L'action nationale, 1 janvier 1998, Janvier
[" I/Ac* I ion Volume LXXXVIII, numéro 1, janvier 1998 Notre dossier François Aubry économiste Service de la recherche de la CSN MATIONALE Volume IXXXVIII, numéro 1, janvier 1998 Directeur Rosaire Morin Adjointe au directeur Laurence Lambert Administratrice Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Recherche Claire Caron Comptes rendus Gilles Rhéaume Révision Marc Veilleux Comité de rédaction Éric Bédard Jacques Brousseau Catherine Escojido Andrée Ferretti Robert Laplante Ronald-É.Laviolette Lise Lebrun Denis Monière Michel Rioux Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Mise en pages Guy Verville Impression Marc Veilleux, Imprimeur à Boucherville Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L'index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L'ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 IL^tocîSoDm NATIONAL Table des matières Volume LXXXVIII, numéro 1, janvier 1998 Éditorial L'indépendance du Québec Rosaire Morin 5 Salut à toi, Gaston! Elaine Audet 8 « Les folles embardées » Rosaire Morin 9 Pierre Péladeau Rosaire Morin 13 Mort d'un tribun Pierre Vadeboncoeur 15 Quel Québec économique voulons-nous ?Pierre-Paul Proulx 21 La Francophonie : ça serait une très bonne idée Hélène Pedneault 39 Un Québec souverain pourrait légiférer plus efficacement Gaston Cholette 53 L'invasion des canaux anglophones Robert Auclair\t65 Une pastorale en milieu urbain, une autre expérience à contre-courant Brian McDonough 79 Regards sur l'actualité Rosaire Morin 95 Lectures\t109 Comptes-rendus de lecture\t113 Courrier\t117 DOSSIER :\t Le plein emploi, mythe ou réalité François Aubry\t123\t Document visuels François-Albeit Angers\t148 Chronique francophone Haïti - L'origine du mot francophonie Michel Têtu\t159 Le Canada se fait l'émule de la défunte URSS Denis Monière, Guy Boutbillier, Pierre de Bellefeuille 67 Le Plan B et les cinq experts Claude G.Charron 73 Le drapeau du Québec Rosaire Morin 171 Index des auteurs 1997\t173 Nos annonceurs 184 A nos abonnés, A nos collaborateurs, À nos annonceurs, À nos donateurs, A l'équipe du secrétariat, Bonne et heureuse année! Que 1998 soit une étape significative pour ta libération sociale des Québécoises et des Québécois l\u2019indépendance politique du Québec! LAction nationale Editorial L'INDÉPENDANCE DU QUÉBEC Rosaire MORIN tJ \u2019indépendance du Québec est à portée de main.Elle peut nous échapper, si elle cesse d\u2019être la chaîne qui relie les souverainistes.Des divisions et des désaccords menacent la réussite du prochain référendum.Des centaines de lectrices et de lecteurs expriment leur désespoir devant certaines politiques néolibérales du Parti québécois.A une dizaine de groupes indépendantistes dissidents qui m\u2019ont invité, j\u2019ai toujours recommandé de réintégrer le Parti québécois.J\u2019incite les souverainistes désabusés qui me visitent à rejoindre ses rangs, à se battre dans le Parti pour des idées progressistes et constructives.C\u2019est à l\u2019intérieur du Parti qu\u2019il faut manifester son mécontentement.Qu\u2019il faut proposer le retour à la véritable sociale-démocratie ! La démobilisation péquiste compromettrait, peut-être pour toujours, la possibilité de se donner un pays.Tous les groupuscules qui songent à créer un nouveau parti indépendantiste oublient les leçons de l\u2019histoire.Certes, il est tragique d\u2019assister à la désespérance des militants.Il est décourageant d\u2019observer l\u2019attentisme dont fait preuve le gouvernement Bouchard.C\u2019est démoralisant de voir les fédéralistes sur le pied de guerre et de constater le silence étrange du gouvernement L\u2019ACTION NATIONALE © 3 québécois devant les invasions constitutionnelles du fédéral et devant les attaques quotidiennes des Chrétien, Dion et Associés.C\u2019est très grave de faire perdre l\u2019espérance aux bâtisseurs du pays en adoptant, un jour, des législations sociales et, le lendemain, des mesures ultralibéralistes.La petite histoire Le mouvement nationaliste n\u2019a jamais connu une solidarité très profonde.La plupart des chefs nationalistes ont commis autant de fautes que Montcalm.Frégault raconte que le général s\u2019est trompé sept fois pendant la bataille de septembre 1759.Les sous-chefs et les militants nationalistes ont toujours démontré un individualisme destructeur.La famille nationaliste et indépendantiste n\u2019a jamais connu un très fort esprit de corps et d\u2019équipe.Notre tradition de solidarité et de cohésion n\u2019est pas glorieuse.En 1826, à la suite de disputes internes, le Parti canadien fait place au Parti patriote.L\u2019Union de 1841 introduit le système partisan britannique dans lequel les «Canadiens» se divisent entre eux.Le Parti national de Mercier succombe sous les scandales.Le Parti nationaliste de Bourassa ou d\u2019Asselin a rapidement perdu ses soldats.Plus près de nous, L'Action libérale nationale a manqué de cohésion et de sens politique.Le Bloc populaire a disparu dans des chicanes internes interminables.Depuis, le mouvement nationaliste a adopté la voie de l\u2019indépendance.Les leçons du passé n\u2019ont pas été retenues.L'Alliance laurentienne de Raymond Barbeau (1957) était trop à «droite».L'Action socialiste pour l'indépendance de Raoul Roy (1960) était trop à «gauche».Le Rassemblement pour l'indépendance nationale d\u2019André D\u2019Allemagne (1960) a connu une série de défections qui ont causé son échec.Le Parti républicain du Québec de Marcel Chaput (1962) n\u2019a jamais été capable de regrouper l\u2019ensemble des indépendantistes.Le Mouvement de souveraineté-association de René Lévesque (1967) a fait place au Pa?ti québécois en 1968.4 © L\u2019ACTION NATIONALE Depuis trente ans, ce Parti a vécu plusieurs crises internes.Les chefs se succèdent et ne se ressemblent pas.Ils ont souvent laissé les militants dans le doute quant à leur détermination véritable à atteindre l\u2019objectif de la souveraineté.Ils ont tous la même tendance.Ils commandent.Ils imposent leur point de vue, plus souvent qu\u2019il n\u2019inspire et qu\u2019il ne rassemble.Sans le vouloir, il démobilise.Le Parti n\u2019a jamais pris les moyens pour soutenir une solide formation politique chez ses membres, à commencer par ses propres députés.Il se contente de grands colloques pour la galerie au lieu de multiplier les actions auprès du plus grand nombre.Il est devenu presque exclusivement un instrument pour les campagnes de souscription, pour l\u2019organisation des élections et des référendums.Ce comportement est la cause du cafouillage de la mobilisation autour du projet d\u2019indépendance qui progresse malgré tout.Aux dirigeants du Parti, je conseille un peu d\u2019humilité et la sagesse de l\u2019écoute.Les batailles de coqs ont tué le Bloc populaire.La cause est plus importante que les personnes.Le regroupement des pionniers et des souverainistes est indispensable.L\u2019isolement des précurseurs, les conflits de personnalités, l\u2019abstention des militants les plus actifs et l\u2019opposition grandissante d\u2019un grand nombre d\u2019indépendantistes doivent réveiller la haute direction du Parti.Trop de dirigeants confondent la discipline de parti avec l'indigence intellectuelle.La vigueur des débats est essentielle à la mobilisation.Le sens démocratique le plus élevé doit guider les généraux et les soldats.L\u2019instrument pour bâtir le pays est en place.Il doit appartenir aux membres.Le Premier ministre et les ministres ont un devoir de réserve dans les conseils nationaux et les congrès.Le Parti a besoin de se rajeunir, de se retrouver, de se rénover, de se doter d\u2019un projet de société conçu très démocratiquement.La sensibilisation des membres et leur mobilisation quotidienne autour de l\u2019avenir à concevoir sont une condition fondamentale pour obtenir l\u2019objectif: l\u2019indépendance.Certes, de graves L\u2019ACTION NATIONALE @ 5 problèmes sociaux et économiques peuvent créer des dissensions dans la recherche de solutions durables.Refuser d\u2019étudier et de résoudre les besoins de l\u2019heure aboutira à l\u2019échec, alors que l\u2019idéal de l\u2019indépendance cimentera le militantisme, malgré les débats animés.Si le gouvernement Bouchard et les Québécoises et les Québécois ont la volonté de bâtir le pays du Québec qui est à portée de main, ils doivent le dire à haute voix et sans cesse.Il faut de toute urgence rassembler les forces vives qui croient au pays du Québec.Il faut savoir capitaliser sur les erreurs des ultra-fédéralistes.Il faut dire pourquoi le Québec n\u2019est pas une «province comme une autre».Le déclin démographique (15 % en l\u2019an 2079) et la domination économique de Toronto rapetissent le Québec de jour en jour.Le bon-ententisme n\u2019est pas une attitude de bâtisseur.C\u2019est un aveu de faiblesse pour ceux qui prennent la résignation pour de la tolérance.Chrétien & ses Associés agissent de telle sorte que le titre « canadien » devient si apprécié pour certains qu\u2019ils oublient leur identité québécoise et francophone.Dans la conjoncture actuelle, les Québécoises et les Québécois ne peuvent plus être à la fois «canadien» et «québécois».Le statut de colonie du Canada anglais n\u2019est pas un décret divin.Notre appartenance au Canada n\u2019est pas fixée pour l\u2019éternité.Le Québec doit devenir un pays.Un pays aussi français que l\u2019Ontario est anglais.Avec des personnes de toutes origines dont la langue d\u2019usage sera le français.Le peuple québécois, s\u2019il veut survivre et s\u2019épanouir, doit se donner un pays.Un pays dont il sera fier.Qui incarnera sa culture.Qui sera responsable de lui-même et de son avenir.Les pauvres, le tiers-Québec, apprendront à aimer le Québec dès que l\u2019espérance d\u2019une vie meilleure leur apparaîtra probable.Dans la Confédération, la seule assurance est de demeurer une province entretenue et sous tutelle.Déjà, le peuple québécois est 6 © L\u2019ACTION NATIONALE devenu une minorité comme une autre dans le Canada.Il disparaîtra avec le temps.Dans un Québec indépendant, la prospérité québécoise sera une tâche qui demandera beaucoup de temps et d\u2019efforts.Nous le savons.Mais, comme le disait Pierre Bourgault, «On est capable ».On est « capable » de bâtir un projet de société axé sur la solidarité, la justice sociale et la dignité humaine.On est capable de bâtir un projet de société qui ne renie pas le passé.Un projet de société à long terme.Un projet pour nos enfants et leurs descendants.«On est capable» si les militants militent et si les chefs ont l\u2019humilité de les écouter et de les regrouper.L\u2019état d\u2019urgence est proclamé.L'Action nationale sonne l\u2019alerte.L\u2019indépendance est encore possible.Elle est nécessaire plus que jamais.L\u2019ACTION NATIONALE © 7 Salut à toi, Gaston ! Élaine Audet ,/V^îron n\u2019est plus.Miron, le saltimbanque, jonglant sur le fil des mots, trapéziste sans filet, réinventant le saut périlleux dans « la poésie-vie », la parole enfargée dans notre commune dépossession.Miron, le colonisé, mâchouillant son poème jour et nuit avant de l\u2019avaler avec son identité volée et celle de son peuple ravalé de l\u2019histoire.Miron, l\u2019amoureux, se berçant éperdu dans une vie saignée de sa langue natale, enterrée sous des mots ballants, ballottés par l\u2019insidieux étrangement de soi.Je te salue Miron, mon frère de toujours, rencontré à Paris, fin des années cinquante, où nous apprenons ensemble à nommer le pays au confluent de toute poésie, dans cette « marche à l\u2019amour » aux sillons de colère, de tendresse et de fidélité indéfectible.Nous te porterons « là où nous sommes déjà », à fleur de souffle avec nos mots halés par ton irremplaçable voix.« Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver»! Salut à toi qui as su nous dire debout dans la dimension immense de la révolte, de l\u2019amour, de la liberté.Nous rentrons chez nous où tu as déjà fait le feu.La rédaction s\u2019excuse auprès de l\u2019auteure pour la mauvaise reproduction de son article dans le numéro de septembre 1997 : Hommage à Miron, page 289.8 © L\u2019ACTION NATIONALE Les folles embardées Rosaire Morin ans Le monde diplomatique du 12 décembre 1997, Christian de Brie relate «les folles embardées» du miracle asiatique.Il rappelle le mirage des «dragons»: Corée du Sud, Hongkong, Taïwan et Singapour et des «petits tigres»: Thaïlande, Malaisie, Indonésie et Philippines qui n\u2019étaient en fait que des «canards boiteux».Les espoirs M.de Brie évoque les espérances qu\u2019entretenaient les gestionnaires de l\u2019argent des autres.Des signes merveilleux annonçaient des perspectives de profits fabuleux.Citons quelques indices du paradis qui enrichiraient les Québécoises et les Québécois qui placeraient leurs épargnes dans ces lieux de délices et de charme: Le Sud-Est asiatique: La région la plus dynamique de la planète (Le Monde, 9 janvier 1996).Le miracle asiatique : Le miracle asiatique n 'estpas terminé (Jardine Fleming Investment Management, Option Finance, no 437).L\u2019ACTION NATIONALE © 9 L\u2019Indonésie : L'une des économies les plus attractives d'Asie pour les investisseurs étrangers (Les Echos, 30 juillet 1996).Les Philippines: Elles appliquent les recettes des dragons asiatiques.Des frontières grandes ouvertes pour attirer les capitaux étrangers (Le Figaro Economie, 2 juillet 1996).La Ihaïlande: Un eldorado.un marché en effervescence (Investir.; 3 février 1997).Un marché bien noté par Moody\u2019s.La Malaisie : Explosive Malaisie qui voit grand, vraiment grand.la place asiatique la plus heureuse (Wall Street Journal, 12 juillet 1996).Singapour: Un paradis high tech (Far Eastern Economic Review, 24 octobre 1996.La débâcle Une possible dépression mondiale, une menace pour le monde, c'est dans ces termes alarmistes que la presse anglo-saxonne évoque désormais la débâche monétaire qui atteint Séoul et Tokyo après avoir fi-appé les ex-dragons d'Asie du Sud-Est.Déjà se profile le risque d'effondrement du système bancaire japonais, cribé de créances douteuses, voire irr,écupérables : entre autres, les quelques 300 milliards $ de dollars de prêts octroyés à dix pays d'Asie du Sud-Est et à Hongkong.Et si le Japon lâche prise, les Etats- Unis et l'Europe se retrouveront en première ligne dans la tourmente, tout en ayant à affronter une offensive commerciale asiatique sans précédent à des prix cassés.Le Fonds monétaire international s'apprête à débloquer en catastrophe, mais à des conditions draconiennes, entre 60 et 100 milliards $ pour la Corée.Quelques semaines auparavant, il avait déjà dégagé 17 milliards $ pour la Thaïlande et 23 milliards $ pour l'Indonésie (Michel Chossudovsky, professeur d\u2019économie à l\u2019Université d\u2019Ottawa).10© [.\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Indonésie : Entre le 30 juin et le 31 octobre 1991, la monnaie indonésienne perdait 33,2% de sa valeur par l'apport au dollar {International Herald Tribune, Paris, 3 novembre 1997).Les Philippines: Entre le 30 juin et le 31 octobre 1997, la monnaie des Philippines perdait 24,2 % de sa valeur par rapport au dollar {International Herald Tribune, Paris, 3 novembre 1997).La Thaïlande : Entre le 30juin et le 31 octobre 1991, la monnaie thaïlandaise perdait 39,5 % de sa valeur par rapport au dollar {International Herald Tribune, Paris, 3 novembre 1997.La Malaisie: Entre le 30juin et le 31 octobre 1991, la monnaie malaisienne perdait 26, S % de sa valeur par rapport au dollar {International Herald Tribune, Paris, 3 novembre 1997).Les causes Asie du Sud-Est : Les tigres de papier, monnaie dévaluée, sont sortis des écrans de contrôle de la finance et des manipulateurs de fonds de pension partis flamber ailleurs l'épargne des autres et l'argent des autres et l'argent des retraites, laissant aux peuples la facture de leurs foi fa its.Tous pressés de mettre les bouchées doubles pour être bientôt de taille à se mesurer aux prédateurs du Parc jurassique de la mondialisation.Ce fut la niée.Jusqu 'à la catastrophe.Puis la curée, avant la fuite éperdue (Christian de Brie, Le Monde diplomatique, 12 décembre 1997).Les spéculateurs institutionnels.ont appris à piller les réserves de devises des banques centrales, déstabilisant au passage des économies entières.L\u2019ACTION NATIONALE ©Il La situation dans le Sud-Est asiatique s'explique par le «caractère contagieux des économies nationales, qui se trans-mettent leurs faiblesses d'un pays à l'autre (Alain Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine, Le Monde diplomatique, décembre 1997).Les Philippines : Attirés par l'odeur du sang, les spéculateurs monétaires rôdent (Business Week, 19 février 1996).Le jugement Les grands spécialistes: Si ça va mal, c'est parce que cela allait trop bien.En somme, les pays d'Asie du Sud-Est ont perdu d'avoir gagné et la trop bonne santé a failli tuer le malade.L'avenir Ayant désormais obtenu ce qu'ils voulaient en Asie, il est à craindre que les spéculateurs ne se lancent à l'assaut des banques centrales des autres pays émergents, provoquant alors un enchaînement désastreux de dévaluation et d'appauvrissement à la mexicaine (Michel Chossudovsky).La mondialisation enrichit les milliardaires et appauvrit les classes populaires.Les Québécoises et les Québécois doivent réfléchir avant de placer leurs épargnes aux quatre coins de la planète.Il est certes prudent d\u2019investir davantage au Québec, d\u2019avoir confiance en l\u2019économie québécoise.Les Bourses de Tokyo, de Hongkong et de Mexico ne garantissent plus la sécurité de la vieillesse des retraités québécois.Quand les bourses et les banques basculent, les économies de la retraite disparaissent sans prévenir.12® L\u2019ACTION NATIONALE Pierre Péladeau Un bâtisseur Rosaire Morin Pierre Péladeau a débuté dans le monde des affaires en tenant un casse-croûte et en vendant des sapins de Noël.A partir du Journal de Rosemont, il a bâti l\u2019empire Québécor : 7,3 milliards $ d\u2019actifs et 34 000 employés.Lise Bissonnette admettait le 28 décembre 1997 que, «sans son concours., le journal (Le Devoir) ne serait pas entre vos mains