L'action nationale, 1 mars 1999, Mars
[" I 'Action Volume LXXXIX, numéro 3, mars 1999 Indépendance IM AT ION ALE Directeur Directrice adjointe Rédacteur en chef Secrétaire administrative Michel Rioux Claire Caron Rosaire Morin Laurence Lambert Comité de rédaction François Aquin, avocat Jacques Brousseau Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante, sociologue Ronald-E.La violette, notaire honoraire Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l'IREP, professeur UQAC Henri Brun, professeur de droit international, Université Laval Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur; 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca - Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 TABLE DES MATIÈRES Volume LXXXIX, numéro 3, mars 1999 Éditorial Desjardins Rosaire Morin l L\u2019indépendance Pour faire un peu LE POINT Pierre Vadeboncœur L'épargne L'assurance au Rosaire Morin Québec || Les inégalités s'accroissent Gérald Larose François Aubry\u2019 La mondialisation rend u Souveraineté nécessaire Bernard Landry Les ruraux partent EN CAMPAGNE Robert Laplante Notre responsabilité ENVERS LA LANGUE FRANÇAISE Jean-Marc Léger Les DANGERS D'EXPLOSION SOCIALE en Chine Edmond Orban Réponse A John Saul Claude G.Charron Au Québec, le verre d'art est anglais.La petite histoire du Québec Jean-Denis RobiUard\t99 Regards sur L'ACTUALITÉ Rosaire Morin\t Document visuel Hochelaga- Maisonneuve Laurence Lambet\t11?Chronique francophone Le Laos Michel Têtu et Réjean Beaudin\t199 Lectures\t147 Comptes rendus DE LECTURE\t151 Courrier DES LECTEURS\t159 Le Bulletin du lundi Notre pays, le Québec\t163 L\u2019Action nationale Orientation et Comités\t170 Index des\t% annonceurs\t&\t Index des annonceurs 145\tAllard, Pierre, C.A.176 Banque Nationale du Canada 98 Bijouterie emblématique Lamond & fils 16 Caisse d\u2019économie des travailleurs de Québec 13\tCap-aux-diamants 14\tCSN 94 Devoir, Le 146\tFondAction C3 Fonds Optimum C4 Fonds de Solidarité 116 Forces 102 Hôtel du Collège de France 42 Hydro-Québec 158 Internautes 102 Laboratoire Dr Renaud 82 Loto-Québec 102 Maxima Capital 81 Mouvement national des Québécoises et Québécois 98 Poitras, Larue & Rondeau inc.102 Sansregret, Taillefer et Associés 162 Services financiers Option 68 Société des Alcools du Québec 67 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 54 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 41 Société nationale d\u2019assurance 98 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 98 Tassé & Associés Limitée 98 Translatex Communications 88 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Desjardins Rosaire Morin Alphonse Desjardins, c\u2019est l\u2019architecte de la plus grande réussite québécoise.Il voulait protéger «cette classe.livrée pieds et poings liés à toute la rapacité des exploiteurs, des intermédiaires avides, souvent malhonnêtes et fraudeurs, des trusts de tous genres qui la rançonnent sans pitié, parce qu\u2019elle vit dans un isolement économique déplorable1.» Le fondateur s\u2019opposait à tous les «tuyaux permettant à la pompe aspirante de la grande cité de drainer jusqu\u2019à la dernière goutte de l\u2019épargne locale2.» Il espérait que «l\u2019épargne décentralisée garde sur place les fonds accumulés, les met d\u2019abord et avant tout au service des ouvriers.On accroîtra sans cesse leur force économique, on multipliera les bienfaits de leurs activités.L\u2019épargne ne sera plus détournée au seul profit des entreprises des grands centres3.» En 1999, le Mouvement Desjardins abandonne-t-il à leur sort les membres qui n\u2019ont pas le sou et qui sont dans le besoin?Fait-il la promotion de l\u2019éducation coopérative?Favorise-t-il la participation des sociétaires?une personne, un vote ?Respecte-t-il davantage la personne que le capital ?L\u2019intercoopération est-elle une réalité?Certes, une adaptation s\u2019imposait.Mais la fin du siècle ne ressemble pas au début.L\u2019adaptation choisie est toute croche.Aux premières heures de l\u2019an 2000, ce serait la fin du commencement.Les caisses coopératives seraient mortes.1.\tRéflexions d\u2019Alphonse Desjardins, Confédération des caisses populaires et d\u2019économie Desjardins du Québec, 1986, p.12.2.\tLettre à Jules Dorion, Québec, 23 janvier 1913, Réflexions d\u2019Alphonse Desjardins, CCPED.3.\tLe Catéchisme des caisses populaires Desjardins, 1943.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 3 Dans la vraie vie, Desjardins appauvrit le milieu.Il est une «pompe aspirante» qui draine «l\u2019épargne locale» vers les grands centres.Il ferme des centaines de caisses et il entend fusionner les fédérations.Le capitalisme triomphe.Il impose sa loi.Le citoyen est un consommateur.Il est un client qui doit être rentable.Desjardins détruit les pierres et les fondements de la campagne québécoise.Il commet un crime social plus pernicieux que la fermeture des bureaux de poste.Il ressemble à cet insecte nuisible qui passe la moitié de sa vie à filer un coton et l\u2019autre moitié à le démolir.Il lui avait fallu un siècle pour bâtir une réussite merveilleuse.En moins d\u2019une décennie, il contribuera à son effondrement.Il rasera un avenir laborieusement échafaudé.Incapables de relever les défis de la mission coopérative, les technocrates préfèrent l\u2019abandonner.Dans la vision du village global et à la recherche du profit maximum, Desjardins livre la classe populaire et les pauvres « pieds et poings liés à toute la rapacité des exploiteurs, des intermédiaires avides, souvent malhonnêtes et fraudeurs.» Dans le pays réel, c\u2019est vers les prêteurs à gages que la «réingénierie» dirige les plus faibles.La coopération a besoin de rassembleurs.Les membres des coopératives attendent de leurs leaders du courage et de la vision.Ils n\u2019ont que faire des raisonneurs qui se dérobent devant les exigences de l\u2019idéal.Il y a peut-être une lueur d\u2019espoir.Si la coopération reprenait vie.?Si l\u2019éducation coopérative renaissait.?Si les caisses récalcitrantes se regroupaient autour de la Fédération des caisses d\u2019économie.?Jadis, il existait la petite fédération de caisses populaires de Montréal que les malins appelaient «la Fédération des protestants».Elle devrait renaître de ses cendres.La coopération, c\u2019est la prééminence du service social sur l\u2019intérêt.C\u2019est le service aux personnes.C\u2019est un souffle de vie généreux et humain.C\u2019est un instrument de développement.L\u2019idéal a besoin d\u2019être réaffirmé et non d\u2019être bradé aux dieux de la finance et des banques.?4 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'indépendance Pour faire un peu le point Pierre Vadeboncœur Nous sommes isolés sur un îlot du rivage par marée montante.La problématique nationale ne peut fondamentalement se modifier si l\u2019on estime que la souveraineté est la seule solution valable, ce que je crois aussi.Mais c\u2019est également pour une autre raison qu\u2019elle ne peut changer foncièrement, c\u2019est-à-dire passer de l\u2019indépendantisme à l\u2019idée d\u2019un fédéralisme évolué.Même si l\u2019on juge qu\u2019on pourrait négocier des accommodements constitutionnels de substitution avec Ottawa, le blocage serait le même, c\u2019est bien connu.Là-bas, on n\u2019est pas seulement hostile à l\u2019indépendance québécoise ; on l\u2019est aussi à tout changement de statut du Québec et, bien pis, à toute renonciation aux empiètements du fédéral dans les champs de compétence des provinces.C\u2019est le comble.Voilà l\u2019îlot.Mais la marée monte.Il n\u2019y a pas d\u2019alternative.On nous parle d\u2019une troisième voie, mais il n\u2019y a pas de troisième voie.On parle d\u2019un repli, mais il n\u2019y a pas de repli possible.Voilà donc en quoi notre situation est sin- VACTION NATIONALE \u2022 5 gulière : rien ou presque rien ne peut se négocier, et cela n\u2019est quand même pas notre faute.Toutes les portes sont gardées Le problème actuel des Québécois consiste moins dans la grande difficulté de réaliser l\u2019indépendance, difficulté réelle mais relative, que dans le fait de ne pouvoir bouger en rien, ni pour l\u2019indépendance, ni pour des solutions mitoyennes.Toutes les portes sont gardées.Il n\u2019y a pas moyen de passer du plus au moins.Car si l\u2019accession à l\u2019indépendance est difficile, une solution moins radicale l\u2019est non pas moins mais davantage.Le fédéralisme étanche.S\u2019il existe un certain rapport de forces entre le Québec et Ottawa relativement à l\u2019entreprise souverainiste, ce rapport tombe pour nous dès qu\u2019il s\u2019agit de compromis fédéralistes.Nous disposons d\u2019une certaine force dans le premier cas, mais, dans le second, cette force décroît abruptement.Le souverainisme bénéficie du poids de la sanction qu\u2019il comporte.Des propositions néo-fédéralistes de notre part ne bénéficieraient du poids d\u2019aucune sanction.En exigeant plus, il y a une sanction ; en exigeant moins, il n\u2019y en a pas et par conséquent il ne saurait y avoir d\u2019exigences.Les fédéralistes raisonnent pour leur part d\u2019une manière exactement parallèle à ce que je viens de dire.En résistant aux volontés d\u2019indépendance du Québec, ils résistent à toutes nos volontés.L\u2019intransigeance est la clef de l\u2019impérialisme canadien contre nous.Il s\u2019agit de nous amener dans une condition de faiblesse, car nous ne pourrions défendre notre faiblesse.Il s\u2019agit de nous vaincre au point le plus élevé de notre force, qui coïncide avec le point le plus élevé de nos exigences, que résume le projet d\u2019indépendance.Dès lors tout sera facile pour notre adversaire, car tout, quant à nous, sera compromis à un degré qu\u2019on ne soupçonne pas.6 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ottawa ne joue pas une autre partie.Il se garde d\u2019avancer de véritables propositions de compromis.Il veut faire d\u2019une pierre deux coups.Remarquez du reste que de telles propositions viennent toujours de nous : Allaire, Dumont, l\u2019idée d\u2019une troisième voie.Jamais l\u2019on n\u2019entend dire que le Canada anglais recherche ce qui s\u2019appelle une troisième voie.Je ne parle pas de Meech, qui est une comédie.La problématique a beaucoup évolué La seule chose qui évolue au Canada anglais en rapport avec la question nationale, c\u2019est la manière de nous tourner, de nous influencer, hypocrite ou brutale, juridique ou politique, directe ou subliminale, et c\u2019est en cela que la problématique a beaucoup évolué depuis vingt ans de sa part, jamais sur le fond.Il est clair qu\u2019Ottawa attend patiemment notre implosion.Le fédéral veut avoir directement raison de l\u2019indépendance, sachant de surplus que la logique de l\u2019indépendance comprend la logique de quelque fédéralisme renouvelé, à propos duquel il ne fera rien pour qu\u2019il prenne corps puisqu\u2019il veut le tuer dans l\u2019œuf, lui également.De ce côté-là, il ne se passe rien à l\u2019ouest comme à l\u2019est du Québec, rien du tout.C\u2019est le vide absolu, si l\u2019on oublie les simagrées.Même les Canadiens-français des autres provinces ne défendent pas d\u2019idées fédéralistes nouvelles en ce qui concernerait le Québec.Il y a un autre avantage pour le ROC à nous tenir isolés sur notre îlot.C\u2019est que la position souverainiste risque de devenir intenable avec le temps.J\u2019entends bien : intenable pour nous-mêmes.Au contraire, la position fédéraliste, dans l\u2019opinion anglo-canadienne, loin de s\u2019user, se renforce ; elle ne perd ni de sa pertinence, ni de sa valeur symbolique aux yeux du ROC.On ne voit personne, au Canada anglais, tenter d\u2019ébranler le monolithisme idéologique du fédéralisme réaction- L'ACTION NATIONALE \u2022 7 naire et immuable.La réaction se fatigue moins d\u2019elle-même que la «révolution».Elle ne se fatigue jamais.C\u2019est là une loi universelle.Le sentiment d\u2019une impossibilité générale Nous sommes donc menacés par le sentiment d\u2019une impossibilité générale et comprenant toutes les hypothèses.C\u2019est sur ce sentiment qu\u2019Ottawa compte de notre part pour réduire une fois pour toutes le Québec.Même le statu quo, dans le fédéralisme, est impossible, comme Ottawa le démontre sans vergogne tous les jours par sa politique centralisatrice active et ostensible.La stratégie d\u2019Ottawa se fonde sur cette notion d\u2019impossibilité.Il s\u2019agit que tout demeure impossible assez longtemps pour nous.Je dis: «tout»; car s\u2019il y avait espoir d\u2019une solution moyenne, il y aurait espoir d\u2019indépendance aussi, raisonne-t-on.Tandis qu\u2019à tout nous dénier si ce n\u2019est la voie d\u2019un pragmatisme informe et dénué d\u2019assurances, on nous fixe à la fois dans notre indépendantisme et dans une logique impérialiste où l\u2019on escompte que nous ne réagirons pas.La lutte contre l\u2019indépendantisme, sans aucune contrepartie, constitue donc l\u2019alpha et l\u2019oméga de la politique dite fédéraliste, laquelle réalise d\u2019ailleurs chemin faisant la politique unitaire du Canada.La victoire d\u2019Ottawa en toute question constitutionnelle suppose, comme condition générale, une victoire sur l\u2019indépendantisme, et celle-ci constitue un élément nécessaire de cette stratégie.