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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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Références

L'action nationale, 1997-10, Collections de BAnQ.

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[" I/Action Volume LXXXVII, numéro 10, octobre 1997 Notre dossier LA FRANCOPHONIE entreprise nécessaire et exemplaire mais encore fragile -Jean-Marc Léger \u2014 1917-1997 DjA\\c^d&Em NATIONALE Volume LXXXVII, numéro 10, octobre 1997 Directeur Rosaire Morin Adjointe au directeur Laurence Lambert Administratrice Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Recherche Claire Caron Comptes rendus Gilles Rhéaume Révision Marc Veilleux Comité de rédaction Jacques Brousseau Catherine Escogido Andrée Ferretti Robert Laplante Ronald-É.Laviolette Lise Lebrun Denis Monière Martin Poirier Michel Rioux Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Mise en pages Guy Verville Impression Marc Veilleux, Imprimeur à Boucherville Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L'index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984, dans « Rep'eres» publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L'ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 IL^kgCtficiDm NATIONALE Volume LXXXVII, numéro 10, octobre 1997 Table des matières Éditorial Le nous des autres Pietre Vadeboncoeur 2 Politiques culturelles pour le 3e millénaire Roland Arpin 8 De Gaulle 30 ans après Pierre-Louis Malien 31 Le Pontiac Michel Paillé 47 Lectures\t105 Comptes-rendus de lecture\t109 Documents visuels André Laurendeau\t117 DOSSIER : La Francophonie, une entreprise nécessaire Jean-Marc Léger 127 de l'Ouest-de-l'île?Charles Castonguay\t53\t\t Le message de De Gaulle François Aquin\t59\tChronique francophone Le Val d\u2019Aoste Michel Têtu\t167 Politique familiale ou appauvrissante ?Nicole de Sève\t63\t1917-1997\t Urgences en vue du prochain référendum Claude Bariteau\t79\tLa pensée économique \u2022 Esdras Minville 1928 L\u2019éducation économique\t180 Un rappel historique Marcel Tessier\t85\t\u2022 Matthias Rioux\t1976 L'imagination au pouvoir!\t184 Ottawa, capitale du Canada anglais Jean-Paul Perreault\t93\tNos annonceurs\t187 Faut-il faire appliquer ce qui reste de la loi 101?Jean-Louis Bourque\t99\t\t 'OD Je récuse la prétention qu 'on ne puisse être nationaliste et humaniste.Au contraire, dans notre cas à nous, le nationalisme fait partie de l'humanisme, tout comme le souci de justice.Le nier, c 'est refuser de reconnaître que certaines sociétés ont plus de pouvoir que d\u2019autres.Fernand Dumont La Presse, 31 décembre 1993 Editorial LE NOUS DES A UTRES Pierre Vadeboncoeur T JL oute cohésion politique d\u2019une population ou d\u2019un pays tient à un sens identitaire.Pensez à n\u2019importe quel pays, même fondé sur l\u2019idée de la fusion des identités d\u2019origine de ses habitants, les Etats-unis: y a-t-il une nation rapportant davantage à elle-même tout ce qui la concerne de loin comme de près?La conscience de sa propre identité se retrouve partout dans son discours et dans ses actes.A l\u2019évidence, ce pays a constitué et brandi, par-delà les identités particulières de ses innombrables immigrés et non sans chauvinisme, une référence identitaire, patriotique et nationale incomparablement forte, un super mythe identitaire, the biggest in the world probablement.Prenez un autre exemple, au moins aussi paradoxal, celui du peuple dispersé par excellence, sans territoire nulle part jusqu\u2019à récemment, donc anational de fait, le peuple juif: existe-t-il un peuple d\u2019esprit plus identitaire que celui-là ?A tous points de vue : religieux, économique, politique, culturel (et nationaliste en tout ce qui concerne Israël).Cela s\u2019entend, d\u2019ailleurs, vu la terrible histoire des Juifs et le rejet millénaire dont ils ont été l\u2019objet.Le Canada fédéraliste est lui-même animé par une volonté foncièrement identitaire, virulente elle aussi: la résistance à l\u2019indépendantisme québécois, passionnée, âpre, bornée, voire L\u2019ACTION NATIONALE © 3 fanatique, n\u2019est que la face négative d\u2019un attachement et d\u2019un idéal identitaires dont la patrie canadienne est l\u2019objet.Cet objet politique masque d\u2019ailleurs un autre objet qu\u2019on se garde de montrer: la solidarité identitaire et dominante des anglophones dans ce pays, une solidarité sans faille et extrêmement agissante.J\u2019ai choisi là à dessein trois populations qui seraient néanmoins censées, d\u2019après l\u2019opinion, représenter une politique purement rationnelle, aux principes abstraits, légitimes et désintéressés, une politique nullement entachée du vice identitaire dont nous, Québécois, serions au contraire affligés, méprisables pour cela comme l\u2019âne de la fable.Poursuivons un peu cette réflexion par la pente paradoxale qu\u2019elle a prise.Le paradoxe apparent auquel j\u2019ai recours tend à rétablir les choses dans leur réalité véritable en renversant tout simplement l\u2019image de la propagande des anglophones à notre sujet et au leur, qui, presque unanimement remarquez, pratiquent partout une politique fortement identitaire, s\u2019en défendent et nous accusent, nous, en nous montrant du doigt, de le faire.Leur opinion est doublement gratuite.Elle l\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019il est dans la nature des choses que la cohésion politique d\u2019une population ou d\u2019un pays suppose, dans tous les cas, une conscience de type identitaire, quoi que l\u2019on dise.Le raisonnement de nos adversaires masque, en ce qui les concerne, cette loi tout à fait générale et qui s\u2019applique à eux comme à nous sans l\u2019ombre d\u2019un doute.L\u2019opinion qu\u2019ils entretiennent à notre égard est également mal fondée d\u2019un autre angle: notre souci identitaire à nous, contrairement au leur, est en fin de compte si imparfait qu\u2019il nous laisse gravement divisés contre nous-mêmes.Nous sommes difficilement capables d\u2019arriver à nos fins politiques, justement pour cette raison.Notre conscience identitaire est moins forte que la leur, tout comme celle de nos intérêts collectifs.Cet indice n\u2019est-il pas plutôt concluant?4 0 L\u2019ACTION NATIONALE Mais il arrive ceci aux groupes dont le sentiment d\u2019identité demeure tout de même tenace, quoique sans conséquence de pouvoir: cette identité devient pour les autres le point de fixation de leur hostilité et ils substituent à cette identité réelle une nouvelle image chargée de tous les préjugés qu\u2019ils ont.Nous voilà donc dans une nouvelle identité, dénaturée par leurs soins.Nous voilà ethnocentristes, repliés sur nous-mêmes, xénophobes, intolérants, racistes, fascistes!.Notre identité devient en quelque sorte la propriété d\u2019autrui, un mannequin, un épouvantail, qu\u2019il fagote à son gré et dont il fait arbitrairement ce qu\u2019il veut, soi-disant objectivement.Si nous nous opposons à ce traitement par l\u2019affirmation redoublée de notre réalité propre et par une volonté plus déterminée, alors, aux yeux de l\u2019opinion canadienne et même continentale, ce n\u2019est pas nous, c\u2019est le bonhomme de paille imaginé par elle qu\u2019elle voit s\u2019agiter à notre place et qui nous discrédite encore davantage.Nous ne nous appartenons plus.Nous appartenons à une invention dans laquelle on nous fait jouer un rôle odieux.Nous prenons ainsi indéfiniment les traits du pantin dont on manipule les ficelles sur la scène du Canada et du monde en y provoquant contre nous des huées stratégiquement nécessaires.Le principe d\u2019identité, universellement employé par toute puissance qui veut se maintenir et par toute faiblesse cherchant à se défendre, on l\u2019attaque alors directement dans notre personne et le dénonce sans cesser pour autant de l\u2019employer pour soi-même et sans s\u2019avouer cela bien entendu.Les adversaires doivent nier et vilipender en nous le principe universel en cette matière, puisque c\u2019est sur lui que nous nous appuyons.Et puis il y a un autre avantage: c\u2019est qu\u2019en l\u2019attaquant en nous au nom de je ne sais quelle morale politique contraire à la nature des choses, on nous éloigne ainsi du principe de nécessité qui s\u2019y trouve, comme il s\u2019y trouve pour tous les peuples du monde.On nous culpabilise de la sorte et dès lors nous intériorisons un jugement aussi vicieux qu\u2019abstrait et ridicule : il paraît que nous ne devons plus dire nous.L\u2019ACTION NATIONALE © 5 Savez-vous bien que les premiers à avaler cette couleuvre, c\u2019est nous ?Après cette censure très spéciale et cette condamnation très particulière, le peuple le moins agressif, le plus timide et le plus patient de la terre peut sans encombre être étiqueté fasciste.L\u2019identité des groupes qui sont marqués par leurs dominateurs comme ne devant pas invoquer cette identité même sert aux seconds pour les exclure, car les premiers l\u2019invoquent quand même, enfreignant alors un tabou qui leur retombe dessus.Nous en sommes peu à peu arrivés dans cette condition d\u2019exception.Un tabou est souvent quelque chose de bien singulier.Alors, censé être général, il ne s\u2019applique qu\u2019à un seul.Dans le cas qui nous concerne, nous voyons bien que tout le monde est d\u2019accord pour nous le réserver.Nous voilà donc condamnés par un jugement général devenu d\u2019application strictement particulière.Nous sommes les seuls à ne jamais devoir dire nous.Il va sans doute falloir nous mettre à employer le on: il exclut la personne qui parle.Nous ne serons plus qu\u2019un peuple à la troisième personne, étranger par rapport à tous et n\u2019osant plus être que cela par rapport à lui-même.En situation larvée de ségrégation.Ils, il, dit-on en parlant de nous-mêmes comme on en parle à Ottawa.Ils, comme en anglais on dit «these, those»-, voilà comment, à Ottawa, dans le parti libéral, chez les politiciens fédéralistes francophones notamment, s\u2019attrape cette idée bizarre de nous considérer comme dans une espèce de marge, depuis l\u2019extérieur, dans une sorte d\u2019éloignement, comme quelque chose qui ne devrait peut-être pas exister, un phénomène, un hasard, une donnée insolite, quelque chose d\u2019illégitime à quoi l\u2019on ne doit pas foncièrement appartenir.«Il, ils», voilà enfin notre nous retrouvé dans sa forme aliénée.Le vrai nous est en même temps interdit et on l\u2019anéantit dans autre chose, incolore et sans saveur, aseptique et acculturé, qui est un certain système abstrait d\u2019idées politiques en apparence 6© L\u2019ACTION NATIONALE impartiales mais en réalité si profitables à un autre nous, celui-ci autrement raide que le nôtre, il n\u2019y a pas de comparaison.Un nous imperturbable et puissant, le leur, et sans doute largement inconscient car c\u2019est le diable.Un nous jamais prononcé, vous vous rendez compte?Admirez, dans ce nous refoulé et perverti, inavoué et orgueilleux, extrêmement efficace, la perfection d\u2019une mentalité puritaine exerçant la démocratie chez soi et l\u2019empire chez les autres, en toute bonne conscience, naturellement.Tout cela est une vieille histoire.Mais actuelle.Et à suivre.L\u2019ACTION NATIONALE © 7 Je me méfie un peu des bilans qui tentent d'être exhaustifs.Je crains qu \u2019à la suite des Etats généraux sur l\u2019éducation, on s\u2019attache à tous les obstacles en même temps, qu \u2019on se heurte à la lenteur des bureaucraties, aux pressions des lobbies, à des affrontements sur d\u2019innombrables fronts.Je souhaiterais, pour ma part, que l'on cible trois ou quatre grands problèmes auxquels on s'attaquerait avec résolution et célérité.Par exemple : la lutte contre le décrochage, l'apprentissage professionnel, l\u2019enseignement du français et de l\u2019histoire, l'établissement d\u2019examens généraux au niveau du cégep.Une fois de telles réformes bien engagées, on pourrait dresser une nouvelle liste.Un petit nombre de personnes, libres des entraves des groupes d\u2019intérêts, pourraient être chargées de suivre les progrès des réformes entreprises et d\u2019en rendre compte périodiquement.Fernand Dumont Le Soleil, 5 mai 1997 Éducation, arts et société: Quelles politiques culturelles pour le troisième millénaire ?Roland Arpin1 Introduction2 I int-raînés par le puissant courant social et politique des années 60 selon lequel l\u2019Etat était persuadé que le bonheur, l\u2019épanouissement et la prospérité des individus passaient par une action étatisée, nous avons fini par croire que les grands pans de notre existence se devaient absolument d\u2019être définis par des politiques formelles.Il en est découlé tout naturellement les multiples programmes publics placés sous la responsabilité d\u2019une pléthore de fonctionnaires qui tirent leur légitimité de la volonté de leur employeur de faire tout le bien souhaitable à ses commettants.Ainsi, pris en charge et protégés, sans l\u2019avoir nécessairement requis mais sans nous y opposer, comment n\u2019allions-nous pas en redemander sans cesse davantage après avoir goûté à la potion magique du toujours plus d'Etat?1.\tDirecteur générai, Musée de la civilisation de Québec.2.\tCe texte remanié a fait l\u2019objet d\u2019une conférence au Colloque éducation culture: D\u2019au-tres liens à tisser ?Conseil supérieur de l\u2019éducation et INRS Culture et Société, jeudi I0 avril 1997 - Musée de la civilisation.L\u2019ACTION NATIONAL E®9 Quand les valeurs se bousculent Mon propre passé de grand commis de l\u2019État m\u2019interdit de rappeler ces faits avec une quelconque ironie ou d\u2019en traiter avec légèreté.La « Révolution tranquille » fut la première étape d\u2019un grand vent de liberté intellectuelle et d\u2019éveil aux idées venues d\u2019ailleurs.Ce fut également une période d\u2019ouverture, modeste sans doute, mais ouverture tout de même sur l\u2019extérieur, sur le vaste monde.De 1960 à 1970, nous allions vivre la bousculade de la grande réforme scolaire qui allait doter le Québec d\u2019un réseau d\u2019institutions où tous les ordres d\u2019enseignement, du primaire à l\u2019universitaire, allaient prendre leur élan sous l\u2019impulsion de grands leaders politiques et avec un accord, sinon toujours enthousiaste de la part de l\u2019Eglise, à tout le moins respectueux des aspirations nouvelles des Québécois, de la mise en place de nouveaux pouvoirs et de l\u2019exercice de nouvelles responsabilités individuelles et collectives.Nous étions loin des invocations du héros de Menaud maître draveur pour qui la débâcle printanière préfigurait la conquête d\u2019un pays onirique.Les grands travaux de la Baie James, tout comme le mythe fondateur de la Manie, répercutent toujours l\u2019image d\u2019une petite nation qui se mettait alors en marche pour conquérir et exploiter ses richesses hydro-électriques en même temps qu\u2019elle mettait en valeur les richesses de ses cerveaux, la force intérieure issue de son Histoire et la conquête patiente d\u2019un sol revêche qui s\u2019était laissé gagner chichement par la seule force des muscles, souche par souche, comme on le raconte dans Maria Chapdelaine.Au Québec, nous appartenons à une société dont les origines n\u2019ont rien de romantique et de facile.De surcroît, une société métissée tant dans ses origines lointaines que dans son développement plus récent, héritière d\u2019une histoire issue d\u2019une triple source: gréco-latine, judéo-chrétienne, occidentale.Pour compléter, il nous faut y ajouter notre condition de Nord-Américains, qui est un apport non négligeable, et notre 10© L\u2019ACTION NATIONALE contexte historique particulier où s\u2019exerçait une domination étrangère porteuse de ses propres valeurs, de ses pratiques culturelles et détentrice du pouvoir économique.Une telle mixité3, qui fait se rejoindre nos racines et nos sources, a engendré une société dont le caractère original et distinct s\u2019est exprimé dans sa capacité de résistance à des compromis, dans sa foi tenace qui s\u2019est longtemps manifestée dans des rites populaires et dans l\u2019osmose de cette foi avec sa culture et son identité nationale.Ce serait réécrire l\u2019histoire que de nier ces réalités.Au Québec, nous avons occupé le territoire et bâti le pays grâce au capital humain, le seul disponible durant des décennies, grâce aussi à des ressources morales et religieuses fondues ensemble comme l\u2019expression de la volonté collective.Evêques, prêtres, religieux, religieuses, professionnels, instituteurs, institutrices, infirmières, pères et mères de familles nombreuses ont assumé la fonction d'agents de développement, dans tous les secteurs: colonisation, développement agricole, structuration du système d\u2019enseignement, ouverture d\u2019hôpitaux et de dispensaires, création d\u2019outils pédagogiques, promotion de l\u2019enseignement technique, formation d\u2019enseignants, syndicalisme, mise sur pied de caisses populaires, de coopératives, de services de loisirs, etc.Une bousculade