aujourd\u2019hui».L\u2019homme d\u2019affaires a soutenu L\u2019Orchestre métropolitain, le Pavillon Sainte-Adèle, le Centre Pierre-Péla-deau, le Pavillon Ivry-sur-le-Lac et nombre d\u2019œuvres lui doivent leur survie.Pierre Péladeau était de cette race de bâtisseurs dont le Québec a tant besoin.Il était une source d\u2019inspiration et il le restera.Il restera toujours le modèle par sa vision de l\u2019œuvre à faire.Comme le disait Lise Bissonnette, « son style contredisait tous les manuels de gestion et toutes les théories de l\u2019entrepreneurship.Il a eu raison le plus souvent.» (Le Devoir, 28 décembre 1997) À sa famille éprouvée, nos condoléances les plus sincères.L\u2019ACTION NATIONALE ©13 Le chômage chez les jeunes Vers la fin de 1995, le taux de chômage, pour l'ensemble du Canada, chez les jeunes de 15 à 24 ans qui n 'avaient pas l\u2019intention de poursuivre leurs études était de 18,4% chez les hommes et de 24,5% chez les femmes.Le taux d\u2019activité chez les jeunes (c'est-à-dire ceux qui travaillent ou cherchent un emploi) avait alors atteint son niveau le plus bas en 20 ans.Annuaire du Canada, 1996. Mort d'un tribun Pierre Vadeboncoeur A.hilippe Girard, qui vient de mourir à quatre-vingt-quatorze ans, fut l\u2019une de ces personnalités exceptionnelles dont l\u2019histoire du Québec ne se souviendra guère ou pas du tout.Les médias ont-ils seulement mentionné l\u2019événement?Il y a une histoire syndicale, mais elle passe assez mal dans l\u2019histoire générale.Qui se rappelle Philippe Girard, dans le grand public?Qui se souvient même de Gérard Picard, ancien président de la CTCC?Ou de Raymond Gagnon?Ou d\u2019autres, obscurs et remarquables personnages à la mentalité de résistants?Peu de personnes, je crois bien.Pourtant, Philippe Girard, organisateur syndical remuant, tribun extraordinaire, esprit plein de ressources, fut l\u2019un de ceux qui, vingt-cinq ans avant la Révolution tranquille, commençaient vraiment à faire bouger le Québec, à la base, dans les masses, par le syndicalisme.L\u2019ACTION NATIONALE © 15 Il naquit en 1903 dans une famille ouvrière de Charlevoix.Il alla à l\u2019école primaire, qu\u2019il dut d\u2019ailleurs quitter très tôt.Sa famille étant pauvre, il partit travailler.On le retrouve, encore un jeune homme, à Montréal, conducteur de tram et syndicaliste.Il se révèle bien vite l\u2019esprit critique, l\u2019homme frondeur et le meneur qu\u2019il deviendra, animé par la passion des causes qu\u2019il défend déjà, homme de conviction, peu apte aux compromis faciles et très porté sur le défi.Un coup d\u2019éclat vers le début des années trente.Au tramway, il était membre d\u2019un syndicat américain dont des dirigeants d\u2019outrefrontière ne s\u2019adressaient qu\u2019en anglais à l\u2019assemblée générale.Un jour, Girard, excédé de cela comme du militantisme douteux de ces gens-là, veut en finir, s\u2019avance jusqu\u2019à la tribune, remet sa carte d\u2019adhésion, puis il participe à la création d\u2019un syndicat catholique, risquant ainsi son emploi, en pleine crise économique.Élu président du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal, il part diriger la grève difficile de l\u2019industrie métallurgique de Sorel, en 1937, année d\u2019un autre conflit considérable, celui des textiles.En septembre, au banquet de la Fête du travail, Girard, présent en sa qualité de président du Conseil central, fait un esclandre.Il apostrophe Duplessis, premier ministre depuis un an, invité pour la circonstance et qu\u2019un dignitaire venait de vanter comme particulièrement favorable aux ouvriers.Girard relève ce propos et, s\u2019adressant à 16© L\u2019ACTION NATIONALE Duplessis à propos des grèves récentes: «Vous avez vendu les ouvriers comme on mène des animaux à l\u2019abattoir! », lui lance-t-il à la figure, devant l\u2019assistance stupéfaite.Un violent échange s\u2019ensuivit entre les deux hommes sur le comportement de la police provinciale à Sorel pendant la grève.«On a mangé froid», dira plus tard Philippe en racontant cette histoire.Elle illustre son aplomb, son impétuosité, sa verve.Pendant la guerre, Philippe Girard délaissa temporairement le syndicalisme pour devenir organisateur du Bloc populaire pour la région de Montréal.Par la suite, n\u2019ayant plus un sou, il gagna sa vie comme il put, puis revint à la CTCC.L\u2019orateur, l\u2019organisateur Je l\u2019ai connu en 1950.Il était dans la force de l\u2019âge.On l\u2019employait dans les grands conflits: Vickers, Dupuis Frères, par exemple.On l\u2019envoya à Arvida, à Baie-Comeau, où se trouvaient les grandes alumineries.Un peu partout au Québec, il dirigeait des campagnes d\u2019organisation, prenait part à l\u2019éducation syndicale des membres et à la conduite des grèves.Je garde de vivants souvenirs de lui.Je le revois dans telle ou telle grève, mois après mois, faisant inlassablement de longs et captivants discours, soutenant le moral des grévistes, expliquant les enjeux, commentant les événements, prévenant les grévistes des tactiques patronales.L\u2019ACTION NATIONALE @17 Comme orateur, il était intarissable, fascinant, d\u2019une efficacité rare.C\u2019est en particulier par son éloquence que se manifestaient ses nombreux dons, son imagination, son intelligence, sa vivacité, son esprit, son réalisme, son jugement équilibré.Ses discours, pleins de parenthèses, de saillies, de drôleries, d\u2019émotion, de sens, retenaient immanquablement l\u2019auditoire.L\u2019orateur l\u2019envoûtait.Il le faisait rire.Il remuait les gens.Sa psychologie des foules, instinctive, étonnait.Je n\u2019ai jamais vu personne parler au peuple comme lui.Et la langue qu\u2019il employait, populaire, avait de la qualité, elle était saine, drue, colorée.La CTCC (CSN) n\u2019était pas pour les ambitieux.Ceux qui avaient trop d\u2019ambition quittaient tôt ou tard le mouvement.Les partis politiques, où un homme comme Girard serait certainement devenu une vedette, l\u2019auraient acheté à prix d\u2019or.Mais il n\u2019était pas à vendre, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.Un nom intact Girard n\u2019a jamais fait que défendre le peuple, les travailleurs.Il tomba gravement malade dans les années soixante, se rétablit lentement, mais cette maladie avait mis fin à son action.Il avait joué un rôle certain et important dans le syndicalisme le plus militant.Il faut une fois de plus souligner ceci: ce syndicaliste a beaucoup contribué à préparer la Révolution tranquille et il l\u2019accomplissait d\u2019ailleurs avant la lettre.18© L\u2019ACTION NATIONALE Mais s\u2019il s\u2019agit d\u2019un militant en particulier, trente-cinq ou quarante ans d\u2019action syndicale, une conscience sociale incarnée, tant d\u2019années de contestation de l\u2019ordre établi et d\u2019influence directe sur le peuple, comment mesurer l\u2019effet que cela a eu sans doute sur l\u2019histoire?\u2014 une histoire qui ne reconnaîtra pas beaucoup l\u2019action sociale individuelle.Mais on voit l\u2019écart qu\u2019il y a, dans ce cas, entre une action intense, persévérante, féconde, brillante, exercée dans le peuple par un homme pareil, et l\u2019oubli public dans lequel cette vie s\u2019est terminée.Qu\u2019importe, finalement?Cependant, au nom de ce qui importe au contraire, il faut justement souligner que cela s\u2019accomplissait, chez l\u2019intéressé, dans l\u2019indifférence pour ce qui est inutile et prétentieux, pour ce qui rapporte des sous, pour ce qui assure des places.L\u2019homme avait bien ses petites vanités, c\u2019est entendu, mais il ne leur a jamais sacrifié le fond des choses.De ce point de vue, c\u2019est ce choix que sa vie signe.Un talent très considérable, un pouvoir de séduction hors du commun, mais le résultat est là: l\u2019homme ne laisse ni prestige, ni argent, ni souvenir public.Il ne laisse que son nom, qui est intact.L\u2019ACTION NATIONALE © 19 Equité salariale Même si l\u2019écart entre les gains des hommes et ceux des femmes continue de diminuer, l\u2019équité salariale n \u2019a pas encore été atteinte.Bien que les gains des femmes travaillant à temps plein toute l'année, aient représenté 70% de ceux des hommes en 1994, comparativement à 58% en 1967, la disparité est toujours notable : en 1994, tes hommes travaillant à temps plein toute l\u2019année avaient des gains moyens de 40 717$ contre 28 423 $ pour les femmes.Annuaire du Canada, 1996, p.202. Quel Québec économique voulons-nous?Pierre-Paul Proulx* A.our concevoir le Québec économique que nous voudrions pour le prochain millénaire, il nous faut tenter de bien cerner la nature du processus d\u2019intégration, de globalisation, de mondialisation qui a cours présentement et dont les effets ne sont pas tous évidents.Concevoir le Québec économique du 21e siècle est d\u2019autant plus difficile qu\u2019il nous faut tenir compte d\u2019aspects sociaux, politiques, culturels et linguistiques.La science économique est une science sociale et on ne peut traiter du sujet sans tenir compte de ces dimensions du problème.Après la présentation d\u2019une définition et d\u2019une brève présentation des principales causes du processus d'intégration économique lequel donne lieu à une «nouvelle économie» dans laquelle le Québec s\u2019inscrit progressivement, nous tentons d\u2019identifier sommairement les principales caractéristiques et les principaux effets du processus.Le commentaire se termine par une brève évocation des caractéristiques du modèle de développement économique que nous considérons désirable pour le Québec pour cette fin de siècle et dans la nouvelle économie du 21e siècle.Professeur, Département des Sciences économiques, Université de Montréal.L\u2019ACTION NATIONALE ©21 I) L\u2019intégration économique et la nouvelle économie: définition, causes, effets et principales caractéristiques.1 1) Définition Par intégration économique, (certains utilisent les termes globalisation, glocalisation, mondialisation.) j\u2019entends la mobilité internationale accrue de biens, services, personnes, de capitaux et de l\u2019information sous toutes ses formes (voix, images données et textes).Le Québec n\u2019échappe pas à ce phénomène et notre petite économie de plus en plus ouverte se réoriente rapidement dans un axe nord-sud caractérisé par des flax bilatéraux de capital, de biens de haute technologie et de services avec les Etats-Unis, et ce aux dépens de notre commerce est-ouest lequel est un legs de l\u2019économie en partie artificielle résultant des politiques canadiennes du passé.2) Causes, caractéristiques et effets de Vintégration économique.Les causes de l\u2019intégration économique sont nombreuses, et sans modèle bien spécifié; on ne peut distinguer entre causes et effets.Certaines des causes énumérées ci-bas sont pour d\u2019autres des effets.Pas de débat là-dessus.1.Le lecteur intéressé à prendre connaissance de présentations plus élaborées de ce sujet pourra prendre connaissance de : Proulx, P.P.« La région métropolitaine de Montréal dam la nouvelle économie : diagnostic et éléments dime stratégie de développement », août, 1997, à paraître, Ministère de la Métropole; Economie integration in north america: formai, informai and spatial aspects, Cahier 962 3 du Département des Sciences Economiques publié dans Konjunktmpolitik, Applied Economies Quarterly, Duncker et Humblot, Berlin, 42, Jahrgang, 1996, Heft 2-3 ; et La mondialisation de l'économie et le Rôle de l'Etat, Cahier 9622 du Département des Sciences Economiques aussi publié dans Paquerot S.L'État aux orties, les éditions Ecosociété, 4e trimestre, 1996.On y trouvera des références à nombreux autres écrits traitant de divers aspects du sujet.22 © L\u2019ACTION NATIONALE Énumérons, en les accompagnant de quelques commentaires, les principales causes et manifestations de l\u2019intégration économique \u2014\tUne augmentation dans l\u2019importance de l\u2019information et du savoir, changement mis en lumière dans les nouvelles théories de la croissance économique endogène.Notons au passage que nous sommes enterrés d\u2019information mais que le savoir demeure une denrée rare.Il ne faut cependant pas minimiser l\u2019importance de l\u2019information car elle a une influence marquante sur les cultures partout au monde.L\u2019innovation est le moteur essentiel de la croissance économique et pour innover il faut entre autres choses et surtout, des ressources humaines hautement qualifiées et bien informées.Dans la nouvelle économie informationnelle, la productivité et la compétitivité dépendent surtout du savoir, du traitement et de la transmission de l\u2019information, et de la communication de symboles.Le savoir agit maintenant sur le savoir, facteur qui caractérise la nouvelle économie.L\u2019application des innovations donne lieu à de l\u2019innovation.\u2014\tUn changement de paradigme technologique fondamental (celui des technologies de l\u2019infomation et de la génétique des années 1970), d\u2019ou miniaturisation, haute technologie, compénétration du tertiaire industriel et de services d\u2019où un nouveau système industrialo-tertiaire.Et l\u2019histoire du changement technologique nous enseigne que les effets destructeurs sur l\u2019emploi des nouvelles technologies sont plus importants que ses effets créateurs d\u2019emploi pour des décennies après les premières applications.La mise en place grandissante de réseaux, entre entreprises, entres syndicats, entre associations, entre environnementalistes, entre terroristes, entre vendeurs de drogues.est un autre élément de la nouvelle économie dont le résultat est de diminuer les pouvoirs des gouvernements sur leur territoire ou entre eux dans des organisations internationales.L\u2019ACTION NATIONALE ©23 \u2014\tLe pourcentage grandissant du PIB mondial constitué de commerce international, d\u2019ou interdépendance accrue et inévitable entre gouvernements et efforts pour mettre en place ou améliorer les mécanismes supranationaux dont l\u2019OMC, l\u2019Aléna, le Mercosur.pour baliser le commerce international.\u2014\tUne augmentation significative des investissements directs étrangers, d\u2019où un rôle important des firmes multinationales (le commerce intra-firme représente 3 3 % du commerce mondial), le commerce intra-industrie e.g.entre firmes de la même industrie non reliées par la propriété) un autre tiers.Nous sommes de plus en plus dans un système de concurrence oligopolistique et d\u2019intéraction stratégique.Il ne s'agit pas du fameux marché dont rêvent cat a ms.L\u2019économiste néoclassique conventionnel (ils sont très nombreux à Ottawa) y perd son latin dans l\u2019explication des relations commerciales dans un tel contexte.\u2014\tUne recomposition sectorielle et spatiale de l\u2019économie.En Amérique du Nord, le déclin de la région transfrontalière «nord-est» dont fait partie le Québec se poursuit.Et l\u2019importance des activités culturelles et sportives n\u2019est pas à négliger comme le souligne B.Barber.\u2014\tLa mise en commun de compétences par des gouvernements qui ne peuvent plus traiter seuls des effets et bouleversements qui accompagnent l\u2019intégration économique en Amérique du Nord.L\u2019Aléna est un élément visible mais moins importante du processus d\u2019intégration économique dont les principales causes sont informelles et non négociées entre gouvernements i.e.réseaux transfrontaliers alliances et partenariats entre entreprises.; 2.Voir Nyahoho E.et Proulx P.P., Le Commerce international, Théories, Politiques et Perspectives indutrielles, Presses de l\u2019Université du Québec, 1977 pour un examen des diverses théories et de leur lacunes.24 © L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 La dévolution de compétences vers des paliers de gouvernement sous-nationaux, résultat d\u2019efforts de se rapprocher des acteurs du développement économique.Les théories endogènes de la croissance économique, et les travaux de plus en plus nombreux mettant en lumière les effets du « milieu » sur l\u2019activité innovatrice si importante au développement économique sont à l\u2019origine de efforts de régionalisation dans nombre de pays.Les villes et régions Les villes et régions deviennent les nœuds d'interconnection d\u2019une nouvelle économie de plus en plus intégrée.Etant donné les effets d\u2019agglomération (les économies externes régionales) et le développement de systèmes de production frugale (on rapproche les fournisseurs des donneurs d\u2019ordres) il se produit un phénomène de métropolisation.Les grandes villes reviennent en force entre autres facteurs à cause d\u2019une diversité structurelle interne des activités et des ressources humaines, de masses critiques, et de proximités qui assurent une plus forte capacité de développement.Et l\u2019histoire nous enseigne que le facteur local, la proximité ont été déterminants dans la genèse de l\u2019innovation comme en témoignent les expériences de Berlin, New York et Boston entre 1880 et 1914.Les milieux synergétiques que nous croyons essentiels de promouvoir au Québec sont un déterminant essentiel du développement économique de l\u2019avenir.Et le Canada est trop hétérogène, et des citoyens et citoyennes trop peu solidaires pour en arriver à un Canada compétitif.La route 128 de Boston et Silicon Valley sont des phénomènes locaux et régionaux.Et l\u2019acceptation la plus largement partagée possible d\u2019objectifs entre les citoyens et citoyennes de la ville ou région est un des déterminants de la compétivité dans la nouvelle économie transfrontalière et mondiale.We sink or swim together est une réalité à laquelle nous n\u2019échappons pas au Québec.Et les L\u2019ACTION NATIONALE ©25 divergences profondes et grandissantes et entretenues par le gouvernement fédéral sont telles que je suis heureux de concentrer mes efforts sur les aspects plus économiques des questions, laissant à d\u2019autres la tâche ingrate et de plus en plus impossible d'en arriver à des pactes linguistiques et autres ententes entre les Québécois francophones, anglophones et allophones, les Indiens et les Canadiens et Canadiennes du Reste du Canada.Les grandes villes Les grandes villes se mutent