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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1999-04, Collections de BAnQ.

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[" I 'Act ion Volume LXXXIX, numéro 4, avril 1999 Bonsoir! __^BB Ivlci ¦1 OOO LL^\\©tln(îDnn ISI ATIONALE Directeur Directrice adjointe Rédacteur en chef Secrétaire administrative Comité de rédaction François Aquin, avocat Jacques Brousseau Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante, sociologue Ronald-E.Laviolette, notaire honoraire Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l\u2019IREP, professeur UQAC Henri Brun, professeur de droit international, Université Laval Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy 425, bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel: revue@action-nationale.qc.ca - Site: http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 Rosaire Morin Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron TABLE DES MATIÈRES Volume LXXXIX, numéro 4, avril 1999 Éditorial Un patrimoine POUR L'INDÉPENDANCE Robert Laplante L\u2019indépendance La souveraineté INTERDITE Pierre Serré\t L\u2019épargne\t L'avenir\t de Desjardins\t33 Rosaire Morin\t La question rurale\t EST CELLE DE\tAl LA SOUVERAINETÉ\tT© Jacques Proulx\t La défense de la\t LANGUE FRANÇAISE\t33 Fernand Daoust\t L'histoire au neutre\tCD Pierre Vadeboncœur\t» La fermeture\t DE LA GASPÉSIE\t63 Jules Bélanger\t La devise d'un\t Québec souverain\t69 Richard Marceau\t Le rôle de l'éthique DANS LA MISSION ÉDUCATIVE Lucien Morin Les incidences internationales DE L'AVIS de la Cour suprême Daniel Tmp Du MONUMENT HISTORIQUE AU BIEN CULTUREL\t99 Louise Brunelle-Lavoie\t Regards sur l'actualité\t109 Rosaire Morin\t Document visuel\t L'agriculture EN GASPÉSIE ET AUX Îles-de-la-Madeleine\t121 Laurence Lambert\t Chronique francophone Les Comores\t139 Michel Têtu et Réjean Beaudin\t \t Le Bulletin du lundi\t133 Notre pays, le Québec\t Lectures\tJt Comptes rendus DE LECTURE\t163 Courrier DES LECTEURS\t171 L'Action nationale\t178 Orientation et Comités\t Index des ANNONCEURS Index des annonceurs 137\tAllard, Pierre, C.A.152 Banque Nationale du Canada 177 Bijouterie emblématique Lamond & fils 108 Caisse d\u2019économie des travailleurs de Québec 57\tCap-aux-diamants 138\tCSN 8 Devoir, Le 58\tFondAction C3 Fonds Optimum C4 Fonds de Solidarité 151 Forces 164 Hôtel du Collège de France 92 Hydro-Québec 98 Internautes 164 Laboratoire Dr Renaud 52 Loto-Québec 131 Magazine Gaspésie 164 Maxima Capital 137 Mouvement national des Québécoises et Québécois 177 Poitras, Larue & Rondeau inc.164 Sansregret, Taillefer et Associés 44 Services financiers Option 34 Société des Alcools du Québec 137 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 137 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 184 Société nationale d\u2019assurance 177 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 177 Tassé & Associés Limitée 177 Translatex Communications 120 Union des Producteurs Agricoles 184 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Éditorial Un patrimoine pour l\u2019indépendance Robert Laplante* La notoriété du chanteur Richard Desjardins sert bien la bonne fortune de son film L\u2019erreur boréale (co-réalisé avec Robert Monderie).Le documentaire a reçu un accueil très favorable de la part des critiques.Il connaît un succès certain en salle et sa diffusion à la télévision n\u2019a pas fini de faire des vagues.Le film va peut-être réussir ce qui n\u2019a pas été fait ici depuis des lustres : lancer un vaste débat public sur la forêt.Les images de Desjardins, son commentaire chargé des interrogations du profane, du non-spécialiste, et teinté des inquiétudes de celui que les discours lénifiants des experts ne rassurent pas parce que les mots contrastent trop durement avec ce que lui offre le paysage, vont, souhaitons-le, percer une brèche dans le mur d\u2019indifférence qui entoure la réflexion publique sur l\u2019avenir de la forêt.Comme le rappelle d\u2019entrée de jeu L\u2019erreur boréale, la forêt québécoise est un immense patrimoine public - 85% du domaine forestier appartient à l\u2019État québécois.Et pourtant, les discussions sur ' Président, Ligue d\u2019Action nationale L'ACTION NATIONALE \u2022 3 son exploitation et sur les méthodes qu\u2019on lui inflige, la réflexion sur le partage et l\u2019utilisation des richesses que cette forêt génère ne font pas l\u2019objet d\u2019une grande vigilance dans l\u2019opinion publique.Desjardins fait remarquer, avec raison, que notre insouciance est telle qu aucun média québécois n\u2019affecte en permanence de ressources humaines et matérielles à la couverture des questions forestières.Cela contribue très certainement pour beaucoup à l\u2019effet que produit le film dans le grand public : pour le plus grand nombre, ces images d étendues dévastées par d\u2019impressionnants monstres d\u2019acier sont inédites.Elles produisent la surprise sinon la stupeur.Elles ont déjà commencé à susciter l\u2019indignation.Il faudra maintenant aller bien au-delà du choc premier des images pour approfondir les thèmes que le film ne fait qu\u2019évoquer.Déjà l\u2019Union québécoise pour la conservation de la nature a commencé à s activer pour aller au-delà de cette première sensibilisation.Il faut souhaiter que l\u2019UQCN trouve le souffle nécessaire pour donner au plus grand nombre les matériaux de réflexion et les connaissances requises pour qu\u2019un véritable débat de société se tienne.Il faut, en effet, repenser l\u2019avenir de la forêt et s\u2019inter-roger tout autant sur les finalités sociales poursuivies dans et par son exploitation que sur les impacts écologiques.Il ne suffit pas de revendiquer, comme le fait le film de Desjardins, que le ministère de l\u2019Environnement puisse régir la conduite des forestières.Il faut évaluer la gestion de la forêt dans nos efforts de construction du bien commun, 1 évaluer par rapport à nos stratégies de développement de développement régional.C\u2019est un fait que le film ne fait pas ressortir avec suffisamment d\u2019insistance : le mode d\u2019exploitation actuel ne fait plus vivre convenablement les régions forestières.La croissance des volumes exploités et la rentabilité des usines n\u2019ont pas suffi à apporter une prospérité durable aux régions.Il s\u2019en trouvera sûrement pour dire que sans ces usines ce serait pire encore.Les 4 \u2022 L'ACTION NATIONALE raisonneurs ont souvent l\u2019art d\u2019inverser l\u2019ordre des causes et des conséquences.C\u2019est parce que l\u2019économie forestière actuelle ne donne pas tous les fruits qu\u2019on peut en attendre qu\u2019il faut revoir notre vision des choses.Se donner une politique forestière, c\u2019est redéfinir l\u2019espace des possibles et non pas aménager les contraintes.Un patrimoine fabuleux a été dilapidé.Il faut faire face à la situation.Et traiter sans complaisance des responsabilités et des choix qui ont été faits pour nous conduire là où nous en sommes ; et le faire moins pour trouver des boucs émissaires que pour se donner des matériaux nouveaux et des occasions de dépassement.Il faut donner aux compagnies forestières et à l\u2019ensemble des utilisateurs de la forêt des orientations claires.Il est possible de faire un autre usage industriel de la forêt.Les industries du bois peuvent et doivent y être associées.Mais l\u2019esprit général d\u2019une politique forestière ne doit pas être réduit aux seules préoccupations et intérêts de grandes corporations.Et à cet égard, nul conseil ou organisme sectoriel ne pourra jamais se substituer à la volonté des citoyens et à 1 Assemblée nationale.La responsabilité de la gestion et de la mise en valeur du patrimoine public doivent revenir à l\u2019État.Les utilisateurs de la forêt doivent y être associés, certes, mais en aucune façon ne devraient-ils y tenir des rôles de fiduciaires.Le marasme actuel peut nous servir à inventer un avenir meilleur.Plusieurs pistes s\u2019ouvrent à nous.1.La création d\u2019un Fonds national de restauration forestière Le questionnement des méthodes de coupe et la révision des stratégies de régénération s\u2019imposent.Les compagnies ont le fardeau de la preuve : c\u2019est à elles qu\u2019il appartient de faire la démonstration qu\u2019elles satisfont aux exigences d\u2019une gestion responsable telle qu\u2019elle devrait être définie et dictée par une politique forestière dont le gouvernement devrait répondre devant le peuple et l\u2019Assemblée nationale.Mais il L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 5 faut aller au-delà de la gestion courante des stocks actuels.Il faut redonner au Québec la forêt qu\u2019il n\u2019a plus.La restauration du patrimoine forestier peut nous fournir une stratégie de revitalisation des communautés agroforestières.Le reboisement, l\u2019aménagement et la sylviculture peuvent devenir des voies de développement de l\u2019emploi et de restauration des écosystèmes.Le Chantier de l\u2019économie sociale avait fait quelques suggestions lors du dernier Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi.Des projets ont été lancés mais les choses évoluent trop lentement.Il faut faire plus et surtout il faut faire autrement.Il faut lancer une vaste offensive de restauration forestière, une offensive financée à même un Fonds national de restauration forestière Un tel Fonds pourrait permettre de créer des dizaines de milliers d\u2019emplois et redonner à la vocation forestière des régions des potentiels qu\u2019elles n\u2019ont plus.Si les grandes entreprises forestières ont tant à cœur l\u2019avenir de cette forêt, qu\u2019elles le financent sans contrepartie ! On verra alors si, vraiment, le patrimoine commun leur tient à cœur.Si la bonne volonté leur manque, un impôt spécial fera l\u2019affaire.2.Des forêts communales pour les MRC Le récent rapport de Solidartité rurale reprenait une idée déjà ancienne: donner aux municipalités une partie de la forêt publique, pour leur fournir une base de revenus durables.On pourrait facilement imaginer qu\u2019à même la forêt publique existante ou encore à même des territoires remembrés à cette fin, chaque MRC puisse compter sur une forêt communale qui doterait les communautés locales d\u2019un patrimoine qu\u2019elles auraient pour tâcher de constituer, d\u2019entretenir et de faire fructifier.Les forêts dévastées et appauvries d aujourd hui seront, une fois aménagées avec prévoyance et compétence, les sources de la richesse et de la pérennité du développement de demain.Les pays Scandinaves dont on parle tant lorsqu\u2019il est question de développement forestier n\u2019ont pas fait autrement : c\u2019est il y a cent ans, au plus creux d\u2019une pénurie forestière dramatique qu\u2019ils 6 \u2022 L'ACTION NATIONALE ont revu leurs façons de faire et entrepris des gestes de redressement à long terme qui aujourd hui portent fruit.3.Les fermes forestières Esdras Minville, le penseur le plus brillant que le Québec forestier ait jamais connu, a démontré, voilà plus de cinquante ans déjà, que les fermes forestières constituent un instrument essentiel pour le redressement économique et la prospérité des régions.On en parle encore aujourd hui dans les facultés de foresterie, mais rien de substantiel n a jamais été fait.Pourtant, une offensive de ce côté aurait des effets spectaculaires à court terme.Il faudrait un véritable effort, pas un programme pour faire ronronner les bureaucraties et fournir des alibis aux velléitaires.Pourquoi diable le gouvernement du Québec ne prend-t-il pas l\u2019initiative?La création de 500 fermes forestières par année changerait radicalement la dynamique des régions périphériques.On peut penser que la cinquantaine de MRC forestières connaîtraient un essor sans précédent si, pendant dix ans, dix nouvelles fermes forestières étaient mises sur pied chaque année dans chacune d\u2019entre elle.Il y aurait là une formidable occasion d\u2019atteindre simultanément des objectifs de restauration écologique, de développement économique et de repeuplement dans des zones au potentiel ainsi redéfini par autant de producteurs artisans nourrissant leur village de leur talents et de leurs projets.Il en coûterait moins que pour le sauvetage de certaines usines.Il faut que le débat se fasse.Mais il ne doit pas servir à renouveler le répertoire des alibis des uns et des lamentations des autres.Il faut passer à l\u2019action rapidement et massivement.Il faut oser.Le projet d un Québec Vert peut poser de puissants jalons pour l\u2019indépendance.La forêt, comme l\u2019épargne, est un patrimoine que notre insouciance et les séquelles d\u2019une culture de la dépendance nous ont fait négliger.Nous restons prisonniers d\u2019une geôle dont nous détenons les clés.?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 7 LE DEVOIR Un journal engagé pour des gens exigeants couru pour scs lecteurs qui sont des gens il actifs, présents dans leurs milieux.C\u2019est un journal intelligent crédible influent.Un journal d\u2019information qui traite de toutes les grandes ques- ^ tions qu\u2019elles soient locales ou internationales, politiques ou : éc\tes, culturelles ou I sociales.Un journal de réfé- 1 j, rence incontournable par sa m t rigueur et sa\t¦ 9É|&gk profondeur.'\u2022T/ir Sarirlg af.Xnrx hljüT\\ Hrxir/ii.il /iirr'ixmii 8 \u2022 L'ACTION NATIONALE ill' mu l/iiiinihnr ram»* nniltirl à ilrrnur U /llis nu Dr run: 1611 Indépendance La souveraineté interdite Avec un mode de scrutin proportionnel adéquat, le Québec aurait pu devenir indépendant dès le début des années soixante-dix.Pierre Serré1 C\u2019est à partir du moment où le PQ a fait la preuve de l\u2019étendue de ses appuis dans l\u2019opinion publique qu\u2019a commencé à être prise au sérieux la menace que représentait le mouvement souverainiste pour l\u2019ordre politique canadien.Les analystes ne s\u2019entendent toutefois pas sur le moment où une telle preuve a été faite.Plusieurs l\u2019ont vu dans 1 accession au pouvoir du PQ en 1976.Or cette première victoire, opposait-on régulièrement, tenait davantage des caprices du mode de scrutin majoritaire que d\u2019une volonté collective clairement exprimée et consciente de ses choix.D\u2019autres ont affirmé que la preuve de la force du mouvement souverainiste fut fournie par le référendum de 1980, avec l\u2019atteinte de 40% des suffrages exprimés en faveur du projet de souveraineté-association du gouvernement Lévesque, ce qui représentait près de 50% du vote des francophone.Ce résul- 1.Ph.D.science politique.L'auteur tient à remercier, pour leurs judicieux commentaires, Paul Labonne, Sylvain Deschênes, Sylvie Ménard et surtout Mireille Gravel, qui a aussi assuré la révision et la correction finale du texte pserre@allard.com.L'ACTION NATIONALE \u2022 9 tat de 40% a cependant été abondamment questionné de par la nature même du projet soumis à l\u2019électorat : celui-ci n\u2019impliquait pas directement la souveraineté, mais cherchait plutôt à amener stratégiquement l\u2019électorat à exprimer une volonté de réforme du fédéralisme canadien avec, ultimement, la possibilité pour le Québec d\u2019accéder à un statut particulier au sein du Canada.D\u2019autres analystes ont ensuite affirmé que c\u2019est l\u2019élection générale de 1981 qui a constitué la première preuve de la popularité de l\u2019option souverainiste.Cette élection fut remportée, avait-on souligné à l\u2019époque, de manière \u201cdécisive» par le PQ (avec 49% des voix exprimées contre 46% pour le PLQ).Cette victoire aurait été d\u2019autant plus remarquable qu elle s est produite dans le contexte du rapatriement unilatéral de la constitution canadienne (en 1981-82) sans même que le PQ n\u2019exploite à fond cette question.Ainsi, selon certains ténors souverainistes, l\u2019opinion publique québécoise, qui avait déjà témoigné de son appui au PQ en 1981 et de son attachement à l\u2019option souverainiste en 1980, aurait certainement appuyé la souveraineté immédiatement après l\u2019affront fait au Québec lors de cet épisode.Le NON de 1980 aurait donc pu devenir un OUI si un nouveau référendum avait été tenu en 1982.Simple question de synchronicité, disait-on.Les opposants à cette interprétation ont affirmé, au contraire, que le PQ n\u2019a pu remporter l\u2019élection qu\u2019en promettant d\u2019être un aussi \u201cbon gouvernement» qu\u2019il le fut à son premier mandat.Ce serait précisément cette promesse qui lui aurait alors permis de défaire le PLQ.Les consultations de 1976, 1980 et 1981 éliminées, il ne reste plus que le référendum de 1995 pour témoigner de l\u2019étendue des appuis de l\u2019option indépendantiste.Rappelons que le OUI à l\u2019indépendance atteignit presque les 50%, ce qui signifiait que, pour la première fois, une solide majorité de francophones, d\u2019environ 60% des voix, optait pour l\u2019indépendance.Nul ne saurait toutefois affirmer sérieusement que la force du mouvement souverainiste ne date que de 1995, de 10 \u2022 L'ACTION NATIONALE 1980 ou encore de 1976.De larges appuis populaires à la souveraineté apparurent bien avant.À cet égard, les déclarations du général De Gaulle, lors de sa visite de 1 été 1967 (telle que celle-ci, prononcée depuis le balcon de 1 hôtel de ville de Montréal : - Partout, sur le chemin du Roy, je me suis rendu compte qu\u2019il régnait ici une atmosphère qui m\u2019a fait penser à la «Libération\u201d, voir Lacouture, 1986: 521), indiquent que l\u2019option souverainiste devait déjà atteindre une popularité considérable à la fin des années soixante et au début des soixante-dix pour que le général soit amené à appuyer les velléités nationalistes de ceux qui, à l\u2019époque, étaient désignés comme des groupuscules radicaux, et cela au risque d\u2019un incident diplomatique.Bien sûr, trente ans plus tard, cet incident suscite encore des interrogations.Mais les réflexions ne se sont attardées cependant qu\u2019à la controverse diplomatique et aux détails susceptibles de permettre de réinterpréter ou de préciser les intentions du général.L\u2019aspect spectaculaire a subtilement évacué la réflexion sur la problématique que le général avait lui-même soulevée: régnait-il ou non une atmosphère de libération au Québec en 1967?L\u2019illustre général avait-il réellement reflété le sentiment populaire ou l\u2019avait-il suscité?Dans cet article, nous désirons faire le point sur l\u2019état du mouvement indépendantiste à l\u2019aube de l\u2019entrée dans l\u2019arène électorale du Parti québécois (PQ).Dans un premier temps, nous reprendrons la lecture des interprétations dominantes de l\u2019état de l\u2019opinion publique de la période 1966-1981, de manière à montrer combien ces dernières s\u2019appuyaient sur des points de vue normatifs plutôt que sur une analyse serrée du véritable rapport de force qui prévalait entre souverainistes et fédéralistes.Dans la partie suivante, l\u2019analyse sera centrée sur l\u2019étude du vote de l\u2019élection de 1966, en accordant une attention particulière au vote des groupes linguistiques.Nous montrerons la force surprenante de l\u2019option indépendantiste telle que celle-ci se présentait à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, alors qu\u2019elle disposait déjà d\u2019un net ascendant politique sur l\u2019élec- L'ACTION NATIONALE «Il torat francophone de la métropole.Après avoir établi ce constat, nous montrerons ensuite comment le mode de scrutin majoritaire (en conjonction avec les distorsions de la carte électorale) a marginalisé ce courant d\u2019opinion d\u2019une part sur le plan de la députation (troisième partie) et, d\u2019autre part, ce qui est beaucoup plus important, sur le plan de la légitimité (quatrième partie).Dans ce dernier cas, nous montrerons combien le mode de scrutin a favorisé la construction de nouveaux rapports de force entre francophones et non-francophones qui accordaient à ces derniers une influence considérable sur la nature des débats politiques au Québec.En somme, nous défendrons le point de vue voulant que le mouvement souverainiste ait été déjà bien implanté dès l\u2019époque 1966-1970 ; qu\u2019elle se serait considérablement accélérée n\u2019eût été du mode de scrutin majoritaire ; et qu\u2019elle avait le potentiel pour déboucher sur l\u2019indépendance dès le début des années soixante-dix.1.Les interprétations dominantes de l\u2019état de l\u2019opinion publique québécoise de la période 1966-1981 1.1 Les Québécois n\u2019en veulent pas Pour plusieurs, il n\u2019existait en 1967 aucun sentiment populaire significatif permettant de croire à l\u2019émergence rapide d\u2019un mouvement indépendantiste d\u2019envergure au Québec.Cette interprétation découle toutefois du statut politique actuel du Québec, tel que sanctionné par les résultats des référendums et des élections générales tenus depuis 1966 (nous assimilons donc vote péquiste et vote souverainiste).Pour la plupart des analystes et observateurs qui ont examiné l\u2019évolution de la popularité de l\u2019option indépendantiste depuis le début des années soixante, sous l\u2019hypothèse - sans doute trop généreuse - qu\u2019un vote pour le parti la véhiculant était un vote pour l\u2019indépendance, le constat 12» L\u2019ACTION NATIONALE suivant s\u2019imposait de lui-même : après plus de 30 années de présence souverainiste dans l\u2019arène électorale (hormis l\u2019épisode post-Meech), l\u2019indépendance n\u2019a toujours pas réussi à mobiliser en sa faveur plus de 50 % de 1 électorat québécois.Ainsi, en prenant à témoin les résultats obtenus à l\u2019élection générale de 1966 par les deux premiers partis indépendantistes, le Rassemblement pour l\u2019Indépendance nationale (RIN) et le Ralliement national (RN), l\u2019adhésion au projet indépendantiste n\u2019a obtenu que 8,5% des votes valides.Même s\u2019il est impressionnant pour de nouveaux partis, ce pourcentage demeurait marginal par rapport aux trois principaux partis de l\u2019époque (PLQ, Union nationale (UN) et Crédit social (CS)).Par la suite, à l\u2019issue des premières élections générales auxquelles le PQ a participé, la part des suffrages passa progressivement de 23% en 1970 à 30% en 1973, puis à 41% en 1976.Il s\u2019agit donc d\u2019une progression très rapide mais malgré tout minoritaire dans l\u2019ensemble des alternatives retenues par l\u2019électorat.Voilà précisément ce que le sociologue Maurice Pinard a souligné à de nombreuses reprises, en particulier dans le cas de la première élection générale remportée par le PQ, en 1976.Il avait à cet égard souligné la faiblesse des appuis récoltés par celui-ci.Depuis la Confédération, observait-il, aucun gouvernement québécois n avait conquis le pouvoir avec un aussi faible pourcentage des voix.Plusieurs observateurs ont de plus souligné que, n\u2019eût été la division des voix des non-francophones (des anglophones en fait, puisque les allophones sont massivement demeurés fidèles au PLQ, voir Serré, 1997), le PLQ aurait été réélu devant le PQ.Sans cette division des voix, dans l\u2019hypothèse où la totalité des voix recueillies par l\u2019UN se serait entièrement reportée sur le PLQ, ce dernier aurait alors remporté 70 des 110 sièges (Serré, 1997: 305), soit 64% du total.Cela équivaut à une majorité assez \u2022\u2022 confortable ».De là à conclure que l\u2019élection du PQ en 1976 ne fut qu\u2019un accident de parcours \u2014 par conséquent illégitime \u2014, il n\u2019y a qu\u2019un pas, que plusieurs ont allègrement franchi.Mentionnons aussi que cet L'ACTION NATIONALE \u2022 13 avènement d un gouvernement péquiste majoritaire était inattendu pour René Lévesque (Fraser, 1984: 82), qui l\u2019a lui-même qualifié de «miracle» (Lévesque, 1986: 366).Si rapide qu\u2019elle ait été, la progression de l\u2019option indépendantiste fut toutefois moindre que celle du PQ lui-même.Les voix obtenues par le PQ et celles soi-disant favorables à l\u2019indépendance ne s\u2019équivalent donc pas.Ainsi, dans sa formulation la plus large, le séparatisme est passé de 7,5% des intentions de vote durant la période 1960-64 à 10% en 1965-69, cependant que l\u2019indépendance ralliait 27% de l\u2019électorat en 1970-74 et 20% en 1975-85 (40% pour la souveraineté en 1986-89, voir Cloutier, Guay et Latouche, 1992 : 45).Quant à la souveraineté-association, qui a toutefois reposé sur une stratégie extrêmement défensive et une question ne permettant nullement au gouvernement québécois de procéder à une déclaration unilatérale d\u2019indépendance en cas d\u2019échec des négociations, sa popularité n\u2019a jamais dépassé celle des gouvernements péquistes eux-mêmes, s\u2019établissant à 31 % en 1975-79, puis à près de 38% en 1979-80 (Cloutier et al., 1992: 57).L\u2019option indépendantiste n\u2019a donc presque jamais, dans la période mentionnée, dépassé la popularité enregistrée par le PQ.En somme, pour l\u2019observateur moyen, l\u2019évolution de la souveraineté-association et son «plafond», atteint en 1980, illustrent le doute et les hésitations de l\u2019électorat québécois.Ce que d\u2019aucuns prirent pour un manque de maturité.1.2 Les dirigeants indépendantistes manipulent et trompent l\u2019opinion publique Quantité d\u2019observateurs de la scène politique ont par ailleurs cherché à montrer combien l\u2019adhésion des Québécois au PQ et à son option restait surévaluée dans les sondages, étant donné les multiples stratégies et confusions entretenues par les dirigeants souverainistes.Pour Pinard, Bernier et Lemieux (comme pour le politologue Stéphane Dion, d\u2019ailleurs), une analyse «objective» qui mesure sa «véri- 14 \u2022 L'ACTION NATIONALE table » connaissance des enjeux soulevés par la question de l\u2019indépendance du Québec, donne à penser que les électeurs n\u2019ont en effet qu\u2019une idée très vague de la souveraineté et de ses conséquences réelles, soit la rupture totale du lien politique unissant le Québec au Canada.Pinard déclarait encore récemment : « Comment est-il possible qu après 40 ans de débats là-dessus, 23% des gens ne savent toujours pas qu\u2019un OUI au référendum signifie que le Québec ne sera plus une province?C\u2019est un peu incroyable! Et en même temps, si vous êtes sociologue, ce n\u2019est pas étonnant.Comme le disait un collègue américain, le monde est plein de chronic know-nothing («ignorants chroniques»)¦ Et le Parti québécois a intérêt à ne pas informer ce monde-là.» (La Presse, 21 juin 1997).C\u2019est ce qu\u2019illustrerait toute la question des mots choisis pour la construction d\u2019une question référendaire gagnante (« souveraineté » plus populaire qu » indépendance» et que «séparation», voir notamment Pinard, 1998; Cloutier et al., 1992).L\u2019ajout d\u2019un élément associatif à l\u2019option indépendantiste - lequel sèmerait la confusion dans l\u2019esprit des électeurs -, ou l\u2019ajout d\u2019un second référendum pour ratifier le résultat d\u2019éventuelles négociations, peuvent être considérés dans la même veine.Dans l\u2019ère post-référendaire actuelle, une large partie du plan B du gouvernement fédéral repose sur une telle lecture de l\u2019opinion publique québécoise.Un droit de veto sur la définition des règles du jeu permettrait, croit-on à Ottawa, de donner la véritable mesure du sentiment indépendantiste au Québec.Pour ces polémistes, le discours nationaliste qui mise sur une conscientisation plus poussée de l\u2019électorat offre une confirmation évidente de leurs thèses.En effet, les analystes et observateurs plus nationalistes mais déçus et impatients devant les résultats obtenus expliquent - encore assez régulièrement d\u2019ailleurs \u2014 que l\u2019option n est pas encore majoritaire parce que l\u2019effort de conscientisation est insuffisant.Pour eux, les Québécois ne sont pas tout à fait prêts à se prendre en mains eux-mêmes.Ils ont besoin de « devenir maîtres chez eux » et ils doivent atteindre préalablement cet L'ACTION NATIONALE \u2022 15 objectif pour être adéquatement préparés à assumer leur propre indépendance politique.Il est vrai que les efforts réalisés à partir des années soixante par l\u2019État du Québec pour augmenter le contrôle exercé par les francophones sur leur propre économie ont rallié indépendantistes comme nationalistes et fédéralistes québécois, mais cet objectif cadrait parfaitement avec le besoin d\u2019un Québec indépendant de se blinder face à d\u2019éventuelles représailles et de rassurer les Québécois sur leur propre force économique avant de faire le « Grand saut ».Si cet argument a, encore aujourd\u2019hui, quelque emprise sur le réel, force est toutefois d\u2019admettre que les Québécois étaient sûrement plus vulnérables en 1967 que par la suite.C\u2019est en somme cette nature prudente, tranquille, modérée et réformatrice du nationalisme québécois, dont le porte-étendard le plus caractéristique reste Robert Bourassa (voir Balthazar, 1986 ; Jacques, 1991), qui expliquerait le plafonnement de l\u2019option indépendantiste.Une thèse sérieusement battue en brèche par les résultats du référendum sur la souveraineté de 1995.1.3 Les mouvements nationalistes d\u2019Occident sont tout au plus réformistes La «faiblesse» de l\u2019option indépendantiste au Québec semble d\u2019autant plus « normale » que les analystes intéressés par les mouvements nationalistes des sociétés occidentales limitent les objectifs réalisables de ces derniers au statut politique particulier à l\u2019intérieur des frontières de l\u2019État national plutôt qu\u2019à l\u2019indépendance.À leurs yeux, celle-ci n\u2019est pas une option politique attrayante pour les groupes minoritaires des pays occidentaux, et demeurerait difficilement réalisable contre un pouvoir central doté d\u2019une forte puissance économique.De fait, que la minorité soit plus riche ou plus pauvre que la majorité n\u2019est pas l\u2019élément déterminant ; les nationalistes doivent plutôt démontrer l\u2019oppression politique dont le groupe minoritaire est victime.Il s\u2019agit là d\u2019une tâche qui, étant donné le cadre démocratique, 16 \u2022 L'ACTION NATIONALE n\u2019est certes pas facile à réaliser.Et c\u2019est probablement cet aspect qui fait plafonner les revendications nationalistes à l\u2019autodétermination.Pour plusieurs, le cas québécois est ici un exemple parfait de la nature modérée des mouvements nationalistes dans les sociétés occidentales.Pressentant que l\u2019opinion publique n\u2019était pas prête à suivre le PQ sur la voie de l\u2019indépendance pure et dure, Claude Morin et René Lévesque ont fait adopter, en 1974, une stratégie politique, l\u2019étapisme, qui devait modifier en profondeur le sens du futur référendum de 1980.Ce dernier devait ainsi porter sur l\u2019opportunité de donner ou non au gouvernement du Québec le mandat de négocier l\u2019aménagement de nouveaux rapports politiques entre le Canada et le Québec.Dans un souci de rassurer encore plus l\u2019électorat, le gouvernement s\u2019est engagé à revenir devant l\u2019électorat pour faire ratifier les résultats des négociations.De telles dispositions donnaient évidemment au Canada la possibilité de refuser de négocier toute délégation de souveraineté et ne pouvait par conséquent que déboucher sur l\u2019octroi d\u2019un certain nombre de pouvoirs particuliers pour le Québec au sein du Canada.En somme, les leaders péquistes, au nom d\u2019un - réalisme politique », auraient eux-mêmes fait plafonner les revendications du mouvement indépendantiste.C\u2019est en puisant à ces différents éléments d\u2019analyse -l\u2019absence de volonté d\u2019indépendance, les manipulations des dirigeants, la nature modérée des mouvements nationalistes occidentaux - qu\u2019observateurs et acteurs politiques du Québec et du Canada ont interprété l\u2019évolution de l\u2019opinion publique québécoise des années soixante et soixante-dix.La plupart des analystes et des observateurs considèrent que le mouvement souverainiste, à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, avait un caractère marginal et ne menaçait en rien l\u2019ordre politique canadien.En ce sens, les propos du général De Gaulle apparurent fortement empreints de son adhésion personnelle à la cause du L'ACTION NATIONALE \u2022 17 français dans le monde et en Amérique du Nord ainsi que de son enthousiasme devant les manifestations des indépendantistes auxquelles il assista lors de son séjour.2.L\u2019option indépendantiste à la fin des années soixante : une progression remarquablement rapide dans l\u2019opinion publique 2.1 Principes de base de l\u2019analyse des élections provinciales : le rôle capital de la métropole Ces trois interprétations dominantes de l\u2019époque 1966-1981 postulent l\u2019unicité de l\u2019électorat québécois: une seule nation sur le territoire du Québec, une seule langue, une seule histoire, celles du groupe issu de la colonisation française.Or l\u2019analyse électorale montre que la société québécoise n\u2019est pas intégrée politiquement.Deux groupes coexistent sur ce même territoire, l\u2019un d\u2019allégeance canadienne, l\u2019autre d\u2019allégeance québécoise (même si, à cette dernière, correspond une gamme variée d\u2019origines ethniques et d\u2019opinions politiques, allant du fédéralisme à l\u2019indépendantisme).Il est donc impossible d\u2019analyser l\u2019évolution politique de l\u2019ensemble en ne reconnaissant que l\u2019existence du seul groupe francophone.Il s\u2019agit là d\u2019une erreur méthodologique qui aboutit à des interprétations sans objet.Ces deux groupes disposent d\u2019idéologies, d\u2019attitudes, de comportements parfois semblables mais souvent opposés en ce qui a trait aux conditions nécessaires à leur survie et à leur épanouissement propres.En matière de comportement électoral, les non-francophones se singularisent par leur rejet quasi complet du PQ et de son option (ce dernier est en effet passé de 10% environ en 1970 à moins de 4% en 1995, voir Serré, 1997).Sauf en 1976 et en 1989 pour les anglophones, leur vote s\u2019est reporté massivement sur le PLQ (Serré, 1996).Quant aux francophones, leur comportement électoral est 18 \u2022 L'ACTION NATIONALE caractérisé par une forte division des voix entre PQ et PLQ.Il va de soi que ce sont les variations de comportement des francophones qui permettent à l\u2019un ou 1 autre parti de s emparer du pouvoir.Les pourcentages récoltés par le tandem RIN/RN en 1966, puis par le PQ à partir de 1970, doivent conséquemment être interprétés en tenant compte du pourcentage de francophones dans l\u2019électorat.Ce premier critère d\u2019analyse du vote se double de l\u2019existence de solides cultures politiques régionales qui parviennent à produire des résultats fort différenciés d\u2019une région à l\u2019autre.Dans une étude antérieure (Serré, 1997), nous avons analysé les consultations populaires tenues depuis 1970 et ainsi pu découper le Québec en cinq régions différentes (Montréal, Québec, périphérie, Outaouais, Hinterland), à l\u2019intérieur desquelles le vote variait en fonction du pourcentage de francophones par circonscription et du caractère plus ou moins urbain de chacune.L\u2019existence de fortes différences régionales entre électorats francophones montréalais et non montréalais est ainsi apparue, notamment en début de période, ce qui n\u2019a pas manqué de s\u2019accompagner d\u2019effets sur la répartition des sièges entre les principaux partis.Ces différences régionales se sont toutefois progressivement estompées à partir de 1980.Elles ont alors clairement laissé émerger le rôle moteur joué par la région métropolitaine de Montréal (45 % de la population québécoise) dans la propagation de l\u2019idée de la souveraineté : des écarts de 5% à 7% entre le vote francophone montréalais et le vote francophone non montréalais lorsque le PQ ou son option remportaient les élections contre des écarts variant entre 10% et 15% lorsque défait.En d\u2019autres termes, une vague péquiste à Montréal entraîne dans sa suite le reste du Québec, cependant qu\u2019un recul à Montréal amène un éparpillement des voix hors Montréal entre les différentes options présentes.Bref, s\u2019il est vrai que Montréal est le navire amiral souverainiste, toute stratégie des dirigeants péquistes qui met à L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 19 1 écart ou qui musèle les revendications des Montréalais dans l'espoir de bénéfices politiques à récolter hors Montréal s accompagnent toujours de reculs électoraux synonymes d\u2019échecs pour le PQ.2.2 Le rôle de l\u2019intelligentsia Nous avons poussé plus loin cette analyse en étudiant quartier par quartier le vote des grandes régions métropolitaines québécoises, en particulier Montréal.Il semble ainsi que la propension des francophones à voter pour le PQ s\u2019affirme au contact des non-francophones de même qu\u2019avec la taille des agglomérations urbaines.À l\u2019intérieur de chaque région métropolitaine, ce sont dans les quartiers latins (i.e.ceux présentant un degré de scolarisation plus élevé que la moyenne locale, mais où les revenus sont tout à fait moyens) que se trouvent les francophones les plus enclins à supporter le PQ et son option.Entre tous, ce sont les quartiers situés au cœur de la région métropolitaine montréalaise qui ont constitué, durant toute la période 1970-1995, le centre nerveux du mouvement souverainiste.Ces quartiers moyennement francophones, véritables zones de contact entre francophones et non-francophones, recouvrent sans doute une partie appréciable de l\u2019intelligentsia québécoise (entendue dans son sens large).