L'action nationale, 1 mars 1997, Mars
[" Véconomie a la dérive sur bâbord, sur tribord Volume LXXXVII, numéro 3, mars 1997 assurances au Québec 1917-1997 /Act ion NATIONAL Volume LXXXVII Numéro 2, avril 1997 Directeur Rosaire Morin Secrétaire de rédaction Laurence Lambert Administratrice Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Recherche Claire Caron Révision Marc Veilleux Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau André Ferretti Robert Laplante Ronald-E.Laviolette Denis Monière Jean-François Nadeau Martin Poirier Michel Rioux Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Mise en pages Guy Verville Impression Marc Veilleux Impression inc.Boucherville Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L'index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans «Repères» publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L'ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 IL^teClflciDm NATIONAL Table des matières Volume LXXXVII, numéro 3, mars 1997 Éditorial La difference Rosaire Morin 3 De la menace politique Denis Monière 19 L'entrepreneurship féminin Rita Dionne-Marsolais 31 Le casse-tête chinois Edmond Orban 47 Comptes rendus\t63 Lectures\t\t68\tJ'ai pensé à l'avenir François Aquin 189 La presse\tPaul-Emile Roy\t71\t1967-1997 La pensée économique des Etats Regards\tRosaire Morin\t75\tgénéraux du Canada fiançais 195 Nos annonceurs\t201 Courrier des lecteurs\t\t85\t / DOSSIER: ; Assurances ; et économie \\\tRosaire Morin 88 1917-1997 Edouard Montpetit 173 Antonio Perrault 176 Victor Barbeau 179 André Laurendeau 182 Rosaire Morin 185 L'ACTION NATIONALE © 1 OS' II ne faut pas.que nos épargnes continuent de nous échapper.Il faut au contraire que nous puissions les contrôler pour organiser notre vie économique, créer des établissements qui assureront dans le domaine des affaires sinon l\u2019indépendance, du moins une certaine mesure d\u2019autonomie.Il ne s'est guère, il faut le reconnaître, fait d\u2019efforts sérieux pour conserver la maîtrise de cette ressource sans laquelle forcément toutes les autres nous échappent.Esdras Minville Plan et aménagement, 374. Editorial LA DIFFÉRENCE Rosaire Morin Quand le pouvoir politique a voulu peser sur les minorités nationales, dans le dessein de les absorber et de les niveler, il s\u2019est produit une réaction sourde.qui a conduit à la scission iiréconciliable, a suscité des haines inextinguibles et des mouvements séparatistes difficilement endigua blés.Richard Arès a querelle Québec-Canada remonte au traité de Paris.Elle existe et elle subsistera à cause de la différence.La différence est historique, culturelle, linguistique, nationale, sociale, économique et politique.L\u2019histoire La différence historique est substantielle.En 1763, les Anglais font une entrée turbulente en Nouvelle-France.Par les armes, un pays français passe sous la domination de l\u2019Angleterre.L\u2019ACTION NATIONALE © 3 Le roi George III abolit les lois françaises et impose le serment du Test.A la suite de la Révolution américaine, le Canada est inondé de Loyalistes.Ces colons de langue anglaise sont les premiers séparatistes.Ils réclament de Londres le démembrement du territoire.Ils obtiennent gain de cause.En 1791, le Parlement impérial crée le Haut-Canada et le Bas-Canada.Sauf au Québec, les « Canadiens », 65 000 habitants, deviennent une minorité dans leur propre pays.Depuis, des luttes perpétuelles opposent vainqueurs et vaincus.Les anglophones ont assimilé les Canadiens-Français dans sept des dix provinces.C\u2019est un génocide.Les Canadiens-Français du Québec et les Acadiens ont résisté à l\u2019infortune.Ils ont survécu.Ils ont survécu à l\u2019impérialisme d\u2019une nation plus puissance.D\u2019une nation qui voulait les assimiler, les angliciser.Ils ont survécu à tous les assauts, à toutes les attaques.S\u2019ils avaient abdiqué la nation, la question québécoise ne se poserait pas.Les francophones québécois n\u2019existeraient plus.Us existent encore.Ils réclament depuis 137 ans.Ils luttent en vain pour leurs droits.Les désaccords grandissent.Ils s\u2019accumulent.Ainsi est né un décalage dans le temps entre Canadiens et « Canadians ».Entre le peuple fondateur du Québec et le peuple fondateur du Canada.C\u2019est comme si deux peuples ne vivaient pas à la même époque.Dans les capitales anglaises du Canada, le calendrier s\u2019est arrêté à l\u2019Acte d\u2019Union de 1841.Pour les Canadiens-Anglais, le rêve de Durham s\u2019est réalisé: «One Country, One Nation».Les deux peuples fondateurs ne s\u2019entendent même pas sur l\u2019identité du découvreur du Canada.Des manuels anglais parlent de Jean Cabot.Les manuels français reconnaissent Jacques Cartier.Une cloison historique existe.C\u2019est un mur.Le Mur de Ioronto.La culture La différence est culturelle.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un malentendu, d\u2019un accident.Les divergences sont fondamentales.Deux peuples \\ 4 @ L\u2019ACTION NATIONALE s'affrontent.Deux cultures.Deux civilisations.Deux langues.Deux littératures.Deux histoires.Deux traditions.Deux conceptions de la vie.Les Canadiens anglais sont à la recherche de la culture canadienne.Ils sont marqués du sceau britannique.A leur nationalisme, ils doivent la place qu\u2019ils occupent au Canada et au Québec.Ils le doivent au fait q u 'ils ont toujours été et qu'ils demeurent des Anglo-Saxons, même s'ils subissent profondément l'influence américaine.Leur mentalité est utilitaire.Leur poids démographique leur confère une avance.Leur tradition économique facilite leur réussite.Les anglophones croient à leur supériorité.A vouloir dominer, ils ont oublié que la distance culturelle entre les deux peuples aurait pu créer le patrimoine canadien.Pour leur part, les Canadiens-Français ont porté le poids de la Conquête.Incapables de soutenir la concurrence, ils abandonnent le commerce aux Anglais.Repliés sur eux-mêmes et refoulés vers la terre, ils luttent pour la survivance.Idéalistes, individualistes et latins, ils subissent profondément l'influence de la religion.Certains croient qu\u2019il est aussi difficile pour un riche d\u2019entrer au ciel que pour un éléphant de passer dans la tête d\u2019une aiguille.Ainsi, «nés pour un petit pain»., les «Canadiens» étaient parfois identifiés comme des « scieurs de bois et des porteurs d\u2019eau ».Les 13 7 dernières années démontrent que deux cultures aussi divergentes sont incapables de vivre ensemble.La minorité linguistique n\u2019a jamais l\u2019espace requis pour se développer.Elle accumule tout au plus un riche héritage de souvenirs.La différence entre L\u2019ACTION NATIONALE © 5 deux grandeurs empêche toute entente dans une relation maître-serviteur.La langue La différence est linguistique.Les Canadiens-Anglais jouissent de la puissance du nombre.Hors Québec, ils ont assimilé les deux tiers des francophones d'origine.Ils ont assimilé 1 200 000 personnes d\u2019origine française.Ils manœuvrent dans le présent pour rendre le Québec bilingue.La Loi fédérale C.72 et le charcutage de la Loi 101 facilitent la bilinguisation qui progresse à vue d\u2019œil.En témoignent visiblement les répondeurs de nos universités et de nos grandes entreprises francophones, incluant la plupart des institutions Desjardins.Ces appareils impersonnels nous accueillent dans les deux langues.Pourtant, il n\u2019y a pas si longtemps, monsieur Claude Béland déclarait qu\u2019il « est nécessaire de décider en français.pour perpétuer une culture qui mérite d\u2019être éternelle ».La culture qui mérite d'être éternelle est en danger.Les immigrants continuent de s\u2019assimiler massivement au groupe anglophone.Des milliers d\u2019étudiants immigrés fréquentent les écoles primaires et secondaires d\u2019une commission scolaire protestante anglicisante.D\u2019autres élèves immigrés sont inscrits dans des écoles françaises en nombre supérieur aux élèves francophones ; leur intégration à la majorité québécoise est alors rendue impossible.Dans la poursuite de leurs études, ces élèves immigrants fréquentent pour la plupart un cégep et une université anglophone.Ajoutons à cette pénible situation, le fait crucial que la majorité des immigrants travaillent en anglais.Si la langue française s\u2019est maintenue au Québec et en Acadie, ce n'est pas dû à la générosité de tios compatriotes anglophones assimilateurs, ni à la bienveillance d'un gouvernement fédéral 6 @ L\u2019ACTION NATIONALE égalisateur.Les francophones d'ici ont conquis le droit a la différence.C\u2019est une victoire des ancêtres.C\u2019est une liberté présentement en danger.Le génie du peuple québécois résistera-t-il à l\u2019affaiblissement de la langue française ?La mollesse de nos élites et la trahison d\u2019un grand nombre menacent l\u2019expression de notre caractère français et de son existence future.he national La différence a été et est encore nationale.Les deux solitudes qui s\u2019opposent n\u2019ont pas les mêmes racines.Les Acadie?is et les Canadiens-Français sont implantés en terre américaine depuis plus de quatre siècles.Ils ont bâti le pays du Québec et de l\u2019Acadie.Ils sont enracinés dans le sol.Ils possèdent une mémoire collective.Le Canada anglais a accueilli les Loyalistes, des Britanniques, des Irlandais, des Ecossais et, depuis peu, des Allemands, Grecs, Italiens, Chinois, bref quelque cent groupes ethniques de toute origine, religion, culture et langue.L\u2019identité est multiple.Son expression est confuse.Il y a un trou dans le tissu social.La collectivité canadienne-anglaise manque d\u2019unité.L\u2019âme canadienne n\u2019existe pas.Elle est en outre menacée par les régionalismes de l\u2019Est, de l\u2019Ouest, de l\u2019Ontario et du Québec.L\u2019unité entre Terre-Neuve et la Colombie-Britannique n\u2019est pas réalisée par les drapeaux de madame Sheila Copps.Les intérêts dominateurs de l\u2019Ontario ne facilitent pas les relations entre anglophones et francophones.Les quatre ou cinq grandes régions s\u2019opposent.Elles possèdent chacune une identité supérieure à celle du Canada de monsieur Jean Chrétien.L\u2019ACTION NATIONALE @ J L'identité canadienne n'existe pas.Pour la créer.; on invente le multiculturalisme.Quel manque de vision ! La foule des minorités n'engendre pas l\u2019idéal d\u2019un pays.Elle est impuissante a réaliser le pont entre Québec et Ottawa.Entre les francophones et les anglophones.Les plaideurs de la bonne entente oublient que les Francophones ont consenti le plus de sacrifices pour bâtir le Canada.Et depuis très longtemps.Les appels à l\u2019unité canadienne n\u2019ont pas de profondeur.L\u2019unité canadienne n\u2019existe pas.Il n\u2019y a pas de sens canadien, de conscience canadienne.S'il y avait une âme canadienne, une culture canadienne, le gouvernement fédéral n'aurait pas dépensé à cette fin des centaines de millions de dollars au cours des vingt dernières années.Monsieur Chrétien est engagé dans une mission impossible.Trop d\u2019antithèses sont répandues.Trop de contrastes existent.Trop d\u2019incompatibilité subsiste.Le social La différence est sociale.L\u2019organisation de la vie collective présente des caractéristiques si dissemblables que le Québec a failli être classé une société distincte.Les modes de vie de la famille canadienne-française présentent des traits qui s'éloignent du comportement de la famille cana-dienne-anglaise.Le système scolaire des écoles francophones possède une structure particulière.La vie paroissiale dans les régions québécoises conserve encore des caractéristiques qui s\u2019éloignent de l'aménagement social Canadian.8 ® L\u2019ACTION NATIONALE Même les professions établissent au Québec des pratiques et des usages que l\u2019on ne retrouve pas au Canada anglais.L\u2019organisation sociale comporte au Québec des modèles que le Canada anglais n\u2019a pas encore explorés.Le Mouvement Desjardins, le Fonds de Solidarité des travailleuses et des travailleurs, le Fondaction CSN, la Caisse de dépôt et placement et l\u2019ensemble des sociétés d\u2019Etat présentent des modes d\u2019organisation que l\u2019on ne retrouve pas dans la structure des entreprises anglophones.Le Québec a aussi créé ses propres institutions et associations scientifiques, sociales et économiques.C\u2019est ainsi que se chevauchent deux bibliothèques nationales, deux archives nationales, etc.Le bénévolat québécois diffère aussi de l\u2019action volontaire des autres provinces.On retrouve au Québec près de 100 000 associations de toutes sortes.Elles sont implantées dans les domaines de la culture, de l\u2019économie, du social, du monde communautaire, des loisirs, etc.Pour le moment, ces organismes grenouillent et scribouillent.La majorité ne s\u2019expriment pas encore.Ils sont en attente de la République et de la libération sociale.Les différences sont encore plus prononcées si l\u2019on compare les habitudes de vie des francophones québécois avec les coutumes et les usages que l\u2019on rencontre chez les huit millions d\u2019immigrants établis au Canada en ces vingt dernières années.Ces nouveaux venus ne possèdent pas un niveau de chaleur suffisant pour opérer la fusion entre anglophones et francophones.La différence sociale est considérable, incorrigible, incurable.L'économie La différence est aussi économique.Elle existe depuis la Conquête.Les vainqueurs se sont emparés du commerce.Ils ont contrôlé le développement économique grâce aux capitaux britanniques.Ils ont entrepris à leur seul profit l\u2019exploitation des mines et de la forêt.Les « Canadiens » ont été incapables d\u2019opposer une L\u2019ACTION NATIONALE @ 9 concurrence sérieuse.Ils ont eu le choix unique de s\u2019adonner à la culture de la terre.Et leur sortie de l\u2019agriculture fut lente et pénible.Aujourd\u2019hui, les Canadiens anglais maîtrisent encore l\u2019économie du pays.Ils possèdent la richesse.Ils détiennent les plus hautes fonctions et les postes d\u2019influence.Ils dirigent les grandes entreprises, même si elles sont de propriété américaine ou étrangère.Dans le secteur financier, les sociétés appartenant aux francophones ne possèdent que 12,55% des actifs et 13,13% des revenus des 166 plus grandes institutions du Canada, au 31 décembre 1995.C\u2019est à peine la moitié de notre importance numérique.Institutions financières canadiennes 31 décembre 1995.Contrôle de la propriété\tNombre de compagnies\tACTIF\t\tREVENUS\t \t\t000$\tPart du marché\t000$\t% Canada anglais\tni\t1 419 486 102\t78,69\t161 107 192\t77,13 États-Unis\t17\t48 220 288\t2,67\t9 160 210\t4,39 Québec français\t10\t226 336 203\t12,55\t27 425 361\t13,13 Autres pays\t28\t109 751 943\t6,09\t11 171 730\t5,35 Total\t166\t; 803 794 536\t100%\t208 864 493\t100% Financial Post, juin 1996; la compilation a été faite par madame Denise Joyal, analyste, recherche « Épargne » de L'Action nationale._______________________________________ Dans le relevé des 500 plus grandes entreprises canadiennes, autres que financières, les Canadiens-Anglais occupent aussi la première place.Leurs entreprises possèdent 52,14 % des actifs et 52,14% des revenus pour l\u2019exercice financier de 1995.Et là où leur domination n\u2019existe pas, les Américains et les étrangers ont 10 © L\u2019ACTION NATIONALE pris la relève.Les sociétés francophones se contentent de 13,84% des actifs et 8,28% des revenus.Les 500 plus grandes entreprises canadiennes 31 décemre 1995 Contrôle de la propriété\tNombre de compagnies\tACTIF\t\tREVENUS\t \t\t000$\tPan du marché\t000$\t% Canada anglais\t275\t477 489 886\t55,61\t356 781 179\t52,14 États-Unis\t104\t160 027 098\t18,64\t196 823 501\t28,77 Québec français\t45\t118 821 844\t13,84\t60 770 092\t8,88 Autres pays\t76\t102 285 388\t11,91\t69 832 920\t10,21 Total\t100\t858 624 216\t100%\t684 207 692\t100% Financial Post, juin 1996', la compilation a été faite par madame Denise Joyal, analyste, recherche « Épargne » de L'Action nationale.L\u2019actif de la Royal Bank correspond aux actifs de toutes les entreprises financières du Québec français.Les revenus des trois plus grandes sociétés du Canada anglais sont supérieurs à ceux des 45 plus grandes entreprises francophones.Les sociétés canadiennes filiales de General Motors et Ford Motor encaissent des revenus égaux aux recettes fiscales du gouvernement du Québec.Cette prépondérance dans l\u2019économie établit une barrière infranchissable dans toute croisade de bonne entente.Les écarts sont trop grands.La différence est incontournable aussi longtemps que les anglophones conduiront la barque.La politique La différence est également politique.Le gouvernement fédéral est dominé par Vélément anglais.Les Francophones et les Acadiens occupent à peine 20% des sièges à la Chambre des Communes.L\u2019ACTION NATIONALE © 11 Ils dépendent de la majorité.Ils dépendent des milliers d'immigrants qui prêteront serment à la Reine.Ils seront minoritaires à perpétuité.Ils devront vivre sous l'autorité d'un pouvoir étranger.Ils seront les enjeux des conflits entre l'Ontario et les régions.Ils seront isolés, ignorés, méprisés comme ils l\u2019ont été avec la constitution de 1982.Un observateur étranger me confiait récemment que le Canada anglais semble s'éloigner constamment du Québec.Alors que les Pères de la Confédération signaient un pacte entre deux nations, les héritiers du système fédéral ont renié le traité.Ils ont renié la parole donnée.Le gouvernement fédéral n\u2019a attaché aucune importance à la Constitution de 1867.Il s\u2019en est servi au gré de ses intérêts.Il est intervenu dans tous les pouvoirs exclusifs des provinces.Friand de domination, il a utilisé massivement son pouvoir de dépenser.Au nom de la paix et de l\u2019ordre, il a envahi tous les domaines.Depuis longtemps, les provinces sont devenues de véritables assistées sociales.Le gouvernement fédéral s'est immiscé dans toutes les compé fences provinciales.Il est présent dans la santé, l éducation, la recherche, la sécurité sociale, le développement économique régional, etc.Depuis Honoré Mercier, le gouvernement du Québec dénonce les empiétements du fédéral.Au cours des 37 dernières années, il a revendiqué un nouveau partage des pouvoirs.Dans l\u2019histoire du Québec, il n\u2019est pas un Premier ministre qui ait oublié de réclamer une augmentation des pouvoirs pour le bien de la population québécoise.12 © L\u2019ACTION NATIONALE A toutes les époques, les demandes fusent.Elles sont exprimées par tous les partis politiques.Elles englobent toutes les activités.Les revendications vont de la fiscalité aux pêcheries, de l\u2019éducation aux ressources au large des côtes.Le fédéralisme au Canada est de plus en plus centralisateur.Il ne décentralise que les factures.Et aussi quelques pouvoirs d'importance minime.Depuis Trudeau, il ne se passe guère un trimestre sans une incursion fédérale dans une compétence provinciale.La Confédération est malade.Elle est malade d\u2019avoir voulu nous assimiler et de le vouloir encore.Elle est à l\u2019agonie.Elle se meurt.Ce sont les Canadiens-Anglais qui l'ont tuée parce qu\u2019ils ont refusé de respecter les droits du Québec et de la minorité francophone.Ce sont les Saint-Laurent, Trudeau et Chrétien qui l\u2019ont enterrée.Le fait brutal, c\u2019est la différence entre deux groupes ethniques distincts l\u2019un de l\u2019autre.Chacun possède son histoire, sa langue, ses traditions, sa conception de la vie.Les fils du Conquérant persistent à assimiler les vaincus qui ne veulent pas mourir.Ces « Two Civilizations » ne peuvent s\u2019épanouir si elles se combattent sans cesse.Conclusion Les francophones du Québec ont une origine commune.