Une bousculade risque toujours d\u2019égratigner quelques-uns de ses protagonistes.Cela n\u2019a pas manqué au cours d\u2019une réforme de l\u2019éducation qui prétendait ouvrir l\u2019école à tous, qui proclamait bien haut l\u2019accessibilité et l\u2019égalité des chances, qui se convertissait aux méthodes dites nouvelles, plus respectueuses des démarches d\u2019apprentissage individuel, plus généreuses à l\u2019endroit des contenus d\u2019enseignement nouveaux, plus aventureuses 3.Voir Roland Arpin, «Foi et culture: un dialogue qui n\u2019est jamais achevé», Conférence prononcée dans le cadre des Conferences Notre-Dame-de-Québec, Basilique de Québec, le 20 février 1994.L\u2019ACTION NATIONALE ©H aussi, moins férues de rigueur dans la pensée, souffrant souvent de dispersion et de superficialité.Une réforme qui choisissait de fermer les écoles normales et de former désormais ses maîtres au sein de facultés universitaires qui mettront bien des années à faire leurs preuves, si jamais elles les ont vraiment faites.Une réforme qui tentait de faire aux parents une place nouvelle dans la gouverne de l\u2019école mais qui y parvenait trop rarement.Directeur général d\u2019un cégep dans les années 70, je me souviens de débuts d\u2019années scolaires où nous devions engager plus de cinquante nouveaux professeurs recrutés à la hâte, dans un climat de compétition interinstitutionnel, sans même arriver à combler tous les postes disponibles.Moins de trente ans plus tard, les finissants de nos facultés d\u2019éducation se retrouvent pompistes, vendeurs au comptoir des librairies ou guides dans un musée, en attendant que des enseignants et enseignantes dans la belle cinquantaine se voient offrir des programmes de mise à la retraite et fassent place nette.Cette opération, soit dit en passant, est d\u2019une pertinence douteuse si on pense à la richesse de ce patrimoine professionnel mis au rancart sous la pression du rééquilibrage des finances publiques.Il est ici de grandes valeurs qui ne résistent pas au rouleau compresseur des exercices comptables: l\u2019acquisition de l\u2019expérience et des connaissances au fil de longues carrières, le développement du métier de pédagogue, l\u2019accumulation d\u2019une sagesse personnelle, l\u2019amour et la connaissance des jeunes qui sont toujours et encore des attributs d\u2019un grand nombre d\u2019enseignants et d\u2019enseignantes.La culture n \u2019est pas une propriété privée Mais comment laisser place à un tel discours lorsque les banquiers sont aux premiers rangs des conseillers de l\u2019Etat?Comment faire reconnaître les valeurs subtiles que véhiculent l\u2019éducation et la culture ?Il n\u2019est qu\u2019à regarder la liste des partici- 120 1-\u2019ACTION NATIONALE pants au Sommet de l\u2019économie tenu à Montréal, sous la présidence du premier ministre, pour justifier de telles inquiétudes.Non pas pour laisser planer quelque doute que ce soit à l\u2019endroit de ceux et de celles qui s\u2019y sont engagés mais pour regretter l\u2019absence des intellectuels, des créateurs, des universitaires qu\u2019on ne saurait écarter des discussions sur les grands enjeux, sous le méprisant prétexte qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019affaires économiques, donc sérieuses et réservées à des gens sérieux.Qu\u2019est-ce qu\u2019une personne sérieuse, demanderait le Petit Prince?D\u2019ailleurs, les tenants de l'économie sociale avaient compris cela.Ils se sont donc assurés d\u2019une place à la grande table des discussions.Une place qui leur a permis de faire valoir leurs points de vue, de faire reconnaître leur démarche et d\u2019obtenir la création d\u2019un fonds de lutte à la pauvreté qui ne faisait pas partie, de toute évidence, des stratégies préalablement arrêtées.Et, pour autant que j\u2019aie pu l\u2019observer sur place, certains banquiers ont forcé cette décision et s\u2019en sont fait les protagonistes auprès des représentants du Gouvernement et de leurs pairs.Pour faire valoir des idées nouvelles et faire avancer les causes auxquelles on croit, il faut se trouver au bon moment et de la bonne manière là où s\u2019exerce le pouvoir et là où se font les choix déterminants.D\u2019aucuns penseront qu\u2019un sommet économique poursuit ses objectifs propres; que de toute manière on y a beaucoup parlé de la lutte au chômage et de l\u2019emploi pour les jeunes; que de surcroît la ministre de l\u2019Education y a présenté ses grands objectifs.Ils ajouteront que, lors du sommet, le rapport de la Commission sur l\u2019Education venait de paraître.On ne peut oublier que les universités ont boudé avec superbe la Commission Bisaillon, alors que les regroupements des gens d\u2019affaires s\u2019y sont présentés pour faire valoir leurs points de vue et redire ce qu\u2019ils attendent de l\u2019école.Se font entendre ceux qui prennent la parole.Tout ne serait pas perdu.Les universités n\u2019ont-elles pas avisé la ministre qu\u2019elles vaquaient à leur L\u2019ACTION NATIONALE @13 propre démarche de rénovation selon un horizon de trois ans?Oui, trois ans, voilà ! Lorsque tout sera réglé, que les financiers et les chefs d\u2019entreprises nous auront dit ce qu\u2019ils attendent de l\u2019école, qu\u2019ils nous auront répété à bon escient que les cégeps doivent reprendre le chemin de la formation technique qui offre des perspectives d\u2019emplois intéressantes et qui répond à un besoin pressant, lorsqu\u2019ils nous auront redit en quoi la vie culturelle est importante pour encourager la venue d\u2019une main-d\u2019œuvre étrangère, comment la paix linguistique reposant sur la « tolérance » (telle que définie par Alliance Québec) pourrait stimuler l\u2019économie, il ne restera aux éducateurs qu\u2019à répondre à la commande.Une affaire de culture Quelle tristesse si nous en venions là alors que nous sommes sûrement convaincus que l\u2019école, toute utile qu\u2019elle soit à la société civile et au bien-être économique, est destinée à beaucoup plus que cela.L\u2019éducation est avant tout une affaire de culture.L\u2019école est un lieu où les jeunes s\u2019imprègnent du plaisir de savoir, de connaître, de transmettre, un lieu où les enseignements jettent des ponts pour la vie entière, où l\u2019émerveillement est une faculté qui existe toujours.L\u2019école est un lieu où des adultes accueillants et possédant l\u2019autorité de la connaissance et de l\u2019expérience disent aux jeunes: mets tes pas dans ceux des hommes et des femmes qui ont fait le pays pour mieux comprendre leurs aspirations, essaie de dépasser ceux qui ont écrit de grands textes dans une langue riche et libératrice, découvre le langage de la science qui rejoint souvent celui de la philosophie, affronte peu à peu de grandes questions concernant la vie, la souffrance, la liberté, la solidarité, la mort; autant de questions auxquelles une vie entière ne suffit pas pour en résoudre toutes les énigmes.Tous ceux qui croient encore à une telle mission pour l\u2019école se sentiront floués si les réformes qui s\u2019annoncent ne leur redon- 14 © L\u2019ACTION NATIONALE nent point l\u2019attitude qui en est l\u2019expression civilisatrice.Cette expression doit fonder l\u2019action de l\u2019école et contribuer à la définir une fois de plus par certaines richesses qui passent le temps: une école qui place au cœur de son action la conquête de la liberté personnelle par l\u2019acquisition de connaissances, sans jamais craindre que les jeunes sachent trop de choses.Une école qui apprend comment hiérarchiser les idées, les doctrines, les idéologies; une école qui outille pour toujours en formant à la méthode, non seulement en sciences mais aussi en sciences humaines.Savoir beaucoup de choses est utile; savoir comment utiliser ses connaissances est précieux.Aujourd\u2019hui plus que jamais l\u2019ouverture aux autres cultures que la sienne, la sensibilité au caractère multi-ethnique de la société, la capacité de comprendre le foisonnement des différences, couplées avec l\u2019indispensable tolérance, sont des richesses que l\u2019école doit véhiculer et communiquer.Découvrir que la science et la technologie font partie de la culture, même s\u2019ils commandent l\u2019acquisition de langages particuliers, n\u2019est plus une coquetterie d\u2019intellectuel et la simple expression d\u2019une bonne ouverture d\u2019esprit: c\u2019est l\u2019entrée dans un monde foisonnant dont on dit à juste titre qu\u2019il véhicule un nouvel humanisme.L\u2019école est un haut-lieu de la culture Ainsi vue et comprise, l\u2019école est fondamentalement et profondément un haut-lieu culturel qui est bien autre chose que cette parodie de la culture qui se contente de quelques cours de flûte à bec et d\u2019une période consacrée aux «arts plastiques» en dernière heure du vendredi après-midi.Mais attention, ceux qui croient à une telle école, faute de vigilance et de diligence, pourraient arriver trop tard pour imposer leurs vues dans le cours des démarches actuelles de réingénierie pédagogique, car les bureaucrates ministériels ou syndicaux seront passés avant eux pour verrouiller les choix; les [.\u2019ACTION NATIONALE @15 corporations professionnelles et les regroupements de spécialistes des diverses disciplines d\u2019enseignement auront fait valoir leurs droits sacro-saints; les gestionnaires auront imposé les contraintes de l\u2019organisation et la panoplie des grilles horaires, des règlements, des contingentements, des territoires géographiques, des libertés religieuses et quoi encore?Il faut tenir bien à l\u2019œil tous ces experts car trop peu d\u2019entre eux, dans le cours de leur vie professionnelle, ont senti l\u2019odeur de la craie et vécu une certaine tension lorsque la porte de la classe se referme et qu\u2019une trentaine d\u2019enfants vous regardent en vous disant silencieusement: émerveille-moi ! On me corrigera sans doute en me rappelant les statistiques officielles, en me soulignant les progrès accomplis grâce aux activités parascolaires.On me rappellera qu\u2019une vingtaine d\u2019écoles secondaires offrent un programme art-étude, que trente-cinq écoles offrent le programme dit de concentration en arts; qu\u2019il existe plusieurs écoles privées de danse, que dix cégeps offrent l\u2019option musique, vingt-trois autres les arts plastiques, que l\u2019art dramatique n\u2019est pas oublié, que les métiers d\u2019art sont bien pourvus.À la bonne heure, je ne puis que me réjouir de tout cela.Je pourrais compléter l\u2019énumération en ajoutant les conservatoires de musique, les programmes universitaires et atteindre ainsi le chiffre merveilleux de 48 483 étudiants et étudiantes du Québec qui sont inscrits en arts, selon des données toutes fraîches (27 janvier 1997) qui me viennent de la Direction de la formation et de la concertation du ministère de la Culture et des Communications.Qui dit mieux?Une politique culturelle Abordons plus directement la question des politiques culturelles qui devraient s\u2019imposer au cours de ce prochain millénaire qui est à nos portes.À cette occasion, une certaine frénésie s\u2019empare des faiseurs d\u2019images, des créateurs d\u2019événements, des 16 © L\u2019ACTION NATIONALE prévisionnistes et des prospectivistes de tout acabit.Simple symbole, diront les sceptiques en haussant les épaules, passage magique, diront les autres.Je choisis mon camp: pour moi, vivre l\u2019entrée dans le troisième millénaire est un événement de la plus haute importance.L\u2019image qui me vient spontanément à l\u2019esprit est celle de l\u2019enfant qui s\u2019amuse à transformer un simple entonnoir en un télescope.S\u2019il regarde par le bout évasé, c\u2019est un monde rétréci qu\u2019il voit; s\u2019il choisit de regarder par le petit tuyau, il découvre un vaste paysage.De toute évidence, les années qui viennent commandent ce second choix, celui d\u2019un regard large et engagé.C\u2019est dans un tel contexte qu\u2019il est utile de réfléchir aux politiques culturelles.Faut-ü dire qu\u2019on se situe ici au-delà de la responsabilité du seul ministère de la Culture et des Communications?Une approche historique me suggérerait de rappeler que de nombreux pays ne disposent d\u2019aucune politique culturelle formelle et énoncée par leurs gouvernements; que des pays importants - les États-Llnis en étant l\u2019exemple le plus probant - ne disposent même pas d\u2019un ministère de la Culture.Lorsqu\u2019en 1961 Georges-Emile Lapalme s\u2019est mis en frais de créer un tel ministère au Québec, il s\u2019est référé au modèle français que Malraux venait de mettre en place deux ans plus tôt.Et Dieu sait que la «bébelle à Lapalme», comme on l\u2019a alors qualifiée avec dérision, était bien chétive.Au point que son ministre titulaire en a remis rapidement les clefs à Jean Lesage et que le premier sous-ministre à la Culture, Guy Frégault, n\u2019a rien trouvé de mieux, quelques années plus tard, que de publier un bien triste livre intitulé Chronique des années perdues ! Ce qui n\u2019empêchera pas les successeurs de persister dans l\u2019idée de doter le Québec d\u2019une véritable politique culturelle, écrite noir sur blanc, consignée parmi les grands documents d\u2019orientation, endossée par l\u2019Assemblée nationale ou, à tout le moins, par le Conseil des ministres.Pierre Laporte, Jean-Paul L\u2019Allier, Camille Laurin, Clément Richard publieront leurs livres blanc, vert, bleu, orange sans L\u2019ACTION NATIONALE @17 jamais se rendre au bout du circuit, soulevant parfois les passions et semant la controverse dans le « milieu » longtemps frileux de la culture, sans susciter l\u2019intérêt chez leurs collègues ministres.Ce n\u2019est qu\u2019en 1992 que la ministre Liza Frulla fera adopter une première politique culturelle officielle par le Gouvernement du Québec, y affirmant avec force que désormais la culture devient une préoccupation centrale du gouvernement du Québec au même titre que l'économique et le social.J\u2019ai été trop près de cette réalisation pour en commenter la portée et en faire voir les grandeurs et les faiblesses.Quant aux actions concrètes des cinq dernières années, ce n\u2019est pas ici le lieu d\u2019en faire le décompte et l\u2019évaluation.Au fil des plans de travail ministériels, il m\u2019a semblé que l\u2019essentiel des mesures proposées dans la politique a été conduit à bien mais de façon plus studieuse qu\u2019innovatrice et avec un sens du devoir accompli dont la passion et la vision paraissent trop souvent absentes.Tout se passe comme si on vaquait encore aux affames culturelles alors qu\u2019en 1992 le gouvernement s\u2019est doté d\u2019un ministère de la Culture et des Communications.Ce changement de patronyme laissait présager des audaces et un nouvel aménagement du pouvoir culturel qui se font attendre.Nouvelle économie vs nouvelle culture Vous connaissez la nouvelle économie?Elle prend sa source dans des richesses inépuisables: l\u2019intelligence et le savoir.Ses actifs sont intangibles: les idées, les informations, les stratégies.Elle se caractérise par le renouvellement continu des connaissances et la mise à jour des compétences.La nouvelle économie repose sur une main-d\u2019œuvre flexible et capable de renouveler ses compétences professionnelles de façon continue.Dans une telle économie, la gestion de la complexité est un exercice quotidien qui prend appui sur des réseaux de plus en plus puissants qui relient des ordinateurs, également sur des banques de données, sur Internet et sur de puissants moyens de communica- 18© L\u2019ACTION NATIONALE tion qui sont en progrès exponentiel.Tout cela pourrait être kafkéen, n\u2019était-ce du fait que ces outils sont des serviteurs et des esclaves subordonnés à l\u2019intelligence humaine.Aucun ordinateur ne peut commander à son maître.L\u2019outil est au service de l\u2019homme et non l\u2019inverse ; l\u2019ordre de la nature est ainsi respecté.A son sommet se trouvent pour toujours l\u2019intelligence et le savoir, l\u2019imagination et la volonté.L\u2019ordinateur peut assister l\u2019humain jusqu\u2019à son dernier souffle; il ne fera jamais les choix éthiques et métaphysiques sur lesquels reposent les valeurs de chacun.Une série d'ordonnances Si j\u2019étais économiste, je dirais sûrement combien me paraissent surannées les politiques qui empruntent encore leurs certitudes à l\u2019économie du XIXe siècle toute structurée autour des matières premières, des richesses naturelles, des transports ferroviaires et des opérations manufacturières.Je me ferais l\u2019apôtre de la nouvelle économie.Je me prétends homme de culture sans me faire d\u2019illusion sur les limites de cette attribution.Relisant la table des matières de la politique culturelle de 1992, j\u2019y retrouve quatre grands chapitres : affirmer notre identité culturelle, soutenir les créateurs et les arts, favoriser F accès des citoyens à la vie culturelle, créer de nouveaux leviers pour permettre la mise en œuvre de la politique culturelle.Une dizaine d\u2019orientations, dont je vous fais grâce, viennent étoffer ces grands objectifs.Rien de répréhensible bien sûr, et pour cause! Rien d\u2019insignifiant ou d\u2019irréaliste non plus.Mais le lecteur qui a suivi les grandes mutations des cinq dernières années et qui a cherché à comprendre les grands enjeux géopolitiques de l\u2019heure n\u2019en ressent pas moins un certain malaise en relisant cet énoncé de politique, honnête, conforme aux attentes, retenant les questions qui paraissaient essentielles et importantes en 1992.On s\u2019y sent enfermé dans un monde prescriptif, normatif qui organise les choses comme elles doivent l\u2019être: correctement, L\u2019ACTION NATIONALE || 19 sagement, dans le plus grand intérêt de certains citoyens, les «culturels», comme on les qualifie souvent, comme on dit les charismatiques, les écologistes.avec un petit sourire entendu.Comment pourrait-on se contenter en guise de politique culturelle d\u2019une série d\u2019ordonnances culturelles - comme on dit une ordonnance médicale?Vous penserez certainement qu\u2019en présence d\u2019un tel révisionnisme, le grand Mao m\u2019expédierait sûrement aux champs pour y cultiver le riz.Qu\u2019à cela ne tienne, nous entrons bientôt dans un nouveau millénaire.Des constantes sont d\u2019ores et déjà observables et irrépressibles: rapidité et profondeur du changement dans le monde du travail, poids déterminant de la technologie, importance accrue du développement intellectuel élevé chez tous les individus qui en ont la capacité, émergence de valeurs nouvelles dont la bioéthique est un secteur névralgique, clivages socio-économiques croissants, nouvelle bascule démographique, désengagement et redéfinition des gouvernements, fragilité des démocraties sous la pression du capitalisme et de la société de consommation.La culture, un héritage Pourrions-nous affirmer que nous entrons dans l\u2019ère d\u2019une nouvelle culture comme nous sommes entrés dans celle d\u2019une nouvelle économie ?Ai-je vraiment le choix si je regarde autour de moi et que j\u2019observe ces changements profonds - ces paradigmes comme on se plaît à les qualifier ?La culture n\u2019est pas un attribut extérieur ni un vêtement dont on change au gré des humeurs .Elle est une force intérieure, un héritage.