«Il faut détruire Carthage».Notre victoire serait générale, si jamais elle avait lieu ; mais notre défaite le serait aussi, à terme.Cette dernière serait une défaite au sens fort et non quelque événement intermédiaire et relatif.Les termes de toute cette problématique sont tranchés, mais, en pratique, la réponse que nous lui donnons, dans le 8 \u2022 L'ACTION NATIONALE peuple, est relative, ambiguë, incertaine, dilatoire.C\u2019est en quoi cette réponse faible ne s\u2019applique pas aux données réelles du problème.Quant à M.Allaire, il peut toujours rêver, croyant ingénument qu\u2019elle puisse valoir.Ce que M.Allaire ne semble pas apte à concevoir, c\u2019est que la défaite que j\u2019évoque serait suivie de désorganisation considérable ou d\u2019affaissement, de sorte que nous n\u2019aurions pas subséquemment plus de détermination que les fumées de M.Allaire ne recevraient d\u2019attention réelle de la part d\u2019Ottawa.Au reste, une renonciation au souverainisme produirait, sans défaite aux urnes, le même résultat.En vertu de quoi nous reprendrions-nous ensuite ?Au nom de quoi, en vertu de quoi nous reprendrions-nous ensuite ?Ne voit-on pas que les forces de dissolution environnantes, qui sont de toute nature et travaillent une civilisation entière, prendraient à toutes fins pratiques le relais de notre propre histoire?Celle-ci, défaillante, serait emportée décidément par de vastes courants qui s\u2019y substitueraient.Nous ne serions plus dans notre propre assiette.La conjoncture connaîtrait un brusque et profond changement.Il s\u2019agirait désormais d\u2019autre chose.Nous aurions été transportés plus loin, dans des logiques dont aucune ne serait plus nôtre de façon dominante.Nous n\u2019aurions plus de centre.Nos volontés s\u2019investiraient, éparses, selon des sollicitations excentriques, devenues pratiquement seules à s\u2019exercer d\u2019une manière déterminante sur notre corps politique et social.Le front de lutte et de contestation massive serait rompu.Il faut comprendre que l\u2019époque serait changée, et ce parmi des conditions et après un échec qui ne permettraient plus de retour que velléitaire.Nous aurions signé de manière irréversible la fin éventuelle du Québec.C\u2019est l\u2019indépendantisme qui est la clef de l\u2019avenir et, paradoxalement, dans un sens comme dans l\u2019autre ! Tout doit L'ACTION NATIONALE \u2022 9 passer obligatoirement par cette victoire ou par cette défaite.Défaite qui du reste pourrait prendre la forme d\u2019un abandon.Victoire ou défaite ne seront pas une fin, ni une continuation, mais l\u2019une ou l\u2019autre un commencement.Cependant, dans le second cas, quel commencement ! On ne pourrait plus raccrocher grand-chose à quoi que ce soit dans ces lendemains sans mémoire.À terme, nous ne vivrions plus que d\u2019une vie américaine, projetés là où le hasard et le tumulte soufflent et dispersent ce qui ne s\u2019appartient plus.Américains approximatifs, tardifs et de petite mentalité, nous formerions au surplus, pour longtemps, en tant que Canadiens, une de ces minorités exposées à la discrimination parce que trop consistantes encore et signalées à une attention hostile par leur singularité aussi bien que par leur déchéance.Au long de cet article, je bute un peu partout sur un obstacle qui n\u2019est pas dans ma réflexion mais dans les choses.On touche ici du doigt une sorte d\u2019impasse.Même continuer à poser le problème a quelque chose de difficile.Les conditions de l\u2019indépendance Je pense que, d\u2019une manière générale, l\u2019histoire de l\u2019indépendantisme à l\u2019état de projet se développe dans un relatif oubli des conditions vastes et rigoureuses qu\u2019une pareille entreprise suppose.Nos conceptions, ma foi! nous ressemblent trop ! La réalité nous dit des choses dures.Je recule moi aussi devant cet inventaire.Parmi les conditions dont il s\u2019agirait pourtant, mentionnons, au hasard, à titre d\u2019exemples, la nécessité de références essentielles, comme l\u2019histoire, la nécessité de la rigueur dans l\u2019enseignement de la langue, ou encore, l\u2019importance d\u2019un humanisme structurant, d\u2019un humanisme de l\u2019esprit, tout cela obscurci aujourd\u2019hui par des brouillards universels qui pénètrent de partout.10 \u2022 L'ACTION NATIONALE À ces égards et à d\u2019autres, notre indépendantisme nous remet-il en question, nous?Il nous faut peut-être nous avouer que non, en effet.Nous redresser, qu\u2019en est-il besoin ?semble-t-on se demander.Mais alors nous rêvons, vu tout ce que notre entreprise suppose de force morale et intellectuelle, et de culture, et d\u2019histoire, et de valeurs.Le souverainisme devrait par lui-même nous avoir formés.Mais on peut douter qu\u2019il l\u2019ait fait encore beaucoup.C\u2019est peut-être la faute de l\u2019époque.C\u2019est peut-être que l\u2019époque rend l\u2019éducation de soi trop problématique, trop improbable.Il est absurde de ne pas se poser pareilles questions et de croire sans effort que la médiocrité des idées et des volontés aboutira à autre chose que la médiocrité des conséquences.Par exemple, écoutez, nous mettons encore souvent en balance les menus avantages matériels de catégories d\u2019individus et l\u2019indépendance nationale.Il est nécessaire de regarder tout cela bien en face.On ne peut pas faire l\u2019économie du réel.L\u2019impasse, l\u2019ampleur et la difficulté des conditions requises doivent être prises en compte strictement, non pas évasivement comme c\u2019est d\u2019ordinaire le cas.L\u2019article que vous lisez n\u2019a d\u2019autres buts que de rappeler ces mesures nécessaires et de sortir si peu que ce soit de certains conformismes dans l\u2019interprétation générale des situations.Un autre élément indispensable de redressement consisterait à voir d\u2019une manière un peu plus réaliste l\u2019action concrète, ce que sont ses contraintes, ce que doit être l\u2019habileté requise de la part des gouvernants et de tous.L\u2019opinion péquiste exige parfois puérilement une «transparence» telle qu\u2019aucun stratège ne pourrait s\u2019en payer le luxe sans tomber dans la sottise.L\u2019ACTION NATIONALE «Il La responsabilité du souverainisme La responsabilité du souverainisme ne retombe pas tout entière sur les épaules des gens du gouvernement.On se souviendra qu\u2019après le 15 novembre 1976, les écrivains et les artistes, qui s\u2019étaient révélés jusque-là d\u2019actifs soutiens de l\u2019indépendantisme, retournèrent pour la plupart à leurs petites affaires, ne se manifestant plus, satisfaits de se délester de ce fardeau pour le remettre entre les mains de la classe politique.On sent aujourd\u2019hui une semblable absence et ce n\u2019est pas seulement celle de ces deux groupes particuliers de personnes.On s\u2019en rend compte dans des soirées, dans des rencontres.Certains accusent.Les politiciens influenceraient trop peu l\u2019opinion ; mais cela est beaucoup trop vite dit.Car la réciproque est plus importante encore, bien plus.Il y a des faiblesses, celles du public justement.Pensez-vous que les personnages politiques qui ont la responsabilité des événements ne sentent pas chez lui cette faiblesse relative ?Croyez-vous qu\u2019ils aient le sentiment de s\u2019adresser à un peuple aguerri ?Vous imaginez-vous que cela ne les conditionne pas?M.Bouchard, qui a de l\u2019intuition, a raison de remettre pour partie le problème entre les mains du public souverainiste, car sans doute sent-il cette insuffisance des volontés, alors que des gens précisément accusent le gouvernement d\u2019une pareille insuffisance.Il est temps que le problème soit situé principalement là où il appartient d\u2019abord.On peut suivre un raisonnement analogue en ce qui touche les exigences et subtilités nécessaires de la tactique.Il ne faut pas croire que la situation n\u2019exige pas la plus grande habileté.Or l\u2019habileté est suspecte.Une opinion superficielle voudrait que tout fût mené tambour battant.Cette opinion n\u2019est pas très clairvoyante.Il ne peut s\u2019agir de s\u2019enfermer mécaniquement dans des idées toutes faites, dans des stratégies toutes étalées d\u2019avance.Il y a ceci qu\u2019il ne faut 12 \u2022 L'ACTION NATIONALE pas oublier : le sens de la circonstance, la manoeuvre, une certaine discrétion (dans les deux sens du mot), la maîtrise des initiatives, le sens des réalités.Nous ne devrions pas laisser les fédéralistes s\u2019en réserver le monopole.M.Bouchard a raison de lier l\u2019éventualité d\u2019un nouveau référendum à l\u2019existence de « conditions gagnantes ».C\u2019est le bon sens même.Cela équivaut à écarter le verbalisme et la pensée magique.Et ce n\u2019est là qu\u2019un exemple.La politique n\u2019est pas un domaine où l\u2019on gagne à se payer de mots.Il faut s\u2019écarter des commentaires faciles, qui ne sont trop souvent qu\u2019alibis.- C\u2019est la faute à.».Il importe, dans la pensée et la pratique politiques, de réserver l\u2019espace nécessaire à des pensées du genre de celles qu\u2019on prête aux hommes d\u2019État.Assurément, cela exclut les idées trop simples.?PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! 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majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.14 \u2022 L'ACTION NATIONALE * Seigneur Loup étrangla le Baudet sans remède.Je conclus qu \u2019ilfaut qu \u2019on s\u2019entr\u2019aide* La Fontaine L\u2019assurance au Québec Les primes d\u2019assurances de personnes Soixante-dix-sept assureurs ontariens souscrivent au Québec, 2,4 milliards $ de primes, soit 38,28% des primes québécoises.Les sociétés québécoises perçoivent en Ontario la somme de 89 millions $ de primes.* Ne confondons point, par trop approfondir, Leurs affaires avec les nôtres.¦ Les primes d\u2019assurances IARD Cinquante-sept sociétés ontariennes perçoivent au Québec 1,3 milliard $ de primes IARD, soit 31,4% des primes québécoises.Trois assureurs québécois recueillent en Ontario 48 millions $ de primes, soit les miettes qui restent sur la nappe après le festin.-Hélas! on voit que de tout temps Les petits ontpâti des sottises des grands.- La taille de notre mesure L\u2019actif de toutes les sociétés québécoises d\u2019assurances de personnes et IARD représente 4,8% des actifs canadiens des sociétés d\u2019assurances de personnes et de dommages.La population québécoise correspond à 24,7% de la population canadienne.- Laissez-leur prendre un pied chez vous, Lis en auront bientôt pris quatre.- Exégèse -Le Loup l\u2019emporte, et puis le mange Sans autreforme de procès.\u2022 L'ACTION NATIONALE \u2022 15 la passion des ÊTRES i^ai Caisse d'économie des travailleuses et travailleurs (Québec) c.155, boulevard Charest Est Québec (Québec) G1K3G6 (418) 647-1527 Télécopieur (418) 647-2051 1 800626-5166 UNE FORCE TTWUAfC 16 L'ACTION NATIONALE L\u2019ASSURANCE AU QUÉBEC Faut-il confier à Toronto l\u2019avenir du Québec ?Table des matières I.- Introduction H.- Les assureurs de personnes 1.- Charte et siège social 2 - Les primes souscrites au Québec 3.- L\u2019actif des assureurs québécois III.\t- Les assureurs IARD 1.\t- Charte et siège social 2.\t- Les primes souscrites IARD 3.\t- L\u2019actif des assureurs IARD IV.\t- Les conséquences 1.\t- La gestion 2.\t- Les placements V.\t- Les recommandations 1.\t- Le Gouvernement du Québec 2.\t- Les assureurs québécois 3.\t- La mobilisation populaire VI.\t- Conclusion L'ACTION NATIONALE \u2022 17 L'épargne L'épargne québécoise disparaît avec tous nos espoirs et toutes nos illusions.Elle tourbillonne comme des feuilles perdues dans la tourmente.L'assurance au Québec Rosaire Morin Z\u2019Action nationale « est une revue d\u2019idées.Une revue de combat.Une revue libre, critique et engagée.Elle observe, réfléchit, analyse et propose.L\u2019avenir est à bâtir.Rien ne nous est étranger.La culture, l\u2019éducation, l\u2019économie, le social et la politique sont étroitement reliés.Ces éléments constitutifs de la vie collective sont attachés ensemble comme les feuillets d\u2019un livre.Ils tissent notre destin, comme l\u2019araignée sa toile.Notre enquête sur les entreprises financières du Québec est culturelle, sociale, politique et non seulement économique.Il n\u2019y a pas de frontière entre l\u2019argent et la culture.Ce vil métal est la source de la liberté politique et de la libération sociale.C\u2019est pourquoi L\u2019Action nationale insiste et persiste dans sa bataille pour le contrôle québécois des entreprises.Notre enquête embrasse tous les secteurs : banques, assurances, sociétés de fiducie, fonds mutuels, investissements, bourse, industries.Notre sincère gratitude à Alain Perron pour sa contribution à la recherche des données.18 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le dossier de mars présente le portrait de l\u2019industrie des assurances au pays du Québec.\u2022 La loi de l\u2019Intérêt général, qui engendre le Patriotisme, est immédiatement détruite par la loi de l\u2019Intérêt particulier, qu\u2019elle autorise, et qui engendre l\u2019Égoïsme Balzac I.- Introduction L\u2019Action nationale s\u2019est toujours intéressée au réservoir d\u2019épargne de l\u2019assurance.Dès 1917, J.-N.Cabana écrivait dans la revue1 : \u2022L\u2019assurance-vie est, dans le monde moderne, l\u2019un des plus grands facteurs de l\u2019accumulation des capitaux.Ces sommes fabuleuses ne restent pas inactives.Elles fournissent directement ou indirectement aux grandes affaires industrielles et commerciales leur puissance motrice.Quelle part de ces millions a contribué au développement de notre province.?Cette question a toujours préoccupé la direction de la revue.L\u2019index des sujets de L\u2019Action nationale indique la parution de 154 textes ou commentaires sur les assurances.L\u2019invasion fédérale Les sociétés d\u2019assurances sont régies par la «Loi sur les assurances» du gouvernement du Québec et la «Loi sur les sociétés d\u2019assurance» du gouvernement du Canada.Comme le loup dans la bergerie, Ottawa a envahi la compétence provinciale.Le secteur des assurances avait été attribué aux provinces par le Conseil privé.Le jugement reconnaissait que les sociétés d\u2019assurance sont intiment reliées au droit civil 1.J.