À cause de l'opposition entre la patrie canadienne et la patrie québécoise, ils ont de la difficulté à se comprendre entre eux.Le vocable qui les identifie en est l\u2019expression.Jadis, il y a longtemps, on nous connaissait sous le nom de « Canadiens ».Lorsque les Anglais ont adopté cette dénomination, nous sommes devenus des Cana- L\u2019ACTION NATIONALE @13 diens-Français.Mais nous ne savions même pas comment écrire le mot correctement.Depuis la proclamation du Québec aux Québécois, le mot québécois s\u2019est imposé mais une ambivalance identitaire subsiste.Divers mélanges existent.Dans la réalité, certains Anglais sont plus britanniques que québécois.Des francophones sont plus canadiens que canadiens-ffançais ou plus canadiens-français que québécois.D\u2019autres sont plus québécois que canadiens-français.Et dans la foulée politique, un grand nombre sont québécois tout court.Point, à la ligne.Un homme politique a même déclaré un jour: le peuple québécois succède au peuple canadien-français.C\u2019est vite dit.C\u2019est une façon d\u2019écrire l\u2019histoire avant qu\u2019elle ne soit vécue.C\u2019est une parole qui aurait dû être prononcée le soir de l\u2019indépendance.Dans les faits, seule l\u2019indépendance nous donnera les outils nécessaires pour que nous soyons pleinement capables de définir la citoyenneté.Autrement, nous restons une majorité démographique prisonnière de son statut de minoritaire sur les plans culturel et politique.Avant d\u2019être, c\u2019est trop tôt de mourir.Les voyageurs ont dépassé la gare, dirait Paul-André Comeau.L\u2019évolution dans le vocabulaire découle d\u2019un esprit de tolérance sans pareil.Par crainte d'accusation de racisme, nous hésitons d'être nous-mêmes.Nous avons peur d'être ce que nous sommes.C'est défendu de parler d'une économie francophone, d'une culture canadienne-française.Ce sont les hommes politiques qui ont surtout contribué au changement identitaire.Sans trop de réflexions, sans la prévision des conséquences, ils ont préféré Québécois à Canadien-Français.Et les journalistes ont protégé cette orientation.Qu\u2019il y ait ambiguïté importe peu ! La différence entre la nation et l\u2019État n\u2019est 14 © L\u2019ACTION NATIONALE notion comprise.Les hommes politiques oublient qu\u2019une constitution sanctionne une réalité sociologique.Dans la spère politique, cette ambivalence a des effets néfastes.SV les élus ont peur d'affirmer que la culture québécoise a besoin pour se développer d'une économie nationale qui en soit l'expression et la finalité, nous ne ferons jamais l'indépendance.Et dans le projet de créer les conditions d'épanouissement de la culture française en Amérique, le projet d'indépendance est incontournable.Ce ne sont pas les puissances financières anonymes de Toronto, de New York et de Tokyo qui vont se soucier de créer les conditions d\u2019épanouissement de notre langue et de notre culture.Ce ne sont pas non plus les émigrés anglicisés qui porteront le projet du Québec français.N\u2019oublions pas que les anglophones au Québec ont organisé leur vie sociale selon leur propre conception.Ils possèdent leurs églises, écoles, cégeps, universités, quotidiens, hebdomadaires, postes de télévision et de radio.Par leurs institutions, ils reflètent leurs mentalités et leurs habitudes de vie.Ils sont plus près d\u2019inventer une culture canadienne-anglaise que les « Canadians » des autres provinces.Alors, qui est Québécois ?Tous les résidants du Québec qui en ont le désir et qui en font le projet.Mais la culture québécoise est-elle française ou anglaise ?L\u2019économie québécoise est-elle francophone ou anglophone ?La langue commune est-elle le français ou l\u2019anglais ?Une culture a-t-elle besoin de l'appui d'une économie nationale pour s'épanouir?Pour L'Action nationale, les réponses sont claires et il n\u2019y a pas d\u2019ambiguïté.L\u2019ACTION NATIONALE @15 Les médias et nombre d\u2019analystes jouent à l\u2019autruche.Ils font comme si les distinctions n\u2019étaient plus pertinentes.Et pourtant elles comptent.Des faits têtus montrent que le Québec n'est pas à l'abri de la folklorisation.La pauvreté et l'exclusion font d'une foule de nos compatriotes des citoyens de seconde zone.N\u2019en déplaise à certains parvenus, les succès sont précaires et ils sont loin de profiter au plus grand nombre.La société québécoise recule dans l\u2019ensemble canadien.La Presse peut faire semblant de l\u2019ignorer que parce qu\u2019elle accepte de jouer un rôle peu reluisant.Devant l\u2019ambiguïté qui se répand, il semble difficile de retrouver la mémoire et de présenter le fait culturel et national dans son intégralité.C\u2019est devenu presque raciste d\u2019affirmer que la nation canadienne-française comprend les francophones d\u2019origine, les compatriotes hors Québec et les Néo-Québécois dont les manières et les façons de penser, de se souvenir, et de vivre témoignent de la culture canadienne-française.Seuls les libéraux fédéraux ont songé à la désignation « foyer des Canadiens-Français ».Et avec quel dessein pervers ! Pour nous cantonner dans la « réserve » ! Sans pouvoir ! Pour éclairer le paysage, ajoutons que tous les résidants au Québec sont québécois.Jamais nous ne dirons le contraire ! Mais que sera au Québec l\u2019avenir des francophones ?Avant que cet avenir ne soit défini, il ne faut pas abdiquer la nation.Il ne faut pas cesser d\u2019exister ! Il ne faut pas perdre la mémoire ! Heureusement, au-delà de l\u2019équivoque identitaire, les francophones du Québec ont la volonté de vivre ensemble.16 © L\u2019ACTION NATIONALE Ils forment un peuple.Une nation.Une nation qui possède une histoire, des traditions, une culture, une langue, un territoire.Une nation qui a consenti de grands sacrifices et qui, pour vivre, est disposée à en faire encore.Au dernier référendum, 60% d'entre eux ont dit OUI au pays du Québec.Ce sont les hommes politiques qui hésitent le plus et qui, par leur haute voltige, retardent l\u2019avènement du pays à portée de main.Pour leur part, la majorité des francophones du Québec n\u2019ont jamais accepté et ils n\u2019accepteront jamais le One Country, One Nation.Ils refusent définitivement le melting pot en attente et le multiculturalisme from coast to coast.Ils ont compris que le dénouement est toujours le même : du bilinguisme des Iles-de-la-Madeleine à la rivière Outaouais et de l\u2019unilinguisme anglais de la capitale fédérale au Pacifique, cet océan qui fait rêver monsieur Chrétien.Pour la plupart des Francophones québécois, pour quelques anglophones et pour un nombre grandissant de Néo-Québécois, la patrie est le Québec.La capitale est Québec.La langue est le français.L'événement historique sera la proclamation de l'indépendance.Alors nous serons tous QUÉBÉCOIS ! Les faits sociologiques existent.Ils sont aussi incontestables que la réalité juridique de l\u2019État.Au Québec, présentement, la minorité anglophone est canadienne.Elle vit dans l\u2019euphorie de la victoire des Plaines d\u2019Abra-ham.Elle refuse l\u2019horizon d\u2019une époque nouvelle.Elle détient la balance du pouvoir démocratique.Elle tient en otage la majorité des L\u2019ACTION NATIONALE © \\j Francophones québécois qui désirent vivre librement et en harmonie avec tous les peuples de la te?Te, y compris avec les Canadians.Mais cette domination de la minorité qui impose ses volontés à la majorité ne survivra pas à la détermination d\u2019un peuple fier qui entend être maître de son destin.Les Québécois déclareront un jour l\u2019indépendance du territoire qu\u2019ils habitent depuis quatre siècles.Ce jour-là, le peuple québécois succédera au peuple canadien-français.Tous les résidants seront des Québécois.18# L\u2019ACTION NATIONALE Du bon usage de la menace politique Denis Monière1 i les connaissances en sciences sociales ne sont pas suffisamment fiables pour prédire l\u2019avenir des sociétés, elles fournissent toutefois des modèles à partir desquels il est possible de construire des scénarios.On sait par exemple que dans une situation de conflit qui oppose deux groupes humains, ceux-ci peuvent choisir deux stratégies de comportement : l\u2019attaque ou l\u2019esquive, la confrontation ou la conciliation, l\u2019intransigeance ou l\u2019accommodement.Le choix entre ces deux options stratégiques fondamentales dépend de l\u2019évaluation que chaque groupe fait de ses ressources et de celles de son adversaire.Il y a aussi des facteurs impondérables qui jouent car l\u2019ignorance est une composante de l\u2019expérience humaine.Un groupe peut méconnaître le rapport de forces, c\u2019est-à-dire sur-évaluer ses capacités ou sous-évaluer celles de l\u2019autre.Il peut aussi déployer des 1.Politologue, Université de Montréal.L\u2019ACTION NATIONALE @19 tactiques latérales comme la ruse en essayant de tromper l\u2019adversaire, en l\u2019intoxiquant, en le menaçant sans être prêt à passer à l\u2019action, en faisant croire qu\u2019il est plus fort qu\u2019il ne l\u2019est en Rien n'est simple réalité.Enfin, comme rien n\u2019est simple en en politique, politique, un acteur peut choisir d\u2019alterner ces choix stratégiques, ce qui s\u2019appelle souffler le froid et le chaud, ou manier la carotte et le bâton.L\u2019incertitude, ce charme discret de la politique, est encore amplifiée lorsqu\u2019on a affaire à des acteurs collectifs dont les motivations et la détermination sont fluctuantes.La dynamique de l'affrontement Si ces prémisses ne peuvent servir à lire l\u2019avenir, elles peuvent toutefois nous aider à comprendre de façon rétrospective comment s\u2019est construit le rapport de force entre le Québec et le Canada.Lorsque le Québec, au début des années soixante, s\u2019est mis à contester la nature du fédéralisme canadien, il a ébranlé la bonne conscience de son vis-à-vis canadien qui ne s\u2019attendait pas à une contestation de sa vision de la communauté nationale.Ce réveil angoissé s\u2019est manifesté par la question : « What does Quebec want?» qui exprimait autant l\u2019incompréhension que la stupeur.Le Canada se sentait alors menacé par les revendications québécoises d\u2019égalité politique et linguistique.Cette menace était d\u2019autant plus inquiétante que les élites québécoises étaient ambiguës quant à leur vision de l\u2019avenir du fédéralisme canadien.Si la nécessité du changement était de 20© L\u2019ACTION NATIONALE La préférence allait au renforcement des pouvoirs du Québec.tous les refrains, les couplets contenaient une grande diversité de projets, la palette des demandes allant d\u2019un nouveau partage des pouvoirs jusqu\u2019à l\u2019indépendance, cette dialectique étant bien résumée par le slogan «Egalité ou indépendance ».Mais la préférence exprimée par l\u2019opinion publique et les partis traditionnels allait au renforcement des pouvoirs du Québec et au maintien du cadre fédéral : un Québec fort dans un canada uni.Profitant de ce désarroi momentané, le Québec réussit à faire quelques gains sur le plan de la fiscalité, du prolongement international des compétences provinciales et de l\u2019égalité linguistique dans les institutions fédérales.Mais le robinet du changement fut fermé par l\u2019arrivée sur la scène fédérale de porte-parole québécois qui s\u2019opposaient au renforcement des pouvoirs du Québec.Cette contradiction affaiblira la position de négociation du Québec.Les pressions québécoises en faveur d\u2019un changement constitutionnel se retourneront progressivement contre le Québec et profiteront au renforcement de la cohésion de l\u2019élite politique canadienne.Sous la gouverne de Pierre Trudeau, le Canada développera son identité nationale en refusant la conception binationale du fédéralisme, véhiculée par les élites québécoises.Conciliants envers le Québec dans les années soixante, les fédéralistes canadiens évolueront vers une position de refus dans les années soixante-dix constatant que leurs concessions ne réussissaient pas à L\u2019ACTION NATIONALE ©21 endiguer les pressions autonomistes du Québec.Cette dynamique de confrontation fut alimentée par la revendication linguistique et par la montée du mouvement souverainiste qui risquait d\u2019amplifier la crise des institutions canadiennes.Le Canada avait le contrôle de l'agenda et du calendrier politique Mais la menace québécoise était minée à la base par la logique de la négociation qui sous-tendait la position constitutionnelle de tous les partis du Québec, y compris celle du Parti québécois.Les Canadiens comprirent que la stratégie québécoise reposait sur une feinte car les Québécois n\u2019étaient pas prêts à prendre le risque d\u2019une rupture politique avec le Canada.Ils n\u2019avaient pas à se montrer conciliants car l\u2019acteur québécois n\u2019avait pas de marge de manœuvre, n\u2019étant pas disposé à jouer le jeu de la menace jusqu\u2019au bout.Comme la sécession n\u2019était pas la première préférence de l\u2019opinion publique et des élites politiques québécoises et qu\u2019elle était envisagée comme une police d\u2019assurance ou une solution de dernier recours, le Canada avait le contrôle de l\u2019agenda et du calendrier politique et n\u2019était pas forcé de répondre aux demandes du Québec.L\u2019irrésolution du Québec et la division de l\u2019électorat sur l\u2019enjeu constitutionnel permettaient au joueur canadien de gagner le temps nécessaire pour renverser la dynamique de la pression et définir les termes du changement constitutionnel en fonction de ses propres priorités.Certes, le blocage de la réforme constitutionnelle eut des effets contrariants en minant 22 % L\u2019ACTION NATIONALE Le Québec devait ajuster sa législation linguistique aux normes canadiennes.la crédibilité des partis fédéralistes du Québec et en alimentant celle du parti souverainiste qui put ainsi prendre le pouvoir en 1976.Mais globalement le bien-fondé de la stratégie canadienne fut confirmé par l\u2019échec du référendum de 1980.Le rejet de l\u2019option du Parti québécois ouvrait la porte à l\u2019adoption d\u2019une nouvelle constitution dont la charte des droits avait été dessinée pour menotter les aspirations autonomistes du Québec.Les Québécois n\u2019étant pas déterminés à mettre en cause leur appartenance au Canada, avaient été piégés au jeu de la conciliation.Les péripéties entourant le chan- gnes et illégitimes, mais le Canada avait gagné le première manche.Il avait réussi à imposer sa conception du pays.Le Québec pouvait bien refuser de signer la nouvelle constitution, mais il devait s\u2019y soumettre et ajuster sa législation linguistique aux normes canadiennes.Même le Parti québécois fut amené à réviser sa position et à prendre le risque du fédéralisme, ce qui devait bien conforter les fédéralistes canadiens dans leur lecture de la faible intensité des convictions souverainistes.gement constitutionnel pouvaient paraître indi La dynamique de la réconciliation L\u2019arrivée de nouveaux joueurs à Ottawa en 1984 et à Québec l\u2019année suivante allait relancer la dynamique de la réconciliation.L\u2019hypothèse souverainiste ayant été éliminée provisoirement, on pensait pouvoir fermer le dossier de la contestation constitutionnelle en faisant recon- L\u2019ACTION NATIONALE @23 L'opinion publique canadienne n 'était pas disposée au compromis.naître le Québec comme société distincte.La classe politique canadienne était disposée à faire quelques concessions somme toute symboliques au Québec pour mettre un terme à un débat qui durait depuis trente ans.Les conservateurs avaient en plus besoin du soutien du Québec pour affronter les défis de la mondialisation et remettre l\u2019économie canadienne sur le rail de la prospérité.Mais ils n\u2019avaient pas compté avec les effets de la rhétorique anti-Québec qui avait martelé la conscience canadienne depuis les années soixante-dix.L\u2019opinion publique canadienne n\u2019était pas disposée au compromis.Au nom de l\u2019égalité des provinces, on refusait de reconnaître la spécificité québécoise.Pourquoi sacrifier les pierres d\u2019assises de l\u2019identité canadienne pour satisfaire les Québécois puisque de toutes les façons ceux-ci resteront canadiens ?En toute logique, si les Québécois veulent être Canadiens, ils doivent en accepter les conséquences, c\u2019est-à-dire l\u2019idée que la majorité des citoyens se font du Canada.Ainsi, l\u2019entente de Charlottetown fut brûlée sur l\u2019autel de l\u2019intransigeance canadienne.La lutte à finir Faisant une lecture réaliste de la société canadienne, le Parti québécois revint à son option fondamentale sous la direction de Jacques Parizeau.Il fut d\u2019ailleurs suivi par l\u2019opinion québécoise qui, après l\u2019échec de Meech et de l\u2019entente de Charlottetown, radicalisa son 24 (g) L\u2019ACTION NATIONALE Le référendum édulcora peu à peu le processus d'accession à la souveraineté prévu au programme du Parti québécois.option constitutionnelle en soutenant majoritairement la souveraineté.Ce mouvement de l\u2019opinion publique consécutif à l\u2019échec de la stratégie de conciliation remit en marche la dynamique de la confrontation après l\u2019élection de Jean Chrétien, l\u2019arrivée à Ottawa d\u2019une opposition souverainiste dirigée par Lucien Bouchard et la prise du pouvoir par le P.Q.en 1994.Mais la marche vers le référendum édulcora peu à peu le processus d\u2019accession à la souveraineté prévu au programme du Parti québécois.Des considérations de tactiques électorales ramenèrent la problématique d\u2019une entente de partenariat à négocier après un vote favorable à la souveraineté et un autre référendum pour ratifier le tout.Non seulement cette logique entretenait une certaine ambiguïté quant au point d\u2019aboutissement, mais elle laissait en plus le champ libre aux adversaires de la souveraineté pour torpiller l\u2019accession à la souveraineté même dans l\u2019éventualité d\u2019un résultat positif.On faisait comme si le Canada allait être un joueur passif dans le processus et qu\u2019il allait attendre placidement que les Québécois décident de s\u2019autodéterminer.Autrement dit, l\u2019accession à la souveraineté dépendait de la bonne volonté de ses adversaires fédéralistes.On aboutissait à la situation paradoxale où le Québec menaçait le Canada de faire sécession à condition d\u2019avoir sa bénédiction.Alors que le Canada se préparait à l\u2019attaque frontale, le Québec peaufinait sa stratégie de négociation.L\u2019ACTION NATIONALE @ 25 Les Canadiens ont puisé dans les hésitations et les tergiversations de la société québécoise un sentiment de force qui les pousse à l \u2019intransigeance.Le référendum s\u2019est conclu par un match nul mais n\u2019a pas laissé les protagonistes avec les mêmes atouts stratégiques.Les Canadiens ont profité du débat constitutionnel de la dernière décennie pour renforcer leur identité et rejeter la conception asymétrique du fédéralisme.Ils ont puisé dans les hésitations et les tergiversations de la société québécoise un sentiment de force qui les pousse à l\u2019intransigeance.Les Canadiens rejettent maintenant toute solution de compromis et ne craignent plus de s\u2019aliéner les Québécois parce qu\u2019ils estiment que ceux-ci n\u2019ont pas le courage d\u2019aller jusqu\u2019à la rupture.A leurs yeux, il n\u2019y a qu\u2019une nation au Canada et les Québécois ne sont que des individus avec une culture particulière comme il y en a de nombreuses autres.Les francophones forment une minorité ethnique et le Québec, une province.En refusant de faire toute concession constitutionnelle au Québec, en choisissant la confrontation, en évoquant les menaces de dépeçage du Québec et de répression, les forces fédéralistes donnent une forte cohérence à l\u2019identité canadienne et espèrent que cette fermeté fera comprendre aux Québécois qu\u2019ils ne pourront plus exercer démocratiquement leur droit à l\u2019autodétermination, que la souveraineté mène à une impasse et qu ils doivent accepter les offres de gains symboliques.Si les Canadiens se montrent fermes et déterminés dans leur volonté de mettre le Québec à sa place et peuvent déployer la stratégie de la 26 © L\u2019ACTION NATIONALE Les souverainistes eux ne peuvent influencer l'opinion publique canadienne.rétorsion, les Québécois eux sont non seulement divisés sur le choix du pays mais une partie de ceux qui optent pour la souveraineté ne sont pas prêts à la rupture avec le Canada et adhèrent à la souveraineté pour faire en quelque sorte pression sur le reste du Canada afin d\u2019obtenir une reconnaissance de la société distincte.Alors que les Canadiens considèrent les souverainistes comme des traîtres, comme des ennemis à écraser à tout prix, les souverainistes eux considèrent les Canadiens comme des amis et d\u2019éventuels partenaires avec lesquels ils veulent négocier une entente.Ces différences d\u2019attitude créent une inégalité de ressources stratégiques.Elles mettent les souverainistes en situation de faiblesse car si les fédéralistes ont les moyens de faire bouger l\u2019opinion publique québécoise par le jeu de la carotte et du bâton, les souverainistes eux ne peuvent influencer l\u2019opinion publique canadienne.Ils ne disposent d\u2019aucun moyen de pression pour obtenir un compromis du Canada parce qu\u2019ils ne peuvent opposer de menaces conséquentes à celles du gouvernement canadien.Le Canada peut pratiquer la politique de l\u2019intransigeance alors que le gouvernement du Québec ne peut lui opposer que la négociation et le compromis.Dans ce jeu, celui qui est prêt à prendre le risque de l\u2019affrontement domine nettement celui qui prône la modération parce qu\u2019il a l\u2019avantage du mouvement et peut souffler le froid et le chaud, c\u2019est-à-dire se montrer menaçant pour mieux faire accepter des concessions symboliques et arriver à ses fins : garder le Québec dans la L\u2019ACTION NATIONALE @27 Pour être reconnu comme peuple, encore faut-il se comporter comme tel.fédération canadienne.C\u2019est une stratégie gagnante si l\u2019adversaire n\u2019est pas prêt à prendre le risque du conflit et préfère la négociation.La morale de cette histoire est que la menace de sécession est toujours la stratégie la plus avantageuse à la condition d\u2019être crédible, c\u2019est-à-dire si le Québec est résolu et prêt à aller jusqu\u2019au bout.Tant et aussi longtemps que les Québécois seront ambigus sur leur sentiment d\u2019appartenance, les Canadiens ne les prendront pas au sérieux.Pour être reconnu comme peuple, encore faut-il se comporter comme tel et comprendre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une lutte à finir.Il ne servira à rien au PQ de gagner toutes les batailles électorales si les Québécois ne sont plus convaincus de la nécessité de faire l\u2019indépendance.Si le Québec choisit la conciliation et que le Canada choisit l\u2019intransigeance, comme indiquent les comportements récents des gouvernements québécois et canadien, on peut être sûr que le statut politique du Québec ne changera pas et que le Québec restera une province comme les autres, ce qui constituera une victoire pour les Canadiens dont c est l\u2019objectif.Le problème du Québec c\u2019est que le soutien à la souveraineté est faible et fragile alors qu\u2019au Canada la volonté de maintenir le statu quo politique est forte.Cette situation rend impossible un scénario où les deux choisiraient la conciliation parce que le Canada n\u2019a aucun intérêt à faire des concessions tant que les Québécois sont divisés sur leur statut politique.28# L\u2019ACTION NATIONALE Comme l\u2019affrontement est inévitable, il n\u2019y a que deux solutions possibles au conflit : le statu quo ou la sécession.On peut certes pour les fins de la démonstration imaginer un scénario intermédiaire où par un effet de baguette magique le Canada reviendrait sur le chemin de la conciliation et accepterait d\u2019ouvrir la négociation constitutionnelle, mais alors une chose est certaine, il exigerait que le Québec abandonne définitivement ses velléités souverainistes.Le Canada aurait ainsi fait un gain stratégique majeur puisqu\u2019il deviendrait maître de notre destin avec notre propre consentement.Il n\u2019y aurait pas de victoire plus décisive puisque nous aurions nous-mêmes renoncé à notre droit à l\u2019autodétermination.PASSEZ À L\u2019HISTOIRE! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l'histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d'ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d'époque.Alors.Passez à l'histoire et abonnez-vous! JE M'ABONNE Cap-aux-Diamants \u201c Pour 1 an Q (4N- 30$), pour 2 ansQ(8N\u201d 55$) NOM_______________________________ ADRESSE _________________________ -| Par téléphone: (418) 656-5040 POUR VOUS ABONNER VILLE _PROV.Par télécopieur: (418) 656-7282 Par la poste: CODE POSTAL TÉL.: (\t) C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R 4M8 (Vous recevrez le prochain No: Mars.|uln.septembre ou décembre! L\u2019ACTION NATIONALE @ 29 Limmense majorité des sociétés d\u2019assurances, et de beaucoup les plus puissantes, sont étrangères.De sorte que, par ce canal largement ouvert, une partie grandissante des épargnes annuelles nous échappent \u2014 car les sociétés d\u2019assurances sont loin de prêter aux entreprises canadiennes-françaises les sommes équivalentes à celles que nous leur versons.Esdras Minville Plan et aménagement, 373./SD Uentrepreneurship féminin Rita Dionne-Marsolais1 1.L'économie québécoise: une économie d'entrepreneurs P resentement, les petites et moyennes entreprises occupent une place privilégiée dans l\u2019économie du Québec.Au nombre de 170 000, celles-ci représentent en effet 90% du total de nos entreprises manufacturières.Depuis plusieurs années, ce sont en fait les PME qui créent la majorité des nouveaux emplois au Québec.Aujourd\u2019hui, 42% de la main-d\u2019œuvre québécoise est issue des PME, un taux enviable, si on le compare à celui de l\u2019Ontario et de l\u2019ensemble du Canada, qui se situe respectivement à 35 et à 39%.On peut donc dire de l\u2019économie du Québec qu\u2019elle consiste en une économie d'entre- 1.Ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, madame Dionne-Marsolais a été la première femme cadre de la haute direction d\u2019Hydro-Québec et la première femme déléguée du Québec à l\u2019étranger.L\u2019ACTION NATIONALE ©31 preneurs, et ce, même si elle compte aussi à son actif d\u2019importantes entreprises dites transnationales.Selon certains observateurs, les Québécois seraient même les chefs de file de la petite et moyenne entreprise au Canada.Plusieurs facteurs ont favorisé cette émergence de l\u2019entrepreneurship au Québec.Certaines causes sont récentes telles que les divers programmes gouvernementaux d\u2019incitation au démarrage d\u2019entreprises, le succès des programmes d\u2019entrepreneurship offerts dans le milieu de l\u2019éducation, qui ont donné aux jeunes le goût de se lancer en affaires ; la mise en valeur, auprès des jeunes, de qualités telles que l\u2019initiative, la responsabilité et la capacité de décision ; enfin, de façon plus directe, la restructuration industrielle, qui a donné naissance au phénomène de l\u2019essaimage, soit la création d\u2019une entreprise sur la base des relations, des produits et du savoir-faire acquis en emploi par un entrepreneur potentiel ou encore, par un travailleur autonome.On constate d\u2019ailleurs que les nombreuses réorganisations effectuées par les entreprises au cours des dernières années ont contribué à l\u2019accroissement du nombre de PME ou de travailleurs indépendants.Il s\u2019agit donc d\u2019un phénomène nouveau qui vient changer l\u2019interprétation des données traditionnelles en matière d\u2019entreprenariat.32 # L\u2019ACTION NATIONALE L'économie du Québec a atteint le 16e rang des économies industrialisées.2.Le virage économique du Québec : une mutation continue Mais c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019histoire économique du Québec qui a obligé les Québécois et les Québécoises à innover, à imaginer et à créer une dynamique d\u2019entreprenariat qui leur est propre.Ainsi, depuis une trentaine d\u2019années, l\u2019économie du Québec s\u2019est complètement transformée et a atteint le 16e rang des économies industrialisées avec un PIB de 175 milliards $.Nos exportations, qui, auparavant, se faisaient surtout sur un axe interprovincial est-ouest, se sont graduellement intégrées à un nouvel axe nord-sud, au-delà des frontières traditionnelles.Depuis l\u2019entrée en vigueur de l\u2019ALÉNA, le Québec a une économie beaucoup plus intégrée à celle des Amériques qu\u2019à celle des autres provinces, d\u2019abord avec les Etats-Unis, puis avec le Mexique.Ainsi, en 1996, le Québec exportait 35% de son PIB vers l\u2019extérieur du Canada, et seulement 19% vers les autres provinces canadiennes.Quant aux produits que nous exportons, presque essentiellement constitués de matières premières il y a trente ans, ce sont maintenant des produits transformés, issus principalement du secteur des télécommunications, de l\u2019aéronautique et des transports.Ce dernier changement a un impact direct sur la structure de l\u2019emploi puisqu\u2019il s\u2019agit de secteurs qui font appel à du personnel hautement spécialisé.L\u2019ACTION NATIONALE © 33 Nous sommes ainsi entrés dans une économie du savoir, où ce sont les entreprises à haute intensité technologique qui sont les principales créatrices d\u2019emplois.Comme la plupart des pays industrialisés, notre économie est de plus en plus axée sur la production de services.Ainsi, la part d\u2019emplois dans le secteur tertiaire est passée de 56,9% en 1966 à 73,5% en 1996 et ce, aux dépens des secteurs primaire et secondaire.Il s\u2019agit encore là d\u2019une transformation socio-économique importante, ayant favorisé la naissance d\u2019une nouvelle catégorie du secteur tertiaire que l\u2019on se plaît à nommer le secteur tertiaire moteur.Ce secteur comprend toute forme de service à forte valeur ajoutée et opérant dans des marchés internationaux concurrentiels et surtout, ayant un effet d\u2019entraînement sur d\u2019autres services.Ceci inclut les télécommunications, l\u2019énergie électrique, les intermédiaires financiers et les services aux entreprises.Il s\u2019agit d\u2019un secteur où les emplois sont généralement à temps plein et les salaires plus élevés que la moyenne.Il est certain que l\u2019évolution rapide du secteur tertiaire moteur, combinée au progrès technologique, a fait disparaître un grand nombre d\u2019emplois de soutien.Mais elle a favorisé en contrepartie la création d emplois hautement spécialisés et, par voie de conséquence, un développement spectaculaire des services aux entreprises.On assiste à un nouveau phénomène d\u2019impartition (ou « outsourcing ») soit le 34© L\u2019ACTION NATIONALE Le Québec a bien réussi son passage vers la « nouvelle économie ».transfert d\u2019emplois des industries productrices vers les industries de services.On peut dire aujourd\u2019hui que le Québec a jusqu\u2019à maintenant bien réussi son passage vers la « nouvelle économie », une économie essentiellement basée sur la mondialisation, sur le savoir et sur l\u2019innovation.Je pense pour ma part que cette réussite augure fort bien pour l\u2019entrée d\u2019un Québec souverain dans la réalité économique du troisième millénaire et pour la contribution active des femmes à la création de la richesse collective.3.Pour les femmes entrepreneures du québec : un contexte favorable Dans ce portrait encourageant de l\u2019économie québécoise, les femmes ne sont pas en reste.Selon une étude récente de l\u2019Institut de la PME de la Banque de Montréal1, les femmes dirigent plus de 150 000 entreprises au Québec dans tous les secteurs et font travailler près de 360 000 personnes.L\u2019accroissement de la création d\u2019entreprises par des femmes entre 1991 et 1994, a été de 24%, un taux presque dix fois supérieur au taux d\u2019accroissement du nombre total d\u2019entreprises qui était, pour la même période, de 3%.Quant au taux de survie des organismes dirigés par des femmes, à 76% il se 1.Mythes et réalités, Le pouvoir économique dec entreprises dirigées par des femmes au Canada, Institut de la PME de la Banque de Montréal, 1996.L\u2019ACTION NATIONALE ©35 La création d'emplois et la croissance économique passent par la création de PME.compare avantageusement à la moyenne de l\u2019ensemble des entreprises, soit 78%.La présence des femmes se fait d\u2019ailleurs sentir dans la plupart des secteurs d\u2019activités, même ceux que l\u2019on qualifie de non traditionnels tels que le commerce de gros, les finances, les assurances et l\u2019agro-alimentaire.Elle est révélatrice sur la capacité des femmes à prendre, avec assurance et autorité, la place qui leur revient dans ce nouveau modèle de l\u2019économie québécoise.Déjà, nous devons même établir une distinction entre les générations de femmes chefs d\u2019entreprises.On sait par exemple qu\u2019alors que 34,4% des propriétaires d\u2019entreprises étaient des femmes en 1991, 51,4% des propriétaires d\u2019entreprises de moins de 25 ans étaient des femmes (alors qu\u2019elles en constituaient dans ce groupe d\u2019âge, il y a à peine dix ans, seulement 30,6%).Ainsi, plus l\u2019âge des propriétaires augmente, plus la part des femmes diminue.Cela démontre clairement que les jeunes femmes sont un élément majeur de la révolution qui se produit en ce moment au sein du marché du travail.Cet engouement des jeunes femmes pour l\u2019entrepreneurship risque d\u2019avoir des répercussions positives sur les années à venir, quand on sait que la création d\u2019emplois et la croissance économique passent par la création de PME au Québec comme dans les autres économies développées.Cependant, les chiffres ne sont pas aussi encourageants lorsqu\u2019il s\u2019agit des revenus générés par les entreprises dirigées par des femmes.36 © L\u2019ACTION NATIONALE Ainsi, on constate qu\u2019en 1991, même si 34,4% des entrepreneurs étaient des femmes, elles ne généraient que 28,8% des revenus d\u2019entreprises.Malheureusement, ce phénomène se reproduit aussi chez les femmes de moins de 25 ans qui, bien que constituant 51,4% des chefs d\u2019entreprises dans leur groupe d\u2019âge, elle ne possèdent que 41,9% des revenus de ce même groupe.Il semble que cet écart pourrait être attribué au fait que les femmes se retrouvent généralement concentrées dans le secteur tertiaire, soit celui des services.Et, de fait, il semble que ce soit1 presque uniquement dans ces secteurs qu\u2019il y a eu augmentation du nombre de femmes entre-preneures au Québec entre 1983 et 1993.4.Les femmes et le financement L\u2019accès au financement et au capital de démarrage constitue l\u2019obstacle majeur au démarrage d\u2019entreprises par des femmes.Il faut cependant aussi tenir compte d\u2019autres facteurs que ceux qui sont intrinsèques aux femmes pour expliquer ce phénomène, comme par exemple, le secteur d\u2019activités où elles se concentrent, le nombre d\u2019employés qu\u2019elles embauchent ou encore, le nombre d\u2019années d\u2019existence de leur entreprise.D\u2019après une autre étude, cette fois, il semble que la seule différence d\u2019attitude démontrée selon le sexe soit l\u2019exigence de garanties 1.LAVOIE, Dina, Ph.D, Les femmes travailleures autonomes au Québec : Etat de la situation 1995, dans le cadre du Forum sur l\u2019entrepreneurship féminin québécois, Ecole des Hautes études commerciales, Montréal, 1995.L\u2019ACTION NATIONALE © 37 Au démarrage d'entreprise, les femmes ont plus tetidance que les hommes à utiliser leurs épargnes personnelles.plus élevées pour les marges de crédit accordées aux femmes.Quoiqu\u2019il en soit, cette différence est de taille et pour le moins significative et exigera certainement une plus grande vigilance devant l\u2019attitude des institutions financières vis-à-vis des femmes entrepreneures.Il semble aussi que les femmes ont plus tendance que les hommes à utiliser leurs épargnes personnelles pour démarrer leur entreprise et aient moins recours aux programmes du gouvernement.Les fonds nécessaires au démarrage d\u2019entreprise sont issus à 75% de l\u2019avoir personnel de femmes pour à peine 25% en emprunt.Une étude du Conseil consultatif canadien sur le statut de la femme attribue ce phénomène à quatre raisons principales : le manque d\u2019information concernant les programmes et la difficulté à en obtenir, le temps perdu à jongler avec la paperasserie associée aux programmes d\u2019aide, la volonté de conserver une certaine confidentialité et enfin, les modalités de ces programmes, qu\u2019elles jugent trop variables et changeantes.Enfin, il semble donc que les problèmes des femmes à obtenir du financement soient reliés à leur propre perception des programmes existants qu\u2019au seul manque de disponibilité des ressources.De fait, il existe présentement au Québec près d\u2019une vingtaine de produits financiers destinés à soutenir le démarrage d\u2019entreprises.Les problèmes personnels qui se manifestent à l\u2019étape du prédémarrage d\u2019une entreprise, ne sont pas totalement différents par contre 38© L\u2019ACTION NATIONALE Le nombre de femmes travailleurs autonomes au Québec a progressé de 79,4% entre 1981 et 1993.pour les hommes et les femmes.Il peut s\u2019agir d\u2019un manque de soutien moral, de doutes quant au succès, de méfiance de la part des aînés et de l\u2019opposition de la famille, ainsi que d\u2019autres problèmes comme le manque d\u2019expérience et d\u2019habiletés et la difficulté de reconnaître le besoin d\u2019aide extérieure.Par contre, les chiffres que je viens de vous mentionner le prouvent, les femmes sont plus exposées que les hommes à ces types de problèmes, en particulier celui de ne pas vouloir d\u2019aide de l\u2019extérieur, accentuant ainsi leur isolement.5.Les travailleurs autonomes Les femmes semblent moins avoir tendance que les hommes à incorporer leur entreprise et préfèrent souvent le statut de travailleur indépendante.Ainsi, au Québec, au mois de février 1995,45 % des entreprises dirigées par des hommes étaient incorporées, pour 23% des entreprises dirigées par des femmes.Je pense qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une donnée révélatrice sur les différences qui existent entre les hommes et les femmes en matière d\u2019entrepreneurship.Il est possible en effet que la plupart des femmes qui prennent la décision de ne pas s\u2019incorporer le fassent sciemment, selon les buts et les objectifs qu\u2019elles se sont fixés et ce, malgré les risques financiers inhérents.On sait que le nombre de femmes travailleurs autonomes au Québec a progressé de 79,4% entre 1981 et 1993, alors que, pour la L'ACTION NATIONALE @39 même période, la progression des hommes travailleurs autonomes a été de 31,2%.Une telle tendance chez les femmes ne peut être uniquement due à la force des choses et tend à démontrer que cette forme de travail, qui, pourtant, n\u2019est pas reconnue comme étant la plus rémunératrice, convient à beaucoup de femmes, leur permettant une plus grande liberté et une meilleure conciliation de leur vie professionnelle et familiale.D\u2019autre part, les nouvelles technologies de l\u2019information tendent à faciliter la tâche de la travailleure autonome, en lui permettant de rester en contact avec les interlocuteurs de ce que nous pourrions appeler «le monde virtuel du travail » et de briser ainsi l\u2019isolement.Le travail autonome est donc souvent pour les femmes une question de choix personnel mais ce choix est clairement lie, chez plusieurs d\u2019entre elles, à des obligations familiales.Bref, on constate que les difficultés vécues par les femmes entrepreneures face au financement sont souvent liées à des préjugés de l\u2019extérieur, certes, mais aussi à des réserves qu\u2019elles éprouvent envers elles-mêmes.Non qu\u2019elles doutent du bien-fondé de leur produit ni de leur capacité à mettre leur projet à exécution (la preuve, c\u2019est qu elles préfèrent le faire sans aide et avec leur propre argent), mais, une fois l\u2019entreprise démarrée, il semble qu\u2019elles hésitent souvent à prendre de l\u2019expansion, à viser des marchés plus concurrentiels.40 © L\u2019ACTION NATIONALE les femmes font encore trop peu appel aux programmes existants.6.Une stratégie gouvernementale de développement de Ventreprenariat Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement du Parti québécois a travaillé à la mise en place de plusieurs actions concrètes visant à soutenir les entrepreneurs dans les différentes phases d\u2019implantation de leur entreprise, que ce soit par le biais de la Fondation de l\u2019entrepre-neurship, des programmes de démarrage d\u2019entreprises tels que le Plan Paillé, des sociétés locales d\u2019investissement pour le développement de l\u2019emploi ou «SOLIDES», des diverses sources d\u2019information, de formation et d\u2019aide technique, des services de parrainage du Service d\u2019aide aux jeunes entrepreneurs (SAJE), de la Société québécoise de développement de la main-d\u2019œuvre (SQDM) et des Carrefours Jeunesse-Emploi et j\u2019en passe.Pour la plupart, ces actions ont jusqu\u2019à maintenant porté fruit en ce qui a trait au développement de l\u2019entrepreneurship.Mais force nous est de constater que les femmes font encore trop peu appel aux programmes existants.Par exemple, une recherche effectuée à la SDI à partir de la clientèle étudiante du programme Paillé a permis de constater, sur la base d\u2019une analyse de 898 dossiers, que 70,6% des prêts auraient été accordés à des hommes et 29,4% à des femmes.Un échantillon de 50 dossiers tirés au hasard par la SDI arrive à peu près au même résultat :28% d\u2019entre eux sont représentés par des femmes et 72% par des hommes.Ces chiffres L\u2019ACTION NATIONALE © 41 viennent confirmer encore une fois que les femmes ont tendance à bouder les programmes d\u2019aide.Pour contrer ce phénomène, plusieurs solutions peuvent être envisagées.Déjà, dans la foulée du Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi, il nous a semblé que pour accélérer le développement de l\u2019entrepreneurship, une attention particulière devait être portée à la mise en relation des idées, des intervenants et des entrepreneurs.C\u2019est pourquoi le gouvernement entend privilégier, avec l\u2019ensemble de ses partenaires, une stratégie gouvernementale de développement de l\u2019entreprenariat selon une série de mesures que l\u2019on pourrait regrouper sous quatre axes principaux : le renforcement de la culture entrepreneuriale, l\u2019accroissement du soutien au prédémarrage et au démarrage pour des clientèles cibles, l\u2019établissement d\u2019un environnement favorable à la création d\u2019entreprises et l\u2019accompagnement des entreprises dans la phase de consolidation, pour une création d\u2019emplois durables.Il s\u2019agit d\u2019une stratégie qui repose essentiellement sur la bonification des mesures actuelles, tout en privilégiant un mode d\u2019intervention basé sur le réseautage et la responsabilisation des intervenants locaux.Pour l\u2019instant, il ne nous apparaît pas que l\u2019instauration de programmes spécifiques aux femmes soit une option à privilégier.Une telle mesure ne ferait d\u2019ailleurs pas l\u2019assentiment des femmes elles-mêmes, qui craignent par dessus tout la « ghettoisation ».Vous le savez comme 42 ® L\u2019ACTION NATIONALE La plupart des femmes entrepreneures veulent être considérées comme des entrepreneures.moi, la plupart des femmes entrepreneures veulent être considérées d\u2019abord et avant tout comme des entrepreneures.Cependant, certains axes d\u2019intervention pourraient aider les femmes à contrer les préjugés et les obstacles qui les empêchent de prendre la place qui leur revient au sein de l\u2019entreprenariat québécois.Ainsi, on retient que le développement de l\u2019esprit d\u2019entreprise est intimement lié à l\u2019environnement social.Le goût d\u2019entreprendre est une valeur qui mérite d\u2019être soutenue et encouragée.Le gouvernement envisage ainsi, au cours des trois prochaines années, de débloquer des aides financières dans le but de renforcer la culture entrepreneuriale auprès des femmes désireuses de se lancer en affaires ainsi qu\u2019auprès de celles qui sont déjà actives.Dans le contexte actuel, il ne s\u2019agit aucunement de multiplier les structures, mais de mieux utiliser ce qui existe déjà.Les interventions du Ministère se feront dans le cadre de son programme d\u2019appui aux activités en matière d\u2019entrepreneurship (PAIE).Un volet spécial pour la clientèle jeunesse et la clientèle féminine pourrait être créé.L\u2019accès à l\u2019information apparaît souvent comme étant un problème de taille.Internet offre de nombreuses possibilités pour celles qui désireraient connaître les programmes offerts et les opportunités d\u2019affaires existant au Québec.Des travaux sont actuellement en cours au sein du Ministère dans le but de trouver un véhicule qui puisse donner un plus large accès aux infor- L\u2019ACTION NATIONALE @ 43 Les femmes jouent un rôle de premier plan dans le secteur de l'économie sociale.mations reliées au démarrage et au développement d\u2019entreprises.L\u2019incitation aux travailleuses autonomes de se regrouper doit être relancée.Dans ce sens, un appui technique aux structures déjà existantes pourra être