« L\u2019héritage ne se transmet pas, nous dit Malraux, il se conquiert».J\u2019oserai dire que la culture me paraît être un élément génétique.Tout comme notre corps n\u2019est pas une simple mécanique, notre culture n\u2019est pas un simple cumul, un assemblage sans âme.Notre culture puise dans notre histoire personnelle; elle s\u2019enrichit de multiples apports; elle combine notre sensibilité et 20© L\u2019ACTION NATIONALE notre intelligence pour nous faire franchir de nouvelles étapes dans notre développement.Qui plus est, et cela est capital, notre culture est sans cesse bombardée de l\u2019extérieur, au sens de l\u2019action des neutrons sur l\u2019atome.Vous me direz sans doute qu\u2019il nous faut décomposer les grands ensembles pour s\u2019assurer d\u2019un développement au quotidien, réaliste, gérable.Vous penserez sans doute que le développement culturel ne doit pas être confondu avec les grandes questions planétaires.Permettez-moi de forcer un peu le jeu pour nous éviter de sombrer dans le syndrome de l\u2019écureuil en cage qui pédale dans son carrousel.L\u2019exploration de domaines nouveaux doit nous préoccuper à l\u2019orée de l\u2019an 2000.Personne ne saurait élaborer des politiques culturelles répondant aux besoins de cette nouvelle époque sans élargir sa démarche à des préoccupations nouvelles.Je me risquerai à vous en proposer quelques-unes.Des politiques culturelles nouvelles pour un millénaire nouveau Concernant les arts et la communication À tout seigneur tout honneur4, parlons d\u2019abord de l\u2019évolution du métier de créateur et d\u2019artiste.Nous assistons au décloisonnement des langages et à la naissance de créations artistiques qui utilisent des « multilangages ».Nous sommes loin de l\u2019époque où Diderot pouvait tout codifier dans sa grande Encyclopédie, depuis la manière de fabriquer une aiguille jusqu\u2019à la manière de fabriquer un canon.L\u2019arrivée de penseurs comme Marx, Darwin ou Freud a préfiguré le dialogue des sciences, de l\u2019histoire et de la philosophie.L\u2019hégémonie d\u2019une seule voie, fût-ce la philosophie, ne pouvait que connaître un certain déclin car le passage de ces 4.Voir Roland Arpin, «Culture, art et société: trilogie ou trinité?» L\u2019Action nationale, 10 décembre 1996.L\u2019ACTION NATIONALE @2\\ penseurs imposait dorénavant la démarche pluridisciplinaire dans l\u2019étude des grands problèmes.N\u2019est-ce pas aujourd\u2019hui l\u2019une des plus grandes richesses des artistes que ce décloisonnement des langages et des disciplines?Le multimédia est devenu rapidement la voie royale pour nombre de créateurs.La fertilisation croisée si importante en agriculture trouve son équivalent dans la culture par la «pensée croisée » qui engendre de fascinants hybrides.Théâtre, musique, danse empruntent aux langages des uns et des autres quand ce ne sont pas des technologies nouvelles qui viennent les enrichir.De nouvelles œuvres, inclassables selon les genres traditionnels, voient ainsi le jour : véritables composites qui préfigurent le prochain millénaire.J\u2019entrouvre des portes faute de temps mais imaginons un instant où pourrait nous conduire une redéfinition sur la base de l\u2019interdisciplinarité des programmes d\u2019aide gérés par le Conseil des arts ?Bien sûr des chasses gardées seraient en péril et des définitions traditionnelles ne tiendraient plus le coup mais un saut en avant serait franchi.Un rapprochement s\u2019imposerait alors entre les arts et l\u2019éducation, car les années qui viennent seront celles du décloisonnement des enseignements et de la diversité des modes d\u2019apprentissage.Concernant la science et les technologies Dans un geste qui mériterait des suites probantes et des actions qui le justifient, le Premier ministre a transféré, du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce au ministère de la Culture et des Communications, une direction qui a pour mandat la promotion de la culture scientifique et technique.Cette décision devrait être la première étape d\u2019un mariage audacieux entre des formes 5.Roland AKl\u2019IN, « Apprendre à vivre avec la science », Colloque sur la science et la culture, Montréal, 3 avril 1994.22 © L\u2019ACTION NATIONALE de culture qui ne sauraient plus s\u2019ignorer au sein de l\u2019appareil gouvernemental et dans les écoles.Si les années 70 ont été l\u2019âge d\u2019or des sciences humaines, le développement des technologies pose au cours des années 90 de grandes questions qui plongent au cœur des valeurs et qui sont à proprement parler des questions scientifiques.Mais la science et la culture scientifique ne sauraient donner seules les réponses et elles doivent de plus en plus faire appel au droit et à l\u2019éthique.Michel Serres insiste: «Désormais, il n\u2019y a plus de discipline scientifique qui ne soit dans la nécessité de maîtriser sa propre maîtrise.Il est donc nécessaire d\u2019ajouter à ce processus scientifique et technique de maîtrise un autre processus qui soit éthique dans certains cas, déontologique ou juridique dans d\u2019autres.Autrement dit, les humanités, le droit, la morale la philosophie, etc., doivent nous permettre de devenir non pas les maîtres du monde, ou les maîtres ou possesseurs de la nature, mais les sages de notre maîtrise6».L\u2019éducation dans ses formes les plus avancées: écoles, collèges, universités, médias, musées, jardins botaniques, biodômes.constitue toujours l\u2019instrument le plus puissant et le plus important du développement culturel et scientifique.Il ne faudrait pas que l\u2019éducation scientifique se contente de faire comprendre la technologie - le comment - car elle formerait des cultivés ignorants en négligeant les questions fondamentales qui ressortent du domaine de la science et des humanités.Je voudrais souligner avec force cependant que l\u2019importance nouvelle que prend le développement technologique ne saurait avoir pour effet de le placer au cœur du curriculum scolaire.Il faut plaider sans cesse en faveur d\u2019une solide formation générale qui prend sa source dans la pensée, dans les grands textes et chez 6.Michel Serres, « La société de communication est une grande école», interview de Michel Audétat (L'Hebdo) et Jean Chichizola {Word Media Coordination), La Presse, 5 février 1994.L\u2019ACTION NATIONAL k© 23 les grands auteurs.Il n\u2019existe pas telle chose - malgré la ténacité des préjugés - qu\u2019une formation molle et approximative produite par les lettres, les arts, les sciences humaines et la philosophie et une formation solide et rigoureuse produite par les sciences exactes.La société serait bien appauvrie si les architectes n\u2019avaient pas la liberté de se laisser porter par l\u2019audace et la fantaisie; elle serait par ailleurs bien inquiète si les ingénieurs n\u2019étaient pas là pour s\u2019assurer que les rêves de leurs collègues architectes sont bien boulonnés et solidement attachés à la terre.Il en est ainsi de la culture qui fournit les ancrages utiles à la compréhension de valeurs et de richesses intellectuelles.Le dialogue, l\u2019imbrication étroite de la culture dans ses formes traditionnelles et de la culture scientifique et technique, commandent une mise en commun de leurs richesses respectives.Une simple juxtaposition de services ministériels pour mettre cette alliance en force me semble dérisoire; l\u2019heure est à la mise en liens de connaissances qui, trop longtemps, ont emprunté des voies parallèles.La multiplicité des savoirs qui s\u2019offrent aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui est écrasante.Plus que jamais, c\u2019est de grilles de lecture et d\u2019analyse qu\u2019il faut pourvoir les jeunes pour leur permettre d\u2019établir des rapports entre les connaissances et d\u2019élaborer petit à petit leur propre synthèse intellectuelle.C\u2019est là un défi dont on comprend mieux la difficulté et l\u2019intérêt à mesure que nous mûrissons par le passage du temps.Une institution comme le Musée de la civilisation a fait progresser cette idée, au cours de ses dix années d\u2019action culturelle, en invitant sans cesse ses visiteurs à poursuivre une démarche de synthèse.Pourquoi ne pas pousser cette idée jusque dans ses derniers retranchements au sein d\u2019un ou de plusieurs ministères qui se donneraient ainsi de nouveaux champs d\u2019exercice de leur mandat?240 L\u2019ACTION NATIONALE Concernant les nouvelles composantes de notre société Chez nous comme ailleurs, chez nous plus qu\u2019ailleurs, lorsque nous analysons les courbes démographiques7, nous concluons à des changements lents mais profonds qui modifieront les règles du jeu notamment dans le domaine de l\u2019organisation sociale, des soins de santé, des loisirs, de la culture.Réfléchissant aux politiques culturelles pour les années qui viennent, on ne peut passer sous silence l\u2019importance des nouvelles composantes de notre société que sont les immigrants.Il n\u2019est pas faux de dire que, de façon générale, cette question suscite plus de malaises que d\u2019enthousiasme lorsque nous la soulevons.Les immigrants sont encore trop souvent des corps étrangers pour nos concitoyens: ceux qui réussissent bien (lire qui font de la l\u2019argent et qui sont prospères) font l\u2019objet d\u2019une certaine admiration; les autres suscitent souvent l\u2019indifférence quand ce n\u2019est pas l\u2019hostilité.Mais les choses changent pour le mieux, comme le soulignait récemment Nairn Kattan8.L\u2019immigrant ne cherche plus à se fondre dans un tout homogène pour protéger sa différence et son identité, s\u2019isoler ou se réfugier dans un ghetto.Il est différent et ne cache pas sa différence.Tout en conservant en partie sa tradition, sa culture, ses fêtes, il participe à la vie de la cité en apprenant sa langue, en adoptant ses codes et en respectant ses lois.Parce qu\u2019ils sont en nombre de plus en plus important, en particulier dans les métropoles, les immigrants peuvent bénéficier de leurs propres institutions.Cela ne passe pas inaperçu chez les politiciens qui doivent tenir compte de ce potentiel de voix électorales.Les communautés culturelles se présentent donc aujourd\u2019hui avec leurs particularités et elles ouvrent leurs fêtes, leurs restaurants, leurs cérémonies religieuses à tous ceux qui s\u2019y 7.\tCes données démographiques sont extraites du numéro de décembre 1996 du bulletin du mouvement Desjardins, En perspective.8.\t«Tourisme et intégration des communautés culturelles», 1996.L\u2019ACTION NATIONAL >'©25 intéressent.Avec un peu d\u2019attention, il est facile de constater que les immigrants occupent de plus en plus de postes stratégiques, sont présents dans des milieux de travail dont ils étaient subtilement exclus dans le passé, encouragent leurs enfants à poursuivre des études supérieures avec un taux de succès enviable.Des champs clos existent toujours - la représentativité à l\u2019Assemblée nationale en étant une illustration - mais, depuis Montréal où sont concentrés les nouveaux Québécois, un certain nombre découvrent le charme et l\u2019intérêt des régions.On peut croire que ce pourrait être là le prélude à une meilleure migration intérieure.Il n\u2019est pas vain de penser que le Québec s\u2019achemine au cours des prochaines décennies, lentement mais irrémédiablement, vers de nouvelles formes de mixité qui pourraient pallier l\u2019implacable verdict des démographes qui nous disent que le moment exact où au Québec les décès pourraient dépasser les naissances avec une fécondité de 1,6, se situerait dans la décennie 2020°.Faut-il insister sur le fait que l\u2019intégration harmonieuse est plus qu\u2019une affaire de bon voisinage.Ici, c\u2019est de mise en valeur des cultures respectives dont on parle; c\u2019est de capacité de créer un nouveau type de Québécois et de Québécoises qu\u2019il s\u2019agit.Personne ne peut demeurer sur son quant-à-soi lorsque vient le temps de telles mutations, si lentes soient-elles à se manifester.Si nous osons penser au très long terme, il n\u2019est pas illusoire d\u2019imaginer que lorsque les Québécois entreront dans le quatrième millénaire, une importante partie d\u2019entre eux auront les yeux bridés et la peau cuivrée.Seront-ils baptisés ?Parleront-ils français?Ce sera à voir ! Concernant l'ouverture au monde Enfin, comment réfléchir aux grands chemins qui s\u2019ouvrent à la culture sans entonner le refrain de l\u2019ouverture et de la mon- 9.Op.cit.26 © L\u2019ACTION NATIONALE dialisadon10.De Montréal à Oslo, de Bangkok à Santiago, de Florence à Seattle, des milliers de foyers utilisent les mêmes produits provenant des quatre coins du monde: meubles suédois, rideaux chinois, téléviseurs japonais, lecteurs de disques fabriqués aux Etats-Unis, ordinateurs américains assemblés à Singapour, vins du Chili, automobiles formées de pièces en provenance de 15 ou 20 pays.On parle de mondialisation sans savoir exactement s\u2019il s\u2019agit d\u2019une menace ou d\u2019un don du ciel.Dans un récent ouvrage percutant intitulé Djibad versus McWorld et sous-titré Mondialisation contre la démocratie[1, Benjamin R.Barber explore en long et en large les deux grandes tendances qui se font charmeuses pour conquérir les sociétés actuelles.D\u2019une part, celle qu\u2019il appelle le McWorld, ce monde sans frontière dont le veau d\u2019or est la consommation tous azimuts.D\u2019autre part, Djihad, celle qui transforme nos particularismes en une véritable religion qu\u2019il nous faut défendre à tout prix et à n\u2019importe quel prix.C\u2019est finalement de démocratie dont il est question dans ce livre: «La démocratie et les dangers qu\u2019elle court dans un monde où les forces marchandes et celles qui s\u2019y opposent sont aux prises.» Ne prenons cependant pas nos rêves pour des réalités.C\u2019est encore 3 000 langues qui sont parlées dans le monde, sans compter quelque 2 000 dialectes.Cette diversité est inégalement partagée: plus de 1 000 langues en Afrique, 700 en Océanie, 600 en Asie, 250 en Amérique latine, 50 en Amérique du Nord et 30 en Europe.Toutes ces langues sont de précieux héritages.Une centaine seulement sont parlées par plus d\u2019un million d\u2019utilisateurs; 12 le sont par plus de 100 millions de personnes, dont la langue française, toujours présente sur les cinq continents.Ces 5 000 langues de l\u2019humanité, ce sont 5 000 cultures, 5 000 visions 10.\tCes données sont extraites d\u2019un document de travail préparé par la firme Coscient dans le cadre d\u2019un projet avec le Musée de la civilisation, février 1997.11.