L'action nationale, 1 mai 1999, Mai
[" L'Action Volume LXXXIX, numéro 5, mai 1999 Saga EJI&sdSim IM AKTT I ON ALE Directeur Directrice adjointe Communications Secrétaire administrative Robert Laplante Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron Comité de rédaction François Aquin, avocat Jacques Brousseau Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante, sociologue Ronald-E.Laviolette, notaire honoraire Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l'IREP, professeur UQAC Henri Brun, professeur de droit international, Université Laval Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy 425, bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 CourneL revue@action-nationale.qc.ca - Site: http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 TABLE DES MATIÈRES Volume LXXXIX, numéro 5, mai 1999 Éditorial Continuer Robert Laplante L\u2019indépenda nce Le Titanic et nous Serge Cantin\t La guerre\t DES BANANES\t9 Yves Beauchemin\t* Lettre ouverte\t À MON GÉRANT\t DE CAISSE\t1/ Gaston Deschênes\t Les fermes forestières\t« Bertrand Harvey\tU LA FRANCITÉ\t QUÉBÉCOISE\t33 Jean-Luc Gouin\t*» L'intolérance\t CANADIENNE\t37 Martin Dion\twt Patrimoine\tAC ET PORTEURS D'EAU\t43 Camille Laurin Guy Rocher Les enjeux québécois DE L'ÉDUCATION CIVIQUE /Q Maurice Le Pesant\t Le prix Richard-Arès 1998\t99 Chronique francophone Mayotte Michel Têtu et Réjean Beaudin\t107 Hommage à Rosaire Morin\t117 Le Bulletin du lundi\t149 Lectures\tISS Comptes rendus DE LECTURE\t161 Courrier DES LECTEURS\t173 L\u2019Action nationale Orientation et Comités\t179 Index des\t% ANNONCEURS\tfi\t Index des annonceurs 43\tAllard, Pierre, C.A.116 Année francophone internationale 44\tBanque Nationale du Canada 97\tBijouterie emblématique Lamond & fils 148 Caisse d\u2019économie des travailleurs de Québec 96\tCap-aux-diamants 20 CSN 16 Devoir, Le 74 FondAction C3 Fonds Optimum C4 Fonds de Solidarité 19 Forces 98\tHôtel du Collège de France 106 Hydro-Québec 42\tInternautes 98 Laboratoire Dr Renaud 36 Loto-Québec 105 Magazine Gaspésie 98 Maxima Capital 43\tMouvement national des Québécoises et Québécois 97\tPoitras, Lame & Rondeau inc.98\tSansregret, Taillefer et Associés 15 Services financiers Option 32 Société des Alcools du Québec 43 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 43 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 175 Société nationale d\u2019assurance 97 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 97 Tassé & Associés Limitée 97 Translatex Communications 158 vlb éditeur (2 pages) 175 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022 L'ACTION NATIONALE Éditorial CONTINUER Robert Laplante1 Le départ de monsieur Morin nous laisse devant un grand défi.Nous avons perdu l\u2019un des plus grands bâtisseurs que L\u2019Action nationale ait connu au moment même où à son inspiration, la revue s\u2019apprêtait à franchir une étape cruciale de son développement.Au cours de la dernière année, en effet, monsieur Morin n\u2019avait cessé de multiplier les propositions, d\u2019ouvrir de nouvelles pistes et de faire voir de vastes chantiers.Projets élaborés, esquisses à peine dégrossies et intuitions emballantes se sont accumulés sans que nous ayons eu le temps de les systématiser dans ce qui devait devenir un ambitieux plan de travail à mettre en oeuvre dès l\u2019automne.Le destin nous a forcé à revoir le sens et la portée de l\u2019exercice.Il nous faudra faire la part dans l\u2019héritage qu\u2019il nous laisse, entre ce qui ne pouvait être fait que par lui-même et ce que nous pourrons, à notre manière, mener à terme dans Président, Ligne d\u2019Action nationale L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 3 l\u2019esprit de ce qu\u2019il faut que L\u2019Action nationale continue d\u2019être.Et dans la nécessité de ce qu\u2019il faut qu\u2019elle devienne.Au cours des prochains mois, la revue franchira donc une autre étape.Comme ce fut le cas tout au long de son histoire, elle ne pourra vivre que par la ferveur de ses collaborateurs et la fidélité de ses lecteurs et abonnés.L\u2019Action nationale persévérera dans sa mission: la revue continuera d\u2019œuvrer à la promotion de la culture québécoise et de la langue française, elle travaillera sans relâche à la réalisation de l\u2019indépendance politique du Québec et à la construction d\u2019une société qui sache conjuguer la prospérité et la justice sociale.Nous continuerons d\u2019explorer toutes les voies qui permettront à notre société de trouver la cohésion dont elle a besoin pour s\u2019arracher aux entraves qu\u2019une longue domination économique et politique a imposé à sa culture et à sa représentation de l\u2019avenir.La précarité reste malheureusement notre lot.Cela ne nous empêchera cependant pas de poursuivre les idéaux les plus exigeants.La liberté de pensée et le devoir de lucidité sont essentiels au combat que nous menons.La modestie de nos moyens nous condamne à la plus audacieuse des imaginations.Nous allons continuer avec ce qui fait la force des gouttes d\u2019eau contre les murailles de granit.Nous allons continuer parce que le pays est à portée de main.?4 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Indépendance Le Titanic et nous Serge Cantin* Dans Raisons communes, Fernand Dumont nous soumettait cette interrogation angoissante : \"Si l\u2019on admet que l\u2019existence des nations est légitime, une question ne s\u2019en pose pas moins: une nation comme la nôtre vaut-elle la peine d\u2019être continuée?Les nations ne sont pas éternelles ; il est vain de leur insuffler quelque vie artificielle, de condamner des individus à une culture anémique et à quelques lambeaux d\u2019originalité sous prétexte de défendre à tout prix un héritage* 1.- Sachons gré au nationaliste Fernand Dumont d\u2019avoir eu l\u2019audace de contrevenir aux règles élémentaires de la rectitude politique en nous rappelant cette évidence première.Depuis le chanoine Groulx, il y en a peu qui ont su démontrer pareille audace.Ce qui se conçoit assez bien du reste, vu le risque auquel s\u2019expose le diseur de vérités de se faire accuser par le premier démagogue venu - comme le fut \u2019 Écrivain 1.Fernand Dumont, Raisons communes, Montréal, Éd.du Boréal, 1995, p.77.L'ACTION NATIONALE \u2022 5 Groulx par Mordecai Richler, Esther Delisle, Nadia Khouri, etc.- de mépriser le peuple, lorsque c\u2019est au contraire par respect pour la dignité des personnes qui le composent, de toutes les personnes, qu\u2019il prend un jour le risque de dire la vérité, aussi choquante, aussi scandaleuse soit-elle.Écoutons encore Dumont : \" Qui n 'a songé, plus ou moins secrètement, à la vacuité de perpétuer une telle culture?Cet aveu devrait commencer toute réflexion sur l\u2019avenir.Nous avons à répondre de la légitimité de notre culture, et plus ouvertement que nos devanciers.La plupart d'entre eux n\u2019avaient d\u2019autre ressource que de suivre la voie de la fatalité; beaucoup d\u2019entre nous, plus instruits, davantage pourvus de moyens financiers, disposent des moyens de quitter ce modeste enclos sans bruit ou avec fracas, exilés de l\u2019intérieur ou de l\u2019extérieur.Oui, les privilégiés ont le loisir de se réfugier dans l\u2019ironie ou la fuite.Mais, grandes ou petites, les cultures ne meurent pas d\u2019une subite défection ou d\u2019une brusque décision.Une lente déchéance, où des éléments hérités se mélangent à ceux de l\u2019assimilation : ainsi se poursuit, pendant des générations, l\u2019agonie des cultures qui n 'épargne que les nantis2.- Et pourtant, je puis comme d\u2019autres en témoigner, Fernand Dumont était un homme d\u2019espérance.Ce qui ne l\u2019empêchait pas cependant d\u2019être lucide et de se montrer plutôt pessimisme quant à l\u2019avenir de la culture québécoise, qu\u2019il ne confondait pas avec celui de la culture bourgeoise ou de la culture savante.Issu d\u2019un milieu ouvrier, ayant grandi dans une culture populaire à laquelle il se sentait -comme en font foi ses Mémoires posthumes3 - infiniment redevable, Dumont s\u2019est toujours gardé d\u2019une telle confusion somme toute assez fréquente chez les intellectuels et qui les justifie de ne pas trop s\u2019inquiéter du sort culturel du plus grand nombre, comme s\u2019il n\u2019y avait au fond de culture authentique que la leur, bourgeoise et savante.2.\tIbid, pp.93-94.3.\tFernand Dumont, Récit d\u2019une émigration, Montréal.Éd.du Boréal, 1997.6 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il est vrai qu\u2019il n\u2019existe plus à proprement parler de culture populaire au Québec ; que nous sommes tous plus ou moins, les intellectuels y compris, soumis à la même culture de masse, embarqués dans le même bateau, réputé insubmersible, de la mondialisation.Reste que, comme sur le célèbre paquebot, tous les passagers n\u2019ont pas accès au pont supérieur et à la contemplation de l\u2019empyrée.Cela, le film le plus cher de l\u2019histoire du cinéma ne manque pas, paraît-il, de nous le rappeler.Sauf qu\u2019en traduisant en images la loi de nature du néolibéralisme triomphant, l\u2019industrie hollywoodienne, bien loin de contribuer à la remise en question de cette loi, en sanctionne plutôt l\u2019immutabilité, la légitime et la pérennise.En effet, comme l\u2019avait si bien vu Guy Debord : Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible.Il ne dit rien de plus que «ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît ».L\u2019attitude qu\u2019il exige par principe est cette acceptation passive [.] Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n\u2019exprime finalement que son désir de dormir.Le spectacle est le gardien de ce sommeil4.» Qui tirera notre société de son sommeil spectaculaire?Qui nous éveillera à la réalité de la misère de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants qui vivent sous la ligne de flottaison, sinon à fond de cale?Or, c\u2019est pour eux d\u2019abord, pour tous ces naufragés avant l\u2019heure qui n\u2019ont même pas de mots pour communiquer leur détresse, que Fernand Dumont voulait l\u2019indépendance du Québec.Non pas qu\u2019il croyait dans les vertus magiques de la souveraineté politique.« La souveraineté du Québec, disait-il, est une exigence impérieuse ; on entretiendrait une très grave illusion en croyant qu\u2019elle sera suffisante5.» Non suffisante, l\u2019indépendance n\u2019en était pas moins selon lui absolument nécessaire.Car si rien ne nous garantit 4.\tGuy Debord, La société du spectacle, Paris, Gallimard, 1992, pp.7 et 11 5.\tRaisons communes, op cit., p.77.L'ACTION NATIONALE \u2022 7 que même avec l\u2019indépendance politique notre culture puisse échapper à sa « lente déchéance », il est par contre certain que, sans elle, «l\u2019agonie» se poursuivra inexorablement.Ainsi le nationalisme de Dumont se conjuguait-il étroitement avec son humanisme, la souveraineté du Québec trouvant sa justification et sa finalité ultime dans ce qu\u2019il appelait «la souveraineté de l\u2019éthique », c\u2019est-à-dire dans l\u2019impératif de la solidarité humaine, telle qu\u2019elle est appelée à s\u2019exercer, par exemple, au sein d\u2019une communauté nationale.Les privilégiés de la culture, eux, peuvent toujours se permettre de faire l\u2019économie de cette référence nationale, comme du reste de tout lieu d\u2019appartenance communautaire.Nés comme Pierre Elliott Trudeau dans l\u2019opulence matérielle et intellectuelle, ils n\u2019ont pas besoin de la vitalité et du dynamisme d\u2019une culture commune, d\u2019une nation, pour préparer leurs enfants à devenir, à leur image, des citoyens du monde, des hommes universels de partout et de nulle part, toujours prêts à dénoncer les droits collectifs au nom des droits de la personne, sous lesquels se dissimulent les intérêts de leur classe de V.I.P.Mais qu\u2019ai-je encore à protester?N\u2019ai-je pas le privilège d\u2019habiter dans «le plus meilleur pays du monde» (sic), ainsi que le proclame le premier ministre Jean Chrétien?Comme si l\u2019énonciateur d\u2019un tel syntagme n\u2019était pas la preuve vivante de l\u2019urgence culturelle de la souveraineté politique du Québec.En attendant celle-ci, ou le naufrage définitif, on peut toujours, pour se distraire un peu de la platitude des discours politiciens, écouter notre Céline Dion internationale interpréter la chanson du Titanic.En anglais, of course.?8 \u2022 L'ACTION NATIONALE La guerre des bananes Yves Beauchemin* À la mémoire de Rosaire Morin Vers la fin d\u2019un après-midi ensoleillé, la tribu des singes à longues mains du pays de Gallinaco fut envahie par la tribu des singes à grands pieds de l\u2019île de Liono, arrivée secrètement sur des radeaux de balsa.Un court combat eut lieu, pierres et pieux volèrent, le sang coula et les singes à longues mains, dépassés par le nombre, connurent une amère défaite.Désormais, cette région nous appartient, déclara le général des singes à grands pieds au chef des vaincus.Nous en ferons notre pays.Par pure bonté, nous vous permettons de continuer à l\u2019habiter, mais il faudra vous soumettre à nos règles.Cela m\u2019apparaît juste, répondit l'autre en inclinant la tête.Nous l\u2019acceptons.* Écrivain L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 9 Les singes à longues mains perdirent le droit de grimper aux bananiers pour cueillir des bananes.Ce droit alla exclusivement aux singes à grands pieds, qui décidèrent d\u2019en faire la base de leur commerce.Ils mangeaient des bananes à volonté, séchaient le surplus pour le vendre à l\u2019extérieur et donnaient la pelure aux singes à longues mains en échange de leur travail.Nous n 'aimons pas la pelure, se plaignirent ces derniers.Elle est trop amère.Nous avons toujours mangé la pulpe.Ces temps sont passés, leur répondit-on.Désormais, c\u2019est la pelure que vous mangerez.Elle est peut-être un peu amère mais très nourrissante.Nous vous envions.Quelques mois passèrent.Les singes à longues mains rôdaient dans la jungle, affaiblis, déprimés, inquiets.Parfois, l\u2019un d\u2019eux rencontrait un singe à grands pieds et on se donnait des coups de dents.Si les choses continuent ainsi, se plaignaient les vaincus, nos enfants finiront par oublier comment grimper aux bananiers pour se nourrir, et alors ils ne seront plus de vrais singes.Il fallut poster un singe à grands pieds armé d\u2019une pierre devant chaque bananier, car des vols de bananes se produisaient la nuit.Comme on manquait de gardiens, on engagea des singes à longues mains pour compléter l\u2019effectif ; en récompense de leurs services, on leur accorda le droit de manger quelquefois des bananes en cachette.Ils en éprouvèrent une grande satisfaction et un profond sentiment d\u2019importance.Les deux tribus partageaient le même territoire, mais vivaient à l\u2019écart l\u2019une de l\u2019autre, s\u2019épiant parmi les arbres et les fougères.Gallinaco, autrefois si gaie et si affairée, respirait maintenant la tristesse, même par jour de grand soleil.10 \u2022 L'ACTION NATIONALE La bonne humeur revint pour un temps à Gallinaco, mais bientôt des querelles éclatèrent, car tout le monde voulait goûter aux bananes, mais il n\u2019y en avait pas assez.Une nuit, Lojo, le chef des singes à longues mains, rassembla une vingtaine de ses semblables et attaqua les envahisseurs pour les chasser du territoire.Au terme d\u2019une bataille longue et tumultueuse, les singes à longues mains furent vaincus une seconde fois ; leur chef reçut une noix de coco sur le crâne et perdit sa faculté d\u2019être chef.Dieu merci, soupirèrent les singes à grands pieds, nous aurons enfin la paix.Mais leur soulagement ne dura pas.L\u2019atmosphère de Gallinaco s\u2019alourdit davantage et les coups fourrés augmentèrent de part et d\u2019autre, de plus en plus sournois, de plus en plus cruels.Les singes à longues mains s\u2019élirent secrètement un autre chef du nom de Bobo et celui-ci réunit les plus futés parmi les siens afin de trouver un moyen d\u2019améliorer le sort de la tribu.Il faut un compromis, conclurent-ils tous ensemble.Le lendemain, Bobo alla trouver Zoyo, le chef des singes à grands pieds et après s\u2019être incliné devant lui : Accordez-nous la permission de grimper à une dizaine de bananiers.Cela nous permettra de goûter un peu aux bananes et allégera notre peine.En échange, je vous promets la paix.Je vais y réfléchir, répondit Zoyo.Il convoqua ses conseillers et demanda leur avis.Voilà une excellente idée, répondirent ceux-ci.Grimper à une dizaine de bananiers leur donnera un peu l\u2019impression de grimper à tous les bananiers.De plus, ils se querelleront entre eux pour le partage des bananes.Pendant ce temps, nous aurons la paix.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 11 Zoyo fit venir Bobo et dix bananiers furent ornés d\u2019une fleur blanche ; les singes à longues mains eurent la permission d\u2019y grimper pour cueillir des bananes.Alors Bobo alla retrouver Zoyo et lui demanda dix autres bananiers : Avec dix autres, assura-t-il, tout le monde sera content et la paix régnera pour toujours à Gallinaco.Mais Zoyo refusa net et rassembla de nouveau ses conseillers : Vous m\u2019avez donné de mauvais conseils, les blâma-t-il.Nous avons excité chez eux le goût des bananes, alors qu 'il fallait au contraire l\u2019éliminer.Ne répétez plus pareille erreur, sinon vous mangerez des pelures vous aussi.Désormais, promirent-ils tout penauds, nous aurons meilleur jugement.Mais les choses continuèrent d\u2019empirer à Gallinaco.Dans la tribu des singes à longues mains, des individus sans scrupules mirent sur pied un trafic de bananes.L\u2019insatisfaction grandit.Les querelles se multiplièrent.Et plutôt que de diminuer, l\u2019antipathie des singes à longues mains pour leurs maîtres sembla augmenter.Le prestige de Bobo décroissait un peu chaque jour parmi les siens.Celui de Zoyo également, car l\u2019avenir apparaissait de plus en plus sombre aux singes à grands pieds.Soudain, Fino, un des plus futés parmi les singes à longues mains, demanda qu\u2019on réunisse la tribu, car il avait un plan à proposer ; Notre chef Bobo a besoin de repos.Pendant qu\u2019il refait ses forces, je pourrais le remplacer.J\u2019ai une idée à vous soumettre pour améliorer notre sort.Laquelle?lui demande-t-on.Je veux devenir votre chef mais celui également des singes à grands pieds.Ainsi, nous ne subirons plus de mauvais 12» L'ACTION NATIONALE traitements de personne, car je serai devenu le protecteur de tout le monde et la bonne entente régnera partout.Un immense éclat de rire accueillit ses paroles.Toi, si malin, comment peux-tu dire de pareilles sottises?lança un vieux singe entre deux hoquets.Aurais-tu reçu une noix de coco sur la tête?Je n\u2019ai rien reçu du tout, répondit sèchement Fino.Laissez-moi aller trouver les singes à grands pieds.Si je ne réussis pas à les convaincre, vous pourrez rire de moi tout votre saoul.Il y eut une longue discussion, puis un sage se leva et dit : Fino a toujours eu de bonnes idées.Donnons-lui sa chance.Donnons-lui sa chance ! Répéta la foule.On envoya Fino parlementer avec les singes à grands pieds.Il demanda à leur chef Zoyo de les rassembler et parla ainsi : La haine entre nos deux tribus augmente sans cesse.Si nous ne faisons rien, la guerre éclatera de nouveau.Peut-être gagnerez-vous encore, mais peut-être aussi que non.Qui, en effet, connaît l\u2019avenir ?Choisissez-moi comme chef.Ma tribu m\u2019a déjà choisi.Je vous promets de la garder calme et obéissante, car elle a confiance en moi.Ainsi vous pourrez vous adonner à vos affaires en toute tranquillité.Zoyo voulut s\u2019opposer, mais les singes à grands pieds trouvèrent l\u2019idée de Fino si ingénieuse qu\u2019ils destituèrent leur chef sur-le-champ et nommèrent Fino à sa place.Pendant quelques mois la paix régna à Gallinaco.Jamais un singe n\u2019avait dirigé deux tribus à la fois ! On venait voir Fino de toutes parts pour le féliciter et essayer de comprendre comment il avait réussi un coup pareil.Celui-ci gardait une contenance modeste, mais sa victoire l\u2019enivrait de plus en plus.L'ACTION NATIONALE \u2022 13 Cependant, le sort des singes à longues mains ne s\u2019était guère amélioré.Ils ne possédaient toujours que dix bananiers et la plupart devaient se nourrir de pelures à longueur d\u2019année.Fino essayait de concilier les intérêts des deux tribus.Mais comme les singes à grands pieds étaient plus nombreux que les singes à longues mains, l\u2019esprit de justice l\u2019obligeait presque toujours à favoriser les premiers.Des murmures commencèrent à s\u2019élever parmi les vaincus.Certains parlaient de trahison.Alors Fino convainquit les singes à grands pieds de remettre aux mécontents deux autres bananiers.La remise se fit au cours d\u2019une cérémonie fastueuse.On battit le tambour au milieu d\u2019une pluie de fleurs blanches.Tout le monde se réjouissait.À la fin de la journée, Fino convoqua quelques sages parmi les singes à longues mains et leur annonça, sous le sceau du secret, que cette remise n\u2019était que le prélude de nombreuses autres.Avec un peu de patience, ils finiraient, dit-il, par récupérer presque tous leurs bananiers.Puis il réunit quelques sages parmi les singes à grands pieds et leur annonça que le souci de la paix le forçait à remettre de temps à autre aux vaincus quelques bananiers, mais que ces remises ne se feraient qu\u2019au compte-gouttes, de façon à ne pas nuire aux affaires.Un an passa.La renommée de Fino avait débordé Gallinaco et s\u2019était répandue dans toute la jungle.Quand il se promenait parmi ses sujets, Fino, à présent, abandonnant toute modestie, se pavanait avec insolence.On ne lui parlait qu\u2019avec respect et après de longs calculs, car il ne supportait plus la critique.Cependant, il n\u2019avait pas perdu sa perspicacité et sentait qu\u2019une sourde révolte bouillonnait dans la tribu des singes à longues mains.Une nuit, un espion fit irruption dans sa cabane et lui annonça qu\u2019une insurrection se préparait.14 \u2022 L'ACTION NATIONALE Fino ordonna aussitôt l\u2019arrestation des agitateurs, puis rassembla ses conseillers.On discuta longuement et il y eut des éclats de voix.Finalement, un des conseillers eut une idée toute simple mais remarquable : Ce qui importe le plus aux singes à longues mains, dit-il, n 'est pas de manger des bananes, mais de grimper aux bananiers.Alors, laissons-les grimper à tous les bananiers qu 'on aura auparavant dépouillés de leurs bananes et ils auront l\u2019impression d'avoir retrouvé une bonne partie de leur liberté.Fino, souriant, approuvait de la tête : Voilà une excellente idée.Nous appellerons ces bananiers des bananiers distincts.Ou uniques ?proposa quelqu\u2019un.Le mot importe peu.C\u2019est l'illusion qui compte.Seuls les singes à longues mains auront le droit d\u2019y grimper.Cela fera des jaloux parmi les singes à grands pieds, mais leur jalousie nous sera précieuse.Tout le monde applaudit.Fino leva la réunion et alla se recoucher, le sourire aux lèvres, avec la certitude d\u2019avoir assuré pour toujours la paix dans le pays.?« Une bonne diversification est la meilleure sécurité pour vos REER » Les services financiers OPTION Christian Haché Représentant en épargne collective inscrit auprès des Services en placements Peak inc.990-REER (Montréal) 1-800-413-REER (ext.de Montréal) (450) 359-4725 (Saint-Jean) http://blizz.qc.ca/optionsf 439, boul.du Séminaire Nord, St-Jean-sur-Richelieu (Québec) J3B 5L4 L\u2019ACTION NATIONALE *15 LE DEVOIR Un journal engagé pour des gens exigeants Le Devoir P53p®:' moderne, conçu pour ses Mk-lecteurs qui sont des gens w actifs, présents dans leurs milieux.1 C\u2019est un journal intelligent crédible influent.Un journal d\u2019information qui traite de toutes les grandes ques- i lions, qu\u2019elles soient locales ou ill ' inlernalionales, politiques ou i , é ' ues, culturelles ou JBB| sociales.Un journal de réfé- ][H rence incontournable par sa rigueur et sa profondeur.'\u2022The SiM/rhi of.Xeirs Ihi/ters l)estf/n\u2022 a ! neensit,,, île *mi (/iiiniienie ennemies iinnnel h décerné 14 firi.r an Derme.16 \u2022 L'ACTION NATIONALE 41 7845 Lettre ouverte à mon gérant de caisse Monsieur, Il y a quelques jours, je vous adressais une lettre pour ajouter mon nom aux autres membres qui protestaient contre les nouvelles heures de services au comptoir.Les informations affichées la fin de 1998 claironnaient une augmentation des heures d\u2019accès mais il fallait lire entre les lignes pour découvrir une diminution des heures de service au comptoir et surtout une volonté très nette de pousser tout le monde vers le guichet automatique et Internet.Votre réponse ne m\u2019a pas étonné.Vous m\u2019assurez de votre -esprit d\u2019ouverture» mais, entre l\u2019expression de cette bonne intention et la mise en pratique, il y a un mur plus large que ladite ouverture.Le nouvel horaire tiendra au bénéfice des personnes du troisième âge qui garderont quatre heures (de lOh à I4h) tous les jours pour se présenter au comptoir.Tant pis pour ceux dont le lieu de travail est éloigné et qui perdent les quelques heures d\u2019accès et de service qu\u2019ils avaient en fin de journée.Comme vous le soulignez dans votre lettre, 82 % des transactions sont maintenant faites « par automatisme ».Autrement dit, les retardés sont en voie de disparition, ce n\u2019est qu\u2019un mauvais moment à passer et dans quelques années on n\u2019en parlera plus.Effectivement, il y a des choses plus importantes.La caisse paroissiale est aussi en voie de disparition, tout comme les L'ACTION NATIONALE \u2022 17 fédérations régionales.On se retrouvera prochainement avec quelques centaines de grosses caisses regroupées dans une seule fédération.Est-ce grave?Peut-être pas.Desjardins aurait probablement conçu la caisse populaire différemment s\u2019il avait vécu dans notre monde de télécommunications.Et on peut pratiquer le coopératisme tout en prenant du poids.Il existe de par le monde de très grandes institutions coopératives qui ont gardé le contact avec leurs membres.Me suivez-vous ?J\u2019en doute, car votre lettre m\u2019a révélé quelque chose de bien plus grave sur l\u2019état et l\u2019avenir du mouvement Desjardins.