considéré.Il est certain aussi que les femmes jouent un rôle de premier plan dans le secteur de l\u2019économie sociale.Les résultats des travaux de madame Nancy Neamtam à cet égard l\u2019ont bien démontré au dernier Sommet.Une enveloppe financière pourrait donc être prévue pour accompagner les entreprises et organismes œuvrant dans ce secteur.En ce qui concerne le financement des femmes entrepreneures, je crois qu\u2019il existe présentement de nombreuses possibilités que les femmes n\u2019exploitent pas comme elles le devraient.Il faut donc trouver le moyen de les inciter à y avoir recours en plus grand nombre.Enfin, les réseaux d\u2019affaires sont un excellent moyen pour échanger des informations de toute nature, notamment commerciale et industrielle.J\u2019invite toutes les femmes entrepreneures à se joindre à cette formule gagnante.7.Conclusion Les quelques mesures que je viens d\u2019évoquer sont facilement réalisables par le biais des structures existantes et pourraient donc être mises en place assez rapidement.Cependant, je 44© L\u2019ACTION NATIONALE suis consciente qu\u2019il existe d\u2019autres alternatives aussi intéressantes.Déjà, d\u2019autres pistes de solutions me viennent à l\u2019esprit pour contrer les obstacles qui s\u2019opposent à l\u2019avancement des femmes entre-preneures.Je pense par exemple à des réseaux de financement permettant à celles-ci de se réunir une fois par mois pour préparer des plans d\u2019affaires et mettre en commun leurs contacts auprès des banques.Je pense aussi à une sorte de « marrainage » de financement, assumé par des femmes déjà bien ancrées dans le milieu entrepreneurial ; ou encore, à une information ciblée sur les programmes disponibles.C\u2019est de cette façon que nous pourrons mieux faire en sorte que les femmes entrepre-neures aient accès à leur part des fonds publics et privés disponibles, qu\u2019elles s\u2019intéressent aux secteurs d\u2019avenir et, surtout, qu\u2019elles investissent ces secteurs en plus grand nombre pour que le Québec de demain soit le reflet du potentiel des Québécoises et des Québécois d\u2019aujourd\u2019hui.relations Revue d\u2019analyse sociale, politique et religieuse Pour comprendre le fond des choses! ¦ un an (10 nos) : 26$ «deux ans : 47$ ¦ À l\u2019étranger : 27$ taxes incluses Communiquer avec Mme Héléne Desmarais, 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6 Tel.: 387-2541 L\u2019ACTION NATIONALE © 45 3D Peu à peu s'est imposé à moi le constat que j\u2019étais devenu, pour une bonne part, étranger à ma propre langue, que celle-ci subissait à mon insu l\u2019intrusion d\u2019une autre langue, en l\u2019occurrence l\u2019anglais.Je ne savais pas l'anglais, et cependant j\u2019étais un unilingue sous-bilingue.Gaston MIRON Lhomme rapaillé Groupe Ville-Marie Littérature Le Casse-tête chinois: continuité et changement Edmond ORBAN1 M_ pour des observateurs étrangers ayant vécu longtemps en Chine et étudié ce pays, il reste une énigme à bien des égards et son avenir difficilement prévisible.Je me contenterai, ici, de relever quelques jalons de son évolution tout en formulant quelques hypothèses sous une forme simplifiée.Le tout pourrait éventuellement servir de base de départ pour des réflexions et recherches plus poussées.Notons, tout d\u2019abord, qu\u2019il semble exister un certain nombre de constantes dans l\u2019évolution de cette civilisation et de certaines de ses composantes.Celles-ci contribuent (dans une mesure difficile à évaluer) au renforcement de la « spécificité » chinoise, par rapport à d\u2019autres 1.Professeur honoraire de l\u2019Université de Montréal et professeur invité des universités de Shanghaï, Xian et Beijing L\u2019ACTION NATIONALE @ 47 La surpopulation en Chine a pris des proportions dangereuses.modèles comme les États-Unis par exemple, où les conditions de développement ont été radicalement différentes.Mais, d\u2019autre part, dans la mesure où la Chine tend à sortir de son isolement et à s\u2019ouvrir plus largement sur le monde extérieur, elle semble exposée à des transformations profondes.Celles-ci peuvent être des facteurs de progrès considérables mais si elles s\u2019effectuent dans le chaos, elles risquent fort de déstabiliser l\u2019ensemble du système, phénomène que n\u2019importe quel gouvernement, quelle que soit sa nature, tend à tout prix à éviter.Mais comment et avec quels moyens ?Un peu d'histoire Lorsque l\u2019on veut un peu mieux comprendre le comportement d\u2019un gouvernement étranger, il faut avant tout le situer dans le recul.Surtout s\u2019il s\u2019agit d\u2019un grand pays comme la Chine avec plus de quatre mille années de civilisation derrière elle.Dans le cas de ce pays, il y a des constantes que l\u2019on retrouve pendant de nombreux siècles.Nous en avons relevé plusieurs dont la durée n\u2019est évidemment pas égale.La surpopulation, longtemps observée en Chine, a pris des proportions dangereuses, en dépit des mesures draconiennes adoptées sous le régime communiste.Près d\u2019un million deux cent mille habitants alors qu\u2019un septième des terres sont cultivables.Quand on côtoie cette foule immense des villes et des campagnes, on comprend encore mieux que la priorité absolue 48 © L\u2019ACTION NATIONALE L'immensité du territoire et la très grande inégalité des ressources exigent une autorité centrale forte.de tout gouvernement consiste à assurer un minimum de subsistance à l\u2019ensemble de la population.Tout au cours de son histoire, cette population dans sa très grande majorité paysanne (encore aujourd\u2019hui), a connu les pires cataclysmes (inondations, sécheresse, etc.), pénurie de terres, surpopulation, etc., le tout pouvant provoquer des famines désastreuses et des troubles sociaux d\u2019une grande amplitude.Dans un tel contexte, il va de soi que les mesures les plus radicales et les plus autoritaires risquent fort d\u2019être la norme générale, la fin justifiant les moyens.D\u2019autre part, l\u2019immensité du territoire et la très grande inégalité des ressources exigent une autorité centrale forte, capable d\u2019assurer un minimum de cohésion, d\u2019arbitrer certains conflits, d\u2019effectuer des redistributions et des réajustements de nature à permettre au régime de se maintenir en place.Autre constante : la menace extérieure.La Chine, en dépit de ses hautes murailles a connu de nombreuses invasions dont celles des Mongols et des Mandchous.Au cours des deux derniers siècles, l\u2019ennemi venait par la mer et pouvait remonter à l\u2019intérieur des terres en suivant les grands fleuves.Les Japonais, Russes, Anglais, etc.ont profité des divisions et des faiblesses internes de la Chine pour imposer à certaines de ses villes et régions un statut quasi colonial.Tous ces facteurs combinés permettent un peu de comprendre à quel point ce vieux pays a pendant longtemps vécu dans une sorte d\u2019état L\u2019ACTION NATIONALE © 49 de crise proche de l\u2019état d\u2019urgence permanent.On pourrait formuler une hypothèse en verni de laquelle ces menaces internes et externes constantes et en tous cas latentes ont contribué à maintenir, voire à renforcer, les tendances autoritaires des gouvernements en place.Dictature constitutionnelle Dans un tout autre contexte mais face à un danger d\u2019une gravité exceptionnelle (durant les deux guerres mondiales, par exemple) des gouvernements tels que ceux de Grande-Bretagne et des États-Unis ont rapidement instauré ce qu\u2019un auteur comme Cari Friedrich (dans « Dé-L'état d'urgence et la mocratie constitutionnelle ») a qualifié de dic-dictature de fait ont\ttature constitutionnelle.Cette dernière duré jusqu à la fin implique la mobilisation de gré ou de force de des hostilités.toutes jes ress0urces matérielles et humaines du pays, la suppression de l\u2019exercice des droits et libertés individuelles, c\u2019est-à-dire la censure, la surveillance, l\u2019espionnage, l\u2019emprisonnement préventif, les exécutions sommaires, etc.Cet état d\u2019urgence et cette dictature de fait ont duré jusqu\u2019à la fin des hostilités.Ici aussi on observe une sorte de corrélation entre la gravité de la menace (guerre, invasion, mais également crise économique grave) et la nature et le degré de l\u2019autoritarisme exercé par un gouvernement central devant faire face à un tel environnement.En Chine, encore aujourd\u2019hui, nous avons affaire à un gouvernement central très autoritaire (qui se réclame de la dictature.du peuple).À l\u2019époque de Mao on pouvait le considérer 50© L\u2019ACTION NATIONALE La Chine a toujours connu des gouvernements très autoritaires.comme la partie essentielle d\u2019un État totalitaire, capable de rejoindre toutes les activités des citoyens, jusque dans les régions les plus éloignées.Alors qu\u2019aux siècles précédents, avant le développement des communications modernes, les institutions locales occupaient une place importante et pouvaient souvent s\u2019autogérer avec une présence minimale de l\u2019autorité centrale.Il n\u2019en reste pas moins vrai qu\u2019en général l\u2019empereur disposait d\u2019un pouvoir absolu sur ses sujets même si, en pratique, il n\u2019était pas capable matériellement de l\u2019exercer sur le terrain et avec ses propres agents ou institutions.Quels qu\u2019en soient les formes et le degré, la Chine a donc toujours connu des gouvernements très autoritaires, même si le despotisme a pu paraître « éclairé » aux temps des grandes découvertes et de l\u2019essor particulièrement brillant de la civilisation chinoise.Parmi les autres constantes ayant façonné ces régimes, il convient également de signaler l\u2019influence du confucianisme ancien (et du néoconfucianisme).En Occident, on répète souvent que «notre civilisation» a recueilli l\u2019héritage gréco-romain et l\u2019a en quelque sorte universalisé et moralisé à partir des principes de base du christianisme.Il y a place pour bien des débats à cet égard mais en Chine, la place prise par Confucius dans ce façonnement d\u2019une pensée et de ses institutions semble beaucoup moins pluraliste, tout en étant constante.C\u2019est simplement cet aspect que je voulais soulever à titre d\u2019hypothèse car ce n\u2019est qu\u2019une variable dans la fonction.L\u2019ACTION NATIONALE ©51 La doctrine néo confucéenne s\u2019est vue en quelque sorte prolongée dans le totalitarisme marxiste.Ainsi, certains auteurs comme Elisabeth Perry dans Popular Protest and Political Culture in Modern China, Learning from 1989, soulignent à quel point le traditionalisme intellectuel et le moralisme confucéen ont été un obstacle au développement de la démocratie, y compris chez les dissidents de la Place Pian Anmen (en 1989).Sans avoir mené de longues recherches sur ce sujet, Alain Peyrefitte dans La tragédie Chinoise (page 28) constate la permanence du culte de l\u2019autorité, le fait que l\u2019ordre politique pèse toujours de façon coercitive sur tous les aspects de la vie et il ajoute à ce sujet : « Culte de la tradition confucéenne, vivace après vingt-cinq siècles.Le concept confucéen dominant, l\u2019harmonie universelle, engendre la dictature paternaliste d\u2019un encadrement qui cherche indéfiniment, comme hors de l\u2019histoire, à se reproduire ».Et, ce mouvement part du bas de la hiérarchie, du fils reflet du père et tous « pâles reflets de la suprême autorité de l\u2019Empereur ».Il y voit une des causes de la paralysie du système politique.John King Fairbanks dans China, a New History affirme (p.430), que la doctrine néoconfucéenne de la vérité absolue s\u2019est vue en quelque sorte prolongée dans le totalitarisme marxiste, Mao est dans une large mesure un successeur des empereurs tout en essayant de faire participer les « masses » à certains processus politiques.Revenant au néo-confucianisme il écrit « The weakness of the imposing Neo-Confucian society and late Imperial Empire lay in the fact that the ancient autocracy had 52 © L\u2019ACTION NATIONALE Vindividualisme est resté pendant longtemps une notion étrangère à la culture chinoise.preserved its daims to final supervisory contrai over all persons, writings, thoughts, rituals and military actions without developing a structure of institutions that could tolerate diversity and dissent minority views, or competing policies » (p.42 9)1 Parmi d\u2019autres constantes, rappelons ce que plusieurs auteurs qualifient d\u2019instinct collectiviste ou de sens communautaire.Les deux concepts impliquent une attitude d\u2019entraide mutuelle et la priorité de la communauté sur les intérêts individuels.Cette caractéristique de la société chinoise s\u2019explique en partie par la nécessité d\u2019assurer la survie de chacun dans le contexte précité.Le tout commence à la base même, dans les rizières, notamment, où les travaux d\u2019irrigation, de semailles, de récolte, etc., impliquent une mise en commun des ressources communes.Fait certain, l\u2019individualisme tel que conçu en Occident dans les sociétés dites libérales est resté pendant longtemps une notion étrangère à la culture chinoise et même condamnée par elle comme à l\u2019époque de Mao.Une continuité étonnante En résumé^ il y a une série de constantes permettant de dire qu\u2019en Chine, il existe une 1.Cette question n\u2019est abordée ici que très rapidement.Voir Entretiens de Confucius par Anne Cheng, éditions du Seuil, 1981 et Confucius as a Teacher de Chen Jingpan, Foreign Languages Press, Beijing, 1994.L\u2019ACTION NATIONALE @53 La Chine restera une société autoritaire et rigidement organisée.continuité étonnante.Mais, le collectivisme et l\u2019autoritarisme ont été poussés jusqu\u2019à l\u2019extrême limite dans un Etat totalitaire jouissant du monopole des moyens de production et disposant de tous les moyens coercitifs ou non, en vue d\u2019atteindre ses objectifs (administration, police, armée, propagande, etc.).Quant au parti unique, jusqu\u2019ici il a pu jouer un rôle de courroie de transmission jusqu\u2019à la base et dans les régions les plus éloignées.De plus, son noyautage de toutes les sphères d\u2019activités ont permis au régime de pratiquer un totalitarisme sans précédent dans l\u2019histoire de la Chine en dépit de la continuité que l\u2019on croit pouvoir déceler.Observant le régime communiste chinois, il y a un peu plus de vingt ans, Tibor Mende avait eu le mérite de poser un diagnostic fort intéressant et dans une perspective à long terme (avec la Chine il faut, plus qu\u2019ailleurs, tenir compte d\u2019un passé millénaire).Dans son ouvrage Soleils levants, il écrivit (p.140) : « Il est probable que la Chine restera, comme elle l\u2019a toujours été, une société autoritaire et rigidement organisée, ne faisant aucune place à l\u2019individualisme économique et politique, ni aux formes occidentales de gouvernement démocratique ».Les tragiques événements de Tian Anmen et la répression qui s\u2019ensuivit semblent plus que confirmer cet énoncé.Et pourtant, depuis 1978 et la mise en place des réformes initiées par Deng Xiaoping, une politique d\u2019ouverture a été pratiquée sur une grande échelle.Au point que 54 # L\u2019ACTION NATIONALE En Chine l'agriculture occupe encore une grande majorité de la population.l\u2019on pourrait parler d\u2019un changement de climat.Après la parenthèse des événements de 1989 et une réaction en sens inverse, il semble que l\u2019on revienne à la dite politique avec des hauts et des bas, mais avec une certaine continuité.Le monde de Vagriculture Sans vouloir en faire une analyse systématique, on se contentera de relever de façon très parcellaire un certain nombre d\u2019indicateurs observés sur le terrain lors d\u2019un séjour dans plusieurs grands centres chinois et une partie de leur périphérie.Tout d\u2019abord, mentionnons que contrairement à ce que l\u2019on observe dans les grands pays industrialisés, en Chine l\u2019agriculture occupe encore une grande majorité de la population et la masse des paysans soutenaient manifestement les politiques de Mao.Or, avec les réformes de Deng Xiaoping on effectue un virage quasi en sens opposé par rapport aux principes de base du maoïsme.Certes l\u2019Etat reste propriétaire des terres qu\u2019il loue aux paysans mais la responsabilité de leur gestion incombe aux individus et à leur famille et, surtout, la loi du profit est désormais invoquée sans détour.Depuis 1978, on a enregistré une forte augmentation de la production agricole accompagnée d\u2019une élévation substantielle du niveau de vie des paysans.Évidemment, la pénurie de terres, le manque d\u2019équipement, les énormes distances à parcourir et une foule d\u2019autres problèmes continuent L\u2019ACTION NATIONALE @55 La province du Liaoning est une des provinces où les investissements et la technologie en matière agricole sont les plus poussés.d\u2019assaillir l\u2019agriculture.En plus de l\u2019amélioration précitée touchant le plus grand nombre, une nouvelle élite locale est en train d\u2019émerger, poursuivant des buts nouveaux et diversifiant sa production.Ce phénomène est particulièrement visible dans les régions agricoles proches des grands centres tels que Shanghai, Beijing, Canton, etc., et également dans plusieurs provinces côtières telles que, par exemple, la province du Liaoning.Grâce à son climat tempéré et à la nature de son sol, cette région maritime du nord-est, produit une grande quantité de riz, mais, arachides, etc., et une riche variété de fruits.Disposant de six millions d\u2019hectares d\u2019eaux côtières, les possibilités de pisciculture sont considérables (poissons, crabes, crevettes, etc.).C\u2019est une des provinces où les investissements et la technologie en matière agricole sont les plus poussés.Ils proviennent surtout de l\u2019étranger dont le Japon et la Corée du Sud, proches voisins.Ceux-ci en retour sont les principaux clients pour ces produits auxquels viennent s\u2019ajouter les exportations de bétail et autres animaux provenant des élevages.Mais, et l\u2019on retombe dans les problèmes évoqués plus haut, la plus grande partie de la Chine n\u2019est malheureusement pas cultivable et dans la plupart des régions les paysans restent confinés sur de minuscules parcelles de terre où il est souvent difficile de dépasser le stade de la simple survivance, et ce, contrairement aux régions proches de la côte et des grands centres 56 @ L\u2019ACTION NATIONALE Cette considération n'exclut pas la possibilité de troubles graves dans les campagnes.où la culture intensive (légumes, fruits, pisciculture, etc.) permet à ses producteurs d\u2019entrer véritablement dans les circuits économiques.Les écarts entre régions Pauvres ou pas, un autre phénomène est en train de toucher de plus en plus de foyers chinois.La publicité et les émissions, en provenance ou non de l\u2019étranger, sont de puissantes incitations à la consommation.Dans les grandes villes, elles constituent un véritable envahissement.Partout, finalement, le fossé entre les attentes et les moyens matériels risque de se creuser pour la majorité des Chinois.Plusieurs auteurs, dont Brinton Crane dans son ouvrage classique The Anatomy of Revolution, ont montré qu\u2019un des moments les plus dangereux, pour une société en mutation rapide, survient quand cette dernière connaît une amélioration substantielle de son niveau de vie, suscitant ainsi des espoirs croissants mais rapidement bloqués par les limites du système et de ses moyens de production.Cette considération à elle seule incite à la prudence et n\u2019exclut pas la possibilité de troubles graves dans les campagnes, surtout à «l\u2019intérieur».L\u2019occasion peut être provoquée par de mauvaises récoltes, une mécanisation trop brutale créant un chômage massif, une chute des prix ou d\u2019une façon générale une trop grande inégalité entre les nouvelles classes sociales, voire également l\u2019amplitude des disparités régionales.L\u2019ACTION NATIONALE © 57 La révolution industrielle On assiste à un boom économique sans précédent.Si nous passons maintenant au monde de l\u2019industrie, on y observe la même « révolution » par rapport à un passé encore très proche.Que de distance parcourue depuis une autre révolution « la révolution culturelle » des années soixante ! Progressivement, la responsabilité des entreprises industrielles et commerciales est conférée à des « managers » plutôt qu\u2019aux comités du parti et le profit est ici le moteur du système, ce qui, entre parenthèses, remet en question la gestion et même la nature des grandes entreprises étatiques souvent hypothéquées par leur bureaucratie, leur inefficacité et la corruption de trop de dirigeants (les journaux dénoncent de plus en plus ce genre d\u2019abus).Dans l\u2019ensemble, on observe une dynamique nouvelle qui a pour conséquence d\u2019ouvrir la porte aux investissements, aux techniques et en partie aux biens de consommation étrangers.Quant aux exportations chinoises elles augmentent constamment.Si le pays continue sur cette lancée, on prévoit que d\u2019ici peu de temps les exportations dans le domaine de la machinerie et des appareils électriques dépasseront de loin celles plus traditionnelles telles que le textile.Partout dans les grands centres urbains et dans certaines régions privilégiées on assiste à un boom économique sans précédent.Il est particulièrement visible dans le domaine de la construction, des transports et des communications (domaine où les Québécois jouissent d\u2019une expertise reconnue).58 © L\u2019ACTION NATIONALE Le gouvernement chinois invoque l'éthique socialiste.A noter qu\u2019à la base de ces transformations, il y a l\u2019activité fructueuse des Chinois de la diaspora revenus de l\u2019étranger (Etats-Unis, Asie, etc.), présents