en lieu de production de biens de haute technologie et de services de haut niveau aux entreprises, et elles deviennent des centres financiers, d\u2019information et des centres administratifs.Notre rapport pour le Ministère de la Métropole ayant examiné la région de Montréal dans cette optique nous passons le sujet sous silence dans ce commentaire.Notons simplement que le Québec économique de la nouvelle économie arrivera (je l\u2019espère) à spécialiser ses régions en fonction de leurs ressources, compétences, localisation et synergies internes, et favorisera, dans le cadre d\u2019une politique des villes et des régions du Québec ayant mis en place un Conseil des Régions à Québec, une Région de Montréal dont chaque ville est spécialisée, l'ensemble étant diversifié.Viser une ville de Montréal, spécialisée dans les services aux entreprises et certains créneaux de haute technologie (processus déjà bien engagé); offrant un cadre de vie attrayant; ayant développé des infrastructures multimodales de transport efficaces et des services logistiques de tranport de marchandises de personnes de messages et de moyens de paiement; offrant des services informationnels qui assurent une connexion permanente des entreprises avec l\u2019extérieur, des services environnementaux et sociétaux qui ont pour fonction de promouvoir une image qualitative et positive de la RMM, voilà des objectifs pour le Québec économique de demain.26 © L'ACTION NATIONALE La mise au point d\u2019une politique des villes et régions du Québec implique aussi une politique de péréquation interrégionale dont la mise en application nécessiterait une participation importante du Conseil des Régions dont il a été question ci-haut.Et contrairement à la politique fédérale de péréquation qui implique des transferts de fonds, il est indiqué d\u2019explorer la possibilité de se servir d\u2019une formule de péréquation des dépenses.Le phénomène de localisation qui accompagne le phénomène de globalisation (d\u2019où le vocable glocalisation proposé initialement par nos confrères japonais) est tout à fait compréhensible à la lumière des nouvelles théories économiques de l\u2019innovation et du développement économique endogène.La nouvelle économie Mais les mouvements de régionalisation, de déconcentration, découlent aussi d\u2019un ensemble interrelié de causes inhérentes à la nouvelle économie.Et les pays qui ont compris cela, ce n 'est pas le cas au gouvernementfédéral, peuvent cefaisant, éviter l'éclatement en pays souverain de leur espace politique.Que la fédération canadienne soit la plus décentralisée des fédérations si on utilise la répartition des revenus fiscaux comme mesure, (elle est inadéquate conve-nons-en) est une indication de l\u2019incompréhension qui caractérise les décisions d\u2019Ottawa devant la nature des problèmes d\u2019intégration.En voulant s\u2019adapter ainsi on ne répond ni aux attentes du Québec ni à celles du Reste du Canada.Les provinces ne sont pas toutes égales ni également intéressées ou capables de prendre en charge certaines politiques économiques! Examinons cet aspect de la question plus en détail, car comprendre le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et de demain et en tirer les conséquences nécessite que l\u2019on s\u2019aventure dans l\u2019examen d\u2019un ensemble de déterminants socio-culturels et économiques de la nouvelle économie.L\u2019ACTION NATIONALE ©27 Les écrits récents de Manuel Castells* 3 permettent de comprendre la nature et les origines du « problème » québécois, et du potentiel du Québec dans la nouvelle économie.Ses thèses permettent d\u2019identifier et d\u2019anticiper certains des éléments du Québec du prochain millénaire.Impossible de rendre justice à l\u2019œuvre de Castells dans les quelques lignes qui suivent.Essayons quand même d\u2019en tirer certains propos pertinents à notre sujet.Castells met en lumière les effets de la globalisation d\u2019une part et de la recherche d\u2019identité d\u2019autre part dans ses thèses visant à expliquer la dynamique économique et sociale de notre nouvel âge d\u2019information.Il n\u2019est pas seul, à preuve la popularité d\u2019un livre récent de Benjamin Barber.4 Il souligne l\u2019importance des flux d\u2019information, de capital et de culture, qui affectent de façon fondamentale nos schèmes de consommation et de production.Les activités en réseaux reflètent et créent des cultures différentes, et le tout se déroule de plus en plus hors du contrôle des États.Découlerait de ces phénomènes la flexibilisation et l\u2019individualisation du travail, et une structure sociale de plus en plus segmentée.Les économies deviennent de plus en plus interdépendantes d\u2019où des relations nouvelles entre l\u2019économie, l\u2019État et la société.Le « capital » prend de l\u2019importance par rapport au travail (d\u2019où diminution dans l\u2019importance des syndicats, tendance lourde dont on n\u2019a pas encore vu les effets au Québec); les taux d\u2019activité au marché du travail des femmes augmentent, on déréglemente, on restreint et diminue la portée de nos programmes sociaux.La convergence dans les niveaux de développement économique si chère aux tenants de l\u2019école néo-classique seule présente dans les politiques de mobilité si chère à Ottawa, risque de donner sa place à de la divergence et du développement inégal, la 5.Castells M., The Rise of the Network Society (volume I), The Power of Identity (volume II) et End of Millennium (volume III) B.Blackwell Publishers, Massachusetts et Oxford.4.Barber VI., Jihad vsMcWorld, Ballantine Books, New York, 1996.28 © L\u2019ACTION NATIONALE mobilité donnant lieu à des processus récursifs (boule de neige) de croissance et de déclin selon la ville ou la région.Dans un tel monde, Castells signale que les personnes cherchent à se regrouper et à chercher des identités soit religieuse, soit ethnique, soit territoriale, soit nationale.Dans un monde de globalisation des flux de richesse de pouvoir et d'images la recherche d'une identité collective et individuelle devient l'assise de l'existence.La recherche et la consolidation d\u2019une identité dans un contexte d\u2019intégration économique qui détruit les organisations, déligitimise les institutions dont les gouvernements, et donne lieu à la perte de pouvoir de beaucoup de mouvements sociaux, voilà une des explications de l\u2019existence du mouvement souverainiste au Québec.Selon Castells: the age of globalization is also the age of nationalist resurgence, expressed both in the challenge to established nation-states and in the widespread (re) construction of identity on the basis of nationality, always affirmed against the alien.The urge to express one's iden- tity, and to have it recognized tangibly by others, is increasingly contagious and has to be recognized as an elemental force even in the shrunken apparently homogenizing high tech world of the end of the twentieth centuiy.* La recherche de l\u2019identité est aussi importante que l\u2019est le changement de paradigme technologique pour comprendre la nouvelle économie dans laquelle le Québec doit s\u2019insérer.Castells nous signale que: symbolic communication between humans and nature, on the basis of production and consumption experience and power, crystallize over histoty in specific territories thus generating cultures and collective identities.Il ajoute que 1 would make the hypothesis that language and particularly a fitlly developed language, is a fundamental attribute of self recognition, and of the establishment of an invisible 5.Castells, M., The Power of Identity, pages 27 et 28.L\u2019ACTION NATIONALE ©29 national boundary less arbitrary than territoriality, and less exclusive than ethnicity.Language provides the linkage betwen the private and the public sphere, and between the past and the present.6 Il s\u2019agit d\u2019une réalité et d\u2019un processus inachevés qui caractérisent le Québec.Le rôle de l\u2019Etat Et il ne faudrait pas conclure que l\u2019État est sans rôle dans ce contexte.L\u2019histoire nous enseigne que le processus de développement économique et la relation entre technologie et société est fortement influencée par l\u2019Etat.On n\u2019a qu\u2019à examiner l\u2019histoire du Japon, de la Chine et de l\u2019ancienne Russie pour s\u2019en convaincre.Droits individuels et Chartes des Droits et Libertés, soit, mais droits collectifs et repère pour les cultures so it fi'a n cophones, soit anglophones, soit indiennes.aussi.Et nous voilà dans un contexte et un débat qui perdurent où nombre de Québécois, et j\u2019en suis, sont convaincus que l\u2019on a d\u2019une part un pays le Canada qui est incapable de reconnaître de façon claire l\u2019existence de la nation francophone et celles des Indiens, et d\u2019autre part une nadon (les francophones du Québec) qui cherche un pays.Qu\u2019il soit illusoire de prôner la mise en place d\u2019autant de pays que de nations au monde n\u2019empêche que dans le cas du Québec, étant donné le refus et l\u2019impossibilité du Reste du Canada de reconnaître de façon généreuse et tangible sa spécificité culturelle et linguistique, la survie de la culture québécoise et comme nous le verrons ci-bas la mise en place d\u2019un modèle de développement économique approprié pour la nouvelle économie nécessitent la «Souveraineté» du Québec.Convenons aussi que la citoyenneté n\u2019égale pas la nationalité comme le démontre la réalité Catalan.J'ai cru un certain temps qu'il m'était possible d'être 6.Castells, M, The Rise of the Network Society, op.cit.pp.15 et 82.30® L\u2019ACTION NATIONALE simultanément citoyen de ma ville natale, du Québec, du Canada et du Monde.Impossible d'y croire maintenant! Ajoutons que certains pays multiculturels et multiethniques se tireront bien d'affaire dans le prochain millénaire.J\u2019ose espérer que le Québec en sera un.Mais il s\u2019agit d\u2019un sujet nécessitant beaucoup de réflexion car selon Castells: In the end of century, tbe explosion of nationalisms, some of the deconstructing multinational states, others constructing plurinational entities is not associated with the formation of classical sovereign, modei-n states.Rather nationalism appears to be a major force behind the constitution ofquasi-states ; that is political entities of shared sovereignty, either in stepped-up federalism.or in the «nation of nationalities» proclaimed in the Spanish Constitution of 1978,.or in international multilateralism (as in the European Union, or in the renegotiation of the Commonwealth of Independent States of ex-Soviet republics.Centralized nation-states resisting this trend of nationalist movements in search of quasi-statehood and a new historical reality.may well fall victim to this fatal eiTor of assimilating the nation to the state.7 Nous verrons dans ce qui suit que le Québec ne peut en rester là.Perdureront aussi durant le prochain millénaire la diversité culturelle et institutionnelle telle celles du Japon, de l\u2019Espagne, de la Chine et du Brésil.Mais selon Castells, tous ces pays seront caractérisés par l\u2019importance de l\u2019information.Les processus d\u2019innovation, de productivité économique, de pouvoir politique et militaire et celui des médias que l\u2019on y retrouve seront de plus en plus interconnectés et reliés aux réseaux mondiaux de richesse de pouvoir et aux symboles qui y circulent.7.Castells, M., The Power of Identity, op cit.page 32 L\u2019ACTION NATIONALE ©31 Mettons fin à la discussion de questions qui pour certains ne sont pas assez « économiques » pour passer à une brève présentation des principaux éléments du modèle économique que nous prônons pour le Québec de demain.On constatera que les questions culturelles et linguistiques sont des plus pertinentes à la présentation de ce modèle.II) Quel modèle économique pour le Québec de demain.Ayant longuement et souvent traité de ce sujet dans nombre d\u2019écrits depuis quelques années, restons-en à l\u2019essentiel pour cette communication.8 L\u2019Intégration économique donne lieu à la reconfiguration de l'espace économique pertinent pour le Québec.9 L\u2019espace politique du Québec demeure pertinent car il consume le principal marché pour les entreprises québécoises.Mais l\u2019intégration économique inscrit le Québec de plus en plus comme une entité de l\u2019espace de l\u2019Amérique du Nord et de l\u2019Hémisphère ouest.La diversification des relations commerciales du Québec est peu avancée et demeure un objectif qui sera difficile à atteindre.Les régions du Québec dont la RMM, deviennent des acteurs plus importants dans le nouveau contexte où se manifeste de plu s en plus de commerce interregional-international entre métropoles de plus en plus impliquées dans des activités industrialo-tertiaires.Il découle donc de ces réalités que le Québec de demain se doit de connaître le plus en détail possible la dynamique des marchés au niveau national américain, mais aussi au niveau des Etats et des MSA 8.\tLe lecteur voulant prendre connaissance des détails pourra consulter les écrits précités ainsi que nos publications dans les divers rapports annuels du Département des sciences économiques de l\u2019Université de Montréal.9.\tVoir Proulx, P.P., «Quebec international trade: trade with american régions» dans Guy Lachapelle, éditeur, Quebec Under Free Trade, Presses de l\u2019Université du Québec, 1995, pp.49-79, pour une présentation sommaire traitant de cette question.32 @ L\u2019ACTION NATIONALE (Metropolitan Statistical Areas) car ce dynamisme est très inégal.Une analyse de données indique que le processus d\u2019intégration est cependant hémisphérique, étant sud-nord pour l\u2019Amérique Latine et nord-sud pour le Québec d\u2019où l\u2019importance de faire porter l\u2019analyse des marchés sur l\u2019Amérique Latine.Et le Québec étant plus tourné vers l\u2019Europe que le Reste du Canada, et étant encore peu présent en Asie, on comprend qu\u2019/7 nous inccrmbe de bien connaître ces marchés et ce surtout au niveau sous-national.Un ensemble d\u2019activités de promotion, de marketing et une politique des relations internationales indissociable d'une politique des relations commerciales est aussi visée par cet élément du modèle.Le sont aussi la mise au point d\u2019une politique de l\u2019investisement direct et des alliances et partenariats à l\u2019étranger.Il nous faut pénétrer des réseaux étrangers et favoriser l\u2019obtention de contrats de fourniture de biens de haute technologie et des services par nos PME à l\u2019étranger.La décentralisation et la déconcentration des efforts au niveau des régions et de certaines villes du Québec sont aussi comprises dans cette suggestion.La politique des villes et régions évoquée dans cette communication vise à éviter l\u2019éclatement du Québec en régions plus rattachées à d\u2019autres pays et provinces qu\u2019au Québec.Voilà le premier élément d\u2019un ensemble d\u2019éléments interreliés d\u2019un modèle que pourrait envisager le Québec.Les éléments du modèle économique Comme deuxième élément du modèle économique que pourrait envisager le Québec de demain il faut continuer sur la lancée actuelle et favoriser l'innovation dans les nouveaux produits, les nouveaux services, et les nouveaux processus de production car c\u2019est le déterminant fondamental de la compétitivé dans la nouvelle économie d\u2019information et de haute technologie.Découlent de ceci des objectifs et politiques et programmes particuliers en ce qui concerne la veille technologique et la L\u2019ACTION NATIONALE ©33 formation des ressources humaines sans lesquelles on ne peut mettre en application le premier élément du modèle, à savoir la connaissance des marchés.Comme troisième composante vient la disponibilité et l\u2019efficacité d'infrastructures multimodales de transport pertinentes aux flux interrégional et international de biens, services personnes, capitaux et de l\u2019information sous toutes ses formes.Routes, ports, aéroports, téléports,.sont visés par cet élément étant donné la nature de plus en plus ouverte de la petite économie ouverte du Québec.Comme quatrième composante vient une condition nécessaire et essentielle au succès des éléments précédents et de l\u2019ensemble de la politique.Il s\u2019agit de la synergie qui naît de la proximité entre les entreprises, entre elles et les gouvernements, et avec les clients.Et la synergie verticale et horizontale que nous prônons est forte ou faible dans la mesure où les dirigeants et dirigeantes d\u2019entreprises ont établi entre eux et elles, ainsi qu\u2019avec les autorités publiques pertinentes des relations basée sur la confiance, la reconnaissance mutuelle, l'acceptation largemnt partagée d'objectifs, la mobilité des experts entre entreprises, les relations université-industrie.Les écrits du GREMI (Groupe européen sur les milieux innovateurs) et ceux de Michael Storper et de SRI de Californie et les nôtres traitent de ce sujet.Les conventions non écrites, les activités non contractuelles entre agents qui se connaissent et se font confiance, voilà des manifestations d\u2019un contexte, d\u2019un milieu synergétique nécessaire au succès de l\u2019innovation, de la pénétration de marchés, etc.Les institutions, mécanismes et politiques pour promouvoir ces synergies essentielles pourraient viser divers paliers, et l\u2019intensité des liens, et la nature des activités et sujets doit varier selon le niveau visé.On devrait explicitement viser à coordonner et harmoniser les actions de divers paliers dont : 1 ) le niveau municipal, 2) le niveau régional e.g.la RMM, 3) le niveau provincial par la 34 © L\u2019ACTION NATIONALE mise en place d\u2019une politique des villes et régions car l\u2019intégration économique en recomposant l\u2019espace économique ne respecte pas les frontières du Québec, 4) le niveau de la région transfrontalière du «nord-est» qui comprend les Etats de la Nouvelle-Angleterre, de New York, du Michigan, des Provinces Atlantiques du Canada, de l\u2019Ontario; et 5) des réseaux reliant le Québec et la RMM particulièrement avec des agglomérations urbaines telles