Étant donné à la fois la nature contestataire de l\u2019idée de souveraineté, la nécessité de mobiliser le plus grand nombre contre l\u2019ordre établi et le rôle joué par l\u2019intelligentsia à cet égard, on peut affirmer que dès que les dirigeants péquistes se sont aliénés ce sous-groupe, il en est résulté l\u2019effritement de leur pouvoir de mobilisation des troupes ainsi que, à terme, l\u2019échec électoral.Cela dit, l\u2019intelligentsia qui a animé le PQ depuis 1970 semble être la même qui, en 1966, supportait le plus les RIN et RN.Nous avons en effet pu constater une similitude frappante entre les zones de force du PQ en 1970 et celles du RIN/RN en 1966, notamment au sein de la RMR de Montréal.Ces zones recouvraient le centre de l\u2019agglomération mont- 20 \u2022 L'ACTION NATIONALE réalaise (y compris les quatre universités), ainsi que les quartiers où cohabitaient les populations francophone et italophone.Les résultats électoraux de 1966 laissaient donc déjà présager les tensions politiques qui allaient se manifester lors des émeutes de Saint-Léonard, en 1969- Rappelons que ces émeutes devaient opposer des groupes italophones désireux de conserver l\u2019accès à l\u2019école anglaise contre 1 avis des francophones.2.3 La force surprenante du vote souverainiste en 1966-1970 Une analyse des résultats des consultations populaires tenues depuis 1966 qui prend en compte les clivages linguistique et régionaux permet de dresser un portrait plus précis de la situation politique de l\u2019époque.Les résultats combinés du RIN et du RN sont connus : près de 7,7% du total des voix exprimées dans l\u2019ensemble du Québec en 1966.Ce faible pourcentage ne devrait pas justifier à lui seul qu\u2019y soient consacrés de nouveaux efforts.La même conclusion semble s\u2019imposer lorsque l\u2019analyse ne se rapporte qu à la seule région métropolitaine (on y notait un vote RIN-RN de 8,3% du total des voix exprimées).Mais comme, justement, l\u2019indépendantisme a trouvé ses premiers appuis en milieu montréalais (de même qu\u2019en périphérie), les résultats d\u2019une analyse centrée sur l\u2019électorat francophone montréalais permettent de dégager un portrait beaucoup plus instructif.En ne considérant donc que les seuls francophones de la RMR de Montréal, notre analyse des résultats électoraux de 1966, quoique sommaire, indique que le RIN et le RN ont obtenu plus de 14,5% de leurs voix (16,5% chez les seuls insulaires).Toutefois, les 11 meilleurs résultats montréalais (concentrés dans le centre de l\u2019agglomération et les zones de cohabitation des francophones et des italophones) ont présenté un vote francophone de plus de 21%.C\u2019est à partir de cette base que le PQ obtint, en 1970, près de 44% du vote des francophones montréalais, soit une majorité relative L'ACTION NATIONALE \u2022 21 des voix.Ce premier résultat du PQ est d\u2019autant plus intéressant lorsque comparé avec le résultat obtenu en 1976: près de 60% des francophones montréalais avaient alors supporté le PQ.Cela signifie donc que la progression enregistrée entre 1970 et 1976 par le PQ chez les francophones montréalais (+16%) est inférieure à la progression enregistrée entre 1970 et 1976 (+23%, sous le postulat d\u2019une filiation entre PQ et RIN/RN).À partir de 1973, et cela jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, le PQ a toujours disposé d\u2019une majorité absolue des voix parmi les francophones montréalais, y compris en 1980.Quant au Québec hors Montréal, qui ne constituait certes pas, à l\u2019époque, un tout politiquement homogène (soulignons notamment les succès enregistrés par le RIN et le RN dans les régions périphériques), il est important de comprendre comment s\u2019y est propagée l\u2019option souverainiste.L\u2019analyse a montré que c\u2019est à partir des grands centres urbains - en particulier leur centre-ville -, que l\u2019option s\u2019est répandue dans les petits centres régionaux puis, finalement, dans les milieux ruraux.De 1966 à 1981, le clivage entre PQ et PLQ, chez les francophones hors Montréal, s\u2019est progressivement aligné sur celui des francophones montréalais.(Notons, en parallèle, la faiblesse du PLQ en dehors de la région montréalaise début de période : en 1970, il ne récoltait que 31% des voix des francophones tandis que le tandem UN/RC en récoltait plus de 50%.Ces derniers devaient rapidement régresser par la suite, n\u2019atteignant que 29% en 1973, 12% en 1976 et 0% en 1981.) Quant à la prépondérance entre les deux principaux partis, il fallut attendre l\u2019élection générale de 1981 pour voir le PQ surclasser le PLQ auprès des francophones hors Montréal.Dans l\u2019ensemble du Québec, le PQ fut le parti le plus populaire chez les francophones lors de chacune de ses prises du pouvoir (1976, 1981, 1994), de même qu\u2019en 1989, alors que le vote libéral des non-francophones renversait le vote majoritairement péquiste des francophones (Serré, 1997: 244).22 \u2022 L'ACTION NATIONALE 3.La faiblesse de la députation souverainiste de 1966 à 1973 : l\u2019effet déformant du mode de scrutin majoritaire dans la transposition des voix en sièges Le mode de scrutin majoritaire a comme principe de base de ne récompenser que le candidat ayant reçu le plus de votes dans chaque unité électorale.Ce principe tiendrait la route si les élections n\u2019étaient pas d\u2019abord et avant tout un phénomène national plutôt qu\u2019une série de concours locaux indépendants les uns des autres.Ainsi, lorsqu\u2019une vague rouge ou bleue déferle à travers le territoire, ce sont toutes les régions qui sont touchées.En fait, la présence de groupes démolinguistiques de cultures politiques nettement différenciées, ainsi que la diversité des cultures régionales, sont les principales forces qui permettent d\u2019éviter que le parti vainqueur ne récolte la totalité des élus.Lorsque l\u2019électorat ne présente aucune particularité géographiquement circonscrite, le parti vainqueur dispose alors fréquemment de la presque totalité des sièges à pourvoir.Cette caractéristique fondamentale du mode de scrutin majoritaire explique la faiblesse des députations souverainistes lors des élections de 1966 à 1973 : les 0% des sièges en 1966, 6% en 1970 et 5% en 1973 sont bien maigres comparés aux 8% des voix récoltés par les RIN/RN en 1966, et aux 23% et 30% du PQ en 1970 et en 1973 respectivement.Pour bien saisir l\u2019impopularité du PLQ auprès des francophones, il convient d\u2019examiner l\u2019impact qu\u2019a eu le mode de scrutin majoritaire sur la répartition des sièges.À cet égard, l\u2019analyse des élections tenues depuis 1970 réserve quelques surprises \u2014 à la mesure du mode de scrutin majoritaire ! S\u2019il est vrai que le PLQ a obtenu davantage de voix que le PQ lors des élections générales de 1970, 1973, 1983 et 1989, notre analyse a cependant révélé que c\u2019est le vote bloc des non-francophones en faveur du PLQ qui a procuré à ce dernier une majorité absolue des sièges en L'ACTION NATIONALE \u2022 23 1970, en 1985 et en 1989- Seule l\u2019élection générale de 1973 a vu les francophones expédier par eux-mêmes suffisamment de députés libéraux pour permettre au PLQ de disposer d\u2019une majorité absolue des sièges.En effet, en 1970, 22 des 72 circonscriptions remportées par le PLQ (sur un total de 108 au Québec) furent le fait du vote bloc des non-francophones : sans ces 22 sièges, un gouvernement minoritaire, probablement libéral, aurait été élu (Serré, 1997).Quant aux victoires libérales de 1985 et de 1989 (avec respectivement 44 sur 99 et 41 sur 92 qui se sont produites dans des circonscriptions où les non-francophones renversaient le vote des francophones), des gouvernements péquistes majoritaires auraient été élus n\u2019eut été du vote en bloc des non-francophones.En somme, une seule victoire libérale peut prétendre avoir bénéficié du support massif des francophones, soit celle de 1973- Le PLQ a donc toujours été beaucoup plus faible dans l\u2019électorat francophone que ce qu\u2019indiquait la répartition brute des sièges.Cela dit, l\u2019interaction entre les votes francophone et non francophone, dans le cadre du mode de scrutin majoritaire, dépend également de plusieurs autres facteurs, dont la nature plus ou moins partisane de la carte électorale.Au cours des décennies précédant l\u2019arrivée du PQ au pouvoir, l\u2019existence d\u2019une carte électorale nettement désavantageuse pour la région métropolitaine de Montréal a considérablement nui à l\u2019émergence d\u2019un parti politique se voulant à la fois souverainiste et progressiste.Ainsi, en 1966 et en 1970, la métropole (45 % de la population totale) ne disposait que de 31% des sièges du Québec, soit une distorsion de 14%.Mais la situation était encore pire auparavant: de 1956 à 1962, cette sous-représentation a varié entre 20% et 24%.De telles manipulations des règles démocratiques permirent évidemment à l\u2019UN de tirer son épingle du jeu lors des affrontements électoraux tenus avant 1970, lui donnant même le privilège de remporter les élections avec moins de voix que le PLQ en 1966 et en 1944.Dans l\u2019ensemble, cette situation fut presque totalement corrigée avec la prise de 24 \u2022 L'ACTION NATIONALE pouvoir du PQ en 1976, lequel s\u2019empressa de créer une commission indépendante chargée de délimiter les frontières des circonscriptions électorales.Si l\u2019introduction d\u2019une carte électorale égalitaire a largement éliminé la sous-représentation métropolitaine, la dynamique démolinguistique actuelle en menace à nouveau la compétitivité : la disparition des circonscriptions suffisamment francophones n\u2019était jusqu\u2019à récemment qu\u2019un phénomène essentiellement circonscrit à l\u2019île de Montréal.Dorénavant, il touche de plus en plus la banlieue montréalaise et tend à déplacer de nouveau l\u2019attention des partis vers les circonscriptions situées en dehors de la région métropolitaine de Montréal.Le mode de scrutin majoritaire a, par le passé, marginalisé l\u2019électorat montréalais, cependant qu\u2019au moment où les règles du jeu redeviennent démocratiques, la dynamique démolinguistique amène de nouveau les deux principaux partis à négliger cet électorat.En somme, il est clair que l\u2019examen de l\u2019évolution de l\u2019opinion publique doit s\u2019éloigner d\u2019une lecture trop étroite des résultats électoraux telle qu\u2019induite par la répartition des sièges.Elle doit plutôt se recentrer sur l\u2019expression des véritables rapports de force, d\u2019une part entre francophones et non-francophones, d\u2019autre part entre francophones eux-mêmes.Dès lors, les résultats sont éloquents.4.Un cadre de légitimité déformé : le mouvement indépendantiste freiné par le mode de scrutin majoritaire Jusqu\u2019à l\u2019avènement de la Révolution tranquille, en I960, le financement occulte des partis politiques et des campagnes électorales, de même que la collaboration des élites politiques du Québec (partis politiques et clergé), ont largement contribué à perpétuer la domination de la bourgeoisie canadienne-anglaise de Montréal et de Toronto sur la population québécoise.L\u2019ordre établi a commencé à être menacé L'ACTION NATIONALE «25 à partir du moment où les francophones se sont mis à prendre conscience de leur condition de subordination sur les plans politique2, économique3, démographique4, lingustique5 et constitutionnel6.De fait, les motifs alimentant l\u2019indépendantisme - et même des attitudes et des opinions nationalistes acceptables pour des fédéralistes convaincus \u2014 n\u2019ont jamais été aussi tranchés qu\u2019à cette époque.De I960 à 1976, dans leur effort de reconquête du pouvoir politique, les réformistes francophones eurent d\u2019abord à surmonter des règles du jeu nettement défavorables : les déformations de la carte électorale contribuaient à maintenir en place des équipes partisanes issues des milieux québécois qui étaient les plus hostiles au changement politique.Depuis l\u2019accession au pouvoir du PQ en 1976 et l\u2019assainissement des règles électorales qui s\u2019en suivit, la prépondérance politique des non-francophones s\u2019est faite beaucoup plus subtile.Elle découle désormais essentiellement du mode de scrutin majoritaire.Grâce à ce dernier, l\u2019influence des non-francophones -en alliance avec les milieux économiques et ruraux, les aînés et les milieux peu instruits - s\u2019est profondément faite sentir au sein du PLQ.L\u2019analyse montre effectivement que le poids électoral des non-francophones s\u2019accroît au fur et à mesure que l\u2019on s\u2019élève dans la hiérarchie libérale, cela au détriment de celui des francophones.À l\u2019issue des quatre victoires libérales obtenues depuis 1970 (1970, 1973, 1985 et 1989), les non-francophones représentaient, fort légitimement par ailleurs, 25% en moyenne de la clientèle du PLQ.Ils disposaient toutefois d\u2019un poids électoral (souvent décisif) dans 54% des sièges remportés par le PLQ, 74% de l\u2019ensemble des membres des Conseil des ministres formés aux lendemains de ces élections et plus de 95 % des ministères les plus importants (Serré, 1997: 260, 305, 343, 345).La même sur-représentation affecte les députations libérales lors des passages du PLQ à l\u2019opposition (en 1976, en 1981 et en 1994): Voir les légendes à la fin du texte 26 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE composant en moyenne 35% de la clientèle libérale, les non-francophones ont pu multiplier leur poids électoral grâce aux effets - insoupçonnés jusqu\u2019à maintenant - du mode de scrutin majoritaire.Leur influence s\u2019étendait, en effet, à 79% des sièges remportés par le PLQ (Serré, 1997: 478).Cette prépondérance des non-francophones au sein du PLQ équivaut à la mainmise sur l\u2019un des pôles définissant le cadre de légitimité à l\u2019intérieur duquel évoluent les acteurs politiques et l\u2019électorat.Elle leur permet d\u2019intervenir de manière déterminante tant en ce qui a trait aux principaux problèmes qu\u2019aux priorités retenus des autorités gouvernementales.Elle s\u2019accompagne par ailleurs d\u2019une culture politique imprégnée d\u2019un sentiment d\u2019impuissance politique au sein de la communauté francophone, pourtant majoritaire.Plusieurs thèses se fondent en effet sur le postulat voulant que les Québécois soient d\u2019une nature fortement insécure, voire inaptes à assumer leur propre autonomie politique et incapables de faire preuve d\u2019assez de solidarité pour affronter l\u2019adversité.D\u2019emblée, ces thèses se révèlent erronées puisque manifestement ethnocentriques : elles postulent l\u2019unicité de la nation québécoise en ignorant la présence de la minorité non francophone.Il s\u2019agit là d\u2019interprétations tout à fait superficielles des rapports de force entre PQ et PLQ, entre francophones et non-francophones.En fait, ces explications mettent plutôt en évidence les difficultés rencontrées par l\u2019ensemble du groupe francophone à s\u2019organiser et à s\u2019orienter à partir d\u2019une volonté politique ferme et résolue.Elles montrent comment le mode de scrutin majoritaire, par l\u2019octroi d\u2019un poids égal à des groupes qui ne le sont pourtant pas, engendre la minorisation du groupe majoritaire.5.Poursuivre la reconquête politique : refaire des francophones une majorité Vers la fin des années soixante, la progression du PQ et du projet souverainiste était tout simplement fulgurante.Déjà, en 1970, ce parti dominait chez les francophones L'ACTION NATIONALE \u2022 27 montréalais.Étant donné la situation plutôt lamentable des francophones à l\u2019époque, les principaux ingrédients étaient réunis pour que la progression du mouvement indépendantiste soit encore plus rapide.Tel aurait été le cas n\u2019eût été des inégalités découlant de la carte électorale et, surtout, des effets du mode de scrutin majoritaire.Il serait donc erroné de se limiter aux seules huit années ayant suivi la fondation du PQ, en 1968, pour expliquer l\u2019accession de ce dernier au pouvoir en 1976.Cet événement n\u2019avait rien d\u2019un phénomène spontané.C\u2019est en effet après plus de quinze années d\u2019intense activisme politique centré sur l\u2019idée de la démocratisation de la société québécoise - dont l\u2019indépendance et la modernisation de l\u2019État québécois étaient les éléments principaux - que, pour la première fois dans l\u2019histoire du Québec, un parti politique qui proposait à l\u2019électorat de remettre en question le rapport de subordination liant le Québec au Canada anglais accédait au pouvoir.Cela se serait toutefois réalisé beaucoup plus rapidement dans un contexte normal de domination du cadre de légitimité et de l\u2019arène électorale de la part des francophones.Un mode de scrutin proportionnel qui aurait traduit fidèlement les véritables rapports de force entre les partis aurait permis le rééquilibrage du rapport de force entre francophones et non-francophones.Les francophones auraient de fait assisté à la fin de l\u2019emprise des non-francophones sur le PLQ et, par là, sur l\u2019ensemble de la société québécoise.Avec l\u2019autonomisation des francophones par rapport aux non-francophones, les élus québécois, fédéralistes compris, auraient considéré selon un point de vue d\u2019abord francophone les principaux problèmes de la société québécoise -comme par exemple le problème vital de l\u2019intégration des immigrants à la majorité francophone, des départs de nombreux citoyens anglophones ou anglicisés ayant été formés au Québec, ou encore la survie de la collectivité francophone.Ces problèmes n\u2019auraient pu être ignorés ni enterrés sous des solutions boiteuses relevant du clientélisme ou du compromis, fruits d\u2019acteurs artificiellement produits par le 28 \u2022 L'ACTION NATIONALE mode de scrutin majoritaire.Ce sont plutôt les véritables acteurs de la société québécoise qui leur auraient fait face.La minorisation politique des francophones au sein du PLQ et dans l\u2019ensemble de l\u2019arène électorale a généré une culture politique marquée par l\u2019impuissance, la dévalorisation et le cynisme devant un ennemi imaginaire œuvrant tantôt à l\u2019extérieur du Québec, tantôt chez lui, tantôt au sein même de la communauté francophone.Elle a marginalisé et délégitimé la démarche souverainiste, ce qui a retardé l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un parti prônant la réalisation de l\u2019indépendance elle-même Nul doute qu\u2019un mode de scrutin proportionnel adéquat aurait accordé beaucoup plus d\u2019importance aux problèmes fondamentaux du Québec, tels que les aurait définis la démolinguistique réelle.L\u2019élaboration de solutions destinées à régler ces problèmes aurait nécessité l\u2019introduction de plus de compétences et de professionnalisme.Du même souffle, l\u2019introduction de plus d\u2019éthique politique aurait amené à reconsidérer les relations du Québec avec le Canada anglais, tout comme les positions idéologiques des PQ et PLQ, avec beaucoup plus d\u2019esprit critique, et aurait certainement entraîné de nombreux élus fédéralistes à reconnaître le cul-de-sac constitutionnel dans lequel le Canada anglais a enfermé la question du Québec, en particulier depuis l\u2019accord du lac Meech.Avec un mode de scrutin proportionnel adéquat, qui traduirait le plus fidèlement possible les voix en sièges, l\u2019indépendance aurait pu avoir été déclarée dès le début des années soixante-dix, possiblement par les libéraux, sur la base d\u2019un consensus général, et sans référendum.À la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, au moment où le général de Gaulle visitait le Québec, l\u2019atmosphère générale (chez les francophones) était indubitablement marquée par l\u2019euphorie d\u2019une libération nationale que l\u2019on croyait prochaine.Certaines descriptions du statut politique et économique des Canadiens français au L'ACTION NATIONALE \u2022 29 Canada et au Québec laissent entrevoir combien la situation était alors explosive : \u201d.ils [les Canadiens français] se débattent - ou se sont débattus avant la «révolution tranquille» de Jean Lesage -dans une sorte de filet gluant, dans un nœud coulant insidieux où toute modernisation intellectuelle, technique ou économique semble les induire à s\u2019angliciser, où tout effort pour progresser risque de leur faire perdre leur personnalité individuelle ou globale.Le fédéralisme, pour inégal qu\u2019il soit, n\u2019est pas la colonisation.C\u2019est une sorte de maintien en tutelle d\u2019enfants un peu arriérés, de natives susceptibles de mieux faire en apprenant tout à la fois l\u2019anglais, le respect de la reine et le birth-control ; ce n\u2019est pas une oppression, c\u2019est un vasselage distingué, corrigé par le libéralisme des gentlemen de Westmount et leur tolérance pour le self-government des autres.Pourquoi ne seraient-ils pas libres de jargonner le patois de Molière dans leur cour de ferme ?À condition que les banques de Montréal soient des filiales de celles de Toronto.» (Lacouture, 1986: 514-5).De Gaulle fut bel et bien le reflet d\u2019un sentiment populaire en pleine expansion.De fait, c\u2019est le mode de scrutin majoritaire qui a bloqué la progression et l\u2019avènement de la souveraineté.Les années qui suivirent furent marquées par cet obstacle: étapisme de 1974 à 1980 et échec du référendum de 1980; déroute du PQ devant le rapatriement de la Constitution canadienne en 1980-1982; détournement de l\u2019opinion publique - alors fortement souverainiste à la suite de l\u2019échec de l\u2019accord du Lac Meech - avec le référendum sur l\u2019accord de Charlottetown en 1987-1992; échec du référendum de 1995.Autant d\u2019occasions ratées qui n\u2019ont réussi qu\u2019à montrer l\u2019impact des difficultés ayant jonché le parcours de l\u2019option indépendantiste.Depuis 1966, la progression fut bien réelle, mais elle est néanmoins demeurée fragile et vulnérable sur le plan de la légitimité (avec des souverainistes hors Montréal face aux radicaux aux com- 30 \u2022 L'ACTION NATIONALE mandes du PLQ).S\u2019il existe une garantie de division de la majorité francophone, c\u2019est bien dans l\u2019actuel mode de scrutin majoritaire qu\u2019on peut la trouver.BIBLIOGRAPHIE BALTHAZAR, Louis (1986), Bilan du nationalisme au Québec, Éd.l\u2019Hexagone, 212 p.CLOUTIER, Édouard, GUAY, Jean H., LATOUCHE, Daniel (1992), Le virage.L\u2019évolution de l\u2019opinion publique au Québec depuis I960, Éd.Québec/ Amérique, 182 p.COLEMAN, William (1984), The Independence Movement in Quebec, 1945-1980, University of Toronto Press, 274 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constamment cherché à protéger et à contrer l\u2019invasion de ses champs de compétence par le gouvernement fédéral.Il est vrai que le Québec n\u2019a que rarement été seul à combattre les velléités centralisatrices du gouvernement fédéral.Il ne faut cependant pas oublier que ces luttes avaient un caractère beaucoup plus vital pour le Québec que ce ne l\u2019était pour les autres provinces canadiennes, prêtes à s'adapter aux politiques centralisatrices d'Ottawa.Un second point d\u2019achoppement majeur concerne la question du partage des pouvoirs.Dans l\u2019objectif de garantir sa survie et son développement en tant que collectivité francophone en Amérique, le Québec désire depuis près de 40 ans un nouveau partage des pouvoirs.Une telle revendication implique cependant le renouvellement du régime fédéral au Canada.Or, depuis 30 ans, l\u2019échec a marqué toutes les tentatives destinées à répondre aux désirs contradictoires du Québec et du Canada anglais (Victoria en 1971, rapatriement unilatéral en 1980-82, accord du lac Meech en 1987-90, accord de Charlottetown en 1992 et, maintenant, Déclaration de Calgary en 1998).3.\tLa division culturelle du travail était des plus patentes à cette époque.En 1965, la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme avait révélé la place détenue par les francophones au sein de l\u2019économie québécoise : ceux-ci arrivaient au douzième rang sur quatorze groupes au chapitre des revenus, ne devançant que les Italiens et les autochtones (le slogan 'Égalité ou indépendance+ de Daniel Johnson, à l\u2019occasion de l\u2019élection générale de 1966, n\u2019était sans doute pas étranger avec cet élément-clé du rapport Laurendeau-Dunton).Confinés aux postes subalternes, considérés comme peu doués pour les affaires, écartés des grands réseaux financiers et des postes de haute direction, les francophones travaillaient très souvent en anglais pour réussir.Tel était le contexte non seulement dans le secteur privé, mais aussi, parfois, au sein même de l\u2019Etat québécois et de ses sociétés publiques.Laissé à la discrétion des forces du marché, le français n\u2019occupait qu'une place exsangue dans la sphère économique.4.\tL\u2019arrivée d\u2019importantes vagues d\u2019immigrants durant les années cinquante et soixante a provoqué, dans un premier temps, une certaine anglicisation du marché du travail.La Commission Gendron a par la suite révélé l\u2019ampleur de l\u2019intégration linguistique des enfants d\u2019immigrants à la communauté anglophone : en 1966-67, près de 85% des enfants d\u2019immigrants fréquentaient des écoles publiques anglophones (Coleman, 1984: 148, citant le Rapport Gendron).L\u2019intégration linguistique accélérée des immigrants et de leurs descendants à la minorité anglophone constituait dans les faits une véritable menace à la survie de la collectivité francophone.De fait, les francophones peuvent se compter chanceux d\u2019avoir pu maintenir leur poids démolinguistique depuis ces vagues d\u2019immigration.Le profil démolinguistique du Québec aurait été tout autre si les 400000 non-francophones ayant quitté la province entre 1966 et 1996 y étaient demeurés.Une estimation grossière établit qu'il y aurait eu alors, en 1991, 3,5% de moins de francophones dans l\u2019ensemble du Québec et 5% de moins dans la région métropolitaine.Depuis les années cinquante, la 32 \u2022 L'ACTION NATIONALE proportion de francophones s\u2019est donc maintenue par défaut, à des coûts tout simplement énormes et, pour une bonne part, au bénéfice de l'économie ontarienne (Serré, 1997: 424-34 et données de Statistique Canada, Le Quotidien).3.L'entrée en scène des souverainistes, qui fut accompagnée du renforcement des positions nationalistes défendues par le PLQ de Robert Bourassa, a rapidement abouti à l\u2019adoption de lois linguistiques telles que la loi 22, adoptée par le gouvernement Bourassa en 1974, qui faisait du français la langue officielle du Québec, et surtout la loi 101, la Charte de la langue française, adoptée en 1977 par le gouvernement Lévesque.Ces mesures indispensables ont d'abord suscité la colère de la minorité anglo-québécoise, puis celle du reste de la majorité canadienne-anglaise.Ne bénéficiant plus de la complaisance des élites québécoises et ne pouvant pas davantage forcer l\u2019Assemblée nationale à renoncer à ses projets politiques, le Canada anglais fut forcé de recourir à de nouveaux mécanismes pour suppléer à ces dangereux sursauts de liberté de l\u2019Assemblée nationale.Si certains de ces mécanismes tiennent de la propagande, comme le multiculturalisme utilisé pour combattre la thèse des deux nations, d\u2019autres se fondent sur la création d\u2019un nouveau droit axé sur la primauté de la liberté des individus sur celle des collectivités.L\u2019adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, en 1981-82, cherchait à contrer toute forme de législation québécoise destinée à renforcer l\u2019usage de la langue française au détriment de la langue anglaise.Notons que le recours aux tribunaux a été récemment utilisé par le gouvernement fédéral pour empêcher la sécession du Québec.6.Durant les années soixante, le contexte politique international faisait une large place à la décolonisation et créait un climat favorable à l\u2019expression du droit à l\u2019autodétermination des minorités nationales.Si, pour la plupart, le Québec n\u2019avait assurément jamais été une colonie du Canada anglais, il n\u2019en reste pas moins que son gouvernement était une instance politique à 'compétence limitée+ (cette expression est de Lacouture, 1986: 514), dont les pouvoirs étaient suffisamment circonscrits pour protéger la minorité anglo-québécoise de tout abus de la majorité.Les Pères de la Confédération avaient effectivement pris soin de limiter les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Diverses dispositions constitutionnelles ont été formulées à cet effet.Ainsi, le Québec fut la seule province canadienne à être dotée d\u2019un Conseil législatif, équivalent du Sénat canadien au palier provincial.Cette chambre haute (abolie en 1968) était constituée d\u2019individus nommés par le gouvernement fédéral de manière à permettre aux Anglo-Québécois de disposer d\u2019une importante surreprésentation La nomination des sénateurs *fédéraux+ issus du Québec s\u2019est également faite (et se poursuit toujours) selon le même procédé.Par ces manoeuvres, Ottawa visait à donner aux Anglo-Québécois la possibilité de bloquer toute législation anti-anglais en provenance de l\u2019Assemblée nationale.Pour être bien sûr que les pouvoirs de cette dernière étaient bien circonscrits, les Pères avaient aussi enchâssé (article 80) l\u2019existence de douze circonscriptions électorales provinciales majoritairement anglophones (à l\u2019origine) dont les frontières étaient explicitement protégées par la Constitution de 1867.Aucune modification des frontières ne pouvait être réalisée sans le consentement de la majorité des électeurs de chacune de ces circonscriptions.Cette source majeure de distorsion de la carte électorale ne s\u2019est résorbée qu'avec la disparition progressive de la majorité anglophone dans la plupart de ces circonscriptions, laquelle devait aboutir à l\u2019abrogation de cet article en 1970 (Rudin, 1986: 151-3, 283-6).L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 33 Oa^Q:.Qu est-ce qu on La modération a bien meilleur goût.Éduc\"aicooi SAO 34 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L'épargne L\u2019avenir de Desjardins Rosaire Morin L\u2019enquête économique évolue au rythme prévu.Depuis septembre, les analyses ont présenté des dossiers sur les caisses de retraite, les sociétés d\u2019assurance, les banques, les entreprises, les fonds mutuels, la Bourse de Montréal et les assurances.En avril, l\u2019enquête devait analyser la plus grande réussite québécoise : le mouvement Desjardins.L\u2019étude entreprise n\u2019a pu être terminée.Un séjour de trois semaines à l\u2019hôpital est la seule raison qui m\u2019oblige à m\u2019éloigner de la forme entrevue pour l\u2019enquête de ce jour.En octobre 1995, je publiais quelques pages sur les coopératives.Il est ici valable de reproduire de larges extraits des observations présentées.Les coopératives \u2022¦Il faudrait inviter les pionniers de Rochdale pour nous parler de la coopération.Ils nous démontreraient que les activités d\u2019une coopérative sont axées non seulement sur les L'ACTION NATIONALE \u2022 35 intérêts économiques, mais aussi et surtout sur les besoins sociaux et culturels de ses membres.Certes, ils se réjouiraient des réussites du passé en espérant que l\u2019action collective du présent s\u2019adapte plus concrètement aux conditions nouvelles des personnes et des familles.Une telle conception de l\u2019avenir coopératif doit inspirer les initiatives qui doivent être entreprises pour améliorer les conditions de vie des membres.La coopérative est la combinaison originale d\u2019une association et d\u2019une entreprise qui trouvent leur raison d\u2019être dans la satisfaction des besoins de leurs membres.Par l\u2019association, elle vise à permettre à chaque coopérateur de grandir humainement et socialement ; par l\u2019entreprise, elle saisit des occasions de développement.La coopérative est donc : -\tune association de personnes qui assument collectivement leurs responsabilités d\u2019entrepreneurs ; -\tune entreprise dont les copropriétaires sont les usagers ; -\tune entreprise dont la finalité consiste à maximiser les divers avantages que les membres retirent, à la fois comme entrepreneurs, usagers et citoyens d\u2019un milieu ; -\tune entreprise dont les règles garantissent aux membres l\u2019égalité dans l\u2019exercice du pouvoir et l\u2019équité dans la répartition des contributions et le partage des résultats ; -\tune entreprise qui favorise l\u2019intercoopération pour développer ses affaires et contribuer au développement de son milieu ; -\tune entreprise qui fait de l\u2019éducation un de ses mécanismes de fonctionnement essentiels, notamment par le partage de la connaissance et de l\u2019information.» Forts des valeurs coopératives et d\u2019une formule de développement applicables à tous les contextes sociaux et économiques, les coopérateurs et les coopératrices renouvellent leur engagement à travailler au développement du milieu.Dans un effort cohérent de prise en charge et d\u2019entraide, ils souhaitent travailler avec tous les 36 \u2022 L'ACTION NATIONALE partenaires du Québec, du Canada et des autres pays qui reconnaissent la coopération comme une formule d\u2019avenir.Ils veulent ainsi bâtir une société ouverte sur le monde et confiante en son propre avenir.Un réseau formidable Ce n\u2019est pas le lieu pour faire le bilan de la coopération au Québec.Il convient toutefois de rappeler que le Mouvement Desjardins possède une puissance remarquable.Il a doublé ses actifs de 1985 à 1995.Il est enraciné dans la terre québécoise.Il dispense des services à ses membres.Il leur permet parfois de résoudre des problèmes autrement insolubles.Il a permis aux Québécoises et aux Québécois de prendre en main une partie de leur économie et de bâtir ici une organisation économique qui n\u2019est pas une entreprise capitaliste, même s\u2019il en a adopté certaines pratiques.Une différence existera toujours : les membres sont les propriétaires de leur coopérative et cette propriété collective est devenue une force inaliénable et indiscutable.Les coopératives agricoles ont joué un rôle important dans le développement des régions.Elles ont contribué à relever le niveau de vie de nos \u2022< habitants », à diversifier et à transformer les produits agricoles, à accroître l\u2019autosuffisance agroalimentaire et à enrayer l\u2019exode rural dans les paroisses où elles sont implantées.La Coopérative fédérée est devenue une grande entreprise.Elle emploie plus de 3 000 travailleuses et travailleurs.La coopération a aussi connu de grands succès dans le secteur du lait.Des sociétés comme Agropur, Purdel, Agrinove, Nutrinor, Agrodor, la Chaîne coopérative du Saguenay et la Coopérative agricole de la rive sud ont bâti une industrie florissante qui exporte du lait de transformation en grande quantité.L'ACTION NATIONALE \u2022 37 Les coopératives forestières ont relevé le métier de bûcheron.Elles ont sauvé l\u2019existence de nombreux villages.Elles n\u2019ont pu hélas devenir les maîtres d\u2019œuvre du domaine forestier.Elles ont dû avec tristesse se contenter d\u2019agir en sous-traitance pour les grandes compagnies protégées par les gouvernements.La coopération est aussi implantée dans plusieurs domaines : assurance, travail, habitation, alimentation, impression, services funéraires, activités scolaires, taxi, consommation, services divers.Plus de mille coopératives existent dans ces secteurs.Les activités de chaque coopérative améliorent les conditions de vie de ses membres.Mais la coopération serait de loin plus efficace si elle était vécue dans l\u2019intercoopération.La concertation entre les organismes coopératifs n\u2019est pas le premier article à l\u2019ordre du jour.Que d\u2019initiatives seraient réalisables si les coopérateurs coopéraient «tous ensemble»! Une véritable entraide assurerait la pérennité des objectifs sociaux de la coopération.Une réelle solidarité améliorerait les résultats au profit des personnes.La compétence et l\u2019expérience des uns bonifieraient le savoir-faire des autres.La richesse (l\u2019argent) serait investie dans des coopératives agricoles, forestières et de production, de consommation, de travail, de loisirs, de logement.La fraternité devrait exister entre tous les organismes coopératifs.Elle devrait être vécue à tous les échelons, dans les paroisses, dans les régions et au national.Elle devrait être au service de tous les secteurs coopératifs, de l\u2019établissement scolaire au salon mortuaire.Elle devrait prendre toutes les formes d\u2019aide par le financement, les achats collectifs et préférentiels, l\u2019utilisation des services, les initiatives de formation coopérative, etc.Les rêves que je viens de faire dans les deux paragraphes précédents sont illusions et chimères.Chacun 38 \u2022 L'ACTION NATIONALE coopère pour soi.Trop de désastres sont survenus pour demeurer silencieux.La faillite de «Pêcheurs-Unis» qui regroupait la moitié des pêcheurs de la Gaspésie aurait pu être évitée.L\u2019échec des «Caisses d\u2019entraide économique » demeure un revers regrettable.La disparition de la «Fédération des magasins Coop» a provoqué la décroissance de la coopération dans l\u2019alimentation.La dissolution de la «Fédération des Caisses d\u2019établissement» est impardonnable.Des dizaines de coopératives québécoises agonisent par l\u2019indifférence des grandes coopératives qui ont commencé à investir, en toute sécurité (?), au Japon et en Europe.La formation coopérative Les carences actuelles du mouvement coopératif résident dans le manque de formation coopérative.Les principes de la coopération ne sont pas connus par 10000 personnes au Québec, alors que nous comptons cinq millions de coopérateurs.Les charpentes fédératives et les habitudes répétitives et capitalistes des coopératives découragent la participation des membres aux activités locales et supérieures.Le rassemblement de trois mille personnes au Palais des congrès ne sera jamais un substitut valable à l\u2019absence de participation dans la coopérative locale.C\u2019est là, au bas de la structure, que doivent se vivre les principes coopératifs.C\u2019est là, dans la petite coopérative, que se forment les coopérateurs.Si chaque sociétaire partageait l\u2019idéal et les principes du mouvement, si l\u2019esprit coopératif était aussi vivant que la gestion coopérative, de multiples problèmes seraient résolus.Hélas ! les dirigeants ignorent souvent l\u2019abc de la coopération.