dans la majorité des «joint ventures » et dont l\u2019ouverture et les réseaux extérieurs combinés avec un patriotisme éprouvé, constituent un apport irremplaçable.On vit donc une période de transition avec toutes ses contradictions et dangers, le gouvernement actuel en est la projection la plus visible.Il est déchiré entre deux attitudes à première vue inconciliables.D\u2019une part, il veut augmenter à la fois la productivité, la production et le profit individuel tout en s\u2019ouvrant sur les marchés extérieurs pour affronter la concurrence étrangère.Mais d\u2019autre part, il tient absolument à garder intacts ses pouvoirs et maintenir la « dictature du peuple ».Le tout dans le cadre d\u2019un parti unique, d\u2019ailleurs de plus en plus critiqué en dépit de son rajeunissement (notamment en provenance des universitaires).L'éthique socialiste Pour faire contrepoids au «matérialisme capitaliste » de plus en plus envahissant, le gouvernement chinois invoque l\u2019éthique socialiste, la spiritualité (sic), le sens communautaire et le patriotisme qui reste une corde sensible.A cet égard un des grands mérites de Mao aux yeux des Chinois (y compris ceux de la diaspora) a été le fait qu\u2019il a rétabli son pays au rang de grande puissance respectée, voire crainte, offrant ainsi L'ACTION NATIONALE © 59 un énorme contraste avec la Chine divisée et colonisée des années antérieures.Le gouvernement lutte aussi contre « les excès d'individualisme ».On fait constamment appel à la morale dans les congrès du Parti, les discours officiels, les journaux, les institutions d\u2019enseignement, etc.Et le gouvernement réagit contre ce qu\u2019il appelle la « pollution extérieure ».Il censure la violence à la télévision (des films américains notamment), il lutte contre la prostitution (éradiquée sous Mao) et la pornographie, surtout dans les villes.Ainsi, tout récemment on pouvait voir dans les journaux et à la télévision chinoise des bulldozers broyant des milliers de vidéo cassettes et publications pornographiques en provenance de l\u2019étranger (au nom de la protection de la dignité humaine mais aussi en représailles contre les « pirates du copyright »).On lutte aussi contre «les excès d\u2019individualisme » dont la corruption et le népotisme et les sanctions, à titre d\u2019exemples, peuvent être extrêmement sévères et frapper des têtes dirigeantes.Voir la condamnation à mort par un tribunal local d\u2019un haut fonctionnaire coupable d\u2019avoir accepté des pots de vin pour environ 300 $ (somme énorme pour la Chine).Son appel ayant été immédiatement rejeté, il a été exécuté ! Ce genre d\u2019exécution est encore fréquent.Critiquée à l\u2019extérieur, la peine de mort semble acceptée par la population pour les délits très graves.Et de toute façon, encore maintenant, la « dictature du peuple » ne lésine pas sur les moyens pour atteindre ses fins.60 ® L\u2019ACTION NATIONALE La masse compacte des Chinois sera de moins en moins coupée de l'extérieur.Mais, finalement, Tibor Mende avait-il raison de dire que cette société restera fermée aux libertés individuelles ?Il s\u2019est trompé en ce qui concerne «l\u2019individualisme économique» comme on l\u2019a rappelé plus haut.L\u2019ouverture sur l\u2019étranger, l\u2019envoi de milliers d\u2019étudiants chinois dans les universités de l\u2019Occident et du Japon, le retour volontaire d\u2019une foule de Chinois de la diaspora, la multiplication des échanges commerciaux et dans le domaine des techniques, de la recherche, de l\u2019enseignement (voir la construction des maisons pour experts étrangers sur les campus universitaires), etc., tout cela ne touche parfois que le sommet de la pyramide sociale mais c\u2019est la partie la plus dynamique et la plus influente.De plus, sur tout le territoire, le moindre nomade ou paysan peut au moins écouter la radio dont les émissions perforent toutes les frontières.Pour le meilleur et pour le pire, la masse compacte des Chinois sera de moins en moins coupée de l\u2019extérieur et ne pourra plus ignorer ce qui se passe ailleurs, en particulier chez ses propres voisins asiatiques et dans ses grandes métropoles à l\u2019avant-garde d\u2019extraordinaires transformations.Ce grand peuple civilisé et tellement attachant, quand on le connaît un peu mieux, dispose d\u2019énormes atouts matériels et surtout humains, en dépit de la gravité des problèmes qu\u2019il doit affronter.On entendra certainement parler de lui plus que jamais.Quant au Québec, il aurait grandement intérêt à être plus présent L\u2019ACTION NATIONALE @61 aux bons endroits.Surtout si ses dirigeants (à commencer par les gouvernements) désirent vraiment envisager la politique autrement qu\u2019à court terme ou que conçue exclusivement en termes de rentabilité économique immédiate.La Chine représente un cinquième de la population de la planète et elle peut devenir un partenaire particulièrement intéressant à tout point de vue, pourvu qu\u2019on la connaisse un peu mieux et qu\u2019on ait tissé avec elle un minimum de réseaux dans ces centres vitaux.N.B.Parmi les Québécois et Canadiens œuvrant en Chine dans le monde des affaires ou de l\u2019enseignement, je voudrais signaler la compétence et le dévouement de Claire Duquette qui enseigne ici avec beaucoup de succès et depuis plusieurs années, notamment à l\u2019Université des études étrangères de Shanghaï (département de français).BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Prix : 30 $ - étudiants : 20 $ -\tVol.5, nol (aut.1996) : L\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec -\tVol.5, no2 (fév.1997) : Les Anglo-québécois à l\u2019heure du plan B -\tVol.5, no3 (mars 1997) : Histoire et mémoire Faites parvenir un chèque à : AQHP, a/s P.Drouilly, Département de Sociologie UQAM, C.P.8888, Suce.Centre-ville, Montréal, H3C 3P8 Téléphone : (514)-987.8427 62 © L\u2019ACTION NATIONALE Comptes rendus /Sd Marcelle Ferron L'esquisse d'une mémoire, Les Intouchables, Montréal, 1996, 294 p., propos recueillis par Michel Brûlé.Marcelle Ferron, c\u2019est l\u2019Intouchable.«L\u2019esquisse d\u2019une mémoire », c\u2019est la vie d\u2019une très grande artiste québécoise.Sa « peinture, c\u2019est l\u2019art du choc »'.Le choc, exprime son émotion.Sa « peinture représente la vie, mais (elle) a peint pour apprivoiser la mort ».A l\u2019âge de trois ans, Marcelle Ferron est victime d\u2019un accident.Elle sera infirme pour la vie : l\u2019os de sa jambe gauche est fêlé.Mais elle vivra comme si elle n\u2019avait pas de handicap.Elle fera même du ski et de l\u2019équitation.Au pensionnat, chez les sœurs de Sainte-Anne de Lachine, elle trouve le temps long.Elle accueille avec joie les visites de son frère Jacques qui lui fait découvrir Balzac et des auteurs à l\u2019index.Surprise à lire «J\u2019accuse» de Zola, elle est mise à la porte du couvent.Admise au collège Marguerite-Bourgeois, elle est prise en flagrant délit de lecture interdite.Elle organise un bal au Ritz Carlton.Les journaux parlent de l\u2019événement.C\u2019est le scandale au collège ! Marcelle est renvoyée.1.Entre guillemets, la parole est de madame Ferron.L\u2019ACTION NATIONALE ©63 À 16 ans, elle est sur un lit d\u2019hôpital.Son frère Jacques lui apporte des reproductions de peintures du Louvre.C\u2019est l\u2019élément déclencheur d\u2019une carrière mémorable.L\u2019année suivante, elle entre à l\u2019Ecole des Beaux-Arts de Québec.Le séjour est de courte durée.Elle claque la porte en colère contre son professeur qui lui dit qu\u2019elle ne serait jamais capable d\u2019imiter les maîtres de la peinture.Une carrière internationale A 23 ans, elle rencontre Paul-Emile Borduas qui devient « son père spirituel ».Les mercredis, elle fréquente l\u2019École du meuble où il enseigne.Elle entre dans le groupe des automatistes.Elle participe à quelques expositions dont «L\u2019exposition des Rebelles », référence aux Patriotes de 1837.Un jour, ses tableaux et ceux de Mousseau sont refusés ; indignée, revêtue de formules lapidaires, elle participe à une marche de protestation à l\u2019ouverture du Salon.À 28 ans, elle veut « tout avoir dans la vie ».Elle a « besoin de changer d\u2019air ».Elle a « soif de voir les peintures des grands maîtres».Elle a «cette espèce de folie qui veut que tout soit possible ».Elle part pour la France.Elle prend le bateau avec ses trois enfants.Les anecdotes sont pétillantes.Madame Ferron apprend qu\u2019il ne faut pas confondre « dollars et francs ».Deux ans plus tard, elle sait tout ce qui se passe à Paris.Elle fréquente les bistros, les restaurants du peuple et les galeries d\u2019art de la France.Ses 300 $ de revenu mensuel l\u2019obligent à faire de la peinture lilliputienne ; la plupart de ses toiles ne sont pas plus grandes qu\u2019un timbre.Mais l\u2019artiste est libre.« L\u2019art, c\u2019est la liberté ».La première exposition en France a lieu à la Galerie du Haut Pavé.Et les expositions se multiplient: Allemagne, Belgique, France, Italie, Suède.Elle fait le tour du monde : Bulgarie, Chine, Cuba, Grèce, Haïti, Indonésie, Japon, Pays-Bas, Russie, Tunisie.64 © L\u2019ACTION NATIONALE Elle est une grande consommatrice des musées.Elle prononce nombre de conférences sur la peinture.Partout, elle s\u2019intéresse à l\u2019art local.« C\u2019est un miroir extraordinaire de la culture d\u2019un peuple ».Elle a aussi voyagé pour le plaisir : à titre d\u2019exemple, elle fait le tour des Balkans en passant par la Grèce et l\u2019Italie.A 35 ans, l\u2019ouverture sur le monde conduit madame Ferron à la sculpture où son génie atteint les sommets.Le seul don qu\u2019elle ne possède pas, c\u2019est celui des langues.Elle a connu des échecs dans l\u2019apprentissage de l\u2019arabe, du bulgare, du chinois, de l\u2019italien, du russe, du suédois, du tchèque.La seule langue étrangère qu\u2019elle maîtrise, c\u2019est l\u2019anglais.Et comme dans tout roman, notre héroine est un jour injustement accusée d\u2019espionnage.La « Direction de la surveillance du territoire » lui donne trois jours pour quitter la France.L\u2019intervention de Lester B.Pearson, alors premier ministre du Canada, obtient la suspension de la déportation, mais la DST la contraint à renouveler chaque semaine sa carte de séjour.Le mal du pays s\u2019empare de madame Ferron.Elle revient au Québec après treize années d\u2019absence.Elle expose chez Gilles Corbeil et Walter Moos à Toronto.Mais ses « peintures sont enfermées dans les voûtes de banques ».Elle veut « rendre l\u2019art accessible au peuple ».Pour elle, « l\u2019art véritable dépasse le simple spectacle ».Sa première création d\u2019art public est une murale qui orne la façade de la Caisse d\u2019économie des employés du CN, au 1830, rue Leber à Pointe-Saint-Charles.Elle réalise de nombreuses sculptures et des décors de scène d\u2019une qualité supérieure.De 1967 à 1974, elle se consacre aux verrières.Travailler le verre est devenu une passion.Elle crée une nouvelle technique.Elle révolutionne cette industrie.Au nombre de ses créations figurent des églises, des mairies, des prisons, le palais de justice de Granby et deux stations de métro dont celle du Champ-de-Mars.L\u2019ACTION NATIONALE © 65 L\u2019œuvre de madame Ferron est reconnue à l\u2019échelle internationale.Elle remporte nombre d\u2019honneurs.Entre autres, elle reçoit la médaille d\u2019argent à la prestigieuse Biennale de Sâo Paulo.Elle est la première femme à recevoir le prix Paul-Emile Borduas, la plus haute distinction pour un peintre au Québec.Une Québécoise dans l'âme Marcelle Ferron appartient à une famille bourgeoise.Elle est fille de notaire.Son père, Alphonse Ferron, est organisateur libéral du comté de Berthier-Maskinongé.Il a des idées de gauche.Il avait « toute l\u2019Angleterre dans son écurie ».Tous ses chevaux portaient des noms anglais : Elisabeth, Victoria, King George, etc.C\u2019était sa façon de protester contre la domination économique des Anglais.Dès le début de sa carrière, madame Ferron s\u2019engage dans un combat sans fin.Elle contresigne le « Refus global », cette bombe lancée le 9 août 1948.La publication est l\u2019avant-première de la révolution tranquille.Entre les artistes regroupés autour de Borduas, la solidarité s\u2019établit.« L\u2019affirmation était davantage au centre de nos préoccupations que le refus.Pour nous, peindre, c\u2019était affirmer et non pas refuser quelque chose ».Ces artistes avaient leur place à prendre.Il leur fallait la créer.Et il n\u2019était pas « facile d\u2019être une femme peintre.On ne nous prend pas au sérieux.C\u2019est peut-être pour ça que je ne signais que mon nom de famille.Pour que mes chances soient égales à celles des hommes».«Parce que ) étais une femme, ) ai dû travailler davantage que les autres, mais j\u2019ai toujours été fière d appartenir à la gent féminine.» Madame Ferron est une artiste qui est restée droite avec ses idées de gauche.« L\u2019artiste a une mission sociale ; c\u2019est le porte-parole du peuple ».Elle agit en conséquence.Elle suit les travailleurs qui ont fait la grève chez Superseal, son fabricant de verrières.En France, elle participe à des activités organisées par 66 ® L\u2019ACTION NATIONALE la gauche.En Suède, elle sympathise avec les immigrants turcs qui vivent dans la pauvreté.La misère des Haïtiens la préoccupe.Les esclaves de la canne à sucre en République dominicaine soulèvent sa colère.Aux Pays-Bas, elle proteste contre l\u2019exploitation d\u2019un industriel qui est l\u2019un de ses bienfaiteurs.« Si le monde va si mal aujourd\u2019hui, écrit-elle, c\u2019est qu\u2019il est contrôlé par des gens comme lui qui ne pensent qu\u2019à s\u2019enrichir sur le dos des autres » Madame Ferron dormira même une nuit en prison pour avoir protesté contre la peine très sévère imposée à une femme qui avait volé un bifteck chez Steinberg.Robert Cliche qui obtient sa libération lui demande de ne pas l\u2019appeler trop souvent pour ce genre d\u2019affaire.Cohérente, madame Ferron n\u2019est pas attirée par les États-Unis.« La mondialisation, c\u2019est l\u2019américanisation ».« Les Etats-Unis ont pris le contrôle de la peinture et ils récupéré l\u2019histoire à leur profit.Ils en ont profité pour réduire l\u2019importance des mouvements pictoraux qui n\u2019étaient pas étatsuniens ».Indépendantiste convaincue, elle fait du porte-à-porte pour le Parti québécois.Les défaites référendaires ne la découragent pas.Elle a « une mentalité de paysan ».Elle est convaincue que l\u2019indépendance sera un jour proclamée.«Les pots-de-vin, le capitalisme exploiteur et cynique ou la politique des \u201cp\u2019tits amis\u201d n\u2019ont jamais réussi » à la faire flancher.Elle a « toujours eu des principes et cela n\u2019a pas de prix ».En terminant L'esquisse d'une mémoire, elle écrit : « ce livre est en quelque sorte mon testament.J\u2019espère qu\u2019il encouragera les artistes, et d\u2019autres personnes également, à aller au bout de leurs rêves ».A imiter, Marcelle Ferron.Rosaire Morin L\u2019ACTION NATIONALE ©67 Lectures Nous avons reçu : ©D Luc Bernier De Paris à Washington, la politique internationale du Québec, PUQ, 1996, 159 p.©D Pierre Bourgault La colère, Écrits polémiques, tome 3, Lanctôt Éditeur, 1996,313 p.©O André Champagne, L\u2019histoire du régime français, Coll.Entretiens avec l\u2019histoire, Septentrion, 1996, 185 p.©D André Champagne, Le Québec des XVIIIe et XIXe siècles, Coll.Entretiens avec l\u2019histoire, Septentrion, 1996, 254 p.©D Robert Comeau et Rodrigue Tremblay Stanley Bréhaut Ryerson, un intellectuel de combat, Vent d\u2019ouest, 1996, 426 p.©D Claude Corbo Lettre fraternelle raisonnée et urgente à mes concitoyens immigrants, Lanctôt Éditeur, 1996, 137 p.©D Roch Côté Québec 1997, Fides-Le Devoir, 1996, 458 p.68 © L\u2019ACTION NATIONALE r Serge Courville et Normand Séguin, Le coût du sol au Québec, P.U.L., 1996, 184 p.Serge Courville, Jean-Claude Robert, Normand Séguin, Atlas historique du Québec, Le pays laurentien au XIXe siècle, PUL, 1996, 171 p.\u2019 Georges Dor Anna braillé ène shot, Essai sur le langage parlé québécois, Lanctôt Éditeur, 1996, 191 p.^ Pierre Falardeau 15 février 1839, scénario, Stanké, 1996, 169 p.' ~ Marcelle Ferron, L\u2019esquisse d\u2019une mémoire, Éditions des Intouchables, 1996, 299 p.Jean-Guy Genest Godbout (Adélard), Septentrion, 1996, 390 p.Louis-Edmond Hamelin Écho des pays froids, PUL, 1996, 482 p.®r\u2019 Pierre-André Julien et Martin Morin, Mondialisation de l\u2019économie et PME québécoises, Presses de l\u2019Université du Québec, 1996, 204 p.Roger Julien Un peuple, un projet, Editions écosociété, 1996, 175 p.Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, T.3, Septentrion, 1996, 494 p.Henri Lamoureux Le citoyen responsable, L\u2019éthique de l\u2019engagement social, VLB éditeur, 1996, 197 p.L\u2019ACTION NATIONALE @ 69 G^ André Lefebvre De l\u2019enseignement de l\u2019Histoire, Guérin, 1996, 207 p.GO Josée Legault Les nouveaux démons, VLB Éditeur, 1996, 238 p.GD Pierre Martel et Laganière Hélène Le français québécois, usages, standard et aménagement, P.U.L., 1996, 141 p.GD Guy Rocher Études de sociologie du droit et de l\u2019éthique, Éditions Thémis, 1996, 327 p.GD Paul-Émile Roy La magie de la lecture, Humanitas, 1996, 156 p.GD Bernard Saint-Aubin Une histoire universelle, Guérin, 1996, 427 p.GD Gérard Saucier Sur les traces d\u2019un bâtisseur en Abitibi, Pierre Saucier, PUQ, 1996, 281 p.GD Rémi Savard L\u2019Algonquin Tessouat et la fondation de Montréal, L\u2019Hexagone, 1996, 233 p.GD Michel Vastel Lucien Bouchard, En attendant la suite., Lanctôt Éditeur, 1996,253 p.70 © L\u2019ACTION NATIONALE Quelques PERLES de mon SOTTISIER Paul-Émile Roy La lecture des journaux anglais du Canada est souvent déconcertante.Ils prennent l\u2019histoire à la légère, quand ils ne l\u2019ignorent pas.Que la Constitution du Canada ait été rapatriée sans l\u2019accord du Québec cela ne semble leur poser aucun problème.On a parfois l\u2019impression, en les lisant, que les exigences de la démocratie ne sont pas valables en ce qui concerne le Québec, comme si le Québec était la propriété du Canada anglais.Vive la démocratie ! « Il n\u2019y a qu\u2019une manière de ramener au Québec la reconnaissance de la règle de la loi, de l\u2019intégrité territoriale du Canada, des droits égaux, et la répudiation de l\u2019État français dominant.Que tous les groupes voués à l\u2019unité, incluant les Citoyens de la nation de Guy Bertrand, le Parti Égalité, le Comité Québec pour le Canada, s\u2019unissent pour fonder un nouveau parti politique qui combattra le Parti québécois et les libéraux pour promouvoir les valeurs fondamentales des démocraties de l\u2019Occident ».William Johnson, The Gazette, 3 janvier 1997.L\u2019ACTION NATIONALE © 7 J La propagande fédérale « Les libéraux, pour leur part, ne regardent pas qui ou quoi les bloquâtes vont mettre de l\u2019avant.Ils commencent l\u2019année en faisant beaucoup de bruit (all guns blazing) avec une série de douze programmes de télévision consacrés à la gloire du Canada et de son gouvernement fédéral ».Gretta Chambers, The Gazette, 3 janvier 1997.La lutte contre le tribalisme (Au lendemain de la cessation des activités de Galganov) « Ce qu\u2019il a accompli ne va pas tomber en poussière.L\u2019opinion publique qu\u2019il a créée va rester prête à être mobilisée en tout temps, si Bouchard tente jamais de rejeter la Constitution par un référendum ou renouvelle les attaques contre les droits anglais.Mais personne ne peut soutenir seul la bataille épique contre le tribalisme.Cela va demander une action politique organisée, les efforts convergents de plusieurs groupes poursuivant ensemble un objectif commun.Le travail de Howard Galganov doit être continué par d\u2019autres, avec des moyens différents, mais dans un même but : une société de droits égaux et de solidarité sous la protection de la Constitution canadienne.» (Johnson parle-t-il de la Constitution de 1867, la seule que le Québec ait signé ?) William Johnson, The Gazette, 7 janvier 1996.Le dialogue Québec-Canada « Le vrai obstacle à un dialogue réussi entre le Canada anglais et le Québec francophone n\u2019est pas logistique ou institutionnel, il est intellectuel.Alors que le Canada anglais a abandonné le discours politique traditionnel pour un nouveau, le Québec 72 ® L\u2019ACTION NATIONALE français en est encore à l\u2019ancien.Cela ne devrait pas nous surprendre, car le nouveau discours a été précisément conçu pour nier les réclamations du Québec en ce qui concerne son caractère distinct.Mais avec deux discours contradictoires, il est impensable de maintenir le dialogue ».Kenneth McRoberts, The Globe and Mail, 4 janvier 1997.Réparations « Les inondations dans la région du Saguenay ont contribué à laver les sentiments d\u2019irritation causés par une ville de l\u2019Ontario où le drapeau du Québec avait été piétiné et brûlé il y a huit ans.Le maire de Brockville, où quelques résidents essuyèrent leurs pieds sur le Fleur-de-lis pendant le débat sur l\u2019Accord du lac Meech, a donné un chèque de 40 000 $ pour aider les victimes de l\u2019inondation.\u201cCe que nous faisons maintenant efface certainement, à notre avis, cette image\u201d, a dit le maire John Doran.Le maire de Chicoutimi, Ulric Blackburn, s\u2019est dit d\u2019accord avec lui.» The Ottawa Citizen, 16 janvier 1997.Victoire tardive ou fausses promesses ?