2019ouvrir à la connaissance et au monde tous les petits d\u2019hommes et de femmes qui, génération après génération, forment la société.Les remises en question, qui ont cours présentement concernant notre système d\u2019éducation, ne sauraient avoir pour effet de minimiser son importance et de faire durer un mépris trop généralisé à l\u2019endroit de nos enseignants et de nos enseignantes.Il est si facile d imputer à ces derniers toutes les angoisses et les carences d une société dont les valeurs sont à la dérive.De tout temps, tuer le messager a été plus facile qu\u2019écouter ce qu\u2019il avait à dire.J\u2019ai vécu activement la grande réforme scolaire des années 60, d abord comme enseignant, puis comme directeur general de cegep et finalement comme sous-ministre adjoint à l\u2019éducation, responsable de la planification.Je me souviens fort bien d\u2019où nous sommes partis et je vois où nous sommes rendus.Je le dis parce que je le crois profondément; ce sont des pas de géants que nous avons faits dans notre développement culturel grâce en grande partie a la qualité de nos ecoles, de nos cégeps et de nos universités.Que nous leur commandions aujourd\u2019hui de se livrer à une relance devenue impérieuse dans un monde de compétitivité, que nous repro- LACTION NATIONALE \u2022 23 chions à nos universités un certain assoupissement professionnel, que les cégeps aient dérapé en ce qui a trait à l\u2019enseignement technique, tout le monde en convient et les États généraux sur l\u2019éducation proposent des redressements qui s\u2019imposent.Il n\u2019empêche que bon nombre de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, après un parcours scolaire sérieux, font preuve d\u2019une qualité intellectuelle qui n\u2019a rien à envier à celle d\u2019une autre époque.La culture de nos jeunes emprunte sans doute à des voies et à des ressources nouvelles ; leur humanisme est nourri de plus de sciences et de sciences humaines que jadis.Leur référence à l\u2019histoire et aux grandes oeuvres de l\u2019humanité est limitée par des «programmes cafétéria» qui offrent un peu de tout en pratiquant le surf plutôt que l\u2019exploration en profondeur.L\u2019ouverture des jeunes sur le monde n\u2019en est pas moins étonnante pour leurs parents, qui ont séché sur les thèmes et les versions latines en leur temps d\u2019apprentissage et qui sont bien obligés de soutenir que c\u2019était là la voie royale de la culture.La référence à l\u2019histoire et aux grandes œuvres de l'humanité est limitée par des «programmes cafétéria».On ne saurait ni regretter, ni dénoncer un modèle d\u2019éducation passé, trop centré sur la transmission de l\u2019héritage et trop peu sensible à la culture qui se fait.Bien sûr, notre gigantesque réseau scolaire actuel n\u2019est pas sans faiblesse.Les jeunes qui en sortent souffrent parfois d\u2019une formation éclectique dont la profondeur laisse souvent à désirer; l\u2019ouverture et la curiosité ne sauraient suffire pour se préparer à la vie active.L\u2019inéluctable nécessité de se perfectionner sans cesse s\u2019imposera aux jeunes actuels.Ce qui n\u2019est pas étonnant dans un monde où les connaissances nouvelles se bousculent sans cesse.Il faut juger de cette situation en lui opposant des contrepoids.L\u2019ouverture au monde chez les jeunes et le désir de le parcourir et de le comprendre en est un exemple.La générosité dont ils savent faire preuve à l\u2019endroit de compagnons et de compagnes de communautés ethniques et culturelles diversifées en est 24 \u2022 LACTION NATIONALE Internet est «aussi difficile à détruire, dit-on, qu\u2019une toile d\u2019araignée avec une balle de fusil».un autre.Nous pourrions contiuer ce jeu des poids et des contrepoids dans 1 évaluation que nous faisons de nos écoles.C\u2019est ainsi qu\u2019aujourd\u2019hui on apprend que, hors de la culture européenne, qui demeure un héritage des plus précieux, d\u2019autres très grandes richesses de l\u2019esprit existent, dans des civilisations qui se sont développées en s\u2019abreuvant à des sources qui nous ont trop longtemps été méconnues et inaccessibles.Il faut s\u2019en réjouir! Mais un nouvel acteur, qu\u2019on ne saurait oublier, a pris place dans le réseau culturel ces dernières années.On s\u2019inquiète à juste titre du bouleversement qu\u2019engendre une telle créature.Ignacio Ramonez fait cette mise en garde dans Le Monde diplomatique1 : «Structuré en mailles de filet, Internet est «aussi difficile à détruire, dit-on, quune toile daraignée avec une balle de fusil».Sa norme est du domaine public et n appartient à aucune firme commerciale.Indestructible, décentralisé, propriété de tous, Internet a fait renaître le rêve utopique d\u2019une communauté humaine harmonieuse, planétaire, où chacun s\u2019appuie sur d autres pour perfectionner ses connaissances et aiguiser son intelligence.«Toutefois, sectes, négationnistes et pornogra-phes envahissent déjà le réseau, tandis que les entreprises commerciales songent à en prendre le contrôle, quand les deux tiers de l\u2019humanité sont exclus d\u2019internet.Une foule de problèmes nouveaux se posent, juridiques, éthiques et politiques.Et nul ne peut ignorer les formidables défis que lance Internet.Les citoyens doivent se l\u2019approprier avant que les mastodontes des finances, des médias et des loisirs ne s\u2019en emparent pour leur seul profit.Il faut entendre et recevoir de telles mises en garde sans accuser leurs auteurs d être des alarmistes et des empêcheurs de tourner en rond.Des questions 1.Mai 1996.L'ACTION NATIONALE «25 cruciales se posent sûrement sur le contrôle des contenus d\u2019Internet et sur le danger de concentration, qui pourrait notamment priver les pays du Sud de ses immenses bénéfices.Ces interrogations sont de bon aloi.Avouons tout de même que la période anarchique actuelle est un moment de créativité et de découverte qui ne repassera pas.Les créateurs doivent donc être aussi actifs que les banquiers et les commerçants dans la conquête et l\u2019appropriation des nouveaux moyens de diffusion.La prostration sur soi-même et le refus de bénéficier d\u2019outils nouveaux seraient pour eux la moins bonne des voies à emprunter.Mais tel ne semble pas être le cas.C\u2019est tout cela qui fait dire au Groupe de Lisbonne dans son rapport Limites à la compétitivité: «L\u2019importance de cette ouverture est capitale, car la notion même de diversité culturelle doit maintenant être complètement intégrée dans nos façons de penser et d\u2019agir.Le malaise social que suscite l\u2019immigration dans beaucoup de pays, la résurgence de la rhétorique et de l\u2019ethnocentrisme, les tensions que créent les conflits raciaux dans les grandes villes, le retour à diverses formes d\u2019intégrismes religieux, sont autant de probèmes qui trouvent une bonne partie de leurs solutions dans la diversité culturelle et la tolérance universelle1».Comment résister ici à la tentation de revenir après tant d\u2019autres sur l\u2019importance de développer des écoles au sein desquelles la culture occuperait une place privilégiée.Une école comme le soulignait récemment Pierre-Marc Johnson2, qui prend en compte le fait que la culture du Québec «est faite de racines culturelles et de langue françaises, enrichies par Une école cultivée c'est celle où l\u2019intelligence occupe la première place.1.\tOp.rit., p.202.2.\t« La globalisation : effets de la compétitivité sur le système d\u2019éducation», Allocution prononcée à l\u2019Institut d\u2019Administration Publique du Canada, section Québec, Québec, mars 1996.26 \u2022 L'ACTION NATIONALE On ne saurait ignorer les lieux et les institutions consacrés à la création, à la diffusion et à la conservation.un apport puissant de culture anglo-saxonne et de réflexes démocratiques américains.Ouverture, diversité, tolérance, démocratie et recherche du progrès technologique font partie intégrante de la culture que nous partageons et qui nous a permis d\u2019élaborer des schémas sociaux nous ressemblant et nous rassemblant.» Comprenons-nous bien, une école cultivée n\u2019est pas une école où les arts occupent la dernière heure du vendredi après-midi.Non, une école cultivée c\u2019est celle où l\u2019intelligence occupe la première place, une école ouverte sur les divers modes d\u2019expression, une école qui considère les différences entre les personnes et les idées comme une richesse, une école où la sensibilité et la rationalité cohabitent, une école où les adultes ne sont pas gênés de dire aitx plus jeunes, «mets tes pas dans mes pas», une école où la transmission des valeurs est considérée comme une richesse.Pour arriver à développer une telle école, la compréhension profonde du rapport de l\u2019homme à la nature est tout aussi indispensable que le rapport de l\u2019homme à la pensée et à son histoire.Ici, littérature, arts de la scène ou arts visuels s\u2019inscrivent au coeur de la solidarité, de la découverte de l\u2019autre, de la lutte contre les iniquités.Ces modes d\u2019expression ne sont pas des fins ; ils sont de puissants moyens auxquels les jeunes puisent selon leurs sensibilités propres.Il s\u2019agit ici, on l\u2019aura compris, d\u2019une école où la culture dont les jeunes sont les héritiers ne subordonne pas la culture dont ils seront les promoteurs dans quelques années.Enfin, parlant de l\u2019importance des réseaux dans la culture et les arts, on ne saurait ignorer les lieux et les institutions consacrés à la création, à la diffusion et à la conservation.Quels exemples choisir entre les ateliers, les galeries et les centres d\u2019art, les salles de spectacles, les théâtres, les musées, les sites patrimoniaux?Quel domaine choisir?Faut-il évoquer la vitalité du théâtre, les avancées du cinéma, la ténacité de la danse, les audaces des arts vieusls et L'ACTION NATIONALE \u2022 27 quoi encore?Malgré des carences qui peuvent être corrigées au fil du temps, le Québec dispose de remarquables lieux de diffusion et de programmes d\u2019aide, ainsi que de soutien à la création, qui ont fait leurs preuves.Les arts et les lettres tiennent, chez nous, une place qui ne cesse d\u2019étonner ceux qui s intéressent au domaine des politiques culturelles comparées.Même si nous entrons dans une période dif-ficle qui n\u2019est qu\u2019un des effets d\u2019une crise généralisée des finances publiques, le récent budget du Québec n\u2019en reflète pas moins la volonté du gouvernement de traiter la culture et les arts comme une exception.Ce moment de répit devrait permettre à la ministre Louise Beaudoin1 de faire progresser cette idée fort porteuse d\u2019un Fonds de la culture qui a été propsosee par des regroupements d\u2019artistes parmi les plus crédibles.Tous conviennent que l\u2019aide publique doit se donner de nouvelles règles et explorer de nouvelles formes dans tous les domaines, y incluant la culture et les arts.Ce que nous oublions trop facilement, c\u2019est qu\u2019au fil des ans et de l\u2019existence du ministère de la Culture et des Communications, les initiatives pour vitaliser la culture et les arts n\u2019ont pas manqué.À commencer par la création même du ministère, dont le premier titulaire Georges-Emile Lapalme écrivait: «Il faut tout improviser; le texte nous donna quelque mal et souffrit quelques oublis.Il y avait peu de ministères de la Culture dans le monde, aucun en Amérique.» {Mémoires: Le paradis du pouvoir, p.85) Voyez où nous en sommes quelque trente-cinq ans plus tard.Le Québec n\u2019a aucune leçon à recevoir en ce qui a trait à la qualité de ses programmes, à leur diversité et à la somme des budgets engagés dans la mission culturelle.Au fil des ans, les structures admi- 1.Louise BEAUDOIN, «Remettre l\u2019art au monde», Le Devoir, 11 mars 1996.L\u2019aide publique doit se donner de nouvelles règles et explorer de nouvelles formes.28 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La culture et la création artistique jouissent chez nous d\u2019un espace de liberté dont on trouve peu d\u2019équivalents dans le monde.nistratives, dont il ne faut pas minimiser l\u2019importance, ont évolué sans cese vers la décentralisation et la prise en charge par le milieu.Les nombreux regroupements d artistes sont entièrement autonomes, ce qui est la moindre des choses; des sociétés d\u2019État dirigées par des conseils d\u2019administration composés de gens du milieu de la culture, des arts et des affaires et jouissant de leur loi propre, établissent des priorités, gèrent des budgets considérables, ont des pouvoirs d initiatives, développent leurs programmes sous la gouverne de règles d\u2019imputabilité.Je pense ici à la SODEC, dans le domaine des industries culturelles, mais aussi au Conseil des arts et des lettres, qui en est encore à se donner un style et à prendre sa vraie place.Je pense aussi aux grandes institutions, comme celle que je dirige, qui jouissent d une autonomie de gestion considérable et d\u2019une liberté totale dans l\u2019établissement de leur programmation.L\u2019audace, la créativité, l\u2019innovation, la qualité parfois discutable de leurs choix, l\u2019obligation d être accessibles au plus large public possible sont les seules contraintes qui leur soient imposées.L\u2019atout exceptionnel, que représente une aussi large autonomie, commande à ceux à qui on l\u2019accorde, d\u2019être centrés avec obstination sur 1 obligadon de résultats.Je pourrais continuer sur cette lancée, qui illustre que la culture et la création artistique jouissent chez nous de conditions générales et d\u2019un espace de liberté dont on trouve peu d\u2019équivalents dans le monde.Je pourrais évoquer bien d\u2019autres réalisations menées conjointement par le ministère de la Culture et les créateurs.J en cite comme exmeple, dans le domaine des arts visuels, la politique d\u2019embellissement des édifices publics, mieux connue sous le nom du «programme du 1%», une initiative qui représente des investissements considérables dans l\u2019art actuel, lequel ne s est jamais laissé pour autant enfermer dans la prison de «l\u2019art officiel», ne fût-ce qu\u2019en L'ACTION NATIONALE \u2022 29 raison de la présence vigilante des pairs au sein des jurys.Ce programme d\u2019aide aux arts et aux artistes est loin d\u2019être le plus important qui ait cours.Il me sert tout simplement d\u2019illustration.Parler des rapports entre la culture, les arts et la société, c\u2019est donc forcément parler de l\u2019action de l\u2019État.Lorque les élus en font étalage, ils sont facilement soupçonnés de récupération politique.Par ailleurs, rares sont ceux dans les milieux culturels qui osent faire l\u2019éloge de l\u2019engagement de l\u2019État, craignant sans doute qu\u2019on les soupçonne d\u2019en tirer quelques avantages.Je crois que mes états de service, tant en éducation qu\u2019en culture, me dédouanent de tels soupçons.Évidemment, on peut souhaiter que l\u2019État ne soit pas engagé dans la culture ou qu\u2019il n\u2019y soit présent que comme un pis-aller, en attendant qu\u2019on puisse s\u2019en passer.On entend encore des gens émettre cette opinion sans doute légitime, mais complètement irréaliste.Je crois que chez eux, la pureté rivalise avec la naïveté.J\u2019ai choisi mon camp depuis longtemps.La place conférée à la culture dans la société ne va pas de soi.Le combat pour son développement et sa survivance n\u2019est jamais terminé.Cette obligation impose à la culture de bien s\u2019incarner et de revendiquer sa juste part.Une juste part qui dépasse l\u2019allocation de ressources financières.Une juste part qui s\u2019exprime par le développement d\u2019un cadre de vie à saveur culturelle, par l\u2019élaboration de lois qui incitent au respect de la nature, par la prédominance attachée aux personnes, en particulier aux enfants et aux personnes âgées, par des mesures qui réduisent la violence sous toutes ses formes.C\u2019est dans un tel contexte que l\u2019art peut le mieux s\u2019épanouir et ajouter ses vertus créatrices aux autres vecteurs de la culture.C\u2019est dans un tel contexte, à caractère systémique, que les créateurs et les artistes peuvent revendiquer la place qui leur revient.Il est toujours préférable d\u2019être à l\u2019inté- Les créateurs et les artistes peuvent revendiquer la place qui leur revient.30 \u2022 L ACTION NATIONALE Qu'en serait-il de la musique symphonique et de l \u2019opéra à Montréal sans la Place des Arts?rieur des murs pour mener un combat! Reproche-ton aux universitaires de défendre les programmes de recherche, aux industriels de veiller sur les programmes d\u2019aide à l\u2019entreprise, aux agriculteurs d\u2019entretenir de puissants lobbies?Arts, culture et lieux J ai insisté sur la relation intime qui existe entre le développement des arts et de la culture, celui des réseaux et la présence de l\u2019État dans le domaine culturel.J\u2019ouvrirai maintenant une fenêtre sur les rapports entre les arts et les lieux où ils se développent: salles de spectacles, bibliothèques, musées, parcours touristico-culturels et autres.Que de fois ai-je lu ou entendu des gens du milieu culturel dénoncer la place, excessive à leurs yeux, que tient le béton, comme ils disent, dans les investissements culturels.Le plus loin que remontent mes souvenirs, c\u2019est à l\u2019époque de la construction de la Place des Arts.C\u2019était là le premier «monument», à entendre la critique d\u2019alors, que se construisait un maire qu\u2019on accusait déjà de croire trop fermement à certaines formes d\u2019art.Quelle infamie, vous en conviendrez! Je ne suis pas un inconditionnel des manières de faire de 1 administration Drapeau-Saulnier mais soyons de bon compte: quen serait-il de la musique symphonique et de l\u2019opéra à Montréal sans la Place des Arts ?Je pourrais réciter un long chapelet d\u2019occasions manquées ou de projets réalisés dans la zizanie.Le débat sur la relocalisation et la cohabitation de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales est un beau cas de figure.De toute évidence, la Ministre constate qu il faut innover, que le temps est venu de développer un nouveau concept qui reposerait sur la mise en commun des fonds, des services, de 1 expertise de plusieurs institutions.Les experts sont consultés, les fonctionnaires impliqués dans le projet expriment une adhésion à géométrie variable.LACTION NATIONALE \u2022 3 1 Pourquoi ne pas annoncer clairement «un Grand projet de la Ministre» et prendre le taureau par les cornes en vue de répondre à des questions du genre: qui sont les clientèles?de quels services ont-elles besoin maintenant et pour le prochain millénaire?quelle place peut tenir un tel projet dans les priorités du Gouvernement?Et puis, ma foi, prenons une bonne respiration et faisons comme dans certains pays européens: choisissons un grand maître de projet là où il se trouve, invitons des architectes d\u2019ici et d\u2019ailleurs, reconnus pour leur savoir-faire, pour l\u2019envergure de leurs réalisations et leur créativité.Choisissons les meilleurs.Consultons ensuite des pédagogues, des designers, des communicateurs pour tout ce qui a trait à la définition de l\u2019âme des lieux.Demandons enfin aux spécialistes de faire fonctionner non pas une simple bibliothèque ou un centre d archives, mais un lieu de recherche et d information vivant et vibrant, accessible, polyvalent et mobilisateur; un lieu qu\u2019on fréquente parce qu\u2019on l\u2019aime! Les experts, avec tout le respect que nous leur devons, doivent venir en deuxième ligne et assurer la gestion et la qualité professionnelle de cette vaste médiathèque.La Ministre ne devrait écouter, pour réussir son projet, que ceux et celles qui sont en marche et qui regardent haut et loin.L\u2019histoire des grandes institutions culturelles, construites au XX' siècle, est là pour témoigner de la justesse et de la pertinence de la proposition.Je ne peux résister au plaisir de citer un autre cas où le poids du granit, du verre et de l\u2019organisation n\u2019a pas emporté avec lui la créativité, l\u2019inventivité, l\u2019audace et le savoir-faire.On l\u2019a oublié, le Musée de la civilisation est né lui aussi dans la controverse; avant même son ouverture retardée, le futur musée avait réussi à braquer contre lui la presse, les artistes, les créateurs, les chercheurs, la population de la région et même le gouvernement de l\u2019époque, qui considérait le Musée comme un héritage empoisonné.Je Le Musée de la civilisation est devenu une institution repère.32 \u2022 LACTION NATIONALE Ce qu'ils cherchent et trouvent au Musée, c'est l\u2019occasion d'être étonnés et de ressentir des émotions.pourrais en parler longuement.Qu\u2019il soit dit simplement que, huit ans plus tard, le Musée de la civilisation est devenu une institution repère et une visite obligée pour les étrangers et les visiteurs de la région de Québec.Mieux encore, il est devenu l\u2019enfant chéri de centaines de milliers de citoyens de sa région, qui parlent de «notre musée» pour le qualifier.Quelques données sont éloquentes: c\u2019est plus de 5 millions de visiteurs que nous avons reçus depuis l\u2019ouverture en 1988; ceci représente 690 000 personnes par année, soit plus de 2 000 entrées par jour, ce qui place le Musée en quatrième place sur la scène canadienne.Mais le chiffre le plus éloquent et qui dépasse tous les autres en importance n\u2019est pas celui-ci: 30% des visiteurs du Musée de la civilisation déclarent, en réponse à nos enquêtes publics, qu\u2019ils ne fréquentent pas les musées! La conception du Musée comme lieu de diffusion, mais aussi comme lieu de création, lui confère une personnalité très particulière.Chaque exposition y est une aventure nouvelle, un pas en avant dans la mise en valeur des objets témoins mais également une démarche de communication.Le choix d\u2019objets merveilleux et porteurs de sens, la mise en scène tantôt provocante, tantôt minimale, l\u2019utilisation de la musique, du design, de la sculpture ou de l\u2019installation, rien d\u2019intelligent et de réaliste ne fait l\u2019objet de la censure, aucune idée réalisable n\u2019est trop audacieuse.Ce qui compte, c\u2019est d\u2019offrir à nos milliers de visiteurs des produits culturels diversifiés, qui étonnent, qui font découvrir des mondes inconnus ou qui suggèrent une nouvelle lecture et de nouveaux rapports avec le monde, avec l\u2019histoire.On invite le visiteur a comprendre, a se questionner, à interroger nos expositions, à jouir de la dimension esthétique, à communiquer avec la beauté et à transcender la banalité du quotidien.Nous poussons encore plus loin en mettant périodiquement des expositions au service de la réflexion sociale.Des expositions comme L'ACTION NATIONALE «33 Familles (au pluriel), Histoires d\u2019amour et d\u2019éprouvette, Autopsie d'un sac vert, La mort à vivre, Drogues (en préparation) ne versent pas dans la facilité, comme vous pouvez l\u2019imaginer.Nos visiteurs nous le rendent bien, si j\u2019en juge par une récente enquête où ils nous disent majoritairement que ce qu\u2019ils cherchent et trouvent au Musée, c\u2019est la possibilité d\u2019apprendre des choses, l\u2019occasion d\u2019être étonnés et de ressentir des émotions.Lecteurs, vous pourrez constater, en visitant une des grandes expositions actuelles intitulée Femmes, corps et âme, que je ne me livre pas ici a la surenchère.Pour le traitement et la présentation de ce thème dans une vaste salle, le Musée a fait appel à des gens de théâtre comme concepteurs et réalisateurs et il a mis à leur disposition l\u2019espace, le budget, le soutien technique et notre savoir-faire en muséologie.Le Musée pouvait-il être mieux servi que par Alice Ronfard et son équipe qui ont élaboré le concept et l\u2019exposition dans un cadre d\u2019entière liberté de création.Il ne s\u2019agissait pas simplement de «fabriquer et de monter» une exposition, mais bien de créer une exposition, qui serait prolongée dans l\u2019événement Langage.Nous n\u2019avons pas hésité à faire produire des oeuvres originales pour cette exposition par des artistes connues: Pascale Archambault, Dominique Morel, Violette Dionne.Line fois de plus, le Musée se faisait pluriel et audacieux dans ses choix et dans sa démarche.L\u2019équipe de créatrices a fait le pont avec le personnel du Musée: metteur en scène designers, éclairagistes, muséologues, conservatrices, photographe ont contribué à ce vaste projet qui participe au développement d\u2019un type de musée conçu et défini dès son ouverture comme un musée qui place le Québec en son centre et qui s\u2019ouvre en même temps sur le monde; un musée qui soit un lieu visité et un lieu de ralliement, de découverte et d\u2019enchantement, un lieu où la mémoire est conservée et partagée, un lieu multicommunicationnel où les langa- Le Musée se faisait pluriel et audacieux dans ses choix et dans sa démarche.34 \u2022 LACTION NATIONALE ges divers s\u2019unissent pour mieux livrer leurs messages, un lieu qui incite artistes et créateurs à s\u2019y produire pour le faire parler, le faire chanter, le faire vibrer.Conclusion Arts et société, arts et lieux, arts et réseaux, voilà autant de couples qui font bon ménage et qui sont féconds.S\u2019il fallait produire une preuve que ces réflexions à caractère théorique se répercutent dans le concret et le réel, le récent symposium qui s\u2019est tenu à la Fondation René Derouin (Val David) sur lintégration aux lieux, serait tout désigné pour ce faire.Lieu d\u2019échanges interdisciplinaires, lieu de confrontation des idées et des langages, réunion d\u2019artistes et de chercheurs, rencontre ouverte sur les trois Amériques, peut-on trouver meilleure illustration de la culture vivante, celle qui est en marche et en mouvement, cette culture qui est une dimension du monde.Il y a quelques mois, j\u2019avais la chance de visiter à Y Antiguo Colegio de San Ildefonso de Mexico une gigantesque exposition consacrée aux dieux antiques du Mexique (Los Dioses del Mexico Antiguo).Mon hôte, le directeur du musée, me disait en réponse à une question sur la provenance d\u2019un magnifique artefact: «Vous savez, ici au Mexique, nous marchons littéralement sur les trésors de notre histoire.Cette représentation d\u2019une divinité a été découverte sur la rue voisine, en 1992, lors de travaux d\u2019excavation; elle est présentée au public pour la première fois».Je pensais, en l\u2019écoutant, qu\u2019en un tel pays, il n\u2019est pas nécessaire de publier une politique de la culture.Ici, me disais-je, la culture se marche, elle se respire, elle se sent et se ressent, elle est véritablement intégrée aux lieux par la présence structurante de l\u2019histoire et la profondeur de la civilisation.L'ACTION NATIONALE \u2022 35 Des lieux et des hommes, en conjonction étroite avec le temps et l\u2019espace, voilà le point de rencontre entre la culture l\u2019art, et la société.Ces éléments forment un cadre, s\u2019y ajoutent les actes de création, les rapports entre les personnes, la vibration des lieux de la culture qui composent tantôt une trilogie, tantôt une trinité.D DES LYS À L\u2019OMBRE DU MONT-FUJI: HISTOIRE DE LA PRÉSENCE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE AU JAPON par Richard Leclerc, Ph.D Pour la première fois, la passionnante histoire de la présence des Québécois au pays du Soleil-Levant nous est racontée.Ce livre de 200 pages (42 photographies) examine l\u2019impact qu\u2019ont eu les intervenants québécois au Japon depuis l\u2019époque Meiji (1868-1912) jusqu\u2019à aujourd'hui.De 1887, année du décès de François-Xavier Gendreau à Kobe, en passant par Sr Hélène Paradis qui y consacra soixante-deux ans de sa vie, jusqu\u2019aux entrepreneurs de la décennie 1990, l\u2019archipel nippon a accueilli plus de mille Québécois.(Prix: 35 $) ÉDITIONS DU BOIS-DE-BOULOGNE 1140 Demontigny, Sillery (Québec) G1S 3T7 Téléphone/Télécopieur: (418) 683-6332 Courriel: access ©ebc.qc.ca 36 \u2022 L'ACTION NATIONALE Mémorandum pour la suite de l\u2019histoire Denis Monière Guy Bouthillier Pierre de BellefeuiUe Maurice Champagne Gaston Miron*\tLe référendum sur la souveraineté du 30 octobre 1995 a montré qu\u2019il y avait une intensification de l\u2019opposition entre le Québec et le reste du Canada, une polarisation des forces politiques québécoises et un approfondissement du clivage linguistique.Après un résultat aussi serré qui traduit l\u2019équilibre entre les fédéralistes et les souverainistes, on peut tenter d\u2019identifier les facteurs qui sont susceptibles de faire pencher la balance d\u2019un côté ou de l\u2019autre.Au lieu de se fier au baromètre des sondages qui prennent des instantanés de l\u2019état de l\u2019opinion publique, nous examinerons plutôt les forces et les faiblesses des protagonistes qui structurent la dynamique du débat sur l\u2019avenir politique du Québec.Nous proposons en quelque sorte une réflexion sur les obstacles à la souveraineté dans la nouvelle conjoncture créée par le référendum.Si nous braquons notre lorgnette sur le passé, nous constatons que depuis trente ans, le projet souverainiste s\u2019est progressivement enraciné dans la culture politique québécoise.Il a produit des institutions durables comme le Parti québécois et des changements politiques qui ont renforcé l\u2019identité québécoise.\t*\tMembres du Cercle Gérald Godin.LACTION NATIONALE \u2022 37 Le mouvement souverainiste a pu capitaliser sur des forces de socialisation comme les intellectuels, les créateurs culturels et les organisations syndicales.Il a aussi profité d\u2019une conjoncture idéologique favorable qui valorisait la différenciation culturelle et qui accordait au politique la mission du développement collectif.L\u2019idéologie du welfare state s\u2019intégrait parfaitement à la revendication du contrôle des leviers de commande politique.Il y avait un lien co-structurant entre la demande de souveraineté et la demande de biens publics ce qui solidifiait l\u2019alliance des forces favorables à la souveraineté.Mais ces conditions favorables n\u2019ont pas suffi.Elles ont porté le projet souverainiste à une presque majorité mais elles n\u2019ont pas réussi à entraîner 40% des francophones et la presque totalité des non-francophones.Il est nécessaire d\u2019amorcer la réflexion sur les conditions du combat souverainiste pour identifier les facteurs qui pèseront sur l\u2019évolution de l\u2019opinion publique et dégager les pistes stratégiques qui orienteront la suite de l\u2019histoire.Le facteur temps Un mouvement politique qui ne réalise pas son objectif dans un délai raisonnable peut-il espérer maintenir sa capacité de mobilisation?Celle-ci n\u2019est-elle pas susceptible de s\u2019effriter à long terme?On a soutenu que le temps jouait en faveur de la souveraineté parce que l\u2019idée avec des hauts et des bas a constamment progressé dans l\u2019opinion publique depuis trente ans.Cette thèse s\u2019appuyait aussi sur les caractéristiques sociologiques des partisans de la souveraineté et du fédéralisme: les jeunes ayant plus tendance à favoriser la première option alors que les personnes âgées soutenaient la seconde.Le renouvellement des cohortes d\u2019âge permettrait donc d\u2019envisager selon une projection linéaire un résultat positif.Mais cette vision optimiste néglige d\u2019autres dimensions du pro- On a soutenu que le temps jouait en faveur de la souveraineté.38 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La non-réussite qui se prolonge entraîne aussi la déception politique.cessus historique car toutes les variables ne sont pas nécessairement constantes.Il est de moins en moins évident que le facteur temps joue en faveur des souverainistes.Il faut d\u2019abord considérer les effets psychologiques de la durée.La non-réussite qui se prolonge entraîne aussi la déception politique, elle peut avoir des effets démobilisateurs sur les cohortes qui vieillissent ou du moins réduire l\u2019intensité de leur engagement.Les nouvelles cohortes qui s\u2019ajoutent ne sont pas nécessairement socialisées de la même façon ni dans la même conjoncture.Les nouvelles préoccupations et les nouvelles valeurs qui se forment avec le temps modifient leur réceptivité aux stimulis qui influençaient les anciennes générations.Ensuite, la durée ne garantit nullement la reproduction des attitudes politiques.La compréhension des enjeux évolue en fonction même de la dynamique politique.Les raisons qui motivaient le choix au temps X peuvent perdre leur pertinence ou leur signification au temps Y.Enfin, les forces de socialisation se transforment.Si le mouvement souverainiste a pu compter pendant un temps sur l\u2019hégémonie culturelle des créateurs et des éducateurs, celle-ci s\u2019est diluée avec les années parce que tout monolithisme est voué à l\u2019effritement, parce que les lieux de socialisation ont changé avec la diversification des canaux de communication et enfin parce que de nouvelles forces de socialisation sont apparues.L\u2019influence des intellectuels et des créateurs est aujourd\u2019hui concurrencée par la montée des gens d\u2019affaires dans l\u2019imaginaire collectif et la socialisation se fait de moins en moins par l\u2019école et de plus en plus par la télévision et les nouveaux médias qui échappent à l\u2019emprise idéologique des souverainistes.Le rôle de la culture Il y a eu dans le passé une forte association entre la construction de la culture québécoise et la LACTION NATIONALE \u2022 39 construction de l\u2019identité nationale québécoise.Les produits culturels reflétaient la spécificité de la culture québécoise et renforçaient le sentiment d\u2019appartenance à un groupe différencié.Mais après avoir consolidé ses racines et alimenté une nouvelle identité politique, la création culturelle doit se renouveler et se diversifier.En raison de sa logique intrinsèque, la création ne peut reproduire le même.Lorsque la dynamique de la création n\u2019est pas accompagnée d\u2019une transformation politique conséquente quelle a appelée, l\u2019imaginaire cherche d\u2019autres sources d\u2019inspiration car on ne peut indéfiniment chanter un pays qui n\u2019advient pas.Si le changement politique peut donner une nouvelle impulsion à la créativité comme cela s\u2019est produit avec tous les mouvements de libération nationale, il y a au contraire risque d\u2019étouffement lorsqu\u2019il y a situation de blocage politique.Lorsque la problématique identitaire se tarit comme source de créativité, on cherche alors à la transcender en explorant les voies de l\u2019individualité.Le créateur ne se dissocie pas du destin collectif mais il s\u2019en distancie en développant d\u2019autres problématiques.Ce mouvement de retrait est aussi amplifié par la dynamique politique qui met sur le devant de la scène d\u2019autres locuteurs qui en raison des exigences de la lutte politique sont appelés à monopoliser le discours identitaire.Si les créateurs ont joué un rôle de premier plan dans la phase d\u2019émergence du mouvement souverainiste, on peut dire que leur rôle a été normalisé avec la politisation de la question nationale.Ils continuent à intervenir dans le débat public mais sur des problèmes qui les touchent plus directement comme c\u2019est le cas avec la question linguistique.Mais cette nouvelle situation a pour conséquence de réduire leur apport à la construction du discours identitaire.Ils ont été remplacés dans ce rôle par les spécialistes des sondages et de la communication politique qui conseillent les politiciens.La cul- L\u2019imaginaire cherche d'autres sources d\u2019inspiration.40 \u2022 L'ACTION NATIONALE ture sera donc de moins en moins un facteur structurant du développement de l\u2019identité québécoise.Cette tendance peut provoquer une atrophie de la symbolique politique car celle-ci n\u2019est plus alimentée par la création mais par l\u2019opinion.Cette situation accentue les capacités concurrentielles de l\u2019identité canadienne qui cherche à supplanter l\u2019identité québécoise.Dans cette lutte pour la conquête des esprits, le Canada dispose d\u2019appareils idéologiques plus puissants que ceux contrôlés par le mouvement souverainiste.Le rôle des médias La concurrence entre souverainistes et fédéralistes ne se fait pas à armes égales.Cette dissociation du culturel et du politique réduit les capacités de socialisation à l\u2019identité québécoise car elle laisse le champ libre aux acteurs politiques et aux médias où la concurrence entre souverainistes et fédéralistes ne se fait pas à armes égales.Les médias sont de nos jours les plus puissants facteurs de socialisation politique parce qu\u2019ils contrôlent l\u2019accès à l\u2019espace public, parce qu\u2019ils accaparent une partie importante du temps libre des individus et parce qu\u2019ils définissent les valeurs et les problèmes qui mobilisent l\u2019opinion publique.Les médias ont toujours été le talon d\u2019Achille du mouvement souverainiste alors que les forces fédéralistes contrôlent la presque totalité de la presse écrite et électronique.On répliquera que la propriété des organes d\u2019information n\u2019a pas d\u2019effet sur le contenu de l\u2019information et que l\u2019éthique journalistique assure une équité dans le traitement de l\u2019information.Mais les choses ne sont pas si simples.D\u2019abord, Radio-Canada qui contrôle une part importante du marché francophone a le mandat de promouvoir l\u2019identité canadienne et profite de sa programmation et des bulletins d\u2019information pour créer un sentiment d\u2019appartenance au Canada et entretenir l\u2019illusion qu\u2019on parle français partout au Canada.Les autres canaux seront plus neutres à cet égard mais ne L'ACTION NATIONALE \u2022 41 seront pas pour autant des moteurs de l\u2019identité québécoise.Certes, il n\u2019y aura pas de biais systématique dans l\u2019information, sauf aux canaux anglophones et nous y reviendrons mais la contextualisation de l\u2019information aura tendance à avantager les porte-parole du fédéralisme parce qu\u2019ils disposent de plus d\u2019attributs de prestige et agissent dans le cadre d\u2019un État souverain.Le Premier ministre du Canada et ses ministres, tous les Premiers ministres des autres provinces et leurs députés, la classe des gens d\u2019affaires et les fédéralistes québécois canaliseront toujours plus d\u2019attention que les porte-parole de la souveraineté.La classe politique québécoise et ses alliés syndicaux ne peuvent faire le poids tant sur le plan numérique que symbolique parce qu\u2019ils contrôlent moins de ressources et doivent précisément exercer leurs fonctions dans le cadre de la dépendance politique.Ainsi, les acteurs souverainistes seront présentés dans un contexte de conflits alors que les fédéralistes le seront dans un cadre plus consensuel et jouiront d\u2019une prime de visibilité.Ce phénomène est encore plus accentué dans les médias anglophones qui sont ouvertement antisouverainistes.Les recherches sur les campagnes électorales ont montré qu\u2019il y a un déséquilibre systématique dans la couverture des forces en présence, les fédéralistes obtenant toujours plus de visibilité que les souverainistes.Le public anglophone n\u2019est pas exposé à la même information que le public francophone, ce qui rend illusoire tout espoir d\u2019accéder à cette clientèle qui vote en bloc contre la souveraineté.La couverture de la presse écrite anglophone et ethnique entretient une image négative du Québec qui bloque toute ouverture au discours souverainiste.Il reste les journaux francophones qui, à l\u2019exception du «Devoir» et du «Journal de Montréal», sont en faveur du maintien du lien fédéral.Dans tous ces médias, le contenu journalistique est équilibré et tend à présenter la diversité des options pour refléter Les médias sont ouvertement antisouverainistes.42 \u2022 LACTION NATIONALE la division de l\u2019opinion publique francophone.Mais la voix souverainiste est somme toute bien faible dans l\u2019ensemble de la production médiatique et l\u2019opinion publique est plus exposée aux thèses fédéralistes qu\u2019aux thèses souverainistes.Ce phénomène n\u2019est certes pas nouveau et n\u2019a pas empêché l\u2019option souverainiste de progresser au moins dans l\u2019opinion publique francophone.Mais la question est de savoir si, dans une conjoncture où le OUI frôle la majorité absolue et risque de mettre en cause l\u2019unité canadienne, ce déséquilibre ne sera pas fatal à la souveraineté.Car si le OUI a progressé, il a toujours été battu.S\u2019il s\u2019avérait pouvoir l\u2019emporter dans un avenir prochain, il n\u2019est pas irraisonnable de penser que les fédéralistes mobiliseraient toutes leurs ressources d\u2019influence pour détourner l\u2019opinion publique de la souveraineté.Les souverainistes sont désarmés à cet égard.Le rôle des forces politiques Le rapport entre les forces politiques s\u2019est profondément modifié avec la création et l\u2019élection du Bloc québécois à Ottawa.L\u2019entrée en scène du Bloc a corrigé en partie le déséquilibre entre fédéralistes et souverainistes dans le champ de la représentation politique.De 1960 à 1990, la lutte se faisait à deux contre un puisque les fédéralistes pouvaient compter à la fois sur les partis fédéraux présents au Québec et sur les partis québécois fédéralistes.Ils monopolisaient ainsi les ressources de crédibilité et les ressources financières associées aux fonctions de députés et de ministres dans le gouvernement fédéral et s\u2019en servaient pour combattre la souveraineté.Avec les 53 députés du Bloc qui s\u2019ajoutent aux 75 péquis-tes qui siègent à l\u2019Assemblée nationale, le mouvement souverainiste est maintenant en meilleure position.Cette nouvelle situation est d\u2019autant plus avantageuse que ce sont les acteurs politiques qui L'ACTION NATIONALE «43 monopolisent pratiquement le débat constitutionnel et qui servent en conséquence de levier de socialisation.Le contrôle du gouvernement à Québec et de la fonction d\u2019opposition officielle à Ottawa constitue l\u2019avantage stratégique principal du mouvement souverainiste dans la conjoncture actuelle.Mais les forces fédéralistes constituent, elles Le contrôle du aussi, un bloc plus unifié qu\u2019auparavant puisque les g^Jecefdto/a* libéraux provinciaux ne s\u2019opposent plus à la position fonctjon doppo-constitutionnelle des libéraux fédéraux et ont aban- sition officielle donné leur autonomie stratégique.Toutefois, les for- à Ottawa cons-ces fédéralistes sont très minoritaires sur le plan de la Lttue l\u2019avantage représentation politique avec seulement 34% de la stratégique prin-députation québécoise fédérale et provinciale.Cette position de faiblesse est structurée par la concentration de leurs soutiens dans les circonscriptions non-francophones.Ils doivent effectuer des gains auprès de l\u2019électorat francophone pour accroître leur légitimité et déloger les forces souverainistes de la scène fédérale.Le défi des fédéralises est de persuader les francophones des vertus de l\u2019appartenance au Canada.Leur opération de main mise idéologique sur le Parti libéral du Québec et l\u2019élimination de son aile nationaliste leur donnent une plus grande cohérence dans le discours et l\u2019action.Ils ont le champ libre pour employer les ressources politiques et financières de l\u2019État fédéral et imposer leur conception du fédéralisme.