-N.Cabana, Pour nous et chez nous, L 'Action française, août 1917, page 228 L'ACTION NATIONALE \u2022 19 par les contrats qu\u2019elles transigent avec leurs clients : conventions d\u2019assurance, d\u2019obligations et d\u2019actes hypothécaires.Malgré ce décret, le gouvernement fédéral a légiféré sur l\u2019incorporation et le contrôle des compagnies.Cent vingt-six sociétés d\u2019assurances exercent des activités au Québec sous la juridiction fédérale.Quarante-quatre sociétés seulement relèvent de l\u2019Inspecteur général des institutions financières du Québec.Certains n\u2019apprécieront pas ce paragraphe.Ils oublient que le droit et les coutumes présentent des différences majeures entre le Québec et le Canada anglais.Une industrie florissante En cette fin de siècle, pour dormir en paix, les citoyennes et les citoyens ont besoin de plusieurs polices d\u2019assurances.-Combien après la peur est douce l\u2019assurance».Toutes les éventualités sont protégées.Les personnes s\u2019assurent contre la mort, une condition de la vie qui enterre le malheur des pauvres et qui frappe aussi les riches.Elles se procurent des prestations contre la maladie, un état aussi normal que la santé.Elles achètent des rentes comme bâton de vieillesse, cette dernière saison de la vie.Elles se mettent aussi à l\u2019abri des accidents: automobile, verglas, grêle, cordes vocales, feu, vol, crédit, responsabilités et contre toutes les avaries imaginables.L\u2019industrie des assurances est devenue une force économique.Au Canada, au 31 mars 1998, l\u2019actif des sociétés d\u2019assurance-vie et de secours mutuels atteignait les 287,2 milliards $ et les sociétés d\u2019assurances multirisques possédaient 51,9 milliards $ d\u2019avoirs2.Les Canadiens détiennent, par personne, le deuxième rang mondial pour l\u2019achat d\u2019assurance sur la vie et la maladie.Les Japonais occupent la première place.La moyenne d\u2019assurance-vie par personne assurée était de 81 300 $3.Près de 900 compagnies et sociétés opèrent 2.\tBureau du surintendant des institutions financières du Canada, Rapport annuel 1997-1998, p.4.3.\tAnnuaire du Canada 1994, page 612.20 \u2022 L'ACTION NATIONALE au Canada.De ce nombre, environ 400 sont enregistrées auprès du gouvernement fédéral.C\u2019est là une invasion fédérale des pouvoirs exclusifs des provinces.L\u2019irruption des banques Cette incursion est d\u2019autant plus préjudiciable que le gouvernement fédéral a autorisé, en 1992, les banques à intervenir dans le domaine des assurances.Depuis, elles ont envahi cette industrie qui leur était jadis interdite.Elles ont créé leurs propres sociétés et elles contrôlent d\u2019autres compagnies d\u2019assurances.Lorsque le ministre Paul Martin, dont les bateaux voguent sous des pavillons étrangers, leur donnera le droit de la vente au comptoir, ces royales entreprises se lanceront à la conquête du marché québécois.La guerre est déjà déclenchée.Les assureurs sont conscients de l\u2019invasion de leur secteur par les banques.Il y a déjà quelques années la Prudential of America avait rejoint la London Life.Voilà que la Great West vient d\u2019acquérir la London Life, le cinquième assureur de personnes au Canada.La Prudential of London a partagé ses affaires canadiennes entre la Mutual Life et la Sun Life.La Mutual Life s\u2019est emparée de la Metropolitan Life, affaires canadiennes.Canada Life a acheté Crown Life et M.D\u2019Alessandro de ManuLife a parcouru les États-Unis et le Canada pour se trouver un partenaire.La concentration se poursuit et les mises à pied aussi.Sans conteste, l\u2019intervention des banques bouleverse le monde de l\u2019assurance.Dans dix ans, une poignée de compagnies québécoises aura survécu.Cette transformation graduelle et continuelle est préjudiciable à l\u2019économie et au consommateur.-Auxyeux de certains analystes, cette concentration signifie que les Six Grandes banques sont en voie de constituer un monopole.Or, tout monopole a pour effet de rendre négligeable la concurrence, de sorte que le consommateur L'ACTION NATIONALE \u2022 21 a moins d\u2019options et est astreint aux frais que les banques veulent bien lui imposer4 ».L\u2019Annuaire du Canada exprime une opinion claire, sans ambiguïté : \u2022 Cette extraordinaire mobilité des capitaux s\u2019est faite au prix d\u2019une réduction de la capacité des gouvernements à contrôler leurs propres marchés de capitaux.Par son seul volume, l\u2019activité du marché a diminué l\u2019efficacité des politiques fiscales et macroéconomiques5 ».II.- Les assurances de personnes \u2022 La fonction économique de l\u2019épargne est d'une importance capitale.elle est la condition de la création des biens.» Truchy L\u2019archipel britannique des Bermudes est le pays qui compte le plus grand nombre de sociétés d\u2019assurances.Une population de 70 000 habitants bénéficie des conseils et des services de 1 300 assureurs.Sous d\u2019autres cieux, l\u2019érosion fiscale est pratiquée à haute échelle : Bahamas, Barbade, Guernesey, île de Man, Jersey, Grand Cayman.Les banquiers et les assureurs du Canada connaissent les routes de l\u2019évitement fiscal.Peu de sociétés québécoises fréquentent ces oasis enchantées où le profit n\u2019est presque pas imposé.1.- Charte et siège social Au 31 décembre 1997, le Québec compte 152 assureurs titulaires d\u2019un permis.Le tableau 1 donne la ventilation selon la charte et la nature de la société.4.\tAnnuaire du Canada 1997, p.428.5.\tAnnuaire du Canada 1997, pp.424-425 22 \u2022 L'ACTION NATIONALE Tableau 1 VENTILATION DU NOMBRE D'ASSUREURS DE PERSONNES, AU QUÉBEC, AU 31 DÉCEMBRE 1997 Selon la charte\tFonds social\tMutuelles\tSecours mutuels\tAssurance funéraire\tTotal Québec\t11\t4\t6\t2\t23 Autre province\t5\t2\t0\t0\t7 Canada\t47\t6\t9\t0\t62 Pays étranger\t37\t16\t7\t0\t60 Total\t100\t28\t22\t2\t152 Source: Rapport annuel sur les assurances 1997, L'Inspecteur général des institutions financières, Québec, pp.1-2 et 1-3.\t\t\t\t\t Le nombre des sociétés titulaires d\u2019une charte québécoise est faible : 23 sur 152, soit 15,1 %.Les assureurs qui exercent leurs activités avec une charte canadienne sont au nombre de 62.Les permis accordés à des sociétés qui possèdent une charte d\u2019un pays ou d\u2019un État étranger sont au nombre de 60.Sept assureurs opèrent avec une charte d\u2019une autre province.On ne retrouve pas une semblable distorsion en Ontario.La province la plus riche et la plus peuplée est canadienne dans ses 1068 582 km2.Elle domine le Parlement du Canada.Elle compte 112 assureurs, dont 100 détiennent un permis du gouvernement fédéral, 5 un permis ontarien et 7 autres transigent avec un permis d\u2019une autre province6.Le véritable siège social Le tableau 2 révèle le véritable siège social des assureurs qui exercent des activités au Québec.Dans notre analyse, nous avons considéré québécoises les sociétés de toutes origines : anglophones, francophones, italiennes et autres dont la propriété était détenue par des Québécois.La localisation des entreprises soulève toujours la colère de certaines 6.Ontario Insurance Commission, Annual Report 1996-1997, p.31 L'ACTION NATIONALE \u2022 23 personnes.Elles ne sont pas préoccupées du contrôle québécois des entreprises.Le patriotisme se perd dans l\u2019intérêt, comme l\u2019amour se perd souvent dans le mariage.Pour nous, le droit à la maîtrise de l\u2019économie québécoise est indispensable à l\u2019indépendance du peuple.Tableau 2 VÉRITABLE SIÈGE SOCIAL DES ASSUREURS DE PERSONNES TITULAIRES D'UN PERMIS QUÉBÉCOIS, 1997 Québec\tOntario\tAutres\tÉtats-\tAutres\tTotal \t\tProvinces\tUnis\tpays\t 26\t77\t11\t68\t22\t204 Source: Rapport annuel sur les assurances 1997, L'Inspecteur général des\t\t\t\t\t institutions financières Québec, pp.5.2 à 5.53.- Une distorsion existe dans le rapport annuel 1997.\t\t\t\t\t -\tAux pages 1-2 et 1-3, le nombre des titulaires de permis est de 152.-\tLes « états annuels » sont produits pour 158 sociétés, pp.3-2 à 3-10.\t\t\t\t\t - Le « relevé des primes »\t\tdénombre 204 sociétés, pp.4-2 à 4-12.\t\t\t Soixante-dix-sept sociétés ontariennes ont envahi le territoire québécois dont cinquante-deux proviennent de Toronto.Le rapport de l\u2019Ontario Insurance Commission indique que six sociétés québécoises exercent des activités d\u2019assureurs de personnes en Ontario.La libre circulation est à sens unique.L\u2019Outaouais est un mur.Le mur de Toronto.Cent deux sociétés se promènent dans le paysage québécois et leurs sièges sociaux sont établis en d\u2019autres provinces, États et pays : Alberta, Allemagne, Belgique, Californie, Colombie-Britannique, Connecticut, Delaware, Écosse, Floride, France, Géorgie, Grande-Bretagne, Illinois, Indiana, Iowa, Italie, Japon, Kansas, Maine, Manitoba, Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, Missouri, Nebraska, New Hampshire, New Jersey, New York, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Ohio, Pennsylvanie, Rhode Island, Saskatchewan, Suède, Tennessee, Texas, Wisconsin.Avec une petite inscription auprès de l\u2019Inspecteur général des institutions financières, les sociétés étrangères opèrent en toute liberté.Leurs rapports d\u2019actifs québécois 24 \u2022 L'ACTION NATIONALE sont confidentiels et non accessibles à l\u2019information.L\u2019Inspecteur général considère qu\u2019il doit en être ainsi «pour des raisons de concurrence, et conséquemment, en refuse l\u2019accès, comme la loi le lui permet Ces sociétés étrangères sillonnent le pays du Québec avec des noms à la française.La Sun Life Assurance Company of Canada est devenue la Sun Life, Compagnie d\u2019assurance-vie -, demi-traduction.La Canada Life Assurance Company est connue sous le nom de la Compagnie d\u2019assurance du Canada sur la vie.La Mutual Life Assurance Company of Canada opère sous le nom de la Mutuelle du Canada, compagnie d\u2019assurance sur la vie.La mode de la traduction s\u2019est répandue.L\u2019équivoque aussi.Le caractère étranger est effacé.Madame Lavoie et monsieur Perron ont l\u2019impression de confier leurs épargnes à des sociétés québécoises et francophones.2.Les primes souscrites au Québec L\u2019assurance de personnes a connu une progression fulgurante.En 1963, les primes et cotisations souscrites au Québec s\u2019élevaient à 343 millions $.En 1997, elles atteignaient le chiffre record de 6426 millions $.Le volume est dix-huit fois plus élevé.L\u2019assurance sur la vie est devenue un facteur majeur du développement économique.Le tableau 3 introduit les primes de quelques années.Tableau 3 ÉVOLUTION DES PRIMES 1983-1997, QUÉBEC, EN 000$ 1983: 2876 081\t1992: 5993 587 1988:4 807083\t1994: 6108822 1989: 5363768\t1995: 6317443 1990:5894 743\t1996: 5786766 1991: 5990021\t1997: 6426520 Source : Rapports annuels sur les assurances des années identifiées, L'Inspecteur général des institutions financières, Québec\t L'ACTION NATIONALE \u2022 25 L\u2019année 1997 est le sommet de la croissance.Si cet argent travaillait au développement du Québec, le nombre des assistés sociaux serait moins élevé.Le tableau 4 reproduit les primes et la part du marché des sociétés d\u2019assurance de personnes, selon la région de leur siège social.Tableau 4 PRIMES OU COTISATIONS DES PRIMES DE PERSONNES AU QUÉBEC, EN 000 S,1997 Résidence des propriétaires\tSociété\t1997 Primes\t%\t\t1996 Primes\t%\t Québec\t26\t2 803 985\t43,63\t2218711\t38,34 Ontario\t77\t2460208\t38,28\t2 338 842\t40,41 Autre province\t11\t374615\t5,83\t349193\t5,43 États-Unis\t68\t449493\t6,99\t597 587\t10,33 Autre pays\t22\t338 219\t5,26\t282433\t5,57 Total\t204\t6426 520\t100,00\t5786766\t100,00 Source: Rapport annuel sur les assurances 1997, L'Inspecteur général des institutions financières Québec, pp.4-2 à 4-12.\t\t\t\t\t Un progrès de 5% est enregistré en faveur du Québec en 1997.Alléluia ! L\u2019Action nationale utilise cette expression d\u2019allégresse devant le redressement.Elle n\u2019est peut-être pas étrangère à cette augmentation.Les multiples interrogations auxquelles nous répondons nous portent à le croire.Cinq sociétés québécoises enregistrent 2490 millions $ des primes souscrites, soit une part de 37,7% des primes québécoises.Ces résultats sont obtenus par l\u2019Assurance Desjardins-Laurentienne, Industrielle-Alliance, SSQ-Vie, MFQ-Vie et l\u2019Association d\u2019hospitalisation du Québec.Les vingt-six sociétés québécoises perçoivent 43,6% des primes ou cotisations souscrites au Québec.Quarante sociétés ontariennes perçoivent en Ontario 7,1 milliards $, soit 71,9% des primes directes souscrites7.Les Ontariens ont une conscience plus éveillée des intérêts de leur communauté.26 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les sociétés de l\u2019Ontario viennent ici cueillir 2,4 milliards $ en primes d\u2019assurances de personnes.Cinq sociétés québécoises souscrivent 89 millions $ en Ontario.Les Québécois sont incapables de franchir la barrière psychologique de la solidarité des habitants du Haut-Canada.Les catégories d\u2019assurances Le tableau 5 répartit les primes souscrites selon les régions et les catégories d\u2019assurances.Tableau 5 RÉPARTITION DES PRIMES SOUSCRITES, EN 000$, 1997 Résidence des propriétaires\tAssurances Individu Collectif\t\tRentes Individu Collectif\t\tAccidents- maladie\tTotal Québec\t511798\t366152\t580 479\t267 092\t1078464\t2 803985 Ontario\t1104 919\t213152\t325456\t246 896\t569785\t2 460208 Autre province\t125046\t46342\t26 004\t4 576\t172 647\t374 615 États-Unis\t148583\t37 933\t36651\t2 506\t223820\t449493 Autre pays\t56677\t12 031\t90 895\t100740\t77 876\t338219 Total\t1947 023\t675 610\t1059485\t621 810\t2122 592\t6426 520 Source: Rapport annuel sur les assurances 1997, L\u2019Inspecteur général des institutions financières Québec, pp.4-2 à 4-12.\t\t\t\t\t\t L\u2019Ontario domine dans l\u2019assurance individuelle, un secteur de croissance de l\u2019actif.Dans l\u2019assurance collective et dans les rentes collectives, un progrès serait réalisable à court terme.Il suffirait que nos universités et nos corporations professionnelles retiennent les services des sociétés québécoises de préférence à Sun Life, Canada Life et Standard Life d\u2019Edimburg et autres sociétés étrangères.La déportation, c\u2019est contraire à l\u2019ordre rationnel.Il est anormal que le comportement de certaines élites s\u2019écarte de la charité bien ordonnée.7.Annual Report 1996-1997, Superintendent\u2019s Report, Ontario Insurance Commission, pp.46-48.L'ACTION NATIONALE \u2022 27 3.