À plusieurs occasions, par exemple, j\u2019ai constaté qu\u2019un directeur d\u2019une caisse populaire maîtrisait les méthodes capitalistes de gestion, mais qu\u2019il échouait l\u2019examen de passage si on le questionnait sur les idées L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 39 qui différencient sa Caisse d\u2019une succursale bancaire.Il était incapable d\u2019une attitude, d\u2019un comportement qui dépassait la rentabilité de la décision qu\u2019il avait à prendre.Certes, dans les petites et dans les grandes coopératives, chez les administrateurs et les employés, on retrouve des personnes animées par les principes coopératifs.Mais cette attitude est loin d\u2019être généralisée.La solidarité dépasse rarement le coin de terre défriché par la coop.Elle est cloisonnée.Elle ne dépasse pas les frontières géographiques du lieu d\u2019activités.Elle se limite étroitement à ses objectifs, sans fenêtre ouverte sur la vie sociale et culturelle du Québec.L\u2019action coopérative Le mouvement coopératif possède une richesse si considérable qu\u2019il pourrait transformer le Québec.Son potentiel n\u2019est pas suffisamment exploité.Avec cinq millions de sociétaires et cent milliards d\u2019actifs, le Mouvement Desjardins et les grandes coopératives ne doivent pas se contenter d\u2019offrir des services et des produits.Ils doivent occuper une position dominante dans le développement du Québec ; ils doivent jouer un rôle influent.Face au déclin social de l\u2019arrière-pays, Desjardins et les grandes coopératives doivent se réveiller et s\u2019impliquer concrètement dans le financement d\u2019initiatives locales et durables : logement, centre communautaire, petite industrie, commerce complémentaire, aménagement touristique, rénovation, service collectif.Ils doivent appuyer financièrement et techniquement les coopératives de travail qui représentent des instruments d\u2019émancipation pour les travailleuses et les travailleurs.De petites coopératives dans des secteurs variés peuvent aussi être créées pour faciliter l\u2019insertion sociale et professionnelle de personnes qui ne pourraient autrement connaître des conditions de vie normale.40 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019intervention directe de la coopération dans le milieu, c\u2019est la meilleure méthode pour résoudre 1 500 petits problèmes par année.Quand on gère 1 300 caisses d\u2019épargne et 200 usines de production, on peut réaliser I\t500 petites réalisations par année, créant 15000 emplois directs et 15000 emplois indirects.Si les cinq millions de sociétaires étaient cinq millions de coopérateurs, les 100 milliards $ coopératifs deviendraient une réalité agissante, vivante, concrètement active et axée sur la création d\u2019emplois.En dix ans, les Caisses et les Coops perdraient 50000 000$, mais elles encaisseraient 5000000000$ de nouvelles épargnes et 1 000000000$ de nouvelles productions.En une période dépressive, alors que les gouvernements moroses et faibles sont incapables d\u2019assumer les défis du présent, les coopératives doivent préparer l\u2019avenir.Elles doivent répondre aux nouveaux besoins de la société.Le monde coopératif, parce qu\u2019il est du côté des solutions, devra inventer.C\u2019est en grande partie sur lui que repose la restructuration du monde rural.Il ne pourra le faire seul évidemment.Il lui faudra compter sur l\u2019appui du syndicalisme agricole et sur l\u2019ensemble des groupes de pression de chacun des milieux.Et cet appui lui-même ne vaudra que ce que vaudra l\u2019engagement réel de l\u2019ensemble de l\u2019État : gouvernement, municipalités, commissions scolaires, services publics, etc.Mais au bout du compte, c\u2019est aux coopératives existantes qu\u2019il reviendra de se faire plus fortes encore, plus imaginatives et plus mobilisatrices.C\u2019est au monde coopératif que revient d\u2019abord, dans les milieux agro-forestiers, la tâche de revoir la place du travail et les conditions de l\u2019insertion économique, de redéfinir en partie certaines formes de redistribution de la richesse.Ce n\u2019est pas là une mince affaire.Les coopératives ne pourront s\u2019épargner de très dures remises en question.II\tleur faudra renouer avec les idéaux de départ, mais L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 4l aussi les adapter aux exigences du prochain millénaire.La chose leur sera d\u2019autant plus difficile que la relégation dans des rôles de sous-traitants a fait perdre à plusieurs le contact avec les riches enseignements de la tradition coopérative.Pour se donner un avenir, les coopératives et leurs communautés devront d\u2019abord se réconcilier avec leur propre mémoire.Pour le dire autrement, dans les termes plus proches du langage de la gestion : les coopératives vont d\u2019abord devoir miser sur ce qu\u2019il y a de meilleur dans leur culture d\u2019organisation.-1 Ces commentaires ne m\u2019apparaissent pas aujourd\u2019hui agressifs, ni négatifs - ils ont toutefois provoqué la fin des annonces que nous versaient le Mouvement Desjardins et ses sociétés.La promotion qui est utile aux entreprises ne leur est plus agréable.La liberté d\u2019expression est dangereusement menacée dans une démocratie où les décideurs ne sont les mécènes que des organismes qui les adulent.Depuis 1995, aucune coopérative d\u2019envergure n\u2019a versé plus de cent dollars (100$) à L'Action nationale.Pauvreté n\u2019est pas vice ! Dossier juin 1997 En juin 1997, nous publiions un dossier de 35 pages sur Desjardins.Mon grand-père et Alphonse Desjardins dialoguent sur l\u2019évolution du mouvement.Mon petit-fils Karl défend son avenir.L\u2019architecte Desjardins expose ses opinions sur l\u2019épargne, les objectifs d\u2019une caisse, l\u2019éducation coopérative, la participation des membres et l\u2019intercoopération entre les organismes.Mon grand-père et Karl notent la centralisation et les contradictions qui détruisent l\u2019œuvre du fondateur.L\u2019auteur reproche au Mouvement de déporter des milliards $ hors Québec, de faire gérer des fonds par l\u2019équipe Deborah de ManuLife.Il note la vente des Fonds (ALLIANCE 1 Rosaire Morin, Les coopératives, L'Action nationale, octobre 1995, pp.314-318 42 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE et CORNER à des entreprises de Toronto.Il souligne que la caisse de retraite du Mouvement investit 80 % de son actif hors Québec.Bref, le dossier est jugé un bâton de dynamite et non une réflexion pour une adaptation à l\u2019œuvre du fondateur -une adaptation s\u2019imposait, c\u2019est indiscutable.Mais l\u2019adaptation de la réingénierie est toute croche, elle dénature la coopération et tourne le dos aux milieux qui l\u2019ont fait naître.Que deviendra Desjardins ?Desjardins veut devenir une grande banque dans un territoire limité.Désormais, nous jugerons le Mouvement des Caisses populaires comme une banque.La coopérative est morte.Les sociétaires sont devenus des clients.Ils sont des consommateurs.Les personnes qui n\u2019ont pas d\u2019argent devront négocier avec les prêteurs sur gages.L\u2019oligarchie bureaucratique Desjardins n\u2019écoute pas, ne consulte pas.Elle décide en catimini.Elle impose.La participation coopérative est devenue un mythe, une farce.Que sera Desjardins dans 5 ans?Il y a trois ans, on comptait 1 500 caisses.En restera-t-il 500 en l\u2019an 2005 ?Des centaines de villages perdront leur caisse.Le bureau de poste a disparu.L\u2019école aussi.L\u2019église bénéficie d\u2019un prêtre qui dessert cinq paroisses.Le dépanneur a fermé ses portes.La station de service s\u2019est installée à l\u2019entrée d\u2019une ville située à 20 milles de sa clientèle.Desjardins devient un entrepreneur de pompes funèbres.Trois ou quatre cents caisses fermées dans les campagnes signifient la disparition de l\u2019arrière-pays.L\u2019oligarchie veut faire de l\u2019argent, elle ne veut pas développer le milieu.La réingénierie Desjardins entreprise depuis 1995 a déjà coûté plus de 500 millions de dollars.Six mille personnes ont été mises sur le trottoir.Au congrès du 19 mars, on a annoncé que la plupart des fédérations seraient probablement abolies.Le pouvoir sera concentré dans quelques mains, la démocratie sera devenue une chimère.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 43 Desjardins veut concurrencer les banques.Le Mouvement vise le profit et non les services à ses membres.Il a perdu son âme.Le guichet automatique, l\u2019Internet et le téléphone ne remplaceront jamais le sourire et la gentillesse d\u2019une personne à la caisse.Les pauvres et les démunis perdront même la seule institution financière qui pouvait leur offrir des services bancaires.Le centenaire sera l\u2019occasion de pleurer l\u2019échec coopératif Desjardins.Une banque Notre jugement sur Desjardins portera désormais sur des faits et non plus sur une mission.Desjardins est une banque.L\u2019Action nationale est fortement préoccupée par le contrôle de l\u2019entreprise québécoise.Un peuple qui ne maîtrise pas une part importante de ses grandes entreprises ne peut assumer son destin.Dans tous nos dossiers, nous avons démontré que les banques québécoises avantageaient le Québec à un degré nettement supérieur aux banques de Toronto et d\u2019ailleurs.Pour que nos commentaires soient favorables à Desjardins, il sera primordial que leur action favorise les Québécoises et les Québécois, plus et mieux que les banques étrangères.?« Une bonne diversification est la meilleure sécurité pour vos REER » Les services financiers OPTION Christian Haché\t990-REER (Montréal) Représentant en épargne collective\t1-800-413-REER (ext.de Montréal) inscrit auprès des Services\t(450) 359-4725 (Saint-Jean) en placements Peak inc.\t.\t.\t- http://blizz.qc.ca/optionsf 439, boul.du Séminaire Nord, St-Jean-sur-Richelieu (Québec) J3B 5L4 44 \u2022 L'ACTION NATIONALE La question rurale est celle de la souveraineté sur le territoire : la souveraineté des populations locales comme celle de l\u2019État national.Maîtres chez nous, voilà notre réclamation.Jacques Proulx1 Depuis une bonne décennie, pour nommer et dire la ruralité moderne, il y a eu les agriculteurs, les pêcheurs, les forestiers mais aussi un certain nombre d\u2019universitaires, de commentateurs, d\u2019analystes à travers les ouvrages ou des événements comme le rapport Deux Québec en un, les États généraux du monde rural, la commission Bélanger-Campeau, le Forum sur la décentralisation de l\u2019UMRCQ.Au Québec, je dirais que de ce nouveau discours sur nous-mêmes, de nos analyses, des ratés de la concentration, de nos pressions sur les États québécois et canadien, a jailli un sincère désir de mieux comprendre la situation des ruraux.L\u2019objectif avoué de l\u2019administration publique est certainement double : voir à l\u2019épanouissement ou au renouvellement du monde rural et au passage, on la soupçonne de vouloir mieux mesurer, voire restreindre, la place de 1.L'auteur est agriculteur en Estrie, président-fondateur de Solidarité rurale du Québec.Chevalier de l\u2019Ordre du Québec, ancien président général de l\u2019Union des producteurs agricoles, ancien membre de la Commission Bélanger-Campeau, Il se définit comme un paysan.L'ACTION NATIONALE \u2022 45 l\u2019État en déconcentrant les pouvoirs administratifs vers des structures régionales ou locales de concertation disposant de peu de pouvoirs et de moyens propres à gérer les politiques et les services publics.Malgré ce contexte de retrait de l\u2019État, et après avoir été un lobby efficace, Solidarité rurale du Québec en acceptant, en 1997, de devenir l\u2019instance-conseil du gouvernement, a relevé le défi, ou plutôt pris le pari, d\u2019influencer sans perdre son âme.Le dimanche 7 février, nous avons donc déposé notre tout premier Avis2 sur le contenu éventuel d\u2019une politique cadre de développement rural.Cette synthèse rigoureuse et nuancée est à l\u2019image de la vie rurale et aborde l\u2019ensemble des questions auxquelles jonglent les communautés.En outre, il découle des propos de quelque 2000 citoyens et citoyennes entendus au cours de la Tournée provinciale -54 rencontres à travers tout le Québec -, de l\u2019analyse systématique des 150 mémoires présentés, du contenu des travaux de recherche commandés et de milliers de pages de textes, de nombreux déplacements, de non moins nombreuses lectures et vives discussions sur le sujet, sans compter les quelques réunions du conseil d\u2019administration.Cet Avis de mille pages est précédé et chapeauté d\u2019un cahier de 32 pages qui est l\u2019os et le cœur de la chose.Pour présenter la ruralité québécoise, nous avons retenu les mots de mon homologue français, Raymond Lacombe : de monde rural ce sont des Hommes, des territoires et des produits».Nous avons aussi consacré une rubrique à la décentralisation et finalement, à la fin du document, nous avons fait la synthèse des actions que l\u2019État devait entreprendre pour illustrer l\u2019ampleur de la tâche.En ce qui concerne le territoire, et il n\u2019y a pas de monde rural sans une juste compréhension de celui-ci.Pour faire 2.On peut obtenir un exemplaire de l'Avis pour une politique gouvernementale de développement rural en communiquant avec Solidarité rurale du Québec (819-293-6825) ou en visitant le site Internet www.solidarite-rurale.qc.ca.46 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE image, je dirais que cinq groupes distincts se le chicanent : les autochtones avec leurs droits ancestraux, les agriculteurs avec leur droit de produire, les villégiateurs avec leur droit à la paix, les néo-ruraux avec leur droit à la beauté et les industriels avec leur droit d\u2019exploiter.C\u2019est un nœud gordien ; vous l\u2019aurez compris.Mais pour ne pas étouffer, il a fallu donner à chacun et chacune sa place, notamment en redéfinissant précisément le monde rural.Or, une définition géographique, démographique mais aussi sociologique et culturelle dit qu\u2019il est traversé, irrigué par la culture paysanne donc logé au cœur et autour des terres arables, ce qui place le monde rural comme étant issu d\u2019un héritage européen.Cela ne réglera en rien la question autochtone, mais je dis, comme beaucoup de mes contemporains qui regardent les grands crimes de l\u2019humanité que sont l\u2019esclavage ou les génocides, que les fautes de l\u2019histoire ne peuvent être payées d\u2019un siècle à l\u2019autre.Et l\u2019éditorialiste du Devoir, Michel Venne, n\u2019a pas manqué de soulever notre silence sur la question \u201cindienne».Maintenant, parlons de ce que je connais beaucoup mieux: le droit de produire des agriculteurs.Cette revendication relève de la nécessité fondamentale de protéger les terres arables et d\u2019en permettre l\u2019usage à des fins agricoles.Cependant, le droit de propriété ne permet pas tous les usages, tant pour les spéculateurs fonciers que pour les agriculteurs.Et vous aurez compris que l\u2019industrialisation de la production agricole, notamment porcine, comme l\u2019étalement urbain, ont exacerbé le débat.Je crois que pour s\u2019en sortir, il faudra faire table rase.Il ne faudra plus jamais lier agriculture et ruralité comme étant la seule et même chose.Plusieurs économies mettent le territoire à profit dont celles de l\u2019agriculture.L\u2019économie rurale ayant intérêt à être diversifiée, les pratiques économiques L'ACTION NATIONALE \u2022 47 doivent être encadrées, régies afin de ne pas s\u2019exclure les unes les autres.Je m\u2019explique.Dans un pays d\u2019hiver où le sol arable est rare, l\u2019agriculture doit avoir préséance sur la construction domiciliaire.Mais les contraintes imposées - d\u2019ailleurs nous exigeons un moratoire dans notre Avis - autour des grands centres urbains de Montréal et de Québec ne peuvent justifier des abus réglementaires à 1000 km de là.De plus, quand l\u2019agriculture pue au point où elle éloigne les touristes, c\u2019est qu\u2019elle chasse aussi le bon voisinage.Dans le même ordre d\u2019idées, mais dans un autre secteur, la forêt mal coupée, mal entretenue tuera la scierie de même qu\u2019une forêt mal reboisée désavantagera éventuellement les ébénistes.Alors la propriété et l\u2019usage du territoire deviennent des enjeux de bataille.Cela dit, je suis certain que l\u2019arbitrage se fera par l\u2019acceptation de l\u2019obligation de diversifier l\u2019économie rurale parce que l\u2019agriculture et la forêt occupent plus ou moins 4% seulement des populations rurales.C\u2019est dire combien l\u2019avenir des communautés rurales ne peut s\u2019appuyer uniquement sur son passé agricole ou forestier.Le droit à la paix comme celui à la beauté sont les réclamations de nouvelles populations rurales arrivées sur le territoire à cause des villes ou plutôt à cause du maldéveloppement urbain.Elles sont le résultat de notre métissage.En général, et je simplifie, les plus ardents défenseurs de la beauté ont quitté la ville à la recherche d\u2019autre chose.Ils n\u2019exercent pas de métiers traditionnels, ils aiment nos campagnes follement mais sont urbains de culture et détenteurs d\u2019un projet individuel.Leurs voisins, sans être semblables, sont les défenseurs de la paix.Ils ont souvent les cheveux blancs, prennent une retraite hâtive et confortable.Ils ont une culture de banlieue.Ils ont des droits, ils veulent des services.Ils ont peu de projets sinon celui de mourir tranquille.48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les tenants du droit d\u2019exploiter sont multinationaux, invisibles, et néolibéraux.Ils concentrent leurs activités vers les centres urbains, usant des campagnes comme de simples réserves de matières premières et parfois d\u2019ouvriers.Mais la rentabilité de leurs opérations repose généralement sur la générosité des États, donc des contribuables.Leur droit d\u2019exploiter n\u2019est pas celui de nous exploiter et ici l\u2019arbitrage sera politique.Une fois nommés les intéressés au territoire, la gestion de celui-ci ne se simplifie pas mais les enjeux se dessinent.Chez nous, celui du prélèvement des matières premières est crucial.Les populations locales refusant désormais de ne pas profiter de la prospérité des grandes multinationales, exigent une quelconque redistribution.Nous avons proposé à l\u2019État une forme de ristourne régionale progressive.Cette revendication des communautés nous apparaît légitime parce qu\u2019elle s\u2019appuie sur le fait que les multinationales exploitent des terres publiques.Cependant, cette ristourne serait moindre si, par exemple, l\u2019entreprise emploie en région, transforme en région, ou investit dans la protection de l\u2019environnement, ou encore favorise l\u2019éclosion d\u2019autres entreprises sur les terres consenties par l\u2019État.En ce qui concerne l\u2019agriculture, le débat est d\u2019abord interne à la profession puisqu\u2019il oppose l\u2019agriculture industrielle à l\u2019agriculture familiale.Néanmoins, les politiques agricoles de l\u2019État devront être établies au seul profit d\u2019une agriculture familiale ; l\u2019industrie agricole, à l\u2019instar des autres, étant assujettie aux lois du marché.De plus, nous proposons un grand défi semblable à celui relevé depuis la Révolution tranquille en diversifiant notre agriculture, en la logeant sur des marchés de créneaux.Faire plus que nous faisons déjà.Comme je le disais à Saint-Hyacinthe l\u2019année passée, lors de la Conférence sur l\u2019agriculture, faire du Québec la France d\u2019Amérique du Nord.En somme, quand nous aurons encadré le droit d\u2019exploiter et le droit de produire, nous aurons certainement L'ACTION NATIONALE \u2022 49 ouvert le monde rural à la diversité économique, stoppé l\u2019exode des populations et favorisé l\u2019arrivée ou l\u2019intégration de nouveaux segments de population.Nous croyons plus que jamais que l\u2019arbitrage politique, culturel et économique nécessaire à la prospérité des milieux ruraux passe par la mise en place d\u2019une économie des terroirs.Le monde rural est en mutation profonde mais certainement pas menacé de disparition.En outre, Henri Mendras n\u2019a t-il pas dit : « la transformation du monde rural constitue la révolution la plus importante de la fin du siècle.»?Lui parle de révolution; moi, je dis qu\u2019il faut changer parce que le monde a changé.Tout bouge.Mais cela étant, je ne crois pas que l\u2019agrotourisme ou les nouvelles technologies sauveront les campagnes.L\u2019un comme l\u2019autre sont valables pour nos milieux mais l\u2019enjeu est celui de la propriété collective de nos territoires au service du bien commun.Voilà pourquoi des arbitrages politiques s\u2019imposent.Et parce qu\u2019il y a une crise de civilisation induite par une guerre entre le politique et le financier, il y a des victimes et nous en sommes.La question rurale est celle de la souveraineté sur le territoire : la souveraineté des populations locales comme celle de l\u2019État national.Maîtres chez nous, voilà notre réclamation.Le monde rural crèvera si les États occidentaux ne s\u2019imposent pas une réelle décentralisation, comme on me le soulignait en Suède dernièrement.Mais les programmes politiques sont silencieux sur ces questions.Le monde rural n\u2019est pas un jardin d\u2019enfants où nous passons pour aller ailleurs.Le monde rural est un milieu de vie choisi et désiré qu\u2019aucune société démocratique ne peut écarter sans risquer beaucoup.De toutes façons, je crois que l\u2019organisation de l\u2019État comme celle que nous connaissons maintenant en France, en Belgique ou ici ne correspond plus aux aspirations des populations.A preuve le cynisme, la méfiance des citoyens.La centralisation c\u2019est comme la mondialisation : c\u2019est d\u2019abord au service de certains en plus d\u2019être des églises que les ruraux ne fréquentent pas.50 \u2022 LACTION NATIONALE Alors, je le disais il y a dix ans et je le répète aujourd\u2019hui : tant vaut le village, tant vaut le pays.Les équipes gouvernementales qui se succèdent à Québec comme à Ottawa ne semblent pas pressées de comprendre cela parce que finalement, elles craignent comme la peste de rendre aux communautés le pouvoir d\u2019agir sur leur bonheur.?L'ACTION NATIONALE A BESOIN DE VOUS Vous pensez que L\u2019Action nationale joue un rôle essentiel?Vous aimeriez contribuer à faire rayonner la revue?À faire progresser les idées?Vous voudriez faire un peu de bénévolat?Nous avons besoin de vous ! Pour quelques heures ou pour quelques jours, quelle que soit votre disponibilité, nous avons besoin de votre coup de main pour mieux faire connaître la revue et recruter de nouveaux abonnés.Contactez-nous par téléphone ou courriel.Nous serons heureux de faire équipe avec vous.Téléphone : 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca L'ACTION NATIONALE «51 UN ATOUT OURVÊCONOMIE MJ QUÉBEC ^ y loto-québec 52 \u2022 L'ACTION NATIONALE La défense de la langue française Fernand Daoust1 Dans les dictionnaires, on dit qu\u2019un patriote c\u2019est quelqu\u2019un -qui aime ardemment sa patrie, cherche à la servir».Et de patrie, on rappelle que «quand les aspirations nationales ont reçu pleine satisfaction, l\u2019État c\u2019est la patrie politiquement organisée ; la patrie c\u2019est la collectivité considérée dans son patrimoine à la fois matériel et spirituel,.» Mais ici au Québec, si notre patrie est bien réelle, elle n\u2019est pas encore dotée de tous les moyens et pouvoirs légitimes nécessaires à son plein développement.Et, chez nous, le mot «patriote» rappelle les tristes événements de la Rébellion de 1837-1838 contre le pouvoir britannique, alors que douze des nôtres furent exécutés à Montréal au Pied-du-Courant et qu\u2019un groupe de 58 autres fut déporté aux antipodes, en Australie.On a qualifié ces patriotes de « martyrs de la liberté et de l\u2019indépendance ».Les temps ont bien changé ! La répression 1.M.Daoust a été élu Patriote de l\u2019Année 1998 par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.L'ACTION NATIONALE \u2022 53 sanguinaire n\u2019est plus à la mode - Dieu Merci ! Bien sûr, les armes dont nous nous servirons pour la suite de l\u2019histoire, quant à nous, seront le vote populaire et les règles démocratiques des pays évolués.Nous n\u2019en continuerons pas moins le combat des patriotes du siècle dernier.Cette aspiration profonde du peuple québécois à être l\u2019unique maître de sa destinée est inscrite dans son passé et ne cessera de s\u2019affirmer quels que soient les accidents de parcours que connaîtra notre collectivité.Un peuple, une nation, c\u2019est un regroupement d\u2019individus qui manifestent un vouloir-vivre collectif, soudés par des événements parfois tragiques qui alimentent leur histoire, enracinés sur un territoire défini qu\u2019ils ont développé et dans des lieux qu\u2019ils se sont transmis de génération en génération.Des individus aussi qui possèdent une culture et une langue qui les caractérisent.Nous serons une société distincte quand nous aurons, comme toutes les autres sociétés distinctes et uniques, un pays qui soit le nôtre, qui nous rassemblera et nous ressemblera.Construire le pays de demain et lutter pour la défense de la langue française, voilà entre autres actions de nature syndicale et sociale, la double tâche à laquelle la FTQ s\u2019est attachée depuis plusieurs décennies déjà.Au cours des années 50, les travailleurs et les travailleuses ont pris conscience de la dépossession linguistique galopante qu\u2019ils vivaient.L\u2019infériorité économique des francophones et la propriété étrangère des entreprises faisaient de l\u2019anglais la langue du pouvoir économique, de la promotion sociale et du prestige.Le français était bafoué et presque interdit dans les milieux de travail.La façon de nommer les outils, les procédés de fabrication et les titres d\u2019emplois faisaient largement place à une langue qui n\u2019était pas la nôtre.Et que dire de la pollution visuelle qui, par l\u2019affichage et les raisons sociales anglophones, nous renvoyait une image étrangère de nous-mêmes.Souvenez-vous des 54 \u2022 L'ACTION NATIONALE « Tremblay Autobody & Paint Shop » qui pullulaient sur tout le Québec.L\u2019humiliation que nous subissions provoqua un réveil au cours des années 60-70 alors que de grandes luttes linguistiques se déroulèrent.Nous avons été de toutes les batailles et de toutes les manifestations : Saint-Léonard, Bill 63, McGill français, Bill 22 et MQF.Déjà en 1969, la FTQ, à l\u2019occasion de son congrès qui se tenait à Québec, revendiquait une politique linguistique comprenant les éléments suivants : \u2022\tl\u2019adoption, par voie législative, du principe que le français est la langue normale du travail et des communications à l\u2019intérieur du Québec, et que le français doit être la langue officielle de travail à tous les paliers de l\u2019activité économique au Québec ; \u2022\tla création d\u2019une régie ayant des pouvoirs d\u2019évaluation, de modification et d\u2019application des programmes de francisation lancés par l\u2019entreprise ou un secteur économique ; \u2022\tla modification du Code du travail de façon à permettre au syndicat accrédité de choisir la langue de négociation, de rédaction et d\u2019administration de la convention collective ; \u2022\tl\u2019élaboration par le gouvernement d\u2019une politique d\u2019accueil afin que les personnes s\u2019établissant au Québec acquièrent, dès leur arrivée, la connaissance du français et l\u2019obligation pour tout enfant néo-québécois de s\u2019inscrire à l\u2019école publique francophone.Tout immigrant désirant s\u2019installer au Québec doit être avisé de ces exigences avant son départ ; \u2022\tle maintien de l\u2019école publique anglophone ; \u2022\tl\u2019obligation, pour l\u2019école publique anglophone, de dispenser une connaissance suffisante du français pour son usage courant et pratique ; L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 55 \u2022\tl\u2019enseignement de l\u2019anglais comme langue seconde à l\u2019école publique francophone ; \u2022\tl\u2019élaboration et l\u2019application d\u2019une politique réaliste et prudente : la francisation du Québec ne doit pas avoir pour but ni pour effet d\u2019isoler le Québec du continent nord-américain anglophone ; \u2022\tle retrait de la loi 63, dans l\u2019attente d\u2019une véritable politique linguistique globale.La FTQ énonçait les grandes articulations de la Charte de la langue française huit ans avant la proclamation de la Charte.Ce texte fondateur, grâce à l\u2019opiniâtreté d\u2019un patriote admirable, Camille Laurin, le premier gouvernement du PQ nous le donna en août 1977.Cette Loi 101 rappelle dans son préambule que la «langue française, langue distinctive d\u2019un peuple majoritairement francophone, permet au peuple québécois d\u2019exprimer son identité.» Bien sûr, cette Loi a subi des assauts d\u2019envergure qui l\u2019ont affaiblie.Elle a subi les attaques d\u2019une presse anglophone - et particulièrement de The Gazette qui accueille toujours dans ses colonnes des articles et commentaires étalant la quintessence des préjugés à l\u2019égard de cette législation et de son application.Elle a aussi été malmenée par la Cour suprême dont on connaît les penchants.Mais il faut se réjouir du fait que, jusqu\u2019à maintenant, les dispositions de cette Loi à l\u2019égard de la langue de travail et de la francisation des entreprises sont demeurées intactes et parfois même ont été renforcées.Je veux rendre hommage à ces centaines de syndiqués qui siègent à ces multiples comités de francisation constitués dans les entreprises employant au-delà de 100 salariés.Ces derniers sont de véritables « consciences linguistiques » dans leur milieu de travail, surveillant au jour le jour la mise en œuvre des programmes de francisation.Ici, la vigilance est de règle.Surtout si l\u2019on tient compte des défis d\u2019envergure suscités par les nouvelles technologies de l\u2019information et des communications, 56 \u2022 L'ACTION NATIONALE de la mondialisation des échanges et de l\u2019économie du savoir où la maîtrise de la langue prend une telle importance.La pluralité des cultures et des langues qui se côtoient, à Montréal particulièrement, est une réalité incontournable qui nous interpelle tous de façon dramatique.L\u2019ouverture et l\u2019amitié que nous manifestons à l\u2019égard de ces nouveaux Québécois, dont les apports pour les projets de société que nous mettons en marche sont souhaités avec franchise et détermination, doivent être réciproques.À ce titre, le français doit être la langue commune, le meilleur outil de cohésion et de participation civique.Langue de convergence indispensable dans la vie en société au Québec, elle doit recevoir un appui ouvert et généreux chez tous les Québécois, quels qu\u2019ils soient et d\u2019où qu\u2019ils viennent.Voilà un projet de société à l\u2019égard duquel tous ceux qui « aiment ardemment leur patrie » doivent œuvrer.?PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire et abonnez-vous ! o MisTomc DUOUtDCC Pour 1 an ?(4 N\u201c 30$), pour 2 ans ?(8 N\u201c 55$) ! NOM __________________________________'r ADRESSE ______________________________! JE M\u2019ABONNE\t(Taxes incluses) I n ¦\u2022«nami rv Lap-aux-Uiamants POUR VOUS ABONNER CODE POSTAL TEL.: (\t) _ VILLE PROV.Par téléphone : (418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : (Vous recevrez le prochain No: Mars, juin, septembre ou décembre) C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 L'ACTION NATIONALE \u2022 57 ADHESION mit IT PEU COÛTEUSE! DENUEMENT AVANTAGEUX! EDITS D'IMPOT TAUSANTM UNE ÉPADONE DETDAITE ADMISSIBLE X DÉDUCTIONS PPLÉMENTAID TITDE DE BEE ADHERER ÀFONDACT/ON C'EST PARTICIPER À UNE ENTREPRISE COLLECTIVE QUI VISE À MAINTENIR ET À CRÉER DES EMPLOIS AU QUÉBEC, TOUT EN BÉNÉFICIANT D'AVANTAGES FISCAUX FACILITANT L'ACCUMULATION D'ÉPARGNE POUR LA RETRAITE FONDACT/ON LE FONDS DE DÉVELOPPEMENT A POUR LA COOPERATION ^ ET L EMPLOI FORMULAIRE D'ADHÉSION AU : SIÈGE SOCIAL .2100, de Maisonneuve Est, Montréal (Québec) H2K 4S1 MAINTIEN V CREATION D'EMPLOIS INVESTISSEMENT DANS iENmWE QUEBECOISE DEVELOPPEMENT DURABLE.,, UNE CONSCIENCE SOCIALE EN ACTION! POUR TOUT RENSEIGNEMENT Téléphoner au : 1 800 253-6665 ou (514)525-5505 Ceci n'est pas une offre publique de valeurs.Pour de plus amples renseignements, consulter le prospectus FONDOON disponible au siège social 58 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'histoire au neutre Pierre Vadeboncœur Ces mois-ci, on discute de l\u2019objectivité nécessaire de l\u2019histoire et par conséquent du problème de savoir si l\u2019on peut encore seulement songer à envisager celle-ci comme un lieu de recherches susceptibles de fournir délibérément des éléments de réponse aux questions intéressées d\u2019un groupe, d\u2019une classe, d\u2019une nation, d\u2019une minorité, d\u2019un peuple ; de leur fournir des appuis, somme toute.L\u2019histoire, pensent certains, ne devrait pas être étudiée ni enseignée en fonction d\u2019une attente politique déterminée.Par exemple, on ne devrait pas souligner de parti pris aux Québécois francophones et autres Canadiens-français l\u2019histoire de l\u2019impérialisme qui a toujours pesé sur eux.La science interdirait de faire systématiquement ici l\u2019histoire des actes d\u2019une domination et d\u2019en privilégier l\u2019étude.Cela ne serait pas conforme à l\u2019idéal olympique ! A-t-on encore le droit de proposer une interprétation de l\u2019histoire?Peut-on faire l\u2019examen du passé dans l\u2019intention résolue d\u2019apprendre quelles forces, quels événements, L'ACTION NATIONALE \u2022 59 quelles volontés ont joué pour que nous, nation privée de ses assises, n\u2019ayons jamais vécu collectivement que l\u2019expérience de la précarité?Non?Mais alors c\u2019est que des théoriciens de l\u2019histoire n\u2019en arrivent en somme qu\u2019à proposer ceci : une définition par laquelle l\u2019histoire éviterait de répondre de propos délibéré aux interrogations auxieuses et insistantes de la moitié de la population du Québec depuis quarante ans.Drôle d\u2019attitude, vu l\u2019intensité de ce qui a été vécu et l\u2019est toujours, vu aussi la question fondamentale en jeu dans cette histoire constamment ajournée.Doit-il y avoir une histoire dite nationale ?La question ne consiste pas à se demander si l\u2019histoire doit être objective, car c\u2019est évidemment sa loi : elle ne doit pas mentir, elle doit montrer les faits, bien entendu.Il s\u2019agit pourtant de savoir si elle peut répondre quelque chose aux questions collectives pressantes qu\u2019on lui adresse en fonction d\u2019une politique, celle d\u2019une nation, d\u2019une minorité, d\u2019une classe, d\u2019une lutte.Je veux savoir avec quelle constance, par quels détours, avec quelle détermination, selon quels intérêts l\u2019on fait échec aux Canadiens français et Québécois aujourd\u2019hui comme hier et j\u2019exige des réponses à ces questions précisément.Par exemple, j\u2019aimerais qu\u2019on expose dans le détail les rapports du fédéralisme et des puissances d\u2019argent, ou encore la collusion entre le parti libéral et ses bailleurs de fonds, ou l\u2019influence des intérêts de l\u2019Ontario sur l\u2019intransigeance fédérale en matière de constitution concernant le Québec.L\u2019histoire peut-elle éviter de répondre à de telles questions directes et orientées ?Peut-elle décider des curiosités ?S\u2019il ne doit pas y avoir d\u2019histoire dite nationale du point de vue québécois, alors la cause est entendue et l\u2019histoire ne peut guère se laisser tenter par une curiosité dirigée vers tel ou tel savoir, jugé essentiel forcément d\u2019après des buts.Faut- 60 \u2022 L'ACTION NATIONALE il n\u2019avoir pas de buts?Tend-on obligatoirement vers une éthique de neutralisme et de transcendante indifférence?C\u2019est l\u2019intérêt, c\u2019est la passion qui détermine les curiosités.Voyez Michelet.L\u2019histoire voudrait donc se priver de cette stimulation, de cette dynamique raison d\u2019enquête?Le débat sur la neutralité de l\u2019histoire Le débat sur la «neutralité» de l\u2019histoire, qui est sans doute universel et bien contemporain, prend au Québec un sens particulier.Il s\u2019inscrit, bien que ce ne soit pas consciemment son intention, dans le régime d\u2019un autre débat, ce dernier ayant trait à la légitimité du nous employé historiquement par les Canadiens français et spécialement par ceux du Québec pour se désigner eux-mêmes collectivement en fonction du politique.Ce nous n\u2019est-il pas un éclatant objet d\u2019histoire?Depuis des années, d\u2019aucuns contestent la légitimité du nous, visant ainsi à nous priver de notre assise politique réelle et nous renvoyant, comme à la seule justification possible de toute pensée, à des concepts valant, de manière abstraite, pour tout être humain en quelque situation qu\u2019il soit.D\u2019une perspective collective nous appartenant selon ce que nous crie la réalité de notre condition depuis deux siècles, il ne peut pas en être question spécifiquement, paraît-il.Mais cet interdit nie l\u2019histoire elle-même.D\u2019aucuns parmi nous sont tentés par ce conformisme idéologique, contre les faits.Il s\u2019agit là d\u2019une hésitation de plus dans notre discours, dans notre action, indice de plus d\u2019une équivoque déjà fort étendue.Hésitation plus profonde que les autres, peut-être, celle-là, et à la fois un effet et une cause, une cause plus délétère que d\u2019autres parce que plus à la racine des volontés comme des pensées.Notre résistance à cet esprit d\u2019abstraction donne des signes de faiblesse.Ce qui remplit la réalité ne commande donc plus autant à nos pensées et à nos intentions.Nos perplexités dans l\u2019ordre de la politique concrète s\u2019étendent L'ACTION NATIONALE \u2022 6l maintenant à la philosophie de la politique.Nous nous laissons gagner plus aisément par des idées que n\u2019inspirent pas les nécessités politiques particulières dans lesquelles, quoi qu\u2019on dise, se trouvent sans exception les groupements humains : grandes nations, petites nations, blocs de puissances, peuples du tiers-monde, minorités raciales ou politiques, classes sociales, peuples colonisés.Il existe nécessairement des politiques propres à tel ou tel groupement spécialement et elles sont d\u2019une importance capitale pour eux.Elles le sont aussi du point de vue des valeurs universelles.C\u2019est la politique propre de ces groupes, elle existe pour leur avancement particulier et néanmoins la pensée politique n\u2019annonce nulle part de motivation ni de but plus légitime.Mais c\u2019est ce que la «correction politique » impose maintenant d\u2019écarter, ne se rendant pas compte que de ce fait c\u2019est la réalité qu\u2019elle écarte.La politique de la justice Il faut bien qu\u2019il y ait des politiques du nous.L\u2019histoire ne peut-elle jamais y répondre ?Elles représentent alors aussi la politique de la justice.Ce sont des politiques de créanciers de la justice, mais aussi de l\u2019intégrité de l\u2019être, du droit d\u2019exister dans la plénitude politique la plus complète à laquelle un groupement puisse raisonnablement aspirer, compte tenu des échanges et communications de toutes sortes, qu\u2019il ne s\u2019agit certainement pas d\u2019exclure.Cependant, je ne vois pas très bien comment cette curiosité particulière pourrait se retrouver dans des manuels destinés aux anglophones des autres provinces.Ce petit développement sur l\u2019histoire et sur le nous n\u2019est pas un hors-d\u2019œuvre.La perplexité possible de l\u2019opinion à ces propos est un sérieux indice.Nos ambiguïtés s\u2019y reflètent un peu déjà peut-être.Le flottement auquel cela risque d\u2019aboutir montrerait une situation comprise, où la pensée n\u2019est plus très sûre.?62 \u2022 U ACTION NATIONALE Payer des fonctionnaires qui planifient sournoisement la fermeture de la Gaspésie Jules Bélanger1 Il ne s\u2019agit pas de plaintes d\u2019enfants gâtés ni de craintes hystériques.Les faits sont là, devant nous, tout crus, chiffrés en noir sur blanc et ils étranglent littéralement ma Gaspésie.Or, quels sont ces faits si évidents ?Des faits troublants L\u2019économie de la Gaspésie a toujours été problématique et elle a, de génération en génération, poussé vers les centres urbains une grande part de ses meilleures ressources humaines.Hémorragie constante.D\u2019où croissance démographique nulle.Depuis une quinzaine d\u2019années, la population de la région décroît annuellement d\u2019environ 1 %.On le sait, une hémorragie qui persiste entraîne fatalement la mort.