À cinq reprises, dans cette lettre, vous parlez des usagers de la caisse comme de « clients » ou d\u2019une «clientèle»; deux fois, vous les qualifiez de «clients-membres », une expression bizarre car les membres ne sont pas des «clients» et on ne peut être «client», comme vous dites, sans être membre ; une seule fois, vous utilisez le mot « sociétaires».Vous terminez d\u2019ailleurs votre missive de la façon suivante : «.je souhaite ardemment conserver votre clientèle ainsi que celle de votre épouse à notre caisse».Tout vous appartient, si j\u2019ai bien compris.«Membre» et «sociétaire » n\u2019appartiennent manifestement pas à votre vocabulaire quotidien.Votre caisse a des clients comme la banque d\u2019à côté.Le Fondateur serait sûrement moins dérouté par les changements technologiques que par le langage de ses successeurs.Il se poserait plusieurs questions.Comment choisit-on les gérants dans les caisses, quelle formation leur donne-t-on et quelle formation donnent-ils ensuite au personnel ?Se donne-t-il d\u2019ailleurs encore des cours de formation dans ce mouvement?La haute direction se préoc-cupe-t-elle de la situation?Pourquoi s\u2019étonner d\u2019apprendre que les membres des caisses n\u2019ont pas de sentiment d\u2019appartenance et se désintéressent de la gestion de leur caisse populaire quand leur propre gérant ne sait plus comment les identifier correctement ?Gaston Deschênes, historien 18 \u2022 L ACTION NATIONALE IL2fo9(tffoflii INI AT IONALE C'est le 82e anniversaire.\u2019Action nationale est une revue d\u2019idées.Depuis 1917, elle brasse des idées.Sans argent, elle accomplit une œuvre dont l\u2019importance n\u2019est pas mesurable.Le fondateur de la revue, ce fut Orner Héroux, le vaillant journaliste du Devoir.Depuis 1917, la revue a obtenu la collaboration de 1 700 auteurs.Six précurseurs ont façonné l\u2019âme de la revue : Joseph-Papin Archambault, Lionel Groulx, Esdras Minvile, André Laurendeau, Richard Arès, et François-Albert Angers.Les 80000 pages publiées racontent l\u2019histoire du Québec.L\u2019Action nationales exercé une influence sur l\u2019évolution de la société québécoise.Elle a inspiré les regroupements de l\u2019Action libérale nationale, de la Ligue pour la défense du Canada, du Bloc populaire, des États généraux du Canada français et du Mouvement Québec français.FORCES Revue de documentation économique et culturelle 500, rue Sherbrooke Ouest, bureau 1270 Montréal (Québec) H3A 3C6 L'ACTION NATIONALE \u2022 19 L'âme DE CE PAYS S\u2019il est venu le temps de se donner un pays, il importe de savoir ce que nous en ferons.L'Action nationale a accompagné le Québec tout au long de ce siècle.Elle apporte à nouveau une pièce majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.20 \u2022 L ACTION NATIONALE L'Erreur boréale Lettre en réponse à celle que le ministre Brassard a envoyée aux réalisateurs du film1 Monsieur le ministre, Vous avez qualifié L\u2019Erreur boréale de film démagogique.Vous avez également ajouté: «Vous avez trouvé, messieurs Desjardins et Monderie, une façon pour la moins originale de présenter votre opinion sur le Régime forestier québécois.» Puisqu\u2019une image vaut mille mots, je vous suggère, monsieur le ministre, de répondre à ce film par autant « d\u2019images ».Montrez-nous, par exemple, comment sont exploitées et aménagées les forêts des autres pays nordiques, celles de la Suède et de la Finlande incidemment.Ces pays possèdent également des forêts importantes, des forêts nordiques sur des territoires qui s\u2019étendent au-delà du 46e degré de latitude.Puisque vous affirmez que monsieur Desjardins ne nous montre pas la réalité, la réalité d\u2019un Québec forestier qui dépasse la forêt boréale, nous sommes en droit, comme collectivité, tous Québécois propriétaires de ce patrimoine, d\u2019exiger de vous cette « réalité » que tronquerait monsieur * Lettre publiée dans Le Devoir, 1er avril dernier.L\u2019ACTION NATIONALE *21 Desjardins.Montrez-nous ce qui se fait ailleurs, comment d\u2019autres collectivités du Nord aménagent leurs forêts, des forêts qui croissent au-delà du 46e degré de latitude, des forêts nordiques qui croissent dans une zone climatique semblable à la nôtre.Montrez-nous comment les peuples de ces régions aménagent leurs forêts, afin que nous Québécois puissions voir qu\u2019elle est la «réalité» de la culture forestière, afin que nous soyons, tout comme vous, fiers de «nos» exploitants, fiers de «nos» politiques forestières.Nous, Québécoises et Québécois, citoyennes et citoyens, propriétaires de la forêt publique, avons le droit de savoir ce que notre gouvernement, et ceux qui l\u2019ont précédé, avez fait du bien public.Avant que ne se mette en marche la prochaine consultation nationale prévue pour l\u2019automne, nous avons droit de connaître la «réalité» sinon la vérité.Montrez-nous, par « l\u2019image », les forêts nordiques, celles d\u2019ici et celles de l\u2019Europe nordique, rassurez-nous, c\u2019est votre devoir, par la comparaison des effets de nos politiques avec les effets des politiques d\u2019ailleurs ! L\u2019Erreur boréale a semé le doute chez les citoyennes et les citoyens québécois, à vous de lever ce doute, de nous montrer que « nos » ressources forestières sont inépuisables, que la récolte forestière peut, ainsi que vous l\u2019affirmez, continuer de se faire comme elle se fait présentement et jusqu\u2019à la fin des temps.Je vous suggère donc, monsieur le ministre, afin de lever ce doute fatal, de confier à un cinéaste, un cinéaste de votre choix, de nous montrer ce qu\u2019il en est de la «réalité» de nos forêts, boréale, nordique et habitée, et de nous montrer leurs équivalents du Nord de l\u2019Europe.Au point où en sont les choses, les dépenses que pourraient engendrer ces tournages se conçoivent comme des déboursés d'investissement; ce n\u2019est pas rien en effet d\u2019être en mesure de vous - et de nous - défendre dans l\u2019opinion internationale, pas rien non plus de redonner à un peuple la confiance en ses gouvernants élus.À propos de cette confiance dans nos élus, rap- 22 \u2022 L ACTION NATIONALE pelons le communiqué de presse que faisait paraître, le 24 septembre dernier, le ministre d\u2019État des ressources naturelles, monsieur Guy Chevrette, et qui s\u2019intitule: «Le ministre Chevrette lance des consultations publiques à travers tout le Québec ».À ce communiqué de presse est joint le document de consultation que l\u2019on peut trouver indifféremment sous : www.mrn.gouv.qc.ca ou sous : www.gouv.qc.ca sous l\u2019icône Consultations publiques, document dans lequel il est dit (page 4 de 8 de la partie bilan) que : « très peu de personnes manifestant leur intérêt.».Il faut comprendre, monsieur le ministre, que ce jugement de votre prédécesseur est bien particulier quand on pense au nombre de personnes (2 508 en moins de deux heures) qui ont « manifesté leur intérêt» à la suite du «Droit de paroles» du vendredi 2 avril dernier ! Je vous suggère donc également, monsieur le ministre, afin d\u2019assurer la crédibilité du film comparatif dont je vous suggère la réalisation, ici et sur la scène internationale, de faire encadrer le cinéaste «que vous aurez choisi» par une équipe qui connaisse bien le milieu forestier, une équipe composée de personnalités «non politiquement correctes», une équipe de scientifiques et de praticiens du milieu également : un doyen du génie forestier ; un écologiste reconnu ; un représentant de l\u2019industrie forestière ; un forestier enfin, auquel le Québec a déjà accordé le Mérite forestier (ici, je pense tout particulièrement à monsieur Léonard Otis, auteur de l\u2019ouvrage : Une forêt pour vivre).Monsieur le ministre, le doute que le film de messieurs Desjardins et Monderie a fait naître est d\u2019une telle ampleur maintenant que vous devez « nous » répondre par autre chose que par une lettre dont la démagogie n\u2019a rien à envier à celle dont auraient fait usage les réalisateurs de L\u2019Erreur boréale.Un doute, d\u2019ailleurs, que viennent encore amplifier les interventions d\u2019évêques comme Monseigneur Gérard Drainville et Monseigneur Alexandre Labrie, qui connaissent tous deux L\u2019ACTION NATIONALE «23 fort bien nos forêts boréale et nordique puisqu\u2019elles font partie de leur diocèse.Nous ne pouvons que nous souvenir, monsieur le ministre, des investissements faits par les Madelinots : les emprunts personnels qu\u2019ils ont dû faire et auxquels est venue s\u2019ajouter l\u2019aide de «l\u2019État», c\u2019est-à-dire notre argent collectif.Des gens qui, il y a trente ans passés, et en toute bonne foi, dépensaient de fortes sommes dans l\u2019acquisition de bateaux de pêche modernes afin d\u2019avoir accès aux ressources -inépuisables » des hauts fonds marins, à la morue notamment qui, pour l\u2019heure, a disparu.Ces bateaux sont dorénavant à quai.et les phoques n\u2019en sont pas les seuls responsables! Voilà la question posée.Après des interventions de la qualité de celles des Drainville, Labrie, de celles de -l\u2019homme qui plantait des arbres» et de J.-L.Lussier, après les images du film de messieurs Desjardins et Monderie, avec nos propres connaissances de la forêt actuelle, croyez-vous que nous puissions être assurés de la continuité de cette ressource «inépuisable»?Croyez-vous que les arguments développés par vos fonctionnaires dans la lettre publiée par tous les journaux et signée par vous, monsieur le ministre, sont à même de nous rassurer?Nous avez-vous rassurés, ou allons-nous connaître avec le temps les ruptures de stocks que connaissent les populations de la forêt habitée ?Faites-nous connaître vous-même, monsieur le ministre, l\u2019état de nos forêts et celui des forêts des pays qui sur cette terre occupent des territoires qui ressemblent aux nôtres.Surtout, monsieur le ministre, faites en sorte de lever ce doute dont n\u2019a rien à gagner un gouvernement, non plus que les citoyennes et les citoyens qui l\u2019ont élu parce qu\u2019elles et eux ont cru en sa capacité de gérer leur pays et leurs biens collectifs.Bertrand Harvey Québec 24 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Un projet de création de fermes forestières Bertrand Harvey Quiconque voyage dans la partie rurale du Québec, bordée d\u2019ouest en est par Montréal et Gaspé et du sud au nord par la frontière américaine et le fleuve Saint-Laurent, peut constater que la population rurale qui y vit est encore importante et bien enracinée dans le milieu.Dans la bande de sol qui longe le fleuve Saint-Laurent, les terres sont fertiles et les agriculteurs prospères.La composition des populations des paroisses en est le reflet : agriculteurs, artisans, représentants de différents corps de métiers et journaliers sont au travail.Ce degré de prospérité est semblable pour les villes qui gravitent autour de ces agglomérations.Cependant, les terres fertiles ne constituent qu\u2019une infime partie de l\u2019ensemble des terrains de cette zone, terrains par ailleurs impropres à la culture.Toutefois, tout ce littoral, grand comme un pays, est aussi constitué de sols où la forêt était, à l\u2019origine, abondante et composée d\u2019essences variées de grande qualité.Sur une grande partie de ces ter- L\u2019ACTION NATIONALE «25 res furent érigées de nombreuses paroisses.Au temps de la colonisation, les ancêtres des populations qui y vivent encore ont abattu des milliers d\u2019acres de cette forêt qu\u2019ils ont brûlée en abattis afin, bien inutilement, d'en convertir le terrain à l\u2019agriculture.En effet, avec les années, la majorité des terres se sont révélées non cultivables; le sol est fertile, mais très rocailleux.Par contre, la forêt y croît dans une zone tempérée du territoire québécois.Cette situation géographique augmente la rapidité de croissance des arbres et permet une récolte plus hâtive qu\u2019ailleurs au Québec.Ces terres sont abandonnées, pour ce qui est de la culture, et retournent à leur nature première, c\u2019est-à-dire à la forêt (une forêt habitée cependant).Les Québécois qui demeurent toujours dans ces nombreuses paroisses sont de tous les âges.Ils sont capables de travailler.Mais un grand nombre d\u2019entre eux doivent compter, pour survivre, sur le chèque mensuel de \u201cB.S.».Dans ces régions, ce n\u2019est pas la majorité des citoyens qui peuvent profiter d'un emploi régulier.Ainsi, il y a donc dans ce vaste territoire des terres forestières qui pourraient être aménagées par des individus RÉSIDENTS.Une politique les favorisant leur permettrait de se créer des emplois lucratifs et permanents, d\u2019acquérir des biens fonciers en propre et d\u2019ainsi contribuer à mettre sur pied et à gérer un patrimoine national québécois.Ce patrimoine, nos petits-enfants vont en avoir grandement besoin pour compenser, un tant soit peu, la fabuleuse dette dont ils vont hériter.L\u2019inventaire de ces terres est connu de tous ceux qui œuvrent dans le domaine de la foresterie ; il s\u2019agit, pour cette seule partie du Québec, de 7 000 milles carrés de forêt domaniale (FORÊT HABITÉE) en plus des 18 000 milles carrés, de forêt publique.Plusieurs études, appuyées par les témoignages d\u2019aussi nombreux forestiers évaluent qu\u2019un forestier, pour se bâtir 26 \u2022 L ACTION NATIONALE un avenir suffisamment lucratif, doit posséder de 4 à 5 terres (400 à 500 acres).En conséquence, le potentiel, pour ce seul territoire, est de plusieurs milliers d\u2019emplois.Des emplois qui seraient le fait de producteurs forestiers indépendants, des gens qui seraient l\u2019équivalent de producteurs agricoles et qui seraient dévoués à la sylviculture et à l\u2019exploitation des forêts.Ainsi, si l\u2019État versait à un bénéficiaire de l\u2019aide sociale, pour un temps limité, une subvention en échange d\u2019une somme de travail en aménagement des terres forestières, ce même État pourrait éventuellement en faire un forestier capable de se bâtir un avenir, de devenir un mandataire de l\u2019État et, partant, de travailler à la reconstruction des communautés rurales du Québec.Le bénéficiaire d\u2019une telle mesure verrait son nom changer de place dans le bilan financier du gouvernement, son dossier serait porté du poste Dépenses à celui du poste Investissements.Il deviendrait ainsi un élément essentiel du développement du capital national.Ne pas avoir de statut social, être incapable de dire ce qu\u2019il fait dans la vie, est certainement un des plus grands malheurs qu\u2019un être humain puisse subir.Être producteur est un statut social, être bénéficiaire est une situation qui ne devrait survenir que dans les seuls cas d\u2019impossibilité de travailler.Les gens qui dans ces régions seraient visés par cette mesure sont capables des travailler.Dans cette partie du bilan on verrait apparaître un nouveau statut pour le bénéficiaire d\u2019aide sociale devenu propriétaire de terres forestières : Il doit produire une quantité déterminée de travail en échange du salaire qu\u2019il reçoit ; il est devenu un mandataire de l\u2019État, responsable du développement d\u2019un bien qu\u2019on lui a confié il est devenu un payeur de taxes foncières ; L'ACTION NATIONALE \u2022 27 il est devenu, à moyen terme, lorsque son exploitation sera devenue rentable, un employeur et un payeur d\u2019impôts ; il est devenu propriétaire, après quelques décennies, de fermes forestières dont la valeur a centuplé et pour lesquelles l\u2019État retrouve sa mise de fonds ; d\u2019individu classé avec les pauvres, les exclus, les marginaux, il est devenu, notamment, un citoyen qui remplit ses obligations, capable d\u2019assumer ses responsabilités et de réclamer ses droits.Quelques forestiers québécois (excluant les spéculateurs) ont trouvé le moyen de vivre et d\u2019accumuler des biens en exploitant leurs forêts, tout en augmentant le potentiel de ces dernières.Ces forestiers sont des agents du milieu dont les témoignages et les performances peuvent être réunis et pour élaborer un projet national d\u2019investissement possédant toutes les garanties, s\u2019il est bien conçu, d\u2019atteindre la rentabilité tout en créant un nouvel environnement social.Afin qu\u2019un semblable projet devienne celui de toute la collectivité : Il appartient à l\u2019État de partager la richesse équitablement entre ses citoyens et de témoigner, devant ceux qui paient les impôts, du bien fondé des fonds versés dans une telle entreprise.Il lui faudra aussi démontrer que les ententes qui pourront exister entre le bénéficiaire et l\u2019État comportent, à moyen terme, des garanties de recouvrement des sommes investies.La chose est faisable.Il faut d\u2019abord une volonté politique de faire.Les Américains, nos voisins du sud, possèdent une grande réserve de ressources forestières grâce, entre autres moyens, au plan autorisé par leur président des années 30, T.D.Roosevelt, The American New Deal.À quand un plan portant en titre le nom de notre Premier ministre ?28 \u2022 L ACTION NATIONALE Le gouvernement devrait mettre en évidence le rapport de la 82e réunion annuelle des manufacturiers de pâtes et papiers qui s\u2019est tenue à Montréal en février 1995- Les dirigeants de ce regroupement évaluent en effet que la demande du marché du papier va doubler d\u2019ici 20 ans pour atteindre 500 millions de tonnes (en plus du bois d\u2019œuvre).Pourrons-nous répondre à cette demande?L\u2019intensification de l\u2019aménagement forestier des forêts publiques est certainement une voie à pratiquer.Mais les fermes forestières ont elles aussi un grand potentiel Elles permettraient, en plus, de s\u2019attaquer au problème du chômage chronique d\u2019une partie de la population en plus de favoriser la revitalisation des villages ruraux.En gros, on peut décrire ainsi les grandes caractéristiques d\u2019un programme de développement de fermes forestières.Ce programme ferait l\u2019objet d\u2019une Loi concernant l\u2019aménagement des fermes forestières.La loi fixe les termes de l'entente entre l\u2019État, le propriétaire d\u2019un boisé privé et le mandataire de l\u2019État selon le cadre suivant : le bailleur de fonds : les caisses populaires Le rôle du gouvernement : a)\tL\u2019État se porte garant des fonds qui seront affectés à l\u2019exécution du projet ; b)\tPromulguer les directives s\u2019appliquant à la gérance des fermes forestières : i) les normes de reboisement et d\u2019aménagement ; ii les restrictions d\u2019exploitation ; iii) la conservation des ressources ; c)\tles fonds investis sont des prêts à moyen et à long termes qui devront être remboursés par le propriétaire d\u2019un boisé privé ou par le mandataire bénéficiant de l\u2019exploitation ; d)\tles arbres de ces forêts ne pourront être coupés avant d\u2019avoir atteint leur maturité.Les coupes seront effectuées L'ACTION NATIONALE \u2022 29 d\u2019après la croissance naturelle.Il est interdit de détruire ou de dévaster une forêt (exception faite des causes naturelles évidemment), et tout contrevenant devra rembourser les fonds investis et assumer le coût des correctifs des dommages ; e)\tun comité des citoyens ayant choisi parmi 5 ou 7 des lauréats du mérite forestier (années antérieures) sera, par la loi, autorisé à établir les normes de reboisement, d\u2019aménagement et d\u2019exploitation des fermes forestières ; f)\tles règlements et directives émanant du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources (MER) devront au préalable avoir été acceptés par ce comité des lauréats1.Pourquoi les caisses populaires ?a)\tpour s\u2019assurer que les fonds serviront uniquement à l\u2019aménagement des fermes forestières2 ; b)\tles directions des caisses populaires situées en milieu rural sont toutes assumées par des citoyens des paroisses rurales où l\u2019on retrouve ces forêts habitées.Les propriétaires de boisés privés Les forestiers mandatés par l\u2019État pour effectuer les travaux seraient des paroissiens du milieu, jugés aptes à rem- 1.\tSi Clemenceau prétendit que l\u2019armée était une institution trop importante pour en confier l'administration aux généraux, il en va de même pour nos ingénieurs forestiers formés dans un système qui n\u2019a pour idéologie que le profit et l'action à court terme - parce que l\u2019on ne peut plus tolérer le gaspillage.2.\tLe propriétaire d\u2019un boisé qui, a) y a déjà mis beaucoup de travail (que l\u2019on pense aux retraités, aux gens qui aménagent des boisés pendant les fins de semaines et les vacances) : b) y a aussi investi des fonds ; c) dont l\u2019intérêt n\u2019est autre que l\u2019aménagement du boisé en question : d) qui sait n en jamais tirer aucun bénéfice (en raison de son âge par exemple) que de le léguer ou de laisser des traces d\u2019aménagement.ce propriétaire n\u2019a aucune garantie que ce boisé ne sera pas anéanti en quelques jours par un quelconque conducteur de débar-deuse.Dans ces conditions, pourquoi vouloir bâtir pour l\u2019avenir, un tant soit peu, si même l\u2019État n'y voit aucun intérêt ?À cette question, il ne peut y avoir qu\u2019une seule réponse : il faut interdire aux spéculateurs de détruire ces forêts.30 \u2022 L ACTION NATIONALE plir les tâches et à s\u2019acquitter des obligations qui en découlent.Il ne faut pas oublier que les caisses populaires sont un regroupement de citoyens et de citoyennes qui se prêtent à eux-mêmes pour accomplir un projet collectif.Si l\u2019on veut conserver le presbytère, l\u2019école, le bureau de poste, le marchand et.aussi la caisse populaire, c\u2019est-à-dire si l\u2019on veut garder les régions ouvertes et empêcher la perte sèche que leur fermeture entraînerait (des pertes de plusieurs ordres, y compris le refoulement des nouveaux chômeurs vers les centres urbains), il faut trouver un moyen d\u2019alimenter l\u2019activité économique rurale.Dix emplois stables, ce serait déjà plus que ce dont plusieurs paroisses de l\u2019arrière-pays disposent actuellement.Une forêt pour vivre En créant des fermes forestières l\u2019État pourrait, dans un projet à moyen terme, créer graduellement des milliers d\u2019emplois permanents et bien rémunérés : au plan humain, l\u2019impact serait considérable, notamment en donnant espoir à une jeunesse qui n\u2019est pas loin d\u2019implorer qu\u2019on lui porte secours.Le chômage chez les moins de 30 ans, en 1996, atteignait 18,9%.Une forêt pour vivre est le titre d\u2019un ouvrage de Léonard Otis publié par les Presses de l\u2019université du Québec à Rimouski.Cet ouvrage fait la démonstration technique et financière de la rentabilité des fermes forestières pour le Québec.Le témoignage de monsieur Otis est exemplaire.Cet homme a mis au moins trente ans à faire la démonstration qu\u2019il est possible de baser l\u2019économie des villages de l\u2019arrière pays sur l\u2019exploitation rationnelle de la forêt au profit du producteur et de son milieu.Le titre de son ouvrage devrait devenir le slogan de mobilisation de tous ceux et celles qui veulent assurer un avenir à nos enfants en veillant à constituer un patrimoine forestier qui fera vivre les générations futures.?L'ACTION NATIONALE \u2022 31 KQWUuy m \u2022 \u2022 Qu est-ce tm on La modération a bien meilleur goût.JfLc n SAO 32 \u2022 LACTION NATIONALE Peuplier ou peuple plié De quel bois se chauffe la francité québécoise ?Jean-Luc Gouin -L\u2019être qui peut être compris est langue.-H.G.Gadamer, Vérité et Méthode Le constat général de la maîtrise relâchée et approximative de la langue française au Québec est re/devenu un poncif de salon.Plus d\u2019un \u2014 dont Georges Dor, le fameux auteur entre autres des beaux textes musicalisés Pays et paysages, Un homme libre et La complainte de la Manie - y sont en effet revenus dans les dernières années.Aussi je n\u2019entends pas dans ces lignes procéder de nouveau à la démonstration de l\u2019évidence.J\u2019irai donc droit à la question conséquente au diagnostic : Mais comment diable ! avons-nous pu accepter, comme collectivité, une démission sinon une capitulation aussi généralisée, profonde, intériorisée?C\u2019est notre propre humanité - notre dignité d\u2019être pensant - que nous foulons aux pieds en accordant une valeur si relative à l\u2019instrument de la pensée.Instrument du penser d\u2019abord, certes ; mais non moins outil fondamental, essentiel, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 33 à une vie émotive et affective \u201cintelligible» (intellegere => ligare, lien), et notamment génératrice de rapports compréhensibles et compréhensifs entre les individus et les nations.Quand on ne peut s\u2019exprimer correctement, il ne reste plus en effet que le cri ou le coup.Et ultimement, la griffe du loup.Au mieux (quoique la chose ne soit pas même certaine), et à l\u2019instar des morts déambulant de Félix : l\u2019incommunication.Forme d\u2019excommunication par l\u2019intérieur.Il est à se demander \u2014 sérieusement \u2014 si l\u2019humanité n\u2019est pas en pente sur le versant descendant de l\u2019asymptote de l\u2019évolution.Car il faut dire que si le problème se révèle singulièrement prégnant chez nous, nous n\u2019en sommes pas pour autant les uniques «victimes » - quelque soumis et consentants que nous fussions.Quand des sociétés entières refusent en quelque sorte (le phénomène est documenté) d\u2019assumer adéquatement la fonction suprême de l\u2019être intelligent, qui est le langage, c\u2019est qu\u2019il y a taire en homme comme il y aurait ver en pomme.Par delà même des valeurs douteuses, voire criminelles (ave Saddam ! ave Slobodan !), et/ou des comportements ponctuels extrêmement discutables chez certains individus ou sociétés, il m\u2019est d\u2019avis que c\u2019est le cœur même de l\u2019Homme que l\u2019on atteint ici à la faveur d\u2019un pareil relâchement.Comme si le «délangage-ment» (ou délanguissement) constituait le prodrome d\u2019une forme de désengagement vis-à-vis de notre statut phylogénique d'homo sapiens sapiens.Retour à la barbarie?Et bientôt à l\u2019animalité.?De fait nous recommençons ici, au Québec, à déployer la langue molle, incertaine, que nous utilisions massivement il y a maintenant plus de trente ans.Toutefois, nous étions alors en pente ascendante - en voie de sortie d\u2019un long tunnel obscur et jusque-là embourbé dans un marasme collectif bicentenaire.Il y avait donc espoir : on se dégluait progressivement.