- L\u2019actif des sociétés québécoises L\u2019actif des sociétés hors Québec n\u2019est pas produit sur une base territoriale.L\u2019Inspecteur général des institutions financières du Québec ne distingue pas les actifs qui résultent des affaires québécoises de ceux du reste du Canada pour l\u2019ensemble des données fournies par les sociétés détenant un permis d\u2019opération au Québec».«Dans cette veine, m\u2019a-t-on écrit, l\u2019article 15 de la Loi sur l\u2019accès aux documents d\u2019organismes publics et sur la protection des renseignements personnels stipule : Le droit d\u2019accès ne porte que sur les documents dont la communication ne requiert ni calcul, ni comparaison de renseignements.En définitive, puisque les renseignements que vous demandez n\u2019existent pas comme tel dans notre organisme, nous ne pouvons accéder à votre demande».Cette transparence n\u2019est pas lucide.Les données demandées étaient fondamentales.L\u2019actif total des 26 sociétés québécoises d\u2019assurances de personnes s\u2019élève à 12, 9 milliards8.L\u2019actif des sociétés d\u2019assurance-vie, propriété canadienne, atteint les 256 milliards $.L\u2019actif des sociétés de secours mutuels, propriété canadienne et succursales étrangères, est de 6,8 milliards $.L\u2019actif canadien des sociétés étrangères est de 24 milliards $9.Une simple division mathématique démontre que l\u2019avoir de toutes les sociétés québécoises d\u2019assurances de personnes représente 4,5% de l\u2019actif des sociétés canadiennes du même secteur.Comme le Québec représente encore 24,7 %10 de la population du Canada, on peut affirmer, sans trop se tromper, que l\u2019actif correspondant aux primes québécoises frôle les 70 milliards $.8 Rapport annuel sur les assurances 1997\\ L\u2019Inspecteur général des institutions financières Québec, pp.3-2 à 3-10.9.Rapport annuel 1997-1998, Bureau du surintendant des institutions financières du Canada, p.4.10 Le Canada en statistiques - Origines ethniques de 1996, Canada, provinces et territoires, p.1, 24-08-98.28 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ainsi, 57 milliards $ d\u2019épargne québécoise se sont envolés au vent et à tire-d\u2019aile comme un moineau au bord d\u2019un toit.Ils tourbillonnent dans la spirale mondiale, enrichissant principalement les entreprises de Bay Street.Ils créent des emplois en d\u2019autres provinces et pays.III.- Les assureurs IARD « Vous verrez que Perrin tire l\u2019argent à lui, et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.La Fontaine Le vocabulaire évolue.Le terme «Assurance générale» a fait place à «l\u2019assurance de dommages».L\u2019abréviation «IARD» a pris le relais.Mais l\u2019industrie n\u2019a jamais ralenti.Depuis 1963, les primes souscrites au Québec ont été multipliées par dix.De 379 millions $, elles sont passées à 4 milliards $.Le tableau 6 relève les primes perçues depuis 1983- Tableau 6 PRIMES DES ASSURANCES IARD AU QUÉBEC, EN 000S, 1983-1996 1983 - 2280259\t1994 - 3988413 1988- 3 319141\t1995 -4138 435 1990 - 3490502\t1996 -4226875 1991 - 3596640\t1997 -4089091 Source : Rapports annuels sur les assurances des années identifiées, L'Inspecteur général des institutions financières Québec\t Ces données soulignent la croissance de l\u2019industrie et son importance dans l\u2019économie québécoise.Si les placements qui en dérivent étaient placés dans le développement du Québec, mille choses dans notre existence seraient changées.Mais l\u2019argent tourbillonne comme les feuilles poussées par la tourmente.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 29 1.- Charte et siège social Le tableau 7 présente le nombre des assureurs titulaires d\u2019un permis québécois d\u2019assureurs IARD, selon l\u2019origine de la charte et selon la nature de la société.Tableau 7 VENTILATION DU NOMBRE D'ASSUREURS IARD AU QUÉBEC,1997 Charte\tFonds social\tMutuelles\tSociétés mutuelles\tCorp.professions\tTotal Québec\t17\t5\t37\t4\t63 Autre province\t7\t0\t0\t0\t7 Canada\t62\t2\t0\t0\t64 Pays étranger\t55\t10\t0\t0\t65 Total\t141\t17\t37\t4\t199 Source : Rapport annuel sur les assurances 1997, L\u2019Inspecteur général des institutions financières Québec, pp.1-2 et 1-3.\t\t\t\t\t Les véritables sièges sociaux de soixante-cinq sociétés ont pignon sur rue en Allemagne, en Angleterre, en France, en Hollande, en Italie, au Japon, en Suède, en Suisse et dans vingt-six États américains, de la Californie à la Floride, du New Jersey au Texas.Les Américains sont débarqués chez nous avec 44 sociétés.Cinquante-cinq sociétés de Toronto, que la faim dévore, sillonnent le territoire québécois.Pour protéger nos biens, nous avons davantage confiance dans les autres qu\u2019en nous-mêmes.2.- Les primes souscrites IARD Le tableau 8 montre le nombre des sociétés et la répartition des primes souscrites au Québec par les assureurs IARD, en 1997.30 \u2022 L'ACTION NATIONALE Tableau 8 RÉPARTITION DES PRIMES IARD, 1997, EN 000$ Résidence des propriétaires\tSociété\t1997 Primes\t%\t\t1996 Primes\t%\t Québec\t63\t1 196 908\t29,27\t1290374\t29,48 Ontario\t57\t1 376597\t33,66\t1 291 531\t31,86 Autre province\t8\t116461\t2,85\t126 545\t3,04 États-Unis\t44\t235 518\t5,76\t258443\t6,03 Autre pays\t33\t1 163607\t28,46\t1260700\t29,59 Total\t205\t4089 091\t100,00\t4 226 875\t100,00 Source : Rapport annuel sur les assurances 1997, L'Inspecteur général des institutions financières Québec, pp.4-46 à 4-57.\t\t\t\t\t Les sociétés de propriété québécoise souscrivent 29,27% des primes en 1997.Un léger recul.La peine de la déportation consiste à créer des emplois hors Québec.Elle disperse l\u2019argent dans des vents contraires qui nous détournent de la route de la liberté.Si l\u2019on regardait de plus près ce qui se passe en Ontario, on serait peut-être portés à être aussi protectionnistes que les Torontois.Les catégories d\u2019assurances Le tableau 9 présente les primes souscrites dans les diverses catégories d\u2019assurances IARD et selon les résidences des véritables propriétaires des sociétés.L'ACTION NATIONALE \u2022 31 Tableau 9 PRIMES SELON LA PROPRIÉTÉ ET LES CATÉGORIES D'ASSURANCES IARD, 1997, EN 000$ Catégories\tQuébec\tOntario\tAutre province\tÉtats- Unis\tAutre pays\tTotal Automobile\t624346\t595694\t83 389\t30719\t553 528\t1887361 Bien personnel\t364708\t247198\t12132\t17759\t263515\t905 312 Bien commercial\t116372\t264 805\t12220\t97 789\t201 296\t692482 Aéronefs\t6507\t11 636\t0\t13573\t17 273\t48 989 Caution\t16412\t10263\t82\t694\t13 306\t40757 Chaudières et.\t2894\t30359\t66\t14516\t5027\t52862 Maritime\t240\t15511\t0\t8542\t9 228\t33 521 Responsabilité\t57 999\t184787\t8 559\t39521\t90160\t381126 Autres catégories\t7745\t16344\t13\t12305\t10 274\t46 681 Total\t1196908\t1376597\t116461\t235518\t1163 607\t4089091 Source : Rapport annuel sur les assurances 1997, L\u2019Inspecteur général des institutions financières Québec, pp.4-46 à 4-57.\t\t\t\t\t\t Les Assurances générales des caisses Desjardins sont les premiers de la classe.Les autres assureurs québécois d\u2019importance sont la Capitale, Optimum Agricole, Promutuel, Sécurité, Société Nationale d\u2019Assurance, SSQ Générales, l\u2019Union Canadienne.À court et moyen terme, les sociétés québécoises doivent développer les secteurs de l\u2019automobile, des biens personnels et des biens commerciaux.Ces trois catégories représentent 85,2% des primes en 1997.Lorsque les assises seront solides, les assureurs québécois pourront se lancer à la conquête des autres catégories et des autres marchés d\u2019assurances.3.- L\u2019actif des assureurs IARD L\u2019actif total des sociétés québécoises d\u2019assurances IARD se chiffre à 3,5 milliards $n.L\u2019actif des sociétés d\u2019assurances 11.Rapport annuel sur les assurances 1997, L'Inspecteur général des Institutions financières Québec, pp.3-12 à 3-22.32 \u2022 L'ACTION NATIONALE multirisques de propriété canadienne totalise 36 milliards $.L\u2019actif des succursales étrangères s\u2019élève à 15,9 milliards $.La part québécoise correspond donc à 6,7% du marché canadien.La population québécoise souscrit environ 24% des primes IARD.Les actifs de territoire québécois représentent quelque 12,7 milliards $.L\u2019avoir des sociétés québécoises est de 3,5 milliards $.Neuf milliards d\u2019actifs résultant des primes québécoises sont administrés par des sociétés établies en d\u2019autres pays.Un redressement s\u2019impose.Un mouvement en avant doit être entrepris.Un accroissement d\u2019action, de force et d\u2019énergie des assureurs québécois est indispensable au progrès du peuple.De jour en jour, il faut avancer.Seul l\u2019effort constant et persévérant nous permettra d\u2019occuper la place qui nous revient.«Ne comptons que sur nos propres moyens» est une formule toujours d\u2019actualité.IV.- Les conséquences de l\u2019inconséquence »Il est force gens comme lui, Qui prétendent n \u2019agir que pour leur propre compte, Et qui font le marché d'autrui.» La Fontaine Les Québécoises et les Québécois sont riches.Beaucoup plus qu\u2019ils ne le pensent.Mais le malheur, et il est grand, ils ont abandonné à des sociétés hors Québec la gestion et le placement de leurs épargnes.Cette déportation persiste dans tous les secteurs financiers.1.- La gestion Dans les sièges sociaux établis hors Québec, ce ne sont pas des Québécoises et Québécois qui travaillent.Il y en a peut-être une dizaine, au total.La déportation de 7 mil- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 33 liards $ de primes crée 7 000 emplois en terre étrangère.On évalue que chaque million $ de primes déportées exporte un emploi haut de gamme.Des milliers d\u2019emplois sont perdus par les primes souscrites à des entreprises étrangères.Dans les sièges sociaux de Toronto, de Winnipeg, de New York, de Paris et de Londres, ce ne sont pas des Québécoises et des Québécois qui agissent comme gestionnaires, conseillers en placements, actuaires, comptables, informaticiens, avocats, médecins, spécialistes, etc., pour gérer les assurances souscrites au Québec.Pour un Québécois, rechercher un emploi haut de gamme dans une société d\u2019assurances de Toronto, c\u2019est acheter un billet à la 6/49- Sommes-nous si riches pour faire administrer par d\u2019autres le fruit de notre travail ?Notre tissu social est-il si cousu d\u2019or pour perdre 7 000 emplois de calibre supérieur?Au moment où nous créons un emploi à Toronto ou à New York, monsieur Pelletier de Matane et madame Fortin de la rue Boyer s\u2019inscrivent à l\u2019aide sociale.Il va de soi que les compagnies établies hors Québec versent à leurs assurés des prestations en cas de maladie, d\u2019accident, de retraite ou de décès.Elles emploient aussi des milliers de Québécoises et de Québécois pour vendre leurs produits et gérer leurs succursales.Les prestations et ces emplois d\u2019assureurs, de courtiers, de gérants et d\u2019employés de comptoirs seraient tous protégés si les primes étaient versées à des compagnies québécoises.2.- Les placements L\u2019actif canadien des compagnies d\u2019assurances IARD et de personnes totalise les 338,7 milliards $.L\u2019actif des sociétés d\u2019assurances de propriété québécoise est de 16, 4 milliards $.La proportion québécoise est limitée à 4,8%.Elle devrait côtoyer les 24%, selon la répartition démographique de la population canadienne.Quelque 67 milliards $ d\u2019actifs 34 \u2022 L'ACTION NATIONALE découlant des primes québécoises sont investis par des gestionnaires étrangers, résidant pour la plupart à Toronto.Guidés par la loi naturelle, les gérants de Toronto, de New York et de Tokyo.investissent selon leurs intérêts.C\u2019est la boussole que suivent leurs jugements.Par surcroît, le cauchemar de l\u2019instabilité politique du Québec, qui est devenu l\u2019introduction et la conclusion de leurs discours, les incite à ne pas trop investir au Québec.Et à faire chanter les Québécois avec leur propre argent.Des analyses effectuées sur quelques portefeuilles d\u2019assureurs démontrent que les trois quarts des actifs sont placés hors Québec.Une étude des placements de toutes les entreprises étrangères qui exercent des activités d\u2019assureurs au Québec confirmerait cette tendance.Mais les portefeuilles d\u2019assureurs sont conservés dans des coffres-forts protégés par des combinaisons secrètes.Nous avons en vain demandé les portefeuilles de Sun Life, London Life, Manufacturers, Mutual Life, Canada Life, Standard Life, Metropolitan, Transamerica, Maritime Life et Great West.En 1997, ces dix sociétés ont souscrit au Québec la somme de 2,4 milliards $ en primes.Avec les années, elles ont accumulé au Québec un actif supérieur à celui des sociétés québécoises.Ces sociétés et les autres hors Québec ont investi combien d\u2019argent dans la société distincte qu\u2019elles refusent de reconnaître ?Combien détiennent-elles d\u2019obligations du gouvernement québécois, de nos universités, de nos municipalités ?Combien d\u2019actions possèdent-elles dans les entreprises du Québec ?Toutes les analyses réalisées dans les entreprises financières démontrent que l\u2019épargne ne retourne pas dans le milieu d\u2019origine.Faut-il alors se surprendre du dépeuplement des régions, de l\u2019appauvrissement de la population et de l\u2019augmentation de l\u2019aide sociale et du chômage?Les disparités régionales prennent leur racine dans l\u2019exportation de l\u2019épargne locale vers les grand centre.L'ACTION NATIONALE \u2022 35 Nous contestons, sans hésitation, les affirmations exprimées par plusieurs porte-parole à l\u2019effet qu\u2019elles investissaient au Québec plus que la valeur de leurs engagements envers les assurés québécois.De telles affirmations sont fausses.Ces mensonges sont infâmes, odieux.Ils trompent l\u2019œil et la conscience.Que les dix sociétés mentionnées ci-dessus nous fassent parvenir leurs portefeuilles de valeurs ! Pendant trente jours seulement ! Et nous prouverons clairement qu\u2019elles ne réinvestissent pas au Québec, en placements, le quart des actifs d\u2019origine québécoise.L\u2019Action nationale ne se contente pas d\u2019une affirmation.Elle fait la démonstration.Elle localise chaque action, chaque obligation, chaque hypothèque et chaque titre selon la province ou le pays bénéficiaire du placement.Pour avoir analysé plusieurs portefeuilles de sociétés d\u2019assurances et pour avoir examiné à la loupe les fonds mutuels qu\u2019elles possèdent, nous pouvons parler d\u2019une déportation massive des actifs découlant des primes d\u2019assurances québécoises.La logique commande un retour à la loi naturelle de l\u2019entraide.La vie culturelle d\u2019un peuple ne peut dépendre d\u2019une économie étrangère.Les milliardaires de Bay Street et de Wall Street mesureront à l\u2019once leur contribution à la culture française.Et il est normal qu\u2019il en soit ainsi.Les activités culturelles qui dépendent de la cigarette du Maurier, de la Molson, de Labatt ou des subventions de madame Sheila Copps ne produiront jamais une culture française vivante, créatrice et présente au quotidien.V.