\tDesclée de Brouwer, 1996.L\u2019ACTION NATIONALE ©27 du monde, 5 000 mondes.Lorsqu\u2019on parle de mondialisation, il s\u2019agit d\u2019une toute autre chose que la fréquentation du restaurant chinois de notre quartier ou du visionnement d\u2019un film polonais.Il s\u2019agit notamment de la possibilité que nous offrent les nouveaux moyens de communication pour diversifier nos sources de connaissance, de la variété inépuisable des richesses intellectuelles, techniques et spirituelles, de la rapidité avec laquelle les pouvoirs de toute nature peuvent être exercés.J\u2019en prends comme exemple cette observation de monsieur Kenneth Courtis, premier vice-président de la Deutsche Bank, lors d\u2019un récent colloque à Montréal: «Ce matin je me suis levé vers six heures, j\u2019ai allumé mon ordinateur et j\u2019ai sélectionné le tableau des titres des trois grandes places boursières du monde.Après examen, j\u2019ai envoyé quelques messages à mes clients et je leur ai transmis mes recommandations.Lorsque je repasserai à ma chambre, à l\u2019heure du déjeuner, je prendrai connaissance des réponses reçues et je terminerai les transactions.» La mondialisation, c\u2019est plusieurs choses mais c\u2019est avant tout le fonctionnement en temps réel.Ceux et celles qui souhaitent tracer la voie de la culture pour le prochain millénaire doivent se donner des projets qui eussent été révolutionnaires il y a dix ans à peine.Conclusion On ne règle pas de grands problèmes par un discours.Mon propos est plus modeste: pendant des siècles l\u2019évolution des idées, des mœurs, des pratiques démocratiques, de l\u2019école, des politiques économiques se faisait lentement, au rythme de la nature.Rien ne pouvait se dérouler rapidement lorsque les paysans labouraient avec la charrue à un socle tirée par une paire de bœufs.Les chevaux et la diligence accélérèrent sans doute les choses, ce qui n\u2019empêcha pas moins la nouvelle de la défaite de Napoléon à Waterloo de se rendre à Paris neuf mois plus tard.28 © L\u2019ACTION NATIONALE C\u2019était il y a moins de deux cents ans12 ! Je vous laisse poursuivre depuis la machine à vapeur, le télégraphe sans fil, Internet, le cyberespace et bientôt la voiture électrique.Les choix que j\u2019ai retenus pour illustrer les domaines d\u2019intervention des politiques culturelles pour les années qui viennent sont arbitraires, donc discutables.Mais là où je suis persuadé d\u2019être dans la bonne direction, c\u2019est en ce qui a trait à l\u2019existence d\u2019une puissante lame de fond dont on voit déjà les manifestations à travers : \u2022\tla transition démographique; \u2022\tles mutations dans les modes et les moyens de communication et de l\u2019informatique; \u2022\tla capacité d\u2019intégrer de nouvelles valeurs éthiques et sociales ; \u2022\tla transformation des arts et le développement fulgurant du multimédia; \u2022\tles rapprochements de la culture scientifique et technologique et de la culture humaniste traditionnelle; \u2022\tla naissance d\u2019une société nouvelle comme conséquence des migrations et des puissants effets de la mondialisation; \u2022\tl\u2019évolution des formes de la démocratie, en raison notamment des nouveaux modes d\u2019exercice du pouvoir.Ceux et celles qui exercent des responsabilités politiques ou administratives dans le domaine de la culture et de l\u2019éducation ne sauraient plus y vaquer selon un modèle du XIXe siècle.Joël de Rosnay13, biologiste et humaniste, insiste dans une formule lapidaire: «Etre cultivé aujourd'hui c'est savoir intégrer.» Le XXIe siècle est à nos portes.Si vous en doutez, posez un geste simple en tentant de réserver une chambre d\u2019hôtel, par 12.18 juin 1815.15.Son plus récent ouvrage ouvre des voies nouvelles à la réflexion sur les grands enjeux, L'homme symbiotique, Editions du Seuil, 1995.L\u2019ACTION NATIONALE ©29 Internet bien sûr, pour le premier janvier de l\u2019An 2000, dans un grand hôtel de New-York, Paris, Londres ou Berlin.Vous découvrirez que tout est réservé pour permettre de célébrer la grande liturgie selon des rites actuels qui rejoignent les plus anciens, ceux qu\u2019on qualifie parfois de primitifs.30© L\u2019ACTION NATIONALE De Gaulle, 30 ans après Pierre-Louis Malien1 l\u2014Jz célébration du XXXe anniversaire de la visite du général De Gaulle au Québec a soulevé et soulève encore tant de problèmes qu\u2019il est du devoir de celui qui a lancé l\u2019idée de cette commémoration de donner quelques explications.Je suis très attaché à cette page d\u2019histoire pour deux raisons personnelles: non seulement j\u2019ai été un témoin privilégié de l\u2019événement et son historien,2 mais je fus mêlé de très près à l\u2019organisation de ce voyage.Pour comprendre ses buts et ses causes, il faut remonter plus haut.Vers 1962, l\u2019ambassadeur de France à Ottawa, Raymond Bousquet, bien que vivant nécessairement en symbiose avec les autorités fédérales, avait eu la perspicacité de comprendre que si le Canada est une puissance anglophone amie et alliée avec qui la France doit entretenir des relations cordiales, ce pays est d\u2019abord et surtout à nos yeux le seul au monde à avoir été fondé par des soldats et des émigrants français.Louis XIV en avait fait non une 1.\tMembre O de l\u2019Institut de France, Docteur h.-c.de l\u2019Universitc du Québec, Officier de la Légion d\u2019Honneur, chevalier de l\u2019Ordre des Francophones d\u2019Amérique.De 1963 à 1969, il représenta au Canada la Radio-Télévision de la France.2.\tP.L.Malien, Vive le Québec libre, préface de René Lévesque (Plon, 1978).L\u2019ACTION NATIONALE © 3 1 colonie mais une province, au même titre que l\u2019Auvergne.Nous n\u2019avons pas à chasser de notre mémoire le souvenir malheureux de la tragédie de 1759 mais, surtout, nous devons garder dans notre cœur celui, ému, de ce que De Gaulle devait magnifiquement appeler la souveraineté inconsolable de la France.Aussi, Bousquet suivit-il avec sympathie ce qu\u2019on a nommé, au début des années soixante, la Révolution tranquille.Jean Lesage, heureux de cette attitude, très nouvelle chez un représentant de la République, généralement conditionné par l\u2019ambiance d\u2019Ottawa où tout ceci était considéré comme l\u2019agitation patriotarde de quelques intellectuels sans importance, lui fit remarquer que si ses dépêches informaient le gouvernement, personne d\u2019autre en France n\u2019était au courant de l\u2019éveil des Québécois parce que nul ne se trouvait au Canada, pour le raconter aux Français.Bousquet avait tous les défauts de la jeunesse, ce qui est rare chez un ambassadeur à la veille de la retraite, il était passionné, courageux et féru de moyens modernes; il multiplia les démarches pour que Paris charge quelqu\u2019un de venir créer et animer au Canada un organe représentant l\u2019audiovisuel français.Sur la rive de la Seine, on hochait la tête et rangeait ses dépêches dans les archives pour ne plus y penser.Appuyer le réveil des Canadiens français Quand Jean Lesage décida d\u2019aller à Paris prier le président de la République d\u2019appuyer le réveil des Canadiens français, Bousquet lui suggéra de demander aussi qu\u2019on envoie quelqu\u2019un pour la radio-télévision.Le premier Ministre en parla à De Gaulle qui lui répondit : « Vous avez bien fait de me le dire ».Le lendemain, le Président donna un ordre au ministre de l\u2019Information, Alain Peyrefitte, qui me désigna.Lesage, lui-même, me l\u2019a raconté quand, peu après mon arrivée, en juin 1963, je lui rendis visite dans son bureau de Québec où il m\u2019accueillit en me disant: «Monsieur, vous êtes l\u2019incarnation de ma conversation avec le 32 © L\u2019ACTION NATIONALE général De Gaulle ».Dans son interview que j\u2019enregistrai, il précisait pour justifier la nécessité d\u2019un dialogue franco-québécois: «Mon sentiment est peut être aussi naïf que celui d'un fils qui dit à son père « Regarde comme j'ai grandi !», mais il est trop sincère \u2014 et, j'oserai dire, trop flatteur pour vous \u2014 pour que vous le repoussiez ».Corriger les idées fausses des Français, c\u2019est exactement ce qui, moi qui les avais partagées jusqu\u2019à une date alors récente, je voulais faire en racontant ce que je «découvrais»: les Canadiens français de Maria Chapdelaine étaient en train de devenir les Québécois de René Lévesque.J\u2019eus beaucoup de peine à faire passer mes messages sur l\u2019antenne.Aux yeux des gens de l\u2019ORTF (la télévision française de l\u2019époque), le Canada était un pays vide, froid, où il ne se passe rien; l\u2019Amérique, c\u2019était New York, point final.Quand je parlais du premier ministre Johnson, on mettait, déçu, ma bobine au panier en constatant qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019un obscur homonyme du président des Etats-Unis.Je me dis qu\u2019il faudrait un choc pour qu\u2019en France on prît conscience de la réalité ; accessoirement, cela encouragerait les Québécois à qui il fallait une certaine bravoure pour mettre en cause le système odieux dans lequel ils avaient été élevés et qui leur paraissait donc tout naturel.Seul, le plus illustre des Français pourrait donner ce coup de pouce au destin.Je saisis toutes les occasions de faire savoir au chef de l\u2019Etat qu\u2019il serait reçu chaleureusement et avec reconnaissance par les Québécois maintenant réveillés, contrairement à ce qui s\u2019était passé lors de son voyage de 1960 au cours duquel il n\u2019avait rencontré qu\u2019indifférence au Québec, pas encore sorti d\u2019une espèce de Moyen-Age, et désinvolture au Canada anglais où rien ne l\u2019obligerait à se rendre à nouveau.J\u2019étais aidé dans cette tâche par un petit groupement de fait.Il réunissait une demi-douzaine de Français qui, à Paris, occupaient des postes stratégiques et s\u2019étaient, comme moi, pris d\u2019amour L\u2019ACTION NATIONAL!'.@33 pour le Québec.Nous formâmes ce que, au temps de la Résistance (il s\u2019agissait aussi d\u2019une occupation), on appelait un réseau.Nous ne risquions pas, comme avec les Allemands, les camps de concentration et la mort, mais \u2014, ce qui n\u2019est pas rien pour de jeunes agents de l\u2019Etat \u2014 d\u2019être désavoués et accusés de sortir de notre rôle.Philippe Rossillon avait été un précurseur; il s\u2019occupa ensuite des francophones hors Québec, irritant Trudeau au point de lui faire lancer des accusations absurdes (« agent secret ») que le premier ministre fédéral dut rétracter piteusement.Xavier Deniau, point encore ministre mais déjà député, éclairait le Parlement français.Martial de la Fournière, alors conseiller de Pierre Mess-mer, ministre de la Défense, faisait la liaison avec l\u2019Armée.Bernard Dorin, aujourd\u2019hui ambassadeur de France et conseiller d\u2019Etat, qui avait jadis été attaché d\u2019ambassade à Ottawa, tenait De Gaulle informé par des mémoires précis que Saint-Légier, conseiller diplomatique à l\u2019Elysée, remettait au président de la République, lequel en faisait sa lecture des dimanches.Jean-Daniel Jurgensen était, poste hautement favorable, directeur d\u2019Amérique au ministère des Affaires étrangères; lui qui avait durant le gouvernement français, la responsabilité de tout ce qui se passait entre le pôle Nord et la Terre de Feu, était venu me dire que le plus important dont personne ne semblait se douter en Europe, était l\u2019éveil des Canadiens français; il me fit l\u2019honneur de me demander de l\u2019informer.Nous nous jurâmes de coopérer en confiance totale et nous fumes fidèles à cette promesse.La visite de De Gaulle C\u2019est à travers ce réseau que je m\u2019efforçai de faire comprendre à Paris que la France devait répondre à l\u2019appel de ces frères oubliés qui nous semblaient ressusciter.Cette réponse ne pouvait être donnée que par une visite du chef de l\u2019État.Nous nous employâmes à la faire décider puis à l\u2019organiser.Bien des obsta- 34 © L\u2019ACTION NATIONALE employâmes à la faire décider puis à l\u2019organiser.Bien des obstacles durent être surmontés.En juin 1960, Deniau vint me dire que le général ne voulait plus venir parce que le gouvernement canadien exigeait que son avion atterrisse non à Montréal mais à Ottawa, d\u2019où, après des cérémonies proprement fédérales, il pourrait ensuite aller à Montréal visiter L\u2019Exposition.«C\u2019est le voyage de 1960 qui recommence.De Gaulle n\u2019en veut pas ».Seul au monde, il avait été invité directement par le Québec qui s\u2019était doté d\u2019un ministère des Affaires intergouvemementales pour poser ce geste en infraction à la loi, votée à Londres et promulguée par la reine Victoria, qui le régissait.« De Gaulle veut commencer par le Québec; il ira, ensuite, à Ottawa.Mais le fédéral s\u2019entête» m\u2019expliqua Deniau.Je suggérai: «Qu\u2019il vienne en bateau! Nous mettrons ainsi la géographie au service de la conjoncture historique où nous sommes».L\u2019idée transmise par Deniau fut adoptée.Ce devait être le prestigieux débarquement du Colbert à l\u2019Anse au Foulon, l\u2019accueil chaleureux dans la Vieille Capitale, le fondamental discours du Frontenac où tout serait dit, sauf un mot, l\u2019adjectif libre! qui, le lendemain, réveillerait ceux qui n\u2019écoutaient pas; enfin, à l\u2019initiative, cette fois, de Bernard Dorin, l\u2019extraordinaire chevauchée du Chemin du Roi.Ce sont mes conversations téléphoniques avec Jurgensen qui montèrent toute l\u2019opération.Des patriotes bien placés à Ottawa me racontaient les démarches embarrassées de notre ambassadeur \u2014 homme bien différent de son prédécesseur Bousquet \u2014 que les fédéraux recevaient avec d\u2019autant moins d\u2019égards qu\u2019ils le sentaient parler à contrecœur.Je donnais au directeur d\u2019Amérique ces indications dont il nourrissait les instructions nouvelles que notre malheureux représentant recevait avec accablement.Finalement, il était bien obligé de transmettre les exigences de la France et les gens d\u2019Ottawa ne pouvaient que se résigner à les accepter.Ainsi fut organisée la visite de De Gaulle qu\u2019un journal montréalais de l\u2019époque annonça en comparant notre programme à l\u2019arrivée de Cléopâtre devant César.L\u2019ACTION NATIONALE © 3 5 Si j\u2019ai fait donner l\u2019ordre de mettre, sur la façade de l\u2019hôtel de ville de Montréal le micro qui allait transmettre à travers l\u2019espace et le temps le Vive le Québec libre!, ce fut sans deviner qu\u2019il deviendrait historique, simplement parce que, contrairement aux organisateurs qui ne mesurant pas l\u2019évolution du Québec depuis 1960 ne jugeaient pas utile que le général aille sur le balcon saluer le peuple, j\u2019étais sûr que les Québécois acclameraient De Gaulle et que celui-ci voudrait leur répondre.Il n\u2019a pas été informé que j\u2019avais pris cette initiative et n\u2019a donc pas pu prévoir un discours au peuple à son arrivée à Montréal.Mais il connaissait son devoir depuis longtemps, depuis toujours comme le prouvent son «appel aux Canadiens français» lancé de I .ondres le 1er août 1940 et sa citation de Montcalm dans son discours aux officiers du colonel Pétain de 1913.Il connaissait son devoir et le fit.Quelques minutes après le Vive le Québec libre!, René Lévesque me dit que cela allait accélérer bien des choses; en effet, il démissionna du parti libéral dont il était la vedette pour (je le cite) «s\u2019engager irrémédiablement dans la marche de l\u2019indépendance du Québec»; il fonda le MSA puis le PQ et, dans son livre Option Québec, paru en janvier 1968, mit en exergue ces mots: « Vive le Québec libre!, Charles De Gaulle».Pourquoi se souvenir ?Même les très jeunes gens n\u2019ignorent pas ce qui, au Québec, a suivi jusqu\u2019à nos jours.Mais je dois dire pourquoi on reparle de tout cela aujourd\u2019hui.Appelé à d\u2019autres fonctions, je quittai Montréal en 1969 pour devenir directeur de l\u2019ORTF à Grenoble.Peyrefitte, Deniau et quelques autres fondaient France-Québec-, afin de décentraliser, je créai Alpes-Québec, volontairement mise dans le cadre de l\u2019association nationale puis devenu secrétaire général de France- 36 © L\u2019ACTION NATIONALE Québec, j\u2019encourageai ailleurs des initiatives semblables; aujourd\u2019hui, ces régionales couvrent toute la France, offrant au délégué général du Québec un réseau complet d\u2019amis dévoués et compétents, avantage dont ne dispose aucun des autres diplomates en poste à Paris.A l\u2019approche de 1987, j\u2019entrepris de faire célébrer le vingtième anniversaire de l\u2019historique visite.J\u2019obtins de la Monnaie (notre historique Hôtel des Monnaies sis à Paris) la frappe d\u2019une médaille commémorative dont je confiai la gravure à mon éminent confrère Raymond Corbin, de l\u2019Académie des Beaux-Arts.Elle fut présentée dans une cérémonie, à l\u2019Institut de France, présidée par Léopold Sedar Senghor, de l\u2019Académie française, ancien président de la République du Sénégal, à laquelle assistaient les plus hautes personnalités.Personne, dans le monde, n\u2019y vit matière à critique.Pour le trentième anniversaire, je décidai, dès 