Boston, Los Angeles, Austin.Le lecteur qui nous lit encore constatera l\u2019absence de discussion de la monnaie et de politique monétaire dans notre communication.Notre analyse de l\u2019intégration économique et de son volet intégration financière nous porte à conclure que le volet monnaie et politique monétaire, quoique encore nécessaire au niveau national l\u2019est beaucoup moins, les flux financiers limitant de beaucoup l\u2019influence de la politique monétaire sur le développement économique.Cette influence existe, à preuve notre performance inadéquate en termes d\u2019emploi comparativement à nos voisins américains, mais notre conclusion est à l\u2019effet que le Québec ne peut soit dans le contexte fédéral actuel, soit à titre de pays souverain miser sur la politique monétaire pour assurer son développement économique.La mise en place de l\u2019Euro et de la Banque Européenne s\u2019inspire de ce genre de raisonnement.Conclusion Osons espérer qu\u2019on nous excusera la prise en considération de facteurs culturels, sociaux et politiques dans notre effort de réfléchir sur la dimension économique du Québec de demain.Les synergies et le dynamisme du milieu, élément important du modèle économique proposé reposent sur la réalité culturelle, sociale et politique du Québec.L\u2019immobilité géographique relative des Québécois, étant donné la masse critique qui existe au Québec est depuis longtemps et de plus en plus un facteur positif dans le fonctionnement L\u2019ACTION NATIONALE ©35 d\u2019un milieu synergétique caractérisé par des processus d\u2019apprentissage collectif et une transmission élevée d\u2019information et de savoir.Accompagné d\u2019une veille des marchés, des technologies, d\u2019une politique favorable à l\u2019investissement direct de l\u2019étranger et à l\u2019étranger et d\u2019une politique des relations et du commerce international ouverte, il s\u2019agit d\u2019un élément qui peut faire du Québec un joueur plus performant que ce n 'est le cas actuellement sur le plan économique.Le défi important d\u2019en arriver à des accommodements avec les Anglo-Québécois, les Indiens et le Reste du Canada, défi difficile et presque impossible que je laisse avec plaisir à d\u2019autres de relever, peut limiter la portée de niveaux de synergies au sein du Québec, situation qui nous caractérise actuellement et qui nuit à notre développement économique.Et rappelons que l\u2019intégration économique mue par des facteurs formels tels l\u2019Aléna et l\u2019OMC, mais surtout par les autres déterminants non formels découlant des nouvelles technologies et des stratégies des entreprises donne lieu naturellement à un nouvel espace économique.Pas besoin de le négocier sauf pour tenter avec nos partenaires commerciaux d\u2019en arriver à des règles commerciales pour le baliser.Et puisqu\u2019il est pertinent de citer des étrangers sur cet aspect du débat, nul n\u2019étant prophète dans son pays, citons Lester Cari Thurow qui concluait dans un article publié récemment dans le Boston Globe que les Québécois n\u2019ont pas raison de craindre une baisse de niveau de vie en cas de séparation du Québec, car : « Un Québec à qui on permettrait de demeurrer au sein de l'Aléna, comme ce serait le cas, n'a pas besoin du reste du Canada au niveau économiique.» Il ajoute: « Vous n'avez pas à vivre politiquement avec des gens que vous n 'aimez pas simplement pour être riche.» Notre défi, suite à une décision démocratique et pacifique au Québec (je crains beaucoup les «dérapages» violents, ayant participé activement comme fédéraliste à une campagne référendaire où les suggestions de ce genre proposant de déstabiliser le Québec furent nombreuses de la part des fédéralistes) est d\u2019en 3 6 © L\u2019ACTION NATIONALE arriver à des arrangements politiques permettant au Reste du Canada et aux citoyens et citoyennes qui auront décidé de rester au Québec de se doter d\u2019institutions de politiques et de programmes selon leur préférences.Une constitution québécoise reconnaissant des droits linguistiques aux minorités, la possibilité de citoyenneté double pour ceux qui le désireraient, la compétence reconnue du Québec sur un ensemble de politiques économiques et sociales culturelles et linguistiques interreliées allant de la fiscalité à la politique de la concurrence, de la politique des relations internationales à la politique commerciale et reposant sur un système intégré de gouvernance lui-même développé à partir d\u2019ententes entre les autorités publiques et les entreprises et syndicats, voilà certains éléments sur lequel on pourrait favoriser pour le Québec un rythme de développement économique et social plus acceptable qu\u2019il ne l\u2019est actuellement.Citons d\u2019autres experts de l\u2019étranger pour réitérer notre conclusion à l\u2019effet qu\u2019étant donné les blocages inévitables dans le Canada actuel, le modèle économique que nous avons évoqué ne pourrait être mis en application de façon efficace dans le contexte canadien.Selon J.M.Stopford et Susan Strange (qui seront certes surpris qu\u2019on les cite dans le contexte d\u2019un débat sur la souveraineté du Québec) : A state has objectives that are multiple.It wants to be efficient and competitive and preserve social peacee and the cohesion of the state with society.It wants autonomy and the freedom to choose its own path to economic development and access to advanced technology and overseas markets10 10.Cité parj.M.Stopford dans The growing interdependence between transnational corporations and Govemements, Transnational Corporations, volume 3 n° 1, Février 1994, p.69.L\u2019ACTION NATIONALE ©37 Stopford ajoute dans l\u2019article que nous citons: success in managing these domestic dilemnas may be a necessary condition for progress, but is not a sufficient condition for managing the wider web of relationships in the international economy.Aucun doute que le Québec comme province ne peut aussi efficacement qu\u2019un Québec « Souverain» s\u2019insérer et tirer profit de la nouvelle économie qui se déploie sous nos yeux.MAGAZINE Un courant d'avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine gaspésien ! Publié par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le CRCD de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s'intéressent à la Gaspésie d'hier et d'aujourd'hui.80, boul.De Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC 1R0 Téléphone : 418-368-1534 \u2014 Télécopie : 418-368-1535 3 8 © L\u2019ACTION NATIONALE La francophonie : ça serait une très bonne idée.* Hélène Pedneault J.\u2014in 1971, je suis allée travailler pendant six mois en France, à l\u2019Arche de Jean Vanier, avec des handicapés intellectuels.Un jour, une travailleuse sociale qui s\u2019appelait madame Sépulcre (authentique ! on ne peut pas inventer un nom pareil!), vient rendre visite à quelques-uns de ses protégés qui travaillaient là en atelier.Sympathique comme une porte de prison, elle avait l\u2019allure martiale d\u2019un gendarme.En plus, la pauvre femme était affligée d\u2019un début de barbe au menton.Personne ne disait mot, chacun essayant \u2014 autant que faire se peut \u2014 d\u2019éviter de regarder les poils disgracieux.C\u2019est alors que Patrick, 21 ans, un colosse de six pieds qui avait l\u2019esprit et la voix suraiguë d\u2019un enfant de quatre ans, s\u2019est écrié, dans le silence lourd: «Pourquoi elle a de la barbe la bonne dame?Pourquoi elle a de la XIVe Conférence des peuples de langue française, Jonquière, 19 août 1997.L\u2019ACTION NATIONALE © 39 barbe la bonne dame?» Comme personne ne lui répondait, il a répété cette phrase jusqu\u2019à ce qu\u2019une âme charitable l\u2019entraîne dehors à travers tout le monde figé sur place.J\u2019ai beaucoup appris des handicapés intellectuels: entre autres à dire parfois à voix haute ce que tout le monde essaie de cacher, de ne pas voir ou d\u2019enjoliver.Alors ce matin, je serai un peu Patrick.La seule différence avec lui, c\u2019est que je puis vous assurer que tout ce que je dirai à voix haute sera totalement délibéré.Vivre en français De la francophonie, je ne peux vous parler que du point de vue que je connais: celui du Québec, seul ou avec d\u2019autres.Je parle, je chante parfois, j\u2019agis et j\u2019écris en français dans un monde qui parle le néo-libéralisme, une version particulièrement virulente du matérialisme.La langue dominante actuellement n\u2019est pas l\u2019anglais, ne vous y trompez pas.La langue dominante, c\u2019est la langue de l\u2019économie néo-libérale que tous nos dirigeants \u2014 patrons ou politiciens \u2014 parlent couramment et nous infligent, non seulement à coup de mots vidés, à coup de notions creuses, mais surtout à coup de terribles décisions qui assassinent ce qu\u2019il reste de la vitale fonction de citoyen.Ce monde dans lequel je vis en français \u2014 enfoncé depuis les débuts de l\u2019ère industrielle dans le matérialisme le plus barbare \u2014, a déjà 40 @ L\u2019ACTION NATIONALE fait de la chanson une industrie.Il a déjà fait de la peinture une vulgaire question de spéculation, et de l\u2019écriture télévisuelle et cinématographique un simple travail à la chaîne qui doit suivre un mode d\u2019emploi précis, avec des auteurs interchangeables et éminemment rem-plaçables selon les caprices de l\u2019ignorance des gens qui détiennent la bourse et à qui l\u2019argent tient lieu d\u2019intelligence.Dans le monde dans lequel je persiste à vivre en français, nous avons décidé \u2014 par distraction, assurément, ou par manque de concentration \u2014, d\u2019inverser l\u2019ordre de nos priorités.Après cette décision, tout est allé si vite que nous n\u2019avons pas eu le temps questionner la pertinence de ce nouvel ordre du monde.Nous avons suivi les ordres d\u2019un quelconque dieu, d\u2019un dieu quelconque.Ici, il y a des moutons dans notre histoire.Ailleurs, ils peuvent bien avoir des coqs ou des aigles dans leur histoire, ils ont aussi suivi les ordres.Jean-Louis Roy a dit: «L\u2019économie, le politique et le culturel ne sont pas des entités isola-bles.En consentant à l\u2019une d\u2019entre elles, on prend forcément rendez-vous avec les deux autres.» C\u2019est vrai.Mais j\u2019ai toujours cru dur comme fer que la rencontre entre les trois devait avoir lieu dans un certain ordre: d\u2019abord le culturel, ensuite le politique, ensuite l\u2019économique, qui devrait se contenter de découler des deux autres, par ordre d\u2019importance vitale.En ce moment, c\u2019est l\u2019ordre inverse qui domine: d\u2019abord l\u2019économique, ensuite le politique \u2014 toujours pris entre les deux, quel que soit L\u2019ACTION NATIONALE @41 l\u2019ordre, et ensuite le culturel, quand il reste du temps, quand il reste de l\u2019argent, si on suppose que les habitants du politique et de l\u2019économique éprouvent de la considération pour le culturel.La culture d'un peuple La culture est la langue nourricière d\u2019un peuple.Si la culture d\u2019un peuple ne précède pas son économie, comme dans l\u2019époque dans laquelle nous vivons, nous ne pouvons arriver qu\u2019au désert.Nous ne pouvons aboutir qu\u2019à une désertification de la vie psychique.Chez les jeunes de chez moi, pourtant branchés à l\u2019autoroute électronique ou au cœur du rock comme à une bouteille de sérum, plus personne ne sait que la littérature, par exemple, sauve la vie.Personne ne leur a dit, personne ne leur a transmis que des personnages de fiction peuvent nous ressembler à un point tel qu\u2019ils nous aident à vivre, nous consolent, nous expliquent ce que nous ne comprenons pas, nous servent de miroir.Je n\u2019arrête jamais de me souvenir que le Québec francophone a le plus haut taux de suicide chez les jeunes au monde: le triomphe du matérialisme, l\u2019aliénation qui n\u2019est même plus nommée tellement elle est enfouie profond, le manque collectif de confiance en soi doublée d\u2019une grave carence d\u2019identité, sont des ingrédients extrêmement nocifs qui, une fois réunis dans le même peuple, donnent un cocktail léthal.Je crois que c\u2019est Laurent Laplante qui 42 © L\u2019ACTION NATIONALE disait: «Je m\u2019étonne même qu\u2019il n\u2019y ait pas plus de jeunes qui choisissent le suicide.» En Afrique, on meurt de faim physique.En Amérique, on meurt de faim psychique.Je n\u2019ai jamais su savoir laquelle de ces morts était la pire, dans la hiérarchie de la mort.D\u2019autant plus qu\u2019à tous les 15 ans, chez moi, quand on nous demande si on veut être autonome, on dit non.On hurle oui, on hurle non, on s\u2019évanouit entre le oui et le non, comme l\u2019a écrit l\u2019écrivaine Suzanne Jacob.Les plus jeunes d\u2019entre nous ont du mal avec cet évanouissement épisodique.Ils auraient besoin de rêves et d\u2019actions solides au lieu de cette pensée molle comme une montre de Dali qui tient lieu d\u2019affirmation politique.Dans tous les cas, la culture s\u2019en ressent et perd un peu plus de son sang.La valeur de la langue Voyez.Nous n\u2019avons même plus besoin d\u2019ennemis.Déjà, sans même nous en rendre compte, la langue de l\u2019économie a contaminé notre langue intime: nous en sommes à gérer nos émotions, notre stress ou nos maladies; en peine d\u2019amour ou dans notre compte de banque, indifféremment, nous disons que nous sommes dans le rouge; nous parlons aussi de déficit quand il est question de l\u2019affectif.Voyez encore : dans une publicité télé, j\u2019ai vu un couple hésiter entre s\u2019acheter une auberge ou faire un bébé, ce qui vous en conviendrez n\u2019est pas tout à fait de la même nature.Par contre, cela va très bien avec la dénature.L\u2019ACTION NATIONALE ©43 Voyez encore comme nous n\u2019avons même plus besoin d\u2019ennemis.La langue de bois, la langue préférée des technocrates, se répand à une vitesse folle, des gouvernements aux syndicats, aux intellectuels, et même aux féministes.La langue de bois est la langue de l\u2019absence de pensée qui prétend à la profondeur et veut se faire passer pour de l\u2019intelligence.En France, quelqu\u2019un a appelé cette langue de bois « l\u2019hexagonal tel qu\u2019on le parle ».Mais c\u2019est pareil.Personne ne comprend cette langue vidée, pas même ceux et celles qui la parlent ou l\u2019écrivent.Et ça ne semble déranger personne.Le désert spirituel annoncé avec grand fracas à cause de l\u2019avancée de l\u2019anglais des Etats-Unis partout dans le monde, est déjà présent dans notre langue française.On voit très bien l\u2019ennemi qui avance avec ses gros sabots, mais on ne voit pas l\u2019ennemi que nous sommes, on ne veut pas nommer tous les champs arides de nos complicités avec l\u2019ennemi qui vient de l\u2019extérieur.Parfois, l\u2019ennemi n\u2019a même pas besoin de demander.Nous devançons ses moindres désirs.Ma joue droite, la voulez-vous de face ou de profil pour mieux la gifler?Je me demande souvent à quoi sert de parler une langue, quelle qu\u2019elle soit, s\u2019il n\u2019y a plus aucune pensée pour la soutenir, aucune culture pour l\u2019aimer et avoir envie de la transmettre.A quoi bon parler français ou n\u2019importe quelle langue, si tout se décide sans nous, si on ne nous écoute jamais quand une majorité de gens demandent de la réflexion de la part de leurs 44 © L\u2019ACTION NATIONALE gouvernants, de la transparence dans leurs décisions, si jamais on ne répond à nos questions?Quelques industries culturelles Dans mon pays, par exemple, il n\u2019y a pas de librairies en dehors des grandes villes.J\u2019habite le village le plus haut du Québec, à deux heures de Montréal, et la librairie la plus proche est à une heure et quart de chez moi.Dans toutes les Iles-de-la-Madeleine, où il y a 15 000 personnes encerclées par la mer, loin de tout, il y a une seule section de livres populaires, contrôlée par une seule maison de distribution, dans la pharmacie Uniprix.Aux Iles-de-la-Madeleine, on a intérêt à aimer lire des livres de psychologie populaire traduits de l\u2019américain, sinon on est malheureux, quand on aime lire.S\u2019il n\u2019y a pas de librairies dans mon pays, je me dis que ça doit nous convenir puisque nous ne disons rien.Dans le village où j\u2019habite, la bibliothèque est ouverte le mardi soir, entre 5 heures et 7 heures.Et les vieux de la place, majoritaires, ont fait mourir un projet d\u2019agrandissement de la bibliothèque ayant déjà reçu une subvention de 80,000$ du gouvernement du Québec.Leur stratégie a été simple: ils ont exigé un référendum et là, les estivants, qui possèdent des chalets et ne viennent que quelques semaines par année, ont pu voter.Us sont trois fois plus nombreux que les gens du village.Ils ont voté contre, évidemment, étant donné qu\u2019à Montréal ou à Repentigny, où ils habitent, ils en ont une, bibliothèque.Ils ne voyaient pas l\u2019intérêt de voir L\u2019ACTION NATIONALE @45 augmenter leurs taxes de quelques dollars pour avantager une population qui les accueille.Les vieux dont je parle n\u2019aiment pas lire, certains ne savent pas lire, et ils ne voulaient pas que leurs taxes augmentent de quelques sous par jour.Ça ne leur est jamais venu à l\u2019idée qu\u2019il y avait des plus jeunes qu\u2019eux dans le village, des gens qui avaient encore beaucoup de vie devant eux et pas mal plus de soif.Chacun pour soi.Tous les «chacun pour soi» ensemble étant majoritaires, vive la démocratie.Nous sommes plusieurs à écrire des livres en français au Québec.Mais nos livres ne se rendent guère plus loin que la ville de Québec.La seule chose qui se rend partout dans mon pays, c\u2019est la caisse de vingt-quatre bières.Jusqu\u2019à Chibougamau, jusqu\u2019à Kujuaaq même.J\u2019ai souvent pensé qu\u2019on pourrait résoudre le problème de distribution de livres en enlevant seulement six bières de la caisse de vingt-quatre, et en les remplaçant par quelques livres.Mais tout le monde rit quand je parle de mon idée.Je suis pourtant très sérieuse.Je dois mal m\u2019expliquer, probablement.Pour les disques, c\u2019est à peu près pareil, hormis ceux qui chantent dans une autre langue ou ceux qui ont les moyens d\u2019un gros battage publicitaire.