«On se promettait», si je puis me permettre d\u2019inoculer une modalité intransitive à ce verbe.Or l\u2019espèce de renoncement qui nous habite désormais - de 34 \u2022 L'ACTION NATIONALE machouillement en déstructuration syntaxique, de promiscuité confuse des genres (masculin/féminin, singulier/ pluriel) en pauvreté de vocabulaire, de l\u2019anglaisement systématique en parler anacoluthe (aphérèses et apocopes incluses) \u2014, et que d\u2019ailleurs nous semblons moins subir que sciemment -choisir» (à l\u2019instar de nos -caricatures d\u2019humoristes» à la Martin Matte et autres Maxim Martin* made in TQS), m\u2019apparaît participer de cette reddition contemporaine plus globale.Aussi, et en outre par opposition à l\u2019enseignement de l\u2019anglais dès la première année de l\u2019élémentaire (ainsi que le suggérait godichement Jean Charest dans la dernière campagne électorale), il faut, me semble-t-il bien modestement, amorcer sur-le-champ les plus grands efforts en vue de la promotion de la qualité de notre langue derechef cruellement enchevêtrée dans nos cordes vocales.Et ce à commencer par l\u2019embauche de maîtres et d\u2019enseignants qui aiment celle-ci, la parlent et la possèdent correctement ensuite et qui, enfin, la respectent véritablement.C\u2019est là une question éminemment politique dans l\u2019acception la plus noble, voire démosthénienne, du terme.La connaissance réelle, solide, affinée de la langue française n\u2019est pas ici affaire d\u2019élites ou de haut-lettrés débranchés du «vrai monde».Ni de coterie.Moins encore de coquetterie.C\u2019est une question de vie, farouche, ou d\u2019inanition.Drûment.Mais serait-ce au fond l\u2019absence d\u2019un vrai pays qui en dernière analyse nous interdirait, ainsi prostrés dans un No man\u2019s land, l\u2019appropriation gourmande, entière et légitime de notre propre personnalité collective?Laquelle personnalité se voit définie d'abord par cette langue que nous semblons, du bout des lèvres, refuser à moitié.?* Maxime, c\u2019est sûrement trop français L\u2019ACTION NATIONALE «35 UN ATOUT ouR%ON°M|E WJ QUÉBEC ^ ^ loto-québec 36 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'intolérance canadienne Martin Dion Non content d\u2019avoir eu un geste fautif et déplacé en demandant à la France, en 1997, d\u2019abandonner l\u2019émission d\u2019un timbre soulignant le trentième anniversaire du voyage historique du général De Gaulle au Québec, le représentant du Canada anglais, le premier ministre Jean Chrétien, récidive à nouveau.L\u2019émission d\u2019un timbre est un acte régalien touchant à la souveraineté d\u2019un pays mais la France a fait montre de faiblesse devant l\u2019intolérance canadienne et le Canada en a pris acte.Il espère à nouveau un recul semblable de la France en protestant auprès des autorités françaises à propos de la présence du Québec à une réunion ministérielle à Paris sur le développement culturel.Le premier ministre canadien a déclaré à la Chambre des Communes le 10 mars 1999 que « .la ministre de l\u2019Héritage [sic] du Canada était complètement bien [sic] avisée d\u2019agir comme elle l\u2019a fait, et j\u2019ai moi-même protesté auprès du premier ministre français.».Ce que le Canada se permet de reprocher à la France, c\u2019est d\u2019avoir invité le Québec, aux côtés de représentants de pays latino-américains, à une réu- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 nion sur la coopération et le pluralisme culturel ; une rencontre informelle organisée en marge de la réunion de la Banque interaméricaine de développement afin de discuter et réfléchir sur la diversité culturelle.Avec ces propos du principal francophone de service à Ottawa, la France découvre que l\u2019image de défenseur de la pluralité culturelle que veut se donner le Canada au niveau international ne s\u2019applique pas sur son territoire.Ceci en dit long sur le respect de la constitution canadienne et des ententes internationales par le gouvernement canadien.Selon cette constitution, la culture relève de la compétence québécoise.Le peuple québécois vit dans une Amérique fortement dominée par la culture anglo-saxonne et sa culture est reconnue et appréciée mondialement.Il a des points de vue et une expérience à faire valoir dans les domaines de sa compétence et sa présence aux tables où l\u2019on discute de diversité culturelle devrait être naturelle.D\u2019autre part, lors de sa visite au Québec en décembre 1998, le premier ministre de France, monsieur Lionel Jospin, a signé une déclaration conjointe avec le Québec disant clairement que la France et le Québec entendaient agir de concert pour défendre la pluralité culturelle.Le double langage canadien Mais le Canada n\u2019a aucun respect pour la diversité culturelle à l\u2019intérieur de ses frontières et il ne reconnaît pas la culture du peuple québécois qu\u2019il assimile à «un groupe ethnique et culturel».Il y a un double langage au Canada.D\u2019une part, on veut se donner une belle image au niveau international et, d\u2019autre part, la majorité anglophone, avec l\u2019aide de francophones de service, se construit un État-nation canadien à coups de précédents au mépris total des ententes et des besoins de la nation québécoise.Rappelons que la constitution canadienne de 1867 constituait un compromis s\u2019inscrivant dans le cadre d\u2019une longue 38 \u2022 L'ACTION NATIONALE lutte du peuple francophone (conquis en 1760) pour acquérir l\u2019autonomie nécessaire à son expression nationale et l\u2019ÉGALITÉ avec la majorité anglophone.C\u2019est ce compromis qui est à l\u2019origine du caractère fédératif de cette constitution et, dès 1865 lors des débats sur la future confédérative, le futur premier ministre du Canada confédéré, John A.MacDonald, expliquait le REJET D\u2019UN ÉTAT UNITAIRE dont il était partisan en ces termes : -.11 a été compris que toute proposition qui impliquerait l\u2019absorption de l\u2019individualité du Bas-Canada [soit le Québec d\u2019aujourd\u2019hui], ne serait pas reçue avec faveur par le peuple de cette section.» ¦¦ .Nous savons que le Bas-Canada se prononcerait comme un seul homme contre pareille constitution, -1 Et pourtant, le Canada fournit la preuve que la Constitution de 1867 n\u2019a pas été respectée et que le gouvernement fédéral a adopté depuis longtemps une approche centralisatrice favorable aux intérêts de sa majorité anglophone ; la marche vers un ÉTAT UNITAIRE met l\u2019État fédéral au service de la majorité anglophone qui défend ses intérêts en y imposant ses décisions sous la forme de « normes nationales».Dans ce Canada, les francophones ne représentent plus un des peuples fondateurs mais un simple groupe «ethnique et culturel» voué à l\u2019assimilation.Depuis le début, les francophones ont dû choisir entre insister sur le respect du contrat ou se faire les collaborateurs de ceux qui en veulent à leur existence.Mais entre l\u2019honneur du refus et une collaboration servile, entre refuser de participer à un régime fédéral qui divise et l\u2019oubli qui permet le bénéfice de ses largesses, plusieurs francophones ont choisi l\u2019oubli et la collaboration servile.Alors, si depuis plusieurs années des Québécois ont presque toujours participé à l\u2019édification de l\u2019État Nation canadien, c\u2019est qu\u2019ils ont choisi de fermer les yeux sur l\u2019état 1.Voir Gil Rémillard, Le fédéralisme canadien, Québec/ Amérique, Montréal, 1983, page 94.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 39 réel du fédéralisme canadien.Au service de la majorité anglophone, ils s\u2019assurent les bonnes grâces de cette dernière au mépris des intérêts et de la reconnaissance même de leur propre peuple.Les 30 dernières années nous ont appris qu\u2019il a été extrêmement désavantageux d\u2019avoir des francophones de service à Ottawa qui ont pour principale tâche de remettre le Québec à sa place et lui barrer la route du progrès et de l\u2019affirmation nationale.Au référendum de 1995, les francophones du Québec ont voté à 61 % en faveur d\u2019une nouvelle ENTENTE D\u2019ÉGAL À ÉGAL (la souveraineté-partenariat) entre le Québec et le Canada (49,5% en incluant le vote des minorités québécoises) mais les francophones de service à Ottawa, le premier ministre Jean Chrétien en tête, n\u2019ont rien fait pour répondre à cette demande.Au contraire, ils échafaudent des plans (dont le plan B) qui vise à contraindre les Québécois à accepter le statut quo, soit une évolution inexorable du Canada vers cet état unitaire au service de la majorité anglophone.Même la violation des règles démocratiques est envisagée : après plusieurs référendums où la règle de 50%+l s\u2019est appliquée comme dans d\u2019autres pays et après que la province de Terre-Neuve soit entrée au Canada avec 52 % des voix et que le Québec ait choisi d\u2019y rester par seulement 50,5% des voix, voilà qu\u2019on envisage de hausser la barre au deux tiers des voix pour empêcher le Québec d\u2019exiger un nouveau partenariat d\u2019égal à égal.Les Soviétiques n\u2019auraient pas fait mieux.Le Canada a réussi à marginaliser et assimiler en grand nombre les francophones du Canada hors Québec ; il s\u2019attaque maintenant au peuple québécois qu\u2019il ne veut pas reconnaître en voulant faire du Québec une province comme les autres devant se contenter d\u2019appliquer les décisions de la majorité.Notons qu\u2019au recensement de 1996, les Canadiens anglais sont unilingues à 91 %\u2022 Du côté francophone, dans les 9 provinces anglophones, sur une population d\u2019origine française de 1,8 million de personnes, seulement 40 \u2022 L ACTION NATIONALE 618 500 ont conservé le français comme langue d\u2019usage.Les taux d\u2019assimilation sont tragiques: de 70,7% en Saskatchewan à 38,6% en Ontario.La preuve est faite que le déclin démographique francophone au Canada hors Québec se poursuivra jusqu\u2019à l\u2019extinction dans le régime fédéral anglophone.Seul un nouveau partenariat d\u2019égal à égal entre le Québec et le Canada peut assurer un regain de vie française dans certaines provinces anglophones si la parité des services et privilèges est donnée à chaque minorité.C\u2019est à usage international, pour donner une belle image du Canada, qu\u2019on perpétue la fiction du «Canada bilingue».En réalité, le bilinguisme est étranger au fonctionnement quotidien du Canada et les attaques contre les francophones sont multiples.À titre d\u2019exemple, le président de la Fédération des francophones de Saskatoon, Richard Nadeau, n\u2019hésite pas à qualifier, en 1998, la situation des Fransaskois de véritable « ethnocide ».Le Québec a toujours représenté l\u2019OASIS pour le peuple francophone, le reste du Canada le DÉSERT.Maintenant que le désert est sous contrôle, on s\u2019attaque à l\u2019oasis.En définitive, le pouvoir fédéral est totalement entre les mains d'anglophones et les collaborateurs francophones à Ottawa, ces francophones de service sont acceptés par la majorité anglophone dans la mesure où ils servent exclusivement ses intérêts.Et ce que nous observons au sein du parti libéral du Canada (et sa succursale libérale à Québec où on y a placé le représentant Jean Charest) est pathétique.En d autres mots, le peuple québécois appartient à cette catégorie des petits peuples malmenés par une partie de ses propres représentants sous domination et au service des intérêts d\u2019un autre peuple majoritaire au sein des institutions communes d\u2019un État.Le 15 mars 1999, le premier ministre Lucien Bouchard a signé avec le président de la Catalogne (une province autonome espagnole) une déclaration conjointe affirmant l\u2019importance de la défense des identités culturelles dans le L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 4l contexte de la mondialisation économique.Cette déclaration est semblable à celle signée en décembre 1998 avec le premier ministre français Lionel Jospin.Le Canada grince des dents à nouveau mais cette réaction démontre qu\u2019il est urgent de dénoncer au monde l\u2019avilissante campagne contre le Québec à laquelle se livre le Canada.Tout ce qui est dit et fait n\u2019est que mépris et intolérance à l\u2019égard de la langue française, de la francophonie canadienne et des légitimes aspirations du Québec.?-¦ ¦ - Avis aux Internautes ! L\u2019Action nationale est maintenant sur le Web ! http://www.action-nationale.qc.ca Vous y retrouvez : \u2022\tl'éditorial \u2022\tdes articles : social - culture - politique \u2022\tdes faits saillants sur l'épargne \u2022\tdes billets hebdomadaires \u2022\tdes textes majeurs parus dans la revue \u2022\tl'abonnement en ligne Venez naviguer et donnez-nous vos commentaires ou suggestions ! Notre courriel : revue@action-nationale.qc.ca 42 \u2022 L'ACTION NATIONALE Pierre Allard Comptable agréé Pierre Allard, c.a.980, rue Saint-Antoine Ouest Bureau 308 Montréal (Québec) H3C 1A8 Téléphone : (514) 874-0838 Télécopieur: (514) 874-3638 Plus de 32 000 membres au cœur du Québec SSJB CENTRE DU QUÉBEC 449, rue Notre-Dame, Drummondville 819-478-2519 Organisme régional d\u2019entraide et de fierté québécoi i f SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Téléphone : 527-9891 Télécopieur: 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées L'ACTION NATIONALE \u2022 43 Entreprendre, c\u2019est agir ensemble.Nous sommes la banque des gens d\u2019action.Des gens d\u2019affaires.Nous sommes au cœur des réalisations de ceux qui ont l\u2019esprit d\u2019initiative.Partenaires pour entreprendre.Et réussir.BANQUE NATIONALE 44 \u2022 L ACTION NATIONALE uni-1 m £ L'ACTION NATIONALE \u2022 45 PATRIMOINE ET PORTEURS D\u2019EAU «Le pays est agité jusqu 'aux moelles par le pressentiment d\u2019événements graves, d\u2019où sortira tôt ou tard, un état politique nouveau.A quoi servira-t-il au gouvernement de pousser le peuple dans la voie nationaliste, de hâter la solution au problème qui surgit, si les gouvernements provinciaux donnent en partage à qui veut le prendre, le sol même sur lequel on veut édifier la nationalité ?« Olivar Asselin, Le Nationaliste, 19 juin 1904 Qui sont nos Porteurs et nos Porteuses d\u2019eau ?Louise Vandelac .43 Déporteurs d\u2019eau ou maîtres de notre patrimoine ?Le commerce de l\u2019eau à l\u2019heure de l\u2019ALÉNA Marc Chevrier.45 La langue de l\u2019eau : des signes vitaux.Hélène Pedneault .56 Vous ne grugerez pas nos eaux François Patenaude .63 Eau Secours ! Suzanne Jacob.68 Eau Secours ! 460, Ste-Catherine Ouest, bureau 805, Montréal, H3B 1A7 Tel : 392-9833 Fax : 861-8949 Courriel : rqge@cam.org 46 \u2022 L'ACTION NATIONALE Qui sont nos Porteurs et nos Porteuses d\u2019eau ?Louise Vandelac1 Les Québécois et les Québécoises ont été traités de « porteurs d\u2019eau » pendant de longues décennies de mépris qui ont fini par devenir des siècles.Le temps du mépris a été long.Il n\u2019est pas encore fini.Nous n\u2019avons même pas eu besoin des autres pour nous mépriser.Des gens de notre peuple sont même allés siéger sur une colline parlementaire pour mieux nous regarder de haut et perpétuer la tradition du mépris.Des «porteurs d\u2019eau», dans leur bouche, ça voulait dire qu\u2019on ne valait pas la peine.Ça voulait dire que nous n\u2019avions pas d\u2019autre identité que celle des peuples soumis et sans histoire à qui on ne reconnaissait que la capacité de porter l\u2019eau des autres, courbés et muets.Les gens dont le but ultime est de soumettre sont toujours arrogants.Le temps du mépris n\u2019est pas fini, mais la soumission, elle, a fait son temps.Nous revendiquons aujourd\u2019hui ce titre de -porteurs d\u2019eau».Porter de l\u2019eau est un beau métier quand c\u2019est notre eau que nous portons sur nos épaules.Nous avons construit un pays le long de l\u2019eau.L\u2019eau nous a servi de route et de puits pour notre soif.L\u2019eau est un sang bleu qui coule dans les veines de notre terre.L\u2019eau est notre langue maternelle, aussi coulante, aussi impétueuse et aussi vitale.Ceux qui prétendent que l\u2019eau n\u2019est qu\u2019une vulgaire marchandise à prendre et à vendre, qu\u2019ils viennent d\u2019ici ou d\u2019ailleurs, qu\u2019ils parlent français, anglais, arabe ou russe, trouveront tout le peuple du Québec sur leur chemin.Ici, nous parlons la langue de l\u2019eau et notre langue n\u2019est pas à vendre.1.Chercheure, centre pour l'étude des interactions biologiques entre la santé et l'environnement de l'UQÀM.Porte-parole de la Coalition Eau Secours ! L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 Dans la Coalition Eau Secours, il y a des porteurs et des porteuses d\u2019eau.Des citoyens et citoyennes au-dessus de tout soupçon qui ont accepté de mettre leur intelligence et leur notoriété au service de l\u2019eau.Ils livrent avec nous ce qu\u2019il conviendra de nommer «la bataille de l\u2019eau» dans l\u2019histoire.Voici nos premiers porteurs d\u2019eau.Beaucoup d\u2019autres vont se joindre à eux bientôt comme un beau barrage contre toute idée de privatiser notre eau, de la capter ou de l\u2019exporter sans réfléchir et sans notre consentement collectif.48 \u2022 L ACTION NATIONALE Déporteurs d\u2019eau ou maîtres de notre patrimoine ?Le commerce de l\u2019eau à l\u2019heure de l\u2019ALÉNA Marc Chevrier2 Des navires remplis d\u2019eau alcaline font la navette entre les côtes pluvieuses de la Colombie-Britannique et les côtes desséchées de la Californie, des pompes siphonnent l\u2019eau pure des nappes phréatiques du Québec pour alimenter l\u2019industrie ou pour remplir des millions de bouteilles et de citernes, des pipelines et des canaux détournent vers les villes américaines assoiffées le trop plein de nos rivières et de nos lacs.Scénario du futur?Les grandes réserves d\u2019eau du Québec et du Canada ont depuis longtemps attisé la convoitise de nos voisins américains.Le commerce à grande échelle de l\u2019eau n\u2019est déjà plus une simple possibilité théorique.À Terre-Neuve, une entreprise, McCurdy Enterprises, a manifesté son ambition de se lancer dans l\u2019exportation de l\u2019eau de lac.En Colombie-Britannique, plusieurs entreprises, avant que l\u2019État provincial n\u2019impose un moratoire sur l\u2019exportation en vrac en 1991, avaient obtenu des permis d\u2019exploitation à cette fin.Suffirait-il que tous les gouvernements imposent un moratoire pour arrêter ces projets de commerce tout azimut de l\u2019eau?Plusieurs considèrent qu\u2019un moratoire à l\u2019exportation s\u2019impose.Ce serait l\u2019un des seuls moyens d\u2019éviter l\u2019exportation d\u2019eau en vrac, exportation qui pourrait modifier le statut de l\u2019eau, qui de ressource naturelle passerait à celui de marchandise, faisant alors tomber les eaux canadiennes sous l\u2019Accord de libre-échange nord-américain - l\u2019ALÉNA -.Selon ces observateurs cela risquerait de nous entraîner vers une appropriation privée de ces ressources patrimoniales et d\u2019en limiter le contrôle public et démocratique.2.Juriste, étudiant au doctorat en sciences politiques.Article paru dans l'Agora sous le titre, - L'eau, le sang de la Terre-, mars-avril 1999, vol.6, numéro 2.L'ACTION NATIONALE \u2022 49 L\u2019ALÉIVA et le commerce de l\u2019eau Comme l\u2019observait le chroniqueur du Globe and Mail de Toronto, Eric Reguly, le 17 décembre 1998, tandis que la forêt au Canada disparaît à vue d\u2019œil, la seule ressource dont l\u2019abondance n\u2019a pas d\u2019égale ailleurs dans le monde demeure l\u2019eau.Or, aux États-Unis les avocats surabondent, et fort heureusement pour eux, il n\u2019y a pas de politique nationale de l\u2019eau au Canada qui puisse les arrêter.Ils ont maintenant une arme puissante pour ouvrir aux Américains l\u2019accès aux ressources hydrauliques du Nord : l\u2019ALÉNA.L\u2019Accord général sur les tarifs et le commerce, auquel ce dernier renvoie, désigne l\u2019eau en vrac comme une ressource commercialisable.Ainsi l\u2019ALÉNA pourrait recouvrer aussi bien l\u2019eau de surface que l\u2019eau souterraine.C\u2019est du moins l\u2019opinion de plusieurs spécialistes de l\u2019ALÉNA.La loi du parlement fédéral qui met en œuvre l\u2019ALÉNA soustrait l\u2019eau de l\u2019application de l\u2019ALÉNA.Cette exemption n\u2019a cependant pas de valeur en droit international et ne peut donc s\u2019imposer aux arbitres saisis d\u2019un différend régi par l\u2019ALÉNA.L\u2019ALÉNA protège tout particulièrement les droits des investisseurs contre toute restriction faite aux «investissements» qu\u2019ils auront réalisés pour entreprendre un commerce.Ainsi, par exemple, le gouvernement québécois ne saurait traiter différemment les demandes d\u2019un investisseur américain de celles d\u2019investisseurs québécois ou canadiens.Si par exemple Terre-Neuve autorisait la demande de l\u2019une de ses entreprises d\u2019exporter l\u2019eau en vrac vers les États-Unis, l\u2019eau pourrait alors devenir une marchandise au sens de l\u2019ALÉNA, régie par les règles du libre-échange, et ce pour l\u2019ensemble de la fédération canadienne.Et alors les Américains pourraient établir leurs entreprises d\u2019exportation d\u2019eau partout au Canada.Si un gouvernement entreprend d\u2019interdire la vente d\u2019eau à un investisseur au sens de l'ALÉNA, cet investisseur pourrait en théorie prétendre être lésé et réclamer une pleine compensation financière.Les 50 \u2022 L ACTION NATIONALE États au Canada peuvent bannir l\u2019exportation en vrac, mais l\u2019ALÉNA leur interdit de limiter leur interdiction aux entreprises américaines ou mexicaines, tout comme il leur proscrit d\u2019imposer à elles seules des taxes ou des droits.En d\u2019autres termes, une fois que l\u2019exportation d\u2019eau en vrac est autorisée, il deviendra difficile de faire marche arrière, sauf à s\u2019exposer à des poursuites judiciaires très coûteuses.Selon certains spécialistes, le Canada et le Québec pourraient être même tenus de respecter les droits des investisseurs de pays bénéficiant de la clause de la nation la plus favorisée.Une première poursuite fondée sur l\u2019ALÉNA Une entreprise américaine, la Sun Belt Water inc.a intenté en novembre 1998 une poursuite contre l\u2019État de Colombie-Britannique.L\u2019entreprise s\u2019appuie entre autres sur les dispositions de l\u2019ALÉNA.Elle réclame à l\u2019État provincial une compensation se chiffrant à plus de 450 millions $ pour son refus de lui octroyer le permis d\u2019exportation d\u2019eau qu\u2019elle avait demandé.En effet, au début des années 1980, la Colombie-Britannique avait annoncé une nouvelle politique favorable à l\u2019exportation d\u2019eau par voie de navire citerne.Or, en 1988-89, pour une sixième année de suite, la sécheresse frappait le sud de la Californie.Devant la pénurie d\u2019eau, certaines villes californiennes en vinrent à envisager l\u2019importation d\u2019eau.En 1990, la Sun Belt s\u2019allia avec une entreprise de la Colombie-Britannique, la Snowcap Waters, pour l\u2019exploitation du convoi maritime de l\u2019eau ; cette dernière possédait une des six licences d\u2019exploitation délivrées par les autorités de la Colombie-Britannique.Cependant, la Colombie-Britannique ne désirait guère traiter avec ce consortium, prétend la Sun Belt.L\u2019État provincial, soutient-elle, avait conclu une entente secrète avec une autre entreprise canadienne, la Western Canada Water (WCW), qui lui garantissait un prix préférentiel de l\u2019eau.Le titre de la WCW fit l\u2019objet de transactions entre initiés et l\u2019entreprise déclara faillite en 1993, engloutissant les épargnes d\u2019une L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 51 multitude d\u2019actionnaires américains.En mars 1991, les deux partenaires finirent par décrocher d\u2019un district de la Californie un contrat d\u2019approvisionnement en eau par navire citerne.Quelques jours plus tard, le gouvernement de la Colombie-Britannique annonçait un moratoire sur l\u2019exportation d\u2019eau.La compagnie canadienne a été indemnisée, mais pas la compagnie américaine, qui allègue la discrimination.Il se dessine déjà au Canada anglais un lobby qui applaudit à l\u2019exportation industrielle de l\u2019eau.Dans son éditorial du 12 février 1999, le National Post de Toronto invite le Canada à ouvrir largement le robinet, au motif qu\u2019un État qui possède, dit-on, 9% de l\u2019eau renouvelable du monde ne peut \u2022¦punir» les 40% de la population mondiale qui manque d\u2019eau.Le même jour, le chroniqueur Andrew Coyne accuse les écologistes et les opposants à l\u2019exportation d\u2019eau d\u2019entretenir une «religion de l'eau».Selon Coyne, il faut cesser de penser que l\u2019eau est une ressource différente des autres.Plutôt que de consentir au gaspillage de l\u2019eau, il faut la traiter comme une simple marchandise et lui fixer un prix, suivant les recettes du marché.Ce qui nous forcera, croit-il, à l\u2019employer à meilleur escient.Selon madame Louise Vandelac, professeure titulaire du Département de sociologie de l\u2019Université du Québec à Montréal, les vues du National Poste t des partisans du libre commerce de l\u2019eau sont loin d\u2019être partagées par les tenants d\u2019une gestion publique et cohérente de l\u2019eau.Parmi ces derniers, se trouvent le Water Watch, large front commun canadien réunissant le Canadian Environmental Law Association (CELA), le Canadian Union of Public Employees (CUPE-SCFP) et le Conseil des Canadiens.Au