- Les recommandations \u2022 Horrible sensation ! Avoir l\u2019esprit fourmillant d\u2019idées, et ne plus pouvoir franchir le pont qui sépare les campagnes imaginaires de la rêverie des moissons positives de l\u2019action !» Charles Baudelaire 36 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les remèdes ont déjà été proposés.Mais on n\u2019est pas passé à l\u2019action.Les malades ont l\u2019oreille dure.Ils n\u2019ont pas entendu.Et les médecins ne voulaient rien savoir des fortifiants recommandés.Ils avaient d\u2019autres expédients à saveur financière ou électoraliste.Nos avis s\u2019adressent au gouvernement du Québec, aux assureurs québécois et à la collectivité québécoise.Ils sont exposés de façon pressante, insistante, voire impérieuse.Pour régulariser une situation anormale, il faut poser des gestes porteurs d\u2019avenir.Il faut avoir de l\u2019avenir dans l\u2019esprit, selon l\u2019expression de Talleyrand.1.- Le gouvernement du Québec Rivarol disait qu\u2019un - gouvernement serait parfait s\u2019il pouvait mettre autant de raison dans la force que de force dans la raison».Dans la pratique, le gouvernement du Québec doit exercer une autorité stable et effective pour protéger le bien commun du peuple québécois.Ces mots «bien commun » et - peuple québécois » deviennent inintelligibles dans la conjoncture du village global.Mais ils conservent toute leur importance, toute leur grandeur.L\u2019avenir des petites nationales - la Suisse, la Belgique, la Grèce, le Québec - est aléatoire.Depuis trente ans, le Québec s\u2019est transformé.Mais il ne faut pas que la volonté de persister cède.Il ne faut pas que l\u2019État du Québec oublie le rôle unique de phare qu\u2019il doit exercer.Il doit intervenir pour protéger l\u2019avenir.Un peuple qui ne maîtrise pas son économie est menacé dans son identité, dans son existence.C\u2019est pourquoi une intervention énergique est nécessaire indispensable.Les Québécoises et les Québécois déportent près de 300 milliards $ de leurs épargnes.Ils versent annuellement 7 milliards $ de primes à des sociétés établies hors Québec.L\u2019urgence commande une action concrète.Plusieurs mesures s\u2019imposent dans le domaine des assurances.Le gouvernement du Québec doit: L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 A.\t- Obliger toutes les sociétés d\u2019assurances faisant affaires au Québec à être constituées selon la loi québécoise et à être assujetties à la réglementation québécoise ; B.\t- Obliger les sociétés d\u2019assurances à investir au Québec dans la proportion de leur chiffre d\u2019affaires québécois ; C.\t- Exiger que ces sociétés investissent selon des règles de développement régional, social et économique ; D.\t- Limiter à 40% la part de placements que ces sociétés peuvent faire en d\u2019autres provinces et pays si elles proviennent de leurs activités au Québec ; E.\t- Accroître la divulgation publique des états financiers et des portefeuilles de valeurs ; F.\t- Exiger que les entreprises financières investissent une proportion minimale de leurs valeurs en titres publics du Québec.2.- Les sociétés d\u2019assurances «Maîtres chez nous» n\u2019est pas un thème appliqué dans le domaine des assurances.Certains financiers se réjouissent de progrès qui n\u2019en sont pas ou qui, pour le moins, ne peuvent satisfaire les exigences d\u2019un peuple en pleine croissance.Il faut intensifier l\u2019ampleur des progrès.Il faut conquérir le marché financier québécois et, ultérieurement, exporter nos produits à l\u2019extérieur des frontières.La place qu\u2019occupent les assureurs de propriété québécoise dénote la faiblesse de la fierté nationale.Pour relever les défis qui nous confrontent dans la vie sociale, les assureurs québécois doivent : -\tCombler les lacunes à l\u2019égard de l\u2019occupation du territoire ; -\tConcurrencer davantage les sociétés étrangères que les québécoises ; -\tS\u2019associer pour conserver au Québec la réassurance exportée ; 38 \u2022 L'ACTION NATIONALE -\tInnover en élaborant des normes de pratiques commerciales et financières exemplaires ; -\tÉtablir entre eux des services communs dans l\u2019utilisation maximale de la technologie ; -\tPromouvoir la solidarité dans une campagne continue d\u2019éducation populaire.Que de progrès seraient accomplis si les abîmes, qui séparent les assureurs les plus riches, étaient remplacés par une volonté de progrès collectif! Les gestes de solidarité et d\u2019entraide leur seraient profitables.La sensibilité au développement de la culture et au développement social leur consacrerait un mérite qui serait reconnu.3.- La mobilisation populaire Sept milliards $ de primes sont exportés hors Québec.À qui la faute?Au gouvernement du Québec?Aux gestionnaires de l\u2019argent des autres ?Aux femmes et aux hommes d\u2019affaires ou de professions ?Au clergé ou aux communautés religieuses?À l\u2019ouvrier ou au patron?Nous sommes tous responsables.Pour réaliser le rêve d\u2019un pays à portée de main, chaque Québécoise et chaque Québécois doivent assumer leurs responsabilités.C\u2019est la seule recette pour s\u2019engager sur les chemins de l\u2019avenir avec l\u2019assurance d\u2019une relative prospérité ! Les entreprises, les syndicats, les coopératives, les universités, les municipalités, les sociétés de la Couronne, le gouvernement du Québec, les Québécoises et les Québécois ont le devoir social de pratiquer l\u2019entraide envers les assureurs québécois, à prix, qualité et services égaux.C\u2019est la condition sine qua non pour devenir «maîtres chez nous ».En continuant à verser nos primes d\u2019assurances à des sociétés étrangères, nous aurons toujours le devoir pénible d\u2019obéir à une volonté étrangère.C\u2019est pour cette rai- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 39 son que le Québec refuse de venir au monde.Le moineau du voisin vient constamment manger le blé que nous refusons d\u2019engranger.VI.- Conclusion Le Québec n \u2019estpas immortel.Nous ne sommes pas encore \"maîtres chez nous».Les grands patrons sont à l\u2019extérieur du Québec.Ce sont eux qui risquent de déterminer le régime politique du peuple québécois.L\u2019argent a le prestige de l\u2019infini.Il donne le pouvoir.Les valets doivent obéissance aux maîtres.Dans la conjoncture actuelle, la déportation des primes québécoises n\u2019est pas un accident.Elle découle de la maladie chronique du «libéralisme».Un grand nombre de financiers n\u2019ont pas de pays.Ils dorment dans l\u2019international.Ils déjeunent à Wall Street.Ils dînent à Tokyo.Ils brassent des affaires.Ils jouent à la bourse.Ils négocient 24 heures par jour.À chaque minute, ils calculent les profits.La seconde qui suit doit rapporter davantage.Le rendement à court terme et la liquidité deviennent l\u2019essentiel, surtout pour justifier leurs primes et leurs salaires indécents.Il n\u2019est pas trop tard pour retrouver la route de la liberté.La maîtrise de l\u2019économie et l\u2019indépendance politique sont une même vérité.Elles sont aussi nécessaires à un peuple que l\u2019âme et l\u2019esprit à une personne.Elles sont inséparables.Elles forment les assises d\u2019un État.Le Québec ne jouira de la liberté politique que s\u2019il jouit d\u2019une économie nationale prospère.Le peuple québécois ne sera maître de son avenir que s\u2019il maîtrise en fait et en droit le contrôle de sa vie économique.Cette évidence exige que le salaire et l\u2019épargne travaillent au profit du peuple québécois.Le Québec n\u2019est pas immortel.L\u2019épargne, c\u2019est le moteur de la vie économique.C\u2019est la clé du développement social.C\u2019est l\u2019instrument qui améliore la qualité de la vie.C\u2019est 40 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019outil pour accroître la production en faveur de l\u2019homme.Non pas uniquement en faveur du capital.L\u2019entreprise financière qui recueille l\u2019épargne doit l\u2019utiliser, non pas à son seul profit, mais selon les volontés et les besoins des épargnants.Quand l\u2019opinion publique aura été mobilisée par cette cause sacrée, les gouvernements suivront.Nous deviendrons maîtres chez nous.Il y a longtemps que nous l\u2019espérons.?SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCE FILIALE D'OPTIMUM GÉNÉRAL INC.Partenaire Optimum® 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1500, Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 4l Nous avons | & Æ I ' é n e r g?i e pour allumer l'avenir.jh Grandir.Prospérer.Conjuguer le futur au présent.En vivant la grande aventure de la mon dial i s a -tion, nous nous donnons les moyens de générer % * de nouveaux emplois, de stimuler nos forces\t** ¦ sÆ\t4 montantes, de faire voyager nos nouvelles technologies.Prenons rendez-vous avec le XXIe siècle.Afin que l'avenir brille pour plusieurs générations.www.hydroquebec.com a* Hydro Québec 42 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Une énergie nouvel Les inégalités s'accroissent au Québec au cours des années 1990 Gérald Larose* François Aubry** Z\u2019année 1999 marque la septième année de croissance économique depuis la récession du début de la décennie.Mais l\u2019on constate malgré tout que la société québécoise est encore aux prises avec les sérieux déséquilibres sociaux et économiques que sont le chômage endémique, la précarité grandissante de l\u2019emploi et la distribution de plus en plus inéquitable des revenus et de la richesse générés par cette croissance économique.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui de notre idéal collectif d\u2019une société plus juste et solidaire?Inégalités : une tendance fin de siècle Quiconque a suivi quelque peu l\u2019actualité économique a pu constater que la décennie qui s\u2019achève a été celle d\u2019importantes coupures dans les dépenses publiques à Ottawa et à Québec, des mises à pied massives dans plusieurs grandes ' Président de la Confédération des syndicats nationaux ** Service de recherche (CSN).L'ACTION NATIONALE \u2022 43 et petites entreprises privées et des compressions dans les principaux programmes de sécurité du revenu.Peut-être sait-on aussi que les augmentations de salaires de la majorité des travailleuses et des travailleurs ont été inférieures à l\u2019inflation et que le pouvoir d\u2019achat des familles et des individus a été grugé par une fiscalité de plus en plus lourde?Mais l\u2019évolution de la conjoncture économique n\u2019a pas été vécue par tous de la même façon.Ainsi, pour l\u2019entreprise privée et une minorité de la population, cette décennie a été une période de grande prospérité marquée par des profits et des dividendes records et par des indices boursiers qui ont atteint de nouveaux sommets, procurant des gains en capital souvent faramineux.Un rapport publié récemment par the Center for Social Justice1 de Toronto révèle des données inquiétantes sur les inégalités au Canada.L\u2019on y apprend que Robert Gratton, de la Power Financial Corporation, était l\u2019homme d\u2019affaires le mieux rémunéré au Canada en 1997 avec des émoluments totaux de 27,4 millions $, somme pour laquelle une famille à revenu moyen devra travailler 456 ans avant de l\u2019atteindre.L\u2019on y apprend également que les écarts de rémunération ne cessent de se creuser et qu\u2019en 1997, le salaire de base moyen des PDG d\u2019entreprises au Canada était 50 fois plus élevé que celui d\u2019une personne qui travaillait à plein temps au salaire minimum.Si l\u2019on prend en compte les autres avantages, tels les options d\u2019achat d\u2019actions, qui font partie de la rémunération des chefs d\u2019entreprises, ces derniers reçoivent une rémunération totale équivalant à 105 fois le salaire minimum.Dans les pays industrialisés, le modèle de développement qui a prévalu au cours des trente années d\u2019après-guerre et qui avait permis, malgré ses insuffisances, de concilier essor économique et progrès social, s\u2019est graduellement transformé, sous l\u2019impulsion de politiques néolibérales, en un véritable cauchemar pour une portion 1 Center for Social Justice, The Growing Gap, Toronto, 1998 44 \u2022 L'ACTION NATIONALE grandissante de la population, mais en un eldorado pour une minorité de privilégiés.En fait, la montée des inégalités est, en cette fin de siècle, une caractéristique fondamentale de la majorité des pays et de l\u2019économie mondiale dans son ensemble.Bref, la planète entière est le théâtre d\u2019inégalités croissantes entre régions du monde et, de plus en plus, au sein même de chaque région, de chaque pays.Les expressions Nord et Sud, développement et sous-développement que l\u2019on utilisait pour distinguer des continents et des régions du