Ça doit nous convenir.Chez moi, dans mon pays français, à l\u2019exception de Radio-Canada, il y a à peu près cinq personnes qui décident pour tout le Québec quelle chanson tournera et laquelle ne tournera pas.Vous vous doutez bien que ce sont les plus belles chansons 46 © L\u2019ACTION NATIONALE qui meurent dans leur pochette.Si nous laissons faire ça, c\u2019est que ça doit nous convenir.Je viens de faire cinquante émissions de quatre-vingt-dix minutes avec des chansons.J\u2019ai bien dû en écouter plus de 5000, de toute la francophonie.Je puis vous assurer qu\u2019il y a un vide dans la jeune génération.Je le sais, ça me fait encore mal.Mais pourquoi les compagnies de disques dépenseraient-elles de l\u2019argent pour assister les jeunes auteurs dans leurs premiers pas en écriture?Les compagnies de disques ne sont pas dans l\u2019art, elles sont dans l\u2019industrie.Et puis, les chansons tournent très bien dans cet état.Alors pourquoi faire du zèle ?Ça doit nous convenir, le bruit et la guimauve, puisque nous ne disons rien.« La chanson ne devrait pas être seulement un art qui rapporte, mais un art qui nous apporte », a dit Anne Sylvestre.Qui nous apporte du sens, de l\u2019essence, de la beauté, du réconfort.Au lieu de ça, nous sommes en panne d\u2019essence au beau milieu d\u2019un désert à 4 heures du matin.A la mort de Félix Leclerc, une télévision est allée faire un vox populi dans une école primaire.Et plusieurs jeunes ont répondu, à la question: savez-vous qui est Félix Leclerc: «Oui, c\u2019est un chanteur français.» Chez moi, dans mon pays, il y a des trous grands comme le grand Canyon dans la transmission de la culture.Et quand c\u2019est la langue des autres qui parlent le plus à une génération, il y a lieu de se dire que nous avons été en-dessous de tout, en dessous de nous-mêmes surtout.Nous n\u2019avons pas su leur dire, en français, l\u2019amour de notre L\u2019ACTION NATIONALE ©47 langue et de notre culture.Quand c\u2019est la langue des maîtres qui parle le plus à une génération, que cette génération ne s\u2019en rend pas compte et que les générations précédentes laissent faire, il y a lieu de penser que la domination nous plaît, qu\u2019elle nous convient.Le sens de la Francophonie Nous ne savons plus transmettre.Parler français ne suffit pas.Chez moi, il y a encore un million d\u2019analphabètes, complets ou fonctionnels.Et de plus en plus de jeunes décrocheurs viennent rejoindre leurs rangs.Nous savons bien, pourtant, que l\u2019ignorance ne peut engendrer que la peur, de soi et des autres, et la répétition des mêmes ornières.Dans quel sens tourne la francophonie?Dans le sens des aiguilles d\u2019une montre ou à sens unique?Nos livres ne sont pas distribués en France.Non plus en Suisse ou en Belgique.Mais les livres français sont très bien distribués chez nous.Même les auteurs québécois édités en France par un éditeur français n\u2019arrivent pas à s\u2019y faire connaître.La France ne veut pas de notre amiante, parce qu\u2019elle la trouve sale.Ma langue aussi doit être sale parce que les Français la nettoient quand elle arrive chez eux.La langue de Michel Tremblay, par exemple, qui se retrouve pourtant dans la liste des cinquante plus grands dramaturges de notre temps, dans le monde.Ses pièces sont traduites, adaptées ou traitées comme du folklore quand elles sont présentées par des acteurs québécois.Tremblay 48 © L\u2019ACTION NATIONALE a du succès partout ailleurs, il est réputé partout ailleurs, sauf dans le pays où on parle la même langue.A la télévision française, la série Lance et compte s\u2019est métamorphosée en Cogne et gagne, doublée en français.Pendant ce temps, on m\u2019a dit que de plus en plus de fdms anglo-saxons étaient présentés en version originale, sans traduction.Manifestement, nous ne parlons pas la même langue.Nous avons pourtant passé notre enfance, ici, en Amérique, à voir des fdms de cowboys doublés en argot français sans rien dire.Avec le temps, on a bien fini par comprendre qu\u2019une dope était une cigarette.En ce moment, dans notre francophonie, il y a une guerre du doublage entre le Québec et la France, et les livres canadiens-anglais nous passent au-dessus de la tête et s\u2019en vont se faire traduire en France, avec souvent de furieux contre-sens et une perte d\u2019américanité assurée.Fes éditeurs québécois ont boudé les grands auteurs canadiens.A qui la faute?Comme le Québec a négligé et méprisé les Franco-Canadiens.Deux graves erreurs culturelles qui font probablement partie des nombreux effets de notre aliénation.Mais récemment, au dernier Festival des Amériques, j\u2019ai vu une troupe française venir nous présenter Aux hommes de bonne volonté, de Jean-François Caron, dans sa langue originale, telle quelle, avec toute la belle maladresse d\u2019accent qu\u2019on peut imaginer.Mais qu\u2019importe.J\u2019ai pleuré.Fa mise en scène était magnifique, les acteurs étaient bouleversants, mais pour la L\u2019ACTION NATIONALE @ 49 première fois, des Français jouaient dans notre langue.Ils venaient nous rejoindre sur notre terrain.L\u2019émotion était à son comble.Et je crois que tous les Québécois qui l\u2019ont vue ont ressenti la même émotion que moi.En ce moment, au Québec, toutes les multinationales de l\u2019eau, La Lyonnaise des eaux, Bouygues, La Générale des eaux et Danone se bousculent aux portillons pour prendre le contrôle de la gestion de notre eau: autant celle du robinet que celle des usines d\u2019épuration que celle de nos nappes souterraines.Je me demande si c\u2019est à cause de la francophonie, à cause de l\u2019impérialisme atavique ou à cause de notre mollesse?L\u2019eau est l\u2019équivalent de la langue maternelle du Québec.Personne d\u2019autre que nous ne doit la gérer.Se faire pomper à blanc par des multinationales américaines ou des multinationales françaises, franchement, je ne vois aucune différence.Elles parlent toutes une autre langue que la mienne: l\u2019argent.De la même façon, la société des auteurs française, la SACD, fondée par Beaumarchais, dont nous devons être membres quand on est joués en Europe, essaie de prendre le contrôle de nos droits d\u2019auteur pour l\u2019Amérique du Nord et menace de ne plus nous représenter en Europe si nous n\u2019acceptons pas qu\u2019elle nous représente partout dans le monde.Est-ce à cause de la francophonie, à cause de l\u2019impérialisme atavique ou à cause de notre mollesse?Je vois que certains Français agissent au Québec comme ils reprochent aux Américains d\u2019agir chez eux.La vieille histoire biblique de la paille 50 O L\u2019ACTION NATIONALE et de la poutre dans l\u2019œil ne leur vient jamais à l\u2019esprit.L\u2019an dernier, j\u2019ai essayé de joindre l\u2019agence qui s\u2019occupe de la carrière du chanteur Renaud, pour une entrevue.Et à Paris, je suis tombée sur un répondeur qui me parlait en anglais, sans traduction.Est-ce cela que l\u2019on appelle la domination consentie ?Je crois que la France est occupée, mais cette fois, elle ne le sait pas.La barrière de sa longue et belle culture, qu\u2019elle croit étanche et invincible, et son intime conviction qu\u2019elle est et restera à jamais le foyer mondial du français, sont l\u2019équivalent, en fragilité, de la ligne Maginot en 1939.Le déni n\u2019a jamais rien apporté de bon à qui l\u2019a pratiqué.Conclusion Y a-t-il une solidarité francophone?Franchement, je ne sais pas.Mais ça serait une très bonne idée.« La langue est la maison de l\u2019être », disent les Arabes.Cette langue française que nous parlons est tellement belle, tellement chantante et tellement riche, qu\u2019elle mériterait bien qu\u2019on lui construise un château.Et un amour comme celui-là mérite aussi d\u2019être partagé donc, enrichi.Et malgré et à cause de tout ce que je viens de dire, je l\u2019aime passionnément, je l\u2019aime d\u2019amour, dans toutes ses beautés, dans tous ses accents, dans chacun de ses mots, quand ils ne sont pas de bois.Parler une langue de bois, quand on y pense, c\u2019est très insultant pour les arbres.L\u2019ACTION NATIONALE ©51 /SD Le travail à temps partiel Près de la moitié des 3,5 millions d'emplois créés au Canada entre 1976 et 1993 étaient à temps partiel.En 1994, l'emploi à temps partiel représentait 17% de l\u2019emploi total, alors qu\u2019en 1976, il en représentait moins de II %.En 1993, 87% de ces emplois était dans le secteur des services.Annuaire du Canada, 1996, p.198.\"SD Un Québec souverain pourrait légiférer plus efficacement Gaston Cholette* -L.1 y a beaucoup d\u2019arguments que l\u2019on invoque pour préconiser la souveraineté du Québec: chevauchement des responsabilités entre les deux paliers de gouvernement, dédoublement d\u2019un grand nombre de structures officielles, impossibilité de réformer le fédéralisme canadien dans le sens des aspirations traditionnelles du Québec, etc.Ces raisons sont pertinentes, mais elles n\u2019acquièrent toute leur valeur que dans la mesure où elles s\u2019appuient sur une réalité fondamentale, c\u2019est-à-dire sur le fait que les Québécois forment un peuple distinct qui a besoin d\u2019utiliser tous les leviers d\u2019un véritable État pour protéger et affirmer son identité, sa langue et sa culture.Les Québécois ne représentent que 2 pour 100 de la population de l\u2019Amérique du Nord, Ex-président de l\u2019Office de la langue française.Ex-président de la Commission de protection de la langue française.L\u2019ACTION NATIONALE @53 dont la puissance économique et culturelle est tellement forte qu\u2019elle se propage partout à travers le monde.L\u2019influence américaine exerce sur eux une pression homogénéisatrice qui menace leur existence même.Les Québécois doivent donc se donner le maximum de chances pour survivre et s\u2019épanouir au milieu de cette mer anglo-saxonne qui les entoure.Un outil Parmi les outils que les Québécois ont à leur disposition pour affirmer leur personnalité collective, il y a notamment la législation linguistique.Cet outil n\u2019est pas le seul qui existe, mais il est l\u2019un des plus importants.Il faut donc se demander si le Québec peut se doter d\u2019une politique linguistique pleinement efficace dans le régime fédéral canadien ou s\u2019il doit, pour atteindre cet objectif, devenir un pays souverain.S\u2019agissant du cadre fédéral canadien, il faut tenir compte de la Constitution, de la Charte canadienne des droits et libertés qui en fait partie, de la Loi sur les langues officielles, de la mentalité de la plupart des juges nommés par Ottawa, enfin de la répartition des pouvoirs entre Québec et Ottawa.En adoptant la Charte de la langue française, en 1977, le Québec est allé aussi loin qu\u2019il pensait pouvoir le faire à l\u2019intérieur des limites du régime fédéral canadien.Des porte-parole de la communauté anglaise du Québec, en particulier Alliance-Québec, n\u2019ont pas tardé à contester certaines des dispositions de la « loi 101 ».54 © L\u2019ACTION NATIONALE Ils l\u2019ont fait à l\u2019aide de subventions que leur a fournies généreusement le gouvernement d\u2019Ottawa.C\u2019est ainsi que plusieurs articles importants de cette loi ont été invalidés.L'incompatibilité congénitale Pour illustrer l\u2019incompatibilité congénitale du régime fédéral canadien avec les exigences d\u2019une législation québécoise pleinement efficace destinée à assurer le caractère fi ançais du Québec, il est utile de souligner, pour commencer, certains éléments des jugements de la Cour supérieure, de la Cour d\u2019appel et de la Cour suprême qui ont déclaré anticonstitutionnel l\u2019article relatif à l\u2019affichage public et à la publicité commerciale.Dans cette affaire, les juges ont décidé que la liberté d\u2019expression prévue dans la Charte des droits et libertés de la personne \u2014 sur ce point, la charte québécoise est semblable à la charte canadienne \u2014 s\u2019appliquait dans le domaine de la publicité commerciale.Ils mettaient ainsi sur le même pied, comme titulaire de la liberté d\u2019expression, la personne physique, par exemple le propriétaire de l\u2019épicerie du coin, et une entreprise multinationale, qui pourtant n\u2019a aucune langue maternelle connue.Ce qui est le plus troublant et le plus important dans ces décisions judiciaires, c\u2019est la nature et l\u2019ampleur du fossé qui existe entre deux conceptions qui s\u2019affrontent, c\u2019est-à-dire celle des droits collectifs du peuple québécois et celle des droits individuels.La Charte de la langue française, comme l\u2019indique son préambule, vise L\u2019ACTION NATIONALE ©55 d\u2019abord et avant tout à faire du français, dans tout le territoire québécois, « la langue de l\u2019Etat et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires ».Comme le soulignait l\u2019ex-ministre Claude Ryan, le 8 décembre 1989, lors d\u2019un colloque à l\u2019Université Queen\u2019s, de Kingston: La loi 101 procède d\u2019une philosophie differente de celle qui a inspiré les interventions législatives du parlement fédéral en matière linguistique.La législation fédérale vise les personnes.Elle veut assurer l\u2019égalité des personnes de langue française et des persotittes de langue anglaise devant les organismes relevant de la compétence fédérale.La législation québécoise s\u2019inspire au contraire du principe de territorialité.Son objet est de faire du Québec un territoire dont la langue courante, la langue officielle autant que la langue d\u2019usage, les institutions et le visage seront français.Dans le monde anglo-saxon, le principe des droits et libertés de l\u2019individu a acquis une valeur presque sacrée.L\u2019identité nationale des peuples de langue anglaise n\u2019étant nulle part menacée, ces derniers peuvent se permettre sans danger de s\u2019appuyer sur la liberté des marchés, c\u2019est-à-dire la loi du plus fort.D\u2019autres peuples, au contraire, ont besoin de se protéger.C\u2019est ce qu\u2019a fait la France, qui a exigé pour elle et pour l\u2019Europe l\u2019exception culturelle lors des récentes négociations du GATT afin de n\u2019être pas submergée par le raz-de-marée des films et des autres produits culturels américains.560 L\u2019ACTION NATIONALE Personne ne peut pour autant accuser la France, pays mondialement reconnu comme un champion de la liberté, de l\u2019égalité et de la fraternité, de ne pas respecter les droits individuels fondamentaux.Aux Etats-Unis, pays du capitalisme sauvage, la liberté du commerce est un dogme que peu de gens osent contester.Il n\u2019est pas surprenant que la Cour suprême des Etats-Unis ait mis sur le même pied la liberté d\u2019expression dans la publicité commerciale et les droits fondamentaux universellement reconnus comme la liberté de religion, le droit d\u2019association et la liberté d\u2019expression en matière religieuse, politique ou culturelle.Le jugement des juges Les juges canadiens qui se sont prononcés sur les dispositions de la Charte de la langue française relatives à la publicité commerciale sont imprégnés par ce courant de pensée.Voici, à titre d\u2019exemple, un extrait de la décision du juge Boudreault, de la Cour supérieure : Les motifs desjugements de la Cour suprême des Etat- Unis qui, s\u2019ils ne lient pas les tribunaux de ce pays, bénéficient toutefois de deux cents ans d\u2019expérience et donc d\u2019un intérêt plus que passager, emportent adhésion et amènent à conclure à ce que rien ne s\u2019oppose à croire que le législateur québécois qui n 'a pas distingué\u2014 et l\u2019on sait que l\u2019on ne doit pas distinguer là où il ne le fait pas\u2014 a voulu exclure le discours commercial lorsqu \u2019il a édicté que tous les citoyens bénéficieraient de la liberté d\u2019expression.L\u2019ACTION NATIONALE ©57 Quant aux juges de la Cour d\u2019appel, ils rejettent du revers de la main l\u2019expérience de la Cour européenne, qui sait tenir compte, elle, des droits collectifs.Par exemple, dans un jugement rendu le 3 mai 1966, la Cour européenne des droits de l\u2019homme a décidé que le gouvernement belge n\u2019avait pas violé la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libertés fondamentales adoptée par le Conseil de l\u2019Europe en 1950, en favorisant le néerlandais comme seule langue de l\u2019enseignement dans la région néerlandaise du pays, la violation de cette règle entraînant comme sanctions le retrait de toute subvention aux établissements visés et la non-reconnaissance de leurs diplômes.Pour la Cour, la Convention implique un juste équilibre entre la sauvegarde de l\u2019intérêt général de la communauté et le respect des droits fondamentaux de l\u2019Homme.La Cour relève que les dispositions légales incriminées poursuivent un but légitime, celui de réaliser l\u2019unité linguistique à l\u2019intérieur des deux grandes régions de la Belgique, dans lesquelles une large majorité de la population ne parle que l\u2019une des deux langues nationales, et qu\u2019il y a, entre le but visé et les moyens employés, un rapport raisonnable de proportionnalité.Voici ce que le rédacteur de la décision de la Cour d\u2019appel du Québec écrit au sujet de la Cour européenne des droits de l\u2019homme: Devrions-nous, en matière linguistique, comme on nous a invités à le faire, avoir recours aux rapports de la Commission européenne des droits 5 8 © L\u2019ACTION NATIONALE de l\u2019homme ou encore aux airêts de la Cour européenne des droits de l'homme faits et prononcés en conformité de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales adoptée par le Conseil de l\u2019Europe en 1950?Le problème des langues, au Canada, est tellement spécifique à notre histoire et au contexte de notre pays que j'estime qu\u2019il faut y apporter une solution qui soit propre à ce contexte.La Charte de la langue française n\u2019imposait quand même pas des restrictions injustifiables dans le domaine de l\u2019affichage public et même dans la publicité commerciale.Ces restrictions n\u2019avaient aucune commune mesure avec celles de la législation belge incriminée.On trouvait en effet dans la loi 101 de 1977 beaucoup d\u2019exceptions à la règle générale qui était ainsi libellée : « L\u2019affichage public et la