À cette fin, ils ont lancé depuis quelques mois une vaste offensive de persuasion en intensifiant leur présence sur le territoire québécois.En accentuant le climat de confrontation avec le gouvernement du Québec, en jouant de la carotte et du bâton, en moussant les inquiétudes économiques, ils tentent de récupérer une partie de l\u2019électorat francophone dont le soutien à la souveraineté est fragile.La prochaine élection fédérale sera révélatrice de l'efficacité de cette stratégie.Mais deux facteurs 44 \u2022 L'ACTION NATIONALE jouent en leur faveur.En premier lieu, il est difficile pour le Bloc de faire mieux que le 49% aux élections de 1993 car la lutte se fera à deux, les conservateurs ne représentant plus une alternative crédible.Les libéraux fédéraux sont donc certains d\u2019améliorer leur performance en récupérant une partie du vote conservateur.Ils jouiront, en plus, d\u2019un atout important: la certitude de se retrouver au pouvoir, ce qui peut leur apporter un afflux supplémentaire d\u2019électeurs qui veulent voter pour le gagnant.Le Bloc, par ailleurs, ne dispose pas des même atouts qu\u2019en 1993.Il ne jouit plus de l\u2019attrait de la nouveauté, il a perdu son chef charismatique et il ne pourra plus profiter des aléas d\u2019une lutte à trois.Il aura, sans doute, aussi de la difficulté à présenter une équipe renouvelée de candidats pour concurrencer les candidatures prestigieuses que les libéraux ne manqueront pas de mettre sur les rangs.À cet égard, la présence du EQ.au pouvoir à Québec risque de nuire au recrutement de candidats de prestige qui veulent jouer un rôle politique de premier plan.L\u2019arrogance canadienne Les Canadiens ne craignent plus de s\u2019aliéner les Québécois.Les Canadiens ont profité du débat constitutionnel de la dernière décennie pour renforcer leur identité et rejeter la conception asymétrique du fédéralisme.Ils ont puisé dans les hésitations et les tergiversations de la société québécoise un sentiment de force qui les pousse à l\u2019intransigeance.Les Canadiens rejettent maintenant toute solution de compromis et ne craignent plus de s\u2019aliéner les Québécois parce qu\u2019ils estiment que ceux-ci n\u2019auront pas le courage d\u2019aller jusqu\u2019à la rupture.À leurs yeux, il n\u2019y a qu\u2019une nation au Canada et les Québécois ne sont que des individus avec une culture particulière comme il y en a de nombreuses autres.La différence culturelle ne justifie pas à leur avis un statut politique CACTION NATIONALE «45 différent.Ils estiment que le statut de minorité ethnique est suffisant pour la survie des francophones.En refusant de faire toute concession constitutionnelle au Québec, en choisissant la confrontation, en évoquant les menaces de dépeçage du Québec et de répression, les forces fédéralistes donnent une forte cohérence à l\u2019identité canadienne et espèrent que cette fermeté fera comprendre aux Québécois qu\u2019ils ne pourront plus exercer démocratiquement leur droit à l\u2019autodétermination, que la souveraineté mène à une impasse et qu\u2019ils doivent accepter les offres de gains symboliques.Comment cette nouvelle politique de l\u2019intransigeance affectera-t-elle l\u2019opinion publique québécoise?Est-il possible de retourner cette stratégie d\u2019agression contre l\u2019identité canadienne qui est encore active chez bon nombre de Québécois et structure leur ambiguïté constitutionnelle?Jusqu\u2019à présent, même si elles n\u2019avaient jamais atteint ce niveau d\u2019intensité, les réactions négatives à l\u2019endroit du Québec et de ses droits ont renforcé ce sentiment de solidarité.Face à la menace, le besoin de cohésion collective devient plus pressant et peut stimuler une nouvelle ardeur nationaliste.La logique de la tension développée par les politiciens canadiens justifie plus que jamais la défense des intérêts du Québec sur la scène fédérale et devrait fournir des arguments aux souverainistes aux prochaines élections fédérales.Le Bloc ne manquera pas de dénoncer la participation des députés libéraux du Québec à l\u2019affaiblissement du Québec.Ils devront lier le vote pour le Bloc à l\u2019affirmation de l\u2019existence du peuple québécois et montrer qu\u2019un vote pour le Parti libéral est un appui à ceux qui veulent faire souffrir le Québec.Le Bloc doit transformer la prochaine élection fédérale en référendum sur le statut du peuple québécois et demander aux électeurs de sanctionner les politiciens fédéralistes.Ils doivent de- Le Bloc doit transformer la prochaine élection fédérale en référendum sur le statut du peuple québécois.46 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE mander un nouveau mandat afin de créer un rapport de forces favorable à l\u2019affirmation politique du Québec.Leur mot d\u2019ordre doit être d\u2019empêcher les libéraux de gouverner contre le Québec.J BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Prix: 30 $ \u2014 étudiants: 20 $ \u2014\tVol 5, n° 1 (aut.1996) : L'Enseignement de l'histoire au Que'bec \u2014\tVol 5.n° 2 (fév.1997) : Les Anglo-québécois à l'heure du plan B \u2014\tVol 5, n° 3 (mars 1997) : Histoire et mémoire Faites parvenir un chèque à : AQHF a/s E Drouilly, Département de Sociologie UQAM.C.E 8888, Suce.Centre-ville, Montréal H3C 3P8 Téléphone : (514) 987-8427 L'ACTION NATIONALE \u2022 47 Le dilemme de la métropole Depuis un certain temps, les critiques fusent de toutes parts à l\u2019endroit de mon collègue Serge Ménard, ministre responsable de la Métropole, comme si les déboires de Montréal et, surtout la lenteur à y remédier lui étaient attribuables.Pourtant, au printemps dernier, les décideurs socio-économiques de la métropole accueillaient avec applaudissements et soulagement la création d\u2019un ministère d\u2019État à la Métropole.Comme le soulignait le chroniqueur Claude Picher, dans son excellente série sur Montréal, dans «La Presse» en mars dernier, la «lente érosion de la puissance économique et financière de Montréal résulte d\u2019une longue série de tuiles, d\u2019erreurs et de mauvaises décisions dont les débuts remontent aux années 60».Certaines d\u2019entre elles, et parmi les plus ravageuses, sont attribuables à des politiques fédérales bien avant la naissance même du Parti Québécois et, partant de «l\u2019incertitude politique» que l\u2019on rend responsable de tous les maux.Rappelons, entre autres, la décision d\u2019arrêter à Sarnia, en Ontario en 1956, la construction du pipeline qui devait approvisionner les raffineries de l\u2019Est en pétrole et gaz naturels albertins puis la fixation de la ligne Borden qui sonnaient ainsi le glas des raffineries montréalaises et de toute une population qu\u2019elles Député de Marguerite-D Youville.François Beaulne* 48 \u2022 L'ACTION NATIONALE faisaient vivre.Résultat: il ne reste plus au Québec qu\u2019une seule raffinerie, celle d\u2019Ultramar à Saint-Ro-muald près de Québec.Puis vint le maintien des subventions dites du «Nid de corbeaux», subventions par lesquelles le gouvernement fédéral encourageait artificiellement les agricultures de l\u2019Ouest canadien à exporter leurs grains par chemin de fer via le Port de Vancouver plutôt que par bateau, à partir des Grands Lacs via la Voie maritime du Saint-Laurent et le port de Montréal.Résultat: fonctionnement dans le rouge jusqu\u2019à récemment de la Voie maritime du Saint-Laurent, déclin d\u2019activités au Port de Montréal et fermetures de minoteries.L\u2019étalement urbain, l\u2019environnement fiscal, la détérioration et l\u2019insuffisance d\u2019infrastructures routières, l\u2019accroissement d\u2019une immigration de moins en moins scolarisée et moins intégrée, le déplacement de la demande mondiale vers des produits non-traditionnels ou hautement transformés, l\u2019effondrement des industries de guerre, sont autant de facteurs qui sont venus amplifier l\u2019impact des tendances lourdes du déclin de Montréal résultant de décisions d\u2019orientation majeures prises de l\u2019extérieur du Québec.Inutile de refaire ici le diagnostic de tout ce qui va mal à Montréal.Nous qui habitons la région métropolitaine en sommes témoins tous les jours.D\u2019où vient, alors, cette perception de tourner en rond et d\u2019impuissance à en sortir?À mon avis, elle découle d\u2019un débat enclenché sur de mauvaises pistes et de cibles mal identifiées.C'est le déclin démographique, social et économique de la Ville de Montréal qui pose problème.La confusion vient de ce que l\u2019on refuse d\u2019appeler un chat, un chat.Nous savons tous qu\u2019au-delà des tendances lourdes auxquelles j\u2019ai fait allusion, c\u2019est le déclin démographique, social et économique de la Ville de Montréal et non pas de l\u2019île de Montréal ou de sa périphérie qui pose problème.À preuve, les signes encourageants de la croissance et de la créa- L'ACTION NATIONALE \u2022 49 tion d\u2019emplois dans la couronne Sud et la couronne Nord.Une région, par définition, c\u2019est une agglomération qui vit en périphérie du centre décisionnel économique et administratif.Au sens de cette définition, ni la Ville de Montréal, ni celle de Québec ne devraient être apparentées à une région puisque la première abrite le centre économique, financier et commercial du Québec, alors que la seconde en est le siège politique et administratif.Dans les circonstances, ne vaudrait-il pas mieux reconnaître cette réalité en concevant pour les deux villes un statut spécial adapté à leur problématique spécifique plutôt que de vouloir en faire des régions parmi d\u2019autres.Pourquoi s\u2019acharner à modifier les structures, à reconfigurer les régions, à soulever la méfiance des élus municipaux, à niveler les préoccupations et les priorités de 111 municipalités au profil socio-démographique différencié plutôt que de favoriser la concertation autour d\u2019enjeux sectoriels où toutes les composantes de la région métropolitaine de recensement (RMR) se reconnaissent: aménagement du territoire, gestion des déchets, transport en commun, équité fiscale, infrastructures de transport routier, aérien ou maritime, promotion des exportations et prospection d\u2019investissement.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que recommandent les quatre Conseils régionaux de développement (CRD) des régions périphériques des Laurentides, Laval, Lanaudière et Montérégie.Voir les choses autrement, c\u2019est s\u2019embourber dans ce que l\u2019éditorialiste de «La Presse», M.Pierre Gravel, qualifie de «mission impossible».Il existe une synergie incontournable entre Montréal et sa banlieue.Le déclin de la Ville de Montréal se fait ressentir partout en périphérie.Cherchons, donc, dans un premier temps, à solutionner les problèmes du trou du beigne plutôt que Il existe une synergie incontournable entre Montréal et sa banlieue.50 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'urgence d\u2019un nouveau pacte fiscal entre le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal n'est plus à démontrer.du beigne dans son ensemble.C\u2019est sans doute moins ambitieux mais ça risque d\u2019être plus efficace.À mon avis, les solutions sont de deux ordres: celles qui relèvent des incompétences actuelles du gouvernement du Québec et celles qui relèvent d\u2019un réaménagement complet de l\u2019environnement économique.L\u2019urgence d\u2019un nouveau pacte fiscal entre le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal n\u2019est plus à démontrer.Ce pacte devrait être spécifique, fait sur mesure pour aider Montréal à jouer son rôle de ville-moteur.Des mesures incitatives pourraient être conçues pour faciliter à Montréal et dans la périphérie l\u2019implantation, l\u2019expansion et l\u2019épanouissement outre frontières, de secteurs d\u2019excellence et de spécialisation tels l\u2019aéronautique, l\u2019aérospatiale, la bio-pharmacie, la mode, la recherche médicale, la pétrochimie, la reconversion d\u2019industries militaires, le secteur agro et bio-alimentaire et le cinéma.Ces mesures auraient inévitablement un effet de levier sur l\u2019émergence d\u2019industries de sous-traitance à Montréal même et dans les régionss avoisinantes où l\u2019entrepenariat se porte bien.Toutefois, et ce malgré la bonne volonté de tous les ordres de gouvernements concernés, ces mesures ne pourront assurer à Montréal qu\u2019une relance incomplète sans un réaménagement en profondeur de 1 environnement économique.Et ce réaménagement en profondeur ne pourra se concrétiser qu\u2019avec, ou bien un réalignement majeur de l\u2019attitude du gouvernement fédéral à l\u2019endroit de Montréal, ou bien par une récupération des pleins pouvoirs législatifs par le gouvernement du Québec.Je m\u2019explique.Montréal pourrait devenir un véritable centre bancaire et financier international.L\u2019effort a été tenté en vain par les décideurs financiers de la métropole en 1980-81.Le ministre des Finances du Québec à l\u2019époque, M.Jacques Parizeau, a concédé toutes les L'ACTION NATIONALE «51 exemptions fiscales nécessaires relevant de la juridiction provinciale.Le fédéral n\u2019a malheureusement pas emboîté le pas de peur de consacrer Montréal comme principale place financière du Canada au grand désespoir de Toronto et Vancouver.C\u2019est pourtant ce genre de mesures qui ont permis au Luxembourg de diversifier son économie et de sortir du marasme économique qu\u2019avait entraîné l\u2019effondrement de son principal pivot: la sidérurgie.Avec l\u2019établissement d\u2019une zone franche, Montréal pourrait devenir la plaque tournante du trafic de marchandises conteneurisées pour l\u2019est de l\u2019Amérique du Nord; ce qui lui permettrait de pallier au recul constant du trafic des produits pétroliers et des céréales.Encore là, la législation est entièrement de juridiction fédérale mais, le passé étant garant de l\u2019avenir, on voit mal Ottawa favoriser le développement du Port de Montréal au détriment de Halifax ou Vancouver.De plus, l\u2019implantation récente d\u2019une grille tarifaire désavantageuse pour les ports du Saint-Laurent, par la Garde côtière canadienne, toujours sous juridiction fédérale, est de nature à priver Montréal et la Voie maritime du Saint-Laurent, des retombées positives qu\u2019elles pourraient escompter de l\u2019abolition des subventions du «Nid de corbeaux» par le gouvernement Mulroney.Dans un contexte où le sondage Léger et Léger, du 4 octobre dernier, nous montre qu\u2019en dépit d\u2019un fléchissement de la cote de popularité du Parti Québécois, la moitié des Québécois continue d\u2019appuyer l\u2019option de la souveraineté, ne serait-il pas plus exact d\u2019attribuer la détérioration de l\u2019environnement économique de Montréal à l\u2019insuffisance des pouvoirs législatifs du Québec pour renverser la situation en profondeur plutôt qu\u2019à «l\u2019incertitude politique» alimentée par l\u2019étroitesse du carcan constitutionnel actuel qui nous empêche de prendre notre véritable envol?Voilà, à mon avis, les véritables défis de Montréal et le véritable dilemme de la métropole.52 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Claude Bariteau* À propos des pratiques québécoises de thésaurisation dans les régimes de retraite Ivosaire Morin a récemment attiré l\u2019attention sur l\u2019importance des investissements hors Québec des sommes placées par des Québécois et des Québécoises dans des fonds mutuels.Depuis, plusieurs personnes attendent les résultats de ses recherches pour avoir un portrait complet de la situation des investissements dans les compagnies d\u2019assurance et dans les régimes de retraite.Intrigué par ces résultats, j\u2019ai cherché à cerner les pratiques québécoises à l\u2019égard des régimes de retraite à l\u2019aide des informations disponibles.Ce texte rend compte de mes découvertes.Je souligne, d\u2019entrée de jeu, que j\u2019ai pris un certain nombre de précautions en réalisant cette recherche.Je les révèle l\u2019occasion venue.De plus, j\u2019ai fait des démarches auprès de statisticiens, de spécialistes en placement et d\u2019analystes en cette matière afin de valider mes avancées.Il va de soi que j\u2019assume l\u2019entière responsabilité du contenu de ce texte.Celui-ci traite de cinq points particuliers concernant les régimes de retraite: 1) la diversité des régimes et les personnes concernées; 2) les sommes thésaurisées; 3) Anthropologue et professeur, Département d\u2019anthropologie, Uni-versité Laval.TACTION NATIONALE «53 les lieux de surveillance et les portefeuilles de thésaurisation; 4) la recherche de rendements élevés et l\u2019absence de taxation; 5) la «canadianisation» des sommes investies.J\u2019ai privilégié ces cinq points parce qu\u2019ils mettent en relief, à mon avis, les principales particularités des pratiques québécoises de thésaurisation en vue de la retraite.Ils m\u2019ont amené à soulever un certain nombre de questions, ce que je fais en conclusion.1) La diversité des régimes et les personnes concernées Les Québécois et les Québécoises préparent différemment leur retraite.Certains n\u2019ont ni les moyens et ni l\u2019opportunité de thésauriser.S\u2019ils n\u2019héritent de rien, ils se retrouvent avec, pour revenu de retraite, les montants versés par la Sécurité de la vieillesse, régime universel du gouvernement fédéral.À ces montants peuvent s\u2019ajouter le Supplément de revenu garanti et des compléments venant des programmes sociaux.Plusieurs Québécois et Québécoises sont dans cette situation, notamment ceux et celles qui, leur vie durant, n\u2019ont pas fait partie de la main-d\u2019œuvre active sur le marché du travail ou se sont souvent retrouvés parmi les chômeurs.D\u2019autres, par contre, accumulent des biens immobiliers, notamment des maisons, investissent à la bourse ou ailleurs.Toutefois, la majorité d\u2019entre eux utilisent les régimes de retraite.Je ne traiterai que de cette pratique.Au Québec, il existe trois catégories de régime: 1) le Régime des rentes du Québec, le pendant québécois du Régime de pensions du Canada; 2) les régimes enregistrés de pension (REP); 3) les régimes enregistrés d\u2019épargne retraite (REER) et les régimes de participation différée aux bénifices (RPDB).Ce dernier type de régime est peu populaire au Québec.Je signale qu\u2019il n\u2019existe aucune informâ- mes Québécois, s\u2019ils n\u2019héritent de rien, ils se retrouvent avec, pour revenu de retraite, les montants versés par la Sécurité de la vieillesse.54 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ce sont surtout les personnes bénéficiant de revenus supérieurs à la moyenne qui investissent pour leur retraite.tion sur les sommes investies dans les régimes étrangers.Dans le premier cas, le RRQ, il s\u2019agit d\u2019un régime auquel la participation est obligatoire si l\u2019on est actif sur le marché du travail.Au Québec, environ 87% de la population active aura accès à ce régime lors de la retraite mais à des degrés différents car les participants n\u2019investissent pas tous le montant maximum de cotisation.Tout dépend de leur revenu d\u2019emploi.Dans le deuxième cas, les REP, ce sont des régimes établis par les employeurs et les employés, surtout là où il y a syndicalisation.En 1993, environ 40% de la population active du Québec participait à un REP.Si on compte uniquement les travailleurs, c\u2019est 46% de ces derniers mais plus de 50% des salariés.Dans le cas des REER, le taux de participation, en 1993, est 35% de la population active du Canada.On peut présumer que ce taux est semblable au Québec.Entre 1991 et 1993, plus de 60% des personnes actives ont épargné au moyen d\u2019un REP, d\u2019un REER ou d\u2019un RPDB.Ce pourcentage est assez, près de la réalité québécoise, m\u2019a-t-on indiqué.Il signifie aussi que 40% de la population active n\u2019investit que dans le RRQ et que 10% de cette population invesdt à la fois dans un REP et dans un REER en plus d\u2019investir dans le RRQ.Mais qui épargne ainsi?Selon Statistique Canada (1996), 90% des personnes ayant un revenu entre 30,000 $ et 40,000 $ ont épargné en vue de leur retraite au moins une année entre 1991 et 1993.C\u2019est cependant près de 100% des personnes avec des revenus supérieurs à 40,000$ qui ont agi de la sorte sans toutefois se prévaloir du maximum permis.Par ailleurs, 90% des personnes ayant un revenu supérieurs à 50,000$ en 1993 ont investi chaque année.En d\u2019autres termes, ce sont surtout les personnes bénéficiant de revenus supérieurs à la moyenne qui investissent pour leur retraite.Mieux, les person- L\u2019ACTION NATIONALE «55 nés à haut revenu investissent à la fois dans un REP et dans un REER.C\u2019est ainsi que les personnes ayant un revenu supérieur à 40,000$ détiennent plus des deux tiers des montants épargnés en 1993 par l\u2019intermédiaire des REP, des REER et des RPDB.Elles constituent cependant moins du quart de tous les épargnants, soit environ 420,000 personnes au Québec.2) Les sommes thésaurisées Il n\u2019existe pas de statistiques québécoises pour identifier les sommes thésaurisées dans les régimes en cause.La Régie des rentes du Québec fournit un rapport détaillé seulement sur REP auxquels participent des résidants du Québec.Je me suis servi du rapport de 1995 pour évaluer les sommes investies dans les REP.Les informations concernant les REER proviennent de Statistique Canada et, dans ses publications, la variable province n\u2019est pas révélée.Par ailleurs, Statistique Canada fournit des informations qui, ajoutées à celles publiées par la Régie des rentes du Canada, permettent de faire une estimation de la part québécoise des sommes thésaurisées au Canada dans l\u2019épargne retraite.À cette fin, j\u2019ai tiré avantage du document intitulé Programme de revenus de retraite au Canada: un aperçu statistique publié en 1996.Mon estimation s\u2019appuie donc sur les informations contenues dans ces documents.J\u2019ai pris l\u2019initiative d\u2019en faire une projection prudente pour le troisième trimestre de 1996 à l\u2019aide de données mises à jour - c\u2019est le cas pour les REER-, en estimant une croissance de 20% au cours des derniers 30 mois -c\u2019est le cas pour les REP - et en utilisant le montant de décembre 1995 pour le RRQ.Il va de soi qu\u2019un recours à d\u2019autres sources d\u2019information peut conduire à une estimation différente.Pour cerner le montant des sommes thésaurisées actuellement par les Québécois, j\u2019ai utilisé trois Le montant des sommes thésaurisées par les Québécois, serait de l'ordre de 25% du montant canadien.56 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE méthodes.La première, la plus simple, consiste à considérer que ce montant serait de l\u2019ordre de 25% du montant canadien.En 1993, le montant canadien était de 658 milliards de dollars.Si on le hausse de 20% pour les trois dernières années, ce qui est conservateur, il devient 789,5 milliards de dollar, montant auquel il faut ajouter, selon les analystes de Statistique Canada, 50 milliards en REER autogéré collectif et individuel qui ne sont pas clairement identifiés dans les rapports des institutions financières.Avec cette méthode, il y aurait 209 milliards de thésauriser au Québec.Il y a toutefois un problème.Cette méthode inclut les sommes qui relèvent des Fonds de revenus consolidés des gouvernements provinciaux et du gouvernement du Canada et sous-éva-lue le Régime des rentes du Québec.Il faut alors soustraire 47 milliards des Fonds de revenus consolidés (157 milliards + 20% de ce montant x 25%) du 209 milliards et ajouter un montant de 11,25 milliards pour le RRQ.L\u2019estimation est alors de 173 milliards.Comme il est plus réaliste d\u2019estimer la part québécoise à 22%, celle-ci devient 156,5 milliards.La deuxième méthode est un peu plus complexe.Avec elle, le total québécois fait 161 milliards.Ce montant comprend les éléments suivants: 1) 15 milliards du Régime des rentes du Québec; 2) 86 milliards des REP auxquels participent des Québécois (72 milliards en 1993 + 20% de ce montant); 3) 39 milliards placés dans des REER au sein de diverses institutions financières, exception faite des compagnies d\u2019assurance (185 milliards x 21 %, pourcentage moyen des investissements des Québécois dans les REER au cours des cinq dernières années); 4) 10,5 milliards dans les REER des compagnies d\u2019assurance, soit 21 % des 50 milliards; 5) 10,5 milliards dans les REER autogérés qui n apparaissent pas clairement dans les rapports des institutions financières, soit 21% des 50 milliards ci-haut mentionnés.L'ACTION NATIONALE \u2022 57 Comme la prudence en ces matières est importante, j\u2019ai construit le reste de mon texte sur la base de l\u2019évaluation que me fournit une troisième méthode.Avec elle, je ne tiens pas compte des sommes investies par des Québécois et des Québécoises dans des REER autogérés parce que l\u2019on connaît mal son ampleur à Statistique Canada, j\u2019arrive alors à 150,5 milliards par l\u2019addition des trois montants suivants : 15 milliards du Régime des rentes du Québec, 86 milliards des REP et 49,5 milliards des REER (21 % de 185 + 50 milliards).Tous ceux et celles que j\u2019ai contactés estiment qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une évaluation prudente de la réalité connue.Celle-ci sera connue seulement 1998.On découvrira probablement quelle est plus près de 160 ou de 165 milliards.3) Lieux de surveillance et portefeuilles de thésaurisation De ce 150,5 milliards, 81 milliards sont administrés sous la surveillance de la Régie des rentes du Québec, soit 15 milliards du Régime des rentes du Québec, 20 milliards à la Caisse de dépôt du Québec versés par les salariés de la fonction publique, les élus municipaux et les travailleurs de la construction, 46 milliards provenant des 2,552 régimes relevant de la Régie des rentes du Québec en 1993.Le reste, soit 69,5 milliards, est administré sous la surveillance du gouvernement canadien ou des gouvernements des autres provinces.Par exemple, en 1993, près de 17% des cotisants québécois à un REP, soit 229,936 sur 1,363,953, investissaient dans des régimes sous surveillance canadienne ou provinciale autre que le Québec.En 1996, leurs cotisations représentent environ 20 milliards.Quant aux sommes investies dans les REER, elles relèvent de Revenu Canada et des Lois de l\u2019impôt sur le revenu.Les institutions financières qui émettent des REER doivent faire approuver le régime par Revenu Canada.Au Québec, en matière de Au Québec, en matière de REER, les politiques canadiennes s\u2019appliquent.58 \u2022 L'ACTION NATIONALE En 1993, ils constituent une somme de plus de 177 milliards.REER, les politiques canadiennes s\u2019appliquent automatiquement.On ne semble pas avoir beaucoup d\u2019information sur les sommes accumulées.Dans le cas des REER, l\u2019administration est assurée, de façon générale, par les banques à charte, les fonds de placement, les caisses populaires, les fiducies, les compagnies d\u2019assurance ou des organismes analogues.Ici, une précision complémentaire s\u2019impose.Les montants investis dans les REP sont placés en fiducie.Ils représentent l\u2019une des plus importantes masses de capitaux au Canada.Seul les précède l\u2019actif financier des banques à charte.En fait, 90% de l\u2019actif des REP est placé en fiducie, c\u2019est-à-dire dans des institutions financières en très grande majorité de juridiction fédérale.Vu sous cet angle, ce serait moins de 50 des 150 milliards en épargne pour la retraite qui sont placés dans des institutions sous juridiction québécoise.Il importe toutefois de signaler que les placements des REP québécois sont réalisés en très grande partie par des firmes de gestionnaires localisées au Québec.Les montants placés dans les REER, les REP et le RRQ sont transformés en portefeuilles.Ceux-ci varient dans leur composition.Par exemple, les portefeuilles des REP en provenance du secteur public étaient composés, dans les années \u201980, en majorité d\u2019obligations des gouvernements, des municipalités, des commissions scolaires ou d\u2019organismes semblables.Quant aux REP du secteur privé, ils contenaient majoritairement des actions.Depuis le début des années \u201990, ces portefeuilles sont de plus en plus identiques.Par ailleurs, la composition des portefeuilles des REER est peu documentée.Ils seraient composés majoritairement d\u2019actions canadiennes.4) Recherche de rendements élevés et politique de taxation Ces dix dernières années, la croissance des sommes investies dans les REP et les REER a été LACTION NATIONALE \u2022 59 phénoménale.En 1983, les REER correpondaient à 33 milliards.En 1993, ils constituent une somme de plus de 177 milliards et près de 207 milliards si on inclut les REER autogérés.Donc, une croissance de 444% en dollards constants.Aujourd\u2019hui, ce montant serait de 235 milliards.Dans les REP sous accord fiduciaire ou dans les compagnies d\u2019assurance, l\u2019on est passé de 100 milliards en 1983 à 307 milliards en 1993.Il s\u2019agit d\u2019une croissance de 191 % en dollards constants.Présentement, le montant serait près de 400 milliards.Selon la plupart des analystes, cette croissance phénoménale des REER et des REP n\u2019est pas indépendante de l\u2019élévation du plafond de déduction d\u2019impôt des montants investis et de la non imposition des gains réalisés.Dans les REP comme dans les REER, les gestionnaires recherchent constamment des rendements élevés, l\u2019objectif étant de faire fructifier au maximum les sommes investies.Dans le premier cas, c\u2019est surtout en vue de bonifier les régimes ou de diminuer les contributions des cotisants, en particulier celles des employeurs.Dans le second, c\u2019est afin d\u2019attirer les épargnants sur la base des performances réalisées.Il en découle que les cotisants à ces régimes participent, via les firmes de gestionnaires et les institutions financières, à une course dont les conséquences, ces dernières années, ont été des pressions: 1) sur les entreprises pour augmenter leurs bénéfices parfois à l\u2019aide de mises à pied ou d\u2019une baisse des salaires; 2) sur les gouvernements ou les organismes publics pour l\u2019accès à cette épargne, ce qui s\u2019est traduit par des transferts importants de revenus d\u2019impôt ou de taxes en faveur des cotisants à ces régimes.En découlent en partie les coupures dans les postes et les services publics.Voilà qui introduit aux politiques fiscales à l\u2019égard de ces régimes.Turner et Watanabe (1995) ont réalisé une analyse comparée des politiques rela- ies gestionnaires recherchent constamment des rendements élevés.60 \u2022 L'ACTION NATIONALE tives aux régimes privés de pension dans certains pays industrialisés.Ils ont montré que la grande majorité des pays ne taxent pas les contributions des employeurs et des cotisants jusqu\u2019à un certain plafond.Seule la Nouvelle-Zélande le fait.Ils ont aussi mis en relief que plusieurs pays taxent les gains de capital, les intérêts ou les revenus d\u2019investissement.Aux États-Unis et en Grande Bretagne, ce n\u2019est pas le cas.Au Canada, il y a un plafond limite pour les régimes au-delà duquel les contributions des employeurs ne sont plus exemptes d\u2019impôt.Ailleurs, c\u2019est différent.Il y a des pays, la Belgique, les Pays-Bas et la Suède pour en nommer quelques-uns, qui taxent les revenus d\u2019investissement de façon générale ou à partir d\u2019un rendement au-delà de 3.5%.Il y a même un pays, le Japon, qui prélève une taxe sur l\u2019actif.Celle-ci est présentée comme le recouvrement par l\u2019État de l\u2019intérêt sur le montant non payé de la taxe sur les revenus d\u2019investissement durant la période d\u2019exemption d\u2019impôt.Au Canada et au Québec, on taxe uniquement lorsque les sommes investies et accumulées sont mises en circulation.Ici, c\u2019est-à-dire au Canada et au Québec, on taxe uniquement lorsque les sommes investies et accumulées sont mises en circulation comme revenus de retraite.En d\u2019autres termes, on ferme les yeux sur les gains au-delà des exigences des régimes et ce, à l\u2019avantage des employeurs puisque ceux-ci sont alors incités à diminuer leurs contributions.En me basant sur le rendement de mon régime de retraite dont l\u2019actif était d\u2019un milliard en 1995 et en extrapolant pour tous les autres régimes, ce qui se justifie car les rendements ont été analogues, j\u2019ai appliqué la politique fiscale de la Suède à l\u2019égard des régimes de retraite.Je signale que cette politique a comme particularité de taxer à 40,5% les rendements au-delà de 3.5%.Afin d\u2019actualiser cette politique au contexte canadien, j\u2019ai divisé le pourcentage de taxation entre le Canada et le Québec.L'ACTION NATIONALE \u2022 61 Le résultat est le suivant: des revenus en taxe de 2.13 milliards pour le Québec (11,7% de rendement en moyenne au cours des cinq dernières années - 3.3 = 8,2%; comme le rendement a donné des gains de 100 millions, les gains imposables auraient été de 70 millions; imposés 20,25%, 14.2 millions auraient été versés en taxe au Québec et au Canada; comme il y a 150,5 milliards en cause, il faut multiplier ce montant de taxe par 150,5).Appliquée aux montants investis par les Canadiens dans les régimes de retraite, cette taxe procurerait près de 8 milliards au gouvernement canadien et un peu moins de 6 milliards aux autres gouvernements provinciaux.Il s\u2019agit de revenus qui permettraient de faire autre chose que de couper, notamment dans les programmes sociaux et l\u2019éducation.Je signale qu\u2019avec une telle taxe, on serait toujours en-deça de ce que préconisent les syndicats suédois, soit de taxer toutes les opérations de change et de sortir du jeu de la spéculation les fonds de retraite et d\u2019assurance (Perjus, A.et ali, 1996).5) La «canadianisation» des sommes investies Où va cette épargne québécoise pour la retraite?Où sont placées les sommes investies dans le RRQ, les REP et les REER?Voilà des questions auxquelles il n\u2019est pas facile de fournir des réponses sans réaliser un dépouillement de tous les portefeuilles, ce à quoi s\u2019active Rosaire Morin.Indépendamment de ce dépouillement, est-il possible d\u2019évaluer la portion de cette épargne investie au Québec?C\u2019est ce que j\u2019ai tenté de faire tout en sachant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une entreprise audacieuse.À cette fin, j\u2019ai traité les montants sous juridiction québécoise, soit 81 milliards, et ceux sous juridiction canadienne, soit 69,5 milliards, en me servant de pourcentages connus ou estimés des investissements réalisés au Québec par les régimes concernés.Où va cette épargne québécoise pour la retraite ?62 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La Caisse de dépôt et de placement administrent 35 milliards du 81 milliards sous juridiction québécoise.Ce montant comprend les 15 milliards du RRQ et les 20 milliards de quatre régimes privés québécois.Cette somme serait investie à 60% au Québec selon les informations obtenues.Quant aux 46 milliards des REP sous juridiction québécoise, on peut estimer, sur la base des analyses faites à L\u2019Action Nationale des régimes de retraite de l\u2019Université Laval et de la Ville de Montréal, qu\u2019ils seraient investis à 25% au Québec.Il en découlerait que les 81 milliards en cause seraient investis à 43% au Québec.Le reste, soit 69,5 milliards, est constitué des 20 milliards placés par des Québécois et des Québécoises dans des REP de juridiction canadienne autre que québécoise et des 49,5 milliards investis dans les REER.Comme ces sommes sont en grande partie canalisées via des institutions financières canadiennes, on peut évaluer qu\u2019au plus 14 milliards, soit 20%, sont investis au Québec.Dès lors, on se retrouve avec 49 milliards des 150,5 milliards investis au Québec.C\u2019est près de 33% de l\u2019épargne retraite des Québécois et des Québécoises.Je signale qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une estimation très généreuse.Les recherches de Rosaire Morin vont probablement découvrir un pourcentage plus près de 25% que de 33%.Pourquoi la pratique québécoise en cette matière est-elle quasi à l\u2019inverse de celle de la majorité des pays industrialisés?Tous les pays, exception faite des États-Unis, ont limité les investissements hors pays des sommes épargnées dans les régimes de retraite.En 1991, le Canada a fixé à 20% les investissements hors pays.Les pays membres de la Communauté européenne ont récemment limité ces investissements à 20%.Comment expliquer la pratique québécoise?Qu\u2019est-ce qui fait que l'épargne retraite sorte ainsi du Québec?Pourquoi la pratique québécoise en cette matière est-elle quasi à l\u2019inverse de celle de la majorité des pays industrialisés?L'ACTION NATIONALE a 63 Depuis que je cherche à comprendre ce phénomène, j\u2019ai appris que le Québec constituerait un marché trop petit.Il serait même à risque compte tenu de l\u2019état d\u2019endettement de son gouvernement et de sa population.C\u2019est ce qui expliquerait, selon certains, que les entreprises comme les organismes publics et para-publics doivent offrir des rendements supérieurs sur les actions et les obligations.Pour d\u2019autres, ce qui vient du Québec serait suspect au Canada, surtout à Toronto, là où se transigent en majorité les investissements.Il y en a même qui estime que cette pratique serait en lien avec l\u2019absence de projets intéressants au Québec, voire avec l\u2019absence de mesures déployées par le gouvernement du Québec ces dernières dix années pour canaliser ces investissements, ce qu\u2019il avait pourtant fait dans les années \u201970 et \u201980.À mon avis, ces explications négligent une réalité fort simple.Le Québec n\u2019est pas un pays.Province qu\u2019il est, il ne peut pas rendre captive cette épargne.S\u2019il était un pays qui appliquait la politique canadienne du 20%, seulement 30 des 150 milliards pourraient être investis à l\u2019extérieur du Québec.Avec une politique acceptant 30% hors Québec, la situation actuelle serait totalement inversée.Du coup seraient neutralisés les mécanismes actuels de «cana-dianisation» de l\u2019épargne retraite.Il en résulterait un renforcement des institutions financières québécoises.Mieux, il y aurait une offre de capitaux ayant une incidence sur les coûts de la demande.Le gouvernement du Québec pourrait dès lors moins recourir au financement international, ce qui diminuerait la marge de risque que comportent les fluctuations du dollard canadien.Il en serait de même pour Hydro-Québec et les entreprises québécoises.Elie (1996) a bien fait ressortir ce point.Il a même souligné que la pratique québécoise consiste, dans le contexte canadien, à transférer à l\u2019étranger une partie de la richesse nationale, faisant ainsi baisser la consommation locale.La pratique québécoise consiste à transférer à l\u2019étranger une partie de la richesse nationale.64 \u2022 L'ACTION NATIONALE Conclusion La majeure partie des sommes investies est canalisée vers des entreprises et des organismes localisés hors Québec.Ces cinq points dressent un portrait inquiétant de la situation de l\u2019épargne dans le RRQ, les REP et les REER au Québec.Il en ressort que 25% des cotisants des REP et des REER détiennent les deux tiers des actifs de ces régimes, soit près de 90 milliards.Ces cotisants ne composent que 15% de la population active du Québec, ont des revenus supérieurs à 40,000$ et bénéficient d\u2019exemptions d\u2019impôt pouvant atteindre 53%.De plus, tous les cotisants participent, par les rendements qu\u2019ils recherchent, au jeu du capitalisme financier dont les conséquences sont: hausse du chômage, baisse du coût du travail et augmentation de la dette des gouvernements.Mieux, les gains de capital ainsi réalisés sont exempts de taxation au point tel que les surplus accumulés permettent d\u2019offrir des congés de prestations aux employeurs.Enfin, la majeure partie des sommes investies est canalisée vers des entreprises et des organismes localisés hors Québec, ce qui engendre des coûts de financement plus élevés au Québec.Il y a là matière à une importante réflexion.Phénomène récent, l\u2019ampleur de cette dérive explique, fort probablement, l\u2019engouement de plusieurs membres dü milieu québécois des affaires pour Team Canada plutôt que pour Québec Inc.Une question se pose ici.Peut-on corriger le tir actuel en demeurant une simple province?Est-ce possible, comme province, de «québéciser» à 70% ou 80% les sommes épargnées dans les régimes de retraite?Est-ce possible aussi de mettre au point une fiscalité plus équitable?Personnellement, j\u2019ai beaucoup de la difficulté à voir comment cela peut se concrétiser dans le cadre canadien.Par contre, j\u2019arrive plus facilement à concevoir comment cela pourrait se faire si le Québec devient un pays.Néanmoins et indépendamment de mon point de vue, il m\u2019apparaît urgent d\u2019approfondir les voies qui conduisent à «québéciser» cette épar- L'ACTION NATIONALE \u2022 65 gne dans l\u2019un et l\u2019autre cas.Et, par la même occasion, de chercher à corriger le tir dans les fonds mutuels, les compagnies d\u2019assurance et les banques à charte.Bibliographie ÉLIE, B., Le libéralisme et l\u2019État, in Collectif sous la direction de Sylvie Paquerot, L'État aux orties?, Montréal, les Éditions Écosociété, pp.84-94, 1996.PERJUS, A., R.JANSSON, L.NORDSTRŒM, M.VlREDIUS et T.BERGMAN, Un appel de syndicalistes suédois: taxer les revenus financiers! LeMonde Diplomatique, Juillet 1996, p.11, 1996.MORIN, R., La déportation québécoise: Les fonds mutuels, L\u2019Action nationale,LXXXVI-8: D-l àD-197, 1996.RÉGIE DES Rentes DU Québec, Les régimes complémentaires de retraite au Québec, statistiques 1993, Québec, 1995- Régime de Retraite des Professeurs et Professeu-res de L' Université Laval, Rapport annuel 1995, Québec, Imprimerie Le Renouveau, 1996.STATISTIQUE Canada, Programmes de revenu de retraite au Canada: un aperçu statistique, Ministre de l\u2019Industrie, Publication # 74-507-XPB au catalogue, 1996.TURNER, J.et WATANABE, N., Private Pension Policies in Industrialized Countries: a ComparativeAnalysis, Michigan, W.E.Upjohn Institute for Employment Research, 1995.Q 66 \u2022 L'ACTION NATIONALE Majella Simard* Le défi du développement socio-économique local et régional au Québec Il existe aujourd\u2019hui tout un arsenal de nouvelles théories que de nombreux chercheurs proposent en vue de favoriser le développement local et régional: développement endogène, mésogène, approprié, durable, global, autonome, districts industriels, milieux innovateurs, etc.Dans ce contexte, une question aussi fondamentale que celle du développement socioéconomique des localités et des régions du Québec nous apparaît un véritable défi car la plupart de ces nouvelles théories n\u2019ont toujours pas fait leur preuve en terme d\u2019efficacité.En effet, les nouveaux modèles de développement régional sont encore à l\u2019état paradigmatique, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils contribuent, chacun à leur façon, à l\u2019avancement, à l\u2019enrichissement et à l\u2019explication de la science régionale.Ils sont traversés et convoités par des écoles de pensée, des approches et des disciplines différentes.Par conséquent, ils ne font pas tous l\u2019unanimité entre ceux et celles qui les analysent.