«Les francophones de l\u2019Ontario ont célébré une grande victoire cette semaine ; après plus de 100 ans de lutte, ils ont gagné le droit de gouverner les écoles françaises en Ontario.Cette annonce met fin à une longue et difficile lutte pour regagner le contrôle de leurs écoles.La lutte contre les écoles françaises commença à la fin du 19e siècle, quand le gouvernement provincial persécuta le système scolaire catholique-romain en tentant d\u2019imposer l\u2019anglais comme la langue de l\u2019éducation publique dans la province.L\u2019ACTION NATIONALE ©73 Le moment le plus difficile, pour les francophones de l\u2019Ontario, arriva en 1912, quand le gouvernement de l\u2019Ontario bannit le français dans les écoles, même dans les écoles françaises catho-liques-romaines.C\u2019était une tentative brutale d\u2019assimiler les francophones à la majorité anglaise de l\u2019Ontario, mais les francophones résistèrent férocement.Après tout, ils avaient une longue et fière tradition en Ontario.La première école de l\u2019Ontario.était une école française, fondée à Kingston.Actuellement, les élèves dans les écoles françaises à Ottawa et Toronto sont administrées par quatre commissions scolaires francophones, mais le reste des élèves francophones, presque 90,000, sont dans des écoles françaises qui sont sous l\u2019aile des commissions scolaires anglaises avec des sections françaises.C\u2019est cela qui va changer avec le nouveau système ».Sarah Scott, The Gazette, 18 janvier 1997.Le tact de Jean Chrétien « A Manille, hier, Chrétien fut critiqué dans un éditorial pour son manque de tact et ses remarques stupides selon lesquelles le Président Ramos des Philippines devrait solliciter un second mandat.La Constitution interdit à Ramos de solliciter un second mandat au-delà de celui qu\u2019il détient pour six ans et qui se termine en 1998 ».Philippe Authier, The Gazette, 18 janvier 1997.74 © L\u2019ACTION NATIONALE Regards Rosaire MORIN La liberté.en 1810 Au début du XIXe siècle, les débats politiques étaient enflammés.Plus électrisants qu\u2019aujourd\u2019hui.À la Chambre des députés, les Canadiens (Canadiens français) étaient majoritaires.Les membres du Conseil législatif et du Conseil exécutif étaient nommés par le gouverneur.Les Anglais dominaient dans les deux conseils.La Chambre des députés adoptait des lois conformes aux volontés de la population canadienne.Les deux conseils refusaient de les sanctionner.Les Canadiens et les Anglais ne s\u2019entendaient pas.Pas plus qu\u2019aujourd\u2019hui.À titre d\u2019exemple, les Anglais voulaient prélever les impôts sur les terres ; presque toutes les terres appartenaient aux Canadiens.Les Canadiens imposaient des droits sur les marchandises ; les Anglais maîtrisaient le commerce.Le journal anglophone, Quebec Mercury, injuriait les députés.Pour les soutenir, Bédard fonde le journal Canadien.La polémique est vive, enflammée.La marmite explose en 1808.En février, la Chambre des députés vote l\u2019inégibilité des juges et l\u2019exclusion du député juif des Trois-Rivières, Ezéchiel Hart.Le Conseil exécutif s\u2019y oppose.Le 27 avril 1808, le gouverneur Craig dissout le Parlement.La campagne électorale est violente.Le Canadien s\u2019engage dans la bataille avec agressivité.Les mêmes députés sont réélus, à quelques excédons.Le débat sur la question des juges et du Juif Hart reprend avec la même intensité.Le gouverneur Craig procède à nouveau à la dissolution de la Chambre et, le 17 mars 1810, un magistrat, deux constables et L\u2019ACTION NATIONALE @75 une escouade de soldats s\u2019emparent du matériel du journal Canadien.Deux jours plus tard, l\u2019imprimeur Lefrançois et les députés Bédard, Blanchet et Taschereau sont arrêtés et jetés en prison.De nouvelles élections ont lieu.Bédard et Blanchet, quoique en prison, sont réélus députés.Alors, comme Trudeau en 1970, Craig libère les prisonniers sans procès.Une fidélité remarquable L\u2019avenir de L'Action nationale repose sur la fidélité de ses abonnés.En 1995 et en 1996, le taux de renouvellement a atteint des sommets inespérés.94,6% et 95,2%.Ces records seront difficiles à battre.C\u2019est un défi ! Nous entendons le relever.Comme l\u2019abonnement est un placement, la promotion est à l'ordre fiu jour.En 1997, le sept millième abonne est le but visé.Cette réussite, ce serait l\u2019autofinancement.La campagne est lancée.Déjà, 22 000 lettres ont été adressées et les réponses sont réconfortantes.Si chaque abonné nous recrutait un nouveau lecteur, ce serait magnifique.L\u2019objectif serait de loin dépassé.Nous vivons dans l\u2019espérance.L\u2019espoir de votre réponse.Car un nouvel abonné, c\u2019est planter un pays dans le coeur d\u2019une Québécoise ou d\u2019un Québécois.Une générosité extraordinaire Le Directeur de la revue a lancé l\u2019idée d\u2019un abonnement de soutien.Deux formules étaient proposées: 100 $ pour les salariées de 50 000 $ et 1 000 $ pour les plus fortuné(e)s.Les collègues de travail étaient sceptiques.Ils ont été confondus.Après la mention de cette initiative dans les avis de renouvellement, les réponses ont été encourageantes.Plus de 200 abonnés se sont inscrits dans le Club des 100 et une vingtaine dans le Club des 100 associés à 1 000$.Et à peine le quart de nos abonnés ont été informés de cette proposition très volontaire.76 © L\u2019ACTION NATIONALE Nos abonnés perpétuent même leur mémoire.Sans aucune intervention de notre part, sans aucun appel d\u2019aucune nature (c\u2019est la première fois que nous en parlons ; nous n\u2019avons jamais abordé la question même privément), cinq abonnés nous ont légué 82 000$ par testament.Les généreux donateurs sont messieurs Patrick Allen, Henri-N.Guilbault, Émile Poissant, Hector Roy et Bernard Vinet.N\u2019oublions pas non plus les 642 personnes qui ont donné 241 000 $ à la Fondation de la Ligue d\u2019action nationale au cours des dernières années.Il nous faut aussi rendre hommage à nos collaboratrices et collaborateurs qui font la revue, bénévolement, à titre gratuit et sans une appréciation suffisante de notre part.Aujourd\u2019hui, c\u2019est le jour de la reconnaissance.Aux vivants, aux disparus et à leur famille, notre vive gratitude.Nous nous souvenons et nous nous sentons redevables envers tous nos bienfaiteurs.La Bourse de Montréal Le mandat de M.Gérald Lacoste à la présidence de la Bourse de Montréal vient d\u2019être renouvelé pour trois ans.L\u2019objectif du nouveau président est d\u2019accroître de 13,6% à 24% la part du marché des actions transigées à la Bourse de Montréal.C\u2019est un objectif audacieux.Et l\u2019audace nous plaît.La réussite est possible si le gouvernement du Québec collabore intensément.Il faudra aussi la complicité de toutes les sociétés financières québécoises qui investissent trop souvent par la Bourse de Toronto.Les gestionnaires québécois se doivent de manifester un peu de solidarité.Les entreprises québécoises doivent transiger avec la Bourse de Montréal.Leurs propres intérêts le commandent.L\u2019ACTION NATIONALE @ 77 La Fédération des travailleuses et des travailleurs La FTQ a 40 ans.Elle est en pleine jeunesse si on compare son âge aux 80 ans de L'Action nationale, la vieille folle qui radote, m\u2019écrivait récemment un fédéraliste mécontent.La FTQ fête son anniversaire par l\u2019idée d'un grand chantier qui pourra donner de l'ouvrage à notre monde, aux sans-emploi, aux jeunes en particulier.Elle demeure active dans le suivi du Sommet sur l'Économie et l'Emploi.Elle entend que la Déclaration pour l'emploi soit respectée et que les décideurs livrent la marchandise.Bon anniversaire FTQ! Nos meilleurs voeux à 1 équipe d\u2019aujourd\u2019hui ! Et nous n\u2019oublions pas les précurseurs et leurs camarades de travail qui ont bâti une force qui travaille au développement du Québec : Fernand Daoust, Louis Laberge, Roger Provost, Claude Mérineau et Gérard Rancourt.La politique familiale La ministre de l\u2019Éducation, Pauline Marois vient de dévoiler la politique familiale du gouvernement du Québec.C\u2019est une nouvelle heureuse, stimulante et anti-morosité.C\u2019est une orientation humaine et progressiste.Les femmes et les enfants à bas revenus en seront les premiers bénéficiaires.La politique comporte trois volets : l\u2019allocation unifiée pour enfants, le régime d\u2019assurance parentale et les services de maternelle et de garde.Les objectifs sont louables.On revient à l\u2019universalité du soutien aux familles.La nouvelle allocation unifiée pour enfants vise à les sortir de la pauvreté.Elle couvre les besoins essentiels des familles à bas revenus.Elle leur accorde annuellement quelques milliers de dollars de plus.Éventuellement, il faudra relever les allocations aux familles à revenu moyen et élevé.Le régime d\u2019assurance parentale est de loin plus généreux que le système d\u2019assurance-emploi du gouvernement fédéral.Il 78 © L\u2019ACTION NATIONALE comprend un congé de maternité de 18 semaines, un congé parental partageable de sept semaines et un congé de paternité de cinq semaines.Le service gratuit de maternelle pour tous les enfants de cinq ans est une initiative qui arrive à point.Il en est ainsi de la maternelle à temps partiel pour les enfants de quatre ans des quartiers défavorisés et de l\u2019accès aux services de garde à 5 $ par jour.Espérons que le gouvernement du Canada consentira à verser au gouvernement du Québec la part des cotisations au régime d\u2019assurance-emploi auquel le Québec a droit.Ce dossier d\u2019une réclamation juste de 365 millions $ dépend de la volonté de monsieur Chrétien.Matthew William Barrett Matthew William Barrett est le président de la Bank of Montreal.Sa rémunération était de 3,9 millions $ en 1996.C\u2019est le salaire de 52 députés.C\u2019est le revenu de 650 assistés sociaux.A l\u2019assemblée des actionnaires tenus à St.John, Terre-Neuve, M.Barrett demandait aux Canadiens de cesser de dénigrer les banques.Lorsque les Canadiens prennent h partie leurs institutions bancaires, c'est à eux-mêmes qu'ils risquent de nuire.M.Barrett n\u2019est pas drôle.Il refuse de reconnaître que les abus des banquiers sont même plus dévastateurs que les excès d\u2019un grand nombre de dictateurs politiques.Il faut pas oublier que les cinq grandes banques canadiennes possèdent des actifs qui excèdent les 1 000 milliards $.Les revenus de ces cinq banques et de leurs sociétés contrôlées dépassent les recettes fiscales du gouvernement du Québec.Cette richesse colossale qui appartient au peuple canadien est gérée par une centaine de nouveaux millionnaires qui ne consultent pas les déposants auxquels les actifs appartiennent.Ce club sélect possède le pouvoir de l\u2019argent.Il dicte les règles financières.Il impose ses conditions à tous, même au gouvernement.La démocratie est en péril.L\u2019ACTION NATIONALE @ 79 Nous continuerons, M.Barrett, à réclamer une réforme du système bancaire.Au rythme actuel, les banques créent de graves distorsions sociales au Canada et au Québec.Le dogme de la productivité et l\u2019espérance dans le village global se traduisent par l\u2019augmentation du chômage, de l\u2019assistance sociale, de la criminalité.L\u2019usage de l\u2019argent et sa mauvaise distribution sont responsables de l\u2019instabilité et de l\u2019appauvrissement collectif.Dans un pays qui possède autant de richesses que le Québec, L\u2019Action nationale ne peut tolérer que le nombre des pauvres grandisse de 5 000 par mois, alors que les multimillionnaires s\u2019enrichissent à leur détriment.Mouvement Desjardins Les 31 représentants des 5 000 000 de sociétaires ont réélu M.Claude Béland à la tête du Mouvement Desjardins.Le nouveau président s\u2019est fixé un objectif capitaliste : 100 milliards $ en l\u2019an 2000.Il a aussi promis de ne plus faire de politique.je fais la paix avec Desjardins.À l\u2019exception de quelques caisses innovatrices qui se font inspecter plus souvent que d autres, le Mouvement n\u2019est plus une oeuvre sociale.Il est devenu une entreprise financière.Il est une entreprise financière québécoise.C\u2019est la différence d\u2019avec les banques de Toronto.À ce titre d être québécois, Desjardins mérite notre appui.Mais il doit en être digne.Il doit au moins offrir un service comparable.Dans son portefeuille, il doit investir au Québec au moins 60% de ses placements en actions et obligations.Il doit même supporter un risque plus élevé pour contribuer au développement du Québec.Ce qui n\u2019est pas le cas à l\u2019heure actuelle.Malheureusement ! Puisque l\u2019éducation, la formation et l\u2019action coopérative ne sont plus les assises de Desjardins, je me contenterai désormais de juger l\u2019entreprise financière.Heureux je serai toujours de publier les réalisations coopératives de certaines caisses et les initiatives 80 ® L\u2019ACTION NATIONALE heureuses du Mouvement et de ses entreprises financières.Sous d\u2019autres cieux, il faudra parler de coopération.Le Mouvement Desjardins, l\u2019une des plus grandes réussites du Québec, a aussi décidé de ne pas s\u2019occuper de la question nationale.Car l\u2019avenir politique, c\u2019est d\u2019abord une question nationale.Et ne pas se préoccuper de l\u2019avenir politique, c\u2019est quand même choisir.C\u2019est choisir le statu quo.C\u2019est choisir le fédéralisme centralisateur.La plus grande entreprise du Québec ne peut pas ainsi abdiquer.Autant je demande d\u2019encourager, à conditions égales, une entreprise de chez nous, autant j\u2019invite les sociétaires des Caisses à exercer les pressions suffisantes pour que la neutralité de Desjardins cesse de jouer contre le Québec.La Coopérative de l\u2019Université Laval Les coopératives étudiantes se distinguent par diverses activités : crédit, comptoirs de livres, parcs de stationnement, cafétérias, écoles de conduite.Elles initient les étudiants à la solidarité, à la coopération et aux affaires.A l\u2019Université Laval, la coopérative étudiante a été lancée en 1986.Elle a développé des comptoirs dans neuf facultés, avant de faire le saut dans les ligues majeures.Le 1er juin 1996, elle acquiert la bibliothèque de Y Université Laval : 30 000 titres à caractère scientifique, technique et culturel.La transaction nécessite un emprunt de 2,2 millions $.La Société de développement industriel, la Fédération des coopératives québécoises en milieu scolaire (FCQMS) et la Caisse populaire de l'Université Laval s\u2019entendent pour prêter le montant ; le remboursement est échelonné sur une période de 10 ans.La Coopérative compte 30 000 membres qui ont souscrit une part de 15$.Elle obtiendra cette année un volume d\u2019affaires de 16 millions $.Elle emploie 25 personnes à temps plein et une centaine d\u2019étudiants à temps partiel.Elle est dirigée par un L\u2019ACTION NATIONALE @81 conseil de 15 membres dont 13 étudiants élus pour deux ans.Ces jeunes administrateurs bénéficient de cours de formation donnés par la FFQMS.Dans 10 ans, ces jeunes deviendront les entrepreneurs dont le Québec a besoin.La président, Jean-Robert Noiseux, est un étudiant en droit.Il dirige la plus importante librairie universitaire du Québec.C\u2019est une coopérative qui s\u2019adapte à son milieu.Elle n\u2019existe pas pour P Université, mais pour la communauté universitaire.L\u2019Office de propagande La Confédération, bâtie sur la promesse d\u2019un chemin de fer qui sillonnerait le pays de l\u2019Atlantique au Pacifique, est en train de disparaître avec la fermeture de nombreux réseaux ferroviaires.Le gouvernement du Canada vend tous les symboles du pays les uns après les autre.En plus de se départir du Canadien National et d\u2019en avoir confié la présidence à son ancien greffier, Paul Tellier, le gouvernement fédéral a vendu Air Canada, Petro-Canada, Teleglobe, Postes Canada et nombre d\u2019autres sociétés qui faisaient l\u2019orgueil des Canadiens.Dans le domaine du patrimoine, Ginn Publishing a été vendue à des intérêts américains et PowerDirect TL, service de télévision payante est programmé aux Etats-Unis.Pour combler le vide, la vice-première ministre, Sheila Copps, a lancé l\u2019opération un million de drapeaux.Vingt-trois millions $ ont été dépensés dans cette offensive de propagande.Des millions de dollars seront aussi gaspillés dans d\u2019autres initiatives dignes des régimes fascistes.Madame Copps dont l\u2019imagination est fertile lance le concours et les capsules télévisés sur le Canada.Elle avait déjà investi 30 millions $ dans les Minutes du Patrimoine.Elle organise maintenant des programmes d\u2019info-publicité Services rendus.Elle achète à TVA une série de douze heures de publicité camouflée.Elle verse quelque 3 millions $ par année au Conseil pour l'Unité 82 @ L'ACTION NATIONALE canadienne que dirige maintenant Joan Fraser, jadis rédactrice en chef The Gazette.Elle accorde 19 millions $ au Bureau d'information du Canada.Elle s\u2019inscrit dans le site Internet.Deux cents millions $ sont dépensés pour la propagande.Jamais le Canada ne s\u2019est déshonoré à ce point.Des nouvelles des fonds mutuels AGF a conclu une alliance stratégique avec Citibank.Altamira, un grand annonceur à la télévision québécoise, passera ou ne passera pas.sous le contrôle de ManuLife.Son fonds Asie-Pacifique Altamira et son Fonds d\u2019occasions d\u2019affaires japonaises ont perdu 18,5% et 10,5% respectivement en 1996.Talvest, société filiale de CIBC, vient de s\u2019associer à MDS Health Group de Toronto pour lancer un fonds de croissance de la science et de la technologie.Trimark a acquis récemment Bayshore Trust et vient de lancer officiellement Trimark Trust.Un peu d\u2019histoire Le 1er mars 1633, Richelieu nomme Champlain son lieutenant en toute l\u2019étendue du fleuve Saint-Laurent.Le 4 mars 1663, le défricheur Guillaume Couillard est inhumé dans la chapelle de YHôtel-Dieu.Il en avait été le principal bienfaiteur.Il avait aussi fait don du terrain sur lequel s\u2019élève la basilique.Le 8 mars 1870, Mgr Taché, rappelé du Concile du Vatican, arrive à Saint-Boniface, Manitoba.Il négocie la paix avec les Métis.Ces derniers n\u2019acceptaient pas la vente de leur territoire au gouvernement canadien.Le 12 mars 1672, Bénigme Basset et l\u2019abbé Dollier de Casson tracent les premières rues de Montréal : Calvaire, Notre-Dame, L\u2019ACTION NATIONALE @83 Saint-Charles, Saint-François, Saint-Gabriel, Saint-Jacques, Saint-Joseph aujourd\u2019hui Saint-Sulpice, Saint-Lambert, Saint-Paul et Saint-Pierre.Le 18 mars 1687, Robert Cavalier de LaSalle tombait sous les balles des assassins, à la baie Saint-Bernard, dans le golfe du Mexique.Il était l\u2019un des explorateurs les plus remarquables de la Nouvelle-France.Le 24 mars 1853, il y avait 30 vaisseaux en construction aux chantiers navals de Québec.Le 28 mars 1814, le lieutenant-colonel de Salaberry est honoré par le gouverneur Georges Prévost.Avec 300 voltigeurs canadiens-ffançais, il avait mis en déroute l\u2019armée du général Hampton composée de 7 000 soldats.84 0 L\u2019ACTION NATIONALE Courrier des lecteurs Mobilisation .À partir de votre dossier \u2014 en répondant à toutes les interrogations et attaques \u2014 il faut organiser une mobilisation immense.Nous l\u2019avons fait, à la CSN, pour l\u2019assurance-maladie, l\u2019élimination du monopole privé de l\u2019assurance-automobile,.et le contrôle des clubs privés de chasse et de pêche.Il faut vulgariser le dossier et en prévoir une diffusion massive.André L\u2019Heureux, Saint-Antoine-sur-Richelieu '3d Réflexion .Je suis déçu de constater que le ministre des finances du gouvernement péquiste n\u2019ait pas sauté sur l\u2019occasion pour dire que, si la moitié des épargnes québécoises étaient investies au Québec, nous n\u2019aurions pas besoin des investissements étrangers, clouant ainsi le bec à ceux qui prétendent que la souveraineté du Québec est un obstacle à ces investissements étrangers, et, partant au développement économique du Québec.Armand Coulombe, Sainte-Foy '3d L\u2019ACTION NATIONALE ©85 Tribune .Reconnue pour sa contribution au développement et au rayonnement du Québec, L'Action nationale constitue une tribune qui permet aux Québécois et aux Québécoises depuis 80 ans, d\u2019amorcer des débats et des réflexions qui ont marqué et continueront de marquer notre histoire.A ce chapitre, vous me permettez d\u2019exprimer ma reconnaissance à tous les membres de votre équipe pour leur apport exemplaire à l\u2019accomplissement du Québec.Michel Pallascio, Président de la CECM 'SD Vague .J\u2019ai donné votre dossier sur la déportation québécoise à une amie qui en a fait part au conseil d\u2019administration de la Caisse populaire de Ferme-Neuve (près de Mont-Laurier) auquel elle appartient.Disons que cela a fait des vagues ! Hugo Saint-Hilaire, Mont-Laurier 'SD Une invitation .Nous vous suggérons de vous abonner à L\u2019Action nationale.En plus d\u2019y trouver matière à enrichir votre réflexion, vous apporterez ainsi un appui concret à une revue qui est appelée à jouer, comme elle l\u2019a fait depuis sa fondation, un rôle éminemment important dans les mois et les années qui viennent.Il n\u2019y a pas trop de ce genre de lieux où les idées s\u2019expriment en toute liberté.Pierre Paquette, Secrétaire général de la CSN 'SD 86 © L\u2019ACTION NATIONALE L'immigration .L\u2019immigration massive à Montréal a permis l\u2019occupation à 95 % de plusieurs écoles de l\u2019Ile de Montréal.Nos enfants qui les fréquentent grandissent minoritaires dans des milieux artificiels, sans connaître la fierté d\u2019appartenance totale à leur pays et à son histoire et sans développer une identité nationale forte et saine.La langue, sabir sans signification y est sacrifiée.Gabnelle Cloutier, Montréal Objectivité Votre objectivité devant la situation politique et sociale actuelle ; votre position en faveur des plus démunis ; vos recherches sur nos capitaux ; votre capacité de ne pas toujours être d\u2019accord avec le gouvernement Bouchard et le courage de le dire : voilà à mon avis votre force ! Bravo et surtout veuillez continuer, vous aidez grandement la cause de l\u2019Indépendance.Jean-Yves Ste-Croix, Gaspé /SD « 80th anniversary » Hundreds of companies started in 1917 when yours did.And only a handful have survived to celebrate a 80th anniversary.This success is an achievement that you and everyone at LAction nationale can be very proud of.It's an indication of your sound management and good sense.Stephen, Hearst, Ontario L\u2019ACTION NATIONALE © 87 NOTRE DOSSIER Les assurances au Québec \"7 ¦ Vff' p II iîmiÆ VJW i \u2018.