monde sont aujourd\u2019hui des mots qui décrivent des réalités sociales au sein même des entités nationales.Des phénomènes d\u2019inégalité économique qui auraient paru surréalistes s\u2019ils avaient été prédits il n\u2019y a pas si longtemps sont présentement des faits bien réels.En effet, comment peut-on encore se référer à nos repères habituels lorsque l\u2019on sait que les 225 plus grosses fortunes du monde représentent l\u2019équivalent du revenu annuel de près de la moitié des plus pauvres de la population mondiale, soit 2,5 milliards d\u2019individus?L\u2019explosion des inégalités est telle que des individus sont actuellement plus riches que certains États et que le patrimoine des 15 personnes les plus fortunées de la planète dépasse le produit intérieur brut total de l\u2019ensemble de l\u2019Afrique subsaharienne.2 Partager la richesse Certains problèmes qui touchent le Québec proviennent donc d\u2019un phénomène mondial du partage inéquitable de la richesse et de la croissance des inégalités.Mais devons-nous nous satisfaire de n\u2019être pas seuls au monde et nous résigner à subir le mauvais sort ?Devant l\u2019urgence de tenter un renversement de cette tendance, la CSN convoquait en mars 1998 l\u2019ensemble de ses syndicats à des États généraux afin 2.Ingacio Ramonet, Nouveau siècle, Le Monde diplomatique, janvier 1999, p.1 L'ACTION NATIONALE \u2022 45 de débattre de ce thème: \u201cLa richesse, ça se partage!».L\u2019objectif de la centrale était d\u2019abord de faire le point sur l\u2019évolution des inégalités économiques et sociales pendant les années 1990 au Québec.Puis suivait l\u2019élaboration d\u2019un plan d\u2019action précis impliquant l\u2019ensemble des composantes de notre mouvement, plan dont le but visait la réduction des inégalités et un partage plus équitable des gains générés par la croissance.Pour la CSN, discuter des grandes tendances de la conjoncture économique et sociale constitue un exercice essentiel pour guider notre action, surtout qu\u2019il est chaque jour plus évident que la croissance économique n\u2019arrivera pas à solutionner les problèmes auxquels notre société est confrontée si cette croissance n\u2019est pas accompagnée de mesures proactives aux niveaux local, sectoriel, régional, national et international afin d\u2019en répartir les fruits plus équitablement.Avant d\u2019agir, une réflexion s\u2019impose donc.Nous voudrions ici présenter succinctement un certain nombre de données sur l\u2019évolution des principales sources de revenus au cours des années 1990.Ce survol donnera la mesure des tâches qui nous attendent.Profits et dividendes en hausse Après avoir chuté de manière significative au cours de la récession de 1990-1992, les profits des entreprises se sont rétablis rapidement pour atteindre en 1997 plus de 78 milliards $, surpassant le niveau maximum atteint au cours du cycle de croissance des années 1980.Les dividendes déclarés à même les profits des entreprises se sont maintenus à des niveaux élevés tout au long de la décennie.De 1992 à 1997, les dividendes ont augmenté de 45%.Pas moins de 181 milliards $ de dividendes ont été déclarés par les entreprises financières et non financières canadiennes au cours de cette période.46 \u2022 L'ACTION NATIONALE Profits nets avant impôt et dividendes déclarés Canada, 1989-1997 100 000 75 000 50 000 25 000 1990 1991 1992 1993 1994 1990 1996 1997 60 032 36 031 18 784 7 006 ¦Profits 27 133 02 0 2 0 63 168 60 980 78 660 29 101 28 326 \u2014 -Dividend*# 20 970 26 264 29 219 33 244 37 723 Source: Statistique Canada, Statistiques financières des entreprises Revenu3 des ménages à la baisse La situation financière des ménages, soit les familles et personnes vivant seules, s\u2019est considérablement détériorée au cours de la récession de 1990-1992.La reprise économique n\u2019a pas réussi à rétablir la situation.Le revenu moyen net des ménages canadiens, après transferts et impôts, est passé de 39346$ en 1989 à 36946$ en 1996, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, ce qui représente une diminution de 6,1%.Ces chiffres sont présentés en dollars constants et mesurent donc la diminution du pouvoir d\u2019achat des ménages.3.Les données publiées par Statistique Canada se rapportent aux ménages canadiens.Suite à une demande particulière à Statistique Canada, la CSN publiera lors de son prochain congrès des données spécifiques pour le Québec Les données de Statistique Canada sur les revenus de ménages incluent la plupart des catégories usuelles de revenus à quelques exceptions près, dont une s\u2019avère importante particulièrement pour les ménages à revenus élevés.Il s'agit des gains en capital qui au cours de années 1990 ont été une source de revenus importantes.Nous devons tenir compte de cette omission dans l\u2019interprétation des données sur l\u2019évolution et la répartition des revenus.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 \tRevenu moyen réel des ménages canadiens, avant et après transferts et impôt, 1989-1996\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\u201d \\\t\t\t\t\t\t\t \t\t\u2014 \u2014\t _ \"\t\t\t\t\t\t\t 38 000 * 32 500 $\t\t\u2014\u2014\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t1989\t1990\t1991\t1992\t1993\t1994\t1995\t1996 \t'\u201cATtnt\t43 235\t42 159\t40 113\t39 974\t38 766\t39 566\t39 831\t40 136 \t\u2014\t\u2014 Ap ri»\t39 346\t38 453\t37 195\t37 551\t36 627\t37 094\t37 019\t36 946 Source: Statistique Canada, Revenu après impôts, répartition selon la taille du revenu au Canada Ces chiffres se rapportent cependant à des moyennes et ne nous renseignent pas sur la situation des ménages selon leur rang dans l\u2019échelle des revenus.Si on divise l\u2019ensemble de la population en cinq parties égales, soit en quintiles, on constate d\u2019abord que ce sont les ménages de la classe moyenne inférieure (deuxième quintile) qui ont subi les plus importantes diminutions de revenus de 1989 à 1996 (-9,3 %).Ensuite, on remarque que ce sont les ménages les plus fortunés (cinquième quintile) qui ont vu leurs revenus diminuer le moins (-4,2%).Il faut ici garder à l\u2019esprit que les données ne tiennent pas compte des gains en capital, soit des gains découlant de la vente d\u2019actifs tels des actions, des propriétés, des immeubles, qui bénéficient surtout aux ménages situés au haut de l\u2019échelle des revenus.Enfin, on observe que les ménages les plus démunis (premier quintile) ont vu leurs revenus diminuer de 7,3 % au cours de la période, soit presque deux fois plus que les ménages les plus fortunés, ceci sans même tenir compte des gains en capital de cette dernière catégorie de la population.48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Diminution du revenu moyen après transferts et impôts, de 1989 à 1996, selon le quintile, Canada Source: Statistique Canada, Revenu après impôts, répartition selon la taille du revenu au Canada 9.3% Les données les plus récentes dévoilent une inégalité croissante dans la distribution des revenus.En effet, de 1993 à 1996, dernière année pour laquelle des statistiques sont disponibles, le revenu moyen, après transferts et impôt, des ménages les plus pauvres (premier quintile) a diminué légèrement, passant de 10 369$ à 10 329$, alors que le revenu moyen des ménages les plus aisés (cinquième quintile) a augmenté de 75236$ à 76596$, ceci sans tenir compte encore une fois des revenus de gains en capital.Une analyse de l\u2019évolution des revenus de la tranche de la population qui se situe plus haut dans l\u2019échelle des revenus (dernier décile ou dernier centile) démontrerait sans doute un accroissement beaucoup plus important des inégalités.Des salaires qui stagnent Les salaires constituent la principale source de revenus dans notre société.De 1989 à 1997, les travailleuses et les travailleurs québécois ont eu peine à maintenir leur pouvoir d\u2019achat.Alors que l\u2019indice des prix à la consommation augmentait de 24,6%, les salaires n\u2019ont progressé en moyenne que de 25,2%.Une telle moyenne cache évidemment des écarts importants selon le métier ou la profession et selon le L'ACTION NATIONALE \u2022 49 secteur d\u2019activités.Plusieurs personnes ont subi des diminutions et des gels de salaire au cours de cette période alors que d\u2019autres, souvent des cadres et des dirigeants d\u2019entreprises, bénéficiaient d\u2019augmentations importantes de leur rémunération.L\u2019accroissement du fardeau fiscal au cours de cette période (impôts, taxes sur la masse salariale, etc.) a eu comme conséquence la diminution des salaires disponibles.Augmentation des salaires versés aux syndiquées, de la rémunération hebdomadaire moyenne (RHM) et de IPC, Québec, 1989-1997 28,9% Syndiquées secteur Syndiquées secteur\tRHM\tIPC public\tprivé Sources: Statistique Canada, Emplois, gains et durée du travail Travail Québec, Le Marché du travail Des prestations sociales à la baisse Alors que le chômage se maintenait à des niveaux très élevés, nos principaux programmes de sécurité du revenu ont subi des compressions importantes au cours des dix dernières années.Ainsi depuis le début des années 1990, les réformes successives du Régime d\u2019assurance-chômage ont fortement contribué à diminuer son accessibilité.Les profondes transformations du marché du travail, entre autres l\u2019augmentation significative du nombre d\u2019emplois autonomes, ont aussi contribué à l\u2019exclusion d\u2019une proportion grandissante de travailleuses et de travailleurs.Alors qu\u2019en 1989 plus de 90% des personnes en chômage au Québec recevaient des prestations de chômage, cette proportion n\u2019était que de 50% en 1997.Les 50 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE réformes successives ont aussi diminué le taux de protection du salaire des personnes en chômage.En 1997, les prestations de chômage ne représentaient que 42,6% du salaire moyen au Québec comparativement à 46,6% en 1993- Prestataires ordinaires en pourcentage du nombre de chômeurs, Québec, 1989-1997 1989\t1990\t1991\t1992\t1993\t1994\t1995\t1996\t1997 Sources : Statistique Canada, Enquête sur la population active Statistique Canada, Données sur l'assurance-emploi Compte tenu des nombreuses compressions qui ont affecté le Régime d\u2019assurance-chômage, le Régime de sécurité du revenu constitue le dernier recours pour de plus en plus de personnes qui se trouvent exclues du marché du travail.Selon une étude récente, les «réformes» successives du Régime d\u2019assurance-chômage depuis le début des années 1990 auraient entraîné une augmentation cumulative d\u2019environ 194000 personnes dans les rangs des personnes assistées sociales au Québec.Or, le Régime de l\u2019aide sociale ou de la sécurité du revenu a aussi subi un certain nombre de compressions depuis la fin des années 1980.Il est généralement reconnu que les prestations d\u2019aide sociale sont largement insuffisantes pour couvrir les besoins de base des prestataires : les revenus d\u2019une personne seule assistée sociale équivalent à 39% des seuils de faible revenu de Statistique Canada ; pour une famille monoparentale avec un enfant, cette proportion est de 60%.92,0% 88,3% 81,8% 75,0% 68,6% 62,4% 57,4% 50,4% L\u2019ACTION NATIONALE *51 Non seulement les revenus des prestataires sont-ils insuffisants, mais la valeur des prestations n\u2019a pas été protégée contre la perte de pouvoir d\u2019achat au cours des dernières années.De plus, d\u2019autres mesures, telle la franchise exigée dans le cadre du nouveau régime d\u2019assurance-médicaments, ont réduit d\u2019autant les ressources disponibles pour combler les besoins physiologiques de base de ces personnes.Évolution dos prestations d'aide sociale ($ constants) Québec, 1989-1996 18 000 $ 14 000 $\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t \t\u201e * *\t\t\t\t\t\t\t \t1989\t1990\t1991\t1992\t1993\t1994\t1990\t1996 ¦ ¦ aPtnonoi muU\t4 179 $\t5 930 $\t6 106 $\t6 348 $\t6 360 $\t6 222 $\t6 096 \u2022\t6 000 $ -Parent seul, un infut\t10 154\t10 828\t9 897 $\t11 200\t11 710\t11 950\t11 713\t11 528 \u201c¦^^\"Coupla, dtui «n fan ta\t13 261\t12 986\t13 301\t13 820\t14 227\t14 024\t13 741\t13 024 \t\t\t\t\t\t\t\t Source: Conseil national du bien-être social, Revenus de bien-être social 1996 De plus en plus de personnes pauvres au Québec En considérant les données qui précèdent, il est compréhensible que la pauvreté au Québec ait progressé au cours des dernières années, qu\u2019elle se soit même approfondie.En 1989, on dénombrait 1 112 000 personnes qui vivaient avec des revenus inférieurs aux seuils de faibles revenus de Statistique Canada.Malgré la croissance économique depuis 1993, ce nombre n\u2019a pas cessé de croître pour atteindre 1 558 000 en 1996, 56% des personnes pauvres étant des femmes.Le nombre d\u2019enfants pauvres au Québec est passé de 266000 en 1989 à 360000 en 1993 et à 369 000 en 1996.En 1996, 21,4% de la population du Québec vivait dans la pauvreté.Non seulement ce taux est- 52 \u2022 L'ACTION NATIONALE il supérieur au taux canadien (17,9%), mais il est aussi le plus élevé de toutes les provinces canadiennes.Nombre de pwwmw vivent dens U pauvreté, Québec, 1989-1996 \t\t\t\t\t\t\t\t 1500 P\t\t\t\t\t\t\t\t c\t1000 1\t\t\t\t\t\t\t\t 500\t\t\t\t\t\t\t\t 0\t1989\t1990\t1991\t1992\t1993\t1994\t1993\t1996 .