À notre connaissance, il n\u2019existe pas, dans la littérature scientifique internationale, de théorie commune en ce qui concerne le développement durable.Les chercheurs et les scientifiques en sont tou- Étudiant au doctorat en développement régional et chargé de cours à l\u2019UQAR.- Département de géographie - Université du Québec à Rimouski L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 67 jours à se demander comment créer des localités et des régions viables, c\u2019est-à-dire qui répondent à la satisfaction des besoins primaires et secondaires des générations actuelles et futures.Bref, une théorie d\u2019économie locale et régionale efficace est encore à élaborer.Dans ce travail, nous tenterons de dégager quelques éléments de réflexion concernant les principaux moyens à prendre afin de pouvoir relever le défi du développement socio-économique à l\u2019échelle locale et régionale.Une théorie d'économie locale et régionale efficace est encore à élaborer.La médecine et le développement régional Le développement régional, en tant que science, est comparable à la recherche qui s\u2019effectue présentement en vue de vaincre le virus du sida.Chacun sait qu\u2019à l\u2019heure actuelle, il n\u2019existe aucun médicament permettant de guérir cette terrible maladie.Par ailleurs, la plupart des chercheurs soutiennent que la combinaison d\u2019antibiotiques à l\u2019AZT pourrait, chez certains patients, ralentir la progression du virus.De même, il n\u2019existe aucun remède miracle qui pourrait s\u2019appliquer de façon uniforme au développement socio-économique des localités et des régions périphériques du Québec.Ces dernières possèdent leurs propres caractéristiques, leurs propres ressources, leurs propres faiblesses, leurs propres contraintes qui font de chacune, un cas spécifique dont le diagnostic est unique.Par contre, la conjugaison d\u2019éléments provenant de l\u2019une ou l\u2019autre des diverses théories de développement local et régional pourrait, jusqu\u2019à un certain point, s\u2019avérer efficace afin d\u2019assurer le relèvement de certaines entités territoriales.Tout comme la médecine, le développement régional est une science qui évolue constamment.Au fur et à mesure que la recherche progresse, de nou- 68 \u2022 L'ACTION NATIONALE veaux problèmes surgissent.Les solutions (milieux innovateurs, districts industriels, développement endogène, etc.) à ces nouveaux problèmes ne font l\u2019objet ni de consensus entre les acteurs ni d\u2019une concertation entre les divers paliers décisionnels.Ce débat entre acteurs et décideurs est comparable à celui que se livrent les médecins traditionnels et les homéopathes.Chacun croit posséder «la» solution idéale qui permettra de résoudre définitivement maladies et problèmes de toutes sortes.Or, comme on le sait, l\u2019homéopathie, à elle seule, est pratiquement un combat perdu pour le cancéreux.Pour sa part, la chimiothérapie ne peut plus grand chose pour l\u2019individu en phase terminale.Par ailleurs, la combinaison de ces deux traitements peut, dans une certaine mesure, contribuer au prolongement de la vie ou, à tout le moins, alimenter l\u2019espoir et la foi d\u2019une éventuelle possibilité de guérison.Pourquoi n\u2019en serait-il pas ainsi dans le domaine du développement local et régional?Les expériences passées nous ont démontré l\u2019incapacité du développement exogène à permettre le démarrage des régions périphériques.De son côté, le développement «par le bas» n\u2019est pas assuré sur une longue période1.Toutefois, la mise en interaction des forces endogènes et exogènes peut s\u2019avérer d\u2019une grande utilité afin de favoriser, au sein des localités et régions périphériques, l\u2019émergence d\u2019une synergie créatrice et innovatrice au Québec.Ces forces sont complémentaires.Elles doivent s\u2019appuyer les unes sur les autres de façon à mieux affronter la concurrence sur le marché international.1.Dans leur étude intitulée: Le développement régional reconsidéré., les auteurs Allen J.Scott et Michael Storper mettent très bien en relief la «conception duale du développement régional».Voir à ce sujet: Scott, Allen J.et Storper, Michael.Le développement régional reconsidéré, dans Espaces et sociétés, n° 66-67, 1992, pp.7-38.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 69 L\u2019absence de politique en matière de développement régional La persistance des problèmes socio-économiques des localités et des régions périphériques du Québec (bas revenus, sous-emploi, pauvreté, faiblesse des infrastructures de service, exode des jeunes, vieillissement de la population, dévitalisation du milieu rural, etc.) est en partie attribuable à l\u2019absence d\u2019une politique québécoise en matière de développement régional.Les nombreuses études effectuées dans les diverses parties de la province ont donné peu de suite en ce qui a trait à l\u2019élaboration d\u2019une telle politique.Les actions entreprises ont, pour l\u2019essentiel, pris davantage la forme de paiements de transfert aux particuliers et de subventions aux entreprises que de fonds consacrés au développement.Bien qu\u2019elles aient eu un certain effet sur la rétention des individus et sur la diminution des inégalités, ces mesures ne sont pas parvenues à résorber les carences structurelles, carences qui constituent la principale caractéristique des milieux défavorisés au plan socioéconomique.Des régions comme la Gaspésie, le Bas St-Laurent et le Saguenay-Lac St-Jean sont toujours en attente d\u2019un développement durable.Elles présentent des écarts importants en ce qui concerne l\u2019emploi, l\u2019évolution des revenus et les infrastructures de service.En outre, certains secteurs situés à l\u2019intérieur de ces régions sont en plus mauvaise posture qu\u2019il y a vingt ou trente ans.L\u2019élaboration d\u2019une véritable politique de développement régional doit, selon nous, s\u2019effectuer en trois étapes.Dans un premier temps, il faudrait songer à créer un lieu de rencontre entre deux réalités empiriques, c\u2019est-à-dire entre l\u2019échelle «micro» (entreprises, travailleurs, communautés, etc.) et l\u2019échelle «macro» (pays, organismes supranationaux, etc.).Certains auteurs introduisent même une troisième réalité.C\u2019est le cas notamment de l\u2019économiste La persistance des problèmes socio-économiques est attribuable à l'absence d\u2019une politique québécoise en matière de développement régional.70 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Si les écarts entre régions centrales se maintiennent c\u2019est parce que l\u2019État n\u2019a pas fait ce qu\u2019il fallait en vue de les résorber.Marc-Urbain Proulx.De fait, selon ce dernier toute stratégie nationale de développement devrait également tenir compte de la dimension méso, dimension «(.) qui focalise sur Les territoires dans le but d\u2019en faire des milieux innovateurs, créateurs d\u2019activités culturelles, sociales et économiques et ainsi générateurs d\u2019emplois»'.Dans un second temps, il faudrait être en mesure d\u2019adapter cette politique aux localités et régions en difficulté en tenant compte de leurs particularismes et de leurs spécificités.En effet, en raison de leurs nombreuses différences structurelles, toutes les régions ne peuvent pas être traitées sur le même plan.Comme le dit si bien l\u2019économiste Pierre-André Julien: « On ne peut pas faire la même chose à Alma, à New-Carlisle ou à Port-Cartier qu\u2019à Montréal«1 2.Le développement socio-économique des localités et des régions périphériques du Québec doit s\u2019effectuer en fonction des ressources propres à chacun de ces milieux.Enfin, toute politique de développement rural devrait, selon Diane-Gabrielle Tremblay, permettre la participation des populations et des acteurs locaux et régionaux sans pour autant remettre en cause l\u2019équité et décharger les différents paliers gouvernementaux de leurs responsabilités.L\u2019absence de politique en matière de développement régional peut également, selon le géographe Clermont Dugas, être perçue comme un moyen facile pour l\u2019État de se départir d\u2019une tâche quil ne veut plus assumer.Le retrait en douce du gouvernement, en ce qui concerne le développement des localités et des régions périphériques du Québec, peut être très lourd de conséquences pour ces dernières.De fait, il limite la marge de manoeuvre des acteurs 1.\tProulx, Marc-Urbain.Une stratégie nationale de développement rural dans Rebâtir les campagnes.Des villages et des petites villes pour le XXF siècle.Actes du colloque tenus du 19 au 22 septembre 1996 à St-Gcrmain-de-Kamouraska, p.2.2.\tJulien, Pierre-André.Régions et sous-développement économique: voies de solution, dans Traité des problèmes sociaux.Québec, Institut québécois de la recherche sur la culture, 1994, p.134.L'ACTION NATIONALE «71 locaux et régionaux et contribue à alimenter, dans de nombreuses parties du territoire, le problème des disparités socio-économiques.Si les écarts entre régions centrales et régions périphériques se maintiennent avec autant d\u2019acuité, c\u2019est probablement parce que Le 1 Etat n a pas lait ce qu il fallait en vue de les résorber.besoins rée!S À cet égard, nous partageons entièrement l\u2019opinion bes mjijeux sodé Clermont Dugas : un rééquilibre de la distribution cio-économique-spatiale de la production et une consolidation du ment démunis.tissu de peuplement s\u2019imposent.Les interventions de l\u2019État, de portée très limitée, sont superficielles, épisodiques et ponctuelles.De nature souvent sectorielle, elles sont «(.) appliquées davantage dans l\u2019optique de rattrapage et de situation d\u2019urgence que de correction de problèmes structurels et d\u2019anticipation de l'avenir»'.Le gouvernement opère, en effet, en fonction de ses propres finalités.Ses actions ne sont pas coordonnées dans une perspective régionale.Elles se tournent essentiellement vers la ville où le poids démographique et politique est très élevé.Elles sont orientées de façon à stimuler la croissance économique globale peu importe les déséquilibres que cette croissance est susceptible d\u2019engendrer.Les régions qui, au départ, possèdent les meilleures avantages comparatifs sont les plus favorisées par les mesures gouvernementales et les lois de l\u2019économie.Pour ce qui est des «autres régions», l\u2019attention que l\u2019État leur porte est la plupart de temps très mitigée et tributaire des considérations politiques du moment.Les politiques, programmes et projets qui leur sont assignés doivent d\u2019abord servir à l\u2019intérêt national.Cette vision sectorielle du développement contribue à freiner les initiatives locales et régionales.Un développement sain et harmonieux ne doit-il pas prendre en compte les bénéfices directs 1.Dugas, Clermont.Le sous-développement régional, dans Traité des problèmes sociaux.Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994, p.114.72 \u2022 r ACTION NATIONALE et indirects de l\u2019ensemble de la société?En agissant de la sorte, le gouvernement fait fi des besoins réels des milieux socio-économiquement démunis.Si la croissance économique de l\u2019ensemble de la province constitue vraiment l\u2019un des principaux objectifs du gouvernement, celui-ci ne devrait-il pas soutenir le développement socio-économique des localités et régions périphériques du Québec?L\u2019absence de politique de développement régional se répercute également sur les budgets consacrés à cette cause.Comme l\u2019indique le tableau 1, les sommes consacrées au développement régional sont très modestes avec une forte tendance à la décroissance.Elles fluctuent au gré de la conjoncture économique et des changements de gouvernement.En outre, elles ne sont pas adaptées aux besoins régionaux.Elles ne tiennent généralement pas compte du niveau de l\u2019inflation (sauf pour 1974-75, 1975-76, 1976-77 et 1995-96) et ne représentent qu\u2019une infime partie (0,4% du budget pour l\u2019année fiscale 1996-97) des dépenses du gouvernement (graphique 1)'.Enfin, une bonne partie de ces budgets retournent dans les grands centres sous forme de traitement pour les fonctionnaires, de paiements aux entreprises ou, tout simplement, d\u2019impôts.De 1978 à 1994, les montant octroyés au développement des régions ont été inférieurs à celui de 1976.Ces budgets sont les premiers à être coupés en période de récession.Ainsi, au pire de la récession qu\u2019a connue le Québec au tournant des années quatre-vingts, le montant accordé au développement des régions était légèrement supérieur à 20 millions de dollars alors qu\u2019il s\u2019établissait à plus de 76 millions huit ans plus tôt.1.Depuis 1995, les fonds accordés au tourisme sont intégrés à ceux consacrés au développement régional.C\u2019est ce qui explique la forte augmentation des déboursés octroyés à ce ministère entre l\u2019année fiscale 1994-95 et 1995-96.En fait, il s\u2019agit d\u2019un transfert dans les postes de dépenses du gouvernement et non d\u2019un accroissement des sommes investies dans le développement des régions.L\u2019ACTION NATIONALE «73 Tableau 1 Évolution des dépenses provinciales (en dollars constants) consacrées à la planification économique régionale et à la coordination du développement régional entre 1973 et 1996.\t\t\t\t Année fiscale\tTotal des\t% de variation\tIndice\t% de \tdéboursés\tpar rapport\td\u2019inflation\tvariation \t\taux dépenses\tcumulé\tpar rapport \t\ttotales\t\tà 1973 1973-74\t46 250 000$\t1,02\t\t 1974-75\t61 822 500$\t1,08\t18,6\t33,7 1975-76\t71 858 400$\t1,00\t29,4\t55,4 1976-77\t76 467 000$\t0,99\t36,9\t65,3 1977-78\t22 535 000$\t0,27\t44,9\t-51,3 1978-79\t44 275 000$\t0,47\t53,9\t-4,3 1979-80\t46 228 000$\t0,44\t63,0\t-0,1 1980-81\t51 374 000$\t0,43\t73,2\t11,1 1981-82\t40 229 000$\t0,30\t85,7\t\u20144,8 1982-83\t24 800 000$\t0,14\t96,5\t-46,4 1987-88\t33 468 000$\t1,50\t119,2\t2,1 1988-89\t43 545 000$\t1,88\t123,2\t-5,8 1989-90\t54 962 000$\t2,26\t128,2\t18,8 1990-91\t33 039 000$\t1,27\t133,0\t-28,6 1991-92\t31 767 000$\t1,12\t136,8\t-31,3 1992-93\t58 665 000$\t1,94\t140,1\t26,8 1993-94\t70 814 000$\t2,33\t141,9\t53,1 1994-95\t82 573 000$\t2,67\t142,1\t78,5 1995-96\t153 764 500$\t5,08\t144,2\t232,5 Sources: L\u2019Observateur économique canadien.Aperçu statistique, cat.11-010-XPB, août 1996, p.23.\t\t\t\t L'Observateur économique canadien.Supplément statistique historique\t\t\t1992-93, cat.11-210, p.51.\t Rapports du\tMinistre des finances.\t\t\t Il est donc urgent de penser à l\u2019élaboration d\u2019une éventuelle politique de développement local et régional au Québec, politique qui tiendra compte des problèmes, des besoins, des attentes et des potentialités de chaque milieu.Elle devra également permettre l\u2019émergence «(.) d\u2019une culture territoriale favorable aux initiatives et aux activités à caractère économique*.Le développement de toutes les localités et de toutes les régions du Québec est essentiel Il est urgent de penser à l'élaboration d\u2019une politique qui tiendra compte des problèmes, des besoins, des attentes et des potentialités de chaque milieu.1.Proulx, Marc-Urbain.La politique régionale au Québec, dansiMr-tion nationale.Vol.86, n° 2 (février 1996), p.90.74 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Aflaires municipales Conseil du Trésor Administration et Fonction publique Autres postes Éducation Transports Emploi.Solidarité et Condition féminine Développement des régions et Affaires autochtones Santé et Services sociaux Source: Budget 1996-97.Crédits pour l\u2019année financière se terminant le 31 mars 1997.Rapport du Ministre des Finances, 1996, p.B-3.pour soutenir le progrès du reste du territoire national.Pour ce faire, il importe de leur donner les outils et leviers nécessaires qui leur permettront de s\u2019orienter vers un développement durable, c\u2019est-à-dire un développement qui sera à la fois continu, soutenu et intégré.À cet égard, la création des régies régionales de la santé et des services sociaux, les centres de recherches régionaux (INRS-Océanographie à Ri-mouski, centres des recherche sur les maladies héréditaires à Chicoutimi, etc.), les sociétés régionales de la main-d\u2019oeuvre, les conseils régionaux (culture, environnement et loisirs) et les associations touristiques régionales marquent un pas en avant.Il faut multiplier les actions de ce genre et les appliquer à d\u2019autres secteurs de l\u2019activité économique (rôle incitatif de l\u2019État).Il est primordial de catalyser les forces des milieux locaux et régionaux de façon à ce qu\u2019ils puis- L'ACTTON NATIONALE «75 sent participer au développement socio-économique de l\u2019ensemble de la province.Maillat est clair à ce sujet: «L\u2019objectif de la politique de développement territorial consiste à renforcer la symbiose entre les differents éléments du système territorial de production afin d\u2019assurer sa flexibilité et son insertion dans l\u2019économie globale*1.Les gouvernements territoriaux (c\u2019est-à-dire les municipalités, les MRC et les conseils régionaux) doivent devenir de véritables «stimulateurs» du développement afin de favoriser l\u2019innovation et l\u2019émergence de synergies.En ce sens, l\u2019État exerce une importante fonction coercitive en matière de développement dans le sens où il peut, par le biais des politiques monétaires et fiscales, influencer l\u2019économie.Enfin, le gouvernement possède également un rôle indicatif dans la mesure où il doit assurer une distribution et une gestion efficaces des ressources tant physiques, sociales, culturelles, économiques, financières qu\u2019humaines2.Les gouvernements territoriaux doivent devenir de véritables «stimulateurs» du développement.«L\u2019indépassable dialectique du local et du global» (Alain Lipietz) Depuis 1992, sous des prétexte de rationalisation, l\u2019action du gouvernement en matière de développement régional se limite à une «démarche d\u2019accompagnement du dynamisme des régions».Il les convie à prendre leur développement en main.Ce changement de cap est, selon nous, bien plus le résultat de la persistance de la crise économique que d\u2019une 1.\tMaillat, Denis.Systèmes territoriaux de production, milieux innovateurs et politiques régionales, dans Le Québec des régions: Vers quel développement?.Actes du Colloque de la secdon Développement régional de l\u2019ACFAS tenu à Chicoutimi du 22 au 24 mai 1995, p.103.2.\tProulx, op.cit., p.3.76 \u2022 LACTION NATIONALE Le gouvernement n\u2019est pas en mesure de régler tous les problèmes.véritable volonté politique à orienter le développement des régions.Le développement local devient alors une panacée, une idéologie à la mode, qui permettrait de résoudre une bonne partie des malaises et des problèmes socio-économiques des localités et régions en difficulté.Les milieux locaux et régionaux auront beau faire preuve d\u2019une volonté exemplaire en ce qui concerne la prise en main de leur développement, sans l\u2019intervention de l\u2019État, leurs actions, demeureront vaines.Les raisons en sont fort simples.Premièrement, ils ne pourront jamais faire contrepoids aux nombreuses carences structurelles (dispersion de la population, éloignement par rapport aux grandes agglomérations urbaines, étalement du tissu de peuplement, faiblesse de l\u2019armature de service, etc.) qui les caractérisent.Deuxièmement, ils ne disposent pas des moyens financiers nécessaires afin de relancer leur économie.Par exemple, pour l\u2019année fiscale 1996-97, le budget consacré au développement régional au Québec était de l\u2019ordre de 149 millions de dollars (tableau 2) ce qui est relativement peu si on le compare aux 258 millions qu\u2019avaient injecté, en 1968, les gouvernements fédéral et provincial pour l\u2019application d\u2019une partie du plan du BAEQ.Des dépenses plus élevées permettraient sûrement d\u2019entraîner des résultats supérieurs.Enfin, les communautés locales et régionales n\u2019ont pas la possibilité d\u2019agir sur les structures économiques, la réduction des inégalités et la décentralisation des pouvoirs.En effet, l\u2019État maintient au niveau central d\u2019importants pouvoirs décisionnels qui limitent grandement leur capacité d\u2019action.Par ailleurs, le développement socio-économique des localités et des régions périphériques n\u2019est pas uniquement la responsabilité de l\u2019État.D\u2019abord, le gouvernement n\u2019est pas en mesure de régler tous les problèmes.Ensuite, une assistance publique pro- L'ACTION NATIONALE \u2022 77 Tableau 2 Répartition des dépenses provinciales selon les différents ministères pour l\u2019année fiscale 1996-1997 en dollars constants.\t\t Ministères ou organismes\tTotal des déboursés\t% par rapport aux dépenses totales Assemblée nationale et personnes\t106 043 000$\t0,3 désignées\t\t Affaires municipales\t1 284 790 800$\t3,1 Agriculture, Pêcheries et Alimentation\t625 850 400$\t1,5 Conseil du Trésor, Administration et\t1 572 182 400$\t3,8 Fonction publique\t\t Conseil exécutif\t115 882 900$\t0,3 Culture et Communications\t434 223 700$\t1,1 Finances\t87 203 300$\t0,2 Industrie, Commerce, Science et\t393 203 200$\t1,0 Technologie\t\t Revenu\t466 792 400$\t1,1 Éducation\t9 048 541 100$\t22,0 Emploi, Solidarité et Condition féminine\t4 320 468 800$\t10,5 Relations avec les citoyens\t138 767 900$\t0,3 Environnement et Faune\t246 491 900$\t0,6 Justice\t438 312 700$\t1,1 Office des services de garde à l'enfance\t241 717 600$\t0,6 Relations internationales\t88 149 600$\t0,2 Développement des régions et Affaires\t149 143 900$\t0,4 autochtones\t\t Ressources naturelles\t332 235 700$\t0,8 Santé et Services sociaux\t12 892 987 000$\t31,4 Sécurité publique\t691 563 900$\t1,7 Transports\t1 666 579 000$\t4,1 Travail\t69 768 800$\t0,2 Autres postes\t56 841 100$\t13,8 Total des dépenses\t41 095 000 000$\t100,0 Source : Budget 1996-1997.Crédits pour l'année financière se terminant le 31 mars 1997.Rapport du Ministre des Finances\t\t 1996, p.B-3.\t\t longée risque de scléroser les initiatives locales et régionales.Cependant, l\u2019État peut élargir leur marge de manoeuvre en mettant sur pied des programmes spécifique pour chacune d\u2019elles et en décentralisant certains de ses pouvoirs.Ces programmes contribueront à favoriser l\u2019émergence d\u2019investissements, la création d\u2019emplois et l\u2019entrepreneurship, trois condi- 78 \u2022 L'ACTION NATIONALE tions essentielles à un développement durable et soutenu.De cette façon, le gouvernement sera mieux en mesure de soutenir véritablement (c\u2019est-à-dire non seulement dans son discours mais aussi dans ses stratégies d\u2019action) le développement local et régional.Quant à la région, elle pourra alors devenir un véritable lieu de production ce qui incitera les entreprises à venir s\u2019y installer.Des régions comme la Gas-pésie, la Côte-Nord, le Saguenay lac St-Jean et le Bas St-Lau-rent sont condamnées à attendre le bon vouloir de l'extérieur.Tout comme pour le développement endogène, le développement «par le bas» comporte également ses limites.À moins d\u2019être en face d\u2019une impulsion particulière provenant d\u2019une grande entreprise (comme c\u2019est le cas, par exemple, à La Pocatière avec la présence de Bombardier), quatre éléments sont essentiels afin d\u2019assurer le succès du développement local.Il s\u2019agit de la reconnaissance d\u2019un leadership local, la présence d\u2019un marché, un minimum d\u2019économie d\u2019agglomération et la proximité d\u2019un grand centre urbain.Si l\u2019une ou l\u2019autre de ces conditions ne sont pas satisfaites, les interventions et les actions menées par les diverses instances locales risquent d\u2019être compromises.En effet, la réussite des expériences de développement local (notamment en Beauce, dans la région des Bois-Francs, à Drum-mondville et à St-Hyacinthe) est attribuable à la présence de ces quatre prémisses.La Beauce, par exemple, a été favorisée par diverses conditions historiques, culturelles et géographiques.Pour sa part, St-Hyacinthe bénéficie de la proximité du marché montréalais.Enfin, Drummondville profite d\u2019une situation géographique privilégiée.En raison, entre autres, de la faiblesse de leur armature urbaine, des régions comme la Gaspésie, la Côte-Nord, le Saguenay lac St-Jean et le Bas St-Laurent sont condamnées à attendre le bon vouloir de l\u2019extérieur.Elles demeurent à la merci des besoins manifestés par les grands centres de peuplement et de consommation.C\u2019est pourquoi, elles doivent faire preuve de beaucoup d\u2019imagination et d\u2019innovation.Nous pensons, entre rACTION NATIONALE «79 autres, à la petite localité de St-Cyprien, située dans l\u2019arrière-pays bas-laurentien.Pierre angulaire de l\u2019économie locale, voire même régionale, cette municipalité possède un centre de réadaptation pour personnes handicapées.Cette entreprise emploie 155 personnes et son budget frôle les huit millions de dollars.Elle dessert une population de 92 000 habitants répartie sur le territoire de soixante municipalités.De plus, St-Cyprien montre plusieurs indices de prospérité, phénomène pratiquement inconnu en milieu rural.Son revenu familial moyen (45 489$ en 1991) dépasse celui de Rivière-du-Loup (42 517$)'.En outre, le pourcentage de la population à faible revenu n\u2019est que de 5,7%1 2.La réussite de St-Cyprien représente un cas unique au Québec.Il s\u2019agit ni plus ni moins de l\u2019exception qui confirme la règle.De fait, du point de vue scientifique, aucune théorie ne permet de justifier un tel phénomène.Cependant, certains auteurs (nous pensons, entres autres, à Paul Prévost et à Anne Fortin) croient que le succès de cette petite localité se fonde principalement sur la confiance, le respect des individus, la complémentarité des actions et le partenariat entre les différents leaders économiques du milieu.Conclusion La saturation des marchés, le développement technologique, la mondialisation des échanges et l\u2019accroissement de la concurrence ont fait renverser les tendances du développement régional au Québec.Devant l\u2019insuccès des modèles économiques traditionnels, les chercheurs en ont élaboré de nouveaux.Malheureusement, ils apportent peu de moyens concrets en matière de développement.Ils ne favorisent 1.\tSource: Statistique Canada.Recensement de 1991, cat.95-326, pp.1308-1309.2.\tIbid.80 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE pas non plus les interventions entre l\u2019État, le secteur privé et les acteurs locaux.Même si les membres d\u2019une communauté croient au potentiel présent et futur de leur milieu et manifestent une ferme volonté à faire face à la dévitalisation, cela n\u2019est pas suffisant pour provoquer et entretenir le développement.Il appartient à chacun de ces milieux de puiser, à l\u2019intérieur des théories et modèles existants, les éléments qui répondront le mieux à leurs besoins et à leurs attentes.Toute intervention de la part de l\u2019État doit tenir compte des particularismes régionaux qui agissent sur le dynamisme de ces milieux.La mise en oeuvre d\u2019une politique de développement durable repose sur la reconnaissance d\u2019un leadership capable de dynamiser les milieux locaux et régionaux en mettant en valeur leurs ressources (humaines, physiques, financières, technologiques, etc.), en éveillant une conscience communautaire, le sens de la solidarité et de la dignité humaine et en faisant preuve d\u2019imagination créatrice, d\u2019innovation et d\u2019audace.L\u2019élaboration d\u2019une telle politique est l\u2019affaire des divers paliers institutionnels tant municipaux, régionaux que provinciaux.Par ailleurs, toute intervention de la part de l\u2019État dans le but de soutenir le développement local et régional doit tenir compte des différents champs d\u2019interférence (le système mondial des échanges, le cadre national, la libre circulation de l\u2019information, etc.) et des particularismes régionaux qui agissent sur le dynamisme de ces milieux.L\u2019appel à la mobilisation des différents acteurs (gouvernements, élus locaux, intervenants régionaux, etc), à la concertation, à la coopération, à l\u2019échange d\u2019informations entre les diverses organisations et au soutien de l\u2019administration locale est primordial à toute stratégie de développement durable.Sans cette mobilisation, le passage d\u2019un développement assisté à un développement approprié ne pourra pas s\u2019effectuer.C\u2019est la seule façon, selon nous, de LACTION NATIONALE \u2022 8 1 surmonter «l\u2019indépassable dialectique du local et du global».En somme, un certain nombre de conditions sont absolument nécessaires pour initier et orienter le développement socio-économique des localités et des régions du Québec, entre autres : -\tl\u2019implication des gouvernements territoriaux en tant que «stimulateurs» du développement local et régional; -\tl\u2019élaboration d\u2019une politique ou d\u2019un plan-directeur de développement régional qui tiendra compte des spécificités et des ressources du milieu; -\tet la concertation entre les différents acteurs intervenant dans le développement local et régional.Même dans les meilleures conditions, le développement régional restera encore longtemps un défi de taille à relever.Bibliographie DUGAS, Clermont.Décentralisation et développement régional, dans L\u2019Action nationale.Vol.83, n° 4 (mai 1993), pp.597-617.DUGAS, Clermont.Le sous-développement régional, dans Traité des problèmes sociaux.Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994, pp.103-126.GAGNON, Christiane.Les communautés locales face aux défis du développement viable, dans L\u2019éthique du développement entre l'éphémère et le durable.Sous la direction de Juan-Klein Marc-Urbain Proulx et Alejandro Rado-Donath.Actes du colloque international tenu les 16 et 17 avril à l\u2019UQAC, pp.381-403.JULIEN, Pierre-André.Régions et sous-développement économique: voies de solution, dans Traité des problèmes Même dans les meilleures conditions, le développement régional restera encore longtemps un défi de taille à relever.82 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE sociaux.Québec, Institut québécois de la recherche sur la culture, 1994, pp.127-143.MAILLAT, Denis.Systèmes territoriaux de production, milieux innovateurs et politiques régionales, dans Le Québec des régions: Vers quel développement?Actes du colloque de la section Développement régional de l\u2019ACFAS tenu à Chicoutimi du 22 au 24 mai 1995, pp.87-106.PROULX, Marc-Urbain.La politique régionale au Québec, dans L\u2019Action nationale.Vol.86, n° 2 (février 1996), pp.77-97 PROULX, Marc-Urbain.Une stratégie nationale de développement rural, dans Rebâtir les campagnes.Des villages et des petites villes pour le XXF siècle.Actes du colloque tenus du 19 au 22 septembre 1996 à St-Ger-main-de-Kamouraska, pp.1-4.SCOTT, Allen J.et STORPER, Michael.Le développement régional reconsidéré, dans Espaces et sociétés, n° 66-67, 1992, pp.7-38.?Un pays qui déchaine les passions ! Découvrez le Québec en équipage de chiens de traîneaux ou à motoneige Séjours de 2 à 10 jours Hébergement, repas, transport, équipements et guide inclus Demandez notre brochure pour vos prochaines vacances 45e Parrallèle Tel : 514.932.8052 - Télécopie : 514.932.8403 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 83 La laïcisation de l\u2019éducation: le débat est lancé Surprise! À la mi-août, la ministre de l\u2019Éducation annonçait quelle retirait le projet de réforme des structures scolaires quelle avait présenté en juin.Devant l\u2019ampleur et le sérieux des critiques suscitées par son projet, madame Marois a eu le courage d\u2019admettre quelle avait erré.Elle a donc invité la Commission des États généraux à lui soumettre des recommandations sur le sujet, ce que la Commission n\u2019a pas manqué de faire.En cherchant initialement à dissocier le débat sur les structures scolaires de celui sur la place de la religion à l\u2019école, le gouvernement voulait éviter «une guerre de religion», car il craignait «la montée de très forts lobbies religieux», selon l\u2019expression du premier ministre.Le gouvernement se refusait également à entreprendre quelque démarche que ce soit en vue de modifier l\u2019article 93 de la Constitution canadienne qui contraint lourdement la compétence québécoise en matière d\u2019éducation.En conséquence, le projet Marois proposait de déplacer le pouvoir confessionnel des commissions scolaires, devenues linguistiques, vers des conseils confessionnels disposant de pouvoirs importants, Jocelyn Berthelot* Jocelyn Berthelot est conseiller au Service de recherche de la CEQ.84 \u2022 LACTION NATIONALE La langue devient l\u2019instrument de protec tion de la religion.dont un droit de veto sur toute question ayant trait à la vie confessionnelle des écoles.Une telle structure aurait consolidé plus que jamais le caractère confessionnel des structures scolaires.Les éditorialistes québécois ne s\u2019y sont pas trompés.Agnès Gruda, de La Presse, qualifiait le projet Marois de «solution tordue» (15 juin).Pour Raymond Giroux du Soleil, le gouvernement avait déclenché une «énorme bataille pour rien», capitulant «devant les mythes religieux toujours soutenus par une majorité de Québécois francophones (.)» (14 juin).Quant à Lise Bissonnette du Devoir, elle y voyait un «retour à la mainmise des Églises sur l\u2019enseignement public» (21 juin).Quelques jours plus tôt, elle écrivait: «Sous la gouverne d\u2019une formation politique qui a pourtant tendance à se voir comme la dépositaire des Lumières, la langue devient l\u2019instrument de protection de la religion» (14 juin).Seule The Gazette donnait son appui au projet, faisant primer l\u2019urgence pour la communauté anglophone de contrôler ses institutions scolaires sur les énormes failles identifiées par les opposants au projet de la Ministre et qu\u2019admettait le quotidien anglophone.Une vaste coalition formée d\u2019une vingtaine d\u2019organismes, allant des trois grandes centrales syndicales au Mouvement national des Québécois, en passant par la Ligue des droits et libertés, l\u2019Alliance des professeures et professeurs de Montréal et le Mouvement pour une école moderne et ouverte, entendait mener une lutte à finir à une telle réforme des structures qui, selon elle, aboutirait à un système plus lourd, plus ségrégationniste et plus coûteux.Ce large mouvement d\u2019opposition a finalement eu raison du projet Marois.Le débat est toutefois à nouveau ouvert depuis la publication, le 10 octobre, du rapport de la Commission des États généraux.Malgré quelques dissidences prévisibles, la Commission opte, à moyen L'ACTION NATIONALE «85 terme, pour une laïcisation de l\u2019éducation québécoise, ce qui implique que des démarches soient entreprises rapidement en vue d\u2019amender l\u2019article 93.L\u2019heure n\u2019est plus à un raccommodement d\u2019institutions d\u2019un passé révolu.Les temps ont bien changé depuis le moment où on jugea nécessaire d\u2019inclure des protections confessionnelles dans l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique afin d\u2019éviter les luttes fratricides entre catholiques et protestants qui, d\u2019un autre point de vue, étaient respectivement français et anglais.La réforme des structures scolaires marquera l\u2019éducation québécoise pour plusieurs décennies.C\u2019est en se tournant vers l\u2019avenir, dans la perspective d\u2019une véritable modernisation de l\u2019éducation québécoise que doit s\u2019inscrire ce changement.Avec la réforme des années soixante, le Québec a procédé à une laïcisation partielle de son système d\u2019éducation; les cégeps et les universités publiques créés à cette époque sont des institutions laïques.Les raisons qui militent aujourd\u2019hui en faveur d\u2019une laïcisation plus complète de l\u2019éducation québécoise sont nombreuses.Avant d\u2019analyser plus en détail ce que pourrait être une école laïque correspondant au Québec moderne, il vaut la peine de rappeler le pouvoir que les Églises chrétiennes ont exercé historiquement sur l\u2019éducation québécoise.D\u2019une éducation théocratique à une laïcité partielle Le modèle théocratique qui domina l\u2019éducation québécoise jusqu\u2019à la réforme des années soixante prit forme après l\u2019échec de la rébellion des Patriotes en 1837-1838.Le Parti patriote, qui contrôlait la Chambre d\u2019assemblée avec une très forte majorité, avait voulu remédier à la sous-scolarisation L\u2019heure n\u2019est plus à un raccommodement d\u2019institutions d\u2019un passé révolu.86 \u2022 L'ACTION NATIONALE À la veille de la Confédération, les protestants du Bas-Canada se firent les apôtres d\u2019une protection constitutionnelle.dramatique des francophones québécois et avait adopté, en 1829, une nouvelle loi pour «encourager l\u2019école élémentaire», aussi appelée Loi des écoles de syndics du nom des élus chargés d\u2019administrer ces écoles.Ce premier embryon de système public d\u2019éducation était laïque.La Loi des écoles élémentaires était renouvelable périodiquement et exigeait l\u2019approbation de la Couronne, comme l\u2019ensemble des lois votées par la Chambre d\u2019assemblée.Les tensions entre cette dernière et le pouvoir exécutif du gouverneur britannique se canalisèrent autour du budget et firent en sorte que la loi ne fut pas renouvelée; les écoles de syndics se retrouvèrent sans le sou dès 1836.Après la défaite des Patriotes, le clergé catholique renforça considérablement sa position.Les congrégations se multiplièrent, la doctrine conservatrice ultramontaine gagna des adeptes et l\u2019emprise de l\u2019Église s\u2019étendit à toutes les sphères de la société, dont l\u2019éducation.À la veille de la Confédération, les protestants du Bas-Canada s\u2019inquiétaient des conséquences d\u2019un éventuel Pacte confédératif qui reconnaîtrait l\u2019éducation comme étant de responsabilité provinciale.Jusqu\u2019alors majoritairement défenseurs d\u2019une éducation laïque, ils envisageaient avec crainte leur nouveau statut de minoritaires et se firent les apôtres d\u2019une protection constitutionnelle du droit de contrôler leurs institutions d\u2019enseignement.L\u2019introduction de l\u2019article 93 dans la nouvelle Constitution fut le résultat de ces pressions1.Dans les années qui suivirent Pacte de naissance canadien, l\u2019Église catholique renforça encore sa position dominante dans l\u2019éducation des francophones.Le ministère de l\u2019Éducation qui existait alors fut aboli; deux systèmes d\u2019éducation parallèles furent progressivement mis en place, sous le contrôle res- 1.Voir N.H.Mair, Protestant Education in Quebec, CSE, 1980.L\u2019ACTION NATIONALE «87 pectif des Églises catholique et protestantes.Chez les francophones, l\u2019Église s\u2019opposa à toute intervention de l\u2019État en éducation; tout fut mis en oeuvre à la fin du XIXe siècle pour mettre à nouveau en échec le projet de loi visant la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation, la fréquentation scolaire obligatoire fut durement combattue jusqu\u2019au milieu des années quarante au nom de la primauté du droit des parents et la création d\u2019une école publique largement accessible fut longuement retardée.Même à cette époque, le caractère confessionnel du système scolaire posait de sérieux problèmes.Dans les années trente, les élèves de religion juive formaient plus de 30% de la clientèle de la Commission scolaire protestante de Montréal.Face à la discrimination dont ils se disaient victimes, les Juifs revendiquèrent la création de leur propre commission scolaire.Après de nombreuses vicissitudes, une telle commission fut finalement créée, mais elle avait seulement pour mandat de négocier une entente avec la Commission protestante qui fut acceptable à la population juive.L\u2019État ne fut pas inactif pour autant.De nouvelles institutions virent le jour dans le domaine de la formation professionnelle et technique.Ces institutions n\u2019avaient pas de caractère confessionnel, même au début du XXe siècle.Les frères éducateurs pour leur part menèrent une dure lutte contre l\u2019autorité ecclésiale et développèrent une école secondaire publique; devant le refus des universités catholiques de s\u2019ouvrir à leurs diplômés, ils menacèrent même à l\u2019occasion d\u2019affilier leurs institutions à la très protestante Université McGill.Ce n\u2019est pas un hasard si certains frères éducateurs furent au centre des débats entourant la réforme de l\u2019éducation, pensons seulement aux célèbres Insolences du Frère Untel.Ce modèle théocratique, c\u2019est-à-dire où l\u2019Église et son clergé jouaient un rôle politique déterminant, Dans les années trente, les Juifs revendiquèrent la création de leur propre commission scolaire.88 \u2022 L'ACTION NATIONALE La création d\u2019un véritable réseau public d\u2019éducation sous la gouverne de l\u2019État fut l'enjeu majeur.commença à s\u2019effriter après la Deuxième Guerre mondiale.Le système d\u2019éducation «vieille Europe» que l\u2019Église avait privilégié ne répondait plus aux exigences des aspirations démocratiques de l\u2019après-guerre pas plus qu\u2019à celles d\u2019une économie en pleine expansion.