publicité commerciale se font uniquement dans la langue officielle», par exemple le droit de faire toute sa publicité en anglais dans les médias de langue anglaise, le droit d\u2019afficher en français et dans une autre langue à l\u2019intérieur des établissements d\u2019une entreprise employant au plus quatre personnes, l\u2019exemption visant les produits culturels de même que les messages de type religieux, politique, idéologique ou humanitaire.Sous le régime fédéral Rien ne permet de penser que le charcutage judiciaire de la loi 101 est terminé.De nouvelles contestations peuvent amener les tribunaux L\u2019ACTION NATIONALE ©59 canadiens, dont les trois paliers supérieurs sont formés de juges nommés par Ottawa, à continuer la démolition de la Charte de la langue française.On a vu que les juges intéressés dans l\u2019affaire de l\u2019affichage public sont obsédés par le principe des libertés individuelles, insensibles à la notion de peuple québécois et allergiques au concept de droits collectifs.Pour eux, les décisions de la Cour européenne des droits de l\u2019homme n\u2019ont aucune pertinence, mais la jurisprudence américaine est un modèle à suivre.Le régime fédéral canadien est nuisible aussi au Québec par sa Loi sur les langues officielles et par la répartition des pouvoirs entre Québec et Ottawa.Dans un Québec souverain, la Charte de la langue française pourrait s\u2019appliquer à une quantité considérable de personnes, physiques et morales, qui ne sont pas régies par elle aujourd\u2019hui.Ainsi, les entreprises qui ont plus de cinquante employés et qui œuvrent dans des champs de compétence législative fédérale ne sont pas obligées de se donner un programme de francisation.La Charte de la langue française prévoit que, dans leurs communications écrites avec les personnes morales établies au Québec, le gouvernement du Québec, ses ministères et les autres organismes de l\u2019Administration utilisent obligatoirement le français.Rien de tel n\u2019existe dans la législation fédérale, ce qui fait que le français peut ne pas figurer dans ce genre de communications.La Charte de la langue française dispose que les raisons sociales doivent être en langue française et que, sous certaines réserves, seule la raison sociale en langue française peut être utilisée au Québec.Or toutes les entreprises qui s\u2019adressent à Ottawa pour s\u2019y «incorporer» (elles ne sont pas obligées de le faire auprès des services officiels québécois) ont échappé jusqu\u2019ici à cette règle.Quant aux fonctionnaires fédéraux et à tous ceux qui travaillent pour des « sociétés de la couronne » fédérales, c\u2019est la Loi sur les langues officielles qui s\u2019applique à eux, ce qui dans les faits accorde la part du lio.i à la langue anglaise.Au Québec, la Charte de la langue française prévoit au contraire que « le français est la langue des communications écrites à l\u2019intérieur du gouvernement, de ses ministères et des autres organismes de l\u2019Administration».La seule langue menacée La seule langue menacée au Québec et au Canada, c\u2019est le français.Le gouvernement du Québec a parfaitement le droit et même le devoir de prendre des mesures pour la protéger et pour faire du Québec un territoire distinct, ce qui comporte nécessairement des restrictions à l\u2019usage de l\u2019anglais, langue envahissante qui tire sa force d\u2019une Amérique du Nord toute-puissante.Il importe de souligner que la Charte de la langue française fait partie de cette famille de lois qui ont pour but de protéger le plus faible contre le plus fort.Elle cherche à assurer au travailleur le droit de travailler en français, au consommateur le droit d\u2019être informé et servi en français, au malade le droit d\u2019être traité en L\u2019ACTION NATIONALE @61 français, aux Québécois en général le droit au visage français de leur territoire.Même s\u2019il légiférait pour affirmer que le français est sa langue officielle \u2014 ce qu\u2019il a déjà fait \u2014 et la langue commune des Québécois, et pour imposer à son gouvernement le devoir de promouvoir son caractère français, le Québec se heurterait toujours à la Constitution canadienne, à la Charte canadienne des droits et libertés, à la Loi sur les langues officielles.Si le Québec était un pays souverain, il pourrait au contraire se donner une constitution dans laquelle le droit collectif du Québec à son caractère français deviendrait une donnée fondamentale, ce qui lui permettrait d\u2019instaurer un meilleur équilibre entre l\u2019intérêt général et les libertés individuelles.L\u2019Assemblée nationale ne serait plus subordonnée à la cour suprême d\u2019un autre Etat.Le Québec aurait sa propre cour suprême.Dans l'éventualité d\u2019une divergence grave entre le plus haut tribunal du pays, formé de personnes non élues par le peuple, et l\u2019Assemblée nationale, dont les députés sont élus au suffrage universel, c\u2019est l\u2019Assemblée nationale qui devrait avoir le dernier mot, car c\u2019est elle, en définitive, qui doit assumer la responsabilité d\u2019assurer l\u2019existence même du peuple québécois au sein de l\u2019Amérique du Nord anglo-saxonne.Malgré tout le tort que le régime fédéral canadien lui a fait dans sa démarche d\u2019affirmation sur le plan linguistique, on continue dans certains milieux à soutenir que le Québec a fait des progrès et que le statut du français pourrait 62 © L\u2019ACTION NATIONALE encore s\u2019améliorer dans le cadre canadien.On doit conclure au contraire que si le Québec a réussi à faire un bout de chemin, c\u2019est par ses propres moyens, parce qu\u2019il y a mis le paquet, en dépit de tous les obstacles que son appartenance au Canada a placés sur sa route.Pourquoi donc se contenter de rouler à petite vitesse quand il serait possible d\u2019aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin, pourquoi se donner la satisfaction masochiste d\u2019affronter constamment des problèmes judiciaires et constitutionnels inutiles, quand on pourrait, avec les pleins pouvoirs que donnerait la souveraineté, agir avec une compétence législative incontestée, dans le respect de règles universellement reconnues et inscrites dans les instruments internationaux.Pourquoi se résigner à cheminer dans le cadre canadien, qui n\u2019est rien d\u2019autre pour le Québec qu\u2019une vieille voiture usagée, alors que l\u2019on peut s\u2019offrir une voiture toute neuve, c\u2019est-à-dire un Québec souverain.L\u2019ACTION NATIONALE © 63 Diplôme - emploi?En 1994, plus d\u2019un Canadien sur huit détenait un grade universitaire, lequel laisse présager un niveau de vie confortable.En effet, en 1993, un diplômé universitaire touchait un revenu moyen de 40 247$ alors qu'un diplômé du secondaire ne gagnait en moyenne que 23 644$.Un grade universitaire ne garantit toutefois pas un emploi rémunérateur.En 1992, Il % des diplômés du baccalauréat et 10 % des diplômés des écoles de formation professionnelle et technique n 'arrivaient pas à se trouver du travail.En 1993, 17% des décrocheurs du secondaire étaient en chômage.Il en allait de même pour 16,5 % des personnes qui n 'avaient fréquenté que l\u2019école primaire.Annuaire du Canada, 1996, pp.140, 141. Invasion du Québec par les canaux de télévision de langue anglaise Robert Auclair e suis intervenu, à titre personnel, auprès du Conseil des normes de télévision par câble, pour m\u2019opposer à la suppression de quatre canaux de langue française dans le service de base pour la région de Québec et à leur remplacement par des canaux de langue anglaise.Si un francophone veut garder les canaux francophones Canal D, Musique Plus, RDS et CKTM, il doit choisir le forfait Télémax et avaler, de force, Global, CBC Newsworld, The Learning Channel, Fox, Discovery Channel et TSN The Sports Network.Je ne crois pas nécessaire de faire une longue argumentation pour vous convaincre de l\u2019incongruité de la situation.On ne peut mieux inonder le territoire québécois de canaux de télévision de langue anglaise.Si les gens d\u2019Ottawa, par exemple, voyaient disparaître quatre canaux de langue anglaise du service de base, canaux qu\u2019ils aiment, et qu\u2019ils ne pouvaient dorénavant les conserver qu\u2019à la condition de L\u2019ACTION NATIONALE @ 65 payer 4$ par mois pour un forfait qui leur imposerait quatre nouveaux canaux de langue française qui ne les intéressent pas, la terre tremblerait.C\u2019est pourtant le traitement qu\u2019on impose aux francophones de Québec et d\u2019autres régions.Si certaines gens au Québec veulent avoir accès à un grand nombre de canaux de langue anglaise, qu\u2019on les fasse payer pour ce service, mais qu\u2019on laisse aux francophones, sans coût additionnel, les canaux de langue française qu\u2019ils ont déjà et qu\u2019ils regardent beaucoup, qu\u2019on n\u2019oblige pas la masse des téléspectateurs à payer un supplément qui lui impose des canaux de langue anglaise qu\u2019elle ne regarde pas ou peu.Les cotes d\u2019écoute contredisent d\u2019ailleurs la publicité de Vidéotron qui prétend répondre à la demande du public en offrant ce forfait.Cette provocation n\u2019a pas entraîné de vagues de protestations.C\u2019est pourquoi je demande à la population de protester contre une telle décision et de mener aussi une vraie lutte contre cette anglicisation des ondes.66 © L\u2019ACTION NATIONALE Le Canada se fait Fémule de la défunte U.R.S.S.Denis Monière Guy Bouthillier Pierre de Bellefeuille* D\tepuis la grande frousse du 30 octobre 1995, les stratèges fédéraux ne font plus confiance au processus démocratique et cherchent par tous les moyens à bloquer l\u2019exercice du droit à l\u2019autodétermination du Québec.Alors qu\u2019en 1980 et en 1995, ils avaient accepté plus ou moins de bonne grâce de respecter la procédure référendaire québécoise, ils tentent maintenant de l\u2019invalider en recourant aux « lumières » de la Cour suprême pour rendre illégal un nouveau référendum qui se ferait selon la loi québécoise.Non seulement veulent-ils que la formulation de la question échappe aux compétences de l\u2019Assemblée nationale du Québec, mais ils exigent en plus que les règles du jeu soient changées pour imposer le principe de la majorité * Membres du Cercle Gerald Godin.L\u2019ACTION NATIONALE ©67 qualifiée.Le but est clair : empêcher les Québécois de choisir librement leur destin et imposer des conditions qui rendent toute sécession irréalisable.Cette logique n\u2019est pas particulièrement originale et il y a tout lieu de croire que Stéphane Dion est allé à l\u2019école soviétique.Les dirigeants de l\u2019ex-U.R.S.S.ont eux aussi cherché à entraver l\u2019expression de la volonté populaire en se servant de l\u2019arme juridique.Devant la menace des indépendances des pays baltes, les fédéralistes soviétiques firent adopter le 3 avril 1990 une loi codifiant les modalités de sécession.Elle exigeait la tenue d\u2019un référendum, l\u2019obtention d\u2019une majorité qualifiée des deux tiers pour enclencher l\u2019accession à l\u2019indépendance et la tenue d\u2019un second référendum si des irrégularités étaient constatées par le Soviet suprême qui se réservait le pouvoir de reconnaître la légalité du référendum.L\u2019article 19 prévoyait aussi la tenue d\u2019un autre référendum avant la fin de la période de transition de cinq ans pour bien vérifier la persistance de la volonté sécessionniste.Dans les républiques sécessionnistes, cette loi fut baptisée «loi sur la non-sécession ».Pour être bien sûr d\u2019entretenir les divisions ethniques, le pouvoir soviétique avait poussé son ingéniosité machiavélique jusqu\u2019à prévoir que le décompte des résultats devait se faire en tenant compte des régions et des groupes nationaux.Selon l\u2019éminente soviétologue française, I Iélène Carrère d\u2019Encausse, cette stratégie visait à encourager les mouvements partitionnistes de 68 0 L\u2019ACTION NATIONALE la part des minorités ethniques des républiques sécessionnistes: «Autrement dit, elles peuvent non seulement voter contre la sécession, mais exprimer un projet propre telle qu\u2019une sécession à l\u2019intérieur de la sécession républicaine et leur rattachement éventuel à l\u2019U.R.S.S.» Ne retrouve-t-on pas dans le plan B certains ingrédients de cette loi soviétique?Les républiques baltes refusèrent de se soumettre à la loi fédérale, manifestant de ce fait leur souveraineté effective et organisèrent leur propre référendum selon leurs propres lois.Les autorités soviétiques eurent la sagesse de ne pas intervenir militairement pour réprimer la volonté populaire.Ce qui intéresse le gouvernement canadien ce n\u2019est pas le respect de la démocratie mais le maintien de l\u2019unité nationale.Tant que les Québécois se montraient réfractaires à la souveraineté, Ottawa acceptait les règles référendaires québécoises, mais le fair play s\u2019efface lorsque le risque de perdre devient trop grand.Gagner à tout prix est la seule motivation du pouvoir fédéral.Et pour ce faire, il suffit de poser des exigences qui rendront la sécession impossible, comme le principe de la majorité qualifiée qui obligerait les Québécois francophones à pratiquer un unanimisme qu\u2019on s\u2019empresserait d\u2019associer au tribalisme.Il est abusif et intellectuellement malhonnête de demander aux Québécois d\u2019être plus unanimes que les autres.Curieusement ce qu\u2019on demande aux Québécois, on n\u2019a pas le courage de l\u2019exiger du Canada puisque la loi référendaire canadienne L\u2019ACTION NATIONALE @ 69 n\u2019impose pas la majorité qualifiée.La logique des Dion et autres fanatiques de l\u2019unité canadienne est celle des deux poids deux mesures.Nos grands démocrates ne s\u2019appliquent pas la médecine qu\u2019ils veulent imposer aux autres, de sorte que la majorité absolue (50% + 1) serait suffisante pour empêcher le Québec d\u2019accéder à la souveraineté et maintenir l\u2019unité canadienne mais elle serait insuffisante pour accéder à la souveraineté.C\u2019est la prime au statu quo.Il faudrait plus de votes pour sortir du Canada que pour y entrer puisqu\u2019on n\u2019a pas exigé de majorité qualifiée lors de l\u2019entrée de Terre-Neuve dans la confédération.La démocratie à la canadienne signifie qu\u2019un vote souverainiste n\u2019a pas le même poids légal qu\u2019un vote fédéraliste.Une telle inégalité passerait-elle le test de la charte canadienne des droits?Il faudrait peut-être poser la question à la Cour suprême.A l\u2019exception de deux Etats américains (l\u2019Illinois et le New Hampshire), aucune démocratie occidentale n\u2019a osé imposer une telle logique pour encadrer les modifications constitutionnelles.Rappelons enfin que les référendums tenus en Europe sur le traité de Maastricht de même que la loi française sur l\u2019autodétermination de la Nouvelle-Calédonie n\u2019exigeaient que 50 % des suffrages.Le gouvernement du Québec n\u2019aura d\u2019autre choix que de suivre l\u2019exemple des pays baltes en refusant toute ingérence extérieure dans les règles rédérendaires.C\u2019est en défiant les diktats du pouvoir fédéral que le Québec manifestera sa souveraineté.70 © L\u2019ACTION NATIONALE En refusant de reconnaître l\u2019existence du peuple québécois, en niant son droit à l\u2019autodétermination et en déclarant illégale la sécession, le Canada se montre au chapitre du droit des peuples plus totalitaire que l\u2019U.R.S.S.qui au moins reconnaissait dans sa constitution le statut de peuple et le droit à la sécession qui en découle.Le Canada n\u2019est-il pas en train de suivre les traces de l\u2019ex-U.R.S.S.en se servant des tribunaux pour empêcher la tenue d\u2019un troisième référendum?L\u2019histoire récente montre que les prisons juridiques n\u2019ont jamais empêché les peuples de se libérer.BULLETIN D\u2019HISTOIRE POLITIQUE Prix : 30 $ - étudiants : 20 $ -Vol.6, n° I (oct.1997) : L\u2019histoire sous influence -Vol.6, n 1 (fév.1998) : Québec au 19e siècle : quand le social est politique -Vol.6, n° 3 (avril 1998) : Le gouvernement responsable Faites parvenir un chèque à : AQHP, a/s R Drouilly, Département de Sociologie UQAM, C.P.8888, Suce.Centre-ville, Montréal H3C 3P8 Téléphone : (514) 987-8427 L\u2019ACTION NATIONALE ©71 La santé En 1994, on estime que les Canadiens ont fait 264 millions de visites chez le médeçin.Plus de 220 millions d'ordonnances ont été préparées la même année.Le nombre de médeçins par habitant s'est accru, passant de 1 pour 664 en 1980 à I pour 534 en 1994.De 1980 à 1992, le revenu professionnel moyen net des médeçins canadiens est passé de 60 830$ à 129 036$.Les femmes, qui en 1980, ne représentaient que 12% de tous les médeçins en constituaient le quart en 1980.Annuaire du Canada, 1996, p.109.\"Sd Le plan B et les cinq experts Claude G.Charron* D ans sa lettre ouverte du 11 août, Stéphane Dion accusait Lucien Bouchard de louvoyer entre la politique et le juridique en matière d\u2019intégrité territoriale.Le ministre fédéral des Affaires intergouvemementales y utilise les mêmes tactiques de peur que les William Johnson et Keith Henderson.Il veut nous faire croire que le Québec est facilement «partitionnable» en sortant de leur contexte des extraits du rapport de cinq experts en droit international invités en 1992 par une commission parlementaire de l\u2019Assemblée nationale.Et il fait dire à ses spécialistes en droit international exactement le contraire de Auteur de La partition du Québec de Lord Durham à Stéphane Dion, Montréal, V.L.B.1996.L\u2019ACTION NATIONALE ©73 ce qu\u2019ils ont finalement conclu dans le commun rapport officiellement remis la même année1.L\u2019avis des cinq experts provient d\u2019une commission beaucoup plus dominée par le parti libéral du Québec que ne l\u2019avait été la Commission Bélanger-Campeau.C\u2019est en effet à l\u2019été 1990 que cette dernière avait mise été sur pied par un Robert Bourassa qui, au lendemain de l\u2019échec de Meech, avait déclaré à l\u2019Assemblée nationale que le Québec était libre de ses choix et qu\u2019il ne négocierait plus à dix mais à deux avec Ottawa.Face à cette manifeste volonté d\u2019un Robert Bourassa qui mettait les intérêts en tête de liste de ses préoccupations de chef d\u2019Etat, Jacques Parizeau alors chef de l\u2019opposition, lui avait manifesté son entière collaboration par son célèbre : « Mon premier ministre ».Mais en 1992, un Robert Bourassa, se démarquant des souverainistes, mettait de l\u2019avant les deux commissions parlementaires issues de la loi 150.C\u2019est donc la C.