Québec, on rencontre notamment la Coalition Québécoise pour une gestion responsable de l\u2019eau, Eau Secours, réunissant la CSN, CEQ, SFPQ, le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), etc.ainsi qu\u2019une trentaine de Porteurs d\u2019eau dont Ricardo Petrella, Yves Michaud, Gilles Vigneault, etc Pour ces grandes coalitions, l\u2019eau est une ressource vitale et col- 52 \u2022 L ACTION NATIONALE lective, un bien public qu\u2019il faut gérer dans une perspective à long terme.Louise Vandelac, chercheure au Centre pour l\u2019étude des interactions biologiques entre la santé et l\u2019environnement (CINBIOSE) de l\u2019UQÀM, travaille depuis plusieurs années sur les enjeux sociaux du dossier de l\u2019eau, en lien, notamment avec la Coalition Eau Secours.Interrogée par l\u2019AGORA, elle souligne les réserves de nombreux groupes environnementaux et sociaux concernant dit-elle, le peu de transparence, le peu de perspectives globales, intégrées et à long terme, avec lesquelles les gouvernements ont jusqu\u2019ici traité la gestion et la commercialisation des ressources en eau.D\u2019ailleurs, devant les menaces d\u2019appropriation privée de la ressource et l\u2019imposition éventuelle des règles de l\u2019ALÉNA à l\u2019ensemble des eaux canadiennes, limitant alors les pouvoirs de gestion publique, la Coalition Eau Secours a demandé publiquement à l\u2019Etat québécois à plusieurs reprises depuis un an d\u2019adopter avant qu\u2019il ne soit trop tard, un moratoire sur l\u2019exportation d\u2019eau ainsi que sur de nouvelles autorisations de captage d\u2019eau souterraine.L\u2019eau, un multiplicateur de valeur ajoutée Bien qu\u2019il faille éviter, selon madame Vandelac, de tomber dans les pièges que poserait l\u2019ALÉNA, le projet d\u2019exporter de l\u2019eau, n\u2019est pas en soi indéfendable.Elle fait valoir que le Québec a cependant tout intérêt à tenir compte de la complexité des enjeux géopolitiques et environnementaux.Le Québec aurait surtout intérêt à mettre en valeur collectivement ses grandes ressources en eau.Plutôt que de se laisser guider par une politique à courte vue qui consiste à céder le patrimoine collectif à des intérêts privés en échange de quelques emplois, les Québécois devraient être plus intelligents et avant-gardistes en devenant porteurs d\u2019un projet collectif de valorisation de la ressource axée sur l\u2019agriculture, la recherche et développement, l\u2019industrie environnementale et la haute technologie, notamment l\u2019informa- L'ACTION NATIONALE \u2022 53 tique, qui a besoin d\u2019eau très pure.Cela vaudrait mieux dit-elle que de jouer les « déporteurs d\u2019eau ».Elle fait remarquer, à titre d\u2019exemple, que la production d\u2019une tonne de céréales nécessite 1000 tonnes d\u2019eau et qu\u2019il est donc dans l\u2019intérêt collectif que la mise en valeur de nos produits se réalise au Québec même, avec notre eau, au lieu de laisser littéralement couler cette ressource dans les goussets de certains.L\u2019exportation de l\u2019eau, un projet viable ?La viabilité économique de l\u2019exportation massive d\u2019eau, notamment du Québec vers l\u2019Afrique et le Moyen-Orient souligne Mme Vandelac, a été fortement contestée par nombre d\u2019experts, qui ont souligné que les coûts de transports à eux seuls dépassaient de loin les coûts de dessalinisation d\u2019eau de mer dans ces régions.Quant aux impacts environnementaux, nos connaissances fort partielles sur l\u2019état précis des ressources et sur les impacts en cascades de prélèvements massifs sur tout le régime des eaux, (risques d\u2019affaissements de terrain, de détérioration de la qualité et de la quantité d\u2019eau disponible, etc.) devraient nous inciter, dit-elle, à une grande prudence.En fait, ce sont essentiellement les exportations destinées vers les États-Unis qui en théorie, et si on fait abstraction de l\u2019accord de l\u2019ALÉNA et des impacts environnementaux, pourraient être concevables, soit par détournement de certains cours d\u2019eau ou par le transport d\u2019eau en vrac par navire, citerne, pipeline, etc.; le cas de l\u2019embouteillage étant déjà un élément distinct dans le traité de l\u2019ALÉNA.Les éléments d\u2019une politique québécoise et cohérente de l\u2019eau sont-ils réunis ?Suite aux nombreuses pressions des groupes sociaux et environnementaux, le 30 octobre 1998, le ministre de l'Environnement, M.Paul Bégin, a donné au Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) le mandat de 54 \u2022 L ACTION NATIONALE tenir une consultation sur la gestion de l\u2019eau au Québec.Le 10 février dernier, le gouvernement fédéral annonçait la mise sur pied d\u2019une stratégie visant à prévenir l\u2019exportation massive d\u2019eau et enjoignait les États provinciaux d\u2019imposer un moratoire sur l\u2019émission de permis de prélèvement d\u2019eau à grande échelle.Les éléments sont-ils réunis pour que les gouvernements assument pleinement le contrôle d\u2019une précieuse ressource?À partir de ce qu\u2019on a pu observer au cours des dernières années, souligne Mme Vandelac, les pouvoirs publics semblent ne pas saisir l\u2019importance, pour l\u2019avenir du Québec, d\u2019éviter de dilapider cette ressource patrimoniale.Elle estime également que le Québec est encore mal outillé, tant en matière d\u2019aménagement global de son territoire, intégrant la gestion des eaux, qu\u2019en matière de protection économique et environnementale de cette ressource.Comme l\u2019ont fait remarquer plusieurs observateurs, la gestion gouvernementale de l\u2019eau par les organismes de l\u2019État mériterait d\u2019être mieux intégrée.Il importerait également d\u2019éviter les conflits potentiels d\u2019usage entre les citoyens, les petits producteurs et les grands consommateurs d\u2019eau, pour ne mentionner que ces aspects.À cela s\u2019ajoutent les lacunes dans les connaissances scientifiques précises et exhaustives des ressources en eau du Québec et l\u2019absence d\u2019approches multidisciplinaires et intégratrices, attentives aux préoccupations des citoyens.Partiellement financés par l\u2019État, les instituts de recherche ne jouissent pas de toute l\u2019indépendance financière voulue pour approfondir ces questions.Ainsi, dans la région de Montréal, où plus de la moitié de l\u2019alimentation en eau provient du fleuve Saint-Laurent, les bouleversements climatiques risquent d\u2019entraîner, d\u2019ici quelques décennies, une baisse du niveau d\u2019eau du fleuve, allant jusqu\u2019à 40%, d\u2019après certaines hypothèses.Cette baisse pourrait affecter non seulement la navigation mais également la qualité de l\u2019approvisionnement en eau provenant du L'ACTION NATIONALE \u2022 55 fleuve.Cela devrait alors nous inciter, affirme Louise Vandelac, à protéger davantage encore les eaux souterraines de la grande région de Montréal, fort convoitées pour l\u2019embouteillage.Comme l\u2019a souligné Eau Secours, le cadre législatif et réglementaire dont dispose à l\u2019heure actuelle le Québec est nettement insuffisant.Ainsi, observe Mme Vandelac, la législation québécoise n\u2019interdit pas formellement l\u2019exportation de l\u2019eau en vrac, contrairement à certains États américains de la Nouvelle Angleterre, et certaines provinces canadiennes.Cette absence d\u2019interdiction désarme le Québec vis-à-vis des velléités d\u2019entreprises qui voudraient invoquer l\u2019ALÉNA à l\u2019appui de leurs projets.Par ailleurs, elle comprend mal que le Québec continue, pendant la consultation publique du BAPE, à étudier des projets de captage d\u2019eau sous l\u2019actuel régime.Cela compromet l\u2019élaboration d\u2019une politique plus contraignante, et risque, s\u2019il y a changement de la législation, de nous exposer à d\u2019onéreuses poursuites juridiques de la part de firmes étrangères.Elle rappelle que les grandes entreprises étrangères qui contrôlent les deux tiers des emplois dans le secteur de l\u2019eau embouteillée, une industrie de plus de 100 millions $ par année, prospectent surtout les richesses en eau de la région de Montréal.De plus, une fois qu\u2019un permis de captation est délivré par le ministère de l\u2019Environnement, il est rare que les demandes d\u2019augmentation du débit d\u2019eau capté soient par la suite refusées.Certes, les groupes environnementaux et sociaux préoccupés par les projets d\u2019appropriation privée de l\u2019eau, poursuit Mme Vandelac, sont heureux qu\u2019on ait agréé à leur demande de tenir cette consultation publique sur l\u2019eau sous les auspices du BAPE.Néanmoins, regrette-t-elle, le BAPE se voit confier un mandat limité, voire tronqué, puisqu\u2019il exclut les eaux tombant sous la gouverne d\u2019Hydro-Québec, et celles qui alimentent les barrages privés.Par ailleurs, comment le BAPE traitera-t-il des eaux transfrontalières et voies 56 \u2022 L ACTION NATIONALE navigables \u2014 sous juridiction du gouvernement fédéral ou de la Commission mixte internationale ?Compte tenu des nombreuses demandes de permis d\u2019exploitation des eaux souterraines, compte tenu de la privatisation progressive de la gestion des réseaux d\u2019eau des municipalités, de la multiplication des petits barrages privés et des projets de dérivations de rivières d\u2019Hydro-Québec, sans parler des impacts éventuels du dossier de l\u2019ALÉNA, la politique de l\u2019eau du Québec ne risque-t-elle pas de résulter davantage de faits accomplis que de la consultation publique, se demande-t-elle P D\u2019où l\u2019urgence d\u2019un moratoire, réclamé par de nombreux groupes, pour éviter, qu\u2019on ne puisse plus établir de politique du tout, ce qui serait navrant, voire même «absurde» après trente ans de débats, la première commission québécoise sur l\u2019eau - la commission Legendre - datant de 1968.La stratégie « nationale » du gouvernement fédéral : ouvrir les vannes à l\u2019exportation ?Également, tant la coalition Water Watch qu\u2019Eau Secours ont remis en question la stratégie nationale annoncée par le gouvernement fédéral en février dernier.Ce gouvernement a demandé aux États provinciaux d\u2019imposer un moratoire sur l\u2019eau, ce qui respecte leur compétence.Mais comment interpréter qu\u2019un pays qui dit posséder 20% des réserves d\u2019eau douce et 9% des eaux renouvelables demande à la Commission mixte internationale, dont est membre son principal partenaire économique et seul voisin, menacé d\u2019une pénurie d\u2019eau, de se pencher sur les impacts d\u2019éventuelles dérivations de cours d\u2019eau et d\u2019exportation d\u2019eau en vrac sur les eaux transfrontalières ?S\u2019agit-il d\u2019un « déni de souveraineté nationale»?Cela dit, pour imparfait qu\u2019il soit, le recours à la commission mixte internationale, qui a déjà montré par le passé une certaine sensibilité aux impacts environnementaux, est peut-être préférable au renvoi devant la commis- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 57 sion de l\u2019environnement de l\u2019ALÉNA, dont on peut craindre une approche par trop économique.Toutefois, n\u2019est-il pas «discutable» que le gouvernement fédéral ait confié à cette commission l\u2019examen de questions dont la portée est aussi vaste et qui semblent implicitement avaliser l\u2019idée de déviations de cours d\u2019eau et d\u2019exportation massive ?En effet, la commission devra entre autres faire rapport sur : 1- « Les demandes actuelles et futures en eau pour fin de consommation» ; 2- - Les déviations actuelles et potentielles d\u2019eau vers et à l\u2019extérieur des bassins transfrontaliers, incluant les prélèvements d\u2019eau pour d\u2019éventuelles exportations\".Dans un communiqué, la Commission fait état de «projets visant à dévier ou exporter d\u2019importantes quantités d\u2019eau», des bassins situés le long de la frontière canado-américaine.Bref, la déportation massive d\u2019eau du Canada vers les États-Unis n\u2019est plus une simple hypothèse d\u2019école.Si la stratégie fédérale vise « à garantir la sécurité à long terme de l\u2019approvisionnement en eau douce au Canada », alors que la fédération possède des ressources hydrauliques surabondantes, est-ce que cela signifie qu\u2019on s\u2019apprête à laisser aller vers les États-Unis une partie importante de nos ressources hydriques?Ne peut-on voir dans cette formule floue, dit-elle, l\u2019aveu implicite que le gouvernement fédéral veuille rendre réalisable l\u2019exportation d\u2019eau en vrac vers les États-Unis?Mme Vandelac déplore la précipitation dans laquelle a été annoncée la consultation confiée à la commission mixte internationale, le peu de temps laissé aux intervenants pour se préparer et l\u2019absence de financement conséquent qui leur est offert et de données précises et documents de travail centrés sur l\u2019objet même de la consultation.Le Québec, au moins, finance un peu mieux la participation des intervenants devant le BAPE.Le développement viable de l\u2019eau québécoise Si l\u2019État québécois n\u2019adopte pas rapidement un moratoire sur l\u2019exploitation de l\u2019eau et un nouveau cadre législatif 58 \u2022 L ACTION NATIONALE réglementant son exportation, la consultation publique y perdra sa crédibilité, car les dés risquent d\u2019être vite pipés, craignent nombre d\u2019intervenants sur l\u2019eau.C\u2019est à ces conditions qu\u2019un débat serein et démocratique pourra avoir lieu.L\u2019eau, une simple ressource naturelle?Non, rétorque la sociologue, elle est aussi un élément essentiel de l\u2019identité québécoise.Le Québec pourrait collectivement se doter d\u2019une expertise sur l\u2019eau de calibre mondial et faire avec la mise en valeur de cette ressource un outil aussi puissant que la nationalisation de l\u2019hydroélectricité en ses débuts.À lui de jouer.S\u2019il s\u2019en abstient, d\u2019autres que lui détourneront à leur profit les affluents de ce limpide trésor.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 59 La langue de Veau: des signes vitaux.Hélène Pedneault3 Dans toutes les religions, toutes les civilisations et tous les mythes, l\u2019eau est Mère et matrice, source de toutes choses, instrument de purification ou de régénérescence, promesses de développement.Elle est un symbole universel de fécondité et de fertilité, de pureté, de sagesse, de grâce et de vertu.Elle est l\u2019origine et le véhicule de toute vie.La sève des arbres est de l\u2019eau, et avant de naître, tous les êtres baignent dans l\u2019eau amniotique.Quand on veut changer de vie, on dit qu\u2019on veut «retourner aux sources», se «ressourcer».Où est l\u2019eau ?Comme le dieu du petit catéchisme gris de notre enfance, l\u2019eau est partout, même dans les déserts, sous forme d\u2019oasis, dans nos yeux, sous forme de larmes, sur nos corps, sous forme de sueur.L\u2019eau est libre et sans attaches, elle se laisse couler en suivant les pentes ou le courant.Elle s\u2019abandonne.L\u2019eau est une force Yin, dite féminine, mais elle a aussi ses côtés sombres.La force de l\u2019eau, on l\u2019a vu au Saguenay a l\u2019été 1997, à Winnipeg, dans le Midwest des États-Unis, en Chine.Elle s\u2019insinue partout.Lors d\u2019un incendie, c\u2019est souvent l\u2019eau qui détruit tout, davantage que le feu.L\u2019eau est une bénédiction.Dans certaines religions, on compare le cœur d\u2019un sage à un puits, à une source, et sa parole à la puissance d\u2019un torrent.L\u2019eau est aussi le symbole de la vie spirituelle : eaux du baptême, eaux de Pâques.Tout lieu de pèlerinage a son point d\u2019eau, sa source sacrée ou sa fontaine.L\u2019eau guérit.À moins que les humains l\u2019aient salie, l\u2019eau est une matière parfaite, pure, féconde, totalement transparente.Elle possède une vertu purificatrice et pour cette raison, elle est considérée comme sacrée.Elle fait partie de tous les rites initiatiques.Dans plusieurs mythes, il faut traverser un cours d\u2019eau pour se purifier ou accéder à la connaissance.3.Écrivaine, membre de la Coalition Eau Secours! 60 \u2022 L ACTION NATIONALE Les eaux calmes symbolisent la paix et l\u2019ordre.L\u2019eau est aussi la substance de la glace.Elle est solidaire de la lune pour faire ses marées.L\u2019eau, c\u2019est l\u2019origine du monde.La notion d\u2019eaux primordiales, d\u2019océan des origines, est quasi universelle.L\u2019eau, c\u2019est le sang, la sueur, l\u2019humidité, le symbole des énergies inconscientes, des puissances informes de l\u2019âme, des motivations secrètes et inconnues : l\u2019eau est la parole des rêves, celle que les humains ne contrôlent pas.Elle éteint le feu jusqu\u2019à le faire disparaître, et le feu fait bouillir l\u2019eau jusqu\u2019à la faire disparaître en entier.Elle est féminine, sensuelle et maternelle.Tout passe par l\u2019eau.On peut avoir soif de vérité, soif d\u2019amour, soif de rêves, soif de connaissances, toutes soifs vitales pour une destinée humaine.Mais la soif principale avec laquelle nous naissons et sans laquelle nous ne pourrions pas vivre, c\u2019est la soif de l\u2019eau, cette chose évidente, toute simple, qu\u2019on prend pour acquise, là où nous habitons, parce que nous avons la chance de posséder l\u2019une des plus grandes réserves d\u2019eau douce au monde.Parce que l\u2019eau tombe du ciel, parce qu\u2019elle sort de la terre en source jaillissante, parce qu\u2019elle coule et s\u2019infiltre partout, portée par son courant, parce qu\u2019elle s\u2019étale sur notre terre en grandes surfaces, on l\u2019a prend pour acquise.On prête à certaines eaux des pouvoirs, des vertus guérissantes.Il y a des eaux miraculeuses, dit-on, des eaux de Pâques, des eaux qui réparent les énergies brisées.Il fut même un temps récent où l\u2019on croyait que l\u2019eau lavait tout.On pouvait y jeter tout ce qu\u2019on voulait, tant qu\u2019on voulait, simples citoyens ou multinationales : vidanges, mercure, BPC, purin de porc et autres coliformes.Jusqu\u2019au moment où il a bien fallu se rendre compte qu\u2019il fallait, de toute urgence, laver l\u2019eau elle-même.Des gens avaient crié pourtant, depuis longtemps.Des écologistes qu\u2019on prenait - et qu'on prend encore - pour de doux illuminés avaient pourtant tiré sur toutes les alarmes possibles.Mais il a fallu que l\u2019eau se mette à attaquer les humains dans leurs corps pour qu\u2019on perde notre surprenante naïveté, nous les humains les L'ACTION NATIONALE \u2022 6l plus savants, les plus informés, les plus évolués - nous vantons-nous - de toute l\u2019histoire de l\u2019humanité.L\u2019eau ne pouvait plus se défendre seule contre nous, les barbares.L\u2019eau est vivante.Dorénavant, elle avait besoin de nous, de ces mêmes barbares qui l\u2019avaient salit, elle avait besoin que nous fassions de la conscience un nouveau mode de vie.L\u2019eau avait besoin de nous pour rester vivante, comme nous avions besoin d\u2019elle pour vivre.L\u2019eau avait besoin de nous pour se laver, pour se nourrir, pour se maintenir en vie.Mais elle, nous ne pouvions pas la brancher pour la prolonger.Nous avions déjà réussi à acidifier les pluies jusqu\u2019à tuer des lacs entiers.Mais le plus beau de l\u2019affaire, c\u2019était que rien n\u2019y paraissait.On pouvait donc continuer.On dit qu\u2019il n\u2019y a pas de lac plus beau, plus clair et plus transparent qu\u2019un lac mort, où toute vie a été tuée.Nous aurions dû pourtant savoir depuis longtemps que la vie est un équilibre, un échange de bons procédés, d\u2019alliances et de subtils compromis avec les autres règnes vivants, animal ou végétal, et avec les quatre éléments : l\u2019air, l\u2019eau, le feu et la terre.Et comme nous sommes supposés avoir ce que les autres n\u2019ont pas, c\u2019est-à-dire un cerveau, nous portons en plus la responsabilité du bien-être de tous les règnes avec lesquels nous partageons cette terre.Mais nous ne savons pas bien ce genre de choses.Nous savons tout le reste et même beaucoup plus, mais nous ne savons pas vivre.Nous savons accélérer des particules, fissionner l\u2019atome, guérir des maladies, reproduire le vivant, communiquer dans l\u2019instant d\u2019un bout à l\u2019autre de la planète, mais nous ne savons pas vivre.11 fut un temps récent, aussi, où des Seigneurs aux pratiques féodales, qui avaient la conscience placée ailleurs que dans la vie, au fond de leurs poches, se mirent à reluquer l\u2019eau comme une courtisane dont on pouvait acheter les faveurs.Ils se mirent à pomper l\u2019eau invisible, celle de nos nappes phréatiques, celle qui dort ou circule sous nos pieds, selon qu\u2019elle est libre ou captive.Ils n\u2019avaient et n\u2019ont encore 62 \u2022 L'ACTION NATIONALE qu\u2019à posséder un terrain pour y pomper.Selon la loi, qui est de leur côté, l\u2019eau souterraine leur appartient s\u2019ils sont propriétaires de la terre au-dessus, peu importe si la nappe phréatique s\u2019étend sur dix kilomètres à la ronde.Ils enfermèrent donc cette eau dans des bouteilles.Ils allèrent jusqu\u2019à la coter en bourse alors que deux milliards 400 millions d\u2019êtres humains étaient privés d\u2019eau au même moment.On se mit à traiter l\u2019eau non pas pour ce qu\u2019elle est, une substance vitale, mais comme une vulgaire marchandise dont on pouvait faire le commerce.Tout cela se passe dans l\u2019époque, dans le dernier quart du XXe siècle.Dans cette même époque, l\u2019astrophysicien Hubert Reeves, provocateur de conscience s\u2019il en fut, dit, à la radio, le 15 mars 1999, que le XXIe siècle devra être un siècle vert, sinon nous ne nous rendrons pas, comme espèce, jusqu\u2019au XXIIe siècle.Hubert Reeves, le grand scientifique à la rigueur impeccable, dit publiquement qu\u2019il nous reste à peine quelques décennies avant que les dommages que nous avons infligés à la terre deviennent irréversibles.Nous sommes les agresseurs de la Terre, nous fabriquons ses plaies.Le Québec est un pays d\u2019eau.Il s\u2019est construit le long des grands cours d\u2019eau, il l\u2019est toujours.Sur la carte, le Québec est un pays vide d\u2019humains, habité seulement le long des grands cours d\u2019eau, à l\u2019intérieur d\u2019une bande au sud avec quelques incursions au nord, et le pays des Inuits au nord du nord.On dit qu\u2019il y a un million de cours d\u2019eau sur cette terre, dont 700000 lacs.Il y en a tant que sur ce nombre, il n\u2019y en a que 30000, qui portent un nom.Les autres lacs ont des domiciles fixes, mais pas d\u2019identité.Il y a tellement d\u2019eau au Québec qu\u2019on se demande comment on arrive à naître sur la terre ferme ! L'ACTION NATIONALE \u2022 63 L\u2019eau est notre cœur et nos artères.On ne vend pas son cœur et ses artères.Jadis, les cours d\u2019eau étaient nos seules routes, le seul lien entre nous.Ils nous ont permis d\u2019explorer le pays et le continent.Le Québec s\u2019est bâti autour des cours d\u2019eau comme les villages se sont construits autour des églises.Encore aujourd\u2019hui, si vous suivez le St-Laurent, vous suivez l\u2019histoire des gens de ce pays.L\u2019eau est notre histoire.Elle n\u2019est pas un bien de consommation à vendre, elle est notre patrimoine commun.Nous en sommes tous propriétaires, à parts égales.Nous sommes prêts à la partager avec ceux qui n\u2019en ont pas, à investir pour la laver quand il est nécessaire de le faire à cause de nos désinvoltures passées, à investir aussi pour rajeunir les canaux artificiels qui la portent jusqu\u2019à nos foyers.Nous l\u2019avons prouvé.Depuis le début des années 80, nous avons investi plus de 8 milliards de dollars dans l\u2019assainissement de nos eaux.Mais l\u2019eau, c\u2019est d\u2019abord et avant tout le sang qui coule dans nos veines.Vouloir toucher à l\u2019eau, au Québec, c\u2019est comme vouloir toucher à la langue française, comme si l\u2019eau était notre langue maternelle.Les Québécois ont des réactions viscérales quand on veut toucher à la langue ou à l\u2019eau.L\u2019émotion monte comme un raz-de-marée, d\u2019un seul coup, des pieds à la tête.Allons-nous encore dire que ce sont des réactions irrationnelles?Comme la langue, l\u2019eau est beaucoup plus qu\u2019un simple outil pour les Québécois : c\u2019est un symbole fondamental, qui fait partie non seulement de notre patrimoine mais de notre inconscient collectif.L\u2019eau nourrit les corps, les imaginaires, la littérature, le cinéma, les chansons.S\u2019y attaquer, c\u2019est blesser ce que nous avons de plus précieux, c\u2019est voler notre identité.L\u2019eau est le symbole d\u2019une lutte beaucoup plus vaste que l\u2019eau elle-même, qui fera reculer - je le crois - ceux qui veulent vendre ou acheter le Québec à la carte, non pas pour le bien-être collectif, mais pour aller grossir leurs avoirs au soleil des paradis fiscaux.Les Québécois ont été traités avec mépris de '.porteurs d\u2019eau - pendant des siècles.Le mépris n\u2019est pas mort.Certains 64 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE voudraient que nous restions des porteurs d\u2019eau.Mais aujourd\u2019hui, i! faut de nous-mêmes songer à revendiquer ce titre de « porteurs d\u2019eau ».Ce qui a été une insulte doit devenir notre identité fondamentale, notre mission, celle d\u2019être les protecteurs et non les dilapidateurs de l\u2019eau.Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus nous qui portons l\u2019eau, c\u2019est l\u2019eau qui nous porte, cette eau qui se raréfie, qui devient objet de convoitise et enjeu de plus d\u2019une cinquantaine de batailles, voire de guerres de l\u2019eau, en cours sur cette planète.L\u2019eau est devenue l\u2019or bleu du XXIe siècle.Moins il y aura d\u2019eau, plus il y aura de déserts.On parle déjà de raréfaction de l\u2019eau, de pénurie.On parle de désertification de la terre.Le désert est déjà bien présent, bien installé dans la vie psychique des êtres humains et des civilisations.Nous volera-t-il aussi la terre?Nous sommes prêts à faire ce qu\u2019il faut pour prendre soin de 1 eau, à ne pas la gaspiller comme des héritiers irresponsables.Nous sommes riches d\u2019eau et cette richesse qui coule autour de nous, en rivières tumultueuses, en simples ruisseaux, en sources, en chutes, en fleuve ou dans le bel étalement tranquille des lacs, elle vibre avec nos corps qui sont faits eux aussi de 80% d\u2019eau.Nous sommes cette eau dont nous avons besoin pour vivre et pour prospérer.Nos corps ne sont pas à vendre.Nos âmes non plus.Le Québec est 1 Arabie Saoudite, 1 Eldorado de l\u2019eau.Nous ne laisserons pas quelques » cheiks» s\u2019emparer de notre richesse collective à leur seul profit et faire de l\u2019argent comme de l\u2019eau.Le gouvernement pense-t-il sérieusement à donner ce cadeau de roi à des compagnies dont la seule inquiétude est l\u2019énormité de leurs profits et la taille des dividendes remis à leurs bienheureux actionnaires \u2014 qu il s agisse d eau du robinet, de pompage des eaux souterraines ou d\u2019exportation d\u2019eaux de surface?Nous avons déjà fait la gaffe de tout transformer en industrie, même les arts : industrie de la chanson, industrie du disque, industrie du cinéma, industrie de la télévision, industrie de la spéculation sur la peinture et aujourd\u2019hui, industrie du savoir.Toutes choses dont nous avons tué L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 65 l\u2019essence et le sens.(Il n\u2019y a à peu près que la danse qui ait échappé à ce vocable : elle n\u2019est pas assez rentable !) Ne laissons jamais l\u2019eau devenir une vulgaire industrie.Si la Coalition Eau Secours intervient depuis déjà deux ans avec une telle passion et une telle rigueur dans le dossier de l\u2019eau, c\u2019est que nous ne voulons pas attendre que la maladie devienne incurable.Si Eau Secours exige avec une telle urgence que le moratoire sur l\u2019eau soit élargi et réactivé pendant toute la durée des consultations publiques - qui ont débuté le 15 mars -, c\u2019est que nous voulons réfléchir en paix, sans que tout continue comme si de rien n\u2019était dans les coulisses, comme en ce moment.Les symptômes sont suffisamment alarmants aujourd\u2019hui - dans la région de Mirabel et ailleurs - pour justifier une intervention costaude des citoyens.Et cette intervention se résume en cinq mots : TOUCHE PAS A MON EAU.À l\u2019eau la privatisation ou l\u2019appropriation de l\u2019eau par des intérêts égoïstes ! Et comme aurait dit ma mère : s\u2019ils touchent à nos eaux, ILS VONT FRAPPER LEUR WATER-L\u2019EAU ! Et dans les deux langues à part ça ! ! En dernier lieu, sachez que le pays des écrivains et des écologistes n\u2019est pas moins réel que celui des financiers.Entre ces deux mondes, celui qui déifie l\u2019argent et que la mort ou l\u2019extrême pauvreté des autres indiffèrent, et celui qui défend la vie avec la seule force de ses rêves, incarnés dans la terre et non pas désincarnés, comme on voudrait bien le faire croire, c\u2019est une bataille à finir.L\u2019eau est un symbole qui dépasse largement l\u2019objet de son combat actuel.Nous n\u2019abandonnerons pas notre eau, nous ne la laisserons pas couler entre des mains sales.Et avec le Veda des Hindous, nous faisons cette prière : Vous, les Eaux qui réconfortez, apportez la force,la grandeur, la joie, la vision.Souveraines des merveilles, régentes des peuples.Vous les Eaux, donnez sa plénitude au remède afin qu \u2019il soit une cuirasse pour mon corps et qu ainsi je voie longtemps le soleil.66 \u2022 L'ACTION NATIONALE Vous ne grugerez pas nos eaux ! François Patenaude4 Parlons d\u2019eau, mais pas n\u2019importe comment.Je vais aborder ce sujet fleuve à la mode d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est-à-dire à partir de l\u2019angle économique.Car vous n\u2019êtes pas sans savoir que la «nouvelle réalité» mondiale essaie de faire de nous des outils au service de l\u2019économie.Concrètement cela veut dire qu\u2019il faudra s\u2019habituer à vivre à genoux.On connaît cela au Québec.La seule différence c\u2019est que ce n\u2019est plus devant l\u2019ultime absent, c\u2019est-à-dire Dieu, qu\u2019on sera à genoux, mais devant l\u2019omniprésent, c\u2019est-à-dire le marché.La «nouvelle réalité» se manifeste, entre autres, par la privatisations des biens et des services publics.L\u2019eau fait office de barrage ultime à la logique des privatisations.Parce qu\u2019une fois que l\u2019eau est privatisée, tout peut être privatisé, sauf l\u2019air.Pour le moment du moins! Et pourtant, il est question de privatisation de l\u2019eau à Montréal et au Québec.Cette belle idée est venue de la douce France.Il faut savoir que les compagnies françaises de l\u2019eau sont les chefs de file mondiaux en la matière.Trois compagnies pas très nettes forment ce que l\u2019on pourrait appeler le trium verrat de l\u2019eau.Il s\u2019agit de : \u2022 Vivendi, l\u2019ex-Générale des eaux, qui est la première compagnie des services d\u2019eau au monde.En 1997, son chiffre d\u2019affaires était de 28,6 milliards $ américains et elle était la centième plus grosse entreprise au monde.4.Chercheur, Chaire d'études socio-économiques UQAM, membre de la Coalition Eau Secours ! Allocution prononcée le 13 avril 1999 lors du spectacle-La grande débâcle ¦ au Spectrum de Montréal.L'ACTION NATIONALE \u2022 67 \u2022\tLe groupe Suez-Lyonnaise des eaux.En 1997, son chiffre d\u2019affaires était de 32,6 milliards $ américains et elle était la 75e plus grosse compagnie du monde.Power Corporation, qui est l\u2019œuvre de M.Paul Desmarais, est au nombre des actionnaires importants de Suez Lyonnaise.\u2022\tLe groupe Bouygues n\u2019est pas à négliger non plus.Son chiffre d\u2019affaires était tout de même de 16,4 milliards $ américains en 1997 et une de ses filiales québécoises est la firme Aquatech qui a déjà été associé avec SNC-Lavalin.Aquatech détient le plus grand nombre de contrats de gestion privée d\u2019usines d\u2019eau au Québec.Ces trois compagnies sont présentes sur tous les continents et dans plusieurs secteurs d\u2019activités.Non pas parce qu\u2019elles ont toutes les compétences, mais parce qu\u2019elles bénéficient d\u2019une rente assurée.Rente qu\u2019elles tirent des services qui étaient autrefois publics comme l\u2019eau, l\u2019énergie et la gestion des déchets.En contrôlant ces services essentiels ces trois compagnies imposent une sorte de taxe privée qui leur permet de financer leurs activités dans des secteurs lucratifs comme ceux des télécommunications et des services de santé.Ces trois compagnies ont également des médias sous leur contrôle.TF1, la première chaîne de télévision française, appartient à Bouygues.Canal + est la propriété de Vivendi qui contrôle également des magazines tels que L\u2019Express, Le courrier international et Le point, en plus de détenir un certain contrôle sur des journaux tels que Libération et Le Monde.Comme vous pouvez le constater, ces compagnies ont le moyen d\u2019imposer leurs idées.et ce malgré votre volonté! Depuis quelques années, les compagnies françaises sont de retour dans nos eaux et elles veulent plus que nos pelleteries.Ce faisant, elles ont réveillé l\u2019appétit des entrepreneurs locaux.68 \u2022 L'ACTION NATIONALE Au premier rang des intéressés par la privatisation de la gestion des aqueducs, il y a les firmes d\u2019ingénieurs d\u2019ici, tels que SNC-Lavalin et Tecsult.Au bout de la longue liste des intéressés par la privatisation de l\u2019eau il y a le Fonds de solidarité de la FTQ.Mais il n\u2019y a pas que l\u2019eau privatisée qui intéresse notre «élite économique».Il y a aussi l\u2019eau embouteillée.Pour certains entrepreneurs la table est mise et ils reluquent la nappe en salivant.L\u2019eau souterraine a beau faire partie de notre patrimoine collectif, ils réussissent, les scélérats, à tordre les nappes phréatiques et à faire couler l\u2019argent dans leurs poches sans qu\u2019un seul sous de redevance ne tombe dans celles de l\u2019État ! La force de l\u2019eau en intéresse également plus d\u2019un.S\u2019il a été utile à une certaine époque de confiner des chevaux d\u2019écume à l\u2019intérieur de vastes barrages afin d\u2019électrifier le pays, on doit aujourd\u2019hui mettre fin aux désirs des Barons du Béton qui veulent harnacher et bétonner nos rivières pour exporter de l\u2019électricité à rabais aux États-Unis.Enfin, certains nouveaux penseurs sortis d\u2019on ne sait quelle institution (mais probablement suite à la désinstitu-tionalisation) ont souhaité exporter de grandes quantités d\u2019eau du Québec.C\u2019est le cas de ce pharmacien qui a les mêmes initiales que Jésus Christ.D\u2019où lui est venue l\u2019idée d\u2019exporter l\u2019eau par bateau?Mystère.S\u2019est-il dit: si lui marchait sur l\u2019eau moi je me contenterai de l\u2019exporter.Re-mys-tère.Toujours est-il que le projet grosse ballounene s\u2019est pas concrétisé.Il était moins cher pour les pays en manque d\u2019eau de désaliniser l\u2019eau de mer, plutôt que de l\u2019importer par bateau.Les vrais dangers de l\u2019exportation massive d\u2019eau se trouvent plutôt du côté de chez l\u2019oncle Sam.Dès qu\u2019il y aura eu un précédent d\u2019exportation d\u2019eau en vrac à partir du Canada, l\u2019eau sera considérée comme un bien de commerce et devra L'ACTION NATIONALE \u2022 69 circuler librement entre le Canada et les États-Unis conformément à ce que dit l\u2019Accord de libre-échange.Et pourtant notre gouvernement souverainiste est favorable à l\u2019exportation massive d\u2019eau ! Il n\u2019a pas vu et ne voit toujours pas la contrepartie de ses visées exportatrices, c\u2019est-à-dire la perte de souveraineté sur ses eaux ! Face à tout cela, je me dis que si ça continue on va l\u2019avoir le pays.Ah oui, on va l\u2019avoir le pays ! On va l\u2019avoir le passeport américain ! On va peut-être perdre les Rocheuses, mais on va gagner le désert de l\u2019Arizona.Oui, si cela continue, on va l\u2019avoir le pays.Et bientôt à part ça ! Mais ce pays là ça ne sera pas le Québec.Ce pays là ne sera pas le pays que je souhaite.Ce sera une méga zone franche située dans un réservoir de richesses naturelles pillées, peuplé par une main d\u2019œuvre bon marché.Et cette chose en devenir ce ne sera pas le Québec, ce sera : l\u2019Absurdistan.Nous sommes un peuple d\u2019eau et si vous voulez la privatiser ou l\u2019exporter, vous nous trouverez sur votre route et nous serons nombreux car l\u2019eau est la cause qui regroupe toutes les causes.La raison en est bien simple.Aujourd\u2019hui, tout ce qui est une entrave au marché est jetée à l\u2019eau.Les droits humains, l\u2019esprit critique, l\u2019équité, la solidarité sociale et j\u2019en passe, tout cela est jeté par-dessus bord.Quant au navire de la démocratie, il prend l\u2019eau de toutes parts.Alors défendre la cause de l\u2019eau, c\u2019est défendre toutes les causes.Nous sommes un peuple d\u2019eau.Car c\u2019est tout ce qui nous reste.Et nous y tenons! C\u2019est pourquoi je dis aux carnassiers affairistes et aux prédateurs de richesses naturelles : vous ne grugerez pas nos eaux! 70 \u2022 L ACTION NATIONALE Déjà, grâce à vos bons soins, le Québec est un pays pelé, un pays à vif : vous nous avez volé nos peaux.Le Québec est un pays rasé : vous nous avez volé notre forêt.Le Québec est un pays avec des trous dans l\u2019âme : vous avez creusé la terre et acheté notre fer à une cenne la tonne.Que nous reste-t-il maintenant ?Il nous reste une histoire de colonisés.Il nous reste un fleuve qui nous tient lieu d\u2019épine dorsale.Un fleuve dans lequel viennent se jeter des dizaines de rivières.Il nous reste aussi des milliers de lacs et de cours d\u2019eau, des chutes majestueuses.Et toutes ces eaux forment notre squelette, notre ossature.Et sur un squelette comme celui-là on peut tout construire, parce que ses eaux portent la vie.Oui, il nous reste un squelette et nous sommes les fiduciaires de ses eaux.Or voilà qu\u2019après les avoir polluées avec votre mentalité du profit d\u2019abord, vous voulez nous les vendre.Vous avez du culot ! Mais peut-être est-ce parce que vous savez que nous tenons plus du fleuve tranquille que de la rivière tumultueuse.Nous sommes patients.Très patients.Trop patients ! Mais notre patience à des limites ! Oui, ce qu\u2019il nous reste c\u2019est un squelette.Non, messieurs les prédateurs de richesses naturelles, vous ne grugerez pas nos eaux! L'ACTION NATIONALE \u2022 71 Eau Secours! Suzanne Jacob5 Premièrement : Ce n\u2019est pas parce que je ne comprends pas.Je comprends le français, donc je comprends : « l\u2019Arabie Saoudite », » l\u2019Eldorado », c\u2019est ici.L\u2019Eldorado, aujourd\u2019hui, à l\u2019heure qu\u2019il est, c\u2019est notre chance, notre dernière chance, de liquider - c\u2019est le cas de la dire - notre dette.C\u2019est ça que je comprends.Donc, ce n\u2019est pas parce que je ne comprends pas que je reste là sans bouger, c\u2019est tout simplement parce que je ne le crois pas.Comment est-ce que je pouvais croire qu\u2019on allait raser les forêts avant qu\u2019elles soient rasées?Aujourd\u2019hui, elles sont rasées.Aujourd\u2019hui, il ne reste qu\u2019une petite bordure de forêt autour des lacs, au bord des routes, autour des chalets.Mais je n\u2019arrive pas encore à y croire.Tu vois mon problème?Deuxièmement, l\u2019eau : Imaginons maintenant que je le croie avant que ça soit fait, que je prenne le risque de croire que ceux qui ont juré de s\u2019occuper de nos affaires sont en train de faire leurs affaires sur notre dos sont en train de nous préparer par en dessous une souveraineté déshydratée.Si je me mets à y croire, à ça, 5.Écrivaine, Porteuse d'eau pour la Coalition Eau Secours! 72 \u2022 L'ACTION NATIONALE à une souveraineté sans héritage et sans descendance, à une souveraineté sans autre loi que la loi des grosses poches, à une souveraineté de la misère, à un partenariat de porteurs d\u2019eau, alors là, aussi bien continuer comme on est parti là, à être les premiers au monde dans la stérilité volontaire, aussi bien aller se noyer pendant qu\u2019il reste encore de l\u2019eau pour le faire.Ou alors, troisièmement : Il va falloir se décider à faire une petite guerre.Mais nous; la guerre, même la plus petite, on n\u2019aime pas ça Nous on aime mieux mourir avant la guerre qu\u2019après.Nous, on n\u2019aime pas voir couler le sang.Sauf que le sang, le sang de la terre, c\u2019est l\u2019eau Quand tu vas donner ton sang, tu le donnes parce que tu es sûr qu\u2019il va t\u2019en rester.Si tu prenais conscience qu\u2019on était en train de te pomper tout ton sang et de ne pas t\u2019en laisser, tu hurlerais avec la voix du sang, avec le cri du sang, tu hurlerais.Et tu ferais la guerre même si c\u2019était ton propre frère qui essayait de vendre ton sang.L'ACTION NATIONALE \u2022 73 RENDEMENT AVANTAGEUX! MISANT m TITRE DIRES ADHÉRER À FONDACT/ON C'EST PARTICIPER À UNE ENTREPRISE COLLECTIVE QUI VISE À MAINTENIR ET À CRÉER DES EMPLOIS AU QUÉBEC, TOUT EN BÉNÉFICIANT D'AVANTAGES FISCAUX FACILITANT L'ACCUMULATION D'ÉPARGNE POUR LA RETRAITE MAINTIEN V creation mtm INVESTISSEMENT DANS l'ENWMSE QUEBECOISE f DÉVELOPPEMENT DURABLE,,, UNE l CONSCIENCE SOCIALE EN ACTION! FONDACT/ON LE FONDS DE DÉVELOPPEMENT POUR LA COOPÉRATION ai ET L EMPLOI FORMULAIRE D'ADHÉSION AU : SIÈGE SOCIAL\tPOUR TOUT RENSEIGNEMENT 2100, de Maisonneuve Est,\tTéléphoner au: 1 800 253-6665 Montréal (Québec) H2K 4S1\tou (514) 525-5505 Ceci n'esl pas une offre publique de valeurs Pour de plus amples renseignements, consulter le prospectus FONDACT/ON disponible au siège social.74 \u2022 L'ACTION NATIONALE 7744 Camille Laurin Guy Rocher* Il ne m\u2019est possible de parler de Camille Laurin que d\u2019une manière personnelle.Une vieille amitié et une longue complicité nous ont liés durant plus de 60 ans.Nous nous sommes connus en 1935 : j\u2019entrais au Collège de l\u2019Assomption.Il avait douze ans, j\u2019en avais onze.Il était une classe devant moi.Mon premier souvenir de Camille, c\u2019est sa voix.Avant qu\u2019elle ne mue, il avait une voix de contralto.Quand il chantait, sa voix emplissait la chapelle.Nous l\u2019écoutions, retenant notre souffle.Camille aimait le chant, la musique.Il avait une âme d\u2019artiste, un sens artistique très développé.Dans tout ce qu\u2019on a dit sur lui depuis son décès, je n\u2019ai rien lu sur cet aspect de lui, qui a pourtant été le premier que j\u2019ai connu.Et, à mon avis, c\u2019est aussi cet aspect de la personnalité de Camille qui a dominé sa vie : c\u2019est en artiste qu\u2019il a pratiqué la médecine et la psychiatrie et qu\u2019il a fait de la politique.C\u2019est avec un cœur d\u2019artiste qu\u2019il a passionnément aimé et servi le Québec.\u2022Professeur, faculté de Droit, Université de Montréal L'ACTION NATIONALE \u2022 75 Il y avait chez Camille un grand fond romantique, qu\u2019il exprimait librement dans le chant, mais qui affleurait sans cesse dans ses discours, ses écrits et dans sa conversation quotidienne avec ses proches, son entourage.Et ce qui m\u2019a toujours frappé, c\u2019est que Camille a su allier ce romantisme jamais nié avec une discipline d\u2019esprit scientifique et un sens politique aigu.C\u2019est dans cet équilibre qu\u2019a résidé, à mes yeux, la source principale de la force qu\u2019on s\u2019est plu à reconnaître à l\u2019homme, qu\u2019il soit le psychiatre ou le politicien.Au collège, Camille a été de ceux qui m\u2019ont initié à la lecture.Il avait toujours un livre dans chaque poche de son veston perpétuellement ballant.Et c\u2019est vers des romantiques que Camille allait le plus spontanément.Il m\u2019a invité à lire «tout Chateaubriand», m\u2019a-t-il dit un jour, et Kipling en anglais.Camille n\u2019avait qu\u2019une année de plus que moi.Une année d\u2019âge et une année d\u2019étude.Mais je l\u2019ai toujours considéré comme mon aîné.Il est toujours demeuré mon aîné.Il n\u2019a cessé d\u2019avoir une année de plus que moi ! C\u2019est lui qui, à plusieurs reprises, est venu m\u2019inviter à m\u2019associer à ses entreprises.Esprit d\u2019avant-garde, dès les années 1950, il voulait embaucher un sociologue à temps plein à l\u2019Institut Albert-Prévost, dont la seule fonction, me disait-il, serait de regarder vivre l\u2019institution, de la comprendre et de la faire comprendre.Par la suite, Camille fut parmi les premiers à rejoindre René Lévesque lorsque celui-ci fonda le Mouvement Souveraineté-Association (le MSA) en 1967, appelé à devenir la première base du Parti québécois.S\u2019il m\u2019a été donné de participer aux premières réunions du MSA, c\u2019est parce que Camille est venu me chercher.Je n\u2019oublierai jamais le moment d\u2019étonnement que j\u2019ai eu lorsque Camille m\u2019a annoncé, de ce ton à la fois posé et décidé qu\u2019on lui connaît, qu\u2019il était prêt à abandonner sa carrière de médecin- 76 \u2022 L'ACTION NATIONALE psychiatre pour se lancer dans la politique active en faveur de l\u2019indépendance du Québec.Je découvrais à ce moment-là que mon ami Camille était indépendantiste depuis longtemps, avant René Lévesque et avant bien d\u2019autres.Et avant moi une fois de plus, bien sûr! Camille ne parlait pas pour rien.Les années suivantes ont bien montré que son intention était ferme.Il a fait partie de la première équipe des députés péquistes à l\u2019Assemblée nationale de 1970.Puis, après l\u2019étonnante élection du 15 novembre 1976, dans les premiers jours de décembre, Camille m\u2019a fait un grand honneur: il m\u2019a invité à devenir son sous-ministre, en m\u2019annonçant que le Conseil des ministres venait de lui confier le mandat de la politique linguistique et qu\u2019il me proposait de m\u2019associer à cette œuvre.Quitter la vie universitaire, même pour un temps limité, ne m\u2019était pas facile.Mais comment refuser, devant l\u2019enthousiasme de Camille face aux tâches qui l\u2019attendaient et qu\u2019il prenait à bras le corps?Travaillant quotidiennement avec Camille pendant deux ans et demi, je redécouvrais mon ami l\u2019artiste dans un nouveau rôle, celui d\u2019un homme d\u2019État.Je peux témoigner que Camille Laurin avait un sens aigu de l\u2019État, une grande idée des hautes responsabilités de celui et celle qui est investi du pouvoir politique.Par exemple, il n\u2019est pas donné à tous les politiciens de savoir bien travailler avec les fonctionnaires et de les bien faire travailler.Respectueux des talents que recèle la fonction publique, le ministre Laurin savait aller y chercher le potentiel qu\u2019on y trouve.En retour, ce même sens de l\u2019État faisait que le ministre Laurin exigeait des fonctionnaires qu\u2019ils respectent les orientations qu\u2019un parti au pouvoir donne au gouvernement : c\u2019est leur strict devoir et le ministre Laurin pouvait ne pas être tendre pour ceux qui y manquaient.La vision que Camille Laurin avait du rôle de l\u2019État, et particulièrement de l\u2019État québécois, était large et généreuse.On garde du ministre Laurin avant tout le souvenir du rôle L'ACTION NATIONALE \u2022 77 prééminent qu\u2019il a joué en matière de législation linguistique : on lui a, avec raison, attribué le titre de \u201cpère de la Loi 101 ».Mais il faut rappeler que cette législation était, aux yeux du ministre Laurin, une partie d\u2019un ensemble plus large, qui était la politique du développement culturel à laquelle il accordait une place prioritaire dans ses interventions.Il suffit d\u2019ailleurs de relire quelques passages du Préambule de la Charte de la langue française et du Livre blanc qui en avait accompagné le dépôt pour retrouver les larges pistes de la pensée politique de Camille Laurin en ce qui concernait les rapports entre la langue et la culture.Psychiatre et homme d\u2019État, Camille Laurin a été les deux avec une grande authenticité.Il demeurait psychiatre comme homme d\u2019État et était déjà homme d\u2019État en tant que psychiatre.En réalité, j\u2019ai toujours considéré que Camille aurait pu mener une brillante carrière artistique : il avait la voix pour la réussir.Mais je crois que s\u2019il a renoncé à une telle carrière pour embrasser la médecine, ce fut par ce souci des autres qu\u2019il avait acquis jeune et gardé toute sa vie.Et la même motivation généreuse l\u2019a fait par la suite sacrifier sa carrière de professeur et chercheur pour les aléas et les fatigues de la vie politique.Heureusement, il a trouvé en celle-ci assez de gratification et de succès pour la mener jusqu\u2019à ce qu\u2019il juge son terme venu.Avec Camille Laurin, un grand Québécois s\u2019est éteint.Mais il nous laisse un riche héritage que nous nous devons de faire fructifier.?78 \u2022 L ACTION NATIONALE Les enjeux québécois de Véducation civique Maurice Le Pesant % Le projet souverainiste est omniprésent dans les grands dossiers québécois.Il peut se développer durablement si le Québec indépendant peut grandir au sein de la Communauté des Nations.La voie de l\u2019éducation civique, pour préparer l\u2019avènement d\u2019une prochaine République du Québec, est tentante.La reconversion des services d\u2019animation pastorale en services de soutien à la vie civique1, mise au rang des tâches prioritaires par la commission des États généraux sur l\u2019éducation dans son rapport final à l\u2019automne 1996, soulève plusieurs questions quant aux enjeux en cause.L\u2019État doit convaincre les communautés culturelles des avantages de l\u2019intégration face au mirage du multiculturalisme, mais, surtout, définir les fondements d\u2019une culture publique commune suffisamment enthousiasmante et crédible pour attirer chacun des membres de la collectivité québé- 1.Ministère de l'éducation, Rapport final de la commission des États généraux sur l'éducation, Québec, 1996, p.56.L'ACTION NATIONALE \u2022 79 coise.Il ne peut, en effet, y avoir d\u2019adhésion à un quelconque civisme sans un minimum de représentation tangible du projet de société invitant à vivre en tant que citoyen.1.\tChoix d\u2019une approche stratégique L\u2019approche stratégique convient mieux qu\u2019une approche fonctionnelle ou conflictuelle.Il s\u2019agit d\u2019analyser les enjeux qui se nouent autour de la définition et de la transmission des valeurs communes à notre société.L\u2019analyse stratégique reconnaît à l\u2019individu le rôle «d\u2019électron libre» auquel pensait probablement Boris Vian lorsqu\u2019il disait: L\u2019homme peut tout ce qu\u2019il veut, en gros.Il s\u2019agit de l\u2019homme digne de ce nom, c\u2019est-à-dire de l\u2019homme libre de choisir, ce choix supposant une connaissance approfondie des éléments du problème pour signifier quelque chose2.Et c\u2019est justement le rôle ultime dévolu à l\u2019éducation civique.Nous choisissons de suivre ce modèle d\u2019analyse du fait politique d\u2019inspiration stratégique, car il apparaît le plus rassembleur, le plus approprié pour voir surgir les acteurs d\u2019un dialogue dont on espère qu\u2019il aboutira au compromis nécessaire pour résoudre les difficultés présentes dans les trois domaines précédemment évoqués : -\tl\u2019intégration des communautés culturelles -\tla définition d\u2019une culture publique commune.2.