À ce chapitre, la Révolution tranquille représenta, à n\u2019en pas douter, une importante rupture.La laïcisation de la société québécoise fut un tournant.La CTCC, l\u2019UCC, la CIC devinrent tour à tour la CSN, l\u2019UPA et la CEQ.Il en fut de même pour de nombreuses institutions.En éducation, la création d\u2019un véritable réseau public d\u2019éducation sous la gouverne de l\u2019État fut l\u2019enjeu majeur.Ce ne fut pas chose facile.Dès son premier discours à l\u2019Assemblée législative, comme s\u2019appelait alors l\u2019Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Lesage crut bon de rassurer l\u2019Église en déclarant: «Il n\u2019est pas question et il ne sera jamais question sous mon administration de créer un ministère de l\u2019Instruction publique»'.Le projet de loi créant le ministère de l\u2019Éducation, déposé au printemps de 1963, suscita une vive opposition de la part du clergé.Le gouvernement jugea alors plus prudent de retirer le «Bill 60», ce qui, pour plusieurs, équivalait à un enterrement de première classe.Mais le ministre de la Jeunesse, Paul Gérin-Lajoie, ne l\u2019entendit pas ainsi; la vaste «tournée provinciale» qu\u2019il entreprit permit de ramener les opposants au rang de minoritaire.La loi créant le ministère de l\u2019Éducation fut finalement adoptée au printemps de 1964.L\u2019Assemblée des évêques avait donné son accord après que le gouvernement eut accepté ses exigences, soit d\u2019introduire un préambule reconnaissant explicitement le droit des parents de 1.Voir A.Tremblay et coll., Le ministère de l\u2019Éducation et le Conseil supérieur: antécédents et création, 1867-1964.Québec: PUL, p.122.L'ACTION NATIONALE «89 créer et de choisir des institutions éducatives répondant à leurs convictions; l\u2019enseignement confessionnel était ainsi protégé.Ce nouveau concordat ne valait toutefois que pour l\u2019enseignement primaire et secondaire.Les nouvelles institutions publiques nées de la réforme de l\u2019éducation furent dotées d\u2019un caractère laïque.Ainsi en fut-il des constituantes de l\u2019Université du Québec et des collèges d\u2019enseignement général et professionnel.Le passage des collèges classiques, contrôlés par des congrégations religieuses, aux cégeps se fit sans heurts.La laïcité de ces nouvelles institutions n\u2019a nullement été remise en cause depuis.La religion demeurait néanmoins au cœur de l\u2019organisation des structures scolaires de l\u2019enseignement primaire et secondaire.Sous-ministres associés de foi catholique et protestante, comités confessionnels du Conseil supérieur de l\u2019éducation, exigences concernant la foi des membres du Conseil, obligations d\u2019offrir l\u2019enseignement religieux, etc.Ce n\u2019est toutefois qu\u2019en 1974 que les écoles québécoises se virent dotées d\u2019office d\u2019un statut confessionnel; devant le peu d\u2019empressement des écoles à demander un statut catholique en vertu du règlement du Comité catholique du CSE, ce dernier décida d\u2019octroyer ce statut en bloc; les écoles mécontentes n\u2019avaient qu\u2019à demander à en être soustraites, un processus long et lourd.Ce n\u2019est toutefois qu\u2019en 1974 que les écoles québécoises se virent dotées d'office d\u2019un statut confessionnel.La restructuration scolaire sur la base d\u2019une structure unifiée, comme le proposait le Rapport Parent, ne vit jamais le jour.Les tentatives de créer des commissions scolaires unifiées sur l\u2019île de Montréal échouèrent en 1969 et en 1971.Le mandat fut finalement confié au Conseil scolaire de l\u2019île de Montréal (CSIM), créé en 1972; devant son incapacité à en arriver à une proposition qui soit largement partagée, le CSIM proposa de s\u2019en tenir au statu quo.L\u2019arrivée au pouvoir du premier gouvernement pé- 90 \u2022 L'ACTION NATIONALE quiste en 1976 relança le débat.Mais les divers projets de restructuration se butèrent à de fortes oppositions.Le projet de loi 40, présenté au début des années quatre-vingt, fut retiré.Quant à la loi 3 qui lui succéda, elle fut jugée non constitutionnelle.Pendant tout ce temps, la société québécoise connaissait des transformations radicales.«The priest ridden province», comme la qualifiait nos voisins, se sécularisa et se diversifia.Les origines ethnoculturelles, les croyances religieuses, les façons de vivre connurent une diversification croissante.L\u2019adoption de la loi 101 de 1977 rendra encore plus urgente la création de commissions scolaires linguistiques.L\u2019article 93 conféraient aux catholiques et aux protestants de Montréal et de Québec le droit de gestion et de contrôle des aspects confessionnels de l'éducation.Par ailleurs, les pressions pour la reconnaissance d\u2019une égalité des droits indépendamment des croyances religieuses se multiplièrent.Au début des années soixante-dix, plusieurs groupes demandèrent qu\u2019un troisième Comité confessionnel soit créé pour représenter les autres confessions religieuses, ce qui ne fut pas fait.Le gouvernement accepta toutefois de soutenir financièrement un ensemble d\u2019institutions religieuses privées, notamment juives et orthodoxes.Ces institutions avaient vu le jour en réponse au caractère confessionnel du système public, mais ce n\u2019est qu\u2019à compter de 1972 quelles reçurent un appui de l\u2019État.Cela favorisera leur multiplication; on en compte actuellement près d\u2019une quarantaine sur l\u2019île de Montréal qui accueillent plus de 10% de la population du primaire.Toutes ces péripéties conduisirent finalement à la loi 107 de 1988.En 1993, la Cour Suprême reconnaissait la constitutionnalité des dispositions de cette loi concernant les structures scolaires.Elle affirmait du même souffle que les garanties constitutionnelles de l\u2019article 93 conféraient aux catholiques et aux protestants de Montréal et de Québec le droit de gestion et de contrôle des aspects confessionnels de l\u2019éduca- LACTION NATIONALE \u2022 9 1 tion et des aspects non confessionnels nécessaires au maintien du caractère confessionnel des écoles.Face à l\u2019opposition suscitée par ce nouveau projet de restructuration scolaire, le gouvernement libéral forma le «Comité pour la mise en place des commissions scolaires linguistiques», présidé par le recteur de l\u2019Université Concordia, Georges Kenniff.Le rapport Kenniff reconnaît «que la réforme des structures scolaires au Québec serait facilitée par la modification, voire l\u2019abrogation, de l\u2019article 93 de la Loi constitutionnelle du Canada (.)».Mais cette question dépassait le mandat confié au comité.Afin d\u2019éviter que l\u2019application de la loi 107 ne se traduise par une multiplication des structures, le Comité Kenniff recommanda de s\u2019en tenir aux seules commissions scolaires linguistiques et de créer à l\u2019intérieur de chacune des comités confessionnels catholique et protestant qui assureraient à chaque confession le contrôle de ses institutions, tel que prévu par l\u2019article 93.C\u2019est sur la base de ces recommandations que la ministre Marois a échafaudé son défunt projet.Un nouveau débat en perspective La Commission des États généraux recommande à la ministre de s'engager résolument sur la voie de la laïcisation.Notons d\u2019abord qu\u2019un important consensus existe au Québec quant à l\u2019urgence de créer des commissions scolaires linguistiques.Seule l\u2019intégriste Re- La Commission des États généraux avait proposé plusieurs hypothèses à la discussion des participantes et participants aux Assises nationales qui se sont tenues à Montréal au début de septembre.Elle recommande finalement à la ministre de s\u2019engager résolument sur la voie de la laïcisation et d\u2019entreprendre les démarches nécessaires en vue de revoir les dispositions de l\u2019article 93 qui empêchent le Québec de décider de son avenir éducatif en toute autonomie.Cette recommandation n\u2019a pas manqué de soulever une nouvelle polémique.92 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Même l\u2019Assemblée des évêques du Québec reconnaît que pourra s\u2019avérer utile d\u2019envisager le recours à un amendement constitutionnel de l'article 93 de l\u2019AABN.groupement scolaire confessionnel qui dirige toujours la CECM tient mordicus à demeurer au dix-neuvième siècle.Certains groupes, dont le Mouvement laïque, sans s\u2019opposer aux commissions linguistiques, proposent plutôt des commissions territoriales, sans égard ni à la langue, ni à la religion.La nécessité d\u2019assurer à la communauté anglophone le contrôle de ses écoles, dans un contexte de déconfessionnalisation des structures, plaide toutefois fortement en faveur de l\u2019hypothèse linguistique.La création de telles structures linguistiques exige que l\u2019article 93 soit amendé.Le projet Marois aura au moins eu le mérite de mettre en évidence les aberrations d\u2019une réforme qui cherchait à respecter les directives de la Cour suprême concernant le droit constitutionnel pour les catholiques et les protestants de gérer et de contrôler tous les aspects nécessaires au maintien du caractère confessionnel de leurs écoles.Même l\u2019Assemblée des évêques du Québec reconnaît désormais que «à moyen et à plus long terme, il pourra s\u2019avérer utile d\u2019envisager le recours à un amendement constitutionnel de l\u2019article 93 de l\u2019AABN»1.C\u2019est le projet d\u2019une laïcisation plus complète de l\u2019éducation qui soulève particulièrement l\u2019ire des confessionnalistes.Depuis quelques mois déjà, on accusait la Commission des Etats généraux d\u2019être inféodée à la CEQ.Les excommunications par association n\u2019ont pas manqué, rappelant même les plus belles heures d\u2019un totalitarisme que l\u2019on croyait disparu.Les confessionnalistes considèrent en effet que la démocratie éducative consiste à laisser la possibilité à chaque école de décider du caractère confessionnel ou non de son projet éducatif, à chaque parent (ou 1.Assemblée des évêques du Québec, La confessionnalité scolaire.Présentadon aux Assises nadonales des États généraux sur l\u2019éducation.Montréal, septembre 1996.L\u2019ACTION NATIONALE «93 élève) de choisir entre l\u2019enseignement religieux confessionnel ou l\u2019enseignement moral, à chaque enseignante ou enseignant de demander ou non d\u2019être exempté de l\u2019enseignement religieux et à chaque groupe religieux de contrôler ses écoles.Devant les critiques que soulève la réalité actuelle, ils s\u2019ingénient à démontrer que le caractère confessionnel des structures est sans véritable conséquence pratique, au point où on pourrait croire parfois qu\u2019une école laïque ne changerait rien dans les faits.Le paradoxe, c\u2019est qu\u2019ils ne veulent rien changer.Car leurs privilèges ne sont pas sans conséquences, ni sur les structures, ni sur les élèves, ni sur le personnel, ni sur la mission éducative.Faut-il rappeler qu\u2019une école catholique, au sens de la loi actuelle, doit, dans l\u2019ensemble de ses activités, intégrer les croyances et les valeurs de la religion catholique, tout en respectant les libertés de conscience et de religion.Une telle mission soulève bien davantage que des réserves étant donné les positions de l\u2019Église catholique sur un ensemble de questions liées à la sexualité, à la procréation, à la famille, à la place des femmes.On peut se demander, par ailleurs, comment on peut prétendre respecter la liberté de conscience et de religion tout en véhiculant les croyances d\u2019une religion particulière dans l\u2019ensemble de la vie de l\u2019école.Les confessionnalistes voient toujours dans l\u2019école le prolongement de la famille et de l\u2019Église.Le temps où langue et religion étaient synonymes et conjointement garantes de la «survivance» n\u2019est pas disparu, pas plus que cette vision théocratique qui considère que le caractère confessionnel d\u2019une institution commune peut se décider à la simple majorité.C\u2019est là une vision bien archaïque de la démocratie, si c\u2019en est une.Les débats récents ont contribué à faire évoluer rapidement l\u2019opinion publique sur ces questions.Un Comment on peut prétendre respecter la liberté de conscience et de religion tout en véhiculant les croyances d\u2019une religion particulière.94 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les croyances religieuses relèvent de la conscience de chaque personne et ne sauraient être imposées par une majorité.sondage réalisé en août dernier par la firme Son-dagem, à la demande de la Coalition pour la déconfessionnalisation du système scolaire, révèle une adhésion croissante à l\u2019idée d\u2019une école laïque.Près de 70% des Québécois estiment important que leurs enfants profitent d\u2019un cadre d\u2019enseignement qui ne soit défini par aucune religion particulière et plus des trois quarts considèrent que le développement de la foi et de la pratique religieuse doit être pris en charge par la famille ou par l\u2019Eglise.L\u2019heure des choix Le Québec est à l\u2019heure des choix en ce qui a trait à l\u2019avenir de son système d\u2019éducation.Les Etats généraux sur l\u2019Éducation vont probablement conduire à une réforme importante dont on ne connaît pas encore l\u2019ampleur.C\u2019est le moment de faire l\u2019effort de concevoir un système scolaire qui vaille, dans ses fondements, pour les vingt-cinq prochaines années.On ne remet pas en question les structures scolaires à tous les cinq ans.La diversité de la société québécoise va continuer de s\u2019accroître.Il serait erroné de considérer, comme on le fait trop souvent, que celle-ci n\u2019est liée qu\u2019à l\u2019immigration.Le Québec moderne est pluraliste et cela marque toutes les facettes de la vie sociale.Il est vrai, par ailleurs, qu\u2019une société ne naît pas du vide, quelle est porteuse de traditions, de culture, de patrimoine.On ne saurait renier ce qui a fait le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, mais on ne saurait non plus l\u2019interpréter comme hier.Les croyances religieuses relèvent de la conscience de chaque personne et ne sauraient être imposées par une majorité, aussi imposante soit-elle.La distinction à faire avec la langue nationale est fondamentale.Tout cela plaide pour une école laïque, pour une école qui soit respectueuse de la diversité religieuse, qui apprenne à tous les élèves à vivre ensem- L'ACTION NATIONALE «95 ble comme citoyennes et citoyens d\u2019une société démocratique, une école qui transmette une culture, y compris une culture religieuse, ancrée dans une vision de l\u2019histoire qui, sans renier nos origines, ouvre à la diversité qui nous caractérise.Cette laïcité ouverte, comme l\u2019appelle la CEQ à la suite du Père Julien Harvey, invite à de profondes transformations dans les institutions actuelles.Elle suppose la reconnaissance d\u2019une égalité des droits et la fin des privilèges consentis historiquement aux catholiques et aux protestants.Le recours à la clause nonobstant qui vise à soustraire les lois scolaires des protections garanties par les Chartes canadienne et québécoise des droits de la personne n\u2019a plus sa raison d\u2019être.Il est pour le moins anachronique et discriminatoire qu\u2019il faille être baptisé pour être président ou vice-président du Conseil supérieur de l\u2019éducation, alors que le Conseil a pour mandat de conseiller le gouvernement sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation.Il est tout aussi inacceptable que les futurs maîtres de l\u2019enseignement primaire soient tenus de suivre neuf crédits en enseignement religieux, soit davantage qu\u2019en éducation interculturelle et en aide aux enfants en difficulté réunis; il faut plus que du courage, dans le contexte actuel de l\u2019emploi, pour prendre la chance de se voir refuser un poste parce qu\u2019on ne serait pas d\u2019office qualifié pour l\u2019enseignement religieux confessionnel.Il est tout aussi inadmissible que du personnel à l\u2019emploi des commissions scolaires voit son emploi dépendre d\u2019un mandat de l\u2019archevêché, comme c\u2019est le cas des animateurs de pastorale.Dans un sondage récent réalisé pour le compte de la CEQ par la maison CROP auprès de plus de mille cinq cents membres, plus de 70% des enseignantes et des enseignants de la grande région de Montréal (un peu plus de 50% en région) sont en désaccord avec l\u2019opinion voulant qu\u2019il «est important que les enfants reçoivent une éducation reli- 96 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La réforme des structures scolaires devra être à l\u2019image du Québec moderne.gieuse à l\u2019école».Comment, dans un tel contexte, faire reposer l\u2019enseignement religieux sur leurs épaules.Comment prétendre que l\u2019exemption pour liberté de conscience demeure une procédure appropriée?La confessionnalité scolaire a érigé l\u2019hypocrisie sociale en système.Les futurs enseignants ne croient plus, ou pas suffisamment pour offrir l\u2019enseignement religieux, mais ils font comme si.Les enseignantes et enseignants aimeraient bien se prévaloir du droit à l\u2019exemption, mais ils font comme si.On n\u2019adhère plus à la doctrine de l\u2019Église catholique, mais on fait comme si.Les parents ne sont plus guère pratiquants, mais ils font comme si.Certains parents préféreraient que leurs enfants suivent l\u2019enseignement moral, mais devant l\u2019isolement qui peut encore en découler en certains milieux, ils font comme si.Les confessionnalistes quant à eux, en bons pharisiens, font comme si tout cela n\u2019était pas.Un débat démocratique À l\u2019évidence, le projet Marois ne répondait pas aux exigences d\u2019une société pluraliste.Il a fourni la preuve qu\u2019il ne peut y avoir de restructuration scolaire satisfaisante à l\u2019intérieur du cadre actuel imposé par la Constitution canadienne.Il n\u2019y a que deux possibilités: soit on tente d\u2019amender l\u2019article 93, soit on attend d\u2019être libéré des contraintes constitutionnelles par le biais de la souveraineté.La réforme des structures scolaires devra être à l\u2019image du Québec moderne.Dans le «contrat moral» que le Québec propose aux nouveaux arrivants, il est écrit que le Québec est une société laïque; il serait temps que le gouvernement en prenne conscience, que le ministre de la Citoyenneté en informe la ministre de l\u2019Éducation.Les Chartes des droits reconnaissent l\u2019égalité des personnes, la liberté de conscience et de religion L'ACTION NATIONALE \u2022 97 et posent ainsi des limites aux pouvoirs de la majorité.Le système scolaire doit s\u2019y conformer.Comme on ne saurait multiplier les enseignements religieux ou les écoles confessionnelles, une laïcité ouverte est la seule voie qui soit vraiment respectueuse de la diversité religieuse.Une école laïque n\u2019est pas neutre sur le plan des valeurs; la tolérance, la solidarité, la justice sont autant de valeurs qui la fondent et qui ne s\u2019opposent nullement à l\u2019humanisme chrétien.Elle ne s\u2019oppose pas aux religions, mais elle n\u2019en professe aucune, laissant aux Églises et aux familles la responsabilité de transmettre la foi.Étant donné les passions que soulève un tel débat, les exigences d\u2019une démarche démocratique sont élevées.Ce serait se leurrer de croire que les lobbies religieux se tairont; ils vont utiliser tous les moyens - pas toujours très orthodoxes d\u2019ailleurs -pour maintenir leurs privilèges.La démocratie exige de ne pas s\u2019y soumettre et de dégager un espace de délibération publique adéquat.98 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Du tricolore canadien au fleurdelisé québécois Le fleurdelisé Luc Bouvier 1- La campagne promotionnelle de janvier 1948 La campagne en faveur du fleurdelisé, parrainée entre autres par l\u2019Ordre de Jacques-Cartier, prend de l\u2019ampleur au début de janvier 1948.Le 7, dans une circulaire qui reprend le mot d\u2019ordre adressé le 11 décembre 1947 par la Chancellerie (CX) aux com-manderie locale de Québec, l\u2019Ordre demande à tous les frères de 4' degré, à tous les CR (conseil régional), CPR (comité permanent du conseil régional), XC (commanderie locale), CP (comité permanent de la commanderie locale), à toutes les associations noyautées d\u2019agir immédiatement.L\u2019opération consiste à inonder de lettres favorables au fleurdelisé le premier ministre et les députés, à adopter et à publiciser par l\u2019entremise des journaux des résolutions d\u2019appui au fleurdelisé, à organiser des délégations auprès des ministres et députés et à faire intervenir les conseils municipaux1.Le Comité de propagande du drapeau devient le Comité du drapeau provincial avec Rosaire Morin 1.Lettre du président du conseil provincial (12915) aux 4e de la province, 7 janvier 1948, Archives nationales du Canada (ANC) MG 28/98, vol.126, dossier «Drapeau fleurdelisé 1943-1953».L\u2019ACTION NATIONALE *99 comme directeur.Le 16 janvier, un comité représentatif de 6 membres est constitué à Québec; le 19, 44 personnalités forment celui de Montréal.Pendant le mois de janvier, le Comité publie une série de lettres de communiqués qui visent à mousser la campagne.Parmi eux, un argumentaire répond aux objections les plus courantes: «Loin de dépouiller les autres groupes français du drapeau qu\u2019ils ont accepté depuis longtemps, l\u2019adoption du fleurdelisé lui conférerait une sorte de consécration officielle»; «À ceux qui voudraient dénoncer le drapeau provincial comme une manifestation d\u2019isolationnisme ou de séparatisme, il suffit de rappeler que la Nouvelle-Écosse possède depuis de nombreuses années son propre drapeau»; «Nous voulons arborer le fleurdelisé, mais nous arborerons aussi avec enthousiasme le drapeau de l\u2019État canadien, dès qu\u2019il aura été choisi.Nous lui donnerons même la place d\u2019honneur entre deux fleurdelisés pour bien marquer notre volonté de servir l\u2019État canadien, sans renoncer à notre propre héritage1».Louis-Philippe Roy de l\u2019Action catholique qui suit attentivement cette campagne dans la région de Québec en constate la réussite: «Hé bien! je crois que l\u2019opinion populaire est en train de s\u2019exprimer, et bellement.Les sections de la St-Jean-Baptiste de plusieurs diocèses, les cercles Lacordaire et Ste-Jeanne-d\u2019Arc, des conseil municipaux urbain et ruraux, des commissions scolaires, des cercles de fermières, des cercles d\u2019U.C.C., des sections de l\u2019Union des électeurs, des Ligues du Sacré-Cœur, des Caisses populaires, des ligues de citoyens, un grand nombre de mouvements spécialisés d\u2019Action catholique (L.O.C.et L.O.C.E, J.O.C., J.A.C.et J.A.C.F., J.E.C.et 1.Pour l\u2019ensemble des 11 lettres et communiqués retracés, voir Centre de recherche Lionel-Grouix (CRLG), fonds P16/E, 137.Pour l\u2019argumentaire, voir le texte Consigne, janvier 1948, 3p.Selon Groulx, 60 000 signatures sont recueillies.100 \u2022 L'ACTION NATIONALE J.E.C.F., etc., etc.), des Guides, des Scouts, la Fédération générale des étudiants de Faval, des syndicats professionnels, plusieurs institutions d\u2019enseignement, autres groupements sportifs, sociaux, patriotiques dont les Jeunesses laurentiennes, et nombre d\u2019autres ont donné dans la campagne avec entrain, sans parler des milliers et des milliers de personnes agissant individuellement1».Selon Groulx, 60 000 signatures sont recueillies, 50 000 selon le Carabin, les organisateurs parlent de 75 000 lettres2.2- Les négociations Duplessis-Chaloult Pendant que la campagne en faveur du fleurdelisé bat son plein, Maurice Duplessis rencontre à deux reprises René Chaloult quelques jours avant le 21 janvier date du débat sur la motion en faveur du fleurdelisé.Deux versions existent de la première entrevue: celle de Chaloult et celle de Groulx3.Il semble bien que Duplessis favorise alors les projets Cl, C2 ou C3 de Burroughs Pelletier.Selon des dires de Chaloult, lors de la première rencontre, au député de Québec-Est qui lui souligne que le fleurdelisé «ne comporte rien de séparatiste», Duplessis rétorque: «Que penserais-tu de placer au centre du drapeau les armoiries de la province?Il y a un lion là-dedans, tu n\u2019as pas besoin d\u2019en avoir peur.On me dit que c\u2019est le lion de Guillaume le Conquérant.Que dirais-tu d\u2019une couronne rouge, que les uns pourraient considérer comme la couronne de France et les autres 1.\t«Jeunesse, autonomie, fleurdelisé», 20 janvier 1948.2.\tLionel Groulx, Mes mémoires, tome III, Montréal, Fides, 1972, p.323; «Un drapeau provincial?», U Carabin, 4 février 1948, p.2; «La province de Québec a son propre drapeau le fleurdelisé», U Nouvelliste, 22 janvier 1948, p.2.3.\tRené Chaloult, Mémoires politiques, Montréal, éd.du Jour, 1969, p.281 -293.Lionel Groulx, op.cit., Montréal, Fides, 1972, p.322-324.LACTION NATIONALE «101 comme celle de l\u2019Angleterre?Si ces propositions ne plaisent pas à tes amis préféreraient-ils une feuilles rouge?(.) Ton drapeau (le fleurdelisé) (.) me paraît contenir beaucoup de bleu et un drapeau québécois doit être accepté par les deux partis».Chaloult demande à réfléchir et consulte Groulx par téléphone.Celui-ci «s\u2019objecte aux armoiries et à la couronne (.).«Quant à la feuille d\u2019érable rouge, (.) peut-être serait-elle acceptable, mais, si possible, évitez toute modification, je soupçonne (.) que le premier ministre désire donner un cachet personnel au drapeau.Suggérez-lui donc de redresser les fleurs de lis qui convergent vers le centre parce que le Sacré-Cœur y figurait».Groulx, quant à lui, se rappelle que Chaloult soutient, lors de son appel téléphonique qu\u2019il date du 19 ou 20 janvier 1948, que Duplessis «est fortement ennuyé et même impressionné par les pétitions qui pleuvent en trompe, sur son bureau.Il hésite; il ne sait que faire; mail il craint surtout les réactions de l\u2019opinion anglo-canadienne».Toujours selon Groulx, Chaloult ne lui parle alors que de l\u2019ajout des armoiries.Groulx réplique: «Cette apposition d\u2019«armes» fort compliquées sur un drapeau est cocasse, absurde.Le drapeau ne sera pas de fabrication facile.Mais enfin, si le premier ministre n\u2019en démord pas, cédez à sa fantaisie.Le gouvernement ou la Chambre auront quand même accepté le principe d\u2019un drapeau vraiment à nous.Quant aux «armes» de la province de Québec, il sera toujours possible de les faire sauter un de ces jours».Quant au redressement des fleurs de lis, Groulx Le fleurdelisé n\u2019en dit mot dans ses Mémoires.Il est possible que rappelle nos ori-Chaloult, dans ses Mémoires politiques, confonde 9ines franÇa>-cette conversation avec la lettre que Groulx lui faisait parvenir le 25 mars 1947 et dans laquelle l\u2019abbé soutenait que le fleurdelisé «rappelle nos origines françaises, et (qu)il n\u2019est point, pour tout cela, une copie servile, même des vieux drapeaux français.Si nous en 102» L'ACTION NATIONALE avons gardé le dessin général, il n\u2019y a tout de même au centre aucune couronne royale.(.) Peut-être resterait-il à redresser les fleurs de lis! Elles ont été pointées vers le centre, en hommage au Sacré-Cœur qui s\u2019y trouvait autrefois.Vous feriez bien de consulter, là-dessus, les héraldistes.Je crois que les fleurs de lis y gagneraient à se placer droite1».Il semble que Groulx soit le premier à avoir avancé l\u2019idée de redresser les fleurs de lis.Groulx se rappelle aussi que Cha-loult, qui n\u2019en parle pas dans ses Mémoires politiques, lui téléphone une deuxième fois, le lendemain du premier appel, et lui dit: «Le premier ministre a renoncé aux armes de la province.Mais il tient mordicus, pour plaire à l\u2019opinion anglaise, à remplacer les «armes», au centre du drapeau, par une couronne ou une feuille d\u2019érable».À cela Groulx répond: «Point de couronne s\u2019il-vous-plaît.Mais va pour la feuille d\u2019érable».Chaloult affirme avoir exposé modestement les suggestions de l\u2019abbé Groulx sans lui (à Duplessis) en dire, bien sûr, la provenance.Il y a une autre rencontre au bureau du premier ministre, le lendemain de la première selon Chaloult.De cette deuxième rencontre, deux versions existent: celle de Chaloult et celle de Burroughs Pelletier2.Au début seuls Chaloult et Duplessis sont présents.Chaloult affirme avoir «exposé modestement les suggestions de l\u2019abbé Groulx sans lui (à Duplessis) en dire, bien sûr, la provenance».Lorsqu\u2019il lui parle de redresser les fleurs de lis, Duplessis «appelle un fidèle et distingué fonctionnaire, M.Burroughs Pelletier, versé en science héraldique».Pelletier raconte qu\u2019il a alors «exhibé de nouveau les projets et spécialement celui des armes de la Province (projet A).Monsieur 1.\tLettre de Lionel Groulx à René Chaloult, 25 mars 1947, CRLG, PI/A 706.2.\tMémoire sur la part que j\u2019ai prise en rapport avec le choix du drapeau actuel de la province de Québec, 7 juin 1955, 5 p.; Mémoire re article de M.René Chaloult se rapportant à la question du drapeau de la province de Québec, janvier 1963, 2 p.; Remarques supplémentaires, février 1968, 6 p.(fonds Burroughs Pelletier).LACTION NATIONALE «103 Duplessis a demandé à monsieur Chaloult s\u2019il y voyait objection et celui-ci a répondu que pour lui-même il n\u2019en avait aucune, mais quant aux organisations patriotiques il ne pouvait rien dire avant de les consulter».Puis Duplessis demande à Pelletier son opinion sur le fleurdelisé.Ce dernier répond qu\u2019il est «correct au point de vue héraldique mais que sa préférence va toujours à celui des armes de la Province».Duplessis lui demande alors son opinion sur le redressement des fleurs de lis.Pelletier soutient alors «que, sans en être tout à fait certain, il est d\u2019opinion que dans le drapeau primitif (.), l\u2019on avait placé les fleurs de lys (.) en hommage au Sacré-Cœur, mais que maintenant que le Sacré-Cœur était enlevé du drapeau, (il) ne voit plus pourquoi l\u2019on «inférioriserait» les fleurs de lys en les maintenant dans leur position antérieure plutôt que de les mettre droites au milieu des quatre cantons du drapeau».Puis, toujours selon Pelletier, à la demande de Duplessis, Chaloult affirme qu\u2019il est d\u2019accord avec le redressement des fleurs de lis.Sur ce, la rencontre se termine.Il y a discordance entre Chaloult et Pelletier.Le premier soutient que Duplessis a clairement laissé entendre que le député de Québec-Est suggérait le redressement des fleurs de lis.Le second affirme que Duplessis aborde la question en affirmant qu\u2019on lui en a fait la remarque antérieurement.Absolument rien ne laisse supposer qu\u2019il s\u2019agisse de Chaloult1.3- Le 21 janvier 1948 Le 21 janvier vers 1 lh, Chaloult reçoit un appel de Duplessis qui lui annonce que le «fleurdelisé flottera aujourd\u2019hui, à trois heures (15h), sur la tour centrale du parlement (.) les fleurs de lis pointeront Les fleurs de lis pointeront vers le ciel, idéal de l\u2019Union nationale.1.En plus des textes de Chaloult et Pelletier déjà cités, voir «Les moments historiques de l\u2019adoption du fleurdelisé.Deux versions», l\u2019Action, 31 janvier 1968; René Chaloult, «Propos sur le fleurdelisé», l\u2019Action, 22 février 1968.104» L'ACTION NATIONALE vers le ciel, idéal de l\u2019Union nationale».Au premier ministre qui s\u2019inquiète de la réaction de Chaloult, ce dernier affirme: (J)e rappellerai le souvenir du grand Honoré Mercier et vous accorderai le mérite de votre geste patriotique».Sur les assurance de Chaloult de n\u2019en souffler mot ni à Godbout ni à Laurendeau, la conversation se clôt.Le grand problème de l\u2019heure pour Duplessis consiste à trouver un fleurdelisé.À 11 h 15, Wheeler Dupont, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, est convoqué à la salle du Conseil des ministres.Après lui avoir tiré la pipe sur le drapeau choisi, Duplessis lui dit: «Maintenant ta «job», c\u2019est de trouver un drapeau avant 3 heures moins 5 pour le hisser à la tour centrale du Parlement.Il ne te reste plus maintenant qu\u2019à me remercier».N\u2019en possédant pas, c\u2019est celui de René Bélanger, l\u2019organisateur politique de Chaloult, que Dupont ramène à Duplessis en gardant le silence sur sa provenance1 2.Chaloult semble avoir été tenu au courant de cette course au fleurdelisé puisque, dans ses Mémoires politiques, il regrette de n\u2019avoir pu prêter le sien resté à sa résidence d\u2019été de Kamouraska.Dans le Duplessis1 de Denys Arcand, c\u2019est le commissionnaire Ti-Bi Chamberland qui, à une adresse fournie par Duplessis et dans le plus grand secret, va quérir le drapeau et le hisse, sur le coup de 15 h, à la tour centrale du Parlement.Puisque l\u2019esquisse du fleurdelisé avec les fleurs de lis droites ne sera finalisée que le 2 février 1948, c\u2019est un drapeau aux fleurs de lis pointant vers le centre qui sera hissé.Au début de l\u2019après-midi, lors d\u2019une séance spéciale, le Conseil des ministres adopte le décret ministériel n° 72 concernant le drapeau de la pro- 1.\t«Les moments historiques de l\u2019adoption du fleurdelisé.Deux versions», l\u2019Action, 31 janvier 1968.2.\tMontréal, VLB, 1978, p.283-317.L\u2019ACTION NATIONALE «105 vince de Québec.Proposé par Paul Beaulieu, ministre du Commerce et de l\u2019Industrie et partisan du fleurdelisé, il est immédiatement sanctionné par le lieutenant-gouverneur, Eugène Jetté: «Attendu qu\u2019il n\u2019existe pas, actuellement, de drapeau canadien disdnctif; «Attendu que les autorités fédérales semblent s\u2019opposer à l\u2019adoption d\u2019un drapeau exclusivement canadien et négligent, en conséquence, de donner à notre pays, le Canada, un drapeau qu\u2019il est en droit d\u2019avoir; «Attendu qu\u2019il est juste et convenable que sur les édifices parlementaires de la province de Québec flotte un drapeau qui répond aux traditions, aux droits et aux prérogatives de la province; «Attendu qu\u2019au cours de la session de l\u2019an dernier la législature de Québec, à l\u2019unanimité, s\u2019est prononcée en faveur d\u2019un drapeau propre à la province de Québec, et qui lui convient; «Il est ordonné, en conséquence, sur la proposition de l\u2019honorable ministre de l\u2019Industrie et du Commerce; «Que le drapeau généralement connu sous le nom de drapeau fleurdelisé, c\u2019est-à-dire drapeau à croix blanche sur champ d\u2019azur et avec lis, soit adopté comme drapeau officiel de la province de Québec et arboré sur la tour centrale des édifices parlementaires, à Québec, et cela avec la modification ci-après, savoir: «Que les lis qui figurent sur le drapeau soient placés en position verticale* 1 ».Un peu après 15 h, une fois les affaires courantes expédiées, le premier ministre en fait l\u2019annonce à la Chambre: 1.Gazette officielle du Québec, 24 janvier 1948, tome 80, n° 4.1 06 \u2022 L'ACTION NATIONALE Nous avons reçu de partout un grand nombre de requêtes à la suite desquelles nous avons décidé d\u2019arborer le drapeau fleurdelisé.Un drapeau représentant les aspirations de la province de Québec ne peut se rallier toutes les bonnes volontés.Suivant les conseils des experts en héraldique, nous avons fait certaines modifications.Nous avons redressé les fleurs de lys, pour quelles se dirigent droit vers le ciel, afin de bien indiquer la valeur de nos traditions et la force de nos convicdons.Plusieurs salves d\u2019applaudissements marquent l\u2019intervention du premier ministre.Le chef de l\u2019opposition, Adéland Godbout, réplique: «Quand le premier ministre dit que le cabinet s\u2019est mêlé d\u2019y faire des retouches, je suis obligé de faire certaines réserves.Mais il est entendu qu\u2019un drapeau représentant les aspirations de la province de Québec ne peut se rallier toutes les bonnes volontés, tous ceux qui veulent servir la province de Québec et la voir rayonner».Puis René Chaloult prend la parole: «Le gouvernement de ma province vient de nous donner un drapeau, un drapeau que toute la population réclamait.Je m\u2019en réjouis profondément.Le gouvernement y a fait une légère modification.Il a redressé les fleurs de lys.C\u2019est une amélioration.Ainsi, le drapeau sera en tout point conforme aux règles de l\u2019art héraldique».Et il conclut comme il l\u2019avait promis: «(.) le premier ministre (.) a posé là un geste digne d\u2019Honoré Mercier»1.À la fin de la séance de l\u2019après-midi, a 18 h, les députés de l\u2019Union nationale se pressent au pupitre du premier ministre et entonnent un «Il a gagné ses épaulettes».Selon la Patrie, «les députés de 1 Opposition (.) quelque peu stupéfaits (.) quitt(.)ent tout doucement le parquet de la Chambre»2.À la reprise des travaux à 19 h, deux fleurdelisés, aux fleurs de lis pointant vers le centre, «Un accueil favorable au drapeau québécois», La Presse 22 janvier 1948, p.7.« Le drapeau est une excellente chose» Me F.Choquette», 22 janvier 1948, p.5.L'ACTION NATIONALE «107 sont suspendus au-dessus du trône du président de la Chambre, alors Alexandre Taché, et un troisième recouvre le pupitre du premier ministre.Les trois drapeaux ont été empruntés par le whip en chef de l\u2019Union nationale, Hormisdas Langlais au Dr Philippe Hamel.Celui qui recouvre le pupitre de Duplessis est le drapeau personnel d\u2019Hamel, un adversaire, et que Chaloult avait antérieurement déployé en Chambre, deux ans auparavant, lors de la première motion en faveur d\u2019un drapeau distinctif.4- La réception En choisissant de procéder par décret ministériel, Duplessis empêche tout débat en chambre et met les opposants devant le fait accompli.Sa crainte de l\u2019opinion anglo-québécoise l\u2019incite, selon Ru-milly, à obtenir l\u2019accord de Marier, député libéral de Westmount «en lui promettant, entre les lignes, de lui rendre la pareille le jour où les Anglais auront quelque juste prétention à soumettre».À cause de la force du mouvement en faveur du fleurdelisé, devenir le père du drapeau québécois sert les intérêts électoraux de Duplessis, d\u2019autant qu\u2019il projette une élection pour le 28 juillet 1948.Abel Vineberg, correspondant de la Gazette à Québec, ne s y trompe pas.Rencontrant Gérald Martineau, trésorier de l\u2019Union nationale, il lui dit: «Vous devez être content, monsieur le Trésorier; monsieur Duplessis vient de gagner 100 000 votes tout en épargnant beaucoup d\u2019argent au parti'».L\u2019organisation de l\u2019Union nationale publie dès le 14 février 1948 ce qui semble bien être la première illustration du drapeau québécois conforme à l\u2019esquisse du 2 février.Coiffée du titre «DUPLESSIS a donné un drapeau à sa province», l\u2019illustration est accompagnée de commen- 1.Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, tome II, Montréal 1973, Fides, p.208-212.Devenir le père du drapeau québécois sert les intérêts électoraux de Duplessis.108 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Québec a son drapeau! Voilà l\u2019une des plus belles victoires de notre Ordre.taires très électoralistes: «Les libéraux donnent aux étrangers; DUPLESSIS donne à sa province» et «Les libéraux, ayant à plusieurs reprises refusé ce drapeau, ont préféré donner des milliards aux étrangers».À peu près tout le monde applaudit la décision de Duplessis.Lionel Groulx parle de la «plus solennelle affirmation du fait français au Canada, depuis 1867»; l\u2019Association canadienne-française de la jeunesse catholique, de «magnifique décision»1.L\u2019élément anglophone accueille avec sympathie le nouveau drapeau du Québec qui, pour la Gazette, par exemple, «tient bien compte des données de la science héraldique, (.) c\u2019est de plus un emblème d\u2019une exceptionnelle beauté2».Quant à l\u2019Ordre de Jacques-Cartier, dans sa revue l\u2019Émerillon de février 1948, il revendique la victoire: «Québec a son drapeau! Voilà, entre un grand nombre, l\u2019une des plus belles victoires de notre Ordre.Le drapeau québécois, voila un cadeau de 1 Ordre à la race française d\u2019Amérique.Une tactique intelligente et sage a été mise en oeuvre, et le succès a été éclatant».À Ottawa, le colonel, A.-F.Duguid, historien de l\u2019armée à sa retraite et considéré comme une autorité en matière d\u2019héraldique confirme que «le gouvernement du Québec n\u2019a (.) enfreint aucune loi en adoptant le drapeau fleurdelisé comme emblème provincial3».Au Conseil législatif, Élysée Thériault, un des rares opposants, soutient que le gouvernement a posé «un geste très indélicat à l\u2019égard des minorités de la province de Québec».Un jeu de mots marque le peu d\u2019impact de son drapeau «Fleurdelisé» pour le drapeau «Fleur.d\u2019Élisée»4.Si certains sou- 1 -\tLe Devoir, 23 janvier 1948.2.\t«Le drapeau et la presse anglaise», le Devoir, 26 janvier 1948.3.\t«Drapeau qui nenfreint aucune loi», b Patrie, 22 janvier 1948 p.5.4.\t«M.Élysée Thériault et notre drapeau», le Devoir, 29 janvier 1948 p.1-3.L'ACTION NATIONALE \u2022 109 haitent que l\u2019adoption du fleurdelisé «hâte(.) le choix par (les) autorités fédérales d\u2019un drapeau véritablement canadien qui ralliera l\u2019unanimité de tous les groupes1, dans l\u2019Evangéline de Moncton, Emery LeBlanc prophétise: «Il est tout à fait possible que l\u2019adoption de ce drapeau retarde l\u2019adoption d\u2019un drapeau franchement canadien.En effet, maintenant que la province de Québec a son drapeau, que l\u2019on peut arborer quand l\u2019occasion se présente, il est fort peu probable que l\u2019on s\u2019occupe de faire une forte pression sur Ottawa2».Eugène L\u2019Heureux parle d\u2019un «danger à éviter: l\u2019antagonisme des drapeaux.Les citoyens d\u2019un même pays peuvent bien avoir plus d\u2019un drapeau, mais la loyauté ne leur permet pas de les opposer les uns aux autres.Il serait mal d\u2019opposer le drapeau provincial au drapeau canadien, lorsque nous en aurons un, ou le drapeau canadien au drapeau québécois3».5- Le drapeau Le premier fleurdelisé aux fleurs de lys redressées semble être celui de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, fabriqué pour la conférence de presse tenue le lendemain après-midi au siège social de la Société.La fleur de lis n\u2019est pas conforme à celle qui deviendra officielle.Ce n\u2019est en effet que le 2 février 1948 que sera achevée l\u2019esquisse officielle du fleurdelisé.Il a fallu changer la fleur de lis devenue trop longiligne puisqu\u2019elle ne s\u2019allonge plus sur la diagonale du canton et quelle doit se restreindre à la droite de la plus petite, la hauteur.La fleur de lis retenue est celle de Maurice Brodeur qu\u2019on retrouve sur son drapeau de la Société nationale Jacques-Cartier conçu pour le 400' anniversaire de la venue de II s\u2019agit de la fleur de lis de la Renaissance, de l\u2019époque de François 1e', roi de France de 1515 à 1547.1.\t«La province de Québec a son propre drapeau: le Fleurdelisé», le Nouvelliste, 22 janvier 1948, p.2.2.\t«Le drapeau du Québec», 27 janvier 1948, p.1.3.