-s i L\u2019économie à la dérive sur bâbord, sur tribord Les assurances au Québec .\u2014 1 Les assurances au Québec dossier préparé et réalisé par Rosaire Morin directeur de L'Action nationale Ma cordiale gratitude à madame Claire Caron et à madame Denise Joyal qui ont compilé et réalisé les tableaux 13 et 14, ainsi qu\u2019à madame Laurence Lambert pour la coordination de ce travail. Ça veut dire qu 'il y a des détours peut-être inutiles d\u2019argent, qui va ailleurs et qui revient, et qui pourrait s \u2019investir directement dans l\u2019économie québécoise, et notamment dans les obligations du gouvernement.Bernard Landry Débats de l'Assemblée nationale 19 novembre 1996, 3211 \"SD Sur une page blanche, on peut écrire L\u2019AVENIR. Table des matières I.\tLa forêt 1.\tLes réservoirs de capitaux.96 2.\tLa déportation de l\u2019épargne.97 A.\tLes sociétés de fonds mutuels.97 B.\tLes caisses de retraite.98 IL Les assureurs de personnes 1.\tCharte et siège social.99 2.\tLes primes ou cotisations 1995.101 A.\tReste du Canada.101 B.\tLes sociétés québécoises en 1995.102 C.\tL'invasion ou l'occupation.103 D.\tLes primes en 1965.105 3.\tL\u2019actif.1°6 III.\tLes assureurs de dommages 1.\tCharte et siège social.109 2.\tLes primes ou cotisations.110 A.\tReste du Canada.111 B.\tLes sociétés québécoises en 1995.111 C.\tLes primes en 1965.112 3.\tL\u2019actif.112 IV.\tLes conséquences 1.\tLes répercussions sociales.115 2.\tL\u2019impact culturel.1'^ 3.\tLes séquelles économiques.120 V.\tLes recommandations 1.\tConstitution en compagnie.127 2.\tL\u2019investissement au Québec.129 92 ® L\u2019ACTION NATIONALE 3.\tL\u2019entraide .131 4.\tLa canalisation de l\u2019épargne.132 5.\tLes capitaux étrangers.133 6.\tLa limitation.134 VI.\tLe néo-libéralisme 1.\tLes obligations gouvernementales.139 2.\tDes rendements comparables.140 3.\tLa stabilité politique.142 VII.\tConclusion 1.\tLa solidarité.145 2.\tL\u2019intérêt national.146 VIII.\tLes tableaux 1.\tPrimes d\u2019assurance vie en 1995.101 2.\tPrimes d\u2019assurance vie, Reste du Canada, 1995 .102 3.\tPrimes d\u2019assurance vie en 1965.105 4.\tActif de l\u2019assurance vie en 1995.106 5.\tActif de l\u2019assurance vie, Reste du Canada, 1995.107 6.\tPrimes de dommages en 1995.110 7.\tPrimes de dommages, Reste du Canada, 1995 .111 8.\tPrimes de dommages en 1965.112 9.\tActif des assurances de dommages en 1995.113 10.\tLe rendement des obligations.140 11.\tLes primes des assureurs de personnes, par société.149 12.\tLes primes des assureurs de dommages, par société.155 13.\tL\u2019actif des assureurs de personnes, par société.161 14.\tL\u2019actif des assureurs de dommages, par société.165 L\u2019ACTION NATIONALE @93 Nous pouvons lire entre les lignes de la bourse notre destin négocié par New York et Toronto sans notre consentement.Pierre Perrault Irréconciliabules LAction nationale, avril 1995 Les sociétés d\u2019assurances Faut-il confier à Toronto l'avenir du Québec ?j\u2014J 'Action nationale est une revue d\u2019idées.Elle analyse des faits.Elle en dégage des leçons pour l\u2019avenir.Elle intervient dans tous les domaines de la vie collective : culture, éducation, vie sociale, économie et politique.Il n\u2019y a pas de démarcation tranchée entre chacun de ces domaines.I.\tLa forêt L'Action nationale a trop le sens des réalités pour ne pas accorder à l\u2019économie l\u2019importance qui lui revient.Elle est engagée, corps et âme, dans le chantier de l\u2019ÉPARGNE.La forêt est dense, impénétrable.Et les arbres cachent la forêt.Notre recherche sur les placements est conduite dans tous les secteurs financiers.Seul un inventaire complet de tous les réservoirs de capitaux permettra d\u2019établir la situation actuelle.Le dossier d\u2019aujourd\u2019hui observe le marché des assurances qu\u2019il introduit dans l\u2019ensemble financier québécois.Les Québécoises et les Québécois sont riches.Beaucoup plus qu\u2019ils ne le pensent.Mais le malheur, et il est grand, réside dans la déportation du fruit de leur travail.Sans le savoir et sans le vouloir, ils dilapident leurs richesses.L\u2019ACTION NATIONALE © 95 L\u2019âme du peuple québécois est malade.Le malaise est profond.Une maladie infectueuse et transmissible est généralisée.Des plaies sont saignantes.Il est urgent de recourir aux remèdes les plus efficaces pour arrêter l\u2019épidémie de la fuite de l\u2019épargne et de l\u2019invasion du capital étranger.S\u2019il vous est possible de nous faire parvenir le portefeuille des valeurs (actions, obligations, marché monétaire, hypotheques) d'une caisse de retraite ou d'une société d'assurances., votre collaboration vous mériterait notre reconnaissance.Grands dieux! qu'il est difficile de consulter les vénérables portefeuilles des sociétés financières qui gèrent l'épargne populaire.Ces documents publics ne sont même pas accessibles en recourant h la Loi d'accès à l'information.1.Les réservoirs de capitata: Grâce aux bas de laine des ancêtres et aux épargnes populaires, le Québec possède une somme enviable de capitaux liquides.Les épargnants détiennent la clé du trésor.Mais tous ces ruisseaux coulent vers les grandes rivières.Hélas, les gardiens des écluses ont ouvert les vannes ! Trop de nos gestionnaires ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.Les capitaux liquides sont considérables.Les sept grandes banques canadiennes possèdent un actif québécois qui excède les 1000 milliards $ {Bank of Montreal, Banque Laurentienne du Canada, Banque Nationale du Canada, CIBC, Royal Bank, Scotia et loionto-Dominion).Près de 100 milliards $ sont regroupés dans 2 200 caisses de retraite.La Caisse de dépôt et placement possède un avoir qui frôle les 55 milliards $.Les dépôts dans le réseau des Caisses populaires et d'économie Desjardins dépassent les 50 milliards $.L\u2019actif des sociétés d\u2019assurances de personnes et de dommages 96 © L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019élève à 42 milliards $.Des épargnes sont aussi canalisées dans les sociétés de fiducie, le Fonds de Solidarité et le Fondaction.Tout ce capital est la ressource sur laquelle un peuple peut compter pour conquérir sa liberté politique et sa libération économique.2.La déportation de l'épargne Mais une hémorragie fatale draine les épargnes québécoises pour créer de l\u2019emploi en d\u2019autres contrées.La recherche entreprise nous permet d\u2019affirmer qu\u2019au moins 100 milliards $ d\u2019épargne québécoise financent des entreprises et des organismes établis hors Québec.Cette épargne est créatrice de nouvelles richesses en d\u2019autres provinces et pays.A.Les sociétés de fonds mutuels En octobre dernier, L'Action nationale publiait le rapport d\u2019une étude sur les fonds mutuels.Les Québécoises et les Québécois souscrivent 35 des 178 milliards $ accumulés en ce secteur au 31 décembre 1995.Les gestionnaires de l\u2019argent des autres n\u2019ont placé que 8 milliards $ au Québec.Près de 21 milliards $ d'épargne québécoise sont dispersés à tous les vents.Ils sont placés en Ontario, en Alberta, aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, sans aucune forme de contrôle québécois.C\u2019est un détournement sur lequel nous avons fermé les yeux pendant trop longtemps.Au même moment, le gouvernement invite les étrangers à investir au Québec.Le£.Américains, les Japonais et les financiers d\u2019ailleurs y trouvent' lêur profit.Sans quoi, ils s\u2019abstiendraient.Ils investissent ici en conservant la maîtrise de leurs capitaux.Quelle différence ! À l\u2019exportation et à l\u2019importation du capital, les étrangers contrôlent.L\u2019ACTION NATIONALE @ 97 B.Les caisses de retraite L\u2019analyse sur les fonds de sécurité pour la vieillesse avance à pas de tortue.Le Québec compte près de 2 200 caisses de retraite.C\u2019est par la porte d\u2019en arrière que nous obtenons les portefeuilles.Le gestionnaire d\u2019une caisse du secteur public n\u2019a même pas conscience d\u2019administrer un bien public.Il nous répond par un avocat.Le procureur nous précise que le comité de retraite est une personne morale distincte et qu\u2019il n\u2019est pas soumis à la Loi sur l\u2019accès aux documents des organismes publics.Il nous faudrait aller devant un juge de la Cour du Québec pour faire reviser une telle décision et assumer les frais de transmission des portefeuilles, si le jugement nous est favorable.Et nous n\u2019avons pas d\u2019argent.Millionnaires d'idées, nous sommes financièrement pauvres.Mais nous réussirons malgré toutes les difficultés.L\u2019objectif est majeur.Près de 100 milliards $ sont investis dans les fonds de retraite.Les gestionnaires de l\u2019argent des autres ont confiance dans l\u2019économie des autres provinces et pays pour garantir la sécurité de la vieillesse des Québécoises et des Québécois.Les trois quarts des fonds sont placés hors Québec.Telle est la proportion actuelle de nos analyses ! L'épargne québécoise travaille au bénéfice des concurrents de nos entreprises.Elle joue contre nous, nu lieu de renforcer notre armature économique.98 101 en 1995, par les sociétés dont les sièges sociaux sont établis en Ontario, dans l\u2019Ouest canadien ou dans les Maritimes.Tableau 2, Reste du Canada Primes ou cotisations, en 000$, au Québec, 1995 Provinces\tNbre de cies\tPrimes\t% Ontario\t37\t1 102185\t17,44 Ouest\t8\t229 923\t3,64 Maritimes\t2\t112 881\t1,79 Total\t47\t1 444 989\t22,87 l.Données compilées du « Rapport annuel sur les assurances 1995 », [-.Inspecteur général des institutions financières.Le monde vit à l\u2019ère de la déréglementation, c est-à-dire du désordre, du bouleversement.C\u2019est la libre concurrence ! C\u2019est la libre circulation ! Les sociétés de l'Ontario viennent ici cueillir 2,4 milliards $ en primes d'assurances de personnes, mais les sociétés québécoises sont incapables de franchir la barrière psychologique qui interdit aux « Canadians» de protéger leurs héritiers par l'intermédiaire d'une compagnie québécoise.En 1995, sous leur nom traduit, les sociétés québécoises d\u2019assurance de personnes n\u2019avaient perçu que 146 millions $ dans le Haut-Canada.Pour obtenir des résultats, elles doivent acquérir des sociétés dûment enregistrées aux gouvernements fédéral ou ontarien.B.Les sociétés québécoises en 1995 Pour 1995, les primes ou les cotisations souscrites au Québec s\u2019élèvent à 6,3 milliards $, une moyenne de 902 $ par personne.102 @ I .\u2019ACTION NATIONALE La part du marche des sociétés québécoises est de 39,41%.En Ontario, les assureurs de la province souscrivent 70,30% des primes ontariennes et les Américains perçoivent une proportion de 12,6% des primes ontariennes.Près de 4 milliards $ de primes ou de cotisations $ sont souscrits par des entreprises dont le siège social est établi hors Québec.Les sociétés ontariennes, incluant Toronto, recueillent ici, au pays de Séraphin, 2,4 milliards $ en primes d\u2019assurance de personnes ; la somme est assez importante pour la marteler deux fois.Quatre sociétés québécoises recueillent plus de 100 millions $ de primes en 1995 : Desjardins-Laurentienne, L\u2019Industrielle-Alliance, la SSQ et la MFQ-lie.Desjardins-Laurentienne encaisse 16,6% des primes ou cotisations québécoises.La proportion est intéressante.Mais elle est le produit d\u2019un grand nombre d\u2019acquisitions de sociétés.Au fil des années, Desjardins a absorbé Aeterna-Vie, XAssurance UCC, le Club Automobile de Québec, XEconomie mutuelle, XÉconomie rentes, L\u2019Excellence, La Familiale, La Laurentienne, La Médicale, La Prévoyance, Les Prévoyants du Canada, La Sauvegarde et La Société des Artisans.Nombre de ces enterrements s\u2019imposaient, mais pas tous.Et le résultat n\u2019est pas miraculeux.La part de marché que ces sociétés obtenait n\u2019est pas dépassée par celle détenue par Desjardins.C.L'invasion ou l'occupation Bay Street contrôle la gestion de l\u2019épargne canadienne et québécoise.Les actifs des banques torontoises, CIBC, Montreal, Royal, Scotia et Toronto-Dominion, s\u2019élèvent à plus de 1000 $ millards $.Ils représentent 91% des actifs bancaires canadiens.L'ACTION NATIONALE © 103 Ces fonds appartiennent à une clientèle qui n\u2019est jamais consultée.Bay Street est le centre des entreprises financières au Canada.L\u2019importance au Québec des sociétés ontariennes est prédominante dans les fiducies, les hypothèques, les cartes de crédit, la gestion de portefeuille, les valeurs mobilières, l\u2019immeuble, 1 informatique, les assurances.Rien n\u2019échappe à leur pouvoir.A titre d\u2019exemple, les fonds mutuels de Toronto gèrent 70% des actifs canadiens de ce secteur.En 1995, les sociétés torontoises d\u2019assurance sur la vie souscrivent au Québec 1,3 milliards $ de primes.Cette déportation déjà anormale se détériore par l\u2019invasion de 37 autres sociétés ontariennes qui perçoivent 1,1 milliard $.L'Ontario encaisse au Québec autant de prunes que l'ensemble des sociétés québécoises.A cette générosité déplacée, il convient d\u2019ajouter une prodigalité qui aide à l\u2019économie de d\u2019autres pays.Plus d\u2019un milliard $ de primes québécoises sont confiées au-delà des frontières canadiennes à des compagnies de New York, Chicago, Edinburg et d\u2019ailleurs.L\u2019insouciance collective prive le Québec de capitaux dont le peuple a besoin pour son développement économique et social.Les Québécoises, les Québécois et le gouvernement du Québec ne comprennent pas que les primes d\u2019assurance-vie sont des placements de primordiale importance.Elles constituent une partie capitale de l\u2019épargne populaire.La première part en est confiée aux sociétés étrangères.104 % L'ACTION NATIONALE D.Les primes en 1965 Le chemin parcouru depuis 1965 a été franchi en boguet arthritique.Le fil conducteur de l\u2019histoire devrait permettre de faire le point et d\u2019établir des stratégies pour améliorer l\u2019avenir.Le tableau 3 indique les primes ou cotisations souscrites par les sociétés québécoises en 1965.Tableau 3 Primes ou cotisations souscrites, au Québec,en 000$, en 1965, par les sociétés québécoises1 Régions\tSociétés\tPrimes\tProportion Québec\t40\t135 098 375\t34,39 Toronto\t19\t63 545 279\t16,17 Reste du Canada\t20\t64 450 361\t16,40 Etats-Unis\t46\t92 096 293\t23,44 Autres pays\t20\t37 700 306\t9,60 Total\t147\t392 890 614\t100,00 1.Rosaire Morin, Réalités et perspectives économiques, Éditions de L'Action nationale, 1967, 57 ; données compilées à partir du « Rapport du Surintendant des assurances de la Prorance de Québec », 1965.De 1965 à 1995, les sociétés québécoises d\u2019assurance de personnes ont progressé au rythme de la tortue.Leurs primes souscrites sont passées de 34,39% à 39,41%.A cette vitesse, il faudra attendre 210 ans avant qu'elles n'encaissent les trois quarts des primes québécoises, un objectif naturel à atteindre.3.L'actif L\u2019actif des sociétés hors Québec n\u2019est pas produit sur une base territoriale.L\u2019Inspecteur général des institutionsfinancières du Québec L\u2019ACTION NATIONALE @i 105 ne distingue pas les actifs qui résultent des affaires québécoises de ceux du reste du Canada pour l\u2019ensemble des données fournies par les sociétés détenant un permis d\u2019opération au Québec.« Dans cette veine, m\u2019a-t-on écrit, l\u2019article 15 de la Loi sur l\u2019accès aux documents d\u2019organismes publics et sur la protection des renseignements personnels stipule : Le droit d'accès ne porte que sur les documents dont la communication ne requiert ni calcul, ni comparaison de renseignements.En définitive, puisque les renseignements que vous demandez n\u2019existent pas comme tels dans notre organisme, nous ne pouvons accéder à votre demande ».Incapable d\u2019obtenir l\u2019actif officiel correspondant aux primes québécoises, le lecteur peut prendre connaissance de l\u2019actif global des sociétés étrangères qui opèrent au Québec.Ces chiffres indiquent leur taille.Le tableau 13 révèle la dimension de chaque entreprise.Le tableau 4 présente l\u2019actif global et l\u2019actif québécois des primes souscrites au Québec, selon les régions.Le savant calcul effectué a été admis par deux actuaires consultés.Tableau 4 Actif des sociétés d'assurance de personnes, opérant au Québec, en OOO $, en 1995 Sociétés de\tActif global\u2019\tActif Québec^ Toronto\t87 145 402\t7 119368 Reste du Canada\t72 851 117\t7 658 441 États-Unis\t14910163\t3 643 230 Québec\t13 074 219\t13 074 219 Autres pays\t12 079 742\t1 865 536 Total\t200 060 643\t33 360 794 1.\tDonnées compilées à partir du « Rapport annuel sur les assurances 1995 », L'Inspecteur général des institutions financières, Québec.2.\tValeur approximative de l\u2019actif québécois des primes souscrites au Québec Le regroupement « Reste du Canada » comprend les actifs des sociétés dont le siège social est situé en Ontario, dans les 106 © L\u2019ACTION NATIONALE provinces de l\u2019Ouest et dans les Maritimes.Le tableau 5 reproduit les données pour chacune de ces régions.Tableau 5 Reste du Canada Actif de sociétés opérant au Québec, en 000 $, en 1995, pour les territoires indiqués.Sociétés de\tActif global\tActif québécois Ontario\t49 783 763\t5 841 580 Provinces de l'Ouest\t19 317 600\t1 218 592 Maritimes\t3 749 754\t598 269 Sous-total\t72 851 117\t7 658 441 L\u2019actif québécois des primes souscrites au Québec par les compagnies étrangères représente un réservoir d\u2019épargne de 20 milliards $ Depuis 1917, aucune de ces entreprises n\u2019a souscrit un sou à L'Action nationale.Il est facilement imaginable qu\u2019elles ne le feront pas en 1997.MAGAZINE Un courant d\u2019avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine Gaspésien ! Publié par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le C.R.C.D.de la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s'intéressent à la Gaspésie d\u2019hier et d\u2019aujourd'hui ! 80, boul.de Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC 1R0 Téléphone : 418-368.1534 - Télécopie : 418-368.1535 Internet : musee@queheclel.com L\u2019ACTION NATIONALE © 107 On discute de placements tsnjfîSKVïïfîîf t»î» *»*\u2022» t* *\u2022 * ËËÆË jg^îîj^ÆjwwttfWîwsja ¦?*\u2022«*\u2022*%*?**\u2022?*\u2022«'\u2022*j**jS*j«î*5£*.?* iîîîliHîKïiîKîhiîi'.îîîîjBïHj;':! SL»?îïH iïîîiS-' tÜflïJîSsîii \u2019 r.'^æra .s; : .j\tjj* jj :\u2019:::L\": æ&Stfpttg ssüSïîcî P - ¦ III.Les assureurs de dommages 1.\tCharte et siege social Le tableau 6 présente le nombre et les primes souscrites des sociétés d\u2019assurances de dommages qui possèdent un permis de L'Inspecteur général des institutions financières du Québec.Le nombre des sociétés est effarant: 212.Le Québec en compte 70, mais les 22 premières sociétés québécoises souscrivent 99,0% des primes du groupe.Des 35 entreprises de Toronto qui sillonnent le territoire québécois, la General Accident, la Royal Insurance, la Guardian Insurance et la Lombard General occupent les premières places ; elles perçoivent 604 millions $ de primes au pays du Québec.Allstate du Canada et 22 autres sociétés ontariennes sont présentes dans le paysage.La Wawanesa de Winnipeg prend la tête des sept sociétés de l\u2019Ouest qui ont envahi le Québec.Les Américains sont aussi débarqués chez nous avec 46 sociétés de dommages.De Londres, de Suisse et d\u2019ailleurs 30 sociétés sont ici établies ; les plus connues sont Lloyd's et Zurich.En plus de la traduction des noms qui sèment déjà l\u2019équivoque, l\u2019assuré fait face à de multiples identités.Zurich compagnie d'assurances origine de Suisse ; Zurich du Canada, compagnie d'indemnité a son siège au 400 University, Toronto ; le siège social de Zurich du Canada compagnie d'assurance vie est établi à Willowdale.La direction d'Ætna compagnie d'assurance dommage est à Ibronto et celle à'Ætna-Vie est à Hartford.Le siège social dé Axa est tantôt à Montréal, à North York, à Vancouver ou à Paris, selon le complément de la raison sociale et la nature de l\u2019assurance offerte.On retrouve de nombreux exemples d'identification complexe.Le coq a difficulté à reconnaître ses poules.2.\tLes primes 1995 Les primes souscrites au Québec sont présentées en cinq groupes : les sociétés québécoises, les torontoises, les autres ca- L\u2019ACTION NATIONALE © 109 nadiennes (Reste du Canda), les américaines et les autres pays.Le tableau présente les résultats de l\u2019année 1995.Tableau 6 Primes souscrites, en 000 $, au Québec, en 19951 Régions\tSociétés\tPrimes\tProportion Québec\t70\t2 213 294\t53,48 Toronto\t35\t1 096 006\t26,48 Reste du Canada\t31\t348 388\t8,42 États-Unis\t46\t249 457\t6,03 Autres pays\t30\t231 290\t5,59 Total\t212\t4 138 435\t100,00 1.Données compilées à partir du rapport annuel des assurances 1995, L'Inspecteur général des institutions financières, Québec.Les commentaires de ce tableau sont faits sous les rubriques qui suivent : Reste du Canada, Les sociétés québécoises en 1995, Les sociétés québécoises en 1965.A.Reste du Canada Le tableau 7 reproduit le nombre de sociétés des autres provinces (sauf Ioronto) et les primes qu elles perçoivent au Québec, ainsi que leur proportion des affaires québécoises.Tableau 7 Reste du Canada Primes souscrites, en 000 $, au Québec, en 1995 Régions\tSociétés\tPrimes\tProportion Ontario\t23\t222 443\t5,38 Ouest\t7\t125 513\t3,03 Maritimes\t1\t432\t0,01 Total\t31\t348 388\t8,42 l.Données compilées à partir du Rapport annuel sur les assurances 1995, L'Inspecteur général des institutions financières, Québec.110 © I .