À cause d\u2019une gestion irresponsable n\u2019ayant pas eu le courage de prévoir plus loin qu\u2019une prochaine élection, la morue, cette ressource qui, depuis des siècles, constituait le 1.Historien.L'ACTION NATIONALE \u2022 63 gagne-pain majeur de la région, a été ruinée : les bateaux de pêche sont à terre douze mois par année et les usines de transformation sont fermées.Résultat: en 1998, taux de chômage de 23,1% en Gaspésie.De plus, l\u2019industrie québécoise des pêches a perdu en 1998 22 M $ par suite du non-respect de la quote-part historique du Québec dans l\u2019octroi des quotas par le ministère des Pêches et Océans du gouvernement fédéral.Et voilà une ponction additionnelle de 11 M $ pour la Gaspésie où se concentrent 50% des activités de la pêche commerciale au Québec.Il y a bien, pour les travailleurs de l\u2019industrie de la pêche comme pour les autres, les prestations d\u2019assurance-emploi mais elles supposent un minimum modifié de semaines de travail.Or, de ce côté, en 1998, les nouvelles mesures de Monsieur Pettigrew ont privé la région de prestations pour 70 M $.L\u2019usine de fabrication de papier de la compagnie Gaspesia à Chandler vient de fermer l\u2019une de ses deux machines à papier et ne prévoit pas la remettre en marche.Résultat: 200 emplois perdus.Mines Gaspé, de Murdochville, qui employait jusqu\u2019à 2000 personnes vers 1970, ne compte plus que 600 employés.Or, en mars, la compagnie a commencé une mise à pied massive pour ne maintenir, l\u2019été venu, que 300 emplois.Bonne conscience cependant chez nos gouvernants Voilà des faits chiffrés.Leurs conséquences ne le sont pas encore mais on peut assez facilement prévoir leur impact catastrophique sur une économie régionale déjà anémique.C\u2019est vraiment le cycle infernal : aggravation du chômage, émigration accrue vers les grands centres urbains, affaiblissement démographique, réduction des services à la popula- 64 \u2022 L'ACTION NATIONALE tion entraînant de nouveaux départs, lesquels réduisent encore l\u2019incitation à l\u2019investissement créateur d\u2019emplois.Bien sûr, en Gaspésie comme ailleurs, il ne faut pas tout attendre de l\u2019État, mais celui-ci a des responsabilités dont il tarde indéfiniment à s\u2019acquitter.Ainsi, c\u2019est bien un lieu commun que de réaffirmer la responsabilité de l\u2019État de trouver et d\u2019appliquer des mesures efficaces pour répartir la richesse du pays et empêcher que les populations ne se concentrent excessivement en quelques grandes villes, entraînant ainsi le vidage dramatique des régions et, dans les villes d\u2019accueil, les embouteillages sociaux et physiques que l\u2019on sait.L\u2019État, aussi bien québécois que canadien, reconnaît théoriquement ses responsabilités en ce sens et il met périodiquement en place divers programmes et structures tels le Bureau de développement régional (BFDR), les programmes de formation d\u2019appoint en entreprise de Ressources humaines Canada, les programmes en recherche et développement du ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ), le ministère québécois des Régions (MQR), le secrétariat aux Affaires régionales (SAR), les Centres locaux d\u2019emplois (CLE), les Sociétés locales d\u2019investissement et de développement économique (SOLIDE), etc.Tout cela peut être fort bien pensé et efficace en d\u2019autres régions du Québec mais, en Gaspésie, ça ne suffit pas.Les faits ci-dessus étalés ne le démontrent-ils pas à l\u2019évidence ?Nos gouvernements connaissent très bien l\u2019échec de leurs programmes en Gaspésie et ils continuent de clamer bien haut leur foi en la nécessité pour un pays de cultiver la vie en ses régions comme en ses centres urbains.Ces professions de foi donnent bonne conscience politique mais cela ne suffit pas.Ces programmes, inefficaces en Gaspésie, sont souvent conçus par des fonctionnaires qui ne croient pas en l\u2019avenir de la Gaspésie et qui ne voient en leurs propres inventions que des baumes temporisateurs ou des cataplasmes pouvant faire rêver pendant que le vidage démographique se pour- VACTION NATIONALE \u2022 65 suit.Aussi doivent-ils se dire secrètement que lorsque la région sera enfin fermée, le problème sera réglé.Nos gouvernements doivent regarder les choses en face, reconnaître humblement l\u2019échec de leurs programmes en Gaspésie, vérifier chez leurs fonctionnaires concepteurs de ces programmes l\u2019authenticité de leur foi en l\u2019avenir de la région et assumer courageusement leurs responsabilités.Il faut chez nos gouvernements une volonté politique capable de contrer les manœuvres d\u2019une fonction publique qui cache habilement ses intentions.On se souviendra, par exemple, de l\u2019opposition larvée de certains fonctionnaires à la décision de René Lévesque de transférer en Gaspésie la Direction générale des Pêches maritimes (DGPM).\u201cIl est plus difficile d\u2019amener ces fonctionnaires en Gaspésie, avait dit le premier ministre, impatienté, que de faire nager les morues vers Québec».Eh bien, ces fonctionnaires ont, à toutes fins utiles, gagné leur point, même s\u2019il leur a fallu pour cela attendre le départ de René Lévesque.Et que l\u2019on ne tente pas ici de rejeter sur une quelconque mentalité gaspésienne toute la responsabilité de ce marasme économique en Gaspésie.L\u2019acharnement au travail, l\u2019ingéniosité et l\u2019esprit d\u2019initiative font partie du bagage génétique et de la réputation des Gaspésiens.Pourraient en témoigner les milliers de familles montréalaises qui, pendant des générations, ont bénéficié des services domestiques de nos jeunes Gaspésiennes.Pourraient en témoigner les contremaîtres des divers chantiers de construction au Québec ou ailleurs, grands ou petits, de ceux de la Manie ou de la Baie de James à ceux des plus humbles entrepreneurs de la métropole.En a témoigné récemment le patron d\u2019une importante usine montréalaise de boites d\u2019emballage qui affirmait : -J\u2019ai 240 employés et pour entrer ici il faut être Gaspésien ».Il y a là des faits indiscutables.66 \u2022 L'ACTION NATIONALE Quelques suggestions à nos gouvernants Et si cette volonté politique devenait réalité, y aurait-il un avenir pour la Gaspésie?Évidemment, cette péninsule québécoise d\u2019une superficie de 21 000 kilomètres carrés, soit plus de la moitié de celle de la Suisse, cette région dotée de beautés naturelles exceptionnelles, baignée en pleine mer et située sur la route même reliant la vieille Europe au continent américain, offre de nombreuses possibilités d\u2019avenir non encore ou mal exploitées.Qu\u2019on y fasse se pencher quelques experts ayant la foi ! En attendant, voici, de la part d\u2019un profane en la matière, à titre d\u2019exemples et à titre gratuit, quelques suggestions de voies à explorer.-\tLes pêches : Nos stocks de poissons de fond vont se reconstituer.Les super chaluts et les phoques protégés par la campagne débile de Brigitte Bardot n\u2019ont heureusement pas réussi à détruire tous les reproducteurs ni tous les œufs qui couvaient dans les profondeurs de la mer.Il faut penser dès maintenant à des mesures de contrôle des quotas et de la puissance destructrice des engins de pêche modernes.Il faut penser à des mesures non tributaires des élections.Il y a aussi l\u2019élevage de la morue et d\u2019autres espèces, dont les techniques ont déjà été mises au point par plusieurs pays nordiques À défaut d\u2019inventer, inspirons-nous des succès des autres.-\tLe tourisme : La plus importante industrie du monde a, en Gaspésie, un potentiel trop partiellement exploité.Les attraits touristiques de la péninsule méritent d\u2019être mieux connus et beaucoup plus loin que sur le seul territoire où les téléspectateurs ont pu regarder «L\u2019ombre de l\u2019épervier».Une promotion adéquate doit attirer d\u2019autres touristes que ceux de la saison d\u2019été.Le transport aérien peut y contribuer mais à condition que soit corrigée cette aberration qui fait que, très souvent, il en coûte plus cher à un Montréalais de voler vers Gaspé que vers Paris.L'ACTION NATIONALE \u2022 67 -\tLe transport maritime : La Gaspésie possède un port de mer naturel ouvert sur l\u2019océan, tout un potentiel pour un pays ! Ce port naturel en eau profonde est reconnu comme l\u2019un des plus beaux du monde.C\u2019est un port dont le gouvernement du Canada-Uni fit en I860 un port franc ou port libre, statut intéressant qu\u2019il fallut sacrifier en 1866 pour faciliter la naissance du pacte fédératif de 1867.De plus en plus, la remontée du fleuve Saint-Laurent deviendra difficile pour les cargos géants.Les écologistes veillent au grain et les armateurs préfèrent utiliser de plus gros navires.Le port de Gaspé offre des possibilités à faire rêver de nombreux pays.-\tLes mines : Les ressources du sous-sol gaspésien sont en grande partie connues.L\u2019exploration n\u2019est cependant pas terminée et il faut accélérer la mise au point des techniques modernes d\u2019extraction qui feront de nombre des gisements déjà identifiés des mines productives.-\tLes nouvelles technologies de communication : Dans de nombreux types d\u2019emplois, la distance entre l\u2019employé et son employeur n\u2019est plus un problème, l\u2019informatique ayant aboli les distances.Pensons à des emplois comme ceux des centres téléphoniques, de traduction, d\u2019infographie, etc.À ce chapitre, l\u2019expérience et les conseils de l\u2019expremier ministre du Nouveau-Brunswick pourraient être pour nos gouvernants d\u2019un précieux secours.Le Québec a besoin de ses régions.Le principe est acquis.Il reste à passer aux actes.Sous un gouvernement du Parti Québécois, le développement des régions sera l\u2019une des voies privilégiées pour accélérer la modernisation politique, économique et sociale du Québec (Programme officiel du Parti Québécois, 1991, p- 87).?68 \u2022 L'ACTION NATIONALE La devise d'un Québec souverain au XXIe siècle Richard Marceau1 V A titre de député du Bloc Québécois de Charlesbourg et à titre surtout de jeune souverainiste de 28 ans qui a le goût de participer activement aux réflexions sur l\u2019évolution du projet souverainiste et de contribuer à bâtir le Québec souverain de demain à la lumière des nouvelles réalités économiques et politiques mondiales, j\u2019aimerais ici relancer un débat qui me paraît essentiel, particulièrement à la suite des événements récents en Europe : quelle devrait être la devise d\u2019un Québec souverain de l\u2019an 2000 ?Le monde change Depuis I960, l\u2019idée de la souveraineté du Québec a considérablement évolué.À l\u2019époque du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN), le projet indépendantiste québécois, certainement inspiré par les grands changements 1.L\u2019auteur est député de Charlesbourg à la Chambre des Communes.Avocat, il est diplômé de l\u2019Université Laval, de la University of Western Ontario et de l\u2019Ecole nationale d\u2019administration de France.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 69 survenant alors en Amérique latine, en Afrique et en Asie, visait l\u2019émancipation du peuple québécois.À la fin des années soixante, René Lévesque actualisait l\u2019idée d\u2019indépendance du Québec en l\u2019adaptant au contexte de l\u2019interdépendance économique - déjà - des pays.C\u2019était l\u2019époque du mouvement souveraineté-association et la question du référendum de 1980 faisait expressément référence à une association économique [avec le Canada] comportant l\u2019utilisation de la même monnaie.Au référendum de 1995, un vote pour le OUI signifiait un vote pour la souveraineté assortie d\u2019une offre formelle de partenariat.Il était alors question de garder le dollar canadien comme devise, mais aussi de négocier un nouveau traité visant notamment une union douanière, de même que la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux, sur la base de l\u2019égalité des deux pays signataires.D\u2019un projet de libération nationale, la souveraineté du Québec est ainsi devenue au fil du temps un projet destiné aussi à réorganiser l\u2019espace politico-économique nord-américain dans le meilleur intérêt des Québécoises et des Québécois : la prise en main de notre destinée collective au sein d\u2019ensembles économiques de plus en plus vastes.Cette modernisation constante du projet souverainiste ne s\u2019est pas arrêtée le 30 octobre 1995.En fait, la question se pose plus que jamais : quel devrait être le Québec de l\u2019an 2000 ?Bienvenue dans la zone euro ! Le 1er janvier dernier, nous avons assisté à la naissance d\u2019une nouvelle monnaie : l\u2019euro.D\u2019ici trois ans, des monnaies nationales qui revendiquent dans certains cas plusieurs siècles d\u2019existence seront relégués aux musées et aux collections privées.C\u2019est un moment important de l\u2019histoire du monde ! La naissance de l\u2019euro consacrera celle d\u2019une nou- 70 \u2022 L'ACTION NATIONALE velle monnaie de réserve, aux côtés du dollar américain et du yen japonais.Avec la signature du traité de Maastricht, les pays de l\u2019Union européenne se sont assurés de la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux sur l\u2019ensemble de leur territoire.S\u2019ajoute maintenant à cette alliance économique un volet monétaire de sorte qu\u2019il n\u2019y aura désormais qu\u2019une devise et qu\u2019un taux d\u2019intérêt directeur en vigueur dans onze pays d\u2019Europe.D\u2019une part, ce changement majeur démontre à quel point le projet souverainiste proposé en 1995 s\u2019inscrit dans la modernité ! Mais d\u2019autre part, il pose une question incontournable : le dollar canadien est-il voué à disparaître ?Ce que nous enseigne la création de l\u2019euro, c\u2019est que l\u2019intégration économique soulève, tôt ou tard, la question de l\u2019intégration monétaire.En l\u2019espace d\u2019un demi-siècle, l\u2019Europe est passée d\u2019une guerre des plus sanglantes à un marché commun d\u2019abord limité (Communauté européenne du charbon et de l\u2019acier), puis à un marché commun plus général (traité de Rome), pour finalement déboucher sur une véritable union monétaire.Pourquoi?Parce qu\u2019il y a de nombreux avantages associés à l\u2019utilisation d\u2019une même monnaie lorsque les échanges économiques entre pays sont importants : réduction de l\u2019incertitude et des coûts de transactions sur les devises, transparence accrue des prix, meilleure allocation des ressources, etc.Certes, il existe des inconvénients à l\u2019abandon des monnaies nationales.Une monnaie est d\u2019abord et avant tout un outil de commerce et une réserve de valeur, mais aussi, elle peut jouer un rôle tampon lorsque notre économie subit des chocs différents de celles des pays voisins.D\u2019ailleurs, il faut prévoir une période d\u2019adaptation à la nouvelle devise qui peut s\u2019avérer relativement difficile.D\u2019aucuns sont toujours anxieux face aux premiers pas de l\u2019euro sur les marchés et vont attendre qu\u2019il fasse ses preuves avant de lui faire confiance.Mais la décision de se convertir à l\u2019euro signifie que L'ACTION NATIONALE \u2022 71 les onze pays qui y ont adhéré ont jugé que ces inconvénients étaient inférieurs aux bénéfices que l\u2019on associe à la nouvelle devise.Dans le cas contraire, l\u2019euro n\u2019aurait pas vu le jour.Le huard, un « volatile » en voie d\u2019extinction ?La conséquence directe de l\u2019arrivée de l\u2019euro sur les marchés monétaires est la réduction du nombre de devises que l\u2019on pourrait qualifier «d\u2019intermédiaires».L\u2019euro remplace les francs français, belge et luxembourgeois, les marks allemand et finlandais, la lire italienne, le shilling autrichien, la livre irlandaise, le florin néerlandais, la peseta espagnole et l\u2019escudo portugais.À moyen terme, il est très probable que l\u2019euro remplace aussi la livre anglaise, la drachme grecque et les couronnes suédoise et danoise.Cette tendance nous concerne directement et on ne peut plus concrètement : dorénavant, sur quelles devises les spéculateurs internationaux jetteront-ils leur dévolu pour gagner leur vie ?Il suffit de se rappeler les ravages de la crise financière asiatique, alors que tous se ruaient sur le dollar américain en guise de valeur refuge, pour comprendre les impacts concrets de l\u2019euro.Car si le huard canadien fut malmené en 1998, la plupart des devises européennes l\u2019ont été elles aussi, à divers degrés.Toutefois, il semble clair qu\u2019en présence de l\u2019euro, une nouvelle crise financière internationale (provenant par exemple du Brésil) n\u2019aurait pas les mêmes répercussions en Europe.Malheureusement, une telle crise aurait sans doute les mêmes effets chez nous, peut-être même pires puisque ceux qui spéculent sur la hausse et la baisse des devises lors d\u2019une tourmente financière ont maintenant perdu onze chevaux sur lesquels parier (et non les moindres) ! Soyons réalistes.D\u2019ici quinze ou vingt ans, quelles devises majeures restera-t-il, mis à part le dollar américain, l\u2019euro, le yen japonais et peut-être le yuan chinois?Dans un 72 \u2022 L'ACTION NATIONALE tel contexte, pour nous protéger des effets pernicieux de la spéculation grandissante sur les devises, une taxe sur les transactions financières, i.e.«taxe Tobin», pourrait être proposée.Mais on ne peut faire l\u2019économie d\u2019analyser sérieusement les solutions alternatives qui s\u2019offrent à nous afin d\u2019éviter de devenir l\u2019une des principales cibles des spéculateurs internationaux, comme par exemple abandonner une devise nationale de facto marginalisée pour adopter une devise forte.Mais encore, laquelle choisir?Le dollar américain ou une nouvelle devise panaméricaine ?Le destin économique des Amériques est peut-être celui d\u2019une devise commune du pôle nord au pôle sud au sein d\u2019un accord de libre-échange étendu et grandement bonifié.Un jour, il n\u2019y aura peut-être qu\u2019une seule devise sur la terre.En attendant que ces rêves deviennent réalité, il existe déjà, tout près de nous, une devise forte qui sert de refuge lorsque l\u2019économie mondiale chavire: le dollar américain.Puisque la question de la fluctuation des devises se pose dans le cas d\u2019un Québec, elle s\u2019avère tout aussi pertinente dans le cas du Canada (Les interventions récentes de messieurs Thomas Courchene, professeur à l\u2019Université Queen\u2019s, et Raymond Chrétien, ambassadeur du Canada aux Etats-Unis, le démontrent éloquemment).Voyons ce que cela pourrait vouloir dire.La masse monétaire canadienne totale est d\u2019environ 600 milliards de dollars canadiens, soit près de 400 milliards de dollars américains.En comparaison, la masse monétaire américaine s\u2019élève à près de 6 000 milliards de dollars américains, en hausse d\u2019environ 10% en 1998 par rapport à 1997.Compte tenu que la masse monétaire canadienne exprimée en dollars américains ne représente que 6 ou 7% de la masse monétaire américaine, la «dollarisation» du Canada (c\u2019est-à-dire la conversion vers le dollar américain de notre L'ACTION NATIONALE \u2022 73 économie) représente, du point de vue américain, à peine quelques mois de croissance de leur masse monétaire.En outre, il est intéressant de constater à quel point le fonctionnement de la nouvelle banque centrale européenne rappelle à certains égards celui de la Réserve fédérale américaine.Dans les deux cas, la banque centrale établit la politique monétaire commune en consultation avec un certain nombre de représentants de «banques régionales».Aux États-Unis, il s\u2019agit du «Federal Open Market Committee» (FOMC) qui est composé des gouverneurs de la Banque centrale, du président de la Banque fédérale de New York et de quatre présidents des onze autres banques régionales (en alternance).Cette structure accorde donc une influence importante aux régions lors de l\u2019élaboration de la politique monétaire nationale.Ainsi, un système où la Banque du Canada deviendrait une treizième banque régionale du réseau américain est fort concevable; le Canada pourrait même tenter d\u2019obtenir un siège permanent au sein du FOMC (comme celui accordé au président de la Banque de New York).Les levées de boucliers Certes, tout ceci n\u2019est qu\u2019hypothèses, du moins pour le moment.Mais déjà nous voyons plusieurs boucliers se lever, principalement au Canada.Le premier à remettre en question la pertinence d\u2019une union monétaire nord-américaine est nul autre que monsieur John Crow, gouverneur de la Banque du Canada de 1987 à 1994.Lors d\u2019une conférence prononcée récemment à l\u2019Université de Toronto, monsieur Crow a vanté les mérites d\u2019une politique monétaire canadienne autonome qui consiste à maintenir une devise canadienne indépendante dans un régime de taux de change flottant.L\u2019argument central de la thèse de monsieur Crow repose sur la perte de flexibilité des politiques économiques pour le Canada si celui-ci abandonnait sa devise soit en figeant le taux de change par rapport à une autre devise, soit en adoptant le dollar américain.74 \u2022 L'ACTION NATIONALE Toutefois, lorsqu\u2019on regarde l\u2019évolution des taux d\u2019escompte canadien et américain depuis 50 ans (voir graphique en annexe), force est de constater que l\u2019indépendance de la politique monétaire canadienne n\u2019est qu\u2019une vue de l\u2019esprit.Pour déterminer le taux d\u2019escompte en vigueur au Canada de 1950 à 1986, le meilleur modèle économétrique consisterait à utiliser le taux alors en vigueur aux États-Unis et de le majorer de 1,1 point de pourcentage! Et sous le règne de monsieur Crow, le taux d\u2019escompte canadien en vigueur correspondait en moyenne celui en vigueur aux États-Unis plus 3,6 points de pourcentage.Si la flexibilité à laquelle tient tant monsieur Crow est celle qui permet à la Banque du Canada de nous imposer systématiquement des taux d\u2019intérêts plus élevés qu\u2019aux États-Unis, nul doute que les travailleurs québécois et canadiens qui subissent un taux de chômage deux fois plus élevé que leurs homologues américains ont une autre opinion ! Certes, on pourrait faire remarquer qu\u2019en 1996 et en 1997, le taux d\u2019escompte canadien fut inférieur au taux américain pour la première fois en 50 ans (1973 excepté).Cependant, les limites de cette supposée autonomie monétaire nous ont sauté aux yeux le 27 août dernier, alors que le huard plongeait à des profondeurs abyssales et que la Banque du Canada a dû intervenir en augmentant le taux d\u2019escompte à 6% (soit 1 point plus élevé qu\u2019aux États-Unis) pour soutenir le dollar canadien afin de ramener la confiance1 ¦ Depuis, la Banque du Canada a imité parfaitement les mouvements de la Réserve fédérale américaine, ce qui clôt à mon humble avis le débat sur l\u2019indépendance réelle de la Banque du Canada face à son homologue du sud.La piastre à une piastre ! En ce qui concerne le Québec souverain, y aurait-il des avantages à adopter une nouvelle devise nord-américaine 2.Communiqué de presse de la Banque du Canada, 27 août 1998.L'ACTION NATIONALE \u2022 75 ou, à défaut, le dollar américain?D\u2019abord, la valeur des exportations du Québec aux États-Unis est aujourd\u2019hui une fois et demie supérieure à celle de nos exportations dans le reste du Canada.S\u2019il s\u2019agit d\u2019une simple question de réduire l\u2019incertitude sur les coûts de transactions sur les devises, l\u2019adoption du dollar américain par le Québec souverain semble être un choix des plus rationnels.En outre, on pourrait arguer qu\u2019en éliminant la béquille que constitue une devise canadienne qui se dévalue tranquillement depuis trente ans, les entreprises québécoises seraient beaucoup plus fortement incitées à investir dans l\u2019amélioration de leur productivité, ce qui en soi s\u2019avérerait déjà très bénéfique.Sur le plan purement politique, on sait que les fédéralistes aiment bien utiliser la menace qu\u2019un éventuel Québec souverain n\u2019aurait aucun contrôle sur la politique monétaire canadienne.Même si on peut se questionner sérieusement sur l\u2019influence actuelle du Québec sur la gestion de la politique monétaire canadienne (la Banque du Canada agit en toute indépendance du pouvoir politique), si le Québec adopte le dollar américain, cette autre grande peur fédéraliste devient caduque.Au pire, le Québec aurait peu d\u2019influence sur la politique monétaire américaine.Cependant, si le passé est garant de l\u2019avenir, la politique monétaire américaine pro-emploi pourrait s\u2019avérer plus avantageuse pour notre économie qu\u2019une politique monétaire canadienne anti-inflation répondant aux prérogatives de l\u2019Ontario.Au mieux, un Québec souverain pourrait faire partie du réseau de banques régionales de la Réserve fédérale et aurait ainsi la même influence sur la politique monétaire (nord) américaine que, par exemple, le Massachusetts où se trouve la Réserve fédérale de Boston ! Enfin, tous se souviennent des prédictions apocalyptiques des fédéralistes quant à la valeur d\u2019une éventuelle devise québécoise.Après la «piastre à Lévesque» à 70 cents ou la « piastre à Chrétien >¦ qui ne valait plus que 63 cents l\u2019été 76 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE dernier, il serait temps qu\u2019on se donne enfin une vraie «piastre à une piastre » ! Évidemment, une telle transition ne se fera pas sans heurt.À l\u2019instar de ce qui s\u2019est produit en Europe, une telle décision implique au préalable une vaste et sérieuse réflexion collective sur ses coûts et ses avantages.L\u2019objectif de mon texte vise justement à réclamer et, si possible, déclencher un tel débat.Un débat qui s\u2019impose En 1995 comme en 1980, l\u2019idée de réaliser la souveraineté du Québec tout en conservant une union monétaire et économique avec le reste du Canada était pleine de bon sens.Les développements récents en Europe, dont la naissance de l\u2019euro, tendent à confirmer cette analyse, mais posent également de nouvelles questions.Comme le faisait d\u2019ailleurs remarquer le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe en décembre dernier, une de ces questions concerne l\u2019avenir du dollar canadien au sein d\u2019un éventuel accord de libre-échange couvrant les trois Amériques et, par conséquent, la pertinence d\u2019en faire la devise d\u2019un Québec souverain.J\u2019ai voulu amener dans ce texte certains éléments d\u2019une réflexion qui, en ce qui me concerne, ne fait que s\u2019amorcer.Il importe d\u2019examiner et d\u2019évaluer avec toute l\u2019attention nécessaire les avenues qui s\u2019offrent à nous, tant en ce qui concerne l\u2019adoption du dollar américain que la création d\u2019une nouvelle devise panaméricaine.Il me semble que la richesse des enseignements que l\u2019on tirera de l\u2019expérience européenne rendra plus pertinente que jamais cette discussion essentielle, non seulement au sein du mouvement souverainiste, mais dans l\u2019ensemble du Canada.L'ACTION NATIONALE \u2022 77 Annexe : T aux d'escompte au Canada et aux États-Unis 1950-1998 20,00 - -Taux d'escompte de la Banque du Canada Taux d'escompte de la Réserve Fédérale de New-York 18,00 - 16,00 - 14,00 12,00 - 10,00 - 4,00 - 2,00 Sources : Pour le Canada : Statistique Canada, L'Observateur économique canadien (N° 11-010-XPB), Matrice Cansim 2560, label B14006: Taux d'escompte de la Banque du Canada, dernier mercredi du mois.Pour les États-Unis: Réserve Fédérale de New York, Discount rate, Données historiques, http ://www.bog.frb.fed.us/releases/Hquinze/data/a/dwb.txt, The discount rate refers to the simple interest rate at which depository institutions borrow from the Federal Reserve Bank of New York.78 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le rôle de Véthique dans la mission éducative Lucien Morin1 Les liens entre éthique et éducation semblent aller de soi, tellement ils nous sont familiers.Ils sont probablement aussi vieux que la première vertu morale acquise par un enfant à la suite des remontrances raisonnables de ses parents.En même temps, ils ne sont pas sans nous laisser perplexes.Au sujet de l\u2019éthique, par exemple, même quand on en parle au singulier, c\u2019est plus souvent qu\u2019autrement au pluriel qu\u2019on en définit le sens.Quant à la formation, à la formation éthique en particulier, on s\u2019arrache les vertus pour ainsi dire, dans le but de savoir comment composer avec une morale plurielle qui se vit pourtant, et toujours, au singulier.Partant du postulat qu\u2019il existe encore quelques «universels éthiques minima », et du fait que c\u2019est parce qu\u2019elles œuvrent quotidiennement sur de l\u2019humain que l\u2019éthique et l\u2019éducation doivent garder leurs principes à l\u2019œil, je vous propose de réfléchir sur ce qu\u2019on pourrait appeler les deux pôles majeurs ou les deux grands principes de l\u2019éthique dans la 1.Professeur de philosophie à l\u2019Université Laval.L'ACTION NATIONALE \u2022 79 mission éducative : l\u2019éthique comme fondement de la personne et l\u2019éthique comme ouverture sur la transcendance.1.L\u2019éthique comme fondement de la personne Les psychologues et les travailleurs sociaux le disent de différentes manières, et sur des tons à inquiétude variée.Les diagnostics, pourtant, se recoupent : l\u2019épiphanie d\u2019une mutation sans pareil a pris forme depuis quelque temps, dans la vision que les jeunes se font d\u2019eux-mêmes, de leur personne, plus précisément.Au mieux, ils sont confus.Au pire, ils se voient quasiment comme en pièces détachées, le sens de leur personne sautillant d\u2019une image aléatoire à l\u2019autre.Au fond, et plus que tout, le problème en est un de valeurs.Une personne est ce que sont ses valeurs, n\u2019est essentiellement que cela, à vrai dire - digne, légère, profonde, sereine, équilibrée, etc.Il y a vingt ans, André Naud et moi examinions un phénomène, l\u2019esquive, que nous dénoncions comme un obstacle formidable au bonheur de la personne, celui des jeunes dans nos écoles, en particulier (L\u2019Esquive).(L\u2019Ecole et les valeurs).Attitude d\u2019éducateur ou de parent éducateur, l\u2019esquive, c\u2019était refuser de nommer, de hiérarchiser et de choisir ses valeurs.Aujourd\u2019hui, je serais tenté de dire que c\u2019est quasiment l\u2019inverse ; l\u2019esquive, c\u2019est refuser d\u2019exclure, ce qui n\u2019est toujours qu\u2019une autre facette de la même nécessité et de la même difficulté de choisir.Et, à la source, c\u2019est toujours, d\u2019abord, une difficulté d\u2019adulte, comme le rapporte l\u2019écho dominant : nous avons la cinquantaine entamée ; nous avons des responsabilités d\u2019éducateurs et d\u2019éducatrices; et nous avons nos valeurs passablement amochées, surtout les absolues, fissurées ou carrément écroulées.En somme, plusieurs de nos étoiles sont éteintes sur lesquelles, il n\u2019y a pas longtemps, nous pouvions régler la course de notre navire et, pour une large part, celle des jeunes.Aussi, pour des raisons de mimétisme naturel, notre quasi-paralysie 80 \u2022 L'ACTION NATIONALE devant l\u2019éclectisme des valeurs plurielles et métissées est devenue celle des jeunes que nous avons toujours la responsabilité d\u2019éduquer.Que faire ?Le bien-être moral comme bonheur premier de la personne On a parfois tendance à l\u2019oublier, mais c\u2019est le bien moral qui donne naissance au premier sentiment de bien-être de la personne en tant que personne.Dire simplement, la si reposante expression « être bien dans sa peau » - ce que tout le monde recherche, les jeunes comme les moins jeunes \u2014 se dit d\u2019abord et avant tout de la personne morale.Pas besoin de partir très haut pour le montrer, c\u2019est déjà au niveau du langage que l\u2019éthique renvoie à la personne comme dans son lieu.En effet, le premier sens du grec éthos, c\u2019est l\u2019habitat, l\u2019habitat des poissons, des animaux, des humains.Comme celui, modeste, d\u2019Héraclite assis dans sa cuisine, dans la proximité toute simple de son four à pain, et qui pourtant, lui permettait de dire à ses visiteurs timides : \"Mais entrez, voyons, ici aussi sont les dieux».Mais l\u2019éthique, c\u2019est encore le lieu d\u2019un autre habiter, plus spécifique, plus beau, celui de l\u2019essence même de la personne, comme l\u2019a finement remarqué Heidegger {Lettre sur l\u2019humanisme).Car là, mais on le devine, n\u2019est-ce pas l\u2019éthique ne peut être limitée à la seule géographie, au seul lieu de l\u2019habiter; elle renvoie nécessairement et en même temps à l\u2019acte d\u2019habiter, d\u2019occuper non seulement par la présence, mais par l\u2019acte de présence.De sorte que, dire que la personne agit en tant que personne ou qu\u2019elle séjourne dans l\u2019éthique, comme en elle-même, comme en son être le plus intime et bien dans sa peau, c\u2019est la même chose.Cela dit, je dois encore vous avouer, si ce n\u2019est déjà assez évident, que je suis partisan d\u2019une conception de l\u2019éthique qui, entre autres choses et malgré ses difficultés depuis quelque temps, accorde une large place à l\u2019habitude, c\u2019est-à-dire à une manière d\u2019être et de se former en tant que per- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 81 sonne qui découle des manières de ses agirs éthiques.En d\u2019autres mots, on n\u2019est pas premièrement ni principalement une personne morale par notre nature et ses vermicelles d\u2019instincts.Seul, dans sa nature, comme l\u2019a cruellement compris le roi Lear, l\u2019être humain n\u2019est qu\u2019un - poor, bare, forked animal» (un pauvre animal nu et fourchu).Nous le savons, depuis que l\u2019être humain a reconnu son privilège d\u2019espèce dans l\u2019échelle des êtres, il sait que même quand il naît humain il lui faut encore le devenir.Bref, la personne morale n\u2019est pas le résultat aveugle et prédéterminé de la seule déclinaison naturelle.- On n\u2019est pas moral non plus, pas seulement en tout cas, par son savoir, par ce qu\u2019on pense, raisonne, discute.Nous sommes infiniment nombreux, plus probablement, à savoir ce que c\u2019est que d\u2019être moralement heureux, mais à ne pas l\u2019être du simple fait de ce savoir.