\t«Nous avons un drapeau provincial», le Soleil, 27 janvier 1948.110» L'ACTION NATIONALE Jacques Cartier1, sur son projet de drapeau pour le Québec paru dans la Nation du 9 juillet 19362, dans ses articles sur la fleur de lis parus, toujours en 1936, dans le Terroir et la Voirie sportive, et finalement sur les nouvelles armoiries du Québec, adoptées par décret le 9 décembre 1939 et dont il est le concepteur.Il s\u2019agit de la fleur de lis de la Renaissance, de l\u2019époque de François 1\", roi de France de 1515 à 1547, donc durant la période des voyages de Jacques Cartier en Nouvelle-France.En avril 1949, à la demande de Roméo Lorrain, ministre des Travaux publics, Burroughs Pelletier donne la description héraldique du nouveau drapeau québécois: «D\u2019azur, à la croix d\u2019argent cantonnée de quatre fleurs de lys du même».C\u2019est le 9 mars 1950 que sera sanctionnée la Loi concernant le drapeau officiel de la province, 14 George VI, chapitre 3.H 1.\tArchives nationales du Québec (ANQ), fonds Maurice-Brodeur, P574/007, dossier 7.35.2.\tMaurice-Brodeur propose un drapeau traversé d\u2019une croix blanche et marqué au centre d\u2019une fouille d\u2019érable ponant une fleur de lis or.Les cantons près de la hampe en sont bleus et ceux de la partie flottante, rouges.Sous le titre «Drapeau pour les Canadiens français de toutes les provinces.Tricolore canadien-français», une autre version existe sans fleur de lis et où les cantons supérieurs sont bleus et inférieurs, rouges.ANQ, fonds Maurice Brodeur P574/007, dossier 7-15.L'ACTION NATIONALE «111 Un an après le référendum Le 30 octobre 1995, le référendum sur la souveraineté a attiré l\u2019attention de la communauté internationale sur la situation du Québec.Un an plus tard, le moment est bien choisi pour parler de la marche du Québec vers la souveraineté.C\u2019était le deuxième référendum sur la souveraineté du Québec et les résultats ont démontré clairement que les Québécoises et les Québécois sont de plus en plus souverainistes.En 1980, lors d\u2019un premier référendum sur la question, 40,44% de la population Québécoise avait voté pour un Québec souverain.En 1995, ce pourcentage a grimpé à 49,44%.Au cours des cinq semaines précédant le référendum de l\u2019an dernier, les partisans du OUI et du NON ont eu des chances égaies de s\u2019exprimer, grâce à la loi québécoise sur les consultations populaires.Ce référendum fut donc un exercice démocratique et 93% des électeurs inscrits y ont participé.Un processus historique Cette évolution au Québec de l\u2019option souverainiste est le fruit d\u2019une maturation, d\u2019un processus historique amorcé il y a longtemps et s\u2019inscrit dans Chef de l\u2019opposition officielle à la Chambre des communes.Michel Gauthier* 112» L'ACTION NATIONALE une démarche du Québec vers la plénitude de ses pouvoirs.Lhistoire nous a démontré que les principaux leviers dont doit disposer un État moderne pour se développer sont détenus au Canada par le gouvernement fédéral.Depuis le début des années I960, les premiers ministres du Québec, fédéralistes comme souverainistes, ont tous réclamés plus de pouvoirs pour le Québec.Aujourd hui, plus que jamais, l\u2019impasse constitutionnelle canadienne nuit à l\u2019épanouissement du Québec.Comme toute société, le Québec a ses aspirations, ses priorités, ses projets, et il désire relever à sa manière les défis économiques et sociaux qui marquent notre époque.Pour y arriver, il doit contrôler toutes les fonctions normales d\u2019un État souverain, comme les pouvoirs de taxation, tous les pouvoirs législatifs, et le pouvoir de conclure des traités internationaux, afin de mettre sur pied des stratégies efficaces et des politiques cohérentes.Le cadre canadien freine le développement du Québec.Non seulement le Québec n\u2019y trouve pas tous les pouvoirs qu il lui faut, mais il ne peut même pas empêcher l\u2019érosion de ceux qu\u2019il possède.En effet, avec le pouvoir de dépenser, le gouvernement fédéral empiète régulièrement dans des domaines de compétence provinciale.Cette prérogative fédérale peut être avantageuse pour les provinces canadiennes plus petites et moins fortunées, mais elle est éminemment contraignante pour le Québec.Qu\u2019advient-il quand le Canada et le Québec ont des priorités divergentes?D\u2019abord leurs bureaucraties se chevauchent puis, la plupart du temps, elles en viennent à se nuire mutuellement par la mise en LACTION NATIONALE «113 place de politiques différentes et souvent contradictoires.Tout cela nous conduit à un constat fort simple: le Québec, qui représente l\u2019un des peuples fondateurs de la Fédération canadienne, est dans plusieurs domaines subordonné au gouvernement central et c\u2019est justement ce que les Québécois n\u2019acceptent pas, c\u2019est ce qui fait problème.Donc, plutôt que de réclamer plus de pouvoirs pour leur gouvernement, de plus en plus de Québécois réclament tous les pouvoirs pour celui-ci.Le Québec est dans plusieurs domaines subordonné au gouvernement central.Des promesses reniés Pour bien comprendre l\u2019évolution de l\u2019idée de la souveraineté au Québec depuis les dernières années, il faut rappeler ici les principaux épisodes constitutionnels canadiens.Lors de la première campagne référendaire de 1980, le premier ministre fédéral de l\u2019époque s\u2019était engagé envers l\u2019électorat québécois à procéder à des changements constitutionnels dans le sens de leurs revendications historiques.Sensible à cette promesse, la majorité des électeurs avait alors décidé de voter NON au projet de souveraineté présenté par le gouvernement du Québec.Mais au lieu d\u2019entreprendre les réformes promises, le gouvernement fédéral réalisa des changements qui allaient dans le sens contraires des revendications traditionnelles du Québec.Ainsi, le 5 novembre 1981, le gouvernement du Canada s\u2019entendait avec les neuf autres provinces du pays pour modifier le pacte fédératif sans le consentement du gouvernement du Québec.1 14 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les Québécois, pourtant partenaires originaux de la Confédération de 1867, furent placés devant le fait accompli.Le Canada imposa donc au Québec en 1982 une nouvelle Constitution qui n\u2019a jamais été ratifié par l\u2019Assemblée nationale du Québec puisqu\u2019elle limite ses pouvoirs.En 1995, au dernier jour de la campagne référendaire, le Premier ministre du Canada déclarait et je cite: «.des changements sont à l\u2019ordre du jour au Canada dès le lendemain d\u2019un NON.» «Un NON majoritaire le 30 octobre ouvre la voie aux changements que souhaitent les Québécois.» (Fin de la citation) Dans cet esprit, le Premier ministre Jean Chrétien a fait adopter par le Parlement fédéral des propositions qui se sont avérées symboliques.\u2022 Une résolution du Parlement canadien pour reconnaître le Québec comme société distincte n\u2019ayant aucune valeur constitutionnelle et qui peut être abrogée selon le bon vouloir du gouvernement fédéral.Depuis trois décennies, les Québécoises et les Québécois attendent toujours les changements qui leur ont été promis.\u2022\tUne simple loi prêtant le droit de veto fédéral à différentes régions du Canada.Cela ne représente d\u2019aucune façon une garantie satisfaisante pour le Québec car ce principe n\u2019est pas cons-titutionnalisé, il peut donc être abrogé à tout moment par le gouvernement fédéral.\u2022\tEt le retrait du fédéral de certains domaines de compétences provinciales dans lesquels il s\u2019immisce depuis plusieurs années, tout en gardant le pouvoir d\u2019imposer des lignes directrices.Depuis trois décennies, les Québécoises et les Québécois attendent toujours les changements qu\u2019ils souhaitent et qui leur ont été promis.L'ACTION NATIONALE «115 L\u2019impossible réforme Les nombreuses négociations et les rudes échecs constitutionnels des dernières années ont fait comprendre aux Québécois que le renouvellement du fédéralisme canadien dans le sens de leurs aspirations est impossible.Le désir profond et irréversible des Canadiens anglais de vivre dans une fédération uniforme, parfaitement symétrique, où toutes les provinces sont égales, joue en défaveur du Québec, tout comme le processus d\u2019amendement de la Constitution.Sur toutes sortes de questions, on le sait maintenant, c\u2019est toujours neuf provinces contre une.Les aspirations du Québec se butent à une vision qui n\u2019est pas la sienne.L\u2019expérience canadienne telle que vécue lors du rejet de l\u2019accord du Lac Meech par exemple, nous a démontré que l\u2019intervention d\u2019un seul politicien d\u2019une autre province, peut priver le peuple du Québec de la reconnaissance qu\u2019il réclame depuis si longtemps et cette situation est inacceptable.Toute tentative de réforme du fédéralisme n\u2019a donc plus de crédibilité au Québec.Quant au statu quo, c\u2019est clair, les Québécois ne veulent plus en entendre parler.Les fédéralistes Québécois, déçus, souvent échaudés, rejoignent de plus en plus le camp souverainiste, de sorte que la souveraineté du Québec incarne maintenant la seule option crédible pour l\u2019avenir du Québec.J\u2019ai la conviction que le Québec accédera à sa souveraineté, c\u2019est une étape logique de notre cheminement de peuple, la seule qui puisse véritablement permettre à la société québécoise d\u2019aller au bout de ses possibilités.116» L'ACTION NATIONALE Le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes est inaliénable.Le droit à l\u2019indépendance Les Québécois forment un peuple, ils se définissent eux-mêmes comme tel, et ils satisfont d\u2019ailleurs à tous les critères posés par la Chartes des Nations unies.Le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes est inaliénable.Le droit à l\u2019indépendance appartient donc au peuple du Québec.Mais si nous entendons exercer bientôt ce droit, cela ne veut pas dire que nous cherchons à nous replier sur nous-mêmes, à nous réfugier dans une identité nationale exclusive.Notre projet souverainiste consiste à revendiquer, pour l\u2019ensemble territorial québécois, la reconnaissance et les attributs de la souveraineté comme société francophone.Il est promoteur d\u2019une nation moderne.Progressif, il est naturellement pluraliste, généreux pour ses minorités culturelles, et il se situe résolument dans la multiplication des échanges mondiaux.Il n\u2019est pas question de nous enfermer dans nos frontières.Pas besoin de scruter longtemps notre projet pour se rendre compte qu\u2019il correspond à une démarche d\u2019ouverture sur le monde.Pour le Québec, il s\u2019agit d\u2019accéder au statut d\u2019État souverain et aux possibilités d\u2019épanouissement que cela comporte.Ce serait une regrettable erreur de croire que nos intentions sont, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, dirigées «contre» les anglophones, ou «contre» le Canada et ses institutions.Après l\u2019indépendance Car après la souveraineté, les destinées du Québec et du Canada seront encore liées.Nos situations géographiques, démographiques et économiques motivent l\u2019offre d\u2019un partenariat que le Québec sou- L'ACTION NATIONALE «117 mettrait au Canada à la suite d\u2019un OUI au référendum.Il faut comprendre que l\u2019idée d\u2019un partenariat fait partie intégrante de notre programme.Des arguments de poids militent en faveur de liens privilégiés entre le Québec et le Canada.Le principal est bien sûr économique.Les chiffres sont révélateurs.Selon les dernières données disponibles de Statistiques Canada, en 1990, le Canada a vendu au Québec pour près de 30,6 milliards de dollars de biens et services.Des centaines de milliers d\u2019emplois dépendent donc au Canada du commerce avec le Québec et l'inverse est aussi vrai puisque le Québec vendait quant à lui, au reste du Canada, pour près de 33,2 milliards de dollars.Ces données ne sont que partielles, mais elles sont éloquentes.Elles démontrent la nécessité de négocier une entente de partenariat Québec-Canada.De toute manière, comment croire que le Canada se priverait de l\u2019accès à un marché où il exporte pour plus de 30 milliards de dollars annuellement?Comment raisonnablement penser qu\u2019il mettrait sciemment en danger les centaines de milliers d\u2019emplois qui dépendent de ce commerce?Comment pourrait-il briser les liens industriels que les entreprises canadiennes et québécoises ont développés entre elles?Au moment où le Canada tente d\u2019élargir ses marchés dans toutes les régions du monde, au moment où il fait des efforts pour libéraliser ses échanges internes, il serait illogique que le Canada se prive du marché québécois, accessible et déjà acquis.Une association moderne Il ne fait aucun doute que les milieux d\u2019affaire et les marchés financiers réclameront un partenariat entre le Québec et le Canada.118» L'ACTION NATIONALE Le Québec et le Canada présenteraient une forme de bonne entente entre les peuples.C\u2019est pour cette raison que le Québec souverain proposerait une association moderne, c\u2019est-à-dire entre deux États souverains, dans laquelle il serait convenu que les pouvoirs détenus par les instances centrales soient délégués par les peuples canadiens et québécois.Cette association souple et intégrée permettrait au Québec et au Canada de coopérer dans des domaines d\u2019intérêt commun dans le respect de leur souveraineté respective.Le Québec et le Canada présenteraient ainsi au monde une forme intéressante d\u2019intégration et de bonne entente entre les peuples.Le Québec offrirait au Canada un partenariat dans les domaines suivants: \u2022\tL\u2019union douanière; \u2022\tLa libre circulation des marchandises; \u2022\tDes personnes; \u2022\tDes services; \u2022\tDes capitaux: \u2022\tLa politique monétaire; \u2022\tLa mobilité de la main-d\u2019œuvre; \u2022\tLa citoyenneté.Rien n\u2019empêcherait par ailleurs les deux États-membres d\u2019élargir leur collaboration, au rythme de leurs aspirations.Aussi, nous pensons qu\u2019il serait éventuellement possible d\u2019agir de concert en matière de commerce international, de transport, de protection de l\u2019environnement, bref, tout ce que les parties pourraient considérer d\u2019intérêt commun.Cette association pourrait être exercée au sein d\u2019institutions communes.Nous avons suggéré la mise sur pied de trois instances.Premièrement, un Conseil du Partenariat qui, formé à part égales de ministres des deux États, aurait un pouvoir décisionnel quant à la mise en œuvre du FACTION NATIONALE «119 traité.Les décisions de ce conseil seraient prises à l\u2019unanimité.Deuxièmement, une Assemblée parlementaire, composée de députés canadiens et québécois désignés par leur Parlement respectif.Cette assemblée aurait pour rôle d\u2019examiner les décisions du Conseil et de lui faire des recommandations.Troisièmement, un Tribunal chargé de régler les différends sur l\u2019interprétation et la mise en place du Traité.On pourrait ici s\u2019inspirer du tribunal de l\u2019ALENA, ou de celui de l\u2019Organisation mondiale du commerce.Bien sûr, toute cette proposition est sujette à négociation.Mais c\u2019est ce que nous avons en tête quand nous parlons de partenariat.Le Canada devra se rendre compte qu\u2019il peut lui aussi bénéficier d\u2019un nouveau partenariat.La souveraineté du Québec lui offrira l\u2019occasion de mettre un terme aux confrontations stériles qui, depuis trente ans, ont entraîné de grandes pertes d\u2019énergies qui ont nui au développement tant du Canada que du Québec.Dans cette foulée, les autres provinces canadiennes pourront en profiter pour mener à bien leur propre réflexion sur le lien fédératif qui les unit et permettra au reste du Canada de définir plus facilement ses priorités.Oui, la souveraineté politique du Québec assortie d\u2019un partenariat avec le reste du Canada constitue la seule voie qui puisse nous permettre de sortir de l\u2019impasse constitutionnelle actuelle.Le scénario Le scénario que nous entrevoyons est assez simple.D\u2019abord un référendum où la majorité des Québécoises et des Québécois se prononceront en faveur Le Canada devra se rendre compte qu\u2019il peut lui aussi bénéficier d\u2019un nouveau partenariat.120» L'ACTION NATIONALE Les Québécoises et les Québécois ont été leurrés par des promesses de premiers ministres fédéraux.de la souveraineté du Québec, ensuite une période d\u2019un an de négociations, à l\u2019issue de laquelle émergera le nouveau partenariat Canada-Québec.On me demande souvent pourquoi, après deux tentatives infructueuses, le gouvernement du Québec tiendrait un autre référendum sur la souveraineté.Voici la réponse: chaque fois qu\u2019ils ont été appelés à se prononcer sur un projet de souveraineté, les Québécoises et les Québécois ont été leurrés par des promesses de premiers ministres fédéraux dont l\u2019objectif réel était de subordonner l\u2019identité québécoise à l\u2019identité canadienne.Par conséquent, l\u2019idée de la souveraineté est en progression constante.De plus, si les Québécoises et les Québécois n ont pas approuvé les projets de souveraineté qui leur ont été présenté en 1980 et en 1995, ils ont également refusé d\u2019entériner la Constitution canadienne lors du référendum de 1992 sur l\u2019entente de Charlottetown.Bref, la question du Québec n\u2019a jamais été réglée.Enfin, je veux réitérer que c\u2019est le peuple du Québec qui a approuvé la tenue des référendums sur la souveraineté en élisant le parti qui en faisait la promotion.Ainsi, c\u2019est la population du Québec qui donnera le mandat à son gouvernement de tenir le prochain référendum sur la souveraineté.Le peuple du Québec aura alors l\u2019occasion de se prononcer sur son avenir de façon démocratique.Qui pourrait contester une telle décision ?Certains ont commencé à examiner la question de près.Ainsi aux États-Unis, deux experts renommés et un analyste du Secrétariat d\u2019État américain ont présenté la situation du Québec devant un sous-comité de la Chambre des Représentants sur les relations internationales.On a soutenu (et je cite) que: L\u2019ACTION NATIONALE «121 «.tout pointe vers la probabilité que le Québec sera souverain dans les années à venir» et que «.c\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019il faut, calmement, analyser la situation.Pas à la veille de l\u2019indépendance du Québec».(Fin de citation) À ce titre, il me semble que nos autres partenaires économiques devraient sérieusement s\u2019y préparer.Et dès maintenant.Le Québec moderne a un territoire de plus de 1,7 millions de km2, habité par près de 7,4 millions de personnes dont la langue officielle est le français.Une fois souverain, il sera le 18' pays du monde par sa population, le 17' par son étendue de son territoire et le 16' par la force de son économie.Ces données démontrent hors de tout doute la viabilité d\u2019un Québec souverain.Les prises de positions de mon parti témoignent de l\u2019attitude responsable qu\u2019aurait un Québec souverain dans la communauté internationale.Ces prises de positions se fondent sur le respect de la démocratie, des droits de la personne et des minorités, sur le respect des ententes internationales, sur la promotion des échanges économiques et sur le dialogue comme moyen de résoudre les conflits.La question du Québec D\u2019ici le prochain référendum, le Québec continuera de faire partie de la Fédération canadienne et assumera ses responsabilités comme il l\u2019a fait jusqu\u2019à maintenant.Cependant, le lien moral entre le Québec et le reste du Canada a été rompu en 1982.La Constitution du Canada s\u2019applique en dépit de la volonté du Québec.Une vraie fédération ne saurait exister sans le consentement de l\u2019un de ses partenaires fondamentaux.122» L'ACTION NATIONALE Le projet de la souveraineté du Québec est démocratique, ouvert sur le Canada, ouvert sur le monde.Ainsi, malgré les prétentions du gouvernement du Canada, la question du Québec ne se réglera pas devant les tribunaux.Ce n\u2019est pas une question juridique, c\u2019est une question politique.Contrairement à ce que prétend le Canada sur les tribunes internationales, la question du Québec n\u2019est pas réglée.Oui, il y aura un autre référendum sur la souveraineté du Québec et les Québécoises et les Québécois décideront d\u2019opter pour la souveraineté: \u2022\tparce que c\u2019est l\u2019aboutissement historique d\u2019un long processus de développement de leur identité nationale; \u2022\tparce que la Fédération canadienne ne donne pas à l\u2019État du Québec les instruments nécessaires à la poursuite de son développement et à l\u2019expression de son identité; \u2022\tparce qu\u2019après 30 ans de négociations, la preuve est maintenant faite, le renouvellement de la Fédération canadienne est impossible; \u2022\tenfin, c\u2019est aussi parce que chaque fois qu\u2019ils ont été appelés à se prononcer sur la souveraineté, les Québécoises et les Québécois ont été leurrés par des promesses de changements qui n\u2019ont jamais été réalisées.Le projet de la souveraineté du Québec est démocratique, ouvert sur le Canada, ouvert sur le monde.C\u2019est un projet responsable, légitime et qui mérite la considération de la communauté internationale.__ CACTION NATIONALE «123 Notre patrimoine La Maison Saint-Gabriel iVlarguerite Bourgeoys est originaire de Troyes, en Champagne (France).À l\u2019âge de 20 ans, elle devient membre externe d\u2019une congrégation qui formait des jeunes filles à l\u2019enseignement dans les milieux pauvres.Elle est présentée à Paul de Maisonneuve, un des fondateurs de Montréal, qui recherche une institutrice pour la colonie.Celui-ci la convainc et Marguerite Bourgeoys s\u2019embarque pour la Nouvelle-France.Elle arrive à Ville-Marie en novembre 1653 et seconde Jeanne Mance auprès des colons.En 1657, elle fonde la première école de Montréal que l\u2019on situe sur l\u2019actuelle rue Saint-Paul.«M.de Maisonneuve, écrit-elle, voulut bien me donner une étable en pierre pour en faire une maison et y loger celles qui feraient l\u2019école.Cette étable en pierre avait servi de colombier et de loge pour les bêtes à cornes.Il y avait un Laurence Lambert La Maison Saint-Gabriel 2146, Favard, Pointe St-Charles, Montréal H3K 1Z7 124» L'ACTION NATIONALE grenier au-dessus où il fallait y monter par une échelle, par dehors, pour y coucher.Je la fis nettoyer, j\u2019y fis faire une cheminée et tout ce qui était nécessaire pour y loger les enfants.» La même année, elle projette la construction d\u2019une chapelle de pèlerinage: Notre-Dame-de-Bon-Secours.En 1659, elle va chercher en France quatre compagnes, - qui vont être à l\u2019origine de la fondation de sa Communauté \u2014 et se voit confier 32 jeunes filles destinées à fonder une famille dans la colonie.Ces «filles du Roy», étaient le plus souvent des enfants trouvées, orphelines ou filles de parents pauvres sans être nécessairement de naissance illégitime.1 Elles recevaient du roi une dot, un trousseau et un billet de traversée.De 1662 à 1673, les institutrices leur enseignent en quelques semaines les rudiments de la vie de colon: défrichage, labours, cuisine, couture, etc.Afin de loger ces femmes, Paul de Maisonneuve lui accorde un lopin de terre en bordure du Saint-Laurent, dans l\u2019actuel quartier de la Pointe-Saint-Charles.2 Marguerite Bourgeoys y achètera même une maison.Au dessus de la porte d\u2019entrée, elle avait fait installer une pancarte indiquant «filles à marier».Marguerite Bourgeoys signera parfois elle-même les contrats de mariage.Son oeuvre prend rapidement de l\u2019expansion.Le domaine devient une concession agricole, puis une école de métiers appelée l'ouvroir de la Providence en 1676.Les femmes y apprenaient les divers travaux de la ferme qui leur étaient attribués.La maison fut incendiée en 1693 et reconstruite en 1698 sur les mêmes fondations.Elle est depuis restée intacte jus- 1.\tLionel Groulx, Histoire du Canada-Français, Fides, 1960, Tl, p.83.2.\tEn raison d\u2019un traité de paix avec les Iroquois, en 1660, les colons commencent à s\u2019établir en dehors de l\u2019enceinte de Ville-Marie.L\u2019ACTION NATIONALE *125 qu\u2019à nos jours.À partir du XVIII' siècle, son rôle premier sera d\u2019y loger les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame chargées d\u2019administrer et d\u2019exploiter le domaine agricole.L\u2019exploitation s\u2019étendait alors d\u2019Est en Ouest du Pont Champlain jusqu\u2019à la rue Condé et du Fleuve Saint-Laurent jusqu\u2019à Factuelle rue Wellington.De cet immense domaine, il ne reste plus aujourd\u2019hui que la maison et la grange situées sur la petite rue Favard, tout près de la rue Wellington.L\u2019expansion urbaine démembrera progressivement l\u2019exploitation dès la fin des années 50.L\u2019activité agricole cessera définitivement en 1955.Cette maison de plus de trois siècles est devenue le Musée Saint-Gabriel en 1965.C\u2019est une grande maison de pierre au toit fortement incliné rappelant les maisons bretonnes.D\u2019un côté s\u2019ajoute la laiterie d\u2019origine (épargnée par l\u2019incendie) et du côté ouest, une partie plus récente datant de 1826, qui servait de salle commune aux ouvriers de la ferme.Chaque pièce a retrouvé sa fonction d\u2019origine.Que ce soit dans la cuisine, le dortoir ou le grenier, le visiteur est séduit par la sérénité des lieux et la beauté des meubles du 18' siècle: en consultant l\u2019inventaire de 1722, on a réuni une grande partie des objets et des meubles que contenait la maison et qui étaient disséminés dans plusieurs couvents du Québec, tels que armoires, coffres, maie à pain, chaises cannées, tableaux d\u2019époque.Dans la cuisine, un énorme foyer de pierre, une très belle collection d\u2019ustensiles en étain et une pierre d\u2019eau : un évier taillé dans la pierre vive.À l\u2019étage, se situent les dortoirs des institutrices ainsi que la chapelle.Le grenier, quant à lui, recèle des trésors: sous la charpente apparente, assemblée avec des chevilles, se tient une exposition permanente sur la vie d\u2019autrefois: métiers à tisser, courtepointes, collection de moules à sucre d\u2019érable.Mille et un objets qui ravissent les yeux.126» L'ACTION NATIONALE Dans la cour, la grange bâtie dans les années 1860 a conservé elle aussi, son aspect d\u2019origine (extérieur et intérieur).Outre, une salle de recherche et une salle d\u2019animation pédagogique - n\u2019oublions pas que les soeurs de la Congrégation comme Marguerite Bourgeoys, se sont vouées à l\u2019enseignement \u2014 une troisième salle musée présente en ce moment la vie de Jeanne Leber.Deux magnifiques exemples de broderies (activité à laquelle elle s\u2019adonnait pendant sa réclusion) sont exposés.Merveilleux voyage au cœur de l\u2019histoire, la Maison Saint-Gabriel est un présent du passé qu\u2019il faut préserver et absolument visiter.ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL Mensuel nation»! de l'actualité pédagogique publié 10 fois l'an de septembre à juin 25$ par année ou -42$ pour deux ans : taxes incluses Envoyez vos noms et adresses et votre chèque ou mandat-poste à: Journal LES ENSEIGNANTS 1316, Domaine du Moulin L'Ancienne-Lorette, Québec G2E 4N1 Téléphone ou télécopieur: (418) 872-6966 L'ACTION NATIONALE \u2022 127 Résolutions du Sommet populaire du 19 octobre 1996 L\u2019indépendance du Québec Maintenant ou jamais?Attendu que le peuple québécois possède une histoire, une identité, une langue, une culture, des lois et des institutions qui lui sont propres, Attendu qu\u2019il a le droit de disposer de lui-même et de choisir librement le régime politique de l\u2019avenir, Attendu qu\u2019il possède un territoire et des ressources lui permettant de former un Etat moderne, Attendu que le projet indépendantiste appartient au peuple du Québec, II est résolu de demander au gouvernement du Québec 1.\tde démontrer en tout temps les raisons pour lesquelles le peuple québécois doit quitter la Confédération, 2.\tde démontrer les répercussions des politiques centralisatrices du gouvernement fédéral, 128 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 3.\tde démontrer que la souveraineté est un instrument indispensable au développement culturel, social et économique, 4.\td\u2019affirmer que le Québec, sans se fermer aux autres cultures et langues, sera un pays de langue française, 5.\tde promouvoir sans cesse la souveraineté au lieu de la mettre en veilleuse, 6.\td\u2019assumer pleinement tous les pouvoirs que lui accorde la la constitution canadienne, 7.\tde gouverner pour bâtir un Québec libre et prospère, basé sur la justice et l\u2019équité sociale, 8.\tde sensibiliser la communauté internationale au droit du Québec à choisir librement son avenir politique; 9.\td\u2019organiser une Assemblée constituante pour établir une constitution québécoise.L\u2019épargne québécoise Au Québec ou ailleurs?Attendu que le contrôle de l\u2019épargne populaire est indispensable au développement d\u2019un pays, Attendu que les sociétés d\u2019assurances hors Québec perçoivent annuellemmt plus de six milliards$ de primes québécoises quelles investissent massivement en d\u2019autres provinces et pays, Attendu que les caisses de retraite québécoises placent hors Québec près de 100 milliards$, Attendu que les sociétés de fonds mutuels déportent hors Québec au moins vingt-un tnilliards$ d\u2019épargne québécoise, Attendu qu\u2019une partie importante de ces milliards doit servir au développement du Québec, L'ACTION NATIONALE «129 Il est résolu de 1.\tdévelopper au Québec les marchés financiers, boursiers, monétaires et obligataires, 2.\tréinvestir au Québec selon un système de priorités lié au développement social, économique et régional, 3.\tinvestir davantage dans les titres publics du Québec, 4.\tlimiter à 40% la portion exportable de placements faits par les sociétés financières, 5.\tassocier «Caisse de dépôt et placement» à la gestion des caisses de retraite des sociétés et institutions publiques, 6.\tconvier les sociétés financières à participer conjointement à des placements quelles ne peuvent entreprendre isolément, 7.\tétablir un marché organisé pour les titres de sociétés à petite ou moyenne capitalisation.8.\tcréer une association de surveillance des placements des institutions du Québec (ASPIQ).La croissance de l'emploi L\u2019assurance du chômage ou du travail Attendu que plus d\u2019un million de Québécoises et de Québécois sont sans emploi, Attendu que le chômage et l\u2019aide sociale coûtent plus de trente milliards de dollars par année, Attendu que des centaines de milliers de personnes occupent des emplois à temps partiel et à faible revenu, 130 \u2022 L'ACTION NATIONALE Attendu que la croissance de l\u2019emploi, respectueuse de la qualité de l\u2019environnement, est la condition fondamentale du bien-être du peuple québécois, Il est résolu de demander au gouvernement, aux entreprises et au mouvement syndical de faire de l\u2019emploi un des objectif prioritaires des prochaines années et à cette fin de 1.\taccroître le contrôle du marché intérieur, 2.\tpénétrer davantage les marchés étrangers en utilisant les nouvelles techniques d\u2019information et de communication, 3.\tmobiliser l\u2019épargne québécoise pour développer le potentiel économique et l\u2019essor des entreprises québécoises, 4.\trapatrier les leviers économiques dont s\u2019est emparé le gouvernement fédéral: assurance-emploi, centres d\u2019emploi, formation professionnelle, 5.\tmettre fin aux dédoublements qui existent entre divers ministères du gouvernement québécois, 6.\tfavoriser le partage de l\u2019emploi, 7.\taxer les interventions relatives à l\u2019emploi dans le sens de la solidarité sociale et de l\u2019insertion des exclus aptes au travail, en association avec le secteur municipal, 8.\tétablir des mécanismes souples et efficaces de concertation sociale; 9.\tconcevoir une politique de développement régional de l\u2019emploi appliquée de manière créative.10.\tétablir un moratoire sur la suppression d\u2019emploi dans les services publics.L'ACTION NATIONALE «131 La fiscalité Les paradis fiscaux ou le Québec Attendu que les premiers fonctions de la fiscalité sont le financement des services publics dont l\u2019éducation, la santé, les services sociaux et la redistribution équitable de la richesse, Attendu que les politiques néo-libérales, réduisant le taux d\u2019impôt sur le revenu des compagnies, n\u2019ont ni créé les emplois promis, ni accru les rentrées fiscales espérées, Attendu que les politiques fiscales imposent un fardeau excessif à la classe moyenne, Attendu que les coupures dans l enseignement et dans les services sociaux appauvrissent la collectivité toute entière, Il est résolu (entre autres) de demander au gouvernement du Québec 1.\td\u2019établir une politique fiscale plus équitable en rétablissant plus de progressivité dans les taxes sur le revenu et en supprimant tout avantage fiscal dont l\u2019apport économique n\u2019est pas clairement établi, 2.\tde raccoucir la période de report de pertes fiscales et d\u2019interdire les ventes et les transferts de pertes fiscales, 3.\tde mettre fin au régime des fiducies familiales et des reports d\u2019impôt, 4.\td\u2019éliminer les échappatoires fiscales dans les paradis fiscaux, 5.\td\u2019établir un impôt minimum pour les compagnies, 132» L\u2019ACTION NATIONALE 6.\td\u2019augmenter les taux d\u2019impôt sur le revenu des plus fortunés, 7.\td\u2019imposer à 100% les gains réalisés par les options d\u2019achat d\u2019actions, 8.\tde réduire la part des dépenses personnelles introduites dans les sociétés par actions, 9.\tde réduire à 7 500$ le plafond déductible du REER et d\u2019ajuster de façon équivalente les déductions admissibles aux fonds de pension.L'équité salariale L\u2019égalité féminine ou la pauvreté Attendu que le principe «à travail équivalent, salaire égal» a été reconnu, il y a maintenant vingt ans, dans la Charte des droits et libertés de la personne, Attendu que la discrimination salariale a l\u2019égard des femmes n\u2019est pas une exception mais bien la règle, et que la majorité des femmes ne peuvent supporter le processus de plainte prévu à la charte.Attendu que les écarts de salaires entre les femmes et les hommes demeurent importants et que les femmes gagnent toujours moirn de 70% du salaire des hommes, Attendu qu\u2019il est nécessaire d\u2019adopter une loi pour mettre fin à la discrimination salariale, Attendu que cette situation de discrimination salariale appauvrit aussi les femmes lors de leur retraite, de leur congé de maternité ou lorsqu\u2019elles reçoivent des prestations d\u2019assurance-chômage, etc.L'ACTION NATIONALE *133 Résolution Nous demandons le respect du droit fondamental à la pleine reconnaissance de la valeur du travail des femmes, Nous demandons une loi proactive dont le champ d\u2019application est universel, Nous demandons une loi qui s\u2019attaque au cœur du problème en effectuant les comparaisons entre les emplois à prédominance féminine et masculine, Nous demandons une loi qui favorise la formation et l\u2019information des travailleuses et des travailleurs, syndiqués ou non, et leur participation à l\u2019ensemble de la démarche d\u2019équité salariale, Nous demandons que l\u2019administration de la loi soit confiée à une Commission sur l\u2019équité salariale nantie des ressources et des pouvoirs suffisants pour soutenir la démarche, Nous demandons une loi qui confie à une unité spécifique du tribunal du travail, le soin d\u2019entendre les plaintes et de juger les litiges, en accordant à chaque individu les moyens d\u2019être adéquatement représenté, Nous exigeons l\u2019adoption de la loi proactive sur l\u2019équité salariale maintenant.La langue française Des institutions bilingues ou françaises Attendu que la langue française est au cœur de l\u2019identité du peuple québécois, Attendu que le gouvernement du Québec est responsable de la protection et de la promotion de la langue française, seule langue officielle, 134 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Attendu que la Charte de la langue française a été conçue pourfaire de la langue française la langue commune de tous les Québécois et Québécoises, Il est résolu (entre autres) de demander au gouvernement du Québec de 1.\tabroger la loi 86 qui a placé le français et l\u2019anglais sur un pied d\u2019égalité, 2.\tproclamer le français, la seule langue de la législation et de la justice, 3.\tassurer l\u2019intégration des enfants immigrés dans des écoles et des cégeps francophones par la valorisation de la culture québécoise, 4.\td\u2019ajuster les niveaux d\u2019immigration aux capacités d\u2019intégration de la population québécoise et surtout montréalaise, 5.\tobliger les entreprises québécoises à détenir un certificat de de francisation renouvelable périodiquement, 6.\tinterdire la généralisation du bilinguisme simultané dans les institutions publiques québécoises, 7.\tfranciser la technologie et les autoroutes de l\u2019information, 8.\trétablir l'affichage unilingue français, y compris dans la signalisation routière, 9.\tfinancer les universités anglophones selon le prorate de la population reconnue officiellement de langue anglaise.10.\tfaire de Montréal la capitale de la francophonie en Amérique et y investir les ressources nécessaires pour concrétiser et stimuler ce projet d\u2019envergure pour la Métropole.L\u2019ACTION NATIONALE «135 À travers l\u2019actualité La bataille de Saint-Eustache .Les Patriotes réclamaient droits et justice.Les gouverneurs ignoraient les plaintes, les requêtes, les pétitions, les revendications et les résolutions.La révolte éclate.Les insurgés sont battus à Saint-Charles le 25 novembre.La bataille se transporte dans le comté des Deux-Montagnes.Le docteur Chénier et Girod, un émigré suisse, dirigent la troupe des Patriotes.Ils s\u2019emparent des fusils, des munitions et du canon de la mission des sauvages.Ils établissent leur camp à Saint-Benoît, puis à Saint-Eustache.Au curé Paquin qui s\u2019efforce de le dissuader, Chénier répond: «Vous devriez être à notre tête quand nous irons combattre, pour nous donner l\u2019absolution».Le 14 décembre 1837, le gouverneur Colborne accourt sur les lieux à la tête de 2 000 soldats et d\u2019un bataillon de volontaires.Les 250 Patriotes sont enfermés dans l\u2019église.Colborne cerne le village.Des soldats tentent d\u2019enfoncer les portes de l\u2019église.Comme ils n\u2019y parviennent pas, ils mettent le feu à l\u2019église.Un immense brasier s\u2019élève.Au fur et à mesure que les insurgés sortent du temple, les soldats les abattent.Chénier tombe dans le cimetière.70 Patriotes furent tués.Les autres furent faits prisonniers.Le village est incendié.L\u2019armée de Colborne se dirige ensuite sur Saint-Benoît.Une délégation des habitants va au-de- Rosaire Morin 136» L'ACTION NATIONALE De l\u2019emploi pour les gens de l\u2019ubac.vant de l\u2019armée et exprime des propositions de paix.Les 300 Patriotes de Saint-Benoît déposent les armes.Colborne accepte la reddition.Il donne l\u2019ordre de brûler les maisons des chefs.Mais tout le village fut incendié.Le Tiers-Québécois Le tiers des Québécoises et des Québécois vivent sous le seuil de la pauvreté.D\u2019une pauvreté grandissante.Comme si la pauvreté pouvait grandir.Le nombre des prestataires du chômage et de l\u2019aide sociale augmente sans cesse.Et les prestations diminuent.Du côté de l\u2019ubac, le verre est vide.L\u2019hiver approche.Les portes des églises, des écoles et des gratte-ciel resteront fermées aux itinérants.Au Québec, des enfants souffrent de la faim.Des familles vivent dans des taudis.Au sommet de l\u2019adret, le verre est plein.Les banques monopolisent la richesse.Les riches se réfugient dans des paradis fiscaux.Ils ont inventé les fiducies familiales, les reports d\u2019impôt, les abris fiscaux, les provisions pour pertes.Un centième de la population s\u2019enrichit à un rythme époustouflant.L\u2019argent s\u2019accumule dans des voûtes.Il faut la redistribuer.Les profits doivent servir à créer de l\u2019emploi.De l\u2019emploi pour les gens de l\u2019ubac.Appauvrissement zéro La pauvreté se propage.830 000 assistés sociaux, c\u2019est presque la population de Montréal.460 000 chômeurs, c\u2019est plus que la population de Québec.La moitié des familles dirigées par une femme sont pauvres.Le quart des familles de Montréal sont pauvres.La moitié des personnes seules à Montréal sont pauvres.La situation est grave.À la veille du Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi, une initiative louable n\u2019a L\u2019ACTION NATIONALE «137 pas retenu l\u2019attention de La Presse.Je veux parler du «jeûne à relais du refits de la misère» animé par Vivian Labrie et Jean-Yves Rousseau.L\u2019église Jacques-Cartier de Québec où a eu lieu le jeûne est devenue «un lieu de vie et de rencontres».Quelques extraits des bulletins publiés sont ici extraits: \u2014\tAlbert, le sans-abri qui est arrivé samedi avec un œil au beurre noir, dort dans dans l\u2019église depuis trois jours.Aujourd\u2019hui, il a pogné une jobine et dépanné une dame en remettant ses chassis doubles.Albert n\u2019a même pas de logement, ce qui lui complique la vie à l\u2019aide sociale.\u2014\tIl y a aussi Madeleine.On a compris, ce soir, quelle refusait de tout son cœur la misère de son fils.qui veut travailler et qui cherche encore un emploi.N\u2019a-t-il pas droit à un emploi lui aussi?«On demande se serrer la ceinture.Les pauvres sont rendus à la dernière coche».\u2014\tFrançois s\u2019est présenté au bureau de l\u2019aide sociale (le 22 octobre) pour présenter sa première demande.On lui a dit qu\u2019on étudierait sa demande après la rencontre avec un agent, lundi prochain le 28.Ensuite, une attente d\u2019un minimum de 10 jours est prévue.François pense sérieusement à s\u2019en aller à Vancouver.Les autres jeûneurs et jeûneuses ont engagé une conversation passionnante avec Maurice Couture venu en visite d\u2019appui.Louise-Anne, après une semaine d\u2019église ouverte, demande: \u2022\tVoulez-vous me dire, Mgr Couture, pourquoi les portes de l\u2019église sont barrées?\u2022\tC\u2019est paradoxal, mais c\u2019est parce qu\u2019il y a trop de richesses dans les églises, qu\u2019il répond.C\u2019est pour éviter les vols.