\tÉvolution de la notion d\u2019éducation civique 2.1 L\u2019exemple français C\u2019est en 1763 que l\u2019on voit poindre, dans la France prérévolutionnaire, une notion d\u2019éducation civile.Un survol chronologique nous a dévoilé l\u2019évolution de l\u2019éducation civique en France.Issue d\u2019un simple enseignement des insti- 2 Boris Vian (présentation, notes et commentaires de Guy Laforêt), Traité de civisme, Paris, Christian Bourgeois, 1979, p.121.80 \u2022 L'ACTION NATIONALE tutions à la Révolution, elle a progressivement promu l\u2019idéal révolutionnaire, la neutralité philosophique, la démocratie, l\u2019éducation aux valeurs et à l\u2019éthique, pour devenir enfin un instrument de socialisation.2.2 L\u2019exemple canadien Au Canada, dans les années 50, l\u2019émergence de la notion de citoyenneté, occultée jusqu\u2019alors en raison notamment des concepts d\u2019allégeance inhérents au régime politique en vigueur, a nécessité la formation de la population à ses droits et à ses obligations.L\u2019éducation civique joue alors un rôle semblable à celui imaginé en France par Condorcet dans son projet de loi sur l\u2019instruction publique (1791-1792) [pour enseigner] la Constitution et les lois3 4 5.Cette conception vise l\u2019adhésion des citoyens au processus de légitimisation de l\u2019autorité étatique dans le but d\u2019assurer au système démocratique une stabilité politique4.L\u2019école joue alors un rôle d'agence de socialisation politique collective de la société5.Nous pouvons avancer que si l\u2019éducation civique ne recouvrait que ce seul objectif, s\u2019y opposer pourrait signifier, pour ses détracteurs, une remise en cause des règles démocratiques qui régissent la société.Kenneth Osborne estime d\u2019ailleurs que l\u2019éducation politique insuffisante limite, notamment en Ontario, les individus à une vision passive de leur rôle plutôt que de développer leur compréhension du jeu politique.Mais cette société évolue, et l\u2019école ne peut faire autrement que d\u2019évoluer.Le concept lui aussi se transforme, ici comme ailleurs, vers la promotion d\u2019un projet de société.Il est probable que ce que nous sommes en train de vivre, 3.\tMougniotte, Les débuts de l\u2019instruction civique en France, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1991, p.19 4.\tAndré-J.Bélanger et Vincent Lemieux, Introduction à l\u2019analyse politique, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1996, p.94.5.\tRaymond Laliberté, L'éducation et le système Politique, dans Analyse sociale de l\u2019éducation, éd par Renée Cloutier, Jean Moisset et Roland Ouellet, Montréal, Boréal, 1983, p.264.L'ACTION NATIONALE \u2022 81 c\u2019est la réédition, suivant un processus accéléré, de ce que nous avons vu se dérouler en France sur une période de plus de deux siècles.2.3 Rôle de l\u2019école en matière de socialisation politique Avec la famille, l\u2019école est l\u2019un des premiers et des plus efficaces lieux de socialisation des individus.Il est un aspect particulier de cette socialisation qui intéresse notre recherche, c\u2019est la socialisation politique.Ce concept recouvre le processus d\u2019assimilation des valeurs et des normes spécifiques au domaine politique et [1 ^inculcation idéologique obligatoire de tous les citoyens depuis la maternelle jusqu\u2019à l\u2019âge de 16 ans à tout le moins6 7.Par les projets éducatifs propres aux écoles, cette socialisation peut prendre des tournures différentes d\u2019un milieu à l\u2019autre, d\u2019autant que les parents démontrent une certaine réticence dans ce domaine, tout autant qu\u2019en ce qui concerne l\u2019éducation sexuelle, et d\u2019autant plus, d\u2019après Annick Percheron, que l\u2019éducation politique est rarement ouvertement abordée1.D\u2019après cette sociologue, tenir la politique à l\u2019écart de l\u2019école relèverait d\u2019un sentiment de méfiance envers le politique, le protéger [l\u2019enfant] contre quelque chose d\u2019impur, mais aussi d\u2019une crainte de perdre un certain contrôle, Laisser un enfant se politiser, c\u2019est accepter le risque * qu\u2019il n\u2019appartienne plus à sa mère».C\u2019est, en fait, plus souvent par l\u2019influence des pairs et de quelques échanges formels avec des profs sympas que s\u2019effectue la transmission des modèles de conduite, alors que 6.\tRaymond Laliberté et Marcel Robert, Étude de projets éducatifs québécois, tome 1 problématique et analv.se générale dans Les cahiers du LABRAPS, vol.3, n°l, Ste-Foy, Université Laval, 1987, p.65.7.\tCarmen Fuente et Mercedes Munoz-Repiso, Préparation à la vie dans une société démocratique, Strasbourg, Conseil de l'Europe, 1982, p.35.82 \u2022 L ACTION NATIONALE l\u2019éducation civique pourrait être utilisée comme un véhicule certainement plus rigoureux, l\u2019impartialité des enseignants conditionnant la crédibilité du système scolaire.La socialisation politique rejoint l\u2019éducation à la démocratie quand elle enseigne les institutions, les tendances, les processus décisionnels et lorsqu\u2019elle stimule les futurs citoyens à participer aux consultations électorales.L\u2019école est cependant beaucoup plus que cela, puisque selon l\u2019analyse que Mohamed Cherkaoui fait des travaux de Durkheim, une des propriétés essentielles des systèmes éducatifs [réside en leur qualité] de moyen de lutte pour les groupes politiques dominants8.3.Contexte québécois actuel L\u2019État doit déconfessionnaliser le système scolaire, stimuler l\u2019intégration des Néo-Québécois et offrir à tous un projet collectif rassembleur.Intégration En ce qui concerne l\u2019intégration des Québécois d\u2019arrivée récente, les difficultés que rencontrent les minorités baptisées honteusement de visibles, mais qui pourraient aussi bien être qualifiées d\u2019audibles, sont comparables à la discrimination dont sont l\u2019objet toutes sortes de catégories que notre société intolérante tend à exclure : -\tles aveugles que l\u2019on nomme mal-voyants, -\tles nains que l\u2019on appelle personnes de petite taille, -\tles vieux que l\u2019on qualifie d\u2019âge d\u2019or, -\tles pauvres qui deviennent déshérités.Ce n\u2019est pas en modifiant une appellation que l\u2019on réglera le problème ou uniquement en discriminant positi- 8.Mohamed Cherkaoui, Socialisation et conflit: les systèmes éducatifs et leur histoire selon Durkheim, Paris, CNRS, Revue française de sociologie, vol.XVII, n°2, 1976, p.197.L'ACTION NATIONALE \u2022 83 vement, mais plutôt en éduquant au respect de la personne humaine, et c\u2019est là qu\u2019intervient l\u2019éducation civique.La composition ethnique du Québec de 1998 et les projets d\u2019immigration commandent, en effet, que l\u2019on prenne en compte des valeurs humanistes, acceptables par tous (promotion de la paix, de la liberté, de l\u2019égalité, du respect de soi et des autres, etc.), plutôt que certaines caractéristiques culturelles d\u2019origines spécifiques.La présence de cadres culturels différents nécessite une éducation aux valeurs communes, car ces dernières ne sont pas toujours implicites et demandent donc à être explicitées si on ne désire pas devoir les imposer L\u2019éducation civique est l\u2019un des courants d\u2019idées actuels dans le domaine de l\u2019éducation des clientèles scolaires multiethniques.Dans son rapport consacré à l\u2019étude de ces courants d\u2019idées, le Conseil supérieur de l\u2019éducation souligne que C\u2019est le courant le plus récent et il émerge comme une voie d\u2019avenir permettant de dépasser l\u2019exacerbation de l\u2019ethnicité d\u2019une part et, d\u2019autre part, l\u2019écrasement des identités différentes sous le poids de l\u2019identité collective traditionnelle de la société d\u2019accueil9.4.Actions et stratégies autour des États Généraux sur l\u2019éducation Il y a autour des questions scolaires une mise en scène politique où différents groupes sociaux s\u2019affrontent dans une volonté de faire valoir leurs intérêts, et plus largement leur projet de société.Chacun veut s\u2019assurer un contrôle sur l\u2019appareil lui-même ou s\u2019assurer que sera institué ou maintenu un mode de gestion étatique des écoles qui leur convient10.9.Conseil supérieur de l\u2019éducation, Courants d'idées actuels en éducation des clientèles scolaires multiethniques, Québec, 1993, p.79- 84 \u2022 L ACTION NATIONALE 4.1 Génèse de l\u2019introduction de la notion d\u2019éducation civique Que s\u2019est-il donc passé pour que nous en arrivions à cette proposition de transformation de l\u2019animation pastorale en services de soutien à la vie civique ?En ce qui concerne la déconfessionnalisation, et au moment où ce texte est rédigé, l\u2019arène dans laquelle se joue l\u2019action est balisée par l\u2019article 93 de la Constitution et par la Loi 107.Le grand nombre de mémoires qui abordent le sujet de la transmission des valeurs démontre la place que le débat sur la déconfessionnalisation occupe dans la société québécoise actuelle.Notre compréhension de l\u2019éducation civique nous a amené à ne pas nous restreindre au seul enjeu de la déconfessionnalisation.Il est cependant nécessaire de mentionner qu\u2019entre les principaux acteurs impliqués dans ce débat spécifique, les laïcistes se démarquent par leur soutien à l\u2019introduction d\u2019outils permettant le développement d\u2019une culture républicaine au Québec* 11.Dans l\u2019exposé de la situation, les commissaires soulignent l\u2019importance des divergences entre les tenants de la laïcité et ceux de la confessionnalité12, reconnaissant d\u2019ailleurs que ces divergences existent même au sein de la Commission des États généraux.Le politique ne peut être dissocié du milieu dans lequel, et pour lequel, il existe.C\u2019est pourquoi, forts d\u2019un consensus en faveur du rôle de l\u2019école dans l\u2019éducation aux valeurs, dans la transmission de l\u2019héritage culturel québécois, dans la connaissance culturelle des religions, les commissaires ont 10.\tPierre Dandurand et Robert Ouellet, Les grandes orientations de la recherche en sociologie de l\u2019éducation au Québec : un bilan bibliographique Les Cahiers du Labraps, 1990, vol.6, p.37.11.\tDaniel Baril, La logique tordue de Jean Larose, Le Devoir, 8 novembre 1996, 12 Ministère de l\u2019Éducation, États généraux sur l'éducation, Exposé de la situation, Québec, 1996, p.112.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 85 tenté de déverrouiller le débatli.Ce sont leurs propres mots.Ils soulignent, par cette expression, le sentiment de blocage qu\u2019ils ont constaté et qu\u2019ils cherchent à faire évoluer.Il faut dire que les enjeux sont énormes, et pas seulement inspirés par la spiritualité.Ainsi, les commissaires mentionnent au nombre de ces enjeux l\u2019existence de postes protégés et d\u2019écoles ethniques et religieuses.De même, plus récemment, l\u2019établissement laborieux d\u2019un consensus officiel visant à la création de commissions scolaires linguistiques sur l\u2019ensemble du territoire québécois a fourni une preuve supplémentaire de l\u2019étendue des ramifications de ce dossier.C\u2019est alors qu\u2019est proposée, dans les questions à débattre du chantier sur la confessionnalité, la question numéro 5 : En ce qui a trait au besoin de soutenir les jeunes dans leur quête de sens, souhaite-t-on que sa réponse passe par les services d\u2019animation pastorale ou par un service d\u2019animation civique qui rassemblerait les jeunes autour des valeurs que voudrait promouvoir l\u2019école ?Cette suggestion, dont on apprend qu\u2019elle est souhaitée dans tous les milieuxu, est présentée dans les mémoires de deux organismes consultatifs de la manière suivante : Conseil permanent de la jeunesse Le secondaire a besoin d\u2019une petite révolution.Il faudrait d\u2019abord viser la formation d\u2019un citoyen.(.) Civisme, respect d\u2019autrui, esprit critique, conscience historique.Conseil des communautés culturelles et de l\u2019éducation Invitant à ne pas donner dans la fragmentation des clientèles scolaires, le Conseil insiste sur l\u2019importance d\u2019une 13\tIbid.14\tLe rapport final des États généraux sur l\u2019éducation consacre ce constat lorsqu'il précise qu'il faut accueillir la demande répétée, dans tous les milieux, d\u2019un véritable cours d\u2019éducation civique.86 \u2022 L'ACTION NATIONALE École commune publique et laïque qui met l\u2019accent sur une éducation civique.Par éducation civique, on entend une initiation à la vie démocratique sur les plans politique, juridique et historique, mais aussi un apprentissage des valeurs communes qui prévalent dans la société québécoise (valeurs de responsabilité et de devoir, valeurs de droits et de libertés.Cela contribuera à la cohésion sociale, à l\u2019intégration de la diversité ainsi qu\u2019à la résolution pacifique des conflits.L\u2019idée de construire un espace civique commun provient, en fait, d\u2019un avis du Conseil supérieur de l\u2019éducation datant de 1993 intitulé Pour un accueil et une intégration réussis des élèves des communautés culturelles.Cette suggestion prend appui sur la nécessité constatée par une majorité d\u2019intervenants scolaires et de chercheurs d\u2019introduire progressivement des valeurs de socialisation politique.Jean Hénaire, chercheur au ministère de l\u2019Éducation, nous dit que l\u2019on assiste en milieu scolaire, principalement urbain, à une prise de conscience de l\u2019existence de comportements violents répétés, de l\u2019absence chez plusieurs jeunes de repères propres à permettre leur intégration psychosociale, d\u2019un rapport déficient aux institutions.C\u2019est ce constat qui a amené, nous dit-il, à la recherche d\u2019une solution pour promouvoir une société de droit, dégager les valeurs et les normes vues comme légitimes et cultiver la mémoire historique sur laquelle fonder l\u2019avenir collectif.Suivant le système d\u2019action et de régulation politique, l\u2019État qui définit les règles du jeu s\u2019est fait transmettre par ceux qu\u2019il contrôle le message qu\u2019il veut entendre et que personne ne conteste.Suivant la théorie de l\u2019acteur d\u2019Alain Touraine, la citoyenneté15 ne se construit pas sans développer un rapport avec l\u2019environnement.L\u2019individu socialisé, le citoyen, est capable de critique autant au plan théorique 15.Dans un travail plus conséquent, il serait utile de confronter les notions d\u2019éducation civique et d\u2019éducation à la citoyenneté pour établir certaines distinctions.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 87 qu\u2019à celui de l\u2019agir.Il est donc essentiel que les jeunes générations intègrent les mécanismes institutionnels de la société dans laquelle ils vivent si nous voulons qu\u2019ils puissent la faire évoluer.4.2 Les avantages pour un gouvernement péquiste à introduire l\u2019éducation civique L\u2019introduction du concept d\u2019éducation civique dans le débat nous apparaît rejoindre les intérêts du gouvernement en favorisant un rapprochement des acteurs impliqués dans la défense d\u2019intérêts actuellement opposés dans chacun des domaines évoqués dans cet essai.Éducation civique et déconfessionnalisation La transmission des valeurs communes, notamment d\u2019inspiration judéo-chrétienne, serait assurée.Éducation civique et capacité d\u2019intégration Les communautés culturelles résistent encore à adhérer au projet souverainiste dans lequel plusieurs de leurs membres ne se retrouvent pas.Pourtant, combien d\u2019entre eux ont quitté un pays dans lequel les mots civisme et démocratie n\u2019avaient aucun sens.Leur offrir une «garantie civique» serait probablement un atout.Éducation civique et culture publique commune L\u2019éducation civique pourrait être un instrument très fort pour amplifier un sentiment d\u2019appartenance suscité après un référendum gagné et l\u2019urgence d\u2019une cohésion nationale.Éducation civique et souveraineté Le régime politique d\u2019un Québec souverain n\u2019est pas totalement défini, mais il sera de toute manière démocra- 88 \u2022 L'ACTION NATIONALE tique.L\u2019un des principaux enjeux confiés à l\u2019éducation civique pourrait être celui de forger «un nouveau peuple16».Pour la majorité des auteurs consultés, l\u2019éducation civique n\u2019est pas une fin en soi, mais un levier vers l\u2019autonomie.Nous trouvons là quatre raisons suffisantes à l\u2019introduction d\u2019une dose conséquente d\u2019éducation civique dans le cursus scolaire.5.Les prémices d\u2019une culture publique commune 5.1 Une culture publique commune est-elle possible ?Au Québec, dans les faits, deux politiques cohabitent et s\u2019entrechoquent : l\u2019interculturalisme et le multiculturalisme.Les nouveaux venus, souvent éblouis par la promesse de vivre au Canada de la même manière que chez eux17, ont de la difficulté à comprendre la politique québécoise basée à la fois sur l\u2019intégration progressive et sur le respect des différences culturelles.Les Québécois natifs ont, quant à eux, et pour des raisons historiques et conjoncturelles, des relations difficiles avec les peuples autochtones.Cette situation ne correspond pas vraiment à la Paix universelle tant souhaitée par Kant, mais l\u2019espoir d\u2019une vie commune harmonieuse est possible dès lors que l\u2019on efface de la notion de cohabitation son caractère ségrégationniste, ghettoïsant.La première condition à l\u2019établissement d\u2019une culture publique commune est sa définition18.Viennent ensuite les exigences de la transmission, diffusion et respect de cette 16.\tL\u2019analyse des contenus, non encore disponibles, du futur cours d\u2019éducation civique serait d\u2019un grand secours pour cet élément de notre argumentation.17.\tPierre Elliot Trudeau n\u2019a-t-il pas dit qu\u2019un Chinois doit pouvoir vivre de manière identique à Hong-Kong et à Montréal ?18.\tOn se référera aux travaux du Centre justice et foi pour suivre le développement de la réflexion entamée suite à plusieurs essais de Gary Caldwell et Julien Harvey L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 89 culture [qui devrait] avoir priorité sur les exigences de toute autre culture19.Mais tout ce qui est réalisable n\u2019est pas nécessairement souhaitable.5.2 Une culture publique commune est-elle souhaitable ?Nous pensons que l\u2019identité collective se fonde sur des rapports sociaux de proximité dans un environnement ouvert mais cohérent.L\u2019éclatement des États-nations dans une perspective communautariste ne nous semble être que le reflet de l\u2019individualisme forcené dont cette fin de millénaire est porteuse.Retournerons-nous vers l\u2019autonomie des cités moyenâgeuses, laisserons-nous au marché tout l\u2019espace décisionnel ?En milieu pluriethnique, les bases culturelles varient d\u2019un individu à l\u2019autre.Se pose alors un problème de cohérence entre les différents modèles culturels et les valeurs sous-jacentes.Un peuple, aussi accueillant soit-il, sur un territoire donné, doit promouvoir la culture qui lui est propre s\u2019il désire conserver sa cohésion.Le problème qui nous occupe est la détermination de cette culture préalablement à sa transmission.Si la culture est l\u2019ensemble des idées, des connaissances, des normes, des valeurs, des pratiques, des structures par lesquelles les membres d\u2019une société se représentent le monde où ils vivents, une réelle unanimité doit être obtenue pour que chacun s\u2019y reconnaisse.Est-il encore temps?En ce qui concerne le domaine du politique, en l\u2019absence de culture publique commune, il n\u2019y a pas de processus équitable possible.Le système de représentation des intérêts ne peut fonctionner au bénéfice de tous, que si chacun inté- 19 Gary Caldwell, Immigration et la nécessité d'une culture publique commune.L Action nationale, vol.78 n°8, 1988, p.709.90 \u2022 L ACTION NATIONALE gre des données semblables.La première des ressources du pouvoir est, à notre avis, la connaissance du processus.Seul Vhomo-civicus peut créer et maintenir un équilibre entre les conditions du développement harmonieux de Yhomo-sociologicus et la poursuite des activités productives de Yhomo-economicus actuellement omniprésent.5-3 Quelle culture publique commune pour le Québec ?Nous ne nous limiterons pas à la perspective politique pour définir les référents culturels propres à bâtir au Québec une culture publique commune.Nous en arrivons à regrouper ses principales caractéristiques en trois grandes catégories.5-3-1 Ce qui fonde la vie collective -\tUne langue officielle de communication, d\u2019enseignement et de travail, le français.-\tUn régime politique d\u2019inspiration démocratique et de type parlementaire.-\tLa recherche d\u2019un équilibre entre droits collectifs et droits individuels.5 3-2 Ce qui enracine l\u2019inconscient collectif -\tDes traditions occidentales d\u2019inspiration judéo-chrétienne.La composition ethnique du Québec de 1997 et les projets d\u2019immigration commandent cependant que l\u2019on prenne en compte plusieurs caractéristiques culturelles dont les origines sont planétaires.-\tLa reconnaissance de l\u2019apport historique de la minorité linguistique anglophone.-\tLa compréhension des valeurs amérindiennes et du cheminement historique du peuple québécois.L\u2019ACTION NATIONALE «91 5.3 3 Ce qui projette dans un avenir collectif -\tLa promotion de valeurs laïques sans exclure la préservation du capital culturel religieux.-\tUn système économique reconnaissant l\u2019interaction des secteurs public, privé et coopératif.-\tUn système social respectueux de la diversité, et responsable du bien-être de ses membres, notamment des plus fragiles.6.Tentative de définition des objectifs d\u2019une éducation civique moderne Nous croyons que l\u2019éducation civique doit permettre : -\tla connaissance des principes universels ayant valeur de référence pour tous les êtres humains.L\u2019obligation de dignité est le premier devoir civique ; -\tl\u2019éveil et la formation du sens critique (incluant la capacité à débattre) face à un déluge d\u2019informations où le sensationnel et le promotionnel priment sur l\u2019objectif et le réflectif ; -l\u2019apprentissage des attitudes (écoute, compréhension, ouverture d\u2019esprit, doute) concourant à la progression de la moralité humaine ; -\tle développement du sens de la justice et la réhabilitation de la politique par la formation de citoyens exigeants ; -\tl\u2019initiation aux droits et aux devoirs nécessaires à la vie en société incluant les connaissances liées à leur application.Il s\u2019agit d\u2019incliner la volonté libre vers le bien20.Mais sans oublier la mise en garde formulée dès 1792 par Condorcet, L'État a le devoir de former des citoyens sans créer une sorte de religion politique et violer la liberté21.20.Georges Roche, L apprenti-citoyen, une éducation civique et morale pour notre temps, Paris, ESF éditeur, 1993, p.55.21 Condorcet, Discours à la Convention nationale, avril 1792, cité par Georges Roche dans L 'apprenti-citoyen.92 \u2022 L'ACTION NATIONALE Un débat semble vouloir naître autour de la destination de cette matière, formation morale ou histoire.C\u2019est à notre avis un faux débat.L\u2019éducation civique ne doit pas être la chasse gardée de certains professeurs qui s\u2019en spécialiseraient.C\u2019est la responsabilité des parents et de tous les éducateurs, au premier rang desquels les enseignants, que d\u2019éveiller les jeunes au respect d\u2019autrui, au souci du bien commun, à l\u2019honnêteté notamment intellectuelle, à la réflexion, à la discussion.Encore faut-il croire en ces valeurs et les vivre.7.Les paradoxes d\u2019une telle mesure Dans le contexte actuel de suspicion vis-à-vis des élites politiques, le doute est de mise.Le gouvernement aura-t-il le courage de former ses citoyens à l\u2019exercice du sens critique?Le pouvoir économique autorisera-t-il la venue de conditions propres à la remise en cause de l\u2019idéologie dominante?Comme le souligne Georges Roche, agrégé d\u2019histoire-géographie, les citoyens formés à la réflexion, à la critique, à la facilité d\u2019expression, sont des citoyens difficiles22.