-Non.On l\u2019est, moral, par l\u2019éducation et l\u2019habitude morale, c\u2019est-à-dire par ce qu\u2019on apprend à agir, par ce qu\u2019on apprend en agissant, par ce qu\u2019on agit.Ici, l\u2019éclairage latin s\u2019ajoute à la lumière grecque, car il y a une parenté forte entre habitude (habitudo) et habiter (habitare), la personne habitant dans son habitat de personne à la suite de ses habitudes éthiques.Ou, encore, on dira, et c\u2019est la même chose, qu\u2019elle est bien dans son agir, dans son être, bien dans sa peau.Et nous revoilà avec l\u2019épiderme du début.Et au grec de nouveau, une dernière fois.Car si nous savons aisément que notre étymologie de personne, prosopon, renvoie à masque, nous négligeons avec une aisance plus grande encore le sens tout à fait premier de prosopon : ce qui est en avant, face, visage.La boucle est bouclée.L\u2019éthique, c\u2019est non seulement l\u2019habitude de bien-être dans laquelle habite la personne, c\u2019est en même temps la personne habitée par son bien-être - ce qui se voit dans sa face, ce qui se lit sur son visage, ce que respirent, comme à fleur de peau, tous les pores de son être.Voilà pourquoi, simplement dit, c\u2019est le bien moral qui donne naissance au premier sentiment de bien-être de la personne en tant que personne, lequel est la valeur dernière de la personne.Le grand est petit s\u2019il a l\u2019âme 82 \u2022 L'ACTION NATIONALE basse alors que le plus modeste atteint à la grandeur s\u2019il a de la noblesse au cœur.Peu importent les joies et les épreuves que la vie apporte, c\u2019est cette noblesse de cœur qui est la plus sûre garantie du bonheur que peut goûter une personne.Le bien-être moral comme bien-être de la personne prise comme un tout Une autre caractéristique importante de l\u2019éthique, et qui pourrait encore servir dans la formation des jeunes, est celle-ci : les qualités éthiques ou morales sont toujours bonification et valorisation de la personne prise comme un tout.On ne dit pas du généreux qu\u2019il a une main magnanime, ni du meurtrier qu\u2019il a un index assassin.D\u2019une personne juste ou injuste, courageuse ou lâche, c\u2019est toujours de la personne entière qu\u2019il s\u2019agit.Ce qui n\u2019est pas le cas quand on dit de quelqu\u2019un qu\u2019il est bon médecin, par exemple, ou bon architecte.Car il est malheureusement possible qu\u2019un bon médecin violente son épouse et ses enfants, ou mente dans son rapport d\u2019impôt, c\u2019est-à-dire soit une mauvaise personne quant à la morale, tout en demeurant bon médecin quant à la science.Comme disait Platon, «pratiquer l\u2019un et l\u2019autre, la vertu et le vice, n\u2019est pas possible si l\u2019on veut pratiquer quelque peu la vertu» (Les Lois).Certes, je n\u2019ignore pas la difficulté de la question, qu\u2019en d\u2019autres temps il faudrait approfondir.Mais je sais aussi qu\u2019il est à la mode de valoriser l\u2019intégration des savoirs à l\u2019école.Or si cette intégration est effectivement nécessaire sur plus d\u2019un plan et pour plusieurs raisons, cognitives et pédagogiques, entre autres, elle n\u2019est pas une notion univoque.Par exemple, l\u2019effet, chez une personne, d\u2019un savoir intériorisé d\u2019une qualité morale (fidélité, respect, générosité), ne concerne pas nécessairement et en même temps les mêmes capacités que celles d\u2019une qualité intellectuelle.La qualité qui rend bon mathématicien n\u2019est pas la même que celle qui rend bon moralement, et ne s\u2019acquiert d\u2019ailleurs pas de la même manière.Et on ne reprochera pas au mathématicien de n\u2019être point moral parce L ACTION NATIONALE \u2022 83 que bon mathématicien, ni à la personne courageuse de n\u2019être point mathématicienne parce que courageuse.En d\u2019autres mots, en matière de bien, de bien moral, c\u2019est toujours la personne prise comme un tout qui est en cause.Voilà pourquoi, pour la même raison, les qualités morales sont considérées comme la source du bonheur de la personne entière, une source de bonheur plus grand.On pourrait encore essayer de l\u2019illustrer en distinguant les deux axes ou les deux composantes principales du bonheur moral de la personne.La première définit le permis et le défendu, elle est morale d\u2019obligation, comme dirait Bergson.La deuxième est davantage affaire d\u2019attrait et d\u2019aspiration, elle est morale du dépassement.Si les deux sont nécessaires, s\u2019entremêlent et se compénètrent dans le quotidien de la vie, il me semblerait important de savoir dire à nos jeunes à quel point est pleine et profonde la joie que procure la seconde.D\u2019abord, la morale du dépassement retentit dans la conscience comme un appel.À ce titre, elle est une voix plus exaltante que le simple rappel d\u2019un devoir minimal, que le calcul d\u2019un dû.Elle ouvre l\u2019horizon de la créativité morale, établissant le primat de la générosité.Autant qu\u2019à la raison, elle parle à la sensibilité et à l\u2019émotion et, par là, plus peut-être que la discussion et le raisonnement, elle met devant la conscience l\u2019image et l\u2019exemple des grands.Et pour un enfant, pour un jeune, c\u2019est l\u2019exemple, nous le savons, qui parle le plus.Enfin, et le jeune d\u2019aujourd\u2019hui y sera probablement très sensible, la morale du dépassement ne se définit pas seulement comme la recherche de règles de conduite dont le moi serait le seul arbitre, mais comme la réponse à des appels qui invitent à aller plus loin et à dépasser les frontières de l\u2019ordinaire.Plus que nous, peut-être, les jeunes comprendront que dans notre monde mondialisé et numérisé, cette créativité est exigée : pour que soient combattues les nouvelles haines et les nouvelles violences; pour que soient nourries les nouvelles formes d\u2019espoir.Bref, la morale du dépassement est pro- 84 \u2022 L'ACTION NATIONALE prement libération de toutes les aspirations de la personne en tant que personne.Il suffit de l\u2019éveiller.2.L\u2019éthique comme ouverture sur la transcendance C\u2019est l\u2019autre pôle de la responsabilité éthique dans la formation de la personne.Certes, jusqu\u2019au dix-huitième siècle, ou à peu près, il était encore généralement admis que peu de personnes humaines pouvaient vivre sans consolation spirituelle - métaphysique ou religieuse.Et, naturellement, les agents d\u2019éducation s\u2019acquittaient de leur devoir moral d\u2019en informer les jeunes.Puis, la question entière de la transcendance se mit à pourrir par le haut, pour ainsi dire, avec la nouvelle de la mort de Dieu, qu\u2019on avait tué.Pour un éducateur, pour l\u2019éthique de toute pédagogie, on imagine facilement les répercussions.Avant toute autre, c\u2019est la terrible question de Malraux qui monte de suite à la conscience : que faire d\u2019une âme d\u2019enfant s\u2019il n\u2019y a ni Dieu, ni Christ?Surtout si on L\u2019a tué ?Surtout si on est pédagogue ?Heureusement, il n\u2019est pas que par le meurtre que se pose le plus immédiatement la question de la transcendance en général, dont celle de Dieu est le point final.Aussi, c\u2019est ma certitude, et très vraisemblablement la vôtre, les jeunes ont certainement le droit de décider par eux-mêmes de la place à lui accorder dans leur vie.Mais pour ce faire, il leur faut d\u2019abord un minimum de connaissances ou, du moins, de renseignements.D\u2019où notre obligation morale, en tant qu\u2019éducateurs, de répondre à ce besoin.Certes, il y a plusieurs manières d\u2019aborder la question.Entre autres, j\u2019avais pensé partir d\u2019un fait accablant, celui du Mal Absolu au fond des trous noirs sans fond de l\u2019éthique de notre siècle.En effet, après les deux grandes guerres, après Hiroshima, après l\u2019apartheid, après l\u2019Holocauste et la nuit sans fin d\u2019Auschwitz, comment l\u2019être humain peut-il encore supporter son être sans même l\u2019espoir d\u2019une forme de Dieu personnel à qui demander consolation, à qui demander pardon?Ou, à l\u2019inverse, com- L'action nationale «85 ment supporter qu\u2019un Dieu puisse encore exister qui aurait permis ce siècle?Mais, bien entendu, pour les jeunes, pour nos enfants, il faut d\u2019autres approches, plus proportionnées.Permettez-moi, en guise de conclusion, d\u2019en commenter deux brièvement.Le sens de l\u2019étonnement L\u2019étonnement.Il n\u2019est pas que dans les choses rares ou les objets précieux.Il est partout, au ras de la prose du monde, pour ainsi dire.C\u2019est pourquoi, d\u2019ailleurs, il est au principe autant de la pédagogie que de la métaphysique.Car s\u2019étonner, c\u2019est d\u2019abord prendre conscience que nous ne comprenons pas pleinement ce qui se passe, que quelque chose nous dépasse dans ce qui nous surprend.Pensons à la première fois que nous avons vu un arc-en-ciel s\u2019installer dans le gros ciel gris, ou que nous avons observé la chenille aux anneaux velus se transformer en une dentelle à quatre ailes appelée papillon.S\u2019étonner, au sens strict, c\u2019est ne pas connaître.En même temps, s\u2019étonner, c\u2019est s\u2019ouvrir l\u2019esprit, s\u2019apercevoir de son ignorance et chercher à s\u2019en libérer, par la connaissance et le sens des causes.Bref, s\u2019étonner, c\u2019est le feu rouge qui allume le feu vert du connaître.Connaître, au sens strict, c\u2019est ne plus s\u2019étonner.Regardons autour de nous.Les sources d\u2019étonnement sont partout.Un visage d\u2019enfant.Un flocon de neige.Une note de Bach.Un tournesol de Van Gogh.Un vers de Shakespeare.Une formule d\u2019Einstein.Le fait de la familiarité ne doit pas obscurcir cet autre, plus important, qu\u2019à chaque jour, à chaque heure, quelque part, ce qui n\u2019a pas encore existé a la grâce d\u2019être invité à pénétrer dans ce qui existe, souvent avec mille formes permises, dont chacune pourrait être autre, pourrait ne pas être du tout, et dont aucune n\u2019a encore été aperçue jusque-là.Comme dit George Steiner, «l\u2019essentiel de notre condition humaine n\u2019est ni plus ni moins que l\u2019appréhension que nous avons parfois de la présence et de la substantialité radicalement inexplicables du créé.Il 86 \u2022 L'ACTION NATIONALE est ; nous sommes.Voilà la rudimentaire grammaire de l\u2019insondable» (Réelles présences).Or, c\u2019est bien à partir de ce créé familier et insondable que nous grimpons sans cesse dans nos échelles d\u2019étonnements.Et avec quel crescendo! Je me contenterai d\u2019en nommer quatre pour illustrer.Nous sommes toujours étonnés, premièrement, de l\u2019arrivée de l\u2019être, d\u2019un être, de cet être-là - visage, flocon, tableau.Car c\u2019est toujours la contingence de chaque être singulier, chacun dans sa singularité propre, qui fascine d\u2019abord, la lumière étonnante de chacun étant immanquablement doublée de la nuit de sa mystérieuse et impénétrable étrangeté.Mais pourquoi ce visage est-il unique?Et ce flocon de neige?Nous sommes étonnés, deuxièmement, de la perfection, c\u2019est-à-dire, de l\u2019intelligibilité des êtres et des choses dans l\u2019univers.C\u2019est d\u2019ailleurs dans celle-ci, dit Einstein, que prend racine la religiosité du savant comme de l\u2019homme ordinaire.La religiosité consiste à s\u2019étonner, à s\u2019extasier devant l\u2019harmonie des lois de la nature dévoilant une intelligence si supérieure que toutes les pensées humaines et toute leur ingéniosité ne peuvent révéler, face à elle, que leur néant dérisoire» {Comment je vois le monde).Un récent article de Newsweek (20 juillet 1998), montre comment un nombre étonnamment élevé de scientifiques modernes pense exactement la même chose.Mais, je nous le demande, pareille intelligibilité peut-elle être le fruit du hasard ?Nous sommes étonnés, troisièmement, d\u2019être là nous-mêmes, alors que nous aurions pu tout aussi bien ne pas être.Mais pourquoi sommes-nous ou, ce qui revient au même, pourquoi avons-nous été créés?L\u2019émerveillement d\u2019un saint Augustin devant la naissance d\u2019un être humain n\u2019est pas moins frappant que celui d\u2019un Claude Bernard ou d\u2019un Jean-Pierre Changeux.«Un mort est ressuscité, les hommes sont étonnés ; il y a tant de naissances chaque jour, et nul ne s\u2019étonne ! Pourtant, si nous y regardons avec un peu d\u2019attention, il faut un bien plus grand miracle pour faire être qui n\u2019était pas que pour faire revivre qui était » {La cité de Dieu).Mais, à la suite d\u2019Augustin, je L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 87 nous le demande aussi, l\u2019œuvre stupéfiante et admirable d\u2019une Intelligence supérieure n\u2019est-elle pas visible dans la puissance d\u2019un seul grain de n\u2019importe quelle semence?Nous sommes étonnés, enfin, de l\u2019être tout court.Car le seul vrai problème, comme dit Hubert Reeves, à la suite de plusieurs autres, c\u2019est celui de l\u2019existence même de l\u2019univers.-Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» Nous sommes incapables d\u2019y répondre.Après plusieurs millénaires, nous en sommes ici au même point que le premier chasseur historique venu : au zéro absolu» (Patience dans l\u2019azur).Et pourtant, nos méninges tournent et retournent dans tous les sens, y compris celles d\u2019Hubert Reeves.Comme un instinct, nos étonnements nous pressent de chercher à comprendre non seulement le fait brut du créer, mais sa remontée jusqu\u2019au pourquoi.Question du sens et du sens du sens.A comprendre non seulement la mystérieuse nature de l\u2019acte créateur, mais le mystère plus radical de l\u2019humain créateur, capable de créer au point de créer des dieux qui créent des hommes qui créent des dieux.Question métaphysique et théologique.Mais qui ne voit déjà que le sens de nos étonnements, plantés au ras de la prose du monde, ne soit cloué à un postulat de transcendance?Qui ne voit déjà que le sens de notre éthique et de notre art d\u2019éduquer, à la remorque des mêmes étonnements, ne pende au même clou?Le sens de nos origines Au début de mon texte, j\u2019ai rappelé l\u2019idée que l\u2019être humain sait qu\u2019il est humain principalement par l\u2019éducation et par l\u2019habitude morale.Or, pour sensibiliser les jeunes à une forme plusieurs fois séculaire de notre lien avec la transcendance, je me demandais s\u2019il ne serait pas intéressant de leur raconter l\u2019histoire de cette idée.C\u2019est que, et c\u2019est mon premier de trois points, notre conception de l\u2019éthique et de l\u2019art d\u2019éduquer est consubstantielle, du moins en Occident, avec l\u2019histoire non séculière de nos origines.Aux trois branches de notre généalogie morale et spirituelle - la juive, 88 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE la grecque et la chrétienne - est suspendu le fruit de récits étonnamment similaires.Depuis le commencement des commencements, ou, si l\u2019on veut, il était une fois, Yahveh, Dieu, l\u2019Intelligence créatrice suprême est là qui règne en Maître sur l\u2019univers, modèle à imiter, rival parfois, à affronter.Peu importe si une infinité d\u2019infinités sépare le Dieu judéo-chrétien de l\u2019Intellect pur et sans mélange d\u2019Anaxagore, ou de l\u2019Être pendant absolu d\u2019Aristote.Il était une fois un Maître Premier, avec un grand M.C\u2019est ce que raconte notre histoire.De sorte que, qui que nous soyons avec nos maîtrises superposées, parents éducateurs ou éducateurs scolaires, un jour ou l\u2019autre, nous devons tous faire face à la même évidence : nous «venons après», nous sommes et nous serons toujours post - post-juifs, post-Grecs, post-chrétiens - c\u2019est-à-dire post-Maître Premier, avec un grand M.en tout cas, c\u2019est ce que raconte notre histoire, et qu\u2019il serait peut-être intéressant de raconter aux jeunes.Deuxième point.Toutes nos leçons bergères sur l\u2019éthique et sur l\u2019art d\u2019éduquer, c\u2019est aussi de ce Maître Premier, avec un grand M, que nous les tenons.Rapidement, trois brefs commentaires.Dans la belle tradition talmudique, c\u2019est l\u2019Éternel lui-même qui désigne Moïse pour recevoir la Tora.Pour un Juif, la Tora, ce n\u2019est jamais que le Pentateuque, ni même l\u2019ensemble de la Bible et du Talmud avec leurs commentaires.Comme le rappelle Emmanuel Lévinas, pour un Juif, la Tora, c\u2019est le Livre de la vie même (.Éthique et infini).Or, c\u2019est le Maître Premier qui en instruit Moïse, et l\u2019instruit d\u2019instruire.Et nous savons comment.À partir d\u2019une pédagogie de la parole, créée au moment même de la Création de la Parole.«Dieu dit: que la lumière soit; Dieu dit : que les eaux s\u2019amassent ; Dieu dit : faisons l\u2019homme à notre image».Ce n\u2019est vraiment pas rien! Non seulement l\u2019être humain est-il créé par Dieu, ce qui en fait déjà jaser un coup chez nos ancêtres, il l\u2019est, en plus, à Son image.Quand, donc, cette pédagogie plantée au Sinaï rapporte à plusieurs reprises la consigne de Dieu à Moïse : « Parle aux L'ACTION NATIONALE \u2022 89 enfants d\u2019Israël », c\u2019est une des premières souches de notre éthique et de notre art d\u2019éduquer qui prend racine.Ensuite, dans notre patrimoine grec, le grand Socrate reconnaît lui aussi qu\u2019à l\u2019origine de sa pédagogie et de son éthique il y a une pédagogie du don venu d\u2019ailleurs, et se dit diplômé du dieu même, accomplissant son art comme la commission d\u2019un art divin.«J\u2019ai cela de commun avec les sages-femmes que je suis stérile en matière de sagesse.Le dieu me contraint d\u2019accoucher les autres, mais ne m\u2019a pas permis d\u2019engendrer» (Théétète).Allons-y voir.Cette pédagogie de sage-femme, pédagogie de vie morale bien examinée, n\u2019a rien d\u2019ordinaire ou de commun.Car, enseigne Socrate, comme toute vérité, y compris celle de dieu, est déjà concentrée en soi, et comme l\u2019art d\u2019éduquer consiste à accoucher quelqu\u2019un de lui-même, se connaître soi-même c\u2019est à la fin, connaître dieu.Enfin, dans notre héritage chrétien, le Maître Premier envoie son Fils incarné, Verbe, Jésus, comme maître à imiter.Son éthique et son art d\u2019éduquer, paraboles d\u2019altruisme et de face à face exemplaires, partiront du Logos de l\u2019amour.Amour-don, amour-pardon, amour-réconciliation, certes, mais surtout, amour révolutionnaire, subversif : « aimez vos ennemis» {Matthieu).Même quand mon ennemi a droit à mon hostilité, voire à ma haine, il est toujours préférable de subir le mal que de le commettre.Bref, voilà pourquoi, même sans savoir exactement pourquoi, souvent, notre éthique et notre art d\u2019éduquer n\u2019ont jamais été petits.En tout cas, c\u2019est ce que raconte notre histoire, et qu\u2019il vaudrait peut-être la peine de raconter aux enfants et aux jeunes.Troisième et dernier point.Pour bien montrer l\u2019impact réel et concret de nos origines, il faudrait non seulement dire mais illustrer, par des exemples, comment cette histoire a été, est peut-être encore, une histoire vécue.Je tire mon exemple d\u2019un roman d\u2019Élie Wiesel, Le crépuscule, au loin.Abraham, c\u2019est le nom du personnage, raconte comment, 90 \u2022 L'ACTION NATIONALE durant l\u2019Occupation, cachés et nourris par un paysan, lui et son fils avaient trouvé refuge dans la parole de Dieu.« Pendant que les fosses communes se remplissaient de cadavres, que les enfants mouraient du seul péché d\u2019être enfants, mon fils et moi, grâce au paysan, nous apprenions les textes où Dieu est dieu et la vie est sacrée.Un jour, le paysan m\u2019interpella ¦ je ne te comprends pas, Juif.Tu as un fils, et tu l\u2019aimes, et tu veux qu\u2019il vive.Pourquoi ne lui apprends-tu pas à survivre?- Mais je lui apprends la parole de Dieu, répondis-je, un peu surpris.Le paysan ne comprenait pas.Tu es bizarre, Juif.L\u2019ennemi est cruel, la mort te guette.Tu devrais lui apprendre à courir plus vite que le lièvre, à se nourrir de fruits et d\u2019herbes, à se faufiler dans la foule, à dormir avec les renards s\u2019il le faut, à se déguiser en chrétien.- Mais non, tu ne comprends pas, lui dis-je, gentiment.Ce que la pluie est pour toi, la parole l\u2019est pour nous.Elle féconde notre existence ; sans elle, nous péririons de sécheresse.C\u2019est en elle que nous nous élevons, c\u2019est pour elle que nous nous abaissons; elle est le refuge pour l\u2019exilé et exil pour le suffisant; comment ferais-tu sans elle, pour prier?Comment ferais-tu pour pleurer?Pour espérer?Pour te justifier?Quand tu es en danger, elle t\u2019enveloppe ; quand tu rêves, elle te protège du cauchemar.Donne-toi à la parole, car tu recevras d\u2019elle ce que la vie a de plus beau et de plus généreux : le mouvement qui te porte vers Dieu.- Dieu!, cria le paysan, abasourdi.Quel Dieu ?Le tien ?Est-ce lui qui te sauve des Allemands ?C\u2019est moi, pas lui.C\u2019est ma parole que tu devrais enseigner à ton fils, entends-tu ?- J\u2019allais lui répondre, il m'avait déjà tourné le dos.Et nous reprîmes l\u2019étude de la parole.Et elle ne nous sauva point.* Bref, comme le raconte l\u2019histoire de notre éthique et de notre art d\u2019éduquer, même quand on en mourait, on en vivait.Ne serait-il pas encore utile de le raconter à nos enfants et à nos jeunes ?L'ACTION NATIONALE \u2022 91 ]Jr\t1 Nous avons I ' é n*e r g^i e pour allumer I 'avenir.! Grandir.Prospérer.Conjuguer Ie futurau ?présent.En vivant la grande aventure de la mond Ri s a -tion, nous nous donnons les moyens de générer ¦; de nouveaux emplois, de stimuler nos forces montantes, de faire voyager nos nouvelles technologies.Prenons rendez-vous avec le XXIe siècle.Afin que l'avenir brille pour plusieurs générations.www.hydroquebec.com a* Hydro Québec 92 \u2022 L'ACTION NATIONALE Une énergie nouve Les incidences internationales de l'avis consultatif de la Cour suprême du Canada sur la souveraineté du Québec Daniel Turp1 Dans son avis consultatif du 20 août 1998 sur la souveraineté du Québec, la Cour suprême du Canada se prononce sur plusieurs aspects du processus d\u2019accession du Québec à la souveraineté.Dans une perspective politique, l\u2019un des éléments-clefs de l\u2019avis est sans contredit l\u2019affirmation selon laquelle « un vote qui aboutirait à une majorité claire au Québec en faveur de la sécession, en réponse à une question claire, conférerait au projet de sécession une légitimité démocratique que tous les autres participants à la Confédération auraient l\u2019obligation de reconnaître-, (par.150).Selon la Cour, une telle obligation de reconnaissance confère d ailleurs, sous l\u2019angle juridique, un droit « de chercher à réaliser la sécession » et « imposerait aux autres provinces et au gouvernement fédéral l\u2019obligation de prendre en considération et de respecter cette expression de la volonté démocratique en engageant des négociations (.) » (par.88).1.Député fédéral de Beauharnois-Salaberry, Porte-parole du Bloc Québécois pour les Affaires étrangères et Professeur à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal (en congé).L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 93 Cette obligation de négocier, à laquelle la Cour suprême confère une valeur constitutionnelle et qu\u2019elle considère comme impérative, acquiert de ce fait une importance primordiale dans le processus d\u2019accession à la souveraineté.Elle permet dorénavant aux souverainistes de réfuter l\u2019argument selon lequel le reste du Canada ne négociera pas avec le Québec à la suite d\u2019un oui référendaire, comme l\u2019ont fait les dirigeants fédéralistes comme Pierre Elliott Trudeau et Mike Harris au cours des campagnes référendaires québécoises de 1980 et 1995.Si l\u2019usage qu\u2019on peut faire au plan interne du nouvel argument juridique fourni aux souverainistes par la Cour suprême du Canada est évident, son usage à l\u2019échelle internationale l\u2019est tout autant, étant donné les liens que la Cour établit entre l\u2019obligation de négocier et la communauté internationale.Dans son avis du 20 août 1998, la Cour a internationalisé en définitive le processus d\u2019accession du Québec à la souveraineté en invitant les autres États à agir non seulement comme témoins du processus d\u2019accession du Québec à la souveraineté (I), mais aussi comme parties à ce processus (II).I- Les États comme témoins de l\u2019accession du Québec à la souveraineté La Cour suprême n\u2019hésite pas à placer l\u2019obligation de négocier dans le contexte international lorsqu\u2019elle affirme que « l\u2019adhésion des parties à l\u2019obligation de négocier serait indirectement évaluée au plan international» (par.103).Ce faisant, elle reconnaît que la conséquence d\u2019un «Oui» référendaire, sous réserve qu\u2019il soit exprimé par une majorité claire en réponse à une question claire, internationalise une question qui pourrait passer pour exclusivement interne.Ainsi, la Cour suprême reconnaît non seulement le fait que d\u2019autres États pourraient s\u2019intéresser, comme ils l\u2019ont toujours fait, aux attitudes des gouvernements du Canada et du Québec dans ce contexte, mais considère qu\u2019ils peuvent jouer un rôle concernant une obligation de négocier qui est 94 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE une obligation constitutionnelle intérieure.Elle semble donc accorder à ces États un statut, qui est plus politique que juridique, mais elle leur confère néanmoins un rôle clef.Il semble que cette internationalisation intervient d\u2019abord pendant les négociations elles-mêmes dans la mesure où elle implique que les gouvernements étrangers peuvent évaluer, bien qu\u2019indirectement, si le Québec et le reste du Canada se conduisent conformément à l\u2019obligation de négocier.Cette conduite, déclare la Cour, « serait régie par les mêmes principes constitutionnels que ceux qui ont donné naissance à l\u2019obligation de négocier: le fédéralisme, la démocratie, le constitutionnalisme et la primauté du droit, et la protection des minorités» (par.90).Ainsi, la Cour suprême du Canada invite les gouvernements étrangers à évaluer la façon dont ces principes constitutionnels sont pris en compte pendant les négociations ainsi que les « intérêts du gouvernement fédéral, du Québec et des autres provinces, d\u2019autres participants, ainsi que des droits de tous les Canadiens à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur du Québec» (par.92).Ces intérêts sont également liés aux «questions très diverses» (par.96).qui seraient en jeu dans les négociations.Il semble que, selon la Cour, figureraient parmi ces questions le «haut niveau d\u2019intégration des institutions économiques, politiques et sociales au Canada », « une économie nationale et une dette nationale», «la question des frontières», les «minorités linguistiques et culturelles, dont les peuples autochtones» (ibid.).La Cour suprême donne à entendre donc que les États membres de la communauté internationale évalueront directement tous les aspects de la négociation.Mais elle semble conférer un autre rôle encore plus névralgique aux États membres de la communauté internationale lorsqu\u2019elle suggère qu\u2019ils soient parties au processus d\u2019accession du Québec à la souveraineté.L'ACTION NATIONALE \u2022 95 II- Les États comme parties à l\u2019accession du Québec à la souveraineté Si la Cour suprême du Canada confère un rôle aux autres États souverains pendant les négociations, elle semble également penser qu\u2019ils auront un rôle à jouer après les négociations.Elle rattache clairement la violation de l\u2019obligation de négocier à la question de la reconnaissance internationale.Dans une déclaration d\u2019une importance capitale, elle affirme : Ainsi, un Québec qui aurait négocié dans le respect des principes et valeurs constitutionnels face à l\u2019intransigeance injustifiée d\u2019autres participants au niveau fédéral ou provincial aurait probablement plus de chances d\u2019être reconnu qu\u2019un Québec qui n\u2019aurait pas lui-même agi conformément aux principes constitutionnels au cours du processus de négociation.\u2014 La légalité des actes des parties au processus de négociation selon le droit canadien ainsi que la légitimité qu\u2019on leur reconnaît seraient l\u2019une et l\u2019autre des considérations importantes dans le processus de reconnaissance (par.103).L\u2019importance que la Cour accorde à la reconnaissance ressort également de déclarations où il est question de la conduite des parties aux négociations.Elle affirme que «[lie succès ultime d\u2019une telle sécession dépendrait du contrôle effectif d\u2019un territoire et de la reconnaissance par la communauté internationale» (par.106) et ajoute: Le succès ultime d\u2019une telle sécession dépendrait de sa reconnaissance par la communauté internationale qui, pour décider d\u2019accorder ou non cette reconnaissance, prendrait vraisemblablement en considération la légalité et la légitimité de la sécession eu égard, notamment, à la conduite du Québec et du Canada (par.155).La Cour semble dès lors accorder une grande importance à la reconnaissance dans le cadre et le processus juridiques qu\u2019elle crée en réponse à la prétention du Québec à la souveraineté dans le contexte canadien.De ce point de vue, elle déclare que *(.) l\u2019une des normes juridiques que les États 96 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE peuvent invoquer pour décider de reconnaître ou non de nouveaux États est la légitimité du processus par lequel ceux-ci ont fait de facto sécession ou cherchent à le faire » (par.143).Elle se hâte d\u2019ajouter que « le processus de reconnaissance, auparavant considéré comme l\u2019exercice d\u2019un pouvoir souverain absolu, est maintenant assorti de normes juridiques» (ibidj et cite à l\u2019appui de cette position la Déclaration de la Communauté européenne sur les Lignes directrices sur la reconnaissance de nouveaux États en Europe orientale et en Union soviétique.Ces déclarations de la Cour suprême du Canada révèlent clairement qu\u2019elle considère les autres États membres comme des parties au processus d\u2019accession du Québec à la souveraineté.La participation de tierces parties n\u2019est manifestement pas considérée comme une violation de l\u2019indépendance politique du Canada et la Cour ne condamne pas à l\u2019avance toute reconnaissance de la souveraineté du Québec comme \u2018'prématurée».Tout au contraire, elle semble accepter l\u2019idée que des gouvernements étrangers pourraient reconnaître le Québec si le Canada faisait preuve d\u2019intransigeance pendant les négociations et ne respectait pas son obligation de négocier de bonne foi avec le Québec.Conscient de l\u2019importance accordée aux États étrangers dans le cadre de ce processus, le premier ministre du Québec, M.Lucien Bouchard, a souligné l\u2019importance de ces opinions de la Cour suprême du Canada lorsqu\u2019il a déclaré que la Cour suprême « envoyait un message clair à la communauté internationale en disant que si, après un oui référendaire, le Canada et les autres provinces se montraient intransigeants envers le Québec dans le processus de négociation, la reconnaissance du Québec serait plus facile à obtenir».Il a ajouté, en des termes qui rappellent la dernière campagne électorale, que la Cour donnait au Québec « une autre condition de réussite aux négociations».L'ACTION NATIONALE \u2022 97 À la lumière des nombreuses déclarations de la Cour concernant le rôle-clé que les États pourraient jouer dans le processus d\u2019accession du Québec à la souveraineté, les souverainistes réitèrent leur intention de remplir leur obligation de négocier avec le reste du Canada.Ils ont l\u2019intention de négocier de bonne foi toutes les questions liées à l\u2019accession du Québec à la souveraineté et, en outre, de négocier et conclure un traité de partenariat afin de maintenir l\u2019union économique et monétaire existante.Ils prennent cet engagement principalement envers le Canada, mais aussi envers tous les États de la communauté internationale que la Cour suprême considère comme des témoins et des parties au processus d\u2019accession du Québec au statut de pays souverain.?Avis aux Internautes ! L\u2019Action nationale est maintenant sur le Web ! http://www.action-nationale.qc.ca Vous y retrouvez : \u2022\tl'éditorial \u2022\tdes articles : social - culture - politique \u2022\tdes faits saillants sur l'épargne \u2022\tdes billets hebdomadaires \u2022\tdes textes majeurs parus dans la revue \u2022\tl'abonnement en ligne Venez naviguer et donnez-nous vos commentaires ou suggestions ! Notre courriel : revue@action-nationale.qc.ca 98 \u2022 L'ACTION NATIONALE Du monument historique au bien culturel Louise Brunelle-Lavoie1 La notion de patrimoine a connu au Québec, comme ailleurs à l\u2019étranger, une extension typologique et chronologique.Un seul survol de l\u2019évolution de la législation le concernant permet d\u2019en retracer les principales étapes.Une première loi «relative à la conservation des monuments et objets d\u2019art ayant un intérêt historique ou artistique » est adoptée par l\u2019Assemblée législative du Québec le 7 mars 1922.Elle entre en vigueur quatorze jours plus tard.S\u2019inspirant de la loi française de 1913, ce texte reconnaît l\u2019intérêt national de conserver «des monuments et des objets d\u2019art dont le caractère historique ou artistique est incontestable ».Le moyen privilégié pour assurer cette conservation est le classement par une «commission de cinq personnes compétentes» sous la direction du Secrétaire de la province.Les monuments visés par la loi sont des immeubles «par nature ou par destination» et des objets 1.Historienne, vice-présidente de la Commission des biens culturels du Québec L'ACTION NATIONALE \u2022 99 mobiliers.Cependant, ils ne pourront être classés \u201cqu\u2019avec le consentement du propriétaire».L\u2019objectif premier de la loi 1922 est d\u2019assurer la conservation des monuments.Cette préoccupation est le reflet du climat économique et social qui prévaut alors au Québec.En effet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, on assiste à la disparition progressive de l\u2019économie rurale traditionnelle au profit d\u2019activités liées à l\u2019exploitation des richesses naturelles.Ce passage à une société industrielle et urbaine n\u2019est pas sans inquiéter l\u2019élite canadienne-française composée principalement de membres du clergé et des professions libérales.Ce bouleversement social et économique lui apparaît d\u2019autant plus menaçant qu\u2019il est dû à l\u2019action d\u2019intérêts « étrangers ».Devant la disparition «des reliques du passé», le gouvernement reconnaît «l\u2019intérêt national» de conserver intactes certaines traces de l\u2019histoire en les classant.La loi demeure cependant vague sur la nature des monuments à classer ainsi que sur les critères de sélection.Les premiers monuments C\u2019est aux membres de la Commission des monuments historiques qu\u2019il revient de définir ce qu\u2019ils entendent par monument.Adoptant une approche beaucoup plus pratique que théorique, les commissaires considèrent alors que la nature première d\u2019un monument est de rappeler le passé et la mémoire des personnes ou des événements.Ils inaugurent donc leurs activités en répertoriant les monuments commémoratifs déjà existants.Cette recension devait leur permettre d\u2019établir un bilan, mais aussi d\u2019identifier les héros dont la statue n\u2019avait pas encore été érigée sur les places publiques et d\u2019initier d\u2019autres commémorations, «intéressantes leçons d\u2019histoire et de fierté patriotique ».Parallèlement à cet inventaire, la Commission des monuments historiques entreprend de colliger toutes les illustra- 100 \u2022 L'ACTION NATIONALE tions disponibles sur les témoins du Régime français.Elle rejoint ainsi l\u2019idéologie dominante de l\u2019époque qui magnifie la période antérieure à la conquête du Canada français par les Britanniques en 1760.Les trois premiers classements, faits en 1929, vont dans le même sens.Ils touchent trois bâtiments du XVIIIe siècle : le château de Ramezay à Montréal, la maison des Jésuites à Sillery et l\u2019église Notre-Dame-des-Victoires à Québec.La crise économique qui s\u2019installe en 1930 ralentit cependant les activités de la Commission des monuments historiques.Faute de moyens financiers, la Commission apparaît condamnée à jouer un rôle de plus en plus effacé.Comme l\u2019écrit son secrétaire, Pierre-Georges Roy, en 1935 : \u201cLe gouvernement doit s\u2019occuper surtout des monuments qui parlent, c\u2019est-à-dire des personnes à nourrir.Quant aux monuments qui ne parlent pas, ils devront, malgré leur éloquence, attendre la fin de la crise».Nonobstant l\u2019appui des sociétés d\u2019histoire, qui tentent de convaincre le gouvernement provincial de faire son devoir à l\u2019égard des souvenirs historiques, et l\u2019octroi de subventions sporadiques, la situation n\u2019évolue guère jusqu\u2019à la fin des années 1940.En 1948, la nomination, auprès du Conseil exécutif d\u2019un conseiller technique ayant pour mandat de favoriser la conservation et le développement du patrimoine culturel et artistique du Québec, laisse présager une reprise des activités dans ce domaine.L\u2019intérêt du gouvernement provincial est d\u2019ailleurs aiguillonné en ce sens par le rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019avancement des arts, des lettres et des sciences commandé par le gouvernement fédéral.La loi de 1922 est donc revue, toujours à la lumière d\u2019une législation française, datant cette fois de 1943.Sanctionnée le 23 janvier 1952, la Loi pour assurer la conservation des monuments, sites et objets historiques ou artistiques allonge la liste des biens susceptibles d\u2019être inclus dans la catégorie des monuments en y ajoutant les sites présentant un caractère d\u2019intérêt national.La commission des monuments his- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 101 toriques pourra donc classer des monuments, constructions, sites et objets historiques ou artistiques.Des sites préhistoriques, scientifiques et les paysages peuvent être classés Tout comme la précédente, la loi de 1952 définit assez vaguement les monuments à classer.Elle reconnaît cependant que des monuments et sites préhistoriques pourront se voir attribuer un tel statut.Il en sera de même pour les paysages et sites présentant un intérêt scientifique, qui s\u2019ajoutent désormais aux lieux d\u2019intérêt historique et artistique.Même si l\u2019objectif premier de la loi de 1952 demeure la conservation, la possibilité offerte à la Commission des monuments historiques d\u2019acquérir tout immeuble lui permettant de mettre en valeur un monument ou un site classé introduit une toute autre notion.Ainsi, le monument n\u2019interpelle plus seulement la mémoire.Il s\u2019impose peu à peu comme objet ayant une valeur intrinsèque architecturale ou esthétique.La Commission des monuments historiques des années 1950 s\u2019emploie donc à faire ressortir cette valeur par une restauration \u201cconsciencieuse».Elle s\u2019intéresse, comme le souligne son président, Paul Gouin, aux monuments datant du Régime français et à d\u2019autres qui, par la suite, ont été construits « selon la tradition canadienne ».Les travaux effectués cherchent à « éliminer les parasites » du XIXe siècle et à revenir *à la belle simplicité» de la Nouvelle-France.La Commission adopte donc la théorie de la restauration stylistique à la manière de Viollet-le-Duc et recherche l\u2019état d\u2019origine de l\u2019édifice, ou l\u2019état jugé le mieux achevé.Elle privilégie ainsi une architecture idéale au lieu d\u2019une architecture façonnée au cours des siècles par les différents usagers.La Commission des monuments historiques de cette période se dote aussi d\u2019une politique incitative au classement.Les commissaires sillonnent le Québec pour informer 102 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE les propriétaires de maisons ou d\u2019églises anciennes des effets du classement et de la procédure à suivre pour l\u2019obtenir.La valeur architecturale privilégiée alors rejoint la valeur historique préconisée dans les années 1920 : toutes deux centrent la sauvegarde sur les éléments architecturaux des XVIIe et XVIIIe siècles.Leur environnement est parfois également préservé par l\u2019attribution d\u2019un statut de monument et site.En 1961, la création du ministère des Affaires culturelles n\u2019apporte, à court terme, aucun changement majeur.Le rôle et les moyens d\u2019action de la Commission des monuments historiques sont maintenus et les commissaires poursuivent leurs sollicitations auprès des