- \t\t\t474\t871\t612\t394\t686\t688\t688\t687 .fanrnen\t638\t788\t748\t783\t833\t819\t881\t870 \t1M>1\t1 112\t1326\t1361\t1346\t1489\t1473\t1 839\t1 358 Source: Statistique Canada, Personnes à faible revenu, 1980-1996 Ainsi, la pauvreté a progressé quantitativement et s\u2019est approfondie.En effet, le revenu déficitaire des ménages pauvres au Canada (données non disponibles pour le Québec), c\u2019est-à-dire les revenus nécessaires pour se tirer de la pauvreté, a augmenté au cours de la période, particulièrement en 1995 et en 1996.1989\t1990\t1991\t19912\t1990\t1994\t1996\t1996 Revenu dtfldttüe des 6761 6731 6600 6587 6568 6479$ Source: Statistique Canada, Répartition du revenu au canada selon la taille du revenu L'ACTION NATIONALE \u2022 53 Tout n\u2019est pas joué Les États généraux de la CSN ont été une occasion privilégiée pour notre mouvement de prendre la mesure des défis que nous devrons relever si nous voulons faire du Québec une société où priment le bien commun, la justice et la solidarité.Nous sommes persuadés que les phénomènes de globalisation des marchés, de mondialisation de l\u2019économie ou de perte d\u2019autonomie des gouvernements nationaux ne doivent pas être un frein à une démarche de réflexion et à une action éclairée en vue d\u2019améliorer les conditions de vie de la majorité de la population et d\u2019en protéger les groupes les plus fragiles.Tout n\u2019est pas joué et des tendances peuvent être inclinées en leur faveur.Mais cet objectif implique que tous les efforts doivent être déployés afin de permettre aux citoyennes et aux citoyens qui le désirent d\u2019accéder à un emploi de qualité leur permettant de se réaliser et de contribuer à la construction d\u2019une société dans laquelle chacun peut trouver sa place.Il faudra aussi travailler à restaurer un filet de sécurité sociale adapté aux nouvelles réalités du marché du travail, à la fois apte à soutenir les initiatives des communautés comme à assurer à tous un minimum de ressources, conditions essentielles à une véritable citoyenneté.?Plus de 32 000 membres au cœur du Québec SSJB CENTRE DU QUÉBEC 449, rue Notre-Dame, Drummondville 819-478-2519 Organisme régional d entraide etde fierté québ^ 54 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La mondialisation rend la souveraineté plus nécessaire et urgente que jamais Bernard Landry1 Pour éviter que la globalisation des marchés ne sombre dans l\u2019anarchie économique et sociale ou ne soit régie par le gouvernement des multinationales, elle devra être de plus en plus placée sous la surveillance et le contrôle de pouvoirs supranationaux.Comme seules les nations reconnues sont admises à siéger dans ces instances mondiales supérieures, le pouvoir s\u2019éloignera de plus en plus des citoyens et citoyennes du Québec s\u2019ils ne se décident pas à faire leur indépendance nationale au plus tôt.Cette indépendance depuis longtemps nécessaire, légitime et faisable aurait pu se réaliser en même temps et pour les mêmes motifs que celle des États-Unis d\u2019Amérique, seize ans après les plaines d\u2019Abraham.Elle aurait pu se faire plus tard, dans la foulée des nombreux États devenus souverains, en Amérique latine ou ailleurs dans le monde, depuis ce temps.Notre souveraineté se serait justifiée à l\u2019époque même du régime français, puisque nous étions 1.Vice-Premier ministre du Québec.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 55 déjà un peuple au XVIIIe siècle.Certains historiens s\u2019étonnent du fait que notre liberté ne soit pas advenue plus tôt, entre les deux guerres mondiales par exemple, alors que ses fondements étaient déjà si clairs et depuis si longtemps.Une nouvelle motivation Aujourd\u2019hui, toutes les anciennes raisons subsistent, mais une formidable et nouvelle motivation donne à notre projet national une modernité fulgurante et le rend plus impérieux encore qu\u2019auparavant.En effet, dans le nouveau contexte mondial, la souveraineté n\u2019est plus seulement une question de survie, de prospérité et de rayonnement international des peuples, c\u2019est la qualité même de leur vie démocratique qui est mise en cause par cette nouvelle donne que constitue la mondialisation.Le droit des peuples à se gouverner librement et à traiter d\u2019égal à égal avec les autres est inscrit depuis longtemps dans le droit naturel et confirmé dans l\u2019effectivité historique.Pour les peuples déjà libres et maîtres de leur destin, la question ne se pose même pas et aucun d\u2019entre eux ne voudrait renoncer à sa souveraineté, sauf partiellement et seulement par adhésion volontaire à de véritables instances supranationales.Jamais ils n\u2019accepteraient durablement d\u2019en sacrifier la moindre parcelle pour se soumettre à la domination d\u2019un autre peuple voisin ou lointain, amical ou hostile.Quant à ceux qui sont pris au piège, ils ne se reposent jamais tant qu\u2019ils ne sont pas libres.C\u2019est le cas du Québec comme de l\u2019Ecosse et auparavant celui des trois États baltes ou de la Slovénie, pour ne nommer que quelques-unes des libertés à conquérir ou déjà recouvrées.Quant à la Catalogne, l\u2019Espagne démocratique n\u2019oserait plus contester le statut national de ce peuple et bloquer son évolution comme Ottawa le fait avec nous.56 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le fondement de l\u2019indépendance Le fondement principal des indépendances nationales est partout le même et bien connu : elles reposent sur les solidarités humaines naturelles et la convivialité, de plus en plus élective d\u2019ailleurs à cause de la liberté accrue de circulation des personnes.La grande famille humaine, avec ses cinq milliards d\u2019individus et sa formidable diversité, linguistique et culturelle notamment, est trop vaste pour l\u2019adhésion directe et intime de chaque personne.Les siècles et la nature des choses ont créé ce relais intermédiaire essentiel, que l\u2019on appelle peuple ou nation, bien supporté et accompagné par les irrépressibles besoins d\u2019identité et d\u2019appartenance.Il est certain que les patriotes du Bas-Canada au XIXe siècle s\u2019inspiraient déjà de ces valeurs fondant la liberté des peuples.Les mêmes principes influencèrent la pensée d\u2019Honoré Mercier, cinquante ans plus tard, et étaient bien sûr au cœur des réflexions des frères O\u2019Leary, de Raymond Barbeau, de Marcel Chaput, d\u2019André d\u2019Allemagne et de Pierre Bourgault par la suite.Mais ce sont les fondateurs du Mouvement Souveraineté-Association, René Lévesque en tête, qui de façon claire et formelle ont solidement arrimé la recherche d\u2019indépendance du Québec à la modernité.Ils l\u2019ont conçue dès le départ comme les nations avancées et libres vivent la leur à l\u2019aube de l\u2019an 2000.C\u2019est-à-dire à l\u2019intérieur d\u2019organisations supranationales favorisant la coopération étroite entre les peuples par la recherche des quatre libertés de circulation (biens, services, capitaux et personnes) et l\u2019établissement d\u2019institutions communes.Il est clair que le traité de Rome, signé en 1957 et qui portait en germe tout ce que l\u2019Union européenne est devenue aujourd\u2019hui, a fortement influencé la réflexion des souverainistes du Québec.À la naissance du MSA, le désarmement douanier était déjà complété entre les pays fondateurs de la Communauté économique européenne.Il L'ACTION NATIONALE \u2022 57 était déjà acquis que l\u2019on pouvait découpler le périmètre de souveraineté politique d\u2019un peuple de son espace économique.De tout petits pays, sans renoncer à leur souveraineté, avaient soudain le même marché que leurs grands voisins qui, par le fait même, élargissaient aussi le leur.On connaît la suite : l\u2019Europe est devenue un formidable modèle de rapports économiques et politiques harmonieux entre des peuples libres.En pratique, un camion peut aujourd\u2019hui quitter Stockholm, sur les bords de la Baltique, et rouler jusqu\u2019à Brindisi, sur les rives de l\u2019Adriatique, sans devoir s\u2019arrêter à un seul poste douanier, même s\u2019il franchit une série de frontières nationales diverses.Les pièces du nouvel euro, la monnaie commune et unique, sont déjà frappées et mises en circulation pour couronner la plus grande œuvre d\u2019intégration et de fluidité économiques de l\u2019histoire humaine.Il faut souligner que la vieille Europe a chèrement payé de deux guerres cruelles et de millions de morts \u2014 dont 6 millions de Juifs sacrifiés sur l\u2019autel du fanatisme raciste \u2014 le droit d\u2019enseigner aux autres que les rapports pacifiques entre les peuples ne se fondent pas sur la domination mais sur la solidarité dans la recherche de leur développement mutuel.Cette façon de voir s\u2019est maintenant répandue à divers degrés par toute la planète.L\u2019Union européenne elle-même, à partir de six membres fondateurs, ne cesse de croître et n\u2019a probablement pas terminé son évolution spatiale : il n\u2019est pas absurde de penser qu\u2019elle s\u2019étendra un jour » de l\u2019Atlantique à l\u2019Oural-, De toute manière, dans les parages même de l\u2019Oural, comme sur les rives de la Baltique, des peuples sont redevenus libres et coopèrent entre eux suivant diverses formules modernes.Dans tous les continents, les libertés nationales se sont donc affirmées, consolidées au moment même où la mondialisation avançait de façon irréversible: les deux vont de pair comme compléments et contrepoids.58 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019importance de la liberté des peuples Une révolution de cette ampleur ne va pas sans créer toutes sortes de problèmes, ressentis de façon particulièrement dramatique depuis quelques mois.Ces graves maladies infantiles de la globalisation, dont nous vivons les premiers soubresauts sérieux, ne trouveront pas de solution en dehors de véritables organisations supranationales liant par traité des peuples libres qui leur sacrifient une part de souveraineté.Au marché global, il faut une régulation globale par des instances qui dépassent les nations.C\u2019est la seule manière d\u2019empêcher efficacement la diffusion foudroyante, par simple contagion, de diverses crises nées dans les maillons les plus faibles du système.Il faut relever d\u2019urgence le niveau général d\u2019efficacité d\u2019un appareil législatif, réglementaire et régulateur vraiment mondial.Comme à l\u2019intérieur des frontières nationales, on ne peut compter uniquement sur l\u2019éthique spontanée et le libéralisme pour assurer l\u2019ordre, la paix et l\u2019honnêteté des rapports économiques, il faut aussi qu\u2019à l\u2019échelon planétaire, des autorités communes, légitimes et démocratiques s\u2019en chargent.Ainsi, malgré les risques réels mais en raison de l\u2019existence de solides amorces de solutions démocratiques, incarnées par plusieurs instances mondiales respectables et qui offrent déjà de bonnes possibilités de règlement des nouveaux problèmes, on peut être assuré que la mondialisation va continuer son inéluctable progression.Les grands ensembles sont là pour rester et croître ; en même temps le nombre des pays membres des Nations unies va continuer à augmenter et on ne prévoit aucune soustraction.Même notre continent américain, avec un demi-siècle de retard sur l\u2019Europe, a commencé son intégration au Nord comme au Sud, tout en respectant lui aussi les souverainetés nationales des nombreux pays engagés dans cette vaste entreprise.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 59 Les réalités de l\u2019intégration économique C\u2019est d\u2019ailleurs le Québec, on s\u2019en souvient, qui a donné le ton, par instinct comme par intérêt, à ce mouvement panaméricain et qui en a provoqué l\u2019amorce par son vote massif en faveur de l\u2019ouverture de la frontière entre le Canada et les États-Unis.L\u2019accord bilatéral a ouvert la porte à l\u2019ALÉNA trilatéral à la suite duquel, par exemplarité, tout devenait possible.Poussés par les mêmes impératifs contemporains, les pays du cône Sud ont aussi lucidement formé le MERCOSUR et solidement amorcé l\u2019intégration de leur partie du monde.On se rappellera que les actuels dirigeants du Canada se sont opposés bec et ongles au premier accord et ont menacé de le déchirer afin de mieux nous garder prisonniers de l\u2019espace économique de la petite Amérique britannique du Nord et de son cœur industriel, l\u2019Ontario.Beau trait de nationalisme étroit et sans vision.Toutes ces réalités d\u2019intégration économique et matérielle emportent évidemment des conséquences politiques et démocratiques très sérieuses.Ce mouvement de libéralisation et la supervision nouvelle qu\u2019il impose signifient que des pans entiers et de plus en plus importants de la vie des hommes et des femmes de tous les pays se joueront maintenant essentiellement à trois niveaux : le supranational mondial, le supranational régional et le national.Le niveau provincial, aussi appelé sous-national, comme dans le cas des provinces, toutes égales, d\u2019une même fédération deviendra de plus en plus trivial, chargé de tâches non négligeables certes, mais totalement encadré et limité dans son action par les divers niveaux supérieurs.L\u2019évolution récente du statut du Québec, marqué par le jeu combiné de l\u2019unilatéralisme brutal d\u2019Ottawa en matière constitutionnelle et son opiniâtre impérialisme budgétaire, le mène peu à peu vers le statut d\u2019exécutant mineur des décisions prises dans les vrais lieux de pouvoir.Le même phénomène frappe évidemment toutes les autres entités 60 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE sous-nationales du Canada mais pour la Saskatchewan et l\u2019île-du-Prince-Édouard, tout comme d\u2019ailleurs pour la Rhénanie-Westphalie ou le Wisconsin si l\u2019on veut élargir le débat, cela n\u2019est pas vraiment une tragédie.Ces instances provinciales ou locales n\u2019ont aucune ambition nationale, ni véritable culture spécifique, ni langue particulière à maintenir par rapport à l\u2019étranger.Leurs particularismes économiques ou sociaux ne justifient pas qu\u2019ils soient membres de l\u2019OCDE, présents à l\u2019OMC ou à l\u2019UNESCO et d\u2019ailleurs aucune d\u2019entre elles n\u2019en montre la moindre velléité.Le cas échéant, comme elles n\u2019ont à ce jour aucun vrai passé national ou identitaire, leur mouvement serait vite à ranger, ce n\u2019est pas leur faire injure que de le rappeler, parmi les plus vulgaires formes de séparatisme.La nécessité d\u2019un niveau de pouvoir Pour le Québec, quinzième puissance