Être un bon citoyen, ce n\u2019est pas seulement respecter les équipements publics et participer aux élections.C\u2019est aussi : s\u2019informer avant de voter, oser dénoncer les corruptions, refuser de se faire passivement complice des exploitations économiques que la pensée unique propage mondialement.Georges Roche nous offre le témoignage d\u2019un enseignant qui estime que l\u2019éducation morale et civique passe par l\u2019oubli de la performance^.L\u2019éducation civique interviendrait donc à contre-courant de la compétition et de la concurrence ; elle pourrait avoir pour effet de stimuler une prise de conscience dans des domaines non évoqués dans cet essai.Pensons au chômage, à la précarité et à l\u2019exclusion, fruits de la tendance à la crise générée par les sociétés capitalistes 22.Roche, op.cit., p.130.23 Roche, op.cit., p.81.L'ACTION NATIONALE \u2022 93 avancées et, plus particulièrement, par l\u2019idéologie néolibérale.C\u2019est en grande partie parce que la majorité des citoyens n\u2019ont pas conscience de leur pouvoir24 que ce système demeure légitime.Conclusion La reconversion des services d\u2019animation pastorale en services de soutien à la vie civique proposée dans le rapport final des États généraux sur l\u2019éducation nous a donné l\u2019occasion d\u2019une réflexion sur la notion d\u2019éducation civique.Après avoir vérifié que cette proposition recouvrait bien le concept large de la transmission de valeurs, nous avons choisi d\u2019appliquer le modèle de l\u2019analyse stratégique à l\u2019étude des enjeux et du système d\u2019action ayant abouti à son introduction dans l\u2019arène politique.Nous avons suivi sur deux siècles l\u2019évolution du concept d\u2019éducation civique en France, et nous l\u2019avons ensuite comparé à la compréhension canadienne.D\u2019un simple enseignement aux institutions, ce concept s\u2019est rapproché progressivement de la notion de socialisation politique dont nous avons abordé la composante scolaire.La quasi-totalité des travaux consultés pour documenter la problématique de la déconfessionnalisation s\u2019inscrit dans une démarche d\u2019affrontement avec les tenants de la confes-sionnalité ou, à tout le moins, de défense active.Nous avons opté pour une vision positive démontrant que, dans une période où les défis sont nombreux, les combats les plus inattendus peuvent être menés sans perdre de vue l\u2019objectif principal.En effet, les difficultés rencontrées face à la déconfessionnalisation du système scolaire et à l\u2019intégration des nouveaux arrivés engendrent des conflits que l\u2019État doit 24 Notamment au sens donné par Raymond Boudon à la capacité pour un acteur d'adapter ses ressources et leur emploi par une stratégie appropriée.Pouvoir dans Dictionnaire critique de la sociologie Paris, Presses universitaires de France, 1982, p.428.94 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE gérer tout en mettant en œuvre les conditions de l\u2019accession à la souveraineté du Québec.Ceci s\u2019effectue en collaboration avec nombre d\u2019acteurs aux intérêts divergents.De manière diffuse, une tendance à resserrer, chez les jeunes, la compréhension des règles du jeu collectif s\u2019est dessinée suite au constat public de violences répétées et à tout le moins d\u2019un désabusement face à la chose publique.Cette tendance s\u2019est concrétisée dans plusieurs mémoires présentés aux États généraux sur l\u2019éducation, par la proposition objet de notre recherche : introduire des cours d\u2019éducation civique.Ayant démontré que l\u2019éducation civique dépasse de loin le seul problème de l\u2019apprentissage du fonctionnement des institutions en ouvrant plutôt le large débat de la place de l\u2019individu dans la société, et plus particulièrement de son rapport avec l\u2019État, nous avons choisi d\u2019avancer que l\u2019éducation civique peut être une réponse à plusieurs problèmes actuels.Pensons à la déconfessionnalisation du système scolaire, à l\u2019intégration des immigrants et à la cohésion sociale dans la perspective d\u2019un changement constitutionnel majeur.Pour arriver à ces objectifs, la promotion d\u2019une culture publique commune spécifique au Québec apparaît nécessaire.Nous proposons des jalons pour la définir et suggérons une vision de l\u2019éducation civique élargie.Dans la conception actuelle du rôle de l\u2019école, la reconversion des services d\u2019animation pastorale en services de soutien à la vie civique pourrait, cependant, ne pas être l\u2019introduction du souffle de liberté souhaité pas plusieurs, mais plutôt la continuation d\u2019un asservissement des mentalités à la pensée d\u2019une classe dominante.Si le système scolaire est un lieu de socialisation et que cette socialisation vise à préparer les jeunes à jouer un rôle préétabli dans la société, ayons alors l\u2019honnêteté de ne pas en appeler à l\u2019héritage des Pères de l\u2019instruction civique.L'ACTION NATIONALE *95 Si, par contre, l\u2019éducation vise le développement global de ceux qui fréquentent l\u2019école, alors oui, il est essentiel, à travers des cours d\u2019éducation civique, de préparer les futurs citoyens à jouer pleinement leur rôle.C\u2019est alors leur autonomie qui s\u2019en trouvera développée.Dans le respect des opinions d\u2019autrui, cela leur permettra d\u2019analyser sereinement la société dans laquelle ils vivent, de la juger et d\u2019y saisir tout le champ de responsabilité que leur lucidité et leur courage les inciteront à prendre.?PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.\tPassez à l\u2019histoire et abonnez-vous !\t1^1 JE M ABONNE\t(Taxas incluses) 1 Pour 1 an ?14 N°® 30$}.Dour 2 ans ?(8 Nos 55$} l\t\tCap-aux-Diamants NOM\t\t ADRESSE\t\tPar téléphone: (418) 656-5040 Par télécopieur: (418) 656-7282 Par la poste : VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL _\t\t TÉL.: (\t) \t\t\tC.P.26, suce.Haute-Ville |(Vous recevrez le prochain No: Mars.juin, septembre ou décembre) J\t\tQuébec QC G1R4M8 96 \u2022 L'ACTION NATIONALE BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE\t\tAssurances Poitras, Larue & Rondeau Inc.C.Lamond & Fils Ltée\t\t Robert Bourget, Président\t\tCourtier d\u2019assurances 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tél : 1 800 567-9771\t\t3925, rue Rachel Est, bur.200 Montréal H1X 3G8 Tél.: (514) 899-5377 flucc ta mptoyc(e)$ de U f/MLi la vente aux mineur, c ett non! ftaU la touüeïaiueté, c ett oui >2.pAyrD Syndical des employé(e)s de magasins et de bureaux de la SAQ 1065,rue St-Denis.Montréal H2X 3J3 \u2022 Téléphone: (514) 849-7754 L extérieur de Montréal 1-800-361-8427 \u2022 Télécopieur:(514) 849-7914 Jean-Nicolas Brousseau Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 TRANSLATEX.Communications' RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 L'ACTION NATIONALE \u2022 97 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE A L'AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 ^AVmima capital inc.COURTIER eÎTvâlËuP^^ObIuTrES Sans frais : 1-800-363-6294 E-mail : maxcap@istar.ca Gilles Bertrand Président, Directeur-général MEMBRE DE LA BOURSE DE MONTRÉAL 321 de la Commune Ouest, Suite 100, Vieux Montréal (Québec) H2Y 2E1 Télécopieur : (514) 843-0418\tTéléphone : (514) 843-4000 Sansregret, Taillefer & Associés inc.Conseillers et administrateurs en avantages sociaux Michel Taillefer Président Téléphone : (514) 355-7869 - (800) 782-5799 Télécopieur: (514) 355-7923 mtaillefer@sta-conseil.com 5125, rue du Trianon, bureau 560, Montréal (QC) HIM 2S5 Au cœur du Quartier Latin, dans une rue calme, découvrez un hôtel de charme.HÔTEL DU COLLÈGE DE FRANCE + ?NC 7, rue Thénard, 75005 Paris Tél (33) 1 43 26 78 36\t-15 % aux lecteurs Télécopie (33) 146 34 58 29\tde L\u2019Action nationale 98 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le prix Richard-Arès 1998 *¥ \"'V epuis 1991, L\u2019Action nationale décer-1 ne un prix en hommage à Richard -A\u2014* Arès.Jésuite, membre du concile Vatican II, collaborateur pendant 30 ans à la revue, le père Arès était un visionnaire.Son œuvre considérable a éclairé d\u2019une façon nouvelle la question nationale.Le prix Richard-Arès a pour but d\u2019encourager l\u2019expression de la pensée.Doté d\u2019un montant de 2 000$, le prix récompense un(e) auteur(e) qui témoigne de son engagement pour éclairer ses concitoyens sur les grandes questions d\u2019intérêt national.Pour 1998, les membres du jury sont: M.Roland Arpin (directeur du Musée de la Civilisation), Gérard Bouchard (directeur de l\u2019IREP), Henri Brun (professeur de droit International, Université Laval), Simon Langlois (sociologue, Université Laval).Ils ont choisi d\u2019attribuer le prix à M.Claude Bariteau pour son livre Québec, 18 septembre 2001 Le prix a été remis le 10 avril dernier lors du Salon du livre de Québec.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 99 Présentation du livre Québec, 18 septembre 2001 par Gérard Bouchard1 A l\u2019unanimité, les membres du jury du prix Richard-Arès 1998 ont arrêté leur choix sur le livre du professeur Claude Bariteau : Québec, 18 septembre 2001 (publié chez Québec-Amérique).Ils y ont vu un ouvrage courageux qui présente une conception renouvelée de la nation québécoise, soucieuse de rassembler toutes les couches et composantes de la population - ou du moins de n\u2019en exclure aucune a priori.L\u2019ouvrage est inspiré du modèle de la nation civique et libérale du philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas, dont Claude Bariteau propose une version personnelle, adaptée à la situation du Québec.Selon l\u2019auteur, cette nation se définirait d\u2019abord par référence à la langue française, comme instrument de communication et comme dénominateur commun culturel.Ce premier fondement est assorti d\u2019une culture publique commune, nourrie de droits universels et de grandes valeurs de civilisation.La conception de Claude Bariteau appelle aussi la mise en œuvre d\u2019un véritable projet de société.Pour le reste, cette nation civique réaliserait un objectif strict d\u2019ethnicité zéro, récusant ainsi la culture canadienne-française traditionnelle comme composante de l\u2019identité nationale.Une philosophie très libérale, très individualiste, présiderait à la vie collective : le pouvoir d\u2019intervention de l\u2019État serait limité, il n\u2019y aurait pas de reconnaissance de droits collectifs à aucune sous-population (sauf à des conditions très exceptionnelles et à titre provisoire), et le reste.En parallèle, l\u2019ouvrage offre une réflexion originale, à la fois politique et stratégique, sur l\u2019accès du Québec à la souveraineté ainsi que des analyses bien documentées sur divers sujets connexes, allant de la mondialisa- 1 Professeur, Département des Sciences humaines, Université du Québec à Chicoutimi, Institut interuniversitaire de recherches sur les populations (IREP) 100 \u2022 L'ACTION NATIONALE tion à \\'Indirect Rule comme mode de fonctionnement de la fédération canadienne.Les membres du jury ne sont pas nécessairement d\u2019accord avec chacune des propositions de Claude Bariteau, mais ils ont beaucoup apprécié l\u2019effort de synthèse, la cohérence et l\u2019envergure de la réflexion, l\u2019effort de documentation et la qualité de l\u2019écriture.Enfin, il leur a semblé que cet ouvrage, en plus de refléter l\u2019esprit du concours et les préoccupations de l\u2019organisme qui le parraine, était de nature à enrichir et à stimuler le débat sur la question nationale au Québec et ailleurs.Allocution de M.Claude Bariteau Merci Messieurs Robert Laplante, Simon Langlois, Gérard Bouchard et Normand de Bellefeuille de vos propos élo-gieux.Merci aux deux autres membres du jury, messieurs Roland Arpin et Henri Brun, d\u2019avoir sélectionné, de connivence avec messieurs Langlois et Bouchard, Québec, le 18 septembre 2001 pour le prix Richard-Arès.En écoutant la présentation de monsieur Gérard Bouchard, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019avoir été inspiré en écrivant ce livre.Chose certaine, lorsque j\u2019ai lu la lettre de madame Laurence Lambert, ça m a fait chaud au cœur d\u2019apprendre que le choix des membres du jury s\u2019est fondé sur : 1) la problématique du texte ; 2) la cohérence des idées ; 3) la valeur de l\u2019argumentation ; et 4) la qualité de la langue.Cela m\u2019a fait chaud au cœur parce que ce sont précisément les points que je valorise dans mon enseignement.Qu\u2019ils se retrouvent dans ce livre, voilà qui me conforte.Vous n\u2019auriez toutefois pas eu l\u2019occasion de choisir ce livre n\u2019eut été de l\u2019accueil de monsieur Rosaire Morin, que je salue du cœur, à un texte que je lui ai soumis en 1996, texte intitulé «Pour une conception civique du Québec».Sa publication dans L\u2019Action nationale m\u2019a encouragé à revoir L'ACTION NATIONALE \u2022 101 un manuscrit qu\u2019il m\u2019avait été impossible de terminer avant le référendum de 1995.Aussi, votre choix n\u2019aurait pu s\u2019exprimer sur ce livre sans l\u2019accueil au manuscrit revu et corrigé de la part de messieurs Normand de Bellefeuille de Québec-Amérique et Alain-G.Gagnon, directeur du Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill.Je les en remercie.D\u2019autres personnes sont complices de cette publication.Monsieur Michel Beauchamp m\u2019a encouragé à écrire ce livre.J\u2019ai bénéficié des conseils et des remarques de madame Manon Boulianne et de messieurs Yves Martin et Alain-G.Gagnon.Je remercie aussi monsieur Claude Frappier, le réviseur, monsieur André Roy et madame Alberte Couture qui m\u2019ont facilité la mise en forme du manuscrit et madame Madeleine Eykel pour la page couverture.Ce livre est le produit de ma réflexion sur le Québec.Elle n\u2019aurait pas pris cette forme si je n\u2019avais pas été responsable du cours «Anthropologie du Québec» pendant plus de quinze ans à l\u2019Université, ce qui m\u2019a permis de bénéficier d\u2019échanges multiples avec les étudiants et les étudiantes qui l\u2019ont suivi ou se sont intéressés à la réalité québécoise.Dans ses propos, monsieur Gérard Bouchard a fait écho au contenu de ce livre.D\u2019une certaine façon, il constitue une réponse aux interrogations de Richard Arès concernant la confédération canadienne de 1867.Son livre, Dossier sur le pacte fédératif de 1867, publié en 1967, se termine sur la question suivante : -quels rapports existent et doivent exister entre les deux principales nationalités du pays ?des rapports de majorité à minorité - c\u2019est à quoi aboutit la théorie de la loi pure et simple - ou des rapports d\u2019associés égaux dans une même œuvre politique à accomplir comme l\u2019exige la théorie du Pacte?» (p.250).Cette interrogation a toujours été - et l\u2019est encore pour certains - au cœur de la question du Québec.Les Québécois d\u2019origine française, hier les Canadiens français, ont eu une propension à concevoir le Canada tel un pacte entre deux 102 \u2022 L'ACTION NATIONALE nations, ce qui ne fut que rarement le cas des Canadiens anglais.En 1982, le rapatriement de la Constitution canadienne fut la réponse à l\u2019interrogation de Richard Arès.Depuis, la thèse du pacte a perdu tout sens quoi qu\u2019en disent les Claude Ryan et leurs semblables.Au Canada, il n\u2019y a dorénavant qu\u2019une nation et des minorités de toutes sortes, dont les autochtones et les Québécois d\u2019origine française.Je rappelle que, pour Richard Arès, de la réponse à la question qu\u2019il posait dépendait d\u2019avenir du Canada, du Canada français et du Québec» (p.250).Québec, le 18 septembre 2001 traite de l\u2019avenir du Québec.Pas de celui du Canada.Ni celui du Canada français.Seulement du Québec.En cela, il est une suite aux interrogations de Richard Arès.Dans ce livre, comme l\u2019a souligné monsieur Gérard Bouchard, j\u2019aborde plusieurs thèmes.Si j\u2019essaie de les hiérarchiser, je suis tenté d\u2019insister sur deux d\u2019entre eux.Le premier est la nécessité de sortir la question du Québec de la problématique canadienne.Pourquoi?D\u2019abord, parce qu\u2019avec cette problématique, le recours à l\u2019indirect rule aidant, le Québec ne peut aspirer qu\u2019au statut de simple province où s\u2019activent une minorité nationale du Canada et divers autres groupes, dont les autochtones.Ensuite, parce que, dans l\u2019univers actuel de la mondialisation et de la création d\u2019ensembles supranationaux, les minorités nationales sont en touche, notamment celles qui se retrouvent au sein de fédérations car ces dernières recentrent leurs pouvoirs.Alors, ces minorités nationales, surtout celles qui aspirent à créer un État souverain - c\u2019est le cas au Québec -, sont placées devant le dilemme suivant : ou bien elles prennent le chemin qui les conduira à la souveraineté ; ou bien elles acceptent de demeurer parmi les exclus de l\u2019histoire.En un mot, sortir de la problématique canadienne, c\u2019est choisir d\u2019entrer dans l\u2019histoire.L'ACTION NATIONALE \u2022 103 Le deuxième thème est l\u2019importance de retoucher certains aspects du projet souverainiste afin de mieux définir ce que sera le Québec devenu pays membre à part entière des Nations unies.À cette fin, il m\u2019apparaît impérieux de mettre l\u2019accent sur la citoyenneté plutôt que la culture québécoise.Il s\u2019agit même d\u2019un passage obligé.Il ouvrira la porte à la participation des Québécois et des Québécoises toutes origines confondues.Ce sera un atout à la suite d\u2019un référendum gagnant et cet atout le sera encore plus si le projet souverainiste vise à densifier la vie démocratique avec une constitution qui définit une culture politique commune dont le français est la langue de la citoyenneté.Parallèlement, il faut préciser les relations que le Québec entent avoir avec le monde et concevoir tous les réarrangements internes découlant des nouveaux pouvoirs qui seront nôtres : la défense et l\u2019armée, les douanes, les communications, la citoyenneté, les relations avec les autochtones, l\u2019immigration, la dette, les finances, la monnaie, etc.C\u2019est peut-être à cause de ces thèmes que Gabriel Gagnon, de la revue Possibles, considère mon livre et celui de John Saul (Réflexions d\u2019un frère siamois), deux ouvrages susceptibles d\u2019orienter de façon significative notre réflexion.Il y a toutefois une nette différence entre ces deux livres.Celui de John Saul propose de refaire encore une fois le Canada ; le mien, de faire enfin le Québec.Surtout pas de le refaire dans un Canada à refaire.Le Canada est fait.C\u2019est le Québec qui tarde à se faire, obnubilés que sont bon nombre de Québécois par des rêves qui n\u2019aboutissent pas mais grugent inutilement temps et énergies, génération après génération.J\u2019ai apprécié les propos de Gabriel Gagnon.Par contre, s\u2019agissant d\u2019orienter notre réflexion, force est de constater que le livre de Saul a eu plus d\u2019écho médiatique, du moins jusqu\u2019à maintenant.Québec-Amérique a fait une promotion qui visait un écho analogue.Sans succès.Les médias au 104 \u2022 L ACTION NATIONALE Québec sont en trop bonnes mains.Et les responsables des sujets à débat savent qu\u2019il ne faut pas les mordre.Ils savent ce qu\u2019il faut taire et ce qu\u2019il faut connaître.Aussi, recevoir le prix Richard-Arès contribuera probablement à une plus grande diffusion des idées que contient Québec, le 18 septembre 2001.Les responsables des médias s\u2019y intéresseront peut-être.Personnellement, j\u2019en doute.Je termine en vous disant que ce prix m\u2019honore et que votre présence me touche.?MAGAZINE Un courant d'avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine gaspésien ! Publié par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le CRCD de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s\u2019intéressent à la Gaspésie d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.80, boul.De Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC 1R0 Téléphone : 418-368-1534 - Télécopie : 418-368-1535 L'ACTION NATIONALE \u2022 105 ¦RK \twFrar\tW 4 \t \t \t \tJflp ^ \t1 w \t \t¦Ml\t1 \t o: Hydro Québec 106 \u2022 L'ACTION NATIONALE Une énergie nouvelle Chronique francophone Océan Indien (2) Mayotte par Michel Têtu Professeur à l\u2019Université Laval, Directeur de L\u2019Année francophone internationale et Réjean Beaudin Documentaliste à L'Année francophone internationale L'ACTION NATIONALE \u2022 107 Mayotte île de l\u2019océan Indien, Mayotte est une « collectivité territoriale française d\u2019outre-mer à caractère départemental », de l\u2019archipel des Comores.Elle s\u2019est séparée du reste de l\u2019archipel en 1974 et elle a décidé de rester française en 1976.Victoria SEYCHELLES (Maori\" COMORES » Mayotte (Fr.) ) Mahajanga ,y* i (MajungalâS fAntseranana \u2022\\( Diego-Suarez) OCÉAN INDIEN MADAGASCAR /(Tamatave) ¦Antananarivo ^orl *-ou'S| (Tananarive) St-Denis MAURICE Réunion (Fr.) Géographie Située au nord du canal de Mozambique, l\u2019île la plus proche de Madagascar, surnommée « l\u2019île aux parfums », elle comprend deux îles principales totalisant 375 km2, la Petite Terre et la Grande Terre, séparées par un bras de mer de 2 km, et toutes deux entourées par un récif corallien parmi les plus beaux et les plus grands du monde.L\u2019île possède plusieurs baies dont la plus vaste est celle de Boueni et quelques sommets dont le point culminant est à 680 mètres ; elle bénéficie d\u2019un vaste lagon et elle abrite une base navale française.108 \u2022 L ACTION NATIONALE La Grande Terre, où se trouve la capitale Mamoutzou, au littoral fortement découpé, a la forme d\u2019un hippocampe qui est d\u2019ailleurs le symbole de File.La Petite Terre, quant à elle, comprend l\u2019îlot de Pamandzi et le rocher de Dzaoudzi, reliés par une digue surnommée le «Boulevard des crabes».Le lac volcanique de Dziani, au nord, est célèbre pour ses eaux sulfureuses et ses «pouvoirs».L\u2019île a un climat tropical maritime, chaud et humide.La saison des pluies durant la mousson du nord-est dure de novembre à mai tandis que la saison sèche est plus fraîche et s\u2019étend de mai à novembre.Climat Mayotte, protégée du courant d\u2019alizé oriental par Madagascar, jouit d\u2019un climat tropical maritime, comprenant une saison sèche et tempérée de mai à octobre, une saison chaude ou saison des pluies de novembre à avril, arrosée par la mousson venant du nord-ouest de décembre à mars.La température moyenne annuelle est de 25° C avec un maximum de 28° C de janvier à mars et un minimum de 24° C de juillet à septembre.Il fait jour de 5 heures du matin à 7 heures du soir en été, de 6 h du matin à 6 h du soir en hiver, comme c\u2019est le cas en général sous les tropiques.Population La population, qui s\u2019élève à 105000 habitants, descend d\u2019Arabes venus au XVe siècle et d\u2019Hindous.En 1998, 60% de la population a moins de 20 ans.Le français est la langue officielle mais on retrouve également les composantes linguistiques de l\u2019archipel comorien, l\u2019arabe et un dialecte swahili.Au point de vue religieux, la population est musulmane à 99% avec quelques chrétiens, majoritairement catholiques.L\u2019ACTION NATIONALE «109 Gouvernement Le chef d\u2019État bien sûr est le président de la France, Jacques Chirac.Il est représenté par un préfet.Le chef du gouvernement local est le président du Conseil général (Younoussa Bamana depuis 1977), élu par les membres du Conseil (67 membres) pour un mandat de six ans.Économie L\u2019activité économique est basée sur l\u2019agriculture, l\u2019élevage et la pêche.Mayotte doit importer une grande partie de ses produits alimentaires, surtout de France.L\u2019économie et le développement de l\u2019île dépendent fortement de l\u2019aide financière de la France.Le pays produit de la vanille, l\u2019ylang-ylang (une essence à parfum), le café, le coprah.Une petite industrie est née de l\u2019exploitation récente du homard et des crevettes.Les exportations sont dirigées pour 80% vers la métropole, 15% vers les Comores et le reste vers la Réunion, tandis que les importations viennent de France (66%,) d\u2019Afrique (14%), et d\u2019Asie du Sud-Est (20%).On importe de la farine, du riz, des vêtements, des matériaux de construction, des métaux, des produits chimiques, de la machinerie et de l\u2019équipement de transport.L\u2019éloignement de l\u2019île est par ailleurs un obstacle à son développement touristique assez limité.Communications Mayotte possède un grand port, Dzaoudzi, et un aéroport à piste pavée.Il y a 72 km de routes pavées et 21 km de routes non pavées, pour un total de 93 km.L\u2019île dispose d\u2019un système téléphonique administré par la France, d\u2019un relais radio à ondes courtes et de communications par radiotéléphone.Il y a une station de radiodiffusion AM : on estimait le nombre d\u2019appareils de radio à 30 000 110 \u2022 L'ACTION NATIONALE en 1994.Il n\u2019y a pas de centre local de télédiffusion mais le pays disposait d\u2019environ 3 500 téléviseurs en 1994.Histoire Les origines A partir du IXe siècle, on note la présence musulmane.Arrivent dans les îles Mayotte et les autres Comores des migrants sudarabiques, des Persans, des populations protomalgaches d\u2019origine malayo-polynésienne et précédant des populations arabo-perso-bantoues venues de la côte nord-est de l\u2019Afrique.Au XIIe siècle, arrivent en plusieurs vagues les Shiraziens du nord-ouest d\u2019Ormuz.Ils construisent des villages sur les collines, à fonction défensive, fortifiés par de hauts murs de maçonnerie qui abritent les nobles et leurs esclaves domestiques.Les classes inférieures habitent les hameaux périphériques.Vers 1600 arrive une population africaine via Madagascar.A l\u2019aube de la colonisation, la puissance publique appartient à l\u2019aristocratie arabisée, d\u2019origine anjouanaise avec un chef établi à Tsingoni qui prend le titre de sultan.Les dernières années du XVIIIe siècle, l\u2019île souffre de razzias malgaches qui causent le dépeuplement de la Grande Terre.Elle devient un territoire malgache où les envahisseurs entreposent leurs prisonniers et traitent avec les négriers blancs pourvoyeurs en main-d\u2019œuvre des colonies de Bourbon (Réunion) et d\u2019île de France (Maurice).Avec les nombreuses invasions successives, Mayotte est un mélange d\u2019influences arabe, musulmane et française.Après les émigrations des Malgaches, les Swahilis laissent à Mayotte sa religion : l\u2019islam.L'ACTION NATIONALE «111 De 1806 à 1841, les querelles dynastiques mettent l\u2019île à feu et à sang.Mayotte devient française En 1832, Adrian Souli, roitelet malgache, quitte Madagascar et se réfugie à Mayotte auprès du sultan.Il s\u2019empare bientôt de l\u2019île entière.Mis en place par les troupes anjoua-naises comme gouverneur de l\u2019île, il se proclame sultan.Le 25 avril 1841, il signe un traité de cession de Mayotte sur laquelle il règne.Le commandant français Passot achète Mayotte à cet usurpateur contre une rente viagère personnelle de 1 000 piastres.La vente est entérinée par le roi de France, Louis-Philippe, en février 1843.Passot prend possession de l\u2019île le 13 juin suivant.La population est alors de 3000 habitants.Le rapprochement franco-mahorais entraîne la perte du sultan dont la pension convertie en boissons alcoolisées accélère la disparition, mais établit une solide domination française qui repose sur la toute-puissance du «résident\u201d et la possibilité d\u2019utiliser les terres des indigènes si l\u2019utilité publique l\u2019exige.La prise de possession permet d\u2019évincer les rivaux allemands et français.L\u2019administration coloniale met souvent l\u2019accent sur les possibilités d\u2019occupation des sols, compte tenu de la faible population.L\u2019ordonnance de 1845 permet la mise en place d\u2019une procédure d\u2019appropriation, prévoyant la cession de terres incultes ou présumées telles à des planteurs en échange de leur mise en valeur.La contrainte incluse d\u2019en laisser une part pour des cultures vivrières et de n\u2019employer que des travailleurs libres est rarement respectée.Sur la Grande Terre, la compagnie des Comores, à capitaux essentiellement nantais, obtient la concession d\u2019une des plus riches vallées de Mayotte pour y cultiver la canne à sucre.Des colons réunionnais s\u2019y installent, des ouvriers 112 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE viennent d\u2019Europe, des Mahorais sont réintégrés dans leurs biens.Le ravitaillement des colons est en grande partie assuré depuis Madagascar et la Réunion.Les débuts de la colonie s\u2019avèrent difficiles.L\u2019île