propriétaires.Ils continuent notamment à rencontrer un grand nombre de fabriques paroissiales afin de classer des lieux de culte.Là où la situation le justifie, les commissaires distinguent l\u2019église et son contenu, classant les œuvres d\u2019art appartenant aux fabriques comme objets artistiques et les objets d\u2019orfèvrerie comme objets historiques.Cet état de choses, cependant, ne pouvait durer.Les autorités du ministère élaborent en effet une réorganisation administrative des organismes qui leur ont été transférés.Elles travaillent également à une nouvelle loi relative aux monuments historiques.La protection des ensembles Le Québec entreprend en I960 une réforme en profondeur afin de se constituer en un véritable État moderne.Le mouvement est marqué, entre autres, par le recrutement d\u2019un nouveau groupe de fonctionnaires issus des sciences sociales.La Loi des monuments historiques sanctionnée le 10 juillet 1963 est leur œuvre.Elle introduit un changement majeur dans le mandat de la Commission des monuments historiques.La loi prévoit en effet la création d\u2019un Service des monuments historiques qui s\u2019occupera de toute l\u2019admi- L'ACTION NATIONALE \u2022 103 nistration jusqu\u2019alors réservée à la Commission.Cette dernière devient un organisme strictement consultatif.La pièce maîtresse de la nouvelle législation demeure l\u2019élargissement de la notion de monument pour inclure des ensembles patrimoniaux.Les fréquentes atteintes au patrimoine architectural du Vieux-Québec avaient illustré avec acuité les insuffisances de la législation de 1952.Elles avaient démontré la nécessité de déclarer d\u2019intérêt public des circonscriptions géographiques.La loi de 1963 répond à cette préoccupation.Dorénavant, «une municipalité ou une partie de municipalité où se présente une concentration d\u2019immeubles présentant un intérêt historique ou artistique ¦¦ pourra être déclarée arrondissement historique.Dès novembre 1963, la nouvelle loi est appliquée au Vieux-Québec.L\u2019année 1964 est à son tour marquée par la déclaration des arrondissements historiques du Vieux-Montréal, de Sillery, de Beauport et des Trois-Rivières.Celui de Charlesbourg est pour sa part déclaré en 1965 et celui de l\u2019île d\u2019Orléans en 1970.La gestion des demandes de permis pour toutes les constructions, réparations, transformations ou démolitions d\u2019immeubles dans les arrondissements est assurée par le Service des monuments historiques, après avis de la Commission.Une lecture des procès-verbaux montre que les commissaires ont plus de considération pour certains types de bâtiments.Ainsi, s\u2019ils se révèlent des gardiens efficaces contre les atteintes aux maisons historiques, ils sont par contre beaucoup moins sévères dans leurs recommandations pour les édifices à fonction commerciale qui n\u2019ont, à leurs yeux, ni valeur architecturale ni intérêt esthétique pertinent.L\u2019approche de la Commission pour les travaux affectant le quartier de Place-Royale dans le Vieux-Québec, relève encore d\u2019une conception des années 1950.Le projet implique la démolition d\u2019immeubles et leur reconstruction dans le style de l\u2019architecture française du XVIIIe siècle, pour 104 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE restaurer le berceau de la Nouvelle-France et, partant, du Canada tout entier.Le chantier doit être achevé pour la célébration du centenaire de la Confédération canadienne en 1967.Pour le président de la Commission, Paul Gouin, cette «restauration constituera un monument commémoratif et une vivante leçon d\u2019histoire ainsi qu\u2019une attraction touristique de grande classe».Certaines des idées reçues commencent cependant à être remises en question.On ne peut « plus esquiver la question fondamentale : qu\u2019est-ce que le monument national, actif du patrimoine national?» demande Robert Giroux, auteur d\u2019une enquête sur le Service des monuments historiques.Le comité formé pour étudier cette question dépose alors, en novembre 1967, un rapport qui introduit la notion de patrimoine et préfigure, par plusieurs aspects, la nouvelle législation qui intervient cinq ans plus tard.La Loi sur les biens culturels Sanctionnée le 8 juillet 1972, la Loi sur les biens culturels consacre l\u2019extension de la notion de patrimoine.Un bien culturel, dit ce texte, est une œuvre d\u2019art, un bien historique, un monument ou un site historique, un bien ou un site archéologique.La ministre des Affaires culturelles de l\u2019époque souligne que, face au bouleversement des valeurs traditionnelles, les biens culturels apparaissent comme des points d\u2019ancrage référentiels.Le Québec se doit «de présenter un échantillonnage valable de sa production artisanale et artistique de toutes les époques», le préservant des contrecoups de l\u2019urbanisation accélérée et de la mondialisation des marchés.Tous pourront ainsi profiter « des valeurs scientifiques, esthétiques, éducatives et de récréation que les biens culturels représentent».Dans ce contexte, la loi de 1972 propose une typologie et une définition des biens culturels.Elle apparaît donc un L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 105 peu moins vague que les lois précédentes sur les critères pouvant justifier l\u2019attribution d\u2019un statut juridique.Pourront être identifiés comme biens culturels : -\tune œuvre d\u2019art : bien meuble ou immeuble dont la conservation présente d\u2019un point de vue esthétique un intérêt public ; -\tun bien historique : tout manuscrit, imprimé, document audiovisuel ou objet façonné dont la conservation présente un intérêt historique ; -\tun monument historique : immeuble qui présente un intérêt historique par son utilisation ou par son architecture ; -\tun site historique : lieu où se sont déroulés des événements ayant marqué l\u2019histoire du Québec, ou aire renfermant des biens ou des monuments historiques ; -\tun bien archéologique : tout meuble ou immeuble témoignant de l\u2019occupation humaine préhistorique ou historique ; -un site historique: lieu où se trouvent des biens archéologiques.Tout en maintenant la notion d\u2019arrondissement historique, la Loi sur les biens culturels ajoute celle d\u2019un arrondissement naturel, soit un territoire ayant un intérêt esthétique, légendaire ou pittoresque en raison de son harmonie naturelle.Cette loi consacre également la notion d\u2019aire de protection, périmètre de terrain autour d\u2019un monument historique ou d\u2019un site archéologique pour y garantir leur dégagement.L\u2019objectif premier de la loi de 1972 est toujours la conservation des biens culturels.Il n\u2019est cependant plus question d\u2019assurer cette conservation pour l\u2019intérêt national, mais pour l\u2019intérêt public.En vertu de ce principe, la nouvelle loi prévoit que le statut juridique pourra être attribué sans le consentement du propriétaire.À compter de 1972, la nouvelle loi est fréquemment utilisée pour octroyer un statut juridique à de grands ensembles urbains.La Commission des biens culturels, qui a suc- 106 \u2022 L'ACTION NATIONALE cédé à la Commission des monuments historiques en tant qu\u2019organisme consultatif, recommande que la conservation du patrimoine architectural soit intégrée dans un processus de planification urbaine.Sans être habilitée à faire du zonage ou de l\u2019urbanisme, la Commission utilise son mandat pour inciter les municipalités à agir en ce sens.La promulgation des lois sur les parcs en 1977, sur la protection du territoire agricole en 1978, sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme et sur la qualité de l\u2019environnement en 1979, a recentré le rôle de la Loi sur les biens culturels sur la protection des paysages culturels.La loi de 1972 a également permis de réaliser des progrès évidents pour la protection des œuvres d\u2019art, des biens historiques, archivistiques et ethnologiques ainsi que des sites archéologiques.La Commission des biens culturels des années 1980 souhaite une approche globale en matière de sauvegarde des biens culturels.Elle favorise les études d\u2019ensemble qui sauront apporter un éclairage nouveau dans l\u2019examen des dossiers quotidiens.Elle entreprend elle-même des recherches portant sur la protection des biens culturels: mesures fiscales favorisant la conservation, principes et critères de restauration, attribution des permis de recherche en archéologie.Depuis 1985, un amendement à la Loi sur les biens culturels accorde aux municipalités le pouvoir de citer des monuments historiques et de constituer en site du patrimoine tout ou partie de leur territoire «où se trouvent des biens culturels immobiliers et dans lesquels le paysage architectural présente un intérêt d ordre esthétique ou historique ».Les définitions de 1972 demeurent cependant inchangées, même si la notion de patrimoine tend à remplacer de plus en plus celle de biens culturels.?L\u2019ACTION NATIONALE «107 ETRES T^TTrrj^ © Caisse d'économie des travailleuses et travailleurs (Québec) 155, boulevard Charest Est Québec (Québec) G1K 3G6 (418) 647-1527 Télécopieur (418) 647-2051 1 800 626-5166 UNE FORCE AU TRAU/VC 108 L'ACTION NATIONALE Regards sur Vactualité Rosaire Morin L\u2019avenir du nationalisme Il est toujours édifiant de relire les textes des précurseurs.Un article de Léon Dion paru dans la revue de juin 1989 est toujours d\u2019actualité.Le vocabulaire a évolué, mais la pensée du célèbre sociologue se dégage comme un phare qui guide les Québécois dans le brouillard de certains esprits.Quelques extraits sont reproduits : L'existence de la nation québécoise a toujours été jusqu 'ici précaire et elle l\u2019est toujours.D\u2019où l\u2019insécurité chronique qui hante les Québécois, cette peur, sinon de disparaître, du moins d\u2019être empêchés de nous développer conformément à nos aspirations.Plus peut-être que jamais, nous savons que nous serons seuls pour les affronter, le Canada anglais manifestant aujourd\u2019hui à notre endroit plus que son ignorance séculaire, un véritable sentiment de rejet, du moins en certains milieux.Pour la premièrefois peut-être de notre existence, nous savons que la dimension linguistique et culturelle de notre condition est intimement liée à tous toutes les composantes sociales.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 109 Sous toutes les formes qu \u2019il a revêtues et qu 'il revêt aujourd\u2019hui, le nationalisme canadien-français reflète notre condition comme peuple: minorité démographique insignifiante sur le continent, précarité linguistique, dépendance économique, insuffisance des structures politiques.C\u2019est pourquoi je considère le nationalisme québécois comme un fait permanent de société.Le jugement que l\u2019on peut formuler sur lui, comme dans le cas de tout phénomène social, doit à la fois porter sur les fonctions sociales qu\u2019il remplit et les valeurs qu 'il véhicule.Selon toute vraisemblance, nous demeurerons un petit peuple.Par comparaison à notre environnement, il est même probable que, collectivement, nous diminuerons encore.Il nous faut savoir garder foi dans notre force de résistance, en de nouvelles possibilités de réels développements dans les années à venir.Par ailleurs, l\u2019amoindrissement sinon l\u2019éclatement de la souveraineté du Canada, dans pareille conjoncture, pourrait en contrepartie favoriser le désengagement politique du Québec du Canada.Ce serait une grave erreur de perdre de vue le rôle unique de phare que l\u2019État au Québec a été appelé à exercer pour les Québécois toujours à la recherche de sécurité et de leur identité collective et de croire que ce rôle ne sera plus requis dans tout avenir prévisible.Extrait, Léon Dion, L\u2019Action nationale, juin 1989, pp.790-798.Monsieur Stéphane Dion devrait relire ces lignes, les méditer et s\u2019en inspirer.Duchy of Pontiac En 1963, Daniel Johnson parlait de «l\u2019heure de la dernière chance pour la Confédération.» Trente-six ans plus tard, certains espèrent encore que «l\u2019heure de la dernière chance» est arrivée.Dans Le Devoir du 18 janvier 1963, on retrouve un reportage de Marcel Thivierge dont nous reproduisons certains extraits : 110 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ce n 'estpas une enquête sur le bilinguisme qu 'ilfaut avant 1967, mais une assemblée constituante ; pas une constitution rapiécée, mais une constitution nouvelle.Sans quoi il n\u2019y aura pas d\u2019autre issue que l\u2019indépendance.L'Union nationale est un parti libre pour un Québec libre.Cessons une fois pour toutes de rêver d\u2019une impossible unité.C\u2019est l\u2019union qu'il faut désormais chercher, l\u2019union dans la liberté, l\u2019harmonie dans le respect des souverainetés nationales, l\u2019alliance de deux communautés ayant des titres égaux à l'autodétermination.Voilà ce que l\u2019État du Québec devrait, sans tarder, faire savoir à Ottawa.- -Le Québec.ne se contentera plus de cette tolérance plus ou moins bienveillante qui, depuis cent ans, fait de nous dans la Confédération un groupe d\u2019éternels quémandeurs, qu 'on amuse d\u2019une élection à l\u2019autre avec des jouets genre chèques bilingues, mais qu\u2019on n\u2019a jamais accepté autrement qu\u2019à titre de mineurs, d\u2019adjoints ou d\u2019associés juniors au bureau de direction de la nation.» Pendant combien d\u2019années encore allons-nous répéter le même discours?Le vocabulaire a à peine évolué.La volonté d\u2019être est toujours aussi cotonneuse.Jean-Paul Perreault, Président d Impératif français Conseil pour l\u2019unité canadienne Le Conseil pour l\u2019unité canadienne (CUC) a été fondé en 1964.Il reçoit 6,2 millions $ du ministère du Patrimoine.Il chapeaute le Centre de recherche et d\u2019information du Canada que préside Joan Fraser.Il administre les programmes Expérience Canada et Rencontres du Canada.Il organise des tables rondes provinciales.À la veille du référendum du 30 octobre 1995, le CUC avait créé Option Canada bénéficiaire d\u2019une subvention spéciale de 4,8 millions $ accordée par le ministère du Patrimoine.Cette somme avait été octroyée à même les budgets destinés à la promotion des langues officielles.L'ACTION NATIONALE «111 Les banques torontoises sont généreuses envers le CUC.La CIBC verse 300 000$.Scotia et Toronto-Dominion sont discrètes sur leurs souscriptions, mais le représentant de la TD affirmait au Devoir que «l\u2019unité canadienne, c\u2019est ce qui est le plus bénéfique pour nos clients et nos actionnaires.» Les banques ne sont pas aussi généreuses envers L\u2019Action nationale.Toutes les banques, y compris Desjardins, souscrivent 1 500 $ en 1999- Le droit de parole Pierre Paquette dirigeait l\u2019émission Droit de parole à Télé-Québec.Il préside un chantier du Bloc québécois.Le Parti libéral du Québec intervient auprès de la société de l\u2019État québécois.Le président Robert Normand annule le contrat de l\u2019animateur dans les heures qui suivent.Si le droit de réserve était compris de la même façon par les autorités de Radio-Canada, il n\u2019y aurait presque plus d\u2019animateurs dans les émissions d\u2019information et d\u2019affaires publiques de la société fédérale.La propagande fédéraliste a le droit de parole.La réserve consiste dans l\u2019engagement à promouvoir la feuille d\u2019érable ou l\u2019unité canadienne.Ottawa viole la loi La Cour fédérale a jugé illégale la méthode d\u2019enquête que le ministère du Développement des ressources humaines utilise.Le ministère pratique le couplage d\u2019informations.Il compare ses propres fichiers de bénéficiaires de l\u2019assurance-emploi avec les renseignements de Douanes Canada.Il pénalise alors les chômeurs qui se sont absentés du pays.De septembre 1996 à août 1998, il a récupéré ainsi 55 millions $ et il imposé des amendes pour une somme de 10 millions $.La juge Danièle Tremblay-Lamer a déclaré illégal le programme de couplage.C\u2019est un usage contraire à l\u2019article 8 de la Charte canadienne des droits et libertés.La 112 \u2022 L'ACTION NATIONALE Loi sur la protection de la vie privée interdit un tel procédé, sans le consentement des personnes concernées, à moins d\u2019une situation exceptionnelle prévue dans la Loi.Le gouvernement fédéral n\u2019a pas le droit d\u2019enfreindre la Loi.Il doit cesser son harcèlement sans délai.Il ne doit pas exercer un recours contre le jugement, comme il le fait couramment.Alliance Québec En 1998, Alliance Québec a reçu une subvention de 922 300 $ du gouvernement fédéral.Elle encaissait aussi 163 875 $ de dons.Plusieurs banques torontoises ont souscrit à cet organisme qui combat la marche d\u2019un peuple qui aspire à la liberté.L Action nationale ne jouit pas d\u2019une telle abondance d\u2019argent.Elle n\u2019a jamais connu la période des sept années de vaches grasses.Elle ressemble plutôt à Job.Sur son tas de fumier poussaient les plus belles fleurs de la terre.Mille petits problèmes Une scierie à La Rédemption La Rédemption, c\u2019est un petit village de ma terre natale.À trois quarts d\u2019heure de Rimouski.En 1996, la scierie de tremble fermait ses portes.C\u2019était la désolation dans le village.Les jeunes s\u2019exilaient à Mont-Joli et parfois, plus loin.Le Fondaction de la CSN s\u2019est impliqué.Quatre cent mille dollars sont investis.Trente emplois sont créés grâce aussi à Raymond Chénard, un promoteur qui s\u2019y connaît dans la scierie.Des cours de formation sont dispensés dans la salle du conseil municipal.Le Cégep de Rimouski et la Commission scolaires Monts et Marées donnent ces cours de formation sur mesure.Voilà un autre petit problème résolu.Si on travaillait sur les 100 000 petits problèmes, il n\u2019y aurait plus de grand L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 113 problème.Les grands chantiers qui coûtent des milliards de dollars ne règlent pas le problème social du Québec.Les personnes les moins bien nanties n\u2019en profitent pas.À peine quelques sous de différence.Québec à vendre Air Alliance Les jeux sont faits.Air Alliance ferme son siège social à Québec.Les pénates sont déménagées à Halifax chez Air Nova qui avait acquis l\u2019entreprise il y a quelques mois.Air Alliance quitte avec les subventions qu\u2019elle a encaissées.L\u2019histoire se répète.C\u2019est le perpétuel recommencement.Canam Manac Le Groupe Canam Manac vient de connaître un changement de nom.Il vient de vendre sa division de semi-remorques pour 87 millions $.Great Dane Limited Partnership de Chicago est l\u2019acquéreur.L\u2019usine produisait 8 000 semi-remorques par année.Elle employait 1192 personnes.Ses revenus totalisaient les 299 millions $ en 1998.Les profits atteignaient les 7 millions $.Le porte-parole de Canam parlait de réduire la dette et de mettre de l\u2019argent en banque.Une partie du Québec Inc.s\u2019envole vers les rives du lac Michigan.La garde montante s\u2019effrite.et les Américains s\u2019enrichissent de projets que les gestionnaires québécois ne jugent pas rentables.Cap Reit Canadian Apartment Properties Real Estate Invesment Trust vient d\u2019acquérir les immeubles du Domaine Choisy et du Domaine Salaberry situés sur le boulevard Salaberry à Montréal.Les gestionnaires québécois de l\u2019argent des autres 114» L'ACTION NATIONALE n\u2019ont pas trouvé que ce projet était rentable.Une entreprise de Toronto croit le contraire.La charité nous porte à encourager les autres.Diageo United Distillers and Vintners Canandaigua Brands des États-Unis a acquis l\u2019usine de fabrication de whisky de Salaberry-de-Valleyfield qui appartenait à la filiale Diageo United Distillers and Vintners.La transaction est de l\u2019ordre de 370 millions $.Les gestionnaires de l\u2019argent des autres ne sont pas intéressés au contrôle québécois des entreprises.Les Américains débarquent chez nous en force.Ils occupent le territoire.Aucune résistance ne leur est opposée.Hôtel Ambassadeur Azim Jamal et Fayes Manji de Vancouver ont acheté l\u2019hôtel Ambassadeur de Beauport.Le trio québécois, Serge Savard, Mario Messier et Bernard Thibeault, avait acquis cet établissement en 1997.L\u2019hôtellerie québécoise est de propriété torontoise, allemande, américaine, anglaise, chinoise, espagnole, hollandaise.dans une proportion de 90% pour les établissements de 100 chambres et plus.L\u2019accueil est encore québécois, bilingue presque partout.Des projets rentables pour des entreprises étrangères ne sont pas jugés profitables par les gestionnaires québécois qui croient toujours qu\u2019il n\u2019y a pas de \"projets rentables - au Québec.Noranda Noranda s\u2019apprête à vendre sa filiale Industries Câbles d\u2019acier à la compagnie américaine Wire Co.pour quelque 55 millions $.Les Câbles d\u2019acier emploient 500 employés dans ses usines de Pointe-Claire et de Surrey.L\u2019usine se spécialise dans la fabrication de câbles en acier.L\u2019absence du contrôle québécois des entreprises nous rend valet et serviteur.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 115 Roche Ltée La compagnie américaine The It Group est spécialisée dans les travaux d\u2019insfrastructures en environnement.Son chiffre d\u2019affaires s\u2019élève à 1,2 milliard.Elle vient d\u2019acquérir Roche Ltée, Groupe-conseil qui a pignon sur rue à Sainte-Foy et qui emploie 700 personnes.The It Group recherchait une société experte en approvionnement en eau, en énergie et en infrastructures de transport.Roche Ltée était un projet rentable pour les gestionnaires qui répètent qu\u2019il n\u2019y a pas de «projets rentables» au Québec pour investir davantage.À moins que les Américains ne soient pas des hommes d\u2019affaires et qu\u2019ils s\u2019engagent dans des aventures.Ce que je ne crois pas.W.H.Perron La compagnie White Rose Crafts & Nursery Sales Limited avait acquis W.H.Perron il y a cinq ans.Elle ferme les huit magasins du Québec.La compagnie conserve 32 magasins en Ontario.Le président J.Patrick Howe déclarait que la compagnie devrait réduire les coûts de distribution et d\u2019exploitation qui étaient trop élevés.Se peut-il qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019hommes d\u2019affaires québécois capables de protéger le contrôle québécois des entreprises ?La perte de 300 emplois provoque un coût social très déficitaire.La fermeture de W.H.Perron est un autre petit problème dont la multiplication constitue le grand problème de l\u2019économie québécoise.Invasion fédérale dans la santé Le gouvernement fédéral vient d\u2019octroyer 15 millions de dollars pour la recherche sur le cancer de la prostate.Il a décidé d\u2019ignorer complètement les équipes québécoises reconnues à travers le monde.Ces équipes, notamment celle du CHUL, ont une expertise scientifique exportée en d\u2019autres 116 \u2022 L'ACTION NATIONALE pays.Comment le gouvernement fédéral peut-il accorder à Vancouver un tel octroi et ignorer le développement de la recherche au Québec?Ce n\u2019est certes pas le respect de la compétence exclusive du Québec qui a motivé la décision.La carte de l\u2019électeur Radio-Canada, le 23 février 1999, à son émission Montréal ce soir, rapporte des faits troublants.Un certain Tony, visage et voix déformés, avoue avoir voté 24 fois pour le candidat libéral Jean-Sébastien Lamoureux et avoir reçu 10$ du vote.Le journaliste Philippe Schnobb souligne qu\u2019une soixantaine d\u2019autres personnes, attirées par l\u2019appât du gain, se sont aussi rendues au Château Princesse, à Saint-Léonard, où on leur confiait le mandat de mémoriser le nom, l\u2019adresse, l\u2019âge et la date de naissance des gens sous le nom desquels ils allaient voter.Une femme a même révélé «qu\u2019au moment du vote dans un bureau, on lui a dit que la personne était venue voter.Faisant preuve d\u2019un sang-froid peu commun, elle a insisté.On l\u2019a assermentée et elle a voté calmement.» On se croirait revenu au temps du député Bercovitch qui avait obtenu le vote de quelque 110% des électeurs inscrits.Le vote « télégraphe » a dû être pratiqué à grande échelle lors du dernier référendum.Se peut-il que 95% des électeurs aient voté ?C\u2019est fantastique, incroyable ! La proportion ébranle la foi des plus croyants.Le télégraphe a des ailes et n\u2019a pas de pieds.Le gouvernement doit intervenir.Une carte d\u2019identité doit être imposée sans délai.Peut-être la carte de l\u2019assurance-maladie.Il serait difficile de frauder la photo.Mais d\u2019autres problèmes existent.La qualité de la carte électorale est faible.Les mécanismes de révision sont déficients et plus qu\u2019imparfaits.L\u2019urgence, c\u2019est l\u2019emploi L\u2019urgence est du côté de l\u2019emploi.Faire fonctionner l'économie à 95% de son potentiel, c\u2019est priver le Canada de L\u2019ACTION NATIONALE «117 400000 emplois et de 45 milliards de dollars de revenu annuel, et le Québec, de 100000 emplois et de 10 milliards de revenu annuel.Tel est le commentaire de l\u2019économiste Pierre Fortin dans La Minute de l\u2019emploi du Fonds de solidarité de la FTQ.L\u2019urgence, c\u2019est de se donner \u201cdes stratégies concertées de forte relance de l\u2019économie et du marché du travail ».Le gouvernement, les entreprises et les syndicats doivent se concerter et bâtir des chantiers qui redonnent aux personnes les plus faibles le droit de vivre dans la dignité.Une autre chicane avec Ottawa La querelle des fonds marins est très ancienne entre le gouvernement fédéral, le Québec et les provinces maritimes.Le Québec affirme avoir juridiction sur cette partie du territoire qu\u2019il juge une mer intérieure.Le fédéral considère que ces eaux font partie du plateau continental.La compagnie Corridor Resources de Calgary et ses associés ont entrepris dans le golfe un programme d\u2019exploration de l\u2019ordre de 20 millions $.Les premiers travaux sont encourageants.La présence d\u2019hydrocarbures a été détectée au large des Iles-de-la-Madeleine.Mais les travaux du site Old Harry ne seront peut-être pas entrepris.Un obstacle imprévu vient de surgir.La compagnie Corridor Resources exige qu\u2019une entente soit conclue entre le fédéral et le Québec.Le président Norm Miller croit qu\u2019un accord spécial peut être conclu pour poursuivre les travaux, sans résoudre la question de juridiction.La règle du précédent est toujours dangereuse pour le Québec dans un régime parlementaire qui fonctionne à la britannique.Le McDonald\u2019s du Plateau Mont-Royal Le 28 novembre 1997, 72% des 54 employés signent une carte d\u2019adhésion aux Teamsters.Le propriétaire, Laurent 118 \u2022 L'ACTION NATIONALE Vignola, n\u2019aime pas les syndicats.Il conteste.Il encourage le roulement du personnel.Le temps passe.Quinze mois plus tard, il ne reste que 12 des employés qui avaient adhéré au syndicat.Un nouveau vote est pris et 90% se prononcent contre le syndicat.Dans quinze mois, ces nouveaux employés devront, pour la plupart, se rechercher un emploi.La loi doit contraindre le géant du hamburger.Elle doit protéger les travailleurs les plus faibles.Les employés qui ne reçoivent que le salaire minimum et qui œuvrent dans des conditions difficiles de travail ont besoin d\u2019une organisation syndicale pour défendre leurs droits.Le gouvernement doit intervenir, modifier la loi, diminuer les délais et garantir le droit à la syndicalisation.La coopération entreprises-enseignement Dans La Minute de l\u2019emploi du fonds du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec, madame Diane-Gabrielle Tremblay écrit : *Notre recherche (.) tend à indiquer que les contenus de coopération ou de collaboration entre les entreprises ainsi qu 'entre celles-ci et des établissements d\u2019enseignement ou d\u2019autres institutions sont plutôt limités et pourraient être davantage, du moins si on les compare aux collaborations observées dans les régions européennes - qui gagnent - (.).La collaboration semble toutefois un peu plus développée dans la région de la Montérégie, et notamment dans son Triangle d\u2019or, un territoire «qui gagne - Voilà une situation à corriger! Les relations entre les employeurs et les maisons d\u2019enseignement sont la base de la formation professionnelle, pour une large part.?L'ACTION NATIONALE \u2022 119 Ensemble ur cultiver l'avenir Tant que la ville aura besoin de manger, il faudra la campagne pour la nourrir.L'Union des producteurs agricoles 120 \u2022 L'ACTION NATIONALE Document visuel L\u2019agriculture en Gaspésie et aux A Iles-de-la-Madeleine Un rêve réalisable* Laurence Lambert On a tendance à associer trop souvent la Gaspésie et les Iles-de-la-Madeleine à la pêche et au tourisme.Pourtant, l\u2019agriculture y occupe une place importante et ce, depuis la colonisation.Avec un fort potentiel, l\u2019agriculture gaspésienne offre de belles perspectives d\u2019avenir.Des débuts difficiles Sous le régime français, les morutiers ont été les premiers à pratiquer une forme de culture afin de diversifier leur alimentation fort limitée.L\u2019agriculture est principalement vivrière.Les colons font pousser du blé et de l\u2019orge pour les quelques animaux qu\u2019ils possèdent.Sous le régime britannique, l\u2019agriculture reste peu élaborée et demeure toujours complémentaire de la pêche.D après un texte de Louise Langevin, à paraître dans le prochain numéro du Magazine Gaspésie.L'ACTION NATIONALE «121 Les Acadiens avaient développé d\u2019ingénieuses techniques agricoles, comme les aboiteaux, qui permettaient de gagner du sol fertile sur la mer.Ils sont d\u2019excellents agriculteurs, mais ils ne possèdent pas leurs terres.Pour les Loyalistes arrivés en grand nombre en 1784, les choses sont plus faciles.Le Gouverneur de Québec leur octroie des terres et des provisions de bouche pour passer l\u2019hiver ainsi que des outils agricoles, des matériaux de construction, des vêtements.Au XIXe siècle, le portrait agricole est florissant.En 1820, les travaux d\u2019arpentage qui ouvrent la voie à la colonisation permettent une plus grande occupation des sols et une production agricole accrue.La population dans les comtés de Gaspé et de Bonaventure est en hausse de 202% entre 1850 et 1881.En 1855, le froment produit sur la ferme d\u2019Abraham Coffin de l\u2019Anse aux Cousins remporte une mention honorable lors d\u2019une exposition de blé tenue à Paris.En 1866, Gaspé exporte au-delà de 10 000 livres de beurre et près de 3000 minots de d\u2019avoine.Des fromageries apparaissent à Port-Daniel, Bonaventure et à Saint-Jules, les premières coopératives aussi.Cet essor n\u2019est que de courte durée.Le manque de travail et la parcellisation des terres agricoles marquent le début du XXe siècle.On manque de terres et le recul de la pêche oblige les Gaspésiens à chercher un gagne-pain ailleurs.Le clergé et les politiciens mettent en œuvre l\u2019ouverture de paroisses agricoles pour contrer cette saignée démographique.Des terres publiques et des lots de compagnies forestières sont distribués.Dans le même temps, Mgr Ross, évêque de Gaspé, exerce des pressions pour obtenir de meilleures infrastructures de transport garantes du développement économique : notamment l\u2019annexion du chemin de fer de la baie des Chaleurs au réseau national.En 1930, il incite les Cisterciens à fonder une ferme-école.En 1937, Esdras Minville, originaire de Grande-Vallée, imagine une expérience agro-forestière novatrice.Il veut créer une entreprise pour récupérer les pêcheurs menacés 122 \u2022 L'ACTION NATIONALE de perdre leur travail et les attacher à la terre en utilisant le potentiel forestier du milieu.Il convainc le premier ministre et la seigneurie de Grande-Vallée, appartenant à la Brown Corporation, est échangée contre des domaines situés ailleurs dans la province.Les colons organisés en coopérative devaient s\u2019adonner à la pêche ou à l\u2019agriculture en été et travailler en forêt l\u2019hiver.Les dix premières années sont un succès : en 1940, la coopérative enregistre un chiffre d\u2019affaire de 80000$.Mais le manque d\u2019éducation coopérative, l\u2019introduction des pensions de vieillesse, de l\u2019assurance-chômage et le transfert du sciage d\u2019hiver en été ont eu raison de la coopérative.Malgré l\u2019exode rural, l\u2019agriculture a fait un bond considérable.Ils sont plus de 10000 cultivateurs en 1944 et leurs propriétés couvrent 12,5% du territoire.Cependant cette agriculture n\u2019a pas encore atteint le stade d\u2019agriculture de marché.La faible dimension des unités domestiques oblige les fermiers à diversifier leurs sources de revenus et à se livrer à d\u2019autres activités.Dans les années 60, un plan d\u2019aménagement mis sur pied pour relever la Gaspésie au niveau du Québec est un échec, puisqu\u2019il ne tenait pas compte des particularités de la péninsule.Résultat : fermeture de treize paroisses agricoles et diminution du nombre d\u2019acres de terre en culture (86000 à 40000).Portrait agricole aujourd\u2019hui Aujourd\u2019hui, la Gaspésie et les Iles-de-la-Madeleine comptent quelque 350 exploitations agricoles et 940 travailleurs qui occupent plus de 45 000 hectares de superficie pour un chiffre d\u2019affaires annuel de 20 millions $.L\u2019agriculture se concentre surtout sur une longue bande de terre de 700 km et ne dépassant pas 5 km de large.La terre y est de bonne qualité mais pauvre en éléments nutritifs, car il s\u2019agit pour la plupart d\u2019anciens sols forestiers.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 123 L\u2019agriculture repose principalement sur l\u2019élevage, l\u2019industrie laitière et la culture maraîchère.L\u2019élevage et l\u2019industrie laitière Cinquante pour cent des entreprises agricoles se consacrent à la production bovine.Ce sont environ 150 éleveurs pour un cheptel de 4 330 vaches.Seule une quinzaine d\u2019éleveurs possèdent plus de 80 vaches de boucherie.Il s\u2019agit pour ceux-ci d\u2019une occupation à temps partiel combinée à un emploi permanent ou associée à d\u2019autres activités.Les fermes sont de petites dimensions et on y pratique une agriculture principalement extensive, c\u2019est-à-dire qu\u2019on y élève des troupeaux sur de grandes superficies : un animal aux 3 hectares en Gaspésie pour un animal par hectare pour le Québec.Avec une faible densité animale, l\u2019environnement agricole est très sain.Les terres sont loin de la saturation que connaissent d\u2019autres terres agricoles au Québec.Il n\u2019y a pas encore eu ici d\u2019agriculture intensive et en général les fermes sont situées en aval des rivières.De plus, l\u2019emploi de pesticides est limité car insectes et maladies s\u2019y retrouvent en moins grand nombre.Les producteurs se sont dotés depuis un an d\u2019une coopérative de financement.Celle-ci sert d\u2019intermédiaire auprès des institutions financières pour négocier une marge de crédit commune à tous les producteurs bovins.Cette marge est garantie à 25% par le MAPAQ et le reste, par un dépôt gardé en fidéicommis que verse chaque adhérent.Les effets sont déjà bénéfiques puisque le nombre de vaches et le poids des veaux d\u2019embouche ont augmenté.L\u2019élevage ovin, qui a débuté dans les années 80, constitue la troisième production animale.Après une période noire au début des années 90, la demande pour l\u2019agneau de lait ayant chuté, des regroupements régionaux de commercialisation ont développé de nouveaux marchés basés sur l\u2019agneau lourd (90-120 lb).Même si l\u2019agneau de Nouvelle-Zélande 124 \u2022 L'ACTION NATIONALE inonde nos marchés, l\u2019agneau de Gaspésie a de belles perspectives puisqu\u2019il n\u2019a pas la même qualité.Les producteurs songent également à mettre en marché de l\u2019agneau de présalé, c\u2019est-à-dire élevé et engraissé dans les herbages de bord de mer.D\u2019autres domaines sont en expansion, notamment l\u2019élevage d\u2019animaux exotiques (autruches, émeus, daims, cerfs rouges, sangliers ou bisons).Ces entreprises naissent un peu partout au Québec depuis une dizaine d\u2019années.La Gaspésie compte une dizaine d\u2019éleveurs de cervidés et une dizaine pour les ratites.La demande est de plus en plus forte de la part des consommateurs.Il est à noter que les producteurs doivent faire abattre leurs animaux à l\u2019extérieur de la région.Il n\u2019y a pas d\u2019abattoirs dans la région 11 (à partir des Capucins jusqu\u2019aux plateaux).Dans la baie des Chaleurs, la situation est moins grave puisqu\u2019il y a un abattoir à Lac-au-Saumon, dans la vallée de la Matépédia.Ceux de Cap-Chat vont au Bic.Les abattoirs fonctionnent en-deçà de leurs capacités et certains vivent une situation précaire.Aux Iles-de-la-Madeleine, un abattoir fermé depuis une dizaine d\u2019années a été réouvert, mais ne fonctionne que quelques mois par année.Quant à la production laitière, elle représente la deuxième production en Gaspésie avec 16% du volume d\u2019activités agricoles pour une cinquantaine d\u2019exploitations.La moyenne d\u2019âge est inférieure à 40 ans et les installations sont modernes.L\u2019horticulture Sans être une grande région horticole, la Gaspésie et les Iles-de-la-Madeleine comptent tout de même 48 entreprises qui s\u2019occupent d\u2019arboriculture, de floriculture, de culture maraîchère et potagère.La pomme de terre est sans aucun doute la fière représentante de la production maraîchère.Les sols gaspésiens lui sont propices et son rendement se compare à la moyenne québécoise.L'ACTION NATIONALE \u2022 125 La culture de légumes et de petits fruits se retrouve sur l\u2019ensemble du territoire avec une forte concentration dans la baie des Chaleurs.Malgré la qualité des produits, la mise en marché se révèle difficile parce que les marchés extérieurs sont éloignés et que les marchés locaux ne sont pas tous preneurs.Leur degré de collaboration dépend du plus ou moins grand asservissement aux \u201cproduits bannières» et de leur volonté de jouer un rôle dans l\u2019économie locale.Certains producteurs doivent eux-mêmes assurer leur propre distribution.Un exemple : Provigo avait décidé de ne vendre que les pommes de terre emballées dans leurs centres d\u2019emballage.Avec l\u2019envahissement du marché par la pomme de terre venue de l\u2019Ouest ou des Maritimes, il faudrait que les producteurs fassent front commun et décident de commercialiser leurs produits dans un seul emballage et sous une étiquette unique.Le consommateur s\u2019y retrouverait plus aisément et la distribution en serait facilitée.Une solution dans ce sens est envisagée puisque des producteurs se sont réunis, à l\u2019instigation du syndicat de base de la MRC Côte-de-Gaspé, pour créer un consortium ou un regroupement de mise en marché des produits agricoles gaspésiens, incluant les «produits de la mer».Pour la suite des choses.L\u2019UPA a présenté cet hiver son nouveau plan quinquennal (1999-2004) au MAPAQ afin que les nouveaux programmes du ministère puissent vraiment répondre aux besoins des producteurs.Longtemps considérée comme parent pauvre de l\u2019agriculture, la Gaspésie ne dispose que d\u2019une ressource conseil pour 30 producteurs alors qu\u2019au Québec, ils disposent d\u2019une ressource conseil pour 15 producteurs.La Gaspésie ne peut rattraper le retard que si elle dispose des mêmes moyens que le reste du Québec.126 \u2022 L'ACTION NATIONALE Avec son nouveau plan intitulé \u201cAgriculture du terroir durable», l\u2019UPA croit qu\u2019une agriculture qui respecte l\u2019environnement et qui mise sur la qualité du terroir de qualité supérieure peut être viable et même prospérer, à condition que chacun (consommateur et producteur) y mette du sien.Sans promettre les richesses du Klondike, l\u2019agriculture gaspésienne a un bel avenir.LA RELÈVE Sur l\u2019ensemble des 2792 entreprises agricoles de la région du Bas-Saint-Laurent/Gaspésie - Iles-de-la-Madeleine, 172 ont indiqué un besoin de relève d\u2019ici l\u2019an 2000.Parmi ces dernières, 38 entreprises, soit 22%, n\u2019ont personne en vue pour reprendre la ferme.Quant à la formation agricole des personnes qui s\u2019établiront d\u2019ici l\u2019an 2000, on en dénombre 149.Il s\u2019agit de l\u2019un des meilleurs résultats dépassant de manière significative la moyenne québécoise.De plus, près de 60% des candidats à la relève atteindront au moins le niveau collégial.Source : Direction de la formation de la main-d'œuvre et de l'appui aux femmes du bioalimentaire.L'ACTION NATIONALE «127 Vagriculture reprend aux îles-de-la-Madeleine Hélène Tardif* Le secteur agricole vit une renaissance aux Îles-de-la-Madeleine.Après une décennie de décroissance, le mot agriculture est sur toutes les lèvres et de nouveaux projets voient le jour.L\u2019agriculture a déjà été importante aux îles, jusque dans les années 50.Tous les pêcheurs pratiquaient une agriculture de subsistance.Chaque famille possédait quelques animaux et cultivait la terre.Mais, avec l\u2019instauration du régime de l\u2019assurance-chômage qui créait un revenu d\u2019appoint, les Madelinots ont tranquillement délaissé l\u2019agriculture pour se consacrer presque exclusivement à la pêche.L\u2019archipel ne compte plus, en 1999, qu\u2019une quarantaine de producteurs agricoles.Mais les regards se tournent à nouveau vers l\u2019agriculture parce que la situation économique est plus difficile et que la réforme de l\u2019assurance-emploi a durement touché les travailleurs saisonniers.Les îles offrent des possibilités agricoles intéressantes.La zone à vocation agricole représente 22 500 acres, soit 50% de la superficie totale de l\u2019archipel.La moitié conviendrait à toute une gamme de cultures.L\u2019autre moitié, à cause de facteurs tels la topographie fortement accidentée ou la nature du sol, ne convient qu\u2019aux pâturages ou qu\u2019à certaines cultures.Les îles peuvent fournir la plupart des produits alimentaires de base: fruits et légumes, viande et produits laitiers.En 1998, 28 fermes étaient enregistrées sur le territoire madelinot.D\u2019autres fermes existent mais elles ne sont pas inscrites au Ministère, leur revenu n\u2019étant pas suffisamment élevé pour qu\u2019elles soient reconnues.