1995, de faire plus; l\u2019événement était davantage éloigné et, d\u2019autre part, il fallait frapper l\u2019opinion pour assurer la relève: je ne serais plus là, en 2017, pour fêter le cinquantième anniversaire.Au lieu d\u2019agir seul, je créai une association spéciale et, puisque la loi exige qu\u2019on soit au moins trois, en recrutant deux des survivants de ce que, en 1967, on appelait au Quai d\u2019Orsay «la gang des Québécois», Deniau et Dorin.Nous décidâmes de prendre comme président un «gaulliste historique».L\u2019ancien premier ministre Pierre Messmer, secrétaire perpétuel de l\u2019Académie des sciences morales et politiques, accepta aussitôt.Notant toutes les idées qui nous venaient à l\u2019esprit, nous dressâmes une liste de vingt projets que nous soumîmes aux gouvernements de la France et du Québec.Ils se répartirent la tâche.Québec prit en charge une exposition, une statue, des plaques commémoratives le long du Chemin du Roi et à bord du Colbert, un colloque à l\u2019Université, etc.La France, la réception du premier ministre québécois au Palais Bourbon, l\u2019émission d\u2019un timbre L\u2019ACTION NATIONALE ©37 commémoratif, une réception à l\u2019hôtel de ville de Paris et d\u2019autres projets.L'affaire du timbre Fout ceci n\u2019avait rien de secret; bien au contraire, nous étions heureux de le voir expliqué dans les journaux québécois.Mais la presse française, renouvelant son indifférence de 1967, n\u2019en parlait pas.J\u2019obtins du Figaro qu\u2019il publiât, le 19 février 1997, une interview où j\u2019exposai tout.C\u2019est cet article, bien innocent, qui mit le feu aux poudres; ceux que par la suite, j\u2019ai nommés «un quarteron d\u2019anglophones rancis », expression inspirée du général De Gaulle que j\u2019ai employée sur l\u2019antenne de Radio-Canada et dont des Québécois m\u2019ont dit qu\u2019elle avait fait mouche, entreprirent une violente campagne contre non pas tellement l\u2019ensemble du projet de célébration, mais surtout une de nos idées, l\u2019émission du timbre.Pourquoi celle-là plutôt que les autres?On ne sait.Le gouvernement fédéral était au courant depuis plusieurs mois par la lecture des journaux québécois et, sans doute, d\u2019abord par son ambassadeur à Paris; il ne disait rien.Mais la campagne qu\u2019entreprirent le susdit quarteron et, à sa suite, la plupart des anglophones et ceux qui se veulent leurs collaborateurs l\u2019obligea à agir.Cela s\u2019était passé de même, à l\u2019accéléré, en 1967 : le fédéral ne commenta pas le «Vive le Québec libre! » mais finit pas céder à la pression des mêmes milieux qu\u2019aujourd\u2019hui, campagne qui obligea le respectable M.Pearson, spontanément réservé, de laisser publier le communiqué du 25 juillet au soir où, au milieu de paroles fort aimables pour De Gaulle, se glissait 1 adjectif «inacceptable » que De Gaulle n\u2019accepta pas.Le processus fut analogue en 1997; comme le responsable n\u2019était plus un éminent personnage, Prix Nobel de la Paix, mais un politicien ordinaire, le premier ministre du Canada eut l\u2019audace de téléphoner au président de la République pour lui dire que le timbre dont on parlait l\u2019ennuyait.38 © L\u2019ACTION NATIONALE C\u2019était fort audacieux car cela consistait pour un pays, ami certes et allié, mais étranger, à se mêler d\u2019une affaire tout à fait intérieure à la France.Notre pays, souverain depuis siècles et millénaire, frappe sa monnaie et ses timbres comme il veut.De Charles Quint à Guillaume II et à Hitler nul ne s\u2019est jamais permis d\u2019intervenir.On m\u2019objectera que célébrer De Gaulle au Québec est désobligeant à l\u2019égard de ceux qui ont la faiblesse de supposer acceptable l\u2019organisation actuelle du Canada, c\u2019est-à-dire le maintien d\u2019un peuple qui nous est cher car il est issu du nôtre dans une situation de colonisé.Je sais que ce mot paraît choquant; c\u2019est pourtant celui qu\u2019ont employé le 23 février 1965 MM.Laurendeau et Dunton, co-présidents de la Commission royale d\u2019enquête, dite « B.B.».Etre colonisé c\u2019est trouver acceptable, normal de devoir obéir à des lois votées dans un parlement où un autre peuple est organiquement majoritaire.Le Canada se permet de reprocher à la France de célébrer De Gaulle, ami dévoué du Québec, alors que l\u2019Allemagne n\u2019a jamais eu l\u2019arrogance de protester contre les nombreux timbres que nous avons dédiés à l\u2019«Homme du 18 juin», celui qui a remis la France dans le combat contre les Allemands et fêté leur défaite.Pour émouvoir le président de la République, celui qui téléphonait d\u2019Ottawa lui avait dit: « Ce timbre, que certains chez moi contestent, doit paraître prochainement.Or, je compte dissoudre les Communes d\u2019ici à l\u2019automne.Sa diffusion pendant ma campagne électorale va compliquer ma réélection».Jacques Chirac sait ce que c\u2019est que se faire réélire; il ne pouvait pas refuser le service qu\u2019on sollicitait.Il demanda donc au gouvernement de remettre à l\u2019automne la sortie du timbre.Quand je sus que M.Chrétien avait dissout les Communes si vite que l\u2019élection aurait lieu le 2 juin, c\u2019est-à-dire six semaines avant la sortie de notre timbre, prévue pour la date anniversaire du 24 juillet, je dis au ministre de la Poste que plus rien n\u2019obligeait L\u2019ACTION NATIONALE 039 de modifier nos plans.Il me répondit: «Trop tard ! Le gouvernement a décidé hier de remettre l\u2019édition à l\u2019automne ».Mon président était bien d\u2019accord pour aller dire à Matignon (résidence du premier Ministre) qu\u2019on avait pris une décision trop hâtive, mais il n\u2019y avait plus personne à Matignon.Car, entre-temps, Jacques Chirac avait dissout l\u2019Assemblée nationale et le gouvernement s\u2019effaçait devant son futur successeur.Je reconnus qu\u2019en automne on serait encore dans l\u2019année trentenaire et que la sortie du timbre coïnciderait avec d\u2019autres beaux événements commémoratifs, notamment des colloques à Montréal et à Paris.Et Vhistoire continue Dès qu\u2019il fut formé, je pris contact avec le nouveau gouvernement, plus précisément le secrétariat d\u2019Etat à l\u2019Industrie, chargé de la Poste.Je n\u2019y trouvais aucune mauvaise volonté systématique.« Ce timbre a été décidé par un arrêté ministériel de notre prédécesseur, il sera donc fait à l\u2019automne; reste, peut-être, à examiner certaines modalités», me dit-on.Mais bientôt, les journaux anglophones d\u2019Ottawa, qui, en mars au début de l\u2019affaire, m\u2019avaient assailli d\u2019interviews téléphoniques, m\u2019appelèrent à nouveau, m\u2019objectant que le porte-parole de l\u2019ambassade de France à Ottawa leur disait qu\u2019on avait renoncé au timbre.Contrairement à ce que faisait ainsi annoncer le Quai d\u2019Orsay, toujours prompt à calmer les vagues et, souvent hélas, à n\u2019importe quel prix, l\u2019affaire était si peu terminée, que, en juillet l\u2019ambassadeur du Canada à Paris, Jacques Roy, demanda audience au secrétaire d\u2019Etat chargé de la Poste.Roy partait en vacances; l\u2019entretien eut lieu à son retour, le 21 août.Je suis en mesure de dire que Christian Pierret était parfaitement documenté sur l\u2019affaire.L\u2019ambassadeur ayant redit que Ottawa souhaitait la suppression de ce timbre, le ministre lui répondit que le gouvernement, animé des meilleurs sentiments pour le Canada, désirait lui être agréable mais que c\u2019est souhaiter 40 © L\u2019ACTION NATIONALE une chose énorme que de demander à la France, pour satisfaire un caprice, de revenir sur une décision qu\u2019elle a annoncée.Pour justifier l\u2019acharnement dont témoignait sa démarche, Jacques Roy prétendit que l\u2019opinion publique canadienne était toujours très montée contre la célébration du trentième anniversaire de la visite du Général De Gaulle au Québec et il donna pour preuve un incident tout récent: trois jours plus tôt, la statue du général, qui a été inaugurée le 23 juillet, à Québec, avait été maculée.Trois jours avant le 21 août, c\u2019était le lundi 18 août.Or, il se trouve que j\u2019ai une information très sûre sur l\u2019opinion d\u2019un observateur hautement qualifié au sujet de l\u2019état d\u2019esprit à ce sujet à ce moment-là: dans un message électronique reçu le 18 août du directeur d\u2019un des plus importants et sérieux quotidiens québécois avec qui j\u2019avais un échange de correspondance sur la dite commémoration, cet éminent observateur me disait que le rappel du Vive le Québec libre ! n\u2019était plus présent dans l\u2019esprit du public, d\u2019autres sujets d\u2019actualité retenant maintenant l\u2019attention.Surprenant qu\u2019il y eut alors une manifestation ! Je ne dis pas que Jacques Roy, mesurant la faiblesse et l\u2019audace de la démarche qu\u2019on lui faisait faire, a pu demander qu\u2019on lui fournisse des arguments de fait (je ne le dis pas parce que je n\u2019en sais rien) mais on conviendra que tout s\u2019est passé comme si quelqu\u2019un entre l\u2019ambassade à Paris et les malfaiteurs à Québec, en passant par le gouvernement et l\u2019administration à Ottawa, quelqu\u2019un désireux d\u2019aider l\u2019ambassadeur et de nuire à la France et au Québec, avait fait le nécessaire pour que se produise, juste à temps, un événement, mineur peut-être (on a aussitôt nettoyé la statue) mais nettement orienté.Telle fut mon impression et \u2014 ce qui est plus important \u2014 la réaction immédiate de la très haute et intellectuellement éminente personnalité québécoise Paris à qui je racontais ce que j\u2019écris ci-dessus.Peut-on croire à une coïncidence?Du temps de la «guerre froide», on admirait que, à la veille de chaque négociation avec L\u2019ACTION NATIONALE © 41 l\u2019Occident, l\u2019URSS annonçait triomphalement une spectaculaire réussite dans la recherche atomique ou spatiale.En Europe, en Amérique, on ne voulait pas croire à un hasard.On admirait ou bien la science soviétique qui parvenait à obtenir un succès au moment politiquement utile, ou bien l\u2019astuce soviétique qui réussissait à provoquer la réunion d\u2019une conférence internationale à l\u2019époque où Moscou pourrait annoncer une flatteuse information.La comparaison est évidemment dérisoire.Ottawa opère au niveau de ses modestes capacités; il est plus facile d\u2019envoyer des voyous salir une statue que d\u2019envoyer un homme dans l\u2019espace.Mais la manœuvre est la même.On peut être assuré que cela continuera.A moins que la publication de mes observations freine ces machinations, quelque chose, apparemment gênant, se produira avant la prochaine fois.Le 21 août, on a décidé d\u2019attendre, pour trancher la question, la venue à Paris du premier ministre du Québec.La solennité exceptionnelle avec laquelle il sera accueilli, fin septembre, est due à nos initiatives, les démarches que mes amis et moi, avons effectuées depuis plus d\u2019un an auprès du chef de l\u2019Etat, du gouvernement, du président de l\u2019Assemblée nationale.J\u2019espère que Lucien Bouchard profitera de ces rencontres pour leur dire, à l\u2019inverse d\u2019autres qu\u2019au Canada, tout un peuple est reconnaissant à De Gaulle (« De Gaulle a bien fait de venir», 72 % des Québécois, sondage du 12 août 1967) et que renoncer à commémorer son historique visite serait offenser le Québec.Les répercussions médiatiques Il me reste à parler des journaux de France.Comme ailleurs dans le monde, beaucoup semblent faire leur la formule déplorable que, une fois pour toutes, a dénoncée mon vieil et très cher ami Jean Guitton, Silence sur l'essentiel!.En outre, nourris d\u2019infor- 42 © L\u2019ACTION NATIONALE mations venues par les agences anglo-saxonnes, ils voient comme une anomalie, au moins une étrangeté, des propos différents.Pendant l\u2019Exposition de 1967 à Montréal, les journaux parisiens et provinciaux n\u2019ont, en huit mois (1er mars-ler novembre), publié sur cet événement universel que 997 articles, donnant une image très conventionnelle du « pays de Maria Chapdelaine ».En treize jours (24 juillet\u201416 août) le geste de De Gaulle y fut commenté dans 1 355 articles.Il y avait eu «événement», c\u2019est à dire actualité.Mais ces commentaires étaient pleins d\u2019erreurs; ces journalistes ignoraient tout du problème que j\u2019appelle «l\u2019affaire Canada».Cela fut analysé en 1968 par le professeur Jacques Rivest de l\u2019Université Laval.Déjà le 27 juillet 1967, je disais sur les antennes de l\u2019ORTF: «Le Général De Gaulle a secoué les colonnes du temple.Que les prêtres de ce temple l\u2019en maudissent, quoi de plus naturel?mais ceux qui, avec prudence ou avec ferveur, jugent nécessaire qu\u2019on transforme cet édifice le remercient».Cela se passa de même trente ans après.J\u2019ai eu beaucoup de peine à faire parler de nos travaux par la presse de France.Les protestations, du «quarteron» ont tout arrangé; il y avait incident, c\u2019était de l\u2019actualité.Mais bien entendu, on en parla à contresens.Je dus provoquer des rectifications.Je citerai en exemple un grand quotidien de Paris, pourtant très bien disposé à l\u2019égard du Québec.Racontant les protestations d\u2019Ottawa, il décrivait ainsi le projet de timbre «l\u2019image litigieuse»: « Elle représente une foule agitant des drapeaux français et québécois devant Vombre du général De Gaulle au balcon de l'hôtel de ville de Montréal.Sur le socle (sic), on lit: Vive le Québec libre!.Jacques Chirac juge l'évocation un peu lourde».Je suis bien du même avis mais c\u2019est précisément pour cela que j\u2019ai conçu un timbre tout à fait différent.Devant l\u2019artiste choisie par la Poste, j\u2019ai fait projeter l\u2019excellent film de Labrecque L\u2019ACTION NATIONALE ©43 et je lui ai remis de nombreuses photos, lui disant de rendre cette atmosphère de joie et d\u2019enthousiasme populaire en s\u2019inspirant de ces documents, à l\u2019exception d\u2019une scène, celle du balcon, la première qui vient à l\u2019esprit mais que j\u2019écarte car il faut être fidèle mais non provocateur.Effectivement, l\u2019artiste représenta la foule avec ses petits drapeaux, comme nous l\u2019avons vue le long du Chemin du Roi, saluant De Gaulle ( et non son « ombre », ce qui dramatiserait la scène); elle ne mit ni «socle», ni inscription \u2014 sauf: « De Gaulle au Québec.1967 ».L\u2019image est irréprochable.Il ne faut pas laisser accréditer l\u2019idée que notre projet était scandaleux et que la France l\u2019a heureusement amendée devant les protestations.Ce serait en outre fort injuste pour le promoteur; je n\u2019ai été ni maladroit, ni imprudent.Dès 1995 pour le timbre, et déjà avant 1987 pour la médaille, j\u2019avais donné les instructions appropriées et elles furent suivies par les artistes.La laine du mouton Plus que par ces sottises de la presse française, je suis peiné par la réflexion que me fait un ami québécois récemment arrivé à Paris : « Votre célébration du trentième anniversaire a provoqué des protestations.Voilà des problèmes inutiles! Il aurait mieux valu prendre un profil bas.».Ce Québécois est un membre du P.Q., qui a servi avec dévouement René Lévesque et ses successeurs.Désolé d\u2019entendre de pareils propos, je lui dis affectueusement: «La laine a repoussé sur le mouton de Jean-Baptiste.Vous le conduisez pour le faire retondre ! » J\u2019espère qu\u2019il ne faut pas généraliser et que cette attitude de soumission est un cas particulier.D\u2019autre part, je suis scandalisé par certains arguments qu\u2019on a osé utiliser contre mes initiatives, frappant un tam-tam sur des 44 O L\u2019ACTION NATIONALE cercueils: «Au timbre sur De Gaulle au Québec, opposons une image de soldats canadiens morts pour la libération de la France ! Les soldats anglophones combattaient l\u2019ennemi commun comme leurs frères venus du Royaume-Uni; quant aux francophones, notre reconnaissance nous est une raison de plus de les aider dans leur propre libération.Pour ma part, j\u2019ai témoigné de mes sentiments il y a longtemps : vers 1965 j\u2019ai réalisé un film avec le général Dollard Ménard et quelques autres survivants à la gloire de ces soldats qui furent sacrifiés dans l\u2019opération de Dieppe.Je reconnais que la protestation des anglophones est bien naturelle.On comprend la colère de gens qui, profitant depuis sept ou huit générations de privilèges exorbitants nés de la défaite de nos armes et des abandons de notre diplomatie, les voit dénoncés devant l\u2019opinion mondiale par un personnage historique et ensuite battus en brèche par les victimes éclairées de ce fait; on comprend aussi qu\u2019ils s\u2019emportent contre le modeste fidèle qui, trente ans après, vient raviver ce souvenir.Les protestations du «quarteron» ont mis fin à la seule inquiétude que j\u2019avais.Je craignais que ma célébration passât inaperçue, comme celle du vingtième anniversaire, brillamment réussie sur le plan culturel, mais qui resta ignorée des principaux intéressés.Je me reprochais l\u2019excès de discrétion de mon principe de ne pas faire de provocation, mais j\u2019y restais fidèle.Les cris et les absurdes démarches contre le timbre, les ordures et les drapeaux rouges autour de la statue ont assuré la promotion du trentième anniversaire.Ce succès assure aussi la continuité.Je me demandais qui s\u2019occuperait, en 2007, du quarantième anniversaire.Grâce au bruit fait cette année, la relève est assurée.J\u2019ai vu venir nos successeurs.L\u2019ACTION NATIONALE #45 Pour simplifier leur tâche, j\u2019espère que d\u2019ici-là, les Québécois auront fait en sorte que Vive le Québec libre! ne sera plus un vœu mais une constatation.Pour moi, personnellement, je leur serai obligé de le faire assez vite afin que, à ma dernière heure, qui ne saurait être lointaine, je puisse reprendre, en l\u2019adaptant, le mot admirable de Montcalm \u2014 et dire: «Je meurs content, j\u2019ai vu les Québécois maîtres à Québec ».PASSEZ À L'HISTOIRE! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l'histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d'ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d'époque.Alors.Passez à l'histoire et abonnez-vous ÿ| Cap-aux-Diamants POUR VOUS ABONNER JE M'ABONNE\t(toaslrises) ' Pour 1 an Q (4N\u201c 30$), pour 2 ansü(8N\u201c 55$) NOM_______________________________ ADRESSE - Par téléphone: (418) 656-5040 Par télécopieur: (418) 656-7282 Par la poste: VILLE PROV.CODE POSTAL - TÉL.: (\t)- (Vous recevrez le prochain No: Mare, Juin, septembre ou décembre) C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R 4M8 46 © L\u2019ACTION NATIONALE Quelques données socio-économiques sur le Pontiac Michel Paillé1 A fin d\u2019ajouter au dossier de L'Action nationale sur le Pontiac - une MRC de l\u2019Outaouais québécois -, nous apportons ici cette modeste contribution.Un peu avant que toutes les données du recensement de 1996 soient rendues publiques par Statistique Canada, il est bon de dessiner le portrait socio-économique que cette Municipalité régionale de comté présentait au début des années 1990.Population et structure par âge L\u2019accroissement de la population du Pontiac entre 1991 et 1996 fut légèrement inférieur à celui de l\u2019ensemble du Québec.Alors que la population du Québec augmentait de 3,5 %, celle du Pontiac connaissait une augmentation de 3,1 % seulement (tableau 1).Il faut toutefois noter que l\u2019accroissement de la population du Pontiac fut de beaucoup inférieur à celui de l\u2019Outaouais.En effet, le tableau 1 montre également que malgré la faible croissance du Pontiac, l\u2019ensemble de la région de l\u2019Outaouais voyait sa population croître de 8,2 % en cinq ans.1.Démographe, Québec.Ce texte n\u2019engage que l\u2019auteur.L\u2019ACTION NATIONALE 47 En comparaison au Québec et à l\u2019Outaouais, la MRC du Pontiac comptait à la fois, en 1991, une proportion légèrement plus forte de jeunes et une proportion beaucoup plus importante de personnes âgées.Le tableau 1 montre que les moins de 15 ans comptaient pour 21,8 % de la population du Pontiac alors qu\u2019ils représentaient 21,3 % et 20,0 % de la population de l\u2019Outaouais et de l\u2019ensemble du Québec respectivement.Chez les 65 ans et plus, le recensement de 1991 donnait 14,8 % de la population du Pontiac, 8,5 % de celle de l\u2019Outaouais et 11,1 % de l\u2019ensemble de la population québécoise.Tableau 1 Quelques paramètres demogaphiques des populations du Québec, de l'Outaouais et du Pontiac \tQuébec\tOutaouais\tPontiac Accroissement 1991-1996 (%)\t3,5\t8,2\t3,1 Groupes d'âge en 1991 (%)\t\t\t 0-14 ans\t20,0\t21,3\t21,8 15-64 ans\t68,9\t70,2\t63,4 65 ans et plus\t11,1\t8,5\t14,8 Source: Lise Émond, Direction de la santé publique de l\u2019Outaouais, juillet 1997 La scolarisation Les données du recensement de 1991 montrent un important retard dans la scolarisation des Québécois du Pontiac.On note en effet au tableau 2 que si 20,1 % de la population québécoise de 15 ans et plus n\u2019avait pas atteint la 9e année, c\u2019est 29,7 % dans le Pontiac en comparaison de 18,3 % dans l\u2019Outaouais québécois.En ce qui a trait à la population qui a complété entre 9 et 13 années de scolarité, on remarque aussi un important écart entre les trois aires géographiques que nous comparons ici.Si 35,8 % des Québécois de 15 ans et plus se rangeaient dans cette catégorie en 1991, on en comptait un peu plus dans la région de 48 0 L\u2019ACTION NATIONALE POutaouais et beaucoup plus dans la MRC du Pontiac avec 42.3\t%.Par conséquent, la proportion de personnes n\u2019ayant pas dépassé les 13 années de scolarité était, en 1991, beaucoup plus forte dans le Pontiac (71,9%) que dans POutaouais (56,0%) et, a fortiori, dans l\u2019ensemble du Québec (55,9 %).On ne s\u2019étonnera donc pas d\u2019observer que la population de 15 ans et plus dans le Pontiac avait, en 1991, beaucoup moins fréquenté l\u2019université que la population de POutaouais et du Québec dans son ensemble.Si POutaouais a fait un peu mieux que le Québec (10,7 % contre 10.3\t% chez ceux qui ont obtenu un grade; 8,0% contre 7,8% parmi les personnes qui n\u2019ont pas reçu de diplôme), le Pontiac quant à lui accusait un net retard (seulement 4,0 % avec grade et 4,7 % sans grade).Tableau 2 Scolarité de la population de 15 ans et plus au Quebec, dans POutaouais et dans le Pontiac.1991 \tQuébec\tOutaouais\tPontiac 9e année non atteinte (%)\t20,1\t18,3\t29,7 Entre la 9e et la 13e année (%)\t35,8\t37,7\t42,2 Études universitaires (%)\t\t\t avec grade\t10,3\t10,7\t4,0 sans grade\t7,8\t8,0\t4,7 Source: identique à celle du tableau 1 Revenu et travail Les données disponibles concernant les diverses sources de revenus, l\u2019aide sociale ainsi que les taux d\u2019activité et de chômage montrent toutes l\u2019infériorité de la MRC du Pontiac en comparaison à l\u2019ensemble de POutaouais ainsi qu\u2019à l\u2019ensemble de la population québécoise.L\u2019ACTION NATIONAL K ©49 La proportion de Québécois domiciliés dans le Pontiac qui gagnent des revenus de travail se situe 10 points plus bas que dans l\u2019ensemble du Québec et près de 14 points plus bas que dans l\u2019Outaouais (tableau 3).Par conséquent, en corollaire, on peut noter que les sources de revenus attribuables aux transferts gouvernementaux sont plus élevées dans le Pontiac.En effet, 22,4 % des revenus des résidents du Pontiac sont le fait des transferts comparativement à 13,3 % dans tout le Québec et à 11,4 % dans la région administrative de l\u2019Outaouais.Selon le tableau 3, la même observation peut être faite relativement à l\u2019aide sociale.Pour les années 1989 à 1992 inclusivement, l\u2019aide sociale touchait 14,9% des Québécois du Pontiac alors qu\u2019elle atteignait moins de 10 % tant dans l\u2019ensemble de la population québécoise comme dans celle de l\u2019Outaouais.Tableau 3 Revenu, travail et chômage au Québec, dans l\u2019Outaouais et dans le Pontiac, 1991 \tQuébec\tOutaouais\tPontiac Sources de revenus (15 ans et plus)\t\t\t -travail (%)\t77,4\t81,5\t67,7 -transfert (%)\t13,3\t11,4\t22,4 -autres (%)\t9,2\t7,1\t10,0 Aide sociale, 1989-1992 (%)\t9,8\t9,9\t14,9 Taux d'activité\t\t\t - hommes (%)\t74,7\t77,1\t68,6 -femmes (%)\t56,0\t62,0\t48,2 Taux de chômage\t\t\t -hommes (%)\t12,0\t10,4\t21,9 -femmes (%)\t12,1\t9,4\t15,7 Source: identique à celle du tableau 1.Tant chez les hommes que chez les femmes, les taux d\u2019activité dans le Pontiac sont plus faibles que dans l\u2019Outaouais et dans l\u2019ensemble du Québec.Alors que 3 hommes sur 4 étaient actifs à 50 © L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019extérieur du Pontiac, c\u2019est 2 sur 3 que l\u2019on comptait dans cette MRC.Dans l\u2019Outaouais, plus de 3 femmes sur 5 étaient actives alors que dans la MRC du Pontiac c\u2019était moins d\u2019une sur 2.Enfin, les taux de chômage montrent les mêmes disparités que les taux d\u2019activités.On estimait, au début des années 90, que ce taux atteignait presque 22 % chez les hommes et presque 16 % chez les femmes recensés dans cette MRC.Dans le cas des hommes, c\u2019est 10 points de plus que dans l\u2019ensemble du Québec; on notait aussi un écart encore plus grand avec la population active de l\u2019Outaouais.La santé Nous avons examiné les indicateurs de l\u2019état de santé de la population de la MRC du Pontiac en comparaison à ceux de l\u2019ensemble du Québec.En ce qui a trait à la population féminine, les données publiées par le Bureau de la statistique du Québec ne montrent aucune différence significative.Mais, en ce qui concerne les hommes, deux indicateurs sont significatifs.L'indice comparatif de mortalité, toutes causes de décès confondues, donnait pour les années 1989-1993, une surmortalité de 10% en comparaison à l\u2019ensemble du Québec.Parmi les différentes causes de décès, seules celles attribuables aux maladies de l\u2019appareil circulatoire (dont les maladies du cœur) montraient une différence statistiquement significative de 17 %.L\u2019ACTION NATIONALE ©51 \"So Que diraient les Pères de la Confédération si, pour un moment, ils réapparaissaient dans notre arène politique ?Moins de cinquante ans ont suffi à leurs héritiers pour saboter le grand ouvrage.Louvrage de destruction presque achevé, nous allons léguer à l\u2019histoire l\u2019un des exemples les plus saisissants des lamentables banqueroutes qui peuvent attendre les unions fédérales.Lionel Groulx LAction française, juillet 191 7, p.197.\"SD L'anglais, langue d\u2019usage de V Ouest- de-VIle Charles Castonguay1 K ous avons déjà présenté dans ces pages un aperçu de la dominance de l\u2019anglais dans la partie ouest de l\u2019île de Montréal (vol.85, n° 3, 1995).L\u2019intérêt suscité par ce premier regard nous a conduit à approfondir notre analyse du secteur appelé l\u2019Ouest-de-l\u2019Ile.Ce territoire comprend une partie nord à majorité francophone, formée des six municipalités de Pierrefonds à Sainte-Anne-de-Bel-levue, et une partie sud composée de six municipalités à majorité anglophone, soit Dorval, Dollard-des-Ormeaux, Kirkland, Pointe-Claire, Beaconsfield et Baie-d\u2019Urfé.En 1991, ces douze municipalités comptaient au total quelque 2 05 000 habitants dont 99 000 anglophones, 67 000 francophones et 39 000 allophones (ces vocables renvoient toujours à la langue maternelle).Les franco- 1.Professeur, Faculté des sciences mathématiques et de statistique, Université d\u2019Ottawa.L\u2019ACTION NATIONALE @i 5 3 phones se répartissent de façon égale entre les parties nord et sud.La population anglophone du secteur est demeurée à peu près stable depuis 1971.De toute évidence, P«exode» s\u2019est trouvé entièrement compensé dans l\u2019Ouest-de-l\u2019Ile par l\u2019arrivée d\u2019anglophones en provenance, notamment, du reste de l\u2019île de Montréal, et par l\u2019anglicisation d\u2019un nombre important de francophones et d\u2019allophones.En fait, la population qui déclare l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison a progressé de 109 000 en 1971 à 124 000 en 1991.Ce dernier chiffre représente un gain très confortable de 25 000 ou de 25 % par rapport aux 99 000 anglophones (langue maternelle) énumérés en 1991.La population anglophone du secteur est demeurée à peu près stable.Ce gain net de 2 5 000 pour l\u2019anglais par voie d\u2019assimilation provient pour un tiers d\u2019une anglicisation nette de la population francophone et pour deux tiers de l\u2019anglicisation des allophones.Plus précisément, l\u2019anglicisation nette des francophones s\u2019élevait en 1991 à 7 900 personnes (en chiffres bruts, 9 900 francophones anglicisés moins 2 000 anglophones francisés), ce qui représente un taux net d\u2019anglicisation de 12 % des francophones.Au même recensement, 17 300 allophones parlaient l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison alors que seulement 2 600 avaient opté pour le français.Autrement dit, dans l\u2019Ouest-de-l\u2019île, on compte près de sept allophones anglicisés pour un francisé.La figure permet de bien saisir la dynamique d\u2019ensemble de l\u2019assimilation.54 © L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019anglicisation des francophones semble avoir progressé.La dominance de l\u2019anglais dans l\u2019assimilation des allophones s\u2019est maintenue au même niveau tout au long des années 1980, malgré la Loi 101.En même temps, l\u2019anglicisation des francophones semble avoir progressé.Leur taux net d\u2019anglicisation était en effet de 9 % en 1981.Qu\u2019il en soit ainsi alors que le secteur comptait deux fois plus d\u2019anglophones bilingues en 1991 qu\u2019en 1971, met bien en relief le peu d\u2019emprise de la connaissance ou de l\u2019usage du français comme langue seconde sur la dynamique profonde des langues.Encore est-il heureux que le poids relatif des francophones dans l\u2019Ouest-de-l\u2019Ile se soit quelque peu accru grâce à de nouveaux arrivants, sans quoi la dominance de l\u2019anglais y serait sans doute encore plus massive.Par ailleurs, en 1991, l\u2019anglicisation nette des francophones n\u2019est que de 6 % en moyenne dans la partie nord, à majorité francophone, mais atteint 18 % en moyenne dans les municipalités à majorité anglophone de la partie sud.Cela signifie que de Dorval à Baie-d\u2019Urfé en passant par Pointe-Claire, dans Galganov City comme on serait tenté de dire, le taux net d\u2019anglicisation des jeunes adultes francophones est de l\u2019ordre de 25 % vu que l\u2019assimilation est toujours plus faible chez les moins de 15 ans.Dans la partie sud aussi, la part de l\u2019anglais dans l\u2019assimilation des allophones s\u2019élève à 90%, c\u2019est-à-dire à neuf anglicisés pour un francisé.L\u2019anglicisation des francophones s\u2019avère ainsi plus forte dans l\u2019ensemble de l\u2019Ouest-de-l\u2019île, et beaucoup plus forte parmi les francophones L\u2019ACTION NATIONALE @55 qui habitent sa partie sud, que dans n\u2019importe quel secteur à majorité anglophone de l\u2019Ou-taouais.Même dans le Pontiac, le taux net d\u2019anglicisation des francophones est inférieur à 11%.Il faut aller en Ontario pour trouver des francophones qui vivent une situation comparable.Dans la banlieue est d\u2019Ottawa, la municipalité de Gloucester, qui englobe les quartiers de Cyrville et d\u2019Orléans, compte quelque 100 000 habitants dont une nette majorité d\u2019anglophones et un bon quart de francophones, comme dans la partie sud du West Island.Le taux net d\u2019anglicisation de sa population francophone est de 20% et la part de l\u2019anglais dans l\u2019assimilation des allophones y est de 95 %, soit des taux semblables à ceux qui sévissent de Dorval à Baie-d\u2019Urfé.C\u2019est donc à plus d\u2019un titre que cette partie du Québec se rapproche de l\u2019Ontario.À en juger par le Bilan de la situation linguistique que le gouvernement a publié l\u2019an dernier, qui n\u2019offrait pas la moindre observation spécifique à l\u2019Ouest-de-l\u2019île, personne à Québec ne semble s\u2019émouvoir de cette situation désespérée.En particulier, le directeur de la recherche au Conseil de la langue française ne vibre que pour son indicateur du français langue d\u2019usage public.D\u2019autres fumistes, fussent-ils universitaires, mettent à profit ce silence officiel pour semer la confusion, voire alimenter les jérémiades des anglophones jusque sur leur sort dans le West Personne à Québec ne semble s'émouvoir de cette situation.56 © L\u2019ACTION NATIONALE Island.Dans une plaquette sur la situation de l\u2019anglais à Montréal parue peu avant Noël, Jack Jedwab, directeur du Congrès juif du Canada, section Québec, prétend ainsi que le pouvoir d\u2019assimilation de l\u2019anglais est plus faible dans le West Island que dans les municipalités à majorité francophone à l\u2019est de la ville de Montréal, dont Saint-Léonard et Montréal-Nord.Il serait futile de relever ici tous les raccourcis ineptes de ce lobbyiste.Il suffit d\u2019observer que dans l\u2019est, l\u2019anglais ne l\u2019emporte sur le français dans l\u2019assimilation des allophones que par une marge de deux anglicisés pour un francisé, et qu\u2019on n\u2019y trouve aucune anglicisation nette des francophones.Assimilation linguistique dans l'Ouest de Itle de Montréal 20000 Allophones anglicisés 15000 10000 5000 0 Francophones anglicisés Allophones francisés Anglophones francisés (Données tirées du recensement de 1991 ) L\u2019ACTION NATIONALE ©57 Tant que les leaders politiques québécois craindront de faire largement état de l\u2019assimilation linguistique et de ses conséquences à Montréal et ailleurs au Canada, les fanatiques du fédéralisme à la Trudeau auront le champ libre pour dire n\u2019importe quoi sur la langue.C\u2019est le manque de courage des uns qui donne de la crédibilité aux autres.Tant pis pour les francophones du Québec qui vivent ou qui vivront en situation de minoritaires.MAGAZINE, Un courant d'avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine gaspésien ! Publié par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le CRCD de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s'intéressent à la Gaspésie d'hier et d'aujourd'hui.80, boul.De Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC 1R0 Téléphone : 418-368-1534 \u2014 Télécopie : 418-368-1535 58 © L'ACTION NATIONALE Le message du général De Gaulle, trente ans plus tard François Aquin1 A .u-delà des exégèses et des controverses, les choses sont simples: le général De Gaulle est venu ici en 1967 pour affirmer en terre québécoise le principe fondamental du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Ce faisant, le général saluait l\u2019avènement d\u2019un peuple qui, depuis plus de quatre siècles, vit en français sur le sol d\u2019Amérique.Il exorcisait et légitimait pour toujours l\u2019appel à l\u2019indépendance en évoquant un Québec qui soit décolonisé et libre.A moins qu\u2019une société ait choisi de tisser elle-même sa propre fatalité, il ne saurait y avoir pour un peuple de liberté à s\u2019éteindre ou à disparaître.1.Allocution prononcée lors du ralliement de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal à l\u2019hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1997.L\u2019ACTION NATIONALE © 59 Pour durer et pour progresser comme communauté nationale, les hommes et les femmes - d\u2019ici et de partout - ont besoin de l\u2019armature d\u2019un Etat qui leur appartient.Québécoises, Québécois, être libres veut dire être aux commandes d\u2019un Etat souverain.Seul un Etat souverain pourra sauvegarder notre langue et notre culture.Seul un Etat souverain peut nous projeter dans l\u2019avenir et nous y forger un destin.