est insalubre.Une ordonnance royale du 9 décembre 1846 abolit l\u2019esclavage mais le remplace par un engagement obligatoire de 5 ans au profit de la France, ce qui entraîne la fuite aussi bien des esclaves que de leur propriétaires, tous se repliant dans le reste de l\u2019archipel.Ce n\u2019est qu\u2019à partir de 1858 que la population de l\u2019île s\u2019accroît par le retour des Mahorais émigrés dans les autres îles et la venue massive d\u2019Anjouanais, de Grands Comoriens et d\u2019Africains recrutés par les planteurs (11731 habitants en 1866).En I860, Mayotte compte 29 concessions totalisant 10 300 hectares soit 30% de la Grande Terre mais peu d\u2019entre elles sont mises en valeur.Le but des concessionnaires européens et réunionnais est de faire de Mayotte une île à sucre.En 1855, Mayotte produit 285 tonnes de sucre.Dix usines sont en activité en I860 et chacune produit en moyenne 220 tonnes de sucre.Les planteurs-concessionnaires sont attirés par la fertilité de la Grande Terre, son hydrographie, l\u2019hospitalité de ses côtes, le nombre de ses rades, et sa situation générale sur la ligne de la Réunion à la mer Rouge.L\u2019histoire récente Mayotte prend peu à peu de l\u2019importance.En 1875, il y a près de 12 000 habitants sur les 65000 de l\u2019ensemble des Comores, et 18000 vingt ans plus tard.Pourtant, à la veille du protectorat français sur les Comores (1886-1887) les sucreries ne connaissent que des déboires.La baisse des prix du sucre, l\u2019accroissement des charges des propriétaires, les fléchissement des rendements des terres, des calamités climatiques, comme le cyclone de L'ACTION NATIONALE \u2022 113 1898 déterminent une crise grave.Des domaines changent de mains, des usines ferment, les travailleurs désertent.Après la crise de 1905, arrivent les grandes sociétés coloniales agro-industrielles, dont la société Comores Bambao créée en 1907.En 1908, Mayotte est rattachée aux autres Comores déjà sous protectorat.L\u2019archipel est sous la responsabilité du gouvernement général de Madagascar, sans que soit supprimée l\u2019autonomie administrative et financière.Mais l\u2019acte du 25 juillet 1912 proclame colonie française l\u2019ensemble comorien et ouvre la voie à l\u2019assimilation de l\u2019archipel par la Grande île.Le décret du 23 février 1914 réalise la complète absorption de la colonie des Comores pour en faire une simple province d\u2019une colonie malgache sous un gouvernement indigène malgache.Les Comores sont alors soumises au travail forcé et subissent une destruction assez brutale de leur structures socio-politiques, ce qui explique en partie le soulèvement de 1915 en Grande Comore.En 1945, la société Comores Bambao gère 6000 hectares à Mayotte (25% du sol cultivable).Devant la forte poussée démographique et de désir des populations de cultiver des produits vivriers, les dirigeants politiques réclament une réforme agraire.La Société doit alors vendre une partie de ses domaines.D\u2019autres sociétés rivalisent avec la Bambao et surtout la Société des plantes à parfums de Madagascar.La citronnelle se répand lentement dans l\u2019île.Le Cymbogopon citratus connaît une grande période jusqu\u2019en 1935- La concurrence des Indes et de la Chine entraîne sa disparition vers 1970.En même temps que la citronnelle, on cultive la vanille ; puis le sisal, par défibrage des feuilles de l\u2019agave, servant à fabriquer cordes de marine, sacs et ficelles d\u2019emballage.La concurrence des fibres synthétiques entraîne à son tour une chute rapide des cours et l\u2019abandon du sisal.D\u2019autres cultures, café, cacaoyer, cannelle, basilic violet, cocotier échouent.114» L'ACTION NATIONALE Lors de la consultation populaire du 22 décembre 1974, à Mayotte, 65% des votants refusent l\u2019indépendance tandis que dans les autres îles une quasi-unanimité s\u2019exprime en sens inverse.Après quelques hésitations, les autorités françaises décident par la loi du 3 juillet 1975 que Mayotte pourra rester dans le giron de la République si elle le souhaite.Malgré l\u2019indépendance des autres îles comoriennes, proclamées unilatéralement le 6 juillet 1975, Mayotte reste française.Mais Paris n\u2019a pas renoncé à convaincre les Mahorais de se rallier à l\u2019État comorien.Le 8 février 1976, la population mahoraise est invitée à se prononcer sur une réintégration aux Comores : ce que refusent la quasi-unanimité des votants qui tiennent à bénéficier des nombreux avantages accordés par la métropole.Après le référendum de 1976 où les Mahorais rappellent leur voeu de rester Français, la France érige l\u2019île en « collectivité territoriale», qui n\u2019est ni un DOM ni un TOM mais compte un statut hybride qui lui donne une forme quasi départementale (préfet, Conseil général, communes.) mais où les lois ne s\u2019appliquent que sur «mention expresse».Mayotte fait partie de ces petits territoires encore français dans le monde, les «confettis de l\u2019empire», comme les appelait Hélène Carrière d\u2019Encausse.?L'ACTION NATIONALE «115 tf**2!!K2r L 'Année francophone internationale édition 1998 présente le panorama de l\u2019espace francophone le plus complet à l\u2019heure actuelle dans toute la francophonie.Cet ouvrage de plus de 400 pages se divise en trois parties : Éditorial ; Pays et régions ; Idées et événements.Pour chacun des pays traités dans la seconde partie le lecteur pourra prendre connaissance des faits marquants de l\u2019année dans les domaines suivants : politique, économie, société, culture, sports et une bibliographie, souvent commentée, des plus importantes parutions en français dans chacun de ces pays.La troisième partie traite quant à elle des grands courants de pensée ayant animé la Francophonie ainsi que des principales organisations internationales qui y œuvrent.Grâce à l\u2019implication de plus de 200 collaborateurs, la plupart d\u2019entre eux étant d'éminents universitaires bénéficiant d\u2019une reconnaissance internationale, L'Année francophone internationale est un ouvrage de référence incontournable tant pour le spécialiste que pour ceux, de plus en plus nombreux, qui souhaitent une analyse sérieuse et une synthèse complète de l'actualité récente.L\u2019Année francophone 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Rosaire Morin 11922-1999 L'ACTION NATIONALE \u2022 117 Nous avons reçu de nombreux messages de sympathie et de condoléances.Amis et lecteurs de L'Action nationale rendent hommage à M.Rosaire Morin.118 \u2022 L'ACTION NATIONALE Message du premier ministre du Québec Québec, le jeudi 15 avril 1999.Voici le message que le premier ministre du Québec, monsieur Lucien Bouchard, a adressé aux parents et amis de monsieur Rosaire Morin, décédé hier: «Au nom du gouvernement du Québec et en mon nom, je tiens à vous exprimer ma plus vive sympathie à la suite du décès de votre père.Grand brasseur d\u2019idées, homme d\u2019action et de conviction, monsieur Morin a consacré sa vie à défendre les intérêts du Québec.Travailleur acharné, doté d\u2019un solide esprit critique et talentueux communicateur, il avait à cœur de faire bouger les choses.Il a profondément marqué l\u2019évolution du nationalisme québécois.Tout au long de sa vie, il a généreusement partagé ses réflexions et ses analyses sur plusieurs aspects de notre société.La langue, la culture, l\u2019économie et l\u2019identité québécoise ont monopolisé ses énergies, et il nous laisse en héritage de nombreuses publications.D\u2019un enthousiasme éminemment contagieux, il a, au cours des dernières années, insufflé un dynamisme constamment renouvelé à la revue L\u2019Action nationale.Les Québécoises et les Québécois garderont le souvenir d\u2019un homme engagé, déterminé et ayant le courage d\u2019exprimer ses opinions.Mon épouse se joint à moi pour offrir nos sincères condoléances aux membres de sa famille ainsi qu\u2019à ses amis.» Source : cabinet du premier ministre L'ACTION NATIONALE «119 Rosaire Morin, combattant de l\u2019ombre Depuis la disparition de Rosaire Morin, tout a été écrit ou presque, sur l\u2019homme et son œuvre: «éminence grise», «Père des États généraux», «défricheur de la liberté», etc.Bref, les hommages se succèdent pour saluer la mémoire de ce grand défenseur de la cause nationale.Je souscris d\u2019emblée à ces témoignages.Mais je voudrais également mettre en relief la dimension de combattant de l\u2019ombre qui dictait à notre ami Rosaire une extrême discrétion, le tenant à l\u2019écart des remous médiatiques.Réservé, voire pudique, Rosaire Morin n\u2019en fut pas moins un militant acharné et le maître d\u2019œuvre de multiples réalisations.Un des théoriciens du renouvellement du nationalisme québécois, militant désintéressé, il a pendant plus de 50 ans contribué à façonner la conscience de notre peuple.N\u2019eût-il conçu, animé et réalisé que les seuls États généraux du Canada français, gigantesque consultation populaire représentative de toutes les forces vives québécoises de l\u2019époque, qu\u2019il aurait droit à la reconnaissance de la patrie.Mais ce vaste rassemblement ne fut qu\u2019une étape de son cheminement vers la concrétisation d\u2019un idéal qui aura, hélas, trop tardé à venir pour qu\u2019il puisse en voir les fruits.À son palmarès, citons encore la présidence de Ligue d\u2019action nationale, la direction de la revue qu\u2019il a tirée d\u2019une profonde léthargie pour en faire un haut lieu intellectuel, la fondation du Conseil d\u2019expansion économique qui devait inspirer la création de la Société générale de financement et tant d\u2019autres.J\u2019ai participé avec émotion, pour faire son éloge, à la soirée hommage que le Mouvement souverainiste du Québec rendait à Rosaire Morin l\u2019an dernier en lui décernant le prix Jean-Olivier Chénier.Le mois dernier, dans le discours du budget, j\u2019ai de nouveau insisté sur la pertinence et les résultats concrets du dernier grand volet de son œuvre : les 120» L ACTION NATIONALE études, réflexions et actions à prendre quant la gestion de l\u2019épargne nationale.Il est d\u2019ores et déjà certain que cette ultime contribution de Rosaire Morin a fait rentrer au Québec des milliards de dollars d\u2019épargne qui consolident l\u2019emploi et la croissance économique.L\u2019ensemble de l\u2019œuvre de cet homme, aussi déterminé que modeste et effacé, le place au rang des grands patriotes de notre temps.Bernard Landry, Vice-premier ministre, Montréal, avril 1999 (publié dans Le Devoir, 22 avril 1999) Avec Rosaire Morin disparaît un des plus persistants observateurs, un des plus courageux analystes de la réalité québécoise.Il avait de l\u2019intérêt national une très haute idée.Par le rôle de directeur et d\u2019animateur qu\u2019il a joué à L\u2019Action nationale, par ses travaux récents sur l\u2019épargne au Québec qui sont venus couronner l\u2019ensemble de son œuvre, par son observation minutieuse de tout ce qui touchait l\u2019évolution du Québec, par ses convictions profondes, Rosaire Morin a bien mérité de la patrie.À ses proches, à ses collaborateurs et collaboratrices, à ses amis, j\u2019offre mes plus sincères condoléances.Jacques Parizeau, Montréal, 14 avril 1999 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 121 Mon dernier message pour Toi Monsieur Morin, Mon cher Rosaire Morin, tu es parti le même jour qu\u2019une autre personne très proche de ma famille.Ton souvenir n\u2019en sera que plus présent dans mon esprit.Mais je voudrais m\u2019adresser à toi comme membre d\u2019une société nationale, celle de l\u2019Est du Québec, en plus de l\u2019individu que je suis.Nous avons apprécié le petit geste que vous avez posé pour la SNEQ en février, un geste qui nous a beaucoup impressionnés.Merci beaucoup de nous avoir manifesté votre amitié.Nous voguons spontanément entre le tu et le vous car nous avons pour vous un immense respect, mais vous étiez tellement amical dans nos trop brèves conversations.Je ne vous ai pas connu beaucoup en personne et c\u2019est en lisant Le Devoir ce matin que j\u2019ai compris le sens du «Bonsoir».Je le partage maintenant en même temps que je le regrette.Pour être bref, je dirai que nous n\u2019avions pas besoin d\u2019être très près pour découvrir rapidement que vous étiez toujours au travail et que la maison de Rosaire Morin était ouverte à tous les Québécois et toutes les Québécoises.Actuellement, on se rappelle davantage de votre travail sur l\u2019épargne québécoise, ou sa déportation, mais avec les années, nous pourrons revoir plus globalement l\u2019œuvre entière, comme il commence déjà à en être question.Je vous salue Monsieur Morin.Les membres du conseil d\u2019administration, y compris notre président Lucien Cimon, vous saluent tous et toutes, et vous remercient pour votre inlassable travail de Québécois acharné.N\u2019eût été de notre assemblée annuelle qui nous occupera jusqu\u2019à samedi et d\u2019autres obligations plus personnelles, j\u2019aurais sans doute voyagé les kilomètres qui nous séparaient pour être plus près de vous et de vos proches.Maintenant que vous êtes auprès de chacun de nous, continuez de nous aider à franchir ces derniers pas.Le pays que vous souhaitiez, il vivra ! 122 \u2022 L ACTION NATIONALE Vous étiez de la trempe des Camille Laurin et des Pauline Julien.À vous tous et toutes dans l\u2019au-delà, vous pouvez nous donner ce coup de pouce qu\u2019il nous faut.Je suis certain que vous n\u2019auriez pas été aussi poli pour le dire.Allez, dites-le ! Aux membres de votre famille, à vos collaboratrices et collaborateurs de L\u2019Action nationale, à vos amis, nous offrons aussi nos sympathies.Gaston Beauchesne, directeur général, La Société nationale de l\u2019Est du Québec.Le fou de l\u2019île n\u2019est pas toujours celui qu\u2019on croit.Car un peuple qui n\u2019a pas le courage d\u2019assumer un pays ne le mérite pas.Marie-Iseut Laurin, C.É.C.Montréal Chers amis de L\u2019Action nationale, C\u2019est avec tristesse que j\u2019ai appris ce matin dans Le Devoir la mort de Rosaire Morin.Sans le connaître personnellement, sinon pour lui avoir parlé à quelques reprises au téléphone, j\u2019avais pour lui une grande estime et de la gratitude pour son engagement total envers la cause nationaliste et pour la lutte opiniâtre qu\u2019il n\u2019a cessé de mener en faveur des plus démunis.Le Québec perd un grand patriote.Je transmets à toute l\u2019équipe de L\u2019Action nationale ainsi qu\u2019aux proches de Rosaire Morin mes plus sincères condoléances.Serge Cantin, 17 avril 1999 L'ACTION NATIONALE «123 Ténacité et persévérance Homme discret, Rosaire Morin parlait rarement de lui-même.Ce qui l\u2019intéressait, c\u2019était parler de ses idées et de ses projets, parler du Québec, de la souveraineté, de l\u2019affirmation économique des Québécois, de L\u2019Action nationale qu\u2019il avait remise sur pied.Il laissait volontiers aux autres les tribunes et les projecteurs pour se consacrer à la réflexion qu\u2019il ne manquait jamais de traduire en action.(.) Jamais il n\u2019a abandonné, sachant que sa ténacité donnerait mauvaise conscience à ces militants découragés par un échec et qui, le voyant poursuivre la lutte, viendraient le rejoindre dans l\u2019action.(.) Partisan de la souveraineté du Québec, Rosaire Morin était convaincu que la libération économique en était la clé.(.) S\u2019il travaillait pour bâtir demain, M.Morin avait aussi une conscience aiguë du pays réel.Au cours de cette même entrevue qu\u2019il nous accordait en 1996, il se montrait inquiet.Si l\u2019avenir du Québec dépend du présent, où allons-nous ?», demandait-il en regrettant que pour des milliers de Québécois, ce présent soit fait de chômage, d\u2019aide sociale, de décrochage scolaire.Son engagement trouvait son sens dans le bien de la collectivité.Persévérant, cet homme de bien l\u2019aura été jusqu\u2019à la fin de sa vie, comme en témoignent ces quelques phrases écrites dans l\u2019éditorial qu\u2019il signait en décembre dernier dans L Action nationale : « Devant les soleils couchants qui scintillent sur la neige blanche, je rêve d\u2019un pays qui - ne veut pas venir au monde ».Si je le pouvais, j\u2019aimerais retrouver la force de mes vingt ans pour empêcher les pauvres de s\u2019affaiblir et les millionnaires de s\u2019enrichir.Je crois à l\u2019éternel, à l\u2019avenir.» Bernard Descôteaux, Rédacteur en Chef, Le Devoir (extrait), 17-18 avril 1999, p.A-10 124» L'ACTION NATIONALE Hommages à Rosaire Morin Nos condoléances aux parents et amis ainsi qu\u2019à toutes les personnes qui ont travaillé à ses côtés pour le combat général de L\u2019Action nationale mené en faveur des Canadiens-Français et des Québécois, hommes ou femmes.La lutte de Rosaire Morin a été, tout au long de sa vie, une lutte pour la défense, l\u2019affirmation et la présence des Canadiens-Français dans le monde, dans le respect d\u2019eux-mêmes et des autres.Il aura su apprendre aux plus jeunes et à ceux de sa génération qu\u2019être soi-même ne nous empêche pas de respecter les autres.Malgré certaines balises établies dans les cercles nationalistes canadiens-français, Rosaire Morin a toujours su reconnaître les opinions divergentes et même, parfois, en prendre la défense.Espérons que cette ouverture d\u2019esprit saura guider ses successeurs dans cette tâche difficile pour faire reconnaître le Québec comme lieu national de la majorité canadienne-française dans le respect des uns et des autres.Bruno Deshaies - bd@rond-point.qc.ca Directeur, Le Rond-Point des sciences humaines, 17 avril 1999 D\u2019ASSURANCE UNE FILIALE D\u2019OPTIMUM GÉNÉRAL INC.425, boul.de Maisonneuve Ouest Bureau 1500 Montréal (Québec) H3A 3G5 (514) 288-8711 L'ACTION NATIONALE \u2022 175 Québec un pays à portée de main ! C\u2019est le 750e numéro de L\u2019Action nationale.La publication traite de : 1.\tla situation constitutionnelle 2.\tdu mépris de la constitution 3.\tdes finances publiques 4.\tde l\u2019impérialisme fédéral 5.\tdes valeurs en jeu 6.\tdes francophones hors Québec 7.\tde l\u2019indépendance nécessaire.La lecture de ce dossier démontre l\u2019incapacité du fédéralisme canadien à répondre aux attentes des Québécoises et des Québécois.Elle présente l\u2019indépendance du Québec comme une normalité, une légitimité.Notre pays, le Québec, est à portée de main.6l6 pages pour 14,95$ Libeller votre chèque à l\u2019ordre de : L Action nationale 176 \u2022 L'ACTION NATIONALE LA DÉPORTATION QUÉBÉCOISE En novembre 1997, L'Action nationale publiait une étude sur la déportation de 200 milliards $ d'épargne québécoise placés en d'autres provinces et pays.Les faits sont irréfutables.\u2022\tLes répercussions sur l\u2019économie, la culture, la vie sociale et l\u2019organisation politique.Des réponses réfutent les objecteurs qui prétendent qu\u2019dl n\u2019y a pas de projets rentables au Québec « pour autant de capitaux.\u2022\tUn plan de développement socio-économique est élaboré.\u2022\tUne politique de l\u2019épargne est proposée et diverses modifications aux législations actuelles sont suggérées.C\u2019est un dossier d\u2019importance capitale et un cadeau d\u2019anniversaire idéal ! 564 pages - 19,95$ + 3,70$ de frais de port Libeller votre chèque à l\u2019ordre de : L\u2019Action nationale L'ACTION NATIONALE *177 Si votre bibliothèque contient des numéros de L'Action nationale dont vous souhaitez vous séparer, souvenez-vous que nous acceptons tous les numéros qu'on nous offre.Particulièrement, les numéros des années: 1917, 1918, 1944, 1951 à 1961, 1968 Nous acceptons aussi L'âme des livres et l'Almanach de la langue française.178 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE nJj&©iînaD:nn IM AT IONALE Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d'expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L\u2019index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans «Période:c» depuis 1984, dans \u2022 Repères *> publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Conception de la couverture Jean Gladu Mise en pages Jean-Marie Pesci, Méca Mag, Montréal Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville L'ACTION NATIONALE \u2022 179 La Ligue d'Action nationale Président honoraire François-Albert Angers Président Robert Laplante Vice-présidente Colette Lanthier Secrétaire Jacques Brousseau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Jean-Jacques Chagnon Jean-Marc Léger Paul-Émile Roy Secrétariat Claire Caron Sylvie Chagnon Yves Fortin Laurence Lambert Olyve Pelletier Alain Perron Relationniste Monique Michaud Membres Guy Bouthillier Claude Duguay Danielle Gagné Jean Genest Alain Laramée Delmas Lévesque Jacques Martin Denis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Gilles Rhéaume Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Hélène Chénier Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Georges Meyers 180 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comité éditorial François Aquin Louis Balthazar Claude Bariteau André Beauchamp\tAndrée Lajoie Pierre Lamonde Simon Langlois Colette Lanthier Jules Bélanger Jean-Guy Bissonnette Gérard Bouchard Henri Brun\tRobert Laplante Alain Laramée Léo-Paul Lauzon Lise Lebrun Claudette Carbonneau Paul-André Comeau Marcel Couture Fernand Daoust\tJean-Marc Léger Pierre Marois Yves Martin Yvon Martineau Bernard Descôteaux Nicole de Sève Clermont Dugas Andrée Ferretti\tDenis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Ferdinand Ouellet Lucia Ferretti Danielle Gagné Alain-G.Gagnon Pierre Graveline\tMichel Paillé Pierre Paquette Micheline Paradis Hélène Pelletier-Baillargeon Jean-Claude Guérard Roger Guy André Joyal Pierre-André Julien\tGuy Rocher Bruno Roy Jean-Claude Tardif Rodrigue Tremblay Jacques Lacoursière Claude Lafleur Danielle Lafontaine Guy Laforest\tDaniel Turp Pierre Vadeboncœur Monique Vézina L\u2019ACTION NATIONALE «181 $oyei nofre mécène ! Protégez l'avenir de L'Action nationale ! Le vrai mécénat regroupe des amis dispersés dans l\u2019espace, réunis par un même but et un même goût du pays.L\u2019entraide est la forme la plus démocratique de la volonté des citoyens d\u2019améliorer le tissu de leur vie et de leur avenir collectif.Le mécénat assurera le développement de L\u2019Action nationale et lui permettra de prendre des initiatives qui contribueront à bâtir ce pays maintenant à portée de main.Certains donateurs nous ont laissé des legs qui augmentent le capital de notre Fondation.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes : Monsieur Patrick Allen Monsieur Gaston Beaudry Monsieur Henri-N.Guilbault Monsieur Émile Poissant Monsieur Hector Roy Monsieur Bernard Vinet.D\u2019autres amis de la revue adhèrent au CLUB DES 100 ASSOCIÉS en souscrivant 1000$ et plus Leurs noms apparaissent dans la page voisine.À tous, nous exprimons notre reconnaissance par une volonté indéfectible de produire une revue qui présente des analyses sur les enjeux du développement au pays du Québec.182 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Club bet 166 aftociéf Fernand Allard Patrick Allen François-Albert Angers Gaston-A.Archambault Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Henri-F.Gautrin Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Lucie Lafortune Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Jacques-C.Martin Yvon Martineau Louis Morache Rosaire Morin Arthur Prévost René Richard Jacques Rivest Lvan Roy Marcel Trottier Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora L'ACTION NATIONALE «183 L\u2019Action nationale ABONNEMENT 10 20 numéros numéros Étudiant\t22 $\t40 $ Personne à faible revenu\t25 $\t45 $ Personne à revenu moyen\t42 $\t78 $ Personne à revenu élevé\t100 $\t175 $ Abonnement de soutien\t500 $\t France\t300 FF\t550 FF Autres pays\t70 $\t125 $ Un reçu pour impôt est émis pour toute somme supérieure à 42$.Numéro de permis : 0341362-22-08 Club des 100 Associés .1000 $ ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an Les 80000 pages publiées par la revue depuis 82 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objec-tif de promouvoir la culture nationale.Prix François-Albert Angers Le prix François-Albert-Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l'année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca 184 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le partenaire OPTIMUM* de la retraite des Québécois 4 FONDS OPTIMUM Les Fonds Optimum sont gérés ici même et n\u2019ont rien à envier aux grands noms de l\u2019industrie.Voyez vous-même : Rendements annualisés nets'\u201d \t1 an\t3 ans\t5 ans\t10 ans \t\t\t\t Actions\t3,1 %\t15,1 %\t9.5%\t- Moyenne de l'industrie\t-0.2\t10,5\t8,2\t- International\t14,8\t16,1\t-\t- Moyenne de l'industrie\t14,9\t13.5\t-\t- Obligations\t6,9\t9,6\t8,5\t10,8% Moyenne de l'industrie\t5,9\t8,3\t7,2\t9,9 Équilibré\t6,7\t9,9\t8,5\tWÊ&.6 Moyenne de l'industrie\t3,7\t9.8\t8,5\t9,3 Croissance et revenus\t4,9\t\t\t Moyenne de l'industrie\t3.7\t\t\t Un nombre grandissant de Québécois nous confient leurs épargnes .Pourquoi pas vous ?Sans frais : 1 888 OPTIMUM Internet : fondsoptimum.com (1) Rendemerts anruatoes moyens nets et moyennes de rndustne en date du 29 jww 19B9 selon le sooete ndépenjante ôefCdert» Le rendement passe ne garants pes les résultats futurs 1 est important de Ire le prospectus snipsi» oes po**» oexeeei avani dy nvest.Les Km uptmuu sors outnoues per uptmisn riecemencs .s.u.» sooé«é membre Aj Group® Optmum groupe financier Québécois fondé en 1969 Le Fonds de solidarité nous a apporté bien plus que de l'argent à investir.Sa vision des affaires a contribué à enrichir notre propre façon de voir les choses.Aujourd'hui, il suffit de regarder les résultats: de nouveaux emplois, des profits, et le meilleur reste à venir.Allen Poiré Président, Métallurgie Castech inc.*3.3 -J \u2022WM 9,95$ Envoi de publication Enregistrement numéro 09113 LE DE SOLIDARITÉ (JfÇI DES TRAVAILLEURS '^UF DU QUÉBEC (FTQ) \" 1 800 361-5017 www.fondsftq.com Vous êtes en bonne compagnie "]
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