\u2022 Hélène Tardif, Présidente de l'UPA des Îles-de-la-Madeleine 128 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019air salin, le gel tardif, la qualité des sols, la volonté et le savoir-faire des producteurs sont des éléments favorables à l\u2019agriculture locale.À cause du climat maritime, la saison de végétation est la plus longue au Québec.En effet, sur une période de 39 ans, la moyenne de jours sans gel s\u2019établit à l6l jours, la température de juillet, à 17 degrés Celcius, et l\u2019humidité relative, à 85% pour la période de juin à septembre inclusivement.Les vents peuvent cependant limiter certaines productions.Autre faiblesse, aucune zone agricole permanente n\u2019est délimitée par la loi de la protection du territoire agricole.Les terres sont sujettes à l\u2019urbanisation et à la spéculation foncière.Les agriculteurs ont donc peu de garantie sur le moyen et le long terme.Finalement, à cause de la petitesse du territoire et de sa fragilité, l\u2019agriculture doit être une activité écologique : méthodes culturales biologiques, dimensions modestes et cultures diverses.Nous possédons déjà des infrastructures importantes qui faciliteront le développement, telles un abattoir.Fermée depuis une dizaine d\u2019années, cette entreprise privée ne pouvait être rentable, par manque d\u2019approvisionnement.Depuis deux ans, les producteurs de bœuf, sous le nom d\u2019Agro-coop, ont décidé de louer l\u2019abattoir pour offrir à la population de la viande produite aux îles et ainsi relancer la production animale.En collaboration avec le groupe « Le Bon goût frais des îles», ils ont mené une vaste campagne de publicité pour impliquer le consommateur.Celui-ci devait se sentir partie prenante du développement.La réussite du projet dépendait de sa collaboration.La réponse fut des plus favorables car, en plus de la qualité que possède - Le jeune bœuf des îles», la collaboration des marchés d\u2019alimentation a été exceptionnelle.Dans l\u2019opération d\u2019abattage de cette année, le sanglier s\u2019est rajouté au jeune bœuf au grand plaisir des Madelinots.Nos productions sont à petite échelle puisqu\u2019on parle ici de 55 jeunes bœufs et de cinq sangliers pour l\u2019automne dernier.Le développement que nous visons est bien sûr l\u2019augmen- L\u2019ACTION NATIONALE «129 ration de la production de bœuf mais sur une base annuelle.Agro-coop et quelques partenaires songent même à acheter l\u2019abattoir.Pour ce faire, il faudra mettre en place un parc d\u2019engraissement.Bonne nouvelle, des promoteurs se montrent intéressés à y participer.D\u2019autres productions animales sont aussi ciblées pour leur potentiel de valeur ajoutée : le jeune porc et surtout l\u2019agneau.Nous croyons que l\u2019agneau élevé aux îles aurait une saveur très particulière à cause du milieu naturellement salin où celui-ci irait paître.La production de volailles pourrait être envisagée, mais à plus long terme, puisque l\u2019abattoir ne possède pas les infrastructures nécessaires.La production végétale devra suivre la même croissance pour assurer une alimentation à tout ce cheptel.La revitalisation des terres agricoles et leur protection doivent donc faire partie du plan de développement agricole et même faire l\u2019objet de mesures prioritaires.À ces projets se rajoute la production laitière.Plus personne n\u2019osait y croire, un projet ayant avorté il y a plus de dix ans.Aujourd\u2019hui un producteur a réalisé son rêve.Il s\u2019agit de Jérémie Arseneau.Enfin des vaches laitières aux îles de la Madeleine ! Elles étaient 57 à faire le voyage de l\u2019île-Verte jusqu\u2019ici.Notre production laitière étant destinée à la fabrication de fromage, le troupeau choisi est de race canadienne car les vaches sont robustes et produisent un lait au rendement fromager de 20% supérieur à la moyenne québécoise.La Fromagerie du Pied-de-Vent, située devant la ferme, se distingue par sa méthode de fabrication fromagère artisanale.Comme les habitants des îles n\u2019avaient évidemment jamais goûté un fromage en grain frais, celui-ci fut grandement apprécié.Quand, au bout d un mois, les gens en furent rassasiés, ou presque, une partie de la production a pu être transformée en fromage de lait cru.Celui-ci est disponible depuis la mi-décembre dans les marchés madelinots.Lorsqu\u2019il y aura surplus, il pourra être exporté dans les marchés du Québec.La Fromagerie espère que d\u2019autres productions laitières verront le jour aux îles puisqu\u2019elle ne roule 130 \u2022 L'ACTION NATIONALE qu\u2019à 20% de sa capacité.On aimerait aussi y produire des fromages de lait de chèvres et de brebis.On peut dire que les possibilités de développement dans le secteur agricole sont variées.Par contre, les producteurs doivent être vigilants.Malgré leur petit nombre, les agriculteurs peuvent entraîner des répercussions négatives pour eux et la population insulaire.Sur une île, tous et chacun dépendent les uns des autres.La négligence de l\u2019un peut nuire à l\u2019ensemble de la communauté.Une agriculture respectueuse de l\u2019environnement représentera un gage de réussite.MAGAZINE Un courant d'avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine Gaspésien ! Publié par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le CRCD de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s\u2019intéressent à la Gaspésie d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.80, boul.De Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC 1R0 Téléphone: 418-368-1534-Télécopie: 418-368-1535 L\u2019ACTION NATIONALE «131 'mM La bergerie Cumulus de Caplan élève des Dorset pur-sang.L'usine Seagro de Shigawake commercialise du compost marin et du terreau.gSSSBt mm 132 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALH Photo D.Raby\tPhoto : Alain Lavoie '^siîÊÉèà* Quelques chèvres du cheptel de la chèvrerie-fromagerie Chimo La coopérative de production maraîchère de Bonaventure spécialisée dans la pomme de terre, ne se contente pas de l'ensachage (175 000 sacs par année).Elle commercialise aussi des légumes pré-pelés (250 000 kg/an).L'ACTION NATIONALE «133 Photo : D.Raby\tPhoto : D.Raby HOttiiiMWU F «Mr ES « Le bon goût frais de la Gaspésie » permet de faire découvrir aux consommateurs les produits locaux.Ici, une présentation dans une épicerie de Chandler.Les Serres du Domaine à Pabos font partie du regroupement « Le bon goût frais de la Gaspésie ».134 \u2022 f ACTION NATIONALE Photo : Mauril Gonthier\tSource : UPA New-Richmond L'élevage bovin est le plus répandu en Gaspésie.Ferme G.Y.Inc.de Rivière-au-Renard.L'andainage du canola consiste à faire de petits tas de canola pour le laisser sécher.Ferme Réjean E.Bourdages de Bonaventure.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 135 Photo : Ferme R.E.Bourdages\tPhoto : D.Raby Récolte de l'eau d'érable à St-Omer.¦ '»».V-* Ce sont des bleuets biologiques qui sont cultivés à la Bleuetière de Penouille de Fontenelle.136 \u2022 L ACTION NATIONALE Photo Bleuetière de Penouille\tPhoto F.Leblanc Pierre Allard Comptable agréé Pierre Allard, c.a.980, rue Saint-Antoine Ouest Bureau 308 Montréal (Québec) H3C 1A8 Téléphone : (514) 874-0838 Télécopieur: (514) 874-3638 Plus de 32 000 membres au cœur du Québec SSJB CENTRE DU QUÉBEC 449, rue Notre-Dame, Drummondville 819-478-2519 Organisme régional d\u2019entraide gt defi^té ^bécoise SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Téléphone : 527-9891 Télécopieur: 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 137 L'âme de CE PAYS S\u2019il est venu le temps de se donner un pays, il importe de savoir ce que nous en ferons.L'Action nationale a accompagné le Québec tout au long de ce siècle.Elle apporte à nouveau une pièce majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.138 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Chronique francophone Océan Indien (1) Comores par Michel Têtu Professeur à l\u2019Université Laval, Directeur de L\u2019Année francophone internationale et Réjean Beaudin Documentaliste à L Année francophone internationale L'ACTION NATIONALE «139 Océan Indien Plusieurs îles ou archipels du Sud-ouest de l\u2019océan Indien font partie de la Francophonie.Les Comores, indépendantes depuis 1975, constituent une république fédérale islamique.Elles furent protectorat (1886) et territoires français d\u2019outre-mer (1946).L\u2019arabe et le français sont langues officielles.On y parle surtout le comorien (d\u2019origine arabe et bantoue) et le swahili.Certains parlent le Kibushi (d\u2019origine malgache).Mayotte, île séparée des Comores après le référendum de 1974, est une collectivité territoriale française.Le français est langue officielle et on retrouve les composantes linguistiques de l\u2019archipel comorien.Madagascar a proclamé son indépendance en I960.Ancien protectorat français (1885), elle fut annexée par la France comme colonie en 1896.Les langues officielles sont le malgache et le français.D\u2019origine malayo-polynésienne, le malgache, langue maternelle de la population, présente une grande unité linguistique à travers le pays, malgré ses variantes dialectales.Maurice, hôte du Ve Sommet de la Francophonie, est un pays indépendant depuis 1968, après avoir été possesion française (1715) et anglaise (1810).L\u2019anglais est langue officielle de l\u2019Assemblée législative et de l\u2019enseignement.Le français, très présent, a un rôle semi-officiel.Le créole est largement employé par la population.On y parle également les langues indiennes (hindi, bohjpouri, tamoul, etc.) et chinoises.La Réunion, possesion française depuis 1649, est un département français d\u2019outre-mer depuis 1946.Le français y est donc langue officielle.Le créole est le moyen de communication naturel de la population.Des langues indiennes ou chinoises (cantonais) sont parlées par un certain nombre de familles.140 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les Seychelles forment un État indépendant depuis 1976.Elles furent tour à tour possession française (1756) et anglaise (1811).Le créole, l\u2019anglais et le français constituent le trilinguisme officiel mais le créole demeure la langue naturelle, tandis que l\u2019anglais y est plus parlé que le français.Les Comores Les Arabes nommèrent l\u2019archipel Jazayr al-Qamar (les ¦¦îles de la Lune») d\u2019où leur nom actuel de Comores.Leur surnom «îles de la Fantaisie» est tout aussi évocateur car les Comores ont un passé de mille et une nuits, avec pirates, sultans et reines, dans un décor de plages de sable blanc, ombragées d\u2019une flore exceptionnelle et parfumée.Ces îles, situées à l\u2019entrée du canal de Mozambique, deviennent successivement protectorat français à partir de 1886 et territoire français d\u2019outre-mer en 1946.Les Comores, indépendantes depuis 1975, constituent une république fédérale islamique.TANZANIE SEYCHELLES AFRIi iMoroni* COMORES Antseranana \u2022VOiego-Suarez) Mayotte (Fr.) Mahajanga , (MajungaW OCEAN INDIEN MOZAMBIQUE MADAGASCAR/ #/îoa masiria / (Tamatave) \u2022Antananarivo\tLouis (Tananarive) st-Dems# !\tRéunion (Fr.) #Fianarantsoa MAURICE L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 l4l Géographie Pays de l\u2019océan Indien au nord du canal de Mozambique, les Comores sont formées de plateaux basaltiques surplombant des plaines côtières étroites, découpées ou marécageuses.Les trois îles, volcaniques, isolées et très peuplées composant l\u2019archipel, sont Anjouan, Grande-Comore (ou Ngazidja) et Mohéli.Elles représentent une superficie de 2170 km2, avec une population de 529000 habitants.La capitale, Moroni, compte 80000 habitants et sa principale ville, Mutsamudu, 15000 habitants.Le Kartala, volcan encore actif, culmine à 2 361 mètres à la Grande-Comore et occupe la plus grande partie de l\u2019île : son cratère est un des plus larges du monde.Gouvernement La république fédérale islamique des Comores a pour chef d\u2019État actuel Mohamed Taki Abdoulkarim.L\u2019Assemblée comprend 42 députés élus pour un mandat de 4 ans.Les dernières élections législatives ont eu lieu en décembre 1996.Le pays est affilié à l\u2019ONU et à l\u2019Organisation de l\u2019unité africaine (OUA).Il est aussi membre de la Ligue arabe et de l\u2019Agence de la Francophonie.Climat La situation géographique procure des températures douces.La moyenne de janvier est de 27,5°C, celle du mois d\u2019août est de 23,5°C.La période de mai à octobre est cependant très pluvieuse.Langue La population se compose d\u2019Antalotes, de Cafres, de Makoas, d\u2019Oimatsahas et de Sakalavas.L\u2019arabe et le français sont les langues officielles, mais on y parle surtout le 142 \u2022 L'ACTION NATIONALE comorien (un mélange d\u2019arabe et de swahili).Le taux d\u2019analphabètes de 15 ans et plus est de 47%.La religion est majoritairement musulmane avec une infime proportion de christianisme.Économie De nombreux Comoriens ont émigré en France et dans les pays voisins (Madagascar).La proportion de la population âgée de moins de 15 ans est de 48% et l\u2019accroissement naturel est très élevé avec 34,5 pour 1000 habitants.Ce pays fait partie des 10 pays où l\u2019apport journalier en calories est le plus faible avec 1760 calories par habitant.L\u2019espérance de vie est faible comparée à celle des pays occidentaux : celle des hommes est de 56 ans et celle des femmes est de 60 ans.Dans ce pays pauvre, les leviers de commande sont tenus par quelques familles.Le pourcentage de la population active est de 29,6% et le revenu par habitant est de 1 317 $ en 1998.Le franc comorien vaut 0,002 $ américain.Le taux de la population active est de 65% dans le secteur primaire, 5% dans le secteur secondaire et 30% dans le secteur tertiaire.Les ressources primaires se réduisent à la pouzzolane, roche siliceuse qui entre dans la composition de certains ciments.L\u2019agriculture, pratiquement l\u2019unique ressource, concerne des cultures vivrières plutôt médiocres, le manioc, le riz, la banane.Les cocotiers bordant les rivages donnent du coprah et l\u2019on cultive la canne à sucre, le café et le citron.Spécialisées depuis le XIXe siècle dans la culture des épices et des parfums, les Comores produisent aussi la vanille, le vétiver, le girofle, la cannelle et le ylang-ylang qu\u2019on exporte sous formes d\u2019huiles parfumées.La concurrence de la vanilline (produit synthétique) affecte la rentabilité des investissements français destinés à accroître la production et la transformation de ces essences.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 143 La pêche s\u2019est développée : la faune marine comprend le thon, le barracuda, le requin et le coelacanthe, un poisson très primitif que l\u2019on croyait disparu.On rapporte une capture de 13 500 tonnes de poisson en 1994, soit 25 kg par habitant, mais des interdits s\u2019attachent à sa consommation.Les importations comprennent le riz, les produits pétroliers, le matériel de transport, le ciment, le fer.La France reçoit 54% des exportations tandis que l\u2019Allemagne et les États-Unis en reçoivent chacun 18%.Communications Les Comores disposent de quatre aéroports, dont l\u2019aéroport international de Hahaya, sur la Grande-Comore.Le réseau routier est de 605 kilomètres.Il n\u2019y a pas de chaîne de télévision nationale, mais en revanche plusieurs stations et groupes radiophoniques: Radio-Comores (Gouv.), Radio Tropic FM.Histoire Les premiers habitants des Comores sont probablement originaires d\u2019Afrique orientale.Les courants marins et les moussons rendent également probable un ancien peuplement asiatique.Des documents attestent que les Comores furent connues très tôt des navigateurs sémites.Du mélange de ces populations africaines, sémites et asiatiques découleraient les premiers Comoriens, les » Antalotes », terme malgache signifiant «les gens de la mer».Entre le Xe et le XVIe siècle, des vagues de peuplements arabes auraient atteint les Comores, mais sans laisser de traces probantes de leur occupation.Entre 1500 et 1505, les Portugais s\u2019installent en Grande-Comore, dont beaucoup d\u2019habitants émigrent sur les autres îles.Pourtant, les Portugais disparaissent de l\u2019île en 1506 144 \u2022 L'ACTION NATIONALE lorsqu\u2019une flotte amène une vague de peuplement chirazien (gens venus d\u2019Afrique orientale et Kilwa).L\u2019histoire ne se fonde sur des sources écrites locales qu\u2019à l\u2019implantation de ces Arabes dits Chiraziens au XVIe siècle.Des manuscrits rédigés en arabe, en comorien, en swahili, mais toujours en caractères arabes, permettent de reconstruire les généalogies et de dater les événements.Les Chiraziens donnent aux îles les traits essentiels de leur culture.Mariés avec les filles des chefs locaux, ils créent les grands clans qui, par regroupements, forment des sultanats.L\u2019archipel est intégré au grand commerce swahili.A partir de 1750, des pirates malgaches attaquent et pillent les villes côtières des Comores.Ils détruisent Domoni en 1780 et, en 1805, ils prennent Iconi.Les femmes de la ville se jettent alors du haut de la falaise dans la mer pour se soustraire à l\u2019esclavage.En 1817, un traité entre le Royaume-Uni et le roi de Madagascar, Ramada 1er, abolit la traite des esclaves qui motivait ces razzias.Des querelles dynastiques opposent ces «sultans batailleurs» qui prennent parfois à leur service des pirates européens.Mais ils ne peuvent s\u2019opposer efficacement aux raids destructeurs des pirates malgaches.Installés en 1841 à Mayotte, les Français étendent leur protectorat sur Mohéli (1886) puis sur le reste de l\u2019archipel et introduisent une agriculture de plantations (canne à sucre) au détriment de la culture des épices pratiquée par les petits planteurs locaux.Le XXe siècle En 1909, Saïd Ali, le sultan de la Grande-Comore, remet ses droits à la France.L\u2019archipel est rattaché à Madagascar en 1914.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 145 Occupé par les Britanniques durant la Deuxième Guerre mondiale, l\u2019archipel est séparé de Madagascar en 1946 et il est doté du statut de territoire français d\u2019outre-mer, TOM.Ce statut est renouvelé au référendum de 1958 malgré la préférence de Mayotte pour celui de département d\u2019outremer.L\u2019archipel obtient son autonomie interne en 1961.La capitale est alors transférée de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande-Comore).On y trouve les traces du passé arabe : les portails en bois avec versets du Coran, la Mosquée, située près du port, les Galawa, les célèbres bateaux comoriens, le mélange des cultures africaines et orientales.Au nord de Morini, se situe, dans une merveilleuse baie, la ville d\u2019Isandra, où se trouve le palais en ruines du sultan, qui remonte au XVe siècle.À Domini, on voit les anciennes fortifications, de même que les tombeaux portugais.Iconi conserve le palais du sultan, édifié au XVIe siècle, et la forteresse portugaise.On peut survoler le volcan en hélicoptère.Au référendum portant sur l\u2019autodétermination, île par île, de 1974, l\u2019archipel choisit l\u2019indépendance, sauf Mayotte qui demande son rattachement à la France.Cette île, plus proche de Madagascar que les trois autres et soumise à l\u2019influence française depuis longtemps, ne voulait pas se soumettre à l\u2019autorité des hommes politiques d\u2019Anjouan, majoritaires au sein du nouvel État, en particulier d\u2019Ahmed Abdallah qui proclama unilatéralement l\u2019indépendance en 1975.Ce dernier est déposé peu après par un comité révolutionnaire présidé par Ali Soïlih qui décrète une .révolution culturelle- et un alignement sur le régime progressiste de Tanzanie.Abdallah est réinstallé en 1978 par des mercenaires qui vont l\u2019assassiner en 1989.Des élections générales portent Saïd Mohamed Djohar au pouvoir l\u2019année suivante.146 \u2022 L'ACTION NATIONALE Une vie politique agitée L\u2019archipel comorien entre, en 1993, dans une longue période de crise politique.Les élections législatives plusieurs fois reportées, se tiennent enfin les 12 et 20 décembre 1993, mais dans des conditions contestées, surtout dans l\u2019île d\u2019Anjouan où le scrutin est tenu sous étroite surveillance militaire.Le second tour est boycotté par l\u2019opposition.Le Rassemblement dans la République (RDR) (parti du président Saïd Mohammed Djohar) obtient la majorité d\u2019élus.C\u2019est à cette majorité qu\u2019ont été dévolus les postes de premier ministre (Mohamed Abdou Madi, nommé le 2 janvier 1994) et de président de l\u2019Assemblée fédérale (Mohamed Saïd Abdallah M\u2019Changama, gendre du président, qui a vite fait figure d\u2019homme fort du régime).L\u2019émotion soulevée par les conditions contestées d\u2019un projet de privatisation de la compagnie Air Comores conduit à la destitution du premier ministre, Mohamed Abdou Madi, remplacé en octobre 1994 par Halifa Houmadi.Une longue grève des enseignants et du personnel de santé, exaspérés par les retards de l\u2019État dans le paiement de leurs salaires, perturbe le deuxième semestre de 1994.La préparation des élections aux postes de conseillers, prévues pour le 23 avril 1995, provoque de nouvelles turbulences politiques, des menaces de boycottage de la part de l\u2019opposition et finalement un report du scrutin.La tension interne oblige le président de la République, Saïd Mohamed Djohar, a démettre le nouveau premier ministre auquel il substitue, le 25 avril 1995, un ancien ministre des finances, Caambi El Yachourtou.La République fédérale islamique des Comores connaît en 1995 plusieurs crises graves.La décision du gouvernement Balladur d\u2019exiger à nouveau, à partir du 20 janvier 1995, un visa d\u2019entrée pour les Comoriens désireux de se rendre à Mayotte suscite des protestations gouvernementales et une L'ACTION NATIONALE «147 assez vive agitation populaire.Le gouvernement français doit envoyer une mission officielle pour calmer les tensions.Le 28 septembre, Bob Denard, qui était déjà «intervenu» aux Comores pour soutenir le président Ahmed Abdallah (jusqu\u2019au mystérieux assassinat de celui-ci en 1989, assassinat dans lequel on l\u2019accuse d\u2019avoir trempé) débarque à la Grande-Comore en compagnie d\u2019une trentaine de mercenaires.Selon les observateurs, c\u2019est la 17e tentative de coup d\u2019État depuis l\u2019indépendance proclamée en 1975.Une opération des troupes françaises (opération «Azalée») devait avoir raison de ce putsch.L\u2019affaire se solde par plusieurs morts parmi les soldats comoriens qui avaient rallié Bob Denard et parmi les civils.Elle écarte aussi le vieux président Saïd Mohamed Djohar, passablement en baisse de popularité, exilé à La Réunion et pour un moment interdit de retour à Moroni (il a obtenu en janvier 1996 l\u2019autorisation de rentrer à Moroni).Son premier ministre Caambi El Yachourtu avait formé un gouvernement intérimaire.Mais le règlement des nouvelles élections présidentielles (âge limite des candidatures fixé à soixante-dix ans) l\u2019éliminait de facto de la compétition.La politique intérieure se stabilise, mais.Depuis leur indépendance en 1975, ce fut la première fois que les Comoriens décidaient par les urnes du changement de président, les précédents ayant été assassinés.Le nouveau président, Mohamed Taki, a nommé comme premier ministre Tadjiddine Ben Saïd Massounde et engagé des négociations avec le FMI et la Banque mondiale sur la politique d\u2019aménagement structurel.Il a publiquement manifesté sa volonté de retour à l\u2019ordre en déplorant que beaucoup de meurtres soient restés impunis : l\u2019exécution publique d\u2019un meurtrier, en septembre 1996 \u2014 c\u2019était la première depuis 1978 - a donné beaucoup de crédibilité à ses déclarations.L\u2019archipel des Comores traverse pourtant en 1997 une nouvelle crise politique.Deux îles, Anjouan et Mohéli, affir- 148 \u2022 L'ACTION NATIONALE ment leur volonté de séparer leur sort de celui de la Grande-Comore et réclament leur rattachement à la France.Le médiateur ivoirien Pierre Yéyé, délégué par l\u2019organisation de l\u2019Unité africaine, estime la sécession «inacceptable» et propose la tenue d\u2019une conférence intercomorienne, tandis que le gouvernement comorien se déclare prêt à « élargir le pouvoir des îles».Le statut de Mayotte, restée sous statut français lors de la proclamation de l\u2019indépendance des trois autres îles, introduit un élément de déséquilibre dans la région.Les Mahorais bénéficient de salaires plus élevés, d\u2019une protection sociale plus importante.Les nouveaux sécessionnistes demandent surtout de pouvoir bénéficier d\u2019avantages comparables à ceux des Mahorais.Leur revendication est sans doute autant économique que politique.La crise ne pourra probablement se résoudre durablement que par un règlement concernant l\u2019ensemble des îles comoriennes.Anjouan ne veut pas céder sur sa revendication séparatiste et continue à réclamer l\u2019indépendance des Comores.En 1998, la situation est toujours bloquée, après les mouvements séparatistes anjouanais, malgré de nombreux efforts de médiation.La situation provoque dans les îles des accrochages entre les diverses milices anjouanaises en janvier, des émeutes et des barricades à Moroni en mai, le remaniement du gouvernement en Grande-Comore, des divisions entre séparatistes à Anjouan qui amènent le limogeage du premier ministre, remplacé par Chamassi Saîd Omar le 7 juillet.Le 11 juillet, la population a célébré dans la morosité le 23e anniversaire de l\u2019indépendance des Comores.La situation n\u2019est pas réglée et l\u2019on peut s\u2019attendre à d\u2019autres manifestations.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 149 COMORES - EN BREF 1886 Protectorat français.1946 L\u2019archipel est détaché administrativement de Madagascar et représenté au Parlement français.1975\t(juillet) Proclamation d'indépendance suivie d\u2019un coup d\u2019État d'Ahmed Abdallah qui sera chassé par le prince Jaffar.1976\tAli Soilih décrète la « révolution culturelle».1978 Retour d'Abdallah avec l\u2019aide des mercenaires dirigés par le Français Bob Denard.Assassinat d'Ali Soilih au pouvoir depuis 1976.1989\tLe président autocratique Abdallah est assassiné le 26 novembre.1990\tSaid M.Djohar élu président.1995\tLe président Djohar renversé par les mercenaires de Bob Denard.La France intervient et emprisonne Bob Denard.1996\tSaïd Djohar rentre aux Comores (26 janvier).Mohamed Taki est élu président le 16 mars.1997\tAnjouan proclame unilatéralement son indépendance.Culture La tradition orale est riche d\u2019emprunts aux littératures orales d\u2019origine persane, arabo-musulmane et africaine.En 1938, une revue malgache a publié en français des Poésies comoriennes.En 1980, Mohamed Ahmed Chamanga et Marie-Françoise Rombi ont traduit en français des Contes comoriens.En 1985, Mohamed Toihiri a donné le premier roman comorien.Parmi les écrivains contemporains, mentionnons Youssouf Saïd, 1943, Mayotte, légendes et histoires drôles, 1986, de même que A.Mohamed Tohiri, 1955, La République des imberbes, 1984, L\u2019Harmattan.150» L'ACTION NATIONALE N AT IONALE C'est le 82e anniversaire.f /A \u2019Action nationale est une revue d\u2019idées.\\ [y Depuis 1917, elle brasse des idées.Sans OC_^ argent, elle accomplit une œuvre dont l\u2019importance n\u2019est pas mesurable.Le fondateur de la revue, ce fut Orner Héroux, le vaillant journaliste du Devoir.Depuis 1917, la revue a obtenu la collaboration de 1 700 auteurs.Six précurseurs ont façonné l\u2019âme de la revue : Joseph-Papin Archambault, Lionel Groulx, Esdras Minvile, André Laurendeau, Richard Arès, et François-Albert Angers.Les 80000 pages publiées racontent l\u2019histoire du Québec.L\u2019Action nationales exercé une influence sur l\u2019évolution de la société québécoise.Elle a inspiré les regroupements de l\u2019Action libérale nationale, de la Ligue pour la défense du Canada, du Bloc populaire, des États généraux du Canada français et du Mouvement Québec français.FORCES Revue de documentation économique et culturelle 500, rue Sherbrooke Ouest, bureau 1270 Montréal (Québec) H3A 3C6 L'ACTION NATIONALE \u2022 151 Entreprendre, c\u2019est agir ensemble.Nous sommes la banque des gens d\u2019action.Des gens d\u2019affaires.Nous sommes au cœur des réalisations de ceux qui ont l\u2019esprit d\u2019initiative.Partenaires pour entreprendre.Et réussir.BANQUE NATIONALE 152 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le Bulletin du lundi Notre pays, le Québec \u2022 On ne s\u2019entend plus venir au monde » Michel Garneau Depuis janvier, L\u2019Action nationales'adresse à 2 000 Québécoises et Québécois qui croient « que le temps est venu de mettre l\u2019avenir au monde» (Gérald Godin).Le Bulletin du lundi commente l\u2019actualité.Il interroge aussi les dirigeants politiques et les leaders de la société québécoise.Il appelle à une action inspirée.Il faut agir.Le temps presse.Les défis sont nombreux.Une vaste mobilisation populaire est nécessaire.La culture québécoise et l\u2019indépendance du Québec sont la base sur laquelle repose notre orientation.Il sera aussi question d\u2019un Québec qui ne doit pas être - coupé en deux », mais au contraire solidairement réuni.L\u2019évolution de l\u2019économie et l\u2019utilisation de l\u2019épargne populaire sont à l\u2019ordre du jour.La reproduction des « Bulletins du lundi » est ici présentée pour le bénéfice des abonnés qui ne les reçoivent pas par courrier électronique.L'ACTION NATIONALE «153 Le Bulletin du Lundi ne dépasse jamais 400 mots.Vous pouvez le reproduire et le diffuser sans autorisation.Si Renan avait raison de dire « que ce sont les idées qui mènent le monde», L\u2019Action nationale croit que les idées doivent contribuer au progrès du Québec.Rosaire Morin, directeur de L'Action nationale La santé Vers un Canada unitaire Le gouvernement fédéral rêve d\u2019un seul système de santé au Canada.Le budget Martin confirme la tendance.Ottawa utilise les impôts à des fins provinciales.Il légifère dans tous les domaines de la santé, des soins médicaux aux médicaments.Il verse des allocations aux aveugles, aux invalides.La Loi canadienne sur la santé de 1934 établissait un programme d\u2019assurance-maladie.Le gouvernement fédéral devait financer 50% des coûts.En 1998, la contribution fédérale était tombée à 11,5%.Les provinces ont subi les coupures.La conséquence : des compressions, des fermetures d\u2019hôpitaux, des licenciements.Avec son dernier budget, le ministre fédéral des Finances centralise davantage.Il établit une nouvelle formule de transfert pour la santé.D\u2019ici l\u2019an 2003-2004, le Québec aura droit à 948 millions $ et l\u2019Ontario à 5,4 milliards $.La province la plus riche reçoit cinq fois plus que le Québec, alors que l\u2019économie ontarienne est en pleine croissance.«On prend l\u2019argent des pauvres pour le donner aux riches».Le fédéral crée des inégalités sociales.M.Chrétien entend partager la richesse par les paiements de péréquation.La formule est aléatoire.Dans une récession, les provinces riches recevront autant d\u2019argent que les plus pauvres en transfert de santé.Les coupures unilatérales d\u2019Ottawa dans la péréquation creuseront alors le fossé entre les 154 \u2022 L'ACTION NATIONALE régions du Canada.Ce n\u2019est pas une recette pour promouvoir la justice sociale.Non seulement le gouvernement fédéral décide arbitrairement dans le transfert social, il innove d\u2019une multitude de mesures en santé.Il investira 550 millions $ au cours des trois prochaines années.La » télésanté» échangera de l\u2019information entre les professionnels.Le programme \u201ctélésoins» aidera les malades confinés à la maison et le personnel chargé de leurs soins.Des millions $ seront aussi dépensés pour la nutrition prénatale, la salubrité des aliments et le contrôle des substances toxiques.L\u2019offensive fédérale est arrogante.Elle est l\u2019indication d\u2019une croisade pour un Canada unitaire.Le pouvoir exclusif des provinces en matière de santé est abjuré.Les priorités sont déterminées par Ottawa qui possède l\u2019argent.Le Québec doit se satisfaire des miettes qui restent sur la table après le festin.Les 101 députés fédéraux et libéraux de l\u2019Ontario représentent la raison du plus fort.Le premier ministre Bouchard a raison de mobiliser les Québécoises et les Québécois contre l\u2019invasion fédérale.Il a raison de dénoncer le gouvernement fédéral qui » distribue son surplus en soutirant des concessions aux provinces et qui continue de faire des gestes unilatéraux».Il a raison de craindre 1 arbitraire et 1 absolutisme du fédéral.La santé constitue l\u2019un des droits fondamentaux de tout être humain.Aucun compromis ne peut être fait dans ce domaine.Le Québec n\u2019est pas l\u2019Ile-du-Prince-Édouard.Concrètement, le Québec doit être le seul responsable sur son territoire de toute dépense publique dans la santé.Le Québec du présent et de l\u2019avenir doit maîtriser son propre destin.Il ne peut se satisfaire d\u2019un transfert de fonds dont le volume dépend de la volonté fédérale.Il doit réclamer des points d\u2019impôt correspondant aux compensations auxquelles il a droit.Les points d\u2019impôt sont irréversibles.L'ACTION NATIONALE «155 Ottawa ne peut les annuler selon le caprice du représentant de Sa Majesté la Reine du Canada et de l\u2019Angleterre.Bulletin V, 22 février 1999 L\u2019assurance-emploi Robin des bois volait les riches pour donner aux pauvres.Le gouvernement fédéral vole les pauvres pour donner aux riches.Le budget Martin le démontre une autre fois.Les crédits budgétaires confirment un surplus de 20 milliards $ dans l\u2019assurance-emploi.Le rythme de l\u2019augmentation est de 700000$ à l\u2019heure.La Loi sur l\u2019assurance-emploi était claire.Les fonds de la caisse devaient être utilisés dans le versement des prestations aux chômeurs.S\u2019il y avait un excédent, l\u2019argent appartenait aux employeurs et aux employés.Mais le fédéral ne respecte pas la Loi.Il a adopté de nouvelles règles qui rendent 800000 chômeurs canadiens inadmissibles aux prestations.Il a même réduit les bénéfices.À la fin des années 80, l\u2019assurance-chômage assurait une protection à 90% des personnes sans emploi.En 1999, le régime ne verse des prestations qu\u2019à 40% des personnes sans emploi.Le fédéral ne contribue plus à la caisse.Mais il détermine les orientations.Il s\u2019approprie les surplus.Il détourne des fonds à d\u2019autres fins que le soutien des personnes sans emploi : réductions d\u2019impôt, amortissement de la dette, équilibre budgétaire.L\u2019assurance-emploi est devenue une taxe sur le travail qui établit de généreux programmes dans des champs de pouvoirs exclusifs des provinces.La vérité est cachée.