\u2022\tMais alors les églises deviennent des cofifre-forts, rétorque une autre jeûneuse.Les pauvres sont rendus à la dernière coche.138 \u2022 L'ACTION NATIONALE \u2022 C\u2019est alors que la maman de Javier, 18 mois, arrivée pendant la conversation, a un cri du cœur:.C\u2019est beau une église riche en matériel mais qu\u2019est-ce que ça donne quand y a personne dedans ?Dans notre société les pauvres sont harcelés Ils manquent de tout, c\u2019est à devenir fou Pourtant malgré tout ils se tiennent debout Appauvrissement zéro, la misère c\u2019est de trop.Appauvrissement zéro, la misère c'est de trop.Nos hommages aux animateurs de ce jeûne et nos plus sincères félicitations! La Fédération des femmes du Québec et la Coalition nationale des femmes contre la pauvreté poursuivront la lutte.Nos pages leur sont ouvertes.Puisque la question de la pauvreté est préoccupante, nous préférons consulter les personnes qui luttent contre la pauvreté.Action nationale et Vidéotron La télévision de Radio-Canada n\u2019a pas invité un porte-parole de L\u2019Action nationale depuis notre cinquantième anniversaire.Il y a déjà 33 ans depuis cet évènement.C\u2019est donc avec enthousiasme que nous réagissons à l\u2019initiative de Vidéotron de présenter une série de onze émissions sur son réseau.Hommage et honneur à la télévision qui respecte la libre expression! Depuis la mi-septembre, onze émissions d\u2019une heure ont été réalisées sous le thème «Le Québec de l\u2019an 2000».Elles vulgarisent les idées de L\u2019Action nationale pour l\u2019élaboration d\u2019un projet de société.Il a été question de culture, de langue, d\u2019économie, d\u2019épargne, de finances publiques, d\u2019emploi, de condition féminine, de sécurité sociale.Parmi les intervenants, on retrouve entre autres Gisèle Bourret, Guy Bouthillier, Claudette Carbon-neau, Robert Comeau, Louisette Dussault, Jacques Gagnon, Jean-Claude Germain, Pierre Graveline, LACTION NATIONALE «139 Léo-Paul Lauzon, Lise Moisan, Thérèse Sainte-Marie, Rodrigue Tremblay.D\u2019autres personnalités ont été interrogées: François Beaudoin, Guy Charron, Mariette Clermont, Antoine Géloso, Suzanne Leclerc, Daniel Lefebvre, Chantal Lévesque, Jean-Claude Poitras, Francine Ruest-Jutras, Jean-Pierre Sauriol.Le Québec de l\u2019an 2000 était animé par Gabi Drouin.M.Drouin était appuyé en studio par Josée Legault, politologue, Jean-François Nadeau, politologue et Marcel Tessier, historien.Le réalisateur était Jean-Pierre Gariépy.La coordination a été assurée par Jean-Paul Champagne assisté de Jacques Bru-nelle.Ces onze heures d\u2019émissions ont été réalisées de bon gré, à titre gracieux par tous les participants et animateurs.Le bénévolat est l\u2019une des grandes richesses de L\u2019Action nationale.Je le souligne avec fierté et j\u2019exprime à tous les collaborateurs et collaboratrices du programme et de la revue l\u2019expression de notre gratitude la plus profonde.La langue au pays du Québec Nos amis se trompent.Ils ne discernent pas toujours l\u2019essentiel.Certes, l\u2019afFichage, c\u2019est important.C\u2019est le visage.Si le Québec est un pays de langue française, le visage doit le réfléter.Mais, la figure, on pourra toujours la nettoyer, un jour prochain, si nous restons en bonne santé.L\u2019essentiel, c\u2019est le cœur.Le cœur du problème de la langue réside dans l\u2019intégration des enfants immigrés.Dans la région métropolitaine, il y a trop d\u2019écoles Saint-Luc.Trop d\u2019écoles où les enfants immigrés constituent la majorité de la population étudiante.On les transporte par autobus des quatre coins de l\u2019île pour les cantonner dans un même lieu.La minorité francophone d\u2019une école ne peut inté- Le bénévolat est l\u2019une des grandes richesses de L'Action nationale.140 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019école est le cœur de l'intégration des immigrants.grer la majorité allophone de l\u2019école et la majorité allophone de l\u2019école s\u2019assimile en conséquence à la minorité anglophone du Québec.Dans la région métropolitaine, il y a trop d\u2019élèves immigrés qui fréquentent les écoles françaises des commissions protestantes, véritable lieu d\u2019anglicisation pour les nouveaux venus.Il y a trop d\u2019élèves immigrés qui s\u2019inscrivent au cegep anglophone à la fin de leurs études de niveau secondaire.L\u2019école est le cœur de l\u2019intégration des immigrants.Si le cœur est malade, la santé du Québec français sera de plus en plus anémique et défaillante.Montréal, la plus grande ville française de langue anglaise Le ministre Serge Ménard a beaucoup de mérite.Il a réussi à asseoir ensemble 800 représentants de la grande région métropolitaine.Ensemble, ils ont enfanté une nouvelle structure.Elle sera dirigée par des élus, des nommés et des cooptés.Elle s\u2019occupera de promotion économique, du transport et de l'aménagement du territoire.Elle sera financée par le gouvernement du Québec qui n\u2019a pas d\u2019argent.La nouvelle structure avortera rapidement.Plus de cent municipalités ont des intérêts à protéger.Des dizaines de commissions scolaires défendront leur royaume.Les commissions multiples d\u2019aménagement, d\u2019urbanisme, de transport et autres ne renonceront pas à leur pouvoir.Pour résoudre l\u2019énigme, il n\u2019y a qu\u2019une solution: fusionner les municipalités et les commissions scolaires au MRC et abolir nombre d\u2019organismes municipaux.À respecter toutes les bureaucraties, on court toujours après le temps perdu.Bombardier Le premier ministre Jean Chrétien vient de prêter 87 millions de dollars à Bombardier.Le taux L'ACTION NATIONALE \u2022 14 1 d\u2019intérêt?Zéro.Les contribuables combleront le manque à gagner.Ce patronage éhonté n\u2019a même pas été dénoncé au Québec.L\u2019occasion nous est donnée une autre fois de stigmatiser cette pratique trop généreuse envers les entreprises.Bombardier n\u2019est pas la seule compagnie bénéficiaire des faveurs gouvernementales.Mais cette société, plus que toute autre, a exploité la mine inépuisable du trésor public.Elle connaît la multitude des programmes gouvernementaux.Elle possède un personnel spécialisé qui ouvre les portes.Bombardier a dû recevoir au moins mille subventions au cours des vingt dernières années.Le prétexte de la libre circulation favorise la remise d\u2019octrois pour le métro de Mexico ou de Saint-Clin-clin.Trudeau avait facilité à Bombardier l\u2019achat de Cana-dair.Il l\u2019avait aidé à lancer le Challenger.Mulroney lui a donné l\u2019entretien des CF-18.Chrétien vient de prêter sans intérêt.Le gouvernement comprendra-t-il un jour qu\u2019il devrait agir différemment?Le mouvement syndical peut-il comprendre que le régime d\u2019aide aux grandes entreprises devrait et pourrait favoriser d\u2019abord les travailleuses et les travailleurs?Pourquoi les privilèges, les octrois, les subventions et les faveurs de toute nature ne seraient-ils versés au syndicat ou à un organisme de développement qui investirait le montant correspondant dans l\u2019entreprise?Le résultat produirait cette répartition réclamée de la richesse.Un exemple: Consolidated Bathurst.Cette entreprise a reçu des dizaines de millions de dollars en privilèges de toutes sortes.Lorsque Paul Desmarais a vendu à la famille Stone, les travailleurs n\u2019avaient pas le droit de parole.M.Desmarais a encaissé toutes les faveurs argentées reçues des gouvernements pour les replacer principalement en Europe et en Asie.Si le syndicat avait détenu des actions correspondantes aux faveurs accordées, les choses se seraient passées Desmarais a en caissé toutes les faveurs argentées reçues des gouvernements.142 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019eau n'est pas plus privatisable que les pompiers.différemment.Pour le moins, les travailleurs auraient pu encaisser le montant de leurs actions.Privatisation de l\u2019eau Le gouvernement du Québec songe à créer des sociétés d\u2019économie mixte pour la distribution de l\u2019eau potable.C\u2019est la trouvaille du ministre Rémy Trudel.Un projet de loi sera présenté à l\u2019automne.Par surcroît, des aqueducs seront privatisés.Ce sera une privatisation réglementée.Pourquoi agir ainsi?La rénovation et la restauration des équipements coûtera des sommes astronomiques.Le gouvernement n\u2019a pas l\u2019argent?SNC-Lavalin, la Lyonnaise des eaux, la Société générale des eaux et Bouygues et d\u2019autres sociétés sont intéressées à réaliser ces travaux.Elles emprunteront les sommes nécessaires Qui paiera?Ces sociétés ne renonceront sûrement pas à réaliser des profits fabuleux.Elles ne travailleront pas au prix coûtant.Qui paiera?Qui paiera aux entreprises des profits faramineux?Les contribuables.Ils paieront des comptes d\u2019eau majorés, glonflés.Comme en Angleterre.Comme en France.Ils subiront une diminutation de la qualité de l\u2019eau.Comme en France.Cette réduction qui peut menacer la santé augmente les profits.Oh! l\u2019intention du Ministre est excellente.Il veut conserver le «contrôle du citoyen sur le prix, le coût de ces services, parce que c\u2019est un service public de première ligne».On connaît la faible capacité de contrôle de toutes les régies inventées qui autorisent toujours la moitié des augmentations majorées du double L\u2019eau est un bien essentiel.Elle n\u2019est pas plus privatisable que les pompiers.Les expériences de la France et de l\u2019Angleterre devraient nous éclairer.Des poursuites judiciaires sont intentées contre la Lyonnaise des eaux et la Générale des eaux pour corrup- LACTION NATIONALE \u2022 143 tion et livraison d\u2019eau contaminée.En Angleterre, les compagnies coupent le compteur d\u2019eau à des milliers d\u2019usagers pour non-paiement des factures.L\u2019eau, service essentiel, ne peut être gérée par des entreprises qui recherchent le profit, sans trop se préoccuper de considérations humanitaires.Jean Chrétien La Presse du 23 octobre reproduit de larges extraits du discours de Jean Chrétien qui fait appel à la solidarité canadienne pour remettre Montréal sur pied.Voici un passage qui suit une phrase très chrétienne «Le temps est venu pour tous, où que nous vivions au Canada, de dire que nous sommes tous des Montréalais».Vous ne le saviez pas?«Personne ne devrait vivre dans une société privilégiée comme la nôtre avec une épée de Damoclès constamment suspendue au-dessus de nos têtes.«Alors inutile de se cacher la tête dans le sable.Nous savons tous que la menace d\u2019un autre référendum sur la séparation, rapidement après la prochaine élection provinciale, ne contribue pas actuellement à retenir les investissements à Montréal et ne les attire pas non plus».Quel bobard! M.Chrétien devrait s\u2019informer à son patron Laurent Beaudoin ou à son confident Paul Desmarais.Pour eux, l\u2019insécurité politique du Québec est un prétexte pour justifier certaines décisions d\u2019affaires.C\u2019est un faux-fuyant, un subterge de leur part.Les entreprises Bombardier et Power ne craignent pas l\u2019insécurité politique.Elles investissent dans l\u2019Irlande du Nord.ManuLife Financial ManuLife Financial possède un actif de 50 milliards$.Elle gère près de 100 milliards$.Elle vient d\u2019acquérir Altamira.Cette société de fonds mu- L\u2019insécurité politique du Québec est un prétexte pour justifier certaines décisions d\u2019affaires.144 \u2022 L'ACTION NATIONALE tuels possédait un actif de 5 343 millions $ au 31 décembre dernier.Elle possède un réseau de ventes au Québec qui est très actif.Son volume d\u2019affaires au Québec est-il de 20 ou de 25%?Peut-être davantage?Comme les autres fonds mutuels, Altamira investit des miettes en terre québécoise.361 millions $ au Québec.Pas un sou dans les obligations du gouvernement du Québec, mais 731 millions $ dans les obligations du gouvernement fédéral.Espérons que le président Dominic D\u2019Alessandro de ManuLife qui connaît le Québec nous réservera un meilleur sort.L\u2019affaire Roux J\u2019extrais de l\u2019article de Gilles Lesage, Le Devoir, 9 novembre 1996, quelques citations délicieuses dans l\u2019affaire Roux.\u2014\tEn raison de son poste et de l\u2019attaque qu\u2019il subissait, il a agi de manière honorable.Ce qui ne signifie nullement qu\u2019il avait démérité de sa haute fonction ou qu\u2019il était bigot.Il ne l\u2019était pas.Il ne l\u2019est pas.(The Globe and Mail) \u2014\tSentant le sang, ils ont exploité sans vergogne son manque de jugement.Ils y ont vu l\u2019occasion de le terrasser.La vérité, c\u2019est qu\u2019en dépit de leurs déclamations papelardes, les sécessionnistes trafiquent depuis des années le langage des préjugés et de l\u2019ethnicité.(The Globe and Mail) \u2014\tToute cette affaire n\u2019avait rien à voir avec M.Roux ou la morale.C\u2019était politique.Il s\u2019agissait d\u2019abattre un fédéraliste.Les séparatistes ont saisi l\u2019occasion pour discréditer M.Roux pour des crimes qui auraient été glissé sous le tapis s\u2019il n\u2019avait pas été un fédéraliste.M.Roux.a été la victime de la politique québécoise.En dernière analyse, ce n\u2019est pas lui qui devait être honteux.(The Gazette) L'ACTION NATIONALE \u2022 145 \u2014\tCe sont d\u2019abord les séparatistes fédéraux et provinciaux qui se sont plaints vertement des confidences de Roux.C\u2019est risible, car eux-mêmes ne sont pas sensibles comme il se doit aux griefs des minorités.Et leurs fautes ne datent pas de 50 ans.Elles continuent même à cette heure.(Toronto Sun) -\tLes loups du Québec prennent plaisir à leur festin de viande fédérale.(Peggy Curran, The Gazette) Quel serait le discours des journaux anglophones si Lucien Bouchard avait dessiné une croix gammée sur sa blouse, en 1942, alors que les nazis tuaient des soldats canadiens ?Le dialogue à Côte-Saint-Luc Le printemps dernier, plusieurs municipalités du Pontiac ont appuyé le principe de demeurer au Canada, advenant l\u2019indépendance du Québec.Voilà que l\u2019idée s\u2019approche de Montréal! Le Comité québécois pour le Canada a convaincu le conseiller Anthony Housefather de voter en faveur d\u2019une motion pour demander au gouvernement fédéral de tenir sa propre consultation pancanadienne, si le Québec organise un troisième référendum.À défaut d\u2019un tel exercice, Côte-Saint-Luc demandera à ses citoyens de se prononcer sur leur appartenance au Canada.Le droit de la majorité québécoise sera-t-il éternellement brimé par l\u2019agressivité d\u2019une poignée de radicaux?Heureusement que l\u2019on retrouve des Anglophones québécoises, comme le maire de West-mount Peter Trent, qui préfère la communication à la provocation.Allan Rock Allan Rock, ministre de la Justice, occupe aujourd\u2019hui la fonction que Jean Chrétien exerçait en Allan Rock, avait décidé de fêter la Saint-Jean-Baptiste devant la Cour suprême du Canada.146 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 1982.Comme Chrétien, Allan Rock a des oreilles et des yeux.Mais il n\u2019entend pas.Il ne voit pas.Il ne comprend pas.Il a toutefois l\u2019excuse de n\u2019être pas Québécois.Imaginez qu\u2019il avait décidé de fêter la Saint-Jean-Baptiste devant la Cour suprême du Canada.Dans son imaginaire, il avait choisi le 23 juin 1997, septième anniversaire de la défaite de Meech, pour que débute devant la Cour Suprême le renvoi sur la légalité d\u2019une déclaration unilatérale d\u2019indépendance.Non seulement le gouvernement fédéral nomme les juges de la Cour suprême, honore leurs salaires et dictent leur mandat, voilà qu\u2019il leur impose leur horaire de travail.Le juge en chef Antonio Lamer a déçu ses patrons en déclarant «C\u2019est moi qui décide quand les causes sont entendues».Il a aussi déclaré que la requête fédérale était prématurée.Il faudrait, a-t-il affirmé, que tous les intervenants soient connus avant de fixer une date qui convienne à tout le monde.Et le juge d\u2019ajouter en s\u2019adressant au procureur fédéral «Vos urgences ne sont pas nécessairement les nôtres».Cette demande de renvoi à la Cour suprême démontre une fois de plus que le Québec n\u2019est pas libre, qu\u2019il est tenu en tutelle et qu\u2019il doit, dans l\u2019esprit de Chrétien, demeurer une colonie jusqu\u2019à la fin des temps.Le fédéralisme marrant De Pierre Vadboncœur, je reçois ce petit billet: Jean Charest, c\u2019est comme jadis le grand Liguori Lacombe.Député fédéral, celui-ci fonda son propre parti, prit la tête d\u2019une députation d\u2019un seul membre, dont il décida d\u2019être le chef.Le parti conservateur, c\u2019est-à-dire Charest, est à près au même point.Le minuscule parti à Liguori faisait L'ACTION NATIONALE «147 de vastes déclarations.Charest, c\u2019est pareil.Vous avez entendu la dernière, après celle de la «droite américaine»:1e fédéralisme «créatif»! Mais ce doit être une erreur.Il s\u2019agit probablement de fédéralisme récréatif.LJ mgnE dis \u2018jIoüs Cap-aux-Diamants vous offre pour Procurez-vous dès les Fêtes un numéro entièrement maintenant cette parution consacré aux réjouissances de fin d'année, exceptionnelle (en kiosque Des contes de Noël aux mets tradition- partout au Québec) ou nels, sans oublier les cartes de vœux, les encore mieux, abonnez-décorations ou les rites et la liturgie du vous et ne manquez aucun Temps des Fêtes, ce numéro vous empor- des prochains numéros! tera vers les traditions de votre enfance.JE M'ABONNE (taxes incluses) ' Pour 1 an ?(4N°S 30$), pour 2 ans ?(8N°5 55$) NOM_________________________ ADRESSE-VILLE___ .PROV.CODE POSTAL.TÉL.: (\t)_ (Vous recevrez le prochain numéro) Cap-aux-Diamants POUSSEE abonner: Par ggŒl: (418) 656-5040 Par^fflfflur: (418) 656-7282 ParlEfBHfBc.P 26 suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 148 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE COMPTES RENDUS Les Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle No 5, printemps 1996 Centre de recherche Lionel-Groulx Jean-Jacques Chagnon Ces Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle continuent, avec cette cinquième livraison, de tenir les promesses qu\u2019avaient faites les initiateurs d\u2019une entreprise commencée en 1994, et qui au fil de ses publications, s\u2019avère de plus en plus indispensable à qui veut réfléchir notre histoire la plus immédiate, celle que d\u2019aucuns appellent aussi l\u2019histoire du temps présent.Encore une fois, une table des matières riche, des textes de grand intérêt et surtout un document capital : une quarantaine de pages qui permettent à François-Albert Angers de nous livrer la genèse de sa vocation, son engagement d\u2019universitaire et les convictions qui lui ont servi au ftl des années - plus de 60 ans de carrière - à élaborer un colossal travail d\u2019entraîneur, de pédagogue et de maître à penser notre situation nationale.Dans ce numéro 5 des Cahiers, signalons d\u2019abord le court mais excellent texte de Jean-Marc Léger (le directeur général de la revue).Il rend hommage à «un maître et un ami» qu\u2019a été pour lui, et pour bien d\u2019autres, Jean-Ethier Blais.La disparition d\u2019Ethier-Blais en décembre 1995 avait jeté dans la consternation tous ceux qui étaient familiers avec ses écrits, notamment avec sa longue contribution au Devoir, ou qui encore le connaissaient comme universitaire ou comme critique littéraire.Léger met en LACTION NATIONALE «149 relief le fait que cet intellectuel discret et réservé savait aussi s\u2019engager.L\u2019hommage est ensuite suivi d\u2019un texte inédit d\u2019Ethier-Blais sur la «littérature des origines» qui montre les rapports entre l\u2019histoire et la littérature au Québec dès XIX' et XX' siècles.Même s\u2019il est court, c\u2019est un texte important.Je donne la mesure de l\u2019immense culture de son auteur, de l\u2019actualité de sa réflexion et, bien sûr, de l\u2019exceptionnelle qualité de sa plume.Sans doute les Cahiers reviendront-ils, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, à Ethier-Blais dont l\u2019œuvre constitue une richesse énorme à exploiter.Mais c\u2019est au dossier intitulé: «François-Albert Augers, l\u2019économiste et le combattant» qu\u2019il faut s\u2019attarder.Saura-t-on jamais mesurer convenablement le rôle immense d\u2019Angers dans nos luttes économiques, à la fois à l\u2019École des Hautes Études Commerciales de Montréal comme professeur dès 1937, mais aussi sur la place publique comme animateur et polémiste infatigable.«Disciple et à certains égards héritier d\u2019Édouard Montpetit et d\u2019Esdras Minville, François-Albert Angers a joué un rôle déterminant dans la prise de conscience parmi les nôtres du besoin de conquérir la maîtrise de notre économie.Il n\u2019est pas un grand débat au Québec depuis le milieu des années trente auquel il a été étranger» C\u2019est ainsi que Jean-Marc Léger nous présente Angers avant de commercer de l\u2019interroger sur sa longue carrière, depuis ses années d\u2019économiste -enseignant aux HÉC, en passant par ses luttes contre la centralisation, ses batailles en faveur de la langue française, son missionnariat en soutien de la formule coopérative et ses luttes pour que le Québec puisse accéder à la pleine indépendance et ainsi pouvoir lui-même ordonner son destin.Document capital qui à lui seul vaut qu\u2019on se procure ce numéro des Cahiers d\u2019histoire du Québec 150» L'ACTION NATIONALE Pierre Drouilly L\u2019espace social de Montréal 1951-1991 Septentrion, 1996, 360 p.Robert C\u2019est avec un très grand intérêt que j\u2019ai lu le trei-Barberis zième livre du plus connu et du plus utile des vulgarisateurs de la sociologie électorale au Québec.Pierre Drouilly a le mérite d\u2019avoir rendu public à travers les médias des données qui permettent de faire des corrélations entre le vote individuel lors d\u2019une élection ou d\u2019un référendum et l\u2019âge, le sexe, le statut social, l\u2019origine ethnique et la langue d\u2019usage.Avant lui, ces informations stratégiques complétées par des sondages internes étaient réservées aux chefs des grands partis politiques et à leurs conseillers.À défaut d\u2019avoir été le conseiller du prince, le sociologue de Brossard aura rendu un service inestimable à la démocratie québécoise en montrant les relations entre le vote ethnique, la langue et la question nationale.Maintenant, même Lysiane Gagnon comprend qu\u2019on peut aller au-delà du secret d\u2019un bureau de scrutin pour analyser le vote.C\u2019est grâce aux analyses que Pierre Drouilly publie depuis plus de vingt ans (il a commencé dans Le Jour en 1974) que les deux affirmations centrales du discours de Jacques Parizeau le soir du 30 octobre 1995 ont été comprises: le «oui» a perdu à cause du vote ethnique; plus de 60% des francophones ont voté «oui».L\u2019espace social de Montréal 1951-1991 contient une mine d\u2019informations à partir d\u2019un million de données informatisées fournies par les recensements effectués par Statistique Canada tous les dix ans sur la population vivant dans la grande région de Montréal incluant l\u2019île Jésus et la Rive-Sud jusqu\u2019à Brossard et St-Bruno.À l\u2019aide de 400 cartes en noir, gris et blanc (on rêve de voir ces cartes en couleurs) et de tableaux statistiques, un demi-siècle de l\u2019histoire de Montréal se déroule à travers les principales caracté- L'ACTION NATIONALE «151 ristiques sociales d\u2019une population de 2.46 millions, soit un peu plus du tiers de la population totale du Québec.À titre d\u2019exemple, prenons les chapitres sur l\u2019espace ethnique et l\u2019espace linguistique.Montréalais d\u2019origine italienne, j\u2019apprends que la communauté italienne est la plus importante communauté du Québec après les Français et les Britanniques et l\u2019une des plus anciennes puisque les immigrants italiens sont arrivés au début du siècle (mon grand-père pié-montais est parti de Marseille en 1914).Les Italiens étaient 30 000 en 1951,100 000 en 1961 et 150 000 depuis 1971.La distribution spatiale des Italiens dans la grande région de Montréal est le long du boulevard St-Laurent, rue Jean-Talon, dans le quartier de Ville-Emard et au sud de Notre-Dame-de-Grâce, sur le boul.St-Michel puis à St-Léonard (29 000) et Montréal-Nord (12 000).16 000 Italiens vivent à Rivière-des-Prairies et 8 000 à Lasalle.Un tableau sur l\u2019usage des langues en 1991 nous dit que 68 350 membres de la communauté italienne parlent l\u2019italien à la maison.D\u2019une manière plus générale, on apprend que: -\t25% des personnes de langue maternelle autre que le français ou l\u2019anglais utilisent l\u2019anglais à la maison, et 10% utilisent le français; parmi les Juifs (100 000), l\u2019anglais est la langue commune; -\t272 000 personnes ne connaissent que l\u2019anglais; 21% des allophones ne connaissent que l\u2019anglais; 46% des francophones sont bilingues, 48% des allophones et 59% des anglophones;en 1991, il y a donc 1 222 040 bilingues anglais -français soit 50.4% de la population.152 \u2022 L'ACTION NATIONALE -\t4% (60 000) des personnes de langue mater- nelle française parlent l\u2019anglais à la maison; elles sont concentrées dans les zones à majorité anglophone de l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal.Ce ne sont que des exemples de renseignements utiles puisés dans cet Atlas social de Montréal, un ouvrage de référence indispensable de sociologie urbaine qui permet de comprendre l\u2019évolution d\u2019une grande ville nord-américaine.Ce livre magistral écrit dans un style vivant devrait être complété par une analyse des comportements politiques de la population montréalaise que nous attendons depuis trop longtemps et qui pourrait s\u2019intituler: L\u2019espace politique de Montréal.Josée Legault Nouveaux démons, Groupe Ville-Marie Littérature, 1996, 240 pages.Simone Sauren «JN ouveaux démons» est un recueil éclairant de chroniques et d\u2019analyses politiques sur les nouvelles tendances qui bouleversent notre culture politique.Au fil des controverses publiques, avec une ténacité remarquable, la politologue Josée Legault analyse et alimente, notamment dans sa chronique hebdomadaire publiée dans Le Devoir, les grands débats de l\u2019actualité politique et sociale du Québec et du Canada.Quels sont ces «nouveaux démons» qui nuisent de plus en plus à l\u2019avenir du Québec sur les fronts social, économique, constitutionnel et linguistique?Le sort précaire du français, le dénigrement systématique du nationalisme québécois, la montée de la droite, l\u2019érosion de la démocratie devant le pouvoir grandissant des tribunaux et l\u2019obsession du con- LACTION NATIONALE «153 sensus du gouvernement Bouchard constituent les grands thèmes abordés par l\u2019auteure.D\u2019une plume courageuse et alerte, Josée Le-gault nous offre un recueil de textes parus entre 1992 et 1996.Accompagnées d\u2019un avant-propos inédit et de textes qui paraissent pour la première fois en français, ses analyses constituent une belle matière à réflexion pour tous ceux et celles qui se préoccupent de l\u2019avenir de la société québécoise.Pour Josée Legault, nul ne doit en douter, «les combats et les enjeux qui sont ceux du Québec sont à la hauteur de sa destinée.Politologue, Josée Legault est une analyste recherchée de l\u2019actualité politique.Outre sa participation à de nombreuses émissions d\u2019affaires publiques, elle a à son actif de nombreux textes publiés dans les quotidiens et revues.Spécialiste des questions linguistiques, elle a été, en 1995, coauteure d\u2019un rapport controversé sur la situation de la langue au Québec.Elle a publié, en 1992, «L\u2019invention d\u2019une minorité.Les Anglo-Québécois».Société des Acadiens et des Acadiennes du Nouveau-Brunswick «L\u2019Acadie à l\u2019heure des choix: l\u2019avertir politique et économique de l\u2019Acadie du Nouveau-Brunswick», Éditions de l\u2019Acadie, 1996.Claire Allard V^ette étude commandée par la SAANB a été réalisée par les analystes Hubert Cyr, Denis Duval et André Leclerc.Elle porte sur la situation actuelle de la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick et sur les choix qui s\u2019offrent pour son avenir.Les auteurs dressent un bilan du cheminement de la communauté acadienne durant les trois dernières décennies.Ils examinent le comportement électo- 154 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE ral des Acadiens sur la scène provinciale.Ils tracent aussi un portrait de la fonction publique dans leur province.Ils évaluent la situation socioéconomique des régions acadiennes en comparaison avec celle des régions anglophones du Nouveau-Brunswick et du Canada.Ils observent que l\u2019entente institutionnelle au Nouveau-Brunswick ne permet pas à la communauté acadienne de traiter d\u2019égal à égal avec la majorité anglophone.Des disparités économiques affligent les régions acadiennes de façon chronique.Ils explorent enfin différents modèles d\u2019arrangement institutionnel à la lumière d\u2019un sondage auprès des Acadiens sur la situation actuelle et les modifications à y apporter.«L\u2019Acadie à l\u2019heure des choix» est une analyse générale et multidisciplinaire sur la condition acadienne au Nouveau-Brunswick et une source d\u2019information incontournable pour la recherche et la réflexion orientée vers l\u2019action politique.L\u2019ACTION NATIONALE «155 LECTURES Nous avons reçu : Audet Élaine, Le cycle de l\u2019éclair, Éditions Le Loup de Gouttière, 1996, 95 p.Bélanger, André-J., Introduction à l\u2019analyse politique, PUM, 1996, 326 p.Bocquel, Bernard, Au pays de CKSB, 50 ans de radio française au Manitoba, Les éditions du blé, 1196,383 p.Bourque, Gilles, Duchastel Jules, L\u2019identité fragmentée, Fides, 1196, 380 p.Charron, Claude-G., La partition du Quévec, VLB Éditeur, 1996, 204 p.Courville, Serge, Séguin, Normand, Le coût du sol au Québec, EU.L., 1996, 184 p.Cyr, Hubert, Duval Denis, Leclerc, André, L\u2019Acadie à l\u2019heure des 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138 p.Huot, Gisèle, Les trois archanges, le Galopin et l\u2019ange gardien, Éditions de l\u2019Outarde, 1996, 177 p.Kerbiriou, Hélène, Les indiens de l\u2019Ouest canadien vu par les oblats, Septentrion, 294 p.Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, T.2, Septentrion, 1996, 446 p.Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, T.3, Septentrion, 1996, 494 p.Le Congrès mondial acaidne, L\u2019Acadie en 2004, Éditions d\u2019Acadie, 1996, 690 p.Lefebvre, André, De l\u2019enseignement de l\u2019Histoire, Guérin, 1996, 207 p.Les Amitiés acadiennes, n° 76, 2e et 3e trimestre 1996, numéro spécial du 20^anniversaire.Marchesseault, Siméon, Lettres à Judith, Cahiers du Septentrion, 1996, 125 p.Martel, Pierre et Cajolet-Laganière, Hélène, Le français québécois, RU.L, 1996, 141 p.Monière, Denis et Jean H.Guay, La bataille du Québec, T3, Fides, 1996, 266 p.Paquette, Pierre, Un Québec pour l\u2019emploi, St-Martin, 1995, 145 p.L'ACTION NATIONALE «157 Morrissette, Roland, Réprouvés, 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p.158 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Index des articles de 1996 -A- Abidor, Mitchell\tMois\tPages Le roman de Julie Papineau de Micheline Lachance Action nationale\tmai\t133-135 Résolutions du sommet populaire du 19/10/96 Alexandre, Hélène\tdécembre\t128-135 Le Québec des nations Allard, Claire\tfévrier\t98-108 L\u2019Acadie à l\u2019heure des choix de la SAANB Angers, François-Albert\tdécembre\t154-155 Sommes-nous des opprimés?Arpin, Roland\tseptembre\t23-27 Culture, art et société Aubry, François - Charest, Jean\tdécembre\t13-36 Reconnaître l\u2019économie solidaire -B- Barberie, Robert\tmai\t183-189 L\u2019espace social de Montréal de Pierre Drouilly Bariteau, Claude\tdécembre\t151-152 Pour une conception civique du Québec\tseptembre\t105-168 Une grande dérive\toctobre\t88-92 Les pratiques québécoises de\tdécembre\t53-66 thésaurisation L'ACTION NATIONALE «159 Beauchamp André Un pays à refaire à la base\tjanvier\t92-96 De la privatisation à la conscience Beauchemin Yves\toctobre\t93-94 Le second violon (extrait) Beaudoin, André-D.\tmars\t187-204 La coopération québécoise en terre africaine Beaulieu, Léopold\tfévrier\t177-181 Fondaction CSN Beaulne, François\toctobre\t74-78 Le dilemme de la métropole Beaulne, Pierre\tdécembre\t48-52 Les finances de l\u2019éducation Bédard, Eric\tavril\t69-82 La liberté n\u2019est pas une marque de yogourt de Pierre Falardeau\tjanvier\t115-118 Gouverner le Québec de Robert Bourassa\tfévrier\t132-135 Le référendum, un syndrome québécois de Charles Gagnon Béland, Claude\tmai\t128-131 L\u2019emploi, une notion dépassée Bellemare, Madeleine\tjanvier\t31-42 Plaidoyer pour le Québec Bernard, Michel - Lauzon, Léo-Paul -Poirier, Martin\tnovembre\t131-132 La désinvolture des gouvernements face à l\u2019évitement de l\u2019impôt Bernard, Michel - Lauzon, Léo-Paul\tavril\t141-174 Les profits des banques Berthelot, Jocelyn\tseptembre\t07-22 La laïcisation de l\u2019éducation Bérubé, Ronald\tdécembre\t84-98 Sur la tête de l\u2019eau de Sylvain Rivière Biron, Shirlee\tfévrier\t136-137 Entrevue avec Françoise David Bonhomme, Jean-Pierre\tmars\t43-49 L\u2019urbanisme québécois\tavril\t31-37 Le maire Bourque et le Québec\tnovembre\t29-30 160 \u2022 L'ACTION NATIONALE Boulanger, René D\u2019espoir et d\u2019éducation\tseptembre\t91 Bourbeau, Lise La professionnalisation de\tmars\t73-98 l\u2019enseignement Bourque, Jean-Louis Le Québec à l\u2019ONU\tmars\t50-72 Bouvier, Luc L\u2019histoire du drapeau\tmars\t123-134 Le drapeau de Carillon\tavril\t83-94 Le Carillon Sacré-Cœur\tjuin\t91-102 Vers le fleurdelisé\tnovembre\t97-107 Le fleurdelisé\tdécembre\t99-112 Brun, Henri Les assises juridiques de l\u2019accession\tnovembre\t151-165 à la souveraineté -C- Carette, Jean Le travail des âges de la vie\tmai\t198-203 Chagnon, Jean-Jacques Les cahiers d\u2019histoire du Québec\tdécembre\t149-150 du Centre de recherche Lionel-Groulx Charest, Jean - Aubry, François Reconnaître l\u2019économie solidaire\tmai\t183-189 Cholette, Gaston Faut-il toucher à la Loi 101 ?\tavril\t38-43 Application de la Loi 101\tmai\t39-43 Cholette, Marie Connivences verbales\tfévrier\t38 Itinérants\tmars\t135-136 Tirant d\u2019eau\tmai\t36 Miroir aux alouettes\tseptembre\t73-74 Christen Anne-Marie Les pratiques agro-environnementales janvier\t\t63-84 Cloutier, Édouard Le sens du référendum\tfévrier\t39-46 Colloque Desjardins Le Colloque Desjardins, une\tjanvier\t99-101 entreprise en mouvement?Comtois, Pierre Hydro-Québec\toctobre\t44-49 L'ACTION NATIONALE \u2022 1 61 Cornellier, Louis Haro sur les parvenus de l\u2019urbanité\tnovembre\t09-12 Cotnoir, Pierre-Alain La sédimentation du vote\tmai\t44-50 souverainiste -D- De Bellefeuille, Pierre Le discours confisqué de Michel\tfévrier\t128-130 Doucet La partition du Québec de Claude\tnovembre\t133-135 Charron De La Fontaine, Gilles Variations sur la «partition»\tavril\t23-24 Deschênes, Gaston Desjardins dans l\u2019histoire\tseptembre\t63-72 Deschênes, Gilles La Grande Rivière\tjuin\t13-24 De Sève, Nicole Féminisme et éducation\tmai\t88-108 Transformer une société\tjuin\t49-61 Dionne, Hugues De la banlieue au village\tfévrier\t193-200 Doré, Michel - Lamarche, François Travail, droits et démocratie\tmai\t190-197 Dugas, Clermont L\u2019exode des richesses\toctobre\t13-17 Dupuis, Pierre Réplique à M.Jean Pelletier\tavril\t28-30 - E, F, G - Ethier-Blais, Jean Souvenirs\tfévrier\t08-26 Fournier, Louis Le Fonds de Solidarité\tmars\t32-42 Le Fonds de Solidarité\toctobre\t65-73 Gagnon, Jeanne Derrière le multiculturalisme\tnovembre 20-28 Gaulin, André Hommage à Jacques Parizeau\tmai\t32-35 Gendron-Nadeau, Marysa Lettre ouverte à M.Chrétien\tmai\t37-38 1 62 \u2022 L'ACTION NATIONALE Godin, Guy Le dilemne du journal La Presse\tavril\t07-14 Gouin, Jean-Luc La fleur ou la feuille\tseptembre\t86-87 Graveline, Pierre Responsabilité et solidarité\toctobre\t104-106 Groupe de théologie contextuelle Le néo-libéralisme triomphant\tmai\t61-87 Guy, Roger Les institutions politiques du\tfévrier\t208-210 monde rural -H, I, J, K - Hogue, Jacqueline Le Québec, une Cisjordanie?\tavril\t25-27 Joyal, André L\u2019économie sociale\tseptembre\t45-62 Les premières nations de O.P\tnovembre\t123-130 Dickason Julien, Pierre-André L\u2019entreprenariat, une affaire de\tnovembre\t50-63 réseautage Khalé, André La place de la majorité\tjuin\t44-48 -L- Laberge, Henri À quoi ça sert d\u2019être québécois?\tjuin\t38-43 Lacoste, Gérald La Bourse de Montréal\toctobre\t31-36 Lafleur, Claude Forces et faiblesses du Québec rural\tfévrier\t167-170 Lajeunesse, Armand Les usuriers de l\u2019an 2000\toctobre\t97-100 Lamarche, François - Doré, Michel Travail, droits et démocratie\tmai\t190-197 Lambert, Laurence L\u2019imposture de Pauline Vincent\tfévrier\t130-132 Les moulins de l\u2019Ile aux Coudres\tnovembre\t94-96 La maison Saint-Gabriel\tdécembre\t124-127 Lanthier, Sylviane Comment éviter la collision\tjuin\t103-105 L'ACTION NATIONALE \u2022 163 Laplante, Robert L\u2019expérimentation sociale\tjanvier\t11-17 Le syndrome des plaines d\u2019Abraham d\u2019Eric Schwimmer\tavril\t119-120 L\u2019avenir de la mémoire de F.Dumont\tavril\t123-124 Les vrais maîtres de la forêt québécoise de Pierre Dubois\tmai\t125-127 Le cauchemar américain de Robert Dole\tjuin\t126-128 Les régions Laramée, Alain\toctobre\t22-28 Le virage informationnel Laurion, Gaston\tfévrier\t47-60 Ni oui ni non, bien au contraire! de Jean du Pays\tmai\t135-138 Le pays rapaillé de Jean du Pays Lauzon, Léo-Paul - Bernard, Michel -Poirier, Martin\tjuin\t133 La désinvolture des gouvernements face à l\u2019évitement de l\u2019impôt Lauzon, Léo-Paul - Bernard, Michel\tavril\t141-174 Les profits des banques Laviolette, Ronald-E\tseptembre\t07-22 L\u2019indépendance du Canada Lebel, Maurice\tjanvier\t97-98 Mille fenêtres de Jules Lambert\tjanvier\t118-122 De la lecture à la culture de M.Provost\tfévrier\t138-143 Comme en plein jour de J.-E-M Tremblay Leclerc, Richard\tmars\t148-152 Le Québec contemporain d\u2019André Champagne\tmai\t138-139 Les Français au Québec, 1765 \u2014 1865 de Marcel Fournier\tjuin\t131-132 L\u2019expérience Guyenne de Robert Laplante Leclerc, Yvon\tnovembre\t130-131 L\u2019entraide, caractère distinct Leduc, Michel\tavril\t52-68 La coopération franco-québécoise Leduc, Hubert\tjuin\t25-37 Le commissaire aux langues officielles\tjuin\t70-75 164 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE -M- Malo, Jack Divorce obligé\tjanvier\t26-30 Marceau, André\t\t Études à Cambridge\tavril\t21-22 Marois, Claude\t\t Le couple ville-campagne\tfévrier\t201-207 Michaud, Yves\t\t La fuite de nos épargnes\toctobre\t101-103 Miron, Gaston, Guy Bouthillier, Denis Monière.\t\t Mémorandum pour la suite de\tdécembre\t37-47 l\u2019histoire Moisan, Michel\t\t L\u2019Université de Montréal\tjuin\t62-69 Morin, Claude\t\t Ce serait la faute du Québec\tmars\t19-30 Le problème Canada-Québec\tdécembre\t181-215 Morin, Jacques-Yvan\t\t Démembrer le Québec?\tjuin\t149-168 Morin Rosaire\t\t C\u2019est moins que Charlottetown\tjanvier\t04-10 À travers l\u2019actualité\tjanvier\t102-114 Le verre à moitié plein\tfévrier\t04-07 À travers l\u2019actualité\tfévrier\t109-126 Le monde rural et la forêt\tfévrier\t182-186 La colombe et son disciple\tmars\t04-12 À travers l\u2019actualité\tmars\t157-178 Le sommet de M.Bouchard\tavril\t05-06 À travers l\u2019actualité\tavril\t103-118 La démocratie en veilleuse\tmai\t05-08 Solidarité Québec\tmai\t09-31 À travers l\u2019actualité\tmai\t109-124 Paniers percés\tjuin\t05-08 À travers l\u2019actualité\tjuin\t106-122 De la Révolution tranquille à la\tseptembre\t05-06 mondialisation\t\t À travers l\u2019actualité\tseptembre\t75-85 Lumière d\u2019aurore\toctobre\t05-06 Le sommet est fragile\toctobre\t07-12 La déportation québécoise\toctobre\tD1-D197 Bouche cousue\tnovembre\t05-08 À travers l\u2019actualité\tnovembre\t108-122 L\u2019ACTION NATIONALE «165\t\t La constipation\tdécembre\t5-12 À travers l\u2019actualité\tdécembre\t136-148 Morisset, Michel Agriculture et ruralité\tfévrier\t187-192 - N, O - Nadeau, Jean-François La Reine est poursuivie\tmars\t137-139 Le patriote de Lorimier\tnovembre\t31-33 Nadeau, Michel La Caisse de dépôt et placement\toctobre\t37-43 Les gestionnaires québécois\toctobre\t83-87 O\u2019Neill, Louis Sans les travailleurs, que vaut le pays?\tmai\t167-175 Donner suite à l\u2019histoire\tseptembre\t28-44 -P, C^- Paquette, Pierre Pour l\u2019emploi: des raisons communes\tmai\t176-182 Manque de capital ou pénurie\toctobre\t18-21 d\u2019idées?Payeur, Christian Éducation et nouvelles technologies\tfévrier\t61-76 Pelletier-Baillargeon, Hélène L\u2019affaire du mouton\tseptembre\t169-199 Péloquin, Ginette Resistance et transgression d\u2019Andrée\tfévrier\t136 Lévesque Perrault, Pierre La moitié du chemin\tavril\t95-102 Perreault, Jean-Paul Le français en Outaouais\tjuin\t76-80 Perron, Manon L\u2019Histoire populaire du Québec de\tmars\t146-147 Jacques Lacoursière Poirier, Martin - Lauzon, Léo-Paul \u2014 Bernard, Michel La désinvolture des gouvernements\tavril\t141-174 face à l\u2019évitement de l\u2019impôt Préfontaine, Yves 1968, à Trois-Rivières\tjanvier\t85-88 1 66 \u2022 L'ACTION NATIONALE Proulx, Henri-Paul Les États généraux du monde rural\tfévrier\t171-176 Proulx, Marc-Urbain La politique régionale Quindn, Paul-André\tfévrier\t77-97 Mes enfants sont sans emploi\toctobre\t29-30 -R-\t\t Rioux, Michel\t\t Maladies des temps présents\tfévrier\t29-35 L\u2019héritage Gérard Picard\tmars\t15-20 Du travail à créer, un travail à\tmai\t161-203 repenser\t\t Travail et syndicalisme de James\tjuin\t130-131 Thwaites\t\t Rocher, Guy L\u2019exode de nos épargnes Roy, Bruno\toctobre\t95-96 Naître, c\u2019est se séparer\tjuin\t09-12 Roy, Louis L\u2019incompétence de M.Chrétien Roy, Paul-Émile\tavril\t44-51 C\u2019est pareil des deux côtés\tjanvier\t89-91 Le plus beau pays\tfévrier\t36-37 Esdras Minville\tmars\t140-145 Le vertige de Babel de P.Bruckner\tavril\t121-122 Mondialisation, développement et\tmai\t131-133 culture de Jean-Louis Roy Esdras Minville\tjuin\t81-90 La démocratie en veilleuse de P-A.\tjuin\t128-130 Comeau\t\t Une planète nommée Québec de\tseptembre\t88-90 P.Graveline\t\t Roy, René\t\t Des comptes à rendre de John\tfévrier\t137-138 Conway -S- Saindon, Johanne Québec 1996 de Denis Monière et mars\t147-148 Roch Côté Saint-Hilaire, Hugo Un authentique ethnonyme\tmars\t13-18 L'ACTION NATIONALE «167 Sarra-Bournet, Michel Les démons de l\u2019Histoire\tmai\t51-60 Sauren, Simone, L\u2019espace québécois de Alain-G.