É.Q.A.A.Q.S.2, une des deux commissions issues de la loi 150 et où les députés libéraux sont majoritaires qui va demander aux cinq experts de réputation internationale de vérifier si l\u2019intégrité territoriale du Québec peut être remise advenant la souveraineté.Ces experts 1.\tAlain Pellet, Thomas Franck, Rosalyn Higgins, Malcom N.Shaw et Christian Tomuschat.«L\u2019intégrité territoriale du Québec dans l\u2019hypothèse de la souveraineté», Etude présentée à la Commission d\u2019étude sur les questions afférentes à la souveraineté du Québec in : Les attributs d'un Québec souverain, Québec 1992, Journal des Débats, Assemblée nationale du Québec.2.\tCommision d\u2019Étude sur les questions afférentes à l\u2019accession à la souveraineté.74 © L\u2019ACTION NATIONALE ont donc été choisis par un personnel politique bien encadré par le bureau d\u2019un premier ministre reconverti au fédéralisme et non par la Commission Bélanger-Campeau, souvent accusée d\u2019être noyeautée par les « séparatisses ».Dans l\u2019introduction de leur étude rédigée par le Français Alain Pellet et co-signée par les Britanniques Rosalyn Higgins et Malcom Shaw, l\u2019Américain Thomas Franck et l\u2019Allemand Christian Tomuschat, les cinq experts insistent pour nous rappeler que le libellé des questions que leur a posées François Geoffrion se situait «en aval» de l\u2019accession à l\u2019indépendance.Ce qui veut dire que les membres de la C.É.Q.A.A.Q.S.avaient d\u2019abord en tête de savoir si le Québec, une fois qu\u2019il aurait déclaré \u2014 unilatéralement ou autrement \u2014 sa souveraineté, garderait la totalité de son territoire actuel.La question en amont: celle de savoir si le Québec avait le droit de déclarer unilatéralement sa souveraineté était accessoire.Mais pour en arriver à des réponses satisfaisantes aux questions sur l\u2019intégrité du territoire, les cinq experts se devaient d\u2019analyser le concept de peuple, nation, minorité nationale et droits autochtones en fonction des réalités québécoises et canadiennes et en fonction de la constante évolution des droits constitutionnel et international.Et ce faisant, Pellet et ses confrères ne pouvaient passer à côté de la question du droit à l\u2019autodétermination dans le cas spécifique du Québec.Ils se sont prononcés et on peut voir qu\u2019il est fallacieux de prétendre, à l\u2019instar de Stéphane L\u2019ACTION NATIONALE @75 Dion, que leur conclusion en est une de déni de droit à l\u2019autodétermination du Québec.Tout comme William Johnson le fait systématiquement dans sa chronique du vendredi dans The Gazette, Dion va chercher la petite phrase de Pellet qui lui convient pour arriver à ses fins.Celle-ci par exemple: «Hormis les situations coloniales, le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes ne confère pas à ceux-ci le droit d\u2019accéder à l\u2019indépendance» (Pellet, 1992, page 430).Cela paraît effectivement bien si on s\u2019arrête brusquement ici dans le texte de Pellet comme Johnson et Dion se complaisent tellement à le faire et si, par surcroît, on laisse tomber les autres phrases qui suivent.Et que dit Pellet dans la suite du texte intentionnellement coupé par nos deux éradica-teurs?Ceci: «Mais, à l\u2019inverse le droit international et en particulier le principe de l\u2019intégrité territoriale, ne font pas obstacle à l'accession des peuples non coloniaux à l\u2019indépendance» (Ibidem).Et que concluent les cinq experts quant à l\u2019application de cette règle de droit international en ce qui concerne le cas spécifique du Québec?Voici: «.le peuple québécois ne saurait fonder une éventuelle revendication de souveraineté sur son droit à disposer de lui-même, mais il ne serait pas pour autant, empêché d\u2019y accéder par des motifs juridiques.(Tiens tiens.!) En particulier, le Canada peut opposer le principe de son intégrité territoriale aux autres états (comme un Québec indépendant pourrait l\u2019opposer à son tour au Canada), mais ceci ne le protège pas 76 © L\u2019ACTION NATIONALE contre l\u2019opposabilité d\u2019une éventuelle sécession effective du Québec qui, en fait sinon en droit, serait considérablement renforcé par la reconnaissance rapide de nombreux Etats tiers » (Ibidem).Après de tels propos énoncés par les experts sur lesquels Dion s\u2019appuie, comment ce dernier peut-il continuer à nous leurrer en prétendant que le droit international exclut toute possibilité pour le Québec d\u2019atteindre sa pleine émancipation politique?Mais revenons maintenant en aval, soit aux questions spécifiques posées par la C.É.Q.A.A.Q.S., celles concernant l\u2019intégrité territoriale advenant l\u2019accession du Québec à la souveraineté.Là-dessus, le fameux principe défendu par les Dion et consorts voulant que: «si le Canada est divisible, le Québec le soit aussi » est repoussé du revers de la main par nos cinq experts.Voici ce qu\u2019ils écrivent à ce sujet: «Lapratique internationale récente ne laisse aucun doute sur ce point lorsque l'Etat prédécesseur est une fédération», et traduit l\u2019existence d\u2019une «opi-nojuris» généralisée en ce sens (Pellet, 1992, p.444).Et dans le cas spécifique du Québec, contrairement aux opinions des William Johnson et Stéphane Dion, les experts \u2014 pourtant si souvent cités par nos deux fabulants \u2014 sont formels: «ces règles (de droit international) ne sont pas tenues en échec par les circonstances dans lesquelles certains territoires ont été rattachés au Québec.Seul importe «l\u2019instantané territorial» au moment de l\u2019accession à la souveraineté.Si celle-ci se produit, le Québec L\u2019ACTION NATIONALE ©77 héritera «de l\u2019intégrité du territoire qui est aujourd\u2019hui le sien et de toutes les compétences relatives à celui-ci qui sont actuellement exercées par les autorités fédérales y compris les réserves indiennes» (Ibidem).Si les experts si souvent cités par William Johnson et Stéphane Dion sont peut-être plus flous sur la question relative à l\u2019autodétermination du Québec, ils sont fermes quant à la question de l\u2019intégrité territoriale d\u2019un Québec souverain.Le ministre des Affaires gouvernementales canadiennes veut nous faire croire qu\u2019à une question claire et un pourcentage de oui « acceptable », le Canada pourrait peut-être considérer la sécession du Québec, mais en autant que celui-ci se départisse des régions dont une majorité de la population aurait manifesté son désir de demeurer au sein du Canada.Malheureusement pour notre champion parti-tionniste, les cinq experts qu\u2019il passe son temps à citer tirent des conclusions diamétralement opposées de celles que l\u2019on retrouve dans sa lettre ouverte à Lucien Bouchard.En fait, l\u2019appui que donne Dion dans sa lettre à Franck McKenna et aux partitionnistes est indigne d\u2019un ancien professeur d\u2019université.Elle entache l\u2019image d\u2019un Canada ouvert, tolérant et agent de la paix dans le monde, une réputation que depuis Lester B.Pearson, ce pays a toujours tenté de maintenir.La Vierge de Fatima aurait-elle entrevu Stéphane Dion en train de s\u2019agiter avant de s\u2019écrier: «Pauvre Canada ! ».78© L\u2019ACTION NATIONALE Mise en place d'une pastorale de quartier en milieu urbain Brian McDonough* 1.Le problème de départ j-J \u2019écart entre les réalités socio- économiques, politiques et culturelles de notre société contemporaine et le projet de annoncé dans l\u2019Evangile est de plus en plus flagrant.Le nombre de personnes écrasées par la pauvreté ou éprouvées par la faim ne cesse d\u2019augmenter.Les coupures dans les programmes sociaux rendent la vie extrêmement pénible pour beaucoup de personnes vulnérables, ce qui les mène au bord de la dépression et du désespoir.Les préjugés à l\u2019égard des personnes assistées sociales et des jeunes conduisent à une véritable exclusion sociale de ces citoyens.Avec une reprise économique sans création d\u2019emplois, on ne peut s\u2019étonner du taux de décrochage chez les étudiants et du phénomène du suicide chez les jeunes.Les familles et les couples subissent des pressions énormes, exacerbées par la précarité de l\u2019emploi, par des attentes irréalistes et par une insécurité devant l\u2019avenir.Certaines communautés culturelles et linguistiques à Montréal vivent dans un isolement * Archevêché de Montréal.L\u2019ACTION NATIONALE @ 79 par rapport à la majorité \u2014 ce qui peut mener éventuellement à la peur, à la méfiance et aux accusations de racisme ou d\u2019ethnocentrisme d\u2019un bord et de l\u2019autre.Avec le fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres, et entre ceux qui ont un travail rémunéré et ceux qui n\u2019en n\u2019ont pas, avec l\u2019idéologie dominante qui célèbre les performants au plan économique et qui méprise ceux qui le sont moins, on constate l\u2019effritement du tissu social, de la perte du sentiment d\u2019appartenance, et de l\u2019érosion de la solidarité sociale.Les citoyens sentent qu\u2019ils ont de moins en moins de contrôle sur les décisions qui les affectent.L\u2019option prise par les gouvernements de lutter contre le déficit plutôt que contre l\u2019appauvrissement, ainsi que les réformes en cours où l\u2019État réduit sa participation dans certains domaines névralgiques de la vie de notre société, vont aboutir à la confirmation de rapports sociaux marqués par l\u2019inégalité et l\u2019injustice \u2014 ce qui mènera tôt ou tard à la criminalité et la violence.Et où se situent les Églises, et spécifiquement les communautés paroissiales, par rapport à ces réalités, par rapport à cette culture de la mort?Certaines communautés paroissiales se démarquent par la qualité de leur vie associative, de leur accueil et de leur entraide.Mais la grande majorité surtout celles qui se trouvent dans les quartiers pauvres, n\u2019ont pas les moyens d\u2019aller au-delà du dépannage ou de services conçus pour répondre aux besoins immédiats d\u2019individus.Dans l\u2019ensemble, les paroisses investissent beaucoup de temps, d\u2019énergie et d\u2019argent dans la préparation aux sacrements, dans les célébrations liturgiques, dans les efforts pour se transformer en communautés plus accueillantes et fraternelles, dans l\u2019entretien et la réparation des bâtiments, et dans quelques pastorales spécialisées.Au niveau de l\u2019Archevêché, les ressources sont mobilisées par quelques grands chantiers tels que l\u2019éducation de la foi, la 80 © L\u2019ACTION NATIONALE pastorale scolaire à l\u2019élémentaire, le synode, et la pastorale auprès des familles et des jeunes.La pastorale sociale, même si son importance est reconnue, reste tout de même le parent pauvre.Chez les baptisés, spécifiquement ceux qui fréquentent les communautés paroissiales (qui constituent la minorité des baptisés, rappelons-le nous), on constate souvent beaucoup de générosité et un désir de soulager la souffrance.L\u2019intervention caritative des conférences de la Société-Saint-Vincent-de-Paul répond à des besoins réels.Mais en général, les paroissiens ont une culture religieuse où la dimension sociale et publique de la foi chrétienne est méconnue ou très peu développée.La mémoire des pratiques sociales de l\u2019Église s\u2019est beaucoup tarie.Ainsi dans Risquer l'Avenir, le Comité de recherche de l\u2019Assemblée des évêques du Québec avait identifié ceci comme enjeu important: Réussir à faire découvrir aux communautés chrétiennes l'originalité de leur apport au plan social et à leur donner les outils les rendant capables d'influencer évangéliquement leur milieu.Une meilleure appropriation de cet enjeu conduirait à une lecture critique de la culture moderne, à une analyse sociale qui établirait les liens entre les dynamiques d\u2019exclusion et les structures socio-politiques et économiques en place, à la découverte de modèles et d\u2019outils d\u2019intervention, et à la collaboration avec les organismes du milieu.Mais la réalité est toute autre.Les paroissiens hésitent devant un geste simple comme signer une pétition, disant ne pas vouloir se mêler à la politique.Les campagnes de sensibilisation proposées par Développement et paix, en dépit d\u2019efforts considérables et d\u2019outils souvent de grande qualité, connaissent un succès mitigé dans les communautés paroissiales \u2014 sauf si le curé en fait une priorité personnelle.En fait les paroissiens (et j\u2019en suis un), consommateurs des préjugés, des idées toutes faites et des valeurs de la culture dominante, soit sont disposés à croire au discours néolibéral sans trop le critiquer, soit se sentent impuissants et alors L\u2019ACTION NATIONALE © 81 deviennent fatalistes devant la complexité des défis sociaux du monde contemporain.Les mouvements chrétiens, surtout ceux qui sont inspirés par l'Action catholique, ont souvent une réflexion et des pratiques sociales bien développées (en partie grâce à leur connivence avec les groupes populaires), mais ils restent assez marginalisés par rapport aux communautés paroissiales.Ainsi le problèmes de départ peut être formulé de la façon suivante : Comment est-ce que les communautés paroissiales, dans une métropole comme Montréal, pourraient mieux contribuer à la transformation des structures et rapports sociaux afin que ceux-ci deviennent davantage en conformité avec l\u2019Evangile.2.Visée Les changements visés à long terme sont les suivants : a)\tune plus grande solidarité des communautés chrétiennes avec les personnes qui résistent à l\u2019appauvrissement et à l\u2019exclusion, ainsi qu\u2019avec les organismes populaires et les mouvements chrétiens qui proposent déjà des alternatives à l\u2019injustice; b)\tune meilleure sensibilisation des communautés chrétiennes aux réalités sociales, économiques, culturelles et politiques de leur milieu, pour qu\u2019elles révisent leur engagement à la lumière de l\u2019Évangile et de l\u2019enseignement social de l\u2019Église; c)\tune plus grande participation des communautés chrétiennes au développement de leur milieu, en rassemblant les forces vives du milieu, en appuyant les coalitions, concertations et regroupements et en cherchant avec d\u2019autres des réponses nouvelles aux besoins non répondus.82 # L\u2019ACTION NATIONALE 3.Objectifs précis et particulier L\u2019objectif de l\u2019intervention a deux volets étroitement liés, dont le second dépend du premier: A)\tÉtablir un partenariat entre l\u2019Archevêché, des communautés religieuses et des paroisses concernées dans le but précis d\u2019assurer un soutien financier et politique pour la pastorale sociale de quartier, et B)\tMettre en place dans certains quartiers pauvres de Montréal (actuellement le Plateau Mont-Royal, le Centre-Sud, Vîlleray et Ahuntsic), un agent ou agente de pastorale sociale pour: \u2014\tcréer des liens entre les communautés chrétiennes (incluant les paroisses) et les groupes populaires du quartier, \u2014\tinitier des projets de solidarité dans le quartier, \u2014\tproposer et animer des activités de sensibilisation et de formation adaptées à la population, \u2014\tparticiper au réseau communautaire et à la table de quartier comme représentant(e) de l\u2019Église et des paroisses, \u2014\treprésenter dans les milieux ecclésiaux les perspectives des organismes communautaires, \u2014\tmaintenir un lien avec l\u2019Archevêché, et \u2014\tsusciter la participation de représentants des communautés chrétiennes à la détermination des priorités, à l\u2019élaboration du plan d\u2019action, et à la réalisation de projets pour le développement du quartier.L\u2019ACTION NATIONALE © 83 4.Intervention La pastorale sociale de quartier n\u2019est pas une idée nouvelle.Il y a eu des expériences intéressantes dans le Sud-Ouest de Montréal ainsi que dans le quartier IIochelaga-Maisonneuve.Pour des raisons multiples ces expériences n\u2019ont pas duré.Vers la fin des années quatre-vingt, quelques chrétiens engagés dans la justice sociale se sont réunis pour dessiner une carte montrant l\u2019appauvrissement à Montréal.Suite à cet exercice d\u2019analyse, ils ont voulu mettre en place dans certains quartiers des comités justice et foi, qui seraient animés par des agents embauchés par un organisme du quartier, par exemple le Carrefour justice et foi du Plateau Mont-Royal.Retenons le fait que cette initiative est vraiment partie des chrétiens de la base, de l\u2019église du quartier.Les agents étaient rémunérés à partir de dons venant des communautés religieuses, des paroisses et d\u2019autres sources (ex.une bourse spéciale de l\u2019archevêque).Mais le financement n\u2019était pas stable: il fallait refaire un montage financier à tous les ans \u2014 ce qui rendait difficile la planification et la réalisation de projets à plus longue haleine.Les agents, représentant certains quartiers et le réseau anglophone, se rencontraient mensuellement à la Table de concertationjustice et foi.Au début des années quatre-vingt-dix, l'Archevêché de Montréal a pris la décision de participer, sur une base expérimentale pour une période de trois ans, au financement des salaires des agents.L\u2019Archevêché rejeta la demande de la Table de concertation justice et foi pour que celle-ci constitue le guichet unique pour le financement de la pastorale sociale dans les quartiers.L\u2019archevêché préférait verser sa contribution au salaire de l\u2019agent par l\u2019entremise d\u2019une des paroisses du quartier où l\u2019agent œuvrait.Ainsi l\u2019Archevêché a voulu signaler aux organismes impliqués ainsi qu\u2019aux paroisses elles-mêmes l\u2019importance de la participation de ces dernières dans une pastorale sociale de quartier.Le leadership paroissial étant assuré qu\u2019il aurait son mot à 84© L\u2019ACTION NATIONALE dire sur la pastorale sociale, l\u2019Archevêché espérait inciter les paroisses à un