économique du monde qui a sa langue et sa culture, très différenciées de celles de l\u2019entourage, son passé, ses projets communs, en un mot son destin national, c\u2019est une tout autre affaire.Ce que la Saskatchewan ne peut ni ne veut, c\u2019est-à-dire faire partie du concert des nations, le Québec le peut de toute évidence, il l\u2019a presque voulu formellement en 1995 et le voudra bientôt clairement.C\u2019est pour lui un moyen essentiel pour faire valoir ses intérêts particuliers et assurer sa place dans le monde tout en préservant son identité propre et sa façon originale de pratiquer les solidarités humaines.Il est facile de voir que la globalisation des marchés requiert plus que jamais un niveau de pouvoir, entre les nations et au-dessus d\u2019elles, sans quoi l\u2019intégration ne pourra se faire que dans l\u2019anarchie et sa cohorte de risques socioéconomiques, ou sous la gouverne des firmes multinationales et transnationales qui n\u2019ont de comptes à rendre qu\u2019à leurs actionnaires.Ces deux cas de figure sont inacceptables et comportent un déficit démocratique insoutenable.On l\u2019a vu dans le cas de l\u2019AMI où un club estimable, l\u2019OCDE, mais L'ACTION NATIONALE \u2022 6l formé uniquement d\u2019un petit groupe de nations presque toutes riches, a voulu donner le pas à la planète entière dans des champs essentiels qui doivent relever du peuple à travers les institutions démocratiques que les peuples se donnent.Les cas de ce genre sont de plus en plus nombreux où des décisions qui nous affectent de façon vitale ne seront plus prises ni à Québec, ni à Ottawa, mais à des tables supranationales où le pouvoir central prétendra nous représenter.Une délégation canadienne qui doit faire valoir, comme le dit la Constitution du Canada, que toutes les provinces sont égales et qui nie ouvertement l\u2019existence du peuple québécois, va déjà et ira de plus en plus parler en notre nom à Genève ou à Marrakech, à l\u2019ONU ou à l\u2019UNESCO ou plus tard dans des instances continentales où seront assis à bon droit l\u2019Uruguay, le Chili et le Salvador, mais non le Québec.C\u2019est aussi injuste qu\u2019absurde et inefficace ; cela choque l\u2019esprit le moindrement objectif.Le domaine très spécifique de la culture nous a donné récemment à Ottawa l\u2019exemple dramatique de ce qui sera de plus en plus notre lot dans tout le reste.C\u2019est Sheila Coops et non pas Louise Beaudoin qui a parlé aux autres peuples de la terre au nom de la culture de Gaston Miron et d\u2019Anne Hébert.Quand on sait malheureusement ce que pense, dit et écrit le Canada anglais à propos du Québec, demander au gouvernement central de faire valoir ce que nous sommes et nos intérêts et notre image à l\u2019étranger, relève de plus en plus du masochisme.Pourquoi leurs diplomates, même les plus honnêtes, parleraient-ils de nous en mieux que l\u2019ensemble de la presse canadienne-anglaise, si généralement négative au sujet du Québec, quand elle n\u2019est pas tout simplement sectaire et intolérante ?Il faut noter qu\u2019en matière économique, nous subissons déjà ce sort depuis longtemps avec les résultats que l\u2019on connaît.L\u2019auto pact qui fait que l\u2019Ontario, par le truchement de Ford, General Motors et Chrysler, est le cœur économique du Canada et que le taux de chômage de cette province est 62 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE toujours inférieur à celui du Québec, a été l\u2019œuvre d\u2019une diplomatie et d\u2019une fonction publique économique canadiennes qui ne se sont jamais vraiment souciées de prendre acte et de faire valoir qu\u2019il y avait aussi, au Canada, un autre espace industrialisé, le Québec, dont le potentiel est plus élevé encore que celui de l\u2019Ontario.Ils ont été plus prompts à l\u2019intervention quand il s\u2019agissait d\u2019enlever au Québec un avantage de situation.Des réalités inéluctables À cet égard, posons-nous brutalement la question suivante : qu'adviendrait-il, dans une négociation internationale serrée, si la délégation canadienne devait arbitrer entre l\u2019aéronautique et l\u2019automobile ?Vers quoi la poussera le vent politique démocratique dominant si en plus on est à la veille d\u2019une élection fédérale ?Voilà des réalités inéluctables qui étaient vraies hier et le seront incommensurablement plus dans le nouveau contexte d\u2019intégration planétaire.Bien évidemment, ce n\u2019est pas parce que les Canadiens sont méchants ou même qu\u2019ils nous en veulent ; pour la plupart d\u2019entre eux en tout cas, c\u2019est simplement qu\u2019ils illustrent, une fois de plus, ce que George Washington écrivait jadis : -There can be no greater error than to expect or calculate upon real favour from Nation to Nation ».Même les hommes d\u2019affaires fédéralistes du Québec conviendront facilement que dans n\u2019importe quelle négociation économique internationale, leurs intérêts seraient à l\u2019évidence mieux servis s\u2019ils étaient représentés par Gérald Tremblay ou par votre serviteur que par John Manley ou Sergio Marchi.Au-delà des personnes, l\u2019évaluation des motivations profondes des uns et des autres et de leur connaissance des besoins économiques du Québec me semble facile à faire et pourtant, dans le système défendu traditionnellement par une grande partie de notre classe d\u2019affaires, seuls les fédéraux sont admis aux tables décisionnelles internationales.L'ACTION NATIONALE \u2022 63 Mis à part notre statut dans la francophonie, gagné de haute lutte et sans cesse précarisé par l\u2019irrédentisme fédéral, l\u2019essentiel de notre représentation internationale formelle est dominé par le Canada et ses porte-parole.Les efforts surhumains des diplomates québécois ne peuvent compenser la force du nombre et des institutions.Nous payons de nos impôts et taxes un imposant corps diplomatique fédéral pour généralement nier l\u2019existence même de ce que nous sommes comme peuple et nation ou pour colporter à l\u2019étranger les inepties habituelles de la presse canadienne à notre égard.Je dois cependant à la justice de préciser qu\u2019il y a dans la diplomatie canadienne, anglophone comme francophone, de nobles et rares exceptions : ces professionnels doivent travailler à la limite de la désobéissance aux consignes pour présenter la réalité telle qu\u2019elle est.De toute manière, si l\u2019on parle d\u2019éducation à l\u2019UNESCO, qui s\u2019exprime au nom de notre peuple?De santé à l\u2019Organisation mondiale de la santé ?De droit du travail, au Bureau international du travail?Les ministres québécois, qui sont pourtant nos élus responsables et démocratiquement désignés pour gérer ces matières, n\u2019ont aucun rôle direct dans ces instances.Notre voix doit passer par les messagers du gouvernement du Canada et singulièrement ces années-ci d\u2019un certain Jean Chrétien dont l\u2019intransigeance est proverbiale et dont le simplisme, quant à la question du Québec, est bien connu ici comme à l\u2019étranger.La différence Québec En d\u2019autres termes, la présence du Québec dans la fédération canadienne, couplée à l\u2019émergence rapide d\u2019un appareil économique, social et culturel de plus en plus supranational, accroît le déficit démocratique d\u2019une façon spectaculaire, érode les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale et éloigne de plus en plus les citoyens et citoyennes du Québec des centres de décision importants pour leur vie quotidienne.D\u2019ailleurs, plus le dialogue mondial est important, plus le 64 \u2022 L'ACTION NATIONALE Canada cherche à nous en tenir à l\u2019écart de façon hargneuse, ce qui rend les choses encore plus dramatiques.Les Ontariens n\u2019ont pas ce problème.Leur gouvernement national est à Ottawa et il les sert très bien.Ils n\u2019ont aucun besoin ni désir de quitter le Canada dont ils sont le cœur et qu\u2019ils dominent à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur.Pour des raisons différentes, le Manitoba et la Saskatchewan ne voient rien de tragique dans cette situation.Mais pour le peuple du Québec, la nouvelle donne est déjà intenable et le sera de plus en plus.C\u2019est un peu comme si on demandait à un Français, par une hypothèse absurde, d\u2019accepter que la France devienne un des « lander » allemands, dans une fédération aux institutions centrales officiellement bilingues mais très majoritairement germaniques.Le citoyen français serait ainsi gouverné par Paris, capitale provinciale, Berlin capitale fédérale, Bruxelles capitale européenne et à travers ce dédale, il chercherait à influencer l\u2019OMC ou l\u2019UNESCO dans le sens de ses intérêts nationaux, sans la présence bien entendu d\u2019un ambassadeur de France ni même français à la table décisionnelle.Un brave Berlinois essaierait dans ces circonstances incongrues de sauvegarder le cinéma français, l\u2019aérospatiale, le fromage au lait cru ou simplement de recouvrer le droit d\u2019avoir une équipe dans le Mundial de football pour représenter l\u2019espace sous-national français ! Ce modèle aussi impensable qu\u2019impertinent représente pourtant la réalité que le régime canadien inflige aux Québécois.Ils doivent tenter de maîtriser leur destin à partir de Québec en passant par Ottawa, puis par l\u2019ALÉNA et ses institutions, présentes et à venir pour aboutir enfin aux grandes structures supranationales sans droit de parole ou de représentation directe.Quant à participer aux tournois internationaux de hockey, il n\u2019y avait que Guy Bertrand pour y rêver ! On voit bien, dans les petites choses comme dans les grandes, que l\u2019on s\u2019éloigne à grande vitesse de l\u2019idéal démocratique.Le pouvoir quitte le peuple et le statut L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 65 provincial du Québec nie et niera de plus en plus la justice tout autant que le simple bon sens.C\u2019est pourquoi il est impérieux et urgent de nous rapprocher des pouvoirs supranationaux émergents qui seront de plus en plus importants dans nos vies.Comme la participation à ces tables est strictement réservée aux seuls peuples et nations reconnus, notre devoir démocratique est de plus en plus clair si nous voulons préserver ce que nous sommes.Une raison impérieuse Notre temps, on le voit bien, nous donne une raison impérieuse de plus et un devoir additionnel de rejoindre le concert des nations : c\u2019est urgent car les jeux sont en train de se faire sous nos yeux et sans nous.Les dizaines de nouveaux membres de l\u2019ONU, depuis 10 ans, l\u2019ont compris parfaitement et vivent déjà pleinement leur vie de peuple dans le monde.Notre place nous attend ; il faut la prendre vite ; autrement nous serons très gênés pour expliquer à nos petits-enfants pourquoi nous avons laissé échapper cette chance historique et refusé de suivre, dans la dignité, cette voie normale et toute tracée pour les peuples.Il me semble que tout cela est d\u2019une clarté lumineuse.C\u2019est pourquoi je prends la liberté - en tout respect pour le lecteur - de dramatiser mon propos à l\u2019aide d\u2019un extrait d\u2019une lettre de Régis Debray, écrite en 1969 à mon ami Philippe de Saint-Robert.« Un fait est sûr, écrit-il : quiconque ne comprend pas que l\u2019unification économique et technique de la planète Terre ira de pair avec l\u2019accentuation de ses particularités nationales, quiconque ne saisit pas cette étonnante dialectique, qui est le tissu de notre présent, il est grand temps qu\u2019il passe une fois pour toutes pour un imbécile.Fût-il socialiste, pacifiste et mondialiste ».66 \u2022 L'ACTION NATIONALE Traiter d\u2019imbécile celui qui ne voit pas les choses comme soi-même est un procédé cavalier dont je me dissocie formellement.Par ailleurs, le parcours de Debray, du gauchisme au gaullisme en passant par le mitterrandisme, et qui écrivait ces lignes avant que le nombre de pays à l\u2019ONU n\u2019augmente du quart et que le GATT ne cède la place à l\u2019OMC, commande au moins la réflexion malgré sa tournure irrespectueuse.D\u2019ailleurs, dans un langage plus sobre, Boutros Boutros-Ghali dit la même chose quand il affirme que : \u201cPour entrer en relation avec l\u2019Autre, il faut d\u2019abord être soi-même.C\u2019est pourquoi une saine mondialisation de la vie moderne suppose d\u2019abord des identités solides».Ne peut être solide l\u2019identité à qui l\u2019on nie le droit de parler en son nom propre.De mon côté, c\u2019est très simplement et amicalement que j\u2019incite les Québécois et Québécoises de toutes origines qui ont voté «non» en 1995, tout en leur réitérant mon respect profond de leur décision, à entrer en réflexion maintenant, à la lumière de ces nouvelles données, en vue de «la prochaine» qui viendra bientôt.En effet, le choix à venir devient de plus en plus évident et dépasse la question toujours centrale du patriotisme : c\u2019est la démocratie elle-même, planétaire comme nationale, qui est en cause maintenant.Les gens de bonne volonté ne peuvent pas se soustraire à ce nouvel examen de la question.?SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 67 K^ÿffion/ V bx-ce QU Oil Jfl»* no La modération a bien meilleur goût fdi ira te prespeauti sentît:» ors run*» vp i«wum avant ay rfeasar tes FottûS Or « mnm$ wj» a Jjsrrxj«i% a» Optimum Piecerm»*» rc., urw \u2022ocâété mambf» ou Groupe Optimum troupe tvw«iw tÿjébfcots «ai 1966 Le Fonds de solidarité nous a apporté bien plus que de l'argent à investir.Sa vision des affaires a contribué à enrichir notre propre façon de voir les choses.Aujourd'hui, il suffit de regarder les résultats: de nouveaux emplois, des profits, et le meilleur reste à venir.Allen Poiré Président, Métallurgie Castech inc.LE DESOLIDARITÉ i DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC (FTO: 9,95$ Envoi de publication Enregistrement numéro 09113 1 800 361-5017 www.fondsftq.com Vous êtes en bonne compagnie "]
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