\tfévrier\t135 Gagnon et Alain Noël Nouveaux démons de Josée Legault\tdécembre\t153 Serré, Pierre La souveraineté et les immigrants\tjanvier\t18-25 Simard, Majella Le défi du développement\tdécembre\t67-83 économique local Soulard, Jean-Claude L\u2019histoire et son enseignement\tjanvier\t51-62 Synott, André Le plan C\tnovembre\t64-75 - T - Tardif, Jean-Claude La CEQ et le mouvement coopératif\tjanvier\t43-50 Les forces du Québec en éducation\tnovembre\t34-49 Thibault, André Les grands leaders charismatiques du janvier\t122-124 xxe siècle d\u2019André Dalcourt Tremblay, Arthur Tout compte fait je répondrai oui\tjanvier\t141-258 Tremblay, Henri Le fonctionnement de l\u2019État\tmars\t99-122 Tremblay, Rodrigue La triple mobilité des biens\tnovembre\t76-93 Trudeau, Raymond Les valeurs mobilières\toctobre\t50-64 -v,z- Vadeboncœur, Pierre La conspiration contre l\u2019État\tfévrier\t26-28 Viau, Robert Les obligations gouvernementales\toctobre\t79-80 Trouver un autre indice\toctobre\t81-82 Zilinskas, Jonas Aménagement linguistique en\tnovembre\t13-19 Lituanie 168 \u2022 L'ACTION NATIONALE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président honoraire François-Albert Angers Président Robert Laplante Vice-président Danielle Gagné Secrétaire Jean-François Nadeau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Gilles Rhéaume Paul-Émile Roy Ex-officio Rosaire Morin Secrétariat Directrice Marie-Laure Prunier Claire Caron Louise Crépel Yves Fortin Denise Joyal Laurence Lambert Régine Le Bourhis Relationniste principal Jean-Paul Champagne Membres Pierre Allard René Blanchard Nicole Boudreau Guy Bouthillier Jean-Jacques Chagnon Jean-Charles Claveau Claude Duguay Jean-Pierre Dupuis Pierre Dupuis Jean Genest Pierre Lamy Colette Lanthier Alain Laramée Yvon Leclerc Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Jacques Martin Denis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Gilbert Paquette Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Jacques Boulay Hélène Chénier Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Jean-Marcel Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Juliette Rémillard Membres émérites Louise-C.Brochu Michel Brochu Marcel Laflamme Georges Meyers Anna-L.Normand L'ACTION NATIONALE «169 INDEX DES ANNONCEURS 174\tAssurance vie Desjardins-Laurentienne 47 Bulletin d\u2019histoire politique 175\tCaisse populaire Saint-Jacques de Montréal 148 Cap-aux-Diamants 176\tCentre généalogique AD 179 Club des 100 associés 172\tDevoir, Le Couverture 3 Fonds Optimum Couverture 4 Fonds de solidarité 174\tGaz Métropolitain Couverture 2 Hydro-Québec 176\tImprimerie Gagné 127\tJournal les Enseignants 174\tLaboratoire Dr Renaud 176\tLamond & Fils Ltée 36\tLeclerc, Richard 177\tMaison nationale des Patriotes 175\tMouvement national des Québécoises et Québécois 176\tPoitras, Lame & Rondeau inc.177\tQuébec français 177\tRelations 178\tRevue d\u2019histoire d\u2019Amérique française 171\tSociété des alcools du Québec 175\tSociété Saint-Jean-Baptiste de Montréal 175\tSociété Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 173\tSociété nationale d\u2019assurance 176\tSyndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 176\tTassé & Associés Limitée 173\tVeilleux Impressions 177\tVie ouvrière 83\t45e parallèle 170 \u2022 L'ACTION NATIONALE LA SOCIÉTÉ DES ALCOOLS DU QUÉBEC PRESENCE L'ACTION NATIONALE «171 IDEES MONTRÉAL, 1996 Un rendez-vous avec le quotidien.LE DEVOIR 172 \u2022 L'ACTION NATIONALE Marc Ve.1340, rue Gay-Lussac, section 4, Boucherville, Qc J4B 7G4 Tél.: (514)449-5818 \u2022 Fax.: (514) 449-2140 SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE FILIALE D'OPTIMUM GÉNÉRAL INC.Partenaire Optimum® 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1500, Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 LACTION NATIONALE «173 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L\u2019AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 M Gaz LOi Métropolitain LA FORCEDE LÊNERGIE - iÆ\" .té1\" '*sr%0 il?,\u2022 .* \u2022 Avec les hommages de Assurance vie Desjardins-Laurentienne 174 \u2022 L'ACTION NATIONALE Heures d'ouvertures Lundi-mardi : 10 heures à 15 heures Mercredi - jeudi : 10 heures à 18 heures Vendredi : 10 heures à 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTRÉAL 1255, rue Berri, Montréal H2L 4C6 Tél.: 849-3581 -Télec.: (514) 849-7019 Services de prêts 1259, rue Berri, bureau 230 Montréal H2L 4C7 Tél.: 849-3581 - Télec : (514) 849-7019 GHISLAIN BEAULIEU, directeur général S.S.J.B.DU CENTRE DU QUÉBEC 449 Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519 Plus de 33 500 membres au Cœur du Québec.SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur : 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K3P1 Tél.: 527-9460 Télécopieur : 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliés L'ACTION NATIONALE *175 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tel, : 1 800 567-9771 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel Est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514) 899-5377 CENTRE GENEALOGIQUE A.D.ENR.André Dionne, B.A.Arbres généalogiques Titres d'ascendance Recherches historiques 484, Limoilou Laval (Québec) H7G 3X8 669-3293 imprimerie gagné ltée Les spécialistes du livre Louiseville\tMontréal Tel.: 819-228-2766 Tél.: 514-527-8211 800-567-2154\t800-268-8211 lélcc.: 819-228-8390 Téléc.: 514-521-4660 LA SOCIÉTÉ DES ALCOOLS\t DU QUÉBEC\t INDISPENSABLE DANS UN QUÉBEC SOUVERAIN.PRÉSENT DANS 55 PAYS\t/SFMR Syndicat des employés ySo de magasins et de bureaux de la SAQ Depuis le temps,\t1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 es\tTél.: (514)849-7754 1-800-361-8427 ^\tvr\t(extérieur de Montréal) Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal, (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 176 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Maison nationale des Patriotes Centre d'interprétation sur l\u2019histoire des Patriotes 1837-1838 \u2022 Visites guidées\t\u2022 Circuit pédestre \u2022Boutique\t\u2018 \u2018\t\u201e sur l\u2019histoire et de souvenirs\t,\t.}\t\u2019 Su* le patrimoine ¦mil l > .*\t|\t™ 610.chemin des Patriotes, Saint-Denis-sur-Richelieu, JOH 1K0 De mai à septembre et en novembre, mois des Patriotes.du mardi au dimanche, de 10 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notes critiques, comptes rendus d'ouvrages récents, notes bibliographiques, bibliographie de l\u2019Amérique française, chronique d\u2019archives.TARIFS IVABONNF.MENT Individus et institutions Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Abonnement à vie pour les aînés Canada 50 S 26$ 110$ 600 S Etranger 54$ 30$ 114$ 600 $ REVUE D\u2019HISTOIRE DF.L'AMÉRIQUE FRANÇAISE 261, avenue Bloomfield Outremont (Québec) H2V3R6 Téléphone : (514) 278-2232 \u2022 télécopieur : (514) 271-6369 178 \u2022 L'ACTION NATIONALE ILEtotIfaiii NATIONALE CLUB DES 100 ASSOCIÉS Abonnés à vie \u2022\tMonsieur François-Albert Angers \u2022\tMonsieur Gaston-A.Archambault \u2022\tMonsieur Henri Blanc \u2022\tMadame Antoinette Brassard \u2022\tMonsieur Gérard Deguire \u2022\tMonsieur Yvon Groulx \u2022\tMadame Anne Lagacé-Normand \u2022\tMonsieur Rosaire Morin \u2022\tMonsieur Yvan Roy \u2022\tMadame Cécile Vanier FACTION NATIONALE «179 DOSSIER Le problème Canada-Québec : origine, évolution, perspectives Claude Morin Sommaire I-\tUne réalité.183 II-\tDes aspirations contradictoires.184 III-\tL\u2019imposition d\u2019une conception dominante.186 IV-\tUne succession d\u2019échecs.196 V-\tDes stratégies piégées.201 VI-\tL\u2019 occasion ratée.211 VII-\tRésumé en forme de conclusion.213 182 \u2022 L'ACTION NATIONALE I_/e résultat serré du référendum québécois d\u2019octobre 1995 offre l\u2019illustration récente la plus frappante - la plus inquiétante aussi pour plusieurs - d\u2019un problème qui n\u2019a pourtant rien de nouveau.Depuis quelques décennies, il a marqué la vie canadienne.Il s\u2019agit du statut du Québec au sein (ou à l\u2019extérieur) du régime fédéral canadien.Quand on se contente d\u2019étudier la relation Québec-Canada à partir de l\u2019actualité courante (résultat électoral, déclaration, incident, sondage), on risque de privilégier des détails anecdotiques qui font perdre l\u2019essentiel de vue.Mieux vaut essayer de discerner les tendances lourdes de l\u2019évolution canado-québécoise et, de là, les causes d\u2019une situation politique qui, on l\u2019admettra, doit quand même être sérieuse puisque, il y a quelques mois à peine, elle a presque mené à la fin du Canada tel qu\u2019on le connaissait jusqu\u2019ici.En serait-on arrivé là par hasard ?Même s\u2019il les brosse à larges traits, le présent document tente de mettre les choses en contexte.Il propose aussi des explications.I- Une réalité Le vocabulaire a varié selon les époques, mais les faits montrent abondamment que la conviction de former un peuple a guidé le comportement de la population francophone du Canada à toutes les étapes majeures de son histoire.Ce fut le cas en 1774 (Acte de Québec), en 1791 (création du Haut et du Bas-Canada), en 1840 (Union) et en 1867 (régime fédéral), et aussi, particulièrement au Québec, à l\u2019occasion de moments comme la crise de la conscription (1917) ou, plus près de nous, avec l\u2019échec de l\u2019accord du lac Meech (1990).Aujourd\u2019hui, l\u2019existence du peuple québécois est indéniable.Il a des racines profondes; ses manifestations politiques, institutionnelles et autres sont nombreuses et évidentes.En revanche, il L'ACTION NATIONALE «183 n\u2019y a pas, en ce sens, de «peuple» saskatchewanais, ontarien ou albertain.Vu ses origines, certains ont parfois cru que le peuple québécois était formé exclusivement de francophones, mais, maintenant, on s\u2019entend pour dire qu\u2019il comprend tous ceux qui vivent au Québec.Et c\u2019est parce qu\u2019il est d\u2019abord et avant tout la patrie d\u2019un peuple que le Québec se distingue fondamentalement des autres provinces.Si bien qu\u2019il ne serait pas faux de dire que, pour cette raison, il n\u2019est pas une province.Le texte qui suit repose sur les trois paragraphes précédents.II- Des aspirations contradictoires Au siècle dernier, le régime fédéral a réuni les territoires de l\u2019Amérique du Nord restés fidèles à la Grande-Bretagne.Pour la population canadienne d\u2019origine britannique, ce régime devait permettre l\u2019émergence d\u2019une nouvelle nationalité et l\u2019édification d\u2019un gouvernement central fort, capable de développer l\u2019économie et d\u2019assurer une protection contre la puissance américaine.La population de langue française comprit les choses autrement.Même si des aspects du fédéralisme proposé lui déplaisaient, elle le vit néanmoins comme un pacte entre deux nations dont un des principaux objectifs était de garantir l\u2019autonomie du Québec.En tout cas, c\u2019est ainsi qu\u2019il lui fut décrit par les politiciens de l\u2019époque, idée d\u2019autant mieux reçue que cette population détestait le gouvernement d\u2019Union, issu du rapport Durham et mis en place, en 1840, pour l\u2019assimiler.De ce point de vue, le fédéralisme pouvait, à ses yeux, représenter un progrès en lui redonnant le contrôle de ses institutions et d\u2019une bonne partie de sa vie politique, ce dont l\u2019Union avait justement visé à la priver.Au-delà de ces interprétations qui devaient bientôt avoir une influence déterminante sur la gouverne du Canada, un fait demeure: si, au siècle dernier, les décideurs politiques ont opté pour un régime fédéral plutôt qu\u2019unitaire comme l\u2019auraient souhaité plusieurs «Pères de la Confédération» anglophones, ce fut surtout à 1 84 \u2022 L'ACTION NATIONALE cause du Québec qui voulait protéger son identité nationale en confiant à son gouvernement «provincial» la responsabilité de sauvegarder ses institutions particulières et les autres composantes de sa spécificité.Sans ces garanties, pas de fédération! Dans cette perspective, il était normal que le Québec s\u2019oppose aux velléités dominatrices d\u2019Ottawa qui ne tardèrent pas à se manifester sitôt le régime fédéral mis en place et qui persistèrent par après: elles mettaient en cause le support institutionnel et politique québécois que le fédéralisme, selon lui, avait précisément pour mission de garantir.C\u2019est ainsi que, contrairement à ce qui s\u2019est produit dans les autres provinces, la défense de l\u2019«autonomie provinciale» a traditionnellement pris, au Québec, une place énorme dans les préoccupations collectives et même électorales.Il y a une raison à cela: l\u2019«autonomie» y était perçue comme intimement liée à l\u2019identité.Le fédéralisme n\u2019a donc jamais eu et n\u2019a pas, pour les Québécois francophones, le sens que lui confèrent les Canadiens anglais ainsi que ceux qui, néo-Canadiens, se sont joints à eux par la suite.Pour les uns et pour les autres, il n\u2019a pas non plus les mêmes objectifs.Nous sommes donc depuis le début en présence de deux perceptions différentes du régime politique canadien.Si ces deux perceptions sont légitimes et peuvent, l\u2019une et l\u2019autre se défendre, il n\u2019empêche qu\u2019elles ont toujours été à la source des tensions politiques entre le Québec et le reste du Canada.On est loin ici des sordides disputes bureaucratiques ou politiciennes auxquelles on réfère parfois un peu vite pour tenter d\u2019expliquer les conflits fédéraux-provinciaux.Alors que les Québécois se définissent comme un peuple, les Canadiens-anglais sont davantage enclins à ne considérer les francophones que comme la plus grande minorité ethnique du Canada parmi plusieurs, et à estimer que le Québec, au-delà de l\u2019«accident» linguistique, n\u2019est qu\u2019une province comme les autres.Cela explique assez pourquoi on est si réfractaire, dans les autres provinces, à une notion comme celle de «société distincte», appellation difficilement applicable selon elles à une minorité, si importante soit-elle, vivant dans un ensemble fédéral; et lorsqu\u2019on l\u2019accepte, c\u2019est avec grande réticence et dans la mesure où on est convaincu de son absence de portée concrète.De la même manière, la Loi 101 tout comme la Loi 178 sur l\u2019affichage ont été réprouvées à l\u2019extérieur du Québec et à L'ACTION NATIONALE «185 Ottawa, entre autre raisons parce qu\u2019on y admettait mal qu\u2019une minorité ose se comporter comme un peuple et adopter des lois de peuple1.Le reste du Canada a aussi une conception administrative du fédéralisme et est porté à considérer les provinces comme des structures régionales de gestion, un peu à l\u2019instar de grosses municipalités.Le gouvernement central, celui d\u2019Ottawa, est pour lui l\u2019authentique gouvernement national, mais les Québécois, eux, attribuent ce rôle à celui du Québec2.III- L\u2019imposition d\u2019une conception dominante L\u2019idée qu\u2019avaient Ottawa et le reste du Canada de ce que devrait devenir le régime politique canadien les a naturellement conduits, malgré leurs divergences occasionnelles sur certains points, à instaurer la forme de fédéralisme qui leur convenait, même si celle-ci allait carrément à l\u2019encontre des attentes du Québec et de sa conception du pays.Pour y arriver, on a systématiquement exploité les grands pouvoirs que la constitution de 1867 reconnaissait au gouvernement central.On n\u2019a pas non plus hésité à «forcer les règles» du régime pour imposer au Québec des réformes absolument contraires à ses réclamations.On a aussi eu recours aux tribunaux.À cela se sont enfin ajoutés, avec le temps, un certain nombre de programmes dont, souvent, le Québec a fait les frais.1.\tLe même commentaire pourrait s\u2019appliquer à des innovations québécoises plus anciennes comme la Caisse de dépôt et placement, organisme financier public dont on a mal compris à l\u2019époque qu\u2019une minorité veuille s\u2019équiper, d\u2019autant plus que l\u2019ampleur de ses moyens et de ses projets a indisposé les fédéraux et certains milieux d'affaires anglophones; qu\u2019on se souvienne du Bill S-31 que l\u2019opposition ferme des Québécois a fait avorter mais grâce auquel Ottawa espérait réduire l\u2019action de la Caisse.2.\tDans le même ordre d\u2019idée on notera que l\u2019expression Assemblée nationale s\u2019applique, au Québec, depuis la fin des années soixante, à une institution que les autres provinces dénomment Legislative Assembly.Quand ils parlent du premier ministre du Canada, les Canadiens de langue anglaise utilisent les mots Prime Minister, alors que celui de Premier désigne ses homologues provinciaux, distinction qui n\u2019existe pas au Québec.Toujours au Québec, nombreuses sont les appellations comme : Bibliothèque nationale, École nationale, Institut national, etc.1 86 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE A- Les pouvoirs d\u2019intervention d\u2019Ottawa: Il est curieux de constater combien, du moins jusqu\u2019au tournant des années 1960, les milieux politiques québécois ignoraient l\u2019ampleur des pouvoirs d\u2019intervention que la constitution de 1867 a conférés au gouvernement central.Cela s\u2019explique peut-être par le fait que, dans ces milieux, on accordait plus d\u2019importance à la nomenclature des compétences provinciales contenues dans les articles 92 et autres de la constitution qu\u2019aux dispositions d\u2019ordre général qui biaisaient celle-ci en faveur d\u2019Ottawa.La consultation de cette liste pouvait en effet donner l\u2019impression que les attributions québécoises étaient claires et leur intégrité assurée.Le même phénomène semble s\u2019être produit chez les «Pères de la Confédération» qui représentaient le Québec à l\u2019époque: les compétences nommément reconnues aux provinces leur paraissaient aptes à préserver la spécificité du Québec.Quoi qu\u2019il en soit, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019on a confié des pouvoirs généraux à Ottawa et des pouvoirs sectoriels aux provinces, les premiers souvent destinés à avoir préséance sur les seconds.Et si, en 1867, on a confié de tels pouvoirs au gouvernement central, c\u2019était justement pour lui permettre d\u2019exercer une autorité ultime, sans partage, sur les affaires globales du pays et, entre autres raisons, d\u2019intervenir dans les compétences des provinces si jamais leur usage venait à contrevenir à certains objectifs nationaux jugés par lui primordiaux.a) Le pouvoir d\u2019imposer permet au gouvernement fédéral de recourir à toutes les formes de taxation qu\u2019elles qu\u2019elles soient, les provinces étant limitées au recours à la taxation directe, et cela, uniquement pour des fins provinciales.Ainsi, il peut légalement avoir accès à toutes les sources de revenus, pouvoir dont il s\u2019est notamment servi à l\u2019occasion de la Deuxième Guerre Mondiale pour centraliser la fiscalité.L\u2019avantage de disposer de ressources financières d\u2019envergure beaucoup plus vaste que celles réservées aux provinces, ajouté à ses compétences en matière de monnaie, de banque et de commerce, lui conféra un poids économique et financier dont il s\u2019est amplement servi non seulement dans ses propres secteurs de responsabilité, ce qui était normal, mais aussi pour promouvoir des politiques dites «nationales» dans les domaines réser- L'ACTION NATIONALE «187 vés aux provinces.Sur ce plan, il put aussi mettre à profit une autre grande possibilité d\u2019intervention: le pouvoir de dépenser.b) Le pouvoir de dépenser n\u2019est pas, dans la constitution, aussi nettement attribué à Ottawa que le précédent, mais les tribunaux en ont reconnu au gouvernement fédéral la jouissance à partir de l\u2019idée qu\u2019un gouvernement central doit avoir le droit d\u2019utiliser ses ressources comme il l\u2019entend, à condition toutefois, s\u2019il veut les employer dans des domaines provinciaux, de ne pas légiférer directement sur les matières et domaines visés.Ottawa profita de cette latitude dans les périodes où les restrictions budgétaires n\u2019étaient pas tellement préoccupantes: le pouvoir fédéral de dépenser est à l\u2019origine d\u2019une quantité impressionnante de grands programmes «nationaux» qui ont certes leurs côtés positifs, mais qui, à peu près tous, concernent des champs d\u2019action provinciaux.L\u2019assurance-hospitalisation, l\u2019assurance-maladie, etc., entrent dans cette catégorie.Dans ces cas Ottawa n\u2019a pas, à proprement parler, légiféré sur la gestion des hôpitaux ou la pratique médicale, mais, ce qui revient pratiquement au même, il a été en mesure, dans le vaste domaine de la santé, d\u2019imposer aux provinces les conditions qu\u2019elles devaient respecter pour recevoir leur quote-part du financement offert.Ce financement, issu du pouvoir fédéral de dépenser, s\u2019est aussi appliqué à maintes autres initiatives dont, par exemple, la formation professionnelle, l\u2019assistance sociale, etc.De la sorte et même s\u2019il s\u2019agissait de leurs propres compétences, les provinces devenaient les exécutantes de mesures dont la nature, le contenu et la portée étaient déterminés par le gouvernement central.Il n\u2019y a pas eu que le financement conjoint.Grâce à des ressources alors abondantes, Ottawa a aussi pu lancer des programmes qu\u2019il finance seul et qui s\u2019appliquent à des secteurs que, pour sa part, le Québec estimait largement lui appartenir.On pense ici à des mesures anciennes comme les allocations familiales et aussi à des initiatives plus récentes comme les divers genres de bourses et de prêts pour les étudiants, l\u2019alphabétisation, les programmes visant les forêts, le tourisme, etc.Ces interventions d\u2019Ottawa dans des sphères provinciales ont été facilitées par son pouvoir de dépenser, mais ont été justifiées par une interprétation «généreuse» de ses attributions auxquelles, lorsqu\u2019elles furent contestées, la Cour su- 188 \u2022 L'ACTION NATIONALE prême a généralement accordé son aval pour des raisons qu\u2019on verra plus loin.c)\tAu Canada, contrairement à ce qui s\u2019est produit dans d\u2019autres fédérations, on a confié le pouvoir résiduaire au gouvernement central.Autrement dit, c\u2019est Ottawa qui a d\u2019avance reçu la responsabilité des domaines qui n\u2019avaient pas, en 1867, été nommément donnés aux provinces.De la sorte, le gouvernement central a pu agir comme s\u2019il détenait une compétence entière ou fort étendue non seulement dans des domaines d\u2019activité qui n\u2019existaient pas au moment où on érigea le Canada en fédération (par exemple: aéronautique, radio et télécommunications, énergie nucléaire, droits miniers sous-marins au large des côtes, etc.), mais aussi dans l\u2019extension que prirent, avec les besoins nouveaux de la société, certains secteurs provinciaux stratégiques.Ainsi, la formation professionnelle ou la culture étaient contiguës à l\u2019éducation quelles prolongent, et pour cette raison, du moins selon le Québec, relevaient des provinces, mais Ottawa considéra devoir y jouer un rôle qui ne fit que s\u2019accroître avec le passage du temps.d)\tEn 1867, Ottawa reçut aussi un pouvoir de désaveu, c\u2019est-à-dire la capacité (beaucoup utilisée dans les premières années) d\u2019annuler telle ou telle disposition législative provinciale qui ne lui plaisait pas.Certains prétendent que ce pouvoir, parce qu\u2019il n\u2019est plus utilisé depuis 1943, est de ce fait tombé en désuétude.Peut-être, mais, même s\u2019il eût été facile de le faire, il n\u2019a jamais été abrogé et il apparaît toujours dans le texte de la loi fondamentale du Canada.e)\tTout comme les deux précédents, le pouvoir déclaratoire donné à Ottawa en 1867 permet au gouvernement central d\u2019inclure d\u2019autorité, dans sa juridiction, des ouvrages ou des entreprises qui, d\u2019après la répartition des pouvoirs, relèveraient normalement des provinces.Sont de la sorte devenus «fédéraux» des chemins de fer, des ponts, des barrages, etc., ainsi que l\u2019exploration de l\u2019uranium et la société Bell du Canada.f)\tIl va de soi que, dans une fédération, le gouvernement central doit détenir un pouvoir d\u2019urgence de manière à gérer des situations exceptionnelles.Au Canada, ce pouvoir découle de la clause sur «la paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement» de l\u2019article 91 de la constitution.Il a été utilisé à l\u2019occasion des deux guerres mondiales et de la guerre de Corée.Il a cependant aussi été invoqué L'ACTION NATIONALE «189 dans d\u2019autres circonstances: crise d\u2019octobre 1970, crise du pétrole en 1975 (pour contrôler les prix et les salaires) et crise d\u2019Oka en 1990.Ottawa peut toujours s\u2019appuyer sur ce pouvoir pour intervenir lors, par exemple, d\u2019une grave situation économique (un peu comme en 1975) et passer outre aux compétences provinciales.La liste des grands pouvoirs fédéraux se complète par d\u2019autres dispositions auxquelles on songe peut-être moins fréquemment, mais qui rien sont pas moins réelles et ont exercé une importante influence sur l\u2019évolution du fédéralisme canadien: le pouvoir de créer de nouvelles provinces, celui de nommer les lieutenants-gouverneurs et aussi celui de nommer les juges de la Cour suprême.(Nous reviendrons sur ce dernier point après avoir rappelé les événements constitutionnels de 1980-1982).En somme, de la nomenclature commentée des grands pouvoirs fédéraux que nous venons de faire ici se dégage une image du fédéralisme canadien qui ne correspond pas beaucoup à celle, officielle, que ses défenseurs tentent d\u2019en diffuser à l\u2019occasion des débats politiques.Sans fausser la réalité, on pourrait dire de ce régime qu\u2019il a sciemment été conçu de façon à conférer au gouvernement central tous les moyens légaux voulus pour lui permettre d\u2019instituer, au Canada, la forme de fédéralisme qui lui convenait \u2014 et qui convenait aussi à la majorité canadienne-anglaise -, ce dont il ne s\u2019est pas privé quand les circonstances l\u2019exigeaient selon lui, qu\u2019elles qu\u2019aient pu être les aspirations du Québec et l\u2019interprétation que sa population se faisait du «pacte» fédéral de 1867.Malgré le fait que la présente constitution mentionne l\u2019existence d\u2019attributions provinciales apparemment exclusives, l\u2019autorité centrale détient des moyens puissants de les contourner ou de s\u2019y installer.On devine ici, entre autres raisons, pourquoi, depuis des générations, autant de représentants du gouvernement du Québec, appuyés par une majorité de la population et tous partis confondus, ont demandé des révisions en profondeur du régime actuel.B- Le coup de force de 1980-1982: Sur le plan politico-pédagogique, les événements postréférendaires de 1980-1982 ont probablement fourni aux citoyens du Québec la démonstration la plus éclatante au cours des dernières générations que, quand les dirigeants du présent régime politique le 190» L'ACTION NATIONALE souhaitent et que les circonstances s\u2019y prêtent, ils peuvent fort bien «forcer» les règles en vigueur et recourir à des moyens d\u2019action illégitimes pour imposer leur propre vision du fédéralisme à l\u2019encontre de celle du gouvernement démocratiquement élu du Québec.On ne reprendra pas ici l\u2019histoire des événements en cause, mais on essaiera plutôt d\u2019en tirer certains enseignements.Parmi ceux-ci, on peut retenir: a)\tLe bris des promesses.Pendant le référendum de 1980, les autorités fédérales, par leur premier ministre, s\u2019étaient engagées à «faire du changement» dans le fédéralisme canadien.Des premiers ministres provinciaux se prononcèrent aussi dans le même sens.Vu l\u2019ambiance du moment et surtout les positions maintes fois exprimées par leurs représentants aux conférences fédérales-provinciales et en d\u2019autres occasions, il était impossible aux Québécois de comprendre un tel engagement autrement que comme une promesse selon laquelle, enfin, Ottawa et le reste du Canada procéderaient à la révision constitutionnelle depuis si longtemps réclamée.Or, c\u2019est exactement le contraire qui arriva, au point d\u2019ailleurs que des fédéralistes québécois éminents déclarèrent avoir été floués.b)\tLa réduction des pouvoirs du Québec.Par le truchement de la charte des droits incorporée dans la constitution de 1982, le gouvernement du seul territoire de langue française en Amérique du Nord a vu ses compétences en matière linguistique diminuées sans son consentement et malgré l\u2019opposition formelle de son Assemblée nationale.Cette réduction de pouvoirs était si préméditée que la politique linguistique a été exclue du champ d'application de la clause dérogatoire, ce qui n\u2019était pas le cas des libertés fondamentales admises dans une société démocratique, comme la liberté de parole ou d\u2019association qui sont susceptibles, elles, d\u2019être restreintes en vertu de cette clause! c)\tLa lutte aux droits collectifs.En certains milieux on commence à mesurer un des effets pervers de la charte sur la société canadienne: l\u2019hypertrophie des droits individuels qui conduit à des attitudes fondées sur un égoïsme forcené et à des exigences qui frisent parfois l\u2019absurde.En ce qui concerne le Québec, l\u2019effet est davantage pervers du fait qu\u2019il introduit, dans la dynamique politique du pays, une opposition systémique entre droits individuels et LACTION NATIONALE «191 droits collectifs, les premiers étant valorisés par la charte et hissés au niveau de quasi-dogmes, alors que les seconds sont implicitement vus comme une distorsion de la démocratie libérale.Pourtant de tels droits collectifs sont particulièrement pertinents, essentiels même, pour un peuple comme celui du Québec, minoritaire en Amérique du Nord (à peine 2% de la population totale), et, pour cette raison, soucieux de protéger et de promouvoir ses caractéristiques propres en matière de langue, de culture et d\u2019institutions.On aboutit ainsi à des situations où il n\u2019est théoriquement pas exclu qu\u2019un individu se serve avec succès de la charte pour opposer son droit personnel, présumé absolu, à des protections collectives, à des législations ou à l\u2019action d\u2019organismes dont le gouvernement du Québec a cru opportun de doter sa population, justement parce quelle risquerait autrement de se trouver dans une situation encore plus précaire.d) L\u2019isolement du Québec.Ces atteintes à l\u2019intégrité des compétences du Québec ont été perpétrées à la faveur d\u2019un isolement planifié de la délégation québécoise à la conférence de novembre 1981.Comme on a pu le constater par la suite, le procédé utilisé contre ses représentants provinciaux a joué (et joue encore) un rôle considérable dans le jugement négatif que portent la majorité des Québécois francophones sur les règles du jeu en vigueur dans le présent régime.Devant l\u2019impasse ainsi créée et peut-être aussi à cause d\u2019un certain sentiment de culpabilité, maints politiciens et observateurs du reste du Canada ont voulu, par la suite, justifier ou, du moins, excuser ce geste sans précédent en prétendant que pratiquement tous les députés fédéraux venant du Québec étaient d\u2019accord avec le coup de force, ou en alléguant que l\u2019option politique du gouvernement québécois de l\u2019époque lui interdisait, de toute façon, de coopérer à la réforme du fédéralisme et que, par conséquent, mieux valait ne pas s\u2019embarrasser de la présence de ses représentants.Ce raisonnement oublie trois faits.D\u2019abord, on l\u2019a dit, la ronde constitutionnelle de 1980-1981 n\u2019a tenu aucun compte de ce que les Québécois avaient compris des promesses référendaires de renouvellement du régime.Ensuite, nul gouvernement québécois, même fédéraliste, n\u2019aurait accepté une diminution de ses compétences constitutionnelles, surtout en matière de langue, sous prétexte 192 \u2022 L'ACTION NATIONALE d\u2019amélioration du régime.Enfin, si on s\u2019était conduit correctement par rapport au Québec, pourquoi alors a-t-on essayé, par l\u2019accord du lac Meech, de «corriger l\u2019injustice de 1981 » comme on le disait?C- Le pouvoir judiciaire: Longtemps la majorité du public tint pour acquis que les juges formaient, dans notre société, un groupe de sages sachant s\u2019extraire des situations immédiates et conflictuelles, jouissant d\u2019une impartialité rare et rendant ses décisions à partir de raisons objectives.Cette perception idyllique du pouvoir judiciaire n\u2019a jamais été totalement juste et on peut dire, ces temps-ci, quelle est en voie d\u2019effritement.On respecte encore les juges, ne serait-ce qu\u2019à cause de leur pouvoir, mais on n\u2019a plus pour eux, ni d\u2019ailleurs pour les autres professions, la déférence béate des années d\u2019antan.Les juges de la Cour suprême échappent encore un peu mieux que les autres à cette baisse de considération, mais le phénomène les touchera eux aussi tôt ou tard.Le fait est qu\u2019ils sont humains, c\u2019esr-à-dire influencés, quoi qu\u2019on dise, par leur tempérament, par les valeurs du milieu d\u2019où ils proviennent et par leurs propres convictions; ces influences ne peuvent qu\u2019affecter leurs décisions lorsque, comme c\u2019est souvent le cas en matière constitutionnelle, la marge d\u2019interprétation est large.Ce facteur est de fait si présent que souvent l\u2019on sait en gros, par avance, dans quel sens iront les décisions de tel ou tel candidat au poste de juge.C\u2019est pourquoi, aux États-Unis par exemple, aussi bien qu\u2019au Canada, les autorités publiques voient toujours à choisir ceux, parmi les candidats possibles, qui épousent le mieux leur idéologie1.Au Canada, la majorité des juges de la Cour suprême viennent de l\u2019extérieur du Québec et sont choisis par Ottawa, c\u2019est-à-dire, en pratique, par le premier ministre fédéral qui, évidemment, nommera à ce tribunal des personnes susceptibles de soutenir les orientations de son gouvernement et d\u2019appuyer les valeurs dont celui-ci se fait le protagoniste.Non seulement ces juges sont tous 1.Voir la corroboration documentée et troublante qu\u2019apporte à ce sujet le livre du professeur Michael Mandel de l\u2019Université York (Ontario) publié en traduction par les Éditions du Boréal sous le titre de La charte des droits et libertés et la judiciarisation du politique au Canada.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 1 93 partisans du fédéralisme, mais les chances sont qu\u2019ils partagent, sur ce régime, les vues du premier ministre qui les désigne, prédisposition qui les amènera normalement à rendre des décisions lui convenant.Qui plus est, ces décisions, lorsqu\u2019elles sont d\u2019ordre constitutionnel, seront rendues en fonction de dispositions dont on a vu, plus haut, qu\u2019elles consacraient la prééminence fédérale.Depuis 1982, on y a ajouté une charte des droits qui contrevient aux pouvoirs du Québec en matière linguistique.D- Des programmes discutables Il est logique de s\u2019attendre à ce que les dispositions législatives et autres qui «programment» le régime, et les règles du jeu qui en procèdent, aient graduellement conduit à la mise en oeuvre de mesures d\u2019origine fédérale qui n\u2019ont pas correspondu aux besoins du Québec et même qui lui ont nui.En effet - et le coup de force constitutionnel de 1980-1982 est là pour le prouver - mais, concernant ce genre de sujet, une observation est de mise, une question surgit et une réponse se dégage.a) Une observation.N\u2019importe quelle province peut prouver que telle décision fédérale a entraîné pour elle des retombées négatives, ou découvrir des mesures dont l\u2019impact positif s\u2019est concrétisé surtout hors de son territoire.On peut également démontrer de manière a priori crédible que les décisions fédérales en matière d\u2019énergie, de transport ou de communications, aussi bien que les politiques culturelles ou celles qui ont trait au développement régional ont porté préjudice au Québec ou, au contraire, qu\u2019elles lui ont comparativement été plus bénéfiques qu\u2019aux autres provinces.L\u2019approche «coûts-bénéfices» peut s\u2019appliquer à peu près partout et sert souvent à renvoyer dos à dos critiques et défenseurs du fédéralisme, comme si les «scandales» dénoncés par les uns trouvaient leur correction dans les avantages proclamés par les autres.On risque fort de s\u2019enferrer dans l\u2019argumentation partisane et tronquée dès lors qu\u2019on se met à dresser de part et d\u2019autre des listes de récriminations ponctuelles, car, pour tout problème soulevé, il existe des répliques, fondées ou non.Prenons le cas des flux financiers, dossier débattu depuis le début des années 1960 et où il s\u2019agit de mesurer si Québec reçoit plus ou moins d\u2019Ottawa qu\u2019il n\u2019y verse.La réponse dépendra des dépenses et ressources prises en compte, 194» L'ACTION NATIONALE des critères d\u2019évaluation utilisés et des périodes retenues.Autant dire que les querelles de chiffres peuvent «prouver» n\u2019importe quoi et son contraire.b) Une question.Le discours politique courant identifie aisément des décisions fédérales dont le Québec a souffert ou souffrira: Mirabel; Collège militaire de Saint-Jean, etc.Il a aussi dénoncé les coûts et l\u2019inefficacité des chevauchements fédéraux-provinciaux; les politiques de la Banque du Canada qui ont traditionnellement été déterminées en fonction de la conjoncture économique ontarienne; les généreuses subventions fédérales aux cultivateurs de l\u2019Ouest par rapport à celles destinées aux Québécois; les investissements d\u2019Ottawa dans Hibernia qui n\u2019ont pas grand-chose de comparable au Québec; la faible part des dépenses fédérales en recherche reçue par le Québec; la présence obstinée d\u2019Ottawa en formation professionnelle; la construction de la Voie maritime du St.-Laurent qui a surtout profité à l\u2019Ontario (même chose pour le pacte automobile); les gouvernements des autres provinces qui, dans le passé, n\u2019ont pas respecté les droits de leurs citoyens d\u2019expression française et qui, encore aujourd\u2019hui, se montrent peu empressés à les reconnaître, etc.Le même discours politique pourrait également s\u2019en prendre aux programmes fédéraux d\u2019immigration qui, pendant des générations, ont visé à accroître la population anglophone du Canada en négligeant quasi totalement le monde francophone.Il serait facile d\u2019allonger la liste au point, pourquoi pas, d\u2019y ajouter la tentadve récente d\u2019interdire l\u2019importation de fromages à base de lait crû, surtout consommés au Québec, et le cadeau d\u2019un milliard de dollars consentis aux provinces maritimes en échange de leur adhésion à la TPS «nationale»1.En étudiant cette liste, d\u2019aucuns se demanderont toutefois pourquoi tant de Québécois en concluent qu\u2019il faille obligatoire- 1.On peut même remonter au siècle dernier et rappeler que, lors de l\u2019Union, on a garanti au Haut-Canada une représentation parlementaire égale à celle du Bas-Canada malgré le fait que sa population fut moindre, ou encore qu\u2019on a fait assumer par le nouveau Canada-Uni la dette du Haut-Canada, dix fois supérieure à celle du Bas-Canada.Et que, dès que la situation s\u2019inversa dans les années 1850, la population haut-canadienne dénonça comme insupportables les conditions qui lui convenaient fort bien en 1840 alors quelles portaient détriment au Bas-Canada.La conscription de 1917 et celle de la Deuxième Guerre Mondiale font également partie du dossier historique du fédéralisme canadien.L'ACTION NATIONALE «195 ment soit modifier radicalement le régime fédéral canadien, soit en sortir.Car, estiment-ils, pratiquement toutes les critiques contenues dans la liste procèdent de mauvaises décisions, d\u2019erreurs d\u2019appréciation ou de bévues de politiciens de passage, gestes regrettables sans doute, mais qui peuvent pour la plupart être corrigés ultérieurement et dont, avec de la bonne volonté et des programmes mieux adaptés, il est possible d\u2019empêcher la répétition.En d\u2019autres termes, en admettant qu\u2019elles soient toutes justifiées et fondées, ces critiques ne pourraient, selon ce raisonnement, atteindre le régime fédéral lui-même; elles ne concerneraient que ses gestionnaires, politiciens et partis fédéraux qui (cela, on est d\u2019emblée prêt à l\u2019admettre) ont commis maintes erreurs de parcours, erreurs dont leurs successeurs sont devenus plus conscients.Bref, dans cette perspective le fédéralisme ne serait pas en cause.Alors, la question se pose: quest ce donc au juste que le Québec reproche depuis tant d\u2019années au régime fédéral actuel?c) Une réponse.Contrairement à ce que beaucoup, dans le reste du Canada, peuvent penser, les orientations politiques des Québécois ne résultent pas d\u2019abord des déceptions et frustrations que leur auraient causées la mauvaise gestion des dossiers sectoriels Québec-Ottawa.Certes, elles jouent un rôle, et les politiciens du Québec s\u2019en servent à l\u2019occasion pour illustrer les défauts de fonctionnement et les injustices du régime.Il n\u2019en reste pas moins, toutefois, que la majorité de ceux des Québécois qui souhaitent une réforme en profondeur du fédéralisme ou qui sont souverainistes n\u2019en sont pas arrivés à de telles conclusions parce qu\u2019Ottawa aurait versé moins d\u2019argent au Québec qu\u2019il n\u2019en a reçu, ou à cause des chevauchements fédéraux-provinciaux, ou pour des motifs du genre.En fait, la crise canado-québécoise actuelle tient à des facteurs de loin beaucoup plus fondamentaux que ceux-là.IV- Une succession d\u2019échecs Pendant plusieurs décennies, les conceptions canadienne-an-glaise et québécoise du fédéralisme ont tant bien que mal pu coexister parce que les fonctions gouvernementales étaient minimes par rapport à ce quelles sont devenues depuis le milieu du présent 196» L'ACTION NATIONALE siècle.Les frictions et les conflits n\u2019avaient pas l\u2019acuité et la fréquence qu\u2019on leur connut par la suite.Il y avait moins d\u2019empiétements fédéraux.Avec l\u2019avènement du Welfare State, la situation évolua rapidement.La question se posa alors de plus en plus de savoir qui, des gouvernements provinciaux ou de celui d\u2019Ottawa, devait, dans tel ou tel domaine stratégique, exercer un leadership économique, culturel, social et politique.A- La contestation du régime En réalité, la question se posa presque exclusivement au Québec.Les provinces anglophones jugeaient naturellement que ce leadership devait appartenir au gouvernement central, leur National Government.Les Québécois virent plutôt, dans la tendance à l\u2019accentuation du pouvoir central qui se produisit surtout à compter de l\u2019après-guerre, une sorte de déviation ou, pire, de mépris envers un des objectifs initiaux du régime: l\u2019autonomie des provinces en général et celle du Québec en particulier.Ils conclurent que les Canadiens anglais et le gouvernement fédéral perdaient de vue l\u2019esprit du fédéralisme authentique.Jusqu\u2019à 1960, les dirigeants québécois tentèrent de résoudre le problème en invoquant la protection qu\u2019était censée garantir la constitution du pays à l\u2019exercice des compétences provinciales.D\u2019où l\u2019insistance des politiciens du temps, en particulier de Maurice Duplessis, sur le droit du Québec à l\u2019autonomie.Les succès ne furent pas à la mesure des aspirations et des efforts.Cette époque vit en effet Ottawa utiliser à fond son pouvoir de dépenser pour intervenir dans des champs provinciaux.De plus en plus le fédéralisme canadien se conformait aux volontés canadiennes-anglaises et fédérales.Avec la Révolution tranquille, la stratégie québécoise évolua vers une approche davantage fondée sur la prise d\u2019initiatives, sur la clarification des attributions de chaque ordre de gouvernement, sur la réclamation de pouvoirs nouveaux pour le Québec, découlant de sa vocation particulière au Canada et en Amérique du Nord, et, en conséquence, sur la redéfinition de son statut politique.L'ACTION NATIONALE «197 Cette façon de voir, partagée des segments de plus en plus nombreux de la population du Québec, amena à remettre en cause non pas uniquement le fonctionnement du régime fédéral, mais aussi ses tendances profondes, les autres provinces s\u2019en montrant au contraire assez satisfaites et se bornant à des réclamations sectorielles moins ardentes et plus limitées.La contestation québécoise toucha pratiquement tous les domaines d\u2019intervention gouvernementale.On déborda ainsi, et de beaucoup, l\u2019ancienne notion d\u2019«auto-nomie provinciale».