engagement plus grand.En 1994, l'Association des Supérieures Majeur(e)s de Montréal (l\u2019ASMDM), qui avait auparavant donné son appui à la Table de concertation justice et foi, a décidé de participer elle aussi au financement des salaires des agents.On a proposé la création d\u2019un fonds annuel et régulier qui serait administré par un Comité tripartite représentant les donateurs: l\u2019Archevêché, l\u2019ASMDM, et les paroisses des quartiers où il y a un agent en place.Ce Comité tripartite établit un budget annuel, reçoit les demandes des quartiers, les étudie, attribue les dons et fait une évaluation des activités et projets des quartiers.La participation financière des paroisses du quartier est nécessaire pour susciter l\u2019intervention du fonds.C\u2019est aussi le Comité tripartite qui reçoit la demande qu\u2019un poste d\u2019agent de pastorale sociale soit ouvert dans un nouveau quartier.Après étude de cette demande et la détermination des ressources disponibles mises à sa disposition par les donateurs, le Comité fait une recommandation à l\u2019archevêque à qui revient l\u2019approbation finale de l\u2019ouverture d\u2019un poste.Depuis trois ans, ce partenariat entre l\u2019Archevêché, les communautés religieuses et les paroisses assure un financement régulier pour le salaire d\u2019un agent de pastorale sociale pour les quartiers suivants: Plateau Mont-Royal, le Centre-Sud, Villeray et depuis septembre 1996, Ahuntsic.Ainsi ce partenariat joue un rôle déterminant dans la réalisation du second volet de l\u2019objectif énoncé plus haut.Il permet aux agents d\u2019intervenir dans des quartiers fort différents les uns des autres, de la façon suivante : Plateau Mont-Royal (pop : 90 000) : \u2014 aider le Comité justice et foi d\u2019une paroisse à examiner comment les organismes de charité pourraient adapter leur action aux besoins actuels du quartier; L\u2019ACTION NATIONALE ©85 \u2014\tappuyer un comité dans ses efforts de maintenir des liens avec des personnes itinérantes; \u2014\tagir comme personne-ressource lorsqu\u2019un organisme d\u2019aide aux personnes assistées sociales du quartier a présenté son mémoire sur la réforme de l\u2019aide sociale; \u2014\tpréparer des activités et des outils de sensibilisation pour les paroissiens par rapport à la réforme de l\u2019aide sociale; \u2014\trédiger un bulletin d\u2019information mensuel; \u2014\tagir comme personne-ressource pour un comité qui, suite à une réflexion importante sur l\u2019implication sociale des Caisses populaires, a convaincu une Caisse de constituer un fonds social et communautaire de plusieurs milliers de dollars; \u2014\tparticiper activement à la table de quartier Action Solidarité Grand Plateau.Centre-Sud (pop : 42 000) : \u2014\tcontribuer à la réalisation de la «Journée Mondiale sur le SIDA», un événement lourd de sens pour une population importante de ce quartier; \u2014\tmettre en place une concertation interquartiers sur la question de la prostitution et la toxicomanie; \u2014\tparticiper à la planification, à la mobilisation et au soutien technique de la grande marche du refus de la misère; \u2014\tpréparer des outils de sensibilisation par rapport à la réforme de l\u2019aide sociale, adaptés pour la population de son quartier ; \u2014\tl\u2019agente a été élue présidente du Comité de coordination d\u2019Alerte Centre-Sud, qui se préoccupe du logement, de l\u2019aménagement urbain, de l\u2019alimentation et de la situation des jeunes du quartier.Villeray (pop : 62 000) : \u2014\tparticiper aux activités organisées par l\u2019Association des locataires de Villeray sur les conditions de vie dans les HLM; 86® L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tcoordonner pour son quartier un projet de magasin-partage ; \u2014\tassumer la responsabilité d\u2019un magasin partage qui reçoit une centaine de familles chaque semaine; \u2014\tcontribuer à la rédaction et à la diffusion d\u2019un bulletin sur les enjeux sociaux du quartier, destiné à la population hispanophone; \u2014\torganiser des célébrations liturgiques pour permettre à des familles immigrantes et à des familles québécoises de se rencontrer; \u2014\tparticiper comme membre du Conseil communautaire solidarité Villeray.Ahuntsic (pop: 76 000): \u2014\torganiser une soirée d\u2019information pour les personnes prestataires de la sécurité de revenu sur les réformes en cours; \u2014\tparticiper avec des représentants du CLSC et d\u2019autres établissements publics à une table de concertation pour mieux répondre au problème d\u2019isolement et de pauvreté vécu par des personnes vivant seules; \u2014\tcréer des liens entre les paroisses et les organismes communautaires du quartier, notamment en préparant un bulletin d\u2019information sur les questions de pauvreté, de logement et d\u2019accueil d\u2019immigrants et de réfugiés.5.Évaluation des résultats de Vintervention Par de telles activités, il s\u2019est créé des complicités fructueuses avec les membres des groupes communautaires et des organismes de défense des droits.Ceux-ci apprécient beaucoup la capacité des agents de pastorale sociale de rassembler des personnes, des groupes, des organismes et des établissements publics et para-publics autour d\u2019un enjeu précis.Le fait que l\u2019agent ne dépende pas pour son salaire d\u2019une subvention venant de la L\u2019ACTION NATIONALE © 87 source dont dépendent les organismes du quarder donne à l\u2019agent une indépendance et une liberté qui sont fort appréciées par les autres intervenants salariés \u2014 surtout lorsque la concertation se fait difficilement.On identifie l\u2019agent avec des valeurs telles que le respect de la dignité de la personne, l\u2019accueil de l\u2019autre dans ses différences et ses limites, l\u2019intégrité et le désintéressement dans son intervention et.le respect pour ses adversaires.En dépit d\u2019efforts considérables, dans lesquels ils ont montré beaucoup d\u2019imagination, de créativité et d\u2019intelligence, les agents ont encore de la difficulté à susciter chez les paroissiens un intérêt pour la justice sociale et un désir de s\u2019engager à la transformation des rapports sociaux.Pourquoi en est-il ainsi?On pourrait croire que beaucoup de paroissiens soient « allergiques » aux réunions, aux sessions de sensibilisation et aux cours de formation.Ils vous diraient qu\u2019ils ne sont pas prêts à investir de leur temps et argent dans de la « parlotte » qui n\u2019aboutira pas à des changements « concrets », c\u2019est-à-dire à des transformations qu\u2019ils peuvent voir, mesurer et évaluer.Certaines expériences semblent démontrer que les paroissiens (ceux en tous cas qui ont des responsabilités) s\u2019impliqueront volontiers dans un projet qui est précis et de petite échelle (ex.aider des jeunes en difficultés avec leurs devoirs, faire un jumelage avec des familles immigrées, accompagner une personne au Centre Travail-Québec ou à la Régie du logement, etc.) \u2014 surtout s\u2019ils sentent qu\u2019ils maintiendront une certaine emprise sur les orientations du projet.Il faut qu\u2019ils puissent s\u2019identifier personnellement avec le projet, l\u2019associer avec des valeurs religieuses et y trouver des camarades du milieu paroissial.Ainsi il n\u2019est pas étonnant que le dépannage et des activités d\u2019ordre caritatif soient la porte d\u2019entrée à la pastorale sociale pour la majorité des paroissiens, 'lout effort de sensibiliser ceux-ci aux causes de l\u2019appauvrissement et de l\u2019exclusion sociale devra se faire en partant des expériences qu\u2019ils auront vécues lors de leur 88 Q L\u2019ACTION NATIONALE participation à ces projets et surtout en accueillant les questions qu\u2019ils se seront posées (ex.«Si nous donnons de plus en plus de nourriture, comment se fait-il que la demande ne cesse de croître ?»).Le défi pour les agents de pastorale sociale est d\u2019être au rendez-vous lorsque les paroissiens commenceront à se poser les bonnes questions ! Il y a lieu d\u2019encourager des recherches plus approfondies sur ce qui motive les paroissiens à s\u2019engager dans un projet et ce qui les conduit à intégrer une perspective de justice sociale dans leur activité caritative.En encourageant des petits projets locaux, il y a certainement le danger de dédoublement où effectivement on réinvente le bouton à quatre trous.Mais si les paroissiens ne peuvent pas s\u2019identifier au projet et exercer un certain contrôle sur son orientation, ils décrocheront et alors les processus de questionnement et de prise de conscience ne pourront s\u2019enclencher chez eux.Ainsi les agents de pastorale sociale, dans leurs efforts de sensibiliser les communautés paroissiales, devront discerner les situations où la répétition d\u2019un projet déjà réalisé ailleurs pourrait avoir des effets bénéfiques au plan pédagogique, des situations où il faut plutôt encourager la concertation et la mise en commun des ressources.Dans ce discernement, il faudra se rappeler que la solidarité à promouvoir est celle qui favorise l\u2019autonomie des personnes.Idéalement, le projet devrait être l\u2019initiative de personnes qui sont elles-mêmes aux prises avec un problème d\u2019exclusion et qui proposent une solution.A cette initiative les paroissiens pourraient apporter leurs ressources et leur collaboration.6.Actrices et acteurs Nous avons déjà fait référence au Comité tripartite composé de représentants de l'Archevêché de Montréal, de l'Association des Supérieures Majeur(e)s de Montréal, et des paroisses des quartiers où la pastorale sociale s\u2019est implantée.Puisque les paroisses L\u2019ACTION NATIONALE #89 doivent contribuer financièrement, l\u2019intérêt des CPPs et des Conseils de Fabrique pour cette pastorale doit être cultivé.Nous avons parlé des agent(e)s de pastorale sociale eux-mêmes et de leur collaboration avec les organismes communautaires présents dans le quartier.Nous venons de décrire les efforts pour sensibiliser les paroissiennes et paroissiens et queiques-uns des projets réalisés dans les quartiers.L\u2019agent ne peut travailler seul s\u2019il veut atteindre les objectifs énoncés.Les frustrations provoquées par la lenteur de la mobilisation, les situations difficiles vécues par les personnes que l\u2019agent rencontre dans ses interventions quotidiennes, l\u2019écartèlement entre son implication dans le réseau communautaire (où sa présence est prisée et où le rendement semble plus positif) et son implication dans le milieu paroissial (où la reconnaissance est plus rare et le progrès plus lent) peut mener l\u2019agent au bord du découragement.Ainsi faut-il que l\u2019agent travaille avec un comité porteur de la pastorale sociale.Ce comité est perçu par le Comité tripartite comme le répondant de la pastorale sociale pour le quartier et comme l\u2019employeur de l\u2019agent.D\u2019ailleurs c\u2019est ce comité qui fait la demande qu\u2019un poste d\u2019agent soit ouvert et, lorsque cette demande est acceptée, forme le comité de sélection d\u2019un agent.Le comité porteur doit comprendre parmi ses membres des personnes issues du milieu, c\u2019est-à-dire des personnes qui ont des liens avec les organismes communautaires et les milieux ecclésiaux.Les agents sont réunis mensuellement par le responsable diocésain de la pastorale sociale qui tente de leur offrir du soutien, du ressourcement, de la formation et de l\u2019information.Les agents avec le responsable diocésain forme la Table des Agents de pastorale sociale.(Récemment cette table a préparé une déclaration sur le livre vert qui propose une réforme majeure de la sécurité du revenu.) 90 © L\u2019ACTION NATIONALE Selon les coutumes du quartier, l\u2019agent sera invité à participer à la Table des Prêtres du secteur pastoral, où il pourra transmettre des nouvelles et des informations sur des activités en progrès ainsi que sensibiliser les responsables des communautés paroissiales aux enjeux socio-politiques actuels.Le vicaire-épiscopal, qui a une responsabilité pour l\u2019ensemble de la pastorale dans sa région, est aussi un acteur important.L\u2019intérêt et l\u2019appui du vicaire épiscopal sont essentiels pour l\u2019implantation d\u2019une pastorale sociale dans un quartier sur son territoire.Il faut toujours se rappeler que les personnes qui vivent elles-mêmes l'exclusion sociale, dont un bon nombre font partie des communautés chrétiennes, sont les premiers agents de leur propre libération.Par leur présence dans le quartier, par leur travail non rémunéré et peu reconnu, et par leur résistance à tout ce qui brime leur dignité, les personnes exclues contribuent énormément à l\u2019épanouissement de la solidarité, à la sensibilisation des milieux ecclésiaux, et au développement du quartier.7.Alliances et résistances L\u2019apport considérables des réseaux alliés à notre intervention en pastorale sociale a été décrit dans les trois sections précédentes.Il faut signaler l\u2019appui que nous avons reçu du Mouvement des Travailleuses et Travailleurs chrétiens et mentionner les collaborations avec le Mouvement ATD Quart Monde (ex.lorsde la marche du refus de la misère du 17 octobre, ou par les sessions de formation qu\u2019il donne dans le milieu scolaire).Les résistances prévisibles à l\u2019implantation de la pastorale sociale, ainsi que les stratégies développées à leur égard, ont été décrites dans la section «Evaluation des résultats de l\u2019intervention.» Faut-il répéter que les paroissiens sont en général beaucoup plus confortables avec l\u2019approche caritative.Le passage à une approche plus axée sur la justice sociale se fait difficilement.L\u2019ACTION NATIONALE © 91 En fait, la distinction entre ces deux approches complémentaires n\u2019est pas toujours appréciée par le leadership des communautés paroissiales.8.\tLes ressources Si la contribution financière de l\u2019Archevêché et de l\u2019Association des Supérieures majeur(e)s semble assurée pour le moment (et il y a des indications qu\u2019elle pourra être augmentée), celle des paroisses dans les quartiers où il y a actuellement un agent en place donne lieu à s\u2019inquiéter.La contribution paroissiale au financement de la pastorale sociale de chaque quartier est de respectivement cinq pour cent, vingt-trois pour cent, dix pour cent et soixante-cinq pour cent.La mobilisation des ressources financières des paroisses pour la pastorale sociale reste un défi majeur à relever.Actuellement on fait des efforts pour sensibiliser les conseils de fabrique à la pertinence de notre pastorale.Une partie importante des revenus des paroisses dans les quartiers pauvres de Montréal va à l\u2019entretien et à la réparation de leurs bâtiments (qui ont très souvent une valeur patrimoniale).Les moyens de communication employés par les agents de pastorale sociale varient selon le quartier.Dans deux quartiers, l\u2019agent a développé un bulletin d\u2019information qui est distribué aux organismes communautaires et dans les milieux ecclésiaux.L\u2019agent d\u2019un autre quartier préfère utiliser les feuillets paroissiaux.Tous les agents souhaiteraient faire meilleur utilisation des journaux de quartier.9.\tChangements chez les intervenants Les agents de pastorale sociale se rendent bien compte que les changements visés par leur intervention ne se feront pas demain matin.Ils se donnent des moyens pour pouvoir persévérer 92 © L\u2019ACTION NATIONALE et pour continuer de porter le flambeau de l\u2019espérance dans cette conjoncture très difficile.Les instances décisionnelles à l\u2019Archevêché et à l\u2019Association des Supérieures Majeur(e)s semblent de plus en plus convaincues de la pertinence de la pastorale sociale de quartier et de l\u2019importance de leur soutien financier et politique au projet.10.\tEvaluation des acquis et de l'action solidaire réalisée Chaque année au début du mois de juin, le Comité de tripartite rencontre un représentant du «comité porteur» de la pastorale sociale de chaque quartier.(Ce comité porteur est perçu comme étant l\u2019employeur de l\u2019agent).Le Comité tripartite donne beaucoup d\u2019importance à l\u2019évaluation faite par le représentant de l\u2019employeur des activités et initiatives réalisées dans le quartier.(Évidemment le représentant de l\u2019employeur se fie énormément sur les bilans préparés par l\u2019agent.) Le Comité tripartite cherche une assurance que l\u2019employeur est satisfait du travail de l\u2019agent et que les activités entreprises constituent effectivement de la pastorale sociale.Le Comité tripartite demande au répondant diocésain de la pastorale sociale de fournir des précisions sur le sens socio-politique de telle ou telle initiative, sur son efficacité pastorale et sur sa pertinence dans la perspective d\u2019une pastorale plus large.Le répondant diocésain doit pouvoir montrer que les activités dans leur ensemble reflètent une préoccupation à la fois sociale et pastorale.11.\tSuites à donner Il faut continuer nos efforts pour rejoindre les personnes exclues et il faut tenter de nous rendre plus disponibles pour poser des gestes concrets de solidarité avec elles.L\u2019ACTION NATIONALE © 93 Il faut consolider l\u2019appui des communautés paroissiales dans les quartiers où un agent est déjà en place et s\u2019assurer du soutien des conseils de fabrique.Il faut développer une qualité de présence et des actions pour sensibiliser les paroissiens aux réalités de leur milieu et pour leur donner le goût d\u2019aller au-delà du dépannage.Il faut bien préparer le terrain si nous voulons étendre l\u2019intervention déjà réalisée à d\u2019autres quartiers.PASSEZ À L'HISTOIRE! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l'histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d'ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d'époque.Alors.Passez à l'histoire LA ncvùc O'HISTOinC OUQUtOCC et abonnez-vous! «****.« ls\tCap-aux-Diamants Pour 1 an ?(4N°* 30$).pour 2 ansQ(8N°* 55$) I\t- POUR VOUS ABONNER NOM_____ ADRESSE VILLE___ _PROV.CODE POSTAL TÉL.: ( )- (Vous recevrez le prochain No: Mars.|uln.seplembre ou d«cembr
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