\u2019ACTION NATIONALE B.\tLes sociétés québécoises en 1995 Ce tableau démontre une participation québécoise qui n\u2019est pas tout à fait conforme à la réalité.Cinq compagnies sont classées québécoises et ne le sont pas entièrement : Axa, Boréal, Boréal Agricoles, Bélair et Groupe Commerce.Les trois premières sont la propriété du groupe français; les deux dernières ont été acquises par une société hollandaise.Ces cinq sociétés filiales ont toutefois leur siège social au Québec et les gestionnaires sont québécois.Même si des profits sont exportés et que des décisions au-delà de l\u2019océan peuvent influencer leur avenir, les cinq sociétés sont jugées québécoises.En 1995, elles avaient souscrit au Québec 992 161$ en primes d\u2019assurances générales, soit 24,0% du volume québécois.Elles sauvent notre honneur, grâce à une classification exceptionnelle de notre part.En tête des sociétés entièrement québécoises, on retrouve les Caisses Desjardins, L'Union canadienne, Missisquoi, Sécurité, Fédération, Sécurité nationale et Société nationale d'assurance.C.\tLes primes québécoises en 1965 Le tableau 8 reproduit les primes souscrites au Québec en 1965.En considérant québécoises les cinq entreprises identifiées plus haut, le Québec aurait progressé de façon significative.Les sociétés de Toronto sont passées de 11,3% à 26,48% des primes souscrites au Québec.Les États-Unis ont reculé de 23,5% à 6,03% et les autres pays ont suivi une courbe identique : de 23,9% à 5,59%.Toronto a grandi en absorbant des affaires souscrites autrefois par les États-Unis et d\u2019autres pays.L\u2019ACTION NATIONALE ©i 111 Tableau 8 Primes souscrites, au Québec, en 000 $, par les sociétés québécoises d'assurances de dommages , 1965 Régions\tPrimes\tProportion Québec\t166 648 037\t32,9 Toronto\t56 231 375\t11,3 Reste du Canada\t41 901 137\t8,4 États-Unis\t118 016281\t23,5 Autres pays\t120 572 775\t23,9 Total\t504 369 605\t100,0 l.Rosaire Morin, Réalités et perspectives économiques, Éditions de L\u2019Action nationale, 1967, 148 ; données compilées à partir du « Rapport du Surintendant des assurances de la Province de Québec ».3.L'actif Le tableau 9 reproduit l\u2019actif global des sociétés d\u2019assurances de dommages et une évaluation de l\u2019actif découlant des primes souscrites au Québec.Tableau 9 Actif des sociétés d'assurance de dommages opérant au Québec, en 000 $, en 1995 Sociétés de\tActif global\tActif Québec Toronto\t13 385 986\t2 144 833 Reste du Canada\t9 655 771\t681 795 Etats-Unis\t5 213 442\t488187 Québec\t4 343 016\t4 343 016 Autres pays\t4 266 838\t452 635 Total\t36 865 053\t8 110 466 1.\tDonnées compilées à partir du Rapport annuel sur les assurances 1995, U Inspecteur général des Institutions financières, Québec.2.\tValeur approximative de l\u2019actif québécois des primes souscrites au Québec.112® L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019actif en assurances générales n\u2019atteint pas la dimension que l\u2019on retrouve en assurance sur la vie.Mais 8 milliards $ de capitaux ne sont pas à dédaigner dans l\u2019économie québécoise.Hélas ! les gestionnaires de l'argent des autres placent l'épargne populaire en d'autres provinces et pays.Les sociétés qui investissent a 50% au Québec seront glorifiées par L'Action nationale, si elles nous transmettent leur portefeuille.Sur les quelque 400 sociétés d\u2019assurances qui opèrent au Québec, foi d\u2019honneur, on ne trouvera pas cinq entreprises qui investissent la moitié de leurs placements au Québec.Pour aider à lire le présent et à imaginer l\u2019avenir Les Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle Revue semestrielle (printemps-automne) organe du Centre de recherche Lionel-Groulx Abonnement annuel : 35 $; le numéro 19,95 $ Téléphone : (514) 272.1373 ou 1-888 272.1373 Diffuseur : Les Publications du Québec L\u2019ACTION NATIONALE @ 113 Uimpact de la déportation de P épargne québécoise sur P avenir du Québec : la grande noirceur IV.Les conséquences La situation est tragique.Les Québécoises et les Québécois confient 6 milliards $ en primes d\u2019assurances à des entreprises établies en d\u2019autres provinces et pays.Les 24 milliards $ d'actifs, découlant des primes québécoises exportées en d'autres régions, ne travaillent pas pour nous.Ils travaillent contre nous.Ils s'additionnent aux 28 milliards $ déportés par les fonds mutuels et aux quelque 60 milliards $ exportés par les caisses de retraite en d'autres provinces et pays.Ces capitaux financent des entreprises qui viennent concurrencer les nôtres.Il ne peut pas en être autrement.L\u2019esprit de l\u2019administrateur influence les placements.C\u2019est normal.C\u2019est naturel.On ne peut pas demander à une société américaine ou torontoise de travailler au développement du Québec et à l\u2019épanouissement de sa culture.7.Les répercussions sociales Les épargnes québécoises, si elles sont placées hors Québec sans aucun contrôle de notre part, appauvrissent la collectivité québécoise.Elles peuvent enrichir quelques millionnaires de chez nous.Mais elles augmentent le nombre des pauvres, des chômeurs et des assistés sociaux.Elles multiplient les disparités entre les régions et les classes sociales.Limitons pour un instant notre commentaire au domaine de l\u2019assurance et aux conséquences de la déportation sur l\u2019organisation sociale.Les Québécoises et Québécois souscrivent une moyenne annuelle de 1 500 S de primes en assurances vie et générale.L'ACTION NATIONALE © 115 Admettons qu'un Gaspésien ou un Madelinot ne verse que 1 000 $ de prunes par année, étant donné la pauvreté relative du milieu.Dans les dix dernières années, la population de ce territoire a payé am sociétés d'assurances près de 1,5 milliard $ en primes.L'actif accumulé excède les 500 millions $.Combien d\u2019argent a été investi par les assureurs dans les entreprises et les institutions de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine en actions, en obligations et en hypothèques?Oublions les prestations de décès, de maladie et de dommages versées.Elles ne font pas partie des 500 millions d\u2019actif accumulé.Toutes les analyses réalisées démontrent que l\u2019épargne ne retourne pas dans le milieu d\u2019origine.S\u2019il y a 5 de ces 500 millions $ qui ont été investis par les sociétés d\u2019assurances dans le pays d\u2019Esdras Minville et de Jean-Louis Lévesque, nous serions très surpris.Les analyses faites dans les portefeuilles de 108 sociétés de fonds mutuels, de 210 caisses de retraite et de 9 sociétés d\u2019assurances n\u2019ont découvert que 810 000 $ placés au royaume de la Gaspésie et des Iles.Faut-il alors se surprendre du dépeuplement de la région, de l\u2019appauvrissement de la population et de l\u2019augmentation de l\u2019aide sociale et du chômage ?L'autofinancement d'une région est la clé de son relèvement.Si toutes les épargnes gaspésiennes placées depuis 100 ans en Ontario étaient subitement investies dans la péninsule, il en résulterait un centre touristique unique en Amérique et le port de Gaspé rivaliserait avec celui d\u2019Halifax.Comment nier que les disparités régionales prennent leur racine dans l\u2019exportation de l\u2019épargne locale vers les grands centres ?116 @ L\u2019ACTION NATIONALE Ainsi, le paupérisme s'installe dans toutes les régions québécoises.Il n'y a pas un seul comté québécois qui récupère le quart de l'épargne locale au profit du développement local.Toutes les institutions financières, sans exception, y compris Desjardins, drainent hors territoire les épargnes populaires.Elles placent, un peu partout, en actions et en obligations.Il en découle un état de dépendance qui bloque même l\u2019indépendance politique du Québec.Il faut savoir que la dette du secteur public québécois est une entrave à la liberté politique.Le gouvernement du Québec, ses sociétés d\u2019Etat, son réseau de l\u2019Education et de la Santé, ses municipalités et autres organismes locaux devaient 104 milliards $ au 31 décembre 1993.Une proportion de 49% de cette dette est détenue par des investisseurs étrangers ; la dette fédérale et des autres provinces n\u2019est financée à l\u2019étranger que dans une proportion de 33%.L\u2019endettement public québécois est une chaîne qu\u2019il faut briser.Monsieur Landry l\u2019a d\u2019ailleurs constaté dans son récent voyage en Asie.Le Japon n\u2019accepte pas l\u2019idée d\u2019un Québec indépendant.Pas plus que les gestionnaires des cinq grandes banques.Ils nous attendent de pied fenne.Ils contrôlent l'économie canadienne.Par gestion et imbrication de leurs administrateurs, ils gèrent plus de 1 500 milliards $.Ils exercent une influence prédominante sur les émissions d'obligations gouvernementales.L\u2019ensemble des institutions financières canadiennes investit des miettes dans les obligations du gouvernement du Québec.A titre d\u2019exemples : L'ACTION NATIONALE © 117 1.\tau 31 décembre 1995, dix sociétés de fonds mutuels ne détenaient pas une seule obligation du gouvernement du Québec avec des actifs de 48 milliards $ ; 2.\tau 31 décembre 1995, cent huit sociétés de fonds mutuels ne détenaient que 668 millions $ d\u2019obligations du gouvernement du Québec, alors qu\u2019elles avaient placé 28 milliards $ dans les obligations du gouvernement du Canada ; 3.\tau 31 décembre 1995, 190 caisses de retraite québécoises ne détenaient que 2,5 milliards $ d\u2019obligations du gouvernement du Québec, alors qu\u2019elles avaient placé 10 milliards $ dans les obligations du Canada ; 4.\tau 31 décembre 1995, 9 sociétés d\u2019assurances de personnes n\u2019avaient placé que 68 millions $ en obligations du gouvernement du Québec contre 814 millions $ dans les obligations fédérales ; 5.\tL\u2019ensemble analysé des fonds mutuels, des caisses de retraite et des sociétés d\u2019assurances de personnes n\u2019avaient placé au Québec que 8,1% de leurs actifs, 18 milliards $ sur 225.La libre circulation tient l\u2019économie du Québec en esclavage.Ces faits sont généralisés.Les sociétés financières du Québec n\u2019échappent pas à la maladie qui affaiblit la vie sociale québécoise.Même le Mouvement Desjardins souffre de ce mal qui semble incurable, contagieux et épidémique.Au 31 décembre 1995, les six fonds mutuels qu\u2019il possède ne détenaient que 93 millions $ en obligations du gouvernement du Québec, alors qu\u2019il avait placé 596 millions $ dans les obligations du gouvernement fédéral.À la même date, l\u2019ensemble des sociétés du Mouvement Desjardins possédait un portefeuile de 3,9 milliards $ dans les titres du Canada, des autres provinces et des gouvernements étrangers.Il faudra plus qu\u2019un discours du président Béland pour remettre de l\u2019ordre dans l\u2019usage de l\u2019épargne québécoise.118© L\u2019ACTION NATIONALE 2.L'impact culturel Le Québec se compose encore de onze nations autochtones, d\u2019une majorité francophone, d\u2019une minorité anglophone et de nouveaux citoyens venus de tous les coins de la planète, même si le peuple québécois succède au peuple Canadien-français.L'Action nationale affirmera toujours que tous les résidants du Québec sont québécois.Mais au Québec, il y a deux langues.Deux sociétés.Deux sociétés culturelles.Les Anglophones ont bâti leur propre organisation sociale et culturelle.Ils possèdent la richesse matérielle nécessaire à l'épanouissement de leurs institutions.Mais la société francophone ne jouit pas d\u2019une richesse comparable.Elle ne contrôle pas l\u2019utilisation de l\u2019épargne populaire.Elle ne maîtrise pas une force économique suffisante pour alimenter la culture dans toute sa diversité.La culture, c\u2019est l\u2019âme d\u2019une nation.C\u2019est l\u2019épanouissement d\u2019une population.C\u2019est ce qui fait un peuple.Elle traduit une façon d\u2019être, un mode de vie.Elle s\u2019exprime à travers les arts et les lettres.Par la musique, la danse, la chanson, le cinéma, le théâtre, le film, les musées, l\u2019architecture, les archives, les centres d\u2019artistes, l\u2019édition, la télévision, les médias.La vie culturelle d\u2019un peuple ne peut pas dépendre d\u2019une économie étrangère.Les milliardaires de Bay Street et de Wall Street mesureront à l\u2019once leur contribution à la culture française.Et il est normal qu\u2019il en soit ainsi.Les activités culturelles qui dépendent de la cigarette du Maurier, de la Molson, de Labatt ou des subventions de madame Sheila Copps ne produiront jamais une culture française vivante, créatrice et présente au quotidien.Heureusement, quelques sociétés québécoises anglophones, Alcan, Bell, Stewart.apportent à la culture québécoise L\u2019ACTION NATIONALE © 119 une contribution valable qui renforce le mécénat d'Hydro, de Québécor.Dans le laisser-aller de la libre circulation, la culture de la majorité francophone restera prolétaire, dépendante de l'étranger.; vivant au jour le jour, avec l'insécurité qui en résulte.Dans un tel contexte, l'épargne québécoise favorise l'économie et la culture des autres régions de préférence au développement du Québec.3.Les séquelles économiques La déportation de l\u2019épargne québécoise crée du chômage au Québec et du travail en d\u2019autres régions.Certes, il ne faut pas placer tous ses oeufs dans le même panier.La diversité dans les placements s\u2019impose.Mais déporter 75% et plus de l'épargne québécoise pour n'en recevoir que 5 % des secteurs canadiens (hors Québec) des fonds mutuels, des caisses de retraite et des sociétés d'assurances, c'est de la folie, de l'hystérie.Les financiers québécois souffrent profondément de troubles psychiques, neurologiques et fonctionnels.Ils sont incapables de solidarité, de cette solidarité qui leur permettrait de conquérir l\u2019épargne québécoise et de l\u2019investir au Québec.Les citoyennes et les citoyens souffrent en silence, et depuis trop longtemps, d\u2019une situation anormale et tragique.Comment pouvons-nous oublier que 100 milliards $ de capitaux représentent l\u2019établissement de 100 000 entreprises québécoises d\u2019une valeur de 1 million $ chacune ?Avez-vous pensé au nombre d\u2019emplois que créeraient 100 000 entreprises millionnaires ?On m\u2019accusera de rêver.120© L\u2019ACTION NATIONALE La gestion de 100 milliards $ pourrait financer au Québec la création de milliers d\u2019industries et de commerces.Elle pourrait conserver entre nos mains les grandes sociétés qui se vendent aux étrangers.Elle pourrait faciliter une progression plus rapide des entreprises.Elle pourrait développer la transformation de nos ressources naturelles, conquérir les marchés étrangers, détruire 10 000 taudis et rénover des milliers de résidences.Elle pourrait préparer la jeunesse aux exigences de l\u2019époque et aux besoins du milieu.Elle pourrait accentuer la formation des compétences nécessaires.Au lieu de bâtir au Québec, /'épargne québécoise verse des salaires élevés et de copieux honoraires a des milliers de gestionnaires domiciliés à Toronto, New York, Londres, Paris, Tokyo.Dans ces sièges sociaux, ce ne sont pas des Québécoises et Québécois qui travaillent.Il y en a peut-être une dizaine, au total.Dans les usines étrangères que l\u2019épargne québécoise finance en d\u2019autres pays, des centaines de milliers de personnes allemandes, américaines, anglaises, coréennes, japonaises.travaillent.Au même moment, ici, au Québec, le nombre des personnes sans emploi augmente de mois en mois.Ici, au Québec, vivent d\u2019allocations de chômage et d\u2019aide sociale des milliers de personnes qui pourraient devenir actuaires, avocats, comptables, médeçins, secrétaires, conseillers, administrateurs, gestionnaires, ingénieurs, hommes de métiers et employés compétents.Avec les deux tiers des 100 milliards $ déportés, on pourrait créer beaucoup plus que les 100 000 emplois de Robert Bourassa.Sommes-nous si riches pour faire administrer par d'autres le fruit de notre travail ?Sommes-nous si riches pour négliger L\u2019ACTION NATIONALE @121 l'apport de ces 100 milliards $ déportés en d'autres provinces et pays ?Continuons à espérer dans la désespérance.Ayons un peu d\u2019imagination et de créativité dans une ère de morosité.Demandons aux gestionnaires de l\u2019argent des autres de penser à leurs épargnants, à leurs frères et soeurs, à leurs enfants et à leurs petits-enfants.Pouvons-nous faire plus avec plus d\u2019épargne investie au Québec ?La caisse de retraite de l'Université Laval qui plaçait, au 31 décembre 1995, 725 millions $ en d\u2019autres provinces et pays, ne pourrait-elle bâtir dans la ville de Québec une entreprise rentable qui donnerait du travail à 100 de ses diplômés ?La caisse de retraite de Y Université de Sherbrooke qui plaçait 328 millions $ (soit 87,48% de son actif) en d\u2019autres provinces et pays, pourrait-elle acheter des actions d\u2019entreprises locales en pleine croissance, ou à défaut, si la crainte est trop forte, acquérir des actions à'Acier Leroux, Alcan, Bell, Cascades, Cogeco, Gaz Métropolitain.qui créent des emplois au Québec ?La Société qui plaçait, au 30 juin 1996, 750 millions $ en d\u2019autres provinces et pays, ne pourrait-elle pas trouver des placements diversifiés et sécuritaires en investissant dans des centaines de PME prospères dont le rendement est fiable depuis dix ans ?Les caisses de retraite municipales qui investissent les trois quarts des cotisations de leurs employés en d\u2019autres provinces et pays pourraient-elles songer, chacune d\u2019entre elles, à acquérir quelques actions dans des entreprises rentables de leur milieu ?Un tel geste dispenserait ces compagnies d\u2019emprunter aux banques et de leur verser des intérêts ?Elles peuvent aussi investir quelques dollars dans une initiative locale prometteuse?Elles placent souvent dans des marchés émergents d\u2019autres pays.Les caisses de retraite de la Ville de Montréal qui investissent 329 millions $ dans le gouvernement du Canada, 330 millions 122 © L\u2019ACTION NATIONALE dans d\u2019autres pays et 640 millions $ dans les autres provinces canadiennes (337 millions «only» au Québec), peuvent-elles se procurer des actions de Canam Manac, Groupe Goyette, Héroux, IPL, Ivaco, Jean Coutu, Maax, MaloFilm, Metro-Ricbelieu, Provigo et autres entreprises rentables ?Peuvent-elles songer à augmenter leurs placements au gouvernement du Québec où elles figurent en parents très pauvres ?Peuvent-elles investir quelques piastres dans Montréal et quelques sous dans Hochelaga et Pointe-Saint-Charles?Elles ont investi dans les banques 110 millions $, un montant supérieur au total de leurs obligations dans le gouvernement du Québec.Elles ont aussi le devoir d\u2019utiliser plus de gestionnaires, de conseillers et de courtiers québécois.Les 17 sociétés québécoises de fonds mutuels qui ont placé à peine 20% de leurs actifs au Québec pourraient certes faire mieux.Il est valable ici de rappeler qu'elles n'ont souscrit que 194 ?nillions $ dans les entreprises francophones et 448 millions $ dans les obligations du gouvernement du Québec, alors qu 'elles ont placé 959 millions $ dans la province d'Ontario, 541 millions $ dans l'Ouest canadien, 858 millions $ en d'autres pays et 1 213 millions $ dans les obligations fédérales.La libre circulation vide les coffres-forts québécois.À titre d\u2019exemple, les gestionnaires canadiens des fonds mutuels n\u2019ont investi que 7 milliards $ au Québec sur un actif de 178 milliards$.Dans le monde des assurances, nous débutons notre enquête avec l\u2019assurance que les placements sont faits avec les indices Scotia McLeod et autres instruments étrangers qui guident les gestionnaires.L\u2019ACTION NATIONALE © 123 Imaginez la différence dans le développement québécois si les 100 milliards $ et plus déportés étaient investis dans une proportion de 60% au progrès du Québec.Pour illustrer l\u2019impact d\u2019une politique québécoise de l\u2019usage de l\u2019épargne et illustrer le rôle financier de ces capitaux, nous présentons le portefeuille d\u2019une société d\u2019assurance.Promenez-vous à travers le pays du Québec et partout vous trouverez des primes d\u2019assurance de Entraide Assurance vie qui travaillent pour les Québécoises et Québécois.Vous ne trouverez pas d\u2019argent dispersé en Ontario, Alberta, États-Unis, Europe et Asie.Vous trouverez des obligations du Québec ou garanties par le Québec.Aucun placement n\u2019est immobilisé dans une entité située à l\u2019extérieur du Québec, à l\u2019exception de 100 000 $ placés en des obligations fédérales.L'Entraide a placé 6 millions $ dans les obligations du gouvernement du Québec et 12 millions $ dans les obligations d\u2019Hydro-Québec.Elle détient 3,2 millions $ en obligations municipales et près de 4 millions $ dans les universités (Laval, McGill et Montréal), les cegeps (Dawson, Drummondville, Limoilou, Maisonneuve et Rosemont), les commissions scolaires, les centres hospitaliers, les communautés urbaines et autres sociétés du secteur public.Au 31 décembre 1996, la valeur marchande des obligations de L'Entraide, au montant de 25,4 millions $, excède leur valeur aux livres (coût amorti) de près de 5 millions $, soit une croissance de 25%.En 1996, le rendement moyen sur les placements de L'Entraide est de 10,34%.Au cours des dix dernières années, le rendement moyen sur les placements a varié entre 10,1
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