À cause des défis multiples posés par les problèmes contemporains et les exigences d\u2019une interdépendance croissante, les Québécois dans leur ensemble en vinrent à constater qu\u2019une société ne peut plus simplement se protéger, encore moins se replier sur elle-même, sous peine de laisser agir sur elle des dynamismes issus d\u2019ailleurs, la passivité conduisant tôt ou tard à la dilution de son identité.Pour se réaliser, cette société devait désormais prévoir, agir, prévenir, inventer, intervenir.De défensive quelle était jusqu\u2019au milieu des années cinquante, l\u2019«autonomie» devint plus positive.Elle devint en pratique synonyme obligé de «contrôle de ses propres affaires».Le «Maîtres chez nous» du régime Lesage symbolisa cette nouvelle attitude.Naquirent, à la fois, un esprit d\u2019ouverture et une volonté d\u2019affronter, et même de profiter, des conjonctures nouvelles.Politiquement, la nouvelle approche (qui ne contredisait pas l\u2019ancienne, mais l\u2019approfondissait) signifia c\\ut,faceà l\u2019avenir, il revenait au gouvernement du Québec et aux institutions québécoises de déterminer les conditions de l\u2019interdépendance du peuple québécois avec ses voisins.Corollaire: cette responsabilité ne pouvait pas relever d\u2019un autre ordre de gouvernement, celui d\u2019Ottawa, où ce peuple serait toujours minoritaire.Confirmée par les demandes réitérées des autorités québécoises qui réclamaient une révision majeure du cadre fédéral, cette approche créa de la perplexité et de l\u2019inquiétude à Ottawa et dans le reste du Canada («What does Québec want?»).Elle fut à l\u2019origine, en février 1968, d\u2019une première grande ronde de discussions constitutionnelles, qui sera suivie de plusieurs autres.On avait déjà traité de constitution dans le passé, mais en se fixant des objectifs bien plus modestes; désormais, on verrait beaucoup plus grand, on tenterait autre chose.198 \u2022 L'ACTION NATIONALE Quatre fois au cours des trente dernières années les circonstances amenèrent Ottawa et les autres provinces à procéder à des tentatives de révision globale.Chaque fois on s\u2019interrogea sur la place du Québec et sur la nature du Canada: février 1968 à juin 1971 (conférence de Victoria); juin 1980 à mars 1982 (pourparlers post-référendaires); mai 1987 à juin 1990 (Meech); et 1992 (Charlottetown).Sans être aussi ambitieuses, d\u2019autres tentatives eurent également lieu en 1974-1976 et 1978-1979.Or l\u2019expérience vécue par le Québec au cours de ces années est extrêmement significative.Il s\u2019en dégagea des leçons qui, dans une très large mesure, contribuèrent à la croissance du mouvement souverainiste.B- Le refus Sauf quelques arrangements administratifs toujours susceptibles, par définition, d\u2019être révoqués, Ottawa et les autres provinces ont toujours refusé de modifier le cadre fédéral ou la constitution canadienne dans le sens voulu par le Québec, à tel point que, sur ce plan et à maints égards, la situation est pire aujourd\u2019hui quelle ne l\u2019était au départ.Plus précisément: 1 ) Chaque tentative de révision constitutionnelle s\u2019est terminée sur un échec pour le Québec, soit à cause de l\u2019avortement du processus (Victoria en 1971 ), soit par suite du mépris des promesses formulées à son endroit (discussions postréférendaires de 1980-1981), soit par un rejet de ses demandes minimales (Meech en juin 1990), soit par une dilution encore plus accentuée de ces demandes (Charlottetown en 1992).2)\tAucune n\u2019a conduit à la satisfaction des réclamations traditionnelles du Québec en matière de partage des pouvoirs ni à une modification de son statut ni, encore moins, à la reconnaissance formelle du peuple québécois.3)\tÀ ces réclamations, le Canada anglais et Ottawa ont toujours directement ou indirectement opposé un principe tiré de leur conception du fédéralisme: l\u2019égalité des provinces et, par conséquent, l\u2019impossibilité pour une d\u2019entre elles - le Québec en l\u2019occurrence - de jouir d\u2019un statut spécial ou particulier, ou de disposer de pouvoirs dont, pourtant, les autres n\u2019auraient pas besoin.L'ACTION NATIONALE «199 4) À chaque fois, le gouvernement central et les autres provinces ont profité des pourparlers pour orienter graduellement le processus vers la satisfaction de leurs propres priorités, aux dépens de celles du Québec.Ce dernier point exige quelques précisions: a)\tL\u2019exercice constitutionnel de 1968-1971 a été entrepris à cause des demandes et réclamations exprimées avec force, depuis des années, par les porte-parole québécois.Tant sous Duplessis, que sous Lesage et Johnson, celles-ci émanaient à peu près exclusivement de la nécessité de plus en plus pressante de réorganiser le partage des pouvoirs au Canada de manière à redéfinir le rôle et la place du Québec au sein du régime fédéral.L\u2019initiative souleva des espoirs chez les Québécois, mais, au cours de l\u2019exercice, Ottawa et les autres provinces avancèrent des positions qui prirent graduellement le dessus sur celles du Québec.De telle manière qu\u2019à la fin, en juin 1971, le Québec n\u2019eut d\u2019autre choix que de refuser la charte de Victoria qui convenait aux autres provinces et à Ottawa, mais ne contenait rien d\u2019attrayant pour lui : elle maintenait le statu quo dans le partage des pouvoirs.b)\tEn 1980-1981, ce fut beaucoup plus grave.Comme on l\u2019a vu plus haut, non seulement les réclamations du Québec, bien quelles fussent largement connues, restèrent-elles lettre morte malgré la promesse de renouvellement du fédéralisme auquel s\u2019étaient engagées à tenir, advenant un Non, les autorités fédérales pendant la campagne référendaire de mai 1980, mais des changements constitutionnels majeurs réduisant les compétences du Québec furent adoptés sans son consentement.Par contre, les desiderata fédéraux (charte des droits) et ceux des provinces anglophones firent partie du projet retenu, sur lequel, on le sait, celles-ci s\u2019entendirent avec Ottawa, en novembre 1981, en l\u2019absence voulue du Québec.c)\tEn juin 1990, pour faire accepter par les autres provinces l\u2019accord plus que modeste du lac Meech (il donnait suite à certaines demandes présentées dès le départ comme «minimales» par le premier ministre Bourassa lui-même), on essaya, via le «rapport Charest», d\u2019y ajouter diverses rubriques qui en atténuèrent encore la portée déjà limitée.Malgré tout, l\u2019entreprise échoua.Les Québécois purent constater, sur la foi de nombreuses déclarations et de plusieurs sondages, que l\u2019opinion publique dans le reste du Canada était résolument hostile à la reconnaissance du concept de «société distincte» pour le Québec, et ce même si l\u2019inclusion de cette notion dans la loi 200 \u2022 L'ACTION NATIONALE fondamentale du Canada n\u2019aurait valu au Québec aucune attribution constitutionnelle nouvelle.d) En 1992, on assista à l\u2019éclosion de l\u2019accord de Charlottetown qui, pour le Québec, allait encore moins loin que Meech: il banalisait comme jamais la notion de «société distincte», tout en faisant une place considérable à la question autochtone.De peur d\u2019avoir, en cas d\u2019échec, à tenir un référendum sur la souveraineté, M.Bourassa dut en outre, in extremis, consentir à un projet de réforme du Sénat dont personne n\u2019avait encore jamais discuté au Québec.Consultés, tant le reste du Canada que le Québec rejetèrent néanmoins l\u2019accord de Charlottetown en octobre de la même année, le premier parce que le projet lui paraissait, entre autres lacunes, trop généreux envers le Québec, le second pour des raisons exactement contraires.Une conclusion s\u2019impose: la négociation constitutionnelle n\u2019a historiquement abouti qu\u2019à des échecs et à des frustrations.Le constat fait tellement partie, dorénavant, de l\u2019imaginaire populaire canadien et québécois que le processus est à peu près complètement discrédité.V- Des stratégies piégées Le refus constant opposé aux réclamations du Québec s\u2019explique d\u2019abord et avant tout par les facteurs identifiés précédemment: divergences sur la nature et le but du fédéralisme, égalité obligatoire des provinces, francophones considérés comme une grosse minorité ethnique, etc.Paradoxalement, la faillite du processus constitutionnel s\u2019explique aussi par les stratégies dont les défenseurs du régime se servent pour éviter de reconnaître concrètement la spécificité du Québec et sa situation particulière en Amérique du Nord.En cherchant à le relativiser ou même à l\u2019esquiver pour ne pas avoir à l\u2019affronter, ils obscurcissent la nature réelle du problème à résoudre et, en laissant la situation s\u2019aggraver, ils se piègent eux-mêmes et le Canada avec eux.A- La culpabilisation On applique ici la vieille règle du «deux poids deux mesures».Des comportements qui sont tolérables, permis ou recommanda- L'ACTION NAnONALE \u2022 20 1 blés de la part du reste du Canada deviennent répréhensibles, inadmissibles ou franchement condamnables dans le cas du Québec.Le nationalisme québécois est souvent vu par ses adversaires non pas comme l\u2019expression d\u2019un patriotisme normal, mais comme une attitude fondée sur des réflexes défensifs d\u2019ordre essentiellement négatif.Par contre, le nationalisme canadien, même quand il tend à nier la spécificité québécoise, est sensé s\u2019inspirer d\u2019un remarquable esprit d\u2019ouverture et s\u2019inscrire dans la modernité.Ainsi, pour peu que les québécois mettent l\u2019accent sur un fait aussi indéniable que le caractère francophone du Québec, on les accusera volontiers de racisme et on les soupçonnera de rejeter les anglophones aussi bien que les immigrants actuels ou futurs.On ne s\u2019opposera pas non plus beaucoup au fait qu\u2019Ottawa finance et stimule la Fête du Canada, la distribution massive de drapeaux canadiens ou des événements multiculturels, mais on verra d\u2019un bien mauvais œil, et on dénoncera même, l\u2019encouragement que peut donner le gouvernement québécois à des manifestations soulignant tel moment de l\u2019histoire du Québec ou tel aspect de sa culture.L\u2019objectif \u2014 on le retrouve aussi dans ce qui suit \u2014 est de culpabiliser les Québécois et de les convaincre qu\u2019il est pour eux déplacé, voire malsain, d\u2019affirmer leur caractère propre.Ce que tous les autres peuples du monde peuvent faire et font, on souhaiterait que les Québécois s\u2019en privent.B- L\u2019amalgame Autre méthode, l\u2019amalgame: on met sur le même pied, comme si elles étaient identiques, la question québécoise et n\u2019importe quelle autre question pouvant concerner telle province ou telle population du Canada.Ainsi: - on assimile les positions québécoises, qui datent depuis longtemps et touchent une multitude de domaines, à celles de telle ou telle province sur un point donné (par exemple les pressions albertaines de 1975-1980 en faveur des droits provinciaux sur le pétrole ou, plus récemment, celles de la Colombie britannique sur les pêcheries), comme si, dans tous ces cas, il s\u2019agissait de simples réclamations sectorielles attribuables à la situation du moment; 202 \u2022 L'ACTION NATIONALE -\ton assimile la situation des francophones des autres provinces à celle des anglophones du Québec, comme si le sort des uns et des autres était comparable; -\tde façon générale, on assimile les demandes québécoises, dont les racines historiques sont anciennes, aux pressions régiona-listes qui se font occasionnellement jour ici ou là au Canada, comme si, dans l\u2019un et l\u2019autre cas, il s\u2019agit d\u2019une manifestation éphémère de mauvaise humeur.En plus de devenir de la sorte prisonnier d\u2019une doctrine selon laquelle tout ce qui peut être consenti au Québec doit aussi pouvoir l\u2019être aux autres provinces, on nie la spécificité du Québec et on exclut comme non pertinente toute solution d\u2019ordre constitutionnel qui pourrait en tenir compte.C- La diversion Toujours pour esquiver le problème québécois, on a recours à des techniques de diversion.1) Les «premières nations».La plus connue, parce quelle est plus récente, est l\u2019intérêt soudain et quelque peu suspect démontré envers les réclamations autochtones par un Canada anglais que, jusqu\u2019à ce moment, elles avaient laissé, pour dire le moins, plutôt indifférent.Les difficultés des autochtones sont réelles, et il ne faut pas en traiter comme si elles étaient fabriquées pour les besoins de la cause, mais les Québécois les ont vues surgir dans l\u2019ordre du jour constitutionnel en remplacement de leur propres réclamations dorénavant reléguées à l\u2019arrière-plan, sinon oubliées.On vit même des politiciens, des éditorialistes et des commentateurs, admettre d\u2019emblée, comme allant de soi, l\u2019existence et les droits de nations autochtones de quelques milliers de membres, alors qu\u2019ils s\u2019obstinaient toujours à rejeter toute modification constitutionnelle qui aurait, quant au partage des pouvoirs, reconnu la spécificité d\u2019un peuple qui en comptait sept millions! Et, plus étrange encore, aussitôt que ces mêmes gens avaient l\u2019impression que, pour une raison ou pour une autre, la crise Canada-Québec se calmait temporairement, leur attachement envers les autochtones devenait moins tonitruant.Attachement qui, aussitôt que l\u2019adhésion à la souveraineté semblait L'ACTION NATIONALE \u2022 203 dangereusement croître, revenait toutefois à la surface, par exemple sous forme d\u2019un appui bruyant aux réclamations territoriales dites incontournables des autochtones (alors qu\u2019on considérait contestables, exagérés ou négligeables les «prétentions» des millions d\u2019autres Québécois à l\u2019inviolabilité de leur sol).Ce genre d\u2019appui aux revendications autochtones, la manière dont il s\u2019exprimait, le moment choisi pour le faire connaître et l\u2019usage qu\u2019en faisaient des politiciens convainquirent bien des Québécois qu\u2019il s\u2019agissait de tentatives de diversion.2)\tLes otages.Pour culpabiliser les Québécois et les détourner de leurs aspirations, on s\u2019est amplement servi du sort effrayant qui, évoque-t-on, menacerait les francophones des autres provinces1 si jamais il advenait que le Québec acquière un statut particulier ou, pis encore, la souveraineté.Ce type de raisonnement vise à dresser les francophones du Canada les uns contre les autres.Il en révèle surtout beaucoup sur le respect prétendu absolu des droits de l\u2019homme qui est sensé être l\u2019apanage des fédéralistes dits orthodoxes qui, laissent-il croire, seraient spontanément prêts à«se venger» sur les Canadiens français des autres provinces si les gestes du Québec leur déplaisent.Par contre, ces mêmes défenseurs du système n\u2019hésitent jamais à blâmer les Québécois pour leur supposé manque d\u2019égards à l\u2019endroit de leur minorité anglophone dont, pour autant qu\u2019on sache, le sort n\u2019est pas si déplorable.3)\tLe multiculturalisme.Toute admission que le Canada repose historiquement sur la dualité franco-anglaise est porteuse de remises en question; elle peut en effet, et a effectivement, fourni aux positions réformatrices québécoises une base sérieuse.De façon à masquer une réalité aussi potentiellement séditieuse et à la priver de poids, il fallait donc redéfinir le pays autrement.C\u2019est pourquoi, depuis quelques années, on présente la société canadienne comme le résultat d\u2019un heureux multiculturalisme dont la «minorité» francophone ne constitue qu\u2019une des nombreuses composantes.Cette utile manière de voir néglige un fait bien concret: les «multiculturels» non francophones ou non anglophones adoptent en fait l\u2019an- 1.«Plus d\u2019un million», et même parfois près de deux millions, nous dit-on, se fondant sur des statistiques commodément manipulées.204 \u2022 L'ACTION NATIONALE glais comme langue commune et partagent la conception du fédéralisme préconisée par Ottawa et le Canada anglais.D- Les échappatoires Plutôt que de les attaquer de front, on préfère relativiser les positions défendues par le Québec en s\u2019appuyant sur des échappatoires.1) Les arrangements administratifs.Un phénomène curieux s\u2019est produit à la suite du rejet référendaire de l\u2019accord de Charlottetown en 1992 et à la lumière de l\u2019expérience constitutionnelle de la dernière génération.La classe politique d\u2019allégeance fédéraliste est soudainement venue à la conclusion que, contrairement à ce qu\u2019on avait cru jusque-là, la solution des problèmes fédéraux-provinciaux, et particulièrement celle de la question Québec-Canada, passait non plus par une réforme du régime, impossible à réaliser, mais par la mise au point d\u2019arrangements administratifs.En d\u2019autres termes, comme on ne pouvait résoudre les problèmes, on allait s\u2019en servir comme solutions! Dans tout régime fédéral et dans le cours normal des choses, les instances politiques sont appelées à conclure entre elles une multitude d\u2019ententes portant sur une variété de sujets.Si pratiques soient-ils en certaines circonstances, ces accords administratifs ont une caractéristique commune: ils peuvent être révoquées par les parties ou même, ce qui est plus grave, par l\u2019une d\u2019elles agissant unilatéralement.Ce fut le cas au Canada récemment en ce qui concerne le financement fédéral des programmes à frais partagés: Ottawa a réduit sa quote-part malgré l\u2019opposition des provinces.La durée d\u2019une entente n\u2019est pas non plus une garantie: celle des années 1920 confiant la gestion des pêcheries au Québec disparut quand, presque une soixantaine d\u2019années plus tard, Ottawa sentit le besoin de la reprendre pour créer Pêches et Océans Canada.Prétendre, dans ces conditions, que de tels arrangements pourraient servir de substituts «pragmatiques» à une transformation du régime, c\u2019est, au mieux, esquiver le fond du problème et, au pire, se moquer des gens.Car, dès lors qu\u2019on commence à dire qu\u2019on peut résoudre le problème en évitant la voie politique, c\u2019est-à-dire constitutionnelle dans le cas présent, on annonce préférer s\u2019en tenir à un arbitraire qui donnera l\u2019occasion, la conjoncture le LACTION NATIONALE «205 permettant, au pouvoir fédéral de reprendre le dessus.S\u2019imaginer qu\u2019il y a, dans les arrangements administratifs, une voie prometteuse et y croire, c\u2019est ne pas comprendre la nature de la contestation québécoise 2)\tLe balancier.Comme il est difficile de mettre en doute 1 existence du peuple québécois et la logique qui amènerait à reconnaître ce fait dans la constitution et à en accepter les conséquences politiques et institutionnelles, on a, dans ce cas aussi, eu recours à divers faux-fuyants.Devant les entreprises dominatrices d\u2019Ottawa, on affirma, par exemple, qu\u2019elles ne pouvaient durer et qu\u2019elles seraient bientôt freinées car, disait-on, le fédéralisme canadien évoluait selon des phases de centralisation et de décentralisation.Telle poussée fédérale serait donc compensée, un peu plus tard, par une pression inverse de même intensité en provenance, cette fois, des provinces.Et ainsi de suite.En fait, il n\u2019est jamais arrivé qu\u2019Ottawa ait remis intégralement aux provinces les domaines d\u2019activité où ses grands pouvoirs d\u2019intervention et une utilisation habile des circonstances lui avaient permis de pénétrer.Adapté, l\u2019argument sert encore aujourd\u2019hui.Certains pensent que le fédéralisme se décentralisera de lui-même en raison des difficultés financières actuellement éprouvées par Ottawa.C\u2019est oublier que la tendance dominatrice de l\u2019establishment fédéral, dans la mesure où elle serait temporairement freinée, demeure, et quelle se manifestera de nouveau sitôt que la situation aura changé; elle se maintient d\u2019ailleurs ces temps-ci, comme on a pu le constater pour les valeurs mobilières ou la TPS.De la même manière, on allègue les positions dites «autonomistes» des conservateurs au pouvoir en Alberta et en Ontario comme preuve que d\u2019autres provinces sont maintenant aussi hostiles que le Québec aux interventions fédérales intempestives.Ici on oublie que ces administrations de droite en ont davantage contre l\u2019ampleur du secteur public que contre les prérogatives, selon elles normales, du National Government of Canada.3)\tL\u2019impossible statu quo.À l\u2019encontre de ceux qui préconisent des modifications en profondeur au régime actuel, on avance souvent l\u2019argument selon lequel il est de leur part chimérique de s\u2019en prendre au statu quo 206 \u2022 L'ACTION NATIONALE pour la bonne raison que celui-ci n\u2019existe tout simplement pas.En effet, affirme-t-on, le fédéralisme canadien change constamment et sait s\u2019ajuster aux conditions nouvelles.Ce point de vue est tout à fait juste, mais il lui manque l\u2019essentiel: le régime évolue, oui, mais en obéissant à sa dynamique interne (grands pouvoirs fédéraux, etc.) et à la volonté de la majorité (reste du Canada).Or c\u2019est précisément ce genre d\u2019évolution qui a conduit le Québec à le remettre en cause.4)\tLes correctifs ponctuels.Comme autre preuve que le régime évolue dans le bon sens, on mentionne que le gouvernement central n\u2019est pas, dans le passé, demeuré insensible aux réclamations québécoises.Le fait est cependant que la plupart des mesures fédérales ostensiblement conçues à l\u2019époque pour plaire aux Québécois ont été soit symboliques (comme l\u2019hymne national ou le drapeau), soit consenties pour atténuer les pressions (par exemple, la Loi sur les langues officielles - qui visait d\u2019ailleurs plus le Canada français que le Québec).Ces mesures ne sont pas mauvaises, c\u2019est sûr, mais à peu près aucune n\u2019a été l\u2019aboutissement du fonctionnement normal du régime; leur but était plutôt de désamorcer temporairement des crises réelles ou appréhendées.On se dit aussi ouvert à des comportements nouveaux.Il est question, par exemple, d\u2019un retrait d\u2019Ottawa de domaines comme les mines, le tourisme, les forêts, la formation professionnelle, ou même d\u2019une limitation du pouvoir fédéral de dépenser.Ce qu\u2019on ne dit pas c\u2019est, d\u2019une part, que les domaines visés sont déjà de compétence provinciale, mais surtout, d\u2019autre part, que le «départ» d\u2019Ottawa pourrait se faire sans compensaüon financière adéquate et qu\u2019il supposerait néanmoins le maintien de normes dites «nationales» (qualifiées maintenant de «principes directeurs»), particulièrement dans le cas du pouvoir de dépenser.Ce type de démarches n\u2019a pas beaucoup d\u2019avenir.De moins en moins de Québécois sont enclins à accorder du crédit à quelque réformette qu\u2019on leur présenterait comme la panacée du siècle.Ils sont devenus politiquement sophistiqués.5)\tLe fossé politiciens-électorat.Autre parade: les réclamations émanant du Québec, les remises en question du cadre fédéral et les demandes de reconnaissance constitutionnelle du peuple québécois seraient essentiellement le fait, prétend-on, d\u2019une strate activiste et L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 207 ambitieuse de politiciens et de technocrates provinciaux moins soucieux du bien-être de la population que de l\u2019accroissement de leur influence personnelle et de leur prestige.Les positions du Québec, en ce qui a trait à sa relation avec le reste du Canada, seraient complètement étrangères aux préoccupations du «monde ordinaire».Elles ne seraient qu\u2019une invention nuisible à l\u2019équilibre canadien.Dans la même veine, on ajoute aussi volontiers que, hormis les intellectuels et la gent politique, les questions constitutionnelles n\u2019intéressent pas le public et que, de toute façon, on n\u2019y trouvera pas les réponses aux vrais problèmes du pays.On peut douter de la valeur de telles observations quand elles viennent de personnages fédéraux et autres qui disent, eux, vraiment représenter la population et connaître ses priorités, mais qui, depuis vingt ou trente ans, ont jugé opportun de consacrer des trésors d\u2019énergie et des tonnes d\u2019astuces à façonner le régime fédéral à leur convenance (Victoria, «rapatriement», Meech, Charlottetown.).5) Le pouvoir politique «périmé».Pour neutraliser les réclamations québécoises, on en est venu, ces dernières années, à prétendre que l\u2019insistance sur le partage fédéral-provincial des pouvoirs ou sur le respect des compétences constitutionnelles était des préoccupations dépassées.L\u2019accroissement de l\u2019interdépendance, le poids des contraintes internationales et l\u2019émergence de nouveaux mais puissants intervenants privés auraient rendu largement caduc le pouvoir politique et réduit la capacité d\u2019action de ses détenteurs.De la même manière, l\u2019état-nation serait devenu anachronique.Si ces constatations sont fondées, pourquoi les détenteurs du pouvoir politique fédéral tiennent-ils tellement à leurs prérogatives?Et n\u2019essaient-ils depuis toujours de créer une sorte d\u2019état-nation canadien ?E- La désinformation Il est impossible de passer ici sous silence un élément de la question globale qu\u2019il est plus difficile de cerner, mais qui doit entrer en ligne de compte pour quiconque veut se faire une image exacte de la réalité.Au cours des dernières années, et en particulier chaque fois qu\u2019une problématique plus critique surgissait au Canada, la réputation et la bonne foi du Québec ont été dépréciées, voire 208 \u2022 L'ACTION NATIONALE diffamées, à l\u2019extérieur sans que les services fédéraux interviennent pour rétablir objectivement les faits.Bien au contraire, il s\u2019est même produit des cas où ces services ont discrètement nourri et encouragé les interprétations négatives à l\u2019endroit du Québec.Les calomnies ont été surtout manifestes à propos de: -\tla politique linguistique du Québec (présentée comme un bannissement sectaire de l\u2019anglais, langue du commerce international, une anomalie incompréhensible dans le contexte nord-américain et un comportement rétrograde); -\tl\u2019attitude du Québec sur les autochtones (dont on a dit qu\u2019ils étaient harcelés par les francophones québécois racistes, notamment les «séparatistes»); \u2014\tla souveraineté (décrite comme une volonté aveugle de construire des frontières étanches autour du Québec, de pratiquer l\u2019autarcie, de chasser les investisseurs étrangers, d\u2019expulser les anglophones et les allophones, etc.) ; -\tle rôle économique du gouvernement québécois et de ses société d\u2019État (phénomène interprété comme la résultante d\u2019un dogmatisme socialiste suspect) ; \u2014\tles relations internationales du Québec (qui visaient, laissait-on entendre à l\u2019époque, à le placer dans l\u2019orbite d\u2019influence de la France qui reconquerrait ainsi son empire d\u2019Amérique) ; \u2014\ten général, toute initiative québécoise axée sur la spécificité de sa population.Ces calomnies circulaient d\u2019autant mieux aux États-Unis que la communauté de langue permettaient à des médias et à des personnalités anglophones du Canada, politiques, financières ou littéraires, de servir de sources d\u2019information et, par là, de véhiculer dans ce pays une interprétation erronée et malveillante de la réalité québécoise.Il existe une autre sorte de désinformation.Elle consiste, pour certains tenants du fédéralisme actuel, à se faire les interprètes des aspirations québécoises et, dans l\u2019espoir de les faire accepter, à les «désamorcer» devant des auditoires hostiles.On a procédé et on procède encore ainsi à propos de la notion de société distincte (ou une autre du genre) en assurant, promettant et garantissant aux anglo-canadiens que son insertion dans la constitution n\u2019entraîne- L ACTION NATIONALE «209 rait aucun, mais vraiment aucun, accroissement des pouvoirs du Québec.Bref, que la notion de société distincte est uniquement cosmétique et quelle n\u2019aurait aucune, mais vraiment aucune, portée pratique.Cette approche est trompeuse et ne peut que mettre dans l\u2019embarras ceux qui l\u2019utilisent.Car, de deux choses l\u2019une.Ou bien la notion de société distincte ne signifie rien de concret (c\u2019était le cas dans l\u2019accord du lac Meech et, encore plus, dans celui de Charlottetown), et alors l\u2019opération devient insultante pour les Québécois qui, à terme, ne seront pas dupes de la manoeuvre; en outre, on peut être certain que 1 insertion dans la constitution d\u2019une notion aussi insignifiante ne résoudrait en rien, à terme, le problème Canada-Québec.Ou bien, au contraire, il s\u2019agit de donner un sens à la notion et, dans ce cas, il est évident qu elle devrait affecter le partage des pouvoirs et le statut du Québec.Si les premières réactions des Québécois au défunt accord du lac Meech ont été favorables, c\u2019est précisément parce qu\u2019ils eurent un temps l\u2019impression que la notion de société distincte aurait une portée réelle sur le partage des pouvoirs, ce que d\u2019ailleurs leur affirmait le gouvernement de l\u2019époque, contrairement au texte même de l\u2019accord qui disait exactement l\u2019inverse.F- L\u2019usure et l\u2019intimidation Considérant qu\u2019il est impossible de résoudre le problème Canada-Québec dans le cadre du présent régime, certains ses défenseurs adoptent l\u2019un ou l\u2019autre de deux attitudes.Sans jamais le reconnaître clairement, les uns se disent que, après tout, le temps joue en faveur du fédéralisme actuel; diminution relative du poids démographique du Québec, modification de la composition de la population, problèmes financiers du gouvernement, difficultés économiques, nouvelles conjonctures internationales, lassitude des citoyens, etc.Au prix que le Québec paie déjà, et depuis longtemps, pour être de majorité francophone au Canada et en Amérique du Nord, s\u2019ajoutera celui, de plus en plus onéreux, que lui impose sa recherche constante d\u2019un partenariat de type nouveau avec le reste du pays: discussions politiques, référendums, conflits avec Ottawa, etc.À la longue, espèrent-ils, les Québécois finiront par en avoir assez et comprendront que leurs pressions réformatrices 210 \u2022 L'ACTION NATIONALE n\u2019auront jamais d\u2019impact majeur et que leurs énergies devraient être orientées vers d\u2019autres objectifs.D\u2019ici là, il suffira, croit-on, de patienter et de faire à l\u2019occasion miroiter une version inédite du «fédéralisme renouvelé» pour occuper les nationalistes québécois modérés qui continuent d\u2019espérer que le régime peut se réformer sans trop changer.Les chances sont que le truc ne marchera pas.Ce sera trop peu trop tard.Ceux qui préconisent l\u2019autre attitude, l\u2019intimidation, ne seront pas plus heureux dans leur entreprise.Rendre le référendum illégal parce qu\u2019on craint une victoire souverainiste ou évoquer la partition du Québec en cas de souveraineté peuvent, sur le coup, émouvoir des citoyens, mais, une fois la surprise passée, ces menaces sont probablement la meilleure recette pour cristalliser les sentiments de la population contre le régime que défendent des politiciens fédéralistes aussi méprisants et aussi arrogants.Elles équivalent à annoncer aux Québécois que, quoi qu\u2019ils en pensent et quel que soit le bien-fondé de leurs griefs, on leur imposera au besoin ce régime par la force.Cette première dans l\u2019histoire canadienne n\u2019est sûrement pas de nature à entraîner l\u2019adhésion; elle accélère au contraire le processus de désaffection qui se poursuit depuis des années à l\u2019endroit des institutions et des symboles fédéraux et accroît même la froideur à l\u2019égard du Canada comme pays.VI- L\u2019occasion ratée Avec ses hauts et ses bas, l\u2019actuelle crise Québec-Canada, née il y a plus de trente ans, dure encore, plus réelle que jamais.La question vient à l\u2019esprit: aurait-on pu la résoudre avant et éviter quelle n\u2019acquière l\u2019intensité qui a conduit au résultat du référendum d\u2019octobre 1995, si saisissant pour le reste du Canada?Les choses auraient-elles pu se dérouler autrement?Il est assez futile de reconstruire l\u2019histoire en insérant après coup, dans la trame du passé, des éléments absents au moment où les événements étudiés se produisirent, pour essayer ensuite de voir comment ils auraient pu influencer le cours des événements et supputer combien les choses auraient pu être différentes de ce qu\u2019elles ont été.Cela dit, et sans imaginer de scénarios fantaisistes, il est évident que la trajectoire politique canado-québécoise aurait pu être L'ACTION NATIONALE «211 considérablement plus constructive et moins traumatisante quelle ne l\u2019a effectivement été.Ainsi, entre 1963 et 1966, le gouvernement Pearson à Ottawa, malgré ses réticences, en vint avec le Québec à des arrangements dont la dynamique, si on l\u2019avait étendue et laissé agir, aurait à terme et sans secousses graduellement modifié la relation Québec-Canada: régime de rentes du Québec (et de là création de la Caisse de dépôt et placement), relations internationales du Québec, retrait des programmes conjoints, etc.En serait-il résulté une situation administrative spéciale ou un statut constitutionnel particulier pour le Québec, aboutissement qui lui aurait permis d\u2019exercer des pouvoirs dont les autres provinces n\u2019ont pas besoin?Toutes les hypothèses se valent.Chose sûre, à la lumière de l\u2019évolution ultérieure du problème Canada-Québec on peut aujourd\u2019hui affirmer que l\u2019opinion québécoise du temps aurait amplement été satisfaite de ce genre de solution.Pierre Elliott Trudeau ferma cette voie.Le gouvernement fédéral s\u2019efforça dès lors de restreindre la marge potentielle de manœuvre qu\u2019il avait, un moment, dû consentir au Québec, en plus de lutter contre toutes les propositions constitutionnelles ou autres qui auraient pu mener à la reconnaissance formelle de sa spécificité.C\u2019est alors qu\u2019on entreprit de mettre au point, pour contrer les réclamations québécoises, les stratégies piégées dont on vient de parler.Avec le résultat qu\u2019on connaît actuellement.On créa ainsi une problématique sans issue: il fallait chercher à résoudre le problème Québec-Canada sans, en même temps et à cette fin, tranformer radicalement le régime.Mission impossible: pour réussir, l\u2019opération exigerait qu\u2019une des deux perceptions du fédéralisme, la canadienne-anglaise ou la québécoise, s\u2019efface devant l\u2019autre, c\u2019est-à-dire que le reste du Canada se soumette aux aspirations politiques du Québec, ou l\u2019inverse.Or, le reste du Canada ne consentira jamais à s\u2019aligner sur les objectif des Québécois, minoritaires dans l\u2019ensemble canadien, ni les Québécois, à moins de nier leur spécificité, sur ceux du reste du Canada.Pour concilier ce qui, dans le présent régime, est et demeurera inconciliable, il faudrait justement, et au minimum, que ce régime soit remplacé, du moins en ce qui concerne le Québec.De là pourrait naître une nouvelle relation Canada-Québec.212» L'ACTION NATIONALE Ou aurait pu naître, car, en excluant comme hérésie politique ce type d\u2019évolution (sous prétexte que «toutes les provinces sont égales» ou qu\u2019il ne faut pas légitimer la tendance «séparatiste»), on est loin d\u2019avoir incité les Québécois à la soumission; on a, au contraire, conduit un nombre de plus en plus grand d\u2019entre eux à opter pour la souveraineté.Ce qu\u2019ils n\u2019auraient sans doute pas fait si on avait plus sérieusement exploité les possibilités que laissait entrevoir l\u2019approche flexible trop brièvement expérimentée au début des années soixante.VII- Résumé en forme de conclusion \u2022\tConscients de former un authentique peuple et soucieux de leur avenir en Amérique du Nord où leur importance démographique est infime, les Québécois dans leur ensemble ont depuis toujours partagé une conception du fédéralisme fort différente de celle des autres Canadiens.Ils ont longtemps cru que la constitution de 1867 leur garantissait le respect de ce qu\u2019ils appelaient à l\u2019époque l\u2019«autonomie provinciale» et, par là, de leurs droits collectifs et de leurs institutions.\u2022\tC\u2019est cependant la conception canadienne-anglaise du fédéralisme qui, à la longue, a fini par s\u2019imposer.Il en fut ainsi à cause du poids politique de la majorité et du jeu des circonstances diverses que le gouvernement fédéral a su exploiter en vue de consolider son emprise sur la direction globale du Canada ou pour faire face à des problèmes nouveaux; à cette fin, il a fréquemment recouru aux grands pouvoirs que la constitution lui a accordés.L\u2019imposition de la conception canadienne-anglaise dominante, qui convenait aussi aux responsables politiques d\u2019Ottawa et à la bureaucratie fédérale, a également été sciemment facilitée par un coup de force comme celui de 1980-1982 ainsi que par l\u2019influence constante, sur la dynamique canadienne, de tribunaux nommés par Ottawa et dont les décisions sont largement fondés sur des dispositions constitutionnelles favorisant le pouvoir fédéral.\u2022\tLe résultat net de cette évolution est que de plus en plus de Québécois ont, acquis le sentiment de vivre dans un régime où les garanties les concernant, et qu\u2019ils tenaient pour certaines, bien quelles se révélèrent utiles à l\u2019occasion, se sont effritées au cours des L'ACTION NATIONALE «213 années.Le plus inquiétant pour eux réside dans le fait qu\u2019avec la mondialisation, l\u2019interdépendance accrue qui en découle et les menaces d\u2019un nouveau genre que celle-ci fera peser sur leur identité, ils risquent de ne plus disposer dans l\u2019avenir du pouvoir politique et des instruments autonomes nécessaires pour affronter, en fonction de leurs intérêts et à leur manière, les défis économiques, sociaux et culturels inédits qui s\u2019en viennent.Il est révélateur que, depuis plus de cinquante ans, les positions fédérales-provinciales des gouvernements québécois successifs aient pratiquement toutes été axées sur les constatations qui précèdent.Il y a là un commun dénominateur qui montre bien que leurs critiques portaient beaucoup moins sur la gestion de tel ou tel dossier sectoriel, comme ce fut le cas dans les autres provinces, que sur le régime lui-même.C\u2019est pourquoi la démarche spontanée de ces gouvernements, sauf celui du Parti québécois, a été de réclamer des changements majeurs à des règles de jeu qui minaient les attributions constitutionnelles du Québec, réduisait sa marge de manoeuvre et risquaient de le priver des leviers nécessaires pour faire face à l\u2019avenir.Quant au Parti québécois, qui allait plus loin, il doit en grande partie son accession au pouvoir à l\u2019impossibilité manifeste de résoudre le problème du Québec à L\u2019intérieur du présent cadre fédéral.La faillite des discussions constitutionnelles, les stratégies mise en oeuvre pour esquiver ou nier le vrai problème et -facteur important à ne jamais oublier -les attitudes hostiles au Québec que la conjoncture et les débats ont fait ressortir dans le reste du Canada, tout cela a cumulativement créé l\u2019actuelle situation de crise, en plus de pénaliser l\u2019ensemble du Canada, et surtout le Québec, en les forçant à consacrer à ce qu\u2019on appelle la question constitutionnelle des énergies, des ressources et du temps qui auraient pu servir à autre chose.Bref, pour résumer encore davantage, le gouvernement national des Québécois est celui du Québec.Jamais celui d\u2019Ottawa ne le sera.214 \u2022 L'ACTION NATIONALE Abonnement 1 an\t 10 numéros\t Québec, Canada\t38,00$ Étudiant, Québec\t22,00$ France\t300,00FF Autres pays\t65,00$ Abonnement\t de soutien\t100,00$ Abonnement à vie\t1\t,000,00$ Abonnement 2 ans\t 20 numéros\t Québec, Canada\t70,00$ Étudiant, Québec\t40,00$ France\t540.00FF Autres pays\t118,00$ (Taxes incluses)\t ISSN-0001-7469\t 1SBN-2-89070\t Dépôt légal :\t Bibliothèque nationale\t Périodicité:\t 10 numéros par an\t L'ACTION NATIONALE\t 425, boul.de Maisonneuve ouest\t 10e étage\t Montréal H3A 3G5\t Téléphone: (514) 845-8533\t Télécopieur: (514) 286-8165\t L\u2019Action nationale Les 80 000 pages publiées par la revue depuis 79 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec Prix Richard-Arès Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix F.-Albert Angers Le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Prix André-Laurendeau Le prix reconnaît les meilleurs articles pubiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.Ne jetez jamais un numéro de L\u2019Action nationale Souvenez-vous toujours que l\u2019Action nationale accepte tous les exemplaires qu'on lui offre, particulièrement les années : 1917 - 1918 - 1944 - 1951 à 1968 - octobre 1994 Nous acceptons aussi l\u2019Ame des livres et l\u2019Almanach de la langue française 425, boul.de Maisonneuve ouest, 10e étage, Montréal H3A 3G5 _______________Téléphone: (514) 845-8533________________ L\u2019ACTION NATIONALE «215 Achevé d'imprimer CHEZ Marc Veilleux, Imprimeur à Boucherville, en décembre mil neuf cent quatre-vingt-seize Le partenaire Optimum® de la retraite des Québécois : M Fonds Optimum \u2022 Excellentes performances \u2022 Personnel de compétence inégalée \u2022 Aucuns frais d\u2019entrée, pénalité de sortie, ni commission \u2022 Disponibles pour vos REER, FERR et placements réguliers Pour plus d'information, appelez-nous : Région de Montréal : (514) 288-1600 Extérieur : 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