À l\u2019heure où la planète se mondialise, la nécessité devient de plus en plus pressante d\u2019assurer nos propres assises.Être citoyen du monde, oui, mais encore faut-il un domicile, encore faut-il une adresse pour s\u2019ouvrir au monde.Ce ne peut être cette fédération où nous sommes tout au plus des sous-locataires et qui n\u2019est au fond qu\u2019une union législative assimilatrice qui n\u2019ose dire son nom.Un peuple ne peut accepter d\u2019être perpétuellement le vassal d\u2019un autre.On ne saurait non plus nous embastiller dans les constitutions imposées en 1867 et en 1982 : aucun texte constitutionnel ni aucune juridiction ne pourra jamais bloquer le destin d\u2019un peuple.Elle se dessine ici la majorité de ceux et de celles qui, collectivement, veulent prendre en main leurs propres destinées pour que le Québec soit souverain et devienne un acteur autonome de la communauté internationale.De Gaulle n\u2019a séjourné que quatre jours au Québec en 1967 mais il est allé au fond des Aucun texte constitutionnel ni aucune juridiction ne pourra jamais bloquer le destin d'un peuple.60 © L\u2019ACTION NATIONALE choses.Pour la masse de ceux qui l\u2019ont vu, entendu et côtoyé, le quotidien s\u2019était soudainement estompé pour laisser passer l\u2019histoire.Nous avions alors la conviction, comme Michelet l\u2019écrivait au sujet de 1789, que tout était devenu possible.Tout est encore possible.Le message de Charles De Gaulle demeure, c\u2019est celui de la continuité française, de la fierté et de l\u2019espoir.Et, comme il se doit, quand le message vient de France, c\u2019est le message de la liberté.r Pour aider à lire le présent et à imaginer l\u2019avenir Les Cahiers d'histoire du Québec au XXesiècle revue semestrielle (printemps-automne) organe du Centre de recherche Lionel-Groulx édité par Les Publications du Québec Abonnement annuel : 35, 00 $ ; le numéro : 19,95 $ (raxes non comprises) vente et information Les Publications du Québec, C.P 1005, Québec, Québec G1K 7B5 Téléphone : (418) 643-5150 Télécopieur : (418) 643-6177 J L\u2019ACTION NATIONALE © 61 /3D Lhomme de la rue doit comprendre que si on ne redonne pas la priorité au citoyen il sera piégé.Tout le monde sera piégé, comme les ouvriers et les syndicats ont été piégés il y a 20 ou 30 ans, à partir du moment où ils ont considéré que la productivité était un objectif à accepter et à poursuivre par les syndicats.Ricardo Petrella, Groupe de Lisbonne Politique familiale ou politique appauvrissante Nicole de Sève1 Introduction 4 J.u cours de l\u2019hiver 1997, le gouvernement québécois a déposé un livre vert sur la sécurité du revenu, un livre blanc sur la politique familiale et a poursuivi la mise en œuvre d\u2019un ensemble de virages dans le réseau de la santé et des services sociaux qui témoignent d\u2019une philosophie familiale utilitaire.Au cœur des préoccupations du gouvernement québécois, l\u2019atteinte du déficit zéro en l\u2019an 2000, l\u2019assainissement des finances publiques et la relance de l\u2019emploi occupent une place prépondérante.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut comprendre les changements proposés par le gouvernement québécois et mesurer, au-delà des intentions formulées quant au mieux-être des 1.Conseillère à l\u2019accès à l\u2019égalité à la CEQ.L\u2019ACTION NATIONALE @ 63 enfants et des familles, les véritables objectifs gouvernementaux.En d\u2019autres mots, les changements d\u2019orientations à la sécurité du revenu et à la politique familiale sont ainsi à cause des impératifs économiques.Leur rythme d\u2019implantation est, lui aussi, conditionné par les impératifs budgétaires du gouvernement.Le menu législatif La ministre Pauline Marois a déposé, le 23 janvier 1997, un livre blanc intitulé Les enfants au cœur de nos choix concernant les nouvelles dispositions de la politique familiale.Annoncés lors du Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi en octobre 1996 et introduits en partie à l\u2019automne 1996, dans le livre vert sur la sécurité du revenu intitulé Un parcours vers /'insertion, la formation et l'emploi, ces changements proposent l\u2019instauration d\u2019une allocation unifiée pour enfants, le développement de services éducatifs et de garde à la petite enfance et la mise en œuvre d\u2019un régime d\u2019assurance parentale.Ils s\u2019articulent autour de ce que le premier ministre Lucien Bouchard nomme «les trois axes de la nouvelle politique familiale: être équitable et inciter au travail, mieux concilier le travail et la famille et soutenir la maternité en s'adaptant aux nouvelles réalités du marché du travail».Ces nouvelles dispositions entraîneront un appauvrissement des familles à très faible revenu.En réalité, à l\u2019exception du nouveau régime d\u2019assurance parentale, ces nouvelles dispositions entraîneront un appauvrissement des familles à très faible revenu et contribueront à 64 © L\u2019ACTION NATIONALE accroître la conscription des femmes vers le travail à domicile.L'allocation unifiée pour enfants Vallocation unifiée pour enfants est la pièce maîtresse de la réforme.L\u2019allocation unifiée pour enfants est la pièce maîtresse de la réforme de la sécurité du revenu.Fdle vise, d\u2019une part, à introduire l\u2019équité de traitement entre les familles prestataires de la sécurité du revenu et celles qui reçoivent un revenu d\u2019emploi et, d\u2019autre part, à inciter les prestataires à retourner sur le marché du travail.Conçue pour couvrir les besoins essentiels des enfants, elle regroupe, depuis le 1er septembre 1997, une partie de la portion actuelle des barèmes d\u2019aide sociale attribuable aux enfants, l\u2019allocation familiale, l\u2019allocation pour jeune enfant et l\u2019allocation à la naissance du Québec.Ainsi, une famille monoparentale ayant deux enfants de moins de 6 ans recevra au maximum 4 431 $ annuellement de la Régie des rentes du Québec et 2 295 $ en prestation fiscale pour enfants du fédéral2 et une famille biparen-tale recevra une allocation unifiée de 3 131 $ et une prestation fiscale de 2 600$.Le montant de l\u2019allocation unifiée sera calculé sur la base de la déclaration des revenus de l\u2019année précédente.Conséquemment, toute 2.La prestation fiscale fédérale pour enfants est une prestation de base d\u2019un maximum de 1 020 dollars par année pour chaque enfant de moins de 18 ans.Elle est différente au Québec et en Alberta, à la demande des gouvernements de ces deux provinces.Au Québec, elle varie en fonction de l\u2019âge et du nombre d\u2019enfants dans la famille.L\u2019ACTION NATIONALE @65 personne sera dorénavant tenue de produire une déclaration d\u2019impôt.Finalement, le crédit d\u2019impôt pour enfants et le crédit lié à la monoparentalité seront maintenus.La mise en place de l\u2019allocation devra être adaptée aux modifications au programme fédéral de prestation fiscale pour enfants et au programme national de prestations pour enfants.À première vue, cette mesure est intéressante.L\u2019initiative de confier à la RRQ l\u2019ensemble des allocations éparses facilitera la gestion de l\u2019argent versé aux familles.L\u2019idée de verser un seul chèque par mois aux familles permettra à ces dernières d\u2019avoir une meilleure idée du montant qu\u2019elles reçoivent de l\u2019Etat québécois et de mieux planifier leurs dépenses.Ces notes positives ne peuvent toutefois occulter nos réserves à l\u2019égard de l\u2019engagement réel du gouvernement envers les familles.En effet, une famille prestataire, qu\u2019elle soit monoparentale ou biparentale, si elle n\u2019a aucun revenu de travail et ne reçoit que le montant de base de la sécurité du revenu, verra son revenu disponible diminuer par rapport à la situation actuelle et ce, malgré l\u2019introduction de l\u2019allocation unifiée pour enfantsL Dans le cas d\u2019une famille monoparentale ayant deux enfants de moins de 6 ans, la perte sera de 1 154$ par année «puisque l\u2019allocation unifiée (4 431 $) n\u2019est pas aussi généreuse que la A première vue, cette mesure est intéressante.î.\\ cet égard, voir l\u2019annexe I qui présente la liste des coupures subies par les prestataires de sécurité du revenu au cours de l\u2019année budgétaire 1096-1097.66 © L'ACTION NATIONALE Si les enfants sont pauvres, c\u2019est parce que leurs parents sont pauvres.partie d\u2019aide sociale actuellement versée pour les enfants (4 500$) »4.À cela, il faut ajouter la disparition de l\u2019allocation de jeune enfant de la partie du crédit TVQ pour enfants et du crédit d\u2019impôt foncier.Et, comme si cela ne suffisait pas, les femmes chefs de familles monoparentales ayant des enfants de 5 ans qui peuvent actuellement se prévaloir du barème de non-disponibilité leur permettant de recevoir une somme équivalente à 100$ par mois perdront cette somme à compter de septembre 1997, soit à compter de l\u2019instauration des maternelles 5 ans à temps plein.Ainsi, le fait de sortir les enfants de la sécurité du revenu par le transfert des allocations à la RRQ ne signifiera pas que ces enfants sortent de la pauvreté.Car, si les enfants sont pauvres, c\u2019est parce que leurs parents sont pauvres.Et, au Québec, le taux de familles pauvres atteint 16,4%.A compter de septembre, un grand nombre d\u2019entre eux vivront désormais dans des familles encore plus démunies.Leur rentrée scolaire sera encore plus compromise.Leur état de santé physique et moral sera menacé.L\u2019indigence sera au rendez-vous.Le progrès social sera ailleurs.Invisibles dans les statistiques de la sécurité du revenu, les enfants auront contribué, malgré eux, à « dégraisser » le budget de ce ministère d\u2019une partie de ce que le gouvernement nomme «les mesures passives».Ils auront été 4.Rose, Ruth, La réforme de la sécurité du revenu et l'allocation unifiée pour enfants, Mémoire présenté à la Commission parlementaire des affaires sociales, Assemblée nationale, 13 février 1997.L\u2019ACTION NATIONALE © 67 les enfants au cœur des choix budgétaires du gouvernement Bouchard.Quant aux autres familles québécoises, le montant de l\u2019allocation unifiée commencera à décroître rapidement pour n\u2019atteindre que l\u2019équivalent des allocations familiales dès que le revenu familial net atteindra un certain seuil, c\u2019est-à-dire 13 628$ dans le cas des familles monoparentales ayant un enfant et 19 339$ dans le cas des familles biparentales ayant un enfant.L\u2019allocation unifiée disparaîtra complètement dès que le revenu familial net dépassera 50 000$.Selon André Lareau, professeur en droit fiscal de l\u2019Université Laval, les familles qui gagnent un revenu entre 30 000$ et 50 000$, mais dont les enfants ont plus de 5 ans, perdront avec cette réforme.Une famille d\u2019un seul enfant y perdra entre 500$ et 900$ par année et une autre, qui a trois enfants et dont le revenu familial totalise 50 000$, pourra y perdre jusqu\u2019à 1 500$ par année5.L\u2019introduction de l\u2019allocation unifiée aura donc un impact considérable sur les revenus des familles québécoises.Les barèmes de revenus qui fixent l\u2019accessibilité à la totalité de l\u2019allocation unifiée sont extrêmement bas et contribuent à exclure les familles à revenus modestes ou celles qui frisent le seuil de pauvreté, ce qu\u2019a reconnu madame Marois.Au nom de l\u2019équité, elle appauvrit les familles prestataires de la sécu- 5.Gagnon, Katia, Un «cadeau» à Ottawa, La Presse, 6 février 1997, B-l.68 © L\u2019ACTION NATIONALE Est-ce cela une véritable politique familiale ?rite du revenu qui devront dorénavant considérer qu\u2019il est plus «payant» de travailler même au salaire minimum ou dans des conditions plus que précaires que de recevoir des prestations.Est-ce cela une véritable politique familiale?Comment doit-on juger un gouvernement qui, d\u2019une part, pousse ses salariés vieillissants vers la retraite et, d\u2019autre part, contraint les personnes prestataires de la sécurité du revenu à se trouver un emploi fut-ce au salaire minimum ou dans des conditions plus que précaires?Les services éducatifs et les services de garde a la petite enfance Le gouvernement québécois a implanté, à l\u2019automne 1997, des maternelles 5 ans à temps plein, maintiendra les maternelles existantes 4\tans demi-temps pour les enfants de milieux défavorisés à la condition d\u2019offrir des services de garde en milieu scolaire et créera des centres de la petite enfance.Cet aspect de la réforme Marois a soulevé bien des polémiques dans la société québécoise essentiellement axées sur les maternelles 5 ans.Au-delà des arguments qui militent en faveur ou non de l\u2019implantation des maternelles 5\tans au Québec, un fait a été occulté dans le débat; il s\u2019agit des liens entre cette réforme et celle de la sécurité du revenu.En effet, le livre vert de la ministre Hard prévoit, pour les parents d\u2019enfants entre 2 ans et L\u2019ACTION NATIONALE @ 69 5 ans et prestataires de la sécurité du revenu, l\u2019obligation de s\u2019inscrire dans un parcours vers l\u2019insertion, la formation ou l\u2019emploi.Afin de faciliter cette mesure, le gouvernement instaure donc les maternelles temps plein et abolit le supplément de 100$ par mois versé à ces parents en raison de leur non-disponibilité au marché du travail.Au fur et à mesure du développement des autres services à la petite enfance, ce sont les parents d\u2019enfants de 4 ans et de 3 ans qui perdront successivement ce supplément.En d\u2019autres mots, la fréquentation des maternelles temps plein au Québec sera volontaire pour tous les enfants de 5 ans sauf pour ceux dont les parents sont prestataires de la sécurité du revenu.Et au fil des ans, le placement des enfants en centres de la petite enfance sera aussi fortement recommandé à ces parents.Mais que sont au juste ces centres de la petite enfance?C\u2019est une corporation unique (OSBL) sur un territoire donné qui regroupera une garderie, une agence de garde en milieu familial, une halte-garderie, un jardin d\u2019enfants, une jou-jouthèque, des services de garde à domicile, etc.Certains des services pourront être itinérants selon les besoins de la communauté.Leur développement sera sous la responsabilité de l\u2019Office des services de garde (OSGE).La détermination des besoins en termes de services s\u2019effectuera par le biais des conseils régionaux de développement (CRD) où siégeront des gens Mais que sont au juste ces centres de la petite enfance 70® L\u2019ACTION NATIONALE du milieu.Ces conseils établiront les priorités des régions en matière de services de garde.Ils recevront les projets, les étudieront, puis en recommanderont la répartition en fonction des orientations déjà décidées.Ces conseils établiront les priorités des régions en matière de services de garde.A titre d\u2019exemple, une garderie qui obtiendra le statut de centre intégré pourra développer des services de pouponnière, de halte-garderie, de garde en milieu familial ou s\u2019associer à des organismes du milieu qui offrent ces services.Les enfants y seront accueillis sur une base régulière ou occasionnelle.Les ratios d\u2019enfants seront modulés selon le service offert.C\u2019est à l\u2019intérieur de cette nouvelle structure que seront développés tous les nouveaux services à l\u2019intention des enfants de 4 ans dans la région métropolitaine dans un premier temps, puis dans les autres milieux de concentration de pauvreté et, enfin, dans l\u2019ensemble du territoire du Québec.Le Conseil d\u2019administration sera composé majoritairement de parents utilisateurs des différents services.La capacité de permis de tels centres sera augmentée à 3 50 places réparties en places en établissement et en places en milieu familial.Aussi, un centre pourra développer 240 places en «installation» et 110 places en milieu familial ou encore, choisir de développer 250 places en milieu familial et 100 places en «installation»6.Les installations étant alors 6.Par une manœuvre langagière incompréhensible, l\u2019Office des services de garde désigne maintenant les garderies sous l\u2019expression «garde en installation»! L\u2019ACriON NATIONALE © 71 une garderie, une halte-garderie, une garderie en CLSC, etc.C\u2019est donc dire qu\u2019un centre intégré peut se développer à partir d\u2019une garderie ou d\u2019une agence de garde en milieu familial.En termes de développement, les chiffres annoncés au Sommet et par la ministre Marois, prévoient 73 000 places sur cinq ans, dont 50 000 en milieu familial.