À titre d\u2019exemple, le ministre du Développement des ressources humaines possède le rapport 156 \u2022 L'ACTION NATIONALE d\u2019évaluation du régime pour l\u2019année 1998.Il en retarde la publication.Le fédéral doit cesser de tripoter dans des fonds qui ne lui appartiennent pas.La création d\u2019une caisse indépendante est prioritaire.Les employeurs et les employés qui cotisent doivent en être les seuls gestionnaires.Les surplus doivent servir à l\u2019amélioration du système et à la réduction des cotisations.Dans ce débat, il ne faut pas oublier que la compétence constitutionnelle sur l\u2019assurance-chômage a été transférée au fédéral pour le temps de la guerre.Le consentement du Québec a été transmis par une lettre du premier ministre Adélard Godbout, sans consultation de la Législature du Québec.Dans la bataille constitutionnelle, le Québec doit récupérer le droit de légiférer et le pouvoir d\u2019administrer la caisse de l\u2019assurance-emploi.Autrement, le Québec perd le contrôle de la législation ouvrière.Le gouvernement fédéral a entrepris la lutte contre les chômeurs et non contre le chômage.C\u2019est pourquoi il faut appuyer la Coalition sur l\u2019assurance-emploi.Il faut appuyer l\u2019action de la CSN qui conteste la loi en Cour supérieure.Elle demande de déclarer illégale et inconstitutionnelle l\u2019utilisation de la caisse d\u2019assurance-emploi à d\u2019autres fins que le versement de prestations de chômage aux assurés.Si le gouvernement du Québec osait créer une caisse d\u2019assurance-emploi administrée par les employeurs et les cotisants, M.Chrétien en perdrait le sommeil.Le Québec agrandirait son espace de liberté.Bulletin VI, 1er Mars 99 L'ACTION NATIONALE *157 Les bourses du millénaire Les querelles constitutionnelles sont presque toujours fermentées par Ottawa.Les bourses du millénaire sont une attaque insidieuse contre le pouvoir exclusif du Québec en matière d\u2019éducation.Elles ne sont qu\u2019un autre épisode du conflit Ottawa-Québec.Les besoins québécois ne correspondent pas au projet fédéral.Le Québec possède la formule de prêts et de bourses la plus avantageuse au Canada.Les étudiants québécois connaissent le plus bas niveau d\u2019endettement à la fin de leurs études.Les frais de scolarité sont inférieurs à ceux des autres provinces.Le hochet de Jean Chrétien n\u2019est pas un monument dressé à sa gloire.Il est une invention irrationnelle.Les bourses d\u2019une valeur de 3000$, portant l\u2019effigie de la feuille d\u2019érable, augmenteront le nombre des étudiants dans des universités impuissantes à dispenser une formation de qualité.Ce sont les universités qui ont besoin des trois milliards $.Les 750 millions $ destinés au Québec seraient plus profitables s\u2019ils étaient utilisés dans l\u2019enseignement supérieur, l\u2019engagement de jeunes diplômés, la modernisation des laboratoires et l\u2019enrichissement des bibliothèques.Le fédéral a accouché d\u2019une fondation pour assurer la visibilité fédérale.Une fondation imposera au Québec une politique dans un domaine qui relève de sa compétence.L\u2019État du Québec devra discuter avec un organisme non imputable aux contribuables.C\u2019est là une attitude méprisante.Est-ce une nouvelle orientation du fédéralisme canadien ?Le grand patron de Bell Canada, Jean Monty, est nommé président d\u2019un organisme qui contourne la Loi constitutionnelle de façon infâme.Le Canada anglais sera bien servi.La banque Toronto Dominion sera le banquier.Les gestionnaires sont Phillips, Hager & North de Vancouver, TD Asset Management et YMG Capital Management de Toronto.158 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le gouvernement du Québec n\u2019a pas le choix.Il doit réclamer que le fédéral lui verse la part qui lui revient pour 1 investir dans les besoins véritables des Québécoises et des Québécois.La richesse opulente d\u2019Ottawa est révoltante dans un système politique où les provinces doivent leurs indigences à l\u2019avidité fiscale fédérale.Bulletin VII, Les bourses du millénaire, 8 mars 1999 Desjardins Alphonse Desjardins, c\u2019est l\u2019architecte de la plus grande réussite québécoise.Il voulait protéger «cette classe.livrée pieds et poings liés à toute la rapacité des exploiteurs, des intermédiaires avides, souvent malhonnêtes et fraudeurs1.» Le fondateur s\u2019opposait à tous les «tuyaux permettant à la pompe aspirante de la grande cité de drainer jusqu\u2019à la dernière goutte de l\u2019épargne locale2.» En 1999, Desjardins abandonne-t-il à leur sort les membres qui n\u2019ont pas le sou ?Fait-il de l\u2019éducation coopérative ?Favorise-t-il la participation des sociétaires?Respecte-t-il davantage la personne que le capital?L\u2019intercoopération est-elle une réalité ?Une adaptation s\u2019imposait.Mais la fin du siècle ne ressemble pas au début.L\u2019adaptation choisie est toute croche.Aux premières heures de l\u2019an 2000, ce sera la fin du commencement.Les caisses coopératives seront mortes.Dans la vraie vie, Desjardins appauvrit le milieu.Il est une «pompe aspirante» qui draine «l\u2019épargne locale» vers les grands centres.Il ferme des centaines de caisses et il entend 1.\tRéflexions d'Alphonse Desjardins, Confédération des caisses populaires et d\u2019économie Desjarinds du Québec, 1986, p.12.2.\tLettre à Jules Dorion, Québec, 23 janvier 1913, Réflexions d'Alphonse Desjardins, L\u2019ACTION NATIONALE «159 fusionner les fédérations.Le capitalisme triomphe.Le sociétaire est un consommateur, un client.Desjardins détruit les pierres de la campagne québécoise.Il commet un crime social plus pernicieux que la fermeture des bureaux de poste.Il lui avait fallu un siècle pour bâtir une réussite merveilleuse.En moins d\u2019une décennie, il contribuera à son effondrement.Il rasera un avenir laborieusement échafaudé.Dans la vision du village global, Desjardins livre les pauvres « pieds et poings liés à toute la rapacité des exploiteurs, des intermédiaires avides, souvent malhonnêtes et fraudeurs.» Dans le pays réel, c\u2019est vers les prêteurs à gages que la « réingénierie » dirige les plus faibles.Il y a peut-être une lueur d\u2019espoir.Si la coopération reprenait vie.?Si l\u2019éducation coopérative renaissait.?Si les caisses récalcitrantes se regroupaient autour de la Fédération des caisses d\u2019économie.?Jadis, il existait la petite fédération de caisses populaires de Montréal que les malins appelaient «la Fédération des protestants».Elle devrait renaître de ses cendres.La coopération, c\u2019est la prééminence du service social sur l\u2019intérêt.C\u2019est un instrument de développement.Bulletin VIII, Desjardins, 15 mars 1999 160 \u2022 L'ACTION NATIONALE Lectures Nous AVONS reçu : Roland Arpin Le Musée de la Civilisation, Une histoire d\u2019amour Fides 1998, 175 p.V-I- Chantal Bouchard, La langue et le nombril, Histoire d\u2019une obsession québécoise, Fides, 303 p.Émile Boudreau Un enfant de la grande dépression, Lanctôt Éditeur 1998, 390 p.Gregory Baum, Le nationalisme, perspectives éthiques et religieuses, Bellarmin, 1998, 196 p.V_.Raymond Beaudry, Hugues Dionne En quête d\u2019une communauté locale, Éditions Trois-Pistoles, 1998, 244 p.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 l6l ^SA Gérard Bouchard, John A.Dickinson, Joseph Goy (sous la direction de,) Les exclus de la terre en France et au Québec XVIF-XXe siècles, Septentrion, 1998, 336 p.^A Robert Comeau, Bernard Dionne, À propos de l\u2019Histoire nationale, Éditions du Septentrion, 1998, 160 p.Léon Dion, La révolution déroutée, 1960-1976, Boréal, 1998, 324 p.\\^A Richard Dubé, Trésors de société, Les Collections du Musée de la civilisation, Fides, 1998, 255 p.Pierre Fortin (sous la direction de) La réforme de la Santé au Québec, Fides, 1999, 243 p.)^A Louis Fournier FLQ, Histoire d\u2019un mouvement clandestin, Lanctôt Éditeur, 1998, 533 p.feA Jacques Grand'Maison Au nom de la conscience, une volée de bois vert, Fides, 1998, 57 p.Daniel Jacques Nationalisme et modernité, Boréal, 1998, 268 p.feA Jacques Keable Le monde selon Marcel Pepin, Lanctôt Éditeur, 1998, 340 p.$SA Serge Lambert et Eugen Kedl Le Cœur-du-Québec, La Mauricie et le Centre-du-Québec, Éditions GID/Les Publications du Québec, 1998, 271 p.\\^TA Laurent Laplante, La personne immédiate, L\u2019Hexagone, 1998, 270 p.ÙA Victor-Lévy Beaulieu, Québec Ostinato, Éditions Trois-Pistoles, 1998, 130 p.Les contes québécois, Éditions Trois-Pistoles, 1998, 149 p 162 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE .Nelson Michaud, L\u2019énigme du Sphinx, Regards sur la vie politique d\u2019un nationaliste, Presses de l\u2019Université Laval, 1998, 267 p.Denis Monière, Votez pour moi, Une histoire politique du Québec moderne à travers la publicité électorale, Fides, 1998, 246 p.U.Lucie K.Morisset Arvida, Cité industrielle, Une épopée urbaine en Amérique, Septentrion, 1998, 251 p.Pierrette Mulazzi L\u2019argent et le savoir, Enquête sur la recherche universitaire, HMH, 1998, 170 p.Jacques Parizeau Le Québec et la mondialisation.Une bouteille à la mer?, VLB Éditeur, 1998, 48 p.tU» Marc-Urbain Proulx, (sous la direction de) Une région dans la turbulence, Presses de l\u2019Université du Québec, 1998, 239 p.Paul-Émile Roy Lectures québécoises et indépendance, Éditions du Méridien, 1999, 203 p.QU.Michel Sarra-Bournet, Le pays de tous les Québécois, Diversité culturelle et souveraineté, VLB éditeur, 1998, 254 p.Pierre Vadeboncœur, Qui est le chevalier?, Léméac, 1998, 89 p.\\ - Jean-Philippe Warren Un supplément d\u2019âme, Les intentions primordiales de Fernand Dumont, Presses Université Laval, 1998, 176 p.L'ACTION NATIONALE \u2022 163 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L'AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 Sans frais: 1-800-363-6294 E-mail : maxcap@istar.ca Gilles Bertrand Président, Directeur-général MEMBRE DE LA BOURSE DE MONTRÉAL 321 de la Commune Ouest, Suite 100, Vieux Montréal (Québec) H2Y 2E1 Télécopieur : (514) 843-0418\tTéléphone : (514) 843-4000 Sansregret, Taillefer & Associés inc.Conseillers et administrateurs en avantages sociaux Michel Taillefer Président Téléphone : (514) 355-7869 - (800) 782-5799 Télécopieur: (514) 355-7923 mtaillefer@sta-conseil.com 5125, rue du Trianon, bureau 560, Montréal (QC) HIM 2S5 Au cœur du Quartier Latin, dans une rue calme, découvrez un hôtel de charme.4* HÔTEL DU COLLÈGE DE FRANCE + ?NC 7, rue Thénard, 75005 Paris Tél (33) 1 43 26 78 36\t-15 % aux lecteurs Télécopie (33) 146345829\tde L\u2019Action nationale 164 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comptes rendus de lecture Daniel St-Arnaud Pierre Millet en Iroquoisie au XVIIe siècle: le sachem portait la soutane, Septentrion, Sillery, 1998, 203 p.Non, il ne s\u2019agit pas d\u2019un martyr canadien que l\u2019histoire aurait oublié.En fait si l\u2019histoire a effectivement oublié le héros de cet ouvrage c\u2019est peut-être parce qu\u2019il est décédé dans son lit le dernier jour de l\u2019année 1708.Pourtant, les occasions d\u2019une mort plus \"glorieuse» n\u2019ont pas manqué pour Pierre Millet, ce jésuite qui a œuvré en Nouvelle-France pendant plus de 40 ans dont la majeure partie en Iroquoisie.Si, bien sûr, le goupillon occupait une place primordiale dans la besace de ce grand voyageur, comme le montre l\u2019auteur, Millet fut davantage qu\u2019un missionnaire, la diplomatie faisant partie de ses responsabilités.L\u2019objectif visé par ce volume est de chercher à mieux comprendre à la fois un personnage, ses motivations, ses gestes et ses propos.Pour y arriver, l\u2019auteur annonce d\u2019entrée de jeu qu\u2019il fait de l\u2019ethno- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 165 histoire, c\u2019est-à-dire qu\u2019il utilise une démarche d\u2019enquête qui articule les concepts de l\u2019ethnologie au travail de l\u2019historien.Mais à mon avis, le principal mérite de Daniel St-Arnaud consiste à très bien mettre en évidence, à travers les différentes fonctions de son coureur de bois en soutane, les multiples facettes de la société iroquoise.Les événements de l\u2019été 1990 avaient permis aux Québécois, en oubliant les lendemains de Meech, de se familiariser avec certaines caractéristiques traditionnelles propres aux Iroquois : les maisons longues, les mères de clans, les Anciens, etc.On retrouve tout ceci, avec force détails, dans cet ouvrage tiré d\u2019une thèse de maîtrise soutenue à l\u2019Université Laval.Pour en bénéficier, le lecteur non spécialisé sautera le premier chapitre que l\u2019auteur semble avoir cru bon conserver pour prouver sa capacité de répondre aux exigences académiques de sa confrérie.Comme on le devine bien, le commerce de la fourrure occupa une grande part des préoccupations des Amérindiens suite à l\u2019arrivée des blancs.C\u2019est toute la structure de leur vie économique qui s\u2019en trouva fortement modifiée et l\u2019ouvrage le montre très bien.Mais ce qui va intéresser les lecteurs de ma génération, qui se rappelleront les récits de leur enfance sur les valeureux saints martyrs canadiens, c\u2019est la place et la signification de ces sinistres cérémonies de mise à mort lente pour les Iroquois et pour leurs victimes.Ce qui apparaît à première vue comme relevant de la barbarie la plus primaire trouve, à défaut d\u2019une justification, à tout le moins, une explication.Tout comme on en a trouvé pour d\u2019autres sociétés ou civilisations telle celle des Incas pour ne prendre que cet exemple.L\u2019auteur cite d\u2019autres auteurs pour montrer que: «Le sacrifice de prisonniers visait à rétablir l\u2019équilibre spirituel de la communauté, le déséquilibre survenait lorsqu\u2019un membre de la communauté connaissait une fin tragique ou violente.Par le sacrifice, on tentait d\u2019apaiser l\u2019âme ayant été tourmentée par son arrivée brusque et prématurée dans le monde des esprits ».Ces condamnés n\u2019étaient pas toujours malheureux vraisemblablement car leur mort, 166 \u2022 L'ACTION NATIONALE dans de telles conditions, avait pour eux aussi une portée bénéfique.On peut y voir, dans une certaine mesure, l\u2019équivalent d\u2019une forme de purgatoire pour les chrétiens.Leur sort, bien souvent, se trouvait sous la dépendance du pouvoir de femmes dont l\u2019influence s\u2019avérait déterminante.Millet montra dans ces écrits publiés dans les Relations quelle étendue pouvait prendre le pouvoir des femmes et c est le mérite de l auteur de bien informer ses lecteurs sur une réalité qui ferait pâlir d\u2019envie les femmes de toutes les sociétés dites avancées du 20e siècle où leur droit de vote ne date que de quelques dizaines d\u2019années.L\u2019ouvrage est fort bien écrit, comme tous ceux auxquels Septentrion nous a habitués.Je n\u2019y ai vu qu\u2019un anglicisme qui a échappé au correcteur.Cependant, on trouve certaines maladresses sous la forme de répétitions inutiles.Après avoir lu à pas moins de trois reprises que Pierre Millet se vantait d\u2019avoir prédit au grand dam des sorciers iroquois, l\u2019éclipse de lune du 21 janvier 1671, le lecteur ne pourra jamais l\u2019oublier.Mais, et c\u2019est ce qui importe, s\u2019il avait quelques soupçons sur la solidité de la structure sociale des ennemis de nos ancêtres, il en trouva ici une fort intéressante confirmation.André Joyal CD.Émile Boudreau Un enfant de la grande dépression, Lanctôt Éditeur, 1998, 389 pages ¦\u2022Je suis né le 12 décembre 1915 à Alcida, paroisse de Beresford, comté de Gloucester, «dans les terres», à quelque cinq milles de la mer, dans le haut de la rivière Nigadoo».En entreprenant par cette phrase la rédaction de son autobiographie, Émile Boudreau donne le ton à tout l\u2019ouvrage : il va utiliser une langue concise, toujours propre, mais sans artifice littéraire.C\u2019est bien écrit même si Émile Boudreau ne tente pas de séduire par son style.Il veut combler un «manque» dans notre mémoire collective.L'ACTION NATIONALE \u2022 167 Et il réussit.De son coin de pays natal - et aride - du nord-est du Nouveau-Brunswick, qu\u2019il quitte en bas âge pour La Tuque au Québec dans l\u2019espoir d\u2019y trouver un brin de décence économique, jusqu\u2019au départ définitif de la famille pour les terres de la colonisation en Abitibi, Émile Boudreau se révèle un conteur efficace de la vie très dure d\u2019une bonne partie des agriculteurs, comme des travailleurs d\u2019usine ou des mines, pendant la période correspondant aux 35 premières années de sa vie.Pour lui, la crise a sans doute duré toutes ces années ; d\u2019où son titre plus accrocheur que bien fondé historiquement.À ceux - la majorité - qui n\u2019ont connu ni la vie dans les campagnes alors que le premier conflit mondial se déchaînait, ni la misère dans les villes durant la vraie crise à partir de 1929, Émile Boudreau propose des récits centrés essentiellement sur les expériences d\u2019un petit gars, d\u2019un adolescent, d\u2019un jeune homme bien représentatifs de leur milieu, des récits portant en particulier sur la condition des travailleurs en usine, aux chantiers en hiver, dans les mines ou sur les terres à défricher en pays de colonisation.C\u2019est notre histoire, bien méconnue, illustrée par la débrouillardise de tous ces gens qui l\u2019ont faite à force de leurs bras.L\u2019espèce de candeur avec laquelle l\u2019auteur raconte tous ses souvenirs, les moins comme les plus honorables, sans respect humain ni rectitude politique, rend l\u2019ouvrage attachant.Par ailleurs, ses récits - généralement courts et vivants - sont truffés de détails ; on se demande comment il peut s\u2019en rappeler, à plus de 80 ans d\u2019âge.Malgré sa promesse - en avant-propos - de ne pas «romancer» son récit, peut-être a-t-il un peu embelli ses souvenirs?Sa mémoire est, en tout cas, exceptionnelle.Il faut attendre à la fin du volume pour le voir s\u2019accuser de quelques blancs de mémoire.Avec le temps, le lecteur s\u2019essouflera peut-être malgré l\u2019intérêt suscité par la plupart des récits contenus dans cet ouvrage de près de 400 pages bien tassées.Il pourrait alors 168 \u2022 L'ACTION NATIONALE convenir de l\u2019aborder par étapes ; parce qu\u2019il mérite l\u2019attention du lecteur jusqu\u2019à son terme.L\u2019autobiographie s\u2019arrête au moment où Émile Boudreau se lance dans une carrière de 33 ans comme permanent syndical.Ça fera partie du deuxième tome, «si Dieu me prête vie», dit l\u2019auteur.Gaston Dugas Robert Larin Brève histoire des protestants en Nouvelle- France et au Québec (XVIe -XIXe siècles), Éditions de la Paix, 1998, 206 p.L\u2019immigration d\u2019origine protestante a rarement fait l\u2019objet d\u2019études approfondies.Voulant souligner le quatrième centenaire de l\u2019Édit de Nantes, signé par Henri IV le 13 avril 1598, l\u2019auteur retrace l\u2019histoire et la pénétration du protestantisme français en Amérique du XVIe au XIXe siècles.Vous découvrirez peut-être parmi les noms de personnages historiques, tels Roberval et de Monts, huguenots reconnus, celui de l\u2019un de vos ancêtres, huguenot souvent méconnu.Le roi Henri IV a promulgué l\u2019Édit de Nantes en France le 15 avril 1598.Cet édit était basé sur le principe de réciprocité, soit de donner aux protestants en France des conditions de pratique religieuse semblables à celles des catholiques en Angleterre.En 1685, Louis XIV sentant sa mort prochaine et voulant sauver son âme, écrit madame de Maintenon (page 103), révoqua l\u2019édit.Les persécutions déjà coutumières augmentèrent, la fuite des capitaux et d\u2019une population aisée s\u2019accentua pour aller grossir le nombre des ennemis jurés de la France dans presque tous les pays européens, surtout en Suisse et aux Pays-Bas.Plusieurs protestants fuirent en Grande-Bretagne pour rejoindre les armées du roi ennemi de la France et le combattre, notamment en venant prendre le L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 169 Canada.C\u2019est ce qui arriva en 1628, les frères Kirke étaient nés d\u2019une mère française à Dieppe (page 76) ; et en 1759, sur les Plaines d\u2019Abraham, beaucoup de soldats et d\u2019officiers anglais étaient d\u2019origine française et parlaient encore le français, même s\u2019ils étaient réfugiés dans les colonies américaines (page 87).La chute du Canada provoqua un curieux renversement de situation : les protestants toujours persécutés et forcés à l\u2019abjuration sous le Régime français devenaient alors les maîtres.Et la hiérarchie catholique s\u2019est alliée au conquérant.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1837, l\u2019Église toujours fidèle à elle-même, a tout fait pour contrer la rébellion des Patriotes.Rien de surprenant alors que les chefs de la révolte se soient éloignés de l\u2019Église, comme Louis-Joseph Papineau et ses proches.Même des membres du clergé ont apostasié et embrassé la religion protestante, notamment les curés de Beauharnois, de Terrebonne, des Éboulements, etc.(page 168).Un bon nombre de fidèles furent si déçus de leur Église qu\u2019ils étaient prêts à communier à la première «autre» religion qui se présenterait.Charles Chiniquy et les missionnaires anglais et suisses eurent la partie belle.Saint-Biaise et L\u2019Acadie, particulièrement, les accueillirent pour créer la mission Grande-Ligne qui existe toujours.Les protestants du Régime anglais nous ont-ils autant maltraités qu\u2019on les a maltraités sous le Régime français?.Si l\u2019intolérance religieuse n\u2019avait pas été notre lot à cette époque, est-ce que nos relations avec les nouvelles colonies américaines «protestantes» auraient été différentes?La face de l\u2019Amérique aurait pu être toute autre.Pourquoi pas un Canada français (catholique et/ou protestant) au nord des États-Unis anglo-protestants?.Après avoir lu ce livre, pourquoi ne pas rêver d\u2019un peu plus d\u2019harmonie en repétrissant l\u2019Histoire?170 \u2022 L'ACTION NATIONALE Courrier des lecteurs L\u2019économie sociale Au Québec, l\u2019économie sociale est déjà bien enclenchée.À preuve, la mise sur pied de 100 Centres locaux de développement (CLD) depuis le 1er avril 1998.Il s\u2019agit de structures simplifiées pour que les gens se retrouvent plus facilement, des pouvoirs accrus pour les communautés locales et des budgets gérés par les gens du milieu1.Les CLD offrent localement des services de première ligne d\u2019accompagnement ou de soutien technique ou financier aux entrepreneurs potentiels ou déjà en affaires, individuels ou collectifs, y compris les entreprises d\u2019économie sociale.Chaque CLD dispose d\u2019un budget alimenté conjointement par le gouvernement et les municipalités pour réaliser les mandats qui lui sont confiés.Dans la vision agrandie des mutations de la société québécoise, l\u2019économie sociale et solidaire semble orienter 1.CLD et économie sociale par Gilles Lehouillier, Ministère des régions, Revue Municipalités, août-septembre 1998, page 22.L\u2019ACTION NATIONALE «171 une approche favorable à la restructuration de plusieurs milieux.Ce qui ne pourrait que favoriser les futures générales à partir de valeurs intégrant le travail, mais aussi un modèle de participation où les individus auraient le sentiment de vivre dans une cité plus humaine.Et surtout, parce que l\u2019encadrement à travers l\u2019éducation, à travers les liens jeunesses-aînés, indus-exclus pourrait favoriser la cohésion sociale et le remembrement de certaines familles éclatées.Jeanne Gagnon, écrivaine, Montréal La démocratie À ceux et celles qui pourraient encore en douter, les par-titionnistes d\u2019aujourd\u2019hui ne sont pas autre chose qu\u2019un maillon de la chaîne qui lie le peuple québécois au Canada.Ces fédéralistes, très majoritairement anglophones, menacent de séparer du Québec les municipalités qui auraient voté NON après un référendum victorieux pour les souverainistes.Leur but est de rester Canadiens ; leur loi est celle des deux poids, deux mesures.Plusieurs exemples rappellent ce non-respect des règles démocratiques de la part des partisans de l\u2019unité canadienne à tout prix : -La constitution canadienne et sa modification de 1982 ne furent jamais soumises à l\u2019approbation du peuple.-\tLes résultats référendaires doivent être respectés par tous les Québécois lorsque les fédéralistes gagnent.La souveraineté des régions ayant voté OUI le 30 octobre 1995 ne serait évidemment pas envisageable.-\tAu début du siècle, le Québec a perdu, avec le Labrador, 21 % de son territoire.Cela au profit de Terre-Neuve, un territoire anglais.Jocelyn Jalette, Joliette 172 \u2022 L'ACTION NATIONALE Pontiac Entre 1991 et 1996, la population totale du Pontiac n\u2019augmente que de 435 personnes pour atteindre 15435 habitants, parmi lesquels 9 150, soit 59,28% sont de langue maternelle anglaise.Durant la même période, la population anglophone croît de 9,34%, une conséquence directe de l\u2019assimilation francophone qui atteint un taux de 11,88%.Ce pourcentage d\u2019assimilation est le plus élevé de toutes les régions du Québec.L\u2019unilinguisme «sans regret» des anglophones et le bilinguisme « à sens unique » des francophones seraient en bonne partie responsables de ce taux inacceptable d\u2019assimilation dans cette région du Québec.Par exemple, parmi les 1 560 habitants du petit village orangiste de Shawville, chef-lieu anglophone du Pontiac, 1 450 sont de langue maternelle anglaise, mais, résultat de l\u2019assimilation, 1 535 ont l\u2019anglais comme langue d\u2019usage, et plus de 1165 citoyens sont toujours unilingues anglais! Plusieurs autres villages de cette région suivent le même profil démolinguistique.Cependant, il est intéressant de constater que malgré un environnement hostile à la langue française, certains autres villages du Pontiac résistent mieux aux forces du tout-anglais, notamment les villages de Fort-Coulonge et de Mainfield, où les reculs de la langue française se manifestent avec beaucoup moins d\u2019intensité.Jean-Paul Perreault, Président de Impératif français Julius Grey Les arguments de Julius Grey sur l\u2019absence d\u2019anglais dans la fonction publique ne tiennent pas.Son allusion à un Québec raté, parce qu\u2019il est français, témoigne du profond L'ACTION NATIONALE \u2022 173 mépris de M.Grey à l\u2019égard du Québec et de son peuple notoirement pluraliste.M.Grey démontre un impérialisme qui ne trompe personne, surtout pas les allophones qui, quoi qu\u2019on en dise, s\u2019intégrent beaucoup plus facilement au Québec que les anglais, une fois la désinformation acquise aux ambassades \u201cCanadian» corrigée.Non, M.Grey, le Québec ne fait pas d\u2019ostracisme à l\u2019égard des Anglais.C\u2019est un pays ouvert, accueillant et, s\u2019il n\u2019y a pas plus d\u2019Anglais dans la fonction publique, c\u2019est que ces derniers ne veulent pas s\u2019y intégrer.du moins tant qu\u2019elle sera française.Jean-Marie Latreille, Saint-Anicet Le général de Gaulle En avril I960, c\u2019est par le Canada que commence le voyage du général de Gaulle en Amérique.C\u2019est sa troisième visite officielle au Canada et il écrit dans ses mémoires2 que lors de ses précédents passages (en 1994 et 1945), il n\u2019avait » pu qu\u2019entrevoir les réalités profondes qui font de la Fédération canadienne un État perpétuellement mal à l\u2019aise, ambigu et artificiel.» Du général francophone Vanier, gouverneur général, il écrit qu\u2019il est d\u2019une race qui ne s\u2019est maintenue \u201cqu\u2019en luttant sans relâche contre toutes les formes d\u2019oppression ou de séduction déployées par les conquérants pour la séduire et la dissoudre.» Et le fin politicien de Gaulle de conclure ainsi : \u2022 En quittant ce pays, je me demande si ce n 'est pas grâce à l\u2019institution d\u2019un État de souche française, à côté d\u2019un autre de souche britannique, coopérant entre eux dans tous les domaines librement et de préférence, associant leurs 2.Charles de Gaulle, Mémoires d'espoir, Librairie Plon, 1970, pp.256,257 et 260.174 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE deux indépendances afin de les sauvegarder, qu\u2019un jour le Canada effacera l\u2019injustice historique qui le marque (et) s\u2019organisera conformément à ses propres réalités.- La France doit être à la hauteur de cet illustre personnage qui a tant fait pour elle.Lorsque le général revient au Québec en 1967, son \"Vive le Québec libre» n\u2019est pas improvisé mais mûrement réfléchi.Martin Dion, avocat, Charlemagne Jean Chrétien (Une déclaration), peut-être plus subtile, mais non moins révélatrice des positions gagnantes de notre compatriote, plus populaire ailleurs que chez lui : à la question de l\u2019abolition de la monarchie, il répond : \u201cJ\u2019ai assez de problèmes avec les séparatistes du Québec et je ne veux pas avoir de problèmes avec les monarchistes de l\u2019Ontario.» C\u2019est dire assez clairement que les problèmes de fond ne se régleront pas sur la table de Jean Chrétien.C\u2019est dire aussi que les problèmes ne sont pas mesurés à l\u2019aune objective de la réalité, mais plutôt à l\u2019aune narcissique des perceptions et des réactions de monsieur Chrétien.Gilles de La Fontaine, Sainte-Marthe-du-Cap La Conquête ou Invasion Il est curieux, et combien révélateur, que les Québécois utilisent couramment le premier terme, plutôt que le second.Le terme «Conquête» convient parfaitement aux colonisés contents (C.C.), mais pas autres autres.Paul Lorrain, L'Acadie L'ACTION NATIONALE \u2022 175 Bell Je suis estomaquée de (la) décision de vendre les téléphonistes de Bell Canada à une entreprise privée et américaine en plus.Vraiment, je ne comprends pas.Sommes-nous en train d\u2019assister au démantèlement d\u2019une entreprise qui fait partie de notre histoire, de notre patrimoine?.J\u2019ai toujours cru qu\u2019une entreprise avait un rôle social à jouer.Du moins, l\u2019ai-je appris lors de mon passage au sein de géants tels que Northern Telecom, ASEA Brown Boveri.J\u2019ai toujours imaginé Bell Canada comme étant une entreprise avant-gardiste, d\u2019avenir et près de ses ressources humaines, eh bien là, je viens de perdre quelques illusions.En tant que professionnelle en ressources humaines, nous avons toujours défendu les intérêts des entreprises qui embauchaient des travailleurs et travailleuses syndiqués.Combien de fois ai-je reçu des appels de sondages qui voulaient arracher notre clientèle et nous proposer Unitel ou Sprint?Combien de fois ai-je répondu que je croyais au géant Bell Canada.?Aujourd\u2019hui, je regarde les appareils téléphoniques sur nos bureaux et à ma résidence et j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir été roulée.Combien de fois dans ma vie privée, ai-je été offensée d\u2019entendre des amis annuler leur contrat avec Bell Canada pour s\u2019inscrire auprès de compagnies américaines.C\u2019est comme si j\u2019avais parlé pour rien ! J\u2019ai perdu mon temps et ma salive et plusieurs de mes amis avaient donc raison.Bell est en train de nous prouver qu\u2019elle est une entreprise bien ordinaire.Non, décidément, je ne comprends pas.Où sont les valeurs morales et humaines ?Danielle Boulet, Rosemère 176 \u2022 L'ACTION NATIONALE BIJOUTERIE\t\tAssurances EMBLÉMATIQUE\t\tPoitras, Larue & Rondeau Inc.C.Lamond & Fils Ltée\t\t Robert Bourget, Président\t\tCourtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel Est, bur.200 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon\t\t (Québec) JOK 2N0\t\tMontréal HIX 3G8 Tél.: 1 800 567-9771\t\tTél.:(514) 899-5377 \\üec let miployé(e)f be ta U ctente aux mueuw, c 'ett non! ta fouUCMiketé, c ett oui! éSEVïB Syndical des employé(e)s de magasins et de bureau* de la SAQ 1065.rue St-Denis, Montréal H2X 3J3 \u2022 Téléphone: (514) 849-7754 extérieur de Montréal 1-800-361-8427 \u2022 Télécopieur:(514) 849-7914 Jean-Nicolas Brousseau Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 L\u2019ACTION NATIONALE «177 IM AT IONALC Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d'expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L'index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans « Périodex- depuis 1984, dans - Repères\" publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L 'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Conception de la couverture Jean Gladu Mise en pages Jean-Marie Pesci, Méca Mag, Montréal Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 178 \u2022 L'ACTION NATIONALE ABONNEMENT \t10\t2 0 numéros numéros\t\t Étudiant\t22 $\t40 $ Personne à faible revenu\t25 $\t45 $ Personne à revenu moyen\t42 $\t78 $ Personne à revenu élevé\t100 $\t175 $ Abonnement de soutien\t500 $\t France\t300 FF\t550 FF Autres pays\t70 $\t125 $ Un reçu pour impôt est émis pour toute somme supérieure à 42$.Numéro de permis : 0341362-22-08 Club des 100 Associés: 1000 $ ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale Les 80000 pages publiées par la revue depuis 82 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix François-Albert Angers Le prix François-Albert-Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone; 514-845-8533 Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca L\u2019ACTION NATIONALE «179 La Ligue d'Action nationale Président honoraire\tMembres François-Albert Angers\tGuy Bouthillier Claude Duguay Président\tJean Genest Robert Laplante\tColette Lanthier Alain Laramée Vice-présidente\tJean-Marc Léger Danielle Gagné\tDelmas Lévesque Secrétaire\tJacques Martin Denis Monière Jean-François Nadeau\tJacques-Yvan Morin Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers\tPierre Noreau Gilles Rhéaume Membres honoraires Thérèse Baron Jean-Jacques Chagnon\tChristiane Bérubé Paul-Émile Roy\tNicole Boudreau Ex-officio Rosaire Morin\tJacques Boulay Hélène Chénier Pierre Dupuis Lucia Ferretti Secrétariat\tYvon Groulx Claire Caron\tLéo Jacques Sylvie Chagnon\tRoméo Paquette Yves Fortin\tHélène Pelletier-Baillargeon Laurence Lambert Olyve Pelletier Alain Perron\tMembres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Relationniste Monique Michaud\tGeorges Meyers 180 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comité éditorial François Aquin Louis Balthazar Claude Bariteau André Beauchamp\tAndrée Lajoie Pierre Lamonde Simon Langlois Colette Lanthier Jules Bélanger Jean-Guy Bissonnette Gérard Bouchard Henri Brun\tRobert Laplante Alain Laramée Léo-Paul Lauzon Lise Lebrun Claudette Carbonneau Paul-André Comeau Marcel Couture Fernand Daoust\tJean-Marc Léger Pierre Marois Yves Martin Yvon Martineau Bernard Descôteaux Nicole de Sève Clermont Dugas Andrée Ferretti\tDenis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Ferdinand Ouellet Lucia Ferretti Danielle Gagné Alain-G.Gagnon Pierre Graveline\tMichel Paillé Pierre Paquette Micheline Paradis Hélène Pelletier-Baillargeon Jean-Claude Guérard Roger Guy André Joyal Pierre-André Julien\tGuy Rocher Bruno Roy Jean-Claude Tardif Rodrigue Tremblay Jacques Lacoursière Claude Lafleur Danielle Lafontaine Guy Laforest\tDaniel Turp Pierre Vadeboncœur Monique Vézina L'ACTION NATIONALE «181 $oyez notm mécène ! Protégez l'avenir de L'Action nationale ! Le vrai mécénat regroupe des amis dispersés dans l\u2019espace, réunis par un même but et un même goût du pays.L\u2019entraide est la forme la plus démocratique de la volonté des citoyens d\u2019améliorer le tissu de leur vie et de leur avenir collectif.Le mécénat assurera le développement de L\u2019Action nationale et lui permettra de prendre des initiatives qui contribueront à bâtir ce pays maintenant à portée de main.Certains donateurs nous ont laissé des legs qui augmentent le capital de notre Fondation.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes : Monsieur Patrick Allen Monsieur Gaston Beaudry Monsieur Henri-N.Guilbault Monsieur Émile Poissant Monsieur Hector Roy Monsieur Bernard Vinet.D\u2019autres amis de la revue adhèrent au CLUB DES 100 ASSOCIÉS en souscrivant 1000$ et plus Leurs noms apparaissent dans la page voisine.À tous, nous exprimons notre reconnaissance par une volonté indéfectible de produire une revue qui présente des analyses sur les enjeux du développement au pays du Québec.182 \u2022 L'ACTION NATIONALE Clutt bet 100 affociéf Fernand Allard Patrick Allen François-Albert Angers Gaston-A.Archambault Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Henri-F.Gautrin Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Lucie Lafortune Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Jacques-C.Martin Yvon Martineau Louis Morache Rosaire Morin Arthur Prévost René Richard Jacques Rivest Ivan Roy Marcel Trottier Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 183 Marc Veilleux Imprimeur me.*Livres (200 à 10 000 exemplaires) *Manuels techniques *Listes de prix *Rapports internes *Catalogues *Listes de membres et répertoires *Rapports annuels et agendas *Dépliants ^Brochures JlÇ- W/ 7/1 ¥/r~ 1340, rue Gay-Lussac, section 4, Boucherville, Qc J4B 7G4 Tél.: (450)449-5818 Fax : (450)449-2140 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCE FILIALE D'OPTIMUM GÉNÉRAL INC.Partenaire Optimum® 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1500, Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 184 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le partenaire OPTIMUM» de la retraite des Québécois 4 FONDS OPTIMUM * ® » Les Fonds Optimum sont gérés ici même et n\u2019ont rien à envier aux grands noms de l\u2019industrie.Voyez vous-même : Rendements annualisés nets'1\u2019 \t1 an\t3 ans\t5 ans\t10 ans \t\t\t\t Actions\t3.1 %\t15,1%\t9,5%\t- Moyenne de l'industrie\t-0,2\t10,5\t8,2\t- International\t14,8\t16,1\t-\t- Moyenne de l'industrie\t14,9\t13,5\t-\t- Obligations\t6,9\t9,6\t8,5\t10,8% Moyenne de l'industrie\t5.9\t8,3\t7,2\t9,9 Équilibré\t6,7\t9,9\t8,5\t9,6 Moyenne de l'industrie\t3,7\t9.8\t8,5\t9,3 Croissance et revenus\t4,9\t\t\t Moyenne de l'industrie\t3,7\t\t\t Un nombre grandissant de Québécois nous confient leurs épargnes .Pourquoi pas vous ?Sans frais : 1 888 OPTIMUM Internet : fondsoptimum.com (1) Kenoemem» amuaM*» moyen» neis ei .\u201eoyer»m o» rnduttn# en sate du 29 ime 1999 setn m xoet «xteiJwMuartte aetOam i_o «w.\u2022nm» p«»»é \"* v*-\"** ?>** W» -ésufta» futur» B \u2022*» \u2022¦¦portant de In le pruspecm» umtéfiéoes rurwurimum event
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