À cela, il faut ajouter 1 3 000 places pour enfants en milieux défavorisés.Le financement de ces centres est encore confus si ce n\u2019est que le livre blanc stipule que le gouvernement entend effectuer une réorganisation des budgets actuels de la partie du crédit pour la taxe de vente du Québec (TVQ) consacrée aux enfants, d\u2019une partie de la réduction d\u2019impôt à l\u2019égard de la famille, du crédit d\u2019impôt pour frais de garde et de l\u2019exonération pour enfants en services de garde régis.Il semble aussi que la mise en œuvre de ces centres sera financée à même la réaffectation de certaines sommes provenant d\u2019un pourcentage du budget total de développement de l\u2019OSGE et des budgets de la sécurité du revenu.De plus, les parents paieront 5 $ par jour les services du centre intégré.À partir du moment où les parents commenceront à verser leur contribution de 5 $ par jour, aucun reçu de frais de garde ne leur sera émis aux fins de l\u2019impôt du Québec et le programme d\u2019exonération ne s\u2019appliquera plus.Liée au développement de l\u2019économie sociale et à la politique de soutien au développe- Le financement de ces centres est encore confus.72 © L\u2019ACTION NATIONALE ment local et régional du ministre Chevrette, il est opportun de se demander si cette mesure s\u2019adresse vraiment aux enfants ou si elle n\u2019est pas plutôt conditionnée, encore une fois, aux impératifs économiques.Certes, on ne peut être en désaccord avec une volonté gouvernementale de mieux rationaliser les services éducatifs disponibles dans les milieux et d\u2019intégrer les diverses réformes prévues par le gouvernement, mais le moins que l\u2019on puisse dire est que le développement des centres de la petite enfance soulève, à son tour, de nombreuses questions particulièrement à l\u2019égard de l\u2019emploi féminin.La garde en milieu familial est essentiellement assumée par des mères au foyer.C\u2019est bien connu, la garde en milieu familial est essentiellement assumée par des mères au foyer.Pour être accréditées, elles doivent avoir suivi une formation de 24 heures échelonnée sur 2 ans.Qui seront ces nouvelles travailleuses à domicile ?Sans tomber dans le machiavélisme, nous pouvons présupposer que le bassin de recrutement privilégié de cette formule sera constitué des femmes prestataires de la sécurité du revenu qui doivent obligatoirement se trouver un emploi.Elles sortiront de la misère de la sécurité sociale pour s\u2019engager dans le parcours des travailleuses autonomes non couvertes par les législations du travail.Elles négocieront leurs conditions de travail (horaires, rémunération, congés) directement avec les parents.Et, ce qui est excellent pour la cote de crédit, elles seront comptabilisées au chapitre des «actives sur le marché du travail ».L\u2019ACTION NATIONALE @73 Cette stratégie gouvernementale est, en tous points, conforme au désengagement de l\u2019Etat à l\u2019égard de ses responsabilités sociales.En accentuant la garde en milieu familial, en s\u2019appuyant sur les aidantes naturelles pour effectuer le virage ambulatoire, le virage milieu et celui en santé mentale, l\u2019Etat québécois révèle sa vision du rôle des femmes dans la société québécoise.Dans le cas de la politique familiale, comme dans celui de la réforme de la santé et des services sociaux, ce gouvernement met en équation les solidarités intergénérationnelles, l\u2019Etat et les services offerts sur le marché.En articulant les politiques publiques sur les comportements privés, le gouvernement québécois déstructure le filet de sécurité sociale et accentue l\u2019effritement des solidarités.En agissant ainsi, ce gouvernement fait la démonstration qu\u2019on ne peut pas lui confier la responsabilité de construire un pays juste, équitable et solidaire.Cette stratégie gouvernementale est conforme au désengagement de l'Etat.74 © I -\u2019ACTION NATIONALE Annexe I Liste des coupures subies par les prestataires de la sécurité du revenu au cours de l\u2019année budgétaire 1996-19977: \u2022\tperte du barème de disponibilité pour les personnes en attente d\u2019une mesure (- 50$ par mois); \u2022\tdiminution du barème de participation (-30$ par mois); \u2022\tdiminution, à zéro, de l\u2019avoir liquide permis lors d\u2019une nouvelle demande; \u2022\tdiminution de l\u2019allocation au logement pour les familles (entre 30$ et 70$ par mois); \u2022\tfin de la gratuité des médicaments avec l\u2019entrée en vigueur de l\u2019assurance-médicaments (perte de 200$ par année, principalement pour les personnes «soutien financier» et les personnes aptes non disponibles en raison d\u2019un problème de santé); \u2022\taugmentation des délais pour les services dentaires et d\u2019optométrie; \u2022\thausse de 100% de la contribution des familles assistées sociales admissibles à la subvention de l\u2019Office des services de garde.7.Coalition nationale sur l\u2019aide sociale, Le livre vert sur lu sécurité du revenu : un double parcours, Oui à un parcours volontaire vers l'emploi, non à un parcours vers la pauvreté, mémoire présenté dans le cadre des consultations particulières et des audiences publiques sur la sécurité du revenu, janvier 1997, p.4.L\u2019ACTION NATIONALE © 75 /SD La souveraineté du Québec est une exigence impérieuse ; on entretiendrait une très grave illusion en croyant qu'elle sera suffisante.Elle pourrait même servir d\u2019alibi si nous édifions un abri politique pour un peuple vidé de ses raisons d\u2019être.La souveraineté ne créera pas, par miracle, une nation vigoureuse.La vitalité de notre collectivité en Amérique dépendra toujours de bien d'autres facteurs que de la structure de l'Etat : de la qualité de la langue, de la valeur de l\u2019éducation, de la créativité de la culture, de l équité des institutions et des rapports sociaux ; en bref du dynamisme que le peuple lui-même puisera dans son identité.Fernand Dumont Papiers collés, Boréal, 1995 'SD Urgences en vue du prochain référendum Claude Bariteau1 V A jL -L la clôture de la session parlementaire, le premier ministre Bouchard a signalé l\u2019urgence de mieux définir le partenariat proposé au dernier référendum.Il a aussi espéré revoir d\u2019ici peu d\u2019autres sections du programme de son parti.Dans trois éditoriaux intégrés, la directrice du Devoir confirme la nécessité de préciser le partenariat recherché tout en souhaitant l\u2019approfondissement de deux autres sujets.Le premier est le contenu d\u2019un projet politique issu d\u2019une conception civique du nationalisme.Le second, la mondialisation et l\u2019effet d\u2019uniformisation qui peut en résulter.À son avis, ces deux sujets doivent guider une refonte du projet souverainiste.Dans le premier cas, pour en extirper la problématique du ressentiment.Dans l\u2019autre, pour démontrer 1.Anthropologue et professeur, Département (l\u2019anthropologie de l\u2019Université Laval à Québec.L\u2019ACTION NATIONAL i \u2022'-©77 que le Québec, indépendant plutôt qu\u2019une simple province, tirera mieux son épingle du jeu dans la mondialisation.Je partage ses vues.Ma perspective est cependant différente.Pour moi, la question du Québec et des francophones se pose depuis toujours en lien avec la scène internationale.Ce fut le cas en 1760, en 1774, en 1791, en 1834-36, en 1867, en 1940 et en 1970.C\u2019est encore vrai en 1990.Cette question y trouve son sens et sa portée.L\u2019approche des Britanniques à l\u2019égard du Québec, puis celle des Canadiens, a consisté à infléchir cette question en fonction de leurs intérêts respectifs.Il s\u2019ensuivit la minorisation des francophones.La Révolution tranquille visait à la combattre.L\u2019élan impulsé a débouché progressivement sur le renforcement de l\u2019idée d\u2019indépendance.Le gouvernement Trudeau y a contribué, surtout avec le coup de force de 1982.Ont fait de même les échecs de Meech et de Charlottetown mais aussi la création d\u2019entités supranationales et l\u2019apparition de nouveaux pays.La question du Québec et des francophones se pose depuis toujours en lien avec la scène internationale.Aujourd\u2019hui, le Canada s\u2019ajuste à ces changements.Il modifie ses politiques économiques, sociales et culturelles.Ses objectifs: se départir de pouvoirs secondaires et conserver les secteurs stratégiques dont ceux que le Québec estime vitaux pour son propre développement.Le Canada a toujours agi de la sorte.Et à chaque fois, il recherche la complicité du Québec.Si ses dirigeants la lui refusent, ils 78© L\u2019ACTION NATIONALE Les souverainistes doivent montrer que l'indépendance du Québec est un «plus» pour le peuple québécois.deviennent ses ennemis.Ce fut le cas des Patriotes.C\u2019est aujourd\u2019hui celui des promoteurs de l\u2019indépendance du Québec.Pour s\u2019en convaincre, point n\u2019est besoin de Conrad Blake.En 1993, je l\u2019ai découvert lors d\u2019un échange auquel participait Charles Taylor.Grâce à lui, j\u2019ai appris que j\u2019étais un ennemi.Aujourd\u2019hui, j\u2019en suis revenu.Mais j\u2019ai acquis la conviction que c\u2019est la seule façon d\u2019être pro-Québec.Le problème, c\u2019est que plusieurs souverainistes s\u2019imaginent mal en ennemis et ont une propension à la complicité.Si la révision du projet de partenariat se fait sans lien avec l\u2019idée d\u2019un Québec indépendant, elle conduira à la recherche d\u2019une nouvelle complicité.C\u2019est un scénario piégé.Le ministre Stéphane Dion salive déjà à l\u2019idée de mettre en relief les contradictions des souverainistes sur ce point.Alors, attention.Les souverainistes doivent montrer que l\u2019indépendance du Québec est un «plus» pour le peuple québécois.Si un partenariat amplifie ce «plus» pour le Québec tout en étant avantageux pour le nouveau Canada, il peut avoir un sens.Si ce n\u2019est pas le cas, proposer un partenariat ne peut qu\u2019affaiblir la thèse de l\u2019indépendance.J\u2019ai toujours pensé que les efforts demandés au peuple québécois pour redresser les finances publiques avaient pour but de rendre le Québec, le jour de la déclaration d\u2019indépendance, moins vulnérable aux stratégies canadiennes de L\u2019ACTION NATIONALE © 79 déstabilisation et auprès des organismes financiers internationaux.Je le pense encore.Aussi, j\u2019estime que la ligne déjà tracée dans ce dossier doit être maintenue.La souveraineté comme cible.Un partenariat économique avec le Canada s\u2019il raffermit la position du Québec et si le Canada y trouve son compte.Dans ce dossier, j\u2019imagine mal le chef du Parti québécois abandonner les outils qui consolident la souveraineté sur la scène internationale au moment où il les aura enfin en main.Ce dossier doit être abordé en lien avec le projet de souveraineté.Il n\u2019est pas le seul.Un autre est certes la démonstration des avantages économiques, sociaux et culturels de créer l\u2019État du Québec.Depuis Expo-1967, plus de soixante pays ont vu le jour.Il doit bien y avoir des exemples convaincants.Sur ce point, je rappelle que Michel Bélanger, le président du camp du NON en 1995, considérait l\u2019indépendance économiquement viable.Il craignait des coupes éventuelles dans les programmes sociaux.Le gouvernement du Québec les a faites, pressé en cela par celles du gouvernement fédéral et le laxisme des gouvernements Bourassa et Johnson.Depuis, il appartient au Parti québécois de se révéler.À mon avis, au moins cinq dossiers méritent de l\u2019attention: 1) une définition québécoise d\u2019une culture politique commune; 2) l\u2019élaboration d\u2019un projet de société; 3) une «québécisation» de l\u2019épargne, surtout de Depuis Expo-1961, plus de soixante pays ont vu le jour.80 © L\u2019ACTION NATIONAL!' l\u2019épargne-retraite; 4) la dynamisation de l\u2019économie du Québec avec ses multiples liens externes; 5) le processus d\u2019accession à l\u2019indépendance, en particulier les prétentions des par-titionnistes et les exigences d\u2019une reconnaissance internationale.La particularité de ces dossiers est de centrer la réflexion sur l\u2019indépendance du Québec.J\u2019ai développé celui d\u2019une conception civique du Québec dans L'Action nationale de septembre 1996.En avril 1997, Gérard Bouchard a soutenu dans cette revue et dans cette page qu\u2019un «véritable projet de développement collectif (.) est indispensable pour une nation qui entend intégrer et mobiliser ses citoyens autour de valeurs communes».Les autres dossiers sont aussi en chantier.Celui de l\u2019épargne, dontl\u2019épargne-retraite, l\u2019est grâce aux révélations de Rosaire Morin de L\u2019Action nationale.Déjà apparaissent ici et là des fonds québécois.Et puis, un peu partout, les responsables des caisses de retraite réexaminent leurs portefeuilles de placement.Mais il faut aller beaucoup plus loin en s\u2019inspirant des pays européens plutôt que des pratiques états-uniennes prisées par le ministre des Finances.Ce dossier est le nerf de la guerre.Investir hors Québec via les mécanismes actuels de pompage de l\u2019épargne et obtenir des dégrèvements d\u2019impôt révèle l\u2019ineptie des gouvernements du Québec.Ce dossier n\u2019est pas indépendant d\u2019une dynamisation de l\u2019économie québécoise selon nos intérêts et nos priorités, ce L\u2019ACTION NATIONALE @81 qui n\u2019empêche aucunement son ouverture au monde.En cette matière, il importe plutôt de trouver les moyens pour éviter d\u2019être soumis aux seules forces financières internationales.Tous ces dossiers permettront une refonte du projet souverainiste.Dans le processus d\u2019accession à l\u2019indépendance, il n\u2019y a pas de solution magique.Deux facteurs sont toutefois déterminants: 1) le niveau de conscience de la population ; 2) le contenu du projet de société envisagé.Les débats autour de ces dossiers les activeront.Mieux, ils favoriseront de rassembler les Québécois.Ce sera la meilleure garantie contre les pressions partitionnistes ou autres visant à contrer la reconnaissance du Québec comme membre à part entière des Nations unies.Esquiver ces débats et concentrer la réflexion uniquement sur le partenariat amèneront Lucien Bouchard à franchir les premiers pas qui le sortiront de l\u2019histoire.Je ne peux imaginer cet homme, que j\u2019admire, suivre les traces de Robert Bourassa.Aussi, doit-il accepter de vivre avec l\u2019idée d\u2019être un ennemi d\u2019ici l\u2019indépendance du Québec.Après, ce sera une tout autre histoire.relations Revue d\u2019analyse sociale, politique et religieuse Pour comprendre le fond des choses ! ¦ un an ( 10 nos) : 26 $ ¦ deux ans : 47 $ ¦ à l\u2019étranger : 27 $ taxes incluses Communiquer avec Mme Hélène Desmarais 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P IS6 Tél.: 387-2541 82 © L\u2019ACTION NATIONALF Un rappel historique Marcel Tessier R .appelons-nous certains faits de notre histoire.Une poignée de Français ont défriché à bout de bras et de sueur cette terre immense qui, avant la conquête, occupait la partie la plus importante de l\u2019Amérique du Nord.L\u2019habitant canadien, petit gentilhomme campagnard, était loin d\u2019exciter la pitié comme le paysan européen.Il était propriétaire de sa ferme, pour laquelle il n\u2019avait à payer que de légères redevances.Le Canada d\u2019autrefois possédait des institutions d\u2019enseignement primaire, secondaire, et supérieur à l\u2019exception de localités isolées et des centres de colonisation.« Après uns sérieuse compilation de J.E.Roy, des Greffes de notaires, 80 % des adultes possédaient des rudiments d'instruction et connaissaient au moins récriture.Une pareille diffusion de l'instruction plaçait le Canada en avance sur presque tous les pays du temps, même sur la France où, d\u2019après un statisticien, 8,23 % à L\u2019ACTION NATIONALE
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